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1682, 10, t. 20 (Extraordinaire)
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12.80 Mo
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389
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Texte
Libris Joannis
Idi Trauthfon
tw
outhfon, Coto
Falckenstein
L.XXIV L. go
Br . b. zz. 2 .
MENTEM ALIT ET EXCOLIT
0 000 000 0
К.К. HOFBIBLIOTHEK
ÖSTERR . NATIONALBIBLIOTHEK
BE.6.Zz.2

EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALANT.
QUARTIER D'OCTOBRE 1682 .
TOME XX.
A PARIS,
AF PALAIS.
Ο
Volume N donnera toujours un
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi bien que l'Extraordinaire
, Trente ſols relié en Veau,
&Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juſtice,
Chez C. BLAGEART , Ruč S Jacques,
Pentréede la Ruë du Plâtre,
It en ſa Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
MT . GIRARD , au Palais, danslaGrande
Salle, à l'Envic.
MDC. LXXXIII .
AVEC PRIVILEGE DY ROK
JAOBART NETU
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALANT.
QUARTIER D'OCTOBRE 1682.
TOME XX.
E crainsfort, Madame,
de nepouvoir employer
dans ce vingtième Extraordinaire
, tous les
Ouvrages qui m'ontesté
envoyez fur les diférentes Questions
Q.d'Octobre 1682 , A
1
2
Extraordinaire
proposées dans les derniers. Ainfi
je commenceraypar ceux que je fus obligé de réſerver la derniere foiss
& ce qui m'en restera trouvera
place dans l' Extraordinaire du Quarsier
de Ianvier , qui paroiſtra le 15.
d'Avril prochain. C'est un ordreque
vous sçavez que je garde depuis
longtemps , afin que personne n'ait
lien deſeplaindre.
luMercureGalant.
3
225252525252-5222
TRAITE SVR L'ORIGINE
& l'antiquité des Couronnes.
EsCouronnes ont eſté de
Ltouttemps le caractere dela
Royauté , & la marque d'une
Puiſſance abſoluë & ſouveraine,
&cela meſme dans les Animaux;
car Pline affure 1. 2. c. 16. avoir
remarqué certaines taches blanches
ſur le front du Roy des
Abeilles en forme de Diadéme.
Les Autheurs ne font pas d'accordde
leur origine , mais ils conviennent
tous de leur antiquité.
Athenée 1. 15. en attribuë l'invention
à Janus , premier Roy
des Latins ; & Pline 1. 7. c. 56..
A ij
Extraordinaire
ſoûtient que Bacchus eft l'Inventeur
des Triomphes , des Couronnes
, & des Diadémes des
Roys. Quoy qu'il en foit , il eſt
certain que l'uſage en eſt tresancien
, puis que les Dieux mefme
s'en ſont ſervis. On dépeint
Vénus couronnée de Roſes , &
de Fleurs ; Bacchus , de pampres
de Vigne, de Lierre, & de feuïlles
de Figuier. Cupidon portoit une
Couronne de douze Pierres précieuſes
. On mettoit une Couronne
d'Olivier ſur le Caſque doré
de Minerve. Iris faiſoit une Couronne
de Pierreries àJunon. Ef.
culape eſtoit couronné de Laurier
; & le Génie , de feuïlles de
Plane . L'Hiſtoire Sainte en
donne auſſi à Dieu, & aux Saints;
& le Prophete Efdras dit dans
duMercureGalant.
5
S
+
t
S
S
ſon quatriéme Livre , qu'il vit
fur la Montagne de Sion une
troupe inombrable de Bienheureux
, qui recevoient des Cou .
ronnes de la main d'un jeune
- Homme qui estoit au milieu
d'eux ; & Haimon , Eveſque
d'Halberstat , dans ſes Commen.
taires ſur les Epiſtres de S. Paul,
écrit que tout de meſime que les
Empereurs donnoient autrefois
des Couronnes à ceux qui avoient
remporté quelque fignalée
victoire , ainſi Dieu donne
- dans le Ciel des Couronnes à
ceux qui ont vaincu leurs Ennemis
ſur la Terre. D'ailleurs,
S. Pierre nous promet qu'à l'apparition
du Prince des Paſteurs,
nous recevrons tous une Couronne
de gloire qui ne ſe flétrira
e
A iij
6 Extraordinaire
point; & Dieu aſſure l'Ange de
l'Egliſe de Smirne , qu'il luy don.
nera la Couronne de Vie , s'il eſt
fidellejuſqu'à la mort. SaintJean
vit dans ſa fameuſe Revélation
vingt-quatre Vieillards affis ſur
des Trônes , quiavoient fur leurs
teſtes des Couronnes d'or , qu'ils
jettoient devant le Trône de l'Agneau.
Les Sauterelles de l'Apocalipſe
, ſemblables à des Chevaux
de bataille , avoient auſſi
des Couronnes d'or . La Femme
couverte du Soleil , qui avoit la
Lune ſous ſes pieds , portoit une
Couronne de douze Etoiles ; &
le Fils de l'Homme aſſis ſur une
Nuée blanche , avoit à la teſte
une Couronne d'or. La Couronne
qu'on met au nombre des
Conſtellations , eſt compoſée de
{
du MercureGalant. テ
ב
ב
neuf Etoiles rangées en cercle.
Elle ſe leve avec le Scorpion aux
- Nones d'Octobre , & fe couche
lors que l'Ecréviſſe & le Lion
commencent à paroiſtre. Les
Poëtes ont dit que c'eſtoit la
Couronne qu'Ariadné reçeut de
Théſée, & qui fut enfuite pla
cée dans le Ciel par le moyen de
Bacchus avec lequel elle ſe maria.
D'autres ont voulu que Bас-
chus meſme la donna à Ariadné,
lors qu'il vint voir Minos dans
l'ifle de Crete. Les Couronnes
eſtoient fort en uſage dans les
quatre Combats ſacrez de la
Grece, ſur leſquels le Poëte Archias
nous a laiſſe une fort belle
Epigramme.
Quatuor argivis certamina facra
feruntur,
A iiij
8 Extraordinaire
Bina Hominum natis , binaque coelitibus.
Phoebo, ipſique Iovi, Archemoro &
parvoMelicerta,
Poma, oleaftra, apium, pramiapinus
erant.
LesCouronnes des Vainqueurs
des Jeux Olympiques , eftoient
d'Olivier ſauvage, ou bien felon
Ariftote, d'Olivier appellé Philoftetphanos
. On les faisoit auparavantde
Pommier ; mais Iphitus
, Roy de Péloponéſe , ayant
appris de l'Oracle de Delphes
qu'il ne les falloit plus faire ainfi,
fit planter un Olivier ſauvage
au lieu qui luy avoit eſté déſigné
par l'Oracle , afin que les Victorieux
en fuſſent couronnez à l'avenir.
Dans les Jeux Ifthmiques,
elles estoient de Pin ,& quelque.
du Mercure Galant. 9
fois d'Ache , comme il paroiift
par l'autorité de Plutarque , qui
rapporte apres. Timée , que les
Corinthiens combatant ſous Ti.
moléon contre les Cartaginois,
trouverent des Gens qui por.
toient des faisceaux d'Ache, ce
que pluſieurs auroient pris pour
mauvais augure , fi leur Capi.
taine ne les euſt raſſurez , en di
fant que c'eſtoit pour couronner
les Victorieux des Jeux Ifthmiques.
Elles eſtoient de lameſme
matiere dans les Jeux Neméens;
mais dans les Pythiques , elles
eſtoient de Laurier ; car lors
qu'Ovide dans le premier Livre
des Métamorphofes , dit qu'elles
eſtoient de Heſtre , il ne le fair
que pour infinuer plus facilement
la Fable de Daphné,en ajoutant,
10 Extraordinaire
1
Nondum Laurus erat. Oneſtoit fi
exact dans la diſtribution de ces
Prix , qu'un certain Arrichion
eſtant mort le jour meſme de ſa
Victoire , il ne fut pas pourtant
privé de fa récompenfe , & on ne
laiſſa pas de le couronner apres
fa mort. Teucer Fils d'Icamander
, fuyant ſon Pere , & quittant
la Ville de Salamine qu'il
avoit fait baſtir dans l'Ifle de
Chypre , au rapport de Juſtin
1 44. portoit neantmoins une
Couronne de Peuplier , témoin
ces Vers d'Horace.
Teucer Salamina patremque
Cumfugeret, tamen uda Lyeo,
Tempora populcâ fertur cinxiffe
Corosa.
Philomélus, Tyran des Phociens
, donna une Couronne d'or
:
duMercureGalant. II
à une Femme nommé Pharſalia ,
de laquelle Plutarque raconte
que comme elledançoit au Temple
d'Apollon , les jeunes Gens
de la Villede Métapont ſe jette.
rent fur elle pour avoir l'or de la
Couronne , avec tant de furie,
qu'elle en mourut. Zenon , le
Prince des Stoïciens , eſtoit en fi
grande réputation pour ſa vertu,
&pour ſa doctrine, que les Atheniens
laiſſoient les Clefs de leur
Ville chez luy ,&qu'ils luy firent
préſent d'une Couronne d'or.
Pline écrit l . 17. c. 2. que la pre .
miere Couronne dont ſe ſervirent
les Romains, fut celle d'Epis
de Bled , attachée avec un Ruban
blanc , qui estoit ſi eſtimée
dans le Sacerdoce des douze Freres
inſtitué par Acca Laurentia ,
12 Extraordinaire
felon le témoignage de Maffurius
Sabinusl . 2. Mémorab. Tarquinius-
Prifcus , cinquiéme Roy
des Romains . porta avec la permiffion
du Sénat la Couronne
d'or , & le Sceptre d'yvoire que
les Peuples d'Etrurie luy avoient
S donné , & dont ſe ſervirent en
fuite tous ſes Succeſſeurs . C'eſt
ce que diſent Denys d'Halicarnaffe,
Tite- Live, Plutarque, Florus
, & Eutropius. Cependant
Denys d'Halicarnaſſe 1. 3. affure
que les Romains ayant ſecoüéle
joug de la domination des Tarquins
, ne permirent à perſonne,
non pas mesme aux Confuls , de
porter ny la Robe de Pourpre ,
ny la Couronne Royale. Ils
avoient de pluſieurs fortes de
Couronnes dont voicy les noms.
duMercure Galant.
13
Triumphalis , Obfidionalis , Civica,
Muralis , Caftrenfis , Navalis . La
premiere ſe fit premierement de
Laurier ,& enſuite d'or. On l'envoyoit
aux Empereurs qui entroient
en triomphe dans la Ville.
La ſeconde estoit d'Herbes qui
naiſſoient dans le lieu où eſtoient
les Affiegez , qui la donnoient à
celuy qui les délivroit. Pline
1. 22. c. 3. la préfere à toutes les
autres , parce que, dit-il , les Empereurs
la donnoient aux Soldats
, ou bien les Soldats à leurs
Compagnons, au lieu que cellecy
eſtoit donnée aux Empereurs
par les Soldats mefme. Sicinius
Dentatus , Décius , &Q. Fabius
Maximus , reçeurent cette Couronne.
La troifiéme eſtoit donnée
par un Citoien à un autre
14
Extraordinaire
Citoyen , qui luy avoit ſauvé la
vie dans un Combat. On la faiſoit
de feuïlles de Cheſne , parce
que le Fruit de cet Arbre a ſervy
Klongtemps de nourriture aux
Hommes. Maſſurius Sabinus l . 2 .
Mémorab. aſſure qu'on ne la
donnoit qu'à celuy quiavoit conſervé
un Citoyen , tué un des Ennemis,
&gardé ſon Poſte. L'Empereur
Tibere neantmoins eftant
confulté là-deſſus, dit que laderniere
condition n'eſtoit pas abſolument
neceſſaire. L. Gellius qui
avoit eſté Cenſeur , fut d'avis
dans le Sénat qu'on devoit donner
cette Couronne à Cicéron,
lors qu'ayant étoufé l'horrible
conjuration de Catilina , il mérita
le glorieux furnom de Pere
de la Patrie. Sp . Liguftinus dans
duMercureGalant. IS
la guerre contre les Perſes, reçeut
fix de ces Couronnes. Aulugelle
racontel . 2 C. 11. de Sicinius Den.
tatus, quivivoit un peu avant le
Decemvirat , qu'il en eut quatorze
, & huit d'or. Pline 1. 16.
c. 4. dit qu'on fit premierement
cette Couronne de Cheſne verd,
&apres de Heſtre , Arbre conſa -
cré à Jupiter , mais enſuite le
•Cheſne fut ſa matiere ordinaire,
Ceux qui avoient eſté honorez
⚫d'une ſemblable Couronne,joüif.
foient de beaux Privileges . Ils
pouvoientporter la Couronne de
Chefne autant qu'ils vouloient.
LeSénateurs ſe levoient de leurs
places pour leur faire honneur,
lloorrss qquu''iillss venoient dans lesJeux
publics. Ils ne payoient aucun
impoſt. Capitolinus , pour avoir
16 Extraordinaire
conſervele General de l'Armée
Servilius , en reçeut fix ; & Scipion
l'Africain n'en voulut jamais
prendre une pour avoir fauvéla
vieà ſon Pere dans la Journée
de Trébia. La quatrieme eftoit
donnée par l'Empereurà celuy
qui estoit monté le premier
fur les Murailles de la Ville affie ..
gée. Sicinius Dentatus en receut
trois . L'Empereur donnoit la
cinquiéme à celuy qui avoit fait
irruption dans le Camp des Ennemis.
On donnoit la ſixiéme
dans un Combat Naval , à celuy
qui avoit fauté le premier dans un
des Navires de l'Armée ennemie.
Ces deux dernieres Couronnes
eſtoient d'or. Les Pontifes des
Hebreux avoient auſſi leurs Couronnes
; & il eſt dit dans leChap.
duMercureGalant.
17
39. de l'Exode , qu'ils firent leurs
Mitres avec leurs petites Couronnes
de fin Lin ; & le Prophete
Zacharie au Chapitre 6. de fa
Prophétie,dit que Dieu luy commanda
de prendre de l'or , de
l'argent , pour en faire des Cou-
- ronnes , & d'en mettre une furla
teſte du grand Preſtre Jeſus Fils
de Joſedech. Il vouloit auſſi qu'il
en donnaſt à Helem , à Tobie , à
Idaias, & à Hem Fils de Sopho.
nias. Les Nazaréens ne furent
ainſi appellez que parce qu'ils
eſtoient couronnez ; car Nézer
enHebreu fignifie uneCouronne.
Ariftobule , Souverain Preftre
desJuifs , fut le premier qui porta
le Diademe , au rapport de Ni
céphore Calixte 1. 2. c. 4. Nous
liſons dans le Chap. 10. du pre-
Q. d'Octobre 1682. B
18 Extraordinaire
mier Livre des Machabées , que
le Roy Alexandre écrivant àJonathas
qu'il avoit fait Grand Prê
tre de ſa Nation , luy envoya la
Pourpre & la Couronne d'or. Les
Preſtres de la nouvelle Alliance,
& les Miniftres de l'Egliſe, portet
les Cheveux en forme de Couronne
, pour marquer la dignité
du Sacerdoce , que le Prince des
Apoftres appelle Royale , Regale
Sacerdotium , L'Hiſtoire Eccléſiaſtique
fait foy de ce qui arriva
à S. Pierre , lors que les Barbares
luy couperent les Cheveux de
cette façon pour ſe moquer de
luy , car c'eſtoit autrefois une
grande ignominie. Domitien
traita de la forte Apollonius
Thianée , & on raſoit ceux qu'on
condamnoit aux Mines. Depuis
du Mercure Galant. 19
a
S
Et
S
ce temps- là , les Preſtres on porté
avec honneur la Couronne
qui avoit eſté ſi ignominieuſe à
leur Chef, ainſi que Pierre d'Antioche
l'écrit à Michel Cérula.
rius , Patriarche de Conſtantinople
. Saint Jérôme , dans ſon
Epiſtre 26. à S. Auguſtin , le faluë
par ſa Couronne , ce qui
eſtoit la maniere d'écrire des
Eveſques de ce temps-là , commel'aſſure
S. Auguſtin dans ſon
Epiſtre 147. à Proculien Eveſque
Donatifte. L'Empereur des
Abyſſinsa ſuivy cette coûtume,
&fe fait couper les Cheveux en
forme de Couronne. Tous les
Clercs portent la Couronne,parce
que c'eſt le caractere de la
Royauté. Corona regale decus ftgnificat
, propter hoc coma capitis
4
Bij
10 Extraordinaire
Clerica in modum corone tondetur,
dit Hugues de S. Victor . Auſſi
Saint Bernardin de Sienne affure
qu'il ne faut pas s'étonner ſi on
les appelle des Roys , puis qu'ils
fervent un Roy dont les Serviteurs
meſme ſont des Roys. Cur
dici non merentur Reges , cum illi
ferviantcui fervare regnare eft? On
lit dans Aulugelle , qu'autrefois
ceux qui avoient eſté faits Eſclaves
, portoient une Couronne
fur la teſte , lors qu'on les menoit
au Marché pour les vendre , ce
qui s'appelloit fub Coronis venire.
On donnoit auxPoëtes desCou .
ronnes de Lierre , témoin ces
Vers des deux meilleurs Poëtes
de la Cour d'Auguſte.
Pramiafrontium. Horat. l. 1. Oder .
Atque hancfinetempora circum,
duMercureGalant. 21
Inter victrices hederam tibi ferpere
Lanros. Virg. in Pharmac.
Saint Auguſtin dans le Chapitre
premier du Livre 4. de ſes
Confeffions, s'accuſe d'avoir brûlé
d'un grand defir pour la vaine
gloire , juſque dans ces ambitieux
combats où l'on donnoit
des Couronnes fragiles & périfſables
; & dans le Chapitre 2.
il ajoûte que voyant un jour réciter
des Vers ſur un Théatre, où
celuy qu'on jugeoit avoir mieux
réüſſy que les autres remportoit
• le Prix , un Devin luy fit demander
ce qu'il luy vouloit donner
pour luy faire gagner ce Prix , à
quoy l'horreur qu'il avoit de ces
facrileges abominables , luy fit
répondre, que quand cette Couronne
feroit d'or , il ne ſoufriroit
22 Extraordinaire
pas que pour ſe la procurer on fiſt
mourir une Mouche. Il fut quel,
quefois victorieux dans ces occafions
; & le Proconſul tres- celebre
en Medecine dont il parle
dans le meſme Livre , luy mit la
Couronne qui eſtoit le Prix de
ce combat de Vers. Les Payens
offroient des Couronnes de
grand prix à leurs Dieux , & il y
en avoit deux d'or dans le TempledeJupiter,
l'une deſquelles luy
avoit eſté conſacrée par lesGau
lois , l'autre par les Carthaginois,
qui l'envoyerent à Rome , pour
féliciter les Romains touchant la
Victoire qu'ils avoient rempor-
⚫tée ſur les Peuples du Duché de
Benevent. Les Couronnes de
Laurier ont eſté employées fort
ſouvent , & dans les plus belles
du Mercure Galant. 23
occaſions. Suétone raconte que
le Sénat n'auroit pû faire un plus
grand plaifir àJules Céſar, que
de luy permettre de porter toûjours
la Couronne de Laurier,
afin qu'on ne viſt pas qu'il eſtoit
chauve. L'Empereur Tibere avoit
coûtume d'en porter une,
d'abord qu'il entendoit gronder
leTonnerre, &Auguſte ſon Prédeceffeur
, n'entra jamais dans
Rome en triomphe qu'avec une
Couronne de Laurier ſur la teſte.
Pline affure que tous ſes Succefſeurs
ſuivirent ſon exemple ,jufqu'à
ce que Papyrius Maſo , ne
pouvant pas obtenir l'honneur
du Triomphe , commença de
triompher ſur le Mont Albanus,
où il porta une Couronne de
Myrte , au lieu de celle de Lau
24
Extraordinaire
rier, comme le ditValere leGrand
1. 3. c. 6. On voit dans Pline 1. 15.
c. 29. que Pofthumius Tubertus
Conful , apres avoir vaincu les
Sabins , porta auffi une Couronne
de Myrte , parce que la
Victoire n'avoit pas couté beaucoup
de fang. Auſſi cet Arbriſſeau
eſt dédié à Vénus , qui
eſtant née de l'écume de la Mer,
alla cacher ſa nudité dans les
feuïlles d'un Myrte. C'eſt de là
fans-doute qu'eſt venuë la coû
tume qui fait porter aux nouvelles
Mariées une Couronne de
Myrte , de laquelle parle Tertul
lien, De Corona Militis, & le Poëte
Catulle dans les Vers qu'il a faits
fur les Noces de Manius , & de
Julia. M. Craffus refuſa fiérement
la Couronne de Myrte
qu'on
duMercure Galant.
25
qu'on luy vouloit donner dans le
Triomphe ; & Pline 1. 15. c. 29.
dit que le Senat luy accorda celle
de Laurier. La Couronne d'Herbes,
felon le témoignage de Pline
1. 22. c. 4. eſtoit dans la Guerre
de toutes les Couronnes la plus
honorable , & la plus recherchée.
Fabius Maximus , apres avoir dé.
fait l'Armée d'Annibal , la reçeut
pour récompenſe , par autorité
du Sénat& du Peuple Romain,&
au nom de toute l'Italie. Pline
ajoûte dans le Chap. 6. du meſme
Livre , que Marcus Calphurnius
Flamma fut couronné d'Herbes
dans la Sicile , auſſi - bien que
Cnéius Petréius d'Atino , qui eftoit
Capitaine de l'Avantgarde
dans la Guerre des Cimbres .
Varron rapporte que Manlius
Q. d'Octobre 1682. C
26 Extraordinaire
Lettant Conful , Scipio Emilianus
reçeut la Couronne appellée Obfidionalis
, pour avoir ſauvé trois
Légions des mains des Barbares,
comme onle voit dans le Tableau
qu'Auguſte fit mettre fur le Piédeſtal
de la Statuë de Scipion.
Lors qu'Auguſte fut creé Conful,
avecleFils de l'Orateur Ro .
main , le Sénat luy fit préſent
d'une ſemblable Couronne le
treizième jour du mois de Septembre.
Plinel . 33. c. 2. dit apres
Lucius Pifo , que le Dictateur
Aulus Pofthumius fut le premier
qui donna une Couronne d'or à
un Soldat , qui eſtoit entré par
force dans le Camp des Ennemis.
Lucius Lentulus Conful , donna
une Couronne d'or à Sergius
Cornelius Mérenda , pendant le
duMercureGalant.
27
S
ال
0
}
Siege de Benevent Capitale des
Samnites. Piton, ſuruommé Fru
gi , donna à fon Fils une Couronne
d'or qui peſoit cinq livres.
L'Empereur revenant de fubju
guer les Anglois,montra dans ſon
Triomphe deux Couronnes d'or,
l'une deſquelles qui peſoit fept livres
luy avoit eſté donnée par les
Eſpagnols , & l'autre qui en pefoit
neuf, par les Gaulois. Pline
1. 6. c. 28. a remarqué que Titus
Manlius , fut le premier des Ro
mains qui eut une Couronne
d'or , pour eſtre monté ſur les
Murailles d'une Ville affiegée; &
1. 16. c. 4. il dit que Pompée couronna
Marcus Varron qui avoit
défait l'Armée des Pirates , &
que Céfar couronna Marcus
Agrippa qui avoit vaincu les Si-
Cij
28 Extraordinaire
ciliens. Romulus donna uneCou
ronne à Hoſtus Hoſtilius , Ayeul
du troifiéme Roy des Romains,
parce qu'il eſtoit monté le pre.
mier fur les Murailles de la Ville
desFidenates. Pendant le Conſulat
de Cornelius , l'Armée couronna
de Feuïlles Publius De
cius pour récompenſe de ce qu'il
l'avoit délivrée du danger où elle
eſtoit expoſée . Craffus fi connu
dans l'Hiſtoire pour ſes richeſſes,
donna le premier des Couronnes
d'or & d'argent dans ſes jeux,
c'eſt ceque dit Pline l. 21. c. 3.Zo
naras affure que lors que les Em.
pereurs entroient en triomphe,
ils avoient avec eux dans le meſ
me Char un Miniſtre public , qui
portoit derriere eux une riche
Couronne ornée de Pierreries, les
duMercure Galant.
29
avertiſſant de temps en temps de
faire réflexion à la condition de la
Nature humaine , de peur que la
e grandeur & l'éclat du Triomphe
ne les empéchât d'appercevoir
leur neant. Il y eut à Rome une
Femme nommé Glycéra, qui inventa
lamaniere de faire les Couronnes
de Fleurs avec tant d'art,
que cette invention luy fit gagner
la vie. Pline 1. 35. c. 11. dit que le
PeintrePaufias qui en étoit amoureux
, la peignit aſſiſe avec une
- Couronne fur la teſte , &ce Ta
bleau fut appellé Stephanoplocos
ou Stephanopolis. Il y avoit de cer.
taines Couronnes qui ſervoient
d'ornement aux Femmes & aux
Filles , où l'on voyoit de petits
Rubans qui pendoient comme
des Feuilles. Elles s'appelloient
1
Mitra.
30 Extraordinaire
Aufus eshirfutos Mitrâredimire Ca..
pillos. Ovid Epift.1.adDejan.
Dieu au Chapitre 3. d'Iſaie,
menace les Filles de Sion de leur
ofter cette parure ; & Horace 1 .
1. Ode 17. avertit Tyndaris de
ne donner aucune liberté à Cy
rus , de peur qu'il ne trouble le
rang derfes cheveux , & ne faffe
tomber la Couronne de fa teſte.
:
Necmetues protervam
Suspecta Cyrum, ne manu difpari ,
Incontinentes injiciat manus.
Et fcindat berentem Coronam,
Crinibus.
L'Empereur Conſtantin le
Grand donna à l'Egliſe de S.Jean
deLatran quatreCouronnesd'or.
Le Pape Horſmiſdas une d'argent
qui peſoit vingt livres ; &
Héraclius une autre d'or , enriduMercure
Galant. 31
chie desplus belles Pierreries du
monde , à l'Eglife de Sainte So.
phie de Constantinople ; mais
- P'Empereur Léon III . qui aimoit
fort les Pierreries , la fit enlever,
& la porta meſme un jour en Cerémonie,
& d'abord qu'il fut ren.
tré dans ſon Palais , il fentit à la
- teſte une douleur extrémement
aiguë , qui fut auffi - toſt ſuivie
d'une Ceinture de Charbons qui .
luy parurent le longdes tempes,
&qui luy firent une autre eſpece
de Couronne , d'où la fiévre qui
le prit l'emporta dans tres peude
jours. Parmy les Ornemens du
Temple des Hebreux , il y avoit
des Couronnes ; & au Chapitre
1. du premier Livre des Macha
bées , elles font au rang de l'Autel
doré , du Chandelier de lu-
2
C iiij
32
Extraordinaire
1
lumiere , de la Table des Pains
de propofition , & de toutes les
choſes Sacrées qui furent enlevées
par le commandement du
Roy Antiochus ; & il eſt dit au
Chapitre 4. du meſme Livre, que
lesJuifs ornerent leur Temple de
Couronnes d'or. Dieu commanda
au 25. de l'Exode , de faire
une Couronne d'or autour de
l'Arche , & une autre ſur la Table
des Pains de propoſition ; & nous
liſons au Chapitre 37. de ce Livre
, qu'il y en avoit une dorée
fur l'Autel des Parfums. LesJuifs
faifoient hommage à leurs Roys
de quelques Couronnes qu'ils luy
apportoient avec cerémonie ; &
le Roy Demetrius écrit dans le
premier Livre des Machabées à
Laſthenés , qu'il n'exigera plus
duMercureGalant.
33
d'eux ny aucun Tribut , ny aucune
Couronne. Le mesme écrit
au Grand Preſtre Simon , dans
le Chap. 13. de ce Livre , qu'il a
reçeu la Couronne d'or qui luy
avoit eſté envoyée de la part de
ceux de la Nation ;& on voit au
Chapitre 14. du ſecond Livre que-
Alcimus , qui avoit eſté Grand
Preſtre , en porta une au Roy
Demetrius, Au reſte la figure
des Couronnes n'a pas eſté toû
jours la meſime , car les Souverains
ne portoient autrefois que
de ſimplesCercles d'or, rehauffez
de fleutons inégaux. Les Tombeaux
de S. Denys , les Sceaux,
les Monnoyes , & les Monumens
publics en font foy. Mais nos
Roys portent à préſent la Couronne
fermée , que nous appel-
3
34
Extraordinaire
1
lons Impériale Françoife. Moreau
en rapporte le premier uſage
à Charles VIII . & dit qu'on voit
fon Imagefur une Porte de Bordeaux
en Habit d'Empereur , tenant
un Monde à la main , couronné
d'une riche Couronne fermée.
Du Cheſne en ſes Antiquitez
, aſſure que les Effigies des
Roys inhumez à S. Denys , portoient
la Couronne ouverte.Juf--
ques à ce Charles VIII. Loüis
XII. & François I. ont des Couronnes
fermées en quelques Mé.
dailles. Philippe II . Roy d'Efpagne
, ferma fa Couronne dans
des Ducats batus en Flandres de
fon Regne , à l'exemple de Henry
II . qui fit la meſme choſe dans
lesMonnoyesde France.
LA SELVE , de Niſmes.
du MercureGalant.
35
252-2225252-525255
Lequel eſt le plus à eſtimer de
l'Homme de Converſation,
ou de celuy de Cabinet.
AConversation, desplaiſirs
LA
dela
(Chacun doit l'avoner) n'estpas leplus
petit;
Un Homme qui la rendjolie,
Eſt l'ame d'une Compagnie.
La Fortune en tous lieux luy rit,
On le recherche, on le chérit,
On croit qu'il peut par ce qu'il dit
Diffiper les chagrins, &la mélancolie.
Au lieuque tous lesfoins que prend
Dansfon Cabinet un Sauvage,
Nefont pasfon bonheur plus grand;
Et perſonne en un mot n'en retire avantage.
Fut-il cent & cent foisplus fage
Qu'autrefois nefut Salomon,
ز
36
2 Extraordinaire
Plussçavant que l'estoient Aristote &
Platon;
Avec tant de ſageſſe & desçavoir en
teste,
Ilpafferapour une Befte,
Un Misantrope, un Loup-garou.
C'est un Lotte Ignorant, & c'est unsige
Fou.
Voila comme chacun parle du Solitaires
Et loin qu'on l'estime aujourd'huy,
Partout on ne blâme que luy;
Mais on nefait rien moins que ce qu'on
devroitfaire.
Si la vangeance produit de plus
dangereux effets dans le coeur
d'une Femme irritée , que dans
celuy d'un Homme offenſé.
L
Ors qu'il arrive une querelle
Soit entre l' Amant la Belle,
Soit entre l' Epouse & l'Epoux;
La Femme que l'on choque en une bagatelle,
duMercureGalant.
37
Sans pouvoirpardonner, pouſſe dansſon
courroux
Lavangeancejusqu'à l'extreme.
L'Homme offense,n'en uſe pas de mêmes
raison, Car enfin, quoy qu'il ait
Quoy qu'ilsoitfaché toutde bon,
Que mesme il fongeàla vangeance,
(F'enparlepar expérience,)
Apres tout,fort ſouvent ildemande pardon.
1
S'il eſt mieux ſeant à un Chrêtien
de ſe marier , que de ſe retirer
dans un Convent ; & fi un
Homme eftant marié peut
auſſi bien ſervir Dieu qu'un
Homme retiré dans un Mo-
* naſtere .
I le Chrestien doit aimer laſou-
Sfrance
Comme on le prefche affezſouvent,
Lepartyde l'Hymenſur celuy du Con
vent
38 P
Extraordinaire
Aura chez luy la préference.
Quelsplaiſirs a le meilleur des Marys?
Atout moment laplus honneſte Femme,
Dechagrinsfur chagrins vous luy bourelle
l'ame.
D'autre part, les Enfans, par des pleurs,
pardes cris,
Sans ceffe luy rompent la teste.
Luyfeui travaille &soufre, il a toutfur
ledos;
repos, Il n'est pour luy paix, ny
Pendant qu'un Moine en ſa Cellule clos,
Dût-il vivre milans, n'a que des jours
deFeste,
Etn'est jamais en embarras ,
Nypour le Vinqu'il boit, ny pour leFain
qu'ilmange.
Enfin, c'est une choſe étrange!
Preſque tous ces Meſſieursfont gaillards,
gros & gras,
Etne s'occupent qu'à rienfaire.
Auſſi de làchacun conclut,
Qu'au monde l'onfaitsonfalut
Plus difficilement que dans unMonastere,
du Mercure Galant.
39
Quel est le lien qui unit le
Corps à l'Ame.
ON demande, belle Sylvie,
Parquel lien l'Ame au Corps eft unie.
Je répons àla Queſtion,
Que tout Homme qui vitſans amoureuse
flame, me,
Eftproprement un Corpsſans Ame.
Que dites-vous de maſolution?
DURUISSEAU.
40
Extraordinaire
52522-5525522-2555
TRAITE
DU SECRET.
A
Riftore , au rapport de
Laërce Liv. r. Chap . r.
croyoit que rien n'eſtoit plus
difficile , que de taire ce qu'on
ne doit pas dire. Les habiles
Gens ont tant de lumieres pour
découvrir nos penſées , & tant
d'artifice pour nous faire parler,
qu'il eſt preſque impoſſible de
leur rien cacher. Socrate avoit
raiſon de dire qu'il eſtoit plus
mal - aifé de garder un ſecret dans
le coeur, que de tenir un charbon
ardentdans la bouche. Aul.
du Mercure Galant. 4
Gel. Liv. 1. a dit de meſme que
de toutes les chofes du monde,
la plus difficile c'eſtoit de ſe taire ,
& d'écoûter. Philipides eſtoir
bien convaincu de cette verité,
car Plutarque dans les Dits no.
tables des Roys , rapporte que
le Roy Liſimachus luy ayant
demandé ce qu'il vouloit qu'il
lny donnast , il répondit ſagement
, Tout ce qu'il vous plaira,
Sire , à condition neantmoins que
vous ne me difiez aucun de vos
fecrets, tant estoit grande la peur
qu'il avoit de manquer de fidelité
& de difcretion . , C'eſtoit un
Poëte Comique qui mourut d'un
excés de joye , apres avoir efte
victorieux des Poëtes de fon
temps contre ſon eſpérance. En
effet, il eſt peu de Gens quine.
Q.d'Octobre 1682. D
42
Extraordinaire
révelent les ſecrets dont ils font
dépoſitaires. La plupart des
Hommes reſſemblent à ce Valet
de Terence qui ne pouvoit rien
retenir, non plus qu'un tonneau
percé. Ilſemble qu'ils ayent beu
des eaux de ce Lac d'Ethiopie,
dontDiodore de Sicile Bill . Hift .
Liv. 2. Chap. 5. fait mention ,
qui trouble tellement l'eſprit de
ceux qui en boivent , qu'ils ne
peuvent rien cacher de ce qu'ils
ſçavent. Pitagore neantmoins
faifoit une religion du ſecret, &
Athenée dit qu'il avoitdéfendu
à fes Diſciples de manger du
Poiffon , pour les avertir de garder
le filence , & de ne parler
pas plus que font les Poiffons.
Le Chancelier Bacon , met le
ſecret au rang des Myſteres les
du Mercure Galant.
43
C
S
[

