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1680, 04 (Lyon)
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807156
MERCURE
GALANT
LE DAUPHINE LA
VILLES DEDIE' A MONSEIGNEUR
OTHÈQUE
AVRIL
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
Ruë Merciere .
M. DC. LXXX.
AVEC PRIVILEGE DUROY.

BLE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
OMME Vous aimez les Ouvrages
de Mademoiſelle de
Ville- Dieu , je vous en envoye
, que vous trouverez
dans le Catalogue des Livres
Nouveaux. Je vous envoyeray dans huit
jours au plus tard les Amours de Catulle
endeux volumes indouze , par Monfieur
l'Abbéde la Chapelle , c'eſt un Livre affurément
écrit avec beaucoup d'erudition
tantpour la Proſe, que pourla Poësie qui
y eſt meſléededans.
La Diſtribution de l'Extraordinaire du
quartier de Janvier a eſté retardée à cauſe
des figures quin'ont pas eſté preſtes,mais
le quinziéme de May ſans manquer on
le diſtribuera.
L'on continuëra à diſtribuer tous les
mois les Nouvelles Découvertes de Medecine,&
le Journal des Sçavans pour
fix fols le Cahier.
L'on trouvera des Mercures complets;
ſçavoir, ceux de 1677. pour douze fols ;
Ceux de 1678. 1679. & 1680. poin
a ij
vingt fols le volume , & les Extraord
naires pour trente ſols auſſi le volume.
Les Mariages ſe vendront ſeparés des
Mercures ſçavoir ,
Le Mariage de Monſeigneur le Dauphinpour
vingt ſols.
Le Mariage de la Reyne d'Eſpagne
pour vingt fols.
LeMariagede Monfieur le Prince de
Conty avecMademoiſelle de Blois, quinzefols.
Jevousdonneraydans peu de jours plufieurs
autresNouveautez,entr'autres deux
Livresde Voyagediferent , d'un Autheur
bienconnu dont je vousdiray le nom en
vous les envoyant, ils ſont ſur Preſſe.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois d'Avril 1680.
Le cinquiéme& fixiéme tome des Amours
des Grands Hommes de Mademoiſelle
de Ville- Dieu relié en un volume , 20.
fols. On trouvera le 1. 2. 3. & 4. tomes
reliés en deux pour 30.fols.
Le Journal Amoureux de Mademoiſelle
de Ville-Dieu , indouze , fix volumes
relié en trois volume, 45. fols.
Federic Prince de Sicile , indouze , trois
volumes, 36. fols.
Lettres d'un Eccleſiaſtique à un Miniftre
de
: de la Religion pretenduë Reformée,
pour ſervir de réponſe à diverſes Queſtions
qui luy ont eſté faites par ceMiniſtre,
dans leſquelles il traite&prouve
pluſieurs Poincts importans de la
Religion, par la Doctrine de ſaint Cyprien
,avec une Differtation du même
Eccleſiaſtique , &d'un des principaux
du Conſiſtoire de Charanton , & une
liſte tres- curieuſe des Eveſques de
Rhodes & de Vabres , indouze , pour
douze fols.
LaDevinereſſe ou les faux Enchantemens
de l'Autheur du Mercure ſe continuë
toûjours à vendre chez le Sieur Amaulry
Libraire à Lyonpour trente cinq fols
avec les figures,&25. fols ſansfigures,
fans rien rabattre.
Le prix que je vous marque aux Livres
n'eſt que pour Lyon , car les Libraires
desProvinces ne vous les peuvent pas
donner au meſme prix , c'eſt àquoy on
doit prendre garde aux Provinces.
CATALOGUE DES PIECES
qui composent leneuvième Extraordinaire
du Mercure Galant
donné au Public le 15.
Avril 1680.
IL CONTIENT
Quatre Pieces en proſe ſur la Queftion
, Si l'amour diminuë plutoſtpar les
rigueurs d'une Belle, que parses faveurs .
Etune en Profe & en Vers .
CinqPieces enProſe ſur laQueſtion,
Sila jalousie d'une Maistreſſe eſtplus à
craindre que celled'un Rival. Et une en
Proſe& en Vers.
Trois Pieces en Profe,&une en Proſe
& en Vers, fur la Queſtion , S'il eft
plus avantageux à un Homme qui fere-
Sout de ſemarier, d'épouserune Perſonne
dont il est fortement amoureux , qu'une
autrepour laquelle il n'a dans le coeur que
de l'estime.
Deux en Proſe, une en Profe , & en
Vers, &une en Vers ſur la Queſtion,
Si
Si une Maiſtreſſe fait plus foufrir un Amant
, quand elle luy prefere un Rival
qu'elle a deſſein d'épouser, que quand elle
luy enprefere un dont ellene veut qu'estre
aimée.
Trois en Proſe , & une en Proſe &
en Vers ſur la queſtion, S'il est plus prejudiciable
à un Pere de Famille d'estre
grand loneur, que grand Buveur ou grand
Chicaneur.
La fuite de l'Hiſtoire amoureuſe de
quelques Fleurs.
Vne Lettre paſſionnée.
Trois diſcours pleins d'érudition fur
les Taliſmans .
Pluſieurs Madrigaux ſur les neuf
Enigmes des trois Mois.
VneEpitaphe d'une Belle.
Vn Diſcours fort ſçavant ſur laPierre
Philofophale.
L'Explication de la derniere Lettre
enChifres.
Deux nouvelles Lettres, ſçavoir ,une
enChifres, & l'autre en Figures.
Vn Diſcours ſur l'Origine de la
Poudre à Canon .
Vne Fiction en Vers ſur le meſme
jet
a iiij
Vn Diſcours où tous les Feux dont les
Anciens ſe ſervoient dans leurs guerres
font décrits , & de leur compoſition.
Deux Diſcours de la découverte de
la Poudre à Canon.
Vne Apoſtrophe en Vers à la Poudreà
Canon.
Traduction de l'Ode onziéme da
troiſiefme Livre d'Horace.
Relation d'une Feſte donnée à Bacchus
par les Nymphes du Mont-Nilla,
àl'occaſion de la conqueſte des Indes.
La Grote, Hiftoire.
VneExplication de l'Histoire Enigmatique,
avec les Noms &Madrigaux
de ceux qui l'ont trouvée.
Vne nouvelle Hiſtoire Enigmatique.
Pluſieurs Armoiries de l'Amour gravées.
Les Noms de ceux qui ont trouvé
les veritables Mots des Enigmes du
dernier Mois.
Queſtions&Matieres propoſées.
TABLE
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Avantpropos. I
Harangue de Meffieurs de l'Academie
Françoise de Soiſſons. 3
Description d'un combat de Taureauxfait
àMadrid, 13
Suite des Réjoüiſſances faites àNaples,
pour le Mariagedu Royd Espagne, 22
Lettrede la Reyne de Portugalà MonfieurleDuc
de S. Aignan ,
Lettre de Madame Royale au moſme, 31
L'avaricepunie , Histoire ,
29
33
Revenë des Troupes de la Maiſon du
Roy, faite devant Madame la Dauphine
, 49
Complimentfait à Monsieur le Prince de
ContyfurSon Mariage , de la part de
Madamela Duchefſfe de Modene, SI
LePinson , Fable, 53
Entrée deMonfieur Foulé de Martangis ,
Ambassadeur de France , à Copenhague
, 56
LaMuse Bergere ,
68
Lettre contenant le Voyage du Consul de
France
TABLE .
Franceà Alep , &sa Reception dans
lamesme Ville , 80
Description d'un Préfent fait par Madame
de Montespan à Madame la
Dauphine , 104
Compliment de Monsieur le Président
Fremin àMadame la Dauphine, 107
Conversion miraculeuse de Monfieur
<
Chanrofier ,
Lettre en Profe, & en Vers ,
110
113
Repas donné par le Royà Versailles , à
Madame la Dauphine , 120
L'Enfantsuposé, Histoire , 129
Changemens arrivez dans la Robe depuis
trois mois , par mort os vente de
Charges, 141
Mort de Messieurs Feideau & Guilloire
Chanoines de Noftre-Dame, 147
Mort de Monfieur Bourdon Docteur de
Sorbonne , 149
Versfur de l'argent prestépar uneDame,
àun Cavalier qui venoit de perdre le
fienà la Baffete, ISI
Réponse de la Dare au Cavalier , 155
Gratification faire par le Royà Monfieur
leMarquis d'Alincour , 158
Monfieur le Prieurde Gabrieres eft pre-
Senté au Roy , 160
Acconche
TABLE .
Accouchement de Madame la Preſidente
leCogneux,
160
Mort deMademoiselle de Seignelay, 161
Mort de Monsieur le Marquis du Chatelet
, ibid.
Parolesfur les Fleurs Printanieres, 164
Monfieur le Chevalier de la Fare eft fait
Capitainede Galere ,
ibid.
Préfens portez à Munic par Monsieur
Defloges Second Fils de Monfieur
Berthelot , 169
Sonnet 171
Festedonnée par Monsieur le Maréchal
Ducde Vivonne , 172
Charges de la Maison de Madame la
L'Infidelle puny , Histoire,
Dauphine ,
Dauphine donnéespar le Roy , 176
Divers Complimens faits à Madame la
Thése foûtenue par Monfieur l'Abbé de
186
1.93
Riants ,
Benefices donnezpar leRoy ,
204
206
Chanoinie de Noftre- Dame donnée à
Monfieur Liſleman , 207
Explication de la premiere Enigme du
Moispassé,
208
Nomsde ceux qui en ont trouvé le mot,
209
Expli

TABLE .
Explication de la ſeconde Enigme , avec
les Nomsde ceux qui en ont trouvé le
Sens, 210
Enigme , 213
Autre Enigme, 214
Explications de l'Enigme en Figure ,
avecles Noms de ceux qui en ont trouvé
leſens , 215
Tenebres , 216
Sermon de la Cene , fait parMonsieur
l'Abbé des Alleurs ,
217
auxGardes , 218
(
Monfieur de Mailly eft reçen Capitaine
Mort de Monfieur l'Abbéde Pure, ibid.
Mortde Monsieur de Bonneüil , 219
Mort de Monsieur Gedoin , A 220
Place de Dame du Palais de la Reyne
:
donnée à Madame la Ducheffe de
Beauvilliers.
221
Nouveaux Commis de Monfieur Colbert
de Croiffy. ibid.
Mariage de Monfieur de la Viéville,
223
Fin de la Table.
MER
I
MERCURE
GALANT.
TYON
AVRIL 1680.1893
NFIN , Madame,
preſque toutes les
Charges de laMaiſon
de Madame la
Dauphine ont eſté
données , & ceux qu'il a plû au
Roy d'en gratifier , font tellement
retentir les loüanges de ce
grand Monarque , qu'on n'entend
autre choſede tous coſtez .
Ils ont raiſon d'en faire éclater
Avril 1680. A
2 MERCURE
leur joye. Des Préſens de cette
nature ne peuvent avoir de prix.
La main qui les fait , les ſçait
rendre inestimables , & s'ils fatisfont
du côté de la fortune , ils
n'ont pas moins dequoy plaire
par l'intereſt de l'honneur. Y at-
il rien de plus glorieux , que
de ſe voir diftingué par le plus
ſage & le plus éclairé de tous
les Roys ? &comme la maniere
obligeante dont il ſe plaiſt à répandre
ſes bienfaits , convainc
tout le monde que le ſeul merite
les peut attirer , quel avantage
d'eſtre choisi pour y avoir
part ,&de ſe pouvoir répondre
par là qu'on s'eſt rendu digne
d'eſtre remarqué ? Je n'entreray
point encor dans le détail de ces
Officiers. Si Sa Majesté a fait
grand nombre d'heureux , Elle
en peut faire encor de nouveaux
avant
GALANT.
3
avant que je finiſſe ma Lettre,
& quelques Charges confiderables
qui ſont encor à donner , feront
peut- eſtre remplies dans les
derniers jours du Mois. Ainfi,
Madame , je pourray vous rendre
compte de toutes par un ſeul
Article. Jele recule ſans le vouloir
referver ; & afin de ne vous
pas priver ſi - toſt du plaifir d'entendre
parler du Roy, je vous
envoye la Harangue que luy devoient
faire Meſſieurs de l'Académie
de Soiſſons , quand il
paſſa par leur Ville. Vous fçavez
qu'il n'en a voulu rece
voir aucune , & que cette feule
raiſon empécha qu'elle ne
fuft prononcée. C'eſt un Ouvrage
de Monfieur Hébert,
Treſorier de France. Je n'ay pas
beſoin de vous vanter ſon merite.
Il vous eſt connu par les
A ij
ANG
4 MERCURE
belles choses que vous avez déja
veuës de luy.
HARANGUE
DE
MES DE L'ACADEMIE
Françoiſe de Soiffons ,
AUOROΥ.
SIRE ,
Apres avoir eu l'honneur de
voir icy V. M. quand elle alloit
vaincreſes Ennemis ; apres l'avoir
venë tant de fois avec cette fierté
guerriere qu'elle portoit dans les
Combats ; graces au Ciel , nous
avons enfin le plaisir de la voir
avec cet air doux&Serain que la
Paix imprime fur le visage des
Monar
GALANT.
Monarques , quand elle a fait alliance
avec la Justice. En ce temps,
SIRE , il est vray , nous avions
de la joye , & nous en avions mefme
par avance , parce que nous
estions fürs du succés de ce que
V. M. alloit entreprendre de plus
grand & de plus difficile ; mais
außi,parce quenoussçavions qu'elle
alloit hazarder quelque chose
d'infiniment plus pretieux que tout
ce qu'elle pouvoit conquerir , la
crainte l'emportoit toûjours fur la
joye. Cette paſſion inquiete empoi-
Sonnoit tous nos plaiſirs. Elle troubloit
nos plus douces reflexions , &
nous ofons dire à V. M. que nous
estions dans un état malheureux,
pendant que vostre valeur contribuoit
si heureusement à établirnôtrefelicité.
Aujourd hay , SIRE,
que vostre ſageſſe y travaille toute
feule , la joye regne toute seule
A iij
6 MERCURE
dans nos coeurs ; & comme l'idée
des perils où V. M. s'expofoit alors,
ne bleffe plus noſtre imagination,
nous pouvons Sans distraction &
Sans trouble refléchirſur les merveilles
de vostre Vie. Nous pouvons
à l'abry des Lauriers qui couvrent
voſtre Teste auguste, contempleràloiſir
les prodigieux effets de
cette fageffe profonde qui regla
tous vos pas , & qui mit dans toutes
vos Actions le bel ordre & la
Subordinationmerveilleusequenous
yadmirons. Ce fut ellefans doute
qui apprit à V. M. quepourparvenir
à un bonheur parfait , ilfalloit
paſſerpar les travaux & par
les peines , qu'une juſte Guerre étoit
le fondement le plus folide d'une
Paix inalterable , & que pour empescher
que rien ne troublast jamais
le repos& la tranquillité de
vostre Royaume, ilfalloit une fois
A
femer
GALANT.
7
Semer la terreur & l'effroy chez
tous les Peuples qui l'environnent.
Mais, SIRE , nefut - ce point elle
auffi qui mit à cette Guerre de
ſi justes bornes , qu'elle fust affez
Longue pour laffer lesplus opiniatres
de vos Ennemis , & qu'elle ne
le fust pas assez pour fatiguerle
moindre de vos Sujets ? Ne futce
point elle qui vous arreſta fur
Lepanchant rapide de cette courfe
impetueuse qui vous menoit à
I'Empire de l'Univers , & qui pour
vous faire vaincre en nostre fa
veur ce qu'il y a de plus grand&
de plas redoutable fur la Terre,
vous obligea de vous furmonter
Vous- mesme? Vôtre Majesté, SIRE,
aimoit la gloire plus que la vie.
Elle en avoit donné mille marques
éclatantes ; mais avec quelle
étonnante , aves quelle agreable
furprise , ce procedé genereux ne
A iiij
:
8 MERCURE
-
nous fit-il pas connoistre que vous
aimiez vos Peuples encor plus que
lagloire? C'est avec de fi nobles
Sentimens , c'est avec des actionsſi
heroïques quevous avez commencé,
que vous avez achevé le pretieux
Ouvragede la Paix,& V. M. leva
couronner enfin de tout ceque l'Hymenée
porte avec luy de douceurs
charmantes&deplaiſirs innocens.
SIRE ,fice Mariage auguste eft
la consommation parfaite de ce
grand Ouvrage , nous pouvons bien
dire qu'il est aussi l'entier accompliffement
de nôtre felicité ; car
enfinparmy tant de prosperitez , il
nenous restoitplus qu'unefeule choſe
à desirer, &c'est , SIR E, cette
heureuse Alliance qui va remplir
ce dernier defir. Nous allons voir
cettefuperbe Tige devenir außifeconde
qu'elle est illustre. Elle pouffera
bien - toft des Branches qui
donne
GALANT.
donneront de l'ombrage à tout l'Univers
, & deſormais nous n'aurons
plus que des Actions de graces à
rendre au Ciel pour les Princes
qu'ilnous va donner. Si par lesdifpoſitions
preſentes il est permis de
penetrer dans l'avenir , qu'ils feront
grands , qu'ils feront fortunez
ces Princes qui auront l'invin
cible Loüis pour Ayeul, & pour
Pere ce genereux DAUPHIN,
dont la grandeur, quoy que naiſſan
te encor , a déja brillé à nos yeux
en mille manieres diferentes!Quel-
Le facilitén'auront- ils pas à vaincre
leurs Ennemis , à proteger leurs
Alliez, à ſe maintenir eux - mefmes
dans ce haut degré de puiſſance&
d'honneur où vous les aurez élevez!
Ils trouveront la Terre toute éton
née du bruit de vôtre Nom, & tou
te remplie de la terreur de vos
Armes . Ils trouveront tout frayé,
Av
10 MERCURE
tout applany , le chemin qui conduit
à la gloire. Ils auront cet
avantage , quepourse rendreparfaits
, ils n'auront pas besoin de
chercher des Modeles dans l'Hiſtoire
des Siecles paffez, ny dans celle
des Nations étrangeres . Its n'auront
pour cela quà lire celle de
vêtre Vie ; & comme les exemples
recents & domestiques font toujours
les plus forts, nous avons tout
lieu d'efperer qu'ils se rendront dignes
de leur naiſſance , qu'ils mar
cheront à grands pas fur les glorieux
veftiges que V. M. leur marque
, & qu'ils transmetront enfin
vos Vertus avecvôtre Sang, à une
Posterité qui fera toûjours la gloire
defon Siecle , & qui , fi nos voeux
font écoutez , ne finira qu'avec le
Monde. SIRE , il nous resteroit
encor àvous faire nos tres - humbles
remercimens , & pour tous ces
1
bien
GALANT. II
bienfaits qui nous sont communs
avec toute la France ,&pour ceux
qu'en particulier cette Compagnie
areçeus de V. M. Dans l'embarras
de la Guerre , au temps deses
plus penibles occupations ,&defes
plus nobles travaux, Elle adaigné
jetter les yeuxfur nous , ellea honoré
nos Aſſemblées d'un aveu
qui nous a comblez de plaisir &
de gloire ; mais quelques efforts
que nous ait fait faire le defir de
meriter cesgraces,quelque redoublement
qu'il ait apportéànos veilles
& ànos études , nous noussentons
encor bien éloignez de pouvoir rien
dire de vôtre Majesté , qui ſoit
digne de fa grandeur & de nostre
reconnoiffance. Nous les continûrons,
SIRE, ces études & ces veilles
;&parce qu'il est naturel de fe
flaterfar ce que l'on souhaite, nous
ne deſeſperons pas qu'avec leur
fecours,
(
12 MERCURE
Secours , nous ne puiſſions un jour
rendre à vôtre Majesté unc partie
de ce que nous luy devons. Si nôtre
foibleſſe nous empesche de l'entreprendre
en voſtre Personne , peutestre
l'oferons nous en celle de ces
Princes dont nous venons d'augurer
de fi grandes choses. Nos forces
croîtront avec eux , & cependant
, SIRE , pour commencer
en la maniere qui nous eſt poſſible
ànous acquiter envers VôtreMajesté
, nous allons faire des voeux
continuels poursa Perſonne auguſte&
facrée , avec tout le Zele &
toute l'ardeur dont nous sommes
capables. Nous demanderons incef-
Sament au Ciel la continuation de
cesprofperitez étonnantes ,&pref.
que incroyables , dont vous avez
usé avec tant de moderation & de
generafité. Nous luy demanderons
La conſervation de cette fantépretieufe
GALANT.
13
tieuse qu'on vous a veu toûjours
prodiguer avec ſi peu de precaution
& de referve. Nous luy demanderons
enfin de jour en jour la
prolongation de cette belle & merveilleuse
Vie que l'amourde lagloire
, & celuy que vous avez pour
ros Peuples , vous ont fait expofer
fi ſouvent avec tant valeur
&d'intrepidité ; de cette Vie , dis.
je, qui fait l'admiration de l'Univers
, la tranquillité de l'Europe
, la gloire & les delices de la
France.
Les réjoüiſſances qui ont eſté
faites en Eſpagne pour l'arrivée
de la Reyne , ne ſe ſont pas terminées
à ce que je vous ay dit de
la magnificence de ſon Entrée.
Elles ont eſté ſuivies d'une Feſte
deTaureaux , qui a ſervy de divertiſſement
à toute la Cour le
Mercre
14 MERCURE
Mercredy 7. de Fevrier. La Place
où ces fortes de Combats ſe
font à Madrid , eſt grande , &
quarrée , à peu pres comme la
Place Royale. Les Maiſons en
font fort hautes , chacune ayant
cinq étages. Chaque étage a un
rang de Balcons. Le Roy diſpoſedes
trois premiers rangs. Les
Ambaſfadeurs, les Grands d'Efpagne
, l'Inquisition , &les autres
Confeils , font placez dans
l'un. Les Marquis , Comtes , &
Titrez,occupent l'autre & le troifiéme
eſt pour ceux qui n'ont
que la ſimple qualité de Cavaliers.
Quoy que le Roy leur faffe
donner des Billets à tous , ils ne
laiſſent pas de payer quelque petitdroit
fuivant la taxe ordinaire
qu'on fait des Balcons. Ily a
des Amphitheatres dreffez par
tout au deſſous. Ils contiennent
juſqu'à
GALANT..
15
juſqu'à vingt cinq mille Perſonnes
, & chacun y paye ſa place,
les uns plus , les autres moins. La
Feſte commence dés le matin
pour le Peuple , qui remplit ces
divers Amphitheatres fans rien
payer. Ily en a meſme qui demeurent
dans la Place, où tout le
monde a la liberté de combatre
Yes Taureaux. Sur les neuf heures,
le Toreador amene ces Animaux
qui ſont conduits par des
Booeufs qu'ils ſuivent. Ils entrent
tous dans la Place,&y font deux
tours afin que le Peuple les puiſſe
voir. Il y a deux endroits fermez
qu'ils appellent Toriles. On
y fait entrer les Booeufs avec les
Taureaux , apres quoy les Boeufs
qui font dreſſez à cela , fe laiſſent
mettre hors du Toril où les Taureaux
reſtent enfermez . L'heure
du Combat eftant venue , on en
laiffe
16 MERCURE
laiſſe ſortir un pour le commencer.
Il court dans la Place en bondiffſant
,& renverſe tout ce qu'il
rencontre. Les uns l'évitent par
agilité , les autres en luy jettant
leurs Manteaux , ou leurs Chapeaux
, qu'il emporte ſouvent
avec ſes cornes.
Le jour que ſe fit la derniere
Feſte dont je vous parle , on ouvrit
le matin à cinq Taureaux
que le Peuple combatit , & qui
furent tuez avec l'Epée. L'apresmidy
cettemême Feſte futbeaucoup
plus digne de la curiofité
des Spectateurs . Tousles Balcons
qu'on avoit fort richement tapıfſez
, eſtoient pleins de monde,
auſſibien que les Amphitheatres.
Il y en avoit juſque ſur les toiss.
Le Roy , la Reyne , & toute leur
Suite , arriverent fur les deux
heures ,& fi-toſt que Leurs Majeſtez
GALANT. 17
jeſtez ſe furent placées dãs leurs
Balcons , les Combatans entrerent
par deux diférentes Portes .
Ils estoient cinq , tous vétus de
noir, avec un Manteau , & montez
ſuperbement. Trois Grands
d'Eſpagne, &deux des plus conſidérables
Seigneurs d'Andaloufie
venus exprés pour la Feſte,
eſtoient ces cinq Combatans. Ils
avoient chacun une Livrée de
cent àfix- vingts Eſtafiers. L'une
de ces Livrées eſtoit à la Turque
, une autre à la Polonoiſe, &
les trois autres de diférentes manieres.
Chaque Combatant pafſa
devant les Balcons du Roy ,
avec ſa Livrée qui le devançoit.
Ils ſaluërent tous Leurs Majeſtez,
tant les Maiſtres que leur Suite,
&firent le tour entier de la Place
, marchant quatre à quatre ,
ſans confufion .Apres que ces diferentes
18 MERCURE
ferétes Livrées eurent eſté veu ës
de tout le monde , elles fortirent
hors du lieu où l'on devoit
faire le Combat , à l'exception
de quatre Eſtafiers de chacune
qui demeurerent aupres de
leurs Maiſtres , pour les ſuivre &
pour leur donner los Reiones. Ce
font demy- Lances avec leſquelles
on attaqueles Taureaux.
Du coſté& au deſſous des Balcons
du Roy, les trois Compagnies
dela Garde eſtoientrangées
avecleurs Cuchillos, & leurs
Hallebardes . Vis- à- vis des mê
mesBalcons, étoient ſix Officiers
auſſi richement vétus,que ſuper.
bement montez, Leur ſoin eſt de
recevoir & de porter les ordres
du Roy , tant pour faire ouvrir
aux Taureaux , que pour les faire
traîner hors de la Place , lors
qu'ils ont eſté tuez .
Les
GALANT.
