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1687, 03 (partie 2, Actions de graces pour la guerison du Roy) (Lyon)
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Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JE
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1
25414
1241
fiche faite en 1967
801126
#
lize on Vite.
(Jean Pornean)
ACTIONS
801126
DE GRACES
POUR LA
GUERISON THEQUE
DE
D
LYON
UROY.
29*1895
*
B
+COLLEG
LUGDUN
ALYON
,
LYON
SLIOTHEQUE DE LA
за
ATTIA
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DU ΚΟΥ.
AU ROY.
S
IRE ,
(
Je n'aurois pas mis l'augustenom
de vostre Majestéàla teſte de ce
Volume , ſi l'on n'y trouvoit dans tou.
tes les pages les tranſports ardens .
&les témoignages respectueux du
plus fort amour que jamais Sujets
ayent eu pour leur Souverain . Il ne
a z
EPISTRE.
renferme que des actions de graces
renduës à Dieu pour l'entier réta
bliſſement d'unefantéſiprécieuseà
tout l'Univers , & des Festes qui
ont marqué la joye que vos Peuples
ont fait paroiſtre pour un bonheurfi
ardemment defiré. L'un & l'autre
s'eſt veu de tout temps , on a toû
jours rendu des graces publiques
dans tous les Temples , & elles ont
eſté ordinairement ſuivies de Fefleséclatantes
. Cependant , SIRE ,
dans une conjoncture pareille à
celle-cy , on n'a jamais oüy parler
de rien qui ait reſſemblé en la moindre
partie de ce qui vient d'estre
executé par vos Peuples. L'en ay
deja parlé pendant pluſieurs mois,
& quand j'ay cru cette matiere
épuisée , elle m'a encore fourny dequoy
remplir un Volume beaucoup
plus ample que les precedens. Iln'est
pas difficile d'en rendre raison.
EPISTRE.
Iamais on n'a veu de Festes publi.
ques , accompagnées defi glorieuses
circonstances pour les Souverains,
qui en ont esté l'objet. Quand les
Villes ſuivoient autrefois les ordres
qu'elle avoient là deſſus,les Corps &
les Particuliers prenoientſeulement
part à l'allegreſſe publique ; mais
aujourd'huy les uns & les autresse
Sont imposé les mesmes devoirs que
les Villes entieres. Il est inoüy qu'on
ait jamais decoré des Eglises en
France, pour des actions de grace
decette nature , avec des ornemens
qui n'ayent regardéque l'Histoire du
Princepour lequel elles ont estérenduës.
C'est ce qui s'estfait pour V. M.
Les Deviſes n'ont pas seules esté
affezfortes au gréde la pluſpart de
vos Sujets , pour bien exprimer la
grandeur de vos actions. Ils ont voulu
que des Tableaux les reprefentaſſent
,sans que ces actions toutes
ลี 3
EPISTR. E.
merveilleuses fuſſent voilées parces
ingenieuſes obscuritez qui ſemblent
les cacheraux Peuples , lors qu'elles
les découvrent aux Sçavans , & ne
vous pouvant avoir pour témoin de
laferveur deleur zele , il ont placé
le Portrait de V. M. dans tous les
Temples où ils ont prié , & dans tous
les lieux, où ils ont fait éclater leur
joye , afin que leurs yeux euffentle
plaisirde voir le Prince, dont l'Image
eſtſi profondement gravée dans
Leurs coeurs. Mais , SIRE, tout cela
n'approche point encore de ce que
leur Zele ingenieux a inventé de
nouveau en cette occafion. Iamais
l'Eloge d'un Prince vivant n'avoit
Servy de matiere à des diſcours en -
tiers , prononcezdans la Chaire de
verité , & c'est ce qu'on vient de
voir, preſque dans toutes les Eglifes
de ce Royaume. On a crú ( ở on l'à
crû avec beaucoup de raison ) qu'un
EPISTRE.
Monarque qui a dompté l'Herefie,
estoit digne d'eſtre loüé dans un lieu
où l'on n'a juſques icy entendu que
les Eloges des Morts & les Panegyriques
des Saints . Plus ces finceres
& brillants Portraits d'une partie
de vos vertus rempliſſoient les
coeurs de la haute idée que chacun
doit avoirde V. M. plus les prieres
devenoient ferventes. Ceux de voς
Peuples qui nesont pas d'un cara-
Etere à s'inſtruire parla lecture des
miracles d'une vie si glorieuse , &
qui n'en sçavent ſouvent que ce
qu'ils en entendent dire à leurs
égaux , quoy qu'ils euſſent pûs'imaginer
de la grandeur de V. M. ont
pour ainſi dire trouvé un nouveau
Roydans les loüanges qu'ilsont entenduës,
&en voyant denouveaux
Sujets d'amiration pour eux, ils ſe
font fentis échauffez d'un nouvel
amour pour V. M. Les Etrangers,
ã 4
EPISTRE.
chacun dans la Villeoù il s'est trouvé,
ont appris parce qu'ils ont oüy
qu'ils ne vous connoiſſfoient pas enco
re tout entier , & ces éloges pronon_
cez en mesme temps par toute la
France dans la Chaire de Verité, &
par des perſonnes d'une pietéreconnuë
ont produit des effets que l'Hitoire
journaliere , laquelle j'ay
l'honneur de travailler portera juf
que dans les pays les plus reculez.
Cen'est pas, il est vray cette grande
Histoire que l'on conſerve dans toutesles
Bibliotheques , & qui perce
tous les Siecles ; mais cette Histoire ,
toute recherchée quelle est par les
perſonnes d'un certain caractere, est
neanmoins souvent inconnue aux
Peuples ,parce qu'elle est au deſſus
de leur esprit. Mon ouvrage n'est
qu'un IournalHistorique , pourlequ
quel je m'étudie à chercher jusqu'à
la moindre action de V. M. Comme
EPISTRE.
il estsimple & naturel, & qu'ilne
paroist que par des morceaux affez
courts pour estre lus , ileſt veu de
tous les Peuples ; & à mesure que
lesactions de V. M. brillent à nos
yeux, il les porte dans lefond des
coeurs ainſi que dans lefond des plus
éloignezClimats. Si tous ce que la
joye du parfait retour de voſtre
Santévient de faire entreprendre
àvos Peuples , n'a jamais eu d'exemple,
c'est parce qu'il étoit iufte
qu'on fit quelque chose de nouveau
pour un Monarque qui n'a jamais
eu de pareil. Toute la France doit
s'applaudir de s'eſtre ſervie de cette
occafion pourfaire connoiſtre à tou
iuſqu'on va pour
te la Terre ,
vous la force de son amour. Vous
eſtiezbien redoutable , SIR E, par
lagrandeur de vostre courage ; par
les iuftes mesures que vous prenez
Surtous ce quiregarde la guerre,
parvos Troupes toûjours preſtes à
EPISTRE .
dre
د
executer vos ordres er toûjours vi-
Etorieuses ; mais toute l'Europe doit
vous trouver beaucoup plus àcrain
avec ce puiſſant amour de
vos Peuples , qu'avec tous les
avantages que ie viens de marquer
, & si vous aviez un auſſi
grand defir de conquerir l'Univers
, que vous en avez d'y établir
la tranquilité , il devroit plus apprehender
, en vous voyant si generalement
aimé d'une Nation fi fi
delle ,fi belliqueuse & si preste à
vous ouvrirſes tresors , & à répandreſonſang
pour vous, que fi vous
eſtiezàla teſte des plus nombreu-
SesArmées,fans eftre aimé autant
que vous l'eſtes Mais , SIRE , pendant
que le retour de voſtre ſanté,
afait gouter àvos Peuples une ioye
fi parfaite , qui a éclaté de toutes
manieres , vostre coeur en apprenant
les Communions que les nouveaux
Convertis ont faites pour
EPISTRE.
V. M. preſque dans toutes les Vil
les du Royaume , en afenty une ſi
forte que la plus vive éloquence ne
-lapourroitexprimer . Je diray plus .
SIRE , iln'y a perſonne qui ne ſoit
persuadé que s'il estoit beſoin de
Souffrir encore unefois le meſme mal
pour engager ceux dont le fond du
coeur estpeut-estre encore endurcy ,
à donner les mesmes marques d'une
veritable Conversion , V. M. sy
expoferoit encore avec la mesme
constance ; Mais, SIRE , con'est pas
icy le lieu de faire le Panegyrique
de V. M. Une ſi vaſte matière demande
plus d'étenduë , & ne m'é
tant proposé de vous parler dans
cette Epiſtre , que du Livre que je
prens le liberté de vous preſenter,
il eſt temps que ie vous aſſure du
profond reſpect avec lequel ie fuis.
SIRE ,
De Vôtre Majeſté.
Le tres humble , tres- obeïſſant ,
& tres fidelle ſerviteur & Sujet.
DEVIZE΄.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume ..
Co
Omme tous les Articles qui rempliffent
ce Volume , ne contiennent
que des Prieres ,& des Réjoüiſſances
faitespar des Villes entieres , par des
Corps separez , &par des Particuliers,
on ne repeterapoint àchaque Article le
mot de Prieres , &de Réjoüiſſances ,
l'on nommera ſeulement les Villes , les
Corps &les Particuliers.
Prelude.
Affiche en Vers .
Havre de Grace.
I
3-
4
Officiers du Siege Generalde la Table
de Marbre du Palais à Roüen. 11
M. Bertheaume,Avocat au Parlement
de la meſme Ville. 20
M. le Bret, cy devant Conſeiller en la
Grand Chambre du Parlement de
Paris . 21
Hoſtel Dieu d'Andely. 25
TABLE .
M. de Tourville, Major du Regiment
de Villars , 24
Uzez . 26
Diſcours prononcé par M.d'Uzez . 16
Parlement de Toulouſe.
24
Treſor.de France de la meſme Ville.34
Capitouls , 36
leſuites de poitiers, 44
Diſcours prononcé par le P.Cheſnon.
45
Balet de la joye publique.
Senez.
48
54
Chaumont en Baſſigny. 57
Ieſuites de la meſme Ville. 60
Caën.
73
S. lacques de Compiegne. 76
Religieuſes de la Viſitation de Sainte
Mariede la meſme Ville. 77
Nouveaux Convertis de la meſme
Ville. 78
Mrs de la Ste Chapelle de Vivier. 79
Fontenay en Brie. 80
Crecy en Brie. 88
Grenoble, contenant les Prieres & les
Réjoüiſſances de Monfieur le
Cardinal le Camus, le Parlement ,
la Chambre des Comptes , le Bu
TABLE .
reau des Finances , la Chancellerie
, Iuge Royal , & Epifcopal , les
Procureurs au Parlement , les Notaires
,& tous les Corps des Arts ,
& Métiers ; les Confuls , & les
Officiers de Ville . 85
Monfieur Bouchu Intendant en Dauphiné.
87
Monfieur le Comte de Teſſé. 89
La Propagation de la Foy à Grenoble.
१०
Les Avocats du Parlement de la meſ
me Ville. 91
Montelimart. 92
Lettre en Proſe & en Vers contenant
toutes les Prieres , & les Réjoüifſances
faites à Aix par toutes les
Compagnies , tout les Corps , &
les particuliers .
94
Chancellerie de la meſime Ville. 132
Avignon 140.La Ville du Mans. 141
Peronne. 144
Arras. 148. Angers . 152
L'Academie Royale de la meſme
Ville. A
153
Eloge du Roy prononcé dans la mefme
Academie . 157
TABLE .
Marſeille. 171
Les Grands Auguſtins de la meſme
Ville . 174
Les Auguſtins Déchauffée de la même
Ville. 175
Diſcours prononcé au meſme lieu par
le Pere Raphaël. 182
Autre Eloge du Roy prononcé dans
lamefme Ville par MonfieurMuret.
187
Caudebec. 207. Evreux . 209
Vendofme. 212
Monfieur de Loyſnes , ſecond Prefident
au Mortier du Parlement de
Mets . 214
Treſoriers de France de la Generalitéde
Mets . 216
Livourne. 117 Province de la Sarre.
219
Monfieur Cuvillier. 224 Champi.
gny. 225
Monfieur Billet , Procureur de la Nation
de France de l'Univerſité, 227
:
Porteurs de la Chaſſe deSainte Geneviève.
Bateurs d'or. 229 Bourgueil.
Rennes 236 Redonce.
229
231
241
TABLE.
La Patache. 243 Eu . 244
Orbec . 257. Chaſtillonſur Seine.
249
Cour des Aydes d'Auvergne. 254
Saint Sandoux & Lezoux . 256
Morlais 257 Tours . 262
Beaumont lez Tours .
Madame de Bethune , Abbeſſe de
Mad. de Praflin , Abbeſſe de l'Abbaye
265
Royale de Noſtre Dame de Troye.
269
Saint Pierre le Monſtier. 276
Saint Maximin .
272
Saint Lomer de Blois . 276
M. Lion , Receveur des Gabelles de
Dunois . 278 .
M. Rougeau. Receveur du Marquiſat
de Courienvau .
259
Les Elus de Chaſteaudun. 280
Les Chambres Semeſtres de la Cour
des Comptes ,Aydes,& Finances de
Montpellier. 281
Directeurs de l'Hoſpital general de la
méme Ville . 282
Confuls & Gouverneurs de la ville
d'Arles . 283
Madame l'Abbeſſe de Noſtre - Dame
d'Yerre. 285
Provins.
TABLE .
Provins. 286. S. Alery en Caux. 28
Me l'Abeffe de Fontaine Guerard.288
Abbaye de S. Euroult en Normandie,
289
Abbaye de Bernay en Normandie .
290
Coutance. 391. Rollec en Bretagne,
292
Montargis le Franc. 295
Monfieur Villebague à S. Malo. 298
Celestins d'Avignon. 300
Les Religieux du Monastere de S.
Martialdans la meſme Ville. 302
Prefidial de Valence . 303
Hoſpital general de la meſme Ville.
304.
Preſidilde Vienne en Dauphiné. 307
Prieur de S. Rufdans la Coſte de S.
André.
Monaftere de Lavail .
Treſoriers de France en la Generalité
309
311
de Dijon. 312
Elus de la meſme Province.
313
Les Huiſſiers de la meſme Province.
314
M. de Raimondi , Major de l'Armée
Navale. 315
ẽ
TABLE.
La Ferté Bernard.
319
Chasteau-Roux.
320
La Ferté-Milon .
321
Les Iefuites de Quimper. 322
Senlis . 326.Yenville au Seil. 327
Chaſtillon ſur Seine. 328
Monfieur le Marquis d'Echaufour.
329
Abbeville. 329 Pluviers . 329
Nogent - le - Roy. Saint Amant en
Brie. 229
Eu.Domfront. 330Chaſteaudun. 330
Avocats du Mans .
231
Cramault en poitou. 331
Mad. Dorat , Abbeffe de Monce.331
Aniere fur-Oife . 332
Abbaye de Turpené enTouraine. 333
Les Dames de Denin. 334
Procureurs ou preſidial d'Aix en provence.
334
Bourges. 335
Monfieur le Comtede Clermont. 336
Albi.
337
Finde la Table.
コ
1 .
P
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
le Roy en fon Conſeil , luNQUIERES. Ileſt,
permis à I. D. Ecuyer , Sicur de Vizé de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT contenant
pluſieurs Pieces , Relation , Hiſtoires Avan
tures , & autres Ouvrages hiſtorique , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN ,
pendantle temps & eſpace de dix années
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premieres fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livres
meſme d'en vendre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exem
plaires , contrefaits ;ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registréſur le Livre de la Communautéle 14
Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
6
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer, Sicur de
Vizé a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
fentr'eux..
>
BLIOTHEQUE
DEGA
LYON
p9 *1005
*
MeRCVRE
ACTIONS
DE GRACES
POUR
1
LA GUERISON
DUROY
E foyez pointſurpriſe,
Madame, de recevoir
une Suite de ma
Lettrede cemois,puis
que dans ce qui luy ſert de
premiere Partie , je n'aurois pû)
vous faire qu'une peinture
imparfaite des faintes & galantes
réjoüiſſances qui ont
OTHEQUE
DE
- LYON
=
209* 1895
*
A
4 Actions de graces
eſté faites dans tout le Royaume,
pour rendre graces à
Dieu de l'entier rétabliſſement
de la ſanté du Roy.
Quoy que tous les Peuples de
France ayent toûjours marqué
beaucoup d'amour pour
leur Souverain , ils n'ont jamais
fait de Feſtes publiques
dans les formes , & auſquellesles
Magiſtrats ayent aſſiſté
en Corps , ſans attendre des
Lettres de cachet pour les
commencer ; mais les tranfports
de leur joye ont eſté ſi
grands en cette rencontre ,
qu'ils n'en ont pas eſté Maiſtres.
Ils ont cru qu'il leur
eſtoit permis d'exprimer tout
ceque ſentoit leur coeur , puis
que tous les mouvemens en
eſtoient juſtes , & que ſe rejouir
ſans en avoir d'ordre ,
A
pour la guerifon du Roy. 3
c'eſtoit donner des marques
d'une plus fincere joye , &
d'un zele plus ardent. Onn'a
veu par tout pendant deux
mois que des Affiches qui avoient
pour titre , Prieres pour
le Roy. En voicy une que fit
un Particulier , & qui merite
d'eſtre diftinguée des autres.
M
Oy qui way point de bien s
quoy que de noble race .
Abandonnédu fort, pauvre Enfans
du Parnaffe,
Qui vois avec plaifir tous les jours
mille voeux
Pour nostre Auguste Roy s'élever
vers les Cieux ,
Qui les vois exaucezpar laSanté
parfaite
Qui plus defoixante ans encorje
luy Souhaite;
Seu!, dans mon Cabinet, admirant
fesvertus ,
A 2
4
Actions deGraces
Qui tiennent pour jamais les vices
abatus ,
Je ne fais point prier la Majesté
Suprême
Pour le plus grand des Rois , mais je
lefais moy- mesme.
:
Comme tout ce qui a de
bons principes , & qui part veritablement
du coeur , eſt rarement
condamné , le Roy a
faitconnoiſtre qu'il regardoit
tous les emportemens de joye
que ſes Sujets ont fait éclater,
comme autant de marques de
leur amour pour luy , mais
aprés leur avoir laiſſé un libre
cours pendant pluſieurs mois,
il a cru devoir faire finir , се
que l'on n'avoit point commencé
par ſes ordres , & ſa ſeulebonté
en a eſté cauſe puis
qu'il a voulu arreſter les dépour
la gueriſon du Roy.
penfes d'un Peuple tellement
occupé de ſa joye , qu'il inventoit
tous les jours de nouvelles
Feſtes pour la marquer.
Ges Feſtes ayant eu pour la
pluſpart une fort grande diverſité
dans leurs parties differentes
, quandje vous décrirois
encore une fois celles
dont je vous ay déja parlé, je
ſuis affeuré qu'elles vous paroiſtroient
toutes nouvelles.
par quantité d'endroits qui
ont échapé à ceux qui en ont
d'abord envoyé des Relations .
Le Havre en fournit un exemple
bien digne de remarque..
Ie vous ay décrit ſi ſimplement
toutes les réjouiſſances que
l'on y a faites , qu'on auroit pû
croire que j'aurois plutoſt
ajoûté à cette grande Feſte,que
d'en avoir oublié quelque cir.
A 3
6 Actions de Graces
conftance. Cependant il y
manquoit beaucoup de choſes
, dontje ne ſçauroism'empeſcher
de vous marquer icy
quelques - unes , parce qu'elles
font fort fingulieres. Mefſieurs
de la Ville avoient fait
écrire en gros caractere deux à
trois mille Vive le Roy , qu'ils
firent mettre à toutes les mai .
ſons des Habitans ,& dans les
lieux où ces deux mots pouvoient
eſtre leus . La clarté des
lumieres les fit remarquer de
loin ; de forte que de quelque
coſté que l'on ſe tournaſt , on
avoit toûjours devant les yeux
Vive le Roy ,& ils eſtoient mef
me placez d'une maniere ,
qu'on en pouvoit voir d'affez
loin hors de la Ville. Ces ob
jets preſentez à la veuë de plus.
de quarante mille perſonnes
pour la queriſon du Roy.
déjaexcitées ſans cela àcrier
Vive le Roy , faiſant repeter ces
mots en meſme - temps dans
tous les endroits de la Ville ,
formoient un Choeur auquel
tous les Quartiers de la mefme
Ville fervoient d'Echo .
Comme on n'entendoitde tous
coftez que des cris de Vive te
Roy, on crutque ces paroles devoient
eſtre auſſi mêlées dans
les chanfons , de forte qu'on en
fit pluſieurs qui en eſtoient
toutes remplies . le vous en envoye
ſeulement une, afinqu'aprés
avoir crié Vive le Roy, dams
les Feſtesqui ſe ſontfaites dans
voſtre Province , vousayez le
plaifir de l'y faire auſſi chanter .
RECIT DE BASSE .
Ive, vive le RRooyy,, Sa Santé
VLucrétablie
A 4
8 • Actions de Graces
:
Remet fes Sujets hors d'effroy ,
Et leur redonneàtous lerepos&la
vie,
1
Vive le Roy ,vive le Roy.
Sonheureux regne nous convie
De voir couler nos ansſans trouble
&fans envie , :
CeHeros nefait rienpourſoy ,
C'estpournous les beaux jours dont
Sa gloire estfuivie.
Faiſons-nous une douce loy
De chanter àjamais, Vive, vive
leRoy.
ب
Les Echevins du Havre firēt
auſſi orner la Statue du Roy
qui eſt placée vis à vis l'Hoſtel
de Ville . Ils trouverent moyen
de faire tenir une Figurede la
Renommée en l'air , directement
au deſſus de la teſte de
Sa Majeſté . Cette Renommée
tenoit d'une main une Cou
pour la gueriſondu Roy. وت
ronnede Laurier qu'elle poſoit
fur la teſte de ce Monarque,&
fon autre main eſtoit occupée
par ſa Trompette, dont la ban->
derole étenduë faiſoit voir
des deux coſtez les mots de
Vivat Rex. Quatre hommes repreſentant
parfaitement bien
☐ les quatre Parties du monde ,
& avec les habillemens qu'on
- leur donne, estoient aux pieds
de la Statue du Roy , & faifoient
voir chacun dans des
écriteaux& dans des Cartouches,
Vivat ut vixit , avec les
quatreDeviſes ſuivantes,dont
les quatre faces eſtoient remplies.
La premiere reprefen -
toit un Soleil dans fon Midy
avec ces paroles , Sicut Sol in
ashere.. La ſeconde une Salamandre
dans le feu avec ces
mots,Sicut Salamandra in igne.
AS
Jo Actions de Graces
On liſoit autour de la troifié
me qui faifoit voir unPhoenix:
enl'air. Sicut Phenix in aere . La
quatrième repreſentoit une
Immortelle ſur la terre,&avoit
pourame, Sicut amaranthus in
terris . Toutes ces paroles peuvent
recevoir beaucoup d'explications,
mais le ſens deMefſieurs
du Havre eſtoit que de
meſme qu'il n'y a qu'un Soleil
qui éclaire dansle Ciel , une
Salamandre qui vit dans le feu,
un Phenix dans l'air , & une
immortelle fur la Terre , le
monde n'a auſſi qu'un Loüis
LE GRAND . Dans le mefmetemps
qu'on alluma le foir le
feu de joye , la Statuë du Roy,
& tous les arnemens qu'on y
avoit ajoûtez ſe trouverent
éclairez de pluſieurs flambeaux
placez tout autour , &
)
pour la guerifon du Roy. tt
beaucoup plus grands qu'd
l'ordinaire . Tout le Peuplealla
voir ce grand ſpectacle qui
marquoit l'amour de la Ville ,
&ſa veneration pour le Roy ,
& donna d'éclatantes marques
deſa joye par ſes chansons &
par ſes Dances , accompagnées
de Violons , de Haut-bois, de
Trompettes , de Boëtes , &
de Canons . Les Etrangers, qui
font toûjours en grand nombre
au Havre , remarquerent
par ces Réjouiſſances dequelle
maniere leRoy eft aimé par
fes Peuples.
Le Samedy premier jour de
Février, Meſſieurs les Officiers
duSiege General de la Table
de Marbre du Palais à Roüen ,
firent une Feſte des plus fingulieres
. L'Egliſe des Cordeliers
fut choiſie pour les Pric-
A 6
12 Actions deGraces .
res , & la Riviere & le port
pour le regale qu'ils donnerent
au Public. Le jour qui
preceda cette Feſte , tous les
Vaiffeaux ſe rangerent par
leur ordre au milieu de la Riviere.
De plus de 150. qui
eſtoient alors dans le Port , on
en choiſit ſept , qui formerent
une eſpece de demy-lune. Les
autres ſe mirent fur deux Lignes
; les uns à la droite&
les autres à la gauche. Le
premierdes ſept estoit le Chaf
feur,monté ſenlement de dix
pieces de Canon. On en fit
l'Amiral de la Flote ,&rien ne
fut épargné pour le parer richement.
Il eſtoit commandé
par le ſieur, Iean le Comte.
Les deux autres qui ſuivoient
àl'aifle droite ,& à l'aifle gauche
, estoient l'Invincible , & la
pourla guerifon du Roy. 13
Mare; l'un commandé par le
ſieur Pierre le Comte , & l'autre
par le ſieur Loüis Serain
montez chacun de dix pieces
deCanon. Lesdeux autres qui
les ſuivoient estoient la Couronne&
la Marguerite , montez
chacun de douze pieces de
Canon ,& commandez par les
fieurs Georges Hais , & lacques
Durand. Il y en avoit
deux autres pour l'arrieregarde.
L'un eſtoitlefaint François
commandé par le ſicur
François d'Olonne , & armé
de huit pieces de Canon. L'au
tre eftoitune Tartane , montéc
dedouze pieces de Canon , &
commandée par le ſieur Bernard
Caffier. Il yavoitencore
plufieurs Pierriers & Boëtes
fur ces Vaiſſeaux, ainſi que fur
ceux des Lignes qui pour la
14
Actions de Graces...
pluſpart avoient du Canon.
On enavoit placé fur le bord
l'eau douze pieces qui devoientrépondre
inceflamment
à ceux des Vaiſſeaux .
Lejour marqué, les Officiers
fe rendirentſur les onze heu
res à l'Egliſe des Cordeliersaud
bruit des Tambours & des
Trompettes. Le Lieutenant
General de l'Amirauté avoit la
droite , le Lieutenant General
des Eaux & Forefts la gauche ,
&ils estoientprecedez de leurs
Greffiers , & d'une partie de
leurs Huiffiers , & fuivis des
Lieutenans Particuliers,& des
Conſeillers de chaque Siege
Le Procureur du Roy fermoit
cette marche , ſuivy de l'autre
partie des Huiſſiers ; des Interpretes
& des Facteurs de Maiſtres
de Navires.. le ne vous
pourla gueriſon duRoy. P
dis point que l'Egliſe eſtoit ornée
de riches Tapiſſeries , &
tres -bienilluminee. C'eſt - ce
qui s'eſt veu par tout ,& que
je ne repeteray pointſi quel
que circonstance particuliere
ne m'y oblige. Le Portrait du
Royeſtoitſous unDais au def
ſus de la principale Porte de
l'Eglife , avec cette Infcription
dans un Cartouche. Sanitatisreſtituta
gratiarum actio , &
au deſſus du Portrait on lifoit
dans un autre Cartouche ,Ad
mirilitatis unâ&aquarumfylva..
rumque primi àsupremis Judices..
Au haut du Clocher eſtoit un
Pavillon blanc & bleu , avec
une flame d'une prodigieufe
longueur , & pluſieurs Falots
autour qui portoient pour Infcription,
Sanitatireftituta.Cette
meſme Inſcription ſe liſoit
J
16 Actions de Graces
au Pavillon de l'Amiral & de
tous les autres Vaiſſeaux . La
Meſſe fut celebrée avec beaucoup
de ſolemnité , & à l'Ele ,
vation le Canon qui eſtoit fur
les Vaiſſeaux & fur le Port fit fa
premiere décharge au ſignal
qui en fut donné par une clo- ..
che. Il en fis une ſeconde lors
que l'on chanta leTe Deum . Les
Prieres achevées, les Officiers
ſe rendirent ſur le Port, où pluſieurs
petits Bateaux plats, ornez
de Pavillons & de Flâmes ,
les attendoient pour les porter
à l'Amiral , dans lequel ils en-:
trerent tous en Robe . Ce fut
alors que les Canoniers au
bruit des. Tambours & des
Trompettes firent les décharges
, qui attirent un nombre
infiny de Peuple. Le Pont de
Bateaux qui paffeun Ouvrage
pour la queriſon du Roy. 17
des plus merveilleux , ſe trouva
fi chargé de Spectateurs ,
qu'on eut peur qu'il ne rompift.
On fervit lediſné ſur les
trois heures. Les Chambres
qu'on avoit preparées dans le
Vaiſſeau , furentle lieu oul'on
donna ceRepas , &pendant ce
temps , on entendit alternativement
la Symphonie des
Hautbois , des Violons & des
Trompettes marines. On but
à la Santé du Roy , & chaque
fois qu'on y but, elle futſaluée
decent coups de Canon, qui
furent toûjours ſuivis de cris
&desacclamations du Peuple.
On ne voyoitque de la fumée
& du fen , & cependant trois
heures on tira plus de deux
mille coups. Le foir , on mit le
feu aubucher. Onl'avoirdreffé
fur un Bateau préparé ex
18 Actions de Graces....
prés au milieu des ſept Vaif
ſeaux qui formoient la Demy -
lune, & autour de ce Bureau ,
qui eſtoit des plus grands de la
Riviere , ily avoit une infinite
de Falots de fer , dont chaque
pointe eſtoit garnie de cordons
gaudronnez . Ces Falots
eftoient tous placez ſur les
bords du Bateau , à la hauteur
du bucher , avec un nombre
encore infiny d'autres Falots ,
dans lesquels on avoit mis des
lumieres.Les deux Lieutenans
Generaux accompagnez de
Tambours & de Trompettes ,
defcendirentdans le petit Bas
teau qui les avoitportez àl'Amiral
, & aprés qu'ils eurent
fait le tourdu bucher , l'un &
l'autre y mitle feu. Le Canon
tira auſſi - toſt comme il avoit
fait auparavant, & les accla
pour la queriſon du Roy. 19
mations du peuple recommen
cerent. Le Bucher parut tout
en feu preſque en un inftant.
Les Falots qui estoient autour
jettoientune clarté ſurprenante
, & l'on euſt dit d'une Ifle
embraſée qui flotoit ſur l'ear.
Les autres Vaiſſeaux ſe trouverent
garnis aufii de lumieres
depuis le haut juſqu'en bas. Ce
Spectacle eſtoit accompagne
dela lueur qui ſortoit desCanons
. C'eſtoit comme autant
d'éclairs qui ſe meſloient au
bruitdu Tonnerre , &la Ville
eſtant environnée de rochers
& de montagnes , pour cent
coups deCanonque l'on tiroit,
les Echos en rendoient fouvent
plusde cinq cens. Le Bal
ſe donna ſur la Riviere dans
les chambres de l'Amiral. Plus
ſieursDames ſe hazarderent à
20 Actions de Graces
monter dedans , &y prirent le
divertiſſement de la Danſe ,
tandis qu'un tres -grand nombrede
petits Pateaux , chargez
de perſonnes de toutes fortes
de conditions , & tres - bien illuminez
, en venoient faire le
tour , chacun voulant voir de
prés ce qu'il avoit admiré de
Join. Le bruit du Canon ne
ceſſa point, il y en eutplusde
trois millecoups tirez pendant
la nuit.
+ Les réjoüiflances d'un Particulierde
la meſme Ville , meritent
bien d'avoir place icy.
Monfieur Bertheaume , Avocatau
Parlement , après avoir
fait la ceremonie des Prieres
avec ſa Compagnie , traita magnifiquement
le ſoir quarante
de ſes Confreres . CeRepas fut
précedé d'un grand feu devant
pour la guérison du Roy. 21
ſa porte , compoſe de trois charetées
de gros bois. Il y mitle
feu accompagné de tous ſes
Amis, au bruitdes Tambours ,
des Fifres & des Trompettes ,
auquel répondoit le ſon des
Hautbois &des Violons . On
diſtribua de l'argent à tous les
Pauvres ,& en meſme temps il
fortit dela muraille une Fon--
taine de vin , qui coula par
trois tuyaux , depuis huitheures
du ſoir juſques à quatre
heures du matin. Toute fa
maiſon ſe trouva remplie de
monde,& les rafraiſchiſſemens
n'y furent épargnez à aucun
de ceux quien voulurent.
Le 24. du mois paffé ,Monſieur
le Bret , cy-devant Conſeiller
en la Grand Chambre
du Parlement de Paris , fit .
chanter un Te Deum avecfim
21 Actions deGraces
phonie , au bruit de pluſieurs
décharges de Mouſqueterie ,
dans l'Egliſe d'Eltrepagny prés
eiſors . Il y avoit dansla Nef
une manierede Trône , où étoit
le Portrait du Roy avec
un Daisau deſſus. Le foir , le
meſme Monfieur le Bret mit le
feuà un bucher au bruit des
mefmes décharges . Outre les
aumônes qu'il fit faire à tous
les Pauvres , il fit une chofe
bien particuliere , qui fut de
donner de quoy marier un
nombre de Filles , afin que le
ſouvenir de cette heureuſe
occaſion de leur dot ſe puſt
conſerver dans les Familles .
Comme il ne trouva point de
malheureux à foulager dans
les Priſons d'Eſtrepagny , il
procura la liberté de quelque
pour la querifon du Roy. 23
uns qui estoient dans cellesde
la Ville de Lyons- la-Foreft ,
qui en eſt à 2. ou trois lieuës.
&cù il y eut auſſi un Te Deum
chanté , & des feux de joye
faits par les ſoins de Monfieur
l'Abbé le Page , Curé de la
Ville,&FrereduPerele Page,
Jefuite.
Le 9. Février Dame EſperanceDareres,
Nieee de Monſieur
du Fay , Gouverneur de
Fribourg , & Prieure de l'Hôtel-
Dieud'Andely, petiteVille
à trois lieuës d'Eſtrepagny ,
dont je viens de vous parler ,
fit chanter dans ſon Egliſe une
Meſſe folemnelle,&leTe Deum
partoute la Communauté. Elle
alla enſuite en Proceſſion allumer
un grand feudans la Court
delHofpital , & fit faire force
aumônes avec une distribu24
Actions de Graces
tion de vin à quantité de perſonnes
des Villages circonvoifins.
Comme les Officiers des
Troupes ſe ſontdiftinguez en
cette occafion par tout où ils
ſe ſont trouvez , Monfieur /
de Tourville , Major duRegimentde
Villars , fit auſſi chanterunTe
Deum le 16. dumême
mois dans le Villagede Thuy ,
voiſin de la meſme Ville. Le
Curé du lieu , âgé de 88. ans ,
officia , & n'oublia rien pour
marquer ſa joye.
Le 9. Février le Te Deum fut
chantédans toutes les Paroiffes
du Dioceſe d'Uzez . Celuy de
laCathedrale fut précedéd'un
Diſcours , que MonfieurPoncet
de la Riviere , Eveſque
d'Uzez , fit à la loüange de Sa
Majefté . Vous ſçavez , Madame
pourlaguerifondu Roy. 25
me , que c'eſt un Prelat treséclairé
, tres - zelé , parfaitement
honeſte homme, &d'une
conduite qui édifie tout le
monde. Voicy ce que l'on apů
retenir de fon Discours.
L
Anouvellede lamaladiedu
Roy, mes chers Auditeurs, s'eft
répanduë jusqu'au bout du monde.
Comme il a porté lagloire defon
nom& la terreur deſes Armes au
delàdes Mers, foudroyant les Villes
des Souverains rebelles àſes ordres,
&reduisant en cendres les retraites
des Pirates , tous les Peuples ébloüis
deſagloire& intimidezparſavaleur,
estoient dans l'attentedufuccés
defonmal , pendant que toute
la France ( & nous pouvons dive
toute l'Eglife ) pouſſoit des foupirs
versle Ciel,& verſoit des larmes
en abondance , voyant fouffrir fon
B
$6 Actions de graces
Protecteur&fon Souverainl, eplus
juste , le plus grand, & le plus parfaitde
tous les Rois. Mais Dieuqui
regarde cetEmpire d'un oeilfavoxable
,& qui ſoutient les interests
du Fils aisnédefon Eglife,a rendu
la SantéàcegrandMonarque.Elle
eftfi bienrétablie , qu'ilsemble
que la Divine Providence ne luy
ait envoyé l'indifpofition dont il a
esté attaqué, que pour éprouver fi
Son ameseroit auffi grande & auffi
belle dans le mal& dans la douleur,
qu'ellea toûjours paru dans la
prosperité. L'épreuve en a eftéfai.
te , Meſſieurs,& le Roy a exposé
Son Corps &sa vie avec la mesme
fermetéqu'il a voulu autrefois facrifice
ſon bras pour la reünion de
fes Sujets à la veritable Eglifes
mais ce Sacrifice n'a pas esté plus
loin que celuy d'Abraham. Dien
s'est contentédesavolonté ,fans
pour la guerifon du Roy. 27
qu'illuy en coûte nyle brasny la vie,
il a lafatisfaction de voir tousfes
Sujets Catholiques , &sa santé
parfaitement rétablie. Pirates ,
Corfaires , recommencez à prendre
lafuite. Souverains , Puiſſancesjalouſes
de nostre gloire, recommencez
àcraindre. Peuples mutinez, ennemis
de l'Estat , recommencez à
trembler , LOVIS LE GRAND Se
porte bien. Mais vous , François ,
Peuples heureux , qui vivez ſous
lesloix de cegrand Prince , redoublez
vos astions de graces, faites
éclater vostre joye & retentir les
Echos des Montagnes de vos allegreſſes
, LOUISLE GRAND se
portebien. Et vous ,fameuse Re-.
nommée , quifaites vivre les hommes
Illustres jusqu'à la fin des Siccles
,volez , allezpublier par tout
laSantédeceluy dont toutes les actions
font autant d'emplois pour
B 2
28
Actions de Graces
f
vous, &fervez- vous pour Trompette,
de la bouche de cette jeune
Nobleſſe de l'un & de l'autre Sexe ,
qui luy doit l'éducation &lafubfi-
Stance . Servez-vous de celle des Pirates
dont ila reduit en cendres les
fameuses Retraites ; Servez- vous
de cellede ces Souverains , qui font
venus au pied de ſon Trône recon
noiſtre ſon pouvoir , & implorerfa
clemence . Servez - vous de cellede
ces Peuples presque Barbares qui
font venus de l'extremite du Monde
, pour voirde leursyeux ce Heros
Autheurs des prodiges ;ſervez -vous
de celle de ces Ambaſſadcurs qui
partent pour retourner dans des
Paypreſque inconnus pournous ,fatisfaits
d'avoir veu ce qu'il y a de
plus parfait ſous le Ciel.
Mais quoy, mes chers Auditeurs ,
toutes ces bouches étrangeresferontelles
ouvertes en faveur de nostre
pour la queriſon du Roy. 29
Monarque , toute la France Serat-
elle en joye ,toutes les Eglifes &
les Dioceses en Prieres ,fansyjoin
dre les nostres en actions de graces ?
Nous avons autrefois chanté des
TeDeumpour l'heureusenaiſſan
cedes Filsde France , nous en avons
chanté pour les fuccés heureux&
Surprenans des Armes du Roy , toû
jours triomphantes deſes Ennemis,
toûjours favorables àſes Alliez ,
toûjours terribles auxPrinces jaloux
defagloire'; nous en avons chanté
Pour les Batailles gagnées , pour les
Conquestesdes Villes&des Provin
us entières , n'en chanterons-nous
paspour la Santé de celuy qui est
IAutheur detoutes ces merveilles,
qui renferme en luy tout le merite
des Princes qu'il a donnez à la
France , que nouspouvons prendre
en quelque façon pour la victoire
mesme, puis qu'il n'a jamaisfait
B 3
30
Actions de Graces
un pas fans elle , & quiſemble n'a
voir donné lapaix àtoute l'Europe
que pour livrer laguerreàcemoſtre
d'Erreur qui nous afilong-temps
defole,z &que nousvoyons aujourd'buy
terraſſe parsa valeur? Ani
mez- vous donc ,fidelles Sujetsd'un
figrand Roy .Joignezvos voix, mes
chers Diocefains,avec celles detous
vos compatriotes , qui au moment
que je parle uniffent leurs coeurs en
actions de graces.Gentils- hommes ,
Magistrats ,Marchands , Peuples
fidelles, élevezvos coeurs à Dieu ,
renouvellez vos souhaits & vos
vaux. Il s'agit de la confervation
de celuy qui donne le repos à vos ,
Familles , & la ſeureté à vos
Champs&àvos Terres. Nouveaux
Catholiques , rendezgraces an Ciel
de la ſantéde celuy quia esté feut
capabledeformer le deſſein de vous
ramener àla veritable Eglife,par
1
pour la queriſon du Roy. 31
ce qu'ila estéluy ſeul affezlage pour
le concevoir affez genereux pour
L'entreprendre , affez heureuxpoar
Paxecuter. Prestres,Eccleſiaſtiques,
Religieux , élevez vos chants,faises
monter vos Oraiſons vers le
Ciel comme un encens odoriferant.
Il s'agitdela conſervation du Fils
aisné de l'Eglise , du Restauraseurde
la Foy , de l'Examiteur de
IHerefie.Si vous avezesté attentifs -
àtous les momens deſavie auguſte ,
vous avez pû compter les années
dela décadance & dela chute de
ce Monstre d'erreur par celles du
regnede cet Invincible Monarque.
Muficiens , redoublez vos accords ,
élevez vos tons &vos chants melsdieux
, faites retentir de nostrejoje
leséchosdeces Montagnes,& qu'ils
redisent avecnous centfois, LOUIS
LE GRAND Se porte bien. Pour
-moy mes chers Auditeurs , ie oroi-
A 2
32
Actions deGraces
ray m'estre acquité de mon devoir ,
fiaprés avoirjoint mon coeur& mes
voeux avec les vostres , jefinis avec
Japensée decefameux Romain,qui
woyant l'Empire dans ſon plus
grand lustre difoit , qu'il ne falloit
plusprierpour en augmenter les bornes
, maisseulement pour conferver
celles qui avoient esté conquifes.Le
Roya élevé cet Empire à unfi haut
degré de gloire que tousnos voeux
ne doivent plus tendre , qu'à le
maintenir dans la ſplendeur qu'il
luy a donnée ; mais encoreplus à la
confervation de fafacréeMajesté,
que nous ne demanderions pas à
Dieu avectant d'instance,fi la ver
tu &le merite pouvoient donner
Fimmortalité.
Aprés le Salut , qui fut chanté
par une tres -belle Muſique,
Monfieur l'Eveſque d'Vzez , à
A
pour la guerifon du Roy. 33
la teſte de ſon Clergé,alla mettre
le feu au bucher que l'on
avoit preparé par ſon ordreà
la place de l'Eveſché . Il eſtoit
accompagné des Magiftrats &
de quantité de Gentils - hommes
. Le bruitdes Boëtes & des
Tambours fut ſuivy d'un a
greable ſpectacle de Fuſées volantes
, & d'autres feux d'artifice.
Il y avoit dans lameſme
Place uneFontaine de vin avec
des Tables couvertes , qui entretinrent
lajoye & les acclamations
du Peuple le reſte du
jour& toute la nuit.Toutes les
perſonnes de marque quia
voient aſſiſté à cette action ,
ayant eſté invitées à ſouper
chez Monfieur l'Evefque
remplirent trois Tables de
quatre-vingts couverts . Lune
eftoit pour le Chapitre & pour
BS
34
Actions deGraces
leClergé; l'autre pour les Gentils
- hommes , & la troiſiéme
pour les Magiſtrats!, & pour
les plus confiderablesde la Vil.
le. La Santédu Roy y fut beuë
folemnellement au bruit d'une
grande Muſique , des Tambours
,des Boëtes , & des décharges
réïterées duRegiment
deBretagne . Les Gentilshommes
nouveaux Convertis , qui
s'y trouverent au nombre de
trente- deux , donnerent à ce
Prelatde nouvelles aſſeurances
de fidelité au ſervice du Roy ,
qui avoit pris ſoin de les ramener
à la veritable Eglife .
Le 14. Février le Parlement
de Toulouſe fit celebrer une
Meffe , & chanter le Te Deum
dans laChapelle du Palais , &
dans la grande Salle de l'Au
dience , qui estoit ornée de
pour la querifon du Roy. 35
pluſieurs Tableaux , où lesVitoires
de Sa Majesté eſtoient
peintes. Monfieur l'Evefque
deCahors officia. Tous lesOfficiers
du Parlement estoient
en robes rouges, & les Prefidens
avec leurs Manteaux de
ceremonie.
Le 17. du meſme mois , les
Treſoriers de France en cette
Generalité,firent auffi chanter
la Meſſe& leTeDeum'enMufiquedans
la Chapelle Royalle
de Saint Barthelemy , au fon
des Trompetes ,&au bruitdes
Fauconneaux &de la Moufqueterie
, ce qui fut fuivy le
foir d'une diſtribution de toutes
fortes de vins , & d'une
grande Illumination aux feneſtres
, aux tours ,& aux сис-
neaux de laTreforerie .
Le lendemain les Capitouls
B6
36 Actions de Graces
qui reprefentent toute la Ville
en general, firent la même Fête
dans l'Hoſtelde Ville .La court
eſtoit tenduë de bleu . Sur le
hautdu grand Portail , par où
l'on entre dans la Veſtibule, on
avoit poſé un grand Tableau,
où eſtoit peint un Soleilavec
cette inſcription.
DEO
ΟΡΤΙΜΟ , ΜΑΧΙΜΟ ,
1
Servatori
: D. D. D.
Octoviri Capitolini
P.Q. TOLOSA
ob reſtitutam
LVDOVICO MAGNO
NALETUDINEM ,
Et conſervatum Nobilitati
PRINCIPEM , ল
Magiſtratibus Legiſlatorem ,
POPULO PATREM ,
ORBI PERPETUUM MIRACULUM .
Au deſſous eſtoient peints
pour la guerifon du Roy. 37
huit Heliotropes avec cette
Inſcription.
3. Nous regardons toûjours celuy
} qui nous afaits.
Et à coſté de ces Tournefols
eſtoient peintes les Armes des
Capitouls , quatre de chaque
coſté . Ces Magiſtrats entendoient
par cette repreſentation,
que le Roy leur ayant fait
l'honneurde les nommer, ils ſe
croyoient auſſi dans une particuliere
obligation , de tourner
inceſſamment leurs voeux vers
Sa Majeſté . Surles piliers des
Portiques l'on avoit poſé des
Cartouches , où estoient les
Inſcriptions ſuivantes.
DEO EXERCITVVM ,
ob ſervatum Regem ,
Hoftium , & fui femper
Victorem ,
GRAT. IMMORT
38
Actions deGraces
DEO PACIS ,
ob ſervatum Regem Pacis
ſtudioſum & Arbitrum ,
GRAT . IMMORT .
DEO LEGIFERO ,
ob fervatum Regem Juris
Authorem ac vindicem ,
GRAT IMMORT
DEO ZELOTI ,
OB SERVATUM REGEM
Fidei apud fuos & Exteros
Propagatorem ,
GRAT . IMMORT .
Le Veſtibule paroù l'on entredans
le lieu où ils fontleurs
Aſſemblées , & qu'ils appellent
le grand Conſiſtoire eſtoit tendu
de riches Tapiſſeries. Iugez
des foins que l'on avoit
pris pour orner le Confiftoire.
L'Autel étoit magnifiquement
pour la gucrifon du Roy. 39
paré , & les gradins élevez
d'environdeux toiſes, eſtoient
chargez d'une infinité de cierges,
de Miroirs &de Bouquets.
La Meſſe fut celebrée par
Monfieur l'Eveſque de Comminge
, & le Te Deum chanté
en Muſique. Les huit Capitouls
reveſtus de leurs robes&
de leurs manteaux de ceremo
nie y aſſiſterent ; accompagnez
de tous les anciens Capitouls
&des Officiers de Ville , avec
ungrand concours de peuple.
Au fortir de là , ils traiterentce
Prelat,&ſes Afiſtans avec une
partie des anciens Capitouls.
Hy eut deux Tables de trente
couverts ,& l'on y but la Santé
du Roy aux fanfares des
Trompettes , & au bruit des
Tambours & de pluſieurs falves
de la CompagnieduGuet
F
40 Actions de Graces:
1
Sur les fix heures du foir , les
Capitouls en habits de ceremonie
, precedez de la meſme
Compagnie du Guet , ſe rendirent
à la Place de faintGeorges
, pour eſtre preſens au Feu
d'artifice qu'ils avoient fait élever
au milieu de cette Place.
Ledeſſein de ce Feu eſtoitpris
du cinquiéme Livre de l'Iliade.
où le Dieu Mars ſe voyat bleſſe
, s'adreſſe à lupiter , qui luy
envoye Pan. Ce Medecin des
Dieux le guerit . Hebe , Déefſe
de la Ieuneſſe , luy redonne
ſa premiere vigueur , & luy
preſente des habits precieux
& agreables . Toutes ces Figures
en boffe , & de grandeur
naturelle, poſoiet ſur unEcha
fant d'environ deux toiſes de
hauteur , & d'autant en carré,
entouré d'une balustrade , aupour
la queriſon du Roy. 41
tour de laquelle estoient repreſentées
les Deviſes ſuivantes .
Vn Soleil dans des nuages ,
avec ces mots Eſpagnols , Efcondido,
y no escurecido.
Vn Soleil qui par l'ombredu
ſtile marque dix heures fur
une Montre , & ces mots ,
-Iln'apas achévè lamoitié deſa
course
}
Vne partie du Ciel avec la
voye Lactée , & ces mots
Heroum vita vulnere fulget.
Vn Soleil dans des nuages ,
Hac inter , mundo non negat
officium mariob
- VneGrenade couronnée &
le mot , Stà bene al capo perche
moftra il cuore.Tahzont not
Vn Soleil fortantd'un nua?
ge , & le mot , N'eſce piu bello.
Vn Soleil avec quelques tachesy
42 Actionsde Graces
1
Afflicto ſpirat reverentia vultu ,
Vn Soleil dans des vapeurs
élevées dela terre ,
Ceque j'éclaire m'obscurcit.
Toutes ces Deviſes & ces
Inſcriptions eſtoient de la
compoſitiondu P. Roques Iefuite,
connu de toute la France
par ſon eſprit & par ſon erudition.
Ce Feu fut tiré au bruit
desBoëtes,des fuſées , & autres
pieces d'artifice , auquel
ſe joignit celuy des Trompetes
, des Hautbois , des Tambours
, & de la Mouſqueterie
de la Compagnie duGuet. Le
meſme ſoir , il y eut une grande
Illumination à toutes les
feneftres de l'Hoſtel de Ville
& fur le Donjon , & tous les
Habitans de Toulouſe , par
l'ordre des Capitouls , allumerent
des feux devantleurs mai
pour la gueriſon du Roy. 43
Yons , avec des Illuminations
aux feneftres . Mr de Nolet ,
Treſorier de France , ſe di
ſtingua par une grande Illumination
qu'il fit au devant de la
fienne avec pluſieursDeviſes à
l'honneur du Roy. Les Bouti
ques furent fermées pendant
tout lejourdans toute laVille,
& lelendemain ces Magiſtrats
firent faire une grande diſtri
bution de pain&de vin.Quelques
jours auparavant le
Corps de la Bouſe commune
des Marchands avoitfait faire
une ſemblable ceremonie avec
beauboup de magnificence ,
dans la Chapelle qu'ils ont au
Cloiſtre de l'Egliſe des Iacobins.
Elle fut ſuivied'un fen
d'artifice dans la Place qui eſt
au devant de la Maiſon de la
Bourse.
44
Actions de Graces
La Cathedrale de Poitiers
ayant chanté le Te Deum le 26.
de lanvier , les Iefuites de la
meſme Ville qui ont des raifons
particulieres de fignaler
leur zele pour le Roy , parce
que leur College eſtun College
Royal , & de la Fondation
de Sa Majesté , refolurent de
donner des marques diſtinguées
de la part qu'ils prenoient
à la joye publique . Ils
firent orner le grand Pavillon
& les Clochers de Drapeaux
& de Guidons, & le 3. de Fé
vrier , jour choisi pour cette
Feſte , tous les Peres dirent la
Meſſe de la Trinité en action
de graces . A huit heures du
matin les Ecoliers , qui font
au nombre de douze à treize
cens , depuis la ſeconde Claſſe
juſqu'à la Cinquiéme , vinF
pour la gueriſon du Roy. 45.
rent deux à deux , ſuivis des
Regens, entendre la Meſſe que
celebra le PereRecteur. Enfuiteils
communierent de ſa main
avec beaucoup de devotion &
de modeſtie , pendant que la
Muſique chanta un tres - beau
Motet. Les Ecoliers de Rethorique
, de Philofophie , & de
Theologie , fuccederent aux
premiers, qui s'eſtoient retirez
dans le meſme ordre qu'ils
eſtoient venus. La Muſique
chanta la Grand Meſſe , Monfieur
Rabreüil , Doyen de ſaint
Pierre , & grand Vicaire , officiant
folemnellement . A
l'Offertoire , le Pere Cheſnon,
l'un des Profeſſeurs de Theologie
du College , & Docteur
de la Faculté , prononça en
preſencede ce qu'il y a de plus
choiſi dans la Ville , un fort
46
Actions deGraces......
beau Diſcours ſur le ſujetde la
Feſte. Comme cePere a infiniment
de l'eſprit, de la politef
ſe , &de ce feu d'imagination
quidonne aux choſes untour
également délicat & élevé , il
traita ſa matiere avec beaucoupd'éloquence&
de digni .
té. Son Texte fut, Confitebor ti.
bi inNationibus , Domine , & no
mini tuo Pfalmum dicam , magni.
ficansSalutes Regis. Il fit voir que
laGrace quele Ciel venoit de
nous accorder par le rétabliſ
ſement de la Santé du Roy , étoit
la grace la plus propre à
affeurer lebonheurdelaFran- l
ce , parce qu'elle conſervoit
l'Auteur & le principe de ſa
felicité , qu'elle étoit la grace
la plus favorable à nos inclinations,
parce qu'elle conſervoit
un Prince qui est l'amour &
pour la queriſon du Roy. 47.
les delices de ſon Peuple,& enfin
qu'elle estoit la grace qui
fait le plus d'honneur à nos
voeux & nos Prieres , parce
qu'elle conſervoit le plus grand
Monarque du Monde. Ala fin
de cette Meſſe , on communia
commeon avoit faità l'autre
les Iefuites les premiers,&les
Ecoliers enſuite. Enfin la Muſique
chanta leTe Deum , pendantlequel
on fit une décharge
du Canon de la Ville. Le
ſoir on recita ſur le Theatre
du College quantité de belles
| Poëfies Françoiſes , Latines ,
Italiennes , Eſpagnoles , Angloiſes
, qui ne faifoient toutes
qu'un Corps , qu'une action
fort reguliere. L'on commença
par des Actions de graces au
Ciel ; on ſe réjoüit de ſon preſent,
on s'en promit millenou48.
Actions de Graces
veaux avantages . Vn Sphinx
propoſa pluſieurs Deviſes ſur
la Santé du Roy , divers Oedipes
les expliquerent , & l'on
finit par des voeux pour la conſervation
de Sa Majeſté. Cette
action fut égayée d'un tresbeau
Balet. Le Deſſein eſtoit
la joye publique. Celle de la
France en general,donnoit lieu
à une Entrée. En voicy les
Vers.
D
PREMIER DANCEUR.
bonheurdes
!
FrançoisunDemon
envieux
Changeanostre Esté, nostre Automne
- En unHyveraffreux .....
On n'y vit ny Cerès , ny Flore , ny
Onnyvit pas un deleursjeux.
Est-il
pour la guerifon du Roy. 49
Est - il quelque plaisir en France ,
Peut on s'y croire en afſeurance ,
Peut-on n'estre pas tout enpleurs ,
Quand LOVIS est dans les dou
leurs?
SECOND DANCEVR.
Mais cet Esté , iet Automne fi
belle
Vn deſtin favorable en Hyver les
rappelle ,
ilhaftele retour des douceurs du
Printemps;
Tous les François gais & contens
Ne fongent qu'aux feux , à la
Dance.
Qui peutserefuser lesplusdouxdes
plaisirs ,
Que permet l'innocence .
Lors qu'on voit remplir ſes defirs
?
Dançons ſautons au fon de la
Musette;
C
so Altions de Graces
Devos charmans Concerts
Faites ,Hautbois , retentir l'Univers
,
Le Roy joüit d'uneSanté parfaite.
La joye des Courtiſans en
particulier faifoit la ſeconde
Entrée.
PREMIER DANCEVR .
Vn Soleil éclipsé qui se remontre
auxyeux ,
Etquiredonne à laNature
Cet éclatprecieux
Qui faitfaplus belleparure.
Ne réjoüit pas tant nosfens
Que leRoyréjouit ſes zelez Courtifans
En leur remontrant son visage,
Les Roses & les Lis par un bel
affemblage
Enfonteintréunis ,
Montrent que tonsfes mauxſeſont
évanoüis.
pour la guerifon du Roy.
Ab : s'il fallois encor effuyer quelque
orage ,
Qu'ilretombesur nous . & nonpas
fur LOVIS.
SECOND
A
DANCEUR .
EtSon peuple & sa Cour ſouffroient
plus defa peine
Que luy-méme n'en put fouffrir,
Nostre esprit estoit à lagene.
Combien en ont pense mourir?
LOUIS dans sa douleur extréme
EstoitSeulégalà luy-même ,
Et tout comme en Santé brilloit de
cent vertus
Tout est paffé ; n'y penſons plus.
-Diſſipons nos chagrins par nos réjouiffances
,
Ne fongeons qu'aux jeux &
qu'aux dances .
La troiſiéme Entrée eſtoit
le Triomphedes beaux Arts.
Cz
52
Actions de Graces :
PREMIER DANCEVR .
Tout fouffre , tout languit , tout
est en défaillance
Si le Père dujour ceſſeſon influence;
a Mais tout revient , tout reprend
coeur ,
Dés que de l'obstaclevainqueur
Le Soleil de ſes feuxfait sentir la
puiſſance. [prits,
Grand Roy , Soleil des beaux ef-
LePeredes beaux Arts, du Monde
la lumiere ,
Lors qu'un affreux nuage obfcurs
citta carriere,
& Onnousy vit ensevelis .
Interdits&fans éloquence ,
Sans esprit ſans (cience
Sans haleine &fans voix ,
Nousn'ofions chanter tes exploits.
Mais qui le pourroit croire?
Dès que le Cielaccorde à nos voeux,
àſagloire ,
De te revoir brillant de toute ta
Splendeur
pour la gueriſon du Roy. SI
Chacun ſent revenir ſa vertu fon
ardeur.
SECOND DANCEVR .
Les Arts plus Soigneux de luy
plaire ,
Plussçavans à mieux faire
DuCouchant au Levant vont porterſes
hautsfaits ,
Et diſpoſer toute la Terre
Ale regarderdans la Guerre ,
Alevegarder dans la paix ,
Comme un Prince où Dieu mesmea
gravétousſes traits.
Le Triomphe des Vertus
faifoit le ſujetdela quatriéme
Entrée .
PREMIER DANCEVR .
Quand l'Eclipse à nos yeux derobe
le Soleil ...
Ilne perdrien deſa lumiere ,
Ny decet éclatfans pareil
Qu'il adanssa noble carriere;
C3
152
Actions de Graces
Toûjours il luit pour ſoy ,
Et c'estainsi , grand Roy ,
Que cettefublimeſageſſe
De tous tes mouvemens l'éternelle
Maistreffe,
C'est ainsi que ta picté
La justice, la foy , le Zete & la
bonté
Embellirent toûjours ton ame ,
C'est ainsi que la charité
Mesmedans tes douleurs tebrûlera
deja flame.
SECOND DANCEVR .
Après tout ,fa vertu referrée enfon
COUYS
D'uneforte Santé demandoit lefecours
; [ rable ,
Le Ciel enfin à nos voeuxfave-
Nous l'accorde à propos .
Quenenous prometpas maintenant
ceHeros?
Déja je vois volerfon zele incomparable
• pour la gueriſon du Roy. 53
zuſques à lasource dujour,
Attendons tout du pur amour,
Qui pour le Roy des Roys le coeur
du Roy confume
Ony, l'onpeut l'espererfans que trop
on presume
Que malgré l'obstacle des Mers
- LOVIS fera tantparfon Zele ,
-Que l'on verra bien - toft fidelle
Un des grands Roys de l'Uni-
200
vers
C
Ie ferois trop long fi je rapportois
les deſſeins & les récits
des autres Entrées. Ce ſpectacle
attira une foule prodigieuſe
de perſonnes de toutes conditions
. Les Acteurs furentextrêmement
applaudis , & parmyles
jeunes gens de qualité
qui en eſtoient en grandnonbre,
deux des Enfans de Monfieur
de Verac , Lieutenantde
C 4
54 Actions de Graces
Roy , ſe diftinguerent , auſſi
bien que le Fils de Monfieur
Foucault , Intendantde la Province.
On finit la Feſte ſurles
fix heures par des Illuminations
aux Clochers , aux pavillons&
à toutes les Feneſtres,&
par un Feu d'artifice qui reüffit
tres-bien , parmy la décharge
du Canon , les fanfares des
Trompettes, le bruit des Tambours
, & les Concerts des
Hautbois & des Violons .
Monfieur l'Eveſque de Senez
ayant convoqué l'Aſſemblée
Generale de tout leClergé de
fon Dioceſe en Synode, chanta
le Te Deum folemnellement
dans ſa Cathedrale le 20. de
Février . La Ceremonie commença
par l'Inſtallation des
ſept Chanoines nouveaux que
ce Prelat a fondez de fon pro
pourlagueriſondu Roy. 55
pre,& qui ont eſté confirmez
par Lettres Patentes , le nombre
des huit anciens ne ſuffiſant
pas pour faire le Service
Divin dans cette Eglife.Monſieur
l'Eveſque celebra laMef-
- ſe pontificalement , aſſiſté des
deux Chapitres , ancien &
nouveau , aprés quoy il prononça
le Panegyrique de Sa
Majeſté ;ſur le meſme Texte
- & fur la meſme diviſion de
l'Oraifon Synodale qui venoit
d'étre faite par un des Eccleſiaſtiques
du Dioceſe. Le
TeDeum fut chanté enſuité par
la Muſique de la Cathedrale,
tout le Clergé , & le peuple repetant
chaque Verſet. Tous
les nouveaux Convertis du
Dioceſe , qui estoient en eſtat
de venir à cette Ceremonie y
affifterent, ainſi que cent pau-
C
16 Actions deGraces
vres , dont la moitié avoient
eſté habillez aux deſpens de ce
Prelat ,& l'autre moitié àceux
du Clergé& du Chapitre . Ces
cent Pauvres avoient chacun
un Cierge à la main. Au fortir
du Te Deum on fit une aumône
generale àtous les pauvres qui
ſe preſenterent fſuivantla publication
qui en avoit eſté faite
huit jours auparavant dans
tout le Dioceſe,& toutes les
pauvres Filles orphelines de la
Ville de Senez qui ſe trouverent
avoir occafion de ſe marier
, furent dotées par Mon-
Geur l'Eveſque, qui traita tout
le Chapitre , & défraya toutle
Clergédu Dioceſe. Sur le foir
aprés les Veſpres où tous les
nouveaux Convertis aſſiſte..
rent encore avec les cent Pauvres
,Monfieurde Senez allupour
la gueriſon daRoy. 57
maleFeudejoye dans la grande
Place au devant de la Cathedrale,&
poſa enſuitela premierepierre
du Piedeſtal qu'on
doit élever d'une toiſe & demie,
& qui eſt deſtinée pour la
Statuë du Roy de neufpieds de
haut , à laquelle on travaille
tuellement aux deſpens de ce
Prelat. Elle fera d'une pierre
plus belleplus ſolide&plus durable
que le marbre . Cette
pierre qui s'eſt trouvée dans le
Diocese , & que ceux du Pays
appellent Frejau , refifte eternellement
à toutes les injures.
du temps ,& il s'entrouve encore
des Ouvrages entiers qui
ont eſté fait parles Romains.
Les Prieres de quarante
heures qui avoienteſté ordonnées
à Chaumont en Baffigny ,
petite Ville dans la Province
C6
$8 Actions de graces
de Champagne , furent termi
nées le 2. de Fevrier par une
Proceffion Generale , où tous
les Officiers de Iudicature cha
cun en leur rang & dans l'ordre
de leur Iurifdiction marchoient
à la droite , ayant à
leur teſte Monfieur le Moine,
Lieutenant general du Bailliage&
à la gauche Monfieur le
Preſident Denys , nouvellement
éleu à la charge de Maire
ſuivy de tous les Officiers de
Ville. Le Te Deum fut chanté
dans l'Eglife Collegiale par
deux Choeurs de Muſique qui
ſe répondoient , & l'on en for
zit au bruit d'une décharge de
plus de mille coups de Mouf.
quet&de cinquante coulevri
nes. Cette décharge ſe réïtera
pluſieurs fois juſqu'à la nuits
au commencementdelaquelle
pour la queriſon du Roy. 59
Monfieur le Maire & Meſſieurs
les Officiers de Ville s'eftant
rendus en la grande Place , on
mit le feu au Bucher qu'on y
avoit prepare . Quatre batail-
-lons poftez dans les quatre
coins de cette Place , & diftinguez
par leurs Livrées differentes,
vinrent à la charge tour
à tour , tandis qu'un nombre
infiny de fufées volantes produifoient
en l'air des étoiles
lumineuſes , qui par leurs heureuſes
diſpoſitions formoient
ees mots , Vive LoürS. LE
GRAND . Les Dames qui
5 étoient aux feneftres,& fur des
Balcons pour jouir de ce Spectacle
, curentencore unautre
plaifir. On leur preſenta des.
Baffins de Confitures ſeches en
✓ pyramides avec des Liqueurs
de toutes fortes . Monfieur le
6
60 Actions de Graces
Lieutenant General donna le
foir un grand Bal, où toutes les
Dames de qualite du Baſſigny
& de la Ville avoient eſté invitées
. Madame ſa Femme en
fit les honneurs , & la propreté
du lieu& les Illuminations ne
ſe firent pas moins remarquer,
que la fomptuofité de la Collation
qui y fut ſervie..
Les jours fuivans furent employez
par pluſieurs Particuliers
à des Fontaines de Vin
qui coulerent dans les plus
grandes Ruës & dans les Places
conſiderables , & à ces plaifirs
fuccederent ceux que les
Peres Iefuites procurerent au
public le 9. de ce mefme mois .
Des Arcs triomphaux eſtoient
élevez ſur la porte de leurCollege
avec des emblêmes à la
louange du Roy. Deux cens
pour la querifon du Roy. I
de leurs Ecoliers , tous enfans
d'élite,ſe mirent ſousles armes
par leurs ordres.Chacun d'eux
eſtoit d'une grande propreté,
& ils avoient pour leur Commandant
le jeune Marquisde
Clermont Renel , digne rejet-
- ton de l'illustre Maiſon de
- Clermont - d'Amboiſe. Aprés
avoir fait l'exercice des armes,
pendant tout le jour , ils pri-
- rent leur marche en tres-bon
ordre fur le commencement
de la nuit , vers l'Hoſtel de
Monfieur le LieutenantGeneral
, que ce jeune Marquis alloit
inviter de venir mettre le
feu au bois preparé ,& voir enſuite
brûler celuy d'artifice .
L'invention en parut fort finguliere
. C'eſtoit un grandArbre
d'une hauteur prodigieufe,,
qui ſe partageoit au hautde fon
62 Actions de Graces
tronc en trois grandes bran
ches, dont chacune avoit plu
ſieurs rameaux . Cet arbre
étoit couronné d'une couronne
fermée de Laurier,& reprefentoit
admirablement l'Arbre
genealogique de nos Rois. Les
trois branches principales en
figuroient les trois Races , &
chaque rameau repreſentoit
undes Rois . Le nom& laMedaille
de chaque Roy eſtoient
attachez à ſon rameau. L'une
de ſes trois branches jettoit
plus de rameaux que les deux
autres ; & aprés trente-cinq :
que l'on y comptoit , on voyoit
encore des boutons àl'infiny .
Ce Feu ayant commencé par
celle qui repreſentoit la premiere
Race , chaque rameau
brûloit , brilloit & faifoit
bruit à proportion de l'éclar
"
pour la queriſon du Roy. 63
que le Monarque avoit fait
pendant ſa vie. Ainſi le feu
des fuſées volantes , celuy des
lances , & le bruit des petards
, ne manquerent pas de fe
faire diftinguer pour Pharamond
qui établitla Monarchie
Françoiſe , pourClovis lepremier
des Rois Chreftiens;pour
Dagobert , dont la pieté ſe
ſignala dans la fondation de la
celebre Abbaye de Saint Der
nis ; & chaque rameau de cette
premiere Race ayant brillé
à fon tour par rapport au brillant
que chaque Roy avoit en
pendant fon Regne , on vit
enfin tomber cette Branche
fous Childeric II I. & la feconde
ſe rallumer avec plus d'éclat
& de bruit que la premiere.
Cinquante Fuſées volantes
partirent d'abord du rameau
64
+
Actions de Graces
du Roy Pepin , qui eſtant plus
courtque les autres , reprefentoit
par là ce Prince que l'on
avoit furnommé le Bref, &
dont la Medaille ſe voyoit diſtinctement
. Les rameaux de
Charlemagne , & de Loüis le
Debonnaire firent un éclat digne
de l'Empire qu'ils avoient
tenu . Le feu en vola plus haut
en l'air. Le bruit en fut plus
éclatant ; mais ce bruitvenant
inſenſiblement à s'affoiblir
dans la conſommation des rameaux
pour les Rois qui les
ſuivirent , & le feu des lances
commençant à s'obfcurcir , il
fut aiſe de ſe ſouvenir que le
Royaume fut affoibly fous
eux , que leurs actions , que
leurs cõduite,que leurs vertus
ne furent ny ſi vives , ny fi
brillantes que celles des Princes
qui les avoient precedez ,
pour la gucriſon du Roy . 65
&cette Branche compoſée de
treize rameaux feulement, repreſentant
les treize Rois de
la ſeconde Race , s'amortit ent
fin inſenſiblement , & tomba
comme la premiere fous
Loüis V.furnommé le Faineant.
Elle ne fut pas plûtoſtéteinte,
que la lumiere des feux & le
bruit des petards ſe réveillerent
merveilleuſement à la
troifiéme Branche,dont le premier
rameau repreſentoit par
une Medaille de bronze le
grand Hugues Capet , le Chef
illuftre de la troifiéme Race
qui regne aujourd'huy. Cent
Fuſées ſe lancerent pour luy
en l'air par intervalles reglezi
ce qui fignifioit affez l'ordre
qu'il avoit tenu dans ſa conduite
pour monter ſur le Trône
; & comme ce Prince avoit
66 ActionsdeGraces
aſſocié à la Royauté' Robert
fon Fils, le rameau de celuy- cy
brilloit, & faifoit feu en même
temps . Aceux-là fuccederent
les rameaux des Rois de la même
Race , chacun avec ſon
éclat different . Celuy qui repreſentoit
S. Loüis,&dont l'Image
étoit au pied , venant à
fon tour à brûler , ce fut d'un
feu fi pur & fi clair , que rien
n'exprimoit mieux la ſainteté
de ce Roy que l'Eglife invoque
en ſes Prieres . Les Fuſées
volantes qui en partirent
monterent juſqu'aux Cieux ,
comme ſes intentions ſaintes
y eſtoient montées lors qu'il
regnoit en terre ; & dans leur
élevation il paroiſſoit encore
s'eſtre élevé par ſes vertus au
deſſus des Pyramides de l'Egipte
, où il eſtoit allé à la con
*pourla gueriſon du Roy. 69
quête de la ſainte Couronne.
Le feu prit enfuite au rameau
dePhilippes le Hardy,& ce fut
effectivement un feu fi andacieux,
qu'il ſembla par ſon impetuoſité
vouloir s'élever jufques
aux nuës. Aceluy-là fucceda
le rameau de Philippes
le Bel , puis celuy de
Loüis X. ceux de Charles V.
VI . & VII. de Loüis XI.
de Louis XII . de François I.
&de tous ceux de la Maiſon
des Valois ſucceſſivement,jufqu'au
rameau de Henry le
Grand , & de Loüis le luſte ,
dont les feux égalerent ceux
de Charlemagne & de Saint
Louis . Mais lors qu'enfin le
rameau qui repreſentoit noſtre
incomparable Monarque eut
commencé de briller , on demeura
d'accord que tous les
:
70
Actions deGraces
autres feuxjuſque làn'avoient
eſté que les préludes de celuycy.
On remarqua qu'il ne s'eſtoitallumé
que de l'étincelle
d'une Etoile tombée d'enhaut;
ce qui faiſoit voir que cePrince
nous avoit eſte donné de
Dieu comme par miracle. Sitoſtqu'il
commença de brûler,
cent Fuſées volantes ferpentant
& s'élevant en l'air en
mille endroits differens, furent)
commeune repreſentation des
bouches qui publierent fa
naiſſance , ou qui en rendirent
des actions de graces au Ciel.
Cent lances à feu attachées au
rameau , marquerent l'éclat
continuel qu'a faitdans toutes
ſes entrepriſes ſa conduite inimitable
. Cent autres Fuſées
partant par intervalles, ſe portant
de tous coſtez , & heur
pour la queriſon du Roy. yr
tant où l'on ne s'aviſoit pas
de prevoir , ſembloient repreſenter
les actions éclatantes de
ce Monarque , ou ſes deſſeins
impenetrables. Il enparoiſſoit
s'écarter au Levant , au Couchant
, au Septentrion ,& au
Midy ; & comme tout l'Vnivers
eſt inſtruit des merveilles
de fonRegne , il ſembloit auſſi
que ces feux s'efforçaſſent de
Fen informer encore , & c'e
ſtoit toujours quelque nouvel
le matiere pour l'admiration
des Spectateurs . Pendant tout
le temps que cet illuftre ramean
brûla , la petite Gendarmerie
des Ecoliers fit un feu
continuel . L'Artillerie preparée
dans la courtdu College ne
ceſſa point de joüer ,& le peuple
redoubla à chaque inſtant
fesacris de Vivele Roy. Ce qui
mo
92 Actions de Graces
fut fort admiré , c'eſt que tous
les autres rameaux étoient fecs
& reduits en cendres , & que
celuy- cy demeura verd. Il
avoit jauny ſeulement en un
endroit qui ſembloit marquer
lepoint de la maladie de Sa
Majeſté. Auprésde ce rameau
paroifſoit un jeune rejetton,
dont les feux & les flames petilloientde
s'élancer au dehors .
Geluy-làfiguroitMonſeigneur
le Dauphin , & fon Portrait
s'y trouvoit attaché . Trois
jeunes boutons fortoient encore
de celuy-là , & faifoient
efperer qu'ils brilleroient un
jour avec avantage. La Feſte
finit par un grand Repas , que
le Pere de Braux , Recteur du
College , donna aux principaux
de la Ville , tantdu Chapitre
de S. Iean , que des autres
Compagnies.
,
La
pour la queriſon du Roy. 75
La Ville de Caën fitde pareilles
Réjoüiſſances avecun
zele extraordinaire le 26. de
Ianvier . Le Canon du Château
annonça par pluſieurs coups
reïterez la folemnité de ce jour
avant qu'il paruſt. Les Armes
& les Chiffres de Sa Majesté
furent les principaux ornemens
de l'un &de l'autre grand
Portail de l'Egliſe de S. Pierre
L'induſtrie paroiffoit avec la
magnificence , dans ladiſpoſi
tion des Tapiſſeries & des lumieres
qui formoient
agreable Spectacle. La Meffe
fut celebrée par Monfieur L'Eveſque
de Bayeux. Tous des
Corps de la Ville y aſſiſterent,
ayant à leur teſte Monfieurde
Gourgues , Intendant de la
Generalité de Caën. LesOffi
ciens duRegimentduRoy,ace
D
74
Actions deGraces
compagnerent Monfieur le
Marquis de la Luzerne comme
Lieutenant de Roy en cette
Province. Il eſtoit eſcorté de
la Nobleſſe du Pays , & Monfieur
le Chevalier de Monchevreüil
, par ſon exemple
auili bien que par les ordres,
luy fit rendre tous les honneurs
qui estoient deus à fon
Caractere. Le Te Deum qu'on
chanta ſur les quatre heures,
fut ſuivy d'un feu de joye &
d'Illuminations dans toute la
Ville , pendant que le Canon
faifoitdiverſesdécharges, aufquelles
le Regiment du Roy
fous les Armes répondoit de
fon coſté. Il y eut deux Fontaines
de Vin qui coulerent en
deux endroits differens à la
porte de Monfieur de Gourgues,
qui avoitdonné un ma
pour la gurviſon du Roy. 75
gnifique repas. Monfieur le
Marquisdela Luzerne terminala
Feſte par un grand foupé
&par leBal. Meſſieurs de Ville -
traiterent auſſi quantité de
perſonnes confiderables , & ce
ne fut pas fans faire entendre
ſouvent lebruit du Canon .
Le 3. Fevrier les Echevins
accompagnez de tous les Offi
ciers de l'Hoſtel de Ville , accomplirent
le Voeu qu'ils avoient
fait pendant la maladie
du Roy,d'aller folemnellement
tendregraces à Dieu,à la Chapelledediée
à la Vierge , ſous
letitre de Noſtre-Dame de la
Délivrande , quand la ſantéde
-ce Prince ſeroit entierement
rétablie. Ils ſe rendirent à cetteChapelle
qui eſt prés de la
Mer à trois lieuësde Caën , &
- l'on termina les Prieres de
D2
76
Actions de Graces
quarante heures , qui avoient
eſté ordonnées en ce lieu-là
par Monfieur l'Eveſque de
Bayeux , pour obtenir la conſervation
de Sa Majesté. Ce
Prelat celebra la Meſſe , à la
quelle Monfieurle Marquis de
la Luzerne aſſiſta , ainſi que
Monfieur de Gourgues .
du
Le 6. du meſme mois , les
Marguilliers de la Paroiſſe de
S. Iacques de Compiegne,dans
laquelle eſt ſitué le Château
Roy, firent rendre les meſmes
actions de graces avec beaucoup
de folemnité. Monfieur
leCuré y contribua detous ſes
foins ,& marqua beaucoup de
zele. Monfieur le Lieutenant
General& autres Officiers de
Iuftice, Meſſieurs les Echevins
&les Officiers & Chevaliers
des Ieux de l'Arquebuſe , de
pour la gucriſon du Roy. 77
- l'Arbaleſte , & delArc , aſſiſterent
à cette Ceremonie, ainſi
que tous les Corps des Me
ſtiers , qui s'eſtoient rendus
chacun dans leur Chapelle,
ornée magnifiquement à l'envy
les uns des autres . Il y eut
Grand Meſſe, Salut, & Proceffion
, où tous les Eccleſiaſtiques
& toutes les perſonnes
confiderables porterent des
Cierges avec les Armes du
Roy. La Proceſſion fut fuivie
du Te Deum , aprés lequel on
allumaun grandFeu , pendant
que lebruit des Boëtes informoit
la Ville de cette réjoüiffance.
Lero . les Religieuſes du
Monaftere de la Viſitation
SainteMarie de la meſime Ville,
fondé par Sa Majesté, & par
la Reine Anne d'Autriche ,
D 3
78
Actions de Graces
chanterent le Te Deum , ayant
chacune un Cierge à la main.
Elle firent enfuite unFeudejoye
composé dequatre Pilaſtres
avec leurs Portiques ornez
d'Armes & de Chifres du Roy,
le tout terminé par unegrande
Couronne Aeurdeliſée , d'où
quantité de Fuſée partirent.
Dans leméme temps,les nouveaux
Convertis zelez particulierement
pour le Roy qui
les amis dansle chemin du falut
, firent faire des Prieres
folemnelles , & chanter le Te
Deum par les Religieux de
l'abbaye Royale de Compiegne,
dans la Chapelle de l'Hermitage
de la Croix de Saint
Signe , à l'entrée de la Foreft,
qui eſtun lieu ſignalé, à cauſe
qu'on y conferve une partie du
Saint Suaire , qui fut apporté
pourlagueriſon duRoy. 79
par leRoy Charles leChauve.
Ilyeut enſuireun Feu de joye
allumé par Monfieur Guillebert
de Launay , ſubdelegué
de Monfieur l'Intendant , &
Maiſtre des Eaux & Forests,
au bruitdes Boëtes , des Tambours&
des Trompettes,&an
ſon des Violons , Muſettes ,
Fifres , &divers autres inſtrumens.
Comme ce jour-là le
temps eſtoit doux & fort ferein
, on donna la Collation &
le Bal aux Dames au bord de
cette Foreft.
Le 2. de Février , Meſſieurs
de la Sainte Chapelle du Vivier
en Brie , chanterent le
TeDeum , aprés lequel Monfieur
le Tréſorier alluma un
feu de joye au bruit de pluſieurs
pieces d'artillerie , &an
fon des Hautbois & des Muſe
D 4
80 Actions deGraces
tes. Cette joye fut continuée
pluſieurs jours & pluſieurs
nuits au mêmelieu du Vivier,
&dans les Villes voiſines .
Le meſme jour Monfieur du
Bois de Carce, Prieur de Fontenay
en Brie , ayant alſemblé
fes Paroiffiens aprés qu'on ent
finy l'Office du jour , leur dit
que comme Chreftiens Zelez pour
teur Religion , & comme Sujet'sfidelles
du plus grand des Rois , il
les exhortoit de joindreſes Prieres
aux fiennes , pourobtenir la confervation
des jours de Sa Majesté,
qu'eſtant tous unis dumefme efprit,
&pourun deſſeinſi iuste , il ne dow
toitpoint que Dieu n'exauçast leurs
voeux , puis qu'en luy demandant
une longue fuite d'heureuſes années
pour cegrand Monarque , c'estoit le
prier pour fapropre gloire , & pour
celle de fon Eglise. Il s'étendit
pour lagueriſon du Roy. 81
enfuite fur les merveilleuſes
actions du Roy , fur ce qu'il
avoitdonné la Paix à l'Europe,
& detruit l'Herefie en ſon
Royaume , il ne finit que pour
entonner le Te Deum . Lors
qu'on l'eut chanté , les Tambours
donnerent le fignal à
deux cens hommes qui étoient
ſous les Armes , & qui firent
auffi-toſt une premiere décharge
de Mouſqueterie. Elle
fut foûtenuë du bruit de cent
Boëtes, qui eſtant placées dans
les plus hauts lieux de la Tour
de cette Egliſe , ſe firent entendre
à plus de trois lieuës aux
environs. Ce Prieur ayant
commencé l'Exaudiat , marcha
en Proceffion avec tout fon
Clergé,qui fut ſuivy duMaire&
des Echevins , juſqu'àun
Feu qu'il avoit fait élever wis
DS
82 Actions de Graces
à vis de l'Eglise . Ce Feu avoit
fo. pieds de hauteur fur 20.
pieds de large , & il eſtoit
Toutenu d'une forte Charpente
peinte , & toute femée
de Fleurs de Lys. Autour
étoient des Tableaux , oùl'on
avoit peint une épée ,
un Bouclier avec ces mots
Au Destructeur de l'Herefie
AU
,
&
G
Protecteur de la Religion.