11
۱
1
e
S
S
plus faints . Les Myſteres eſtoient
des Feſtes qu'on faifoit en l'honneur
de la Déeffe Cerés ; &
comme on y gardoit extremement
le fecret , on a donné le
nom de Mystere à ce qui eſt caché.
Plutarque ajoûte que dans
ces fortes de Feſtes on y diſoit
des ſecrets qu'on ne communi.
quoit pas à tout le monde. Le
Legiflateur des Lacedémoniens,
ordonnoit à ſes Peuples d'accoû
tumer les Enfans au filence . Enfin
l'obligation que tout le mon.
de a de ne pas violer le ſecret
d'un Amy, eſt ſi étroite & fi na.
turelle, qu'il ne faut qu'eſtre un
peu raifonnable pour ne s'en
difpenfer jamais. Ifocrate dans
les Avertiſſemens qu'il donne à
Démonicus Fils du Royde Chi
Dij
44
Extraordinaire
pre , luy recommande d'apporter
plus de ſoin à ne pas publier
un ſecret, qu'à conſerverun dépoſt.
Seneque veut qu'on écoûte
plus volontiers qu'on ne parle
, qu'on ne diſe à perſonne ce
qu'on veut eſtre ſecret ; qu'on
ſe ſerve des oreilles plutoſt que
de la langue ; & qu'on examine
meurement ce qu'on doit dire
avant que de parler. Il vaut
mieux , difoit un Ancien, que le
pied vous fafle faire un mauvais
pas , que ſi la langue vous
reveler le ſecret d'un Amy. Si
pourtant on examine l'Hiſtoire
des fiecles paſſez , on trouvera
mille exemples fameux de la fidelité
& de la difcretion de
quelques ames ſi genereuſes ,
qu'on pourroit les appeller avec
fait
duMercureGalant.
45
raiſon les Martyres du ſecret.
Piſiſtrate revenant de la Conqueſte
de Mégare , enflé de fa
victoire , obligea les Athéniens,
Peuples accoûtumez à la liberté,
des'aſſujettir à ſa domination ,
qui degenera bientoſt apres en
tyrannie. Harmodius & Arifto.
giton , deux Citoyens amateurs
de la liberté publique , découvrirent
le deſſein qu'ils avoient
de ſe défaire du Tyran à une fameuſe
Courtiſane de la Ville ,
qui endura les gênes & les tortures
avec une fermeté incroya.
ble , ſans que Piſiſtrate puſt ja
mais rien tirer de fa bouche, de
forte que les deux Amis eurent
le temps d'executer leur entrepriſe
, & de mériter que les Athéniens
leur dreſſaſſent une
1
46
Extraordinaire
Statuë à chacun , avec ordre
aux Habitans de ne s'appeller
jamais de leur nom . Ces Peuples
firent juſtice à la conſtance
de cette Femme , & ils luy éleverent
une Statue conforme à
fon nom. C'eſtoit une Lyonne
ſans langue ſelon Pline Lib . 34.
Chap. 8. où avec une langue
d'or , felon quelques Autheurs
ils mirent fur la baſe de la Sta
tur , la vertu a triomphé du sexe ,
pour marquer que ſon filece étoit
au deſſus de la nature , & qu'en
devenant muette , elle avoit prefque
ceffé d'eſtre Femme. Thefaurus
dans les Vies des Patriar
ches parlant de la Femme de
Loth changée en une Statuë de
fel , dit qu'il n'auroit pas de la
peine à croire que c'eſtoit une
du Mercure Galant.
47
Femme , fi une Femme muette
& taciturne n'eſtoit un prodige
& un miracle ; ce qui a fait dire
à Ariftote que le filence eſtoir
un des plus beaux ornemens de
la Femme. Auſſi ſeroit-il à fouhaiter
qu'elles fuſſent plus fecretes
que la foibleſſe du Sexe
ne leur permet , & qu'elles fuf.
fent toutes ſemblables à cette
fameuſe Heroïne, dont il eſt fait
mention dans l'Ecriture , quine
voulut jamais découvrir le deffein
qu'elle avoit de tuer le
Chef de l'Armée des Affiriens ,
qu'apres l'execution de fon entrepriſe.
Le Philofophe Anaxarchus
que le Roy de Chypre
Nicocreon perfecutoit , pour
ſçavoir de luy quelque ſecret
d'importance , fouffrit conftam
43 Extraordinaire
ment de grands coups de marteaux
de fer ; & bien loin de le
découvrir lâchement , il prononça
ces fameuſes paroles contre
ſon Ennemy , Tunde , tunde
Anaxarchi follem , Anaxarchum
enim non tundis ; mais comme le
-Tyran le menaçoit fierement de
luy faire couper la langue , de
peur. qu'elle ne luy joüaſt un
mauvais tour , il s'en défit ſagement
& la luy cracha au viſage.
Chalcondylas Lib. 9. rapporte
que les Tures menerent un Soldat
prifonnier deuant Mahomet
II . qui l'interrogea fur pluſieurs
chofes , & en reçeut des réponces
fort fages & fort agreables ;
mais luy voulant demander s'il
ſçavoit de quel coſté eſtoit le
General de fon Armée , il ne
pût
du MercureGalant.
49
pût jamais tirer de luy leſecret,
quelques promeſſes qu'il luy fit.
Enfin admirant la fidelité de certe
ame genereuſe , il ſe contenta de
dire à ſa loüange , en le faifant
mourir, que s'il avoit eſté le Chef
d'une puiffante Armée , il ſe ſe
roit rendu recommandable parmy
les fiens , & redoutable par
my ſes Voiſins. On a veu un
Pompée au rapport de Val. Max.
Lib. 3. au Chap. 3. prifonnier
du Roy des Illiriens , mais toutà-
fait maiſtre de ſoy-meſme, ſe
brûler le doigt à un flambeau
allumé , pour ne pas découvrir
les deffeins de la Republique.
Aul. Gel. Lib . 1. Chap. 23. fait
le recit d'une fort plaiſante avan
Ture. Le jeune Papyrius alloit
-tous les jours au Sénat, felon la
Q.d'Octobre 1682 . E
50 Extraordinaire
coûtume de ſon temps. SaMere
l'ayant prié de luy conter ce
qu'on y avoit fait , il luy répondit
, qu'on avoit défendu d'en
parler. Celane fit qu'augmenter
la curioſité de ſa Mere , qui n'épargna
rien pour ſçavoir de luy
ce ſecret . Le ſage Enfant s'en
eſtant défendu autant qu'ilput,
luy dit enfin , pour ſe délivrer
de ſollicitations ſi preſſantes ,
qu'on y avoit mis en déliberation
, s'il eſtoit plus à propos
pour le bien public, qu'une Femme
euſt deux Maris, ou qu'un
Homme euſt deux Femmes, &
qu'on avoit conclu en faveur des
Hommes. Sa Mere effrayée, alla
avertir ſes Amies. Toutes les
Femmes de la Ville le ſçeurent
bientoft , &le lendemain s'eſtant
duMercureGalant.
51
t
t
er
P
toutes affemblées , elles vinrent
en foule au Sénat pleurant , &
diſant tout haut, qu'on devoit
plutoſt donner deux Maris à une
Femme , & qu'on ne devoit
rien conclure ſans les oüir. Les
Sénateurs étonnez n'euſſent jamais
pu comprendre ce que les
Femmes vouloient , ſi le jeune
Papyrius ne leur euſt raconté
toute l'affaire ; & pour éviter
un pareil inconvenient , ils or-
( donnerent qu'excepté luy ſeul,
les Enfans ne viendroient plus
au Sénat. Les Eſpagnoles par-
| lent peu , & font ſi fidelles en
ce qui regarde le ſecret , qu'au
rapport de Juſtin , il s'en eſt veu
pluſieurs qui ont mieux aimé
fouffrir toute forte de tourmens,
que de revéler les choſes qui leur
E ij
$2
Extraordinaire
avoient eſté dites en confidence.
En Eſpagne les Perſonnes publiques
, avant que de prendre poffeffion
de leurs Charges , font
un ferment particulier de garder
inviolablement le ſecret.
Auſſi le Roy Alphonſe , ſurnomméle
Sage , ne recommanda
rien tant dans ſes Loix. C'eſt
pour cette raiſon peut - eſtre
que Charles V. ſe vantoit que
le Caftillan eſtoit la langue na.
turelle de Dieu, qui dit dans ſon
Prophete,que ſon ſecret eſt à luy,
qu'on ne le devinera pas, Secretum
meum mihi , Ifaye 24. 16. &
qui gouverne le monde par des
voyes inconnues aux Hommes
, & qui nous fait tous les
jours fentir les effets de ſa bonte
& de fa justice , fans nous
du MercureGalant. 53
-.
1
découvrir les defleins de fa fageffe.
Ce sont les Hommes ,
dit un Ancien , qui nous appren.
nent à parler , mais ce font les
Dieux qui nous apprennent à
nous taire , en nous recommandant
le filence dans tous les myf
teres de la Religion. Les Apof.
tres qui furent témoins de la
Transfiguration de leur Maiſtre,
en receurent un ordre exprés de
n'en revéler le ſecret à perſonne
qu'apres ſa Refurrection . Saint
Jerôme nous apprend qu'il avoit
veu luy.meſme des Solitaires
dans la Thebaïde qui avoientde.
meuré fept ans fans dire un feul
mot. Nous n'avions, mon Frere
&moy, dit S. Ambroiſe , qu'un
meſme eſprit , & qu'une mefine
volonté , tout estoit commun
E iij
54
Extraordinaire
entre nous, hors le ſecret de nos
Amis. Un Seraphin vint aborder
le Prophete Iſaïe pour luy
toucher les lévres avec un Cachèt
qu'il avoit pris ſur l'Autel;
& les Papes à la promotion des
Cardinaux , uſent de la meſme
précaution, pour les avertir qu'ils
font obligez de garder inviolablement
le ſecret. Plutarque écrit
dans la Vied'Alexandre, que
ſa Mere Olimpias luy écrivit un
jour, pour l'avertir d'eſtre plus
difcret qu'il n'eſtoit dans ſes liberalitez.
Apres qu'on luy eut
porté la Lettre , Epheſtion la lifoit
avec luy. Ce ſage Prince
s'en eſtant apperceu,prit l'anneau
qui luy ſervoit de cachet , & le
mit ſur les lévres de ſon Favory
pour luy recommander le filendu
MercureGalant. 55
1 ce. Eufebe raconte Lib. 2. de
Prep. Evang. que les Egyptiens
avoient dans les Feſtes d'Iſis &
- de Serapis la Statuë d'Harpocrate
le Dieu du filence , qui
avec un doigt ſur ſes lévres ſem.
bloit avertir le monde de ſe taire.
Il ya eu effectivement un
- Philoſophe Grec de ce meſme
nom , qui faisoit confifter toute
ſa morale dans le ſecret & dans
le filence , d'où eſt venu le Proverbe
reddidit Harpocratem , pour
dire, it a impose filence , dont le
Poëte Carcelle s'eſt ſervy dans
fon Epigramme 75. in Gell.
Gellius audierat patruum objurgare
folere,
Si quis deliciasdiceret alit faceret,
Hocne ipfi accideret patrui perdepſuit
ipfam
E iiij
56 Extraordinaire
Uxorem , & patruum , reddidit
Harpocratem.
4
Les premiers Maiſtres de l'Art
Militaire , aſſurent que les meilleures
réſolutions, font celles qui
ne viennent point à la connoif
fance des Ennemis , & que la
premiere qualité d'un Capitaine
eft d'eſtre fecret. Les Romains
auffi portoient dans leurs Drapeaux
la figure du Minotaure ,
&ils vouloient faire entendre
par ce Monſtre informe , que
perfonne ne pouvoit découvrir
leurs deffeins ; & Titelive Lib .
26. dit que lors que Scipion alla
affieger la nouvelle Cartage,per.
fonne ne ſçavoit où alloient les
Troupes, excepté Lælius , & que
Lælius n'en auroit rien ſceu luymefme
, s'il n'euſt du ſeavoir où
duMercureGalant.
57
it
rt
il
ךש
13
ةح
SO
1
2
f
il falloit joindre Scipion . C'eſt
pourquoy l'Empereur Othon dit
dans Tacite Hift. Lib . 1. qu'il y
a des choses que les Soldats doivent
ignorer , & qu'il y en a auffi
qu'ils doivent ſçavoir. Demetrius
le Preneur de Villes , Fils
d'Antigone le Grand , Royde
Macedoine , demandant unjour
à fon Pere quel jour il combattroit
les Ennemis , as tu peur,
luy dit- il , de n'entendre pas la
Trompete? pour luy faire voir
que les Expeditions militaires ne
doivent point eſtre connuës à
tout le monde. Céſar ne dit ja
mais, nous ferons cela demain ,
& aujourd'huy nous ferons cecy;
mais , ' plûtoſt nous ferons cecy
à préfent , & demain nous ver.
rons ce qu'il y aura à faire. Ce58
Extraordinaire
cilius Metellus interrogé par un
de ſes Capitaines , qui luy demandoit
l'heure du combat, dit
ces belles paroles que Pierre III .
Roy d'Arragon redit dans une
autre rencontre. Sije sçavois que
ma chemiſeſceuſt la moindre de mes
pensées,je la brûlerois. Si les Atheniens
euſſent eſté auſſi politiques
que tous ces grands Capitaines,
le Dictateur Silba n'auroit jamais
pris leur Ville , car ſes Ef
pions luy montrerent l'endroit
le plus foible des Murailles qui
eſtoit le ſujet de la converſation
de quelques Vieillards dans la
Boutique d'un Barbier. Samſon
ne ſe trouva pas bien d'avoir dit
fon fecret à Dalila , & il en couta
la vie à l'Empereur Maxime ,
pour avoir dit le ſien à ſa Femme.
duMercureGalant.
59
Le trop parler d'un ſeul Homme
fut cauſe que Rome ne fut pas
délivrée de la tyrannie de Néron.
Il y avoit un Priſonnier
condamné à mort , auquel on
dit qu'il feroit hors de danger,
s'il pouvoit vivre juſqu'au lendemain
; mais croyant obtenir ſon
pardon, il alla revéler le ſecret
à l'Empereur , qui remedia bientoſt
à la confpiration. En effet,
les affaires publiques, comme dit
Caffiodore, fe font en ſecret,&le
filence eſt le moyen le plus aſſuré
pour venir à bout des grandes entrepriſes
. Plutarque prouva l'uti.
lité& la ſeûreté du filence par un
Exemple fort familier. Lors que
les Gruës, dit- il, volent de la Seli.
cie fur le Mont Faurus , elles
prennent de petites pierres dans
60 Extraordinaire
le bec , pour arriver de nuit en
feureté au fommet de cette mon.
tagne remplie d'Aigles. Les Per.
fonnes qui ont de la peine à ſe
taire , font parmy les Perſes incapables
d'avoir des Commif.
ſions importantes. Auffi ils condamnent
à mort ceux qui reve.
lent les fecrets de l'Etat. Les
Egyptiens leur font couper la
langue , & les Romains les faifoient
brûler tout vifs. C'eſt
pourquoy le Roy Numa rendoit
un culte particulier à la
Muſe qu'il appelloit la Secrette
&laTaciturne; &Auguſte avoit
fait graver fur fon cachet un
Sphinx, qui estoit un Animalado.
ré des Egyptiens , & réconnu
pour le Dieu du Secret & des
Enigmes. Les Romains bâtif
A
du MercureGalant. 61
foient les Temples du Dieu du
Conſeil , dans le fond des Bois
les plus folitaires , &les plus fom.
bres. Ils luy dreſſoient meſme
des Autels ſur terre , pour faire
entendre que les réſolutions du
fecret doivent eſtre enfevelies
dans un profond filence ; d'où
vient que les Hébreux donnent
le meſme nom au Secret & aux
Affemblées , & qu'ils appellent
de la meſme maniere le Silence
&le Tombeau. Les Sénateurs
Romains eſtoient les Gens du
monde les plus fecrets , témoin
l'affaire de Papyrius & celle
d'Eumene Roy de Pergame ,
qui vint à Rome pour parler
en plein Sénat , de la Ligue
qui devoit eſtre concluë cor..
tre le Roy Perfée , ſans qu'une
62 Extraordinaire
ſeule perſonne , au rapport de
Val. Max. en euſt le moindre
ſoupçon. Ifocrate dit que les
Juges de l'Areopage eſtoient
les Gens du monde les plus
muets , d'où eſt venu le Proverbe,
Areopagita taciturnior . Il n'y
a peut- eftre point de Conſeil en
Europe , où le ſecret ſe garde
mieux que dans le Conſeil de
Venife; car Philippe de Commines
, Seigneur d'Argenton ,
tout éclairé & tout habile qu'il
eſloit , eut affez de peine à découvrir
le motif qui attiroit de
tous les endroits de l'Europe
tant d'Ambaſſadeurs à Véniſe ,
où il eſtoit Ambaſfadeur luymeſme
; & il fut frappé comme
d'un coup de foudre , au rapport
du Cardinal Bembo , lors
2 duMercure Galant.
63

qu'il apprit du Duc la Ligue
qui avoit eſté concluë contre le
Roy Charles VIII. entre la Seigneurie
, le Pape , le Roy des
Romains , le Roy de Caſtille, le
Roy de Naples , le Marquis de
Mantouë , & Ludovic meſme
qui avoit appellé les François
en Italie.
Le Vin & le Secret ſont in.
compatibles, dit le Sage , & l'uſage
du Vin eſtoit pour cela défendu
anciennement aux Roys
& aux Magistrats , parce que
les Perſonnes publiques qu'on
employe dans les Commiſſions
importantes font appellées Silentiaires
dans le Droit , &doivent
par conséquent garder in.
violablement le ſecret. Horace
qui l'a bien experimenté, eſt de
1 Extraordinaire
64
cet avis , & dit que le Vin eſt
une eſpece de torture , douce&
agreable , qui fait parler les Perſonnes
les plus fecretes & les
plus ſages.
Tu lene tormentum ingenio admoves,
Plerumque, duro : tusapientium,
Curas&Arcanum Iocoso,
Confilium retagis Liao. Hor. lib. 3.
Od. 21.
Tout le monde n'eſt pas de
l'humeur du Prince des Stoïciens,
qui eſtant invité dans le
Feſtin qu'un Citoyen d'Athenes
avoit fait dreffer pourregaler
les Ambaſſadeurs du Roy de
Perfe , confidéroit toutes chofes
fans dire mot , pendant qu'ils
luy demanderent ce qu'il vouloit
envoyer au Roy leur Maiſtre.
Vous luy direz , leur répondit- il,
du Mercure Galant.
65
quc vous avez veu un Vieillard à
Athenes, qui ſeavoitse taire entre les
Verres&les Pots.
Voicy ce que j'ay reçen d'Explications
en Versfur les deux Enigmes
du Mois de Septembre, dont lesMots
estoient la Lanterne & le Lit.
Cette
I.
Ette Enigme atantdelumiere,
Le Mot en est fi radieux,
Qu'on n'a qu'à lever la paupiere,
Ilvousfaute d'abord auxyeux.
Si je ne l'ay trouvé, jeveux que l'onme
berne,
Etpafferpar toutpourun Sot.
Peut-on manquerdevoir un Mot
Quibrilledans une Lanterne?
LE P. PELEGRIN
Q. d'Octobre 168.2. E
66 Extraordinaire
11.
ſe paſſeroit bien de conſeils fi
ON e Paffe fréquens,
Dont l'intéreſt nous importune,
Si l'on rencontroitſafortune,
Apouvoirde l' Enigme attraper levray
Sens,
Laveſtre ſeroit toute preſte.
Pareſſeux, qui fuyez lesſoins les plus
légers.
Sansvous expoſer aux dangers,
Sans vous lever matin,ſans vous rompre
la teſte,
Enfin ſans travailler ny de corps, ng
d'efprit,
Vous la trouveriez dans le Lit.
Lemeſme.
ARreftez- vous,Galant Mercures
Pourquoy venir icy me lanterner?
Jene veuxpoint avec vous badiner,
Allezchercher ailleurs quelque bonne
avanture. 4
De qui vous voitje sçay comme on
midit
duMercureGalant. 67
pre
me
Vous aimez trop àconter des nouvelles ;
Vrayment vous en diriez de belles,
Si je vous souffroissurmon Lit.
Q
La Belle à l'Anagramme,fe
n'aime rien hors le mérite,
de la Ruëde la Licorne.
IV.
V'est-ce qu'il
terner
nousvient lan-
Avecſon Enigme premiere?
Mafoy, qu'il''s aillepromener.
Qu'est- ce qu'il nousvient lanterner?
Ona beau tourner, retourner,
On ne reçoit point de lumiere.
Qu'est-cequ'ilnous vient lanterner
Avecſon Enigme premiere?
Je ne
DAPHNIS D.L.R.N.S.A.
V.
ce nepuis croire ce qu'on dit,
Canaille, arreſtez-vous , cet Homme n'est
pasyure
Vous avez grand tort de le ſuivre,
Il retrouvefort bien sa Maiſon &Son
t. Litar
L'ALBANISTE de Roüen,
68 Extraordinaire
Sro
VI.
Ice Mois de vous onmédit,
Vous le pardonnerez, Mercure ;
Vousfaites plaiſante figure ,
Lors que vous approchez les Chandelles
duLit.
VII .
Le meſme.
Quelle Knigme! justes Cieux!
Un Linx mesmey perdroit les
yeux.
Jeveux parbleu que l'on me berne,
Si l'ony peutvoirfans Lanterne.
J
L'ARPENTEURduMartigues.
VIII .
Echerchois en tous lieux Mercure,
Voulant le confulter ſurſon Enigme
obscure,
Quandun d'entre les Dieux m'a dit:
Amy, tu perds icy ta peine,.....
Et pour tesoulager en ta recherche
vaine,
Vachez luy le trouver, il est encore an
Lit.
RAULT, deRoüen
duMercureGalant.
69
IX.
MErcure agit toûjours obligeam-
L'autre Mois il offrit ſa Chaises
Et celuy- cy fort plaiſamment
Ilnous offrefon Lit, pour nous mettred
T
noſtre aife.
Χ.
1. B. GIRAULT.
ME GIRAULT de Paris,
à M RAULT de Roüen .
Ous les Mois
de tes Vers
LeMercure eft orne
Qui parcourent tout l'Univers;
Et tafacilité pour trouver les Enigmes,
Que tu réfons en Rimes,
Donne bien duplaisir au curieux Le
Eteur,
Qui te connoist pour un galant Autheur.
Maispourquoy s'étonner du progrésde
tes veilles,
Ondes délaſſemens de quelque heure du *
jour?
ra
Onfçait en tout Pais, comme dans cette
Cour,
70
Extraordinaire
Que ton heureux Climat eſt fréquent en
Corneilles .
Enfin comme ton nomse trouve dans le
mien,
Fevoudrois profiter de la gloire du tien,
Etsans détour nyfinonimes,
Trouver ce Mois les vrais Mots dee
Enigmes.
Jevaypour les chercher la
lamain,
Lanterne à
Et me jetter au Lit,ſije les cherche en
vain.
D
XI .
Amonrenonceà la Peinture,
Tant iltrouve l'Enigme obfcures
Maissi l'Hyver, autant que moy,
Il avoit dans Paris couru de nuit les
Ruës,
Je gagerois bien fur mafoy,
Qu'il auroit vûles Lanternes penduës.
C. HUTUGE , d'Orleans,'
demeurant à Metz.
du Mercure Galant. 71
P
XII .
Ourpublier dans l'Univers
Le dernierbonheurde laFrance,
Mercure, en grande diligence,
Aparcouru mille Climats divers.
03
Mais ce Dieu n'a pû s'exposer
Acette longue &rude course,
Qu'apres avoir vuidéſaBourse,
Iln'ait beſoin d'un Litpour reposer.
Ο
XIII.
Le prudent Mercure!
Lemeſme
Selon les divers temps ſes faveurs il
mesure.
Comme lesjours deviennent courts,
C'est là-deſſus qu'il se gouverne;
Carm'aſſiſtantdeſon ſecours ,
Pour me conduire auLitil
Lanterne.
m'offrree une
La ſpirituelle E. DE LA RIVIERE,'
du milieu de la Rue desCarmes .
72 Extraordinaire
XIV.
C'Est à ce coup que le Galant Mercure
Du bon Sofie emprunte la figure ;
Mais cependant malgré tout ce déguisement,
Jeles reconnois aisément;
Carfi comme Sofie ilfait parler Lanternes,
S'ils'amuseà ces balivernes,
AJupiter il obeït,
Etluyprépare unfort bon Lit.
XV.
SI mon efpirit nesefigure
Lamefme.
Ce que l'agreable Mercure-
Dansses deux Enigmes nousdit,
Jeveux,Tirfis, quetume bernes.
Aufſi comment cacher un Lit
Ala lumiere des Lanternes ?
Lamefme.
duMercure Galant. 75
S
XVI.
Ouvent,Galant Mercure,
direunmot
onvousfait
Des Gens hors du commun paſſez en,
l'autre vie.
Unde vos bons Amis appellé Baricot,
Eftde ce nombre, apres un mois de ma
ladie.
Onfçaitquele chagrin devient unpoison
lent,
Dont l'effet manque peufans estreviolent.
Sivous n'en dites rien, au moins donnezmoyplace
Envoſtreſouvenir ; accordez à la Soeur,
Comme au Frere, lameſme grace,
Jevousfais ma Requeſte aufort de ma
douleur.
Neladédaignezpas, Mercure,
La Soeur,comme le Frere, aimevosbeaux
Ecrits;
Quoyque maladean Lit, mesſens enfont
épris,
Q.d'Octobre 1682. G
74
Extraordinaire
Onmenommepar tout LA BELLENOUR
RITURE
M
duHavre.
XVII.
!
Ercure ades refforts étrangement
obliques,
Si dattraper l'Enigmeilpeut nous empescher.
Comment en bonne-foy faire longtemps
chercher
Les Lanternes, deplus des Lanternes
publiques?
L'Objetdu Bouquet mystérieux
du Palais.
XVIII.
Vifont- elles ces Soeurs d'
Quote
'une égale
Que lemesme éclat environne?
Lanternes qu'on allume en laſaiſon
d'Automne,
Qu'au Printemps on néglige, &toute
leur ſplendeur,
C'est vous aſſurément que l'on fait de
mesme âge,
Tres-utilespour le Public,

du Mercure Galant.
75
:
Qui pourſervir àson trafic,
Vous afait mettre en esclavage,
Et pendre en l'airvoſtre élement,
Qui vous nuit quand il est accompagné
devent. GYGES, du Havre .
ΧΙΧ.
Linconten
It, qui donnezSecours mesme aux
Vous eſtes toûjours preſt àſervir tout
le monde.
Le repos des Humains en voſtre appu
Se fonde;
Quiſepaſſede vous, paſſefort mal fon
temps.sb
On vousdoit tous les jours un tribut
néceflaire,
Vousplaiſez àdes Gens de toutes les
couleurs;
Témoin de leurs plaiſirs comme de leurs
douleurs,
Qui vous afait,ſonventſe plaiſt à vous
défaire.
Lemeſme.
Gij
76
Extraordinaire
XX.
Vostre Enigme, SeigneurMere
cure,
Paroiſt àmonsens trop obscure,
Elle n'est bonne que la nuit,
Siquelque gaillarde avanture
Nem'oblige enplein jour de meſervir
duLit.
L'aimable Marquis de Marcilly,
Page de la Grande Ecurie.
Ccablede
ACa
XXI.
chagrin, deſoin, d'in
quiétude,
Et qui plus eft de laſſitude,
Mirtil ſe tourmentoit & le corps,
l'esprit,
Pour trouverà l'Enigme un Mot qui
fuft honneste;
Lors que nesçachant plus on donner de
la teste,
Pour trouver du repos, il ſe mit ſur
un Lit
L'Ennemy d'Amour, à l'Anagramme,
L'Héroïne m'y
entraîne.
duMercure Galant. 17
25525-52255-525222
DE
LA CONVERSATION.
A Conversation eſt une des
Lbellcoration lavie,&la
plus neceſſaire dans la ſocieté ci
vile. C'eſt le charme & le lien
quiaſſemble les Hommes , & qui
leur fait paſſer de ſi douces heures.
Sans elle nous perdrions,
pour ainſi dire , la parole qui nous
diftingue d'avec les Beſtes. Nous
deviendrions ſtupides , & peut
eſtre perdrions-nous encor l'uſage
de la raifon. Les Animaux
mefme s'affemblent entre eux
auffi-bien que les Hommes , &
nous repréſentent imparfaite.
Giij
78 Extraordinaire
ment ce que nous pratiquons
avec tant d'excellence . Qui peut
vivre ſeul , dit le Philoſophe , eſt
Beſte , ou plus qu'Homme. La
Solitude a ſes charmes ; mais
nous ſommes faits pour la ſocieté,
&non pas pour la folitude. Que
trouve l'Homme dans cette folitude
, fi c'eſt luy qu'il y cher
che ,&qu'il s'y rencontre ? Cette
compagnie eft-elle fi agreable
pour s'y plaire ? Qu'il y en a pou
qui ſe plaiſent avec eux- meſmes !
Maisdans la ſocieté , l'Homme
trouve un autre luy - meſme,
dont l'entretien eſt bien plus
agreable. Il en voit moins les dé.
fauts. Il en connoiſt moins les
miferes . Enfin la Converſation
eſt legrand Livre du monde , où
l'on apprend à eſtre ſçavant en
duMercureGalant.
79
honneſte Homme. Elle met les
Sciences & les belles qualitez en
ccuvre. Elle éclaire noftre entendement
par la diverſité des
Images qu'elle luy préſente , qui
luy fourniſſant dans un moment
une abondance de matieres , luy
fait continuellement produire de
nouvelles : choſes . Elle échauffe
noftre volonté par cette mefme
diverſité d'objets , qui contentant
les goufts diférens , excite à
faire mille belles actions . Elle dé
couvre les vices , & fait paroiſtre
les vertus , elle embellit nos
ames ; elle perfectionne nos
moeurs , &en un mot elle ſeule
peut faire leshonneſtes Gens.
Un Moderne affure qu'elle
contribue à la modération des
paffions , par trois moyens , par
Giiij
80 Extraordinaire
Je divertiſſement , par le conſeil,
&par l'exemple , mais elle doit
eſtre bien reglée pour faire de fi
merveilleux effets , &il faut bien
choifir les Perſonnes avec lef
quelles on s'entretient. M² de
Balzac dit que pour rendre la
Converſation aufli utile qu'az
greable , il faut trois choses ; une
certaine douceur & facilité de
moeurs , qui n'eſt autre choſe
qu'une complaiſance naturelle,
&bien reglée , une franchiſe
naïve qui eſt une certaine droi
ture d'ame , qui rend les Hommes
toûjours veritables , & funceres
; &une raillerie fine&dé
licate, honneſte &modeſte , qui
eſt unjuſte milieu entre la mauvaiſe
humeur,& la boufonnerie,
&il prétend, apres Ariftore , que
duMercure Galant. 85
:
ces trois habitudes reglent tout le
commerce des paroles , & s'éten.
dent dans tous les entretiens que
les Hommes ont les uns avec les
autres. Il a falu du temps pour
regler ce commerce de paroles.
Les premiers Hommes n'en ont
pas eſté capables . Ils estoient
trop fauvages & trop groffiers,
pour eftre civils , complaifans,
agreables , & honneſtes. Ainfi
les Grecs & les Romains n'ac.
quirent pas ſi toſt leur Atticiſme
&leurUrbanité , qui n'eſt autre
choſe que l'art de la Converſa.
tion ,& ledon de plaire dans les
Compagnies , qui ne regle pas
feulement les paroles , & les opi .
nions, mais encor la voix , & le
geſte. Ce furentdonc les Grecs
&les Romains polis & civiliſez,
82 Extraordinaire
qui perfectionnerent la Converfation
, & qui en firent l'éxer
cice des honneſtes Gens ; mais ils
ne ſe contenterent pas de bien
parler , &de bien écrire en leur
temps , ils voulurent en ſervir de
modelle aux fiecles à venir , &
que la Poſtérité trouvaſt dans
leurs Comédies , dans leurs Dia
logues , &dans leurs Lettres , de
parfaits Originaux de la belle
Conversation. C'eſt donc là
qu'il faut chercher ce caractere,
&cegénie fi neceſſaire pour s'entretenir
en honneſte Homme;
car quoyqueles manieres foient
diférentes chez les Peuples , l'efprit,
la ſageſſe, l'honneſteté, ſont
par tout les mefmes , & excepté
quelques cerémonies qui changent
, ou qui diferent , tout le