19
,
Les feuls Combatans eſtant
demeurez dans cette Place , chacun
avec ſes quatre Eſtafiers , qui
furent toûjours attachez & comme
collez à la croupe de leurs
Chevaux le Roy fit jetter
une Clefde fon Balcon. Un de
ſes Officiers dont je viens de vous
parler, la ramaſſa,& alla faire ouvrir
au premier Taureau. Les
Taureaux fortent ordinairement
avec beaucoup de furie du lieu
où ils ont eſtéenfermez . & voyat
les Combatãs écartez les uns des
autres , ils courent d'abord en attaquer
un. Le Combatant tâche
d'éviter ce premier choc,& dans
le temps que le Taureau vient à
luy, il ſe ſert de ſon adreſſe pour
luy enfoncer pardevant lademy-
Lance qu'il tient à la main. Il la
rompt dans le corps de cet Animal
quand il l'attrape , & s'il le
manque,
20 MERCURE
manque , il reprend ſon premier
poſte pour l'attendre au ſecond
coup. Quelquefois le Cheval &
le Cavalier en font renverſez .
Quelquefois leTaureau tuë l'un,
&bleſſe l'autre.
Il y a certaines Loix établies
pour les accidens , qu'on nomme
Empeños. Ces Loix font, que
quandunCavalier a eu ſonCheval
tué par le Taureau , il doit le
combatre à pied avec l'épée ; &
cet Empeño devient commun au
reſte des Combatans. Si ce mefme
Cavalier eſt deſ-arçonné , fi
fon Chapeau tombe, ou s'il perd
un Estrier , il doit ,& tous les
autres auffi-bien que luy , quiter
la demy- Lance , combatre
avec l'Epée , & donner una Cuchillada
auTaureau,apres laquelle
toute forte d'Empeño eſt levé. Il
en arriva un au Duc de Medina-
Sidonia ,
GALANT. 21
Sidonia , qui estoit un desCombatans
dans cette derniere occafion.
Son Cheval que le Taureau
avoit heurté vigoureuſement,
chancela long-temps , ſoit qu'il
fûtbleſſe, ſoit qu'il fût ſeulement
étourdydu coup , & enfin il defarçonna
fon Maiſtre quidemeura
fort embaraffé . Les quatre autres
Combatans coururent àluy pour
le ſecourir , & il fut enlevé hors
de la Place par ſes Eſtafiers. Il y
retra l'Epée à la main ſi- tôt qu'on
luy eut donné un autre Cheval,
&venant droit au Taureau ſans
craindre ſes cornes , il luy porta
un fi rude coup , qu'il luy coupa
lamoitiédu col.On entendit auffi
- toſt mille applaudiſſemens de
tous les Balcons. Il y eut un autre
Seigneur , que ſon Cheval
heurté du Taureau renverſa par
terre. Il ſe releva incõtinent,& fit
auffi
22 MERCURE
auſſi ceſſer l'Empeño avec ſon
Epée. Ce ſanglant Divertiſſemet
dura juſqu'à la nuit, & il en coûta
la vie à dix- huit Taureaux ..
Madrid n'a pas eſté le ſeul lieu
de la domination du Roy d'Eſpagne
, où l'on ait donné ces fortes
de Festes à l'occaſion de ſon Mariage.
On en a auſſi fait à Naples,
apres la fuperbe Calvacade dont
vous avez veu la deſcription
dans ma Lettre du dernier Mois.
Ces diverſes Réjouiſſances y ont
precedé un Carrousel , dont le
Spectacle charma un nombre infiny
de Spectateurs le Dimanche
dix-huit Fevrier. Toute la
Nobleſſe qui en compoſoit les
Quadrilles s'eſtant aſſemblée
dans la Court du Saint-Eſprit , la
Marche commença de là par la
Ruë de Tolede vers le Palais,
dansl'ordre qui ſuit.Deux Trom
petes
1 23
GALANT.
petes & deux Tambours du
Prince de Piombino , qui faiſoit
la fonction de Maréchal deCamp
de la Place, alloient les premiers
revétus de ſa Livrée. Elle estoit
d'Ecarlate, avec une Broderie or
& argent. Deux Pages en ſuite
auſſi richement vétus , & deux
Aydes de Camp apres eux , precedoient
le Prince que je viens
de vous nommer. Il avoit un
Habit d'une magnificence extraordinaire
, & eſtoit ſuivy de
quantité d'Eſtafiers , dont la propreté
attiroit les regards de tout
lemonde. Apres qu'ils eſtoient
paſſez , on voyoit paroiſtre la
premiere des deux Quadrilles
deMonfieur le Marquis de los
Velez Viceroy de Naples , conduite
par leMarquis de Taracene.
Sa Livrée eſtoit Violete or
& argent , & ſa Deviſe , deux
Palmes
24 MERCURE
Palmes qui ſe rencontrant formoient
un Arc , au deſſous duquel
on voyoit le Fleuve Sebete
affis , avec ces mots , Con eterna
union Amor liftringe. Cette Quadrille
, ainſi que toutes les autres
, conſiſtoit en deux Trompetes
, deux Tambours , deux
Ecuyers qui portoient les Lances
, fix Eſtafiers menant des
Chevaux de main , deux Parrains
, & fix Chevaliers vétus
des couleurs du Drapeau de la
Quadrille , avec de tres -belles
Plumes ,&quantité de Gens de
Livrée. La ſeconde Quadrille de
Monfieur le Viceroy , ſuivoit
celle-cy. Le Prince de Veggiano
- Sangro la conduiſoit. Son
Drapeau eſtoit couleur de Muſc,
argent & or , & le corps de fa
Deviſe , une Branche de Laurier
, avec une autre de Vigne

4
GALANT.
25
1
où pendoient des Grapes. Ces
paroles luy ſervoient d'ame, Gloriofa
fecondidad. Le Prince de
Belloſguardo - Pignatelli menoit
la troiſiéme Quadrille, qui eſtoit
celle du Marquis Serra. Sa couleur
eſtoit incarnat & argent.
Un Foudre qui s'échapoit hors
des Nuës faifoit ſa Deviſe , avec
ces mots , Erifplende & offende .
La Quadrille du Prince deCaſtiglione
paroiſſoit la quatrième.
Elle avoit le Marquis de Caſalbero
Caracciolo pour Chef , &
or &verd pour couleur. SaDeviſe
eſtoit une Montagne qui
jettoit du feu , & ces mots pour
ame , Quelchefi nasconde èfuoco.
Apres marchoit la Quadrille du
Prince d'Acquaviva , ayant bleu
& argent pour couleur , & pour
Deviſe un Fleuve rapide , precipitant
ſes eauxdans la Mer. Ces
Avril 1680 . B
26 MERCURE
Paroles faiſoient alluſion à ſon
nom , Tributario del Mare è l'Acquaviva.
Cette Quadrille precedoit
celle du Prince de la Bagnara
, qui estoit menée par le
Prince de la Valle Picolomini.
Blanc, or & argent eſtoit ſa couleur
, & il avoit pour Deviſe un
Soleil paroiffant dans l'Orifon
avec ces mots , I rai nadditu di
piu vago Sole. La Quadrille qui
la ſuivoit eſtoit celle du Duc
d'Andria Carrafa , conduite par
lePrinceChiuſanoCarrafa ,ayant
pour couleur Fleur de Peſché &
or. Ces paroles , Siempre la misma
, au deſſous d'un Phenix que
le Soleil reduiſoit en cendres,
faifoient ſa Deviſe. Cette ma.
gnifique Marche eſtoit fermée
par la Quadrille du Marquis de
Trevico Loffredo , dont la couleur
eſtoit jaune , or & argent,
&
1
27
GALANT.
& la Deviſe , un vent Aquilon
avec ces mots , Nil velocius. Le
Comte de Potenza la conduiſoir .
Apres que toutes ces Quadrilles
furent entrées dans le Camp , on
commença à rompre les Lances.
Le Marquis de Fuſcaldo Grand
Juſticier du Royaume , le Prince
de Forino , &le Comte de Converſano
, eſtoient Juges de l'adreſſe
des combatans . La Courſede
Bague ſucceda au Carroufel
, & le Duc de Maddaloni
ayant remporté beaucoup de Prix
dans les divers Jeux où l'on s'exerça
, il en regala la Vicereyne,
& les autres Dames. La Feſte
s'eſtant terminée avec un applaudiſſement
general , toute la
Nobleſſe ſe rendit dans la Salle
deMonfieur le Viceroy , où les
Cavaliers des Quadrilles firent
tous enſemble un tres beau Bal
Bij
28 MERCURE
Bal à l'Imperiale ; apres quoy ils
dancerent deux à deux avec les
Dames. Cela fait , Monfieur le
Marquis delos Velez commença
le Bal de la Torche. Il la mit
enfuite entre les mains de la
Marquiſe de Corleto, & la Dance
fut continuée de cette forte
juſqu'à neuf heures du foir.
Le Mariage de ſon Alteſſe
Royale de Savoye , avec l'Infante
de Portugal qui entra dans ſa
douziéme année le ſixiéme de
Janvier , me donnera lieu dans
quelque temps de vous faire de
nouvelles Relations de Feſtes .
Cette illuftre & importante Alliance
ne fut pas plûtoſt concluë,
que Monfieur le Duc de ſaint
Aignan en crût devoir faire fes
Complimés à la Reyne de Portugal
, & à Madame Royale. Il écrività
lune & l'autre, & ces deux
Prin
GALANT.
29
Princeſſes, à qui ce Duc a l'honneur
d'appartenir , luy ont marqué
l'eſtime qu'elles font de luy
par les Réponces que vous allez
voir. Vous y trouverez ce tour
d'eſprit qui leur eſt particulier,
& qu'elles ont fait admirer en
France dés leur plus grande
jeuneſſe.
LETTRE
DE LA REYNE
DE PORTUGAL,
A Mr le Duc de S. Aignan.
On Cousin. Vostre mérite est
trop fingulier , pour que l'eſtime
que l'on aconçeuë pourvous
nesoit pas à l'épreuve du temps ,
&jeſuis bien aiſe que les aſſurances
que jevous en ay données vous
Biij
30 MERCURE
ayent causé autant de joye que
vous me le témoignez par vostre
Lettre. L'affection que vous m'avez
toûjours fait paroiſtre , ne me
laiſſe pas lieu de douter de celle que
vous avez reſſentie de la conclufion
du Mariage de l'Infantema
Fille. Fay lû avec plaisir les affurances
que vous m'en donnez , &
en aurois un particulier , de trouver
quelque occaſion de vous donner
des marques de ma gratitude
&bienveillance ; Priant Dieu ,
mon Cousin , qu'il vous ait en fa
Sainte garde.
De Lisbonnece Is.
Janvier 1680 .
Voſtre bonne Coufine,
MARIE.
LETTRE
k
GALANT. 31
LETTRE DE
MADAME ROYALE,
A Mr le Duc de S. Aignan,
Onsieur le Duc mon Cousin.
Je suis perfuadée de tout
temps , comme tout le monde , qu'on
ne peut donner à ses expreſſions
un tour plus délicat que celuy que
vous donnez aux vostres , mais
je vous avonë que celuy de la
derniere Lettre que vous avez
pris la peine de m'écrire sur le
Mariage de S. A. R. Monfieur
mon Fils , que j'ay arresté avec
Madame ma Niece l'Infante de
Portugal , m'a paru d'une nouveauté
digne de vous. Je vous
prie d'estre bien persuadé que le
pardon que vous me demandez du
B iiij
32 MERCURE
plaisirque vous m'avez fait , en
me donnant des marques fi obligeantes
de voſtre ſouvenir , & de
la part que vous prenez à cequi
me touche dans une conjoncture
qui m'eſt ſi ſenſible , est à mon
égard une des choses du monde la
plus agreable à accorder , & que
je ne sçay rien qui puiſſe égaler
mon empreſſement là deſſus , que
reluy quej'auray toûjours de vous
témoigner le reſſentiment que je
conferve de vos honneſtetez , &
de vous donner des preuves de la
veritable estime avec laquelle
jefuis ,
MONSIEUR LE DUC MON Cousin,
Voſtre bien affectionnée
DeTurin le 23. de
Decembre 1679.
Coufine à vous ſervir,
JEANNE - BAPTISTE .
Voicy
GALAN T. 33
}
Voicy un Printemps de l'illuſtre
Monfieur de Baffilly , qui en
a fait les Paroles , auffi- bien que
l'Air. Vous voyez Madame, qu'il
continuë à me donner ſes Ouvrages
, & que mes Lettres contiennent
la ſuite du Journal des
Nouveautez du Chant , que les
impreffions peu correctes qu'on
en faiſoit , luy avoient fait interrompre.
AIR NOUVEAU.
Trop cruellefaifon ,
Qu'avec raiſon
Je crains tes charmes ,
Et qu'ils mevont cauſerde larmes,
Puis que jefçay que ton fatal retour
Meva ravirl'Objet de mon amour!
On n'entend par tout qu'Amans
plaintifs & cependant
quelques peines que puifle cau-
Bv
34
MERCURE
ſer l'engagement, on aime mieux
ſe mettre en péril d'en prendre,
que ſe réfoudre à fuir le beau
Sexe. L'eſprit eſt d'un grand ſecours
pour en eſtre bien reçeu ;
mais pour l'eſtre toûjours agreablement
, il faut faire de la dépenſe
dans l'occaſion . Autrement
on traite les Gens d'avares ,
&c'eſt unequalité qui n'a jamais
plûauxDames. Un Cavalier d'une
des plus confiderables Villes
de Provence , en a fait l'épreuve
depuis deux mois. Il voyoit les
Belles, leur diſoit cent jolies chofes
, &pourveu qu'il ne luy en
couſtaſt que de la Profe & des
Vers, il n'y avoit point d'Homme
plus libéral. Mais des qu'on luy
propoſoit quelque Partie de plaifir
, il n'eſtoit jamais en pouvoir
d'en eſtre , à moins qu'il ne viſt
quelePayant ſe fuſt déclaré. Sans
cela
GALANT.
35
cela, onluy ferroit en vain le bouton
de pres. Il n'entendoit point
la langue , & toûjours prompt à
ouvrir ſon coeur ſur les tendres
ſentimens, il n'y avoit pas moyen
qu'on le miſt d'humeur à ouvrir
ſa bourſe. La connoiſſance qu'on
avoit de fon caractere , donnoit
ſouvent lieu de s'en divertir , &
ce fut par là que cinq ou fix Dames
qui alloient dîner à leurs
deſpens à un quart de lieuë de la
Ville , pour joüir du plaiſir de la
Promenade, l'ayant apperçeu de
loindans le temps qu'elles montoient
enCarroſſe,vouluretavoir
le plaifir de ſe faire refuſer, en le
priant de leur tenir compagnie.
La plus enjoűée d'entr'elles ſe
chargea de la parole, &dit agreablement
auCavalier qui les aborda
, qu'elle ſe ſentoit pour luy
certaines diſpoſitions de coeur
tres36
MERCURE
tres - favorables , dont il pouvoit
profiter en prenant place aupres
d'elle. Il voulut ſçavoir où l'on
alloit. La Belle luy répondit au
nom de toutes les Dames , qu'il
n'avoit à ſe mettre en peine de
rien , qu'elles luy vouloient donner
à dîner aux enviros de la Ville,&
qu'il ne devoit pas craindre
de s'ennuyer le reſte du jour. Le
party quoy qu'agreable , n'accomoda
point leCavalier.Il comprit
les conféquéces du Repas offert,
&eut àſon ordinaire un engagement
qu'il ne pouvoit rõpre.Ainſi
tout ce qu'elles pûrent obtenir,
fut qu'il ſe tireroit d'affaires avec
toute la promptitude poſſible , &
qu'il iroit les réjoindre ſur la fin
de leurDîné, au lieu qu'elles luy
marquoient. La défaite leur fut
aiſément connue. Elles en rirent
enſemble, & parlant du Cavalier
tant
GALANT.
37
1
A
tant que leur petit Voyage dura,
elles reſolurent de ſe vanger du
refus. Chacune promit de chercher
comment , &ce fut une efpece
de défy entr'elles à qui en
viendroit plutoſt à bout. Cependant
elles arriverent à un Lieu
deCampagne affez agreable , &
ſe promenerent quelque temps
pendant que le Dîné s'appreſta.
Ne foyez point ſurpriſe , Madame,
de m'entendre parler d'une
Promenade faite il y a déja deux
mois. Vous devez vous ſouvenir,
qu'on ne s'apperçoit preſque
point en Provence de la rigueur
de l'Hyver, & que dans les mois
de Decembre & de Janvier , qui
font pour nous les plus rudes de
l'année , on a quelquefois befoin
en ce Païs la de ſe mettre à
couvert de la chaleur. Cinq ou
fixHommes des plus galans de
ba
38 MERCURE
la Ville ayant eu avis de cente
Partie , vinrent où eſtoient les
Dames , & les trouvant hors de
table , commencerent une converſation
generale qui n'alla pas
loin. Le Cavalier qui entra un
peu apres , la reduiſit bientoſt au
particulier. Il s'alla mettre aux
pieds de la Belle , dont il avoit
reçeu le matin une ſi avantageuſe
declaration , & chacun à
ſon exemple ayant choiſi celle
qui luy plaiſoit davantage , cene
furent que des teſte- à- teſte pendant
quelque temps , dans une
Compagnie de douze Perſonnes.
La Belle enjoüée reçeut d'un air
fort riant tout ce que le Cavalier
luy dit de flateur ; & quoy
qu'elle declaraſt que pour la toucher
il falloit ſe ſoûmettre à des
épreuves de complaiſance un
peu difficiles , comme il n'eſtoit
queſtion
GALANT. 39
queſtion que de donner des paroles
, il promettoit tout , & encherifſoit
encor fur les devoirs
empreſſez qu'elle ſembloit exiger.
Tandis qu'il luy debitoit
mille agreables folies , il s'apperçeut
qu'elle eſtoit reſveuſe , &
luy en ayant demandé la cauſe,
il ſçeut qu'elle venoit de ſe ſouvenir
que deux de ſes Amies attendoient
réponſe d'elle ſur une
affaire également importante à
toutes les trois , & que l'embarras
de n'avoir avec elle qu'un
petit Laquais incapable de s'acquiter
d'une commiffion de cette
nature , luy cauſoit la reſverie
où il la voyoit. Le Cavalier
la tira de peine , en luy offrant
un grand Laquais fort intelligent,
dont il la pria de ſe ſervir.
La Belle accepta cette offre. Le
Laquais fut appellé , & reçeut
comman
40 MERCURE
commandement exprés de ſon
Maiſtre de faire avec diligence
tout ce que la Dame luy ordonneroit
. Alors elle ſe leva , mena
le Laquais à la Porte de la Salle,
&luy dit tout bas ce qu'elle voulut
. Le Cavalier le voyant partir
, luy cria encor de loin , qu'il
n'oubliaſt rien de tout ce que la
Dame luy avoit dit , & continua
aupres d'elle ſon perſonnage de
Proteſtant d'une maniere tout à
fait galante.Cela parut tellement,
que la plupart crûrent que c'eſtoit
une veritable affaire de
coeur. Quelques uns en firent
la guerre à la Dame. Elle entenditraillerie
, & la converſation
en devint fort enjoüée pendant
plus d'une heure. On parloit
d'aller faire une promenade de
Jardin avant que de remonter
en Carroſſe, quand on entendit
des
GALANT. 41
des Violons . Un Regal ſi peu
attendu ſurprit les Dames. Les
Violons eſtant entrez en joüant,
s'allerent placer à un des bouts
de la Salle. On ne manqua pas
de leur demander qui les envoyoit.
Ils furent muets , & laifſerent
à chaque Dame le plaiſir
de croire que c'eſtoit pour elle
qu'ils eſtoient venus. On demeura
quelque temps à ſe regarder,
ſans que perſonne commençaſt
le Bal . Tous les Hommes
proteſtoientqu'ils n'avoient
aucune part à la Feſte ; & enfin
pour ne pas perdre l'occaſion de
ſe divertir , puis qu'elle s'offroit
, la Belle enjoüée prit une
Femme à qui elle ſervit d'Homme.
La difficulté qui arreſtoit les
Danceurs, eſtant levée par cette
démarche, on fit un Bal regulier.
LeCavalier fut pris des premiers,
&
4.2 MERCURE
&contribua plus qu'aucun autre
aux nouveaux plaiſirs que
fournit la Dance.A peine y avoit
on employé une heure , qu'on
fervit une magnifique Collation
de toute forte de Confitures ſeches
& liquides. Ce fut alors
qu'on crût tout de bon qu'il y
avoitdu deſſein. Le Regal eſtoit
d'un fort galant Homme, & meritoit
bien d'eſtre avoüé. Il fut
pourtant inutile d'en chercher
l'Autheur. On ſe mit à table
fans qu'on le connuſt , & les Dames
s'en témoignant obligées en
general , mangerent toûjours à
bon compte. Les Hommes vouloient
demeurer derriere pour
les fervir; mais elles les obligerent
à prendre place aupres d'elles
, &dirent qu'eſtant tres- certain
qu'un d'entr'eux donnoit la
Feſte , il eſtoit juſte qu'on luy
en
GALANT
43
en fit les honneurs, du moins incognito
, puis qu'il ſe vouloit cacher.
Le Laquais du Cavalier
ayant paru dans le temps que les
Dames avoient commencé de ſe
mettre à table, la Belle eſtoit allée
luy parler,& avoit dit enſuite tout
haut à fon Maître , qu'on ne pouvoit
eſtre plus contente qu'elle
l'eſtoit de ſa diligence à faire les
choſes. Le Cavalier eut place aupres
d'elle,&prit tres grand foin
de lay choiſir ce qui estoit le plus
de fon goût. Je ne vous dis rien
du degaſt des Cofitures.Onmangeales
unes. On pilla les autres ,
&les Hommes meſme ſortirent
de table chargez de butin . Ce
ne fut pas fans que l'on euſt bû
diverſes Liqueurs. Le Cavalier
les aimoit,& comme elles le mirent
de belle humeur , il chanta
pluſieurs Chanſons le Verre à la
main,
44 MERCURE
main ,& porta folemnellement
la ſanté de l'Autheur de cette
Feſte . Il eſtoit fort tard quand
elle finit. On parla de remonter
en carroffe , & une des Dames
ayant témoigné quelque crainte
de verſer à cauſe que la nuit
eſtoit fort obſcure , l'aimable
Enjoüée luy dit qu'il y avoit apparence
que celuy qui les avoit
ſi bien regalées de toutes manieres
, auroit eu le ſoin de ſe precautionner
de lumieres pour le
retour. En effet , on vit plus de
deux douzaines de Flambeaux
allumezen un moment. On les
diſtribua à tous les Laquais , &
ce fut un jour fort éclatant dans
la nuit. La precaution ayant fait
donner de nouvelles loüanges
au Regalant , la Belle enjoüée
declara que comme un ſecret
peſoit naturellement aux Femmes
GALANT.
45
mes , il eſtoit impoſſible qu'elle
cachaſt davantage que tout le
Regal eſtoit une galanterie du
Cavalier , qui avoit voulu commencer
par là à luy faire connoître
ſa paffion. Les Dames , quoy
que fort perfuadées qu'il n'en
eſtoit rien, voulurent foûtenir la
plaiſanterie, & applaudiſſant malicieuſement
au Cavalier , elles
dirent qu'il leur faifoit voir que
la maxime eſtoit vraye , qu'il ne
falloit qu'eſtre Amant pour eſtre
prodigue. Le Cavalier plaiſanta
comme elles , & leur répondit,
que ſi elles vouloient revenir
aumeſme lieu dés le lendemain,
il s'engageoit à prendre de nouveau
les meſmes ſoins pour les
regaler de la même ſorte . La Belle
ajoûta ( toûjours avec enjoüement
) qu'il eſtoit d'un galant
Homme de vouloir cacher ce
qu'il
46 MERCURE
qu'il faiſoit d'obligeant à tout autre
qu'à la Perſonne àqui il cherchoit
à plaire ; mais que pour ſa
gloire , elle ſe ſentoit obligée de
découvrir qu'il n'avoit refusé le
matin de venir dîner avec elles,
qu'afin de donner ſes ordres
pour le Regal ; qu'il avoit fait
preparer un grand Soupé; que
luy en ayant fait confidence en
arrivant , elle n'avoit pû ſoufrir
toute la dépenſe qu'il vouloit faire
pour elle , & qu'ayant auſſitoſt
contremandé les Services
de Viande & d'Entremets , elle
avoit ſeulement conſenty qu'on
apportaſt le Deſſert. Le Cavalier
ne s'émût point de la raillerie . Il
eſtoit accoûtumé à eſſuyer de
plus fâcheuſes attaques fur cette
matiere , & comme il avoit
beaucoup d'eſprit , il ne ſe déconcertoit
de rien. Tout le monde
1 47
GALANT
de ſe diſpoſant à partir , il prit la
main de la Dame, ſe mit en même
carroffe,& la remenant chez elle,
il ne la quitta qu'apres une nouvelle
converſation toute d'eſprit
ſur leur pretendu engagement .
La Belle luy dit que s'il vouloit
qu'il duraſt , il priſt garde ſur
toutes choſes qu'il luy avoit particulierement
donné parole de
vouloir de bonne grace tout ce
qui pourroit la fatisfaire , & que
les effets luy feroient bien-toft
connoître s'il avoit parlé debonne
foy. L'avertiſſement donna
duſoupçon au Cavalier. Il refléchit
fur ce grand Repas qu'elle
pretendoit avoir reduit au Deffert
, & fon Laquais emprunté
luy faiſant craindre ce qui ne
luy eſtoit point encor tombé
dans l'eſprit , il ne fut pas fi toſt
arrivé chez luy, qu'il voulut ſça
voir
48 MERCURE
voir de quelles commiffions on
l'avoit chargé. Le Laquais furpris
de cette demande, répondit
qu'il n'avoit pas perdu un moment
pour luy envoyer des Violons
, & faire appreſter la Collation
qu'on avoit ſervie. Ces
mots furent un coup de tonnerre
pour le Cavalier. Il entra dans
une colere épouvantable,&quoy
que le Laquais le fiſt ſouvenir
qu'il luy avoit commandé deux
fois de faire au plutoſt tout ce
que ſouhaitoit la Dame , il vouloit
qu'il fuft obligé de deviner
qu'en matiere de Collation &
de Violons , il ne devoit pas luy
obeïr à luy-meſme quand il recevroit
de pareils ordres de ſa
propre bouche. Le deſeſpoir d'avoir
eſté pris pour Dupe , luy fit
paſſer une fort méchante nuit.Le
lendemain il reçeut compliment
des
1
49
GALAN T.