Quantité de Couronnes de
laurier & de lierre ,&plufieurs
branches de Pin artiſtement
miſes , couvroient le Bucher
d'une verdure agreable. Il repreſentoit
un Chefne vert ,
qui par ſa durée & ſon élevation
eſtoit la figure d'une lon
gue vie ,que l'on fouhaitoit à
Sa Majefté . Le haut de cette
efpece de Chefne eftoit cou-
FonnéparunAnge, pourmar
pour la guerifon du Roy. 83
quer que les Conqueſtes du
Roy venoient du Ciel. LeFeu
eſtant allumé , les Mouſquetaires
firent une ſeconde décharge
, à laquelle il fut répondu
par les meſmes Boëtes .
La Tour parut tout en feu par
le nombre des flambeaux , falots
& lanternes qu'on y alluma
dans le meſme temps. La
Proceffion rentra dans l'Egliſe,
où l'on chanta un Motet & une
Oraiſonen action de graces. Il
ſe fit une troiſiéme décharge ,
&Monfieur le Prieur de Fontenay
fit diſtribuer trois cens
Bouteilles de vin. Sa naiſſance
ne le diſtingue pas moins
que fon merite. Il eſt Neveu
de Monfieur du Bois du Menil--
let , Confeiller de la grand' --
Chambre. Les Mouſquetaires
pour marquer leur joye danſe-
4
D6
84 Actions de Graces
rent au tour du Feu & le Moufquet
ſur l'épaule , au fon des
Fifres&des Tambours. Leurs
Danſe quoy que ruſtique , avoit
je ne ſçay quoy de guerrier
qui fut fort plaifant àvoir.
Le 9. 10. & 11.de Février, il
y eut des Prieres de Quarante
heures dans l'Egliſe du Monaſtere
Royal de Mondenis , étably
en la Ville de Crecy en Brie
en 1641. par le feu Roy , fous
l'Invocation de la Creche de
Iesus , à laquelle ce pieuxMo.
narque avoit une devotion
particuliere . Pendant cestrois
jours la Communion des Religieuſes
fut generale, & le dernierelles
chanterentle Te Deum
avee autant de magnificence
que leur état le pouvoit permettre.
Elles firent auſſi des
diſtributions de pain auxPau
vres .
pour la gueriſon du Roy. 85
Monfieur leCardinal le Camus
, Evefque de Grenoble, fit
auffi chanter le Te Deum dans fa
Cathedrale le 16. de Ianvier),
&tout ſonClergé, à qui la douleur
avoit juſque - là arraché
des larmes , n'en verſa plus que
de joye. Le Parlement en fit
chanter un en Muſique le 29 .
du même mois , dans la ChapelleduPalais.
Il y aſſiſta en robes
rouges ,& quatre Confeila
lersClercs officierent à laMef
ſe que celebra le plus ancien.
Le lendemain la Chambre des
Comptes fit faire la meſme choſe
dans ſa Chapelle,& envoya
de grandes aumônes aux Pri
fonniers . La meſme Ceremo .
nie fut faite auſſi ce jour- là par
le Bureau des Finances , dans
la Congregation des Gens de
qualité, établie chez les Iefui-
A
86 Actions de Graces
beau
tes. La Muſique y fut foûtenuë
par une Harmonie tres - agreable
de differens Inſtrumens . La
Chancellerie du Parlement
s'acquita du mefine devoir
dans l'Egliſe de Sainte Claire ,
où le Bailliage de Greſivodan
fir auſſi chanter un Te Deum le
1. de Février. Ce Te Deum fut
accompagné d'un tres -
concert de.Violons ainſi que
celuy du luge Royal & Epif-
Gopal,& des Elus de Grenoble,
qu'ils firent chanter le 3. Ie ne
vous dis rien de ceux des Procureurs
au Parlement, des Notaires
,&de tous les Corps des
Arts & Métiers ; chacun d'eux:
s'eſt ſignalé en differentes Egliſes.
Le 2. du meſime mois
les Confuls & les Officiers de
Ville s'eſtant rendus dans la
Cathedrale , veſtus de leurs
pour in querifondu Roy. 87
robes Confulaires , & fuivis
d'une affluence extraordinaire
de peuple , y firent chanter
un Te Deum en Muſique , avec
une Simphonie de Violons , de
Hautbois , & autres Inſtrumens.
Le foir tout l'Hoſtel de
Ville fut illuminé , & on alluma
un grand feu dans laPlace
qui eſt devant cet Hoſtel
Le 4. Les Officiers de la Milice
ayant marché quatre àqua
trejuſqu'à l'Eglife des Dominicains,
yrendirentles mêmes
actions de graces. Les.Monfieur
Bouchu ,Intendant , dont
l'eſprit eſt aufii propre àinventer
les plaifirs, qu'ileſtprompt
pour les Affaires , donna une
Feſte quifit connoiſtreſajoye.
H eſtlogé en l'Hoſtel de Leldiguieres
, où eftune grandeSal--
le dont le Lambris eft. doré..
88 Actions de Graces
Deux rangs de bancs l'un fur
l'autre qui regnent tout autour
de cette Salle , furent couverts
de Tapis de Turquie ; & les
chaiſes que l'on mit devant ,
furent clouées au Parquetage ,
afin qu'on ne puſt changer la
ligne qu'elles faifoient. Au
bout de la Salle eſtoit un Amphitheatre
à douze étages. On
aſſembla tous les Violons de la
Ville ; pour rendre la Simphonie
plus éclatante . Le Bal com
mença aprés un magnifique
Repas , & il ne finitqu'à cinq
heures du matin . On l'interrompit
en preſentant auxDamesune
collation de Confitures;
d'Oranges , de Citrons ,&
de fruits , qui furent accompagnez
de differentesliqueurs .
Îl y avoit un lieu pratiqué dans
le coinde la Salle , où l'on propour
la queriſon du Roy. 89
digua le Vin au Peuple. Les
Damesqui ne voulurent point
dancer , occuperentune partie
de l'Amphitheatre,& le Peuple
ſe tint derriere des Barrieres ,
qu'on y avoit fait conſtruire en
divers endroits. Le 7. Monfieur
le Comte de Teffé , qui
commande les Troupes en cette
Province , & dont le merite,
la naiſſance & la valeur font
connusde toutle monde ,don
na un Bal dans l'Hoſtel de Ville
, où les hommes & les fem
mes parurent maſquez , & où
perſonne n'entra qu'il ne le
fuſt. Il ſembloit que toutes les
Nations s'eſtoient aſſemblées .
On vit des habits de toutes
manieres . Les Indiens , les
Tucs , les Barbares , les Perfes,
les Sauvages de l'Amerique ,
& enfin tous les Peuples de
१०
Actions de Graces
de l'Europe parurent dans la
Sale;où l'on danſa avec cequ'ils
ontde plus ſuperbe dans leurs
veſtemens . On commença le
Bal fans que perſonne ſe fuft
reconnu ;& aprésque l'on eut
quittéle maſque toutparuten
joye. Pourla mieux folemnifer
, il y avoit une grande &
longue Table , ornée d'un riche
Bufet &garnie de quantité
de baſſins de confitures de
ſemblables douceurs. Quoy
que l'on mangeaft & but fouvent,
jamais ce delicieux Bufet
ne fut dégarny. Le 15. on
chanta encore un Te Deum. Ce
fut celuy dela propagation de
la Foy. La Muſique & lesHautbois
y firent un Concert tresagreable.
Pluſieurs jeunes Enfans
nouveaux Convertis parurent
veſtus en Genies avec
pour la queriſon du Roy. 91
des couronnes de Lauriers , &
firent le tour decette Maiſon
precedez par les Hautbois. Il
y en avoit cing qui portoient
les Armoiries de France , de
Dauphiné , de Bourgogne ,
-d'Anjou & du Berry ,fur des
Corbeilles d'argentpour reprefenter
laMaiſon Royale ,&
ils allerent offrir cette auguſte
Maiſon à Dieu , en mettant ces
Corbeilles& ces Armoiriesfur
l'Autel. Le ſoir un Portrait du
Roy , qu'on avoit mis ſur la
porte de l'Eglife , fut allumé
par des bougies dans des Lutres
de cristal , & dans pluheurs
bras d'argent. L'on attacha
les Armoiries autour du
Portrait ,& l'on mitau devant
toutes les Couronnes de Laurier
qu'avoient porté les Genies.
Le 16. fut le jour choiſt
92
Actions de Graces
pour les Avocats du Parlement.
Aprés la Meſſe ſolemnelle
celebrée dans l'Egliſe Cathedrale
de Noftre-Dame , &
à laquelle trois Conſeillers
Clercs du Parlement de Grenoble
, Chanoines de la mef
me Egliſe officierent , ils firent
chanter le Te Deum en
Muſique. Le ſoir ils donnerent
fur lePontde Pierre le diver
tiſſement de quelques feux
d'artifice, dontune partie brûla
fur l'eau . Pendant ce temps
les Violons joüerent fur une
terraſſe du Parterre de l'Hoſtel
de Leſdiguieres , qui regne le
longdu Quay qui aboutit à ce
Pont.Ily eut auffi des Concerts
de Voix . :
Leo. àMontelimart Mon.
fieur de Colombez , Doyen de
l'Egliſe Collegiale de Sainte
pour la gueriſon du Roy. 93
}
Croix , fit couler au devant de
ſamaiſon une Fontaine de vin,
depuis midy juſques à trois
heures qu'on chanta leTeDeum
Le Bataillon de Bourbonnois
qui eſtoit enquartier dans cette
Ville ſe mit ſous les armes ,
&les Tambours ſolemniferent
laFeſte avec grandbruit,qu'on
ne fit ceſſer qu'afin qu'on oüiſt
les Violons. Les Ecclefiaftiques&
toutes les perſonnes
confiderables juſqu'aux Dames
meſme , burent du vin de
cette Fontaine à la ſanté de Sa
Majefté. Ce meſme Doyen fit
diftribuer aux Pauvres quantité
de vin , & trois Corbeilles ,
depain. Le Bataillon de Bourbonnois
fit trois décharges.
Celuy qui le commandoit délivra
quelques Soldats qu'on
avoit mis en priſon pour des
fautes Militaires .
94
Actions de graces
La Lettre qui ſuit vous apprendra
ce qui s'eſt paflé à Aix
en Provence. Elle est de M
de Templery , Gentil- homme
de lameſme Ville , à une Dame
de ſes Amies , à laquelle il
rend compte des ceremonies
du Parlement , de la Cour des
Comptes , & de divers autres
Corps . Le hazardm'ayant fait
tomber cette Lettre entre les
mains , je vous envoye une
copie.
A MADAME DE
Dites-moy
D'Aix le 17. Février 1687.
Madame, jevonS
prie, quel peché avez-vous
fait qui puiſſe vous obliger à une
pour la queriſon du Roy. 95
fi rude penitence , que de demeurer
à la Campagne tandis que toute
noſtre Ville éclate de joye pour l'heureuse
queriſon de noftre grand Roy?
Quoy ! voulez- vouspar vostre retraitteimiter
la Madeleine en fa
Seconde vie,ſans l'avoirimitée en
Sapremiere, ny avoirdonnéaucune
matiere pour fonder vostrepenitense;
car enfinsi j'excepte les rigueurs
dont j'ay à me plaindre , qu'elle
autre faute pouvez - vous avoir à
expier ? D'ailleurs , Madame,
quelle raison avez-vous euë de
paffer le Carnavaldans un defert,
où toutes les Saiſonsreffemblentfort
au Caréme, &devouloir eftrefage
dans un temps où la coûtume
veut que toutle monde foit fou?
Est- cevivre que mourir d'ennuy ?
Quelle difference mettez
entre estre caché dans une maison
champêtre,& eftre enfermé dans
- VONS
96
Actions deGraces
un tombeau ? Enfin, neferez - vous
pas responsable envers Dieu du
mauvais usage que vous faites de
ces appas , par qui l'onpeut vous
mettre en paralelle avec les Aftres
mefme lesplus éclatans.
4
L
Mais ſi voſtre bonté ſi bril.
lante& fi rare.
Veut qu'au Soleil on vous
compare ,
Ie n'ay garde pourtantde tenir
ce difcours ;
Cette comparaiſon ſeroit
trop mal receuë ,,
LeSoleil paroit tous les jours
Et vous, depuis long-temps on
ne vous a point veuë.
Cependant i'aurois auiourd'huy
une belle occafion de me vanger
de vos iniuftices , en vous privant
du plaisir d'apprendre les grandes
Festes
pour la guerifon du Roy. 97
Festes qui sefont données en cette
Ville; mais neanmoins je veux
bienvous donner ce contentement ,
quoy que ie n'en ayeiamais receu
aucun de vous , & que ie n'aye à
vous remercier d'autre chose , que
de m'avoir appris à supporter
patiemment les rigueurs d'une in-
Sensible.
Ie vous diray donc , que Vendredy
7. de ce mois Meſſieurs du
Parlement penetrezde plaisir pour
la gueriſon de noſtre Grand Prince
, & ne pouvant plus contenir
une joye qui cherchoit à ſe répandre
, s'aſſembloient dans le Palais ,
où ils delibererent de faire des a-
Etions de graces & des réjoüiſſances
publiques , & temoigner par
là que les grandes joyes ne font pas
muettes comme les grandes douleurs.
Le matin du Lundy ſuivant ,
qui étoit le Lundy gras , la Grande
E
98 Actions de Graces
Sale du Palais , au bout de laquelle
est la chappelle de Meſſieurs , fut
tenduëde riches Tapiſſeries qui en
étoient lejour , & où l'on voyoit éclater
par tout les Armes du Roy.
Le Platfond & les Lanſpaniers ef.
toient d'un drap bleu brodé de
Fleurs de Lys , d'où pendoit une
multitude de Lustres. Les deux ai
les de cette Salle estoient occupées
de deux rangs deſieges égaux relevezsur
un long marche-pied ,
pourMeffieurs les Magistrats , &
au deſſous regnoient deux autres
rangs de fieges pour les Dames. Sur
la porte de la Chapelle estoit le
Portrait du Roy à cheval , & au
fond de la Salle qui est opposéà la
Chappelle , on avoit dreſſé deux
Amphitheatres , l'un pour la Muſique
, &l'autre pour les Violons
les Hautbois ; au deſſus il y avoit
une maniere de Iubépour lesTrompour
la gueriſon du Roy . 99
pettes,les Fifres , & les Tambours.
Mais , Madame, ce qui est le plus
remarquable , c'est que tout cela
fut dressé preſqu'en aussi peu de
temps qu'il enfaut pour le décrire,
& avec aussi peu de préparation ,
que si c'eust esté par les mains des
Fées, &parun pur enchantement.
Quand toutes les bougies des
Luftres, des Girandoles, & des Bras
qui regnoient à distances égales
autour de la Tapiſſerie ,furent allu.
mées , & qu'à leur clarté ſe joignit
l'éclat des Dames, ce lieu ainſi deguisé
ſembloit mieux le Palais
d'Armide quele Palais du Parlement.
Il paroiſſoit plus propre à
gagner des coeurs que des Procés.
Enfinil falloit avoir l'imagination
bienforte pourſe perfuaderque c'e
ſtoit le Tribunal de la Iustice plûtoft
que celuy de l'Amour , & qu'on y
décidaſt d'autre fortune que de celle
des Amans.
E 2
THEQUE DE LAP
10
LYON E
29*1095
*
100 Actions de Graces
fur les dix heures Meſſfieurs ; du
Barlement , qui estoient aſſemblez
dans deux Chambres , & avoient
ordonné que toutes les Boutiques de
la Villeferoientfermées , entrerent
en Corps& en robes rouges dans la
Grand Salle au nombre deſoixantehuit
, précedez de leurs Huiſfiers
avec la Masse, &de tous les Archers
conduits parMonsieur le Prevoſt
de Laurens; les Preſidens ornez
de leur Manteau- Royal , & leurs
Mortiersfur la teste , & les Confeillers
, &les Gens du Roy couverts
de leurs Bonnets. Aprés qu'ils en
rent pris leurs places , Monfieur de
la Berchere , nommé par le Roy à
l'Archeveſche de cette Ville,& depuis
peu à celuy d'Alby , parut re
vestu deſes Habits Pontificaux , la
Mitre enteſte, précedé de tout fon
chapitre , & alla s'aſſeoir dans la
Chapelle ſous un Dais qu'on luy
pour la gueriſon du Roy. IOI
avoit préparé. Ensuite ayant celebre
la Meſſe. Le Te Deum fut
chantéen Musique, &futſuivy de
tous les Instrumens dont j'ay eu
l'honneur de vousparler,& aubruit
desquels se joignit un cry generalde
Vivele Roy, qui fortit plûtoſt du
coeur , que de la bouche du peuple.
Monsieur l'Archevesque , & fon
Chapitre s'eſtant retire,z Mesfieursdu
Parlementſe leverent , &
fortirent de cebeaulieu pour entrer
dans laGrand'Chambre.
Mais , Madame, fi ce que je
vous ay ditàcausede l'étonnement,
ce qui me reste àdire vous donnera
de l'admiration , & avec elle un
regret mortel de ne vous eſtre pas
trouvée en cette ville pour une
Feſte ſi pompeuse , &de vous eſtre
amuſée à donner à manger à vos
poules & à vos dindons dans un
temps oùl'on ne donnoit à manger
E 3 1
102 Actions de Graces
icy autre chose aux Valets & aux
Porteurs.
Vous sçaurez donc , que le foir
du mesme jour , les Fenestres de
toutes les ruësfurent illuminées. La
Place qu'on appelle des Preſcheurs
qui est devant le Palais ,& en laquelle
on avoit dreßé le Feu dejoye
&des Theatres pour les Violons &
pourlaMusique , fut toute tenduë
de Tapiſſeries de diverſesfabriques;
&auxfenestres du Palais &de toutes
les Maiſons qui regardent cette
Place parut une telle illumination ,
qu'elle empeſcha de regreter la clar.
té du jour qui commençoit à diſpa.
roiſtre , ou plûtoft il ſembloit que le
Soleil eust laissé tous ces rayonsdans
cettePlace.
Cependant Messieurs du Parlement
, qui s'estoient raffemblez au
Palais fur lesfix heures du mesme
foir,furentfeplacer dans la granpour
la gucriſon du Roy. 103
1
de Salle aux mesmes Sieges qu'ils
avoient occupezle matin , & firent
chanteren Musique dans leur Chapelle
un Exaudiat qui fut commencé
par Monfieur de Barrene
Conſeiller Clerc , homme diftingué
parsa pieté, & parson merite.
: Dés que l'Exaudiat futfiny , le
Parlement en Corps &en Robes rougesse
mit en marche & fortit du
Palais au fon des Trompetes , des
Fifres , & des Tambours , les Prefidens
ayant leurs Mortiers fur la
teſte , &les Confelliers leurs Bonnets
, & chacun portant un gros
flambeau de Cire blanche allumé ,
precedez , des Huiffiers , des Archers
, & de quarante-neuf Pauvres
que le Parlement avoit fait
babiler dejuſte- au corps bleu &de
haut -de- chauſſes rouges , ayant
choisi ce nombre en memoire des
quarante - neufans de l'âge heureux
E 4
104
Actions de Graces
de noſtre incomparable Monarque.
En ceteftat & enrang de deux
àdeux , ils entrerent dans la Place
des Preſcheurs , & aprés en avoir
fait letour ,ilsſe rangerent en cercle
autour du Feu qui estoit prepare.
Monsieur le Premier President Marin
, ayantfaluéle ſecond Preſident
qui estoit àſa gauche , commençaà
mettre lefeu avecſon flambeau , &
auſſi- toſt tous les autres Magiftrats
fucceſſivement & obfervant la mê
me Ceremonie acheverent d'allumer
le feu.
Alors la Muſique , les Violons ,
les Hautbois , les Trompettes , les
Fifres , & les Tambours , joints aux
longs cris du Peuple , formerent un
bruyant mélange qu'il feroit malaiféde
définir , &firent une de ces
voluptueuses confusions qui font
préferables aux choses les mieux
ordonnées. Les Boëtes qu'on avoit
pour la querifon du Roy. 105
miſes devant le Palais , firent un
bruit qui auroitparn épouvantable
en toute autre occaſion. Le Feu d'artifice
commença à jouer, & lança
dans les airs tant de brillantes fu
Sées , qu'elles avoient dequoy dispu.
ter d'éclat avec les Aftres qu'elles
Sembloient attaquer. Enfin , Madame
, ilnefut jamais de nuitfi
belleny fi ennemie du sommeil , &
Sur ma parole la nuit dans une pa
reille occaſionſcroitmal appellée la
mere du calme & dufilence. Pour
moy,je fus enchanté d'un ſpectacle
ſiſurprenant , & je vous avouë
àma confufion , que je fis une chose
qui ne m'estoitjamais arrivée depuis
que j'ay l'honneur de vous connoiſtre,
c'est que jene penſay point à vous
durant un quart - d'heure. F'espere
que vous pardonnerezcette condamnable
distraction à l'aveu fin
cere que je vous enfais....
Es
106 Actions de Graces
Cependant Meſſieurs du Parlement
se retirerent au Palais dans le
mesme ordre & par lamesme marche
qu'ils estoient allezà la Place
des Preſcheurs ; & de là ils furent
tous fouper chez Monfieur le Premier
President , quifit unedépence
extraordinaire , &digne d'une oc
cafionsi éclatante. Commetoutesses
actions font magnifiques , le Repas
ne pouvoit manquer de l'eſtre ; mais
ce qu'ily eut de plus agreable &de
meilleur goût , ce furent les brillantes
&ingenieuſes plaifanteries que
l'excés desajoye & la vivacité de
Jon eſprit firent dire pendant le Soupé
, & quifurent unſecond regale
pourla Compagnie. Le Repas nefinit
que pour commencer le Bal. Les
Dames estoient en grandnombre, &
fi belles &fi richement parées , que
les bougies ſembloient n'emprunter
leur lumiere quede leurs pierreries
pour la gueriſon du Roy. 107
& de leurs yeux . Toutefois , Mada.
me , s'ilfaut vous dire mon fentiment
touchant ces charmantes Belles.
Bien que de mille appas chacune
fuſt pourveuë ,
Etdonnaſt dans les coeurs un
rigoureux affaut.
Il me ſembloit de voir en chacune
un défaut,
Mais ces défauts , n'eſtoient
que pour vous avoir veuë .
La premiere Courante fut dancée
par Madame la Marquise
d'Oppede , qui parut comme unbel
Aſtre quidonnabien de la peine aux
autres à foûtenir leur éclat en fa
presence. La connoißance que vous
avez , Madame , de la profondeur
de ſon esprit , de la fineffe de fon
discernement , de la grandeur de
E6
108 Actions deGraces
Son ame &le lagrace deſesmanie
res,m'épargne l'embaras où jeferois
pour d'écrire tous fes avantages.
Madamela Marquise de Brue, &
Madame de Piolenc , Soeurs de
MonfieulreMarquis d'Oppede ,
Sefirent remarquer entre les autres
par leur bonne mine , aussi facilement
que s'iln'y eust eu qu'ellesfeu.
les.
Enfin cette celebrefoiréeſe ter
minapar des Feux de joye que fit
chaqueparticulier devant la porte
de ſa Maiſon , &par des illumi
nations en toutes leruës que nefurent
effacées que par le retour du
Soleil. Outre ces Feuxparticuliers,
ily en eut encore de diftinguez.
Monfieur le premierPresident enfit
dreffer un devant sa Maison qui
n'estoit bornéque par la largeur de
la rue. Monfieurle Presidentde
Cornillon enfit de mesine. Monfieun
pourlaguerifondu Roy. 109
leConfeillerde Mozanguesfit armer
le quartier , & alluma luy-meme
enRobe rouge avec unflambeau
de Cire blanche le feu qu'il avoit
fait preparer devantfa Maiſon.
Monfieur le Conseiller de Guidy
plein d'ardeur pour son auguste
Maistre,&ayantfucéavec le laict
cezele dont feu Monfieurfon Pere
a donné tant de marques dans les
Comiſſions qu'il aexercées , fit écla
ter ce mesme zelepar un grand Feu
de joye , pardes illuminations dont
lafaçade de Sa Maiſon fut éclai
rée ,&pardes Fontaines de vin qui
invitoient à boire les naturels les
plus fobres . Monfieur le Marquis
de Bruë , Procureur General du
Roy , &Monfieur de Saint-Martin
Avocat General , ne donnerent
pas de moindre témoignages de leur
attachement pour nostre Monarque,&
de leur joye pour le retour de
ΙΙΟ Actions de graces
Sa precieuse Santé , non plus que le
reste du Parquet . Les Dames s'en
Sontmeſlées , car Madame la Prefidente
de Bandol. Femme d'une di-
Stinction particuliere,& Veuve d'un
des plus galans hommes du Royaume
, eſtant logée dans une Maison
où quatre ruës aboutissent , &for
ment une Place,au milieu de laquel.
le il y a une Fontaine,fit dreſſer un
Arc de Triomphe en chacun des
quatre coins , & tapiſſer toutes
les Maiſons voisines , & aprés
avoir allumé un Feu de joye qu'elle
avoitfait preparer devant la fienne
, on vit jouer avec tant d'éclat
un Feu d'artifice poſe autour de la
Fontaine , qu'il ſembloit que le Feu
& l'eau fuſſent ce ſoir là de la meilleure
intelligence du monde. Cela
fut accompagné des fanfares des
Trompettes , & d'une décharge de
Mousquets , & se termina par un
pour la gueriſon du Roy. III
Soupé &parun Bal , où l'onne pouvoit
rien aioûter pour la magnifi
cence.
Mais , Madame , quelle apparence
y auroit - il, que vous ayant
entretenuë des réioüiſſances deMefſieurs
du Parlement, je ne vous parlaſſepoint
de celles de Meſſieurs des
Comptes quifont encore moins recommandables
par leur dignitéque
parleurs personnes , & qui tirent
moins d'éclat de laſplendeur de leur
pourpre , que de la droiture de leurs
ames . Feremplirois donc malvoſtre
curiosité & mon devoir , ſi ie ne
vous diſois que Messieurs de la
Chambre des Comptes & Cour des
Aydes ( vous fçavez que ces deux
Jurisdictions font unies dans cette
Province ) voulurent témoignerpar
des marques publiques & éclatantes
, qu'ils n'ont pas moins d'ardeur
&de Zele que le Parlement pour la
112 Actions de Graces
Perſonne Sacrée de nostre puiſſant
Monarque , &pour l'heureux rétabliſſement
d'une Santé d'où dépend
toute la destinée de fon Peuple.
Meffieurs les Commiſſaires
nommez par la Courpour la conduitede
cettegrande Feste , s'enacquiterent
avec tantde diligence, qu'ils
executerent dans les deux jours
qu'ils avoient pour s'y préparer , c8
que d'autres n'auroient pasfeulement
proietté dansunfi court espa.
ce,deforte que le Mardy-gras qu'ons
avoit destiné pour la folemnitéde
cette celebre journée, toutes choses
furent disposées dans une perfe
stion qui ne laiſſoit rien àdesirer.
Au milieu de la Courtqui estaudevant
de leur Apartement duPalais,
on avoit élevéfur trois Baffins
differens , une haute Fontaine de
Stuc qui pouſſa durant tout le jour
unfet devin d'une élevation propour
la gueriſon du Roy. 113
digieuse. L'Emblème estoit un Soleil
quimeuriſſoit un raisin ,autour duquel
on lisoit ces paroles , Poſt lacrymas
. Cette Court fut toute couverte
d'une Tente , contre laquelle
les rayons du Soleil nefaisoient pour
lapercer que d'inutiles efforts , &
là mille Bougiesſupleoient admirablementà
la clarté du iour. Deux
rangs de Tapiſſerie l'unfur l'autre
regnoientsur toutes les murailles de
cette Court , & n'étoient interrom
pus que par degrands Pilastres à
distances égales. De là on voyoit au
devant de la Porte de la grand Salle
un Arc de Triomphe qui ſoûtenoit
une Renommée ,portant d'une main
lesArmes du Roy , & de l'autre un
Drapeau avec cette Inſcription ,
Domine , ſalvum fac Regem .
CetArcde Triomphe estoit embelly
de Trophées d' Armes , où l'on liſoit
cesparoles , Dico operamea Re114
Actions de Graces
gi , & encore de divers Emblèmes ,
inventez par Monsicur d'André
Confeiller en la mesme Compagnie ,
en un desquels estoit representée
l'Envie revestuë des habits de Cal.
vin qui s'abîmant dans la Mer ,
prioit Thetis de retenir le Soleil dans
Ses ondes. Cette Déesse méprisoit
Sa priere , & le Soleil ſe levoit de
l'eau plus refplendiſſant que iamais
avec ces mots : Lux orbi reftituta .
Dans un autre Emblème on voyoit
un Hercule allumant fon flambeau
auSoleilpour brúler les têtes de l'Hydre
avec ces paroles pour ame , Secura
victoria .
Fene doute point , Madame, que
vous qui vous intereſſezà la gloire
du Roy , vous n'ayez grande envie
de sçavoir ce que ces mots Latins
fignifient. Je pourrois bien les tournericy
en François , mais j'ay juré
de ne les expliquer qu'en cette Ville
pour la gueriſon du Roy . 115
pour vous donner quelque ſuiet d'y
revenir & jufque- là ces Emblêmes
feront des Enigmes pour vous.lly en
avoit encore pluſieurs autres dont ie
ne vous feray aucune mention pour
vous parler de la grand Salle de
Meffieurs des Comptes oùla Ceremonieſe
devoitfaire.
Ellefut toute tapißée de Fleurs
de Lys , les ſieges des Meſſieurs étoient
dreſſez sur un longmarchepied
, & au bout de cette salle on
avoit élevé deux grands Theatres
fleurdelisez, l'un pour la Muſique ,
& l'autre pour les Violons & les
Hautbois . Les bougies qui estoient
allumées dans des chandeliers de
Cristal , des bras & des Plaques
d'argent , faisoient l'obiet le plus
agreable dont on puiſſe regaler les
yeux. Sur la porte de la Chapelle ,
quieft au bout de cette Salle , pa
roiffoit le portrait de L'
....
1
116 Actions de Graces
GRAND , environné d'une infinité
de bougies , qui ſembloient s'efforcer
d'aioûter leurs lumieres à celle
dont brille avec tant d'éclat l'auguste
Visage de cegrand Monarque
mais rien n'estoit égalàlabeautéde
la Chapelle. Elle estoit tendue d'une
Tapiſſerie d'un Velours cramoiſi ,
dont les friſes , lapente& les Pilaſtres
estoient de velours cifelé à
fond d'or& fur laquelle on voyoit
des Tableauxfi admirables , que les
yeux ne regretoient point les endroits
de cette riche Tapiſſerie que
leur cachoient ces Tableaux. A un
costéde cette Chapelle on avoit élevé
sur trois marches une estrade
pourMonsieur l'Archevesque , tapisée
d'un Damas cramoiſià crê
pines d'or , &le Dais de meſme; &
àl'autre coſtéon avoitplace desfieges
pour Meffieurs du Chapitre .
Lemesme jour ,fur les dix henpour
la gueriſon du Roy. 117
res du matin , Meſſieurs fortant
du premier Bureau au carillon de
- toutes les Cloches , & au bruit des
- Tambours & des Trompetes , entre
rent le Bonnetfur leurs teſtes dans
la Grand Sallequi estoit pleine des
perſonnes les plus qualifiées de l'un
& de l'autre Sexe , les Preſidens
reveſtus de robe de velours noir ,
leurs Bonnets fourrez d'Hermine,
les Conseillers en robes rouges , &
leurs Bourrelets noirs fourrez de
mesme ; les Auditeurs & les Cor
recteurs reveſtus de Damas noir, &
les Gens du Roy comme les Con
feillers .
A peine furent- ils dans leurs
fieges, que Monsieur l'Archevêque
arriva , precedéde ſes Aumôniers
&de tout fon Chapitre,&ſe plaça
dans la Chapelle , où il officia pontificalement
. Durant la Meſſe la
Musique , laſimphonie& les Vio-
1
118 Actions de Graces
lons remplirent leur devoir d'une
maniere à donner de grande diſtra.
Etions aux amateurs de l'Armonie;
& lors que la Meſſe fut achevée,
&que le Te Deum, eut estéchanté,
Monsieur l'Archevéqueſe retira
avecſon Chapitre , &Meſſieurs les
Magistrats repaſſerent au premier
Bureau.
Sur lesfix heures duſoir du méme
jour , Meſſieurs s'eſtant rendus
encore au Palais au nombre de quarante,
entrerent dans la Grand Salle
dont je viens de vousparler , &
ayant pris leurſeance ,& allumé
leurs flambeaux , ils firent chanter
dans leur Chapelle l'Exaudiat en
Musique , &ensuite ils allerent
Robe & en Bonnet à la Place des
Preſcheurs , pour allumer lefeu qui
y estoitpréparé, précedez des Trompettes
, des Tambours , des Archers,
de leurs Huiſfiers , &de quaranteen
pour la gueriſon du Roy. 119
neufpauvres qu'ils avoientfait habiller
, chacun un flambeau de cire
- blanche allumé. Dans cet ordre ils
arriverent au -devant du feu , qui
estoit gardé par trois cens hommes
qu'ils avoient fait mettre ſous les
armes , pour augmenter l'éclat de
cette celebre réjouiſſance. Ienevous
diray point , Madame , que toute
cette Placefut tapiſſée , toutes les
fenestres illuminées comme le iour
précedent , car vous devez bien le
comprendre ; & ce que je vous ay
déja dit de Messieurs du Parlement,
joint à l'envie que j'ay de finir
- cette longue Lettre , me fait taire
mille choſes qui ont étéſemblables
ou approchantes.
Enfin Meſſieurs des Comptes
ayant allumé le feu dans le même
ordre & avec la même ceremonie
que ces autres Magistrats , ſe retirerent
au Palais par la même
120 Actions de Graces
marche qu'ils avoient déja tenuë ,
portant toûjours leurs flambeaux
allumez. Du Palais ils allerent
tousfouperchezMonfieur de Seguiran
, leurpremier Preſident ,dans
Samaiſonſur le Cours ,au devant
de laquelle il avoit fait dreßer un
grand feu de joye , & une Fontai
ne devin blanc , qui sous une agreable
verdurefortant abondamment
par de longs tuyaux , marquoit
l'abondance de coeur avec la
quelle ileſtoit donnéau Public.A la
portede cette maiſon , dont toutes
les fenêtres étoient illuminées,auffibien
que celles de toutes lesmaiſons
voisines , on avoitélevé un Arc de
Triomphe ornédu Portrait du Roy à
cheval, autourde pluſieurs trophées
qui portoient cette Devise.
Una falus Orbi LODOΙ-
CUS corpore fanus ,
Et au deſſus on avoit peint la Renommée
pour la queriſon du Roy. 121
1
Renommée qui publioit les voeux
ardens du Peuple par cette Infcription,
Vivat , & auguſtos noftris
Deus augeat annos,
Mais ce qu'il y eut de plus furprenant
& de plus fingulier , c'est
qu'à peine Meſſieurs furent-ils arrivezdans
la maison de leur premier
President, qu'il en fortit trente
Dames magnifiquement parées .
chacune conduite d'une mainpar un
Cavalier , & de l'autre portoit un
gros flambeau de cire blanche, pour
allumer le feu qui estoit préparé
devant cette maison. La premiere,
comme laplus ardente pour la gloire
de Sa Majesté,fut Madame de Valbelle
, Marquise de Merargues ,
conduite par Monsieur le Marquis
de Bouc,dont la galanterie & le
meritefont au deſſusde tous les eloges.
Vous sçavez que cette illustre
F
122 Actions de Graces
Dame, estant un des plus beaux
ornemens de noſtre Ville , est trespropre
pour une grande Feste. La
douceur defesmanieres, l'agrement
deſon esprit ,& la delicateſſe de
SesSentimensſont des charmes contre
lesquels iln'estpasaiséde tenir,
&pour la personne ,elle est faite
d'une tellemaniere ,
..
Qu'un coeur pour s'échaper
oſeen vain ſe debattre ,
Contretantde beautez en vain
il ſe défend ;
Bien qu'Amour ne ſoitqu'un
enfant ,
Si-toſt qu'elle paroiſt , on ne
peutle combatre.
Après que cetis aimable Dame cut
allumé le feu , toutes les autres en
firent de mesme. Alors les Violons
&les Hautbois qui les avoient
pour la gueriſon du Roy. 123
accompagnées , furent obligez de
ceder aux fanfares des Trompetes ,
& au retentiſſement de cent Boëtes,
qui porterent jusqu'au Firmas
ment le bruit de cette celebre your
née , & quoy que ces Dames par
mille cris de Vive le Roy , euffent
affezmarqué leur zele , toutefois il
estoit si grand , qu'elles regreterent
même par des ſoûpirs de ne
pouvoir lefaire éclater davantage ;
ainſi elles , qui font foûpirer tant
d'autres,ſoûpirent à leur tour.
Des qu'elles se furent retirées
dans la maisonde Monfieur le Pre
mier President de Seguiran,ce digne
Magistrat , qui ne dégenere point
defes illustres Ancestres , Premiers
Preſidensenla Chambre des Com.
ptes , dont il est le quatriéme نم
qui ignore ce que c'est que l'épar
gne quand il s'agit de la gloire
de fon auguste Maistre , fit jetter
F 2
124 Actions de graces
au peuple quatre cens pieces de
quinze ſols , qui cauferent un de-
Jordre d'autant plus plaiſant , que
l'intereſt en estoit le principe. Cela
futſuivy de deux Repas fervis en
mesme temps , & dont le ſuperflu
en auroit composé un troifiéme fort
magnifique. L'un estoit de quarante
couverts pour Meſſieurs les Magistrats
, & l'autre de trente pour
les Dames qui aprés le Soupé fermerent
cette grande Feste par un
Bal , dont l'agreable duréefutfilonque
que le coucher des Dames fut
le lever du Soleil.
Bien que cette Lettre queje vous
écris précipitamment&Sansméditation
, nefoit déja que trop lon.
gue , & queje me fuſſe proposéde
ne vous parler que de ce qui regarde
le Parlement & la Cour des
Comptes , je ne puis , Madame ,
m'empescher d'ajoûter Succincte
pour la gueriſon du Roy. 125
ment , que le Ieudy , Second jour de
Carême Meffieurs les Treſoriers
Generaux de France firent dans
leurAppartement du Palais , une
Festeparcille à celles dont je viens
de vous entretenir. Leſoir aprés
qu'ils eurent allumeun Feu d'artifice
dans la Place des Prefcheurs ,
en robes de Satin noir & couverts
de leurs Bonnets , trois cens Soldats
qu'ils avoient payezfirent une dé.
charge si juſte qu'elle ne sembla
qu'un seul coup . Leur dépense fut
extraordinaire , & eux qui ontſoin
des Finances du Roy , n'en eurent
pas dés leurs propres dans cette
grande occafion.
Le lendemain Vendredy , Meffieurs
du Siege General de cette
Ville firent éclater leur joye par
toutes les magnificences poffibles. Ie
ne pourrois vous representer qu'imparfaitement
les parures & les
F3
126 Actionsde Graces
grandes illuminations dont leur
Appartement du Palais brilloit de
toutes parts. Le matin laMessefut
celebrée par Monfieur l'Abbé de
Bonfis dont le Pere a remply ſi dignement
la Charge de Lieutenant
General au mesme Siege ; &le foir
s'estant rassemblez au Palais &
ayant fait chanter un Exaudiat
en Musique , ils allerent allumer
un Feu de joye en lamesme Place des
Preſcheurs avec toute la pompe
qu'on pouvoit attendre de leurZele.
De là s'estant retirez au Palais , ils
accompagnerent Monsieur de
CourtezleurLieutenant Generalen
Sa Maiſon du Cours quiparut toute
illuminée , & au devant de la.
quelle on alluma un grand Feu au
bruitdes Trompettes ,des Tambours,
& d'une décharge de deux cens
Mousquets dont Monsieurde Courtexfit
la defpenfe. Comme ce digne
pour la gueriſonduRoy. 127
Lieutenant, outre mille autres qua
litez recommandables , est plein
d'ardeur pour la gloire defon auguste
Prince , ilsignalaſajoye par
un repas où la propreté égaloit la
magnificence , & quifut encoreplus
celebre par la presence dë Monſieur
le Premier Preſident du Parlement.
Ony commença les Santez
par celle da Roy , qui fut ſuiviede
celles de Monseigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine , & de
toute la Maiſon Royale , &Monſieur
de Courtez n'eut d'autre re
gret dans cette celebre Feste que de
nepouvoirla terminerpar ungrand
Bal , maisfon deüil pour la mort de
MadameSa Mere ne luy permit
pas d'avoir ce plaisir.
Le Samedy 15. tous les Procureurs
du Parlement firent pour le
mesmeſujet une réjoüiſſance qubli
que , mais avecsi peu deménage..
F4
128 Actions de Graces
ment , & tant de profusion , que
bienqu'on les accuse d'ufer quelquefois
de chicane en leurs Procés , ils
n'en chercherent aucune dans une
dépense qu'ilsfaisoientfi volontiers.
Le Dimanche ſuivant , Mes-
Steurs de l'Hostel de Ville (ignalerent
cettejourncepar tantde pompeuses
circonstances , qu'elles meriteroient
une Relation dans les formes , mais
Madame, comme les recits que ie
vous fais nesont que des lambeaux
& des abregez d'une Relation com
plete ie vous diray en peu de mots ,
que le matin leur garad Meffe
fut celebréedans l'Eglise Métropolitaine
de faint Sauveur par M. le
Chanoine de la Bastide , &fi la
Musique de ce chapitre furpaffe
toutes les autres , elle se furpaſſa
elle - mefme au Te Deum qu'elle
chanta. Tout ce jour. là les ruësfurent
tapisées , &pluſieurs Fontai-
1
pourla gucriſon du Roy. 129
nesde vin coulerent devant l'Hostel
de Ville où estoit dreſſéun Art de
Triomphe ; vers la fin du iour ily
eut une telle illumination partoute
taville , qu'on ne s'aperçeut que
par lefroid que le Soleileftoit couché.
Sur les fix heures du mesme
foir, Messieurs les Confuls, quifont
auffi Procureurs du Pays ,partirent
de l'Hostel de Ville pour aller allumer
un Feu deioje en la Place des
Preſcheurs. Il auroit estébien difficile
d'aioûter quelque chose à la
beauté de leur marche. Elle commença
parfix cens hommesſous les
armes , parmy lesquels ily avoit
deux censCadets d'une qualité di-
Ainguée, tous conduits par cing CApitaines
de quartiers , &fuivisde
quarante- neufPauvres que la Ville
avoitfait habiller , portant chacun
unflambeau allumé. Puismarchoient
Messieurs les Confulaires&
ES
130
-Actions deGraces
les anciens Affeffeurs ; ceux- làl'épée
au coſté , & ceux - cy en Robe
Longue , dont le premier étoit Monfieur
l'Avocat Gaillard , Seigneur
de Chaudon & l'Ancien des Conſulaires
, quiſans confulter lafoibleße
deſon grand âge qui pouvoit
le diſpenſer d'unesi longue fatigue,
marcha ſoûtenu de deux hommes.
Ensuite venoient quatre Valets du
Pays tenant leurs épées nuës en
la main , precedez de la Musique
& des Violons. Aprés eux mar.
choient Monsieurle Lieutenant
Criminel, & Meſſieurs les quatre
Confuls portant chacun un grand
flambeau de Cire blanche allumé ,
auffibien quetousles autres. Mefficurs
les Confeillers de l'Hostel de
Ville fermoient cette marche ac
compagnez d'unefoule mal-aisée à
representer.
Auiourd'huy Lundy les Procu
pour la guerifondu Roy . 131
1
reurs en la Cour des Comptes ont
fait les mesmes Solemnitezque
les Procureurs au Parlement . Mais,
Madame , quel moyen de vous parlerde
toutes celles qui ont estéfaites
en cette ville ,fur le recouvre.
ment de la Santé de ce grād Prince,
quifait le bon-heur de la France ,
ladestinée de l'Europe , l'étonnement
de l'Univers , & dont la vie
n'a point de vuide , & n'est qu'un
continuel enchaiſnement d'actions
quine pourront estre crues de ceux
qui ne croyent point aux miracles ?
Enfin fi i'entreprenois de vous deerire
tout ce qui s'estfait icy demerveilleux
dans cette éclatante occafion
, seferois un Livre au lieu d'une
Lettre D'ailleurs quoy que mon
coeur vouluſt bien que jevous entre.
tinffe plus long- temps de cequi regarde
la gloire de nostre Monarque
, ieſens que ma main refuſe de
F6
132
Actions de Graces
m'obeïr.Elle est déiaſi laſſe d'écrire,
qu'à peine mepermet - elle d'aioûter
tes quatre Vers que ie vous adreſſe.
Quitez , Belle , quitez vos
choux & vos ozeilles ,
Venez voir en hyver fleurir
nos Fleurs de-Lys ;
Puisqu'Aix eſt aujourdh'uy le
Pays des merveilles ,
Venez revoir voſtre Pays .
Cette Lettre datté du 17.
de Fevrier , contient toutes les
Réjouiſſances qui ſe font faites
àAix juſqu'à ce jour-la . Le
1.du meſmemois , Meſſieurs
des deux Chancelleries du
Parlement & de la Cour des
Comptes de la meſme Ville,
firent leur ceremonie particuliere
dans l'Egliſe des Auguſtins
avec beaucoup de pom-
:
pour la querifon du Roy. 133
pe & déclat .Meſſieurs les deux
Garde - Sceaux dont l'un eſt
Monfieur de la Brillane , Confeiller
au Parlement, & l'autre
Monfieurde Meironnet, Confeiller
en la Cour des Comptes,
s'eſtant rendus au Palais chacun
dans ſa Chancellerie, aveć
tous leurs Officiers , envoyerent
publier à fon de Trompe
parles Ruës ou les Seaux du
Roy devoient eſtre portez ,que
chacun des Habitans euſt à
tapiſſer le devant de ſa maifon ,
& que les Boutiques fuſſent
fermées . On avoit choiſi 49 .
Pauvres que les deux Chanceliers
avoient fait habiller
fort proprement avec des Rubans
violets & blancs à leur
cravate , & il y en eut encore
treize autres habillez aux dépens
de chacun de Meſſieurs
les Garde - Sceaux , ceux de
134
ActionsdeGraces
Monfieur de la Brillane avec
des Rubans violets & jaunes,
& ceux de Monfieur de меі-
ronnet avec des Rubans couleurde
cerife & blancs . Sur les
onze heures les Officiers de
la Chancellerie du Parlement
fortirent en cet ordre.
HuitArchers commandez par
un Lieutenant de la Maréchauffée
parurent d'abord. Ils
furent ſuivis du Chaufecire
qui portoit le Sceau du Roy
dans une Caffette ouverte &
fleurdeliſée . Elle estoit fur un
Tapis de Velours , dont deux
Huiffiers de la Chancellerie
tenoient les deux bouts . Aprés
eux marchoit Meſſieurs de la
Brillane en Robe violete , &
derriere luy les Audienciers,
Controlleurs & Secretaires du
Roy , deux à deux l'Epée au
coſté avec des gans à franges
pour lagueriſon du Roy. 135
d'or & un cordon d'or à leur
chapeau. Enſuite venoient les
Referendaires en Robes de
Soye noire avec un chapeau de
Satin bordé d'Hermines .Deux
Huiffiers fermoient la marche .
Eſtant arrivez à l'Egliſe des
Auguſtins , les Sceaux y furent
receus au bruit des Tambours
&Trompettes , Fifres & Violons.
Ils furent portez aux
- Choeur & mis ſous un Dais
au côté droit par un grand
carreau de velours bleu . Monfieur
de la Brillane , ſuivy de
tous les Officiers , ayant fait.
une profonde reverence devant
les Sceaux , alla ſe placer
au coſté droit de l'Eglife , Les .
mêmes choſes furet obſervées.
dans la marche des Officiers de
la Chancelleriede laCour des
Comptes .Les Sceaux ayant été
receus à l'Eglife comme ceux
136
Actions de Graces
de l'autre Chancellerie , furent
poſez ſous un Dais au coſté
gauchedu Choeur,Mr de Meironnet
& les Officiers firent de
pareilles reverences , & ſe placerent
du même coſté . On dit
une grande Meſſe ſolemnelle
avec l'excellente Muſique de
Saint Sauveur , & une agreable
fimphonie de Violons.
Aprés la Meſſe& le Te Deum &
l'Exaudiat chantez en Mufique,
Meſſieurs desdeux Chancelleries
ſe retirerent dans le
mefine ordre & allerent au Palais
remettre les Sceaux. Tous
les OfficiersdelaChancellerie
du Parlement, ſe rendirent enfuite
chez Monfieurde la Brillane
qui les traitamagnifiquement.
Ceux de la Chancellerie
de la Cour des Comptes furent
receus chez Monfieur de Meironnet,
aux fanfares des trompour
la gueriſondu Roy. 137
petes & au fon des Violons .
A l'entrée de ſa maiſon étoient
quatre Colomnes garnies de
Boüis & de Rubans bleux &
blancs qui foûtenoient un Portail,
au deſſus duquel il y avoit
un Portrait duRoy fur unPiedeſtal
doré . Aux deux coſtez
eſtoient deux Emblêmes , dont
l'une eſtoit du coſté droit , repreſentoitun
Bureau couvert
d'un Tapis bleu fleurdeliſe
avec des Franges & des Houpes
d'or , & fur ce Tapis étoit
une Caffette fleurdeliſée &
fermée . Au deſſus dans un
Cartouche eſtoit reprefenté
un Miroir ardent , qui recevoit
les rayons du Soleil avec
ces mots ,A fydere virtus . On
voyoit du coſté gauche un autre
Bureau couvert d'un Tapis
violet fleurdeliſe , ſur lequel la
138 Actions de Graces
Caffette des Sceaux du Roy
paroiſſoit ouverte avec quãtité
d'Expeditions ſellées . Au deffous
on avoit peint dans un
Cartouche une fusée & une
meche allumée , & l'on y liſoit
ces mots , Mira dum adhæret.
Cette Inſcription eſtoit au defſous
du Portrait du Roy dans
un Feſton de Laurier. Hinc inde
Magnus. Tous les coins& les
vuides de l'entrée de la maiſon
de Monfieur de Meironnet étoient
remplis des chifres du
Roy avec des couronnes ,
tout d'une maniere trespropre.
Toute la ruë où il loge étoit
tapiffée ; & comme elle tourne
du coſté du Cours, & que fa
maiſon eſt au milieu , il avoit
fait preparer deux Arcs de
triomphe , ornez de Feſtons de
Boüis & de Laurier , au deſſus
le
pour la gueriſon du Roy. 139
deſquels estoit un feu d'artifice.
Ils répondoient l'un à l'autre
, & faifoient une eſpece de
combat de petards & de fufées
On avoit auſſidreſſe un Bucher
devant ſa porte . Ainſi de quelque
coſté que l'on entraſt dans
la Ruë , on voyoit une décoration
tres - agreable. Monfieur
de Meironnet donna un magnifique
diſné aux Officiers
de la Chancellerie des Comptes
, & lors que la nuit furvint
on illumina toutes les feneſtres
de la Ruë ; on mit le
feu au Bucher , au bruit des
Tambours , Fifres , Trompetes
&Violons , & l'on fit joüer les
feux d'artifice des Arcs de
Triomphe. La Collation & le
Balſuivirent,& les Officiers de
l'une & l'autre Chancellerie firent
ce jour-là tapiffer le de140
Actions de Graces
vant de leurs Maiſons . Toutes
leurs feneftres furent éclairées
, & il y eut des feux de
joye à leurs portes .
La Ville d'Avignon n'a pas
pas oublié de marquer fon zele
. Le Chapitre de l'Egliſe Collegiale
de Saint Agricol rendit
des actions de graces à Dieu
le 8. du dernier mois , par un
Te Deum qui fut chanté au
bruit des Tambours & des
Trompetes & de toute l'Artillerie.
Il y avoit deux Choeurs
deMuſique ,& il fut ſuivy de
quelques Motets meſlez d'une
ſimphonie de Violons. Un feu
d'artifice que l'on avoit preparé
auroit terminé agreablemét
la Feſte ſi la violance du vent
n'en euſt empefché l'effet.Cet
accidet futaſſez heureuſement
reparé par une diſtribution
pour la queriſon du Roy. 141
- d'argent & de pain que Monfieur
le Doyen fit faire aux
Pauvres . Le lendemain Mefſieurs
du Chapitre de la Metropolitaine
prieret Monfieur
l'Archeveſque d'Avignon de
celebrer pontificalement la
Meſſe dans leur Eglife. Lors
qu'elle fut achevée ce Prelat
entonna le Te Deum , qui fut
continué par la Muſique. Le
ſoir de ce meſme jour , Mefſieurs
les Confuls avec le Vi
guier de la Ville, accompagnez
de toute la Nobleſſe , en firent
chanterun autre dans l'Egliſe
des Iefuites , par un grand
nombre de Muſiciens, au bruit
du canon qu'on tira deux fois
devant & aprés le Salut.
Le Maire & les Echevins
de la Ville du Mans ayant fait
rendre des actions de graces à
142 Actions de Graces
Dieu dans l'Egliſe Cathedrale,
les Officiers du Prefidial ſuivirentleur
exemplele 6. de Février
, en faiſant chanter un
TeDeum en Muſique dans la
Chapelle de la grande Salle du
Palais. Il y eut une Feſte tout
le jour dans la Ville avec des
Illuminations qui durerent
toute la nuit dans toutes les
Rues . Lelendemain , le Corps
des Avocats fit chanter une
Meffe & le Te Deum dans l'Egliſe
des Cordeliers. Elle étoit
tenduë juſqu'à la voute , des
plus riches Tapiſſeries de la
Ville . Mille feux redoublez
par des glaces de grands Miroirs
faifoient une Illumination
admirable ; mais il n'y
eut riende plus applaudy que
la Deviſe qui paroſſoit audeffous
du Portraitdu Roy que
pour la gueriſon du Roy. 143
l'on avoit élevé ſur le frontifpicedela
Tribune du Choeur .
C'étoit un Soleil tout brillant
de lumiere , au fortir de fon
Eclipſe, avec ces mots .
t
Redivivus cuncta Serenat.
Ceux qui ſçaventque l'Antiquité
a regardé les Eclipſes
comme des maladies dont les
Aſtres estoient atteints , demeureront
d'accord dela juſteſſe
de cetteDeviſe. Elle eſt
de Monfieur Rippierl'un des
Avocats ; qui en qualité de Secretaire
de ſa Compagnie , avoit
pris ſoin de cette ceremonie.
Tous les autres Corps
tantde Iuftice que des Marchands
& des Arts , ſuivirent
l'exemple de ces premiers , &
il ne ſe paſſa preſque aucun
jour le reſte du mois ſansqu
ques Feſte nouvelle.
144 Actions de Graces
du
- Le 29. de lanvier Meſſieurs
duChapitreRoyal de S. Furcy
de Peronne firent celebrerune
Meſſe folemnelle , à laquelle
Monfieur de la Broue Lieute
nant de Roy accompagné
Cõmandant du Château ,& de
l'EstatMajor de la Place, affi
ſta , ainſi quele Corps de Ville
& les autres Corps de Iuftice.
Toutes les boutiques furent
fermées , & l'on vit pour mar
que de joye aux Fenestres de
'Hoſtel de Ville , tous les Drapeaux
des Arts & Corps de
Meſtiers , qui font au nombre
de trente & un ,& fur leſquels
il y a pluſieurs Emblêmes à la
groire de fa Majesté,& à l'honneur
de la Ville . La Meffe &
leTe Deum furent chantez en
Mufique ; & Monfieur Abbé
Veſtier , Docteur de Na
varre
pour la querifon du Roy. 145
-varre , & Doyen de cette Eglife
, officia avec ſa pieté ordinaire
. Monfieur Aubé Mayeur
, de concert avec Monſieur
le Lieutenant deRoy , fit
battre la Generale pour affembler
le Regiment de Milice
de la Bourgeoisie. Les ſeize
Compagnies ſe rendirent fur
la Place d'Armes du Baſtion
Royal , où le Regiment s'étant
formé , il deſcendit en
bon ordre , ayant à ſa teſtele
Lieutenant Colonel , & une
partie des Capitaines en front
& les Lieutenans dans les diviſions.
L'autre partie des
Capitaines fermoit la queuë
de ce Regiment, & les Sergens
eſtoient fur les Aifles . Dans
cet ordre ils vinrent ſe mettre
en bataille ſur la grande Place,
par les foins du Major &
G
C
146 Actions de Graces
l'A yde-Maior de la Milice, devantleFeu
que Mefſieurs de
Ville y avoient fait preparer.
Monfieurde la Brouë qui s'étoit
rendu à l'Hoſtel de Ville,
accompagné de l'Estat Major ,
en fortit ſur les quatre heures
avec Meſſieurs les Mayeur &
Echevins,precedez d'un grand
nombre de Tambours , de
Hautbois , & d'autres Inſtru
mens des Gardes de Monfieur
le Marquis d'Hocquincourt ,
Gouverneur , & des Huiffiers
de Ville avec leurs Robes de
Ceremonie. Lorsqu'ils furent
arrivez à la grandePlace,Monfieur
dela Brouë , Lieutenant
de Roy , & Monfieur Aubé
Mayeur , mirent le feu au Bucher
, aprés quoy tout le Regiment
fit ſa premiere décharge.
Enfuite il défila & fit le
pour la gueriſon du Roy. 147
- tour de la Place , & aprés plufieurs
décharges reïterées , le
Drapeau de la Pucelle , & les
deux qui l'accompagnent au
Bataillon , furent portez & remis
ſuivant l'ordre de laGuer
te par vingt Moufquetaires
-détachez . Chacun fit des Feux
devant ſa porte , & des illuminations
aux feneftres , & cette
Ville n'oublia rien pour
folemnifer avec éclat une
journée ſi heureuſe. Auffi n'at-
elle pas moins merité le nom
de fidelle qu'on luy donne ,
que celuy de Pucelle , parce
qu'elle n'a jamais eſté priſe ,
& l'on peut dire que fes Habitans
ſuivent dignement le
chemin que leurs Peres leur
ont tracé , & qu'ils ne font ny
moins fidelles ny moins zelez
pour la gloire& pour le ſervicees
du Roy.
148 Actions deGraces
Les Estats Generaux du Pays
& Comté d'Artois , qui étoient
affemblez au mois de
Novembre dernier dans la
Ville d'Arras , Capitale de la
Province , ayant appris le 21 .
de ce mefme mois , que le Roy
s'eſtoit reſolu à ſouffrir la grande
Operation , dépeſcherent
auſſi - toſt un Gentilhomme de
leur Compagnie pour aller en
poſte marquer à Sa Majesté
l'inquietude où cette nouvelle
les avoit jettez , & en meſme
temps la joye que leur cauſoit
l'heureux fuccés que l'Operation
avoit euë . Monfieur le
Comte de Belleforiere , choiſi
des trois Ordres pour cette comiſſion
, eſtant arrivé le lendemain
à Verſailles , ent l'hõneur
de voir leRoy. Ce fut Monfieur
de Louvois qui le preſenta à
njeſté qui estoit au lit,té
pour la gueriſon du Roy. 149
moigna beaucoup de plaifir de
voir l'empreſſement que les
Eſtats avoient eu de ſçavoir des
nouvelles de ſa ſanté , & char
gea Monfieur le Comte de Belleforiere
d'affurer ſes Sujets
d'Artois de la continuation de
-ſa bienveillance , dontElle leur
donneroit des marques aux
occafions . Le retourde ceGentilhomme
donna beaucoup de
confolation aux Eſtats qui ap-
-prirent par une Lettre de Monſieur
de Louvois , qu'on eſperoit
que dans peu de temps la
ſanté du Roy feroit parfaite.
Ce fut aux premieres nouvelle
de l'entier rétabliſſement
de cette ſanté ſi chere ,
que la ioye de tous le Habitans
d'Artois redoubla . La Ville
d'Arras en donna des mar--
ques éclatantes . Les Magistrats
G5
150
Actions de Graces
د
allerent en ceremonie apprendre
à Monfieur le Comte
de Villeneuve Lieutenant
de Roy en cette Place , comme
à celuy qui repreſentoit la
perſonne de Sa Majesté , en
l'absence de Monfieur le Comte
de Nancré qui en eſt le
Gouverneur , le defſein qu'ils
avoient pris d'ordonner des
Réjoüiſſances publiques. Ils
firent joüer le carrillon de la
Ville , & fonner la Cloche
Joyeuse , appellée ainſi parce
qu'on ne la fonne qu'aux occafions
de réjouiſſances , ce
qu'elle continua pendanttrois
jours , le matin , à midy , & le
foir , & une heure chaque fois.
Le 19. de lanvier on chantale
Te Deum dans l'Egliſe Cathe
drale . Les Officiers de l'Etat
Major , & de la Garniſon , &
pour la queriſondu Roy. 151,
tous les Corps de luſticeyaffifterent
en ceremonie , avec
un concours de Peuple extra-
( ordinaire. Ily ent le foir un
feu de joye devant l'Hôtel de
Ville, & des Illuminations aux
( Fenestres & au Beufroy, remplies
des Armes de Sa Majesté
( & de la Famille Royale. Les
Magiſtrats donnerent enſuite
une magnifique Collation à
Monfieur l'Eveſque d'Arras ,
aux Officiers de l'Etat Major ,
à Meſſieurs des Etats , & à tout
le Corps de Ville. On y falüa
la ſanté du Roy folemnelle .
- ment au bruit du canon , & au
fon des Trompettes , Timbales
, Violons & Fluftes douces .
Le 20. les Etats firent chanter
- une Meſſe &le Te Deum enMufique
dans l'Egliſe Abbatiale
de S. Vaaſt d'Arras . Monfieur
:
১
G4
1521
Actions de Graces
l'Abbé Danchy , l'un de ceux
qui aſſiſtent à l'Aſſemblée des
Etats,y officia pontificalement,
& l'apreſdînée Monfieur le
Marquis du Forest , qui en eft
le Député ordinaire pour la
Nobleffe , donna le Bal aux
Dames dans ſon Hoſtel,& le
foir un grand regale. Le Confeil
Souverain d'Artois s'a-.
quita auſſi du mefme devoir ,
&fit chanter un Te Deum folemnel
par la Muſique de la Cathedrale
dans la Chapelle
Royale du meſme Conſeil, où
il aſſiſta en Corps. Les jours !
fuivans on ne ceſſa point dans
toute la Ville de rendre de pareilles
actions de graces à
Dieu,par des Meſſes folemnelles
& des Te Deum en Muſique ,
que tous les Corps de Iuſtice ,
Avocats , Procureurs , Mufii
pour la gueriſon du Roy. 153.
ciens , & les Marguilliers de
chaque Paroiſſe firent chanter
tour à tour . Meſſieurs del Eſtat
Major & les Magiſtrats ſe trouverent
à toutes ces ceremo
nies , où le ſieur Doré Maiſtre
de Muſique de la Cathedrale ,
fit admirer ſa fecondité , en
donnant par tout des Compofitions
nouvelles.
La Ville d'Angers a fait paroiſtre
tout l'empreſſement
qu'on pouvoit attendre de fon
zele , dans les actions de graces
qu'elle a renduës pour la gue-
- riſon du Roy. Les Officiers du
- Preſidial reveſtus de la Robe
rouge que Sa Majesté leur a
donnée pour recompenfe de
leur fidelité ,&tous les Corps
de Iuftice firent d'abord celebrer
un fervice folemnel dans
la Salle du Palais .Les Habitans
G
154
ActionsdeGraces
vinrent y joindre leurs Prieres
à celles de leurs Magiſtrats; &
ce fut peut- eftre la premiere
fois qu'un lieu frequenté par
tant d'hommes agitez de paffions
differentes , fut tout remply
de perſonnes également
fatisfaites . Toutes les autres
Compagnies Ecclefiaftiques &
Seculiers , l'Univerſité , l'Abbaye
de Roncere , les autres.
Maiſons Religieufes & les
Communautez des Artiſans
diſputerent à l'envy à qui ſe
ſignaleroit davantage dans ces
marques publiques de joye.
Les Officiers de l'Hôtel de Ville
ſe diftinguerent dans cette
occafion par une magnificence
extraordinaire àlaquelleMonfieur
de la Feauté , Maire de la
Ville , ajoûta un grand repas .
Mais ce qui ſe paſſoitdans le
pour la gueriſon dit Roy. 155
L
fond des coeurs eſtoit encore.
-bien plus glorieux à nôtre auguſte
Monarque.Chacun dans
ſes actions de graces rappelloit
dans ſa memoire les avantages
qu'il reçoit ſous le Regne d'un
figrand Prince ; & comme toutes
ces reflexions demeuroient
renfermées dans l'eſprit des
Peuples , ou ſe terminoient à
de ſimples entretiens familiers ,
l'Academie Royale d'Angers ,
qui a droit de regarder le Roy
comme ſon Fondateur , &
comme ſon Pere , fe crut obligée
de preſter ſa voix à des
ſentimens ſi juſtes ,& d'expliquer
les fiens propres.. MonſieurDautichamp,
Lieutenant
de Roy dans les Ville& Château
d'Angers ,qui a eſté nommé
Directeur de l'Academie
en la placede Monfieur l'Evê-
G4
116 Actions deGraces
que , la fit aſſembler extraordinairement
fur ce ſujet le Samedy
15. Fevrier. Il trouvala
même ardeur dans tous les
Academiciens , qui ne ſe ſeroient
cedé qu'à regret une occafion
fi favorable de temoigner
leur reconnoiſſance dans
le difcours qu'on attendoit de
la compagnie , s'ils n'euffent
confulté leur modeſtie plûtoſt
que leur zele. Ainſi l'Academie
par un fentiment jaloux
pour fon honneur , & dans la
crainte qu'on ne puſt croire
qu'unſeulde ceux qui la compoſent
n'auroit pas eu cemefme
empreſſement ; jetta les
yeux fur Monfieur Poquet de
Livonniere, Conſeiller au Pre
fidial d'Angers, &dont le meriteluy
eſtoit tres - connu. Monſieur
Dautichamp voulut ſe
pour la guerifon du Roy. 157
charger du ſoin de la dépenſe
de tout le reſte de la ceremo
nie afin que dans cette réjoüiffance
generale il y euſt des
-marques de joye où luy feul
euſt part. La choſe s'executa
d'unemaniere qui paſſa tout ce
= qu'on en pouvoit attendre . Les
- Academiciens s'eſtant rendus
à neuf heures du matin le Samedy
22. Février , huit jours
apres la propoſition de cette
Ceremonie , dans la Salle des
Conferences Academiques ,
- toute remplie des Perſonnes les
plus confiderables de la Province,
Monfieur de Livonniere
commença fon difcours en
ces termes .
;
L'Academie plongée dans une
affliction mortelle a cu peine à refpirer
, à reprendre l'usage de la
parole. Toute étonnée du naufra
58
Actions deGraces
ge qu'elle vient d'èviter , elle se
voit au port , & doute encorefi elle
est en assurance ; mais enfin rap.
pellée de ſa conſternation par les
acclamations publiques , elle s'est
apperceuë que sa voix manquoit à
l'Armonie des lowanges de fon
Prince . Il décrivit enſuite les
alarmes de toute la France à la
nouvelle de cette perilleuſe
Operation , dont l'Europe entiere
attendoit l'évenement
comme la décision de fon fort.
Il repreſenta d'un autre coſté
le Roy ſeul tranquille au milieu
de fa Cour effrayée , qui
Maistre de la douleur même ,
continuoit d'agir en Roy dans
un eſtat où les autres ſe ſouviennent
à peine qu'ils font
hommes , & quidans ſon lict
comme ſur ſon Trône , toûjours
le Genie de l'Vnivers ,
pourlagueriſon du Roy. 159
ne laiſſoit pas de ſe donner
tout entier aux ſoins de fon
Eftat. Il dit qu'Alexandre avoit
reconnu à la douleur d'une playe,&
à l'écoulement de son sang qu'il
n'estoit qu'un homme , & que nous
reconnoiſſons aux mesmes marques
que LOUIS est au deſſus des hommes
; qu'il manquoit àla gloire du
Roydesefaire connoiſtredans l'adverſité
, mais que lafortune accoûtumèc
à luy obéir , n'oſoitrienentreprendre
contre luy , & qu'il a
voit fallu qu'ileust commencé luy
mesme les coups dont il avoit estè
frapé; & faiſant comparaiſon
des actions éclatantes de noſtre
incomparable Monarque , lors.
que nous l'avons vû forcer les
- hommes & les Elemens à reconnoiſtre
ſon Empire , àl'intrepidité
qu'il a fait voir enſe
foumettantde fang froid &
160 Actions de Graces
ſans hefiter au peril d'une
Operation fi dangereuſe , il
ajoûta que la gloire defes Conqueſtes
ne luy peut estre laissée toute
entiere; que les Conquerans font
obligez de partager l'honneur de
leurs actions avec pluſieurs autres
qui enpartagent aussi l'execution ;
que pour vaincre ilfaut desCapitaines
& des Soldats , mais que la
gloire &lafermetédefa derniere
action n'appartiennent qu'à luy
feul, & qu'ila fçeu combatre &
triompher par ses propres forces;
queſi cet invincible Monarque a
Surpaffétous les Conquerans pardess
actions heroïques , onpeut dire qu'il
asurpassé dans celle - cy toute l'intrepidité
des Philoſophes , puis que
nouslisons que Pomponius Atticus ,
l'un des plus celebres de l'Antiquité,
fe trouvant atteint de la mesme
maladie , aima mieux se laiffer
pour la gucriſon du Roy . 161
mourir defaim pour s'en délivrer ,
que de s'expoſer aux douleurs de
l'Operation , à laquelle leRoy s'est
Soûmis.
Apres avoir parlé de la joye
univerſelle qui comme un
charme puiſſant s'eſt emparée
de tous les cooeurs , il fit connoiſtre
qu'un regne est heureux ,
dont la felicité eſt aſſeuréesur des
témoignages reciproques d'amour
&de tendresse entre le Prince&م
-ſes Sujets , que la haine des Peuples
estsouvent aveugle , mais que leur
amour ſuppoſe toûjours de grandes
vertus dansceux qui enfont les objets;
qu'il faut accorder beaucoup
de qualitez contraires pour com.
mander&se faire aimer du Penple,
quen'ayant que l'obeiſſance en partage,
croit du moins afranchirſa
tangue de la fervitude , par la liberté
qu'il se donne de ſeplaindre
162 Actions de Graces
&de murmurer ; que la pluspart
des Heros n'ont trouvé qu'apres
leur mort la gloire qui leur estoit
duë, parce qu'unesecrete envie empeſche
d'honorer lemeritependant
qu'il est fur la terre ; qu'on court
aprés luy quand il n'est plus ,&
qu'on rend au nom& aux cendres
des grands Hommes , cequ'on arefuféà
leurs Perſonnes ; mais quele
Roy s'estoit élevéau deſſus du deštin
commun à tous les autres hommes ,
qu'il al'avantage d'estre luy-mesme
le spectateur des honneurs
qu'onrend àſa vertu , & de jouir
par avance de toutesa renommée.
Il rapporta que Salomon s'estoit
tellement acquis l'amour de ses
Peuples , que lors qu'il paroiſſoit
dans lerufalem ſes Sujetsravis de
joye & d'admiration , fans estre retenus
par le respect , l'appelloient
d'une commune voix leur Bien .
pour la guerifon du Roy. 163
aimé ,& que ces témoignages de
tendreſſe pleurent tellement à ce
grand Prince , que pour en marquer
- Son Sentiment ilfit écrire au devant
de fon Char en lettres composées de
Pierres précieuses cesparolesfi tendres
, le t'aime , ô ma chere lerufalem
! Que ce que l'on vit du
temps de Salomon , & qu'on n'a
point vû depuis , nous l'avions vû
ces derniersjours dans cettefuperbe
Entrée que le Roy venoit defaire
- dans Paris. Ces empreſſemens ,
pourſuivit- il , ces acclamations
des Peuples qui ne pouvoient se
raſſaſier de voir le Roy , qui lefuivoient
en tous lieux , que l'âge ,
que l'infirmiténe pouvoient retenir,
tout cela ne répond- ilpas à latendreſſe
de Jerusalem ? Qui est celuy
qui dans ſon coeur neſe doit écrié
cent fois , O mon Bien - aimé !
& n'ait dit de luy ce queJerusalem
1
164 Actions deGraces
difoit de Salomon , & Rome de Titus
, qu'il est tes delices du Genre
humain ? Et quand nous voyons le
Roy defon costéſe livrer aux careffes
de fes Sujets dans la Capitale
de ſon Royaume , s'abandonner à
leurs transports , devenir , pour
ainſi dire , leur Concitoyen & leur
Convive, afin de recueillir plus à
loiſir dans leurs yeux fatisfaits le
fruit deſesfaveurs&larécompense
deſa Vertu ,ne ſemble- t- ilpasdire
comme Salomon à. Ierufalem ,
O France que je t'aime ! le te
facrifie cette vie , que je viens
de recouvrer , & je ne la veux
employer que pour ta gloire &
pour ta felicité .
Il ajoûta , que nous ne devions
pas eſtreſurprisfile Roy reffemble
à Salomon du coſté defagloire &
defafelicité,puis qu'il luy reffem.
ble si parfaitement par les quapour
la queriſon du Roy. 165
e
litez qui le rendirent les delices
des Peuples, l'admiration des Etran.
gers , & la merveille de fon Siecle;
& continuant le paralelle de
ces deux Heros , il parcourut
leurs Vertus & leurs Actions
les plus éclatantes ; dont il fit
remarquer les raports .Il fit voir
que le Roy las de marcher fur les
pas d'Alexandre &de Cefar,avoit
cherché dans Salomon un modelle
plus digne de luy ; & finit ce paralelle
en diſant , quefile Roy eft
admirable dans les endroits par où
il reffemble à Salomon, il est encore
plus grand par ceux où il luy eft opposé;
que ce grand homme qui fut
laſageſſemesmese démentit enfin,
&qu'il effaça la gloire d'unesi belle
vie par une fin malheurense , pour
avoir renoncéau culte du vray Dieu
& élevé des Temples aux Idoles ;
qu'une conduite bien differente nous
166 Actionsde Graces
affeuroit pour le Roy d'un deſtin plus
beureux ,& que sur la foy de ce
qu'il afait pour la Religion , nous
pouvonsnous promettre qu'un Prince
qui a tant travaillé pourle Ciel
n'enferapoint abandonné.
Il finit fon difcours de cette
forte. Ioüiffons de nostrefelicité&
la concevonsbien. La Pofterité enviera
le bonheur quenous avons de
vivre ſous le Regne de LOUIS LE
GRAND. Allons rendre graces à
Dieu qui vient de le donner une
fecondefois àla Terre , & dans les
tranſports de nos coeurs , fervonsnous
des paroles que l'illustre Reyne
de Saba adreſſoit autre-fois à Salomon
lors qu'il estoit le veritable
Salomon. Dieu t'a fait Roy , luy
diſoit - elle , parce qu'il aime
Ifraël . Diennous adonnéLOVIS
parce qu'il nous aime ; Dieu nous l'a
confervé parce qu'ilnous veut renpourla
guerifon du Roy. 167
C
11
dre parfaitement heureux. Encore
une fois allons en rendre graces à
Dieu , & offrir nos jours pour prolonger
une viefi neceſſaire au bien
de la Terre , & aux interests du
Ciel mefme.
-Ce Diſcours dans lequel
chacun reconnut ſes propres
ſentimens dans toute leur force,
ſembla donner une ardeur
nouvelle à l'Aſſemblée . Si - toft
qu'il fut finy , tous les Acade
miciens ſe rendirent au Châ
teau , où ſe devoit faire le reſte
dela Ceremonie , & ils y furent
receus par la Garniſon
ſous les armes. La Chapelle de
ce lieu qui fut celledes Ducs
d'Anjou , &dont la Structure
répond à la magnificence des
Princes qui l'ont baſtie , étoit
parée de riches Tapiſſeries ,
d'un grand nombre de Luftres,
68 Actions deGraces
d'une infinité de lumieres dif
poſees d'une maniere fort ingenieuſe
, & de divers Tableaux
des premiers Peintres
de France & d'Italie , mais qui
furent peu conſiderez , parce
que tous les yeux eſtoient attachez
fur le Portrait de Sa
Majesté. Tous les Academiciens
ayant pris leur place ,
Monfieur Deniau , Docteur
de la Maiſon de Sorbonne , &
grand Doyen de l'Egliſe Cathedrale
, aſſiſté de deux Chanoines
de la meſme Eglife , celebra
la Meſſe . Elle fut chantée
par deux Chooeurs de Muſique
accompagnée de plufieurs
Inftrumens . A la fin de
la Meſſe on chanta le Te Deum
qui fut ſuivy d'une décharge
de toute l'Artillerie & de la
Moufqueterie du Chaſteau.
Les
pourla queriſon du Roy. 169
Les Academiciens au nombre
de ving-quatre furent enfuite
conduits dans l'Hoſtel de
Monfieur Dautichamp , où ils
trouverent deux Tables magnifiquement
ſervies . Ce Repas
commença & finit par la
Santé du Roy , que toute la
Compagnie but avec des fouhaits
redoublez pour la profperité
de ſon Regne , & beaucoup
de témoignages d'un
profond reſpect . On fiten même
temps une nouvelle décharge
de l'Artillerie , pour
ſervir d'avertiſſement à toute
la Ville qu'on euſt à répondre
de la meſme forte au zele des
Academiciens. Ce Diſner fut
agreable , non ſeulement par
lapropreté& par l'abondance,
mais auſſi par l'agrement de la
converſation d'un fi grand
H
170
• Actions deGraces
nombre d'hommes de lettres
tous animez d'un meſme ef
prit , & qui ſe trouvoient encore
excitez par la joye que
cette Feſte inſpiroit ; & peuteſtre
que ce Repas ne cedoit
guere aux Feſtins de ces anciens
Pliloſophes qui ſçavoient
ſi bien afſaiſonner les
plaiſirs de la Table , par tout
ce que les belles Lettres & la
Philofophie ont de plus agreable&
deplus utile.
Tout ce qui ſe paſſa dans
cette Ceremonie fut digne de
la reconnoiſſance
de cette
nouvelle Academie , & de la
magnificence de Monfieur
Dautichamp , qui aprés avoir
remply avec beaucoup d'honneur
des emplois confiderables
àla Guerre , fait connoiſtredans
les exercices Acadepour
laguérison du Roy. 171
miques dont il ſe fait un plaifir,
qu'il n'est pas moins pro-)
pre pour eftre à la tête d'une:
Compagnie d'hommes de Let
tres que pour commander .
dans les Armées .
Le Dimanche 19. Ianvier
les Echevins de la Ville de
Marſeille fortirent de leur
Hoſtel ſur les deux heures.
aprés midy , en Robes rouges,
doublées de Velours noir ,
pour aller rendre graces às
Dieudans l'Egliſe Cathedrale.
D'abord parurent les Hautbois
& les Trompetes precedez
des Fifres & des Tambours
, outre ceux qui estoient
employez dans la marche d'uneCompagniede
plus de deux
milleBourgeois& autres Particuliers
ſous les Armes & vétus
fort leſtement , que devan-
H 2
172
Actions de Graces
çoient les quatre Compagnies
des quartiers avec les Capitaines
à leur teſte. Ces Hautbois
& ces Trompettes precedoient
44. Pauvres queles Echevins
avoient fait habiller tres- proprement
par rapport au nombre
d'années du glorieux Regne
de Sa Majeſté . Chaque
Pauvre portoit un Guidon , où
d'un coſté eſtoient les Armes
de France & un Soleil de l'autre.
Derriere eux eſtoient tous
les Violons de la Ville , joints
enſemble , & ces Violons precedoient
les Echevins , qui
furent ſuivis de preſque tous
les Chefs de Famille . Dans cet
ordre ils ſe rendirent à l'Hoftel
de Monfieur Morant Intendantde
Juſtice , qui en qualité
deCommandant dela Province
, ſemit dans la marche de-
A
;
pour la gueriſon du Roy. 173
vant les Echevins , accompagné
d'un grand nombre de
Gentilshommes &de Notables
Bourgeois . Ils arriverent de
cette forte à l'Egliſe ou le Te
Deum fut chanté par deux celebres
Corps de Muſique , auſſi
bien queles autres prieres ordonnées
, Monfieur l'Eveſque
de Marseille faiſant les fonctions
en habits Epiſcopaux.
On fit pluſieurs décharges de
toute la mouſqueterie & d'u-
-ne tres - grande quantité de
Boëtes . On alla de là dans le
meſme ordre à l'Hoſtel - Dieu ,
où Monfieur Morant & les
Echevins ſervirent les Pauvres
Malades à ſouper. Aprés
cela ils deſcendirent vers la
principale Place publique , où
un tres-grand feu de joye fut
allumé. Il eſtoit orné d'un
Η 3
174
Actionsde Graces
grand nombre de Guidons pareils
à ceux des 44. Pauvres .
La mouſqueterie & les Boëtes
recommencerent à ſe faire
entendre, & tous les baſtimens
de mer qui ſe trouverent au
Port, répondirent à ce bruit
parleur canon. Grandes Illuminations
le ſoir aux Feneftres
des maiſons . Les deux jours
fuivans , les Echevins continuerent
à fervirles Malades
de l'Hoſtel ,Dieu aux dépens
de la Ville,& il ſe fit unegrande
diſtribution de pain & de
Vin , & de pluſieurs autres aumônes
pour foulager les honteux,&
pour délivrer les Prifonniers
.
Le 26. les grands Auguſtins
de la meſme Villefirent celebrer
uneMeffe folemnelle qui
fut fuivie par une excellente
pourlagueriſon du Roy. 175
muſique , accompagnée des
deux grandes bandes de Vio
lons . Sept cens Cierges éclairerent
le Maistre - Autel ,& la
Nefeftoit remplie de Lampes
d'argent & de Lustres .LaMeſſe
fut fuivie d'une Proceffion qui
commença pardeux cens Pauvres
, dont chacun portoit un
Guidon aux Armes de France.
Aprés eux parurent les Penitens
gris en fortgrand nombre
avecdes flambeaux,unebande
de Violons les fuivoit. On
vayoit enfuite Tune Troupe
nombreuſe de jeunes Enfans
richement veſtus , qui repreſentoient
leRoy,lesPrincesde
la Maiſon Royale , les hauts
Officiers de la Couronne , &
tout ce qui peut former une
Cour pompeuſe. Ils precedoient
la Mufiqué , aprés la-
H 4
176 Actions deGraces
quelle marchoient les Religieux
. Seize Penitens portoient
les Reliques , qu'on ne
fait fortir que dans les occafions
extraordinaires . Une feconde
bande de Violons fermoit
la Proceſſion , qui fut falüée
à la Place- Neuve & au
Cours par foixante Boëtes en
chaque endroit. Au retour on
fit diſtribuer plus de neuf cens
pains aux Pauvres . L'apreſdînée
Monfieur l'Evêque & les
Magiſtrats s'eſtant rendus à
l'Eglife , le Pere le Roux Religieux
du meſme Ordre , prononça
l'Eloge de Sa Majeſté .
