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1681, 07 (partie 1) (Google)
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Eur. 511-1681,7
m
Mercure
< 36624573560010 S
< 36624573560010
Bayer. Staatsbibliothek
1
E
33
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
JUILLET 1681.
PREMIERE PARTIE,
A PARIS .
AV PALAIS.
Ndonnera toûjours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra , auſſi-bien que l'Extraordinaire
, Trente ſols relié en Veau,
&Vingt-cinq ſols en Parchemin.
A PARIS,
A
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juſtice .
Chez C. BLAGEART , Ruë S. Jacques,
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
EtenſaBoutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
EtT. GIRARD, au Palais, dans laGrande
Salle, à l'Envie .
M. DC. LXXXI .
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
Bayerische Staatsbibliothek
München
5225525552 555525
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Stancesfur laJonction des deux A
Vant-propos,
Mers,
Sonnetfur lemesmesujet,
Avanture,
loſophes, enfaveur des Dames,
14
17
19
Projetpourune nouvelle Secte de Phi
22
Instalationde M. le Maréchal d'Estrées
àla Conneftablie, 39
Reception deM.de Francini, Seigneur
de Grandmaiſon , en ta Charge de
Prevost de l'Isle, 42
M. le Clerc , Baron de Sautray, eft reçeu
Lieutenant Criminel de Robe-
Courte,
44
Fonctions du Prevoſt de l'Iſle, du Chevalier
du Guet , & du Lieutenant
Criminel de Robe- Courte, 47
Suite de la Deſcription de la Salle d'Amourde
Cléranton,
54
a ij
TABLE .
Mariage de M. le Marquis de Chabans
S. Preuil , avec une Niece de M. le
Maréchal Duc de Navailles,
Histoire,
7.4
78
M. d'Ormoy fait l'honneur àMeſſieurs
de lAcadémie des Sciences, de les vifiter.
Noms& Ouvragesde tous ceux
qui la compoſent, 112.
Réponſesſur une Explication demandée
dans ledernierExtraordinaire, 132
Reception faite à la Reyne Mere de
Dannemarkà la Cour de Hanover,
141
Lettre en Proverbes, 156
Mortde Madame iAbbeſſe de Villers
Caninet, 163
Mortdu Frere Beauregard, 165
Avanture, 166
Narciffe, Fable, 169
Lettre touchant les Eaux minérales de
Bourbon-Lancy, 175
Penſion donnée par le Roy àM. le Duc
de Vendoſme,
Evefché de Pamiers donnéàM. l'AAbbbbee
deBourlemont, 202.
TABLE .
MariagedeMademoiselleſa Soeur avec
le Fils de M.de Chamarante, 203
M. le Duc de Mortemar oblige les Majorquins
à rendre tout ce qu'ils avoient
prisfur les SujetsduRoy,
M. de la Rabliere eft nommé par le Roy
205
pourcommander dans laVille de Lile,
208
209
Instalation d'un Docteur Profeſſeur du
Droit François à Cahors,
Tout ce qui s'eſt paſſsé à l'exécution du
Seigneur Olivier Plunket , Arche
vesque d'Armagh , Primat d'Ir
lande, 213
Tout ce qui s'eſt paſſe au transport du
Corps de feu M. le Duc de Leſdi
guieres en Dauphiné , & les Honneursfunebres
qui luy ont esté rendus
en cette Province, 256
Abbaye de Val-fecret donnée parleRoy
àM. l'Abbé de Charmont, 278
Le Berger Fleuriste , à la Nymphe des -
Bruyeres, 282
Explication en Vers des deux Enigmes
dudernierMois, 290
1
C
a ij
TABLE .
Noms de ceux qui ont trouvé le vray'
ſens des deux, 291
Noms de ceux qui n'ont trouvé que le
Mot de la premiere, 292
Enigme, 298
AutreEnigme, 300
Hiftoire, 301
Conversions, 307
Erection de Croix dans la Miſſion de
Troyes, 315
Daumalinde, Princeſſe de Lufitanie, 320
La Circé, Livre en Dialogues, 321
Déclaration de Fits- Harris, 321
Regal fait à la Reyne, par M. de Lou
voys, dans le Chastean de Meudon, 333.
Départ de la Cour pour Fontainebleau,
337
Mariage deM. le Comte du Pleſſis, &
deMademoiselle de la Valliere, 340
Fin de la Table ..
25252 52525252522
CATALOGVE DES PIECES
qui compoſent le quatorziéme Extraordinaire
intitulé, Extraordinaire
du Mercure Galant,
Quartier d'Avril 1681. donné
au Public le rs. fuillet.
IL CONTIENT
Eux Réponſes à la Queſtion, Le--
oulAveugle né , ou celuy qui a perdu
lavenë. L'une en Profe ,& l'autre en
Vers .
UnDiſcours ſur la Superstition&
les Erreurs populaires .
Une Réponſe en Vers à la Queſtion ,
Lequel est le plus à plaindre , ou un
Maryjaloux ,ou la Femmed'unMary
jaloux.
Une Réponſe enVers à la Queſtion,
Cequedoit faireune Belle qui est preſſée
deſe declarer pour deux Amans , dont
Iun a beaucoup d'amour, &peu de mérite
, & l'autre beaucoup de mérite,&
peud'amour.
Un Traité des Méteores , &de la
Comete apparuë en l'an 1680 .
Pluſieurs Madrigaux ſur les Expli
cations des Enigmes des trois derniers
Mois .
Un Traité de la Chaſſe .
Une Avanture de l'Amour, décrite
en Vers par leSecretaire du Zéphire.
Un Diſcours de l'Origine , & des
Armes de trente Familles de France.
Deux Réponſes à la Queſtion , S'il
eft plus avantageux à une Femme d'eftre
aimée dés la premierefois qu'on la voit,
ou de ne l'estre qu'apres qu'on a en le
temps d'examinerſon mérite. L'une en
Profe,& l'autre en Vers .
Une Réponſe en Vers à la Queſtion,
Si une Femme qui aime toûjours un
Amantdont ellea esté trahie , doit écontersa
paſſion ou sa gloire, quand cet
Amant tacheà obtenirle pardon deſon
infidelice.
Une Réponſe en Vers à laQueſtion,
Comment l'Ame, estant purement ſpirituelle,
est touchée par laMusique qui
estune choſe ſenſible.
Deux Diſcours , l'un en Vers , &
l'autre en Profe , pour Réponſe à la
Queſtion, Si la Santé peut estre altcrée
parlesPaffions.
Un Diſcoursen Vers ,des Manieres
des plusfameux Peintres .
Une Deſcription du Printemps en
Vers .
Galanterie en Vers ſur les Affemblées
des Tuilleries .
Un Diſcours de l'Origine de la Tragédie,
de la Comédie, des Maſques,&
de leur uſage.
Pluſieurs Madrigaux fur la Remiſe
que le Roy a faite du Lot de cent
mille francs .
L'Explication de la Lettre en Chifres
du dernier Extraordinaire .
Une nouvelle Lettre en Chifres .
Une Lettre où il eſt propoſé par
forme d'Enigme , le ſecret d'une Ecri-
1
curede nouvelle invention , tres-propre
à eſtre rendue univerſelle avec
celuy d'une Langue qui en réſulte;
l'un & l'autre d'un uſage facile pour
la communication des Nations .
Les Explications de l'Enigme en
Proſedudernier Extraordinaire.
Les Noms de ceux qui ont expli
qué les deux dernieres Enigmes .
Les Queſtions à décider , & autres
choſes demandées par le Public , pour
le premier Extraordinaire.
I.
Si un Amant aimé qui a peu de bien,
une extréme ambition , beaucoup de délicateſſe
, & un violent amour , doir
épouser une Maistresſſe, peu favoriséede
la Fortune, & qui a commeluy de l'ambition
, &de ladélicateſſe.
11.
Si on décide que cet Amant nedoit
pas épouser cette Maiſtreſſe, on demande
furquelpied ildoit vivre avec elle ,
s'il peut aimer une autre Perſonne Sans
estre inconstant.
III.
Siles plaisirs du Corps,fontplusfen
fiblesque ceux de l'Esprit .
IV.
Sile Mary doit estre plus grand
Maistre que laFemme.
V.
Lequel est le plus avantageux pour
une Veuve de25. à 26. ans , ou deſere
marier, ou de demeurer dans leveuvage,
ou d'abandonner entierement le monde
enſe retirant dans un Convent.
V I.
Quelle est l'originedelaMedecine.
VII .
On prie d'écrire en quoy confifte l'air
dumonde , &la veritablepoliteſſe.
VIII.
On demande des Billets galans, qui
foient courts, & qui contiennent desDélarations
d'amour.
IX .
On demande encor des Discours ſur
Eloquence, &ancienne &moderne.
ز
MERCVRE
GALANT
JUILLET. 1681.
PREMIERE PARTIE .
'Ay bien de la joye,
Madame, que quelque
longue que foit la Relation
que je vous ay envoyée
du Canal de Languedoc
, vous l'ayez leue avec
Juillet 1681. 1. P. A
2 MERCVRE
aſſez de plaifir, pour me faire
un remercîment particulier
du ſoin que j'ay pris de vous
expliquerune partie desTravaux
qu'il a fallu faire pour
l'achevement de ce grand
Ouvrage. Il eſt ſurprenant
de le voir finy en quinze années
, apres qu'on a crû d'abord
qu'à peine un fiecle y
pourroit ſuffire. Cette eſpece
de prodige aura ſans doute
exercé longtemps vos refléxions
; mais en les faiſant fur
le fuccés de cette entrepriſe,
avez - vous aſſez examiné
combien le Roy en tire de
1
GALANT. 3
6
gloire? C'eſt peu que les
Hommes cedent à fon Bras.
Les Elémens ne ſont pas
moins prompts à ſuivre ſes
ordres , & dés qu'il commande
aux Eaux , foit qu'il
veüille qu'elles contribuent
à ſes plaiſirs , ſoit qu'il ait
deſſein de s'en ſervir pour
faire voir ſa magnificence,
ou pour aſſurer un commer
ce utile à ſes Sujets , il les
trouvepreſtes àluy obeïr. Il
faut cependant une grandeur
d'ame extraordinaire
pour ne fe point rebuter des
impoſſibilitez aparentes qui
A ij
4 MERCVRE
1
ſe rencontrent dans un Projet
de cette nature ; ſur tout
lors que des affaires qui paroiſſent
plus preſſantes, femblent
demander qu'on change
de ſentimens. Mais c'eſt
une choſe dont ce grand
Monarque ſera toûjours incapable.
Il confidere avant
que réfoudre , & toutes fes
entrepriſes ayant pour mefure
la grandeur de ſa puifſance,
la fermeté dont il ſçait
les ſoûtenir , ne luy laiſſe
voir aucun obſtacle dont il
ne foit ſeûr de venir à bout.
Avant la jonction des deux
GALANT.
Mers , on avoit crû qu'un
deſſein trouvé impoffible par
les Romains, ne pouvoit s'executer
; mais ceux qui ont
eu cette penſée ne devoient
pas oublier que le Roy a fait
des chofes,que malgré tour
leur pouvoir ces Maiſtres du
Monde n'ont ofé tenter , ou
qu'ils ont du moins tentées
inutilement. Qu'on jette les
yeux ſur leurs Ouvrages les
plus importans. Ce font des
Chemins,& le Rhône diviſé.
Mais quand onfe fouviendra
que ces Ouvrages n'ont efte
- faits qu'à diferentes repri
A ij
6 MERCURE
ſes , qu'il a fallu des fiecles
pour les achever , & que de
nombreuſes Armées y travailloient
, on en fera beaucoup
moins ſurpris , que d'avoir
veu depuis peu d'années
desVilles entieres fortifiées,
fortir de terre preſque au
ſeul ordre de Sa Majesté , &
d'autres qu'on y avoit fait
rentrer , paroiſtre quelque
temps apres , plus fortes
qu'auparavant , ſelon la neceffité
des affaires de ce
Prince. Il n'appartenoit qu'à
un ſi puiſſant Monarque de
joindre les Mers de l'Orient
م
GALANT.
:
à celles de l'Occident ; &
quandon s'eſt ppuûtfuurrmmonter
foy-meſme en faveur de ſes.
Ennemis , il n'y a pas lieu de
s'étonner qu'on furmonte la
Nature en faveur de ſes Sujets.
Tous les Peuples qui
reconnoiſſent le Roy pour
leur Souverain, doivent bien
en meſme temps le reconnoiſtre
pour leur Pere , puis
qu'il leur fait voir de jour en
jour les bontez qu'il a pour
eux , & les foins qu'il prend
de ce qui leur eft utile. Les
dépenſes faites pour le Canal
auroient pû luy eſtre
A iiij
8 MERCVRE
d'un fort grand fecours,
pendant qu'il avoit à ſoûtenir
les forces de toute l'Europe.
Cependant il n'a point
voulu qu'on ait diſcontinué
ce travail , bien moins pour
Luy, que pour eux, dont on
aveu qu'en toute rencontre
il a préferé les avantages à ſes
propres intéreſts. En effet fr
on regarde les utilitez qu'ils
tireront de ce merveilleux
Ouvrage on demeurera
d'accord que rien ne leur
pouvoit eftre ny plus commode
, ny plus important.
Le Languedoc trouvera par
د
GALANT.
9
ce moyen le debit aifé de ſes.
denrées. Cette Province, la
plus grande du Royaume en
étendue , & la plus riche par
l'abondance & la multiplicité
des fruits , & des autres
choſes dont elle eft remplie,
ne laiſſoit pas avec tous ſes
biens de demeurer dans
une eſpece de diſete , parce
qu'elle manquoit des richefſes
Etrangeres, que le commerce
apporte ordinairement
aux lieux où il peut
eſtre exercé. L'ouverture du
Canal qui la traverſe , luy
fait répandre ſes Vins , fes
10 MERCVRE
Fruits& fes Grains à droit &
àgauche , & diftribuer tout
ce qu'elle a , non ſeulement
au dedans , mais au dehors
du Royaume par deux Iſſuës
qui luy donnent l'entrée
libre dans l'Ocean , & dans
la Mer Méditerranée ; & en
meſme temps ces mefines
Iſſues luy font recevoir de
toutes parts tres- facilement
les choſes dont elle a beſoin,
&qui ne croiffent point fur
1
fon fond. Joignez à cela qu'-
au lieu qu'on a voituré jufqu'à
préſent toutes les Mar-
1
chandiſes qui nous viennent
GALANT. II
}
le
duLevant, àgrands frais , &
avec péril, le long des Coſtes
d'Eſpagne , dont on faifoit
tour , paſſant par le Détroit
de Gibraltar , on viendra à
l'avenir les rendre à Bordeaux&
aux autres Ports que
nous avons ſur l'Ocean , par
un chemin qui ſera beaucoup
plus ſeûr. Il doit eſtre
doux de s'épargner mille
lieuës , pendant leſquelles le
calme eft preſque aufli redoutable
que la tempefte &
les vents contraires. Par là,
on évite les Pyrates , & tous
les accidens de la Mer; &
12 MERCVRE
fans s'expoſer à mille ſoins
&à mille peines, dont il eftoit
impoffible de ſe garantir
, on a feulement ſoixante
lieuës de cheminà faire fans
aucun danger, à l'ombre des
Arbres en beaucoup d'endroits.
D'un autre coſté ce
meſme Canal donne les
moyens de faire par eau le
tour entier de la France,par la
plus agreable route,& par les
plus belles Villes du Royau
me. On n'a pour cela que
quatre journées à faire par
terre, depuis Auxerre juſques
à Châlons. Je n'entreray
:
GALANT. 13
point aujourd'huy dans ce
détail, dont l'occaſion s'offrira
peut- eſtre une autre fois,
Elle ne peut eſtre plus favorable
pour vous faire voir des
Stances irrégulieres qui ont
efté faites ſur le Canal. Vous
y trouverez une tres - belle
peinture de la puiſſance du
Roy,& des grands Travaux
qu'il a fallu entreprendre
pour mettre la choſe en état
de reüffir. Je croy que les
beaux Efprits ne feront pas
épuiſez fi- toft fur cette matiere
, & que leurs Ouvrages
m'obligeront à vous en par
14 MERCVRE
ler encor pendant quelques
Mois.
SUR LA JONCTION
DES DEUX MERS .
L
AU ROY.
A France est aujourd'huy la
Merveille du Monde,
C'est dansson propreſcin qu'on a
jointlesdeuxMers,
Elle va poſſeder tous les Trésors
divers
Que l'on voit diſperſezfur laTerre
&fur l'Onde.
Ce mesme Deſſein autrefois
Fut conçeu pardiférens Roys;
Mais nul pour le tenter n'eut affez
de courage.
.
GALANT. 15
f.
Le plus puiſſant des Roys aujourd'huy
l'entreprend,
Et lefuccés d'un tel Ouvrage
N'estoit deû qu'à Loüis LE
GRAND.
८८
Ces deux vaſtes Mers opposées,
Qui dansleurspropres bords ſe retiennent
toûjours,
Grand Prince,fans vostresecours,
Seroientpourjamais diviſées .
Ces deux Mers par voſtre Canal,
Comme par un noeud conjugal,
Font une, eternelle alliance,
Etforment par deux Bras divers,
Dars le coeur mesme de la France,
Le Rendez-vous de l'Univers.
Se
Ce grand Chef- d'oeuvre incomparable
Qui nous marque vostrepouvoir,
;
16 MERCVRE
Dans tousfes Travaux nousfait
voir
Cequi nousſembloit incroyables
Deprofonds Abysmes comblez ,
De rapides Torrens dans un Lit af-
Scmblez,
Des Rochers abatus, des Montagnes
percées,
4
Des Fonts quiſoûtiennent des
Eaux,
Des Fleuvesfufpendus, des Rivieres
forcées,
Etdes Champs entr'ouverts tous couverts
de Bateaux .
Se
Dicuparsaprudence infinie
Conduit vosdeſſeins &vospas;
Comme tout cede à voſtre Bras ,
Tout cede àvoſtre grandGénie.
Quoy que vous puissiez projetter,
GradRoy,vous n'avez qu'a tenter,
GALANT. 17
Lefuccésfuitvoſtre entrepriſe;
Etfclon que vous l'ordonnez,
Toute la Naturefoûmiſe
Suit les Loix que vous luy donnez.
J'ajoûte un Sonnet à l'avantage
de la Nymphe
d'Orb. Vous vous ſouviendrez
que c'eſt la Riviere qui
paſſe à Beziers.
B
Ien qu'à peine mon Nom ait
paru dans l'Histoire,
Que l'on marque mon cours comme
un desplus petits
Qui vontporterleurs eaux jusqu'au
SeindeThétis,
A-t-onjamais rien veu de pareil à
magloire?
Juillet2681. 1. P. B
18 MERCVRE
SS
Cent Miraclesdivers que l'on n'auroitpû
croire,
Dont mes bords aujourd'huyse trouvent
embellis,
Occupent les Scavans de l'Empire
desLys
Agraver le nom d'Orb auTemple
deMémoire.
52
Jefais l'Hymen des Mers, remplif-
SantceCanal,
Qui vaporterfi loin le pouvoirfans
égal
Duplusgranddes Héros qu'on ait
veu dans le Monde...
$2
Ce Chef-d'oeuvre de l'Art neseroit
rienfansmoy.
Dansfon Litfiérement jefais rouler
mon onde
GALANT. 19
Pourpublier par tout la grandeur de
monRoy.
J'ay veu depuis peu une
Lettre deMarseille du 10. de
Juin , par laquelle on donne
avis qu'ily eſt arrivéune Barque
de Salé , chargée de foixante-
dix Eſclaves François,
parmyleſquels il s'eſt trouvé
un jeune Homme , qui a
éprouvé la meſme fortune
que Daniel. Celuy qui écrit
a ſceu de luy-meſme ce que
je vayvous conter. Cejeune
François eſtoit Eſclave du
Roy de Fez, & en avoit deux
autres fous ſa conduite. Ces
1
Bij
20 MERCVRE
deux Eſclaves eſtantun jour
entrez en querelle , le Roy
Pa
paſſa qui les vit aux mains.
Il comanda aufli - toſt qu'on
luy fiſt venir celuy quidevoit
répondre d'eux , & luy,
demanda pourquoy il les
laiſſoit batre. Le jeune Ef
clave ayant répondu qu'il
eſtoit malade au Lit dans le
temps de leur querelle , le
Roy , ſans luyrien dire autre
choſe , luy donna un coup
d'une Lance qu'il tenoit, &
voulut qu'on le jettaſt dans
la Caverne aux Lions. Ou
executa ſon ordre , & l'Ef
GALANT. 21
clave fut abandonné dans le
meſme temps à cinq de ces
Animaux qui ſe retirerent.
On eut beau les animer. Ils
le regarderent pendant fix
heures , comme ſi quelque
puiſſance ſecrete les euſt retenus
. Une des Femmes du
Roy, à qui on conta cette
merveille , alla demander fa
grace. L'ayant obtenuë, elle
fit dire au jeune François,
qu'on luy ſauveroit la vie s'il
vouloit ſe faire Turc. Il rejetta
l'offre avec beaucoup
de courage , &comme il n'y
avoit pas ordre d'inſiſter ſur
22 MERCVRE
1
cet article, on luy donna une
Echelle , dont il ſe ſervit ſans
qu'aucun des cinq Lions ſe
fuſt approché de luy. Peu
de temps apres on jetta deux
Mores dans le meſme lieu,
& ils furent dévorez en un
quart - d'heure. Ce jeune
François eſtoit aux Infirmeries
de Marfſeille à faire fa
quarantaine , lors qu'on a
écrit ce que je vous viens
d'apprendre.
Vous me demandez ſi je
n'ay plus de nouvelles de
Madame de Saliez, Viguiere
d'Alby,dans le mêmetemps
GALANT. 23
quej'enreçoy.Comme cette
Dame a l'eſprit tres- éclairé,
elle en employe toûjours les
lumieresà des choſes dignes
d'elle,&je m'aſſure que fi en
pluſieurs occafions le tour
aiféde ſes Vers a mérité vos
loüanges, vous approuverez
d'autant plus ſa Profe , que
ce que je vay vous en faire
voir regarde les avantages
de voſtre beau Sexe , & que
du caractere dont je vous
connoy, elle ne propoſe rien
que vous n'ayez étably déja
en quelque façon parmy vos
Amis&vos Amies. C'eſt ce
24 MERCVRE
que vous connoiſtrez en lifant
fa Lettre.
525252-5222525225
PROIET
POUR UNE NOUVELLE.
SECTE DE PHILOSOPHES,
en faveur des Dames .
A MADAME DE 9 **
DEpuis
que j'ay fçen,Madame
, avec combien de
galanterie (4) d'enjouëment vous
avez répondu à certains difcours
ridicules, auſquels toute autreque
vous auroit eu la foibleſſe d'eftre
fenfible,je me confirmeplusque
jamais
GALANT. 25
jamais dans l'estimeque j'ay toûjoursfaite
de Fene
faire ddee vos maximes.
doute point qu'elles ne fuſſent
celles de tout le monde fpirituel,
&raisonnable , fi l'on y
refléchiſſoit autant que moy. En
verité, Madame, files Gens de
bon goustsesçavoient un peuentendre
, on paſſeroit la vie tout
autrementqu'on nefait , &l'on
ne se rendroit pas volontairement
l'esclave , & la victime
d'un monde ingrat ,& injuste,
-qui paye d'ordinairefi maltoutes
les violences que nous nousfaifons
pour luy plaire. Vous rendriez
un fort grand ſervice à
Juillet 1681. 1. P. C
26. MERCVRE
toutes les Perſonnes de mérite,fi
vous voulez publier les commodes
maximes de voſtre Philo-
Sophie. Vous établiriez par là
une nouvelle Secte molle fois
plus agreable &plus utile ,que
toutes cellesquedesHommesfçavans
& fpirituels avoient inventées
pour parvenir au repos
de la vie. Je m'offre, Madame,
pour estre vostre premiere Difciple
, &je le ſouhaite meſme
avec plus d'ardeurque je n'ay
jamais defiré de me voir belle &
charmante ; car enfin quand on
feroit la plus belle Perſonne du
monde , on neſe feroit admirer
GALANT. 27
qu'autant d'années que cette
beauté dureroit ; mais fi nous
executons ce que je vous propose,
nousferons illuftres pendantplu
fieursfiecles. Il mesemble déja
que l'on dit par tout , que nous
avons étably une Secte qui va
rendre tout le monde heureux, &
queje voy venir des Gens d'efprit
de toutes partspour nous demander
d'estre inftruits de nos maximes.
La fin de nostre Secte doit
eſtre de vivre commodement ,&
de déterminer toutes les Personnes
raisonnables , à ſecoüer le
joug des contraintes ,quel'erreur
Cij
28 MERCVRE
(+) la coûtume ont établies dans
le monde. Ilfaudra ensuitefaire
des Loix selon lesquelles l'on
devra vivre , &donner unnom
à noftre Secte. C'est à vous,
Madame, à le choisir. Je vous
dirayſeulement quc vous devez
en trouver un propre à des Perſonnes
qui veulent établir les
bonnes &folides maximes, qui
font trouverla vie agreable,honneste,&
commode, &qui donne
tant de peur auxSats, que jamais
ils n'oſent nous approcher. C'est
pourſe défaire d'euxquedesPhiloſophes
ont pris autrefois (quoy
que fort ſages) les noms d'Hu
GALANT, 29
moristes, &a'Inſenſez.
Pour les Loix , c'est à vous
auffi, Madame, à les impoſer;
mais pour vostre foulagement,
voyezfi més sentimens conviennent
avec les voftres , &fi cela
eft, je leur donneray plus d'étenduë.
۱
Vous sçavez, Madame,qu'il
y a deux fortes de beaux Efprits.
Ceux qui lefont effectivement,
&ceux qui croyent l'eftre er ne
lefontpas. Ilfaudraſoigneusement
examinerles esprits de ceux
que l'on voudra recevoir,afin d'éviter
le péril de s'y méprendre.
L'onfera un Serment folem
Ciij
30 MERCURE
nel de donner l'excluſion à cette
forte de Gens qui pour faire les
beaux Eſprits , ne s'approchent
jamais d'aucune Femme, ſans
tuy dire des douceurs. L'onbannira
ceux qui parlent toûjours ou
de leur naiſſance , ou de leurbravoure,
qui croyent qu''uunnee vifite
eſt incivile, si elle n'est de
quatre ou cing heures , e qui
Sont perfuadez que pour estre
Gentilhomme , il faut estre
dans la derniere ignorance. Nous
ne devons auſſi jamais admettre
dans noftre Secte ces fortes de
beaux Esprits , que Dieun'amis
au monde que comme ily envoye
bien
GALANT. 31
la guerre , &la famine, pour en
eftre les fleaux ; ces Esprits qui
ont des bornes ſi étroites , que l'on
ne les voit jamais allerau delade
certaines manieres de parler, de
deux ou trois contes affectez,
de quelques comparaiſons qu'ils
fçavent.par- coeur.
IlfautSans-doute,Madame,
exclurre les Femmes qui auront
les meſmes defauts en leurs manieres
, ne point recevoir ces
Prudes qui croyent qu'une amitié
tendre & délicate, est le plus
honteux des crimes ; ny cellesquż
affectent uneſéveritéridicule, qui
leur fait condamner un honneſte
Cij
32 MERCVRE
enjouëment, qui estpourtat l'ame
de la conversation. Il ne faut
avoirnul commerce avecces Dames
qui croyent, queparce qu'elles
ne font pas Coquetes , il leur eft
permis de gronder , de donner
éternellement de leçons des modeftie
,&de retenuë , &qui ne
pouvantſouffrir qu'on rie ,ſe déclarent
contre tout ce qui s'appelle
divertiſſement.
Jeferois auſſid'avis que nous
ne reçeuſſions point celles qui ne
parlentjamais que d'unefuppe,
on d'une Coëfure ; celles qui ne
peuvent fouffrir que les autres
lifent de
liſent des Livres agreables , &
GALANT. 33
qui s'imaginent que pour estre
honneste Femme, iIlnnee faut sça-
•voir qu'aller à l'Eglise, & lire
des Livres des devotion .
Je crois, Madame , qu'il eft
bon fur tout de bannir entierement
l'Amour de noſtre ſocieté,
de peur qu'il ne trouble le repos
que nous cherchons , (t) de subſtitueràſa
place l'amitié galante
Or enjoüée.
Apres avoir montré ce que
il me nous devons rejeter ,
ſemble que la premiere Loy de
noſtre Secte doit estre de vivre
avec beaucoup d'amitié , &de
respect les uns pour les autres.
34 MERCVRE
Je ne parle pas de ce qu'on appelle
respectparmy les Gens que
nous voulons chaffer, qui ne conſiſte
qu'en des cerémonies importunes
& embarraſffantes , car
ceux de noſtre Secie doiventfur
tout renoncer à cela ; mais le
respect que j'entens , confifteraà
s'estimerbeaucoup , àne rien dire
jamais quipuiſſedéplaire, Or à
neſe point trop familiarifer.
docilit
Les qualitezabsolument néceffaires
pour estre admis ,ſont
l'efprit , & la docilité. Cette
docilité demande deux choses;
la premiere , que l'on reçoive
avecfoûmiffion, &avec plaisir
GALANT. 35
& la tout ce qui fera enſeigné ; & la
Seconde, qu'on quitte fans peine
Sans trop raiſonner, les mauvaiſes
maximes que l'on pourroit
avoir priſes dans desſocietez diférentes
de la noſtre.
Ilfaut que l'esprit de ceuxque
nous voudrons recevoir, ſoit capable
de cette liberté fi aimable,
qui fait dire agreablement ,
librement ce qu'on penſe ; de cette
raillerie belle & innnocente, qui
fait qu'on tourne les choses d'un
biais tout- à-fait divertiſſant ; de
cette petite malice ingénieuſe qui
faitqu'onſurprend les Perſonnes
les plusſpirituelles , dans de cer
36 MERCVRE
tains endroits de leur converfation
qui les embaraſſent un peu,
&dont elles neſe tirent qu'apres
avoir donné beauroup deplaisir.
Enfin, Madame, il faut que
vosDiſciples ayent la converfation
galante , & tout ce qui rend
lafocieté agreable&douce,fans
que pour quelque raiſon que ce
foit, vous en receviez aucun
dont le visage & les discours
foient armezd'une ſeveritéridicule.
Ily doit avoirunefidelité entiere
parmy ceux de nostre Secte,
c'est à dire, qu'onseparlerafincerement
of tendrement ,ſansfaGALANT.
37
çon &fans grimace, qu'on verra
ſouvent ceux qu'on aimera ,
l'onévitera ceux qu'onnn''ai-
&
que
mera pas. Ontravaillera de conert&
ffaannss ceffe , pour arracher
les mauvaiſes maximes qui ſe
font gliffées dans le monde ,
L'on fera une guerre continuelle
auxSots , dont il fera permis de
ſe divertir, quand par malheur
on se rencontrera avec eux.
Je croy, Madame , que voila
àpeupres les Loixqui feront neceffaires
pour l'établiſſement,
pourleprogrésd'une Sectefi confidérable.
Si vous les approuvez,
ilferafacile d'y en ajouterquel
ques autres .
38 MERCURE
Vous jugez- bien ,Madame,
que nous trouverons des contradictions.
Tous les grands deffeins
font difficiles , la plupart des
Gens eftant ignorans ou foibles ,
&ne jugeant des choses quepar
de certaines préventions, que la
politique&la coûtume ontmiſes
dansl'esprit des Hommes ; mais
j'efpere pourtant que nous trouverons
affez de Perſonnes éclairées
, qui neſe laiſſentpointfurprendre
à ces préventions , &
qui feront bien- aiſes de s'unir
-avec nous , pour ne plus s'affujetiràtoutes
les contraintes qui
nefervent qu'àfaire perdre les
GALANT. 39
plus agreables momens de la vie.
Ils neſe perdentque trop par des
raiſons qui ne dépendent pas de
nous.
Si ce Projet vous agrée , je
travailleray, Madame, de toutes
mes forces àſeconder vos defirs,
tje croy que Solon, ny aucun
de ces Philofophes qui ont travaillé
pour établir le repos des
Hommes , n'ont jamais esté ſi
fameux que nous le ferons un
jour.
LA VIGUIERE D'ALBI.
Le Vendredy onziéme
de ce mois , Monfieur le
40 MERCVRE
Maréchal de Créquy vint
à la Conneſtablie & Maréchauffée
de France, inftaler
Monfieur le Maréchal d'Etrées
, qui n'avoit point encor
pris féance en ce Siege.
Ils s'eſtoient rendus auparavant
à la Sainte Chapelle,
où ils furent ſalüez parM
Trabit , ancien Greffier en
chefde la Conneſtablie, qui
leur préſenta des Bouquets
ſelon la coûtume. M' de la
Girardiere , premier & ancien
Lieutenant du Prevoſt
General , les accompagna
avec les Gardes à la Table
GALANT. 41
r
de Marbre du Palais, qui eft
le lieu de leur Jurisdiction .
Eſtant ſous le Dais dans
leur Siege , avec M' de Rodarel
Lieutenant General,
&M' de Chone Lieutenant
Particulier, affis à leur gauche
, ils furent complimen
tez par ce premier, & par
M' de la Fonds Procureur
du Roy , qui eurent tout le
fuccés qu'ils pouvoient attendre.
Leur éloquence
trouvoit une ample matiere
dans les actions de ces deux
grands Capitaines, dont l'un
ne s'eſt pas moins acquis de
Juillet 1681. 1. P. D
42 MERCVRE
gloire ſur Terre, que l'autre
s'eſt rendu fameux ſur Mer.
En ſuite Meſſieurs les Maréchaux
firent prefter le
Serment à Meſſire François
de Francini , Seigneur de
Grandmaiſon, qu'ils reçeurent
en la Charge de leur
Prevoſt General, en la Ville,
Gouvernement & Generalité
de Paris & Ifle de France,
dont il a eſté pourveu par
le Roy , apres avoir exercé
celle de Lieutenant Criminel
de Robe Courte au Châ
telet pendant vingt- quatre
ans , avec une integrité &
GALANT. 43
un def- intereſſement égal
au zele qu'il a pour le fervice
de Sa Majesté. Il eſt
Frere du Maiſtre - d'Hôtel
du Roy qui porte fon nom.
Le Serment eſtant rendu,
onluy mit en main le Baſton
de Commandement , & il
prit ſa place à la teſte des
Prevoſts Generaux. Il eſtoir
ſuivy de ſes quatre Lieutenans.
M' de Riants Procureur
du Roy du Chaſtelet,
& de la Jurifdiction du Prevoſt
General, affiſta à cette
Ceremonie , ainſi que M
Bachelier Conſeiller à l'an
: Dij
44 MEROVRE
cien Chaſtelet , & Control
leur à faire les Montres de
ſa Compagnie. CetteAction
fe paſſa avec tout l'éclat que
la préſence de Meffieurs les
Maréchaux luy pouvoit donner.
Ils furent remenez avec
les Gardes juſqu'à leurs Carroſſes
, par le meſme M de la
Girardiere.
Meffire Criſante leClerc,
Baron de Sautray, que nous
avons veu Confeiller au
Chaſtelet , a eſté pourveu
de la Charge de Lieutenant
Criminel de Robe-Courte,
par la démiſſion de M de
GALANT. 45
Francini. Il eſt d'une des
bonnes Maiſons d'Anjou.
Peut- eftre, Madame, ferezvous
bien aiſe que je vous
explique en peu de mots
quelles font les fonctions
de cette Charge de Prevoſt
General , qu'on appelle
Grand-Prevoſt dans les Provinces.
Il a droit d'infpection
ſur tous les Prevofts
Particuliers qui font dans
l'étendue de la Generalité
-de Paris,& eſt le plus ancien
Prevoſt du Royaume. Il
donne ſes ordres pour la
ſeûreté de la Campagne, &
46 MERCURE
a pour cela des Brigades à
cheval à tous les environs de
la Ville. Il connoift de tous
les Cas Prevoſtaux, & avoit
meſme Jurisdiction dans
Paris avant l'Ordonnance
de 1670. Ce font Meſſieurs
les Maréchaux de France
qui le reçoivent. Il a un
Commiffaire- Controlleur à
faire les Montres, un Affef
feur, un Procureur du Roy,
un Lieutenant à Pontoiſe,
qui y réſide avee douze Archers
, quatre autres Lieutenans
aux Brigades , cinq
Exempts , & cent Archers,
GALANT. 47
Il juge les Procés ſans
appel , & les peut juger
dans tous les Préfidiaux de
fon Reffort. Comme il eſt
du Corps de la Gendarmerie
, ſa Paye ſe prend ſur le
Tréſorier des Guerres . Ses
Archers ont ſur leurs Hoquetons
& Bandolieres ,
Fleurs de Lys, Soleils, Epéc
• de Conneſtable, & Baſtons
deMaréchal .
Quant au Lieutenant Cri
minel de Robe Courte, qui
eft Lieutenant du Prevoſt
de Paris , ſes fonctions principales
ſe font dans la Ville,
48 MERCVRE
& il eſt reçeu à la Grand
Chambre. Il inſtruit les Procés
ſans Afſeſſeur , & en fon
abfence , ce font les Lieutenans
Particuliers du Chaftelet,
comme Aſſeſſeurs Cri
minels, qui font ſa Charge,
ou le plus ancien Confeiller.
C'eſt à luy à viſiter les Lieux
de la Ville& des Fauxbourgs
qui ſont ſujets au defordre,
& où ſe retirent les Avanturiers
& les Vagabonds. Sa
Cópagnie doit preſter mainforte
à l'exécution des Arreſts
de la Cour, & eft compoſée
de quatre Lieutenans,
de
GALANT. 49
• de ſept Exempts, & de cent
Archers, dont il a la nomination.
Il peut connoiſtre
des Crimes qui ſe commettent
dans la Prevoſté & Vicomté
de Paris, dás le temps
qu'il fait ſa Marche. Les
Appellations reſſortiſſent au
Parlement, à l'exception des
Cas Prevoſtaux qu'il juge
auſſi ſans appel. Il n'a
point d'autre Procureur du
Roy que celuy du Chaſtelet,
- mais il a Commiſſaire &
Controlleur à faire les Montres
de ſa Compagnie. Il eft
payé par le Tréſorier des
Juillet 1681. 1. P. E
۲۰ MERCURE
Guerres ainſi que le Prevoſt
General, eſtant comme luy
du Corps de laGendarmerie.
Ses Archers font Archers-
Sergens au Chastelet, &portent
fur leursHoquetons &
Bandolieres l'Ecu de France
avec Fleurs de Lys , & la
Deviſe du Roy.
Il me reſte à vous appren
dre ce que c'eſt qu'eſtre
Chevalier du Guet , & en
quoy confiſte ſa Charge. Il
eſt reçeu devant le Lieutenant
Criminel du Chaſtelet,
& prépoſe dans la Ville pour
la rendre ſeûre pendant la
GALANT. 51
nuit. Il a cent cinquante
Hommes de pied , & quarante
à cheval, quatre Lieutenans
, un Guidon , huit
Exempts , & pluſieurs Sergens,
qui commandent ſes
Eſcoüades. Il doit , ou fes
Officiers pour luy , faire le
raport ſur le Regiſtre des
Raports,auGreffeCriminel,
de tout ce qui eſt arrivé la
nuit , & peut aſſiſter au Jugement
des Criminels pris
par ſesArchers,dans lesquels
Procés il a toûjours voix délibérative
. L'inſtruction s'en
fait par les Lieutenans Cri-
E ij
52 MERCVRE
minels , qui connoiſſent de
ſes Captures. Cette Charge,
ainſi que celle deLieutenant
Criminel de Robe- Courte,
eſt d'une tres- ancienne inf
titution. Celuy qui l'exerce,
aunClerc du Guet, un Controlleur,
& un Payeur, & fes
Archers portent des Etoiles
fur leurs Hoquetons.
Je croy , Madame , que
cet éclairciſſement vous fuffira
ſur toutes ces Charges.
Je finis l'Article, pour venir
à noſtre Amy qui a fait un
ſecond Voyage aux Bords de
la Seine , dans la charmante
GALANT. 53
Vallée de Cléranton. Il y a
reveu la Salle d'Amour, dont
il m'avoit promis d'ajoûter
les Ornemens qui luy tiennent
lieu de Tapiſſerie , à
ceux de la Cheminée , de la
Croiſée & des Portes , que je
vous marquay fort au long
dans ma Lettre du mois
d'Aouſt dernier. Voicy de
quelle maniere il s'eſt acquité
de ſa parole.
Se
E if
54 MERCVRE
525252-5222525225
SVITE
DE LA DESCRIPTION
DE LA SALLE D'AMOUR
DE CLERANTON.
U
Ne Friſe regne tout au
tour de cette agreable
Salle , où ſont des Armes
de Famille entremeſlées de
Couronnes & de Feſtons,
avec la Deviſe Tout bien à
vienne. Au deſſous eſt une
Corniche, foûtenuë par huit
Colomnes & quatre TerGALANT.
55
mes ; & plus bas, I'Hiſtoire
amoureuſe & galante de feu
M' le Marquis de Riceys,
Oncle à la mode de Bourgogne
de M. de Buſſcrolles,
avec la Soeur aînée de M² le
Comte de Bregis qu'il épouſa.
Cette Hiſtoire eſt partagée
envingt deuxTableaux,
de la main d'un habile Peintred'Italie.
Il y a au deſſous
autant de Cartouches , où
l'onvoit diverſes ſortes d'Em.
blêmes & de Deviſes , à la
gloire de l'Amour ; & au bas
font de grands Rouleaux
chargez de jolis Vers qui ex
E iiij
56 MERCVRE
pliquent les deſſeins de ces
Cartouches .
Je ne diray rien desTableaux
, finon que l'Amant
& la Maîtreffe y font repréſentez
ſous des Habits de
Berger & de Bergere ; qu'un
Rival defagreable qui traverſa
leurs amours , y eft
peint ſous la figure d'un
More ; qu'un autre Rival
auſſi mal venu , mais plus témeraire
& plus inſolent , y
paroiſt fous celle d'un Satyre,
&qu'enfin toutes leurs avantures
y font déguiſées de la
meſme forte, avec beaucoup
d'art & d'eſprit.
GALANT. 57
Les Cartouches dont je
vous rendray un compte
plus exact , font toutes diférentes
dans leur ſtructure &
leurs ornemens . Il y en a
quatre où ſont contenus les
quatre Ages, qui ſuivent le
démeſlement du Cahos.
La premiere , étale l'Age
d'Or , dans ſa pleine liberté,
avec ſes graces , & fes douceurs.
Ces mots ſont au def
fus , Tout par amour , && ces
Vers dans le Rouleau d'en
bas.
Lorsqu'Amour charme un Espritqui
L'adore,
58 MERCVRE
Ah qu'il est doux de pouffer des
Soûpirs!
On diroit que pour luy l'Age d'or
vient d'éclore,
Cenefont que beauxjours, ce ne
fontqueplaisirs.
Jeunes Beautez, qui commencez
d'apprendre
Qu'il eftiropdoux d'aimerpour s'en
pouvoir défendre,
Aimez, aimez unfeu fi doux,
Etvous aurez toûjours l'Age d'or
avecvous.
La ſeconde Cartouche repréſente
l'Aged'Argent, avec
la contrainte & la retenuë
qui l'accompagnent. Ces
mots font au deſſus , Toutpar
fleuretes , & ces Vers dans le
GALANT. 59
Rouleau qui eſt au deſſous.
Jeunes Beautez, qui paſſez vos
beaux jours
Avom faireconterl'ardeur de mille
amours,
Que vous perdez de momens
agreables!
Laiſſez-vous toucher comme now.
Si vous n'aimez , quand vous eſtes
aimables,
Dieux, en quel temps aimerezvous?
Ceffez, ceffez d'estre Coquetes,
Un doux moment d'amour vaut dix
ans defleuretes.
On voit dans la troiſiéme
Cartouche l'Age d'Airain,
avec l'Intéreſt qui y regne.
Ces mots font au deſſus,
60 MERCVRE
Tout par préfens , & ces Vers
dans ſon Rouleau .
Belles,que l'intéreſt nevous domine
pas;
Ilesthonteuxdevendreſes appas,
La tendre paffion doit estre genéreuse,
Pourserendre logtemps heureuse.
Suivez doc purement les amoureuses
Loix,
Voſtre gloire eſt la noſtres
Ayez plus d'égard mille fois
Au préſent du coeur, qu'à tout
autre.
On remarque dans la qua
triéme, l'Age de Fer , avec ſa
barbarie & ſes violences . Ces
mots font au deſſus , Tont
GALANT. 61
1
par force , & ces Vers au deſ--
fous.
L'infolence a paffé dans le degré
Supréme,
D'indignes libertez de l'amourſont
l'effet,
Etfans preſque dire qu'on aime,
Nous n'ofons dire ce qu'onfait.
Belles, n'attendcz pasqu'on en
àlaforces
viene
Avecque les froideurs faites plutoſt
divorce.
_ Cédez de bonne grace une place en
vos coeurs ,
Vous en aurez cent fois plus de
douceurs.
Ily a un cinquiéme Rou
leau au bas de la Croiſée, qui
contient ces autres Vers.
62 MERCVRE 1
Profitez du temps qui vouspreſſe,
LebelAgefuitfans retour,
Etquipaſſe unjourſans tendreſſe,
Peut dire avec regret, qu'il a perdu
cejour.
Aimer enfes beaux ans, c'eſt prudence
&ſageſſe;
Mais quand trop tard on vient à
t s'échauffer,
Au lieu de l'Age d'or qu'on trouve
ensajeunesse,
On ne trouve pourlors que le Siecle
defer.
Dans cinq autres Cartouches,
on voitparmy de beaux
Païſages l'Amour repréſenté
delamaniere dont les Poëtes
le figurent. Il eſt dans lapremiere
, comme un Enfant;
GALANT. 63
dans la ſeconde , comme un
Chaſſeur , ou comme un
Guerrier ; dans la troiſieme;
nud avec un Flambeau à la
main ; dans la quatrième, ſur
un Autel comme un Dieu;
& dans la derniere , au milieu
de l'air , avec ſon Bandeau
& ſes aîles. Voicy les
Vers qui accompagnent ces
cinq Portraits.
Cédez,jeunes Beautez, à ceDieu
triomphant,
Etleſuivezſans défiance;
On néle repréſente Enfant,
Quepour en montrer l'innocence.
Rend z - vous àſes doux attraits.
64 MERCVRE
Sans crainte de la médiſances
Ilne s'arme d' Arc de Traits,
Quepourprendre voſtre défence.
52
Sonprocedé charmant&beau
N'a rienqui choque, ny qui bleſſes
Il estnu, tenant un Flambeau,
Pour marquer qu'il estsansfineſſe.
Sz
Ie le vois déja dansvos yeux,
Laiſſez-le entrer, prenez courage;
Onne lemet aurangdes Dieux,
Quepour enseignerqu'il eſtſage.
S2
Nefaites point de luy de mauvais
jugement
Surson bandeau, nyfurfis aîless
11n'estpoint légerpour les Belles,
Il les meine au Portfeûrement.
Sans craindre doc le changement,
Ou de tomber en quelque précipice,
GALANT. 65
Abandonnez-vouslibrement
Au doux efpoir qu'il vous fera propice.
Ses ailes montrentſeulement
Qu'il estprompt à rendreſervices
Etfonbandeau, qu'ilſert aveuglement.
Dans quatre autres Car
touches, on voit des eſpeces
de Deviſes. L'une repré
fente des Salamandres au
milieu des flâmes , avec ces
mots au deſſus , C'eft noftre
Elément. Ces Vers ſont dans
leRouleau.
Les douxplaiſirs n'ontpointdeSource
plus féconde
Que l'ardeur des tendres amours;
Fuillet 1681. 1.P. F
66 MERCVRE
Il en naiſt des transports lesplus
charmans du monde,
Heureux qui peut brûler toûjours!
Il y a dans l'autre, des Ai
guilles frotées d'Ayman, qui
s'arreſtent dés qu'elles font
tournées du coſté du Nort.
Ces mots font au deſſus, C'eft
nostre repos , avec ces Vers au
detfous.
Dansl'Objetque l'on aime, on trouve
tout aimable.
On le regarde, ilplaiſt, on en est
enchanté;
Cedoux état tient lecoeurarrefté.
Que ce repos est agreable!
CommeDieu l'on est immuable,
Vive cettefelicité.
GALANT. 67
On apperçoit dans la troifiéme,
des Héliotropes qui
fe courbent du coſté du Soleil
ſuivant leur nature, avec
ces mots , C'est nostre panchant.
Ces Vers ſont dans le
Rouleau.
Iln'est pointfans tendreſſe
D'aimables, ny de doux momens
Tous les autres plaiſirs font Sans
délicateffe,
Apeinefrapent- ilslesfens.
Maisfi- toftque l'on aime,
Le moindre desplaiſirs estun plaisir
extréme,
Tout l'amoureux panchant
Estheureux &touchant.
La quatriéme eſt remplie
L
-
Eij
68 MERCVRE
de Papillons qui ſe vontbru
ler à la chandelle. Ces mots
ſont au haut, C'eſtnoſtre plaifir
, & cesVers au bas .
Si l'ame enfecret eft ravie
Defentir l'engageante envie
Qu'excite l'amoureux defir,
Ah que la ſuivre est bien un pluss
charmant plaisir !
Eprouvez -le, chere Sylvie,
Vous aimerez l'amour centfoisplus
lavie..
Quatre diférens Poſtes de
gloire occupez par l'Amour,
rempliſſent quatre autreCartouches.
L'un eſt un Trophée
; le ſecond , un Trône,
le troifiéme, le Char du SoGALANT.
69
leil ; & le dernier, eſt le Ciel.
Voicy les Vers qui accompagnent
l'Amour, confideré
comme Vainqueur ſur le
Trophée.
On ne voit rien dans l'Univers
Qui nefoit vaincu parses armess
Ilmet Hommes &Dieux aux fers ..
Quipeut résisteràses charmes?
Voicy ceux qui ſont faits
pour luy, conſideré comme
Roy fur le Throne.
Ileft l'unique Roy des Coeurs,
Ilsfontſagloire&son partage,
Illes comble deſesfaveurs.
Qui ne luy redroitpas bommage?
Ceux- cy le regardent.com
70 MERCVRE
me Illuminateur , fur leChar
du Soleil.
Il estle Soleil des Esprits,
Il les échauffe &les éclaire;
Son Charme en releve leprix.
Aquipourroit- il nepas plaire?
Et ceux - cy , comme un
Dieu dans le Ciel.
N'est-ilpas le Dieu des Plaiſirs?
Ets'il atout lesoin poſſible
Defatisfaire les defirs ,
N'a-t- onpas tortd'estre insen
fible?
On le trouve enfin dans
cinq autres Cartouches, adoré
de tout ce qu'il y a
de Peuples , dePrinces , de
GALANT. 71
Princeſſes , & de Divinitez
dans le Monde , avec ces
Vers dans les Rouleaux , qui
s'adreſſent aux Belles comme
les autres.
S'iln'eftMortelle, ny Mortel,
Dontiln'aitmis le coeur enflame,
Pensez- vous qu'ilsoit naturel
D'empeſcher qu'il entre enveftre
ame?
Sz
Si des Coeurs qui n'ont riendebas,
Ontfait gloire de leur tendreſſe,
Connoisſſez que l'on ne doitpas
Leprendre pour unefoibleſſe..
Se
SidesAmes pleines d'honneur
Paſſent au dela de l'eſtime ,
Ets'échauffent deson ardeur
72 MERCVRE
Croyez-vous qu'aimerſoit un crime?
52
Si vous le voulez contenter,
Imitez des Ames si belles;
Vous n'avez rien à redouter ,
Ayant tous lesDieux pour modelles..
Se
Vaine Raiſon, petite Liberté,
N'aspirezpoint àla victoire;
Vous aurez centfois plus deplaisir
: °loire
Avousfoûmettre à la Divinité
Dont laTerre &le Cielſuivent la -
4 volonté.
८८
L'Amour, quand il luy plaist, peut
forceràfe rendre
Le Coeur qui fe croit le moins
tendre;
Iln'enestpoint qui nesoientfaits
pour-lay
ام
Renoncez
GALANT. 73
Renoncez donc au ſoin de vous
défendre.
Tuis qu'ilfaut leur céder, pourquoy
vouloir attendre ,
Et remettre à demain, cequ'on peut
aujourd'huy?
Tant de jolis Madrigaux
employez par tout dans cette
Deſcription , n'empefcheront
point ſans-doute que
vous n'en voyiez encor un
avec plaiſir. Je vous l'envoye
mis en Air par M' Deleval.
La beauté de cet Air, quoy
que fait inpromptu , vous
doitconvaincre de celle des
Pieces auſquelles il donne la
derniere main. Les Paroles
Juillet1681. 1. P. G
74 MERCVRE
font de M' Mallement de
Meſſange.
T
AIR NOUVEAU.
Ircis attendantſa Bergerc,
Diſoitfur la Fougere
Aupres deſes Moutons paiſſans,
Viens donc fur la verdures
Ab quele temps me dure!
Ah que les maux que j'endure font
grands!
-Ah qu'ilsfont grands les tourmens
que jefens!
J'ay à vous apprendre le
Mariage qui s'eſtfait en Périgord
le ſeptiéme de cemois,
de Meffire Antoine Joumard
, Chevalier , Marquis
de Chabans S. Preüil , Maréchal
des Camps & Armées
に
75
felle
l'une
chal
voit
s de
aine
tele
de
nnes
bien
quis
ni eft
Cette
: des
Ca
Duc
endu
A
71
for
M
H
Al
vie
b
NgandrP
C
vien
du
ré
dux
AITH
GALANT. 75
du Roy , avec Mademoiselle
Suſanne de Loffe, Fille d'une
Soeur de M² le Maréchal
Duc de Navailles , qui avoit
épousé M' le Marquis de
Loffe ,&Cousine- germaine
de Madame la Préſidente le
Cogneux. La Maiſon de
Loſſe eſtune des anciennes
de cette Province , auffibien
que celle de M'le Marquis
de Chabans S. Preüil qui eft
l'aîné de la ſienne. Cette
derniere tire fon origne des
Comtes de Poitiers. Un Ca
det de S. Guillaume , Duc
d'Aquitaine , ayant vendu
Gij
76 MERCVRE
-
tous ſes Biens pour aller avec
S. Loüis à la Conqueſte de
la Terre - Sainte , ſe maria
au retour de ce Voyage à
une Heritiere de Perigord,
& c'eſt de là qu'eſt venuë la
Maiſon de Chabans. Celuy
dont je parle eſt un Gentilhommebien
fait, qui a beaucoup
d'eſprit&de mérite , &
qui s'eſt ſignalé en divers
Emplois pendant quinze
Campagnes dans les Armées
d'Allemagne , Flandres
, Italie & Catalogne. Il
fut fait Prifonnier de guerre
dans le Royaume de Na
GALANT. 77
ples , avec Henry de Lorraine
Duc de Guife , & y
demeura vingt - deux mois
avec M² de Fourbin , Commandant
de la Premiere
Compagnie des Moufquetaires
. Les Mémoires de
Guiſe en font foy. Il s'eſt
trouvé en pluſieurs Batailles
rangées , & eftoit à la Priſe
de Philiſbourg où Monfieur
le Prince acquit tant de
gloire. Cet illuftre General
luy avoit donné à commander
cinq cens Hommes des
Enfans perdus,& il fit fi bien
fon devoir, qu'il n'en ramena
Giij
78 MERCVRE
que douze. Il fut bleſſé en
cette rencontre. Sa Majesté
le fit Maréchal de Camp au
mois de Decembre 1652. & il
a ſervy en cette qualité dans
les derniers Mouvemens de
Guyenne, ſous M' le Comte
d'Harcourt , & fous M² le
Duc de Candalle. Il eſt Neveu
duBrave SaintPreüil, qui
a eſté Gouverneur d'Arras.