VILLE
des Violons & de ceux qui avoient
fourny le Régal, & quoy
qu'ils luy pûffent dire, il les ren
voya fans vouloir payer. Mes
Mémoires portent qu'on nevoyoit
pas qu'il s'en puſt défendre,
ſon Laquais ayant tout ordonné
de ſa part , & qu'on eſtoit reſolu
de ſe ſervir contre luy des voyes
derigueur, s'il continuoit à n'entendre
pas raiſon. Je n'ay rien
ſceu davantage , ſi ce n'eſt que
les Dames de la Promenade ſe
font fort diverties de l'avanture,
& que la Belle enjouée doit
craindre le reſſentiment du Cavalier,
s'il peut trouver jour à luy
faire piece. 日本公
Le Roy fit une Revcüo des
Troupes de ſa Maiſon au commencement
de ce mois . La Plaine
d'Acheres fut le lieu où elles
curent ordrede s'aſſembler. Vous
Avril 1680. C
50
MERCURE
ſçavez ,Madame, qu'il ſeroit tres
malaiſe d'en voir de meilleures
& de plus brillantes. Toute la
France en convient , & les Eftrangers
qui ont ſçeu à leurs
dépens juſques où valeur courage
,en ſont fort perfuadez . Cette
Reveuë ſe faiſoit pour Madame
la Dauphine . Quoy qu'elle
ſe fuſt attenduë àvoir de tresbonnes
& leſtes Troupes , elle ne
laiſſa pas de marquer de la furpriſe
du grand ordre , & de la
magnificence où elles parurent.
Monſeigneur leDauphin monta
à cheval apres la Reveuë , &
n'employa que cinq quart d'heures
à faire fix lieuës . Cela fait
connoiſtre l'extraordinaire vigueur
de ce jeune Prince, & fon
adreſſe à manier des Chevaux.
Il y en eut beaucoup de crevez
en le ſuivant,& ce ne fut pas fans
peine
GALANT.
54
peine que les plus robuſtes vinrent
à bout de l'accompagner. Il
defcenditau Palais Royal, alla ſe
promener à la Foire , & revint le
même jour à S. Germain .
Monfieur le Prince de Conty
a reçeu depuis quelques jours
les Complimens de Madame la
Ducheſſe de Modene ſur ſon
mariage avec mademoiſelle de
Blois. Je croy,Madame, qu'il n'eſt
pas beſoin de vous faire ſouvenir
que feu madame la Princeſſe de
Conty ſa mere , étoit Soeur de
cette Duchefſe. Elle n'eut pas êté
plûtoſt informée de ce mariage,
qu'elle dépeſcha M. le Comte de
Seſſy ſon Maggiordome , pour
leur en marquer ſajoye. Il fut régaléd'un
Diamant demille écus,
dont M.le Prince de Conty luy fit
préſent. Vous n'en ſerez pas fur-
Cij
52
MERCURE
priſe, ſa magnificence ayant déja
éclaté en mille rencontres.
Vous avez toûjours entendu
dire que l'eſpérance eſt un bien.
C'eſt en effet le dernier qui demeure
aux malheureux , Cependant
on veut rendre lachoſe problématique
, & fi l'on en croit la
morale du Pinſon, cette eſpérancedevient
quelquefois un mal,&
ne ſert qu'à faire ſoufrir ceux qui
la reçoivent. Voyez s'il raiſonne
juſte. La Fable eſt d'un ſtile aiſé
& tres - naturel , & m'a eſté envoyée
ſous le nom de la jeune
Stratonice de M .... C'eſt tout ce
que je vous en puis dire.
LE
GALANT.
53
383030303
LE PINSON.
FABLE.
UNPinflon, leplus tendreentre tous les
Aimoit une jeune Fauvete,
Et tous lesjoursfur les Buiſſons
Parloit defon amour difcrete
Dansses amoureuſes Chansons.
Tous les Oyſeaux du voisinage,
Autourde luy rangez , paroiſſoient
attentifs.
Ils s'étonnoient qu'il changeoit de
langage,.
Et qu'au lieu de fongay ramage,
Iln'eust plus que des tons plaintifs .
Chers Confidens de mon martire,
Dit le Pinson d'une tremblante
voix ,
Cij
54
MERCURE
Mon chant n'eſt plus commeautrefois
De ces chants que la joye infpire.
Je ne ſuis plus en liberté ;
Plus priſonnier que ſi j'eſtois en
Cage,
D'inviſibles liens me tiennent
arreſté .
Je chante jour & nuit la charmante
Beauté,
Dont la voix & le beau plumage
Engagent pour toûjours un coeur
qui fut volage.
Il eſt vray, quelquefois elle écoutemes
chants,
Ils luy ſemblent doux & touchans;
Souvent elle y répond par quelque
Chanſonnete ,
* Souvent par une ardeur ſecrete
Contre
GALANT. 55
Contre mon bec elle avance
le ſien,
Et quand j'en approche le
mien,
Je ſens dans ces tranſports que
mon ame me quite.
Mais lors que je la follicite
De payer par d'autres faveurs
Les maux que j'ay foufferts,mes
chagrins, mes langueurs,
Mon amour , mes feux , ma
conſtance,
Elle me nourrit d'eſpérance,
Et c'eſt cette eſpérance avecque
mes defirs,
Qui déchirant mon coeur , luy
coûte des foûpirs.
Parun lent avenir mon ame eſt
abatuë.
L'eſpoir fait vivre un Malheureux
; 1
Mais lors que l'on eſt preſque
heureux,
Cij
56
MERCURE
1
C'eſt ce meſme eſpoir qui nous
tuë.
Les Orfeaux contens du Pinſon,
Trouverent qu'il avoit raiſon,
De concert plaignirent ſa peine ,
Et faisant retentir leurs frédons.
dans laPlaine,
Chanterent tous cette Chanson.
Par un lent avenir une ame eſt
abatuë.
L'eſpoir fait vivre un Malheureux
;
Mais lors que l'on eſt preſque
heureux,
C'eſt ce meſme eſpoir qui nous
tuë.
Vous avez appris il y a déja
quelques mois que Monfieur
Foulé de Martangis eſtoit party
pour le Dannemarc, où Sa Majeſté
l'envoyoit en Ambaſſade. II
uſa de toute la diligence poffible
pour
GALANT.
57
pour ſe rendre à Copenhague,&
y arriva en poſte , luy quatrième,
dix ou douze jours avant la fin de
l'année . Il trouva dans cette Cour
toutes les diſpoſitions qu'ilypouvoit
ſouhaiter , pour eſtre reçeu
auſſi favorablement que le meritoit
un Ambaſſfadeur de France .
Les effets ont répondu à ce qu'il
s'en eſtoit promis , n'y ayant eu
aucune rencontre, où l'on n'ait eu
de la joye à luy marquer l'extréme
veneratiõ qu'on a en ce Païslà
pour Loürs LE GRAND.Deux
jours apres qu'il fut arrivé , il eut
une Audience particuliere du
Roy,dans laquelle il obtint la fortiedes
Troupes Danoiſes duDuché
de Holſtein. Vous n'ignorez
pas que le Ducqui porte cenõ eſt
Allie de la France. Il a ſçeu d'ailleurs
ſi bien ménager les chofes ,
qu'on a exépté ſon Equipage des
Cv
58 MERCURE
droits ordinaires de laDoüane , ce
qui eſt d'autant plus avantageux
pour luy,& pour ceux qui luyſuccederont
dans le même Employ ,
que ce Privilege n'avoit jamais
eſté accordé à aucun Ambaſſadeur.
Voicy une troiſiéme circonſtance
qui vous fera voir les
égards qu'on a pour toutes les
choſes qui pourroient intereſſer
ladignitéde ſon caractere.Un de
ſes Domeſtiques ayant eſté mal
traité devant la Porte de ſon Hôtel
, par un Soldat & un Laquais
Danois , le Roy voulut auffitoft
qu'on fiſt leur Procés,& ils furent
condamnez ,le premier à avoir la
main coupée , le ſecond à l'avoir
déchirée , & les deux Sentinelles
quiſonttoûjours de la partdu
Roy à la Porte de M. l'Ambaſſadeur,
à paffer fix fois par les Baguetes
au milieu de deux cens
Hommes, pour n'avoir pas em
GALANT.
59
peſché l'inſulte. C'eſt ce qui alloit
eſtre executé , quand monfieur
l'Ambaſſadeur demanda la
gracede ces Malheureux. Il eut
de la peine à l'obtenir, & elle ne
luy fut accordée qu'apres degrã.
des inſtances . Vous jugez bien
qu'une action fi genéreuſe a eu
fon effet ,& qu'elle luy a acquis
en même temps & beaucoup de
gloire , & l'amour des Peuples.
Leur empreſſement à voir fon
Entrée publique en eſt une marque.
Elle ſe fit le Lundy dixhuit
de l'autre Mois , & la magnificence
qui eſt naturelle à mon-
-ſieur Foulé de Martangis paruut
avec tout l'éclat , qui pouvoit le
distinguer dans une cerémonie
de cette nature . Il s'eſtoit rendu
auxTentes duRoy,que l'on avoit
fait dreſſer à un quart de lieuë
de Copenhague , àcauſe que les
pluyes
60 MERCURE
pluyes continuelles avoient rendu
inacceffibles les Maiſons Royales
qui ſont aux environs de la
Ville. M. Checle Conſeiller du
Conſeil Privé , qui eſt la premiere
Dignité du Royaume , alla le
recevoir ſous cesTentes,où il luy
fit Compliment de la part du
Roy.Il luy dit entr'autres choſes,
Quesa venuë ne pouvoit estre que
tres - agreable , par l'estime & la
conſidération particuliere que Sa
Majesté Danoise avoit pour noſtre
auguste Monarque, & qu'on voyoit
avec grandejoye qu'ileust choiſyſa
Perſonne pour exprimerſes ſentimens
en cette Cour. M. l'Ambaffadeur
luy répondit avec toute
l'honneſteté qu'il pouvoit attendre;
& les Complimens eſtant
finis , il monta avec luy, & avec
M.Cracq Maistre des Ceremonies
, dans un Carroſſe du Roy.
La
GALANT. 61
La marche commença par les
Pages de M. de Martangis, mon.
tez avantageuſement , & ayant
leur Ecuyer à leur teſte. Ils eftoient
tres leſtes ,& avoient leurs
Chapeaux tous couverts de Plumes
de differentes couleurs . Vn
fortgrand nombre de Valets-depied
marchoit apres eux d'une
Livrée tres -bien entenduë.Tous
leurs Habits eſtoient ſi chamarez
de Galon,qu'on n'en pouvoit remarquer
l'Etofe . Le Carroſſe où
effoit M. l'Ambaſſadeur venoit
en ſuite ,& précedoit trois des
ſiens, dont la Sculpture, la Peinture,
la Dorure, & les autres ornemens
, ſe faifoient également
admirer. Le carroſſe du Corps
eſtoit attelé de fix chevaux ifabelle;
le ſecond ,de fix chevaux
noirs ; & le dernier , defix Bais .
Monfieur du Tillet, proche Parent
de M. l'Ambaſſadeur, & les
62 MERCURE
autres Gentilshommes de ſa Suite,
rempliffoient ces trois carroffes
. Ils estoient ſuivis de ceux des
Princes & Princeſſes de laMaiſon
Royale, Il y en avoit vingt
autres à fix chevaux,tant des Sénateurs
que des plus grands Seigneurs
de laCour, qui fermoient
la marche. La Garniſon de la Vil.
le eſtoit ſous les armes dans les
dehors, & une compagnie d'Infanterie
avoit eſté rangée en
haye à la Porte. M. l'Ambaſſadeur
fut falué en entrant de
vingt- ſept volées de canon que
l'on tira des Ramparts. La Flote
qui estoit dans le Port,leur répondit
par un pareil nombre.
Danstoutes les Places publiques
paroù il paſſa pour aller chez luy,
il trouva un Bataillon de mille
Hommes,Tambour batant, mêche
allumée , & Enſeignes déployées
GALANT. 63
ployées. Les Officiers de ces Bataillos
le ſalüeret tousde la Pique
Le Jeudy 21. du même Mois,
qui eſtoit le jour choiſy pour le
mener à l'Audience publique,
monfieur le Baron Joul , Chevalier
de l'Ordre de l'Eléphant , &
l'un des Admiraux de Dannemarc
, vint le prendre dans les
carrofles du Roy, avec monſieur
Cracq Maiſtre des cerémonies.
Ce furent de nouveaux complimens
de part & d'autre. La marche
ſe fit ainſi qu'au jour de l'en.
trée .On avoit mis le Regiment
des Gardes en Bataille dans la
Place qui eſt devant le Château.
Il y eut quelque difficulté ſur ce
que ce n'eſtoit pas l'uſage que
les carroffes des Ambaſſadeurs
entraſſent dans le Palais du
Roy , non plus que leurs Gentilhommes,
s'ils n'eſtoient à pied;
mais Monfieur de Martangis
64 MERCURE
)
N
inſiſta contre ce qu'on avoit de
coûtume de pratiquer , & il obtint
l'un & l'autre . Six Gentilshommes
de la Chambre l'attendoient
au bas de l'Eſcalier ; M.
Speckhan Maréchal de la Cour,
au haut du Degré;& M.Corvvits
Grand Maréchal du Royaume, à
l'entrée de la Salle des Gardes.
Le Roy avança trois ou quatre
pas pour le recevoir, & aprés
que M.l'Ambaſſadeur ſe fut couvert
, il préſenta ſa Lettre de créance
à Sa Majesté , & luy fit
un Compliment d'un demy
quart d'heure. Ce Prince luy
répondit de la maniere du
monde la plus obligeante ; apres
quoy Monfieur l'Ambaſſadeur
fut conduit à l'Audience
de la Reyne , & de là , chez
le Prince Frideric Fils aîné du
Roy , & chez le Prince Georges,
GALANT... 65
ges , Frere de Sa Majefté. Cela
fait , on le ramena chez luy, avec
les meſmes Cerémonies qu'on
avoit obſervées en le recevant.
Je paſſe d'une Cerémonie publique
, à une particuliere qui
s'eſt faite en France,où monfieur
le Chevalier d'uſes , Fils de Mr
le Duc de Crufſol, a eu l'hõneur
d'eſtre le premier que Madame
laDauphine ait tenu ſur les Fots.
C'eſt un Enfant de deux ans . On
l'avoit habillé en Cavalier , & il
ne s'en eſt jamais veu un ſi joly.
Son Habit & fon Juſte- à Corps
eſtoient de toile d'argent. Ilme
fuffit de vous dire que leRoy eftoit
ſon Parrain , pour vous appredre
le nom qui luy fut donné.
En vous parlant de Madame
la Dauphine , je me ſouviens de
vous avoir mandé la derniere
fois que Monfieur Fagon avoit
eu
66 MERCURE
cu la Charge de ſon Premier
Medecin. Il ne l'a pas poſſedée
long-temps . Celle de Premier
Medecin de la Reyne ayant vaqué
dans le dernier Mois , &
le Roy s'eſtant apperçeu que
cette Princeſſe avoit beaucoup
de confiance en Monfieur Fagon,
luy a fait remplir la place
defeu Monfieur de la Chambre .
Cependant comme le merite de
ce premier avoit eſté déja remarqué
de Madame la Dauphine
qui l'eſtimoit , Leurs Majeſtez
lay ont fait connoiſtre que
dans les occaſions il n'en ſeroit
pas moins à elle , quoy qu'il euſt
perdu la qualité de fon Premier
Medecin. Vous voyez , Madame
, qu'il n'y a point aujourd'huy
aupres du Roy de plus
forte recommandation que le
merite , & qu'il fuffit d'en avoir,
pour
GALANT . 67
pour eſtre élevé en fort peu de
temps.
Quoy que ces fortes d'élevations
ſoient glorieuſes , & que
l'honneur qui les ſuit tienne
ſouvent lieu d'un fort grand
bonheur , c'eſt vivre à la Cour,
& par conſequent dans un Païs
de tumulte. Ce genre de vie
n'accommoderoit pas la Muſe
Bergere , qui aime les Bois & la
Solitude , & qui ſe piquant de
dire toûjours ce qu'elle penſe,
ne peut ſoufrir le déguiſement.
Il faut que je vous faſſe connoître
fon caractere. Je ſuis aſſuré
qu'il vous plaira .
LA
68 MERCURE
LA MUSE
No
BERGERE.
On , fus jamais de ces
Muſes deCour ,
د
Propres , brillantes , ajustées ,
Fort coquetes, fort affétées,
Et quiſans rien ſentir , ne parlent
que d'amour.
JeSuis une Muse Bergere ,
Quine Sçait ce que c'est qu'artifi
ce& que fard ,
Qui plaist fans chercher mesme à
plaire,
Et qui n'a rien de trop mignard.
F'athore les vaines parures ,
Jen'aime point les faux brillans;
Jeſuis telle au dehors , que jesuis
au dedans ,
Etje hais en un mot toutes les impostures.
l'aime
GALANT. : 69
I'aime fort à la verité
Certaine honneste propreté
Qui pare une Beauté modeste ,
Et qui lapare beaucoup plus
Que les Perles & l'or , les Rubis ,
&le reste
Qui vient des Climats inconnus ;
Mais j'aime bien auſſi certaine negligence,
Qui s'accordeſi justement
Avec la modestie , avec la bien-
Seance ,
Et c'eſt là tout mon ornement .
Quand mon coeur ne ſent rien,je ne
Sçaurois rien dire ,
Ny rien entonner ſur ma Lyre.
Parma Lyre,j'entens un petit Chalumeau
,
Sur lequel au bord d'un Ruiſſeau
Ie chante doucement ce qui touche
mon ame ,
Et
70
MERCURE
Etpar cent petites chansons,
Aſſiſe à l'ombre des Buiſſons ,
Ienourris l'ardeur quim'enflame;
Mais auffijamais je ne ments ,
Ce que je chante, je le fens.
Ie cherchepourchanter,les ombres,
lefilence ,
I'évite l'éclat &le bruit,
Et ce queje refue la nuit ,
Ien'enfais qu'aux Bois confidece .
En tant que Muse , je me plais
Aux choses d'esprit , à l'étude ,
Et quelquefois la folitude
A pour moy de fort grands attraits
;
Mais quelquefois auſſi j'aime la
compagnie
D'uneſage Bergere , ou d'un ſage
Berger ,
Etfans un telſecours , jeferois en
danger
De paſſer assezmal ma vie.
Sur
GALANT.. 77
Sur tout ,pour tout dire entre nous,
L'amitiéme touche &m'emporte,
C'est là mon panchant le plus
doux,
Et ma paſſion la plus forte.
Pour une bonne Amie , ou pour un
bon Amy ,
Que ne ferois - je point dans mon
ardeur fidelle?
Oùn'iroit point mon tendre zele,
Quand je devrois avoir tout le
monde ennemy ?
Cependant jeſuis pareſſeuse ,
Ien'aimepas trop à courir ,
I'aime encore moins àſouffrir ,
Et crainsfort d'être malheureuſe;
Mais quand mon coeur me fait
alter,
Ie vay d'une extréme viteſſe ,
Que rien nesçauroit égaler,
Et qui pouſſe à bout lapareſſe.
Ie
72
MERCURE
Ie vous le dis de bonne foy,
Pour contenter mon coeur, &plaire
A
à ce que j'aime ,
I'agis avecplaisir ,&je Souffre de
mesme ,
Mais je n'enfrains aucune Loy .
Ie veux dans l'amitié de la delicateffe
,
De l'ardeur, & de la tendreſſe ,
Quelque chose auſſipour les ſens,
Un Objet qui plaiſe à la veuë ,
Dans des diſcours doux & plai-
Sans
Un coeur ouvert , une ame nuë ;
Mais rien qui choque le devoir
D'une consciencefort pure ,
Et je conſens à la rupture,
Quandfans déplaire au Ciel on ne
peutplusſe voir.
Ieſuis alors un peu legere ;
Mais auſſi quand du Ciel on peut
Sauver les droits ,
Ie
GALANT.
73
Ieſuis la constante Bergere,
Etj'aime pour toûjours dés que j'ai
me unefois.
Quesi dans un Amy moins fidelle
& moins tendre ,
Lahainefuccede à l'amour
lene lehaispasà mon tour ,
Et d'unfeu mesme éteintje conferve
la cendre,
Enfin je ne mentiray pas,
Si je dis que la chasteflame
Qu'une bonneste Perſonne allume
dans mon ame ,
Brûlera jusqu'à mon trepas .
Ie donne avec plaisir , & reçois
avec peine.
3
Un Present mesemble une Chaine;
Cette Chaine pourtant me plaist
dans l'amitié,
Carje prens un plaifir extréme
A recevoirde ce que j'ayme ;
Avril 1680. D
74
MERCURE
Mais le plaisir croiſt de moiti'é,
Quand peu de choſe l'on me
donne ,
Et que le don qui vient d'une chere
Perfonne,
Amoins l'air d'un preſent , que
l'aird'unefaveur ,
Etſemble ne venir purement que
ducoeur.
Ie paye avec ufure un peu de confidence
;
On ne hazarde rien , me diſant ce
qu'on pense ,
Sur lefait dufecret jefais bienmon
devoir,
Maisje méprisefort leſecret qu'on
me cache,
Et je ne veux jamais sçavoir
Ce qu'on ne veuxpas que jesçache.
Autant que je le puis , je fais ma
volonté
Ie
GALANT.
75
Iefuis tout ce quim'incommode,
Etn'aime rien tant que la mode,
Qui permet à chacun de vivre en
liberté.
Des choses ne prenant que ce qui
peut meplaire,
IeSçais dans les plus tristes lieux
Rire malgré le Sort contraire,
Etjouirdu couroux des Dieux.
En vain pourmoy l'orage gronde
,
Ie ne crains rien, je vis en paix.
Et Sans mefoucier du monde,
Iefuis heureuse àpeu de frais .
Toûjours complaisante & civile,
Ie fuis quand il me plaift féconde
en doux propos ,
I'ay l'humeur égale & tranquile,
Etje cherche bien moins l'honneur
quele repos.
Dij
76 MERCURE
1
***
Ie compte pour chose frivole
Ce que l'ambition poursuit avec
ardeur,
:
Et n'ay que du mépris pour la vaine
grandeur
Dont lesMortelsfont leur Idole.
L'or àmes yeux n'a point deprix
Etmoncoeur n'enfutjamais pris.
Rarementjeſçay des nouvelles,
- Ie n'en veux point sçavoir aufſſi.
Ce qu'onfait à Paris, à Londres, à
Bruxelles ,
Ne me donnepoint defoucy.
Mes plaisirs font purs& champestress
Parmy les Concerts des Oyſeaux
F'écris je-ne-fcay-quoyfur l'écorce
desHestres ,
Oùjeréve au bruit des Ruiſſeaux.
Quelquefois dans une Prairie
Peinte de diverſes couleurs ,
Ie
GALANT.
LAVILLE
77
Ie choisis , & cueille les Fleurs
Quiflatent plus mà réverie.
Quelquefois dans mon enjoûmet,
Sijeſuivois mon mouvement ,
Ie danſerois deſſus I'herbete
Au chant du Roffignol , aufon de
laMufete,
Mais dans ma belle humeur je ne
paſſejamais
Les bornes de la bienfeance ,
Et dans tous lespas que je fai,
La raiſon est mon guide, &nonpas
la licence. LYOR
leprens plaisir tous les matins
A voir l' Aftre du jour entrer dans
Sa Carriere,
Brillant d'une douce lumiere ,
Qui rend l'éclat aux beautez des
Iardins ,
Et fait revivre la Nature ;
Mais auſſi quand la Lune luit ,
Düj
78
MERCURE
Ieprens plaisir àvoir la clarté vive
&pure
DesAstres de lanuit.
Pour n'estre que ſimple Bergere,
Ie ne laiſſe pas d'estre fiere.
I'ay l'ame noble, &le coeur haut;
On diroit ſouvent àma mine,
Queje suis folâtre & badine,
Maisje fuisfage quand ilfaut.
I'ay dans mon procedé beaucoup de
politeffe,
Et plus qu'on n'en a dans les
champs.
Pour venirà mesfins jeſçay prendre
mon temps,
Et me conduire avec adreſſe.
I'ay l'esprit délicat, éclairé, penétrant
,
Mais un peu de bon ſens est mon
grand avantage ,
I'enfais un affezbon usage.
Et
GALANT.
79
Etjoins en mes diſcours lefolideau
brillant .
Ie fuis officieuse & bonne ,
Lafranchise est en moy jointe avec
lapudeur,
Maisjeſuis difcrete Perſonne,
Et ne dis pas toûjours ce que j'ay
dans le coeur.
Vous avez veu partir Monfieur
de Guilleragues , & Monfieur
le Commandeur d'Hervieux,
dans le mefme jour ; l'un
pour ſe rendre àConſtantinople,
où il a eſté envoyé Ambaſſadeur;
&l'autre, pour aller prendre poffeffion
de la Charge de Conſul
d'Alep Je vous ay donné des
nouvelles de l'arrivée du premier.
Voicy une Lettre qui vous
apprendra de quelle maniere le
ſecond a eſté reçeu.
Diiij
80 MERCURE
• છ 63 3133 33
A MR L'ABBE' DE ***
AAlep le 16. Janvier 1680.
Arma Lettre écrite à Lerni-
PArma
د
ca le s. de Novembre VOUS
aurez appris noſtre arrivée en
l'isle de Chipre. Ie ne vous repete
point que des le ſoir mesme , Monfieur
Sauvan Conful de France
vint Salüer Monfieurle Commandeur
d'Hervieux à bord du vaif.