La Muſique chantale Te Deum,
& on fit une décharge de fixvingts
Boëtes. Le ſoir toute la
Façade du Convent qui a veuë
furle port,fut illuminée.
க் Le jour ſuivant , les Augupour
la querifonduRoy. 177
1
1 ſtins Deſchauſſez firent une
Feſte magnifique. L'Egliſe qui
1 eſt aujourd'huy une des plus
belles de la Ville , eſtoit ornée
de trois rangs de Tableaux , les
plus curieux qu'on euſt pû
trouver. On avoit mis fur la
grande Corniche de grands
Vaſes d'Orangers chargez de
leurs fruits meurs poſez en diſtance
égale ,& entre ces Orangers
on avoit meflé quantité
de Chandeliers avec leurs grof-
5.ſes bougies alumées , & de Petits
Vaſes de Porcelaine garnis
de bouquets de Laurier & de
Acurs. Au deſſous entre la Corniche
& l'Architrave , on voyoit
de deux pieds en deux
pieds des doubles LL. en chifres
de couleur d'or , qui rempliffoient
agreablement la l
cede la friſe qui n'eſt po
1
H
Actions de Graces
178
core faite . Au milieu de la Nef
eſtoit un ſuperbe Trône êlevé
de frx marches couvertes d'un
Damas rouge parſemé de Fleurs
de-Lis en broderie , auſſi couleur
d'Or. On avoit placé au
deſſus un grand Fauteüil de
Velours cramoiſi avec un carreau
de meſme étofe à Dentelles&
àHoupes d'or &d'argent,
furlequel on avoit mis un Sceptred'argent
fleurdeliſé ,& une
grande Couronne Imperiale
Françoiſe auffi d'argent enrichie
de pierreries. Le Dais
étoit de Damas ceriſe chan-
-geant ſur la couleur d'or , orné
d'aigretes blanches & de plumes
rouges. Un Pavillon de la
-mefme étofe pendoit de ce
Dais , & il étoit ataché aux
deux coſtez par des Rubans
tout fur une Tapiſſerie
pourlaguerifon du Roy. 179
2
de Satin à petites rayes vertes
&blanches . On avoit mis fous
ceDais un Portrait du Roy en
ovale; & il eſtoit accompagné
en dehors de ceux de Monſei
gneur & de Madame la Dau
phine. Toutle Trône étoit fermé
par une balustrade de Damas
rouge fleurdeliſé ,devant
laquelle on avoit laiſſe un eſpa
ce vuide juſqu'à la Chaire du
Predicateur. Cét eſpace eſtoit
bordé de deux rangs de grandes
Chaiſes de Velours figuré cramoify
, mifes de coſté pour empeſcher
que l'on ne tournaſt le
dosduPortraitdu Roy. L'Autel
qui eſt tout doré , eſtoit orné de
plus de cent Chandeliers garnis
de Cierges , & d'un pareil
nombre de bouquets de
fleurs , partie naturelles , partie
artificielles , ou dans des
H 6
180 Actions deGraces
,
Corbeilles ou dans des. Vaſes
de Porcelaine placez
fans confufion , outre deux autres
grandsVaſes precieux rem
plis dePlantes de Violiers jaunes
doubles en fleur, poſez fur
deux Fenestres qui donnent
dans le Choeur des Religieux .
Un fecond Portrait du Roy en
ovale poſe ſur unTapis de Perſe,
faifoit l'ornementdu fond de
l'Eglife , & un troifiéme beaucoup
plus grand repreſentant
cePrince à cheval, faifoit celuy
dela façade qui estoit couverte
de trois grands Tapis de Damas
ceriſe rehauffé de Fleurs de
Lis, dedoubles LL. couronnées
en broderie couleur d'or. Sur
le haut de cette meſme façade
efſtoit ungrand Etendart de pas
reille étofe.
Tout cela étant ainſi difpofe,
pour la guerifon du Roy . 181
la feſte fut annoncée le ſoirdu
26. par le fon de la Cloche , par
le bruit de quantité de Boëtes,
par trois grands feux de joye
allumez le long d'une vaſte al-
1lée de Cypréspratiquée prefque
au milieu d'une Colline
chargée d'arbres toûjours
Everds , qui eſtdans l'enclos du
Monaftere ; par un quatriéme
Feu encore plus grand , que
l'onavoitpreparé au haut dela
Colline au milieu d'une plate-
-forme d'où l'on voit toute la
Ville , le Port& la Mer en trois
endroits , & par une infinité
delumieres poſées dans toutes
les Feneftres du Convent tout
de long de laGalerie de la mu
raille qui foûtient l'allée , da
balconde la plate - forme , des
Fenestres & du toit de la Chapelle
qui paroiſt au deſſus ,
১
182 Actions deGraces
dans tous les Oratoires dupetit
bois, entre les arbres meſme,
&par tout où l'on avoit jugé
que des lumieres pourroient
faire effet dans l'une des plus
belles ſituations de France, faite
naturellement en amphitheatre
. Les Pots - à - feu y avoient
eſté entre - meſlez , &
tout ce grand éclat dura trois
heures entieres. Lelendemain
on chanta une Meſſe ſolemnelle
en laquelle tous les Freres
Clercs &Convers communierent
, & fur les trois heures aprés
midy , le Pere Raphaël
prononça le Panegyrique du
Roy avec beaucoup d'éloquence.
Il prit pour textePfallite Deo
noſtro ; Pfallite Reginoftro , pfallite.
D'abord il invita toute la
France , toute l'Eglife , toute la
terre à rendre des graces infipour
la queriſon du Roy. 183
-nies à Dieu pour le retourde la
ſanté du plus grand , du plus
pieux , du plus auguſte Roy de
l'Univers , & ditqu'on devoit
en meſme temps publier par
tout les loüanges de LOUIS LE
GRAND , le Dieu donné , le
Tres- Chreftien. Il nele confidera
proprementque ſous cette
derniere qualité , quoy qu'il
n'oubliaſt pas d'inſerer adroitement
toutes les autres dans
fon difcours . Il poſa pour fondement
qu'un Prince Chreſtien
doit cultiver le Chriſtia
niſme dans ſes Etats , & l'éten
dremeſme dans les Pays Etrangers
; que pour le cultiver dans
fonRoyaume , il doit abolir les
vieilles Herefies qui s'y font
établies ,& s'oppofer aux nouvelles
que l'on voudroit y faire
gliffer , qu'il doit encore affer
184 Actionsde Graces
mir les Catholiques en la pureté
de la Foy par ſon exemple
& par le bon ordre en tout ce
qui regarde la ſaine Doctrine,
la pieté & les bonnes moeurs ;
que pour étendre le Chriſtianifime
dans les Provinces Etrageres
, il doit entreprendre la
-guerre contre les Ennemis de
l'Eglife , pour l'intereſt de la
Foy , faire des Alliances Politiques
, & employer meſme ſa
perſonne , s'il eſt neceſſaire ,
pour aller planter la Croix en
ces Pays éloignez . Il dit en peu
demots que Saint Loüis l'avoit
fait ,& il prouva dans la fuite
que le Roy avoit glorieufement
marché ſur ſes traces. Ie
ne vous dis rien de la defcription
qu'il fit de l'Herefie &
des mal-heurs qu'elle cauſe . Il
s'attacha àceux que leserreurs
pour la queriſon du Ray. 185
de Calvin avoient produits ,&
montra que toute l'Europe avoit
en vain pris les armes pour
ts'y oppofer , que toute l'Egliſe
aſſemblée avoit en vain fulminé
tous fes carreaux , qu'un
Siecle entier n'avoit pûtrouver
un Hercule pour mettre ce
Monſtreen pieces , que cette
Hydre éfroyable avoit toûjours
preſenté de nouvelles têtes
plus venimeuſes , que la
gloire de l'étoufer eſtoit refervée
à LOUIS LE GRAND , &
que le Vainqueur des Villes ,
des Provinces , des Etats , devoit
encore vaincre les Enfers .
Delà il s'étendit inſenable .
ment fur les conquêtes du Roy.
Ilmarqua le peu de temps qu'il
y avoit employé , & fit voir aprés
cela le bon ordre qu'il a
étably. dans ſonRoyaume pour
186 Actions de Graces %
la faine Doctrine & les bonnes
moeurs . Il parla des Declarations
contre les irreverences
dans l'Egilſe ; contre les blafphêmes
& les duëls ; des Ordonnances
pour les Univerſitez
, la Police & la Iuftice ; du
choix des perſonnes de merite
pour les Dignitez & les grands
emplois;& conclut que la pieté
du Roy & le bon exemple
qu'il nous donne , eſtoient la
caufe de l'heureux état où nous
voyons aujourd'huy la France.
Ce Panegyrique recent tout
les applaudiſſemens qui luy étoient
deus . Lors qu'il fut finy,
Monfieur l'Eveſque de Marſeille
entonna le Te Deum , qui
fut continué par deux Choeurs
d'une excellente Muſique ,
meſlée de Symphonie avec les
Hautbois& les Violons.
pour la queriſon du Roy. 187
Je vous ay marqué dans la
- premiere partie de cette Lettre
que lors que Monfieur Begon ,
Intendant des Galeres , fit rendre
des actions de graces dans
la Cathedrale de Marseille ,
Monfieur Muret avoit fait un
tres -beau Diſcours à l'avantage
du Roy. On vient de m'en
envoyer une Copie , &je croy
devoir vous en faire part. Il
prit pour Texte , Gaudete cum
gaudentibus , flete cumflentibus , &
pourſuivit en ces termes .
Lfaut queje vous avonë ,Mefſicurs
, qu'au lieu de ma foible
voix , &du peu de talens dont la
Nature ma pourven ,nous aurions
beſoin icy de toutes les voix du monde,&
de toutes l'éloquence des Orateurs
qui m'ont precedé , parce que
tout lemonde est intereſſfé au sujet
!
188 Actions de Graces .
qui nous aſſemble,&que toute l'élo
quence humaine ne peut pas s'en
acquiter dignement. Ils s'agit de
remercier Dieu pour la conſervation
de nostre auguste Monarque,&fi
Sanaissance miraculeuse , quinétoit
qu'un preſage de sa vie toute
heroique , à esté celebrée avec tant
defolemnité , que le bruit s'en eft
fait entendre dans les Pais les plus
éloignez ; aujourd' buy que toute la
Terre est témoin de ses actions plus
qu'humaine . & qu'onn'a compté
juſques à preſent tout le cours de
Son Regne queparun enchainement
continuel de miracles. Que dis-je?
Aujourd'huy que le Cielſemble estre
auſſi intereſſéque la Terreàla con.
Servation d'une vie ſi precieuse,
n'aurions-nous pas besoin qu'il se
joigniſt avec nous,pour nous acquiter
tous ensemble d'un devoirsi iuste?
Esprits celestes , nous apprenons
pourla gueriſondu Roy. 189
dans l'Evangile de nostre commun
Maistre , quevous vous réioüiffez
à-hautfur la Converſion du moin-
Are Pecheur. Quelle doit donc eftre
voſtrereioüiſſance à l'heure que ie
barle, où les Pecheurs les plus obſti-
Bez,& dont la Conversion paroiſſoit
impoffible, les Courtisans , les Iufticiers
, les Heretiques &les Infidelles
ſubiſſent les loix de LOUIS
LE GRAND , qui ne les foûmet à
fon Empire que pour lesfoumettre à
celuy deDieu ?
La Cour, depuis qu'ily ades Souverains
dans le monde , a toûjours
pafſé pour une Ecole de corruption.
Onn'y respiroit qu'un air empesté .
lequel rendoit vicieux non ſeulement
ceux quiyfaisoient leurſejour
ordinaire ; mais ceux-mesme quine
faisoient que s'en approcher . Onny
reconnoiſſoit point d'autre Divinité
que l'Idole de la Fortune , & on
190
Actions de Graces
n'y prenoit point d'autre regle pour
s'y conduire que lavolupté , lefaſte,
l'ambition;mais ce n'estplus dans
laCourde France que l'on voit regnercespernicieuses
maximes.Com.
me le Prince est fortemetpenetrédes
veritez effentielles de la Religion,
& qu'il ne ſe conſidere icybas que
comme le premier Ministre du Souverain
Seigneur de l'Univers , il
apprendà tous ceux qui ont l'honneur
de l'approcher , & par fon
exemple& parses ordres particuliers,
à ne regarder cette vie que
comme unpassageàla vie Eternelle,
&àfaire une difference infinie,en
tre le respect qu'odoit àſonThrône,
& celuy qu'on doit à l'eſtre Souverain.
Il n'a pas moins purgé lafu
ſtice des abus qui s'y estoient gliſſez ,
lesquels ſembloient d'autant plus
invincibles , qu'ils avoient acquis
comine un droit de preſcription par
ان
pour la gueriſon du Roy. 191
-le long usage de leurs formalitez,
Quoy qu'il n'y ait qu'une Justice
dans le monde, comme iln'y aqu'une
Divinité; neanmoins ces Enfans il-
(legitimes s'estoient fi adroitement
deguisez ſous le maſque apparent
de leur commune Mere , jusques
aux plus intereffezyestoient trom
pez. Danstous les Tribunaux on ne
reveroit plus que la chicaneau lieu.
de l'équité , & Loppreſſion ſe cachant
ſous les formalitezde la procedure,
l'innocence estoit reduite à
gemirfans oferse plaindre , parce
qu'elle apprehendoit de ſe méprendredans
la violence qu'elle fouffroit.
Ce defordre avoit presque
commencéavecla Monarchie , car
bien que les Sieges de Iudicature
ayent changé diverſes fois & de
forme & d'assiette , la chicane s'y
estoit toûjours maintenuë ſous les
couleurs qui la déguiſent , & nos
}
192
Actions de Graces
Roys , qui ont toûjoursfait une pro
feſſion particuliere des Armes s'af-
Seurant fur l'integrité des Magistrats
qu'ils établiſſoient , na
voient garde de combattre cet en
nemy domestique ,au mesme temps
qu'ils faisoient trembler tous les
Etrangers , parce qu'il leur estoit
inconnu. Mais commentse cacher
aux lumieres de nostre Solcil, qui en
toutes chosesfurpaſſe autantfes Predeceffeurs,
queſes Predeceffeurs furpaffoient
tous les autres Roys de la
Terre.Quoy que les Armes de la Nation
Françoise n'ayent jamais estéfi
glorieuses que sous son Regne , les
deſſeins plus vastes , ny les entrepri
Ses plus surprenantes , il n'a pas
laiſſéde se trouver toûjours tout en.
tierdans lecoeurdefon état, dans le
temps mesme qu'il estoit au dehors à
la teſtedeſes Armées, &Songenie,
qui conformement àſa Devise ,n'a
:
iamais
pour la gueriſon du Roy. 193
jamais eu de pareil , penetrantpar
les rayons de son équité dans les te..
nebres de laprocedure, comme ilpe
netroit par l'éclat de ſes Victoires
par tout ou sa valeur l'appelloit ,
nousluy avons oûy prononcerégalement
les Oracles de la Paix & de
la Guerre , & renverſer toutes les
retraites de la chicane parfes Codes,
de mesme qu'il a renversé les
Fortereſſes les plus imprenables de
Ses Ennemis parle bruit defon Ca
non, & par laforcedeſes Armes.
L'Herefie abbatuë & éteinten'a
pas moins relevésagloire.Ce monstre
, qui par ses déguisemens Spccieux
élevoit Autel contre Autel,
&qui parses nouveautezen vouloit
impofer à l'Antiquité la plus
venerable,avoit défiguré tout l'Ordre
Hierarchique , non seulement
parun nombre presque infiny d'Apostats
, qui trouvoient impune-
I
194
ActionsdeGraces
ment l'aſſouviſſement de leurs paffions
dans ce changement de diſci..
pline, maispar des Dogmes imagi
naires , par lesquels en affectant
de détruire des Idoles pretenduës ,
enfermoient autant de veritables ,
qu'ils expofoient enfaite avec audace
,&fans autre authorité que
cellede leur caprice , comme le veri.
table culte de la Religion. D'un
costéles malheurs du temps , cauſez
par lamortdu Prince non moinsfuneste
qu'impreveuë,&par la minorité
de ſes Enfans , & de l'autre
l'ignorance , &les vices du Clergé,
avoient beaucoup contribuéà fou
affermiſſement. Comme l'infotence
l'avoitfait naiſtre , la mesme infolence
continuantà la pouffer dans
fes progrés ,pourſe maintenir, elle
ne respecta plus ny Dieu , ny ses
legitimės Souverains. Contre toute
l'évidencedel'Ecritureellefit par
pour lagueriſon du Roy. 195
ler Dieu à sa mode ,& contre l'obeiſſance
qu'elle devoit àses Princes
, elle les obligea les armes à la
main de luy accorderpar plusieurs
Edits tout ce qu'elle voulut , jusqu'à
avoir des Places particulieres , pour
yvivre dans l'indépendance,malgré
la dépendance eſſentielle qui lie les
Sujets avec leur Souverain. Qui le
aroiroit , Meſſicurs , que nostreMonarchie,
qui est la plus abſolaë &
lamieux reglée de toutes , ait nean
moins fouffert si long-temps une ſi
grande breſche ſans pouvoir la reparer?
Sept Roys differensy ont tra
vaillé tout deſuite, &n'y ont point
néussi. Cependant ce que n'a pûfaire
toute laſageſſe de lear Conseilpondant
plus d'unfiecle, ny toute lafor
cede leurs Armes, ny toutes les lu
mieres des plus grands Docteurs,
LOVIS LEGRANDle fait
avec une seule parole , & en moins
I 2
196 Actions de Graces
!
d'un mois , c'est à dire , en auffi peu
de temps qu'ilen a falu pour envoyerſes
ordres.
Se faut-il étonner aprés cela ,ſi
les Infidelles même qui n'avoient
aucune connoiſſance du veritable
Dieu , viennent des extremitezdu
monde , pour l'apprendre du plus
religieux Monarque quifut jamais?
Ils ne pouvoit s'imaginer , qu'un
Prince,quinefait rien que d'extraordinaire
,& dont lavie toute glorieuſe
remplit toute la Terre d'admiration
, ne ſoit foutenu dans tou
tés les entrepriſespar une puiſſance
plus qu'humaine,& que cette puis-
Sance nefoit laseule qui merite nos
admirations,puiſquemalgrélesDivinitez
qu'ils adorent eux mêmes,
ellele fait triompher , ou respecter
de tous les autres Souverains. Que
j'ay deplaisir, quand jevois au pied
de fon Throfne les Barbares , les
1
pour la guerifon du Roy. 197
Ameriquains , & les Asiatiques ,
les uns pour implorer ſaclemence ,
lesautres pourſemettreſousfaprotection
, & les autres pour avoir
- part à son amitié ! Mais ma ioye
dans cette rencontre ne vient pas
tant de cette espece d'hommage que
ie vois luy rendreparces Etrangers,
* que de la diſpoſition où ils entrent
par là, de le rendre un iourparSon
* moyen auveritable Dieu.
Rien nerepresente mieux la Divinite
ſur la terre qu'une Puiſſance
Souveraine , laquelle toute mor
telle qu'elle paroiſt à nos yeux , à
tous les traits de l'immortalité;ſoit
par la ſageſſe deſa conduite , ſoit
par lapenetration de ſes lumieres ,
foit par l'iniquitéde ſes Loix,foit
par son naturel toûjours bien-fai
Sant,foit parsa liberalité inépuisa.
ble , foit par la valeurde fon bras
invincible , foitpar l'égalité inal-
13
198 ActionsdeGraces
terable defon esprit ,ſoit enfin par
l'execution infaillible de tous fes
proiets. Les Romains ont fait au
trefois l'Apotheoſe de leurs Empereurs
pour de moindres qualitez que
celles que ieviens de vous déduire ,
&fi les Siamois n'osent par respect
regarder leur Monarque , s'ils fe
profternent tout de leur long enfa
presence, & s'ils n'entendent fa
voix qu'avec tremblement ; iem' af
Seure qu'ils nese figurent pas avec
tant de vertus éclatantes , & qui
ne font pourtant que comme une é
bauche de celles de LOVIS LE
GRAND.
Quel bonheur pour la France de
poffeder un fi grand Prince , & quel
malheur pour elle , fi nous fuſſions
venus àleperdre ! Nous avons esté
àdeux doits de ce malheur , Mefſieurs
, bé qui fçait si nos pechez
n'en estoient pas la cause ? Carnous
pour la gueriſon du Roy. 199
voyons dans l'Ecriture , que comme
Dicu donne quelquefois àſon Peuple
des Roys dans ſa colere , il luy ofte
auſſi quelquefois ceux qu'illuy a
voit donnezpoursa facilité. le
tremble encore quand ie pense à
l'operationſi dangereuse qu'on luy
afaite , &dont la cure nousa te-
-nus plus d'un mois dans de conti
-nuelles alarmes . Luy ſeul par une
fermeté qui n'a point d'exemple , a
parú inébranlable. Un moment avant
que de se mettre entre les
mains des Chirurgiens , il voulut
voir tout ce qui le devoit le faire
Souffrir. Aulieu d'en paroiſtre étonné
, il ne voulut point permettre
qu'onusast d'aucune précaution , il
Se tint toûjours dans l'estat d'un
homme libre , & qui estoit aſſeuré
d'eſtre maistre de sa douleur. En
effet apres avoir achevéſapriere ,
& avoir remis entre les mains de
L4
100 ActionsdeGraces
Dieu , &ſa ſanté,le falut de fes
Peuples , il fouffrit fans s'éfrayer ,
Sanspaflir,fans murmurer, & avec
une patience plus qu'heroïque tout
le mal qu'on luy faisoit. O prodige
de constance : Aucun cry ne luy échappa;
& bien loin de témoigner
la moindre crainte , fi- toſt que l'Operation
fut finie , comme s'il n'avoit
rien fenty , il demanda d'un
fang froid , fi on ne l'avoitpas épargné,
parce qu'il avoit recom_
mandésur toutes choses dene le pas
faire.
Mais raſſurons-nous , Meſſicurs ,
il n'y a plus rien à craindre , nous
venons d'apprendre Sa parfaite
guerison. Le même Dieu qui nous
l'a donné dansſa naiſſancepour le
bonheur de cefloriſſant Royaume ,
nous l'a redonné une ſeconde fois
aprés fa maladie , &comme cette
espece de seconde naissance n'est
pour laquerifon du Roy. 201
لا
guere moins miraculeuse que lapremiere
, nous n'en devons pas efperer
de moindres avantages. Oüy , fi
nous avons veujuſques àpresent la
Francedans undegréàdonner de
l'envieàtoutes les autres Nations
fe faire craindre& respecter par
tout , porter son commerce juſques
aux extremitezles plus reculéesde
ba Terre , par où le Soleilſe leve&
fe couche , cultiver toutes les Scien
ses , embellir tous les Arts,Seremplir
tous les jours de nouvelles richeffes
, &parsespropres Manu-
-factures qu'elle a miſesdans leplus
haut point de leur perfection , &
par celles qu'elle a enlevées aux
Pass étrangers, dominerfur la Mer,
comme elle dominoit déja fur lav
Ferre, par une Flote puiſſante de
gros Vaisseaux , qu'aucun autre
étatne pourra jamais égaler oppo
fer de tous coſtez àfes Voisinsdes
5
10
L
202 Actions de Graces
Places inexpugnables , qui la mettent
àcouvert detoutes fortes d'infultes
, & joüir ſeule d'un repos
affeuré, apres cela,que ne devonsnous
pas attendre de l'avenir ? Iu
geons- en , Messieurs ,par le passé.
Graces à Dieu,le Prince que
nous venons de récouvrer , est le
meſme qui nous a déja procurè defi
grands avantages. Toutefon Hiſtoire
n'eſt tiſſue que de merveilles.
Comme il est grand de luy même ,
ilne peut jamais rien faire que de
grand. Et en effet qu'ya - t - il de
plus grand, que de policer unvaſte
Royaumeavec lamesme facilité,&
le mefme ordre , qu'on regleroit une
Seule Famille, fupprimer le Blasphême
, confondre Limpieté , retrancher
les Duels , étouffer les nouveautez
, & de deux Settes differentes
, qui partageoient tout l'Etat,
n'enfaire qu'une mesme Religion?
pour la guerifon du Roy. 203
f
Qu'ya-t-il de plus grand que de
s'élever au deſſus de toutes lesvenës
de l'esprit humain ,&par une merveille
qui n'avoit jamaisesté con
nuë , quiſurprendra toute la Posterité
,& qu'elle ne fera qu'admirer ,
Sans pouvoir l'imiter, ni la comprendre
, forcer le cours des Eaux
par degrands Aqueducs, changer le
lit naturel des Rivieres , les faire
monter plus haut que leur source ,
&joindre des Mers qui estoientfeparées
parplus de quarante lienës
de terrain ? Roys d'Egypte , qui a.
vezfait paſſer vos Pyramides pour
un des miracles du monde , avoüer
neanmoins que vous n'aveziamais
pû joindre la Mer rouge àlaMediterranée
, quoy que l'espace foit
bien moindre que celuy dont nous
parlons, &les Romains, qui étoient
les Maistres de toute la Terre , &
quiſembloient ne trouver vien d'im
LG
204
Actions deGraces..
poſſible, n'y ont- ils pas perdu leurs
peines aussi-bien que vous , quand
ils ont voulu entreprendre de percer
Seulement l' Ifthme de Corinthe, qui
n'avoit qu'une seule lieuë de lon.
queur ? Qu'y at ilencore de plus
grand que ces vaſtes Magazins ,
&ces prodigieux Arcenaux , lef
quels faisant naistre tout àcoup l'abondance
dans laſaiſon la plus rude
& la plus sterile , donnent le
moyen aux Troupes de tout entre
prendre&de tout emporter. Douze
Provinces ont estéfubiuguées de cette
maniere , & le nombre en fera
plus grand , quand LOVIS nevou
dra pas borner& arreſter l'ardeur
defon courage. Enfin qu'y a-t-ilde
plus grad que ce nombre presque infiny
de Victoires,qui ne meriteroient
pas moins de triomphes , que ceux
qu'on a deferez à tous les anciens
Conquerans , & dont la rapidité
pourlagueriſon du Roy. 205
1
n'est pas moins glorieuse que l'importance
de la Conquefte?
Ces Victoires ne sont pas encore
achevées , Meſſieurs. Nostre incompavable
Monarque n'a remporté
celles dont je viens de vous parler ,
quepour vous donner l'exemple de
celles que vous devez remporter
vous- mesmesousfesordres.LeCorps
formidable des Galeres ayantàla
teste deux Illuftres Chefs , dont le
Fils marchant àgrandspas fur les
tracesglorieuses du Pere, ne cueillera
pas moins de Lauriers dans le
Champ de Mars , puisque dans
- une jeuneſſe vaillante&vigoureu
fe , nous tuy voyons déja défier les
✓ Capitaines les plus confommez. Ce
Corps agiſſans ſous la conduite du
Ministre le plus éclairé , le plus
infatigable & le plus fidelle qui
fut jamais ; fous la direction d'un
- Intendant dont la vigilance l'es
206 Actions de Graces
xactitude , les lumieres , l'integrite,
l'æconomie , & la generofité tout
ensemble ne laiſſent vien échaper
de tout ce qui peut regarder le Service
, ou l'honneur de ſon Maitre
; ſous les ſoins encore d'un Munitionaire
desintereſſé, qui consacre
Ses propres interests aux interests
de l'Etat , ce Corps , dis_je , com
posé de Heros , c'est à dire, de tout
ce qu'ily a de plus brave & de plus
intrepide , fait déja trembler le
Croiſſant en bien des endroits. Ie
ne doute point que dans peu la
Chreftientene luy ait obligation de
la délivrance de la Terre Sainte,&
que par les dépoüilles que vous en-
Leverez àces Ennemis déclarez du
nom Chreftion , Marseille en devienne
auffi riche par le Butin de
L'Orient que parson commerce.
Puis donc , Meſſieurs , que vous
eftes, fi intereſſez ausujet qui nous
pour la gueriſon du Roy. 107
affemble,&que la gloire de noftre
-Auguste Monarque doit faire la
voftre , redoublons nos voeux , non
Seulement pour remercier Dieu de
nous avoir confervé ce grand Prince,
mais afin qu'ilnous rende dignes
-de le poffeder long - temps. Entrons
pour cela dans l'esprit de l'Eglise ,
ioignons nos Prieres àcelles de toute
la France ,& ne ceſſons iamais de
prier pour la conſervation d'une
vieſiprecieuse , qui comble lanostre
defelicité..
1
3
- Le 17. Ianvier, leTeDeum fut
chanté avec Simphonie aprés.
une Meſſeen Muſique dans la
principale, Egliſe de Caude
bec, Capitale duPays de Caux ,
le plus beau des Territoires de
Normandie . Le Prefidial &le
Corps de Ville y aſſiſterent,&
le feu fut mis avec ceremonie à
208. Actions de Graces
?
deux Buchers,placez , l'un dans
la grande Place , & l'autre dans
celle de la Maiſon de Ville . Le
Portrait du Roy eſtoit à chacunde
ces endroits , avec une
Garde actuelle qui fur relevée
dans les regles tant qu'il y reſta
. La Bourgeoifie en grand
nombre eſtoit ſous les armes .
Diverfes inſcriptions environnoientces
Portraits. Il y en
avoit une entr'autres tirée du
ſecond Livre des Machabées,
que Monfieur Buſquet de
Chandoiſel,LieutenantGene.
ral du Prefidial , avoit appliquée
heureufement autour
d'un Soleil fortant d'un épais
nuage. En voicy les paroles.
Dies affuit,quo Solrefulfit qui prius
erat in nubilo , accenfus est ignis
magnus , ita ut omnes mirarentur.
Ce Magiſtrat donna- un ſplen
pour la queriſon du Roy. 209
dide diſné au Chef du Clergé,
aux Officiers des deux Corps ,
& aux Capitaines Quarteniers,
& le foir il regala magni-
- fiquement les Dames . LeBucher
qu'il avoit fait élever devant
fa porte , fut allumé devant
elles au bruit des Tambours&
au fon des Inſtrumens .
La Feſte ſe termina par leBal .
Ie ne parle point d'une Fontaine
de Vin que firent couler le
Prefidial & l'Hoſtel de Ville,
ny des Feux de joye accompagnez
d'Illuminations aux Fe-
- neſtres , qu'on alluma le ſoir
dans toutes les Ruës. C'eſt ce
qui s'eſt fait dans chaqueVille.
Monfieur de Novion , Evefque
d'Evreux , n'eut pas fi - toſt
appris l'heureuſe covaleſcence
du Roy, qu'il en fit rendre
graces à Dieu , folemnelle210
Actions de Graces
ment dans ſa Cathedrale. Tous
les Corps de la Ville aſſiſterent
an Te Deum que la Muſique y
chanta.Il avoit fait dreſſer plufieurs
Tables dans la court de
l'Eveſché , où le pain & le Vin
furent abondamment diftribuez
à tous venans . Toutes les
Compagnies de la Ville en armes
allerent le falüer , & firent
pluſieurs décharges de leurs
mouſquets , ce qu'elles redoublerent
autourd'un grand feu,
dreſſé devant la grande porte
de fon Palais. Ce Prelat neſe
contenta pas de cette démon.
ſtration de joye."Monfieur de
Chamillart , Prevoſt General
dela haute Normandie , frere
de feu Monfieur deChamillart,
qui a eſté Intendant à Caën,
luy ayant demandé permiffion
de faire chanter un autre Te
pour la gueriſon du Roy. zII
tt
e
Deum dans l'Egliſe de S. Denys
fa Paroiffe , il l'entonna luymefme
en habits Pontificaux,
&il fut continué par la Mufique.
Deux jours aprés il en
indiqua un troifiéme pour les
Officiers de ſon Officialité , &
il en fit encore toutes les cere
monies au bruit du Canon de
la Ville qui s'eſtoir déja fait
entendre dans les deux pre
mieres occafions . Meſſieurs du
Prefidial & Bailliage rendirent
les meſmes actions de graces
dans la Chapelle de leur Prétoire,&
Meſſieurs de l'Election
aux Iacobins avec un feu de
joye hors la porte de l'Eglife.
La mefme ceremonie fut faite
leparement par les huit Curez
de la Ville & par toutes les
cõmunautez Religieuſes avec
beaucoup d'appareil
penfe.
&dedé212
Actions de Graces
On a montré le meſme zele
à Vendofine. A la premiere
nouvelle que l'on y receut de
la gueriſon du Roy, Monfieur
de Remilly , Bailly de la Province,&
Maire perpetuel de la
Ville , fit chanter une Meſſe
folemnelle & un Te Deum dans
l'Egliſe du Château. Il y affifta
accompagné des Echevins , &
tout le Clergé Regulier & Seculier
s'y trouva,ainſi que toutes
les Compagnies de Iuftice.
Le lendemain le Corps de la
Iuſtice ordinaire , à la teſte de
laquelle eſtoit Monfieur le
Bailly , fit la meſme choſe dans
l'Egliſe des Cordeliers . Ces ceremonies
furent ſuivies de celle
des Peres de l'Oratoire , qui
fut annoncée le ſoir du jour
precedent , par l'Illumination
de leurs bâtimens. On chanta
pourla gueriſon du Roy . 213
15
es
He
h
une grand' Meſſe & le Te Deum
dans leur Eglife, où le Portrait
du Roy estoit ſur un Trône.
L'apreſdinée ils tinrent table
ouverte dans leur Terre de
Courtnas, éloignée d'un quart
de lieuë de la Ville. La leuneſſe
de leur College y vint ſous les
armes ,&il y eutun grand feu
de joye. Les Officiers des
Grands Iours & ceux de l'Ele-
&ion , voulant imiter leur magnificence,
les premiers firent
illuminerla Tour& le Portail
de l'Abbaye de la Trinité , &
t
les autres choiſirent la mefme
Eglife des Preſtres de l'Oratoire
pour faire chanter leur Te
Deum. Il y eut des Illuminations&
des Fontaines de Vin ,
& la Feſte ſe termina par un
feu de joye , & par des Feux
d'artifices . Les autres Villes
214
Actions de Graces
de la Province , les Paroiſſes
mefme de la Campagne, &furtout
Madame l'Abbeffe de la
Virginité , marquerent leur
zele à l'exemple de Vendofme.
Ces Réjoüiſſances que Monfieur
le Bailly & Maire avoit
commencées , finirent par luy
le 6. de Février . Il ſe rendit à
l'Egliſe du Château ſuivy des
Echevins & de tous les Corps
de Iuftice . Les Communautez
y étoient venuës en Proceffion
. Le Te Deum y fut encore
chanté en Muſique , pendant
que la Bourgeoiſie ſous lesarmes
à pied & à cheval faifoit
de continuellesdécharges. Un
grand feu de joyeſuivy d'un
feu d'artifice , achevales Réjoüiſſances
de cette journée.
Le 30..de Ianvier Mr de
Loyſnes , fecondPreſident au
pour la gueriſon du Roy. 215
Mortier du Parlementde Mets,
- fit rendre des actions de graces
dans l'Egliſe des Vrſulines
, où il a deux filles . D'abord
les Trompetes & les Tim-
1 bales ſe firent entendre dans la
court de ſon Hoſtel qui répond
à cette Eglife . Aprés un motet
chanté par les Religieuſes avec
Simphonie ; le Superieur ac-
(compagné de pluſieurs Eccleſiaſtiques
, entonna le TeDeum
qu'un grand Corps de Muſique
poursuivit. Il eſtoit de
la compoſition du Maiſtre de la
Cathedrale , tres -habile homme
,& dont la maniere a receu
pluſieurs fois des applaudiſſemens
de Sa Majeſté. Le
foir on alluma un grand feu
devant la porte de l'Hoſtel de
ce Preſident ; & il fut fuivy
de quantité de Fuſées volan
216
Actions de Graces...
tes , de Petards , de Serpenteaux
, & d'autres feux d'arrifice
, qu'on vit partir d'une
Tour fort élevée de l'Hoſtel ,
où les meſmes Trompetes &
Timbales qu'on entendoit
preſque de toute la Ville , faiſoient
un effettres- agreable.
Le 10. de Fevrier Meſſieurs
les Treforiers de France en la
Generalité de lamefme Ville ,
firent chanter un Te Deum dans
l'Egliſe Royale de Saint Victor
. La Muſique, la Simphonie,
les Trompetes & les Timbales
ſemblerent ſediſputer la gloire
de cette action . An fortir de
l'Egliſe Mr de Navarre , Prefident
à ce Bureau , alluma le
feu dreſſé dans la Place . Il eſtoit
à la teſte de fon Corps .En meſme
temps parurent des Illuminations
pour la guérison du Roy. 217
nations autour du Portrait de
Sa Majesté , qui avoit eſté expoſe
ſous un Dais de Damas
cramoiſy à creſpine d'or entouré
de Tapiſſeries au de-
- vant de la maiſon de Monfieur
Fetiq , Procureur du Roy au
mefme Bureau . Une Fontaine
de Vin fit un jet qui ne tarit
qu'à minuit.Les Fuſées volantes
parfemerent l'air d'étoiles ,
& toute la Ville retentit d'une
artillerie tres --bien ordonnée ,
compoſée de petites pieces de
Campagne , de Boëtes & de
Mortiers.Il ſe fit trois décharges
, la premiere à fix heures ,
la ſeconde à huit ,&la troifié .
me à dix. Il y eut un ſoupé
ſervy avec beaucoup d'ordre ,
auquel toutes les perſonnes
confiderables furent invitées .
Le 26. Janvier MonfieurCo-
K
218 Actions de Graces
tolendi , Conful de la Nation
Françoiſe à Livourne, fit tirer
une infinité de Boëtes & de
feux d'artifice devant ſa Maiſon
, qui fut illuminée toute la
nuit par trente flambeaux de
cire de Venise , & par cent
Bougies de la meſme ciredans
des Chandeliers d'argent. Le
jour ſuivant il fit diſtribuer
du pain , non ſeulement à tous
les Pauvres de la Ville , mais
auſſi à tous les Hôpitaux &
dans les Priſons.Sur le midy il
fit chanter une grand'Meffe &
unTe Deumdans la Chapelle de
S. Loüis , par trois grands
corps de Muſique , compoſée
des plus excellentes Voix d'Italie
, qui ſe trouverent alors
àLivourne.Pendant ce tempslà
, on tira encore une tresgrande
quantité de Boëtes,qui
pour laqueriſon duRoy. 219
furent ſuivies par ſon ordre ,
d'une décharge generale de
l'Artillerie de tous les Bâtimens
qui estoient au Port.
Les Frontieres de l'Etat ont
fait connoître par leurs Réjoüiſſances
, que pour n'avoir
pas toûjours eu l'honneur d'appartenir
, à noſtre auguſteMonarque
, elles n'ont pas moins
de zele pour ſa Perſonne facrée
, que les Peuples nez ſous
ſa domination , dont ces nouveaux
Sujets reconnoiffent
tous les jours la douceur & la
justice. La Sarre s'eſt ſignalée
en cette rencontre ;& Mon
ſieur de la Goupilliere , Intendant
de cette Province , qu'il
a formée par ſes travaux , embellie
par ſes foins , & réglée
par fon équité , pour fatisfaire
àl'empreſſement des Peuples ,
K 2
220 MERCURE
alla à Sar- Loüis où il fit chanter
un Te Deum dans la grande
Eglife. Tout le Clergé y aſſiſta
en Chapes , & Monfieur de
Choify Gouverneur, Monfieur
l'Intendant , le Prefidial en Robes
&tous les Officiers de la
Ville , & des Troupes , s'y
trouverent avec une devotion
digne d'une ſi ſainte ceremonie:
Ces marques de leur zele
pour le Roy , ne ſatisfirentpas
peu Monfieurde la Goupilliere
, mais cela ne ſuffifoit pas
encore à fon zele. Il ſe rendit
en diligence à Homboure , &
ayant ordonné au grand Prevoſt
de ce gouvernement que
le jour des Rois ſes intentions
fuſſent executées , l'Egliſe fut
remplie de lumieres. Il y eut
Predication à l'iſſue des Vefpres,&
le TeDeum fut chante
pour la gueriſon du Roy. 221
enfuite. Monfieur l'Intendant ,
Monfieur de la Clos, Major &
commandant en l'absence de
Monfieur le Marquisde la Bretêche
Gouverneur de cette
Place, le Maire & les Echevins
de la Ville , les Officiers de la
Garniſon , & les Bourgeois
aſſiſterent àà tout , avec la pieté
que demandoit cette grande
Feſte. Au fortir de l'Eglife , la
Compagnie étant rentrée chez
Monfieur l'Intendant où elle
avoit dîné , elle fut agreablement
ſurpriſe par une grote
qu'elle trouva dans la court.
Au milieu de pluſieurs Sapins
s'élevoit une pointe de Rocher
I couvert de mouſſe , mais fi naturellement
repreſentée,qu'on
l'auroit pris pour une des vieilles
Roches que le hazard formedans
les Deſerts. Du haut
K 3
222 Actions de Graces
de ce Rocher ſortoit une Fontaine
de Vin qui rejalliſſoit
juſques au devant des Armes
du Roy , qu'on avoit placées à
fix pieds de hauteur au deffus
du baffin de la Fontaine. Des
Bougies attachées aux arbres
en divers endroits , & dans
T'enfoncement de la Grote ,
faifoient un ſpectacle qui farisfaifoit
beaucoup les yeux.
La Fontaine coula de lamême
force jufques à deux heures
aprés minuit , ce qui fut un
divertiſſement agreable pour
le Peuple . Monfieur l'Intendant
donna un magnifique
foupé aux Dames & aux Officiers
, & le Bal enfuite. Les
Bourgeois de leur coſté n'oublierent
rien pour marquer
leur zele . La Ville futilluminée
de toutes parts , les Habipourlagueriſon
du Roy. 223
tans ayant affecté de mettre
fur leurs Feneftres plus de lumieres
qu'on ne l'avoit ordonné
, afin de faire connoiſtre
que les témoignages de leur
joye eſtoient plûtoſt un effet
de leur inclination que deleur
obeïſſance . Le Buſte du Roy
paroiſſoit au deſſusdu Balcon
de laMaiſon de Ville, illuminé
de flambeaux. Le lendemain
Monfieur de Sheraulle ,Capitaine
de Dragons , donna le
Bal, dont il s'acquitta avec
beaucoup de galanterie.
l'ay déja parlé de quelques
Particuliers , qui ſeuls ont fait
autant que des Corps ; & j'ay
crû devoir le faire connoiſtre,
parce que c'eſt une choſe , qui
n'a jamais eſté faite que pour
le Roy. Auffi me paroit-elle
plus à remarquer à cauſe du
K 4
224
Actions de Graces
zele,dans cette occaſion où l'on
avoit craint pour une vie fi
precieuſe à l'Etat , que ce
qu'ont fait des villes &des Provinces.
Monfieur de Cuvillier,
Renoüeur & Valet deChambre
ordinaire du Roy , s'eſt
trouvé du nombre des Particuliersdont
je vous parle. Il fit
chanter unTe Deum aux grands
Auguſtins le 26. de lanvier.
Les Trompetes & les Timbales
s'y firent entendre. Il y eut
Proceſſion , en laquelle quatre
Armeniens porterent des flambeaux,
ayant voulu faire voir
que les Etragets s'intereſſoient
au bonheur public. On tira en
ce lieu-là deux cens Boëtes ,
qui furent encore tirées aprés
la ceremonie devant le logis
de Monfieur de Cuvillier, où
l'on allumaun feu de joye.
pour la queriſon da Roy. 225
Il s'eſt fait une autre Réjoüifſance
chez un Particulier danş
une maiſon qu'il a à deux
lieuës deParis , en un lieu appellé
le Bouquet de Champignyproche
Saint Maur. Celuy
quidonna la Feſte avoit choiſi
ce lieu ,& le Dimanche 2. Fevrier
pour y faire chanter une
Meſſe folemnelle & un Te
Deum , ce qui ſe ſeroit fait avec
appareil , fi Monfieur l'Archeveſque
qui venoit de faire la
Cloture de ces actions de graees
, n'euſt point refuſé la permiſſion
qui luy en fut demandée.
Ainfice Particulier ſe vit
contraint de faire éclater ſa
joye d'une autre maniere. Il
pria bon nombre de Dames &
pluſieurs de ſes Amis , de fe
trouver ce jour-là en fa Mai.
fondu Bouquet; & fur le ſoir
226 Actionsde Graces
un grand bruit de Boëtes qui
reveilla la joye de la Compagnie
, excita la curiofité de
quantité de perſonnes des en
virons qui y accoururent. On
vit tout d'un coup une Illumination
auffi ingenieuſe que
bien entenduë , qui regnoit
dans toute la façade de la Maifon
, & formoit artiſtement des
Fleurs de-Lys à l'endroit des
Feneſtres , pour faire voir que
leRoy estoit le motifde cette
réjouiſſance. Quantité de Fufées
volantes accompagnées
de feux d'artifices , s'éleverent
dans les airs , tandis que le feu
confumoit un grand Bucher
qui eſtoit devant la porte. Des
gens placez en divers endroits
diſtribuoient du Vin à toute la
populace, & tout cela fe faifoit
au bruit des Tambours & des
pour la guerifon du Roy. 227
+
Trompetes . Vn Bal tres-bien
ordonné fuivit , & tous ces
plaiſirs furent terminez parun
Repas magnifique, ou la poliz
teſſe de la Dame de la Maifon
du Bouquet , qui joint beau
coup d'agrément àune grande
- delicateſſe dans ſes manieres,
ſe fit remarquer fans peine.
Chacun s'en rétourna trescontent
, & le jour parut trop
court àceux qui furent de cer
te Fefte.
- Dans la confufion des articles
de Prieres dont mes dernieres
Lettres ſont réplies,j'en
ay oublie quelques - unes de
Paris. Monfieur l'Abbé Billet ,
Procureur & Chef de la Nation
de Francede l'Univerſité,
ayant convoqué cette illuftre
Compagnie pour le 10. deJan
vier , jour & Feſtede S. Guil-
K6
:
228 Actions de Graces
laume qui en eſt Patron , elle
ſe trouva àdix heures du matindans
l'Egliſe du College de
Navarre , au nombre de plus
dedouze cens Docteurs , Licentiez
, Bacheliers , Curez ,
Abbez , Chanoines , & autres
Officiers ou Regens , tous en
habits de ceremonie: La Meffe
yayant eſté celebrée parMonfieur
legrand Archidiacre de
Sens ,& fervie par une vingtaine
de jeunes Abbez de qualité,
Monfieur Billet fit en Latinle
Panegyrique du Saint,
auquel il joignit une action de
graces en faveur de noftreauguſte
Monarque, dans laquelle
les Peres Grecs & Latins.
parurent avec éclat rendre
hommage au premier Roy de
la Terre , & prendre part à ſa
guerifon . Ce diſcours charma
pour la gueriſon du Roy. 229
l'Aſſemblée , & fit admirer l'érudition
& l'éloquence de celuy
qui le prononça.
Les quarante Porteurs de la
Chaſſe de Sainte Geneviefve,
qui font Bourgeois choiſis de
Paris, qui portent cette Chaffe
dans les grandes ceremonies ,
lors qu'on la defcend pour
quelque neceſſité preſſante , firent
celebrer l'Office en l'Eglife
de l'Abbaye Royale de cetteSainte
le 12.du meſme mois.
Monfieur l'Abbé de Sainte
GeneviefveOfficia avec toute
la folemnité poſſible , & la
ceremonie ſe termina par la
proceffion ,& unTe Deum.
Les Maiſtres Bateurs d'or
ayant fait chanter une grande
Meffe & unTe Deum en Muſique
dans l'Egliſe de Sainte
Croix de la Bretonnerie , le
230
Actions de Graces
fieur Pierre Simon qui s'y eftoit
trouvé avec ſes Confreres ,
ſe diſtingua le foir par une réjoüiſſance
qui merite d'être
remarquée . Comme il fournit
l'or en feüilles qui s'employe
aux Bâtimens de toutes les
Maiſons Royales , il voulut
marquer fon zele en faiſant
élever devant ſa Boutique , où
ilbat l'or au quartier S. Martin
ruë des Meneſtriers , un Bufte
du Roy d'aprés le Chevalier
Bernin. Il eſtoit fous un magnifique
Dais , avec quantité de
Deviſes en maniere d'Illuminations
. Les Fenestres de fa
maiſon furent éclairées de
Lanternes fleurdeliſees & hiftoriées
, qui durerent preſque
toute la nuit, pendant laquelle
pluſieurs feux d'artifice divertirent
agreablement les Spe
pour la gueriſon du Roy. 231
Aateurs . Il diſtribua du pain
& du Vin à tous les Paffans ,
& il n'y en euſt aucun qu'il
ne fift boire à la ſanté de Sa
Majesté.
Bourgueil , petite Ville dans
laTouraine à demy lieuë de la
Riviere de Loire , n'a pas fait
voir moins de zele que les plus
confiderables du Royaume.
Trois cens hommes diftribuez
en quatre Compagnies ſe rangerent.
le 26. de Ianvier des fix
heures du matin devant les
maiſons de leurs Capitaines.
La premiere Compagnie qui
avoitle bleu pour couleur , &
la ſeconde le rouge , eſtoient
commandées par Meſſieurs de
S. Eſtienne & Devau , tous
deuxGentilshommes de Bourgueil
dont l'un a ſervy
long- temps en qualité de Ca-
د
232
Actions de Graces
pitaine du Regiment de Bretagne
, & l'autre dans la Maifon
du Roy. Le verd eſtoit la
couleur de la troifiéme , & le
blanc de la derniere . Si - toft
qu'elles ſe furent jointes &
miſes en ordre , elles allerent
prendre la Juſtice , qui eſtoit
aſſemblée en Corps & en Robes
chez Monfieur de Lutinieres
, Senéchal du lieu. On ſe
rendit de- là au Château de
l'abbaye , où l'on fit faire une
falve de toute la mouſqueterie
en l'honneur de Monfieur
l'Abbé , qui eſt un des Fils de
Monfieur de Louvois , aprés
quoy on alla dans l'Eglife des
Peres Benedictins . Curez primitifs
de Bourgueil. Les Compagnies
firentune feconde décharge
, & fe mirenten bataillon
devant la principale porte
pourlagueriſon du Roy. 233
de l'Eglife. La grand -Meſſe
fut chantée avec beaucoup de
ſolemnité , & l'apreſdînée on
retourna dans le meſme ordre
à la méme Eglife.La Juſtice fut
placéedans les hauts bancsdu
Choeur à la droite , & les Officiers
des Compagnies dans
les hauts bancs à la gauche.
LesSoldats rangez dans le fond
du Choeur , tirerent leur Epée
&la tinrét quë pendant qu'on
chanta leTe Deum. Cette petite
ceremonie qui marquoit qu'on
eſtoit prés de verſer ſon ſang
pour le ſervice du Roy , cauſa
une émotion dans les coeurs ,
qui tira des larmes de joye de
la plus grande partie de l'Afſemblée
. On alla enſuite chanter
un ſecond Te Deum dans la
principale Paroiſſe appellée S.
Germain , aprés les Veſpres
234
Actions de Graces
qu'ony entendit , & il en fut
chanté un troifiéme au feu de
joye que l'on alluma ſur les
cinq' heures . L'air fut remply
de Fuſées Volantes , accompagnées
de feux d'artifice , & les
cris d'allegreſſe qu'on pouſſa
de toutes parts , empêchoient
preſque qu'on n'entendiſt la
mouſqueterie , qui ne ceffa
point de tirer pendant deux
heures . Les Officiers de Iuftice
&des Compagnies s'étant rendus
chez Monfieur le Senéchal
, y trouverent unmagnifique
Soupé . Pour ſe diſpoſer à
boire à la ſanté du Roy , d'une
maniere qui ne fuſt pas
commune , il lut un Eloge de
Sa Majeſté en Vers , & but en
le finiſſant. En même temps
tout le monde debout & nuë
teſte fit retentir la Sale de cris
pourla querifon du Roy. 235
de Vive le Roy , ce qui joint au
bruit des Tambours & des
Hautbois, qu'on avoit fait venir
de Chinon & de Saumur,
fit une harmonie qui ſe répandit
dans toute la Ville. Les
huit derniers Vers de cét Eloge
qui contenoient des Voeux
pour le Roy , furent donnez
à toute la Compagnie ,&chacun
l'un aprés l'autre les leut
avantque de boire, ce qui produifit
toûjours le meſme effet.
Le lendemain Monfieur le Senéchal
à la teſte de cinquante
Cavaliers, tous bien montez &
fort leſtes , alla aprés midy à
une lieuë de Bourgueil en la
maiſon de Meſſieurs Guedier
freres , l'un Sous- Doyen , &
Pautre Chanoine de S. Martin
de Tours , qui les receurent ,
avec tous les témoignages pof236
Actions de Graces
ſibles de joye . On alla d'abord
dans leur Chapelle,où un Prêtre
qu'on avoit mené deBourgueil
en qualité d'Aumônier
de la Compagnie , annonça le
Te Deum àMonfieur le Sous-
Doyen , qui enſuite l'entonna.
Meſſieurs Guedier donnerent
aprés cela une magnifique
Collation à plus de cent perſonnes
diſperſées en divers endroits
de leur maiſon où ils
avoient fait dreſſer des Tables.
Le 29. de Ianvier il ſe fit une
ſolemnité des plus éclatantés
dans l'Egliſe Cathedrale
de Renes. Elle fut annoncée
le ſoir precedent , par
un ſon de trois heures de la
groffe Horloge , l'une des
plus belles de tout le Royaume.
La Cloche eſt ouverte de
deux doigts du haut enbas , à
pour laguerifon du Roy. 237
cauſedu grand timbre qu'elle
avoit, & qui empeſchoit qu'on
ne puſtaiſementdiſtinguer les
coups qui marquent les heures.
L'Horloge recommença
à fonner de grand matin , &
toutes les Cloches de la Ville
luy repondirent . A l'heure de
Veſpres le Corps du Prefidial
& celuy de laVille ſe rendirent
dans le Choeur dela Cathedrale
, où toutes les Paroifſes&
tous les Religieux vinrentproceſſionellement.
Aprés
leTe Deum qu'on y chanta en
Muſique , le Corps de la Ville,
compoſé des deux Conneſta .
bles qui ſont Officiers Militaires
pourveus par Sa Majesté
en titre, qu'on appelle ailleurs
Majors ; du Syndic en charge
ou Maire; des anciens Sindics
& des Echevins , alla au bruit
238 Actions de Graces
des Trompetes & des Tambours
, mettre le feu au Bucher
dreffe devant l'Hoſtel de
Ville. Il fut accompagné de
Feux d'artifice , & de toute
l'Artillerie qu'on avoit pû ramaſſer
. Monfieur l'Eveſque de
Rennes , qui eſt de la Maiſon
de Lavardin , marqua ſa joye
parune fuperbe Illumination ,
qui parut aux Tours de fon
Eglife. Il y eutun grand Bucher
allumé avec des Feux
d'artifice devant l'Hoſtel de
Monfieur le Marquis de Coerlogon
, Gouverneur de la Ville.
Les Iefuites firent illuminerle
Portail &le Clocher de
leur Eglife , & les Urſulines du
Preboré , qui avoient chanté
un Te Deum , ſe ſignalerent
auſſi par une tres- belle Illumination,&
par un grand feu qui
pour la queriſon du Roy. 239.
fut allumé devant leur Convent.
On en fit dans tous les
Carfours & toutes les Ruës ,
&on paſſa la plus grande partie
de la nuit dans les plaiſirs ,
les unsde la Danſe ,& les autres
de la Table. Icy on voyoit
les Bourgeois donner àmanger
àfes Amis .Làles Violōs ſe faifoient
entendre. Les innocen
tes Chanfons faifoient ailleurs
le divertiſſement du Peuple.
Enfin tout le monde voulut ce
jour - là faire quelque choſe
qui paruſt. On remarqua que
pluſieurs dans le tranſport de
leur joye , rencontrant leurs
Ennemis , ſe reconcilierent en
les embraſſant , & ce qui eſt
de particulier , tous ceux qui
avoientdes Portraits duRoy ,
dont le nombre eſt grand , les
expoſerent entourez de Lau
240
Actions deGraces
,
riers fur des Tapis. Monfieur
Hevin Avocat au Parlement
&ancien Syndic de Renes ,
illumina ſa maiſon d'un grand
nombre de Lanternes qui
avoient d'un côté une S. couronnée&
de l'autre un A pour
fignifier , Saluti Augusti . Chaque
face du Bucher qu'il fit élever
devant ſa porte , eſtoit
ornée d'une Inſcription tirée
des Médailles des Empereurs .
Laprincipalemarquoit le ſujet
de la Fefte. Salus Augusti. Les
trois autres en expliquoient
les conſequences , Securitas Orbis,
Latitiafundata. Saculi felicitas.
Le 21. leCorps des Notaires
Gardenotes du Roy , fit
chanteraune grand'Meffe & un
Te Deum enMuſique , accompagné
de Concerts , & le foir
ils firent un trés beau feu
dans
pour la gueriſonduRoy. 241
dans une Place publique. Le
22. le Corps des Marchands fit
lamefme choſe dans leur Chapelle.
Il y eut pluſieurs Concerts
, ſuivis d'un feu d'artifice.
Les Procureurs du Prefidial
s'acquiterent le 23. du meſine
devoir. L'un de ces jours de
Réjoüiſſances , il y ent une
Fontaine de Vin devant le ви-
reau de la Poſte , aux dépens
de Monfieur Orſon Maiſtre
desPoſtes, qui en fit diſtribuer
par tout.
Ces Réjoüiſſances ont eſté
grandes à Redonce , qui eft
une petite Ville de Bretagne.
Le Clergé donna l'exemple par
un Te Deum qu'il chanta à la
Paroiſſe, apres quoy ilalla Pro .
ceffionnellement mettre le feu
àun Bucher preparé devant
l'Eglife. Le lendemain lesHa-
L
242
Actions deGraces
bitans allerent en Corps à l'Egliſe
de Saint Sauveur, fameuſe
Abbaye del'Ordre de Saint
Benoist. On y chanta un Te
Deum , qui fut ſuivy de la décharge
de toutes les Boëtes de
la Ville , ce qui fut réïteré lors
que l'on mitle feu au Bucher.
Lejourſuivant fut un jour de
Feſte que folemniferent les
Bourgeois du port. Ils firent
chanter une Meſſe , où Mon.
fieur l'Abbé du Boüair officia
comme à tout le reſte de cette
ceremonie . Sur les trois heures
, ils allerent entendre Vefpres
àla paroiſſe . Le Te Deum
fut chanté enſuite , & cela fait
on vint avec le Clergé allumer
un feu dreſſéfur le port , où il
yavoit alors pres de cinquante
Vaiſſeaux . Ils avoient tous
leurs pavillons & leurs flames
pour la queriſon du Roy. 243
& chacun tira ſon Artillerie .
On invita tous les Etrangers à
un fuperbe Repas . On y butà:
la ſanté de Sa Majesté , & au
ſignal d'un flambeau , tous
les Vaiſſeaux firent une fecondedécharge
.
Le ſoir du 15. de Février
Monfieurdela place commandant
les Brigades pour le Roy
àla patache qui eſtune petite
Ifle, vis à vis Chantoceaux en
Anjou& à cing lieuës deNantes
, fit annoncer par pluſieurs
volées de canon la Feſte qu'il
préparoit pour le lendemain.
Tous les Habitans des environs
y accoururent , &fe mirent
ſous les armes . Le Te Deum
fut chanté , on alluma un feu
de joye & le bruit des Tambours
, Trompetes & Violons
retentit de toutes parts. On
L2
244 Actions deGraces
ditque le canon ſe fit entendre
juſque dans angers quien eſt
àdix lieuës.
Le 20. de Février les Habitans
dela Ville d'Eu firent ce-
Iebrer une Meffe folemnellle
dans l'Egliſe des Chanoines
Reguliers de l'Ordre de
Saint Auguſtin , Abbaye de
Noftre-Dame , où le Clergé
des quatre paroiſſes de la Ville
& des Maiſons Religieuſes
fut invité . Monfieur le Comte
de Lannoy , Gouverneur
dela Ville & Comté d'Eu , de
l'ancienne Maiſon de Lannoy
originaire de Flandre, s'y trouva
avecquantité de Nobleffe.
Monfieur d'Auberville fur
Yere , Bailly d'Epée & de Robe
longue , & Monfieur du
Pont , Maire de la Ville s'y
eſtoient rendus , l'un à la teſte
pour lagueriſon duRoy. 245
du Corps du Bailliage , & l'autre
à la teſte des Echevins .
L'Eloge du Roy fut prononcé
avecbeaucoup d'applaudiffement,
par le pere Celeſtin Pernet
, Religieux Recollet ; &
apres la Meſſe & le Te Deum ,
onalluma le Bucher dans la
grande Place , au bruit duCanon,
des Boëtes, &de la Moufqueterie
des Bourgeois qui
s'eſtoient mis ſous les Armes .
Le foir on fit des feuxdans toutes
les Ruës. Les principaux
Officiers ſe diftinguerent par
des Illuminations , & Monſieur
de Franval , Gentilhomme
Servant dela feuë Reyne ,
ſe fit remarquer par le nombre
des lumieres qui éclairoient
le devantdeſa maiſon .
Le Comté d'Eu fut le partage
de Guillaume Fils puiſné de
L3
246
Actions de Graces
Richard dit ſans Peur , Duc
de Normandie en 1002. Il fut
érigé en Pairie en faveur de
Charles d'Artois Comte d'Eu
en 1458. Il entra dans la Maifon
de Guife , par le mariage
de Catherine de Cleves avec
Henry de Lorraine Duc de
Guife , &Mademoiselle d'Orleans
l'acheta en 1660. deux
millions cing cens mille livres.
Le prix de l'achat peut faire
juger de fon étenduë. Son Altele
Royale a extrêmement
embelly & aggrandy le Château
, &la pieté de cette grande
Princeſſe l'ayant portée à
faire quantité de fondations
dans le Comté d'Eu , elle a fait
bâtir dans la Ville d'Eu'un
Hofpital General fort magnifique
, ſur le deſſein de Monfieur
Gabriel. Elle ya aufii é
pour la gueriſon du Roy. 247
tably un Seminaire de Soeurs
de la Charité , ainſi que dans
les autres Villes & Bourgs du
mefme Comté .
Orbec , petite Ville de Normandie,
n'a pas oublié de marquer
fon zele. La grand'Meſſe
y fut celebrée folemnellement
le 2. de Février , & le Te Deum
chanté . Al'iſſue des Veſpres ,
on fit la proceſſion , à laquelle
ſe trouva tout le Bailliage en
Robes longues . On alluma un
grand feu au bruit des Tambours
& des Hautbois & d'une
décharge deMouſqueterie que
firent les Habitans rangez
fous les Armes . Cette belle
Soldateſque avoit un Drapeau
de couleur celeſte , où l'on
avoit dépeint un petit Bucher
encore à demy allumé , d'où
s'élevoit un Phoenix avec ces
L4
248 Actions de Graces
paroles , Redivivus ab aggere
Phanix. On fitjoüer des feux
d'artifice , & l'air parut éclairé
d'un tres-grand nombre de
Fuſées volantes. Monfieur
Guener , Seigneur de Saint
Iuft &de la Factiere, qui exerce
la charge de Lieutenant
General d'Orbec avec tout
l'applaudiſſement imaginable,
regala le ſoir tous les Officiers
de la Iuftice & de la Gendarmerie
, & pluſieurs autres perſonnes
confiderables . Il y eut
deux Tables ſervies avec autant
d'abondance que de propreté.
Quoy que ce Repas fust
fortſplendide , on peut dire ,
que Madame la Lieutenante
Generale en fit le plus bel ornement,
Elle eſt Niepce de feu
Monfieur le Preſident du
Tronc , qui a fait les fonctions
pourlaguerifon du Roy. 249
depremier Preſidét àla Chambre
des Comptes à Roüen:
avec une approbation generale.
Madame de Varaville fa
mere eſt ſoeur de Monfieur
l'Evefque d'Angouleſme , & .
Niepce de feu Monfieur Pericard
Eveſque d'Evreux. Les
Violons & les Voix ne furent
pas oubliez dans ce ſuperbe
Repas . Ces Réjoüiſſances du---
rerent toute la ſemaine. La
Gendarmerie d'Orbec s'eſtant
diviſée par bandes , alla faire
allumer des feux dans les Paroiſſes
voiſines , & tout le
monde à l'envy y fit paroiſtre
fa joye..
Aprés que le Bailliage de
Chaſtillon-Sur-Seine y eut fait
chanterle Te Deum,& que chaque
Corps eurſuivy cétexemple
en divers jours , avec per-
L. S.
250
Actions de Graces
miſſion de ſe promener en Armes
par la Ville au fon des
Hautbois & des Violons, ce qui
dura prés d'un mois , Monfieur
le Comte de la Fueillée , Lieutenant
General des Armées du
Roy , Gouverneur de Dole&
de Chaſtillon , finit ces Réjoüiſſances
par une Feſte fort
particuliere. Toute lajeunefſe
s'étant trouvée par ſes ordresdevant
fa maiſon dans l'équipagele
plus propre qu'elle
pût , il la diviſa en trois Compagnies
diftinguées par des
couleurs differentes ; la premiere
étoit de Cadets des principaux
de la ville , & prit le
bleu & le blanc. On donna le
bleu à la ſeconde,& le iaune fut
choiſi par la troiſieme . La reveuë
en ayant eſté faite par un
Oficier de fa Maiſon , il les fit
pour la querifon duRoy. ) 251
conduire hors de la Ville dans
une Place commode , où il leur
enſeigna luy - même à faire l'exercice
& tous les mouvemens
ordinaires aux Troupes les
mieux reglées . Ils ſe rendirent
le lendemain au mefme équipage
devant ſon logis , & Monfieur
le Gouverneur s'étant
mis à la teſte des Cadets , ont
fut agreablement furpris de
voir àla fuite Madame la Gouvernante
precedée de Fifres ,
Tambours & Hautbois , & fuivied'une
trentaine de jeunes
Filles des mieux faites , toutes
veſtuës de blanc & de livrées
bleuës . Les deux autres Compagnies
marchoientaprés cette
Troupe, & toutes les quatre
furent conduites à l'Eglife où
l'on chanta folemnellement la
Meffe. Les Filles , chacune un
L 6
352 Actions de Graces
cierge à la main, allerent à l'offrande&
cette pieuſe ceremonie
ſe termina par l'Exaudiat &
le Te Deum Vous pouvez juger
du bruitdes Fifres, Tambours
&Hautbois & de la Moufqueterie
. L'apréſdinée Monfieur
le Gouverneur , encore à la tefte
de cette Gendarmerie , &
Madame laGouvernante àcellede
ces jeunes Demoifelles ,
traverſerent toute la Ville ,
pour ſe rendre à une Place qui
fert de promenade aux Habitans
. Ony fitranger toutes ces
Troupes en bataille ; & aprés
qu'on leur eut fait faire l'exercice,
elles eurent ordre de mettreles
Armes bas, & l'on commença
àdanſer dans cette Place.
Chacun eut ſon tour,&jufqu'aux
gens les plus graves qui
n'étoient venus que pour eftre
pour la guerifon du Roy. 253
ſpectateurs . Cela eſtant fait , il
fut permis aux jeunes Soldats
d'aller viſiter le Vivandier,qui
avoit eu ſoin de dreſſer une
Tente à la tefte de ce petit
Camp, & de la garnir d'excellent
Vin. Les Tambours ayant
rappellé chacun à fon poſte ,
Monfieur le Comte de la Fueillée
propoſa des prix pour celuy
de chaque Compagnie qui
tireroit avec plus d'adreffe..
Comme il eſtoit déja tard , il
n'y eut que les deux premieses
qui tirerent , & le prix de
la troiſiéme fut remis au lendemain.
Les Troupes défilerent
& reconduiſirent Monfeur
le Gouverneur. Les Demoiſelles
qui avoient ſuivy
Madame la Gouvernante furent
regalées d'une Collation ;
& les Soldats ayant fait plu
254
Actions de Graces
freurs tours dans la Ville , toûjours
precedez de leurs Hautbois
allerent ſe délaſſer dans
les plaiſirs de la Table . Il y eut
Bal chez Monfieur le Gouverneur,
devant la Maiſon duquel
un grand feu fut allumé. Des
Fuſées volantes , & pluſieurs
feux artificiels parurent en
F'air de differens endroits dela
Ville , & toute la nuit ſe paſſa
en joye . Le lendemain les mêmes
Troupes ſe rendirentdans
l'endroit,où devoit tirer la derniere
Compagnie. Monfieur le
Gouverneur fit diſtribuer les
prix,& il y eut encore ce jour
là de grandes Réjoüiſſances.
LeDimanche 2. de Février,
la Cour des Aydes d'Auvergneſe
rendit en-Robes rouges
dans la Cathedrale de Clermont,
où elle aſſiſta au TeDeum..
pour la gueriſon du Roy. 255
Le Ieudy fuivant elle en fir
chanter un autre dans la Chapelle
duPalais . Il fut precedé
d'une Meſſe folemnelle , & il y
eut grand Concert de Voix &
d'Inſtrumens . Ce jour meſime
Monfieur Ribeyre , Premier
Preſident de cette Cour , en
regala magnifiquement tous
les Officiers . Ce regale fut fuivy
d'un grand Bal donné aux
Dames , aprés quoy lon chanta
pluſieurs beaux Airs , compoſez
exprés ſur la gueriſon da
Roy. Tout cela finit par un
feu de joye& parune tres-belle
Illumination que ce premier
Magiſtrat fit faire fur toute la
face de fon Hoſtel. On y vo .
yoit ſur un grand Balcon les
Armes du Roy au milieu de
quatre grandes Statuës , qui
repreſentoient les quatre Ver
256
Actionsde Graces
tus Cardinales . On employa
une bonne partie de la nuit à
cette Réjoüiſſance , pendant
laquelle on réïtera pluſieurs
fois la décharge de toute la
mouſqueterie , de toutes les
Boëtes & de toutes les Coulevrines
dela Ville . Les meſmes
marques de joye ont eſté donnée
à S. Sandoux & à Lezonx.
Ce ſont deux Bourgs , éloignez
chacun de quatre lieuës
de Clermont , qui appartiennent
à Monfieur Ribeyre.
Monfieur le Premier Prefident
dont je vous parle eſt
frere aiſné de Monfieur de S.
Sandoux,qui mouruten 1679 .
Gouverneur de Tournay , &
Couſin germain de Monfieur
Ribeyre Conſeiller d'Etat , ſi
celebre par fon integrité &
par ſa vertu ..
pourlaqueriſon du Roy. 257
Tous les Ordres de la Ville
de Morlaix', l'une des plus
confiderables de Bretagne
pour ſa fidelité au ſervicede
nos Rois, pour fongrand commerce
, pour ſes riches marchez
, ſe rendirent le Mercredy
26. de Février , dans la
Chapelle Royale de Noſtre-
Dame du Mur, ainſi nommée,
parce qu'elle eft dans l'enceinte
des murailles du Chaſteau
des anciens Ducs de cette Province.
Il y avoit ordre que les
Boutiques feroient fermées
tout le jour , & que l'on tapifferoit
les Ruës pour la Proceffion
generale qui ſe devoitfaire
. En face du Portailde cette
Egliſe eſtoient trois Portraits
d'une grandeur naturelle, l'un
de Henry V. l'autre de Louis
XIII . & au milieu le Portrait
258 Actions de Graces
du Roy , avec des Trophées &
cette Inſcription, Deus nobis hac
otia fecit. Dans le Choeur au
premier Siege du côté droit
proche de l'Autel ; on avoit
mis un autre Portrait de SaMaieſté
ſous in Dais en broderie ,
avec une Aumuſe ſur un Pupitre
, pour faire voir que le
Roy eſt premier Chanoine des
Colleges de fondationRoyale.
Des deux côtez du Portrait ,
deux figures tenoient fur la
teſte de ce Prince une Couronne
Imperiale terminée par une
Fleur de Lisavec ces mots au
deſſus , Et jura frutusque laborum
,& entre la Couronne & le
Portrait , Orbis terror & amor .
Au côté droit du Portrait , la
Religion , & la France ſe donnoient
la Foy par ces mots ,
Mutua fædera pacis . De l'autre
pour lagueriſon du Roy 259
coſté la Religion tenant un
Calice arreſtoit le Soleil , & on
liſoit pour Devife , Stat , cedit
er uni. Sous le Portrait eſtoit
une Hydre abatuë avec cette
autre Devife , Cecidit tot caufa
malorum . On voyoit encore
pluſieurs Portraits des perſonnes
Royales , chacun avec ſa
Deviſe. Pour Monſeigneur ,
Fixis ille oculis Solemſpectat , fequiturque.
Pour Madame la
Dauphine , Satis est potuiſſe videri.
Pour Monſeigneur leDuc
de Bourgogne , Chara Deum foboles.
Pour Monfieur , Fratrem
immortalibus æquat . Pour Madame
, Quâ non gratior ulla.Au
Bout du Choeur regardant
l'Autek , eſtoit le Portrait de
Monfieur le Duc de Chaunes ,
Gouverneur de la Province ,
preſentant la ceremonie à Sa
260 Actions de Graces
Maieſté ; & pour Deviſe , Iuffit
&offert. Toutes ces Deviſes &
Inſcriptions eſtoient de Monſieur
Dizenl , Doyen du Chapitre.
Ie paſſe les ceremonies
desPrieres qui furent faites accompagnées
de Muſique, pour
venir au feu que la Maiſon de
Ville avoit fait dreſſer , vis à
vis leCanal qui ſepare le Quay
de Leon & de Treguier. Il étoit
bâty en quarré de douze
pieds de hauteur. VnGlobe de
trois pieds de tour , ſur lequel
eſtoit placée une Renommée ,
terminoit une Pyramide de
neuf pieds . La premiere des
quatre faces repreſentoit la
Iuftice aſſiſe ſur des codesavec
ſes ſimboles ordinaires , & cette
Deviſe , Ejecit jurgia prava.
La ſeconde , repreſentoit la
Charité ſur un Trône tout
pour la gneriſon du Roy. 261 1
brillant , d'où elle diſtribuoit
des liberalitez à des Soldats
eftropiez , & à d'autres malheureux
, auſquels elle montroit
une maiſon conſtruite
ſuperbement , Pater vult omnibus
effe. Dans la troiſième , on
voyoit la Force , tenant ſous
ſes pieds un Lyon enchaiſné ,
chargé deMédailles , dans lefquelles
eſtoient peintes les
Conqueſtes de Sa Maieſté , Injuste
fubrepta recepit. Dans la
quatrième , eſtoit repreſentée
la Prudence , qui faifoit agir
desVaiſſeaux chargez de bombes
, fur des Cofſtes éloignées
& fur des Pyrates , Falcit commercia
tuto. Il y avoit quantité
d'autres ornemens que je ſerois
trop long à vous expliquer.
Monfieur de Roſtiviec ,
Lieutenant Major de la Place ,
262 Actions de Graces
avoit ordonné aux Officiers
d'aſſembler leurs Compagnies .
Il contribua beaucoup à la Fête
par les ſoins qu'il prit de
faire paroiſtre la Mouſqueterie
, qui eſt l'une des meilleures
de France , & qui fit merveilles
. Le feu fut ſuivy d'une
Collation magnifique que
Monfieur le Syndic fit fervir
avec grand ordre , dans la Salle
de la Maiſon de Ville , où les
Violons , les Hautbois & les
Trompetes ſe répondoient
tour à tour. Les Illuminations
ne furent pas ſeulement à toutes
les Feneſtres de chaque
quartier , mais auſſi dans les
Clochers , cequi produifit un
tres - agreable effet , fur tout
dans la Tour de Noftre -Dame
du Mur.
Tous les Corps & toutes les
pour la Guerifon du Roy. 263
Communautez de la Ville de
Tours, ayant marqué leurjoye
à l'envy par des Prieres publiques
, la Communauté des
Marchands Maiſtres Ouvriers
en draps d'or , d'argent & de
ſoye , n'a pas oublié de s'acquiter
d'un devoir ſi juſte . Ils
choiſirent le 20. de Janvier ,
Fefte de S. Sebaſtien leur Patron
, pour faire chanter une
Meffe folemnelle & un Te Deum
dans l'Egliſe des Auguſtins
Les deux Corps de Muſique
des Chapitres de S. Gatien &
de S.Martin, ſe joignirent pour
cela. Tous les anciens qui ont
paſſe par les Charges & les maîtres
particuliers de cette Communauté
y aſſiſterent avec
beaucoup de devotion. Ils envoyerentdu
pain,du Vin&du
bois aux Priſonniers , & firent
264 Actions deGraces
Kaumône à tous les Pauvres
qui ſe preſenterent.
Le 2. de Fevrier , Monfieur
l'Archevéque de Tours , &
Meſſieurs de l'Egliſe Metropolitaine
firent la cloſture de ces
Prieres avec beaucoup de folemnité.
Ils ornerent pendant
la nuit les deux tours de leur
Egliſe de quantité d'Illuminations
, dont le ſpectacle attira
toute la Ville. La diſpoſition
naturelle de ces Tours y con
tribua beaucoup. Leur ſtructure
qui est tres -belle & tres -delicate
, y estoit diſtinguée à la
faveur des flambeaux qui formoient
trois Couronnes fur
chaque Tour d'étage en étage .
Ces Illuminations furent accompagnées
d'un feu d'artifice
qu'on tiraau ſon des Cloches,
dont l'harmonie charme tous
ceux qui l'entendent .
Le
pour la queriſon du Roy. 265
Le lendemain ,Madame de
Bethune , Abbeſſe de Beaumont
les Tours , fit éclater les
appreſts qu'elle faifoit depuis
quelque temps . Dans la grande
court étoit un Theatre de
douze pieds de hauteur , & de
ſeize de face,au milieu duquel
on avoit élevé une Pyramide
haute de ſeize pieds,& terminée
par un Globe ou étoient
les Armes de Sa Majesté, & au
bas Ludovico Magno. Les quatre
coins du Theatre eſtoient ornez
de Soleil , Fleurs de-Lis &
Chifres, & tout autour regnoit
une Balustrade façon de marbre,
avec quatre grands Emblêmes
aux extrémitez . Le premier
faiſoit voir le Roy qui retiroit
pluſieurs perſonnes du
precipice. Le ſecond reprefentoit
la Religion ſous la Figure
M
266 Actions de Graces
1
د
d'une Femme , qui tenoit une
Croix & le Livre des Evangiles
ouvert , où mettoient la
main quantité de Proteſtans .
Dansle troiſiéme paroiſſoient
pluſieurs Monſtres écraſez
ſous les ruines d'un Temple; &
dans le dernier on voyoit la
Vierge & le Roy à genoux luy
demandant ſa protection . La
figure dece Prince avoit eſté
miſeſur un piedeſtal au bas de
la Piramide , & fur le Theatre
orné par tout de Trophées &
de Feſtons, estoit dreſſe un feu
d'artifice . Vis à vis il y avoit
un Bucher foûtenu d'un maſt
de cinquante pieds de haut, au
milieu duquel eſtoit l'Hereſie,
ſous la figure d'uneFemme hydeuſe,
tenant dans ſes mainsles
Livres de Calvin & de Luther.
Sur les trois heures arriverent
!
pour la gueriſon du Roy. 267
les Compagnies des Habitans
ſous les Armes , au travers
deſquelles paſſerent Monfieur
l'Archeveſque , Monfieur de
Rafilly , Lieutenant de Roy de
la Province , & Monfieur le
Marquis de Nointel,Intendant
de la Generalité de Tours .
Lors qu'ils ſe furent rendus à
l'Eglife , on pronnnça l'Eloge
duRoy , le Te Deum fut chanté
par une excellente Muſique, &
cePrelat donna la Benediction .
On ſe rendit delà au logis Abbatial
, où l'on fervit une Collation
magnifique , pendant
laquelle il y eut Concert. Sur
les ſept heures Monfieur l'Archeveſque
mitle feu à une fuſée
portée par un Ange , qui
embraſa le Bucher où eſtoit
l'Herefie . Au meſme inſtant
on entendit les Tambours , &
M 2
268 Actions de Gracesles
Trompetes de toutes les
Compagnies , & l'on vitle Dome
de la Maiſon, qui eſt extrêmement
élevé , remply d'une
infinité de lumieres, qui firent
paroiſtre une figure éclatante
de la Vierge écraſant un Serpent
, avec ces mots , Cunctas
hareſesſolainteremiſti. D'un côté
eſtoit un Soleil éclairant
pluſieurs teſtes couronnées, &
de l'autre une Hydre avec ſes
teſtes coupées . A la face qui
regarde le Cloiſtre étoit le Roy
à la teſte de fon Armée,regardant
une Croix dans des nuages
avec cette Inſcription , In
hocfigno vinces. D'un coſté la
Renommée publioit ſa gloire ,
& de l'autre il y avoit divers
trophées d'Armes. Dés que le
Bucher fut allumé , Monfieur
le Lieutenantde Roy,& Mon
pour la gueriſon du Roy. 269
ſieur le Lieutenant de Roy &
Monfieur l'Intendant mirent
enſemble le feu à une Fuſée ,
qui fit joüer celuy d'artifice. Il
réüſſit parfaitement bien ; & le
Peuple ; dont la court& le dehors
eſtoient remplis, marqua
ſajoye par mille acclamations.
Cemeſme jour Madame l'Abbeffe
fit faire une diſtribution
à tous les Pauvres , qui ſe préſenterent
au nombre de quatre
famille.
Madame de Praſlain , Abbeſſe de
l'Abbaye Royale de Noſtre Dame de
Troye , a fait rendre des actions de
graces dans ſon Egliſe avec beaucoup
demagnificence.Il y eut une Meffe du
S. Eſprit chantée en Muſique. Monſieur
de Lamivoye , ancien Doyen de
la Cathedrale , & grand Vicaire de
Monfieur l'Eveſque , officia accompagné
dedix Aſſiſtans , tous reveſtus
d'ornemens à Fleurs de Lis d'or. La
M 3
270
Actions de Graces
1
Meſſe finie, on chanta le Te Deum avec
lameſme Muſique & fimphonie,aprés
quoy ces paroles furent repetées , Vi-
*am petiit à te & tribuiſti ei longitudinem
dierum in faculum , & in
Saculum faculi. Ces actions de graces
que tous les Corps & tortes
les Communautez de la Ville avoient
fait durer prés de deux mois ,
ont finy par celles des Dames de la
Charité. C'eſt une Affemblée formée
par les ſoins & par la prudence de
Monfieur l'Eveſque. Leur ceremonie
ſe fit dans les Carmelites , où Monfieur
Denife , Chanoine de la Cathedrale
, prononça l'Eloge du Roy avec
fon éloquence ordinaire. On fit enfuite
une aumône à tous les Pauvres
des Paroiſſes de la Ville .
