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1683, 01, t. 21 (Extraordinaire)
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poldiTrauthon Co
5
I.XXIV. 170.
B. β. 7.2.
'
MENTEM ALIT ET
EXCOLIT
0 000
00 0
K.K.
HOFBIBLIOTHEK
ÖSTERR .
NATIONALBIBLIOTHEK
BE.6.Zz.2

EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALANT.
QUARTIER DE JANVIER 1683 .
TOME XXI.
A PARIS ,
AV PALAIS.
0
Ndonnera toûjours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auſſi-bien que l'Extraordinaire
, Trente ſols relié en Veau,
&Vingt-cinq fols en Parchemin.
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M. DC. LXXXIII .
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
Avis pour placerles Figures.
APlanche troifiéme doit regarder
Llapage 121.
L'autre Planche du Binocle doit regarder
la page 184.
ICHB.
KOENIGUCHE
EXTRAORDINAIRE .
DU MERCURE
SAJAH 85 348 TRANG
GALANT.
١٢٠٠
QUARTIER DE JANVIER 1683.
TOME XXI.
L ne mefera pas difficile,
Madame, defournir
ma Lettre Extraor
dinaire de ce Quartier ,
puis que les ouvrages
que je vous manday la derniere fois
queje réſervois, me laiſſeront peu de
2deJanvier1683 . A
2 Extraordinaire
place pour les nouveaux qui m'ont
efté envoyez depuis ce temps-là. Je
commencepar celuy qui m'estoit resté
de M² la Selve de Niſmes. La nettetéavec
laquelle il écrit , vous fait
aimer tout ce qui porte sow nom ;
mais quand le Traité que vous allez
voirde luy ,ſcroit d'un Autheur dont
vous n'auriez point encore entendu
parler, vous l'eftimericz par l'utilité
de la matiere. Vous fuivez la veritable
Philosophie, en cherchant à viure
heureuse; & ce Traité nous apprenden
quoy lavie heureuſe conſiſte.
Ainsi il n'aura aucune peine à vous
attirer dansson party , puis que de la
maniere qu'il raisonne, ilne dit rien
qui nefoitconforme àce que l'onsçait
quevous pensez.
ACHE KOM
duMercureGalant.
:
22522522222255252
TRAITE
1
LA VIE HEUREUSE.
LA
Acondition des Hommes,
àvray dire, n'eſt pas tout-àfait
ſi déplorable que quelques
Philoſophes l'ont crû. Nous navigeons
tous ſur une Mer, dont le
calme & la tempeſte dépendent
de noſtre volonté. Il nous eſt
facile d'éviter les écueils qu'elle
cache ; nous pouvons abatre la
fureur des vents qui l'irritent; il
nous eſt aiſé d'abaiſſer l'orgueil
des flots qu'elle ſouleve ; il eſt en
Aij
4 Extraordinaire
noſtre pouvoir de faire fucceder
la tranquillité à l'orage, le calme
à la tempefte , & la paix à la
guerre. Il n'eſt point d'objets
que nous ne puiſſions mépriſer,
d'opinions que nous ne puiſſions
corriger , de paſſions que nous
ne puiſſions vaincre. Noſtre fortune
eſt entre nos mains , lavi-
Etoire dépend de nous ; noftre
bonheur eſt attaché à noſtre defir,
il ne faut avoir qu'un peu de
courage pour vivre heureuſement
dans ce monde ; car je ne ſuis
point du ſentiment de cet Ancien
, qui vouloit que les Dieux
faifoient ſeulement naître les
Hommes, pour les punir de leurs
crimes. Je ne crois pas auſſi qu'-
Euripide ait dit vray, lors qu'il a
foûtenu qu'aucun Mortel ne
duMercureGalant.
5
pouvoit eſtre heureux ; mais je
dis au contraire avec S.Auguſtin,
que la vie de l'Homme , qui eſt
orné de toutes les vertus & de
tous les biens du corps&de l'efprit
, s'appelle communément
heureuſe. Le divin Platon afſſure
auffi , que nous pouvons eftre
contens fur la terre, quoy que le
nombre des Gens heureux foit
fort petit , & que leur bonheur
ne ſoit que comme anticipé , &
encore imparfait , juſques à ce
qu'ils paſſentàune meilleure viec,
où le nombre des Bienheureux
fera plus grand, &leur béatitude
plus entiere & plus parfaite.
Tout le monde veut vivre heureuſement
, dit Seneque ; il n'eſt
perſonne quine veüille eſtre heu.
reux , dit S. Auguſtin ; tous les
A iij
Extraordinaire
Hommes foûpirent apres laBéatitude
, dit S. Thomas. Si vous
demandez à deux Hommes diférens
, s'ils veulent aller à la
guerre, il peut arriver que l'un
dira qu'il le veut , &l'autre qu'il
ne le veut pas; mais fi vous leur
demandez s'ils veulent eſtre heu.
reux, l'un & l'autre vous répondront
d'abord qu'ils ne defirent
rien tant que cela ; & fil'un ne
veut pas aller à la guerre lors que
l'autre y veut aller , c'eſt par la
mefme raifon, je veux dire, afin
d'acquérir plus facilement la vie
heureuſe. Lors que les Philoſophes
ont entrepris des voyages
tres-pénibles, lors qu'ils ontpar.
couru les Royaumes les plus inconnus
& les plus éloignez , lors
qu'ils ont viſité les Nations les
duMercure Galant. 7
plus barbares & les plus reculées ,
ce n'a eſté, dit l'Orateur Romain,
que pour arriver plus facilement
à la poffeffion de la vie heureuſe.
Tous les Hommes ont reçeu du
Ciel un defir naturel qui les porte
à ſouhaiter leur félicité , pour
cela il ne faut eſtre ny Prince,
ny grand Seigneur , c'eſt aſſez
d'eſtre Homme. Comment ſe
peut-il donc faire que la Nature,
eette Mere ſi ſage , fi éclairée, &
qui ne fait rien en vain, ait pro
duit inutilement dans tous les
Hommes le defir qu'ils ont d'ef.
tre heureux; ce qui ſeroit arrivé
fans doute , fil'on ne pouvoic
jouir de quelque bonheur en
cette vie ? Je ſçay , & le Prince
des Philofophes l'a dit déja,
qu'on ne sçauroit eſtre parfaite,
Aiiij
8 Extraordinaire
ment heureux fur la terre, &que
les Hommes ne peuvent eſtre
heureux qu'autant que l'infirmité
de leur nature, qui eſt ſujette au
changement & à mille révolutions
, le peut permettre. Dans
le Ciel , les Bienheureux ne peu.
vent jamais devenir miférables,
n'en déplaiſe à Origene qui a
foûtenu le contraire, imbu qu'il
eſtoit des opinions de certains
Philoſophes . Sur la Terre, ceux
qui font heureux, peuvent changer
dans un moment d'état & de
bonheur ; ils font toûjours menacez
des fleaux que la Fortune
tient en ſes mains. Ils peuvent
pourtant conferver leur bonheur,
&vivre heureuſement dans cette
incertitude , dans cette inconftance
des choſes humaines ; ils
A
du MercureGalant. 9
n'ont qu'à modérer leurs paſſions ,
qu'à regler leurs deſirs , qu'à faire
ſeulement ce qui peut contribuer
à les rendre heureux. Il eſt vray,
dit Seneque , qu'il n'y a que les
Dieux immortels qui foient parfaitement
heureux nous ne
voyons qu'une ombre des biens
qu'ils poffedent. Nous pouvons
bien certainement approcher de
lagrandeur de leur félicité, mais
il nous est impoffible d'y parve.
nir. Cela me fait ſouvenir de la
réponſe que fit Serapis à un Roy
d'Egypte, qui luy demandoit, s'il
y avoit quelqu'un plus heureux
que luy; Dieu premierement, luy
dit- il , en ſuite le Verbe, &apres
leS.Eſpritar
Principio Deus eft, tumfermo &Spirituriftis
apart
10 Extraordinaire N
Additur, equeva bec funt &tendentia
in unum.
Apulée dansla Philofophiede
Platon, appelle Dieu heureux, &
celuyqui rendles autres heureux,
&qui ſeul fuffit pour achever le
bonheur de tous les Hommes,
L'illustre Boëce croit que les
heureux font des Dieux, auſſi il
n'eſt pas impoſſible qu'il y ait
pluſieurs Dieux par participation,
ſuivant la doctrine de S. Cyprien
, & conformément aux
Saintes Ecritures, où Dieu parlant
à Moïſe , luy dit , qu'il le
donne pour Dieu à Pharaon. Le
Roy Prophete dit auſſi dans let
Pleaumes, que nous fommes tous
desDieux, &les Enfans duTreshaut.
Ego dixi dy eftis, Fily excelsi
omnes, Pfalm. 81. Ce qui fait voir
duMercureGalant.
clairement qu'il y peut avoir pluſieurs
heureux auſſi-bien que plufieurs
Dieux , par participation.
Il eſt vray, & tout le monde en
demeure d'accord , que nous ne
pas acquérir en cette vie la par.
faite Béatitude, qui eſt réſervée
aux Bienheureux. L'autorité
meſme de l'Egliſe a décidé cette
verité, & cela, dans un Concile
oecuménique, dans le Concile de
Vienne renu ſous Clément V.
comme on le peut voir dans la
Clémentine Ad noftram de Hareticis
, où parmy les erreurs des
Beguards &des Beguines , il eſt
dit que ces Herétiques croyoient
que les Hommes pouvoient acquerir
dans ce monde la parfaite
félicité, qui fait le bonheurdes
Compréhenſeurs , &l'efpérance
12 Extraordinaire
des Voyageurs . La Nature, dit
un Poëte , a donné dequoy ſuffiſamment
à tous les Hommes ,
pour pouvoir eſtre heureux, s'ils
ſçavent s'en ſervir à propos..
Natura beatis (uti.
Omnibus effe, deditfiquis cognoverit
Il faut qu'ils ſuivent les ſages
conſeils qu'elle leur donne, qu'ils
ſe ſervent des moyens utiles qu'
elle leur procure, & qu'ils écoutent
les préceptes ſalutaires qu'
elle leur dicte. C'eſt ainſi qu'ils
trouveront un chemin tout ſemé
de fleurs , qui les menera à la vie
heureuſe , & qui eft preſque inconnu
, car bien que tous les
Hommes veüillent eſtre heureux
, dit Seneque , neantmoins
ils ne voyent goute dans le ſentier
qui mene à cette vie heureuſe
duMercureGalant.
13
qu'ils defirent ſi ardemment.
Leur aveuglement meſme leur
eſt ſi funefte, que plus ils ſe hâtent
pour y arriver, plus ils s'é .
cartent de cet heureux terme,
s'ils ne ſont pas dans la veritable
voye, & ils n'y ſçauroient eſtre
fans le fecours d'un Guide fidelle
qui les éclaire de fon flambeau,
& qui les conduiſe dans cette
voye étroite & épineuſe. Pour
moy , j'ay cent fois admiré que
les Hommes qui font naturellement
curieux, de qui l'eſprit veut
fonder les ſecrets les plus cachez,
penétrer juſques au centre de la
Terre , s'élever au deſſus des
Cieux, pour tâcher de connoiſtre
ce qui paſſe leur connoiſſance,
s'appliquent ſi peu à connoiſtre
la vie heureuſe , qu'ils defirent
F4
Extraordinaire
avec tant d'ardeur. C'eſt pour
cela que je tâcheray de faire voir
enquoy confifte cette vie heureuſe.
Dans la premiere Partie
de ce Difcours, je rapporteray
les ſentimens des anciens Philoſophes
; dans la ſeconde,jemontreray
dequelle maniere on peut
eſtre heureux en cette vie , &je
feray le portrait d'un Homme
heureux.
Les anciens Philoſophes qui
ſe ſont appliquez à connoiſtre le
fouverain Bien , ont fait voir à
toute la Poſtérité qu'ils ne voyoient
goute dans une voye difficile
& tenébreuſe , où ils mar .
choient fans flambeau, ny guide.
Ceux- cy , dit S. Auguſtin , ont
fait confifter le bonheur de
I'Homme dans le corps, ou dans
duMercure Galant. IS
l'eſprit , ou dans l'un & l'autre;
ceux-là dans la volupté, ou dans
la vertu , ou dans l'un & l'autre;
les uns dans le repos, ou dans la
vertu, ou dans tous les deux; les
autres dans les biens de la Fortune,
ou dans la vertu , ou dans
l'un &l'autre , mais ils ont eſté
ſi vains &fi préſomptueux, ajoûte
ce Pere, qu'ils ont crû eſtre euxmeſmes
la cauſe de leur félicité,
qui eſt un pur don de l'Arbitre
fouverain de l'Univers. Les plus
illuſtres&les plus ſçavantes Académies
d'Athénes & de Rome,
ont employé tous leurs foins,
toutes leurs lumieres , tout leur
ſçavoir, pourconnoiſtre la nature
du ſouverain Bien. Toutefois il
eſt évident, dit S. Profper , que
toutes leurs fueurs , toutes leurs
1
1
4
16 Extraordinaire
veilles , &toutes leurs fatigues,
ont eſté infructueuses ; & ces
beaux Eſprits qui compofoient
ces fameuſes Univerſitez, & qui
rempliſſoient le Monde du bruit
de leur nom, apres tant d'années:
confumées inutilement & fans
fruit, ont eu la confuſion devoir
qu'ils ne pouvoient pas venir à
bout de leur deſſein. Ariſtippe
& Antifthene , fortis de l'Ecole
de Socrate , ont eu des opinions
fi contraires touchant le ſouverain
Bien, que l'un a ſoûtenuque
c'eſtoit la volupté , & l'autre que
c'eſtoit la vertu . D'où vient cette
diverſité de ſentimens entre les
Diſciples du meſme Maiſtre ?
C'eſt , dit S. Auguſtin , parce
qu'ils ont raiſonné comme des ..
Hommes, & comme des Hom,
duMercure Galant. 17
mes que la grace de l'Evangile
n'avoitpas encore éclairez . Leurs
veuës eſtoient courtes&liinitées;
leurs lumieres n'eftoient pas ſuffiſantes
pour connoiſtre la verité,
&pour la découvrir à travers les
voiles du menfonge. De cette
meſme ſource eſt venuë cette
multitude étonnante de divers
ſentimens que Varron, au raport
de S.Augustin, a remarquez . En
effer, ce grand Perſonnage a dit
qu'il ſe pouvoit former deux cens
quatre- vingts huit Sectes qui auroient
des opinions diférentes ſur
le ſouverain Bien. On les peut
voir toutes en détail dans le 19.
Livre de la Cité de Dieu. Ily a
quatre opinions principales touchant
le ſouverain Bien , dit le
Prince de l'Eloquence. Premie-
Q.deJanvier1683 B
1188 Extraordinaire
rement , celle des Stoïciens , qui
croyoient que la vertu, &tout ce
qui eft honneſte , eſtoit le ſeul
bien qui fuft dans le monde. La
ſeconde eſt celle d'Epicure , qui
faifoit confifter la vie heureuſe
dans la volupté. La troiſiéme eſt
celle de Jerôme, natif de l'Iſle de
Rhodes , qui ne reconnoiſſoit
pour ſouverain Bien que la privation
de la douleur. La quatriéme
eſt celle du Philoſophe
Carneades , fi contraire à la do.
Arine de Zénon, qui vouloit que
tout le bonheur de l'Homme fuft
dans la joüiſſance des biens de la
Fortune, & des avantages de la
Nature. Ces quatre opinions
font les plus celebres & les plus
connuës,&celles qui ont eudes
Partiſans plus illuftres&plusſga
duMercureGalant.
19
vans. Il y en a pluſieurs autres
qui n'ont pas fait tant de bruit,
parce que ny le mérite, ny la réputation
de leurs Autheurs , ne
ſuffiſoient pas pour avoir des Sé.
tateurs , renommez pour leur
vertu& pour leur doctrine. Dinomachus
& Callypho ont voulu
joindre la volupté avec la vertu,
&ont fait conſiſter le ſouverain
Bien dans ces deux choſes ſi contraires.
Diodore , de la Secte des
Péripatéticiens , prétendit unir
la privation de la douleur avec la
vertu, ſoûtenant que le bonheur
de l'Homme conſiſtoit dans ces
deux choſes aſſemblées. Hérillus
Philofophe , natif de Chalce.
doine, & Difciple de Zénon,
ayant appris des Leçons de fon
Maiſtre , qu'Ariftote & Théo-
Bij
20 Extraordinaire
4
phrafte avoient fait le Panégyrique
de la Science , aſſura que
c'eſtoit en elle que conſiſtoit le
fouverain Bien . Laërce dans les
Vies des Philoſophes ,& Seneque
dans ſon Epiſtre 31. écrivent que
Socrate eſtoit de ce fentiment.
Le divin Platon, & ſes Diſciples,
faifoient profeffion de ſuivre la
Nature en toutes chofes , & renoient
que pour vivre heureuſe.
ment , il falloit vivre naturellement.
Ariftote & les Péripatéti
ciens ont crû que la vie heureuſe
conſiſtoit veritablement dans la
vertu, mais ils pretendoient qu'.
elle ne rendoit pas tres heureux
ceux qui la poſſedoient ſans les
biens du Corps & de la Fortune;
&le Prince des Orateurs ſe plaint
de ce que Theophrafte a ren
duMercureGalant. 21
verſé la doctrine de ſes Maiſtres,
&dépoüillé la vertu de ce qu'elle
avoit de plus beau & de plus pré.
tieux , en diſant qu'elle ſeule ne
pouvoitrendre les Hommes heu
reux ; & meſme dans fon Livre
De Vita Beata , il donne à la Fortune
ce qu'il a injuſtement ravy
àla Vertu. Le Philoſophe moral
de la Secte des Stoïciens , a fait
un Livre de laVie heureuſe, dédié
à ſon Frere adoptif, nommé
Gallion, où il prouve que le bon.
heur de l'Homme conſiſte ſeule_
ment dans la vertu. Il faut main.
tenant examiner les opinions de
tous ces Philofophes.
Celle des Stoïciens qui ne res
connoiffoient pour ſouverain
: Bien que la vertu, & tout ce qui
eſt honneste , eſt ſans contredit
4
22 Extraordinaire
plus vray-ſemblable que toutes
les autres. S. Gregoire de Nazianze
dans ſon Epiſtre 64. à Philaginus,
la préfere à celle des Péripatéticiens
, qui s'imaginoient
que les biens de la Fortune, & les
avantages extérieurs, eſtoient effentiels
&neceffaires à la vie heureuſe,
en telle forte que ſelon leur
ſentiment un Homme valétudinaire
, pauvre & mépriſable , de
baile naiſſance, banny de fa Patrie
accablé de tous les maux
imaginables , abandonné de ſes
Amis, pourſuivy de ſes Ennemis,
cruellement perfecuté de la For
tune , ne sçauroit eſtre heureux;
mais les Diſciples de Zénon , qui
jugent bien plus ſainement des
chofes, foûtiennent que les biens ,
nyles maux qui nous arrivent en
duMercureGalant. 23
ce monde , ne contribuënt nullement
à nous rendre heureux,
ou malheureux; & cette opinion ,
ce me ſemble , approche plus de
la verité du Chriftianiſme que
l'autre. S. Auguftin meſme la
confirme dans ſes Ouvrages, lors
qu'il dit que les Eſclaves & les
Maiſtres,les Hommes & les Fem.
mes, les Sujets & les Roys , font
également capables de poſſeder
la félicité. Aufſi Dieu,devant qui
iln'eſt nyGentil, nyJuif, ny Bar.
bare, ny Scythe, ny Eſclave, ny
Libre, ſelon ce que dit l'Apoſtre,
diſtribue également ſes graces
& fes dons , aux petits & aux
grands , aux pauvres & aux riches,
aux fages & aux foux.
La ſeconde opinion eſt celle
d'Epicure , qui vouloit que la
i
24 Extraordinaire
li
volupté fuſt le ſouverain Bien.
Quelques uns pourtant ont crû
qu'il n'avoit entendu parler que
du plaifir de l'efprit , & non pas
de celuy des fens. Lactance
meſme l'excuſe dans ſes Inſtitutions
divines ; & le Poëte Lucrece
l'éleve infiniment au deſſus
de tous les Philofophes qui ont
jamais paru , &dit en ſa faveur
que tout de meſme que l'Aſtre
du jour obſcurcit & efface la
fplendeur & la beauté des Etoiles
, Epicure a térny tout l'éclat
& toute la gloire des anciens
Philofophes. Cependant on li
foit cette Inſcription fur la Porte
de fonJardin. Hofpes hic bene manebis;
hicfummum bonum voluptas
eft. Vous ferez bien icy , la voi
lupté y eſt le ſouverain Bien.
Ariftippe,
du Mercure Galant.
25
Ariftippe, Diſciple de Socrate,
avoit enſeigné quelque temps auparavant
, que la volupté & le
plaifir des ſens faisoient tout le
bonheur des Hommes ; & fa Fille
Areta qui luy fucceda dans
fon Ecole , fut du meſme ſenti.
ment. Ariftote dans le Livre 10 .
de ſesMorales, rejette ce Dogme
comme pernicieux & a l'Etat &
à la Religion. Xénophon compoſa
un Livre contre Ariſtippe,
dedié à Socrate , où il refuta par
des raiſons folides & convaincantes
le ſentiment de ce Philoſophe
voluptueux. Lactance eſt d'avis
qu'on ne doit pas ſeulement répondre
aux Argumens d'Ariſtippe,
parce qu'il eſtoit continuellement
plongé dans les Feſtins &
dans la Débauche , & que la pa-
Q.deJanvier1683.
C
{
26 Extraordinaire
role ſeule l'avoit diftingué des
Beſtes . S. Epiphane dans le Livre
3. contres les Hereſies , condamne
ce Dogme & fon Autheur.
La troifiéme opinion eſt celle
de Jerome de Rhodes , au ſentiment
duquel la privation de la
douleur eſtoit le ſouverain Bien.
Ce Philofophe Infulaire, fije ne
me trompe, n'eſt pas fort oppoſé
à Ariſtippe; car lors que celuycy
diſoit que la volupté eſtoit.le
ſouverain Bien , il prétendoit en
meſme temps que la douleur fuſt
le plus grand mal qui puſt arriver
aux Hommes. Or ſi cela eftoit
veritable , perſonne ne pourroit
eſtre heureux en ce monde,
où il eſt preſqu'impoſſible de viyre
, fans endurer quelque dou
duMercureGalant.
27
-leur, ſans ſouffrir quelques amer
tumes, quelques angoiſſes, quelques
chagrins.
t


e
La quatriéme opinion eſt celle
de Carneades , qui aſſuroit que
le ſouverain Bien confiſtoit dans
la poſſeſſion des biens de la Fortune
, & dans les avantages du
corps ; ce qui bien loin d'eſtre
viay, n'a pas mesme une ombre
de vray- ſemblance ; car tout le
monde ſçait , & l'Ange de l'Ecole
l'a dit il y a quatre cens ans, que
la Béatitude de l'Homme ne
conſiſte point dans les richefſes ,
ny dans les honneurs, ny dans la
gloire , ny dans la puiſſance de
l'autorité, ny dans quelque bien
du corps ou de l'eſprit ; & fi cela
eſtoit autrement, les Pauvres, les
Gens inconnus & mépriſez de
2
Cij
28 Extraordinaire
tout le monde , ſans pouvoir &
ſans crédit , dénüez de tous les
biens de la Fortune , & de tous
les avantages extérieurs , pourroient
ſe plaindre avec raifon
d'eſtre injustement exclus de la
félicité à laquelle tout le monde
a droit de prétendre. Dinomachus
& Callypho ont entrepris
d'accorder la Volupté avec la
Vertu. Cette entrepriſe paroiſt
fans doute témeraire ; auſſi c'eft
vouloir, fi je l'ofe dire, joindre le
Sauveur du Monde avec Belial,
la lumiere avec les tenebres , la
vertu avec le vice, la juſtice avec
l'iniquité. La volupté a rendu
malheureux tous ceux qui gémiſſent
ſous le joug des travaux &
des miferes de leur vie ; ce qui ne
feroit pas arrivé , dit le PhiloſoduMercureGalant.
29
1
phe moral, ſi la volupté pouvoit
s'accorder en quelque maniere
avec la vertu, qui fait tout lebon.
heur des Hommes. La vertu eft
quelque choſe de grand , de fu
blime , de royal , de magnifique,
& de puiſſant. La volupté au
contraire eſt baſſe &méprifable ,
ſervile, foible & périſſable, dont
la demeure eſt dans les Cabarets,
&dans ces Lieux qui craignent
la viſite des Ediles ; tandis que la
vertu réſide dans les Temples.
dans les Eglifes , au pied des Autels
, dans les Ecoles des Philofo.
phes&des Sages, enfin dans tous
les Lieux conſacrez à la Religion
& à la Sageffe . La volupté ſe cache;
elle cherche les tenebres,
& fuit la clarté du jour. La vertu
ſe manifeſte, & fe fait connoiſtre
Cij
30 Extraordinaire
à tout le monde ; elle n'appréhende
point la lumiere , parce
qu'elle est bien-aiſe que ſes actions
foient vouës de chacun .
Elle les ſoûmer volontiers à
la cenfure de tous ceux qui les
voyent. Voila deux choſes bien
contraires . Comment les accorder
, puis qu'elles ont reçeu du
Ciel des caracteres fi oppoſez,
& une antipathie naturelle qui
rend leur union tout-à-fait impoffible?
Diodore eſtoit perſuadé qu'un
Homme heureux devoit eſtre
vertueux & fans douleur. Je penſe
qu'il n'auroit pas eſté d'accord
avec les Diſciples de Zénon, qui
donnent à la vertu ſeule le pouvoir
de rendre les Hommes heureux;
& leur opinion, ce me femduMercureGalant.
31
I
ble, eſt bien plus ſoûtenable que
celle de ce Philofophe ; car il eſt
conſtant que les Sages, les Hommes
de vertu & de probité , font
toûjours heureux , & mefme au
milieu des tourmens les plus
cruels , des tortures les plus violentes
, & des fuplices les plus
douloureux.
L'opinion d'Hérillus, qui vouloit
que la Science fuſt le ſouverain
Bien , fouffre beaucoup de
doutes & de difficultez , elle eft
expoſée à une foule d'objections
auſquelles on ne peut répondre
qu'avec peine . Le ſouverain Bien
doit eſtre parfait & accomply
dans toutes ſes parties , & nous
ne ſçaurions avoir dans ce monde
une entiere connoiſſance , une
ſcience parfaite. La vie de l'Hom-
۲
A
Cij
32
Extraordinaire
i
me eſt trop courte pour acquérir
une ſcience accomplie en toutes
choſes ; & ce que le Prince de la
Medecine a dit de cet Art divin,
ſe peut appliquer à toutes les
Sciences du monde. La matiere
eſt étenduë, il eſt vray ; le champ
eſt vaſte & fpatieux , mais le
temps que les Dieux nous ont
donné eſt trop court. Ars longa,
vita brevis . D'ailleurs le fouverain
Bien contente & raſſaſie
ceux qui le poſſedent , & la
Science la plus parfaite n'a ja
mais fatisfait pleinement celuy
qui l'avoit acquiſe.
L'opinion des Platoniciens,
qui faisoient conſiſter la felicité
des Hommes à vivre naturellement
, pourroit , ce me ſemble,
autorifer les défordres & la li-
du Mercure Galant..
33
cence des Libertins , auſquels il
feroit facile de ſe prévaloir d'une
doctrine qu'ils n'entendent pas.
Il ſera mefme bon de les avertir
que ces Philoſophes ſupoſoient
que la Nature eſtoit dans ſa pre-
• miere pureté, & qu'ils ne la pre .
noient pour leur conduite , que
parce qu'ils s'imaginoient qu'elle
avoit conſervé ſon innocence ;
car dans l'état de la Nature pure,
les maux n'eſtoient point meſlez
avec les biens, &les qualitez des
Elémens eſtoient ſi bien tempérées
, que l'Homme en recevoit
du contentement, &n'en reſſen..
toit point de déplaiſir. Il n'avoit
point de déſordres à reformer,
point d'Ennemis à combattre,
point de malheur à éviter. Il
trouvoit en ſa demeure tout ce
34
Extraordinaire
qu'il pouvoit ſouhaiter ; il n'e.
prouvoit rien en ſa perſonne qui
fuſt capable de l'incommoder.
Sa conſtitution eſtoit excellente,
ſa ſanté ne pouvoit eſtre altérée;
& fi le temps pouvoit l'affoiblir,
il prévenoit ce malheur par l'uſage
du Fruit de Vie , qui reparant
ſes forces , luy donnoit toûjours
une nouvelle vigueur. Le
premier Homme eſtoit le Maître,
&le Roy de toutes les Creatures,
ditS. Macaire. Touteſtoit ſoûmis
à ſes Loix ; tout ce qui reſpiroit
dans ce vaſte Univers , reconnoiſſoit
ſa puiſſance ; ſa volonté
n'avoit que de belles & de nobles
inclinations ; ſes affections
n'eſtoient point vitieuſes ; & fes
deſirs eſtoient ſi bien réglez, que
rien ne pouvoit troubler fon re
duMercure Galant.
35
pos. Toutefois il ne dépend que
de nous dans cette Vallée de miſeres
, d'eſtre plus heureux que
nos premiers Parens ne l'eſtoient
dans ce Jardin de delices, où les
Fleurs eftoient toûjours vives,
où le Printemps , où la joye régnoit
toujours. Un Hommejuſte
&fage, dit S.Auguſtin, dans l'érat
meſme du monde le plus miſérable&
le plus infortuné, eſt plus
heureux que le premier Homme
dans le Paradis terrestre , parce
qu'il eſpere de joüir un jour de
la ſocieté des Anges , & de la
viſiondu ſouverain Bien, qui fait
tout le bonheur des Bienheureux
dans le Ciel; au lieu qu'Adam encor
incertain de ſa chute, nepouvoit
concevoir de ſi belles eſpé
rances.Je paſſe àlaSecondePartie
36
Extraordinaire
de ceDiſcours, où vous allez voir
le portrait d'un homme heureux.
La Béatitude eſt un état parfait,
par l'aſſemblage de tous les
biens, dit Boëce ; & comme ny
le feu , ny l'eau , ny la terre , ny
l'air pris ſéparément & en particulier
, ne font pas le monde ,
mais plutoſt leur union , leur accord
merveilleux forme ce vaſte
Univers ; tout de mesme , dit
Philon leJuif, la felicité ne conſiſte
pas dans les biens de la Fortune
, ou dans les avantages du
corps, ou dans les grandes qualitez
de l'ame, mais dans toutes fes
parties unies enſemble. Ainfi il
eſt tout viſible qu'il faut plus
d'une choſe pour faire le bonheur
de l'Homme ; d'où vient
que les Hébreux , pour montrer
duMercureGalant.
37
plus clairement cette verité , ſe
fervent d'un nom pluriel , lors
qu'ils veulent ſignifier un Homme
heureux. On ne doit pas .
pourtant trouver étrange que jје
Faſſe conſiſter tout notre bonheur
dans l'amour de la ſageſſe,
qui amene avec elle tous les
- biens, dont la main bienfaiſante
de Dieu favoriſe les Mortels.
Venerunt mihi omnia bona pariter
cum illa & innumerabilis honestas
permanus illius, diſoit autrefois le
plus ſage des Monarques. Le
Sage doit poſſeder tant de ſi belles
qualitez , il doit eſtre orné de
tant de vertus ſi héroïques, qu'il
ne ſe peut faire que toutes ces
chofes qui concourent à le ren.
dre fage , ne contribuënt pareillement
à le faire heureux. La
38 Extraordinaire
fageſſe, ce Rayon de la Divinité,
ce Miroir ſans tache de la Lumiere
eternelle , cette Image de
la grandeur & de la bonté de
Dieu, cette auguſte Fille du Ciel,
eſt la Mere de tout bien, la ſource
de toutes les faveurs que les
Hommes reçoivent d'Enhaut,
la cauſe de toutes les vertus qui
font l'ornement & la felicité de
la vie humaine. Heureux celuy
qui trouve cet or divin ! heureux
celuy qui trouve la ſageſſe!
Beatus homo qui invenit Sapientiam,
Prov. 3. Celuy qui la poſſede, eſt
plus riche & plus heureux que
ceux qui ont amaſſé des richeſſes
immenfes, qu'ils confervent avec
plus de peine qu'ils ne les ont acquiſes.
Dequoy ſervent les richeſſes
à un Fou , dit l'Ecriture,
duMercureGalant.
39
qui avec tout ſon or , tout fon
argent , ne peut point acheter la
ſageſſe, qui eſt plus prétieuſe que
tous les biens du monde ? Ses
voyes font belles, ſes routes ſont
pacifiques. Elle fait ſentir à ceux
qui marchent fidellement dans
ſes voyes , une paix qui furpaſſe
toute intelligence, ſelon ce que
dit l'Apoftre, au lieu qu'elle punit
tres- rigoureuſement ceux qui
l'abandonnent. Elle châtie avec
ſeverité ceux qui mépriſent indignement
ſes ordres ; elle les rend
eternellement malheureux. Sapientiam
qui abycit infælix eft,
Sap.3. Ceux-là ne trouvent qu'
affliction , que malheur, que mi.
feresdans leurs voyes. Ils ne connoiſſent
point la paix, dit le Roy
Prophete ; ils ignorent ce beau
-
4
40
Extraordinaire
F
chemin où il faut entrer pour
trouver cette illuftre Fille du
Ciel, qui fait tout le bonheur des
Hommes, au ſentimentde S. Augustin.
Beatitudo beminis in pace
confiftit, Aug. L.19. de Civit. cap.10.
Ils ſe laſſent dans la voye d'ini.
quité & de perdition ; ils mar.
chent aveuglement dans les chemins
difficiles , leur ſentier eſt
remply de pierres & de cailloux,
& les mene aux Portes de l'En.
fer , où ils trouvent quelque
choſe de bien plus dur , de bien
plus intolérable , que tous les
mauxde ce monde , que tous les
fleaux de la vie humaine. Heu..
reux celuy qui n'ouvre point fon
coeur dans leur conſeil, qui ne
marche point dans leur voye !
Heureux celuy qui croit ferme
du Mercure Galant.
41
ment les veritez eternelles qu'on
- preſche dans la Chaire de Verité,
1 & qui n'adhére point au men.
-ſonge , à l'erreur qui ſe debite
1 dans la Chaire de peftilence !
Heureux celuy qui dans les
Saintes Ecritures médite jour &
nuit pour accomplir la volonté
du Seigneur , & pour fuivre fes
- ordres ſacrez & inviolablės !
- C'eſt un Arbre planté ſur le bord
des eaux, qui produira des fruits
prétieux dans fon temps, & dont
- les feüilles conſerveront toujours
leur premiere couleur. Ce font
là les vrayes productions de la fi
geffe; ce ſont les fruits légitimes
- de ce don de Dieu ; ce font les
biens , les avantages , & les faveurs
qu'elle verſe dans l'ame de
ſes Enfans. C'eſt la Mere de tout
Q.defanvier1683. D
42 Extraordinaire
ce qu'il y a de plus beau & de
plus précieux dans la vie humaine.
Elle enſeigne aux Hommes
la fobrieté , la prudence ,
la juſtice , & la vertu , qui font
ce qu'il y a de plus utile dans
le monde , au ſentiment du Sge.
Une illuſtre Princeſſe avoit
bien ranon de s'écrier ſur le
bonheur des Serviteurs & des
Domeſtiques du plus ſage des
Roys. En effet , quel bonheur,
quelle félicité plus grande , de
pouvoir commodément entendre
tous les jours cer Oracle
divin , cette Bouche ſacrée,
par où la Sageſſe prononçoit
fes Arreſts., & parloit avec tant
de prudence , qu'elle attiroit les
Puiſſances des Régions les plus
reculées , qui quittoient leurs
duMercureGalant.
43
1
Royaumes & leur Patrie , pour
venir entendre les veritez merveilleuſes
qui partoient du ſein
de cette auguſte Fille du Ciel ?
Elle eſt ſi belle, ſes voyes ſont ſi
pleines d'attraits , que fi elle paroiſſoit
à nos yeux avec toutes ſes
graces, nous en ſerions tous charmez,
dit le divin Maiſtre des Philoſophes.
Le nombre des Sages
feroit beaucoup plus grand , &
plus de Perſonnes employeroient
tous leurs foins pour acquérir
cette belle vertu , qui ſeroit la
Mere de toutes les vertus de leur
ame , & la cauſe du bonheur de
leur vie. La ſageſſe eſt le ſouverain
Bien de l'eſprit de l'Homme,
dit Seneque,&perſonne ne peut
vivre heureuſement ſans l'amour
decette excellentevertu. La fa-
1
:
Dij
44
Extraordinaire
geſſe commence de nous inſtruire
par nous inſpirer la crainte de
Dieu , qui rend un homme heureux.
Beatus vir qui timet Dominum,
Ffalm. 110. Heureux celuy
qui a reçeu du Ciel cette crainte
falutaire , ce faint reſpect , cette
fainte terreur ! Beatus homo cui
donatum eft habere timorem Dei, dit
Jeſus Fils de Syrach . Craignez
Dieu , obſervez ſes ſaints Commandemens
, & c'eſt en quoy
conſiſte tout voſtre devoir ; c'eſt
là tout ce que vous devez faire ,
dit le Sage. La ſageſſe qui connoiſt
l'avenir ainſi que le préſent,
qui n'ignore point la cauſe des
miracles qui raviſſent nos eſprits,
qui ſçait la ſource des prodiges
qui étonnent nos imaginations,
& qui voit d'où viennent les
:
du MercureGalant.
45
Monſtres qui effrayent nos
coeurs , qui prévoit tout ce qui
ſe paſſe dans la Nature de plus
furprenant & de plus extraordinaire,
qui communique à ſes Enfans
les plus belles connoiſſances
du monde ; la ſageſſe , dis-je ,
nous fait connoiſtre Dieu , l'Arbitre
ſouverain de l'Univers , la
connoiſſance duquel fait tout le
bonheur des Hommes. Dei cognitio
perfectafelicitas , ditJamblicus.
Malheureux eft celuy, s'écrie
S. Auguſtin , qui connoiſt toutes
choſes , & qui ne vous connoiſt
pas,mon Dieu ! Bienheureux eft
celuy qui vous connoiſt , quoy
qu'il les ignore ! Or celuy qui
vous connoiſt , & connoiſt auſſi
ces choſes , il n'en eſt pas plus
heureux pour les connoiſtre,
46 Extraordinaire
H
را
mais c'eſt la ſeule connoiffance
qu'il a de vous qui le rend heureux
, pourveu qu'en vous connoiffant
comme Dieu , il vous
glorifie auſſi comme Dieu, qu'il
vous rende graces de vos dons,
& qu'il ne ſe perde point dans la
vanité de ſes penſées. La ſageffe
nous inſpire des ſentimens de
pieté, nousdonne de la devotion ,
puis qu'il n'eſt point de veritable
ſageſſe fans Religion, ny de veri
table Religion fans ſageſſe , au
ſentimentde Lactance . C'eſt elle
quinous fait implorer le ſecours
du Ciel , qui répand dans nos.
cooeurs des mouvemens fi religieux
, qui nous procure tant de
graces falutaires , que nous luy
ſommes redevables du plus bel
ornement de noſtre vie, je veux
du MercureGalant.