Scau. Le lendemain il luy fit amener
à la Marinepluſieurs Chevaux
richement enharnachez avec des
Selles & des Houſſes en broderie
d'or & d'argent , & l'ayant fait
débarquer en ceremonie au bruit
du Canon , il le conduisitàlaMaifon
Conſulaire , où il le regala magnifiquement.
Monfieur d'Hervieux
y ayant esté viſité pendant quelques
1
GALANT. 81
ques jours par les Confuls , Religieux
,&Marchands des Nations
Etrangeres , s'embarquafortfatisfait
des témoignages d'amitié qu'il
avoit reçeus , & prit la route d'Alexandrete.
En y arrivant , il
fut falüé d'un grand nombre
de coups de Canon par les Vaif-
Seaux François&Anglois , & demeura
quinze joursfans débarquer,
en attendant les Voiturespour pouvoir
monter à Alep. Si- toſt que nôtre
Vaiſſeau cut moüillé , le Chancelier
& les Marchands François
que Monsieur du Pont ancien Confut
de France avoit députez à
Monfieur d'Hervieux , vinrent le
complimenter de fa part sur fon
arrivée ,&prendre ſes ordres touchantfa
Reception. Il en laiſſala
Ceremonie à ſa volonté & à la
coûtame. Tous ces Marchands &
beaucoup d'autres du Païs , demeu-
Dv
82 MERCURE
rerent à Alexandrete , ou au Beilam
, pendant tout le temps que
Monfieur d'Hervieux reſta à bord.
Les Gouverneurs & les Doüaniers
de ces deux endroits , luy envoyerent
des Prefens , & l'ayant viſite
ensuite , ils en reçeurent toutes les
honnestetezqu'il pouvoit leurfaire.
Il leur donnaſouvent àmanger,
& n'oublia rien de ce qui pouvoit
leur faire connoître combien il ſe
loüoit de leurs foins.
Enfin la Caravane estant preste
àpartirpour Alep ,le Vice-Conful
-à la teste de toute la Nation Françoise
& de beaucoup d'autres, vint
le prendre au bord du Vaisseau,
qui le ſalüa de toute fon Artillerie
dans le temps qu'il débarquoit .
Il mit pied àterre à Alexandrete,
&fut mené à la maison Confulaire
, où les Complimens furent
reïtérez par les mesmes Perſonnes
: qui
GALANT. 83
:
qui estoient déja venuës luy marquer
leurjoye. Il alla àla Meſſe,
& dina en suite avec toute fa
nombreuſe Compagnie , tandis qu'une
centaine de Mulets chargeoient
nos Hardes , & les autres choses
qui avoient esté apportées dans
nostre Vaisseau. Ces cent Mulets
prirent le devant avec un pareil
nombre de Muletiers , & d'autres
Gens bien montez & bien armez ,
qui devoient escorter la Caravane
; & une heure ou deux apres,
Monsieur d'Hervieux monta fur le
Cheval du Doüanier , & marcha
precedédeses Faniſſaires , Truchemens
, & autres , & de quantité de
Chevaux de main que les Grands
de ce Païs - là luy avoient envoyez
avec leurs Gens pour luyfaire honneur.
Le Vice -Conful, les Deputez
de la Nation , & le reste des
Marchandsfuivoient, meſlez avec
ceux
84 MERCURE
ceux qui l'avoient accompagné
dans tout fon Voyage. Ils montoient
tous de fort beaux Chevaux , &
compofoient une marche d'un tresbel
ordre. Nous allâmes coucher au
Bcilam. Monfieur d'Hervieux logea
chez l'Aga , ou le Seigneur du
lieu , qui l'attendoitdebout dans
Le milieu de la Rue avec ſes Gens
pour l'en prier. Ils luy aiderent
à defcendre de Cheval , & le
menerent en ceremonie dans unbel
Apartement bien meublé àla mode
du Pais. Il y reçeut les viſites ,
&ySoupa& coucha, avec laplus
grande partie de fa Suite , qui
comme luyy fut regalée außi bien
que la ſaiſon pouvoit lepermettre
àcetAga.
Le lendemain au matin , nostre
Caravane ayant pris un peu d'a
vance , nous marchâmes dans le
mesme ordre que nous avions ob-
Servé
GALANT . 85
fervé le jourprecedent , ce qui fut
fait dans toute la Route. On nous
venoit recevoir aupres des Villages
avec des Hautbois & des Tambours
,& par tout nous trouvions
Sujet d'estre fort contens de lanourriture
& du logement. Les viſites
& les civilitez ne nous manquoient
pas , ſuivant l'usage des
lieux. Nous marchâmes ainſi jufqu'à
Aïviara , qui est la derniere
couchée à demy - journée d'Alep.
Monfieur d'Hervieux trouva là le
reste de la Nation Françoise & de
la Hollandoiſe qui l'y attendoit,
& qui le reçent au bruit de tout
ce qu'ily avoit d'Armes à feu. Ce
Salat leur fut rendu par une décharge
de celles que nous avions
dans la Caravane, apres quoy on le
conduisit dans le principal Appartement
du Seigneur du lieu. On ne
peut rien ajoûter aux marques de
joye
86 MERCURE
joye qu'on luy donna. Elles furent
continuées presque toute la nuitpar
la bonne chere. Ilparut le lendemain
avec un Habitfort riche ,&م
estant montésurun Cheval dont le
Harnois estoitmagnifique, ilpartit
d'Aïviara , vint à un Lieu ruiné
qu'on appelle vulgairement leCaurout
, &y trouva Monsieurdu Pont
ancien Conful, quiy estoit venu au
devantde luy, avec le reste desDomestiques
& de l'Equipage de la
Maison Consulaire . Chacun defcendit
deson costé. Ces deux Con-
Suls s'embraſferent , & ce dernier
receut les complimens de ceux qui
avoient accompagné lepremier. Il
vit enſuite les Chaoux, les Ianiffaires
, &les Officiers des Puiſſancesd'Alep
, qui luy venoientfaire
civilitéau nom de leurs Maistres,
&luy amenoient douze Chevaux
de main , ornez de Brides dorées,
&
(
GALANT.
87
&couverts de grandes Houſſes de
broderie. Chacun d'eux prit rang
Selon la dignité qu'il avoit , &
Monfieur d'Hervieux ayant quitté
Son Cheval qui fut enſuite mené
en main , pour en prendre un ifabelle
à queue& à crins noirs, d'une
taillefort avantageuſe , &qui le
portoit parfaitement beau , nous
commençames à marcher dans l'ordreſuivant
.
La Caravane& toute l'Eſcorte,
ouvrirent la marche. Les Mulets
du Bagage ſuivoient , & apres
eux , douze Palefreniers tres-proprement
habillez , qui menoient en
main les Chevaux du Mathellem,
du Cady , duMufty , du Chefdes
Cherifs , du Muharis , du Bacha de
la Mésopotamie qui estoit alors à
Alep, du Grand Doüanier, del'Aga
des Ianiſſaires , du Doüanier d'Aléxandrete
3 & de quelques
autres.
88 MERCURE
1
autres. La dorure des Brides , des
Houſſes , des Selles, &des Epées &
Maſſes d'armes qu'elles avoient
aux coſtez , brilloit d'un éclat qui
redoubloit fort par les rayons du
Soleil. Six Faniſſaires venoient
enfuite , deux à deux , & armez
à leur maniere. Ils estoient tresbien
montez , & parez de leurs
plusbeauxHabits , avec leurs Bon.
nets & Bastons de cerémonie.
L'Huiffier du Consulat marchoit
Seul apres les Faniſſaires , entierement
habillé de rouge. Les deux
Truchemensfaisoient un rangapres
luy ,&precedoient quatre grands
Chaters , ou Valets de pied , habillez
auſſi de rouge , avec de longs
Bonnets à la Polonoiſe qui pendoient
sur leurs épaules , ayant
chacun un Baston élevé à la main.
Monsieur d'Hervieux les ſuivoit,
monté ſur le Cheval ifabelle dont
je
(
GALANT. 89
je vous viens de parler. Outre Sa
beauté&Sa parure , c'estoit leplus
fougueux de l'Ecurie du Bacha , &
ill'avoit envoyé exprés pour voir
Si un François auroit affez d'adreſſe
& de force pour le manier.
Monfieurdu Pont estoit à la droite
de Monsieur d'Hervieux , Sur un
grand Cheval Alezan , & avoit
par deſſous unHabit àla Françoise,
&pour Manteau , une grande Veſte
de Moire , fourrée d'une Mar
te Zibeline d'un tres - grand prix.
Monfieur d'Hervicux portoit fa
grand - Croix de Chevalier en
écharpe ſur ſon Inste-à- corps ; &
afin de lafaire mieux paroiſtre , il
l'avoit attachée à un Cordon de
Tabis blanc par un petit noeud de
Ponceau. A coſté de l'un & de l'autre
marchoient les Palefreniers,
habillez fort proprement.
estoient là , afin de tenir les Che-
Ils
vaux,
१०
MERCURE
vaux, s'il avoit falu descendre, &
ilsfaisoient connoiſtre leur profesfion,
enportant des Caparaçons&
d'autres Harnois fur leurs épaules.
Les deux Deputez de la Nation,
deux Marchands Hollandois , &
pluſieurs autres, tous tres bien montez
, ſuivoient deux à deux , &
fermoient la marche.Elle nefut pas
moins grave que lente ; & comme
L'impatience de voir ce nouveau
Conful avoit fait fortir quantité
de Curieux, il y cut un grand espace
de chemin bordé d'Hommes &
de Femmes. Vous eußiez estéfurpris
d'entendre les cris de tant de
Perſonnes de touteforte de Religions
& de Nations qui témoignoient leur
joye à Monsieur d'Hervieux , &
faisoient milleſouhaits à leur maniere
pour ſa ſanté & prosperité
dansfon heureux avenement à cette
Charge.
Ce
GALANT.
91
Cefut dans cet ordre qu'estant
entrez àAlepfur les onze heures
par la Porte des Raiſins , & ayant
traversé la Ville & les Bazars,
où le Peuple s'estoit rendu en foule
pour voir paſſer cette Cavalcade,
nous arrivâmes au Grand Can , où
est la Maiſon ordinaire des Confuls
de France. Monsieur d'Hervieux
defcendit à la Porte de la
grandemontée, aussi bien que Mon-
Sieur du Pont , & s'estant placez
tous deux fur la plus haute des
Marches , ils eurent lafatisfactiou
de voir paſſer devant eux tous
ceux qui les ſuivoient , & qui les
Salüerent àcheval. Eftant montez
à laMaiſon Confulaire , Monsieur
d'Hervieux fut receu àla Porte de
la Salle par Monfieur le Curé avec
la Croix & la Baniere , & mené
dans la Chapelle , apres qu'il eut
pris de l'Eau- benite. Il y avoit
deurs
92 MERCURE
1
deux Prie-Dicu fort propres , couverts
de Tapis de Perſe , avec des
Carreaux de Velours cramoify. Ilſe
mit àgenouxfur l'un , &Monsieur
du Pontſur l'autre, & le TeDeum
fut chanté au mesme instantpar
les Religieux de la Famille de Terre
Sainte. Tous les Ordres Religieux
Miſſionnaires , tous les Catholiques
du Païs , les François &
Hollandors , y aſſiſterent , & en
Suite le Gardien de l'Hospice de
Jerusalem , harangua le nouvean
Conful en Italien avec beaucoup
d'éloquence & de politeſſe. Le P.
Beffon Iefuite , fit la mesme choſe
en François quelques jours apres.
Cependant la Meffefutfolemnellement
celebrée, apres laquelle une
infinité de Gens & de Nations
Etrangeres firent compliment à
Monfieurd'Hervieux. Cespremiers
devoirs rendus , la plus grandefoule
GALANT.
93
leſe retira , &on ſervit leDîné.
Tous ceux qui resterent dans la Salle
en furent priez. Ie ne vousfais
point la description de ce Repas .
I'aurois trop à dire. Il suffit que
vous ſcachiez qu'un Conful de
France traitoit un autre Conful.
Monfieur du Pont s'estoit preparéà
ce Régal , & tout s'y paſſa avec
une magnificence qui allajusqu'à
La profusion. Le reste du jour fut
employéà recevoir les Gens du Païs
qui vinrent de tous coſtez témoigner
leur joye. Ces honneſtetez continuerent
pendant quelques autres
jours ; apres quoy on laiſſa un peu
de repos à Monfieur d'Hervieux
pour luy donner temps de ſe pourvoir
de tout ce qui luy estoit neceffaire
pour rendre les viſites aux
Puissances & autres Grands du
Païs,Selon lacoûtume.
Avant que devous parlerde ces
visites
94 MERCURE
viſites , il faut vousfairesçavoir
que les Confuls de France font si
grands Seigneurs à Alep , qu'ils
ne voyent ordinairement que les
Bachas &les Cadis , &vont viſiter
la nuit incognito les autres
Principaux du Païs moindres en
dignité que les Viceroys on Gouverneurs
de Provinces ,& les Chefs de
la Iustice , quifont vifitez dejour
&en cerémonie.
Comme le Bachad'Alep , nommé
Cara Mustafa Bacha , estab-
Sent , & qu'ilfert dans les Armées
du Grand Seigneur,dont ileſt un des
Generaux , Monsieur d'Hervieux
n'eut que le Cady à visiter. Il luy
envoyafon preſent à l'ordinaire,
& luy fit demanderparses truchemens
s'ilferoit bien aiſe de le voir.
La réponſe fut qu'on le verroit
avec grand plaisir , & qu'on se
tiendroit preſt à le recevoirsur les
trois
6
GALANT.
95
trois heures. Ilen fit donner avis
aux Nations Françoise&Hollandoiſe
dont il eſt Conful , afin qu'elles
vinſſent l'accompagner, & un
peu apres , la Salle , & tout le reſte
de la Maiſon , fut pleine de monde
, n'y ayant perſonne dans Alep,
tant de ces Nations , que des principaux
Chrestiens qui leur font
affectionnez , qui dans cette occaſion
ne tinſt à honneur d'estre
deSa Suite.
L'heure de partir estant venuë,
les quatre laniſſaires de Monfieur
le Confulmarcherent deux à deux,
avec leur grandes & longues Canes
d'Inde groſſes comme le bras,
garnies d'Yvoire aux deux bouts,
ayant leurs Bonnets & Vestes de cerémonie.
Ses deux Truchemensfai-
Soient le troisième rang. Au milieu
d'eux estoit ſon Huiffier , habillé
d'une grande Veste de Drap rouge
àlongues
96 MERCURE
à longues manches , & tenant fort
haut élevée unegrande Verge d'Ebene
, au bout de laquelle estoit une
Pomme d'argent , avec une double
Fleur de Lys de mesme matiere.
Monfieur d'Hervieux marchoit en
Suite luySeuldans un grand espace
qui luy fut laißéentre ces trois Officiers
&le reste deſa Suite. Il eſtoit
habillé à la Turque , à l'exception
du Chapeau qu'on conferve icy pour
Se distinguer des Gens du Païs. Il
avoit par deſſus ſon Habit , une
grande Veste d'une tres - belle Ecarlate
,fourrée d'une Marte Zibeline
de trois cens Pistoles , &fa grand-
Croix paßée au col , comme laportent
les Gens de Robe, & attachée
àun large Ruban Ponceau. Cejourlà,
comme onfait presque toûjours
en deſemblables rencontres , noftre
Nation ceda les honneurs aux
Etrangers qui vinrent icy ſous la
protection
GALANT .
97
protection de Sa Majesté. Les Hollandoismarcherent
immediatement
apres Monsieur d'Hervieux . Son
Chancelier ,Son Secretaire, les Députezde
la Nation , tous les Marchands,
les autres François ,ſes Domestiques
, &le reste dela Suite,
marcherent aussi en tres - bel ordre
, & fort proprement vestus ,
chacun dans le rang qui luy estoit
deû. Toute la Ville qui attendoit
un nouveau Conful depuis plus
de deux années ayant appris
l'arrivée de Monfieur d'Hervieux,
&ſcachant qu'il devoit aller ce
jour- là rendre viſite au Cady , dont
laMaiſon est éloignée de la fienne
d'environ un quart de lienë ,
les Ruës se trouverent bordées de
Peuple en fi grande foule , qu'on
avoit peine àpaſſer. Sa Suite estoit
grande , & il arrivoit déja où il
estoit attendu , que la queuë du Cor-
Avril 1680.
,
E
98 MERCURE
tege fortoit encor de la Maiſon
Confulaire.
Les Officiers du Cady l'ayant reçeu
à la Porte , le menerent à la
Chambre d'Audience , oùfelon la
coûtume , on avoit fait porter deux
Fauteüils de Velours cramoify. Le
Cady vint à eux presque außitost,
&les ayantfalüez , commençapar
congratuler Monsieur d'Hervieux
fursa bien-venuë. Ilcontinuapar
des protestations d'amitié & de
bonne correfpondance pour les inté-
'rests communs , & finit par des
Souhaits de profperité &des offres
de Service. Monfieur d'Hervieux
luy fit connoître , que Monfieur
du Pont ayant ſervy le Roy affez
longtemps , eſtoit rappellé aupres
de Sa Majeſté ; qu'Elle l'avoit
envoyé à ſa place pour le
décharger de ce fardeau ; qu'il
feroit ravy de voir des effers
de
GALAN T. 99
de ſa Juſtice ſur l'exécution de de
nos Traitez avec le Grand
SSYON
gneur,pour endonner témoignageenFrance
, à Conftantinople,
&par tout ailleurs où il ſeroit
neceſſaire ; qu'il contribuëroit
de tout ſon pouvoir à l'heureux
ſuccés de toutes choſes ; & qu'il
eſpéroit auſſi que dans les occa.
ſions il luy marqueroit par fon
procedé le reſpect qu'il avoit
pour les ordres du Grand Seigneur,
& fon amitié pour la Nation
Françoiſe , dont le Commerce
ayant comme fondé la
Ville d'Alep & celle de Tripoly
dans leur établiſſement, les avoit
entretenuës auſſi dans leur profperité
, & donnoit aujourd'huy
au Peuple dequoy fournir à ſa
ſubſiſtance , & payer les Droits
annuels du Grand Seigneur.
Le Cady répondit à tout d'une
Eij
100 MERCURE
maniere tres - obligeante , & cependant
on apporta du Café. Le
Sorbetſuivit immédiatement apres;
&comme les Turcs ne sont pas
fortprolixes en matiere de complimens
, on fervit d'abord l'Eau de
Fleur d'Orange , pour laver les
mains, le visage , & la barbe. Le
parfum du Bois d'Aloës , qui est
la marque du Congé parmy eux ,
ayant esté donné, Monsieur d'Hervieux
quita le Cady , & revint à
la Maiſon Consulaire dans le mefme
ordre qu'il estoit party , ayant
reçeu dans les Ruës toutes les marques
de respect & de déference
qu'on eust pû donnerà un Gouverneurde
Province.
Trois ou quatre jours apres , ilalla
visiter le Muthellem incognito
, & pendant la nuit. Il eſtoit
precedé de ses quatre Valets de
pied , portant de gros Flambeaux
13
de
GALANT. 101
de cire de quatre livres & plus,
qui donnoient une clarté merveilleuſe
, & avoit devant & derriere
luy le mesme Equipage dont je
viens de vous parler. Il arriva au
Serrail du Bacha dans ce mesme
ordre ; & le Muthellem , appellé
Aly Aga , qui l'attendoit au haut
de la Montée , ne l'eut pas plutoſt
apperçeu , qu'il vint luy Sauter au
col. Ils s'embraſſerent , &se baiferent
la Barbe , & apres s'estre
fait quelques complimens en allantà
l'Apartement de l'Audience
, ils s'affirent , &se firent des
amitiez extraordinaires pendant
un magnifique Soupé que le Muthellem
fit ſervir,&auquelil fallut
que Monsieur d'Hervieux fist honneur
, quoy qu'il eust déja ſoupé..
Si- toſt qu'on cut deſſervy , le Muthellem
fit dancer ſes Domestiques
aufon des Instrumens & de certai-
E iij
102 MERCURE
nes Castagnetes d'argent, qui marquoient
la cadence , & dont l'har.
monie estoit fort douce. Monsieur
d'Hervieux prit congé sur le minuit.
Le Muthellem luy ayant reiteré
les mesmes aſſurances qu'il
luy avoit données en le recevant, le
fit accompagner par ſes Officiers,
&il luy afi bien tenu parole fur
cette amitié , que quelques jours
apres il luy renvoya un Chreftien
qu'on vouloit faire mourir pour
avoir batu un Turc ,&que Monfieur
d'Hervieux luy avoitfait demander
par ſes Truchemens. Depuis
ce temps- là , il a encor rendu
viſite au chefdes Cherifs, quifont
les Defcendans de Mahomet. Tout
s'y est passé comme chez le Muthellem.
Il doit visiter au premier
jour le Mufty dans un Iardin. I'ay
oublié de vous dire que quand il
alla chez le Cady , Monsieur du
Pont
GALAN T.
103
Pont avoit la droite , &qu'au retour
il n'eut que la gauche , comme
deftitué de ſa Charge. Monfieur
d'Hervieux parle luy- mesme dans
cesfortes d'occaſions , ſes Truchemens
ne ſervant qu'à groſſix le
Cortege , & à remplir la Cerémonie.
Cela fait un plaisir extreme
aux Grands du Païs. Le Bacha de
la Mesopotamie , & tous les autres
des environs , l'envoyentfouvent
visiter , & luy font despré-
Sens continuels de Fruits & de
touteforte de Poiffons de l'Eufrate,
gros comme la moitié d'un Ton. Ils
nous ſont d'un grandSecours pour
Les jours maigres , à cause que
nous ſommes icy éloignez de trois
journées de laMer. Graces à Dieu,
nous vivons en paix , & nous appliquons
nos Soins fans aucun trouble
à rétablir le Commerce. Later-
Eiiij
104 MERCURE
reur est maintenant dans l'ame de
ceux qui avoient accoûtumé de
nous faire du mal par les Avanies
. L'amitié est dans le coeur des
Alepins , qui font de fort bonnes
Gens ; & comme Monfieur le Con-
Sultravaille nuit & jour à regler,
vuider, & débaraſſer le general&
le particulier de toute forre d'Affaires
, on est tres - content de fon
administration. Le Vaisseau va
partir, &jesuis contraint de finir
cette Relation déja trop longue,
pour vous aſſurer , Monsieur , que
jesuis , Vostre , &c.
Je ne ſçay , Madame ſi vous
avez entendu parler d'un Préſent
que Madame de Monteſpan
a fait à Madame la Dauphine.
On peut l'appeller un Préſent
d'Effences , puis que des Eſſences
ſeules le compofoient. Cependant
GALAN T. 105
pendant la magnificence , la galanterie
, l'invention , & l'eſprit,
n'ont pas laiſſe d'y paroiſtre.
C'eſtoit un Mont- Parnaſſe de
vermeil doré, ſemé de Pierreries
au lieu de Cailloux. Une Pierre
précieuſe formoit la Fontaine.
Le Pegaſe , l'Apollon , & les
Muſes de Cette galante Montagne
, estoient auſſi de vermeil.
Ces dernieres qui eſtoient environ
de la hauteur de la main,
& parfaitement bien travaillées,
avoient des Bracelets de Diamans
& de Rubis. Pluſieurs petites
Phioles garniesd'or, & remplies
de diverſes fortes d'Effences,
eſtoient à coſté des Mufes,
& rien ne brilla jamais avec plus
d'éclat que l'aſſemblage de tant
d'ornemens. Madamede Montefpan
avoit elle- même tout inven-
A
Ev
106 MERCURE
té , tout fait deſſiner devant elle,
&donné ſes avis pour la facilité
de l'execution , à cauſe du peu
de temps qu'on a eu à faire ce
grand Ouvrage, qui auroit encor
eſté plus beau ſans cela , quoy -
qu'il ſemble qu'il euſt eſté difficile
d'y rien ajoûter. Ce préſent
plût fort à Madame la Dauphine
, qui n'en eſtima pas moins le
deſſein que la richeſſe .
Dans la ſeconde Partie de ma
Lettre du dernier Mois, qui contient
la Relation du Mariage de..
Monſeigneur, je me ſouviens de
vous avoir dit que quand cette
Princeſſe paſſa à Nancy , Mefſieurs
du Parlement de Mets dé ..
purerent deux Préſidens & fix
Conſeillers , pour la haranguer.
Monfieur le Préſident Fremin,
portoit la parole. On m'a donné
depuis peu une Copie de fon
Compli
GALAN T. 107
Compliment. Je vous l'envoye .
Vous ferez bien aiſe de ſçavoir
en quels termes il luy parla .
HARANGUE
DE MONSIEUR
LE PRESIDENT FREMIN,
A MADAME LA DAUPHINE.
MADAME ,
STON
*1893
L'amour que nostre Grand Monarque
a pour ſes Peuples , &le
Soin qu'il prend de leur établir une
felicité parfaite , estant ſa plus
forte &plus ordinaire occupation,
nous voyons ce Prince , apres avoir
donné la Paix à tousſes Ennemis,
travaillerfans.ceffe pour affermirà
la France la douceur & latranquillitédefon
Regne.
Cette
108 MERCURE
Cette grande Alliance qui vient
d'étrefaite de Monseigneur le Dauphin
avec vostre illustre Personne,
en est une desplus grandesmarques.
C'est par elle, Madame, quele Roy
réunit avec le Sang de Henry le
Grand, de glorieuse&triomphante
memoire, tout ce qu'ily a deplus
auguste dans le monde , & qui va
faire le bonhcur deſes Sujets .
Pendant que l'Allemagne a eu
l'avantage de vous poſſeder , elle a
admiré en Vous toutes les graces ,
toutes lesvertus , & toutes les per .
fections que l'on pouvoit defirer
dans une grande Princeſſe ; & la
Baviere a dû vous regardercomme
l'Ange tutelaire de la Paix , dont
elle a joüy pendant ces derniers
troubles.