Le 2. de Fevrier , le Te Deum fut
chanté à Saint Pierre le Monſtier,peti
te Ville entre Nevers & Moulins fur
la route de Lyon , par les ſoins de
Meſſieurs du Prefidial. La ceremonie
fut faite dans la principale Egliſe du
lieu , de l'Ordre de Saint Benoiſt , &
Monfieur Deſcrots, qui en eſt Prieur ,
pour la queriſon du Roy. 27 F
y officia. Le Preſidial aſſiſta en Corps
à la grand meſſe , où les Officiers de
Ville ſe trouverent en Robes rouges.
L'Eloge du Roy fut prononcé
avant Veſpres dans la mesme Egliſe
par Monfieur l'Abbé Galaix. Il prit
pour texte , Magnificate Dominum
meum , & exaltemus nomen ejus in idipfum
, ce qu'il appliqua à ſon ſujet en
cestermes .Que Dieu ſoit à jamais beny;
que vos voix s'uniſſent à la mienne pour
chanter inceſſamment ſes loüanges , pour
adorerſon nom ſeul adorable, & pour pu
blierſes magnificences dans le rétabliſ
fement de laſaaté de LOUIS LE
GRAND , toûiours magnanime , toûiours
invincible &toûjours heureux. Son
diſcours dura une demy. heure , & fut
extrêmement applaudy. La Benedition
ayant eſté donnée aprés les actions
de graces renduës , on trouva à
la fortie de l'Egliſe toute laBourgeoiſie
fous les Armes. Elle marcha en bon
ordre devant le Corps du Prefidial &
celuy de Ville ,& l'on ſe rendit à la
grande Place , où aprés que Monfieur
de Leſpinaffe Preſident au Preſidial ,
M4
272 Actions de Graces
& Monfieur le Preſident de la Blouſe
en qualité de Maire eurent mis le feu
à une grande Pyramide de bois que
l'on y avoit dreſſée , ontira toutes les
Boëtes & le canon de la Ville , ce qui
fat ſuivy d'un feu d'artifice accompagné
d'un tres- grand nombre de Fufées
volantes .Le Prefidial & le Corps
de Ville furent reconduits comme ils
avoient eſté amenez , & des Fontaines
de Vin que Monfieur Gaſcoing
Lieutenant General & Monfieur Bogne
Procureur du Roy , firent couler
pendant cetteFeſte,deſaltererent agrea.
blement le Peuple. Les Repas que chaque
Corps ſe donna furent magnifiques
, & à l'exemple des Corps , tout
ce qu'il y a de plus notables Bourgeois
, s'eſtant aſſemblez par Troupes
avec des Tambours , des Fifres & des
Violons , joignirent à la bonne chere
toutes les marques que l'on peut donner
d'une joye parfaite.
Le Dimanche 9. du meſine mois il
y eut à Saint Maximin une folemnité
fort particuliere. Le premier Conful
ayant fait tapiſſer le devant de ſa Maipourlagueriſondu
Roy. 273
fon&metre le Portrait du Roy fur
ſa porte , ſe rendit à l'Egliſe avec les
autres Confuls& lesprincipaux Bourgeois
, precedez par des Tainbours ,
des Fifres & des Trompetes , ayant à
leur teſte le Capitaine de la Ville accompagné
de douze Gardes du Corps
de Sainte Madeleine armez de Pertuifanes.
Ils aſſiſterent ainſi que les Magiſtrats
à une grand Meſſe que les Religieux
de la Paroiffe chanterent. Un
peu avant l'élevationtreize Marguilliers
de Nôtre -Dame des grandsCierges
en Robe & Surplis & portant de
grands flambeaux , s'approcherent de
l'Autel;& en meſine temps le Choeur
chanta le Pſeaume Exaudiat te Deus..
La Meffe eſtant achevée , le premier
Conful regala les Magiſtrats & Mefſieurs
de Ville. L'apréſdinée ils retournerent
tous au meſme lieu , & les
Veſpres dites on fit la Proceſſiondans
Pordre ſuivant. Les Tambours , les
Fifres & les Trompetes marchoient
les premiers , devant une Compagnie
de Mouſquetaires qui faisoient de
continuelles decharges . Ils precedoient
la. Croixde la Paroiffe ,aprés laquel
MS
274
Actions de Graces
le on voyoit toutes les Bannieres &
tous les Marguilhers des Confrairies
avec des flamb aux de cire blanche . Il
y avoit parmy eux vingt- quatreMarguilliers
de Nôtre - Dame des grands
Cierges dans leur habits de ceremonie
, portant fur l'épaule des Cierges
de douze pieds de hauteur , qui
font la charge d'un homme Vingtquatre
Artiſans de la meſme Confrairie
, avoient de ſemblables. Cierges.
Les Penitens blancs paroiſſoient
enfuite , portant les Tabernacles où
font les Chaffes des ſaintes Reliques.
Les Capucins marchoient aprés eux ,
ſuivis des Religieux de la Paroiffe..
Quatre Chantres en Surplis tenant de
grands Baltons d'argent fleurdeliſez ,
chantoient l'Hymne de Sainte Madeleine
, & ils precedoient quatre Danſeurs
magnifiquement. veſtus , qui
pourtémoigner lajoye du peuple danfoient
devant le Tabernacle de cette
Sainte , de meſime que David danſoir
devant l'Arche. Il eſtoit gardé par le
Capitaine de la Ville. Pluſieurs Reli
gieux reveſtus de Dalmatiques te
noient des Reliques dans leurs mains,
pour la gueriſon du Roy. 275
& le Pere Superieur du Convent
Royal de Sainte Madeleine marchoit
ſous un Dais , portant la Sainte Ampoulle
où il y avoit de la Terre teinte
du Sang précieux du Sauveur du monde,
les Magiſtrats & Confuls fermoient
la marche . Toutes les Ruës furent
tapiffées , & aprés que le Te Deum
eut eſté chanté au bruit des Tambours
&des Trompetes & de la décharge de
la mouſqueterie , les Religieux allerent
mettre le feu au Bucher qu'ils
avoient fait preparer devant l'Eglife
Les Magiſtrats avec les Confuls le
mirent à celuy de la grand Place , autourduquelles
quatre Danfeurs fignalerent
leur adreſſe. Le Prieur des Penitens
blancs fit chanter le Te Deum
dans ſa Chapelle ,& alluma le Bucher
qui eſtoit devant. Onen alluma auſſi
dans toutes les Ruës , & le Capitaine
de la Ville traita à Soupé les Confuls
& lesdouze Gardes du Corps de
Sainte Madeleine. Aprés ce Repas ils
fortirent tous enſemble , & allerent
convier les Magiſtrats de venir à la
Place publique , afin d'y boire à la
M 6
276 Actions deGraces
ſantéde Sa Majeſté. C'eſt ce qu'on executa
avec les acclamations d'une infinité
de monde; les liqueurs furent
données en grande abondance à tous
ceux qui en voulurent ,& la Feſte
ſe fuſt terminée de cette ſorte , ſi le
Peuple n'euſt voulu la continuer pendant
trois jours .
Les Religieux de l'Abbaye Royalede
Saint Lomer de Blois , qui ont
jurifdiction temporelle ſur undes plus
confiderables Fauxbourgs de la Ville,
ayant declaré aux Officiers du quartier
qu'ils vouloient que tous ceux
qui étoientcapables de porter les armes
ſe trouvaffent le 23. de Ianvier
dans le grand Parvis de leur Eglife
avec l'étendard,& reveſtus des livrées
qui les diftinguent du reſte de la Ville,
cet ordre fut exécuté ponctuellement,
&ils s'y rendirent au nombre de trois
cens avec de grands Bonnets d'écarlate
, chargez de Rubans & de galon
d'or&d'argent.Les Officiers les ayant
mis en ordre les firent entrer dans
l'Abbaye , où ils firent pluſieurs dé
charges . Delà ils entrerent dans la
pour la queriſon du Roy. 277
Ville,& fe firent voir par tour. Le
lendemain s'étant remis ſous les armes
, ils allerent à Noftre - Dame de
Vienne rendre graces à la Vierge de la
protection qu'elle adonnée à la France
en luy confervant le Roy. Sur les
cinq heures du ſoir ils retournerent
dans le grandParuis de l'Egliſe Abbatiale
, où l'on avoit preparé un fou de
joye. Les Armes de France eſtoient
fur la grande porte de l'Eglife , & l'on
voyoit celles de l'Abbaye ſur les quatre
pilliers des deux groffes Tours .
Une Fontaine de Vin coula depuis
deux heures juſques à ſept,& ce jourlà
& lejour ſuivant on fit une aumône
generale. Toutes choſes eſtant diſpoſées
, le Prieur de l'Abbaye precedé
de deux Chantres vint au Choeur ,
où ayant trouvé la Communauté ,
il entonna le Te Deum qui fut ſuivy
de l'Exaudiat , & precedé d'une déchargede
tous les mouſquets & de
douze demy.coulevrines. Les Prieres
achevées il quitta ſes ornemens , & à
la teſte de ſa Communauté , qui eſt le
premier Corps du Clergé de Blois , il
Actions de Graces
!
278
alla mettre le feu au Bucher. La moufqueterie
& les coulevrines recommencerent
à ſe faire entendre . On avoit
illuminé les Tours de feux d'artifice ,
&l'on en fit tomber une pluye de
feu.
Le 23. de Fevrier Monfieur de Lyon,
Receveur des Gabelles de Dunois fit
élever un grand feu de joye à Chateandum
devant le Grenier à Sel , ou
denx Compagnies de Fuſeliers eſtoient
poſtées pour empeſcher la confufion.
Il y avoit deux Arcs de Triomphe aux
porres de ce Grenier , avec ces deux
mots Sol & Sal , & au deſſous.
Le Soleil &le Sel ont de la fimpatie.
Le Soleil produit l'aliment
Et le Sel l'aſſarſonnement .
Le Soleil & le Sel nous donnent
donc lavie..
Auprés du meſme Grenier à Sel couloient
deux Fontaines de Vin, & tout
lemonde fut receu a deux Tables qui
avoient eſté dreſſées dans la court du
pour laqueriſon du Roy. 279
Receveur. Le Te Deum fut chanté ;
on alluma le fou de joye , & l'on alla
enfuite au Chaſteau faire des Salves à
la porte de Monfieur le Marquis de
ſaint Hilaire , Gouverneur du lieu,qui
avoit envoyé les Drapeaux de la Ville
chez, Monfieur de Lyon.
Le 2. de ce mois Monfieur Rougeau,
Receveur du Marquiſar de Courtanvau
& Directeur des Poſtes de
Chaſteaudun , fit rendre des actions
de graces dans l'Egliſe de ſaint Médard
ſa Paroiffe , &dans celle des Cordeliers
qui eſt à l'autre bout de la Ville,
afin que tous les quartiers puſſent y
prendre part dans le meſime temps.
Une Fontaine de Vin blanc,& une autre
de Vin rouge coulerent de chaque
coſté de fon Bureau. Au milieu eſtoit
une Pyramide de carton doré , & au
deſſous d'un Soleil,dont les rayons s'étendoient
fur toutes fortes de fruits.
parmy leſquels on voyoit quantité de
grapes de raiſin , estoient ces paroles
, Facunditas & maturitas. A la
baſe de la Pyramide on liſoit ces Vers..
280 Actions deGraces
:
Peuples qui ioniſſez des doux fruits
dela Paix ,
Donnez de vostre joye une éclatantemarque
;
Beuvez de ce Vin àlongs traits.
LOUIS triomphe de la Parque.
Les Hautbois , les Violons & la
Mouſqueterie ne furent pas oubliez
dans cette Feſte..
Peu de temps aprés les Eleus de
Châteaudun firent celebrer une Meffe
folemnelle , aprés laquelle le Predicateur
du Careſme monta en chaire.
Comme cette ceremonie ſe faiſoit le
Ieudy 6. de ce mois , où la guerifon
de la Belle-mere de Saint Pierre& celle
de pluſieurs autres Malades ſe lifoit
dans l'Evangile , cela luy donna
ſujet de dire que le Sauveur du mon
de , après avoir guery la Mere du
Prince des Apoſtres , en avoit auffi
guery le Fils , en rendant la ſanté au
Koy, qui eſt Fils aiſnéde l'Egliſe Romaine
, dont S. Pierre eſt le Pere , &
le Fondateur viſible,& parce que plupour
la gueriſon du Roy . 281
ſieurs guerifons accompagnerent celle
de la Bellemere de S. Pierre, il fit voir
que tous les François eſtant malades
avec leur Prince , tout le Royaume
avoit eſté guery avec luy. Aprés le
Te Deum chanté en muſique , on alla
dans la grand' Place où le feu de joye
fut allumé. La Mouſqueterie ſe fit entendre
ainſi que les Violons , & cette
Rejoüiſſance finit par un grand Repas
, & par une aumône à tous les
Pauvres. Monfieur le Bourgeois, Premier
Preſident de l'Election , ſe di
ſtingua dans cette ceremonie , tinfi
que Monfieur de Boisgautier , Eleu
Grenetier & Subdelegué de Monfieur
l'Intendant d'Orleans , & Monfieur
Michau , Procureur duRoy.
Le 8. de Fevrier les Chambres &
Semeîtres de la Cour des Comptes ,
Aydes & Finances de Montpellier
s'affemblerent au Palais,où ayant pris
leurs Habits de ceremonie , Monfieur
le Marquis de la Caſtries , Neveu de
Monfieur le Cardinal de Bonzi &
Gouverneurde la Ville & Citadelle ,
y vint prendre ſa place en qualité de
282 Actions de Graces
Conſeiller honoraire. En cet état ils
ſe rendirent à la Chapelle , où la ceremonie
commença par une grand'
Meſſe que celebra le Pere de la Greffe,
Religieux de l'Obſervancede S.François
. Il eſt Fils de feu Monfieur de la
Greffe ſecond Preſidentde cette Compagnie,&
fon merite l'a fait élire deux
fois Provincial & Definiteur General
de l'Ordre. On chanta le Te Deum, &
le tout fut accompagné d'une excellente
Muſique , d'un grand nombre de
Violons & autres Inſtrumens ,& fuivy
dubruit des Hautbois &des Trompetes
. Des Fontaines de Vin clairet &
mufcat coulerent tout le jour dans la
court du Palais , & on ydiftribua de
l'argent à tous les Pauvres .
Trois jours aprés les Directeurs de
l'Hospital General de la meſme Ville,
firent faire les meſmes Prieres dans la
Chapelle de cet Hoſpital. Les Pauvres
qui y font enfermez au nombre
de 350. furent regalez extraordinairement
, & fervis à leur diſné par pluſieurs
perſonnes de distinction. On
fit une diſtribution en painà tous les
autres.
pour la gueriſon du Roy. 283
Meffieurs les Conſuls Gouverneurs
de la Ville d'Arles , ayant reſolu de
faire éclater leur joye commencerent
d'en donner des marques par une aumône
generale qu'ils firent de leurs
propres mains dans l'Hoſtel de Ville,
àune infinité de Pauvres qui s'y rendirent
de toutes parts . Ily furent occupez
la plus grande partie du 9. de
Février&une foule de Nobleffe s'étant
venuë ranger auprés d'eux ſus
les trois heures ,ils ſe rendirent dans
l'Egliſe Cathedrale de ſaint Trophime
, où le Te Deum & un motet excellent
furent chantez. Monfieur le
Coadjuteur d'Arles officia.Cependant
comme on avoit diſpoſé un tres- beau
feu d'artifice au milieu de la Place du
Marché où eſt l'obeliſque , cette Place
eſtant terminée dans ſon vaſte
quarré par les façades de l'Egliſe Cathedrale
, de l'Archeveſché de l'Egliſe
de Sainte Anne , & de l'Hoſtel de
Ville , qui eſt un chef d'oeuvre d'Architecture
du deſſein du fameux Mon.
fieur Manſard , on prit ſoin en meſme
temps de faire dreffer au bout de l'E
284 Actionsde Graces
ſtrade qui regne devant cet Hoſtel ,
une eſpece d'Arc de Triomphe à trois
avenues de verdure,embellies de Guidons
& de banderolles & remplies
d'Emblêmes , du hautduquel on vit
jallir pendant tout le jour une Fontaine
de Vinmuſcat , dont le jet eſtoit
d'une hauteur ſurprenante. Le feu
d'artifice eſtoit élevé ſur un piedeſtal
de figure exagone & furmonté d'un
quarréqui foûtenoit unDome ouvert
en Portique. Aux Angles eſtoient des
figures en relief tres-richement affor
ties , avec des Deviſes en cartouches
à la gloire de Sa Majefté. Une infinitéde
Guidons aux Armes de France
en rempliffoient les extrêmitez. La
nuit s'approchant , on fut ſurpris de
l'Illumination qui parut depuis le
haut juſqu'au bas de l'Hoſtel de Ville
; rien ne pouvoit eſtre plus agrea.
ble. Les Confuls ſortirent de cet Hôtel
au bruit des Tambours & des
Trompettes , & dés qu'ils parurent on
tira toutes les Boëtes. Aprés les trois
tours qu'ils firent autour de la Machine,
ayant à leur teſte le Major de la
1
pour la guerifondu Roy. 285
Ville,&precedez par les Violons &
pluſieurs autres fortes d'Inſtrumens ,
ils mirent tous enſemble le feu à differentes
traifnées de poudre qui firent
leureffet en un moment. Delà ils allerent
répandre leur joye dans tonte
la Ville , & ils en firent le tourprece
dez encore par les Violons , par les
Tambours & par les Trompetes ,&
accompagnez de quantité de Noblefſe.
La folemnité ſe termina par un fuperbe
Repas qu'ils donnerent à leur
retour dans la Ville.
Madame l'Abbeſſe de Nôtre-Dame
d'Yerre en Brie , aprés des Prieres de
quarante heures qu'elle avoit fait faire
dans ſon Eglife , y fit chanter un Te
Deum en Muſique le 19. de lanvier.
L'Abbaye d'Yerre fut fondée en 1122 .
par Madame Eustache de Corbeil ,
Comteſſe d'Etampes. Loüis le Gros
l'érigeant en Abbaye Royale luy donna
trois Fleurs de Lys pour ſes Armes
avecun Oyſeau dans le milieu, & luy
accorda la Dixme du pain qui ſe mangeoit
à ſa Table & à celle de la Reyne
,& des autres Princes. Cette Ab
286 Actions de Graces
baye a encore le droit de Regale , Sedevacante,
en l'Archeveſché de Paris .
Elle est immediatement ſoûmiſe au
Saint Siege. L'Abbeſſe avec les Religieuſes
d'Yerre avoient droit de
nommer aux Abbayes de Gif & de
S. Remy de Senlis lors qu'elle eſtoit
élective. Madame l'Abeſſe dY'erre ſe
nomme Charlote - Catherine d'Angennes
de Ramboüillet. Elle eſt ſoeur
de Madame la Ducheſſe de Montaufier
& petite fille de Monfieur le
Marquis de Piſani , Ambaſſadeur à
Rome , où il épouſa une Veuve de la
Maiſon des Urſins .
: Les leux & les Divertiſſemens du
Carnaval ont eſté changez à Provins
en Actions de graces & en Prieres
publiques pour le Roy. Elle furent
commencées le 2. de Février en l'Egliſe
Royale & Collegiale de Saint
Quiriace. Monfieur d'Aligre , Abbé
de S. Iacques , s'y trouva avec les
Chanoines Reguliers , auſſi bien que
le reſte du Clergé , les Magiſtrats , le
Corps de Ville & toute la Bourgeoifie.
Le Te Deum fut ſuivy d'un
pour la gueriſon du Roy . 287
Feu , que le Maire & les Echevins
firent allumer devant l'Hoſtel de
Ville. Le lendemain on chanta dans
la même Eglife une Meſſe ſolemnelle ,
où les Magiſtrats & le Corps de Ville
ſe trouverent. Les Chanoines de Nôtre-
Dame du Val , les Paroiſſes & les
Communautez Religieuſes firent la
même choſe dans les autres jours de
la Semaine. Meſſieurs du Prefidial &
de l'Election s'acquiterent du même
devoir dans l'Egliſe des Cordeliers :
les Avocats &les Procureurs dans
celle des Jacobins ; les Notaires en
celle de S. Ayoul , & les Chevaliers
de la Bute dans leur Chapelle. Le
Dimanche 9. ſur les cinq heures du
ſoir les Directeurs du Bureau des
Pauvres , dont Monfieur l'Abbé de S.
Jacques eſt le Chef & le Treſorier ,
firent une pareille ſolemnité dans l'Egliſe
de cette Abbaye. Cet Abbé fit
enfuite par luy-meſme & de ſes propres
deniers unediſtribution extraordinaire
à tous les Pauvres du Bureau,
les exhortant de prier Dieu pour le
Roy. Cette diſtribution monta à
288 Actions de Graces
douze cens livres . Le Lundy Gras ,
les Sergens qui ont droit de faire
courir les Gans cejour- là par les
Meuſniers , & de les faire danſer dans
les ruës , changerent cette Couſtume
profane en une Action de fainteté ,
aſſiſtant tous à une Meſſe qu'ils firent
chanter aux Cordeliers avec un concert
de Voix & d'Inſtrumens . Ils allerent
delàdonner à diſner aux Prifonniers.
Le Mardy Gras , le Curé de S.
Pierre diſtribua une ſomme confiderable
à cinquante Pauvres qu'il avoit
fait communier à ſa Meſſe à l'intention
du Roy.
Dans ce même temps une Meſſe
folemnelle & un Te Deum furent
chantez dans l'Egliſe Paroiſſiale de
S. Valery en Caux. Les Habitans ſe
mirent ſous les Armes au nombre de
plus de deux mille , & la Moufqueterie
répondit par pluſieurs décharges
au bruit des Trompettes , des
Tambours , des Hautbois& des Vio-
*lons. Le Curé du lieu , accompagné
d'un nombreux Clergé & d'une foule
de peuple , alla enfuite proceſſionel.
lement
pour la queriſon du Roy. 289
lement à la Chapelle qui ſert d'annexe
à la Paroiffe. Monfieur Vaffe ,
qui fait les fonctions de la Marine ,
avoit pris ſoinde la faire orner. Sur
le frontiſpice eſtoit le Buſte du Roy
avec cette inſcriptiő,Vivat in æternum.
Apres qu'on y eut chanté le Te Deum
& que le Feu qu'il avoit fait élever
devant ſon Bureau , eut donné lien à
de nouvelles décharges de Mouſqueterie
, il fit diſtribuer pluſieurs Bariques
de vin aux Habitans , & tint
Table ouverte le reſte du jour. Les
Pauvres eurent lieu de prendre part
à cette Réjoüiſſance par les Aumônes
qui leur furent faites.
Au commencement du mois paffé ,
Madame l'Abbaſſe de Fontaine Guerard
, Dioceſe de Roüen , fit chanter
une Meſſe folemnelle où cinquante
Religieuſes communierent . Cette
Meſſe fut ſuivie d'un Te Deum , aprés
lequel il y eut une Aumône generale.
Aumilieu de la Court du dehors , on
- avoit dreſſé un Feu de Joye qui fut
allumé parMadame la Preſidente du
Tronc , au bruit de pluſieurs Boëtes
qui furenttirées,
N
290
Actions de Graces
Les Religieux de l'Abaye de S.
Evroult en Normandie , dont Monſieur
le Cardinal Prince de Furſtemberg
eſt Abbé , ont rendu de pareilles
Actions de graces dans leur Eglife.
Toute la Nobleſſe , & routes les Paroiſſes
qui dépendent de l'Abaye y
aſſiſterent, & enſuite le Pere Prieur fit
faire une diſtribution de pain & de
vin aux Pauvres . Un grand Feu de
Joye, qui fut accompagné de pluſieurs
autres , termina la Feſte.
Le Jeudy 6.de Février,les Habitans
de la Ville de Bernay en Normandie
s'eſtant mis en Armes , & rangez chacunſous
ſon enſeignes les Officiers
de Juſtice de l'Election & du Grenier
à Sel avec Meſſieurs de Ville, ſe rendirent
dans l'Egliſe Abbatiale des Benedictins
, qui ſont Seigneurs de Bernay.
Tout le Clergé Regulier & Seculier
s'y trouva . Le Choeur & la Nef eftoient
tendus de Tapiſſeriede Hauteliffe
, & les Doſſiers des Chaires du
Choeur , couverts d'écarlate avec de
riches écuſſons aux armes de France.
pour la Gueriſon du Roy. 291.
Outre quantité de Chandeliers d'argent
dont on avoit rempli la corniche
qui regne au tour du Coeur, ily avoit
fur l'Autel un nombre infini de lumieres
ſi bien diſpoſées,qu'elles formoient
une perſpective naturelle des plus
agréables . Toutes les Boutiques furent
fermées ce jour-là. Les Prieres_
faites , où la Muſique ſe fit admirer ,
on marcha proceſſionnellement au
feu de joye qu'on avoit dreſſé dans
la Court Abbatiale. Le Pere Prieur ,
&Monfieur le Lieutenant General y
mirent le feu , & auſſi - toſt la mouf
queterie& le canon ſe firent entendre
. Une Fontaine de Vin fit la joye
du Peuple , tandis qu'une aumône
generale foulagea les Pauvres . Le ſoir
il y eut illumination au clocher de
l'Abbaye .
Coutances , autre Ville de Normandie
, s'eſt diſtinguée par ſon zele.
Il y eut un jour de Feſte ordonné
le Samedy premier de ce mois . Les
Bourgeois prirent les armes , & les
Officiers du Prefidial firent chanter
une Meſſe ſolemnelle & un Te Deum ,
N 2
292 Actions de Graces
aprés quoy le feu de joye fut allumé
par Monfieur le Gouverneur , & par
Monfieur Demons Lieutenant General.
Il en fut auſſi allumé un devant
la porte de ce Magiſtrat avec les Tambours
, les Violons & grande Mouf.
queterie. Il y eut un magnifique repas
donné à la Maiſon de Ville. Monfieur
le Preſident au prefidial regala la Compagnie
Prefidiale qui s'estoit trouvée
au Te Deum , & fit dreſſer une table
ſous la porte , où l'on arreſtoit tous
ceux qui paſſoient . Tous les autres
Corps ,Paroiffes & Communautez de
la Ville firent tour à tour de pareilles
Feſtes , mais il n'y en eut point de
plus remarquable , que celle des Officiers
des Traites Foraines. Ils y employerent
deux jours & deux nuits fur
la fin du Carnaval , & pendant ce
temps il eut cinq ou fix feux toujours
allumez devant leur porte avec des
Tambours & des Violons . Non feulement
ils regaloient tous ceux qui
venoient chez eux , mais ils alloient
dans toutes les ruës en criant Vive le
Roy ,&verſant du vin à tout le Peupourlaguerifon
du Roy. 293
ple. Le commencement de cette Feſte
fit un tel éclat que le lendemain les
Officiers du prefidial voulant y contribuer
, vinrent eux meſimes mettre
le feu au bois preparédevant la porte
de la Romaine. Voylà comment l'amour
reſpectueux qu'on a pour ce
grand Monarque , s'explique à l'envy
dans toutes les Villes.
Monfieur Moreau , Frieur du Rel.
lec en Bretagne , choiſit le Dimanche
2. de ce inois pour marquer ſajoye ,
& celle de l'Abbaye qu'il gouverne
depuis pluſieurs années avec toute la
conduite qui luy pouvoir acquerir l'ef.
time où il eſt . La Ceremonie commença
par une Proceſſion hors l'Abbaye,&
à la fin de la Meſſe qui celebra
au retour avec beaucoup de folemnité
, il fit un diſcours à la loüange du
Roy,où ſe ſervant des paroles de l'Evangile
du jour , Omne Regnum in se
divifum defolabitur , il fit voir les malheurs
qu'avoit cauſé la diviſion ſous.
les autres Regnes , & le bonheur du
Regne du Roy. Iugez avec combien
de plaifir il fut écouté. LeTe Deum.
N 3
294
Actions de Graces
fut chanté l'apreſdinée , & pendant
ce temps la Mouſqueterie fit pluſieurs
décharges. En ſuite Monfieur le
Prieur& tous les Religieux , precedez
par lesMouſquetaires qui alloient
en ordre Tambour battant & ſuivis
de toute la Nobleſſe voiſine & des
Officiers de la Iurifdiction marcherent
vers le Feu de loye , & ils y
firent les trois tours accoûtumez en
chantant l'Exaudiat. C'étoit une eſpece
de Pyramide élevée ſur un Theatre
foûtenu d'Arcades. On y voyoit les
Armes du Roy & celle de Monſeigneur
avec deux deviſes . L'une eſtoit le
Roy des Abeilles conduisant un
Eſſain avec ces mots , Pro stimulo
exemplum est , pour faire entendre
que ſa Majefté tient lieu de Modelle
& fert d'Aiguillon à tous les
Princes , & l'autre eſtoit un Aiglon
qui vole vers le Soleil , & ces mots
pour ame , Patrios aſſurgit in ausus.le
ne parle point du vin que fit diftribuer
Monfieur le Prieur pour exciter
à la loye , de la Table ouverte qu'il
pour la queriſon du Roy. 295
tint dans le Refectoire , & de l'Au..
mône extraordinaire qui fut faite par
ſon ordre . Tout cela eſt une ſuite du
zele qui le faifoit agir ce jour - là. Il
eſt Frere de Meſſieurs Moreau , l'un
Avocat General en la 'Chambre des
Comptes de Dijon , & l'autre Auditeur
en la Chambre des Comptes de
Paris.
LeMaire & les Eſchevins de Montargis
le Franc , Capitale du Puiſayer
Generalité d'Orleans , ayant reſolu
de faire une Feſte , firent annoncer
pendant huit jours , trois fois chaque
jour , par les Tambours de tous les
quartiers de la Ville , conduits par un
Heraut avec les Trompettes , qu'elle
ſe feroit le 26. de Ianvier. La veille les
cloches tant de la Faroiſſe que des
Communautez fonnerent depuis midy
preſqu'au jour , & recommencerent
le lendemain fi- toſt qu'il fut
jour. Sur les neuf heures , le Corps
du Prefidial &des autres Iuſtices ſe
rendit à la Maiſon de Ville , dont tous
les Officiers eſtoient aſſemblez , &
ils allerent chacun dans ſon rang à la
N 4
296 Actions de Graces.
Paroiffe. On fit d'abord unc Procefſion
generale. Le Preſidial tenoit la
droite , & le Maire , les Eſchevins &
Jes Confeillers de Ville eſtoient à la
gauche. Au retour on commença la
Grand Meſſe , & aprés l'Evangile , le
Pere Bidal , Prieur Curé de la Ville ,
cy-devant Prieur de Nantes , & fort
illuſtre dans l'Ordre de Sainte Geneviéve
, monta en Chaire , & fit voir
combien nous eſtions obligez àDieu
qui nous a donné un Roy uniquement
occupé à remplir ſon miniſtere. Ce
qu'il dit des rares vertus de ce grand
Prince toucha tellement ſes Audileurs
,qu'ils te trouverent naturelle
ment engagez de finir avec luy par la
priere que fait l'Egiſe pour la confer.
vation de ſon Protecteur. L'aprefdinée
les Capitaines ayant affemblé
leurs Troupes devant la maiſon de
Ville , le Maire & les Echevins en
firent un détachement qu'ils donnerent
à commander à Monfieur Violet
Conſeiller du Prefidial , l'un des Capitaines,
auquel ils confierent la garde
duGuidon fameux que les Habitans
pour laqueriſon du Roy 297
,
prirent ſur les Anglois aprés leurdéfaite
devant les murs de la Ville ,
ſous le Regne de Charles V I I. Toute
cette milice alla ſe poſteraux environs
de l'Egliſe , où le Te Deum
fut chanté avec beaucoup de magni .
ficence.Au fortirde là je Maire &les
Echevins furent conduits dans la
Place publique , où ils avoient fait
élever un grand Portique de verdure
devant la maiſon de Monfieur Robeau
de Coulevreux l'un des anciens Echevins
. On y voyoit ſous un dais un
Portrait du Roy couronné de laurier ,
&au deſſous, les Armes de Monfieur,
avec de grands Feftons de la Ville ,
ce qui fait voir que Montargis eſt de
l'Apanage de ce Prince. Tout au defſous
eſtoit l'Ecu des Armes de Mon--
freur de Boisfranc , Chancelier de S.
A. R. Grand Bailly & Gouverneur
de la Ville. En arrivant dans la Place,
la Compagnie du Guidon fut mife
de garde devant le Portique , ſous lequel
entrerent le Maire & les Echevins
pour y falüer le Portrait du Roy
avant que d'aller allumer le feu. Less
NS
298
Actions de Graces
Dames eſtoient placées avec une
grande ſymphonie de Violons. Le
feu estoit un Pentagone , ou plutoſt
il y avoit fix feux , l'un dans lemilieu
, & cinq autres d'égale figure ,
& de la même grandeur, ayant chacún
une même communication avec
le grand feu. Il en forrit une infinité
de feux d'Artifice & quantité de fuſées
volantes parurent en l'air au ſon
des Tambours & des Tromperes.
Monfieur Robeau ttaita magnifiquement
le Maire & les Echevins &
d'autres Perſonnes confiderables ; on
fervit une table de Capitaine du Guidon
devant le Portique , qui eſtoit
illuminé , & tous ceux qui voulurent
y manger y prirent place. Pendant
ce temps ,la Milice fit plufieurs décharges
, apres quoy elle ſe retira
avec les Capitaines , dont chacun
tint Table publique dans fon Quartier.
Monfieur de la Villebague,qui a un
zele tout particulier pour Sa Majeſté
, fit une Feſte des plus éclatantes
à S. Malo le 17. du mois paffé. La
e
pour la gueriſon du Roy . 299
Meſſe & le Te Deum , auquel on joignitun
trés beau Motet de la compofition
de Monfieur louvin , furent
chantez dans l'Egliſe de. S. pierre.
pendant ce temps quarante-deux pieces
de Canon que Monfieur de la
Villeduguen , Homme entendu pour
l'Artillerie , avoit fait monter ſur le
Quay deMonfieur de la Villebague ,
fe firent entendre à plus de dix lieuës
aux environs . Tous les Vaiſſeaux répondirent
par intervalles reglez de
vingt & un coup chacun. On fit une
diſtribution d'argent , de Biscuit , de
Hareng, & de quatre Bariques de vin
à plus de cinq cens pauvres qui ſe
preſenterent ; aprés quoy Monfieur
l'Eveſque de S. Malo qui avoit volu
y aſſiſter , fut conduit , par Monfieur
de la Villebague dans une de ſes
Maiſons , vis-à- vis de la Batterie , où
tout n'eſtoit que verdure. On y
fervit cinq Tables , chacune de cinq
couverts avec beaucoupde delicateffe
& d'abondance. Dans une Maiſon
voiſine , l'une de celles qui envifagent
le Port , & qui appartient enco-
N6
BIBLIOTHÈQUEUE
VILLE
LYON
909*1995
*
300
Actions de Graces
reà Monfieur de Villebague , il y eut
quatre autres Tables ſervies pour les
Dames. Monfieur l'Eveſque commença
la ſanté du Roy , & auſſi - toſt
les Canons recommencerent à tirer ,
& chaque Vailleau répondit de 21 .
coups. Enfuite on but les ſantez de
Monseigneur ,de Madame la Dauphine
, & de toute la Maiſon Royale ,
&elles furent toûjours accompagnées
de l'Artillerie du Quay & de
celles des Vaiſſeaux , de forte que
plus de quinze cens coups de Canon
furent tirez . La nuit venuë , tous les
Vaiſſeaux furent garnisde Lanternes
par étages , & les Maiſons de Flambeaux
le ne parle point de plus de
cinquante feux qu'on alluma , & un
entr'autres d'une hauteur extraordinaire.
Certe Feſte fut ſuivie de pluſieurs
autres , & ceux qui en prirent
ſoinjoignirent l'agrément de la Mu--
fique à la beauté des Illuminations ..
Les Coleſtins d'Avignon,dont Charles
VI fonda le Monastere en 1393 ..
aprés avoir fait des Prieres publiques
pendant tout le cours de la maladie du
pour la queriſon du Roy. 301
Roy devant les Reliques de S. Pierre
de Luxembourg , &de S. BenezetPatrons
de la Ville , qui repoſent dans
leur Eglife , rendirent graces à Dieude
l'heureux retour de ſa ſanté le 24. du.
dernier mois dans la Chapelle Royale
de S. Pierre de Luxembourg.Elle étoit
parfaitement bien ornée. Le Portrait
du Roy eſtoit au milieu dans un Fauteüil
de Velours garnyde Galons & de
Franges d'or placé ſur un Trône , au
deſſus duquel eſtoit un Dais magnifique
parſemé de Fleurs de Lys aux Armes
de la Couronne. On fit une Au-.
mone generale, & une Fontaine de Vin
àpluſieurs lets coula juſques à la nuit,
à l'entrée de laquelle on chanta le Te
Deum , qui fut fuivy d'un Exaudiat, le
tout d'une excellente Muſique..A la
ſortie de l'Egliſe , Monfieur le Viguier
& Meſſieurs les Confuls qui avoient:
efté d'abord receus a la porte par lePere
Satyre Prieur , à la teſte de toute fa
Communauté , allumerent un fort beau
Feu dartifice que l'on avoit preparé au:
deſſus de la premiere Porte de ce Mo- .
naftere , où font arborées lesArmes de
302
Actions de Graces
France, qu'on voyoit ornée de Feſtons
auſſi bien que celles de Monſeigneur le
Dauphin , & de Monſeigneur le Duc
deBourgogne. Les Illuminations , les
Fuſées volantes , les Boëtes , les Trompettes
, les Fifres & les Tambours attirant
le peuple de toutes parts , firent
long- temps éclater la joye publique.
Les Religieux du Monastere de S.
Martial , Ordre de Cluny, dans la même
Ville, rendirent de pareilles Actions
de graces le deux de ce mois . Monfieur
le Duc de Caderouffe , & Madame la
Ducheſſe ſa femme y aſſiſterent accompagnez
des plus conſiderables de laNobleſſe&
des principales Dames , ainſi
que d'un tres-grand nombre des premiers
Citoyens d'Avignon. On avoit
dreflé un Feu de Loye devant l'Eglife .
Monfieur le Duc de Caderouffe l'alluma
au ſon des Tambours & des Trompettes
, & au bruit de quantité de Boëtes ,
&de Feux d'artifice qui divertirent le
public pendant tout le foir.
Le s . de Février le Preſidial de Valence
en Dauphiné ſuivit l'exemple que
luy avoit donné le Parlement & τους
pour lagueriſon du Roy. 303
les Corps de Grenoble. Il ſe rendit en
Corps ſur les trois heures dans l'Egliſe
de l'Abbaye Royale de S. Ruf, pour
affifter au Te Deum qui fut entonné par
Monfieur l'Abbé revêtu de ſes Habits
Pontificaux . La Muſique le continua.
Elle étoit accompagnée d'un concert de
Violons. Cela fut precedé& ſuivy du
bruit de ving trois Boëtes,qui s'étoient
déja fait entendre le ſoir du jour prece.
dent . Une fontaine de vin coula à la
porte du Palais juſqu'à cinq heures du
foir.Elle s'élevoit juſqu'à un Cartouche
où eſtoit écrit en Lettres d'Or , Vive le
Roy. Vne Couronne de Laurier ornoit
ce Cartouche , & il eſtoit ſoûtenu par
quatre Pilliers de même ſorte , garnis
de Rubans. Les Armes du Roy étoient
au fond, ainſi qu'à la ſurface de l'Eglife
qui en eſtoit toute ornée.. Au deſſus de
l'Autel , remply d'une quantité ſurprenante
de lumieres eſtoit une Couronne
de quatre pas de longueur d'où pendoient
ces mêmes Armes . Elle eſtoir
garnie à pluſieurs rangs , de Cierges.
foparez par des Fleurs de Lys.Il y avoit
auffi deux rangs de Couronnes depuis
Actions de Graces
304
le commencement du Cheoeur juſqu'à
l'extrêmité de l'Egliſe,à pluſieurs rangs
de Cierges & de Fleurs de Lys , fufpenduës
fort proprement , ce qui faifoit
uneDecoration des plus agréables.
Monfieur de Valernod , Preſident &
Lieutenant General ,traitta magnifiquement
tous les Officiers de ſa Compagnie
, & donna enſuite le Bal aux
Dames .
Le 7. de ce mois l'Hospital Gene--
ral de la mefme Ville fit auſſi chanter
un Te Deum en muſique dans ſa Chapelle,
éclairée de quantité de lumieres ,
dontles unes formoient des Vaſes &
les autres des Pyramides . Monfieur
l'Eveſque de Valence , nommé à
1.Archeveſché d'Aix , y officia en:
Habits Pontificaux . La Ceremonie
fut precedée d'une diſtribution de
quelques rafraichiſſemens à tous les
pauvres de dehors , & finie par un
Feu d'Artifice accompagné d'une Illumination
. Trois Fontaines de Vin:
coulerent tout le jour ſous des Berceaux
de Verdure imitez au naturel ,
& chargez de Fleurs de Lys en écuſ
pourla gueriſon du Roy. 305
fon.Audelà de ce Berceaux eſtoit un
Arc de Triomphe ouvert de trois Arcades
ſur lequel on voyoit la Figure
du Roy entre la Iustice & la Religion
foulant l'Erreur , le Menſonge
& l'Herefie. La Gloire couronnoit
cette figure , & la Renommée montroit
cette Infcription. Pio , Iusto , In
victo, Harescos Domitori , belli & pacis
Arbitro. Au travers de ces Arcades
onvoyoit un Soleil en Illumination
tout environné de Fleurs de Lys . Les
Genies de la Renommée placez dans
les Niches de l'Arc de Triomphe repreſentoient
des Cartouches remplis
de DevinesturiOperation rate aDa
Majesté,& fur ſon heureuſe gueriſon.
L'une avoit pour Corps l'Arbre
qu'on inciſe afin d'en tirer le baume ,
&pour ame ces paroles Felici vulnerefanet.
Vn Soleil diſſipant un nuage
oppofé , faiſoit lecorps d'une autre
Deviſe , & ces paroles, qui luy ſervoient
d'ame , Nil tardare potest , faifoient
entendre que l'indiſpoſition du
Roy ne luy avoit rien fait relacher de
fon application continuelle pour le
. م
こう
306
Actions de Graces
bien de ſon Royaume. Vne immortelle
qui avoit pour ame.In aternum ,
faifoit voir les voeux des Peuples
pour une ſanté ſi prétieuſe. On voyoit
dans une quatriéme Cartouche
une Couronne poſée , fur deux Sceptres
en Sautoir , au bas d'un Autel
chargé d'une Caffolette. Ces mots ,
Grotes ipse rependit , marquoient le
ſoin pieux de ſa Majeſté qui a voulu
aller rendre graces à Dieu publiquement
de ſa gueriſon dans la Metropolitaine
de ſon Royaume. La Decoration
du Feu d'Artifice , qui pendant
le jour parut un bois ſeméde Fleurs
de Lys fut changée la nuit en un
mas de brillans nuages , d'où ſortoient
trois Pymirades de lumieres , & quatre
termes chargez des Armes de
France. La Pyramide du milieu plus
haute& plus enfoncée que les autres ,
portoit un Soleil rayonant avec cette
Inſcription , Nil te lucente cavendum.
Celle d'un des coſtez foutenoit une
Lune qui paroiſfoit obſcurcie , avec
cette autre Inſcription,Solus lucefugat,
& au bas de la troiſiéme , où l'on vo
pour la gueriſon du Roy. 307
yoit un Aigle puny d'avoir volétrop
prés du Soleil , on liſoit , Tuntos non
fuftinet ignes. L'Artifice fit un effet
auſſi ſurprenant qu'il parut nouveau .
Il fournit pendant un long eſpace de
temps , une pluye , des Caſcades , des
Allées , des Berceaux de feu , & l'on
vit tout à coup ſortir du Globe du
Soleil des éclairs & des foudres qui
renverſerent la Lune & l'Aigle au
bruit de pluſieurs décharges & aux
fanfares des Trompetes .
Le prefidial de Vienne dans la même
province de Dauphiné , n'ayant
diferé la Feſte qu'il avoit reſolu de faire
qu'à cauſe de l'absence de ſon Lieutenant
General, la celebra avec grande
pompe dans la Chappelle du Palais
le 13. de ce mois. De tres belles voix ,
ſouſtenues d'un Concert d'Inſtrumens
ſe firent admirer dans une
Meſſe ſolemnelle que l'on y chanta ,
&qui fut ſuivie d'un Te Deum, Toute
la Compagnie s'y trouva en Corps ,
aſſiſtée des Avocats & des Procureurs
. Chacun fit le ſoir d'agreables
Illuminations , & cette Fefte , parti-
/
308 Actions de Graces
culiere aux gens de Iuftice , en devint
bien.toſt une publique. Monfieur de
Saint André Gouverneur de la Ville ,
fit illuminer toute ſa Maiſon. Son
grand Portail fat ouvert & un Por.
trait du Roy à cheval fut mis ſous un
riche Dais , orné de Feſtons & Couronné
de Fleurs , ſur une Eſtrade élevée
de pluſieurs marches . Toute la
Cour eſtoit tapiſſée , & un grand
nombre de Luſtres l'éclairoient. La
Nobleſſe accourut à ce ſpectacle. On
n'entendoit que des acclamations de
toutes parts , & Monfieur le Gouverneur
qui méloit ſes cris à ceux du Peuple
, tour malade qu'il eſtoit , dità
ceux de ſes Amis qui entrerent dans ſa
Chambre , que quand il ſeroit tout
preſt d'eypirer, il auroit aſſez de force
pour crier encore plus fort que les
autres , Vive le Roy. Il fit faire un feu
d'artifice devant ſa Porte,& les Quartiers
qui s'étoient mis ſous les Armes
firent pluſieurs décharges au bruit de
Tambours & des Trompetes . Ces réjouiſſances
durerent toute la nuit.
Le 22. Fév . Meſſire Thomas Berpour
la queriſon du Roy. 309
,
gier , Prieur du Prieuré Conventuel
de S. Ruf dans la Coſte S. André ,
auſſi en Dauphiné , fit chanter une
Meſſe ſolemnelle accompagnée du
Te Deum & de l'Exaudiat par Mefſieurs
les Chanoines Reguliers. Le
lendemain Monfieur le Marquis de
Miſon , Lieutenant Coloneldu Regiment
des Dragons du Roy , fit faire
une Feſte particuliere dans la mesme
Eglife. Comme les Dragons du Regiment
diſperſez en divers endroits
s'eſtoient rendus à ce Bourg le jour
precedent ſuivant les ordres qu'il
avoit donnez , il ſe mit à la teſte des
Compagnies , qui marcherent en bel
ordre vers la grande Eglife. Monfieur
leMarquis de Chavagnac faiſoit l'office
de Major , & Monfieur le Marquis
de Fleury portoit l'Etendard.
Aprés les Prieres faites , on rétournadans
lemeſine ordre chez Monfieur
Miſon qui avoit fait preparer trois
grandes tables. Elle furent magnifiquement
ſervies , l'une pour Meſſieurs
du Chapitre , l'autre pour la Nobleſſe
qui eſt nombreuſe & renommée en ce
310
Actions de Graces
و &une autre lieu par la Bravoure
pour les Dames , parmi leſquelles eftoient
Madame de Blanville de l'illuftre
Maiſon de Prunier , & Madame de
Martel digne Soeur de feu Monfieur
de la Serre , Lieutenant des Gardes
du Corps . On y but la ſantédu Roy
& celle de Monſeigneur au bruit des
Tambours & des Salves de Moufquets,&
il y eut Bal tout le jourAprés
un foupé qui fut auſſi ſomptueux que
le diſné on alluma un grand Feu de
Ioye , qui donna lieu aux Tambours
& aux Moufquets de ſe faire entendre
toute la nuit.
و
Le 26. 400. Hommes de l'élite des
Habitans ſe trouverent ſous les Armes
,& s'eftant rangez à ſept heures
du matin devant la maiſon de Monſieur
Argond Capitaine Chaſtelain
Royal du Bourg & des neuf Villages
qui en dépendent , il ſe mit à la teſte
de cette Milice au milieu des deux
Confuls qui s'eſtoient rendus chez
luy avec douze Conſeillers
eſt compoſée la Maiſon de Ville. On
alla en bon ordre à la imefine Eglife ,
د
dont
pour la guerifon du Roy . 311
leTe Deum l'Exaudiat furent chantez
par les Chanoines Reguliers & par le
Clergé du Voiſinage. Les Confrairies
des Artiſans du Bourgy aſſiſterent
ainſi que les Peres Recolets . La
Milice fit trois décharges , l'une à l'élevation
de la Meſſe, l'autrean TeDeum,
& la derniere à la Benediction qui ſe
donna. Aprés le Service , Monfieur
le Chaſtelain donna un fort grand repas,
ouMonfieur le Marquis de Miſon
& les deux Lieutenans du Regiment
deDragons furent invitez avec toute
la Nobleſſe , les Officiers de la Milice
,& les principaux Bourgeois . Le
foir Meſſieurs les Chaſtelain , Confuls&
Confeillers allumerent le Feu
qu'on avoit fait dreſſer hors du
Bourg. Il y eut encore des décharges
de la Milice , à la teſte de laquelle les
mefmes Chaſtelain , Confuls & Conſeillers
, retournerent dans le Bourg ,
dont ils firent le tour pour eſtre témoins
des Illuminations que l'on avoit
ordonnées .
Le 27. les Réligieuſes du Royal
Monastere de Laval , toutes Filles de
312
Actions de Graces
qualité , dont Madame de Nantuin ,
autre digne Soeur de feu Monfieur de
la Serre , eſt Abbeſſe , firent leur folemnité
, ou aſſiſterent les Officiers
des Dragons & quantité de Nobleſſes.
Le 28. les Recolets en firent une ſemblable
, & enſuite les Religieuſes du
Gonvent de Sainte Urſule,& la Confrairie
des Penitens .
Ie croy vous avoir déja marqué
queMeſſieurs les Treſoriers de Francede
la Generalité de Dijon avoient
fait chanter un Te Deum avec beaucoup
de ſolemnité. La Ceremonie ſe
fit le 31 Janvier dans l'Egliſe Noſtre-
Dame. Ils s'y rendirent au nombre
de vingt avec Memeurs les Gens du
Roy , precedez de leurs trois Greffiers
&de fix Huiffiers. Les quatre plus
anciens Treforiers eſtoient en Robes
de Velours plein ,& les ſeize autres
enRobes de Moire , bordées de Ve
lours , ayant tous des Cordons d'or
fur leurs chapeaux ou Toques auſſi
deVelours ; le Portrait du Roy fut
exposédans le fond du Choeur en un
lieufort élevé. Au fortir du Te Deum
ils
pour la gueriſon du Roy. 3.13
ils firent un grand Repas , où l'on but
folemnellement à la ſanté de Sa Majeſté.
Le lieu ou ils font leurs Affemblées
, qu'on appelle le Bureau des
Finances , fut éclairé preſque toute la
nuit par des pots à feu , par un grand
feu àla porte d'entréede leur Bureau ,
&par des Illuminations àtoutes les
feneftres.
Le 11. de Février les Elûs de la
Province firent chanter une Meſſe
le matin , & un Te Deum le foirà la
Sainte Chapelle. Ils allerent en Ceremonie
, ſans neantmoins garder de
rang fixe parce qu'iln'y a encore rien
de reglé parmy eux , & que c'étoit
la premiere fois qu'ils marchoient en
Corps , ce qui ſe fit ſans que cette
Marche pût tirer à confequence. Ils
eftoient precedez du Grand Prevoſt ,
àla teftede ſes Archers . Le Te Deum
fut ſuivy d'un fort beau Feu qui fut
tiré dans la Place Royale , & de
quantité d'Illuminations dans la Tour
&dans tous les Apartemens du Logis
duRoy , dont la muraille de clôture&
la Grand Porte eſtoientbor
Ο
314
Actions de Graces
dées de Pots à feu ,de Fuſées volantes
, de Lances à feu , & autres feux
d'artifice.
Le Mercredy 19. de ce mois , jour
de S. Iofeph , les quatre principaux
corps des Métiers s'étans joints , ſuivirent
l'exemple que toute la Ville
leur avoitdonné. Ils choiſirent l'Egliſe
des Carmes pour cette folemnité.
Jl y avoit quatre rangs de Tapiſſeries,
&des lumieres dans tous les endroits
qui pouvoient eſtre éclairez , Au ſortirdu
Te Deum, d'où ils revinrent au
fon des Tambours comme il y
eſtoient allez , ils firent tirer un Feu
ds joye à la Place de S. Jean. Le Roy
y eſtoit repreſenté ſous la figure
d'Hercule. Calvin y paroiſſoit abatu;
& l'on y voyoit l'Hereſie détruite.
On avoit placé quatre Genies des
Arts &Métiers aux quatre Angles du
Theatre , il y avoit des Deviſes ſur
les Friſes & dans les Cartouches ,
avec quelques Vers François antour
duCube qui ſervoit de Picdeſtal à la
Figure de Sa Majefté.
Les Officiers , Avocats & Propour
la querifon du Roy. 315
1
cureurs de la Seneſchauffée deToulon
, marquerent leurs joye le 23. de
Février. Apres les ceremonies de l'Egliſe
, on vint allumer le feu qui étoit
en forme de Pyramide renfermé
dans un carré , qui compoſoit quatre
Arcs ornez de Mirtes , de Laurier
,& de fleurs de toutes fortes . Au
haut de la Pyramide on liſoit ces mots
dans unCartouche , Ludovici Magni
faluti. Vne Figure d'Eſculape eſtoit
au deſſus de la premiere face , & ces
mots au bas , Languentia corpora ſanat
Vn grand Cartouche portoit cette
Inſcription audeſſous de l'Arc :
FESTAM PYRAM , GAUDII MONUMENTUM
4 EXTRUXERE
SENATORES PRETORIANI ,
PATRONΙ ,
ET PROCURATOTES TOLONENSÉS.
Audeſſous, &dans un petit Carton
oſtoit écrit ce Diſtique.
Con valuit Regno Lodoix , tutela facrorum
,
Per quem tot populi convaluere Deo.
Ο 2
316 Actions deGraces
A la face oppoſée eſtoit la Juſtice ,
avec ces mots , Efficit incolumes animos
; & au deſſous
LEGUM RESTAURATORI
RESTAURATAM SALUTEM
:
GRATULANTUR .
REGEM MAXIMO
REGNUM QUIETUM ,
VITAM PROLIXAM
PRECANTUR
LEGUM ET REGUM CULTORES.
Cet autre Diſtique eſtoit au deſſous
de l'Inſcription
Vive.diu, noſtra hacfunt vota,piiſſime
Regum ;
Sofpite te, populisjura fideſque vigent.
A la troifiéme face , dum ſalvum,fecit
,falvos nos fecit.
LeCiel ànosfoûpirs est devenuſenſible,
Il n'a pu voir long- temps souffrir le
Grand LOUIS.
France , pour affſurer la Paix dont tu
joüis ,
Que n'est-il immortel , comme il est
invincible!
:
pour la queriſon du Roy. 317
A la quatriéme face , Omnis in uno
noftra falus.
L
CeHeros parsa valeur
Tient la Fortune affervie ,
Etnous n'aurons de bonheur
Qu'autant qu'il aura de vie.
On liſoit ces mots Latins au defſous
de ce Quatrain , Gaudeat longâ
Salute corporis , qui eterna animarum
faluti confuluit. Sur la porte du Palais
on avoit mis le Portrait du Roy avec
une Deviſe qui avoit pour corps un
Soleil fortant d'un nuage , & ces mots
pour ame, Clarior ex nebula.
Avecque plus d'éclat qu'iln'avoit com-
2
mencé,
Ilpoursuit savaſte carriere.
Cet Aftre qui fait la lumiere ,
Pent bien eſtre obscurcy , mais non pas
éclipsé.
Monfieur Trotebas , Avocat , eft
l'Autheur de toutes ces Inſcriptions.
Le premier jour de ce mois Monſieur
de Rarmondi, Major de l'Armée
Navale , fit dans la même Ville de
Toulon une Feſte qui eut tout l'éclat
qu'un particulier luy pouvoit donner .
03
318
Actions de Graces
Elle dura depuis le matin juſqu'à dix
heures du foir. Ily eut un fort grand
repas à diſner pour tous les Sergens
du Port & de la Demy-Solde ſur un
Ponton , qui eſt comme une maniere
dePlate-Forme ſur l'Eau, qu'on avoit
placé devant la Maiſon de Ville, Le
Bal fut donné ſur ce Ponton où l'on
danſa juſqu'au foir.Monfieur le Major
traita magnifiquement chez luy la
plus part des Officiers de la Marine.
Cejour-là il fit marcher des Chariots
par la Ville, dans chacun deſquels il y
avoit un Tonneau de Vin , pour en
donner generalement à tous ceux qui
en vouloient. Les Sergens ſuivoient
jettant de l'Argent aux Pauvres. A
l'entrée de la Nuit.Monfieur le Major,
àla reſte de tous les Sergens , ayant
un Flambeau de Cire blanche , ſe rendit
à l'Egliſe de S. Pierre où il fit chan .
ter le Te Deum en Muſique. Toutes
les Perſonnes confiderables de la Ville
s'y trouverent. L'Eglife , le Ponton ,
la Maiſon du Major,& celle de l'Aide
Major , eſtoient ornez de Pavillons
&de flammes avec des Illuminations
pour la gueriſon du Roy. 319
extraordinaires . Ily eut auſſi deux
Feux de Joye magnifiques , l'un devant
le Port , & l'autre dans la Place de
S. Pierre.
La Ferté Bernard a imité les plus
grandes Villes . La Ceremonie qui s'y
eſt faite commença par le Panegyrique
de ſa Majesté , que prononça Monſieur
le Doyen & Curé du Lieu avec
tout l'applaudiſſement poſſible. En
ſuite on chanta le Te Deum & unMoter
en muſique , aprés quoy Monfieur
le Camus , Bailly de la Ville, à la teſte
de toute la Juſtice , du Maire & des
Echevins , du Corps du Grenier à Sel
&de celuy de la Mareſchauffée ,alluma
le Feu que l'on avoit preparé dans
la Place Publique au bruit de toutes
les Coulevrines de la Ville. Ilfut ſuivy
de trois deſchages que firent plus de
quatre censMouſquetaires qui avoient
eſté poſez dans cette Place. On n'owblia
pas de faire l'aumoſne à tous les
Pauvres , & il y eut Bal en divers endroits
. Toutes les Confrairies du même
lieu firent chacune en differens
jours leur folemnité particuliere.
04
320
2 ActionsdeGraces
A Château Roux en Berry , les
Abbé , Chanoine & Chapitre de l'Eglife
Collegiale firent une Proceſſion
Generale an tour de leur Egliſe le 16 .
de ce mois avec tout le Clergé& les
Religieux de la Ville. On chanta le
Te Deum , auquel aſſiſta le Corps de
Juſtice ordinaire avec celuy de toute la
Ville & des Elûs. Le 21.les Cordeliers
de l'Obſervance du meſme licu , rendirent
de pareilles actions de graces
dans leur Eglife , ce qu'ont fait auſſi
toutes les autres Paroiſſes & Communautez
Regulieres & Seculieres.
La Ville de la Ferté Millon s'acquita
du, meſme devoir le 24.Janvier, par les
ſoins de M.Hericart, LieutenantGene
ral , & de Monfieur Rangueil,Procureur
du Roy , Meſſieurs Fournier , &
Lange , Eſchevins , n'oublierent rien
pour répondre au deſſein des Magi-
Arats. Tous les Corps ſe trouverent
enbon ordre dans l'Egliſe de Noftre-
Dame , & aprés une Proceſſion generale
, ils aſſiſterent à la Meffe & au
Te Deum , qui furent chantez ſolemnellement
au bruit des Boëtes & des
pour lagueriſon du Roy. 321
Tambours & au Carillon des Cloches
de toute la Ville.Monfieur de Mallortique
Prieur & Curé fitun excellent*
diſcours à l'avantage du Roy. Le reſte
du jour ſe paſſa en Feux de Joye ,
d'Artifices , & autres rejoüiſſances
publiques.Les Chevaliers de l'Arquebuſe
, ſous la conduite de Monfieur
Fournier des Galais leur Capitaine, ſe
distinguerent, tant par leurs frequentes
décharges que par des fuſées volantes&
des Illuminations en la Salle
de leur Jardin de l'Arquebuſe.
Parmi les Feſtes les plus remarquables
, auſquelles l'heureuſe gueri
ſon du Roy a donné lieu , on peut
compter celle des leſuites du College
de Quimper. Apres les Prieres de
40. heures terminées le Mardy 11 .
de ce mois, par une diſtribution d'aumônes
, par un Diſcours prononcé à
la loüange de ſa Majesté , & par un
Te Deum enmuſique ; les Ecoliers de
la Rhetorique repreſenterent le Mercredy12.
une pièce de Theatre ornée
de Ballets qui avoit pour titre , la Felicité
de la France retablie par la con-
Ος
د
322
Actions de Graces
Ex
valescence du Roy. Au forrir de ce ſpetacle
on trouva toute laFaçade du
College illuminée. Sur la porte eſtoit
le Portrait du Roy avec deux Deviſes
: l'une avoit pour corps un Soleil
éclipſé , & ces mots pour ame ,
illius labore omnium labor. L'autre étoit
un Soleil éclairant la Terre au
fortir de ſon Eclipſe, avec ces paroles ,
Incolumi arridet telus . Le Perron avoit
eſté embelly de pluſieurs Figures
poſée ſur la Balustrade. Apollon y
paroiſſant au milieu des neufMuſes
ſembloit inviter les Peuples à entrer
dans le Temple , où les Genies de la
Religion , de la luſtice , des Arts , &
de la Felicité publique dreſſoient un
Autel à ſon Fils Eſculape , en action
de graces de la ſanté rendue à Louis
le Grand , ce qui répondoit à la coutume
des Anciens qui ſouvent apres
leur gueriſon ſe faisoient un devoir
d'élever des Autels an Dieu Eſculape.
On en voyoit un au milieu de la
court entouré d'une Balustrade , feravnt
de Soubaffement à tout l'édifice,
qui estoit de 36 pieds de hauteur fut
pour la queriſon du Roy. 323
;
F
9. enquarré & avoit quatre Portiques
d'un ordre Perlique , ſurmontez
de leurs frontons , & terminez de
Pots à feu. Du coſté qui faiſoit face
à l'Eglife , eſtoit le Portique du Genie
de la Religion. La Medaille d'un
Antoninpoſée ſur leTimpandu fronton
avoit ces mots dans l'Exerque ,
Pietas auguſta. Sur la friſe eſtoit cette
Inſcription , errori extincto , & plus
bas , certe Deviſe , une colomne ſoûtenant
unTemple , Stantque caduntquefimul.
Dans le ſecond Portique ,
qui estoit celuy du Genie de la luſti.
ce , on voyoit la Medaille de Trajan ;
dans l'Exerque , Pietas felix , plus
bas , fceleri repreſſo , & pour Deviſe
un miroir , cuiquefuam reddit. La Medaille
d'Auguſte ornoit le Portique
du Genie des Arts ; dans l'Exerque ,
litterarum amor ; plus bas , ignorantia
fugata , & pour Deviſe un Effein d'Abeilles
que la venë de leur Rov anime
au travail Hoc duceferuet opus.Dans le
Portique du Genie de la Felicité publique
estoit la Medaille de Tite
avec cette Legende , delicia populis
06
324
Actions de Graces
A
plus bas , triftitia expulsa , & pour
Deviſe un Soleil éclairant un Parterre
remply de fleurs , Ridet ab aspectu.
Je laiſſe les ornemens des quatre faces
de la Court , dont chacune avoit
rapport au Genie qu'elle regardoit ,
pour vous dire que tout ce grand appareil
ayant eſté tout à coup illuminé
d'une maniere agréable , l'Autel
dreſſé au milieude cette Court parut
tout en feu par le moyende cinq cens
Lances attachées ſur tous les mem.
bres de l'Architecture. Le feu fe communiqua
aux Girandoles qui cſtoient
aux angles ſaillans des quatre Portiques.
Ces quatre Machines en tournant
jetterent le feu à plus de quatre
pieds de diametre, & firent briller un
Soleil qui eſtoir attachéà leur centre.
Pendant ce temps il fortit des quatre
encoignures du ſecondd'archite.
ture un trés-grand nombre de fuſées
volantes qui s'élancerent en l'air , &
quatrePots à feu firent un bruit ex.
traordinaire. Au deſſus du Dome qui
ſoûtenoit la Statuë du Dieu Eculape,
une infinité de ferpenteaux qui ſe
pour lagueriſon du Roy. 325
croifoient les uns ſur les autres , repreſenterent
mille chifres agreables ,
& au deſſus parut un gerbe de feu ,
qui par ſa cheute forma une eſpece de
Caſcadedans tout l'aſpect de l'édifice
, aprés quoy pluſieurs Petards
partirentd'une Boëte de Pandore que
tenoit Efculape d'une main , & dự
Serpent qu'il tenoit de l'autre , on vit
fortir une flamme qui deſcendit fur
l'Autel & y mit le feu. Ce feu s'eſtant
répandu à gros bouillons en forme de
torrent juſque ſur le Perron,il ſediviſa
entrois branches. Deux tomberent
fur le premier Pillier , & apres avoir
formé une nape de feu ſur les deux
rampes , elles ſe reünirent à un grand
Bucher qu'elles allumerent. La troifiéme
ayant eu auſſi ſon cours au même
Bucher, retourna à l'Autel d'où elle
eſtoit partie,& en eſtant fortit de nouveau
par les quatre ouvertures , elle ſe
diffipa d'une maniere qui cauſe beaucoup
de plaifir aux Spectateurs. La
figure d'un Coq,qui étoit l'oiſeau que
les Anciens ſacrificient ordinairemér
auDieuEfculape terminoit ce Bucher
326 Actionsde Graces
que l'on avoit élevé en Pyramide. On
avoit repreſenté ſur les quatre faces
un Hibou , un Epervier , un Corbeas,
& unButor, qui font les ſimboles
de l'Erreur , de l'injustice , de
la Triſteſſe & de l'ignorance , & que
les Genies de la Religion, de la luſtice,
de la Felicité publique & des Arts
facrifioient au Dieu Efculape.
Le 19. de Ianvier les Echevins de
Chartres ayant receu les ordres de
Monfieur le Marquis d'Alluy , Gouverneur
de la Province , firent chanter
le Te Deum dans l'Egliſe des Cordeliers
. Ils y aſſiſterent en Corps ,
precedez de la Compagnie des Archers
du Vidame à Chartres , avec
les quatre anciens Drapaux de la Ville,
qui furent arborez dans le Choeur
au bruit des Fifres , Tambours &
Hautbois. On alluma un grand feu
de joye devant l'Hoſtel de Ville &
le tout fut accompagné de plufieurs
décharges de Moufqnets .
Les mémes Prieres ont eſté faites
àSenlis . Elles commencerent par une
Meſſe que chanta Monfieur l'Evêque
pour la querifon du Roy. 327
dans la Cathedrale. L'apreſdinée il
yeut un Te Deum en muſique , ou
ſe trouverent tous les Magiſtrats .
Meieurs de Ville ſuivirent. Leur
Ceremonie ſe fit aux Carmes . Grand
bruit de Boëtes & de Mousquets , &
le foir Bal & une ſuperbe collation
à l'Hoſtel de Ville. Les Corps de
Métiers ſe diſtinguerent enſuite aux
Cordeliers & dans les autres Egliſes.
Ona donné les mémes marques de
zele dans une petite Ville de Beauffe ,
nommée Yenville au Seil. Meſſieurs
Bertrand& Buſſeaux Echevins , s'ef
tans chargez du ſoin de la Feſte , le
Service ſe fit ſolemnellement dans
l'Egliſe Paroiffiale par Monfieur
Denyau, Curé de la Ville , aſſiſté de
pluſieurs Curez des environs. Plus
de trois cens Hommes estoient ſous
les Armes. Le Vin fut diſtribué en
abondance , & on n'épargna point les
Confitures aux Dames .
Le 26. Ianvier , le Te Deum fut
chanté en l'Egliſe Collegiale de Mante
far Seine , en preſence du Commandant
, des Officiers & des Gardes
328
Actions de Gracesdu
Corps qui y ſont en Garniſon , du
Prefidial en Corps , du Maire & des
Eſchevins , de l'Election , & de la
Compagnie Royale des Arquebuziers
qui tous avoient eſté invitez par
Meſſieurs du Chapitre. Ce meſme
jour le Pere Verdier , Religieux Cordelier
de la Province de Languedoc,
fit un excellent diſcours ſur le réta
bliſſement de la ſanté de ſa Majesté.
Les Habitans de la Ville de Chatillon
ſur Loing , appartenant à Madame
la Princeſſe de Meckelbourg
rendirent de pareilles actions de gra.
ces. Les Officiers & Eſchevins y
aſſiſterent , & allerent enſuite dans
lagrande Place où le feu de Ioye fut
allumé. Monfieur Baujard en fit allumer
un autre dans la cour du Chaſteau
par l'ordre de cette Princeſſe , & le
bruit des Boëtes & du Canon ſe fit
entendre long-temps .
Monfieur le Marquis d'Echaufour
fit auſſi chanter le Te Deum , le 9. de
ce mois dans l'Egliſe du Bourg d'Echaufour
; le Clergé des Paroitles
voiſines s'y trouva avec beaucoup de
pour laqueriſon du Roy. 329
Nobleffe. Plus de deux mille hommes
de ſes Vaſſaux eſtoient ſous les Armes
, & les deſcharges furent fort fre .
quentes . Ce Marquis regala ſplendidement
tous les Eccleſiaſtiques , les
Gentishommes , & la milice.
Les meſmes folemnitez accompagnées
de réjoüiſſances publiques , ont
eſté faites.
A Abbeville le 19. Ianvier dans
l'Egliſe Royale de ſaint Pierre. Le
Preſidial en Corps y aſſiſta.
A Pluviers en Gaſtinois , le 21.
par les ſoins de Meſſieurs du Chapitrede
faint George. Meſſieurs de Ville
&de la Iuftice en Corps ſe trouverent
dans leur Eglife.
ANogent le Roy le 26. Monfieur
Bouchet ancien Curé du lieu , anima
par ſon exemple le zele des Habitans
qui ſe mirent ſous les Armes & firent
grand nombre de feux & d'illuminations
.
A St. Amand en Berry, le 25. Ianvier
dans l'Egliſe des Peres Carmes ,
où ſe trouverent les Officiers de l'E .
lection qui faisoient faire la Ceremo
330
Actions de Graces
nie. Elle fut accompagnée de toute
la magnificence que le lieu pouvoit
permettre.
A la Ville d'Eu le 2. de Mars . Ce
fut une Feſte particuliere que fit faire
Monfieur Virgille, Maiſtrede la Ver.
rerie de Criſtal de S. A. R. Mademoi.
felle d'Orleans dans le Comté d'Eu.
Il avoit fait preparer le divertiſſement
de l'Arquebuſe , & apres avoit fait
tirer un prix , il tint table ouverte.
Le Peuple eſtoit ſous les Armes , &
le feudejoye fnt allumé au bruit de
la Mouſqueterie, & au ſon des Trompettes&
des Violons .
A Domfront en Normandie dans
l'Egliſede S. Iulien. Les Magiſtrats ,
la Nobleſſe & laBourgoiſie s'y trouverent
en affluace.Le Peredes Landes
Capucin fit un beau diſcours ſur cette
Ceremonie. Les Boutiques furent
fermées tout le jour , les Fontaines
de Vin coulerent ,& il y eut un magnifique
Feſtin à l'Hoſtel de Ville.
On fit joüer le feu d'Artifice au bruit
des décharge des Bourgeois qui s'étoient
mis ſous les Armes .
pour la querifon du Roy . 338
A Chaſteau - Dun , dans l'Eglife
Provinciale & Abbaye Royale des
Chanoines Reguliers de la Madeleine.
L'Eloge du Roy fut prononcée par le
Pere David Prieur , Chanoine Regulier
de ſon Ordre, avec tout l'applaudiſſement
de toute la Ville.
Au Mans par la Compagnie des
Avocats . Au deſſus du Portrait du
Roy, on voyoit cette Deviſe. Le Soleil
qui ſortoit de ſon Eclipſe , & ces
mots pour Ame , Redivivi cunctaferena!.
A Cremault en Poitou par les ſoins
de Monfieur le Comte de Beffar Lieutenant
general des Armées du Roy.Le
Pere Paul de Poitiers , Capucin, prononça
l'Eloge de ſa Majesté avec
beaucoup de ſuccez ; enſuite on alluma
un grand feu de Ioye au bruit des
pieces d'Artilleries qui ſont dans le
Chafteau.
Madame Dorat , Abbeſſe de Monce,
& la Communauté chanterent le Te
Deum dans leur Egliſe le 26. Ianvier.
Tous leurs Vaſſaux , & les Peuples
des Villages circonvoiſins y aſſiſte
332
Actions de Grates
rent, &il ſe fit une aumoſne generale.
Ce meſme jour Mademoiselle Mar.
tineau , petite Fille de la Nourice de
Henty IV.fit chanter une Meſſe & un
Te Deum , dans l'Egliſe d'Aniere fur
Oife , aprés quoy elle fit faire une
diſtribution de pain àtous les Pau
vres .
Monfieur l'Abbé du Rivau de Beau.
vau , à fait auſſi chanter un Te Deum
dans l'Egliſe de ſon Abbaye de Turbené
enTouraine, aprés uneMeſſe ſolemnelle.
Monfieur l'Abbé du Rivau
ſon Neveu , a fait faire la meſme choſe
dans celle de ſon Abbaye de ſaint
Victor au Païs de Caux .
Le 18.Février, les Damesde Denin,
qui vous ſontconnuës par tout ce que
je vous ay dit de ce Chapitre dans une
demes Relations du Voyage des Am
baſſadeurs de Siam en Flandre , remplirent
le meſme devoir avec toute la
folemnité qu'on pouvoit attendre de
leur zele pour le Roy .
Ie vous ay déja parlé des Feſtes
d'Aix en Provence , mais je ne vous
ay rien dit de celle que firent les Pro
pour lagueriſon du Roy 333
cureurs du Preſidial quelques jours
apres que les Officiers du même Siege
ſe farent acquitez de ce devoir. Ils
s'aſſemblerent dans le Palais à la Sale
de l'Audience , ornée dedans & dehors
de Portraits du Roy avec du Laurier ,
des Feſtons , & de tres-belles Peintures
, & allerent en Corps à l'Egliſe
des Penitens de l'Obſervance qui eſt
au bout de la Ville, precedez de douze
Tambours & de fix Fifres ,de 150.
Mouſquetaires , commandez par un
Capitaine , Lieutenant , Enſeigne , &
quatreSergens richemens veſtus , de
vingt- quatre Pauvres de la Charité
qu'ils avoient fait habiller , conduits
par leurs Archers,& enſuite de lagră.
debande de Violons . Il y avoit dans
cette Eglife trois Arcs de Triomphe
par deſſus celuy qui eſtoit ſur la Porte
avec des Inſcriptions & des Emblêmes
à la gloire de ſa Majeſté. La
GrandMeſſe que l'on chanta en Muſique
fut celebrée par Monfieur l'Abbé
deBonfils, & fuiviedu Te Deum,aprés
lequel on tira quantité de Boëtes. Le
Soir ils ſe rendirent dans la meſme
334
Attions deGraces
Eglife,& aprés l'Exaudiat auſſi chan,
té en Muſique , ils allerent en Rob .
& Bonnet à la Place des Preſcheurs e
portant chacun un Flambeau de cir ,
blanche , & precedez de quarante Mue
ficiens ayant auſſi un Flambeau. Toutes
les ruës par leſquelles ils paſſerenteſtoient
extraordinairement illuminées.
Il y avoit plus de trois mille
Bougies au devant du Palais & des
Maiſons qui donnent ſur la Place. Le
feu avoit eſté élevé ſur un Theatre,&
on l'alluma au chant de la Muſique ,
diſant. Dominefalvum fac Regem , &
au bruit de laMouſqueterie, des Tambours,
Violons , Trompettes, Boëtes ,
Fufées & feux d'Artifices preparez au
Balcon du Palais . Les mémes Procureurs
ſe rendirent enfuite devant les
maiſons de leurs Syndics , ou ils allumerent
d'autres feux de loye qu'ils y
avoient fait dreffer. Ces maiſons
eſtoient illaminées depuis le bas jufqu'au
haut , auſſi bien que celles de
leurs Collegues qui ſouperent tous
enſemble pour mieux terminer la Fête.
Monfieur le Large , Maire de Bour
pour la queriſon du Roy. 335
ges , accompagné des Eſchevins , fit
chanter un Te Deum folemnel dans
l'Egliſe de ſaint Aoutrillet , qui eſt
la Paroiſſe de l'Hoſtel de Ville. Mefſieurs
du Preſidial y aſſiſterent. La
Muſique de la Cathedrale , celle de la
Sainte Chapelle , & l'Harmonie d'un
grand nombre de Violons , formerent
trois Choeurs qui receurent beaucoup
d'applaudiſſemens .
Le 26. de Février l'Univerſité de la
meſime Ville rendit de pareilles Ations
de graces avec une grande ſolemnité.
Elle s'aſſembla ſur les trois
heures chez Monfieur le Clerc, Doteur
Regent aux Droits & Recteur,
où ſe rendirent auſſi les Magiſtrats de
Police comme étant duCorps. Ils marcherent
tous avec pópe juſqu'à l'Eglife
des lacobins . Apres qu'ils eurent pris
place , le Recteur ouvrit la Ceremonie
par le Panegyrique de ſa Majeſté,
dont le ſujet fat que ſi l'Antiquité
avoit eu quelque raiſon d'appeller Tite
, l'Amour & les delices du monde ,
ce tiltre eſtoit deu avec bien plus de
juſtice à Louis le Grand. Apres ce
336 Actions de Graces
difcours qui charma tous ceux qui
l'entendirent, il entonna le Te Deum ,
&auffi- toſt les Concerts de Muſique
&d'Instrumens ſe firent entendre.La
Compagnie reprit enſuite ſa marche ,
&conduifit ſon Recteur chez luy
avec le meſme appareil.
A la Campagne auſſi bien quedans
lesVilles , les Peuplss ont fait éclater
leur joye. Monfieur le Bailly de S.Aignan
ſuivant l'ordre qu'il avoit receu
de Monfieur le Comte de Clermont ,
aiſné de cette Maiſon , fit aſſeinbler
tous les Sujets de cette Terre, compoſée
de pluſieurs Paroiſſes , afin
qu'ils euſſent à ſe mettre ſous les
Armes , pour prendre partà la feſte
que l'on preparoit. Tous les Curez
& les Preſtres de cette Seigneurie
s'y trouverent , avec une affluence
de plus de cinq mille perſonnes .Aprés
un Te Deum ſolemnel chanté dans
l'Eglife , on ſe rendit àla Place d'armes
qui avoit été choiſie. Les Gentilshommes
, les Officiers de Iuftice &
les Avocats en Robe & Bonnet , y
trouverent toute la Milice ſous les
Armes.
pour la gueriſondu Roy. 337
Armes. Ony chanta encore un Te
Deum , & enſuite Monfieur le Bailly
mit le feu au Bucher , ce qui fut ſuivy
de pluſieurs falves de Mouſqueterie.
Les Tonneaux de Vin furent défoncez
, &à l'entréede la nuit les Fuſées
volantes ſervirent d'un agreable
ſpectacle.
La Ville d'Alby a fait voir fon ze.
lepar les Te Deum qu'on y a chantez ,
& par beaucoup de réjoüiſſances publiques.
Monfieur l'Abbé de la Chaiſe
qui y fait ſon ſejour depuis quelque
temps , marqua ſa joye au commencement
de ce mois d'une maniere qui
le diftingua, Il choiſit le Faux-bourg
qui borde la Riviere du Tarn , vis-àvis
les feneftres de l'Archevêché. Ce
Fauxbourg eſt grand & beau , & chaque
Maiſon ayant un Iardin , ce mé-
✓ lange d'arbres & de Baſtimens preſenteunobjet
qui charme les yeux. Les
maiſons qui ſont au bord de l'eau ont
divers rangs de Galeries ou Corridors.
Ce fut là que cet Abbé fit attacher
en dehors untres- grand nombre
d'illuminations. Quantité de Luſtres
P
338 Actions de Graces
ſuſpendus au dedans formoient des
Globes de lumiere ; & comme les
chambres qui donnent fur ces Corridors
, ont des Vitres au lieu de Murs ,
on penetroit dans ces chambres , &
l'on y voyoit toutes les perſonnes de
Qualité que Monfieur l'Abbé de la
Chaiſe y avoit aſſemblées. On avoit
mis la Muſique dans une Tour élevée,
& elle estoitfi bien placée , que l'on
entendoit diſtinctement les actions de
graces qu'elle rendoit au Ciel pour la
gueriſon duRoy . Pluſieurs Bateaux
Aotoient doucement ſur la Riviere ,
& il en partoit des Fuſées qui s'élevoient
juſqu'aux nues au bruit des
Trompetes , des Hautsbois , des Violons
, des Fifres & des Muſettes . L'air
qui menaçoit d'un orage , changea
tout d'un coup , & devint calme. C'eſt
ce qui donna occaſion à Madame la
Viguiere d'Alby de faire ces Vers ,
qu'elle envoya à Monfieur l'Abbé de
la Chaize.
L'air s'armoit des vapeurs qui forment
leTonnerre.
Agitépar les vents, déja leTarn s'enfloit
Le superbe Aquilon foufloit,
pour la querifon du Roy. 339
5
Et tous les Elemens nous déclaroient la
guerre ;
Mais, genereux Abbé , ſitoſt que vos
concerts
Da grand nom de LOUIS font retentir
lesairs ,
Si- toſt qu'on voit briller voſtre magnificence,
Dans les airs,fur la terre,& dansle ſein
des eaux ,
La nature attentive obſerve le filence ,
Etce beaunom redit par cent Echos nonveaux
, :
Force les Elemens d'eſtre d'intelligence.
Ainsi l'on a veu quelquefois
L'Hollandois, l'Espagnol, l'Allemand,
leGenois ,
Apres avoir formé des deſſeins inutiles
D'engloutir nos Vaiſſeaux , de detruire
nos Villes ,
Au feul nom de LOUIS perdre ses
mouvemens ,
Et devenir plus immobiles
Que n'ont fait cette nuit tous les quatre
Elemens.
Les Bernardines de Marſeille qui
P2
340 Actions deGraces
dependent de S. Victor ſe ſont diftinguées
pour le zele qu'elles ont marqué
pour la Santé du Roy , aprés
pluſieurs Communions & prieres
dans leur Egliſe ; elles terminerent le
tout par une grande Feſte qu'elles firent
le 17. Février , leur Egliſe eſtoit
extrêmement parée &beaucoupéclairée
paruntrés-grand nombre de Cierges
&de Luftres , on y chanta le Te
Deum, on fit une aumône generale
&le ſoir une Illumination dans tous
les dehors : Le tout par les ſoinsde
Madame de Seillon leur Superieure de
l'Illuſtre & Ancienne Maifon de Da
goult.
Je reçois preſentement des Relations
de ce qui a eſté fait en d'autres
Villes ,mais le temps ne me permet
pas de leur donner place dans cette
Lettre extraordinaire qui n'eſt déja
que trop longue. Le fuis , Madame ,
&c.
THE
E DE
LYON
5*
*09*1895
AParis ce 31.Mars 1687.