47
- dire de la pieté. Le commence.
ment de la ſageſſe, c'eſt de la poffeder
, dit l'Ecriture ; mais pour
arriver à cette heureuſe poffef.
fion , il faut implorer le ſecours
d'Enhaut ; car il eſt tout viſible
que ſans l'affiſtance de Dieu,
c'eſten vain que l'on prétendroit
- à l'acquiſition de cette excellente
vertu, puis qu'il n'y a de ſageſſe
veritable que celle qui procede
de ſon Eſprit ſaint. La fin de
P'Homme, felon le ſentiment de
Pythagore, de Zénon, & meſme
du Légiflateur des Hébreux, eſt
de ſuivre Dieu. Finis fecundum
Moïsem sequi Deum , dit Philon.
C'eſt la ſageſſe qui conſeille aux
Hommes de ſuivre leur Créateur
; c'eſt elle qui les rend Gens
de bien, & capables de poſſeder
48 Extraordinaire
a
la felicité que Dieu ne donne
qu'auxJuſtes, qu'à ſes Serviteurs;
car on ne peut point appeller
heureux , ceux auſquels la plus
ſcavante Antiquité meſme
donné ce nom glorieux. Metellus
, ſi renommé dans l'Hiſtoire
pour fon bonheur extraordinaire,
eſtoit orné des plus belles
qualitez du corps & de l'eſprit .
Il fut Souverain Pontife , deux
foisConful , Dictateur, & Colonel
de la Cavalerie. Il unit en fa
perſonne dix grandes chofes, à la
recherche deſquelles les Sages
s'eftoient de tout temps appliquez
. Il fut le premier Capitaine
de ſon temps , le plus éloquent
Orateur, l'Empereur le plus puiffant.
Il fut l'Ouvrier de toutes
les grandes Entrepriſes qui fe firent
duMercureGalant.
49
$
1
rent durant la vie. Il fut honoré
de tout le monde , extrémement
ſage, un tres habile Sénateur. II
acquit des richeſſes immenfes par
des voyes pourtant juſtes & légitimes.
Il ſe vit ſur la fin de fes
jours une nombreuſe Famille,
une longue Pofterité de Neveux
qui s'empreſſoient à l'envy pour
ſecourir la vieilleſſe de leur Pere.
Il futenfin en tres -grande réputation
dans Rome , & cette Ca.
pitale du Monde eſtoit remplie
du bruit de fon nom. Mais avec
tout cela , il ne joüiffoit point de
la félicité que Dieu fait ſentir
auxJuſtes. Comment, dit S.Auguſtin
, y pouvoit-il avoir un veritable
bonheur, une parfaite félicité
, ſi au lieu d'une pieré ſainte
& veritable , il n'y avoit qu'une
Q.deJanvier 1683.
E
jo
Extraordinaire
Religion faufle & menfongere?
Quomodo ibi effet vera felicitas
abi vera non erat pietas. Archelaüs,
qui paſſoit pour l'Homme
le plus fortuné de ſon temps ;
Cornelius Sylla, qui fut appellé
heureux , mais qui ne le fut pas;
Aglaüs , qui demeura toute fa
viedans un coin de l'Arcadie, &
qui pour cela fut eſtimé heu.
reux ; Erichtonius , Fils de Dardanus
& de Batée , que les pre.
miers Habitans de la Grece jugerent
le plus heureux des Hommes
; Baffus , qui fut honoré du
glorieux ſurnom d'heureux & de
fortune ; tous ces Nourriffons de
la Fortune n'ont jamais joüy du
bonheur que Dieu fait goufter
aux Juftes , aux Gens de bien,
parcequ'ils manquoient de pieté,
duMercure Galant.
de cette belle vertu qui eſt la baſe
& le fondement de la vie heu.
re uſe . Quomodo ibi effet verafelicitas
ubi vera non erat pietas . Polycrates
, ce fameux Tyran de
l'Iſle de Samos, qui poſſedoit de
ſi grands tréſors , qui joüiffoit
| tranquillement de tout ce qu'il
y a de plus rare & de plus excellent
dans le monde , qui fut appellé
pendant ſa vie l'Enfant de
la Fortune , fut encore moins
heureux que tous les autres. Cependant
il ne luy arriva jamais
rien de fâcheux , il n'endura ja
mais aucune peine , aucun malheur
, contre ſon gré. Une ſeule
choſe ſembla troubler ſon bon.
heur. Il avoit un Anneau d'un
1 prix tres- conſidérable ; il le laiſſe
tomber dans la Mer ; mais auffi-
E ij
32
Extraordinaire
toſt tous les Animaux s'empref
ſent pour achever le bonheur
apparent de cet injuſte Souve
rain , il trouve ce qu'il a perdu
dans les entrailles d'un Poiffon .
Le voila heureux tout de meſme
qu'auparavant ; mais enfin fes
crimes ſi ſouvent réïtérez , fes
rapines trop fréquentes, ſes concuſſions
ſi injuftes , laſferent les
Dieux qui le punirent avec autant
de rigueur que la licence,
que le débordement de ſes moeurs
le méritoit. Apres cela ſi quelqu'uncroit
que cet indigne Ufurpateur
d'une Couronne qui eſtoit
reſervée àune Puiſſance legitime,
a veſcu heureuſement dans ce
monde, qu'il le détrompe, qu'il
entende ces divines paroles de
labouche d'un Orateur profane.
duMercureGalant.
53.
,
1
Perſonne ne peut eſtre heureux
fans la vertu, Beatus effefinevirtute
nemo poteft. La ſageſle & la vertu
nous rendent dignes de l'amour
de Dieu qui eſt l'auteur de la feli
citédesHommes ; & comme dit
S. Auguſtin dans ſon Epiſtre 120.
àHonoratus , il a voulu faire voir
que la felicité temporelle dépen.
doit entierement de luy, en donnant
à fon Egliſe l'ancien Teſta-
* ment où il nous la promet ; d'où
vient auſſi qu'il promet quelquefois
des biens temporels, comme
■ aux Patriarches la Terre de Chanaam
, cette Terre heureuſe où
couloit le lait & le miel , & ail
leurs une grande abondance de
Bled, de Vin, d'Huile , &des autres
choſes neceſſaires à la vie de
P'Home. La felicitén'eſt pas donc
E iij
54
Extraordinaire
une Déeſſe ; & l'Antiquité avoit
beau luy élever des Autels , luy
bâtirdes Temples, luy conſacrer
des Preſtres, luy ordonner des Fê.
tes folemnelles , nous n'ajoûteronsjamais
foy à une choſe ſi abfurde.
Si la Béatitude, dit S. Auguſtin,
eſt la recompenſe de la
vertu , comme dit Ariftote , elle
n'eſt point par conséquent une
Déeſſe , mais plûtoſt un don de
Dieu. La ſageſſe nous enſeigne
comme nous devons regler nos
paſſions, car la perfection des Sages
n'eſt pas de n'avoirpoint de
paffions , mais de commander à
ces movvemensdéreglez qui emportent
les Sots,& gouvernent le
vulgaire . Le Sage ſecouru de la
Grace, les peut modérer en telle
forte qu'ils ne contribueront nul.
duMercureGalant.
SS
et

1
lement à troubler ſon bonheur.
Il faut qu'il oppoſe la joye à la
douleur, qu'il réprime la crainte
par l'eſpérance, qu'il regle ſes defirs
par la peine qui accompagne
5. leur accompliſſement. S'il ceffe
d'eſperer , il ceſſera de craindre;
s'il borne ſes deſirs , il borneraſes
eſpérances , & s'il n'a point d'amour
pour les richeſſes, il n'aura
pointd'inquiétudes ny de crainte
pour elles. Son eſprit ſera toujours
dans une meſme affiette ;
il joüira de ce repos , de cette
belle tranquillité , dont il fait
tout fon trefor ; il ſera toûjours
tranquille , & paiſible comme
le monde qui eſt au deſſus de la
Lune,dit Seneque; Perpetuumnulla
temeratus nube Serenum dit un Poë.
re. Son coeur goûtera continuele
SC
1
e
E inj
56
Extraordinaire
lement une joye fenſible qui ſera
l'effet de l'affemblage de toutes
les vertusdans foname ; car adire
vray, les ris && les jeux ne font
point ennemis de la fageſſe nyde
la vertu, puis qu'il n'y a dejoye ny
de volupté quedans le ſeindeces
auguſtes Filles du Ciel . Le Sage
fans faire effort pour s'élever , ſe
trouve par ſa naturelle ſituation
au deſſus des accidens les plus redoutables.
S'il marche dans les
tenebres & dans l'ombre de la
mort, comme le Roy Prophete,
fon coeur eſt libre de crainte ; il
n'appréhende rien , parce que
Dieu qui ne l'abandonnejamais,
eſt toujours avec luy pour le fecourir
dans les conjonctures les
plus épineuſes. S'il voit devant
luy des Armées rangées enbaduMercureGalant.
57
5
S
taille , s'il voit les Ennemis qui
s'arment pour l'opprimer injufte-
- ment, il implore le ſecours d'Enhaut
, il met ſa confiance en la
Divine miféricorde. Si confiftant
adverfum me Caftra, non timebit cor
meum, si exurgat adverfum mepreliam,
in bocsperabo , Pfalm.26. Il ne
craint ny la Fleche qui vole de
- jour , ny la Peſte qui chemine
pendant la nuit. Son coeur eft
ſans triſteſſe , ſans crainte , le
voila donc heureux. Quifine timore
eft, beatus eft, dit Seneque.
Le Sage eſt content de ſoy , en
telle forte qu'il ne veut pas pour
tant eſtre ſans Amis , quoy qu'il
le puiſſe faire , mais il ne le fera.
- jamais ; & fi le Ciel le prive de
cette chere moitié de luy-mef-
_me, il ſuportera cette perte avec
5
58
Extraordinaire
第三
4
patience, parce qu'il eſt toûjours
en état de la reparer. Il ya mefme
plus de plaifir, diſoit un Ancien
, à faire un Amy , qu'à le
poſſeder déja. Un Amy , au
ſentiment du Prince des Philoſophes
, dans le Livre 10.
de ſes Morales , eſt abſolument
neceſſaire pour achever la felicité
du Sage. Aufſi l'amour
eſt la plus ſainte de nos pafſions
, & le plus grand avantage
que nous ayons reçeu du
Ciel. C'eſt par fon moyen
que nous pouvons, nous lier
aux bonnes chofes , & perfe-
&ionner noſtre ame en les aimant.
C'eſt l'eſprit de la vie,
c'eſt le lien de l'Univers, c'eſt un
artifice innocent, par lequel nous
changeons de condition fans
duMercureGalant.
رو
changer de nature, &nous nous
- transformons en la perſonne que
nous aimons. Amor amantem extra
Seponit, &cum quodammodo in aman
tum transfert, dit S. Denys au qua-
- triéme Livre des Noms divins.
Mais ſi un pur & veritable Amy
eſt un ſi prétieux tréfor , il faut
- avoüer avec Seneque , que c'eſt
= quelque choſe de bien rare , & .
que laNature demeure quelque-
- fois tout un fiecle, pour en former
un ſeul. S'il y a un Amy veritable
& fincere, il y en a bien
de faux &de trompeurs; &Dion
Chryfoftome demande avec rai-
'ſon, s'il y a eu plus de Perſonnes
trahies par des Amis feints &
diffimulez, que par des Ennemis
avoüez & reconnus pour tels.
Un Amy fidelle eſt un puiſſant
1
60 Extraordinaire
Protecteur, dit l'Ecriture ; & celuy
qui eſt aſſez heureux pour le
trouver, ſe peut vanter d'avoir
trouvé un tréſor inestimable. Il
n'y a rien ſur la terre qu'on puiſſe
comparer avec la fidelité d'un
Amy . Tout l'or , tout l'argent,
toutes les richeſſes du monde, ne
font rien en conſidération de la
fincerité de ſa foy. Enfin Dier
ledonne pour récompenſe à ceux
qui le craignent , qui appréhen.
dent ſes juſtes châtimens. Qui
metuunt dominum invenient illum.
Heureux celuy qui trouve un
Amy veritable & fincere ! Beatus
qui invenitamicum verum, Eccli.zs.
De toutes les choſes que la fageffe
nous procure pour nous
faire vivre heureuſemet,il n'eneft
point, dit Epicure, de plus utile,
duMercure Galant. 61
e
G
de plus agreable, & de plus propre.
La plus douce confolation
que nous puiſſions recevoir en
| cette vie pleine de miferes & de
chagrins , c'eſt ſans-doute , dit
S. Auguſtin, celle que nous peut
donner une foy fincere,un amour
mutuel , une parfaite union de
bons & veritables Amis. Leplaifir
le plus ſenſible que nous puiſ
ſions goûter en ce monde, c'eſt,
dit S. Ambroiſe, d'avoir un Amy
fidelle, auquel il nous foit permis
d'ouvrir noſtre cooeur , de communiquer
nos plus douces & nos
plus ſecretes pensées. Auſſi tous
lesHommes ont une averſion na.
turelle pour la folitude , & une
forte inclination pour la ſocieté.
Le Sage doit quitter les erreurs
& les foles paſſions du monde , il
62 Extraordinaire
4
doit faire conſiſter toute ſa feli.
cité dans la bienveillance, dans
l'amour de Dieu, qui aime ſeulement
ceux qui demeurent avec
la ſageſſe. Neminem diligit Deus
nisi eum qui.cumfapientia inhabitat,
Sap.7. &c'eſt là le vray bonheur
dela vie. Tout le reſte n'eſt qu'il.
lufion , & ne ſe paſ qu'à s'in.
quiéter ſur les faux honneurs, ou
fur les fauſſes infamies .
:
Falfumhonosjuvat &mendax infamiaterret.
Voila une Béatitude , à vray
dire, bien diférente de celle des
anciens Philoſophes; car, comme
dit S.Auguſtin, les Diſciples d'E.
picure ne connoiffoient point
d'autre plaiſir que la volupté;
les Stoïciens n'eſtimoient point
d'autre bonheur que la vertu ; &
du MercureGalant.
63
SUL
12
les Chreſtiens , les Sages , ne
trouvent point d'autre felicité
que laGrace. Les premiers ſoûmettent
l'eſprit au corps, & ré.
duiſent les Hommes à la vie des
Beſtes. Les ſeconds rempliſſent
l'ame de vanité ; & dans la miſere
de leur condition, ils imitent
l'orgueil des Démons. Les der
niers avoüant leur foibleſſe , &
connoiſſant par expérience que
la Nature & la Raiſon ne les peuvent
délivrer , ils implorent le
fecours de la Grace , & n'entreprennent
point de combatre les
5 vices , & d'acquérir les vertus,
que par l'aſſiſtance du Ciel. Ces
Philoſophes euret quelques conférence
avec S. Paul durant fon
ſejour à Athenes. Les Epicuriens
qui vivoient ſelon la chair , di.
64
Extraordinaire
4
folent , Nobis frui carne bonum eft.
Les Diſciples de Zenon, qui vivoient
felon l'efprit , Nobis frui
noftramente banum eft; & l'Apoftre
qui vivoit ſelonDieu, Mihi adharere
Deo bonum est. Les Epicuriens
dit Saint Auguſtin , font dans
l'erreur ; les Stoïciens ſe trompent
; & l'Apoftre dit vray. En
effet , heureux eft celuy qui s'attache
entierement à Dieu , qui
écoute ſes ſaints enſeignemens,
qui obeït à fes divins préceptes.
Beatus quem tu erudieris, Domine,
Pfalm . 93. Heureux celuy qui fait
tout ce que la fageſſe luy inſpire
pour le culte de Dieu, pour l'amour
du prochain , & pour la
propre felicité! Heureux enfin
celuy qui demeurera eternellement
dans la ſageſſe, qui fera de
duMercureGalant. 65
fon coeur le Temple inviolable
+ du S. Eſprit . Beatus qui inſapientia
morabitur . Eccl. 14 .
LA SELVE, de Niſmes.
• 22522522222255252
1
1-
1
Si la beauté de l'Eſprit eft plus
propre à charmer que celle
duCorps.
Deept
E l'Esprit & du Corps l'une &
Sontdes facrez rayons de la Divinité,
QuidecegrandPrincipe empruntent leur
lumiere.
L'une& l'autre ont bon air, toutes deux
fontfracas,
Chacune a ſes brillans , chacune a fes
appas,
Aussi bien queson caractere. 金
{
Q.deJanvier 1683. F
66 Extraordinaire

La beauté de l' Espritfans-doute a bien
descharmes,
Etse fait admirer des plus indiférens ;
Mais la beauté du Corps régneſouvent
fans armes,
Etsefait adorer desplusfiers Conquérans.
Auxpieds d'une belle Perſonne,
On metſouvent Sceptre & Couronne.
Cependant je remarque entre ces deux
Beautez,
Dant les Mortelsſont enchantez,
Une diférence notable
Que ma Muse en deux Vers veut bien
vous étaler;
Labeauté de l'Esprit estpermanente&
Stable,
Mais labeauté duCorpspaſſe comme un
Eclar.
En effet, que font devenuës
Cesfaneures Beautez, cesBeautezfi con
nues,
1
du Mercure Galant. 67
Dont l'orgueilleux éclat avoit tant de
renom?
Andromede, Lucrece, Heléne,Cleopatre,
Vous n'éblouiſſez plus , ſi ce n'estau
Théatre;
Etfans la Comédie, onseroit voſtre nom?
a
Mais le feu d'un Esprit, tout divin, rare,
&bean,
Triomphe de la Parque, & brave le
Tombeau,
Ilattire en tout temps deglorieux hommages.
Seneque, Cicéron, Demosthene, Platon,
Ifocrate, Zenon, Diogene, Caton,
Vivent-ilspas encor dans leurssçavans
Ouvrages?
83
Pour éviter les discoursſuperflus,
Voicy donc ce que je conclus.
Pourpeuqu'on ait le coeurſenſible
Aux atiraits d'un Objet qui paroist gra-
Et pour peu que d'amour le coeurſoit
Susceptible,
68 Extraordinaire
On est bientoftprispar lesyeux.
03
Maissi l'Hommeſemett enpaſſe
Detoutfairede bonne grace;
Maisfil'Homme attend un moment
Pour écouterla voix deſon raiſonnement,
Voix douce, & non tumultueuse,
Avantque l'onsoit désarmé,
La beauté de l'Espritſera victorieuse,
Etdece coſté-là l'on restera charmé.
L. BOUCHET, ancien Curé
deNogent le Roy.
Pourquoy les Nouveautez plaifent
d'abord , & dégoûtent
dans la ſuite .
C'Est une
incontestable & claire verité,
Que cequ'on nomme nouveauté,
Charme&délecte tout le monde.
Maisd'où vient cette impreffion,
Quifait la délectation?
duMercure Galant. 69
C'eft la-deſſus qu'ilfaut que je réponde.
K
L'inſatiable ardeurd'apprendre chaque
jour
Quelque évenement, quelque chose,
Faitdelanouveauté l'inépuisable amour
Etdecet appétit on augmente la doze,
Quand un Spectacle merveilleux
Sepréſente à l'esprit, on vientfraper
lesyeux.
Ajoutez que l'ame eft éprise
D'unefecretevolupté,
Quandune agreableſurpriſe
Flate la curiofité
Qui l'entraîne, &qui lamaîtriſes
Et c'est ainſi qu'on trouve bean
Tout ce qui s'offre de nouveau.
Ces changemensſiſubits de Theatre,
Dont le Spectateur idolâtre
Eft enchanté dans l'Opéra,
Qu'on endiſe ce qu'on voudra,
N'ont rien de charmat dans leur estre
Queparce qu'en unseulinstant,
70 Extraordinaire
Lorsqu'on n'y penſepas, ils viennent à
paroître,
Etforment tout-à- coup en Spectacle éclatant.
E3
- Mais par un effet tout contraire,
Ce qui plaiſoit, ceffe de plaire,
Semblefade, & n'a rien de beau,
Lors qu'un fréquent usage enſuit la
jouissance.
D'oûpent venir cette inconftance?
C'estqu'il ceſſe d'estre nouveau.
25
Lemeſme.
duMercureGalant . 71
25525-52255-52522
QUEL CHOIX DOIT FAIRE
un Homme, qui ayant le coeurfenfi
ble à l'esprit&à la beauté, n'est
point affez riche pour vivre fans
chagrin avec uneFemmequi ne luy
apportcroitaucun bien. On tuypropose
trois Partys pourle Mariages
unc Fille tres -riche, mais tres-laide,
&n'ayant aucun esprit ; une autre
parfaitement belle , d'une ſageſſe
reconnuë, d'unehumeurtres- douce,
maisfansbien ; &enfin une troifiéme,
qui par son eſprit se fait
admirerde tout lemonde , mais qui
n'any bien , ny beauté.
Uoy qu'un Homme de la
Clip par la
Queition , foit affez embaraffe
72
Extraordinaire
fur le choix qu'il doit faire des
tois Partys qu'on luy propoſe
pour le Mariage, parce qu'il s'agit
d'examiner la nature & la dignité
des avantages contenus
dans chaque Party , & que la
bonté du choix ne dépend que
d'un juſte difcernement à bien
juger de la préference de ces
avantages , je croy neantmoins
que le mieux qu'il puiſſe faire
dans cette neceſſité de choiſir,
c'eſt de prendre une Fille parfairement
belle , d'une ſageſſe reconnuë'
, & d'une humeur tresdouce
, quoy qu'elle n'ait aucun
bien.
Pour démontrer que ce ſenti
ment eſt juſte , je remarque d'a
bord dans ce choix, que les deux
premiers ſouhaits de cetHomme,
ſcavoir,
duMercureGalant.
73
ſcavoir , l'Eſprit & la Beaute,
font avantageuſement remplis .
La ſageſſe de cette Fille , & la
douceur de ſon naturel , ſont des
attraits puiſſans pour le ſatisfaire
àl'égard de l'Eſprit; & la Beauté
laquelle il a le coeur ſenſible,
s'y rencontre auſſi dans un degré
parfait. Il eſtvray que l'avantage
du bien ne s'y trouve point,
mais cet inconvenient a ſes remedes
, fi l'on confidere que
cette Fille trouvera dans fa fageſſe
meſme les moyens de régler
leMénage avec un ordre qui
procurera en peu de temps une
abondance de biens ſuffiſante
pour contenter le coeur de cet
Homme , puis que nous voyons
tous les jours des exemples ſi fa
meux des effets ſurprenans de
Q.deJanvier 1683 . G
1
:
74
Extraordinaire
l'oeconomie, dont l'uſage eſt l'u
nique &le plus important ſecret
qu'on puifle avoir pour conferver
, & meſime pour augmenter
le revenud'une Famille.
D'ailleurs , s'il eſt veritable
que l'excés des biens cauſe une
infinité de defordres, &que c'eſt
une occaſion funeſte pour fo.
menter les paſſions & le luxe , il
n'y a pas un Homme raifonnable
qui ne préfere ſans difficulté une
ſageſſe reconnuë , à une abondance
de biens qui pourroit porter
une Femme à ſe glorifier de
cet avantage , à rechercher ſes
plaiſirs avec trop de paſſion &
de liberté , & en un mot a maî
triſer ſon Mary , en luy reprochant
à toute heure qu'elle luy a
fait ſa fortune. Il n'eſt pas abſo,
duMercureGalant.
75
lument neceſſaire de poſleder un
grand revenu pour vivre avec
douceur dans le monde. Un bien
médiocre , gouverné avec jugement,
& fecondé d'une frugalité .
loüable , eſt ſuffisant pour un
Homme & une Femme qui veu.
lent vivre éloignez des traverſes
&des embarras du monde. Les
Grecs& les Romains ont meſme
eſtimé qu'il eſtoit plus avantageux
de vivre dans la pauvreté
que dans l'abondance , & on ne
s'attiroit pas moins de blâme en
ne ſe contentant pas de la ſucceſ
fion de fon Pere ( fuſt- elle peu
conſidérable ) que ſi on euſt diſſipé
le bien de ſes Anceſtres par
des profuſions immenfes , parce
qu'ils éprouvoient comme une
verité manifeſte, que la pauvreté
Gij
76
Extraordinaire
-
eſtoit d'un grand ſecours pour
dompter les efforts des paſſions
humaines, & pour les ſoûmettre
à la raifon. En effet, ils avoient
une horreur fi grande pour le
luxe,&pour les delices de la vie,
qu'ils drefferent dans le Temple
deThebes une Colomne, où ils
avoient gravéd'étranges imprécations
contre le Roy Menis,
qui fut entre les Thebains le
premier Sectateur d'une vie dé.
licieuſe, Ce fut alors que la cor.
ruption des mocurs commença
de prendre racine en ce Païs- la
par les déréglemens du Peuple,
qui ſecoüa le joug de la pauvreté,
concevant , à l'exemple de ce
Roy voluptueux , un appétit infatiable
des biens de la terre. Ce
déſordre paſſa juſques aux Ro
du Mercure Galant. 77
L
mains , & obligea quantité de
Magiſtrats à faire des Loix ex.
prés, comme la Loy Oppia, Cornelia,
Papia, Ancia,&c. pour retrancher
le luxe & les excés de
labonne chere. Lycurge fiſt auſſi
des Loix d'une ſeverité ſurpre
nante pour le meſme ſujet, &à
deffein de corriger les excés des
Repas ſomptueux , qu'il regardoitcomme
les attraits de la con.
cupifcence, & comme la ſource
fataledes défordres de laRépublique.
C'eſtoit auſſi une coû
tume pratiquée chez les Spartes,
d'ordonnerdes peines à ceux qui
recherchoient Palliance des Ri
ches, dans la veuë d'amaſſer de
grands biens, en profitant de leur
bonnefortune. Je ne dis riendes
autres Nations qui ont eſtimé la
Giij
58 Extraordinaire
pauvreté comme une vertu , &
qui ont toûjours eu un extréme
dégouft pour le luxe.
Mais pour ne porter pas plus
loin cettedigreffion, unHomme
tel que la Queſtion nous le propoſe,
ne fait point unjuſte choix,
s'il s'attache au premier Party;
car quelle douceur peut- il goûter
dans unMariage de cette qualité?
L'extréme richeſſe de cette Fille
le conſolera - t - elle du manque
d'eſprit&de beauté ? Si elle n'a
point d'eſprit , aura-t- elle de la
conduite? Si elle n'a point de
conduite , ſera-t-elle capable de
bien élever une Famille ; Et enfin,
fi elle eſt ignorante dans l'éducation
d'une Famille, pourrat-
elle plaire à ſon Mary , & l'un
& l'autre joüiront- ils de cette
duMercure Galant. 79
2
2
fatisfaction commune qui réſulte
du ſoin d'un Ménage bien ordonné
? A l'égard de la Beauté,
quoy qu'on ne doive pas tant eftimer
ſes charmes que ceux de
l'Eſprit, ils font toûjours aſſez
puiſſans dans une Femme, pour
attirer l'amour & la complaiſance
de ſon Mary, & pour établir entr'eux
une amitié réciproque.
Le dernier Party eſt encor
moins propre pour cet Homme,
& il eſt fort vray- femblable que
ledefaut de deux avantages dont
il eſt touché également , ſeroit
un redoublement de chagrin
pourluy dans le Mariage, qui luy
donneroitdumépris pourſa Fem.
me, & le rendroit enfin inſenſible
aux charmes de fon eſprit.
Mais est- il un Homme afſfez
Gj
4
80 Extraordinaire
ingrat, pour ne pas aimer June
Femme ſage, belle, & d'une humeur
engageante ? Le manque
de bien empefchera-t-il qu'on
ne rende juſtice à ſon merite?
Et aura-t-onmoins d'égard pour
elle , que pour une Fille à qui la
Fortune a eſté fort libérale , &
aqui la Vertu n'a rien donné,
qui ſera peut- eſtre une Emportée
, une Délicieuſe , une Coquete?
La ſageſſe &le bon na.
turel font deux qualitez fingulieres
qu'on doit rechercher dans
une Fille. La premiere eſt une
régle infaillible, pour entretenir
toûjours une agreable deconomie
, pendant laquelle le Mary
& la Femme ne doivent point
redouter les atteintes de la pau
vreté; & l'autre eft comme un
fecret merveilleux pour refferrer
duMercureGalant. 81
les noeuds de l'amitié conjugale,
qui en éloignant les conteſtations
importunes , fi contraires à la
douceur de la vie, fera naître dans
leur famille un repos &une tranquillité
toûjours agreable . Un
Mariage où la paix ſe fait admi
rer , a des charmes incroyables;
Celuy qui a le malheur d'eſtre
ſujet à la diviſion , n'a que des
amertumes à répandre. Ainſi je
donne avis à cet Homme de ne
pas négliger un Party ſi confidé.
rable ; & fans s'attacher à l'inté.
reft , qu'il s'eſtime heureux, qu'il
s'aplaudiſſe de ſon choix, & enfin
qu'il regarde la beauté , la douceur
, & la fageffe de fa Femme,
comme une reſource avantageuſe
pour paſſer la vie agreablement.
DECAVILLY, AvocatàPerick
enNormandie,
H
82 Extraordinaire .
Les Explications que vous allez
lire, m'ont esté envoyées sur les
Enigmes deDecembre, dont les Mots
estoient l'Ecran & la Taupe.
1.
ENire les mains de la belle Silvie,
Oudelacharmante Philis,
Mon deftin est digne d'envie,
Puis que de leur beau teint jeconſerve.
lesLys,
Dont la blancheurſeroit bientoft ravie
Parlavivacité
D'unfeubrûlant, & plein d'activité.
Pendant cedoux employ j'en reçoy cent
careffes.
Que de douceurs, quede tendreſſes
Sentiroit un Amant, s'ilpouvoit estre
Ecran
Pendantquatre ou cing mois de l'an!
ALLARD
duMercureGalant. 83
11.
Vandje vois chaque jourl'adorable
Catin
Se promenerdans leJardin,
D'un airqui n'a riende laGaupe, Jem'écrie auffitoft: Ab, qui n'aimeroit
pas Tant de charmes, & tant d'appas,
Seroit bienplus aveugleque laTaupe.
N
111.
Le meſme.
Eft- ce pas oublier l'inconſtance des
Belles,
Quede leur donner un Ecran? CeCommodepréſent qu'on voit estimé
d'elles, Avant que nous soyons àla moitié de
l'an,
Seramis avecjoye au rang des bagatelles.
A AVICE, de Caën, Ruc
de laHarpe
84 Extraordinaire
IV.
LEfeu qui livreſur larerre
Acent Corps diferens une cruelle guerre,
Nepeut souffrird'obstacle aſon activité
Cependant entous lieux unfoibleEcran
lodomte,
Illuyfait refpecter le teint d'uneBeaute,
Et defierElement en estrougedehonte.
Lemeſime.
V.
Noon
Ons reconnoiſſons tous lesjours
de laides amours.
Quandon aime,fuft-ce uneGaupe,
Sil'onvoit boire àſaſanté,
Celuy qui s'en trouve enchanté,
Neceffepas dedireTaupe.
is St-ce
VIGNIER, deRichelieu.
VI .
eparce quejediſois
Qu'aupresdevous jem'embrafois,
Qus vous voulez,jeune Camille,
duMercure Galant. 85
1
Entre nous mettreplus d'un mille?
Ah,lefâcheux Ecran oùje me réduiſois.
DROUART DE ROCONVAL,
dela Porte S. Antoine.
VII .
L'Individumanffade &gaupe,
Choque mon inclination;
Mais je ne puissouffrirſans indignation
Lesdégasts que fait une Taupe.
LaTaupe d'unfardin deſole la beauté.
Parl'outrageSecret qu'ellefait aux Pars
terres;
LaTaupe d'un Feftin, deregle laſanté,
Danslecombatfataldes Brindes&des
L. Bouchır, ancien Curé
deNogent leRoy.
VIII.
Hilis, au premier jour
Verres.
P del'an,
Que chacun à l'envy vous offre des Etrennes;
Recevez, s'il vous plaiſt, les miennes,
C'est pour vostre beau teint un prétieux
Ecran, RAULT, de Roien,
86 Extraordinaire
ΙΧ.
Eneveuxplus aimer, nargue devos
Je neveuxplus
app
Allez, inſenſible, inhumaine,
Fay beau vous parler de mapeine,
Vousnemeplaignezpas;
Bacchusparmy les Pots, les Verres,Oles
Vamevangerdevostre haine. (Plats,
Allons,Bacchus,jesuis à toy,
L'Amourme rend l'humeur trop noire.
Je neveuxplusſongerqu'à boire,
Tu vas voirsi jesçay bien dire, Taupe
àmoy.
DIEREVILLE, du Pontleveſque.
DEs
Χ.
Esvrais Amans,&desEcrans,
Les officesfontdiférens.
LesEcrans gardent de la flame,
Etde l'ardeur d'un trop grandfeu;
Mais d'unAmant le plus douxjeu,
Sevoit à l'allumer dans le coeur desa
Dame.
Le Marquis inconnu de la belle
FrançoiſeJoſephine.
duMercureGalant. 87
XI.
& cruelAnimal,
Pleind'horreur&de
rage,
Quimets tour aupillage,
Etnefaisque du mal;
Arreste-toy du moins en terre
Aravager tousſes tréſors,
Taupe,fans emprunterleVerre,
Pourdétruire nos corps.
E. FOYNEAU, Sous-Chantrede
la Cathédrale deVennes .
XII,
N connoift ledefir dont Mercure
Otamen
Jecherche àplaire à l'aimable Sylvie,
Par cetEcran qui luy conſerve un teint
Qu'elle estime plus quesavie.
C. HUTUGE, d'Orleans,
demeurant à Metz.
XIII
Ndit que l'Amournevoitgoute,
deBacchuss O Fe croy le mesme
Card'empefcher de dire plus ,
88 Extraordinaire
TaupeauxBuveurs, c'estles mettre en
déroute.
V
LeMarquis inconnu de labelle
FrançoiſeJoſephine.
XIV.
Os nevousfervez d'un Ecran
Quelamoitié del'an,
Etvousluyfaites cent careffes.
Que doit donc attendre un Amant
Qui s'offre àvousservir toûjours également?
Vous luy devez, Philis, mille&mille
sendreſſes.no
Le Cavalier inconnu de
l'aimable Picarde.
Sans auf Ans fouiller aufonddemon coeur.
Ainsi que l' Animal qui fait des Taupinieres,
Contentez-vous, Philis, qu'on boivedes
premieres
Voftreſanté, diſant auplus hardy Bu
Veur,
duMercureGalant.
89
JeTaupe à cette Belle ; imitez-moy,
I
Monfieur.
Lemeſme,
XVI.
Ereçeus l'autrejour, Mercure,
Un bel Ecranparla Voiture,
Dont onadmire lafaçons
Jevous enfçaybongré,car il est deſaiſon:
Labelle Nourriture du Havre.
XVID
Ve cette Enigmem'embaraſſe,
Qu Buveurssedit la Loy!
Jen'yvois goute,sur mafoy,
Etd'y refuerje suis trop laſſe.
J'y vois comme uneTaupe, &d'efprit,
&des yeux;
N'eſtantpas demon mal encor bien revenue,
Pardonnez àmon peu devenë,
Une autrefois jeverraymieux.

Lameſime
Q.deJanvier 1683. H
go Extraordinaire
E
XVIII.
Ncor fivoſtre Enigme avoit tantde
brillant,
Qu'elle donnalt trop dans la venë,
On loueroit voſtre retenue,
Et chacun trouveroit leprocedé galant.
Mais dans l'obscurité profonde
Qui regne dans cesVers dupremier jour
de l'an,
N'est- ce passemoquer du monde,
Que de nous donner un Ecran?
D
L'Ennemy d'Amour à l'Anagramme,
L'Héroïne m'y
entraîne.
ΧΙΧ.
Etoutes lesSaiſons que l'onvoit
arriver ,
L'Ecran neferr que dans l'Hyver;
-En autre temps on lemépriſe;
Ilfaut qu'ilvienne unventdebiſe,
Pourle remettredansſes droits.
Ilsechauffs, on le tient, fans brûlerde
fonbois;
Ilnevapas chezla Canaille;
duMercureGalant.
91
Il est d'une diforme taille,
Puis qu'il estplat&rond ; tel enfin que
je fuis,
Ilm'aparlé d'amour, ſans que jefois }
tropbelle;
Ilpeut parsesplaiſans recits
Forcerſouvent une Cruelle
Ane pouvoir le rebuter;
On litſes Vers qu'on peut chanter;
Etmesme il a cet avantage,
Soit qu'il touche, on non, quelques
coeurs,
Qu'estant baiſe par badinage,
Ila toûjours quelques faveurs.
FORTEAU, Avocat de Semurs:
LATaupe
l'inclination
Toûjours attachéeàlaterre;
Elle estdans ce deſſeinſans ceffe enaction,
Onluyfait tres-souvent laguerre;
Dans lesJardins les mieux entretenus,
On la cherche malgréses chemins inconnus,
On ne vajamaikla lumiere,
Hij
Extraordinaire
Maisdans les horreurs defanuit,
LesGuetteursfans faire debruit,
Laprennent quelquefois aufort desa
carriere,
Etdans ce déplorable fort,
CetAnimal trouve la mort.
Si quelque chose luy peut plaire ,
Apres un fi crueldeftin,
C'est qu'on fait deson nom l'ornement
d'un Feſtin;
Ondit Taupe en buvant, c'est l'ame de
la Chere;
Etfifurce sujet je doisparlerdemoy,
Ilfaut tauperſouvent pour me faire la
loy.
XXI.
Le meſme,
E fuis une jeuneBeauté
Qui ſçais peu l'amoureux mistere
Maisje croy quepourplaire,
Ilnefautpoint tant d'infidélité.
L'Ecran me dites- vous, parte d'amour
auxBelles;
Avonez-te,Mercure, enl'artde coquetter
duMercureGalant.
93
Surtous voussçavez l'emporters
Atoutes vous jurez des amours éter-
Ilsuffit devous écouter. (nelles,
La belle Priſonniere du
Fauxbourg S. Antoine.
XXII.
Volontiersje vous laisſſe une Bêche
DansvosJardins au quetpourſurprendre
desTaupes;
Jemeplais mieux àtable unpleinVerre
alamain,
Pouryfaire leguet aux gaillards mots
deTopes.
QVoy
Le Manan de laBelleEtoile
de laRue S.Antoine.
Voyque
XXIII .
maitdéfenduMaman,
Qui dit que je ne dois prendre rien de
personne,
Jene puis refuser l'Ecran
QueMercure aujourdhuy me donne.
LaBelle à l'Anagramme,
Fen'aime rienhors le mérite,
• de la Ruë de la Licorne.
94
Extraordinaire
:
H
XXIV .
A!méchante inclination,
Qui
terre!
nous porte tous vers la
Pour elle l'on nous voit toûjoursdans
l'action ;
Nos Directeurs ont beau nous enfaire
la guerre,
Pournous faire changer, ilsfont entretenus;
Maisque bienpeu lefont! Ilssont presque
inconnus .
Plus qu'une Taupe, belas! nous fuyons
la lumiere,
Riſquant d'eftrefurpris d'une eternelle
nuit.
Quoy qu'unPasteur s'enplaigne, &faſſe
b'en dubruit,
Sans levouloir entendre, on poursuitsa
carriere,
Et par un déplorable fort,....
On veut refteravengle, &fourd jusqu'à
lamort.
duMercure Galant. 95
Funeste aveuglement! comment peux-tu
nous plaire,
Toy qui nousfaisſouffrir un fifâcheux
deſtin?
Fuyons-le,chersAmis, mesme dans un
Feftin,
Et que le Tope & Maſſe, enfaisant bonne
chere,
Nenow empeschepas deprendre (croyez
moy)
L'Honneur pour noſtre régle,&laVertu
pourloy.
GYGES,du Havre.
Futes- vousjamais plus Galant,
Mercure,qu'en ce mois ?Avec ce beau
talena
Denous debiter des Nouvelles,
Vous donnezun Ecran aux Belles,
Et dequoy faireTopeà tous les bons
Buveurs.
Ma foy, vous lesfaites tous rire,
Un chacun adevosfaveurs,
96 Extraordinaire
Etvoitquevensſpavezfaire auffi-bien
que dire.
XXVI.
Lemeſme.
UnCertain faiſamt &Afrologue,
Nous diſoit l'autre jour d'un ton dePédagogues
Sçavez- vous bien que Mercredy,
Une beure, oudeux apres midy,
De l'Orbe leplus haut doit arriver l'Eclipfe?
Degrace, expliquez-nous cela,
Dimes-nous auffitoft. La-deſſus il parla
D'unſtileplus obscur que n'est l'Apoca
lipse,
D'imerposition;
Et deconjonction,
De longitude,
Delatitude,
Deparalelle, &d'horizon.
Avouw autres, dit-il, qui n'estes pas d'étude,
Je m'en vay vous donner une comparaiſon
Enfaçon defimilitude.
duMercureGalant .
970
Lorsque vous vous trouvez aupres de
voftrefen,
Sivous vous brûlez tant-foit-peu,
Vous mettez devant vousdequoy vous
endéfendres
Et ce que vous mettez parfon opacité,
Empeſche quedufeu l'extréme activité
Nepuiſſe jusqu'avons s'étendre.
C'estde lafortequ'ilfautprendre
L'évenement qui vousſurprend,
LaLune, de la Terre est justement
l'Ecran.- 4
XXVII.
Mercure, voſtre Ecran eft unpréſent
Auſſile reçoit-onfort agreablement
Mais vostreTaupe eft uneBeste
Quin'apournous rien de charmant.
A
La Nymphe de S. Paul,
avec ſa Suite.
XXVIII.
Ovelquetemps qui puiffe quipuiſſe arriver,
L'Ecran nefertquedaiss l'Hyver;
On l'abandonne, on lemépriſe,
Q.defanvier1683 . I
98 Extraordinaire
S'ilne vient quelque vent debiſe
Qui le remettedansſesdroits.
Ilse chauffepar tout,fans brûler deſon
bois;
Lebeau Sexe l'employe,&nonpoint la
Canaille,
Quay qu'ilfoit de diforme taille.
Ah! s'il estoit comme je fuis,
Qu'ilpût parlerd'amour aux Belles,
Qu'il leurfiſt deplaiſans recits ,
Et qu'ilvist que lesplw cruelles
Nepuſſentpas le rebuter,
Etpour en diredavantage
Qu'ilpût enfin toucher leurs coeurs,
Danssoninnocentbadinage,
Ilauroit bien d'autres faveurs.
4
Le Secretaire du Parnafſſe.
ΧΧΙΧ
Onnerpour Etrenne unEcran,
Donner
-cepas avoirfoin desBelles?
Mercure, Taupe à tay, cepremiermois
dekan
du Mercure Galant. 99
Je bois à taſantépourelles.
3.2
BD B. al'Anagramme, Le
Blondjoly, Lieutenant General
au Regiment Royal
des Vaifleaux
XXX
Confervez vostre teint,ma charma
Lesbie,
unte
Unique &cherObjet pour qui j'aime
lavio, M
Et contre l'attentat du brûlant Dieu
Vulcan,
GIRAULT, de Paris.
Armez-vousd'un Ecran,
Q
XXXE
m'accorde unpeude Vand Lifette m
Sesfaveurs,
Mon coeuralors paroiſt le plus conſta
des coeurs;
Jejure par l'Amour, que je n'aimeray
qu'elles
Maisun moment apres je deviens infidelle,
I ij
100 Extraordinaire
F'entretiens de mesfeux la jeune Amarillis,
Quandjeprétens encor dire Taupe à
Philis.
Le meſine.
Le Chifre quifuit, cache un Madrigal
qui explique la premiere de
ces deux Enigmes ſurl'Écran. Il eft
de l'invention de M de Fleffel de
Vermolet d'Amiens . C'est une nou
velle espece d' Enigme pour seux qui
voudront biense donner la peine d'en
chercher le fens. Le point sépare la
lettre , &les deux points Séparent le
mot. Ilfaut obferuer qu'on n'a point
la lettre K dans cet Alphabet, compris
parce qu'elle estpresque toûjours inu
rile.
duMercureGalant . 101
Explication en Chifre de l'E
nigme de l'Ecran .
2131.4554.5635. 1312.6574.3652 .
6453. 3112: 7546.6322: 6723.
2112. 5311. 6212 : 9711. 3443: 2111.
1818 : 6624.2112.122 5553.3112.
2111.1733. 9652.3333 : 9625. 4611:
1221.3461.3421.5633 : 8181.7312 .
2731. 2462.3432: 2212, 2110 3412.
3425: 4322. 2011: 3242.6543: 1221.
6283.2121.3452.6574-4755: 2110.
-2210: 8712. 2121. 1131.2178.3211.
8824.6455: 6624.2111 : 2475.3211.
4231.5536.6565.3281 : 9324.2110.
2213: 4464.5636: 3210.6912.6229 .
3611.6723 6711 3276.3211. 2322.
3411.6844: 1211.8231.8428.64345
4824-3612: 2000. 3421. 6322. 3213 .
6415.8622 : 3611. 423. 2111 : 8163 .
2110. 2222: 6212.8527. 2212.5636.
1863 .
I iij
102 Extraordinaire
Lors que je vous ens envoyé le
commencement du Traité des Luneses
employé dans le XIX. Tome de
l'Extraordinaire , vous me témoignastes
que puis qu'il estoit dédié à
Monseigneurle Duc de Bourgogne,
vous feriez bien -aise d'en voir l'Epistre,
parce qu'il avoit parafingulier
à quelques-uns qu'on cust adreſſé
unTraitéde cette nature àun Prince
qui estoit encor dans le Berceau. Li-
Sez,Madame,&faites lireà tom vos
Amis cette Epistre qu'ils attendent
avec tant d'impatience. Ils la trouveront
tres- dignedefonAutheur, &
je ne doutepoint qu'apres l'avoir lûe,
ils n'avoüent que les chofes les plus
éloignées entr'elles , peuvent avoir
du raport, pourven qu'on les ſcache
bien tourner. Voicy dequellemaniere
L
F
103
duMercureGalant.
11
M² Comiers parle à Monseigneur le
Dut de Bourgogne.
V fans
Ons repoſez , MONSEIGNEUR
, fans foin &
chagrin dans un Berceau Royal,
à l'ombre d'une Moiffon de Palmes
, & de Lauriers du plus auguſte
& du plus grand des Monarques
de la Terre , duquel on
ne peut dignement faire le Panegyrique
, qu'avec les meſmester.
mes que le S. Efprit employa
dans le premier Chapitre des Livre
des Machabées , pour faire
celuy d'Alexandre le Grand. siluitTerrain
confpecta ejus. Tous les
Princes de la Terre trembloient
en lapréſence. Mais, MONSEI
GNEUR , avec l'âge , vous vous
ſentirez eſtre népour occuperdi.
I j
104
Extraordinaire
gnement la Renommée à publier
dans tous les coins de l'Univers,
vos faits plus qu'héroïques. Vous
ſerez toûjours chery de laVictoire;
vous ferez toûjours la terreur
des Ennemis , &la joye des
François. Enfin comme,
ParvosnonAquilis, fas eft educere
færus
Antefidem Solis judiciumque Poli.
Vous ferez par vous meſme , autant
que par voſtre naiſſance , un
Prince incomparable ; & pour
dire tout en un mot, vous ferez,
MONSEIGNEUR , en tout lieu &
entout temps , un Fils- digne du
Pere&du Grand Pere.
Mais , MONSEIGNEUR , Vous
aurez le meſme ſujet que cet Aléxandre
Macédonien , Fondateur
de la Monarchie des Grecs, de
du Mercure Galant. 105
el
S
1
vous plaindre que toute l'Europe
cedant déja par tout aux Armes
du Roy toûjours, victorieuſes ,
vous ferez obligé d'aller cher ,
cher un nouveau Monde pour
fournir de matiere à voſtre bras ,
& trouver des Ennemis de la
France...
1
C'eſt pour cela , MONSEIGNEUR
, que dans voſtre Berceau
meſme , je vous préſente
des Lunetesde longue veuë, pour
voir ces autres Mondes ſi éloi
gnez de nous , & qu'on a commencé
à découvrir dans ce Sie.
cle plein de Miracles , par le
moyen des Télescopes , qui par
une innocente Magie , rendent
préſentes à nos yeux les choſes
les plus cachées dans leur grand
éloignement. C'eſt par le moyen
1
1
106 Extraordinaire
des Lunetes que la divine Aſtronomie,
digne un jour de vos plus
belles Etudes , penetre les Cieux,
& fait un nouveau commerce
dans les Aſtres .
5. ... Transcenditad Aftra
Disciplina audax , inquirit fédula
motus,
Vestigatque Situs, oculis nova Sidera
luftrat,
Et geminofubnixa Vitro, miracula
pandit.
- C'eſt , MONSEIGNEUR , par le
moyendesTélescopes , qu'on reconnoiſt
par expérience ce que
dit l'Eccléſiaſtique Chap. 11. &
43 que les Ouvrages du Tres .
haut font pleins de majeſté, cachez
& inconnus au commun
des Hommes ; & que nous pouwons
dire comme S. Jean dans le
6
duMercureGalant. 107
1
21. Chapitre de l'Apocalipse ,fay
vû an Ciel nouveau ,& une nouvelle
Terre. Vous ferez,MONSEIGNEUR,
de ce nombre. Le Ciel
a allumé l'un de ſes Flambeaux
extraordinaires , pour annoncer
voſtre Naiſſance à toute laTerre;
&cette heureuſe nuit du 6. du
mois d'Aoufſt dernier 1682. fut
éclairée à Verſailles durant quelques
heures par un Feu celeſte,
& qui ſurprit tous ceux qui le vi
rent.
Ainsi , MONSEIGNEUR , j'ay
d'aſſez bonnes Lunetes pour lire
dans l'avenir , & dans les Etoiles
da Ciel , que le Prophete Iſaye
Chapitre 34. Verfet 4. compare
à un Livre ; & le Prophete Baruch
Chap. 6. Verſet 59. nous affure
Que les Etoiles reſplendiſſantes
08 Extraordinaire
1
beiffent , quand elles sont envoyées
pour choses utiles. C'eſt pourquoy,
MONSEIGNEUR ,
Credite me vobis ,folium recitare
Sibille
&queje fuis , &c.
25522-5525522-2555
SUITE DU TRAITE'
DES LUNETES,
Par M' Comiers d'Ambran , Prevoſt
de Ternant, Frofeſſeur des Mathématiques
à Paris.
N
Ous donnons icy la conſtruction
des ſimples Télefcopes,
ou Lunetes de longue veuë,
qui n'ont que deux Verres, l'un
duMercure Galant. 109
objectif, toûjours plan- convexe,
ou convexe des deux coſtez,&un
oculaire , plan- concave ou con.
cave des deux coſtez ; ou planconvexe
ou convexe des deux
coftez.C'eſt pourquoy il y a deux
genres de Télescopes , car le Verre
oculaire du premier genre eft
concave , par lequel on voit l'ob
jet dans ſa ſituation naturelle; &
le Verre oculaire de l'autre genre
de Lunete eſt convexe , qui fait
voir les objets renverſez , mais
qui en échange fait découvrir
tout à coup ,&en meſme temps,
cent fois plus de terrain , ou plus
grande baze du coneviſuel , que
ne fait la Lunete à l'oculaire concave.
Deux Lunetes de mef
me genre & d'égale puiſſance,
forment les Bezicles Télescopiques ,
пог Extraordinaire
qu'onappelle Binocles. Nousdé
montrerons en quel temps , &
par qui ils onteſté inventez .
Bien que Guftchonius ait démontré
que la réfraction du Verre
eſtant à la réfraction de l'air
comme 13. à 20. l'unique eſpece
des figures hyperboliques & fetions
propres pour les Verres
des Lunetes , eſt de 4.2 . degrez
32. minutes ; neantmoins comme
tous les Verres conoïdes ne fubſiſtent
que dans l'idée, puis qu'on
ne peut les bien travailler à cauſe
de la diformité réguliere de leur
figure , les ſeuls Verres ſphériques
peuvent produire un bon
effer, parce qu'ils peuvent eſtre
exactement travaillez , à cauſe de
leur figure uniforme en toutes ſes
parties ; & fi on compare les pro-
1
duMercureGalant.
prierez de l'hyperbole , avec les
proprietez du cercle dans ſesſinus,
on trouvera qu'un Verre
ſphérique n'ayantque peu de degrez
à découvert , n'eſt que de
tres peu inférieur au Verre qui
feroit hyperboliquement formé;
outre que fi la figure hyperbolique
eſt preferable à la circulaire,
pour la préciſe réünion des
rayons émanez du point de l'objet
qui ſe trouvera dans l'axe , elle
n'eſt pas ſi avantageuſe que la figure
ſphérique pour la réünjon
des radiations des points latéraux
de l'objet.
Jedis que toute la ſcience dela
Conſtruction des Lunetes de longue
veuë , que Keppler dans la
Préface de la Dioptrique appelle
un oeil artificiel , dépend de fix
choſes.
112 Extraordinaire
1. A déterminer la diſtance
du Verre, à l'image de l'objet ; la
diſtance de l'objet au Verre ef
tant donnée.
2. A démontrer la grandeur
de cette image.
3. A donner une juſte ouverture
au Verre objectif, proportionnée
à la longueur de fon
Foyer ſolaire , & à fon oculaire
4. A connoiſtre la juſte proportion
du diametre du Verre objectif,
au diametre du Verre oculaire.
5. A l'arrangement des Verres
dans leTuyau de la Lunete .
6. A bien eſpacer dans la longueur
des Tuyaux certains anneaux
ou diaphragmes
1. A déterminer dans tout éloignement
de l'objet , au Verre
du Mercure Galant. 113
C
la
objectif de la Lunete , la lon.
gueur ou diſtance du Verre à fon
Foyer objectif , peinture ou baze
de diftinction de l'image de l'objet
, telle qu'on la voit fur un Papier
dans une Chambre noire,
ou fur la Retine d'un oeil artifi
ciel ; car le Verre objectif produit
prés de l'autre bout de la Lunetedont
l'oculaire eſt un Verre
convexe , une tres-petite image
de l'objet , peinte de toutes ſes
couleurs , & dans la fimétrie de
toutes les parties ; nous regardons
enfuite dans la Lunete cet
objet aërien tres -proche de l'oeil ,
ou plútoſt nous en recevons les
radiations de chaque pointer
un Verre oculaire convexe , qui
fert à peindre à la renverſe ſur le
fonds de l'oeil ce petit objet aë-
Q.deJanvier1683. K

14 Extraordinaire
وت
rien beaucoup augmenté ; de
meſme que lors que nous confiderons
de fort prés les plus petits
objets avec un Microscope. C'eſt
pourquoy le Télescope eſt un Microscope
renverſe , qui fait que
P'apparence artificielle de cette
petite image aëriene qui y tient
lieu d'objet , augmente extraor.
dinairement l'aparence naturelle
de l'objer
La diſtance de ce Foyer ob.
jectif , ou baze de diſtinction de
l'image aëriene de objet , ne
conſiſte pas dans un point indiviſible
, puis qu'eſtant reçeuë un
peu plus loin , ou un peu plus
Pés , il n'en arrive pas une ſenble
confufion .
Pour déterminer la diſtance
du Verre objectif à l'image de
du MercureGalant. 115
6
3
l'objet , que nous appellons Foyer
objectif réel , il faut premierement
connoiſtre la longueur ou diſtance
du meſme Verre à l'image
réelle du Soleil , que nous nommerons
Foyer Solaire. Il faut en
fuite remarquer. 1. Que si l'objet
n'eſt éloigné du Verre ob.
jectif que de la longueur de fon
Foyer Solaire antérieur , les
rayons de l'objet en ſortiront paralleles
, & ne fourniront aucune
image de l'objet. 2. Que fi l'objet
eſt encor plus proche du Verre
, c'eſt à dire , s'il eſt entre fon
Foyer Solaire antérieur , & le
Verre , les rayons de chaque
pointde l'objet tombanttropdi
vergens fur le Verre, ils en fortirontdivergens
, en forte que s'ils
eſtoientreproduits en ligne droi
Γ
Kij
116 Extraordinaire . J
te, ils iroient concourir du coſté
del'objet à une certaine diſtance
ou endroit que nous appellons
Foyer virtuel ; car les rayons de
chaque pointde l'objet fortiront
du Verre autant divergens , que
fi effectivement l'objet eſtoit en
ce Foyer virtuel, &qu'entre l'objet&
noftre oeil , il n'y euſt aucun
Verre interpoſé.
LesVerres plan- concaves , &
ceux qui ſont concaves des deux
coſtez , ont leur Foyer Solaire
toûjours virtuel autant éloigné
, que le Foyer réel Solaire
d'unVerreplan- convexe de meſ.
me diametre ou ſphénicité , ou
d'un Verre convexe des deux
coftez.
Quant à la diſtance du Verre
convexe à l'image du Soleil, que
du Mercure Galant. 117
-par analogie j'appelle FoyerSolaire,
je dis que fi le Verre eſt planconvexe
, quelle des deux fuperficies
que vous préſentiez directe
ment au Soleil , le Foyer ſera éloigné
du Verre de la longueur de
l'axe de la Sphere dont le Verre
eſtun segment , oude la longueur
du diametre de la convexité du
Verre , ce qui eſt la meſme choſe.
Que fi le Verre eſt également
convexe des deux coſtez , je dis
que le Foyer Solaire ſe fera à la
diſtance d'un demy - diametre ,
n'ayant pas égardàl'épaiſſeur du
Verre, laquelle porte le Foyer un
peuplus loin.
Je n'ay auſſi point d'égard, que
la longueur du Foyer Solaire eſt
inſenſiblement plus courte dans
l'apogée , que dans le perigée du
118 Extraordinaire
Soleil , que j'expliquay dans l'A.
cadémie Royale des Sciences,
par la moindre impreſſion de
mouvement que les ayonsdu Soleil
font ſur les Mers qui ſont ſous
leTropique d'Hyver ; c'eſt pourquoy
la maſſe de tout leTourbillon
de la Terre s'enfonce , &
s'abîme davantage vers le centre
de l'Univers en s'approchant du
Soleil ; & au contraire le pouffement
des rayons du Soleil , qui
fluent & refluent dans le corps
liquide du Soleil , commej'ay expliqué
en 1665. dans mon Livre
deLa Nouvelle Science des Cometes,
faiſant plus d'effort , &plus d'impreſſionde
mouvement ſur la furface
folide des Terres qui font
ſous le Tropiques d'Eté , chaffent&
repouffent plus loin noAre
du Mercure Galant. 119
:
Terre , en nous éloignant davan
tage du centre de l'Univers ; de
mefme que le preſſement caufé
fur les Mers , par le paſſage du
Tourbillon de la Lune , produit
le flux & reflux de la Mer : & en
faiſant changer de place le centre
de gravité de la Terre, &c. l'eau
monte au fommetdes plus hautes
Montagnes , puis qu'au Mont
S.Michell'eau de laMer s'y éleve
juſques à 60. pieds plus qu'à l'ordinaire
, & que pluſieurs Fontaines
ceſſent de couler pendant
le reflux de la Mer. Cette éle .
vation a encor cette cauſe partiale
, qu'une égale hauteur d'eau
de Mer eſtant devenuë douce
par les filtres des terres & de fables,
peſe moins ; outre que le
ſeul mouvement diurne de la

118 Extraordinaire
Soleil , que j'expliquay dans l'A.
cadémie Royale des Sciences,
par la moindre impreffion de
mouvement que les ayons du Soleil
font ſur les Mers qui ſont ſous
leTropiqued'Hyver ; c'eſt pourquoy
la maſſe de tout leTourbillon
de la Terre s'enfonce , &
s'abîme davantage vers le centre
de l'Univers en s'approchant du
Soleil ; & au contraire le pouffement
des rayons du Soleil , qui
fluent & refluent dans le corps
liquide du Soleil , commej'ay expliqué
en 1665. dans mon Livre
de La Nouvelle Science des Cometes,
faiſant plus d'effort , &plus d'impreſſion
de mouvement fur la furface
folide des Terres qui font
ſous le Tropiques d'Eté , chaffent&
repouffent plus loin notre
du Mercure Galant. 119
Terre, en nous éloignant davantage
du centre de l'Univers ; de
mefme que le preſſement caufé
fur les Mers , par le paffage du
Tourbillon de la Lune , produit
le flux & reflux de la Mer : & en
faiſant changer de place le centre
de gravité de laTerre, &c. l'eau
monte aufommet des plus hautes
Montagnes , puis qu'au Mont
S.Michell'eau de laMer s'y éleve
juſques à 60. pieds plus qu'à l'ordinaire
, & que pluſieurs Fontaines
ceffent de couler pendant
le reflux de la Mer. Cette éle .
vation a encor cette cauſe partiale
, qu'une égale hauteur d'eau
de Mer eſtant devenue douce
par les filtres des terres & de fables,
peſe moins ; outre que le
ſeul mouvement diurne de la
i 120 Extraordinaire
Terre ſur ſon axe d'Occident en
Orient, qui eſt tres-rapide ſous la
Zone Toride , eſt une cauſe ſuffi .
fante pour forcer l'eau dans les
Canaux foûterrains à monter, &
remplir continuellement les Réſervoirs
qui ſont dans les creux
des Montagnes , car l'embouchûre
inférieure de ces Tuyaux
foûterrains qui se trouvent tour.
nez vers l'Orient , heurtent con.
tinuellement avec violence les
caux de la Mer , & la forcent à
monter fur les Montagnes. Comme
à celle de S. Guillaume , l'une d
des plus hautes des Alpes , qui eſt
au Septentrion de la Ville d'Anm
brun , fur laquelle on trouve un
grand Lac, qui fournit à pluſieurs
Ruiſſeaux toûjours également
Hyver & Eté. M le Comte de
Keffel,
1
1
1
:
2
121
:
ya
m.
urs
ef
fle
Iċdes
ruc
-१०
ver
Fif
du
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la
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12
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1
C
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fere
de
ch
for
ne
tin A
cal
mc
me
des
bru
gra
Rui
Hy
fel,
duMercureGalant. 121
Keſſel m'a dit qu'en Ecoffe à
trois lieuës de ſon Château , il y a
un Rocherdans la Mer , du fom.
met duquel fortent pluſieurs
Ruiſſeaux d'eau douce , de mef.
me que des Montagues de l'Iſle
Sainte Hélene.
Revenons au premier Problémegeneralde
la conſtruction des
Télescopes , ou Lunetes à longue
vcuë.
Eſtant donnez la distance de l'ob
jet, au Verre objectifplan- convexe,
ou convexe des deux coſtez , trouver
ladistance duVerreau Foyer objectif,
ou imagedeſtincte de l'objet.
1. Si l'objet eſt au point du
Foyer Selaire du Verre , comme
en la Figure I. les rayons de la
radiation d'un meſme point de
l'objet en fortiront paralleles.
Q.deJanvier 1683 . L
122 Extraordinaire
!
2. Si l'objet eft plus éloigné
du Verre que ſon Foyer Solaire,
comme en la Figure 2. les rayons
en fortiront convergens , & ferontun
Foyer réelobjettif, ouima.
ge diſtincte de l'objet , telle que
par expérience on la voit ſur un
Papier dans une Chambre noire,
ou fur la Retine d'un acil artifi-
Ciel.
3. Si l'objet n'eſt pas éloigné
du Verre de la longueur de fon
Foyer Solaire , comme dans la Fi.
gure III . & IV . les rayons en for.
tiront divergens , & le Foyer objectifſera
virtuel , tel que nous l'avons
expliqué en la page
1. Probleme , Figure II . Eftant
donnez, la distance AD , de l'objet
ab, au Verre plan- convexe D, comme
auſſi DE, longueur defon Foyer SoduMercureGalant
. 123
laire. Trouver la longueur Do , 016
distance du Ferre D, à l'image ba,
distincte&renversée de l'objet aB.
Analogie AF . FD :: AD . Do.
Exemple. Soit AF 45 , FD 15 ,
AD ſera 60, &D.requiſe ſera20.
2. Probleme Figure II. Eftant
donnez de poſition D, distance de la
Table d'attante , Foyer réel objectif
ou image future de l'objet au Verre
D, comme aussi la distance DF fon
Foyer Solaire. Trouver la distance
DA, en laquelle doit estre placé l'objes
aB, afin que le Verre D portefon imagediftincte
en boa.
Analogie , D-- DF . DF :: D.DA.
Corollaire. Donc ſi l'objet eft
en a, ſon image eſt enq ; & fi l'objet
eſt en , ſon image eſt en A.
C'eſt icy le principe de la Lanterne
Magique , dont nous avons
Lij
Extraordinaire
124
1
donné la conſtruction dans la
premiere partie , qui eſt dans le
Mercure Extraordinaire d'Octobre
dernier , car elle conſiſte à
faire voir dans un lieu tres - obſcur
, l'image giganteſque peinte
de vives couleurs d'un objet
prototype de deux ou trois pouces
de diametre ; eſtant à obſer.
ver qu'il ne faut que renverſer le
petit prototype, pour en faire paroiſtre
l'image redreſſée , & giganteſque.
C'eſt ſur ces réflexions . qu'en
1652. eſtant au Fort de l'Ecluſe,
...... Sie dulce ſciendi
Tormentum, &study subit inſidiosa
voluptas.
que faiſant mes expériences
Dioptriques, je trouvay le moyen
de faire ſervir de Microſcope les
du MercureGalant. 125
longues Lunetes d'approche,
mettant le petit objet quelques
lignes plus éloigné du Verre ob.
jectif, que de la longueur de fon
Foyer Solaire , car cette diftance
du petit objet au Verre , eftant
connuë & priſe à volonté ,je con.
nus par le premier Probleme la
diſtance du Verre objectif à l'image
de l'objet ; j'adjoûtay en
ſuite, comme on fait ordinaire.
ment aux Lunetes d'approche,
un Verre oculaire concave en
dedans de cette image , ou un
Verre oculaire convexe au deça
de cette image , éloigné de la
longueur de fon Foyer Solaire.
En l'année 1655. j'en fis à Dijon
voir l'expérience àM² Mariote,
& à pluſieurs autres Sçavans
chez M le Conſeiller Lantin.
Liij
126 Extraordinaire
J'en ay apres indiqué la maniere
dans la 53. page de mon Livre de
La Nouvelle Science des Cometes,
imprimé à Lyon en 1665. Cette
Invention plût ſi fort , fix ans
apres que je l'eus rendu publique
àMª Gracculus de Phedre , qu'il
en orna la Dioptrique Oculaire, imprimée
en 1671. Voicy les ter.
mes de fa 265. page. Feftime , ditil,
cette utilitéfinguliere ,&juſques
à présent inconnue .... Fadvouë,
adjoûte- t- il , que l'effet admirable
de l'Oculaire en cesujet ,m'a souvent
furpris&portéjusqu'à l'étonnement.
Puis que ce Adioptricien ſi fameux
par tant de Volumes de vifions,
ſeplaint dans la 266. page
de ſa Dioptrique Oculaire , qu'il ne
luy a pas esté permis d'en pouvoir
fatisfaire entierementſa curiofité, par
duMercure Galant. 127
Le défaut , dit- il , de lieu commode
pour contenir ſon Tuyau étendu de
70. ou de 80. pieds qu'il luy auroit
falude longueur , pour l'experimenterſur
les petits objets proches, c'està
dire , ( ce ſont ſes propres termes)
posez distans de son Verre objectif
plan-convexe , peu plus que la longucur
de fon diametre de 20. pieds.
Je dis contre ces Alleguez .
1. Qu'un Tuyau de dix pouces
ſuffit pour le Verre objectif , &
un Tuyau d'un pied pour le Verre
oculaire ; car les axes de ces
deux Tuyaux , auſſi bien que les
axes des Verres eſtant en une
mefme ligne droite & libre , &
les Verres dans leur éloignement
proportionné à la diſtance d'un
petit objet , on n'a pas beſoin de
cette continuation de longueur
Liij
126 Extraordinaire
J'en ay apres indiqué la maniere
dans la 53. pagede mon Livre de
La Nouvelle Science des Cometes,
imprimé à Lyon en11665. i Cette
Invention plût ſi fort , fix ans
apres que je l'eus rendu publique
àM Gracculus de Phedre , qu'il
en orna la Dioptrique Oculaire, im.
primée en 1671. Voicy les ter.
mes de fa 265. page. Feftime , ditil,
cette utilitéfinguliere ,&juſques
à présent inconnue .... Fadvouë,
adjoûte- t- il , que l'effet admirable
de l'Oculaire en cesujet ,m'a ſouvent
furpris &portéjusqu'à l'étonnement.
Puis que ce Adioptricien ſi fameux
par tant de Volumes de vi.
fions, ſe plaint dans la 266. page
de ſa Dioptrique Oculaire , qu'il ne
luy a pas esté permis d'en pouvoir
fatisfaire entierementfa curiofité, par
duMercure Galant. 127
1
le défaut , dit- il , de lieu commode
pour contenir fon Tuyau étendu de
70. ou de 80. pieds qu'il luy auroit
fala de longueur , pour l'expérimenterfur
les petits objets proches , c'està
dire , ( ce ſont ſes propres termes)
posez distans deſon Verre objectif
plan-convexe , peu plus que la longucur
deson diametre de 20. pieds.
Je dis contre ces Alleguez .
1. Qu'un Tuyau de dix pouces
ſuffit pour le Verre objectif , &
un Tuyau d'un pied pour le Verre
oculaire , car les axes de ces
deuxTuyaux , auſſi bien que les
axes des Verres eſtant en une
meſme ligne droite & libre , &
les Verres dans leur éloignement
proportionné à la diſtance d'un
petit objet , on n'a pas beſoin de
cette continuation de longueur
Lij
128 Extraordinaire
deTuyau d'un Verre àl'autre, &
le Tuyau garny du Verre ob.
jectif, peut eſtre placé dans un
petit trou fait à la Muraille d'un
Jardin , au delà de laquelle ſera
l'objet fortement éclairé , & le
Tuyau du Verre oculaire ſera
auffi placé dans un trou duMur
oppoſé dans voſtre Chambre,
l'entre-deux pouvant eſtre un
Jardin , une Place publique , &c.
Jeme fuis diverty autrefois de la
mefme maniere ; & comme on
peut faire voir ſucceſſivement la
repréſentation de diférens objets
, cela paroiſtra tres- furprenant
de voir par une Lunete à
travers la Muraille , des objets
qu'on nepeutmeſme ſoupçonner
eſtre en quelque part , d'autant
que la MurailleduJardin les cou-
A
duMercure Galant. 129
vre de la veue naturelle, M
2. Sur le peu plus que vingt
pieds de diſtance de l'objet au
Verre plan- convexe de vingt
pieds de diametre , dont a parlé
l'Autheur de la Dioptrique Oculaire
de l'année 1671.Je dis que fon peu
plus que de 20. pieds ne le peut entendre
que de quelques pouces,
& non pas d'un pied ; car fi le
peu plus que 20. pieds vaut un
pied, on doit dire que le tout eſt
27. pieds .....
Suppoſons donc , fon pen plus
valoir 4. pouces , pour lors le
Tuyau de la Lunete par monpre
mier Probleme feroit de 1220.
fans parler de la longueur du
Foyer Solaire de l'oculaire , s'il eſt
convexe ; ainſi ſon Tuyau ſeroit
de 1140. pieds plus long que les
.
130
Extraordinaire
80. pieds qu'il dit qu'il luy faudroit.
Suppoſons maintenant que fon
peuplus de 20. pieds valut 21. pieds
de diſtance de l'objet au Verre
objectif plan convexe de 20.
pieds de diametre , la diftance du
Verre à l'image de l'ojet ou longueur
de la Lunete ſera de 420.
pieds , ſans meſme y comprendre
la longueur du Foyer Solaire du
Verre oculaire , s'il eſt convexe;
ainſi l'Etuy de la Lunete ſeroit
de 340. pieds plus long que les 80.
pieds que luy affigne cet Autheur
Agéometre , ſi celébre par
tant de Volumes de vifions. Car
comme dit le grand Seneque , à
la finde fa 79. Lettre , Paucis imponit
leviter extrinfecus inductafa-
Gies.
du Mercure Galant. 131
3. Probleme , Figure II . Eftant
donné lagrandeur a B del'objet. AD,
fon éloignement au Verre D. & fon
Foyer Solaire DF , trouver la grandeur
ba , de fon image. Trouvez par
Le 2. Probleme Do , la distance du
Verre de l'image , vous aurez ensuite
Sagrandeurpar lafuivante.
Analogie , DA. a B : Do. ba,
requis.
A
Corollaire. Quand la diſtance
AD, eſt double du Foyer Solaire
DF , l'objet BC eſt égal à fon
image , & l'objet & l'image font
également diſtans du Verre D.
4. Probleme , Figure III. Eftant
donné Ao, distance de l'objet à fon
image, déterminer le plus grand
Foyer du Verre qui puiſſe produire
cette image.
1. Je dis que la quatrième par
132 Extraordinaire
1
tie de la diſtance A4 , donne la
longueur du Foyer Solaire du Ver.
re requis.
2. Que le Verre doit eſtre placé
en égale diſtance du point A,
au point ..
3. Que la grandeur de l'image
ſera égale à la grandeur de l'objet
, & que c'eſt icy le ſecret de
peindre au naturel un Homme,
par le moyendes eſpeces reçeuës
dans la Chambre noire .
*s. Probleme Figure III. Eftant
donné Ao , distance de l'objet àfon
image, D F & la longueur du Foyer
Solaire du Verrequi laproduite. Trouver
le pointD, place du verre , ou
AD,& Do ſes distances à l'objet
&àl'image.
Soit par exemple dans la Ligure
III . Ap , 80. la diſtance de
duMercureGalant.
133
l'objet A , à fon image , & foit
D , Is. la longueur du Foyer So-
■ laire du Verre. Donc, A 0-2DF
=AX so. Donc ſa moitié Ay,
25. & l'autre moitié fy 25. & zf,
eſt is. parce qu'elle eſt égale à
DF 15. longueur du Foyer Solaire
du Verre. Donc par là 47.
du 1. des Elémens d'Euclide , de
625. Quarré de z f, 25. oſtant225.
Quarré de z f, 15. reſte 400. pour
le Quarré de y z, dont la racine
Quarrée eſt 20. Donc y z, eſt 20.
Donc Ay, eſt 25. + yz , 25. +
zf, 15. AD , 60. pour la dif
tance de l'objet au Verre. Donc
AX so . - Az45. ZX, ou D
s. diſtance requiſe du Verre à l'i
mage.
Apres avoir remarqué que
- pour la ſolution des Problemes
134
Extraordinaire
concernant la diſtance desFoyers
réels objectif , on peut auſſi employer
icy la ſuivante Analogie,
AF. FD :: FD. DZ. car DZ +
FDD .
Je paſſe à ce qui concerne le
Foyer Virtuel objectif ou imagi
naire des objets , qui ſont entre le
Verre & fon Foyer Solaire. Comme
dans la Figure III. & dis, b
1. Que ce Foyer virtuel ob .
jectifest du coſté de l'objet , &
roûjours plus éloigné du verre
que l'objet meſme , car les rayons
de la radiation de chaque point
de l'objet tombant trop divergens
ſur le verre plan- convexe
ou convexe des deux coſtez , en
fortent moins divergens ; c'eſt
pourquoy ſi on les imagine eftre
reproduits du coſté l'objet , ils
du Mercure Galant. 135
iront ſe reünir plus loin que n'eit
l'objet , & ce point de reünion
eſt un Foyer virtuel partial de
tout le Foyer virtuel de cet ob
jer ; car fi l'objet eſtoit placé en
ce Foyer virtuel , & qu'il n'y eut
point de verre interpofé entre
l'objet & noftre coeil , les rayons
en viendroient avec la meſme
divergence qu'ils fortentdu ver.
re , quand l'objet n'eſt pas éloil
gné du verre de la longueur de
fon Foyer.
1. Probleme. Eſtant donnez la
distance de l'objet au Verre , moindre
que la longueur de fon Foyer Solaire,
trouverla distance del'objet.
Comme la diſtance de l'objet
au verre , plus la moitié de la
longueur de fon Foyer Solaire,
Eſta la longueur , du Foyer So
laire.
136 Extraordinaire
Ainſi la diſtance de l'objet au
Verre,
Eſt à la diſtance de ſon Foyer
virtuel .
A cette diſtance trouvée de
l'objet à fon Foyer virtuel , ajoûtez
la diſtance du Verre à l'objet;
( car comme nous avons déja remarqué,
le Foyer virtuel eſt toû
jours plus que l'objet éloigné du
Verre ) & vous aurez la diſtance
requiſe du Verre au Foyer virtuel
del'objet .
En voicy des exemples. Soit
dans la Figure III . le Verre D
plan- convexe , & la longueur de
fon diametre , ou Foyer Solaire
DF 24. pieds , & DC ſa moitié
ou demy- diametre 12. & l'objet
foit en G éloigné de 8. pieds
de la convexité du Verre. Je ১
du Mercure Galant. 337
dis que ſuivant l'Analogie ,
GD + DC20. DF 24 :: GD
H
3
5
Donc 'DG+GH 17 pieds
diſtance du verre D, au Foyer
virtuel H, de l'objet. Si l'objet
eſtoit au milieu de la longueur du
Foyer Solaire entre D & F , fon
Foyer virtuel ſeroit préciſement
au meſme point F.
Soit maintenant dans la IV. Figure
le meſme verre , & l'objet
en Là 20. pieds de la convexité
du verre D. Je dis que,
LD + DC = 32 . pieds, DF 24
:: LD 20. LM, IS.
Donc LD + LM35. pieds.
diſtance du verre D au Foyer
virtuel M de l'objet L.
Examinons maintenant ce qui
arrive aux verres plan- concaves,
Q.deJanvier1683. M
138 Extraordinaire
ou concaves des deux coſtez , qui
n'ont jamais qu'un Foyer Solaire
virtuel antérieur.
Probleme. Eftant donnez la lonqueur
du Foyer Solaire virtuel d'un
Verreplan- concave , ou concave des
deux coftez , & la distance du Verre
à l'objet , plus éloigné que de la longuenr
du Foyer Solaire du Verre.
Trouver la distance du Foyer objectif
virtuel , au Foyer Solaire virtuel ; &
ensuite la distance du Verre au Foyer
objectif virtuel, & la distance de
l'objetàfon Foyer virtuel, &lagrandeur
du Foyer virtuel
Vous trouverez premierement
la diſtanceduFoyer objectif virtuel
au Solaire virtuel, par cette
Analogie.
Comme la distance de l'objet à la
concavité du Verre , plus la longucur
duMercureGalant. 139
du foyer Solaire virtuel du Verre,
Eft à lalongueur du foyer Solaire
virtueldu Verre.
Ainsi la mesme longueur du foyer.
Solaire virtuel du Verre,
Eft à la distance du foyer virtuel
Solaire , au foyer virtuel objectif ,
à conter du coſté du Verre , car le
foyer virtuel objectif, en est toûjours
plusprés que le foyer virtuel Solaire.
Soit par exemple dans la VI.
Figure l'objet a B éloigné de 48.
pieds du Verre plan- concave D,
duquel le diametre Df, ou lon.
gueur du Foyer Solaire virtuel
eft 24.
AD+ Df = 72. f D 24 ::fD
24. f 8 .