Venez , Madame , venezrecevoir
le prix deſtiné à des qualitez
fi éminentes. Loüiffez avec Mon-
Seigneur,
GALAN T. 109
Seigneur , d'un bonheur ſans égal;
ce Prince quifurpaſſe par son propremérite
la grandeur desa nais-
Sance , qui charme également les
coeurs & les esprits par sa douceur
, & qui en un motparses inclinations
heroiques nous fait voir
qu'il est digne Fils de LOUIS LE
GRAND .
Cette Alliance , Madame , fait
lajoye de toute la France ; mais
elle fait encor plus particulierement
celle du Parlement de Mets,
qui nous a députez pour vous témoigner
, Madame , qu'il s'estime
infiniment heureux , que son éta.
bliſſement dans cette Frontiere luy
aye procurél'avantage de prévenir
les acclamations publiques par les
fiennes particulieres .
C'est dans ces Sentimens , Madame
, que nous unirons nos voix
à celles de toute la France , pour
vous
1001 MERCURE
vous souhaiter avec les applaudiſſemens
de la Terre entiere , les
plus pretieuses benedictions du
Ciel. Nous avons ſujet de les esperer
, Madame , puisque c'est luy
qui vous a choisie entre toutes les
Princeſſes de l'Europe , pour rendre
immortel le Sang du plus grand Roy
du Monde.
Je vous ay apris avec quelle fermeté
la belle Mademoiselle Biſeüil
d'Alençon , avoit quité les
erreurs de la Religion Prétenduë
Reformée. La ſolemnelle Abjuration
qu'elle en a faire par les
foins du P.dela Ruë Jeſuite,dont
les lumieres luy ont fort aidé à
diffiper ſes tenebres , vient d'eftre
ſuivie d'une autre qui fait
grand bruit dans la même Ville.
C'eſt celle de M. de Chanroſier,
l'Homme le plus ſpirituelqu'euf
fent
ター
GALAN T.
ſent en ce quartier- là ceux de
cette Secte . Ils le conſultoient
comme un Oracle , & ſes réponſes
paroiſſoient pour eux autant
de déciſions Onſe ſouvient dans
toute la Ville , que Monfieur de
Chanrofier ſon Pere eſtant tout
preſt de mourir , & ayant trois
Fils dans l'aveuglement , avoit
demandé à Dieu qu'il luy plût
les éclairer. Cette priere qui ſe
trouva exaucée pour les deux Aînez
, morts l'un & l'autre apres
une pareille Abjuration,ſembloit
devoir étre ſans effet pour celuy
dont je vous parle , puis qu'étant
tombé en apoplexie à l'âge de
ſoixante &cinq ans , fans avoir
encor donné aucunes marques
de converfion , il n'y avoit pas
d'apparence qu'il duſt jamais
changer de party. Cependant la
grace a eſté viſible enluy. Il eſt
revenu
112 MERCURE
revenu d'un accident qui emporte
les plus jeunes , & s'eſt ſervy
auſſitoſt du retour de ſes ſens , &
& de fa raiſon, pour faire appeller
le Pere Anſelme de Lisieux ,
Définiteur des Capucins , pré .
chant le Careſme à Alençon, entre
les mains de qui il a fait ſa
déclaration de vouloir vivre &
mourir dans l'exercice de la Religion
Romaine. Il en a enfuite
remply les devoirs avec un zele
&une pieté ſurprenante.
Je voudrois , Madame , pour
voſtre entiere fatisfaction , vous
pouvoir aprendre qui a fait la
Lettre que vous allez voir ; mais
c'eſt un ſecret qu'on ne m'a
point voulu découvrir. On m'affure
ſeulement qu'elle eſt d'une
Perſonne confidérable par ſa
qualité, qui ne faiſant des Vers
que pour fon divertiſſement, ne
laiffe
GALANT.
113
1 laiſſe pas de leur donner le tour
qu'ils doivent avoir pour faire
ſentir qu'ils partent de ſource.
Ce qui vous conſolera de fon
nom caché, c'eſt qu'on m'en promet
d'autres Ouvrages , & que
vous ferez ailément perfuadée
apres la lecture de cette Lettre,
qu'il ne me peut rien venir de
mediocre de ce coſté là.
138038A EXI OKO ORG 03-38380103
A MR L. M. D. C.
Play Pabitraberheur,
Renezpart à mon bon - heur,
plus aimables Perſonnes du monde .
Mes Soins luy ont plû , & elle a
trouvé je ne sçay quoy de fi obligeant
dans mes complaiſances,qu'el.
le n'a pûſe defendre deſentirpour
moy ce qu'elle m'a inspiré.
Jamais
114
MERCURE
Jamais de tant d'attraits ſurpris
Mon coeur n'avoit languy ſous un ſi
noble empire .
Il s'émût à la voir, & d'un ſi doux martyre
La gloire d'eſtre aimé devint bientoſt
le prix.
Du plus tendre panchant l'appas imperceptible
A l'ardeur de mes feux la fit eſtre ſenfible
.
C'eſt par luy qu'aux rigueurs ſa fierté
renonça.
Son ame avec plaifir d'accord avec la
mienne,
:
Dans tous mes voeux s'intereſſa.
Chacun de ſon amour ſe dit ce qu'il
penſa,
Je fus caû ſur ma foy, je la crus ſur la
fienne.
Là deſſus de nos coeurs l'union commença
.
Le deſſein de rendre la cerèmonie
de cette union plus autentique,
nousfit appeller les Amours pour en
estre les témoins ; & comme tout
engage
GALANT.
115
engagement de coeur leur est unfujet
de Fešte , ils vinrent entendre
les mutuelles protestations que nous
nous fiſmes , accompagnezdes Jeux
& des Ris , qui ne nous ont point
encor abandonnez . C'est en prefence
de cette aimable Troupe que me
reiterant tous les jours les fermens
d'une inviolable fidelité , on se
plaiſt à me demanderfans ceſſe de
nouvelles afſurances de la mienne;
mais de vous à moy , il y a longtemps
que je fçay ce qu'il faut attendre
des fermens de cette nature,
&que la conſtance n'estant vertu
que chez les Avanturieres des vieux
Paladins ,
Faire de mille voeux renouveller l'offrande,
Iurer juſqu'au tombeau la plus parfaite
ardeur,
C'eſt ſeulement loüer ſon coeur,
En attendant qu'un autre le marchande.
Ainfi
116 MERCURE
-Ainfi je me tiens toûjours preparé
à tous évenemens , & larupture
estant un malheur presque
inévitable dans ces fortes de liai-
Sons,je l'attens avecferme refolution
de m'en conſoler ſur l'heure, en
prenant party ailleurs .
Ce n'eſt pas que l'Objet dont mon
coeur eft charmé
N'ait ſur mes voeux une entiere puiffance
;
Jamais feu juſqu'icy n'eut tantde vio
lence,
Mais je n'aime qu'autant que je me
vois aimé.
Qu'on ait beaucoup d'amour , mon
amour est extréme ;
Qu'on le laiſſe amortir, je l'amortis de
même,
Sans qu'à le rallumer je faffe aucuns
efforts,
Chacun fuit le panchant où ſon deſtin
l'appelle,
Et dés-à-preſent comme alors,
Quand la Belle qui croit pouvoir m'ef
tre fidelle,
S'en
GALAN T. 117
S'ennuyra de payer mes amoureux
tranſports.
Je ſuis ſerviteur à la Belle.
Apres tout , ilfaut avoüer qu'un
peu de changement fait quelquefois
tous les biens du monde , &
qu'une amitié qui dure trop a quelque
choſe de ſi languiſſant , qu'on
n'est pas peu àplaindre , quand on
Se trouve d'humeur àſe piquer de
constance ; car enfin
La Vieilleſſe jamais ne s'eſt veuë à la
mode,
Mais ſur tout en amour elle eſt fort incommode,
Et mille vieux ſoûpirs n'ont point ce
doux appas
Que dans ſa nouveauté ſemble avoir un
helas.
On abeau fans reſerve abandonner fon
ame
Acesmêmes tranſports qui marquoient
tant de flâme,
Ce ſont biens dont enfin les charmes
fuperflus,
Pour
118 MERCURE
Pour avoir trop touché , ne touchent
preſqueplus.
'Si pour nous attirer ils gardent quel-
Le coeur accoûtumé n'en connoit plus
que amorce,
la force,
Et feur que ſon bonheur ne peut mieux
s'affermir ,
Dans une oifive paix il ſemble s'endormir.
Par l'habitude ainſi l'amour ſe voit détruire.
C'eſt un feu ſous la cendre,& qui brûle
ſans luire ;
Et de quoy que pour luy ſe réponde le
coeur,
Dés qu'il n'a plus d'éclat, il n'a plus de
chaleur.
En vain pour réveiller mille aimables
foibleſſes,
drefles,
Onſe ſert dedouceurs,on ſe ſert de ten-
Le trop de confiance étouffe les plaiſirs,
Comme l'on vit ſans crainte , on reſte
ſans defirs .
N'eſperant rien de plus que ce que l'on
poffede,
Cequi cauſa l'amour, en devient le remede
, Et
GALANT. 119
Et l'Amant que ſa gloire avoit droit
d'ébloüir,
Dédaigneſa coqueſte à force d'en joüir.
Fuyons à ce dédain ce qui ſert de matiere,
Aimons , mais fans donner noſtre ame
:
toute entiere,
Et renonçant d'abord à des feux trop
conftans,
Sauvons nous du dégouſt qui doit naiſtredu
temps,
Promenons ſans arreſt nos flânes vagabondes,
Chez les Brunes tantoſt,& tantoſt chez
lesBlondes.
Ainſi säs ſervitude,ainſi toûjours ànous,
Nous gouterons d'amour les plaiſirs les
plus doux.
noſtre,
Que l'une écoute un feu qui trahifſſe le
Nous ſçaurons nous en rire entre les
bras d'une autre,
Et noyer le chagrin de ce tréſor cedé,
Dans l'heureux ſouvenir de l'avoir pof.
fedé.
: Je ne vousdis rien la derniere
fois de la ſurpriſe que les beautez
120 MERCURE
tez de Verſailles ont cauſée à
Madame la Dauphine,parce que
je n'eſtois point alors aſſez informé
de tout ce qui regardoit la
promenade qu'elle y avoit faite.
Le Roy y mena cette Princeſſe le
Dimanche 24. de l'autre mois,
accompagné de la Reyne , de
Monſeigneur , de Monfieur , de
Madame, de Mademoiselle,& de
Madame la Princeſſe de Conty.
Madame de Monteſpan, Meſdames
les Ducheſſes de Cruffol &
deCrequy, Meſdames les Maréchales
de Humieres & de Rochefort
, Madame Colbert, Ма-
dame la Comteſſe de Guiche,
Madame Gourdon , les Filles
d'Honneur de Madame la Dauphine,&
pluſieurs autres Dames
deremarque , furent auſſi de cette
partie, avec grand nombre des
plus confiderables Seigneurs de
la
GALANT. 121
la Cour. Sitoſt qu'on fut arrivé,le
Roy fit voir les Apartemens du
Château à Madame la Dauphine
; apres quoy on alla ſe promener
dans les Allées du petitParc.
Vingt petites Chaiſes roulantes
découvertes, & garnies de tresriches
Etofes , & de Galons &
Franges or & argent,eſtoient aupres
du Parterre d'eau. Des
Hommes portants les livrées du
Roy , conduiſoient ces Chaiſes.
Les Dames ſe mirent dedans,
quand elles furent laſſes de marcher.
LeRoyalla toûjours à pied
aupres d'elles , ſuivy des principaux
de toute ſa Cour. Toute
cette illuſtre Compagnie ſe rendit
à Trianon où Madame la
Dauphinenepût aſſez admirer la
galante magnificence des Apartemens&
des Jardins. Au retour
on entra dans l'Apartement des
Avril 1680. F
122 MERCURE
que
Bains. Toutes les Pieces en eftoient
éclairées diferemment.
Dans l'une tout ce qui portoit les
Bougies eſtoit de criſtal ; dans
une autre , tout de vermeil ; &
dans une autre, toutd'argent.Sur
toutrien nefut ſi ſurprenant
ce qu'ontrouvadans l'Octogone.
Commeje vous en aydéja parlé
amplement dans quelqu'une de
mes Lettres, je ne vous en feray
point icydeſeconde deſcription.
Ce que je vous en dirayd'abord
en general , c'eſt qu'une Collation
auffi galante quemagnifique
&extraordinaire ,ornoit tout le
tour de ce ſuperbe Sallon , s'il
m'eſt permis de parler ainſi.Vous
en pouvez voir une partie dans
la Planche queje vousenvoye.Je
dis une partie , parce que la même
choſe eſtoitredoublée plufieurs
fois, comme vous l'apprendrez
BIBLI
LYON
*1893*977

GALAN T.
123 .
drez dans la ſuite. Je n'ay pas
fait ſeulement graver l'Elevation
du morceau ſur lequel je vous
prie de jetter les yeux, mais encorle
Plan du même endroit pour
vous faire mieux concevoir la
diſpoſition du Lieu, où la Collation
regnoit tout autour . Ce que
vous verrez marqué dans une
des croiſées, & aux deux coſtez,
eſtoit dans toutes les autres. Avant
que de vous expliquer les
chifres , il eſt neceſſaire de vous
avertir , que ceux qui ſont doubles
, ne vous doivent faire entendre
qu'une même choſe. Ainſi
le chifre 1. vous ayant marqué
la Pyramide de Sculpture parlaquelle
je vay commencer à vous
faire la deſcription de ce Régal,
lemême chifre 1. qui eſt au deffous,
vous fait connoître le Plan
de la même Pyramide. Lamême

Fij
124 MERCURE
obſervation eſt à faire ſur tout le
reſte , & par là vous voyez le
Plan & l'Elevation d'une même
veuë.
1. Pyramide de Sculpture dorée,
ornée de Cordons &de Feſtons
de Fleurs, portant des Porcelaines
remplies de toute ſorte
de Confitures , avec des Eaux
glacées de toutes manieres .
2.Deux Bufets de même Sculpture
que la Pyramide, & ornez
de Fleurs. Il y avoit fur cesBufets
quatre Soûcoupes de vermeil,
avec des Carafes, des Verres, &
des Flambeaux.Vous remarquerez
, s'il vous plaiſt , que tout ce
qui eſt quarré, repréſente la place
d'un Flambeau, & qu'il n'y en
avoit que contre la muraille , afin
de ne point embaraſſer le devant
decetteCollation, qui étoitd'ailleur
affez éclairée. On n'a point
trouvé
GALANT.
125
trouvé de place pour marquer les
Flambeaux dans l'Elevation.
3. Eſcabelon doré garnyde Feſtons,
& d'un Cordon de Fleurs .
Cet Eſcabelon portoit un grand
Baffin de vermeil , dans lequel il
y avoit quatre Couverts.
4. Table de Sculpture dorée,
avec Feſtós &Cordons de Fleurs.
Elle eſtoit de deux pieds dix
pouces de diametre , & couverte
d'un Baffin de Fruit , & de ſept
Afſietes, quatre grandes , & trois
moyennes. Tous les eſpaces vuides
de cette Table eſtoient garnis
de petites Porcelaines.
Quand même le nom de Trémeau
qu'on a gravé dans le Plan ,
ſeroit inconnu , on découvre afſez
par la Figure qui repréſente
l'endroit où il eſt au milieu , &
par ſa ſituation, que Tremeau eſt
l'épaiſſeur du mur qui eſt entre
Fiij
126 MERCURE
deux croiſées . C'eſt ce que nous
appellons entre- feneftre.
Ce Sallon a quatre faces,& n'a
que fix vrayes croiſées . Trois de
ces croisées donnent ſur le Parterre
d'eau,&trois ſur l'Allée des
Cafcades. Les deux autres faces
du Sallon font ornées de Glaces.
LaCollation regnoit de la même
maniere & avec la même regularité
, au devant des fauſſes croiſées
, qu'au devant des vrayes.
Quoy qu'il foit fort difficile de
s'en figurer toute la beauté , ſi
vous en voulez prendre une forte
idée , il faut non ſeulement
vous repreſenter cette magnifique
Collation dans toutes les
vrayes & fauſſes croiſées, dontje
nevous ay fait icy graver que ce
qui en regarde uneſeule , mais
encor vous imaginer,s'il vous eſt
poſſible , l'effet qu'elle pouvoit
faire
GALANT.
127
faire , multipliée de tous coſtez
dans les Glaces . Joignez à cela la
beauté du Lieu , & lemélange
brillant des lumieres dont la reverberation
des mêmes Glaces
faiſoit paroiſtre le nombre infiny.
Pour donner encor plus d'éclat
à toutes ces chofes ,les Figures
de bronze doré qui ſont dans
cemême Sallon,&qui reprefentent
les quatre Saiſons , avoient
chacune un Flambeau de poing.
Enfin , Madame, ledeſlein de ce
Regal eſtoit fi bie imaginé,& l'execution
s'en trouva ſi juſte, qu'il
ſembloit que les ornemens du
Sallon ne pouvoient eſtre ſans
cette Collation , ny la Collation
ſans les ornemens , tant ces diverſes
parties s'accommodoient
bien enſemble, & compoſoient
un tout merveilleux. Apres que
toute laCour eut donné des mar-
Fiiij
128 MERCURE
ques de ſa ſurpriſe, & admiré la
maniere extraordinaire dont les
Pyramides, les Baſſins, & les Affictes
dont je vous viens de parler,
avoient eſté diſpoſez ,le Roy
dit aux Hommes qu'ils pouvoiét
aller manger dans une autre Salle
, & demeura dans l'Octogone
avec Monſeigneur , & toutes les
Dames. Ils eurent le plaiſir de
faire Collation ſans Officiers . On
la pouvoit faire en ſe promenant,
puis qu'on la trouvoit ſervie de
quelque coſté du Sallon qu'on ſe
tournaſt. On ſeroit ſurpris que
tant de merveilles euſſent pû ſe
faire par les Officiers ſeuls qui
prennent ces fortes de ſoins à
Verſailles , ſi on ne ſçavoit que
monfieur Bontemps ordonne de
tout . Madame la Dauphine n'ayant
pû voir ce jour- là dans le
petit Parc que ce qui s'appelle
les
GALANT. 129
les Eauxde dehors , le Roy y a
mené de nouveau cette Princefſe.
Il y eut une ſuperbe Collation
à la Ménagerie. Je ne vous
en entretiendray que le Mois
prochain,afin que toutes les circonſtances
m'en ſoient micux
connuës.
Il y en a d'auſſi ſurprenantes
que particulieres , dans l'Avanture
dont je vay vous faire part.
Vn Gentilhomme des environs
de Rochechoüard , marié il y a
environ vingt- fix ou vingt- ſept
ans, eut d'abord un Fils qu'il fit
élever avec de grands ſoins. Ils
n'ont pas eſté perdus, & l'eſtime
generale où il le voit aujourd'huy
, l'en a bien recompenſé.
Sept ans apres il eut une Fille. Sa
Femme la fit nourrir par unePaïfane
fort bien faite qu'elle avoit
priſe en affection , & qui demeu-
Fv
130 MERCURE
roit à une lieuë d'elle dans un
Village dont le Gentilhomme
eſtoit Seigneur. Cette Païfane
accouchée auſſi d'une Fille peu
de jours avant la Dame , garda
l'un & l'autre Enfant pendant
trois ſemaines , & ayant en ſuite
donné ſa Fille à une Femme d'un
Hameau voiſin , elle mit toute
ſon application à bien nourrir
celle qui lay avoit eſté confiée ,
& y reüffit admirablement. La
petite Fille eſtoit toute belle, &
le temps de la retirerde ſes mains
eftant venu , elle la rendit en
pleurant, comme font ordinairement
toutes les Nourrices. Vous
jugez bienque n'en eftant éloignée
que d'une lieuë, elle alla voir
fort ſouvent cette chere Fille.El .
ley menoit quelquefois la ſienne,
qui n'eſtoit plus âgée qu'elle que
de peu de jours ; & comme la
Dame
GALANT 131
Dame la trouva jolie , ſon bonheur
voulut que prenant deſſein
de luy établir quelque fortune,
elle la fit d'abord reſter aupres de
ſa Fille pour luy aider à joüer
pendant fon enfance. La petite
Païfane eſtoit née avec de fi bonnesinclinations
, que le premier
uſage qu'elle fit de ſa raiſon , fut
de reconnoiſtre la grace qu'on
lny faifoit, en cherchant à plaire
àtous ceux de la Maiſon. Il eſtoit
difficile qu'on ne l'aimaſt. Elle
prevenoit ce qu'on auroit pû luy
ordonner dans toutes les chofes
qu'elle ſe ſemoit capable de faire
; & demeurant toûjours foûmiſe
& refpectueuſe, elle profi
toitde tout ce qu'elle entendoit
dire à ſa petite Maiſtreſſe. Je vous
ay deja marqué que la Fille de la
Dame eſtoit toute belle . Il n'y
avoit rien qui ne pluſten ſa per
fonne;
132 MERCURE
ſonne; & de la maniere qu'elle
eſtoitfaite , elle méritoit les ſoins
extraordinaires qu'on prit de
fon éducation. Les Maiſtres ne
luy furent point épargnez. Elle
en eut pour la Peinture , pour la
Dance , pour la Muſique & le
Claveffin , & elle ſe ſervit ſi utilement
des diférentes leçons
qu'on luy donna , qu'en fort
peude temps elle fe fit admirer
dans toutes ces choſes. Son Pere
&ſa Mere avoient pour elle toute
la tendreſſe imaginable. Son
Frere l'aimoit avec paffion , &
elle n'eut pas fi - toſt quatorze à
quinze ans , qu'elle s'attira force
Adorateurs . Comme on eſtoit
fort perfuadé qu'eſtant auſſiaccomplie
que je viens de vous la
peindre,elle ne pouvoit manquer
de Partys avantageux , on crût
qu'il y alloit de ſes intereſts de
ne
GALANT.
133
4
ne point choiſir fi- toft. On raifonnoit
juſte. La foule des Prétendans
augmenta , & parmy
ceux qui s'empreſſerent le plus ,
un jeune Gentilhomme de tresbonne
mine s'eſtant declaré il y
a environ fix mois , on l'écouta
preférablement à tous les autres.
Il eſtoit unique Heritier d'un
Pere& d'un Oncle , quiavoient
tous deux de fort grands Biens.
Ce fut par cette raiſon qu'ils
s'oppoſerent d'abordà fon amour,
dans le deſſein qu'ils avoient
de le marier plus richement;
mais enfin la naiſſance de la Belle
jointe au merite particulier de ſa
perſonne , les rendit traitables,
& apres avoir refifté longtemps,
ils ſe laiſſerent fléchir aux inſtantes
prieresdu Cavalier.Il vint ap.
porter la nouvelle de ce changemet
à ſa Maîtreſſe avec une joye
qui
134
MERCURE
qui ne ſe peut concevoir. Tout
le monde la partagea , &tandis
qu'on venoit de tous coſtez s'en
expliquer avec elle , ſon Frere
ſeul ſembloit inſenſible à ſes
avantages. Il eſtoit tombé depuis
un mois dans un noir chagrin
qu'il ne pouvoit ſurmonter. Sa
Soeur luy en avoit vingt fois demandé
la cauſe , & n'ayant pû le
faire parler , elle fut fort étonnée
de le voir un jour entrer dans ſa
Chambre pour luy dire adieu.
Son éloignement , à quoy e'le ne
s'attendoit pas , fut précedé d'un
aveu qui la ſurprit beaucoup
davantage . Cetaveu eſtoit , que
l'ayant toûjours aimée cherement,
il avoit crû ne s'eſtre permis
pour elle que des ſentimens
de Frere , tels qu'une Soeurtoute
aimable les méritoit ; qu'il s'y
eſtoit abandonné fans ſcrupule,
parce
15
GALANT. 135
parce qu'il ne les avoit jamais
affez bien examinez ; mais que
l'occaſion de ſon Mariage qui
eſtoit tout preſt à étre conclu, luy
faiſant connoître que ſa tendrefſe
eſtoit de l'amour , il ſe voyoit
contraint de la fuir,pourluy épargner
la confufion que les tranfports
d'un Amant deſeſperé luy
cauſeroient; qu'il eſtoit pourtant
plus à plaindre qu'à blâmer, puis
que c'eſtoit malgré luy, & meſme
ſans qu'il s'en fuſt apperçeu,qu'il
avoit laiſſé prendre tant de pouvoir
ſur ſon coșur à une paffion
qu'il déteſtoit ; qu'il en alloit expier
le crime par tout ce qu'elle
pouvoit s'imaginer qu'il ſoufiroit
de ſa perte; que cependant
il la conjuroit de croire qu'il ne
l'oublieroit jamais & qu'en
luy promettant de l'aimer jufqu'au
tombeau , il l'aſſuroit qu'il
,
ne
136 MERCURE
ne s'expoſeroit à la revoir qu'apres
que le temps & la raiſon
l'auroient rendu maiſtre de ce
qu'il ſe ſentoit alors incapable
d'étoufer. Il la quitta en répandant
quelques pleurs, & n'en attendit
aucune réponſe. La Belle
toute interdite d'une déclaration
ſi peu attenduë, ne laiſſapas
d'en eſtre attendrie . L'honneſteté
avec laquelle luy avoit parlé
ce Frere, l'obligea de donner des
larmes à fon malheur, & elle en
avoit encor le viſage tout moüillé
quand ſa Mere entra. Elle ne pût
ſe défendre de luy découvrir ce
qui venoit de luy arriver. La
Dame en parla à ſon Mary. Le
Gentilhomme fit venir ſon Fils ;
& ayant appris de luy l'état deplorable
où ſon involontaire paffion
le reduiſoit , il comprit fi
bien la neceſſité qu'il avoit de
s'é
GALANT. 137
s'éloigner , qu'il luy permit de
partir dés lemême jour. Cependant
le Cavalier Amant de la
Belle , preſſoit la concluſion de
fon Mariage, & on eſtoit preſt à
s'aſſembler pour en dreſſer les
Articles, quand un incident auffi
cruel qu'impreveu , renverſa
ſes eſpérances. La Nourriſſe de
ſa Maiſtreſſe tomba malade à
l'extremité,& ſentant les approches
de la mort , elle fit prier la
Dame de la venir voir. Ces fortes
de confolations ſe refuſent rarement
à un Mourant. La Damey
alla , & elle fut à peine aupres
du Lit de la Païſane,que ramaſſant
pour parler ce qui luy
reſtoit de forces , elle déclara en
préſence de trois ou quatre Temoins,
que la Belle qu'elle luy a.
voit renduë comme ſa Fille , ne
l'étoit point;que c'eſtoit la ſienne
Pro
138 MERCURE
propre qui tenoit injuſtement la
place de celle qu'elle gardoit aupres
d'elle pour la fervir, &à qui
elleavoit toûjours voulu du bien
fans la connoiſtre ; que fon mary
rendroit témoignage de l'Enfant
changé,& que quand il feindroit
de n'en rien ſçavoir , par
l'apprehenfion d'en eſtre puny,
on en devoit croire une Malheureuſe
à qui ſes remords ouvroient
la bouche dans un temps , où
l'on ne diſoit jamais que des verirez.