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JE
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1
25414
1241
fiche faite en 1967
801126
#
lize on Vite.
(Jean Pornean)
ACTIONS
801126
DE GRACES
POUR LA
GUERISON THEQUE
DE
D
LYON
UROY.
29*1895
*
B
+COLLEG
LUGDUN
ALYON
,
LYON
SLIOTHEQUE DE LA
за
ATTIA
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DU ΚΟΥ.
AU ROY.
S
IRE ,
(
Je n'aurois pas mis l'augustenom
de vostre Majestéàla teſte de ce
Volume , ſi l'on n'y trouvoit dans tou.
tes les pages les tranſports ardens .
&les témoignages respectueux du
plus fort amour que jamais Sujets
ayent eu pour leur Souverain . Il ne
a z
EPISTRE.
renferme que des actions de graces
renduës à Dieu pour l'entier réta
bliſſement d'unefantéſiprécieuseà
tout l'Univers , & des Festes qui
ont marqué la joye que vos Peuples
ont fait paroiſtre pour un bonheurfi
ardemment defiré. L'un & l'autre
s'eſt veu de tout temps , on a toû
jours rendu des graces publiques
dans tous les Temples , & elles ont
eſté ordinairement ſuivies de Fefleséclatantes
. Cependant , SIRE ,
dans une conjoncture pareille à
celle-cy , on n'a jamais oüy parler
de rien qui ait reſſemblé en la moindre
partie de ce qui vient d'estre
executé par vos Peuples. L'en ay
deja parlé pendant pluſieurs mois,
& quand j'ay cru cette matiere
épuisée , elle m'a encore fourny dequoy
remplir un Volume beaucoup
plus ample que les precedens. Iln'est
pas difficile d'en rendre raison.
EPISTRE.
Iamais on n'a veu de Festes publi.
ques , accompagnées defi glorieuses
circonstances pour les Souverains,
qui en ont esté l'objet. Quand les
Villes ſuivoient autrefois les ordres
qu'elle avoient là deſſus,les Corps &
les Particuliers prenoientſeulement
part à l'allegreſſe publique ; mais
aujourd'huy les uns & les autresse
Sont imposé les mesmes devoirs que
les Villes entieres. Il est inoüy qu'on
ait jamais decoré des Eglises en
France, pour des actions de grace
decette nature , avec des ornemens
qui n'ayent regardéque l'Histoire du
Princepour lequel elles ont estérenduës.
C'est ce qui s'estfait pour V. M.
Les Deviſes n'ont pas seules esté
affezfortes au gréde la pluſpart de
vos Sujets , pour bien exprimer la
grandeur de vos actions. Ils ont voulu
que des Tableaux les reprefentaſſent
,sans que ces actions toutes
ลี 3
EPISTR. E.
merveilleuses fuſſent voilées parces
ingenieuſes obscuritez qui ſemblent
les cacheraux Peuples , lors qu'elles
les découvrent aux Sçavans , & ne
vous pouvant avoir pour témoin de
laferveur deleur zele , il ont placé
le Portrait de V. M. dans tous les
Temples où ils ont prié , & dans tous
les lieux, où ils ont fait éclater leur
joye , afin que leurs yeux euffentle
plaisirde voir le Prince, dont l'Image
eſtſi profondement gravée dans
Leurs coeurs. Mais , SIRE, tout cela
n'approche point encore de ce que
leur Zele ingenieux a inventé de
nouveau en cette occafion. Iamais
l'Eloge d'un Prince vivant n'avoit
Servy de matiere à des diſcours en -
tiers , prononcezdans la Chaire de
verité , & c'est ce qu'on vient de
voir, preſque dans toutes les Eglifes
de ce Royaume. On a crú ( ở on l'à
crû avec beaucoup de raison ) qu'un
EPISTRE.
Monarque qui a dompté l'Herefie,
estoit digne d'eſtre loüé dans un lieu
où l'on n'a juſques icy entendu que
les Eloges des Morts & les Panegyriques
des Saints . Plus ces finceres
& brillants Portraits d'une partie
de vos vertus rempliſſoient les
coeurs de la haute idée que chacun
doit avoirde V. M. plus les prieres
devenoient ferventes. Ceux de voς
Peuples qui nesont pas d'un cara-
Etere à s'inſtruire parla lecture des
miracles d'une vie si glorieuse , &
qui n'en sçavent ſouvent que ce
qu'ils en entendent dire à leurs
égaux , quoy qu'ils euſſent pûs'imaginer
de la grandeur de V. M. ont
pour ainſi dire trouvé un nouveau
Roydans les loüanges qu'ilsont entenduës,
&en voyant denouveaux
Sujets d'amiration pour eux, ils ſe
font fentis échauffez d'un nouvel
amour pour V. M. Les Etrangers,
ã 4
EPISTRE.
chacun dans la Villeoù il s'est trouvé,
ont appris parce qu'ils ont oüy
qu'ils ne vous connoiſſfoient pas enco
re tout entier , & ces éloges pronon_
cez en mesme temps par toute la
France dans la Chaire de Verité, &
par des perſonnes d'une pietéreconnuë
ont produit des effets que l'Hitoire
journaliere , laquelle j'ay
l'honneur de travailler portera juf
que dans les pays les plus reculez.
Cen'est pas, il est vray cette grande
Histoire que l'on conſerve dans toutesles
Bibliotheques , & qui perce
tous les Siecles ; mais cette Histoire ,
toute recherchée quelle est par les
perſonnes d'un certain caractere, est
neanmoins souvent inconnue aux
Peuples ,parce qu'elle est au deſſus
de leur esprit. Mon ouvrage n'est
qu'un IournalHistorique , pourlequ
quel je m'étudie à chercher jusqu'à
la moindre action de V. M. Comme
EPISTRE.
il estsimple & naturel, & qu'ilne
paroist que par des morceaux affez
courts pour estre lus , ileſt veu de
tous les Peuples ; & à mesure que
lesactions de V. M. brillent à nos
yeux, il les porte dans lefond des
coeurs ainſi que dans lefond des plus
éloignezClimats. Si tous ce que la
joye du parfait retour de voſtre
Santévient de faire entreprendre
àvos Peuples , n'a jamais eu d'exemple,
c'est parce qu'il étoit iufte
qu'on fit quelque chose de nouveau
pour un Monarque qui n'a jamais
eu de pareil. Toute la France doit
s'applaudir de s'eſtre ſervie de cette
occafion pourfaire connoiſtre à tou
iuſqu'on va pour
te la Terre ,
vous la force de son amour. Vous
eſtiezbien redoutable , SIR E, par
lagrandeur de vostre courage ; par
les iuftes mesures que vous prenez
Surtous ce quiregarde la guerre,
parvos Troupes toûjours preſtes à
EPISTRE .
dre
د
executer vos ordres er toûjours vi-
Etorieuses ; mais toute l'Europe doit
vous trouver beaucoup plus àcrain
avec ce puiſſant amour de
vos Peuples , qu'avec tous les
avantages que ie viens de marquer
, & si vous aviez un auſſi
grand defir de conquerir l'Univers
, que vous en avez d'y établir
la tranquilité , il devroit plus apprehender
, en vous voyant si generalement
aimé d'une Nation fi fi
delle ,fi belliqueuse & si preste à
vous ouvrirſes tresors , & à répandreſonſang
pour vous, que fi vous
eſtiezàla teſte des plus nombreu-
SesArmées,fans eftre aimé autant
que vous l'eſtes Mais , SIRE , pendant
que le retour de voſtre ſanté,
afait gouter àvos Peuples une ioye
fi parfaite , qui a éclaté de toutes
manieres , vostre coeur en apprenant
les Communions que les nouveaux
Convertis ont faites pour
EPISTRE.
V. M. preſque dans toutes les Vil
les du Royaume , en afenty une ſi
forte que la plus vive éloquence ne
-lapourroitexprimer . Je diray plus .
SIRE , iln'y a perſonne qui ne ſoit
persuadé que s'il estoit beſoin de
Souffrir encore unefois le meſme mal
pour engager ceux dont le fond du
coeur estpeut-estre encore endurcy ,
à donner les mesmes marques d'une
veritable Conversion , V. M. sy
expoferoit encore avec la mesme
constance ; Mais, SIRE , con'est pas
icy le lieu de faire le Panegyrique
de V. M. Une ſi vaſte matière demande
plus d'étenduë , & ne m'é
tant proposé de vous parler dans
cette Epiſtre , que du Livre que je
prens le liberté de vous preſenter,
il eſt temps que ie vous aſſure du
profond reſpect avec lequel ie fuis.
SIRE ,
De Vôtre Majeſté.
Le tres humble , tres- obeïſſant ,
& tres fidelle ſerviteur & Sujet.
DEVIZE΄.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume ..
Co
Omme tous les Articles qui rempliffent
ce Volume , ne contiennent
que des Prieres ,& des Réjoüiſſances
faitespar des Villes entieres , par des
Corps separez , &par des Particuliers,
on ne repeterapoint àchaque Article le
mot de Prieres , &de Réjoüiſſances ,
l'on nommera ſeulement les Villes , les
Corps &les Particuliers.
Prelude.
Affiche en Vers .
Havre de Grace.
I
3-
4
Officiers du Siege Generalde la Table
de Marbre du Palais à Roüen. 11
M. Bertheaume,Avocat au Parlement
de la meſme Ville. 20
M. le Bret, cy devant Conſeiller en la
Grand Chambre du Parlement de
Paris . 21
Hoſtel Dieu d'Andely. 25
TABLE .
M. de Tourville, Major du Regiment
de Villars , 24
Uzez . 26
Diſcours prononcé par M.d'Uzez . 16
Parlement de Toulouſe.
24
Treſor.de France de la meſme Ville.34
Capitouls , 36
leſuites de poitiers, 44
Diſcours prononcé par le P.Cheſnon.
45
Balet de la joye publique.
Senez.
48
54
Chaumont en Baſſigny. 57
Ieſuites de la meſme Ville. 60
Caën.
73
S. lacques de Compiegne. 76
Religieuſes de la Viſitation de Sainte
Mariede la meſme Ville. 77
Nouveaux Convertis de la meſme
Ville. 78
Mrs de la Ste Chapelle de Vivier. 79
Fontenay en Brie. 80
Crecy en Brie. 88
Grenoble, contenant les Prieres & les
Réjoüiſſances de Monfieur le
Cardinal le Camus, le Parlement ,
la Chambre des Comptes , le Bu
TABLE .
reau des Finances , la Chancellerie
, Iuge Royal , & Epifcopal , les
Procureurs au Parlement , les Notaires
,& tous les Corps des Arts ,
& Métiers ; les Confuls , & les
Officiers de Ville . 85
Monfieur Bouchu Intendant en Dauphiné.
87
Monfieur le Comte de Teſſé. 89
La Propagation de la Foy à Grenoble.
१०
Les Avocats du Parlement de la meſ
me Ville. 91
Montelimart. 92
Lettre en Proſe & en Vers contenant
toutes les Prieres , & les Réjoüifſances
faites à Aix par toutes les
Compagnies , tout les Corps , &
les particuliers .
94
Chancellerie de la meſime Ville. 132
Avignon 140.La Ville du Mans. 141
Peronne. 144
Arras. 148. Angers . 152
L'Academie Royale de la meſme
Ville. A
153
Eloge du Roy prononcé dans la mefme
Academie . 157
TABLE .
Marſeille. 171
Les Grands Auguſtins de la meſme
Ville . 174
Les Auguſtins Déchauffée de la même
Ville. 175
Diſcours prononcé au meſme lieu par
le Pere Raphaël. 182
Autre Eloge du Roy prononcé dans
lamefme Ville par MonfieurMuret.
187
Caudebec. 207. Evreux . 209
Vendofme. 212
Monfieur de Loyſnes , ſecond Prefident
au Mortier du Parlement de
Mets . 214
Treſoriers de France de la Generalitéde
Mets . 216
Livourne. 117 Province de la Sarre.
219
Monfieur Cuvillier. 224 Champi.
gny. 225
Monfieur Billet , Procureur de la Nation
de France de l'Univerſité, 227
:
Porteurs de la Chaſſe deSainte Geneviève.
Bateurs d'or. 229 Bourgueil.
Rennes 236 Redonce.
229
231
241
TABLE.
La Patache. 243 Eu . 244
Orbec . 257. Chaſtillonſur Seine.
249
Cour des Aydes d'Auvergne. 254
Saint Sandoux & Lezoux . 256
Morlais 257 Tours . 262
Beaumont lez Tours .
Madame de Bethune , Abbeſſe de
Mad. de Praflin , Abbeſſe de l'Abbaye
265
Royale de Noſtre Dame de Troye.
269
Saint Pierre le Monſtier. 276
Saint Maximin .
272
Saint Lomer de Blois . 276
M. Lion , Receveur des Gabelles de
Dunois . 278 .
M. Rougeau. Receveur du Marquiſat
de Courienvau .
259
Les Elus de Chaſteaudun. 280
Les Chambres Semeſtres de la Cour
des Comptes ,Aydes,& Finances de
Montpellier. 281
Directeurs de l'Hoſpital general de la
méme Ville . 282
Confuls & Gouverneurs de la ville
d'Arles . 283
Madame l'Abbeſſe de Noſtre - Dame
d'Yerre. 285
Provins.
TABLE .
Provins. 286. S. Alery en Caux. 28
Me l'Abeffe de Fontaine Guerard.288
Abbaye de S. Euroult en Normandie,
289
Abbaye de Bernay en Normandie .
290
Coutance. 391. Rollec en Bretagne,
292
Montargis le Franc. 295
Monfieur Villebague à S. Malo. 298
Celestins d'Avignon. 300
Les Religieux du Monastere de S.
Martialdans la meſme Ville. 302
Prefidial de Valence . 303
Hoſpital general de la meſme Ville.
304.
Preſidilde Vienne en Dauphiné. 307
Prieur de S. Rufdans la Coſte de S.
André.
Monaftere de Lavail .
Treſoriers de France en la Generalité
309
311
de Dijon. 312
Elus de la meſme Province.
313
Les Huiſſiers de la meſme Province.
314
M. de Raimondi , Major de l'Armée
Navale. 315
ẽ
TABLE.
La Ferté Bernard.
319
Chasteau-Roux.
320
La Ferté-Milon .
321
Les Iefuites de Quimper. 322
Senlis . 326.Yenville au Seil. 327
Chaſtillon ſur Seine. 328
Monfieur le Marquis d'Echaufour.
329
Abbeville. 329 Pluviers . 329
Nogent - le - Roy. Saint Amant en
Brie. 229
Eu.Domfront. 330Chaſteaudun. 330
Avocats du Mans .
231
Cramault en poitou. 331
Mad. Dorat , Abbeffe de Monce.331
Aniere fur-Oife . 332
Abbaye de Turpené enTouraine. 333
Les Dames de Denin. 334
Procureurs ou preſidial d'Aix en provence.
334
Bourges. 335
Monfieur le Comtede Clermont. 336
Albi.
337
Finde la Table.
コ
1 .
P
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
le Roy en fon Conſeil , luNQUIERES. Ileſt,
permis à I. D. Ecuyer , Sicur de Vizé de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT contenant
pluſieurs Pieces , Relation , Hiſtoires Avan
tures , & autres Ouvrages hiſtorique , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN ,
pendantle temps & eſpace de dix années
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes ſera achevé d'imprimer pour la
premieres fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livres
meſme d'en vendre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exem
plaires , contrefaits ;ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registréſur le Livre de la Communautéle 14
Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
6
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer, Sicur de
Vizé a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
fentr'eux..
>
BLIOTHEQUE
DEGA
LYON
p9 *1005
*
MeRCVRE
ACTIONS
DE GRACES
POUR
1
LA GUERISON
DUROY
E foyez pointſurpriſe,
Madame, de recevoir
une Suite de ma
Lettrede cemois,puis
que dans ce qui luy ſert de
premiere Partie , je n'aurois pû)
vous faire qu'une peinture
imparfaite des faintes & galantes
réjoüiſſances qui ont
OTHEQUE
DE
- LYON
=
209* 1895
*
A
4 Actions de graces
eſté faites dans tout le Royaume,
pour rendre graces à
Dieu de l'entier rétabliſſement
de la ſanté du Roy.
Quoy que tous les Peuples de
France ayent toûjours marqué
beaucoup d'amour pour
leur Souverain , ils n'ont jamais
fait de Feſtes publiques
dans les formes , & auſquellesles
Magiſtrats ayent aſſiſté
en Corps , ſans attendre des
Lettres de cachet pour les
commencer ; mais les tranfports
de leur joye ont eſté ſi
grands en cette rencontre ,
qu'ils n'en ont pas eſté Maiſtres.
Ils ont cru qu'il leur
eſtoit permis d'exprimer tout
ceque ſentoit leur coeur , puis
que tous les mouvemens en
eſtoient juſtes , & que ſe rejouir
ſans en avoir d'ordre ,
A
pour la guerifon du Roy. 3
c'eſtoit donner des marques
d'une plus fincere joye , &
d'un zele plus ardent. Onn'a
veu par tout pendant deux
mois que des Affiches qui avoient
pour titre , Prieres pour
le Roy. En voicy une que fit
un Particulier , & qui merite
d'eſtre diftinguée des autres.
M
Oy qui way point de bien s
quoy que de noble race .
Abandonnédu fort, pauvre Enfans
du Parnaffe,
Qui vois avec plaifir tous les jours
mille voeux
Pour nostre Auguste Roy s'élever
vers les Cieux ,
Qui les vois exaucezpar laSanté
parfaite
Qui plus defoixante ans encorje
luy Souhaite;
Seu!, dans mon Cabinet, admirant
fesvertus ,
A 2
4
Actions deGraces
Qui tiennent pour jamais les vices
abatus ,
Je ne fais point prier la Majesté
Suprême
Pour le plus grand des Rois , mais je
lefais moy- mesme.
:
Comme tout ce qui a de
bons principes , & qui part veritablement
du coeur , eſt rarement
condamné , le Roy a
faitconnoiſtre qu'il regardoit
tous les emportemens de joye
que ſes Sujets ont fait éclater,
comme autant de marques de
leur amour pour luy , mais
aprés leur avoir laiſſé un libre
cours pendant pluſieurs mois,
il a cru devoir faire finir , се
que l'on n'avoit point commencé
par ſes ordres , & ſa ſeulebonté
en a eſté cauſe puis
qu'il a voulu arreſter les dépour
la gueriſon du Roy.
penfes d'un Peuple tellement
occupé de ſa joye , qu'il inventoit
tous les jours de nouvelles
Feſtes pour la marquer.
Ges Feſtes ayant eu pour la
pluſpart une fort grande diverſité
dans leurs parties differentes
, quandje vous décrirois
encore une fois celles
dont je vous ay déja parlé, je
ſuis affeuré qu'elles vous paroiſtroient
toutes nouvelles.
par quantité d'endroits qui
ont échapé à ceux qui en ont
d'abord envoyé des Relations .
Le Havre en fournit un exemple
bien digne de remarque..
Ie vous ay décrit ſi ſimplement
toutes les réjouiſſances que
l'on y a faites , qu'on auroit pû
croire que j'aurois plutoſt
ajoûté à cette grande Feſte,que
d'en avoir oublié quelque cir.
A 3
6 Actions de Graces
conftance. Cependant il y
manquoit beaucoup de choſes
, dontje ne ſçauroism'empeſcher
de vous marquer icy
quelques - unes , parce qu'elles
font fort fingulieres. Mefſieurs
de la Ville avoient fait
écrire en gros caractere deux à
trois mille Vive le Roy , qu'ils
firent mettre à toutes les mai .
ſons des Habitans ,& dans les
lieux où ces deux mots pouvoient
eſtre leus . La clarté des
lumieres les fit remarquer de
loin ; de forte que de quelque
coſté que l'on ſe tournaſt , on
avoit toûjours devant les yeux
Vive le Roy ,& ils eſtoient mef
me placez d'une maniere ,
qu'on en pouvoit voir d'affez
loin hors de la Ville. Ces ob
jets preſentez à la veuë de plus.
de quarante mille perſonnes
pour la queriſon du Roy.
déjaexcitées ſans cela àcrier
Vive le Roy , faiſant repeter ces
mots en meſme - temps dans
tous les endroits de la Ville ,
formoient un Choeur auquel
tous les Quartiers de la mefme
Ville fervoient d'Echo .
Comme on n'entendoitde tous
coftez que des cris de Vive te
Roy, on crutque ces paroles devoient
eſtre auſſi mêlées dans
les chanfons , de forte qu'on en
fit pluſieurs qui en eſtoient
toutes remplies . le vous en envoye
ſeulement une, afinqu'aprés
avoir crié Vive le Roy, dams
les Feſtesqui ſe ſontfaites dans
voſtre Province , vousayez le
plaifir de l'y faire auſſi chanter .
RECIT DE BASSE .
Ive, vive le RRooyy,, Sa Santé
VLucrétablie
A 4
8 • Actions de Graces
:
Remet fes Sujets hors d'effroy ,
Et leur redonneàtous lerepos&la
vie,
1
Vive le Roy ,vive le Roy.
Sonheureux regne nous convie
De voir couler nos ansſans trouble
&fans envie , :
CeHeros nefait rienpourſoy ,
C'estpournous les beaux jours dont
Sa gloire estfuivie.
Faiſons-nous une douce loy
De chanter àjamais, Vive, vive
leRoy.
ب
Les Echevins du Havre firēt
auſſi orner la Statue du Roy
qui eſt placée vis à vis l'Hoſtel
de Ville . Ils trouverent moyen
de faire tenir une Figurede la
Renommée en l'air , directement
au deſſus de la teſte de
Sa Majeſté . Cette Renommée
tenoit d'une main une Cou
pour la gueriſondu Roy. وت
ronnede Laurier qu'elle poſoit
fur la teſte de ce Monarque,&
fon autre main eſtoit occupée
par ſa Trompette, dont la ban->
derole étenduë faiſoit voir
des deux coſtez les mots de
Vivat Rex. Quatre hommes repreſentant
parfaitement bien
☐ les quatre Parties du monde ,
& avec les habillemens qu'on
- leur donne, estoient aux pieds
de la Statue du Roy , & faifoient
voir chacun dans des
écriteaux& dans des Cartouches,
Vivat ut vixit , avec les
quatreDeviſes ſuivantes,dont
les quatre faces eſtoient remplies.
La premiere reprefen -
toit un Soleil dans fon Midy
avec ces paroles , Sicut Sol in
ashere.. La ſeconde une Salamandre
dans le feu avec ces
mots,Sicut Salamandra in igne.
AS
Jo Actions de Graces
On liſoit autour de la troifié
me qui faifoit voir unPhoenix:
enl'air. Sicut Phenix in aere . La
quatrième repreſentoit une
Immortelle ſur la terre,&avoit
pourame, Sicut amaranthus in
terris . Toutes ces paroles peuvent
recevoir beaucoup d'explications,
mais le ſens deMefſieurs
du Havre eſtoit que de
meſme qu'il n'y a qu'un Soleil
qui éclaire dansle Ciel , une
Salamandre qui vit dans le feu,
un Phenix dans l'air , & une
immortelle fur la Terre , le
monde n'a auſſi qu'un Loüis
LE GRAND . Dans le mefmetemps
qu'on alluma le foir le
feu de joye , la Statuë du Roy,
& tous les arnemens qu'on y
avoit ajoûtez ſe trouverent
éclairez de pluſieurs flambeaux
placez tout autour , &
)
pour la guerifon du Roy. tt
beaucoup plus grands qu'd
l'ordinaire . Tout le Peuplealla
voir ce grand ſpectacle qui
marquoit l'amour de la Ville ,
&ſa veneration pour le Roy ,
& donna d'éclatantes marques
deſa joye par ſes chansons &
par ſes Dances , accompagnées
de Violons , de Haut-bois, de
Trompettes , de Boëtes , &
de Canons . Les Etrangers, qui
font toûjours en grand nombre
au Havre , remarquerent
par ces Réjouiſſances dequelle
maniere leRoy eft aimé par
fes Peuples.
Le Samedy premier jour de
Février, Meſſieurs les Officiers
duSiege General de la Table
de Marbre du Palais à Roüen ,
firent une Feſte des plus fingulieres
. L'Egliſe des Cordeliers
fut choiſie pour les Pric-
A 6
12 Actions deGraces .
res , & la Riviere & le port
pour le regale qu'ils donnerent
au Public. Le jour qui
preceda cette Feſte , tous les
Vaiffeaux ſe rangerent par
leur ordre au milieu de la Riviere.
De plus de 150. qui
eſtoient alors dans le Port , on
en choiſit ſept , qui formerent
une eſpece de demy-lune. Les
autres ſe mirent fur deux Lignes
; les uns à la droite&
les autres à la gauche. Le
premierdes ſept estoit le Chaf
feur,monté ſenlement de dix
pieces de Canon. On en fit
l'Amiral de la Flote ,&rien ne
fut épargné pour le parer richement.
Il eſtoit commandé
par le ſieur, Iean le Comte.
Les deux autres qui ſuivoient
àl'aifle droite ,& à l'aifle gauche
, estoient l'Invincible , & la
pourla guerifon du Roy. 13
Mare; l'un commandé par le
ſieur Pierre le Comte , & l'autre
par le ſieur Loüis Serain
montez chacun de dix pieces
deCanon. Lesdeux autres qui
les ſuivoient estoient la Couronne&
la Marguerite , montez
chacun de douze pieces de
Canon ,& commandez par les
fieurs Georges Hais , & lacques
Durand. Il y en avoit
deux autres pour l'arrieregarde.
L'un eſtoitlefaint François
commandé par le ſicur
François d'Olonne , & armé
de huit pieces de Canon. L'au
tre eftoitune Tartane , montéc
dedouze pieces de Canon , &
commandée par le ſieur Bernard
Caffier. Il yavoitencore
plufieurs Pierriers & Boëtes
fur ces Vaiſſeaux, ainſi que fur
ceux des Lignes qui pour la
14
Actions de Graces...
pluſpart avoient du Canon.
On enavoit placé fur le bord
l'eau douze pieces qui devoientrépondre
inceflamment
à ceux des Vaiſſeaux .
Lejour marqué, les Officiers
fe rendirentſur les onze heu
res à l'Egliſe des Cordeliersaud
bruit des Tambours & des
Trompettes. Le Lieutenant
General de l'Amirauté avoit la
droite , le Lieutenant General
des Eaux & Forefts la gauche ,
&ils estoientprecedez de leurs
Greffiers , & d'une partie de
leurs Huiffiers , & fuivis des
Lieutenans Particuliers,& des
Conſeillers de chaque Siege
Le Procureur du Roy fermoit
cette marche , ſuivy de l'autre
partie des Huiſſiers ; des Interpretes
& des Facteurs de Maiſtres
de Navires.. le ne vous
pourla gueriſon duRoy. P
dis point que l'Egliſe eſtoit ornée
de riches Tapiſſeries , &
tres -bienilluminee. C'eſt - ce
qui s'eſt veu par tout ,& que
je ne repeteray pointſi quel
que circonstance particuliere
ne m'y oblige. Le Portrait du
Royeſtoitſous unDais au def
ſus de la principale Porte de
l'Eglife , avec cette Infcription
dans un Cartouche. Sanitatisreſtituta
gratiarum actio , &
au deſſus du Portrait on lifoit
dans un autre Cartouche ,Ad
mirilitatis unâ&aquarumfylva..
rumque primi àsupremis Judices..
Au haut du Clocher eſtoit un
Pavillon blanc & bleu , avec
une flame d'une prodigieufe
longueur , & pluſieurs Falots
autour qui portoient pour Infcription,
Sanitatireftituta.Cette
meſme Inſcription ſe liſoit
J
16 Actions de Graces
au Pavillon de l'Amiral & de
tous les autres Vaiſſeaux . La
Meſſe fut celebrée avec beaucoup
de ſolemnité , & à l'Ele ,
vation le Canon qui eſtoit fur
les Vaiſſeaux & fur le Port fit fa
premiere décharge au ſignal
qui en fut donné par une clo- ..
che. Il en fis une ſeconde lors
que l'on chanta leTe Deum . Les
Prieres achevées, les Officiers
ſe rendirent ſur le Port, où pluſieurs
petits Bateaux plats, ornez
de Pavillons & de Flâmes ,
les attendoient pour les porter
à l'Amiral , dans lequel ils en-:
trerent tous en Robe . Ce fut
alors que les Canoniers au
bruit des. Tambours & des
Trompettes firent les décharges
, qui attirent un nombre
infiny de Peuple. Le Pont de
Bateaux qui paffeun Ouvrage
pour la queriſon du Roy. 17
des plus merveilleux , ſe trouva
fi chargé de Spectateurs ,
qu'on eut peur qu'il ne rompift.
On fervit lediſné ſur les
trois heures. Les Chambres
qu'on avoit preparées dans le
Vaiſſeau , furentle lieu oul'on
donna ceRepas , &pendant ce
temps , on entendit alternativement
la Symphonie des
Hautbois , des Violons & des
Trompettes marines. On but
à la Santé du Roy , & chaque
fois qu'on y but, elle futſaluée
decent coups de Canon, qui
furent toûjours ſuivis de cris
&desacclamations du Peuple.
On ne voyoitque de la fumée
& du fen , & cependant trois
heures on tira plus de deux
mille coups. Le foir , on mit le
feu aubucher. Onl'avoirdreffé
fur un Bateau préparé ex
18 Actions de Graces....
prés au milieu des ſept Vaif
ſeaux qui formoient la Demy -
lune, & autour de ce Bureau ,
qui eſtoit des plus grands de la
Riviere , ily avoit une infinite
de Falots de fer , dont chaque
pointe eſtoit garnie de cordons
gaudronnez . Ces Falots
eftoient tous placez ſur les
bords du Bateau , à la hauteur
du bucher , avec un nombre
encore infiny d'autres Falots ,
dans lesquels on avoit mis des
lumieres.Les deux Lieutenans
Generaux accompagnez de
Tambours & de Trompettes ,
defcendirentdans le petit Bas
teau qui les avoitportez àl'Amiral
, & aprés qu'ils eurent
fait le tourdu bucher , l'un &
l'autre y mitle feu. Le Canon
tira auſſi - toſt comme il avoit
fait auparavant, & les accla
pour la queriſon du Roy. 19
mations du peuple recommen
cerent. Le Bucher parut tout
en feu preſque en un inftant.
Les Falots qui estoient autour
jettoientune clarté ſurprenante
, & l'on euſt dit d'une Ifle
embraſée qui flotoit ſur l'ear.
Les autres Vaiſſeaux ſe trouverent
garnis aufii de lumieres
depuis le haut juſqu'en bas. Ce
Spectacle eſtoit accompagne
dela lueur qui ſortoit desCanons
. C'eſtoit comme autant
d'éclairs qui ſe meſloient au
bruitdu Tonnerre , &la Ville
eſtant environnée de rochers
& de montagnes , pour cent
coups deCanonque l'on tiroit,
les Echos en rendoient fouvent
plusde cinq cens. Le Bal
ſe donna ſur la Riviere dans
les chambres de l'Amiral. Plus
ſieursDames ſe hazarderent à
20 Actions de Graces
monter dedans , &y prirent le
divertiſſement de la Danſe ,
tandis qu'un tres -grand nombrede
petits Pateaux , chargez
de perſonnes de toutes fortes
de conditions , & tres - bien illuminez
, en venoient faire le
tour , chacun voulant voir de
prés ce qu'il avoit admiré de
Join. Le bruit du Canon ne
ceſſa point, il y en eutplusde
trois millecoups tirez pendant
la nuit.
+ Les réjoüiflances d'un Particulierde
la meſme Ville , meritent
bien d'avoir place icy.
Monfieur Bertheaume , Avocatau
Parlement , après avoir
fait la ceremonie des Prieres
avec ſa Compagnie , traita magnifiquement
le ſoir quarante
de ſes Confreres . CeRepas fut
précedé d'un grand feu devant
pour la guérison du Roy. 21
ſa porte , compoſe de trois charetées
de gros bois. Il y mitle
feu accompagné de tous ſes
Amis, au bruitdes Tambours ,
des Fifres & des Trompettes ,
auquel répondoit le ſon des
Hautbois &des Violons . On
diſtribua de l'argent à tous les
Pauvres ,& en meſme temps il
fortit dela muraille une Fon--
taine de vin , qui coula par
trois tuyaux , depuis huitheures
du ſoir juſques à quatre
heures du matin. Toute fa
maiſon ſe trouva remplie de
monde,& les rafraiſchiſſemens
n'y furent épargnez à aucun
de ceux quien voulurent.
Le 24. du mois paffé ,Monſieur
le Bret , cy-devant Conſeiller
en la Grand Chambre
du Parlement de Paris , fit .
chanter un Te Deum avecfim
21 Actions deGraces
phonie , au bruit de pluſieurs
décharges de Mouſqueterie ,
dans l'Egliſe d'Eltrepagny prés
eiſors . Il y avoit dansla Nef
une manierede Trône , où étoit
le Portrait du Roy avec
un Daisau deſſus. Le foir , le
meſme Monfieur le Bret mit le
feuà un bucher au bruit des
mefmes décharges . Outre les
aumônes qu'il fit faire à tous
les Pauvres , il fit une chofe
bien particuliere , qui fut de
donner de quoy marier un
nombre de Filles , afin que le
ſouvenir de cette heureuſe
occaſion de leur dot ſe puſt
conſerver dans les Familles .
Comme il ne trouva point de
malheureux à foulager dans
les Priſons d'Eſtrepagny , il
procura la liberté de quelque
pour la querifon du Roy. 23
uns qui estoient dans cellesde
la Ville de Lyons- la-Foreft ,
qui en eſt à 2. ou trois lieuës.
&cù il y eut auſſi un Te Deum
chanté , & des feux de joye
faits par les ſoins de Monfieur
l'Abbé le Page , Curé de la
Ville,&FrereduPerele Page,
Jefuite.
Le 9. Février Dame EſperanceDareres,
Nieee de Monſieur
du Fay , Gouverneur de
Fribourg , & Prieure de l'Hôtel-
Dieud'Andely, petiteVille
à trois lieuës d'Eſtrepagny ,
dont je viens de vous parler ,
fit chanter dans ſon Egliſe une
Meſſe folemnelle,&leTe Deum
partoute la Communauté. Elle
alla enſuite en Proceſſion allumer
un grand feudans la Court
delHofpital , & fit faire force
aumônes avec une distribu24
Actions de Graces
tion de vin à quantité de perſonnes
des Villages circonvoifins.
Comme les Officiers des
Troupes ſe ſontdiftinguez en
cette occafion par tout où ils
ſe ſont trouvez , Monfieur /
de Tourville , Major duRegimentde
Villars , fit auſſi chanterunTe
Deum le 16. dumême
mois dans le Villagede Thuy ,
voiſin de la meſme Ville. Le
Curé du lieu , âgé de 88. ans ,
officia , & n'oublia rien pour
marquer ſa joye.
Le 9. Février le Te Deum fut
chantédans toutes les Paroiffes
du Dioceſe d'Uzez . Celuy de
laCathedrale fut précedéd'un
Diſcours , que MonfieurPoncet
de la Riviere , Eveſque
d'Uzez , fit à la loüange de Sa
Majefté . Vous ſçavez , Madame
pourlaguerifondu Roy. 25
me , que c'eſt un Prelat treséclairé
, tres - zelé , parfaitement
honeſte homme, &d'une
conduite qui édifie tout le
monde. Voicy ce que l'on apů
retenir de fon Discours.
L
Anouvellede lamaladiedu
Roy, mes chers Auditeurs, s'eft
répanduë jusqu'au bout du monde.
Comme il a porté lagloire defon
nom& la terreur deſes Armes au
delàdes Mers, foudroyant les Villes
des Souverains rebelles àſes ordres,
&reduisant en cendres les retraites
des Pirates , tous les Peuples ébloüis
deſagloire& intimidezparſavaleur,
estoient dans l'attentedufuccés
defonmal , pendant que toute
la France ( & nous pouvons dive
toute l'Eglife ) pouſſoit des foupirs
versle Ciel,& verſoit des larmes
en abondance , voyant fouffrir fon
B
$6 Actions de graces
Protecteur&fon Souverainl, eplus
juste , le plus grand, & le plus parfaitde
tous les Rois. Mais Dieuqui
regarde cetEmpire d'un oeilfavoxable
,& qui ſoutient les interests
du Fils aisnédefon Eglife,a rendu
la SantéàcegrandMonarque.Elle
eftfi bienrétablie , qu'ilsemble
que la Divine Providence ne luy
ait envoyé l'indifpofition dont il a
esté attaqué, que pour éprouver fi
Son ameseroit auffi grande & auffi
belle dans le mal& dans la douleur,
qu'ellea toûjours paru dans la
prosperité. L'épreuve en a eftéfai.
te , Meſſieurs,& le Roy a exposé
Son Corps &sa vie avec la mesme
fermetéqu'il a voulu autrefois facrifice
ſon bras pour la reünion de
fes Sujets à la veritable Eglifes
mais ce Sacrifice n'a pas esté plus
loin que celuy d'Abraham. Dien
s'est contentédesavolonté ,fans
pour la guerifon du Roy. 27
qu'illuy en coûte nyle brasny la vie,
il a lafatisfaction de voir tousfes
Sujets Catholiques , &sa santé
parfaitement rétablie. Pirates ,
Corfaires , recommencez à prendre
lafuite. Souverains , Puiſſancesjalouſes
de nostre gloire, recommencez
àcraindre. Peuples mutinez, ennemis
de l'Estat , recommencez à
trembler , LOVIS LE GRAND Se
porte bien. Mais vous , François ,
Peuples heureux , qui vivez ſous
lesloix de cegrand Prince , redoublez
vos astions de graces, faites
éclater vostre joye & retentir les
Echos des Montagnes de vos allegreſſes
, LOUISLE GRAND se
portebien. Et vous ,fameuse Re-.
nommée , quifaites vivre les hommes
Illustres jusqu'à la fin des Siccles
,volez , allezpublier par tout
laSantédeceluy dont toutes les actions
font autant d'emplois pour
B 2
28
Actions de Graces
f
vous, &fervez- vous pour Trompette,
de la bouche de cette jeune
Nobleſſe de l'un & de l'autre Sexe ,
qui luy doit l'éducation &lafubfi-
Stance . Servez-vous de celle des Pirates
dont ila reduit en cendres les
fameuses Retraites ; Servez- vous
de cellede ces Souverains , qui font
venus au pied de ſon Trône recon
noiſtre ſon pouvoir , & implorerfa
clemence . Servez - vous de cellede
ces Peuples presque Barbares qui
font venus de l'extremite du Monde
, pour voirde leursyeux ce Heros
Autheurs des prodiges ;ſervez -vous
de celle de ces Ambaſſadcurs qui
partent pour retourner dans des
Paypreſque inconnus pournous ,fatisfaits
d'avoir veu ce qu'il y a de
plus parfait ſous le Ciel.
Mais quoy, mes chers Auditeurs ,
toutes ces bouches étrangeresferontelles
ouvertes en faveur de nostre
pour la queriſon du Roy. 29
Monarque , toute la France Serat-
elle en joye ,toutes les Eglifes &
les Dioceses en Prieres ,fansyjoin
dre les nostres en actions de graces ?
Nous avons autrefois chanté des
TeDeumpour l'heureusenaiſſan
cedes Filsde France , nous en avons
chanté pour les fuccés heureux&
Surprenans des Armes du Roy , toû
jours triomphantes deſes Ennemis,
toûjours favorables àſes Alliez ,
toûjours terribles auxPrinces jaloux
defagloire'; nous en avons chanté
Pour les Batailles gagnées , pour les
Conquestesdes Villes&des Provin
us entières , n'en chanterons-nous
paspour la Santé de celuy qui est
IAutheur detoutes ces merveilles,
qui renferme en luy tout le merite
des Princes qu'il a donnez à la
France , que nouspouvons prendre
en quelque façon pour la victoire
mesme, puis qu'il n'a jamaisfait
B 3
30
Actions de Graces
un pas fans elle , & quiſemble n'a
voir donné lapaix àtoute l'Europe
que pour livrer laguerreàcemoſtre
d'Erreur qui nous afilong-temps
defole,z &que nousvoyons aujourd'buy
terraſſe parsa valeur? Ani
mez- vous donc ,fidelles Sujetsd'un
figrand Roy .Joignezvos voix, mes
chers Diocefains,avec celles detous
vos compatriotes , qui au moment
que je parle uniffent leurs coeurs en
actions de graces.Gentils- hommes ,
Magistrats ,Marchands , Peuples
fidelles, élevezvos coeurs à Dieu ,
renouvellez vos souhaits & vos
vaux. Il s'agit de la confervation
de celuy qui donne le repos à vos ,
Familles , & la ſeureté à vos
Champs&àvos Terres. Nouveaux
Catholiques , rendezgraces an Ciel
de la ſantéde celuy quia esté feut
capabledeformer le deſſein de vous
ramener àla veritable Eglife,par
1
pour la queriſon du Roy. 31
ce qu'ila estéluy ſeul affezlage pour
le concevoir affez genereux pour
L'entreprendre , affez heureuxpoar
Paxecuter. Prestres,Eccleſiaſtiques,
Religieux , élevez vos chants,faises
monter vos Oraiſons vers le
Ciel comme un encens odoriferant.
Il s'agitdela conſervation du Fils
aisné de l'Eglise , du Restauraseurde
la Foy , de l'Examiteur de
IHerefie.Si vous avezesté attentifs -
àtous les momens deſavie auguſte ,
vous avez pû compter les années
dela décadance & dela chute de
ce Monstre d'erreur par celles du
regnede cet Invincible Monarque.
Muficiens , redoublez vos accords ,
élevez vos tons &vos chants melsdieux
, faites retentir de nostrejoje
leséchosdeces Montagnes,& qu'ils
redisent avecnous centfois, LOUIS
LE GRAND Se porte bien. Pour
-moy mes chers Auditeurs , ie oroi-
A 2
32
Actions deGraces
ray m'estre acquité de mon devoir ,
fiaprés avoirjoint mon coeur& mes
voeux avec les vostres , jefinis avec
Japensée decefameux Romain,qui
woyant l'Empire dans ſon plus
grand lustre difoit , qu'il ne falloit
plusprierpour en augmenter les bornes
, maisseulement pour conferver
celles qui avoient esté conquifes.Le
Roya élevé cet Empire à unfi haut
degré de gloire que tousnos voeux
ne doivent plus tendre , qu'à le
maintenir dans la ſplendeur qu'il
luy a donnée ; mais encoreplus à la
confervation de fafacréeMajesté,
que nous ne demanderions pas à
Dieu avectant d'instance,fi la ver
tu &le merite pouvoient donner
Fimmortalité.
Aprés le Salut , qui fut chanté
par une tres -belle Muſique,
Monfieur l'Eveſque d'Vzez , à
A
pour la guerifon du Roy. 33
la teſte de ſon Clergé,alla mettre
le feu au bucher que l'on
avoit preparé par ſon ordreà
la place de l'Eveſché . Il eſtoit
accompagné des Magiftrats &
de quantité de Gentils - hommes
. Le bruitdes Boëtes & des
Tambours fut ſuivy d'un a
greable ſpectacle de Fuſées volantes
, & d'autres feux d'artifice.
Il y avoit dans lameſme
Place uneFontaine de vin avec
des Tables couvertes , qui entretinrent
lajoye & les acclamations
du Peuple le reſte du
jour& toute la nuit.Toutes les
perſonnes de marque quia
voient aſſiſté à cette action ,
ayant eſté invitées à ſouper
chez Monfieur l'Evefque
remplirent trois Tables de
quatre-vingts couverts . Lune
eftoit pour le Chapitre & pour
BS
34
Actions deGraces
leClergé; l'autre pour les Gentils
- hommes , & la troiſiéme
pour les Magiſtrats!, & pour
les plus confiderablesde la Vil.
le. La Santédu Roy y fut beuë
folemnellement au bruit d'une
grande Muſique , des Tambours
,des Boëtes , & des décharges
réïterées duRegiment
deBretagne . Les Gentilshommes
nouveaux Convertis , qui
s'y trouverent au nombre de
trente- deux , donnerent à ce
Prelatde nouvelles aſſeurances
de fidelité au ſervice du Roy ,
qui avoit pris ſoin de les ramener
à la veritable Eglife .
Le 14. Février le Parlement
de Toulouſe fit celebrer une
Meffe , & chanter le Te Deum
dans laChapelle du Palais , &
dans la grande Salle de l'Au
dience , qui estoit ornée de
pour la querifon du Roy. 35
pluſieurs Tableaux , où lesVitoires
de Sa Majesté eſtoient
peintes. Monfieur l'Evefque
deCahors officia. Tous lesOfficiers
du Parlement estoient
en robes rouges, & les Prefidens
avec leurs Manteaux de
ceremonie.
Le 17. du meſme mois , les
Treſoriers de France en cette
Generalité,firent auffi chanter
la Meſſe& leTeDeum'enMufiquedans
la Chapelle Royalle
de Saint Barthelemy , au fon
des Trompetes ,&au bruitdes
Fauconneaux &de la Moufqueterie
, ce qui fut fuivy le
foir d'une diſtribution de toutes
fortes de vins , & d'une
grande Illumination aux feneſtres
, aux tours ,& aux сис-
neaux de laTreforerie .
Le lendemain les Capitouls
B6
36 Actions de Graces
qui reprefentent toute la Ville
en general, firent la même Fête
dans l'Hoſtelde Ville .La court
eſtoit tenduë de bleu . Sur le
hautdu grand Portail , par où
l'on entre dans la Veſtibule, on
avoit poſé un grand Tableau,
où eſtoit peint un Soleilavec
cette inſcription.
DEO
ΟΡΤΙΜΟ , ΜΑΧΙΜΟ ,
1
Servatori
: D. D. D.
Octoviri Capitolini
P.Q. TOLOSA
ob reſtitutam
LVDOVICO MAGNO
NALETUDINEM ,
Et conſervatum Nobilitati
PRINCIPEM , ল
Magiſtratibus Legiſlatorem ,
POPULO PATREM ,
ORBI PERPETUUM MIRACULUM .
Au deſſous eſtoient peints
pour la guerifon du Roy. 37
huit Heliotropes avec cette
Inſcription.
3. Nous regardons toûjours celuy
} qui nous afaits.
Et à coſté de ces Tournefols
eſtoient peintes les Armes des
Capitouls , quatre de chaque
coſté . Ces Magiſtrats entendoient
par cette repreſentation,
que le Roy leur ayant fait
l'honneurde les nommer, ils ſe
croyoient auſſi dans une particuliere
obligation , de tourner
inceſſamment leurs voeux vers
Sa Majeſté . Surles piliers des
Portiques l'on avoit poſé des
Cartouches , où estoient les
Inſcriptions ſuivantes.
DEO EXERCITVVM ,
ob ſervatum Regem ,
Hoftium , & fui femper
Victorem ,
GRAT. IMMORT
38
Actions deGraces
DEO PACIS ,
ob ſervatum Regem Pacis
ſtudioſum & Arbitrum ,
GRAT . IMMORT .
DEO LEGIFERO ,
ob fervatum Regem Juris
Authorem ac vindicem ,
GRAT IMMORT
DEO ZELOTI ,
OB SERVATUM REGEM
Fidei apud fuos & Exteros
Propagatorem ,
GRAT . IMMORT .
Le Veſtibule paroù l'on entredans
le lieu où ils fontleurs
Aſſemblées , & qu'ils appellent
le grand Conſiſtoire eſtoit tendu
de riches Tapiſſeries. Iugez
des foins que l'on avoit
pris pour orner le Confiftoire.
L'Autel étoit magnifiquement
pour la gucrifon du Roy. 39
paré , & les gradins élevez
d'environdeux toiſes, eſtoient
chargez d'une infinité de cierges,
de Miroirs &de Bouquets.
La Meſſe fut celebrée par
Monfieur l'Eveſque de Comminge
, & le Te Deum chanté
en Muſique. Les huit Capitouls
reveſtus de leurs robes&
de leurs manteaux de ceremo
nie y aſſiſterent ; accompagnez
de tous les anciens Capitouls
&des Officiers de Ville , avec
ungrand concours de peuple.
Au fortir de là , ils traiterentce
Prelat,&ſes Afiſtans avec une
partie des anciens Capitouls.
Hy eut deux Tables de trente
couverts ,& l'on y but la Santé
du Roy aux fanfares des
Trompettes , & au bruit des
Tambours & de pluſieurs falves
de la CompagnieduGuet
F
40 Actions de Graces:
1
Sur les fix heures du foir , les
Capitouls en habits de ceremonie
, precedez de la meſme
Compagnie du Guet , ſe rendirent
à la Place de faintGeorges
, pour eſtre preſens au Feu
d'artifice qu'ils avoient fait élever
au milieu de cette Place.
Ledeſſein de ce Feu eſtoitpris
du cinquiéme Livre de l'Iliade.
où le Dieu Mars ſe voyat bleſſe
, s'adreſſe à lupiter , qui luy
envoye Pan. Ce Medecin des
Dieux le guerit . Hebe , Déefſe
de la Ieuneſſe , luy redonne
ſa premiere vigueur , & luy
preſente des habits precieux
& agreables . Toutes ces Figures
en boffe , & de grandeur
naturelle, poſoiet ſur unEcha
fant d'environ deux toiſes de
hauteur , & d'autant en carré,
entouré d'une balustrade , aupour
la queriſon du Roy. 41
tour de laquelle estoient repreſentées
les Deviſes ſuivantes .
Vn Soleil dans des nuages ,
avec ces mots Eſpagnols , Efcondido,
y no escurecido.
Vn Soleil qui par l'ombredu
ſtile marque dix heures fur
une Montre , & ces mots ,
-Iln'apas achévè lamoitié deſa
course
}
Vne partie du Ciel avec la
voye Lactée , & ces mots
Heroum vita vulnere fulget.
Vn Soleil dans des nuages ,
Hac inter , mundo non negat
officium mariob
- VneGrenade couronnée &
le mot , Stà bene al capo perche
moftra il cuore.Tahzont not
Vn Soleil fortantd'un nua?
ge , & le mot , N'eſce piu bello.
Vn Soleil avec quelques tachesy
42 Actionsde Graces
1
Afflicto ſpirat reverentia vultu ,
Vn Soleil dans des vapeurs
élevées dela terre ,
Ceque j'éclaire m'obscurcit.
Toutes ces Deviſes & ces
Inſcriptions eſtoient de la
compoſitiondu P. Roques Iefuite,
connu de toute la France
par ſon eſprit & par ſon erudition.
Ce Feu fut tiré au bruit
desBoëtes,des fuſées , & autres
pieces d'artifice , auquel
ſe joignit celuy des Trompetes
, des Hautbois , des Tambours
, & de la Mouſqueterie
de la Compagnie duGuet. Le
meſme ſoir , il y eut une grande
Illumination à toutes les
feneftres de l'Hoſtel de Ville
& fur le Donjon , & tous les
Habitans de Toulouſe , par
l'ordre des Capitouls , allumerent
des feux devantleurs mai
pour la gueriſon du Roy. 43
Yons , avec des Illuminations
aux feneftres . Mr de Nolet ,
Treſorier de France , ſe di
ſtingua par une grande Illumination
qu'il fit au devant de la
fienne avec pluſieursDeviſes à
l'honneur du Roy. Les Bouti
ques furent fermées pendant
tout lejourdans toute laVille,
& lelendemain ces Magiſtrats
firent faire une grande diſtri
bution de pain&de vin.Quelques
jours auparavant le
Corps de la Bouſe commune
des Marchands avoitfait faire
une ſemblable ceremonie avec
beauboup de magnificence ,
dans la Chapelle qu'ils ont au
Cloiſtre de l'Egliſe des Iacobins.
Elle fut ſuivied'un fen
d'artifice dans la Place qui eſt
au devant de la Maiſon de la
Bourse.
44
Actions de Graces
La Cathedrale de Poitiers
ayant chanté le Te Deum le 26.
de lanvier , les Iefuites de la
meſme Ville qui ont des raifons
particulieres de fignaler
leur zele pour le Roy , parce
que leur College eſtun College
Royal , & de la Fondation
de Sa Majesté , refolurent de
donner des marques diſtinguées
de la part qu'ils prenoient
à la joye publique . Ils
firent orner le grand Pavillon
& les Clochers de Drapeaux
& de Guidons, & le 3. de Fé
vrier , jour choisi pour cette
Feſte , tous les Peres dirent la
Meſſe de la Trinité en action
de graces . A huit heures du
matin les Ecoliers , qui font
au nombre de douze à treize
cens , depuis la ſeconde Claſſe
juſqu'à la Cinquiéme , vinF
pour la gueriſon du Roy. 45.
rent deux à deux , ſuivis des
Regens, entendre la Meſſe que
celebra le PereRecteur. Enfuiteils
communierent de ſa main
avec beaucoup de devotion &
de modeſtie , pendant que la
Muſique chanta un tres - beau
Motet. Les Ecoliers de Rethorique
, de Philofophie , & de
Theologie , fuccederent aux
premiers, qui s'eſtoient retirez
dans le meſme ordre qu'ils
eſtoient venus. La Muſique
chanta la Grand Meſſe , Monfieur
Rabreüil , Doyen de ſaint
Pierre , & grand Vicaire , officiant
folemnellement . A
l'Offertoire , le Pere Cheſnon,
l'un des Profeſſeurs de Theologie
du College , & Docteur
de la Faculté , prononça en
preſencede ce qu'il y a de plus
choiſi dans la Ville , un fort
46
Actions deGraces......
beau Diſcours ſur le ſujetde la
Feſte. Comme cePere a infiniment
de l'eſprit, de la politef
ſe , &de ce feu d'imagination
quidonne aux choſes untour
également délicat & élevé , il
traita ſa matiere avec beaucoupd'éloquence&
de digni .
té. Son Texte fut, Confitebor ti.
bi inNationibus , Domine , & no
mini tuo Pfalmum dicam , magni.
ficansSalutes Regis. Il fit voir que
laGrace quele Ciel venoit de
nous accorder par le rétabliſ
ſement de la Santé du Roy , étoit
la grace la plus propre à
affeurer lebonheurdelaFran- l
ce , parce qu'elle conſervoit
l'Auteur & le principe de ſa
felicité , qu'elle étoit la grace
la plus favorable à nos inclinations,
parce qu'elle conſervoit
un Prince qui est l'amour &
pour la queriſon du Roy. 47.
les delices de ſon Peuple,& enfin
qu'elle estoit la grace qui
fait le plus d'honneur à nos
voeux & nos Prieres , parce
qu'elle conſervoit le plus grand
Monarque du Monde. Ala fin
de cette Meſſe , on communia
commeon avoit faità l'autre
les Iefuites les premiers,&les
Ecoliers enſuite. Enfin la Muſique
chanta leTe Deum , pendantlequel
on fit une décharge
du Canon de la Ville. Le
ſoir on recita ſur le Theatre
du College quantité de belles
| Poëfies Françoiſes , Latines ,
Italiennes , Eſpagnoles , Angloiſes
, qui ne faifoient toutes
qu'un Corps , qu'une action
fort reguliere. L'on commença
par des Actions de graces au
Ciel ; on ſe réjoüit de ſon preſent,
on s'en promit millenou48.
Actions de Graces
veaux avantages . Vn Sphinx
propoſa pluſieurs Deviſes ſur
la Santé du Roy , divers Oedipes
les expliquerent , & l'on
finit par des voeux pour la conſervation
de Sa Majeſté. Cette
action fut égayée d'un tresbeau
Balet. Le Deſſein eſtoit
la joye publique. Celle de la
France en general,donnoit lieu
à une Entrée. En voicy les
Vers.
D
PREMIER DANCEUR.
bonheurdes
!
FrançoisunDemon
envieux
Changeanostre Esté, nostre Automne
- En unHyveraffreux .....
On n'y vit ny Cerès , ny Flore , ny
Onnyvit pas un deleursjeux.
Est-il
pour la guerifon du Roy. 49
Est - il quelque plaisir en France ,
Peut on s'y croire en afſeurance ,
Peut-on n'estre pas tout enpleurs ,
Quand LOVIS est dans les dou
leurs?
SECOND DANCEVR.
Mais cet Esté , iet Automne fi
belle
Vn deſtin favorable en Hyver les
rappelle ,
ilhaftele retour des douceurs du
Printemps;
Tous les François gais & contens
Ne fongent qu'aux feux , à la
Dance.
Qui peutserefuser lesplusdouxdes
plaisirs ,
Que permet l'innocence .
Lors qu'on voit remplir ſes defirs
?
Dançons ſautons au fon de la
Musette;
C
so Altions de Graces
Devos charmans Concerts
Faites ,Hautbois , retentir l'Univers
,
Le Roy joüit d'uneSanté parfaite.
La joye des Courtiſans en
particulier faifoit la ſeconde
Entrée.
PREMIER DANCEVR .
Vn Soleil éclipsé qui se remontre
auxyeux ,
Etquiredonne à laNature
Cet éclatprecieux
Qui faitfaplus belleparure.
Ne réjoüit pas tant nosfens
Que leRoyréjouit ſes zelez Courtifans
En leur remontrant son visage,
Les Roses & les Lis par un bel
affemblage
Enfonteintréunis ,
Montrent que tonsfes mauxſeſont
évanoüis.
pour la guerifon du Roy.
Ab : s'il fallois encor effuyer quelque
orage ,
Qu'ilretombesur nous . & nonpas
fur LOVIS.
SECOND
A
DANCEUR .
EtSon peuple & sa Cour ſouffroient
plus defa peine
Que luy-méme n'en put fouffrir,
Nostre esprit estoit à lagene.
Combien en ont pense mourir?
LOUIS dans sa douleur extréme
EstoitSeulégalà luy-même ,
Et tout comme en Santé brilloit de
cent vertus
Tout est paffé ; n'y penſons plus.
-Diſſipons nos chagrins par nos réjouiffances
,
Ne fongeons qu'aux jeux &
qu'aux dances .
La troiſiéme Entrée eſtoit
le Triomphedes beaux Arts.
Cz
52
Actions de Graces :
PREMIER DANCEVR .
Tout fouffre , tout languit , tout
est en défaillance
Si le Père dujour ceſſeſon influence;
a Mais tout revient , tout reprend
coeur ,
Dés que de l'obstaclevainqueur
Le Soleil de ſes feuxfait sentir la
puiſſance. [prits,
Grand Roy , Soleil des beaux ef-
LePeredes beaux Arts, du Monde
la lumiere ,
Lors qu'un affreux nuage obfcurs
citta carriere,
& Onnousy vit ensevelis .
Interdits&fans éloquence ,
Sans esprit ſans (cience
Sans haleine &fans voix ,
Nousn'ofions chanter tes exploits.
Mais qui le pourroit croire?
Dès que le Cielaccorde à nos voeux,
àſagloire ,
De te revoir brillant de toute ta
Splendeur
pour la gueriſon du Roy. SI
Chacun ſent revenir ſa vertu fon
ardeur.
SECOND DANCEVR .
Les Arts plus Soigneux de luy
plaire ,
Plussçavans à mieux faire
DuCouchant au Levant vont porterſes
hautsfaits ,
Et diſpoſer toute la Terre
Ale regarderdans la Guerre ,
Alevegarder dans la paix ,
Comme un Prince où Dieu mesmea
gravétousſes traits.
Le Triomphe des Vertus
faifoit le ſujetdela quatriéme
Entrée .
PREMIER DANCEVR .
Quand l'Eclipse à nos yeux derobe
le Soleil ...
Ilne perdrien deſa lumiere ,
Ny decet éclatfans pareil
Qu'il adanssa noble carriere;
C3
152
Actions de Graces
Toûjours il luit pour ſoy ,
Et c'estainsi , grand Roy ,
Que cettefublimeſageſſe
De tous tes mouvemens l'éternelle
Maistreffe,
C'est ainsi que ta picté
La justice, la foy , le Zete & la
bonté
Embellirent toûjours ton ame ,
C'est ainsi que la charité
Mesmedans tes douleurs tebrûlera
deja flame.
SECOND DANCEVR .
Après tout ,fa vertu referrée enfon
COUYS
D'uneforte Santé demandoit lefecours
; [ rable ,
Le Ciel enfin à nos voeuxfave-
Nous l'accorde à propos .
Quenenous prometpas maintenant
ceHeros?
Déja je vois volerfon zele incomparable
• pour la gueriſon du Roy. 53
zuſques à lasource dujour,
Attendons tout du pur amour,
Qui pour le Roy des Roys le coeur
du Roy confume
Ony, l'onpeut l'espererfans que trop
on presume
Que malgré l'obstacle des Mers
- LOVIS fera tantparfon Zele ,
-Que l'on verra bien - toft fidelle
Un des grands Roys de l'Uni-
200
vers
C
Ie ferois trop long fi je rapportois
les deſſeins & les récits
des autres Entrées. Ce ſpectacle
attira une foule prodigieuſe
de perſonnes de toutes conditions
. Les Acteurs furentextrêmement
applaudis , & parmyles
jeunes gens de qualité
qui en eſtoient en grandnonbre,
deux des Enfans de Monfieur
de Verac , Lieutenantde
C 4
54 Actions de Graces
Roy , ſe diftinguerent , auſſi
bien que le Fils de Monfieur
Foucault , Intendantde la Province.
On finit la Feſte ſurles
fix heures par des Illuminations
aux Clochers , aux pavillons&
à toutes les Feneſtres,&
par un Feu d'artifice qui reüffit
tres-bien , parmy la décharge
du Canon , les fanfares des
Trompettes, le bruit des Tambours
, & les Concerts des
Hautbois & des Violons .
Monfieur l'Eveſque de Senez
ayant convoqué l'Aſſemblée
Generale de tout leClergé de
fon Dioceſe en Synode, chanta
le Te Deum folemnellement
dans ſa Cathedrale le 20. de
Février . La Ceremonie commença
par l'Inſtallation des
ſept Chanoines nouveaux que
ce Prelat a fondez de fon pro
pourlagueriſondu Roy. 55
pre,& qui ont eſté confirmez
par Lettres Patentes , le nombre
des huit anciens ne ſuffiſant
pas pour faire le Service
Divin dans cette Eglife.Monſieur
l'Eveſque celebra laMef-
- ſe pontificalement , aſſiſté des
deux Chapitres , ancien &
nouveau , aprés quoy il prononça
le Panegyrique de Sa
Majeſté ;ſur le meſme Texte
- & fur la meſme diviſion de
l'Oraifon Synodale qui venoit
d'étre faite par un des Eccleſiaſtiques
du Dioceſe. Le
TeDeum fut chanté enſuité par
la Muſique de la Cathedrale,
tout le Clergé , & le peuple repetant
chaque Verſet. Tous
les nouveaux Convertis du
Dioceſe , qui estoient en eſtat
de venir à cette Ceremonie y
affifterent, ainſi que cent pau-
C
16 Actions deGraces
vres , dont la moitié avoient
eſté habillez aux deſpens de ce
Prelat ,& l'autre moitié àceux
du Clergé& du Chapitre . Ces
cent Pauvres avoient chacun
un Cierge à la main. Au fortir
du Te Deum on fit une aumône
generale àtous les pauvres qui
ſe preſenterent fſuivantla publication
qui en avoit eſté faite
huit jours auparavant dans
tout le Dioceſe,& toutes les
pauvres Filles orphelines de la
Ville de Senez qui ſe trouverent
avoir occafion de ſe marier
, furent dotées par Mon-
Geur l'Eveſque, qui traita tout
le Chapitre , & défraya toutle
Clergédu Dioceſe. Sur le foir
aprés les Veſpres où tous les
nouveaux Convertis aſſiſte..
rent encore avec les cent Pauvres
,Monfieurde Senez allupour
la gueriſon daRoy. 57
maleFeudejoye dans la grande
Place au devant de la Cathedrale,&
poſa enſuitela premierepierre
du Piedeſtal qu'on
doit élever d'une toiſe & demie,
& qui eſt deſtinée pour la
Statuë du Roy de neufpieds de
haut , à laquelle on travaille
tuellement aux deſpens de ce
Prelat. Elle fera d'une pierre
plus belleplus ſolide&plus durable
que le marbre . Cette
pierre qui s'eſt trouvée dans le
Diocese , & que ceux du Pays
appellent Frejau , refifte eternellement
à toutes les injures.
du temps ,& il s'entrouve encore
des Ouvrages entiers qui
ont eſté fait parles Romains.
Les Prieres de quarante
heures qui avoienteſté ordonnées
à Chaumont en Baffigny ,
petite Ville dans la Province
C6
$8 Actions de graces
de Champagne , furent termi
nées le 2. de Fevrier par une
Proceffion Generale , où tous
les Officiers de Iudicature cha
cun en leur rang & dans l'ordre
de leur Iurifdiction marchoient
à la droite , ayant à
leur teſte Monfieur le Moine,
Lieutenant general du Bailliage&
à la gauche Monfieur le
Preſident Denys , nouvellement
éleu à la charge de Maire
ſuivy de tous les Officiers de
Ville. Le Te Deum fut chanté
dans l'Eglife Collegiale par
deux Choeurs de Muſique qui
ſe répondoient , & l'on en for
zit au bruit d'une décharge de
plus de mille coups de Mouf.
quet&de cinquante coulevri
nes. Cette décharge ſe réïtera
pluſieurs fois juſqu'à la nuits
au commencementdelaquelle
pour la queriſon du Roy. 59
Monfieur le Maire & Meſſieurs
les Officiers de Ville s'eftant
rendus en la grande Place , on
mit le feu au Bucher qu'on y
avoit prepare . Quatre batail-
-lons poftez dans les quatre
coins de cette Place , & diftinguez
par leurs Livrées differentes,
vinrent à la charge tour
à tour , tandis qu'un nombre
infiny de fufées volantes produifoient
en l'air des étoiles
lumineuſes , qui par leurs heureuſes
diſpoſitions formoient
ees mots , Vive LoürS. LE
GRAND . Les Dames qui
5 étoient aux feneftres,& fur des
Balcons pour jouir de ce Spectacle
, curentencore unautre
plaifir. On leur preſenta des.
Baffins de Confitures ſeches en
✓ pyramides avec des Liqueurs
de toutes fortes . Monfieur le
6
60 Actions de Graces
Lieutenant General donna le
foir un grand Bal, où toutes les
Dames de qualite du Baſſigny
& de la Ville avoient eſté invitées
. Madame ſa Femme en
fit les honneurs , & la propreté
du lieu& les Illuminations ne
ſe firent pas moins remarquer,
que la fomptuofité de la Collation
qui y fut ſervie..
Les jours fuivans furent employez
par pluſieurs Particuliers
à des Fontaines de Vin
qui coulerent dans les plus
grandes Ruës & dans les Places
conſiderables , & à ces plaifirs
fuccederent ceux que les
Peres Iefuites procurerent au
public le 9. de ce mefme mois .
Des Arcs triomphaux eſtoient
élevez ſur la porte de leurCollege
avec des emblêmes à la
louange du Roy. Deux cens
pour la querifon du Roy. I
de leurs Ecoliers , tous enfans
d'élite,ſe mirent ſousles armes
par leurs ordres.Chacun d'eux
eſtoit d'une grande propreté,
& ils avoient pour leur Commandant
le jeune Marquisde
Clermont Renel , digne rejet-
- ton de l'illustre Maiſon de
- Clermont - d'Amboiſe. Aprés
avoir fait l'exercice des armes,
pendant tout le jour , ils pri-
- rent leur marche en tres-bon
ordre fur le commencement
de la nuit , vers l'Hoſtel de
Monfieur le LieutenantGeneral
, que ce jeune Marquis alloit
inviter de venir mettre le
feu au bois preparé ,& voir enſuite
brûler celuy d'artifice .
L'invention en parut fort finguliere
. C'eſtoit un grandArbre
d'une hauteur prodigieufe,,
qui ſe partageoit au hautde fon
62 Actions de Graces
tronc en trois grandes bran
ches, dont chacune avoit plu
ſieurs rameaux . Cet arbre
étoit couronné d'une couronne
fermée de Laurier,& reprefentoit
admirablement l'Arbre
genealogique de nos Rois. Les
trois branches principales en
figuroient les trois Races , &
chaque rameau repreſentoit
undes Rois . Le nom& laMedaille
de chaque Roy eſtoient
attachez à ſon rameau. L'une
de ſes trois branches jettoit
plus de rameaux que les deux
autres ; & aprés trente-cinq :
que l'on y comptoit , on voyoit
encore des boutons àl'infiny .
Ce Feu ayant commencé par
celle qui repreſentoit la premiere
Race , chaque rameau
brûloit , brilloit & faifoit
bruit à proportion de l'éclar
"
pour la queriſon du Roy. 63
que le Monarque avoit fait
pendant ſa vie. Ainſi le feu
des fuſées volantes , celuy des
lances , & le bruit des petards
, ne manquerent pas de fe
faire diftinguer pour Pharamond
qui établitla Monarchie
Françoiſe , pourClovis lepremier
des Rois Chreftiens;pour
Dagobert , dont la pieté ſe
ſignala dans la fondation de la
celebre Abbaye de Saint Der
nis ; & chaque rameau de cette
premiere Race ayant brillé
à fon tour par rapport au brillant
que chaque Roy avoit en
pendant fon Regne , on vit
enfin tomber cette Branche
fous Childeric II I. & la feconde
ſe rallumer avec plus d'éclat
& de bruit que la premiere.
Cinquante Fuſées volantes
partirent d'abord du rameau
64
+
Actions de Graces
du Roy Pepin , qui eſtant plus
courtque les autres , reprefentoit
par là ce Prince que l'on
avoit furnommé le Bref, &
dont la Medaille ſe voyoit diſtinctement
. Les rameaux de
Charlemagne , & de Loüis le
Debonnaire firent un éclat digne
de l'Empire qu'ils avoient
tenu . Le feu en vola plus haut
en l'air. Le bruit en fut plus
éclatant ; mais ce bruitvenant
inſenſiblement à s'affoiblir
dans la conſommation des rameaux
pour les Rois qui les
ſuivirent , & le feu des lances
commençant à s'obfcurcir , il
fut aiſe de ſe ſouvenir que le
Royaume fut affoibly fous
eux , que leurs actions , que
leurs cõduite,que leurs vertus
ne furent ny ſi vives , ny fi
brillantes que celles des Princes
qui les avoient precedez ,
pour la gucriſon du Roy . 65
&cette Branche compoſée de
treize rameaux feulement, repreſentant
les treize Rois de
la ſeconde Race , s'amortit ent
fin inſenſiblement , & tomba
comme la premiere fous
Loüis V.furnommé le Faineant.
Elle ne fut pas plûtoſtéteinte,
que la lumiere des feux & le
bruit des petards ſe réveillerent
merveilleuſement à la
troifiéme Branche,dont le premier
rameau repreſentoit par
une Medaille de bronze le
grand Hugues Capet , le Chef
illuftre de la troifiéme Race
qui regne aujourd'huy. Cent
Fuſées ſe lancerent pour luy
en l'air par intervalles reglezi
ce qui fignifioit affez l'ordre
qu'il avoit tenu dans ſa conduite
pour monter ſur le Trône
; & comme ce Prince avoit
66 ActionsdeGraces
aſſocié à la Royauté' Robert
fon Fils, le rameau de celuy- cy
brilloit, & faifoit feu en même
temps . Aceux-là fuccederent
les rameaux des Rois de la même
Race , chacun avec ſon
éclat different . Celuy qui repreſentoit
S. Loüis,&dont l'Image
étoit au pied , venant à
fon tour à brûler , ce fut d'un
feu fi pur & fi clair , que rien
n'exprimoit mieux la ſainteté
de ce Roy que l'Eglife invoque
en ſes Prieres . Les Fuſées
volantes qui en partirent
monterent juſqu'aux Cieux ,
comme ſes intentions ſaintes
y eſtoient montées lors qu'il
regnoit en terre ; & dans leur
élevation il paroiſſoit encore
s'eſtre élevé par ſes vertus au
deſſus des Pyramides de l'Egipte
, où il eſtoit allé à la con
*pourla gueriſon du Roy. 69
quête de la ſainte Couronne.
Le feu prit enfuite au rameau
dePhilippes le Hardy,& ce fut
effectivement un feu fi andacieux,
qu'il ſembla par ſon impetuoſité
vouloir s'élever jufques
aux nuës. Aceluy-là fucceda
le rameau de Philippes
le Bel , puis celuy de
Loüis X. ceux de Charles V.
VI . & VII. de Loüis XI.
de Louis XII . de François I.
&de tous ceux de la Maiſon
des Valois ſucceſſivement,jufqu'au
rameau de Henry le
Grand , & de Loüis le luſte ,
dont les feux égalerent ceux
de Charlemagne & de Saint
Louis . Mais lors qu'enfin le
rameau qui repreſentoit noſtre
incomparable Monarque eut
commencé de briller , on demeura
d'accord que tous les
:
70
Actions deGraces
autres feuxjuſque làn'avoient
eſté que les préludes de celuycy.
On remarqua qu'il ne s'eſtoitallumé
que de l'étincelle
d'une Etoile tombée d'enhaut;
ce qui faiſoit voir que cePrince
nous avoit eſte donné de
Dieu comme par miracle. Sitoſtqu'il
commença de brûler,
cent Fuſées volantes ferpentant
& s'élevant en l'air en
mille endroits differens, furent)
commeune repreſentation des
bouches qui publierent fa
naiſſance , ou qui en rendirent
des actions de graces au Ciel.
Cent lances à feu attachées au
rameau , marquerent l'éclat
continuel qu'a faitdans toutes
ſes entrepriſes ſa conduite inimitable
. Cent autres Fuſées
partant par intervalles, ſe portant
de tous coſtez , & heur
pour la queriſon du Roy. yr
tant où l'on ne s'aviſoit pas
de prevoir , ſembloient repreſenter
les actions éclatantes de
ce Monarque , ou ſes deſſeins
impenetrables. Il enparoiſſoit
s'écarter au Levant , au Couchant
, au Septentrion ,& au
Midy ; & comme tout l'Vnivers
eſt inſtruit des merveilles
de fonRegne , il ſembloit auſſi
que ces feux s'efforçaſſent de
Fen informer encore , & c'e
ſtoit toujours quelque nouvel
le matiere pour l'admiration
des Spectateurs . Pendant tout
le temps que cet illuftre ramean
brûla , la petite Gendarmerie
des Ecoliers fit un feu
continuel . L'Artillerie preparée
dans la courtdu College ne
ceſſa point de joüer ,& le peuple
redoubla à chaque inſtant
fesacris de Vivele Roy. Ce qui
mo
92 Actions de Graces
fut fort admiré , c'eſt que tous
les autres rameaux étoient fecs
& reduits en cendres , & que
celuy- cy demeura verd. Il
avoit jauny ſeulement en un
endroit qui ſembloit marquer
lepoint de la maladie de Sa
Majeſté. Auprésde ce rameau
paroifſoit un jeune rejetton,
dont les feux & les flames petilloientde
s'élancer au dehors .
Geluy-làfiguroitMonſeigneur
le Dauphin , & fon Portrait
s'y trouvoit attaché . Trois
jeunes boutons fortoient encore
de celuy-là , & faifoient
efperer qu'ils brilleroient un
jour avec avantage. La Feſte
finit par un grand Repas , que
le Pere de Braux , Recteur du
College , donna aux principaux
de la Ville , tantdu Chapitre
de S. Iean , que des autres
Compagnies.
,
La
pour la queriſon du Roy. 75
La Ville de Caën fitde pareilles
Réjoüiſſances avecun
zele extraordinaire le 26. de
Ianvier . Le Canon du Château
annonça par pluſieurs coups
reïterez la folemnité de ce jour
avant qu'il paruſt. Les Armes
& les Chiffres de Sa Majesté
furent les principaux ornemens
de l'un &de l'autre grand
Portail de l'Egliſe de S. Pierre
L'induſtrie paroiffoit avec la
magnificence , dans ladiſpoſi
tion des Tapiſſeries & des lumieres
qui formoient
agreable Spectacle. La Meffe
fut celebrée par Monfieur L'Eveſque
de Bayeux. Tous des
Corps de la Ville y aſſiſterent,
ayant à leur teſte Monfieurde
Gourgues , Intendant de la
Generalité de Caën. LesOffi
ciens duRegimentduRoy,ace
D
74
Actions deGraces
compagnerent Monfieur le
Marquis de la Luzerne comme
Lieutenant de Roy en cette
Province. Il eſtoit eſcorté de
la Nobleſſe du Pays , & Monfieur
le Chevalier de Monchevreüil
, par ſon exemple
auili bien que par les ordres,
luy fit rendre tous les honneurs
qui estoient deus à fon
Caractere. Le Te Deum qu'on
chanta ſur les quatre heures,
fut ſuivy d'un feu de joye &
d'Illuminations dans toute la
Ville , pendant que le Canon
faifoitdiverſesdécharges, aufquelles
le Regiment du Roy
fous les Armes répondoit de
fon coſté. Il y eut deux Fontaines
de Vin qui coulerent en
deux endroits differens à la
porte de Monfieur de Gourgues,
qui avoitdonné un ma
pour la gurviſon du Roy. 75
gnifique repas. Monfieur le
Marquisdela Luzerne terminala
Feſte par un grand foupé
&par leBal. Meſſieurs de Ville -
traiterent auſſi quantité de
perſonnes confiderables , & ce
ne fut pas fans faire entendre
ſouvent lebruit du Canon .
Le 3. Fevrier les Echevins
accompagnez de tous les Offi
ciers de l'Hoſtel de Ville , accomplirent
le Voeu qu'ils avoient
fait pendant la maladie
du Roy,d'aller folemnellement
tendregraces à Dieu,à la Chapelledediée
à la Vierge , ſous
letitre de Noſtre-Dame de la
Délivrande , quand la ſantéde
-ce Prince ſeroit entierement
rétablie. Ils ſe rendirent à cetteChapelle
qui eſt prés de la
Mer à trois lieuësde Caën , &
- l'on termina les Prieres de
D2
76
Actions de Graces
quarante heures , qui avoient
eſté ordonnées en ce lieu-là
par Monfieur l'Eveſque de
Bayeux , pour obtenir la conſervation
de Sa Majesté. Ce
Prelat celebra la Meſſe , à la
quelle Monfieurle Marquis de
la Luzerne aſſiſta , ainſi que
Monfieur de Gourgues .
du
Le 6. du meſme mois , les
Marguilliers de la Paroiſſe de
S. Iacques de Compiegne,dans
laquelle eſt ſitué le Château
Roy, firent rendre les meſmes
actions de graces avec beaucoup
de folemnité. Monfieur
leCuré y contribua detous ſes
foins ,& marqua beaucoup de
zele. Monfieur le Lieutenant
General& autres Officiers de
Iuftice, Meſſieurs les Echevins
&les Officiers & Chevaliers
des Ieux de l'Arquebuſe , de
pour la gucriſon du Roy. 77
- l'Arbaleſte , & delArc , aſſiſterent
à cette Ceremonie, ainſi
que tous les Corps des Me
ſtiers , qui s'eſtoient rendus
chacun dans leur Chapelle,
ornée magnifiquement à l'envy
les uns des autres . Il y eut
Grand Meſſe, Salut, & Proceffion
, où tous les Eccleſiaſtiques
& toutes les perſonnes
confiderables porterent des
Cierges avec les Armes du
Roy. La Proceſſion fut fuivie
du Te Deum , aprés lequel on
allumaun grandFeu , pendant
que lebruit des Boëtes informoit
la Ville de cette réjoüiffance.
Lero . les Religieuſes du
Monaftere de la Viſitation
SainteMarie de la meſime Ville,
fondé par Sa Majesté, & par
la Reine Anne d'Autriche ,
D 3
78
Actions de Graces
chanterent le Te Deum , ayant
chacune un Cierge à la main.
Elle firent enfuite unFeudejoye
composé dequatre Pilaſtres
avec leurs Portiques ornez
d'Armes & de Chifres du Roy,
le tout terminé par unegrande
Couronne Aeurdeliſée , d'où
quantité de Fuſée partirent.
Dans leméme temps,les nouveaux
Convertis zelez particulierement
pour le Roy qui
les amis dansle chemin du falut
, firent faire des Prieres
folemnelles , & chanter le Te
Deum par les Religieux de
l'abbaye Royale de Compiegne,
dans la Chapelle de l'Hermitage
de la Croix de Saint
Signe , à l'entrée de la Foreft,
qui eſtun lieu ſignalé, à cauſe
qu'on y conferve une partie du
Saint Suaire , qui fut apporté
pourlagueriſon duRoy. 79
par leRoy Charles leChauve.
Ilyeut enſuireun Feu de joye
allumé par Monfieur Guillebert
de Launay , ſubdelegué
de Monfieur l'Intendant , &
Maiſtre des Eaux & Forests,
au bruitdes Boëtes , des Tambours&
des Trompettes,&an
ſon des Violons , Muſettes ,
Fifres , &divers autres inſtrumens.
Comme ce jour-là le
temps eſtoit doux & fort ferein
, on donna la Collation &
le Bal aux Dames au bord de
cette Foreft.
Le 2. de Février , Meſſieurs
de la Sainte Chapelle du Vivier
en Brie , chanterent le
TeDeum , aprés lequel Monfieur
le Tréſorier alluma un
feu de joye au bruit de pluſieurs
pieces d'artillerie , &an
fon des Hautbois & des Muſe
D 4
80 Actions deGraces
tes. Cette joye fut continuée
pluſieurs jours & pluſieurs
nuits au mêmelieu du Vivier,
&dans les Villes voiſines .
Le meſme jour Monfieur du
Bois de Carce, Prieur de Fontenay
en Brie , ayant alſemblé
fes Paroiffiens aprés qu'on ent
finy l'Office du jour , leur dit
que comme Chreftiens Zelez pour
teur Religion , & comme Sujet'sfidelles
du plus grand des Rois , il
les exhortoit de joindreſes Prieres
aux fiennes , pourobtenir la confervation
des jours de Sa Majesté,
qu'eſtant tous unis dumefme efprit,
&pourun deſſeinſi iuste , il ne dow
toitpoint que Dieu n'exauçast leurs
voeux , puis qu'en luy demandant
une longue fuite d'heureuſes années
pour cegrand Monarque , c'estoit le
prier pour fapropre gloire , & pour
celle de fon Eglise. Il s'étendit
pour lagueriſon du Roy. 81
enfuite fur les merveilleuſes
actions du Roy , fur ce qu'il
avoitdonné la Paix à l'Europe,
& detruit l'Herefie en ſon
Royaume , il ne finit que pour
entonner le Te Deum . Lors
qu'on l'eut chanté , les Tambours
donnerent le fignal à
deux cens hommes qui étoient
ſous les Armes , & qui firent
auffi-toſt une premiere décharge
de Mouſqueterie. Elle
fut foûtenuë du bruit de cent
Boëtes, qui eſtant placées dans
les plus hauts lieux de la Tour
de cette Egliſe , ſe firent entendre
à plus de trois lieuës aux
environs. Ce Prieur ayant
commencé l'Exaudiat , marcha
en Proceffion avec tout fon
Clergé,qui fut ſuivy duMaire&
des Echevins , juſqu'àun
Feu qu'il avoit fait élever wis
DS
82 Actions de Graces
à vis de l'Eglise . Ce Feu avoit
fo. pieds de hauteur fur 20.
pieds de large , & il eſtoit
Toutenu d'une forte Charpente
peinte , & toute femée
de Fleurs de Lys. Autour
étoient des Tableaux , oùl'on
avoit peint une épée ,
un Bouclier avec ces mots
Au Destructeur de l'Herefie
AU
,
&
G
Protecteur de la Religion.