On m'a conté depuis peu
les circonstances d'un autre
Mariage dont je croy devoir
vous faire part. Un Cavalier
fort bien fait , & de tresbonne
Maiſon , apres avoir
1.
GALANT. 79
:
employé ſept ou huit ans à
viſiter toutes les Cours de
l'Europe , arriva un foir à
une Ville éloignée du Licu
de ſa naiſſance environ de
trente lieuës . Une Fille des
plus qualifiées du Païs, s'eftoit
mariée ce meſme jour.
Ily avoit grande Afſfemblée
chez fon Pere , qui eftant
des mieux alliez de la Province,
avoit prié de la Nôce
quantité de Perſonnes conſidérables
de l'un & de l'autre
Sexe . Le Bal devoit ſuivre
le Soupé ; & comme en ces
fortes d'occaſions il eſt na-
Giiij
80 MERCVRE
turel d'eſtre curieux, le Cavalier
à qui on conta la choſe
, réſolut de prendre un
maſque , & d'aller eftre témoin
de la joye des Mariez .
L'heure eſtant venuë , il ſe
déguiſa , & ſe meſla parmy
quelques autres qu'il vit entrer
aufli déguiſez . La Compagnie
luy parut fort belle.
Il la trouva compoſée de pluſieurs
Dames qui avoient
toutes beaucoup de brillant.
Il examina la Mariée , qui
ayant de grands agrémens
par elle-meſme , en recevoit
de nouveaux de l'ajustement
GALANT. 81
où elle eſtoit ; mais rien ne
le ſurprit tant qu'une jeune
Brune d'un teint admirable.
Si-toſt qu'il l'eut apperçeuë,
il n'eut plus d'yeux que pour
elle. Il la regarda longtemps
avecun plaifirinexprimable;
& quand on la fit dancer , il
fut fi charme de la beauté de
ſa taille qu'il vit alors toute
entiere , que dans la prévention
où il ſe trouva pour elle,
quand elle n'euſt eu aucune
adreſſe à la Dance , ill uy
euſt donné tout l'avantage
du Bal. Comme on écoute
volontiers les Maſques , il
82 MERCVRE
s'approcha de cette aimable
Perſonne , &l'engagea dans
une converſation agreable
qu'elle foûtint avec une fineffe
d'eſprit qui acheva de
le perdre. Le Bal eſtant tour
preſt de finir,il la quitta pour
SS''iinnffoorrmmeerr de fon nom. On
luy apprit qu'elle eſtoit Fille
d'un Gentilhomme qui demeuroit
à trois lieuës de là,
que l'occafion de cetteNôce
l'avoit fait venir chez une
Parente qui la devoit garder
quelques jours,& qu'en
fuite elle retourneroit chez
fon Pere. Le Cavalier ſe
GALANT. 83 .
fentit frapé de la plus vive
douleur quand on luy nomma
le Gentilhomme. C'ef
toit l'Ennemy mortel de ſa
Maiſon , &un de ces intrai.
tables Ennemis , à qui on
parle inutilement de paix. Il
poffedoit une Terre dans le
voifinage du Cavalier , &
c'eſtoit la ſource des longs
démeſlez qui avoient broüil
lé les deux Familles. La
haine , devenuë heréditaire
dans l'une & dans l'autre
depuis plus de ſoixante ans,
avoit caufé de fort grands
malheurs, &jamais diviſion
84 MERCVRE
ne s'eſtoit entretenue avec
tant d'aigreur. Ces raiſons
ne pûrent rien ſur l'amour
du Cavalier. La Belle , quoy
que Fille de ſon Ennemy,
luy parut toûjours la plus aimable
Perſonne qu'il euſt
jamais veuë , & tous les ef. -
forts qu'il fit pour l'arracher
de fon coeur, ne ſervirent
qu'à l'y mettre plus avant.
Elle eut toutes ſes penfeés
pendant la nuit , & il ne put
ſe réſoudre à quitter la Ville
tant qu'elle auroit à y demeurer.
Le lendemain il l'attendit
dans l'Egliſe où il ap-
.
GALANT. 85
prit qu'elle alloit tous les matins
, & en luy trouvant la
meſme beauté, il eut le plaifir
d'admirer la modeftie qui
tenoit ſes yeux auſſi arreſtez
que fon eſprit ſembloit recueilly.
Il la regarda ſans
qu'elle y prift garde, & continua
de cette forte à nourrir
ſa paffion , juſqu'à ce qu'il
ſceut qu'elle eſtoit partie. Il
fe rendit auſſitoſt chez luy,
pour donner ordre à fon
Bien que la mort d'un Frere
arrivée depuis un an , avoit
beaucoup augmenté.
toit ſon Aîné qui le laiſſoit
86 MERCVRE
unique Heritier de la Maifon.
Les ſoins qu'il fut obligé
de prendre pour le reglement
de ſes affaires , n'empeſcherent
point qu'il ne
fongeaſt ſans ceſſe à la Belle.
Rien ne le touchoit plus fortement.
Il conta ſon avanture
àun Amy tres -attaché à
ſes intéreſts , & luy ayant
peint la grandeur de fon
amour , il le pria d'aller faire
au Gentilhomme la propoſition
de fon Mariage, qui af
foupiroit tous leurs diférens.
Cet Amy , ravy de contribuer
à un accommodement
GALANT. 87
ſi ſouhaité, ſe fit un plaiſir de
cet employ , & fe flata d'autant
plus de reüſſir , que le
Cavalier reſtant ſeul de ſa
Famille , l'union qu'il recherchoit
, étoufoit entiere
ment la cruelle haine qui les
diviſoit depuis ſi longtemps.
Il alla trouver le Gentilhomme
de qui il eſtoit connu,
paſſa chez luy comme revenant
d'un plus long voyage,
& apres pluſieurs loüanges
données à la Belle qu'il trou-
<va toute charmante , il demanda
ſi on luy vouloit per
mettre de luy chercher un
88 MERCVRE
Mary. L'offre n'ayant point
déplû , il fit le portrait d'un
Cavalier , riche , de bonne
naiſſance , ſpirituel , parfaitement
honneſte Homme,
& qui ſe contenteroit de ce
qu'onvoudroit donner. Une
propoſition ſi avantageuſe
fut reçeuë de la maniere du
monde la plus agreable. On
le pria de travailler férieuſement
à cette affaire ; mais
quand il vint à nommer l'Amant,
il trouva le Pere incapable
de raiſon . Ileut beau
luy dire que le Cavalier eftant
party des ſes plus jeunes
GALANT. 89
années, pour de longs voya.
ges qui l'avoient toûjours
tenu hors de France , il n'avoit
aucune part aux vieilles
querelles qui luy faifoient
prendre de l'averfion pour
luy ; qu'il ne s'offriroit jamais
une occafion fi favorable de
les terminer glorieuſement;
que les belles qualitez de
celuy qu'il propoſoit ren.
doient le party doublement
conſidérable , & qu'il feroit
condamné de tout le monde
de vouloir rendre éternelle
une inimitié qui n'avoit déja
produit que trop de mé-
Juillet 1681. 1. P. H
१० MERCVRE
۶
chans effets. Ces raiſons,
quoyque tres- fortes, ne pûrent
rien ſur le Gentilhomme.
Il demeura inflexible , &
l'Amy partit ſans avoir rien
obtenu. Ce mauvais ſuccés
ne rebuta point le Cavalier.
Ilſongeatoûjours àſe rendre
heureux , & fa paffion s'augmentant
par les obſtacles,
luy fit employer l'adreſſe
pour les ſurmonter. Le def
fein qu'il prit fut un peu bizarre.
Il avoit connu àRome
un Abbé de qualité avecqui
on luy trouvoit beaucoup de
raport de traits. Il réſolut
GALANT 91
d'aller ſous ſon nom chez le
Pere de la Belle , & pour le
mieux ébloüir , il inſtruifit
deux de ſes Amis de ce qu'ils
auroient à faire pour luy eftre
utiles dans le perſonnage
qu'il vouloit joüer. La force
de fon amour ne ſoufrit
point de retardement. Il partit
en meſme temps veſtu en
Abbé, & ne mena avec luy
qu'un Valet de Chambre.
Eſtant arrivé au lieu où le
Gentilhomme avoit ſa Terre,
il alla defcendre à une
méchante Hôtellerie , dénuée
de tout , & fort mal-
Hij
92 MERCVRE
propre à recevoir des Gens
comme luy. Il feignit d'eftre
malade , & fous le prétexte
de quelques beſoins , apres
qu'on luy eut nommé le
Gentilhomme , il luy envoya
faire compliment. Le
nom qu'il prenoit eſtant fort
connu par les grandes Charges
que ceux de cette Maifon
avoient toûjours euës en
Cour , le Gentilhomme ne
manqua point à levenir tirer
de l'Hôtellerie, pour le conduire
chez luy , où il luy
donna un Apartement fort
agreable. Le faux Abbé
:
GALANT. 93
qui vouloit n'eftre malade
qu'autant qu'il falloit pour
ne pas quitter ſi- toſt un Lieu
tout charmant pour luy ,
affecta une langueur qui en
l'empéchant de poursuivre
fon voyage , ne l'obligeoit
pas à garder le Lit. Ainfi il
en eſtoit quitte pour quelques
fauffes foibleſſes, qu'il
feignoit d'avoir de temps en
temps , & on en uſoit de fi
bonne grace, qu'il ceda ſans
peine aux prieres qu'on luy
fit de demeurer chez le Gentilhomme
, juſqu'à un entier
rétabliſſement de ſa ſante,
94 MERCVRE
On l'y regardoit comme Fils
d'unHomme tres - confideré
du Roy, &fes maniereshon.
neftes engageoient d'ailleurs
fi fort , qu'en tres- peu de
jours il ſe fit aimer de tout le
monde. D'un autre coſté ſon
Valet de Chambre qu'il
avoit inſtruit, joüoit admirablementſon
rôle. Il peignoit
fon Maiſtre le plus accomply
des Hommes , & n'en
diſoit rien d'avantageux que
le faux Abbé ne confirmaſt
en faiſant paroiſtre un fort
grand merite. Vous jugez
bien que fon ſoin le plus
GALANT. 95
preffant fut d'entretenir la
Belle. Il n'en perdit point
l'occaſion, &comme ilavoit
beaucoup d'eſprit , & des
complaiſances dont rien n'aprochoir
, il eutbien- toftgagné
ſon eſtime. Cependant
les deux Amis qui avoient
promis de le ſervir , vinrent
chez le Gentilhomme , &
témoignant une fort grande
ſurpriſe d'y trouver le faux
Abbé, ils firent entr'eux la
Scene dont ils eftoient demeurez
d'accord. Ils luy
demanderent des nouvelles
de ſon voyage de Rome,
96 MERCVRE
!
le mirent ſur les avantages
de la Maiſon dont il ſe difoit,
luy parlerent du revenu
de fon Abbaye, & il répondit
ſi juſte à tout fans s'embaraſſer
un ſeul moment,
qu'on euft crû que le hazard
avoit fait la chofe , &
qu'il eſtoit veritablement
l'Abbé dont il empruntoit
le nom. Ses Amis partirent,
& deux jours apres s'eſtant
trouvé dans un teſte à teſte,
il dit à la Belle , que quoy
qu'il fuſt mal- féant à un
Abbé de faire une déclaration
d'amour , ſes deſſeins
1
eſtoient
GALANT 97
eſtoient ſi légitimes , qu'il
ne demandoit que fon agrément
pour luy faire voir
juſqu'où alloit le pouvoir
qu'elle avoit acquis fur luy;
qu'il eſtoit preſt à quitter
ſes Benéfices , & que peuteftre
elle trouveroit en l'é
poufant affez d'avantages
pour ſe croire heureuſe , fi
elle comproit à quelque
choſe le plaifir d'eſtre aimée
parfaitement. La furpriſe
où ce diſcours mit la
Belle, luy cauſa un fi grand
trouble , qu'elle ne ſceut
que répondre. Sa rougeur
Juillet 1681. 1. P. I
98 MERCVRE
parla pour elle , & le faux
Abbé qui crût l'entendre,
en tira un bon augure.
Comme elle doutoit qu'il
luy parlaſt tout de bon , il
eut beſoin pluſieurs fois de
luy repéter la meſme choſe
avant qu'il puſt l'obliger à
dire, qu'elle ſuivroit le choix
de ſon Pere , qui eſtoit le
maiſtre de ſes volontez.
Charmé d'un aveu ſi favo
rable, il alla trouver le Gentilhomme,
& luy expliquant
le deſſein où il eſtoit, il luy
fit connoiſtre qu'il n'avoit
jamais eu d'inclination pour
4
GALANT. 99
le party de l'Eglife, qu'il ne
l'avoit embraſſé que par
complaiſance , n'ayant ofé
refuſer deux Benéfices qu'-
on luy avoit fait donner dés
fon plus bas âge ; que pouvant
diſpoſer de l'un , qui
eſtoit de quatre mille livres
de revenu , il alloit le refigner
à un de ſes Fils ; que
quoy que le Roy nommaſt
à l'autre , il ne deſeſperoit
pas d'obtenir ſon agrément
pour ce meſme Fils , ſi l'on
pouvoit ſe réfoudre à tenir
fon Mariage ſecret juſqu'à
la mort de fon Pere ; qu'il
I ij
100 MERCVRE
eſtoit ſi vieux, qu'il ne pouvoit
vivre encor longtemps;
& qu'une année ou deux de
cótrainte luy épargneroient
ce qu'il devoit craindre de
ſa colere , s'il ſe déclaroit
imprudemment. Tout cela
fut dit avec tant de marques
d'amour pour la Belle , que
le Gentilhomme ſe laiffa
toucher. Il fut ébloüy de
la qualité du Gendre qu'il
devoit avoir , & preffé par
cet Amant dont le mérite
eftoit fort perfuafif, il conclut
le Mariage , apres que
le Cavalier eut fait tout ce
GALANT. IOI
qu'il falut pour la réſignation
du Benefice. Le Gentilhomme
le crût tellement de
bonne-foy , qu'il ne voulut
point attendre à le rendra
heureux , qu'on euſt reçeu
réponſe de Rome. On obſerva
les formalitez effentielles
, mais avec tant de
fecret, qu'il n'y eut que deux
Domeſtiques d'un zele é
prouvé, à qui on donna connoiſſance
de l'Affaire . La
Belle qui ayant le gouft tresdélicat
, avoit infiniment de
l'eſtime pour celuy qu'on
luy faifoit épouſer, ſe trouva
I iij
102 MERCVRE
(
la plus contente du monde
par ce Mariage. Le Cavalier
l'adoroit , & l'honneſteté
qu'il faiſoit paroiſtre à tous
ceux de ſa Famille , luy en
gagna fi bien tous les coeurs,
que le Gentilhomme ne pût
s'empeſcher de dire ſouvent,
que s'il l'avoit bien connu,
il l'auroit choiſy par le ſeul
mérite de ſa Perſonne, quád
il n'auroit eu d'ailleurs au
cune diſtinction qui euſt demandé
la préference. Le
Cavalier vivoit avec luy
d'un air fi reſpectueux & fi
ſoûmis , qu'à force de défe
GALANT. 103
rences il eut tout pouvoir
ſur ſon eſprit. Les Lettres de
Rome qui arriverent quelque
temps apres, fembloient
devoir apporter quelque embarras
; mais le Cavalier ménagea
la choſe avec tant
d'adreffe , que par les mefmes
raiſons qui faifoient cacher
ſon Mariage , il fit reculer
la Priſe de poffeffion.
Je pourrois icy embellir
l'Hiſtoire , en vous diſant
que pendant l'absence du
Cavalier qui auroit rendu
quelques viſites dans le voifinage
, un des Parens de
1
I iiij
104 MERCVRE
l'Abbé, ou l'Abbé luy- mefme,
à fon retour d'Italie, euſt
eſté mené chez le Gentilhomme,
qui ſe connoiſſant
dupé, auroit pû craindre de
s'eftre donné un Gendre indigne
de luy; mais cela n'arriva
point , & le Fait dont il
s'agit a dans ſes vrayes circonſtances
affez de choſes
extraordinaires pour n'avoir
aucun beſoin qu'on luy en
preſte de fauſſes . Le Cavalier
qui ne cherchoit qu'à ſe
découvrir, redoubla ſes ſoins.
pour gagner entierement
l'amitié du Gentilhomme .
GALANT. 105
Dés qu'il ſe connut affez
bien dans ſon eſprit pour ſe
hazarder à luy dire ſon ſecret,
il luy parla d'une Grace
qu'il le prioit de luy accorder
, comme une choſe
qui pouvoit le rendre beaucoup
plus heureux. Le Gentilhomme
luy ayant promis
tout ce qu'il voulut , il adjoûta
qu'il avoit appris l'inimitié
qui regnoit depuis
longtemps entre ſa Famille
& celle d'un Cavalier qu'il
avoit connu à Rome , &
avec lequel une affez longue
habitude luy avoit fait
106 MERCVRE
faire la plus tendre liaiſon,
qu'eſtant revenu avec luy
en France , il eſtoit témoin
que ſes premiers ſoins en
arrivant , avoient eſté de
chercher à faire finir leur
diviſion ; que pour cela il
avoit voulu épouſer ſa Fille;
que le refus de le recevoir
dans ſon Alliance ne l'ayant
point rebuté, il l'avoit prié
de venir chez luy ſous quelque
prétexte ; que ce voyage
fait à ſa priere , avoit eſté
cauſe du bonheur qu'il pofſedoit
, & que le devant en
quelque façon à fon Amy,
GALANT. 107
il s'accuſeroit d'ingratitude,
s'il s'employoit lachement
à obtenir pour luy une choſe
dont il eſtoit ſeûr qu'il le
croiroit digne quand il luy
feroit connu. Comme en
ces occafions on peut ſe
loüer ſans honte, quoy qu'il
parlaſt de luy-meſme, il fit
un Portrait du Cavalier qui
en donnoit bonne opinion.
Le Gentilhomme luy répondit
un peu froidement
que c'eſtoit affez qu'il euſt
promis ; que l'eſtimant autant
qu'il faiſoit , il ſe réfolvoit
à faire pour luy ce qu'il
108 MERCVRE
n'auroit fait pour aucun autre
, mais qu'il le prioit de
luy donner quelques jours
pour ſe préparer à l'accord
qu'on ſouhaitoit. Le Cavalier
ne le preſſa point , & fe
contenta de mériter par
mille devoirs la complaifance
qu'il luy laiffoit eſpérer.
Enfin l'occafion s'eftant
présétée de propoſer de nouveau
l'accommodement, &
le Gentilhomme luy ayant
marqué qu'il avoit vaincu ſa
répugnance , le Cavalier ſe
jetta à ſes genoux , & luy
découvrit la tromperie. JaGALANT.
109
L.
mais ſurpriſe ne fut égale à
la fienne. Il regardoit à fes
pieds un Gendre qu'il eftimoit.
Son bien, fa naifſance
, & fes belles qualitez,
tout parloit pour luy ; mais
le dépit de ſe voir la Dupe
de ſa bonne-foy , luy donnoit
un air chagrin , qu'il
accompagna d'un long filence.
Le Cavalier prit ce
temps pour prévenir les reproches
qu'il pouvoit luy
faire à l'égard du Benefice.
Il luy dit qu'avant que la
mort de ſon Aîné luy euſt
laiſſé le Bien qu'il avoit,
JHO MERCURE
l'Abbé ſous le nom duquel
il eſtoit entré chez luy , l'avoit
aſſuré vingt fois qu'il
luy en feroit la démiſſion,
s'il vouloit quiter l'Epée, &
qu'eſtant Amis au point
qu'ils l'eſtoient , il ne doutoit
point qu'il ne luy tinft
parole avec joye en faveur
de ſon Beaufrere. L'Abbé
dont il luy parloit , eftant
alors à Veniſe , devoit revenir
en France quelques
mois apres. Le Gentilhomme
fit dans ce moment les
reflexions qui estoient à
faire. Le Cavalier méritoit
L
GALANT. III
beaucoup. L'Affaire eſtoit
terminée. C'eſtoit l'Epoux
de ſa Fille, & il trouvoit dans
fon Alliance tous les avantages
qu'il auroit pû ſouhaiter.
Il ſe rendit à tant de
raiſons , & luy témoignant
tout de nouveau beaucoup
de joye de ſon Mariage , il
le déclara dés le lendemain
par un ſuperbe Régal donné
à tous ſesAmis. Vous jugez
bien que le Cavalier ne
manqua pas de demander
à la Belle ſi elle ſe ſouvenoit
d'un Maſque qui l'avoit
entretenuë fort longtemps
112 MERCVRE
dans un Bal de Nôces.
Cette Avanture fit fort raiſonner
ſur le pouvoir de
l'Amour , qui, quand il luy
plaiſt, ſçait réünir les coeurs
les plus diviſez, & qui vient
àbout de ſes entrepriſes par
des moyens qu'il peut ſeul
imaginer.
Colbert
J'oubliay à vous dire le
dernier mois, que M' d'Ormoy,
tres -digne Fils de Monfieur
Colbert, s'eſtoit rendu
àl'Aſſemblée de l'Académie
des Sciences qui ſe tient
deux fois toutes les ſemai
nes , dans une des Salles de
GALANT. 113
la Bibliotheque du Roy,
Ruë Vivien, ſçavoir, tous les
Mercredis , pour y parler de
Phyſique ; & les Samedis,,
pour y traiter de Mathématique
, d'Aftronomie , &c.
M'les Mathématiciens l'en
tretinrent d'abord ſur les
avantages des principales
découvertes qui ont efté fai
tes depuis qu'on a étably
cette illuftre Compagnie, &
particulierement ſur la mé
thode de connoiſtre la Lon
gitude qu'on a pratiquée en
pluſieurs endroits duRoyau
me , à Cayenne en Ameri
Juillet 2681. 1. P. K
114 MERCVRE
P que , & en Dannemark par
ordre de Sa Majefté ; & en
pluſieurs autres endroits du
monde, ſuivant la curioſité
des Aſtronomes. Ms Picard,
Richer , & de la Hire , qui
ſont de ce Corps , ont travaillé
à ces obſervations , &
continuent encor chaque
année à y travailler. Pendant
les voyages qui ont eſté
faits pour ce ſujet,M' Caffini
eſt toûjours demeuré à l'Obſervatoire
de Paris, pourfaire
auſſi des obſervations en
meſme temps que ceux qui
eſtoient en campagne. Elles
GALANT. IIS
font toutes ſi juſtes , qu'on
peut s'aſſurer dans la Longitude
à quelque diſtance que
ce ſoit de cent toiſfes ; ce qui
n'eſt rien ſur la grandeur du
Globe de la Terre . Il entretint
à ſon tour M' d'Ormoy
fur la derniere Comete dont
il a fait imprimer une Dif
ſertation fort ſçavante , &
remplie de toutes les obfervations
que l'on a pû faire à
L'Obſervatoire . Ce Traité a
eſté tres- favorablement reçeu
de Sa Majesté & de
toute la Cour. On ne voulut
point parler das cette Séance
Kij
16 MERCVRE
fur les Sujets que l'on s'eftoit
propoſez , qui estoient des
plus profondes Méditations
de Geométrie , dont M
Blondel & de la Hire entretiennent
ordinairement la
Compagnie ; & comme il
reftoit fort peu de temps,
Mª Perrault, Dodard, & du
Verney , firent voir au mefme
M' d'Ormoy de nouvelles
découvertes d'Anato
mie , principalement ſur
Pouye , où le dernier a forg
travaillé. En ſuite , M² Mariotte
luy expliqua quelques
particularitez d'un Traité
rs
GALANT. 117
des Couleurs qu'il fait imprimer
, & qui eſt un des
plus beaux Ouvrages qui ait
paru depuis pluſieurs Siecles .
Il y rend raiſon d'une infinité
d'apparences dans les
Couleurs dont juſqu'à préſent
on n'avoit point ſçeu les
cauſes. Apres cela , M' du
Clos, Medecin & Chimiſte,
l'entretint de pluſieurs admirables
expériences deChimie,
où Mª Bourdelin & Bo
relli ont tres -bonne part.
M' d'Ormoy prit d'autant
plusde plaifir à entendre ces
r
Meffieurs , que quoy qu'il
118 MERCVRE
foit encor dans un âge fort
peu avancé, il a des lumieres
furprenantes , & fçait à fond
tout ce qui regarde ſa Charge
de Surintendant, & d'Ordonnateur
General des Bâtimens
du Roy, laquelle demande
qu'on ſoit confommé
dans beaucoup de Connoiſſances.
Voila,Madame,
ce qui ſe paſſa dans cette
docte & celebre Académie
le jour que M' d'Ormoy
l'honora de ſa préſence..
Vous ſçavez, je croy, qu'elle
doit fon établiſſement & fes
progrés à MonfieurColbert,
GALANT. 119
à qui l'Etat , les Sciences , &
les beaux Arts, ſont ſi redevables.
Ceux qui la compo
fent font,
Modérateur.
M' Carcavi.
Mathématiciens ,
Aftronomes .
M'Huguens.
Mª Blondel.
M Caffini..
M' Picart.
M² de la Hire.
M'Roëmer.
Phyficomathématicien.
r
M' Mariotte.
120 MERCVRE
Medecins Chimiſtes &
Phyficiens .
M² du Clos .
M' Perrault.
M² Dodart..
Mª Borelly .
M' du Verney.
M' Bourdelin .
Secretaires..
M' Galloys.
M' du Hamel.
Vous vous plaindriez fansdoute
, ſi je vous nommois
tant de Sçavans , ſans vous
parler d'eux en particulier.
M' Carcavi eſt Intendant
de la Biblioteque du Roy,
&
GALANT. 121
& ſçait beaucoup de choſes
à fond. Il a eſté dépoſitaire
de ce que les plus Doctes
de l'Europe ont eu de plus
rare, ayant ſouvent eſté leur
Arbitre. Ainſi ſon nom ſera
immortel dans les Lettres
TS
✓ de M's Deſcartes , Paſcal,
Fermat , & autres Sçavans
de noſtre fiecle.
M' Huguens a découvert
l'Anneau de Saturne , & un de
fes Satellites. Nous avons un
Livre de luy De Horologio
Oscillatorio, ou la Pendule, qui
eſt un des plus beaux Ouvrages
, & des plus ſçavans
Juillet1681. 1. P. L
122 MERCVRE
1
qui ſe trouvent
qui le
Geometres .
4
parmy les
M' Blondel eſt Maréchal
des Camps & Armées du
Roy,& a eu l'honneur d'enſeigner
les Mathématiquesà
Monſeigneur le Dauphin. Il
adonné au Public un Cours
d'Architecture , avec lesRéſolutions
des quatre principaux
Problêmes de cette
Science , & pluſieurs autres
Livres.
M² Caffini eſtant à Bologne
, paſſoit déja pour
le premier Aftronome de
fon fiecle. Il y a fait im
GALANT. 123
primer pluſieurs Traitez ,
& entre autres un des Satellites
de Jupiter , & leurs
Ephemerides ; la Décou
verte des deux Satellites
de Saturne , outre celuy de
M' Huguens. Il a depuis
donné au Public un Planif
phere , & un Livre ſur la derniere
Comete de 1680. &
1681. Les Tables qu'il a dref
ſées du mouvement des Sa
tellites de Jupiter , qui font
les Lunes de cette Planete,
ſe trouvent ſi juſtes , que par
le moyen de leurs Eclipſes
qui arrivent tres- ſouvent, on
1
Lij
124 MERCVRE
peut trouver la Longitude
fur la Mer en voyageant,
pourveu que l'on ſcache
l'heure où l'on obſerve l'Eclipſe.
M' Picard s'occupe ordi
nairement aux Obfervations
Aſtronomiques , & a fait im,
primer ſon Voyage à Vraneſbourg
en Dannemarck.
Ily a mis toutes les Obſervations
celeſtes qu'il a faites
au mefme endroit que Ticobrahé.
Il a encor donné
au Public la Mefure de la
Terre.
M' de la Hire peut eftre
1
4
GALANT. 125
L
appellé Geometre parexcel.
lence. Il a donné deux Traitez
des Coniques , danslef.
quels ſur ſes nouveaux principes
, il a montré & rendu
facile cette Partie de la Geo.
metrie qui estoit la plus difficile
, ainſi qu'elle eſt la plus
noble , & en 1679. il a enrichy
cette Science par fon
Livre intitulé, Nouveaux Elémens
des Sections Coniques ,les
lieux Geométriques, la Constru-
Etion , ou Effection des Equations.
r
M' Roëmer a fait conf
truire deux admirables Ma-
Liij
126 MERCVRE
chines à rouës. La premiere
fait voir dans un moment
le mouvement des Planetes,
& leurs aſpects pour les années
, & les jours que l'on
ſouhaite. On découvre par
la ſeconde , l'an , le jour , &
l'heure que toutes les Ecli
pſes font arrivées , & celles
qui arriveront. Il a fait paroiſtre
une tres -grande vi
vacité dans les chofes qu'il
a imaginées , & s'eſt beaucoup
perfectionné dans l'Académie
des Sciences, compoſée
de tant de ſçavans
Hommes. Il eſt retourné
GALANT. 127
L
au Nort où il eſt né, le Roy
de Dannemark ayant fouhaité
de le revoir.
M' Mariotte a l'eſprit auffi
fécond que penetrant. H
ſçait ſi bien joindre la Phyſique
aux Mathématiques,
que rien ne luy échape. Il
a fait imprimer trois Livres
touchant l'organe de la Vision,
un Traité du Nivellement, un
autre du choc des Corps , un
Effay de Logique, & trois autres
petits Traitez ou Effais
de Phyſique ; de la vegétation
des Plantes , de la nature de
l'air , du chaud, &du froi.d.
Lij
128 MERCVRE
Il a auffi compoſé un Traité
des Couleurs , qu'on acheve
d'imprimer.
Me du Clos a fait deux
Traitez ; l'un, des Eaux minérales
de France ; &l'autre, des
Sels.
Mª Perrault eſt un Homme
univerſel. Il a donné
le Vitruve François, avec de
tres-ſçavantes Annotations,
&une docte Explication des
termes qui avoient arrefté
tous les Commentateurs de
ce Prince de l'Architecture
Romaine. Il a auffi fait imprimer
trois Traitez intituGALANT.
129
lez Effais de Phyſique; du Bruit,
de la mécanique des Animaux,
&de la circulation du Sang.
M' Dodard a fait leProjet
desPlantes.
M' Borelly fait de tres-'
bons Verres objectifs pour
les Télescopes , ou grandes
Lunetes d'approche. Celle
qu'on voit à préſent à l'Obqu'on
voit à pre
fervatoire, eft de fon travail.
Cette Lunete a ſoixante &
dix-fept pieds de longueur.
Je vous ay déja parlé de
M' duVerney & de M² Bourdelin
, en vous diſant que
l'un a fort travaillé aux nou130
MERCVRE
velles Découvertes d'Anatomie,&
que l'autre a bonne
part aux expériences de Chimie
qui ont eſté faites.
M² Galloys a l'eſprit tres
vif, & tres-net. Il a dit de
tres-belles choſes en peu de
mots , & intelligiblement,
dans les Journaux des Sçavans
qu'il a compoſez depuis
le 4. Janvier 1666. juſ
ques au 17.Decembre1674.
M' du Hamel fit imprimer
l'an 1670. quatre Volumes
qui enrichiſſent la Phi
lofophie , &qui valent prefque
tout ce que l'Antiquité
-
GALANT. 131
a produit ſur ce ſujet. En
voicy les noms. De Corporum
affectionibus , en deux Volumes
; De Corpore animato,
&De mente humana. Il nous
a donné cette année cinq
Volumes qui ont pour titre,
Philofophia vetus & nova ad
ufum Scholæ accommodata .
On a imprimé ſous le
nom de toute l'Académie,
une partie de l'Hiſtoire des
'Animaux. Elle contient leur
anatomie, &c.
Vous voyez , Madame,
qu'encor que je vous écrive
depuis cinq années , j'ay
132 MERCVRE
toûjours quelque choſe de
nouveau à vous mander, non
pas à l'égard de ce qui arrive
chaque jour , & qu'on appelle
Nouvelles , mais à l'égard
de ce qui estoit déja
étably en France depuis fort
longtemps. Cela doit faire
admirer le pouvoir, les bontez
, & la magnificence du
Roy, auffi -bien que les foins
de ſes vigilans Miniftres.
Voicy deux Réponſes,
l'une en Profe , & l'autre en
Vers,ſur l'explication qu'une
Dame a demandée de la fin
d'une Lettre qu'un de fes
GALANT. 133
Amis luy a écrite , où elle a
trouvé ces mots. Adieu, Madame,
si je voulois vous dire la
centiéme partie de ce quejepense,
je n'aurois pas affez de papiervous
dira le reſte.
Ce trait
2252525252525252
A MADAME ***
Vand vous demandez
Madame, ce que veut dire
le trait dont vous témoignez estre
inquiete, cen'estpoint que vostre
coeur empruntant le ſecours de
voſtre eſprit , ne vous l'ait déja
6
134 MERCVRE
apris , mais voſtre modeſtie vous
faitsoupçonner ces deux interpretes
, &vous craignez qu'ils
ne foient d'intelligence à vous
abufer. Je voudrois pouvoirdif
fiperce doute ofvous confirmer
dans les ſentimens que l'amour
vous doit donner , carje ne puis
me tairefans crime, quand vous
employezle Dieu Mercure pour
me forcer à parler. Je ne m'expliqueray
cependant que par une
Fable , que vostre coeur, fi je ne
trompe, ne manquerapas de s'appliquer.
Elleſervira àvous faire
voir qu'on doit aimer quand on
eft aimée.
GALANT. 135
Le jeune Dahnis avoit de l'amourpour
Euriſtée , la Nymphe
en avoit pour luy, &quoy que
tous deux fort ſpirituels , ils ne
fçavoientpointlesſentimens l'un
de l'autre. Euriſtée estoit modefte
, Daphnis timide , & aucun
des deux ne ſe déclaroit.
Daphnisſe plaignant un jour de
la cruelle contrainte ou le respect
L'obligeoit de vivre , l'Amour
s'offrità ses yeux dans ſon équipage
accoûtumé, &luy fit quelques
reproches de ce que ſon ſe
cours eftant neceſſaire à tous ceux
qui aiment, il ne ſongeoit point
àl'implorer. Daphnisſe montra
136 MERCVRE
tout preſt à se ranger ſous fes
Loix, pourveuqu'illuy fournist
un moyendefaire connoistre àEu
riftée qu'il l'aimoit ,ſans luyrien
dire desa paffion. Hé-bien , dit
l'Amour, prens un Trait dans
monCarquois, & le fais porter
à Euriſtée par les Vents.
Il ſuffit que j'ay diſpoſé fon
coeur à te trouver à fon gré.
Elle a de l'eſprit , & comprendra
mieux par ce Trait
l'amour que tu as pour elle,
que ſi tu luy en faifois la plus
touchante déclaration. Pour
reconnoiſſance de ce bienfait
, fois luy fidelle. Daphnis
GALANT. 137
crut l'Amour. Il envoya auffitoft
ce Trait àſon aimable Eu
riftée , & employa ces paroles à
la fin d'un Billet qu'ilyjoignit.
Adieu , charmante Euriſteé.
Si je voulois vous dire la centiéme
partie de ce que je
penſe , je n'aurois pas aſſez
depapier
vous dira le refte.
CeTrait
Si ce Trait , Madame , vous
a fait entendre ce que repréſente
cette Fable ,ne dédaignez pas de
faire voirque je neſuispastrompé,
& que vous sçavez que
j'aspire au bonheurde vous prouverquejefuis
leplus fidelle, le
Juillet 1681. 1.P. M
138 MERCVRE
plus pafſſionné de vos Serviteurs,
A.D. B. D.
Il paroiſt que l'Autheur
de cette Lettre a intéreſt que
la Dame demeure perfuadée
de ſon Explication. L'autre
Réponſe ſur ce meſme Trait
eſt d'un caractere fort diférent.
Vous la trouverez dans
les Vers qui ſuivent.
A LA BELLE CLORIS.
SU
1
Urla demande quepropose
Damé Provinciale, ou Dame de
Paru,
GALANT. 139
Elle mefimble, adorable Cloris ,
Eftre en peine de peude chose.
Du moins,jen'en voispas lefins
Son Amyse trouvoit au bout defon
Latin,
Ilnesçavoitplus que dire...
Au lieu d'un &cetera,
Ilamis ce traitpour rire,
Etjepense quevoila
Ceque l'on peutfur cela
Leplusjuſtement écrire.
Cen'estpas que cetrait nesouffre un
autre tour,
Etqu'un FaiſeurdeCommentaire
Qui chercheroit àplaire,
N'enpuiſſefaire un trait,ou d'esprit,
oud'amour;
Un trait d'amour pour l'amoureux
filence
Mij
140 MERCVRE
Quele respectimpose à quiſçait bien
aimer,
Quand on estprest d'expliquer ce
qu'on penſes
Un traitd'esprit, quiporteàfuprimer
CCcequ'un autre Ecrivain de moindre
intelligence,
Tout au long voudroit exprimer.
Se
Maismoy quifuisfranc&fincere,
Je dis,&je crois que ce trait
N'enfermepasplus de miſtere
Que l'& caterade Notaire,
Etfinitfeulement unpeumieux le
Billet
Que cettefaçon trop vulgaire.
८८
Si pourtant vous voulez luyfaire
plus d'honneur,
Jen'aygarde d'avoir unsentiment
contraires
GALANT. 141
Ie croiray qu'il contient unegrande
douceur,
Etqu'il est plus galant que lafin
ordinaire,
Où l'on trouve toûjours,Je ſuisde
tout mon coeur
Voftre tres -humble Serviteur.
Le 25. du dernier mois,
ſur l'avis qu'on eut que la
Reyne Mere deDannemark
eſtoit partie de Zell pour venir
à la Cour de Hanover,
l'ordre fut donné à la Milice
de prendre les Poſtes quiluy
avoient eſté affignez fur le
paſſage de Sa Majesté, & en
meſme temps on fit dreffer
unemagnifique Tente dans
142 MERCVRE
une Prairie tres -ſpatieuſe ſur
le grand Chemin à une lieuë
de la Ville , où Monfieur le
Duc de Hanover , Frere de
cette Princeſſe, avoit deſſein
de la recevoir. Incontinent
apres le Dîné , la Marche ſe
fit de cette maniere.
Quatre Compagnies d'ordonnance,
& cinq de Cavalerie
, fortirent du Palais en
bon ordre,ayant leursTrompetes
& leurs Officiers à
leur teſte. Tous les Cavaliers
avoient de grands Bufles
neufs chargez de Rubans
de toutes couleurs , & leurs
GALANT. 143
Officiers eſtoient en Juſteau-
corps de Broderie d'or &
d'argent , avec les Houſſes
de leurs Chevaux de meſme
parure.
L'Ecurie de Son Alteſſe
Sereniffime continuoit cette
Marche. Elle eſtoit de trente
Chevaux de main en Couvertures
de Broderie de di
férentes façons, mais toutes
également ſuperbes & riches.
Les Chevaux avoient
la teſte fi couverte de Rubans,
qu'à peine pouvoientils
voir devant eux. Le reſte
du corps en eſtoit chargé à
144 MERCVRE
proportion. Deux Ecuyers
marchoient devant ces Chevaux,
& tous les Palefreniers
eſtoient en Livrées neuves
de Drap rouge , ſemé de
Galons d'argent & de Velours
noir entremeflez . Cinquante
Carroſſes dorez,tous
à fix Chevaux, ſuivoient à la
file. Ces Carroſſes eftoient
remplis des principaux Cavaliers
& des Dames les plus
qualifiées de la Cour ; les
Hommes en Juſte-au-corps
brodez ou galonnez d'or, &
les Dames dans les plus ri,
ches ajuſtemens qu'on cuft
pû
GALANT. 145
S
B
5
pû choiſir, felon la mode de
France. Celle qui ſe fit le
plus diftinguer, fut Madame
la Baronne de Platen. Elle
eſtoit veſtuë d'une Etofe à
fleurs d'or & d'argent , avec
une Garniture de gros Diamans.
Cet ornement produiſoit
un effet des plus brillans
ſur une Perſonne auffi
_grande , auſſi belle , & auffi
bien faite qu'elle eft.
SL
3 .
A la queuë de ces Car
roffes on en voyoit un tresmagnifique
, dans lequel
eſtoit M le Baron de Platen
Grand Maréchal de la Cour .
Juillet 1681. 1. P. N
146 MERCVRE
. Celuy du Lieutenant General
de l'Etat , deux autres
des quatre. Generaux Majors,
& ceux des principaux
Miniſtres, le precédoient.
La Compagnie desGardes
du Corps en Livrées tresriches
, leurs Trompetes &
leurs Officiers à leur teſte,
tous en dorure & fuperbement
veſtus , donnoit un
tres - grand
Marche.
éclat à cette
Le Carroſſe de Meſſieurs
les deux Princes aînez ,
George- Loüis , & Frederic-
Auguſte, paroiſſoit un peu
GALANT. 147
e
es
2.
des
Sa
&
ſéparé de cette file. Quelques
Gentilshommes , &
pluſieurs Pages à cheval,
l'environnoient, & quantité
de Valets -de-pied eſtoient à
la teſte des Chevaux. Celuy
de Madame la Princeſſe ſuivoit
immédiatement ce der
nier. Il n'eſtoit pas moins
pompeux, quoy qu'il ne fuft
point entouré de tant de
e-
A
monde. Enfin douze Tromte
petes & les Timbales de
Son Alteffe Sereniffime,
15
dans un fort leſte équipage,
annoncerent par leurs fanfares
la venuë de ce Prince, A
Nij
148MERCVRE
P
門qui fortit de fon Palais dans
leplus magnifique Carroffe
qu'on puiſſe voir. Il eſtoit
environné de quantité de
Gentilshommes , de plufieurs
Pages à cheval , &
d'un grand nombre de Valets-
de-pied à la teſte des
Chevaux. Six autres Carroſſes
ſuivoient, & une Compagnie
de Cavalerie fermoit
cette longue file.
Apres qu'on fut forty de
la Ville dans cet ordre , on
ſe rendit ſous la grande Tente
, où la Royne de Dannemark
arriva un peu apres..
GALANT. 149
Monfieur le Duc de Hanover
ſuivy de cinquante Gentilshommes
, & Madame la
Duchefſe avec les principales
Dames de ſa Cour , allerent
recevoir Sa Majesté à
Ia deſcente de ſon Carroſſe .
Son Alteſſe Sereniffime luy
donna la main, & Monfieur
le Prince Royal de Dannemark
la donna à Madame
la Ducheſſe de Hanover.
Un Gentilhome de la Cour,
& Lieutenant Colonel d'Infanterie,
porta la queuë de
la Reyne. Meſſieurs les
Princes reçeurent le Prince
Niij
150 MERCVRE
de Holſtein , & Madame la
Princeſſe reçeut une jeune
Princeſſe de Meklebourg,
de la Branche de Guſtrau.
Toute cette belle Troupe
demeura quelque temps
ſous la Tente , & remonta
en ſuite en Carroſſe. La
Reyne fut ſeule dans le fond
de celuy de Son Alteſſe.
Monfieur le Prince Royal,
&Madame la Ducheſſe de
Hanover , ſe mirent ſur le
devant, & Monfieur le Duc
à la Portiere.
M'le Prince de Holſtein
monta dans le Carroffe de
GALANT. 151
Meſſieurs les Princes , & la
jeune Princeffe de Meklebourg
dans celuy de Madame
la Princeffe .
Onpaſſa de cette forte à
la Porte de la Ville, laquelle
falia d'abord la Reyne de
douze volées de Canon, qui
furent ſuivies de cent autres
apres qu'elle fut paffée , car
eelllleemmaarrcchhaatout droit àune
Maiſon de campagne appelléeHornhans,
à la portée
duCanon dc Hanover. Cette
Maiſon avoit eſté préparée
pour ſon Logement. Deux
Regimens d'Infanterie qui
Niij
152 MERCVRE
eſtoient poſtez ſur le Chemin,
firent leurs falves apres
que Sa Majesté en fut un
peu éloignée.
Il y eut un magnifique
Soupé, pour lequel on avoit
dreſſé ſept grandes Tables,
outre celle de la Reyne, qui
fut ſeulement de douze
Couverts. Quand elle lava,
deux Generaux Majors préſenterent
, l'un l'Eguiere,
l'autre le Baffin ; le Grand
Maréchal de la Cour , la
Serviete ; & un Lieutenant
Colonel , une Aſſiete pour
prendre les Gands de cette
GALANT. 153
Princeſſe . La meſme Cerémonie
fut obſervée en fortant
de table. Monfieur le
Prince Royal prit place à la
droite , & Madame la Ducheſſe
de Hanover à la gau.
che, à la diftance d'un Couvert
de coſté & d'autre de
Sa Majefté. Apres le Prince
Royal, ſuivoient Son Alteffe
Sereniffime M' le Prince de
Holſtein, Meſſieurs les deux
Princes aînez de Hanover,
& le Grand Ecuyer de la
Reyne. Du coſté gauche
eftoient Madame la Princeſſe
de Meklebourg , Ma154
MERCVRE
dame la Princeſſe de Hanover
, la Dame d'honneur,
& le Grand Maréchal de la
Reyne. Les Violons François
firent des merveilles à
leur ordinaire , & pendant
tout le Soupé le S Farinel
fit valoir les Airs du fameux
Lully , qui fait admirer par
tout les agrémens de ſa Symphonie.
Le lendemain on ſervit
les meſmes Tables avec une
égale magnificence. L'apreſdînée
on fit voir la Gro
te , la Caſcade , & les Jets
d'eau, à Sa Majesté. Le ſoir
GALANT. 155
il y eut deux Comédies,
l'une ſérieuſe , & l'autre comique
; & le jour ſuivant,
cette Princeſſe traverſa la
Ville pour aller à Pyrmont,
où elle arriva le 29. de l'autre
mois.
On continuë de prendre
plaifir à écrire des Lettres
enProverbes. Envoicy encor
une nouvelle , adreſſée
à la ſpirituelle Perſonne qui
en a donné l'exemple.
52.
156 MERCVRE
5225525552 sssses
REPONSE
A LA LETTRE
EN PRO VERBES
DE MADEMOISELLE ***
P
Our vous payer en mesme
monnoye , (t) Chou paur
Chou , je fais réponse aujourd'huy,
veille de demain, à voſtre
Lettre , laquelle est fort , Mademoiselle
, gentille ; mais n'eftant
pas affezbien ferré à glace
poury réüffir, je crains d'oublier
quelque virgule , & qu'on ne
GALANT. 157
dife de moy , faute d'un point
Martin perdit ſon Afne. Mais
baste. A tout perdre , il ne faut
qu'un coup, Quand ma fortune
Fera faite , je n'auray que faire
d'aller en Hollande. Le doute
que vous avez de mon affection,
me fait ronger des os toutes les
nuits ; & lors que tous les jours
pendant voſtre absence je mets
vos loüangesfur le tapis, je croy
toûjours que l'on me va dire,
en parlant du Loup en en voit
.. la queuë. Il est vray que vous
ne pouvez pas estre en mesme
temps au Four er au Moulin;
mais auſſi en matiere d'amitié,
158 MERCVRE
c'est comme au Moulin , le premier
venu doit eftre le premier
engrainé. Si vous me dites que
ce n'estpas pour moy que le Four
chauffe , je vous répondray auffi
que vous n'avez qu'à fermer la
main, &dire que vous ne tenez
rien . Bien attaqué, bien défendu.
Avec les Loups ilfaut hurler,
& aboyer avec les Chiens.
Point de rancune ,je vousprie,
autrement je deviendrois muet
comme une Carpe pâmée. Si
vous me reprochez que je fais
des Coq-à-l'afne, je vous diray
que changement de discours réjoüit
l'efprit; outreplus, toûjours
GALANT. 159
peſche qui enprend un. Pourveu
que vous m'aimiez autant que
je vous aime, je m'appelle la
Roche. Vogue la Galere. Je me
moque des Rats , il n'y a point
de Blé dans mon Grenier. Si
pourtant quelque Envieux trouve
àredire à noſtre amitié,Mademoiselle
, tres - innocente ,
qu'il diſe , luy & elle ce n'est
qu'un , ils s'entendent comme
Larrons en Foire ; laiſſez-moy
faire,jeſuis Homme pour luy.
Je luyferay voir qu'à une injure
de Trompete ilfaut une défenſe
de Tambour. Ce que j'en dis
pourtant, ce n'est pas que j'en
160 MERCVRE
parle; carje mesoucie auffi pen
de luy que de ma vieille Chemiſe
; & puis , si l'Envie ne
meurt point, les Envieux mourront.
Mettez en fait que quand
je dis la verité je ne mens point.
Jesouhaite vous voir avec autant
d'amour de paffion que
les Quinze -vingts de Paris.
Les Montagnes ne se rencontrent
point, mais fifontbien les
Hommes. Je partiray demain,
mais non pas le prochain , car
l'Homme propose, &Dieu difpose.
Si j'estois Sorcier comme
une Vache , je vous dirois la
choſe au net; mais je ne devine
GALANT. 161
L
que ce que je vois . Peut - estre
direz- vous , que mes mépris me
fervent de louanges . Si vous
voulez tourner la Médaille ,
mettre la Charette devant les
Boeufs , vous trouverezque mes
loüanges me fervent de mépris .
Je ne vous dis aucune nouvelle
car vous sçavez tout avec plufieurs
autres choses ; mais je vous
diray , faites toûjours bien ,
j'en prendray le peché. Je suis
ravy de ſçavoirque vous aimez
bien courte Meffe &longDíné;
car enfin finale, est affez presché
qui veut bien faire ; &on ne
perd que fa leſcive àlaver la
Juillet1681. 1.P. Ο
162 MERCVRE
1
teste d'un More. Apropos de
Bottes , voicy un beau Baston.
Je veux finir icy ma Lettre,
Mademoiselle , affez jolie. Si
vous n'en voulez point , couchez-
vous aupres. Si vous n'eftes
pas contente , prenez des
Cartes. Quand on fait ce qu'on'
peut , on n'est point coupable.
Perſonne ne peut donner ce qu'il
n'a pas. Je vous en ay plus rendu
que vous ne m'en avez donné.
Grand-mercy de vos Choux, la
Soupe estoit de nostre Pain ;
parce que lafin couronne l'oeu
vre, écoutez- moy , car à un bon
Entendeur il ne luy faut qu'une
GALANT. 163
demie parole. Vousſçavezbien
ce que je vousfuis , rien du tout
fivous ne voulez. Entrez dans
ma pensée touchant cette parole,
car je la dis de bouche, mais le
coeur n'y touche. Bon jour
adieu , c'est bientoft fait. Tirez
le Rideau , la Farce eft joüée.
Je vous aimeray, malgré vous
vos dents, jusqu'à laſemaine
des trois Lundis, huitjours apres
jamais. L
LEJEUNE SANS SOUucy, deGuiſel
1
Madame de Marle , Ab
beſſe de Villers-Caniner,
mourut le 28. de l'autre
O ij
164 MERCVRE
mois , fort regretée de tous
ceux à qui ſa vertu eſtoit
connuë. Elle estoit Soeur
de M de Marle Maiſtre
des Requeſtes , & Intendant
en Auvergne , & avoit
quitté l'Ordre de Saint
Dominique , pour prendre
celuy de Cifteaux , dont
l'Abbaye de Villers fuit la
Regle. Il y avoit quatorze
ans qu'elle gouvernoit cette
Maiſon . Le Roy en a fait
Abbeffe une Parente de Madame
de Louvois , nommée
Madame de Souvré Re
noüard , qui estoit Reli
GALANT. 165
gieuſe en l'Abbaye de Vi
gnal.
J'ay oubliéjuſqu'icy à vous
apprendre la mort du Frere
Beauregard , fi connu des
Gens d'armée , qui depuis
vingt ans s'eſtoit mis dans
l'Ordre des Récolets. II
avoit eſté Meſtre de Camp
de Cavalerie, & s'eſtoit trouvé
au Siege de la Rochelle
fous Loüis XIII. & à la Bataille
de Lerida en Catalo
gne , où il donna de fort
grandes marques de valeur
& de courage. Quelque
pemps avant ſa mort, qui eſt
168 MERCVRE
res , & pafla enfin juſqu'à la
fureur. Ayant ſçeu un jour
que ce Gentilhomme avoit
tenu compagnie à une Parente
chez cette aimable
Perſonne , il vint tout à coup
avec un Fufil à la porte de la
Salle,& regardant ſon Rival
ſe mit en état de s'en défaire,
La Belle qui craignit quelque
malheur , courut à luy
pour le retenir. Le Fufil tira,
& elle reçeut le coup. Elle
en mourut dés le lendemain,
16. du dernier mois , à
neuf heures du matin , ſans
qu'il fuſt poſſible de reme
dier
GALANT. 169
e
2
S
dier à ſa bleffure. Les ſentimens
de détachement & de
pieté qu'elle fit paroiſtre
dans ce peu de temps , ne ſe
peuvent concevoir. Jugez
du déſeſpoir de ſes deux
Amans.
Autre accident qui n'eſt
pas commun. Une Belle eft
morte par excés d'amour.