La Païfane veſcut encor
trois ou quatre heures , & perfiſta
dans la mesme déclaration
juſqu'à ſon dernier foûpir.
Voila, Madame , ce qui eſt arrivé
depuis deux mois. Le bruit
en ayant couru auſſi - toſt dans
tout le Païs , le Gentilhomme
Amant de la Belle a eu d'exprefſes
défenſes de la voir jamais. II
en
GALANT.
139
en eſt toûjours fort amoureux,
& luy a fait dire que le changement
de ſa fortune ne l'empêcheroit
point de l'épouſer, ſi elle
vouloit attendre la mort de fon
Pere , & qu'il eſtoit preſt de luy
en donnertelles aſſurances qu'elle
voudroit ; mais elle n'eſt plus
en pouvoir de luy rien promettre
. Ce Frere , party ſi deſeſperé,
eſt revenu tranſporté de joye,
fi -toſt qu'il a ſçeu qu'elle n'eſtoit
point ſa Soeur,& comme lesbel.
les qualitez de cette aimable Perſonne
obligent le Gentilhomme
& la Dame à la regarder toûjours
avec des yeux de Pere & de Mere
, ils veulent qu'elle devienne
leur Fille par le Mariage , puis
que la naiſſance ne luy en donne
point le titre. Ainfi il ne s'agit
plus que de ſçavoir avec une
entiere certitude ſi le change
ment
140 MERCURE
ment dont la Nourrice a parlé
eſt veritable . On fait chercher
ſon Mary par tout. Il a pris la fuite,&
cette fuite paroiſt une convictionde
la choſe .En effet il y a
grade apparece qu'il ſe ſent coupable,
puis qu'il a craint la dépoſition
de ſa Femme. Joignez à
cela que celle qu'on croyoit
n'eſtre qu'ane Villageoiſe , a
toûjours fait paroiſtre des ſentimens
dignes de la naiſſance
qu'on luy déroboit , & que le
Gentilhomme & la Dame qui
l'ont aimée dés ſon bas âge, ſe
fentent pour elle ce je-ne- ſçayquoy
qu'il ſemble que la Nature
ſeule ſoit capable d'inſpirer. Ils
la traitent preſentement comme
leur Fille, & l'autre, comme une
Perſonne qui doit bientoſt l'eſtre
par le Mariage qu'ils ont reſolu
de faire.
Si
GALANT. 141
Si vous m'euffiez reproché
plutoſt que je ne ſuis pas tout- à
fait exact à vous rendre compte
des changemens que la mort ou
l'entrée de pluſieurs Particuliers
de merite aux Charges vacantes
, cauſe de jour en jour dans
la Robe , vous auriez deja connu
par divers Articles , que le
plaiſir de vous fatisfaire , eſt ce
que je cherche le plus en vous
écrivant. Ce qui ſuit , vous en
ſervira de marque. Vous y trouverez
non ſeulement ce que
vous ſouhaitez ſçavoir de ces
changemens arrivez pendant ce
Mois, mais encor depuis le commencementde
cette Année.
Il me ſouvient de vous avoir
déja fait ſçavoir que le Fils de
Monfieur le Preſident Nicolaï,
avoit eſté reçeu Avocat General
en la Chambre des Comptes,
mais
42 MERCURE
mais je ne croy pas vous avoir
marqué qu'il rempliſſoit la place
de feu Monfieur Dreux.
Monfieur de Montchal, Fils du
defunt Maiſtre des Requeſtes
de ce nom,eſt aujourd'hui Avocat
General de la Cour des Aydes . Il
a fuccedé dans cette Charge à
Monfieur du Bois du Menillet
Sieur du Bailler, qui apres l'avoir
exercée tres - dignement depuis
l'année 1671. s'eſt fait recevoir
Maiſtre des Requeſtes.
, a
Cette meſime Charge d'Avocat
General ayant auſlı vaqué
aux Requeſtes de l'Hôtel
eſté remplie par le Fils deMonſieurBerthelot,
Commiſſaire Ge
neral de l'Artillerie , Poudre &
Salpeſtre de France , & Treforier
de la Maiſon de Madame
laDauphine. Monfieur Carré
de Montgeron qui vientd'e-
1 ftre
GALANT.
143
1
ſtre reçen Maiſtre des Requeſtes
, en avoit fait les fonctions
pendant cinq ans .
Monfieur le Vaſſeur Doyen
des Conſeillers de la Quatrième
des Enquestes , eſt monté à la
Grand Chambre , en la place de
Monfieur Nevelet dont je vous
appris la mort le dernier Mois.
Ce changement a eſté cauſeque
Monfieur Catinat eſt devenu
Doyen de laChambre dont Mon.
ſieur le Vaſſeur vient de ſortir.
Quant à Monfieur Nevelet , il
avoit eſté reçeu Conſeiller en
1629. Il porte d'argent au Che.
vrond'azur, accompagné de trois
Roſes de gueules,auChef auffi de
gueules , chargé d'un Lyon Leopardé
d'or. Sa Soeur avoit épousé
feu Mr le Marquis de Sourches,
Chevalier des Ordres du Roy, &
Grand Prevoſt de France.
Monfieur
144
MERCURE
Monfieur de Mannevillette,
Fils du Secretaire des Commandemens
de Son Alteſſe Royale,
qui porte ce nom , eſt entré en
la place de Monfieur Vigneron ,
qui a exercé fix ans la Charge
d'ancien Avocatdu Roy au Cha-
-ſtelet.
Il y a eu deux Conſeillers reçeus
de nouveau au Parlement.
L'un eſt Monfieur de Monchal ,
Frere de l'Avocat General de la
Cour des Aydes dont je vous
viens de parler ; & l'autre , Monſieur
de Percigny. Ce dernier
eſt Fils de Monfieur d'Amoreſan
, & ce qui s'appelle un veritablement
honneſte Homme. Il
a beaucoup d'eſprit ,& de cet efprit
vif qu'il faut avoir pour bien
penetrer le noeud des affaires.
Ses manieres obligeantes luy ont
attiré quantité de vrais Amis. Je
ne
GALANT.
145
ne vous dis rien de Monfieur
d'Amoreſan ſon Pere. Perſonne
n'ignore de quelle maniere il
s'eſt acquité des grands Emplois
qu'il a poſſedez.
Le Fils de Monfieur Gon Secretaire
du Roy , & Monfieur
Roullié , font en meſme temps
entrez dans les Charges. Le premier
s'est fait recevoir Conſeiller
en la Cour des Aydes, & l'autre,
au nouveau Châtelet. :
LaChambre des Comptes n'eſt
pas demeurée exempte de changement.
Monfieur Aubery , qui
eſt à preſent Maiſtre des Comptes
honoraire , a laiſsé remplir
ſa place à Monfieur du Fort ; &
Monfieur Talon a eu celle de
Monfieur le Febvre d'Eaubonne
, qui estoit auffi Maiſtre des
Comptes.
Monfieur Langlois eſt Cor-
Avril 1680 . G
ےہ
146 MERCURErecteur
dans la meſme Chambre
, au lieu de Monfieur Huguet.
☐ Quatre Charges d'Auditeur
ont vaqué par mort. Monfieur
Genault exerce preſentement
celle de Monfieur Piſart ſon
Beaupere; Monfieur Richer, cel.
ce de Monfieur Gorillon ; Monfieur
Contenot , celle de Monſieur
Contenot ſon Pere ; & Mon.
ſieur Planteroſe , celle de Monfieur
Chandelier.
Je me ſuis mépris la derniere
fois ſur l'Article de Monfieur de
Maupeou. Il a eſté reçeu Avocat
General au Grand Confeil , &
nonProcureur General.
Monfieur Roland Sieur de
Ponthenay , a cu la Charge de
Tréſorier de France , qu'avoit
Monfieur Petit Sieur de Ravannes.
Mon
GALANT. 147
Monfieur de la Marteliere,
Maître des Requeſtes en 1668.
& auparavant Conſeiller au
Grand Confeil , eſt mort depuis
le commencement de l'année. Il
portoit d'or au Chevron d'azur,
accompagné de trois Feüilles
d'Oranger de finople , & avoit
épousé Mademoiselle de Hodic,
Fille du feu Préſident de ce nom,
& Soeur de Monfieur de Hodic
Seigneur de Marly , qui eſt aujourd'huy
Maître des Requeſtes,
Monfieur Maurin Auditeur
des Comptes , & Monfieur Nicolas
Sieur des Molets , Procureur
du Roy des Tréſoriers de
France à Paris , ſont morts à peu
pres dans le meſme temps.
Le Chapitre de l'Egliſe de Notre-
Dame de Paris, à eu auſſi depuis
quinze jours du changement
dans ſon Corps. Monfieur
Gij
148 MERCURE
Feideau a eſté emporté d'une
mort ſubite à l'âge de cinquante
ans . Il y en avoit vingt- huit qu'il
eſtoit Chanoine , & dans tout ce
temps on l'a veu tres -affidu à
l'Office . Sa Famille porte d'azur
au Chevron d'or , accompagné
de trois Coquilles de même . Son
Grandpere fut reçeu Conſeiller
au Parlement en 1673. Il a deux
Freres Chevaliers de Malte , &
un autre Préſident en la Cour
des Monnoyes. Une de ſes Soeurs
eſt Veuve de Monfieur le Tanneur,
auſſi Préſidentdans la mefme
Cour. Sa Chanoinie a eſté
donnée à Monfieur Soning , Fils
du Receveur general des Finances
de laGeneralité de Paris .
•MonfieurGuilloire, Chanoine
de la meſme Egliſe de Noſtre-
Dameja ſuivy Monfieur Feideau.
Il eſtoit Frerede Monfieur Guilloire,
GALANT. 149
loire , Secretaire des Commandemens
de Mademoiselle d'Orleans
. La haute vertu dont il a
toûjours fait profeſſion , eſt connuë
de tout le monde. Il avoit
ſouhaité qu'on l'enterraſt dans
un Cimetiere & fans Biere , mais
le Chapitre ne l'a pas voulu foufrir.
Le Fils de Monfieur Paffart
Maistre des Comptes , a eſté
pourvû de ſa Chanoinie.
Monfieur Bourdon , Docteur
de la Maiſon & Societé de Sorbonne
, eſt auſſi mort depuis peu
de jours.
J'avois prétendu vous entretenir
dans cette Lettre , du Service
qui s'eſt fait aux Carmelites ,
pour feuë Madame la Duchefle
de Longueville ; mais la Planche
que je fais graver pour vous
faire voir la maniere dont toute
l'Egliſe eſtoit ornée, ne pouvant
Giij
150 MERCURE
eſtre preſte affez - toſt , je me voy
contraintde remettre cet Article
juſqu'au Mois prochain.
Je vous rendrois un mêchant
office , ſi je remettois celuy des
deux petites Pieces de Vers que
vous allez voir. Je ne vous les
puis envoyer trop toſt, àvous qui
avez le gouſt ſi fin pour les galanteries
de cette nature. Voicy
ce qui adonné licu à celle-cy.
Un Cavalier ayant perdu ſon argent
à la Baſſere , une Dame qui
a infiniment de l'eſprit & du
merite , luy offrit ſa Bourſe pour
continuer fonJeu. Il accepta l'offre
, & luy renvoyant le lendemain
ce qu'elle luy avoit preſté ,
il l'accompagna d'un Billet où
eſtoient ces Vers.
A
GALAN T.
A MADAME DE ***
A divineVranie en tous lieux
LAdivine
Dont tout Paris est enchante,
Qui fatigue la Renommée
Parfon esprit & Sa beauté ;
CetteVranie enfin , de qui la complaisance
Eustsurpassémon esperance
Parunſeulregard obligeant ,
Le premier jour de notre connois-
Sance
M'aprestéde l'argent .
Rienne rompra jamais cette belle
alliance ,
Le ſoupçon , de mon coeur en doit
estre banny ,
Puisque nostre amitiécommence
Par où tant d'autres ont finy.
4
Giiij
152. MERCURE
D'une tendre pitié l'inepuisable
Source
En voyant le fond de ma Bource,
Luy fait de mon deſtin déplorer la
rigueur ,
Et tendre à mes besoins une main
Secourable ;
N'enferoit-elle point capable
En voyant le fond de mon coeur ?
Brigandage permis , que l'usage autorife,
FierMonstre, Enfant cruel de l'efpoirle
plus doux
Que vomit la Mer en couroux
Dans les Lagunes de Venise ;
Baſſete , dont la face a l'air ſi rigoureux
,
Et cauſe le murmure & laplainte
commune,
Ie pardonne Sans peine à tes tours
dangereux ;
C'est
GALANT .
153
C'eſt toy , qui d'un coeur genéreux
M'as procuré l'affistance oportune.
Si j'avois estéplus heureux ,
L'aurois eu bien moins de fortune.
د
Mais toy , mon foible esprit , qu'un
faux éclatſurprend ,
Pourquoy te fais - tu tant de
Fefte? ..
Tu vois l'argent que l'on me
preste,
Sans voir le coeur que l'on me
prend.
Voy , Malheureux , à quoy m'engagent
Ces mortelles bontez, ce secours inhumain;
Voy que ses yeux la dédommagent
Desprofuſions desamain.
Gv
154
MERCURE
Dequelque argent presté le fecourableprix;
Mais ce que fes charmes m'ont
pris ,
Lepuis -je , helas ! ou le veux-je
reprendre ?
Acquitons nous pourtant de ce prest
obligeant ,
Rendons vifte argent pourargent
;
Etmettantàsesyeux parune heureuse
adreſſe
La reconnoiſſance enfonjour ,
Forçons- la, s'ilse peut , à nous ren.
dre àson tour
Tendreſſe pour tendreſſe.
REPONSE DE LA DAME
au Cavalier.
Songetes vous faites,
à ce que vous
Lors
GALANT.
155
Lors que d'un air aussi fin qu'obligeant
,
Enmerenvoyant mon argent ,
Vous comptez vostre coeur pour une
devos debtes ?
1003*77712
Bornez voſtre reconnoiſſance;
Tout ce que j'ay fait me paroist
D'unesipetite importance,
Quejene vois point d'aparence
Qu'un coeur pour un telſoin à ſe
donnerSoit prest;
D'ailleurs, jeferois confcience
De mettre mon argent àfi gros interest.
Unfi foible ſervice à rien ne vous
engage,
Le rendre , eſtſeulement ce que j'ay
pretendu.
N'allez pas vous piquer de grandeurde
courage,
La
136 MERCURE
f
La generosité n'est plus du belusa.
ge;
Ce que je vous prestay , vous me
l'avez rendu ,
En ce Siecle en doit - on demander
davantage ?
Ah! l'on estplus heureux queſage,
Lors que l'argent preſté n'est pas
argent perdu.
Grace à la probitéqui vous estnaturelle
,
Onne court point ce danger avec
vous;
A
Mais malgré ce que j'ay veu
d'elle ,
Malgré l'estime mutuelle
Que la Baſſete afait naître entre
nous ,
Comme il est des Filoux de diférente
espece,
Et qu'en amour presque tout est
permis,
En
GALANT .
157
En vain vous vous étes promis
D'avoir de moy tendreſſe pour tendreffe.
Au Seul nom d'amour je frémis
,
Et pourfuir les chagrins qui leſuivent
fans ceſſe ,
Demeurons quitte , &bons amis .
La Baſſete qui a donné occaſion
de faire ces Vers , me fait
ſouvenir dedeux Comedies nouvelles
qui doivent paroiſtre
bientoſt ſous ce meſme titre , ſur
les deux Theatres François qui
font à Paris . Pluſieurs Perſonnes
veulent ſe perfuader que celle
qui doit eſtre repreſentée par la
Troupe de Guenegaud , part du
meſme endroit d'où nous eſt venuë
la Devinereffe & ils le
croyent par cette ſeule raiſon
>
que la Baſſere eſt encor une matiere
158 MERCURE
tiere du temps. Ils fonttort par
là aux Autheurs de cette Piece,
à qui il n'eſt pas juſte d'en oſter
la gloire . J'eſpere qu'il me fera
permis de vous les nommer , fitoſt
qu'elle aura paru. Tout ce
que je vous en puis dire aujourd'huy
, c'eſt qu'un Gentilhommede
Bourges y a bonne part .
Quantà la Baſſere que nous promet
l'Hoſtel de Bourgogne , elle
eſt de Monfieur de Hauteroche
, Autheur du Criſpin Musicien,
qui vous a autrefois ſi bien
divertie.
Monfieur le Marquis d'Alincour
a oſté gratifiéde la Lieutenance
Genérale des Provinces
de Lyonnois , Foreſt , &Beaujolois
, en ſurvivance de Monfieur
l'Archeveſque de Lyon fon
Grand - Oncle. Le Roy luy a
donné en meſme temps un Brevet
GALANT. 159
vet de retenued'une ſomme conſiderable
qu'avoit le meſme Archeveſque.
Ce jeune Marquis
eſt tres - bien fait , & promet
beaucoup. C'eſt le Fils aîné de
Monfieur le Duc de Villeroy,
Lieutenant Genéral des Armées..
de Sa Majesté , dont je vous ay
mandé tant d'actions ſurprenantes
pendant la derniere Guerre.
Le mérite de ce Duc eſt ſi connu,
qu'il me ſeroit inutile de vous
en parler. Tout le monde ſçait
qu'il eſt entré fort jeune dans le
Service, &qu'il n'a pas moins de
coeur que d'eſprit. Pourſa naiffance
vous en connoiſtrez
les avantages , en vous ſouvenant
qu'il eſt Fils de Monfieur le
Maréchal de Villeroy , Gouverneur
de SaMajesté. Il a toûjours
montré tant de zele pour la gloire
de ſon Maiſtre , qu'on ne doit
pas
,
160 MERCURE
pas s'étonner de voir ſes graces
répanduës ſur ſa Maiſon-
Je vous ay déja parlédans quelqu'une
de mes Lettres de Monſieur
le Prieur de Cabrieres , qui
a des Secrets fi merveilleux pour
guerir les maladies les plus incurables
. Il eſt venu à Paris depuis
peu de temps, & a eſté preſenté
au Roy par Monfieur le
Cardinal de Boüillon . Sa Majefté
l'a tres - bien reçeu. Il a déja fait
pluſieurs belles cures , & a commencé
par Madame la Ducheſſe
d'Elbeuf. On doit avoir d'autant
plusdeconfiance enſes Remedes
qu'il n'a jamais pris d'argent d'aucun
des Malades qu'il a traitez .
Madame la Préſidente le Cogneux
, Niéce de Monfieur le Duc
de Navailles , dont je vous manday
le Mariage l'année derniere,
eft accouchée d'un Garçon. Jugez
quelle joye pour Monfieur
GALANT. 161
le Préſident ſon Mary , qui n'avoit
point eu d'Enfans de ſes
deux premieres Femmes. -
Si cette naiſſance donne ſujet
de ſe réjoüir aux Perſonnes intereſſées
, la perte de Mademoiſellede
Seignelay cauſe de grands
déplaiſirs dans ſa Famille. C'eſtoit
une tres-jeune& riche Heritiere,
Fille de Monfieur le Marquis
de Seignelay Secretaire d'Etat
, & de Mademoiselle d'Alegre.
Elle est morte , malgré les
ſoins extraordinaires qu'on a pris
pour la ſauver. Monfieur Colbert
n'a rien oublié de ce qui pouvoit
ſervir à ſa guérilon , & s'eſt mefme
trouvé fort ſouvent aux Con -
ſultations qui ont eſté faites fur
ſa maladie.
Cette mort a eſté ſuivie de
celle de Meſſire Charles- Antoine
du Chaſtelet , Chevalier ,
Marquis de Pierrefir , Maréchal
162 MERCURE
des Camps & Armées du Roy ,
Colonel du Regiment Royal
d'Infanterie , & Gouverneur de
Gravelines . Il eſtoit de l'illuſtre
Maiſon de Lorraine , fort bien
fait de ſa perſonnne , tres-brave,
& âgé environ de quarante- fix
ans . Sa Majesté luy avoit fait
l'honneur de le choiſir pour aller
prendre poſſeſſion du Duchéde
Deux-Ponts au nom du Roy de
Suede . Il avoit épousé la Fille de
Monfieur le Marquis de S. Remy
, de Normandie , Niéce de
Madame de Rhodes , qui eſt
Veuve du Grand- Maiſtre des
Cerémonies.
Je vous envoye un ſecodPrintemps,
qui vous fera voircequeje
vous ay ditdéja, que les Amas ſe
plaignent toûjours. Je ne vous
puis dire ny qui a fait les Paroles
, ny qui les a miſes en Air.
なAIR
GALANT. 163
AIR NOUVEAU.
Drintemps, dequoy mefervez
En vain vous étalez une beauté
Supréme,
Mon coeur ennuyeuxàſoy- mesme
N'en est pas moins ſenſible aux
coups
:
De la perte de ce qu'ilaime.
Vous avez beau m'offrir vos plaisirs
les plus doux ,
Je rediray toûjours dans mon malheurextréme,
Printemps , dequoy me fervezvous?
Cesautres Paroles ſont de Mademoiselle
Caſtille , dont vous
en avez déja veu de fort agreables
.Elles font aisées & naturelles
, &meriteroient bien qu'on
les miſt en Air,
Ah
164 MERCURE
A
H, qu'ilsfont courts
Les beaux jours
D'une Fleur printaniere ?
C'est ainsi que s'enfuit laſaiſon des
Amours.
Haſtez- vous donc d'aimer , ôjeune
Beautéfiere ,
Haſtez-vous , on n'est pas jeune &
belle toûjours.
Le Roy a donné une Galere à
Monfieur le Chevalier de la Fare.
C'eſt un jeune Gentilhomme
bien fait , qui a eſté Page de
la Chambre de Sa Majeſté. Au
fortir de là , il fut reçeu Chevalier
de Malte. Il y alla faire ſes
Caravanes, fut fait enſuite Sous-
Lieutenant de Galere , fervit en
cette qualité pendant la Guerre
de Meſſine, & s'eſtant trouvé au
Combat Naval donné dans le
Port de Palerme , il s'y diſtingua
GALANT. 165
gua avec tant de gloire , que le
Roy informé de ſa bravoure , le
fit Lieutenant de la Reale. Il eſt
Cadet de Monfieur le Marquis
de la Fare , qui a eſté Sous - Licutenant
des Gendarmes de Monſeigneur,
& qui avoit eu l'avantage
d'acqucrir dans cet employ
l'eſtime particuliere de feu Mon.
ſieur de Turenne.
Mele Marquisde la Fare leur
Pere mourut en 1654. au retour
de l'Armée de Catalogne. Il y fervoit
de Lieutenant General,
eſtant auſſi Mestre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie , & d'un
d'Infanterie,&Gouverneur pour
Sa Majesté de la Citadelle &
Château de Rofe, Place des plus
importantes de ce Païs - là. Ce
Marquis étoit l'Aîné de huit Freres,
qui tous ont fervy longtemps,
& obtenu des Emplois confiderables.
Le
166 MERCURE
Le ſecond eſtoit M. de la Fare-
la- Salle , qui apres avoir fait
pluſieurs Campagnes ſans aucune
diſcontinuation , fut nommé
par le Roy Maréchal de Camp &
Gouverneur de la Citadelle de
Port- Longon, dans une Iſle de la
Mer de Toſcane. Il y mourut
quelque temps apres .
Monfieur de Montjoye-la-Fare
eſtoit le troiſieſme. Il fut emporté
d'un coup de Canon à un
Combat donné dans le Milanois.
M. du Puch- la-Fare , qui eftoit
le quatrieſme, mourut au retour
de l'Armée de Catalogne.
Le cinquieſme vit encor. Il
fucceda àfon Frere aîné auGouvernement
de Roſe, & s'appelle
comme luy , Monfieur le Marquis
de la Fare. Ila eſté Meſtre
de Camp de Cavalerie & d'Infanterie
GALANT. 167
fanterie ,& Maréchal de Camp.
Il eſt aujourd'huy Gouverneur
de la Ville d'Agde & Fort de
Breſcou, ſur la Coſte de Languedoc.
Monfieur le Comte de la Farela-
Salle, qu'on a auſſiappellé autrefois
le Chevalier de la Fare ,
étoit lePuînédescinq que je viés
de vous nommer. Ila eſté fort
longtemps Meſtre deCampd'un
Regiment de Cavalerie,vaquant
par la mort de monfieur le Baron
d'Alés ſon Beaupere. Sa Majesté
l'en gratifia en 1653. en conſidération
de ſes grands ſervices.
Monfieur le Marquis de Tornac-
la- Fare, qui eſt le ſeptieſme
a eſté Premier Capitaine & Ma
jor du Regiment de Cavaleric
de monſieur le Marquis de la Fare
ſon Frere , queje vous ay dit
eſtre encor vivant. Il a épousé
unc
168 MERCURE
une Fille de Monfieur Pelot ,
Premier Préſident au Parlemen t
de Roüen .
• Le huitiéme eſt Monfieur de
la Fare Gaujac. Il a auſſi fait pluſieurs
Campagnes en qualité de
Capitaine de Cavalerie .
Cette Famille eſt originaire de
Languedoc , & d'une Nobleſſe
tres - ancienne. Elle a un avantage
fort confiderable,& qui prouve
l'attachement qu'elle a toûjours
eu pour le ſervice de Sa
Majeſté . C'eſt que pendant que
nos guerres civiles partageoient
preſque toutes les Familles du
Royaume , elle a fait voir dans
un meſme temps huit Freres armez
pour l'intereſt de leur Prince
, ſans que pas-un d'eux ait
jamais eu la penſée d'abandonner
ſon Party. Leur Maiſon eſt
alliée à celles de Portes , du Rou
re,
GALANT
169 .
re , & de Luſſan. Mr le Comte
d'Avejan, Capitaine aux Gardes ,
eſt Fils d'une Soeur de ces huit
Freres.
Je vous ay déja parlé d'un Fils
de Mr Berthelot Tréſorier General
de Madame la Dauphine.
Monfieur Defloges ſon ſecond
Fils,eſt de retour de Munic, où il
eſtoit allé porter à Monfieur l'Electeur
de Baviere les magnifiques
Préfens que Madame la
Dauphine ſa Soeur luy envoyoit
en ſuite de ſon heureux Mariagodes
reux
Ces Préfens eftoient une
in travail
Garniture de Boutons de Diamans
, des Boucles de Baudriers
&deSouliers , & une Epée d'or
enrichie deDiamensd'un
extraordinaire.Ceux qu'elle envoyoit
à Monfieur le Duc & à
Madame la Princeſſe Electorale,
confiftoient en quantité de Bi-
Avril 1680 .
170 MERCURE
joux d'or , enrichis auſſi de Diamans
de grand prix. Il partitde
cette Cour le 15. de ce mois,
apres avoir reçeu de Monfieur
l'Electeur une Bague garnie de
Diamasd'un prix fort confiderable,
& arriva le 20. à S.Germain.
Voicy un Sonner de Monfieur
Gardien Secretaire du Roy, fur
le Mariage de Monfeigneur.
A MONSEIGNEURI
LE DAUPHIN ,
ET AHMADAME
LA DAUPHINE.
USVETI
E
SONNET.
Poux chérisdu
ulbima
Ciel, aimables
demy-Dreux ,
En qui l'auguste éclat de tant de
Roys abonde, Yous
GALANT.
E
Vous raviffez nos coeurs enſurprenant
nos yeux
Et vos fages bontez vous gagnent
tout le monde d
De nos braves François l'Empire
Sur vostre grand Hymenfon espeobarrance
fonde ,
Et pour vous & pour nous , nous de-
-mandons abe diedla, ni alb
Qu à votre heureuxprintempstout
vovoſtre âge répondeo
Egaler de THERESE attein
dre de Loring simanslag
-Les fublimes vertus & les faits
C'est un comble d'honneur
ble macceffible.
quifemi
mora
DAUPHINS, vous ſeuls pouvez
20 prétendre d'y monters nordis
Hij
1172 MERCURE
Mais pour mieux faire voir si la
chose eft poliates
Puifiez vous eftre un siente àtas
bien imiter of t
SSTtICil faut vousfaire paruod'une
Feſte , qui aeſté donnée depuis
peu à Madame la Comteffe de
Grignan dont vous avez tantde
fois entendu parler fous de nom
de labelle Mademoiselle de Sévigny.
Elle estoit allée àMarseille,&
fouhaitoit avec paffion voir
le Chaſteau d'If. Mr le Duc de
Vivonne, quinia pas moins de
galanterie que de bravoure , ne
Tent pas fi-toſt appris , qu'il fit équiperla
Reale de tout cequi eftoit
necefsire pour tendra Seite
promenade plus agreable.Ses cét
Paveſades,Banderoles, & Banieres
àFleursde Lysd'or', forent
arborées ſur les Maſts &fur les
Bords.
GALANT
173
Bords.On tapiſſa la Poupefau dedaus
d'un Damas chamoiſy à
Fleurs violetes,& les Soldats fous
les armes attendirent la ſignalde
leur Officier .Tout s'executa fui
vant les ordres donnez: Si- toft
que Madame denGrignan eut
mis le pied fur la planche de la
Galere, les Trompetes &
ciplesYON
Timbales commencerent à réfonner
lesGanonstirerent,&les
Soldats firent leur premiere Sal
ve.LaRodale fut falüée en paffant
de quatre coups de Canon par
lesovinguofepe autres Galeres,
arriva au Chaſteau d'If a deux
heures apres midy . Madame lá
Comteffe de Grignan , & tou
tes les Dames qui l'accompa
guoient, entrerent dans le Sallon
qui avoit eſté préparé pour les
recevoir. Elles y trouverentune
Table à vinge Couverts , qui fur
*
1
Hiij
74
MERCURE
2
auſlitoſt ſervie de quatre grands
Baffins &de dix Plats. Ondes re
leva cirtqofois! Les Hautbois &
les Violons divertirent tour
tour ceste aimable Compagnie
pendanttout le temps qu'elle fut
àrable. Aicefuperbe Repas fuc
ceda ume Repréſentation fans
machines , de l'Opéra de BellérophomLaSymphonie
en fut admirable.
Elle eſtoir conduite par
les fameux Mr Beffon le Pere,
dont la capacité & le talent
pour la Muſique fe font admirerdansles
Concerts de Violons,
qu'il donne tous les Jeudis chez
Monfieur de Laffons. Des que
l'Opéra fut achevé , les Dames
rentrerentdans la Galere, & arti
verent au Port à la lueur de plus
dedeux mille Lampyons , qu'en
avoit attachez fur les cordages
des Mats,&fur les bords de cette
Galere,
GALANT.M 175
Galere ,& qu'on alluma fi toſt
qu'il fut nuit. Je ne ſçay , Madame
, fi le mot de Lampyon vous
fera connu. Jem'en ſersopparce
que je le trouve dans mon Mémoire.
Peut- eftre eſt- il d'uſage
en faitde Marine. Du moins it
fe fait entendre , s'il eſt hazardé.
Les vingt- ſept Galores ſalüerent
une ſeconde fois leur Reale
quand elle paffa, & les Soldats
firent encor une Salve dans le
temps que les Dames mirent
pied à terre. Outre Meſdemoi
ſelles de Grignan , qui font dignes
Nicees de feuë Madame la
Ducheffe de Montauſier,Mada
me la Comteſſe de Clermont-
Tonnerre , & Madame la Mare
quife de Mifon , Nioce de Mon
ſieur le Comte de Grignan , furentdela
promenade. Cettederniere
ade ladélicateſſe d'eſprit,
1
Hiiij
176 MERCURE
beaucoupde jeuneſſe, &un mé
rite extraordinaire . Madame la
Marquise d'Alain , Niêce de Mn
BEvefque d'Aler, & Madame du
Geneſt , qui eſt belic , jeune, &
fpirituelle , eſtoient auſſi de cette
bJe viens à l'Article du reſte des
Charges de la Maiſon de Madame
la Dauphine , que le Roya
données ,&dont je vous ay promis
d'abord de vous parler. Je
commence par les quatre Au
môniers dequartier, quiont eſté
nommez par le Royish reflat
Monfieur l'Abbé des Alleurs.
Sés belles Prédications luy ont
acquis tant de gloire , & il eſt fi
generalement eſtimé , que fon
nom fuffitpour fon éloge. Jamais
Homme n'eut un mérite fil écla
tant, & n'afecta moins d'en fair
re paroiſtre. Il ſçait beaucoup.a
l'eſprit H
GALANT 177
l'eſprit profond , grande honnes
tete ,une converſation aiſée ; &
siby a quelque choſe blâmer
enhuys c'est for trop de mo
Mr l'Abbé de Maulevrier.Il eſt
Eils de Madame la Marquiſe de
Langeron Doma d'Honneur de
Madame la Duchefaasmenom
Monfieur l'Abbé de la Ro
chs Jaquelin, Il est de la Maiſon
JuMonsieur Langloys.Il eſt Abbé
de Meimac ,& Chanoine de la
Sainte Chapelle Royale du Palais.
Son Frere aîné qui étoit Sous
Lieutenant aux Gardes,fut écraſé
d'un Fourneau au premier Siege
de Maſtric.Sa Majesté y commandoit
en Perſonne. Ccluyde
Candie luy avoitdéja dõné occa.
fio de ſignaler ſon courace . Il s'y
trouva n'ayat encor que ſcizeans ,
Hv
178 MERCURE
&y fut bleſſe d'un coup de Flé
che au viſage , dans le Combat
où Mr. de Beaufort périe . Il écri
vit icydedétailde cette grande
Action avec tant d'exactitude 80
de politeſſe,qu'il s'acquit en même
temps la réputation d'Homme
d'efprit&de cooeur.Les com
mencemens de l'Abbé dont je
vousparle,ſont tres heureux, tant
pour fon progrés dans les Scien
ces,que pour les marques de pie
téqu'on luy voitdonner.On peut
en attendre tout,& comme Mr.
Langloys fon Pere , qui eſt Maî
tre d'Hotel du Roy , a toûjours
eu pour l'éducation de ſes Enfans
une application tres-particuliere
, il eſt à croire que l'un
s'eſtant diftingué de fi bonne
heure dans (les Armes , l'autre
ne cherchera pas avec moins
d'ardeur à faire brut,dansl'Eglife.
V
La
GALANT. 979
La Charge de Maistre de la
Garderobe a eſté donnée à M.
de Joyeux. Je vous parlay de luy
ledernier Mois,& vous en pourrois
encor parler ſouvent , ſans
vous repeter lesmeſmes choſes.
Il eſt civil, obligeant, fincere, &
quand il promet de rendre fervice
, il s'y employe de tout fon
pouvoir. Ainfi on peut luy don
ner une louange , dont peu de
Gens ſe mettent en peine defe
rendre dignes , qui eſt , que dans
unPaïs où il ſe trouve beaucoup
plus de paroles que d'effets , tha
plusd'effetsque deparoles.Toute
la Cour a eſté ravie de luy
voir partager les bienfaits du
Roy. Quand cela arrive, l'eft
une marque que la faveur ne les
a point attirez, & qu'on eſt dans
une eftime generale.aubb 95104
"MonfieurLambertGetition
apodolog me
180 MERCURE
me de mérite , & qui parmy ſes
Parens peut compter des Perſonne's
tres-cõſiderables,a eu une des
quatre Charges de Maître d'Hôtel
de Madame la Dauphine.
Monfieur Robinet a eſté nommé
pour une de ces meſimes
Charges. C'eſt un ancien Officier
, fort eſtimé dans les Troupes
, où il a fervy longtemps , &
qui a eſté Lieutenant de Roy de
Marienbourgeon
Une autre de ces Charges a
eſté donnée à Monfieur Devizé.
Il eſt Fils de Monfieur Devizé,
que vous avez veu premier Valet
de Chambre chez la Reyne.
Madame ſa Mere eſt Eſpagnole,
& Femme de Chambre de Sa
Majeſté.Tout le monde ſçait que
cette Princeſſe l'a toûjours honorée
d'une bienveillance particuliere.
Les raiſons qui m'em-
Sm
peſchent
GALANT.
184
peſchent de vous en rien dire de
plus , vous ſont connuës.
-3 Monfieur le Notre a eſté auſſi
pourvû d'une Charge de Maître
d'Hôtel. Ce qu'il a fait de grand
pour le Roy , frape tous les jours
nos yeux,& il faudroit les fermer
exprés pour ne pas voir combien
il eſt digne de la réputation,
Quand Sa Majesté luy a fait préſent
de la Charge dont je vous
parle , il revenoit d'Italie , où il
avoit eſté examiner ce qu'on y
voit de plus beau , afin d'en tirer
de nouvelles lumieres , s'il eſtoit
poſſible , pour bien ſervir un auſſi
grand Maiſtre que celuy qui luy
fait la grace de l'employer. Je ne
ſçay,Madame, ſi je vousay nommé
les quatre Maîtres d'Hôtel,
dans l'ordre qui leur a eſté marqué
pour ſervir. Ce que je vous
Про по ротораTuis
182 MERCURE
puismander d'affure fur cetArticle
, c'eſt que Monfieur Lambertale
Quartier de Janvier , &
qu'il fert preſentemet.Vous croirez
peut -eſtre queje meméprens
en vous parlant du Quartier de
Janvier , puis que nous ſommes
dans Celuy d'Avril ; mais vous
ſçaurez que comme il ne reſtoit
plus que neufmois de cette année
, quand la Maiſon de Madame
laDauphine a commencé de
fervir,le Roy a voulu que chaque
Quartier , pour cette premiere
année feulement, ne fuſtque de
deuxmois & une ſemaine , afin
que tous les Officiers de cette
Princeſſe ſerviſſent également
dans la meſme année , & puſſent
toucher leurs apointemes , cequi
n'auroit pas eſté ſi les Quartiers
eſtant de trois mois entiers, comme
ils le feront à l'avenir, on euſt
com
GALANTM 183
commencépar celuy d'Avril, ſans
remettre le Quartier de Janvier
qui estoit déja paſſe.On peut voir
par là quelle eſt la bonte duRoy.
H diminuë le temps du fervice,
afin que le nombre des Officiers
àpayer, augmente;& en retranchanttrois
ſemainesde trois mois
quedoit durer un Quartier, il les
met tous en état de joüir des
droits qui font attachez aux dons
qu'il leur fair. Je nedois pas our
blier à direquetous ceux qui ont
des Charges demême nature sõt
égaux entr'eux, ces Charges eſtat
ſemblables pour les fonctions,
privileges, gages, honneurs & le
reſte. Ainſi ceux qui entrent les
premiers en exercice , n'ont pas
plus d'avatages que les derniers,
&ils ne font marquez les premiers,
que parceque les Officiers
de quatre Quartiers ne peuvent
fervir enmeſme temps.
184 MERCURE
ةنا
du
Les quatre Ecuyers deQuartier
qui ont eſté auſſi nommez
par Sa Majesté fontejob Nefis inp
Monfieur du Sauçoy, Ecuyer
Roy.C'eſt lemême qui a con
duit la Reyne d'Eſpagne juſqu'à
St Jean de Luz & qui a este an
devant de Madame la Dauphine
avec la Maiſon duRoy Hob aup
Monfieur de Paliere. Il eſt Fils
deMadame la Baronne de Paliereo
Sous Gouvernante des Enfans
de France , & am Frere
dans les Troupes , qui s'y eſt acquis
beaucoup d'eſtimena my
Monfieur de Verneüil. C'eſt
un Ordinaire du Roy,d'un mérite
fort connu :
Monfieur de Launay. Il a de
tres - grands ſervices. On n'en
peut douter puis qu'il eſt
Exempt des Gardes. Vous ſcavez,
Madame, que depuis long
emps
GALANTM 185
teps on n'y metpoint d'Officiers ,
qui n'ayenteu l'avantagede ſe ſignaler
en pluſieurs Campagnes.
On a choiſy Monfieur Dionis
pour eſtre Premier Chirurgien .
Un Pofte de cette importance
n'eſt jamais remply que pardes
plus habiles ,&des plus expérimentez
dans cette Profeffion...
LesCharges de Secretaire des
Commandemens , d'Ecuyer or
dinaire , & de Premier Valet de
Chambre , reſtent encor àdonner.
Je ne vous dis rien de quantité
d'autres moins conſidérables
dont le détail feroit ennuyeux,
& qui font déja remplies .
Vous avez blámé avec beaucoup
de justice l'emportement
furieux du Cavalier d'Arles , qui
s'eſt vangé fi cruellement de la
prétenduë infidelité de ſa Maî,
treffe . Les Belles ne ſont pas
exemtes
186 MERCURE
exemtes de ces fortes de fureurs.
En voicy la preuve. UneDame
de Marseille , ſenſible aux douceurs,
écouta celles d'un Cavalier
de lameſme Ville. Les complaiſances
qu'il eut pour elle, luy firent
croire qu'il eſtoit fincere.El .
lelay ſoufrit des viſites alliduës,
&ſe laiſſant veritablement tous
cher , elle lia avecluy un commerce
particulier , qu'il luyjura
evernel par tous les fermensque
la paffion fait faire.Trois ans s'êtant
écoulez fans quele Cavalier
les euſt démentis,it oublia inſen
ablement ce qu'il devoit àlaDame.
De nouveaux charmes luy
firent prendre un nouvel amour.
Il en ſuivit les tranſports fansrien
ménager,& fon changement pa
rut àtoute la Ville.On luy repro .
cha ſon inconſtance. Il en railla,
fit cent contes deſavantageuxde
KOTLOA la
GALANTM 187
la Dame, & abuſant des aparences
qui estoient contre elle , il
ſe vanta des faveurs qui expofoient
la Belle à rougir.Soit qu'on
invente , ſoit qu'on diſe vray, il
n'ya point de crime plus lâche.
On merite d'eſtre regardé avec
horreur, fice qu'on publie eſt
une impoſture ; & s'il y a de la
verité , quelle baſſeſſe de vouloir
perdre une Femme que nous a
yons tâché de rendre foible , &
qui ne s'eſt oubliée que parce
qu'elle nousa crûs dignesdes plus
fontes preuves de ſon amour ! La
Dame apprenant de quelle mamiere
le Cavalier parloit d'elle,
entradans un deſeſpoir inconcevable.
Ellerefolutde s'en vanger
à quelque prix que ce fuſtonsa
apres en avoir cherché divers
moyens,elle ne trouva que ſa ſeu.
le mort qui fuft capable de la fa-
: tisfaire.
188 MENCURE
tisfaire.Encor falloit- ilqu'illareçeût
de la main;autremet ſa vangeance
luy paroiffoit imparfaite
Elle contia fon entrepriſe àune
Femme de chambre ,qu'elle connoiſſoit
affez hardie pour la feconder.
Elles s'exercerent quelque
temps enſemble àbien manier unn
Piſtolet, dans une de ces maiſons
qu'on nomme Bastides , aux en
virons de Marseille & apres
qu'elles ſe creurentaſſez adroites
pourtirer un coup bien juste, el
les ſe déguiſerent en Païfanes,
prirent toutes deux un Habic
blanc,avecun chapeau de paille,
&allerent attendrevle Cavalier
fur le foir; dans le temps qu'il
avoit accoutuméde ſe vedre chés
fa nouvelle Maîtreſſe àuneBaſti
de. LeCavalier appercevant des
vant luydeux Femmes qui avoiet
ARRRRRRRRRR
GALANT. F
la taille &ladémarche affez fines ,
ſe perfuada qu'elles n'alloient
ainſi ſeules & de nuit , que pour
quelque occafion qui renfermoit
du miſtere.Il les joignit dans cette
pensée ,& offrit de les eſcor .
ter ſi elles croyoient en avoir beſoin
. La Dame qui s'eſtoit à demy
caché le viſage , ſe tourna
vers luy, & luy preſentant le Pi
ſtolet, ſe fir connoître pour cette
Amante trahie dont ſes médifances
attaquoient l'honneur.Le Ca.
valier voulut ſe defaire d'elle,
mais il ne put éviter le coup. La
Femme de Chambre tira dans le
même temps , & ce Malheureux
tombant par terre , la Dame luy
dit, qu'elle luy permettoit d'aller
publierlesdeflieres faveurs qu'il
recevoit d'elle. Deux Païſans le
trouverent das le chemin où elle
l'avoit laiſsé. Il fut porté àla ville,
&
190
MERCURE
&mourut trois jours apres. Les
Meurtrieres ont eſté connuës. Je
n'ay pû ſçavoir ſi on a fait quel
ques pourfuites contre elles. Je
ſçay ſeulement que ſi on puniffoit
ainſi tousles inconftans , Paris
feroit bien-toſt dépeuple, 191
Apres tant d'Articles de toutes
fortes, il faut vous parler de Mariage.
Monfieur de Tricaud,Lieu.
tenant general au Bailliage de
Bugey, a épousé depuis peuMadame
de Leas des Marches.C'eſt
un Homme fort eſtimé dans fa
Charge. Il l'exerce aveclibeau
coup d'approbation , parle fort
bien en public, &atoutes les lar
mieres qu'on peut ſouhaiter àun
bon Juge. left Coufin-germain
deMadeMigieu, PremierPrefident
aux Requeſtes du Palais à
Dijon,& Beaufrere deMr deBa
ret. Ce derniera eſté longtemps
28 Capi
GALANT. 191
Capitaine de Chevaux.Legers,&
Exempt des Gardes du Corps. Il
eft aujourd huy Gouverneur de
la Ville de Seiffel. Madame de
Leas des Marches eſt de la maifon
de Dortan dont je vous ay
déjaparléune fois . Soeur deMr
leComte de Bona- Dortan, & de
Mr de Chatoney Elle estoit veuved'unGentilhomme
fort confideré
enBugey,qui étant des plus
riches de la Province,& ſans Enfans,
luy a donné en mourant une
bonne partiede fon Bien. Le Pcre
de Madame de Leas eſt mort
forujeune en Italie,où il avoitun
Regiment pour le ſervice du
Roy & de SorbA.R.de Savoye.
Tous les Princes Souverainsde
l'Europe ont fait faire Compli.
mentau Roy, à la Reyne, àMonſeigneur
le Dauphin,& àMadame
la Dauphine ,ſur le mariage
de
192 MERCURE
1
de Monfeigneur. Quelques- uns
ſe ſont ſervis des Ambaſſadeurs
ou Reſidens qu'ils avoientencetteCour;&
d'autres ontdépeſché
des Envoyez Extraordinaires. Je
ne vous nommeray que ceux dot
j'ay àvous faire voir lesCompli
mens, oudu moins une partie,&&
meſme , comme je vous ay déja
parlé pluſieurs fois desHaragues
faites auRoy, je ne vous entretiendray
aujourd'huy qué de ce
qui a eſté dit à Madame la Dauphine.
N'attédez pas desdiſcours
fort étédus. Le ſujet ne demandat
quedes témoignagesdejoye,cha.
cun s'eſt expliqué en peu de paroles.
Je ne leur donne de rang,
queſelon qu'ils ont eſté conduits
les premiers à l'Audience.
Monfieur le Comte Bagliani,
Reſident de Mantouë aupres du
Roy, diten Italien à cette Prin
ceffe,
GALANT.
193
ceſſe , Qu'ily avoit ordre du Duc
Son Maistre , de luy témoigner la
joye qu'il reſſentoit deſon Mariage,
&de l'aſſurer des voeux qu'il
faisoit,pour le voir ſuivy de toutes
les benedictions qui pouvoient en
rendre le bonheurparfait. Madame
la Dauphine,à qui la Langue
Italienne eſt auſſi familiere que ſa
Langue naturelle , répondit à ce
Réſidentpardestémoignages de
reconnoiſſance , & des ofres de
ſervice en toutes les occafions
qui pourroient ſe préſenter.
Monfieur le Bailly de Hautefeüille
, Ambaſſadeur Extraordinaire
de Malte , fut mené à
l'Audience , accompagné d'un
grand nombre de Chevaliers,
& dit à Madame la Dauphine
, Que la Nouvelle de fon
heureux Mariage , dont tant
de Peuples s'estoient réjoüis ,
Avril 1680. I
194 MERCURE
n'avoit pas esté reçevë à Malte
avec moins de Satisfaction que
dans les autres Cours de l'Europe,
&qu'il venoit l'afſſurer de la part
du Grand Maistre , & de tout
l'Ordre,de la joye qu'ils en avoient,
la prier de leur accorder ſa
bienveillance. Cette Princeſſe
luy répondit d'une maniere toute
agreable & toute obligeante,
Qu'elle avoit beaucoup d'estime
pour Monsieur le Grand Maistre
en ſon particulier,& de tres grandes
conſidérations pour l'Ordre , à
qui elle en donneroit des marques
en toutes rencontres.
Monfieur Ducker , Envoyé
Extraordinaire de Cologne , fut
introduit apres ces Meſſieurs , &
dit à Madame la Dauphine ,
Du'ayant eu l'honneuràMunic, il
Sept ou huit mois , de luy faire
les Complimens de Monsieur le
Prince
GALANT. 195
Prince de Strasbourg fur un sujet
de douleur ( il vouloit dire fur la
mort de Monfieur l'Electeur de
Baviere ſon Pere ) ce luy estoit un
bonheur inestimable,deſe voirpréfentement
chargé de la part de
Son Alteſſe Electorale de Cologne,
de luy témoigner celle que prenoit
ce Prince au comble d'honneur &
de joye , où la devoit mettre le
choix glorieux que le plus ſage&
le plus éclairé de tous les Roys
avoit fait defa Personne , pour
donner une auguste Compagne à
Monseigneurle Dauphin. Il ajoûta,
Qu'il croyoit ne luy devoir rien
dire davantageſur cesujet ,parce
qu'elle jageroit elle mesme facilement
que le Prince Electeur Son
Maistre ayant l'honneur de luy
estre aussi proche Parent qu'il l'étoit
, ( Monfieur l'Electeur de
Cologne & feu Monfieur l'Elec-
I ij
196 MERCURE
teur de Baviere eſtoient Coufins
germains , ) toutes les expreſſions
dont ilſepourroitfervir , feroient
audeſſous dufincere zele avec lequel
elle devoit croire qu'il s'inté
reßoit à fon bonheur , &à ce qui
faisoit la gloire de leur commune
Maison,&qu'ainsi il ne luy reſtoit
qu'à laſuplier de vouloir toûjours
honorer Sa Serenité Electorale de
Sa bienveillance & de fon affection.
La réponſe de Madame la
Dauphine fut , Que quoy qu'elle
n'eust jamais douté que Monsieur
l'Electeur de Cologne ne s'intéreſfat
veritablement àſon bonheur,
elle estoit bien aiſe d'en recevoir
defa bouche les vives afſurances
qu'illuy en donnoit deſapart dans
une occaſionſi importante,&qu'elle
ſe feroit toûjours un fort grand
plaisir , de pouvoir marquer à
Monſicur l'Electeur sa reconnoisfance
(
GALANT
197
Sance &Son amitié.
On m'a donné une Copie du
Compliment de Monfieur l'Abbé
Rizzini Envoyé de Modene.
Je le laiſſe dans ſa Langue, parce
que vous l'entendez , & que
je n'en pourrois qu'affoiblir les
graces en le mettant dans la
noſtre. Il parla en ces termes à
Madame la Dauphine. Trà lepiù
memorabili attioni del Rè chriftianiſſimo
, che daranno dello stuporea
tutta la Posterità,farà annoverata
quella , d'haver , a fecunda
delle deftinationi del Cielo,
Saputogettargl' occhi, frà tutte le
Princepeſſe del mondo,ſopra la Sereniffima
Real Perſona vostra , come
quella che coll' eſſempio prin
cipalmente delle fue incomparabili
virtù
colla maturità e
meravigliosa Saviezza dello ſpirito
, e co ſuoi maniero-
I iij
198 MERCURE
Sißimi tratti , poteva far unitamente
col Regio fuo unico Figlio,
le delicie di questa gran Corte , &
la felicità intiera del Regno. Il
Signor Duca di Modena , che per
motivi d'hereditario zelo , & di
perfonale offequio s'intereſſa ſopr
ogn' altro in tutti i fucceſſi della
Corona di Francia , hàfentito con
giubilo indicibile le nuovesifouste
di questo , & implorandone nella
Real Perſona vostra lunga ferie
d'altri , onde ne riſuonino continuate
le acclamationi , si luſinga
che fiino per incontrar grandimento
particolare queſti ſuoi veri fenfi,
com egli è bramato di confermarli
colle provedi ſingolar prontezza
nell' effecutione de' suoi reali
comandamenti.

Voicy ce qu'on entendit répondre
à Madame la Dauphine.
Devrò confervar con obligo parti
colare
GALANT. 199
colare viva la memoria delle dimoftrationi
che ricevo da parte
del Signore Duca di Modena , tenendolo
jo in tante grado , quanti
Sono in me i motivi di non dubitar
punto della finezza de' suoi sentimenti
nel augurarmi del bene.
Gliene rendo perciò lepiù dovute
gratie , col defiderio che mi rešta
di protergliene testificar il mio
piu grato riconoſcimiento nell' occaſioni
di fervir lo.
Le Compliment de M.le Marquis
de Beauregard, Envoyé Extraordinaire
de Zell , a reçeu
beaucoup d'aplaudiſſement. Il
parla au nom de Monfieur le
Duc & de Madame la Duchefſe
de Zell , & dit à Madame
la Dauphine , Que dans un
temps où tous les Princes de l'Europe
la faisoient feliciter par leurs
Ministres , il luy seroit difficile
I iiij
200 MERCURE
de luy bien marquer les sentimens
de fon Maistre , parce qu'ils
étoient au deſſus des plus fortes
expreffions. Il adjoûta pour Madame
la Ducheſſe de Zell , Que
cette Princeſſe ayant par deſſus
toutes les Dames d'Allemagne,
l'avantage d'être née Françoise,
elle devoit prendre plus de part
qu'elles à la joye que chacun avoit
defonMariage Monfieur le Mar
quis de Beauregard dont je vous
parle , eſt François , & Cadet
de la Maiſon de Montarnaud ,
dont le Chaſteau eſt aupres de
Montpellier. C'eſt un Gentilhomme
bien fait & de bonne
mine, & qui eſt Colonel & Brigadier
dans les Troupes de
Monfieur le Duc de Zell. J'ay
crû vous devoir marquer qu'il
étoit François , pour vous dire
en meſme temps que le Roy
ayant
GALANT. 201
ayant parlé tres- avantageuſement
de luy, avoit bien voulu oublier
en ſa faveur la reſolution
qu'il avoit priſe de ne plus foufrir
qu'aucun de ſes Sujets luy fiſt
compliment au nom des Princes
qui les envoyeroient en France.
La qualité de Député qu'avoit
monſieur Trembley , que la République
de Geneve a envoyé à
la Cour à l'occaſion du Mariage
de Monſeigneur, m'a obligé à ne
vous parler de luy qu'apres vous
avoir entretenuë des autres. On
ne peut s'acquiter d'une Députation
avec plus d'eſprit,ny mieux
marquer auRoy qu'il a fait,le zele
de meſſieurs de Geneve pour
la gloire de la France,& l'atachement
qu'ils ont pourle ſervice de
cette Couronne. Il dit à Madame
la Dauphine dans l'Audience
qu'il eut de cette Princeffe
Iv
102 MERCURE
pour la feliciter ſur ſon Mariage,
Que c'estoit elle que le Ciel avoit
choisie pour remplir tout ce qui
eftoit à desirer pour le bonheur de
l'auguste Prince dont le rang&
les avantages extraordinairesfai-
Soient douter avec beaucoup de raifon
qu'il y eut au monde une Princeffe
digne defon amour . Cet endroit
fit élever un applaudiſſement
qui devint bientoſt genéral
dans toute la Chambre.Comme
fon Compliment a paru tresbeau
, fi je puis l'avoir entier ,
auſſibien que ceux dont je ne
vous ay point parlédans cette
Lettre, je vous en feray un nouvel
Article la premiere fois.
MonfieurTremblay a eu ſon Audience
de congé, &le Roy luy a
donné des Marques tres - obligeantes
de ſa bienveillance envers
l'Etat de Geneve,& de l'a-.
grément
3
e
a
1 .
S
A
-
i
1
C
:

GALANT. 203
یلام
T
grément avec lequel il voyoit le
choix qui avoit eſté fait de ſa
Perſonne pour cette Députation .
Il a eſté accompagné dans toutes
les Audiences , d'un des Magiftrats
de Geneve ſon Parent, qui
porte fon meſmenom.Vous pouvez
croire qu'un Député qui a
fait voir tant d'eſprit, ne pouvoit
avoir avec luy qu'une Perſonne
qui en euſt beaucoup.
La nouvelle Médaille du Roy
que vous trouverez icy , eſt du
Sieur Joſeph Rottier. Il la fit à
fon retour d'Angleterre, d'où il a
eſté tiré pour continuer icy dans
lesGaleries du Louvre , avec les
autres Graveurs , l'Histoire de
Sa Majesté, à laquelle il travaille
inceſſamment. Dans le Revers
de cette Médaille on voit ce grad
Prince,revétude ſon Manteau,&
armé à la Romaine . La Victoire
le
204 MERCURE
le couronne,& deux Déeſſes qui
luy préſentent les Clefs , font
à ſes genoux. Celle qui eſt à ſa
droite repréſentelaVille deTour.
nay.On le conoit par le Fleuvede
l'Eſcaut, qui eſt à ſes pieds couché
ſur ſon Urne. Le mot Scaldis
eſt écrit deſſus. L'autre Déeſſe
eſt la Ville de Courtray. Le Fleuvedela
Lys , quia ſur ſon Urne
Liſa,eſt au deſſus d'elle .On a mis
1667.fur un Rouleau qui eſt dans
lebasde ce Revers,pourmarquer
que ce fut dans cette année que
ces puiſſantes deux Villes furent
conquiſes par Sa Majeſté.
Monfieur l'Abbé de Riants a
ſoûtenu une Theſe qu'il a dediée
àMonſeigneur le Dauphin. Il
s'en eſt acquité avec beaucoup
de ſuccés. Monfieur Guyonnet
de Vertren ouvrit la Diſpute par
uncompliment que tout le monde
A
GALANT.
205
de admira .Ce qu'il y eut d'extraordinaire
, c'eſt qu'il s'eſtoit preparé
pour haranguer Monfieur
le Duc de Montaufier. Ce Duc
ne vint point , & Mr. le Premier
Préſident s'eſtant trouvé à cette
Action , il luy parla ſur le champ
avec une netteté & une éloquence
, qui auroient fait croire que
fon diſcours eſtoit medité. Il faut
avoir pour cela une grande &
heureuſe habitude de s'exprimer
en public. Les ſçavantesConférences
qu'on fait toutes les Semai.
nes chez Monfieur de Bretonvilliers
, l'ont pû acquérir à Monſieur
de Vertren. C'eſt luy qui
en fait preſque toûjours les ouvertures
. Mr. l'Abbé de Riants
fut fort applaudy dans l'occaſion
dont je vous parle. Ses réponſes
furentjuſtes,& il n'y eut point de
difficultez qu'il ne réſoluſt. Il eſt
1
Fils
206 MERCURE
Fils de Monfieur le Marquis de
Riants . C'eſt une des meilleures
Familles de la Robe,dans laquelle
ily a eu pluſieurs Préſidens à
Mortier. Les Alliances en font
fortconſidérables ..
Le Roy a donné ces derniers
jours quelques Abbayes. Monſicur
de Bellemare y a eu part. II
eſt Frere de celuy qui estoit Enfantd'Honneur
deMonſeigneur
le Dauphin , & qui a efté tué à
l'Armée.
MonfieurJachiet , Aumônier
de la Maiſon du Roy , Frere de
Monfieur Jachiet,Préſident en la
Chambre des Comptesde Dijon,
a eu l'Abbaye de Bochaut. Elle
eft de l'Ordre de S. Bernard ,
Diocefede Périgueux,& vaquoit
par la mort de Monfieur de la
Bernardiere de Riberan .
Celle d'Aiguevive, de l'Ordre
de
GALANT.
207
de S. Aug. Dioceſe de Tours , a
étédonnée à Mr.l'Abbé de Corneille.
Je vousdis beaucoup à fon
avantage,en vous difant qu'il eſt
Fils de Mr. de Corneille l'aîné ,
dont toute la France connoiſt le
mérite . Il avoit deux Freres , qui
ont embraſſe tous deux le party
des Armes dés leur plusigrande
jeuneffe.Le Cadet fut tué au Sie--
ge de Grave en 1674.Ilavoit eſté
bleffe devant Doüay , dans la
Campagne de 1667. L'Aîné eſt
Capitaine de Chevaux - Legers,
& n'a point diſcontinuéle Service
depuis quinze ans qu'il y eſt.
entré. Il eſt brave,bien fait,& aime
paffionnement fon meftier.
J'apprens que Mr. Lifleman a
efté pourvû comme Gradué, de
la Chanoinie de Monfieur Feideau
, que je vous ay dit avoir
eſté donnée àMr.l'Abbé Soning.
Monfieur
208 MERCURE
Mr. Paſſart qui a eu cellede Mr.
Guilloire, eſt Frere de M.Paſſart,
Conſeiller au Grand Confeil , &
non pas Fils du Maître des Com.
ptes de ce nom , comme je vous
l'ay marqué . C'eſt une autre
Branche de cette meſme Famille .
Les Enigmes du dernier Mois
n'ont point échapé à ceux qui ſe
font fait un plaifir d'en chercher
le ſens. Le Solitaire de Pontoiſe
qui a trouvé le vray mot de la
premiere , l'a enfermé dans ce
Madrigal.
Quel Velest cet Art ingenieux
Quipeint nostre parole,& quipar.
le à nos yeux ,
Et qui par quelques traits defigures
tracées ,
Donne de la couleur &ducorps aux
pensées ?
Si
GALANT. 209
Si l'on veut s'en inſtruire , on n'a
qu'à consulter
,
L'Enigme du dernier Mercure :
Maisfur tout ilfaut s'arrester
A bien connoiſtre l'Ecriture.
Ceux qui l'ont expliquée ſur
ce meſme mot, ſont Mrs. l'Abbé
Coulon , de la Ruëdes Noyers ;
Millot , de Marseille ; Doudon
de Tours , Avocat au Parlements
Sauvage ; Chalgrin , Principal
du College d'Huban , dit l'Ave-
Maria. En Vers, Meſſieurs Dalmas,
Conſeiller du Roy, de Caf
ſis en Provence ; Hutuge , d'Orleans
, demeurant à Mets ; & Liger
le jeune, d'Auxerre.
La meſme Enigme a eſté expliquée
ſur le Dez , la Plume
l'Encre , & le Papier.
Le vray mot de la ſeconde eſt
dans ceMadrigal de Mr. le Chevalier
Geſſon de Cornavant.
Apres
,
210 MERCURE
A
Pres avoir un peu reſvé,
Enfinmon esprit a trouvé
Le Mot fur qui lesens de l'Enigme
s'appuye.
Toute fon explication
Dépend de l'application
Des effets que produit la Pluye.
Pluſieurs autres l'ont expliquée
dans ce meſme ſens , & ce
font Meſſfieurs l'Abbé de Mouchy,
Prieur & Vicomte de S.Hilaire
; De la Font ; Befſin,Lieutenant
de Clamecy en Nivernois;
Bauger , Conſeiller au Préſidial
deChâlonsen Champagne;Poupardin
de Chantepuis , cy-devant
Receveur des Tailles de la
Generalité d'Etampes ; De Vaugenoy
, Lieutenant General au
Préfidial de Châlons en Champagne
: Des Eſſards , d'Alençon :
De Villechef : Girault , Agent
de
GALANT. 211
de Change , De Lavaroſte , de
Rheims : Royer , du Seminaire
de S.Estienne ; Rabiet d'Autefpine
: Rault , de Roüen , ( ces
deux derniers en Vers. ) Madame
de Germigny , de Clamecy :
Le Medecin Inconnu : Les
Réclus du Jard de Châlons en
Campagne : Tamiriſte,de la Ruë
de la Cerifaye: L'agreableBlonde
de la Ruë de Mouſſy : La petite
Laide de la Ruëdes Rofiers :& la
Mouchetée aupres de Brunoy.
On a donné le Mot de la Nuit à
la meſme Enigme.
J'ajoûte les noms de ceux qui
ont expliqué l'une & l'autre dans
leur vray ſens. Meſſieurs de Boiffimon
C.D.C. Gardien, Secretai .
re du Roy : Fourrier, Curé d'Iſſy
lez Paris : Le Bourg , Medecin
de Caën : Soru , Avocat en Parlement
: L. Mauroy , de Soiffons :
De
212 MERCURE
De Bellair de Mer , La Verne ,
de Provence : Madame de
Grandpré : Le Sérieux ſans Critique,
de Geneve : Le Fantaſque
de Thillard. En Vers , Meſſieurs
le Chevalier Geſſon de Cornavant
: De Grammont ; Le Prefident
la Tournelle : Hugo de
Gournay : Fredin , ou le Solitaire
de Pontoiſe : Heuvrard,Conſeiller
duRoy deTonnerre:Viguier,
de Richelieu, (ces deux derniers
en Vers; ) Le bon Clerc de Châ
lons ſur Saône: Le Chevalierdela
Salamandre : Fauvel , Directeur
de la Poſte de Morlaix : Bell ... de
la Coudre,de Caën : La Lorraine
Eſpagnolete: Le Réclus de S.Leu
d'Amiens : Frédinie,de Pontoiſe :
& les nouveaux Académiciens
deBeauvais : (le Solitaire de Geneve
: Lauverjat de Dunteroy,
ont expliqué les deux Enigmes.) .
Des
GALANT.
213
Des deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye , la premiere
eſtde M.le Préſident de laTournelle,
de Lyon : &l'autre,deM.de
Grammont,de Richelieu .
J
ENIGME.
Efuis le meilleur & le pire
Des Estres de ce basSejour;
Bien que j'agiſſe tout un jour ;
Du travailje nefais que rire ,
Et je suis toûjours preſte àfaire
quelque tour.
Je me punis ſouvent moy-mesme
Demon trop devivacité,
Et rends plusqu'on ne m'apreſté,
Aceux queje hais, ou quej'aymes
Ainsi l'onvoit chezmoypeu defolidité.
Lecteur,qui cherche à me conoïſtre,
Prens gardeseulement à moy ,
Ie
214 MERCURE
Ie ſuis dedans & hors de toy .
Ie ne reconnois aucun Maistre,
Et le Sage tout seul me tient def-
SousSa Loy...
AUTRE ENIGME.
E
Ncor que nous ſoyons peu propresà
la Guerre,
Puis que du moindre coup on nous
peut mettre àbas ,
Cependant fans force ny bras ,
Nous jettons les plus forts par
terre ,
Et nous n'en sommes pas plus
Las.
Ou pour menace ou pour careſſe,
On ne peut nous fléchir , ny nous
humilier;
Et quoy que nous ſoyons tous remplis
de foibleſſe ,
On ne nous voit jamais plier,
Nous
GALANT 215
Nous obligeons ſouvent àfaire des
béveuës ,
Et pourtant l'on ſe ſert de nous ,
Pour estre le lien des amitiez
rompuës ,
Et felon quelques- uns , des plaiſirs .
les plus doux.
Monfieur du Bourg Medecin à
Caën , & Monfieur Rault de
Roüen , ont trouvé le veritable
ſens de l'Enigme de Pyrame &
Thisbé en l'expliquant ſur le
Baume. C'eſt un Arbriſſeau , qui
ſelon Juſtin, Pline, & Strabon,ne
croift qu'en Judée. Ceux qui ont
voyagé , aſſurent qu'il y en a un
Verger aupres duCaire. Comme
c'eſt un Arbre tres- pretieux, il y
a grande apparence que les Roys
d'Egypte l'y ont tranſporte. On
n'en tire la liqueur qu'en y faiſant
des inciſions. Thisbe repreſente
216 MERCURE
1
ſente cet Arbriſſeau . Sa playe
eſt l'inciſion , & fon fang nous
figure le Baume qui en coule.Pyrame
étendu par terre, nous fait
connoiſtre la vertu de cette Liqueur,
qui eſt merveilleuſe pour
garantir les Corps de corruption .
Ona expliqué cette meſme Enigme
ſur la Chandelle&ſaflame,
La Riviere , l'Echo,les Faux Ra
ports,la Fontaine &le Baßin,l'Im-
Patience, &le Parasol.
Vous reſverez, s'il vous plaiſt,
fur ce que peut fignifier Amphion.
C'eſt la nouvelle Enigme
en figure que je vous propoſe.
La Muſique de Sa Majesté a
excellé à ſon ordinaire pendant
les jours de Tenebres, dont l'Office
a eſté fait dans la Chapelle
du Vieux Chaſteau de S. Germain.
Leurs Majeſtez , Monfeigneur,&
Madame la Dauphine ,
yont
Amphion Enigme.
*
1893
*
GALANT.
217
y ont aſſiſté . Cette Muſique eſt
fi bien executée , & composée
par de ſi habiles Maiſtres , que le
Monde entier auroit peut- eſtre
beaucoup de peine à fournir autant
d'habiles Muſiciens qu'il y
en a chez le Roy. Nous avons
eu auffi une tres-belle Muſique
à Paris dans les meſmes jours , &
l'on a couru en foule à la Sainte
Chapelle & à l'Abbaye aux Bois .
Ce qu'on entendit à la Sainte
Chapelle , estoit de Meſſieurs
Chaperon, la Lande , & Laloüete
: & à l'Abbaye aux Bois , de
Monfieur Charpentier. Je ne
vous fais point icy le détail de la
Ceremonie de la Cene. Comme
le Roy la fait tous les ans , &
qu'elle eſt toûjours la meſme , il
eft impoffible que vous n'en
foyez inſtruite.Je vous diray feulement
que Monfieur l'Abbé des
Avril 1680.
K
}
2
218 MERCURE
Alleurs y a preſché cette année
avec l'applaudiſſement de toute
la Cour. Le Compliment qu'il fit
à Sa Majeftê charma tout le
monde. Vous ſçavez que le Pere
Bourdalouë Jeſuite a preſché devant
Elle tout le Careſme . Sa réputation
eſt ſi bien & fi juſtement
établie , que le plus glorieux
éloge qui luy puiſſe eſtre
donné , c'eſt qu'il preſche toûjours
également bien.
Monfieur le Marquis de Ligneres
a traité avec Monfieur
de Maliſſy ,de ſa Charge de
Capitaine aux Gardes. Ila obtenu
l'agrément du Roy. Le
merite qu'il faut avoir pour remplir
un fi grand Poſte , justifie
celuy de ce nouveau Capitaine.
Nous avons fait par la mort de
Mrl'Abbé de Pure,une perte das
les belles Lettres , qui n'eſt pas
aifée
GALAN Τ.
279
aiſée à reparer. Son érudition
aiſée & profonde tout enſemble,
& cet agreable feu d'eſprit qu'il
faiſoit briller dans ſa converſation,
l'avoient fait aimer de quan.
tité de Perſonnes tres - confiderables
. Il eſtoit Petit- fils d'un Prevoſt
des Marchands de Lyon , &
Oncle de Monfieur de la Boroliere,
Conſeiller au Grand Cofeil.
Monfieur de Bonneüil qui a
toûjours fait les fonctions de la
Charge d'Introducteur des Ambaſſadeurs
avec tant d'exactitude
, & qui les ſçavoit fi bien , eſt
mort quelques jours apres Monſieur
de Bonneüil ſon Fils , qui
eſtoit reçeu en ſurvivance dans
la meſme Charge , avoit déja
commencé à l'exercer .
On m'apprend auſſi la mort
de Monfieur de Gedoin , Seigneur
de Pully , Bellan , &c .
A
Kij
220
MERCURE
Sous- Lieutenant des Gendarmes
de feu Monfieur le Duc
d'Orleans, Maréchal des Camps
& Armées du Roy , & Gouverneur
des Ponts & Château de
Beaugency. Il avoit eſté faitGouverneur
de la Perſonne deMonfieur
le Comte de Vermandois .
Ma Lettre commence à eſtre
trop longue , & la neceſſité de finir
me fait couper court fur ce
qui me reſte encor à vous dire .
Madame laDucheſſe de Beauvilliers
a eſté reçeuë Dame du
Palais de la Reyne . Vous ſçavez
qu'elle eſt Fille de MonfieurCol.
bert,& qu'elle a épouſé Monfreur
le Duc de Beauvilliers , Fils de
Mr le Duc de S.Aignan . Jamais
Couple n'a eſté mieux afſorty. Ils
ont une vertu ſans oftentation , &
ils menent une vie exemplaire au
milieu des embarras de la Cour.
Mr.
GALANT . 221
Mr. Colbert de Croiſſy , qui
avoit retenu pendant quelque
temps les principaux Commis de
Mr.dePompone a obtenu duRoy
une Penſion de trois mille livres
pour Mr. Pachau Maiſtre des
Comptes, fon principal Commis ;
- deux mille livres pour Mr. Tourmon,&
mille livres pour Mr. Parere.
Ces fortes de gratifications
font affez voir que Sa Majesté eſt
contente de leurs ſervices . Mr.
Bergeret,AvocatGeneralduPar.
Iementde Mets,a été choiſy pour
remplir l'Employ qu'avoit Mr.Pa.
chau. Jene vous dis rien des Actions
publiques qu'il a faites au
Parlemet deParis,&dans laChar.
ge d'AvocatGenéralde celuy de
Mets,qu'il a exercée depuis huit
ans . Meſſieurs Colbert font fi
éclairez & ſi juſtes dans le choix
des Perſonnes qu'ils appellent au,
Kij
222 MERCURE
presd'eux pour le ſerviceduRoy,
qu'on ne peutdouter que M.Bergeret
ne ſoit d'un merite diftingué,
& ce qui fait aiſement juger
qu'il remplira parfaitement tous
les devoirs de cette importante
Commiſſion,c'eſt qu'il joint avec
beaucoup de lumieres & d'expérience
dans les Affaires , une fort
grande ſageſſe & honeſteté qui
fatisfaittout le monde. Il eſt d'ailleurs
fort ſecret. Rien n'eſt plus
eſſentiellement requis dans un
Employ de céte nature;monfieur
Mignon remplit les autres Commiſſions.
Il eſt attaché depuisdix
huit ans au ſervice de monfieur
Colbert de Croiſſy , en qualité
de Secretaire , & a eſté employé
ſous luy dans les Negotiations les
plus importantes. Auſſi ne peuton
eſtre plus confommé qu'il
l'eft
GALANT. 223
l'eſt dans les affaires , ny avoir
une réputation plus ſolidement
établie , d'un des plus honneſtes
& plus ſages Hommes qui ſe
voyent.
Monfieur de la Viéville, Conſeiller
au Parlement de Mets , &
l'un des principaux Commis de
monſieur Colbert , a épousé la
Fille de monſieur Lhuillier Secretaire
du Roy, qui a des lumieres
ſi particulieres pour les Finances.
Comme la Nobleſſe eſt fort
peu confidérable ſans la vertu,
jene vousdirois point que monſieur
dela Viéville eſt bien Gentilhomme,
ſi je n'avois àvous dire
en meſine temps que ſon eſprit
& ſes belles qualitez le font aimer
de tous ceux qui le connoiffent
, & qu'on ne peut être plus
univerſellement eſtimé qu'il l'eſt.
Cesavantages luy ſontcommuns
K iiij
224 MERCURE
avec monfieur de la Viéville fon
Pere , General des Finances en
Bretagne , qui eſt ſur le meſme
pied dans ſa Province. Je ſuis,
Madame, voſtre , & c .
A Paris ce 30. Avril 1680.
On s'est trompé dans la Relation
du Mariage de Monseigneur le
Dauphin, en disant , que Madame
la Dauphine marchoit apres le
Roy , quand elle alla à l'Eglise
Cathédrale de Châlons le len.
demain de fon Mariage. Elle ne
marcha qu'apres la Reyne.
LYON
Avis
Avis pourplacerles Figures.
L'Air qui commence par Trop cruel le Saison , doit regarder la page 33 .
La Collation , doit regarder la page
122.
L'Air qui commence par Printemps
dequoy meſervez vom, doit regarder la
page 163 .
La Medaille doit regarder la page
203 .
L'Enigme en Figure doit regarder
la page 216.
ABLIO THEP
*
SAR
LYON
EX
EXTRAIT DV PRIVILEGE
duRoy.
Privilegede
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Gra
veurs &autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans le conſentementde l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout àpeine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiftréffuurr le Livrede la Communauté le
5. Janvier 1678. Signé E. COUTEROT . Syndic.
Etledit SieurD. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Avril 1680.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le