du MercureGalant. 85

reſteeſt égal. Je ne ſçay ſi je le
dois dire , mais il eſt certain que
nous avons peu de bons modelles
de la Converſation Françoiſe. Je
ne dis pas de ces entretiens de
compliment & de galanterie,
dontj'en pourrois citer à lahonte
de leurs Autheurs, de ſi ridicules
Copies ; mais je parle de ces
Dialogues&de ces Lettres,où les
Sciences , les beaux Arts ,& tout
ce qu'on peut traiter dans les
Compagnies , ſoit réduit dans
l'art de la Converſation. On y
trouve par tout de l'Autheur &
trop d'art ; & dans les Livres qui
en font dépoüillez , le tour & les
manieres en ſont ſi plates & fi
baſſes , qu'on ne peut les lire
fans dégouft &, ſans mépris. Seroit.
cenos moeurs qui en ſeroient
84 Extraordinaire
cauſe ? Et dans un temps où en
eſprit& en politeffe , nous ne le
cedons point à l'antiquité Greque
& Latine , n'aurions nous
point l'art de la Converſation ?Je
crois que nous le poffedons comme
autrefois Rome &Athenes;
mais il eſt auſſi difficile de repré.
ſenter une belle Converſation
qu'un beau viſage. Tout le monde
n'eſt pas bon Peintre. Il faur
faire reficmblerpour bien réüffir
dans les Portraits , & la Converſation
eſt le veritable Portrait de
l'eſprit.
Quoy que la raiſon & le bon
fens qui donnent l'ame & la vie
àtous nos entretiens, foient toû
jours les meſmes , il arrive neant.
moins que l'art de la Converſa.
tion change, & n'eſt pas toûjours
du Mercure Galant. 85
ſemblabledans les meſimes lieux,
& avec les meſmes Perſonnes.
Outre la circonſtance du temps,
noſtre Langue eſt la premiere
cauſe de ce changement. On ne
parle pas comme on faifoit autre .
fois , & peut- eſtre parlera -t- on
autrement dans l'autre fiecle. La
mode eſt la ſeconde ; on eft plus
familier , plus libre&moins con.
traint , qu'on n'eſtoit au temps
paffé ; & enfin pour troifiéme raifon
, les goufts & les humeurs
changent , & de là vient le plus
ou le moins de ceremonies , &de
complimens dans la Converſation.
Les Lettres ont auffi changé
par les meſmes raiſons ; ainfi
quelque habile qu'on foit , on
n'eſt pas toujours propre pour la
Converſation &pour les Lettres,
84 Extraordinaire
cauſe ? Et dans un temps où en
eſprit& en politeffe , nous ne le
cedons point à l'antiquité Greque
& Latine , n'aurions nous
point l'art de la Converſation ?Je
crois que nous le poffedons comme
autrefois Rome & Athenes;
mais il eſt auſſi difficile de repré
fenter une belle Converſation
qu'un beau viſage. Tout le monde
n'eſt pas bon Peintre. Il faut
faire reſſembler pour bien réüffir
dans les Portraits , & la Converſation
eſt le veritable Portrait de
l'eſprit.
Quoy que la raiſon & le bon
fens qui donnent l'ame & la vie
à tous nos entretiens, ſoient tou
jours les meſmes , il arrive neant.
moins que l'art de la Converſa.
tion change, & n'eſt pas toûjours
duMercure Galant. 85
ſemblable dans les meſimes lieux,
&avec les meſmes Perſonnes.
Outre la circonſtance du temps,
noſtre Langue eſt la premiere
cauſe de ce changement. On ne
parle pas comme on faifoit autre.
fois , & peut-eſtre parlera-t-on
autrement dans l'autre fiecle. La
mode eſt la ſeconde ; on eft plus
familier , plus libre&moins con.
traint , qu'on n'eſtoit au temps
paffé ;&enfin pour troiſiéme rai.
fon , les goufts & les humeurs
changent , & de là vient le plus
ou le moins de ceremonies , &de
complimens dans la Converſation
. Les Lettres ont auſſi changé
par les meſmes raiſons ; ainfi
quelque habile qu'on foit , on
n'eſt pas toujours propre pour la
Converſation&pour les Lettres,
86 Extraordinaire
lors que l'âge ou la fortune nous
ont éloignez du grand monde;
car cen'eſtpasaffez d'avoirbien
du caquet , de dire de grands
mots , & de faire forces grimaces .
Un mot que nous croyons bien
dit , une penſée bien pouffée, une
narration bien faite , font rire &
importunent ſouvent une bonne
Compagnie. Il faut avoüer que
la Converſation eſt bien ſouvent
une charlatannerie. L'air de la
Perſonne , le geſte , le ton de la
voix , impoſent. On ſe laiſſe
ébloüir à ce faux éclat , & la
préoccupation où l'on eft , l'attention
pour ceux qui parlent,
l'application pour y répondre,
enchantent de telle forte , que les
moindres chofes y paroiffent
grandes ,& les plus relevées fort
duMercureGalant. 87
baſſes. Ceux qui ne font point
du Jeu , & qui écoutent de ſang
froid , en jugent bien autrement.
Il n'y a point de Converſation,
pour belle & juſte qu'elle ſoit,
qui ne paroiffe fade & ridicule,
quand on l'entend derriere la ta.
piſſerie. Il n'en eſt pas de meſme
des Lettres & des Conversations
par écrit. Elles font régulieres, il
n'y a point de vuide , tout y eſt .
plein , & dans l'ordre. Elles ont
des beautez réelles & folides,
mais elles ſont plus languiſſantes
que les entretiens de vive voix,
parce qu'on n'y voit perſonne
dans l'action , & qu'on eft foymeſme
dans le repos.
L'art de ſe taire eſt plus difficile
àpratiquer que celuy de parler;
mais l'artde parler eſt plus diffi880
Extraordinaire
cile à enſeigner , que celuy de ſe
taire ; car il eſt certain qu'on ne
s'eſtjamais repenty de s'eſtre teû,
& qu'on s'eſt proſque toûjours
repenty d'avoir parlé. Il ne faut
que dire l'art de ſe taire pour en
faire voir toute l'utilite , & toute
la beauté; mais lors qu'on dit
l'art de parler , un ſupoſé , un
nombre exceffif de regles , & de
préceptes , qu'il eſt difficile d'expliquer
& de faire comprendre.
On peut dire que la Converſa
tion eſt proprement l'art de par.
ler. Par tout ailleurs on parle
pour la neceſſité ſeulement ; icy
on parle pour la neceffite & pour
le plaifir ; mais il ne faut pas s'imaginer
que l'art de la Conver.
ſation , foit l'art de parler fur
toutes fortes de ſujets. Tous les
duMercure Galant. 89
Maiſtres de Réthorique , & tout
ce que Raimond Lule a inventé
fur ce ſujet , y eſt inutile. L'uſage
du monde efſt ſeul capablede
nous en donner des regles , &de
nous apprendre le fecret de parler
& de ſe taire à propos. C'eſt
la grande Réthorique ,& le veritable
art debien dire . Toutes les
autres regles font incertaines,
Elles changent& dépendent abfolument
des circonstances , qu'
on ne peut jamais ny borner, ny
preſcrire. Le Langage meſme eſt
foumis à cet uſage , & cet ufage
nousimpoſe tous lesjours denou.
velles loix. Je ne prétens pas
neantmoins qu'on s'aſſujetiſſea
toutes ces loix. On ne demande
pas icy cerre liaiſon , & cettejufreffe
de Grammaire , qui s'ob
Q.d'Octobre 1682 . H
1
90 Extraordinaire
ferve exactement dans les Lettres
&dans lesHarangues.Les pauſes ,
les interruptions, la voix, le geſte,
les manieres de celuy qui parle,
couvrent comme d'un agreable
Vernis , tout ce qui ſe dit dans la
Converſation, ce qui luy ſert d'éclat
, & qui en dérobe tous les
défauts , au gouſt le plus fin , &
àl'oreille la plus délicate. Mais à
la bonne heure qu'on ſoit ſi juſte,
& fi régulier , ſoit à penſer , ſoit
à parler , que le Cercle ne démonte
point le Cabiner. C'eſt
un talent rare , & qu'on ne peut
trop eſtimer pour la Converſation.
Onne le doit pas négliger,
dit le Maréchal de Clérambaut,
car on paſſe les plus doux momens
de la vie à s'entretenir. On
fait meſme peu de choſes ſans
Y
du MercureGalant.
parler , & on voit que c'eſt un
grand avantage que d'y réüffir.
La Converſation eſt donc ce
qu'on pratique le plus , mais ce
que veritablement on ſçait le
moins. C'eſt la pierre d'achopementdes
plus habiles Gens , car
fi pour y réüffir il faut avoir de
l'efprit , du bon gouft , & de la
juſteſſe , nous voyons cependant
des Perſonnes d'un caractere fort
médiocre , qui y ont un merveilleux
talent.
On ne sçauroit avoir trop d'efprit
dans la Converſation. J'en
demeure d'accord ; mais il faut
bien le ménager , autrement cet
eſprit devient à charge à toute la
Compagnie. Est-il rien de plus
fatiguant qu'un Homme tou-:
jours preſt à dire de bons mots, &
Hij
92
Extraordinaire
1
debelles chofes , qui attire tout
l'eſprit de fon coſté , & qui laiſſe
à peine aux autres le plaifir de
l'écouter paiſiblement , tant il
entaflede choſes l'une fur l'autre,
avec chaleur & avec précipitation
? On peſte dans ſon ame
contre le bel Eſprit ; car il n'y a
perſonne qui n'aime mieux dire
des chofes communes , que d'en
entendre d'excellentes . On réferve
pour laComédie le filence,
&l'exclamation ; mais dans l'en.
tretien chacun veut faire fon
rôle , & eſtre admiré à ſon tour.
C'eſt pourquoy on fuit quelque
fois la Converſation des beaux
Eſprits. Il y a du plaifir à les entendre,
mais on ſe lafſe d'eſtre
toûjours Auditeur. Lors qu'un
bel Eſprit eſt grand parleur , il
! 93 du Mercure Galant ,
/
ne faut pas s'étonner s'il tient
toûjours le dé. Il ne trouve pas
fon compte à ce que les autres difent,&
le plaifir de fe faire admirer
, l'emporte aupres de luy
fur la réputation d'eſtre ſage &
modeſte ; mais comme on évite
la compagnie des Gens yvres,
ceux qui font enivrez de l'amour
d'eux- meſmes , doiventeſtre ba
nis de la Converſation. On peut
dire que l'eſprit eſt l'ivreſſe de
l'honneur , & que ceux qui en
ont trop , ou qui en veulenttrop
avoir , reſſemblent parfaitement
aux Ivrongnes. Les Sçavans des
Sciences vaines & curieuſes , de
ces Sciences qui enflent , &
qui enteſtent ; ces Sçavans ,
dis-je, ſont comme ceux qui font -
pleins de Vin. Il ne leur faut que
94
Extraordinaire
le lit. Les eſprits trop vifs & trop
brillans , reffemblent encor à
ceux qui ſe laiſſent prendre facilement
aux fumées du Vin , &
qui s'enivrent de leur Cabaret.
Qu'on examine les uns & les autres
, leur entretien eſt une efpece
d'ivreſſe , & rien n'eſt plus aiſe à
déconcerter. Ils croyent toûjours
dire merveilles.; mais qu'ils
font bien payez , quand hors de
laCompagnie, ont dit qu'à la ve.
rité ils ont de l'eſprit , mais qu'ils
ne ſçavent pas vivre ; car il faut
autant de jugement & de conduite
, que d'eſprit&de vivacité,
pourréüffir dans la converſation,
Ces Gens-là font bons dans un
Repas , où les Sages préferent le
plaifirde manger à celuy de leur
répondre; mais on croit que bien
duMercureGalant.
95
desGens ont de l'eſprit , &on ſe
trompe. Ils reſſemblent ſeulement
à ceux qui en ont. On ne
les a pas plutoſt examinez de
prés , qu'on reconnoift combien
on s'eſt mépris. Ce font de mé.
chantes copies de bons originaux.
Ce n'eſt pas non plus une
marque d'efprit d'en chercher
par tout; mais ç'en eſt une de
ſçavoir où il y en a. Un Moderne
dit apres Charon , que le plus
grand fecret eſt d'admirer peu,
d'écouter beaucoup , de ſe défier
de fa raiſon , & de ne ſe piquer
jamais d'avoir de l'eſprit , & de
faire paroiſtre celuy des autres;
mais il faut eſtre honneſte Homme
pour cela , & j'avoue apres
tout , qu'on ne peut avoir trop
d'eſprit , ny estre trop habile
96 Extraordinaire
pour réüffir dans la Converſa
tion . C'eſt là qu'on penſe ſans
réflexion , qu'on parle ſans pré
méditation , qu'onjuge de toutes
choſes ſur le champ ,mais auſſi on
yapprend bien des chofes en peu
de temps,& ons'y fait bien mieux
l'eſprit que dans l'Ecole,&dans
leCabinet. Dans l'Ecole onjuge
fur la parole du Maiſtre; dans le
Cabinet', onjuge fur foy-meſme;
danslaConversation,on s'en tient
ſurceluy qui ditle mieux. Il ya
done une grande diférence entre
unDocteur& unHomme éclairé.
Celuy-cy eſt toûjours un hõneſte
Homme, l'autre eſt ſouvent un
Pédant. C'eſt ce qui fait qu'on
mépriſe l'étude , & qu'on la fuit
dans les Compagnies , parce qu'il
eſt rare de trouver un Sçavant
qui
du Mercure Galant. 97
qui n'ait rien de l'Ecole , & qui
ait l'air& les manieres dumonde.
On connoift les Pédans à lamine
auſſi bien qu'à la parole. Que la
délicateſſe du Chevalier de Meré
eſt grande , mais qu'elle eft
juſte&raifonnable! Je voudrois,
dit- il , qu'on fceuſt tout , & que
de la maniere qu'on parle , on ne
puſt eſtre convaincu d'avoir étu
dié. Il eſt difficile de ſcavoir par.
faitement toutes choses ; mais il
eft aifé de cacher cette étude,
&on en viendroit à bout, fi on ne
ſeſervoit pas de tant de mots , qui
ſouvent ne veulent rien dire, mais
qui font paffer pour Sçavans
ceux qui s'en ſervent ; &comme
c'eſt l'ambition des jeunes gens,
c'eſt la premiere choſe qu'ils apprennent
, & qu'ils confer-
Q. d'Octobre 1682. I
98
Extraordinaire
vent toute leur vie.
Quand ona l'efprit fait comme
il faut , & qu'on ſçait bien ce
qu'on dit , on s'explique ſi nettement
, qu'on ſe fait entendre à
tout le monde. Il n'eſt rien d'ob .
ſcur , & de relevé , qu'on ne
rende clair & intelligible. Le
mal n'eſt donc pas de parler de
Sciences devant des Eſprits mé.
diocres , mais d'en parler d'un air
de fufifance, & de doctrine, &de
pouſſer trop loin les choſes ,qui eſt
cequ'on appelle jetterdela pouf
fiere aux yeux , & faire tourner
la teſte aux Gens. Ilne faut donc
pas s'éleverde forte, qu'on perde
ſa matiere de veuë , & qu'on fe
perde ſoy-meſme. Il vaut mieux
en dire moins , & prendre diférens
ſujets. Cette agreable diver.
fité fait le plus grand plaiſir de la
duMercure Galant.
99
Converſation, lors qu'on s'arreite
trop longtemps ſur une matiere,
& qu'on l'épuiſe , quelque belle
qu'elle foit , cela fatigue & laffe
l'efprit ; car on s'ennuye bien
plus d'écouter que de parler,
mais fur tout on ne doit rien
dire qui ſente la leçon. Cet ordre
de l'Ecole qu'on priſe tant ail
leurs, n'eſt pasicy d'uſage.Toute
la méthode de laConverſation eft
de ſuivre lebon fens ,&la raiſon,
& de donner une juſte étenduë
ànos penſées , &à nos ſentimens.
La naïveté& la négligence qui
onticy rant d'agrément , font in .
compatibles avec un ordre ſi ré.
gulier , qui à force de diftinguer,
&de diviler , rend ſeches & ſtériles
les matieres les plus bril.
lantes & les plus fécondes. Les
I ij
100 Extraordinaire
plus grands Docteurs doivent
converfer comme les plus ignorans
, non pas parce que lenombrede
ceux- cy eſt le plus grand,
mais parce qu'il prend le party
de la Nature , & du ſens commun
, qui l'emportent fur Ariſtote
, & fur toute la Philofophie.
On trouve un peu à redire à
ceux qui ſont exceffifs à penſer,
&qui pouſſent trop loin laCon
verſation. Cela ſent la Chaire,
ou les Bans. On n'aime pas cette
maniere , parce que tout le monde
n'eſt pas capable d'une fi
grande application . On ſe contente
de la ſuperficie de chaque
chofe , & de la confiderer du
coſté qu'elle eſt agreable , fans fe
donner la peine d'examiner les
objets , &de reconnoiſtre tout ce
duMercure Galant. 101
qu'ils ont de bon &d'utile. Cette
profondeur d'eſprit eſt plus propre
dans l'entretient particulier,
où deux Sçavans ſe plaiſent de
penétrer la Nature , & de découvrir
la verité de toutes chofes,
mais il faut s'expliquer avec
beaucoup de netteté , & fur tout
ſçavoir les mots propres. Il faut
mefme autant fonger à bien penfer
qu'à bien dire , afin qu'on
n'ait point de peine à nous entendre
, & qu'on devine meſme
noſtre pensée. Outre que par ce
moyen on ſerend agreable dans
la Converſation , C'eſt qu'on évite
les équivoques,& les contre.
ſens qui peuvent donner de méchantes
idées , à ceux qui nous
écoutent. Ce qui nous excite
encordes fauffes interprétations
I nj
102 Extraordinaire
qu'on peut donner à nos paroles,
qui ſouvent attirent tant d'affai
res , & d'éclairciſſemens à ceux
qui ſe trouvent en Compagnie.
Le ſecret d'éviter cet inconvé
nient , eſt auſſi de bien écouter
ce qu'on dit , & de répondre à
propos. C'eſt une des plus grandes
perfections de la Converſation
, & j'ajoute que c'eſt le
moyen de bien parler , du moins
de parler juſte , qui en eſt la qualité
la plus eſſentielle. Quand on
ſçait bien écouter & bien ré .
pondre , dit l'Autheur de la Recherche
de la vérité , on rend non
feulement les Converſations agreables
, mais encor on les rend
utiles ; mais on cherche à diſputer
, & à paroiſtre ſcavant , &
par conſequent à toûjours parler
& étourdir les autres , & à s'édu
Mercure Galant. 103
tourdir ſoy meſme.
De tous les défauts de la Con.
verſation , je n'en trouve point
de plus infuportable , que celuy
de n'entrer point dans ce que
l'on dit . C'eſt ce qui fait répondre
mal- à- propos , rire à contre .
temps , difputer ſans raifon , &
ſe fâcher ſans ſujet. J'appelle
cette dureté d'imagination une
furdité d'eſprit , beaucoup plus
incommode que celle de l'oüye;
car un Sourd nous fait toûjours
pitié , & ne cauſe tout au plus
qu'une foible riſée ; mais un Stupide
excite noſtre indignation, &
noſtre mépris. Cependant il y a
peu de Gens qui ayent le don de
penétration , parce que ceux qui
ont l'oreille de l'efprit , ſi j'ofe
dire ainſi , ſubtile & delicate, font
I iiij
104 Extraordinaire
ſujets à de grandes diſtractions,
& pour vouloir trop entrer dans
ceque l'on dit , ne font pas moins
incommodes que les autres. On
ne doit pas deviner les penſées
d'un Homme contre ſon intention.
On en voit qui foüillent
juſqu'aux entrailles , & auſquels
on n'oferoit parler. Il ſemble
qu'on ſoit à la queſtion devant
eux ; on ne peut rien leur cacher,
ſi l'on eſt ſincere ,& ſouvent ils
obligent à mentir malgré qu'on
en ait , pour ſe tirer d'affaire. Je
vous entend, diront - ils , c'eſt
d'un teldont vous parlez . Cela
eſt arrivé à un tel , vous y eſtiez,
jele ſçay bien . Y a-t-il rien de
plus incivile un Amy feul , peut
vous parler de la forte . Il n'eſt
pas toûjours permis de deviner.
Il faut ſe contenter.de ce que
du Mercure Galant. 105
l'on veut bien nous dire. Quand
la choſe ſeroit de peu de conféquence,
& qu'on l'auroit devinée
, que ſçavons nous les inté.
reſts que cette Perſonne a de la
taire ? Peut- eftre qu'elle nous la
diroitdans le teſte à reſte , ou fi
nous marquions moins d'envie de
la ſçavoir ; mais de quelque maniere
que ce ſoit , elle a ſes raiſons
que nous ne devons pas examiner.
A Il ne faut donc pas affecter de
connoiſtre tour , & de ſçavoir
toutes choſes . Il eſt quelquefois
à propos de faire ſemblant d'en
ignorer beaucoup , pour laiſſer
parler les autres , & pour les entendre
mieux dire ; mais ſur tout
il ne faut jamais renchérir ſur ce
que les autres ont dit. Il n'y a
106 Extraordinaire
rien de plus impertinent que de
reprendre le difcours d'une Perfonne
, & redire tout ce qu'elle
a dit , fous prétexte qu'elle a oublié
quelques petites circonſtan.
ces. Pour en ufer de la forte , il
faut qu'on foit informé que vous
fçavez mieux la choſe dont il s'a.
git que celuy qui a parlé , &
meſme qu'on vous invite à le
faire, encor doit-on le faire fort
modeſtement , & d'une maniere
plus fimple que fi on avoit commencé
le récit ſoy - meſme, parce
que c'eſt s'élever au deſſus d'un
autre, que de vouloir mieux dire
ce qu'il a dit ; mais c'eſt encor un
autre défaut de faire ſemblant
d'ignorer toutes choſes,de ne ſçavoir
de qui l'on parle , de ne connoiſtre
perfonne , de qui parlez-
1
duMercure Galant. 107
1
vous ? qui eſt cet Homme- là ? demandent
à toute heure ces rufez
Ignorans. Cela vient quelquefois
de peu de préſence d'eſprit , ou
d'attention pour ce que l'on dit.
Ily en a qui ſont ſi diſtraits, qu'ils
s'ignorent eux meſmes , & d'autres
qui ne veulent pas ſe ſouve
nir des chofes , ou des Perſonnes ,
parce qu'elles leur ſemblent trop
baffes , &trop au deſſous de leur
dignité. Les Gens de peu de
naiſſance , & que la Fortune a
élevez , ont ce défaut. Ils ont
oublié juſques au nom de leur
Village. La plupart auffi croyent
qu'on connoiſt tout le monde
comme eux , par des quolibets,
&ils envelopent tout ce qu'ils
d fent, de forte qu'on ne les en
tend point , ou du moins qu'on
108 Extraordinaire
marque de ne les pas entedre. On
ne doit jamais l'expliquer ainfi
dans une grande Converſation ,
où il eſt rare qu'on ſe connoif
ſe tous , & qu'on s'entre - enten
de. Il faut nommer les chofes
par leur nom. C'eſt donc un
grand défaut de ne pas entendre
çe que l'on dit ; mais ç'en eſt un
plus grand de n'y pas répondre ,
& de biaiſer toûjours aux queftion
qu'on nous fait. On dit, &
il eſt vray , que les Normans
ne répondent jamais juſte aux
choſes qu'on leur demande ; mais
ils ne ſont pas ſeuls , il y a bien
des Perfonnes qui leur reſſemblent
, & qui trouvent fineſſe à
tout ce qu'on leur dit. Ils neman.
quent jamais de quelque faux
fuyant , pour détourner la quef
du Mercure Galant. 109
tion , ou pour ſe preparer à y re.
pondre. Ils croyent toûjours
qu'on leur tend un piege pour
les furprendre. J'avoue qu'il y
ades choſes ſur leſquelles on ſe
trouve embaraffe , lors qu'on eſt
obligé de parler précisément;
mais enfin on le doit faire fans
détour , & le plútoſt qu'il eſt
poſſible , ou ſe défendre libre-
-ment d'y répondre. Il y a des
Gens qui queſtionnent ſans ceſſe,
&qui réduiſent la Converſation
en Dialogue. Il n'y a que le
Maiſtre & le Diſciple qui parlent
, les autres écoutent. Cela
eſt inſuportable , mesme dans
l'entretien privé & familier , &
c'eſtune fort grande incivilité.
D'autres s'étonnent de tout , &
ſe récrient ſur tout ce qu'on dit.
۱
110
Extraordinaire
Ils ne sçavent pas les choſes les
plus communes,& oublient celles
qu'ils font tous les jours ; mais il
ne faut rien dire dans la Conver
ſation que l'on n'entende , qui
ne plaiſe , & où l'on ne ſoit inté
reffé . C'eſt une choſe auffi fore
qu'inutile , de parler d'une Perfonne
ou d'une affaire dont nous
n'avons point de connoiſſance,
& où l'on n'a aucun intereft , &
meſme lors qu'on n'en dit que
des choſes baffes & commu
nes ; comme ceux qui ne parlent
que des qualitez , & des
affaires de leurs Amis , oude leurs
Voiſins. On peut parler d'un
Homme inconnu , lors qu'il eft
extraordinaire , ou d'un Païs dont
on rapporte quelque choſe de
rare & de fingulier; mais il en faur
du MercureGalant.
dire peu , à moins que la Compagnie
ne ſe plaiſe à nous enten.
dre. C'eſt encor une belle choſe
de ne parler jamais que de foy
ou de ſa Famille , comme le petit
Marquis du Miſantrope ; d'avoir
toûjours quelque Enfant , quel.
que Scoeur , ou quelque Frere à
faire l'Eloge , & le portrait com.
me un autre loconde ; & quoy
qu'il foit meſime plus ſuportable
de loüer les Morts qui nous touchent
, il faut neantmoins banir
de la Converſation , les Oraiſons
Funebres de nos Peres, & de nos
Meres. Tout le monde ſçait cela,
cependant tout le monde a ce
foible , comme de faire fans ceffe
le récit de nos averſions , de nos
maladies , de nos dégoufts , &
de mille autre choſes qui cho-
{
112 Extraordinaire
4
quent l'honneſteté , & la bienfeance.
Que dirons nous de ces
Gens , qui apres s'eſtre répandus
ſur le Prochain, par la pente qu'ils
ont à la fatire, font de fi honteux
retours ſur eux. meſmes , qu'ils ſe
calomnient & ſe def honorent
fans y penfer ? J'ay connu une
Fille de qualité , d'un grandmé.
rite , mais d'une réputation un
peu fcabreuſe , qui parlant un
jour dans une celébre Compa.
gnie , des vapeurs dont elle avoit
eſté incómodée quelque temps,
dit qu'elle ne trouvoit point de
diférence entre ce mal , & celuy
de la groffeffe. Tout le monde
à ce mot hauſſa les épaules , n'o
fant ſe récrier par le refpect
qu'on avoit pour elle. Les Cavaliers
font auſſi ſouvent des bé-
L
du Mercure Galant.
113
1
veuës ſemblables , en parlant de
leurs proüeſſes . Enfin tous ceux
qui ſe loüent , qui s'aplaudiffent,
& qui ne fçauroient dire quatre
paroles fans parler d'eux , font
fujets à tomber dans de fâcheuſes
contradictions , à découvrir d'étranges
veritez , & à ſe démentir
fouvent eux. meſmes.
Ceux qui font toûjours rouler
la converſation ſur la Satire , la
rendent chagrinante & infupor.
ta . On fuit les Médiſans , car on
craint avec raiſon qu'ils ne tombent
enfin for noftre chapitre ,
& que nous ne ſoyons non plus
épargnez que les autres. De plus,
il eft certain qu'on fort d'unepa-.
reille converſation , avec je-neſçay
quel remord&quelle triſtefſe,
qui est une ſecrete punition
Q. d'Octobre 1682 . K
114 Extraordinaire 1
A
deta médiſance. On peut railler
dans la conversation , & dire les
défauts des autres, d'une maniere
honneſte& agreable , mais il le
faut faireavecune grande circon.
fpection; & je ne m'étonne pas
fi l'Eveſque de Veronne , dont
parle le Seigneur de la Caze, prit
tant de meſures pour avertir le
Comte Richard , qui l'eſtoit venu
voir , qu'il mangeoit de mauvai
ſe grace. Mais n'en déplaiſe à la
politeſſe du Seigneur de la Caze,
la maniere dontl'EvefquedeVeronne
en ufa , eſtoit fort choquante
, & je ſuis furpris qu'il
applaudiſſe à ce procedé. Le
Comte Richard avoit demeuré
quelque temps chez cet Evefque,
il pouvoit trouver cent moyens
de luy faire remarquer ce dé
du MercureGalant.
115
faut , fans attendre qu'il fut preſt
de partir, pour le faire accompagner
par un Gentilhomme , qui
luy dit en le quittant , que Monſeigneur
l'Evefque, pour le re
mercier de l'honneur qu'il luy
avoit fait de le viſiter , l'avoit
chargé de luy faire un préſent ,
qui estoit de luy dire qu'il avoit
remarqué qu'en mangeant , il
machoit avec une action un peu
diforme , & qu'il faifoit un cer
tain bruit qui bleſſoit les oreilles.
Le Comte rougit à ce dif
cours, dit l'Autheur; je n'en dou
te point, Le compliment le de
voit ſurprendre ,& je le trouve
bien plus honneſte Homme , de
ne s'eſtre pas offencé d'une pas
reille correction , que l'Eveſque
de la luy avoit fait faire. Il n'avoit
Kij
116 Extraordinaire
1
ofé luy en parler, de peur, diſoit-
¡l, qu'il ne le trouvaſt mauvais ; &
il ne craignoit pas de le luy faire
dire par un de ſes Domestiques.
Quelle délicateſſe? Cette civilité
eſt digne du Secretaire de la
Cour. Mais pour revenir à la raillerie,
il y a des Gens qui ne l'entendent
point du tout. La moindre
choſe les offenſe ; & ce qui
eft furprenant , les plus grands
Railleurs y font les plus ſenſibles.
Tout ce que l'on peut obſerver
la-deſſus , c'eſt de n'eſtre ny trop
piquant , ny trop délicat, la paffion
& l'acharnement pour la
raillerie , rendent un Homme
inſupportable , & la délicateſſe
&la ſenſibilité le font paroiſtre
ridicule . C'eſt le divertiſſement
des Compagnies ; & Tertu
du MercureGalant.
117
).
4
1
lien tout chagrin & tout auſtere
qu'il eſt dans ſes écrits , dit que
la raillerie eſt le propre de la ve
rité , & qu'on peut rire de ſes
Ennemis , que c'eſt meſme un
office qu'on rend à tous ceux qui
le méritent; mais il donne un excellent
precepte aux Railleurs ,
qui eſt de prendre garde que les
railleries qu'ils font des autres,
ne retombent pas fur eux. Saint
Auguſtin dit meſme , qu'il ya de
la charité à ſe rire des Ridicules,
afin qu'ils changentde conduite,
parce que les railleries entrent
fort avant dans le coeur , & font
unegrande impreffion ſur l'eſprit.
Mais toutes nos plaifanteries font
des biaiſemens de raifon , & des
égaremens de verité. Il eſt rare
d'eſtre plaiſant, veritable , & rai118
Extraordinaire
fonnable tout enſemble. La raifon
& la verité ſont ſérieuſes.
Le mouvement & la badinerie
font ridicules. Les faux Plaifans
reſſemblent aux Ardens qu'on
voit fur le bord des eaux, ils font
mille tours qui égarent ceux qui
s'arreſtent à les confiderer..
L'Homme ſe plaiſt naturellement
à peindre & à exprimer le
caractere des autres , il en con.
trefait la voix, les geſtes , & les
manieres. Il y en a quiexcellent
en cela , & qui font d'admirables
Comédiens ; ce ſont des Singes
dans les Compagnies , qui font
dangereux & qui font de grandes
malices en riant , parce que ces
Portraits s'impriment vivement
dans l'eſprit de ceux qui les é
coutent , & leur donnent quel
duMercureGalant. 119
quefois d'étranges opinions de
la perſonne qu'on leur repréſen .
te. Enfin rien in'eſt plus capable
de leur en inſpirer du dégouft &
du mepris. On aime ces eſprits
finges , mais ils ne font bons
qu'apres de grands Seigneurs,
ou plûtoſt ils en doivent eſtre
banis , lorsqu'ils font jeunes &
propres à ſe laiſſer prévenir par
de ſi ſotes impreffions ; car une
Perſonne de qualité eſt inſupor.
table , lors qu'elle eſt en boufonne,
ou trop railleuſe. Mon
tagne dit qu'il n'avoit point cette
faculté de repréſenter ingénieufement
les geſtes & les paroles
d'un autre, ce qui apporte, dit- il,
quelquefois du plaifir &de l'admiration.
J'en connois,&fur tout
des Femmes , qui ont l'imagina120
Extraordinaire
tion fi vive & fi fortement imitratice
de tout ce qu'elles voyent
& qu'elles entendent , qu'elles
font les meſmes geſtes , & parlent
de meſme ton que les Perſonnes
avec qui elles converſent. Cependant
il n'y a rien de plusbadin,
&mefme de plus choquant,
quand bien ceferoient des Gens
au deſſous de nous , parce qu'on
ne contrefaitjamais quelqu'un ,
que ce ne foit par mépris ou par
injure , à moins que dans un entretien
privé entre deux Amis,
qu'ils badinent l'un avec l'autre.
Je ne ſcay meſme s'il eſt de la
veritable politeffe , de repréſen .
ter le geſte & la voix de ceux
dont on rapporte les paroles;
car horfmis l'occafion de faire
un bon conte où cette repré.
ſentation
duMercure Galant. A
1211
ſentation a bonne grace , & en
fait ſouvent toute la beauté , je
ne ſçay, dis -je, fi on ne doit pas
faire ce recit ſimplement , fans
varier la voix ny faire aucune
grimace , car cela ſent trop le
Theatre , & tout le monde n'ai
me pas l'air Comédien , fur tout
dans un entretien ſérieux. Mais
que dirons-nous de ceux qui
dans de grandes Affemblées &
avec des Gens d'eſprit & de qua
lité , parlent toûjours dans le
langage de leur Province , &
affectent de tourner tout ce qu'ils
diſent ſur ce ton là , qui par une
fauſſe ſimplicité & par de mé.
chans mots , croyent faire pa
roiſtre beaucoup d'eſprit & d'al
grément? Jay ouy dire àun fort
habile Homme , qu'outre que ce
Q.d'Octobre 1682 . L
122 Extraordinaire
langage eſt incivile & ridicule
dans une Perſonne que l'éducation
ou la qualité doivent faire
bien parler , on ne doit pas meſme
s'en ſervir pour faire rire ,
quand bien on rendroit par là ce
que l'on dit plus intelligible &
plus agréable ; & la raiſon , difoit-
il, que ce langage là que vous
entendez & que vous trouvez
plaifant , n'eſt pas entendu des
autres & ne leur plaiſt pas. La
Muſe Normande ne fait rire que
les Normans ; & les Gaſcons
tout jolis & divertiffans qu'ils
fontdans leur entretien, fatiguent
& ennuyent quand il dure trop.
longtemps. Onne veut rien qui
ſoit outré dans la conversation ;
on y veut de la délicateſſe & de
la circonſpection . Mais cette
daMercureGalant. 123
prudence toute icrupuleuſe qu'
elle eft, eſt abſolument neceſſaire
pour converfer agreablement,
caril n'en eſt pas icy comme de
l'entretien familier, où l'on parle
àſon Amy librement &fans con.
trainte. Cet Amy nous connoiſt,
& nous pouvons nous expoſer
devant luy tout nud , & en Robe
de Chambre. Mais dans les Afſemblées
, où il ſe trouve toute
forte de monde , & fouvent des
Gensdont on ne connoiſt ny l'ef
prit ny le viſage , il faut ſe tenir
fur ſes gardes & fur le bon bout,
toûjours concerté, toûjours ajuſté.
Tout le monde a les yeux
fur nous , nous examine & nous
obſerve ; & ce n'eſt pas affez de
paroiſtre une fois de la forte , il
faut eſtre toûjours ainſi , ſi l'on
Lij
124
Extraordinaire
{
veut voir le beau monde , &jouïr
de cette agreable ſocieté. Mais
c'eſt une grande contrainte, dirat-
on , il eſt vray , pour ceux qui
n'ont pas l'uſage du monde , &
qui ne s'en ſont pas fait debonne
heure une habitude; mais quand
ona un peu étudié le monde , &
qu'on s'eſt formé ſur de bons modeles
, ce n'eſt plus une peine. II
n'y a que les Provinciaux & ceux
qui ne voyent perſonne, que cela
fatigue, & qui ne peuvent obferver
longtemps les regles d'une
juſte converfation.
Je connois une Perſonne qui a
beaucoup d'eſprit , & un talent
admirable pour la belle converſation
; mais pour foûtenir ſon
caractere , il luy faut toûjours des
Gens nouveaux , autrement ilre
duMercure Galant.
125
tombe dans une negligence de
penfer & de dire des chofes , qui
eſt ſigrande , qu'on ne le reconnoiſt
pas , & tel qui l'admiroit
une heure auparavant , le trouve
apres ridicule . La raiſon qu'il apporte
de cette grande inégalité ,
(car ſesAmis luyen font la guerre, )
vient de fon tempérament, qui ne
peut fouffrir la moindre contrain
te , & qui a beſoin de divers objets
, qui réveillent la mélancolie
qui l'accable ; mais outre cela
c'eſt qu'il ne fonge qu'à plaire, &
à ſe faire admirer à ceux qui ne le
connoiffent point , & qu'il en de.
meure là,&ne s'en met plus en pei.
ne, ſi- toſt qu'il a connu leur eſprit
& leur mérite. Il aime mieux faire
d'autres conqueſtes ; car il eſt des
eſprits coquets , qui veulent tout
L iij
126 Extraordinaire
ر ص
charmer, & qui ne font que chercher
ou eſt-ce? Ils mépriſent
preſque auffi- toſt ceux auſquels
ils ont pris tant de peine à plaire.
C'eſt neantmoins un défaut qui
vient en partie du peu de commerce
qu'on a avec le grandmon.
de, où il faut eſtre toûjours égal ,
à moins qu'on ne ſoit une Perfonne
du premier rang , ou de ces
eſprits comme Montagne , qui
font au deſſus des Loix; & qui par
leur caractere tranſcendant , ſe
font toûjours écouter de quelque
maniere qu'ils parlent. Ce Montagne
qui dit qu'il ne s'entretenoitjamais
plus fortement , &
plus licentieuſement qu'aux lieux
de reſpect & de cerémonies , cependant
il ajoute qu'il eſtoit fait
pour les grandes Compagnies ,
duMercureGalant.
127
mais comme il dit , pourveu que
ce foit par intervales & à mon
point. Voila la diférence qu'il y
a dans la converſation des Gens
du monde , & des beaux eſprits ;
les premiers font toujours preſts,
& on ne s'apperçoit jamais dans
leur air & dans leur maniere , de
l'inégalité de leur humeur. Ce
n'eſt pas qu'il n'y en ait quelquesuns
qui font les réveurs , pour paroiſtre
beaux eſprits , ou pour
marquer le peu de cas qu'ils font
de ceux qui les entretiennent.
C'eſt le vice des Gens de Cour
auſſi bien que des Provinciaux;
mais rien n'eſt de plus incivil que
de marquer qu'on ſe déplaiſt avec
les Gens, parce que la converfa.
rion eſtune occafion de reſpect &
de cerémonie , où l'on ne peur
Lij
128
1
Extraordinaire
manquer à l'honneſteté que les
Hommes ſe doivet dans la ſocieté
civile ; ce qui a fait dire à un Moderne,
que la converſation eſt un
commerce de civilité,de complai.
fance , &de fignes exterieurs pour
entretenir l'amitié& l'union entre
les Homes. Lors qu'on nous rend
viſite,ou que nous la recevos, c'eſt
pour nous faire honneur, ou pour
en faire aux autres . Or nous ne
devonsjamais rien faire qui puiffe
marquer ny mépris , ny dégouft
pour les Perſonnes avec qui nous
converfons. La converſation n'eſt
pasune diſpute , une conférence,
un entretiend'affaire ; il n'y a icy
ny intéreſt àménager, ny party à
prendre,ny opinion à ſoûtenir.Ce
n'eſt pas nonplus une colíuë, où
chacun ſe rencõtrant par hazard,
du MercureGalant. 129
ſe traite avec indiference; c'eſt un
commerce de civilitez , de ref
pects , & de complimens. L'honneſteté
qui en eſt le fondément, y
doit regner depuis le commenment
juſqu'à la fin ; & je m'étonne
que ceux qui veulent toû
jours plaire , négligent d'avoir
de la complaiſance, puis qu'il faut
ſe plaire avec lesGens, ſi l'on veut
leur eftre agreable . On peut eſtre
icy humble fans baſſeffe,&fimple
ſans ignorance. Il ne faut pas mépriſer
tous ceux qui ne ſçavent
pas le langage& les miferes de la
Cour ; qui n'ont jamais oüy parler
de Deſcartes, de la Princeffe
de Cleves, ou des opinions de la
Grace. Lebon ſens & la raiſon ,
font quelquefois en un plus haut
degré dans les Hommes du com-
1
130
Extraordinaire
1.
i
1
F
4
mun , que chez les Docteurs , &
les Courtisans . Y a-t.il rien de
plus beau que cette raiſon & ce
bonſens tous purs , & dépoüillez
de mille bagatelles , qui en font
d'ordinaire fort éloignez , ou du
moins qui ſe trouvent rarement
ensemble. Qu'il y a de plaifir
d'entendre un Homme ou une
Femme de bon fens , qui ne va
que terre à terre, mais qui a les
ſentimens droits , qui parlejufte,
&qui ne dit que ce qu'il faut dire
! Les converfations de ces
Gens- là font douces &paiſibles .
On s'y delaſſe agreablement des
contentions de la difpute , de ce
babil & de cette cririe cótinuelle
des faiſeurs de Contes & d'Hiftoires.
Ceux qui s'y ennuyent &
qui les trouvent trop languiſſanduMercureGalant.
131
tes , peuvent en fortir, fans faire
le perſonnage du Fâcheux bel efprit
, du Miſantrope de Moliere.
Aux conversations mesme il trouve à
réprendre,
Cesontpropos trop baspourydaigner
defcendre,
Etles deux bras croiſez, du haut de
Son esprit,
Ilregarde en pitié tout ce que chacun
dit.
Mais qu'il ſe ſouvienne de cette
reflexion de Male Duc de la Rochefoucault
, qu'un Homme
d'eſprit feroit ſouvent bien em.
baraffé , ſans la Compagnie des
Sots ; & qu'il foit perfuadé qu'il
n'eſt pas moins pitoyable que les
autres, lors qu'il donne trop dans
legrandair , & dans la bagatelle.
En voicy une peinture dans les
132
Extraordinaire
Vers de Regnier ; qui pour eſtre
vieille, ne laiſſe pas d'eſtre encor à
la mode , & de repréſenter au
naturel la converſation de ces
Chevaliers ſpirituels & délicats ,
lors qu'ils font avec les Dames .
En détournant lesyeux, Belle, à ce que
j'entens,
Comment gouvernez- vous les beaux
efprits du temps?
Puis faisant le doucet de parole&
dégeste,
Ilse met fur un Lit, laj ditje vous
proteste,
Quejeme meurs d'amour , quandje
fuis pres de vos s.
Ie vous aimefi fort quej' n ſuis tout
jaloux;
Etrechangeant de note , il montre fa
Rotonde,
Cet ouvrage est-il beau ? que nous
Semble dumonde?
du MercureGalant.
133
L'Homme que vous sçavez m'a dit
qu'il n'aime rien .
Madame, à voſtre avis , aujourd'huy
fuis-je bien?
Suis-jepas bien chauffé? majambe cftellebelle?
Voyez cetafetas, la mode en est noure
e.
Cet oeuvre de la Chine. Apropos on
m'a dit,
Que contre le Clinquantle Royfait
unEdit.
Surle coude ilſe met , trois boutons il
délaffe.-
Madame , baiſez - moy , n'ay-je pas
bonne grace?
Que vous eftes fâcheuse! à lafin on
verra ,
Rosette,le premierqui s'en répentira.
Je voudrois que Regnier euſt
voulu faire la Converſation en-
1
134
Extraordinaire
tiere,& nous dire ce que la Dame
répondit à toutes ces gentilleſles ;
mais il eſt aiſe de ſe l'imaginer,
par ce que nous entendons dire
tous les jours à de certaines Femmes
, qui ne démentent en rien
le caractere de nosjeunes Chevaliers
. Comme les Femmes font
la fleur & l'ornement de la focieté
civile , elles ſont auſſi le
charme & l'agrément des Compagnies.
Sans elles , point d'honneſteté
, de politeffe , & de galanterie,
qui font les trois fources
des belles& des grandesConver
ſations , & d'où l'on tire des regles
parfaites pour y bien réüffir;
mais il faut avoüer que les Femmes
ont rendu depuis quelque
temps la Converſation un peu
trop licentieuſe, & qu'elles Pont
>
135
duMercure Galant.
déreglée , ſous prétexte d'une
plus grande liberté, & d'un plus
grand enjoüement. Le badinage
du teſte -à- teſte, a cauſe la diſſolution
des entretiens . Les Femmes
ſe ſont accoûtumées aux
mots libres , & à double fens ; &
la licence qu'elles ont permiſe
aux Cavaliers , de leur en dire,
fait qu'elles ont aujourd'huy
mauvaiſe grace de s'en offencer.
Elles ont crû qu'il eſtoit de leur
devoir, de chanter & de répondre
, & l'on en voit telle qui en
dit plus qu'on ne luy en peut
dire. Les Dames ſont ſcavantes,
fpirituelles , & agreables fur ce
point ; mais qu'elles prennent
garde à la conféquence. Les Prudes
en ſouffriront, ou plutoſt on
ne reconnoiſtra plus deſormais
136
Extraordinaire
la Prude d'avec la Coquete. La
pudeur doit toûjours eſtre le ca.
ractere du beau Sexe ; mais les
Cavaliers perdent le reſpect,
quand les Dames ne craignent
pasde perdre la retenuë ; car enfin
le déreglement des penſées &
des paroles , eſt le commence.
ment de celuy des moeurs. Une
Converſation licentieuſe , laiffe
de méchans préjugez de la conduite
des Gens. On a beau dire
que c'eſt pour paroître agreable
& de belle humeur. Le moyen
d'eſtre cruelle & férieuſe dans le
particulier , quand on aime tant
àparoître douce & enjoüée dans
le public ? Celles donc qui s'attirent
des affaires par leur trop
d'indulgence , ne méritent pas
qu'on les plaigne. Je le dis en.
du Mercure Galant.
137
cor; toute Femme qui ſouffre
qu'on lay diſe des bagatelles , &
qui ſe plaiſt d'y répondre, mérite
qu'on la pouffe, & a tort de s'offencer
de tout ce qu'on luy peut
dire . C'eſt un ſérieux à contretemps,
qui la rend ridicule. Il eſt
à pardonner à une Femme d'une
humeur délicate & fcrupuleuſe,
de ne pouvoir fouffrir de paroles
un peu libres ; mais comme la
corruption eſt grande , il ne faut
pas s'éfaroucher de tout. On en
voit qui rougiffent du moindre
mot , & qui ne rougiffent point
de nommer les chofes par leur
nom. Parce qu'eljes ont unMary
ou des Enfans , ou parce que ce
font des Filles qui ont paſſé un
certain âge qui les met au rang
des Femmes, elles croyent que
2. d'Octobre 1682 . M
?
138 Extraordinaire
tout leur eft permis , & que cela
ne tire point à conféquence.
Comme les équivoques font fort
ordinaires fur cette matiere , je
croy qu'il ferabon icy de remarquer
celles qui ſe peuvent ſouffrir
dans la Conversation, & cel
les qu'on en doit rejetter .
On peut réduire toutes les
équivoques à quatre fortes. Il y
en a de malicieuſes, de neceffai.
res, d'impréveuës, &d'ignorantes.
Les équivoques malicieuſes,
ſont celles qui fortent de labouche
des Libertins. Elles procedent
de la corruption du fiecle,
&compofent tous les diſcours
des Imprudens & des Voluptueux.
Elles ſaliſſent toutes l'imagination
, & corrompent la
volonté; car c'eſt en vain qu'on
duMercure Galant. 139
croit cacher le vice en le dégui.
fant , & que l'ambiguité des paroles
doit couvrir la ſaleté des
penſées. Le meſme eſprit qui les
fait dire , les fait entendre ; &
comme on s'arreſte davantage
aux chofes qui ont quelque diffi
culté , plus le ſens en paroift ca
che, & plus on s'attache à le vou
loir penetrer. On voit meſme
des Perſonnes qui ſont plutoſt
choquées par de ſales équivoques
, qu'elles ne l'auroient eſté
par le ſimple recit de la chofe
qu'on leur vouloit faire entendre,
car plus ce qu'on dit eſt délicatement
envelope, plus il touche
celuy qui l'écoute , lors qu'il a
P'eſprit fubtil & penetrant ; c'eſt
pourquoy ces façons de parler
font toûjours dangereuſes , lors
Mij
140
Extraordinaire
qu'elles viennent d'un eſprit fin,
&qu'elles tendent à une oreille
délicate.. Je ſçay bien que les
équivoques peuvent eſtre permiſes
, lors qu'elles envelopent
une choſe qu'on ne peut pas dire
d'une autre maniere, fans bleſſer
la bienféance & l'honneſteté. Il
faut épargner les Gens avec qui
l'on parle ; mais lors qu'il n'y a
point de neceſſité, il faut s'abſtenir
de cette petite fineſſe , qui
loinde cacher les chofes, les découvrent
le plus ſouvent. Montagne
eſt du ſentiment qu'il n'y a
point de paroles fales, & les Débauchez
juſtifient par là leurs
équivoques ; mais il eſt certain
que s'il y a des penſées ſales ( ce
qu'on ne peut nier ) il y a des paroles
ſales , puis que les paroles
M
du Mercure Galant. 141
ne font autre choſe en cette occaſion
que les images de ce que
penſent les Libertins.
Il y a des équivoques neceffaires
; car on ne peut pas toû
jours exprimer les choſes ouver.
tement, en tous lieux, &devant
toute fortede Perſonnes . Cellescy
ſe peuvent appeller des équivoques
d'affaires & d'intrigues,
qui fervent à ſe faire entendre
( devant ceux de qui on ne veut
pas eſtre entendus. Un mot de
diférente ſignification , un endroit
hiſtorique expliqué à contrefens
, un Proverbe , peuvent
cacher une affaire , & en dérober
la connoiffance. Elles font
honneſtes , fubtiles , adroites, &
rarement criminelles. Pour les
équivoques impréveuës , elles
142
Extraordinaire
font fort communes dans toutes
les Converſations . Elles viennent
de la rencontre inopinée des
mots, de leur diferente ſignification,
de la vivacité de l'eſprit , &
du peu de reflexion qu'on fait ſur
les choſes. C'eſt ce qu'on appelle
des mal.entendus , des jeux de
mots, des tromperies de paroles..
On en voit à toute heure des
exemples , mais je n'en puis oublier
une de cette eſpece , que
j'entendis il y a peu de temps..
Des Religieux préſentoient une
Requeſte au Conſeil,par laquelle
ils demandoient que des Religieuſes,
qui pour eftre un peu trop
leurs voiſines, & meſmejointes à
leur Maiſon , les interrompoient
en faiſant leur Office ; ils demandoient,
dis -je, ( & voicy l'é
duMercure Galant. 143
quivoque ) qu'il leur fut permis
de n'avoir qu'un Chooeur , com.
me ils ne faifoient qu'un mesme
Corps , eſtant d'un meſme Ordre
; qu'ils cédoient toutes leurs
autres prétentions,pourveu qu'ils
n'euffent qu'un Chocur. Cette
équivoque, quin'eſtoit qu'unjeu
fait ſans y penſer, ne laiſſa pas de
gâter la Requeſte, & de rendre
les pauvres Religieux ridicules..
Je ne parle point icy d'une autre
forte d'équivoques qui ſe fait encor
de la meſme ſignification , &
du meſme ſon des mots. Autrefois
c'eſtoit une figure , mais les
habiles Gens l'évitent avec ſoin.
Ces fortes dejeux de mots font
un plaiſant caractere ; mais, Dieu
mercy , l'on commence à ſe défaire
des quolibets, & des turlu
144
Extraordinaire
1
pinades . Il y a encor des équi
voques ignorantes & groflieres ,
qui font fréquentes parmy le
Peuple, & les Perſonnes qui pary
lent mal , parce que la plupart
viennent de la corruption du lan
gage, & d'une méchante éduca
tion ; mais ceux
prit, & qui ont efte bien nourris ,
les évitent facilement .
qui
2
ont de l'ef
Comme les contes font la plú
part des entretiens ordinaires , 2
& qu'il y entre beaucoup de
ces équivoques licentieuſes dont
je parle , il feroit à propos de marquer
de quelle nature ils doivent
eſtre ; mais n'ayant pas entrepris
d'entrer dans le fond de la Con
verſation , ce qui feroir d'un trop
long détail , &de donner icy des
regles dela Morale Chrétienne១៧
シイ
duMercureGalant.
145
jenem'attache point à examiner
les défauts qui regardent les
moeurs , ny les qualitez qui peuvent
la rendre pure & fainte.
Tant d'habiles Eccléſiaſtiques
ont écrit ſur cette matiere , que
ce feroit inutilement quejem'en
voudrois meſler , à joindre que
la converſation du monde dont
jeparleicy , n'eſt pointdu reſſort
des Devots. Ils ne doivent point
s'y trouver , s'ils n'y font appellez
, & ils devroient plútoſt en
ignorer les maximes , que de les
cenſurer. Ils voudroient qu'on y
parlaſt toûjours de Dieu , & je
voudrois qu'on n'y en parlaſt ja
mais , du moins lors qu'elle eft
remplie de Gens , qui ne ſongent
n'ya s'amender,ny à s'inſtruire. Il
faut laiſſer la Religion pour les
Q. d'Octobre 1682 . N
146
Extraordinaire x
entretiens particuliers,&pour les
Perſonnes éclairées & folitaires ,
elle demande un reſpect & une
attention qui ne ſe rencontre
point dans le bruit , & le tracas
desconverſations du monde. Ce.
pendantje puis dire qu'une Converſation
reglée de la maniere
que je la repréſente , eſt peu diférente
de celle des Hommes les
plus auſteres , & les plus criti
ques ; & que pour eftre accomo.
dée àla politeſſe &à la délicatefle
du fiecle , elle n'eſt aucunement
éloignée desmaximes de la Mo
rale ,&de la Religion ;mais pour
revenir aux Contes , & aux Hif
toires dont j'ay déja parlé , ils ne
doivent rien avoir de trop libre,
ny qui choque la pudeur , &
P'honneſteré. J'eſtime infiniment
daMercureGalant. 147
lamaniere de coter du bet efprır,
quinous a donné les Fables choi
fies dePhedre,&d'Efope;maisjo
ne puis approuver qu'on déterre
Boccace& l'Arrétin , pour nous
faire rire ; & qu'au mépris de la
Religion, on ramaſſe fi curieufe
ment tout ce que l'on ditde plus
infâme contre ſes Miniſtres. Les
Cavaliers qui ont remarqué que
les Dames liſoient fans fcrupule
&avec plaifir , ces Contes nou.
veaux , ou plûtoſt ces vieuxCon.
tes habillez à la mode , ſe ſont
érigez en Conteurs ,& les ont
miſes en humeur de les écouter,
- mais ceux qui excellent en cela,
doivent ſonger que quelque ef.s
prit& quelque agrément qu'il y
aitdans les bagatelles , on s
laffe à la fin ,&de ceux qui les
s'ent
Nij
148 Extraordinaire
1
debitent ; mais on ne ſuit pas
moins les faiſeurs de Complimens.
Rien n'eſt plus ennuyeux
qu'une Converſation de cette
forte. Les bagatelles font neantmoins
la plupart des entretiens
des Hommes , & des Femmes;
&ce qui eſt plaiſant , c'eſt qu'ils
appellent celades Converſations
ſérieufes , comme ſi ce ramas confus
de paroles , qui ne veulent
rien dire , & ces ceremonies affectées
& ridicules , ſe devoient
nommer ainfi . C'eſt ſe tromper
le Compliment ne doit jamais
faire le fonds de la Converſation
; il y entre quelquefois
comme dans les Lettres , & en
peut faire l'entrée , & la fortie,
lors que la Converſation ſe paſſe
dans une viſite reglée ; mais on ne
duMercureGalant. 149
fait jamais des Converſations en
Complimens. Il faut laiſſer ces
Dialogues- là à l'Autheur de la
Civilité Françoiſe , qui fait dire
de ſi jolies choſes à la Dame qui
peint dans ſon Cabinet , & au
Cavalier qui luy rend viſite. On
ſe fait des viſites de Complimens,
comme fur le mariage , ou la
mort d'un Parent ou d'un Amy;
mais ces viſites ne ſont pas des
Converſations , elles ſont courtes
, & on y parle rarement d'autre
choſe que de ce qui nous y
mene. Pour ce qui eſt des Complimens
qu'on peut faire dans la
Converſation , outre qu'ils doivent
eſtre rares , il faut qu'ils
foient courts , & jamais ne s'en
faire un jeu ; cela embaraſſe toute
la Compagnie, qui n'aime pas
4
Niij
150
Extraordinaire
d'entendre des fleuretes , où elle
n'a aucune part. Mais enfin , ceux
qui ſe meſlent de faire des Contes
& des Complimens , doivent s'en
acquiter de bonne grace , foit du
coſté de la voix , & du gefte , &
voicy l'endroit où je dois parler
de ces deux choſes .
Tous ceux qui parlent avec
paffion , parlent haut , fi ce n'eſt
ces Doucereux qui débitent des
Heuretes du ton bas ; mais il faut
croire qu'ils ne ſont pas fort tou
chez,&que ce ne font pas leurs
foûpirs qui les ſuffoquent , & qui
leur oftent la voix . Tous les au.
tres parlent donc haut quand ils
ont de la voix , mais tous ceux
qui parlent haut , ne parlent pas
toûjours avec paſſion . Il y en a
qui ont naturellement la voix .
..
D
duMercureGalant.
151
1
haute&perçante , & qui ne peuvent
ſe corriger de ce coſté- là.
Les grands Parleurs , ceux qui
dogmatiſent , & qui enſeignent
par tout où ils ſe trouvent , ont le
tonhaut,& font une cohuë de la
Converſation , car il n'en faut
qu'an pour exciter tous les autres.
C'eſt à qui criera le plus haut
pour ſe faire entendre , & ce n'eſt
que du bruit que tout ce qu'on
écoute. On doit éviter icy le
ton de Prédicateur , & d'Avocat,
tant ce qui a l'air de la Chaire &
du Barreau eſt inſuportable dans
la Converſation ; mais pour revenir
au tonbas& radoucy de la
voix , il n'eſt propre que dans le
refle à teſte ; hors de là , il faut
parler pour ſe faire entendre ; &
lors qu'on prend ſon ton ſelon les
Niiij
152
Extraordinaire
li
matieres qu'on traite , le nombre
des Perſonnes qui nous écoutent,
& l'étenduë du lieu où l'on eft ,
on ne parle jamais ny trop haur,
ny trop bas. Il faut donc pratiquer
exactement les regles , afin
de ſe former un ton de voix qui
foit juſte & naturel pour la Con.
verſation .
Lors que l'action eſt naturelle,
& bien ménagée , elle doit ac
compagner le difcours de celuy
qui parle . C'eſt une eſpece d'expreſſion
, dit le Chevalier deMeré
, & tout ce que l'on fait de la
mine & du geſte , eſt agreable,
✔ pourvû qu'on le faſſe de bonne
grace , & qu'il y paroiſſe de l'efprit
; mais il ne faut pas eſtre Ac
teur de rien , comme Diſeur de
rien. Le coeur & l'efprit font
&
du Mercure Galant. 1153
roújours de compagnie dans la
Converſation , ce qui ne ſe peut
faire fans action , & fans mouve
ment. On ne parle pas feulement
pour faire entendre ſes penſées
, on parle encor pour exprimer
ſes ſentimens ; & ces deux
choſes ſe rencontrent toûjours
dans la Converſation . Il faut
eſtre touché pour toucher les
autres , qui eſt le but de tous nos
entretiens ; & fans le coeur , tout
l'eſprit du monde n'émeut pas;
mais ſi on eſt animé ſans eſprit,
on eſt broüillon , emporté , &
fort incommode dans une Compagnie
; mais lors que l'efprit regle
nos fentimens , c'eſt le moyen
d'eſtre agreable. Le geſte eft
non ſeulement l'éloquence dư
corps , il fait paroiſtre celle de
1
154
Extraordinaire
1
l'efprit; & ceux qui parlent le
mieux , font d'ordinaire plus gefticulatifs
que les autres. Nous
avons veu une grande Princeſſe,
- qui n'eſtoit pas moins celébre
par fon efprit , & par ſa beauté,
que par ſon illuſtre naiſſance, qui
ne parloitguére que par geſtes,
un fignede la teſte , des yeux, ou
de la main , aucun vous m'entendez
bien , eftoit ſouvent le plus
grand entretien qu'on eut avec
elle. Cependant cela vouloit dire
beaucoup de choſes , pour ceux
qui avoient de l'eſprit , & qui la
connoiffoient. Cette Princeffe
avoit auffi de grands ſentimens,
car les ſignes font le langage du
coeur , & plus l'on a l'imagination
vive ,& les paſſions violentes , &
plus on fait de geſtes ; mais on
du MercureGalant. 155
peutdire auffi que pluson eſt intérieur
, & recueilly en foy-mef
me , & moins on parle de la langue
& des lévres. Cette Princeffe
avoit auffi plus affecté ce
langage müet, depuis qu'elles'ef
toit miſe dans la dévotion , où
elle croyoit qu'il faloit retrancher
cegrand nombre de paroles
oifeuſes & inutiles , où les Gens
du monde abondent.
Il n'eſt rien de plus fariguant
danslaConv ſation qu'un grand
Parleur , qui dés qu'on commen.
ce un difcours , nous rompt en
viſiere, &qui ſe meſle d'interpreter
juſques aux moindres penſées
de ceux qui parlent ; qui
croit que rien n'eſt bien dit , s'il
ne fort de ſabouche ; &qu'il eſt
feul capable de donner un beau
1
156
Extraordinaire
tour aux choſes que les autres di.
fent. Apres qu'il a étourdy une
Compagnie du long récit de ſes
avantures, apres qu'il s'eſt épuisé
fur les nouvelles& fur les affaires
du temps, fi quelqu'un veut prendre
la parole pour luy répondre ,
ou pour détourner fon babil , il
revient tout de nouveau à la char.
ge , & recommence avec plus de
chaleur qu'auparavant. Enfin
c'eſt le fleau des Compagnies; &
fi on ſoufre ce défaut dans les
Femmes , il eſt impardonnable
pour les Hommes , mais je ne
trouve rien auſſi de plus ridicule,
que l'admiration qu'ont de certaines
gens pour ceux qui parlent
peu. Vous diriez que ce font des
Oracles que tout ce qu'ils diſent,
&bien ſouvent ils ne diſent, que
duMercureGalant. 157
des bagatelles , auffi bien que les
autres . A la vérité on en eft
moins importuné , mais ils ren
dent la Converſation ſtérile , en
nuyeuſe , & languiſſante. Il faut
donc prendre icy un juſte milieu
entre le grand Parleur,&le ta
citurne. Celuy qui parle trop,
gafte & étoufe toutes les belles
choſes qu'il dit. Celuy qui parle
peu , ne doit rien dire de bon
s'il veut eſtre eſtimé , & meriter
qu'on l'écoute. Il faut eſtre bel
efprit , & reconnu pour tel dans
une Compagnie , pour ſe taire
avec eſprit. Un Homme est- il
agreable qui ne dit rien , ou qui
eſt longtemps à dire ce qu'il dit ?
Et s'il dit de belles choſes , le
temps qu'il prend à les dire n'en
diminuë- t- il point le prix , & la
158
Extraordinaire
beauté ? Les Fruits tardifs nefont
pas toujours les meilleurs , &
ceux du Printemps font bien
plus charmans que ceux de l'Au
tomne. Un bel eſprit dans la
Conversation , abhorre le babily
&n'affeête pas le filence. Ildon
ne du poids , & de la gravité à
ſes paroles , mais elles n'ont rien
de lourd, &de ſtupide. Il ſçait
quand il faut parler , ou quand il
faut ſe taire ; qu'il y a des temps
où il faut parler peu , & penfer
davantage ; & d'autres où il faut
ſouvent parler , & dire des chop
ſes agreables ; enfin qu'il faut
ſuivre l'inclination , & l'humeur
deceux avec lesquels on eft obli
gé de converſer. Il y a une grande
diférence entre la Confe
rence , l'Entretien ,& la Con
duMercure Galant. 159E
verſation. Dans la Conférence,
ons'échaufe , on diſpute , on con.
teſte; & tout cela ne ſe fait pas
ſans beaucoup parler. Dans l'Entretien
familier, on ſe parle librement
, & avecnégligence ; mais
dans la Converſation , tout doit
eftre régulier , & concerté ; rien
de trop , ny de trop peu ; & ceux
qui s'en tirent le mieux , ſe peuvent
vanter avec juftice de pofſeder
l'art de bien parler , qui
dépend de l'art de bien penſer;
mais l'on ſupoſe l'autre , lors
qu'on ne dit que ce qu'il faut
dire, qu'on ſçait démefler les
penſées qui ſe préſentent ,&s'arreſter
toûjours aux meilleures .
La Converſation eſt un commerce,
où chacun trafique pour
foy &felon ſes moyens. Mais il
1601 Extraordinaire
faut ſçavoir le négoce pour y entrer;
caron en a banny tous les
caracteres qui pouvoient rompre
cetagreable commerce. Tous les
Homesne fontpas fociables,quoy
qu'ils ſoientnez pour la ſocieté;
non ſeulement les Stupides& les
Brutaux ; mais encor les ſcavans
&les habiles, les Gens d'affaire,&
de cabinet, n'y ſont pas toujours
propres , ils font trop diſtraits &
trop ſpéculatifs. Il faut avoirune
gayeté &un agrément,que lesLi.
vres&les affaires nous oftent bien
plutoſt que de nous les donner.
L'eſpritdela coverſation eſtun ef
prit naturel,ennemy du travail, &c
de la contrainte. On dit quec'eſt
le métier des Gens oififs ,& qui
n'ont rien à faire'; mais ce n'eſtog
pas affez d'eſtre à loiſir, &n'avoirn
du MercureGalant. 161
P
rien dans l'eſprit qui nous occupe
&nous inquiete. Il faut eſtre encor
debelle humeur , & dans les
jours où tout nous rit , & tout
nous plaiſt , où l'on s'aime avec
foy meſme& avec les autres.L'ef
pritdebien des Gens eſt journa
lier,comme le vifage, c'eſt pour.
quoy il y en a qui ne veulent pas
toûjours ſe trouver en converfation
; Semblables à ces Belles
qui ont de certains jours qu'elles
ne ſont pas viſibles. L'on dit mefme
qu'il y a des jours malheureux
pour la conversation , auſſi bieng
que pour le jeu , où l'on ne peut
nybien penſer ny bien dire ; une
rencontre, un nuage , une diſtra
Etion, arreſte , obſcurcit, &trom
peles eſprits les plus forts, les plus
fins, les plus brillans ; de plus , il
Q.d'Octobre 1682. Q
1
1
1601 Extraordinaire
faut ſçavoirle négoce pour yen
trer, caron en a banny tous les
caracteres qui pouvoient rompre
cetagreable commerce. Tous les
Homesnefontpas fociables,quoy
qu'ils foientnez pour la ſocieté;
non ſeulement les Stupides& les
Brutaux ; mais encor les ſcavans
&les habiles,les Gens d'affaire, ε
de cabinet, n'y ſont pas toujours
propres , ils fonttrop diſtraits &
trop ſpéculatifs. Il faut avoirune
gayeté&un agrément, que lesLivres&
les affaires nous oftent bien
plutoſt que de nous les donner
L'eſpritdela coverſation eſt un ef
prit naturel,ennemy du travail,&c
de la contrainte. On dit quec'eſt
le métier des Gens oififs , & qui
n'ont rien à faire ; mais ce n'eſtog
pas affez d'eſtre àloiſir, &n'avoir
du MercureGalant. 161
R
rien dans l'eſprit qui nous occupe
&nous inquiete. Il faut eſtre encor
debelle humeur , &dans les
jours où tout nous rit , & tours
nous plaiſt , où l'on s'aime aveci
foy meſme&avec les autres .L'ef
pritde bien des Gens eſtjournalier,
comme le viſage, c'eſt pour.
quoy il y en a qui ne veulent pas
toûjours ſe trouver en converfation
; Semblables à ces Belles
qui ont de certains jours qu'elles
ne ſont pas viſibles. L'on dit mefme
qu'il y a des jours malheureux
pour la converſation , auffi bien
que pour le jeu , où l'on ne peut
ny bien penſer ny bien dire ; une
rencontre, un nuage , une diſtra
Etion, arrefte, obſcurcit, &trom
pe les eſprits les plus forts, les plus
fins, les plus brillans ; de plus , il
Q.d'Octobre 1682. Q
162 Extraordinaire
ya des Perſonnes avec qui on a
de la peineà ouvrir la bouche, qui
n'inſpiret ny eſpritny plaifir;d'autres
qui prennent un certain af
cendant, qui rebute de telle forte
qu'on ne s'entretiết avec eux que
par force. Le monde est compofé
de deux fortes de Gens; les uns
penſent à leurs affaires; les autres
fongentà leurs plaiſirs. Il n'y a
que les derniers qui ſoient agreables
dans la conversation ; mais
comme ils s'y trouvent mêlez
tous les jours , la grande habileté
confiſte à les bien connoiftre &
åſe bienménager avec eux. Il faur
avoir pour cela le don de ſe com
muniquer , ſçavoir plaire &n'avoir
riende rebutant dans l'eſprit
&dans la perſonne. Je croyque
Montagne aeu raiſon de dire que
du MercureGalant. 163
laVieilleſſe n'eſt plus propre pour
les Compagnies ; outre les dé
Compagni
fauts qui luy font ordinaires , elle
eſt trop ſérieuſe & trop chagrine,
&l'on veut icy du brillant & de
l'enjoüé. Ce doit eſtre l'école de
la Jeuneffe. Les Viellards ont
pour leur partage, la Conférence
&le Cabinet.ht
On fuit les Gens trop polis , &
trop exacts; mais on ne peut eſtre
ny trop civil , ny trop complai
fant , non pas de cette civilité ce
rémonieuſe, & façonniere, quieſt
à charge à tout le monde , mais
d'une civilité ſoûmile , & refpe-
Queuſe, ſi naturelle aux honneſtes
Gens,&qui plaift tant à ceux qui
le font& meſmeà ceux qui ne le
font pas. Jen'entens pas auſſi une
coplaifance baffe& fervile, qui eſt
Oj
L
1
164 Extraordinaire
ridicule & mépriſable ; mais une
complaiſance agreable, aifće, &
ſpirituelle, qui flate à propos, &
qui nous attire l'eſtime & l'ap
probation de nos Ennemis mef
mes. Enfin il faut eſtre ſage,
honneſte, modeſte,doux,& avoir
les manieres infinuantes. La neceffité
nous contraint de traiter
avec toutes fortes deGens, pour
ce qui regarde les affaires ; encor
eft -on bien- aiſe d'agir avec
d'honneſtes Gens , de viſage &
d'humeur agreable , tout en va
mieux , & les choſes ſe font plus
aiſément. Mais dans la conver
ſation , on y veut des Perſonnes
de choix , autrement elle eſt ſe
che, & plus fatigante que les af
faires . Mais voicy en trois mous
les qualitez neceſſaires pour la
du Mercure Galant. 163
converſation; un grand uſage du
monde; rien dans les penſées ny
de trop bas , ny de trop relevé,
dans l'expreſſion, rien d'obſcur
& d'affecté ; dans le geſte , rien
de trop guay, ny de trop triſte.
Mais je ne puis mieux finir ce
Difcours, que par les paroles de
M' de Balzac , que j'ay tirées
d'une Lettre qu'il écrit à M
Coëffereau. Il femble qu'elles
m'ont fourny de texte , & que
tout ce que j'ay dit n'en est que
laparaphraſe. UnhonneſteHome
medans la converſation, propoſe
l'amour&fes opinions de la mefme
forte que les doutes, &n'é
levejamais le ton de ſa voix pour
prendre avantage fur ceux qui
neparlent pas fi haut. Il n'y a
sien de fi odieux qu'un Prédica
166 Extraordinaire
teur de Chambre, qui annonce
ſa propre parole , & dogmatiſe
fans miſſion. Il faut fuir les geſtes
qui paroiffent des menaces , &
les termes quiſentent le ſtile des
Edits. Il ne faut ny accompagner
fon diſcours de trop d'action, ny
riendire de trop affirmant. Finalement
la converſation a plusde
raport à l'Etat populaire , qu'au
gouvernement d'un ſeul, &chacan
y a droit de fuffrage , & y
joüit de la liberté.
FATA DELA FEVRERIE..
52
duMercure Galant. 167
25525-52255-525222
SENTIMENS SUR
toutes les Questions duXVIII.
Extraordinaire.
Si une Fille riche, & laide, eft à
préferer à une autre qui n'a
point de Bien , mais qui eſt
belle , & d'une humeur tres
douce.
Siecle!
gent,
Ômoeurs! toûjours l'ari
Desdevoirslesplumſaints,ſera l'unique
Agent,
Etfans luy, I'Homme leplusfage
N'eferoit aujourd'huy penfer an Ma
riage?
Decraintedefaire des Gueux,
Liu chacunſe rend malheureux,
1681 Extraordinaire
Etpréfere la richeàla Femme jolies
Maismalgré cette erreur, fi jamais en
ce castan
Del'Hymen il me prendenvie,
Les trésors de Créſus ne me tenteroient
pas.
F'aime une Femmeſage&belle,
Dont la douceur ait mille appas.
Quand elle est de laforte, on eft riche
avec elle
Si le ſentiment de Phinée dans
l'Opéra de Perſée, eſt d'un veritable
Amant , lors qu'il dit
qu'il aime mieux voir Andromede
devorée par un Monſtre,
qu'entre les bras d'un Rival.
Comme le fecret du Problème
Conſiſte bienfouventdans la distinction,
Onpeutfans une peine extréme
Résoudre cette Questions
Sil'Amant est aimé, fi pendantsa ten
dreffe
duMercure Galant. 169
}
Iln'a riensoupçonné de l'Objet de ſes
feux
Enfin si pour le rendre heureux,
Ilne tient pas àſa Maîtreſſe,
Ilfaudroit qu'ilfut bien brutal,
Etqu'il eût l'ame bien cruelle ,
De vouloir la mort de la Belle,
Plutoſt que de la voir dans les bras d' un
Rival.
Dequoy peut- elle estre coupable?
Ses Parens, Son devoir , ont causé ce
malheur;
Iln'estpas toutseul misérable,
Elle partagesa douleur.
Mais s'il n'est
toyable,
point aimé, fi cette impi-
Pour augmenterson tourment,
Luypréfere un autre Amant,
Et rit dufort qui l'accable,
Il vaudroit mieux pour luy la voir au
monument,
Puis qu'un pareil traitement
Eft toujours insuportable.
Venons à l'application.
Q. d'Octobre 1682 . P
170 Extraordinaire
Phinée est aimé dans la Fable,
Oudumoins Andromede en ſon affliction
N'apointpour luy d'averſion,
C'est le Deftin qui lesſépare.
Phinée est donccruel, inhumain, &barbares
Mais en dernierreffort , maMuse en
jugera,
Lors que j'auray ven l'Opéra.
Si l'amour qu'on a pour une jolie
Femme, doit empeſcher qu'on
n'en prenne encor pour toutes
les belles Perſonnes qu'on rencontre.
Sur cette Question galante Fenneeprendraypointdeparty;
Dela Victoire que l'on chante,
Onaſouvent ledémenty .
Mais examinous ce Probléme
Avec un peude liberté.
L'Amour est un tribut qu'on doità la
Beauté.
du MercureGalant. 171
Doncmalgré lesappas dAmaranthe que
j'aime,
2011 Jepuisfans infidélité
Enconteràtoutes les Belles?
CetteTheſeàla verité
Eft en amourdes plus nouvelles.
Mais voyons de l'autre coſté,
Peut-estrey trouve-t-on plus de ſolidité.
Iln'est riencomparable à celle que j'adore.
Ergo, tout autre Objet me doit paroître
affreux.
Ceraisonnement eft encore
Absolument défectueux;
Mais enfin ce que l'on peutdire
Enfaveur de ces deux Amans;
L'un est coquet,fe plaiſt à rire;
L'autre estdu Paisdes Romans.
Pij
172 Extraordinaire
Commentdoit eſtre fait un Homme
, pour vivre parfaitement
heureux.
Omme chacun ſouhaite
Commechach
un bonheur
Etdansſafantaisie en trace le portrait,
Voicyfelon cette méthode,
Comme je voudrois estre fait,
Avoirde l'embonpoint, uneſanté parfaite,
Eſtre de bonne mine, &de belle défaite,
Pasplus de quarante ans, toûjours de
bellehumeur,
De l'efpr't comme il faut , mais point
d'esprit d'Autheur;
Sur tout point de procés, point d'amour,
pointde debtes,
Point de Charge qui trouble un aimable
repos,
Point de Gens qui mal-à-propos
Vous demandent ce que vousfaites ;
Jamais d'inimitiez avecqueſes Voisins,
4
du Mercure Galant. 173
Affez peu de Valets, encor moins de Confins,
Un Amy fidelle &fincere,
Une belle & jeune Bergere,
Dont le coeurréponde ànosvoeux;
LeMariaged'ordinaire
Nenous rendpas toûjours heureux;
Eftre exempt de blâme &d'envie,
Etdans Paris paſſerſa vie;
*
Cent millefrancspar an, payez de quart
en quart,
Plutoſt d'avance que trop tards
Deſon bien faire un bon usage,
Avoirdedans le coeur, commeſur le vi-
Sage,
Cequi fait un Homme content,
(Car cen'est riende le paroiſtre)
Ilfaut dans le bonheur qu'icy-bas on
attend,
Que l'on nous croye heureux , & que
nous croyions l'estre.
1
Piij
172
Extraordinaire
Comment doit eſtre faitun Homme
, pour vivre parfaitement
heureux.
Omme chacun souhaite un
Comme chach
bonheur
Et dansſafantaisie en trace le portrait,
Voicy ſelon cette méthode,
Comme je voudrois estre fait ,
Avoir de l'embonpoint , uneſanté parfaite,
Eſtrede bonne mine, &de belle défaite,
Pas plus de quarante ans, toûjours de
belle humeur,
De l'efpr't comme il faut , mais point
d'esprit d' Autheurs
Sur tout point de procés, point d'amour,
point dedebtes,
Point de Charge qui trouble un aimable
repos,
Point de Gens qui mal-à-propos
Vous demandent ce que vousfaites ;
Jamais d'inimitiez avecqueſes Voiſins,
}
du Mercure Galant. 173
7
Affez peu de Valets, encor moins de Confins,
Un Amy fidelle &fincere,
Une belle & jeune Bergere,
Dont le coeurréponde ànosvoeux;
LeMariage d'ordinaire
Ne nous rendpas toûjours heureux;
Eftre exempt de blâme &d'envie,
Etdans Paris paſſerſa vie;
Cent millefrancspar an, payez de quart
en quart,
Plutoſt d'avance que trop tard,
Deſon bienfaireun bon usage,
Avoirdedans le coeur, commeſur le vi-
Sage,
A
Ce quifait un Homme content,
(Carce n'est rien de le paroiſtre)
Ilfaut dans le bonheur qu'icy-bas on
attend,
Que l'on nous croye heureux, & que
nous croyions l'estre.
Piij
174 Extraordinaire
Sur l'Origine du Droit.
D
VDroit&de laLoy, Dieu mesme
est l'origines
On en cherche en vain les Autheurs,
C'est dans cette Source divine
Qu'ontpuisé lesplus grands Docteurs.
Malgré l'aveuglement, l'erreur, & l'imposture,
CeDroit &cette Loydans nos ames
gravez
Ons efté toûjours confervez,
Etre treffent encornostre foible nature.
Maisquel'on ne s'ytrompepas,
La Loyqu'on reffent enfoy-mesme
Eftd'unediférence extreme
Decellequ'enſeignoit Cujass
Carenfin, cherMercure, ilfaut que je
ledie,
LeDroit qu'onpratique icy-bas
Vientfans-doutede Normandie.