Je ne vous puis dire ft la lan
gueurqui a terminéſesjours,
a eſté cauſée par l'infenfibilité
du Cavalier qu'elle aimoit,
ou par les obftacles que les
Parens ont apportez à ſa pať
ſion. Je ſçay ſeulement que
Juillet 1681. 1.P. :
P
170 MERCURE
ſa mort a donné occafion à
celuy qui prend le nom du
Berger fidelle des Accates,
d'envoyer à cet Amant les
Versque vous allez voir.
Essssesss2225225
NARCISSE.
FABLE.
Adis vivoit au pied du Mont
JAdi's winni Parnaffe
Un Berger plus bean que lejour,
Quipréferoitle plaisir de la Chaffe
Aux tendres douceurs de l'Amour.
C'eſtoit en vain que Nymphes &
Bergeres
Abandonnoient le foin de leurs
affaires,
GALANT. 171
Pour allergroffirfa Cour;
Carplutoftavec un crible
On euſtdeſſeché la Mer,
Que porté cet Inſenſible,
En charmant tout , àse laiſſer
charmer.
C'estoit enfin une chose impoſſible,
Témoin l'avanture d' Echo.
CetteNymphe tropsusceptible,
Avoitde l'embonpoint, lesyeuxvifs,
leteintbeau,
L'air enchanté, la taille faite à
peindre.
A la voir on eustaisément
Juréqu'ellen'auroitjamais licu de
Seplaindre
Dela cruauté d'un Amant.
Cependantde son fort admirez l'in
justice,
Ellefechafurses pieds de douleur,
Devoir noftre Berger Narciffe
Pij
172 MERCVRE
:
• Luy refuser l'empire defon coeur.
Auffi ne tarda-t- il guére .
D'en payerlafolle enchere ;
Carunjourqu'il reſvoitfurles bords
d'un Ruiſſeau
Aux cruels effetsdeſes charmes,
Quiportantdans les coeurs de charmantes
allarmes ,
Mettoient pourtantles Nymphes
au tombeau,
Ilapperçeutfafigure dans l'eau.
Acette veuë ilfentit dansfon ame
Naître des mouvemens de tendreſſe
&deflame.
Ilſe méconnut, &soudain
De la raiſon ayant perdu l'usage,
Dans les convulfions d'une amoureuſe
rage
Ilplongea tout veſtu ( fans- doute
dansſonſein,
Amour, tu mis ce funeste defſſcin )
GALANT. 173
Defirant dejouir par un prompt
Mariage
Defa froidc & mouvante Image.
C'estainsi que nostre Blondin
Périt à lafleur defon âge,
Pour avoir cu le coeur trop libertin.
Quiconque l'imite estpeusage,
Et court riſque d'avoir unſemblable
deftin.
Puis que voſtre Amie eft
réſoluë d'aller cette année
à Bourbon- Lancy , je ne
doute point qu'elle ne ſe
faffe un fort grand plaifir de
voir par avance un Lieu où
elle a du moins fix ſemaines
à paffer. Elle en trouvera la
Veuë dans cette Planche..
Piij
174 MERCVRE
Les Bains font au deſſous du
Chafteau, dans le Fauxbourg
S. Leger. Pour la fatisfaire
entierement touchát le Païs,
&la nature des Eaux qui le
rendent ſi fameux, vous pouvez
luy faire part des circonſtances
qui ſuivent. La
Lettre qui les contient a eſté
écrite à une Perſonne , qui
eſt réſoluë comme elle d'y
aller chercher ſa guériſon.
52
GALANT. 175
525252-5222525225
LETTRE
DE M COMIERS,
PREVOST DE TERNANT ,
Touchant les Eaux Minérales
de Bourbon. Lancy.
Lm'estfort aisé, Monfieur,
Iddee vous apprendre ce que vous
voulez ſçavoir des Eaux de
Bourbon-Lancy. Noftre Chapitre
de Ternant , qui n'en est
éloignéque de trois lieuës , me les
fait connoistre depuis fort longtemps.
Ces Eaux ſont au pied
Piiij
176 MERCVRE
Rocherſur lequel la Ville
eſt aſſiſe, entre les Confins du
Duché de Bourgogne , & la
Province de Bourbonnois, à un
quart de lieuë de la Riviere de
Loire, àquatorze lieuës de Nevers
, àſept de Moulins , &à
douze d'Autun . L' Airy est fort
pur, le Paisage agreable, les
Promenades tres-belles , & on
y abonde de toutes choses. Quelques
désordres que la ſuite des
années ait pû apporter aux Fontaines
, &) aux Bains , leur
ſtructure, leur æconomie,&leurs
diftributions , ne laiſſent pas de
paroiſtre encor merveilleuſement;
GALANT. 177
&fielles estoientſoûtenuës comme
autrefois de la richeffe de la
matiere , & des ornemens d'Architecture
, elles pafferoient pour
le plus bel Ouvrage de l'Antiquité.
Les Baffins des Fontaines
Je voyent encoràpréſent compofez
de gros quartiers de Marbre
blanc. Leurs Pavez & celuy
des Bains eft de Marbre gris.
Toutes les Statuës qui ornoient
ces Bains , estoient auffi de Marbre
blanc. Quant aux Murs,
Marches , Niches , Corniches ,
& autres Ouvrages d'Architecture
, le tout estoit encrouſté de
tables de Marbre de diférentes
178 MERCVRE
couleurs appliquées sur un Ciment
rouge , & attaché contre
les Murs par des Clous de Cuivre
de Corinthe deſept à huit
pouces de longueur. Les Fragmens
qui en reſtent en quelques
endroits , font voir la magnificence
des Romains , qui apres la
conqueſte des Gaules , reconnoiffant
l'utilitéde ces Bains , & de
ces Fontaines , n'épargnerent
rien pour les embellir. NosRoys
depuis un fiecle ont fait dégager
ce grand Ouvrage des ruines
dans lesquelles il eſtoit enfevely.
Henry III. y envoya fon Premier
Medecin, le Controlleur de
GALANT. 179
ſes Baftimens,&du Cerceaufon
premier Architecte , qui yfirent
travailler pendant quelque temps
avec un grand nombre d'Hommes
. M Beaulieu Secretaire
r
r
d'Etat en 1602. M* Defcures
en 1608. fous Henry IV. continuerent
àfaire enlever unepartie
des ruines de ces Bains ; &M
Motheau Medecin du Roy , &
Intendant des Eaux Minerales,
apris le ſoin d'y faire employer
en l'année 1680. un fond de
douze cens livres , venant de
la libéralité des Elûs des Etats
de Bourgogne. Des cinq Bains
qui font préſentement à Bour
180 MERCVRE
bon , on en a déterré trois depuis
peu de temps ; &parmy ces ruines
, ainſi que dans celles qu'on
avoit foüillées auparavant , on
a rencontré pluſieurs fragmens
de Bases , Colomnes , Chapiteaux,
Architraves, Friſes, Corniches
, Pavemens à laMosaïque
, Statuës partie de Marbre
de diverſes couleurs , morceaux
de Jaspe , Porphire , Bronze,
Cuivre , &Airain , & entre
autres une Statuëqui a estéportée
au Louvre dans la Salle des
Antiques. On y a auſſi trouvé
diverſes Médailles d'or , d'argent,&
de bronze, représentant
GALANT. 181
les Effigies de Jules , d'Auguste-
César , & d'autres Empereurs,
avec une infinité de petites Pierres
azurées, pourprées, & d'autres
couleurs, les unes plus tranfparentes
que les autres , & diverſement
taillées .
Mais files Eaux de Bourbon-
Lancy ſont conſidérables par le
grand nombre de leurs Sources,
elles ne lefontpas moins par les
vertus admirables qu'elles tirent
d'un mélange de Soulfre & de
Bitume, & encor de quelque
peu de Sel , de Nitre , d'Alun,
& de Vitriol , que la Nature
femble n'avoir admis enſocieté
Alun
182 MERCVRE
avec ces premiers Minéraux,
quepour tempérer leurs qualitez
qui y prédominent. Le mélange
s'en fait dans ces Eaux , plutoft
en efprit qu'en ſubſtance ; ce
qu'on reconnoift en ce qu'eller
fonttres -claires , auffi légeres que
celles des meilleures Fontaines,
fanssaveur, fans odeur ,
qu'eſtant repofées , elles ne laiffent
aucun marc.
prend davantage , c'est qu'elles
font actuellement tres - chaudes;
& neantmoins au lieu d'échau
fer le dedans du corps , elles en
tempérent les ardeurs par leur
boiſſon , ainsi que fait un Boüil-
Ce qui fur 1
GALANT. 183
lon de Pourpier qu'on prend
chaudement . Elles humectent
es deſalterent en un inſtant,
beaucoup mieux que ne feroit
une Tisane rafraîchiffante. Cet
esprit des Minéraux qui les animent
, les rend amies de l'eftomach
; & de toutes les parties
nourriffieres qu'elles penétrent,
enforte qu'elles en enlevent les
obstructions . Elles arreſtent tous
flux , de quelque nature qu'ils
puiſſent eftre ; & comme on en
peut faire des Bains proportionnez
au tempérament de chaque
Malade , elles affermiffent les
nerfs debilitez, ramoliſſent ceux
184 MERCVRE
qui font tendus , guériſſent les
Paraliſies , les Sciatiques , les
Rumatismes , les Hydropifies ,
fonlagent les Goutes , & emportent
presque toutes les maladies
extérieures . Les Bains ne
ſont pas lesſeuls qui produisent
ces effets, mais encor leurs bouës.
Au raport du sçavant M¹ du
Clos, dans les Obfervations par
luyfaites en l'Académie Royale
des Sciences ,fur lefel des Eaux
minérales de France aux années
1670. & 1671. le fel extrait
des Eaux de Bourbon a esté
reconnu commun marin , pareil
en tout à celuy des Eaux de
GALANT. 185
=
!
4
mel-
Barrege ; & s'il est vray que
le fel foit l'ame des Minéraux
qui fe communiquent avec les
Eaux , on peut conclure que
celles de Bourbon &deBarrege
-ayant toutes deux le meſmefel,
doivent efſtre animées des mefmes
Minéraux , &par conséquent
avoir les mesmes vertus,
& produire les mesmes effets,
tant dans les Bains que par les
bouës. Foignez à cela que les
Eaux de Bourbon-Lancy peuvent
fervir de remede à ceux
qui se trouveront dans quelque
Langueur de poison . F'en parle
en sçavant, l'ayant éprouvémoy
Juillet 2681. 1. P.
186 MERCVRE
mesme. Elles contiennent unfel
qui aſſoupit & mortifie les poi-
Sons lents , & par une action
d'un acide fur un Alkali détruit
leur qualité mortifere. Je ne
vous dis rien de la vertuqu'elles
ont contre la fterilité. Quantité
de Dames s'en font affez bien
trouvées, pour en rendre témoignage.
Je viens à la description des
Fontaines (t) des Bains. Les
Fontaines font au nombre de
dix , ſept d'Eaux chaudes , &
trois de froides. Ily a d'ailleurs
cinq Bains.
La premiere des ſept FonGALANT.
187
taines d'Eau chaude , appellée
le Limbe , & marquée B dans
la Planche que je vous envoye,
est la plus conſidérable de toutes.
Elle est faite en forme de Puits,
qui a onze pieds quatre pouces
de diametre , trente-quatre de
circonférence , &fept de profondeur.
La marche de ce Puits a
un pied de largeur & de hauteur
, & le pavement en est
percé en divers endroits pour
donner paſſage à la Source qui
a cinq ou fix pouces de groffeur.
Elle s'éleve en pluſieurs boüillons
qui ſe rompent , & enfin
s'uniffent & s'égalent àlafur-
Qij
188 MERCVRE
face de l'Eau. Cette Sourcefort
d'un Rocher eſcarpé d'environ
quarante pieds . L'Eau en estfi
chaude, qu'on n'ensçauroit boire
un verre qu'à plusieurs repriſes .
La seconde Fontaine marquéeR,
a trois pieds neufpouces
en quarré, fix de profondeur, &
mesme degré de chaleur que la
premiere.
La troifiéme marquée S , appellée
de S. Leger, &la quatre
& la cinquiéme , marquées I
&E, ont chacune quatre pieds
d'ouverture en quarré,ſur ſept
demy de profondeur, &leurs
Eauxfont beaucoup plus tempéGALANT.
189
1
rées que celles des deux premieres
.
La fixiéme marquée M, a le
nom de Fontaine de la Reyne,
parce qu'elle a esté reparée par
les libéralitez de Loüife de Lorraine
, Reyne de France. Son
Baffin est élevé de deux marches
par deffus terre. Elle a fixpieds
d'ouverture en quarré , ſept de
profondeur , &fon Eau oft
moins chaude que celle du grand
Puits , plus chaude que celle des
vois Fontaines S , I , & E ,
a mesme degré de chaleur
que lle de Bourbon-Larchambana
190 MERCVRE
La ſeptiéme marquée C, efi
appellée Deſcures , àcause de la
découverte qui en fut faite par
un Seigneur de ce nom en 1609.
Elle a cinq pieds d'ouverture en
toutſens, fix de profondeur. Son
Eau est unpeu moins chaude que
celle de la Fontaine de là Reyne.
Ces fept Fontaines distribuënt
leurs Eaux dans les Bains par
divers Canaux qui les échaufent,
Canauxquites
ou qui les tempérent , felon le
degré de chaleur que l'on defire.
La premiere des trois Fontaines
d'Eau froide , marquée O,
eft faite en demy - rond, ayant
GALANT. 191
cing pieds de diametre & de
profondeur. Elle distribuë fon
Eau, ainſi que les autres , dans
les mesmes Bains .
Les deux Fontaines E, S,
font cachéesſous terre. Quelques
Anciens diſent les avoir veuës;
tle StAubery dans le Traité
qu'il a fait des Eaux minérales,
dit avoir beu de celle de la Fon
taine S , qu'il affure eftre tres
bonne .
Ces dix Fontaines ſontplacées
dans une Court marquéeA,
qui a cent quatre- vingts pieds
de longueur. Foignant cette
Court , du coſté du Septentrion
192 MERCURE
estle Bain Royal. Il est de figure
ronde , ayant quarante - deux
pieds de diametre dans oeuvre,
&quatorze de profondeur, qui
•font employez, sçavoir, en trois
pieds &demy de hauteur d'eau,
Servant à l'usage du Bain , er
lefurplus en ornemens d' Architecture.
Les Murs ontfix pieds
d'épaisseur, &ſontfaits de gros
quartiers de Pierre qui paroifſent
avoir esté fondus par le mêlange
des matieres étrangeres
les composent. A l'entour
de ces Murs on voit douze Niches
espacées de fix en fix pieds,
en ayant chacune neufde hauteur
GALANT. 195
7
teur, cinq de largeur, &quatre
de profondeur. Six de ces Niches
font arrondies par deſſus en
cul de Four , &les fix autres
font couvertes de plates bandes.
Au deſſus des Niches est une
Corniche d'ordre Toscan , qui
- fait le contour des Murs. Ces
Niches estoient autrefois ornées
de douze Statuës poséesſur des
Piedeſtaux, qui paroiſſent encor
àpréſent. Il en fort divers Canaux
quiportent l'Eau des Fon
taines dans le Bain, où l'on defcend
par des marches placées à
L'entour des Murs .
Dj
A ce Bain Royal est joint,
Juillet 1631. 1. P. R
1
196 MERCURE
du coſté du Septentrion , le Bain
marqué M. Il a foixante pieds
de longueur, fur quarante-trois
de largeur , & reçoit les Eaux
de lapremiere or de la ſeconde
Fontaine chaude .
Le troifiéme Bain marquéV,
joint ce BainM, du coſté d'Orient.
Il a quarante-trois pieds
de longueur fur vingt - fix de
largeur, &reçoit les Eaux des
meſmes Fontaines que le precédent.
Sur la mesme ligne , Of du
cofté d'Occident, est le Bain N,
qui joint auffi le Bain M. Il est
de mesme longueur & largeur
que le Bain V.
GALANT. 197
Ces deux Bains V. & N,
fontſeparezdu Bain M par un
Mur de pierre de taille de cinq
pieds huit pouces de hauteur, fur
cinq d'épaiſſeur. Dans le milieu
de leurs faces qui regardent le
Septentrion & le Midy, l'on
voit quatre grandes Niches qui
eſtoient autrefois remplies de
quatre Statuës , l'une desquelles
repreſentoit deux Baigneurs folâtres.
On dit qu'on l'a tranf
portée dans la Maiſon Royale
de Fontainebleau. Ces trois derniers
Bains ont chacun trois pieds
demy d'eau, dans laquelle on
defcend auſſipar des marches qui
Rij
198 MERCVRE
regnent autour desMurs.
Le cinquiéme Bain appellé des
Pauvres , & marqué B , a
vingt-un pied de longucurfur
dix -sept de largeur , & trois
pieds huit pouces de profondeur
d'eau venant des Fontaines de
la Reyne & Deſcures.
Tous ces Bains & ces Fontaines
ſe vuident par le bas &
àfleur d'eau , par des Canaux
de bronze, de plomb, &de pierre,
dans des Aqueducs intermédiaires
, & de là dans le grand
Aqueduc qui fert de Receptacle
general à tontes les Eaux. Ce
dernier Aqueduc a environ un
GALANT. 199
quart de lieuë de longueur, fur
fix à fept pieds de hauteur , &
trois de largeur. Il est fait de
taille cimentée. On a reconnu
qu'ily a cinquante -trois Canaux
qui s'y déchargent , la plupart
desquels y portent des Eaux
froides. Comme ce nombre de froides.
Canaux excede celuy des Fontaines
& des Bains il eſt aifé
dejuger qu'ily a encor pluſieurs
Bains & Fontaines que les
ruines empeſchent de découvrir.
Voila l'éclairciſſement que vous
avezſouhaitéde voſtre &c.
Il n'y a perſonne qui ne
R. iij
200 MERCVRE
convienne qu'une Penſion
de vingt-quatre mille livres,
payée de mois en mois , eſt
un Preſent tres - conſidérable
, & digne de la genérofité
& de la magnificence
d'un grand Roy. Cependant
, Madame , quand on
reçoit de pareilles graces
fans les avoir demandées, &
fans s'y attendre , vous demeurerez
d'accord que le
prix en redouble de beaucoup.
C'eſt non ſeulement
recevoir deux fois par la maniere
obligeante dont ledon
eft fait, mais celuy qui a pů
GALANT. 201
ſe l'attirer ſans ſollicitations,
en a d'autant plus de gloire,
qu'on ne peut douter qu'il
n'aitveritablementpart dans
l'eſtime de ſon Souverain.
Toute la Cour afait compliment
à Monfieur le Duc de
Vendoſme ſur la Penfion
que je viens de vous marquer.
Sa Majefté qui en a
gratifié ce Prince , n'a eu
que ſon ſeul mérite à écouter
pour luy accorder les
graces qu'Elle a répanduës
fur luy. Vousſçavez qu'il eſt
d'une tres-grande bravoure,
& qu'il a toûjours ſervy le
R iiij
202 MERCVRE
Roy avec le zele le plus
affidu.
de
M'l'Abbé de Bourlemont,
Docteur de Sorbonne, Neveu
de M² l'Archeveſque
Bordeaux, a eu l'Eveſché de
Pamiers de la meſme forte,
c'eſt à dire, fans avoir fait aucun
pas pour l'Epifcopat.
C'eſtunHomme d'une pieté
fort exemplaire , & dont on
a toûjours eu ſujet d'admirer
la modeſtie. Ila parlé en public
avec ſuccés , & s'applique
fortement à l'étude Eccleſiaſtique.
Comme il reſte
feul de ſa Maiſon , il a re
GALANT. 203
noncé à toutes fucceffions
échuë ou à échoir , en faveur
de Madame la Comteſſe
de Labadie ſa Soeur,
qui eſt une Perſonne bien
faite , brune, fort diftinguée
par les belles qualitez de fon
eſprit. Outre qu'elle aime
tous ceux qui en ont, elle a
cultivé le ſien par quantité
d'utiles lectures, & ileft fort
peu de connoiſſances propres
à fon Sexe qu'elle n'ait
acquiſes. M' le Comte de
Labadie à qui elle eſt mariée
depuis peu , eſt tres-bien fait,
jeune , ſpirituel , & Fils de
r
204 MERCVRE
M' de Chamarante qui a eſté
premier Valet de Chambre
du Roy , & dont la nobleſſe
eſt tres- connuë. Sa Majesté
s'eſt trouvée ſi contente de
ſes ſervices , que quand on
fit la Maiſon de Madame la
Dauphine , Elle luy donna la
Charge de Premier Maiſtre
d'Hôtel de cette Princeſſe,
& la Survivance à M² le
Comte de Labadie ſon Fils.
M² de la Mouche- Beauregard,
apres avoit exercé
quelques années la Charge
de Conſeiller au Chaſtelet,
a efté reçeu Conſeiller au
GALANT. 205
1
Parlement. Comme il aime
le travail & l'étude , il y a
ſujet de croire qu'il remplira
dignement la place qu'il
commence d'occuper. Ileſt
de bonne Famille de Robe,
& Fils de M' de la Mouche-
Beauregard Auditeur des
Comptes , fort eſtimé dans
ſaCompagnie.
Je vous ay parlé depuis
quelque temps du depart
de M'le Duc de Mortemar.
Il a déja fait un long Voyage
qui n'a pas efté infructueux .
Il eſtoit le 23. Juin au Port
de Vendres en Rouffillon,
د
206 MERCVRE
où les vents contraires l'ar- 0
reſtoient. Il arrivoit de Majorque
, apres avoir obligé
les Corſaires de cette Iſle à
rendre tout ce qu'ils avoient
pris fur les Sujets de Sa Majefté,
ſuivant l'Etat qu'en
avoient dreffé les Députez
de Marseille . Ces Corfaires
ont donné de l'argent pour
ce qu'on n'a pas trouvé en
nature , & cela , avec tant
d'empreſſement de fatisfaire
le Roy, qu'il eſt aiſfé de juger
par là de l'impreffion que
fait fur Mer & fur Terre la
terreur des armes de ce
GALANT. 207
コ
2
ef
e
grand Prince. Le reſpect
qu'on a pour luy ſe connoit
encor par les honneurs que
l'on a rendus à M le Duc
de Mortemar dans toutes les
Coſtes d'Eſpagne. Les Galeres
n'ont eu beſoin d'aucun
rafraîchiſſement qu'on
n'ait pris ſoin de luy apporter
M' Trobat, Préſident au
Conſeil Souverain de Rouf
fillon, & chargé de l'Intendance,
eft venu le viſiter en
allant voir à fon ordinaire les
Travaux de pluſieursPlaces,
avec M' de la Mote- Lamire
Ingénieur , qui dirige ces
208 MERCVRE
!
Travaux. Ce jeune Duc l'a
reçeu dans la Reale, au bruit
du Canon, avec des honnef
tetez qui ne pouvoient
mieuxmarquer l'eſtime qu'il
faitde ſon mérite.
Sa Majesté a réſolu qu'il
n'y auroit plus à l'avenir de
Lieutenant de Roy dans
Lile, mais un Commandant,
qui feroit un Homme de
conſidération. M'de la Rabliere
, qu'Elle a nommé
pour ce Poſte, a tout ce qu'il
faut pour le bien remplir.
Il n'y a perſonne à qui fes
ſervices ne foient connus.
GALANT. 209
1
d
1
r
Le 17. de Juin , M' Foucaut
, Intendant de Montauban
, s'eſtant rendu à
Cahors , M's de l'Univerſité
n'eurent pas plutoſt avis de
ſon arrivée , qu'ils l'allerent
voir en Corps, Apres que
le Recteur de la Faculté luy
euſtfait ſon compliment , il
leur dit qu'il eſtoit venu,
ſuivant l'Arreſt du Conſeil,
inſtaler M' Dolive pour Do
teur Profeſſeur du Droit
François ; & M Roüaldes,
Arbelon, Moſtolac, Berrié,
Calmon , & Pons , pour les
fix Docteurs aggrégez auم
210 MERCVRE
Droit. La Cerémonie s'en
fit le lendemain à dix heures
du matin , en préſence de
tous les Corps de la Ville.
M' l'Intendant fut placé
dans un Fauteüil , entre le
Banc de Mrs de l'Univerſité
& Ms du Préſidial , ayant à
ſa droite M le Préfident , &
à ſa gauche M'le Chancelier
de l'Univerſité. Il fit un tresbeau
Diſcours , dans lequel
il expliqua les intentions du
Roy. Ce ne fut pas fans faire
un portrait avantageux du
Profeſſeur que Sa Majefté
avoit choify. En ſuite on
GALANT. 211
Jeût l'Arreſt du Confeil , &
M' Dolive ayant prefté le
ferment ainſi que les Docteurs
aggrégez , il monta
en Chaire , & fit un Remercîment
François au Roy , à
M' le Chancelier , & à M
l'Intendant , avec toute l'é-
* loquence que peut demander
une Action de cette na-
5. ture. M² Parriel Chanoine
en l'Egliſe Cathédrale de
Cahors , & Chancelier en
l'Univerſité de la meſme
Ville , parla apres luy , avec
beaucoup d'aplaudiſſement
de ſes Auditeurs, fur les Re-
Juillet1681. 1. P.
f
コ
S
1
212 MERCVRE
glemens des Univerſitez ;
& enfin le Recteur qui s'expliqua
en Latin , fit connoiſtre
que Sa Majefté venoit
de faire un tres- digne
choix en la perſonne deM
Dolive , & qu'il eſtoit juſte
qu'apres avoir eſteConfeiller
en la Cour des Aydes de
Montauban pendant vingtdeux
ans , il euſt l'avantage
d'enſeigner leDroit François
dans la meſine Ecole , où
M' Dolive ſon Pere , avant
que d'eſtre Avocat General
en la Cour des Aydes, avoit
fi bien expliqué les LoixRo
GALANT. 213
maines en qualité de Profefſeur.
M' Dolive luy répondit
en la meſme Langue
avec beaucoup de grace &
de netteté , & ce fut par là
que ſe termina la Cerémonie.
L'exécution du Seigneur
Olivier Plunket, Archevefque
d'Armagh , Primat Titulaire
d'Irlande , & du S
Edvvard Fits- Harris , faite
en Angleterre depuis quelques
jours , a fait trop de
bruit , pour ne vous en pas
apprendre les circonstances.
Le premier fut accuſé d'a
Sij
214 MERCVRE
bord en Irlande, & ce fut là
que l'on commença à luy
faire fon Procés. Il fut mefme
amené à la Cour pour
eftre jugé ; mais ceux qui le
pourſuivoient , qui estoient
des Gens d'une vie infame,
& pleine de crimes , s'eftant
apperçeus que ce Prélat
avoit des Témoins & des
Regiſtres qui les convaincroient
de fauſſeté , s'abfenterent
volontairement , &
vinrent à Londres faire des
Inſtances , afin qu'il y fuſt
conduit. Quoy que ce fuſt
üne procédure fort irrégu -
GALANT. 215
liere , de le juger dans un
Lieu , où les crimes dont il
eſtoit accuſé n'avoient point
eſté commis, & où les Jurez
qui ne le conoiffoient point
non plus que la qualité de
fes Accuſateurs , ne pouvoient
eſtre informez de
beaucoup de circonſtances
néceſſaires à éclaircir pour
l'inſtruction de ſon Procés,
fes Ennemis ne laiſſerent pas
de venir à bout de le faire
transferer. Apres avoir efté
reſſerré pendant fix mois
dans une étroite Prifon , il
fut amené le 13. deMay der
216 MERCVRE
nier à la Barre du Banc du
Roy , & accufé des meſimes
crimes dont on l'avoit chargé
en Irlande. Comme ſes
Témoins , & toutes les Pieces
qui pouvoient faire fa
juftification , eſtoient en ce
Païs- là , le Chef de Justice
luy accorda cinq ſemaines
afin qu'il les fiſt venir. Ce
temps ne luy put ſuffire. Il
falloit tirer de divers Regiſ
tres les Copies des Actes qui
prouvoient ſon innocence.
Les Témoins qu'il promettoit
de produire estoient de
diférentes Provinces, & l'inGALANT.
217
$
e-
S
Ci
7
conſtance des Vents & de
la Mer mettoit de puiſſans
obſtacles à la promptitude
qui luy eſtoit néceſſaire.
Ainſi ſes Témoins ne vinrent
point. Il demanda un
delay de douze jours , & ce
delay luy ayant eſté refuſé
par Mylord Chefde Juſtice,
il fut de nouveau amené devant
les Juges, & accuſé.
1. D'avoir écrit par un
nommé Nial , ou Neal , fon
Page, à M' Baldeſchi Secretaire
du Pape, & à quelques
autres , afin qu'ils follicitafſent
les Puiſſances Etrange,
218 MERCVRE
res d'envahir l'Irlande.
2. D'avoir employé le Capitaine
Cononeale aupres
d'un Prince Etranger pour
en tirer du ſecours.
3. D'avoir levé & exigé de
l'argent du Clergé d'Irlande,
pour y faire entrer desEtrangers,
& entretenir ſoixantedix
mille Hommes.
4. D'avoir eu ce nombre
d'Hommes tous prefts , d'en
avoir fait des Liftes , & ordonné
à un nommé Duffy
Religieux , d'enroller deux
cens cinquante Hommes
dans la Paroiſſe de Foghart
au
GALANT. 219
au Comté de Loruth .
5. D'avoir viſité tous les
Forts & Havres d'Irlande,
& choify celuy de Carlingfort
, comme le plus propre
pour y faire débarquer les
Etrangers qui devoient venir.
6. D'avoir tenu pluſieurs
Conſultations ſecretes ſur les
moyens de fournir l'argent
promis à ces Etrangers.
7. D'avoir enfin dans une
Aſſemblée qui ſe tint il y a
dix ou douze ans au Comté
de Monaghan, exhorté trois
cens Gentilhommes qui s'y
Juillet 1681. 1. P. T
220 MERCVRE
trouverent de ce Comté, &
de ceux de Cavan, & d'Armagh,
à prendre les armes,
afin de pouvoir recouvrer
leurs Biens.
Sur ces Accuſations, il fut
condamné le 18. de Juin, &
on luyprononça ſa Sentence
le 29. du meſme mois. Elle
portoit qu'il ſeroit conduit
à Tiburn , que là il ſeroit
pendu , & qu'eſtant encor
en vie , on luy fendroit le
ventre, qu'on en tireroit ſes
entrailles qui luy ſeroient
préſentées devant les yeux,
Ku'en fuite on luy couperoit
GALANT. 221
la teſte , & que ſon Corps
ſeroit mis en quatre quar
tiers.
Quelques jours auparavant,
la meſme Sentence fut
prononcée au S'Fits -Harris,
dont il faut préſentement
que je vous parle. Vous re
marquerez que je me fors
du ſtile nouveau dans toutes
: les dates ſelon le Calendrier
- qu'on obſerve en France.
Ce Fits - Harris eſtoit Gentil
= homme , & né Proteftant,
ainſi que ſon Pere , qui eſt
Chevalier , qualité fort conſidérable
en Angleterre, τ
Tij
222 MERCVRE
en
Tous les deux ayant en ſuite
embraffé la Religion Romaine
, il y a environ deux
ans que le Fils reprit de nouveau
la Proteftante. Quoy
qu'il euſt mangé la plus
grande partie de fon Bien
débauches, & peu au fervice
du Roy , il ne laiſſa pas
de tirer quelque argent de
Sa Majesté , qui le connoif
ſant par quelques Emplois
qu'il avoit eus dans fes Armées,
voulut luy donner des
marques de la libéralité qui
luy eſt ordinaire pour ceux
qui le ſervent. Malgré les
GALANT. 223
1
bienfaits qu'il en reçeut , il
prit réſolution de faire courir
le Libelle dont on l'accufe
d'eſtre l'Autheur , & qui a
pour titre, Lettre d'un Anglois ,
parlant bon Anglois, àun deſes
Amis. Ce Libelle eft plein
de Maximes fi abominables,
& de Propoſitions ſi injurieuſes
au Roy d'Angleterre,
- à Monfieur le Duc d'York,
& à la mémoire des deux
derniers Roys , que les deux
Chambres du Parlement
tenu à Oxford , jugerent
qu'il ſuffifoit qu'on l'en cuft
trouvé faify, pour le déclarer
Tiij
224 MERCVRE
coupable de haute trahifon.
Son deſſein eſtoit de le faire
mettre ſecretement dans la
poche des Prefbytériens,
contre leſquels il ſe fuft
rendu dénonciateur ; mais
la choſe réüffit tout autrement
qu'il ne l'avoit crû.
Il ſe découvrit à un Amy
dont il eſpéroit quelque ſecours.
Cet Amy feignit d'entrer
dans ſes ſentimens ; &
fur ce que l'affaire méritoit
bien qu'on y reflechiſt , it
l'engagea à revenir chez luy
le lendemain, pour l'examiner
un peu plus àfond. Fits
GALANT. 225
Harris y confentit, & ils ne
ſe furent pas plutoſt ſéparez,
que ce prétendu Amy alla
avertir le Juge de Paix de ce
qui venoit de luy arriver.
Ce Juge, qui eft comme un
Commiſſaire du Chaſtelet
de Paris , ou un Enqueſteur
& Examinateur dans les autres
Villes du Royaume, luy
dit qu'il continuaſt de feindre
; & afin d'avoir des preuves,
il fut arreſté qu'ilſe trou.
veroit dans la Chambre de
cetAmy, &que s'y cachant
avec quelques autres , il
écouteroit leur entretien.
T iiij
226 MERCVRE
Ce qu'on avoit réſolu fur
executé. Fits-Harris parla,
&la dépoſition des Témoins
cachez le fit auffitoft conduire
à la Tour. La Tour eſt.
à Londres ce que la Baſtille
eft à Paris , & l'on n'y envoye
que les Criminels d'Etat.
Il offrit d'abord des
Cautions pour ſe préſenter
aux premieres Affiles , c'eſt
à dire , Séances quand on
juge un Accufé ; mais il ne
pût obtenir de les faire recevoir.
Apres la Caſſation des
deux derniers Parlemens,
on travailla tout- de -bon
9.
GALANT. 227
à inſtruire ſon Procés. 11
avoit eſté déja interrogé
pluſieurs fois au Conſeil du
Roy , Sa Majesté y eftant
préſente. C'eſt ce qu'on pratique
en Angleterre dans
les affaires des grands Criminels
d'Etat. On les interroge
toûjours devant leRoy,
& il ſe trouve à leur Jugement,
quand c'eſt le Parlement
qui les juge.
L'affaire de Fits - Harris
pouvant caufer de grands
maux, fi on ne fongeoit à en
prévenir les ſuites , Sa Majefté
partit de Windfor,
228 MERCVRE
Maiſon de plaiſance où Elle
paſſe l'Eté, pour ſe rendre à
Londres. Elle arriva à Witheal
, qui eſt le Louvre , le
Mercredy 18. du dernier
mois , à ſept heures du matin
, & en meſme temps fit
aſſembler fon Conſeil. Toutes
choſes y ayant eſté réſoluës
pour le Jugement de
Fits - Harris , Elle nomma les
douze Jurez qui devoient
l'examiner , donna ordre
qu'on dreſſaſt la Commifſion
de leur Charge , la figna
, la fit ſceller de fon
grand Sceau, & retourna en
GALANT. 229
fuite à Windfor. Vous obſerverez
, Madame , que les
Criminels font jugez en Angleterre
par douze Perſonnes
que l'on appelle Jurez ,
& qui font nommez exprés
pour chaque Procés que l'on
- y juge. On les choiſit de la
qualité des Accuſez. Ce ſont
Gens de Robe pour les uns,
& Gens d'Epée pour les autres
. Celuy qui préſide, s'appelle
Chef de Juſtice , parce
que c'eſt luy qui recueille les
voix , & qui prononce. Le
Lieu de leur Affemblée eſt
5
1-
1 pour l'ordinaire celuy-mef230
MERCVRE
me où ſe tient le Parlement
quand le Roy l'a convoqué.
Apres qu'ils font aſſemblez,
l'Accuſe eſtant venu, le Mefſager
, qui eft comme un
Huiffier , fait voir ſa Commiffion
au Chef de Justice,
quila donne auGreffier pour
en faire la lecture, & cependant
ce Chefde Juſtice tient
une Baguete de bois blanc,
qui eſt la marque de leur
pouvoir.La lecture de leur
Commiffion eſtant achevée,
il met la Baguete entre les
mains du Meſſager , qui la
doit tenir aupres de luy tant
GALANT. 231
que dure le Procés. En ſuite
les Jurez preſtent ferment
de proceder dans les formes
juridiques à l'examen de
l'Accufé & des Témoins, &
de rendre leur Jugement
avec equité. Cela fait , ils
prennent chacun leur place.
L'Accuſé demeure debout
en un coin , & les Témoins
viennent les uns apres les
autres , dire ce qu'ils ont à
dépoſer contre luy. Il y ré
pond, fait venir les ſiensqui
parlent en ſa faveur , & cela
ſe fait publiquement en préfence
de tous ceux que quel
232 MERCVRE
que intéreſt, ou la curioſité,
y amene.
Le Jeudy 19. fur les ſept
heures , Fits-Harris fut conduit
par eau de la Tour à
Weſtminster , & comparut
aux Aſſiſes . On examina
pluſieurs Témoins contre
luy , & il ne fournit que de
tres - petits reproches pour
les récuſer , & de foibles
preuves pour renverſer ce
qu'ils dépoſerent.
Tous les Témoins ayant
eſté entendus , les Juges ſe
retirerent en particulier dans
une Chambre , & eſtant reGALANT.
233
1
venus un quart- d'heure apres
, déclarerent l'Accuſé,
Criminel de haute trahifon .
Enſuite la Baguete fut rompuë
, pour faire connoiſtre
qu'ils n'avoient plus de pouvoir
; & parce qu'il eſtoit
déja tard , ils prirent un autre
jour pour faire dreſſer la
Sentence , la figner , & la
prononcer à Fits - Harris.
Cela fut fait le Mardy ſuivant
24. du mois. On le ra
mena par eau de la Tour à
Weſtminster pour l'entendre
lire ; apres quoy on le
remit dans la Tour , juſqu'à
234MERCVRE
ce qu'il pluſt à Sa Majefté
d'en ordonner l'exécution.
C'eſt la coûtume de tout le
Royaume. On n'y exécute
aucun Criminel , fuſt- il des
plus miférables, que ſa Sentence
de condamnation ne
foit ſignée par le Roy , &
qu'il n'ait marqué le jour du
ſuplice. Ainſi il en eſt beaucoup
qu'on garde des mois
entiers,quoy qu'ils ſçachent
leur Sentence. Ils voyent
leurs Amis pendant ce téps,
mangent avec eux, & fe divertiſſent,
comme ſi de jour
en jour ils n'attendoient pas
GALANT 235
S
celuy de leur mort. Le Lieu
où les Criminels font exécu
tez , s'appelle Tiburn. Il eſt:
dans un grand Chemin à
un quart de lieuë de Londres.
Ce font trois Piliers,
avec trois Baſtons couchez
deſſus , auſquels l'Exécuteur
les attache..
Le Vendredy 11. de ce
mois, jour deſtiné pour la funeſte
exécution dont je vous
parle, les S " Slingſby Bethel,
&Henry Cornish,Sherifs de
Londres & de Meddleſex,,
allerent trouver le Lieute
nant de laTour à huit heu
Juillet 1681. 1. P. V
236 MERCVRE
res du matin , & demanderent
que le S Edvvard Fits-
Harris leur fuſt mis entre les
mains pour faire exécuter ſa
Sentence. Il leur fut livré,
apres qu'ils luy en eurent
figné une Décharge. En
meſme temps on le mit ſur
une Claye qui avoit des ais
aux deux coſtez , & on le
traîna par le milieu de la
Ville juſqu'aux Priſons de
Neugate. C'eſt unLieu ſemblable
au grand Chastelet,
& où l'on ne met que des
Criminels . A la Porte de
cette Prifon eſtoit ſur une
GALANT. 237
autre Claye , le Seigneur
Olivier Plunket , Archevefque
, Primat Titulaire de
tout le Royaume d'Irlande,
condamné aufly. On le traîna
devant Fitz - Harris, & ils
furent conduits de cette
maniere juſques à Tiburn.
Apres qu'ils y furent arrivez,
on fit mettre une Charette
ſous la Potence , qui eſt difpoſée
comme je l'ay dit. Le
Seigneur Plunket monta le
premier ſur la Charerte, &
enymontant fit le Signe de
laCroix. En ſuite ilſalüa les
Sherifs, & les autres Spécta-
Vi
238 MERCVRE
teurs , avec un viſage gay:
Ses jouës eſtoient colorées
d'un vermillon qui luy eftoit
naturel. Peu de Perſon--
nes pûrent retenir leurs larmes.
Auſſi eſtoit-ce un Spéctacle
bien touchant , de
voir dans cette poſture un
venérable Vieillard, remply
de mérite , & âgé de plus de
65 ans. L'Exécuteur s'eſtant
approché de luy un moment
apres, luy mit une corde au
col, qui avoit un noeud coulant.
Ce Prélat que tout le
monde plaignoit , ofta fon
Chapeau pourfaire paffer la
GALANT. 239
corde , & retira ſes cheveux
qui ſe trouverent engagez
deſſous. Il remit en ſuite ſon
Chapeau avec autant de
tranquillité que s'il n'euſt eu
aucun intéreſt à la triſte Tragédie
dont on le faiſoit un
des principaux Acteurs. Sa
couleur ne changea point.
Il regarda l'Aſſemblée d'une
contenance ferme , & hauf.
ſant la voix pour ſe faire entendre
, il dit , qu'ayant àpa
roiſtre dansfort peu de temps devant
un Juge qui ne peut eftre
trompé par de faux Témoins,
parce qu'il connoift le fecret des
240 MERCVRE
coeurs, ilprotestoit qu'il alloit déclarer
la verité avec toute forte
de candeur,fansſeſervir d'équivoque
, ny employer aucun terme
que dans ſa ſignification ordinaire.
Apres cette proteſtation,
il fit connoiſtre l'extraordinaire
procédure qui avoit
eſté tenue contre luy,
déduifit les divers chefs d'accuſation
que vous avez veus
marquez au commécement
de cetArticle,& répondit ſur
chacun d'une maniere , qui
devoit perfuader qu'on n'a
voit fait contre luy aucune
dépoſitionquine fuſt fauſſe..
GALANT. 241
2
Il aſſura par ferment qu'il
n'avoit jamais ſongé à aucun
des crimes qu'on luy imputoit,
n'ayant envoyé d'Agent
nyàRome,ny à aucune autre
Cour pour affaires temporelles
ou civiles , ne s'eſtant
trouvé à aucune Affemblée
de Gentilshommes , n'ayant
viſité aucun Fort d'Irlande,
ny levé d'argent poury faire
entrer les Etrangers ; & à l'égard
des foixante- dix mille
Hommes qu'on l'accuſoit
d'avoir voulu tenir prefts , il
dit , qu'il n'y auroit aucune Per-
-fonne de bonfens, qui eustquelque
242 MERCVRE
connoiffance du Païs, qui le vou
lust croire quand il l'avoüeroit,
parce que tous les Revenus d'Irlande
tant ſpirituels que temporels
, poffedezpar tous les Sujets
du Roy, pourroient àpeineſuffire
pourla levée,&pour l'entretien
d'unſi grand nombre de Troupes.
Il ajoûta, qu'un grand Seigneur
Pairdu Royaume, luy avoit en
voyé porter parole qu'on luysau
veroitla vie, s'il vouloit accufer
d'autres Personnes,&qu'il avoit
répondu que n'ayant jamais eu
connoiſſance d'autres Factieux
ou Confpirateurs , que de ceux
que toute l'Irlande connoiffoit
Sous
GALANT. 241
1
fous le nom de Tores , il ne trouvoit
point de crime plus noir que
d'ofter la vie à un Innocent,
queſi ce crime estoithonteux àtous
lesChreftions,il leferoitbeaucoup
davatage àunHommedeſa Profeffion,
Prestre de l'Eglise Romaine,
t) mesmePrélat,comme il l'avouoit
ouvertement , quoy qu'il
s'en connust indigne ; qu'il ne
nioit pas qu'il n'eust fait les fon-
Etions d'un Evesque Catholique,
tant que l'exercice de cette Reli-
* gion avoit esté ſouffert en Ir-
Lande; qu'il avoit tâchépar toutes
fortes d'Instructions , e de
Statuts àfaire rentrer le Clergé
Juillet 1681. 1.P. X
)
242 MERCVRE
ةق
dans ſon devoir, que ceux qui
n'avoient pûse résoudre à changerde
vie , estoient devenusfes
Accuſateurs; qu'il vouloitparler
des ſeuls Eccleſiaſtiques , n'ayant
jamais connu les quatre autres
qui s'estoient portez Témoins
contre luy; que leurs faux fermens
qui cauſoientfa mort, eftoient
la reconnoiſſance de ſes
bons offices ; qu'il prioit Dieu de
ne leur point imputer le crime
d'avoir répanduſon ſang; qu'il
leur pardonnoit de tout foncoeur,
auffisien qu'aux Juges qui luy
avoient refusé un tempssuffisant
pourfaire venirſes Témoins, &
GALANT. 243
ر
1
fes Papiers ; qu'il pardonnoit de
la mesme forte àtous ceux qui
avoient contribué à le faire venir
d'Irlande pour estre jugé à
Londres , où il eſtoit moralement
impoffible que ſon affaire eust un
bonfuccés;qu''iillprioit auſſi qu'on
-luy vouluſt pardonner, s'il avoit
eu le malheur d'offencer quelqu'un
; qu'il ſouhaitoit au Roy,
àlaReyne , àMonfieur le Duc
d'York, & à toute la Famille
Royale une parfaite ſanté, une
longue vie , toute forte de profpéritéſur
la Terre , &une éternelle
félicité dans le Ciel. Il
finit par des ſouhaits de pou-
X ij
244MERCVRE
voir ſe juſtifier aupres de
Dieu des grands pechez
qu'il avoit commis contre
ſes Commandemens. Il en
témoigna le plus ſenſible regret,
& dit que s'il luy reſtoit
mille années à vivre , il les
employeroit à y fatisfaire.
Apres qu'il eut ceſſé de
parler , il mit entre les mains
du S' Bethel l'un des Sherifs,
un Papier qui contenoit le
Diſcours qu'il venoit de
faire, &jura tout de nouveau
devant Dieu , & fur l'eſpérance
de ſon ſalut , qu'il n'avoit
rien dit qui ne fuſt lave
GALANT. 245 .
rité , le tout fans déguifement
, & fans réſerve mentale
, & que la fignature
qu'on trouveroit au bas de
l'Ecrit eſtoit la fienne . Cela
eſtant fait, cet infortuné Prélat
donna ſon Chapeau à l'Exécuteur
, tira une Coëfe de
nuit de ſa poche, la mit ſur ſa
teſte, & répondit à quelques
demandes que luy firent les
Sherifs . Un Miniftre de la
Religion Proteftante ſe préſenta
devant luy; mais il luy
tourna le dos fans vouloir le
regarder. En fuite il ſe cou
vrit le viſage entier avec la
> XXiiijij
246 MERCVRE
coife , & demeura plus d'une
demy-heure dans tout le recueillement
qu'on foit capable
d'avoir. Il eſtoit debout
, attaché à la Potence,
mais non pas encor pendu.
Durant tout ce temps on ne
le vit point changer de pofture.
Il euttoûjours les mains
libres, & dans une meſime fituation
, ſi ce n'eſt lors qu'il
faifoit des Signes-de-Croix,
ou qu'il frapoit ſa poitrine,
ce qui arrivoit ſouvent.
Dans ce meſme temps on
fit monter Fits-Harris , qui
eftant dans la Charete, deGALANT.
247
1
manda au Capitaiue Richardſon,
ſi on n'avoit point
donné quelque ordre aux
Sherifs pour difpofer de fon
Corps. Ce Capitaine ayant
dit qu'il ne devoit pas s'en
inquiéter , il pria qu'on fift
yenir le Docteur Havvkins
pour l'affifter en mourant.
Les Sherifs firent auſſi toft
monter ce Docteur. Ils s'embrafferent
, & l'Exécuteur
voulant luy paſſer la corde
au col , le Docteur prit ſon
Chapeau , & Fits- Harris ofta
fa Perruque. Quand la corde
• fut paffée, il tira un grand
X iij
248 MERCVRE
Mouchoir de ſa poche , &le
noüa derriere la teſte. En
fuite l'Exécuteur voulant l'attacher
, il l'arreſta en diſant
qu'il vouloit faire ſes Prieres
à genoux , ce qu'il fit fur
P'heure avec le Docteur. Un
quart d'heure apres ils ſe leverent
tous deux , & s'embrafferent
encor une fois.
Le Sherif Bethel demanda
à Fits- Harris s'il n'avoit point
quelque choſe à dire , &
qu
qu'en l'état où il ſe trouvoit,
il devoit n'avoir aucun autre
foin que de décharger ſa confcience.
Il répondit que le
GALANT. 249
{
e
Docteur de la Tour feroit
fçavoir au Public tout ce
qu'il avoità déclarer, & qu'il
l'avoit laiſſé par écrit , ſigné
de famain.
Le Docteur Martin Woodſtreet
qui eftoit préſent aupres
des Sherifs , le preſſa de
dire s'il mouroit Papiſte ou
Proteftant. Il répondit de
nouveau que l'Ecrit qu'il
avoit laiffé entre les mains
du Docteur Hávvkins fatisferoit
tout le monde; &fur ce
que le meſme Docteur luy
repliqua que la ſatisfaction
du Public feroit plus grande,
250 MERCVRE
s'il vouloit luy- mefme faire
cette Déclaration , il fit encor
la meſme réponſe, & dit
ce qui ſuit pendant que l'Exécuteur
attachoit la corde
à la Potence.
nech
Bon Peuple. Ce genre infame
de mort me paroift plus
effroyable que la mort mesme.
Les pechez que j'ay commis
contre Dieu , peuvent bien
m' avoir attiré de tels Jugemens
; mais quant aux crimes
pour lesquelsje meurs, je leprens
icy à témoin , que je n'ay eu de
part au Libelle que pour découvrir
au Roy ce qui ſe paſſoit
GALANT 251
t
contre luy. F'estois employé pour
cela , bien que ceux qui m'employoient
ayent refusé de me
faire justice quand on m'a fait
mon Procés.Feprens auſſi Dieu à
témoin, fi de ma vie j'ay touché
aucun argent que pour de pareils
fervices . Quant aux Témoins
qui ontjuré contre moy, je déclare
folemnellement à tout le
monde , & au moment de ma
mort , que je n'ay point veu le
Ministre du Prince Etranger
avec lequel on m'accuſe d'avoir
eu des conférences, depuis le commencement
de la découverte de
la Conspiration ; que je ne luy
:
252 MERCVRE
ay parlé de ma vie, non plus
qu'àfon Confeffeur, &que je
n'ay eu aucune affaire avec eux
directement ny indirectement,
quoy que le Chevalier Guillaume
Waller , & les autres,
ayent fauſſement juré le contraire.
Quelle apparence ya-t-il
que ce Ministre m'euft voulu
donner trois mille Ecus pour compofer
ce Libelle ? Je laiſſfe aux
Gens éclairez à en juger. Le
Docteur Havukins a entrefes
mains tout ce qui me reste à déclarer.
Je pardonne à tout le
monde , j'espere que Dieu
me pardonnera. Je demande les
GALANT. 253
prieres de tout cebon Peuple, afin
qu'ilm'obtienne un heureuxpaf-
Sage en l'autreMonde.
Apres ce difcours , Fits-
Harris demanda aux Sherifs
ſi on ne laiſſeroit pas fon
Corps à la diſpoſition de ſa
Femme ; ſurquoy l'un d'eux
luy lût l'ordre, portant qu'il
feroit coupé en quatre quartiers,
les quartiers mis ſur les
Portes de la Ville, & fa teſte
fur le Pont de Londres. Il
falia le Docteur & les She
+ rifs , & abaiſſa le Mouchoir
pour ſe couvrir le viſage.
Alors on lia les mains àl'Ar254
MERCVRE
cheveſque d'Irlande , auffibien
qu'à luy. On fit en ſuite
marcher le Cheval par qui
la Charette eſtoit traînée,
& l'un & l'autre demeura
pendu . L'Exécuteur les prit
tous deux par les pieds , &
les tira chacun l'eſpace de
trois minutes . Un peu apres
il les dépoüilla tous nuds,
fans les détacher de la Potence.
Le premier qu'il en
tira fut le Corps de l'Archevefque.
Il l'étendit ſur une
petite Table , où luy ayant
fendu l'eftomach , il luy arracha
le coeur , qu'il fit voir
GALANT. 255
O
2
au Peuple , en diſant , Voicy
le coeurduTraître . En meſme
temps il le jetta dans le feu,
aufli- bien que ſes entrailles
qu'il luy arracha, apres qu'il
luy eut fendu le ventre,
comme il luy avoit fendu
l'eſtomach. En fuite luy
ayant coupé la teſte , il cria
tout haut , Voicy la teſte du
Traître. On ne remarqua
aucun changement dans le
viſage. Il mit cette tefte dans
une Corbeille , apres quoy
il coupa les quatre membres,
& les mit avec la teſte!
On a enterré le tout aupres
256 MERCURE
des Corps des Jefuites qu'on
exécuta à Londres il y a
deux ans . C'eſt une grace
que ce Prélat avoit demandée.
Le reſte du Corps fut
jetté au feu. L'Exécuteur fit
la meſme choſe de celuy de
Fits- Harris, dont on a auſſi
enterré les reftes .
Ma Lettre du mois de
May vous apprit la mort de
M le Duc de Leſdiguieres.