Mais D 24. DoncfD--f
J
8. D 16. diſtance du VerreD
au point . Foyer virtuel de l'ob
Mij
140
Extraordinaire
jetA. Donc DA 48. -D016
•A 32. diſtance de l'objet à fon
Foyer objectif virtuel.
Vous aurez maintenant la grandeur
du Foyer virtuel objectif, ou
image imaginaire boa de l'objet
AAB , par la 4. propoſition du vr.
Livre des Elemens d'Euclide
DA. AB:: Dab.
Examinons maintenant ce qui
arrive aux rayons d'un point de
l'objet , leſquels au fortir d'un
Verre convexe tombent convergens
ſur un Verre concave m
entre le Verre convexe & fon
Foyer objectif ou point de concours
des rayons qu'il a rendu
convergens .
Ilya 3. cas diférens : car, où le
Verre concave a le pointfde fon
Foyer folaire virtuel préciſement
4
du Mercure Galant . 141
avec le point Fofoyer Réel obje-
Eifdu Verre convexe , comme
dans la Fig. vit. où fon point f
eſt plus éloigné que le point & du
verre convexe , comme dans la
Fig. 1x. où enfin ſon pointfeſt
entre le Verre convexe & le point
F Foyer ou concours de rayons
convergens , comme dans laFigure
VIII.
Dans le premier cas , que les
points f& F s'uniffent comme
dans la Figure VII . en laquelle
par le moyendu Verre convexe
les rayons divergens de la radia.
tion d'un point de l'objetdevenus
convergens RF. RF tombent
fur leVerre concave ; je dis qu'ils
en fortiront paralleles par les
lignes rtrt , de meſme que ſi l'objet
n'eſtoit éloigné du Verre con.
142 Extraordinaire
caveque de la longueur de fon
Foyer virtuel folaire ; car pour
lors les rayons de la radiation de
chaque point de l'objet tombant
divergens fur le Verre concave ,
en fortiront ainſi paralleles comme
on voit dans la Fig. v. C'eſt
en cela que conſiſte tout le myfterede
l'effet admirable du Telefcopeou
Lunette d'approche, dont
le Verre oculaire eft concave ,
auquel on applique l'oeil le plus
prés qu'il eſt poſſible. Car les
rayons de la radiation de chaque
point de l'objet , tombant paralleles
ſur l'humeur criſtalin de
ceux quiont la vûë longue les
rendconvergens&ils portent fur
laRetine leur Foyer, concours ou
pinceau de rayons, avec lesquels
ils peignent l'image de l'objer.
duMercure alant.
143
ل
Eftant bien à remarquer qu'afin
que l'image d'un objet ſoit peinte
distinctement ſur la Retine, il faut
neceſſairement que les rayons de
la radiation de chacun des points
del'objet, tombent ſur l'humeur
criftalin, ou phiſiquement paralleles
quand l'objet eſt tres- éloigné
, ou fenfiblement divergens
quand l'objet eſt fort proche; car
la nature n'a que des rayons divergens
d'un meſme point de l'objet
eſtant du tout impoſſible qu'ils
foient naturellement convergens.
Dans le ſecond cas , auquel
comme on voit dans la Figure
VI11 . le point F Foyer objectif du
Verre convexe , eft entre le Verre
concave & fon Foyer Solaire
virtuel f, les rayons RF RF tom.
bez convergens ſur le Verre con
144
Extraordinaire
cave , en fortiront moins convergens
, & par conséquent leur
Foyer ou concours ſera retardé,
& porte plus loinen , & l'image
de l'objet en ſera par conséquent
beaucoup plus grande; c'eſt pourquoy
afin de beaucoup augmenter
& meſme rendre plus diſtin-
Etes les images renverſées des objets
qu'on reçoit dans la Chambre
noire ſur un papier ou linge
tendu ; nous mettons à la Lunete
ordinaire une plus grande portien
d'un Verre concave d'un
plus grand diametre que n'eſtoit
le Verre concave oculaire,& nous
allongeons la Lunete d'approche
, ayant mis dans le trou fait
au volet de la feneſtre de la
Chambre noire , le bout du tuyau
de la Lunete garny de fon Verre
objectif
duMercure Galant. 145
objectif convexe, file Verre ocu.
laire eft concave des deux côtez
il fait encor mieux.
Ce nouveau Foyer réel du
Verre convexe porté plus loin
parl'interpoſition du Verre concave,
mérite le ſuivant.
Probléme. Le point duconcours
des rayons eftantentre le Verreplan
concave & l'extrémité de fon Axe
FigureVIII . déterminer la longueur
De distance du Verre concave au
nouveau Foyer objectifréel, prolongé.
Faites l'Analogie ſuivante,
Comme fr , la distance des deux
Foyers f virtuel du Verre concave ,
&F réel du Verre convexe,
Eſtà fD, longueur du Foyer vir-
1 tuelfolaire da Verre concave.
AinsiDe la distance du Verre con-
Q.deJanvier1683. N
146 Extraordinaire
G
cave au Foyer objectif du Verreconwexe
1
Eft à De distance du Verre con-
Caveau nouvean Foyer prolongé
requis, ou image réelle de l'objet.
Soitdans la Figure VIII . le point
F du concours des rayons convergensà
16. piedsduVerre concave
ofeſtant 24. &DF eſtant 16. Ff, fera
8.&par l'Analogie f F 8. fD 24::
FD 16. D. 48. Foyer objectif prolongé.
Et par raiſon converſe ſi
l'objet eſtoit en à 48. pieds du
Verre concave , ſes rayons tombant
divergens fur le Verre concave
en fortiroient plus divergens,
& auroient pour leur Foyer
virtuel le meſme point Fà 16.
pieds du Verre concave de meſme
que dans laFigurev1 .
D 48+ Df2472 . DF 24:: Df
34. £ 8.
duMercureGalant. 147
- Mais FD 24-fr 8 FD 16. dif
tance requiſe du Verre au Foyer
virtuel F de l'objet ..
Quant au 3. cas , auquel le
point f Foyer Solaire virtuel du
Verre concave, eſt entre le Verre
• concave & le point F, concours
des rayons convergens ou Foyer
réel objectif du Verre convexe;
Je dis que les rayons quitombent
ainſi convergens ſur le Verre concave,
en fortiront divergens &
auront un Foyer virtuel
Probleme. Estant donné la diftancedu
Verre concave an Foyerreel
objectif du Verre convexe, plus gran
de que n'est la distance du Verre
concave àfon Foyer Solaire virtuel,
déterminer ladistance du Verre concaveaufoyervirtuelqu'il
cauferapar
fon interposition, en rendant diver-
Nij
48 Extraordinaire
gens les rayons convergens du Verre
convexe.
Analogie. Comme l'excés de la
diſtance du Verre concave au
point de concours ou Foyer objectifdu
Verre convexe, par deffus
la longueur du Foyer Solaire .
virtueldu Verre concave,
Eft à la longueur du Foyer Solaire
virtuel du Verre concave.
Ainsi la diſtance du Verre concave
au concours des rayons convergens,
Eft à la diſtance du Verre
concave , au Foyer virtuel re.
quis.
)
Soit dans la Figure v. le Verre
plan- concave duquel le diametre
Df, ou longueur de fon Foyer folaire,
foit 12. pieds,& foit le point
F foyer réel objectif du Verre
du Mercure Galant. 149
convexe ou point du concours
des rayons éloigné de 18. pieds
du Verre concave. Donc Ff ſera
6. pieds, faites l' Analogie.
Ff. 6. fD . 12 :: FD 18. C 36.
pieds .
Paffions à l'uſage : les Miepes
ou courtes euës ont beſoin de
rayons ſenſiblement divergens,
car ils ne voyent diftinctement
que les objets qui font fort proches,
racourciffent le Telescope ou
Lunete d'approche , car par ce
moyen le point Fdu concours dés
rayons rendus convergens par le
Verre convexe, eſtant au deça du
pointffoyer virtuel folaire du
Verre concave , les rayons ca
fortent divergens , & tombent
fur l'humeur cristalin , autant divergens
que s'ils eſtoient partis
Nüj
150
Extraordinaire
du point , foyer objectif virtuel
ou image imaginaire de l'objet.
Ainfi lesMiopes ont ordinairement
la veuë plus diſtincte, plus subtile
&plus ferme que ceux qui ont
la veuë longue , parce que les
Miopes reçoivent les rayons divergens
du foyer virtuel , objectif
, qui eſt plus proche du
Verre concave ,& par consé.
quent de l'oeil qu'on met tout
contre , que n'eſt le foyer objectif
virtuel des rayons paralleles qui
eft éloigné du Verre concave de
la longueur de fon foyer folaire
, lequel foyer objectif virtuel
eſtpar conféquent plus éloigné
de l'ocil de ceux qui ont la veuë
longue.
du MercureGalant. 15
De la juſte ouverture ou partic
découverte du Verre objectif
Telescopesula suav
PA
roup xin sup sanat anla
Ar ce mot Telescope ou Lunete
d'approche , qui fait
voir distinctement les objets éloignez,
nous entendons un tuyau
droit & cilindrique , dont chaque
bout paroit garny d'un Ver
re ſpheriquement travaillé : le
Verre qu'on préſente àl'objet eſt
appellé Verre objectif, & l'autre
eſt nommé Verre oculaire, parce
qu'on l'approche de l'ocil pour
voir les objets éloignez comme
s'ils eſtoient proches. Nous avons
dit ailleurs que la Lunete
d'approche eſtoit comme un oeil
artificiel ; C'eſt pourquoy ſi l'ou-
Niiij
152
Extraordinaire
verture du Verre objectif eſt trop
grande , les rayons de la radiationdespoints
latéraux de l'objet,
tombant trop obliquement fur
les bords du Verre , leſquels d'ail.
leurs font toûjours moins bien
ſpheriquement travaillez , font
plûtoſt leur concours ; c'eſt pourquoy
apres leur decuſſation ſe
pefle-mêlent au Foyer des
rayons de la radiation des autres
points de l'objet , leſquels eftant
tombez peu inclinez & fort prés
du ſommet de l'axe du Verre ,
font leurs concours plus loin;
c'eſt pourquoy l'image aëriene de
l'objet qui ſe forme au Foyer
eftant confufe , la viſion n'en
peut eſtre diſtincte .
Si cette ouverture du Verre
objectif est trop petite , l'image
duMercureGalant.
153
de l'objet en ſera tres- distincte
& bien terminée , mais fombre
ou peu éclairée , principalement
fi leVerre oculaire eft d'une fort
petite portée , ou petite longueur
de Foyer virtuel Solaire , parce
qu'il augmente davantage l'image
de l'objet , laquelle ne peut
par conféquent eſtre vive & bien
éclairée, n'eſtant formée que par
une tres-petite quantité de rayons
de la radiation de chaque point
de l'objet.
Il faut donc convenir avec
М² Ноок , сe docte & illuftre
Anglois , à préſent Secretaire de
la Societé Royale d'Angleterre,
qu'un Verre objectifd'un meſme
Teleſcope peut ſouffrir diférens
diametres d'ouverture , ſuivant le
plus ou le moins de lumiere de
-
154
Extraordinaire
l'objet : ainſiune moindre ouver
ture eſt meilleure pour voir diftin
ctement les Etoiles & Vénus ; &
une plus grande ouverture eſt a
vantageuſe pour voir à la pointe
dujour la Lune, Mars , Jupiter &
Saturne ; ainſi on verra diftin.
tement Saturne avec un bonTe.
leſcope de 12. pieds de longueur,
dont le diametre de l'ouverture
du Verre obje&if plan- convexe
ſera preſque de 3. pouces , & le
Verre oculaire de deux pouces
&convexede deux côtez . Enfin
lajuſte ouverture du Verre ob
jectif, eſt une des choſes les plus
efſſentielles à la bonté d'une Lu.
nette.
Je conclus , r° . Que la parfaite
veuë artificielle de l'objet, c'eſt à
dire, claire , forte , nette , gaye,
duMercure Galant.
155
diſtincte & bien terminče , dépend
autant de la juſte ouverture
du Verre objectif , que de la
bonté de ſon travail.
2. Que fon trop d'ouverture
nuit davantage à l'oculaire convexe
qu'à l'oculaire concave.
3°. Que le Verre objectiféga
lementconvexe des deux coſtez,
ſouffrira une plus grande ouverture
qu'un objectif plan- convexe
de meſme portée , parce que la
convexité de celuy- là eſt moins
élevée eftant d'un diametre deux
fois plus long , les rayons tom.
bentmoins inclinez ſur ſa ſurface
&ſe réüniſſent mieux en un mel.
me point du Foyer. C'eſt par la
meſmeraiſon que les Verres oculaires
doivent eſtre également
convexes des deux coſtez pour
156
Extraordinaire
ſouffrir une plus grande ouvertu
re , outre qu'il eſt moralement
impoſſible de trouver unVerre,
dont la ſuperficie foit bien pleine
comme il est neceffaire. Je fis la
mefme remarque en l'année 1665.
dans la 485. page de mon Livre
de La nouvelle Science,de la.Nature
Préſage des Cometes.
4°.Que de pluſieursVerres obje
&ifs de même puiſſance, le meilleur
& le mieux travaillé , eſt celuy
qui avec une plus grande ouverture
& a vec une oculaire de
moindre portée fera voir les objets
mieux terminez & diſtincts,
parce que en meſme temps ilsparoiſtront
plus grands & plus
clairs. Car une excellente Lunete
eſt celle qui repréſente l'objet
diſtinct, net, bien terminé, clair,
duMercureGalant.
157
lumineux& gay, c'eſt à dire dans
la vivacité de ſes couleurs , & tel
qu'il paroiſt ſans Lunete à ceux
quien font fort proches.
5º. Je dis que les Verres obje.
tifs des grandes Lunetes , ne
peuvent fouffrir avec diftinction
de l'objet tant d'ouverture que
les objectifs des petites Lunetes,
à proportion de leurs longueurs,
&par conféquent l'objet ne paroiſtra
jamais ſi clair qu'avec les
petites qui groſſiſſent moins ; car
un bien objectif d'un pied de
portée , doit fouffrir huit lignes
d'ouverture , & le meilleur obje
Etif de 4. pieds ne peut fouffrir
que 16. lignes d'ouverture.
6°. Je dis que les diametres des
ouvertures des objectifs excellement
bien travaillez, doivent toû158
Extraordinaire
jours eſtre en raiſon ſous- double
de la longueur de leurs Foyers So.
laire , dautant quele Sinus verfus
qui eſt la hauteur de la convexité
que les Italiens appellent Colmezza,
doit eſtre lemeſme en tous
les ſegmens qu'on laiſſe décou
vert aux Verres objectifs plan.
convexes , &c. c'eſt pourquoy
puis que mon excellent Verre objectifde
4. pieds de puiſſance ou
longueurde Foyer Solaire fouffre
avec diftinction une ouverture de
16.'ignes de diametre,Je dis qu'un
tres.excellent Verre objectif de
16. pieds de puiſſance pourra
fouffrir une ouverture de 32. lignes
de diametre. C'eſt pour
quoy ſi le verre objectif de la
Lunete de 140. pieds, dont parle
M' Hevelius dans les 382. &404.
r
duMercureGalant. 159
pages de fon Livre Machina caleftis
, imprimé en l'année 1673. eſt
excellent, il peut ſouffrir une ouverture
de huit pouces de diametre.
Le R. P. de Rheita Capucin
Allemand , dit dans ſon Livre
Oculus Enoch & Elie, qu'il fautdi.
viſer le pied Romain en 10000.
parties égales , & pour chacun
pied de longueur du Foyer Solaire
du verre objectif , donner
130de ces parties ou diametre de
l'ouverture de l'objectif. Pour appliquer
cette Regle à nos meſures
; je dis que le pied Romain eſt
au pied de Roy comme 653. à
720.
Je ſçay que le R. P. de Chales
dans le 2. Tome de ſon Mundus
Mathematicus , page 634. donne
160 Extraordinaire
4. pouces & demy au diametre
de l'ouverture d'un bon verre
objectif plan- convexe de 60.
piedsde diametre ou longueur de
Foyer Solaire , & qu'il ajoûte.
Puto radios diſtantes tantum ab Axe
uno gradu & 40. minutis poſſe eſſe
utiles ad conftituendum Telescopium.
Dautant que tres- rarement on
trouve des verres objectifs travaillez
dans la derniere perfe-
Etion ; nous sommes obligez de
diminuer ſon ouverture, afin d'en
exclure l'entrée aux rayons , qui
tombant trop obliquement n'i
roient pas concourir avec les autres
rayons du meſme point de .
l'objet: eſtant à remarquer qu'ordinairement
les objectifs des
grandes Lunetes font mal tra
duMercure Galant. 161
vaillez ſur les bords ; & que deplus
une trop grande ouverture
nuit davantage aux grandes Lunetes
, parce que l'image de l'ob .
jet eſtant plus grande , tous les
défauts du verre objectifdeviennent
fenfibles & troublent l'image
artificielle de l'objet.
Il faut donc trouver par expé.
rience quelle ouverture peuvent
fouffrir les verres des grandes
Lunetes , fans nuire à la diſtinction
de la veuë artificielle de
l'objet, &voicy comment.
Coupez pluſieurs Cartons
noirs tous égaux à la furface du
verre objectif , vuidez en un
centralement , luy donnant l'ouverture
telle que le verre pour.
roit fouffrir par noſtre regle ge.
nerale ; vuidez enfuite tous les
Q.deJanvier 1683.
162 Extraordinaire
autres concentriquement , diminuant
toûjours d'enuiron un
quart de ligne le diametre de leur
ouverture.
Appliquez premierement fur
le verre objectif le Carton de la
plus grande ouverture , & toûjours
ſucceſſivement le Carton
de moindre ouverture , juſques à
tant qu'ayant expoſé voſtre ver
re directement au Soleil , vous
trouviez fonimage ou Foyer du
plus petit diametre poſſible , où
qu'un objet bien éclairé & treséloigné
vous paroiſſe en meſme
temps diſtinct & bien éclairé ; car
une moindre ouverture de l'objectif
repréſente l'objet plus net,
plus diftin& & mieux terminé,
mais fombre : & une plus grande
ouverture fait voir l'objet plus
du Mercare Galant. 163
clair mais moins diſtinct. En cela
la veuë a de diférens ſentimens,
demême que le gouft,vous choiſi
rez ce que vous trouvez le mieux,
De la proportion du Verre objectifau
Verre oculaire. 8
'Eſt d'icy que dépend l'aug
mentation de L'apparence
artificielle de l'objet par deſſus
l'apparence naturelle.
Pour bien déterminer de quel
le longueur de Foyer Solaire doit
eſtre le verre oculaire , concave
ou convexe , il faut avoir égard
à la longueur du Foyer Solaire
du verre objectif & de l'ouverture
qu'il peut ſouffrir ; car il ne
fert de rien d'augmenter fi fort
Papparence artificielle de l'objet
O ij
164
Extraordinaire
par un verre oculaire de petite
portée ; fi cette apparence eft
foible , fombre & triſte par le
manque de fuffifante quantité de
rayons dela radiation de chaque
point de l'objet.
Le R. P. de Rheita Capucin,
le docte& le veritable Grand-Pere
des grands Binocles , eſt le premier
qui a déterminé la raiſon du
verre oculaire à fon objectif, En
voicy la maniere dans ſon Oculus
Enoch & Elia imprimé en 1645.
Il diviſe un pied Romain en 100.
parties égales ; & fi le verre objectifeſt
travaillé dans une écuelle
de 10. pieds de diametre, il travaille
fon verre oculaire convexe
dans une écuelle d'un quart de
pied de diamettre , & ainſi des
autres à proportion , qui eft comduMercure
Galant. 165
a
a
S
me 40. à 1. par' conféquent les
plus petites Lunetes augmenteroient
autant l'apparence de l'objet
que les plus petites qui n'auroient
que le ſeul avantage de
faire voir les objets plus éclairez,
à cauſe de leur plus grande ouverture.
Le R. P. de Chales dans la 671.
page du 2.Tome de fon Mundus
Mathematicus , croit qu'à un verre
objectif de 27. pouces de foyer,
on doit donner trois oculaires
convexes d'égale force, chacun
de 2. pouces de foyer ſolaire .
Je dis donc que cette proportion
peut augmenter à meſure
que les Lunettes ſont plus longues.
J'ay eu en 1652. au Fort
de l'Ecluſe à 4. lieuës de Geneve
, un objectif de 12. pieds de
166 Extraordinaire
foyer, auquel par la Regle du P.
Rheita on n'auroit doné qu'un 0-
culaire de 35. lignesde longueur de
foyer, & n'auroit par conséquent
augmenté que 49. fois & 13. 35
mes le diametre de l'apparence
artificielle de l'objet ; cependant
fon verre oculaire n'eſtoit que de
18. lignes de longueur de foyer,
& augmentoit par conféquent
96. fois l'apparence naturelle de
l'objet en fon diametre & 9216 .
fois en ſa ſurface, &c .
J'ay eu de bonnes Lunetes ,
dont le verre objectif de16. pouces
avoit fon oculaire d'un pouce,
&l'objectif de 36. pouces, n'avoit
fon oculaire que d'un pouce &
demy quieſt comme 24. à 1
le meſme oculaire d'un pouce &
demy , fervoit encore à une auduMercureGalant.
167
tre Lunete d'un objectif de 20.
pieds, qui eft comme 48 à 1.
Mª Hevelius dans ſa Selenographie
imprimée en 1647, dit
que le verre objectif convexé de
deux coſtez dans une écuelle de
4. pieds de diametre, doit avoir
fon oculaire concavé des deux
coſtez fur un Globe de 4. pouces&
demy de diametre ; & un
objectif convexé dans une écuelle
de s . preds de diametre , aura
fon oculaire concave ſurunGlo.
be de 5. pouces & demy de diametre
, & fait fervir ce meſme
oculaire à diférens objectifs convexes
des deux coſtez fur des
Globesde 8. de 10. &de 12. pieds
dediametre : il parle du pied de
Danzic quieſt au pied de Paris,
comme914, à 1055.
168 Extraordinaire
Le Pere Cotignez Jeſuite à Rome;
à 2. bons Teleſcopes , celuy
de 23. Palmes Romaines à fon
oculaire de 3. onces , celuy de 32 .
Palmes à fon oculaire de 3. onces
&demy ; un Palme Romain vaut
8. onces , & chaque Palme vaut
8. de nos pouces & 3. lignes .
Il s'agit donc de bien combiner
& accorder ces trois chofes ,
Clarté , Distinction , & Augmentation
de l'apparence ou veuë artificielle
de l'objet.
Del'ouverture du verre obje.
tif dépend la Clarté & la plus
grande ou moindre diſtinction
de l'apparence artificielle de l'objer
, car la trop grande ouverture
la rend confufe , & la trop petite
la rend fombre.
De la diférente proportion du
verre
du Mercure Galant. 169
verre objectif à fon oculaire, vient
l'augmentation de l'apparence
de l'objet ; car l'apparence artifi
cielle de l'objet eſt à l'apparence
naturelle, comme la longueur du
foyer ſolaire du verre objectif eft
à la longueur du Foyer Solaire
du Verre oculaire , ſoit qu'il ſoit
convexe, ou qu'il foit concave.
D'où je conclus que ſi deso.
pas vous lifez un écriteau ſans
Lunetes , pourle lire de mille pas,
il faut une Lunete qui augmente
20. fois la longueur & la largeur
des lettres, & par conféquent la
- longueur du foyer du verre objectifdoit
contenir 20. fois la longueur
du foyer de l'oculaire.
Comme dans les chofes Phyſico
- Mathématiques l'expérience
doit décider , vous y aurez re-
Q.deJanvier1683. P
170 Extraordinaire
cours, donnant ſucceſſivement au
verre objectif pluſieurs verres
oculaires de diférent foyer & retiendrez
celuy avec lequel vous
lirez mieux un écriteau tres- éloigné.
Si vous retournez la Lunete ,
faiſant ſervir le verre oculaire
d'objectif , & regardant par le
verre objectif , l'objet paroiſtra
tres - petit &par conféquent treséloigné,
parce qu'en ce cas l'apparence
artificielle de l'objet diminuë
d'autant I apparence natu.
rele, qu'elle augmente lors qu'on
regarde par le veritable verre
oculaire.
Il y a des Lunetes de toute
longueur que le Pere de Rheita a
enſeignéen 1645.dans fon Oculus
Enoch& Elia.Il faut mettre deux
du Mercure Galant. 171
verres objectifs , égaux ou non ,
dans les tuyaux de la Lunete , en
forte que vous puiſſez approcher
ou éloigner ce ſecond verreob.
jectif du premier , car par ce
moyen en une ſeule Lunete vous
aurez comme il dit , dix ou 20.
autres Lunetes de diférente longueur
, & l'apparence artificielle
de l'objet augmentera à propor.
tion que vous allongerez la Lunete,
& diminuëra à proportion
que vous le racourcirez en approchant
les 2. objectifs. La raiſon
de cet effet eſt, que les rayons
rendus convergens par le premier
objectif , tombant conver
gens ſur le ſecond Verre objectif,
leurs concours ou Foyer eſt ac
celeré , & ſe fait plûtoſt ; c'eſt
pourquoy à chaque fois que vous
1.
Pij
170 Extraordinaire
cours, donnant ſucceſſivement au
verre objectif pluſieurs verres
oculaires de diférent foyer & retiendrez
celuy avec lequel vous
lirez mieux un écriteau tres- éloigné.
Si vous retournez la Lunete ,
faiſant ſervir le verre oculaire
d'objectif , & regardant par le
verre objectif , l'objet paroiſtra
tres -petit &par conféquent treséloigné,
parce qu'en ce cas l'apparence
artificielle de l'objet diminuë
d'autant l apparence naturele,
qu'elle augmente lors qu'on
regarde par le veritable verre
oculaire.
Il y a des Lunetes de toute
longueur que le Pere de Rheita a
enſeigné en 1645. dans fon Oculus
Enoch& Elia. Il faut mettre deux
duMercure Galant. 171
verres objectifs , égaux ou non ,
dans les tuyaux de la Lunete , en
forte que vous puiſſez approcher
ou éloigner ce ſecond verre ob.
jectif du premier , car par ce
moyen en une ſeule Lunete vous
aurez comme il dit , dix ou 20.
autres Lunetes de diférente longueur
, & l'apparence artificielle
de l'objet augmentera à propor.
tion que vous allongerez la Lunete,
& diminuëra à proportion
que vous le racourcirez en approchant
les 2. objectifs. La raiſon
de cet effet eſt, que les rayons
rendus convergens par le premier
objectif , tombant conver
gens ſur le ſecond Verre objectif,
leurs concours ou Foyer eſt ac
celeré , & ſe fait plûtoſt ; c'eſt
pourquoy à chaque fois que vous
Pij
172 Extraordinaire
approcherez ou éloignerez ces
deux objectifs , il faut neceſſairement
approcher ou éloigner le
Verre oculaire .
Les Sçavans ne compteront
pas, fur ce que le R. P. Cherubin
, a dit dans la 2. page de la
Préface de ſes parfaites Viſions ,
dédiées au Roy en 1677. Qu'on
n'en trouve point pallé 20. ou 30.
pieds , dont la proportion puiſſe eſtre
pouffée avec un excellent effet. Puis
que ce bon Homme qui avoit
fait faire ces premiers Binocles
& Machines à deffigner de loin,、
au Sieur Querreau , Maiſtre Lunetier
aux trois Croiſſfans , luy
avoüa ingénument dans ſa Lettre
du 2. Decembre 1676. depuis
remiſe entre les minutes de
Me le Franc le Jeune , Notaire
du Mercure Galant. 173
P
ther
du Roy , qu'il y avoit plus de 20.
ans qu'il avoit deſiſté de travailler
au Verre ; auſſi tous les plus Curieux
& Sçavans de l'Europe ,
voyent avec plaifir à l'Obſervatoire
Royal , l'effet ſurprenant
d'une tres- excellente Lunete de
foixante & dix- sept pieds de
longueur , dont les Verres ont
eſté travaillez par M Borelly,
de l'Académie Royale des Sciences
, qui eſtant compoſée d'illuftres
Sçavans , qui font l'un des
plus auguſtes Ornemens de la
France, perfectionnent tres-avantageuſement
les Arts & les Sciences
, par les foins de Monſeigneur
Colbert , ce Miniſtre infatiga
ble & fi neceffaire aux Sçavans &
àl'Etat.
Quant à l'anucienneté des Lu
Piij
174
Extraordinaire
netes d'aproche, ou Tubo-Specilles,
je dis qu'au rapport de Diodore,
de Diogene Laërtien , de Philon
le Juif, de Jamblichus & d'Eufebe
, la principale partie de la
Sageſſe des Egiptiens eſtoit la
Science Aftronomique , qu'A .
braham avoit appris en Chaldée,
& que Moïfe apprit des Egiptiens
, puis que S. Eſtienne affura
dans les Actes des Apoftres
Chap. 7. verſet 22. que Moifefut
inftruit dans toute la Sagelle des Egiptiens
; C'eſt pourquoy ſi FlaveJoſeph
estoit encor vivant , il foû.
tiendroit qu'Abraham avoit l'uſa .
ge des Lunetes , & qu'il diroit
avec S. Pierre , Spectamus novoς
Cælos & novam Terram . Il diroit
que les Satellites de Jupiter , le
Cercle & les Lunes de Saturne,
duMercureGalant. 175
avoiet porté le Pere des Croyans
à reconnoiſtre & enſeigner , qu'il
y avoit un ſupréme Directeur de
l'Univers , comme il aſſure au
Chapitre 8. des AntiquitezJudaï.
ques. & Philon le Juif ſeroit de
mefme ſentiment , puis qu'il dit
que Moïſe avoit appris l'Aſtronomie
des Egiptiens .
L'Ecclefiaftique ſemble n'a
voir pas prêché ſans connoiſſance
du fait , aux Chapitres 11. &
43. que pluſieurs des plus grands
& admirables Ouvrages de Dieu,
eſtoient cachez à la veuë ordinaire
des Hommes .
Les premiers Aſtronomes ont
fans-doute dit , que Saturne dé
voroit ſes Enfans à cauſe des An.
ſes de l'Anneau qu'ils obſer.
voient diſparoiſtre de temps à
Piiij
176 Extraordinaire
autre. Que Jupiter eſtoit le plus
grand des Dieux , ayant veu les
quatre Planetes ou Satellites qui
luy font la Cour. Que Mars ef.
toit le Dieu de la Guerre , parce
qu'il eſt affez.hardy pour marcher
tout feul , & qu'il paroiſt
tout enflâmé de colere. Que
Vénus eſtoit la Mere d'Amour,
parce qu'avec les Lunetes d'approche
, ils la voyent cornuë,
croiſtre , devenir pleine & diminuer
; c'eſt ce qui porta Ariftarque
Samien àdémontrer qu'
elle rouloit autour du Soleil . Ils
appellerent Mercure,leMeſſager
des Dieux , parce que fon mouvement
eſt tres- viſte ; & les Larrons
le prennent pour Patron,
parce qu'il ſe dérobe preſque
toûjours à noſtre veuë. Le Sateldu
Mercure Galant. 177
lite de noſtre Terre , fut appellé
Luna à Lacunis , qu'on y découvre
avec leTélescope.
Si la Monarchie des Egiptiens
ſubſiſtoit encor , on trouveroit
qu'il y a du moins 1789. ans que
leur RoyPtolomée II. ditEverget.
tes, ou Bienfaicteurs , qui fut empoiſonné
en l'année 3833. du mon.
de , c'eſt à dire , 116. ans avant la
Naiſſance de Jeſus. Chriſt , avoit
un tres- excellent Télescope Catop-
Dioptrique immobile, dans le Phare
, avec lequel il voyoit fur la
Mer les Navires à 60. milles , &
ce qui ſe paſſoit dans les Plaines
d'Egipte ; c'eſt pourquoy on
avoit raiſon de dire de luy,
Centum oculis , Argus partesſpectavit
in omnes,
Uno, ac immobili , plus videt ille
Tubo.
178 Extraordinaire
C'eſt pourquoy Licetus Libro
De Novis Aftris, luy attribuë l'Invention
des Lunetes d'approche ,
que les Souverains tenoient auffi
ſecrettes , que les Miſteres de
leur Théologie . Le docte & curieux
Porta Napolitain , eſt de
ce ſentiment dans ſa MagieNaturelle
, imprimée en l'année 1549.
&dans la feconde impreſſion faite
à Naples en l'année 1584. car au
Livre de Catoptricis , au Chapitre
11. page 270. Despecillis quibus fupra
omne cogitatum , quis confpicere
longiffime queat , il parle en ces
termes. Diximus de Ptolomei ſpeculo
, five specillo potius quo, be.
Docere tentabimus ut per aliquot milliacognofcere
amicos poffimus , & legere
minimos caracteres è remoto,
idque vel levi artificio ,fed res non
* duMercureGalant. 179
adeo vulgaribus promulganda , fed
perspectivis clara , auſquels ma
Figure XII . doit ſuffire , avec ce
quej'ay dit dans la 323. page du
Journal de Medecine du Tome de
1681. & dans une Differtation
desMiroirs Ardans , qu'on trouvera
dans le Mercure du mois de
Juin 168. Conftituatur ergo visus in
centro valentiſſimiſpeculi , qui ſoit
de fonte, &c. & par ces termes,
Speculum concavum columnare , aqui
diftantibus lateribus , Tuyau cilindrique
garny à ſes extrémitez
des deux Verres, &c. Et confectum
erit ſpeculum , ad id quod diximus
utile.
Cyſatus dans ſon Livre de la
Comete de 1618. dit que les Anciens
Aſtronomes ſe ſervoient
communément des grandes Lu
18Q Extraordinaire
netes d'approche. Fuiſſe enim,
dit- il , ufum Tubi - optici antiquis
etiam Astronomis Familiarem , tefta
tur Liber vetuftiffimus in Bibliotheca
Monastery Schevrenſis fcriptus ante
* 400. annoS.
Frémundus dans le 3. Livre
des Metéores au Chapitre 2. Article
3. diſoit en l'année 1627 Nu.
pèr in Hannonia , inter veterem си-
jusdam caftelli supellectilem , Dioptricus
Tubus repertus narratur , aruginofus
&multe antiquitatis.
Porta Napolitain, eſt le premier
qui en l'année 1549. dans lapremiere
impreffion de la MagieNaturelle
, & en la ſeconde faite en
l'année 1584 a doctement enſei.
gné la conſtruction des deux efpeces
de Lunetes d'approche.
Voicy ſes termes du Chapitre 10.
duMercure Galant. 181
du 17. Livre page 269. Si lentes
multiplicare noveris non vereor quin
per centumpaſſus minimam litteram
confpiceris , ut ex una in alteram
majores reddantur caracteres , qui
id recte fciverit accommodare non
parvum nanciscetur fecretum. Voila
pour les Lunetes d'approche , &
pour les Microſcopes , dont tous
les verres font lenticulaires , c'eſt
àdire , convexes. Il enſeigne im .
médiatement la conſtruction des
Lunetes dont le verre oculaire eſt
concave. Concavo , dit- il , longe
parva vides ,fed perspicua , convexo
propinqua majoraſed turbida , ſi
utrumque recte componere noveris,
&longinqua , &proxima majora &
clara videbis .
Voicy maintenant l'Hiſtoire
des Lunetes qui font venuës fi
182 Extraordinaire
communes. Jacques Metiusd'Al
marie en Hollande , Frere d'A.
drianus Métius grand Mathématicien
, ayant étudié ce que Porta
en avoit dit , en executa une partie
; il fit en l'année 1609. travailler
un verre convexe & un verre
concave , par un Faiſeur de Bezicles
nommé Jean Lippenſein,
de Midelbourg en Zélande , lequel
prit garde que Métius pour
eſſayer les verres, éloignoit peu à
peu le verre convexe du verre
concave auquel il appliquoit
l'oeil pour regarder les objets;
cet Ouvrier en fit le lendemain
pour luy ; & pour les manier commodement
, il les enferma com.
modement , il les enferma dans
un Tuyau. Ce nouveau Inſtrument
Dioptrique fit tant de
du MercureGalant. 183
2
1
bruit , qu'il fut préſenté au Prin.
ce Maurice , & paſſa au Marquis
Spinola , qui eſtoit à la Haye,
pour traiter de la Suſpenſion
d'armes avec Meſſieurs les Etats
d'Hollande ; Spinola en fit Préſent
à l'Archiduc Albert .
A la veuë , ou au recit de l'effet
de cet Inſtrument Dioptrique,
qu'on appella Lunete d'Hollande
, on étudia Porta , & on tra.
vailla des Verres dans toute l'Eu.
rope. Galilei Mathématicien du
Grand Duc de Toſcane, y réüſſit
le mieux ; c'eſt pourquoy on les
nomma Lunetes de Galilei , aufquelles
le verre eſtoit auſſi concave.
Tous les Sçavans ont reconnu
devoir au Signor Porta Napolitain
, l'Invention des Lunetes
184 Extraordinaire
de l'une& de l'autre eſpece ; c'eſt
pourquoy le St Fabri , Medecin
& Botanique du Pape, dans le Livre
de Galilei , qui a pour titre,
Libra Astronomica , parle en ces
termes décififs .
Porta tenetprimas , babeas germane
Secundas,
Sunt Galilee tuus, tertia vegna labor.
Keppler, ce grand Aſtronome
Copernicien , donna enſuite ſa
Dioptrique , imprimée à Aufbourg
en l'année 1611. Son Probleme
86. porte , Dusbuus convexis
, majora & diftincta preftare vifibilia,
fed everſoſitu ; & fon Probeme
89. porte , Tribus convexis,
erecta & distincta &majora prestare
vifibilia ; mais il n'a déterminé
aucuneproportion des verres. Le
premier qui l'ait enſeigné eſt le
(
185
уга,
able
que
tinefctus,
uffihite,
taux
fon
Valis
l'anvans
le &
t le
tiles
anée
efme
fidans
XII .
184
del
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F
C
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Porta 11
J
Sun
Ke
t
Cope
Diop
bour
blem
xis, n
fibilia
beme
erecta
vifibi!
aucun
premi
du Mercure Galant. 185
R. P. Antoine-Maria de Rheyra,
Capucin Allemand , le veritable
Pere des grands Binocles , & que
les Sçavans ſçavent bien diftinguer
de l'autre , parce qu'il eſtoit
vir aque Religiofus ac doctus,
mihique familiariter notus , auffibien
qu'au R. P. SchotJefuite,
duquel j'ay emprunté ces beaux
termes de la 494. page de fon
premier Tome Magia Universalis
Natura&Artis , imprimé en l'année
1658. Car tous les Sçavans
reconnoiffent , que le docte &
Artiſte Denis Chorez eſt le
Grandpere des Binocles , qui les
préſenta au Roy en l'annnée
1625. & en publia en meſme
temps la conftruction & la figure
que vous trouverez dans
cette Planche; & la Figure XII .
Q.deJanvier 1683. Q
186 Extraordinaire
4
1
1
1
dema troifiéme Planche , repré
fente le moyen d'adjuſter facilement
les deux Lunetes , pour
faire de longs Binocles.
Si l'onme demande comment
l'ufage des Lunetes a eſté enſeve-
Jy pendant une fi longue ſuite de
fiecles , juſqu'à ce que Porta les
a fait revivre , je répondray que
le boulverſement continuel des
Etats en Egipte , & autres Parties
du Monde , a caufé la perte
des plus belles Inventions , ayant
obligé Minerve de ceder à Mars,
parce que la Terre n'avoit pas
encor porté un Loüis LE
GRAND , Quo nihil majus , nec
melius dedere Dij , nes potuere dare,
qui ſçait faire fleurir Minerve,
les Arts , & les Sciences dans ſon
Royaume , & porter les Armes
du MercureGalant. 187
enmeſme temps, comme un autre
Dieu Mars toûjours victorieux,
dans toutes les Parties du Monde.
Auſſi eſt-il vray , que de 21. en 21 .
Regne , nos Monarques ont toûjours
eſté par deſſus les autres
Roys , autant que les Héros de
l'antiquité par deſſus le commun
des Capitaines. Clovis , Charle.
magne , S. Louis , & Lours LE
GRAND heureuſement regnant,
prouvent ce quej'avance. 4
On donneralafuitedeceTraitédes
Lunetes dans lesſuivans Extraordinaires
dn Mercure.
&s

188 Extraordinaire
1
1
22522522222255252
Si la beauté de l'Eſprit eſt plus
propre à charmer , que celle
du Corps.
Q
Ve la belle Iris ade charmes!
Les plus fiers luy rendent les
armes;
Mais que Célimene a d'esprit!
Qued'agrémentdans tout ce qu'elle dit!
Pourcelle-là le plus galantſoûpire,
Tout penétré deses appas;
Maiscelle-cy,que leplus ſage admire,
Qu'unEtourdy ne confidere pas,
Tire des plusſenſez , un amour veritable,
Qui reconnoît l'Esprit un plus noble
vainqueur,
Etpar un charme inévitable,
Tient toûjoursfermedansle coeur.
Quoy! la Queſtion demandée
du Mercure Galant . 189
Eft- elle déja décidée,
Etferoit-ilvray que l'Esprit
Eblouiſt, touchaft davantage
Que tous les traits d'un beau visage,
Tels que ces traits brillans dont Iris
s'applaudit?
Il estvray qu'il en est capable;
Mais, belas, qu'un Esprit ſeitſublime,
admirable,
Et qu'il aitmeſme affez d'appas
Pour charmer l'Univers, il ne lefera pass
C'eſtplus à luy qu'onfait la guerre,
Qu'à la beauté du Corps à qui tout est
Soumis,
Et qui n'a jamais ſur la terre ...
Encor rencontré d'Ennemis.
3
On adonc beau vanter l'esprit de Céli- )
mene,
Desplus beaux qu'elle soit la Reyne.
Comme toûjours entout on s'attacke au
dehors,
Cen'est point pour l'Esprit qu'on cherche
tantàplaire:
190
Extraordinaire
S'il est aimé, c'est pour le Corps,
Par un gouft dépravé qui nous eſt ordinaire.
3
Quandlefeu de la Guerre allumée autrefois,
En faveur de la belle Helene,
Perdit tant de Héros, désola tant de
Roys,
Etfutd'unesilongue haleine,
N'estoit- ce pas poursa beauté?
Jamais Efpritleplus vanté
N'en afait autantparses charmes ;
Non, non, c'est pour le Corps que l'on a
prisles armes.
3
Si pourtant il est vray qu'un charme fi
puiſſant
Anime les transports d'un Amant pour
SaBelle,
Etqu'on est moins touché pour laſpiri.
tuelle,
Que nous n'admirons qu'en paſſant,
C'est que ne voulant pas approfondir la
chofe
duMercure Galant.
191
Nostrefoible raiſonſe trompe, & nous
impose.
GYGES, du Havre.
25525-52255-525222
TRADUCTION
DE L'ODE D'HORACE ,
Qui commence par Donecgratus
eram, erc .
DIALOGUE .
HORACE .
Lorsque Ors que l'agreable Lide
Paſſoit avecque moy les beaux jours de
Sa vie;
Lors que de mes Rivaux, lesſoins, &la
Langueur,
N'estoientpayez que de rigueur,
Que rien de nos deux coeurs ne troubloit
le commerce,
Je vivois heureux comme un Roy's
192
Extraordinaire
1
!
Et celuyqui jouit des trésors de la Perse,
N'estoit pas plus content que moy .
LIDIE.
Lors que mon infidelle Horace
M'aimoit avec ardeur, fansfeinte, ſans
• grimace:
Lors quedeſa Chloé, l'air doux & languiffant,
N'estoit qu' un attrait impuiſſant,
Que seule en son efprit je paſſois pour
jolies
F'estois au comble de mes voeux,
Tous mes jours estoient beaux , & lafameuse
Ilie
N'avoitpas unfort plus heureux.
HORACE .
Pour Chloé, dont la voix touchante
Jointe aux accords du Luth, charme,ravit,
enchante,
D'unmutuelamourjeſens les doux tranfports.
Lefortde ces illuftres Morts
Qui verferent leurfang pourGlicere, &
Sylvie,
du Mercure Galant. 193
Pourroit un jour estre monfort,
Sila Bellepouvoit me voir finir mavic
Sans vouloirſe donner lamort.
LIDIE.
Un coeurplein de délicateſſe,
Un AmantSans defauts, m'aime, &me
fuitfans ceffe;
C'est le jeune Calis, qui toûjours obligeant,
Toujours difcret, tendre, engageant,
Afibien ſçen trouver lefoible de mon
ame,
Quepour luy j'irois expirer,
Şi deux coeurs penétrez d'unesi belle
flame
Pouvoient enfin ſeſéparer.
HORACE .
1
Mais enfin, aimable Bergere,
Si quittant cettehumeur inconstante &
légere,
Je rallumois lesfeux de mon premier
amour,
Si j'allois groſſir voſtre Cour,
Obtenir le pardon pour cette ame rebelle,
2. deJanvier1683, R
194
Extraordinaire
Ou bien mourir à vos genoux,
Si je quittois Chloé, trop charmante
Cruelle,
Comment me recevriez- vous?
LIDIE .
Ingrat,voussçavez mafoibleſſe;
Ouy, pourpen qu'au retourvostre coeur
fier sempreſſe,
Quoy qu'à mesyeux Calis foit plus beau
quelejour,
Qu'ilm'aime d'un fidelle amour,
Que voussoyez mutin, inégal, intraitable;
Calis,digne d'unfort plus doux,
A mon injuste coeur paroiſtra moins ai-
I
mable,
Etje nevivray que pourvous.
BARDOU, de Poitiers.
MADRIGAL.
Ris,dansquel étatpuis-je eſtre encor
pourvous?
Carjelesveux éprouver tous.
du Mercure Galant .
195
Jevous ay tendrement aimée;
Ony, de vosyeux brillans mon ame estoit
charmée;
Et lahaine aujourd'huyfuccede àmon
amour
Dans la derniereviolence.
Jonepuisplus avoir que de l'indiférence;
Elle aura deſormaisſon tour.
DIEREVILLE.
M² Bouchet, ancien Curé de No.
gent le Roy, a répondu par les Vers
qui fuivent , à deux Questions du
dernier Extraordinaire.
Rij
196 Extraordinaire
25522-5525522-2555
S'il faut plus d'Eloquence à un
General pour animer fon Armée
au Combat; à un Avocat,
ou autre Orateur , pour perfuader
ſesJugesde la bonté de
ſaCauſe qu'il défend ; ouà un
Amant , pour faire connoiftre
ſon amour à ſa Maîtreſſe .
T'Eloquence est l'Art de
Biendire,
Artdont merveilleux empire
Soûmet àses puiſſantes Loix
Jusqu'à lavolonté des Roys,
Jusqu'aux coeurs les plus inflexibles,
Jusqu'aux ames les moinsſenſibles.
C'est un assemblage de mots
Prononcez&ditsàpropos,
Dont la charmante tyrannie
Agite, gouverne, &manie
du Mercure Galant . 197
Les plus héroïques Eſprits,
Quiſans qu'ilsy pensent,fontpris
Pour l' Eloquence Militaire,
Qui porte un Soldat àbien faire,
Quid'un Poltronfait un Heros,
Luy dût- il couſterſon repos,
Prodiguantſa vie & ſes peines,
C'est lefait des grands Capitaines.
César ne fut jamais Vainqueur,
Qu'apres qu'il eut fait l'Orateur,
Et que d'une voix animée
Ileutharanguéson Armée;
Ses paroles pleines d'ardeur,
Banniſſoient la crainte & la peur.
Autant en ontfait Miltiade,
Coriolan, Alcibiade,
Agis,Annibal, Scipion,
Philopæmen, & Phocion.
Autant Antoine, autant Pompée.
Quand il falloit tirer l'Epée,
Uneseule de leurs Leçons
Valloit cent coups d'Estramaçons ;
Riij
198 Extraordinaire
Uneſeule de leurs Préfaces
Valloit mieux que milleCuiraffes.
Pourl'Eloquence du Barreau,
Quimet tant de Plaideurs en eau,
C'est d'un Avocat lepartage.
Làſa langue diferte &sage
Travaille avecfincerité
Amaintenir la probité,
Abiensoûtenir lafustice
Alaconfusion du Vice,
Pourveu qu'en défendant leDroit,
Onn'allégue que ce qu'on doit,
Sansfaire rougir l'Innocence
Partrop de langue& de licence.
Pourpeuque l'on soit malheureux,
Unflux de bouche eſt dangereux.
Pour l'Eloquencede Ruelle,
Qui tendàvaincre une Cruelle,
Dont lerigoureux traitement
Mer andefefpoirun Amant,
C'estune espece d' Eloquence
Dont j'ayfort peu d'intelligence.
duMercure Galant. 199
Maisdiſonspour concluſion,
Pouréviter confufion,
Qu'àqui commande uneCohorte,
Ilfaut uneEloquenceforte,
UneEloquenceſans détour,
Plus réſonnantequ'un Tambour,
Plus terriblequ'uneTrompete,
Plus bruyantequ'uneMusete;
Qu'un tondevoix impérieux
AuxCapitainesfied des mieux;
Cartout grandGuerrier qui préſide,
Doit au beſointenir en bride
Dans les Exercices de Mars
LesCompagnons deſes hazards.
Ainsi,lors qu'il ouvre la bouche,
Il estnéceſſaire qu'il touche.
3
Ilfautà l'Avocat plaideur,
Soit Demandeur,ſoit Défendeur,
S'ilveut rendreſa Causeheureuse,
Une Eloquencevigoureuse,
Quiſans bleſſerla charité,
Etabliſſe la verité,
Ring
200 Extraordinaire
Et le bon droit defa Parties
Ilfaut qu'elle soit aſſortie
Defortes raisons, de bon sens,
Pourprotégerles Innocens,
Pour estre un charitable azile
A la Veuve ainſiqu'au Pupille,
Etfaire la guerre aux Méchans:
Mais, Interest, battez les champs,
Quittez, quittez noftre Hémisphere,
Car vous gastez tout le myſtere;
L'Avocat, qui n'aime le Sac
Quepour enrichirSon Biſſac,
Neméritepas qu'on le lonë,
Etdeluy le Démonſe jouë.
Quifait le contraire est Chreftien,
EtpaſſepourHomme de bien .
Pour l'Eloquence affectueuse,
Ilfaut qu'estant refpectueuse
Elle flate agreablement,
Qu'elleparle modeſtement,
Qu'elle touche, s'il eſt poſſible,
L'endroit du coeur leplusſenſible
duMercure Galant. 201
:
De l'Objet dont on est charmé.
Deſoûpirs ilfaut estre armé,
Pour adoucir une ame altiere ;
Mais je quitte cette matiere,
Car du Climat &de la Cour,
De ce que l'on appelle Amour,
Jen'ayjamais bienfçenlaCarte,
Etpuis, mon Etat m'en écarte.
Maisvoyonsſans tant barguigner,
Quides trois lePrix doit gagner,
LeProtestant,le Capitaine,
Ou lAvocat qui tantſe peine.
3
Comme l'Avocat doit parler,
Etsa Rhétorique étaler
Devant des Gens de conféquence;
Quifçavent où gift l' Eloquence,
Devant lesplussçavans Amis
De l'incorruptible Thémis ,
Devant desJuges venérables,
Dont les Arrests irrévocables
Décident en dernier reffort
Etde lavie, & de lamorts
202 Extraordinaire
D'ailleurs (ce que l'expérience)
Montre encormieux que laſcience)
Comme la réputation
Dépendſouvent d'une Action,
D'unPlaidoyéfait à merveille,
OumilleGenspreſtent l'oreille,
Gensd'esprit fin & de bon goust,
Aqui l'Eloquence estragoust;
Les avis &sentimens noſtres,
Sont, ledût- on trouver mauvais,
Que l'Eloquence du Palais
L'emportefur celledes autres.
Quelles font les qualirez neceffaires
pour écrire les Lettres,
&du ſtile Epiſtolaire.
Ansles Lettresque l'onécrit,
Ilfaut ménagerſon efprit,
Enfaiſant choix deſes paroles,
En évitant leshyperboles,
Les figuresàcontretemps;
Ilsefautfaire un paſſetemps
du Mercure Galant. 203
;
D'écrire juste, &dans un stile
Ou rien ne paroiffe inutile.
Qui ne lefait, ne manque pas
Defaire un galimathias ,
Uneſuite de reſveries,
Un amas de Pédanteries,
Quiſont d'un goust désespere
PourunHomme bien éclairé.
Sidans leftile Epistolaire
Ondoit traiter de quelque affaire,
Apres lepremier Compliment,
On en doit parlerſimplement,
Sanspourtantfarcir une page
D'un impertinent verbiage,
Autrementuntel entretien
Eft celuy d'un Diſeur de rien.
Deplus, ſiparfois il arrive
Que l'on envoye uneMiffive
AdesGens d'élevation,
Ilfaut de la précaution,
Les traiter d'honneſte maniere,
Toûjourssuivant leur caractere,
Etconformement à leur rang;
Car qui voudroit traiterunGrand,
204 Extraordinaire
Qu'un mérite éclatant rehauſſe,
Comme un ſimple Fermier de Beauce,
Ou comme un Cordonnier de Sens,
Ceferoit manquer de bonssens,
Chaque choſe va par étage.
Pour conserver l'ordre; L'usage
Donne aux Papes la Sainteté,
AuxMonarques la Majesté;
Les Princes sont traitez d'Alteſſe,
Le Prince Othoman de Hauteſſe.
Pour les illustres Cardinaux,
Quiſont comme les Arſenaux
EtlesfortsRemparts du Saint Siege,
Ils poffedent le privilege
Del' Eminence. Ambassadeur,
Onvous traitera de Grandeur,
Oufivous voulez d'Excellence.
L'une & l'autre, comme jepense,
Peut indiquer la qualité
Ou le Destin vous a monté,
Et l'une avec l'autrese charge
Duſoin de marquer vostre Charge
Pour les Venerables Prélats,
Qui du Clergéſont les Atlas,
du Mercure Galant. 205
Et les Lumieres de l'Eglise,
Aqui Dieu noſtre ame a ſoûmiſe,
Onles traite de Meſſeigneurs,
Carà tous Seigneurs tous honneurs.
On doit fuir ainsi que la Peste
Toute diction immodefte ,
Quipeurdanssa reflexion
Salir l'imagination ;
Cequiſoit ditpour tout ouvrage,
Quifait àlapudeur outrage.
On doit encor dans ſes Ecrits
Fuircequiſent les cheveux gris,
Et bannir au dela du Tage
Les mots de l'ancien langage,
Carces motsàtout bon Parleur
Sont especes de maux de coeur.
On ne doit décharger ſa bile
Par aucune Lettre incivile,
Ny par Ecrit morguer abſens
Ceux qu'on n'oſe toucherpréſenss
206 Extraordinaire
En uſer ainsi, c'eſt baſſeſſe,
Et marque unegrandefoibleffe.
Le commerce des Billets doux,
Pourtromperun Mary jaloux,
Pourfaire nouvelle conqueſte,
Ouménager un teste-à-teste
Qui trame une infidélité,
Eſt un commerce détesté;
Il nefaut jamais rien écrire,
Qui nesepuiſſefaire, ou dires
Etquand on a laplume en main,
Grandrespect pourſon Souverain.
1
Maisdans le ftile Epiftolaire,
Pour réuſſir, quefaut- ilfaire?
Lifezles Oeuvres de Balzac,
De Sorbieres, de Priézac,
De Sarrafin, &de Voiture .
Ajoûtez à cette lecture
Cent autresEcrivains récens,
Pleinsdejuſteſſe, & debonsens.
L'habitude de bien écrire,
S'acquiert àforcede bien lire.
du Mercure Galant. 207
Ondit depuis Noftradamus,
Fabricando, Fabri fimus .
Bien avant luy, dans tout Royaume
L'on uſoit de cet Axiome.
5255-52522-5522522
DE L'ORIGINE
DES CLOCHES,
ET DE LEUR ANTIQUITE' .
Uoy que l'on donne l'In-
&l'antiquité de la
Forge , de l'Enclume & du Marteau,
à Tubal Fils de Lamech,
pour avoir eſté le premier qui
ait mis en uſage le Fer , l'Airain
&les autres Métaux , en les faiſant
paſſer par la Fournaiſe& par
le Peu , nous ne trouvons aucuns
Autheurs , qui rapportent l'anti208
Extraordinaire
J
quité des Cloches fi loin .
Emanuel Thefaurus , en la Vie
de ſes Patriarches , & Zuingerus
en fon Livre des Mécaniques , donnent
bien l'Invention de divers
Inſtrumens & Machines , qui
regardent la Forge & la Fonte,
à ce premier Forgeron , mais non
pas celle des Cloches.
Joſephe , Livre 3. des Antiquitez
Iudaiques , & Origene en fon Expoſition
fur l'Exode , parlant des
Grands Preſtres des Hébreux,
& de leurs Habits Pontificaux,
rapportent qu'Aaron , dans les
Ceremonies de ſes Sacrifices , ſe
ſervoit de Veſtemens de Pourpre
, à la Frange deſquels pluſieurs
petites Clochettes d'Or
eſtoient attachées d'eſpace en
eſpace , avec autant de Grenadu
Mercure Galant. 209
des ; pour marquer aux Peuples
le filence & le reſpect qu'ils devoient
garder , quand le Grand
Pontife entroit dans le Sanctuai .
re ,&pendant le temps des Sacrifices.
Cette remarque fait voir
non ſeulemet la veneration qu'on
portoit aux Temples , & à leurs
Miniſtres ; mais que l'uſage des
Clochettes eftoit déja du temps
des premiers Hébreux , & quelque
temps aprés le paſſage de la
Mer Rouge.
Eufebe , Livre 6. Chap. 4. de
la Préparation des Gentils à l'Evangile
, dit que le Roy Salomon ,
ayant fait conftruire fon magnifique
Temple , fit ajoûter à di
verſes Tourelles , qui eſtoient au
deſſus de la couverture , juſques à
quarantes Clochettes , d'un tim-
Q.deJanvier 1683 . S
210 Extraordinaire
bre fort clair& refonnant , dont
l'uſage eſtoit de faire fuir les
Oiſeaux , qui pouvoient ſe rencontrer
au deſſus du Temple,
pendant le temps du Sacrifice &
des Cerémonies.
Hierome Magius , d'Amſterdam,
dans le temps qu'il eſtoit
Prifonnier de guerre àConſtantinople
, ayant eſté pris par les
Turcs au Siege de Famagouſte,
dans l'Ifle de Chypre , a travaillé
àun Traité merveilleux fur cette
matiere , quoy qu'il fuſt ſans Livres
. Ce Traité a eſté enfin donné
au Public, & l'on y trouve parmy
ſes recherches curieuſes , que
du temps des Anciens Grecs , das
Jes premiers Siecles de la Religion
Chreftienne , au lieu de Cloches,
on ſe ſervoit de certaines PlanduMercureGalant.
211
, ches de bois larges & minces
appellées Symandres, fur leſquelles
on frappoit avec deux petits
maillets de bois , qui y estoient
attachez , & que le bruit en retentifſſoit
fort loin. Ce meſmeAu.
theur dit que l'uſage de ces Symandres,
pour convoquer le PeupleauxTemples,
eſtoit auſſi commun
chez eux ,que celuy desCloches
le peut eftre parmy nous.
Ces mêmes Grecs ſont perfua
dez , felon que rapporte encor
Magius , que le Patriarche Noë,
avoit inventé l'uſage de ces Symandres
, avant letemps du Deluge
, & qu'il s'en ſervit pour appeller
tous les Animaux dans l'Arche,
qu'il avoit baſtie , & où ils
devoient eſtre enfermez , pendant
que les Eaux couvriroient la terre.
1
i
Sij
212 Extraordinaire
Les Grecs encore des derniers
Siecles , qui ſuivent la Liturgie
dans les Parties Orientales, comme
dit le même Autheur , au lieu
de Symandres , ſe ſervent de Plaques
de Fer , rondes & fufpenduës
à des Cordes , fur leſquelles
ils frappent par intervales , avec
un morceau de Fer , quand ils
vont porter le Sacré Viatique à
leurs Malades.
,
On trouve toutefois que l'uſage
des Cornets , avant celuy des
Cloches a eſté fort commun
chez diverſes Nations, & principalement
chez les Egyptiens ,
quandon vouloitappeller lesPeuples
aux Temples. Pour confirmer
cette verité , Magius rapporte
qu'il en fut trouvéun de fin Or
de 20. deJuillet , l'an 1639. qu'on
du Mercure Galant . 213
1
1
1
croit avoir eſté apporté d'Egypte.
Il eſtoit enfoüy dans la terre , fur
le chemin de Ripen, dans le Nor.
der -Jutland , proche des Ruines
d'un Monument fort antique. II
avoit la longueur du bras , & approchoit
de la même groſſeur par
bout qui ſervoit d'illuë à la
voix ; & l'autre bout eſtoit plus
étroit pour l'emboucher.
La gravûre tres - délicate qui
eſtoit deſſus , auffi bien que cer
taines aifles qui estoient autour,
où l'on trouva pluſieurs figures
hieroglyphiques en firent admirer
la rareté , & on le trouva affez
curieux pour eſtre preſenté au
Roy de Danemark , quile receut
avec beaucoup d'eſtime , & le fit
mettre en fon Tréſor Royal .
Cette découverte fit tant de
214 Extraordinaire
bruit dans le Noder. Jutland,
que Vuormius fort ſçavant dans
les Antiquitez des Egyptiens,
ayant vû ce Cornet , fit un Commentaire
pour expliquer les Hieroglyphes
qui y estoient gravez .
Les figures eſtoient pareilles à
d'autres qu'on voit encore fur de
Medailles Antiques , qui vien.
nent des Egyptiens .
Athanaſe Kircher , en ſon Trai.
té qu'il intitule l'Oedipe Hicroglyphique
, dit avoir trouvé dans la
Bibliotheque du Vatican , à Rome
, un Livre fort ancien manuf
crit , qui parlor de pareils Cor.
nets , qui du temps des Egyptiens
au lieu de Cloches , ſervoient à la
convocation des Peuples en leurs
Temples , & à d'autres uſages , où
ce ſçavant Perſonnage donne
duMercure Galant.
215
i
l'explication des figures Egyptiennes.
La rareté de ſon Oedipe
fait connoître le grand génie de
cet Autheur.
A ce ſujet le même Kircher,
en ſon Livre dela diverſitédes Sons
Harmonieux & Organiques , &de
lamanierequ'ilsseforment , rappor
te qu'Alexandre le Grand avoit
: un Cornet particulier , de forme
ronde , dont le tour ou circuit
eſtoit de cinq coudées , avec deux
tubes , l'un en haut pour l'emboucher
, & l'autre au bas , mais
beaucoup plus large , pour la fortie
du Son ou de la Voix ; & que
quand il vouloit convoquer ſes
Troupes diſperſées , il s'en ſervoit.
Ce Cornet eſtoit attaché à l'en
trée de ſon Pavillon Royal , à un
Anneau.
216 Extraordinaire
Ce qui estoit de merveilleux,
c'eſt que bien que les Troupes de
ce Prince fuſſent écartées de plus
de cent ſtades , qui valent dix
milles d'Italie , & plus de trois
lieuës de France , elles ne laiffoient
pas d'en entendre le Son.
Le même Autheur dit avoir vu
dans un Livre de Secrets qu'Ariſtote
adreſſoit à Alexandre , la
fabrique & l'uſage de ce merveil
leux Cornet. Les Curieux pourront
en voir la figure dans fon
Livre des Inſtrumens Harmo .
nieux & Organiques.
Properce & Zuingerus en fon
Volume des Mécaniques , parlent
auſſi de ces Cornets , avant l'uſage
des Cloches. Il eſt encore à
remarquer , ſelon Pline , que dans
la Toscane , avant la Fondation
de
1
du Mercure Galant. 217
de Rome , &méme depuis , onte
ſervoit de Cornets pour appeller
les Peuples aux Temples des
Dieux. Evander Roy de Toſcane
, en avoit l'uſage. Romulus
aprés la Fondation de Rome , &
Numa Pompilius , qui luy fucceda
, & quiinventa les Cerémonies
&les Sacrifices des Dieux , s'en
fervirent ; & quoy que le Lituus
fuſt le Bâton augural de ce Fondateur
de Rome, il ne laiſſoit pas
de ſignifier auſſi une cípece de
Trompete , que nous appellons
Clairon , qui pouvoit ſervir à un
double uſage. C'eſt pourquoy
Martial a fait alluſion à ces tempslà
, ou à celuy des Romains poſtérieurs
, quand il a dit par cette
moitié de Vers,
Redde pilam, ſonat es Thermarum,
Q.deJanvier 1683. T
218 Extraordinaire
,
rendez la Balle le Cornet
fonne pour aller aux Bains. Voila
le ſentiment de divers Autheurs
fur l'uſage des Cornets , avant
celuy des Cloches .
Mais pour venir à l'Origine &
à l'Antiquité des Cloches , il eſt
certain que pluſieurs Nations
Payennes en avoiet l'uſage depuis
un longtemps. Les Indiens , comme
dit Zuingerus , Volume 3. Liv.
3. des Arts Mecaniques , ſe ſervoient
anciennement des Clochetes ou
des Cymbales pour la convoca,
tionde leur Milice ; & même encore
en nos temps , les Rois des
Indes , ayant conſervé leur ancienne
coûtume , quand ils for.
tent de leurs Palais pour voyager,
ou aller à l'Armée , on ſonne des
Clochetes par intervales , avec
.در
duMercure Galant. 219
de petitsTambours , qui en mar
quent le départ ; de la même maniereque
dans d'autres Provinces
ouRoyaumes , les Tambours , les
Trompetes& les Tymbales, font
connoître la Marche des Rois &
des Princes. C'eſt ce que rappor
re Melchior Nugez , en ſes Relationsdes
Indes
Voyons encoreceque ditVarron
furcette Antiquité, auſſi bien
que Pline, Liv.36. Chapit. 13. L'un
&l'autre font la deſcription du
ſuperbe Tombeau du Roy Porfenna
, &diſent qu'il fut enfevely
présde Chiuſi , dans la Toſcane.
CeMonument, de qui la Baſe ſer.
voitdeTombeau , avoit cinq Pyramides
, dont quatre eſtoient
élevées ſur les quatre coins de la
Bafe; & cette Baſe eſtoit d'une
Tij
220 Extraordinaire
prodigieuſe largeur , toute d'une
ſeule pierre ; & la cinquiéme qui
eſtoit au milieu , eſtoit ſoûtenuë
des quatres autres Pyramides.
Cette derniere avoit ſoixante
& quinze pieds en quarré , &
cinquante de hauteur , au ſommet
il y avoit un gros Timbre
deBronze , en rond , qui la com
prenoit toute , & fur ce timbre
eſtoit élevée une Couronne Im.
periale , où dans les ouvertures il
y avoit pluſieurs Clochetes ou
Cymbales , attachées àde petites
Chaînes , leſquelles eſtant agitées
du vent , rendoient d'elles mêmes
un certain Son harmonieux , &
quis'entendoit de fort loin. Enfin
Varron fait un prodige preſque
incroyable de ceMonument.
Hygin rapporte en la Mytholo
du Mercure Galant. 221
gie, Chap. 188. que dans le Temple
deJupiter en la Foreft Dodone ,
il y avoit une Cloche , qui d'elle
même ſonnoit nuit & jour , &
rendoit un fon melodieux , de
même que les Cheſnes y parløient
d'eux - mêmes , &rendoient des
Oracles.C'eſt de là que l'on a tiré
ces mots , Es Dodonaum vocale ,
l'Airain parlant de Dodone. Ce
que rapporte auffi Aufone ,
NecDodonei ceffet tinnitus Aheni.
Strabon Liv. 10. dit que Cybele
Mere des Dieux , a eſté la premiere
qui ait inventé la,Clochete
ou Cymbale ; d'où vient que les
Preſtres de cette Déeſſe , dans les
Sacrifices qu'ils luy offroient , s'en
fervoient , & y meſloient le fon
de leurs Boucliers d'Airain , pendant
le temps de la Cerémonie.
Tiij
SHOADA D aperte de la
anb am
rettoient
emale, on
decnette,
de
NS
ZA
Cami-
S
du MercureGalant. 223
cun ne les touchât , quand on les
menoit au Supplice , afin qu'on
-ne fuſt pasenfuite obligé à recou-
-vir à l'expiation , comme ayant
eſtéſoüillé de leur attouchement .
Ce que nous avons cité juſques
à prefent , ne regarde que les petites
Cloches . Il eſt queſtion des
grandes , & de l'art de les fondre.
Magius dont nous avons parlé,
refute Polydore Virgile , qui fait
S. Paulin , premier Eveſque de
Nole dans la Campanie , inven
teur de l'Art des Cloches , & dit
qu'elles eſtoient beaucoup plus
anciennes , &bien avant le temps
de ce Prelat. Il ſe peut faire que
l'Art de fondre les Cloches fous
terre , a eſté trouvé à Nole dans
la Campanie , qui eſtune des Provinces
de l'Italie , dont S. Paulin
Tiij
222
ث Extraordinaire
Mais quittant la Fable , voyons
ce que Zonaras rapporte de la
Coûtume des Romains. Il dit que
quand les Empereurs eſtoient
portez dans leurs CharsdeTriomphe
, pour aller au Capitole , on
attachoit ordinairement au devant
de ces Chars une Clochette,
pourles avertirde ne s'enorgueil
lir pas de leurs Victoires & de
leursTriomphes ,& qu'ils euffent
à ſe ſouvenir qu'ils pouvoient
tomber dans la même diſgrace ,
où les Rois & les Princes qu'ils
avoient vaincus, eſtoient tombez .
Roſinus , Li 2. Chap. 29. des
Antiquitez Romaines , dit que quad
à Rome on puniffoit las Criminels,
condamnez à mort , on avoit
coûtume de leur attacher une
Clochete au Bras , de peur qu'au.
du MercureGalant. 223
cun ne les touchât , quand on les
menoit au Supplice , afin qu'on
ne fuft pasenfuite obligé à recou
vir à l'expiation , comme ayant
eſtéfoüillé de leur attouchement.
Ce que nous avons cité juſques
à prefent , ne regarde que les petites
Cloches . Il eſt queſtion des
grandes , & de l'art de les fondre.
Magius dont nous avons parlé,
refute Polydore Virgile , qui fait
S. Paulin , premier Evefque de
Nole dans la Campanie , inven
teur de l'Art des Cloches , & dit
qu'elles eſtoient beaucoup plus
anciennes , & bien avant le temps
de ce Prelat. Il ſe peut faire que
l'Art de fondre les Cloches fous
terre , a eſté trouvé à Nole dans
la Campanie , qui eſt une des Provinces
de l'Italie , dont S. Paulin
Tij
222 Extraordinaire
Mais quittant la Fable , voyons
ce que Zonaras rapporte de la
Coûtume des Romains. Il dit que
quand les Empereurs eſtoient
portez dans leurs CharsdeTriomphe
, pour aller au Capitole , on
attachoit ordinairement au devantde
cesChars une Clochette,
pourles avertirde ne s'enorgueil.
lir pas de leurs Victoires & de
leursTriomphes ,&qu'ils euffent
à ſe ſouvenir qu'ils pouvoient
tomber dans la même diſgrace ,
où les Rois & les Princes qu'ils
avoient vaincus , eſtoient tombez .
Roſinus , Li 2. Chap. 29. des
Antiquitez Romaines, dit que quad
à Rome on puniffoit les Criminels,
condamnez à mort , on avoit
coûtume de leur attacher une
Clochete au Bras , de peur qu'au.
du Mercure Galant. 223
cun ne les touchât , quand on les
menoit au Supplice , afin qu'on
ne fuſt pas enſuite obligé à recouvir
à l'expiation , comme ayant
eſté ſoüillé de leur attouchement .
Ce que nous avons cité juſques
à prefent , ne regarde que les petites
Cloches . Il eſt queſtion des
grandes , & de l'art deles fondre.
Magius dont nous avons parlé,
refute Polydore Virgile , qui fait
S. Paulin , premier Eveſque de
Nole dans la Campanie , inven.
teur de l'Art des Cloches , & dit
qu'elles eſtoient beaucoup plus
anciennes , &bien avant le temps
de ce Prelat. Il ſe peut faire que
l'Art de fondre les Cloches fous
terre , a eſté trouvé à Nole dans
la Campanie , qui eſt une des Provinces
de l'Italie , dont S. Paulin
Tiiij
222
ث Extraordinaire
Mais quittant la Fable , voyons
ce que Zonaras rapporte de la
Coûtume des Romains. Il dit que
quand les Empereurs eſtoient
portez dans leurs CharsdeTriomphe
, pour aller au Capitole , on
attachoit ordinairement au devant
de ces Chars une Clochette,
pourles avertir de ne s'enorgueil.
lir pas de leurs Victoires & de
leursTriomphes ,& qu'ils euffent
à ſe ſouvenir qu'ils pouvoient
tomber dans la même diſgrace ,
où les Rois & les Princes qu'ils
avoient vaincus , eſtoient tombez .
Roſinus , Li 9. Chap. 29. des
Antiquitez Romaines , dit que quad
à Rome on puniffoit les Criminels,
condamnez à mort , on avoit
coûtume de leur attacher une
Clochete au Bras , de peur qu'au.
du MercureGalant. 223
cun ne les touchât , quand on les
menoit au Supplice , afin qu'on
ne fuft pasenfuite obligé à recou
vir à l'expiation , comme ayant
eſtéſoüillé de leur attouchement .
Ce que nous avons cité juſques
à prefent , ne regarde que les petites
Cloches . Il eſt queſtion des
grandes , & de l'art de les fondre.
Magius dont nous avons parlé,
refute Polydore Virgile , qui fait
S. Paulin , premier Evefque de
Nole dans la Campanie , inven .
teur de l'Art des Cloches , & dit
qu'elles eſtoient beaucoup plus
anciennes , & bien avant le temps
de ce Prelat. Il ſe peut faire que
l'Art de fondre les Cloches ſous
terre , a eſté trouvé à Nole dans
la Campanie , qui eſt une des Provinces
de l'Italie , dont S. Paulin
Tiiij
210 Extraordinaire
1
bre fort clair & réſonnant , dont
l'uſage eſtoit de faire fuir les
Oiseaux , qui pouvoient ſe rencontrer
au deſſus du Temple,
pendant le temps du Sacrifice &
des Cerémonies.
Hierome Magius , d'Amſterdam
, dans le temps qu'il eſtoit
Prifonnier de guerre à Conſtantinople
, ayant eſté pris par les
Turcs au Siege de Famagoufte,
dans l'Iſle de Chypre , a travaillé
àunTraité merveilleux fur cette
matiere , quoy qu'il fuſt ſans Livres
. Ce Traité a eſté enfin donnéau
Public, & l'on y trouve parmy
ſes recherches curieuſes , que
du temps des Anciens Grecs , das
Jes premiers Siecles de la Religion
Chreftienne , au lieu de Cloches,
on ſe ſervoit de certaines Plan
duMercure Galant. 211
ches de bois larges & minces
appellées Symandres, fur leſquelles
on frappoit avec deux petits
maillets de bois , qui y estoient
attachez , & que le bruit en retentiſſoit
fort loin. Ce meſme Au.
theur dit que l'uſage de ces Symandres,
pour convoquer le Peupleaux
Temples, eſtoit auſſi com.
mun chez eux ,que celuy desCloches
le peut eftre parmy nous.
Cesmêmes Grecs ſont perfua
dez , felon que rapporte encor
Magius , que le Patriarche Noë,
avoit inventé l'uſage de ces Symandres
, avant le temps du Deluge
, & qu'il s'en ſervit pour appeller
tous les Animaux dans l'Arche,
qu'il avoit baſtie , & où ils
devoient eſtre enfermez, pendant
que les Eaux couvriroient la terre.
Sij
212 Extraordinaire
:
Les Grecs encore des derniers
Siecles , qui ſuivent la Liturgie
dans les Parties Orientales, comme
dit le même Autheur , au lieu
de Symandres , ſe ſerventde Plaques
de Fer , rondes & fufpenduës
à des Cordes , fur leſquelles
ils frappent par intervales , avec
un morceau de Fer , quand ils
vont porter le Sacré Viatique à
leurs Malades .
On trouve toutefois que l'uſage
des Cornets , avant celuy des
Cloches , a eſté fort commun
chez diverſes Nations, & principalement
chez les Egyptiens,
quand on vouloit appeller lesPeuples
aux Temples. Pour confirmer
cette verité , Magius rapporte
qu'il en fut trouvé un de fin Or
le 20. deJuillet , l'an 1639. qu'on
du Mercure Galant. 213
croit avoir eſté apporté d'Egypte.
Il eſtoit enfoüy dans la terre , fur
le chemin de Ripen, dans le Norder
-Jutland , proche des Ruines
d'un Monument fort antique. II.
avoit la longueur du bras ,& approchoit
de la même groſſeur par
bout qui ſervoit d'iſſue à la
voix ; & l'autre bout eſtoit plus
étroit pour l'emboucher.
La gravûre tres - délicate qui
eſtoit deſſus , auffi bien que cer
taines aifles qui eſtoient autour,
où l'on trouva pluſieurs figures
hieroglyphiques, en firent admirer
la rareté , & on le trouva affez
curieux pour eſtre preſenté au
Roy de Danemark , qui le receut
avec beaucoup d'eſtime , & le fit
mettre en fon Tréſor Royal.
Cette découverte fit tant de
214
Extraordinaire
bruit dans le Noder- Jutland,
que Vuormius fort ſçavant dans
les Antiquitez des Egyptiens,
ayant vû ce Cornet , fit un Commentaire
pour expliquer les Hieroglyphes
qui y estoient gravez .
Les figures eſtoient pareilles à
d'autres qu'on voit encore fur de
Medailles Antiques , qui viennent
des Egyptiens .
Athanafe Kircher , en ſon Trai.
té qu'il intitule l'Oedipe Hicroglyphique
, dit avoir trouvé dans la
Bibliotheque du Vatican , à Rome
, un Livre fort ancien manuf
crit , qui parlor de pareils Cor.
nets , qui du temps des Egyptiens
au lieu de Cloches , ſervoient à la
convocation des Peuples en leurs
Temples , & à d'autres uſages , où
ce ſçavant Perſonnage donne
duMercureGalant.
215
l'explication des figures Egyptiennes
. La rareté de ſon Oedipe
fait connoître le grand génie de
cet Autheur.
A ce ſujet le même Kircher,
en ſon Livre dela diverſitédes Sons
Harmonieux & Organiques , & de
la maniere qu'ilsseforment , rappor
te qu'Alexandre le Grand avoit
un Cornet particulier , de forme
ronde , dont le tour ou circuit
eſtoit de cinq coudées , avec deux
tubes , l'un en haut pour l'emboucher
, & l'autre au bas , mais
beaucoup plus large , pour la fortie
du Son ou de la Voix ; & que
quand il vouloit convoquer ſes
Troupes diſperſées , il s'en ſervoit.
Ce Cornet eſtoit attaché à l'en
trée de fon Pavillon Royal , à un
Anneau.
216 Extraordinaire
Ce qui estoit de merveilleux,
c'eſt que bien que les Troupes de
ce Princefuſſent écartées de plus
de cent ſtades , qui valent dix
milles d'Italie , & plus de trois
lieuës de France , elles ne laif.
foient pas d'en entendre le Son.
Le même Autheur dit avoir vu
dans un Livre de Secrets qu'Ariſtote
adreſſoit à Alexandre , la
fabrique & l'uſage de ce merveil.
leux Cornet. Les Curieux pourront
en voir la figure dans fon
Livre des Inſtrumens Harmonieux
& Organiques.
Properce & Zuingerus en fon
Volume des Mécaniques , parlent
auffi de ces Cornets , avant l'uſage
des Cloches. Il eſt encore à
remarquer , felon Pline , que dans
la Toscane , avant la Fondation
de
du Mercure Galant. 217
de Rome , &méme depuis , on te
ſervoit de Cornets pour appeller
les Peuples aux Temples des
Dieux. Evander Roy de Toſcane
, en avoit l'uſage. Romulus
aprés la Fondation de Rome , &
Numa Pompilius , qui luy fucceda
,&qui inventa les Cerémonies
&les Sacrifices des Dieux , s'en
fervirent ; & quoy que le Litum
fuſt le Bâton augural de ce Fondateur
de Rome , il ne laiſſoit pas
de ſignifier auffi une eſpece de
Trompete , que nous appellons
Clairon , qui pouvoit ſervir à un
double uſage. C'eſt pourquoy
Martial a fait alluſion à ces tempslà
, ou à celuy des Romains poſtérieurs
, quand il a dit par cette
moitié de Vers,
-Redde pilam, ſonat es Thermarum,
Q.deJanvier 1683. T
218 Extraordinaire
i
,
rendez la Balle le Cornet
fonne pour aller aux Bains. Voila
le ſentiment de divers Autheurs
fur l'uſage des Cornets , avant
celuy des Cloches .
Mais pour venir à l'Origine &
à l'Antiquité des Cloches , il eſt
certain que pluſieurs Nations
Payennes en avoiet l'uſage depuis
un longtemps. Les Indiens , comme
dit Zuingerus , Volume 3. Liv.
3. des Arts Mecaniques , ſe ſervoient
anciennement des Clochetes ou
des Cymbales pour la convoca,
tionde leur Milice ; & mêmeencore
en nos temps , les Rois des
Indes , ayant conſervé leur ancienne
coûtume , quand ils for.
tent de leurs Palais pour voyager,
ou aller à l'Armée , on ſonne des
Clochetes par intervales , avec
در
duMercure Galant. 219
de petits Tambours , qui en mar
quent le départ; de la mêmemaniereque
dans d'autres Provinces
ouRoyaumes , les Tambours , les
Trompetes& les Tymbales, font
connoître la Marche des Rois &
des Princes. C'eſt ce que rappor
te Melchior Nugez , en ſes Relationsdes
Indes
Voyons encore ceque dir Varron
fur cette Antiquité, auſſi bien
que Pline, Liv.36. Chapit. 13. L'un
&l'autre font la deſcription du
ſuperbe Tombeau du Roy Porſenna
, & diſentqu'il fut enfevely
prés de Chiuſi , dans la Toſcane.
CeMonument, de qui la Baſe ſer.
voitdeTombeau , avoit cinq Pyramides
, dont quatre eſtoient
élevées ſur les quatre coins de la
Bafe; & cette Baſe eſtoit d'une
Tij
220 Extraordinaire
prodigieuſe largeur , toute d'une
ſeule pierre ; & la cinquiéme qui
eſtoit au milieu , eſtoit ſoûtenuë
des quatres autres Pyramides .
Cette derniere avoit ſoixante
& quinze pieds en quarré , &
cinquante de hauteur , au fommet
il y avoit un gros Timbre
deBronze , en rond , qui la com.
prenoit toute , & fur ce timbre
eſtoit élevée une Couronne Im.
periale , où dans les ouvertures il
y avoit pluſieurs Clochetes ou
Cymbales , attachées àde petites
Chaînes , leſquelles eſtant agitées
du vent , rendoient d'elles mêmes
un certain Son harmonieux , &
qui s'entendoit de fort loin. Enfin
Varron fait un prodige preſque
incroyable de ce Monument.
Hygin rapporte en la Mytholedu
Mercure Galant . 221
:
gie, Chap. 188. que dans le Temple
deJupiter en la Foreft Dodone ,
il y avoit une Cloche , qui d'elle
même ſonnoit nuit & jour , &
rendoit un fon melodieux , de
même que les Cheſnes y parloient
d'eux - mêmes , & rendoient des
Oracles. C'eſt de là que l'on a tiré
ces mots , Es Dodonaum vocale ,
l'Airain parlant de Dodone. Ce
que rapporte auffi Auſone ,
NecDodonei ceffet tinnitus Aheni.
Strabon Liv. 10. dit que Cybele
Mere des Dieux , a eſté la premiere
qui ait inventé la,Clochete
ou Cymbale ; d'où vient que les
Preſtres de cette Déeſſe , dans les
Sacrifices qu'ils luy offroient , s'en
ſervoient , & y meſloient le fon
de leurs Boucliers d'Airain , pendant
le temps de la Cerémonie.
1
Tij
222 Extraordinaire
Mais quittant la Fable , voyons
ce que Zonaras rapporte de la
Coûtume des Romains. Il dit que
quand les Empereurs eſtoient
portez dans leurs CharsdeTriomphe
, pour aller au Capitole, on
attachoit ordinairement au devant
de ces Chars une Clochette,
pourles avertir de ne s'enorgueil.
lir pas de leurs Victoires & de
leurs Triomphes ,& qu'ils euffent
à ſe ſouvenir qu'ils pouvoient
tomber dans la même diſgrace ,
où les Rois & les Princes qu'ils
avoient vaincus, eſtoient tombez .
Roſinus , Li 9. Chap. 29. des
Antiquitez Romaines , dit que quad
à Rome on puniffoit les Criminels,
condamnez à mort , on avoit
coûtume de leur attacher une
Clochete au Bras , de peur qu'au .
duMercureGalant. 223
cun ne les touchât , quand on les
menoit au Supplice , afin qu'on
ne fuſt pasenfuite obligé à recou
rir à l'expiation , comme ayant
eſté ſoüillé de leur attouchement.
Ce que nous avons cité juſques
à prefent , ne regarde que les petites
Cloches . Il eſt queſtion des
grandes , & de l'art de les fondre.
Magius dont nous avons parlé,
refute Polydore Virgile , qui fait
S. Paulin , premier Eveſque de
Nole dans la Campanie , inven
teur de l'Art des Cloches , & dit
qu'elles eſtoient beaucoup plus
anciennes , &bien avant le temps
de ce Prelat. Il ſe peut faire que
l'Art de fondre les Cloches ſous
terre , a eſté trouvé à Nole dans
la Campanie , qui eſt une des Provinces
de l'Italie , dont S. Paulin
Tij
224 Extraordinaire
fut Evefque , & d'où on leur au.
roit donné le nom de Nola , ou
de Campana , qui tous deux figni.
fient une Cloche. Pluſieurs autres
Autheurs concourent à lamême
opinion , à l'égard de la Fonte.
Bergomasa remarqué que l'uſage
des grandes Cloches n'a eſté
introduit chez les Grecs dans
l'Afie , que depuis l'an 870. parce
qu'un certain Duc de Venife,
•nommé Urſus , en en voya douze
d'une grandeur affez confiderableà
l'Empereur Bafile , alors regnant
à Conftantinople ; ce qui
fait voir qu'on ne s'y ſervoit que
de petites Cloches , ou de Syman.
dres juſques à ce temps là.
Mais puis que nous tombons fur
la grandeur des Cloches , il s'en
trouve de prodigieufes en tout, &
du Mercure Galant. 225
auſquelles la peſanteur s'égale à
la grandeur & à la largeur. Entre
les plus confiderables , l'on en
vante une à Milan , & l'autre à
| Parme. Mais celle qui eſt la plus
renommée de toute l'Europe , eſt
dans l'Allemagne , en la Ville
d'Erford . Le ſon s'en étend juf.
ques à fix lieuës d'Alemagne , qui
font vingt-quatre milles d'Italie,
&plus de huit lieuës de France.
C'eſt de cette Cloche dont par.
lent avec admiration Kircher en
fes Sons Harmonieux&Organiques ,
&Ortelius dans ſon Traité de la
Turinge.
Ferdinand Mendez en fon
Voyage des Indes Orientales de
l'année 1554. rapporte des choſes
merveilleuſes d'une Cloche , qui
eſt dans le Royaume de Pégu.
226 Extraordinaire
Son circuit porte plus de quarante
cinq paulmes , & fon diamettre
plus de dix-ſept; fſa hauteur & fon
poids répondent au reſte . Elle
rend un bourdonnement qui s'en .
tend de fort loin , & le Timbre
s'en éclaircit plus on s'en éloigne;
ce que Kircher & le Pere Merconne
diſent eſtre commun á
tous les Inftrumens Organiques .
Alvarez , dans ſon Voyage d'Ethiopie
, Chap. 29 . 44. rapporte
une choſe aſſez étonnante , &
qui n'eſt pas moins curieuſe . Il dit
que 'dans l'Ethiopie , & dans le
Royaume des Abyſſins , il ſe trouve
des Pierres d'une grandeur fi
prodigieuſe , qu'en les creuſant,
l'on en fait non ſeulement des
Cloches d'une grandeur démefurée,
dont le ſon eft fi clair , fi
duMercureGalant . 227
perçant, & fi harmonieux , qu'il
marque la folidité de la Pierre &
ſon integrité ; mais il ajoûte qu'on
en forme des Tombeaux , des
Chapelles, & d'autres Monumens
entiers , tous d'une ſeule piece. II
afſure en avoir vú de deux cens
paulmes de longueur , & de fix
vingts de largeur , à quoy la grof.
ſeur avoit le même rapport .
Nous ne paſſerons pas ſous ſilence
cette Cloche ſi renommée
dans toute la Normandie , & dans
tout le Royaume , qui ſe voit dans
une des Tours de la Cathédrale
de Roüen. Elle ſe nomme Georges
d' Amboise , du nom de l'Archevef.
que & Cardinal , qui la fit fondre
& qui la donna . Cette grande
Machine peſe trente fix mille livres
, & fut fondue l'an 150. le
2. d'Aouſt.
228 Extraordinaire
2
Le Fondeur voyant ſon ouvra
ge achevé heureuſement, en conçût
tant de joye qu'il en mourut
peu apres . Elle a trente fix pieds
de tour par le bord , dix pieds de
diametre , & dix de hauteur. Il
ne faut pas moins de ſeize Hommes
partagez en quatre, huit d'un
coſté & huit de l'autre , pour la
mettre en branle . Son ton eft, b
fa , bmi , b mol ; cinq tonsau deffous
de la Clef de fa ut fa. LeBatail
de cette Cloche peſe ſept
cens dix livres. Dans fon repos
elle eſt ſoûtenuë de poutres pour
ſa peſanteur. Il vient peu d'Etrangers
qui ne foient curieux de la
voir. Autour de ce grand Vaifſeau
, ces Vers font écrits ;
IcfuisnomméeGeorges d' Amboise
Qui bien trente fix mille poiſez
du Mercure Galant. 229
Et cil qui bien me poifera ,
Quarante mille y trouvera,
Voicy encore d'autres Vers Latins
, qui ſe liſent autour de la
même Cloche , & qui marquent
la Grandeur , la Dignité & le
Caractere de ſon Donateur,
Ipsa egofum quamvis fonitu veneranda
tonanti ,
Prima est authori gloria danda mes.
Namque ter & denis cum ternis
millibus eris ,
Obtulithecvere dona dicata Deo.
Scilicet Ambosius qui Sancta Georgius
arma ,
Cunctaque Francigenis tractatha.
benda viris.
Rothomagus tanto Felix Antiftite
gaudet ,
Cumfit Cardincigloriafumma chori.
230
Extraordinaire
Ces Vers ont eſté trouvez ainfi
traduits en noſtre Langue.
Ce Son harmonieux qui flatte les
oreilles
Et qui perce les airs avec tant de
-douceur ,
Annonce hautement le nom & les
merveilles
D'Amboise le Legat , mon Maistre م&
mon Seigneur.
Ce Prelat aimant Dieu , la France
&cette ville,
Mefitfaire àses frais danssesplus
grands emplois ,
Et voulutque monpoids fuft de trente
fix mille ,
Ce qui ravit les Coeurs des Princes &
des Rois.
C'est ce quipublirafon nom &sa
memoire
Jusqu'aux derniers confins de ce
vaſte Vnivers ,
duMercureGalant. 231
:
0
Et qui ſur ſon Tombeau tout rayon.
nant de gloire ,
Fera naiſtre àjamais des Lauriers
toûjours verds.
:
On lit encore au tour ces paroles,
Anno à Natali Chrifti 1501.regnante
Ludovico 12. Francorum Rege,
Ioannes le Maſſon , Carnotenfis , me
conflavit.
4
Comme le Mercure a parlé de
la grande Cloche , nouvellement
placée dans Noſtre - Dame de
Paris , il ſuffira de dire que fon
employ pour la premiere fois , ſe
devant faire leJour de l'Affomption
, fur prevenu de la Naiſſance
de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , qu'elle celebra pendant
les Ceremonies deſtinées
pour l'heureuſe Naiſſance de ce
Prince.
232
Extraordinaire
Pour ce qui eft de l'Harmonie
des Cloches , Zenodotus cité par
Zuingerus en ſon Livre des Mecaniques
, rapporte qu'un certain
Lybicus ayant fabriqué quatre
petites Cloches ou Cymbales ,
fut le premier qui en inventa l'accord
des fons de l'une à l'autre , à
proportion de l'épaiſſeur des Or-
• ganes , ou de leurs Timbres . Sur
quoy les Curleux pourront voir
Kircher & le Pere Mercenne.
Balæus en ſon Hiſtoire des Il
luftres Ecrivains de la Bretagne, Centurie
2. dit que Jean 14. Natif de
Pavie , qui vint au Pontificat l'an
984. a eſte le premier qui ait donné
le nom aux Cloches qui fer.
vent aux Miniſteres de la Religion
, & qu'il impoſa le ſien à celle
qu'on tient la principale de toures
duMercure Galant. 233
dans S. Jean de Latran , à Rome.
L'Hiſtoire des Saxons , Liv. 8.
Chap. 9. raporte queGregoire IX.
né d'Agnani , qui futgrand Pontife
l'an 1227. fut le premier qui ait
ordonné qu'on fonnât la Cloche
en laCófecration de l'Euchariftie .
Boniface VIII. Romain, qui entra
l'an 1294. dans le Trône de
S. Pierre, comme dit Volaterran,
orna l'an 1300. la Bafilique de
S. Pierre à Rome , de Cloches
d'Airain , d'un ſon merveilleux.
Ainſi les choſes ſe ſont augmen.
tées ſucceſſivement , à l'égard de
ces Organes fi neceſſaires à exciter
les Fidelles aux exercices de la
Pieté& de la Religion .
Ileſt preſentement queſtion du
Son des Cloches. Le Pere Mercenne
en ſon Livre des Instrumens
Q.deJanvier1683.
A
234
Extraordinaire
nes
,
Harmonieux & Organiques , auſſibien
que Kircher & Magius , remarquent
que celuy qui fort des
Cloches qui fonnet dans les Plais'entend
de beaucoup plus
loin , que le Son de celles qui fonnent
dans les Montagnes. La raiſon
eſt que la fraction de l'air ſe
fait plus aisément dans les cavitez
& les réduits , qui ſe trouvent
dans les Monts,que dans les vaſtes
Campagnes.
Les Cloches qui fonnent dans
les Vallées , portent leur Son encore
plus loin que celles qui fonnent
dans les raſes Campagnes ;
parce que l'air qui ſe renferme
dans les Vallées ſe continuë plus
loin& plus facilement , ſans fration
, ſe trouvant preſſé par les
deux coſtez des Montagnes , qui
forment les Vallées.
duMercure Galant. 235
Il en va de même ſur les Rivieres
& fur la Mer , où le Son qui
s'étend avec plus de liberté ſans
eftre briſé , s'entend de plus loin ,
&plûtoſt la nuit que lejour.
Les raiſons du Pere Mercenne
&de Kircher ſur toutes fortes de
Sons qui fortentde divers Inſtru.
mens organiſez , ſont plauſibles
& fortes . C'eſt d'où les ſcavans
Etrangers ont tiré beaucoup de
ſecrets , qu'ils ont fait paffer de
leur propre invention , & non pas
des expériences & des puiſſans
raiſonnemens de ces deux Autheurs
, comme ſont celles de la
Trompete , qui a fait tant de bruit ,
& par le moyen de laquelle on
ſe peutparlerjuſques àdeux lieuës
loin. Kircher en donne la figure .
Nous n'oublirons pas une autre
236
Extraordinaire
merveille auffi prodigieuſe que
quelques - unes des précedentes ,
dont parlent Kircher, Liv. 2.Chap.
4. & Varius Liv. 2. des Fascinations
, au ſujet du Son ſurprenant
des Cloches. Il s'en voit une en la
Ville de Vililla , ſituée ſur le bord
du Fleuve Ibere , en Eſpagne ,
dont le prodige eſt tel , qu'elle
ſonne d'elle - même , quand quel .
que accidentdoit arriver aux pre.
mieres Teſtes de l'Eſtat ; ce que
les Gouverneurs de la Province
ont atteſté eſtre pluſieurs fois arrivé
, durant les plus grands troubles
de l'Eſpagne. Des Actes authentiques
paſſez pardevantNotaires
, & confirmez par des Témoins
oculaires , auffi bien que
les Lettres des Perſonnes les plus
confiderables , ont souvent fait
du Mercure Galant. 237
foy de cette verité .
Marinus, Liv. 8. des Histoires memorables
d'Espagne , au ſujet d'une
Clochepretenduë , rapporte une
Vangeace illuftre. Dans le temps
que l'Eſpagne eſtoit diviſée en
divers Royaumes , & que chacun
avoit ſon Souverain , les Principaux
de celuy d'Arragon, avoient
coûtumede ſe mocquer de Ramirus
, Fils de Varamondus , qui de
Moyne eſtoit devenu Roy, & qui
pour fon peu d'expérience en l'adminiſtration
des affaires de fon
Etat, avoit eſté obligé d'aſſocier
Garcias , fon Frere , au Gouvernementd'Arragon.
Ce Prince outragé
de ce mépris , & des brocards
qui couroient de luy , pour
attirer les Principaux, qui eſtoient
lesAutheurs des Libelles injurieux
ال
238 4 Extraordinaire
qui paſſoient de main en main , &
qui l'expoſoient à la riſée , & pour
ſe vanger enmême temps,fit courir
le bruit qu'il faifoit travailler
à une Cloche ſi grande & fi prodigieufe
, que le fon en feroit en.
tendu par toute l'Eſpagne , &
marqua le temps & le lieu qu'on
l'expoſeroit aux yeux du Public.
Les Principaux d'Arragon , curieux
de voir cette grande Machine,
ſe tranſporterent en laVille
d'Oca , qui estoit le lieu déſigné ,
où ayanteſté prisjuſques aunom.
bre de quinze , Ramirus leur fic
couper la teſte . Enſuite il fit venir
leurs Enfans , & leur fit voir
les teſtes de leurs Peres , pour
leur apprendre par ces exemples ,
combien il eſt dangereux de ſe
joüer à ceux qui fontdans le Trô
du Mercure Galant. 239
ne , & encore plus de les expoſer
au mépris & à la riſée.
Sleidan , Liv. 25.de l'Histoire de
Bordeaux , fait mention que l'an.
née 1547. les Habitans de cette
Ville , qui s'eſtoient rebellez contre
Henry II . Roy de France ,
pour les droits des Salines & d'autres
Peages, furent privez de leurs
Cloches , pour une marque de la
ſoûmiſſion qu'ils devoient avoir
aux ordres de ce Roy.
Olaüs le Grand, Archeveſque de
Leipfal, Liv. 3. Chap. 2. des Nations
Septentrionales , dit que les Goths
ſe ſervoient autrefois de Marteaux
d'Airain , d'une groſſeur prodigieuſe
, avec le bruit deſquels , en
frapant fur des Enclumes oud'autresMachines
de Fer, ils détournoientles
Foudres & les Tonner240
Extraordinaire
res , en agitant l'air ; ce que d'au.
tres Nations , qui tirent vers le
Nort , font encore avec des coups
de Canon qu'elles déchargent de
leurs Fortereſſes ; & ailleurs avec
le fon des Cloches , ſelon que les
uns & les autres font en uſage dans
les Regions Septentrionales.
L'on remarqueradans Calchondile
en fon Histoire des Turcs , &
dans leTraité de Magius de l'Antiquité
des Cloches & du Cheval,
ayant demeuré longtemps en
Turquie , & auparavant dans
l'Ifle de Chypre , que dans tout
l'Empire du Grand Seigneur , il
n'y a aucun uſage de Cloches ; &
quoy que les Moſquées desTures
ayent des Tours fort élevées , que
l'on ne s'y ſert que de la voix de
- certainsCrieurs,deſtinez pour appeller
du Mercure Galant. 241
pellerdu haut des Tours lesMu-
Iulmans , qui font le Peuple Fidel.
le, pour affiſter aux Prieres qui ſe
font cinq fois le jour dans les
Moſquées.
Nous terminerons ce Diſcours
par la rareté de quelques Clochers.
Les Relations du Voyage
d'Italie , font mention qu'il n'y
en ajamais eu , & qu'il n'y en aura
jamais de plus admirable , que celuyque
l'on voit dans la Ville de
Pife. Il eſt conſtruit tout de Marbre,&
ce qui eft de plus étonnant,
il panche tout d'un coſté, & femble
toûjours preſt à tomber. Les
yeux en font tellement furpris,
que ceux qui le voyent , ſe per.
fuadent que ce panchement luy
eſt arrivé par un tremblement de
terre. Mais c'eſt en quoy l'art &
Q.deJanvier1683. X
242 Extraordinaire
l'induſtrie de l'Architecte ſe fair
le plus admirer ; car les feneſtres ,
les ouvertures , les portes , & les
entablemens, font tous de niveau.
Ce n'eſt pas ſeulement à Piſe où
cela ſe remarque , mais en plufieurs
autres Villes de l'Italie , fur
leſquelles le Clocher de Piſe a
l'avantage , pour ſa ſtructure &
pour ſa merveille .
RAULT, deRouen,
L'Eſſieu , & le Pot de terre,
estoient les vrais Mots des deux
Evigmes de Janvier , & c'est làdeſſus
qu'on afait ces Madrigaux.
52
duMercure Galant. 243
I.
Voyageant jefaifois lecture
Ma Caleche alloit lentement,
Et doucement
Jeme trouvay couché par terre.
Encetteguerre
F'enfus quittepour mon Effieu;
Encor ce Dieu,
Voulant reparer ma disgrace,
Etfaire grace
Amoy, Voyageur interdit,
Melerendit.
C. HUTUGE, d'Orleans,
demeurant àMetz.
II.
Depuis deuxjours certain Verrier,
de l'Enigmenouvelle
Avecſon Voifin le Potier,
Commençoit d'entrer en querelle.
L'un & l'autre de ſon Mestier
Vouloit qu'ellefuſt la figures
Ilfallut qu'un Avanturier,
X ij
244
Extraordinaire
Pour terminer tout le murmure,
Contrefaisant leJusticier,
Parces mots à lafin s'aviſaſt de conclure.
Non, l'Enigme n'est point le Verre,
Ce n'est qu'unſimplePot de terre .
III.
Lemeſme.
Etout ce que Mercure ajamais
D inventé
Pour le plaisir &pour l'utilité
De cette vie,
Je trouve pour moy que ce Dieu
érite une gloire infinie,
De nous avoir donné la Bouteille &
G
l'Effieu.
Mad. DE SERY , de la Ruë
Grenier S. Lazare ,
IV.
Races à la Raison, jesuis devenu
fage;
Tu ne m'obſedes plus, ſource de tant de
таих,
Defir ambitieux d'alleràfix Chevaux.
du Mercure Galant. 245
Et de me voir toûjours en pompeux équi
page.
F'estimemonfortfanspareil,
Et jeſuis plus content dans maChaise
roulante,
Avec mon aimable Amaranthes
Que si je conduiſois le beau Char du
Soleil .
Il arriveparfois qu' en allantfi belle-erre,
Eust- on la teste d'un Caton,
On se la caſſe net, ainsi qu'un Pot de
terre,
Témoin le jeune Phaëton.
VIGNIER. , de Richelieu.
v.
È me trouve àpréſent dans une refveric,
Qui m'ofte lesplaisirs, jusqu'à seux du
Repas.
L'Hombre où je gagnoisfort, en pre
nant mes ébats,
N'eſt plus dans mon eſprit qu'une
badinerie.
X iij
246 Extraordinaire
1
Fe cours deça, dela, je vais dans l'E
curies
Tantoſtje monte en-haut,puis je deſcens
en-bas;
Si je trouve quelqu'un, ilfait mon em
barras,
Et je m'enfuis de luy comme d'une
Furie.
Jene regardeplus mes Cartes, mesTa
bleaux,
Les Vers que j'aimois tant, & les Livres
nouveaux;
Orangers &Jasmins languiffent dans
>
ma Serre.
Vons quivoyez l'état où jesuis aujour
d'huy,
Nevous étonnezpas d'un fi cruel en
nuy,
F'y caffay l'autre jour mon plus beau
Pot de terre.
Lemefine
du MercureGalant. 247
VI .
E nous nommons Gros-Jean, j'allows
àlafranquette,
Etj'entendonsfort bianſtanpendant vos
détours.
Agaje devinons ſans beaucoup de difcours
Le Mot que vous boutez, lafifort en
cachette
Dans vostre Eneigme en Vars, faite au
mois de Janvier.
Fefontpis qu'un Satan pour découvrir
vos rufes.
Dites-moyfans mentir, &fans trouver
d'excuses,
N'est-ce pas un Effieu de far, & non
d'acier?
Le nouveau Jardinier
d'Antony.
VII.
Nbon Bouilly, un bon Potage,
Ovalem moins quele tripotage
Que tunousdonnedans ton Pot;
X iij
248 Extraordinaire
1
Il est d'unfort bon goust, mor appétis
m'en preffe;
L'oro l'argent n'ontpas plus de délicateffe;
Quoy que de terre, ilfait que jesuisde
l'écot.
VIII.
Le meſme.
Efprit accablé de refver,
En cherchant le vray Motde lapremiere
Enigme,
F'allay voir Lycidas, dont on fait tant
d'eftime;
Mais il n'avoit point eu le temps de le
treuver,
Ilmefit monter en Caroſſe,
Il vouloit prendre l'air, &j'en avois
besoin.
Nous n'avions pas esté bien loin,
Qu'enpaſſant aupres d'une Foffe,
Onnous crie, arreſtez,soudain aumesme
lien,
Nous neſentons que trop ledébris de
l'Effieu,
du Mercure Galant. 249
رک
Jamais je ne me ſuis trouvée entelle noce.
Embourbez , & par là contraints de
demeurer,
Nous eûmes le loiſir de bien conſidérer
L'Effien plus long que large , & toute
Safigure,
Comme iln'a que deux yeux, & deux
brasſeulement,
Qu'il estformé de matiere bien dure,
Que rien de durpourtant n'entre enſon
aliment.
Mais ce qui redonbloit noſtre mal-avan
ture,
Les Rouës, ces deux Soeurs, estoientSans
mouvement;
Cefut dans ce malbeur que je pûs reconnoistre
Ce que j'avois cherché, tant il est vray
que l'art
Cede quelquefois au hazard,
Qui de la Raiſon mesme est biensouvent
le maiſtre.
LA BELLE NOURRITUR
duHavre.
250
Extraordinaire
ΙΧ.
Ciel, que &Homme eesftt grand du
coſté deson Pere!
Maisbelas ! qu'il eſt vil du coſté defa
Mere!
Un Pot de terre eft comme luy ;
C'est ce que j'éprouve aujourd'huy,
Avecque cette diférence,
Que l'Homme a bien plus d'excellence
Du coſté deson Createur,
Que n'a le Pot deſon Autheur.
Mais quantàleur commune Mere,
Ilssont d'un tres- bas caractere,
Ils ont tous deux un mesmefort,
Ilnefautpas un grand effort
Pourles mettre tous deuxpar terre,
L'Homme eftfragile comme un Verre.
Dece cofté-là qu'il eſt ſot,
Ainsiqueson Frere le Pot !
V
DE LATRONCHE, deRoüen.
Χ.
Njour le Pot & le Verre
Se déclarerent la guerre.
Le premierfut leplus fort,
du Mercure Galant. 251
Le Ciel leur rendit justice ;
C'est affez pour avoir tort ,
D'entrerfoible dans la Lice.
ΧΙ .
Lemeſme.
Evous obſtinez plus, jesuisfort
NEaffuré
Que l'Enigme n'est point faite pour le
1 Soulier;
C'est pour un Instrument de plus longue
durée,
Et dont vous conviendrez, l'entendant
publier.
Maisfans faire languirplus longtemps]
voſtre envie,
Prenez l'Enigme en main, liſez jusqu'au
milieu;
Si vous y découvrez d'autre Mot que
l'Effieu ,
Jeveux n'estre jamais SILVIE
duHavre
252
Extraordinaire
Q
XII.
Vi voudraſefaſſe laguerre
lasecondedecemoiss
Sid'un Mot jefaifois le choix,
Ceneseroit qu'un Pot de terre.
M
XIIIL
Ercure, ta
Nem
Lameſme.
ta premiere Enigme
embarraſſa quefort pens
Dés la cing, oufixième Rime,
Jeconnus que c'estoit l'Effieu .
Ouy,fans beaucoup rêver à ce joly mys
tere,
Jevis que ç'en estoit le Mots
Mais ilestvray que laderniere
Mefit affez longtemps tourner autour
du Pot.

DIEREVILLE, duPontleveſque.
XIV.
Ar quel coup de hazard, adorable
Parquel
Venez-vous prolonger la vie
D'un Malheureux qui meurt pour
vous?
du Mercure Galant. 253
Vous lesçavez, belle Inhumaine,
Monmal vient de vostre couroux,
Devos mépris, de vostre haine,
Euxfeulsm'ont mis en cet état;
Et quand la mort est prefte àfinir mon
martyre,
Vosyeux, ces doux Tyrans, par un double
attentat,
Viennent dans ce moment empeſcher que
¡'expire.
Encorfi c'estoit parpitié,
Ou par quelque trait d'amitié,
Que monbonheurſeroit extréme!
Maisnon . Helas!j'apprens qu'un caprice
du Sort,
Afin de diférerma mort,
Ne vous amene icy quepar un stratagéme,
Permettant qu'un Eſſieu, rompu fortuitement,
Vous oblige d'entrer dans mon Aparte
ment;
Peut-eftre est-ce d'amour un effet de vangeance.
254 Extraordinaire
S'il est ainfi, changez vostre rigueurs
Etpuis que Cupidon entreprend ma
défense,
N'empeſchezplusſes traits de toucher
vostre coeur.
ALCIDOR, du Havre.
XV.
Jeproteffe,Galant Mercure Que j'ay crainte de faire injure
Avoſtre haute Dignité,
En publiant le mot delaſeconde Enigme,
Sij'ay pû penétrer dansſon obscurité,
Apres avoirlongtemps rêvéSurchaque
Rime;
Mais quandje voudrois le cacher,
Je nesuis pas leſeul qui l'ay pû rechercher.
Affezd'autresſans moy , l'ont fait en
diligence,
Ainsi je garderois vainement lefilence.
Ilvaut bien mieux pour s'expliquer,
Dire d'un tonpleind'aſſurance,
du Mercure Galant. 255
Qu'à vendre un Pot de terre, un Dien
veut s'appliquer,
Apres avoir appris à le bienfabriquer.
M
XV I.
Lemeſme.
Ercure, mordanbien, cuidié vou
qu'un Picouart
Euſche dansſé caboche l'art
D'adviné de che moy le genti Zaverlos,
Qui tant onfoay bugnépor en trové les
Mός.
L'Effieu d'une Carette o mitan duCourty,
N'est- che poen lepremié toudy?
Et le Pot de terre tou neu,
N'eft-che poen le derain morblen?
Philis
Le Piót Pere Sanzenfans
d'Amiens .
XVII .
Hilis me voyant appliquer
Arelire l'Enigme, afin
pliquer,
del'ex-
Se mit à rire, &m'enfaisant la guerre,
Quoy, dit-elle, rêverfi longtemps pour
un Mot?
256
Extraordinaire
C'est trop tourner autour du Por,
Gardez de le caffer, ce n'est qu'un Pot
de terre.
M
XVIII .
Ercure, qui prévoit par
Sans égal
ALLARD .
unſoin
Que l'on est débiffé de trop vuider le
Verre,
Sçachant bien que la Soupe eft propre
pourcemal,
Pour enfaire de bonne, il donne un Pot
de terre,
Afinqu'on soit plus gay pendant le Carnaval.
F
AVICE de Caën, de la Ruë
de laHarpe.
ΧΙΧ .
N voulant trouver levray ſens
Des Enigmes de ce Mercure,
Je me mettois à la torture,
'Etperdois apres tout & ma peine, &
mon temps,
duMercure Galant. 257
Lors qu'unefâcheuſe avanture
ie tira bientoſt d'embaras.
Mon Carroffe roulant grande erre,
L'Effieuſe rompit, crac, &fit un grand
fracas,
Nyplus,ny moinsqu'un Por de terre.
L'Amoureux Daigreville, du
Quartier des Cordeliers .
L
XX .
EsHommes , & les Pots de terre,
Ont biensouventunmesmefort;
Tous les Hommesſouffrent la mort,
Les Pots caffent comme le Verre.
La Fortuneparses faveurs
Elevant les uns auxhonneurs,
Met les autres dans l'infamies
LePotier,felon ſon humeur,
Fait d'une mesme maſſe un Pot d'ignominie..
Aufſi-bien qu'un Vase d'honneur.
N. DALLEE, Curé de Fierville,
pres Caën.
Q.deJanvier1683. Y
258 Extraordinaire
P
X ΧΙ .
Ourun seul Mot que je ne puis
trouver,
Mon pauvre efprit que jeveux éprouver,
Depuis trois jours se dérouille s'aiguife
;
Mais j'ay bean faire, il faudra lâcher
priſe,
En vain au but je tâche d'arriver,
C'est malpourtant mon honneur con-
Server,
F'ay commencé, je devrois achever,
On ne doit pas quitterune entrepriſe
Pour unseul Mot.
Duſſay-je doncy geler, ou créver,
Jefaisfermentde ne mepoint lever,
Que le secret que Mercure déguise
Nem'apparoiffe. Abbon, jem'en avise,
C'est un Effieu ; voila longtemps réver
Pourun seul Mot,
DE FLESSEL DE VERMOLET,
d'Amiens .
du Mercure Galant. 259
L
XXII .
On dit que du dernier Mercure
La derniere Enigme eft obscure,
Qu'elle exerce l'habile auſſi bien que
lefot.
Il est vray quedes Gens quifontfigure
en France,
Ont rêvé jour & nuit soms en trouver
le Mot;
Et moy je l'ay trouvé des la premiere
Stance,
Sans tant tourner autour du Pot.
M
GRAMMONT, de Richelieu.
XXIII .
Ercure, un bon Picard dans tout
ce qu'ilpeutfaire,
Vafranchement, & de bon jeu ;
C estpourquoyfans tant de mystere,
Jedis que l'Enigme premiere
N'est autre chose que l'Effieu;
Et laſeconde, si je n'erre,
Nepeut estre qu'un Pot de terre.
SIRE VINDICIAN, du
Mont S. Eloy .
Y ij
260 Extraordinaire
T
XXIV .
OrRégale estoit trop petit,
F'enfors avec men appétit;
Tes meilleurs Platsſont des Nouvelles,
Et cela me repaiſt fort pen.
Adien, Galant Mercure, adieu ;
Quand tu voindras traiter des Belles,
Tu mettras plus grand Pot aufeu.
La Belle à l'Anagramme ,
Jen'a'me rien hors le mérite,
dela Ruë de la Licorne.
XXV .
Ame de vostre Enigme estoit embarraffée
Entre deux Ronësfur l'Eſſieu;
Sans craintepouvoit- an la tirer de celieu,
On vous l'aviez, Mersure, adroitement
placée?
L'Albaniſte de Roüen.
XXVI .
Eneſuis pointsurpris , fi l'aimable
J Climene
Brille dans ſon ajustement.
JevoisdansfonApartement
duMercureGalant. 261
Nombre de Pots de Porcelaine .
Presque tous font remplis de Pommade
de Fard;
Iln'enfaut qu'unde terre àmapauv re
Climene,
Pour cuire avec des Pois une Flique do
Lard,
C'est dont elle entretient ſon teint, ſa
L
bonne mine.
XXVII.
Lemeſme.
EMercure, Messieurs, amis lePot
aufeu
Depuis un mois, ou s'enfautpeu;
A la Cuiſine admirezſa conduite,
LaChairn'en est pas plutoft cuite.
A
LeMarquis inconnu.
XXVIII .
Pres maints grands Emplois dans
la Paix,dans la Guerre,
Apprens-nous quel eſt ton deſſein.
Veux-tu te faire Capucin,
Mercure, avec ton Pot de terre ?
F. FOURMY, de Baugé en Anjou.
T
262 Extraordinaire
Q
ΧΧΙΧ .
Vi peut mieux expliqner les Enigmes
du mois?
Un Chartier la premiere, un Potier la
Seconde;
Carjeſerois le plus trompé du monde,
Si ce n'est un Éſſieu,ſoit defer, ou de
bois,
Avec un Fot de terre, agreable en Cuifine.
Lors qu'il est bien garny, qu'on nousfait
bonnemine!
GYGES, du Havre .
XXX.
Ites-nous, Mercure Galant,
Enigma
C'est quelque Ragouft excellent
Préparé dans un Pot de terre.
L'Amant difcret & fidelle .
3
du Mercure Galant. A
263
S255-52522-5522522
Réponſe àla Replique d'un prétendu
Docteur de la Faculté
de Medecine de Paris , fur le
Sujet de la fréquente Saignée.
J
'Attendois, Monfieur, par vos
Repliques aux ſentimens d'un
Medecin de Montpellier , quelque
choſe qui euſt quelque air
de la folide Doctrine qu'on profeſſe
dans la Faculté de Medecine
de Paris ; mais il me paroiſt
que cette Doctrine vous eft inconnuë
, & que vous n'avez écrit,
que pour vanter l'Eſprit de
Vin compoſé de l'Autheur de la
Tranſpiration desHumeurs.Je ne
264
Extraordinaire
ſçay ſi vous prenez intéreſt à faire
valoir ce Livre ; mais comme
il n'eſt pas queſtion d'en faire icy
l'examen, je viens à voſtre Critique.
Vous m'accuſez d'avoir
condamné les Nouvelles Découvertes
comme fauſſes, ſeulement
parce qu'elles eſtoient nouvelles.
C'eſt ce que je n'ay point du tout
prétendu , ny qu'on en deuſt demeurer
aux ſeules manieres de
nos Peres. J'ay foutenu ſeulement
, & je les ſoutiens encor,
que quand on n'y ajoûte quelque
choſe de nouveau que par
pure fantaiſie , & dans l'eſprit de
celuy qui brûla le Temple d'E.
pheſe , pour faire parler de foy,
on fuit des routes où il eſt im .
poſſible qu'on ne s'égare. Les
anciens Autheurs que vous eſtimez
du Mercure Galant. 265
|:
mez ſi peu , nous ont conduit par
la main dans le chemin des Sciences
; & ily a de la témérité à dire
qu'ils n'ont pas aſſez creusé pour
trouver les cauſes des effets de la
Nature , puis qu'il eſt certain
que ceux qui prétendent avoir
rafiné fur eux , ſe font trompez
lourdement , & ont toûjours expliqué
, Obscurum per obscurius,
quand on a voulu les poufferjuſ
qu'aux principes. En effet , ces
Meffieurs les beaux eſprits n'ont
pû jamais faire entendre diſtinctement
le Modus agendi nature.
Ils ont obſervé certains effets
par des mixtions diférentes; mais
ſans en donner des raiſons folides,
ny bien expliquer de quelle
maniere cela ſe fait , & c'eſt ſeulement
ce qu'il y a de plus aſſu-
Q.deJanvier1683. Z
266 Extraordinaire
ré dans ces Nouvelles Décou
vertes. Ne ſoûtenez donc pas
davantage que les Anciens n'ont
pas eſtéauſſi hardis que les jeu.
nes Sectateurs des nouveautez
pour defcendre dans la profondeur
du Puis , où s'eſt retirée
cette verité que chacun s'efforce
de tirer de cette eſpece de ſepulchre,
afin de l'expoſer fans déguiſement
aux regards de tout le
monde.
Ce n'eſt pas peu , Monfieur,
que vous confefliez qu'Hipocrate
ne peut eftre l'autheur des
abus qu'on fait quelquefois de la
Saignée ; & que ce n'eſt pas par
l'effufion de noftre ſang qu'il a
mérité la qualité de Divin. Jene
vous ay point difputé cela , & il
n'y en a pas un mot dans mes
du Mercure Galant. 267
Sentimens , auſquels vous avez
crû devoir repliquer. Le ſeul
abus que l'on eft capable de commettre
dans la Saignée , ne peut
proceder que du peu de jugement
de ceux qui en uſent mal,
mais lesjudicieux Medecins ſçavent
la pouffer au delà de la
Sphere d'activité de ces trembleurs,
que la petiteſſe de leur génie
fait avoir recours à mille petits
remedes de bonnes Femmes
ou de Païfans. On leur dit pour
les faire tomber dans le panneau,
que les uns purifient le ſang ; &
que ſi les autres ne font aucun
bien ſenſible , du moins ils ne
nuiſent point aux Malades . Cependant
on ne ſonge pas qu'en
laiſſant échaper les occafions
preſſantes de faire des remedes
Zij
268 Extraordinaire
eſſentiels , on jette les Malades
dans mille inconveniens irrépa.
rables, qui font les caxexies , les
abcez , des ictericies, des ſchirres
dans les principales parties nour.
ricieres ; enfin une infinité d'autres
maladies , qui paſſent la ver.
tu de toutes ces belles Décou.
-vertes qui leurrent aujourd'huy
tant de Gens .
Il eſt aſſez fingulier que vous
faffiez remarquer les conſeils
d'Hypocrate, à ceux qui ne reconnoiffent
que luy pour Direteur
de leurs conduites . Ces
grands Génies qui ont eu tant de
réputation dans Paris , & qui ont
fait tant de miracles par tant de
fréquentes Saignées , n'ont- ils
pas ſuivy à la lettre les circonftances
de ſes conſeils ; & voit-on
du MercureGalant. 269
le moindre Candidaten Medecine,
qui ne ſoit inſtruit de toutes
ces obſervations que vous marquez
fi neceſſaires pour preſcrire
la Saignee ? Mais afin que nous
ne vous accuſions pas injufteement
de reſſembler à ces Miroirs ,
qui ne reçoivent les images des
objets qu'on leur préſente , que
pour les défigurer ; faites - nous
entendre ce que veulent dire ces
mots , dont VOUS VOUS
en parlant d'Hypocrate. Les
Arabes,les Grecs , les Latins ,
les plus éclairez des autres Nations,
ont to ûjours déferé àſonſentiment;
&je ne vois point de raison qui
nous oblige de le recevoir , & qui
nous dispense en mesme temps de le
Suivre. Je ne trouve en cela qu'
obſcurité,& que contradiction,
2
ſervez
Zi
270 Extraordinaire
Continuons, s'il vous plaiſt, l'e.
xamen de tout ce que vous avancez.
Vous demeurez d'accord
que la connoiſſance particuliere
'des tempéramens que nous appellons
Idiocrafie , eſt ſi difficile
qu'on n'y peut répondre que par
galimatias. Voyez combien vous
allez embaraſſer ces Meſſieurs ,
dont vous prenez fi fort le party.
Pour mieux parler ſur toutes
leurs Nouvelles Découvertes
, vous les jettez dans un la .
byrinte, dont il ne vous ſera pas .
aifé de les tirer , ny à eux- mefmes
d'y trouver une fortie, puis
que leurs plus vigoureuſes expreffions
, & ces ſolides raiſonnemens
que vous fouhaitez , ne
feront fondez qu'en hypotheſes
paraboliques , qu'en comparaidu
Mercure Galant . 271
ſons toûjours clochantés , ou ri
rées des Méchaniques , qui ne
peuvent avoir un juſte rapport
aux choſes qu'on veut faire entendre
à fond , pour bien expliquer
les mouvemens de la Nature.
Ce font termes indéfinis
& univerfels qui ne prouvent
rien , eftant toûjours neceſſaire
d'avoir recours à certaines parties
diſpoſées d'une certaine maniere
, & de certaines figures qui
font certains effets , ſans qu'on
marque la cauſe juſte de cet
arrangement ou de ces certai
nes figures , de peur d'admettre
ce que vous dites eſtre la
réverie des Peripateticreas , qui
font les formes ſubſtantielles ,
parce que par là on conçoit du
moins un principe immédiat qui
Zij
272
Extraordinaire
:
:
" " "
fait toûjours les mefmes figures,
&un mesme arrangement des
parties.
Quand ces rafinez Sectateurs
de la nouveauté auront pris la
peine de nous faire entendre ſans
obſcurité , comment ſe fait la
genération des Animaux , la co.
& ion & diftribution des alimens,
& la fecretion de l'urine d'avec
les parties du fang , fans avoir
recours à la cauſe premiere &
univerſelle de toutes choſes, fans
hypothefes ou comparaiſons défectueuſes
en mille circonſtanees
, comme par celles des. Cri .
bles compoſez de diférens trous ,
par où paffe la diverſité des
grains mélangez de toutes efpeces
, tant par leurs propres figures
que par leur péſanteur, alors
du MercureGalant. 273 a
leurs maximes pourront avoir
quelque poids. Juſques-là vous
trouverez bon que nous refuſions
de renoncer à nos anciennes
expreffions , par leſquelles nous
concevons tout auſſi bien ce que
vous voulez nous faire entendre
par des mots nouveaux , qui ne
peuvent rien ſignifier de plus, &
qui ne nous font pas comprendre
le fond plus diſtinctement.
Je ne combas point l'application
qu'on a pour les Nouvelles
Découvertes. Je ſuis non ſeulement
perfuadé , mais tres-convaincu,
que de ſiecle en fiecle les
Sciences&les Arts ſe perfectionnent&
ſe poliſſent par les refléxions
, que de plus habiles Gens
que vous & moy font tous les
jours dans leurs Cabinets. Les
274
Extraordinaire
fçavans Ouvrages qu'ils nous laiffent
, nous tracent de nouvelles
routes , qui nous font arriver fûrement
à la verité. Mais je ne
puis endurer qu'on vante fi fort
certaines Découvertes, dont les
effets ſont ſi fautifs , & où le hazard
a toûjours bien plus de part
pour le ſuccés, que la conduite
du bel eſprit , qui a rêvé creux
dans ſon Etude ; par exemple ,
eet Eſprit de Vin compoſé que
vous élevez ſi haut , & qui en
excentrant les humeurs, pompe,
pour ainſi dire , leur pourriture
auſſi bien que celledu ſang, vous
en faites une Panacée nouvelle,
au dela meſme de tous les Sels
volatils , des poudres de Viperes,
des yeux d'Ecreviſſes , des Acides
& des Alkalis , qui ſont de
du Mercure Galant. 275
grands mots nouveaux , mais de
tres. petits remedes , qui tuent
plus qu'ils ne ſoûlagent. En effet
ils font beaucoup au deſſous de
nos grands remedes anciens , approuvez
de tout temps , foit par
leur compofition , foit pour leurs
effets incontestables, comme nos
Theriaques , le Mithridat, F'Or.
vietan, les confections d'Hyacin .
the , & d'Algermés ; pour ſimples
le Befoüard, les Coraux &
les Perles qu'on quite à préſent,
&dont on veut ſe paſſer pour
prendre pis , en donnant dans
toutes les nouveautez inutiles ,
qui ne produiſent que des effets
incertains , & qu'on devroit rejetter
; ne fuft-ce que par la longueur
du temps qu'on oblige tyranniquement
les pauvres Mala
des à s'en ſervir.
276 Extraordinaire
Ces grands Faifſeurs de mira
cles ſans la fréquente Saignée ,
ne conſeillent pas moins que d'ufer
deux ou trois mon des yeux
d'Ecreviſſe, de leurs Opiats compoſez
de Sels volatils , d'extraits
de Genievre, fucs de Pervanche,
Cariophyllata , & autres drogues
chaudes & feches , qui ne
peuvent qu'augmenter l'intemperiédes
corps ſecs,&maleficiez,
en calcinant doucement par un
feu fourd les humeurs , par un
long ufage de remedes ordonnez
ſans indication juſte , & fans autre
reflexion que celle du ſecret
infailliblede leur découverte .
Il n'y a que vous au monde
qui ayez trouvé la conduite de
l'Anglois réguliere , puis que tout
ce qu'il y a de Gens éclairez
duMercureGalant. 277
1
-

l'ont condamnée en toutes manieres
, & par toutes ſes circonſtances
. Si vous aviez bien com.
pris les raiſons convainquantes
que j'ay avancées dans mes fentimens
, vous n'auriez pas pro.
noncé ſi hardiment ſur une conduite
auſſi peu judicieuſe. Vous
auriez parlé plus juſte , ſi vous
n'aviezjugé que du ſuccés deſon
remede , qui n'a jamais eſté defaprouvé
, parce que la cauſe en
eſtoit connuë, puis que cen'eſtoit
que le Quinquina déguiſé ; &
par le défautde fa capacité & de
fonjugement , outré par les prifes
indifcretement réïterées l'efpace
de deux ou trois mois, aufquelles
tout eſtoit deû , & rien à
la conduite de l'Anglois , que le
riſque qu'ont couru les Malades,
278
Extraordinaire
de tomber dans de mortelles lan.
gueurs par la ſéchereſſe que le
Quinquina imprime dans les entrailles,
en vitiant inſenſiblement
toutes les parties nourricieres ,
*ce qui en a fait mourir pluſieurs ,
& caufé quantité de ſtérilitez
auxjeunes Femmes , pour en avoir
pris par excés eſtant Filles.
On en pourroit citer un fatal
exemple dans un Sang illuftre ,
mais cela n'eſt pas neceſſaire.
Les preuves ne s'en trouvent que
trop fréquentes dans des Perſonnes
moins qualifiées .
Quant à ce que vous avancez
que je ſçay commevous, Quefile
remede n'a pas toûjours fait ce qu'il
pouvoit, c'est la Saignée qui l'en a
empefché ; c'eſt ce que vous auriez
pû vous paſſer de dire , auffi
du Mercure Galant. 279
bien que d'ajoûter que j'inſulte la
ſageſſe des Hæmaphobes del'An.
tiquité , comme s'il y en avoit eu
entre les veritables Originaux de
la bonne Medecine. Rappellex
done dans voſtre mémoire ces
premiers Autheurs de l'Autiquité,
qui font Hypocrate & Gal.
lien , ſeuls Chefs du conſeil de la
grande effufion de ſang que vous
condamnez , fans laquelle toute..
fois point de falut pour les Ma.
lades. Ces grands Hommes n'ont
jamais prétendu , ny moy apres
eux , comme vous ofez l'aſſurer
en termes exprés , Qu'il faut tirer
tout lefang des veines pour en ofter
laplenitude ; car il n'eſt pas vray
qu'il foit neceſſaire d'en tanttirer
, pour diminuer la premiere
eſpece de plenitude qui ſaute aux
280 Extraordinaire
-
yeux , & qui eſt toûjours la cauſe
premiere & antecedentes de
toutes les maladies. C'eſt pour
emporterlaſecondeeſpecedeplenitude
qu'il en faut verſer davan
tage ; & tout le monde demeure
d'accord qu'on a beſoin d'un
folide jugement, & d'une délicate
pénétration pour conduire la
Saignée dans cette ſeconde eſpe.
ce , juſques dans toute ſon étenduë.
Je ne ſçay pourquoy en prononçant
le contraire de mes Sentimens
, vous dites que c'eſt ma
doctrine toute pure que vous avancez
. Lifez - les encor une fois,
&vous avoürez, ou que vous les
aviez parcourus trop viſte ſans y
reflèchir , ou que vous ne les
aviez pas conçus,
duMercure Galant. 281
(
ne
Vous pouvez écrire tant qu'il
vous plaira ſur le mérite des
Nouvelles Découvertes ;
croyez pas que je me mette da.
vantage en peine de le combattre.
C'eſt un feu de paille qui
ne peut durer ; puis que , ſelon
vous-meſme , il ne faut qu'un
quart-d'heure pour eſtre inftruit
de vos nouveautez. Je vous
conſeille ſeulement de prendre
le raiſonnement qui fuit , comme
plus conforme que le voſtre
à la bonne Philofophie , c'eſt de
donner beaucoup àl'autorité des
grands Hommes , tout à la raifon
, & tres-peu à l'expérience
ſeule , parce quelle eft trompeu.
fe & périlleuſe dans le ſentiment
du divin Vieillard, pour qui j'auray
toute ma vie un profond ref
Q.deJanvier1683. Aa
282 Extraordinaire
pect , & qui a prononcé comme
un Oracle dans fon premier Aphorifme
, Judicium difficile , experimentum
periculofum.
LE FRANC, Docteur
de Montpellier.
Tous les Madrigaux qui suivent,
enfermentle vray Mot de la premiere
des deux Enigmes proposées au mois
de Fevrier.
I.
que vous estes farouche!
IJe voy que sansqueje vous touche,
VousSongez à vous reculer.
Helas! avez- vonspeur que je ne venille
aller
Survoſtreſein porter ma bouche?
Non,je nesuispas si badin
Quevous pensez, je vous lejure.
Jene veux quesentir le Bouquet que
Mercure
Vons apréſenté cematin.
DIEREVILLE, duPontleveſque.
du MercureGalant. "283
A
II.
Ux delicesd''un grand Banquet,
Fust-ilpardes Traiteurs préparé, je vous
Illuftre & genéreux Mercure, (jure,
Je préfere vostre Bouquet.
C'est un enfantement des larmes de l'Anin
Son odeurfurpaſſe l'Encens, ( rore:
Ses beautez enchantent les ſens,
Etfa varieté marque l'esprit de Flore.
L. BOUCHET, ancien Curé
deNogent leRoy.
111.
MErcure, qu'on public eftre le Pro
totipe
De cesGen's trop experts à jouer de l
grippe,
Pourse justifier, affile fon caquet.
CeDieu, par une adreſſt à nulle autre
Seconde, M
Résolu de ſe mettre en bonne odeur au
monde, na
Joint àmille autres dons , un raviſſant
Bouquet.
. مه
Aa ij
284 Extraordinaire
Mercure
IV.
eft tout- ensemble agreable
zelé, :
Son préſent est galant autant qu'il est
honnefte;
Il doit bien eſtre régalé
Partous ceux dont le mois renfermera
laFeste.
Ils vontfairefans- doute unſomptueux
Voyant qu'un Dien leurdonne unſi riche
Banquet,
Bouquet, :
Lors que deſesfaveursFlore eft encore
chiche.
Joſerois ravy d'estre à ce fameux Repass
Maismonsouhait demeure enfriche,
Elant au mois de Mars, où mon Patron
nestpas
Q
V.
Lemeſme
Voy, faut-il tantde caquer
Pour expliqueruneEnigme?
Quand j'auray dit un Bouquet,
Jen'ay plus besoinde Rime.
DELATRONCHI, deRoüen
du MercureGalant. 285
Q
VI..
VeMercure
eft coquet!
Pourmarquerfa tendreffe,
ļi donneàſa Maîtreffe
Un tres-joly Bouquet .
Ons les
VII.
Lemeſime.
Fleuristes curieux,
contenter leurs yeux,
Vont rendrevisite à Mercure.
Vousn'ensçavezpas leſujet;
C'est pour contemplerſon Bouquet,
Qui n'estfait qu'enſimple peinture.
M
La Phénicienne organiſcé,
de Caën .
AVIII .
Ercure, ton Bouquet
demeplaire,
Jeſuis ennemy des odeurs;
n'apas lien
Abien des Gens jeſuis contraire,
J'aimemieux les Fruits que les Fleurs.
L'Albanifte de Roüen .
286 Extraordinaire
Q
ΙΧ.
V'attendez- vous de moy, Mercure,
Sur l'agreable portraiture
D'unBouquet odoriférant?
Difpenfez maveine infertile
Devous faire undiscours plus grand,
Pour expliquer au long voſtre Enigme
-
Subtile. 4
SYLVIE, du Havre.
Χ.
Q
Voy, des Fleurs enHyver! C'est
àse coup, Mercure,
Quevous estes vrayment Galant .
Dites-nous parquelle avanture
D'afſortir un Bouquet vous avez le
talent.
Levoftre aſſurément vaut bien qu'on le
cheriffe
Il est de prix, & d'un art tout nouveau.
LeBouquet est tres- bean,
Et je ne croypas qu'ilflétriſſe.
CONSTANTIN RENNEVILLE,
de Cačn
du Mercure Galant. 287
X1 .
MAlgre l'inconstancedu
temps,
Malgrél Hyver, Safroidure,
Autheurdu celebre Mercure,
Tu nousfais voir les douxfruits du Printemps,
Et tu ſçais devancer quand tu veux la
Nature...
**
Depuis peulaReyne des Fleurs
Voulutdedans ces Lieux paroiſtres
Maisn'ayant rien pû reconnoiftre
Dans nos tristesJardins , elle verſa des
pleurs,
Et remonta, dit- on,dans le Celeste Cloitre.
Mais toy, bienplus riche en ſecrets,
Etfans te donner tant de peine,
Sur le haut Hélicon,fur le bord d'Hypocrene,
A l'abry des frimats tu cueilles des Bouquets,
288 Extraordinaire
Et tu n'as pas besoin que laſaiſon res
vienne.
V
DEVAULX, Avocat deNoyon
en Picardie.
X11.
Ousvous raillez de nous, Mer
cure,
Denous préſenter en peinture
Un Bouquet dans cetteſaiſon,
Ou les Fleursfont en abondance
En cent &cent Lieux de plaisances
C'est làn'avoirpas de raifon .
Le Phénix des Meſſagers deCaën-
XIII .
E voit- il riende plus honneste
cettefois?
Quelqu'unl'auraſans-doute averty que
cemois
Eftjustement lemois auquel tombe ma
Festes
Et c'ef aujourd'huy ce quifait
Qu'ilmevient donner le Bouquet.
Le BergerValentin
du Mercure Galant. 289
PO
XIV.
Our faire un bean Bouquet,fans
qu'ily manque rien,
LesçavantRault l'entendtres-bien.
SurlesautresBouquets lefien al'avan-
De réduire les coeurs dans an doux eſcla.
VX
vage,
Parunfecret cacheſous les nænds du
Lien.
Leplusseveredes Amans
Se rendroit aux Loix de l'Amour,
SifonAmantponvoit un jour
Luyfaire recevoirſes raretezgalantes.
**
Ellediroit ſansfin : Mon Dieu, que je
meplais
Avoir de ce Bouquet tous les charmans
attraits!
Je croy qu'il estfait par les Graces,
Tant onvoit que les Fleurs occupent bien
leursplaces.
Q.deJanvier 1683. Bb
290
Extraordinaire
Apprenez, cherAmant, qu'il m'atouche
le cour;
Et jeveux désormais, quoy que l'on ait
pûcroire,
Rendrevosjourspleins de bonheur,
Si ma poſſeſſion peut faire voſtre gloire.
ALCIDOR,duHavre.
M
XV
lesplus belles choses
Ont toûjours trouvédes
feurs;
Cen-
Quelquefois pour defoibles causes.
On trouve des Reformateurs.
Soitdit, Mercure,fans offence,
Carjeveux,si c'est mon deſſein,
Que leplus lâche dela France
Meplante un Poignarddans leſein .
JeSçay bien que chacun admirevos Ouvrages,
De tous les bons Efpritsvous avez les
Suffrages,
Etfans-doute moy ſeul trouve à vous
critiquer,
du Mercure Galant. 291
fe le fais cependant d'une ame bien
forcées
Maisje ne peuxsouffrirqu'on nous faſſe
expliquer
Au milien de l'Hyver un Bouquetde
Pensée.
XV I.
On, jen'ay point de
Le meſme.
None Bondepoin
Fleur,
àcroiro
d'une
Qui des Dames cherche le coeur,
Dans unjourpériſſe lagloire.
L'EPINAY- BURET, de Vitré
enBretagne.
XVII .
Plainte d'un nouveau Marié .
T
Un'es qu'un bean Bouquer. Hy
men, dont l'onn'a rien
Biensouventque d'emprunt; Tudis que
jesuisbien,
Quelonmebaise tant; Ab le bel avantage!
Bb ij
292
Extraordinaire
Tumas réduit à l'esclavage,
Lien
Chaine qu'ilfaut user, dur &facheux
**
Situfers les Amans ainſi que les Amantes,
Endonnant tes faveurs , tu couronnes
Amour.
Hélas! que ces appas trompent en ce
bean jour,
اجلاةب
Et qu'elles durent pen, ces ravetez gawolantes!
83
Ony, c'est la nouveauté qui fait que tu
nous plais,
Que nous trouvons en toy quelques rians
attraits .
Nous régnons fur leTrove on les Ris
les Graces,
Avec lesJeux trouvent fouvent leurs
places;
Maisce qu'on cherche tant , le trouvet-
on ce cofur? ペー
Non, c'est un Vagabondqui m'en afait
ac-croire;
duMercureGalant. 293
Monfort, commeun Bouquet, n'apas
plusdebonheur,
F'ay veu dans unjourſeulpérir toute
magloire.
A
GYGES, duHavre,
XVIII.
GreableBouquet, beau Feftin de
IAmour,
3
Alleztrouver Iris, elle estdansſon grand
jour.
Reposezsur son coeur , baifez fon beau
visage,
Etdansunſi douxfort tenez-luy ce lam
gage.
Tircis me donne à vous pour gage de
ſafoy,
Il eſt dans vos liens plus qu'on n'en
voit chezmoy.
Lemeſme,
Ceux qui ont expliqué la mesme
Enigmefur le Bouquet, fontMeffieurs
Harrivean ; De Bellefontaine
Bb iij
294
Extraordinaire
de la Ruë Simon le Franc ; LeChevalier
d' Argence d'Angoulesme ; Du
FaydeVernon; P. Carrier de Rouen;
Clement Apoticaire du Roy en sa
Chancellerie ; Thierat Chapelain de
Noftre- Dame ; Boiſſeau ; Angely de
la Martiniere , d'Epoiſſe en Auxois;
Mesdemoiselles M. A. le Marchand,
Fille deM le Marchand, Conseiller
deRouen ; M. Provais; De la Neve,
de laRuë S. Médéric ; La Charmante
Manon de Roüen, Amante duMedecin
; Les troisMannetes du Quarsier
S. Médéric ; A. à l'Anagramme
, Je Pleine d'années, dela Ruë
de la Sourdiere; La belle Manon de
Foix, proche les Andelis ; La Belle
à l'Anagramme , Ma Couſine en
rien ; La Phénicienne Organisée de
Caën ; L'honneſte Societé d'Argenton
; L'Amantde lajeune Marianne
du Mercure Galant. 295
de Rouen ; Le Poëte Moderne des
Belles de la Ville d'Eu ; Tamirifte
de la Ruë de la Cériſaye : Le Chaffeur
infatigablesur les Terres conju
gales Le Charmant Paris , de la.
Ruë Quinquempoix ; L'Amantpafſionnéde
l'Enchantée ; N. du Quartier
S. Leu; Et le tres-fubtil Renard.
On a encore expliqué cette Enigmefur
la Perruque. Le vray Mot
de laseconde estoit la Poire, &voicy ,
les Explications que j'en ay reçenës
en Vers.
I.
Edez icy , Melon, cedez, Raisin
Peſche, Olive, Abricot, Figue an fuc
délicat;
Ilest un Fruit plus délectable,
Le goust en ſçait juger autrement que
les yeux,
1
Bb iiij
296
Extraordinaire
Ilpourroit mesme entrer dans le Banquet
desDieux,
Yservirde Deſſert , & couronner la
Table.
83
Mercure qui connoist l'excellence des
Fruits,
Sçait ou de pareils font produits,
Etque tous leur cede la gloires
Mais ne seroit-ce point ce Fruit fi renommé,
Qui des Délicats est aimé?
Ce l'estsans-doute, c'est la Poire.
RAULT, de Roüen.
II.
EFruitdanssamaturite
deftrepréſenté;
Mais ce seroitune imprudence,
S'il estoit cueilly par avance;
Ilfaut l'examiner avant
cher,
ir que ddy tou
On s'y dait bien connoiſtre avantque l'arracher.
Ainſi quand le Mercure apréſenté la
Poire,
G
du MercureGalant. 297
Elle doit estre meûre , il a ſoin de se
gloire.
DELA GIRAUDIERE,RucMaubüé.
111.
Elaferoit tort ama gloire,
Moy
de
cesfins Nor-
Si malgré tes déguisemens ( mans,
Je ne connoiſſois pasla Poire.
Ad'autres, MercureGalant,...
Qui n'ayent point tant de talent.
B
DIEREVILLE, du Pontleveſque.
IV.
Plainte d'un Nouveau Marié.
Elle Iris , ton visage a du Lys la
blancheur,
Et ton teint est de Rofe, il en a la fraîcheur,
Ilest poly comme uneGlace,
On te croit parfaite en tout point;
- Tes attraitssont puiſſans, rien n'ameile
leuregrace,
L'onadmire ton embonpoint;
Tapeau délicate&vermeille,
Jamais en fermeté n'atrouuddepareille,
298
Extraordinaire
Et laplus belle enfin que l'on vanta
jamais, 4.
Moins quetoy paroîtroit mignonne.
Criarde,apprenspourtant quequand tu
netetais,
Tumedégoustesplus qu'une Laide estant
bonne.
UnePoirequi gronde, est belle dans la
main;
Tu luy reſſemblesfort , ta maniere eft
friponne,
Mais rien n'est, comme toy, plus amer
dans lefein.
Q
V.
GYGES,duHavre.
V'on nous afait unbeaupréſent!
Ilnousſeratoûjours préſent;
C'estunebelle& bonne Poire,
Dontle gouftplusdoux que le Miel,
Nousmontre qu'elle vient d'unfort bou
territoire,
Et qui n'estpashayduCiel.
On reconnoît l'Autheur; qu'il a l'esprit
fertile!
duMercureGalant. 299
Qu'enmérite il eftgrand! c'est l'honneur
delaVille.
CEFruit C'eft
VI.
Lemeſme.
eft auffi bon que beau,
unePoire raviſſante,
Qui la langue&les yeux contente,
Etquise taiſtſousle Conteau.
C. HUTUGE, d'Orleans,
demeurant à Metz .
VII.
L'Autrejour an Autrejour au Ballet duRoy
Favois bienſoif en bonne-foy,
Jen'avaisplus d'Orange,&je ne pouvois
boire:
MaisMercure enun coin caché,
Voyant qu'à cesujetjeparoiſſoisfaché,
M'offrit honneſtement lamoitié d'une
Poire.
GIRAULT,deParis,
300 Extraordinaire
Endant
VIII .
PTemps de mortification.
cefainttemps deCaresme,
Cequifait une peine extréme
Dans la devotion,
C'est qu'ilfaut se passer de manger co
qu'on aime,
Prendre de la Salade avec difcretion,
Et que desMandians, ou quelque Poire
bléme,
Ala Table on jeſuisfoient ma Collation.
M faison
IX.
ALLARD.
Ercure, voussentez approcher la
Onvous pouvezavec raiſon
Nousdonnerune Poire;
Caroutre qu'ellefert àlaCollation,
Elle empefche de boire.
CONSTANTIN RENNEVILLE
de Caën.
duMercure Galant. 301
L
Χ.
Aseconde, comme je crois,
Mérite bien qu'on fe donne lapsine
Defaire travaillerſaveine,
PuisquefonAutheur afait choix
D'unePoirefort excellente,
Afin de la cacherd'unefaçon galante.
XI
SYLVIE,duHavre.
Ujeu rarement jem'engage,
Ato men defens tane quele puss
Sijejouë, c'est quandjeſuis
Entre la Poire&le Fromage.
L'Albaniſte deRoüen
XII .
DEvaſtroſoin, Pbilis, Iagreable...
Cache au defſous tant de fraîcheur,
Quevostre coeur pour moy n'est plus rien
qu'une glace.
Quoy?Seray-je longtemps malheureux à
point,
Dene pas obtenirde vous la moindra
grace,
302
Extraordinaire
Pourreprendre unpeud'embonpoint?
Faut-ilque ma jeuneſſe encortoute vermeille,
Souffre une douleurfans pareille,
Auprintemps de mes jours, qui paffe
pourjamais?-
Changez, mais auplutoſt, adorable Mignonne,
Pour lamoindrefaveur auſſitostjeme
tais,
Nefust-ce qu'une Poire; Ah! qu'elle
feroitbonne,
Venant de vostre belle main;
Elle auroit le pouvoir , cette aimable
Friponne,
Deranimer mon coeurpreſque mort dans
mon ſein.
Pour les deux enſemble.
Sansfaire une trop longueHistoire
Pour renfermer les Mots des Enigmes
dumois,
Je mecontente cette fois,
Pour l'une d'un Bouquet , pour l'autre
d'une Poire.
ALCIDOR, duHavre.
duMercureGalant. 303
XIII.
REwantfurt
lasecondeEnigme,
D'un espritfort embaraffe,
Philis dontjefais grande eſtime,
Voyantque j'estois empreſſe,
Medit; Estes- vous inſenſé,
Defatiguer voſtre mémoire,
Pournerechercherqu'une
T
'unePoire?
Lemeſme.
Cette mesme Enigne a esté expliquésur
la Poire, par Mademoiselle
dela Boiffiere de la Ruë Plaftriere ,
par Me Rembault de la Rue des
cing Diamans. D'autres Particuliers
l'ont expliquéesur une Orange, un
Pavis, une Pomme d'Apis, & une
Chataigne. ३.
Je commence les Explications de
ceux qui les ont données en Vers de
l'une & de l'autre , par cele deMademoiselle
de Bufferolles, Fille deM
304
Extraordinaire
L
deBufferoles de Vienne , dontje vom
appris la mort ily a quelques années.
Elle n'a encor que huit à neuf
ans ; mais estant d'une Famille qui
est tout esprit , il ne fautpas s'étonnerfi
à cet age elle a des lumieres fi
pénétrantes.
I.
Ien que jefois encore Enfant,
a
Que j'ay trouvé le Mot de vos derniers
Grimoires,
Sans hésiter unfeul moment,
Parceque je n'aime rientant
Quelesjolis Bouquets, & que les bonnes
Poires.
L
CLERANTONIA.
CAROLA DE VIENNA
231
11 .
EMercureGalant, enjour,
prude,
Goguenard auffi quelquefois
tendre,
duMercure Galant. 305
DesFleursdefon Parnaſſe, &Fruits de
Son Etude,
Nousvient régaler chaque mois.
Moy, jeluy sçay bon gréd'une telledé.
penfe,
Chacun deson préfent s'applique le meil
leur.
Lesuns defa Fleurete eſtiment plus
l'odeur,
Les autresdeſes Fruits recherchent l'a
bondance;
Maisdu coeurd'une Fille exprimons le
talent.
Il n'en est point , un peu jalouſe de ſa
gloire,
Quin'aimastmieux de fon Galant
Avoir un Bouquet qu'une Poire .
LaDevoteDruide Lyonnoife,
de la Ruë S. Jean de Lyon.
111
Mercure, que de changements e
ame!..
Sepeut- il qu'une bellefâme
Q.deJanvier1683. Се
(
306 Extraordinaire
1
1
Dureſipeu de temps?
Pourmoy,jene puis le comprendre.
Autrefois mon Irisavoit le coeur fort
tendre,
moins; Et lemienne l'estoit pas
Nousavions tous deux meſmesſoins,
Iln'estoit point d'amourplus belle que
lanoſtre;
Nous estionsficontens devivre l'unpour
l'autre,
Quenousfaiſionsnos plus charmans
plaisirs
Deprévenir tous nos defirs.
Quandjevoyois venirſa Fefte,
Pour luyfaire unBouquet, j'allois cueillir
desFleurs
Desplusbelles couleurs.
Ale bien recevoir elle estoit toûjours
prefte.
Je ne l'envoyoispointſans quelquesjolis
Vens
Qui l'affſuroient que l'inconstance
Jamaisnebriſeroit mesfers.
Elle en estoit charmée, &pour reconnois
fance,
du Mercure Galant. 307
4
Elle me juroitqueson coeur
Seroit avec le mien toûjours d'intelligence,
Et brûleroit de meſme ardeur.
F'estois fimple affez pourle croire.
Mais qui n'eustpas crû ceferment
Fait en mordant tous deux dans une
mesmePoire? 1
Helas, je voy pourtant
Que ce coeurfi conftant,
N'est qu'un coeur infidelle;
Etqu'au mépris de mon amour,
Cette Ingratefouffre aupres d'elle
Mon Rival qui luyfait laCour.
DIEREVILLE,du Pontleveſque.
NIV
TEEne veux point tantde caquet
Pour expliquer les deux Enigmes.
Je le veux faire en quatre Rimes,
Enmettant une Poire avec un beau
Bouquet.
La Belle Nourriture du Havre;
Ccij
308 Extraordinaire
Q
Voy, des Fleurs àpréſent!
eft bien nouvelle,
Lachefe
LeMercureGalant vous en donne un
Bouquet;
Recevez-le, Philis, c'est un Amant fidelle,
Et fon discours n'a rien quiſente le
caguati
Pâris donna la Pomme, il vous donne
la Poire; 2110
Vous estes la Vénus, quel bonheur, quelle
gloire!
M
L'Amant d'Euterpe, du Havre.
Ercure
VI.
eftdignede louange,
Denousfaire un tres-bean mêlange
D'une agreable Poire , & d'un joly
Bouquet.
Apréſent ilfaitvoir cequen'a pûper-
Sonnes
Necroyezpasqu'iln'aitque du caquet,
du Mercure Galant. 309
EnMars ilsçait donner le Printemps,
Automne.
DE LA TRONCHE, deRoüen.
V 11 .
Vous estos plus Galant, Mercure,
cettefois,
Que vous ne l'eſtiez l'autre mois,
Dont encorj'ay bonne mémoire;
Vostrejoly présent d'un Bouquet, d'une
Poire,
Estfortagreable en ce temps;
Flore àvostre priere avance le Printemps.
GYGES, duHavre.
VIII.
Tourprend
On aimable Bouquet, Mercure, me
Il est des plus jolis , ſon odeur eft charmante,
Et celuy qui l'afait,sur mon honneur,
P'entend.
Que lafaçon en est galante!
Ta Poire estd'un goust merveilleux,
310 Extraordinaire
Iln'en estpoint de mesme en toute la
Nature;
L'on voit bien qu'ellevient des Dieux,
Puis que c'est un préſentque nous afait
Mercure.
L'Amant de Thalie, duHavre.
Pajoûte les noms de ceux qui ont
trouvé les vrays Mots des deux
Enigmes. Meſſieurs Legerde la Verbiſſonne
; René des Noyers ; de Flesfel
de Vermolet , d'Amiens ; de la
Giraudiere ; Carriere, de Vitré en
Bretagne; Afton Ogden ; N. Midy,
de Rouen ; L'Abbéde la Faye; L'A
vocat Dalmas ; Le Chanoine Iacques-
Iacques ; Mademoiselle de Sommelfdick
à la Nocle; La Marquise à
l'Anagramme, Pure image de la
Vertu ; La Marquise Diane d'Alcleon
; Mesdemoiselles Cochet de la
Rüe S. Paul; de Milly de Vernoni
du MercureGalant. z11
De Briac ; A. Bouvier de Fallerou ,
de Caen; De Coubertin la Cadette ;
La Chere Lifette ; Le N. du Quartier
des Halles ; La Beauté languis-
Sante, de Vuaßy en Champagne; La
charmante Brune Loüison , de Sezanne
en Brie ; La Meſſagere de
Brezeville; L'Orgueilleuse , de Caen;
La Perfide , de la Paroiffe S. Sauveur;
La jeune Commere radoucie
par curiosité ; La Muse naiſſante, du
Quartier Simon le Franc; L'aima.
ble Poitevine , de Caen ; L'aimable
àl'Anagramme , La Guerre eſt ſur
ma vie , d'Amiens ; L'Inconnu du
Languedoc ; L'Intime du Galant
François, de la Cour de Stutgard; Le
jeune Compere inflexible aux fauf-
-ſes douceurs; Le Héros parmy les
Esprits Financiers ; L'Authearfutur
contre toute apparence ; L'Amantem312
Extraordinaire
baraffé dans le choix de trois Mai.
Preſſes également belles & riches.: G.
B. L. ou les trois Inséparables , du
Second étage, de la Rüe Poirées Lt
Berger Contentin ; Le Medecin Amant
de la belle Manon de Xaintes;
Le Voyageur Africain ; Le fidelle
Amantde la charmante Brune Loüi-
Son, de Sezanne en Brie ; Le N.
du mesme lieu ; Le Spirituel Abbé
deVuaßy en Champagne ; L'Avocat
fans immatricule, de Chaumont en
Baffigny ; Le fincere &perfevérant
Blondin du Quartier S. Sauveurs
Et le Berger défoté, à l'Anagramme,
As-tulić le Cocq.
duMercureGalant.
313
5255-52522-5522522
TRAITE
DES COURONNES,
A A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE .
Digne préfent du ciel, SoleiAl
Illustre Petit- Filsdu plus grand Roy
dumonde
Prince, qui régnerez fur la Terre &
fur l'Onde,
Etmetirezſur vos Loix & l'Aigle &
le Croiſſant;
Tandis que de Loüis lesfaitsplus
qu'héroïques,
Servant àfon Dauphin d'exemples
magnifiques,
Q.deJanvier1683. Dd
314
Extraordinaire
1
!
Vous vont de l'Univers le Domaine
affurer,
Souffrez qu'en attendant une gloirefi
:
rare,
Sous vostre auguste Nom j ofe icy
figurer
Les Couronnes qu'onvous prépare.
Pour donner quelque ordre à
ce Traité , je diray d'abord que
les Couronnes eſtoient anciennement
de deux eſpeces principales
, & comme primitives , qui ſe
diftinguoient , la premiere fous
le nom de Diademe , & l'autre
ſous celuy de Couronne .
Le Diadéme, ainſi appellé d'un
mot Grec qui ſignifie Lier , eſtoir
une forte de Bandelete ou Fronteau
, dontles Roys ſe ceignoient
C'eſt la peinture que les Anciens
duMercureGalant.
315
nous en ont laiſſée ; témoin ce
qu'en dit Tacite , qui dans le 15.
de ſes Annales , décrivant la cerémonie
qui fut faite à Rome
au Couronnement de Tiridate
Roy d'Arménie, rapporte que
l'Empereur Néron luy donna
pour Couronne un Diademe ,
dont il luy ceignit la teſte, Dindemate
caput Tiridatis evinxit. Plutarque
écrit que Monime, l'une
des Femmes de Mitridate Roy
dePont , traitée barbarement de
fon Mary , & fur quelque faux
ſoupçon conçeu mal- à-propos de
ſa fidelité , condamnée à périr
toute innocente qu'elle eſtoit ,
par celuy meſme qui devoit le
pluss'intéreſſer à la conſervation
de ſa vie, fans autre grace que
de laiſſer le genre de fa mort à
Dd ij
316
Extraordinaire
ſon choix ; cette infortunée Princeſſe
voulant executer elle mel.
me cet Arreſt ſur ſa perſonne,détacha
de ſa teſte un Bandeau
Royal , & fe l'eſtant paſſe au
tour ducol à deſſein de s'en é
trangler , il arriva que le Bandeau
ſe rompit par la péſanteur
defon corps , dequoy cette Reyne
toute indignée ſe l'arrachant,
le jetta par terre , &le foula aux
pieds avecindignation.
Juſtin 1. 15. de ſon Hiftoire,
écrit que Lyfimachus , un des
Favoris du grand Alexandre ,
ayant eſté bleſſé en une cuiſſe ,
par la Lance de ce Prince , lors
qu'il deſcendoit de Cheval ; cet
officieux Conquérant outré de
douleur pour le mal qu'il venoit
defaire innocemmentàſonAmy,
duMercureGalant. 317
s'arracha promptement le Diae
déme de la teſte , dont il banda
luy- méme la bleſſure qu'il avoit
faite; ce qui fut un heureux préfage
à Lyfimachus , dela Royauté
où il parvint apres la mort
d'Alexandre. 2
Pour venir à la deſcription du
Diadéme , c'eſtoit une efpece de
Bandeau pliant, tiſſu de Soye, de
Fil, ou de Laine, duquelles Roys
avoient coûtume de ſe ceindre le
front. Pour ce qui eſt de ſa couleur,
la plus uſitée eſtoit le blanc.
Il ſeroit aiſe de le juſtifier par
les témoignages que nous en
fourniſſent Valere Maxime Liv.
6. Chap. 2. Lucien , in navigio.
Favonius , Suetone dans les Vies
des Douze Céſars , Alexandre
Napolitain en ſesJours Géniaux,
Ddiij
318
Extraordinaire
Silius Italicus , & quantité d'autres
.
Ceux qui moraliſent ſur ces
Veſtemens Sacrez, dont on ornoit
la perſonne des Princes,veulent
que la raiſon pour laquelle
le Diadéme Royal eſtoit teint de
couleur blanche , eſtoit parce
que cette couleur eſt la plus noble
, la plus pure , auffi bien que
le detoutes les
la plus fimple , & la plus utile
de toutes les couleurs , n'y en
ayant preſque aucune , au rapport
de Columelle , qui n'em.
prunte quelque choſe du blanc ,
au lieu que le blanc n'emprunte
jamais rien des autres couleurs,
trouvant en fon propre fonds
toute fa perfection . Ex hoc colore
plurimifiunt, hic non ex alio. Columella
l. 6. c. 2. Joignez à cela que
du Mercure Galant. 319
la blancheur est le Symbole &
comme le caractere de l'innocence
& de la ſageſſe ; vertus qu'un
Roy doit toujours poffeder, mais
d'une façon eminente par deſſus
tous ſes Sujers , & que la blancheur
du Diademe apprenoit à
celuy qui le portoit , qu'il de.
voit plûtoſt chercher à ſe ren.
dre recommandable aux Peuples
qui luy estoient foumis , par la
probité de fes moeurs & par la
candeur de ſa juſtice , dont l'adminiſtration
devoit faire un de
ſes principaux foins , que non pas
de ſe faire craindre & reſpecter
par l'éclat de ſa Pourpre , & par
les autres marques de ſon autorité.
Delà vient que parmy les
Romains, ceux qui briguoient les
Charges de Magiftrature , por-
D d iiij
320 Extraordinaire
toient des Habits blancs , pour
donner à entendre par cette couleur
la pureté d'intention qu'ils
avoient en briguant ces Charges,
&la réſolution où ils eſtoient de
les exercer avec toute l'intégrité
requiſe. C'eſt pour cela qu'on
les appelloit Candidats , à cauſe
de la blancheur de leurs Robes,
couleur qu'ils ne portoient pas
ſeulement dans le temps de leur
brigue, mais encore dans les fonctions
de leur Charge.
L'on dit auſſi que les anciens
Roys ſe veſtoient ordinairement
de cette couleur , ſoit pour les
meſmes raiſons que nous venons
de dire , ſoit qu'ils fuiviſſent en
cela l'exemple de Salomon , le
plus fage detous les Monarques;
queJoſephe dans le 8. Liv. de ſes
du MercureGalant. 321
Antiq. dit avoir eu l'uſage de
cettemefine couleur dans ſesHabits
Royaux , qu'il portoit d'ordinaire
tous blancs ( contre ce
que dit Lineda , quiveut que fon
Veſtement Royal fuſt une Robe
de Drap d'or parfemé de Lys
d'argent ) ce que ce grand Prince
ne faiſoit ſans doute, que pour
s'exciter par l'aſpect continuel
de cetteblancheur , à la pratique
des vertus dont elle eſt le Hieroglyphe
; ou bien parce que les
Habits blancs font affez ſouvent
dans l'Ecriture attribuez à Dieu ,
dont les Roys ſont les vivantes
images Aufſi voyons nous dans
la meſme Ecriture , que cette
couleur blanche ſembloit eſtre
propre & ordinaire aux Roys ,
quand elle nous dit qu'Herode
322
Extraordinaire
一番
en fit veftir Noftre - Seigneur,
pour ſe moquer de ſa Royauté.
Et illafit indutum vefte alba. Luc.
23. Quoy qu'il en foit , fi l'on ne
peut pas prouver bien clairement
que tous les Roys ſe ſerviſſent
d'habillemens blancs , il eſt
conſtant que la plupart portoient
le Diademe de cette cou-
Ieur .
Je dis pour la plupart , parce
que l'on en remarque quelquesuns
qui l'ont porté d'une autre
forte , comme bleu , ou de couleur
de Pourpre ; témoin les
Roys de Perſe , dont le Diadéme
au rapport de Q. Curcel . 3 .
c. 7. eſtoit fait d'une Bandelete
bleuë tiſſuë de blanc , Cidarim
( Perſa regium capitis vocabant infigne
) cerulea fascia albo distincta
duMercure Galant. 323
circuibat. Celuy de Darius dont
Alexandre le Grand ſe ceignit le
chef apres la mort de ce Prince,
eftoit ſelon le meſme Autheur,
d'un Drap de Pourpré meſléde
blanc. Alexander itaque purpureum
Diadema diftin &tum albo, qualeDa.
rius habuerat , capiti circumdedit.
Idem . 1. 6. 11.
Les Roys ſe ſervoient communément
de deux ſortes de Diadémes
; l'un pompeux & riche,
l'autre ſimple& fans parure. Ils ne
prenoientlepremier qu'en de cer
tains jours , & lors que dans quel
ques Ceremonies publiques , ils
vouloient paroiftre dans l'éclat
de leur pompe Royale , avec le
Manteau, le Sceptre , & les autres
ornemens de leur Dignité;
car pour lors ils avoient la teſte
324
Extraordinaire
couronnée d'un Diadéme, compoſé
d'une riche étoffe d'or ,
toute parfemée de Pierres precieuſes.
Curopalate dans ſon Traité
des Charges de l'Empire , le décrit
en cette maniere ; Id autem
Diadema erat textile aureum , cum
lapillis & margaritis , pofitum ad
Imperatoris frontem , &ponerevin.
Etam cerebrum versus.
La ſeconde forte de Diadéme
, beaucoup plus fimple &
moins précieux , n'eſtoit qu'un
Bandeau d'étoffe, toutuny, fans
or & fans pierreries , remarquable
ſeulement par ſa forme &
par fa couleur. Les Roys n'alloient
jamais ſans le Diademe
& ne le quittoient en aucune
maniere , comme on l'apprend
du MercureGalant. 325
d'Apulée , lors qu'il dit que les
Roys n'alloient non plus fans
leur Diademe , cue Diogene &
Antiſtene ſans beface & fans baton.
Quod Diogeni & Antistheni
pera&baculus , hoc Regibus Diadema.
Plutarque le confime dans
la fortune d'Alexandre , & en
pluſieurs endroits de ſon Hiſtoi.
re des Hommes Illuſtres , ce que
fait auſſi Victor - Aurelius dans
celle de Conſtantin, & pluſieurs
autres.
L'Hiſtoire ancienne nous ap.
prend qu'il s'eſt trouvé des Roys
qui ne ſe ſont pas contentez de
ſe couronner d'un ſeul Diadéme
à la fois, mais qu'ils en ont vou,
lu porter tout autant qu'ilspof.
ſedoient de Royaumes. C'eſt
ce qu'on lit entr'autres d'Arta326
4 Extraordinaire
4
ban , que Herodian 1. 6. dit avoir
porté deux Diademes , l'un
comme Roy de Perſe , & l'autre
comme Roy d'Arménie; & l'Hil
toire Sacrée des Machabées , dit
pareillement que Ptolomée en
portoit deux , l'un pour l'Afie ,
P'autre pour l'Egypte. Ptolemans
impofuit duo Diademata capiti fuo,
Egypti& Afia. Machab. 1. c. 11.
Au reſte cet ornement de teſte
eſtoit fi particulier à la perſonne
des Roys , qu'on ne le pouvoit
prendre , ſans eſtre cenſé vouloir
ſe déclarer pour tel , comme la
mefme Histoire des Machabées
en fait foy, lors qu'elle ditqu'apres
la mort du grand Alexandre,
les plus grands Seigneurs
de ſa Cour ayant partagé en
tr'eux les Provinces que ceModu
Mercure Galant. 327*
narque avoit conquiſes à la pointe
de fon Epée , ils s'en qualifierent
les Roys par la priſe du
Diademe , quechacun ſe mit ſur
la teſte ; Et impofuerunt omnes fibi
Diademata post mortem ejus. Comme
au contraire quiter cet or.
nement, c'eſtoit ſe dépoüilller en
meſme temps de toute Souve.
raineté ; comme il ſe lit de Tigranes
Roy d'Arménie , lequel
ayant eſté défait par Pompée ,
& s'eſtant rendu ſon Prifonnier,
s'arracha le Diadéme de la teſte,
&le jetta aux pieds de cegrand
Capitaine , pour marque de l'abdication
abfoluë qu'il faifoit entre
ſes mains de fa dignité Roya.
le ; mais qui luy fut dés l'heure
meſme confirmée de nouveau
par ce genereux Roy , qui luy
328 Extraordinaire
fit reprendre ſon Diademe.
Les Roy's eſtoient tellementjaloux
de cet ornement , qu'ils faifoient
un crime de Leze. Majefté
àceux qui ſans deſſein, ou meſme
par neceſſité,ſe le fuſſent mis fur
la teſte. Arian dans le Livre 7. de
ſon Hiſtoire, raconte qu'un Matelot
s'eſtant jetté dans la Mer
au peril de ſa vie, pour retirer le
Diademe d'Alexandre , qui eſtoit
tombé dans l'eau , & l'ayant pris
&mis ſur ſa teſte , afin de nager
plus facilement lors qu'il auroit
les mains libres , ce Prince le
voyant arrivé à bord en cet état,
apres luy avoir fait compter une
groſſe ſomme d'argent pour prix
deſa peine , luy fit enſuite abatre
la teſte , pour punition de ce
qu'il avoit eu l'audace de ſe pa-
Y
20
duMercureGalant. 329
rer de cet ornement. J'ajoûteray
à cet exemple ce qu'on raconte
de Pompée le Grand , qui fut
accufé, & peur- eftre mal- à-propos,
d'aſpirer à la Royauté, à cauſe
qu'eſtant bleſſé à une cuiſſe, il ſe
fervit d'une Bandelette blanche
pourbander ſa playe;&fur ce qu'il
alleguoit , que ce n'eſtoit pas fa
tofte qu'il avoit ceinte de ce Dia .
déme prétendu , mais ſeulement
ſa cuiffe , marque qu'il n'avoit
eu aucune idée de ce qu'on luy
imputoit , on luy répondit qu'il
importoit peu en quelle partie
du corps on portaſt certe marque
Royale , & qu'il ſuffiſoit de
la voir fur luy pour le ſoupçon
ner de vouloir ſe faire le Maiſtre
de la République ; tant il eſt
vrav que les Romains avoient
Q.deJanvier 1683. Ee
330
Extraordinaire
horreur pour tout ce qui pouvoit
fentir le nom de Roy parmy eux;
juſque là qu'is ne pouvoient pas
mefme ſouffrir, que les Statuës de
leurs Conquérans portaflentnen
feulement le Diademe , mais la
moindre choſe qui en euſt l'apparence.
Ce fut, au rapport de
Suetone , ce qui porta les Tri
buns du Peuple à faire arracher
de la teſted'une Statuë de César
une Couronne de Laurier qu'un
Particulier y avoit mife ; & cela,
parce qu'elle eſtoit attachée d'un
petit Ruban blanc. Celuy qui
l'avoit miſe fur cette Statuë fut
envoyé prifonnier & condamné
à une groſſe amende . C'eſt ce
qui fait que depuis les premiers
Rovs de Rome , qui porterent
tous le Diademe , il ne ſe lit
duMercureGalant.
33
7
point qu'aucun de ceux qui gouvernerent
la Republique, Confuls
, Dictateurs ou Empereurs,
ait oſe porter cette auguſte marque
, tant ils avoient peur de s'at.
tirer la haine du Peuple. Le premier
des Empereurs qui prit une
liberté ſi dangereuſe, fut Caligula,
ſi l'on en croit Victor- Aure.
lius , qui comme s'il avoit oublié
ce qu'il a écrit d'abord ,
l'attribuë enſuite à Aurelien ,
qui vint fort long- temps apres
Caligula , & qui ne fut que le
37. Empereur des Romains . C'eſt
luy dont les Hiſtoriens ont dit
qu'il n'eſtoit redevable de l'Empire
qu'à les vertus & à fon cou .
rage. Ils rapportent que n'eſtant
que le Fils d'un Païfan de la
Pannonie , il quitta la Charruë
Eeij
332
Extraordinaire
de fon Pere pour prendre party
dans la Milice Romaine , où il
donna tant de preuves de valeur,
qu'apres avoir paſſé par tous les
degrez de cette Profeffion , il
parvint enfin au plus élevé de
tous , ayant eſté proclamé Empereur
par fon Armée victorieu.
fe. Les heureux préſages que ce
Guerrier eut de ſa future Grandeur
, ne ſont pas éloignez de
mon ſujet, On dit entr'autres
que le meſme jour qu'il vint au
monde , il nâquit dans ſon Village
un Veau plus blanc que la
neige , qui portoit ſur l'épaule
droite la forme d'un Diadéme
de Pourpre ; ce qui fit conjecturer
aux Devins qu'il regneroit
quelque jour. On dit de plus
que dans le Baffin où il ſe la
duMercureGalant.
333
voit les mains , il trouva pluſieurs
fois un Serpent entortillé
en forme de Diademe , fans
qu'il fuſt poſſible de le tuer , ce
qui joint à d'autres prodiges , le
fortifiant toûjours dans l'eſpérance
de la plus haute fortune ,.
luy fit prendre pour Deviſe ſur
fon Bouclier la meſme Eſpéran.
ce , ſous la figure d'une Femme
habillée de vert , portant une
Couronne de Fleurs ſur ſa teſte,
& l'Amour entre ſes bras à qui
elle donnoit à téter ; & lors qu'il
vit cette Eſpérance remplie par
fon élevation , pour conſerver la
memoire des heureux préſages
qu'il en avoit eus , il ne fit point
de difficulté de prendre le Diadéme
qui luy avoit eſte tant de
fois figuré , ſe parant d'un orne-
:
334
Extraordinaire
ment qu'aucun Empereur n'a
voit porté avant luy. Alexandre
Napolitain 1. 1. c. 28. attribuë
auſſi à Aurelien le premier ufage
du Diadéme; maisJornandez
le donne à Direletien . Cedre
nus, & les faftes Siciliens, en reculent
la priſe juſqu'à Conſtantin
leGrand.
Je viens à ſon origime. Pline
1. 7. c . 5. de fon Hiftoire , écrit
que Bacchus a eſté le premier
Inventeurtu Diademe , comme
il veut qu'il l'ait eſté du Triomphe
& du Commerce. Pierius
dans ſes Hierogliphes liv. 14.
veut que le premier ufage de
cet ornement ait eſté introduit
pour la conſervation de la ſanté,
comme l'écrit Athenée , parce
que dans les Feſtins la coûtume
du MercureGalant.
335
eſtant de ſe provoquer à boire ,
les Anciens trouverent par expé
rience que pour empeſcher que
le Vin pris largement ne fift
monter au cerveau des vapeurs
nuiſibles , il eſtoit bon de ſe lier
la teſte avec quelques Bandele.
tes ; & la Poſterité ajoutant da
l'ornement à une invention fiuti
le , on commença peu à peu à
orner ces Bandeletes ou Fron.
teau , premierement avec des
Fleurs , puis avec de la Broderie
d'or&d'argent , & enfin avee
des Perles & des Pierres precieuſes.
Mais parce que dans la ſuite
du temps , ces fortes de Bandeaux
vinrent à ſervir de mar.
ques d'honneur & de preéminence
parmy les Hommes , qui
ſe faisoient conſidérer , d'autant
336
Extraordinaire
plus qu'ils en portoient de plus
riches, il arriva que les Roys les .
trouvant à leurgré, ſe les approprierent
, comme des ornemens
propres à les diftinguer du reſte
de leurs Sujets . Ainſi les Peuples
cefferent de s'en ſervir , pour
oſter tout ſujet dejaloufie à leurs
Souverains ; & ce qui avoit eſté
libre juſques alors & commun à
tout lemonde , devint enfin propre
& particulier à la feule Per.
ſonne des Princes.
La Couronne, qui eſt un autre
forte d'ornement de tefte diférent
du Diadéme , peut avoir
eſté ainſi appellé , ſelon quelques-
uns, du mot de Corne , qui
ſe prend ordinairement dans les
faintes Lettres , ou pour la perfonne
du Roy , on pour la poiffance
duMercureGalant.
337
fance Royale, à cauſe d'une cer
taine reſseblance qui fe rencontre
entre la Corne & le Rayon, dont
les Couronnes des Royseſtoient
autrefois ornées. De là vint, dit
Pierius dans ſes Hieroglyphes ,
que Moïſe eſt quelquefois repré.
ſenté la face cornuë , quidevroit
eſtre rayonnée , parce qu'ayant
eſté illuminée par la ſplendeur du
Soleil de la Divinité, avec lequel
il avoit eu l'honneur de conver
fer durant quarante jours ſur la
Montagne de Sinay , elle en eftoit
devenue toute brillante , &
toute environuée de rayons de
feu , qui rendoient une clarté ſi
vive, que ne pouvant eſtre fuportée
par la foibleſſe des yeux
desIfraëlites,ils prierent ceGrand
Patriarche de voiler ſa face pour
Q.deJanvier 1683. Ff
338 Extraordinaire, wh
leur donner le moyende luy parler.
D'autres veulent que laCous
ne prenne ſa dénomination a
Choro, qui fignifie Choeur, Cerau
cle, ou aſſemblée de Dance en
rond; parce que la coûtume ancienne
eſtoit de ſe couronner la
teſte en ces fortes d'exercices.
D'où vient qu'ils diſent que le
mot Latin Corona, doit eſtre écrit 3
avec la lettre afpirale H, en cer
te maniere , Chorona. D'autres
enfin tiennent que le nom de
Couronne eſt dérivé d'un mot
Grec Koronis, qui ſignifie la partie
ſuperieure d'une voûte ou d'un
arc , telle que la porte ordinaire
mentles Couronnes que nous ap
pellons fermée à l'Impériale, ou
Diademées par deſſus en formen
de demy cercle.plore
1
duMercureGalant.
339
C
Les Autheurs ne s'accordent
pas touchant le premier Invensi
teur des Couronnes. Quelquesuns,
comme les Poëtes, veulent
que Jupiter en ait porté le premier;
cequ'il commença de faire,
ditDiodore , à la fortie du Coma
bat , que luy & les autres Dieux
curent avec les Titans ; où les
ayant entierement défaits , il ſex
couronna de Laurier pour mar
que de la victoire. Pherecidés
n'eſt pas de cet avis , tenant que
c'eſt Saturne ; non plus qu'He
fiode, qui croit que ce ſoit Pan
dore.. D'autres attribuent d'inventiondes
Couronnes à Prome
thée diſant qu'apres qu'il fuft
délivré par Hercule des chaînes
qui le tenoient attaché ſur le
Mont Caucaſe , pour punition
Ffij
340 Extraordinaire
d'avoir dérobé le feu du Ciel , il
ſe couronna le chef d'une Guirlande
ſelon quelques-uns,& felon
les autres d'une Couronne qu'il
forma de ſes propres Liens. D'au
tres Autheurs diſent que cette
invention eſt venue des Egyptiens.
Elanicus qui eſt de ce nombre
, rapporte qu'il yavoit autrefois
en Egypte une Ville appellée
Tindon , ſituée ſur lebord
du Nil , dans laquelle les Principaux
du Païs s'aſſembloient une
fois l'année , pour déliberer des
affaires de la Religion ; & que
leur affemblée ſe tenoit dans un
magnifique Temple bâty au milieu
de la Ville , qui estoit orné
tout à l'entour de quantité de
Couronnes cópoſées de feuilles
deVigne&de Pampres, par la-
5
du Mercure Galant. 341
quelle décoration ces Peuples
vouloient renouveller la mémoire
de ce que les Dieux avoient mis
jadis en dépoſt dans le meſme
Lieu de pareilles Guirlandes , lors
qu'ils eurent apris du Deſtin que
Babis, autrement Typhon, devoit
un jour regner ſur toute l'Egypte.
Le meſme Elanicus rapporte que
par le moyen d'une Couronne
tiſſue de diverſes Fleurs ſymboliques
, Amaſi parvint au Trône
d'Egypte , parce qu'en ayant fait
préfent au Roy Parthemis , ce
Prince luy enſceut ſi bon gré,qu'
apres luy avoir dõné le commana
dement de ſes Armées , il le déclara
encore le Succeſſeurde fon
$ 210
Royaume , dont il prit poffeffion
apres famort.
Tertullien fait l'uſage des Cou-
Ff ij
342
Extraordinaire
ronnes bien plus ancien , diſant
qu'Eve fe couronna de feüilles
apres ſon peché, Potius cinxit pu
dendafuafoliis, quam caputfloribus.
1.deCor.Milit. Mais comme il ne ſe
trouve rien de poſitifde leur origine
dans les anciens Autheurs,
je croy qu'il la faut rapporter à
ce quenous avons dit de celle du
Diademero alom us ) €
TE
Quant à leur divifion , il me
ſemble que la plus generale ſe
peut établir de quatre fortes ou
efpece principales quien contiennentpluſieurs
autres. Ces quatre
efpeces de couronner font , les
Divines, les Royales, les Militaires
, & les Populaires. J'appelle
Couronnes Divines ou Sacrées,
cellesdont la Gentilité ſe ſervoit
ou pour couronner les Simuladis
Mercure Galant. 343
1
chres de ſes faux Dieux, ou pour
orner leurs Temples , leurs Autels,&
les Victimes qui leur ef.
toient immolées , ou pour parer
leurs Sacrificateurs & leurs Miniftres
.Je comprens dans cenombre
celles que la veritable Religion,
tant Mofaïque que Chré.
tienne, a employées & employe
encor , ( au moins pour la derniere
) dans le culte du vrayDieu,
&dans la fonction de ſes ſacrées
cerémonies. Les Royales font
celles quiont eſté& qui ſont encor
en uſage parmy les Monarques&
les Souverains ; les Militaires,
celles dont on recompen
ſoit autrefois les Gens deGuerre;
&enfin ſous le nom de Couronnes
Populaires ,j'entens la plû.
partde cellesqui ont eu quelque
F fij
344
Extraordinaire এই
credit dans les diferens exercices
de la vie des Hommes
Que les Payens couronnaſſent
les images de leurs fauſſes Divinitez
, toute l'Hiſtoire ancienne en
fait foy. Pline, Tite- Live, Athenée,
Juvenal, Tertullien, Lactance,
&quantité d'autres, nous en
• fourniffent une infinité d'exemples
que je ne rapporte point icy,
parce que perſonne ne revoque
en doute cet uſage. Mais ce que
tout le monde ne ſçait pas , c'eſt
que les Couronnes qui paroient
les Idoles n'eſtoient pas toutes
compoſées d'une meſme matiere;
car elles estoient diverſiſiées , ou
ſelon le caprice & la coûtume
des Peuples qui les préſentoient
àleurs Dieux , ou felon ce qu'ils
s'imaginoient eftre le plus propre
du Mercure Galant . 345
&le plus naturel à chacun de ces
mefmes Dieux. Les Thraces ,
ſelon Alex. Napol. 1. 4. les couronnoient
de Lierre , les Cappa.
dociens, d'Ache, les Gaulois, de
Chefne ; les Parthes, de Chiendent
; ceux d'Hermione, d'Hyacinthe;
les Egyptiens, d'une efpece
de Plante qui a donné le
nom au Papier; d'autres, d'Heliocryfon
ou d'Immortelle; quelques
autres, de Haiſtre,de Pal.
mier, de Laurier, d'Olivier , &c.
d'autres enfin leur donnoient des
Couronnes d'Herbes , de Plantes,&
de Fleurs de diverſes fortes.
Maison ne ſe contentoit pas
de leur en donner de fi communes,
on leur en donnoit encorde
tres-riches , comme de Perles,
de Pierreries , d'or, d'argent, &
:
346 IN
Extraordinaire
d'autres métaux ; témoin entre
les Autheurs ſacrez , ce qu'en dit
le Prophete Baruch ch. 6. v. 9 .
Coronas certe aureas babent fuper capita
fua Dy illorum. Et parmy les
Prophanes, Silius Italicus Poëte
ancien, 1. 7. où parlant d'un Voeu
folemnel , fait par lesDamesRo.
maines à Junon , pour implorer
fon afſiſtance contre Annibal ,
qui eſtoit venu fondre ſur l'Italie
avec une Armée effroyable de
Carthaginois , leur fait promettre
à cette Déeffe une Couronne
d'or chargée de Rubis, rug
Les Anciens ne ſe contentoient
pas de mettre des Couronnes fur
Jateſte de leurs Idoles , ils en ap.
pendoient encor dans leurs Tem.
ples,&en entouroient leurs Autels.
Deux ou trois exemples juſtidu
Mercure Galant. 347
fieront cette verite. Tite- Live
dans fa 3. Decade 1. 8. écrit que
le Sénat, apres les Jeux de P.
Scipion , envoya des Ambaſſadeurs
à Delphes pour y préſenterà
Apollon au nom de la Repubilque
Romaine , quelques
préfens , faiſant partie du butin
gagné fur Afdrubal. Parmy ces
preſens eſtoitune Couronne d'or
pefant deux cens livres , qui fur
appendue dans le Temple de ce
fauxDieu ; & dans ſa 4. Decade
1. 2. il dit qu' Attalus Roy Ide
Pergame, envoya à Rome pour
reconnoiſſance de ce que le Sénat
luy avoitdonné l'inveſtiture
de fon Royaume , une Couronne
de meſme métal & du prix de
deux cens quarante.fix livres ,
pour entre mife comme unMo
348
Extraordinaire
nument perpetuel de ſa dépen.
dance,au deſſus de l'AuteldeJupiterCapitolin.
Le même Hiſtorien
dans la s. Decade 1. 2. témoigne
encor que ceux de Pamphilio en
envoyerent une ſemblable du prix
de vingt mille Philipes, pour eſtre
pareillement placée devant l'Autel
de ce mefme Dieu. Athence
1. 5. rapporte que le Roy Prolomée
en offrit une aux DieuxTurelaires
de l'Egypte , route d'or
maffive , & chargée de Pierreries,
dont l'étendue eſtoit fi vafte,
qu'elle avoit quatre- vingts cou.
dées de tour, en forte qu'ellecouvroit
tout le frontifpice du Temple
où elle fut miſe. Virgile fait
mention de cette coûtume d'or .
ner de Couronnes les Temples
des Dieux , lors que parlantdans
du MercureGalant. 349
ſon Eneïde des réjoüiffances qui
furent faites fur ceux de Troye à
la reception du Cheval de bois ,
qui cauſa la perte de leur Ville ,
il fait ainſi parler Erée à Didon,
Sans penfer au malheur qui de prés
nous talonneur
Chacun denous à qui mieux mieux
Alloit d'un coeur devet préſenter ſa
Comapne sup strogas
Pour parer les Temples des Dieux.
Tibulle raconte que dans le
temps de la recolte des Grains on
avoit coûtume d'orner le Frontifpice&
les Portes du Temple
de Cerés , de quantité de Courõnes
compoſée d'Epics de toure
forte de Bled. La meſme coûtu .
me eſt confirmée par Juvenal on
pluſieurs endroits de ſes Satyres,
par Apulée dans fon Afne d'or,
350 Extraordinaire
par Suetonedans la Vie des Cé
ſars , par Tertullien dans ſes Livres
, de Corona Milit. de Idolol.de
Spectacul. & par pluſeurs autres.
Les Reliques , les Offemens&
les Cendres des Défunts, eſtoient
pareillement ornées de Couron
nes, comme l'aſſure le même Tertullien,
& avant luy Athenée, qui
dans le L. 14. de ſes Dipnofophiftes
, rapporte que ceux de Corin
the portoient tous les ans à la Feſ
te des Héloties , pompeuſement
en Proceffion dans un prétieuſe
Chaffe , les Os & les Reliques
d'Europe Fille d'Agenor Roy de
Phénice , ſur un Char de Triomphe,
au milieu une Couronnede
Myrthe qui avoit vingt braſſes de
tour.Plutarque raconte que Mar
cellus , le plus brave Capitaine
C
5
duMercure Galant.
351
qui ait jamais commande les Armées
Romaines , ayant eſté tué
dans une embuche qu'Annibal
luy avoit dreſſée , ce Prince Africain
, pour rendre à la mémoire
de ce grand Guerrier , dont il avoit
eſté batu plus d'une fois ,
une partie de la gloire qui luy ef
toit deuë, fit brûler honorablement
fon corps ;; & en ayant fait
recüeillir les cendres,il les fit met.
tre dans une Urne d'argent, avec
une Couronne d'or au deſſus , &
les envoya enſuite à Rome à ſon
Fils , avec un Cortege magnifique.
L'Hiftoire Romaine nous
apprend qu'Octave Ceſar eſtant
dans Alexandrie, eut la curiofité
de ſe faire montrer le corps d'Aléxandre
le Grand, quieſtoit en dépoſt
au milieu de la grande Place
352 Extraordinaire
3
de cette Ville , dans un Tombeau de
Cryſtal ; & que l'ayant veu tout à ſon
aiſe,juſqu'à le toucher, il l'honora d'une
Couronne d'or , & de plufieurs autres
de toutes fortes de Fleurs.
Les Preſtres , les Sacrificateurs ,&
les autres Miniftres de la Superftition
Payenne, avoient auſſi l'uſage des Couronnes
dans les fonctions de leur miniftere,
qu'ils s'ajuſtoient , ditAndretas
Tenédien dans fon Voyagede laPropontide,
d'une diferente maniere; car,
ou ils les mettoient en forme de Guirlandes
ſur le ſommet de leurs teftes, ou
ils les faisoient deſcendre ſur leur front,
ou bien ils les abaiſſoient juſques fur
leurs épaules . Pour la matiere dont elles
eſtoient compoſées, elle eſtoit ou d'or
enrichy de Pierreries , tellequ'eſtoit au
rapport de Philoftrate in Thianav 1. 2.
&3. celle des Brachmanes Preſtres
des Indiens , qui ne faifoient aucunes
fonctions Sacerdotales , fans avoir la
tefte ornéed'une Couronne d'or maffif,
grefléede Perles,ou ſemée dePierres
duMercureGalant.
353
prétieuſes en quantité, Celle que por
toit leGrandPreſtre de la Déeſſe Syria
eſtoit de cette nature, au témoignage
de Lucien , & fuivant celuy du Poëte
Prudence dans le Martyre de S. Romain.
Le Souverain Pontife de la Superftition
Romaine en avoit une ſemblable
en certaines cerémonies . Ou
bien ces Couronnes estoient d'argent,
ou de quelque étoffe préticuſe ; ou enfin
elles estoient faites de Rameaux &
de feüilles d'Arbres, d'Herbes , & de
Fleurs , felon la qualité des Dieux à
qui l'on avoit affaire. Les dernieres
Couronnes eftoient appellées pour cela
par les Latins, apres les Grecs, Pancarpias
Coronas , c'eſt à dire des Couronnes
tiffuës de pluſieurs fortes de feüilles
de Fleurs .
Celles dont on ſe ſervoit d'ordinaire
dans les Sacrifices qu'on préſentoit à
Jupiter, eſtoient, felon Pline,de Plane
oude Chefne ; celles des cerémonies de
Junon eftoient de Vigne; celles d'Apollon,
de Laurier ; celles de Pallas, d'Olivier
; celles de Vénus, de Myrthe ou
Q.deJanvier 1683. Gg
354
Extraordinaire
47161
de Rofes ; celles d'Hercule , de Peuplier
ou d'Ache ; celles de Bacchus ,
eftoient ou de Lierre, comme le veut
Denis en ſa Cofinographie Grecque, ou
bien de Myrthe , comme le marque
Ariftophane dans ſa Comédie des Gre-
Hoüilles. Dans les Feſtes d'Iſis on ſe
fervoit de Couronnes faites d'Epics de
Bled, parce qu'on croyoit que cette
Déelle ayant trouvé la premiere l'invention&
la culture du Bled pour la
nourriture des Hommes , elle s'en eftoit
fait aufli lapremiere une Couronne
de ſes Epics, comme le dit Tertullien,
Iſis prima repertas ſpicas capite circumtulit.
de Cor. Mil. c. 7. Les meſmes
Couronnes d'Epics eſtoient en uſage
dans les Feſtes de Cerés , pour la melime
raiſon . On ſe ſervoit encore dans le
Culte de la mefine Cerés de Couronnes
compoſées de Myrthe,d'If,de Narcifle,
de Saffran , d'Agnus Castus , mais fur
tout de Cheſne, dans une Feſte que l'on
celebroit à ſon honneur au temps dela
Moiſſon , & avant que d'abatre les
Bleds. Virgile en fait mention dans ſes
Georgiques.
duMercure Galant. 355
Dans les Feſtes de Janus on ſe couronnoit
de Laurier , & la Statuë de ce
Dieu portoit tout le long de l'année la
Couronne qu'on luy en avoit miſe fur
la teſte aux Calendes de Janvier, qui
eſtoit le jour marqué pour le renouvellement
des Couronnes qu'on luy offroit
tous les ans, en oftant les vieilles pour
luy en donner de nouvelles. Cette cerémonie
, ſelon Solin ch. 3. Polyhiſtor.
s'appelloit Mutatio Laurearum. Ovide
en faitmention au 3. des Faſtes .
Laureaflaminibus qua toto persſtitit anne
Tollitur, &frondes ſunt in honora noυα.
Cen'eftoient pas feulement les Miz
-niſtres des Idoles qui ſe couronnoigne
dans le temps de leur Office , mais la
meſme choſe ſe pratiquoit auſſi à l'égard
des Autels , des Victimes , des Vaſes
, & des autres choſes qui ſervoient
au Sacrifice. Pour les Victimes, l'Ecriture
Sainte le montre dans le 14. ch.
des Actes des Apoſtres , où elle dit que
ceux de Lyſtre ayant veu les miracles
qu'opérerent en leur préſence S. Paul
& S. Barnabé, entr'autres celuy que fit

Ggij
356
Extraordinaire
4
S.Paul àl'égardd'un Homme tout per
clus de ſes jambes , le guériſſant entierement
par une ſeule parole ; ces Peu
ples prenant ces deux Apoſtres pour
des Dieux , l'un pourJupiter , l'autre
pour Mercure vinrent audevant d'eux
accőpagnez du Sacrificateur duTemple
deJupiter, amenant des Taureaux avec
des Couronnes, à deſlein de les facrifier
aleurhonneur, Sacerdos quoque Jovis,
qui erat ante civitatem, Tauros & Corenas
ante Fanuam afferens cum populis volebat
facrificare.Ac Lor.c.4.0.12. Pline
prouve encore cet uſage dans le 16. L.
de fon Hift . c.4. Xenophon dans ſa
Gropedie L.3 . Strabon L 15. & Juvenal
dans le 13. de fos Satyres .
Quaque Coronata luftrari debeat agna.
PourleCouronnement des Vaiffeaux
'&autres uſtenciles,outre le témoignage,
de Tertullien , &de quelques uns des
Autheurs que nous venons de citer,Virgile
en eſt garant dans le 3. de ſon Enci
de, où faiſant la deſcription du Sacrifice
que le Pere d'Enée fit aux Dieux Marins,
il ditqu'il couronna un grandVaſe
du MercureGalant. 357
plein de Vin , & qu'il le leur preſenta
pour offrande :
Tum Pater Anchiſes magnum cratera
CoronaΝΟΣ
Induit, implevitque mero, Divaſque
vocavit GERMAIN, de Caën.
Cet Extraordinaire est déja si long,
que je suis contraint d'interrompre icy
ce dernier Traité. Vous en trouverez la
Suite dans le prochain Extraordinaire.
S
QUESTIONS A DECIDER
I la beauté du
pre a plaire , que la beauté de la
Taille.
Viſage eft plus pro-
Pourquoy un Biên , dont la conqueſte
nous a couſté des fatigues,quoy
qu'il foit de peu de conféquence, nous
eft neantmoins plus cher qu'un autre
infiniment plus précieux , que nous
avons acquis fans peine.
To motIhu 1.
Si les Aſtres ont du pouvoir ſur les
inclinations des Hommes.
358 Extraordinaire
1 V.
On demande l'Origine des Bains .
Comme il reste toûjours beaucoup do
matiere , on propose peu de Questions.
Ceux qui voudront écriresur celles qui
ont esté proposées, & fur lesquelles on
n'a point , ou peu travaillé , le pourront
faire en tout temps. On employera teûjours
les Pieces quiferont bonnes , auſſibien
que celles quin'ont pû encor trouver
deplacedans les Extraordinaires. Ainfi
personne ne travaillera inutilement fur
quelque matiere que ce soit , euft-elle este
proposée dés que l'on a commencé cesfortes
de Lettres. Il est juste qu'on donne
cette fatisfaction à ceux, qui parce qu'ils
estoient abſens ou malades, n'ont pûécrire
fur des Sujets qui leur plaiſent. Ilya
déja un an qu'on a demandé quelle est
borigine du Droit , & j'ay là-deſſus un
fort bean Traité de Mº de la Selve de
Niſmes, que je n'ay pû encore employer.
Il en est ainſt de divers Ouvrages , qui
auront leur tour. Jesuis, Madame, vostre
tres c.
AParis ce 15. Avril 1683 .


ische Nationalbibliothek
Z205006309
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le