du MercureGalant. 175
Quelles font les qualitez neceffaires
pour la Converſation.
L
AConversation n'estpas ce que l'on
pense .
Un ramage confus &desons , & de
S Voix,
Un babil eternel &fans regle, &fans
choix,
Une Ecole demédiſances
Des Hommes corrompus c'eſt là tout
L'entresien.
Jamais de leurprochain ils ne diſent de
bien,
Et dans tous leurs diſcours pleins de
haine & d'envie ,
Onyvoit leportrait de leur méchante
vie
Puisqu'ils débitent en tous lieux
Leurssentimenspernicieux;
Mais l'honnefte Homme, & l'Homme
Sage,
Tiennent bien un autrelangage.
Piij
176
Extraordinaire
Cenesont quepropos defageſſe & d'honneur,
Et leurbouche toûjoursparleſelon leur
coeur,
53
Un visage riant, un air doux & modefte,
L'éloquence du Corps, de la mine , &
dugeste,
Rien de trop ſérieux , & dans tout le
maintien,
Je nesçay quoy qui charme &plaiſt dans
l'entretien.
Avee ses qualitez, pour peuqu'on soit
habile,
Onfçait plaire à la Cour auffi- bien qu'à
laVille;
Ettel on vit jadis noſtre HerculeGaulois
Tenir mille Auditeursſuſpendus àsa
voix.
du Mercure Galant. 177
Quel eſt l'Autheur des Lunetes.
Sans des recherches plus parfaites,
Je croyque le hazard & la néceſſité
Peuvent bien avoir inventé
L'usage commun des Lunetes;
Mais celles qui des Curieux
Eclairent l'esprit & les yeux,
Et leurfont découvrir mille choſes ſecretes,
Etsur la Terre , & dans les Cieux,
De l'Astronomie en tous lieuxs
Sont lesfidelles Interpretes.
C'estde là que nous vient la rare invention
D'examiner le Ciel, les Aſtres, les Planetes,
De voir leur élevation ,
Leur nombre, leur distinction,
Leur cours, leurgrandeur, leurs affietes,
Leurs taches, leurs defants, leur révo
lution.
178 Extraordinaire
Mais, illustres Sçavans, qui par ces
longues veuës
Penétrez au dela des nuës,
Aviez-vous découvert cet Aftre nоu
veau né,
Quepour nous gouverner le Cietadeftiné?
Déjafon heureuſe naiſſance
Demille&millefeux vient d'éclairer
laFrances
CarleSangdeBaviere, &leSangde
Bourbon,
Commele témoigne l'Histoire,
Neproduiront rien que de bon,
Etqu'on ne doive voircouronnépar la
-Gloire .
Mais pour mieux expliquer à la Poftérités
)
Quellefera la gloire& l'immortalite
Qui doit comblerfes destinées,
D'unfi long avenirpercez l'obscurité,
Etla Lunete en main, obfervezſes années.
DuROSIER,
du Mercure Galant. 179
252-2225252-525255
REPONSE D'UN
Docteur de Paris, au Discours
de M. le Franc , Docteur de
Montpellier,fur lesujet de la
fréquenteSaignée.
J
E conviens avec vous , Mon.
ſieur , qu'il y a des Gens qui
pour ſe diftinguer, donnent plus
de liberté qu'ils ne doivent à la
vanité de leurs sentimens , en ſe
faiſant des Siſtemes purement
imaginaires , & en ſuivant les
ombres & les images des choſes,
au lieu de s'attacher à leur corps
&à leur realité,& qu'il eſt diffi180
Extraordinaire
cile que le raiſonnement le plus
folide , & la doctrine la mieux .
établie , ne trouvent de l'oppofition
dans le monde par ceux
qui ſe piquent de penetration &
de bel eſprit. Mais ce n'eſt pas
de ce déreglement , Monfieur,
que vous devez eſtre ſurpris, puis
que vous ne pouvez pas ignorer
que le nombre des Fous ne foit
infiny, mais bien de ce que vous
condamnez d'aveuglement ceux
qui reçoivent les Nouvelles Découvertes
, comme ſi elles devoient
eſtre fauſſes , parce qu'elles
font nouvelles , & qu'il y euft
une Loy qui nous impoſaſt la
neceffité de n'avoir aucun égard
à nos connoiſſances, pour en demeurer
aux feules lumieres de
nos Peres.
duMercure Galant. 181
-
S'il faloit s'en rapporter à voftre
ſentiment , que deviendroit
cette ſecrete inclination qui nous
porte de l'admiration des effets
de la Nature à la recherche de
leurs caufes ? & de quel uſage
feroit cette lumiere , qui nous
eſtant donnée pour diftinguer le
vray d'avec le faux, nous découvre
l'abîme où conduit la fré
quente Saignée , & le moyen de
nous en défendre? Où trouverezvous
qu'il foit permis d'accuſer
d'emportement les juſtes reflé
xions que l'on fait fur ce defordre,
& de vouloir qu'on fuprime
une verité ſi importante au bien
du monde ?
Si Hypocrate a eſté l'autheur
de la Saignée, je ſuis feûr qu'il ne
l'a pas eſté de l'abus qu'on en
182 Extraordinaire
fait aujourd'huy, & que ce n'eſt
pas par l'effufion de noſtre ſang
qu'il a merité la qualité de divin,
puis qu'il ordonne , avant que
d'ouvrir la veine , d'avoir égard
à l'âge, aux forces, au climat, &
àla ſaiſon. Les Arabes, les Grecs,
les Latins, & les plus éclairez des
autres Nations, ont toûjours déferé
à ſon ſentiment, &je ne vois
point de raiſon qui nous oblige
de le recevoir , & qui nous dif.
penſe en meſme temps de le
ſuivre.
Elevez vous tant qu'il vous
plaira contre les Inveſtigateurs
des Spécifiques ; déchaînez-vous
contre les Purificateurs du fang
corrompu , & contre les Scrutateurs
des mouvemens de la Na.
ture ; que font- ils , que nos An-
1
1
duMercure Galant. 183
ciens n'ayent fait , & que nous
ne devions faire ? Voulez - vous
eſtre le dernier à reconnoiſtre les
imperfections de noftre Art , &
fermer les yeux à la lumiere qui
ſe préſente pour en diffiper les
erreurs ?
Il y a longtemps , Monfieur,
que la connoiſſance des tempéramens,
la diviſion, & la définition
de nos maux, enchantent les efprits.
Cette vaine oftentation
n'eſt plus de ſaiſon, il faut du ſolide
pour les ſatisfaire ; & fi l'expérience
ne ſe haſte de venir au
fecours de la raiſon , ou pour
mieux dire du galimatias , qui eſt
le ſeul fondement de noftre caractere,
la ruine de noſtre réputation
eſt inévitable .
Puis que la conduite du Me
184
Extraordinaire
decin Anglois eſtoit des plus re
gulieres , & que le monde ſe
loüoit du ſuccés de ſon Remede,
il eſt de noſtre prudence & de
noſtre intéreſt , de ne parler ja
mais ny de l'un ny de l'autre. S'il
n'a pas fait tout ce qu'il pouvoit
faire en faveur de ſes Malades ,
vous ſçavez , comme moy , que
la Saignée en a eſté la cauſe , &
qu'ila toûjours faitdes coups de
Maistre, quand il a eſté dans une
pleine liberté d'agir.
Paſſons , je vous prie , fous
filence , les Sucs de Pervenche,
les Panacées, les Sudorifiques, les
Extraits de Génievre, les Acides,
& les Alkalis , puis que ces Remedes
ont leur bonté ſpécifique,
qu'ils communiquent toûjours
aux ſujets capables de la recevoir.
K
du Mercure Galant. 185
7
Pour faire dejuſtes reflexions fur
la fréquente Saignée , c'eſt contre
ſes defordres, Monfieur, que
vous devez faire valoir voſtre
zele & non pas contre la ſageſſe
des Aimaphobes de l'Antiquité
que vous confultez , & c'eſt fur
voſtre enteſtement que vous devez
verſer des larmes ; car où eft
la raiſon de prétendre qu'il faille
tirer tout lefang des veines pour
en ofter la plénitude , que cette
cruelle effuſion ſoit falutaire à la
Nature, & qu'elle puiffe, en luy
donnant le coup de la mort, la ré
tablir dans la liberté de ſes fon-
Aions ?
Jen'avance rien de mon chef,
Monfieur , c'eſt voſtre doctrine
toure pure, qui eft, & qui fera à
jamais l'horreur de tous les Sie
Q. d'Octobre 1682 .
186 A Extraordinaire
cles , puis qu'elle heurte directe.
ment l'inclination que nous
avons pour la vie. Il ne faut que
lire, pour vous en convaincre, le
Traité de la Tranſpiration des
Humeurs, qui eſt en reputation
chez tous ceux qui en conçois
vent le mérite. C'eſt ce Traité,
qui par la pureté de ſa lumiere a
diſſipé mes erreurs , qui font les
voſtres, en expoſant à mes yeux
les ſuites funeſtes de cette Saignée,
qui eſt le feul Spécifique
de nos jours , & en établiſſant
uneméthode oppoſée à la noſtre,
&foûtenuë des legitimes ſentimens
de nos Maiſtres , qui n'ont
inventé les Bains, les Eaux miné .
rales, les Etuves, & les Sudorifiques
, que pour purifier le ſang
dans les veines , en faisant tranf
du MercureGalant. 187

pirer les humeurs qui peuvent
l'altérer , & déregler le juſte
tempérament des vifceres. Mais
ce qu'ils n'ont pû faire par ces
Remedes pour parvenir à la perfection
de leur idée , le Sieur
Cuſac , qui eſt l'Autheur de ce
Traité , le fait par ſon Eſprit de
Vin compofé, en attirant par
tranſpiration la corruption, non
ſeulement des veines, mais meſ.
me de toutes les parties du corps;
&c'eſt par cette voye innocente
&inconnue à la Medecine, qu'il
guérit l'Apopléxie , la Paralyfie,
la Pleuréſie , la Fluxion ſur la
Poitrine , les Fiévres de toute
efpece , le Cours de ventre , la
Dyffenterie , & genéralement
toutes les maladies dont les humeurs
font en mouvement .
1
Qij
188 Extraordinaire
Il n'eſt beſoin, Monfieur, que
d'un peu de docilité pour ſe ren.
dre à la folidité de ſes raiſons , &
à la realité de ſes expériences, &
pour tirer de grands avantages
de ſa conduite , qui eſt la plus
conforme qui fuſtjamais aux defſeins
de la Nature, puis qu'il eſt
vray que la tranſpiration, qu'on
néglige, eſt le plus eſſentiel & le
plus utile moyen qu'on doit employer
pour ſon foulagement.
Si ce moyen euſt eſté connu
de nos Peres , la Medecine feroit
aujourd'huy en quelque maniere
la Science de tous les Hommes,
puis qu'il n'eſt beſoin que d'un
quart- d'heure pour s'inſtruire de
la nouveauté de ce Remede, &
de fon application aux ſujets capables
de guérir par la voye de
du Mercure Galant. 189
la tranſpiration, laquelle n'eſt pas
moins neceffaire à nos Malades,
que la reſpiration l'eſt à tout le
Rendons -nous , Monfieurs,cà
l'importance de cette verité ; renonçons
à la vanité de nos maximes.
Je ſçais bien que la fréquente
Saignée fait vivre le Me
decin ; mais puis qu'elle donne la
mort aux Malades , il n'eſt pas
juſte d'en continuer l'uſage , ny
de regler nos fentimens fur nos
intéreſts , pour faire fortune avec
un Art qu'on ne peut entendre
qu'imparfaitement , parce qu'il
n'eſt étably , fuivant Platon &
Gallien, que fur le foible fondement
de la pure conjecture , laquelle
ne peut eſtre priſe que
pour une connoillance impar190
Extraordinaire
faite&moyenne entre la Science
& l'ignorance. Cela eftant, que
peut- on ſe promettre de nos ju .
gemens ? Pouvons nous les défendre
que par des aſſertions
trompeuſes , & par des axiomes,
qui font & qui feront à jamais
conteſtez dans nos propres Ecoles
, parce qu'il eſt du bon fens
de donner peu à l'autorité, beaucoup
à la raiſon , & tout à l'expérience
?
La Grenade & l'Aune , qui
estoient les Mots des deux Enigmes
d'Octobre , ont donné lieu aux Madrigaux
que je vous enveye.
du MercureGalant. 191
I.
Pour réjouir le coeur de l'aimable
F'employois tour-à-tour l'Orange &le
Citron,
Sans pouvoirsoulager cette illuftre Malade;
Vous luy rendites le repos,
Enſurvenantfort àpropos,
Galant Mercure, avec uneGrenade.
Hacun
Mad. DucHE', du Quartier
de S. Nicolas des Champs.
Se doit
11.
toujours
mesureràfon Aune,
CC'est le Proverbes
2
m'enfers.
Quoy qu'en tous lieux on m'exhorte, on
me prône,
Chacunſedoit meſureràſon Aune.
JelaiſſelàMercure deſon Trône
Nous prononcerdes Oracles divers ;
Chacunſedoit meſurer aſon Aune,
C'est le Proverbe, & toûjours je m'ch
Sers.
Le Beau Seigneur de Pontoiſe.
1 Extraordinaire 192
i Esi'ay point crú jusqu'à présent
Que Mercure pust si bien faire
Un énigmatique Préfent,
Que je t'en puffe apprendre aisément
la milteness
Mais je nele connoiffois guère.
Son Fruit nouveau,
Dans mon cerveau ,
a veu
A fait autant de violences ***
Qu'on faire de fratas
Par lesGrenades de laFrance,
Dans les Villes de maints Etats
Ο
DIEREVILLE,duPontleveſque.
Vais! qu'est-ce donc que cette
Enigmentat
Fay bean refuerza chaque Rime,
Jene puis pas la deviner,
4
La cervelle a lafin pourroit bien me
tourner
Ofy du jeu lors qu'il tourmenie!
Jetro ve en la lifant mille Mots diferens;
Er lors que quelqu'un me contente,
Л.
duMercureGålant. 193
(
Et que je crois avoir attrapé le vrayſens,
Mercure un peu plus loin mefait voir
mon becjaunes
Amobstinerjene
2
gagneray rien.
Mafoy,je croy que jeferayfort bien
Dene me plus meſureràſonAune.
V.
Le meſme.
Orsqu'un Rhumefâcheux merreend
LOpresque malade,
Etquej'en ay la bouche fade,
Jusqu'à n'enpas dormir ny les jours, ny
lesnuits,
Toyqu'on tient lamerve'lle&le charme
des Fruits,
Viens vifte àmonsecours, prétienseGre-
nade. RAULT,de Roüen.
VI.
ou non Connoiffeurs.
Connoiffeurs, ou
Depuis l'Ocean jusqu'au
Mercureàses Explicateurs
Rhône,
Endonnetout lelong del'Aune.
La Future Procureuſe
d'aupres Bernay.
Q.d'Octobre 1682. R
194 Extraordinaire
VII .
Ans-doute vous tenez, Camille,
QueMercure en ce mois vient de com
muniquer.
Si les Oracles ſont fidelles
LaPomme d'or ne peut manquer
Alaplus charmante des Belles.
M
DROUART DE ROCONVAL,
de la Porte S. Antoine,
VIII .
Toûjours souvient à Robin de
fas
Si nesçauriezde tout point oublier,
Quoy qu'ayez chefcouronnéde Laurier,
L'Aune avec quoy dans le bon temps
parûtes. L'Habitant en eſprit du
Pré S. Gervais.
Dour
OurSoulageruunn coeur malade,
Pour entretenir lafanté,
Etpourfortifier un estomach gaste,
Rien n'est meilleurqu'une Grenade.
Mad. MANTES, de la Ruë
Jeandel'Epine.
duMercureGalant. 195
1-
e.
J
Χ.
leFruit prétieux
Dontſeſert l'aimable Pomonne,
Pour charmer le coeur par les yeuxs
Mais pour celuy que Mars nous donne,
Je n'ensuis guére curieux;
Quoy queson nomfoit ſpétieux,
Ilabat ceux qu'il touche, &n'épargne
personne.
Ainsifans faire icy te fin,
Aille en Alger,de la Grenade
Entendre quivoudra la redoutable aubade,
F'en trouveray dans monJardin.
C. HUTUGE, d'Orleans ,
for demeurant à Metz .
XI
Evous plaignez pasdeMercure,
NILtrafique aveeloyante.
Tout ce qu'il vend doit avoir labonté,
Puis quefonAune a la grande mesure.
R
Rij
196 Extraordinaire
XII.
Velle est cesteThemis que partout
Quelle este on révere
Douceauxunsquand ilfaut, mais auk
e
Qui calme les debats des PPeettiittss &&ddeess
Grands?
C'est une Aune qui preſte à tous ce bon
office,
Etquiſans intereſt leur rend banne juf-
Mais qu'il envient souvent des
diférens!
effets
C'est la mesme Themis qui diviſe les
Freres,
La Femme &le Mary, les Enfans &
LesPeres
Les Pauvres, les Aifez, lesJeunes & les
Vieux,
La Coquete, la Prude , & les Religieux.
Mais d'où vient ce grand mal? c'est de
ice qu'on mesure
Tout lemond monde àsonAune, & qu'on luy
faitinjure. GYGES,du Havre.
duMercureGalant. 197
MErcure, il est bien vray queje vous
accufois
De m'avoiroubliée, & tors jem'abusois,
Ayant reçendevos cettebelleGrenade.
Vous sçavez monbeſoin, & que j'estois
malade.
Je laſuis encor en effet.
Jevous remerciray Mercurga p
Tant quevous ferezfatisfait
Vous avez obligé LA BELLE NOUR
RITURE
१३ अन DuHavre.
ΧΙV.
MD'eftre an
Ercure, àpréſent je me flute
nombredevos
Commejeme l'estois promis.
Vous n'obligezpas une Ingrate,
Carje me pique desçavoir
Amis,
Mesurer unbienfait à l'Aune du devoir.
Laumeline .
Riij
198 Extraordinaire
L
X V.
Es goustsfont diférens dans lefiecle
ounousfammes,
L'on envoit presque autant que l'on rencontred'Hommes.
Pourmoyij'aime pour tout ragoust
Les empourprez pépins d'une fraîche
Grenade.
Il n'est jamais viande qu'à goust
Un Sain l'expérimente, auſſi-bien qu'un
Malade.
DE LATRONCHE, de Rolien,
XVI .
l'un demes Haftierles Enfans eft !
emplois,
On me coupe, on mefend, on me rompt,
on me perce,
Onfait de moy Bastons, Taille, Aune,
Toise, Perche,
Et ne faitpas grandfeu qui n'a guère
de bois.
LeManan de la Belle Etoile,
Ruë S.Antoine .
du Mercure Galant. 199
:

با
en
Pour
XVII.
Our bien ragouster um Malade,
LesMets les plus exquis me semblent
Superflus
Pourmoy,je ne veux rien de plus
Que leseul jus d'une Grenade.
GIRAULT, de Paris,
XVIII.
Ejour de Sainte Elizabeth
Galant Mercure,
Et je vous jure ..
Qu'estant de malpres de mourir,
On me vir si viste quérir,
Qu'à l'odeur de vostreGrenade
Je nefur plus du tout malade .
L
La Spirituelle E. DELA RIVIERE,
de la Rue des Carines .
ΧΙΧ.
M Ereure, crois tu qu'un Ma lade
-Seprolonge lavie, brave le trépas ,
Parla vertude la Grenade?
Non, pourmoy je ne le crois pass
Riiij
1200 Extraordindire
MaiscegenéreuxVin de Bedung
Peutfaire triomphen duSores
Sacharmante liqueur bannit tu conbeur
jaune.
Veux-tu forcer la vie àfurmonier la
Prensſouvent de ce réconfort,
En i'en donnant lelong de l'Aumer
DESAINTZ, deRoüen.
DE
X X.
Epuis quelque temps aguerrie,
J'entensfans m'effrayer tonnerfAttil
lerie,
Et d'une Bombe en l'air je crainspeu
los éclats p
Comment donc, ſoit ditfans bravade,
Mercure, ne pourrois-jepan ??
Reconnoistrevoftre Grenader
M. C. Epouſe du Commiſſaire
d'Artilleried'Ipre.
Cachez,Galant Mercure,,&noble
Que ma Muse estoit fort malade,
i
du MereureGalant. 201
Et dans la dermerelangueur
Au momentde vostra ambaſſade;
Maisdans le mesme inſtanvelle atepris
vigueur
A l'aspect de vostna Gronade -XNS
Lapourpre& l'aigre-doux de fes nombreus
pépins of
Sont pourlesmauxde coeurdes remedes
noito Sdiuinse
Q
XX POLYMINE.
Ve l'on doit estimer laGrenade,
un Préſent
Qu'encemois Mercure vient faire!
Quiconquefans raiſon ſoûtiendroic le
δασκάπταγής
Sçauroit peut ce quevaut se Fruit rout
excelleme
1 Entreles autres Ernits , c'est un petit
Monniqueglina D
Sa tefte en porte inceſſamment
-Laptus brillante marque,
Sans recevoirjamais lemoindre change-
μαλτών στοὶ εἰοξα
s
202 Extraordinaire
Car l'écorcequi l'environne,
Reçoit l'estre avecla Couronne,
Enfermant dans ſon ſoin mille charmans
Rubis,
Dont lesvertus n'ontpoint de prix ;
Maisſurtout onen doit estimer l'origine,
Puis que ce Fruit a lebonheur
Dese voir comparer à l'illustre Danphine
Pour laquelle LOUIS témoigne tant
D
d'ardeur.
ALCIDOR, du Havre.
XXIII.
Amon triste&pensif,faisant tous
Ses efforts
Pour connoistre leMot de laseconde
Enigmes
Quoyquede fon esprit on faſſe grande
eftime,
Cependant iln'enpût penétrer les refforts,
Il la trouvoitdansſa pensée
Ingénieuse, embarassée,
Pleine d'admirables détourss
1
du Mercure Galant. 203
Mais pour trouverson Mot, ilfalloitdu
Secours.
Il en alla chercher chez l'aimable Climene,
Qus mit bientoſt finàſa peine;
Carfans le tenir en ſuſpens,
Luyvoyant le teint pâle & jaune,
Elle luy dit ; bé quoy , Damon perd-il le
Sens,
Pour ne pas deviner que l'Enigme est
S
uneAune?
XXIV.
Lemeſme.
Eneveuxque de ladouceur.
Mercure, donneeta Grenade
Aquelque langoureux Malade,
Pour luy ravigoter le coeur.
Mad. Du LORY, à l'Anagramme
Libre d'amour,de la Rue du Bac .
Ijjee fuis
X XV .
dégouſté, ſi je deviens malade,
Quandj'ay trop mangé de Salade,
Ledoux jus de Bacchus me releve le
coeur,
204 Extraordinaire
Pomone avecſes Fruits, fuſſent-ils de
Grenade,
Ne me sçauroitfournir cette aimable
Liqueur Iv
T
L'Albanitede Rouen.
auPré- Nvous connoist, Mercure,
font quevom faites;
Amoins qu'eftre puiſſant tout autant
anognavous l'eftes, ach again zad
Onnefait point de parcils coups;
Car enfin, qui pourroit en Hyverfans
bravade,
Sice n'eft, ou le Diable, on word,
Faire trouverſur l'Arbre encore une
Su Grenadepasibaituo
N
Le Demy Flamand d'Ipre .
XXVII.
Ousdevons avoir de l'estime
Etde lamourpour le Prochain,
Et meſme luy preſterla main,
Si parquelque malheur iltombe dans
andevarbhes НАМИ .
Maisloin d'agir ainsi, nous voyons en
tous lieux
duMercure Galant. Lof
Que leMédisant, l'Envienus smot
Tout gangrené qu'il eſt, répand ſa bile
Surl'Innocent,leVertueux
En te meſurant àſon Aune.
O
LeReclus de Roüen.
Nvient me préfenser, lors queje
fuis malade,
DesJuleps,des Bouillons, &des grains
deGrenadesiog to
Es moy je n'en prens point, jevis du
Medecin, SLACATU
Etpour mesoulager, je ne prens que
duKin
2 G. ou l'Indiférent,delaRuë
Length beermelt do Richelieu.
Cljen
XXIX.
Sienay le gouftmalade. Je puis jurer millefois
Que jesens une Grenade
Dansles Vers dudernier Mois. 12
F. LEMAIRE, de Saumur.
tone fechoc
206 Extraordinaire
Xxx.
Ourmoy, je nevoypas quel est voſtro
POUY Mestier;
Vous estes un Marchand, du moins chacun
lo prônes
Mais si c'est un Marchand Fruitier,
Qu'avez-vousàfaire d'uneAune?
G. FREDIN, à l'Anagramme,
Unfier Génie defen, de
Pontoife.
XXXI.
TEEparcourois le tour d'un ſpacieux
Jardin,
Mefaisant un plaisir de lire les Ou
vrages
Et les Traductions que lesçavant
Bardin
Afaitesſur lesSaintes Pages,
Quand tout à coup jefus charmé
De l'aspect innocent des Aftres de la
Terre,
Quiſefont admirer dans l'éclat d'un
Parterre,
Dont l'odorat reſie embaumé.
du MercureGalant. 207
E3
F'apperçen preſque ſous mama'n
LaFleurqui de nos Roys les Armes nous
expose,
Le Laurier,le Baume, & la Rose,
LaFleur d'Orange, &le faſmin,
LaTubéreuse, &lafonquille,
Ges Fleurs dont labeauté chez lesMo
narques brille.
3
F'enfus le Spectateur, & tout à mon
Loisir
Fen goustay l'honneste plaisir,
-Car cespudiques Conquérantes
Firent voir à mes yeux cent beautez
:
diférentes.
Mais ce qui lors plus m'enchanta,
Et cequi mon pallais tenta
Dans lefort dela promenade,
C'est un Fruit noble&couronné,
De mille Rubis boutonné,
Que l'on appelleune Grenade.
ap
L. Boucher , ancien Curé
de Nogentle Roy.
t
208 Extraordinaire nh
છછછછે????? mon
25525-52255-525222
Surce qquu''oon demande lePortrait
d'un Homme parfaitement ben-
Life
Ien
fait des Portraits achevez
endiferentes manieres ,enPeinst
ture,Gravure Cire, Sculpture,en
Paſtel& en Mignature. C'eſt en
cette derniere façon que je pré
tens contenter le Mercure fur fa
demande. Pour l'accompliffe
ment de ce deffein , je ne puis me
fervird'un Pinceau &d'une meil
leure main , que de celle qui a
formé toutes chofes fur le most
delle de fon Idée , & qui a cruel
l'Home à ſon image&femblance.
Cet excellent Ouvrier a prévenu
du Mercure Galant. 209
1
noſtre curiofité ſur les Queſtions
que nous aurions propofer au
fujet de ceDifcours . Il a decide
des objets, qui pourroient y faire
naiſtre un doute raiſonnable dans
le choix& la preference, en don.
nant l'exclufion à ceux dont les
aparences trompeuſes & ébloüif
fantes pourroient nous ſurprendre
, & nous découvrant tout ce
qu'avec raiſon & verité on de
voit eſtimer. propre à l'établiſſement
d'un ſolide & entier bonheur.
Il n'eſt donc beſoin icy que
deraporter nuëment fes paroles
qui tracent le plus beau Portrait
d'un Homme parfaitement heureux,
que toutes les Langues, les
Plumes , & les Pinceaux de l'Uni
vers,nesçauroient décrireou dépeindre.
Ces paroles font, Lesuns
Q. d'Octobre 1682. S
N
۱
210 Extraordinaire
ont mis la Beatitude dans les richesfes,
d'autres dans les honneurs , ceuxcy
dans les plaiſirs ; & tous unanimement,
chez les Anciensprophanes,
ont estimé poartres- beureux, les Gens
qui poffedoient ensemble ces avantages,
mais cejugement eftvain. Heureux
uniquement le Peuple , qui fai-
Santun bon usage des graces du Ciel,
en mérite la protection , & dort le
Seigneurfoit connu le Dieu.
Lesuns ont mis le bonheur de lavie
Ane point ſentirde chagrin,
Ny de tourment , de ſoucis, ny d'envie,
Dedefirs élevez pour la Gloire,ou Sylvie,
Maisſeulement à boire de bon Vin.
Pourmoy, je ne connois que l'Amour, ou
laGloire,
Que les Héros & les Amans,
Qui fe disputent lavictoire
Aremporterdeplus heureux momens.
De
daMercure Galant. 21
Beaucoup mettroient dans leur durée
Leſolide&parfait bonheur.
Mais la poſſeſſion en est mal affurée,
Et fait naître ſouvent un excés de dou-
Te
Dans cet état d'inconstance & de peine,
Où dons chercher cequ'on ne peut trow
ver?
Travailler pour le Ciel, tâcher de ſe
Sanver,
Onse tire par lade la miſere humaine.
C'est l'unique félicité
Qu'on peut s'établirfur laTerre.
Le reste n'est que vanité ,
Aufſifragile que te Verre.
LE MARQUIS D'ALLY.
$2nd
S ij
212 Extraordinaire
Jastinborg zabodhbar xambe 250
52522-5525522-2555
EXPOSITION D'UNE
premiere Ecriture Univerſelle.
q Fournice sa pang, noc dacil
9
A derniere Lettre vous
ayant expliqué en abregé,
la diference des deux méthodes,
dontje juge qu'on peut dreffer le
Dictionnaire Univerſel , je me
trouve obligé de vous raporter
des modelles , ou au moins des
échantillons de l'une & de l'autre
, contre Fintention que j'a.
vois cuëd'abord de ne point en.
trerdans cedétail. Vous ne pourriez
ſans cela aſſez bien connoître
leur diférence , & elle est d'au
cant plus neceſſaire à ſçavoir, que
du Mercure Galant. 13
3
ces deux méthodes produiſent
par leur diverſité deux fortes
d'Ecritures, au lieu d'une quej'ay
proposée jusqu'à cejour, mais
ne vous attendez ppaass àà voir dans
ces échantillons l'extrait d'une
Ouvrage achevé , ce n'eſt que
l'abregé d'une ébauche , & autant
court qu'on le peut faire
d'une Matiere &amplejersti st
el Je vous ay dit que la Méthode
fimple &commune de dreffer le Diotionnaire
, attribuoit un Chifre diférendàchacun
defos mots ; & la mifc
rérieuse, un mesme Chifreà plusieurs.
Il s'agit donc préſentement de
voircomme celaſe peut faire ,&&
furtoutquel eſt l'air&le tour int
génieux qu'on peut donner à la
méthode commune C'eſt pat
elle que je dois commencer l'exi
214 Extraordinaire
preffion des variations des mots
Ceſera donc par elle auffi que je
commenceray, l'expreffion des
mots meſmes. Et comme ces
deux expreffions ſont diférentes
decelles qui forment , & qui ac
compagnent l'autre Dictionnai
re , je les mettray de fuite , afin
que vous ayez du moins en fon
entier une de mes Ecritures Uni
verfelles avant la fin de cette
Lettre.
Deux Avertiſſemens doivent
préceder mon entrée en matiere.
Le premier , qu'il ne faut pas
prendre à la rigueur la diftinction
que j'ay établie entre mes deux
méthodes. Quand j'ay dit que
la commune attribuoit un nombre
diférend à chaque mot du
Dictionnaire , j'ay entendu ſeuledu
Mercure Galant. 215
mots , ferment
à chaque mot primitif, ou
aprochant du primitif, parce que
les meſmes Chifres qui fervent à
exprimer ces fortes de mot
vent encor à marquer les mots
numéraux, ſans queje m'en puiſſe
défendre;; ceux des Lieux & des
Perſonnes celébres ,dont la gran.
de quantité , & le peu d'ufage,
demandent à faire bande a part;
ceux des parties invariables du
diſcours ; ceux des Proverbes , &
beaucoup d'autres encor , pour
les raiſons qui s'expliqueront
dans la fuite.
Le ſecond Avertiſſement, eft
quej'exclus du Dictionnaire les
ſubſtantifs dérivez des mots primitifs
, leurs adjectifs , & leurs
adverbes. Tels que font à l'égard
de ce nom Pere , les dérivez , pa-
J
216 Extraordinaire
1
ternité,paternelle, paternellement . Et
àl'égard du verbe aimer,amour, les
dérivez aimable,aimablement. Etla
cauſede cette excluſion vient de
ce qu'il n'ya point de nom primitif,
ou de verbe qui n'ait de ces
dépendances , ou qui n'en puiſſe
avoir , l'un n'eſtant pas pluspro
pre à les produire que l'autre , ce
qui obligeroit le Dictionnaire
Univerſel qui doit traiter égale.
ment leschoses egales àune répetition
continuelle , & par conféquent
importune. J'ajoûte encor
tous ces mots au rang des varia
tions directes , & j'y donne une
regle generale pour les marquer
une fois pour toutes , commej'ay
proposé de faire à l'égard des diu
minutifs , & des augmentatifs,
mais afin qu'il n'y ait pas tier de
Treproche,
du MercureGalant. 2178
e
e
0
e
10-
reproche , de ne point voir dans
un Dictionnaire Univerſel plu
fieurs fortes de dictions, qui fe
trouvent dens, les Dictionnaires
particuliers , je mets toûjours à
la fuite de chaque mot primitif
ou abſolu , les mots dérivez avec
les diminutifs ,& les augmenta
tifs , autant que l'uſage de noſtre
Langue m'en fournit, ce que les
autres Langues pourront faire à
cette imitation , fans pourtant
leur attribuer non plus que moy
des expreffions particulieres. Le
retranchement de cesmots, ap
porte une abréviation confidera
bleà ce Dictionnaire,& ilne faur
pas ſe perfuader, commej'ay dit
ailleurs , & comme on verra, que
poursyremployerde grand nom
bres itten foit plis ample , puis !
d'Octobre 1682 . T
218 Extraordinaire
que cet employ n'aboutit qu'à
une plus claire diftinction entre
ſes expreſſions , & qu'à un plus
juſte rapport entre celles qui
font de meſme nature. Je viens à
leur diviſion .
Echantillon du Dictionnaire
Univerſel, ſuivant la
méthode commune.
PREMIERE PARTIE.
11
E Dictionnaire eſt une ex
CEt
enfion de celuy dont j'ay
donné le projet par ma Lettre de
voſtre Extraordinaire XVII . Je
le diviſe en trois Parties . La premiere
que voicy , contient les articles
, les pronoms , &les noms
duMercureGalant. 219
tant principaux que fubalternes
des Eſtres , non compris ceux qui
ſuivent , & de plus elle contient
les verbes . La ſeconde exprime
les noms des nombres qui demeurent
en nature , & qui ne figaifient
rien d'étranger. Et la troifiéme
enfermé les noms propres
des Lieux & des Perſonnes , les
parties invariables du Diſcours ,
& les Proverbes. Chaque choſe
avec ſes dépendances.
J'ay dit dans ma derniere Let.
tre , que le Dictionnaire Univerſel
n'avoit aucune enseigne qui accom
pagnast ses Chifres , & qu'il n'y
avoit pourtant point de caractere
dans l'Ecriture Univerſelle , qui n' en
1.euft une. Ainfi , Monfieur , vous
jugez bien qu'encore que je
préſente dans le Dictionnaire les ناک
Tij
ere
220 Extraordinaire
expreffions toutes nuës , il ne faut
pas laiſſer de les fupoſer accompagnées
, au moins d'une enfei.
gne. Sa diviſion en trois parties,
dont la premiere & la deuxième
font indiſpenſables , comme eftant
formées des meſmes nõbres
par neceſſité , ainſi que la troiſieme
par raiſon de bienféance
demande qu'il y ait quelque choſe
qui les diſtingue , & ce ſont ces
enſeignes par leur diférente ſitua.
tion. L'enſeigne de la premiere
partie , eſt inſerée entre ſes chifres
; celle de la ſeconde , eſt inferée
& defſfous , ou ſeulement
deffous ; & celle de la troiſiéme ,
eſt inſerée & deſſus , ou ſeule.
ment deſſus.
Ces diverſes ſituations d'une
meſime enſeigne, font la premiere
T
duMercureGalant. 221
es
10
distinction de mes expreſſions;
& quoy que cette diſtinction ne
foit pas marquée dans le Diction
naire , elle doit l'eftre dans l'efprit
pour ne pas confondre une de
les parties avec l'autre , outre
qu'on ne peut employer aucune
de ces expreffions qu'elle ne ſoit
revétuë de ſes formes , je veux
dire , qu'elle n'ait des marques
qui la diftinguent de fes compagnes.
Vousjugez bien encor , Monfieur
, que par l'enſeigne inferée
entre les chifres , j'entens entre
✔ les chifres primitifs & les chifres
auxiliaires , fuivant le partage
que j'en ay fait dans ma derniere
Lettre, & fuivant la neceſſitéde
leur afſociation à l'égard de tout
ce qui ſe décline , & de tout ce
1
Tiij
222 Extraordinaire
P qui ſe conjugue.
Supoſant donc pour marque
de cette premiere partie l'enſeigne
inſerée entre ces deux fortes
de chifres , je la fubdiviſe en expreffions
d'un chifre ſeul , de
deux , de trois , de quatre & de
cinq. Tous chifres primitifs, puis
que le Dictionnaire n'en contient
point d'autres ; & je ne vais
pas plus loin , parce que je me
fuis apperçeu que les nombres de
fix chifres confécutifs , caufoient
un ébloüiſſement propre à embaraſſer
l'Ecrivain , & l'Inter-.
prete, ce qui s'accordoit mal avec
une Ecriture qui ne doit rien avoir
que d'aiſé , & qui doit eſtre
éloignée de tout danger de béveuë.
Les nombres ou chifres fim
du Mercure Galant. 223
ples , fignifient les articles , & les
pronoms perſonnels avec quelques
autres , ſuivant le Chapitre
preliminaire du Projet ; & de plus
ils fignifient par privilege , neuf
verbes de l'uſage le plus commun
des Langues , ces verbes ne demandant
pas des expreſſions
moins courtes à cauſe de leur frequent
retour , que les pronoms
& que les articles.
Les nombres de deux chifres
expriment les autres pronoms ;
ceuxde trois chifres marquent les
noms principaux des Eftres , avec
leurs ſubſtantifs, ou noms de qua.
1
lité , leurs adjectifs , & leurs adverbes
comme j'ay dit.
Les nombres de quatre chifres;
fignifient les noms fubalternes
des Eſtres , c'eſt à dire , les qua-
Tinj
224 Extraordinaire
i
litez qui fuivent leur nature autres
que celles quiaccompagnent
leurnom , telles que font infinité
,éternité, immenfité, à l'égardde
Dieu ; les eſpeco's & les individus
en quoy on les diviſe , les parties
qui les forment , ou qu'on leur
attribuë , & enfin tout ce qui
lesregardedans l'effence,&dans
depropre.tomenemos
Ces meſmes chifres marquent
encor le gros des verbes , & ilne
faut pas s'imaginer que cedouble
employ, ny le triple des chifres
fimples, apportede la confufion,
ou de l'équivoque dans cette
Ecriture. Les chifres auxiliaires
qui ſe joignent à ces primitifs,
ſçavent trop bien y mettre la di
férence qui est neceſſaire , pour
les bien diftingueresilingi
du Mercure Galant. 225
Enfin les nombres de cinq chi
fres expriment les noms verbaux,
comme Createur , Creatrice , Creature
, avec leurs ſubſtantifs déri
vez , & avec les adjectifs du
Voila quelle est la diſtribution
de cette premiere Partie ; & voi.
cy un Echantillon de ſon détail,
&le commencement du Diction
naire.
Signifie l'article définy au
genre mafculin, ou le. 2, le ſignifie
au genre féminin , ou la. 3, au
genre neutre , commun ,&libre,
oule.
4, Signifie l'article indéfiny,
au maſculin , ou un. 5, le fignific
au féminin, ou une ; & 6 , au genre
libre , ou une hd up sheer
7, Signifie au maſculin l'article
226 Extraordinaire
double ou lepronom , l'un l'autre.
8, le fignifie au féminin , oul'une
l'autre ; & 9. au genre libre , ou
l'un l'autre.
De plus 1, fignifie le premier
pronom perſonelje. 2. le ſecond
tu. 3 , le troifiéme il. 4, le pronom
qui , ou lequel pour la perſonne.
5, pour la chose. 6, pour les deux.
7 , le pronom personne. 8 , choſe.
9, rien.
De plus encor, 1, ſignifie le
verbe eftre. 2 , le verbe avoir. 3 ,
devoir oufalloir. 4, penſer. 5, dire.
6, fire . 7 , sçavoir. 8 , pouvoir. 9 ,
vouloir.
Il y a icy trois remarques à
faire. L'une , que je diftingue les
trois genres des articles par les
chifres primitifs , ce queje ne fais
à l'égard d'aucun autre adjectif,
duMercure Galant. 227
leur fréquent retour m'ayant
obligé à cette abréviation de
leurs caracteres . La ſeconde remarque
, eft que j'attribuë les
trois genres diftincts aux pronoms
perſonnels , auſſi - bien qu'à
tous les autres , & quej'en réſerve
l'expreffion aux chifres auxiliaires
, & la troiſieme,que je ne don.
ne point de verbes négatifs , ou
oppoſez à ceux que je viens de
rapporter , parce que la plupart
n'en ont point ; & que d'ailleurs
ils font exprimez une ſeconde
fois par d'autres nombres dans
le cours de ce Dictionnaire , ne
ſeïant pas mal à des verbes d'un
ſi fréquent uſage , d'avoir deux
expreffions ; la ſeconde ſera accompagnée
de tout ce qui leur
226 Extraordinaire
double ou le pronom , l'un l'autre.
8, le fignifie au féminin , oul'une
l'autre ; & 9. au genre libre , ou
l'un l'autre.
* De plus r, fignifie le premier
pronom perſonelje. 2. le ſecond
tu. 3, le troifiéme il. 4, le pronom
qui , ou lequel pour la perſonne.
5. pour la chose. 6, pour les deux.
7, le pronom personne. 8, choſe.
9, rien .
De plus encor , 1 , ſignifie le
verbe eftre. 2, le verbe avoir. 3 ,
devoir oufalloir. 4, penſer. 5 , dire .
6, faire. 7, sçavoir. 8 , pouvoir. 9 ,
vouloir.
Il y a icy trois remarques à
faire. L'une , que je diſtingue les
trois genres des articles par les
chifres primitifs , ce queje ne fais
à l'égard d'aucun autre adjectif,
}
duMereure Galant. 227
leur fréquent retour m'ayant
obligé à cette abréviation de
leurs caracteres. La ſeconde remarque
, eft que j'attribuë les
trois genres diſtincts aux pronoms
perſonnels , auſſi - bien qu'à
tous les autres , & quej'en réſerve
l'expreffion aux chifres auxiliaires
, & la troiſieme,queje ne don.
ne point de verbes négatifs , ou
oppoſez à ceux que je viens de
rapporter , parce que la plupart
n'en ont point ; & que d'ailleurs
ils font exprimez une ſeconde
fois par d'autres nombres dans
le cours de ce Dictionnaire , ne
ſeïant pas mal à des verbes d'un
ſi fréquent uſage , d'avoir deux
expreſſions ; la ſeconde ſera accompagnée
de tout ce qui leur
manque icy
228 Extraordinaire
J'ay dit que les nombres de
deux chifres exprimoient les autres
pronoms. Voicy ceux d'interrogation.
10 , fignifie , qui ? qui
qui eft-ce qui ?
eft-ce ?
20 , qui eſt- là ? qui vas là ? 30,
quel ? lequel ?
40 , qui , ou lequel des deux , de
l'un ou de l'autre ?
so, qui , ou lequel des trois ?
60 , le quantiéme ? 70, de quel
Pais ? 80 , de quel Famille ? 90 , de
quelle Religion?
11 , ſignifie, mon , ou , le mien.
12 , noſtre, ou, le noftre .
13.-14, de mon Païs. 15 , de
ma Famille.
16 , de ma Religion. 17, de
noſtre Païs . 18, de noſtre Famille,
19 , de noſtre Religion.
duMercureGalant. 229
21 , ſignifie , ton , ou, le tien. 22 ,
voſtre, ou, le voſtre .
23,24 , de ton Païs , &c.
27, de voſtre Païs , &c.
31 , ſignifie, fon , ou, le ſien . 32 ,
leur. 33.-34, de fon Païs, &c .
41 , fignifie, un, l'un. 42, un certain.
43 , quelque , quelqu'un .
44, ce, cet. 45, ledit. 46, le ſufdit.
47, l'approchant. 48 , le ſemblable,
le pareil. 49 , meſme , le
mefme.
51 , ſignifie , autre , un autre . 52 ,
certain autre . 53 , quelqu'autre.
54, cet autre. 55, celuy - cy. 56, celuy-
là . 57, l'éloigné. 58 , le difſemblable
, le diférend. 59 , l'op .
poſé , le contraire.
61 , fignifie , quiconque , qui
que ce ſoit qui , &c .
e
J'acheve de remplir les nom230
Extraordinaire
bres de deux chifres du reſtedes
pronoms , &j'en forme quelques.
uns à l'imitation des autres, pour
P'abréviation , & pour l'embelliſſement
de l'Ectiture & de la
Langue Univerſelle ; & fi j'ay
laiſſe en blanc les nombres 13, 23 ,
&33 , c'eſt que je n'ay ſçeu quelle
fignification leur donner , qui
leur convint bien. Surquoy,
Monfieur , vous obſerverez, s'il
vous plaiſt , qu'une de mes principales
regles dans la conduite de
tout ce Dictionnaire , c'est de proceder
par neuf, &par trois ; & de
renfermer entre les parties de
chaque ternaire , quelque forte
de rapport ou d'oppoſition , afin
de tranſmettre plus aisément l'i.
dée& le ſouvenir de mes expreffions
à l'imagination , auffi bien
duMercure Galant.
23
qu'à la mémoire. De forte que
je laiſſe ſouvent des chifres vuides
, parce qu'il ne ſe préſente
rien de propre à les remplir , ou
bien que ce qui ſe préſente, peut
eſtre mieux placé ailleurs que là .
Les noms ſuivent les pronoms,
&j'exprime les principaux des
Eſtres par trois chifres , comme
il a eſté dit .
101 , ſignifie Estre, avec ſes dé.
pendances , effence , effentiel , effentiellement.
102 , fignifie substance,
avec les fiennes ,substantiel , fubstantiellement.
103 , ſignifie esprit,
Spirituel , Spirituellement. Trois
noms primitifs , co nmuns àDieu
&à Ange.
104 , ſignifie Dieu, Divinité, di
win , divinement. 105, &c. -
232 Extraordinaire
111 , ſignifie Dieu, Faux- Dieux,
avec ſes dépendances , qui font
auſſi divinité, divin , divinement.
112 , fignifie Déeffe, avec les fiennes
, qui font les meſines que les
précedentes. Surquoy il eſt à remarquer
que je diftingue par
tout les dépendances des deux
ſexes , comme noſtre Langue dif
tingue celles de Pere & de Mere,
exemple qui eſt preſque unique
chez elle, tant elle a peu d'exactitude.
113. fignifie Divinité, Dien ou
Déeffe , qui a encor les meſmesdépendances
en noſtre Langue, que
les noms précedens ; & comme
Roy&Reyne ont Royauté, Royal
Rogalement.ylophoumish
114, fignifie Fils de Divinitez .
115, Fille. 116, Famille
du Mercure Galant. 233
117, 118 , 119, fejourdeDi.
vinitez , l'Olimpe.
201, fignifie Ciel, Celeste, Celefte
mant. 202 , premier Mobile. 203,
Ciel criftalin. 204, Ciel des Etoi
les fixes, ou Firmament. 205,Ciel
des Planetes. 206, Ciel des Elémens.
207, Etoile fixe. 208, Etoi
le exrante ou Planete. 209 , Etoile
pattagere& figurée, ou Comete.
461 , fignifie Animal à quatre
pieds en general. 462 , fa Fémelle.
463-464, leur Petit. 465, leur
Petite. 466, leur Troupeau. 476,
celuy qui en a foin. 468, celle
qui, &c . 469, leur gifte , leur retraite.
•Comme j'ay reconnu préce
demment qu'il n'y a aucun nom
primitif qui ne foir fufceptible
des meſmes dépendances , j'en
Q.d'Octobre 1682. V
234
Extraordinaire
attribuë également à tous , quoy
que je ne les exprime pas toûjours
, fans avoir égard au caprice
des Langues qui en donnent à
Pun , & n'en donnent point à
l'autre , & je diftingue ces dépen
dances d'avec ces noms , par le
moyen des chifres auxiliaires ,
ainſi que les autres Langues font
par le ſecours de leurs terminaifons.
Il ſuffit de quatre exemples
quej'ay rapportez, pour montrer
l'ordre que je garde dans l'expreffion
des Eſtres , tant de ceux
qui n'ont point de Sexe , que de
ceux qui en ont ; & vous voyez
bien , Monfieur , que j'eſſaye de
conferver exactement la régula.
rité des Ternaires par les choses
dont je les remplis , & par les
7
du Mercure Galant.
235
S
A
nombres que j'y laiſſe en blanc.
Cette exactitude paroift principalementdans
la diſtribution des
Eſtres doüez de ſexe , où le premier
Ternaire contient les noms
principaux , le fecond leurs rela
tifs directs , & le troifiéme leurs
indirects Ordre que j'entretiens
par tout leurs ſemblables , autant
que le ſujet le permet, ou le mérite.
وت
**Ces mefmes exemples fervent
auffi à faire voir le parfait raport
de ce Dictionnaire avec le Projet,
chaque neuvaine y répondant à
uneſection qu'elle étend , 101 , &
ſa ſuite à la ſection 10. 111 , & la
fienne à la ſection 11. 201 , à la
fection 20 ; & 461 , à la ſection
Les nombres de quatre chifres
Vij
236 Extraordinaire nh
expriment les noms fubalternes,
avec un pareil raport que le pré .
cedent, à leurs fources ou racines .
Ainfi for , fignifie unité , avec
fes dépendances, 1012 , fignifie
verité , avec les fiennes . 1013, fignifie
de meſme bonté , bon , bonnement
, qualitez de l'Eſtre .
** 1021 , fignifie les qualitez de la
ſubſtance. 1031, celles de l'eſprit.
1041 , 1051 , &c. les qualitez ou attributs
de Dieu. Sçavoir, 1041 indépendance,
indépendant, indépendement.
1042, ſimplicité,&c.
1043, immutabilité . 1644 , infinité.
1045, infinité à l'égard du
temps , ou éternité. 1046, infinité
à l'égard du lieu, ou immenſité.
1047, infinite à l'égard de
la puiſſance, &c.inA, ab zonaqla
am,& fa fuite, expriment les
e
L
du MercureGalant. 237
ide
Je
fauſſes Divinitez, 1111 , le Ciel ,
Pere des Dieux. 1112 , Cibelle,
ou la Terre leur Mere. 1113,
1114, Titan. 1115, Titanide. 1116,
Saturne ou le temps. 1118 , Rhea
fa Femme. 11190
1121 , Jupiter. 1122 , Junon.
1123, -1124, Neptune. 1125 ,Am.
phitrite. 1126, -1127 , Pluton.
1128, Proferpine, 1129.fldat
-2011 , & fa fuite, marquent ce
qu'on attribuë au Ciel . 2011,
Equateur. 2012, Tropique. 2013,
Zodiaque . 2014, Zone. 2015,
Constellation . 2016, Signe. 2017,
leBellier. 2018, le Taureau. 2019,
les Jumeaux. 2021 , l'Ecreviffe.
1022, le Lion , &c. brengla
4611, & fa fuite , fignifient les
eſpecesdes Animaux qui ſervent
à tirer , ou à porter. 4611 , fi238
Extraordinaire
gnifie Eléphant. 4621 , Dromadaire
. 4631 , Chameau. 4641,
Cheval. 4651 , Renne. 4661 ,
Taureau . 4671 , Afne. 4681 , Mulet.
4691 , Bouc.
J'attribuë ainſi une neuvaine
entiere à chaque Animalutile &
familer , pour avoir lieu de mar
quer ſes ſuites , que les Langues
diftinguent par des noms particuliers
; mais je ne donne qu'un
Ternaire aux Animaux farouches
& indomptables , par où j'exprime
leur Mâle , leur Fémelle ,&
leur Petit ou leur Petite , me
ſemblant que ç'en eſt affez pour
eux.
Voicy des exemples du détail
les neuvaines attribuées aux Ani
maux de ſervice.
du Mercure Galant. 239
ג
4641, ſignifie, Cheval .
4642 , Cavale ou Jument.
4643 , Hongre.
4644, Poulain.
4645, Poulaine.
4646. Haras .
2009004
4647 , Ecuyer.
4648, Ecuyere.
4649, Ecurie.
4661, fignifie, Taureau.
4662, Vache.
4663, Bcoeuf.
4664, Veau .
4665, Geniffe.
4666, Vacherie, Troupeau .
240
Extraordinaire
4667, Vacher.
4668 , Vachere.
4669 , Vacherie , Estable
Quoy que je n'aye point ajouté
de dépendances à ces noms,
chacun ne laiſſe pas d'avoir les
ſiennes , auſſi - bien que ceux de
trois chifres ; & vous voyez bien,
Monfieur , quelle eſt l'exactitude
de leur raport avec eux, fans que
j'en parle. Je vous diray ſeulement
qu'ayant neuf expreſſions
dans les nombresde trois chifres ,
& quatre- vingt-une dans ceux
de quatre chifres , pour fournir
au détail de chaque ſection du
Projet , c'eſt plus qu'il n'en faut
pour fatisfaire à la plupart d'elles.
Neantmoins comine ce détail
s'étend en quelques- unes à plus
X
1
du MercureGalant. 241
i
7
de quatre- vingt-dix ſujets à exprimer
. Par exemple , dans celle
des Faux- Dieux ; dans celles des
• Animaux à quatre pieds , domeftiques
oouu ſauvages, & fur tout
dans celles des Plantes médecinales.

Voicy la maniere dontj'en uſe,
pour ne pas demeurer court , &
pour ne rien epmrunter des nom.
bres voiſins , de peur de confuſion
& d'équivoque , fuſſent- ils a
demy- vuides.
Les Grecs ont trois accents,
l'aigu , le grave, & le circonflexe.
Je puis m'en fervir auffi-bien
qu'eux ; & quoy quej'aye dit que
le Dictionnaire Univerſel n'avoit
aucune enſeigne qui accompagnaft
fes chifres , ces accents n'en
font que des demies , on m'en
Q. d'Octobre 1682 . X
242
Extraordinaire
pardonnera plus aifément l'uſa.
ge. Je les place donc fur le dernier
des quatre chifres , dont les
expreffions abondantes font for.
mées pour leur donner des figni.
fications diférentes de celles
qu'elles ont , ce qui me fait nom.
mer ces accents dans cette Ecriture
, accents d'augmentation. Ainfi
de quatre-vingt- une expreffion,
j'en fais huit vingt-deux par l'aditiondel'accent
aigu ; & fi cette
augmentation ne fuffit pas , j'en
tire encor une ſemblable de l'appofition
de l'accent grave en la
place de l'aigu ; & fi ce n'eſt pas
aſſez, j'en reçois une nouvelle de
l'accent circonflexe , en l'employant
au lieu des deux autres ;
&s'il en faut davantage, je tranfporte
ces accents ſur le pénultié.
du MercureGalant. 243
medes quatre chifres, pour avoir
encor trois ſemblables augmen.
tations ; mais je ne vais pas plus
loin , pour ne pas embaraſſer les
deux premiers chifres de ces expreſſions
, à cauſe qu'ils en marquent
les fources ou racines.
De forte que comme 1199 , par
exemple, fignifie la quatre - vingtuniéme
expreffion du détail des
Faux- Dieux marquez par quatre
chifres , dont la ſection 11 eft la
racine par fon extenfion à III.
1199' , fignifie la cent ſoixantedeuxième
expreſſion . 1199 , la
deux cent quarante- troifiéme.
1199 , la trois cent vingtquatriéme.
119'9 , la quatre cent cinquiéme.
1199 , la quatre cent
quatre-vingt, fixieme ; & 1199 ,
la cinq cent foixante ſeptième,
X ij
244
Extraordinaire
& cette quantité eſt plus que
ſuffiſante pour fournir au détail
des Divinitez qui ſont dignes de
remarque. Les Animaux à quatre
pieds ont trois ſections ou ra.
cines , & les Plantes médecinales
en ont autant ; fi bien que leurs
expreffions de quatre chifres ,
peuvent monter par le ſecours de
ces accents d'augmentation , à
1701 chacune , qui eſt plus qu'il
n'en faut pour ces Animaux , &
affez pour ces Plantes.
Et voila le ſecret dont je me
fers , pour faire que chaque ſection
avec ſes ſuites demeure
dans ſes bornes,& n'entreprenne
rien ſur ſes voiſines , quelque abondantequ'elle
puiffe efter.
J'employe encor les meſmes
accents d'augmentation par tour 1
duMercureGalant. 245
où j'en ay beſoin. Par exemple,
le troifiéme ternaire de la neuvaine
du Cheval, qui en eſt la
rélation indirecte , eſt double
dans ſes deux premiers nombres,
puis que Palefrenier & Palefreniere
ſe rapportent au Cheval , auffibien
qu'Ecuyer& qu'Ecuyere.J'ay
marqué ces deux derniers noms
par les nombres 4647, & 4648,
& j'exprime les deux autres par
les meſimes nombres , avec l'ac.
cent aigu fur le chifre qui a le
double employ. Et ainſi 4647 ,
fignifie Palefrenier ; & 4648 , fignifie
Palefreniere , & par ce
moyenj'acheve de fournir à cette
neuvaine tout ce qui luy con.
vient directement & indirecte.
ment. Les autres expreſſions qui
empruntent le ſecours de ces ac-
X iij
246 Extraordinaire
cents , ſe verrontdans la ſuite.
Lesnombres dequatre chifres
me fervent encor , comme j'ay
dit, àexprimer legrosdes verbes,
parce que fi j'y employois ceux
de cinq comme j'aurois pû le
faire, j'euſſe eſté obligé de mer.
tre en ufage ceux de fix , pour
marquer les noms verbaux, nombres
à éviter pour les raiſons que
fay alléguées ; mais il ne faut pas
craindre que ce double employ
confonde ces verbes&ces noms,
les chifres auxiliaires donnent
trop bon ordre à leur diſtinction ,
comme je l'ay déja remontré.
Ces verbes ont leur principal
raport aux noms de trois chifres,
&ſe forment par la jonction d'un
quatriéme. Ils en ont auffi avec
du Mercure Galant. 247
لا
ec
ceuxde quatre chifres , fans rien
ajoûter. Je donne aux_premiers
le nom de verbes principaux , &
aux autres celuy de verbesfubalternes
; & telle eſt la distinction
quej'ay miſe entre les noms, dont
ils réſultent pour la plūpart.
Avant que d'en marquer des
exemples , je dois , Monfieur,
vous faire reſſouvenir que parma
Lettre de voſtre Extraordinaire
XVII. j'ay diviſé les verbes en
affirmatifs , & en négatifs , &
en ceux encor, qui ſignifient le
retour de l'action des uns & des
autres,& vous avertir que n'ayant
que trois nombres à employer à
Pexpreffion de ces quatre fortes
de verbes , fi je veux garder l'ordre
des ternaires , je me fers d'un
mefme nombre pour ſignifier les
.
X iij
248
Extraordinaire
:
deux verbes du retour, avec cette
diférence, queje place le premier
accent d'augmentation ſur le chifre
qui marque le retour du verbe
négatif , afin de le diftinguer de
fon oppofé.
Mais quoy que chaque verbe
affirmatif ſoit fufceptible d'un
négatif, & que tous deux le foient
de leurs retours d'action , l'uſage
des Langues , qui eſt auſſi bizare
àcet égard qu'à celuydes dépendances
des noms primitifs, en accorde
à l'un , & n'en donne point a
l'autre .Toutesfois l'Ecriture ,& la
Langue Univerſelle,dont laprincipale
regle cft de traiter également les
choſes égales , en uſe d'une autre
forte , & attribuë à chaque verbe
comme à chaque nom, tout ce qui
luy peut convenir ſuivant la Nadu
Mercure Galant. 249
!"
ture, la Raifon, & la Grammaire.
Ainfi 101, fignifie eftre , ou
exifter , verbe principal & affirmatif
, 1012, ſignifie fon oppofé,
ou negatif. 1013 , & 1013 , figni.
fient leurs retours d'action .
1014, fignifie paroiſtre. 1015 , fon
négatif eftre invisible. 1016 , &
1016' leurs tetours d'action .
1017, fignifie agir. 1018, ſon négatif,
estre fans action . 1019 , &
1019' , leurs retours, verbes qui
appartiennent au nom eftre.
1021 , ſignifie ſubſiſter de foymesme
. 1022 , ſubſiſter par le moyen
d'un autre , comme les accidens .
1024, eſtre ſimple . 1025 , eſtre
compofé.
1027, eſtre immortel , durer.
1028 , eſtre périſſable , paſſfer, verbes
qui appartiennent à lafubſtance.
250
Extraordinaire
1031. fignifie penetrer. 1034, connoistre.
1037 ,sçavoir, 1038 , igvorer,
verbes qui appartiennent à l'efprit.
1041 , fignifie créer. 104.2, aneantir.
1044, conferver. 1045, délaiffer.
1047, rendre immortel. 1048, rendre
fujet à la mort, verbes qui appartiennent
à Dieu &à ſa puiſſance.
1051, commencer. 1052, finir.
1054 continuer. 1055, ceffer . 1057,
achever. 1058 , laiſſer emparfait .
1061 , produire. 1064. faire. 1065,
défaire. 1066, refaire, 1066 rede.
faire, &c. verbes de travail, dont
Dieu a donné l'exemple à
l'Homme.
2
1111 , fignifie imposer. 1114. deecvoir.
1117 , tromper &c. verbes
qui appartiennent aux Faux-
Dieux.
du Mercure Galant. 251
2011 , fignifie luire . 2014. briller.
2017 , resplandir, br. verbes qui
appartiennent au Ciel , & aux
Aftres.
464t , fignifie henwir. 4644 ,
poulainer. 4647 , aller à cheval , &
4647 , penser . 4661 , fignifie mugr.
4664, veler. 4667, garder,
verbes fubalternes quiappartiennent
aux neuvaines du Cheval,
& du Taureau , &c.
J'avois eu d'abord en penſéede
joindre une cinquiéme forte de
verbes aux quatre précedens , &
c'eſt celle qui marque l'action re.
ciproque , comme s'entre- aimer,
s'entre- détruire , & autres ſembla
bles ; mais ayant conſideré qu'elle
s'étendoit fur tous les verbes tant
affirmatifs , que négatifs , & que
jem'engagerois dans un grand
252
Extraordinaire
employ de chifres , pour une façon
de parler , qui dans le fonds
eſt ſuperfluë , peu en ufage , &
en tout cas ſuppleée par l'article
double l'un l'autre ; j'ay quitté ce
deffein , &j'ay mefme exclusab.
folument cette expreſſion du
Dictionnaire , & en effet dire ils
s'aiment, ilsse détruiſent , n'est- ce
pas autant que fi l'on diſoit ils
s'entre-aiment, ils s'entre- détruiſent;
neantmoins comme ces mots
font ſujets à équivoque , puis
qu'on peut entendre par eux que
des Perſonnes s'aiment elles- mesmes,
se détruiſent elles -mesmes, auffibien
qu'elles s'aiment ou fe détruiſent
les unes les autres ;il ſera
à propos de les accompagner de
l'article double , & de l'exprimer
adverbialement ſi l'on veut , c'eſt
du Mercure Galant. 253
à dire, avec une barre deſſus, afin
d'en rendre l'expreſſion plus
courte.
La maniere de marquer les
noms verbaux, ſubſtantifs ou adjectifs
, fuit celle de marquer les
verbes , enferme leurs quatre chi .
fres, & y en ajoute un ; de forte.
qu'elle en a cing , commeje l'ay
avancé. Voicy des exemples des
ſubſtantifs , avec l'ordre quej'ob .
ſerve dans la diſtribution de leurs
neuvaines .
10411 , fignifie Createur , & la
creation active du Createur.
10412 , fignifie Creatrice , & la
creation active de la Creatrice.
10413, -- 10414 , fignifie Creature,
&la creation paffive de la
Creature , relation directe. 10417,
254
Extraordinaire

fignifie la relation indirecte.
46411, fignifie Henniffeur , &
henniffement. 46412 , Henniſſeuse,
& fon action . 46413.--- henniffementdaHongre.
Il eſt bon d'obſerver, premiement
, que cesverbes n'ont point
de noms qui marquent les circonſtances
du temps de l'Inftrument
, & du lieu ; & de ſçavoir
que s'ils en avoient , je mettrois
le nom du temps, dans la troifiéme
place du premier ternaire ; le
nom de l'Inſtrument , dans la
meſme du deuxieme ternaire ; &
le nom du lieu , dans la meſme
encordudernier ternaire . Secondement
, que j'attribuë à chaque
nom doué de ſexe , une exprefſion
particuliere de ſon action,
ce que les autres Langues & les
du Mercure Galant.
255
autres Ecritures ne font pas, tant
celle-cy les furpaſſe en exactitude
, & en délicateffe , auffi-bien
qu'en abondance ; & troifiémement
, qu'il en eſt de la paffion
commede l'action .
Voicy des exemples des adjectifs
, exprimez par les meſmes
chifres que les ſubſtantifs verbaux
J'ay dit dans le Projet que
ces adjectifs eſtoient de deux
fortes ; trois du verbe actif , comme
nuisible , comptable ; & trois du
verbe paffif , commefaisable, redoutable,
& aimable. A quoy il faut
ajoûter ceux du verbe meſlé , ou
libre. Ainfi 10441 , fignifie qui peut
conferver , premier adjectif actif.
10442,qui doit conferver, ſeconde.
10443, qui mérite de conſerver, troi.
ſieme. 10444, fignifie qui peut eftre
256
Extraordinaire
confervé , premier adjectif paſſif.
10445, qui doit estre conservé, leconde.
10446, qui mérite d'estreconfervé,
troifiéme. 10447, fignifie
qui se peut conferver , premier adjectif
du verbe meſlé. 10448, qui
fe doit conferver , ſeconde ; &
10449, qui mérite deſe conferver,
troifiéme .
Noſtre Langue n'exprime pas
beaucoup d'adjectifs de cette na
ture , par des mots ſimples ,mais
ſa ſtérilité ne me doit pas ſervir
de loy. Je ne raporte que ce peu
d'exemples des noms verbaux,
parce qu'il ſuffit pour regler la
maniere d'exprimer les autres.Je
les ay gardez pour les grands
nombres , à cauſe qu'ils fontpeu
fréquens , & je les ay mis apres
les verbes , comme les verbes
55
du Mercure Galant. 257
apres les noms , ſuivant l'ordre
de la Nature qui établit premierement
l'Eſtre , & puis le fait
agir , apres quoy on luy donne le
titre de ſon action ; & je paſſe
des nombres de trois chifres , à
ceux de quatre ; & de ceux de
quatre , à ceux de cinq, avec liai.
* fon entre deux , & avec un égal
raport par tour . Ainfi 111; fignifie
Faux - Dieux . IIII , fignifie le
Peredes Dieux , & impofer , qui en
eft le propre , & III , fignifie
Impoſteur, &imposture.
461, Signifie Animal domestique,
4641, Cheval & hennir , qui eft
auſſi ſon propre ; & 46411 , henniffeur
&henniſſement. Il en eft
de meſme de la fuite de tous les
autres noms , comme de celle de
ces deux- là .
Q.d'Octobre 1682. Y

)
258
Extraordinaire
:
!
Il mereſte , Monfieur, à vous
entretenir des diminutifs , & des
augmentatifs , dont aucun n'a
efté joint aux mots que j'ay raportez
, quoy que de leurs dépendances
, & de leurs variationsdi-
Frectes comme il a eſté dit. La
raiſon de ce procedé , eſt le défaut
que nous en avons dans
noſtre Langue , n'y ayant prefque
dans tous ces mots que Cheval
, à qui elle donne un diminutif
, qui eſt Bidet. Dieutelet ; pour
exprimer Petit. Dieu , n'y eſtant
pas trop en uſage. Sçachez neantmoins
, qu'il n'y a pas un ſeul
nom ſubſtantif ou adjectif, pas
un de leurs adverbes , ny meſme
un ſeul verbe , à quije n'attribuë
ces degrez de diminution &
d'augmentation : parce qu'il
duMercure Galant.
259
a aucun de ces mots que je n'en
trouve également fufceptible.
En quoy je fournis abondamment
à la perfection, & à la déli.
catelle del'Ecriture & de la Langue
Univerſelle ; & la grande étenduë
de ces degrez queje pouf.
ſe plus loin que je n'avois réſolu
par ma derniere Lettre , puis que
jene les y attachois qu'aux noms
ſubſtantifs , eſt encor une des
canſes qui m'a fait diférer d'en
parler , jugeant qu'il eſtoit de
L'ordre d'exprimer le principal
avant l'acceſſoire. Vous verrez
bien- toft , Monfieur, la maniere
dont je les marque tous .
:
Y ij
260 Extraordinaire
SECONDE & III.
M
Partie.
E voicy parvenu àla fe
conde & à la troifiéme
Partie du Dictionnaire Univerſel ,
ſuivant la Methode commune ,
dont l'une a la barre deſſous , &
exprime les nombres qui demeurent
en nature ; & dont l'autre
l'adeſſus , &marquent les noms
des lieux&des perſonnes, les par.
ties invariablesdu diſcours ,& les
Proverbes. Il feroit de l'ordre
que j'en donnaſſe icy le détail ;
mais commeje n'ypourrois ſatisfaire,
fans aller audelà des bornes
quej'ay preſcrites à mes Lettres,
infi que vous ,Monfieur, à VOS
du MercureGalant. 261
Mercures , j'aime mieux ſauter
par deſſus , que de m'étendre juſqu'à
l'importunité , ſauf à y revenir
par une Lettre de ſupplément
, dans un autre Extraordinaire
. Perfuadé donc que vous
ne def- approuverez pas cette
conduite , puis qu'elle s'accommode
à la voſtre & à vos intentions
; je vais paſſer au Traité qui
doit ſuivre ces deux Parties , &
auquel la premiere a le principal
intéreſt.
Maniere d'exprimer les varia
tions des mots de ce Dictionnaire.
E Traité ne regarde que les
ſeigne , entre leurs chiffres primi-
1
262 Extraordinaire
tifs , & leurs auxiliaires , parce
qu'il n'y a qu'elles qui ſoient ſu.
jettes à variation ; d'où vous
voyez , Monfieur , qu'il ne s'agit
que de ce qui ſe décline,&de ce
qui fe conjugue.
A
J'ay ditdans ma derniere Lettre
, que cette enſeigne eſtoit une
apostrophe, ou une diviſion ; La pre.
miere , quand il n'y avoit qu'un
chiffre auxiliaire ; & l'autre lors
qu'il y en avoit davantage ; &une
des raifons de cette diférence, eft
que l'apostrophe ſuffitpour la féparation
d'un chiffre ; & que la
diviſion , qui eft plus remarquable,
m'a paru plus propre à la féparationde
pluſieurs.
Je vais commencer par l'ex.
preſſionde la déclinaiſon , en ſuivant
l'ordre de Grammaire.
1
du Mercure Galant. 263
J'ay affez parlé des chiffres primitifs
, il ne s'agit plus que des
auxiliaires ; & voicy le premier
employ queje leur donne.
Les fix premiers de ces chiffres,
eſtant mis ſeuls apres l'apoſtrophe,
marquent les cas de tout ce
qui ſe décline. 1, eſt le ſigne du
nominatif, ou du vocatif. 2, celuy
du génitif. 3 , du datif. 4, de l'accuſatif.
5, du cas libre . & 6, de
lablatif.
Ces expreſſions marquent les
casdu nombre pluriel , auſſi bien
que ceux du fingulier ; mais pour
diftinguer les uns des autres , j'ajoûtedeuxpoints
ſur les exprefſions
du pluriel. Ainfi 1, qui ſignifie
dans le Dictionnaire l'article
définy& mafculin le, s'exprime
dans tous ces cas,& dans ſes deux
264 Extraordinaire
:
nombres, de la maniere qui fuit.
I'I Signifie cet article au nomi
natif du nombre fingulier, ou les
oubien au vocatifoug
Le fign.au genitif, ou de,
du, del' .
1'3 Le ſign, au datif, ou a, an, al'.
1'4 Le ſign. à l'accufatif, ou le.
n's Le fign. au cas libre, oule,
de, da, del' , a, aw, al
Eti' le fign. àl'ablatif, ou de,
du,del.
r'ii Le fign.au nominatifplu.
riel, ou les ; ou bien au vocatif,
OU 0.
1'2 Le fign . ou genitif, ou des. 1
13 Le fign. au datif, ou aux,&c.
Voila le modelle de la déclinaiſon
des autres articles , de tous
les pronoms , & de toutes fortes
de noms , ſubſtantifs , adjectifs,
Mnominaux,
daMercure Galant. 269
nominaux, verbaux , mafculins ,
feminins, ou degenre libre.
J'ay declaré dans mes Lettres
precedentes , les raiſons qui me
faifoient exclure le duel ; joindre
le vocatif au nominatif,& établir
un nouveau cas. Il ſeroit inutile
deles repéter.
Jen'exprime le genre d'aucun
nom ſubſtantif, par les chiffres
auxiliaires ; parce que fi c'eſt un
nom qui ſignifie quelque ſexe , il
le fait affez connoiſtre par le dernier
de ſes chiffres primitifs, fuivant
l'ordre queje garde dans le
Dictionnaire , où vous avez pů
obſerver que dans le partage ordinaire
des neuvaines en Ternaires
, chaque premiere partie des
Ternaires contient un nom maf
culin; chaque feconde un femi-
Q.d'Octobre1682 . Z
266 Extraordinaire
qui
nin ; & chaque troifiéme un nom
de genre libre. Il eſt vray que cet
ordre ceffe , quand les Ternaires
font remplis d'expreffions ,
n'ont pointde ſexe, d'autant que
tout y eſt alors de genre libre ,
mais il importe peu, dans le fonds
que l'Interprete ſcache de quel
genre eſt un nom , quand il n'en
ſçait pas la ſignification ; & il eſt
aſſure que des qu'il la ſçait , ilen
connoiſt auffi le genre, puis qu'il
eſt marqué par la nature , comme
je l'ay dit ailleurs .
* Si l'employ des fix premiers
chiffres auxiliaires fimples , eſt
facile à reconnoiſtre & par euxmémes
, & par l'apostrophe , il
n'en eſt pas ainſi de celuy des trois
autres chiffres ſimples &du zero,
parce qu'ils ne paroiffent point
du MercureGalant. 267
ſeuls dans cette écriture ; mais la
raifon de ce procedé que cache
un myſtere , ne s'expliquera que
dans une autre Lettre .
Quant à la divifion , ou barre,
&aux nombres de deux chiffres
qui l'accompagnent ; fi le zero
eneſt un,&qu'il précede, il fert
àexprimer les ſubſtantifs de qualité,
qui dérivent des noms abfolus;
& fi ce font deux autres chiffres
, ils enmarquent les adjectifs
avec leurs adverbes. Ainfi 104,
& 10411 , qui ſignifient Dieu &
Createur, dans le Dictionnaire; &
que la Grammaire exprime au
nominatif par 1041 ; & par
10411'1 . ont leurs dépendances
marquées de la forte.
4104 01 Signifie Divinité, qualité
qui appartient à Dieu.
Z ij
268 Extraordinaire
18104-11 Sign. Divin , ſon adjectif.
Et 104-17 Sign. divinement fon
adverbe..
10411-01 Sign. Creation, qualité
ou action du Createur.
10411-11 L'adjectif verbal qui
peut créer.1 03
Et 10411-17 L'adverbe de cet
adjectif.
Il n'en eſt pas de meſme des
genres des adjectifs , comme de
ceux des ſubſtantifs ; la nature ne
les diftingue pas , c'eſt l'office de
la Grammaire. J'en marque auſſi
la diſtinction par les chiffres auxiliaires
; & le premier des deux eſt
employé à cet uſage , comme le
dernier à exprimer les cas. Ainfi,
104 11 Signifie l'adjectif ſimple
on pofitif divin au mafc. 104-21 .
le figurau feminin, ou divine.
du Mercure Galant. 269
*
104-31 Le ſign. au genre libre,
ou divin.
Deplus 104-41 ſign. l'adjectif
comparatif plus divin, au maſculin.
104-51 le ſign. au feminin , ou
plus divine.
104-61 Le ſign. au genre libre,
ou plus divin.
Et 104.71 ſign. l'adjectif fuperlatifle
plus divin , au maſculin.
104-81 le fign. au feminin ou la
plus divine. Et 104-91 le ſign. au
genre libre, ou le plus divin.
Je diſtribuë ces adjectifs de
trois en trois, parce que j'ob ſerve
le mefme ordre dans le partage
des chiffres auxiliaires , que dans
celuy des chiffres primitifs, attri
buant le geme maſculin à chaque
premierepoftie de leurs Ternaires,
le feminin àchaque ſeconde,
Ziij
270
Extraordinaire
& legenre libre à chaque troifiéme
, comme on le voit pratiqué
dans cetexemple.
Outre ces adjectifs de compa
raiſon , que j'appelle d'élevation,
j'en exprime encore d'autres que
j'aynommez d'égalité & d'abaiſſement,
dans ma derniere Lettre ,
afin que rien ne manque à cette
écriture, pour la délicateſſe non
plus que pour l'abondance.Je les
diftingue des précedens , par un
renvoy que je mets ſous leur enſeigne.
Ainfi 104A11 fignifie l'adjectif
d'égalité aurant divin, auffi
divin. 104441 ſign, le comparatif
d'abaiffement, moins divin. Et
104471 fign. le ſuperlatifd'abaiffement,
le moins divin. 12
Vous jugez bien , Monfieur ,
que ces adjectifs ont leurs trois
du Mercure Galant. 271
genres diftincts comme les autres;
qu'ils font tous aunominatif
fingulier , ou au vocatif, auſſi
bien que les ſubſtantifs de qualité
qui les précedent , puis que leur
chiffre auxiliaire eſt un 1 , & qu'il
n'y a qu'à changer cet 1 , en 2 ,
pour les mettre au genitif , ou en
3, pour les metre au datif, ou en
4, pour lesmettre à l'accuſatif; &
ainſi des autres cas , ſuivant le
modelle de la déclinaiſon.
Vousjugez bien auſſi que tous
ces adjectifs forment leurs adverbes
par la ſubſtitution d'un 7,
en la place de leur 1, final ; com.
me 104-11 divin, a formé 104-17
divinement , ſans qu'il foit beſoin
que j'en rapporte d'autres exemples.
La réſolution quej'ay priſe de
Z ij
272
Extraordinaire ab
: traiter en adjectif , les pronoms
perſonnels , à l'imitation des autres
pronoms, m'en fait marquer
à leur maniere , les genres difc
tincts . Ainfi 1-11 fignifie je au
mafculin; 1-2r le ſignifie au fe
minin; & 1-31 le ſignifie au genre
libre. 2-11 fignifie Tu au mafculin.)
2-21 le fignifie au feminin. Et 2-31
le fignifie au genre libre , &c.
1111 fignifie mon ou le mien au
mafculin ; 11-21 , ma ou la mienne
au feminin . Et 11-31, mon ou le
mien , au genre libre - 97-11
fignifie nul , &c. 97-01, nullité ,
97-17 nullement.
Quant aux articles , il n'en eft
pasde même que des noms & que
des pronoms , parce que j'attri
buë leurs genres à leurs chiffres
primitifs ,& non pas à leurs auduMercure
Galant. 273
xiliaires . 1'ı fignifie le au maſculin
; 2'1 fignifie la au feminin; &
31 fignifie le augenre libre. L'abréviation,
commeje l'ay dit, eft
la cauſede cette uſage , que j'ob - x
ſerve auſſi par la meſme raiſon, à
l'égard des deux autres articles .
On pourra pourtant ſe paſſfer
d'articles dans cette écriture , fi
on leveut,au moins des deux premiers
, parce qu'on ne les em.
ploye que pour marquer les cas,
dans les langues qui ne varient
point la terminaiſon de leurs
nominatifs , qui n'arrive pasicy,
ou chaque nom a tous ſes cas
diférens,& où l'on peut préſumer
que tous les cas ainſi diverſement
marquez , font les articles mefmes
que l'on met à la fin du nom
au lieu de les placer devant , à
274
Extraordinaire
l'imitation de la Langue Hébraïque
, de la noftre , & de fes
voiſines, & dont on change, pour
ainſi dire, les chiffres primitifs en
auxiliaires. Il ſera pourtant libre
de s'en fervir,& fi on le fait , се
fera pour plus d'emphaſe.
La conjugaiſon ſuit la déclinai.
fon, &j'employe les nombresde
deux chiffres qui finiſſent par un
zero, à marquer le temps préſent
de l'infinitif de chaque forte de
verbe. Ainfi to, ſignifie celuy du
verbe actif au maſculin ; 20, le
fignifie au feminin ; 30, au genre
libre. 40, fignifie celuy du verbe
paſſif au mafculin ; so, au feminin;
60, au genre libre; & 70, 80,
& 90, fignifie celuy du verbe
meflé, neutre ou libre, aux trois
Genres.
du Mercure Galant. 275
Je donne de la forte des genres
aux verbes , à la maniere de
Hébreu , pour une plus grande
perfection de l'expreffion ; mais
fi je marque le temps préſent de
leurs infinitifs , par ces nombres
de deux chiffres, qui'me reſtoient
à employer , j'exprime tous les
autres temps , par les nombres de
trois, avec une diviſion ou barre
courbe, afin qu'y ayant une double
distinction entre le gros des
verbes , & les noms qui font
compoſez, comme eux, de quatre
chiffres primitifs , on les démêle
avec plus de facilité & de promptitude.
Par la meſme raiſon j'employe
une autre forte de diviſion , qui
eſt une barre ou ligne circonflexe , à
l'expreſſion des verbes imperſon
276 1010
Extraordinaire
nels ; & pour les diftinguer encore
mieux des autres verbes , je
leur donne quatre chiffres auxiliaires,
ce que je fais endoublant
le chiffre du milieu des verbes ,
d'où ces imperſonnels dérivent,
comme on verra bien- toſt.
Voicy la diſpoſition des trois
chiffres auxiliaires pour le modelle
de la conjugaiſon du verbe
actif, au genre mafculin . 10, ou
bien no , eſt le ſigne du temps
préſent de l'infinitif actif. 120,
celuy du temps futur. 130, celuy
du temps paffé, 140, 150, & 160,
ceux des trois gérondifs , & 170,
180 , & 190, ceux des trois ſupins.
Tor Signifie la premiere Perſonne
du temps préſent de l'indicatif.
102 Signifie la ſeconde. 103 la
duMercure Galant. 277
troiſieme. Et 1003 l'imperfonnel
de ce verbe , dans ce mode &
dans ce temps.
104, 105 & 106, Signifient les
trois Perſonnes du futur ; & 1006
leur imperſonnel.
107, 108 , & 109 , les trois Perſonnes
du paſſé parfait définy ; &
1009 l'imperſonnel. 111 , 112 , &
113 , celles du paffé imparfait ; &
113 , l'imperſonnel. 114, 115, 116 ,
&1116, celles du paſſé parfait indefiny,
& l'imperſonnel. Et 117,
118, 119 , & 1119 , celles du paffé
parfait & plus que parfait,& limperſonnel.
122 Signifie la ſeconde Perſon.
ne du temps préſent de l'impératif.
123 le troiſieme. Et 1223 l'im.
perſonnel . 124, 125, 126, & 1226,
278
Extraordinaire
(
les trois Perſonnes du futur , &
l'imperſonnel.-
131 , juſqu'à 139 , fignifient les
Perſonnes & les imperſonnelles
des trois temps de l'optatif.
141 ,& 151, &leurs fuites, fignifient
de mefme les perſonnes &
les imperſonnels des fix temps dự
fubjunctif.
161 , & fa fuité, demeurent ſans
employ ; mais 171 , juſqu'à 176,
expriment les fix cas du participe
du temps preſent , toûjours au
genre mafculin ; 181 ſignifie de
même ceuxdu participe futur;&
191 , ceux du participe paſſé. De
tous les adjectifs , il n'y a que
ceux- là, dontje ne reduiſe point
les degrez de comparaiſon aux
mots ſimples , mais il faut bien
qu'il y ait de la diverſité dans
duMercureGalant. 279
les expreffions , & que les particules
qui marquent ces dégrez ,
ne foient pas tout- à-fait inutiles
dans cette écriture.
Quant aux futurs Grecs, dont
j'ay approuvé l'uſage , je les
exprime par le premier accent
d'augmentation ; avec cette diférence
que je le mets ailleurs
fur les chiffres primitifs , & icy
ſeulement ſur les auxiliaires . Ainfi
eſtant placé ſur le premier auxiliaire
du futur ordinaire , il en
marque le futur prochain ; &
eftantmis fur le ſecond , ilen exprime
le futur éloigné. Et je
réünis de la forte, au temps avenir,
les particules , teft & tard, qui
conviennent ſi naturellement à
cette partie du verbe.
Pour le pluriel de tous les ver.
280 Extraordinaire
1
bes , je l'exprime comme celuy
des noms , par l'addition de deux
points fur leur dernier chiffre auxiliaire.
201, &ſes ſuivans, ſignifient les
variations du verbe actif au genre
feminin ; & 301 & les fiens ,
celles du meſme verbe au genre
libre.
401 , 501 , & 601 , ſignifient auſſi
demeſme les variations du verbe
paſſif, en ſes trois genres ; & 701,
801 , &901 , celles du verbe libre,
dans les trois fiens .
Il ſeroit inutile queje marquaſſe
ces variations par le détail. Cel
les que j'ay exprimées leurs fervent
de regle & de guide. Cette
conjugaiſon eſt ample & fans
embarras , & contient neuf verbes,
qu'on peutdire n'eſtre qu'un
du Mercure Galant. 281
}
ſeul; & fi je n'obſerve pas dans
la diſpoſition de leurs modes &
de leurs temps , ce que j'en ay
propoſé dans ma derniere Lettre,
c'eſt parce qu'il eſt refervé pour
l'autre Méthode.
Il me reſte à donner l'expreffion
de la variation directe que
j'érens également fur ce qui ſe
décline , & fur ce qui ſe conjugue,&
mêmes ſur les adverbes des
adjectifs ; C'eſt celle des dégrez
dediminution&d'augmentation .
Un point,ou deux, dont j'accompagne
leurs enſeignes , en font
toute la façon. Un feul, ſous ces
enſeignes , marque les premiers
diminutifs ; & deux, expriment
les ſecondes. Un feul , deſſus,
fignifie les premiers augmenta
Q.d'Octobre 1682 . Aa
282 Extraordinaire...
tifs;&deux, les deuxièmes. Ainfi
111, fignifiant Dieu fabuleux , ou
faux Dieu , dans le Dictionnaire;
& 111'1, le fignifiant dans la
Grammaire.
111 ? Exprime petit Dicu ; &
III 1, tres- petitDieu .
111 ; Marque grand Dieu ; &
111 1, tres-grand Dieu.
H11 Signifie peu divin ; &
111 11, tres-pendivin .
In Signifie fort divin ; &
III, tres- divin .
111 17 peu divinement
d'une maniere peu divine.
HI OI petite divinité,&c.
>
ou
21111 10 impofer peu , & 1111 10
impofer tres-peu.
IIII 10 impofer beaucoup , &
1111 10 impofw extrémement.
*** !! petit Imposteur, &c.
du MercureGalant. 283
11111 of petite imposture, &c.
L'uſage de ces dégrez accroiſt
confidérablement l'abondance
des mots fimples , & contribuë
meſme à la délicateſſe de la langue
, par la diftinction quelle ap.
porte à ces fortes d'expreſſions ,
tres-divin, &le plus divin ; trespeu
divin, &le moins divin , que
quelques langues confondent
dans leurs fuperlatifs . Il ſera pour.
tant libre de s'en fervir, ou de les
laiffer , comme je l'ay remontré
ailleurs. Je rapportetoûjours les
choſes de deux manieres , afin
d'en donner le choix aux Nations.
Leur gouft diférent fait
que les unes aiment les mots fimples&
les expreffions abregées,
& que les autres ſe plaiſent aux
phrafes & aux expreffions éten
Aa ij
284 Extraordinaire
1
duës. Elles trouveront icy dequoy
ſe contenter toutes .
Voila, Monfieur , l'expoſition
de la premiere Ecriture , que je
crois propre à eſtre renduë Univerfelle
; les deux parties qui y
manquent, n'empeſchent pas que
vous ne puiſſiez juger defon mé.
rite. Mais afin de vous en faire
connoiſtre la grace, & de tracer
en meſme temps un modelle à
ceux qui voudront s'exercer dans
ſa compoſition , je vais vous donner
une petite ſuite de ſes caractes.
La voicy ,
19 35 10511-05, 1041 10411116
34 2014, 18 34 251'4.
Ces dix caracteres expriment
mot à mot ce début du Texte
facré, dans le commencement Dieu
créale Ciel & la Terre; & ont
du Mercure Galant. 285
tous les avantages que je leur
attribuë, par ma Lettre de voſtre
quatorziéme Extraordinaire ;
mais la longueur quej'ay donnée
à celle-cy malgré fon retranche
ment, n'ayant pû eſtre plus cour.
te, pour eftre intelligible , ne me
permet pas d'entrer préſentement
dans cette preuve, non plus
que dans le détail de l'explica
tion de ceTheme. Il eſt temps
que les chofes utiles faſſent place
aux divertiſſantes , & que je mezi
diſe àmon ordinaire sau
MONSIEUR , 79 78 75 ph
Voſtre tres-humble, & tres
affectionné Serviteur,
DE VIENNE- PLANCY.
286 Extraordinaire
252-2225252525255
SUPLEMENT
A LA LETTRE PRECEDENTE .
AFau-Cleranton le 12. de Nov. 1682 .
L
Aremarque, Monfieur, que
je viens de faire , qu'il y a
dans vos Extraordinaires , des
Lettres une fois plus longues que
*celle queje vous ay écrite le huit
de ce mois , m'inſpire le deſſein
de l'augmenter.par la jonction
de celle- cy, afin d'achever fans
remife , ce qui regarde l'entiere
expofition dema premiere Ecri.
ture Univerſelle , & d'empefcher
que la longue attente de voir ce
qui ymanque, ne faſſe de la peine
du Mercure Galant. 287
aux Curieux. Perſuadé donc que
vous ne defagrérez pas ce procedé,
puis qu'il eſt fondé en exemple&
en raifon ; je vais vous don
ner ce Suplément , avec le plus
d'abréviation qu'il me fera poffible.
SECONDE PARTIE
du Dictionnaire Univerſel ,
Suivant la Méthode commune.
A
Pres avoir expliqué , comme
j'employe les nombres
à l'expreſſion des mots principaux
des langues ; il eſt bienjuſte
de rapporter comme je les exprime
eux- meſmes , lors qu'ils ne
288 Extraordinaire
fignifient rien d'étranger. On a
fouvent beſoin d'eux en cet état
pour l'abréviation de l'Ecriture ;
&il n'y auroit pas de raiſon de les
exprimer par d'autres figures que
par celles qui leur font propres.
Eftant donc obligé de les laiſſer
en cette poffeffion , je me fers
d'un trait que je mets fous eux ,
pour marquer quand ils la gardent;
&l'employ de ce traiteft
affez conforme à noſtre uſage ,
comme j'ay ditailleurs.
deux,
Ces nombres font de deux for
tes. Les uns qu'on nomme Cardinaux
, tels que font un ,
trois, quatre, cing , &c . Et les autres
qu'on appelle Ordinaux , tels
que font premier, fecond, treifiéme,
&c.
Les nombres Cardinaux font
preſque
du Mercure Galant. 289
5
t
preſque tous indeclinables ; &
illeur fuffit en ce cas , d'avoir le
trait ou l'enſeigne fous eux; mais
àl'égard de ceux qui ſe déclinent
il leur faut encore ajoûter l'enfeigne
qui s'infere entre les chiffres
primitifs & les auxiliaires. Ainfi
1 , avec le trait ſous luy ſignifie
un. 2 , de meme fignifie deux . 3 ,
trois ; & ainſi des autres. Mais
pour exprimer un ou unique, nom
adjectif , ſa qualité unité ; & fes
adverbes uniquement & une fois.
Double, duplicité, doublement&
deux fois . Triple , triplicité, triplement
& trois fois , & c. Il faut
ajoûter l'enſeigne qui s'mfere au
trait qui ſe met deſſous , &join.
dre des chiffres auxiliaires à la
fuire de cette enfcigne , pour
marquer les variations directes
Q. d'Octobre 1682. Bb
290 Extraordinaire
&les indirectes , dont ces mots
numeraux font,fufceptibles , ce
qui se fait de lamaniere generale
que j'ay rapportée dans ma Lettre
précedente.
Quant aux nombres Ordinaux,
ils ne fontjamais indéclinables.
Ilsont les meſmes dépendances
que les Cardinaux. Premier, non
ſubſtantifou adjectif, a à ſa ſuite
primauté,premierement,&lapremiere
fois. Second ou deuxième , a de
mefmefecondement, lasecondefois.
Deuxièmement , la deuxième fois .
. Ilen eſt ainſi de la troiſiéme & de
tous les autres. Etje marque tou.
tes les dépendances , comme cellesdes
nombres Cardinaux,
Ce que ces adjectifs numeraux
ontde diférend des autres , c'eſt
que chacun a deux adverbes , au
duMercureGalant. 29t
lieu queles autres n'enont qu'un .
Divin n'a que divinement , mais
dean a doublement && deux fois;
-80deuxiente deuxiémoment,
& la deuxième fois . Et tous les
autres nombres Cardinaux &Or .
dinaux font douez de la méf.
me fécondité.J'exprime le premiendeleurs
adverbes par un 7,
final, comme celuy des adjectifs
ordinaires ,& ledeuxieme parun
8, aufli final, fans que ceremploy
caufe d'équivoque dans cette
Ecriturexshamas
ab Cesmoms numeraux ont aufk
-des verbes qui leurs appartien-
Dent, commeunir, doubler, tripter,
Gr.primer,feconder, o. Ces verxbes
formarquent avec l'enſeigne
courbe qui s'inſere comme tous
les autres , mais il n'en est pas
Bb ij
292 A
Extraordinaire sax
ainfi de leurs verbes oppoſez ou
négatifs , de ceux des leur re
tour d'action ; & des noms qu
déivent, ou des uns ou des auc
tres, ou mesme des verbes affir
matifs. Je n'ay formé précedem
ment les verbes négatifs , & ceux
du retour d'action , que par le
changement de leur dernier
chiffre primitif , en un autre
chiffre ; & les noms qui leurs
appartiennent à tous , que par
l'addition d'un chiffre auffi pri
mitif à ceux qui marquent leurs
verbes. Ainfi de 1441 , qui figni.
fiecréer, j'ay fait 1442 , qui ſignifie
aneantir. 1443, qui fignifie recréer,
c. 14411 , qui ſignifie Createur.
14412 qui ſignifieCreatrice.14414,
qui fignifie Creature , &c. voila
monuſage. Mais je ne puis icy
du Mercure Galant. 293
rien changer ny ajouter ,&fans
détruire la nature des nombres.
ropfigmfira bien unir. Mais
2010, ne peut pas ſignifier ſon
verbe négatif des-unir, ny 3-10,
fon verbe de retour d'action ,
véünir, &c. parce que l'un fignifie
doubler, & l'autre tripler. Ainfije
fuis obligé d'avoir recours à une
autre Méthode , pour marquer
les dépendances & les oppofi
tions du verbe unir; comme auſſi
pour exprimer celles du verbe
doubler, qui font de doubler, redoubler,
rededoubler, &c. &toutes les
fortes d'expreffions qui dérivent
de ces verbes, & de leurs ſemblables
Cette méthode eſt d'empef
cher qu'elles ne conſiſtent dans
le changement des chiffres pri-
???????????????????????? B-baij
190 Extraordinaire
&les indirectes , dont ces mots
numeraux font fufceptibles , ce
qui ſe fait de la maniere generale
que j'ay rapportée dans ma Lettre
précedente, al 3
Quant aux nombres Ordinaux,
ils ne font jamais indéclinables.
Ils ont les mesmes dépendances
que les Cardinaux. Premier, non
ſubſtantif ou adjectif, a à ſa ſuite
primauté,premierement,& lapremiere
fois. Second ou deuxième , a de
mefmefecondement, lasecondefois.
Deuxièmement , la deuxième fois.
Ilen eſt ainſi de la troiſiéme & de
tous les autres. Etje marque rou
tes les dépendances , comme celles
des nombres Cardinaux.
Ce que ces adjectifs numeraux
ontde diférend des autres , ceft
que chacun a deux adverbes , au
du MercureGalant. agt
lieu que les autres n'en ont qu'un,
Divin n'a que divinement , mais
dean a doublement & deux fois ;
-B Ideuxiente pra deuxiémoment,
& la deuxième fois. Et tous les
autres nombres Cardinaux & Or .
dinaux font douez de la mef.
me fécondité.J'exprime le premier
de leurs adverbes par un 7,
final, comme celuy des adjectifs
ordinaires , &le deuxieme parun
8, aufli final , fans que ceremploy
caufe d'équivoque dans cette
Ecriturexasha
ab Ces noms numeraux ont auk
des verbes qui leurs appartien-
Dent, commeunir, doubler, tripter,
Gr.primer,feconder, o. Ces verxbes
formarquent avec l'enſeigne
courbe, qui s'inſere comme tous
les autres, mais iln'en est pas
Bb ij
292 Extraordinaire
ainfi de leurs verbes oppoſez ou
négatifs , de ceux des leur re
tour d'action ; & des noms qu
déivent, ou des uns ou des auc
tres, ou mesme des verbes affir
matifs . Je n'ay formé précedem
ment les verbes négatifs , & ceux
du retour d'action , que par de
changement de leur dernier
chiffre primitif , en un autre
chiffre; & les noms qui leurs
appartiennent à tous , que par
l'addition d'un chiffre auffi pri
mitif à ceux qui marquent leurs
verbes. Ainfi de 1441, qui ſigni.
fie créer, j'ay fait 1442, qui ſignifie
aneantir. 1443, qui fignifie recréer,
c. 14411 , qui ſignifie Createur.
14412 qui fignifieCreatrice.14414,
qui fignifie Creature , &c. voila
monuſage. Mais je ne puis icy
du Mercure Galant. 293
rien changer ny ajouter , fans
détruire la nature des nombres.
roofigmfira bien uwir. Mais
2010, ne peut pas ſignifier fon
verbe négatif des-unir, ny 3-10,
fon verbe de retour d'action ,
véünir, &c. parce que l'un ſignifie
doubler, & l'autre tripler. Ainfije
fuis obligé d'avoir recours à une
autre Méthode , pour marquer
les dépendances & les oppofitions
du verbe unir; comme auffi
pour exprimer celles du verbe
doubler, qui font de doubler, redoubler,
rededoubler , &c. & toutes les
fortes d'expreffions qui dérivent
de ces verbes , & de leurs ſemblables
Cette méthode eſt d'empefcher
qu'elles ne confiftent dans
le changement des chiffres pri-
Bbij
294 Extraordinaire wh
miufs; mais ſeulement dans celuy
des chiffres auxiliaires! C'eſta
da verité un retranchement pour
leDictionnaire Univerfel tou
tesfois bil eft de ſi petite comfésb
quence, qu'il n'y a pas lieu d'en !
former une grande plainte Voi
cydonc à quoy cette Méthode
meréduiush sup balm לכביכונ
Premierement, c'eſt d'em
ployer tout autant de chiffres
auxiliaires , pour ces expreffions
que j'ayemployé de chiffres pri
mitifs pour celles du gros des
verbes,& pour celles de leurs
noms dérivez j'entens quatre
auxiliaires pour les verbesse
cing pour leurs noms , ce quiva
bien au delà de mesopremieres
intentions. Secondemento clefts
de difpofer ices chiffres auxiliai
du MercureGalant. 2495
rès pour marquer ces noms dé
rivez, de la meſme maniere que
j'aydifpofé les chiffres primitifs,
pour lignifier les principauxnoms
des eftes, leurs ſubſtantifs de qua
lité & leurs adjectifs . Et troi
fiémement , c'eſt de mettre lest
mefines ſignes de ſéparation entre
ces chiffres que dans les au
tres expreffions , quoy queries
auxiliaires y foient en beaucoup
plus grand nombre , afin de ne
pas charger cette Ecriture de
trop d'enſeignes. Les exemples
que voicyacheveront d'éclaircin
cette pratique ; Vous y fuppa
ferez , Monfieur, l'enſeigne quiz
doit eſtre fous eux outre l'inte
rée, & vous sçaurez queje l'é
rens ſous les auxiliaires pour la
rendre plus remarquable ,&que
Bhuj
296 Extraordinaire
fi je ne l'exprime pas icy , c'eſt
pour épargner de la peine à vôtre
Imprimeur.dtebaut
1'10001 , fignifie Uniffear
1'10002, uniffcufe. στομά
1-10101 union. 1-ion , le pre
mier adjectif du verbe actif unir.
10211 le deuxième adjectif.
1-10311 le troiſieme, &c.
1-2010 fignifie def -unir.1'20001,
fignifie def-uniffeur. 1'20002 def
woiffeufc.1-20101,def-union.1-20111 ,
le premier adjectif actifdu verbe
defunir. 1-20411 , le premier adjodif
paffifa wor
1-20711 le premier adjectif du
verbe meſlé,
redes-unir, &c.
1-3010 fignifie réünir. 1-3010
Anot
Ces exemples fuffiſent pour
apprendre à marquer tous les audu
Mercure Galant. 297
tres verbes , & tous les autres
noms de cette nature ! 10 000
Vous direz peut- eftre , Monfieur
, que comme ces verbes
numeraux font rares,& par con
fequent les noms qui en dépen
dent , il auroit mieux valu les
exprimer avec moins de rapport
à leurs fources ou racines , que
d'en faire une exception ; & je
fuis bien de cet avis. Les excel
prions cauſent la peine & l'em
barras des Langues , & ne font
d'ordinaire que des effets de ca
price. Il eſt vray que celle-là en
eſt un de neceffité , & qu'elle
porte ſon excuſe avec elle ; mais
on peut encor la retrancher fi
l'on veut. On n'a pour cela qu'à
mettre les verbes unir , dés-unir,
réünir, à la ſuite des verbesjoin
298 Extraordinaire
dre, disjoindre, ou diviſer rejoindre
Lesverbes doubler, tripler & leurs
ſemblables , à la fuite des verbes
augmenter, ajoûter. Les verbes
doubler, de tripler, & autres nega
tifs , à la fuite des verbes dimi
nuer , foustraire. Et traiter de la
mefme maniere tous les noms
qui en dérivent . On laitſera par
ce moyen au Ditionnaire ces
mots qui ſont de ſa jurifdiction ,
&on demeurera dans les bornes
des regles generales , dont l'E.!
criture & la Langue Univerſelle
demande qu'on ne s'écarte point.
Neantmoins j'ay bien voulurap.
porter la meſme choſe, de deux
façons, pour en donner le choix,
comme j'ay accoutumé de faire.
Ce qui me reſte à ajoûter, c'eſt
que pour diftinguer les expref
1
du MercureGalant. 299
fions des nombres ordinaires de
celles des Cardinaux , dont les
les chiffres primitifs & les auxi
liaires n'ont point de diférences;
je varie l'enſeigne que je mets
fous eux; je donne une barre ou
ligne droite aux nombres Cardinaux
, & une courbe aux Ordinaux
, & l'empeſche par cette
diverſité qu'on ne les prenne
les uns pour les autres .
tout ce qui les regarde
Et voilar
DERNIERE PARTIE
de ce Dictionnaire Univerſel.
Ette Partie qui contienten.
tre autres mots les noms
propres des Lieux &des Perfon300
Extraordinaire
nes , ſéparément d'avec les noms
des Eſtres , eft i'effet d'une penfée
nouvelle . On voittpar le Projet
que j'enferme les premiers de ces
noms,jjee veux dire ,ceux des Lieux
dans la vingt-fixiéme section ; &
teux des Personnes , dans le dixiéme
Chapitre ; mais ayant reconnu
que leur detail alloit bien au delà
des bornes des autres expreffions,
& qu'il eſtoit de l'ordre de les
joindre , veu le rapport qu'ils ont
enſemble , je les ay tirez de leurs
premieres places pour les répandre
par tous les nombres , avec
un ſigne qui les diſtingue. Etd'ailleurs,
afin de ne pas laiſſer vuide
la vingt- fixiémé ſection , j'y mets
les noms communs à l'Eau & ala
Terre , comme ceuxde Mavers,de
fondriere , de ravine , de bourbier,
duMercure Galant.
301
me
&c. Et ceux d'Empire , de Royaude
République , de Souveraineté,
de Pais, de Province , de Contrée,
de ville &c. au lieu de ceux d'Europe
, de France , de Bourgogne , de
Seine , & autres Geographiques
dont je la remplafois. Et quant
au dixieme Chapitre , il eft vray
que j'en laiſſe vuide la ſection
100 , mais je remplis les autres
des noms d'Eftre , de substance,
d'esprit , &c. comme vous avez
veu.
Je ne penſe pas , Monfieur , que
vous def- aprouviez ces petits
changemens. Unir les noms des
Lieux avec ceux des Hommes ,
& des Femmes , c'eſt ſuivre l'ordre
de la Nature , qui lie d'une
fi forte inclination les Perſonnes
• à leurs Païs ; & les mettre à part.
(302 )Extraordinaire
Ceft fuivre auffi l'ordre le plus
general des Langues , qui font
preſque coures un Dictionnaire
particulier de ces mots, princi
palement desGeografiques, par
ce qu'elles laiſſental'Histoire le
foinde faire mention des autres.
Quay que les noms des Perfonnesayent
eſté avant les noms
propres des Lieux , puis que ce
font les Perfonnes qui les ont
nommez , je commenceray par
#les Lieux , à cauſe qu'ils contiennentles
Perfonnes,&je placeray
les uns&lesautres , avantles par.
ties invariables dudiſcours , d'autant
qu'ils font ſujets à variation
comme les mots qui précedent,
& qu'ils ont comme cux ,une
enſeigne inferée entre leurs chifres.
Celle qu'ils ont deſſus , ou
du Mercure Galant. 1303
embatre
cette inferée , eſt ce qui met
de la diférence entre leurs expref.
fions,& celles de la premiere partie
de ceDictionnaire , fans qouy
il n'y en auroit point. Je la ſupole
donc encor , pour ne pas en
raffer yoſtre Imprimeur.shit
Aing fignifie l'Afie, avec fes
dépendances , Asiatique , Asiatiquement.--
2, ignifie l'Europe,avec
les fiennes. 3 , l'Afrique de melme.
4 l'Amérique. 5, la Terre Auſtrale
quoy qu'on n'y diftingue rien
encor, 'Hiftoire des Sevaram .
bes n'aboutiſſant ce me ſemble,
qu'à donner l'idée d'une Religion,&
d'unGovuernement affez
planfibles con arora solamenco,
Signifie la Chine , premier
Royaume de l'Afie , Chinois, Chinoise,&
c. 12,laTartarie, 13, lefa
300 Extraordinaire
nes , ſéparément d'avec les noms
des Eftres , eft l'effet d'une pen
fée nouvelle . Onvoit par le Projet
que j'enferme les premiers de ces
noms,je veux dire , ceux des Lieux,
dans la vingt-fixiéme section ; &
ceux des Perfonnes , dans le dixiéme
Chapitre ; mais ayant reconnu
que leur detail alloit bien au delà
des bornes des autres expreſſions,
&qu'il eſtoit de l'ordre de les
joindre , veu le rapport qu'ils ont
enſemble , je les ay tirez de leurs
premieres places pour les répandre
par tous les nombres , avec
un ſigne qui les diftingue. Et d'ailleurs,
afin de ne pas laiſſer vuide
la vingt- fixiémé ſection ,j'y mers
les noms communs à l'Eau& a la
Terre , comme ceuxde Mavers, de
fondriere , de ravine , de bourbier,
duMercureGalant.
301
&c. Et ceux d' Empire , de Royaume,
de République , de Souveraineté,
de Païs, de Province , de Contrée,
de Ville &c. au lieu de ceux d'Europe,
de France , de Bourgogne , de
Seine , & autres Geographiques
dont je la rempliſſfois. Et quant
au dixieme Chapitre , il eſt vray
que j'en laiſſe vuide la fection
100 , mais je remplis les autres
des noms d'Estre , de substance,
d'esprit , &c. comme vous avez
veu.
JJeennee penſe pas , Monfieur, que
vous def- aprouviez ces petits
changemens. Unir les noms des
Lieux avec ceux des Hommes
&des Femmes , c'eſt ſuivre l'ordre
de la Nature , qui lie d'une
fi forte inclination les Perſonnes
à leurs Païs ; & les mettre àpart.
302 ) Extraordinaire
C'eſt ſuivre auſſi l'ordre le plus
general des Langues , qui font
preſque coures un Dictionnaire
particulier de ces mots,princi .
palement desGeografiques, par
ce qu'elleslaiſſent al'Histoire le
foinde faire mention des autres.
Quay que les noms des Perfonnesayent
eftéavant les noms
propres des Lieux , puis que ce
font les Perſonnes qui les ont
nommez , je commenceray par
#les Lieux , à cauſe qu'ils contiennentlesPerfonnes,&
je placeray
les uns&lesautres, avantles par.
ties invariables dudifcours ,d'autant
qu'ils font ſujets à variation
comme les mots qui précedent,
& qu'ils ont comme cux ,une
enſeigne inſerée entre leurs chifees.
Celle qu'ils ont deſſus , ou
duMercure Galant . 303
tre cette inferée , eft ce qui met
de la diférence entre leurs expref.
fions,&celles de la premiere partie
de ce Dictionnaire , ſans qouy
il n'y en auroit point. Je la fupole
donc encor , pour ne pas embaraffer
yoſtre Imprimeur.solat
Aing fignifie l'Afic, avec fes
dépendances , Asiatique , Asiatiquement.--
2, fignifie l'Europe,avec
les fiennes. 3, l'Afrique de melme.
4, l'Amérique. s, la Terre Australe,
quoy qu'on n'y diftingue rien
encor , 'Histoire des Sévarambes
n'aboutiſſant ce me ſemble,
qu'à donner l'idée d'une Religion,&
d'unGovuernement affez
planfibles en zory zal aamón,
Signifie la Chine , premier
Royaumede l'afie, Chinois, Chi.
noise,&c. 12,laTartarie, 13, leJa
394
Extraordinaire
a pon. 14, l'Inde Orientale,&c . 4
111 , fignifie Canton , premiere
Province Méridionale de la
Chine. 112, Quamſi, ſeconde Province.
113. Yunean, troiſième Province
&c . juſqu'a neuf.
1111 , fignifie Canton , premiere
Ville de la Province de Canton;
l'une s'appelle comme l'autre.
1112 , la ieconde Ville de cette
Province. 1113 , la troifiéme Ville,
&c. juſqu'à neuf encor .
2
250
11001 fignifie Foby , premier
Roy de la Chine. 11002 Xinnung
deuxième Roy du mefine Etat.
11003 , Hoang, troifiéme Roy,&c.
juſqu'à cent dix Roys.
11111 , fignific une Perſonne celébre
par la valeur , de la Ville
de Canton . 11112 , une autre celébre,
par la ſageſſe de la meſme
du Mercure Galant. く305
Ville. 11113, une autre celébre par
les Sciences , & ainſi des autres
qualitez , fuivant le Projet
-11121 , fignifie une Perſonne celébre,
par la valeur , de la ſeconde
Ville de la Province de Canton .
11131 , une autre de la troifiéme
Ville. 11141 , une autre de la quatrieme
Ville , & ainſi dureſte.
Comme la Chine a neuf Provinces
Méridionales , la neuvaine
des nombres de trois chifres fuffit
pour les exprimer ; mais comme
elle ena encore fix Septentrional
Ies , il faut avoir recours au pre
mier accent d'augmentation
pour en formerde nouvelles expreffions
, & le placer fur lechi
fre qui marque la Province , afin
qu'on voye fur qui doit tomber
Q.d'Octobre 1682. Cc
106 Extraordinare sh
Aini ur ,fignific Honam, pres
miere Province Septentrionale
de la Chine. m fignifie Garfum.
premiere Ville de cene Pro-
2112 Ayte
Voitypuh autro exemple qui
vous regarde,91101 supada ao &
52, Tfiiggnifiel'Europa 21 , toFrance,
fon premier Royaume. 211 ;
France; premiere Province de
de Royaume. Mer, Paris,premie
teVilledecetteProvince, 21001,
Pharamond , premier Royde
France, fro6s, Lottie le Grand,
Holtreangufte Monarquerobrera,
avarifienilligtvepër tes Sciences
noOn voit par là que le premier
chifre fignifie la Partie duMonde,
le fecond, l'Etare le troifid-
Ane la Province, le quatrième,
inseVille ,ouam Roy &lecin
duMercureGalant.
quiéme un Roy encor , ou une
Perfonne celébre par le mérite
ou par la Fortuner andet ob
On pourroit ajouter un chifre
àces cing , pour avoir neuf Per
fonnes celebres en chaque Ville,
& en chaque forte de mérite,&
diftinguer entre elles par ce
moyensles Perſonnes illuftres
dansles Sciences ,dans les Arts,
40.Mais les nombresde fix chi
fres font peu commodes,par la
raifon que j'ay dite. hinavarada
Il feroit difficile, ge me ſemble,
dedonneraux noms propresune
Liaifoonn plus étroite, phts claire,
8 plussjuſte , une fignification
plusexacte. J'en conçoy un autre
moyens mais ce fora pour une
nurre Lestre. Ces exemples fuffilent
,pour former tous cenoms
e
Ccij
308
Extraordinaire
de pareille nature
Je ne dois pas oublier quej'exprime
les noms des Perſonnes
quej'attache aux lieux , comme
fi c'eſtoientdes adjectifs,afind'en
pouvoir diftinguer le ſexe ; mais
que j'ay recours pour cela à leurs
chifres auxiliaires. Ainfi 11-11, fignifie
chinois ; & 11-21 , Chinoise.
2/ 11.11 , Parifien ; & 2tr1-21 , Pariftenne.
Et il en eſt de meſme de
tousles autres,трас 達は
Les parties invariables du difcours
n'ont pas deux enſeignes,
commeles noms précedens, elles
n'ont que celle de dellus , & au
heu que tout ce qui fe decline eft
Terminé par 1 , 2, 3 , 4,5, ou6, chiar
fres auxiliaires , elles finiffentpar
7,8, ou 9 , les adverbes , 80 les
duMercureGalant. 309
interjections , par 7 ; les conjon
ctions, par 8 ; & les propofitions,
1
Vous jugez bien, Monfieur,
que je n'entend pas par ces ada
verbes , ceuxdes adjectifs, quoy
qu'ils ſe terminent de mefme. Il
leurs fiéd trop bien d'eſtre à la
fuite des noms, dont ils dérivent;
mais j'entend tous les autres ,&
leur diférence eft que ceux- cy
ont leur enfeigne , trait ou bare
fureux ,& que ceux des adjectifs
ont encor l'inferée , pun'ont
qu'elle. Je vais commencer par
lesplus communs des Langues,
afin de leur donner les expref
ſions les plus courtes . Ordre que
jaytoujoursfuinyχα καις δικ
Adverbes de confentement,
d'affirmation, de négation , de
για Extraordinaire An
comparaiſon , de qualité,&c.com
17, fignificaty, 27, NON, 37, ne
nepas, adverbe négatif qui temet
devant les verbes 473pluss ,
moins. 67, auffi, autant, nyplusny
moins. 77, bien , fort , beaucoup
87, mal, peu. 97, entre- deux,paf
fablement , ny bien ny mal.s
107, d'accord. 17, oing en veriser
129, non feûrement. 137 , ney na
point, expreffion plus forte que
no pas, 147, mieux. 157, plus mal,
pis: 167, auffi bien , de melme
nypis ny mieux, 177, ww, tres,
fort, extrémement, infiniment,
ouleplus, lemieux. 187, tres-pow
ou le moins , le plus mal, 197,
Il peuty avoir en tout, deus
cens adverbes , dont le dernier
s'exprime par 1997. Ce feroig
du MercureGalant. su
trop pour un Echantillon , que
de les rapporter toustingita
Les inperjections que je mets
à leur fuite, commedansle Grec,
commencent par colles d'affli
dionauqui font les plus ordi.
2017, fignifie hélas !2027, ab
ahrtabyme 62037 , shDieux ! oh
Dieux juſte Giol 2047, quel
malheur 2037 , quelle défolation
2067 , quelle pitié ! 2077, ç'en efl
fait ! 2087, ilfaut mourir 20973
Laiffez-moy !&c. Lesinterjections
Le pouffent auffiloin que Pon
youpart 581 wanimal zulgatio
Voicycles conjonctions des
mots. 18 , fignifie &. 28. y. 38,
on, foit 48: tant:58, demefme. 68,
affi-bien. 78, ainfi:88, comme. 98,
312 Extraordinaire

Les conjonctions des phrases &
du diſcours , ſe marquent apres
celles des mots, 108 , fignifie car.
118, d'autant que. 128, parce que, &c.
J'en trouve quarante, en tour.
Voicy les prépofitions. 19 , fignifie
en, dans. 29, pres , aupres,
proche. 39, chez . 49, avec. 59,fans.
69, pour. 79, depuis. 89,juſques. 99,
par. 109, entre. 119, dedans, c...
L'Italien fe fert de cinquantequatre
prépofitions. On peut fe
borner là , ou les poufler à un
plus grand nombre , le champ
eftant libre, & fpaticucing
Les Proverbes ſuivent les parties
invariables du difcours ,&fic
niffent le Dictionnaires L'avoin
résolu dans le projetdeles mettre entre
les noms , &les verbes ,commete
nant
duMercureGalant. 313
5
-
nant des uns,& des autres;mais
j'ay penſe depuis , qu'il feroit
mieux de leur donner la place
que voicy , parce que leur expreffion
ne fouffre point de variation
, non plus que ces parties du
•diſcours qui les précedent
Je les aydiviſez en neuf chefs .
Sçavoir , en quolibets , en hy
perboles , en métaphores , en
comparaiſons , en fi on ſupoſi
tions, en ſouhaits , en conjectu
rès ou pronoſtics , enavis ou confeils
, & en maximes , ſentences,
ou axiomes ; & paflant de la di
vifion aux fubdiviſions, j'
plis par ordre les nombres qui ſe
terminent par zéro , à commen
cer par ceux de trois chifres.mob
Ainfi 110, 120, 130, 1010, 10
a
en rem-
1920 ,
-1030, 10010, &c. expriment les
Q.d'Octobre 1682. Dd M
Extraordinaire
7
quolibets, comme Medecin de Va
lence , longue Robe & peu de
Science. Année d'Antan , belle
montre &peu de raport !
- 210, 220, 230,&c. fignifient les
hiperboles, comme , c'eſt la Mer
à boire. C'eſt vouloir prendre
la Lune aux dents. C'eſt un
Amoureux des onze mille Vier.
ges.
310 , 320 , &c. marquent les
métaphores ; comme Montagnes
voyent , & Murailles oyent. II
baftit des Châteaux en Eſpagne.
410, 420 , &c. font deſtinez
aux comparaiſons. Et voicy celles
des Eſpagnols, à l'égard des Femmes
qui ne font pasraiſonnables ,
dont je remplis uneneuvaine ſui.
vant l'ordre de mes fubdiviſions,
par où vous jugerez , Monfieur,
du MercureGalant. 315
S
de la difpofition de toutes les
autres.
410, fignifie , Ne dis à la Fem.
me& a la Pie , que ce que tu die
rois en plein Marché.
14120, fignifie , Qui ſe fie àune
Femine & à un More , veut bien
eftre pris pour dupe.
4130, Qui rient P'Anguille par
la queue , & la Femme par la pa
role , peut s'allurer qu'il ne tient
rien.
4140, La Fortune , la Femme,
&leVent, changenttoujours en
peude temps.
4150, La Femme & laToile, ne
ſe doivent pas regarder à la chandelle.
4160, A leur malheur , la Co
rife & la Femme ſe parent de
rouge , ou ſe mettent du rouge.
Ddij
316 Extraordinaire
2
4170 , La Femme & le Verre,
courrent toûjours grand riſque..
4180 , Des Poires & des Femmes,
celle quife taiſt eſt la bonne,
ou lameilleure.
Et 4190, Careſſfe & commande,
ta Femme & ta Mule t'obeï .
ront.
C'eſt ainfi , Monfieur , que les
Chinois expriment par un ſeul
caractere , chaque Principe de
leur Phiſique , de leur Morale,
de leur Politique , & de leurs autres
Sciences ; & c'eſten cela
principalement que conſiſte leur
doctrine , parce que plus ils ſcavent
de ces caracteres, plus ils
font Sçavans. 730
Mais randis que je réduis, contme
ces Peuples , nos ſens parfaits
du Mercure Galant. 317
triviaux à une ſimple expreffion,
je m'aperçois que les premiers
élemens de la prononciation , qui
font auffi ceux des Gramaires ,
des Dictionnaires ordinaires , me
reſtent encor à marquer. J'entens
les voyelles&les confones ; car enfin
on en forme des idées diſtinctes,
elles ont des noms particuliers,
on en parle , on en écrit. Il faut
donc ſçavoir le moyen de les ex- >
primer , aufli-bien que les mots
qu'elles compofent , & qui ont
fait juſques icy le ſujet de mon
Difcours.
35 2517
Le zéro qui finit la fignificationdes
Proverbes , eſt celuy que
j'aychoiſypour commencer celle
des lettres; & ce caractere qui
paſſe pour une nulle , lors qu'il
eſtſeulou àla premiere place , ne
Ddiij
318 Extraordinaire
fera pas mal employé à marquer
les lettres , puis qu'elles font auſſi
des nullesdans l'EcritureUniver..
felle, je veux dire qu'ellesn'y fer.
vent de rien, otel zou
Ainfi donc or , fignifie 4. 02 , fignifie
e. 03, i. 04, 0.05, u. 06, le.
07, re. 08, mc. 09, ne.
on, fignifie be. 012, ce. 013, de
014, fel 015, 2016 , ke. 017, pe.
018, 18, 0.371
021,fe. 022, 20. 031 , que. 032, xe..
041, be, &c.
On peut exprimer de la meſme
maniere les diftongues , & les fi
labes plus communes ; & toutes
ces expreffions peuvent eſtre trai
tées en indéclinables ,comme les
Proverbes &les parties invaria
bles du difcours , avec l' enſeigne
que je mets deffus ; ou bien en
م
du MercureGalant. 319
parties tujeres à déclinaiſon, com.
me les noms principaux des
Eſtres,avec l'enfeigne inferée,
ou comme les noms propres des
Lieux & des Perſonnes , avec
l'une & l'autre enſeigne , fans
qu'aucune de ces façons caufe
d'équivoque dans cette Ecriture.
Et voila , Monfieur , l'Echantillon
du Dictionnaire Univerſel
dans toutes les parties , avec la
maniere d'exprimer les variations
directes, &les indirectes des mots
qu'il peut contenir , le tout fui
vant la méthode commune, Je
croy n'y avoir rien ômis des cho
ſes dont j'ay dû donner des mo.
deles , pour en aplanir les difficultez.&
pour mettre en bon
chemin ceux qui voudront éten .
Dd iij
320 Extraordinaire
dre cet Abregé. Si je me trompe,
vous m'obligerez de me le faire
connoiſtre , puis que je prens
tout en bonne part , & que jefuis
veritablement,
MONSIEUR ,
Voſtre tres-obeïflant Serviteur,
DE VIENNE-PLANCY.
L'Enigme en Profe du spirituel
Berger Fleuriste , a esté ainsi expli
quée par le Nouvel Habitant de la
Cofte des Singes Ver .
I
Lineſepeutriende plusaagrea.
blement imaginé , que I'E
nigme en Proſe du XIX. Extraordinaire
. C'eſt le Monofillabe
si , qui dans les premiers
temps , n'eſtoit aparament em
daMercure Galant. 321
ployé qu'à un ſeul uſage , c'eſt
à dire , dans le difcours ordinai
re , & qui l'a eſte depuis difé
remmentpar les diférentes fignifications
, que les Nations luy
ont donnée. On l'a fait meſme
ſervir à un autre employ , en l'ajoutant
aux fix tons de la Mufique
, cetre Science agreable &
pénible , mais plus facile préſenrement
par l'addition du si.
Ce mot de sire , que l'on met
en teftedes Harangues que l'on
fait au Roy , fait que le Monofil
labe si, s'y rencontre toûjours. Il
eſt amy de la verité, puis qu'on
dit communément que siem
peſche-de-mentir. Il fupoſe les
choſes les plus éloignées , comme
quand un dit sij'estou Roy,
meſnié les impoſſibles , lors qu'on
A
322 Extraordinaire
dit, par exemple , Sij'estois Oiseau.
Son corps qui efts, eft tortu , &
fon ame qui eſt i, eft droite.L'em.
baras qui empeſche qu'il ne prefide
aux Sciences , eſt la lettre c,
qui ſe met apres la lettre , qui
commence ce motde Siences, car
ſans le c, si préſideroit aux
Sciences.
L'élever juſques au Ciel , c'eſt
eſtre ignorat dans l'Ortographe,
Ciels'écrivant par ci, & non par
Si. Autre béveuë de croire l'avoir
trouvé en liſant , Cy gift , ce Cy
ayant autre figure , &diférente
explication que si.
-On le voit dans le mot de plai.
fir; & il ne ſe fait point de gageûres
qu'il n'y ſoit , car il
toûjours unjegage que
a
Si, ſe rencontre dans les Landu
Mercure Galant. 323
A
:
gues Etrangeres, ainſi que dans la
Françoiſe. Il eſt dans tous lesMariages
qu'on celébre en Eſpagne
& en Italie ; mais traite avec
plus d'honneur par les Eſpagnols,
qui luy donnent le premier rang ,
lors qu'eſtant interrogez s'ils ſe
veulent reſpectivement l'un l'autre
; ils répondent , St Señor ; au
contraire des Italiens , qui difent
Signor fi.
Enfin dans la deſtruction de
T'eſtre du si , ſon corps qui eſt s,
entre dans le mot de sepulchre,
puis qu'il en fait la premiere lettre
; & fon ame qui eft i, entre
dans le Purgatoire , c'eſt la huitiéme
lettre ; & puis fon amei,
devançant fon corps s, ils ſe trouvent
unis à la fin dans le mot de
Paradis.
1
324 Extraordinaire
SUR L'ENIGME EN PROSE.
SONNET.
Dourbien cacher le
Si , pouvoit -on
Plus defubrils détours que le Berger
Fleuriste ?
Non, non, tout autre en vain l'auroit
voulu tenter, 34
Amoins qu'i 'iln'eustl'espritdel'aimable
Califte.
83
Prenantl'Enigme enmain, afinde contenter
Son efprit curieux, à qui rien ne réſiſte,
Ellel'examina; maisſansſe tourmenter,
Elle en trouva le Mor, qui m'a rendu
fort triſte.
Feignant de l'annoncer, ce Mot rant
recherché,
Parunsçavant discours elle l'amiaux
caché
du Mercure Galant. 325
Quelesubtil Berger dans la premiere
Enigme.
**
Cependant le voicy , je le tiens déconverts

Etquoy qu'à le trouver mon eſprit air
Souffert,
Mon coeur pour les Autheurs n'en apas
moins d'estime.
ALCIDOR, du Havre.
SUR LE MESME SUJET.
Ercure, en verité, vostre Berger
M Fleurita
Etfon InterpreteCalista 藏道
Ont depernicieux talens
Pour embaraſſer le bon sens.
Jenefçay pas leur nom, ny quelle est leur
Patrie;
Alaieje gagerois bien, au péril de ma
vie,
Que cesont de terribles Gens ,
2
326 Extraordinaire
Σ
J'ay leu centfois l' Enigme en Profe
+
Que ce Fleuriste nousproposes A
Jemesuis laffe comme un Chien
Alire & relire la Gloſe,
EX3
Sans jamaisy comprendre rien,
Jedemeured'accord qu'en de telles matieres
Mon petit jugement a de minces lumieres.
Achaque bout de champ je croy tenir
leMot,
Jedis queſonſecret d'abordſauteàla
venë,
S
Que pour nepas connoiſtre une choſe ſi
nue,
Ilfaudroit estre un Ostrogor .
3
Tout-beau, Monsieur Oedipe, unpende
patience,
N'endéplaiſeàvostre ignorance,
Vous raisonnez comme un Butor,
Vous n'avezpas tout len , lifez, lifez
encor.
du Mercure Galant. 327
1
F
C'est bien dit, parmafoy je comptois fans
monHofte;
L'abord me donnoit tout, & le reste me
Lofte.
1
Ainsi lifantjusqu'à la fin,
Fay bientoft perdu mon Latin.
Fugez apres celasi jeflate Mercure,
Etcommediantreje murmure.
Iln'estpoint d'infamesurnom,
Determescandaleux, ny de blefſſante
injure,
Qui neferve auſſitoſt d'épitbete àfon
nom.
Si je l'offense, il le mérite,
C'est de luy ſeul que vient monpeu de
réuffite.
S'il s'expliquoit plus clairement,
Jel'entendroisplus aisément.
63
On dit (je nesçay pas fi cet On nous
abure)
Que l'Ouvrier de Syracuse,
328
Extraordinaire
Homme expérimenté ,sçavant , &de
grandpoids,
Auroit tourné la Terre avec l'undeses
doigts,
Sans un je-ne-sçay quoy, dontfon experience
Endura toûjours l'indigence.
Voila tout justement mon cas;
LesEnigmesſouvent nem
4
m'échaperoient
pas
Sans un certain Si qui me manque;
Mais faute de ce Si, je pique toûjours
blanque .
Du MOULIN , Avocat de
Breteuil en Normandie.
EXPLICATION ENIGMATIQUE
* de l'Enigine en Profe.
Ette Enigmeaammoonnsens eftfacile
Ilnefaut point donner la geſne à nos
du Mercure Galant. $ 329
!
3:
Cequi n'est en César, non plus qu'en
Alexandre, ६
Se trouve renversé dans noſtre Grand
LOUIS .
POLYMENE.
Meffieurs Bouchet, ancien Curé de
Nogentle Roy ; Pinchon , de Roüen ;
Molina, de la Ruë S. Denys ; & I. Β.
de la mesme Ruë, ont aussi expliqué
cette Enigmefur le monofillabe Si.
La derniere Planche que je vous
ay envoyée des Maiſons Royales d' Efpagne
, a efté celle de l' Alhambre de
Grenade, employée dans ma derniere
Lettre de Iuillet. Quoy qu'à l'occafion
des Ambassadeurs du Roy de
Maroc, dontje vous ay parléplusieurs
fois , jaye paſſejusque- là pour vous
faire voir les Palais que les Roys
Mores ont fait bastir das cette famcuse
Q.d'Octobre 1682 . Ee
330
Extraordinaire
Ville, il me restoit encore àvous donner
une Veuë de l'Escurial , vous en
ajant déja envoyéplusieurs de ceſuperbe
Chasteau. Vous le trouverez repréſenté
dans cette nouvelle Planche,
de la maniere qu'il paroift aux yeux ,
lors qu'on le regarde de deſſus la Montagne.
Pen de Perſonnes ont expliqué la
premiere Enigmedu mois de Novembre.
Fous en trouverez le Mot dans
les Madrigauxfuivans.
Q
1.
Ve l'Amour est adroit ! Tantoſt il
eftChasseur,
Etnos coeurs deſes traits ontpeineàſe
défendre.
Tantoft ilse déguise en habile Peſcheur,
Etcesfilets noussçavent prendre.
Eftant doux&flateurs, on court àleurs
appas,

Vi
ne
ay
pe
pr
de
101
ta
pr
19le
duMercureGalant.
33
3
SesHameçons nousfont envie,
Mais l'avancement du trépas
Eft lefruit des plaiſirs qu'ils cauſent dans
lavie.
0
GYGES, du Havre.
II.
Vide enseigne que Mercure
Aquelquefois paruſous l'habit de Pafteurs
Mais iln'a point écrit qu'il ait pris la
figure
D'unfaineantPescheur.
Cependant aujourd'huy ce Meffager du
Monde,
Pourfaire un tour deſafaçon,
Nous croyant auſſi ſots que les Hoftes
de l'Onde,
Vient pour nous prendre à l'Hameçon,
III.
CHANTLEUL
Depuis cinq ans, Galant Mercure,
l'ay commencélalecture
Detous les Ouvrages divers
Qusvous avezsemezdans cevaſte Uni
vers,
332
Extraordinaire
Je vous ay toûjours vû d'un oeilfort
agreable,
FaySoûtenu vos intéreſts.
àvenir Jusqu'à aux mains, contredes
difcrets
Im
Qui vous tenoient , à tort, fort pon recommandable,
Et je leur ayfait voir que tous les bons
Esprits
Trouventde bon goust vos Ecrits ,
Quemalgré vos jaloux Critiques,
Et leursdétestables pratiques,
Vousferezfansfin approuvé;
Eux-meſmes forcez deſe rendre,
S'ils ne veulent reſter dans unſens reprouvé.
Maisje croy,dans ce mois, qu'ilsſelaifferont
prendre,
Puis que vous leur tendez d'une aimable
façon
L'inevitable appas d'un subtil Hameçon.
ir
ALCIDOR, du Havre,
dù Mercure Galant. 333
La mesme Enigme a esté expliquée
fur l'Hameçon par l' Amant discret
du coin S. Denys . Les autres Mots
qu'on luy a donnez , font , l'Argent
dans une Bource , le Coeur , l'Epée,
le Verdeterre, une Montre,
le Poifon, le Plomb , l'Air, l'Eau,
le Violon.
Le Mot de lafeconde Enigme estoit
le Balon . Ila donné lieu à cesMadrigaux.
M
1.
Ercure est un adroit Garçon,
Etperſonne ne luy conteftes
Mais pourtant au jeu du Balon
Iln'a pû me donner mon reſte.
Mad. Du LORY, à l'Anagramme,
Libre d'amour, de la Ruë
duBac.
:
334 Extraordinaire
1
1
V
Ous us mereprochez chaque jour
Que je n'aypoint affez d'amour;
Jenesçaypas comme il fautfaire.
Helas! mon aimable Manon.
Depuis que je tâche àvous plaire,
J'ensuis auſſiplein qu'un Balon.
V
DIEREVILLE, du Pontleveſque.
Ous n n'eftesqu
plaifirs
u'un Balon, grandeurs,
dumonde,
Comme luy vous n'avezpour tout que
dudehors.
Qui veut bien vousſonder, n'y trouve
point de corps,
Ny rien pour arreſterſa ſonde.
Vostre employ fait du bruit, qui s'en voit
privé, gronde; sth
Mais il n'est rien de plus léger,
UnAmant rampe à terre, &le Grand
vole en l'airmatag 盗
Tous deux plus agitez que l'onde.
Grandeurs, Plaisirs, Balons, ſur vous
qu'on neſe fonde
>
duMercureGalant. 335
Uneseule piqueûre a montré bien ſouvent
Quevousn'estes tous quedu vent.
A
Pres avoir
Enigmes,
GYCES, du Havre.
en vain reſvésur les
Pournous délaffer, nous nous miſmes
Ajouer cing oufix au jeu du Corbillons
Etfi-toſt qu'on custdit, qu'y met-on?
Nousfuſmes deux qui répondiſmes,
L'une un Oignon,
L'autre un Balon .
La Blondine à l'Anagramme,
Héroïne cache d'attraits mortels,
de la Ruë Trouſſevache.
jesuis creux,jeegronde,
TEfuisrond,je
àterre,&vole en l'airs
Jene voyqu'un Balon au monde,
Aqui jepuiſſe reſſembler.
L'aimable à l'Anagramme,
Laguerre est sur ma vie,
d'Amiens.
336 Extraordinaire
VL
Quy, I Enigme qu'on nous propofe,
Eft un Balon affurément,
Et nefignifie autre chose,
Du moins c'est là mon sentiment.
Le Blondin duQuartier des Au
guftins d'Amiens, àla Deviſe,
Æque ex amore& corde.
M
VIH
Ercure eft, dit-on, en estime
Chez.tes Sçavans comme
Apollon; πρίδε
Moy,je l'ay veufaisant la Grime
Atout ce qu'il trouvoit présenter le
Balon.
VILL
CHANTLEU.
Dieux autrefois par d'innocens
Splaifirs
Sçavoient contenter leurs defirs,
Etfaisoient des jeux à leur mode;
Si, dis-je, le Palet divertit Apollon,
duMercureGalant. 337
Parune nouvelle méthode,
Leurgalant Meſſagervajouer au Balon.
RAULT, de Roüen.
QU
IX.
ce quifut jadis monplus cher
exercice,
Demon esprit reſueur fera- t-il le fuplice,
Maintenant que je suis & caduque, &
Barbon?
Non, non, Mercure, non, dans la Lice
mortelle
F'abandonne le jeu comme la bagatelle,
Unbon Livre a pour moy plus d'attraits
J
qu'unBalon.
Q
L. BOUCHET, ancien Curé
deNogentleRoy.
X.
Vand ilfaut exécuter
LesordresdeJupiter,
Mercure ſe ſert d'une aile,
Etse l'attache au talon;
Mais iln'a pas besoin d'elle
Q.d'Octobre 1682 . Ff
336 Extraordinaire
VL
Quy, l'Enigme qu'on nous pro
pofe,
Eft un Balon affurément,
Etneſignifie autre chose,
Du moins c'est làmon sentiment.
Le Blondin du Quartier des Au
guſtins d'Amiens, à la Deviſe,
Æque ex amore & corde.
VIL
Ercure eft, dit-on, en eftime
Chez les Sçavans comme
Apollon; &
Moy,je l'ay veufaisant la Grime
A tout ce qu'il trouvoit présenter le
Balon.
? CHANTLEU.
VILL
Dieux autrefois pard'innocens
Splaifirs
Sçavoient contenter leurs defirs,
Etfaisoient des jeux àleur mode;
Si, dis-je, le Palet divertit Apollon,
duMercureGalant.
337
Parune nouvelle méthode,
LeurgalantMeſſagervajouer au Balon.
RAULT, de Roüen.
IX.
Quoy, cequifur iadis mon
plus cher
Demon eſprit reſveur fera- t-il lefuplice,
Maintenant que je suis & caduque, &
Barbon?
Non, non, Mercure, non, dans laLice
mortelle T
F'abandonne le jeu comme la bagatelle,
Unbon Livre a pour moy plus d'attraits
qu'unBalon.
L. BOUCHET, ancien Curé
deNogentleRoy.
Χ.
Quand ilfa
Vand ilfaut exécuter
LesordresdeJupiter,
Mercure ſeſert d'une aile,
Etse l'attache au talon;
Mais iln'a pas besoin d'elle
Q.d'Octobre1682. Ff
338
Extraordinaire
Pour un jen de bagatelle,
Comme eft celuy du Balon.
L'Albaniſte de Roüen.
XI,
n'est rien
Nomdonnerun
Ons donnerun Balon, quin'
queduvent,
Mercure, est-ce estre bien galant?
XII.
ASTON OGDEN.
Car bien ſouvent
Je paye en vent.
C
Etvous n'entendez pas, Camille, cò
langage?
Helas, vous
avantage:
'entendez trop pour mon
Jenesçay de qui peut avec plus de
raison
Sedireunpareil mot, devous, ou d'un
Balon
DROUART DE ROCONVAL,
de la Porte S.Antoine.
duMercure Galant. 339
T
XIII.
Ircis, ilfaut quitterleVoolant, la
Timbale,
Pour jouer d'une autrefaçon:
Mercure avec cet air que nul autre
gale,
ne-
Nousfait préſent d'un beau Balon .
La Belle à l'Anagramme,
Jen'aime rienhors le mérite,
de la Rue de la Licorne .
XIV.
DArquelquesjeux de mots brillans &
pleinsd'esprit,
Une autre foroit voir ce quinous eft
décrit
Dans l'Enigmederniere ;
Mais celan'estpas ma maniere.
Ainsi j'aſſureſansfaçon
Queson vray Mot est un Balon .
La ſpirituelle F. DE LARIVIERE,
de laRue des Carmes .
Ff ij
340
Extraordinaire
XV.
PHilis, que estvostre deffein?
Est-ce de me plonger un poignard dans
lefein,
Afin de terminerma vie ?
Si jesuis affez malheureux
De vous avoir rendu ma plus grande
Ennemie,
Tout mon crime, je croy, n'est que d'estre
amoureuх .
Mais qui pourroit vous voir, fi charmante
&fi belle,
Sans estre criminel commevous me tenez?
Sçachez que c'est envain quevos vous
obſtinez
De paroître toûjours cruellen d
Deust- on estre exposé millefois au trépas,
Eſtre plus tourmenté qu'un Balon de
College,
On ne peut de vosyeux éviter ledoux
piege,
Ilfaut bon gré, malgri,se rendre àvos
ALCIDOR, du Havre.
du Mercure Galant. 348
XVI
Njour revenantduManège,
UFapperçevederloin, enLarron,
Mercure entrer dans un College,
de poury prendre un Balon.
}
Le Rimeur ſans deſſein .
ont expliqué la mesme
nt Meſſieurs du Pré le
t du College de Beauvais ;
orchefelon en Dauphiné,
Mathématiques ; Blanbomme
de la Ruë S. Bons
de Roye en Picardies
tde la Belle D.G. Faillet;
; Teftard, de la Ruë S. De
de Vitré en Bretagnes
Caen , Ruë de la Harpes
de Soiffons ; Pinchon, de
LeChaffeur aux Oyseaux, de
es Brodeurs ; Molina, de la
Brodeurs ; Le Misantrope,
د
Ff iij
340
Extraordinaire
XV.
PHilis, que eft vostre deffeint
Est-ce de me plonger un poignard dans
lefein,
Afin de terminer ma vie?
Si jeſuis affez malheureux
De vous avoir rendu ma plus grande
Ennemie,
Toutmon crime, je croy, n'est
amoureux .
que d'estre
Mais qui pourroit vous voir, fi charmante
&fi belle,
Sans estre criminel commevous me tenez?
Sçachez que c'est envain quevous vous
obſtinez
Deparoître toûjours cruelle.
Deust- on estre expose millefois au trépas,
Estre plus tourmenté qu'un Balon de
College,
On ne peut de vosyeux éviter le doux
piege,
Ilfaut bon gré,malgré,ſe rendre àvos
CIDOR ALCIDOR, du Havre .
du Mercure Galant. 341
XVI
N jour revenant duManège,
UFapperceus de loin, enLarron,
Mercure entrer dans un College,
Exprés poury prendre un Balon.
3
Le Rimeur fans deſſein .
Ceux qui ont expliqué la mesme
Enigme, font Messieurs du Pré le
jeune,Régentdu College de Beauvais;
Crochat,de Torchefelon en Dauphiné,
Profeſſeur en Mathématiques ; Blanchet,
Gentilhomme de la Ruë S. Bons
L. Louvart, de Roye en Picardies
Baco,Amantde la Belle D.G. Faillet;
Des Portes ; Teftard, de la Rue S. De
nis ; Buret , de Vitré en Bretagnes
Avice de Caen , Ruë de la Harpes
Racquet , de Soiffons ; Pinchon, de
Roüen; Le Chaffeur aux Oyseaux,de
la Ruë des Brodeurs ; Molina , de la
Rue des Brodeurs ; Le Misantrope,
Ff iij
12 Extraordinaire
4
al'Anagramme , Je ſatıriferay ; Le
Languedocien Brétonnisé , de Vitré
en Bretagne ; Cliton ; A. B. G. D. E.
de Lyon's Le Lourdaut de Boutique,
de la Ruë S. Antoine ; &le plus pasfionné
des dix-huit Amans , de la
Ville de Sainte Menchoud ; Mesdemoiselles
Hainaut, de la Ruë de la
Cerifaye : Sylvie du Havre ; & la
Blondine de Meflc , à l' Anagramme,
Un vifGénie m'éleve.một
F'adjoûte deux Eplications de l'une
&de l'autre Enigme.
Qualplay
devoir Mercure
Dans un habit de Pantalon,
Sejoindreàdes FiFilloouuxx,,faire enſemble
figure,
Et courir apres un Balontwi
Mais nous penetrons le mystere,
duMercure Galant. 343
Ilsfont diférens coups de main,
Noftre Bourse en ce lieuseroit bien leur
affaire,
Nous voyons l'Hameçon, ne mordons
pasà l'air.
Pourles
L'Albaniſte de Roüen .
II.
Our les Enigmes du Mercure,
On neveut plus tantdefaçon,
Ilsuffit de luy dire, apres mainte lecture,
Un Hameçon est l'une, & l'autre est
unBalon.
LA BELLE NOURRITURI,
duHavre.
M. de Billy Ingénieur,&Lieutenant
au Régiment Royal des Vaiffeaux
; M. Hariveau ; Tamiriſte, de
ta Rüe de la Cerifaye ; &le Gaillard
Boiteux du Havre, ont auſſi expliqué
les deux Enigmes .
Ff iiij
344 Extraordinaire
F
25525-52255-525222
LEQUEL EST LE PLUS
à estimer de l'Homme de Con.
verſation , ou de celuy de
Cabinet,
J
E croy que pour réfoudre cetteQueſtion,
il fautdiftinguer
les caracteres . Le Mélancolique
cherche les Gens de ſon humeur.
Comme il aime à méditer , & d
prévoir de loin , il préferera fans.
doute l'Homme de Cabinet, qui
s'étudie vainementà penétrer les
intéreſts des Princes , & à deviner
leurs intentions , qu'ils ſe cachent
à eux -meſmes. Au contraire
les Parleurs qui font bruit
du Mercure Galant. 345
dans les rüelles , loüent la converſation
brillante , & fur tout du
beau Sexe porté à l'enjoüement .
Mais en general , l'Homme de
Cabinet eſt plus utile pour les
affaires ſérieuſes qui ont beſoin
de conſeil , parce qu'elles font
difficiles. Les Dames qui ſe piquent
du bon gouft , ou qui ne
font plus ſi jeunes , s'accommodent
mieux des Gens qui diſent,
poco è buona.
Si la vangeanceproduit deplus dandangereux
effets dans le coeur d'une
Femme irritée, que dansceluy d'un
Homme offencé.
Notumquefurens quidfemina poſſit.
S
Uivant ant ce demy Vers , il ſem
bleroitque dans la vangeance,
les Femmes feroient plus a
346 Extraordinaire
craindre que les Hommes ; mais
en verité Didon n'avoit pas tort
de ſe vanger d'un Héros de mauvaiſe
foy car il ne fert de rien
d'oppoſer que les Deftins l'ap.
pelloient ailleurs. Si les effets de
la vangeance des Dames font
violens , ils ne font pas dedurée.
Ceux des Hommes au contraire,
ſe font ſentir longtemps. Nos
Hiſtoires des Funeſtes diviſions
entre lesplus illuftres Maiſons du
Monde, deBourgogne & d'Orleans
, en France ; d'Yorck & de
Lanclaſtre , en Angleterre ; &
des Grammonds & Beaumonts,
au Royaume de Navarre , en font
des preuves ſenſibles.
1
du Mercure Galant. 347
G
Si un Homme estant marié , peut
auffi-bien fervir Dieu , que celuy
qui est dans un Convent.
J['Eſtime qu'un honneſte Homme
qui donne un bon exemple
dans le commerce du monde où
ſa profeſſion l'engage , fait un
meilleur effet en édifiant fon
prochain , que celuy qui s'enfer..
me dans un Cloiſtre , duquel les
forties luy font périlleuſes , & ont
des motifs inconnus pour nous.
Le Mariage eſt auſſi ancien que
le monde. Le Seigneur l'a étably
des ſa création , en joignant
Eve à Adam. Rien n'eſt plus
noble. La vie ſolitaire n'a eſté
pratiquée depuis que par un petit
nombred'ames choiſies , l'Hom348
Extraordinaire
2
me eſtant né pour la ſocieté. Les
folitudes,& les retraites intérieu.
res , fontune vie ſolitaire au mi
lieu du monde , & les Hermites
ne font guére de l'uſage de ce
fiecle.
Quel est le lien qui unit le Corps à
M
On opinion eſtque le lien
qui unit l'ame avec le
corps , eſt le cerveau ; j'entens la
raisonnable. Et en effet , ne
voyons nous pas qu'il n'eſt pas
ſi . toſt bleſſe, que cette ame com.
me égaré d'elle - meſme , obſcurcit
la raifon , & ſouvent la folic
n'en eſt pas loin, La plupart des
Medecins diſent que l'ame y doit
faire la principale demeure, com
du MercureGalant. 349
me dans la plus éclatante partie
de l'Homme , ayant en elle les
ſens , qui font partagez ailleurs.
La teſte donc eft comme cette
Pierre artiſtement placée , que
les Architecte, appellent la Clef
de la Voûte , qui dans ſa petiteſſe
ſoûtient la vaſte étenduë de
laVoûte entiere. J'avoue que cet
exemple eſt ſenſible , & que l'autre
ne l'eſt pas , & ne le fera jamais.
Si l'usage de la Perruque est plus
commode , & plus utile pour la
Santé, que les Cheveux naturels.
la
APerruque eſt ſelon moy,
choſe la plus commode
pour les Pareſſeux. Les longs
Cheveux ont roûjours eſté chez
350
Extraordinaire
nos premiers Fondateurs , une
marque distincte de la liberté,
comme la privation des meſmes
Cheveux eſt la preuve du con
traire. Je ne parle point de ces
Miférables , que laJoRice a condamnez
aux Galeres. Nos plus
auſteres Religieux nous le font
aſſez connoiſtre , eux qui fuyant
l'Eſclavage du monde , tiennent
a gloire de ſe nommer les Eſcla.
ves du Seigneur. Si la Perruque
contribuë à la ſanté, je n'en fuis
pas d'accord. Je croy meſme
qu'elle y peut nuire en bouchant
les pores de la teſte
ce qui pourroit eſtre la cauſe de
nos vertiges & vapeurs , autrefois
peu connus , &qui font à préſent
fi incommodes.
duMercureGalant.
3518
Contre les fréquentes Saignées.
Comment,Monfieur le Franc, à vous
entendredire,
C'estdonc un Remede puiſſant,
Que de tirerſouvent dusang,
Et nonpas un Conte pour rire?
Mais raiſonnonsſans quereller.
Ilsembleàvous ouir parler,
Qu'ilfaut, Medecin ſanguinaire,
Que pour Remedefalutaire,
Toûjours ainſiquedes Tonneaux
Nous ayons tous nos corps en perce,
Pourestre guéris de tous maux?
Vous avez beau vanter voſtre Leçon
perverse,
Jeveuxbien mourir, fi j'exerce
Tous vos Remedes de Bourreaux;
Bien loinde m'enservir, ſagement je
confeille
?
352
Extraordinaire
Atous ceux qui voudrontſe voirdans
l'âge vieux,
Denejamais prefter l'oreille
Avos confeils pernicieux;CO
Maispour refterſains &joyeux,
D'aimerfans ceffe la Bouteille.
Enfin patroniſez, dangereux Sectateur
DelafréquenteSaignée,
Vous n'aurez point Ville gagnée
Surmon esprit, no fur mon coeur,
Car je connois fort bien, selon vostre
pensée,
Qu'au Mercure Galant vous nous avez
tracer,
Quevousn'estespasMedecin,
Maisplutoſt un Franc affaſſin A A
duMercureGalant. 353
QUESTIONS
A DECIDER.
I la beauté de l'Eſprit eſt plus
propre à charmer , que celle
duCorps .
H
Pourquoy les Nouveautez plaifent
d'abord ,& dégoûtent dans
la fuiter
111
S'il faut plus d'Eloquence àun
General pour animer ſon Armée
au Combat ; à un Avocat Gene,
ral , ou autre Orateur, pour perfuader
fesJuges de la bonté de la
Cauſe qu'il défend , ou à un AQ.
d'Octobre 1682. Gg
354 Extr. du Merc. Gal.
mant pour faire connoiſtre ſon
amour à ſa Maiſtereſſe.
LIV.
Quelles font les qualitez neceſſaires
pour bien écrire les
Lettres , ou du ſtile Epiſtolaire.
V.
Quelle eſt l'origine des Cloches
,&leur antiquité.
Ilme reste encor lasuiteduTraité
des Lunetes par le sçavant M. Comiers
; unTraité des Couronnes'; un
autre de la Vie bheureuse , &divers
Sentimens en Vers fur les diférentes
Questions , dont je vous feraypars
dans l'Extraordinaire du mois d'Avril.
552525-2525222-252
Ο
AVIS.
Navertit qu'il ne faut donner
aucun argent pour faire recevoir
les Mémoires qu'on ſouhaitera de
voir employer dans le Mercure Galant.
On les mettra tous , pourveu qu'ils
ne deſobligent point les Particuliers
Spar quelques traits ſatyriques , & que
- Hiſtoires qu'on envoyera n'ayent
tien qui bleſſe la modeſtie des Dames.
१९
On prie qu'on affranchiſſe les ports
de Lettres , & qu'on les adreſſe tou.
jours chez le Sieur Blageart , Imprimeur-
Libraire, Rue S.Jacques, à l'entrée
de la Ruë du Plaftre.
Les Particuliers , ou Libraires des
Provinces , qui ſouhaiteront avoir le
Mercure fi - toſt qu'il ſera achevé
d'imprimer , n'ont qu'à donner leur
adrefle audit Sieur Blageart , qui a fa
Boutique dans la Court-neuve du Pa
lais , au Dauphin , & il aura ſoin de
faire leurs paquets ſur l'heure , & de
les faire porter à la Poſte, ou aux
Meſſagers qu'ils luy indiqueront , fans
qu'il leur en couſte rien pour la peine
qu'il en prendra , parce que leſdits
Particuliers ou Libraires qui les recevront
, en acquiteront le port fur
les lieux.
On a déja prié bien des fois ceux
qui envoyent les Mémoires où il ya
des noms propres , d'écrire ces noms
en caracteres tres-bien formez . C'eſt
àquoy on manque tous les jours , &
ce qui eft cauſe qu'on les met mal. II
y a auſſi des Pieces qu'on ne met
point, parce qu'elles font trop diffi
ciles à lire.
Il reſte toûjours quantité de Pieces
qui auront leur tour, ou dans leMercure
, ou daus l'Extraordinaire. Ainfi
les Autheurs ne ſe doivent point impatienter.
Les premieres reçeuës ſont
toûjours miſes les premieres , à moins
que la nouvelle matiere qu'on envoye,
ne foit tellement du temps , qu'on
ne puiſſe diférer.
On avertit que les Mercures qui
s'impriment en Hollande & en quelques
Villes d'Allemagne, ſont fort peu
corrects , & tronquez en beaucoup
d'endroits.
La Figure où eft repréſentée la Veuë
de l'Eſcurial, doit regarder la page 330.
Extrait du Privilege duRoy.
Ps: Grace
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
en Laye le 31.Decembre 1677 .
Signé,Par le Roy en ſon Confeil, JUNQUIERES.
Il eſt permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livré intitulé
MERCIJRE GALANT, preſenté à Monſeigneur
LE DAUPHIN,& tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & eſpacede
fix années,à compterdu jour que chacundeſd,
Volumes ſera achevé d'imprimer pour lapremiere
fois : Comme auſſi defenfes ſont faites
àtous Libraires, Imprimeurs,Graveurs & au.
tres, d'imprimer, graver&debiter ledit Livre
fansle confentement de l'Expoſant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches ſervant à
l'ornement dudit Livre, meſme d'en vendre ſeparément,
& de donnerà lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confiſcationdes Exemplaires contrefaits, ainfi
queplus au long il eſt porté audit Privilege.
Regiſtre ſur le Livrede la Communautéles.
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
acedé&tranſporté ſon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur-Libraire , pour on
joifirſuivant l'accord fait entr'eux .
Achevéd'imprimerpour la premierefon
le15. Lanvier1683.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le