Quantité de Couronnes de
laurier & de lierre ,&plufieurs
branches de Pin artiſtement
miſes , couvroient le Bucher
d'une verdure agreable. Il repreſentoit
un Chefne vert ,
qui par ſa durée & ſon élevation
eſtoit la figure d'une lon
gue vie ,que l'on fouhaitoit à
Sa Majefté . Le haut de cette
efpece de Chefne eftoit cou-
FonnéparunAnge, pourmar
pour la guerifon du Roy. 83
quer que les Conqueſtes du
Roy venoient du Ciel. LeFeu
eſtant allumé , les Mouſquetaires
firent une ſeconde décharge
, à laquelle il fut répondu
par les meſmes Boëtes .
La Tour parut tout en feu par
le nombre des flambeaux , falots
& lanternes qu'on y alluma
dans le meſme temps. La
Proceffion rentra dans l'Egliſe,
où l'on chanta un Motet & une
Oraiſonen action de graces. Il
ſe fit une troiſiéme décharge ,
&Monfieur le Prieur de Fontenay
fit diſtribuer trois cens
Bouteilles de vin. Sa naiſſance
ne le diſtingue pas moins
que fon merite. Il eſt Neveu
de Monfieur du Bois du Menil--
let , Confeiller de la grand' --
Chambre. Les Mouſquetaires
pour marquer leur joye danſe-
4
D6
84 Actions de Graces
rent au tour du Feu & le Moufquet
ſur l'épaule , au fon des
Fifres&des Tambours. Leurs
Danſe quoy que ruſtique , avoit
je ne ſçay quoy de guerrier
qui fut fort plaifant àvoir.
Le 9. 10. & 11.de Février, il
y eut des Prieres de Quarante
heures dans l'Egliſe du Monaſtere
Royal de Mondenis , étably
en la Ville de Crecy en Brie
en 1641. par le feu Roy , fous
l'Invocation de la Creche de
Iesus , à laquelle ce pieuxMo.
narque avoit une devotion
particuliere . Pendant cestrois
jours la Communion des Religieuſes
fut generale, & le dernierelles
chanterentle Te Deum
avee autant de magnificence
que leur état le pouvoit permettre.
Elles firent auſſi des
diſtributions de pain auxPau
vres .
pour la gueriſon du Roy. 85
Monfieur leCardinal le Camus
, Evefque de Grenoble, fit
auffi chanter le Te Deum dans fa
Cathedrale le 16. de Ianvier),
&tout ſonClergé, à qui la douleur
avoit juſque - là arraché
des larmes , n'en verſa plus que
de joye. Le Parlement en fit
chanter un en Muſique le 29 .
du même mois , dans la ChapelleduPalais.
Il y aſſiſta en robes
rouges ,& quatre Confeila
lersClercs officierent à laMef
ſe que celebra le plus ancien.
Le lendemain la Chambre des
Comptes fit faire la meſme choſe
dans ſa Chapelle,& envoya
de grandes aumônes aux Pri
fonniers . La meſme Ceremo .
nie fut faite auſſi ce jour- là par
le Bureau des Finances , dans
la Congregation des Gens de
qualité, établie chez les Iefui-
A
86 Actions de Graces
beau
tes. La Muſique y fut foûtenuë
par une Harmonie tres - agreable
de differens Inſtrumens . La
Chancellerie du Parlement
s'acquita du mefine devoir
dans l'Egliſe de Sainte Claire ,
où le Bailliage de Greſivodan
fir auſſi chanter un Te Deum le
1. de Février. Ce Te Deum fut
accompagné d'un tres -
concert de.Violons ainſi que
celuy du luge Royal & Epif-
Gopal,& des Elus de Grenoble,
qu'ils firent chanter le 3. Ie ne
vous dis rien de ceux des Procureurs
au Parlement, des Notaires
,&de tous les Corps des
Arts & Métiers ; chacun d'eux:
s'eſt ſignalé en differentes Egliſes.
Le 2. du meſime mois
les Confuls & les Officiers de
Ville s'eſtant rendus dans la
Cathedrale , veſtus de leurs
pour in querifondu Roy. 87
robes Confulaires , & fuivis
d'une affluence extraordinaire
de peuple , y firent chanter
un Te Deum en Muſique , avec
une Simphonie de Violons , de
Hautbois , & autres Inſtrumens.
Le foir tout l'Hoſtel de
Ville fut illuminé , & on alluma
un grand feu dans laPlace
qui eſt devant cet Hoſtel
Le 4. Les Officiers de la Milice
ayant marché quatre àqua
trejuſqu'à l'Eglife des Dominicains,
yrendirentles mêmes
actions de graces. Les.Monfieur
Bouchu ,Intendant , dont
l'eſprit eſt aufii propre àinventer
les plaifirs, qu'ileſtprompt
pour les Affaires , donna une
Feſte quifit connoiſtreſajoye.
H eſtlogé en l'Hoſtel de Leldiguieres
, où eftune grandeSal--
le dont le Lambris eft. doré..
88 Actions de Graces
Deux rangs de bancs l'un fur
l'autre qui regnent tout autour
de cette Salle , furent couverts
de Tapis de Turquie ; & les
chaiſes que l'on mit devant ,
furent clouées au Parquetage ,
afin qu'on ne puſt changer la
ligne qu'elles faifoient. Au
bout de la Salle eſtoit un Amphitheatre
à douze étages. On
aſſembla tous les Violons de la
Ville ; pour rendre la Simphonie
plus éclatante . Le Bal com
mença aprés un magnifique
Repas , & il ne finitqu'à cinq
heures du matin . On l'interrompit
en preſentant auxDamesune
collation de Confitures;
d'Oranges , de Citrons ,&
de fruits , qui furent accompagnez
de differentesliqueurs .
Îl y avoit un lieu pratiqué dans
le coinde la Salle , où l'on propour
la queriſon du Roy. 89
digua le Vin au Peuple. Les
Damesqui ne voulurent point
dancer , occuperentune partie
de l'Amphitheatre,& le Peuple
ſe tint derriere des Barrieres ,
qu'on y avoit fait conſtruire en
divers endroits. Le 7. Monfieur
le Comte de Teffé , qui
commande les Troupes en cette
Province , & dont le merite,
la naiſſance & la valeur font
connusde toutle monde ,don
na un Bal dans l'Hoſtel de Ville
, où les hommes & les fem
mes parurent maſquez , & où
perſonne n'entra qu'il ne le
fuſt. Il ſembloit que toutes les
Nations s'eſtoient aſſemblées .
On vit des habits de toutes
manieres . Les Indiens , les
Tucs , les Barbares , les Perfes,
les Sauvages de l'Amerique ,
& enfin tous les Peuples de
१०
Actions de Graces
de l'Europe parurent dans la
Sale;où l'on danſa avec cequ'ils
ontde plus ſuperbe dans leurs
veſtemens . On commença le
Bal fans que perſonne ſe fuft
reconnu ;& aprésque l'on eut
quittéle maſque toutparuten
joye. Pourla mieux folemnifer
, il y avoit une grande &
longue Table , ornée d'un riche
Bufet &garnie de quantité
de baſſins de confitures de
ſemblables douceurs. Quoy
que l'on mangeaft & but fouvent,
jamais ce delicieux Bufet
ne fut dégarny. Le 15. on
chanta encore un Te Deum. Ce
fut celuy dela propagation de
la Foy. La Muſique & lesHautbois
y firent un Concert tresagreable.
Pluſieurs jeunes Enfans
nouveaux Convertis parurent
veſtus en Genies avec
pour la queriſon du Roy. 91
des couronnes de Lauriers , &
firent le tour decette Maiſon
precedez par les Hautbois. Il
y en avoit cing qui portoient
les Armoiries de France , de
Dauphiné , de Bourgogne ,
-d'Anjou & du Berry ,fur des
Corbeilles d'argentpour reprefenter
laMaiſon Royale ,&
ils allerent offrir cette auguſte
Maiſon à Dieu , en mettant ces
Corbeilles& ces Armoiriesfur
l'Autel. Le ſoir un Portrait du
Roy , qu'on avoit mis ſur la
porte de l'Eglife , fut allumé
par des bougies dans des Lutres
de cristal , & dans pluheurs
bras d'argent. L'on attacha
les Armoiries autour du
Portrait ,& l'on mitau devant
toutes les Couronnes de Laurier
qu'avoient porté les Genies.
Le 16. fut le jour choiſt
92
Actions de Graces
pour les Avocats du Parlement.
Aprés la Meſſe ſolemnelle
celebrée dans l'Egliſe Cathedrale
de Noftre-Dame , &
à laquelle trois Conſeillers
Clercs du Parlement de Grenoble
, Chanoines de la mef
me Egliſe officierent , ils firent
chanter le Te Deum en
Muſique. Le ſoir ils donnerent
fur lePontde Pierre le diver
tiſſement de quelques feux
d'artifice, dontune partie brûla
fur l'eau . Pendant ce temps
les Violons joüerent fur une
terraſſe du Parterre de l'Hoſtel
de Leſdiguieres , qui regne le
longdu Quay qui aboutit à ce
Pont.Ily eut auffi des Concerts
de Voix . :
Leo. àMontelimart Mon.
fieur de Colombez , Doyen de
l'Egliſe Collegiale de Sainte
pour la gueriſon du Roy. 93
}
Croix , fit couler au devant de
ſamaiſon une Fontaine de vin,
depuis midy juſques à trois
heures qu'on chanta leTeDeum
Le Bataillon de Bourbonnois
qui eſtoit enquartier dans cette
Ville ſe mit ſous les armes ,
&les Tambours ſolemniferent
laFeſte avec grandbruit,qu'on
ne fit ceſſer qu'afin qu'on oüiſt
les Violons. Les Ecclefiaftiques&
toutes les perſonnes
confiderables juſqu'aux Dames
meſme , burent du vin de
cette Fontaine à la ſanté de Sa
Majefté. Ce meſme Doyen fit
diftribuer aux Pauvres quantité
de vin , & trois Corbeilles ,
depain. Le Bataillon de Bourbonnois
fit trois décharges.
Celuy qui le commandoit délivra
quelques Soldats qu'on
avoit mis en priſon pour des
fautes Militaires .
94
Actions de graces
La Lettre qui ſuit vous apprendra
ce qui s'eſt paflé à Aix
en Provence. Elle est de M
de Templery , Gentil- homme
de lameſme Ville , à une Dame
de ſes Amies , à laquelle il
rend compte des ceremonies
du Parlement , de la Cour des
Comptes , & de divers autres
Corps . Le hazardm'ayant fait
tomber cette Lettre entre les
mains , je vous envoye une
copie.
A MADAME DE
Dites-moy
D'Aix le 17. Février 1687.
Madame, jevonS
prie, quel peché avez-vous
fait qui puiſſe vous obliger à une
pour la queriſon du Roy. 95
fi rude penitence , que de demeurer
à la Campagne tandis que toute
noſtre Ville éclate de joye pour l'heureuse
queriſon de noftre grand Roy?
Quoy ! voulez- vouspar vostre retraitteimiter
la Madeleine en fa
Seconde vie,ſans l'avoirimitée en
Sapremiere, ny avoirdonnéaucune
matiere pour fonder vostrepenitense;
car enfinsi j'excepte les rigueurs
dont j'ay à me plaindre , qu'elle
autre faute pouvez - vous avoir à
expier ? D'ailleurs , Madame,
quelle raison avez-vous euë de
paffer le Carnavaldans un defert,
où toutes les Saiſonsreffemblentfort
au Caréme, &devouloir eftrefage
dans un temps où la coûtume
veut que toutle monde foit fou?
Est- cevivre que mourir d'ennuy ?
Quelle difference mettez
entre estre caché dans une maison
champêtre,& eftre enfermé dans
- VONS
96
Actions deGraces
un tombeau ? Enfin, neferez - vous
pas responsable envers Dieu du
mauvais usage que vous faites de
ces appas , par qui l'onpeut vous
mettre en paralelle avec les Aftres
mefme lesplus éclatans.
4
L
Mais ſi voſtre bonté ſi bril.
lante& fi rare.
Veut qu'au Soleil on vous
compare ,
Ie n'ay garde pourtantde tenir
ce difcours ;
Cette comparaiſon ſeroit
trop mal receuë ,,
LeSoleil paroit tous les jours
Et vous, depuis long-temps on
ne vous a point veuë.
Cependant i'aurois auiourd'huy
une belle occafion de me vanger
de vos iniuftices , en vous privant
du plaisir d'apprendre les grandes
Festes
pour la guerifon du Roy. 97
Festes qui sefont données en cette
Ville; mais neanmoins je veux
bienvous donner ce contentement ,
quoy que ie n'en ayeiamais receu
aucun de vous , & que ie n'aye à
vous remercier d'autre chose , que
de m'avoir appris à supporter
patiemment les rigueurs d'une in-
Sensible.
Ie vous diray donc , que Vendredy
7. de ce mois Meſſieurs du
Parlement penetrezde plaisir pour
la gueriſon de noſtre Grand Prince
, & ne pouvant plus contenir
une joye qui cherchoit à ſe répandre
, s'aſſembloient dans le Palais ,
où ils delibererent de faire des a-
Etions de graces & des réjoüiſſances
publiques , & temoigner par
là que les grandes joyes ne font pas
muettes comme les grandes douleurs.
Le matin du Lundy ſuivant ,
qui étoit le Lundy gras , la Grande
E
98 Actions de Graces
Sale du Palais , au bout de laquelle
est la chappelle de Meſſieurs , fut
tenduëde riches Tapiſſeries qui en
étoient lejour , & où l'on voyoit éclater
par tout les Armes du Roy.
Le Platfond & les Lanſpaniers ef.
toient d'un drap bleu brodé de
Fleurs de Lys , d'où pendoit une
multitude de Lustres. Les deux ai
les de cette Salle estoient occupées
de deux rangs deſieges égaux relevezsur
un long marche-pied ,
pourMeffieurs les Magistrats , &
au deſſous regnoient deux autres
rangs de fieges pour les Dames. Sur
la porte de la Chapelle estoit le
Portrait du Roy à cheval , & au
fond de la Salle qui est opposéà la
Chappelle , on avoit dreſſé deux
Amphitheatres , l'un pour la Muſique
, &l'autre pour les Violons
les Hautbois ; au deſſus il y avoit
une maniere de Iubépour lesTrompour
la gueriſon du Roy . 99
pettes,les Fifres , & les Tambours.
Mais , Madame, ce qui est le plus
remarquable , c'est que tout cela
fut dressé preſqu'en aussi peu de
temps qu'il enfaut pour le décrire,
& avec aussi peu de préparation ,
que si c'eust esté par les mains des
Fées, &parun pur enchantement.
Quand toutes les bougies des
Luftres, des Girandoles, & des Bras
qui regnoient à distances égales
autour de la Tapiſſerie ,furent allu.
mées , & qu'à leur clarté ſe joignit
l'éclat des Dames, ce lieu ainſi deguisé
ſembloit mieux le Palais
d'Armide quele Palais du Parlement.
Il paroiſſoit plus propre à
gagner des coeurs que des Procés.
Enfinil falloit avoir l'imagination
bienforte pourſe perfuaderque c'e
ſtoit le Tribunal de la Iustice plûtoft
que celuy de l'Amour , & qu'on y
décidaſt d'autre fortune que de celle
des Amans.
E 2
THEQUE DE LAP
10
LYON E
29*1095
*
100 Actions de Graces
fur les dix heures Meſſfieurs ; du
Barlement , qui estoient aſſemblez
dans deux Chambres , & avoient
ordonné que toutes les Boutiques de
la Villeferoientfermées , entrerent
en Corps& en robes rouges dans la
Grand Salle au nombre deſoixantehuit
, précedez de leurs Huiſfiers
avec la Masse, &de tous les Archers
conduits parMonsieur le Prevoſt
de Laurens; les Preſidens ornez
de leur Manteau- Royal , & leurs
Mortiersfur la teste , & les Confeillers
, &les Gens du Roy couverts
de leurs Bonnets. Aprés qu'ils en
rent pris leurs places , Monfieur de
la Berchere , nommé par le Roy à
l'Archeveſche de cette Ville,& depuis
peu à celuy d'Alby , parut re
vestu deſes Habits Pontificaux , la
Mitre enteſte, précedé de tout fon
chapitre , & alla s'aſſeoir dans la
Chapelle ſous un Dais qu'on luy
pour la gueriſon du Roy. IOI
avoit préparé. Ensuite ayant celebre
la Meſſe. Le Te Deum fut
chantéen Musique, &futſuivy de
tous les Instrumens dont j'ay eu
l'honneur de vousparler,& aubruit
desquels se joignit un cry generalde
Vivele Roy, qui fortit plûtoſt du
coeur , que de la bouche du peuple.
Monsieur l'Archevesque , & fon
Chapitre s'eſtant retire,z Mesfieursdu
Parlementſe leverent , &
fortirent de cebeaulieu pour entrer
dans laGrand'Chambre.
Mais , Madame, fi ce que je
vous ay ditàcausede l'étonnement,
ce qui me reste àdire vous donnera
de l'admiration , & avec elle un
regret mortel de ne vous eſtre pas
trouvée en cette ville pour une
Feſte ſi pompeuse , &de vous eſtre
amuſée à donner à manger à vos
poules & à vos dindons dans un
temps oùl'on ne donnoit à manger
E 3 1
102 Actions de Graces
icy autre chose aux Valets & aux
Porteurs.
Vous sçaurez donc , que le foir
du mesme jour , les Fenestres de
toutes les ruësfurent illuminées. La
Place qu'on appelle des Preſcheurs
qui est devant le Palais ,& en laquelle
on avoit dreßé le Feu dejoye
&des Theatres pour les Violons &
pourlaMusique , fut toute tenduë
de Tapiſſeries de diverſesfabriques;
&auxfenestres du Palais &de toutes
les Maiſons qui regardent cette
Place parut une telle illumination ,
qu'elle empeſcha de regreter la clar.
té du jour qui commençoit à diſpa.
roiſtre , ou plûtoft il ſembloit que le
Soleil eust laissé tous ces rayonsdans
cettePlace.
Cependant Messieurs du Parlement
, qui s'estoient raffemblez au
Palais fur lesfix heures du mesme
foir,furentfeplacer dans la granpour
la gucriſon du Roy. 103
1
de Salle aux mesmes Sieges qu'ils
avoient occupezle matin , & firent
chanteren Musique dans leur Chapelle
un Exaudiat qui fut commencé
par Monfieur de Barrene
Conſeiller Clerc , homme diftingué
parsa pieté, & parson merite.
: Dés que l'Exaudiat futfiny , le
Parlement en Corps &en Robes rougesse
mit en marche & fortit du
Palais au fon des Trompetes , des
Fifres , & des Tambours , les Prefidens
ayant leurs Mortiers fur la
teſte , &les Confelliers leurs Bonnets
, & chacun portant un gros
flambeau de Cire blanche allumé ,
precedez , des Huiffiers , des Archers
, & de quarante-neuf Pauvres
que le Parlement avoit fait
babiler dejuſte- au corps bleu &de
haut -de- chauſſes rouges , ayant
choisi ce nombre en memoire des
quarante - neufans de l'âge heureux
E 4
104
Actions de Graces
de noſtre incomparable Monarque.
En ceteftat & enrang de deux
àdeux , ils entrerent dans la Place
des Preſcheurs , & aprés en avoir
fait letour ,ilsſe rangerent en cercle
autour du Feu qui estoit prepare.
Monsieur le Premier President Marin
, ayantfaluéle ſecond Preſident
qui estoit àſa gauche , commençaà
mettre lefeu avecſon flambeau , &
auſſi- toſt tous les autres Magiftrats
fucceſſivement & obfervant la mê
me Ceremonie acheverent d'allumer
le feu.
Alors la Muſique , les Violons ,
les Hautbois , les Trompettes , les
Fifres , & les Tambours , joints aux
longs cris du Peuple , formerent un
bruyant mélange qu'il feroit malaiféde
définir , &firent une de ces
voluptueuses confusions qui font
préferables aux choses les mieux
ordonnées. Les Boëtes qu'on avoit
pour la querifon du Roy. 105
miſes devant le Palais , firent un
bruit qui auroitparn épouvantable
en toute autre occaſion. Le Feu d'artifice
commença à jouer, & lança
dans les airs tant de brillantes fu
Sées , qu'elles avoient dequoy dispu.
ter d'éclat avec les Aftres qu'elles
Sembloient attaquer. Enfin , Madame
, ilnefut jamais de nuitfi
belleny fi ennemie du sommeil , &
Sur ma parole la nuit dans une pa
reille occaſionſcroitmal appellée la
mere du calme & dufilence. Pour
moy,je fus enchanté d'un ſpectacle
ſiſurprenant , & je vous avouë
àma confufion , que je fis une chose
qui ne m'estoitjamais arrivée depuis
que j'ay l'honneur de vous connoiſtre,
c'est que jene penſay point à vous
durant un quart - d'heure. F'espere
que vous pardonnerezcette condamnable
distraction à l'aveu fin
cere que je vous enfais....
Es
106 Actions de Graces
Cependant Meſſieurs du Parlement
se retirerent au Palais dans le
mesme ordre & par lamesme marche
qu'ils estoient allezà la Place
des Preſcheurs ; & de là ils furent
tous fouper chez Monfieur le Premier
President , quifit unedépence
extraordinaire , &digne d'une oc
cafionsi éclatante. Commetoutesses
actions font magnifiques , le Repas
ne pouvoit manquer de l'eſtre ; mais
ce qu'ily eut de plus agreable &de
meilleur goût , ce furent les brillantes
&ingenieuſes plaifanteries que
l'excés desajoye & la vivacité de
Jon eſprit firent dire pendant le Soupé
, & quifurent unſecond regale
pourla Compagnie. Le Repas nefinit
que pour commencer le Bal. Les
Dames estoient en grandnombre, &
fi belles &fi richement parées , que
les bougies ſembloient n'emprunter
leur lumiere quede leurs pierreries
pour la gueriſon du Roy. 107
& de leurs yeux . Toutefois , Mada.
me , s'ilfaut vous dire mon fentiment
touchant ces charmantes Belles.
Bien que de mille appas chacune
fuſt pourveuë ,
Etdonnaſt dans les coeurs un
rigoureux affaut.
Il me ſembloit de voir en chacune
un défaut,
Mais ces défauts , n'eſtoient
que pour vous avoir veuë .
La premiere Courante fut dancée
par Madame la Marquise
d'Oppede , qui parut comme unbel
Aſtre quidonnabien de la peine aux
autres à foûtenir leur éclat en fa
presence. La connoißance que vous
avez , Madame , de la profondeur
de ſon esprit , de la fineffe de fon
discernement , de la grandeur de
E6
108 Actions deGraces
Son ame &le lagrace deſesmanie
res,m'épargne l'embaras où jeferois
pour d'écrire tous fes avantages.
Madamela Marquise de Brue, &
Madame de Piolenc , Soeurs de
MonfieulreMarquis d'Oppede ,
Sefirent remarquer entre les autres
par leur bonne mine , aussi facilement
que s'iln'y eust eu qu'ellesfeu.
les.
Enfin cette celebrefoiréeſe ter
minapar des Feux de joye que fit
chaqueparticulier devant la porte
de ſa Maiſon , &par des illumi
nations en toutes leruës que nefurent
effacées que par le retour du
Soleil. Outre ces Feuxparticuliers,
ily en eut encore de diftinguez.
Monfieur le premierPresident enfit
dreffer un devant sa Maison qui
n'estoit bornéque par la largeur de
la rue. Monfieurle Presidentde
Cornillon enfit de mesine. Monfieun
pourlaguerifondu Roy. 109
leConfeillerde Mozanguesfit armer
le quartier , & alluma luy-meme
enRobe rouge avec unflambeau
de Cire blanche le feu qu'il avoit
fait preparer devantfa Maiſon.
Monfieur le Conseiller de Guidy
plein d'ardeur pour son auguste
Maistre,&ayantfucéavec le laict
cezele dont feu Monfieurfon Pere
a donné tant de marques dans les
Comiſſions qu'il aexercées , fit écla
ter ce mesme zelepar un grand Feu
de joye , pardes illuminations dont
lafaçade de Sa Maiſon fut éclai
rée ,&pardes Fontaines de vin qui
invitoient à boire les naturels les
plus fobres . Monfieur le Marquis
de Bruë , Procureur General du
Roy , &Monfieur de Saint-Martin
Avocat General , ne donnerent
pas de moindre témoignages de leur
attachement pour nostre Monarque,&
de leur joye pour le retour de
ΙΙΟ Actions de graces
Sa precieuse Santé , non plus que le
reste du Parquet . Les Dames s'en
Sontmeſlées , car Madame la Prefidente
de Bandol. Femme d'une di-
Stinction particuliere,& Veuve d'un
des plus galans hommes du Royaume
, eſtant logée dans une Maison
où quatre ruës aboutissent , &for
ment une Place,au milieu de laquel.
le il y a une Fontaine,fit dreſſer un
Arc de Triomphe en chacun des
quatre coins , & tapiſſer toutes
les Maiſons voisines , & aprés
avoir allumé un Feu de joye qu'elle
avoitfait preparer devant la fienne
, on vit jouer avec tant d'éclat
un Feu d'artifice poſe autour de la
Fontaine , qu'il ſembloit que le Feu
& l'eau fuſſent ce ſoir là de la meilleure
intelligence du monde. Cela
fut accompagné des fanfares des
Trompettes , & d'une décharge de
Mousquets , & se termina par un
pour la gueriſon du Roy. III
Soupé &parun Bal , où l'onne pouvoit
rien aioûter pour la magnifi
cence.
Mais , Madame , quelle apparence
y auroit - il, que vous ayant
entretenuë des réioüiſſances deMefſieurs
du Parlement, je ne vous parlaſſepoint
de celles de Meſſieurs des
Comptes quifont encore moins recommandables
par leur dignitéque
parleurs personnes , & qui tirent
moins d'éclat de laſplendeur de leur
pourpre , que de la droiture de leurs
ames . Feremplirois donc malvoſtre
curiosité & mon devoir , ſi ie ne
vous diſois que Messieurs de la
Chambre des Comptes & Cour des
Aydes ( vous fçavez que ces deux
Jurisdictions font unies dans cette
Province ) voulurent témoignerpar
des marques publiques & éclatantes
, qu'ils n'ont pas moins d'ardeur
&de Zele que le Parlement pour la
112 Actions de Graces
Perſonne Sacrée de nostre puiſſant
Monarque , &pour l'heureux rétabliſſement
d'une Santé d'où dépend
toute la destinée de fon Peuple.
Meffieurs les Commiſſaires
nommez par la Courpour la conduitede
cettegrande Feste , s'enacquiterent
avec tantde diligence, qu'ils
executerent dans les deux jours
qu'ils avoient pour s'y préparer , c8
que d'autres n'auroient pasfeulement
proietté dansunfi court espa.
ce,deforte que le Mardy-gras qu'ons
avoit destiné pour la folemnitéde
cette celebre journée, toutes choses
furent disposées dans une perfe
stion qui ne laiſſoit rien àdesirer.
Au milieu de la Courtqui estaudevant
de leur Apartement duPalais,
on avoit élevéfur trois Baffins
differens , une haute Fontaine de
Stuc qui pouſſa durant tout le jour
unfet devin d'une élevation propour
la gueriſon du Roy. 113
digieuse. L'Emblème estoit un Soleil
quimeuriſſoit un raisin ,autour duquel
on lisoit ces paroles , Poſt lacrymas
. Cette Court fut toute couverte
d'une Tente , contre laquelle
les rayons du Soleil nefaisoient pour
lapercer que d'inutiles efforts , &
là mille Bougiesſupleoient admirablementà
la clarté du iour. Deux
rangs de Tapiſſerie l'unfur l'autre
regnoientsur toutes les murailles de
cette Court , & n'étoient interrom
pus que par degrands Pilastres à
distances égales. De là on voyoit au
devant de la Porte de la grand Salle
un Arc de Triomphe qui ſoûtenoit
une Renommée ,portant d'une main
lesArmes du Roy , & de l'autre un
Drapeau avec cette Inſcription ,
Domine , ſalvum fac Regem .
CetArcde Triomphe estoit embelly
de Trophées d' Armes , où l'on liſoit
cesparoles , Dico operamea Re114
Actions de Graces
gi , & encore de divers Emblèmes ,
inventez par Monsicur d'André
Confeiller en la mesme Compagnie ,
en un desquels estoit representée
l'Envie revestuë des habits de Cal.
vin qui s'abîmant dans la Mer ,
prioit Thetis de retenir le Soleil dans
Ses ondes. Cette Déesse méprisoit
Sa priere , & le Soleil ſe levoit de
l'eau plus refplendiſſant que iamais
avec ces mots : Lux orbi reftituta .
Dans un autre Emblème on voyoit
un Hercule allumant fon flambeau
auSoleilpour brúler les têtes de l'Hydre
avec ces paroles pour ame , Secura
victoria .
Fene doute point , Madame, que
vous qui vous intereſſezà la gloire
du Roy , vous n'ayez grande envie
de sçavoir ce que ces mots Latins
fignifient. Je pourrois bien les tournericy
en François , mais j'ay juré
de ne les expliquer qu'en cette Ville
pour la gueriſon du Roy . 115
pour vous donner quelque ſuiet d'y
revenir & jufque- là ces Emblêmes
feront des Enigmes pour vous.lly en
avoit encore pluſieurs autres dont ie
ne vous feray aucune mention pour
vous parler de la grand Salle de
Meffieurs des Comptes oùla Ceremonieſe
devoitfaire.
Ellefut toute tapißée de Fleurs
de Lys , les ſieges des Meſſieurs étoient
dreſſez sur un longmarchepied
, & au bout de cette salle on
avoit élevé deux grands Theatres
fleurdelisez, l'un pour la Muſique ,
& l'autre pour les Violons & les
Hautbois . Les bougies qui estoient
allumées dans des chandeliers de
Cristal , des bras & des Plaques
d'argent , faisoient l'obiet le plus
agreable dont on puiſſe regaler les
yeux. Sur la porte de la Chapelle ,
quieft au bout de cette Salle , pa
roiffoit le portrait de L'
....
1
116 Actions de Graces
GRAND , environné d'une infinité
de bougies , qui ſembloient s'efforcer
d'aioûter leurs lumieres à celle
dont brille avec tant d'éclat l'auguste
Visage de cegrand Monarque
mais rien n'estoit égalàlabeautéde
la Chapelle. Elle estoit tendue d'une
Tapiſſerie d'un Velours cramoiſi ,
dont les friſes , lapente& les Pilaſtres
estoient de velours cifelé à
fond d'or& fur laquelle on voyoit
des Tableauxfi admirables , que les
yeux ne regretoient point les endroits
de cette riche Tapiſſerie que
leur cachoient ces Tableaux. A un
costéde cette Chapelle on avoit élevé
sur trois marches une estrade
pourMonsieur l'Archevesque , tapisée
d'un Damas cramoiſià crê
pines d'or , &le Dais de meſme; &
àl'autre coſtéon avoitplace desfieges
pour Meffieurs du Chapitre .
Lemesme jour ,fur les dix henpour
la gueriſon du Roy. 117
res du matin , Meſſieurs fortant
du premier Bureau au carillon de
- toutes les Cloches , & au bruit des
- Tambours & des Trompetes , entre
rent le Bonnetfur leurs teſtes dans
la Grand Sallequi estoit pleine des
perſonnes les plus qualifiées de l'un
& de l'autre Sexe , les Preſidens
reveſtus de robe de velours noir ,
leurs Bonnets fourrez d'Hermine,
les Conseillers en robes rouges , &
leurs Bourrelets noirs fourrez de
mesme ; les Auditeurs & les Cor
recteurs reveſtus de Damas noir, &
les Gens du Roy comme les Con
feillers .
A peine furent- ils dans leurs
fieges, que Monsieur l'Archevêque
arriva , precedéde ſes Aumôniers
&de tout fon Chapitre,&ſe plaça
dans la Chapelle , où il officia pontificalement
. Durant la Meſſe la
Musique , laſimphonie& les Vio-
1
118 Actions de Graces
lons remplirent leur devoir d'une
maniere à donner de grande diſtra.
Etions aux amateurs de l'Armonie;
& lors que la Meſſe fut achevée,
&que le Te Deum, eut estéchanté,
Monsieur l'Archevéqueſe retira
avecſon Chapitre , &Meſſieurs les
Magistrats repaſſerent au premier
Bureau.
Sur lesfix heures duſoir du méme
jour , Meſſieurs s'eſtant rendus
encore au Palais au nombre de quarante,
entrerent dans la Grand Salle
dont je viens de vousparler , &
ayant pris leurſeance ,& allumé
leurs flambeaux , ils firent chanter
dans leur Chapelle l'Exaudiat en
Musique , &ensuite ils allerent
Robe & en Bonnet à la Place des
Preſcheurs , pour allumer lefeu qui
y estoitpréparé, précedez des Trompettes
, des Tambours , des Archers,
de leurs Huiſfiers , &de quaranteen
pour la gueriſon du Roy. 119
neufpauvres qu'ils avoientfait habiller
, chacun un flambeau de cire
- blanche allumé. Dans cet ordre ils
arriverent au -devant du feu , qui
estoit gardé par trois cens hommes
qu'ils avoient fait mettre ſous les
armes , pour augmenter l'éclat de
cette celebre réjouiſſance. Ienevous
diray point , Madame , que toute
cette Placefut tapiſſée , toutes les
fenestres illuminées comme le iour
précedent , car vous devez bien le
comprendre ; & ce que je vous ay
déja dit de Messieurs du Parlement,
joint à l'envie que j'ay de finir
- cette longue Lettre , me fait taire
mille choſes qui ont étéſemblables
ou approchantes.
Enfin Meſſieurs des Comptes
ayant allumé le feu dans le même
ordre & avec la même ceremonie
que ces autres Magistrats , ſe retirerent
au Palais par la même
120 Actions de Graces
marche qu'ils avoient déja tenuë ,
portant toûjours leurs flambeaux
allumez. Du Palais ils allerent
tousfouperchezMonfieur de Seguiran
, leurpremier Preſident ,dans
Samaiſonſur le Cours ,au devant
de laquelle il avoit fait dreßer un
grand feu de joye , & une Fontai
ne devin blanc , qui sous une agreable
verdurefortant abondamment
par de longs tuyaux , marquoit
l'abondance de coeur avec la
quelle ileſtoit donnéau Public.A la
portede cette maiſon , dont toutes
les fenêtres étoient illuminées,auffibien
que celles de toutes lesmaiſons
voisines , on avoitélevé un Arc de
Triomphe ornédu Portrait du Roy à
cheval, autourde pluſieurs trophées
qui portoient cette Devise.
Una falus Orbi LODOΙ-
CUS corpore fanus ,
Et au deſſus on avoit peint la Renommée
pour la queriſon du Roy. 121
1
Renommée qui publioit les voeux
ardens du Peuple par cette Infcription,
Vivat , & auguſtos noftris
Deus augeat annos,
Mais ce qu'il y eut de plus furprenant
& de plus fingulier , c'est
qu'à peine Meſſieurs furent-ils arrivezdans
la maison de leur premier
President, qu'il en fortit trente
Dames magnifiquement parées .
chacune conduite d'une mainpar un
Cavalier , & de l'autre portoit un
gros flambeau de cire blanche, pour
allumer le feu qui estoit préparé
devant cette maison. La premiere,
comme laplus ardente pour la gloire
de Sa Majesté,fut Madame de Valbelle
, Marquise de Merargues ,
conduite par Monsieur le Marquis
de Bouc,dont la galanterie & le
meritefont au deſſusde tous les eloges.
Vous sçavez que cette illustre
F
122 Actions de Graces
Dame, estant un des plus beaux
ornemens de noſtre Ville , est trespropre
pour une grande Feste. La
douceur defesmanieres, l'agrement
deſon esprit ,& la delicateſſe de
SesSentimensſont des charmes contre
lesquels iln'estpasaiséde tenir,
&pour la personne ,elle est faite
d'une tellemaniere ,
..
Qu'un coeur pour s'échaper
oſeen vain ſe debattre ,
Contretantde beautez en vain
il ſe défend ;
Bien qu'Amour ne ſoitqu'un
enfant ,
Si-toſt qu'elle paroiſt , on ne
peutle combatre.
Après que cetis aimable Dame cut
allumé le feu , toutes les autres en
firent de mesme. Alors les Violons
&les Hautbois qui les avoient
pour la gueriſon du Roy. 123
accompagnées , furent obligez de
ceder aux fanfares des Trompetes ,
& au retentiſſement de cent Boëtes,
qui porterent jusqu'au Firmas
ment le bruit de cette celebre your
née , & quoy que ces Dames par
mille cris de Vive le Roy , euffent
affezmarqué leur zele , toutefois il
estoit si grand , qu'elles regreterent
même par des ſoûpirs de ne
pouvoir lefaire éclater davantage ;
ainſi elles , qui font foûpirer tant
d'autres,ſoûpirent à leur tour.
Des qu'elles se furent retirées
dans la maisonde Monfieur le Pre
mier President de Seguiran,ce digne
Magistrat , qui ne dégenere point
defes illustres Ancestres , Premiers
Preſidensenla Chambre des Com.
ptes , dont il est le quatriéme نم
qui ignore ce que c'est que l'épar
gne quand il s'agit de la gloire
de fon auguste Maistre , fit jetter
F 2
124 Actions de graces
au peuple quatre cens pieces de
quinze ſols , qui cauferent un de-
Jordre d'autant plus plaiſant , que
l'intereſt en estoit le principe. Cela
futſuivy de deux Repas fervis en
mesme temps , & dont le ſuperflu
en auroit composé un troifiéme fort
magnifique. L'un estoit de quarante
couverts pour Meſſieurs les Magistrats
, & l'autre de trente pour
les Dames qui aprés le Soupé fermerent
cette grande Feste par un
Bal , dont l'agreable duréefutfilonque
que le coucher des Dames fut
le lever du Soleil.
Bien que cette Lettre queje vous
écris précipitamment&Sansméditation
, nefoit déja que trop lon.
gue , & queje me fuſſe proposéde
ne vous parler que de ce qui regarde
le Parlement & la Cour des
Comptes , je ne puis , Madame ,
m'empescher d'ajoûter Succincte
pour la gueriſon du Roy. 125
ment , que le Ieudy , Second jour de
Carême Meffieurs les Treſoriers
Generaux de France firent dans
leurAppartement du Palais , une
Festeparcille à celles dont je viens
de vous entretenir. Leſoir aprés
qu'ils eurent allumeun Feu d'artifice
dans la Place des Prefcheurs ,
en robes de Satin noir & couverts
de leurs Bonnets , trois cens Soldats
qu'ils avoient payezfirent une dé.
charge si juſte qu'elle ne sembla
qu'un seul coup . Leur dépense fut
extraordinaire , & eux qui ontſoin
des Finances du Roy , n'en eurent
pas dés leurs propres dans cette
grande occafion.
Le lendemain Vendredy , Meffieurs
du Siege General de cette
Ville firent éclater leur joye par
toutes les magnificences poffibles. Ie
ne pourrois vous representer qu'imparfaitement
les parures & les
F3
126 Actionsde Graces
grandes illuminations dont leur
Appartement du Palais brilloit de
toutes parts. Le matin laMessefut
celebrée par Monfieur l'Abbé de
Bonfis dont le Pere a remply ſi dignement
la Charge de Lieutenant
General au mesme Siege ; &le foir
s'estant rassemblez au Palais &
ayant fait chanter un Exaudiat
en Musique , ils allerent allumer
un Feu de joye en lamesme Place des
Preſcheurs avec toute la pompe
qu'on pouvoit attendre de leurZele.
De là s'estant retirez au Palais , ils
accompagnerent Monsieur de
CourtezleurLieutenant Generalen
Sa Maiſon du Cours quiparut toute
illuminée , & au devant de la.
quelle on alluma un grand Feu au
bruitdes Trompettes ,des Tambours,
& d'une décharge de deux cens
Mousquets dont Monsieurde Courtexfit
la defpenfe. Comme ce digne
pour la gueriſonduRoy. 127
Lieutenant, outre mille autres qua
litez recommandables , est plein
d'ardeur pour la gloire defon auguste
Prince , ilsignalaſajoye par
un repas où la propreté égaloit la
magnificence , & quifut encoreplus
celebre par la presence dë Monſieur
le Premier Preſident du Parlement.
Ony commença les Santez
par celle da Roy , qui fut ſuiviede
celles de Monseigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine , & de
toute la Maiſon Royale , &Monſieur
de Courtez n'eut d'autre re
gret dans cette celebre Feste que de
nepouvoirla terminerpar ungrand
Bal , maisfon deüil pour la mort de
MadameSa Mere ne luy permit
pas d'avoir ce plaisir.
Le Samedy 15. tous les Procureurs
du Parlement firent pour le
mesmeſujet une réjoüiſſance qubli
que , mais avecsi peu deménage..
F4
128 Actions de Graces
ment , & tant de profusion , que
bienqu'on les accuse d'ufer quelquefois
de chicane en leurs Procés , ils
n'en chercherent aucune dans une
dépense qu'ilsfaisoientfi volontiers.
Le Dimanche ſuivant , Mes-
Steurs de l'Hostel de Ville (ignalerent
cettejourncepar tantde pompeuses
circonstances , qu'elles meriteroient
une Relation dans les formes , mais
Madame, comme les recits que ie
vous fais nesont que des lambeaux
& des abregez d'une Relation com
plete ie vous diray en peu de mots ,
que le matin leur garad Meffe
fut celebréedans l'Eglise Métropolitaine
de faint Sauveur par M. le
Chanoine de la Bastide , &fi la
Musique de ce chapitre furpaffe
toutes les autres , elle se furpaſſa
elle - mefme au Te Deum qu'elle
chanta. Tout ce jour. là les ruësfurent
tapisées , &pluſieurs Fontai-
1
pourla gucriſon du Roy. 129
nesde vin coulerent devant l'Hostel
de Ville où estoit dreſſéun Art de
Triomphe ; vers la fin du iour ily
eut une telle illumination partoute
taville , qu'on ne s'aperçeut que
par lefroid que le Soleileftoit couché.
Sur les fix heures du mesme
foir, Messieurs les Confuls, quifont
auffi Procureurs du Pays ,partirent
de l'Hostel de Ville pour aller allumer
un Feu deioje en la Place des
Preſcheurs. Il auroit estébien difficile
d'aioûter quelque chose à la
beauté de leur marche. Elle commença
parfix cens hommesſous les
armes , parmy lesquels ily avoit
deux censCadets d'une qualité di-
Ainguée, tous conduits par cing CApitaines
de quartiers , &fuivisde
quarante- neufPauvres que la Ville
avoitfait habiller , portant chacun
unflambeau allumé. Puismarchoient
Messieurs les Confulaires&
ES
130
-Actions deGraces
les anciens Affeffeurs ; ceux- làl'épée
au coſté , & ceux - cy en Robe
Longue , dont le premier étoit Monfieur
l'Avocat Gaillard , Seigneur
de Chaudon & l'Ancien des Conſulaires
, quiſans confulter lafoibleße
deſon grand âge qui pouvoit
le diſpenſer d'unesi longue fatigue,
marcha ſoûtenu de deux hommes.
Ensuite venoient quatre Valets du
Pays tenant leurs épées nuës en
la main , precedez de la Musique
& des Violons. Aprés eux mar.
choient Monsieurle Lieutenant
Criminel, & Meſſieurs les quatre
Confuls portant chacun un grand
flambeau de Cire blanche allumé ,
auffibien quetousles autres. Mefficurs
les Confeillers de l'Hostel de
Ville fermoient cette marche ac
compagnez d'unefoule mal-aisée à
representer.
Auiourd'huy Lundy les Procu
pour la guerifondu Roy . 131
1
reurs en la Cour des Comptes ont
fait les mesmes Solemnitezque
les Procureurs au Parlement . Mais,
Madame , quel moyen de vous parlerde
toutes celles qui ont estéfaites
en cette ville ,fur le recouvre.
ment de la Santé de ce grād Prince,
quifait le bon-heur de la France ,
ladestinée de l'Europe , l'étonnement
de l'Univers , & dont la vie
n'a point de vuide , & n'est qu'un
continuel enchaiſnement d'actions
quine pourront estre crues de ceux
qui ne croyent point aux miracles ?
Enfin fi i'entreprenois de vous deerire
tout ce qui s'estfait icy demerveilleux
dans cette éclatante occafion
, seferois un Livre au lieu d'une
Lettre D'ailleurs quoy que mon
coeur vouluſt bien que jevous entre.
tinffe plus long- temps de cequi regarde
la gloire de nostre Monarque
, ieſens que ma main refuſe de
F6
132
Actions de Graces
m'obeïr.Elle est déiaſi laſſe d'écrire,
qu'à peine mepermet - elle d'aioûter
tes quatre Vers que ie vous adreſſe.
Quitez , Belle , quitez vos
choux & vos ozeilles ,
Venez voir en hyver fleurir
nos Fleurs de-Lys ;
Puisqu'Aix eſt aujourdh'uy le
Pays des merveilles ,
Venez revoir voſtre Pays .
Cette Lettre datté du 17.
de Fevrier , contient toutes les
Réjouiſſances qui ſe font faites
àAix juſqu'à ce jour-la . Le
1.du meſmemois , Meſſieurs
des deux Chancelleries du
Parlement & de la Cour des
Comptes de la meſme Ville,
firent leur ceremonie particuliere
dans l'Egliſe des Auguſtins
avec beaucoup de pom-
:
pour la querifon du Roy. 133
pe & déclat .Meſſieurs les deux
Garde - Sceaux dont l'un eſt
Monfieur de la Brillane , Confeiller
au Parlement, & l'autre
Monfieurde Meironnet, Confeiller
en la Cour des Comptes,
s'eſtant rendus au Palais chacun
dans ſa Chancellerie, aveć
tous leurs Officiers , envoyerent
publier à fon de Trompe
parles Ruës ou les Seaux du
Roy devoient eſtre portez ,que
chacun des Habitans euſt à
tapiſſer le devant de ſa maifon ,
& que les Boutiques fuſſent
fermées . On avoit choiſi 49 .
Pauvres que les deux Chanceliers
avoient fait habiller
fort proprement avec des Rubans
violets & blancs à leur
cravate , & il y en eut encore
treize autres habillez aux dépens
de chacun de Meſſieurs
les Garde - Sceaux , ceux de
134
ActionsdeGraces
Monfieur de la Brillane avec
des Rubans violets & jaunes,
& ceux de Monfieur de меі-
ronnet avec des Rubans couleurde
cerife & blancs . Sur les
onze heures les Officiers de
la Chancellerie du Parlement
fortirent en cet ordre.
HuitArchers commandez par
un Lieutenant de la Maréchauffée
parurent d'abord. Ils
furent ſuivis du Chaufecire
qui portoit le Sceau du Roy
dans une Caffette ouverte &
fleurdeliſée . Elle estoit fur un
Tapis de Velours , dont deux
Huiffiers de la Chancellerie
tenoient les deux bouts . Aprés
eux marchoit Meſſieurs de la
Brillane en Robe violete , &
derriere luy les Audienciers,
Controlleurs & Secretaires du
Roy , deux à deux l'Epée au
coſté avec des gans à franges
pour lagueriſon du Roy. 135
d'or & un cordon d'or à leur
chapeau. Enſuite venoient les
Referendaires en Robes de
Soye noire avec un chapeau de
Satin bordé d'Hermines .Deux
Huiffiers fermoient la marche .
Eſtant arrivez à l'Egliſe des
Auguſtins , les Sceaux y furent
receus au bruit des Tambours
&Trompettes , Fifres & Violons.
Ils furent portez aux
- Choeur & mis ſous un Dais
au côté droit par un grand
carreau de velours bleu . Monfieur
de la Brillane , ſuivy de
tous les Officiers , ayant fait.
une profonde reverence devant
les Sceaux , alla ſe placer
au coſté droit de l'Eglife , Les .
mêmes choſes furet obſervées.
dans la marche des Officiers de
la Chancelleriede laCour des
Comptes .Les Sceaux ayant été
receus à l'Eglife comme ceux
136
Actions de Graces
de l'autre Chancellerie , furent
poſez ſous un Dais au coſté
gauchedu Choeur,Mr de Meironnet
& les Officiers firent de
pareilles reverences , & ſe placerent
du même coſté . On dit
une grande Meſſe ſolemnelle
avec l'excellente Muſique de
Saint Sauveur , & une agreable
fimphonie de Violons.
Aprés la Meſſe& le Te Deum &
l'Exaudiat chantez en Mufique,
Meſſieurs desdeux Chancelleries
ſe retirerent dans le
mefine ordre & allerent au Palais
remettre les Sceaux. Tous
les OfficiersdelaChancellerie
du Parlement, ſe rendirent enfuite
chez Monfieurde la Brillane
qui les traitamagnifiquement.
Ceux de la Chancellerie
de la Cour des Comptes furent
receus chez Monfieur de Meironnet,
aux fanfares des trompour
la gueriſondu Roy. 137
petes & au fon des Violons .
A l'entrée de ſa maiſon étoient
quatre Colomnes garnies de
Boüis & de Rubans bleux &
blancs qui foûtenoient un Portail,
au deſſus duquel il y avoit
un Portrait duRoy fur unPiedeſtal
doré . Aux deux coſtez
eſtoient deux Emblêmes , dont
l'une eſtoit du coſté droit , repreſentoitun
Bureau couvert
d'un Tapis bleu fleurdeliſe
avec des Franges & des Houpes
d'or , & fur ce Tapis étoit
une Caffette fleurdeliſée &
fermée . Au deſſus dans un
Cartouche eſtoit reprefenté
un Miroir ardent , qui recevoit
les rayons du Soleil avec
ces mots ,A fydere virtus . On
voyoit du coſté gauche un autre
Bureau couvert d'un Tapis
violet fleurdeliſe , ſur lequel la
138 Actions de Graces
Caffette des Sceaux du Roy
paroiſſoit ouverte avec quãtité
d'Expeditions ſellées . Au deffous
on avoit peint dans un
Cartouche une fusée & une
meche allumée , & l'on y liſoit
ces mots , Mira dum adhæret.
Cette Inſcription eſtoit au defſous
du Portrait du Roy dans
un Feſton de Laurier. Hinc inde
Magnus. Tous les coins& les
vuides de l'entrée de la maiſon
de Monfieur de Meironnet étoient
remplis des chifres du
Roy avec des couronnes ,
tout d'une maniere trespropre.
Toute la ruë où il loge étoit
tapiffée ; & comme elle tourne
du coſté du Cours, & que fa
maiſon eſt au milieu , il avoit
fait preparer deux Arcs de
triomphe , ornez de Feſtons de
Boüis & de Laurier , au deſſus
le
pour la gueriſon du Roy. 139
deſquels estoit un feu d'artifice.
Ils répondoient l'un à l'autre
, & faifoient une eſpece de
combat de petards & de fufées
On avoit auſſidreſſe un Bucher
devant ſa porte . Ainſi de quelque
coſté que l'on entraſt dans
la Ruë , on voyoit une décoration
tres - agreable. Monfieur
de Meironnet donna un magnifique
diſné aux Officiers
de la Chancellerie des Comptes
, & lors que la nuit furvint
on illumina toutes les feneſtres
de la Ruë ; on mit le
feu au Bucher , au bruit des
Tambours , Fifres , Trompetes
&Violons , & l'on fit joüer les
feux d'artifice des Arcs de
Triomphe. La Collation & le
Balſuivirent,& les Officiers de
l'une & l'autre Chancellerie firent
ce jour-là tapiffer le de140
Actions de Graces
vant de leurs Maiſons . Toutes
leurs feneftres furent éclairées
, & il y eut des feux de
joye à leurs portes .
La Ville d'Avignon n'a pas
pas oublié de marquer fon zele
. Le Chapitre de l'Egliſe Collegiale
de Saint Agricol rendit
des actions de graces à Dieu
le 8. du dernier mois , par un
Te Deum qui fut chanté au
bruit des Tambours & des
Trompetes & de toute l'Artillerie.
Il y avoit deux Choeurs
deMuſique ,& il fut ſuivy de
quelques Motets meſlez d'une
ſimphonie de Violons. Un feu
d'artifice que l'on avoit preparé
auroit terminé agreablemét
la Feſte ſi la violance du vent
n'en euſt empefché l'effet.Cet
accidet futaſſez heureuſement
reparé par une diſtribution
pour la queriſon du Roy. 141
- d'argent & de pain que Monfieur
le Doyen fit faire aux
Pauvres . Le lendemain Mefſieurs
du Chapitre de la Metropolitaine
prieret Monfieur
l'Archeveſque d'Avignon de
celebrer pontificalement la
Meſſe dans leur Eglife. Lors
qu'elle fut achevée ce Prelat
entonna le Te Deum , qui fut
continué par la Muſique. Le
ſoir de ce meſme jour , Mefſieurs
les Confuls avec le Vi
guier de la Ville, accompagnez
de toute la Nobleſſe , en firent
chanterun autre dans l'Egliſe
des Iefuites , par un grand
nombre de Muſiciens, au bruit
du canon qu'on tira deux fois
devant & aprés le Salut.
Le Maire & les Echevins
de la Ville du Mans ayant fait
rendre des actions de graces à
142 Actions de Graces
Dieu dans l'Egliſe Cathedrale,
les Officiers du Prefidial ſuivirentleur
exemplele 6. de Février
, en faiſant chanter un
TeDeum en Muſique dans la
Chapelle de la grande Salle du
Palais. Il y eut une Feſte tout
le jour dans la Ville avec des
Illuminations qui durerent
toute la nuit dans toutes les
Rues . Lelendemain , le Corps
des Avocats fit chanter une
Meffe & le Te Deum dans l'Egliſe
des Cordeliers. Elle étoit
tenduë juſqu'à la voute , des
plus riches Tapiſſeries de la
Ville . Mille feux redoublez
par des glaces de grands Miroirs
faifoient une Illumination
admirable ; mais il n'y
eut riende plus applaudy que
la Deviſe qui paroſſoit audeffous
du Portraitdu Roy que
pour la gueriſon du Roy. 143
l'on avoit élevé ſur le frontifpicedela
Tribune du Choeur .
C'étoit un Soleil tout brillant
de lumiere , au fortir de fon
Eclipſe, avec ces mots .
t
Redivivus cuncta Serenat.
Ceux qui ſçaventque l'Antiquité
a regardé les Eclipſes
comme des maladies dont les
Aſtres estoient atteints , demeureront
d'accord dela juſteſſe
de cetteDeviſe. Elle eſt
de Monfieur Rippierl'un des
Avocats ; qui en qualité de Secretaire
de ſa Compagnie , avoit
pris ſoin de cette ceremonie.
Tous les autres Corps
tantde Iuftice que des Marchands
& des Arts , ſuivirent
l'exemple de ces premiers , &
il ne ſe paſſa preſque aucun
jour le reſte du mois ſansqu
ques Feſte nouvelle.
144 Actions de Graces
du
- Le 29. de lanvier Meſſieurs
duChapitreRoyal de S. Furcy
de Peronne firent celebrerune
Meſſe folemnelle , à laquelle
Monfieur de la Broue Lieute
nant de Roy accompagné
Cõmandant du Château ,& de
l'EstatMajor de la Place, affi
ſta , ainſi quele Corps de Ville
& les autres Corps de Iuftice.
Toutes les boutiques furent
fermées , & l'on vit pour mar
que de joye aux Fenestres de
'Hoſtel de Ville , tous les Drapeaux
des Arts & Corps de
Meſtiers , qui font au nombre
de trente & un ,& fur leſquels
il y a pluſieurs Emblêmes à la
groire de fa Majesté,& à l'honneur
de la Ville . La Meffe &
leTe Deum furent chantez en
Mufique ; & Monfieur Abbé
Veſtier , Docteur de Na
varre
pour la querifon du Roy. 145
-varre , & Doyen de cette Eglife
, officia avec ſa pieté ordinaire
. Monfieur Aubé Mayeur
, de concert avec Monſieur
le Lieutenant deRoy , fit
battre la Generale pour affembler
le Regiment de Milice
de la Bourgeoisie. Les ſeize
Compagnies ſe rendirent fur
la Place d'Armes du Baſtion
Royal , où le Regiment s'étant
formé , il deſcendit en
bon ordre , ayant à ſa teſtele
Lieutenant Colonel , & une
partie des Capitaines en front
& les Lieutenans dans les diviſions.
L'autre partie des
Capitaines fermoit la queuë
de ce Regiment, & les Sergens
eſtoient fur les Aifles . Dans
cet ordre ils vinrent ſe mettre
en bataille ſur la grande Place,
par les foins du Major &
G
C
146 Actions de Graces
l'A yde-Maior de la Milice, devantleFeu
que Mefſieurs de
Ville y avoient fait preparer.
Monfieurde la Brouë qui s'étoit
rendu à l'Hoſtel de Ville,
accompagné de l'Estat Major ,
en fortit ſur les quatre heures
avec Meſſieurs les Mayeur &
Echevins,precedez d'un grand
nombre de Tambours , de
Hautbois , & d'autres Inſtru
mens des Gardes de Monfieur
le Marquis d'Hocquincourt ,
Gouverneur , & des Huiffiers
de Ville avec leurs Robes de
Ceremonie. Lorsqu'ils furent
arrivez à la grandePlace,Monfieur
dela Brouë , Lieutenant
de Roy , & Monfieur Aubé
Mayeur , mirent le feu au Bucher
, aprés quoy tout le Regiment
fit ſa premiere décharge.
Enfuite il défila & fit le
pour la gueriſon du Roy. 147
- tour de la Place , & aprés plufieurs
décharges reïterées , le
Drapeau de la Pucelle , & les
deux qui l'accompagnent au
Bataillon , furent portez & remis
ſuivant l'ordre de laGuer
te par vingt Moufquetaires
-détachez . Chacun fit des Feux
devant ſa porte , & des illuminations
aux feneftres , & cette
Ville n'oublia rien pour
folemnifer avec éclat une
journée ſi heureuſe. Auffi n'at-
elle pas moins merité le nom
de fidelle qu'on luy donne ,
que celuy de Pucelle , parce
qu'elle n'a jamais eſté priſe ,
& l'on peut dire que fes Habitans
ſuivent dignement le
chemin que leurs Peres leur
ont tracé , & qu'ils ne font ny
moins fidelles ny moins zelez
pour la gloire& pour le ſervicees
du Roy.
148 Actions deGraces
Les Estats Generaux du Pays
& Comté d'Artois , qui étoient
affemblez au mois de
Novembre dernier dans la
Ville d'Arras , Capitale de la
Province , ayant appris le 21 .
de ce mefme mois , que le Roy
s'eſtoit reſolu à ſouffrir la grande
Operation , dépeſcherent
auſſi - toſt un Gentilhomme de
leur Compagnie pour aller en
poſte marquer à Sa Majesté
l'inquietude où cette nouvelle
les avoit jettez , & en meſme
temps la joye que leur cauſoit
l'heureux fuccés que l'Operation
avoit euë . Monfieur le
Comte de Belleforiere , choiſi
des trois Ordres pour cette comiſſion
, eſtant arrivé le lendemain
à Verſailles , ent l'hõneur
de voir leRoy. Ce fut Monfieur
de Louvois qui le preſenta à
njeſté qui estoit au lit,té
pour la gueriſon du Roy. 149
moigna beaucoup de plaifir de
voir l'empreſſement que les
Eſtats avoient eu de ſçavoir des
nouvelles de ſa ſanté , & char
gea Monfieur le Comte de Belleforiere
d'affurer ſes Sujets
d'Artois de la continuation de
-ſa bienveillance , dontElle leur
donneroit des marques aux
occafions . Le retourde ceGentilhomme
donna beaucoup de
confolation aux Eſtats qui ap-
-prirent par une Lettre de Monſieur
de Louvois , qu'on eſperoit
que dans peu de temps la
ſanté du Roy feroit parfaite.
Ce fut aux premieres nouvelle
de l'entier rétabliſſement
de cette ſanté ſi chere ,
que la ioye de tous le Habitans
d'Artois redoubla . La Ville
d'Arras en donna des mar--
ques éclatantes . Les Magistrats
G5
150
Actions de Graces
د
allerent en ceremonie apprendre
à Monfieur le Comte
de Villeneuve Lieutenant
de Roy en cette Place , comme
à celuy qui repreſentoit la
perſonne de Sa Majesté , en
l'absence de Monfieur le Comte
de Nancré qui en eſt le
Gouverneur , le defſein qu'ils
avoient pris d'ordonner des
Réjoüiſſances publiques. Ils
firent joüer le carrillon de la
Ville , & fonner la Cloche
Joyeuse , appellée ainſi parce
qu'on ne la fonne qu'aux occafions
de réjouiſſances , ce
qu'elle continua pendanttrois
jours , le matin , à midy , & le
foir , & une heure chaque fois.
Le 19. de lanvier on chantale
Te Deum dans l'Egliſe Cathe
drale . Les Officiers de l'Etat
Major , & de la Garniſon , &
pour la queriſondu Roy. 151,
tous les Corps de luſticeyaffifterent
en ceremonie , avec
un concours de Peuple extra-
( ordinaire. Ily ent le foir un
feu de joye devant l'Hôtel de
Ville, & des Illuminations aux
( Fenestres & au Beufroy, remplies
des Armes de Sa Majesté
( & de la Famille Royale. Les
Magiſtrats donnerent enſuite
une magnifique Collation à
Monfieur l'Eveſque d'Arras ,
aux Officiers de l'Etat Major ,
à Meſſieurs des Etats , & à tout
le Corps de Ville. On y falüa
la ſanté du Roy folemnelle .
- ment au bruit du canon , & au
fon des Trompettes , Timbales
, Violons & Fluftes douces .
Le 20. les Etats firent chanter
- une Meſſe &le Te Deum enMufique
dans l'Egliſe Abbatiale
de S. Vaaſt d'Arras . Monfieur
:
১
G4
1521
Actions de Graces
l'Abbé Danchy , l'un de ceux
qui aſſiſtent à l'Aſſemblée des
Etats,y officia pontificalement,
& l'apreſdînée Monfieur le
Marquis du Forest , qui en eft
le Député ordinaire pour la
Nobleffe , donna le Bal aux
Dames dans ſon Hoſtel,& le
foir un grand regale. Le Confeil
Souverain d'Artois s'a-.
quita auſſi du mefme devoir ,
&fit chanter un Te Deum folemnel
par la Muſique de la Cathedrale
dans la Chapelle
Royale du meſme Conſeil, où
il aſſiſta en Corps. Les jours !
fuivans on ne ceſſa point dans
toute la Ville de rendre de pareilles
actions de graces à
Dieu,par des Meſſes folemnelles
& des Te Deum en Muſique ,
que tous les Corps de Iuſtice ,
Avocats , Procureurs , Mufii
pour la gueriſon du Roy. 153.
ciens , & les Marguilliers de
chaque Paroiſſe firent chanter
tour à tour . Meſſieurs del Eſtat
Major & les Magiſtrats ſe trouverent
à toutes ces ceremo
nies , où le ſieur Doré Maiſtre
de Muſique de la Cathedrale ,
fit admirer ſa fecondité , en
donnant par tout des Compofitions
nouvelles.
La Ville d'Angers a fait paroiſtre
tout l'empreſſement
qu'on pouvoit attendre de fon
zele , dans les actions de graces
qu'elle a renduës pour la gue-
- riſon du Roy. Les Officiers du
- Preſidial reveſtus de la Robe
rouge que Sa Majesté leur a
donnée pour recompenfe de
leur fidelité ,&tous les Corps
de Iuftice firent d'abord celebrer
un fervice folemnel dans
la Salle du Palais .Les Habitans
G
154
ActionsdeGraces
vinrent y joindre leurs Prieres
à celles de leurs Magiſtrats; &
ce fut peut- eftre la premiere
fois qu'un lieu frequenté par
tant d'hommes agitez de paffions
differentes , fut tout remply
de perſonnes également
fatisfaites . Toutes les autres
Compagnies Ecclefiaftiques &
Seculiers , l'Univerſité , l'Abbaye
de Roncere , les autres.
Maiſons Religieufes & les
Communautez des Artiſans
diſputerent à l'envy à qui ſe
ſignaleroit davantage dans ces
marques publiques de joye.
Les Officiers de l'Hôtel de Ville
ſe diftinguerent dans cette
occafion par une magnificence
extraordinaire àlaquelleMonfieur
de la Feauté , Maire de la
Ville , ajoûta un grand repas .
Mais ce qui ſe paſſoitdans le
pour la gueriſon dit Roy. 155
L
fond des coeurs eſtoit encore.
-bien plus glorieux à nôtre auguſte
Monarque.Chacun dans
ſes actions de graces rappelloit
dans ſa memoire les avantages
qu'il reçoit ſous le Regne d'un
figrand Prince ; & comme toutes
ces reflexions demeuroient
renfermées dans l'eſprit des
Peuples , ou ſe terminoient à
de ſimples entretiens familiers ,
l'Academie Royale d'Angers ,
qui a droit de regarder le Roy
comme ſon Fondateur , &
comme ſon Pere , fe crut obligée
de preſter ſa voix à des
ſentimens ſi juſtes ,& d'expliquer
les fiens propres.. MonſieurDautichamp,
Lieutenant
de Roy dans les Ville& Château
d'Angers ,qui a eſté nommé
Directeur de l'Academie
en la placede Monfieur l'Evê-
G4
116 Actions deGraces
que , la fit aſſembler extraordinairement
fur ce ſujet le Samedy
15. Fevrier. Il trouvala
même ardeur dans tous les
Academiciens , qui ne ſe ſeroient
cedé qu'à regret une occafion
fi favorable de temoigner
leur reconnoiſſance dans
le difcours qu'on attendoit de
la compagnie , s'ils n'euffent
confulté leur modeſtie plûtoſt
que leur zele. Ainſi l'Academie
par un fentiment jaloux
pour fon honneur , & dans la
crainte qu'on ne puſt croire
qu'unſeulde ceux qui la compoſent
n'auroit pas eu cemefme
empreſſement ; jetta les
yeux fur Monfieur Poquet de
Livonniere, Conſeiller au Pre
fidial d'Angers, &dont le meriteluy
eſtoit tres - connu. Monſieur
Dautichamp voulut ſe
pour la guerifon du Roy. 157
charger du ſoin de la dépenſe
de tout le reſte de la ceremo
nie afin que dans cette réjoüiffance
generale il y euſt des
-marques de joye où luy feul
euſt part. La choſe s'executa
d'unemaniere qui paſſa tout ce
= qu'on en pouvoit attendre . Les
- Academiciens s'eſtant rendus
à neuf heures du matin le Samedy
22. Février , huit jours
apres la propoſition de cette
Ceremonie , dans la Salle des
Conferences Academiques ,
- toute remplie des Perſonnes les
plus confiderables de la Province,
Monfieur de Livonniere
commença fon difcours en
ces termes .
;
L'Academie plongée dans une
affliction mortelle a cu peine à refpirer
, à reprendre l'usage de la
parole. Toute étonnée du naufra
58
Actions deGraces
ge qu'elle vient d'èviter , elle se
voit au port , & doute encorefi elle
est en assurance ; mais enfin rap.
pellée de ſa conſternation par les
acclamations publiques , elle s'est
apperceuë que sa voix manquoit à
l'Armonie des lowanges de fon
Prince . Il décrivit enſuite les
alarmes de toute la France à la
nouvelle de cette perilleuſe
Operation , dont l'Europe entiere
attendoit l'évenement
comme la décision de fon fort.
Il repreſenta d'un autre coſté
le Roy ſeul tranquille au milieu
de fa Cour effrayée , qui
Maistre de la douleur même ,
continuoit d'agir en Roy dans
un eſtat où les autres ſe ſouviennent
à peine qu'ils font
hommes , & quidans ſon lict
comme ſur ſon Trône , toûjours
le Genie de l'Vnivers ,
pourlagueriſon du Roy. 159
ne laiſſoit pas de ſe donner
tout entier aux ſoins de fon
Eftat. Il dit qu'Alexandre avoit
reconnu à la douleur d'une playe,&
à l'écoulement de son sang qu'il
n'estoit qu'un homme , & que nous
reconnoiſſons aux mesmes marques
que LOUIS est au deſſus des hommes
; qu'il manquoit àla gloire du
Roydesefaire connoiſtredans l'adverſité
, mais que lafortune accoûtumèc
à luy obéir , n'oſoitrienentreprendre
contre luy , & qu'il a
voit fallu qu'ileust commencé luy
mesme les coups dont il avoit estè
frapé; & faiſant comparaiſon
des actions éclatantes de noſtre
incomparable Monarque , lors.
que nous l'avons vû forcer les
- hommes & les Elemens à reconnoiſtre
ſon Empire , àl'intrepidité
qu'il a fait voir enſe
foumettantde fang froid &
160 Actions de Graces
ſans hefiter au peril d'une
Operation fi dangereuſe , il
ajoûta que la gloire defes Conqueſtes
ne luy peut estre laissée toute
entiere; que les Conquerans font
obligez de partager l'honneur de
leurs actions avec pluſieurs autres
qui enpartagent aussi l'execution ;
que pour vaincre ilfaut desCapitaines
& des Soldats , mais que la
gloire &lafermetédefa derniere
action n'appartiennent qu'à luy
feul, & qu'ila fçeu combatre &
triompher par ses propres forces;
queſi cet invincible Monarque a
Surpaffétous les Conquerans pardess
actions heroïques , onpeut dire qu'il
asurpassé dans celle - cy toute l'intrepidité
des Philoſophes , puis que
nouslisons que Pomponius Atticus ,
l'un des plus celebres de l'Antiquité,
fe trouvant atteint de la mesme
maladie , aima mieux se laiffer
pour la gucriſon du Roy . 161
mourir defaim pour s'en délivrer ,
que de s'expoſer aux douleurs de
l'Operation , à laquelle leRoy s'est
Soûmis.
Apres avoir parlé de la joye
univerſelle qui comme un
charme puiſſant s'eſt emparée
de tous les cooeurs , il fit connoiſtre
qu'un regne est heureux ,
dont la felicité eſt aſſeuréesur des
témoignages reciproques d'amour
&de tendresse entre le Prince&م
-ſes Sujets , que la haine des Peuples
estsouvent aveugle , mais que leur
amour ſuppoſe toûjours de grandes
vertus dansceux qui enfont les objets;
qu'il faut accorder beaucoup
de qualitez contraires pour com.
mander&se faire aimer du Penple,
quen'ayant que l'obeiſſance en partage,
croit du moins afranchirſa
tangue de la fervitude , par la liberté
qu'il se donne de ſeplaindre
162 Actions de Graces
&de murmurer ; que la pluspart
des Heros n'ont trouvé qu'apres
leur mort la gloire qui leur estoit
duë, parce qu'unesecrete envie empeſche
d'honorer lemeritependant
qu'il est fur la terre ; qu'on court
aprés luy quand il n'est plus ,&
qu'on rend au nom& aux cendres
des grands Hommes , cequ'on arefuféà
leurs Perſonnes ; mais quele
Roy s'estoit élevéau deſſus du deštin
commun à tous les autres hommes ,
qu'il al'avantage d'estre luy-mesme
le spectateur des honneurs
qu'onrend àſa vertu , & de jouir
par avance de toutesa renommée.
Il rapporta que Salomon s'estoit
tellement acquis l'amour de ses
Peuples , que lors qu'il paroiſſoit
dans lerufalem ſes Sujetsravis de
joye & d'admiration , fans estre retenus
par le respect , l'appelloient
d'une commune voix leur Bien .
pour la guerifon du Roy. 163
aimé ,& que ces témoignages de
tendreſſe pleurent tellement à ce
grand Prince , que pour en marquer
- Son Sentiment ilfit écrire au devant
de fon Char en lettres composées de
Pierres précieuses cesparolesfi tendres
, le t'aime , ô ma chere lerufalem
! Que ce que l'on vit du
temps de Salomon , & qu'on n'a
point vû depuis , nous l'avions vû
ces derniersjours dans cettefuperbe
Entrée que le Roy venoit defaire
- dans Paris. Ces empreſſemens ,
pourſuivit- il , ces acclamations
des Peuples qui ne pouvoient se
raſſaſier de voir le Roy , qui lefuivoient
en tous lieux , que l'âge ,
que l'infirmiténe pouvoient retenir,
tout cela ne répond- ilpas à latendreſſe
de Jerusalem ? Qui est celuy
qui dans ſon coeur neſe doit écrié
cent fois , O mon Bien - aimé !
& n'ait dit de luy ce queJerusalem
1
164 Actions deGraces
difoit de Salomon , & Rome de Titus
, qu'il est tes delices du Genre
humain ? Et quand nous voyons le
Roy defon costéſe livrer aux careffes
de fes Sujets dans la Capitale
de ſon Royaume , s'abandonner à
leurs transports , devenir , pour
ainſi dire , leur Concitoyen & leur
Convive, afin de recueillir plus à
loiſir dans leurs yeux fatisfaits le
fruit deſesfaveurs&larécompense
deſa Vertu ,ne ſemble- t- ilpasdire
comme Salomon à. Ierufalem ,
O France que je t'aime ! le te
facrifie cette vie , que je viens
de recouvrer , & je ne la veux
employer que pour ta gloire &
pour ta felicité .
Il ajoûta , que nous ne devions
pas eſtreſurprisfile Roy reffemble
à Salomon du coſté defagloire &
defafelicité,puis qu'il luy reffem.
ble si parfaitement par les quapour
la queriſon du Roy. 165
e
litez qui le rendirent les delices
des Peuples, l'admiration des Etran.
gers , & la merveille de fon Siecle;
& continuant le paralelle de
ces deux Heros , il parcourut
leurs Vertus & leurs Actions
les plus éclatantes ; dont il fit
remarquer les raports .Il fit voir
que le Roy las de marcher fur les
pas d'Alexandre &de Cefar,avoit
cherché dans Salomon un modelle
plus digne de luy ; & finit ce paralelle
en diſant , quefile Roy eft
admirable dans les endroits par où
il reffemble à Salomon, il est encore
plus grand par ceux où il luy eft opposé;
que ce grand homme qui fut
laſageſſemesmese démentit enfin,
&qu'il effaça la gloire d'unesi belle
vie par une fin malheurense , pour
avoir renoncéau culte du vray Dieu
& élevé des Temples aux Idoles ;
qu'une conduite bien differente nous
166 Actionsde Graces
affeuroit pour le Roy d'un deſtin plus
beureux ,& que sur la foy de ce
qu'il afait pour la Religion , nous
pouvonsnous promettre qu'un Prince
qui a tant travaillé pourle Ciel
n'enferapoint abandonné.
Il finit fon difcours de cette
forte. Ioüiffons de nostrefelicité&
la concevonsbien. La Pofterité enviera
le bonheur quenous avons de
vivre ſous le Regne de LOUIS LE
GRAND. Allons rendre graces à
Dieu qui vient de le donner une
fecondefois àla Terre , & dans les
tranſports de nos coeurs , fervonsnous
des paroles que l'illustre Reyne
de Saba adreſſoit autre-fois à Salomon
lors qu'il estoit le veritable
Salomon. Dieu t'a fait Roy , luy
diſoit - elle , parce qu'il aime
Ifraël . Diennous adonnéLOVIS
parce qu'il nous aime ; Dieu nous l'a
confervé parce qu'ilnous veut renpourla
guerifon du Roy. 167
C
11
dre parfaitement heureux. Encore
une fois allons en rendre graces à
Dieu , & offrir nos jours pour prolonger
une viefi neceſſaire au bien
de la Terre , & aux interests du
Ciel mefme.
-Ce Diſcours dans lequel
chacun reconnut ſes propres
ſentimens dans toute leur force,
ſembla donner une ardeur
nouvelle à l'Aſſemblée . Si - toft
qu'il fut finy , tous les Acade
miciens ſe rendirent au Châ
teau , où ſe devoit faire le reſte
dela Ceremonie , & ils y furent
receus par la Garniſon
ſous les armes. La Chapelle de
ce lieu qui fut celledes Ducs
d'Anjou , &dont la Structure
répond à la magnificence des
Princes qui l'ont baſtie , étoit
parée de riches Tapiſſeries ,
d'un grand nombre de Luftres,
68 Actions deGraces
d'une infinité de lumieres dif
poſees d'une maniere fort ingenieuſe
, & de divers Tableaux
des premiers Peintres
de France & d'Italie , mais qui
furent peu conſiderez , parce
que tous les yeux eſtoient attachez
fur le Portrait de Sa
Majesté. Tous les Academiciens
ayant pris leur place ,
Monfieur Deniau , Docteur
de la Maiſon de Sorbonne , &
grand Doyen de l'Egliſe Cathedrale
, aſſiſté de deux Chanoines
de la meſme Eglife , celebra
la Meſſe . Elle fut chantée
par deux Chooeurs de Muſique
accompagnée de plufieurs
Inftrumens . A la fin de
la Meſſe on chanta le Te Deum
qui fut ſuivy d'une décharge
de toute l'Artillerie & de la
Moufqueterie du Chaſteau.
Les
pourla queriſon du Roy. 169
Les Academiciens au nombre
de ving-quatre furent enfuite
conduits dans l'Hoſtel de
Monfieur Dautichamp , où ils
trouverent deux Tables magnifiquement
ſervies . Ce Repas
commença & finit par la
Santé du Roy , que toute la
Compagnie but avec des fouhaits
redoublez pour la profperité
de ſon Regne , & beaucoup
de témoignages d'un
profond reſpect . On fiten même
temps une nouvelle décharge
de l'Artillerie , pour
ſervir d'avertiſſement à toute
la Ville qu'on euſt à répondre
de la meſme forte au zele des
Academiciens. Ce Diſner fut
agreable , non ſeulement par
lapropreté& par l'abondance,
mais auſſi par l'agrement de la
converſation d'un fi grand
H
170
• Actions deGraces
nombre d'hommes de lettres
tous animez d'un meſme ef
prit , & qui ſe trouvoient encore
excitez par la joye que
cette Feſte inſpiroit ; & peuteſtre
que ce Repas ne cedoit
guere aux Feſtins de ces anciens
Pliloſophes qui ſçavoient
ſi bien afſaiſonner les
plaiſirs de la Table , par tout
ce que les belles Lettres & la
Philofophie ont de plus agreable&
deplus utile.
Tout ce qui ſe paſſa dans
cette Ceremonie fut digne de
la reconnoiſſance
de cette
nouvelle Academie , & de la
magnificence de Monfieur
Dautichamp , qui aprés avoir
remply avec beaucoup d'honneur
des emplois confiderables
àla Guerre , fait connoiſtredans
les exercices Acadepour
laguérison du Roy. 171
miques dont il ſe fait un plaifir,
qu'il n'est pas moins pro-)
pre pour eftre à la tête d'une:
Compagnie d'hommes de Let
tres que pour commander .
dans les Armées .
Le Dimanche 19. Ianvier
les Echevins de la Ville de
Marſeille fortirent de leur
Hoſtel ſur les deux heures.
aprés midy , en Robes rouges,
doublées de Velours noir ,
pour aller rendre graces às
Dieudans l'Egliſe Cathedrale.
D'abord parurent les Hautbois
& les Trompetes precedez
des Fifres & des Tambours
, outre ceux qui estoient
employez dans la marche d'uneCompagniede
plus de deux
milleBourgeois& autres Particuliers
ſous les Armes & vétus
fort leſtement , que devan-
H 2
172
Actions de Graces
çoient les quatre Compagnies
des quartiers avec les Capitaines
à leur teſte. Ces Hautbois
& ces Trompettes precedoient
44. Pauvres queles Echevins
avoient fait habiller tres- proprement
par rapport au nombre
d'années du glorieux Regne
de Sa Majeſté . Chaque
Pauvre portoit un Guidon , où
d'un coſté eſtoient les Armes
de France & un Soleil de l'autre.
Derriere eux eſtoient tous
les Violons de la Ville , joints
enſemble , & ces Violons precedoient
les Echevins , qui
furent ſuivis de preſque tous
les Chefs de Famille . Dans cet
ordre ils ſe rendirent à l'Hoftel
de Monfieur Morant Intendantde
Juſtice , qui en qualité
deCommandant dela Province
, ſemit dans la marche de-
A
;
pour la gueriſon du Roy. 173
vant les Echevins , accompagné
d'un grand nombre de
Gentilshommes &de Notables
Bourgeois . Ils arriverent de
cette forte à l'Egliſe ou le Te
Deum fut chanté par deux celebres
Corps de Muſique , auſſi
bien queles autres prieres ordonnées
, Monfieur l'Eveſque
de Marseille faiſant les fonctions
en habits Epiſcopaux.
On fit pluſieurs décharges de
toute la mouſqueterie & d'u-
-ne tres - grande quantité de
Boëtes . On alla de là dans le
meſme ordre à l'Hoſtel - Dieu ,
où Monfieur Morant & les
Echevins ſervirent les Pauvres
Malades à ſouper. Aprés
cela ils deſcendirent vers la
principale Place publique , où
un tres-grand feu de joye fut
allumé. Il eſtoit orné d'un
Η 3
174
Actionsde Graces
grand nombre de Guidons pareils
à ceux des 44. Pauvres .
La mouſqueterie & les Boëtes
recommencerent à ſe faire
entendre, & tous les baſtimens
de mer qui ſe trouverent au
Port, répondirent à ce bruit
parleur canon. Grandes Illuminations
le ſoir aux Feneftres
des maiſons . Les deux jours
fuivans , les Echevins continuerent
à fervirles Malades
de l'Hoſtel ,Dieu aux dépens
de la Ville,& il ſe fit unegrande
diſtribution de pain & de
Vin , & de pluſieurs autres aumônes
pour foulager les honteux,&
pour délivrer les Prifonniers
.
Le 26. les grands Auguſtins
de la meſme Villefirent celebrer
uneMeffe folemnelle qui
fut fuivie par une excellente
pourlagueriſon du Roy. 175
muſique , accompagnée des
deux grandes bandes de Vio
lons . Sept cens Cierges éclairerent
le Maistre - Autel ,& la
Nefeftoit remplie de Lampes
d'argent & de Lustres .LaMeſſe
fut fuivie d'une Proceffion qui
commença pardeux cens Pauvres
, dont chacun portoit un
Guidon aux Armes de France.
Aprés eux parurent les Penitens
gris en fortgrand nombre
avecdes flambeaux,unebande
de Violons les fuivoit. On
vayoit enfuite Tune Troupe
nombreuſe de jeunes Enfans
richement veſtus , qui repreſentoient
leRoy,lesPrincesde
la Maiſon Royale , les hauts
Officiers de la Couronne , &
tout ce qui peut former une
Cour pompeuſe. Ils precedoient
la Mufiqué , aprés la-
H 4
176 Actions deGraces
quelle marchoient les Religieux
. Seize Penitens portoient
les Reliques , qu'on ne
fait fortir que dans les occafions
extraordinaires . Une feconde
bande de Violons fermoit
la Proceſſion , qui fut falüée
à la Place- Neuve & au
Cours par foixante Boëtes en
chaque endroit. Au retour on
fit diſtribuer plus de neuf cens
pains aux Pauvres . L'apreſdînée
Monfieur l'Evêque & les
Magiſtrats s'eſtant rendus à
l'Eglife , le Pere le Roux Religieux
du meſme Ordre , prononça
l'Eloge de Sa Majeſté .
La Muſique chantale Te Deum,
& on fit une décharge de fixvingts
Boëtes. Le ſoir toute la
Façade du Convent qui a veuë
furle port,fut illuminée.
க் Le jour ſuivant , les Augupour
la querifonduRoy. 177
1
1 ſtins Deſchauſſez firent une
Feſte magnifique. L'Egliſe qui
1 eſt aujourd'huy une des plus
belles de la Ville , eſtoit ornée
de trois rangs de Tableaux , les
plus curieux qu'on euſt pû
trouver. On avoit mis fur la
grande Corniche de grands
Vaſes d'Orangers chargez de
leurs fruits meurs poſez en diſtance
égale ,& entre ces Orangers
on avoit meflé quantité
de Chandeliers avec leurs grof-
5.ſes bougies alumées , & de Petits
Vaſes de Porcelaine garnis
de bouquets de Laurier & de
Acurs. Au deſſous entre la Corniche
& l'Architrave , on voyoit
de deux pieds en deux
pieds des doubles LL. en chifres
de couleur d'or , qui rempliffoient
agreablement la l
cede la friſe qui n'eſt po
1
H
Actions de Graces
178
core faite . Au milieu de la Nef
eſtoit un ſuperbe Trône êlevé
de frx marches couvertes d'un
Damas rouge parſemé de Fleurs
de-Lis en broderie , auſſi couleur
d'Or. On avoit placé au
deſſus un grand Fauteüil de
Velours cramoiſi avec un carreau
de meſme étofe à Dentelles&
àHoupes d'or &d'argent,
furlequel on avoit mis un Sceptred'argent
fleurdeliſé ,& une
grande Couronne Imperiale
Françoiſe auffi d'argent enrichie
de pierreries. Le Dais
étoit de Damas ceriſe chan-
-geant ſur la couleur d'or , orné
d'aigretes blanches & de plumes
rouges. Un Pavillon de la
-mefme étofe pendoit de ce
Dais , & il étoit ataché aux
deux coſtez par des Rubans
tout fur une Tapiſſerie
pourlaguerifon du Roy. 179
2
de Satin à petites rayes vertes
&blanches . On avoit mis fous
ceDais un Portrait du Roy en
ovale; & il eſtoit accompagné
en dehors de ceux de Monſei
gneur & de Madame la Dau
phine. Toutle Trône étoit fermé
par une balustrade de Damas
rouge fleurdeliſé ,devant
laquelle on avoit laiſſe un eſpa
ce vuide juſqu'à la Chaire du
Predicateur. Cét eſpace eſtoit
bordé de deux rangs de grandes
Chaiſes de Velours figuré cramoify
, mifes de coſté pour empeſcher
que l'on ne tournaſt le
dosduPortraitdu Roy. L'Autel
qui eſt tout doré , eſtoit orné de
plus de cent Chandeliers garnis
de Cierges , & d'un pareil
nombre de bouquets de
fleurs , partie naturelles , partie
artificielles , ou dans des
H 6
180 Actions deGraces
,
Corbeilles ou dans des. Vaſes
de Porcelaine placez
fans confufion , outre deux autres
grandsVaſes precieux rem
plis dePlantes de Violiers jaunes
doubles en fleur, poſez fur
deux Fenestres qui donnent
dans le Choeur des Religieux .
Un fecond Portrait du Roy en
ovale poſe ſur unTapis de Perſe,
faifoit l'ornementdu fond de
l'Eglife , & un troifiéme beaucoup
plus grand repreſentant
cePrince à cheval, faifoit celuy
dela façade qui estoit couverte
de trois grands Tapis de Damas
ceriſe rehauffé de Fleurs de
Lis, dedoubles LL. couronnées
en broderie couleur d'or. Sur
le haut de cette meſme façade
efſtoit ungrand Etendart de pas
reille étofe.
Tout cela étant ainſi difpofe,
pour la guerifon du Roy . 181
la feſte fut annoncée le ſoirdu
26. par le fon de la Cloche , par
le bruit de quantité de Boëtes,
par trois grands feux de joye
allumez le long d'une vaſte al-
1lée de Cypréspratiquée prefque
au milieu d'une Colline
chargée d'arbres toûjours
Everds , qui eſtdans l'enclos du
Monaftere ; par un quatriéme
Feu encore plus grand , que
l'onavoitpreparé au haut dela
Colline au milieu d'une plate-
-forme d'où l'on voit toute la
Ville , le Port& la Mer en trois
endroits , & par une infinité
delumieres poſées dans toutes
les Feneftres du Convent tout
de long de laGalerie de la mu
raille qui foûtient l'allée , da
balconde la plate - forme , des
Fenestres & du toit de la Chapelle
qui paroiſt au deſſus ,
১
182 Actions deGraces
dans tous les Oratoires dupetit
bois, entre les arbres meſme,
&par tout où l'on avoit jugé
que des lumieres pourroient
faire effet dans l'une des plus
belles ſituations de France, faite
naturellement en amphitheatre
. Les Pots - à - feu y avoient
eſté entre - meſlez , &
tout ce grand éclat dura trois
heures entieres. Lelendemain
on chanta une Meſſe ſolemnelle
en laquelle tous les Freres
Clercs &Convers communierent
, & fur les trois heures aprés
midy , le Pere Raphaël
prononça le Panegyrique du
Roy avec beaucoup d'éloquence.
Il prit pour textePfallite Deo
noſtro ; Pfallite Reginoftro , pfallite.
D'abord il invita toute la
France , toute l'Eglife , toute la
terre à rendre des graces infipour
la queriſon du Roy. 183
-nies à Dieu pour le retourde la
ſanté du plus grand , du plus
pieux , du plus auguſte Roy de
l'Univers , & ditqu'on devoit
en meſme temps publier par
tout les loüanges de LOUIS LE
GRAND , le Dieu donné , le
Tres- Chreftien. Il nele confidera
proprementque ſous cette
derniere qualité , quoy qu'il
n'oubliaſt pas d'inſerer adroitement
toutes les autres dans
fon difcours . Il poſa pour fondement
qu'un Prince Chreſtien
doit cultiver le Chriſtia
niſme dans ſes Etats , & l'éten
dremeſme dans les Pays Etrangers
; que pour le cultiver dans
fonRoyaume , il doit abolir les
vieilles Herefies qui s'y font
établies ,& s'oppofer aux nouvelles
que l'on voudroit y faire
gliffer , qu'il doit encore affer
184 Actionsde Graces
mir les Catholiques en la pureté
de la Foy par ſon exemple
& par le bon ordre en tout ce
qui regarde la ſaine Doctrine,
la pieté & les bonnes moeurs ;
que pour étendre le Chriſtianifime
dans les Provinces Etrageres
, il doit entreprendre la
-guerre contre les Ennemis de
l'Eglife , pour l'intereſt de la
Foy , faire des Alliances Politiques
, & employer meſme ſa
perſonne , s'il eſt neceſſaire ,
pour aller planter la Croix en
ces Pays éloignez . Il dit en peu
demots que Saint Loüis l'avoit
fait ,& il prouva dans la fuite
que le Roy avoit glorieufement
marché ſur ſes traces. Ie
ne vous dis rien de la defcription
qu'il fit de l'Herefie &
des mal-heurs qu'elle cauſe . Il
s'attacha àceux que leserreurs
pour la queriſon du Ray. 185
de Calvin avoient produits ,&
montra que toute l'Europe avoit
en vain pris les armes pour
ts'y oppofer , que toute l'Egliſe
aſſemblée avoit en vain fulminé
tous fes carreaux , qu'un
Siecle entier n'avoit pûtrouver
un Hercule pour mettre ce
Monſtreen pieces , que cette
Hydre éfroyable avoit toûjours
preſenté de nouvelles têtes
plus venimeuſes , que la
gloire de l'étoufer eſtoit refervée
à LOUIS LE GRAND , &
que le Vainqueur des Villes ,
des Provinces , des Etats , devoit
encore vaincre les Enfers .
Delà il s'étendit inſenable .
ment fur les conquêtes du Roy.
Ilmarqua le peu de temps qu'il
y avoit employé , & fit voir aprés
cela le bon ordre qu'il a
étably. dans ſonRoyaume pour
186 Actions de Graces %
la faine Doctrine & les bonnes
moeurs . Il parla des Declarations
contre les irreverences
dans l'Egilſe ; contre les blafphêmes
& les duëls ; des Ordonnances
pour les Univerſitez
, la Police & la Iuftice ; du
choix des perſonnes de merite
pour les Dignitez & les grands
emplois;& conclut que la pieté
du Roy & le bon exemple
qu'il nous donne , eſtoient la
caufe de l'heureux état où nous
voyons aujourd'huy la France.
Ce Panegyrique recent tout
les applaudiſſemens qui luy étoient
deus . Lors qu'il fut finy,
Monfieur l'Eveſque de Marſeille
entonna le Te Deum , qui
fut continué par deux Choeurs
d'une excellente Muſique ,
meſlée de Symphonie avec les
Hautbois& les Violons.
pour la queriſon du Roy. 187
Je vous ay marqué dans la
- premiere partie de cette Lettre
que lors que Monfieur Begon ,
Intendant des Galeres , fit rendre
des actions de graces dans
la Cathedrale de Marseille ,
Monfieur Muret avoit fait un
tres -beau Diſcours à l'avantage
du Roy. On vient de m'en
envoyer une Copie , &je croy
devoir vous en faire part. Il
prit pour Texte , Gaudete cum
gaudentibus , flete cumflentibus , &
pourſuivit en ces termes .
Lfaut queje vous avonë ,Mefſicurs
, qu'au lieu de ma foible
voix , &du peu de talens dont la
Nature ma pourven ,nous aurions
beſoin icy de toutes les voix du monde,&
de toutes l'éloquence des Orateurs
qui m'ont precedé , parce que
tout lemonde est intereſſfé au sujet
!
188 Actions de Graces .
qui nous aſſemble,&que toute l'élo
quence humaine ne peut pas s'en
acquiter dignement. Ils s'agit de
remercier Dieu pour la conſervation
de nostre auguste Monarque,&fi
Sanaissance miraculeuse , quinétoit
qu'un preſage de sa vie toute
heroique , à esté celebrée avec tant
defolemnité , que le bruit s'en eft
fait entendre dans les Pais les plus
éloignez ; aujourd' buy que toute la
Terre est témoin de ses actions plus
qu'humaine . & qu'onn'a compté
juſques à preſent tout le cours de
Son Regne queparun enchainement
continuel de miracles. Que dis-je?
Aujourd'huy que le Cielſemble estre
auſſi intereſſéque la Terreàla con.
Servation d'une vie ſi precieuse,
n'aurions-nous pas besoin qu'il se
joigniſt avec nous,pour nous acquiter
tous ensemble d'un devoirsi iuste?
Esprits celestes , nous apprenons
pourla gueriſondu Roy. 189
dans l'Evangile de nostre commun
Maistre , quevous vous réioüiffez
à-hautfur la Converſion du moin-
Are Pecheur. Quelle doit donc eftre
voſtrereioüiſſance à l'heure que ie
barle, où les Pecheurs les plus obſti-
Bez,& dont la Conversion paroiſſoit
impoffible, les Courtisans , les Iufticiers
, les Heretiques &les Infidelles
ſubiſſent les loix de LOUIS
LE GRAND , qui ne les foûmet à
fon Empire que pour lesfoumettre à
celuy deDieu ?
La Cour, depuis qu'ily ades Souverains
dans le monde , a toûjours
pafſé pour une Ecole de corruption.
Onn'y respiroit qu'un air empesté .
lequel rendoit vicieux non ſeulement
ceux quiyfaisoient leurſejour
ordinaire ; mais ceux-mesme quine
faisoient que s'en approcher . Onny
reconnoiſſoit point d'autre Divinité
que l'Idole de la Fortune , & on
190
Actions de Graces
n'y prenoit point d'autre regle pour
s'y conduire que lavolupté , lefaſte,
l'ambition;mais ce n'estplus dans
laCourde France que l'on voit regnercespernicieuses
maximes.Com.
me le Prince est fortemetpenetrédes
veritez effentielles de la Religion,
& qu'il ne ſe conſidere icybas que
comme le premier Ministre du Souverain
Seigneur de l'Univers , il
apprendà tous ceux qui ont l'honneur
de l'approcher , & par fon
exemple& parses ordres particuliers,
à ne regarder cette vie que
comme unpassageàla vie Eternelle,
&àfaire une difference infinie,en
tre le respect qu'odoit àſonThrône,
& celuy qu'on doit à l'eſtre Souverain.
Il n'a pas moins purgé lafu
ſtice des abus qui s'y estoient gliſſez ,
lesquels ſembloient d'autant plus
invincibles , qu'ils avoient acquis
comine un droit de preſcription par
ان
pour la gueriſon du Roy. 191
-le long usage de leurs formalitez,
Quoy qu'il n'y ait qu'une Justice
dans le monde, comme iln'y aqu'une
Divinité; neanmoins ces Enfans il-
(legitimes s'estoient fi adroitement
deguisez ſous le maſque apparent
de leur commune Mere , jusques
aux plus intereffezyestoient trom
pez. Danstous les Tribunaux on ne
reveroit plus que la chicaneau lieu.
de l'équité , & Loppreſſion ſe cachant
ſous les formalitezde la procedure,
l'innocence estoit reduite à
gemirfans oferse plaindre , parce
qu'elle apprehendoit de ſe méprendredans
la violence qu'elle fouffroit.
Ce defordre avoit presque
commencéavecla Monarchie , car
bien que les Sieges de Iudicature
ayent changé diverſes fois & de
forme & d'assiette , la chicane s'y
estoit toûjours maintenuë ſous les
couleurs qui la déguiſent , & nos
}
192
Actions de Graces
Roys , qui ont toûjoursfait une pro
feſſion particuliere des Armes s'af-
Seurant fur l'integrité des Magistrats
qu'ils établiſſoient , na
voient garde de combattre cet en
nemy domestique ,au mesme temps
qu'ils faisoient trembler tous les
Etrangers , parce qu'il leur estoit
inconnu. Mais commentse cacher
aux lumieres de nostre Solcil, qui en
toutes chosesfurpaſſe autantfes Predeceffeurs,
queſes Predeceffeurs furpaffoient
tous les autres Roys de la
Terre.Quoy que les Armes de la Nation
Françoise n'ayent jamais estéfi
glorieuses que sous son Regne , les
deſſeins plus vastes , ny les entrepri
Ses plus surprenantes , il n'a pas
laiſſéde se trouver toûjours tout en.
tierdans lecoeurdefon état, dans le
temps mesme qu'il estoit au dehors à
la teſtedeſes Armées, &Songenie,
qui conformement àſa Devise ,n'a
:
iamais
pour la gueriſon du Roy. 193
jamais eu de pareil , penetrantpar
les rayons de son équité dans les te..
nebres de laprocedure, comme ilpe
netroit par l'éclat de ſes Victoires
par tout ou sa valeur l'appelloit ,
nousluy avons oûy prononcerégalement
les Oracles de la Paix & de
la Guerre , & renverſer toutes les
retraites de la chicane parfes Codes,
de mesme qu'il a renversé les
Fortereſſes les plus imprenables de
Ses Ennemis parle bruit defon Ca
non, & par laforcedeſes Armes.
L'Herefie abbatuë & éteinten'a
pas moins relevésagloire.Ce monstre
, qui par ses déguisemens Spccieux
élevoit Autel contre Autel,
&qui parses nouveautezen vouloit
impofer à l'Antiquité la plus
venerable,avoit défiguré tout l'Ordre
Hierarchique , non seulement
parun nombre presque infiny d'Apostats
, qui trouvoient impune-
I
194
ActionsdeGraces
ment l'aſſouviſſement de leurs paffions
dans ce changement de diſci..
pline, maispar des Dogmes imagi
naires , par lesquels en affectant
de détruire des Idoles pretenduës ,
enfermoient autant de veritables ,
qu'ils expofoient enfaite avec audace
,&fans autre authorité que
cellede leur caprice , comme le veri.
table culte de la Religion. D'un
costéles malheurs du temps , cauſez
par lamortdu Prince non moinsfuneste
qu'impreveuë,&par la minorité
de ſes Enfans , & de l'autre
l'ignorance , &les vices du Clergé,
avoient beaucoup contribuéà fou
affermiſſement. Comme l'infotence
l'avoitfait naiſtre , la mesme infolence
continuantà la pouffer dans
fes progrés ,pourſe maintenir, elle
ne respecta plus ny Dieu , ny ses
legitimės Souverains. Contre toute
l'évidencedel'Ecritureellefit par
pour lagueriſon du Roy. 195
ler Dieu à sa mode ,& contre l'obeiſſance
qu'elle devoit àses Princes
, elle les obligea les armes à la
main de luy accorderpar plusieurs
Edits tout ce qu'elle voulut , jusqu'à
avoir des Places particulieres , pour
yvivre dans l'indépendance,malgré
la dépendance eſſentielle qui lie les
Sujets avec leur Souverain. Qui le
aroiroit , Meſſicurs , que nostreMonarchie,
qui est la plus abſolaë &
lamieux reglée de toutes , ait nean
moins fouffert si long-temps une ſi
grande breſche ſans pouvoir la reparer?
Sept Roys differensy ont tra
vaillé tout deſuite, &n'y ont point
néussi. Cependant ce que n'a pûfaire
toute laſageſſe de lear Conseilpondant
plus d'unfiecle, ny toute lafor
cede leurs Armes, ny toutes les lu
mieres des plus grands Docteurs,
LOVIS LEGRANDle fait
avec une seule parole , & en moins
I 2
196 Actions de Graces
!
d'un mois , c'est à dire , en auffi peu
de temps qu'ilen a falu pour envoyerſes
ordres.
Se faut-il étonner aprés cela ,ſi
les Infidelles même qui n'avoient
aucune connoiſſance du veritable
Dieu , viennent des extremitezdu
monde , pour l'apprendre du plus
religieux Monarque quifut jamais?
Ils ne pouvoit s'imaginer , qu'un
Prince,quinefait rien que d'extraordinaire
,& dont lavie toute glorieuſe
remplit toute la Terre d'admiration
, ne ſoit foutenu dans tou
tés les entrepriſespar une puiſſance
plus qu'humaine,& que cette puis-
Sance nefoit laseule qui merite nos
admirations,puiſquemalgrélesDivinitez
qu'ils adorent eux mêmes,
ellele fait triompher , ou respecter
de tous les autres Souverains. Que
j'ay deplaisir, quand jevois au pied
de fon Throfne les Barbares , les
1
pour la guerifon du Roy. 197
Ameriquains , & les Asiatiques ,
les uns pour implorer ſaclemence ,
lesautres pourſemettreſousfaprotection
, & les autres pour avoir
- part à son amitié ! Mais ma ioye
dans cette rencontre ne vient pas
tant de cette espece d'hommage que
ie vois luy rendreparces Etrangers,
* que de la diſpoſition où ils entrent
par là, de le rendre un iourparSon
* moyen auveritable Dieu.
Rien nerepresente mieux la Divinite
ſur la terre qu'une Puiſſance
Souveraine , laquelle toute mor
telle qu'elle paroiſt à nos yeux , à
tous les traits de l'immortalité;ſoit
par la ſageſſe deſa conduite , ſoit
par lapenetration de ſes lumieres ,
foit par l'iniquitéde ſes Loix,foit
par son naturel toûjours bien-fai
Sant,foit parsa liberalité inépuisa.
ble , foit par la valeurde fon bras
invincible , foitpar l'égalité inal-
13
198 ActionsdeGraces
terable defon esprit ,ſoit enfin par
l'execution infaillible de tous fes
proiets. Les Romains ont fait au
trefois l'Apotheoſe de leurs Empereurs
pour de moindres qualitez que
celles que ieviens de vous déduire ,
&fi les Siamois n'osent par respect
regarder leur Monarque , s'ils fe
profternent tout de leur long enfa
presence, & s'ils n'entendent fa
voix qu'avec tremblement ; iem' af
Seure qu'ils nese figurent pas avec
tant de vertus éclatantes , & qui
ne font pourtant que comme une é
bauche de celles de LOVIS LE
GRAND.
Quel bonheur pour la France de
poffeder un fi grand Prince , & quel
malheur pour elle , fi nous fuſſions
venus àleperdre ! Nous avons esté
àdeux doits de ce malheur , Mefſieurs
, bé qui fçait si nos pechez
n'en estoient pas la cause ? Carnous
pour la gueriſon du Roy. 199
voyons dans l'Ecriture , que comme
Dicu donne quelquefois àſon Peuple
des Roys dans ſa colere , il luy ofte
auſſi quelquefois ceux qu'illuy a
voit donnezpoursa facilité. le
tremble encore quand ie pense à
l'operationſi dangereuse qu'on luy
afaite , &dont la cure nousa te-
-nus plus d'un mois dans de conti
-nuelles alarmes . Luy ſeul par une
fermeté qui n'a point d'exemple , a
parú inébranlable. Un moment avant
que de se mettre entre les
mains des Chirurgiens , il voulut
voir tout ce qui le devoit le faire
Souffrir. Aulieu d'en paroiſtre étonné
, il ne voulut point permettre
qu'onusast d'aucune précaution , il
Se tint toûjours dans l'estat d'un
homme libre , & qui estoit aſſeuré
d'eſtre maistre de sa douleur. En
effet apres avoir achevéſapriere ,
& avoir remis entre les mains de
L4
100 ActionsdeGraces
Dieu , &ſa ſanté,le falut de fes
Peuples , il fouffrit fans s'éfrayer ,
Sanspaflir,fans murmurer, & avec
une patience plus qu'heroïque tout
le mal qu'on luy faisoit. O prodige
de constance : Aucun cry ne luy échappa;
& bien loin de témoigner
la moindre crainte , fi- toſt que l'Operation
fut finie , comme s'il n'avoit
rien fenty , il demanda d'un
fang froid , fi on ne l'avoitpas épargné,
parce qu'il avoit recom_
mandésur toutes choses dene le pas
faire.
Mais raſſurons-nous , Meſſicurs ,
il n'y a plus rien à craindre , nous
venons d'apprendre Sa parfaite
guerison. Le même Dieu qui nous
l'a donné dansſa naiſſancepour le
bonheur de cefloriſſant Royaume ,
nous l'a redonné une ſeconde fois
aprés fa maladie , &comme cette
espece de seconde naissance n'est
pour laquerifon du Roy. 201
لا
guere moins miraculeuse que lapremiere
, nous n'en devons pas efperer
de moindres avantages. Oüy , fi
nous avons veujuſques àpresent la
Francedans undegréàdonner de
l'envieàtoutes les autres Nations
fe faire craindre& respecter par
tout , porter son commerce juſques
aux extremitezles plus reculéesde
ba Terre , par où le Soleilſe leve&
fe couche , cultiver toutes les Scien
ses , embellir tous les Arts,Seremplir
tous les jours de nouvelles richeffes
, &parsespropres Manu-
-factures qu'elle a miſesdans leplus
haut point de leur perfection , &
par celles qu'elle a enlevées aux
Pass étrangers, dominerfur la Mer,
comme elle dominoit déja fur lav
Ferre, par une Flote puiſſante de
gros Vaisseaux , qu'aucun autre
étatne pourra jamais égaler oppo
fer de tous coſtez àfes Voisinsdes
5
10
L
202 Actions de Graces
Places inexpugnables , qui la mettent
àcouvert detoutes fortes d'infultes
, & joüir ſeule d'un repos
affeuré, apres cela,que ne devonsnous
pas attendre de l'avenir ? Iu
geons- en , Messieurs ,par le passé.
Graces à Dieu,le Prince que
nous venons de récouvrer , est le
meſme qui nous a déja procurè defi
grands avantages. Toutefon Hiſtoire
n'eſt tiſſue que de merveilles.
Comme il est grand de luy même ,
ilne peut jamais rien faire que de
grand. Et en effet qu'ya - t - il de
plus grand, que de policer unvaſte
Royaumeavec lamesme facilité,&
le mefme ordre , qu'on regleroit une
Seule Famille, fupprimer le Blasphême
, confondre Limpieté , retrancher
les Duels , étouffer les nouveautez
, & de deux Settes differentes
, qui partageoient tout l'Etat,
n'enfaire qu'une mesme Religion?
pour la guerifon du Roy. 203
f
Qu'ya-t-il de plus grand que de
s'élever au deſſus de toutes lesvenës
de l'esprit humain ,&par une merveille
qui n'avoit jamaisesté con
nuë , quiſurprendra toute la Posterité
,& qu'elle ne fera qu'admirer ,
Sans pouvoir l'imiter, ni la comprendre
, forcer le cours des Eaux
par degrands Aqueducs, changer le
lit naturel des Rivieres , les faire
monter plus haut que leur source ,
&joindre des Mers qui estoientfeparées
parplus de quarante lienës
de terrain ? Roys d'Egypte , qui a.
vezfait paſſer vos Pyramides pour
un des miracles du monde , avoüer
neanmoins que vous n'aveziamais
pû joindre la Mer rouge àlaMediterranée
, quoy que l'espace foit
bien moindre que celuy dont nous
parlons, &les Romains, qui étoient
les Maistres de toute la Terre , &
quiſembloient ne trouver vien d'im
LG
204
Actions deGraces..
poſſible, n'y ont- ils pas perdu leurs
peines aussi-bien que vous , quand
ils ont voulu entreprendre de percer
Seulement l' Ifthme de Corinthe, qui
n'avoit qu'une seule lieuë de lon.
queur ? Qu'y at ilencore de plus
grand que ces vaſtes Magazins ,
&ces prodigieux Arcenaux , lef
quels faisant naistre tout àcoup l'abondance
dans laſaiſon la plus rude
& la plus sterile , donnent le
moyen aux Troupes de tout entre
prendre&de tout emporter. Douze
Provinces ont estéfubiuguées de cette
maniere , & le nombre en fera
plus grand , quand LOVIS nevou
dra pas borner& arreſter l'ardeur
defon courage. Enfin qu'y a-t-ilde
plus grad que ce nombre presque infiny
de Victoires,qui ne meriteroient
pas moins de triomphes , que ceux
qu'on a deferez à tous les anciens
Conquerans , & dont la rapidité
pourlagueriſon du Roy. 205
1
n'est pas moins glorieuse que l'importance
de la Conquefte?
Ces Victoires ne sont pas encore
achevées , Meſſieurs. Nostre incompavable
Monarque n'a remporté
celles dont je viens de vous parler ,
quepour vous donner l'exemple de
celles que vous devez remporter
vous- mesmesousfesordres.LeCorps
formidable des Galeres ayantàla
teste deux Illuftres Chefs , dont le
Fils marchant àgrandspas fur les
tracesglorieuses du Pere, ne cueillera
pas moins de Lauriers dans le
Champ de Mars , puisque dans
- une jeuneſſe vaillante&vigoureu
fe , nous tuy voyons déja défier les
✓ Capitaines les plus confommez. Ce
Corps agiſſans ſous la conduite du
Ministre le plus éclairé , le plus
infatigable & le plus fidelle qui
fut jamais ; fous la direction d'un
- Intendant dont la vigilance l'es
206 Actions de Graces
xactitude , les lumieres , l'integrite,
l'æconomie , & la generofité tout
ensemble ne laiſſent vien échaper
de tout ce qui peut regarder le Service
, ou l'honneur de ſon Maitre
; ſous les ſoins encore d'un Munitionaire
desintereſſé, qui consacre
Ses propres interests aux interests
de l'Etat , ce Corps , dis_je , com
posé de Heros , c'est à dire, de tout
ce qu'ily a de plus brave & de plus
intrepide , fait déja trembler le
Croiſſant en bien des endroits. Ie
ne doute point que dans peu la
Chreftientene luy ait obligation de
la délivrance de la Terre Sainte,&
que par les dépoüilles que vous en-
Leverez àces Ennemis déclarez du
nom Chreftion , Marseille en devienne
auffi riche par le Butin de
L'Orient que parson commerce.
Puis donc , Meſſieurs , que vous
eftes, fi intereſſez ausujet qui nous
pour la gueriſon du Roy. 107
affemble,&que la gloire de noftre
-Auguste Monarque doit faire la
voftre , redoublons nos voeux , non
Seulement pour remercier Dieu de
nous avoir confervé ce grand Prince,
mais afin qu'ilnous rende dignes
-de le poffeder long - temps. Entrons
pour cela dans l'esprit de l'Eglise ,
ioignons nos Prieres àcelles de toute
la France ,& ne ceſſons iamais de
prier pour la conſervation d'une
vieſiprecieuse , qui comble lanostre
defelicité..
1
3
- Le 17. Ianvier, leTeDeum fut
chanté avec Simphonie aprés.
une Meſſeen Muſique dans la
principale, Egliſe de Caude
bec, Capitale duPays de Caux ,
le plus beau des Territoires de
Normandie . Le Prefidial &le
Corps de Ville y aſſiſterent,&
le feu fut mis avec ceremonie à
208. Actions de Graces
?
deux Buchers,placez , l'un dans
la grande Place , & l'autre dans
celle de la Maiſon de Ville . Le
Portrait du Roy eſtoit à chacunde
ces endroits , avec une
Garde actuelle qui fur relevée
dans les regles tant qu'il y reſta
. La Bourgeoifie en grand
nombre eſtoit ſous les armes .
Diverfes inſcriptions environnoientces
Portraits. Il y en
avoit une entr'autres tirée du
ſecond Livre des Machabées,
que Monfieur Buſquet de
Chandoiſel,LieutenantGene.
ral du Prefidial , avoit appliquée
heureufement autour
d'un Soleil fortant d'un épais
nuage. En voicy les paroles.
Dies affuit,quo Solrefulfit qui prius
erat in nubilo , accenfus est ignis
magnus , ita ut omnes mirarentur.
Ce Magiſtrat donna- un ſplen
pour la queriſon du Roy. 209
dide diſné au Chef du Clergé,
aux Officiers des deux Corps ,
& aux Capitaines Quarteniers,
& le foir il regala magni-
- fiquement les Dames . LeBucher
qu'il avoit fait élever devant
fa porte , fut allumé devant
elles au bruit des Tambours&
au fon des Inſtrumens .
La Feſte ſe termina par leBal .
Ie ne parle point d'une Fontaine
de Vin que firent couler le
Prefidial & l'Hoſtel de Ville,
ny des Feux de joye accompagnez
d'Illuminations aux Fe-
- neſtres , qu'on alluma le ſoir
dans toutes les Ruës. C'eſt ce
qui s'eſt fait dans chaqueVille.
Monfieur de Novion , Evefque
d'Evreux , n'eut pas fi - toſt
appris l'heureuſe covaleſcence
du Roy, qu'il en fit rendre
graces à Dieu , folemnelle210
Actions de Graces
ment dans ſa Cathedrale. Tous
les Corps de la Ville aſſiſterent
an Te Deum que la Muſique y
chanta.Il avoit fait dreſſer plufieurs
Tables dans la court de
l'Eveſché , où le pain & le Vin
furent abondamment diftribuez
à tous venans . Toutes les
Compagnies de la Ville en armes
allerent le falüer , & firent
pluſieurs décharges de leurs
mouſquets , ce qu'elles redoublerent
autourd'un grand feu,
dreſſé devant la grande porte
de fon Palais. Ce Prelat neſe
contenta pas de cette démon.
ſtration de joye."Monfieur de
Chamillart , Prevoſt General
dela haute Normandie , frere
de feu Monfieur deChamillart,
qui a eſté Intendant à Caën,
luy ayant demandé permiffion
de faire chanter un autre Te
pour la gueriſon du Roy. zII
tt
e
Deum dans l'Egliſe de S. Denys
fa Paroiffe , il l'entonna luymefme
en habits Pontificaux,
&il fut continué par la Mufique.
Deux jours aprés il en
indiqua un troifiéme pour les
Officiers de ſon Officialité , &
il en fit encore toutes les cere
monies au bruit du Canon de
la Ville qui s'eſtoir déja fait
entendre dans les deux pre
mieres occafions . Meſſieurs du
Prefidial & Bailliage rendirent
les meſmes actions de graces
dans la Chapelle de leur Prétoire,&
Meſſieurs de l'Election
aux Iacobins avec un feu de
joye hors la porte de l'Eglife.
La mefme ceremonie fut faite
leparement par les huit Curez
de la Ville & par toutes les
cõmunautez Religieuſes avec
beaucoup d'appareil
penfe.
&dedé212
Actions de Graces
On a montré le meſme zele
à Vendofine. A la premiere
nouvelle que l'on y receut de
la gueriſon du Roy, Monfieur
de Remilly , Bailly de la Province,&
Maire perpetuel de la
Ville , fit chanter une Meſſe
folemnelle & un Te Deum dans
l'Egliſe du Château. Il y affifta
accompagné des Echevins , &
tout le Clergé Regulier & Seculier
s'y trouva,ainſi que toutes
les Compagnies de Iuftice.
Le lendemain le Corps de la
Iuſtice ordinaire , à la teſte de
laquelle eſtoit Monfieur le
Bailly , fit la meſme choſe dans
l'Egliſe des Cordeliers . Ces ceremonies
furent ſuivies de celle
des Peres de l'Oratoire , qui
fut annoncée le ſoir du jour
precedent , par l'Illumination
de leurs bâtimens. On chanta
pourla gueriſon du Roy . 213
15
es
He
h
une grand' Meſſe & le Te Deum
dans leur Eglife, où le Portrait
du Roy estoit ſur un Trône.
L'apreſdinée ils tinrent table
ouverte dans leur Terre de
Courtnas, éloignée d'un quart
de lieuë de la Ville. La leuneſſe
de leur College y vint ſous les
armes ,&il y eutun grand feu
de joye. Les Officiers des
Grands Iours & ceux de l'Ele-
&ion , voulant imiter leur magnificence,
les premiers firent
illuminerla Tour& le Portail
de l'Abbaye de la Trinité , &
t
les autres choiſirent la mefme
Eglife des Preſtres de l'Oratoire
pour faire chanter leur Te
Deum. Il y eut des Illuminations&
des Fontaines de Vin ,
& la Feſte ſe termina par un
feu de joye , & par des Feux
d'artifices . Les autres Villes
214
Actions de Graces
de la Province , les Paroiſſes
mefme de la Campagne, &furtout
Madame l'Abbeffe de la
Virginité , marquerent leur
zele à l'exemple de Vendofme.
Ces Réjoüiſſances que Monfieur
le Bailly & Maire avoit
commencées , finirent par luy
le 6. de Février . Il ſe rendit à
l'Egliſe du Château ſuivy des
Echevins & de tous les Corps
de Iuftice . Les Communautez
y étoient venuës en Proceffion
. Le Te Deum y fut encore
chanté en Muſique , pendant
que la Bourgeoiſie ſous lesarmes
à pied & à cheval faifoit
de continuellesdécharges. Un
grand feu de joyeſuivy d'un
feu d'artifice , achevales Réjoüiſſances
de cette journée.
Le 30..de Ianvier Mr de
Loyſnes , fecondPreſident au
pour la gueriſon du Roy. 215
Mortier du Parlementde Mets,
- fit rendre des actions de graces
dans l'Egliſe des Vrſulines
, où il a deux filles . D'abord
les Trompetes & les Tim-
1 bales ſe firent entendre dans la
court de ſon Hoſtel qui répond
à cette Eglife . Aprés un motet
chanté par les Religieuſes avec
Simphonie ; le Superieur ac-
(compagné de pluſieurs Eccleſiaſtiques
, entonna le TeDeum
qu'un grand Corps de Muſique
poursuivit. Il eſtoit de
la compoſition du Maiſtre de la
Cathedrale , tres -habile homme
,& dont la maniere a receu
pluſieurs fois des applaudiſſemens
de Sa Majeſté. Le
foir on alluma un grand feu
devant la porte de l'Hoſtel de
ce Preſident ; & il fut fuivy
de quantité de Fuſées volan
216
Actions de Graces...
tes , de Petards , de Serpenteaux
, & d'autres feux d'arrifice
, qu'on vit partir d'une
Tour fort élevée de l'Hoſtel ,
où les meſmes Trompetes &
Timbales qu'on entendoit
preſque de toute la Ville , faiſoient
un effettres- agreable.
Le 10. de Fevrier Meſſieurs
les Treforiers de France en la
Generalité de lamefme Ville ,
firent chanter un Te Deum dans
l'Egliſe Royale de Saint Victor
. La Muſique, la Simphonie,
les Trompetes & les Timbales
ſemblerent ſediſputer la gloire
de cette action . An fortir de
l'Egliſe Mr de Navarre , Prefident
à ce Bureau , alluma le
feu dreſſé dans la Place . Il eſtoit
à la teſte de fon Corps .En meſme
temps parurent des Illuminations
pour la guérison du Roy. 217
nations autour du Portrait de
Sa Majesté , qui avoit eſté expoſe
ſous un Dais de Damas
cramoiſy à creſpine d'or entouré
de Tapiſſeries au de-
- vant de la maiſon de Monfieur
Fetiq , Procureur du Roy au
mefme Bureau . Une Fontaine
de Vin fit un jet qui ne tarit
qu'à minuit.Les Fuſées volantes
parfemerent l'air d'étoiles ,
& toute la Ville retentit d'une
artillerie tres --bien ordonnée ,
compoſée de petites pieces de
Campagne , de Boëtes & de
Mortiers.Il ſe fit trois décharges
, la premiere à fix heures ,
la ſeconde à huit ,&la troifié .
me à dix. Il y eut un ſoupé
ſervy avec beaucoup d'ordre ,
auquel toutes les perſonnes
confiderables furent invitées .
Le 26. Janvier MonfieurCo-
K
218 Actions de Graces
tolendi , Conful de la Nation
Françoiſe à Livourne, fit tirer
une infinité de Boëtes & de
feux d'artifice devant ſa Maiſon
, qui fut illuminée toute la
nuit par trente flambeaux de
cire de Venise , & par cent
Bougies de la meſme ciredans
des Chandeliers d'argent. Le
jour ſuivant il fit diſtribuer
du pain , non ſeulement à tous
les Pauvres de la Ville , mais
auſſi à tous les Hôpitaux &
dans les Priſons.Sur le midy il
fit chanter une grand'Meffe &
unTe Deumdans la Chapelle de
S. Loüis , par trois grands
corps de Muſique , compoſée
des plus excellentes Voix d'Italie
, qui ſe trouverent alors
àLivourne.Pendant ce tempslà
, on tira encore une tresgrande
quantité de Boëtes,qui
pour laqueriſon duRoy. 219
furent ſuivies par ſon ordre ,
d'une décharge generale de
l'Artillerie de tous les Bâtimens
qui estoient au Port.
Les Frontieres de l'Etat ont
fait connoître par leurs Réjoüiſſances
, que pour n'avoir
pas toûjours eu l'honneur d'appartenir
, à noſtre auguſteMonarque
, elles n'ont pas moins
de zele pour ſa Perſonne facrée
, que les Peuples nez ſous
ſa domination , dont ces nouveaux
Sujets reconnoiffent
tous les jours la douceur & la
justice. La Sarre s'eſt ſignalée
en cette rencontre ;& Mon
ſieur de la Goupilliere , Intendant
de cette Province , qu'il
a formée par ſes travaux , embellie
par ſes foins , & réglée
par fon équité , pour fatisfaire
àl'empreſſement des Peuples ,
K 2
220 MERCURE
alla à Sar- Loüis où il fit chanter
un Te Deum dans la grande
Eglife. Tout le Clergé y aſſiſta
en Chapes , & Monfieur de
Choify Gouverneur, Monfieur
l'Intendant , le Prefidial en Robes
&tous les Officiers de la
Ville , & des Troupes , s'y
trouverent avec une devotion
digne d'une ſi ſainte ceremonie:
Ces marques de leur zele
pour le Roy , ne ſatisfirentpas
peu Monfieurde la Goupilliere
, mais cela ne ſuffifoit pas
encore à fon zele. Il ſe rendit
en diligence à Homboure , &
ayant ordonné au grand Prevoſt
de ce gouvernement que
le jour des Rois ſes intentions
fuſſent executées , l'Egliſe fut
remplie de lumieres. Il y eut
Predication à l'iſſue des Vefpres,&
le TeDeum fut chante
pour la gueriſon du Roy. 221
enfuite. Monfieur l'Intendant ,
Monfieur de la Clos, Major &
commandant en l'absence de
Monfieur le Marquisde la Bretêche
Gouverneur de cette
Place, le Maire & les Echevins
de la Ville , les Officiers de la
Garniſon , & les Bourgeois
aſſiſterent àà tout , avec la pieté
que demandoit cette grande
Feſte. Au fortir de l'Eglife , la
Compagnie étant rentrée chez
Monfieur l'Intendant où elle
avoit dîné , elle fut agreablement
ſurpriſe par une grote
qu'elle trouva dans la court.
Au milieu de pluſieurs Sapins
s'élevoit une pointe de Rocher
I couvert de mouſſe , mais fi naturellement
repreſentée,qu'on
l'auroit pris pour une des vieilles
Roches que le hazard formedans
les Deſerts. Du haut
K 3
222 Actions de Graces
de ce Rocher ſortoit une Fontaine
de Vin qui rejalliſſoit
juſques au devant des Armes
du Roy , qu'on avoit placées à
fix pieds de hauteur au deffus
du baffin de la Fontaine. Des
Bougies attachées aux arbres
en divers endroits , & dans
T'enfoncement de la Grote ,
faifoient un ſpectacle qui farisfaifoit
beaucoup les yeux.
La Fontaine coula de lamême
force jufques à deux heures
aprés minuit , ce qui fut un
divertiſſement agreable pour
le Peuple . Monfieur l'Intendant
donna un magnifique
foupé aux Dames & aux Officiers
, & le Bal enfuite. Les
Bourgeois de leur coſté n'oublierent
rien pour marquer
leur zele . La Ville futilluminée
de toutes parts , les Habipourlagueriſon
du Roy. 223
tans ayant affecté de mettre
fur leurs Feneftres plus de lumieres
qu'on ne l'avoit ordonné
, afin de faire connoiſtre
que les témoignages de leur
joye eſtoient plûtoſt un effet
de leur inclination que deleur
obeïſſance . Le Buſte du Roy
paroiſſoit au deſſusdu Balcon
de laMaiſon de Ville, illuminé
de flambeaux. Le lendemain
Monfieur de Sheraulle ,Capitaine
de Dragons , donna le
Bal, dont il s'acquitta avec
beaucoup de galanterie.
l'ay déja parlé de quelques
Particuliers , qui ſeuls ont fait
autant que des Corps ; & j'ay
crû devoir le faire connoiſtre,
parce que c'eſt une choſe , qui
n'a jamais eſté faite que pour
le Roy. Auffi me paroit-elle
plus à remarquer à cauſe du
K 4
224
Actions de Graces
zele,dans cette occaſion où l'on
avoit craint pour une vie fi
precieuſe à l'Etat , que ce
qu'ont fait des villes &des Provinces.
Monfieur de Cuvillier,
Renoüeur & Valet deChambre
ordinaire du Roy , s'eſt
trouvé du nombre des Particuliersdont
je vous parle. Il fit
chanter unTe Deum aux grands
Auguſtins le 26. de lanvier.
Les Trompetes & les Timbales
s'y firent entendre. Il y eut
Proceſſion , en laquelle quatre
Armeniens porterent des flambeaux,
ayant voulu faire voir
que les Etragets s'intereſſoient
au bonheur public. On tira en
ce lieu-là deux cens Boëtes ,
qui furent encore tirées aprés
la ceremonie devant le logis
de Monfieur de Cuvillier, où
l'on allumaun feu de joye.
pour la queriſon da Roy. 225
Il s'eſt fait une autre Réjoüifſance
chez un Particulier danş
une maiſon qu'il a à deux
lieuës deParis , en un lieu appellé
le Bouquet de Champignyproche
Saint Maur. Celuy
quidonna la Feſte avoit choiſi
ce lieu ,& le Dimanche 2. Fevrier
pour y faire chanter une
Meſſe folemnelle & un Te
Deum , ce qui ſe ſeroit fait avec
appareil , fi Monfieur l'Archeveſque
qui venoit de faire la
Cloture de ces actions de graees
, n'euſt point refuſé la permiſſion
qui luy en fut demandée.
Ainfice Particulier ſe vit
contraint de faire éclater ſa
joye d'une autre maniere. Il
pria bon nombre de Dames &
pluſieurs de ſes Amis , de fe
trouver ce jour-là en fa Mai.
fondu Bouquet; & fur le ſoir
226 Actionsde Graces
un grand bruit de Boëtes qui
reveilla la joye de la Compagnie
, excita la curiofité de
quantité de perſonnes des en
virons qui y accoururent. On
vit tout d'un coup une Illumination
auffi ingenieuſe que
bien entenduë , qui regnoit
dans toute la façade de la Maifon
, & formoit artiſtement des
Fleurs de-Lys à l'endroit des
Feneſtres , pour faire voir que
leRoy estoit le motifde cette
réjouiſſance. Quantité de Fufées
volantes accompagnées
de feux d'artifices , s'éleverent
dans les airs , tandis que le feu
confumoit un grand Bucher
qui eſtoit devant la porte. Des
gens placez en divers endroits
diſtribuoient du Vin à toute la
populace, & tout cela fe faifoit
au bruit des Tambours & des
pour la guerifon du Roy. 227
+
Trompetes . Vn Bal tres-bien
ordonné fuivit , & tous ces
plaiſirs furent terminez parun
Repas magnifique, ou la poliz
teſſe de la Dame de la Maifon
du Bouquet , qui joint beau
coup d'agrément àune grande
- delicateſſe dans ſes manieres,
ſe fit remarquer fans peine.
Chacun s'en rétourna trescontent
, & le jour parut trop
court àceux qui furent de cer
te Fefte.
- Dans la confufion des articles
de Prieres dont mes dernieres
Lettres ſont réplies,j'en
ay oublie quelques - unes de
Paris. Monfieur l'Abbé Billet ,
Procureur & Chef de la Nation
de Francede l'Univerſité,
ayant convoqué cette illuftre
Compagnie pour le 10. deJan
vier , jour & Feſtede S. Guil-
K6
:
228 Actions de Graces
laume qui en eſt Patron , elle
ſe trouva àdix heures du matindans
l'Egliſe du College de
Navarre , au nombre de plus
dedouze cens Docteurs , Licentiez
, Bacheliers , Curez ,
Abbez , Chanoines , & autres
Officiers ou Regens , tous en
habits de ceremonie: La Meffe
yayant eſté celebrée parMonfieur
legrand Archidiacre de
Sens ,& fervie par une vingtaine
de jeunes Abbez de qualité,
Monfieur Billet fit en Latinle
Panegyrique du Saint,
auquel il joignit une action de
graces en faveur de noftreauguſte
Monarque, dans laquelle
les Peres Grecs & Latins.
parurent avec éclat rendre
hommage au premier Roy de
la Terre , & prendre part à ſa
guerifon . Ce diſcours charma
pour la gueriſon du Roy. 229
l'Aſſemblée , & fit admirer l'érudition
& l'éloquence de celuy
qui le prononça.
Les quarante Porteurs de la
Chaſſe de Sainte Geneviefve,
qui font Bourgeois choiſis de
Paris, qui portent cette Chaffe
dans les grandes ceremonies ,
lors qu'on la defcend pour
quelque neceſſité preſſante , firent
celebrer l'Office en l'Eglife
de l'Abbaye Royale de cetteSainte
le 12.du meſme mois.
Monfieur l'Abbé de Sainte
GeneviefveOfficia avec toute
la folemnité poſſible , & la
ceremonie ſe termina par la
proceffion ,& unTe Deum.
Les Maiſtres Bateurs d'or
ayant fait chanter une grande
Meffe & unTe Deum en Muſique
dans l'Egliſe de Sainte
Croix de la Bretonnerie , le
230
Actions de Graces
fieur Pierre Simon qui s'y eftoit
trouvé avec ſes Confreres ,
ſe diſtingua le foir par une réjoüiſſance
qui merite d'être
remarquée . Comme il fournit
l'or en feüilles qui s'employe
aux Bâtimens de toutes les
Maiſons Royales , il voulut
marquer fon zele en faiſant
élever devant ſa Boutique , où
ilbat l'or au quartier S. Martin
ruë des Meneſtriers , un Bufte
du Roy d'aprés le Chevalier
Bernin. Il eſtoit fous un magnifique
Dais , avec quantité de
Deviſes en maniere d'Illuminations
. Les Fenestres de fa
maiſon furent éclairées de
Lanternes fleurdeliſees & hiftoriées
, qui durerent preſque
toute la nuit, pendant laquelle
pluſieurs feux d'artifice divertirent
agreablement les Spe
pour la gueriſon du Roy. 231
Aateurs . Il diſtribua du pain
& du Vin à tous les Paffans ,
& il n'y en euſt aucun qu'il
ne fift boire à la ſanté de Sa
Majesté.
Bourgueil , petite Ville dans
laTouraine à demy lieuë de la
Riviere de Loire , n'a pas fait
voir moins de zele que les plus
confiderables du Royaume.
Trois cens hommes diftribuez
en quatre Compagnies ſe rangerent.
le 26. de Ianvier des fix
heures du matin devant les
maiſons de leurs Capitaines.
La premiere Compagnie qui
avoitle bleu pour couleur , &
la ſeconde le rouge , eſtoient
commandées par Meſſieurs de
S. Eſtienne & Devau , tous
deuxGentilshommes de Bourgueil
dont l'un a ſervy
long- temps en qualité de Ca-
د
232
Actions de Graces
pitaine du Regiment de Bretagne
, & l'autre dans la Maifon
du Roy. Le verd eſtoit la
couleur de la troifiéme , & le
blanc de la derniere . Si - toft
qu'elles ſe furent jointes &
miſes en ordre , elles allerent
prendre la Juſtice , qui eſtoit
aſſemblée en Corps & en Robes
chez Monfieur de Lutinieres
, Senéchal du lieu. On ſe
rendit de- là au Château de
l'abbaye , où l'on fit faire une
falve de toute la mouſqueterie
en l'honneur de Monfieur
l'Abbé , qui eſt un des Fils de
Monfieur de Louvois , aprés
quoy on alla dans l'Eglife des
Peres Benedictins . Curez primitifs
de Bourgueil. Les Compagnies
firentune feconde décharge
, & fe mirenten bataillon
devant la principale porte
pourlagueriſon du Roy. 233
de l'Eglife. La grand -Meſſe
fut chantée avec beaucoup de
ſolemnité , & l'apreſdînée on
retourna dans le meſme ordre
à la méme Eglife.La Juſtice fut
placéedans les hauts bancsdu
Choeur à la droite , & les Officiers
des Compagnies dans
les hauts bancs à la gauche.
LesSoldats rangez dans le fond
du Choeur , tirerent leur Epée
&la tinrét quë pendant qu'on
chanta leTe Deum. Cette petite
ceremonie qui marquoit qu'on
eſtoit prés de verſer ſon ſang
pour le ſervice du Roy , cauſa
une émotion dans les coeurs ,
qui tira des larmes de joye de
la plus grande partie de l'Afſemblée
. On alla enſuite chanter
un ſecond Te Deum dans la
principale Paroiſſe appellée S.
Germain , aprés les Veſpres
234
Actions de Graces
qu'ony entendit , & il en fut
chanté un troifiéme au feu de
joye que l'on alluma ſur les
cinq' heures . L'air fut remply
de Fuſées Volantes , accompagnées
de feux d'artifice , & les
cris d'allegreſſe qu'on pouſſa
de toutes parts , empêchoient
preſque qu'on n'entendiſt la
mouſqueterie , qui ne ceffa
point de tirer pendant deux
heures . Les Officiers de Iuftice
&des Compagnies s'étant rendus
chez Monfieur le Senéchal
, y trouverent unmagnifique
Soupé . Pour ſe diſpoſer à
boire à la ſanté du Roy , d'une
maniere qui ne fuſt pas
commune , il lut un Eloge de
Sa Majeſté en Vers , & but en
le finiſſant. En même temps
tout le monde debout & nuë
teſte fit retentir la Sale de cris
pourla querifon du Roy. 235
de Vive le Roy , ce qui joint au
bruit des Tambours & des
Hautbois, qu'on avoit fait venir
de Chinon & de Saumur,
fit une harmonie qui ſe répandit
dans toute la Ville. Les
huit derniers Vers de cét Eloge
qui contenoient des Voeux
pour le Roy , furent donnez
à toute la Compagnie ,&chacun
l'un aprés l'autre les leut
avantque de boire, ce qui produifit
toûjours le meſme effet.
Le lendemain Monfieur le Senéchal
à la teſte de cinquante
Cavaliers, tous bien montez &
fort leſtes , alla aprés midy à
une lieuë de Bourgueil en la
maiſon de Meſſieurs Guedier
freres , l'un Sous- Doyen , &
Pautre Chanoine de S. Martin
de Tours , qui les receurent ,
avec tous les témoignages pof236
Actions de Graces
ſibles de joye . On alla d'abord
dans leur Chapelle,où un Prêtre
qu'on avoit mené deBourgueil
en qualité d'Aumônier
de la Compagnie , annonça le
Te Deum àMonfieur le Sous-
Doyen , qui enſuite l'entonna.
Meſſieurs Guedier donnerent
aprés cela une magnifique
Collation à plus de cent perſonnes
diſperſées en divers endroits
de leur maiſon où ils
avoient fait dreſſer des Tables.
Le 29. de Ianvier il ſe fit une
ſolemnité des plus éclatantés
dans l'Egliſe Cathedrale
de Renes. Elle fut annoncée
le ſoir precedent , par
un ſon de trois heures de la
groffe Horloge , l'une des
plus belles de tout le Royaume.
La Cloche eſt ouverte de
deux doigts du haut enbas , à
pour laguerifon du Roy. 237
cauſedu grand timbre qu'elle
avoit, & qui empeſchoit qu'on
ne puſtaiſementdiſtinguer les
coups qui marquent les heures.
L'Horloge recommença
à fonner de grand matin , &
toutes les Cloches de la Ville
luy repondirent . A l'heure de
Veſpres le Corps du Prefidial
& celuy de laVille ſe rendirent
dans le Choeur dela Cathedrale
, où toutes les Paroifſes&
tous les Religieux vinrentproceſſionellement.
Aprés
leTe Deum qu'on y chanta en
Muſique , le Corps de la Ville,
compoſé des deux Conneſta .
bles qui ſont Officiers Militaires
pourveus par Sa Majesté
en titre, qu'on appelle ailleurs
Majors ; du Syndic en charge
ou Maire; des anciens Sindics
& des Echevins , alla au bruit
238 Actions de Graces
des Trompetes & des Tambours
, mettre le feu au Bucher
dreffe devant l'Hoſtel de
Ville. Il fut accompagné de
Feux d'artifice , & de toute
l'Artillerie qu'on avoit pû ramaſſer
. Monfieur l'Eveſque de
Rennes , qui eſt de la Maiſon
de Lavardin , marqua ſa joye
parune fuperbe Illumination ,
qui parut aux Tours de fon
Eglife. Il y eutun grand Bucher
allumé avec des Feux
d'artifice devant l'Hoſtel de
Monfieur le Marquis de Coerlogon
, Gouverneur de la Ville.
Les Iefuites firent illuminerle
Portail &le Clocher de
leur Eglife , & les Urſulines du
Preboré , qui avoient chanté
un Te Deum , ſe ſignalerent
auſſi par une tres- belle Illumination,&
par un grand feu qui
pour la queriſon du Roy. 239.
fut allumé devant leur Convent.
On en fit dans tous les
Carfours & toutes les Ruës ,
&on paſſa la plus grande partie
de la nuit dans les plaiſirs ,
les unsde la Danſe ,& les autres
de la Table. Icy on voyoit
les Bourgeois donner àmanger
àfes Amis .Làles Violōs ſe faifoient
entendre. Les innocen
tes Chanfons faifoient ailleurs
le divertiſſement du Peuple.
Enfin tout le monde voulut ce
jour - là faire quelque choſe
qui paruſt. On remarqua que
pluſieurs dans le tranſport de
leur joye , rencontrant leurs
Ennemis , ſe reconcilierent en
les embraſſant , & ce qui eſt
de particulier , tous ceux qui
avoientdes Portraits duRoy ,
dont le nombre eſt grand , les
expoſerent entourez de Lau
240
Actions deGraces
,
riers fur des Tapis. Monfieur
Hevin Avocat au Parlement
&ancien Syndic de Renes ,
illumina ſa maiſon d'un grand
nombre de Lanternes qui
avoient d'un côté une S. couronnée&
de l'autre un A pour
fignifier , Saluti Augusti . Chaque
face du Bucher qu'il fit élever
devant ſa porte , eſtoit
ornée d'une Inſcription tirée
des Médailles des Empereurs .
Laprincipalemarquoit le ſujet
de la Fefte. Salus Augusti. Les
trois autres en expliquoient
les conſequences , Securitas Orbis,
Latitiafundata. Saculi felicitas.
Le 21. leCorps des Notaires
Gardenotes du Roy , fit
chanteraune grand'Meffe & un
Te Deum enMuſique , accompagné
de Concerts , & le foir
ils firent un trés beau feu
dans
pour la gueriſonduRoy. 241
dans une Place publique. Le
22. le Corps des Marchands fit
lamefme choſe dans leur Chapelle.
Il y eut pluſieurs Concerts
, ſuivis d'un feu d'artifice.
Les Procureurs du Prefidial
s'acquiterent le 23. du meſine
devoir. L'un de ces jours de
Réjoüiſſances , il y ent une
Fontaine de Vin devant le ви-
reau de la Poſte , aux dépens
de Monfieur Orſon Maiſtre
desPoſtes, qui en fit diſtribuer
par tout.
Ces Réjoüiſſances ont eſté
grandes à Redonce , qui eft
une petite Ville de Bretagne.
Le Clergé donna l'exemple par
un Te Deum qu'il chanta à la
Paroiſſe, apres quoy ilalla Pro .
ceffionnellement mettre le feu
àun Bucher preparé devant
l'Eglife. Le lendemain lesHa-
L
242
Actions deGraces
bitans allerent en Corps à l'Egliſe
de Saint Sauveur, fameuſe
Abbaye del'Ordre de Saint
Benoist. On y chanta un Te
Deum , qui fut ſuivy de la décharge
de toutes les Boëtes de
la Ville , ce qui fut réïteré lors
que l'on mitle feu au Bucher.
Lejourſuivant fut un jour de
Feſte que folemniferent les
Bourgeois du port. Ils firent
chanter une Meſſe , où Mon.
fieur l'Abbé du Boüair officia
comme à tout le reſte de cette
ceremonie . Sur les trois heures
, ils allerent entendre Vefpres
àla paroiſſe . Le Te Deum
fut chanté enſuite , & cela fait
on vint avec le Clergé allumer
un feu dreſſéfur le port , où il
yavoit alors pres de cinquante
Vaiſſeaux . Ils avoient tous
leurs pavillons & leurs flames
pour la queriſon du Roy. 243
& chacun tira ſon Artillerie .
On invita tous les Etrangers à
un fuperbe Repas . On y butà:
la ſanté de Sa Majesté , & au
ſignal d'un flambeau , tous
les Vaiſſeaux firent une fecondedécharge
.
Le ſoir du 15. de Février
Monfieurdela place commandant
les Brigades pour le Roy
àla patache qui eſtune petite
Ifle, vis à vis Chantoceaux en
Anjou& à cing lieuës deNantes
, fit annoncer par pluſieurs
volées de canon la Feſte qu'il
préparoit pour le lendemain.
Tous les Habitans des environs
y accoururent , &fe mirent
ſous les armes . Le Te Deum
fut chanté , on alluma un feu
de joye & le bruit des Tambours
, Trompetes & Violons
retentit de toutes parts. On
L2
244 Actions deGraces
ditque le canon ſe fit entendre
juſque dans angers quien eſt
àdix lieuës.
Le 20. de Février les Habitans
dela Ville d'Eu firent ce-
Iebrer une Meffe folemnellle
dans l'Egliſe des Chanoines
Reguliers de l'Ordre de
Saint Auguſtin , Abbaye de
Noftre-Dame , où le Clergé
des quatre paroiſſes de la Ville
& des Maiſons Religieuſes
fut invité . Monfieur le Comte
de Lannoy , Gouverneur
dela Ville & Comté d'Eu , de
l'ancienne Maiſon de Lannoy
originaire de Flandre, s'y trouva
avecquantité de Nobleffe.
Monfieur d'Auberville fur
Yere , Bailly d'Epée & de Robe
longue , & Monfieur du
Pont , Maire de la Ville s'y
eſtoient rendus , l'un à la teſte
pour lagueriſon duRoy. 245
du Corps du Bailliage , & l'autre
à la teſte des Echevins .
L'Eloge du Roy fut prononcé
avecbeaucoup d'applaudiffement,
par le pere Celeſtin Pernet
, Religieux Recollet ; &
apres la Meſſe & le Te Deum ,
onalluma le Bucher dans la
grande Place , au bruit duCanon,
des Boëtes, &de la Moufqueterie
des Bourgeois qui
s'eſtoient mis ſous les Armes .
Le foir on fit des feuxdans toutes
les Ruës. Les principaux
Officiers ſe diftinguerent par
des Illuminations , & Monſieur
de Franval , Gentilhomme
Servant dela feuë Reyne ,
ſe fit remarquer par le nombre
des lumieres qui éclairoient
le devantdeſa maiſon .
Le Comté d'Eu fut le partage
de Guillaume Fils puiſné de
L3
246
Actions de Graces
Richard dit ſans Peur , Duc
de Normandie en 1002. Il fut
érigé en Pairie en faveur de
Charles d'Artois Comte d'Eu
en 1458. Il entra dans la Maifon
de Guife , par le mariage
de Catherine de Cleves avec
Henry de Lorraine Duc de
Guife , &Mademoiselle d'Orleans
l'acheta en 1660. deux
millions cing cens mille livres.
Le prix de l'achat peut faire
juger de fon étenduë. Son Altele
Royale a extrêmement
embelly & aggrandy le Château
, &la pieté de cette grande
Princeſſe l'ayant portée à
faire quantité de fondations
dans le Comté d'Eu , elle a fait
bâtir dans la Ville d'Eu'un
Hofpital General fort magnifique
, ſur le deſſein de Monfieur
Gabriel. Elle ya aufii é
pour la gueriſon du Roy. 247
tably un Seminaire de Soeurs
de la Charité , ainſi que dans
les autres Villes & Bourgs du
mefme Comté .
Orbec , petite Ville de Normandie,
n'a pas oublié de marquer
fon zele. La grand'Meſſe
y fut celebrée folemnellement
le 2. de Février , & le Te Deum
chanté . Al'iſſue des Veſpres ,
on fit la proceſſion , à laquelle
ſe trouva tout le Bailliage en
Robes longues . On alluma un
grand feu au bruit des Tambours
& des Hautbois & d'une
décharge deMouſqueterie que
firent les Habitans rangez
fous les Armes . Cette belle
Soldateſque avoit un Drapeau
de couleur celeſte , où l'on
avoit dépeint un petit Bucher
encore à demy allumé , d'où
s'élevoit un Phoenix avec ces
L4
248 Actions de Graces
paroles , Redivivus ab aggere
Phanix. On fitjoüer des feux
d'artifice , & l'air parut éclairé
d'un tres-grand nombre de
Fuſées volantes. Monfieur
Guener , Seigneur de Saint
Iuft &de la Factiere, qui exerce
la charge de Lieutenant
General d'Orbec avec tout
l'applaudiſſement imaginable,
regala le ſoir tous les Officiers
de la Iuftice & de la Gendarmerie
, & pluſieurs autres perſonnes
confiderables . Il y eut
deux Tables ſervies avec autant
d'abondance que de propreté.
Quoy que ce Repas fust
fortſplendide , on peut dire ,
que Madame la Lieutenante
Generale en fit le plus bel ornement,
Elle eſt Niepce de feu
Monfieur le Preſident du
Tronc , qui a fait les fonctions
pourlaguerifon du Roy. 249
depremier Preſidét àla Chambre
des Comptes à Roüen:
avec une approbation generale.
Madame de Varaville fa
mere eſt ſoeur de Monfieur
l'Evefque d'Angouleſme , & .
Niepce de feu Monfieur Pericard
Eveſque d'Evreux. Les
Violons & les Voix ne furent
pas oubliez dans ce ſuperbe
Repas . Ces Réjoüiſſances du---
rerent toute la ſemaine. La
Gendarmerie d'Orbec s'eſtant
diviſée par bandes , alla faire
allumer des feux dans les Paroiſſes
voiſines , & tout le
monde à l'envy y fit paroiſtre
fa joye..
Aprés que le Bailliage de
Chaſtillon-Sur-Seine y eut fait
chanterle Te Deum,& que chaque
Corps eurſuivy cétexemple
en divers jours , avec per-
L. S.
250
Actions de Graces
miſſion de ſe promener en Armes
par la Ville au fon des
Hautbois & des Violons, ce qui
dura prés d'un mois , Monfieur
le Comte de la Fueillée , Lieutenant
General des Armées du
Roy , Gouverneur de Dole&
de Chaſtillon , finit ces Réjoüiſſances
par une Feſte fort
particuliere. Toute lajeunefſe
s'étant trouvée par ſes ordresdevant
fa maiſon dans l'équipagele
plus propre qu'elle
pût , il la diviſa en trois Compagnies
diftinguées par des
couleurs differentes ; la premiere
étoit de Cadets des principaux
de la ville , & prit le
bleu & le blanc. On donna le
bleu à la ſeconde,& le iaune fut
choiſi par la troiſieme . La reveuë
en ayant eſté faite par un
Oficier de fa Maiſon , il les fit
pour la querifon duRoy. ) 251
conduire hors de la Ville dans
une Place commode , où il leur
enſeigna luy - même à faire l'exercice
& tous les mouvemens
ordinaires aux Troupes les
mieux reglées . Ils ſe rendirent
le lendemain au mefme équipage
devant ſon logis , & Monfieur
le Gouverneur s'étant
mis à la teſte des Cadets , ont
fut agreablement furpris de
voir àla fuite Madame la Gouvernante
precedée de Fifres ,
Tambours & Hautbois , & fuivied'une
trentaine de jeunes
Filles des mieux faites , toutes
veſtuës de blanc & de livrées
bleuës . Les deux autres Compagnies
marchoientaprés cette
Troupe, & toutes les quatre
furent conduites à l'Eglife où
l'on chanta folemnellement la
Meffe. Les Filles , chacune un
L 6
352 Actions de Graces
cierge à la main, allerent à l'offrande&
cette pieuſe ceremonie
ſe termina par l'Exaudiat &
le Te Deum Vous pouvez juger
du bruitdes Fifres, Tambours
&Hautbois & de la Moufqueterie
. L'apréſdinée Monfieur
le Gouverneur , encore à la tefte
de cette Gendarmerie , &
Madame laGouvernante àcellede
ces jeunes Demoifelles ,
traverſerent toute la Ville ,
pour ſe rendre à une Place qui
fert de promenade aux Habitans
. Ony fitranger toutes ces
Troupes en bataille ; & aprés
qu'on leur eut fait faire l'exercice,
elles eurent ordre de mettreles
Armes bas, & l'on commença
àdanſer dans cette Place.
Chacun eut ſon tour,&jufqu'aux
gens les plus graves qui
n'étoient venus que pour eftre
pour la guerifon du Roy. 253
ſpectateurs . Cela eſtant fait , il
fut permis aux jeunes Soldats
d'aller viſiter le Vivandier,qui
avoit eu ſoin de dreſſer une
Tente à la tefte de ce petit
Camp, & de la garnir d'excellent
Vin. Les Tambours ayant
rappellé chacun à fon poſte ,
Monfieur le Comte de la Fueillée
propoſa des prix pour celuy
de chaque Compagnie qui
tireroit avec plus d'adreffe..
Comme il eſtoit déja tard , il
n'y eut que les deux premieses
qui tirerent , & le prix de
la troiſiéme fut remis au lendemain.
Les Troupes défilerent
& reconduiſirent Monfeur
le Gouverneur. Les Demoiſelles
qui avoient ſuivy
Madame la Gouvernante furent
regalées d'une Collation ;
& les Soldats ayant fait plu
254
Actions de Graces
freurs tours dans la Ville , toûjours
precedez de leurs Hautbois
allerent ſe délaſſer dans
les plaiſirs de la Table . Il y eut
Bal chez Monfieur le Gouverneur,
devant la Maiſon duquel
un grand feu fut allumé. Des
Fuſées volantes , & pluſieurs
feux artificiels parurent en
F'air de differens endroits dela
Ville , & toute la nuit ſe paſſa
en joye . Le lendemain les mêmes
Troupes ſe rendirentdans
l'endroit,où devoit tirer la derniere
Compagnie. Monfieur le
Gouverneur fit diſtribuer les
prix,& il y eut encore ce jour
là de grandes Réjoüiſſances.
LeDimanche 2. de Février,
la Cour des Aydes d'Auvergneſe
rendit en-Robes rouges
dans la Cathedrale de Clermont,
où elle aſſiſta au TeDeum..
pour la gueriſon du Roy. 255
Le Ieudy fuivant elle en fir
chanter un autre dans la Chapelle
duPalais . Il fut precedé
d'une Meſſe folemnelle , & il y
eut grand Concert de Voix &
d'Inſtrumens . Ce jour meſime
Monfieur Ribeyre , Premier
Preſident de cette Cour , en
regala magnifiquement tous
les Officiers . Ce regale fut fuivy
d'un grand Bal donné aux
Dames , aprés quoy lon chanta
pluſieurs beaux Airs , compoſez
exprés ſur la gueriſon da
Roy. Tout cela finit par un
feu de joye& parune tres-belle
Illumination que ce premier
Magiſtrat fit faire fur toute la
face de fon Hoſtel. On y vo .
yoit ſur un grand Balcon les
Armes du Roy au milieu de
quatre grandes Statuës , qui
repreſentoient les quatre Ver
256
Actionsde Graces
tus Cardinales . On employa
une bonne partie de la nuit à
cette Réjoüiſſance , pendant
laquelle on réïtera pluſieurs
fois la décharge de toute la
mouſqueterie , de toutes les
Boëtes & de toutes les Coulevrines
dela Ville . Les meſmes
marques de joye ont eſté donnée
à S. Sandoux & à Lezonx.
Ce ſont deux Bourgs , éloignez
chacun de quatre lieuës
de Clermont , qui appartiennent
à Monfieur Ribeyre.
Monfieur le Premier Prefident
dont je vous parle eſt
frere aiſné de Monfieur de S.
Sandoux,qui mouruten 1679 .
Gouverneur de Tournay , &
Couſin germain de Monfieur
Ribeyre Conſeiller d'Etat , ſi
celebre par fon integrité &
par ſa vertu ..
pourlaqueriſon du Roy. 257
Tous les Ordres de la Ville
de Morlaix', l'une des plus
confiderables de Bretagne
pour ſa fidelité au ſervicede
nos Rois, pour fongrand commerce
, pour ſes riches marchez
, ſe rendirent le Mercredy
26. de Février , dans la
Chapelle Royale de Noſtre-
Dame du Mur, ainſi nommée,
parce qu'elle eft dans l'enceinte
des murailles du Chaſteau
des anciens Ducs de cette Province.
Il y avoit ordre que les
Boutiques feroient fermées
tout le jour , & que l'on tapifferoit
les Ruës pour la Proceffion
generale qui ſe devoitfaire
. En face du Portailde cette
Egliſe eſtoient trois Portraits
d'une grandeur naturelle, l'un
de Henry V. l'autre de Louis
XIII . & au milieu le Portrait
258 Actions de Graces
du Roy , avec des Trophées &
cette Inſcription, Deus nobis hac
otia fecit. Dans le Choeur au
premier Siege du côté droit
proche de l'Autel ; on avoit
mis un autre Portrait de SaMaieſté
ſous in Dais en broderie ,
avec une Aumuſe ſur un Pupitre
, pour faire voir que le
Roy eſt premier Chanoine des
Colleges de fondationRoyale.
Des deux côtez du Portrait ,
deux figures tenoient fur la
teſte de ce Prince une Couronne
Imperiale terminée par une
Fleur de Lisavec ces mots au
deſſus , Et jura frutusque laborum
,& entre la Couronne & le
Portrait , Orbis terror & amor .
Au côté droit du Portrait , la
Religion , & la France ſe donnoient
la Foy par ces mots ,
Mutua fædera pacis . De l'autre
pour lagueriſon du Roy 259
coſté la Religion tenant un
Calice arreſtoit le Soleil , & on
liſoit pour Devife , Stat , cedit
er uni. Sous le Portrait eſtoit
une Hydre abatuë avec cette
autre Devife , Cecidit tot caufa
malorum . On voyoit encore
pluſieurs Portraits des perſonnes
Royales , chacun avec ſa
Deviſe. Pour Monſeigneur ,
Fixis ille oculis Solemſpectat , fequiturque.
Pour Madame la
Dauphine , Satis est potuiſſe videri.
Pour Monſeigneur leDuc
de Bourgogne , Chara Deum foboles.
Pour Monfieur , Fratrem
immortalibus æquat . Pour Madame
, Quâ non gratior ulla.Au
Bout du Choeur regardant
l'Autek , eſtoit le Portrait de
Monfieur le Duc de Chaunes ,
Gouverneur de la Province ,
preſentant la ceremonie à Sa
260 Actions de Graces
Maieſté ; & pour Deviſe , Iuffit
&offert. Toutes ces Deviſes &
Inſcriptions eſtoient de Monſieur
Dizenl , Doyen du Chapitre.
Ie paſſe les ceremonies
desPrieres qui furent faites accompagnées
de Muſique, pour
venir au feu que la Maiſon de
Ville avoit fait dreſſer , vis à
vis leCanal qui ſepare le Quay
de Leon & de Treguier. Il étoit
bâty en quarré de douze
pieds de hauteur. VnGlobe de
trois pieds de tour , ſur lequel
eſtoit placée une Renommée ,
terminoit une Pyramide de
neuf pieds . La premiere des
quatre faces repreſentoit la
Iuftice aſſiſe ſur des codesavec
ſes ſimboles ordinaires , & cette
Deviſe , Ejecit jurgia prava.
La ſeconde , repreſentoit la
Charité ſur un Trône tout
pour la gneriſon du Roy. 261 1
brillant , d'où elle diſtribuoit
des liberalitez à des Soldats
eftropiez , & à d'autres malheureux
, auſquels elle montroit
une maiſon conſtruite
ſuperbement , Pater vult omnibus
effe. Dans la troiſième , on
voyoit la Force , tenant ſous
ſes pieds un Lyon enchaiſné ,
chargé deMédailles , dans lefquelles
eſtoient peintes les
Conqueſtes de Sa Maieſté , Injuste
fubrepta recepit. Dans la
quatrième , eſtoit repreſentée
la Prudence , qui faifoit agir
desVaiſſeaux chargez de bombes
, fur des Cofſtes éloignées
& fur des Pyrates , Falcit commercia
tuto. Il y avoit quantité
d'autres ornemens que je ſerois
trop long à vous expliquer.
Monfieur de Roſtiviec ,
Lieutenant Major de la Place ,
262 Actions de Graces
avoit ordonné aux Officiers
d'aſſembler leurs Compagnies .
Il contribua beaucoup à la Fête
par les ſoins qu'il prit de
faire paroiſtre la Mouſqueterie
, qui eſt l'une des meilleures
de France , & qui fit merveilles
. Le feu fut ſuivy d'une
Collation magnifique que
Monfieur le Syndic fit fervir
avec grand ordre , dans la Salle
de la Maiſon de Ville , où les
Violons , les Hautbois & les
Trompetes ſe répondoient
tour à tour. Les Illuminations
ne furent pas ſeulement à toutes
les Feneſtres de chaque
quartier , mais auſſi dans les
Clochers , cequi produifit un
tres - agreable effet , fur tout
dans la Tour de Noftre -Dame
du Mur.
Tous les Corps & toutes les
pour la Guerifon du Roy. 263
Communautez de la Ville de
Tours, ayant marqué leurjoye
à l'envy par des Prieres publiques
, la Communauté des
Marchands Maiſtres Ouvriers
en draps d'or , d'argent & de
ſoye , n'a pas oublié de s'acquiter
d'un devoir ſi juſte . Ils
choiſirent le 20. de Janvier ,
Fefte de S. Sebaſtien leur Patron
, pour faire chanter une
Meffe folemnelle & un Te Deum
dans l'Egliſe des Auguſtins
Les deux Corps de Muſique
des Chapitres de S. Gatien &
de S.Martin, ſe joignirent pour
cela. Tous les anciens qui ont
paſſe par les Charges & les maîtres
particuliers de cette Communauté
y aſſiſterent avec
beaucoup de devotion. Ils envoyerentdu
pain,du Vin&du
bois aux Priſonniers , & firent
264 Actions deGraces
Kaumône à tous les Pauvres
qui ſe preſenterent.
Le 2. de Fevrier , Monfieur
l'Archevéque de Tours , &
Meſſieurs de l'Egliſe Metropolitaine
firent la cloſture de ces
Prieres avec beaucoup de folemnité.
Ils ornerent pendant
la nuit les deux tours de leur
Egliſe de quantité d'Illuminations
, dont le ſpectacle attira
toute la Ville. La diſpoſition
naturelle de ces Tours y con
tribua beaucoup. Leur ſtructure
qui est tres -belle & tres -delicate
, y estoit diſtinguée à la
faveur des flambeaux qui formoient
trois Couronnes fur
chaque Tour d'étage en étage .
Ces Illuminations furent accompagnées
d'un feu d'artifice
qu'on tiraau ſon des Cloches,
dont l'harmonie charme tous
ceux qui l'entendent .
Le
pour la queriſon du Roy. 265
Le lendemain ,Madame de
Bethune , Abbeſſe de Beaumont
les Tours , fit éclater les
appreſts qu'elle faifoit depuis
quelque temps . Dans la grande
court étoit un Theatre de
douze pieds de hauteur , & de
ſeize de face,au milieu duquel
on avoit élevé une Pyramide
haute de ſeize pieds,& terminée
par un Globe ou étoient
les Armes de Sa Majesté, & au
bas Ludovico Magno. Les quatre
coins du Theatre eſtoient ornez
de Soleil , Fleurs de-Lis &
Chifres, & tout autour regnoit
une Balustrade façon de marbre,
avec quatre grands Emblêmes
aux extrémitez . Le premier
faiſoit voir le Roy qui retiroit
pluſieurs perſonnes du
precipice. Le ſecond reprefentoit
la Religion ſous la Figure
M
266 Actions de Graces
1
د
d'une Femme , qui tenoit une
Croix & le Livre des Evangiles
ouvert , où mettoient la
main quantité de Proteſtans .
Dansle troiſiéme paroiſſoient
pluſieurs Monſtres écraſez
ſous les ruines d'un Temple; &
dans le dernier on voyoit la
Vierge & le Roy à genoux luy
demandant ſa protection . La
figure dece Prince avoit eſté
miſeſur un piedeſtal au bas de
la Piramide , & fur le Theatre
orné par tout de Trophées &
de Feſtons, estoit dreſſe un feu
d'artifice . Vis à vis il y avoit
un Bucher foûtenu d'un maſt
de cinquante pieds de haut, au
milieu duquel eſtoit l'Hereſie,
ſous la figure d'uneFemme hydeuſe,
tenant dans ſes mainsles
Livres de Calvin & de Luther.
Sur les trois heures arriverent
!
pour la gueriſon du Roy. 267
les Compagnies des Habitans
ſous les Armes , au travers
deſquelles paſſerent Monfieur
l'Archeveſque , Monfieur de
Rafilly , Lieutenant de Roy de
la Province , & Monfieur le
Marquis de Nointel,Intendant
de la Generalité de Tours .
Lors qu'ils ſe furent rendus à
l'Eglife , on pronnnça l'Eloge
duRoy , le Te Deum fut chanté
par une excellente Muſique, &
cePrelat donna la Benediction .
On ſe rendit delà au logis Abbatial
, où l'on fervit une Collation
magnifique , pendant
laquelle il y eut Concert. Sur
les ſept heures Monfieur l'Archeveſque
mitle feu à une fuſée
portée par un Ange , qui
embraſa le Bucher où eſtoit
l'Herefie . Au meſme inſtant
on entendit les Tambours , &
M 2
268 Actions de Gracesles
Trompetes de toutes les
Compagnies , & l'on vitle Dome
de la Maiſon, qui eſt extrêmement
élevé , remply d'une
infinité de lumieres, qui firent
paroiſtre une figure éclatante
de la Vierge écraſant un Serpent
, avec ces mots , Cunctas
hareſesſolainteremiſti. D'un côté
eſtoit un Soleil éclairant
pluſieurs teſtes couronnées, &
de l'autre une Hydre avec ſes
teſtes coupées . A la face qui
regarde le Cloiſtre étoit le Roy
à la teſte de fon Armée,regardant
une Croix dans des nuages
avec cette Inſcription , In
hocfigno vinces. D'un coſté la
Renommée publioit ſa gloire ,
& de l'autre il y avoit divers
trophées d'Armes. Dés que le
Bucher fut allumé , Monfieur
le Lieutenantde Roy,& Mon
pour la gueriſon du Roy. 269
ſieur le Lieutenant de Roy &
Monfieur l'Intendant mirent
enſemble le feu à une Fuſée ,
qui fit joüer celuy d'artifice. Il
réüſſit parfaitement bien ; & le
Peuple ; dont la court& le dehors
eſtoient remplis, marqua
ſajoye par mille acclamations.
Cemeſme jour Madame l'Abbeffe
fit faire une diſtribution
à tous les Pauvres , qui ſe préſenterent
au nombre de quatre
famille.
Madame de Praſlain , Abbeſſe de
l'Abbaye Royale de Noſtre Dame de
Troye , a fait rendre des actions de
graces dans ſon Egliſe avec beaucoup
demagnificence.Il y eut une Meffe du
S. Eſprit chantée en Muſique. Monſieur
de Lamivoye , ancien Doyen de
la Cathedrale , & grand Vicaire de
Monfieur l'Eveſque , officia accompagné
dedix Aſſiſtans , tous reveſtus
d'ornemens à Fleurs de Lis d'or. La
M 3
270
Actions de Graces
1
Meſſe finie, on chanta le Te Deum avec
lameſme Muſique & fimphonie,aprés
quoy ces paroles furent repetées , Vi-
*am petiit à te & tribuiſti ei longitudinem
dierum in faculum , & in
Saculum faculi. Ces actions de graces
que tous les Corps & tortes
les Communautez de la Ville avoient
fait durer prés de deux mois ,
ont finy par celles des Dames de la
Charité. C'eſt une Affemblée formée
par les ſoins & par la prudence de
Monfieur l'Eveſque. Leur ceremonie
ſe fit dans les Carmelites , où Monfieur
Denife , Chanoine de la Cathedrale
, prononça l'Eloge du Roy avec
fon éloquence ordinaire. On fit enfuite
une aumône à tous les Pauvres
des Paroiſſes de la Ville .
Le 2. de Fevrier , le Te Deum fut
chanté à Saint Pierre le Monſtier,peti
te Ville entre Nevers & Moulins fur
la route de Lyon , par les ſoins de
Meſſieurs du Prefidial. La ceremonie
fut faite dans la principale Egliſe du
lieu , de l'Ordre de Saint Benoiſt , &
Monfieur Deſcrots, qui en eſt Prieur ,
pour la queriſon du Roy. 27 F
y officia. Le Preſidial aſſiſta en Corps
à la grand meſſe , où les Officiers de
Ville ſe trouverent en Robes rouges.
L'Eloge du Roy fut prononcé
avant Veſpres dans la mesme Egliſe
par Monfieur l'Abbé Galaix. Il prit
pour texte , Magnificate Dominum
meum , & exaltemus nomen ejus in idipfum
, ce qu'il appliqua à ſon ſujet en
cestermes .Que Dieu ſoit à jamais beny;
que vos voix s'uniſſent à la mienne pour
chanter inceſſamment ſes loüanges , pour
adorerſon nom ſeul adorable, & pour pu
blierſes magnificences dans le rétabliſ
fement de laſaaté de LOUIS LE
GRAND , toûiours magnanime , toûiours
invincible &toûjours heureux. Son
diſcours dura une demy. heure , & fut
extrêmement applaudy. La Benedition
ayant eſté donnée aprés les actions
de graces renduës , on trouva à
la fortie de l'Egliſe toute laBourgeoiſie
fous les Armes. Elle marcha en bon
ordre devant le Corps du Prefidial &
celuy de Ville ,& l'on ſe rendit à la
grande Place , où aprés que Monfieur
de Leſpinaffe Preſident au Preſidial ,
M4
272 Actions de Graces
& Monfieur le Preſident de la Blouſe
en qualité de Maire eurent mis le feu
à une grande Pyramide de bois que
l'on y avoit dreſſée , ontira toutes les
Boëtes & le canon de la Ville , ce qui
fat ſuivy d'un feu d'artifice accompagné
d'un tres- grand nombre de Fufées
volantes .Le Prefidial & le Corps
de Ville furent reconduits comme ils
avoient eſté amenez , & des Fontaines
de Vin que Monfieur Gaſcoing
Lieutenant General & Monfieur Bogne
Procureur du Roy , firent couler
pendant cetteFeſte,deſaltererent agrea.
blement le Peuple. Les Repas que chaque
Corps ſe donna furent magnifiques
, & à l'exemple des Corps , tout
ce qu'il y a de plus notables Bourgeois
, s'eſtant aſſemblez par Troupes
avec des Tambours , des Fifres & des
Violons , joignirent à la bonne chere
toutes les marques que l'on peut donner
d'une joye parfaite.
Le Dimanche 9. du meſine mois il
y eut à Saint Maximin une folemnité
fort particuliere. Le premier Conful
ayant fait tapiſſer le devant de ſa Maipourlagueriſondu
Roy. 273
fon&metre le Portrait du Roy fur
ſa porte , ſe rendit à l'Egliſe avec les
autres Confuls& lesprincipaux Bourgeois
, precedez par des Tainbours ,
des Fifres & des Trompetes , ayant à
leur teſte le Capitaine de la Ville accompagné
de douze Gardes du Corps
de Sainte Madeleine armez de Pertuifanes.
Ils aſſiſterent ainſi que les Magiſtrats
à une grand Meſſe que les Religieux
de la Paroiffe chanterent. Un
peu avant l'élevationtreize Marguilliers
de Nôtre -Dame des grandsCierges
en Robe & Surplis & portant de
grands flambeaux , s'approcherent de
l'Autel;& en meſine temps le Choeur
chanta le Pſeaume Exaudiat te Deus..
La Meffe eſtant achevée , le premier
Conful regala les Magiſtrats & Mefſieurs
de Ville. L'apréſdinée ils retournerent
tous au meſme lieu , & les
Veſpres dites on fit la Proceſſiondans
Pordre ſuivant. Les Tambours , les
Fifres & les Trompetes marchoient
les premiers , devant une Compagnie
de Mouſquetaires qui faisoient de
continuelles decharges . Ils precedoient
la. Croixde la Paroiffe ,aprés laquel
MS
274
Actions de Graces
le on voyoit toutes les Bannieres &
tous les Marguilhers des Confrairies
avec des flamb aux de cire blanche . Il
y avoit parmy eux vingt- quatreMarguilliers
de Nôtre - Dame des grands
Cierges dans leur habits de ceremonie
, portant fur l'épaule des Cierges
de douze pieds de hauteur , qui
font la charge d'un homme Vingtquatre
Artiſans de la meſme Confrairie
, avoient de ſemblables. Cierges.
Les Penitens blancs paroiſſoient
enfuite , portant les Tabernacles où
font les Chaffes des ſaintes Reliques.
Les Capucins marchoient aprés eux ,
ſuivis des Religieux de la Paroiffe..
Quatre Chantres en Surplis tenant de
grands Baltons d'argent fleurdeliſez ,
chantoient l'Hymne de Sainte Madeleine
, & ils precedoient quatre Danſeurs
magnifiquement. veſtus , qui
pourtémoigner lajoye du peuple danfoient
devant le Tabernacle de cette
Sainte , de meſime que David danſoir
devant l'Arche. Il eſtoit gardé par le
Capitaine de la Ville. Pluſieurs Reli
gieux reveſtus de Dalmatiques te
noient des Reliques dans leurs mains,
pour la gueriſon du Roy. 275
& le Pere Superieur du Convent
Royal de Sainte Madeleine marchoit
ſous un Dais , portant la Sainte Ampoulle
où il y avoit de la Terre teinte
du Sang précieux du Sauveur du monde,
les Magiſtrats & Confuls fermoient
la marche . Toutes les Ruës furent
tapiffées , & aprés que le Te Deum
eut eſté chanté au bruit des Tambours
&des Trompetes & de la décharge de
la mouſqueterie , les Religieux allerent
mettre le feu au Bucher qu'ils
avoient fait preparer devant l'Eglife
Les Magiſtrats avec les Confuls le
mirent à celuy de la grand Place , autourduquelles
quatre Danfeurs fignalerent
leur adreſſe. Le Prieur des Penitens
blancs fit chanter le Te Deum
dans ſa Chapelle ,& alluma le Bucher
qui eſtoit devant. Onen alluma auſſi
dans toutes les Ruës , & le Capitaine
de la Ville traita à Soupé les Confuls
& lesdouze Gardes du Corps de
Sainte Madeleine. Aprés ce Repas ils
fortirent tous enſemble , & allerent
convier les Magiſtrats de venir à la
Place publique , afin d'y boire à la
M 6
276 Actions deGraces
ſantéde Sa Majeſté. C'eſt ce qu'on executa
avec les acclamations d'une infinité
de monde; les liqueurs furent
données en grande abondance à tous
ceux qui en voulurent ,& la Feſte
ſe fuſt terminée de cette ſorte , ſi le
Peuple n'euſt voulu la continuer pendant
trois jours .
Les Religieux de l'Abbaye Royalede
Saint Lomer de Blois , qui ont
jurifdiction temporelle ſur undes plus
confiderables Fauxbourgs de la Ville,
ayant declaré aux Officiers du quartier
qu'ils vouloient que tous ceux
qui étoientcapables de porter les armes
ſe trouvaffent le 23. de Ianvier
dans le grand Parvis de leur Eglife
avec l'étendard,& reveſtus des livrées
qui les diftinguent du reſte de la Ville,
cet ordre fut exécuté ponctuellement,
&ils s'y rendirent au nombre de trois
cens avec de grands Bonnets d'écarlate
, chargez de Rubans & de galon
d'or&d'argent.Les Officiers les ayant
mis en ordre les firent entrer dans
l'Abbaye , où ils firent pluſieurs dé
charges . Delà ils entrerent dans la
pour la queriſon du Roy. 277
Ville,& fe firent voir par tour. Le
lendemain s'étant remis ſous les armes
, ils allerent à Noftre - Dame de
Vienne rendre graces à la Vierge de la
protection qu'elle adonnée à la France
en luy confervant le Roy. Sur les
cinq heures du ſoir ils retournerent
dans le grandParuis de l'Egliſe Abbatiale
, où l'on avoit preparé un fou de
joye. Les Armes de France eſtoient
fur la grande porte de l'Eglife , & l'on
voyoit celles de l'Abbaye ſur les quatre
pilliers des deux groffes Tours .
Une Fontaine de Vin coula depuis
deux heures juſques à ſept,& ce jourlà
& lejour ſuivant on fit une aumône
generale. Toutes choſes eſtant diſpoſées
, le Prieur de l'Abbaye precedé
de deux Chantres vint au Choeur ,
où ayant trouvé la Communauté ,
il entonna le Te Deum qui fut ſuivy
de l'Exaudiat , & precedé d'une déchargede
tous les mouſquets & de
douze demy.coulevrines. Les Prieres
achevées il quitta ſes ornemens , & à
la teſte de ſa Communauté , qui eſt le
premier Corps du Clergé de Blois , il
Actions de Graces
!
278
alla mettre le feu au Bucher. La moufqueterie
& les coulevrines recommencerent
à ſe faire entendre . On avoit
illuminé les Tours de feux d'artifice ,
&l'on en fit tomber une pluye de
feu.
Le 23. de Fevrier Monfieur de Lyon,
Receveur des Gabelles de Dunois fit
élever un grand feu de joye à Chateandum
devant le Grenier à Sel , ou
denx Compagnies de Fuſeliers eſtoient
poſtées pour empeſcher la confufion.
Il y avoit deux Arcs de Triomphe aux
porres de ce Grenier , avec ces deux
mots Sol & Sal , & au deſſous.
Le Soleil &le Sel ont de la fimpatie.
Le Soleil produit l'aliment
Et le Sel l'aſſarſonnement .
Le Soleil & le Sel nous donnent
donc lavie..
Auprés du meſme Grenier à Sel couloient
deux Fontaines de Vin, & tout
lemonde fut receu a deux Tables qui
avoient eſté dreſſées dans la court du
pour laqueriſon du Roy. 279
Receveur. Le Te Deum fut chanté ;
on alluma le fou de joye , & l'on alla
enfuite au Chaſteau faire des Salves à
la porte de Monfieur le Marquis de
ſaint Hilaire , Gouverneur du lieu,qui
avoit envoyé les Drapeaux de la Ville
chez, Monfieur de Lyon.
Le 2. de ce mois Monfieur Rougeau,
Receveur du Marquiſar de Courtanvau
& Directeur des Poſtes de
Chaſteaudun , fit rendre des actions
de graces dans l'Egliſe de ſaint Médard
ſa Paroiffe , &dans celle des Cordeliers
qui eſt à l'autre bout de la Ville,
afin que tous les quartiers puſſent y
prendre part dans le meſime temps.
Une Fontaine de Vin blanc,& une autre
de Vin rouge coulerent de chaque
coſté de fon Bureau. Au milieu eſtoit
une Pyramide de carton doré , & au
deſſous d'un Soleil,dont les rayons s'étendoient
fur toutes fortes de fruits.
parmy leſquels on voyoit quantité de
grapes de raiſin , estoient ces paroles
, Facunditas & maturitas. A la
baſe de la Pyramide on liſoit ces Vers..
280 Actions deGraces
:
Peuples qui ioniſſez des doux fruits
dela Paix ,
Donnez de vostre joye une éclatantemarque
;
Beuvez de ce Vin àlongs traits.
LOUIS triomphe de la Parque.
Les Hautbois , les Violons & la
Mouſqueterie ne furent pas oubliez
dans cette Feſte..
Peu de temps aprés les Eleus de
Châteaudun firent celebrer une Meffe
folemnelle , aprés laquelle le Predicateur
du Careſme monta en chaire.
Comme cette ceremonie ſe faiſoit le
Ieudy 6. de ce mois , où la guerifon
de la Belle-mere de Saint Pierre& celle
de pluſieurs autres Malades ſe lifoit
dans l'Evangile , cela luy donna
ſujet de dire que le Sauveur du mon
de , après avoir guery la Mere du
Prince des Apoſtres , en avoit auffi
guery le Fils , en rendant la ſanté au
Koy, qui eſt Fils aiſnéde l'Egliſe Romaine
, dont S. Pierre eſt le Pere , &
le Fondateur viſible,& parce que plupour
la gueriſon du Roy . 281
ſieurs guerifons accompagnerent celle
de la Bellemere de S. Pierre, il fit voir
que tous les François eſtant malades
avec leur Prince , tout le Royaume
avoit eſté guery avec luy. Aprés le
Te Deum chanté en muſique , on alla
dans la grand' Place où le feu de joye
fut allumé. La Mouſqueterie ſe fit entendre
ainſi que les Violons , & cette
Rejoüiſſance finit par un grand Repas
, & par une aumône à tous les
Pauvres. Monfieur le Bourgeois, Premier
Preſident de l'Election , ſe di
ſtingua dans cette ceremonie , tinfi
que Monfieur de Boisgautier , Eleu
Grenetier & Subdelegué de Monfieur
l'Intendant d'Orleans , & Monfieur
Michau , Procureur duRoy.
Le 8. de Fevrier les Chambres &
Semeîtres de la Cour des Comptes ,
Aydes & Finances de Montpellier
s'affemblerent au Palais,où ayant pris
leurs Habits de ceremonie , Monfieur
le Marquis de la Caſtries , Neveu de
Monfieur le Cardinal de Bonzi &
Gouverneurde la Ville & Citadelle ,
y vint prendre ſa place en qualité de
282 Actions de Graces
Conſeiller honoraire. En cet état ils
ſe rendirent à la Chapelle , où la ceremonie
commença par une grand'
Meſſe que celebra le Pere de la Greffe,
Religieux de l'Obſervancede S.François
. Il eſt Fils de feu Monfieur de la
Greffe ſecond Preſidentde cette Compagnie,&
fon merite l'a fait élire deux
fois Provincial & Definiteur General
de l'Ordre. On chanta le Te Deum, &
le tout fut accompagné d'une excellente
Muſique , d'un grand nombre de
Violons & autres Inſtrumens ,& fuivy
dubruit des Hautbois &des Trompetes
. Des Fontaines de Vin clairet &
mufcat coulerent tout le jour dans la
court du Palais , & on ydiftribua de
l'argent à tous les Pauvres .
Trois jours aprés les Directeurs de
l'Hospital General de la meſme Ville,
firent faire les meſmes Prieres dans la
Chapelle de cet Hoſpital. Les Pauvres
qui y font enfermez au nombre
de 350. furent regalez extraordinairement
, & fervis à leur diſné par pluſieurs
perſonnes de distinction. On
fit une diſtribution en painà tous les
autres.
pour la gueriſon du Roy. 283
Meffieurs les Conſuls Gouverneurs
de la Ville d'Arles , ayant reſolu de
faire éclater leur joye commencerent
d'en donner des marques par une aumône
generale qu'ils firent de leurs
propres mains dans l'Hoſtel de Ville,
àune infinité de Pauvres qui s'y rendirent
de toutes parts . Ily furent occupez
la plus grande partie du 9. de
Février&une foule de Nobleffe s'étant
venuë ranger auprés d'eux ſus
les trois heures ,ils ſe rendirent dans
l'Egliſe Cathedrale de ſaint Trophime
, où le Te Deum & un motet excellent
furent chantez. Monfieur le
Coadjuteur d'Arles officia.Cependant
comme on avoit diſpoſé un tres- beau
feu d'artifice au milieu de la Place du
Marché où eſt l'obeliſque , cette Place
eſtant terminée dans ſon vaſte
quarré par les façades de l'Egliſe Cathedrale
, de l'Archeveſché de l'Egliſe
de Sainte Anne , & de l'Hoſtel de
Ville , qui eſt un chef d'oeuvre d'Architecture
du deſſein du fameux Mon.
fieur Manſard , on prit ſoin en meſme
temps de faire dreffer au bout de l'E
284 Actionsde Graces
ſtrade qui regne devant cet Hoſtel ,
une eſpece d'Arc de Triomphe à trois
avenues de verdure,embellies de Guidons
& de banderolles & remplies
d'Emblêmes , du hautduquel on vit
jallir pendant tout le jour une Fontaine
de Vinmuſcat , dont le jet eſtoit
d'une hauteur ſurprenante. Le feu
d'artifice eſtoit élevé ſur un piedeſtal
de figure exagone & furmonté d'un
quarréqui foûtenoit unDome ouvert
en Portique. Aux Angles eſtoient des
figures en relief tres-richement affor
ties , avec des Deviſes en cartouches
à la gloire de Sa Majefté. Une infinitéde
Guidons aux Armes de France
en rempliffoient les extrêmitez. La
nuit s'approchant , on fut ſurpris de
l'Illumination qui parut depuis le
haut juſqu'au bas de l'Hoſtel de Ville
; rien ne pouvoit eſtre plus agrea.
ble. Les Confuls ſortirent de cet Hôtel
au bruit des Tambours & des
Trompettes , & dés qu'ils parurent on
tira toutes les Boëtes. Aprés les trois
tours qu'ils firent autour de la Machine,
ayant à leur teſte le Major de la
1
pour la guerifondu Roy. 285
Ville,&precedez par les Violons &
pluſieurs autres fortes d'Inſtrumens ,
ils mirent tous enſemble le feu à differentes
traifnées de poudre qui firent
leureffet en un moment. Delà ils allerent
répandre leur joye dans tonte
la Ville , & ils en firent le tourprece
dez encore par les Violons , par les
Tambours & par les Trompetes ,&
accompagnez de quantité de Noblefſe.
La folemnité ſe termina par un fuperbe
Repas qu'ils donnerent à leur
retour dans la Ville.
Madame l'Abbeſſe de Nôtre-Dame
d'Yerre en Brie , aprés des Prieres de
quarante heures qu'elle avoit fait faire
dans ſon Eglife , y fit chanter un Te
Deum en Muſique le 19. de lanvier.
L'Abbaye d'Yerre fut fondée en 1122 .
par Madame Eustache de Corbeil ,
Comteſſe d'Etampes. Loüis le Gros
l'érigeant en Abbaye Royale luy donna
trois Fleurs de Lys pour ſes Armes
avecun Oyſeau dans le milieu, & luy
accorda la Dixme du pain qui ſe mangeoit
à ſa Table & à celle de la Reyne
,& des autres Princes. Cette Ab
286 Actions de Graces
baye a encore le droit de Regale , Sedevacante,
en l'Archeveſché de Paris .
Elle est immediatement ſoûmiſe au
Saint Siege. L'Abbeſſe avec les Religieuſes
d'Yerre avoient droit de
nommer aux Abbayes de Gif & de
S. Remy de Senlis lors qu'elle eſtoit
élective. Madame l'Abeſſe dY'erre ſe
nomme Charlote - Catherine d'Angennes
de Ramboüillet. Elle eſt ſoeur
de Madame la Ducheſſe de Montaufier
& petite fille de Monfieur le
Marquis de Piſani , Ambaſſadeur à
Rome , où il épouſa une Veuve de la
Maiſon des Urſins .
: Les leux & les Divertiſſemens du
Carnaval ont eſté changez à Provins
en Actions de graces & en Prieres
publiques pour le Roy. Elle furent
commencées le 2. de Février en l'Egliſe
Royale & Collegiale de Saint
Quiriace. Monfieur d'Aligre , Abbé
de S. Iacques , s'y trouva avec les
Chanoines Reguliers , auſſi bien que
le reſte du Clergé , les Magiſtrats , le
Corps de Ville & toute la Bourgeoifie.
Le Te Deum fut ſuivy d'un
pour la gueriſon du Roy . 287
Feu , que le Maire & les Echevins
firent allumer devant l'Hoſtel de
Ville. Le lendemain on chanta dans
la même Eglife une Meſſe ſolemnelle ,
où les Magiſtrats & le Corps de Ville
ſe trouverent. Les Chanoines de Nôtre-
Dame du Val , les Paroiſſes & les
Communautez Religieuſes firent la
même choſe dans les autres jours de
la Semaine. Meſſieurs du Prefidial &
de l'Election s'acquiterent du même
devoir dans l'Egliſe des Cordeliers :
les Avocats &les Procureurs dans
celle des Jacobins ; les Notaires en
celle de S. Ayoul , & les Chevaliers
de la Bute dans leur Chapelle. Le
Dimanche 9. ſur les cinq heures du
ſoir les Directeurs du Bureau des
Pauvres , dont Monfieur l'Abbé de S.
Jacques eſt le Chef & le Treſorier ,
firent une pareille ſolemnité dans l'Egliſe
de cette Abbaye. Cet Abbé fit
enfuite par luy-meſme & de ſes propres
deniers unediſtribution extraordinaire
à tous les Pauvres du Bureau,
les exhortant de prier Dieu pour le
Roy. Cette diſtribution monta à
288 Actions de Graces
douze cens livres . Le Lundy Gras ,
les Sergens qui ont droit de faire
courir les Gans cejour- là par les
Meuſniers , & de les faire danſer dans
les ruës , changerent cette Couſtume
profane en une Action de fainteté ,
aſſiſtant tous à une Meſſe qu'ils firent
chanter aux Cordeliers avec un concert
de Voix & d'Inſtrumens . Ils allerent
delàdonner à diſner aux Prifonniers.
Le Mardy Gras , le Curé de S.
Pierre diſtribua une ſomme confiderable
à cinquante Pauvres qu'il avoit
fait communier à ſa Meſſe à l'intention
du Roy.
Dans ce même temps une Meſſe
folemnelle & un Te Deum furent
chantez dans l'Egliſe Paroiſſiale de
S. Valery en Caux. Les Habitans ſe
mirent ſous les Armes au nombre de
plus de deux mille , & la Moufqueterie
répondit par pluſieurs décharges
au bruit des Trompettes , des
Tambours , des Hautbois& des Vio-
*lons. Le Curé du lieu , accompagné
d'un nombreux Clergé & d'une foule
de peuple , alla enfuite proceſſionel.
lement
pour la queriſon du Roy. 289
lement à la Chapelle qui ſert d'annexe
à la Paroiffe. Monfieur Vaffe ,
qui fait les fonctions de la Marine ,
avoit pris ſoinde la faire orner. Sur
le frontiſpice eſtoit le Buſte du Roy
avec cette inſcriptiő,Vivat in æternum.
Apres qu'on y eut chanté le Te Deum
& que le Feu qu'il avoit fait élever
devant ſon Bureau , eut donné lien à
de nouvelles décharges de Mouſqueterie
, il fit diſtribuer pluſieurs Bariques
de vin aux Habitans , & tint
Table ouverte le reſte du jour. Les
Pauvres eurent lieu de prendre part
à cette Réjoüiſſance par les Aumônes
qui leur furent faites.
Au commencement du mois paffé ,
Madame l'Abbaſſe de Fontaine Guerard
, Dioceſe de Roüen , fit chanter
une Meſſe folemnelle où cinquante
Religieuſes communierent . Cette
Meſſe fut ſuivie d'un Te Deum , aprés
lequel il y eut une Aumône generale.
Aumilieu de la Court du dehors , on
- avoit dreſſé un Feu de Joye qui fut
allumé parMadame la Preſidente du
Tronc , au bruit de pluſieurs Boëtes
qui furenttirées,
N
290
Actions de Graces
Les Religieux de l'Abaye de S.
Evroult en Normandie , dont Monſieur
le Cardinal Prince de Furſtemberg
eſt Abbé , ont rendu de pareilles
Actions de graces dans leur Eglife.
Toute la Nobleſſe , & routes les Paroiſſes
qui dépendent de l'Abaye y
aſſiſterent, & enſuite le Pere Prieur fit
faire une diſtribution de pain & de
vin aux Pauvres . Un grand Feu de
Joye, qui fut accompagné de pluſieurs
autres , termina la Feſte.
Le Jeudy 6.de Février,les Habitans
de la Ville de Bernay en Normandie
s'eſtant mis en Armes , & rangez chacunſous
ſon enſeignes les Officiers
de Juſtice de l'Election & du Grenier
à Sel avec Meſſieurs de Ville, ſe rendirent
dans l'Egliſe Abbatiale des Benedictins
, qui ſont Seigneurs de Bernay.
Tout le Clergé Regulier & Seculier
s'y trouva . Le Choeur & la Nef eftoient
tendus de Tapiſſeriede Hauteliffe
, & les Doſſiers des Chaires du
Choeur , couverts d'écarlate avec de
riches écuſſons aux armes de France.
pour la Gueriſon du Roy. 291.
Outre quantité de Chandeliers d'argent
dont on avoit rempli la corniche
qui regne au tour du Coeur, ily avoit
fur l'Autel un nombre infini de lumieres
ſi bien diſpoſées,qu'elles formoient
une perſpective naturelle des plus
agréables . Toutes les Boutiques furent
fermées ce jour-là. Les Prieres_
faites , où la Muſique ſe fit admirer ,
on marcha proceſſionnellement au
feu de joye qu'on avoit dreſſé dans
la Court Abbatiale. Le Pere Prieur ,
&Monfieur le Lieutenant General y
mirent le feu , & auſſi - toſt la mouf
queterie& le canon ſe firent entendre
. Une Fontaine de Vin fit la joye
du Peuple , tandis qu'une aumône
generale foulagea les Pauvres . Le ſoir
il y eut illumination au clocher de
l'Abbaye .
Coutances , autre Ville de Normandie
, s'eſt diſtinguée par ſon zele.
Il y eut un jour de Feſte ordonné
le Samedy premier de ce mois . Les
Bourgeois prirent les armes , & les
Officiers du Prefidial firent chanter
une Meſſe ſolemnelle & un Te Deum ,
N 2
292 Actions de Graces
aprés quoy le feu de joye fut allumé
par Monfieur le Gouverneur , & par
Monfieur Demons Lieutenant General.
Il en fut auſſi allumé un devant
la porte de ce Magiſtrat avec les Tambours
, les Violons & grande Mouf.
queterie. Il y eut un magnifique repas
donné à la Maiſon de Ville. Monfieur
le Preſident au prefidial regala la Compagnie
Prefidiale qui s'estoit trouvée
au Te Deum , & fit dreſſer une table
ſous la porte , où l'on arreſtoit tous
ceux qui paſſoient . Tous les autres
Corps ,Paroiffes & Communautez de
la Ville firent tour à tour de pareilles
Feſtes , mais il n'y en eut point de
plus remarquable , que celle des Officiers
des Traites Foraines. Ils y employerent
deux jours & deux nuits fur
la fin du Carnaval , & pendant ce
temps il eut cinq ou fix feux toujours
allumez devant leur porte avec des
Tambours & des Violons . Non feulement
ils regaloient tous ceux qui
venoient chez eux , mais ils alloient
dans toutes les ruës en criant Vive le
Roy ,&verſant du vin à tout le Peupourlaguerifon
du Roy. 293
ple. Le commencement de cette Feſte
fit un tel éclat que le lendemain les
Officiers du prefidial voulant y contribuer
, vinrent eux meſimes mettre
le feu au bois preparédevant la porte
de la Romaine. Voylà comment l'amour
reſpectueux qu'on a pour ce
grand Monarque , s'explique à l'envy
dans toutes les Villes.
Monfieur Moreau , Frieur du Rel.
lec en Bretagne , choiſit le Dimanche
2. de ce inois pour marquer ſajoye ,
& celle de l'Abbaye qu'il gouverne
depuis pluſieurs années avec toute la
conduite qui luy pouvoir acquerir l'ef.
time où il eſt . La Ceremonie commença
par une Proceſſion hors l'Abbaye,&
à la fin de la Meſſe qui celebra
au retour avec beaucoup de folemnité
, il fit un diſcours à la loüange du
Roy,où ſe ſervant des paroles de l'Evangile
du jour , Omne Regnum in se
divifum defolabitur , il fit voir les malheurs
qu'avoit cauſé la diviſion ſous.
les autres Regnes , & le bonheur du
Regne du Roy. Iugez avec combien
de plaifir il fut écouté. LeTe Deum.
N 3
294
Actions de Graces
fut chanté l'apreſdinée , & pendant
ce temps la Mouſqueterie fit pluſieurs
décharges. En ſuite Monfieur le
Prieur& tous les Religieux , precedez
par lesMouſquetaires qui alloient
en ordre Tambour battant & ſuivis
de toute la Nobleſſe voiſine & des
Officiers de la Iurifdiction marcherent
vers le Feu de loye , & ils y
firent les trois tours accoûtumez en
chantant l'Exaudiat. C'étoit une eſpece
de Pyramide élevée ſur un Theatre
foûtenu d'Arcades. On y voyoit les
Armes du Roy & celle de Monſeigneur
avec deux deviſes . L'une eſtoit le
Roy des Abeilles conduisant un
Eſſain avec ces mots , Pro stimulo
exemplum est , pour faire entendre
que ſa Majefté tient lieu de Modelle
& fert d'Aiguillon à tous les
Princes , & l'autre eſtoit un Aiglon
qui vole vers le Soleil , & ces mots
pour ame , Patrios aſſurgit in ausus.le
ne parle point du vin que fit diftribuer
Monfieur le Prieur pour exciter
à la loye , de la Table ouverte qu'il
pour la queriſon du Roy. 295
tint dans le Refectoire , & de l'Au..
mône extraordinaire qui fut faite par
ſon ordre . Tout cela eſt une ſuite du
zele qui le faifoit agir ce jour - là. Il
eſt Frere de Meſſieurs Moreau , l'un
Avocat General en la 'Chambre des
Comptes de Dijon , & l'autre Auditeur
en la Chambre des Comptes de
Paris.
LeMaire & les Eſchevins de Montargis
le Franc , Capitale du Puiſayer
Generalité d'Orleans , ayant reſolu
de faire une Feſte , firent annoncer
pendant huit jours , trois fois chaque
jour , par les Tambours de tous les
quartiers de la Ville , conduits par un
Heraut avec les Trompettes , qu'elle
ſe feroit le 26. de Ianvier. La veille les
cloches tant de la Faroiſſe que des
Communautez fonnerent depuis midy
preſqu'au jour , & recommencerent
le lendemain fi- toſt qu'il fut
jour. Sur les neuf heures , le Corps
du Prefidial &des autres Iuſtices ſe
rendit à la Maiſon de Ville , dont tous
les Officiers eſtoient aſſemblez , &
ils allerent chacun dans ſon rang à la
N 4
296 Actions de Graces.
Paroiffe. On fit d'abord unc Procefſion
generale. Le Preſidial tenoit la
droite , & le Maire , les Eſchevins &
Jes Confeillers de Ville eſtoient à la
gauche. Au retour on commença la
Grand Meſſe , & aprés l'Evangile , le
Pere Bidal , Prieur Curé de la Ville ,
cy-devant Prieur de Nantes , & fort
illuſtre dans l'Ordre de Sainte Geneviéve
, monta en Chaire , & fit voir
combien nous eſtions obligez àDieu
qui nous a donné un Roy uniquement
occupé à remplir ſon miniſtere. Ce
qu'il dit des rares vertus de ce grand
Prince toucha tellement ſes Audileurs
,qu'ils te trouverent naturelle
ment engagez de finir avec luy par la
priere que fait l'Egiſe pour la confer.
vation de ſon Protecteur. L'aprefdinée
les Capitaines ayant affemblé
leurs Troupes devant la maiſon de
Ville , le Maire & les Echevins en
firent un détachement qu'ils donnerent
à commander à Monfieur Violet
Conſeiller du Prefidial , l'un des Capitaines,
auquel ils confierent la garde
duGuidon fameux que les Habitans
pour laqueriſon du Roy 297
,
prirent ſur les Anglois aprés leurdéfaite
devant les murs de la Ville ,
ſous le Regne de Charles V I I. Toute
cette milice alla ſe poſteraux environs
de l'Egliſe , où le Te Deum
fut chanté avec beaucoup de magni .
ficence.Au fortirde là je Maire &les
Echevins furent conduits dans la
Place publique , où ils avoient fait
élever un grand Portique de verdure
devant la maiſon de Monfieur Robeau
de Coulevreux l'un des anciens Echevins
. On y voyoit ſous un dais un
Portrait du Roy couronné de laurier ,
&au deſſous, les Armes de Monfieur,
avec de grands Feftons de la Ville ,
ce qui fait voir que Montargis eſt de
l'Apanage de ce Prince. Tout au defſous
eſtoit l'Ecu des Armes de Mon--
freur de Boisfranc , Chancelier de S.
A. R. Grand Bailly & Gouverneur
de la Ville. En arrivant dans la Place,
la Compagnie du Guidon fut mife
de garde devant le Portique , ſous lequel
entrerent le Maire & les Echevins
pour y falüer le Portrait du Roy
avant que d'aller allumer le feu. Less
NS
298
Actions de Graces
Dames eſtoient placées avec une
grande ſymphonie de Violons. Le
feu estoit un Pentagone , ou plutoſt
il y avoit fix feux , l'un dans lemilieu
, & cinq autres d'égale figure ,
& de la même grandeur, ayant chacún
une même communication avec
le grand feu. Il en forrit une infinité
de feux d'Artifice & quantité de fuſées
volantes parurent en l'air au ſon
des Tambours & des Tromperes.
Monfieur Robeau ttaita magnifiquement
le Maire & les Echevins &
d'autres Perſonnes confiderables ; on
fervit une table de Capitaine du Guidon
devant le Portique , qui eſtoit
illuminé , & tous ceux qui voulurent
y manger y prirent place. Pendant
ce temps ,la Milice fit plufieurs décharges
, apres quoy elle ſe retira
avec les Capitaines , dont chacun
tint Table publique dans fon Quartier.
Monfieur de la Villebague,qui a un
zele tout particulier pour Sa Majeſté
, fit une Feſte des plus éclatantes
à S. Malo le 17. du mois paffé. La
e
pour la gueriſon du Roy . 299
Meſſe & le Te Deum , auquel on joignitun
trés beau Motet de la compofition
de Monfieur louvin , furent
chantez dans l'Egliſe de. S. pierre.
pendant ce temps quarante-deux pieces
de Canon que Monfieur de la
Villeduguen , Homme entendu pour
l'Artillerie , avoit fait monter ſur le
Quay deMonfieur de la Villebague ,
fe firent entendre à plus de dix lieuës
aux environs . Tous les Vaiſſeaux répondirent
par intervalles reglez de
vingt & un coup chacun. On fit une
diſtribution d'argent , de Biscuit , de
Hareng, & de quatre Bariques de vin
à plus de cinq cens pauvres qui ſe
preſenterent ; aprés quoy Monfieur
l'Eveſque de S. Malo qui avoit volu
y aſſiſter , fut conduit , par Monfieur
de la Villebague dans une de ſes
Maiſons , vis-à- vis de la Batterie , où
tout n'eſtoit que verdure. On y
fervit cinq Tables , chacune de cinq
couverts avec beaucoupde delicateffe
& d'abondance. Dans une Maiſon
voiſine , l'une de celles qui envifagent
le Port , & qui appartient enco-
N6
BIBLIOTHÈQUEUE
VILLE
LYON
909*1995
*
300
Actions de Graces
reà Monfieur de Villebague , il y eut
quatre autres Tables ſervies pour les
Dames. Monfieur l'Eveſque commença
la ſanté du Roy , & auſſi - toſt
les Canons recommencerent à tirer ,
& chaque Vailleau répondit de 21 .
coups. Enfuite on but les ſantez de
Monseigneur ,de Madame la Dauphine
, & de toute la Maiſon Royale ,
&elles furent toûjours accompagnées
de l'Artillerie du Quay & de
celles des Vaiſſeaux , de forte que
plus de quinze cens coups de Canon
furent tirez . La nuit venuë , tous les
Vaiſſeaux furent garnisde Lanternes
par étages , & les Maiſons de Flambeaux
le ne parle point de plus de
cinquante feux qu'on alluma , & un
entr'autres d'une hauteur extraordinaire.
Certe Feſte fut ſuivie de pluſieurs
autres , & ceux qui en prirent
ſoinjoignirent l'agrément de la Mu--
fique à la beauté des Illuminations ..
Les Coleſtins d'Avignon,dont Charles
VI fonda le Monastere en 1393 ..
aprés avoir fait des Prieres publiques
pendant tout le cours de la maladie du
pour la queriſon du Roy. 301
Roy devant les Reliques de S. Pierre
de Luxembourg , &de S. BenezetPatrons
de la Ville , qui repoſent dans
leur Eglife , rendirent graces à Dieude
l'heureux retour de ſa ſanté le 24. du.
dernier mois dans la Chapelle Royale
de S. Pierre de Luxembourg.Elle étoit
parfaitement bien ornée. Le Portrait
du Roy eſtoit au milieu dans un Fauteüil
de Velours garnyde Galons & de
Franges d'or placé ſur un Trône , au
deſſus duquel eſtoit un Dais magnifique
parſemé de Fleurs de Lys aux Armes
de la Couronne. On fit une Au-.
mone generale, & une Fontaine de Vin
àpluſieurs lets coula juſques à la nuit,
à l'entrée de laquelle on chanta le Te
Deum , qui fut fuivy d'un Exaudiat, le
tout d'une excellente Muſique..A la
ſortie de l'Egliſe , Monfieur le Viguier
& Meſſieurs les Confuls qui avoient:
efté d'abord receus a la porte par lePere
Satyre Prieur , à la teſte de toute fa
Communauté , allumerent un fort beau
Feu dartifice que l'on avoit preparé au:
deſſus de la premiere Porte de ce Mo- .
naftere , où font arborées lesArmes de
302
Actions de Graces
France, qu'on voyoit ornée de Feſtons
auſſi bien que celles de Monſeigneur le
Dauphin , & de Monſeigneur le Duc
deBourgogne. Les Illuminations , les
Fuſées volantes , les Boëtes , les Trompettes
, les Fifres & les Tambours attirant
le peuple de toutes parts , firent
long- temps éclater la joye publique.
Les Religieux du Monastere de S.
Martial , Ordre de Cluny, dans la même
Ville, rendirent de pareilles Actions
de graces le deux de ce mois . Monfieur
le Duc de Caderouffe , & Madame la
Ducheſſe ſa femme y aſſiſterent accompagnez
des plus conſiderables de laNobleſſe&
des principales Dames , ainſi
que d'un tres-grand nombre des premiers
Citoyens d'Avignon. On avoit
dreflé un Feu de Loye devant l'Eglife .
Monfieur le Duc de Caderouffe l'alluma
au ſon des Tambours & des Trompettes
, & au bruit de quantité de Boëtes ,
&de Feux d'artifice qui divertirent le
public pendant tout le foir.
Le s . de Février le Preſidial de Valence
en Dauphiné ſuivit l'exemple que
luy avoit donné le Parlement & τους
pour lagueriſon du Roy. 303
les Corps de Grenoble. Il ſe rendit en
Corps ſur les trois heures dans l'Egliſe
de l'Abbaye Royale de S. Ruf, pour
affifter au Te Deum qui fut entonné par
Monfieur l'Abbé revêtu de ſes Habits
Pontificaux . La Muſique le continua.
Elle étoit accompagnée d'un concert de
Violons. Cela fut precedé& ſuivy du
bruit de ving trois Boëtes,qui s'étoient
déja fait entendre le ſoir du jour prece.
dent . Une fontaine de vin coula à la
porte du Palais juſqu'à cinq heures du
foir.Elle s'élevoit juſqu'à un Cartouche
où eſtoit écrit en Lettres d'Or , Vive le
Roy. Vne Couronne de Laurier ornoit
ce Cartouche , & il eſtoit ſoûtenu par
quatre Pilliers de même ſorte , garnis
de Rubans. Les Armes du Roy étoient
au fond, ainſi qu'à la ſurface de l'Eglife
qui en eſtoit toute ornée.. Au deſſus de
l'Autel , remply d'une quantité ſurprenante
de lumieres eſtoit une Couronne
de quatre pas de longueur d'où pendoient
ces mêmes Armes . Elle eſtoir
garnie à pluſieurs rangs , de Cierges.
foparez par des Fleurs de Lys.Il y avoit
auffi deux rangs de Couronnes depuis
Actions de Graces
304
le commencement du Cheoeur juſqu'à
l'extrêmité de l'Egliſe,à pluſieurs rangs
de Cierges & de Fleurs de Lys , fufpenduës
fort proprement , ce qui faifoit
uneDecoration des plus agréables.
Monfieur de Valernod , Preſident &
Lieutenant General ,traitta magnifiquement
tous les Officiers de ſa Compagnie
, & donna enſuite le Bal aux
Dames .
Le 7. de ce mois l'Hospital Gene--
ral de la mefme Ville fit auſſi chanter
un Te Deum en muſique dans ſa Chapelle,
éclairée de quantité de lumieres ,
dontles unes formoient des Vaſes &
les autres des Pyramides . Monfieur
l'Eveſque de Valence , nommé à
1.Archeveſché d'Aix , y officia en:
Habits Pontificaux . La Ceremonie
fut precedée d'une diſtribution de
quelques rafraichiſſemens à tous les
pauvres de dehors , & finie par un
Feu d'Artifice accompagné d'une Illumination
. Trois Fontaines de Vin:
coulerent tout le jour ſous des Berceaux
de Verdure imitez au naturel ,
& chargez de Fleurs de Lys en écuſ
pourla gueriſon du Roy. 305
fon.Audelà de ce Berceaux eſtoit un
Arc de Triomphe ouvert de trois Arcades
ſur lequel on voyoit la Figure
du Roy entre la Iustice & la Religion
foulant l'Erreur , le Menſonge
& l'Herefie. La Gloire couronnoit
cette figure , & la Renommée montroit
cette Infcription. Pio , Iusto , In
victo, Harescos Domitori , belli & pacis
Arbitro. Au travers de ces Arcades
onvoyoit un Soleil en Illumination
tout environné de Fleurs de Lys . Les
Genies de la Renommée placez dans
les Niches de l'Arc de Triomphe repreſentoient
des Cartouches remplis
de DevinesturiOperation rate aDa
Majesté,& fur ſon heureuſe gueriſon.
L'une avoit pour Corps l'Arbre
qu'on inciſe afin d'en tirer le baume ,
&pour ame ces paroles Felici vulnerefanet.
Vn Soleil diſſipant un nuage
oppofé , faiſoit lecorps d'une autre
Deviſe , & ces paroles, qui luy ſervoient
d'ame , Nil tardare potest , faifoient
entendre que l'indiſpoſition du
Roy ne luy avoit rien fait relacher de
fon application continuelle pour le
. م
こう
306
Actions de Graces
bien de ſon Royaume. Vne immortelle
qui avoit pour ame.In aternum ,
faifoit voir les voeux des Peuples
pour une ſanté ſi prétieuſe. On voyoit
dans une quatriéme Cartouche
une Couronne poſée , fur deux Sceptres
en Sautoir , au bas d'un Autel
chargé d'une Caffolette. Ces mots ,
Grotes ipse rependit , marquoient le
ſoin pieux de ſa Majeſté qui a voulu
aller rendre graces à Dieu publiquement
de ſa gueriſon dans la Metropolitaine
de ſon Royaume. La Decoration
du Feu d'Artifice , qui pendant
le jour parut un bois ſeméde Fleurs
de Lys fut changée la nuit en un
mas de brillans nuages , d'où ſortoient
trois Pymirades de lumieres , & quatre
termes chargez des Armes de
France. La Pyramide du milieu plus
haute& plus enfoncée que les autres ,
portoit un Soleil rayonant avec cette
Inſcription , Nil te lucente cavendum.
Celle d'un des coſtez foutenoit une
Lune qui paroiſfoit obſcurcie , avec
cette autre Inſcription,Solus lucefugat,
& au bas de la troiſiéme , où l'on vo
pour la gueriſon du Roy. 307
yoit un Aigle puny d'avoir volétrop
prés du Soleil , on liſoit , Tuntos non
fuftinet ignes. L'Artifice fit un effet
auſſi ſurprenant qu'il parut nouveau .
Il fournit pendant un long eſpace de
temps , une pluye , des Caſcades , des
Allées , des Berceaux de feu , & l'on
vit tout à coup ſortir du Globe du
Soleil des éclairs & des foudres qui
renverſerent la Lune & l'Aigle au
bruit de pluſieurs décharges & aux
fanfares des Trompetes .
Le prefidial de Vienne dans la même
province de Dauphiné , n'ayant
diferé la Feſte qu'il avoit reſolu de faire
qu'à cauſe de l'absence de ſon Lieutenant
General, la celebra avec grande
pompe dans la Chappelle du Palais
le 13. de ce mois. De tres belles voix ,
ſouſtenues d'un Concert d'Inſtrumens
ſe firent admirer dans une
Meſſe ſolemnelle que l'on y chanta ,
&qui fut ſuivie d'un Te Deum, Toute
la Compagnie s'y trouva en Corps ,
aſſiſtée des Avocats & des Procureurs
. Chacun fit le ſoir d'agreables
Illuminations , & cette Fefte , parti-
/
308 Actions de Graces
culiere aux gens de Iuftice , en devint
bien.toſt une publique. Monfieur de
Saint André Gouverneur de la Ville ,
fit illuminer toute ſa Maiſon. Son
grand Portail fat ouvert & un Por.
trait du Roy à cheval fut mis ſous un
riche Dais , orné de Feſtons & Couronné
de Fleurs , ſur une Eſtrade élevée
de pluſieurs marches . Toute la
Cour eſtoit tapiſſée , & un grand
nombre de Luſtres l'éclairoient. La
Nobleſſe accourut à ce ſpectacle. On
n'entendoit que des acclamations de
toutes parts , & Monfieur le Gouverneur
qui méloit ſes cris à ceux du Peuple
, tour malade qu'il eſtoit , dità
ceux de ſes Amis qui entrerent dans ſa
Chambre , que quand il ſeroit tout
preſt d'eypirer, il auroit aſſez de force
pour crier encore plus fort que les
autres , Vive le Roy. Il fit faire un feu
d'artifice devant ſa Porte,& les Quartiers
qui s'étoient mis ſous les Armes
firent pluſieurs décharges au bruit de
Tambours & des Trompetes . Ces réjouiſſances
durerent toute la nuit.
Le 22. Fév . Meſſire Thomas Berpour
la queriſon du Roy. 309
,
gier , Prieur du Prieuré Conventuel
de S. Ruf dans la Coſte S. André ,
auſſi en Dauphiné , fit chanter une
Meſſe ſolemnelle accompagnée du
Te Deum & de l'Exaudiat par Mefſieurs
les Chanoines Reguliers. Le
lendemain Monfieur le Marquis de
Miſon , Lieutenant Coloneldu Regiment
des Dragons du Roy , fit faire
une Feſte particuliere dans la mesme
Eglife. Comme les Dragons du Regiment
diſperſez en divers endroits
s'eſtoient rendus à ce Bourg le jour
precedent ſuivant les ordres qu'il
avoit donnez , il ſe mit à la teſte des
Compagnies , qui marcherent en bel
ordre vers la grande Eglife. Monfieur
leMarquis de Chavagnac faiſoit l'office
de Major , & Monfieur le Marquis
de Fleury portoit l'Etendard.
Aprés les Prieres faites , on rétournadans
lemeſine ordre chez Monfieur
Miſon qui avoit fait preparer trois
grandes tables. Elle furent magnifiquement
ſervies , l'une pour Meſſieurs
du Chapitre , l'autre pour la Nobleſſe
qui eſt nombreuſe & renommée en ce
310
Actions de Graces
و &une autre lieu par la Bravoure
pour les Dames , parmi leſquelles eftoient
Madame de Blanville de l'illuftre
Maiſon de Prunier , & Madame de
Martel digne Soeur de feu Monfieur
de la Serre , Lieutenant des Gardes
du Corps . On y but la ſantédu Roy
& celle de Monſeigneur au bruit des
Tambours & des Salves de Moufquets,&
il y eut Bal tout le jourAprés
un foupé qui fut auſſi ſomptueux que
le diſné on alluma un grand Feu de
Ioye , qui donna lieu aux Tambours
& aux Moufquets de ſe faire entendre
toute la nuit.
و
Le 26. 400. Hommes de l'élite des
Habitans ſe trouverent ſous les Armes
,& s'eftant rangez à ſept heures
du matin devant la maiſon de Monſieur
Argond Capitaine Chaſtelain
Royal du Bourg & des neuf Villages
qui en dépendent , il ſe mit à la teſte
de cette Milice au milieu des deux
Confuls qui s'eſtoient rendus chez
luy avec douze Conſeillers
eſt compoſée la Maiſon de Ville. On
alla en bon ordre à la imefine Eglife ,
د
dont
pour la guerifon du Roy . 311
leTe Deum l'Exaudiat furent chantez
par les Chanoines Reguliers & par le
Clergé du Voiſinage. Les Confrairies
des Artiſans du Bourgy aſſiſterent
ainſi que les Peres Recolets . La
Milice fit trois décharges , l'une à l'élevation
de la Meſſe, l'autrean TeDeum,
& la derniere à la Benediction qui ſe
donna. Aprés le Service , Monfieur
le Chaſtelain donna un fort grand repas,
ouMonfieur le Marquis de Miſon
& les deux Lieutenans du Regiment
deDragons furent invitez avec toute
la Nobleſſe , les Officiers de la Milice
,& les principaux Bourgeois . Le
foir Meſſieurs les Chaſtelain , Confuls&
Confeillers allumerent le Feu
qu'on avoit fait dreſſer hors du
Bourg. Il y eut encore des décharges
de la Milice , à la teſte de laquelle les
mefmes Chaſtelain , Confuls & Conſeillers
, retournerent dans le Bourg ,
dont ils firent le tour pour eſtre témoins
des Illuminations que l'on avoit
ordonnées .
Le 27. les Réligieuſes du Royal
Monastere de Laval , toutes Filles de
312
Actions de Graces
qualité , dont Madame de Nantuin ,
autre digne Soeur de feu Monfieur de
la Serre , eſt Abbeſſe , firent leur folemnité
, ou aſſiſterent les Officiers
des Dragons & quantité de Nobleſſes.
Le 28. les Recolets en firent une ſemblable
, & enſuite les Religieuſes du
Gonvent de Sainte Urſule,& la Confrairie
des Penitens .
Ie croy vous avoir déja marqué
queMeſſieurs les Treſoriers de Francede
la Generalité de Dijon avoient
fait chanter un Te Deum avec beaucoup
de ſolemnité. La Ceremonie ſe
fit le 31 Janvier dans l'Egliſe Noſtre-
Dame. Ils s'y rendirent au nombre
de vingt avec Memeurs les Gens du
Roy , precedez de leurs trois Greffiers
&de fix Huiffiers. Les quatre plus
anciens Treforiers eſtoient en Robes
de Velours plein ,& les ſeize autres
enRobes de Moire , bordées de Ve
lours , ayant tous des Cordons d'or
fur leurs chapeaux ou Toques auſſi
deVelours ; le Portrait du Roy fut
exposédans le fond du Choeur en un
lieufort élevé. Au fortir du Te Deum
ils
pour la gueriſon du Roy. 3.13
ils firent un grand Repas , où l'on but
folemnellement à la ſanté de Sa Majeſté.
Le lieu ou ils font leurs Affemblées
, qu'on appelle le Bureau des
Finances , fut éclairé preſque toute la
nuit par des pots à feu , par un grand
feu àla porte d'entréede leur Bureau ,
&par des Illuminations àtoutes les
feneftres.
Le 11. de Février les Elûs de la
Province firent chanter une Meſſe
le matin , & un Te Deum le foirà la
Sainte Chapelle. Ils allerent en Ceremonie
, ſans neantmoins garder de
rang fixe parce qu'iln'y a encore rien
de reglé parmy eux , & que c'étoit
la premiere fois qu'ils marchoient en
Corps , ce qui ſe fit ſans que cette
Marche pût tirer à confequence. Ils
eftoient precedez du Grand Prevoſt ,
àla teftede ſes Archers . Le Te Deum
fut ſuivy d'un fort beau Feu qui fut
tiré dans la Place Royale , & de
quantité d'Illuminations dans la Tour
&dans tous les Apartemens du Logis
duRoy , dont la muraille de clôture&
la Grand Porte eſtoientbor
Ο
314
Actions de Graces
dées de Pots à feu ,de Fuſées volantes
, de Lances à feu , & autres feux
d'artifice.
Le Mercredy 19. de ce mois , jour
de S. Iofeph , les quatre principaux
corps des Métiers s'étans joints , ſuivirent
l'exemple que toute la Ville
leur avoitdonné. Ils choiſirent l'Egliſe
des Carmes pour cette folemnité.
Jl y avoit quatre rangs de Tapiſſeries,
&des lumieres dans tous les endroits
qui pouvoient eſtre éclairez , Au ſortirdu
Te Deum, d'où ils revinrent au
fon des Tambours comme il y
eſtoient allez , ils firent tirer un Feu
ds joye à la Place de S. Jean. Le Roy
y eſtoit repreſenté ſous la figure
d'Hercule. Calvin y paroiſſoit abatu;
& l'on y voyoit l'Hereſie détruite.
On avoit placé quatre Genies des
Arts &Métiers aux quatre Angles du
Theatre , il y avoit des Deviſes ſur
les Friſes & dans les Cartouches ,
avec quelques Vers François antour
duCube qui ſervoit de Picdeſtal à la
Figure de Sa Majefté.
Les Officiers , Avocats & Propour
la querifon du Roy. 315
1
cureurs de la Seneſchauffée deToulon
, marquerent leurs joye le 23. de
Février. Apres les ceremonies de l'Egliſe
, on vint allumer le feu qui étoit
en forme de Pyramide renfermé
dans un carré , qui compoſoit quatre
Arcs ornez de Mirtes , de Laurier
,& de fleurs de toutes fortes . Au
haut de la Pyramide on liſoit ces mots
dans unCartouche , Ludovici Magni
faluti. Vne Figure d'Eſculape eſtoit
au deſſus de la premiere face , & ces
mots au bas , Languentia corpora ſanat
Vn grand Cartouche portoit cette
Inſcription audeſſous de l'Arc :
FESTAM PYRAM , GAUDII MONUMENTUM
4 EXTRUXERE
SENATORES PRETORIANI ,
PATRONΙ ,
ET PROCURATOTES TOLONENSÉS.
Audeſſous, &dans un petit Carton
oſtoit écrit ce Diſtique.
Con valuit Regno Lodoix , tutela facrorum
,
Per quem tot populi convaluere Deo.
Ο 2
316 Actions deGraces
A la face oppoſée eſtoit la Juſtice ,
avec ces mots , Efficit incolumes animos
; & au deſſous
LEGUM RESTAURATORI
RESTAURATAM SALUTEM
:
GRATULANTUR .
REGEM MAXIMO
REGNUM QUIETUM ,
VITAM PROLIXAM
PRECANTUR
LEGUM ET REGUM CULTORES.
Cet autre Diſtique eſtoit au deſſous
de l'Inſcription
Vive.diu, noſtra hacfunt vota,piiſſime
Regum ;
Sofpite te, populisjura fideſque vigent.
A la troifiéme face , dum ſalvum,fecit
,falvos nos fecit.
LeCiel ànosfoûpirs est devenuſenſible,
Il n'a pu voir long- temps souffrir le
Grand LOUIS.
France , pour affſurer la Paix dont tu
joüis ,
Que n'est-il immortel , comme il est
invincible!
:
pour la queriſon du Roy. 317
A la quatriéme face , Omnis in uno
noftra falus.
L
CeHeros parsa valeur
Tient la Fortune affervie ,
Etnous n'aurons de bonheur
Qu'autant qu'il aura de vie.
On liſoit ces mots Latins au defſous
de ce Quatrain , Gaudeat longâ
Salute corporis , qui eterna animarum
faluti confuluit. Sur la porte du Palais
on avoit mis le Portrait du Roy avec
une Deviſe qui avoit pour corps un
Soleil fortant d'un nuage , & ces mots
pour ame, Clarior ex nebula.
Avecque plus d'éclat qu'iln'avoit com-
2
mencé,
Ilpoursuit savaſte carriere.
Cet Aftre qui fait la lumiere ,
Pent bien eſtre obscurcy , mais non pas
éclipsé.
Monfieur Trotebas , Avocat , eft
l'Autheur de toutes ces Inſcriptions.
Le premier jour de ce mois Monſieur
de Rarmondi, Major de l'Armée
Navale , fit dans la même Ville de
Toulon une Feſte qui eut tout l'éclat
qu'un particulier luy pouvoit donner .
03
318
Actions de Graces
Elle dura depuis le matin juſqu'à dix
heures du foir. Ily eut un fort grand
repas à diſner pour tous les Sergens
du Port & de la Demy-Solde ſur un
Ponton , qui eſt comme une maniere
dePlate-Forme ſur l'Eau, qu'on avoit
placé devant la Maiſon de Ville, Le
Bal fut donné ſur ce Ponton où l'on
danſa juſqu'au foir.Monfieur le Major
traita magnifiquement chez luy la
plus part des Officiers de la Marine.
Cejour-là il fit marcher des Chariots
par la Ville, dans chacun deſquels il y
avoit un Tonneau de Vin , pour en
donner generalement à tous ceux qui
en vouloient. Les Sergens ſuivoient
jettant de l'Argent aux Pauvres. A
l'entrée de la Nuit.Monfieur le Major,
àla reſte de tous les Sergens , ayant
un Flambeau de Cire blanche , ſe rendit
à l'Egliſe de S. Pierre où il fit chan .
ter le Te Deum en Muſique. Toutes
les Perſonnes confiderables de la Ville
s'y trouverent. L'Eglife , le Ponton ,
la Maiſon du Major,& celle de l'Aide
Major , eſtoient ornez de Pavillons
&de flammes avec des Illuminations
pour la gueriſon du Roy. 319
extraordinaires . Ily eut auſſi deux
Feux de Joye magnifiques , l'un devant
le Port , & l'autre dans la Place de
S. Pierre.
La Ferté Bernard a imité les plus
grandes Villes . La Ceremonie qui s'y
eſt faite commença par le Panegyrique
de ſa Majesté , que prononça Monſieur
le Doyen & Curé du Lieu avec
tout l'applaudiſſement poſſible. En
ſuite on chanta le Te Deum & unMoter
en muſique , aprés quoy Monfieur
le Camus , Bailly de la Ville, à la teſte
de toute la Juſtice , du Maire & des
Echevins , du Corps du Grenier à Sel
&de celuy de la Mareſchauffée ,alluma
le Feu que l'on avoit preparé dans
la Place Publique au bruit de toutes
les Coulevrines de la Ville. Ilfut ſuivy
de trois deſchages que firent plus de
quatre censMouſquetaires qui avoient
eſté poſez dans cette Place. On n'owblia
pas de faire l'aumoſne à tous les
Pauvres , & il y eut Bal en divers endroits
. Toutes les Confrairies du même
lieu firent chacune en differens
jours leur folemnité particuliere.
04
320
2 ActionsdeGraces
A Château Roux en Berry , les
Abbé , Chanoine & Chapitre de l'Eglife
Collegiale firent une Proceſſion
Generale an tour de leur Egliſe le 16 .
de ce mois avec tout le Clergé& les
Religieux de la Ville. On chanta le
Te Deum , auquel aſſiſta le Corps de
Juſtice ordinaire avec celuy de toute la
Ville & des Elûs. Le 21.les Cordeliers
de l'Obſervance du meſme licu , rendirent
de pareilles actions de graces
dans leur Eglife , ce qu'ont fait auſſi
toutes les autres Paroiſſes & Communautez
Regulieres & Seculieres.
La Ville de la Ferté Millon s'acquita
du, meſme devoir le 24.Janvier, par les
ſoins de M.Hericart, LieutenantGene
ral , & de Monfieur Rangueil,Procureur
du Roy , Meſſieurs Fournier , &
Lange , Eſchevins , n'oublierent rien
pour répondre au deſſein des Magi-
Arats. Tous les Corps ſe trouverent
enbon ordre dans l'Egliſe de Noftre-
Dame , & aprés une Proceſſion generale
, ils aſſiſterent à la Meffe & au
Te Deum , qui furent chantez ſolemnellement
au bruit des Boëtes & des
pour lagueriſon du Roy. 321
Tambours & au Carillon des Cloches
de toute la Ville.Monfieur de Mallortique
Prieur & Curé fitun excellent*
diſcours à l'avantage du Roy. Le reſte
du jour ſe paſſa en Feux de Joye ,
d'Artifices , & autres rejoüiſſances
publiques.Les Chevaliers de l'Arquebuſe
, ſous la conduite de Monfieur
Fournier des Galais leur Capitaine, ſe
distinguerent, tant par leurs frequentes
décharges que par des fuſées volantes&
des Illuminations en la Salle
de leur Jardin de l'Arquebuſe.
Parmi les Feſtes les plus remarquables
, auſquelles l'heureuſe gueri
ſon du Roy a donné lieu , on peut
compter celle des leſuites du College
de Quimper. Apres les Prieres de
40. heures terminées le Mardy 11 .
de ce mois, par une diſtribution d'aumônes
, par un Diſcours prononcé à
la loüange de ſa Majesté , & par un
Te Deum enmuſique ; les Ecoliers de
la Rhetorique repreſenterent le Mercredy12.
une pièce de Theatre ornée
de Ballets qui avoit pour titre , la Felicité
de la France retablie par la con-
Ος
د
322
Actions de Graces
Ex
valescence du Roy. Au forrir de ce ſpetacle
on trouva toute laFaçade du
College illuminée. Sur la porte eſtoit
le Portrait du Roy avec deux Deviſes
: l'une avoit pour corps un Soleil
éclipſé , & ces mots pour ame ,
illius labore omnium labor. L'autre étoit
un Soleil éclairant la Terre au
fortir de ſon Eclipſe, avec ces paroles ,
Incolumi arridet telus . Le Perron avoit
eſté embelly de pluſieurs Figures
poſée ſur la Balustrade. Apollon y
paroiſſant au milieu des neufMuſes
ſembloit inviter les Peuples à entrer
dans le Temple , où les Genies de la
Religion , de la luſtice , des Arts , &
de la Felicité publique dreſſoient un
Autel à ſon Fils Eſculape , en action
de graces de la ſanté rendue à Louis
le Grand , ce qui répondoit à la coutume
des Anciens qui ſouvent apres
leur gueriſon ſe faisoient un devoir
d'élever des Autels an Dieu Eſculape.
On en voyoit un au milieu de la
court entouré d'une Balustrade , feravnt
de Soubaffement à tout l'édifice,
qui estoit de 36 pieds de hauteur fut
pour la queriſon du Roy. 323
;
F
9. enquarré & avoit quatre Portiques
d'un ordre Perlique , ſurmontez
de leurs frontons , & terminez de
Pots à feu. Du coſté qui faiſoit face
à l'Eglife , eſtoit le Portique du Genie
de la Religion. La Medaille d'un
Antoninpoſée ſur leTimpandu fronton
avoit ces mots dans l'Exerque ,
Pietas auguſta. Sur la friſe eſtoit cette
Inſcription , errori extincto , & plus
bas , certe Deviſe , une colomne ſoûtenant
unTemple , Stantque caduntquefimul.
Dans le ſecond Portique ,
qui estoit celuy du Genie de la luſti.
ce , on voyoit la Medaille de Trajan ;
dans l'Exerque , Pietas felix , plus
bas , fceleri repreſſo , & pour Deviſe
un miroir , cuiquefuam reddit. La Medaille
d'Auguſte ornoit le Portique
du Genie des Arts ; dans l'Exerque ,
litterarum amor ; plus bas , ignorantia
fugata , & pour Deviſe un Effein d'Abeilles
que la venë de leur Rov anime
au travail Hoc duceferuet opus.Dans le
Portique du Genie de la Felicité publique
estoit la Medaille de Tite
avec cette Legende , delicia populis
06
324
Actions de Graces
A
plus bas , triftitia expulsa , & pour
Deviſe un Soleil éclairant un Parterre
remply de fleurs , Ridet ab aspectu.
Je laiſſe les ornemens des quatre faces
de la Court , dont chacune avoit
rapport au Genie qu'elle regardoit ,
pour vous dire que tout ce grand appareil
ayant eſté tout à coup illuminé
d'une maniere agréable , l'Autel
dreſſé au milieude cette Court parut
tout en feu par le moyende cinq cens
Lances attachées ſur tous les mem.
bres de l'Architecture. Le feu fe communiqua
aux Girandoles qui cſtoient
aux angles ſaillans des quatre Portiques.
Ces quatre Machines en tournant
jetterent le feu à plus de quatre
pieds de diametre, & firent briller un
Soleil qui eſtoir attachéà leur centre.
Pendant ce temps il fortit des quatre
encoignures du ſecondd'archite.
ture un trés-grand nombre de fuſées
volantes qui s'élancerent en l'air , &
quatrePots à feu firent un bruit ex.
traordinaire. Au deſſus du Dome qui
ſoûtenoit la Statuë du Dieu Eculape,
une infinité de ferpenteaux qui ſe
pour lagueriſon du Roy. 325
croifoient les uns ſur les autres , repreſenterent
mille chifres agreables ,
& au deſſus parut un gerbe de feu ,
qui par ſa cheute forma une eſpece de
Caſcadedans tout l'aſpect de l'édifice
, aprés quoy pluſieurs Petards
partirentd'une Boëte de Pandore que
tenoit Efculape d'une main , & dự
Serpent qu'il tenoit de l'autre , on vit
fortir une flamme qui deſcendit fur
l'Autel & y mit le feu. Ce feu s'eſtant
répandu à gros bouillons en forme de
torrent juſque ſur le Perron,il ſediviſa
entrois branches. Deux tomberent
fur le premier Pillier , & apres avoir
formé une nape de feu ſur les deux
rampes , elles ſe reünirent à un grand
Bucher qu'elles allumerent. La troifiéme
ayant eu auſſi ſon cours au même
Bucher, retourna à l'Autel d'où elle
eſtoit partie,& en eſtant fortit de nouveau
par les quatre ouvertures , elle ſe
diffipa d'une maniere qui cauſe beaucoup
de plaifir aux Spectateurs. La
figure d'un Coq,qui étoit l'oiſeau que
les Anciens ſacrificient ordinairemér
auDieuEfculape terminoit ce Bucher
326 Actionsde Graces
que l'on avoit élevé en Pyramide. On
avoit repreſenté ſur les quatre faces
un Hibou , un Epervier , un Corbeas,
& unButor, qui font les ſimboles
de l'Erreur , de l'injustice , de
la Triſteſſe & de l'ignorance , & que
les Genies de la Religion, de la luſtice,
de la Felicité publique & des Arts
facrifioient au Dieu Efculape.
Le 19. de Ianvier les Echevins de
Chartres ayant receu les ordres de
Monfieur le Marquis d'Alluy , Gouverneur
de la Province , firent chanter
le Te Deum dans l'Egliſe des Cordeliers
. Ils y aſſiſterent en Corps ,
precedez de la Compagnie des Archers
du Vidame à Chartres , avec
les quatre anciens Drapaux de la Ville,
qui furent arborez dans le Choeur
au bruit des Fifres , Tambours &
Hautbois. On alluma un grand feu
de joye devant l'Hoſtel de Ville &
le tout fut accompagné de plufieurs
décharges de Moufqnets .
Les mémes Prieres ont eſté faites
àSenlis . Elles commencerent par une
Meſſe que chanta Monfieur l'Evêque
pour la querifon du Roy. 327
dans la Cathedrale. L'apreſdinée il
yeut un Te Deum en muſique , ou
ſe trouverent tous les Magiſtrats .
Meieurs de Ville ſuivirent. Leur
Ceremonie ſe fit aux Carmes . Grand
bruit de Boëtes & de Mousquets , &
le foir Bal & une ſuperbe collation
à l'Hoſtel de Ville. Les Corps de
Métiers ſe diſtinguerent enſuite aux
Cordeliers & dans les autres Egliſes.
Ona donné les mémes marques de
zele dans une petite Ville de Beauffe ,
nommée Yenville au Seil. Meſſieurs
Bertrand& Buſſeaux Echevins , s'ef
tans chargez du ſoin de la Feſte , le
Service ſe fit ſolemnellement dans
l'Egliſe Paroiffiale par Monfieur
Denyau, Curé de la Ville , aſſiſté de
pluſieurs Curez des environs. Plus
de trois cens Hommes estoient ſous
les Armes. Le Vin fut diſtribué en
abondance , & on n'épargna point les
Confitures aux Dames .
Le 26. Ianvier , le Te Deum fut
chanté en l'Egliſe Collegiale de Mante
far Seine , en preſence du Commandant
, des Officiers & des Gardes
328
Actions de Gracesdu
Corps qui y ſont en Garniſon , du
Prefidial en Corps , du Maire & des
Eſchevins , de l'Election , & de la
Compagnie Royale des Arquebuziers
qui tous avoient eſté invitez par
Meſſieurs du Chapitre. Ce meſme
jour le Pere Verdier , Religieux Cordelier
de la Province de Languedoc,
fit un excellent diſcours ſur le réta
bliſſement de la ſanté de ſa Majesté.
Les Habitans de la Ville de Chatillon
ſur Loing , appartenant à Madame
la Princeſſe de Meckelbourg
rendirent de pareilles actions de gra.
ces. Les Officiers & Eſchevins y
aſſiſterent , & allerent enſuite dans
lagrande Place où le feu de Ioye fut
allumé. Monfieur Baujard en fit allumer
un autre dans la cour du Chaſteau
par l'ordre de cette Princeſſe , & le
bruit des Boëtes & du Canon ſe fit
entendre long-temps .
Monfieur le Marquis d'Echaufour
fit auſſi chanter le Te Deum , le 9. de
ce mois dans l'Egliſe du Bourg d'Echaufour
; le Clergé des Paroitles
voiſines s'y trouva avec beaucoup de
pour laqueriſon du Roy. 329
Nobleffe. Plus de deux mille hommes
de ſes Vaſſaux eſtoient ſous les Armes
, & les deſcharges furent fort fre .
quentes . Ce Marquis regala ſplendidement
tous les Eccleſiaſtiques , les
Gentishommes , & la milice.
Les meſmes folemnitez accompagnées
de réjoüiſſances publiques , ont
eſté faites.
A Abbeville le 19. Ianvier dans
l'Egliſe Royale de ſaint Pierre. Le
Preſidial en Corps y aſſiſta.
A Pluviers en Gaſtinois , le 21.
par les ſoins de Meſſieurs du Chapitrede
faint George. Meſſieurs de Ville
&de la Iuftice en Corps ſe trouverent
dans leur Eglife.
ANogent le Roy le 26. Monfieur
Bouchet ancien Curé du lieu , anima
par ſon exemple le zele des Habitans
qui ſe mirent ſous les Armes & firent
grand nombre de feux & d'illuminations
.
A St. Amand en Berry, le 25. Ianvier
dans l'Egliſe des Peres Carmes ,
où ſe trouverent les Officiers de l'E .
lection qui faisoient faire la Ceremo
330
Actions de Graces
nie. Elle fut accompagnée de toute
la magnificence que le lieu pouvoit
permettre.
A la Ville d'Eu le 2. de Mars . Ce
fut une Feſte particuliere que fit faire
Monfieur Virgille, Maiſtrede la Ver.
rerie de Criſtal de S. A. R. Mademoi.
felle d'Orleans dans le Comté d'Eu.
Il avoit fait preparer le divertiſſement
de l'Arquebuſe , & apres avoit fait
tirer un prix , il tint table ouverte.
Le Peuple eſtoit ſous les Armes , &
le feudejoye fnt allumé au bruit de
la Mouſqueterie, & au ſon des Trompettes&
des Violons .
A Domfront en Normandie dans
l'Egliſede S. Iulien. Les Magiſtrats ,
la Nobleſſe & laBourgoiſie s'y trouverent
en affluace.Le Peredes Landes
Capucin fit un beau diſcours ſur cette
Ceremonie. Les Boutiques furent
fermées tout le jour , les Fontaines
de Vin coulerent ,& il y eut un magnifique
Feſtin à l'Hoſtel de Ville.
On fit joüer le feu d'Artifice au bruit
des décharge des Bourgeois qui s'étoient
mis ſous les Armes .
pour la querifon du Roy . 338
A Chaſteau - Dun , dans l'Eglife
Provinciale & Abbaye Royale des
Chanoines Reguliers de la Madeleine.
L'Eloge du Roy fut prononcée par le
Pere David Prieur , Chanoine Regulier
de ſon Ordre, avec tout l'applaudiſſement
de toute la Ville.
Au Mans par la Compagnie des
Avocats . Au deſſus du Portrait du
Roy, on voyoit cette Deviſe. Le Soleil
qui ſortoit de ſon Eclipſe , & ces
mots pour Ame , Redivivi cunctaferena!.
A Cremault en Poitou par les ſoins
de Monfieur le Comte de Beffar Lieutenant
general des Armées du Roy.Le
Pere Paul de Poitiers , Capucin, prononça
l'Eloge de ſa Majesté avec
beaucoup de ſuccez ; enſuite on alluma
un grand feu de Ioye au bruit des
pieces d'Artilleries qui ſont dans le
Chafteau.
Madame Dorat , Abbeſſe de Monce,
& la Communauté chanterent le Te
Deum dans leur Egliſe le 26. Ianvier.
Tous leurs Vaſſaux , & les Peuples
des Villages circonvoiſins y aſſiſte
332
Actions de Grates
rent, &il ſe fit une aumoſne generale.
Ce meſme jour Mademoiselle Mar.
tineau , petite Fille de la Nourice de
Henty IV.fit chanter une Meſſe & un
Te Deum , dans l'Egliſe d'Aniere fur
Oife , aprés quoy elle fit faire une
diſtribution de pain àtous les Pau
vres .
Monfieur l'Abbé du Rivau de Beau.
vau , à fait auſſi chanter un Te Deum
dans l'Egliſe de ſon Abbaye de Turbené
enTouraine, aprés uneMeſſe ſolemnelle.
Monfieur l'Abbé du Rivau
ſon Neveu , a fait faire la meſme choſe
dans celle de ſon Abbaye de ſaint
Victor au Païs de Caux .
Le 18.Février, les Damesde Denin,
qui vous ſontconnuës par tout ce que
je vous ay dit de ce Chapitre dans une
demes Relations du Voyage des Am
baſſadeurs de Siam en Flandre , remplirent
le meſme devoir avec toute la
folemnité qu'on pouvoit attendre de
leur zele pour le Roy .
Ie vous ay déja parlé des Feſtes
d'Aix en Provence , mais je ne vous
ay rien dit de celle que firent les Pro
pour lagueriſon du Roy 333
cureurs du Preſidial quelques jours
apres que les Officiers du même Siege
ſe farent acquitez de ce devoir. Ils
s'aſſemblerent dans le Palais à la Sale
de l'Audience , ornée dedans & dehors
de Portraits du Roy avec du Laurier ,
des Feſtons , & de tres-belles Peintures
, & allerent en Corps à l'Egliſe
des Penitens de l'Obſervance qui eſt
au bout de la Ville, precedez de douze
Tambours & de fix Fifres ,de 150.
Mouſquetaires , commandez par un
Capitaine , Lieutenant , Enſeigne , &
quatreSergens richemens veſtus , de
vingt- quatre Pauvres de la Charité
qu'ils avoient fait habiller , conduits
par leurs Archers,& enſuite de lagră.
debande de Violons . Il y avoit dans
cette Eglife trois Arcs de Triomphe
par deſſus celuy qui eſtoit ſur la Porte
avec des Inſcriptions & des Emblêmes
à la gloire de ſa Majeſté. La
GrandMeſſe que l'on chanta en Muſique
fut celebrée par Monfieur l'Abbé
deBonfils, & fuiviedu Te Deum,aprés
lequel on tira quantité de Boëtes. Le
Soir ils ſe rendirent dans la meſme
334
Attions deGraces
Eglife,& aprés l'Exaudiat auſſi chan,
té en Muſique , ils allerent en Rob .
& Bonnet à la Place des Preſcheurs e
portant chacun un Flambeau de cir ,
blanche , & precedez de quarante Mue
ficiens ayant auſſi un Flambeau. Toutes
les ruës par leſquelles ils paſſerenteſtoient
extraordinairement illuminées.
Il y avoit plus de trois mille
Bougies au devant du Palais & des
Maiſons qui donnent ſur la Place. Le
feu avoit eſté élevé ſur un Theatre,&
on l'alluma au chant de la Muſique ,
diſant. Dominefalvum fac Regem , &
au bruit de laMouſqueterie, des Tambours,
Violons , Trompettes, Boëtes ,
Fufées & feux d'Artifices preparez au
Balcon du Palais . Les mémes Procureurs
ſe rendirent enfuite devant les
maiſons de leurs Syndics , ou ils allumerent
d'autres feux de loye qu'ils y
avoient fait dreffer. Ces maiſons
eſtoient illaminées depuis le bas jufqu'au
haut , auſſi bien que celles de
leurs Collegues qui ſouperent tous
enſemble pour mieux terminer la Fête.
Monfieur le Large , Maire de Bour
pour la queriſon du Roy. 335
ges , accompagné des Eſchevins , fit
chanter un Te Deum folemnel dans
l'Egliſe de ſaint Aoutrillet , qui eſt
la Paroiſſe de l'Hoſtel de Ville. Mefſieurs
du Preſidial y aſſiſterent. La
Muſique de la Cathedrale , celle de la
Sainte Chapelle , & l'Harmonie d'un
grand nombre de Violons , formerent
trois Choeurs qui receurent beaucoup
d'applaudiſſemens .
Le 26. de Février l'Univerſité de la
meſime Ville rendit de pareilles Ations
de graces avec une grande ſolemnité.
Elle s'aſſembla ſur les trois
heures chez Monfieur le Clerc, Doteur
Regent aux Droits & Recteur,
où ſe rendirent auſſi les Magiſtrats de
Police comme étant duCorps. Ils marcherent
tous avec pópe juſqu'à l'Eglife
des lacobins . Apres qu'ils eurent pris
place , le Recteur ouvrit la Ceremonie
par le Panegyrique de ſa Majeſté,
dont le ſujet fat que ſi l'Antiquité
avoit eu quelque raiſon d'appeller Tite
, l'Amour & les delices du monde ,
ce tiltre eſtoit deu avec bien plus de
juſtice à Louis le Grand. Apres ce
336 Actions de Graces
difcours qui charma tous ceux qui
l'entendirent, il entonna le Te Deum ,
&auffi- toſt les Concerts de Muſique
&d'Instrumens ſe firent entendre.La
Compagnie reprit enſuite ſa marche ,
&conduifit ſon Recteur chez luy
avec le meſme appareil.
A la Campagne auſſi bien quedans
lesVilles , les Peuplss ont fait éclater
leur joye. Monfieur le Bailly de S.Aignan
ſuivant l'ordre qu'il avoit receu
de Monfieur le Comte de Clermont ,
aiſné de cette Maiſon , fit aſſeinbler
tous les Sujets de cette Terre, compoſée
de pluſieurs Paroiſſes , afin
qu'ils euſſent à ſe mettre ſous les
Armes , pour prendre partà la feſte
que l'on preparoit. Tous les Curez
& les Preſtres de cette Seigneurie
s'y trouverent , avec une affluence
de plus de cinq mille perſonnes .Aprés
un Te Deum ſolemnel chanté dans
l'Eglife , on ſe rendit àla Place d'armes
qui avoit été choiſie. Les Gentilshommes
, les Officiers de Iuftice &
les Avocats en Robe & Bonnet , y
trouverent toute la Milice ſous les
Armes.
pour la gueriſondu Roy. 337
Armes. Ony chanta encore un Te
Deum , & enſuite Monfieur le Bailly
mit le feu au Bucher , ce qui fut ſuivy
de pluſieurs falves de Mouſqueterie.
Les Tonneaux de Vin furent défoncez
, &à l'entréede la nuit les Fuſées
volantes ſervirent d'un agreable
ſpectacle.
La Ville d'Alby a fait voir fon ze.
lepar les Te Deum qu'on y a chantez ,
& par beaucoup de réjoüiſſances publiques.
Monfieur l'Abbé de la Chaiſe
qui y fait ſon ſejour depuis quelque
temps , marqua ſa joye au commencement
de ce mois d'une maniere qui
le diftingua, Il choiſit le Faux-bourg
qui borde la Riviere du Tarn , vis-àvis
les feneftres de l'Archevêché. Ce
Fauxbourg eſt grand & beau , & chaque
Maiſon ayant un Iardin , ce mé-
✓ lange d'arbres & de Baſtimens preſenteunobjet
qui charme les yeux. Les
maiſons qui ſont au bord de l'eau ont
divers rangs de Galeries ou Corridors.
Ce fut là que cet Abbé fit attacher
en dehors untres- grand nombre
d'illuminations. Quantité de Luſtres
P
338 Actions de Graces
ſuſpendus au dedans formoient des
Globes de lumiere ; & comme les
chambres qui donnent fur ces Corridors
, ont des Vitres au lieu de Murs ,
on penetroit dans ces chambres , &
l'on y voyoit toutes les perſonnes de
Qualité que Monfieur l'Abbé de la
Chaiſe y avoit aſſemblées. On avoit
mis la Muſique dans une Tour élevée,
& elle estoitfi bien placée , que l'on
entendoit diſtinctement les actions de
graces qu'elle rendoit au Ciel pour la
gueriſon duRoy . Pluſieurs Bateaux
Aotoient doucement ſur la Riviere ,
& il en partoit des Fuſées qui s'élevoient
juſqu'aux nues au bruit des
Trompetes , des Hautsbois , des Violons
, des Fifres & des Muſettes . L'air
qui menaçoit d'un orage , changea
tout d'un coup , & devint calme. C'eſt
ce qui donna occaſion à Madame la
Viguiere d'Alby de faire ces Vers ,
qu'elle envoya à Monfieur l'Abbé de
la Chaize.
L'air s'armoit des vapeurs qui forment
leTonnerre.
Agitépar les vents, déja leTarn s'enfloit
Le superbe Aquilon foufloit,
pour la querifon du Roy. 339
5
Et tous les Elemens nous déclaroient la
guerre ;
Mais, genereux Abbé , ſitoſt que vos
concerts
Da grand nom de LOUIS font retentir
lesairs ,
Si- toſt qu'on voit briller voſtre magnificence,
Dans les airs,fur la terre,& dansle ſein
des eaux ,
La nature attentive obſerve le filence ,
Etce beaunom redit par cent Echos nonveaux
, :
Force les Elemens d'eſtre d'intelligence.
Ainsi l'on a veu quelquefois
L'Hollandois, l'Espagnol, l'Allemand,
leGenois ,
Apres avoir formé des deſſeins inutiles
D'engloutir nos Vaiſſeaux , de detruire
nos Villes ,
Au feul nom de LOUIS perdre ses
mouvemens ,
Et devenir plus immobiles
Que n'ont fait cette nuit tous les quatre
Elemens.
Les Bernardines de Marſeille qui
P2
340 Actions deGraces
dependent de S. Victor ſe ſont diftinguées
pour le zele qu'elles ont marqué
pour la Santé du Roy , aprés
pluſieurs Communions & prieres
dans leur Egliſe ; elles terminerent le
tout par une grande Feſte qu'elles firent
le 17. Février , leur Egliſe eſtoit
extrêmement parée &beaucoupéclairée
paruntrés-grand nombre de Cierges
&de Luftres , on y chanta le Te
Deum, on fit une aumône generale
&le ſoir une Illumination dans tous
les dehors : Le tout par les ſoinsde
Madame de Seillon leur Superieure de
l'Illuſtre & Ancienne Maifon de Da
goult.
Je reçois preſentement des Relations
de ce qui a eſté fait en d'autres
Villes ,mais le temps ne me permet
pas de leur donner place dans cette
Lettre extraordinaire qui n'eſt déja
que trop longue. Le fuis , Madame ,
&c.
THE
E DE
LYON
5*
*09*1895
AParis ce 31.Mars 1687.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères