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1681, 06 (Google)
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LibrielD.
Zugua
BIBLIOTE
"Las ”
S
60 = CHANTILLY
C
SAL
ERSETENS
GLE SAIN

MERCIURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAVPHINFUIN
1681.
A PARIS .
AV PALAISY
N donnera toûjours unVolume
2 nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auſſi-bien que l'Extraordinaire
, Trente ſols relié en Veau,
&Vingt-cinq fols en Parchemin .
19
1
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dansla
Salledes Merciers, à la Juſtices
Chez C. BLAGEART , Ruë S. Jacques,
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Et en ſa Boutique Court- Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais,dans laGrande
Salle, à l'Envie .
M. D. C. LXXX.
AVEC PRIVILEGE DV ROT
LeXIV. Tome de l'Extraordinaire
fediftribuera le 15. deFuillet.
2555525552225225
TABLE DES MATIERES
Jy contenues dans ce Volume.
ຕາ
AProceffionfaire à Versailles lejour
de la Feſte- Dien, avec la deſcription
duRepofoir, 4
Ceremoniesfaites à Venise pour épouser
:
laMer. 11
16
Ruieres & Ceremonies faites à Vendofme
pour obtenir de la pluve,
Mort de Madame la Marquise de
Puisieux, 25
Mile Marquis de Valbelle prend pof
Seſſion de la Charge de Conseiller
Senechal an Siege & reffort de Mar
Seille, 32
Galanteriefurun envoyde Fleurs &de
Fruits,
'Etats d'Artois,
37
43
Régal fait par M. Stadion , Chanoine
Chapitre de Mayence, aux Dames
dela Courde Hanover, 63
TABLET
Fefte des Arquebufiers de Rheims, 69
Suite de l'Hiftoirades Fleurs, 274
Entrée de M. l'Evesque de Châlonsà
Chalons, doma
Sermonfaitsur le champsur trois diférensTextes,
31014
Requeste de Monfieur le Ducde StAi
gnan àMonseigneurleDauphin, 1ος
'Histoire,
Confolationàune aimable Venue, 131
Madrigal, 2013
Conversions, 132
Conversion faite parM.IArchevesque
de Rheims dans la Capitale de fon
Diocese,
Nouvelle Lettre en Proverbes, 143
Avanture, 147
Enigmes en Tableaux expliquées an
College de Clermont,
Description du Canal qui joint les deux
Mers, avec la premiere Navigation
qui vient d'eſtre faiteſur le mesme
Canal,
Eveſchez donnez parle Roy,
163
247
Effetsſurprenans de la Nature, 260
TABLE
Abbayes données parSa Majesté, 262
L'Art de refpirer sous l'eau, avec to
moyen d'entretenirpendant un temps
conſidérable la flame enfermée dans
un petit lieu, 10269
Ouvrages deMide StMartin de Caën,
270
Le Mulet. Fable
274-
Differtation deM.Comiers,furles Mi
roirs ardens,
La Belle Inconstante , Histoire,
278
3
Régals donnez parM! IAmbassadeur
de Dannemark, & parMile Comte
de Mansfeldt , Envoyé Extraordinaire
de l'Empereur. 3322
Ordres de Sa Majesté en faveur de M.
324 deMonchaux Fonquevillers,
'M'le Camus du Clos Intendant enRouf
326 fillon, part de Perpignan,
Abbaye de Beaubec donnée au Pere
Eftienne Girardin, 3 328
Mort de M.I' Abbe de S.Firmin, 329.
Monastere de Montfleury en Dauphiné,
332
Mort de Mesfire Henry - Frederic de
Gaffion, 336
TABLE.
Mort de Male Cardinal Picolomini, 337
Feste de StQuentin,
Enigme
Autre Enigme,
338
346
347
Lettre galante, 342
Maniare de Mademoiselle Perraut, erzst
Maladie dLeasePp. Monsieur
351
leDuc,
351
Fin de la Table..
Miſſion de Troyes
106104.3
1
卡号号号号号号号:卡卡卡号やや
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le 31.Decembre 1677 .
Signé,Par le Roy en fon Confeil, JUNQUIERES..
Il eſt permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, preſenté à Monfeigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & eſpace de
fix années , à compter du jour que chacundeſd.
Volumes ſera achevé d'imprimer pour lapremiere
fois : Comme auſſi defenſes ſont faites
àtous Libraires , Imprimeurs, Graveurs & au.
tres, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fansle conſentement de l'Expoſant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches ſervant à
l'ornement dudit Livre, meſme d'en vendre ſeparément,
& de donner à lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confiſcation des Exemplaires contrefaits, ainfi
queplus au long il eſt porté audit Privilege
Regiſtréſur le Livre de la Communautéle s
Janvier 1678. Signé, E. COUTEROT, Syndic .
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
acedé& tranfporté ſon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur- Libraire , pour en
joüir ſuivantl'accord fait entr'eux,
Achevéd'imprimer pour la premierefois
le 30, 1uin1681,
Avis pour placer les Figures.
'Air qui commence par Petits Qiſeaux
de la Saiſon nouvelle , doit L
regarder la page 89 .
La Figure où paſſeun Ruilleau entre
deux Montagnes , doit regarder la
page179 .
La Figure octogone, doit regarder
la page 191 .
La Chanſon qui commence par
Depuis peu dans le ſein de ces vaſtes
Campagnes, doit regarder la page 230.-
;
MERCVRE
GALANT
I
JUIN 1681.
)
A Flaterie s'eſt acde
crédit quis tant
ddaannss llaa Cour des
Princes , qu on voit rarement
qu'elle y ſoufre accés
à la Verité. C'eſt par là
que beaucoup de Souverains
Juin 1681 . A
7
MERCVRE
2
dont on entreprend les Pa
negiriques , ſont ſouvent
loüez, non par le mérite qui
ſe trouve en eux , mais par
celuyquiydevroit eftre. On
leur attribue toutes les vertus
qui font les grands Hommes;
&pourveu qu'on don .
ne de la beauté aux Portraits
, on s'attache peu à
examiner s'ils ont de la ref
ſemblance. On doit cependant
demeurer d'accordque
les vrais éloges ſe tirent des
actions, & qu'à moins qu'on
les marque , on elt en
péril de ne point perfuader.
ne
GALANT 3
du
7
Cette forte de péril n'eft
point à craindre àl'égard
Roy. Toutce qu'il fait parle
hautement a fon avantage;
& par quelque endroit
qu'on le puiffe regarder, on
trouve une matiere abondante
, qui pour faire impreſſion,
n'a beſoin que du
plus fimple détail des verirez
glorieuſes qu'elle donne
àdire. Vous vous ſouvenez,
Madame, de pluſieurs Articles
, qui en diférentes ofcafions
vous ont fait connoiſtre
la pieté de ce Grand
Monarque. Elle a paru'de
A ij
4 MERCVRE
nouveau avec éclat, par les
Malades qu'il toucha le jour
de la Pentecoſte, apres avoir
fait ſes devotions, & par les
marques de ſoûmiſſion &
de reſpect qu'il donna à
Dieu publiquement le Jeudy
s de ce mois, jour,de la
Feſte du plus augufte de
tous nos Myſteres. Vousſçavez
quelle eſt la folemnité
des Proceſſions qui ſe font
par tout pour la celébror.
Celle de Versailles eftant
preſte à fortir de la Paroiſſe
qui eſt dans la Ville neuve,
Sa Majefté s'y rendit pour
GALANT
l'accompagner , ſuivie de
toute la Cour , qui estoit
nombreuſe & magnifique.
Tous les Pages de la Cham
bre, avec ceux de laGrande
& Petite Ecurie , les Cent
Suiſſes , & les Gardes du
Corps, portoient chacun un
Flambeau de cire blanche.
On en compta pres de mille.
Les Pages du Roy font en
& grand nombre , qu'on ne
doit point s'étonner de ce
luy que je vous marque.
Les Peres de la Miflion, les
Recolets , & les Aumôniers
de toute la Maiſon Royale,
A iij
6 MERCVRE
affifterent à cette Procef
fion , qui paſſa devant la
Pompe , & s'y arreſta. M
Denys , Fontenier de Sa
Majesté , avoir pris le ſoin
d'y faire dreffer un Repo
ſoir d'une façon extraordi
naire. C'eſtoit une Feüillée
toute remplie de Caſcades
d'eau , & de Rocailles. La
Proceſſion paſſa de là dans
l'Avantcourt du Chaſteau,
& en ſuite dans la Court,
toutesdeux tenduës des plus
belles Tapiſſeries de la Couronne.
Tous les Balcons &
toutes les Feneſtres, juſqu'au
A
GALANT. 7
comble du Chaſteau , ef
toient parez de Tapis de
Perſe à fonds d'or & d'argent.
On avoit placé le Repoſoir
au bas du grand &
magnifique Eſcalier dont je
vous ay parlé pluſieurs fois.
Il eſt d'une forme qui fournit
dequoy faire quelque
choſe de tres - ſomptueux
dans les rencontres de cette
nature , fans qu'il y faille
adjoûterbeaucoup d'embel
liſſemens. Aufſi n'y em
ploya-t- on que ce que de
mandoit l'ordre de cet Ef
calier. De grands Vaſes
A iiij
8 MERCVRE
d'argent, remplis dePlantes
de Fleurs , avoient eſté mis
fur les Piédeſtaux de marbre
qui accompagnent les Baluftres
de bronze doré On
en avoit poſé de femblables
fur les Corniches & aux autres
endroits où de pareils
ornemens pouvoient con
venir. L'Autel eſtoit fur la
premiere hauteur du Degré,
vis-à-visde la Fontaine. Un
Parement de Drap d'or,
d'une beauté ſurprenante,
failoit admirer le devant de
cet Aurel, dont le Tabernacle
qu'on avoit percé à
۱
GALANT9
5 jour , eſtoit orné de Rubis,
d'Emeraudes , & de Dia.
mans . Une Couronne de
S
S
.
trois pieds de diametre en
faisoit le Dôme. Elle estoit
toute de Pierreries, & jettoit
un feu ſi ébloüiſſant, qu'on
avoit peine à en foûtenir
l'éclat. Les Cafcades de la
• Fontaine paroiffoient autra-
9
vers duTabernacle , & rien
n'eſtoſt plus agreable à la
veuë que cette Eau & les
Pierreries que les lumieres
faisoient briller. Il y avoit
de grands Guéridons , avec
de grandes Torcheres aux
10 MERCVRE
deux coftez de l'Autel, ainſi
que ſur les extrémitez des
marches de l'Eſcalier. La
Muſique de la Chapelle du
Roy eſtoit placée ſur le
haut. Il feroit fort malaiſe
de trouver un lieu plus avan
tageux pour l'Harmonie.
Auffi les Inftrumens & les
Voix y furent- ils entendus
avec grand plaifir. Il n'y
eur aucun deſordre, & tout
parut ce jour-là digne de la
Cour d'un Roy Tres- Chreftien.
La Proceffion eſtant
fortie du Chafteau, paſſa devant
les ſuperbes Ecuries de
GALANT. 11
Sa Majesté, qui estoient ten
es duesjuſques à la Ville neuve
4 de riches Tapifferies. Ce
Prince la remena juſques à
l'Eglife , ayant eu la teſte
nuë pendant trois heures,
ſans s'eſtre meſme ſervy de
- Parafol contre l'ardeur du
• Soleil. Il entendit laGrand
Meſſe à la Paroiffe, où tous
les ſoirs de l'Octave il eſt
venu au Salut.
Le 15. de l'autre mois,
Feſte de l'Aſcenſion , onvit
à Veniſe le grand & ordinaire
concours que le Pardon
de S. Marc yattire tous
12 MERCVRE
les ans. Il ſe tient une Foire
fort celebre dans la Place
pendant ce temps- là. Elle
dure quinze jours , & les
Maſques y viennent avec
affluence. La principaleCérémonie
du jour de l'Afcenfion
, eſt que le Doge , avec
le Sénat&les Ambaſſadeurs
qui ſe trouvent à Venife,
monte fur le Bucentaure...
C'eſt un grand Vaiſſeau
doré , qui va à Voiles & à
Rames , & où les Rameurs
font à couvert ſous le Pont,
Il a quarante-deux Bancs,
&eſt long de foixante- quatre
GALANT. 13
pas , & large de ſeize. Ce
grand Vaiſſeau eſt ſuivy de
pluſieurs Barques & Gondoles
juſques à S. Nicolas
5 de Lido , où le Doge va
époufer la Mer, en memoire
- de la fameule Victoire que
-da République remporta en
1177. contre l'Empereur Fréderic
Barberouſſe, en faveur
du Pape Alexandre III. Je
vous ay marqué dans une
autre Lettre les paroles qu'il
prononce , lors qu'il y jetre
une Bague d'or, qui eft environ
de la valeur de qua.
rante francs. La Ceremo14
MERCVRE
1
nie eftant achevée , il re
tourne àS. Marc, & fait un
tres-grand Feſtin dans ſon
Palais pour les Ambaffadeurs
& les Nobles , qui y
ſont traitez en Chair & Poifſon.
Apres le Dîné , on va
au Cours au Mouran. C'eſt
quelque choſede fort agreable
à voir que la quantité de
Gondoles remplies d'Etrangers
qui s'y rencontrent.
Mouran eſt le Lieu où ſe
font les Glaces qu'on va
chercher à Veniſe de toute
l'Europe. M. le Duc de
Mantouë s'eſt trouvé pré
GALANT. 15
fent la derniere fois à cette
Ceremonie , à laquelle Mi
on de Varangeville Ambaſſai
4. deur de France aſſiſta avec
Madame l'Ambaſſadrice ſa
f Femme. M. le Marquis de
1 la Torre , Ambaſſadeur de
l'Empereur , y accompagná
auffi le Doge, qui au retour
les régala tous avec beaucoup
de magnificence. Ily
avoit unEturgeongroscome
me la cuiſſe. Plus de cent
Perſonnes furent duRepas,
qui dura plus de trois heures.
On le fit à dix Services.
Les Domeſtiques desAm
16 MERCVRE
:
baſſadeurs, &quantitéd'autres
Etrangers, furent régalez
dans le meſme temps.
Les Cerémonies publiques
dont je viens de vous
parler, me font ſouvenir de
celles qui ont eſté faites à
Vendoſme pour obtenir de
la pluye. Une ſechereſſe extraordinaire
de plus de deux
mois , ayant donné lieu de
craindre pour tous les Biens
de la terre , on eut recours
aux prieres , & le moyen le
-plus infaillible qu'on trouva
pour mériter qu'elles fufſſent
exaucées, ce fut de faire porGALANT.
17
a-
1-
IS
Le
e
X
e
S
S
ser proceffionnellement la
Sainte Larme que le Sauveur
du monde répandit fur le
Lazare. Cette préticufe Relique
eft gardée avec grand
foin dans l'Abbaye des Religieux
Benedictins de la
Trinité de Vendofme , où
elle fut apportée l'an 1042.
par ſon Fondateur Geoffroy
Martel , Comte d'Anjou &
du Vendômois . C'eftoit un
Préſent que luy avoit fait
Michel Paphlagon Empereur
de Conftantinople, en
reconnoiffance du secours
qu'il avoit donné à Catalus
Juin 1681 . B
18 MERCVRE
fon. Gouverneur en Sicile,,
dans la défaite qu'ily fit des
Sarraſins , qui eſtant fortis
d'Afrique en grand nombre
, s'eſtoient rendus maî
tres de toute l'Iſle. Les mi
racles continuels qu'elle fair
en foulageant ceux qui ſont
en péril de perdre la veuë,
làmettentdansune extréme
veneration. Auffs obſerve
t- on beaucoup de formali.
tez quand on la porte dans
une Proceffion genérale, ce
qui ne ſe fait jamais qu'en
de tres - preſſantes neceffi
rez . La menace d'une fort
&
GALANT 19
S
S
+
grande diſete ayant étonné
tout la Pais , les Magiftrats
& les Echevins s'aſſemblerent
en la Maiſon de Ville
de Mercredy 27. de l'autre
mois , d'où s'eſtant rendus
en CorpspaylAbbaye , ils
expolerent au Supérieur les
voeux empreffez que fail
foientlesPeuples. Ce qu'ils
demandoient leur fut ac
cordéng Onoréſolut de faire
une Proceffion par toute la
Ville, dans laquelle la Sainte
Larme feroit portée avec les
cérémonies & précautions
accoutumées pour fanfeu-
Bij
20 MERCVRE
;
reté; & le Dimanche ſui
vant , Feſte de la Trinité,
ayant efté choiſy pour cela,
les Religieux jeûnerent au
pain & à l'eau juſques à ce
jour , pendant que M. de
Remilly Bailly du Vendô
mois, & Maire perpétuel de
la Ville , donna tous les ordres
neceffaires pour cette
Solemnité. Il mandales
Curez de quatre-vingts ſeize
Paroiffes de la Campagne,
fit avertir les Compagnies
des Corps de la Ville
poſales Bourgeois à prendre
les armes, & n'oublia rien
difGALANT.
21
de ce qui pouvoit contribuer
à la pompe de la Feſte.
Le jour en eſtant venu , on
fit batre le Tambour , au
e bruit duquel chacun ſe renedit
ſous fon Drapeau. La
- Proceſſion ſortit dans cet
ordre. <
Toutes les Banieres des
Paroiſſes, tant de la Campagne
que de la Ville, marchoient
à la tefte chacune à
la file, au milieu d'une double
haye de Bourgeois ran
gez ſous les armes. Les
Croix ſuiyoient de la meſme
forte, puis les Capucins &
22 MERCVRE
fes Cordeliers en deux rangs.
Apres eux paroiſſoient tous
les Curez reveftus de Cha
pes, ainſi que foixante Religieux
de l'Ordre de S. Be
noiſt , qur formoient deux
lignes. Le Prieur tenant la
Sainte Relique , marchoit
fous un Dais de Velours cra
moiſy en broderie d'or ,
porté par les Echevins de la
Ville. Ils eftoient précedez
depluſieurs jeunes Enfans
veſtus en Anges, qui jer
toient des Fleurs dans les
Rues qu'on avoit ornées de
Tapifferies.De chaque côté
GALANT. 23
du Dais eftoient huit Bour
ous geois proprement veſtus,
ayant chacun une Pertui
fane. La Proceffion finif
foit par les Magiſtrats de la
us Ville, les Officiers desGrandss
Jours, & ceux de l'Election,,
avec leurs Habits de ceré
monie. La Milice Bour
geoiſe qui les ſuivoit, faiſoit
I des décharges àtous les Ree
pofoirs qu'on avoit dreſſez
en beaucoupd'endroits, afin
d'y poſer la Sainte Larme,
C'eſtoit là que la Muſique
e chantoit de fort beauxMo
tets,& que les Harpes, les
24 MERCVRE
1
Luths , & les Violons , faifoient
un agreable concert
avec les Hautbois & les Mufetes.
Au retour on chanta
le Te Deum dans l'Egliſe de
la Trinité , qui eſt une des
plus belles Egliſes de France.
Ce que vous admirerez, c'eſt
que le temps ayant paru fort
ferein juſques à huit heures
du matin , une pluye douce
tomba dans l'inſtant que la
Proceffion commençoit fa
marche,&continua jusqu'au
lendemain. Les Procés ver.
baux que l'on conferve de
toutes les autresde cette na-
1 ture,
GALANT. 25
ل
e
Sa
rure, juſtifient que cet effer
n'a jamais manqué. Ily a
douze ans qu'on fit la derniere.
Nous avons appris icy
que Madame la Marquiſe
de Puiſieux, âgée ſeulement
de 32. à 33. ans, mourut àHuninghen
le 24. du dernier
Mois , d'une hydropifie qui
luy a caulé de longuesfoufrances
, pendant lesquelles
elle a donné de continuelles
marques d'une ſolide vertu,
& d'une réſignation veritablement
chreſtienne. Elle
eſtoit reſtée Fille unique de
Juin1681. C
26 MERCVRE
feu Meſſire Joachim de Go
det de Renneville , Seigneur
de Renneville , Champoulain,
de Marc , de S. Mars,
Vicomte de Gueux enChampagne,
GentilhommeOrdi
naire de la Chambre du
Roy, Mestre de Camp d'un
Legiment de Cavalerie,Maréchal
de ſes Camps & Armées
, puis LieutenantGeneral,
mort à l'âge de trenteneuf
ans de la bleſſure qu'il
reçeut à la Bataille de Saint
Antoine le 30. Novembre
1652. La Maiſon de Godet
de Renneville eſt tres-an-
1
!
i
GALANT. 27
r
cienne pour la Nobleſſe, al
liée de celles de Mailly , de
Bourbers, de Miremont- de-
Berrieux , de Beauveau-de-
Roucy , & de Clermontd'Amboife
, & originaire de
Berry, où elle s'eſt ſignalée
par ſa pieté ; ce que fait connoiſtre
laFondation du ConventdesAuguſtins
de Blanc,
faite par Pierre de Godet,
Chevalier, Seigneur de Baugé
en 1380.
Cette Maiſon s'établit en
Champagne en 1470. par
deux Freres à qui le party
des Armes dóna les moyens
Cij
28 MERCVRE
de ſe ſignaler , & qui s'ar
rreeſſtteerreenntt ddaannss cette Province
par les acquiſitions
des Terres qu'ils y avoient
faites. L'un s'appelloit Guillaume
deGodet, Chevalier,
Seigneur de S. Hilaire , de
Moivre , de Scury , deCoupets
, Coupeville , & de Frefne
, cinquiéme Aycul paternel
de Madame la Marquiſe
de Puiſieux ; &l'autre,
Philbert de Godet , Chevalier,
Seigneur de Faremont,
de S. Martin , Domé , de
Marthée ,& du Petit-Ecury
en Champagne. Ils s'allie-
1
✔ GALANT. 29
-
a
-
rent avec les Maiſons de Fol
marié , & de Lambeſſon, des
plus illuſtres de cette Province.
Je ne dis rien des autres
Anceſtres de cette Marquiſe
, qui ont tous ſervy
dans nos Armées avec autant
de fidelité que de fuccés,
& entr'autres , Meffire Germain
de Godet de Renneville,
Chevalier, Seigneur de
Boncourt, de S. Remy, de
Verriere, de la Neuville, d'Ef
cury , Baron d'Elife , Gentilhomme
Ordinaire de la
Chambre du Roy,Capitaine
de cinquanteHommes d'ar
Ciij
30 MERCVRE
mes de ſes Ordonnances,
Gouverneur desVille & Châ
teau de Sainte Menchoud,
qui ſous le Regne de Henry
III. défit cinq milleHommes
des Troupes des Ennemis
devant ſa Place , avec toute
la valeur & la conduite que
peut donner un vray zele
accompagné d'une longue
expérience. Ileſtoit Grand-
Oncle de Madame la Marquiſe
de Puiſieux , qui eft
morte Femme de Meffire
Roger Brulart de Sillery,,
Chevalier, Marquis de Puifieux
, Maréchal des Camps
GALANT.
1
Y
S
t
S
e.
& Armées de Sa Majesté, &
Gouverneur des Ville &
Chaſteau deHuninghen,Fils
aîné de Meffire Loüis Brulart,
Chevalier , Marquis de
Sillery , & de Dame Iſabelle
de la Rochefoucaut , Tante
de François VIII. du nom,
Duc de la Rochefoucaut,
Prince de Marfillac, Pair, &
Grand-Véneur de France.
De Goder , porte pour
Armes, d'azur au Chevron
d'argent , accompagné de trois
Pommes de Pin d'or , deux en
chef, & une en pointe , &pour
fuports deuxGrifons d'or .
C iiij
32 MERCVRE
M. le Commandeur de
Valbelle, dont je vous appris
la mort il y a un mois , n'a
point eu la joye de voir M
le Marquis de Valbelle fon
Neveu , en poffeſſion de la
Charge de Conſeiller & Senechal
au Siege & Reffort de
la Ville de Marseille. Cette
Charge qui luy donne droit
de préſider à la teſte des Offi
ciers de ce Siege , le rend en
meſme temps Chefde la Nobleſſe
quand il s'agit de combatre
pour le Service du
Roy. Il y fut reçeu par le
Parlement de Provence le
1
GALANT. 33
S
- ſecond de May , & le 8. du
mefme Mois à huit heures
du matin , il ſe préſenta à la
Porte du Palais de Marſeille,
enManteau, l'Epée au coſté,
avec quantité de Gentilshommes
qui l'accompagnoient.
Deux Confeillers
de ce Siege, & un des Gens
duRoyqquuii ll''yy reçeurent, le
menerent à la Chambre du
Senéchal parmy une affluence
de monde accouru de
toutes parts. En ſuite l'Audience
ayant eſté ouverte,
on y fit lecture de fes Lettres
de Proviſion. Ce fut une
34 MERCVRE
ample matiere pourM. Cappus,
Avocat &Procureur du Procureur du
Roy dans ce meſme Siege,
qui apres avoir fait un tresbeau
Diſcours ſur les avantages
de la Maiſon de Valbelle
, & fur le mérite particulier
de celuy dont on
préſentoit les Lettres , en
demanda l'enregiſtrement.
Cela eftant fait,M. le Mar
quis de Valbelle entra dans
'Audience du Palais,accompagné
de deux Conſeillers.
Alors M. Bauſſet Lieutenant
General, le prit par la main,
& le mit à la premiere Place
GALANT. 35
du Tribunal,l'Epée au coſté,
comme je l'ay déja dit, & le
Chapeau fur la teſte. Auffitoſt
qu'il fut aſſis , l'Huiffier
appella cinq Cauſes , ſur lef
quelles les Officiers du Siege
ayant opiné avec M. de Valbelle
, M. de Bauſſet prononça
ſur toutes au nom de
ce nouveau Senéchal. II
monta de l'Audience à la
Chambre du Conſeil , où
chaque Officier du Corps
luy fit compliment en particulier.
M. le Marquis de
Valbelle eſtMeſtre de Camp
de Cavalerie , & Cornete des
36 MERCVRE
Chevaux- Legers de laGarde
de Sa Majefté.
Comme il n'eſt ny âge,
ny profeſſion qui ne permettent
la galanterie, quand elle
eft reglée ſur la bienféance,
un Abbé de Lyon , dont la
naiſſance égale l'efprit , &
qui s'eſt ſouvent acquis l'approbation
publique par des
Difcours remplis d'éloquence
, ayant fait préſent à une
Dame de fes Amies d'un
Baſſin de Fleurs, & de Fruits,
Paccompagna de ces Vers
Le tour fin & délicat qu'il
leur donne, vous eft connu
GALANT. 37
1
par d'autres Ouvrages que
vous avez veus de luy fous
le nom du Druyde Lyonnois.
Ce dernier n'eſt tombé
entre mes mains que par
un larcin qui a eſté fait à la
Dame.
525252-5222525225
SUR UN ENVOY DE
Fleurs&de Fruits.
A MADAME D. S.
P
Armille attraits charmans
qu'en vous Nature affemble,
Iris, vousfaites tous les jours ...
Naître mille petitsAmours,
Si mutins quelquefois , qu'ilsse
broüillent ensemble.
38 MERCVRE
Iln'est rien en cela de trop mysté
rieux,
La Diſcordeſouventse metparmy
lesDieux.
Maisvoicy choſe plus nouvelle..
Deux Déeffespourvousfont en forte
querelle,
Etchacunedansvostre coeur
Prétendàla place d'honneur.
Floreparsesodeursſevante devouz
plaire,
1
Pomone avecfes Fruits de flater
vostre gouft;
Toutes deuxsefont une affaire
Pour vous deſepouſſer à bout .
Pomone avec dédain dit l'autrejour
àFlore,
Vraymet j'en ſuis d'avis, Déeſſe
des Parfums,
Dont les appas ſont ſi communs,
GALANT. 39

n
Et qu'un peu d'ardeur évapore,
Qu'on vous laiſſe ufurper fur
moy le coeur d'Iris.
Surquoy fondez-vous l'eſpérance
Du deſſein que vous avez prise
L'éclat de voſtre teint n'a qu'un
peud'apparence,
Voſtre haleine au matin ſent un
peul'Ambregris ,
Vos regards ont quelques
A
foûrís;
Mais apres tout, quand on y
penfe,
De vos douces ſenteurs la plus
grande abondance
Eſt un régal à juſte prix.
Vos atours, vos préſens, toute
voſtre dépenſe,
Nemérite que du mépris,
A cesmots Flore impatiente,
40 MERCVRE
Nepouvantplusſoufrir ce discoure
orgueilleux,
D'un ton&fier&dédaigneux,
Dit àla Nymphe médiſante,
Il ſiedbien de vous voir Mere
descruditez,
Inſulter à mes qualitez.
Quel aveuglementvous pof
Tede,
Dem'ofter pres d'Iris le rang
que l'on me cede?
Pouvez-vous ſans mes ſoins
aſpirer àſon coeur?
Que feroient vos Fruits fans
laFleur?
Lors qu'Iris vous reçoit , me
blâmer de la forte,
C'eſt abuſer de ſes bontez .
Le plus grand titre qu'elle
porte,
Eſtd'eſtre la Fleurdes Beautez;
GALANT. 41
S
Mais remettons noſtre querelle
Autempsque nous ferons pres
d'elle.
De fon choix ſeulement dépend
noftre bonheur,
Et n'établiſſons rien fur le
fond du mérite
Pour la conqueſte de fon
cocur..
as
Ainsi l'Amant qui médite
De toucher une Beauté,
Avecjugement évite
Laplainte&la vanité,
Etjamais il ne profite
Queparsa fidelité.
Cependant, belle Iris , décidez de
la chose.
Eftes-vous pour la Pomme ? estes--
vous pour laRofe?
Juin 1681. D
42 MERCVRE
Si vousfecondez mes voeux,
Vousferezpourtoutes deux..
Au moins faites quelque careffe
Auxpetits Rejettons que ma main
vous adreſſe..
Allez, mes Fleurs ; allez, mes
Fruits,
Vous estes affezbien inftruits ..
Nefaites rienqui dégenere
De la bontéde vostre Pere.
Allez, mes Fruits ; allez, mes
Fleurs,
Pour cette belle Iris uniſſez voss
douceurs,
Et compofez une Ambrofie
Qui jamais ne la raſſafie..
Maisquand ellevous baifera,.
Voussentira, vous mangera,
N'ayez jamais la hardieffe
D'en vouloir àfon coeur, d'espérer
Sa tendreffe,
GALANT. 43
-
Defçay bien ce qu'elle enfera,
Lefidelle Acante l'aura.
هللا
L'Aſſemblée des Etats
d'Artois s'eſt tenuë à Arras
le 26. du Mois paffé. L'ou--
verture en fut faite par Mile
Duc d'Elbeuf, Pair de Fran--
ce , par M. le Prince d'EL
beuf ſon Fils , Gouverneurs
de cette Province ; par M
de Breteuil, Intendant'; par
M. le Comte de Nancré,
Gouverneur d'Arras ; & par
M.Scarron de Longue, Pré--
fident d'Artois, qui en font
les Commiſſaires de la part
du Roy. Apres que M. le
Dij
44 MERCVRE
Duc d'Elbeuf eut fait en
tendre les intentions de Sa
Majesté , M de Breteüil fit:
un Difcours fort éloquent
fur ce ſujet. M'l'Evefque de
Omer les remercia au
nom de l'Aſſemblée ; & les
pria d'aſſurer le Roy duzele
& de l'affection qu'ils au
roienttoûjours pour fon fervice
, & de leur entiere ſoû
miſſion à ſes volontez. Les
Etats parurentavec un éclat
qu'ils n'avoient point eu depuis
longtemps, Sa Majefté
ayant remis le Corps de la
Nobleſſe dans fon ancien
1
GALANT. 45
1
- ordre ( qu'une guerre pref
que continuelle de quarantecinq
années avoit fortalteré)
& choiſy parmy le grand
nombre de ceux qui s'ef
toient introduits pendant
ces temps - là , foixante. &
: dix Gentilshommes d'une
- Nobleſſe épurée , qui à l'a
-venir compoferont cette il
- luftre Corps. Je croirois n'a
voir ſatisfait voſtre curiofité
S
que tres- imparfaitement , fi
je n'ajoûtois icy leurs noms,
que j'ay mis par Familles
ſelon l'ordre de l'Alphabet.
46 MERCVRE
D'Affignies , Marquis d'AI
luagne..
D'Aſſignies -Dacquedorne,
Comte d'Oify.
D'Affignies, Baron de Bailleul.
De Bacquetiem Duliez, Sei
gneur deDrouvin.
De Beaufort , Seigneur de
Mondricourt.
20 De Belleforiere , Comte de
Belleforiere.
De Belvalet, SeigneurdeFas
mechon, Meſtre de Camp
duRegimentWallon d'Infanterie.
De Berghe- Nomain , Seis
GALANT. 47
,
1.
gneur d'Herfin- Coupigny..
De Bernage, Comte de Mau--
ve, Marquis de Vilers- Brulin,
Deputé de la Nobleſſe
d'Artois..
De Bernemicourt, Seigneur
de Foucquieres pres deBéthune..
De Bethencourt , Seigneur
d'Haplincourt.
De Béthune - Deſplanques,
Seigneur de Penin
- De Blondel,Baron de Quincy
, Seigneur de Boileux,
LieutenantGeneraldesAr
mées du Roy,&Mestrede
Camp d'un Regiment de
Cavalerie
48 MERCVRE
De Bonnieres , Comte de
Soüattre ..
De Bryas,Comte de Royon,
ey - devant Capitaine de
Cavalerie au ſervice du
Roy d'Eſpagne.
4
De Caravajal - Giron , Sei
gneur de Bugnies, cy-devant
Capitaine au. Regiment
d'Orleans.
Revi
De Carnin , Seigneur de
S. Leger, Capitaine de Cavalerie
reformé au Regiment
duRoy.
DuChatel, Comte de Blangerval
, Seigneur d'Annequin,
cy- devantGouverneur
GALANT. 49
neur d'Audenarde pour le
Roy d'Eſpagne.
De Comte , Seigneur de
Blengel.
De Coupigny , Comte de
Henu.
De Coupigny , Seigneur de
Foucquieres pres de Lens.
- De Coupigny, Seigneur de
Ligny&Delbarque.
De Créquy, Duc & Pair de
FranceSeis
France,Seigneur deFreffin,
Chevalier des Ordres du
Roy, Premier Gentilhome
de fa Chambre, Lieutenant
General de ſes Armées, &
Gouverneur d'Heſdin .
Juin 1681. E
MERCURE
Dec
DeCréquy, Marquis d'He
mont, cy-devant Capitaine
de Cavalerie au Regiment
de S.Germain-Beaupré.
De Créquy , Vicomte de
Langre, Seigneur de Marconelle
, Capitaine anRegiment
de la Couronne.
DeCrevant-Humieres,Mar.
quis de Humieres, Maréchal
de France , Gouverneur
General de Flandre.
De Croefer, Seigneur d'Audenthun
DeCroy, Baron deClarque,
cy-devant Capitaine d'Infanterie
au ſervice duRoy
d'Eſpagne.
GALANT5
De Croy , Comte de Solre,
mt Seigneur de Beaufort , cyen
devant Mestre de Camp
d'un Regiment d'Infantedrie
au ſervice du Roy d'Ef
alpagne.
De Croix, Comte deWacca,
Brigadier des Armées du
Roy , cy -devant Colonel
t du Regiment Royal Wa-
1. lon de Cavalerie.
De Cunchy-Trambloy, Sei
gneur de Floury.
De Dyon, Seigneur deVen
donne.
De Fienne, Vicomte de Fru
ges, cy-devantGouverneur
1
E ij
52 MERCVRE
&Grand Bailly de Bruge
pour le Roy d'Eſpagne.
De Fienne, Seigneur deBien
ques & d'Hupan , cydevant
Capitaine d'Infanterie
au ſervice duRoy d'Ef
pagne.
De Fienne-Regnauville, Seigneur
d'Heſtru, cy- devant
Député ordinaire de la Nobleſſe
d'Artois .
De Gand-&-Vilain , Prince
d'Iſenghien , Seign d'Ongnies,
cy-devant Capitaine
de Cavalerie au ſervice du
Roy d'Eſpagne.
DeGand-&-Vilain, Marquis
GALANT. 53
d'Hem , Seigneur de Suf
ſaint Leger.
De Ghifelin , Seigneur de
Loſenghien.
De Ghiſtelle , Marquis de
Croix.
De Ghiſtelle-Herny, Baron
d'Eſclimeux.
1 De Gomiecourt , Comte de
Gomiecourt , Seigneur de
Lignereul , Capitaine reformé
de Cavalerie au Regiment
de Lumbre.
De Hamel , Seigneur de
Bourez- Berlencourt.
De Harchies , Seigneur de
Plumoiſon , cy- devant Ca-
E iij
54 MERCVRE
pitaine au Regiment d'Artois..
De la Haye , Comte d'Heſecque,
cy- devant Député
ordinaire de la Nobleſſe
d'Artois.
D'Haynin - Wambrechies,
Seigneur de Hamelaincourt,
cy- devantCapitaine
de Cavalerie au ſervice du
Royd'Eſpagne.
D'Haynin,Seigneur deWaurans.
D'Henin-Lietard, Baron de
Foſſeux, Capitaine reforme
de Cavalerie au Regiment
de Bezons.
GALANT. 55
D'Houchin , Marquis de
:
Longattre, Seigneur d'Annefin
, cy-devant Député
ordinaire de la Nobleſſe
d'Artois ,& LieutenantColonel
du Regiment Royal
Walon de Cavalerie.
De Jauſſe , Comte de Maftain,
Seigneur de Mamez .
De Lens , Comte de Blandecque
, Baron d'Alenne,
cy-devant Capitaine d'Infanterie
au ſervice du Roy
d'Eſpagne.
De Lieres- Doftrel , Comte
de S. Venant , cy - devant
Gouverneur de S. Omer
E iiij .
56 MERCURE
pour le Roy d'Eſpagne , &
Député ordinaire de laNobleſſe
d'Artois.
De Lieres - Doſtrel , Baron
de Berneville.
De Longueval, Comte de
Buquoy, cy-devant Meſtre
de Camp d'un Regiment
de Cavalerie au ſervice du
Roy d'Eſpagne.
De Mailly- Douronel, Seigneur
de Velus.
De Maulde , Marquis de la
Buiffiere,
De Mamez , Seigneur de
Nielles .
;
De Melun, Prince d'Epinoy,
GALANT. 57
D
1
-
Seigneur de Caruin. Son
Pere eftoit Chevalier des
Ordres du Roy.
LeMerchier,Seigneur d'Hulux.
De Montmorency-Morbec
que, Prince de Robecque,
Seigneur de Berſée , cy-devant
Meſtre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie au
fervice du Roy d'Eſpagne.
De Montmorency, Seigneur
de Neufville- Vitaſſe , cydevant
Meſtre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie
au ſervice duRoy d'Ef
pagne.
58 MERCVRE
De Mont Saint Eloy , Sei
gneur deWendin.
De Noyelles , Marquis de
Lifbourg, Comte de Marles,
cy-devant Gouverneur
de la Motte au Bois pour
le Roy d'Eſpagne , &Député
ordinaire de ſa No
bleſſe d'Artois.
Doſtrel , Seigneur de Conchy.
De Servin , Seigneur d'Hericourt.
De Touſtain , Marquis de
Carency.
De Trayſignies , Vicomte
d'Armuiden , Seigneur de
GALANT. 59

Bomy, cy-devant Lieute--
nant Colonel d'un Regiment
de Cavalerie au fervice
du Roy d'Eſpagne.
De la Tramerie , Marquis
du Foreft.
De la Tramerie , Seigneur
de Givenchy, cy- devant
LieutenantdeCavalerie au
Regiment de Saluces.
DeTramecour, Seigneurde
Werchin .
De Vignacourt , Baron de
Pernes , Seigneur d'Hourithon
.
Un fi grand nombre de
Noms illuftres dans une
60 MERCVRE
feule Province, vous pourra
cauſer de l'étonnement ;
mais, Madame, vous ne devez
pas en eſtre ſurpriſe.
L'Artois a toûjours eſté une
Pepiniere de Nobleſſe , qui
en a fourny les Provinces
voiſines . L'on a renouvellé
cette année les Députez ordinaires.
Ce changement
ne ſe fait que tous les trois
ans. Le Clergé a nommé
M. l'Abbé de Dommartin;
la Nobleſſe , M. le Comte
de Belleforiere ; & le Tiers-
Etat a continué M. Paliſot
d'Incourt. On a renouvelé

GALANT. 61
5
dans le meſme temps les
Députez qu'on prépole pour
voir l'employ des Deniers
que l'on a levez fur la Province.
Chaque Corps en
nomme deux , & ce n'eſt
auſſi que tous les trois ans
qu'on les choiſit. Ceux du
Clergé ſont M. l'Abbé de
Marcüil,& M.de Wareſquiel
Chanoine de S.Omer. Ceux
de la Nobleſſe, M. le Comte
de Gomiecourt,&Mile Marquis
de Carency. Outre ces
Députez genéraux qui ne ſe
font que tous les trois ans,
l'on en choiſit encor trois
62 MERCVRE
d'année en année pour aller
enCour. LeClergé a nommé
pour celle- cy M. Chaſſe
Grand Prieur de S. Vaaſt;
la Nobleſſe , Mile Comte
de Mauve,qui fort de la Députation
ordinaire ; & le
Tiers-Etat, M. Taffin, Conſeiller
- Penſionnaire de la
Ville de S. Omer. Le choix
qui a eſté fait de ces divers
Députez , répond aux fouhaits
de tous ceux de la Province,
& c'eſt vous marquer
enpeu de mots tout ce qu'on
peut dire à leur avantage.
J'ay veu des Lettres qui
GALANT. 63
portent que le 18. de l'autre
- mois, M. Stradion Chanoine
Le du Chapitre de Mayence,
donnaune magnifiqueCollation
dans ſon Jardin , aux
e. Dames de la Cour de Hanover
, que l'envie de voir
. cette Capitale de l'Electeur
de ce nom , avoit amenées
des Bains de Wiſbaden avec
quelques Cavaliers. Madame
la Ducheſſe de Ha
nover , & la Princeſſe ſa
Fille , y estoient incognito.
Deux jours apres , l'une &
l'autre accompagna M. le
2
Duc de Hanover , qui vint
64 MERCURE
àMayence avec douze Car
roffes à fix Chevaux . MIElecteur
en ayant reçeu avis,
partit à dix heures du matin,
& alla au devant d'eux à
une demy-lieuë au dela du
Pont du Rhin, avec un Cortege
de ſeize Carroſſes, tous
auſſi à fix Chevaux. Si-toft
qu'ils ſe furent joints , le
Duc, la Ducheffe, & la Princeſſe
leur Fille , mirent pied
à terre, & apres les complimens
réciproques , monterent
avec l'Electeur dans
fon Carroffe. On entendit
dans le meſme temps lapreGALANT.
65
a miere Salve de tout le Ca-
I non de la Ville. La ſeconde
i fut tirée quand ils arriverent
# ſur le bord du Rhin ; & la
troifiéme, à leur entrée dans
la Ville , qu'ils traverſerent
au milieu de la Bourgeoifie,
& des Soldats en haye fous
les armes . M'l'Electeur con-
| duifit d'abord ſes illuftres
Hoftes dans l'Apartement
qu'on leur avoit préparé, &
Iles y ayant laiſſez juſqu'à ce
* qu'on eut ſervy, il les revint
prendre pour le Dîné qui les
artendoit. Il y eut vingtquatre
Perſonnes à table,,
Juin1681. F
66 MERCVRE
ſans aucunChanoine, parce
que le Grand Maréchal de
la Cour de Hanover vouloit
eſtre affis au deſſus du
Doyen , qui ne veut céder
le pas à aucun Comte. Ceux
qui prirent place , eſtoient
M. Fauger Envoyé de Fran-
се , Mile Comte de Holac,
& les Seigneurs & Dames
du Duc & de la Ducheſſe.
CeRégal fut de quatre Services
, chacun de quarante
Plats. La Muſique tant de
Voix que d'Inſtrumens , ne
ceſſa point pendant leDîné,
non plus que les Timbales
ةريم
GALANT. 67
art & les Trompetes, & on tira
trois coups de Canon à chaa
que ſanté qu'on but. Sur les
ſept heures du foir , Mile
ed Duc de Hanover, & les deux
* Princeſſes, prirent congé de
FElecteur de Mayence, qui
les remena juſqu'au bord du
Rhin , où ils entrerent dans
un grand Navire fort ajusté.
1 Ils deſcendirent juſqu'àBieberich,
monterent là enCarroffe
,& retournerent coucher
à Wiſbaden. Le lendemain
, ce Duc envoya plu
fieurs Préfens aux Officiers
de l'Electeur , fçavoir , un
Fij
68 MERCVRE
Cofret d'argent de treize
marcs, au Grand Maréchal;
un petit Cofret avec une
grande Coupe d'argent , au
Maréchal de la Cour ; deux
Coupes ou Taffes avecdeux
grands Gobelets, au Grand
Véneur
Véneur qui l'avoit ſervy à
table ; un grand Gobelet
avec une douzaine de petits,
àM. Bicken qui avoit ſervy
Madame la Ducheſſe ; deux
Chandeliers & deux Salie
res , à Mide Waeſberg qui
avoit ſervy Madame laPrinceffe
; un Baffin avec l'Eguiere
, à l'Ecuyer - TranGALANT.
69
a
1
3
chant ; & d'autres Préfens
en Richedalles , aux quatre
Offices, aux Muficiens, aux:
Valets-de- pied, aux Trabans
ou Hallebardiers , aux Gardes
, aux Canonniers , aux:
Fourriers , au Maiſtre d'Hô
tel, &c. Ainfi tout le monde:
eut partà ſes libéralitez.....
Il eft des Feſtes de toute
nature. Les unes fe font
avec beaucoup de magnificence
, & les autres n'ont
pour but que de réjoüir les
Spéctateurs par les grotef
ques Figuresqu'on y fait pa
Foître. Celle que font tous
ils
70 MERCURE
les ans les Arquebufiers de
Rheims , eft de ce genre.
Ils vont tirer un Oyſeau, ou
tous à l'envy font voir leur
adreſſe ; & le lendemain
ſe divertiſſentpubliquement
par quelque Marche plaifante,
qu'ils appellentFarce..
Voicy ce qui s'eſt paffé dans
la derniere. Elle fut faite le
3. de ce mois. UnTrompete
de la Ville faifoit à cheval
l'ouverture de eette Marche
Il eſtoit ſuivy de deux Conneſtables
de la Compagnie
des Arquebufiers , & ceuxcy,
de quatreHommes mon
GALANT. 71
tez ſur des Afnes , & veſtus
en Païfans. Apres cux venoient
dix ou douze des
meſmes Arquebufiers,ayant
des Pantalons de toile jaune
depuis les pieds juſques à la
teſte ,& des Couronnes de
-feüilles de Vigne. Les Cein
tures & Bandolieres qu'ils
portoient , eſtoient compofées
de ces meſmes feüilles.
Ils tenoient de gros Baftons;,
&dançoient devantunChar,
tout couvert auffi de feüilles
de Vigne , & attelé de fix
Boeufs. Un des plus gros
Hommes qu'on cuſt pu
72 MERCVRE
trouver, y repréſentoit Bac
chus.. Il tenoit d'une main
une Bouteille d'environ
douze Pintes de Vin , &
un grand Verrede l'autre.
Pluſieurs autres Pantalons
entouroient ce Char , ayant
chacun une Bouteille à la
main. En ſuite paroiſſoient
dix ou douze Hommes habillez
en Cuifiniers, portant
comme un Berceau de bois
peint de diférentes couleurs.
On y voyoit un grand feu
dans de longues Poëles de
fer, avec deux Broches tres
abódammentgarnies, qu'un
Tourne--
GALANT. 73
Tournebroche qu'ony avoit
appliqué faiſoit tourner lentement.
Pluſieurs Hommes
déguiſez en Patiffiers , portant
des Paſtez & de grands
Gaſteaux , ſuivoient cette
importante Machine. Leurs
Bandolieres eſtoient garnies
d'Echaudez , qu'ils diftribuoient
à leurs Amis. Ils
firent le tour de la Ville dans
ce plaiſant équipage , & terminerent
la Feſte par un
Repas , où la grande Bouteille
du gros Bacchus fut
ſouvent vuidée. 4
L'Hiſtoire des Fleurs vous
Juin1681. G
74 MERCVRE
eft connue. Les ſpirituelles
&galantes Lettres du Berger
Fleuriſte , vous ont appris
leurs amoureux démeſlez.
Si vous voulez en ſçavoir la
fuite , vous n'avez qu'à lire
ce qu'il adreſſe
A LA BELLE CLORIS
DES AMBARRIENS.
V
Ous me demandez , belle
Cloris , s'il n'y a rien de
nouveau dans les Avantures de
la Violete & du Muguet, dont
vous defirez d'estre éclaircie. It
m'estfacile de vous donnercette
GALANT. 75
re
fatisfaction . Ma curiosité a par
bonheur devancé la voſtre ,
j'ay ſçeu des Primeveres depuis
quatre jours, que le changement
de ces deux Fleurs est si grand,
qu'on n'y peut rien adjoûter; car
enfin elles ont passé d'une extrémité
à l'autre , & tourné leur
amour en haine.
Changement difficile à croire
Entre deux Fleurs de bonne
volonté,
Qui das l'amour mettent toute
leurgloire
Ettoute leur felicité.
Pourtant, belle Cloris, on conte
ainſi l'hiſtoire,
Et je me rends garand que c'ef
la verité.
76 MERCVRE
Les dernieres nouvelles de leu
Empire nous diſoient bien que
le Muguet avoit un grand
panchant à cette révolution de
paſſions , parce qu' apres nous
avoir appris qu'il avoit aimé
la Violete pour ſa beauté
poursa douceur, &cessé de l'ai
mer pourfa grande coquetterie,
elles nous apprenoient qu'il feignoit
de l'aimer encor par raifon
de politique, malgré l'averfion
qu'il avoitpour elle. Mais
le moyen qu'un coeur demeure
longtemps en cet état ?
Une feinte en amour est un trop
lourd fardeau.
1
1
GALANT. 77
e
-
On a beau faire , on a beau
dire.
L'Objet le plus doux, leplus
beau
Qui ſoit dans l'amoureux Empire,
S'il déplaiſt, devient un martire..
Voicy donc, belle Cloris , ce qui en
est arrivé, ſuivant le fidelle recit
des Primeveres . Apres que le
Muguet eut fait pendant quelques
mois l'expérience de cette
verité, l'ennuy & le chagrin
s'emparerent de ſon esprit , &
eſtant plus forts que la politique,
te dispoferent peu àpeu à s'affranchir
de la contrainte ou il
Giij
78 MEROVRE
vivoit , & à ne plus arvoir
d'affiduitez pour la Violete.
Plus je la vois ( dit- il ) plus j'en
ay de dégouft;
Car comme je me tais de fa co
quetterie,
La Friponne en triomphe , elle
yprend plus de gouft ,
Et croit quej'ignoreſa vie.
C'est trop diffimuler, c'eſt trop
de flaterie;
Aquoybon faire tant d'honneur
A ce qu'on trouve indigne de
ſon cooeur?
Ces raiſons le porterentàexecuter
le deffein de rupture ouwerte
qu'il avoit conceu. Ilse
retira volontairement dans une
GALANT. 79
0
Serre. Ily paffa l'Hyver, &
n'alla presque plus chez leViolier,
qui n'en fut pas trop fâché.
Il n'en fut pas de mesme de la
Violete. Sa Cour diminuoit
d'un Galant. Elle s'enplaignit,
elle en gronda , mais on ne se
mit guére en peine de l'appaiser.
Des affaires importantes appellerentdans
laſuite le Violier au
grand Fardin de Flore. Ilfallut
s'éloigner. Il y alla, & ily est
encor. La negligence du Muguet
s'augmenta par cette abfence.
Il ne fortit plus de fa Serre,
Pas meſme au retour du Prin
temps.
80 MERCVRE
Fleur la plus fage de laTerre,
BelleImmortelle, dés ce temps
Vous avez quitté le Parterre,
Tout y ſouffroit de voſtre éloignement.
Dieux ! combien le Muguet en
verſa- t-il de larmes ?
Son unique foulagement
N'eſtoit que de penſer à vos
aimables charmes ,
Il y penſoit à tout moment .
Aucuns devoirs cependant n'eftoient
rendus defapart àlaViolete.
Ce procedé marquoit de
l'oubly , de l'indiférence , ou du
mépris. Elle en redoubla ſa colere
contre luy , & vint meſme
deux fois dans ſa Retraite pour
luy en faire des reproches, &
GALANT. 81
pour effayer de le ramenerà elle
par la forcede ſes attraits, qu'elte
mit tous en campagne , &par
le ſouvenir des douceurs qu'ils
avoient goûtées enſemble .
Qu'avez - vous, luy dit-elle, &
quel fâcheux ombrage
Vous a rendu d'une humeur fi
ſauvage
Avez -vous oublié les plaiſirs
innocens
Dont tantde fois l'amour a con.
tenté nos fens ?
Seriez-vous un ingrata un parjurea
unvolagea
Jeſuis das mon.Réduit en pleine
liberté,
Vous ſçavez quelle eft ma
bonté..
82 MERCURE
Faut- il vous dire davantage ?
Si vous n'en profitez,vous n'eſtes
guére lage.
LeMuguet luyfit desſoûmiffions
pourse défaire d'elle ; mais
comme il est trop sçavant dans
l'Art des Coquetes, pour ignorer
qu'elles veulent toûjours tout
gagner, &qu'elles ne veulent
jamais rien perdre, il n'attribua
les démarches de celle -là qua
cette raison generale & intereffée
, er ne luy tint guére de
compte de ſes pas ny deses remontrances.
Lors qu'on ſçait qu'une Belle
accorde des faveurs
GALANT. 83
Au premier des Amans qui luy
dit des douceurs ,
Leur attrait a peu de puiſſance,
S'il gagne les nouveaux venus,
Si- toſt qu'ils ſe ſont reconnus,
Adieu l'eſtime & la reconnoif
fance.
25
On ne veut en amour point de
communauté,
Le bonheur le plus grand y perd
ſaqualité,
Dés qu'on voit qu'il entre en
partage..
On veut en avoir ſeul toûjours
tout l'avantage;
Et fans ce glorieux & charmant
préciput,
Amour, faveurs , vous eſtes au
rebut..
84 MERCVRE
Comme le Muguet sçavoit
P'usage quela Violete faisoit des
fiennes , il ne fut point touché
de leur offre . Il l'alla pourtant
voir, mais il fit cette viſite avec
une autre Fleur. La Violete le
reçeut froidement fur cette circonstance
, &luy témoigna qu²-
elle n'estoit passaCattiissffaaiitteedde ce
devoir. Elle s'attendit donc à un
autre. Le temps luyfit voir que
ſon attente estoit vaine. Elle en
eut du dépit. La patience luy
échapa , la vangeance s'emparant
enfin de ſon ame , elle fe
déchaîna d'une telle maniere
contre le Muguet, que tout le
GALANT: 85
Parterre enfutfurpris &Scandalisé.
ODieux ! que ne peut point une
Fleur emportée?
Feu, flame, foudre, & traits de
cruauté,
Sortent de ſon ame irritée.
Elle invente, elle impoſe avec
temérité,
Et choque en tout la verité.
N'en doutons point, il faut que
la Coquetterie,
Soit Fille du Menfonge& de
l'Effronterie.
L'Iris , ancienne Amie duMu
guet, l'avertit des discours ou
trageans que la Violete tenoit
de luy. Il en écouta le raport
avec étonnement, mais auſſiavec
86 MERCURE
modération . Elleen colere,
dit-il , il faut l'excuſer, & ne
la pas croire. Ce peu de mots
futtoutefa défense. Iln'yarien
adjoûté jusqu'à ce jour, par le
respectqu'il doit au Sexe de cette
Fleur, &par la conſidération
des premieres bontez qu'elle a
•uës pour luy. Toutle Parterre
l'a loüé de cette conduite peu or
dinaire, a blamé celle de laViolete
, a declaré qu'une tendreſſe
&des faveurs qu'on ac
corde à tout venant, méritoient
d'estre payées de mépris . Voila,
belle Cloris, ce que j'ay ſçeu des
Primeveres , & ce que vous
GALANT. 87
avez defiré d'apprendre de moy.
Ainſi vous voyez le Muguet
Epuré de l'amour coquet,
Ne penſant plus à la Coquere,
Ou n'y penfant qu'avec dédain;
Mais come ſans amour ſon ame
s'inquiete,
Et que contre ce Dieu le plus
fier s'arme en vain,
Permettez - luy d'aimer, renon
çant à toute autre,
Les Fleurs d'un teint comme
le voſtre,
Ou de mourir fur voſtre ſein.
52
Vous ymettez ſouvent laVio
lete,
Epargnez - luy des ſentimens
jaloux.
88 MERCVRE
Belle Cloris, je ſuis fon Interprete.
Je ſçay que tout ce qu'il fou.
haite,
J'en jure par vos yeux auſſi brillans
quedoux,
Eſt de vivre ou mourir pour
vous.
C'est auffi , Madame , laplus
fortepaſſion de vostre, &c.
Les Vers qui ſuivent ont
eſté notez par M. de Pulvigny.
Un Amant s'y plaint.
Vous n'en ferez pas ſurpriſe.'
C'eſt le langage ordinaire
detous ceux qui aiment. les
vers font dem'de Roque-
;
brune.
2
89
U..
vouwref=fit
daaifon
reux..
loux,
ru elle le
vend
toute
rigueurs et
OUX.
lea mesme
Coit fait
lesti nee faut
vous
ait quepour voailles
Chấ
88
Belle
Pr
Je fo
ht
J'en ju
lar
Eſtd
A
C'eft=
forte pa
Les
efté ne
gny.E
Vous r
C'eſt
detous
vers
brun
GALANT. 89
AIR NOUVEAU..
Etits Oyſeaux de la
nouvelle,
Saiſon
Ilvoussuffit d'estre amoureux..
Vousne vedoutezpoint nyJaloux,
ny Cruelle,
Le retour du Printempsyous rend
toûjours heureux.
JeSoufre , helas , pendant toute
1
l'année
Et les rigueurs, &lesFaloux.
Pourquoy n'avons-nouspas la mesme
destinée?
Faut-ilque le Printemps nesoitfait
quepourvous?
Ma derniere Lettre vous
a appris que M. de Noailles
Evefque & Comte de Cha
Juin1681. H
१० MERCVRE
lons , avoit pris ſéance au
• Parlement comme Pair de
France. Le Lundy 19. de
May, ce digne Prélat partit
de Paris , & eſtant arrivé le
20. à Eſtoges, premierBourg
de fon Dioceſe , il defcendit
au Chaſteau , où il fut traité
magnifiquement par M. le
Comte & Madame la Comteſſe
d'Eftoges. Il y trouva
M. l'Abbé Cuiſotte, Archidiacre
de Vertus , Syndic &
Chanoine de la Cathédrale,
accompagné des Curez des
environs , qui le harangua;
ce que firent apres luy , au
GALANT. 91
ar
هه
ni
a
-h
nom de la Ville, M. du Sorton
Tréſorier de France , &
M. Bauger Conſeiller au
Préfidial, députez par le
Confeil. Ce ſont des Perfonnes
d'un mérite ſingulier,
qui remplirent cet em--
ploy avecbeaucoup de fuccés.
M. de Châlons s'avança
le 21. juſques à Athy , où il
eſtoit attendu dans le Châ
teau par M. Lallemant de
Leſtrée, Seigneur de ce Lieu,
Grand-Maiſtre des Eaux &
Foreſts de France au Département
d'Orleans , & Lieutenant
de Ville de Châlons.
1
Hij
92 MERCVRE
Ce fut là que les premiers
Complimens luy furentfaits
de la part du Chapitre de la
Cathédrale. Le lendemain
22. il partit d'Athy , diſtant
de Châlons de quatre lieuës .
Apeine eut- il marché un
quart-d'heure , qu'il apperçeut
deux cens Hommes,
tous de bonne mine, & tres
bien montez , qui environ
nant fon Carroſſe , luy témoignerent
par la bouche
de M. Truc de S. Feurjeux,,
Lieutenant General Crimi
nel , & Conſeiller de Ville,
leur Commandant, l'impa
GALANT. 93
Te tience où chacun eſtoit de
Ea fon arrivée. Le Diſcours &
e
هب
na
ue
a
la Réponſe furent tres-dignes
de ceux qui les firent.
Al'entrée du premier Eauxbourg
de Châlons, deux Bataillons
d'Infanterie, chacun
de mille Hommes, détachez
16 fous vingt Capitaines de
Quartier , & commandez
par M. Deû, Conſeiller au
ttứ Préſidial & au Conſeil de
et Ville , reçeurent ce Prélat ſi
ſouhaité. On fit les Salves
es
IX
accoûtumées, apres leſquel
les on s'avança juſques au
fecond Fauxbourg , toute la
94 MERCVRE
A
Cavalerie & Infanterie ſe
tenanttoûjours dans un tresbon
ordre. Tout le Clergé
qui fortit en Chapes hors les
Portes de Châlons, vintdans
le meſme Fauxbourg juſques
à l'Egliſe de S. Sulpice , où
ce Prélat s'alla reveſtir de
ſes Habits Pontificaux; apres
quoy il entra proceffionnellement
dans laVille au bruit
des Cloches , du Canon, des
Trompetes, des Tambours,
& des acclamations de tout
un grand Peuple. S'eftant
rendu à la Porte de la Cathédrale
dans le meſme orGALANT.
95
er
S
dre que je viens de vous
marquer , il y fut harangué
en Latin par M. de Bar,
Doyen du Chapitre. Il entra
en ſuite dans l'Eglife, qui
eſtoit tres-bien parée. La
Muſique y chanta le Te
Deum, apres qu'il l'eut enpt
tonné. Ces Ceremonies ef-
:
لا
00
1
rant achevées , il quitta ſes
Habits Pontificaux , & fut
dconduit au Palais Epifcopal.
Il y en a peu en France
d'auſſi étendus pour le logement.
Vous en ſerez convaincuë
, quand je vous diray
que le Roy , la Reyne,
96 MERCURE
Monſeigneur le Dauphin,
& Madame la Dauphine,
y avoient chacun de tres.
grands Apartemens , qu'ils
occuperent trois jours, dans
l'occaſion du Mariage, fans
parler des autres Lieux deftinez
pour les Offices. Le
meſme jour , le Préfidial.en
Corps , & toutes les- Compagnies
, le complimenterent
dans ſon Palais ; & le
lendemain , le Conſeil aufli
enCorps, luy vint préſenter,
fuivant l'ancien uſage , un
fort beau Calice de vermeil
doré,enrichy de Figures hiſ
toriques
GALANT: 97
F
1
toriques d'un admirable travail.
En ſuite tous les Bourgeois
s'abandonnerent à la
joye qu'ils reſſentoient de ſe
voir ſous la conduite d'un
Eveſque que ſa pieté & ſes
grandes qualitez ne rendent
pas moins illuſtre que l'éclatde
ſa naiſſance . Le 25. jour
de la Pentecoſte , qui eſt la
Feſte de la Ville , ce Prélat
officia. Vous pouvez juger
du nombre infiny de Peuple
de l'un &de l'autre Sexe, qui
ſe trouva dans la Cathédrale.
Les Solemnitez qu'on fait
ce jour-là font affez particu,
Juin 1681. I
98 MERCVRE
dieres . Apres que les Vef
pres ont eſté chantées , on
defcend pluſieurs Chaſſes
où font les Reliques des
Evesques de Châlons que
Yon á canoniſez , & on les
canonitez ,
expoſe au milieu du Choeur
juſqu'au lendemain Lundy
qu'elles font portées par
toute la Ville dans une Proceffion
generale Tous les
Ordres des Religieux , qui
font en grand nombre, fe
trouvent à cette Proceffion.
Elle part à huit heures du
matin , & va dans tous les
Convents prendre les Char
?
GALANT 99
روا
V ſes qu'on a auſſi deſcendues
le jour précedent. Celle où
aff eſt le Corps de S. Memie,
premier Evefque &Apoftre
deChâlons, eſtprécedée de
ni toutes les autres. La Procef-
Pr
e ſion ayant fait un fortgrand
an tour , on les apporte dans la
Cathédrale , où elles font
miſes ſur des Tréteaux élevez
de ſept ou huic pieds,
en forte qu'on puiſſe paſſer
deffous. On les y laiſſe expoſées
depuis midy que la
Proceffion rentre , juſqu'au
그이
Mendemain Mardy. Le ſoir
du Lundy , on allume une
I ij
100 MERCVRE
fort grande quantité de
Cierges, & apres le Te Deum
folemnellement chanté par
la Muſique , on laiſſe pluſieurs
Religieux à la garde
des Reliques , qui attirent
toute la nuit une affluence
de monde incroyable. Le
lendemain, on fait une ſeconde
Proceſſion dans le
meſme ordre. M. du Confeil
aſſiſtent en Corps à l'une
&à l'autre , & font ſuivis de
pluſieurs Archers , qui empeſchent,
la confufion que
pourroit caufer la foule. Je
ne vous dis rien des ſuper-
1
GALANT. 101
F
D
e
16
bes Repoſoirs qu'on fait en
( beaucoup de Lieux , pour y
poſer les Saintes Reliques.
Les Chaſſes qu'on a priſes
dans les Convents , y ayant
eſté remiſes , on rapporte
celles de la Cathédrale , qui
font de vermeil doré, & auſſi
bien travaillées qu'on en
{ voye en aucun Lieu . M. de
| Noailles ayant aſſiſté il y a
un mois à ces deux Procef
fions , fut cauſe que la foule
y redoubla , chacun eftant
accouru des environs pour
voir cet illuftre Eveſque. S'il
eſt magnifiquement logé à
11
-30
t
I iij
102 MERCVRE
In Ville , il l'eft de meſme
dans ſa belle Maiſon de Sarry,
qui n'eſt qu'àune portée
deMouſquer de cette charmante
Promenade que tout
le monde admire pour fa
grandeur, & qu'on appelle
le Jard. Elle eſt dans une
fituation avantageuſe, bâtie
à l'antique , & entourée de
Foffez d'eau vive, auſſi-bien
que le Jardin, qui eſt extrémement
grand. Cette eaw
eſt un Bras de la Riviere de
Marne. $
Dans le meſme temps
qu'on fit à Châlons ces Sa
GALANT. 103
ar
01
a
de
e
S
lemnitez publiques, on vit
à Marseille une eſpecenda
prodige prodige que l'on auroit pei
ne à croire , ſi toute la Ville
n'en avoit eſté témoin. Un
jeune Ecclefiaftique nom
mé M. Eiguefier , y eftant
venu pour quelque affaire,
fut prié par fes Amis de leur
donner un Sermonde Mardy
des Feſtes de la Pentecofte
Ilmonta en Chaire dans l'E
glife des Jeſuites, apres avoir
demandé en y montant ,
qu'on luy marquaſt trois dit
férensTextes, avec un Sujet
pour les appliquer. Ce Paf
I iiij
104 MERCVRE
fage , Ponam calceamentum
meum inI-dumea, luy futdonné
par le Pere de Celieres,
dont tout le monde connoit
l'érudition ; cet autre, Domus
Erodij dux est eorum , parM
le Grand Vicaire ; ce troifiéme
, Eructavit cor meum
verbum bonum, par M. Baron
Capiſcol de la Cathédrale;
& l'Envie fut la matiere ſur
laquelle M. Malaval luy dit
de prêcher. Il le fit fur
l'heure avec un entier fuccés
, & accommoda ſi bie.n
ces trois Textes à ſon ſujet,
qu'il s'attira l'admiration de
GALANT. 105
tous ceux qui l'entendirent.
10
e
C'eſtoient la plupart Juges
fort intelligens.
C
' Avoüez , Madame , que
peu de Perſonnes ſe hazarderoient
à une entrepriſe de
UC
t
cette nature, &que pour ne
pas s'applaudir loy-mefme
quand on y a réüſſy , il faut
avoir une extréme modeſtie.
Celle de M. le Duc de S.Aignar
vous a privée d'une
lecture agreable, en luy faifant
ſuprimer quelques Vers
inpromptu fort galans , en
Réponſe à d'autres de Mile
e Marquis de Dangeau , tan
106 MERCURE
toſt ſur le ſujet du Ballet,
tantoſt ſur la Loterie duRoy.
La meſme choſe ſeroit arri
vée cette fois ſur le ſujet de
la Courſe de Bague & des
Teſtes , fi malgré le ſoin
qu'il a pris d'empefcher
qu'il n'en couruſt des Copies,
il n'eſtoit tombé entre
mes mains une Requeste
que ceDuc fit ſur le champ,
pour ſuplier Monſeigneur le le
Dauphin , qui l'avoit choiſy
pour estre de ſa Quadrille,
de le diſpenſer de cet honneur,
àcauſe du temps qu'il
avoit paſſe ſans faire cer
GALANT. 107
0
1
Exercice , au lieu duquel il
a eſté choiſy pour eftre Juge
adu Camp dans ces Courſes,
ce qui n'a pas empeſché que
I s'eſtant exercé en fon particulier
pour s'éprouver, il ne
l'ait fait avec ſon adreſſe or
dinaire. Voicy les Vers de
ſa Requeſte.
0
1
25252 52525252522
A MONSEIGNEUR
REQUESTE
Eft
C'est àvous,digne Fils duplus.
GrandRoy
Que touché d'une peine anulle autre
foconde
108 MERCVRE
D'un visage affez triſte, &d'un oeil.
abatu,
L'ose enfin m'adreſſer en ces Vers
impromptu.
De deux contraires maux, Seigneur,
jefinsl'atteinte,
Ie brûle de defir, &je tremble de
crainte,
Et cette incertitude où je me vois
plongé
Ne peutjamaisfinir qu'avec voſtre
congé.
L'honneur de vostre choix demande
un coeurfincere,
On compte aſſurémentfur ce qu'on
m'a veufaire.
Cen'estpas que toûjours une noble
vigueur
Nefoûtienne affez bien lafierté de
mon coeur.
Maisquoy ?pourray-je avoircette
infaillible adreſſe
<
GALANT. 109
:
Qu'un usagefréquent a mis en la
Jeunesse
Etpourray-je, Seigneur, avecsipew
de temps
Remettre en quinzejours un repos
dequinze ans?
En ces occafions quandj'ay cherché
la gloire,
Mon Bras s'eft honoréde plus d'une
victoires
Maissije nesuis pas cequ'autrefois
jefus,
Levous verray trompé, Scigneur,&
moy confus.
I'ay, fivous le voulez , une grande
refſource;
Vous pouvez me nommer pour Iuge
de la Course,
Pour Maréchal de Camp, pour ce
qu'il vousplaira,
Horsd'estre Combatant, tout Nom
me conviendra .
1
no MERCURE
Mais sije trouve en Vous un Prince
inexorable,
Etfije n'obtiens rien qui mefoit
favorable,
Outré de desespoir , je m'en vais
déclarer
Que ce n'estpoint au Prix queje
veux aspirers
Queje courrayfortmal, &queje
faismon compte,
Qu'on l'on cherche l'honneur , je
trouveray lahonte,
Que vous ferez par moyfoiblement
Secondé.
D'ailleurs, n'obtenantpoint ce que
j'ay demandé,
S'ilfaut absolument combatre, ou
vous déplaireй поваэта,
Vienne alorsfur mes Bras tout le
Partycontraire,
-1
AA
De la neceffitéjefais une vertu,
GALANT. III
Aucun neparoîtra qui nesoit abatu.
Oüy, le plus dagereux va connoître
àfahonte,
Que comme on ne voit rien que le
Roy nesurmonte,
Quandfon auguste Fils afait choix
d'un Guerriers
و ت
On le voit en tous licux couronné
de Laurier.
Il y a des actions qui ſeroient
d'un grand mérite, ſi
on les faiſoit dans la pureté
d'intention qui accompagne
ce qui part d'un bon principe.
C'eſt par ce defaur
d'intention bien reglée que
beaucoup de Gens ſe privent
de tout, ſans qu'il entre
112 MERCVRE
aucune ombre de vertu dans
ce qui les fait renoncer à la
vanité & aux plaiſirs . Vous
l'allez connoiſtre par ce que
j'ay à vous dire. Un Provincial,
à qui fon Pere avoit
laiſſé de grands Biens, vivoit
dans une reforme que les
plus zélez auroient peine à
fuivre . Il n'eſtoit d'aucun divertiſſement,
ne mangeoit
jamais avec perſonne, aimoit
la frugalité, jeûnoit une partie
de l'année, & dans l'horreur
qu'il avoit du luxe, il ſe
contentoit d'un Tour de Lit
à la Païſanne,& de quelques
GALANT. 11३3
2
Ja
C
D
T
t
0
Meubles proportionnez a
cette fimplicité. Comme il
avoit ſeulement le tres- neceffaire
, vous pouvez juger
qu'il euſt eſté un grand
Saint, s'il cuſt mené ce genre
de vie pour accommoder les
Pauvres de ſon ſuperflu. Ce
n'eſtoit pas là ce qui luy tou
choit le coeur. Un Cofre fort
dont il faifoit ſes delices,
l'occupoit entierement. Il les
viſitoit à toutes les heures,
& rien ne luy plaiſoit tant:
que de repaître ſes yeux de
la veuë de l'or qu'illuy don
noit en dépost. L'aviditéd'a
Juin 1681. K
/
114 MERCVRE
maſſer toûjours , le rendoic
inexorable. Fermages,Rentes
, fi-toſt que le terme ef.
roit écheu , l'Exploit eſtoid
ſeûr pour les Debiteurs, ſans
que les plus prompts à s'acquiter
ſe pûffent défendre
d'avoir un Procés, qu'ilalloir
poursuivre en quelque Lieu
que ce fuft, aves un art do
chicane qui n'eſtoit ſçeu que
de luy. Ily trouvoit d'autant
plus fon compte, que les def
pens qu'on taxoit à ſon pro
fit paſſoientde beaucoup les
frais du voyage. Le galant
Homme le faifoit toujours
GALANT. 11
pied, & s'il falloit dîner en
chemin , il portoit dequoy
téviter l'Hôtellerie. Ainſi les
moyés qu'il employoitpour
faire payer ſes Creanciers,
luy valoient autant que fon
Bien meſme, & il ne proſtoit
aucune fomme, qu'il ne fift
multiplier en forropeude
temps. Cependant la ten
tation le prit de fo mas
rier. Il découvrit une demy.
Demoiselle , d'âge tres- nubile,
qui outre l'argent com
prant, avoit l'eſpérance de
plufieurs Succeffions. 11 la
demanda , & fit conclure
Kij
P
116 MERCVRE
l'affaire avec d'autant moins
de peine , que ſon extréme
laideur & fa taille contrefaite
ne donnoient aucune
envie de courir ſur ſon marché.
Il toucha la ſomme qui
luy fut promiſe , & acheta
avec grand chagrin uneTa
piſſerie de Bergame , unLit
d'une fort vilaine Etofe de :
la Porte de Paris , deux Fauteüils
, & quatre Chaifes,
avec un Miroir , & une Table
ſans Guéridons . Le tout
eſtoit de revente , & fervit à
faire une Chambre de pa
rade pour y recevoir la fu
GALANT. 117
U
0
ture Epouſe. Comme il ſe
crût ruiné par cet achapt, il
ſe garda bien de faire un
Feſtin de Nôce. Les Parens
■ furent priez de fe trouver à
l'Egliſe, & la Ceremonie eftant
achevée , chacun retourna
chez ſoy. Il n'y eut
que le Beaupere & laBelle-
Mere que le Marié traita.
Vous pouvez croire que ce
fut à juſte prix. Ils ne pûrent
- s'empeſcher de luy faire ret
montrance ſur l'étroite épar
gne dont on l'accuſoit. Il ré
-pondit qu'on eftoit dans un
teps trop malheureux , pour
118 MERCURE
pouvoir faire des dépenſes
inutiles , & qu'un Homme
fage devoit ſe mettre en état
de n'avoir jamais beſoin de
perſonne. L'irréguliere ftru
Aure du Corps dela Mariée
n'empefcha point ſa fécon
dité, & en trois ansilfurPere
de deux Filles. La crainte
qu'il eut d'une nombreuſe
Famille qu'on ne peut en
tretenir ſans qu'il en couſte
beaucoup, luy donna bien
toſt la vertu de continence
Il fit le Devot, prêcha la
chaſteté à ſa Femme , & luy
conſeilla de l'imiter dans le
GALANT. 119
Π
deſſein qu'il prenoit d'expier
par là les pechez de ſa jeus
neffe. Soit qu'elle euſthonte
de luy marquer des neceffitez
qu'il ne ſentoit pas, ſoir
qu'elle euſt commis quel
que peché de penſée ( car
pour l'effet ſa déplaiſante
figure y avoit mis ordre , &
jamais perſonne ne s'eſtoit
aviſé de la tenter, ) elle cons
ſentit à vivre avec luy de la
maniere qu'il le ſouhaita!
Ainſi les deux Filles furent
le ſeul fruit de ſon Mariage:
L'aînée cut à peine atteint
quinze ans, qu'ayant trouvé
120 MERCURE
un Couvent où l'on promit
de la recevoir pour une ſomme
affez médiocre, il l'y fit
entrer ſans avoir ſçeu d'elle
à quoy ſa volonté la portoit.
Comme on l'avoit élevée
fans aucune connoiffance
des plaifirs du monde , l'amour
de la Guimpe la toucha
fi fort , qu'ayant pris
l'Habit quinze jours apres,
elle n'aſpira qu'à faire Profeffion.
Le temps en eſtant
venu, il ne reſtoit plus qu'à
compter l'argent , quand il
luy ſurvint une eſpece de
langueur, qui mit fon Pere
en
1
GALANT. 121
en de cruelles alarmes. Il
appréhenda qu'elle ne mouruſt,
non pas pour l'affliction
qu'il en auroit euë, ( de
pareilles pertes n'eſtoient
rien pour luy, ) mais il luy
fâchoit de payer mal-à-propos
; & dans cette crainte,
la Novice eut beau preſſer.
Deux mois ſe paſſerent fans
qu'il vouluſt prendre jour,
&il ne le prit que ſur un apparent
retour de ſanté qui
la fit croire tout-à-fait guérie.
Il eut grand regret à ouvrir
ſa Bource , & pour ſurcroift
de chagrin, la Religieuſe ne
Juin 1681. L
122 MERCVRE
veſcut que douze jours apres
avoir fait ſes Voeux. Ce fut
pour luy un ſujet de defefpoir
qu'on ne ſçauroit exprimer.
Il alla trouver l'Abbeſſe
, luy dit qu'on l'avoir
trompé ; que la Profeffion
de ſa Fille ne pouvoit eſtre
valable, ayant eſté faite dans
un temps où ſa maladie luy
troubloit l'eſprit ; qu'on luy
avoit déguisé le péril où elle
eſtoit pour attraper ſon argent
; que c'eſtoit un vol
qu'on luy failoit , & qu'à
moins qu'on ne luy reſtituaſt
ce qu'on ne pouvoit
GALANT. 123
- retenir ſans injustice,ladamnation
eſtoit infaillible pour
tout le Couvent. Peu s'en
fallut que fur ces raiſons
il ne fiſt Procés aux Religieuſes.
Pour ne plus courir
le meſme péril de perdre , il
réſolut de garder ſon autre
Fille , qui commençoit à
eſtre en état de luy épargner
l'entretien d'une Servante.
Beaucoup de Gens fonge.
rent à elle, parce qu'on ſçavoit
qu'elle auroit beaucoup
de Bien , mais il refuſa tous
les Partys qui ſe préſente
rent ; & comme il ne quita
Lij
124 MERCVRE
point l'habitude de plaider,
apres quantité d'affaires qui
par les deſpens gagnez l'indemniferent
au double de
la perte prétenduë que le
Couvent luy avoit fait faire,
il vint à Paris il y a deux
mois pour un reglement de
Juges qu'il eut à poursuivre.
Son premier foin fut de dé.
couvrir un Lieu où il puſt
manger quand & comme il
voudroit. Il s'y logea, & à la
maniere dont il eſtoit habillé,
il n'eut point de peine
à ſe faire prendre pour un
Misérable. Huit jours apres
GALANT. 125
i
il fut attaqué de fiévre. L'exacte
diete qu'il eſſaya, au-
| roit pû guérir tout autre,
mais il s'y eſtoit tellement
accoûtumé, que ce remede
luy fut inutile. Apres avoir
tâché quelque temps de
vaincre le mal par la fatigue,
il fut enfin obligé de garder
le Lit, & les accés de fa fiévre
eſtant devenus plus violens,
on luy fit venir un Apoticaire
Religieux qui ſçavoit
de grands Secrets , & qui
valoit mieux qu'unMedecin.
Ce qui luy plût davantage,
c'eſt que ſes viſites ne luy
Liij
126 MERCVRE
devoient rien coûter. Cet
Apoticaire Conventuel af
fura en le voyant , qu'il ne
vivroit pas encor deux jours.
On alla auffitoft chercher
un Preſtre. Il ſe confeſſa, &
quand il eut fait tous les devoirs
d'un Chreftien, on luy
demanda s'il n'avoit aucune
affaire qu'il vouluſt regler.
Il fit écrire quelque Inſtruction
pour trois ou quatre
Procés qui luy reſtoient à
faire vuider , & ſouhaita
qu'on le fiſt porter où ſes
Ancestres estoient enterrez .
Le Preſtre luy dit que la
E GALANT. 127
ansla
choſe eſtoit aiſée , qu'on
mettroit ſon corps en dépoſt
dans la Paroiffe,&qu'en
ſuite on pourroit le tranſporter
ſelon les ordres qu'il auroit
donnez. Il voulut ſçavoir
combien ce dépoſt luy
coûteroit. Les droits luy en
furent expliquez ; & comme
il trouva qu'il faiſoit trop
cher mourir à Paris , il fit
donner quelque choſe au
Preſtre, & pria fon Hôte de
luy faire accommoder quelqu'un
des Fourgons qui ce
jour-là meſme retournoient
en ſon Païs, l'aſſurant que le
Liiij
128 MERCVRE
grand air contribuëroit à fa
guériſon. L'Hôte qui craignoit
d'eſtre chargé de fon
corps, s'il mouroit chez luy,
alla promptement luy en
chercher un qui le vint prendre
deux heures apres . Jugez
de l'étonnement de ceux qui
aiderent à le tirer de ſon Lit,
quand le Conducteur de ce
Fourgon l'ayant reconnu,
dit tout haut que la voiture
n'eſtoit guére douce pour un
Homme riche de plus de
cent mille Ecus . Il marcha
le plus doucement qu'il luy
futpoffible,& eurfaitàpeine
GALANT. 129
la premiere licuë, que le Malade
ſe trouva réduit à l'exe
trémité. On le fit deſcendre
au premier Village, où il expira
le foir, apres avoir témoigné
qu'il mouroit content
, puis qu'il s'eſtoit tiré
( de Paris. Il eſt des Avares
I qui s'épargnent tout pendant
leurvie.mais il en
peuquiregretentladépenfe
qu'on doit faire apres leur
mort. Le cas eft fort fingulier.
On a trouvé cent foixante
& cinq mille livres
dans le Cofre fort qui a eſté
ouvert depuis peu avec les
eft
1 130 MERCVRE
formalitez requiſes. Joignez
à cela plus de fix mille livres
de rente en fond. La Demoiſelle
, que cette Succeffion
rend un Party tres-conſidérable,
aproche de vingtcinq
ans. Elle a du teint, la
taille afſez belle,& fi l'uſage
du monde luy manque,
ayant autant de Bien qu'elle
en a , force honneſtes Gens
brigueront l'employ de luy
donner des leçons. Pour la
Veuve , il y a grande apparence
que le Madrigal qui
fuit n'a pas eſté fait pour
elle.
GALANT. 131
- CONSOLATION
à une aimable Veuve.
J
,
Apprens quevostre Epoux est
mort,
LaMachinefans-doute a manqué
d'unReffort.
De grace, n'allez pas, Cloris, vour
mettre en teste,
Qu'enparlantde Machine, onparle
d'une Beste;
Quandon est vostre Epoux,&qu'on
meurt, on a tort.
Quoy qu'il enfait, le Défunt n'est
plusvoftre, 1
Etpour vous confoler , il en faut
prendre un autre.
Un galant Homme guéry
d'unmal d'yeux par une Eau
132 MERCVRE
que luy avoit envoyé une
belle Dame , luy fit ce Remercîment.
P
Dis que vostre Eau, Philis,
m'a r'ouvertlapaupiere,
Queje recouvre la lumiere
Parvosfoins obligeans & doux ,
Jene veux deſormais avoirdyeux
quepour vous.
Le 7. du dernier mois,
Mile Comte de Creange,
l'un des plus puiſſans Seigneurs
de la Lorraine Allemande
, abjura l'Heréſie de
Luther, dás l'occaſion d'une
maladie qui le mit en grand
péril. Sa converfion donne
GALANT. 133
d'autant plus de joye, qu'elle
entraînera celle de tout un
grand Peuple, les Sujets ſuivant
en ce Païs- là la Reli
gion de leurs Seigneurs .
Deux jours apres , M. de
StrefCapitaine deCavalerie,
Fils du Colonel de ce nom,
ſi fameux par ſes ſervices,
quitta la Prétenduë Refor.
mée, & en fit abjuration
entre les mains de M. de la
Feüillade Eveſque de Mets,
en préſence de Mide Cogné
Conſeiller du Parlement de
la meſme Ville , qui depuis
deux jours avoit eſté rece
134 MERCVRE
voir ſa Déclaration au Pont
à- Mouſſon . Cette Ceremo
nie ſe fit à Montigny lez
Mets, dans l'Egliſe des Religieuſes
Benedictines de ce
Lieu , dont l'Abbeſſe eſt de
l'ancienne Maiſon de M
Lallemant, ſi recommandable
dans la Robe, & fi connuë
à Paris.
Le 21. du meſme mois,
Mademoiselle d'Iloire, dun
Duché d'Aumale, Mere de
Mademoiselle de Montloüet
, qui demeure à Charenton
, abjura auſſi l'Heréſie
de Calvin dans l'Egliſe
GALANT. 135
de St Eustache , entre les
mains de M. Binard Docteur
en Theologie. Elle
avoit eſté quinze jours auparavant
chez M. Claude
Miniſtre , avec lequel elle
conféra pendant trois heu
res ſur pluſieurs difficultez,
dont Mademoiselle Loir qui
eſtoit préſente , l'avoit priée ,
de luy demander l'éclair.
ciſſement ; & ce Miniſtre
n'ayant pû y fatisfaire , elle
ne balança plus à prendre
party. Mademoiselle Loir
eſt une Perſonne d'eſprit,
dontM.Claude s'eſtoit ſervy
136 MERCVRE
autrefois pour empeſcher la
Converfion de ceux qu'il
voyoit douter, & entr'autres
de la Fille de M. Paneret
Marchand de Vin à Charenton,
avec laquelle, vaincuë
enfin par la force de la
Verité, elle abjura il y a environ
cinq ans , entre les
mains de M. l'Abbé Maillet.
(
Il s'eſt fait encor pluſieurs
Abjurations en diverſesVilles,
mais il en eſt peu d'auſſi
éclatantes que celle que M
l'Archeveſque de Rheims a
reçeuë ces derniers jours
GALANT. 137
dans la Capitale de ſon Dio
ceſe. M.Fremin de Marzilly,
Capitaine dans le Regiment
de Grancé , apres avoir étu.
dié depuis deux ans avec une
application extraordinaire,
les Veritez de la Religion
Catholique, en a eſté enfin
entierement convaincu par
les conférences qu'il a euës
à Rheims avec ce grand
Prélat,& le ſçavant M.Faure
fon Vicaire general. La Cerémonie
de ſa Reconciliation
ſe fit dans la Cathédrale
le Jeudy 12. de ce mois , en
préſence de tous les Corps,
Juin 1681. M
138 MERCVRE
& des Perſonnes les plus
qualifiées de la Ville. M
l'Archeveſque de Rheims,
qui pour la rendre plus édifiante
& plus folemnelle,
•voulut la faire luy-meſme,
la termina par un excellent
Diſcours, qui fit admirer le
zele qu'il a pour tout ce qui
touche les intereſts de l'Eglife.
Pour comble de joye
publique, on apprit ce mef
me jour que le Cadet de M
de Marzilly , connu fous le
nom de Sainte Fraiſe dans
le Regiment de Coningſ
mark , où il eſt Lieutenant
5
GALANT. 139
. d'une Compagnie , venoit
auſſi de faire abjuration à
Boulogne ; & ce qu'il y a
de ſurprenant, c'eſt que ces
deux font heureuſement
fortis dans le meſme
temps des voyes de l'erreur,
fans que l'un ſçeuſt rien du
deſſein de l'autre. Ils ont
encor leur Mere , & quatre
Soeurs auſſi ſpirituelles que
bien faites , & c'eſt là tout
ce qui reſte aujourd'huy à
Rheims de la Religion Prétenduë
Reformée ; de forte
que ſans compter les effets
que cegrand exemple don-
Mij
140 MERCVRE
ne ſujet d'eſpérer, cetteVille
peut dés-à-préſent ſe vanter
d'eſtre la plus Catholique de
tout le Royaume. Les belles
qualitez de M. de Marzilly
ont beaucoup contribué à
la joye que tous ceux qui le
connoiffent ont euë de ce
changement. Il eſt bien fait,
fpirituel , agreable , d'une
probité qui n'eſt pas commune,&
fçavant au dela de
ce qu'on croiroit d'un Hom
me âgé ſeulement de vingthuit
ans. Ainſi on peut dire
que c'eſtoit une conqueſte
digne du grand Prélat qui
GALANT. 141
I'a faite,& deuë aux Veritez
triomphantes de la Religion
Catholique.
Vous aurez appris par les
Nouvelles publiques , les
fruits merveilleux qu'on fait
tous lesjours dans le Poitou..
Les Miſſions que M. l'Eveſque
de Poitiers y a établies,
& les foins qu'il prend
de faire donner par tout
les Inſtructions dont on a
beſoin, ontunſuccés ſi avantageux
, que plus de douze
mille Perſonnes ſe ſont converties
depuis quatre mois..
L'aimable Inconnuë qui a
142 MERCURE
montré tant d'eſprit dans ſa
Lettre en Proverbes à M
Guyonnet de Vertron , s'eſt
fait un Adorateur, qui cherche
par moy à luy rendre
hommage. Je vous fais part
de la Déclaration d'amour
qu'il luy envoye. Il s'eft
fervy du meſme langage qui
luy a fait admirer la facilité
de ſon génie.
SS
GALANT. 143

2552255552 555552
A LA BELLE QUI A
écrit ſi ſpirituellement en
Proverbes..
ADEMOISELLE.
Je ne diray pasfivous l'eftes,
car je ne doute point que vous
10
ne la foyez , & mesme gros
comme le bras. Mademoiselle
donc, puis que Mademoiselleya.
Quoy que je n'aye pas esté à la
Place Maubert pour apprendre
àfaire des Complimens,je m'en
vay pourtant tâcher à me mettreſur
mon bien dire, pour vous
1
144 MERCVRE
en faire un bien tiſſu & bien
couſu, s'il eſt poſſible. Vous direz
peut-estre en le voyant, que
je fonds en raiſons comme un
Caillou au Soleil, que je suis un
babile Homme pourtournerquatre
Broches, que j'ay l'esprit fin
comme une Dague de plomb, que
jesuis un Animal indécrotable ,
enfin que je veuxfaire comme
les grands Chiens qui piſſent
contre les murs. Mais quand
vous diriez toutes ces chofes,
cela ne me déchireroit pas ma
Robe. C'est pourquoy vaille que
vaille , & vienne qui plante..
Ce font des Choux. Je feray
comme
ف
GALANT. 145
ne l'est un
comme dit l'autre, tout du mieux
que je pourray, (t) vous diray,
Sans chercher midy à quatorze
heures, que depuis que j'ay leu
voſtre Lettre, jeſuis plus amoureux
de vous que
Gueux defa Besace , que je me
mettrois en quatre , que je ferois
de lafausse Monnoye pour vous,
qu'enfin vous pouvezfaire de
moy comme desChoux de vostre
Jardin. Ob que le Décorum eft
bien gardé dans vostre Lettre !
Oüy, vous estes la crême des
beaux Esprits . Vous dites d'or.
Vous l'entendez , voſtre Pere
en vendoit , & l'on voit bien
Juin 1681 . N
146 MERCVRE
1
que vous avez préchéſept ans
pour un Caresme au Royaume
des Proverbes ; mais foin , le
Diable s'en mesle. F'avois toutà-
l'heure un bon motfur le bord
des levres , & je ne le sçaurois
dire. Cela s'appelle estre
entre deux Selles le culà terre.
N'importe, puis que ce mot s'en
est allé, je n'ay pas envie de
courir apres ; car auffi-bien, doit- il
estre déja loin, s'il court toûjours.
Pardonnez donc, Mademoiselle
cette petite incongruité. Souvenez-
vous qu'il n'y a fi bon
Chartierqui ne verſe , &qu'il
n'est point de plus empeſché que
GALANT. 147
celuy qui tient la queuë de la
Poëfle. Si ce compliment ne
vous semble pas bon, vousy
ferezunefauce. Si vous n'eſtes
pas contente , vous prendrez des
Cartes. Qui dit ce qu'il fçait,
donne ce qu'il a, n'est pas
obligé à davantage. Bon-jour,
Bon-foir, il n'est pas tard. Adieu
fans adieu, la journée n'
paffée. Jesuis, Mademoiselle,
voſtre tres - humble Serviteur,
quandvous ne le voudriezpas.
journée n'estpas
LE RAT DU PARNASSE,
du Cloiſtre S.Mederit.
Il eſt ſarvenu un Diférent
Nij
148 MERCVRE
dont la cauſe eſt fort plaifante.
Un vieux Garçon ef
tant mort depuis deux mois
dans une affez grande Ville,
on appoſa le Scellé chez luy,
en préſence de diférens Heritiers
qui partageoient fa
Succeffion. Une Dame qui
n'y avoit que la moindre
part, s'y trouva comme les
autres. Les Officiers de Juftice
eftant fortis, elle voulut
s'en aller , & chercha un
petit Chien qu'elle avoit
laiſſé courir. Le Chien ne
ſe trouva point. Elle viſita
toute la Maiſon , & l'entenGALANT.
149
1
dit enfin aboyer dans un
Cabinet où il s'eſtoit laiſſfé
enfermer. Malheureuſemét
le Scellé eſtoit à ce Cabinet.
Grand embarras pour la Dame.
Elle aimoit fon Chien,
&le vouloit remporter. Ses
aboyemens luy touchant le
coeur, elle alla trouver celuy
qui avoit mis le Scellé. Ildit
qu'il ne pouvoit rien ſans
ordre. La Dame inſiſta. Il
écrivit , dreſſa ſon Procés
verbal , le porta au Juge qui
donna fon Ordonnance, &
le petit Chien fut tiré de ſa
priſon. Tout cela ne pût ſe
Niij
INO MERCVRE
faire fans frais. La Dame en
offre ſa part , & c'eſt le ſujet
de la diſpure. Ses Coheritiers
foûtiennent qu'elle doit les
porter tous , & non la Succeffion
, ceux qui la partagent
n'ayant aucun intereſt
à ce qui s'eſt fait pour la liberté
du Chien.
Le 15. de ce mois, on expliqua
dans le College des
Jefuites de Paris , les Enigmes
que l'on avoit expoſées
publiquement depuis deux
jours, felon la coûtume de
ceCollege.
Le Tableau de Rhétori-
T
GALANT. 151
ee
0
que, peint par M.Hallé, repréſentoit
Mercure qui apportoit.
à Enée l'ordre de
quiter Carthage, & de s'embarquer
pour l'Italie. Apres
deux Sens diférens qui furent
donnez à cette Enigme
( ce qui arriva aufli pour
les deux autres ) M. de
Vermont , ſecond Fils de
M. Lambert de Torigny,
Préſident de la Chambre
des Comptes, fit connoiftre
à l'Affemblée que le veritable
eſtoit la Gazete. La maniere
noble & dégagée dont
il dit les chofes , luy attira
Niiij
152 MERCVRE
l'admiration generale. Son
Sens eftoit beau , grand , &
agreable.
M. Corneille avoit peint
le Tableau de la Seconde.
L'Hiftoire d'Efculape lors
qu'on l'apporta d'Epidaure
àRome ſous la forme d'un
Serpent,y estoit repréſentée.
Aupres du Serpent , paroiffoit
un Homme couché &
languiſſant, accompagné de
pluſieurs Figures. Apollon
brilloit dans une nuée. Le
Remede Anglois eſtoit levray
Mot de cette Enigme. M
l'Abbé le Tellier , & M. le
GALANT. 153
C
Commandeur de Louvoys
ſon Frere , l'expliquerent
avec une grace & une juf-
• reſſe qui ne laiſſoient rien à
defirer. Ils ont un air fin &
ſpirituel , qui fit fort goûter
tout ce qu'ils dirent. Leur
Sens,proportionné à leur caractere
, estoit d'une compoſition
pleine d'eſprit & tresdélicate.
Je croy,Madame,
que leur nom ſuffit pour
vous les faire connoiſtre, &
qu'il n'eſt pas besoin que
j'ajoûte qu'ils font tous deux
Fils de Mile Marquis de
Louvoys, Miniſtre & Secre154
MERCVRE
taire d'Etat, & Petits-Fils de
M. le Chancelier.
Le Tableau de laTroifié
me, peint par M. Sevin , repréſentoit
le petit Moiſe,
que deux Dames de la Suite
de la Fille de Pharaon ti
roient hors du Nil pour le
préſenter à la Princeſſe dont
Le Palais paroiſſoit dans le
Tableau . Cette Enigme fut
expliquée ſur l'Imprimerie
Royale , qui estoit ſon veri
table Sens, par M.de Bartillat,
Fils aîné de M.Jehannot
de Bartillat , Brigadier des
Armées du Roy, & Colonel
GALANT. 155
s d'un Regiment deCavalerie,
&Petit- Fils de M.de Bartil
lat, Garde du Tréſor Royal.
Un agrément qui luy eft
particulier , joint à une maniere
vive & naturelle de
dire les choſes, le fit écouter
avec beaucoup de plaifir.
Son Sens eſtoit remply d'é-
Fudition, d'applications heureuſes
, & de tres-belles remarques
Ces quatre Mef
fieurs font Penſionnaires du
College de Clermont , &
avoient propoſé ces trois
Tableaux, chacun pour leur
Claffe..
156 MERCVRÉ
Monfieur le Duc de Bourbon,
qui fait ſes Etudes dans
ce College , honora de fa
préſence la grande & illuſtre
Compagnie qu'attira cette
Action. Tous ceux qui parurent
fur le Theatre , prirent
occafion de leur Mot
pour faire compliment à ce
jeune Prince , qui dans un
âge peu avancé , fait déja
paroiſtre un eſpriz tres -penétrant
, un génie propre
aux plus grandes chofes , &
un mérite qui ne le diſtingue
pas moins que ſa haute
qualité.
GALANT. 157
30.
02
Le Pere René- Jean, Religieux
du Petit Convent des
Auguſtins, qui en prêchant
le dernier Careſme àLile,
avoit fait connoiſtre qu'il
eſtoit profond Theologien,
fit voir dans l'occaſion dont
je vous parle, que ſon talent
pour la Chaire ne l'empefchoit
pas de faire briller dans
des Actions moins férieuſes
le beau feu d'eſprit qui luy
eſt ſi naturel. Il expliqua ces
trois diférensTableaux, mais
d'une maniere qui ne laiſſa
point douter que le vraySens
de chacun ne luy fuſtconnu.
158 MERCVRE
LesVers François qu'il meſla
dans ſes Explications, ſatisfirent
fort toute l'Aſſemblée.
Il fit la premiere ſur le Compliment,
& adreſſa cesparoles
auRoy, qu'il trouvoit repréſenté
dans la perſonne d'Enée,
àquiMercure parloit.
Invincible LOVIS , en vain nostre
éloquence
S'efforce d'exprimernosjuſtesſentimens.
Lagrandeur de ton Nom, l'éclat de
ta puiſſance,
Surpaffent tous nos Complimens.
Ilfaudra deſormais , pourpublier ta
gloire,
Qu'unMeſſagerdes Dieux raconte
ton Histoire.
GALANT. 159
is
Il ajoûta ce Quatrain .
Tout le monde dira de moy,
Quej'ay fait ComplimentauRoy;
Mais on plaindramon avanture,
cethonneur en - D'avoir eu enSeulement
peinture.
L'Apollon qui paroiſſoit
au haut du ſecond Tableau,
luy donna occafion de l'expliquer
ſur ce Grand Mo-
- narque. Il prit le Malade
pour le Calviniſme agoniſant
ſous ſon Regne , & fit
une tres - juſte application
de chaque Figure, quoy que
plus moraleque phyſique.
Il expliqua la troifiéme
160 MERCURE
Enigme fur leJet d'eau, pre
nant la Fille de Pharaon pour
Thétis ; & les deux Dames
qui élevoient Moïfe , pour
l'Art & pour la Nature. Il
dit là-deſſus,
Ce quifait unfet d'eau,
N'estpas l'cau toute pure.
Il faut que l'Art s'uniſſe avecque
la Nature,
Pourfufpendre en l'air un Ruif-
Sean.
Les diférens Animaux que
le Peintre avoit fait paroiftre
dans le Tableau , luy firent
faire une fort agreable defcription
des diferentes FiGALANT.
161
gures qu'on fait former aux
Jets d'eau. Ces Vers y furent
meflez .
Lors que d'un bel objet l'Art veut
flaternossens,
Et donner à nos yeux des plaiſirs
innocens,
Ilforme dans le cours d'un Element
fluide
Lafigure d'un Corps ſolide.
On voit floter en l'air un Serpent,
un Oyseau,
Un Satyre, un Mouton, une Nape
un Rondd'eau .
Tantoſt dans le Baffin d'une claire
Fontaine,
Une Syrene tombe aupres d'une
Syrene,
Et l'on est étonné comment un
Animal
Juin1681
162 MERCVRE
Dans le Bronze ou le Plomb , en
forme un de Cristal.
Il dit ceux qui ſuivent, ſur
le Palais qui paroiſſoit dans
le Tableau.
Thétis ,pour l'ornement d'uneMaison
Royale,
Devant un Cabinet, ou devant une
Salle,
Pouffe d'un Jet impétueux
Une Ondequi charme lesyeux;
Et d'un fondinfertile, où l'ingrate
Nature
N'avoitjamais mis goute d'eau,
On entendfaillir un Ruiſſeau
Dont la chute&le cours caufent un
doux murmure ..
Si l'Eau charme tous les
GALANT. 163
jours la veuë par ſes Caſcades
, & par les autres embel
liſſemens qu'elle preſte aux
plus fuperbes Maiſons , elle
n'a jamais fervy à une plus
noble &plus utile Entrepriſer
qu'à celle du Canal de Lan--
guedoc, qui joint les deux
Mers , & fur lequel la premmiieerreeNNaavviiggaattiioonn
vient d'ef
tre faite. Le ſuccés en eft
d'autant plus extraordinaire,
qu'on l'avoit toujours re
gardé comme impoffible ;
& quoy que dans tous les
Siecles paſſez on en ait con
nu les avantages, on n'avoit
ij
164MERCVRE
ofé l'entreprendre , par les
grandes difficultez qui ſe
rencontroient à faire réüffir
un Ouvrage de niveau dans
un Païs coupé de Montagnes
, & meſme par celles
de trouver des eaux affez
élevées , & en affez grande
abondance , pour pouvoir
fournir aux Canaux qu'il
faudroit faire. Mais le bonheur
du Regne de Sa Majeſté,
ſous la puiſſance duquel
il n'eſt plus rien dont
on ne vienne aisément à
bout , a fait furmonter tous
ces obſtacles, L'extréme ap
همت
GALANT. 165

1
plication de M.Colbert pour
tout ce qui peut faire fleurir
ele Commerce , y a fort contribué.
Voicy de quelle maniere
la choſe fut entrepriſe.
-Feu M. Ricquet , natif de
Beziers , Homme d'un gé-
- nie heureux, & d'une pénetration
tres-vive , ſçachant
qu'autrefois on avoit eu le
- deſſein de la Communica
tion que nous voyons enfin
achevée , réſolut de n'épargner
ny foins ny recherches
pour découvrir les moyens
de l'exécuter. La connoif
fance que divers Emplois
166 MERCVRE
dans la Province luy avoient
donnéde tout le Païs, luy fit
voir d'abord que la ſeule
Route qui conduit duHaue
au Bas Languedoc , le rendoit
poſſible , parce qu'à
droit & à gauche il y a des
Montagnes d'une hauteur
exceſſive , ſçavoir , les Pyre
nées d'un coſté, & de l'autre,
la Montagne noire , qu'au
cun travail ne ſçauroit couper.
Il comprit aufli, apres
avoir tout examiné avec une
entiere exactitude , qu'il n'y
avoit qu'un ſeul endroit où
les eaux qui conduiſent à
GALANT. 167
V
1
0
0
l'Ocean devoient joindre
celles qui conduiſent à la
Mer Méditerranée. Cetendroit
eſt une petite Emi
nence appellée Naurouffe,,
d'où il y a deux Vallons qui
naiſſent. L'un a ſa pente du
Couchant au Levant, & eft
arroſé par une petite Riviere
qui defcend dans celle de
Freſques. La Riviere d'Aude,
qui reçoit cette derniere
au deſſous de Carcaſſonne,
ſe rend d'un coſté par ſon
Canal naturel dans l'Etang
de Vendres , qui communique
avec la Mer Méditer
168 MERCVRE
par
ranée , & eft conduite de
l'autre par un Canal artificiel
juſques à Narbonne , d'où
elle fe va perdre dans la Mer
meſme. L'autre Vallon qui
du Levant defcend au Couchant
, eſt traverſé par les
eaux de la Riviere de Lers .
Elle entre dans la Garonne
au deſſous de Toulouſe ; &
ces deux petites Rivieres ,
F'Aude & le Lers, ayant leurs
fources à la teſte des deux
Vallons , à un demy- quart
de lieuë ou environ l'une de
P'autre , M. Ricquet n'eut
point à douter que fr elles
eftoient
'GALANT. 169
,
(
Γ
t
eftoient affez grandes pour
y établir une Navigation,
on pourroit faire approcher
àune fort petite diſtance les
Bateaux dont on ſe ſerviroit
fur l'une & ſur l'autre. La
difficulté ne conſiſtoit qu'en
deux Points. Il s'agiſſoit de
ſçavoir ſi ſur l'Eminence de
Naurouſe dont je viens de
vous parler, onpourroit faire
un Baffin & un Canal à droit
& àgauche, pour defcendre
d'un coſté à la Source de la
Riviere de Lers, &de l'autre
à celle de la Riviere de Fref
ques qui entre dans l'Aude;
Juin1681. P
170 MERCVRE
& ſi, ſupoſé que ce Baffin ſe
puſt faire , il feroit poffible
d'aſſembler des caux , & de
les y amener en afſfez grande
abondance pour remplir ces
deux Canaux , & les rendre
propres à la Navigation.
Pour s'en éclaircir avec certitude
, il vifita toutes les
Montagnes voiſines , cher.
cha les hauteurs des Sources
de pluſieurs Rivieres que
l'ony voit naître, parcourut
tous ces Païs qu'il confidera
exactement , & en nivela &
renivela le Terroir tant de
fois, qu'il trouva enfin quil
GALANT. 171
1. feroit aifé d'affembler les
feaux de fix petites Rivieres
{ qui fortoient de ces Montagnes.
Ces Rivieres arroſent
la Plaine de Revel , & d'autres
Contrées du Laurageois,
& s'appellent Alſau, Bernaf
ſon , Lampy , Lampillon ,
Rieutort , & Sor. Il trouva
meſme qu'en pratiquantun
Canal qui côtoyeroit les
Montagnes , on en feroit
deſcendre les eaux juſqu'à
l'Eminence de Naurouſe,
qu'il regarda comme le
- Point de partage , où l'eau
ſe diftribueroit pour aller à
Pij
172 MERCVRE
droit& àgauche ( c'eſt à dire
vers l'Ocean & vers la Mer
Méditerranée ) remplir les
Canaux qu'on auroit faits
pour la Navigation. Toutes
ces épreuves ayant covaincu
M. Ricquet, il fit à M. Colbert
la propoſition de l'Entrepriſe.
Ce zelé Miniſtre en
parla au Roy ; & pour connoiſtre
ſi elle pouvoit réüffir
, il fut jugé à propos de
faire une tentative par le
moyen d'une petite Rigolle.
On la commença dans la
Montagne noire, au deſſus
de la Ville de Revel , & elle
GALANT. 173
fut conduite fi heureuſe-
Iment , qu'elle porta à Naurouſe
l'eau de ces Rivieres .
Le fuccés de cette Epreuve
fembla répondre de celuy
de l'Entrepriſe. On travailla
tout de bon , & ce qui n'eftoit
qu'une Rigolle , devint
un Canal de profondeur &
de largeur ſuffiſante pour le
tranſport des eaux neceſſaires.
Il fut ouvert pres de la
Foreſt de Ramondens , un
peu au deſſous de la Source
de la Riviere d'Alfau. Voicy
le cours qu'on luy a donné.
Apres qu'il a defcendu juſ
Piij
174 MERCVRE
qu'aux deux petits Ruifſeaux
de Comberouge & de Coudiere,
il prend la Riviere de
Bernaffon , avec un autre
Ruiffeau du meſme nom,
un peu au deffous. En ſuite
il reçoit les Rivieres de
Lampy & de Lampillon, &
le Ruiffcau la Coftere , &
porte toutes ces Eaux dans
la Riviere de Sor au deſſus
des Campmaſes , petit Vil
lage proche la Foreft de Crabefmortes.
Tout ce chemin
eft fort finueux, & a de longueur
dix mille ſept cens foixante-
une toiſes. Pour fairs
GALANT. 175
Te
C
entrer l'eau de ces Rivieres
dans la Rigolle, il a fallu les
barrer par des Digues de
pierre bien cimentées. Leur
hauteur est telle, qu'où l'eau
deviendroit trop abondante,
elle peut les ſurnager , & fe
répandre dans ſes Canaux
naturels. Comme on a cherché
à donner de l'eau à ces
meſmes Rivieres , apres que
les Baffins de communication
en ſeroient fournis , on
a fait à la Rigolle pluſieurs
décharges, que dans le Païs
on appelle Efcampadous.
La Riviere de Sor eftant
1
Piiij
176 MERCVRE
enflée de toutes ces eaux, les
porte la longueur de trois
mille quatre cens quaranteneuf
toiſes, juſqu'au pied de
la Montagne , où on les arreſte
par une Digue ſemblable
aux premieres , pour
les faire entrer dans un autre
Canal , qui n'eſt pourtant
que la continuation de la
Rigolle. Ce Canal ferpente
le long des Côteaux juſqu'à
Naurouſe , durant l'eſpace
de 19378 toiſes .
Je vous ay marqué que
le ſuccés de la communication
des deux Mers avoit
GALANT. 177
paru infaillible , en faiſant
venir dans le Baffin conftruit
fur cette Eminence,
une quantité ſuffifante d'eau
pour fournir aux deux Canaux
qui la devoient établir.
La crainte qu'on eut de n'en
point tirer aſſez de toutes les
petites Rivieres que la Rigolle
reçoit,
golle
dant l'Eté, que la plupart
ſontà ſec, fit chercher dans
laMontagne un Lieu propre
à faire unReſervoir d'eau
fi conſidérable , qu'il puſt
en tout temps ſupléer à leur
defaut. Ce Lieu fut trouvé
&fur tout pen178
MERCVRE
دم
C'eſt un Vallon , un quart
de lieuë au deſſus de la Ville
de Revel. On l'a nommé
de S.Feriol , à cauſe d'une
Métairie de ce nom qui en
eft proche. Comme le Ruiffeau
d'Audaut le traverſe
entierement , ce fut de fon
eau, & de celles des pluyes
& des neiges qui font fort
fréquentes dans cetteMonragne
, qu'on prétendit le
pouvoir remplir. Ce Vallon
qui a 760 toiſes de longueur
fur sso de largeur , eſt fort
étroit à la teſte. Il s'élargit
au milieu , & eft reſſerré au
9
xr
nt
28
ple
ky
tuf
ine
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aifous.
oit,
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C
de
de
de
M
eft
fea
en
eau
&
fré
C
tag
ροι
qu
fur
étr
au
GALANT. 179
pied, par l'approche de deux
Montagnes qui le bornent
de l'un & l'autre coſté , &
qu'on a jointes enſemble
pour former un Etang , &y
retenir l'eau par une Chauf
fée. On peut l'appeller une
troifiéme Montagne, tant
elle a de hauteur & d'épaifſeur.
La Planche que vous.
trouverez en cet endroit,
vous fera voir la figure de ce
Reſervoir. J'ajoûte icy l'explication
des lettres quo
vous y voyez marquées.
AA Vallon de S.Feriol.
180 MERCVRE
BB Teste du Vallon, ferrée entre
deux Montagnes .
CC Largeur du Vallon , &
Montagnes àdroit à gauche.
DRuiſſeau d' Audaut qui paffe
par le milieu du Vallon .
E Chauffée faite au pied du
mesme Vallon , pour arrester
l'eau,&formerl' Etang.
La Chauſſée dont j'ay commencé
de vous parler , a 61
toiſes delargeur. La baze de
ce grand Ouvrage eſt un
Corps ſolide de Maçonnerie,
fondé & enclavé de toutes
GALANT. 181
parts dans le Roc. Il n'a
qu'une petite ouverture par
deſſous en forme de Voûte,
&à rez de terre , qui ſert de
paſſage à l'eau de ce Refervoir.
Comme on s'eſt aſſujetty
à ſuivre le Ruiſſeau
d'Audaut qui coule dans le
Vallon , afin que l'eau paffant
par un lit qui luy eſt
naturel , & n'ayant aucune
violence à ſoufrir , ne cauſe
aucune ruine , on a donné
neuf pieds de largeur à ce
Paſſage , douze de hauteur,
& 96 toiſes de longueur en
allant en ligne courbe. Un
182 MERCVRE
gros Mur eſt élevé ſur le
corps de cette Maçonnerie,
laquelle excede de quelques
toiſes la hauteur de la Voûte,
ou Aqueduc. Il prend depuis
la teſte de la Digue , &
va juſqu'au pied à droite ligne.
Dans l'épaiſſeur de ce
Mur eſt une autre Voûte en
forme de Galerie. Elle a fon
entrée vers le pied de la
Chauffée; & ſa hauteur,auffibien
que la largeur , eft pareille
à celle de la premiere.
La Galerie qui ſe rétreffit
inſenſiblement au fond , n'a
qu'une toiſe de largeur , &
GALANT. 183
une & demie de profondeur
à la teſte de l'Ouvrage.
Elle est moins longue que
l'Aqueduc , parce qu'elle
eſt tirée à droite ligne , &
non pas en ligne courbe.
Ainſi elle n'a que 67 toiſes,
au lieu que l'Aqueduc en
294. Elle répond par haut,
c'eſt à dire à la teſte de la
Chauffée, perpendiculairement
à l'orifice de cetAqueduc,&
par bas elle eſt à côté
&àmain gauche de fon embouchure.
Ces Travaux ayat
eſté faits & diſpoſez de la
maniere que je viens de dire,
184 MERCVRE
on a en fuite baſty trois gros
Murs de traverſe, qui allant
d'un bout de la Chauſſée à
l'autre , font fondez ſur le
corps de la Maçonnerie qui
fait la baze du Travail. Ils
ſont auſſi , non ſeulement
enlacez avec la maçonnerie
de laGalerie, laquelle ils traverſent
en forme de Croix,
mais encor ancrez & enchaf
ſez à droit & à gauche dans
les Rochers des deux cô
teaux du Vallon . Le premier
Mur , placé à la teſte de la
Chauffée, eft de douze pieds
d'épaiſſeur à l'extrémité, ef
GALANT. 185
rant beaucoup plus large au
bas, à cauſe du Talus. Il n'a
que ſept toiſes de hauteur,
& huit à dix de longueur..
Le ſecond , qui eft le pluss
élevé des trois , a 118 toiſes
de longueur , quinze pieds
d'épaiffeur , & feize toifes
deux pieds de hauteur. Il eft
placé à peu pres au milieu
de la Chauffée, à la diſtance
de 33 toiſes du premier , &
peut eſtre prolongé juſqu'à
299 toiſes & plus , s'il est
beſoin de l'élever davantage..
Le troiſieme, qui eſt éloigné
de 31 toiſes du ſecond Mur
Juin1681.
&
186 MERCVRE
fait le pied de la Chauffée, &&
a la meſme hauteur & longueur
que le premier , avec:
huit pieds d'épaiffeur. Des.
deux Voûtes dont je vous
ay fait la defcription , celle
d'enbas fert pour l'écoule
ment des eaux du Magazin;
& celle de deffus, pour aller
ouvrir ou fermer le paſſage
à ces meſmes eaux par le
moyen de deux Trebuchets ,
de bronze poſez horizontalement
dans un tour qui a
le nom de Tambour, & qui
eſt attaché au premier Mur
appellé Interne. Au troifie
GALANT. 187
me Mur , que l'on nomme
Externe, font les ouvertures
de ces deux Voûtes.
Quant au Baffin de Nau
rouſe , qui eſt le lieu où les
eaux de la Montagne noire,
& du Reſervoir de St Feriol,
font apportées par le Canal
de dérivation , auquel j'ay
donné le nom de Rigolle,
on l'appelle le Point de partage
, à cauſe que c'eſt delà
que l'eau ſe diſtribue à droit
& à gauche dans les Canaux
qui conduiſent aux deux,
Mers, Sa figure eſt un Octogone
ovale , dont le grand
Qij
188 MERCVRE
Diametre eſt de 200 toiſes,,
& le petit de 150. reveſtu de
pierre de taille. Ce Baffin
reçoit les eaux de la Rigolle
par l'un de ſes Angles, & les
diftribuë par deux Canaux.
fortans de deux autres An
gles. L'un qui va vers l'Ocean
, gagne le Vallor de
Lers, & fe rend dans la Ga
ronne. Il a dix -huit Ecluſes,,
tant doubles que ſimples,
qui font 27 corps d'Ecluſes
dans l'eſpace de 28142 toifes..
Ce font quatorze lieuës de
France. L'autre Canal qui
va vers la Méditerranée juf
1
GALANT. 189
ques à l'Etang de Thau , an
quarante- fix Ecluſes , tant
doubles, triples, quadruples,
qu'octuples. Il contient en
longueur 99443 toiſes , qui
font pres de cinquáte licuës
de France. Il y a encor deux
autres Canaux. Le premier
a eſté fait pour décharger le
Baffin quand il y aura trop
d'eau ; & comme il feroit
inutile de la répandre dans
les Canaux qui ſervent à la
Navigation , on la fera perdre
par ceCanal de décharge
dans la Riviere de Lers..
Le ſecond, qui netient point
190 MERCURE
au Baffin, a fon iſſue à la
Rigolle, pour faire écouler
les eaux fales & boüeuſes
qu'elle pourra amener , afir
que l'Etang ne recevant que
des eaux claires & nettes, ne
foit point ſujet à ſe remplir.
de bouë , & à ſe combler,
come font les autres Etangs,
qu'il faut nettoyer , & approfondir
de nouveau de
temps en temps. Ce Baffin
eſt un Ouvrage trop beau
pour me contenter de vous
enparler. Ilfaut vous le faire
voir, du moins autantqu'on
le peut , par le moyen de la
191
a
voye:
er
habet,
S divers
e qui
e
e Point
S
def
De
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y ansle
S
هک
ns le
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1901
au B
Rigo
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qu'el
que
des
foit
de I
1
cón
qu'i
pro
ten
eft
po
en
V
Pa
e la
GALANT. 191
Planche que jevous envoye:
Les lettres de l'Alphabet,
quiy fontmeflées en divers
endroits , marquent ce qui
fuit.
A Baffin de Nauroufe, Point
departage.
4
BBBB Quay du Baffin.
CCCC Escaliers pour def
cendre auBaffin .
D.Ecluſe qui porte l'eau de la
Rigolle au Baffin.
E Ecluſe pour descendre dansle
Canal du côté de l'Ocean...
F Ecluſe pour descendre dans le
Canal du côté de la Mer
Méditerranée.
192 MERCVRE
G Ecluſe pour la vuidange du
Baffin
H. Epanchoir de la Rigolle pour
emporter les Sables ..
On me promet d'autres
Plancs , tant du Canal & de
la Rigolle dans toute leur
étenduë , que des endroits
ſéparez . Le Cap de Sette eft:
un des plus importans. Pour
faire la communication des
Mers , rien n'eſtoit plus favorable
que la Riviere de
Garonne, qui donne un paf
ſage libre & commode dans
Ocean. Il n'en eſtoit pas
de
GALANT. 193
de meſme des Rivieres qui
vont à la Méditerranée le
long des Côtes de Languedoc.
Celle d'Aude n'avoit
jamais porté de Bateaux que
depuis Narbonne, & d'ailleurs
elle ne donne entrée à
la Mer que par les Etangs
de Bages & de Vendres , &
par des endroits où toute la
Rade eſt ſi baſſe , qu'il eſt
impoſſible d'y établir aucun
Port. Toutes ces Côtes furent
exactement viſitées , &
enfin on ne trouva que le
ſeul endroit du Cap de Cette
qui euſt un fond ſuffiſant
Juin 1681. R
1
1
194 MERCVRE
1
pour les Vaiſſeaux de cinq à
Lix cens Tonneaux. L'établiſſement
d'un Port y fut
ſoudain réſolu. Cette eſtun
Promontoire dans le voiſinage
de la petite Ville de
Frontignan, où croift ce Vin
Muſcat qu'on eſtime tant.
Cette Montagne,quoy qu'
aſſez peu haute, ne laiffe pas
de paroiſtre fort élevée, à
cauſe que tout ce qui l'environne
eſt plat. Elle a d'un
coſté la Mer ; de l'autre, les
Etangs de Thau, deMaguelonne,
& de Petaut, bornez
par les Plaines du Bas LanGALANT.
195
guedoc ; & à droit & à gauche
, la Plage qui eſt entre
la Mer& ces Etangs. Cette
Montagne pouſſe dans la
Mer une longue pointe.
D'un autre côté la Mer qui
avance , fait un ventre dans
la terre, dans lequel on a
trouvé ce fond ſuffiſantdont
je viens de vous parler. Les
Bords qui font le long de la
Plage , tenant de la Plage
meſme, ſont remplis de Sable
comme toutes les autres
Côtes de Languedoc au cir-
'cuit du Golphe de Leon.
Le Cap eſt plus enfoncé, &
Rij
196 MERCVRE
il y a tout autour depuis
vingt juſqu'à vingt- quatre
pieds d'eau. Il me reſte à
vous apprendre ce qu'a de
commun le Port de Cette
avec les Canaux de la communication
des Mers . Vous
avez pû remarquer par ce
quej'ay déja dit, que le long
des Côtes de Languedoc
ſont pluſieurs Etangs que
ſépare de la Mer une petite
Langue de terre. Ces Etangs
n'ont d'eau que ce qu'ils en
peuvent recevoir des Graux.
On appelle Graux les Paſſages
que s'ouvre la Mer,
GALANT. 197
quandelle eſt forte, à travers
laPlage. Ils changent au gré
du vent , & donnent communication
des Etangs à la
Mer. Cela ne pouvant ſervir
qu'à de petits Baſtimens , à
cauſe qu'il n'y a point affez
defond, ny en la plupart des
Etangs, ny auxGraux, ny en
pluſieurs endroits de la Mer
où ils abontiſſent , il fallur,
pour rendre cette communication
parfaite, chercher les
moyens de la rendre propre
pour toute forte de Vaiffeaux.
Le plus grand & le
plus profond de tous ces
Riij
198 MERCVRE
Etangs , appellé l'Etang de
Thau, ſe trouvant heureuſement
au voisinage du Cap
de Cette, ce fut celuy qu'on
choiſit pour venir à bout de
cette Entrepriſe. Il eſt de
grande étenduë , & a vingtcinq
& trente pieds de profondeur
en beaucoup d'endroits.
On y navige auſſi
ſcûrement que commodement
, & dans le beſoin il
pourroit ſervir de Port..D'un
côté on y a fait aboutir les
Canaux qui viennent de
Naurouſe , & qui communiquent
à l'Ocean , & de
GALANT. 199
l'autre on y a joint un Canal
qui en traverſant la Plage,
fe rend dans la Mer Medi
terranée. Ce Canal qui eft
profond de deux toifes, en a
feize d'ouveerrttuurree , huit de
bale,&eennvviinronhuitcens de
longueur. pou
Voila,Madame, de quelles
parties eft compofé ce fameux
Ouvrage qui a tant
de fois exerce le raiſonne
ment des Incrédules. Il fuc
commencé en 1666. apres
que M. Riquet eut répondu
du fuccés. C'eft luy qui en a
conduit tous les Deſſeins, &
Rij
200 MERCURE
à qui la gloire eſt deuë de
l'achevement de tous lesTravaux
qu'il a fallu entreprendre.
Comme il reſtoit peu
de choſe à faire pour les voir
parfaits, il avoit lieu d'eſpérer
que le premier Eſſay du Canal
ne ſe feroit point ſans
qu'il y reçeuſt les juſtes
loüanges qu'on luy préparoit
de toutes parts. Cependant,
quelque digne qu'il en
fuſt , ſa mort l'a privé du
plaifir de les entendre. Elle
eſt arrivée au commencement
d'Octobre de l'année
derniere , & c'eſt là- deſſus
GALANT. 201
que M'.de Caſſan a dit dans
fonEpitaphe,
Y gift qui vint àbout de ce
Dejoindre des deuxMers les liquides
Campagnes,
Et de la Terre ouvrantleſein,
Aplanitmesme desMontagnes.
Pourfaire couler l'Eau , ſuivant
l'ordre duRoy,
Ilnemanquejamais defoy,
Commefit unefoisMoise.
Cependant de tous deux le deſtin
futégal.
L'unmourutpreft d'entrer dans la
Terre promise;
Imort L'autre estmortſur lepointd'entrer
dansfon Canal.
Il y a déja quelques an
1
y
202 MERCVRE
nées que l'on avoit eu des
preuves de l'utilité de ce
Canal dans ſes deux parties
oppoſées , ſçavoir , depuis
Toulouſe juſqu'à Castelnau
dary , & depuis Beziers juf
ques à l'Etang de Thau.
Mais ſi l'on navigeoit dans
ces deux eſpaces , il reſtoit
encor le plus grand à faire,
depuis Caſtelnaudary juf
ques à Beziers. C'eſtoit celuy
qui en liant les deux au
tres , devoit perfectionner
toute l'Entrepriſe. Il fut enfin
achevé au mois d'Avril
dernier ; & le Roy en ayant
GALANT. 203
eu la nouvelle , envoya ſes
ordres à M. Dagueſſeau
Intendant de Languedoc,
pour viſiter le Canal à ſec,
& y faire mettre l'eau en
ſuite. C'eſt ce qu'il a fait
depuis Cette juſqu'à Toulouſe
, avec tous les ſoins
qu'on pouvoit attendre de
ſa vigilance. D'abord qu'il
eſtoit paſſé par quelque endroit,
on travailloit à fermer
les Bréches , & à arreſter le
cours des Rivieres qui devoient
fournir de l'eau pour
le rempliſſage du Canal. II
eſtoit accópagné dans cette
204 MERCURE
r
Viſite du Pere de Mourgues
Jeſuite, Recteur du College
de Roanne , grand Mathématicien
; de M. de Bonrepos
Maiſtre desRequeftes,
&de M. le Comte de Carmain
Capitaine aux Gardes,
l'un & l'autre Fils de feu M.
Riquet ; de M. de Lanta
Baron des Etats de Languedoc
, & de M. de Lombrail
Tréſorier de France , tous
deux Gendres du meſme
M. Riquet ; de M. de la
Fueille , Inſpecteur du Canal
; & de M. Andréoffy,
Gillade , & de Contigny,
GALANT. 205
Controlleurs genéraux , &
Conducteurs des Ouvrages.
Le Rempliſſage ayant eſté
fait , il partit le 15. de May
de l'Embouchure de la Ga
ronne, ſur une Barque préparée
exprés , & le 17. il arriva
à Caſtelnaudary. Cet
heureux Eſſay cauſa grande
joye aux Habitans de cette
Province , au nom deſquels
les Vers que vous allez voir
ont eſté donnez à cet Intendant.
Ils font du meſme M
de Caſſan , Autheur de l'Epitaphe
de M.Riquet.
1
206 MERCVRE
SUR LE CANAL ROYAL.
L
OUIS LE GRAND,ce digne
Roy,
Doitàtous lesMortels Luyfeul don
ner la Loy,
Puisqu'an bruit defon Nom tout
Ennemy recule.
SesExploitsfonttoûjours fibeaux,
Que l'un deses moindres Tra-
Vaux
Vaut lesdouzeTravaux d'Hercule.
$2
LaTerre n'avoitqu'un endroit,
On les.Mersse joignant dans un
petitDétroit,
Ilfaloit aller loin en risquer le pas.
Sage;
Maisparceluyqu'afait ceRoy,
GALANT. 207
Nuldes Humains ne craintpour
Loy
Nyledétour, ny le naufrage.
Se
Qui peut le croirefans levoir,
Que d'unir les deux Mers il ait ea
lepouvoir?
CetteMerveille auffi n'a rien qui
luy réponde.
Le Canalpar où vient cette Eau,
Eftfeul plus utile &plusbeau
QuelesfeptMerveillesdu Mode.
Se
Cet invincible Souverain ,
Forceſes Ennemis les armes à la
main,
Etdansſes hauts projets ilforce la
Nature.
Ildompte ceux-làparle Fer,
Etde l'une&de l'autreMer
Il rend lesbornesfansmesure.
208 MERCVRE
25
CeGrand Prince en tout ce qu'il
fait
Imitele Tres -Haut dont il est le
Portrait,
Puis que tout ce qu'il veut s'acheve
&se consomme.
Ce Canal dont il vient à bout,
Montre quefa Main qui peut tour,
Tient bien plus de Dieu que de
l'Homme.
SS
Témoin de noſtre zele ardent,
Illustre DAGUESSEAU, glorieux
Intendant,
Qui dansle Languedoc estes l'oeil
de ce Prince;
Vous voyez qu'en tousſesEtats
Iln'apointde Coeurs nyde Bras
Comme ceux de cette Province.
GALANT. 209
25
Apprenez àtous les Mortels,
Que s'ils nedreffent pas à ceRoy
desAutels,
Ils doivent luy dreffer unTemple de
Mémoire
Qu'ilrempliraparses hauts Faits;
Auffi ne verra-t- on jamais
Leterme infinydefagloire.
Dans le mefme temps que
M. Dagueſſeau arriva par le
Canal à Caftelnaudary , M
le Cardinal Bonzi, Préſident
né des Etats de Languedoc
àcauſe de ſon Archeveſché
de Narbonne , ſe rendit à
S. Papoul avec M. les Evef
ques de Beziers & d'Alet,
Juin 1681. S
210 MERCVRE
Male Marquis deVilleneuve
Baron des Etats , M.de la
Maranſane Lieutenant de
Roy de Narbonne , M. de
Monbel Syndic genéral de
la Province , M.de Pujols
Secretaire du Roy aux Etats
de Languedoc , & M.Mariotte
Greffier des meſmes
Etats. Ils furent traitez ſplendidement
par M'l'Eveſque
de S. Papoul, avec lequel ils
ſe rendirent à Caſtelnaudary
le Lundy 19: du meſme mois
àhuit heures du matin. M
le Cardinal Bonzi ayant mis
pied à terre hors les Portes
GALANT. 211
đe la Ville , du côté du Cas
nal , y reçeut les Harangues
du Préfidial , des Confuls,
& des autres Corps de Ville
& Communautez Religieufes.
Il alla en ſuite viſiter le
grand Baffin du Canal avec
M. Dagueſſeau , qui estoit
forty à ſa rencontre ; apres
quoy , il vint entendre la
Meſſe à la Chapelle S.Roch ,
qui eſt au bord du meſme
Canal. Le Pere de Mourgues
Py celebra pour le Roy.
•Cela fait, il fortit de la Chapelle,
& s'avança le long du
Canal , avec M. les Evel
:
)
Sij
212 MERCVRE
ques de Beziers & d'Alet,
&M. l'Intendant, au devant
de la Proceffion , qui eftant
partie de l'Egliſe Collégiale
de Castelnaudary, avoit pris
ſa marche du côté de laChapelle
S. Roch , vers le Lieu
où l'on avoit préparé la Barque
Royale. M. l'Evefque
de S. Papoul , reveſtu de ſes
Habits Pontificaux , & la
Mitre en teſte, faiſoit la Cerémonie,
la Ville de Caſtelnaudary
eſtant de ſon Dioceſe.
Il eſtoit précedé de
tous les Ordres Séculiers &
Réguliers, & ſuivy des Offi
1
GALANT. 213
ciers du Préfidial , des Confuls
, & des autres Corps de
Ville. M. de Bonzi, & ceux
qui l'accopagnoient , ayant
rencontré la Proceffion , fe
mirent à la teſte du Préfidial,
& la ſuivirent juſques au
Lieu de l'Embarquement.
Ce fut là que M. de S.Papoul
donna la Benédiction aux
Eaux du Canal , à la Barque
Royale, aux autres Barques
qui devoient la ſuivre , & à
tout le Peuple tant de laVille
que des environs , accouru
en foule pour joüir de ce
Spectacle, La Proceffion
214 MERCVRE
s'en retourna dans le meſme
ordre qu'elle estoit venuë,
en chantant le Te Deum.
Elle entra dans la Chapelle
S.Roch, où M.FEveſque de
S.Papoul quitta ſes Habits
Pontificaux. Il vint rejoindre
de là M. le Cardinal Bonzi
qui l'attendoit dans la Barż
que préparée , avec les Pré
lats , M. Dagueſſeau , & les 1
Officiers de la Province,
dont je vous ay dit les noms.
Cet Embarquement ſe fit
au bruit du Canon, de toute
FArtillerie de la Ville , & de
mille cris de Vive le Roy
GALANT. 215
La Barque Royale eſtoit ta
piffée par tout , & meublée
fort proprement ; & ce qui
plaiſoit le plusà un nombre
infiny de Spectateurs dont
le Canal ſe trouva bordé,
c'eſtoit de la voir ſuivie de
vingt-trois autres chargées
richement pour la Foire de
Beaucaire , dont une partie
venoit du côté de Bordeaux
par laGaronne.
MileCardinalBonzi avoit
donné tant de ſoins à cette
grande Entrepriſe , qu'il ne
faut pas s'étonner s'ilvoulut
luy-meſme ſe rendre témoin
!
216 MEROVRE
de ſon ſuccés. Je vous errvoye
un Sonnet qui fut préſenté
à cette Eminence , fur
le Cours ouvert au Canal
Royal. Il a eſté fait parM
Pech, de Narbonne en Languedoc.
C'eſt un jeune
Abbé qui promet beaucoup
, & qui n'ayant encor
que vingt ans , a des connoiſſances
qui paſſent ſon
âge.
Q
Vel Prodige étonnant ! quel
merveilleux Ouvrage! ...
Partesfoins, GRAND BONZI,
Neptune étendſes droits,
Et roulant à longs flots par de nouveaux
endroits,
De
GALANT. 217
Dc l'un à l'autre Pôle ilsefait un
passage.
Se
Le timide Nocher ne craintplus le
naufrage.
ال
Ilfuitle cours de l'Onde à l'abry de
nosBois;
Et la Merfansfureur uniſſantfes
Détroits,
Des Richeſſes de l'Inde embellit ce
Rivage.
25
1
Ayant uny les Coeurs, les Esprits,
lesEtats,
Reglé les Diférens detant de Potentats,
5000
Tujoins les Bords des Mers, Grens
I'Eau plus traitable.
८८
Tout l'Univers auffi dans l'admiration,
21 , 20
Juin1631. T
218 MERCVIUE
Bublic à baute voix que la Ciel fa-
-Ut mayab , 000 23ion As
T'a donné pour partage un Esprit
Quo UNION.
brifiant ob
J'ay oublié de vous dire
que dans la Barque qui
devoit remorquer celle où
eſtoit ce Cardinal, on avoit
placédes Violons, des Haut-
-bois, & des Trompetes. Ce
fut au bruit de ces Inſtrú
mens , ainſi qu'aux décharges
du Canon& de laMouf
queterie, que cette petite
Flote ſe mit à la voile. Toutes
les Ecluſes , qui dans cet
eſpace font au nombre de
GALANT: 219
4
59. contenant la quantité de
76645 toifes courantes , furent
paffées avec beaucoup
de facilité ; on peut dire
ameſme en fortpeu de temps,
inquoy que l'on ne fiſt que de
petites journées, à cauſe des
cótinuelles obſervations qui
Jarreſtoient M. Dagueſſeau.
Il examinoir tous les Tra
vaux,&faifoit ſonder le fond
de l'eau d'eſpace en eſpace,'
comme il avoit fait depuis
Toulouſe. On ſervit un ma '
gnifique Dîné avant qu'on
paſſaſt la premiere Ecluſe;
& le foir , M. de S. Papoul
e
Tij
220 MERCVRE
régala la Compagnie à Villepinte.
Le lendemain on alla
coucher à Penautier, où M².
de Penautier Confeiller au
Parlement de Toulouſe donna
un fort grand Repas à la
meſme Compagnie, qui le
jour ſuivant fut traitée fuperbement
à Pechery par
Mide Monbelations
Les Jeudyazz on alla à
Roubia , & le Vendredy 23.
onpaſſa le Pont de Repudre.
Il a efté fait à cause d'un Torrent
qui vient de côté en cet
endroit là. Ce Pont, qui a 68
toiſes de longueur , fert de
GALANT. 221
paffage au Canal. Vous pou-
-vez juger par là de quelle
folidité ildoit eſtre. Ce qu'il
ya de fort ſurprenant , c'eſt
de voir de grandes Barques
naviger deſſus , &y trouver
par tout fept pieds d'eau ,
tandis qu'au defſſous le Torrent
y en entraîne dix ou
douze toifes cubes.::Pour
vous en donner une idée
plus forte , imaginez - vous
que l'eau de quelque Canal
vient paffer ſur le Pont neuf
pour traverſer le Fauxbourg,
&que la Seine eft le Torrent
de Repudre qui roule ſes
Tiij
222 MERCVRE
eaux fous cce mefme Pont!"
On paffa en fuite fur le Bord
de la Chauffée , appellée de
Ceffe, à cauſe de la Riviere
de ce nom dont elle arrefte
le cours. Sa longueur eft de
112 toiſes, ſa hauteur de cinq,
& ſon épaiffeur de quatre &
demie. Ce meſme jouro-n
coucha à Capeftan , où M².
leCardinalBonzi traita tous.
ceux qui l'accompagnoient,
avec ſa magnificence ordihairendra
Le Samedy 24. les Barques
paſſeret l'endroit qu'on
appelle le Malpas. Il'eftà
ملا
GALANT 223
une lhieeuue de Beziers, Celt
une Montagne percee en
Voûte dans le Roc pendant
85 toiſes. Sa largeur eft de
quatre toiſes , & la hauteur
de quatre & demieux
deux côtez il y a une Ban
quete large de trois pieds
pour le tirage des Barques,
Il a falu eſcarper la Montagne
aux deux bouts pendant
plus de 280 toiſes, & faire de
fort extraordinaires enfoncemens.
Au fortir de cette
Voûte , ſous laquelle il faut
que les Barques paffent, on
eſt fort ſurpris, qu'au lieu de
Tiiij
224 MERCURE
ſe voir dans un Pais plat
comme il ſembleroit que
T'on devroit eftre, on ſe trouve
fur la premiere des huit
Ecluſes accolées , c'eſt à dire,
fur une maniere de Montagne
d'eau, d'où l'on découvre
des Plaines, des Rivieres,
&des Villes, qu'on perd de
veuë à meſure que l'on def
cend ces Ecluſes, & comme
elles font fort proches les
unes des autres , il ſemble
que les Bateaux deſcendent
fur des marches de criſtal,
ce qui paroiſt un enchante
ment , & dure environ trois
GALANT 225
heures. Le Lieu où ces huir
Ecluſes ont eſté faites de
fuite ( & c'eſt pour cela
qu'on les appelle accolées )
eſt un Païſage d'une beauté
merveilleuſe. Il eſt preſque
entierement planté d'Oliviers
. La Méditerranée le
borde au Levant. Vers le
Couchant, ce ſont des Montagnes
dans un affez grand
éloignement. On en a fait
encor deux à l'endroit où le
Canal a fon embouchure
dans la Riviere d'Orb , qui
coule le long des Murailles
de Beziers. Ce nombre d'E226
MERCVRE
cluſes adjoute une nouvelle
beauté à ce Païlage,
leur ſtructure, & par la chûte
des eaux du Canal , qui for
ment un ſemblable nombre
de Caſcades. Quand on a
paſſé les dernieres, il s'en faut
Peu qu'on ne croye qu'on a
changé de Païs. On voit
d'autres Villes , d'autres Ri
vieres , & d'autres Plaines,
& ſur quelque objet qu'on
jette la veuë, elle a toûjours
lieu d'eſtre fatisfaite.
Trang
La Barque Royale arriva
à la veuë de Beziers à dix
heures du matin , au milieu
GALANT. 227
d'un grandPeuple, quirem
pliffant les bords du Canal,
Faifoitretentirdetoutes parts
des cris de Vive le Roy. Elle
fut ſalüée d'abord par le
Corps des Marchands à cheval,
qui firent leur décharge
les premiers ; apres quoy
on entendit celle de quatre
cens Fantaſſins que lesConfuls&
Gouverneurs de Beziers
avoient fait pofter des
deux côtez. Ils accompagnerent
la Barque juſqu'à
laplus hauteEcluſe de celles.
qui ſe préſentent à la veuë
de la Ville du côté de Nar
228 MERCURE
bonne. On fit là un feu ex
traordinaire de Boëtes de
Petards,& de Feux d'artifice,
auquel le Canon de la Ville
répondit. M. le Cardinal
Bonzi, M. les Eveſques d'Alet,
de Beziers, & de S.Papoul,
M. Dagueſſeau,&tous
les autres , defcendirent en
Bateau dans ces huit Ecluſes,
& à chacune , ils ſe trou-
و
voient régalez , tantoft par
des Corbeilles de Fleurs
qu'on leur apportoit des Jardins
du voisinage , tantoft
par quelques Préfens de
Fruits, tantoſt par des Vers
GALANT. 229
par
qu'on recitoit à la loüange
de Sa Majefté, & tantoſt
des Concerts de Muſique.
Voicy un Dialogue qui leur
fut chanté à l'Ecluſe la plus
baſſe par les S. de Vezeau
& Bornes , deux des plus
belles Voix de la Province,
dont l'un repréſentoit le
Dieu du Canal , & l'autre,
la Nymphe d'Orb . Les Vers
font de M.Lepul , premier
Conſul de la Ville . Je vous
envoye les premiers notez .
Roamis
eb
230MERCVRE
DIALOGUE
DU DIEU DU CANAL,
0
ET
DE LA NYMPHE D'ORB.
LE DIEU DU CANAL.
D
Epuispeu, dansleſein deces
vaſtes Campagnes,
Jetrace une route àmes Eaux;
Des plus bas lieux,je m'éleve aux
plushants
Jefranchis les Valons , jeperce les
Montagnes;
Et quoy que rien nefoit égal à moy,
Jesuis lemoindre effet du pouvoir
d'un grandRoy.
LA NYMPHE D'ORB.
Dés l'enfance du Monde
Farrofe de mon onde
franerouteamesea
6
G

GALANT. 231
P
Desbords auffi féconds , qu'ilsfont
délicieux.
C'estleplus doux climat que le Soleil
éclaires
Etfi les Dieux pouvoientseplaire
Aiffeurs que dans les Cieux,
Ilfeplairoientdans ces Lieux .
LE DIEU.
De l'une& l'autre Mer , je forme
l'alliance.
ALA NYMPHE .
Mes Eaux ferventàvoſtre cours.
LE DIEU.
Du Roy qui nous unit celébrons la
Puissance.
LA NYMPHE .
Je mets toutema g'oire à le chanter
toûjours.
Tous deux enſemble.
Qu'à l'Univers ildonnede beaux
jours !
232 MERCVRE
L' Ennemy ne craint plusfå marche
triomphanto
Il enfut l'épouvante, ]
** Il en est les amours
LE DIEU..
Ah qu'il est élevé fur le reste des
Princes!
LA NYMPHE.
Qu'ilpourvoitſagement au biende
Jes Provinces!
CLE DIEU.
Ce Peuple en est charmé.
LA NYMPHE.
CesLieux en ſon témoins.
Tous deux enſemble.
BONSI leur donne ses foins.
LEDIEU.
D'un éclatſans pareilfa Pourpre eft
embellie.
LA NYMPHE
A fes grandes vertus il doitfes
grands Emplois.
GALANT. 233
ALLE DIEU.
C'est la gloire de l' Italic.
LA NYMPHE.
C'est lebonheurde l' Empire Francois
Tous deux enſemble..
Ilfertà lafois,
LesDicux&lesRoys...
C'est la gloire de l'Italie ,
C'est le bonheur de l' Empire François.
Dans l'endroit de l'Air de
M. de Pulvigny, j'ay oublié
de vous dire que les Vers
qu'il a notez font de M. le
Comte de Rocquebrune
J'adjoûte un Sonnet , dans
lequel on fait parler la Ri-
Fiere d'Orb ..
Juin1681.
وصحلا
234 MERCVRE
Avoirlefoible languiffcaonutres de mon
Apeine me rouler dans lefein de
Thétis,
of
Parmy les Dieux des Eaux dont la
On a
France ſe vante, BALAY
deûmecompteerr au rang des
plus petits..GMO 170
Mais depuis que d'un Roy laMain
Sage&puiſfantolled sl
Apûjoindreles Mers dans l' Empire
Fay changéde destin, &ma course
importante
Deviendra le lien des deux Mondes
Fleuves, qui rempliſſez&la Fable
& l'Histoire,
GALANT 235
Cedez à ce bbonheur qui me comble
daglike sidiot el sig
Jeſuis utile enfin aux deſſeins de
T
Son Canal dans mon feinse vafaire
passage, at 9
On voit à mes deux Bords aboutir
cet Ouvrage,
Et Neptune àson tour aura besoin
La belle & illuftre Com
pagnie qui rempliſſoit la
Barque Royale, ayant paffé
la derniere Ecluſe , trouva
une eſpece de Galere armée:
de Canons & de Forçats,.
que les Marchands Epiciers,
qui ont un grand intereſtà
Vij
236 MERCVRE
1
la commodité du Commer
ce, avoient préparée pourda
recevoir. Ils firent une fort
belle décharge , accompagnée
de celle du Corps des
Marchands à cheval , des
Fantaſſins , & du Canon de
la Ville , & apres avoir fair
leurs Préfens à M. le Cardinal
Bonzi & à M. Daguef
feau , qu'ils falüerent à leur
paffage de pluſieurs coups
de Canon , ils les ſuivirent
dans le lit de la Riviere. Les
Confuls de Beziers les y attendoient
en Robes rouges,
dans un Bateau , avec les
GALANT. 237
Violons , & une agreable
Simphonie Leur Bateau,,
tout tapiffe au dedans , &
femé de Fleurs de Lys, eftoit
orné au dehors des Chifres
du Roy, avec fes Armes à
l'endroit le plus élevé, & au
deſſous , celles de la Ville.
Ils approcherent la Barque
de Mile Cardinal Bonzi, où
eſtant entrez , M. Lepul,
portant la parole en qualité
de premier Conſul, le complimenta
en ces termes.
Vostre Eminence vient de
voir un Ouvrage que les Ro
mains , nos anciens Maistres,
238 MERCURE
n'ont ofé entreprendres que nos
Roys les plus puiſfans n'ontfait
ſeulement qu'imaginer , &que
LOUIS LE GRAND a heureu
fement achevé. Il ne manquoit
que ce miracle àfon Regne , que
ſes Conquestes ont rendu fi celebre
, e que la Paix rend fi
floriſſant. C'est un témoignage
autentique deſabonté, auffi-bien
que defa magnificence. It afur
monté la Nature par le travail
pour noftre avantage,&pourfa
gloire. Il nous a facilité le Com
merce des deux Mers. Il a donné
un ornement conſidérable à cette
Ville, une nouvelle Riviere
GALANT 239
cette Province , ane Mer
veille à l' Etat . Comme nous en
devons la perfection à vosfoins,
Monseigneur, nous vous ren
dons graces de tout le bien que
nous en attendons , &fommes
avec le dernier respect,Vos tres
bumbles & tres- obeiffans Ser-
On ſe débarqua en fuite,,
&tout ce qui eſtoit ſous les
armes fit la troifiéme dé
charge , que le Canon de
la Ville termina. Les Confuls
accompagnerent tous
cesMeſſieurs parmy les ac
clamations publiques, & au
240 MERCURE
fon des Violons, à une Maifon
des Peres Minimes, bâ
tie fur le bord de la Riviere,
où M. l'Eveſque de Beziers
leur avoit fait préparer un
magnifique Repas. Apres
le Dîné ils ſe ſéparerent.
M. le Cardinal Bonzi ſe ren.
dit le foir à fon Abbaye de
Valmagne ; & M. les Evef
ques d'Alet& de S. Papoul,
à leurs Eveſchez, où la Feſte
de la Pentecofte les rappel
loit. M. Dagueſſeau , avec
ceux qui l'avoient accompagné
depuis Toulouſe , ſe
remit ſur le Canal, defcendit
dans
GALANT. 241
dans la Riviere d'Heraut
pour l'Ecluſe ronde , & alla
coucher à Agde. L'Ecluſe
ronde a eſté bâtie exprés
pour ſervir à trois Routes
diférentes. Ainſi on luy a
donné trois ouvertures. L'une
fait aller à l'Ocean ; & les
deux autres à la Méditerra
née, par le Port de Cette, &
par unCanal qui ſe dégorge
dans la Riviere d'Heraut qui
paſſe à Agde , & qui entre
dans la Mer àune lieuë de là..
Le Canal qui va de l'Ecluſe
ronde à Agde , a 300 toiſes
de longueur. Le lendemain
Juin 1681
X
242 MERCVRE
25. jour de la Pentecofte,
M. Dagueſſeau ayant remonté
par la meſme Ecluſe
d'où il reprit le Canal , traverſa
l'Etang de Thau , féparéde
la Mer par une Plage
de Sable, & alla moüiller au
Port de Cette au bruit des
Petards & Canonnades des
Barques &Bâtimens qui s'y
rencontrerent en fort grand
nombre , & de la nouvelle,
Bourgeoisie rangée ſous les
armes , parmy les acclamations
ordinaires de Vive le
Roy. Il eſt impoffible de
marquer la joye des Peuples
GALANT. 243
pour les avantages que Sa
Majeſté leur a procurez.
Ce que l'Epreuve qui vient
d'eſtre faite a de tres-confi
dérable, c'eſt que l'on n'a
employé que ſept jours depuisCaſtelnaudary
juſqu'au
Port de Cette. Si l'on en
joint deux pour la Navigation
de Caſtelnaudary à la
Garonne , & fix pour ceux
de la Garonne juſqu'à l'Ocean,
tout cela ne fera que
quinze jours pour paſſer d'une
Mer en l'autre , ce qui
dans la fuite pourra s'abré
ar gerpar les facilitez de lapra
X ij
244MERCVRE
tique continuelle des Eclu
ſes. Elles ſont au nombre
de 104. dontpluſieurs eftant
accolées , ſfee réduiſent à 65
ſtations , qu'on peut paſſer
en trente heures. Je laiſſe à
juger par ce détail combien
ceCanal ſera utile au Commerce
du Ponant & du Levant
, puis qu'il fera éviter
les riſques & les avaries de
Mer qu'il faut eſſuyer parle
grandContour,& par le Détroit
, pour ſe rendre
cean, à Marseille, & à la Riviere
de Gennes. Tout cela
ſera changé au plaifir de
àl'OGALANT.
245
paſſer auſſi ſeûrement que
promptement, au milieu de
deux des plus belles Pros
vinces de France, abondantés
en denrées délicieuſes,
& remplies de toute forte de
manufactures . L'on a fait de
ſi ſurprenans Ouvrages pour
rechercher & pour conferver
les eaux , qu'on efpere,
avec les autres précautions
que la ſuite fera prendre,
qu'on navigera ſur le Canal
dans tout le cours de l'année
; ce qui ſe fait rarement
meſme ſur les plus grandes
Rivieres. Le Canal eſt large
X iij
246 MERCVRE
de trente pieds, & a de lon
gueur
Depuis la Garonnejusqu'àCaftelnaudary,
34934 toiſes.
De Castelnaudary jusqu'à Be-
Ziers 76645
De Beziers jusqu'à la Mer,
15995
Totalde longueur, 127574
qui font à peu pres 64 lieuës
de France. Le plus grand
ſujet d'admiration eft, que
pendant les plus fortes guer
res , la conſtance &la fermete
du Roy à n'abandonner
jamais aucun de ſes
grands deſſeins ,& l'infati
GALANT. 247
gable application deM.Col
bert , ayent fait continuer
une Entrepriſe d'une fi extraordinaire
dépenfe juſqu'à
fon entiere perfection
Ily a eu pluſieurs Evef
chez donnez, Le Pere Ger
main Allart , Récolet de la
Province de Paris , a elté
nomme à celuy de Vence.
Il a eu un Grand- Oncle autrefois
Evefque de Verdun,
&fort d'une des premieres
Maiſonsde Sezanne enBrie,
on il nâquit en 1618. Il prit
'Habit de Recolet en 1636.
& apres ſes Etudes de Phi
X iiij
248 MERCVRE
lofophie &Theologie, il fut
luy-meſme choiſy pour enſeigner
l'une & l'autre , au
Convent de S. Denys. Depuis
il a eſté Gardien en diférentes
Maiſons , & Commiſſaire
general en pluſieurs
Provinces. Il fut fait Définiteur
eſtant encor jeune,
& a eſté trois fois éleu Provincial
de la Province de
Paris , & une fois de celle
de S.Antoine en Artois. En
ſuite, à la demande duRoy,
le General le nomma pour
eſtreCommiſſairegeneral de
tout l'Ordre de S. François
A
GALANT- 249
enFrance, c'eſt à dire, Supérieur
de tous les Récolets &
Cordeliers,& des Maiſons de -
Filles qui endépendent dans
toute l'étendue du Royau
me. En 1662. eftant Provin.
cial deParis,il aggrégea pour
la premiere fois, par l'ordre
du Roy & l'autorité des Supérieurs
genéraux, à la Province
des Récolets deParis,
tous lesConvents de cet Ordre,
fituez dans les Villes &
Païs cédez à la France par
le Traité des Pyrenées du
côté des Païs-Bas; & en 1668.
il pourſuivit par le melme
250 MERCVRE
ordre aupres de Sa Sainteté
à Rome, & aupres du Ge
neral en Efpagne , à ce que
ces Convents des Païs-Bas
fuſſent ſéparez de la Province
de Paris , & érigez en
une Province nouvelle toute
renfermée dans les Terres
du Roy , fous le titre de
S.Antoine en Artois. Du
rant le temps de fa Commiffion
generale , il ſépara,
par le meſme ordre duRoy,
tous les Convents des Ré
colets fituez dans les Pro
vinces ſujeres à l'Eſpagne du
côté des Païs- Bas, & cédez
GALANT. 255
à la France par le Traité de
Nimegue , & les aggrégea
aux deux Provinces de S.André
& de S.Antoine , qui
font toutes deux entierement
ſoûmiſes à la Domination
Françoiſe. Le mefme
Pere Germain Allart eſtant
pour la ſeconde fois Provincial
de Paris , alla par ordre
du Roy en Canada , pour y
rétablir les Récolets de la
Province de Paris , qui autrefois
en avoient eſté les
premiers Miſſionnaires , &
que les Anglois en avoient
chaffez en 1628. Il eut l'a
252 MERCVRE
vantage d'aller avec le Roy
dans la Campagne de Hollande
avec quarante de fes
Religieux, pour eftre les Mif
fionnaires de cette Royale
Armée ; & par ſa pieté &
prudence il y établit un fi
bon ordre, tant pour lesHofpitaux
, que pour la ſuite de
I'Armée , que depuis ce
temps-là Sa Majesté a fait
T'honneur aux Récolets de
ſe ſervir toûjours d'eux pour
les Aumôniers & Miffionnaires
de ſes Armées , tant
en Flandres qu'en Allemagne
, ayant meſme eu la
GALANT. 253
bonté de dire, qu'ilsvivoient
dans ſes Armées avec autant
de recueillement que s'ils
avoient eſté dans leursConvents,
&qu'on ne lesvoyoit
qu'aux Lieux où ils devoient
eſtre ; & tout cela en vertų
du premier réglement d'une
vertueuſe & charitable conduite
que le Pere Allart éta
blit en cette premiere Campagne
de Hollande où il
alla. On peut bien juger
qu'unHomme qui a eu tant
d'ordres de la Cour pour des
choſes tres- conſidérables &
ſi diférentes, n'a pû les exé
254 MERCVRE
cuter ſans eſtre obligé d'en
rendre compte dans font
temps, & par ce moyen de
faire paroître l'étenduë de
ſon eſprit au plus éclairé de
tous les Monarques. Lare.
commandation ne pouvoit
eftreplus forte. Auſſi a-t-elle
eu l'effet qu'on en eſpéroit
pour luy , puis que c'eſt fur
ces principes que Sa Majeſté
l'a faitEveſque de Vence.
Dans le meſme temps,
M. de la Roque - Priellé,
Abbé de la Reulle , a esté
nommé à l'Eveſché de
Bayonne. Il y avoit environ
GALANT. 255
huit ans qu'il n'eſtoit venu
en Cour, ayant eſté occupé
pendant tout ce temps à
réformer les abus qui s'eftoient
gliſſez dans ſonAbbaye
par les entrepriſes de
quelques Particuliers , & à
en rétablir les ruines cauſées
par les guerres des Prétendus
Reformez. Il fut pré
ſenté auRoy le24. de l'autre
mois par M. le Marquis de
Geſvres, reçeu en ſurvivance
de la Charge de Premier
Gentilhomme de la Chambre.
L'eſtime où ſa probité
l'a mis par tout où il eſt con256
MERCVRE
nu , a fait voir en luy un fi
grand mériittee ,, que SaMajeſté
a crû ne pouvoir faire
un plus digne choix pour
la conduite de l'Eglife de
Bayonne. Sa fidelité, & les
ſervices que ceux de cette
Maiſon ont rendus & rendent
encor dans leurs Emplois,
méritoient cette glo.
rieuſe marque de diftinction,
qui luy a eſté donnée
avecde tels agrémens,qu'on
peut dire que l'on a reçeu
deux fois, quand on a reçeu
de cette forte.
M. l'Abbé de Meſpléez,
GALANT. 257
AN1257
Conſeiller au Parlement de
Navarre , & ancien Baron
de Bearn , a eu l'Eveſché de
Leſcar. Son mérite particulier,
joint aux avantages de
ſa naiſſance , a fait voir avec
plaifir que Sa Majefté l'ait
mis dans ce Pofte . Il eſtoit
vacant par la mort de Meffire
Jean de Salliez . C'eſtoir:
un Prélat,qui quoy qu'il euſt
quatre- vingts ſept ans,rempliffoit
un peu avant
qu'il mouruſt, les devoirs les
plus exacts de ſon miniftere..
Sa vie a eſté d'un exemple
merveilleux , & il l'a paffée
Juin1681. Y
258 MERCVRE
fans abandonner jamais fon
Troupeau , & faiſant continuellement
la Viſite dans les
Paroiſſes . M. de Salleterre
fon Prédeceſſeur , avoit veu
en 1620. rétablir dans ſon
Dioceſe l'Exercice de la Religion
Catholique, que ceux
duParty cótraire en avoient
bannie depuis 1569. qu'ils
brûlerent les Eglifes , & firent
mourir les Preſtres . II
avoit auffi veſcu 88 and On
ne doit pas s'étonner de ce
grand âge. L'air du Païs eft
fi bon , que la plupart des
Gens yvieilliſsét ſans aucune
GALANT. 259
incommodité conſidérable.
Il y a fort peu que Madame
de la Viſe , Mere de M'le
Premier Préſident de Pau,
mourut âgée de 104 ans.
Elle a toûjours confervé ſes
belles lumieres , & la me
moire qu'elle avoit fort
grande , ne luy a manqué
qu'avee la parole. Quelque
temps auparavant on avoit
veu un Particulier du Vil
lage de Beros pres la Ville
de Pau , marcher à l'âge de
12o ans avec la mesme dif
pofition que d'autres mar
chent à vingt. Il en avoit
Yij
260 MERCVRE
123 quand il mourut.
Puis que nous ſommes
fur les chofes extraordinaires
, je ne dois pas oublier
de vous apprendre ce qui eft
arrivé depuis deux mois à
Geneve. Mademoiſelle Riltiet,
Femme de M. l'Ancien
Auditeur , & Fille de M
Eſtienne de Turnin , eſtant
groſſe de deux mois, eut un
accident qui luy fit jetter
des oeufs en ſi grande quantité
, qu'on en remplit trois
Baffins. Les uns eſtoient
gros comme des Pois, & les
autres comme des oeufs de
GALANT. 261
Poiffon. On eut la curiofité
d'en faire cuire quelquesuns
, & ils devinrent auſſi
durs que de la pierre. M.
Labbé, tres-habile Medecin,
aggrégé au College de Paris,
àqui l'accident a efté conté,
atteſte avoir veu la meſmechoſe,
d'une Femme qui luy
eſt tombée entre les mains..
Voicy une autre Merveille
qui tient plus du prodige.
Une Demoiselle d'Ulm,
Ville d'Allemagne, âgée de
36 ans, eſtant groſſe de ſix à
ſept mois , dans le meſme
temps que je viens de vous
262 MERCVRE
=
marquer, portoit un Enfant
qu'on entédoit pleurerdans
fon ventre , & qui poufſoit
des cris auffr forts qu'il au
roit pû faire s'il euſt eſté né.
Celal'empefchoir de paroî
tre en compagnie , où des
eris ſi ſurprenans la faifoient
trop regarder. Ces deux
Nouvelles ont efté écrites
de tres-bonne part àM.Spon
Fils , Docteur Medecin à
Lyon.
Il me reſte à vous parler
de deux Benefices. L'un eft
l'Abbaye de Noix, Diocefe
de Beauvais, donnée àM
GALANT. 263
L'Abbé de Choiſeul-Beaupré.
Mile Marquis de Beau
pré ſon Pere eſtoit àChau
mont en Baffigny, quand il
apprit que le Roy l'en avoit
gratifié. Cette Ville eſt ſur
la Marne, au deſſous de Langres
, & dépend de ſa Lieutenance
de Roy en Champagne,
dans laquelle je vous
fis ſçavoir il y a cinq ou fix
mois , qu'il avoit fuccedé à
feu Mide Bourbonne. Ily fit
ſa premiere Entrée publique
le 22. deMay, & yfut reçeu
avec les honeurs qui estoient
deûs & à fon rang , & à fon
264 MERCVRE
mérite. Il trouva unBataillon
de fix cens Bourgeois, nourris
aux armes fur cette Frontiere,
auquel il fit faire tous
les mouvemens qu'on peut
demander aux Troupes les
mieux difciplinées. Il loua
fort leur adreſſe , & dit qu'ils
venoient de luy donner le
plus agreable divertiſſement
qu'on puſtoffrirààunLieutenant
de Roy. M. de Grand,
Maire & Avocat du Roy au
Siege Préſidial de Chaud
mont , le complimenta à la
Porte de la Ville , d'où il fut
conduit entre une double
haye
GALANT. 265
haye de Mouſquetaires juf
qu'à l'Eglife S. Jean. M
de Poireſſon Frere du Procureur
du Roy au mefme
Siege , & Doyen de cette
Eglife, l'y harangua à lateſte
du Chapitre , ce que firent
apres luy tous les autres
Corps de Ville , au Logis du
Maire qu'on luy avoit préparé.
Le lendemain il ſe rendit
au Palais, poury faire en
regiſtrer ſon Brevet , & prit
fur les Fleurs de Lys la place
deuë à ſa dignité.
L'autre Benéfice, eſt l'Ab.
baye de Gildas. M. l'Abbé
Juin1681. Z
266 MERCVRE
=
Roquette que Sa Majesté
en a pourveu , eſt Fils du
Maiſtre des Comptes de ce
nom, qu'on a veu premier
Commis de feuM. de Brienne
Secretaire d'Etat , fouslequel
il a ſervy en pluſieurs
occaſions , & particulierement
dans l'employ des Affaires
Etrangeres. Il eſt de
Toulouſe , d'une des meilleures
, & des plus illuftres
Familles de ce Païs- là. L'aîné
de cette Maiſon y eft Confeiller.
Mil'Abbé Roquette
eſt bien fait , il chante &
peint avec beaucoup de mé
GALANT. 267
thode , a l'eſprit tres-vif, &
en a donné des marques
ayant fait fes Etudes aux Jeſuites
avec un fuccés qui
n'eſt pas commun. Peu l'égalent
en Sorbonne , où il
eft préſentement en Licence.
Il parle en public facilement
, & foit qu'il attaque,
ou qu'il ſe défende , l'avantage
eſt toûjours de ſon
coſté. Tant de belles qualitez
ne doivent pas vous furprendre.
On ne peut eftre
Neveu de M. l'Eveſque
✔ d'Autun, & manquer d'ef
prit.
Zij
268 MERCURE
Les Gens pieux , à qui la
Poëſie Latine fert de divertiſſement
, font fort obligez
M. Varadier de S. Andriol,
Docteur en Theologie , &
Archidiacre de l'Egliſe d'Arles
, quia mis en Vers Latins
l'Imitation d'Akempis, ſur les
Vers François de M. de Corneille
l'aîné. Cet illuftre
Aveugle les doit bien-toft
donner au Public. Je vous
ay déja parlé de luy dans
quelqu'une de mes Lettres!
C'eſtun Homme fort eſtimé
de tous les Sçavans. Il tra
duit avec une facilité in
1
GALANT-269
croyable tous les Vers François
qu'il ſe fait lire, & on en
a imprimé depuis deux ans
unVolume,qui fait attendro
impatiemment tout ce qu'on
promet de luy.
L'eſprit ſe faifant connoiſtre
de toutes manieres ,
M. de Hautefeüile a fait voir
la folidité du ſien, par le
Traité qui porte pour titre,
1
L'Art de respirerſous l'eau,
le moyen d'entretenir pendant
un temps confidérable la flame
enfermée dans un petit lieu.
Ces deux merveilleux effets
paroiſſent prouvez ſi nette
Zij
270.MERCVRE
ment, dans ce que l'Autheur
en a écrit , qu'il eſt difficile
de ne ſe pas rendre à ſes raifons.
On n'a rien à oppoſer
quand l'épreuve les confirme.
Si les découvertes de cette
nature ſont utiles au Public,
ce qui touche la ſanté doit
l'eſtre encor davantage.C'eſt
à quoy a travaillé M. de
S.Martin de Caën, Docteur
en Theologie en l'Univerfité
de Rome , Protonotaire
dų S. Siege, & Seigneur de
la Mare du Deſert , en nous
donnant le Portrait deM. de
GALANT. 271
Lorme, Premier Medecin de
trois de nos Roys. Ony voit
les admirables effets de ſes
Remedes . Le meſme doit
rendre public au premier
jour un Livre , qui contiendra
les moyens dont s'eſt
fervy ce celébre Medecin
pour vivre prés de cent ans,
& qui fera voir qu'ils font
fondez ſur l'expérience. La
fanté eſtant le plus prétieux
de tous les biens,je ne doute
point que ce Livre ne ſoit
beaucoup recherché , & par
luy-meſme, & par le mérite
de ſon Autheur , à qui per
Z iiij
272 MERCVRE
ſonne ne refufera d'ajoûter
foy. C'est un Gentilhomme
de probite , dont vous avez
veu ſouvent le nom dans
mes Lettres. Les Gazetes,
& le Journal des Sçavans,
ont parlé de luy en beaucoup
d'occaſions.
Apres tant d'Articles ſe
rieux, il faut chercher à vous
réjoüir par quelque matiere
un peu égayée. Rien n'eſt
plus àeſtimer que l'éclat de
la Naiſſance. Elle ades droits.
reſpectez par tout ; mais auffi
rien n'eſt plus inſuportable:
que de voir certaines Gens
GALANT. 273
dont on connoiſt l'origine,
faire les fiers en toute rencontre
de leur prétenduëNobleſſe,
comme s'ils fortoient
d'une Maiſon où l'on comp
taſtdes Gouverneurs de Pro
vince , ou des Maréchaux de
France. Un galant Homme
de S. Geniez en Provence , a
voulu les rendre ſages par
cette Traduction d'une des
Fables d'Eſope. C'eſt à eux.
àprofiter de l'avis .
25
A
274 MERCVRE
255225555e ssssst
LE MVLET.
UN
FABLE ..
N Mulet, vray Gascon, qui
vivoit doucement
Dans un Herbagesans rienfaire,
Se vantoit à chaque moment
De fa nobleſſe imaginaire..
Je ſuis né, diſoit-il, d'une fiere )
Jument,
Qui pouvoit contenter par ſes.
toursde foupleffe
Le plus adroit Cavalier.
Mon Pere eſtoit un Courſier,
Dont le courage égaloit la
vîteſſe;
Je luy reſſemble en cela.
Un Chien qui paſſoit par là,
GALANT. 275
( C'eſtoit, au raport d'Eſope,
Un Chien unpeumiſantrope, )
Luydit d'un ton goguenard;
Compere, allez ailleurs debiter
ces fornetes,
Chacun ſçait icy qui vous
eftes.
Feu Meffire Baudet, ſurnommé
le Paillard,
De ſon vivant paſſoit pourvoftre
Pere;
On m'a meſme aſſuré qu'il le fut
parhazard,
Et que vous n'eſtes qu'un Bâ
tard,.
(Cecy ſoit dit ſans vous dé
plaire, )
Sorty d'un infame adultere..
Se
O toy, qui nous étourdis
De ta nobleffe chimériques
276MERCVRE.
Toy, dont le Perejadis
Au Marché tenoit Boutique,
La mesme choſe t'attend;
Injour tu trouveras quelque maudit
Cynique
Qui pourra t'en dire autant.
J'allois vous parler du Mi
roir ardent qui fait tant de
bruit icy , & que M. Villete
de Lyon montre aux Curieux
aupres de l'Hôtel des
Mouſquetaires , quandM
Comiers, Prevoſt de Ternant
, Profeffeur desMathémathiques
à Paris , a eu la
bonté de m'en envoyer un
petit , dont il m'a fait voir
tous les effers.. Vous les
to
a
te
GALANT. 277
connoiſtrez en liſant la ſçavante
Differtation qu'il a
compoſée ſur ce ſujet. L'excellent
Diſcours que vous
avez veu de luy touchant
les Cometes , dans l'une de
mes Lettres de cette année,
a eſté ſi eſtimé , que fon
nom ſuffit pour justifier la
bontéde ſes Ouvrages.
:
278 MERCVRE
255ssesss 2225225
DISSERTATION
DE ME COMIERS,
SUR LES MIROIRS ARDENS.
Art perfectionne toûjours,
&surmonte mesme fouvent
la Nature. Le Miroir
Sphérique concave que M. Villette
de Lyon montre publiquement
aux Curieux, &celuy que
je vous envoye, le prouventpar
expérience. Laſurface du Miroir
de M. Villette a trois pieds
Sept pouces de diametre. Il
GALANT. 279
reçoit par conséquent ſeize mille
cinq cens lignes quarrées des
rayons du Soleil, qu'il réünit à
trois pieds &demy au devant
de ſoy dans l'espace de dix on
douze lignes . Cet espace de la
concentration des rayons est par
analogie appellé Foyer. C'eft
la veritable image du Soleil.
Elle est si brillante, que lesyeux
ne lapeuventsuporter.
Le feu de la flâme du Soleil
eſtſi violent en ce Foyer , qu'il
embraſe d'abord toutes les matieres
combustibles , & en peu
de momens il fond le fer, l'or,
l'argent , & les autres métaux,
280 MERCVRE
& vitrifie l'argile e la bri
que.
J'ay démontré en d'autres
Discours, que ceprodigieux effet
n'est que la terébration & violent
pouſſement que les rayons
de laſubſtance liquide, dont l'amas
compoſe le Soleil, font en
paſſant ferrez & condensez
dans ce petit eſpace où les Loix
de la reflexion les réüniffent. Il
en arrive de mesme àl'eau, qui
s'élance avec violence d'autant
plushaut dans l'air,quefafource
est plus élevée &abondante,
que le diametre du trou du jet
faitfans ajustage, eftpluspetit.
GALANT. 281
Archimede, dont le ſeul nom
fait lepanégirique , est l'Inventeur
des Miroirs ardens..
:
Cardan affure,fur le raport
d.Antoine Gogava , qu'Archimede
a bien démontré tout ce
qui concerne cette forte deMiroirs.
C'est le mefme Gogava
que le docte Rivaltus dans la
Vie d'Archimede dit avoir esté
1. Interprete de fon. Livre des
Miroirs brûlans..
Perſonne n'ignore que lors.
qu'Appius Marcus Mar--
cellus affiegerent Syracufe , Ville.
• Capitale de Sicile , ce grand.
Archimede ſoûtint luy feul.
Juin1681. Aa
282 MERCVRE
l'effort de la plus puiſſante Ar
mée des Romains. C'est Tite-
Live qui l'affure dans le 4.Livre
de ſa troifiéme Décade. Voicy
ſes termes rendus en nostre Langue
parM. du Ryer. Et il ne
faut point douter que cette
entrepriſe n'euſt eu du ſuc
cés, fans le ſecours d'un ſeul
Homme qui estoit alors dás
Syracuſe. C'eſtoit le fameux:
Archimede, Perſonnage ſçavant
dans la connoiſſance
des Cieux& des Aftres, mais
admirable ſur tout par l'invention
des Machines de
guerre, avec lesquelles il dé من
GALANT. 283
ruiſoit facilement tout ce
que les Ennemis ne pouvoient
faire qu'avec beaucoup
de peines & de grands
travaux. Ce venérable Vieil--
lard combatant mathématique--
ment , auroit luy ſeul forcé les
Romains à lever honteuſement
le Siege, fi le traître Mericus
Préfet d'Acradine , n'eust pas
livré une Porte àMarcellus, qui
avoit ordonné à ſon Armée de
Sauver Archimede, comme le
fruit de la plus glorieuse. conqueſte
des Romains.
Bien des Gens veulent qu
Archimede ait employé lesMis
ةيف
Aaij
284 MERCVRE
roirs ardens pour la défense de
Syracufe, ce qui mérite cette
petite differtation.
Diodore Sicilien dit qu' Ar
chimede brûla les Navires àla
distance de trois ſtades, qui valent
735pas ; mais cet Autheur
ne fait aucune mention duMi
roir, bien que dans le Chapitre.
dupremier Livre des Antiquitez
il ait remarquéque lesEgiptiens
ſeſervoient de laViz d'Archi
mede, pour élever les eaux.
Polibe, qui dansſon 8. Livre
fait le détail des artifices par lefquels
Archimede ſon Contem
porain défendoit Syracuse , ne
GALANT. 285
paxle pointdesMiroirs.
رپ
Les Historiens plus jeuness
que Diodore Sicilien , n'enparlent
non plus que luy , bien que
Tite - Live dans sa troifiéme
Décade , & Plutarque dans la
Vie de Marcellus , ayent écrit
avecſoin l'Histoire de ce quiſe
paſſa au Siege de Syracuse .
Galien dans les premieres
pages deson troifiéme Livre des
Tempéramens, parle en ces termes.
On dit qu'Archimede
embraſa les Navires des En
nemis, par le moyen de ſes
Miroirs brûlans .
Dion. Historien celebre ,
286 MERCVRE
Tzetzez Historien Grec , en
diſent autant.
Zonaras au troifiéme Tome
de ſes Histoires dans Anaftafe
Dicoro , parle comme Galien..
On dit que Proclus , à l'imitation
d'Archimede , fabriqua
dans Byfance , à present
Conftantinople , des Miroirs
brûlans , leſquels eftant expoſez
aux rayons du Soleil,
lancerent des flames qui
confumerent l'Armée na--
vale de Vitalian .
Cardan ayantfupofé ce que
Galien n'avance quepar on dit,
enfeigna en l'année 1559. dans
GALANT. 287
le 4. Livre de la Subtilité, fa
maniere de conftruire des Miroirs
concaves pour brûler à
mille pasloin. Ce fut avecjuste
raison que le Docte Napolitain
Jean-Baptiste Porta , au Cha--
pitre 15. du 17. Livre de fas
Magie naturelle, s'écria Bon
Dieu ! combien Cardan dit
de fottiſes en peu de mots !!
Il ajoûte, Qu'il eſt impoffible
de faire des Miroirs conca
ves qui brûlent à trente
pas loin. Ce que j'ay reconnu
mesme par expérience en
l'année 1653. à Lyon, où j'avois
porté les premiers Miroirs para288
MERCURE
1
boliques. F'en vendis un an
P. Galien Gardien des Corde
liers , avec lequel j'en fis voir
aux Curieux tous les prodigieux
effets, &je leur démontray par
les Mathématiques, qu'au Miroir
ſphérique concave directement
oppofé au Soleil , chaque
rayon refléchy coupe l'axe en un
point autant distant du centre,
queſon point d'incidence est éloi
gné du pôle de l'axe au fonds
du Miroir, & que par conféquent
tous les rayons refléchis
coupent l'axe en des points qui
ne font jamais éloignezdu fond
duMiroir de la moitié du demy
diametre.
GALANT. 289
diametre. Ainsi les rayons qui
tombentſur un mesme cercle du
Miroir, se refléchiffent en un
des petits cercles concentriques
qui forment le foyer ou image
du Soleil; d'où ils'enfuit quele
Miroir concave estant portion
d'une plus grande Sphere , le
foyer est d'autant plus large.
C'est pourquoy laforce de brûler
n'augmente pas en la mesme
raison que le Miroir est d'une
plus grande portion , ou qu'il est
Segment d'uneplus grande Sphére
,&brûle par conséquentplus
lentement,que file Miroir estoit
portion d'une moindre Sphere,
Juin 1681.
Bb
290 MERCURE
afin qu'il eust fon foyer moins
éloigné.
Ce que je viens de vous dire
fait connoiſtre la raison pour laquelle
le Miroir concave de l'illustre
Manfrede Settala Chanoine
de Milan , bien que le
diametre ou corde defafurface
ait trois pieds & demy,
le feu mesme àdu boisſec qu'ane
met
pres le temps qu'il faut pour dire
le Pfeaume Miferere. C'eft
parce que le foyer ou concours des
rayons du Soleil refléchis, quiſe
fait àquinze pas au devant du
Miroir, a trois pouces de diametre
; au lieu que mon petit MiGALANT.
291
roir que je vous envoye , bien
qu'il n'ait ſa ſurface que de
treize pouces de diametre, allume
àl'instant mesme , le bois ſec, &
fondbientoft le plomb, parce que
Son foyer est tres -petit , n'estant
éloigné que de neuf pouces , &
n'eſtant que la vingtiéme partie,
ou 18. degrezd'une Spheredetrois
pieds de diametre ; carfi la portion
du Miroir estoit plus grande
, tout le reſte ſeroit inutile,
ainſi que je l'ay fait remarquer
dans mon Livre de la Duplication
du Cube , imprimé à Paris
en 1677. eftant vray de dire que
puis que le foyer est l'image du
Bbij
292 MERCVRE
Soleil , il doit avoir du moins
demydegré de la SphereduMi
roir, parce que llee plus petit diametre
aparent du Soleil, lors qu'il
est dansſon apogée, estde trente
minutes .
?
Pourdémontrerque l'Armée
navale de Marcellus devant
Syracuse , & celle de Vitalian
devant Conftantinople, ne périrent
pas par les flames des rayons
du Soleil refléchis par un Miroir
concave , il suffit de remarquer
les quatre choſes ſuivantes .
I Que lleessV
231
Vaiſſeaux auroient
dû eftre tres -peu éloignezdes murailles,
auquel cas lefeu d'artifice
GALANT. 293
SYSODOL
appellé Grégeois estoit toujours
utilement employé de nuit &
hour's 20!
de
2° Que les Vaiffeaux auroient
dû estre préciſement à la portée
des Miroirs , c'est à dire à leur
foyer.
TNO
3º Qu'ils auroient dû eſtreſans
aucun mouvement.
4° EEnnffiinn les Vaiſſeaux des
Romains euffent dû eftre entre
la muraille de la Ville & le Soleil
; mais leur incendie arriva
lors qu'ils fe furent retirez dans
un endroit appellé Bocca di
porto, qui est au Septentrion de
Syracufe.
A
Bb iij
294 MERCVRE
Il reste donc à expliquer par
quelle voye Archimede &Proclus
ont brûlé les Navires de
leurs Ennemis, &de remarquer
ce qui a donné lieu d'attribuer
leur incendie à un effet des Miroirs
ardens qu'ils n'ont pú prosquireneurals
i ca
Il est conftant que les Machines
des Anciens lançoient bien
Join du baut des murailles des
Pierres du poids de 250 livresfur
les Affiegeans , comme auſſi de
grands Globes de feu d'artifice
qu'on a depuis appellez feux
Grégeois ; comme on peut encor
lancer plusieurs Grenades à la
GALANT. 295
fois, &mesme des Bombes, par
le moyen d'un Levier mis en
bascule. CesMachines, & ceux
qui lesſervoient, estoient à couvert
au derriere des murailles;
& pour s'aſſurer de leur mire
&de la portée de leurs boulets
de feu d'artifice, ils élevoient en
l'air des Miroirs de métal qui
réfiſtoient aux fleches desEnnemis
; &comme dans unMiroir
on ne peut voir une Perfonne
fansy estre veu , les Ennemis
appercevoient d'abord ces feux
dans les Miroirs , c'est de là
que les Ignorans ont crû que ces
feux confumans qui tomboient
Bb iiij
206 MERCURE
dans les Navires, n'estoient que
Les rayons &fubſtance du Soleil
que les Miroirs refléchiffoient
Jesçay par expérience qu'avec
une douzaine de Miroirs
plans d'un pied en quarré dif
pofiz en telle forte qu'ils reflé
chiffent en mesme temps les
rayons du Soleil ſur un mesme
endroit d'un corps inflamable,
brûlent plus promptement ,
trois fois plus loin qu'aucun Mi
T
roir concave , of jay pris cette
pensée de l'Historien GrecTzet
zez, qui dit que le MiroirdAr
chimede estoit exagone , & le
décrit composé de plusieurs pieces
mobiles .
:
GALANT 297
29
Mais puis queJean-Baptifte
Porta , ce fouvant & expéri
menté Napolitain , affure dans
le 17 Chapitre du 17. Livre
desa Magie naturelle , avoir
trouvé un moyen plus excellent
que ceuxque lesAnciens avoient
inventé pour bruler à telle dif
tance qu'on voudra,parles rayons
refléchis du Soleil, les dardant
en ligne droite commee uunn brandon
defeu au devant & au der
riere du Miroir, qu'il a fait miftere
defon Secret, en ayantparlé
comme font les Chymiſtes de leur
grand oeuvre. Voicy comment je
m'y prendrois pour exécuter tout
ce qu'il avance.
298 MERCVRE
1
F'employerois deux Tubes paraboliques
tronquez , l'un fort
grand, & l'autre tres - médiocre,
dont les foyers se trouveroient
affemblez en un mesme point,
&& dont les axes formeroient une
mesme ligne droite. La grande
ouverture du grand Tube estant
opposée au Soleil , réunira fes
rayons au derriere de ſoy àfon
foyer, où se trouvant , le foyer
du petitTube qui les recevra divergeans
, les fera ſortir en paralleliſme
ou cilindre de flames .
C'est de cette maniere qu'Archimede
auroit brulé l'Armée
navale de Marcellus , fi l'on
GALANT. 299
dit de Galien estoit veritable,
puis qu'elle estoit au Septentrion
de Syracufe. Que fi l'objet qu'on
veut bruler eft entre vous &le
Soleil , metrez la petite ouverture
d'un petitTube parabolique
tronqué , en forte que son foyer
foit précisément au foyer d'un
grand Miroirparabolique concave
, carpar ce moyen il refléchira
en une mince colomne de
feu les rayons du Soleil, &fon
effet fera tres - violent, parce que
dans ce cas le fond du Miroir
qui fait le principal effet , sy
trouve entier.
Mais parce qquu''eenn l'une
300 MERCURE
on
l'autre maniere onfupofe que la
matiere qu'on veut bruler foit
oppoſce au Soleil au devant
au derriere du Miroir , voicy le
moyen de lancer infiniment loin
ces petits cilindres de feu folaire
àdroit ou à gauche , au deſſus
ou au deſſous du Miroir. Mettez
un petit Miroir ſolide parabolique
convexe au devant du
Miroir parabolique concave, en
forte que les foyers de l'un &
de l'autre foient toujours en un
mesme point. Dirigez en fuite
l'axe de ce petit Miroir directement
à l'objet qu'il faut bruler,
car ily pouffera un brandon de
و ل
GALANT. 301
feu des rayons du Soleil qu'il
rend paralleles à fon axe ,
receus ayant ro
les
convergeans fursa
ar-
Vaconvexité.
Voila quelle estoit la
Lunete de Ptolomée avec laquelle
, à ce que dit Porta , il
voyoit deſoixante milles loin
river les Navires . Cecy pourra
encorſervir à expliquer les
ſes Or Baffins de cuivre deTheatre
dont Vitruve parle au 36.
Chapitre , lesquels ſervoient à
porter loin la voix des Acteurs .
Parlons maintenant des autres
effets des Miroirs concaves.
Le premier est d'éclairer or de
découvrir pendant les nuits les
302 MERCURE
1
plus fombres , les lieux & les
objets tres - éloignez, en mettant
laflame d'un Flambeau aufoyer
d'un Miroir, car puis que les
rayons de chaque point du diſque
du Soleilquitõbent phiſiquement
parallelesfur lafurface duMiroir
concave ,ſont refléchis con-
Jontr
vergens , Ό&se ramaſſent en un
foyer; auſſi les rayons de lafláme ones de laflame
du Flambeau miſe dans lefoyer,
tombant divergeans ſur la furface
du Miroir, en feront refléchis
paralleles en une colomne de
lumiere éclatante, dontune baze
eft en laſuperficie du Miroir, &
L'autre fur les objets éclairez.
GALANT. 303
On les pourra en ſuite reconnoiſtre
tres - distinctement par
une Lunete à quatre verres,
dont nous avons donné la conftruction
en l'année 1665. & en
avoir la veritable viſion parfaite
ou veuë distincte , avec un Binocle,
de la bonne &facile conf
truction que Daniel Chorez inventa
& exécuta heureusement,
& qu'il préſenta au Roy en
L'année 1625.
Lesecond effet est de porter
pendant la nuit la plus noire
telles figures ou écritures qu'on
voudrafur une muraille éloignée
de plus de trois cens pas, apres les
204 MEROVRE
avoir écrites en ordre renverſe
fur lafurface du Miroir, & allumant
un Flambeau au point
dufoyer.
Le troifiéme effet est plusfurprenant
; carfi avec de l'encre
ordinaire , qu'on appelle encre
double &bien gommée , vous
tracez quelque imagefur lafurface
du Miroir, vous en jetterez
la repréſentation à plus de
trois cens pas loin, er la faiſant
entrer par une fenestre ouverte
dans une Chambre obscure , la
figure poroiſtra d'une grandeur
giganteſqueſur la muraille,
comme revestuë de gloire , estant
GALANT. 305
parée de mille couleurs que produit
la diférente réfraction
modification de la lumiere .
Le quatriéme effet est plus
ordinaire, quoy que tres -furprenant.
Un objet mis entre lafur
face et le centre du Miroir, pa--
roift hors du Miroir comme un
Fantôme ſuſpendu en l'air, à
ceux qui en font éloignez de
quinze ou vingt pieds. Ainsi
une courte Epée ſemble fortir
plus grande du Miroir pour ve-
Cembl
nir percer te Regardant , qui
peut estre en telle distance qu'il
croira que la pointe luy donne.
dans l'oeil. Si le Miroir deM
Fuin1681. Cc
206 MERCVRE
le paomme
fut di
Villette estoit attaché au plan
cher d'une Salle, en forte quefa
Surface regardaſt à plomb lep
vé , & qu'un Hommefuftdirectement
au deſſous du Miroir,
on le verroit eenn ll''aair & comme
pendu par les pieds. Que fion
met quelque petite Statuë renverfée
au devant du Miroir,
l'image en paroiſtra redreſſée en
Lairpo
NA
Enfinje ramaſſe en unArticle
tous les autres effetsSurprenans
des Miroirs concaves .
L'objet mis entre la furface
du Miroir concave orfon centre
, & l'oeil eſtant ſcitué au
GALANT. 307
X deça du centre il en verra toûjours
l'image droiteplus petite&
plus enfoncée dansle Miroirque
L'objet n'en est éloigné par devant
, & cela plus ou moins,
Suivant les diferentes positions
ou places de l'oeil ; ce qui n'arrive
pas aux Miroirs plans qui
représentent toûjours les objets
auſſi grands &autant enfoncez
dans le Miroir, qu'ilsfont éloignezde
ſaſurface.
Si vous mettez la tefte entre
le centre du Miroir &sa surface,
vous verrez vostre visage
plus grand, dans laſcituation
ordinaire. Eloignez-vous
Ccij
308 MERCVRE
peu à peu du devant de lafur
face du Miroir concave, l'image
de vostre face s'agrandit jusqu'à
devenir d'une taille gigantesque,
&cela est tres commode
pour reconnoistre & remedier
aux defauts du visage , comme
tanes, rougeurs, poils, &c. En
vous éloignant peu à peu,l'imaga
de voſtre visage paroiſtra tou
jours droite , & s'agrandira en
s'avançant ſur la surface concave
du Miroir , juſques à ce
que l'oeil eſtant arrivé au centre
du Miroir, il ne voit quefonch
image qui est auſſi grande que
tout le Miroir. Enfin voſtre ail
GALANT
309
s'eſtant uunn ppeeuu pplluuss ééllooiiggnnéé du
Miroir, il verra voſtre viſage.
encor fort grand , mais renverse
hors du Miroir ; & à mefure
que que vous vous en éloignerez
davantage , la grandeur de
l'image diminuëra juſqu'à devenir
égale à voſtre visage, &
enfin elle paroiſtra d'autantplus
petite que vous vous éloignerez
davantage du Miroir.
Le Miroir eftant couché ho
rizontalement ſa concavité enbaut,
un objet ou ftatuesuspenduë
à plomb ſur ſa concavité
entre ſa ſurface & son centre,
vous paroiſtra droite ou renver310
MERCVRE
1
fée,ſuivantque vousferezplus
ou moins éloigné du Miroir.
Enfin il me souvient qu'en
1653. je fis travailler pluſieurs
Verres plans-convexes que j'étamay
du coſté de la convexité.
Ainsi ces Miroirs avoient les
proprietez des Miroirs plans
avec cellesdesMiroirs concaves .
F'en fis préſent au Pere Ignace
Baudetde Grenoble , Fefuite,
pour porter aux Indes , où il
alloit avec le P. Alexandre de
Rhodes , l'Apoftre du Tunquin,
ma ſanté ne m'ayant pú permettre
de les y accompagner.
1
GALANT. 311
Il n'y a perſonne qui ſe
puiffe croire exempt de Procés,
apres celuy qu'on a fait
àun Cavalier d'une des plus
belles, & plus grandes Villes
du Royaume. Une jeune
Veuve, dont la beauté & le
bien égaloient l'eſprit , ne
put eſtre veuë de celuy dont
je vous parle , ſans qu'il en
reſtaſt charmé. Son mérite
luy attirant tous les jours de
nouveaux Adorateurs , il ſe
mit du nombre , & n'oublia
rien de ce qui pouvoit luy
prouver ſa paffion. Il prit
d'abord un Apartementvoi
312 MERCURE
fin du fien ,& cette commo
dité luy donnant occafion
de la voirà tous momens, il
fit fi bien par ſes ſoins, que
ne pouvant plus réſiſter à ſa
tendreſſe , elle luy promit de
l'époufer , dés qu'elle auroit
terminé quelques affaires
qui l'appelloient à Paris. Le
Cavalier l'y accompagna , &
comme l'amour est ennemy
de l'épargne , il luy procura
tous les plaiſirs qu'elle pouvoit
ſouhaiter. L'Hôtel garny
où elle logeoit , eftoir
remply de Provinciaux de
toute eſpece. Il s'y trouva
des
GALANT. 313
des Plaideurs , & la confor
mité de fortune demandant
une confidence reciproque,
elle leur conta le ſujet de fon
Procés, & apprit d'eux ce qui
les faifoit plaider. Parmy ces
Provinciaux, eſtoit unAvanturier,
qui quoy qu'il payaſt
affez peu de mine , ne laiſſa
pas de s'infinuer dans ſon
eſprit par les offres d'un fecours
qui luy fut utile aupres
de ſes Juges. C'eſtoit un
Homme expérimenté dans
les Affaires . Il en avoit eu de
toutes les fortes , & à force
d'employer les fubtilitez de
Juin 1681. Dd
34. MEROVRE
chicane ,il eſtoit venu à
bout de ſe ruinerolComme
il connoiſſoit le Rapporteur
de la Belle ,il fut fon Solliciteur,
&les foins qu'il prit de
luy expliquer l'affaire, curent
un ſuccés ſi avantageux ,
qu'en fort peu de temps elle
gagna ſon Procés. Jugez de
la joye du Cavalier. Hife
loüoit du bonheur d'avoir
choiſy cette Auberge , &
plein de recónoiſlance pour
ce qu'avoit fait l'Avanturier,
il le nommoit à toute heure
le meilleur de ſes Amis Tan
dis que la Belle faifoit taxer
GALANT: 315
ne
les dépens,fil eut quelques
ordres à donner enNormandie.
L'Avanturier qui avoit
ſes fins , & qui ne cherchoit
qu'à rétablir ſa fortune,
laiſſa pas perdreun temps fi
commode. Il le ménagea
fi adroitement , qulayant
ébloüy la Veuve par de certains
airs du monde que fait
acquérir la longue pratique,
il luy promit de la ſuivre , f
elle rompoit avec ſon Rival.
L'abſence fortifiant ſa legereté,
elle luy donna parole de
n'aimer jamais que luy. Le
retour du Cavalier ne laiſſa
Ddij
316 MERCVRE
pas ddee luycauſer de l'inquiétude.
Elle ſe feignit malade
pendant quelques jours, afin
qu'il ne pût s'apercevoir que
la froideur qu'elle luy marquoit
venoit de fon inconſtance.
Il la remena dans la
Province , apres avoir fait
mille complimens à ſon Rival
, qquuii ſupoſa quelque affaire
qui l'obligeoit à ſe rendre
au meſme lieu peu
a

de
la
temps apres. C'eſtoit un prétexte
pour aller trouver
Belle. Dix ou douze jours
Sou
1107
eſtoient à peine paflez , que
l'Avanturier partit. Le Ca
GALANT. 317
valier luy fit tout l'accueil
favorable , & l'auroit logé
chez luy, fi le party l'euft accommode
; mais le deſſein
qu'il avoit, nepermettoit pas
qu'il acceptaſt l'offre. La
Belle, avec qui la choſe eſtoit
concertee prit occafion
d'une bagatelle pour fermer
fa Porte au Cavalier. Ce fut
un divorce qui l'étonna peu.
Quelque emportement qu'-
elle euft fait paroiſtre , il crut
qu'il ſeroit de peu de durée,
& qu'elle mefme le rappelleroit
apres la chaleur des premiers
tranſports. Le ſuccés
Ddilj
318 MERCVRE
fit voir qu'il l'avoit fort mal
connue. Elle tint parole à
l'Avanturier, conclut en trois
jours fon Mariage , & l'épouſa
ſi ſecretement , que le
Cavalier n'en appritrien que
quand fon malheur n'eut
plus de remede. Cette trom
perie l'irrita fi fort, qu'il n'eſt
point d'éclat qu'il ne vouluft
faire. Ses Amis luy firent
ouvrir les yeux ſur l'avantage
que la Belle en tireroit. Il ſe
rendit à cette raiſon, & jugea
plus àpropos de montrer par
quelque Feſte , que la perte
d'une Inconftante ne méri
GALANT 319
toit pas qu'il s'en affligeaft.
Ainſi il fit un Régal à quel
ques belles Voiſines , & af.
ſembla huit de ſes Amis pour
dancer le foir. L'Apartement
qu'il avoit eſtant voisin, de
la Maiſon de la Belle , elle
fut témoin de cette Réjoüif
fance. Quelque injuftice
qu'elle cuft faite au Cavalier ,
elle vouloit qu'il la regretaſt,
& ne luy pouvoit fur tout
pardonner qu'il euſt prié du
Regal fa fa plus mortelle EnnemienGichoit
une Dame
qu'elle haïffoit par des intéreſts
particuliers. Ce qui
D dij
320 MERCURE
redoubla fon reffentiment,
ce fut l'aſſemblage de quantité
d'Inſtrumens que l'on fit
joüer toute la nuit. Quelques-
uns eſtoient champeſtres
; & comme ils formoient
une Muſique d'un
accord itrégulier, elle donna
le nom de Charivary à ce
Concert, & prétendit qu'ef
tant Veuve , on ne le faifoit
que pour l'infulter. LeMary
entra dans ſes ſentimens , &
voulant comme elle que les
divers ſons qu'il entendoit
fuſſent un Charivary , que
ſon veuvage luy euſt attiré,
GALANT 321
il ſe fit un point- d'honneur
de luy faire avoir réparation
de cette injure. Dés le len.
demainil coucha ſa plainte,
& comme il ſçavoit parfaitement
le tour de la Procédure,
il en donnaun ſi apparent
à la prétenduë offence
que le Cavalier luy avoit
faite , qu'il obtintDecret de
priſe de corps , non ſeulement
contre luy,mais contre
les huit Amis qu'il avoit traitez
le ſoir précedent. La
Femme vouloit qu'on y
compriſt les belles Voiſines
qui avoient eſté de la partie,
322 MERCVRE
mais c'eſt ce qu'en vain elle
demanda aux Juges. Les
Parties ont appellé à Paris de
ee Decret , & avec quelque
chaleur que les nouveaux
Mariez faffent leurs pour
fuites , il y a grande appa
rence qu'ils n'en tirerontaucun
autre fruit que de s'eſtre
fait Charivary à eux meſmes,
par l'éclat des plaintes qui
ont formé le Procéstmusy
: Les Ambaſſadeurs& Envoyez
Extraordinaires qui
font en cetteCour , joüiffent
entr'eux de la tranquilité de
la France , & comme cet
GALANT. 323
323
heureux calme eſt un grand
attrait pour les plaiſirs , ils
ont recommencédepuis Paſ
ques à ſe traiter comme ils
avoient fait pendant tout
l'Hyver. M. l'Ambaſſadeur
de Dannemarck a renouvelé
le premier ces fortes de
Feftes. Je vous ay ſouvent
parlé de luy , & vous ſçavez
que depuis qu'il eſt en ce
Royaume , il y a paru avec
tant d'éclat , qu'il feroit fort
difficile de porter plus haut
qu'il fait la gloire du Roy
fon Maiſtre . Mile Comte de
Mansfeldt, Envoyé Extraor
324 MERCVRE
dinaire de l'Empereur , qui
n'avoit point encor donné
de Régal, s'en acquita quelques
jours apres avec une
fomptuofité digne de luy.Il
eſt Gouverneur de Vienne,
& l'un des grands Seigneurs
de l'Empire. Il a épousé la
Veuve de Mile Duc de Lorraine
, de la Maiſon d'Apremont:
эта
On vient de me dire ( &
je croy , Madame , vous en
devoir avertir ) que M. de
Monchaux - Foncquevillers,
ayant eſté obmis au nombre
des Gentilshommes qui ont
1
GALANT 325
eu féance à la derniere Con
vocation des Etats d'Artois,
quoy que depuis le Traité
des Pyrenées il ait chaque
année dignement remply ſa
place dans cette Aſſemblée,
& qu'ilait eſté ſouvent honoré
de la Députation en
Cour pour les Etats & pour
l'Ordre de la Nobleſſe,
comme auffi de pluſieurs
Commiffions importantes
au ſervice duRoy & au bien
de la Province, Sa Majesté
bien informée de ſa naif.
fance & de fes mérites , a
donné ſes ordres pour repa
326 MERCVRE
rer cette obmillion, & luy
faire expédier ſes Lettres de
Convocation aux Etats, ainſi
que par le paſſé.
Il y a déja quelque temps
quejevous ayappris la mort
de Mile Camus-
Clos
Controlleur general de l'Artillerie.
Ses Emplois qu'il
rempliſſoit avec autant de
fidelité que d'exactitude,
ayant efté donnez à Mile
Camu'sBeaulien
fon Frere,
Intendant en Rouffillon , il
en eſt partypour venir icy les
exercer. Vous ne sçauriez
croire combien il eſt regreté
٦
GALANT. 327
dans la Province, & fur tout
a Perpignan. Il rendoit juftice
àtout le monde, & l'on
aveu fort ſouvent ceux qu'il
condamnoit , ſortir auſſi ſatisfaits
d'aupres de luy, que
s'il leur euſt donné gain de
Cauſe. Il faifoit vivre tous
les Gens de guerre dans la
plus exacte diſcipline. Tous
les Regimens ont aſſemblé
leurs Officiers , qui ont eſté
le complimenter en Corps,
avec de ſenſibles témoignages
du veritable chagrin que
leur cauſoit ſon éloignement.
On ne peut eſtre ſi
328 MERCVRE
genéralement eftimé , ſans
un grand fond de mérite.
Le Pere EftienneGirardin,
Religieux Profés du Royal
Monaftere de Sainte Croix
de la Brétonnerie à Paris, &
Chanoine Régulier de S. Auguſtin,
a eu depuis quelques
jours l'agrément du Roy,
pour l'Abbaye de Beaubec,
Dioceſe de Roüen . Il eſt
Frere de M. Girardin Lieutenant
Civil, & a efté Prieur
du Verger en Anjou, Ordre
de Sainte Croix , & en ſuite,
de S.Urfin au Païs duMaine,
de la meſme Congrégation.
GALANT. 329
Si la justice qu'on luy a
rendue cauſe de la joye , la
perte de Mil'Abbé de S.Firmin,
eſt ungrand ſujet d'af--
fliction pour tous ſes Amis.
Quoy qu'il fuſt d'une qualité
fort diftinguée , on peut le:
mettre au nombre de ceux
qui donnent plus d'éclat à
leur naiſſance , quelque il--
luſtre qu'elle ſoit, qu'ils n'en
reçoivent eux-meſmes: Peu
de Perſonnes l'ont jamais
entretenu, ſans trouver lieu
d'admirer ſa profonde éru--
dition dans les plus hautes
Sciences . La douceur & la
Juin1581.. Ee
2
330 MERCVRE
netteté de fon efprit , qui le
faifoient entrer dans toute
forte de caractere , luy atti
roient l'amitié de tout le
monde ; & fa modération à
ne ſe pas plaindre meſme de
ce que des accuſations préci
pitées luy avoient pû fufciter
de plus cruel , eſtoit une
choſe qu'on ne pouvoit voir
fans étonnement. Quoy que
fa mort ait eſté fubite ( elle
eft arrivée le 19. de ce mois)
elle n'a point, ce ſemble,
eſté impréveuë pour luy,
puis que depuis fort long.
temps il s'y diſpoſoit par une
GALANT. 331
à le
entiere ſéparation du monde
, qu'il évitoit avec d'autant
plusde foin , qu'on eftoit
par tout empreſſé
chercher. Il a compoſé divers
Ouvrages également
admirez & approuvez des
Sçavans. Je pourray une
autre fois vous en faire le
détail. Il eſtoit Frere. de M
le Préſident de la Coſte
Homme d'eſprit & de mé
rite,de la Maiſon de Simiane,
qui eſt diviſée en quatre:
Branches , ſçavoir , de Gordes
; de la Coſte à Grenoble,
de Simiane en Provence,&r
Eeij
332 MERCVRE
de Pianeſſe en Piémont. Ja
mais il n'y eut tant d'union
dans une Famille , qu'entre
ces deux. Freres . Madame
de la Coſte , de l'illustre &
incomparable Monaftere de
Montfleury, eſt leur Soeur .
Je ne ſçay , Madame , fi
ce Monastere vous eft con
nu. Il eſt de l'Ordre de
S. Dominique , fondé par
une Princeſſe Dauphine il
y a plus de quatre cens ans,
Onn'y reçoit que des Filles
de tres-haute qualité. Aufſi
ne , peut- on avoir unmeil.
leur Titre dans une Maiſon
GALANT. 333
1
less
que de faire voir qu'on a
une Fille àMontfleury. Chacune
de celles qui ont vingt
années de Religion, ynomme
pour une place; &
Religieuſes qui en ont quarante
, y peuvent nommer
pour deux. Rien n'eſt recherché
avec plus d'empreffement.
Cette Maiſon eſt à
une demy- lieuë de Grenoble,
au chemin de la Chartreuſe,
ſur la cime d'une petite
Montagne de Roc. Le
terrainy eſt tellement preſ--
fé , qu'on n'a pû trouver
moyen d'y faire unCloiſtre -
334 MERCVRE
quarré , quelque petit qu'il
puſteſtre. La Communauté
eft gouvernée par une Prieure
triennale, felon la Regle
de l'Ordre ; & celles qui la
compoſent,ſe ſont toûjours
confervées dansune fi gran
de pratique d'humilité, que
Iors de l'Election, bien loin
d'y avoir des brigues, il faut
ſouvent employer l'autorité
des Parens pour faire accepter
le Commandement à
celle qui eſt éleuë. La char
mante ſituation de ce Monaftere
, qui paſſe pour une
des plus belles choſes de
1
GALANT 335
l'Europe , fait que perſonne
ne vient ou ne fort de France
par les Alpes, qui n'aille en
viſiter la Terraſſe. Au bas,,
&vis- à vis de cette Terraſſe,
eſt la fameuse Vallée deGrifivaudan,
qui regne depuis
Chamberry juſques à Grenoble
, & qui fait par ſes
Prairies & fes Plants les plus
beaux effets du monde au
bord de l'Iſere. Cette Riviere,
qui forme une veritable
Fleur-de- Lys vis- à-vis de
Montficury , va paſſer au
Pont de Grenoble , & de là
ſe joindre au Rhône aupres
de Valence
336 MERCVRE
Meffire Frederic-Henry
de Gaffion , connu par fa
naiſſance , par fon mérite,
& par les Emplois qu'il a
eus au ſervice des Eſpagnols
dans leurs guerres contre le
Portugal, eſt mort aufli de--
puis quelques jours. Il fembloit
avoir le don de toutes
les Langues , & n'eſt pas
moins regreté des Sçavans
que des Gens de piete, qui
Veſtimoient fort à cauſe du
zele qu'il a toûjours fait paroître
depuis fon abjuration,
pour l'avancement de laFoy.
Il a des Freres au ſervice de
Sa
GALANT. 337.
Sa Majesté, dont toutes nos
Relations ont parlé avec
éloge ; & quoy qu'il ait
porté les armes pour les Ef
pagnols , ce n'a jamais eſté
contre la France .
Le Sacré College diminuë
en nombre de jour en jour,
&la mortde Mile Cardinal
Picolominiyvient de laiſſer
une vingt- fixiéme Place vacante.
Il eſt mort le 24. de
l'autre mois à Sienne, où il
eſtoit né en 1607. Apres
avoir efté Chanoine de Saint
Pierre, il fut ſacré Archevef
que de Cefarée en 1656. &
Juin 1681. Ff
338 MERCVRE
cur en ſuite l'Archeveſché
de Sienne , dont il ſe démit
en1673. en faveur de M.Picolominiſon
Neveu. Ila eſté
Nonce en France pendant
ſeptans , & à fon retour à
Rome, Sa Sainteté le fit Légat
de Ravenne , & depuis,
Secretaire de ſes Brefs. Aléxandre
VII l'avoit creé Cardinal
de St Pierre in Monte
aureo en 1664.
4
4
La Feſte de S. Quentin,
Patron delaVillede cenom,
y fut celebrée le 2. del'autre
mois avec les ceremonies
dont je vous fis part la derGALANTA
332
D
l
niere année. Ainfi je laille
tout ce qui regarde la Proceffion,
pour vous dire qu'a
pres le Service de l'Eglife, les
plus distinguez de la Jeuneſſe,
tous tres-bien mon
tez,&dansun leſte équipage,
te rendirent au Lieu que
MA de Ville avbient choify
pour laCourſe hors la Porte
deCambray H eſtoit envi
ronné de tout ce qu'il y avoit
alors debeau monde de l'un
&de l'autre Sexe, & à Saint
Quentin , & aux environs,
chacun eftant accouru pour
joüir de ce Spectacle. Si- toft
Ff ij
340 MERCVRE
que M.de Chalvoix, qui fait
cette année l'exercice de la
Charge de Mayeur, & deux
Echevins , tous trois Juges
de la Courſe, furent arrivez ,
les Chevaliers qui en devoient
difputer les Prix, allerent
ſe mettre ſur une meime
ligne à un bout de la Carriere
, qui eftoit longue de
350 pas, & large de 150. Les
Trompetes & les Timbales
qu'on avoit placées d'un
cofté , & aufquelles répondoient
de l'autre, les Violons,
les Tambours , & les Hautbois,
furent quelque temps
293loude
GALANT 34.1
un fort agreable divertiſſement
pour la Compagnie.
Enfin on n'eut pas plutoſt
donné le ſignal, qu'ils volerent
tous à l'autre bout de
cette Carriere. Ils coururent
trois fois de la meſme force.
M. de la Mareliere gagna la
premiere des deux Couronnes
, appellées des Dames;
M.Botte, la ſeconde, (il avoit
eu la premiere l'année précedente
; ) & M. Desjardins,
auſſi adroit que bien fait de
ſa perſonne,remporta la prin
cipale, qui eſt une Bague que
leMayeur donne. Ces Cour
Ff iij
342 MEROVRE
tour
ſes faites, ils rentrerent dans
la Ville aveć grande pompe,
ce dernier ayant la droite,
comme nouveau Roy , fur
M. Bellor , qui l'avoit efteil
y a un an. Ils firent le
de la Ville, & des décharges
en pluſieurs endroits; lapremiere
, en paſſant devant le
Logis de M. Dabancourt
Lieutenant de Roy , & Com
mandant dans la Place en
Tabfence de M. Pradel qui
en eſt le Gouverneur ; deux
autres, en entrant &en fortant
de l'Eglife , oùilsallerent
remettre la Couronne
GALANT. 343
entre les mains du Tréforier
qui les attendoit ; & enfin
devant la Maiſon de leur
nouveau Roy , qu'ils remenerent.
Ils continuerent ces
décharges pédant un Soupé
qu'ils avoient fait préparer
pour toute leur Troupe , &
qui dura juſqu'à trois heures
apres minuit. Le Dimanche
14. du meſme mois, jour deftiné
pour courir la Bague, ils
ſe rendirent à une demyxlieuë
de la Ville , dans le mef
me ordre & avec le mefine
concours de monde qu'il y
avoit eu le jour de la Feſte.
وہ
Ffij
344MEROVRE
M. Deflandes remporta le
Prix , qui estoit auffi une
Bague. Le foir il y eut en
cor un magnifique Soupé,
auquel fucceda le Bal qu'ils
donnerent aux Dames chez
M'le Mayeur. Mademoiselle
de Chalvoix ſa Fille qui eut
le Bouquet , en fit les honneurs.
Il fut ſuivy d'une tres
belle Collation, que ceMagiſtrat
leur préſenta
Les vrays Mots des deux
Enigmes du dernier Mois,
& les noms de ceux qui les
ont trouvez , feront unAr
ticle dans ma Lettre Extra
GALANT 345
ordinaire que vous aurez le
15. de Juillet. Ce qui me furprend
, c'eſt de voir que la
ſeconde n'ait encor efté expliquée
dans ſon veritable
Sens , que par une feule
Perſonne , qui a ſuivy l'opinion
de Deſcartes touchant
les Machines de Philofophe.
Cette opinion eſt ſi connue,
qu'elle devroit peu embaraffer.
Voicy deux autres Enigmes,
qui eſtant moins obſcures
que cette derniere, ne
feront pas tant reſver ceux
qui ſe plaiſent à ce Jeu d'ef
pric
346 MERCVRE
ENIGME
A
Vay quejefois fort redoukable,
Tom le monde à l'envy me donne de
L'employ.
Jefers au Lit comme à la Tables
Etfije remplis tout d'effroy ,
Lors qu'unefoisje me rends intraitable,
Jesuis d'un commerce agreable,
Quand on metla regle chez moy,
Pour la difcrction, ilne s'en trouve
guére
Qu'à la mienneonpuiſſe égaler.
Billet, Lettre importante , ou d'ar
mour, ou d'affaire,
Qu'onm'enfaffe dépositaire,
Jamais on n'en entendparler.
GALANT. 347
AUTRE ENIGME.
Nmevoit tous les jours habiterde
baslieux. ON
JesCuuiisspourtant de tres hauteorigine.
Souvent cachéſans que l'onm'examine
Tant jefçay bien tromperles yeux,
Famaſſe quelque temps des armes pour
cambatre
Puis tout-à coup jefais
quatre .
leDiableà
L'Ennemy que je crains leplus,
N'ayantpoint lors deforces preſtes
Pourarreftermes rapides conquestes,
Partout en moins de rice j'emporte le
deffus
Dans les maux que jefais je montre une
amedure
Quifait connoiftre lanature
De l'inflexible Pere à qui je dois tejour.
Commeparlà ma Mere luy reſſemble,
Ilsne s'approchent point que pourſe
batre ensemble,
Fugezde moy quiſuis lefruit de leur
amour.
348 MERCVRE
Une belle & jeune Dame eft
A
en peine de ſçavoir ce que lay
veut faire entendre un de fes
Amis , par ces mots qui font la
fin d'un Billet qu'elle en areceu
Adieu , Madame, sije voulois vous
dire la centiéme partie de ce que je
pense, je n'aurois pasaffez
pier.-
de pa
Cerrait
vous dira le reste. Elle prie ceux
qui s'apliquent à deviner les Enigmes&
les Chifres du Mercure,
d'avoir la bonté de luy expli
quer ce que ſignifie cette fin de
Lettre qu'elle n'entend pas. En
voicy une dont le caractere aifé
me paroiſt devoſtre gouft. Elle
eſt d'un Homme d'eſprit, écrite
à une jeune Perſonne qu'on dit
qui n'enmanque pas..
1
;
BSGALANT. 349
A MADEMOISELLE D. L.
3
Ay bien affaire que vous m'em-
3
douceur à d'affez jolies Maîtreſſes
que l'on voit icy de temps en temps.
Pourquoyfaut-ilvous avoir toûjours
devant les yeux ? Ce qui ne s'adreffe
point à moy ( me ditesyous)
autant deperdu. Eft - il au ?
monde une plus belle Perfonne?
que moy ? Je vous fais l'honneur
de vous confiderer. Je ſuis bienaiſe
de vous voir quand vous
eftes à Paris .Je reçois volontiers
de vos nouvelles. Je vous écris
quelquefois . Eft- il poffible, mon
pauvre Amy , que cela ne vous
tienne pas plus au coeur que tout
ce que vous pouvez trouver d'a
350 MERCURE
:
greable en Province to Vous ne
dites que trop vray , c'est dontje
Suis d'avis de me plaindre.
Depuis que je reſſens vos coups, us
Je demande en amour trop de délica
2
Si je nepenſois point àvous, Jo'b
Jen'aurois jamais de tendreſſe
ou plutoſtj'en aurois qui neseroitpas
àlaveritéfibien placée, mais avec
Laquelle je vivrois peut - estre plum
tranquillement. Choſe étrange, que
nous n'aimions jamais ce qui nous
eft propre ! Vousferiez cent fois plus
difficile à connoistre que vous ne
Festes , &ily auroit la moitiéplus
de distance entre vous & moy qu'il
n'y en a , que je vous regarderois
toûjours fans comparaison, & que
jefcrois toute ma vie plus que per
Souannccdu monde, Vostre tres,&c. -
f
GALANT 391
Mademoifelle Perraut a époufésMs.
leMarquis de Chabane , Fils aîné de
M. de la Marie, Premier Ecuyer de
Monfieur le Prince . On dit qu'elleluy
apporte pres de deux millions deBien.
La Ceremonie du Mariage fut faite
ces derniers jours àl'Hôtel deCondé,
d'où les Mariez allerent coucher à
StMatribus ob devisjon
Son Alteſſe Seréniſſime Monfieur
le Duc a du fix acces de fiévre au commencement
de ce mois. Le premier a
dure huitheures, &les cinq autres ont
toûjours diminué. Ce Prince eſt préfentement
àChantilly, où il prenddes
EauxdeForges.
On dit merveilles des Fruits que les
Peres Capucins font à Troyes, où ils
font en Miffion. Ils établiſſent, avec
un zele fi perfuafif, la folidité des Ve
irezad Chriftianiſme, & font ſibien
voir le peu de fondement qu'il faut
faire fur les avantages que promet le
monde, qu'on ne ſçauroit les entendre
ſans demeurer convaincu qu'il n'y a
352 MERCVRE
qu'une ſeule choſe neceflaire. Dans
cette penfée chacun ſe détachede ſoymefme,
& ce changement en cauſe un
ſigrand dans toute la Ville, qu'on n'y
voit par tout que mortification &penitence.
Plus de plaifirs, plus de promenades
, plus de divertiſſemens. Les
Filles les plus capables de ſe faire ai
imer , font les premieres à donner l'exemple.
Elles courent s'enfermer dans
les Convents ; & les Meres, bienloin
deſoûpirerde leur perte, font voir par
leur joye combien elles font touchées
de leurbonheur. Heureux, qui peut en
ufer de cette forte. Adieu, Madame.
Jene ſçaurois mieux finir que par un
Article ſi édifiant. Il me reſte encor
pluſieurs Memoires , que je réſerve
pour le Mois prochain. Je ſuis,&c.
: AParis ce30. Fuin 1681 .
Je viens d'apprendre la mort de
Madame de Fontange.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le