Son Corps ayant eſté embaumé
fut mis en dépoft
dans l'Egliſe de S. Germain
en Laye , & y demeura le
nombre desjours qu'on a de
GALANT. 257
1-
coûtume d'y laiſſer les Perfonnes
de ſa naiſſance. Des
Preftres l'y garderent nuit&
jour , avec douze grands
Flambeaux de cire blanche
toûjours allumez. Cependant
, Madame la Ducheſſe
de Lefdiguieres ſa Veuve,
dont la pieté eft connuë de
tout le monde , luy fit faire
icy un Service tres - pompeux
dans l'Egliſe de S. Paul , Paroiſſe
de l'Hôtel de Leſdi
guieres . Ily eutune affluence
extraordinaire de Perſonnes
du premier rang, de l'un
& de l'autre Sexe. L'ordre
Fuillet1681. 1. P. Y
i
1
258 MERCVRE
fut donné en ſuite pour porter
ſon Corps en Dauphiné,
où eſt le Tombeau de ſes
Anceſtres. On le poſa ſurun
Chariot couvert d'un grand
Drap noir, croifé de blanc, &
frangé d'argent, avec les Armoiries
de Leſdiguieres & de
Créquy. Vous ſçavez , Madame
, que ce Duc eftoit
qu
l'Aîné de l'illuftre Famille
de Créquy. Ce Chariot eftoit
attelé de fix Chevaux
noirs , caparaçonnez & couverts
de noir juſques à terre,
& accompagné de M² de
Vaucluſe , ancien Gentil
r
GALANT. 259
1
homme de la Maiſon , de
M² de Flote , Gentilhomme
de la Maiſon de Madamela
Duchefſe de Leſdiguieres,
de pluſieurs Pages, & autres
Domestiques , de quelques
Carroffes , & d'un grand
nombre de Chevaux de
main. Il reçeut beaucoup
d'honneur dans toute la route
, & rien n'euft manqué à
+ ceux qu'on luy euſt rendus
dans le Dauphiné , fi Madame
de Leſdiguieres n'euft
tenu ſecret le départ de ce
Convoy , afin d'épargner à
cette Province les dépenſes
Yij
260 MERCVRE
qu'elle jugeoit bien que l'on
voudroit faire. En cela elle
pratiqua la modeſtie de la
grandeur veritable, & fuivit
l'exemple de cet illuftre Defunt,
qui par les meſmes raifons
arrivoit toûjours à Grenoble
, de nuit & en Poſte.
Le Corps repoſoit déja dans
l'Egliſe de Moirene,qui n'eſt
qu'à trois lieuës de cette
Capitale du Dauphiné, quád
on y apprit qu'il y paſſeroit
le lendemain. Les Officiers
de Milice s'aſſemblerent
auffitoft chez M Baudet,
Pere de M de la Ronziere
GALANT. 261
1
Confeiller au Parlement,,
Premier Capitaine , & allerent
recevoir les ordres de
M' de S. André , Premier
Préſident , Commandant
dans la Province. Le lendemain
au matin , les Confuls
de Grenoble, animez de leun
zele accoûtumé , & voulant
marquer cóbien ils avoient
de reconnoiſſance pour toutes
les graces que la Ville
avoit reçeuës de M de Lefdiguieres
& de ceux de ſa
Maiſon, partirent avec leurs
Robes de cerémonie , accompagnez
de l'Hôtel de
262 MERCVRE
Ville, devancez par lesHuif
fiers & Valets en deüil, leurs
Chevaux couverts de Houfſes
noires traînantes ; &
s'eſtant rendus à Moirene,
prirent le devant du Chariot,
qui de Paroiſſe en Paroiſſe
fut précedé toûjours
du Clergé. Les Religieux
Prieurs de S. Robert , entre
Moirene & Grenoble , ne
voulurent pas s'exempter de
ce devoir , quoy qu'ils ne
faffent jamais de pareilles
fonctions. Tandis que le
Convoy approchoit,les onze
Cópagnies deMilice, ayant
GALANT. 263
い
1
M' Baudet à leur teſte, fortirent
hors de Grenoble par
la Porte nommée de France,
baſtie par les foins du Conneftable
de Lefdiguieres.
Ces Compagnies aſſemblées
en ſi peu d'heures, ne laifferent
pas de monter à pres de
quinze cens Hommes, qui,
rangez en Bataille par M
de S. Sauveur Major de la
Ville , borderent l'Iſere , &
occuperent une partie du
terrain qui eſt depuis la
Porte juſqu'au lieu où ce
terrain eft coupé par cette
meſme Riviere. Dés que le
264MERCVRE
Convoy arriva au Camp,
elles commencerent à premdre
leur marche , les Capitaines&
Lieutenans portant
leurs Piques ſous le bras , la
pointe en arriere, & preſque
traînante . Les Drapeaux eftoient
voilez de Crêpe , &
portez auſſi ſous le bras la
pointe baiffée en avant. Les
huit ou dix Sergens de chaque
Compagnie tenoient
leurs Hallebardes la pointe
deſſous & pendante , & les
Soldats portoient leursMoufquets
la croſſe ſous le bras
gauche , avec la bouche en
arriere.
GALANT. 265
5
arriere. LesTambours qu'
on avoit auſſi voilez de noir,
faifoient paroiſtre l'Ecuſſon
des Armes de Lefdiguieres.
Leur Baterie eſtoit celle des
Convois funebres. Enfin
tous les Officiers , Sergens,
Caporaux , Tambours , &
Valets de la Suite des Officiers,
avoient des Habits de
deüil & de longs Crêpes,
auſſi- bien qu'une partie des
Soldats . Jugez par toutes
ces chofes combien cette
Marche eſtoit lugubre. Le
grand filence qu'on y obſerva,
joint à la triſteſſequ'on
Juillet 1681. 1. P. Z
266 MERCVRE
voyoit peinte ſur tous les viſages,
fit affez connoiſtre ce
qui ſe paſſoit dans le coeur
des Aſſiſtans. Tous les Corps
Eccleſiaſtiques , non ſeulement
de Grenoble, mais des
environs, vinrent au devant
de ce Convoy juſques à la
Porte de la Ville, avec leurs
Banieres noires , & prirent
leur rang accoûtumé , chaque
Chanoine , Preſtre , ou
Religieux , ayant un Cierge
à la main. Apres eux marchoit
un nombre de Pauvres,
veſtus de noir, portant
chacun un Ecuſſon des Ar
GALANT. 267
mes de la Ville. La Compagnie
des Gardes précedoit
immédiatement le Chariot,
autour duquel on avoit rangé
douze Sergens de la meſme
Milice , qui avec leurs
Hallebardes écartoient la
grande foule. L'Hôtel de
Ville ſuivoit avec ceux de
la Maiſon de M² de Leſdiguieres,
tant de Paris que de
Grenoble. Le Peuple fermoit
la Marche , & fit paroiſtre
une cótenance toute
defolée. Mais rien ne fut
plus touchant que ce que
l'on entendit, quand les Ha
Zij
268 MERCVRE
bitans , accourus dans une
multitude prodigieuſe jufqu'à
la Porte de France, apperçeurent
les triftes Reliques
de leur Gouverneur.
La confternation qui juſquelà
s'eſtoit emparée de tous
les Eſprits , ſe changea en
des tranſports dont ils ne
pûrent retenir l'éclat. Ce
ne furent que voix confufes
de gémiſſemens & de regrets
; & comme s'ils eufſent
voulu eſtre ingénieux
à augmenter leur douleur,
chacun à l'envy marquoit
quelque grace, quelque acte
GALANT. 269
de bonté ou de justice, dont
il eftoit redevable à cette
Ame veritablement magnanime
, ne ceffant tous de
pouffer des voeux pour le repos
de celuy qui avoit contribué
ſi ſouvent au leur,
qui en quantité d'occafions
avoit fait céder fes intéreſts
à ceux du Public , & qui
enfin avoit eſté le parfait
Imitateur de M le Duc fon
Pere, dansle grand nombre
de pieuſes Penfions qu'il
avoit données à des Particuliers
de Grenoble , par de
purs motifs , qu'on ne sçau-
1
Z iij
270 MERCVRE
1
roit mieux nommer qu'en
les nommant de Leſdiguie.
res , puis que la genéroſité
eft fi naturelle à ceux de
cette Maiſon. Ce trifte Convoy
arriva ſur les neuf heures
du ſoir à l'Egliſe Cathédrale
de Noftre- Dame , au
fon de toutes les Cloches de
la Ville. La Milice campa
dans la Place qui eſt au devant
de cette Eglife , & le
Corps fut defcendu à l'entrée
par huit des Sergens,
quatre Gentilshomes ayant
pris les bouts du Drap. II
repoſa juſqu'au lendemain
GALANT. 271 1
1 dans une Chapelle toute ervironnée
de grands Flam-
- beaux. Pendant la nuit, on
poſa un Corps- de- garde de
dix Hommes, & un Sergent
de chaque Compagnie, avec
unCapitaine, unLieutenant,
& un Enſeigne. Le jour ſuivant
, à cinq heures du matin
, la Meſſe fut celébrée, &
le Corps remis un peu apres
fur le meſme Chariot, qu'on
accompagna dans le mefme
ordre juſques au Convent
des Récolets , hors la Porte
de Bonne. La Milice y tenoit
deux hayes ouvertes, au
Zij
272 MERCVRE
milieu deſquelles le Convoy
paſſa ; apres quoy les Soldats
firent la Salve de leur pi.
toyable adieu. Le Corps repoſa
ce mefme jour à la
Mare , qui eſt une de ſes
Terres . Les Preftres de la
Paroiſſe , les Capucins , les
Penitens , & les Principaux
du Lieu , vinrent au devant
juſques à Pierre-Chaftel, dif
tant d'une lieuë, & l'accompagnerent
le lendemain juſ
ques à Ponthaut , éloigné
d'une autre lieuë , où les
Peuples de tous les environs
eſtant accourus , firent voir
GALANT. 273
コpar leurs regrets combien
ils ſentoient la perte. Il fut
mis ce meſme jour auTombeau
de ſes Anceſtres. C'eſt
un Mauſolée, enrichy de pluſieurs
Figures de marbre
blanc & noir , d'une ſculpture
admirable , dans le
Chaſteau de Leſdiguieres,,
Lieu de la Pairie.
Il me reſte à vous parler
du Service folemnel qui fut
fait pour luy le Vendredy Ir..
de ce mois dans la Cathé.
drale de Grenoble. Ce jour
ayant eſtépris , les Officiers
de Milice ſe ſaiſirent dés
274 MERCVRE
cinq heures du matin de
toutes les Portes & Avenuës
de l'Eglife, qu'ils firent garder
par les Sergens pour empeſcher
la confufion. Elle
eſtoit tenduë de noir , avec
une double Litre de Velours
neuf, chargée de l'Ecu de
Lefdiguieres d'un pied à
l'autre. Sept Litres de mef
me , ornées des meſmes
Ecus , couvroient tout le
Grand Autel , ainſi que la
Chaire du Prédicateur. Un
nombre infiny de Cierges
allumez par tout , éclairoit
l'Eglife, qui ne recevoit que
GALANT. 275
en
1
C
C
cette lumiere, toutes les Feneſtres
eſtant fermées par
de grands Draps noirs. Au
milieu du Choeur eſtoit le
Mauſolée , élevé ſur quatre
Marches , couvertes de fixvingts
Flambeaux d'argent,
garnis de Cierges chacun
d'une livre, Le Parlement
s'y rendit en Corps fur les
neufheures, avec la Chambre
des Comptes , & ces
Compagnies prirent leurs
places à leur ordinaire à
chaque coſté du Choeur.
M' l'Intendant de la Pror
vince qui y aſſiſta , ſe mit
276 MERCVRE
r
immédiatement apres les
Préſidiens à Mortier. Les
Confuls & les Officiers de
Milice furent placez au milieu
du Choeur ſur des Sieges
mis en travers, & drapez de
noir . M² Morel Conſeiller
au Parlement , & Chanoine
de cette Eglife , officia en
l'absence de M' l'Evefque
de Grenoble qui estoit allé
faire fa Viſite ; & apres la
Meſſe , l'Oraiſon Funebre
fut prononcée par le Pere
Brenier Jefuite, celebre Prédicateur.
Il eut beaucoup
deſuccés,& fit paroiſtre une
GALANT. 277
1
ل
M
éloquence tres -fine dans les dans les
trois Parties de fon Diſcours,
qui furent, Grandeur à l'Armée,
Grandeur à la Cour , &
Grandeur parmy les Siens &
avec le reste du Monde. Il prit
pour Sujet de la premiere,
ce que ſçait toute l'Europe
de l'illuftre Duc dont il parloit
; &dans les deux autres,
il fit éclater mille endroits de
probité , de bonté , de cordialité,
de compaffion , de
juftice, & de genérofité, autres
que ceux qui estoient
publics. Il releva tous ces
endroits de vertu , aufquels
:
278 MERCVRE
l'oſtentation n'avoit jamais
eu de part , comme partans
d'un fond de bon naturel &
de magnanimité , & finit
trop toſt pour la ſatisfaction
de ſes Auditeurs. Les Bou.
tiques de la Ville furent fermées
pendant tout ce jour,
& le Parlement ne donna
point d'Audience.
Le Roy a donné à M
Hennequin ſon Procureur
General au Grand Confeil,
l'Abbaye de Val- fecret,Dioceſe
de Soiffons , pour M'
l'Abbé de Charmont fon
Fils. Quoy qu'il foit ſeuler
GALANT. 279
ment âgé de feize ans , il a
déja un mérite qui le rend
tres - digne du nom qu'il
porte , & des graces d'un
Prince qui fait toutes chofes
avec le plus juſte difcernement.
L'excellente éduca
tion qu'il a reçeuë , & fon
heureux naturel , font qu'il
n'ignore aucune des chofes
qui peuvent former un galantHomme.
Ila jointàl'é
tude de l'Hiſtoire & des
belles Lettres , celle desMa
thématiques , où il a réüſſy
ddaannss ccee qquu''eellllees ont de plus
curieux , avec un fuccés qui
i
280 MERCVRE
eſt peu commun. Ce font
des marques certaines que
1'Eglife ne trouvera pas
moins d'appuy en ſa Perſonne,
que l'Etat en a trouvé
dans tous ceux de ſa Maiſon.
Elle eſt alliée à quantité de
grandes Familles des plus
conſidérables du Royaume,
tant de la Robe que de l'Epée,
& elle a donné desOfficiers
à toutes les Compa-
: gnies Souveraines de Paris.
On y compte des Maiſtres
des Requeftes , des Préfidens
aux Enquestes & Requeſtes
du Palais, des PréfiGALANT.
281
1
dens à Mortier, & des Evef
ques de Rennes, de Troyes,
de Senlis , & de Soiffons.
| M' Hennequin , Pere de ce
jeune Abbé, efſt unHomme
d'une pieté exemplaire , capable
des plus grands Emplois,
& des plus importanres
Negotiations.
Je vous ay déja parlé bien
des fois du Berger Fleurifte,
& la délicatefſſe de ſon eſprit
vous eft connuë par plufieurs
de ſes Ouvrages qui
ont embelly mes Lettres.
Ainſi je ne sçaurois mieux
vous préparer à une lecture
Juillet1681..1. P. Aa
282 MERCVRE
agreable , qu'en vous diſant
que le Billet que vous allez
voir eſt de ſa façon . Il accompagnoit
un Préſent de
Fleurs, envoyé àune Belle le
jour de fa Feſte.
525252-5222525225
LE BERGER
FLEURISTE,
A la Nymphe des Bruyeres.
N
E vous envoyer point de
Fleurs le jour de vostre
Fefte , belle Nymphe , & vous
écrire pour excuſe que les plus
brillantes des Parterres perdent
A GALANT. 283
TI
3
leur lustre aupres de celles de
voſtre teint ; qu'à voſtre appronche
les plus blanches ſemblent
devenir pales , & les plus vermeilles
rougir de honte , &que
deux Soleils feroient bientoft
mourir ce qu'unſeulfait naître,
Ce feroit faire le Badin ,
Et vous donner d'aflez mau.
vaiſe grace,
Pour de belles Fleurs deJardin,
Les plus communes du Parnaffe
.
L'amitié tendre, auſſi-bien que
l'amour,
Vous en doir, du moins en ce
jour,
Préſenter de plus naturelles.
Aa ij
284 MERCVRE
Cetribut appartient au nom que
vous portez;
Et s'il ſe paye aux moindres
Belles,
Vous , que l'on voit briller de
cent raresbeautez,
Je vous laiffe à penſer, fi vous le
méritez ..
Ne vous en offrir d'ailleurs
qu'en petite quantité, & vous
mander pour raison de cette
épargne,
Vous en auriez eu davantage..
Mais quoy, dés le matin
LesAbeilles ont mis le Parterre
au pillage, 1.
Et s'en vont avec leur butin ..
Il leur faut pardonner aujourd'huy
ce ravage,
GALANT. 285
Elles l'ont fait à bonne fin .
Les Zéphirs mes amis, m'ont dit
que certe Queſte
Eſtoit pour celébrer, par un fa
meux Feſtin ,
Cejour de voſtre Feſte.
Jevous connois , belle Nymphe.
Vous feriez d'humeur à
ne croire ny les Zéphirs, ny leur
Truchement , & l'on courreroit
risque de ne paffer aupres de
vous que pour un Conteur de
Nouvelles faites àplaisir L'inconvénient
m'a paru fâcheux,
&pour l'éviter, j'ay fait amaffer
des Fleurs , &vous en envoye
trois Corbeilles toutes pleines.
286 MERCVRE
Céladon , de ma part , vous les
va préſenter,
Etj'oſe me flater
Qu'elles vous feront agreables.
Elles parfument l'air d'une char.
mante odeur;
L'innocence & l'amour brillent
dans leur couleur,
Il n'en eſt pointde plus aimablés.
Les Roſes & les Lys n'ont point
tant de beautez,
Ce font pour les Autels des ornemens
paſſables;
Mais voicy ce qu'il faut pour les
Divinitez .
Fleurs d'Orange & de Gré
nade , Iasmin de France &
d'Espagne, & Oeillets de toutes
GALANT. 287
lesfortes. Je n'ay pas voulu les
mettre en Bouquets , ç'auroit effé
entreprendre mal - à-propos fur
cet esprit de discernement &
d'invention dont vous estes
pleine jusqu'au bout des doigts,
&qui rend tous vos Ouvrages
fi beaux, qu'on n'en voit point
de mieux travaillez que ceux
quifortent de vos mains.
C'eſt donc à voſtre adreſſe
A faire valloir leur richeſſe,
Aménager leur rang, leur éclar,
leurdouceur,
Et puis à les placer fur voſtre
aimable coeur.
C'eſt là que vous allez finir vos
deſtinées,
288 MERCVRE
Fleurs trois fois fortunées;;
Et c'eſt là qu'unAmant mettroit
tout fon bonheur
A finir ſes années .
Pour moy, belle Nymphe, bien
que je ne fois qu'au nombre de
vos Amis, fans mentir, en cette
rencontre,ſi je l'ofe dire,
Je ſuis du fentiment de vos Ado
rateurs ..
Je voudrois bien avoir le deſtin
de mes Fleurs .
Tout iroit à me fatisfaire,
Vous me regarderiez comme un
joly préſent,
J'aurois le bonheur de vous
plaire,
Etje mourrois en vous plaifant..
Eſt-il rien de plus doux, & de
plus innocent?
三国里
i
GALANT. 289
Apres tous les Airs d'amour
que je vous ay envoyez
depuis pluſieurs mois,
vous ferez bien- aiſe d'en voir
un à boire. Les Paroles ont
eſté notées par un fort habile
Maiſtre.
CHANSON A BOIRE.
L
Hofte de ceans nous fait mal
SaCour,
Ilmérite qu'on le gronde.
J
Quoy, n'avoirqu' un Valetpour ven
ferà la ronde,
Etneboireque tour- a-tour?
Pour noſtreſoifextréme
Est-il rien de plus importun?
Croyez -moy,fervons- nous nousmsme,
Nous boiros quatre coups pour un.
Juillet1681. 1. P. въ
290 MERCURE
La ſeconde Enigme du
dernier Mois, n'a pas feulement
trompé vos Amies,
mais pluſieurs autres Perſonnes
, qui ayant trouvé que
le Fen estoit le vray Mot de
la premiere , ont crû en devoir
chercher un autre pour
cette feconde. Cependant
toutes les deux avoient eſté
faites ſur le Feu , & c'eſt ce
qui a donné lieu à ce joly
Madrigal de M'Daubaine.
D
E Mercure à Philis ladiférence
eftgrande.
S. quelqu'un de vous me demande
Enquoy, comment, d'où vientqu'ils
s'accordentsi peu,
GALANT. 291
Ilfaut queje lefatisfaffe;
C'est que Mercure est tout de Feu,
Et Philis est toute de glace.
Ceux qui ont connu que
ces deux Enigmes avoient
eſté faites ſur le meſme Mot,
- ſont Ms Gardien, Secretaire
du Roy; Leger de Verbif
fonne ; L'Abbé du Vivier,
de la Ruë de la Truanderie,
Formentin & CCaauuddrroon , du
College d'Abbeville ; De
Lépine de Ploërmel ; Rault,
deRoüen ; Gigés,du Havre,
(ces trois derniers les ont expliquées
en Vers ; ) Made
moiſelle Jeanneton Goury,
Bb ij
292 MERCVRE
d'Orleans ; L'aimable Toinon
; La charmante Magdelon
; La fidelle Fanchon;
La belle Blampignon , de
Paris ; Le Solitaire de Rennes
; Le folâtre Amant , de
la Ruë Trouſſevache ;
mant de la jeune Lifete , de
la meſme Ruë ; & Loyſeau
de la Ruë Aubry- Boucher,
de la Ville de Cambray , ces
deux encor en Vers.
L'ACeux
qui n'ont trouvé
que le Mot de la premiere,
font M" de la Ville- aux-Butes
, de la Ruë de la Harpe;
Guépin , de Rennes ; De
GALANT. 293.
Vert , Prevoſt de S. Pierre
d'Abbeville ; Frere Jean
d'Amiene; Saugy, de Nuits
fous Rennes , Rouflelet, de
l'Hoſtel d'Avaux ; Mazan,
de Lyon ; Poirier, de Meres;
De la Croix R... Meſdemoifelles
la Perouze de Létang,
de Dauphiné ; Avare , du
Quartier S. Victor ; Bourgeois
la cadete ; De la Mare,
de la Ruë Montmartre;
Bienfait la cadete , de l'Hôtel
d'Avaux ; Davilers, de la
Rue Simon le Franc ; Le
Clerc, Ruë aux Ours ; Daligre,
Ruë au Maire ; D. Cy
Bb iij
294 MERCVRE
Rue Monconfeil; Sylvie, du
Havre de Grace ; Les Prétentions
deſolées; La genéreuſe
de Boiſſy ; L'aimable
Dauzay; L'Amante raccom
modée , de la Ruë Montmartre
; Allard , du Véxin;
Alcidor , du Havre de
Grace ; Le Promethée en
amour , de la Ruë des cinq
Diamans ; Le défunt Voiſin
des Hoſteſſes agreables ;
Le Triolet de Bordeaux, du
Quartier S. Mederic ; Le bon
Oncle, du meſme Quartier,
Les Agens Pygmées , de la
Ruë S. Martin ; Le Confeil
1
GALANT. 295
ler du Mariage , Le Libertin
ſpirituel ; L'illuſtre Faineant,
Le jeune Solitaire de la Ruë
des trois Cheminées, de Poitiers
; Le Chevalier de la
Santé ; L'Abbé Luyſant , de
la Ruë des Meneſtriers ; Le
galantClerc de la Chambre
des Comptes , de la Ruë
S. Bon ; Les illuftres Commis
de la Ruë de Clery ; Le
Solitaire de l'Hoſtel de
Guiſe ; Le jeune Agent flaté
d'eſpoir ; L'Agent né coifé,
Les Ouvrages du Hazard ;
&le mal-habile Homme de
Normandie.
6
Bb iiij
296 MERCVRE
J'ajoûte les noms de ceux
qui ont expliqué cette mefme
Enigme en Vers. Ms le
Comte de Montaigu , de la
Rue Montmartre ; De l'Iſle
d'Origny , de Troyes ; F.
Ha... du Meſnil , de Cham
brais en Normandie ; Bouret
, Préſident en l'Election
de Mante & Meulan ; Le
Blanc, de Roquemont ; Regnier
de S. Martial ; De Plémont
, de la Foreft de Lyons
en Normandie ; Droüart de
Roconval ; La jeune Epouſe
triomphante , de la Ruë
S. Denys ; Les belles Go
Martial 1
GALANT. 297
bron ; L'aimable Hubert,de
la Ruë de la Harpe ; Le Juvenal
naiſſant, de la meſme
Ruë ; L'Amoureux enbourgeoiſé
; Le Solitaire Avanturier
, de la Ruë Maubué,
Le Favory Monicardin ; Le
Bourg , de l'Hoſtel de Soiffons
; & l'Architecte reſſuſcité.
Le Tonnerre , la Plume,
& la Chandelle, font trois autres
Sens que l'on a donnez
à la meſme Enigme.
On a expliqué la ſecondo
fur le Vin, l'Eau, le Tonnerre ,
le Charbon de terre, & la Mine;
&ceux qui ont connu que
298 MERCVRE
c'eſtoit le Feu , font Ms Pinchon,
de Roüen ; De Clacy,
de Caën , Avocat au Parlement
de Paris; & le Solitaire
du Parnaſſe de Rheims , ces
deux derniers en Vers .
Le Berger Fleuriſte a fait
la premiere des deux nouvelles
Enigmes que je vous
envoye. Le jeune Solitaire
de Poitiers eſt l'Autheur de
la feconde.
ENIGME.
V
Oicy deux Soeurs des plus
aimables,
Dont l'une estReyne,&l'autre Roy.
GALANT. 299
Leurs appasſont divins, ſi l'on en
croit les Fables;
Etfans eux, oufans leursfembiables,
Vous qui pouvez de bonne-foy
Amille Coeurs donner la Loy,
Jeunes Beautez, ( que de deüil&de
larmes! )
Vous n'auriezpas la moitiéde vos
charmes.
22
Enfaveur de leurs grāds attraits
On les aime par toute terre.
L'une,fur tout,en France; & l'autre
en Angleterre;
Et ces Etats en ont grand nombrede
Portraits,
Desplus riches,&des mieux faits.
Se
Le Royſefoûtientde luy-mesme,
Il estgrand, droit, & vigoureuxs
300 MERCURE
:
La Reyne eftfoible &tendre , &
mérite qu'on l'aime,
Aufſiſon air est amoureux.
Mais la Belle a des Gardes
Armez de bonnes Hallebardes,
Pour ladéfendre, oulavanger
De l' Etourdy qui la veut outrager.
AUTRE ENIGME ..
Viconque s'estforvy de
moy,
:
Sçait combien àpréſent utile estmon
employ.
MonCorps estsimple&froid autant
qu'on lepeut eſtre;
Il estpourveu deplusieurs bras
Dontle nombre ne doitfaire aucun
embarras.
Qu'ilsuffise au Lecteur qui cherche
àme connoistre
GALANT. 301
Que de moyfans c. a l'on feroir peu
decas.
Ilnefautpointque l'on s'étonne,
Si ce queje n'ay pas, quand on veut,
je le donne.
Demoy-mesme je ne puis rien,
Par le fecours d'autruy je rens le
mien utile,
Etjenefais nymal ny bien ,
Tandis qu'on me laiſſe inutile.
L'Amour est le Dieu des
Avantures,& il en fait naître
tous les jours qui nous convainquent
qu'il n'y a point
d'âge qui puiſſe mettre les
coeurs à couvert de fon pouvoir.
Un galant Homme
ayant épousé une Demoi
302 MERCURE
ſelle dont le mariage l'accommodoit,
logea chez luy
avec grande joye une Soeur
cadete , qui n'ayant plus ny
Pere ny Mere , partageoit
avec ſa Femme tout le Bien
de la Maiſon. Il avoit grand
ſoin de ſa conduite , & luy
preſchoit ſi ſouvent l'infidelité
des Hommes , qu'il luy
fut aiſé de voir par quel motif
charitable il luy en vouloit
donner du dégouft. Sa
Succeſſion le regardoit ; &
quoy qu'il n'oſaft luy conſeiller
la retraite, il n'euſt pas
efté faché qu'elle euſt pris
4
GALANT. 303
party dans le Convent. La
Belle qui liſoit dans ſes penſées
, le donnoit ſouvent le
plaiſir de les flater. Elle marquoit
du mépris pour tous
les plaiſirs du monde , plaignoit
la folie de celles qui
écoutoient des douceurs ; &
à l'entendre , le nom d'un
Amant luy eſtoit inſuportable.
Rien ne plaiſoit tant à
fon Beaufrere. Il croyoit déja
luy voir une Guimpe,& dans
le détachementqu'ellemontroit
tous lesjours,il luy don
noit le nom de Béate , & ne
faiſoit plus qu'attendre qu'
304MERCVRE
:
elle rempliſt ſa vocation. II
l'attendit inutilement. Quoy
qu'il puſt faire pour l'y affermir,
ſes ſoins n'empeſcherent
point qu'elle ne trompaſt
ſes eſpérances, & ce qui
luy fut le plus fâcheux , c'eſt
que ce malheur luy arriva
d'où il devoit le craindre le
moins . Il avoit encor fon
Pere , qui gardant chez luy
un Apartement, contribuoit
aux frais du ménage. C'eftoit
un Homme d'un mérite
diftingué, & à qui un grand
Prince avoit fait l'honneur
de le choiſir pour agir dans
1
GALANT: 305
C
ゴ
fes affaires. Comme il avoit
foixante & douze ans , fon
Fils ne puſt ſoupçonner qu'il
* cuſtencor l'ame tendre. Ce
pendant à force de voir la
Belle , il en demeura charmé.
Apres quelque temps
perdu à luy dire en general.
• mille choſes obligeantes , il
luy parla férieuſement. Elle
l'écouta malgré ſon âge. Ils
convinrent de leurs faits, &
ce fut par ſon avis qu'elle fe
feignit dégoûtée du monde.
Ils ébloüirent par là les Sur
veillans qu'ils avoiét à crain
dre; & pour ne les pas cha
Juillet 1681. 1.P. Cc
1
306 MERCVRE
griner avant le temps , ils ſe
donnerent la foy en ſecret,
& le bon Homme ſe rendit
heureux fans que perſonne
en puſt rien connoiſtre. Les
meſures qu'on le pria de garder
pendant quelques mois,
demandant de luy de grandes
contraintes, il commençoit
à les trouver importunes
, quand la Belle s'apper.
çeut qu'il eſtoit temps de
parler. Elle déclara fon mariage
, qui fit d'autant plus
de peine aux Intéreſſez, qu'-
ils la virent en état d'eſtre
bientoſt Mere. L'Avanture
GALANT. 307
donna ſujet de parler à toute
la Ville , où la Belle eft préfentement
reconnue pour
Bellemere de ſa Soeur aînée,
&fon vieil Epoux pour Beaupere
& Beaufrere de ſa Belle
fille.
Le Pere Alexis du Buc
Religieux Théatin, continuë
toûjours la Controverſe dans
l'Egliſe de ces Peres . Entre
pluſieurs Abjurations , qui
font l'heureux fruit des Ve
ritez qu'il enſeigne , celle
qu'il reçeut de Mademoi
felle de Biron le 7. de ce mois
eft conſidérable. Cette De
1
Ccij
308 MERCURE
moiſelle eft âgée de 25 ans,
& d'une des plus illuftres
Familles d'Angleterre , où
ſes Parens ont toûjours efté
l'appuy de la Religion Proteltante.
La Cerémonie s'en
fit dans l'Egliſe des Carmelites
du grand Convent. Les
Converſions cótinuënt auſſi
à ſe faire en tres-grand nombre
dans le Poitou, &depuis
un mois plus de quinze cens
Perſonnes y ont encor abjuré.
Le zele des Magiftrats
à faire obſerver dans toutes
les Villes les Déclarations
de Sa Majefté touchant les
GALANT. 309
Prétendus Reformez , produit
des effets tres - avantageux,&
on l'a veu depuis peu
dans la Ville de Lunel en la
perſonne de M de Montfagean
, qui avoit veſcu foixante
ans dans la Religion
-de Calvin. M² de Froment
Procureur du Roy , l'eſtant
allé voir quand il eut appris
qu'il eſtoit malade, il luy
déclara qu'il vouloit ſe convertir,
& fit abjuration entre
les mains des Capucins qui
vinrent l'inſtruire. Il veſcut
encor dix jours, & employa
tout ce temps àdes acteمsهل de
310 MERCVRE
devotion & de piete, qui ſur
prirent tout le monde. Les
Ordres Religieux accompa
gnerent fon Corps,avec tous
les Catholiques , dans l'Egliſe
des Obfervantins, où il
ſouhaita d'eſtre enterré.
Il s'eſt fait une autre Converſion
dans la mefme Ville,
qui a eu beaucoup d'éclat.
Mademoiselle Prifille de
Roſſillon , âgée d'environ
vingt ans , Fille unique de
M'de Roffillon, l'un des plus
celébres Miniftres de Lunel,
ayant eu des doutes qui luy
rendirent ſa Religion fuf
GALANT. 311
pecte , ſe fit inſtruire par les
Capucins des Veritez de la
noſtre. Les conférences qu'.
-elle eut avec eux ne pûrent
fe faire avec aſſez de ſecret
pour eſtre inconnues à ce
Miniſtre. Il les découvrit,
&pour empeſcher le changement
qu'il craignoit , il
luy oſta la liberté de fortir,
juſqu'à ce qu'il puſt la faire
conduire à Orange , ou à
Geneve. Toute obſervée
qu'elle eſtoit, elle vint à bout
de s'évader , & les Dames
Catholiques entre les mains
deſquelles elle ſe remit,
312 MERCURE
ayant averty les Magiftrats,
elle fut conduite à la grande
Egliſe , où elle embraſſa publiquement
la Religion Romaine.
On chanta le Te
Deum à la fin d'une grande
Meſſe qu'on celébra ; & M
de Roffillon ſon Pere , qui
fut averty de cette Cerémonie
, y accourut auffitoft. If
l'aimoit tres - tendrement,
pour ſes belles qualitez , &
luy trouvoit tant d'eſprit,
qu'il avoit bien dit des fois,
qu'il euſt ſouhaité qu'elle
euſt eſté un Garçon , pour
en faire un des plus fameux
Miniſtres
GALANT. 313
Miniftres de France. Il luy
-parla ſans emportement , &
ayant ſçeu d'elle qu'elle avoit
examiné ce qu'elle faiſoit,
il luy proteſta devant toute
l'Aſſemblée,que pour s'eſtre
convertie, il ne l'aimeroit pas
moins, & la pria de ne point
l'abandonner, l'aſſurant qu'il
la laiſſeroit aller, quand elle
voudroit , dans un Convent
de Religieuſes, pour achever
de ſe faire inſtruire. Cela ſe
fit quelques jours apres. On
la conduifit à Montpellier
au Convent de S. Charles,
où Madame de Pradel, Soeur
Juillet1681. 1. P. Dd
314 MERCURE
de l'Eveſque de la meſme
Ville, & Madame de S. André,
ont un ſoin particulier
des Nouvelles Converties.
Meſdemoiselles de Nicol,
Filles deM' de Nicol , dont
jevous appris la converfion
par ma Lettre de Fevrier,
font auffi dans ce Convent,
où leur ferveur eſt d'un
grand exemple.
M' de Clauſel , un des
plus vieux Conſeillers de la
Cour des Aydes , & fort eftimé
pour ſon eſprit & pour
fon mérite , a fait la meſme
abjuration. Madame de k
GALANT. 315
Roux ſa Niece, Tl''aaiimmité,
Elle eſt Femme de M² de
Roux , autre Conſeiller de
la meſme Cour des Aydes,
qui s'eſtoit fait Catholique
quelque temps auparavant.
Les grands fruits qu'ont
faits les Capucins Miffion->
naires que M'l'Evefque de
Troyes avoit fait venir dans
cette Capitale de ſon Dioceſe,
ont continué juſqu'à la
fin. Ils ont preſché tous les
jours matin & foir pendant
ſept ſemaines, dans les trois
plus conſidérables Eglifes
de laVille, avec une affluence
Ddij
316 MERCURE
L
de monde qui ne ſe peur
concevoir. Cette Miffion fut
terminée il y a fort peu par
la Benédiction des Croix qui
ont eſté élevées en beau.
coup d'endroits. M' l'Evefque
de Troyes en fit la Cerémonie
, & aſſiſta à la Proceſſion
genérale qui fut faite
ce jour-là. Le zele a eſté ſi
grand pour l'érection de ces
Croix, que les Dames meſ
me ont travaillé à porter de
la terre ſur les éminences où
il avoit eſté réſolu qu'on les
placeroit.
Encor une fois, Madame,
GALANT. 317
:
car je me fouviens de vous
en avoir déja priée ) je vous
conjure d'obtenir de vos
Amis de ne faire aucun pary
fur mes manieres d'écrire .
Si j'ay mis dans l'Hiſtoire de
l'Avare du dernier Mois,
L'irréguliere structure du Corps
de la Mariée , & non pas la
ſtructure irréguliere, ce n'a
point eſté ſans y fonger,
mais par la meſme raiſon
qui oblige ceux pour qui
vous m'avez écrit, à préferer
ce dernier arrangement à
l'autre , je veux dire , parce
que le premier m'a paru plus.
Dd iij
318 MERCVRE
doux , & que le redoublement
de la lettre r, m'a fait
quelque peine dans ces deux
mots , la ſtructure irréguliere..
Je n'ay jamais crû qu'on duſt
ſe faire une regle de mettre
par tout le ſubſtantif avant
l'adjectif. L'un eſt fort fouvent
préferable à l'autre, &
il me paroiſt qu'il en faut
laiſſer décider l'oreille. Ily a
meſme pluſieurs adjectifs,
qui doivent toûjours préceder
le ſubſtantif. Petit &
grand font du nombre ; & fi
c'eſt fort bien parler de dire,
le juſte dépit qu'il eut de voir,
GALANT. 319
4
&c. on parleroit Allemand,
fiſi on diſoit , le dépit juſte qu'il
eut. Vous ajoûterez ce qu'il
:
vous plaira à la Réponſe que
vous avez fouhaitée de moy
fur cet Article. Comme les
Dames ont les ſentimens
tres - délicats , elles s'expri
ment auſſi avec beaucoup de
juſteſſe , & vous n'avez qu'à
vous confulter vous -meſme,
pour juger les diférens que
vous voyez naiſtre fur la
Langue. Vous eſtes d'un
Sexe dont lesOuvrages font
voir, que l'heureux talent de
dire aiſément les chofes luy
Dd iiij
320 MERCVRE
atoûjours eſténaturel. Auffi
font- ils recherchez avec un
empreſſement extraordinaire
, & c'eſt ce que nous
voyons encor aujourd'huy
par le grand débit qu'on fait
du Livre intitulé , Daumalinde
, Princeffe de Lufitanie.
Il eſt tout miſtérieux , &
donne fort à reſver à ceux
qui ſe piquent de ſçavoir la
carte de la Cour. Il eſt fait
par Madame de S. Martin.
C'eſtvous dire tout, que vous
la nommer. Il ne faut rien
davantage , pour en donner
une idée parfaite à ceux qui
GALANT. 321
C
connoiffent comme vous les
Perſonnes diftinguées.
Le S de Luyne, Libraire
auPalais, débite un autre Livre
nouveau, que vous trouverez
tres- digne de l'eſtime
qu'on en fait. On l'appelle
la Circé..C'est une Tradution
de l'Italien de Jean-
Baptiste Gelli . Ce Livre eft
diviſé en plufieurs Dialogues
tres- curieux , qu'on ne
२
peut lire avec application
ſans en tirer beaucoup d'avantages,
pour ſe connoiftre
foy-mefme.
Toutes les Lettres qui
1
322 MERCURE
font venues d'Angleterre
depuis l'exécution de l'Archeveſque
d'Armagh , nous
apprennent qu'on a tous les
jours de nouvelles preuves
de ſon innocence. On le
plaint fort de n'avoir pû obtenir
que ſon Jugement fuft
reculé. On a imprimé à Londres
la Déclarationque Fits-
Harris donna au Docteur
Havvkins le jour de ſa mort.
Elle a eſté faite en préſence
de trois Témoins qui l'ont
fignée avec luy; & afin d'en
mieux atteſter la verité , ce
Docteur a mis au bas fom
GALANT. 323
!
Certiffiiccaatt,, ppaarr lleeqquueell ildéclare
en foy de Chreftien,
&ſur la parole d'un Miniftre
de l'Evangile, qui, avant que
Fits-Harris commençaſt à
écrire aucune choſe , il l'af
fura plufieurs fois , que quoy
qu'il puſt découvrir, il ne devoit
avoir aucune eſpérance
de ſauver ſavie , ny éviter la
damnation éternelle , s'il écrivoit
quelque choſe qui
fuſt contraire à la verité , &
que l'ayant exhorté ſur cha-
- que point important à examiner
avec grand ſoin tout
ce qu'il déclareroit , il s'ef
324 MERCVRE
toit mis à genoux de temps
en temps , extraordinairement
touché de ſes fautes,
& avoit appellé Dieu & les
Anges à témoin , qu'il n'écrivoit
rien que de veritable.
L'eſſentiel de ſa Déclaration
eft , Quefa Religion en general
est celle qui a efté anciennement
reçeuë dans les quatre premiers
Conciles genéraux , & que sa
croyance enparticulier est la Foy
des Chreftiens contenue dans les
trois Symboles, des Apoftres,de
S.Athanase, & de Nicée ; Que
pour ce qui regarde les crimes
pour lesquels il meurt, laſeule
GALANT. 325
part qu'il ait eu au Libelle , eft
d'avoir esté employé pour faire
fçavoir au Roy tout ce qui ſe
faisoit contre luy ; Que dans
cette veuë il tacha d'en avoir
une Copie , & l'eut enfin de
M' Evverard , entierement
écrite de ſa main; Que la partie
du Libelle qu'il donna au mefmeM'
Evverard, comme un
gage ou afſurance qu'il ne le
découvriroit point , il l'avoit
euë de Mylord Hovvard, &
qu'il n'a jamais touché d'autre
argent du Roy , que ce qui luy
fut donné pour avoir apporté
Libelle intitulé , Le Roy
1
326 MERCURE
dévoilé, les Articles de la
Ducheſſe de Portsmouth.
Il déclare , Que le Mylord
Hovvard luy apprit un jour
qu'on avoit deffein de ſeſaiſir
de la Perſonne duRoy, &de
le garder dans la Ville jusqu'à
ce qu'il eust satisfait aux Demandes
des Autheurs de l'Entrepriſe;
Que le nomméHaines
&luy entrerent dans ce deſſein,
& qu'ils avoient eu plusieurs
conférences avec ce Mylord, quż
pour les encourager, leur faifoit
entendre qu'on changeroit le
Gouvernement d'Irlande , en
tant les Revenus additionnels
GALANT. 327
dis
des Ervesques, & autres droits,
qu'on diftribuëroit à ceux
Party ; Que pendant qu'on le
tenoit dans les Priſons de Neugate,
les Sherifs Bethel & Cornish
levinrent trouver avec un
Préfent de Mylord Hovvard,
luy apporterent des Articles
de la part de M' Evverard,
dans lesquels il l'accuſoit d'eftre
un Espion de la Cour , ou de
M le Duc d'York , eniployé
far le Roy pour répandre le
Libelle dans les Maiſons des
Protestans ,afin de les perdre
ce qu'il jurefurſa mort n'avoir
jamais eu pensée defaire ,
328 MERCURE
que perſonne ne luy a proposé
rien de ſemblable. Il ajoûte,
Que les meſmes Sherifs luy di
rent qu'il feroitjugé dans deux
outrois jours, que lePeuple vouloit
lepoursuivre , que le Par
lementſe porteroit Partie contre
luy , qu'ainsi il nepouvoit éviter
la mort qu'en découvrantla
Conspiration des Papistes ;
que s'il vouloit déclarer qu'elle
Je faisoit pour introduire
Religion Romaine , ou donner
quelqu'un qui rendiſt la Reyne
ouM'le Duc d'York coupables,
ou enfin inventer quelque Hiftoire
qui confirmaſtles bruits qui
GALANT. 329
W
couroient de la Conſpiration, le
Parlement luy rendroit nonfeulement
le Bien deſon Pere, mais
tous les fruits depuis le rétabliſfement
du Roy. Il confeffe,
Que dans l'état déplorable où il
ſe trouvoit ,fans Amis ,Sans
argent , fa Femme toute prefte
d'accoucher,ſes Enfansfanssubfistance
, & n'ayant d'ailleurs
aucun moyen de fauversa vie,
qu'en faisant ce qu'on ſouhaitoit
de luyy,, il y avoit confenty,
non point par ambition,
mais dans la veuë de s'épargner
une mort infame ; Que les Sherifs
luy apporterent des Inftru-
Juillet1681. 1. P. Ee
330MERCVRE
Etions qu'ils diſoient venir des
Seigneurs des Communes,
affemblez ce mesme jour pour
présenter une Adreſſe au Roy
en ſa faveur, s'il vouloit agir
fuivant ces Instructions ; Qu'il
fit d'abord une Histoire fur la
Conspiration , qui ne pouvoit
nuire à perſonne ; furquoy le
Sherif Cornihs luy dit que ces
chofes-là avoient esté criées dans
les Ruës depuis deux ans , t
qu'ilpouvoit dire davantage s'il
vouloit ; Qu'ensuite il le preffa
de parlerfur plufieurs Articles,
qui estoient ceque contenoit l'Examenſuby
devantMS Robert
GALANT. 331
:
Clayton, & George Treby,
d'autres chofes , dont il ne dit
rien alors, concernant la Reyne,
Mle Duc d'York, le Comte
de Damby; faute dequoy,
de dire que les Seigneurs Halifax,
Hyde , Clarendon , Fe--
versham, &c. estoient Penfionnaires
de France , qu'on devoit
brûler la Flote , mettre le
Gouvernement des Forts entre
les mains des Catholiques , il
eftoit impoffible de le ſauver.
Il déclare encor, Que tout ce
qu'il a dit du Pere Patrick n'est
pas veritable , & qu'on l'a tiré
de lux par force; Qu'on luy a
Ecij
332 MERCVRE
auffi fait dire tout ce qu'il a déposé
contre la Reyne &contre
M'le Duc d'York, touchant
le meurtre d'Edmund Godfrey,
Ø qu'il leur demande pardon
de tout ſon coeurde l'injure qu'il
leur a faite , auſſibien qu'au
Comte de Damby, qu'on vouloit
d'autant plus chargerde ce meur
tre , que le crime du meurtre
n'avoit point esté inferé dansfon
Pardon.
J'auray ſoin,Madame, de
vous apprendre les ſuites de
cette importante Affaire, ne
doutant point que ceux qui
ont pris la peine de m'en
GALANT. 333
donner des nouvelles , ne
veüillent bien me faire la
grace de continuer.
I
Vous aurez fans - doute
appris que M' de Louvoys
a acheté la Terre de Meudon
, où il va paffer un
jour ou deux toutes les ſemaines
, non pour prendre
du relâche apres ſes grandes
& longues occupa
tions , mais pour travailler
en repos , & ne donner aucune
Audience. Ce Château
eſtant dans un tres-bon air,
& ayant la plus belle veuë
de l'Europe, je dis la plus
334 MERCVRE
belle , puis que de ce Licu
on peut découvrir Paris tour
entier , & qu'il n'y a qu'un
Paris au monde , Monfeigneur
le Dauphin a ſouvent
fait l'honneur à M¹ de Lou ,
voys de l'y aller voir , & a
témoigné depuis en plu
fieurs occafions, qu'il eſtoir
tres- fatisfait , & de la ma
niere dont il y avoiteſté reçeu
, & de la Perſonne de
ce Miniftre. Ainſi la Reyne,
àqui on avoit parlépluſieurs
fois de cette belle Maiſon,
y alla faire une promenade
il y a huit jours. On luy ferGALANT.
335
vit une Collation en am
bigu , aufli magnifique que
1 bien entenduë. La Table
qui avoit dix-huit pieds de
long , & fix de large , eſtoire
de dix - neuf Couverts ; &
dix-huit Dames de la pre
miere qualité eurent l'hon
neur de manger avec la
Reyne. Le milieu de cette
Table fut couvert de huit
grandes Pyramides de Fruit,
quiy reſterent juſqu'à la fin
du Repas , & aux deux cô
tez on pofa quatre Services,
qu'on releva avec un ordre
admirable, ſans qu'il y cuft
336 MERCURE
la moindre confufion. Le
premier eſtoit de ſept Entrées
, accopagnées de deux
doubles files de moyens &
petits Plats, le tout montant
à quarraannttee.. Le ſecond fut
relevé par le Roty, &par les
Salades , au meſme nombre
dePlats ; & le troiſieme, qui
eſtoit d'Entremets chauds &
froids , le fut par un petit
Fruit exquis & fort rare. Je
ne l'appelle petit, qu'à caufe
qu'il n'eſtoit pas de la hau
teur des huit Pyramides , &
qu'il ne faifoit que leur ſervin
d'accompagnement. M' de
Louvoys
GALANT. 337
Louvoys eut l'honneur de
ſervir la Reyne , & fit régaler
tous ceux qui accompa
gnoient cette Pinceſſe. Les
Pages& les Gardes duCorps
furent de ce nombre.
Monſeigneur le Dauphin
eſtant dans une entiere fanté,
&Madame la Dauphine
preſque tout à fait remiſe, on
-a jugé à propos de luy faire
changer d'air , parce que
quelque bon que foit celuy
qu'on reſpire dans un Lieu
ou l'on eſt tombé malade,
il ſemble qu'on ne ſe puiſſe
rétablir parfaitement que
Juillet1681. 1. P. Ff
338 MERCVRE
dans un autre. Si ce n'eſt la
verité , du moins eft- ce la
penſée de la plupart des Ma
lades, & vous ſçavez que
dans ces fortes de choſes l'opinion
fait beaucoup. Toute
la Courpartit de Verſailles le
Lundy 28. de ce Mois,& alla
coucher à Villeroy , & le
Mardy à Fontainebleau.
la ſantéde Madame la Dauphine
euſteſté plus forte, on
s'y ſeroit rendu en un jour,
ainſi que l'on a accoûtumé.
Il y eut Comédie Françoiſe
dés le lendemain. Vousjugez
-bien que l'ony prendra
Si
GALANT. 339
tous les divertiſſemens du
Lieu & de la Saiſon . La Cour
peut ſe divertir, quand le
Monarque travaille ſans
ceffe.
La précipitation avec laquelle
je vous écris tous les
Mois , a causé une mépriſe
pour les noms deM" le Camus
du Clos , & Beaulieu,
- que j'ay employez ſouvent
dans mes Lettres Quoy que
je vous aye appris la mort du
premier il y a déja quelque
temps , je n'ay pas laiffé de
le reffufciter dans ma derniere
, pour tuer M' le Ca-
Ffij
340 MERCVRE
mus de Beaulieu ſon Frere,
qui eſt en pleine ſanté, &
qui eſpere le faire connoiſtre
en ſervant le Roy avec le
meſme zele qui a toûjours
fait agir ceux de ſa Famille.
On vient de me direque
M'le Comte du Pleſſis a
épousé Mademoiſelle de la
Valliere , Fille du feu Marquis
de ce nom. C'eſt tout
ce que vous en ſçaurez de
moy aujourd'huy. Il me
reſte un Article tres-curieux,
&tres- important ; mais il eſt
d'une ſi grande étenduë,
qu'il m'engage à une ſe
GALANT. 341
conde Lettre que vous recevrez
avec celle- cy. Je ſuis,
Madame, voſtre tres, &c .
A Paris ce 31. Juillet 1681 .
LeMercure de ce Mois eftdivisé
en deux Partics , qui ſe vendent
trente fols chacune , & dont la fe .
conde contient la Negotiation du
Mariage de Son Alteſſe Royale de
Savoye avec la Seréniſſime Infante
de Portugal , & le Voyage de Mle
Marquis de Dronero Ambassadeur de
S. A. R. à Lisbonne pour la Celébration
des Fiançailles.
Avis pour placer les Figures .
LA
A Chanſon qui commence par
Tircis attendant sa Bergere , doic
regarder la page 74
LaVeuë de Bourbon, doit regarder
lapage 173 .
Le Plan des Fontaines , doit regarder
la page 187 .
LaChanſon àboire, qui commence
par L'Hofte de ceans , doit regarder la
page 289 .
zzszszs252525222
AVIS.
N avertit qu'il ne faut donner
aucun argentpour faire recevoir
les Mémoires qu'on ſouhaitera de
voir employer dans le Mercure Galant.
On les mettra tous, pourveu qu'ils
ne deſobligent point les Particuliers
par quelques traits ſatyriques , & que
les Hiftoires qu'on envoyera n'ayent
rien qui bleſſe la modeſtie des Dames.
Onprie qu'on affranchiſſeles ports
de Lettres , & qu'on les adreſſe toujours
chez le Sieur Blageart , Imprimeur-
Libraire, Rue S.Jacques, à l'on
trée de la Rue du Plaſtre .
Les Particuliers , ou Libraires des
Provinces, qui ſouhaiteront avoir le
Mercure fi - toſt qu'il ſera achevé
d'imprimer , n'ont qu'à donner leur
adreſſe audit Sieur Blageart, qui a fa
Boutiquedans la Court-neuve du Palais
, au Dauphin , & il aura ſoin de
faire leurs paquets ſur l'heure , & de
les faire porter à la Poſte , ou aux
Meſſagers qu ils luy indiqueront, ſans
qu'il leur en couſte rien pour la peine.
qu'il en prendra , parce que lefdits
Particuliers ou Libraires qui les recevront
, en acquiteront le port-fur
les lieux.
On a déja prié bien des fois ceux.
qui envoyent des Mémoires où il y a
des noms propres , d'écrire ces noms
en caracteres tres bien formez . C'eſt.
àquoy on manque tous les jours , &
ce qui eſt cauſe qu'on les met mal. II
y a auffi des Pieces qu'on ne met
point , parce qu'elles font trop diffi
ciles à lire ...
Il reſte toûjours quantité de Pieces.
qui auront leur tour, ou dans leMercure,
ou dans l'Extraordinaire . Ainfr
les Autheurs ne ſe doivent point impatienter.
Les premieres reçeuës font.
toûjours miſes les premieres, àmoins
quelanouvellematiere qu'on envoye,
ne ſoit tellement du temps , qu'on
ne puifie diférer .
On avertit que les Mercures qui
s'impriment en Hollande & en quel
ques Villes d'Allemagne , ſont ført
peu corrects & tronquez enbeaucoup
d'endroits.
Extrait du Privilege duRoy.
PS:GermanLayer 31 Decemb
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
Signé, Par le Roy en fon Conſeil, JuNQUIERES,
Il eſt permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCIJRE GALANT, preſenté à Monſeigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & eſpace de
fix années, à compterdu jour que chacundeſd.
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la premiere
fois : Comme auſſi defenſes ſont faites
àtous Libraires , Imprimeurs , Graveurs & autres,
d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fans le conſentement de l'Expoſant, ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches ſervant à
l'ornement dudit Livre, meſme d'en vendre ſeparément,
& de donnerà lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confifcation des Exemplaires contrefaits, aing
queplus au long il eſt porté audit Privilege
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le s
Janvier 1678. Signé, E. COUTEROT, Syndic .
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de vizé,
acedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur- Libraire , pour en
joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Acheved'imprimer pour la premierefois
le 31. Juillet 1681.
m
Mercure
< 36624573560010 S
< 36624573560010
Bayer. Staatsbibliothek
1
E
33
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
JUILLET 1681.
PREMIERE PARTIE,
A PARIS .
AV PALAIS.
Ndonnera toûjours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra , auſſi-bien que l'Extraordinaire
, Trente ſols relié en Veau,
&Vingt-cinq ſols en Parchemin.
A PARIS,
A
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juſtice .
Chez C. BLAGEART , Ruë S. Jacques,
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
EtenſaBoutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
EtT. GIRARD, au Palais, dans laGrande
Salle, à l'Envie .
M. DC. LXXXI .
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
Bayerische Staatsbibliothek
München
5225525552 555525
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Stancesfur laJonction des deux A
Vant-propos,
Mers,
Sonnetfur lemesmesujet,
Avanture,
loſophes, enfaveur des Dames,
14
17
19
Projetpourune nouvelle Secte de Phi
22
Instalationde M. le Maréchal d'Estrées
àla Conneftablie, 39
Reception deM.de Francini, Seigneur
de Grandmaiſon , en ta Charge de
Prevost de l'Isle, 42
M. le Clerc , Baron de Sautray, eft reçeu
Lieutenant Criminel de Robe-
Courte,
44
Fonctions du Prevoſt de l'Iſle, du Chevalier
du Guet , & du Lieutenant
Criminel de Robe- Courte, 47
Suite de la Deſcription de la Salle d'Amourde
Cléranton,
54
a ij
TABLE .
Mariage de M. le Marquis de Chabans
S. Preuil , avec une Niece de M. le
Maréchal Duc de Navailles,
Histoire,
7.4
78
M. d'Ormoy fait l'honneur àMeſſieurs
de lAcadémie des Sciences, de les vifiter.
Noms& Ouvragesde tous ceux
qui la compoſent, 112.
Réponſesſur une Explication demandée
dans ledernierExtraordinaire, 132
Reception faite à la Reyne Mere de
Dannemarkà la Cour de Hanover,
141
Lettre en Proverbes, 156
Mortde Madame iAbbeſſe de Villers
Caninet, 163
Mortdu Frere Beauregard, 165
Avanture, 166
Narciffe, Fable, 169
Lettre touchant les Eaux minérales de
Bourbon-Lancy, 175
Penſion donnée par le Roy àM. le Duc
de Vendoſme,
Evefché de Pamiers donnéàM. l'AAbbbbee
deBourlemont, 202.
TABLE .
MariagedeMademoiselleſa Soeur avec
le Fils de M.de Chamarante, 203
M. le Duc de Mortemar oblige les Majorquins
à rendre tout ce qu'ils avoient
prisfur les SujetsduRoy,
M. de la Rabliere eft nommé par le Roy
205
pourcommander dans laVille de Lile,
208
209
Instalation d'un Docteur Profeſſeur du
Droit François à Cahors,
Tout ce qui s'eſt paſſsé à l'exécution du
Seigneur Olivier Plunket , Arche
vesque d'Armagh , Primat d'Ir
lande, 213
Tout ce qui s'eſt paſſe au transport du
Corps de feu M. le Duc de Leſdi
guieres en Dauphiné , & les Honneursfunebres
qui luy ont esté rendus
en cette Province, 256
Abbaye de Val-fecret donnée parleRoy
àM. l'Abbé de Charmont, 278
Le Berger Fleuriste , à la Nymphe des -
Bruyeres, 282
Explication en Vers des deux Enigmes
dudernierMois, 290
1
C
a ij
TABLE .
Noms de ceux qui ont trouvé le vray'
ſens des deux, 291
Noms de ceux qui n'ont trouvé que le
Mot de la premiere, 292
Enigme, 298
AutreEnigme, 300
Hiftoire, 301
Conversions, 307
Erection de Croix dans la Miſſion de
Troyes, 315
Daumalinde, Princeſſe de Lufitanie, 320
La Circé, Livre en Dialogues, 321
Déclaration de Fits- Harris, 321
Regal fait à la Reyne, par M. de Lou
voys, dans le Chastean de Meudon, 333.
Départ de la Cour pour Fontainebleau,
337
Mariage deM. le Comte du Pleſſis, &
deMademoiselle de la Valliere, 340
Fin de la Table ..
25252 52525252522
CATALOGVE DES PIECES
qui compoſent le quatorziéme Extraordinaire
intitulé, Extraordinaire
du Mercure Galant,
Quartier d'Avril 1681. donné
au Public le rs. fuillet.
IL CONTIENT
Eux Réponſes à la Queſtion, Le--
oulAveugle né , ou celuy qui a perdu
lavenë. L'une en Profe ,& l'autre en
Vers .
UnDiſcours ſur la Superstition&
les Erreurs populaires .
Une Réponſe en Vers à la Queſtion ,
Lequel est le plus à plaindre , ou un
Maryjaloux ,ou la Femmed'unMary
jaloux.
Une Réponſe enVers à la Queſtion,
Cequedoit faireune Belle qui est preſſée
deſe declarer pour deux Amans , dont
Iun a beaucoup d'amour, &peu de mérite
, & l'autre beaucoup de mérite,&
peud'amour.
Un Traité des Méteores , &de la
Comete apparuë en l'an 1680 .
Pluſieurs Madrigaux ſur les Expli
cations des Enigmes des trois derniers
Mois .
Un Traité de la Chaſſe .
Une Avanture de l'Amour, décrite
en Vers par leSecretaire du Zéphire.
Un Diſcours de l'Origine , & des
Armes de trente Familles de France.
Deux Réponſes à la Queſtion , S'il
eft plus avantageux à une Femme d'eftre
aimée dés la premierefois qu'on la voit,
ou de ne l'estre qu'apres qu'on a en le
temps d'examinerſon mérite. L'une en
Profe,& l'autre en Vers .
Une Réponſe en Vers à la Queſtion,
Si une Femme qui aime toûjours un
Amantdont ellea esté trahie , doit écontersa
paſſion ou sa gloire, quand cet
Amant tacheà obtenirle pardon deſon
infidelice.
Une Réponſe en Vers à laQueſtion,
Comment l'Ame, estant purement ſpirituelle,
est touchée par laMusique qui
estune choſe ſenſible.
Deux Diſcours , l'un en Vers , &
l'autre en Profe , pour Réponſe à la
Queſtion, Si la Santé peut estre altcrée
parlesPaffions.
Un Diſcoursen Vers ,des Manieres
des plusfameux Peintres .
Une Deſcription du Printemps en
Vers .
Galanterie en Vers ſur les Affemblées
des Tuilleries .
Un Diſcours de l'Origine de la Tragédie,
de la Comédie, des Maſques,&
de leur uſage.
Pluſieurs Madrigaux fur la Remiſe
que le Roy a faite du Lot de cent
mille francs .
L'Explication de la Lettre en Chifres
du dernier Extraordinaire .
Une nouvelle Lettre en Chifres .
Une Lettre où il eſt propoſé par
forme d'Enigme , le ſecret d'une Ecri-
1
curede nouvelle invention , tres-propre
à eſtre rendue univerſelle avec
celuy d'une Langue qui en réſulte;
l'un & l'autre d'un uſage facile pour
la communication des Nations .
Les Explications de l'Enigme en
Proſedudernier Extraordinaire.
Les Noms de ceux qui ont expli
qué les deux dernieres Enigmes .
Les Queſtions à décider , & autres
choſes demandées par le Public , pour
le premier Extraordinaire.
I.
Si un Amant aimé qui a peu de bien,
une extréme ambition , beaucoup de délicateſſe
, & un violent amour , doir
épouser une Maistresſſe, peu favoriséede
la Fortune, & qui a commeluy de l'ambition
, &de ladélicateſſe.
11.
Si on décide que cet Amant nedoit
pas épouser cette Maiſtreſſe, on demande
furquelpied ildoit vivre avec elle ,
s'il peut aimer une autre Perſonne Sans
estre inconstant.
III.
Siles plaisirs du Corps,fontplusfen
fiblesque ceux de l'Esprit .
IV.
Sile Mary doit estre plus grand
Maistre que laFemme.
V.
Lequel est le plus avantageux pour
une Veuve de25. à 26. ans , ou deſere
marier, ou de demeurer dans leveuvage,
ou d'abandonner entierement le monde
enſe retirant dans un Convent.
V I.
Quelle est l'originedelaMedecine.
VII .
On prie d'écrire en quoy confifte l'air
dumonde , &la veritablepoliteſſe.
VIII.
On demande des Billets galans, qui
foient courts, & qui contiennent desDélarations
d'amour.
IX .
On demande encor des Discours ſur
Eloquence, &ancienne &moderne.
ز
MERCVRE
GALANT
JUILLET. 1681.
PREMIERE PARTIE .
'Ay bien de la joye,
Madame, que quelque
longue que foit la Relation
que je vous ay envoyée
du Canal de Languedoc
, vous l'ayez leue avec
Juillet 1681. 1. P. A
2 MERCVRE
aſſez de plaifir, pour me faire
un remercîment particulier
du ſoin que j'ay pris de vous
expliquerune partie desTravaux
qu'il a fallu faire pour
l'achevement de ce grand
Ouvrage. Il eſt ſurprenant
de le voir finy en quinze années
, apres qu'on a crû d'abord
qu'à peine un fiecle y
pourroit ſuffire. Cette eſpece
de prodige aura ſans doute
exercé longtemps vos refléxions
; mais en les faiſant fur
le fuccés de cette entrepriſe,
avez - vous aſſez examiné
combien le Roy en tire de
1
GALANT. 3
6
gloire? C'eſt peu que les
Hommes cedent à fon Bras.
Les Elémens ne ſont pas
moins prompts à ſuivre ſes
ordres , & dés qu'il commande
aux Eaux , foit qu'il
veüille qu'elles contribuent
à ſes plaiſirs , ſoit qu'il ait
deſſein de s'en ſervir pour
faire voir ſa magnificence,
ou pour aſſurer un commer
ce utile à ſes Sujets , il les
trouvepreſtes àluy obeïr. Il
faut cependant une grandeur
d'ame extraordinaire
pour ne fe point rebuter des
impoſſibilitez aparentes qui
A ij
4 MERCVRE
1
ſe rencontrent dans un Projet
de cette nature ; ſur tout
lors que des affaires qui paroiſſent
plus preſſantes, femblent
demander qu'on change
de ſentimens. Mais c'eſt
une choſe dont ce grand
Monarque ſera toûjours incapable.
Il confidere avant
que réfoudre , & toutes fes
entrepriſes ayant pour mefure
la grandeur de ſa puifſance,
la fermeté dont il ſçait
les ſoûtenir , ne luy laiſſe
voir aucun obſtacle dont il
ne foit ſeûr de venir à bout.
Avant la jonction des deux
GALANT.
Mers , on avoit crû qu'un
deſſein trouvé impoffible par
les Romains, ne pouvoit s'executer
; mais ceux qui ont
eu cette penſée ne devoient
pas oublier que le Roy a fait
des chofes,que malgré tour
leur pouvoir ces Maiſtres du
Monde n'ont ofé tenter , ou
qu'ils ont du moins tentées
inutilement. Qu'on jette les
yeux ſur leurs Ouvrages les
plus importans. Ce font des
Chemins,& le Rhône diviſé.
Mais quand onfe fouviendra
que ces Ouvrages n'ont efte
- faits qu'à diferentes repri
A ij
6 MERCURE
ſes , qu'il a fallu des fiecles
pour les achever , & que de
nombreuſes Armées y travailloient
, on en fera beaucoup
moins ſurpris , que d'avoir
veu depuis peu d'années
desVilles entieres fortifiées,
fortir de terre preſque au
ſeul ordre de Sa Majesté , &
d'autres qu'on y avoit fait
rentrer , paroiſtre quelque
temps apres , plus fortes
qu'auparavant , ſelon la neceffité
des affaires de ce
Prince. Il n'appartenoit qu'à
un ſi puiſſant Monarque de
joindre les Mers de l'Orient
م
GALANT.
:
à celles de l'Occident ; &
quandon s'eſt ppuûtfuurrmmonter
foy-meſme en faveur de ſes.
Ennemis , il n'y a pas lieu de
s'étonner qu'on furmonte la
Nature en faveur de ſes Sujets.
Tous les Peuples qui
reconnoiſſent le Roy pour
leur Souverain, doivent bien
en meſme temps le reconnoiſtre
pour leur Pere , puis
qu'il leur fait voir de jour en
jour les bontez qu'il a pour
eux , & les foins qu'il prend
de ce qui leur eft utile. Les
dépenſes faites pour le Canal
auroient pû luy eſtre
A iiij
8 MERCVRE
d'un fort grand fecours,
pendant qu'il avoit à ſoûtenir
les forces de toute l'Europe.
Cependant il n'a point
voulu qu'on ait diſcontinué
ce travail , bien moins pour
Luy, que pour eux, dont on
aveu qu'en toute rencontre
il a préferé les avantages à ſes
propres intéreſts. En effet fr
on regarde les utilitez qu'ils
tireront de ce merveilleux
Ouvrage on demeurera
d'accord que rien ne leur
pouvoit eftre ny plus commode
, ny plus important.
Le Languedoc trouvera par
د
GALANT.
9
ce moyen le debit aifé de ſes.
denrées. Cette Province, la
plus grande du Royaume en
étendue , & la plus riche par
l'abondance & la multiplicité
des fruits , & des autres
choſes dont elle eft remplie,
ne laiſſoit pas avec tous ſes
biens de demeurer dans
une eſpece de diſete , parce
qu'elle manquoit des richefſes
Etrangeres, que le commerce
apporte ordinairement
aux lieux où il peut
eſtre exercé. L'ouverture du
Canal qui la traverſe , luy
fait répandre ſes Vins , fes
10 MERCVRE
Fruits& fes Grains à droit &
àgauche , & diftribuer tout
ce qu'elle a , non ſeulement
au dedans , mais au dehors
du Royaume par deux Iſſuës
qui luy donnent l'entrée
libre dans l'Ocean , & dans
la Mer Méditerranée ; & en
meſme temps ces mefines
Iſſues luy font recevoir de
toutes parts tres- facilement
les choſes dont elle a beſoin,
&qui ne croiffent point fur
1
fon fond. Joignez à cela qu'-
au lieu qu'on a voituré jufqu'à
préſent toutes les Mar-
1
chandiſes qui nous viennent
GALANT. II
}
le
duLevant, àgrands frais , &
avec péril, le long des Coſtes
d'Eſpagne , dont on faifoit
tour , paſſant par le Détroit
de Gibraltar , on viendra à
l'avenir les rendre à Bordeaux&
aux autres Ports que
nous avons ſur l'Ocean , par
un chemin qui ſera beaucoup
plus ſeûr. Il doit eſtre
doux de s'épargner mille
lieuës , pendant leſquelles le
calme eft preſque aufli redoutable
que la tempefte &
les vents contraires. Par là,
on évite les Pyrates , & tous
les accidens de la Mer; &
12 MERCVRE
fans s'expoſer à mille ſoins
&à mille peines, dont il eftoit
impoffible de ſe garantir
, on a feulement ſoixante
lieuës de cheminà faire fans
aucun danger, à l'ombre des
Arbres en beaucoup d'endroits.
D'un autre coſté ce
meſme Canal donne les
moyens de faire par eau le
tour entier de la France,par la
plus agreable route,& par les
plus belles Villes du Royau
me. On n'a pour cela que
quatre journées à faire par
terre, depuis Auxerre juſques
à Châlons. Je n'entreray
:
GALANT. 13
point aujourd'huy dans ce
détail, dont l'occaſion s'offrira
peut- eſtre une autre fois,
Elle ne peut eſtre plus favorable
pour vous faire voir des
Stances irrégulieres qui ont
efté faites ſur le Canal. Vous
y trouverez une tres - belle
peinture de la puiſſance du
Roy,& des grands Travaux
qu'il a fallu entreprendre
pour mettre la choſe en état
de reüffir. Je croy que les
beaux Efprits ne feront pas
épuiſez fi- toft fur cette matiere
, & que leurs Ouvrages
m'obligeront à vous en par
14 MERCVRE
ler encor pendant quelques
Mois.
SUR LA JONCTION
DES DEUX MERS .
L
AU ROY.
A France est aujourd'huy la
Merveille du Monde,
C'est dansson propreſcin qu'on a
jointlesdeuxMers,
Elle va poſſeder tous les Trésors
divers
Que l'on voit diſperſezfur laTerre
&fur l'Onde.
Ce mesme Deſſein autrefois
Fut conçeu pardiférens Roys;
Mais nul pour le tenter n'eut affez
de courage.
.
GALANT. 15
f.
Le plus puiſſant des Roys aujourd'huy
l'entreprend,
Et lefuccés d'un tel Ouvrage
N'estoit deû qu'à Loüis LE
GRAND.
८८
Ces deux vaſtes Mers opposées,
Qui dansleurspropres bords ſe retiennent
toûjours,
Grand Prince,fans vostresecours,
Seroientpourjamais diviſées .
Ces deux Mers par voſtre Canal,
Comme par un noeud conjugal,
Font une, eternelle alliance,
Etforment par deux Bras divers,
Dars le coeur mesme de la France,
Le Rendez-vous de l'Univers.
Se
Ce grand Chef- d'oeuvre incomparable
Qui nous marque vostrepouvoir,
;
16 MERCVRE
Dans tousfes Travaux nousfait
voir
Cequi nousſembloit incroyables
Deprofonds Abysmes comblez ,
De rapides Torrens dans un Lit af-
Scmblez,
Des Rochers abatus, des Montagnes
percées,
4
Des Fonts quiſoûtiennent des
Eaux,
Des Fleuvesfufpendus, des Rivieres
forcées,
Etdes Champs entr'ouverts tous couverts
de Bateaux .
Se
Dicuparsaprudence infinie
Conduit vosdeſſeins &vospas;
Comme tout cede à voſtre Bras ,
Tout cede àvoſtre grandGénie.
Quoy que vous puissiez projetter,
GradRoy,vous n'avez qu'a tenter,
GALANT. 17
Lefuccésfuitvoſtre entrepriſe;
Etfclon que vous l'ordonnez,
Toute la Naturefoûmiſe
Suit les Loix que vous luy donnez.
J'ajoûte un Sonnet à l'avantage
de la Nymphe
d'Orb. Vous vous ſouviendrez
que c'eſt la Riviere qui
paſſe à Beziers.
B
Ien qu'à peine mon Nom ait
paru dans l'Histoire,
Que l'on marque mon cours comme
un desplus petits
Qui vontporterleurs eaux jusqu'au
SeindeThétis,
A-t-onjamais rien veu de pareil à
magloire?
Juillet2681. 1. P. B
18 MERCVRE
SS
Cent Miraclesdivers que l'on n'auroitpû
croire,
Dont mes bords aujourd'huyse trouvent
embellis,
Occupent les Scavans de l'Empire
desLys
Agraver le nom d'Orb auTemple
deMémoire.
52
Jefais l'Hymen des Mers, remplif-
SantceCanal,
Qui vaporterfi loin le pouvoirfans
égal
Duplusgranddes Héros qu'on ait
veu dans le Monde...
$2
Ce Chef-d'oeuvre de l'Art neseroit
rienfansmoy.
Dansfon Litfiérement jefais rouler
mon onde
GALANT. 19
Pourpublier par tout la grandeur de
monRoy.
J'ay veu depuis peu une
Lettre deMarseille du 10. de
Juin , par laquelle on donne
avis qu'ily eſt arrivéune Barque
de Salé , chargée de foixante-
dix Eſclaves François,
parmyleſquels il s'eſt trouvé
un jeune Homme , qui a
éprouvé la meſme fortune
que Daniel. Celuy qui écrit
a ſceu de luy-meſme ce que
je vayvous conter. Cejeune
François eſtoit Eſclave du
Roy de Fez, & en avoit deux
autres fous ſa conduite. Ces
1
Bij
20 MERCVRE
deux Eſclaves eſtantun jour
entrez en querelle , le Roy
Pa
paſſa qui les vit aux mains.
Il comanda aufli - toſt qu'on
luy fiſt venir celuy quidevoit
répondre d'eux , & luy,
demanda pourquoy il les
laiſſoit batre. Le jeune Ef
clave ayant répondu qu'il
eſtoit malade au Lit dans le
temps de leur querelle , le
Roy , ſans luyrien dire autre
choſe , luy donna un coup
d'une Lance qu'il tenoit, &
voulut qu'on le jettaſt dans
la Caverne aux Lions. Ou
executa ſon ordre , & l'Ef
GALANT. 21
clave fut abandonné dans le
meſme temps à cinq de ces
Animaux qui ſe retirerent.
On eut beau les animer. Ils
le regarderent pendant fix
heures , comme ſi quelque
puiſſance ſecrete les euſt retenus
. Une des Femmes du
Roy, à qui on conta cette
merveille , alla demander fa
grace. L'ayant obtenuë, elle
fit dire au jeune François,
qu'on luy ſauveroit la vie s'il
vouloit ſe faire Turc. Il rejetta
l'offre avec beaucoup
de courage , &comme il n'y
avoit pas ordre d'inſiſter ſur
22 MERCVRE
1
cet article, on luy donna une
Echelle , dont il ſe ſervit ſans
qu'aucun des cinq Lions ſe
fuſt approché de luy. Peu
de temps apres on jetta deux
Mores dans le meſme lieu,
& ils furent dévorez en un
quart - d'heure. Ce jeune
François eſtoit aux Infirmeries
de Marfſeille à faire fa
quarantaine , lors qu'on a
écrit ce que je vous viens
d'apprendre.
Vous me demandez ſi je
n'ay plus de nouvelles de
Madame de Saliez, Viguiere
d'Alby,dans le mêmetemps
GALANT. 23
quej'enreçoy.Comme cette
Dame a l'eſprit tres- éclairé,
elle en employe toûjours les
lumieresà des choſes dignes
d'elle,&je m'aſſure que fi en
pluſieurs occafions le tour
aiféde ſes Vers a mérité vos
loüanges, vous approuverez
d'autant plus ſa Profe , que
ce que je vay vous en faire
voir regarde les avantages
de voſtre beau Sexe , & que
du caractere dont je vous
connoy, elle ne propoſe rien
que vous n'ayez étably déja
en quelque façon parmy vos
Amis&vos Amies. C'eſt ce
24 MERCVRE
que vous connoiſtrez en lifant
fa Lettre.
525252-5222525225
PROIET
POUR UNE NOUVELLE.
SECTE DE PHILOSOPHES,
en faveur des Dames .
A MADAME DE 9 **
DEpuis
que j'ay fçen,Madame
, avec combien de
galanterie (4) d'enjouëment vous
avez répondu à certains difcours
ridicules, auſquels toute autreque
vous auroit eu la foibleſſe d'eftre
fenfible,je me confirmeplusque
jamais
GALANT. 25
jamais dans l'estimeque j'ay toûjoursfaite
de Fene
faire ddee vos maximes.
doute point qu'elles ne fuſſent
celles de tout le monde fpirituel,
&raisonnable , fi l'on y
refléchiſſoit autant que moy. En
verité, Madame, files Gens de
bon goustsesçavoient un peuentendre
, on paſſeroit la vie tout
autrementqu'on nefait , &l'on
ne se rendroit pas volontairement
l'esclave , & la victime
d'un monde ingrat ,& injuste,
-qui paye d'ordinairefi maltoutes
les violences que nous nousfaifons
pour luy plaire. Vous rendriez
un fort grand ſervice à
Juillet 1681. 1. P. C
26. MERCVRE
toutes les Perſonnes de mérite,fi
vous voulez publier les commodes
maximes de voſtre Philo-
Sophie. Vous établiriez par là
une nouvelle Secte molle fois
plus agreable &plus utile ,que
toutes cellesquedesHommesfçavans
& fpirituels avoient inventées
pour parvenir au repos
de la vie. Je m'offre, Madame,
pour estre vostre premiere Difciple
, &je le ſouhaite meſme
avec plus d'ardeurque je n'ay
jamais defiré de me voir belle &
charmante ; car enfin quand on
feroit la plus belle Perſonne du
monde , on neſe feroit admirer
GALANT. 27
qu'autant d'années que cette
beauté dureroit ; mais fi nous
executons ce que je vous propose,
nousferons illuftres pendantplu
fieursfiecles. Il mesemble déja
que l'on dit par tout , que nous
avons étably une Secte qui va
rendre tout le monde heureux, &
queje voy venir des Gens d'efprit
de toutes partspour nous demander
d'estre inftruits de nos maximes.
La fin de nostre Secte doit
eſtre de vivre commodement ,&
de déterminer toutes les Personnes
raisonnables , à ſecoüer le
joug des contraintes ,quel'erreur
Cij
28 MERCVRE
(+) la coûtume ont établies dans
le monde. Ilfaudra ensuitefaire
des Loix selon lesquelles l'on
devra vivre , &donner unnom
à noftre Secte. C'est à vous,
Madame, à le choisir. Je vous
dirayſeulement quc vous devez
en trouver un propre à des Perſonnes
qui veulent établir les
bonnes &folides maximes, qui
font trouverla vie agreable,honneste,&
commode, &qui donne
tant de peur auxSats, que jamais
ils n'oſent nous approcher. C'est
pourſe défaire d'euxquedesPhiloſophes
ont pris autrefois (quoy
que fort ſages) les noms d'Hu
GALANT, 29
moristes, &a'Inſenſez.
Pour les Loix , c'est à vous
auffi, Madame, à les impoſer;
mais pour vostre foulagement,
voyezfi més sentimens conviennent
avec les voftres , &fi cela
eft, je leur donneray plus d'étenduë.
۱
Vous sçavez, Madame,qu'il
y a deux fortes de beaux Efprits.
Ceux qui lefont effectivement,
&ceux qui croyent l'eftre er ne
lefontpas. Ilfaudraſoigneusement
examinerles esprits de ceux
que l'on voudra recevoir,afin d'éviter
le péril de s'y méprendre.
L'onfera un Serment folem
Ciij
30 MERCURE
nel de donner l'excluſion à cette
forte de Gens qui pour faire les
beaux Eſprits , ne s'approchent
jamais d'aucune Femme, ſans
tuy dire des douceurs. L'onbannira
ceux qui parlent toûjours ou
de leur naiſſance , ou de leurbravoure,
qui croyent qu''uunnee vifite
eſt incivile, si elle n'est de
quatre ou cing heures , e qui
Sont perfuadez que pour estre
Gentilhomme , il faut estre
dans la derniere ignorance. Nous
ne devons auſſi jamais admettre
dans noftre Secte ces fortes de
beaux Esprits , que Dieun'amis
au monde que comme ily envoye
bien
GALANT. 31
la guerre , &la famine, pour en
eftre les fleaux ; ces Esprits qui
ont des bornes ſi étroites , que l'on
ne les voit jamais allerau delade
certaines manieres de parler, de
deux ou trois contes affectez,
de quelques comparaiſons qu'ils
fçavent.par- coeur.
IlfautSans-doute,Madame,
exclurre les Femmes qui auront
les meſmes defauts en leurs manieres
, ne point recevoir ces
Prudes qui croyent qu'une amitié
tendre & délicate, est le plus
honteux des crimes ; ny cellesquż
affectent uneſéveritéridicule, qui
leur fait condamner un honneſte
Cij
32 MERCVRE
enjouëment, qui estpourtat l'ame
de la conversation. Il ne faut
avoirnul commerce avecces Dames
qui croyent, queparce qu'elles
ne font pas Coquetes , il leur eft
permis de gronder , de donner
éternellement de leçons des modeftie
,&de retenuë , &qui ne
pouvantſouffrir qu'on rie ,ſe déclarent
contre tout ce qui s'appelle
divertiſſement.
Jeferois auſſid'avis que nous
ne reçeuſſions point celles qui ne
parlentjamais que d'unefuppe,
on d'une Coëfure ; celles qui ne
peuvent fouffrir que les autres
lifent de
liſent des Livres agreables , &
GALANT. 33
qui s'imaginent que pour estre
honneste Femme, iIlnnee faut sça-
•voir qu'aller à l'Eglise, & lire
des Livres des devotion .
Je crois, Madame , qu'il eft
bon fur tout de bannir entierement
l'Amour de noſtre ſocieté,
de peur qu'il ne trouble le repos
que nous cherchons , (t) de subſtitueràſa
place l'amitié galante
Or enjoüée.
Apres avoir montré ce que
il me nous devons rejeter ,
ſemble que la premiere Loy de
noſtre Secte doit estre de vivre
avec beaucoup d'amitié , &de
respect les uns pour les autres.
34 MERCVRE
Je ne parle pas de ce qu'on appelle
respectparmy les Gens que
nous voulons chaffer, qui ne conſiſte
qu'en des cerémonies importunes
& embarraſffantes , car
ceux de noſtre Secie doiventfur
tout renoncer à cela ; mais le
respect que j'entens , confifteraà
s'estimerbeaucoup , àne rien dire
jamais quipuiſſedéplaire, Or à
neſe point trop familiarifer.
docilit
Les qualitezabsolument néceffaires
pour estre admis ,ſont
l'efprit , & la docilité. Cette
docilité demande deux choses;
la premiere , que l'on reçoive
avecfoûmiffion, &avec plaisir
GALANT. 35
& la tout ce qui fera enſeigné ; & la
Seconde, qu'on quitte fans peine
Sans trop raiſonner, les mauvaiſes
maximes que l'on pourroit
avoir priſes dans desſocietez diférentes
de la noſtre.
Ilfaut que l'esprit de ceuxque
nous voudrons recevoir, ſoit capable
de cette liberté fi aimable,
qui fait dire agreablement ,
librement ce qu'on penſe ; de cette
raillerie belle & innnocente, qui
fait qu'on tourne les choses d'un
biais tout- à-fait divertiſſant ; de
cette petite malice ingénieuſe qui
faitqu'onſurprend les Perſonnes
les plusſpirituelles , dans de cer
36 MERCVRE
tains endroits de leur converfation
qui les embaraſſent un peu,
&dont elles neſe tirent qu'apres
avoir donné beauroup deplaisir.
Enfin, Madame, il faut que
vosDiſciples ayent la converfation
galante , & tout ce qui rend
lafocieté agreable&douce,fans
que pour quelque raiſon que ce
foit, vous en receviez aucun
dont le visage & les discours
foient armezd'une ſeveritéridicule.
Ily doit avoirunefidelité entiere
parmy ceux de nostre Secte,
c'est à dire, qu'onseparlerafincerement
of tendrement ,ſansfaGALANT.
37
çon &fans grimace, qu'on verra
ſouvent ceux qu'on aimera ,
l'onévitera ceux qu'onnn''ai-
&
que
mera pas. Ontravaillera de conert&
ffaannss ceffe , pour arracher
les mauvaiſes maximes qui ſe
font gliffées dans le monde ,
L'on fera une guerre continuelle
auxSots , dont il fera permis de
ſe divertir, quand par malheur
on se rencontrera avec eux.
Je croy, Madame , que voila
àpeupres les Loixqui feront neceffaires
pour l'établiſſement,
pourleprogrésd'une Sectefi confidérable.
Si vous les approuvez,
ilferafacile d'y en ajouterquel
ques autres .
38 MERCURE
Vous jugez- bien ,Madame,
que nous trouverons des contradictions.
Tous les grands deffeins
font difficiles , la plupart des
Gens eftant ignorans ou foibles ,
&ne jugeant des choses quepar
de certaines préventions, que la
politique&la coûtume ontmiſes
dansl'esprit des Hommes ; mais
j'efpere pourtant que nous trouverons
affez de Perſonnes éclairées
, qui neſe laiſſentpointfurprendre
à ces préventions , &
qui feront bien- aiſes de s'unir
-avec nous , pour ne plus s'affujetiràtoutes
les contraintes qui
nefervent qu'àfaire perdre les
GALANT. 39
plus agreables momens de la vie.
Ils neſe perdentque trop par des
raiſons qui ne dépendent pas de
nous.
Si ce Projet vous agrée , je
travailleray, Madame, de toutes
mes forces àſeconder vos defirs,
tje croy que Solon, ny aucun
de ces Philofophes qui ont travaillé
pour établir le repos des
Hommes , n'ont jamais esté ſi
fameux que nous le ferons un
jour.
LA VIGUIERE D'ALBI.
Le Vendredy onziéme
de ce mois , Monfieur le
40 MERCVRE
Maréchal de Créquy vint
à la Conneſtablie & Maréchauffée
de France, inftaler
Monfieur le Maréchal d'Etrées
, qui n'avoit point encor
pris féance en ce Siege.
Ils s'eſtoient rendus auparavant
à la Sainte Chapelle,
où ils furent ſalüez parM
Trabit , ancien Greffier en
chefde la Conneſtablie, qui
leur préſenta des Bouquets
ſelon la coûtume. M' de la
Girardiere , premier & ancien
Lieutenant du Prevoſt
General , les accompagna
avec les Gardes à la Table
GALANT. 41
r
de Marbre du Palais, qui eft
le lieu de leur Jurisdiction .
Eſtant ſous le Dais dans
leur Siege , avec M' de Rodarel
Lieutenant General,
&M' de Chone Lieutenant
Particulier, affis à leur gauche
, ils furent complimen
tez par ce premier, & par
M' de la Fonds Procureur
du Roy , qui eurent tout le
fuccés qu'ils pouvoient attendre.
Leur éloquence
trouvoit une ample matiere
dans les actions de ces deux
grands Capitaines, dont l'un
ne s'eſt pas moins acquis de
Juillet 1681. 1. P. D
42 MERCVRE
gloire ſur Terre, que l'autre
s'eſt rendu fameux ſur Mer.
En ſuite Meſſieurs les Maréchaux
firent prefter le
Serment à Meſſire François
de Francini , Seigneur de
Grandmaiſon, qu'ils reçeurent
en la Charge de leur
Prevoſt General, en la Ville,
Gouvernement & Generalité
de Paris & Ifle de France,
dont il a eſté pourveu par
le Roy , apres avoir exercé
celle de Lieutenant Criminel
de Robe Courte au Châ
telet pendant vingt- quatre
ans , avec une integrité &
GALANT. 43
un def- intereſſement égal
au zele qu'il a pour le fervice
de Sa Majesté. Il eſt
Frere du Maiſtre - d'Hôtel
du Roy qui porte fon nom.
Le Serment eſtant rendu,
onluy mit en main le Baſton
de Commandement , & il
prit ſa place à la teſte des
Prevoſts Generaux. Il eſtoir
ſuivy de ſes quatre Lieutenans.
M' de Riants Procureur
du Roy du Chaſtelet,
& de la Jurifdiction du Prevoſt
General, affiſta à cette
Ceremonie , ainſi que M
Bachelier Conſeiller à l'an
: Dij
44 MEROVRE
cien Chaſtelet , & Control
leur à faire les Montres de
ſa Compagnie. CetteAction
fe paſſa avec tout l'éclat que
la préſence de Meffieurs les
Maréchaux luy pouvoit donner.
Ils furent remenez avec
les Gardes juſqu'à leurs Carroſſes
, par le meſme M de la
Girardiere.
Meffire Criſante leClerc,
Baron de Sautray, que nous
avons veu Confeiller au
Chaſtelet , a eſté pourveu
de la Charge de Lieutenant
Criminel de Robe-Courte,
par la démiſſion de M de
GALANT. 45
Francini. Il eſt d'une des
bonnes Maiſons d'Anjou.
Peut- eftre, Madame, ferezvous
bien aiſe que je vous
explique en peu de mots
quelles font les fonctions
de cette Charge de Prevoſt
General , qu'on appelle
Grand-Prevoſt dans les Provinces.
Il a droit d'infpection
ſur tous les Prevofts
Particuliers qui font dans
l'étendue de la Generalité
-de Paris,& eſt le plus ancien
Prevoſt du Royaume. Il
donne ſes ordres pour la
ſeûreté de la Campagne, &
46 MERCURE
a pour cela des Brigades à
cheval à tous les environs de
la Ville. Il connoift de tous
les Cas Prevoſtaux, & avoit
meſme Jurisdiction dans
Paris avant l'Ordonnance
de 1670. Ce font Meſſieurs
les Maréchaux de France
qui le reçoivent. Il a un
Commiffaire- Controlleur à
faire les Montres, un Affef
feur, un Procureur du Roy,
un Lieutenant à Pontoiſe,
qui y réſide avee douze Archers
, quatre autres Lieutenans
aux Brigades , cinq
Exempts , & cent Archers,
GALANT. 47
Il juge les Procés ſans
appel , & les peut juger
dans tous les Préfidiaux de
fon Reffort. Comme il eſt
du Corps de la Gendarmerie
, ſa Paye ſe prend ſur le
Tréſorier des Guerres . Ses
Archers ont ſur leurs Hoquetons
& Bandolieres ,
Fleurs de Lys, Soleils, Epéc
• de Conneſtable, & Baſtons
deMaréchal .
Quant au Lieutenant Cri
minel de Robe Courte, qui
eft Lieutenant du Prevoſt
de Paris , ſes fonctions principales
ſe font dans la Ville,
48 MERCVRE
& il eſt reçeu à la Grand
Chambre. Il inſtruit les Procés
ſans Afſeſſeur , & en fon
abfence , ce font les Lieutenans
Particuliers du Chaftelet,
comme Aſſeſſeurs Cri
minels, qui font ſa Charge,
ou le plus ancien Confeiller.
C'eſt à luy à viſiter les Lieux
de la Ville& des Fauxbourgs
qui ſont ſujets au defordre,
& où ſe retirent les Avanturiers
& les Vagabonds. Sa
Cópagnie doit preſter mainforte
à l'exécution des Arreſts
de la Cour, & eft compoſée
de quatre Lieutenans,
de
GALANT. 49
• de ſept Exempts, & de cent
Archers, dont il a la nomination.
Il peut connoiſtre
des Crimes qui ſe commettent
dans la Prevoſté & Vicomté
de Paris, dás le temps
qu'il fait ſa Marche. Les
Appellations reſſortiſſent au
Parlement, à l'exception des
Cas Prevoſtaux qu'il juge
auſſi ſans appel. Il n'a
point d'autre Procureur du
Roy que celuy du Chaſtelet,
- mais il a Commiſſaire &
Controlleur à faire les Montres
de ſa Compagnie. Il eft
payé par le Tréſorier des
Juillet 1681. 1. P. E
۲۰ MERCURE
Guerres ainſi que le Prevoſt
General, eſtant comme luy
du Corps de laGendarmerie.
Ses Archers font Archers-
Sergens au Chastelet, &portent
fur leursHoquetons &
Bandolieres l'Ecu de France
avec Fleurs de Lys , & la
Deviſe du Roy.
Il me reſte à vous appren
dre ce que c'eſt qu'eſtre
Chevalier du Guet , & en
quoy confiſte ſa Charge. Il
eſt reçeu devant le Lieutenant
Criminel du Chaſtelet,
& prépoſe dans la Ville pour
la rendre ſeûre pendant la
GALANT. 51
nuit. Il a cent cinquante
Hommes de pied , & quarante
à cheval, quatre Lieutenans
, un Guidon , huit
Exempts , & pluſieurs Sergens,
qui commandent ſes
Eſcoüades. Il doit , ou fes
Officiers pour luy , faire le
raport ſur le Regiſtre des
Raports,auGreffeCriminel,
de tout ce qui eſt arrivé la
nuit , & peut aſſiſter au Jugement
des Criminels pris
par ſesArchers,dans lesquels
Procés il a toûjours voix délibérative
. L'inſtruction s'en
fait par les Lieutenans Cri-
E ij
52 MERCVRE
minels , qui connoiſſent de
ſes Captures. Cette Charge,
ainſi que celle deLieutenant
Criminel de Robe- Courte,
eſt d'une tres- ancienne inf
titution. Celuy qui l'exerce,
aunClerc du Guet, un Controlleur,
& un Payeur, & fes
Archers portent des Etoiles
fur leurs Hoquetons.
Je croy , Madame , que
cet éclairciſſement vous fuffira
ſur toutes ces Charges.
Je finis l'Article, pour venir
à noſtre Amy qui a fait un
ſecond Voyage aux Bords de
la Seine , dans la charmante
GALANT. 53
Vallée de Cléranton. Il y a
reveu la Salle d'Amour, dont
il m'avoit promis d'ajoûter
les Ornemens qui luy tiennent
lieu de Tapiſſerie , à
ceux de la Cheminée , de la
Croiſée & des Portes , que je
vous marquay fort au long
dans ma Lettre du mois
d'Aouſt dernier. Voicy de
quelle maniere il s'eſt acquité
de ſa parole.
Se
E if
54 MERCVRE
525252-5222525225
SVITE
DE LA DESCRIPTION
DE LA SALLE D'AMOUR
DE CLERANTON.
U
Ne Friſe regne tout au
tour de cette agreable
Salle , où ſont des Armes
de Famille entremeſlées de
Couronnes & de Feſtons,
avec la Deviſe Tout bien à
vienne. Au deſſous eſt une
Corniche, foûtenuë par huit
Colomnes & quatre TerGALANT.
55
mes ; & plus bas, I'Hiſtoire
amoureuſe & galante de feu
M' le Marquis de Riceys,
Oncle à la mode de Bourgogne
de M. de Buſſcrolles,
avec la Soeur aînée de M² le
Comte de Bregis qu'il épouſa.
Cette Hiſtoire eſt partagée
envingt deuxTableaux,
de la main d'un habile Peintred'Italie.
Il y a au deſſous
autant de Cartouches , où
l'onvoit diverſes ſortes d'Em.
blêmes & de Deviſes , à la
gloire de l'Amour ; & au bas
font de grands Rouleaux
chargez de jolis Vers qui ex
E iiij
56 MERCVRE
pliquent les deſſeins de ces
Cartouches .
Je ne diray rien desTableaux
, finon que l'Amant
& la Maîtreffe y font repréſentez
ſous des Habits de
Berger & de Bergere ; qu'un
Rival defagreable qui traverſa
leurs amours , y eft
peint ſous la figure d'un
More ; qu'un autre Rival
auſſi mal venu , mais plus témeraire
& plus inſolent , y
paroiſt fous celle d'un Satyre,
&qu'enfin toutes leurs avantures
y font déguiſées de la
meſme forte, avec beaucoup
d'art & d'eſprit.
GALANT. 57
Les Cartouches dont je
vous rendray un compte
plus exact , font toutes diférentes
dans leur ſtructure &
leurs ornemens . Il y en a
quatre où ſont contenus les
quatre Ages, qui ſuivent le
démeſlement du Cahos.
La premiere , étale l'Age
d'Or , dans ſa pleine liberté,
avec ſes graces , & fes douceurs.
Ces mots ſont au def
fus , Tout par amour , && ces
Vers dans le Rouleau d'en
bas.
Lorsqu'Amour charme un Espritqui
L'adore,
58 MERCVRE
Ah qu'il est doux de pouffer des
Soûpirs!
On diroit que pour luy l'Age d'or
vient d'éclore,
Cenefont que beauxjours, ce ne
fontqueplaisirs.
Jeunes Beautez, qui commencez
d'apprendre
Qu'il eftiropdoux d'aimerpour s'en
pouvoir défendre,
Aimez, aimez unfeu fi doux,
Etvous aurez toûjours l'Age d'or
avecvous.
La ſeconde Cartouche repréſente
l'Aged'Argent, avec
la contrainte & la retenuë
qui l'accompagnent. Ces
mots font au deſſus , Toutpar
fleuretes , & ces Vers dans le
GALANT. 59
Rouleau qui eſt au deſſous.
Jeunes Beautez, qui paſſez vos
beaux jours
Avom faireconterl'ardeur de mille
amours,
Que vous perdez de momens
agreables!
Laiſſez-vous toucher comme now.
Si vous n'aimez , quand vous eſtes
aimables,
Dieux, en quel temps aimerezvous?
Ceffez, ceffez d'estre Coquetes,
Un doux moment d'amour vaut dix
ans defleuretes.
On voit dans la troiſiéme
Cartouche l'Age d'Airain,
avec l'Intéreſt qui y regne.
Ces mots font au deſſus,
60 MERCVRE
Tout par préfens , & ces Vers
dans ſon Rouleau .
Belles,que l'intéreſt nevous domine
pas;
Ilesthonteuxdevendreſes appas,
La tendre paffion doit estre genéreuse,
Pourserendre logtemps heureuse.
Suivez doc purement les amoureuses
Loix,
Voſtre gloire eſt la noſtres
Ayez plus d'égard mille fois
Au préſent du coeur, qu'à tout
autre.
On remarque dans la qua
triéme, l'Age de Fer , avec ſa
barbarie & ſes violences . Ces
mots font au deſſus , Tont
GALANT. 61
1
par force , & ces Vers au deſ--
fous.
L'infolence a paffé dans le degré
Supréme,
D'indignes libertez de l'amourſont
l'effet,
Etfans preſque dire qu'on aime,
Nous n'ofons dire ce qu'onfait.
Belles, n'attendcz pasqu'on en
àlaforces
viene
Avecque les froideurs faites plutoſt
divorce.
_ Cédez de bonne grace une place en
vos coeurs ,
Vous en aurez cent fois plus de
douceurs.
Ily a un cinquiéme Rou
leau au bas de la Croiſée, qui
contient ces autres Vers.
62 MERCVRE 1
Profitez du temps qui vouspreſſe,
LebelAgefuitfans retour,
Etquipaſſe unjourſans tendreſſe,
Peut dire avec regret, qu'il a perdu
cejour.
Aimer enfes beaux ans, c'eſt prudence
&ſageſſe;
Mais quand trop tard on vient à
t s'échauffer,
Au lieu de l'Age d'or qu'on trouve
ensajeunesse,
On ne trouve pourlors que le Siecle
defer.
Dans cinq autres Cartouches,
on voitparmy de beaux
Païſages l'Amour repréſenté
delamaniere dont les Poëtes
le figurent. Il eſt dans lapremiere
, comme un Enfant;
GALANT. 63
dans la ſeconde , comme un
Chaſſeur , ou comme un
Guerrier ; dans la troiſieme;
nud avec un Flambeau à la
main ; dans la quatrième, ſur
un Autel comme un Dieu;
& dans la derniere , au milieu
de l'air , avec ſon Bandeau
& ſes aîles. Voicy les
Vers qui accompagnent ces
cinq Portraits.
Cédez,jeunes Beautez, à ceDieu
triomphant,
Etleſuivezſans défiance;
On néle repréſente Enfant,
Quepour en montrer l'innocence.
Rend z - vous àſes doux attraits.
64 MERCVRE
Sans crainte de la médiſances
Ilne s'arme d' Arc de Traits,
Quepourprendre voſtre défence.
52
Sonprocedé charmant&beau
N'a rienqui choque, ny qui bleſſes
Il estnu, tenant un Flambeau,
Pour marquer qu'il estsansfineſſe.
Sz
Ie le vois déja dansvos yeux,
Laiſſez-le entrer, prenez courage;
Onne lemet aurangdes Dieux,
Quepour enseignerqu'il eſtſage.
S2
Nefaites point de luy de mauvais
jugement
Surson bandeau, nyfurfis aîless
11n'estpoint légerpour les Belles,
Il les meine au Portfeûrement.
Sans craindre doc le changement,
Ou de tomber en quelque précipice,
GALANT. 65
Abandonnez-vouslibrement
Au doux efpoir qu'il vous fera propice.
Ses ailes montrentſeulement
Qu'il estprompt à rendreſervices
Etfonbandeau, qu'ilſert aveuglement.
Dans quatre autres Car
touches, on voit des eſpeces
de Deviſes. L'une repré
fente des Salamandres au
milieu des flâmes , avec ces
mots au deſſus , C'eft noftre
Elément. Ces Vers ſont dans
leRouleau.
Les douxplaiſirs n'ontpointdeSource
plus féconde
Que l'ardeur des tendres amours;
Fuillet 1681. 1.P. F
66 MERCVRE
Il en naiſt des transports lesplus
charmans du monde,
Heureux qui peut brûler toûjours!
Il y a dans l'autre, des Ai
guilles frotées d'Ayman, qui
s'arreſtent dés qu'elles font
tournées du coſté du Nort.
Ces mots font au deſſus, C'eft
nostre repos , avec ces Vers au
detfous.
Dansl'Objetque l'on aime, on trouve
tout aimable.
On le regarde, ilplaiſt, on en est
enchanté;
Cedoux état tient lecoeurarrefté.
Que ce repos est agreable!
CommeDieu l'on est immuable,
Vive cettefelicité.
GALANT. 67
On apperçoit dans la troifiéme,
des Héliotropes qui
fe courbent du coſté du Soleil
ſuivant leur nature, avec
ces mots , C'est nostre panchant.
Ces Vers ſont dans le
Rouleau.
Iln'est pointfans tendreſſe
D'aimables, ny de doux momens
Tous les autres plaiſirs font Sans
délicateffe,
Apeinefrapent- ilslesfens.
Maisfi- toftque l'on aime,
Le moindre desplaiſirs estun plaisir
extréme,
Tout l'amoureux panchant
Estheureux &touchant.
La quatriéme eſt remplie
L
-
Eij
68 MERCVRE
de Papillons qui ſe vontbru
ler à la chandelle. Ces mots
ſont au haut, C'eſtnoſtre plaifir
, & cesVers au bas .
Si l'ame enfecret eft ravie
Defentir l'engageante envie
Qu'excite l'amoureux defir,
Ah que la ſuivre est bien un pluss
charmant plaisir !
Eprouvez -le, chere Sylvie,
Vous aimerez l'amour centfoisplus
lavie..
Quatre diférens Poſtes de
gloire occupez par l'Amour,
rempliſſent quatre autreCartouches.
L'un eſt un Trophée
; le ſecond , un Trône,
le troifiéme, le Char du SoGALANT.
69
leil ; & le dernier, eſt le Ciel.
Voicy les Vers qui accompagnent
l'Amour, confideré
comme Vainqueur ſur le
Trophée.
On ne voit rien dans l'Univers
Qui nefoit vaincu parses armess
Ilmet Hommes &Dieux aux fers ..
Quipeut résisteràses charmes?
Voicy ceux qui ſont faits
pour luy, conſideré comme
Roy fur le Throne.
Ileft l'unique Roy des Coeurs,
Ilsfontſagloire&son partage,
Illes comble deſesfaveurs.
Qui ne luy redroitpas bommage?
Ceux- cy le regardent.com
70 MERCVRE
me Illuminateur , fur leChar
du Soleil.
Il estle Soleil des Esprits,
Il les échauffe &les éclaire;
Son Charme en releve leprix.
Aquipourroit- il nepas plaire?
Et ceux - cy , comme un
Dieu dans le Ciel.
N'est-ilpas le Dieu des Plaiſirs?
Ets'il atout lesoin poſſible
Defatisfaire les defirs ,
N'a-t- onpas tortd'estre insen
fible?
On le trouve enfin dans
cinq autres Cartouches, adoré
de tout ce qu'il y a
de Peuples , dePrinces , de
GALANT. 71
Princeſſes , & de Divinitez
dans le Monde , avec ces
Vers dans les Rouleaux , qui
s'adreſſent aux Belles comme
les autres.
S'iln'eftMortelle, ny Mortel,
Dontiln'aitmis le coeur enflame,
Pensez- vous qu'ilsoit naturel
D'empeſcher qu'il entre enveftre
ame?
Sz
Si des Coeurs qui n'ont riendebas,
Ontfait gloire de leur tendreſſe,
Connoisſſez que l'on ne doitpas
Leprendre pour unefoibleſſe..
Se
SidesAmes pleines d'honneur
Paſſent au dela de l'eſtime ,
Ets'échauffent deson ardeur
72 MERCVRE
Croyez-vous qu'aimerſoit un crime?
52
Si vous le voulez contenter,
Imitez des Ames si belles;
Vous n'avez rien à redouter ,
Ayant tous lesDieux pour modelles..
Se
Vaine Raiſon, petite Liberté,
N'aspirezpoint àla victoire;
Vous aurez centfois plus deplaisir
: °loire
Avousfoûmettre à la Divinité
Dont laTerre &le Cielſuivent la -
4 volonté.
८८
L'Amour, quand il luy plaist, peut
forceràfe rendre
Le Coeur qui fe croit le moins
tendre;
Iln'enestpoint qui nesoientfaits
pour-lay
ام
Renoncez
GALANT. 73
Renoncez donc au ſoin de vous
défendre.
Tuis qu'ilfaut leur céder, pourquoy
vouloir attendre ,
Et remettre à demain, cequ'on peut
aujourd'huy?
Tant de jolis Madrigaux
employez par tout dans cette
Deſcription , n'empefcheront
point ſans-doute que
vous n'en voyiez encor un
avec plaiſir. Je vous l'envoye
mis en Air par M' Deleval.
La beauté de cet Air, quoy
que fait inpromptu , vous
doitconvaincre de celle des
Pieces auſquelles il donne la
derniere main. Les Paroles
Juillet1681. 1. P. G
74 MERCVRE
font de M' Mallement de
Meſſange.
T
AIR NOUVEAU.
Ircis attendantſa Bergerc,
Diſoitfur la Fougere
Aupres deſes Moutons paiſſans,
Viens donc fur la verdures
Ab quele temps me dure!
Ah que les maux que j'endure font
grands!
-Ah qu'ilsfont grands les tourmens
que jefens!
J'ay à vous apprendre le
Mariage qui s'eſtfait en Périgord
le ſeptiéme de cemois,
de Meffire Antoine Joumard
, Chevalier , Marquis
de Chabans S. Preüil , Maréchal
des Camps & Armées
に
75
felle
l'une
chal
voit
s de
aine
tele
de
nnes
bien
quis
ni eft
Cette
: des
Ca
Duc
endu
A
71
for
M
H
Al
vie
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NgandrP
C
vien
du
ré
dux
AITH
GALANT. 75
du Roy , avec Mademoiselle
Suſanne de Loffe, Fille d'une
Soeur de M² le Maréchal
Duc de Navailles , qui avoit
épousé M' le Marquis de
Loffe ,&Cousine- germaine
de Madame la Préſidente le
Cogneux. La Maiſon de
Loſſe eſtune des anciennes
de cette Province , auffibien
que celle de M'le Marquis
de Chabans S. Preüil qui eft
l'aîné de la ſienne. Cette
derniere tire fon origne des
Comtes de Poitiers. Un Ca
det de S. Guillaume , Duc
d'Aquitaine , ayant vendu
Gij
76 MERCVRE
-
tous ſes Biens pour aller avec
S. Loüis à la Conqueſte de
la Terre - Sainte , ſe maria
au retour de ce Voyage à
une Heritiere de Perigord,
& c'eſt de là qu'eſt venuë la
Maiſon de Chabans. Celuy
dont je parle eſt un Gentilhommebien
fait, qui a beaucoup
d'eſprit&de mérite , &
qui s'eſt ſignalé en divers
Emplois pendant quinze
Campagnes dans les Armées
d'Allemagne , Flandres
, Italie & Catalogne. Il
fut fait Prifonnier de guerre
dans le Royaume de Na
GALANT. 77
ples , avec Henry de Lorraine
Duc de Guife , & y
demeura vingt - deux mois
avec M² de Fourbin , Commandant
de la Premiere
Compagnie des Moufquetaires
. Les Mémoires de
Guiſe en font foy. Il s'eſt
trouvé en pluſieurs Batailles
rangées , & eftoit à la Priſe
de Philiſbourg où Monfieur
le Prince acquit tant de
gloire. Cet illuftre General
luy avoit donné à commander
cinq cens Hommes des
Enfans perdus,& il fit fi bien
fon devoir, qu'il n'en ramena
Giij
78 MERCVRE
que douze. Il fut bleſſé en
cette rencontre. Sa Majesté
le fit Maréchal de Camp au
mois de Decembre 1652. & il
a ſervy en cette qualité dans
les derniers Mouvemens de
Guyenne, ſous M' le Comte
d'Harcourt , & fous M² le
Duc de Candalle. Il eſt Neveu
duBrave SaintPreüil, qui
a eſté Gouverneur d'Arras.
On m'a conté depuis peu
les circonstances d'un autre
Mariage dont je croy devoir
vous faire part. Un Cavalier
fort bien fait , & de tresbonne
Maiſon , apres avoir
1.
GALANT. 79
:
employé ſept ou huit ans à
viſiter toutes les Cours de
l'Europe , arriva un foir à
une Ville éloignée du Licu
de ſa naiſſance environ de
trente lieuës . Une Fille des
plus qualifiées du Païs, s'eftoit
mariée ce meſme jour.
Ily avoit grande Afſfemblée
chez fon Pere , qui eftant
des mieux alliez de la Province,
avoit prié de la Nôce
quantité de Perſonnes conſidérables
de l'un & de l'autre
Sexe . Le Bal devoit ſuivre
le Soupé ; & comme en ces
fortes d'occaſions il eſt na-
Giiij
80 MERCVRE
turel d'eſtre curieux, le Cavalier
à qui on conta la choſe
, réſolut de prendre un
maſque , & d'aller eftre témoin
de la joye des Mariez .
L'heure eſtant venuë , il ſe
déguiſa , & ſe meſla parmy
quelques autres qu'il vit entrer
aufli déguiſez . La Compagnie
luy parut fort belle.
Il la trouva compoſée de pluſieurs
Dames qui avoient
toutes beaucoup de brillant.
Il examina la Mariée , qui
ayant de grands agrémens
par elle-meſme , en recevoit
de nouveaux de l'ajustement
GALANT. 81
où elle eſtoit ; mais rien ne
le ſurprit tant qu'une jeune
Brune d'un teint admirable.
Si-toſt qu'il l'eut apperçeuë,
il n'eut plus d'yeux que pour
elle. Il la regarda longtemps
avecun plaifirinexprimable;
& quand on la fit dancer , il
fut fi charme de la beauté de
ſa taille qu'il vit alors toute
entiere , que dans la prévention
où il ſe trouva pour elle,
quand elle n'euſt eu aucune
adreſſe à la Dance , ill uy
euſt donné tout l'avantage
du Bal. Comme on écoute
volontiers les Maſques , il
82 MERCVRE
s'approcha de cette aimable
Perſonne , &l'engagea dans
une converſation agreable
qu'elle foûtint avec une fineffe
d'eſprit qui acheva de
le perdre. Le Bal eſtant tour
preſt de finir,il la quitta pour
SS''iinnffoorrmmeerr de fon nom. On
luy apprit qu'elle eſtoit Fille
d'un Gentilhomme qui demeuroit
à trois lieuës de là,
que l'occafion de cetteNôce
l'avoit fait venir chez une
Parente qui la devoit garder
quelques jours,& qu'en
fuite elle retourneroit chez
fon Pere. Le Cavalier ſe
GALANT. 83 .
fentit frapé de la plus vive
douleur quand on luy nomma
le Gentilhomme. C'ef
toit l'Ennemy mortel de ſa
Maiſon , &un de ces intrai.
tables Ennemis , à qui on
parle inutilement de paix. Il
poffedoit une Terre dans le
voifinage du Cavalier , &
c'eſtoit la ſource des longs
démeſlez qui avoient broüil
lé les deux Familles. La
haine , devenuë heréditaire
dans l'une & dans l'autre
depuis plus de ſoixante ans,
avoit caufé de fort grands
malheurs, &jamais diviſion
84 MERCVRE
ne s'eſtoit entretenue avec
tant d'aigreur. Ces raiſons
ne pûrent rien ſur l'amour
du Cavalier. La Belle , quoy
que Fille de ſon Ennemy,
luy parut toûjours la plus aimable
Perſonne qu'il euſt
jamais veuë , & tous les ef. -
forts qu'il fit pour l'arracher
de fon coeur, ne ſervirent
qu'à l'y mettre plus avant.
Elle eut toutes ſes penfeés
pendant la nuit , & il ne put
ſe réſoudre à quitter la Ville
tant qu'elle auroit à y demeurer.
Le lendemain il l'attendit
dans l'Egliſe où il ap-
.
GALANT. 85
prit qu'elle alloit tous les matins
, & en luy trouvant la
meſme beauté, il eut le plaifir
d'admirer la modeftie qui
tenoit ſes yeux auſſi arreſtez
que fon eſprit ſembloit recueilly.
Il la regarda ſans
qu'elle y prift garde, & continua
de cette forte à nourrir
ſa paffion , juſqu'à ce qu'il
ſceut qu'elle eſtoit partie. Il
fe rendit auſſitoſt chez luy,
pour donner ordre à fon
Bien que la mort d'un Frere
arrivée depuis un an , avoit
beaucoup augmenté.
toit ſon Aîné qui le laiſſoit
86 MERCVRE
unique Heritier de la Maifon.
Les ſoins qu'il fut obligé
de prendre pour le reglement
de ſes affaires , n'empeſcherent
point qu'il ne
fongeaſt ſans ceſſe à la Belle.
Rien ne le touchoit plus fortement.
Il conta ſon avanture
àun Amy tres -attaché à
ſes intéreſts , & luy ayant
peint la grandeur de fon
amour , il le pria d'aller faire
au Gentilhomme la propoſition
de fon Mariage, qui af
foupiroit tous leurs diférens.
Cet Amy , ravy de contribuer
à un accommodement
GALANT. 87
ſi ſouhaité, ſe fit un plaiſir de
cet employ , & fe flata d'autant
plus de reüſſir , que le
Cavalier reſtant ſeul de ſa
Famille , l'union qu'il recherchoit
, étoufoit entiere
ment la cruelle haine qui les
diviſoit depuis ſi longtemps.
Il alla trouver le Gentilhomme
de qui il eſtoit connu,
paſſa chez luy comme revenant
d'un plus long voyage,
& apres pluſieurs loüanges
données à la Belle qu'il trou-
<va toute charmante , il demanda
ſi on luy vouloit per
mettre de luy chercher un
88 MERCVRE
Mary. L'offre n'ayant point
déplû , il fit le portrait d'un
Cavalier , riche , de bonne
naiſſance , ſpirituel , parfaitement
honneſte Homme,
& qui ſe contenteroit de ce
qu'onvoudroit donner. Une
propoſition ſi avantageuſe
fut reçeuë de la maniere du
monde la plus agreable. On
le pria de travailler férieuſement
à cette affaire ; mais
quand il vint à nommer l'Amant,
il trouva le Pere incapable
de raiſon . Ileut beau
luy dire que le Cavalier eftant
party des ſes plus jeunes
GALANT. 89
années, pour de longs voya.
ges qui l'avoient toûjours
tenu hors de France , il n'avoit
aucune part aux vieilles
querelles qui luy faifoient
prendre de l'averfion pour
luy ; qu'il ne s'offriroit jamais
une occafion fi favorable de
les terminer glorieuſement;
que les belles qualitez de
celuy qu'il propoſoit ren.
doient le party doublement
conſidérable , & qu'il feroit
condamné de tout le monde
de vouloir rendre éternelle
une inimitié qui n'avoit déja
produit que trop de mé-
Juillet 1681. 1. P. H
१० MERCVRE
۶
chans effets. Ces raiſons,
quoyque tres- fortes, ne pûrent
rien ſur le Gentilhomme.
Il demeura inflexible , &
l'Amy partit ſans avoir rien
obtenu. Ce mauvais ſuccés
ne rebuta point le Cavalier.
Ilſongeatoûjours àſe rendre
heureux , & fa paffion s'augmentant
par les obſtacles,
luy fit employer l'adreſſe
pour les ſurmonter. Le def
fein qu'il prit fut un peu bizarre.
Il avoit connu àRome
un Abbé de qualité avecqui
on luy trouvoit beaucoup de
raport de traits. Il réſolut
GALANT 91
d'aller ſous ſon nom chez le
Pere de la Belle , & pour le
mieux ébloüir , il inſtruifit
deux de ſes Amis de ce qu'ils
auroient à faire pour luy eftre
utiles dans le perſonnage
qu'il vouloit joüer. La force
de fon amour ne ſoufrit
point de retardement. Il partit
en meſme temps veſtu en
Abbé, & ne mena avec luy
qu'un Valet de Chambre.
Eſtant arrivé au lieu où le
Gentilhomme avoit ſa Terre,
il alla defcendre à une
méchante Hôtellerie , dénuée
de tout , & fort mal-
Hij
92 MERCVRE
propre à recevoir des Gens
comme luy. Il feignit d'eftre
malade , & fous le prétexte
de quelques beſoins , apres
qu'on luy eut nommé le
Gentilhomme , il luy envoya
faire compliment. Le
nom qu'il prenoit eſtant fort
connu par les grandes Charges
que ceux de cette Maifon
avoient toûjours euës en
Cour , le Gentilhomme ne
manqua point à levenir tirer
de l'Hôtellerie, pour le conduire
chez luy , où il luy
donna un Apartement fort
agreable. Le faux Abbé
:
GALANT. 93
qui vouloit n'eftre malade
qu'autant qu'il falloit pour
ne pas quitter ſi- toſt un Lieu
tout charmant pour luy ,
affecta une langueur qui en
l'empéchant de poursuivre
fon voyage , ne l'obligeoit
pas à garder le Lit. Ainfi il
en eſtoit quitte pour quelques
fauffes foibleſſes, qu'il
feignoit d'avoir de temps en
temps , & on en uſoit de fi
bonne grace, qu'il ceda ſans
peine aux prieres qu'on luy
fit de demeurer chez le Gentilhomme
, juſqu'à un entier
rétabliſſement de ſa ſante,
94 MERCVRE
On l'y regardoit comme Fils
d'unHomme tres - confideré
du Roy, &fes maniereshon.
neftes engageoient d'ailleurs
fi fort , qu'en tres- peu de
jours il ſe fit aimer de tout le
monde. D'un autre coſté ſon
Valet de Chambre qu'il
avoit inſtruit, joüoit admirablementſon
rôle. Il peignoit
fon Maiſtre le plus accomply
des Hommes , & n'en
diſoit rien d'avantageux que
le faux Abbé ne confirmaſt
en faiſant paroiſtre un fort
grand merite. Vous jugez
bien que fon ſoin le plus
GALANT. 95
preffant fut d'entretenir la
Belle. Il n'en perdit point
l'occaſion, &comme ilavoit
beaucoup d'eſprit , & des
complaiſances dont rien n'aprochoir
, il eutbien- toftgagné
ſon eſtime. Cependant
les deux Amis qui avoient
promis de le ſervir , vinrent
chez le Gentilhomme , &
témoignant une fort grande
ſurpriſe d'y trouver le faux
Abbé, ils firent entr'eux la
Scene dont ils eftoient demeurez
d'accord. Ils luy
demanderent des nouvelles
de ſon voyage de Rome,
96 MERCVRE
!
le mirent ſur les avantages
de la Maiſon dont il ſe difoit,
luy parlerent du revenu
de fon Abbaye, & il répondit
ſi juſte à tout fans s'embaraſſer
un ſeul moment,
qu'on euft crû que le hazard
avoit fait la chofe , &
qu'il eſtoit veritablement
l'Abbé dont il empruntoit
le nom. Ses Amis partirent,
& deux jours apres s'eſtant
trouvé dans un teſte à teſte,
il dit à la Belle , que quoy
qu'il fuſt mal- féant à un
Abbé de faire une déclaration
d'amour , ſes deſſeins
1
eſtoient
GALANT 97
eſtoient ſi légitimes , qu'il
ne demandoit que fon agrément
pour luy faire voir
juſqu'où alloit le pouvoir
qu'elle avoit acquis fur luy;
qu'il eſtoit preſt à quitter
ſes Benéfices , & que peuteftre
elle trouveroit en l'é
poufant affez d'avantages
pour ſe croire heureuſe , fi
elle comproit à quelque
choſe le plaifir d'eſtre aimée
parfaitement. La furpriſe
où ce diſcours mit la
Belle, luy cauſa un fi grand
trouble , qu'elle ne ſceut
que répondre. Sa rougeur
Juillet 1681. 1. P. I
98 MERCVRE
parla pour elle , & le faux
Abbé qui crût l'entendre,
en tira un bon augure.
Comme elle doutoit qu'il
luy parlaſt tout de bon , il
eut beſoin pluſieurs fois de
luy repéter la meſme choſe
avant qu'il puſt l'obliger à
dire, qu'elle ſuivroit le choix
de ſon Pere , qui eſtoit le
maiſtre de ſes volontez.
Charmé d'un aveu ſi favo
rable, il alla trouver le Gentilhomme,
& luy expliquant
le deſſein où il eſtoit, il luy
fit connoiſtre qu'il n'avoit
jamais eu d'inclination pour
4
GALANT. 99
le party de l'Eglife, qu'il ne
l'avoit embraſſé que par
complaiſance , n'ayant ofé
refuſer deux Benéfices qu'-
on luy avoit fait donner dés
fon plus bas âge ; que pouvant
diſpoſer de l'un , qui
eſtoit de quatre mille livres
de revenu , il alloit le refigner
à un de ſes Fils ; que
quoy que le Roy nommaſt
à l'autre , il ne deſeſperoit
pas d'obtenir ſon agrément
pour ce meſme Fils , ſi l'on
pouvoit ſe réfoudre à tenir
fon Mariage ſecret juſqu'à
la mort de fon Pere ; qu'il
I ij
100 MERCVRE
eſtoit ſi vieux, qu'il ne pouvoit
vivre encor longtemps;
& qu'une année ou deux de
cótrainte luy épargneroient
ce qu'il devoit craindre de
ſa colere , s'il ſe déclaroit
imprudemment. Tout cela
fut dit avec tant de marques
d'amour pour la Belle , que
le Gentilhomme ſe laiffa
toucher. Il fut ébloüy de
la qualité du Gendre qu'il
devoit avoir , & preffé par
cet Amant dont le mérite
eftoit fort perfuafif, il conclut
le Mariage , apres que
le Cavalier eut fait tout ce
GALANT. IOI
qu'il falut pour la réſignation
du Benefice. Le Gentilhomme
le crût tellement de
bonne-foy , qu'il ne voulut
point attendre à le rendra
heureux , qu'on euſt reçeu
réponſe de Rome. On obſerva
les formalitez effentielles
, mais avec tant de
fecret, qu'il n'y eut que deux
Domeſtiques d'un zele é
prouvé, à qui on donna connoiſſance
de l'Affaire . La
Belle qui ayant le gouft tresdélicat
, avoit infiniment de
l'eſtime pour celuy qu'on
luy faifoit épouſer, ſe trouva
I iij
102 MERCVRE
(
la plus contente du monde
par ce Mariage. Le Cavalier
l'adoroit , & l'honneſteté
qu'il faiſoit paroiſtre à tous
ceux de ſa Famille , luy en
gagna fi bien tous les coeurs,
que le Gentilhomme ne pût
s'empeſcher de dire ſouvent,
que s'il l'avoit bien connu,
il l'auroit choiſy par le ſeul
mérite de ſa Perſonne, quád
il n'auroit eu d'ailleurs au
cune diſtinction qui euſt demandé
la préference. Le
Cavalier vivoit avec luy
d'un air fi reſpectueux & fi
ſoûmis , qu'à force de défe
GALANT. 103
rences il eut tout pouvoir
ſur ſon eſprit. Les Lettres de
Rome qui arriverent quelque
temps apres, fembloient
devoir apporter quelque embarras
; mais le Cavalier ménagea
la choſe avec tant
d'adreffe , que par les mefmes
raiſons qui faifoient cacher
ſon Mariage , il fit reculer
la Priſe de poffeffion.
Je pourrois icy embellir
l'Hiſtoire , en vous diſant
que pendant l'absence du
Cavalier qui auroit rendu
quelques viſites dans le voifinage
, un des Parens de
1
I iiij
104 MERCVRE
l'Abbé, ou l'Abbé luy- mefme,
à fon retour d'Italie, euſt
eſté mené chez le Gentilhomme,
qui ſe connoiſſant
dupé, auroit pû craindre de
s'eftre donné un Gendre indigne
de luy; mais cela n'arriva
point , & le Fait dont il
s'agit a dans ſes vrayes circonſtances
affez de choſes
extraordinaires pour n'avoir
aucun beſoin qu'on luy en
preſte de fauſſes . Le Cavalier
qui ne cherchoit qu'à ſe
découvrir, redoubla ſes ſoins.
pour gagner entierement
l'amitié du Gentilhomme .
GALANT. 105
Dés qu'il ſe connut affez
bien dans ſon eſprit pour ſe
hazarder à luy dire ſon ſecret,
il luy parla d'une Grace
qu'il le prioit de luy accorder
, comme une choſe
qui pouvoit le rendre beaucoup
plus heureux. Le Gentilhomme
luy ayant promis
tout ce qu'il voulut , il adjoûta
qu'il avoit appris l'inimitié
qui regnoit depuis
longtemps entre ſa Famille
& celle d'un Cavalier qu'il
avoit connu à Rome , &
avec lequel une affez longue
habitude luy avoit fait
106 MERCVRE
faire la plus tendre liaiſon,
qu'eſtant revenu avec luy
en France , il eſtoit témoin
que ſes premiers ſoins en
arrivant , avoient eſté de
chercher à faire finir leur
diviſion ; que pour cela il
avoit voulu épouſer ſa Fille;
que le refus de le recevoir
dans ſon Alliance ne l'ayant
point rebuté, il l'avoit prié
de venir chez luy ſous quelque
prétexte ; que ce voyage
fait à ſa priere , avoit eſté
cauſe du bonheur qu'il pofſedoit
, & que le devant en
quelque façon à fon Amy,
GALANT. 107
il s'accuſeroit d'ingratitude,
s'il s'employoit lachement
à obtenir pour luy une choſe
dont il eſtoit ſeûr qu'il le
croiroit digne quand il luy
feroit connu. Comme en
ces occafions on peut ſe
loüer ſans honte, quoy qu'il
parlaſt de luy-meſme, il fit
un Portrait du Cavalier qui
en donnoit bonne opinion.
Le Gentilhomme luy répondit
un peu froidement
que c'eſtoit affez qu'il euſt
promis ; que l'eſtimant autant
qu'il faiſoit , il ſe réfolvoit
à faire pour luy ce qu'il
108 MERCVRE
n'auroit fait pour aucun autre
, mais qu'il le prioit de
luy donner quelques jours
pour ſe préparer à l'accord
qu'on ſouhaitoit. Le Cavalier
ne le preſſa point , & fe
contenta de mériter par
mille devoirs la complaifance
qu'il luy laiffoit eſpérer.
Enfin l'occafion s'eftant
présétée de propoſer de nouveau
l'accommodement, &
le Gentilhomme luy ayant
marqué qu'il avoit vaincu ſa
répugnance , le Cavalier ſe
jetta à ſes genoux , & luy
découvrit la tromperie. JaGALANT.
109
L.
mais ſurpriſe ne fut égale à
la fienne. Il regardoit à fes
pieds un Gendre qu'il eftimoit.
Son bien, fa naifſance
, & fes belles qualitez,
tout parloit pour luy ; mais
le dépit de ſe voir la Dupe
de ſa bonne-foy , luy donnoit
un air chagrin , qu'il
accompagna d'un long filence.
Le Cavalier prit ce
temps pour prévenir les reproches
qu'il pouvoit luy
faire à l'égard du Benefice.
Il luy dit qu'avant que la
mort de ſon Aîné luy euſt
laiſſé le Bien qu'il avoit,
JHO MERCURE
l'Abbé ſous le nom duquel
il eſtoit entré chez luy , l'avoit
aſſuré vingt fois qu'il
luy en feroit la démiſſion,
s'il vouloit quiter l'Epée, &
qu'eſtant Amis au point
qu'ils l'eſtoient , il ne doutoit
point qu'il ne luy tinft
parole avec joye en faveur
de ſon Beaufrere. L'Abbé
dont il luy parloit , eftant
alors à Veniſe , devoit revenir
en France quelques
mois apres. Le Gentilhomme
fit dans ce moment les
reflexions qui estoient à
faire. Le Cavalier méritoit
L
GALANT. III
beaucoup. L'Affaire eſtoit
terminée. C'eſtoit l'Epoux
de ſa Fille, & il trouvoit dans
fon Alliance tous les avantages
qu'il auroit pû ſouhaiter.
Il ſe rendit à tant de
raiſons , & luy témoignant
tout de nouveau beaucoup
de joye de ſon Mariage , il
le déclara dés le lendemain
par un ſuperbe Régal donné
à tous ſesAmis. Vous jugez
bien que le Cavalier ne
manqua pas de demander
à la Belle ſi elle ſe ſouvenoit
d'un Maſque qui l'avoit
entretenuë fort longtemps
112 MERCVRE
dans un Bal de Nôces.
Cette Avanture fit fort raiſonner
ſur le pouvoir de
l'Amour , qui, quand il luy
plaiſt, ſçait réünir les coeurs
les plus diviſez, & qui vient
àbout de ſes entrepriſes par
des moyens qu'il peut ſeul
imaginer.
Colbert
J'oubliay à vous dire le
dernier mois, que M' d'Ormoy,
tres -digne Fils de Monfieur
Colbert, s'eſtoit rendu
àl'Aſſemblée de l'Académie
des Sciences qui ſe tient
deux fois toutes les ſemai
nes , dans une des Salles de
GALANT. 113
la Bibliotheque du Roy,
Ruë Vivien, ſçavoir, tous les
Mercredis , pour y parler de
Phyſique ; & les Samedis,,
pour y traiter de Mathématique
, d'Aftronomie , &c.
M'les Mathématiciens l'en
tretinrent d'abord ſur les
avantages des principales
découvertes qui ont efté fai
tes depuis qu'on a étably
cette illuftre Compagnie, &
particulierement ſur la mé
thode de connoiſtre la Lon
gitude qu'on a pratiquée en
pluſieurs endroits duRoyau
me , à Cayenne en Ameri
Juillet 2681. 1. P. K
114 MERCVRE
P que , & en Dannemark par
ordre de Sa Majefté ; & en
pluſieurs autres endroits du
monde, ſuivant la curioſité
des Aſtronomes. Ms Picard,
Richer , & de la Hire , qui
ſont de ce Corps , ont travaillé
à ces obſervations , &
continuent encor chaque
année à y travailler. Pendant
les voyages qui ont eſté
faits pour ce ſujet,M' Caffini
eſt toûjours demeuré à l'Obſervatoire
de Paris, pourfaire
auſſi des obſervations en
meſme temps que ceux qui
eſtoient en campagne. Elles
GALANT. IIS
font toutes ſi juſtes , qu'on
peut s'aſſurer dans la Longitude
à quelque diſtance que
ce ſoit de cent toiſfes ; ce qui
n'eſt rien ſur la grandeur du
Globe de la Terre . Il entretint
à ſon tour M' d'Ormoy
fur la derniere Comete dont
il a fait imprimer une Dif
ſertation fort ſçavante , &
remplie de toutes les obfervations
que l'on a pû faire à
L'Obſervatoire . Ce Traité a
eſté tres- favorablement reçeu
de Sa Majesté & de
toute la Cour. On ne voulut
point parler das cette Séance
Kij
16 MERCVRE
fur les Sujets que l'on s'eftoit
propoſez , qui estoient des
plus profondes Méditations
de Geométrie , dont M
Blondel & de la Hire entretiennent
ordinairement la
Compagnie ; & comme il
reftoit fort peu de temps,
Mª Perrault, Dodard, & du
Verney , firent voir au mefme
M' d'Ormoy de nouvelles
découvertes d'Anato
mie , principalement ſur
Pouye , où le dernier a forg
travaillé. En ſuite , M² Mariotte
luy expliqua quelques
particularitez d'un Traité
rs
GALANT. 117
des Couleurs qu'il fait imprimer
, & qui eſt un des
plus beaux Ouvrages qui ait
paru depuis pluſieurs Siecles .
Il y rend raiſon d'une infinité
d'apparences dans les
Couleurs dont juſqu'à préſent
on n'avoit point ſçeu les
cauſes. Apres cela , M' du
Clos, Medecin & Chimiſte,
l'entretint de pluſieurs admirables
expériences deChimie,
où Mª Bourdelin & Bo
relli ont tres -bonne part.
M' d'Ormoy prit d'autant
plusde plaifir à entendre ces
r
Meffieurs , que quoy qu'il
118 MERCVRE
foit encor dans un âge fort
peu avancé, il a des lumieres
furprenantes , & fçait à fond
tout ce qui regarde ſa Charge
de Surintendant, & d'Ordonnateur
General des Bâtimens
du Roy, laquelle demande
qu'on ſoit confommé
dans beaucoup de Connoiſſances.
Voila,Madame,
ce qui ſe paſſa dans cette
docte & celebre Académie
le jour que M' d'Ormoy
l'honora de ſa préſence..
Vous ſçavez, je croy, qu'elle
doit fon établiſſement & fes
progrés à MonfieurColbert,
GALANT. 119
à qui l'Etat , les Sciences , &
les beaux Arts, ſont ſi redevables.
Ceux qui la compo
fent font,
Modérateur.
M' Carcavi.
Mathématiciens ,
Aftronomes .
M'Huguens.
Mª Blondel.
M Caffini..
M' Picart.
M² de la Hire.
M'Roëmer.
Phyficomathématicien.
r
M' Mariotte.
120 MERCVRE
Medecins Chimiſtes &
Phyficiens .
M² du Clos .
M' Perrault.
M² Dodart..
Mª Borelly .
M' du Verney.
M' Bourdelin .
Secretaires..
M' Galloys.
M' du Hamel.
Vous vous plaindriez fansdoute
, ſi je vous nommois
tant de Sçavans , ſans vous
parler d'eux en particulier.
M' Carcavi eſt Intendant
de la Biblioteque du Roy,
&
GALANT. 121
& ſçait beaucoup de choſes
à fond. Il a eſté dépoſitaire
de ce que les plus Doctes
de l'Europe ont eu de plus
rare, ayant ſouvent eſté leur
Arbitre. Ainſi ſon nom ſera
immortel dans les Lettres
TS
✓ de M's Deſcartes , Paſcal,
Fermat , & autres Sçavans
de noſtre fiecle.
M' Huguens a découvert
l'Anneau de Saturne , & un de
fes Satellites. Nous avons un
Livre de luy De Horologio
Oscillatorio, ou la Pendule, qui
eſt un des plus beaux Ouvrages
, & des plus ſçavans
Juillet1681. 1. P. L
122 MERCVRE
1
qui ſe trouvent
qui le
Geometres .
4
parmy les
M' Blondel eſt Maréchal
des Camps & Armées du
Roy,& a eu l'honneur d'enſeigner
les Mathématiquesà
Monſeigneur le Dauphin. Il
adonné au Public un Cours
d'Architecture , avec lesRéſolutions
des quatre principaux
Problêmes de cette
Science , & pluſieurs autres
Livres.
M² Caffini eſtant à Bologne
, paſſoit déja pour
le premier Aftronome de
fon fiecle. Il y a fait im
GALANT. 123
primer pluſieurs Traitez ,
& entre autres un des Satellites
de Jupiter , & leurs
Ephemerides ; la Décou
verte des deux Satellites
de Saturne , outre celuy de
M' Huguens. Il a depuis
donné au Public un Planif
phere , & un Livre ſur la derniere
Comete de 1680. &
1681. Les Tables qu'il a dref
ſées du mouvement des Sa
tellites de Jupiter , qui font
les Lunes de cette Planete,
ſe trouvent ſi juſtes , que par
le moyen de leurs Eclipſes
qui arrivent tres- ſouvent, on
1
Lij
124 MERCVRE
peut trouver la Longitude
fur la Mer en voyageant,
pourveu que l'on ſcache
l'heure où l'on obſerve l'Eclipſe.
M' Picard s'occupe ordi
nairement aux Obfervations
Aſtronomiques , & a fait im,
primer ſon Voyage à Vraneſbourg
en Dannemarck.
Ily a mis toutes les Obſervations
celeſtes qu'il a faites
au mefme endroit que Ticobrahé.
Il a encor donné
au Public la Mefure de la
Terre.
M' de la Hire peut eftre
1
4
GALANT. 125
L
appellé Geometre parexcel.
lence. Il a donné deux Traitez
des Coniques , danslef.
quels ſur ſes nouveaux principes
, il a montré & rendu
facile cette Partie de la Geo.
metrie qui estoit la plus difficile
, ainſi qu'elle eſt la plus
noble , & en 1679. il a enrichy
cette Science par fon
Livre intitulé, Nouveaux Elémens
des Sections Coniques ,les
lieux Geométriques, la Constru-
Etion , ou Effection des Equations.
r
M' Roëmer a fait conf
truire deux admirables Ma-
Liij
126 MERCVRE
chines à rouës. La premiere
fait voir dans un moment
le mouvement des Planetes,
& leurs aſpects pour les années
, & les jours que l'on
ſouhaite. On découvre par
la ſeconde , l'an , le jour , &
l'heure que toutes les Ecli
pſes font arrivées , & celles
qui arriveront. Il a fait paroiſtre
une tres -grande vi
vacité dans les chofes qu'il
a imaginées , & s'eſt beaucoup
perfectionné dans l'Académie
des Sciences, compoſée
de tant de ſçavans
Hommes. Il eſt retourné
GALANT. 127
L
au Nort où il eſt né, le Roy
de Dannemark ayant fouhaité
de le revoir.
M' Mariotte a l'eſprit auffi
fécond que penetrant. H
ſçait ſi bien joindre la Phyſique
aux Mathématiques,
que rien ne luy échape. Il
a fait imprimer trois Livres
touchant l'organe de la Vision,
un Traité du Nivellement, un
autre du choc des Corps , un
Effay de Logique, & trois autres
petits Traitez ou Effais
de Phyſique ; de la vegétation
des Plantes , de la nature de
l'air , du chaud, &du froi.d.
Lij
128 MERCVRE
Il a auffi compoſé un Traité
des Couleurs , qu'on acheve
d'imprimer.
Me du Clos a fait deux
Traitez ; l'un, des Eaux minérales
de France ; &l'autre, des
Sels.
Mª Perrault eſt un Homme
univerſel. Il a donné
le Vitruve François, avec de
tres-ſçavantes Annotations,
&une docte Explication des
termes qui avoient arrefté
tous les Commentateurs de
ce Prince de l'Architecture
Romaine. Il a auffi fait imprimer
trois Traitez intituGALANT.
129
lez Effais de Phyſique; du Bruit,
de la mécanique des Animaux,
&de la circulation du Sang.
M' Dodard a fait leProjet
desPlantes.
M' Borelly fait de tres-'
bons Verres objectifs pour
les Télescopes , ou grandes
Lunetes d'approche. Celle
qu'on voit à préſent à l'Obqu'on
voit à pre
fervatoire, eft de fon travail.
Cette Lunete a ſoixante &
dix-fept pieds de longueur.
Je vous ay déja parlé de
M' duVerney & de M² Bourdelin
, en vous diſant que
l'un a fort travaillé aux nou130
MERCVRE
velles Découvertes d'Anatomie,&
que l'autre a bonne
part aux expériences de Chimie
qui ont eſté faites.
M² Galloys a l'eſprit tres
vif, & tres-net. Il a dit de
tres-belles choſes en peu de
mots , & intelligiblement,
dans les Journaux des Sçavans
qu'il a compoſez depuis
le 4. Janvier 1666. juſ
ques au 17.Decembre1674.
M' du Hamel fit imprimer
l'an 1670. quatre Volumes
qui enrichiſſent la Phi
lofophie , &qui valent prefque
tout ce que l'Antiquité
-
GALANT. 131
a produit ſur ce ſujet. En
voicy les noms. De Corporum
affectionibus , en deux Volumes
; De Corpore animato,
&De mente humana. Il nous
a donné cette année cinq
Volumes qui ont pour titre,
Philofophia vetus & nova ad
ufum Scholæ accommodata .
On a imprimé ſous le
nom de toute l'Académie,
une partie de l'Hiſtoire des
'Animaux. Elle contient leur
anatomie, &c.
Vous voyez , Madame,
qu'encor que je vous écrive
depuis cinq années , j'ay
132 MERCVRE
toûjours quelque choſe de
nouveau à vous mander, non
pas à l'égard de ce qui arrive
chaque jour , & qu'on appelle
Nouvelles , mais à l'égard
de ce qui estoit déja
étably en France depuis fort
longtemps. Cela doit faire
admirer le pouvoir, les bontez
, & la magnificence du
Roy, auffi -bien que les foins
de ſes vigilans Miniftres.
Voicy deux Réponſes,
l'une en Profe , & l'autre en
Vers,ſur l'explication qu'une
Dame a demandée de la fin
d'une Lettre qu'un de fes
GALANT. 133
Amis luy a écrite , où elle a
trouvé ces mots. Adieu, Madame,
si je voulois vous dire la
centiéme partie de ce quejepense,
je n'aurois pas affez de papiervous
dira le reſte.
Ce trait
2252525252525252
A MADAME ***
Vand vous demandez
Madame, ce que veut dire
le trait dont vous témoignez estre
inquiete, cen'estpoint que vostre
coeur empruntant le ſecours de
voſtre eſprit , ne vous l'ait déja
6
134 MERCVRE
apris , mais voſtre modeſtie vous
faitsoupçonner ces deux interpretes
, &vous craignez qu'ils
ne foient d'intelligence à vous
abufer. Je voudrois pouvoirdif
fiperce doute ofvous confirmer
dans les ſentimens que l'amour
vous doit donner , carje ne puis
me tairefans crime, quand vous
employezle Dieu Mercure pour
me forcer à parler. Je ne m'expliqueray
cependant que par une
Fable , que vostre coeur, fi je ne
trompe, ne manquerapas de s'appliquer.
Elleſervira àvous faire
voir qu'on doit aimer quand on
eft aimée.
GALANT. 135
Le jeune Dahnis avoit de l'amourpour
Euriſtée , la Nymphe
en avoit pour luy, &quoy que
tous deux fort ſpirituels , ils ne
fçavoientpointlesſentimens l'un
de l'autre. Euriſtée estoit modefte
, Daphnis timide , & aucun
des deux ne ſe déclaroit.
Daphnisſe plaignant un jour de
la cruelle contrainte ou le respect
L'obligeoit de vivre , l'Amour
s'offrità ses yeux dans ſon équipage
accoûtumé, &luy fit quelques
reproches de ce que ſon ſe
cours eftant neceſſaire à tous ceux
qui aiment, il ne ſongeoit point
àl'implorer. Daphnisſe montra
136 MERCVRE
tout preſt à se ranger ſous fes
Loix, pourveuqu'illuy fournist
un moyendefaire connoistre àEu
riftée qu'il l'aimoit ,ſans luyrien
dire desa paffion. Hé-bien , dit
l'Amour, prens un Trait dans
monCarquois, & le fais porter
à Euriſtée par les Vents.
Il ſuffit que j'ay diſpoſé fon
coeur à te trouver à fon gré.
Elle a de l'eſprit , & comprendra
mieux par ce Trait
l'amour que tu as pour elle,
que ſi tu luy en faifois la plus
touchante déclaration. Pour
reconnoiſſance de ce bienfait
, fois luy fidelle. Daphnis
GALANT. 137
crut l'Amour. Il envoya auffitoft
ce Trait àſon aimable Eu
riftée , & employa ces paroles à
la fin d'un Billet qu'ilyjoignit.
Adieu , charmante Euriſteé.
Si je voulois vous dire la centiéme
partie de ce que je
penſe , je n'aurois pas aſſez
depapier
vous dira le refte.
CeTrait
Si ce Trait , Madame , vous
a fait entendre ce que repréſente
cette Fable ,ne dédaignez pas de
faire voirque je neſuispastrompé,
& que vous sçavez que
j'aspire au bonheurde vous prouverquejefuis
leplus fidelle, le
Juillet 1681. 1.P. M
138 MERCVRE
plus pafſſionné de vos Serviteurs,
A.D. B. D.
Il paroiſt que l'Autheur
de cette Lettre a intéreſt que
la Dame demeure perfuadée
de ſon Explication. L'autre
Réponſe ſur ce meſme Trait
eſt d'un caractere fort diférent.
Vous la trouverez dans
les Vers qui ſuivent.
A LA BELLE CLORIS.
SU
1
Urla demande quepropose
Damé Provinciale, ou Dame de
Paru,
GALANT. 139
Elle mefimble, adorable Cloris ,
Eftre en peine de peude chose.
Du moins,jen'en voispas lefins
Son Amyse trouvoit au bout defon
Latin,
Ilnesçavoitplus que dire...
Au lieu d'un &cetera,
Ilamis ce traitpour rire,
Etjepense quevoila
Ceque l'on peutfur cela
Leplusjuſtement écrire.
Cen'estpas que cetrait nesouffre un
autre tour,
Etqu'un FaiſeurdeCommentaire
Qui chercheroit àplaire,
N'enpuiſſefaire un trait,ou d'esprit,
oud'amour;
Un trait d'amour pour l'amoureux
filence
Mij
140 MERCVRE
Quele respectimpose à quiſçait bien
aimer,
Quand on estprest d'expliquer ce
qu'on penſes
Un traitd'esprit, quiporteàfuprimer
CCcequ'un autre Ecrivain de moindre
intelligence,
Tout au long voudroit exprimer.
Se
Maismoy quifuisfranc&fincere,
Je dis,&je crois que ce trait
N'enfermepasplus de miſtere
Que l'& caterade Notaire,
Etfinitfeulement unpeumieux le
Billet
Que cettefaçon trop vulgaire.
८८
Si pourtant vous voulez luyfaire
plus d'honneur,
Jen'aygarde d'avoir unsentiment
contraires
GALANT. 141
Ie croiray qu'il contient unegrande
douceur,
Etqu'il est plus galant que lafin
ordinaire,
Où l'on trouve toûjours,Je ſuisde
tout mon coeur
Voftre tres -humble Serviteur.
Le 25. du dernier mois,
ſur l'avis qu'on eut que la
Reyne Mere deDannemark
eſtoit partie de Zell pour venir
à la Cour de Hanover,
l'ordre fut donné à la Milice
de prendre les Poſtes quiluy
avoient eſté affignez fur le
paſſage de Sa Majesté, & en
meſme temps on fit dreffer
unemagnifique Tente dans
142 MERCVRE
une Prairie tres -ſpatieuſe ſur
le grand Chemin à une lieuë
de la Ville , où Monfieur le
Duc de Hanover , Frere de
cette Princeſſe, avoit deſſein
de la recevoir. Incontinent
apres le Dîné , la Marche ſe
fit de cette maniere.
Quatre Compagnies d'ordonnance,
& cinq de Cavalerie
, fortirent du Palais en
bon ordre,ayant leursTrompetes
& leurs Officiers à
leur teſte. Tous les Cavaliers
avoient de grands Bufles
neufs chargez de Rubans
de toutes couleurs , & leurs
GALANT. 143
Officiers eſtoient en Juſteau-
corps de Broderie d'or &
d'argent , avec les Houſſes
de leurs Chevaux de meſme
parure.
L'Ecurie de Son Alteſſe
Sereniffime continuoit cette
Marche. Elle eſtoit de trente
Chevaux de main en Couvertures
de Broderie de di
férentes façons, mais toutes
également ſuperbes & riches.
Les Chevaux avoient
la teſte fi couverte de Rubans,
qu'à peine pouvoientils
voir devant eux. Le reſte
du corps en eſtoit chargé à
144 MERCVRE
proportion. Deux Ecuyers
marchoient devant ces Chevaux,
& tous les Palefreniers
eſtoient en Livrées neuves
de Drap rouge , ſemé de
Galons d'argent & de Velours
noir entremeflez . Cinquante
Carroſſes dorez,tous
à fix Chevaux, ſuivoient à la
file. Ces Carroſſes eftoient
remplis des principaux Cavaliers
& des Dames les plus
qualifiées de la Cour ; les
Hommes en Juſte-au-corps
brodez ou galonnez d'or, &
les Dames dans les plus ri,
ches ajuſtemens qu'on cuft
pû
GALANT. 145
S
B
5
pû choiſir, felon la mode de
France. Celle qui ſe fit le
plus diftinguer, fut Madame
la Baronne de Platen. Elle
eſtoit veſtuë d'une Etofe à
fleurs d'or & d'argent , avec
une Garniture de gros Diamans.
Cet ornement produiſoit
un effet des plus brillans
ſur une Perſonne auffi
_grande , auſſi belle , & auffi
bien faite qu'elle eft.
SL
3 .
A la queuë de ces Car
roffes on en voyoit un tresmagnifique
, dans lequel
eſtoit M le Baron de Platen
Grand Maréchal de la Cour .
Juillet 1681. 1. P. N
146 MERCVRE
. Celuy du Lieutenant General
de l'Etat , deux autres
des quatre. Generaux Majors,
& ceux des principaux
Miniſtres, le precédoient.
La Compagnie desGardes
du Corps en Livrées tresriches
, leurs Trompetes &
leurs Officiers à leur teſte,
tous en dorure & fuperbement
veſtus , donnoit un
tres - grand
Marche.
éclat à cette
Le Carroſſe de Meſſieurs
les deux Princes aînez ,
George- Loüis , & Frederic-
Auguſte, paroiſſoit un peu
GALANT. 147
e
es
2.
des
Sa
&
ſéparé de cette file. Quelques
Gentilshommes , &
pluſieurs Pages à cheval,
l'environnoient, & quantité
de Valets -de-pied eſtoient à
la teſte des Chevaux. Celuy
de Madame la Princeſſe ſuivoit
immédiatement ce der
nier. Il n'eſtoit pas moins
pompeux, quoy qu'il ne fuft
point entouré de tant de
e-
A
monde. Enfin douze Tromte
petes & les Timbales de
Son Alteffe Sereniffime,
15
dans un fort leſte équipage,
annoncerent par leurs fanfares
la venuë de ce Prince, A
Nij
148MERCVRE
P
門qui fortit de fon Palais dans
leplus magnifique Carroffe
qu'on puiſſe voir. Il eſtoit
environné de quantité de
Gentilshommes , de plufieurs
Pages à cheval , &
d'un grand nombre de Valets-
de-pied à la teſte des
Chevaux. Six autres Carroſſes
ſuivoient, & une Compagnie
de Cavalerie fermoit
cette longue file.
Apres qu'on fut forty de
la Ville dans cet ordre , on
ſe rendit ſous la grande Tente
, où la Royne de Dannemark
arriva un peu apres..
GALANT. 149
Monfieur le Duc de Hanover
ſuivy de cinquante Gentilshommes
, & Madame la
Duchefſe avec les principales
Dames de ſa Cour , allerent
recevoir Sa Majesté à
Ia deſcente de ſon Carroſſe .
Son Alteſſe Sereniffime luy
donna la main, & Monfieur
le Prince Royal de Dannemark
la donna à Madame
la Ducheſſe de Hanover.
Un Gentilhome de la Cour,
& Lieutenant Colonel d'Infanterie,
porta la queuë de
la Reyne. Meſſieurs les
Princes reçeurent le Prince
Niij
150 MERCVRE
de Holſtein , & Madame la
Princeſſe reçeut une jeune
Princeſſe de Meklebourg,
de la Branche de Guſtrau.
Toute cette belle Troupe
demeura quelque temps
ſous la Tente , & remonta
en ſuite en Carroſſe. La
Reyne fut ſeule dans le fond
de celuy de Son Alteſſe.
Monfieur le Prince Royal,
&Madame la Ducheſſe de
Hanover , ſe mirent ſur le
devant, & Monfieur le Duc
à la Portiere.
M'le Prince de Holſtein
monta dans le Carroffe de
GALANT. 151
Meſſieurs les Princes , & la
jeune Princeffe de Meklebourg
dans celuy de Madame
la Princeffe .
Onpaſſa de cette forte à
la Porte de la Ville, laquelle
falia d'abord la Reyne de
douze volées de Canon, qui
furent ſuivies de cent autres
apres qu'elle fut paffée , car
eelllleemmaarrcchhaatout droit àune
Maiſon de campagne appelléeHornhans,
à la portée
duCanon dc Hanover. Cette
Maiſon avoit eſté préparée
pour ſon Logement. Deux
Regimens d'Infanterie qui
Niij
152 MERCVRE
eſtoient poſtez ſur le Chemin,
firent leurs falves apres
que Sa Majesté en fut un
peu éloignée.
Il y eut un magnifique
Soupé, pour lequel on avoit
dreſſé ſept grandes Tables,
outre celle de la Reyne, qui
fut ſeulement de douze
Couverts. Quand elle lava,
deux Generaux Majors préſenterent
, l'un l'Eguiere,
l'autre le Baffin ; le Grand
Maréchal de la Cour , la
Serviete ; & un Lieutenant
Colonel , une Aſſiete pour
prendre les Gands de cette
GALANT. 153
Princeſſe . La meſme Cerémonie
fut obſervée en fortant
de table. Monfieur le
Prince Royal prit place à la
droite , & Madame la Ducheſſe
de Hanover à la gau.
che, à la diftance d'un Couvert
de coſté & d'autre de
Sa Majefté. Apres le Prince
Royal, ſuivoient Son Alteffe
Sereniffime M' le Prince de
Holſtein, Meſſieurs les deux
Princes aînez de Hanover,
& le Grand Ecuyer de la
Reyne. Du coſté gauche
eftoient Madame la Princeſſe
de Meklebourg , Ma154
MERCVRE
dame la Princeſſe de Hanover
, la Dame d'honneur,
& le Grand Maréchal de la
Reyne. Les Violons François
firent des merveilles à
leur ordinaire , & pendant
tout le Soupé le S Farinel
fit valoir les Airs du fameux
Lully , qui fait admirer par
tout les agrémens de ſa Symphonie.
Le lendemain on ſervit
les meſmes Tables avec une
égale magnificence. L'apreſdînée
on fit voir la Gro
te , la Caſcade , & les Jets
d'eau, à Sa Majesté. Le ſoir
GALANT. 155
il y eut deux Comédies,
l'une ſérieuſe , & l'autre comique
; & le jour ſuivant,
cette Princeſſe traverſa la
Ville pour aller à Pyrmont,
où elle arriva le 29. de l'autre
mois.
On continuë de prendre
plaifir à écrire des Lettres
enProverbes. Envoicy encor
une nouvelle , adreſſée
à la ſpirituelle Perſonne qui
en a donné l'exemple.
52.
156 MERCVRE
5225525552 sssses
REPONSE
A LA LETTRE
EN PRO VERBES
DE MADEMOISELLE ***
P
Our vous payer en mesme
monnoye , (t) Chou paur
Chou , je fais réponse aujourd'huy,
veille de demain, à voſtre
Lettre , laquelle est fort , Mademoiselle
, gentille ; mais n'eftant
pas affezbien ferré à glace
poury réüffir, je crains d'oublier
quelque virgule , & qu'on ne
GALANT. 157
dife de moy , faute d'un point
Martin perdit ſon Afne. Mais
baste. A tout perdre , il ne faut
qu'un coup, Quand ma fortune
Fera faite , je n'auray que faire
d'aller en Hollande. Le doute
que vous avez de mon affection,
me fait ronger des os toutes les
nuits ; & lors que tous les jours
pendant voſtre absence je mets
vos loüangesfur le tapis, je croy
toûjours que l'on me va dire,
en parlant du Loup en en voit
.. la queuë. Il est vray que vous
ne pouvez pas estre en mesme
temps au Four er au Moulin;
mais auſſi en matiere d'amitié,
158 MERCVRE
c'est comme au Moulin , le premier
venu doit eftre le premier
engrainé. Si vous me dites que
ce n'estpas pour moy que le Four
chauffe , je vous répondray auffi
que vous n'avez qu'à fermer la
main, &dire que vous ne tenez
rien . Bien attaqué, bien défendu.
Avec les Loups ilfaut hurler,
& aboyer avec les Chiens.
Point de rancune ,je vousprie,
autrement je deviendrois muet
comme une Carpe pâmée. Si
vous me reprochez que je fais
des Coq-à-l'afne, je vous diray
que changement de discours réjoüit
l'efprit; outreplus, toûjours
GALANT. 159
peſche qui enprend un. Pourveu
que vous m'aimiez autant que
je vous aime, je m'appelle la
Roche. Vogue la Galere. Je me
moque des Rats , il n'y a point
de Blé dans mon Grenier. Si
pourtant quelque Envieux trouve
àredire à noſtre amitié,Mademoiselle
, tres - innocente ,
qu'il diſe , luy & elle ce n'est
qu'un , ils s'entendent comme
Larrons en Foire ; laiſſez-moy
faire,jeſuis Homme pour luy.
Je luyferay voir qu'à une injure
de Trompete ilfaut une défenſe
de Tambour. Ce que j'en dis
pourtant, ce n'est pas que j'en
160 MERCVRE
parle; carje mesoucie auffi pen
de luy que de ma vieille Chemiſe
; & puis , si l'Envie ne
meurt point, les Envieux mourront.
Mettez en fait que quand
je dis la verité je ne mens point.
Jesouhaite vous voir avec autant
d'amour de paffion que
les Quinze -vingts de Paris.
Les Montagnes ne se rencontrent
point, mais fifontbien les
Hommes. Je partiray demain,
mais non pas le prochain , car
l'Homme propose, &Dieu difpose.
Si j'estois Sorcier comme
une Vache , je vous dirois la
choſe au net; mais je ne devine
GALANT. 161
L
que ce que je vois . Peut - estre
direz- vous , que mes mépris me
fervent de louanges . Si vous
voulez tourner la Médaille ,
mettre la Charette devant les
Boeufs , vous trouverezque mes
loüanges me fervent de mépris .
Je ne vous dis aucune nouvelle
car vous sçavez tout avec plufieurs
autres choses ; mais je vous
diray , faites toûjours bien ,
j'en prendray le peché. Je suis
ravy de ſçavoirque vous aimez
bien courte Meffe &longDíné;
car enfin finale, est affez presché
qui veut bien faire ; &on ne
perd que fa leſcive àlaver la
Juillet1681. 1.P. Ο
162 MERCVRE
1
teste d'un More. Apropos de
Bottes , voicy un beau Baston.
Je veux finir icy ma Lettre,
Mademoiselle , affez jolie. Si
vous n'en voulez point , couchez-
vous aupres. Si vous n'eftes
pas contente , prenez des
Cartes. Quand on fait ce qu'on'
peut , on n'est point coupable.
Perſonne ne peut donner ce qu'il
n'a pas. Je vous en ay plus rendu
que vous ne m'en avez donné.
Grand-mercy de vos Choux, la
Soupe estoit de nostre Pain ;
parce que lafin couronne l'oeu
vre, écoutez- moy , car à un bon
Entendeur il ne luy faut qu'une
GALANT. 163
demie parole. Vousſçavezbien
ce que je vousfuis , rien du tout
fivous ne voulez. Entrez dans
ma pensée touchant cette parole,
car je la dis de bouche, mais le
coeur n'y touche. Bon jour
adieu , c'est bientoft fait. Tirez
le Rideau , la Farce eft joüée.
Je vous aimeray, malgré vous
vos dents, jusqu'à laſemaine
des trois Lundis, huitjours apres
jamais. L
LEJEUNE SANS SOUucy, deGuiſel
1
Madame de Marle , Ab
beſſe de Villers-Caniner,
mourut le 28. de l'autre
O ij
164 MERCVRE
mois , fort regretée de tous
ceux à qui ſa vertu eſtoit
connuë. Elle estoit Soeur
de M de Marle Maiſtre
des Requeſtes , & Intendant
en Auvergne , & avoit
quitté l'Ordre de Saint
Dominique , pour prendre
celuy de Cifteaux , dont
l'Abbaye de Villers fuit la
Regle. Il y avoit quatorze
ans qu'elle gouvernoit cette
Maiſon . Le Roy en a fait
Abbeffe une Parente de Madame
de Louvois , nommée
Madame de Souvré Re
noüard , qui estoit Reli
GALANT. 165
gieuſe en l'Abbaye de Vi
gnal.
J'ay oubliéjuſqu'icy à vous
apprendre la mort du Frere
Beauregard , fi connu des
Gens d'armée , qui depuis
vingt ans s'eſtoit mis dans
l'Ordre des Récolets. II
avoit eſté Meſtre de Camp
de Cavalerie, & s'eſtoit trouvé
au Siege de la Rochelle
fous Loüis XIII. & à la Bataille
de Lerida en Catalo
gne , où il donna de fort
grandes marques de valeur
& de courage. Quelque
pemps avant ſa mort, qui eſt
168 MERCVRE
res , & pafla enfin juſqu'à la
fureur. Ayant ſçeu un jour
que ce Gentilhomme avoit
tenu compagnie à une Parente
chez cette aimable
Perſonne , il vint tout à coup
avec un Fufil à la porte de la
Salle,& regardant ſon Rival
ſe mit en état de s'en défaire,
La Belle qui craignit quelque
malheur , courut à luy
pour le retenir. Le Fufil tira,
& elle reçeut le coup. Elle
en mourut dés le lendemain,
16. du dernier mois , à
neuf heures du matin , ſans
qu'il fuſt poſſible de reme
dier
GALANT. 169
e
2
S
dier à ſa bleffure. Les ſentimens
de détachement & de
pieté qu'elle fit paroiſtre
dans ce peu de temps , ne ſe
peuvent concevoir. Jugez
du déſeſpoir de ſes deux
Amans.
Autre accident qui n'eſt
pas commun. Une Belle eft
morte par excés d'amour.
Je ne vous puis dire ft la lan
gueurqui a terminéſesjours,
a eſté cauſée par l'infenfibilité
du Cavalier qu'elle aimoit,
ou par les obftacles que les
Parens ont apportez à ſa pať
ſion. Je ſçay ſeulement que
Juillet 1681. 1.P. :
P
170 MERCURE
ſa mort a donné occafion à
celuy qui prend le nom du
Berger fidelle des Accates,
d'envoyer à cet Amant les
Versque vous allez voir.
Essssesss2225225
NARCISSE.
FABLE.
Adis vivoit au pied du Mont
JAdi's winni Parnaffe
Un Berger plus bean que lejour,
Quipréferoitle plaisir de la Chaffe
Aux tendres douceurs de l'Amour.
C'eſtoit en vain que Nymphes &
Bergeres
Abandonnoient le foin de leurs
affaires,
GALANT. 171
Pour allergroffirfa Cour;
Carplutoftavec un crible
On euſtdeſſeché la Mer,
Que porté cet Inſenſible,
En charmant tout , àse laiſſer
charmer.
C'estoit enfin une chose impoſſible,
Témoin l'avanture d' Echo.
CetteNymphe tropsusceptible,
Avoitde l'embonpoint, lesyeuxvifs,
leteintbeau,
L'air enchanté, la taille faite à
peindre.
A la voir on eustaisément
Juréqu'ellen'auroitjamais licu de
Seplaindre
Dela cruauté d'un Amant.
Cependantde son fort admirez l'in
justice,
Ellefechafurses pieds de douleur,
Devoir noftre Berger Narciffe
Pij
172 MERCVRE
:
• Luy refuser l'empire defon coeur.
Auffi ne tarda-t- il guére .
D'en payerlafolle enchere ;
Carunjourqu'il reſvoitfurles bords
d'un Ruiſſeau
Aux cruels effetsdeſes charmes,
Quiportantdans les coeurs de charmantes
allarmes ,
Mettoient pourtantles Nymphes
au tombeau,
Ilapperçeutfafigure dans l'eau.
Acette veuë ilfentit dansfon ame
Naître des mouvemens de tendreſſe
&deflame.
Ilſe méconnut, &soudain
De la raiſon ayant perdu l'usage,
Dans les convulfions d'une amoureuſe
rage
Ilplongea tout veſtu ( fans- doute
dansſonſein,
Amour, tu mis ce funeste defſſcin )
GALANT. 173
Defirant dejouir par un prompt
Mariage
Defa froidc & mouvante Image.
C'estainsi que nostre Blondin
Périt à lafleur defon âge,
Pour avoir cu le coeur trop libertin.
Quiconque l'imite estpeusage,
Et court riſque d'avoir unſemblable
deftin.
Puis que voſtre Amie eft
réſoluë d'aller cette année
à Bourbon- Lancy , je ne
doute point qu'elle ne ſe
faffe un fort grand plaifir de
voir par avance un Lieu où
elle a du moins fix ſemaines
à paffer. Elle en trouvera la
Veuë dans cette Planche..
Piij
174 MERCVRE
Les Bains font au deſſous du
Chafteau, dans le Fauxbourg
S. Leger. Pour la fatisfaire
entierement touchát le Païs,
&la nature des Eaux qui le
rendent ſi fameux, vous pouvez
luy faire part des circonſtances
qui ſuivent. La
Lettre qui les contient a eſté
écrite à une Perſonne , qui
eſt réſoluë comme elle d'y
aller chercher ſa guériſon.
52
GALANT. 175
525252-5222525225
LETTRE
DE M COMIERS,
PREVOST DE TERNANT ,
Touchant les Eaux Minérales
de Bourbon. Lancy.
Lm'estfort aisé, Monfieur,
Iddee vous apprendre ce que vous
voulez ſçavoir des Eaux de
Bourbon-Lancy. Noftre Chapitre
de Ternant , qui n'en est
éloignéque de trois lieuës , me les
fait connoistre depuis fort longtemps.
Ces Eaux ſont au pied
Piiij
176 MERCVRE
Rocherſur lequel la Ville
eſt aſſiſe, entre les Confins du
Duché de Bourgogne , & la
Province de Bourbonnois, à un
quart de lieuë de la Riviere de
Loire, àquatorze lieuës de Nevers
, àſept de Moulins , &à
douze d'Autun . L' Airy est fort
pur, le Paisage agreable, les
Promenades tres-belles , & on
y abonde de toutes choses. Quelques
désordres que la ſuite des
années ait pû apporter aux Fontaines
, &) aux Bains , leur
ſtructure, leur æconomie,&leurs
diftributions , ne laiſſent pas de
paroiſtre encor merveilleuſement;
GALANT. 177
&fielles estoientſoûtenuës comme
autrefois de la richeffe de la
matiere , & des ornemens d'Architecture
, elles pafferoient pour
le plus bel Ouvrage de l'Antiquité.
Les Baffins des Fontaines
Je voyent encoràpréſent compofez
de gros quartiers de Marbre
blanc. Leurs Pavez & celuy
des Bains eft de Marbre gris.
Toutes les Statuës qui ornoient
ces Bains , estoient auffi de Marbre
blanc. Quant aux Murs,
Marches , Niches , Corniches ,
& autres Ouvrages d'Architecture
, le tout estoit encrouſté de
tables de Marbre de diférentes
178 MERCVRE
couleurs appliquées sur un Ciment
rouge , & attaché contre
les Murs par des Clous de Cuivre
de Corinthe deſept à huit
pouces de longueur. Les Fragmens
qui en reſtent en quelques
endroits , font voir la magnificence
des Romains , qui apres la
conqueſte des Gaules , reconnoiffant
l'utilitéde ces Bains , & de
ces Fontaines , n'épargnerent
rien pour les embellir. NosRoys
depuis un fiecle ont fait dégager
ce grand Ouvrage des ruines
dans lesquelles il eſtoit enfevely.
Henry III. y envoya fon Premier
Medecin, le Controlleur de
GALANT. 179
ſes Baftimens,&du Cerceaufon
premier Architecte , qui yfirent
travailler pendant quelque temps
avec un grand nombre d'Hommes
. M Beaulieu Secretaire
r
r
d'Etat en 1602. M* Defcures
en 1608. fous Henry IV. continuerent
àfaire enlever unepartie
des ruines de ces Bains ; &M
Motheau Medecin du Roy , &
Intendant des Eaux Minerales,
apris le ſoin d'y faire employer
en l'année 1680. un fond de
douze cens livres , venant de
la libéralité des Elûs des Etats
de Bourgogne. Des cinq Bains
qui font préſentement à Bour
180 MERCVRE
bon , on en a déterré trois depuis
peu de temps ; &parmy ces ruines
, ainſi que dans celles qu'on
avoit foüillées auparavant , on
a rencontré pluſieurs fragmens
de Bases , Colomnes , Chapiteaux,
Architraves, Friſes, Corniches
, Pavemens à laMosaïque
, Statuës partie de Marbre
de diverſes couleurs , morceaux
de Jaspe , Porphire , Bronze,
Cuivre , &Airain , & entre
autres une Statuëqui a estéportée
au Louvre dans la Salle des
Antiques. On y a auſſi trouvé
diverſes Médailles d'or , d'argent,&
de bronze, représentant
GALANT. 181
les Effigies de Jules , d'Auguste-
César , & d'autres Empereurs,
avec une infinité de petites Pierres
azurées, pourprées, & d'autres
couleurs, les unes plus tranfparentes
que les autres , & diverſement
taillées .
Mais files Eaux de Bourbon-
Lancy ſont conſidérables par le
grand nombre de leurs Sources,
elles ne lefontpas moins par les
vertus admirables qu'elles tirent
d'un mélange de Soulfre & de
Bitume, & encor de quelque
peu de Sel , de Nitre , d'Alun,
& de Vitriol , que la Nature
femble n'avoir admis enſocieté
Alun
182 MERCVRE
avec ces premiers Minéraux,
quepour tempérer leurs qualitez
qui y prédominent. Le mélange
s'en fait dans ces Eaux , plutoft
en efprit qu'en ſubſtance ; ce
qu'on reconnoift en ce qu'eller
fonttres -claires , auffi légeres que
celles des meilleures Fontaines,
fanssaveur, fans odeur ,
qu'eſtant repofées , elles ne laiffent
aucun marc.
prend davantage , c'est qu'elles
font actuellement tres - chaudes;
& neantmoins au lieu d'échau
fer le dedans du corps , elles en
tempérent les ardeurs par leur
boiſſon , ainsi que fait un Boüil-
Ce qui fur 1
GALANT. 183
lon de Pourpier qu'on prend
chaudement . Elles humectent
es deſalterent en un inſtant,
beaucoup mieux que ne feroit
une Tisane rafraîchiffante. Cet
esprit des Minéraux qui les animent
, les rend amies de l'eftomach
; & de toutes les parties
nourriffieres qu'elles penétrent,
enforte qu'elles en enlevent les
obstructions . Elles arreſtent tous
flux , de quelque nature qu'ils
puiſſent eftre ; & comme on en
peut faire des Bains proportionnez
au tempérament de chaque
Malade , elles affermiffent les
nerfs debilitez, ramoliſſent ceux
184 MERCVRE
qui font tendus , guériſſent les
Paraliſies , les Sciatiques , les
Rumatismes , les Hydropifies ,
fonlagent les Goutes , & emportent
presque toutes les maladies
extérieures . Les Bains ne
ſont pas lesſeuls qui produisent
ces effets, mais encor leurs bouës.
Au raport du sçavant M¹ du
Clos, dans les Obfervations par
luyfaites en l'Académie Royale
des Sciences ,fur lefel des Eaux
minérales de France aux années
1670. & 1671. le fel extrait
des Eaux de Bourbon a esté
reconnu commun marin , pareil
en tout à celuy des Eaux de
GALANT. 185
=
!
4
mel-
Barrege ; & s'il est vray que
le fel foit l'ame des Minéraux
qui fe communiquent avec les
Eaux , on peut conclure que
celles de Bourbon &deBarrege
-ayant toutes deux le meſmefel,
doivent efſtre animées des mefmes
Minéraux , &par conséquent
avoir les mesmes vertus,
& produire les mesmes effets,
tant dans les Bains que par les
bouës. Foignez à cela que les
Eaux de Bourbon-Lancy peuvent
fervir de remede à ceux
qui se trouveront dans quelque
Langueur de poison . F'en parle
en sçavant, l'ayant éprouvémoy
Juillet 2681. 1. P.
186 MERCVRE
mesme. Elles contiennent unfel
qui aſſoupit & mortifie les poi-
Sons lents , & par une action
d'un acide fur un Alkali détruit
leur qualité mortifere. Je ne
vous dis rien de la vertuqu'elles
ont contre la fterilité. Quantité
de Dames s'en font affez bien
trouvées, pour en rendre témoignage.
Je viens à la description des
Fontaines (t) des Bains. Les
Fontaines font au nombre de
dix , ſept d'Eaux chaudes , &
trois de froides. Ily a d'ailleurs
cinq Bains.
La premiere des ſept FonGALANT.
187
taines d'Eau chaude , appellée
le Limbe , & marquée B dans
la Planche que je vous envoye,
est la plus conſidérable de toutes.
Elle est faite en forme de Puits,
qui a onze pieds quatre pouces
de diametre , trente-quatre de
circonférence , &fept de profondeur.
La marche de ce Puits a
un pied de largeur & de hauteur
, & le pavement en est
percé en divers endroits pour
donner paſſage à la Source qui
a cinq ou fix pouces de groffeur.
Elle s'éleve en pluſieurs boüillons
qui ſe rompent , & enfin
s'uniffent & s'égalent àlafur-
Qij
188 MERCVRE
face de l'Eau. Cette Sourcefort
d'un Rocher eſcarpé d'environ
quarante pieds . L'Eau en estfi
chaude, qu'on n'ensçauroit boire
un verre qu'à plusieurs repriſes .
La seconde Fontaine marquéeR,
a trois pieds neufpouces
en quarré, fix de profondeur, &
mesme degré de chaleur que la
premiere.
La troifiéme marquée S , appellée
de S. Leger, &la quatre
& la cinquiéme , marquées I
&E, ont chacune quatre pieds
d'ouverture en quarré,ſur ſept
demy de profondeur, &leurs
Eauxfont beaucoup plus tempéGALANT.
189
1
rées que celles des deux premieres
.
La fixiéme marquée M, a le
nom de Fontaine de la Reyne,
parce qu'elle a esté reparée par
les libéralitez de Loüife de Lorraine
, Reyne de France. Son
Baffin est élevé de deux marches
par deffus terre. Elle a fixpieds
d'ouverture en quarré , ſept de
profondeur , &fon Eau oft
moins chaude que celle du grand
Puits , plus chaude que celle des
vois Fontaines S , I , & E ,
a mesme degré de chaleur
que lle de Bourbon-Larchambana
190 MERCVRE
La ſeptiéme marquée C, efi
appellée Deſcures , àcause de la
découverte qui en fut faite par
un Seigneur de ce nom en 1609.
Elle a cinq pieds d'ouverture en
toutſens, fix de profondeur. Son
Eau est unpeu moins chaude que
celle de la Fontaine de là Reyne.
Ces fept Fontaines distribuënt
leurs Eaux dans les Bains par
divers Canaux qui les échaufent,
Canauxquites
ou qui les tempérent , felon le
degré de chaleur que l'on defire.
La premiere des trois Fontaines
d'Eau froide , marquée O,
eft faite en demy - rond, ayant
GALANT. 191
cing pieds de diametre & de
profondeur. Elle distribuë fon
Eau, ainſi que les autres , dans
les mesmes Bains .
Les deux Fontaines E, S,
font cachéesſous terre. Quelques
Anciens diſent les avoir veuës;
tle StAubery dans le Traité
qu'il a fait des Eaux minérales,
dit avoir beu de celle de la Fon
taine S , qu'il affure eftre tres
bonne .
Ces dix Fontaines ſontplacées
dans une Court marquéeA,
qui a cent quatre- vingts pieds
de longueur. Foignant cette
Court , du coſté du Septentrion
192 MERCURE
estle Bain Royal. Il est de figure
ronde , ayant quarante - deux
pieds de diametre dans oeuvre,
&quatorze de profondeur, qui
•font employez, sçavoir, en trois
pieds &demy de hauteur d'eau,
Servant à l'usage du Bain , er
lefurplus en ornemens d' Architecture.
Les Murs ontfix pieds
d'épaisseur, &ſontfaits de gros
quartiers de Pierre qui paroifſent
avoir esté fondus par le mêlange
des matieres étrangeres
les composent. A l'entour
de ces Murs on voit douze Niches
espacées de fix en fix pieds,
en ayant chacune neufde hauteur
GALANT. 195
7
teur, cinq de largeur, &quatre
de profondeur. Six de ces Niches
font arrondies par deſſus en
cul de Four , &les fix autres
font couvertes de plates bandes.
Au deſſus des Niches est une
Corniche d'ordre Toscan , qui
- fait le contour des Murs. Ces
Niches estoient autrefois ornées
de douze Statuës poséesſur des
Piedeſtaux, qui paroiſſent encor
àpréſent. Il en fort divers Canaux
quiportent l'Eau des Fon
taines dans le Bain, où l'on defcend
par des marches placées à
L'entour des Murs .
Dj
A ce Bain Royal est joint,
Juillet 1631. 1. P. R
1
196 MERCURE
du coſté du Septentrion , le Bain
marqué M. Il a foixante pieds
de longueur, fur quarante-trois
de largeur , & reçoit les Eaux
de lapremiere or de la ſeconde
Fontaine chaude .
Le troifiéme Bain marquéV,
joint ce BainM, du coſté d'Orient.
Il a quarante-trois pieds
de longueur fur vingt - fix de
largeur, &reçoit les Eaux des
meſmes Fontaines que le precédent.
Sur la mesme ligne , Of du
cofté d'Occident, est le Bain N,
qui joint auffi le Bain M. Il est
de mesme longueur & largeur
que le Bain V.
GALANT. 197
Ces deux Bains V. & N,
fontſeparezdu Bain M par un
Mur de pierre de taille de cinq
pieds huit pouces de hauteur, fur
cinq d'épaiſſeur. Dans le milieu
de leurs faces qui regardent le
Septentrion & le Midy, l'on
voit quatre grandes Niches qui
eſtoient autrefois remplies de
quatre Statuës , l'une desquelles
repreſentoit deux Baigneurs folâtres.
On dit qu'on l'a tranf
portée dans la Maiſon Royale
de Fontainebleau. Ces trois derniers
Bains ont chacun trois pieds
demy d'eau, dans laquelle on
defcend auſſipar des marches qui
Rij
198 MERCVRE
regnent autour desMurs.
Le cinquiéme Bain appellé des
Pauvres , & marqué B , a
vingt-un pied de longucurfur
dix -sept de largeur , & trois
pieds huit pouces de profondeur
d'eau venant des Fontaines de
la Reyne & Deſcures.
Tous ces Bains & ces Fontaines
ſe vuident par le bas &
àfleur d'eau , par des Canaux
de bronze, de plomb, &de pierre,
dans des Aqueducs intermédiaires
, & de là dans le grand
Aqueduc qui fert de Receptacle
general à tontes les Eaux. Ce
dernier Aqueduc a environ un
GALANT. 199
quart de lieuë de longueur, fur
fix à fept pieds de hauteur , &
trois de largeur. Il est fait de
taille cimentée. On a reconnu
qu'ily a cinquante -trois Canaux
qui s'y déchargent , la plupart
desquels y portent des Eaux
froides. Comme ce nombre de froides.
Canaux excede celuy des Fontaines
& des Bains il eſt aifé
dejuger qu'ily a encor pluſieurs
Bains & Fontaines que les
ruines empeſchent de découvrir.
Voila l'éclairciſſement que vous
avezſouhaitéde voſtre &c.
Il n'y a perſonne qui ne
R. iij
200 MERCVRE
convienne qu'une Penſion
de vingt-quatre mille livres,
payée de mois en mois , eſt
un Preſent tres - conſidérable
, & digne de la genérofité
& de la magnificence
d'un grand Roy. Cependant
, Madame , quand on
reçoit de pareilles graces
fans les avoir demandées, &
fans s'y attendre , vous demeurerez
d'accord que le
prix en redouble de beaucoup.
C'eſt non ſeulement
recevoir deux fois par la maniere
obligeante dont ledon
eft fait, mais celuy qui a pů
GALANT. 201
ſe l'attirer ſans ſollicitations,
en a d'autant plus de gloire,
qu'on ne peut douter qu'il
n'aitveritablementpart dans
l'eſtime de ſon Souverain.
Toute la Cour afait compliment
à Monfieur le Duc de
Vendoſme ſur la Penfion
que je viens de vous marquer.
Sa Majefté qui en a
gratifié ce Prince , n'a eu
que ſon ſeul mérite à écouter
pour luy accorder les
graces qu'Elle a répanduës
fur luy. Vousſçavez qu'il eſt
d'une tres-grande bravoure,
& qu'il a toûjours ſervy le
R iiij
202 MERCVRE
Roy avec le zele le plus
affidu.
de
M'l'Abbé de Bourlemont,
Docteur de Sorbonne, Neveu
de M² l'Archeveſque
Bordeaux, a eu l'Eveſché de
Pamiers de la meſme forte,
c'eſt à dire, fans avoir fait aucun
pas pour l'Epifcopat.
C'eſtunHomme d'une pieté
fort exemplaire , & dont on
a toûjours eu ſujet d'admirer
la modeſtie. Ila parlé en public
avec ſuccés , & s'applique
fortement à l'étude Eccleſiaſtique.
Comme il reſte
feul de ſa Maiſon , il a re
GALANT. 203
noncé à toutes fucceffions
échuë ou à échoir , en faveur
de Madame la Comteſſe
de Labadie ſa Soeur,
qui eſt une Perſonne bien
faite , brune, fort diftinguée
par les belles qualitez de fon
eſprit. Outre qu'elle aime
tous ceux qui en ont, elle a
cultivé le ſien par quantité
d'utiles lectures, & ileft fort
peu de connoiſſances propres
à fon Sexe qu'elle n'ait
acquiſes. M' le Comte de
Labadie à qui elle eſt mariée
depuis peu , eſt tres-bien fait,
jeune , ſpirituel , & Fils de
r
204 MERCVRE
M' de Chamarante qui a eſté
premier Valet de Chambre
du Roy , & dont la nobleſſe
eſt tres- connuë. Sa Majesté
s'eſt trouvée ſi contente de
ſes ſervices , que quand on
fit la Maiſon de Madame la
Dauphine , Elle luy donna la
Charge de Premier Maiſtre
d'Hôtel de cette Princeſſe,
& la Survivance à M² le
Comte de Labadie ſon Fils.
M² de la Mouche- Beauregard,
apres avoit exercé
quelques années la Charge
de Conſeiller au Chaſtelet,
a efté reçeu Conſeiller au
GALANT. 205
1
Parlement. Comme il aime
le travail & l'étude , il y a
ſujet de croire qu'il remplira
dignement la place qu'il
commence d'occuper. Ileſt
de bonne Famille de Robe,
& Fils de M' de la Mouche-
Beauregard Auditeur des
Comptes , fort eſtimé dans
ſaCompagnie.
Je vous ay parlé depuis
quelque temps du depart
de M'le Duc de Mortemar.
Il a déja fait un long Voyage
qui n'a pas efté infructueux .
Il eſtoit le 23. Juin au Port
de Vendres en Rouffillon,
د
206 MERCVRE
où les vents contraires l'ar- 0
reſtoient. Il arrivoit de Majorque
, apres avoir obligé
les Corſaires de cette Iſle à
rendre tout ce qu'ils avoient
pris fur les Sujets de Sa Majefté,
ſuivant l'Etat qu'en
avoient dreffé les Députez
de Marseille . Ces Corfaires
ont donné de l'argent pour
ce qu'on n'a pas trouvé en
nature , & cela , avec tant
d'empreſſement de fatisfaire
le Roy, qu'il eſt aiſfé de juger
par là de l'impreffion que
fait fur Mer & fur Terre la
terreur des armes de ce
GALANT. 207
コ
2
ef
e
grand Prince. Le reſpect
qu'on a pour luy ſe connoit
encor par les honneurs que
l'on a rendus à M le Duc
de Mortemar dans toutes les
Coſtes d'Eſpagne. Les Galeres
n'ont eu beſoin d'aucun
rafraîchiſſement qu'on
n'ait pris ſoin de luy apporter
M' Trobat, Préſident au
Conſeil Souverain de Rouf
fillon, & chargé de l'Intendance,
eft venu le viſiter en
allant voir à fon ordinaire les
Travaux de pluſieursPlaces,
avec M' de la Mote- Lamire
Ingénieur , qui dirige ces
208 MERCVRE
!
Travaux. Ce jeune Duc l'a
reçeu dans la Reale, au bruit
du Canon, avec des honnef
tetez qui ne pouvoient
mieuxmarquer l'eſtime qu'il
faitde ſon mérite.
Sa Majesté a réſolu qu'il
n'y auroit plus à l'avenir de
Lieutenant de Roy dans
Lile, mais un Commandant,
qui feroit un Homme de
conſidération. M'de la Rabliere
, qu'Elle a nommé
pour ce Poſte, a tout ce qu'il
faut pour le bien remplir.
Il n'y a perſonne à qui fes
ſervices ne foient connus.
GALANT. 209
1
d
1
r
Le 17. de Juin , M' Foucaut
, Intendant de Montauban
, s'eſtant rendu à
Cahors , M's de l'Univerſité
n'eurent pas plutoſt avis de
ſon arrivée , qu'ils l'allerent
voir en Corps, Apres que
le Recteur de la Faculté luy
euſtfait ſon compliment , il
leur dit qu'il eſtoit venu,
ſuivant l'Arreſt du Conſeil,
inſtaler M' Dolive pour Do
teur Profeſſeur du Droit
François ; & M Roüaldes,
Arbelon, Moſtolac, Berrié,
Calmon , & Pons , pour les
fix Docteurs aggrégez auم
210 MERCVRE
Droit. La Cerémonie s'en
fit le lendemain à dix heures
du matin , en préſence de
tous les Corps de la Ville.
M' l'Intendant fut placé
dans un Fauteüil , entre le
Banc de Mrs de l'Univerſité
& Ms du Préſidial , ayant à
ſa droite M le Préfident , &
à ſa gauche M'le Chancelier
de l'Univerſité. Il fit un tresbeau
Diſcours , dans lequel
il expliqua les intentions du
Roy. Ce ne fut pas fans faire
un portrait avantageux du
Profeſſeur que Sa Majefté
avoit choify. En ſuite on
GALANT. 211
Jeût l'Arreſt du Confeil , &
M' Dolive ayant prefté le
ferment ainſi que les Docteurs
aggrégez , il monta
en Chaire , & fit un Remercîment
François au Roy , à
M' le Chancelier , & à M
l'Intendant , avec toute l'é-
* loquence que peut demander
une Action de cette na-
5. ture. M² Parriel Chanoine
en l'Egliſe Cathédrale de
Cahors , & Chancelier en
l'Univerſité de la meſme
Ville , parla apres luy , avec
beaucoup d'aplaudiſſement
de ſes Auditeurs, fur les Re-
Juillet1681. 1. P.
f
コ
S
1
212 MERCVRE
glemens des Univerſitez ;
& enfin le Recteur qui s'expliqua
en Latin , fit connoiſtre
que Sa Majefté venoit
de faire un tres- digne
choix en la perſonne deM
Dolive , & qu'il eſtoit juſte
qu'apres avoir eſteConfeiller
en la Cour des Aydes de
Montauban pendant vingtdeux
ans , il euſt l'avantage
d'enſeigner leDroit François
dans la meſine Ecole , où
M' Dolive ſon Pere , avant
que d'eſtre Avocat General
en la Cour des Aydes, avoit
fi bien expliqué les LoixRo
GALANT. 213
maines en qualité de Profefſeur.
M' Dolive luy répondit
en la meſme Langue
avec beaucoup de grace &
de netteté , & ce fut par là
que ſe termina la Cerémonie.
L'exécution du Seigneur
Olivier Plunket, Archevefque
d'Armagh , Primat Titulaire
d'Irlande , & du S
Edvvard Fits- Harris , faite
en Angleterre depuis quelques
jours , a fait trop de
bruit , pour ne vous en pas
apprendre les circonstances.
Le premier fut accuſé d'a
Sij
214 MERCVRE
bord en Irlande, & ce fut là
que l'on commença à luy
faire fon Procés. Il fut mefme
amené à la Cour pour
eftre jugé ; mais ceux qui le
pourſuivoient , qui estoient
des Gens d'une vie infame,
& pleine de crimes , s'eftant
apperçeus que ce Prélat
avoit des Témoins & des
Regiſtres qui les convaincroient
de fauſſeté , s'abfenterent
volontairement , &
vinrent à Londres faire des
Inſtances , afin qu'il y fuſt
conduit. Quoy que ce fuſt
üne procédure fort irrégu -
GALANT. 215
liere , de le juger dans un
Lieu , où les crimes dont il
eſtoit accuſé n'avoient point
eſté commis, & où les Jurez
qui ne le conoiffoient point
non plus que la qualité de
fes Accuſateurs , ne pouvoient
eſtre informez de
beaucoup de circonſtances
néceſſaires à éclaircir pour
l'inſtruction de ſon Procés,
fes Ennemis ne laiſſerent pas
de venir à bout de le faire
transferer. Apres avoir efté
reſſerré pendant fix mois
dans une étroite Prifon , il
fut amené le 13. deMay der
216 MERCVRE
nier à la Barre du Banc du
Roy , & accufé des meſimes
crimes dont on l'avoit chargé
en Irlande. Comme ſes
Témoins , & toutes les Pieces
qui pouvoient faire fa
juftification , eſtoient en ce
Païs- là , le Chef de Justice
luy accorda cinq ſemaines
afin qu'il les fiſt venir. Ce
temps ne luy put ſuffire. Il
falloit tirer de divers Regiſ
tres les Copies des Actes qui
prouvoient ſon innocence.
Les Témoins qu'il promettoit
de produire estoient de
diférentes Provinces, & l'inGALANT.
217
$
e-
S
Ci
7
conſtance des Vents & de
la Mer mettoit de puiſſans
obſtacles à la promptitude
qui luy eſtoit néceſſaire.
Ainſi ſes Témoins ne vinrent
point. Il demanda un
delay de douze jours , & ce
delay luy ayant eſté refuſé
par Mylord Chefde Juſtice,
il fut de nouveau amené devant
les Juges, & accuſé.
1. D'avoir écrit par un
nommé Nial , ou Neal , fon
Page, à M' Baldeſchi Secretaire
du Pape, & à quelques
autres , afin qu'ils follicitafſent
les Puiſſances Etrange,
218 MERCVRE
res d'envahir l'Irlande.
2. D'avoir employé le Capitaine
Cononeale aupres
d'un Prince Etranger pour
en tirer du ſecours.
3. D'avoir levé & exigé de
l'argent du Clergé d'Irlande,
pour y faire entrer desEtrangers,
& entretenir ſoixantedix
mille Hommes.
4. D'avoir eu ce nombre
d'Hommes tous prefts , d'en
avoir fait des Liftes , & ordonné
à un nommé Duffy
Religieux , d'enroller deux
cens cinquante Hommes
dans la Paroiſſe de Foghart
au
GALANT. 219
au Comté de Loruth .
5. D'avoir viſité tous les
Forts & Havres d'Irlande,
& choify celuy de Carlingfort
, comme le plus propre
pour y faire débarquer les
Etrangers qui devoient venir.
6. D'avoir tenu pluſieurs
Conſultations ſecretes ſur les
moyens de fournir l'argent
promis à ces Etrangers.
7. D'avoir enfin dans une
Aſſemblée qui ſe tint il y a
dix ou douze ans au Comté
de Monaghan, exhorté trois
cens Gentilhommes qui s'y
Juillet 1681. 1. P. T
220 MERCVRE
trouverent de ce Comté, &
de ceux de Cavan, & d'Armagh,
à prendre les armes,
afin de pouvoir recouvrer
leurs Biens.
Sur ces Accuſations, il fut
condamné le 18. de Juin, &
on luyprononça ſa Sentence
le 29. du meſme mois. Elle
portoit qu'il ſeroit conduit
à Tiburn , que là il ſeroit
pendu , & qu'eſtant encor
en vie , on luy fendroit le
ventre, qu'on en tireroit ſes
entrailles qui luy ſeroient
préſentées devant les yeux,
Ku'en fuite on luy couperoit
GALANT. 221
la teſte , & que ſon Corps
ſeroit mis en quatre quar
tiers.
Quelques jours auparavant,
la meſme Sentence fut
prononcée au S'Fits -Harris,
dont il faut préſentement
que je vous parle. Vous re
marquerez que je me fors
du ſtile nouveau dans toutes
: les dates ſelon le Calendrier
- qu'on obſerve en France.
Ce Fits - Harris eſtoit Gentil
= homme , & né Proteftant,
ainſi que ſon Pere , qui eſt
Chevalier , qualité fort conſidérable
en Angleterre, τ
Tij
222 MERCVRE
en
Tous les deux ayant en ſuite
embraffé la Religion Romaine
, il y a environ deux
ans que le Fils reprit de nouveau
la Proteftante. Quoy
qu'il euſt mangé la plus
grande partie de fon Bien
débauches, & peu au fervice
du Roy , il ne laiſſa pas
de tirer quelque argent de
Sa Majesté , qui le connoif
ſant par quelques Emplois
qu'il avoit eus dans fes Armées,
voulut luy donner des
marques de la libéralité qui
luy eſt ordinaire pour ceux
qui le ſervent. Malgré les
GALANT. 223
1
bienfaits qu'il en reçeut , il
prit réſolution de faire courir
le Libelle dont on l'accufe
d'eſtre l'Autheur , & qui a
pour titre, Lettre d'un Anglois ,
parlant bon Anglois, àun deſes
Amis. Ce Libelle eft plein
de Maximes fi abominables,
& de Propoſitions ſi injurieuſes
au Roy d'Angleterre,
- à Monfieur le Duc d'York,
& à la mémoire des deux
derniers Roys , que les deux
Chambres du Parlement
tenu à Oxford , jugerent
qu'il ſuffifoit qu'on l'en cuft
trouvé faify, pour le déclarer
Tiij
224 MERCVRE
coupable de haute trahifon.
Son deſſein eſtoit de le faire
mettre ſecretement dans la
poche des Prefbytériens,
contre leſquels il ſe fuft
rendu dénonciateur ; mais
la choſe réüffit tout autrement
qu'il ne l'avoit crû.
Il ſe découvrit à un Amy
dont il eſpéroit quelque ſecours.
Cet Amy feignit d'entrer
dans ſes ſentimens ; &
fur ce que l'affaire méritoit
bien qu'on y reflechiſt , it
l'engagea à revenir chez luy
le lendemain, pour l'examiner
un peu plus àfond. Fits
GALANT. 225
Harris y confentit, & ils ne
ſe furent pas plutoſt ſéparez,
que ce prétendu Amy alla
avertir le Juge de Paix de ce
qui venoit de luy arriver.
Ce Juge, qui eft comme un
Commiſſaire du Chaſtelet
de Paris , ou un Enqueſteur
& Examinateur dans les autres
Villes du Royaume, luy
dit qu'il continuaſt de feindre
; & afin d'avoir des preuves,
il fut arreſté qu'ilſe trou.
veroit dans la Chambre de
cetAmy, &que s'y cachant
avec quelques autres , il
écouteroit leur entretien.
T iiij
226 MERCVRE
Ce qu'on avoit réſolu fur
executé. Fits-Harris parla,
&la dépoſition des Témoins
cachez le fit auffitoft conduire
à la Tour. La Tour eſt.
à Londres ce que la Baſtille
eft à Paris , & l'on n'y envoye
que les Criminels d'Etat.
Il offrit d'abord des
Cautions pour ſe préſenter
aux premieres Affiles , c'eſt
à dire , Séances quand on
juge un Accufé ; mais il ne
pût obtenir de les faire recevoir.
Apres la Caſſation des
deux derniers Parlemens,
on travailla tout- de -bon
9.
GALANT. 227
à inſtruire ſon Procés. 11
avoit eſté déja interrogé
pluſieurs fois au Conſeil du
Roy , Sa Majesté y eftant
préſente. C'eſt ce qu'on pratique
en Angleterre dans
les affaires des grands Criminels
d'Etat. On les interroge
toûjours devant leRoy,
& il ſe trouve à leur Jugement,
quand c'eſt le Parlement
qui les juge.
L'affaire de Fits - Harris
pouvant caufer de grands
maux, fi on ne fongeoit à en
prévenir les ſuites , Sa Majefté
partit de Windfor,
228 MERCVRE
Maiſon de plaiſance où Elle
paſſe l'Eté, pour ſe rendre à
Londres. Elle arriva à Witheal
, qui eſt le Louvre , le
Mercredy 18. du dernier
mois , à ſept heures du matin
, & en meſme temps fit
aſſembler fon Conſeil. Toutes
choſes y ayant eſté réſoluës
pour le Jugement de
Fits - Harris , Elle nomma les
douze Jurez qui devoient
l'examiner , donna ordre
qu'on dreſſaſt la Commifſion
de leur Charge , la figna
, la fit ſceller de fon
grand Sceau, & retourna en
GALANT. 229
fuite à Windfor. Vous obſerverez
, Madame , que les
Criminels font jugez en Angleterre
par douze Perſonnes
que l'on appelle Jurez ,
& qui font nommez exprés
pour chaque Procés que l'on
- y juge. On les choiſit de la
qualité des Accuſez. Ce ſont
Gens de Robe pour les uns,
& Gens d'Epée pour les autres
. Celuy qui préſide, s'appelle
Chef de Juſtice , parce
que c'eſt luy qui recueille les
voix , & qui prononce. Le
Lieu de leur Affemblée eſt
5
1-
1 pour l'ordinaire celuy-mef230
MERCVRE
me où ſe tient le Parlement
quand le Roy l'a convoqué.
Apres qu'ils font aſſemblez,
l'Accuſe eſtant venu, le Mefſager
, qui eft comme un
Huiffier , fait voir ſa Commiffion
au Chef de Justice,
quila donne auGreffier pour
en faire la lecture, & cependant
ce Chefde Juſtice tient
une Baguete de bois blanc,
qui eſt la marque de leur
pouvoir.La lecture de leur
Commiffion eſtant achevée,
il met la Baguete entre les
mains du Meſſager , qui la
doit tenir aupres de luy tant
GALANT. 231
que dure le Procés. En ſuite
les Jurez preſtent ferment
de proceder dans les formes
juridiques à l'examen de
l'Accufé & des Témoins, &
de rendre leur Jugement
avec equité. Cela fait , ils
prennent chacun leur place.
L'Accuſé demeure debout
en un coin , & les Témoins
viennent les uns apres les
autres , dire ce qu'ils ont à
dépoſer contre luy. Il y ré
pond, fait venir les ſiensqui
parlent en ſa faveur , & cela
ſe fait publiquement en préfence
de tous ceux que quel
232 MERCVRE
que intéreſt, ou la curioſité,
y amene.
Le Jeudy 19. fur les ſept
heures , Fits-Harris fut conduit
par eau de la Tour à
Weſtminster , & comparut
aux Aſſiſes . On examina
pluſieurs Témoins contre
luy , & il ne fournit que de
tres - petits reproches pour
les récuſer , & de foibles
preuves pour renverſer ce
qu'ils dépoſerent.
Tous les Témoins ayant
eſté entendus , les Juges ſe
retirerent en particulier dans
une Chambre , & eſtant reGALANT.
233
1
venus un quart- d'heure apres
, déclarerent l'Accuſé,
Criminel de haute trahifon .
Enſuite la Baguete fut rompuë
, pour faire connoiſtre
qu'ils n'avoient plus de pouvoir
; & parce qu'il eſtoit
déja tard , ils prirent un autre
jour pour faire dreſſer la
Sentence , la figner , & la
prononcer à Fits - Harris.
Cela fut fait le Mardy ſuivant
24. du mois. On le ra
mena par eau de la Tour à
Weſtminster pour l'entendre
lire ; apres quoy on le
remit dans la Tour , juſqu'à
234MERCVRE
ce qu'il pluſt à Sa Majefté
d'en ordonner l'exécution.
C'eſt la coûtume de tout le
Royaume. On n'y exécute
aucun Criminel , fuſt- il des
plus miférables, que ſa Sentence
de condamnation ne
foit ſignée par le Roy , &
qu'il n'ait marqué le jour du
ſuplice. Ainſi il en eſt beaucoup
qu'on garde des mois
entiers,quoy qu'ils ſçachent
leur Sentence. Ils voyent
leurs Amis pendant ce téps,
mangent avec eux, & fe divertiſſent,
comme ſi de jour
en jour ils n'attendoient pas
GALANT 235
S
celuy de leur mort. Le Lieu
où les Criminels font exécu
tez , s'appelle Tiburn. Il eſt:
dans un grand Chemin à
un quart de lieuë de Londres.
Ce font trois Piliers,
avec trois Baſtons couchez
deſſus , auſquels l'Exécuteur
les attache..
Le Vendredy 11. de ce
mois, jour deſtiné pour la funeſte
exécution dont je vous
parle, les S " Slingſby Bethel,
&Henry Cornish,Sherifs de
Londres & de Meddleſex,,
allerent trouver le Lieute
nant de laTour à huit heu
Juillet 1681. 1. P. V
236 MERCVRE
res du matin , & demanderent
que le S Edvvard Fits-
Harris leur fuſt mis entre les
mains pour faire exécuter ſa
Sentence. Il leur fut livré,
apres qu'ils luy en eurent
figné une Décharge. En
meſme temps on le mit ſur
une Claye qui avoit des ais
aux deux coſtez , & on le
traîna par le milieu de la
Ville juſqu'aux Priſons de
Neugate. C'eſt unLieu ſemblable
au grand Chastelet,
& où l'on ne met que des
Criminels . A la Porte de
cette Prifon eſtoit ſur une
GALANT. 237
autre Claye , le Seigneur
Olivier Plunket , Archevefque
, Primat Titulaire de
tout le Royaume d'Irlande,
condamné aufly. On le traîna
devant Fitz - Harris, & ils
furent conduits de cette
maniere juſques à Tiburn.
Apres qu'ils y furent arrivez,
on fit mettre une Charette
ſous la Potence , qui eſt difpoſée
comme je l'ay dit. Le
Seigneur Plunket monta le
premier ſur la Charerte, &
enymontant fit le Signe de
laCroix. En ſuite ilſalüa les
Sherifs, & les autres Spécta-
Vi
238 MERCVRE
teurs , avec un viſage gay:
Ses jouës eſtoient colorées
d'un vermillon qui luy eftoit
naturel. Peu de Perſon--
nes pûrent retenir leurs larmes.
Auſſi eſtoit-ce un Spéctacle
bien touchant , de
voir dans cette poſture un
venérable Vieillard, remply
de mérite , & âgé de plus de
65 ans. L'Exécuteur s'eſtant
approché de luy un moment
apres, luy mit une corde au
col, qui avoit un noeud coulant.
Ce Prélat que tout le
monde plaignoit , ofta fon
Chapeau pourfaire paffer la
GALANT. 239
corde , & retira ſes cheveux
qui ſe trouverent engagez
deſſous. Il remit en ſuite ſon
Chapeau avec autant de
tranquillité que s'il n'euſt eu
aucun intéreſt à la triſte Tragédie
dont on le faiſoit un
des principaux Acteurs. Sa
couleur ne changea point.
Il regarda l'Aſſemblée d'une
contenance ferme , & hauf.
ſant la voix pour ſe faire entendre
, il dit , qu'ayant àpa
roiſtre dansfort peu de temps devant
un Juge qui ne peut eftre
trompé par de faux Témoins,
parce qu'il connoift le fecret des
240 MERCVRE
coeurs, ilprotestoit qu'il alloit déclarer
la verité avec toute forte
de candeur,fansſeſervir d'équivoque
, ny employer aucun terme
que dans ſa ſignification ordinaire.
Apres cette proteſtation,
il fit connoiſtre l'extraordinaire
procédure qui avoit
eſté tenue contre luy,
déduifit les divers chefs d'accuſation
que vous avez veus
marquez au commécement
de cetArticle,& répondit ſur
chacun d'une maniere , qui
devoit perfuader qu'on n'a
voit fait contre luy aucune
dépoſitionquine fuſt fauſſe..
GALANT. 241
2
Il aſſura par ferment qu'il
n'avoit jamais ſongé à aucun
des crimes qu'on luy imputoit,
n'ayant envoyé d'Agent
nyàRome,ny à aucune autre
Cour pour affaires temporelles
ou civiles , ne s'eſtant
trouvé à aucune Affemblée
de Gentilshommes , n'ayant
viſité aucun Fort d'Irlande,
ny levé d'argent poury faire
entrer les Etrangers ; & à l'égard
des foixante- dix mille
Hommes qu'on l'accuſoit
d'avoir voulu tenir prefts , il
dit , qu'il n'y auroit aucune Per-
-fonne de bonfens, qui eustquelque
242 MERCVRE
connoiffance du Païs, qui le vou
lust croire quand il l'avoüeroit,
parce que tous les Revenus d'Irlande
tant ſpirituels que temporels
, poffedezpar tous les Sujets
du Roy, pourroient àpeineſuffire
pourla levée,&pour l'entretien
d'unſi grand nombre de Troupes.
Il ajoûta, qu'un grand Seigneur
Pairdu Royaume, luy avoit en
voyé porter parole qu'on luysau
veroitla vie, s'il vouloit accufer
d'autres Personnes,&qu'il avoit
répondu que n'ayant jamais eu
connoiſſance d'autres Factieux
ou Confpirateurs , que de ceux
que toute l'Irlande connoiffoit
Sous
GALANT. 241
1
fous le nom de Tores , il ne trouvoit
point de crime plus noir que
d'ofter la vie à un Innocent,
queſi ce crime estoithonteux àtous
lesChreftions,il leferoitbeaucoup
davatage àunHommedeſa Profeffion,
Prestre de l'Eglise Romaine,
t) mesmePrélat,comme il l'avouoit
ouvertement , quoy qu'il
s'en connust indigne ; qu'il ne
nioit pas qu'il n'eust fait les fon-
Etions d'un Evesque Catholique,
tant que l'exercice de cette Reli-
* gion avoit esté ſouffert en Ir-
Lande; qu'il avoit tâchépar toutes
fortes d'Instructions , e de
Statuts àfaire rentrer le Clergé
Juillet 1681. 1.P. X
)
242 MERCVRE
ةق
dans ſon devoir, que ceux qui
n'avoient pûse résoudre à changerde
vie , estoient devenusfes
Accuſateurs; qu'il vouloitparler
des ſeuls Eccleſiaſtiques , n'ayant
jamais connu les quatre autres
qui s'estoient portez Témoins
contre luy; que leurs faux fermens
qui cauſoientfa mort, eftoient
la reconnoiſſance de ſes
bons offices ; qu'il prioit Dieu de
ne leur point imputer le crime
d'avoir répanduſon ſang; qu'il
leur pardonnoit de tout foncoeur,
auffisien qu'aux Juges qui luy
avoient refusé un tempssuffisant
pourfaire venirſes Témoins, &
GALANT. 243
ر
1
fes Papiers ; qu'il pardonnoit de
la mesme forte àtous ceux qui
avoient contribué à le faire venir
d'Irlande pour estre jugé à
Londres , où il eſtoit moralement
impoffible que ſon affaire eust un
bonfuccés;qu''iillprioit auſſi qu'on
-luy vouluſt pardonner, s'il avoit
eu le malheur d'offencer quelqu'un
; qu'il ſouhaitoit au Roy,
àlaReyne , àMonfieur le Duc
d'York, & à toute la Famille
Royale une parfaite ſanté, une
longue vie , toute forte de profpéritéſur
la Terre , &une éternelle
félicité dans le Ciel. Il
finit par des ſouhaits de pou-
X ij
244MERCVRE
voir ſe juſtifier aupres de
Dieu des grands pechez
qu'il avoit commis contre
ſes Commandemens. Il en
témoigna le plus ſenſible regret,
& dit que s'il luy reſtoit
mille années à vivre , il les
employeroit à y fatisfaire.
Apres qu'il eut ceſſé de
parler , il mit entre les mains
du S' Bethel l'un des Sherifs,
un Papier qui contenoit le
Diſcours qu'il venoit de
faire, &jura tout de nouveau
devant Dieu , & fur l'eſpérance
de ſon ſalut , qu'il n'avoit
rien dit qui ne fuſt lave
GALANT. 245 .
rité , le tout fans déguifement
, & fans réſerve mentale
, & que la fignature
qu'on trouveroit au bas de
l'Ecrit eſtoit la fienne . Cela
eſtant fait, cet infortuné Prélat
donna ſon Chapeau à l'Exécuteur
, tira une Coëfe de
nuit de ſa poche, la mit ſur ſa
teſte, & répondit à quelques
demandes que luy firent les
Sherifs . Un Miniftre de la
Religion Proteftante ſe préſenta
devant luy; mais il luy
tourna le dos fans vouloir le
regarder. En fuite il ſe cou
vrit le viſage entier avec la
> XXiiijij
246 MERCVRE
coife , & demeura plus d'une
demy-heure dans tout le recueillement
qu'on foit capable
d'avoir. Il eſtoit debout
, attaché à la Potence,
mais non pas encor pendu.
Durant tout ce temps on ne
le vit point changer de pofture.
Il euttoûjours les mains
libres, & dans une meſime fituation
, ſi ce n'eſt lors qu'il
faifoit des Signes-de-Croix,
ou qu'il frapoit ſa poitrine,
ce qui arrivoit ſouvent.
Dans ce meſme temps on
fit monter Fits-Harris , qui
eftant dans la Charete, deGALANT.
247
1
manda au Capitaiue Richardſon,
ſi on n'avoit point
donné quelque ordre aux
Sherifs pour difpofer de fon
Corps. Ce Capitaine ayant
dit qu'il ne devoit pas s'en
inquiéter , il pria qu'on fift
yenir le Docteur Havvkins
pour l'affifter en mourant.
Les Sherifs firent auſſi toft
monter ce Docteur. Ils s'embrafferent
, & l'Exécuteur
voulant luy paſſer la corde
au col , le Docteur prit ſon
Chapeau , & Fits- Harris ofta
fa Perruque. Quand la corde
• fut paffée, il tira un grand
X iij
248 MERCVRE
Mouchoir de ſa poche , &le
noüa derriere la teſte. En
fuite l'Exécuteur voulant l'attacher
, il l'arreſta en diſant
qu'il vouloit faire ſes Prieres
à genoux , ce qu'il fit fur
P'heure avec le Docteur. Un
quart d'heure apres ils ſe leverent
tous deux , & s'embrafferent
encor une fois.
Le Sherif Bethel demanda
à Fits- Harris s'il n'avoit point
quelque choſe à dire , &
qu
qu'en l'état où il ſe trouvoit,
il devoit n'avoir aucun autre
foin que de décharger ſa confcience.
Il répondit que le
GALANT. 249
{
e
Docteur de la Tour feroit
fçavoir au Public tout ce
qu'il avoità déclarer, & qu'il
l'avoit laiſſé par écrit , ſigné
de famain.
Le Docteur Martin Woodſtreet
qui eftoit préſent aupres
des Sherifs , le preſſa de
dire s'il mouroit Papiſte ou
Proteftant. Il répondit de
nouveau que l'Ecrit qu'il
avoit laiffé entre les mains
du Docteur Hávvkins fatisferoit
tout le monde; &fur ce
que le meſme Docteur luy
repliqua que la ſatisfaction
du Public feroit plus grande,
250 MERCVRE
s'il vouloit luy- mefme faire
cette Déclaration , il fit encor
la meſme réponſe, & dit
ce qui ſuit pendant que l'Exécuteur
attachoit la corde
à la Potence.
nech
Bon Peuple. Ce genre infame
de mort me paroift plus
effroyable que la mort mesme.
Les pechez que j'ay commis
contre Dieu , peuvent bien
m' avoir attiré de tels Jugemens
; mais quant aux crimes
pour lesquelsje meurs, je leprens
icy à témoin , que je n'ay eu de
part au Libelle que pour découvrir
au Roy ce qui ſe paſſoit
GALANT 251
t
contre luy. F'estois employé pour
cela , bien que ceux qui m'employoient
ayent refusé de me
faire justice quand on m'a fait
mon Procés.Feprens auſſi Dieu à
témoin, fi de ma vie j'ay touché
aucun argent que pour de pareils
fervices . Quant aux Témoins
qui ontjuré contre moy, je déclare
folemnellement à tout le
monde , & au moment de ma
mort , que je n'ay point veu le
Ministre du Prince Etranger
avec lequel on m'accuſe d'avoir
eu des conférences, depuis le commencement
de la découverte de
la Conspiration ; que je ne luy
:
252 MERCVRE
ay parlé de ma vie, non plus
qu'àfon Confeffeur, &que je
n'ay eu aucune affaire avec eux
directement ny indirectement,
quoy que le Chevalier Guillaume
Waller , & les autres,
ayent fauſſement juré le contraire.
Quelle apparence ya-t-il
que ce Ministre m'euft voulu
donner trois mille Ecus pour compofer
ce Libelle ? Je laiſſfe aux
Gens éclairez à en juger. Le
Docteur Havukins a entrefes
mains tout ce qui me reste à déclarer.
Je pardonne à tout le
monde , j'espere que Dieu
me pardonnera. Je demande les
GALANT. 253
prieres de tout cebon Peuple, afin
qu'ilm'obtienne un heureuxpaf-
Sage en l'autreMonde.
Apres ce difcours , Fits-
Harris demanda aux Sherifs
ſi on ne laiſſeroit pas fon
Corps à la diſpoſition de ſa
Femme ; ſurquoy l'un d'eux
luy lût l'ordre, portant qu'il
feroit coupé en quatre quartiers,
les quartiers mis ſur les
Portes de la Ville, & fa teſte
fur le Pont de Londres. Il
falia le Docteur & les She
+ rifs , & abaiſſa le Mouchoir
pour ſe couvrir le viſage.
Alors on lia les mains àl'Ar254
MERCVRE
cheveſque d'Irlande , auffibien
qu'à luy. On fit en ſuite
marcher le Cheval par qui
la Charette eſtoit traînée,
& l'un & l'autre demeura
pendu . L'Exécuteur les prit
tous deux par les pieds , &
les tira chacun l'eſpace de
trois minutes . Un peu apres
il les dépoüilla tous nuds,
fans les détacher de la Potence.
Le premier qu'il en
tira fut le Corps de l'Archevefque.
Il l'étendit ſur une
petite Table , où luy ayant
fendu l'eftomach , il luy arracha
le coeur , qu'il fit voir
GALANT. 255
O
2
au Peuple , en diſant , Voicy
le coeurduTraître . En meſme
temps il le jetta dans le feu,
aufli- bien que ſes entrailles
qu'il luy arracha, apres qu'il
luy eut fendu le ventre,
comme il luy avoit fendu
l'eſtomach. En fuite luy
ayant coupé la teſte , il cria
tout haut , Voicy la teſte du
Traître. On ne remarqua
aucun changement dans le
viſage. Il mit cette tefte dans
une Corbeille , apres quoy
il coupa les quatre membres,
& les mit avec la teſte!
On a enterré le tout aupres
256 MERCURE
des Corps des Jefuites qu'on
exécuta à Londres il y a
deux ans . C'eſt une grace
que ce Prélat avoit demandée.
Le reſte du Corps fut
jetté au feu. L'Exécuteur fit
la meſme choſe de celuy de
Fits- Harris, dont on a auſſi
enterré les reftes .
Ma Lettre du mois de
May vous apprit la mort de
M le Duc de Leſdiguieres.
Son Corps ayant eſté embaumé
fut mis en dépoft
dans l'Egliſe de S. Germain
en Laye , & y demeura le
nombre desjours qu'on a de
GALANT. 257
1-
coûtume d'y laiſſer les Perfonnes
de ſa naiſſance. Des
Preftres l'y garderent nuit&
jour , avec douze grands
Flambeaux de cire blanche
toûjours allumez. Cependant
, Madame la Ducheſſe
de Lefdiguieres ſa Veuve,
dont la pieté eft connuë de
tout le monde , luy fit faire
icy un Service tres - pompeux
dans l'Egliſe de S. Paul , Paroiſſe
de l'Hôtel de Leſdi
guieres . Ily eutune affluence
extraordinaire de Perſonnes
du premier rang, de l'un
& de l'autre Sexe. L'ordre
Fuillet1681. 1. P. Y
i
1
258 MERCVRE
fut donné en ſuite pour porter
ſon Corps en Dauphiné,
où eſt le Tombeau de ſes
Anceſtres. On le poſa ſurun
Chariot couvert d'un grand
Drap noir, croifé de blanc, &
frangé d'argent, avec les Armoiries
de Leſdiguieres & de
Créquy. Vous ſçavez , Madame
, que ce Duc eftoit
qu
l'Aîné de l'illuftre Famille
de Créquy. Ce Chariot eftoit
attelé de fix Chevaux
noirs , caparaçonnez & couverts
de noir juſques à terre,
& accompagné de M² de
Vaucluſe , ancien Gentil
r
GALANT. 259
1
homme de la Maiſon , de
M² de Flote , Gentilhomme
de la Maiſon de Madamela
Duchefſe de Leſdiguieres,
de pluſieurs Pages, & autres
Domestiques , de quelques
Carroffes , & d'un grand
nombre de Chevaux de
main. Il reçeut beaucoup
d'honneur dans toute la route
, & rien n'euft manqué à
+ ceux qu'on luy euſt rendus
dans le Dauphiné , fi Madame
de Leſdiguieres n'euft
tenu ſecret le départ de ce
Convoy , afin d'épargner à
cette Province les dépenſes
Yij
260 MERCVRE
qu'elle jugeoit bien que l'on
voudroit faire. En cela elle
pratiqua la modeſtie de la
grandeur veritable, & fuivit
l'exemple de cet illuftre Defunt,
qui par les meſmes raifons
arrivoit toûjours à Grenoble
, de nuit & en Poſte.
Le Corps repoſoit déja dans
l'Egliſe de Moirene,qui n'eſt
qu'à trois lieuës de cette
Capitale du Dauphiné, quád
on y apprit qu'il y paſſeroit
le lendemain. Les Officiers
de Milice s'aſſemblerent
auffitoft chez M Baudet,
Pere de M de la Ronziere
GALANT. 261
1
Confeiller au Parlement,,
Premier Capitaine , & allerent
recevoir les ordres de
M' de S. André , Premier
Préſident , Commandant
dans la Province. Le lendemain
au matin , les Confuls
de Grenoble, animez de leun
zele accoûtumé , & voulant
marquer cóbien ils avoient
de reconnoiſſance pour toutes
les graces que la Ville
avoit reçeuës de M de Lefdiguieres
& de ceux de ſa
Maiſon, partirent avec leurs
Robes de cerémonie , accompagnez
de l'Hôtel de
262 MERCVRE
Ville, devancez par lesHuif
fiers & Valets en deüil, leurs
Chevaux couverts de Houfſes
noires traînantes ; &
s'eſtant rendus à Moirene,
prirent le devant du Chariot,
qui de Paroiſſe en Paroiſſe
fut précedé toûjours
du Clergé. Les Religieux
Prieurs de S. Robert , entre
Moirene & Grenoble , ne
voulurent pas s'exempter de
ce devoir , quoy qu'ils ne
faffent jamais de pareilles
fonctions. Tandis que le
Convoy approchoit,les onze
Cópagnies deMilice, ayant
GALANT. 263
い
1
M' Baudet à leur teſte, fortirent
hors de Grenoble par
la Porte nommée de France,
baſtie par les foins du Conneftable
de Lefdiguieres.
Ces Compagnies aſſemblées
en ſi peu d'heures, ne laifferent
pas de monter à pres de
quinze cens Hommes, qui,
rangez en Bataille par M
de S. Sauveur Major de la
Ville , borderent l'Iſere , &
occuperent une partie du
terrain qui eſt depuis la
Porte juſqu'au lieu où ce
terrain eft coupé par cette
meſme Riviere. Dés que le
264MERCVRE
Convoy arriva au Camp,
elles commencerent à premdre
leur marche , les Capitaines&
Lieutenans portant
leurs Piques ſous le bras , la
pointe en arriere, & preſque
traînante . Les Drapeaux eftoient
voilez de Crêpe , &
portez auſſi ſous le bras la
pointe baiffée en avant. Les
huit ou dix Sergens de chaque
Compagnie tenoient
leurs Hallebardes la pointe
deſſous & pendante , & les
Soldats portoient leursMoufquets
la croſſe ſous le bras
gauche , avec la bouche en
arriere.
GALANT. 265
5
arriere. LesTambours qu'
on avoit auſſi voilez de noir,
faifoient paroiſtre l'Ecuſſon
des Armes de Lefdiguieres.
Leur Baterie eſtoit celle des
Convois funebres. Enfin
tous les Officiers , Sergens,
Caporaux , Tambours , &
Valets de la Suite des Officiers,
avoient des Habits de
deüil & de longs Crêpes,
auſſi- bien qu'une partie des
Soldats . Jugez par toutes
ces chofes combien cette
Marche eſtoit lugubre. Le
grand filence qu'on y obſerva,
joint à la triſteſſequ'on
Juillet 1681. 1. P. Z
266 MERCVRE
voyoit peinte ſur tous les viſages,
fit affez connoiſtre ce
qui ſe paſſoit dans le coeur
des Aſſiſtans. Tous les Corps
Eccleſiaſtiques , non ſeulement
de Grenoble, mais des
environs, vinrent au devant
de ce Convoy juſques à la
Porte de la Ville, avec leurs
Banieres noires , & prirent
leur rang accoûtumé , chaque
Chanoine , Preſtre , ou
Religieux , ayant un Cierge
à la main. Apres eux marchoit
un nombre de Pauvres,
veſtus de noir, portant
chacun un Ecuſſon des Ar
GALANT. 267
mes de la Ville. La Compagnie
des Gardes précedoit
immédiatement le Chariot,
autour duquel on avoit rangé
douze Sergens de la meſme
Milice , qui avec leurs
Hallebardes écartoient la
grande foule. L'Hôtel de
Ville ſuivoit avec ceux de
la Maiſon de M² de Leſdiguieres,
tant de Paris que de
Grenoble. Le Peuple fermoit
la Marche , & fit paroiſtre
une cótenance toute
defolée. Mais rien ne fut
plus touchant que ce que
l'on entendit, quand les Ha
Zij
268 MERCVRE
bitans , accourus dans une
multitude prodigieuſe jufqu'à
la Porte de France, apperçeurent
les triftes Reliques
de leur Gouverneur.
La confternation qui juſquelà
s'eſtoit emparée de tous
les Eſprits , ſe changea en
des tranſports dont ils ne
pûrent retenir l'éclat. Ce
ne furent que voix confufes
de gémiſſemens & de regrets
; & comme s'ils eufſent
voulu eſtre ingénieux
à augmenter leur douleur,
chacun à l'envy marquoit
quelque grace, quelque acte
GALANT. 269
de bonté ou de justice, dont
il eftoit redevable à cette
Ame veritablement magnanime
, ne ceffant tous de
pouffer des voeux pour le repos
de celuy qui avoit contribué
ſi ſouvent au leur,
qui en quantité d'occafions
avoit fait céder fes intéreſts
à ceux du Public , & qui
enfin avoit eſté le parfait
Imitateur de M le Duc fon
Pere, dansle grand nombre
de pieuſes Penfions qu'il
avoit données à des Particuliers
de Grenoble , par de
purs motifs , qu'on ne sçau-
1
Z iij
270 MERCVRE
1
roit mieux nommer qu'en
les nommant de Leſdiguie.
res , puis que la genéroſité
eft fi naturelle à ceux de
cette Maiſon. Ce trifte Convoy
arriva ſur les neuf heures
du ſoir à l'Egliſe Cathédrale
de Noftre- Dame , au
fon de toutes les Cloches de
la Ville. La Milice campa
dans la Place qui eſt au devant
de cette Eglife , & le
Corps fut defcendu à l'entrée
par huit des Sergens,
quatre Gentilshomes ayant
pris les bouts du Drap. II
repoſa juſqu'au lendemain
GALANT. 271 1
1 dans une Chapelle toute ervironnée
de grands Flam-
- beaux. Pendant la nuit, on
poſa un Corps- de- garde de
dix Hommes, & un Sergent
de chaque Compagnie, avec
unCapitaine, unLieutenant,
& un Enſeigne. Le jour ſuivant
, à cinq heures du matin
, la Meſſe fut celébrée, &
le Corps remis un peu apres
fur le meſme Chariot, qu'on
accompagna dans le mefme
ordre juſques au Convent
des Récolets , hors la Porte
de Bonne. La Milice y tenoit
deux hayes ouvertes, au
Zij
272 MERCVRE
milieu deſquelles le Convoy
paſſa ; apres quoy les Soldats
firent la Salve de leur pi.
toyable adieu. Le Corps repoſa
ce mefme jour à la
Mare , qui eſt une de ſes
Terres . Les Preftres de la
Paroiſſe , les Capucins , les
Penitens , & les Principaux
du Lieu , vinrent au devant
juſques à Pierre-Chaftel, dif
tant d'une lieuë, & l'accompagnerent
le lendemain juſ
ques à Ponthaut , éloigné
d'une autre lieuë , où les
Peuples de tous les environs
eſtant accourus , firent voir
GALANT. 273
コpar leurs regrets combien
ils ſentoient la perte. Il fut
mis ce meſme jour auTombeau
de ſes Anceſtres. C'eſt
un Mauſolée, enrichy de pluſieurs
Figures de marbre
blanc & noir , d'une ſculpture
admirable , dans le
Chaſteau de Leſdiguieres,,
Lieu de la Pairie.
Il me reſte à vous parler
du Service folemnel qui fut
fait pour luy le Vendredy Ir..
de ce mois dans la Cathé.
drale de Grenoble. Ce jour
ayant eſtépris , les Officiers
de Milice ſe ſaiſirent dés
274 MERCVRE
cinq heures du matin de
toutes les Portes & Avenuës
de l'Eglife, qu'ils firent garder
par les Sergens pour empeſcher
la confufion. Elle
eſtoit tenduë de noir , avec
une double Litre de Velours
neuf, chargée de l'Ecu de
Lefdiguieres d'un pied à
l'autre. Sept Litres de mef
me , ornées des meſmes
Ecus , couvroient tout le
Grand Autel , ainſi que la
Chaire du Prédicateur. Un
nombre infiny de Cierges
allumez par tout , éclairoit
l'Eglife, qui ne recevoit que
GALANT. 275
en
1
C
C
cette lumiere, toutes les Feneſtres
eſtant fermées par
de grands Draps noirs. Au
milieu du Choeur eſtoit le
Mauſolée , élevé ſur quatre
Marches , couvertes de fixvingts
Flambeaux d'argent,
garnis de Cierges chacun
d'une livre, Le Parlement
s'y rendit en Corps fur les
neufheures, avec la Chambre
des Comptes , & ces
Compagnies prirent leurs
places à leur ordinaire à
chaque coſté du Choeur.
M' l'Intendant de la Pror
vince qui y aſſiſta , ſe mit
276 MERCVRE
r
immédiatement apres les
Préſidiens à Mortier. Les
Confuls & les Officiers de
Milice furent placez au milieu
du Choeur ſur des Sieges
mis en travers, & drapez de
noir . M² Morel Conſeiller
au Parlement , & Chanoine
de cette Eglife , officia en
l'absence de M' l'Evefque
de Grenoble qui estoit allé
faire fa Viſite ; & apres la
Meſſe , l'Oraiſon Funebre
fut prononcée par le Pere
Brenier Jefuite, celebre Prédicateur.
Il eut beaucoup
deſuccés,& fit paroiſtre une
GALANT. 277
1
ل
M
éloquence tres -fine dans les dans les
trois Parties de fon Diſcours,
qui furent, Grandeur à l'Armée,
Grandeur à la Cour , &
Grandeur parmy les Siens &
avec le reste du Monde. Il prit
pour Sujet de la premiere,
ce que ſçait toute l'Europe
de l'illuftre Duc dont il parloit
; &dans les deux autres,
il fit éclater mille endroits de
probité , de bonté , de cordialité,
de compaffion , de
juftice, & de genérofité, autres
que ceux qui estoient
publics. Il releva tous ces
endroits de vertu , aufquels
:
278 MERCVRE
l'oſtentation n'avoit jamais
eu de part , comme partans
d'un fond de bon naturel &
de magnanimité , & finit
trop toſt pour la ſatisfaction
de ſes Auditeurs. Les Bou.
tiques de la Ville furent fermées
pendant tout ce jour,
& le Parlement ne donna
point d'Audience.
Le Roy a donné à M
Hennequin ſon Procureur
General au Grand Confeil,
l'Abbaye de Val- fecret,Dioceſe
de Soiffons , pour M'
l'Abbé de Charmont fon
Fils. Quoy qu'il foit ſeuler
GALANT. 279
ment âgé de feize ans , il a
déja un mérite qui le rend
tres - digne du nom qu'il
porte , & des graces d'un
Prince qui fait toutes chofes
avec le plus juſte difcernement.
L'excellente éduca
tion qu'il a reçeuë , & fon
heureux naturel , font qu'il
n'ignore aucune des chofes
qui peuvent former un galantHomme.
Ila jointàl'é
tude de l'Hiſtoire & des
belles Lettres , celle desMa
thématiques , où il a réüſſy
ddaannss ccee qquu''eellllees ont de plus
curieux , avec un fuccés qui
i
280 MERCVRE
eſt peu commun. Ce font
des marques certaines que
1'Eglife ne trouvera pas
moins d'appuy en ſa Perſonne,
que l'Etat en a trouvé
dans tous ceux de ſa Maiſon.
Elle eſt alliée à quantité de
grandes Familles des plus
conſidérables du Royaume,
tant de la Robe que de l'Epée,
& elle a donné desOfficiers
à toutes les Compa-
: gnies Souveraines de Paris.
On y compte des Maiſtres
des Requeftes , des Préfidens
aux Enquestes & Requeſtes
du Palais, des PréfiGALANT.
281
1
dens à Mortier, & des Evef
ques de Rennes, de Troyes,
de Senlis , & de Soiffons.
| M' Hennequin , Pere de ce
jeune Abbé, efſt unHomme
d'une pieté exemplaire , capable
des plus grands Emplois,
& des plus importanres
Negotiations.
Je vous ay déja parlé bien
des fois du Berger Fleurifte,
& la délicatefſſe de ſon eſprit
vous eft connuë par plufieurs
de ſes Ouvrages qui
ont embelly mes Lettres.
Ainſi je ne sçaurois mieux
vous préparer à une lecture
Juillet1681..1. P. Aa
282 MERCVRE
agreable , qu'en vous diſant
que le Billet que vous allez
voir eſt de ſa façon . Il accompagnoit
un Préſent de
Fleurs, envoyé àune Belle le
jour de fa Feſte.
525252-5222525225
LE BERGER
FLEURISTE,
A la Nymphe des Bruyeres.
N
E vous envoyer point de
Fleurs le jour de vostre
Fefte , belle Nymphe , & vous
écrire pour excuſe que les plus
brillantes des Parterres perdent
A GALANT. 283
TI
3
leur lustre aupres de celles de
voſtre teint ; qu'à voſtre appronche
les plus blanches ſemblent
devenir pales , & les plus vermeilles
rougir de honte , &que
deux Soleils feroient bientoft
mourir ce qu'unſeulfait naître,
Ce feroit faire le Badin ,
Et vous donner d'aflez mau.
vaiſe grace,
Pour de belles Fleurs deJardin,
Les plus communes du Parnaffe
.
L'amitié tendre, auſſi-bien que
l'amour,
Vous en doir, du moins en ce
jour,
Préſenter de plus naturelles.
Aa ij
284 MERCVRE
Cetribut appartient au nom que
vous portez;
Et s'il ſe paye aux moindres
Belles,
Vous , que l'on voit briller de
cent raresbeautez,
Je vous laiffe à penſer, fi vous le
méritez ..
Ne vous en offrir d'ailleurs
qu'en petite quantité, & vous
mander pour raison de cette
épargne,
Vous en auriez eu davantage..
Mais quoy, dés le matin
LesAbeilles ont mis le Parterre
au pillage, 1.
Et s'en vont avec leur butin ..
Il leur faut pardonner aujourd'huy
ce ravage,
GALANT. 285
Elles l'ont fait à bonne fin .
Les Zéphirs mes amis, m'ont dit
que certe Queſte
Eſtoit pour celébrer, par un fa
meux Feſtin ,
Cejour de voſtre Feſte.
Jevous connois , belle Nymphe.
Vous feriez d'humeur à
ne croire ny les Zéphirs, ny leur
Truchement , & l'on courreroit
risque de ne paffer aupres de
vous que pour un Conteur de
Nouvelles faites àplaisir L'inconvénient
m'a paru fâcheux,
&pour l'éviter, j'ay fait amaffer
des Fleurs , &vous en envoye
trois Corbeilles toutes pleines.
286 MERCVRE
Céladon , de ma part , vous les
va préſenter,
Etj'oſe me flater
Qu'elles vous feront agreables.
Elles parfument l'air d'une char.
mante odeur;
L'innocence & l'amour brillent
dans leur couleur,
Il n'en eſt pointde plus aimablés.
Les Roſes & les Lys n'ont point
tant de beautez,
Ce font pour les Autels des ornemens
paſſables;
Mais voicy ce qu'il faut pour les
Divinitez .
Fleurs d'Orange & de Gré
nade , Iasmin de France &
d'Espagne, & Oeillets de toutes
GALANT. 287
lesfortes. Je n'ay pas voulu les
mettre en Bouquets , ç'auroit effé
entreprendre mal - à-propos fur
cet esprit de discernement &
d'invention dont vous estes
pleine jusqu'au bout des doigts,
&qui rend tous vos Ouvrages
fi beaux, qu'on n'en voit point
de mieux travaillez que ceux
quifortent de vos mains.
C'eſt donc à voſtre adreſſe
A faire valloir leur richeſſe,
Aménager leur rang, leur éclar,
leurdouceur,
Et puis à les placer fur voſtre
aimable coeur.
C'eſt là que vous allez finir vos
deſtinées,
288 MERCVRE
Fleurs trois fois fortunées;;
Et c'eſt là qu'unAmant mettroit
tout fon bonheur
A finir ſes années .
Pour moy, belle Nymphe, bien
que je ne fois qu'au nombre de
vos Amis, fans mentir, en cette
rencontre,ſi je l'ofe dire,
Je ſuis du fentiment de vos Ado
rateurs ..
Je voudrois bien avoir le deſtin
de mes Fleurs .
Tout iroit à me fatisfaire,
Vous me regarderiez comme un
joly préſent,
J'aurois le bonheur de vous
plaire,
Etje mourrois en vous plaifant..
Eſt-il rien de plus doux, & de
plus innocent?
三国里
i
GALANT. 289
Apres tous les Airs d'amour
que je vous ay envoyez
depuis pluſieurs mois,
vous ferez bien- aiſe d'en voir
un à boire. Les Paroles ont
eſté notées par un fort habile
Maiſtre.
CHANSON A BOIRE.
L
Hofte de ceans nous fait mal
SaCour,
Ilmérite qu'on le gronde.
J
Quoy, n'avoirqu' un Valetpour ven
ferà la ronde,
Etneboireque tour- a-tour?
Pour noſtreſoifextréme
Est-il rien de plus importun?
Croyez -moy,fervons- nous nousmsme,
Nous boiros quatre coups pour un.
Juillet1681. 1. P. въ
290 MERCURE
La ſeconde Enigme du
dernier Mois, n'a pas feulement
trompé vos Amies,
mais pluſieurs autres Perſonnes
, qui ayant trouvé que
le Fen estoit le vray Mot de
la premiere , ont crû en devoir
chercher un autre pour
cette feconde. Cependant
toutes les deux avoient eſté
faites ſur le Feu , & c'eſt ce
qui a donné lieu à ce joly
Madrigal de M'Daubaine.
D
E Mercure à Philis ladiférence
eftgrande.
S. quelqu'un de vous me demande
Enquoy, comment, d'où vientqu'ils
s'accordentsi peu,
GALANT. 291
Ilfaut queje lefatisfaffe;
C'est que Mercure est tout de Feu,
Et Philis est toute de glace.
Ceux qui ont connu que
ces deux Enigmes avoient
eſté faites ſur le meſme Mot,
- ſont Ms Gardien, Secretaire
du Roy; Leger de Verbif
fonne ; L'Abbé du Vivier,
de la Ruë de la Truanderie,
Formentin & CCaauuddrroon , du
College d'Abbeville ; De
Lépine de Ploërmel ; Rault,
deRoüen ; Gigés,du Havre,
(ces trois derniers les ont expliquées
en Vers ; ) Made
moiſelle Jeanneton Goury,
Bb ij
292 MERCVRE
d'Orleans ; L'aimable Toinon
; La charmante Magdelon
; La fidelle Fanchon;
La belle Blampignon , de
Paris ; Le Solitaire de Rennes
; Le folâtre Amant , de
la Ruë Trouſſevache ;
mant de la jeune Lifete , de
la meſme Ruë ; & Loyſeau
de la Ruë Aubry- Boucher,
de la Ville de Cambray , ces
deux encor en Vers.
L'ACeux
qui n'ont trouvé
que le Mot de la premiere,
font M" de la Ville- aux-Butes
, de la Ruë de la Harpe;
Guépin , de Rennes ; De
GALANT. 293.
Vert , Prevoſt de S. Pierre
d'Abbeville ; Frere Jean
d'Amiene; Saugy, de Nuits
fous Rennes , Rouflelet, de
l'Hoſtel d'Avaux ; Mazan,
de Lyon ; Poirier, de Meres;
De la Croix R... Meſdemoifelles
la Perouze de Létang,
de Dauphiné ; Avare , du
Quartier S. Victor ; Bourgeois
la cadete ; De la Mare,
de la Ruë Montmartre;
Bienfait la cadete , de l'Hôtel
d'Avaux ; Davilers, de la
Rue Simon le Franc ; Le
Clerc, Ruë aux Ours ; Daligre,
Ruë au Maire ; D. Cy
Bb iij
294 MERCVRE
Rue Monconfeil; Sylvie, du
Havre de Grace ; Les Prétentions
deſolées; La genéreuſe
de Boiſſy ; L'aimable
Dauzay; L'Amante raccom
modée , de la Ruë Montmartre
; Allard , du Véxin;
Alcidor , du Havre de
Grace ; Le Promethée en
amour , de la Ruë des cinq
Diamans ; Le défunt Voiſin
des Hoſteſſes agreables ;
Le Triolet de Bordeaux, du
Quartier S. Mederic ; Le bon
Oncle, du meſme Quartier,
Les Agens Pygmées , de la
Ruë S. Martin ; Le Confeil
1
GALANT. 295
ler du Mariage , Le Libertin
ſpirituel ; L'illuſtre Faineant,
Le jeune Solitaire de la Ruë
des trois Cheminées, de Poitiers
; Le Chevalier de la
Santé ; L'Abbé Luyſant , de
la Ruë des Meneſtriers ; Le
galantClerc de la Chambre
des Comptes , de la Ruë
S. Bon ; Les illuftres Commis
de la Ruë de Clery ; Le
Solitaire de l'Hoſtel de
Guiſe ; Le jeune Agent flaté
d'eſpoir ; L'Agent né coifé,
Les Ouvrages du Hazard ;
&le mal-habile Homme de
Normandie.
6
Bb iiij
296 MERCVRE
J'ajoûte les noms de ceux
qui ont expliqué cette mefme
Enigme en Vers. Ms le
Comte de Montaigu , de la
Rue Montmartre ; De l'Iſle
d'Origny , de Troyes ; F.
Ha... du Meſnil , de Cham
brais en Normandie ; Bouret
, Préſident en l'Election
de Mante & Meulan ; Le
Blanc, de Roquemont ; Regnier
de S. Martial ; De Plémont
, de la Foreft de Lyons
en Normandie ; Droüart de
Roconval ; La jeune Epouſe
triomphante , de la Ruë
S. Denys ; Les belles Go
Martial 1
GALANT. 297
bron ; L'aimable Hubert,de
la Ruë de la Harpe ; Le Juvenal
naiſſant, de la meſme
Ruë ; L'Amoureux enbourgeoiſé
; Le Solitaire Avanturier
, de la Ruë Maubué,
Le Favory Monicardin ; Le
Bourg , de l'Hoſtel de Soiffons
; & l'Architecte reſſuſcité.
Le Tonnerre , la Plume,
& la Chandelle, font trois autres
Sens que l'on a donnez
à la meſme Enigme.
On a expliqué la ſecondo
fur le Vin, l'Eau, le Tonnerre ,
le Charbon de terre, & la Mine;
&ceux qui ont connu que
298 MERCVRE
c'eſtoit le Feu , font Ms Pinchon,
de Roüen ; De Clacy,
de Caën , Avocat au Parlement
de Paris; & le Solitaire
du Parnaſſe de Rheims , ces
deux derniers en Vers .
Le Berger Fleuriſte a fait
la premiere des deux nouvelles
Enigmes que je vous
envoye. Le jeune Solitaire
de Poitiers eſt l'Autheur de
la feconde.
ENIGME.
V
Oicy deux Soeurs des plus
aimables,
Dont l'une estReyne,&l'autre Roy.
GALANT. 299
Leurs appasſont divins, ſi l'on en
croit les Fables;
Etfans eux, oufans leursfembiables,
Vous qui pouvez de bonne-foy
Amille Coeurs donner la Loy,
Jeunes Beautez, ( que de deüil&de
larmes! )
Vous n'auriezpas la moitiéde vos
charmes.
22
Enfaveur de leurs grāds attraits
On les aime par toute terre.
L'une,fur tout,en France; & l'autre
en Angleterre;
Et ces Etats en ont grand nombrede
Portraits,
Desplus riches,&des mieux faits.
Se
Le Royſefoûtientde luy-mesme,
Il estgrand, droit, & vigoureuxs
300 MERCURE
:
La Reyne eftfoible &tendre , &
mérite qu'on l'aime,
Aufſiſon air est amoureux.
Mais la Belle a des Gardes
Armez de bonnes Hallebardes,
Pour ladéfendre, oulavanger
De l' Etourdy qui la veut outrager.
AUTRE ENIGME ..
Viconque s'estforvy de
moy,
:
Sçait combien àpréſent utile estmon
employ.
MonCorps estsimple&froid autant
qu'on lepeut eſtre;
Il estpourveu deplusieurs bras
Dontle nombre ne doitfaire aucun
embarras.
Qu'ilsuffise au Lecteur qui cherche
àme connoistre
GALANT. 301
Que de moyfans c. a l'on feroir peu
decas.
Ilnefautpointque l'on s'étonne,
Si ce queje n'ay pas, quand on veut,
je le donne.
Demoy-mesme je ne puis rien,
Par le fecours d'autruy je rens le
mien utile,
Etjenefais nymal ny bien ,
Tandis qu'on me laiſſe inutile.
L'Amour est le Dieu des
Avantures,& il en fait naître
tous les jours qui nous convainquent
qu'il n'y a point
d'âge qui puiſſe mettre les
coeurs à couvert de fon pouvoir.
Un galant Homme
ayant épousé une Demoi
302 MERCURE
ſelle dont le mariage l'accommodoit,
logea chez luy
avec grande joye une Soeur
cadete , qui n'ayant plus ny
Pere ny Mere , partageoit
avec ſa Femme tout le Bien
de la Maiſon. Il avoit grand
ſoin de ſa conduite , & luy
preſchoit ſi ſouvent l'infidelité
des Hommes , qu'il luy
fut aiſé de voir par quel motif
charitable il luy en vouloit
donner du dégouft. Sa
Succeſſion le regardoit ; &
quoy qu'il n'oſaft luy conſeiller
la retraite, il n'euſt pas
efté faché qu'elle euſt pris
4
GALANT. 303
party dans le Convent. La
Belle qui liſoit dans ſes penſées
, le donnoit ſouvent le
plaiſir de les flater. Elle marquoit
du mépris pour tous
les plaiſirs du monde , plaignoit
la folie de celles qui
écoutoient des douceurs ; &
à l'entendre , le nom d'un
Amant luy eſtoit inſuportable.
Rien ne plaiſoit tant à
fon Beaufrere. Il croyoit déja
luy voir une Guimpe,& dans
le détachementqu'ellemontroit
tous lesjours,il luy don
noit le nom de Béate , & ne
faiſoit plus qu'attendre qu'
304MERCVRE
:
elle rempliſt ſa vocation. II
l'attendit inutilement. Quoy
qu'il puſt faire pour l'y affermir,
ſes ſoins n'empeſcherent
point qu'elle ne trompaſt
ſes eſpérances, & ce qui
luy fut le plus fâcheux , c'eſt
que ce malheur luy arriva
d'où il devoit le craindre le
moins . Il avoit encor fon
Pere , qui gardant chez luy
un Apartement, contribuoit
aux frais du ménage. C'eftoit
un Homme d'un mérite
diftingué, & à qui un grand
Prince avoit fait l'honneur
de le choiſir pour agir dans
1
GALANT: 305
C
ゴ
fes affaires. Comme il avoit
foixante & douze ans , fon
Fils ne puſt ſoupçonner qu'il
* cuſtencor l'ame tendre. Ce
pendant à force de voir la
Belle , il en demeura charmé.
Apres quelque temps
perdu à luy dire en general.
• mille choſes obligeantes , il
luy parla férieuſement. Elle
l'écouta malgré ſon âge. Ils
convinrent de leurs faits, &
ce fut par ſon avis qu'elle fe
feignit dégoûtée du monde.
Ils ébloüirent par là les Sur
veillans qu'ils avoiét à crain
dre; & pour ne les pas cha
Juillet 1681. 1.P. Cc
1
306 MERCVRE
griner avant le temps , ils ſe
donnerent la foy en ſecret,
& le bon Homme ſe rendit
heureux fans que perſonne
en puſt rien connoiſtre. Les
meſures qu'on le pria de garder
pendant quelques mois,
demandant de luy de grandes
contraintes, il commençoit
à les trouver importunes
, quand la Belle s'apper.
çeut qu'il eſtoit temps de
parler. Elle déclara fon mariage
, qui fit d'autant plus
de peine aux Intéreſſez, qu'-
ils la virent en état d'eſtre
bientoſt Mere. L'Avanture
GALANT. 307
donna ſujet de parler à toute
la Ville , où la Belle eft préfentement
reconnue pour
Bellemere de ſa Soeur aînée,
&fon vieil Epoux pour Beaupere
& Beaufrere de ſa Belle
fille.
Le Pere Alexis du Buc
Religieux Théatin, continuë
toûjours la Controverſe dans
l'Egliſe de ces Peres . Entre
pluſieurs Abjurations , qui
font l'heureux fruit des Ve
ritez qu'il enſeigne , celle
qu'il reçeut de Mademoi
felle de Biron le 7. de ce mois
eft conſidérable. Cette De
1
Ccij
308 MERCURE
moiſelle eft âgée de 25 ans,
& d'une des plus illuftres
Familles d'Angleterre , où
ſes Parens ont toûjours efté
l'appuy de la Religion Proteltante.
La Cerémonie s'en
fit dans l'Egliſe des Carmelites
du grand Convent. Les
Converſions cótinuënt auſſi
à ſe faire en tres-grand nombre
dans le Poitou, &depuis
un mois plus de quinze cens
Perſonnes y ont encor abjuré.
Le zele des Magiftrats
à faire obſerver dans toutes
les Villes les Déclarations
de Sa Majefté touchant les
GALANT. 309
Prétendus Reformez , produit
des effets tres - avantageux,&
on l'a veu depuis peu
dans la Ville de Lunel en la
perſonne de M de Montfagean
, qui avoit veſcu foixante
ans dans la Religion
-de Calvin. M² de Froment
Procureur du Roy , l'eſtant
allé voir quand il eut appris
qu'il eſtoit malade, il luy
déclara qu'il vouloit ſe convertir,
& fit abjuration entre
les mains des Capucins qui
vinrent l'inſtruire. Il veſcut
encor dix jours, & employa
tout ce temps àdes acteمsهل de
310 MERCVRE
devotion & de piete, qui ſur
prirent tout le monde. Les
Ordres Religieux accompa
gnerent fon Corps,avec tous
les Catholiques , dans l'Egliſe
des Obfervantins, où il
ſouhaita d'eſtre enterré.
Il s'eſt fait une autre Converſion
dans la mefme Ville,
qui a eu beaucoup d'éclat.
Mademoiselle Prifille de
Roſſillon , âgée d'environ
vingt ans , Fille unique de
M'de Roffillon, l'un des plus
celébres Miniftres de Lunel,
ayant eu des doutes qui luy
rendirent ſa Religion fuf
GALANT. 311
pecte , ſe fit inſtruire par les
Capucins des Veritez de la
noſtre. Les conférences qu'.
-elle eut avec eux ne pûrent
fe faire avec aſſez de ſecret
pour eſtre inconnues à ce
Miniſtre. Il les découvrit,
&pour empeſcher le changement
qu'il craignoit , il
luy oſta la liberté de fortir,
juſqu'à ce qu'il puſt la faire
conduire à Orange , ou à
Geneve. Toute obſervée
qu'elle eſtoit, elle vint à bout
de s'évader , & les Dames
Catholiques entre les mains
deſquelles elle ſe remit,
312 MERCURE
ayant averty les Magiftrats,
elle fut conduite à la grande
Egliſe , où elle embraſſa publiquement
la Religion Romaine.
On chanta le Te
Deum à la fin d'une grande
Meſſe qu'on celébra ; & M
de Roffillon ſon Pere , qui
fut averty de cette Cerémonie
, y accourut auffitoft. If
l'aimoit tres - tendrement,
pour ſes belles qualitez , &
luy trouvoit tant d'eſprit,
qu'il avoit bien dit des fois,
qu'il euſt ſouhaité qu'elle
euſt eſté un Garçon , pour
en faire un des plus fameux
Miniſtres
GALANT. 313
Miniftres de France. Il luy
-parla ſans emportement , &
ayant ſçeu d'elle qu'elle avoit
examiné ce qu'elle faiſoit,
il luy proteſta devant toute
l'Aſſemblée,que pour s'eſtre
convertie, il ne l'aimeroit pas
moins, & la pria de ne point
l'abandonner, l'aſſurant qu'il
la laiſſeroit aller, quand elle
voudroit , dans un Convent
de Religieuſes, pour achever
de ſe faire inſtruire. Cela ſe
fit quelques jours apres. On
la conduifit à Montpellier
au Convent de S. Charles,
où Madame de Pradel, Soeur
Juillet1681. 1. P. Dd
314 MERCURE
de l'Eveſque de la meſme
Ville, & Madame de S. André,
ont un ſoin particulier
des Nouvelles Converties.
Meſdemoiselles de Nicol,
Filles deM' de Nicol , dont
jevous appris la converfion
par ma Lettre de Fevrier,
font auffi dans ce Convent,
où leur ferveur eſt d'un
grand exemple.
M' de Clauſel , un des
plus vieux Conſeillers de la
Cour des Aydes , & fort eftimé
pour ſon eſprit & pour
fon mérite , a fait la meſme
abjuration. Madame de k
GALANT. 315
Roux ſa Niece, Tl''aaiimmité,
Elle eſt Femme de M² de
Roux , autre Conſeiller de
la meſme Cour des Aydes,
qui s'eſtoit fait Catholique
quelque temps auparavant.
Les grands fruits qu'ont
faits les Capucins Miffion->
naires que M'l'Evefque de
Troyes avoit fait venir dans
cette Capitale de ſon Dioceſe,
ont continué juſqu'à la
fin. Ils ont preſché tous les
jours matin & foir pendant
ſept ſemaines, dans les trois
plus conſidérables Eglifes
de laVille, avec une affluence
Ddij
316 MERCURE
L
de monde qui ne ſe peur
concevoir. Cette Miffion fut
terminée il y a fort peu par
la Benédiction des Croix qui
ont eſté élevées en beau.
coup d'endroits. M' l'Evefque
de Troyes en fit la Cerémonie
, & aſſiſta à la Proceſſion
genérale qui fut faite
ce jour-là. Le zele a eſté ſi
grand pour l'érection de ces
Croix, que les Dames meſ
me ont travaillé à porter de
la terre ſur les éminences où
il avoit eſté réſolu qu'on les
placeroit.
Encor une fois, Madame,
GALANT. 317
:
car je me fouviens de vous
en avoir déja priée ) je vous
conjure d'obtenir de vos
Amis de ne faire aucun pary
fur mes manieres d'écrire .
Si j'ay mis dans l'Hiſtoire de
l'Avare du dernier Mois,
L'irréguliere structure du Corps
de la Mariée , & non pas la
ſtructure irréguliere, ce n'a
point eſté ſans y fonger,
mais par la meſme raiſon
qui oblige ceux pour qui
vous m'avez écrit, à préferer
ce dernier arrangement à
l'autre , je veux dire , parce
que le premier m'a paru plus.
Dd iij
318 MERCVRE
doux , & que le redoublement
de la lettre r, m'a fait
quelque peine dans ces deux
mots , la ſtructure irréguliere..
Je n'ay jamais crû qu'on duſt
ſe faire une regle de mettre
par tout le ſubſtantif avant
l'adjectif. L'un eſt fort fouvent
préferable à l'autre, &
il me paroiſt qu'il en faut
laiſſer décider l'oreille. Ily a
meſme pluſieurs adjectifs,
qui doivent toûjours préceder
le ſubſtantif. Petit &
grand font du nombre ; & fi
c'eſt fort bien parler de dire,
le juſte dépit qu'il eut de voir,
GALANT. 319
4
&c. on parleroit Allemand,
fiſi on diſoit , le dépit juſte qu'il
eut. Vous ajoûterez ce qu'il
:
vous plaira à la Réponſe que
vous avez fouhaitée de moy
fur cet Article. Comme les
Dames ont les ſentimens
tres - délicats , elles s'expri
ment auſſi avec beaucoup de
juſteſſe , & vous n'avez qu'à
vous confulter vous -meſme,
pour juger les diférens que
vous voyez naiſtre fur la
Langue. Vous eſtes d'un
Sexe dont lesOuvrages font
voir, que l'heureux talent de
dire aiſément les chofes luy
Dd iiij
320 MERCVRE
atoûjours eſténaturel. Auffi
font- ils recherchez avec un
empreſſement extraordinaire
, & c'eſt ce que nous
voyons encor aujourd'huy
par le grand débit qu'on fait
du Livre intitulé , Daumalinde
, Princeffe de Lufitanie.
Il eſt tout miſtérieux , &
donne fort à reſver à ceux
qui ſe piquent de ſçavoir la
carte de la Cour. Il eſt fait
par Madame de S. Martin.
C'eſtvous dire tout, que vous
la nommer. Il ne faut rien
davantage , pour en donner
une idée parfaite à ceux qui
GALANT. 321
C
connoiffent comme vous les
Perſonnes diftinguées.
Le S de Luyne, Libraire
auPalais, débite un autre Livre
nouveau, que vous trouverez
tres- digne de l'eſtime
qu'on en fait. On l'appelle
la Circé..C'est une Tradution
de l'Italien de Jean-
Baptiste Gelli . Ce Livre eft
diviſé en plufieurs Dialogues
tres- curieux , qu'on ne
२
peut lire avec application
ſans en tirer beaucoup d'avantages,
pour ſe connoiftre
foy-mefme.
Toutes les Lettres qui
1
322 MERCURE
font venues d'Angleterre
depuis l'exécution de l'Archeveſque
d'Armagh , nous
apprennent qu'on a tous les
jours de nouvelles preuves
de ſon innocence. On le
plaint fort de n'avoir pû obtenir
que ſon Jugement fuft
reculé. On a imprimé à Londres
la Déclarationque Fits-
Harris donna au Docteur
Havvkins le jour de ſa mort.
Elle a eſté faite en préſence
de trois Témoins qui l'ont
fignée avec luy; & afin d'en
mieux atteſter la verité , ce
Docteur a mis au bas fom
GALANT. 323
!
Certiffiiccaatt,, ppaarr lleeqquueell ildéclare
en foy de Chreftien,
&ſur la parole d'un Miniftre
de l'Evangile, qui, avant que
Fits-Harris commençaſt à
écrire aucune choſe , il l'af
fura plufieurs fois , que quoy
qu'il puſt découvrir, il ne devoit
avoir aucune eſpérance
de ſauver ſavie , ny éviter la
damnation éternelle , s'il écrivoit
quelque choſe qui
fuſt contraire à la verité , &
que l'ayant exhorté ſur cha-
- que point important à examiner
avec grand ſoin tout
ce qu'il déclareroit , il s'ef
324 MERCVRE
toit mis à genoux de temps
en temps , extraordinairement
touché de ſes fautes,
& avoit appellé Dieu & les
Anges à témoin , qu'il n'écrivoit
rien que de veritable.
L'eſſentiel de ſa Déclaration
eft , Quefa Religion en general
est celle qui a efté anciennement
reçeuë dans les quatre premiers
Conciles genéraux , & que sa
croyance enparticulier est la Foy
des Chreftiens contenue dans les
trois Symboles, des Apoftres,de
S.Athanase, & de Nicée ; Que
pour ce qui regarde les crimes
pour lesquels il meurt, laſeule
GALANT. 325
part qu'il ait eu au Libelle , eft
d'avoir esté employé pour faire
fçavoir au Roy tout ce qui ſe
faisoit contre luy ; Que dans
cette veuë il tacha d'en avoir
une Copie , & l'eut enfin de
M' Evverard , entierement
écrite de ſa main; Que la partie
du Libelle qu'il donna au mefmeM'
Evverard, comme un
gage ou afſurance qu'il ne le
découvriroit point , il l'avoit
euë de Mylord Hovvard, &
qu'il n'a jamais touché d'autre
argent du Roy , que ce qui luy
fut donné pour avoir apporté
Libelle intitulé , Le Roy
1
326 MERCURE
dévoilé, les Articles de la
Ducheſſe de Portsmouth.
Il déclare , Que le Mylord
Hovvard luy apprit un jour
qu'on avoit deffein de ſeſaiſir
de la Perſonne duRoy, &de
le garder dans la Ville jusqu'à
ce qu'il eust satisfait aux Demandes
des Autheurs de l'Entrepriſe;
Que le nomméHaines
&luy entrerent dans ce deſſein,
& qu'ils avoient eu plusieurs
conférences avec ce Mylord, quż
pour les encourager, leur faifoit
entendre qu'on changeroit le
Gouvernement d'Irlande , en
tant les Revenus additionnels
GALANT. 327
dis
des Ervesques, & autres droits,
qu'on diftribuëroit à ceux
Party ; Que pendant qu'on le
tenoit dans les Priſons de Neugate,
les Sherifs Bethel & Cornish
levinrent trouver avec un
Préfent de Mylord Hovvard,
luy apporterent des Articles
de la part de M' Evverard,
dans lesquels il l'accuſoit d'eftre
un Espion de la Cour , ou de
M le Duc d'York , eniployé
far le Roy pour répandre le
Libelle dans les Maiſons des
Protestans ,afin de les perdre
ce qu'il jurefurſa mort n'avoir
jamais eu pensée defaire ,
328 MERCURE
que perſonne ne luy a proposé
rien de ſemblable. Il ajoûte,
Que les meſmes Sherifs luy di
rent qu'il feroitjugé dans deux
outrois jours, que lePeuple vouloit
lepoursuivre , que le Par
lementſe porteroit Partie contre
luy , qu'ainsi il nepouvoit éviter
la mort qu'en découvrantla
Conspiration des Papistes ;
que s'il vouloit déclarer qu'elle
Je faisoit pour introduire
Religion Romaine , ou donner
quelqu'un qui rendiſt la Reyne
ouM'le Duc d'York coupables,
ou enfin inventer quelque Hiftoire
qui confirmaſtles bruits qui
GALANT. 329
W
couroient de la Conſpiration, le
Parlement luy rendroit nonfeulement
le Bien deſon Pere, mais
tous les fruits depuis le rétabliſfement
du Roy. Il confeffe,
Que dans l'état déplorable où il
ſe trouvoit ,fans Amis ,Sans
argent , fa Femme toute prefte
d'accoucher,ſes Enfansfanssubfistance
, & n'ayant d'ailleurs
aucun moyen de fauversa vie,
qu'en faisant ce qu'on ſouhaitoit
de luyy,, il y avoit confenty,
non point par ambition,
mais dans la veuë de s'épargner
une mort infame ; Que les Sherifs
luy apporterent des Inftru-
Juillet1681. 1. P. Ee
330MERCVRE
Etions qu'ils diſoient venir des
Seigneurs des Communes,
affemblez ce mesme jour pour
présenter une Adreſſe au Roy
en ſa faveur, s'il vouloit agir
fuivant ces Instructions ; Qu'il
fit d'abord une Histoire fur la
Conspiration , qui ne pouvoit
nuire à perſonne ; furquoy le
Sherif Cornihs luy dit que ces
chofes-là avoient esté criées dans
les Ruës depuis deux ans , t
qu'ilpouvoit dire davantage s'il
vouloit ; Qu'ensuite il le preffa
de parlerfur plufieurs Articles,
qui estoient ceque contenoit l'Examenſuby
devantMS Robert
GALANT. 331
:
Clayton, & George Treby,
d'autres chofes , dont il ne dit
rien alors, concernant la Reyne,
Mle Duc d'York, le Comte
de Damby; faute dequoy,
de dire que les Seigneurs Halifax,
Hyde , Clarendon , Fe--
versham, &c. estoient Penfionnaires
de France , qu'on devoit
brûler la Flote , mettre le
Gouvernement des Forts entre
les mains des Catholiques , il
eftoit impoffible de le ſauver.
Il déclare encor, Que tout ce
qu'il a dit du Pere Patrick n'est
pas veritable , & qu'on l'a tiré
de lux par force; Qu'on luy a
Ecij
332 MERCVRE
auffi fait dire tout ce qu'il a déposé
contre la Reyne &contre
M'le Duc d'York, touchant
le meurtre d'Edmund Godfrey,
Ø qu'il leur demande pardon
de tout ſon coeurde l'injure qu'il
leur a faite , auſſibien qu'au
Comte de Damby, qu'on vouloit
d'autant plus chargerde ce meur
tre , que le crime du meurtre
n'avoit point esté inferé dansfon
Pardon.
J'auray ſoin,Madame, de
vous apprendre les ſuites de
cette importante Affaire, ne
doutant point que ceux qui
ont pris la peine de m'en
GALANT. 333
donner des nouvelles , ne
veüillent bien me faire la
grace de continuer.
I
Vous aurez fans - doute
appris que M' de Louvoys
a acheté la Terre de Meudon
, où il va paffer un
jour ou deux toutes les ſemaines
, non pour prendre
du relâche apres ſes grandes
& longues occupa
tions , mais pour travailler
en repos , & ne donner aucune
Audience. Ce Château
eſtant dans un tres-bon air,
& ayant la plus belle veuë
de l'Europe, je dis la plus
334 MERCVRE
belle , puis que de ce Licu
on peut découvrir Paris tour
entier , & qu'il n'y a qu'un
Paris au monde , Monfeigneur
le Dauphin a ſouvent
fait l'honneur à M¹ de Lou ,
voys de l'y aller voir , & a
témoigné depuis en plu
fieurs occafions, qu'il eſtoir
tres- fatisfait , & de la ma
niere dont il y avoiteſté reçeu
, & de la Perſonne de
ce Miniftre. Ainſi la Reyne,
àqui on avoit parlépluſieurs
fois de cette belle Maiſon,
y alla faire une promenade
il y a huit jours. On luy ferGALANT.
335
vit une Collation en am
bigu , aufli magnifique que
1 bien entenduë. La Table
qui avoit dix-huit pieds de
long , & fix de large , eſtoire
de dix - neuf Couverts ; &
dix-huit Dames de la pre
miere qualité eurent l'hon
neur de manger avec la
Reyne. Le milieu de cette
Table fut couvert de huit
grandes Pyramides de Fruit,
quiy reſterent juſqu'à la fin
du Repas , & aux deux cô
tez on pofa quatre Services,
qu'on releva avec un ordre
admirable, ſans qu'il y cuft
336 MERCURE
la moindre confufion. Le
premier eſtoit de ſept Entrées
, accopagnées de deux
doubles files de moyens &
petits Plats, le tout montant
à quarraannttee.. Le ſecond fut
relevé par le Roty, &par les
Salades , au meſme nombre
dePlats ; & le troiſieme, qui
eſtoit d'Entremets chauds &
froids , le fut par un petit
Fruit exquis & fort rare. Je
ne l'appelle petit, qu'à caufe
qu'il n'eſtoit pas de la hau
teur des huit Pyramides , &
qu'il ne faifoit que leur ſervin
d'accompagnement. M' de
Louvoys
GALANT. 337
Louvoys eut l'honneur de
ſervir la Reyne , & fit régaler
tous ceux qui accompa
gnoient cette Pinceſſe. Les
Pages& les Gardes duCorps
furent de ce nombre.
Monſeigneur le Dauphin
eſtant dans une entiere fanté,
&Madame la Dauphine
preſque tout à fait remiſe, on
-a jugé à propos de luy faire
changer d'air , parce que
quelque bon que foit celuy
qu'on reſpire dans un Lieu
ou l'on eſt tombé malade,
il ſemble qu'on ne ſe puiſſe
rétablir parfaitement que
Juillet1681. 1. P. Ff
338 MERCVRE
dans un autre. Si ce n'eſt la
verité , du moins eft- ce la
penſée de la plupart des Ma
lades, & vous ſçavez que
dans ces fortes de choſes l'opinion
fait beaucoup. Toute
la Courpartit de Verſailles le
Lundy 28. de ce Mois,& alla
coucher à Villeroy , & le
Mardy à Fontainebleau.
la ſantéde Madame la Dauphine
euſteſté plus forte, on
s'y ſeroit rendu en un jour,
ainſi que l'on a accoûtumé.
Il y eut Comédie Françoiſe
dés le lendemain. Vousjugez
-bien que l'ony prendra
Si
GALANT. 339
tous les divertiſſemens du
Lieu & de la Saiſon . La Cour
peut ſe divertir, quand le
Monarque travaille ſans
ceffe.
La précipitation avec laquelle
je vous écris tous les
Mois , a causé une mépriſe
pour les noms deM" le Camus
du Clos , & Beaulieu,
- que j'ay employez ſouvent
dans mes Lettres Quoy que
je vous aye appris la mort du
premier il y a déja quelque
temps , je n'ay pas laiffé de
le reffufciter dans ma derniere
, pour tuer M' le Ca-
Ffij
340 MERCVRE
mus de Beaulieu ſon Frere,
qui eſt en pleine ſanté, &
qui eſpere le faire connoiſtre
en ſervant le Roy avec le
meſme zele qui a toûjours
fait agir ceux de ſa Famille.
On vient de me direque
M'le Comte du Pleſſis a
épousé Mademoiſelle de la
Valliere , Fille du feu Marquis
de ce nom. C'eſt tout
ce que vous en ſçaurez de
moy aujourd'huy. Il me
reſte un Article tres-curieux,
&tres- important ; mais il eſt
d'une ſi grande étenduë,
qu'il m'engage à une ſe
GALANT. 341
conde Lettre que vous recevrez
avec celle- cy. Je ſuis,
Madame, voſtre tres, &c .
A Paris ce 31. Juillet 1681 .
LeMercure de ce Mois eftdivisé
en deux Partics , qui ſe vendent
trente fols chacune , & dont la fe .
conde contient la Negotiation du
Mariage de Son Alteſſe Royale de
Savoye avec la Seréniſſime Infante
de Portugal , & le Voyage de Mle
Marquis de Dronero Ambassadeur de
S. A. R. à Lisbonne pour la Celébration
des Fiançailles.
Avis pour placer les Figures .
LA
A Chanſon qui commence par
Tircis attendant sa Bergere , doic
regarder la page 74
LaVeuë de Bourbon, doit regarder
lapage 173 .
Le Plan des Fontaines , doit regarder
la page 187 .
LaChanſon àboire, qui commence
par L'Hofte de ceans , doit regarder la
page 289 .
zzszszs252525222
AVIS.
N avertit qu'il ne faut donner
aucun argentpour faire recevoir
les Mémoires qu'on ſouhaitera de
voir employer dans le Mercure Galant.
On les mettra tous, pourveu qu'ils
ne deſobligent point les Particuliers
par quelques traits ſatyriques , & que
les Hiftoires qu'on envoyera n'ayent
rien qui bleſſe la modeſtie des Dames.
Onprie qu'on affranchiſſeles ports
de Lettres , & qu'on les adreſſe toujours
chez le Sieur Blageart , Imprimeur-
Libraire, Rue S.Jacques, à l'on
trée de la Rue du Plaſtre .
Les Particuliers , ou Libraires des
Provinces, qui ſouhaiteront avoir le
Mercure fi - toſt qu'il ſera achevé
d'imprimer , n'ont qu'à donner leur
adreſſe audit Sieur Blageart, qui a fa
Boutiquedans la Court-neuve du Palais
, au Dauphin , & il aura ſoin de
faire leurs paquets ſur l'heure , & de
les faire porter à la Poſte , ou aux
Meſſagers qu ils luy indiqueront, ſans
qu'il leur en couſte rien pour la peine.
qu'il en prendra , parce que lefdits
Particuliers ou Libraires qui les recevront
, en acquiteront le port-fur
les lieux.
On a déja prié bien des fois ceux.
qui envoyent des Mémoires où il y a
des noms propres , d'écrire ces noms
en caracteres tres bien formez . C'eſt.
àquoy on manque tous les jours , &
ce qui eſt cauſe qu'on les met mal. II
y a auffi des Pieces qu'on ne met
point , parce qu'elles font trop diffi
ciles à lire ...
Il reſte toûjours quantité de Pieces.
qui auront leur tour, ou dans leMercure,
ou dans l'Extraordinaire . Ainfr
les Autheurs ne ſe doivent point impatienter.
Les premieres reçeuës font.
toûjours miſes les premieres, àmoins
quelanouvellematiere qu'on envoye,
ne ſoit tellement du temps , qu'on
ne puifie diférer .
On avertit que les Mercures qui
s'impriment en Hollande & en quel
ques Villes d'Allemagne , ſont ført
peu corrects & tronquez enbeaucoup
d'endroits.
Extrait du Privilege duRoy.
PS:GermanLayer 31 Decemb
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
Signé, Par le Roy en fon Conſeil, JuNQUIERES,
Il eſt permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCIJRE GALANT, preſenté à Monſeigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & eſpace de
fix années, à compterdu jour que chacundeſd.
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la premiere
fois : Comme auſſi defenſes ſont faites
àtous Libraires , Imprimeurs , Graveurs & autres,
d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fans le conſentement de l'Expoſant, ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches ſervant à
l'ornement dudit Livre, meſme d'en vendre ſeparément,
& de donnerà lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confifcation des Exemplaires contrefaits, aing
queplus au long il eſt porté audit Privilege
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le s
Janvier 1678. Signé, E. COUTEROT, Syndic .
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de vizé,
acedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur- Libraire , pour en
joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Acheved'imprimer pour la premierefois
le 31. Juillet 1681.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères