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NOUVEAU 807156
MERCURE
GALANT.
DE LAY
180
ULLO
NCW
NIN
MEQUE DE
LAVILL
LYON
*1893*
A PARIS ,
M. DCCXVI.
Avec Privilege du Roy.
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur Le Feure.
Mois
de Juin
1716.
Le prix eſt 30. fols relié en veau , &
25. ſols , broché.
A PARIS ,
Chez D. JOLLET , & J. LAMESLE ,
aubout du Pont Saint Michel ,
du côté du Marché-Neuf ,
au LivreRoyal.
AvecAprobation,&Privilege duFoi
• MERCURE NOUVEAUROUE DE
DEDIE
LYON
*1893*
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES.
ONSEIGNEUR,
Approuvez que Mercure
(qui ett entierement conſacré
Juin 1716.Aj
+ MERCURE
à voſtre Alteſſe Royale, &
qui le ſera de même, tant
qu'à l'ombre de vôtre Auguſte
Nom , il joüira des Privileges
du ſien ) vous propoſe un
moment d'entretien ſur le
ſujet qui fait aujourd'huy la
matiere des meilleures conver .
fations de cette grande Ville.
Il s'agit (& vous vous en doutez
bien , Monſeigneur ) de
vous preſenter un leger Para,
lelle des Comediens Italiens &
desComediens François.
Des ſpectacles de tous les
genres ont fait de tout temps
l'amusement de toutes les NaGALANTI
tions du mondel Pluſieurs
Peuples lesont même regardé
anciennement comme des ara
ticles eſſentiels de leurs Rei!
gions. Ils ont longtems ſervi
d'Epoques dans la Grece , &*
c'eſt de la folidité de leur étal
bliſſement que les Hiſtoriens
lesplus exacts ont tiré les dates
les plus certaines de la
Chronologie. Enfin aprés
une infinité de changemens
dans les coûtumes , & de re
volutions dans les Monar
chies , preſque tous les habi-
200.50
LesJeux Iſtmiques, les Olimpiades,
c.
A iij
6 MERCURE
tans de l'Europe devenus plus
civilifez & plus humains , ont
bannideleurs ſpectacles l'uſage
barbare d'enfanglanter
leurs Fêtes. D'ingenicuſes repreſentations
des actions des
Dieux , & des Heros , & de
fages critiques des moeurs s'é
tablirent à leur place , ſous
le nom de Tragedies & de
Comedies , au grand conten.
tement des Peuples. Les Latins
imiterent les Grecs dans l'art
de compofer ces fortes d'ouvrages.
Les Italiens & les Efpagnols
en heriterent des
Grecs & des Latins. Enfin les
GALANT
:
هش
François,quoyqueles derniers
venus fur la Scene , puiferent
ſi adroitementdans ces fecondes
ſources , ajoûterent tant
d'induſtrie à ces heureux larcins
, & donnerent un tour
fi noble à leurs expreffions,
qu'ils en meriterent peut être
les honneurs du Triomphe.
Telle étoit (ſi je neme trompe)
l'opinion que nous avions des
pieces de noſtreTheatre Fran,
çois , avant l'arrivée des Comediens
Italiens de Monſeigneur
le Duc d'Orleans .
Mais aprés les avoir veus, le
Public, dont la Religion avoit
A iiij
$ MERCURE
1
étélongtemps ſurpriſe ſur cet
article , s'eſt enfin deſabuſé.
Le plus grand nombre des
Spectateurs traitoit d'originaux
nos plus celebres Copif
tes , & ignoroit que Moliere
Juymême, àl'exception de ſes
excellentes Comedies du Myfantrope
, du Tartuffe , & des
Femmes Sçavantes , étoit redevable
aux Eſpagnols & aux
Italiens,del'invention de toutes
ſes autres Comedies . Je ne
parle point de celles qu'il a tirées
de Plaute & de Terence ,
elles ne font icy rien à mon
fujet : mais fon Medecin malGALANT.
gré luy , fon Mariage forcé ,
fon Etourdy , fa Dame invifible,
fon Avare ,&c. dont il
atrouvé la matiere dans Ariofte,
Cechi , Lafca , d'Ambra ,
Paraboſchi , & Machiavel ,
&qu'on reproche icy aux Italiens
de nous donner aprés
luy , comme ſes propres dé-
-poüilles , feroient peut être
encore à naître ſans eux. Au
reste ce * Rare & fublime of
prione perd rien de fagloire à
n'être pas l'unique pere des
admirables enfants qu'il nous
* C'est ainsi que Boileau commence
SonEpitre Moliere.chm:
10 MERCURE
de
a laiſſez , & il eſt aujourd'huy
permis, fans donner lamoin
dreatteinteà ſa réputation,
regarder avec les mêmes difpoſitions
qu'on a apportées à
larepreſentationde ſesComedies
, de quelle maniere ,&
avec quel art& quel genie , las
Italiens ont contribué avant
luy àla production de ces mê
mes enfants , qui ne leur dois
ventpeut-être pas encore leur
premier être ; mais il eſt toû
jours conſtant que leur origi
ne certaine pouvantone pas
être parfaitement connue ,
nous n'avons l'obligation de
GALANM
leur naiſſance , qu'à ceux qui
ſemblent les avoir les premiers
formez;&qui s'étant fucceffivement
confervezale titrer
d'excellents originaux , nous
donnent enfin aujourd'huy
dans laCapitale du Royaume
de France, de parfaites repres
ſentations de chofes , dont
nous n'avions encore vû que
des copies. Paffons , s'il vous
plaît , aux autres objections
qu'on fait au ſujet de ces nouveaux
venus. La peine de les
entendre eſt, dit on , une difficulté
infurmontable.Celaeft
vray , fi l'oncompte pour rien
12 MERCURE
l'avantage charmant d'apprendre
une des plus gracieufes
Langues en ſedivertiſſant ,
&fiton ſuppoſe que les Spectateurs
ſages & toûjours avidesdes
belles nouveautez ,bornent
leur curiofité au ſeul plaifir
de voir des repreſentations
d'actions , où ils ne voudront
pas prendre la peine de rien
comprendre. Pour les Dames
fur tour ,je maintiensqu'iln'y
en a pas une feule qui ne fou.
haitte ardemment de ſçavoir
l'Italien. Pour en venir àbout
manquent elles de jugement ,
de memoire où d'eſput? non,
1
GALANT
certes;& elles n'onta'à fouhaitter
d'apprendre une choſe
pour la ſçavoir. Dés qu'elles ſe
fentiront un peu avancées
dans cette nouvelle ſcience
elles feront les premieres àdemander
que l'uſage du Fran
çois foit abſolument proſcrit
de ces ſpectacles. Enmon par
ticulier , aſſiſtant fcrupuleuſement
& inviolablement àtoutes
cesComedies , je leur pro
mets en qualité de Mercure
(ſans vanité & fans interêt,
vices indignes de fon nom
denparcourir chaque jour
(bien eſcorté de gens qui au
14 MERCURE
ront lemême talent) les premieres
Loges de ce Theatre ,
ade m'arrêter comme cux , à
celles où nous trouverons des
Dames qui n'y entendront
erien , & fans que leurs yeux
perdent de vûëles Acteurs, de
leur expliquer la Comedie
auffi clairement & plus facilement
pour elles , que ſi elles la
diſoient dans un Livre.
Autre objection touteprecieuſe!
Cesgens-là, dit- on, ſe
donnent de grandes libertez
dans leurs Dialogues , & diſent
ſouvent des choſes bien
hardies . En verité cela eſt ad- *
GALANC. S
mirable , & nous avons au
moins lieu d'eſtre auſſi refervezque
nous le ſommesà leur
égard, pendant qu'un grand
nombre de nos Comedies
Françoiſes fourmillent de ces
bons mots , dont on leur reproche
la liberté.
Dom Japhet d'Armenic eſt
par exemple , de droit acquis
& impunément en poffeffion
de dire en plein Theâtre à la
ſoubrette qui luy jette un pot
de chambre ſur la teſte , le vers
le plus ſale qu'on puiſſe imaginer,
Le Baron d'Albicrak ſe re16
. MERCURE
crie fort modeſtement ſur l'in
jure qu'onluy a fait,lorſqu'il
dit ce Vers ,
De la foeur d'un Baron faire
une de nos foeurs !
Les Jodelets , &Dom Bertrand
de Cigaral qu'on a remis
depuis peu au Theatre ,
font-ce des Pieces où l'Auteur
& les Acteurs ne s'émancipent
pas à outrance?
Enfin les Feſtes du Cours ,
Comedie moderne de M.Dancourt
, ſont-elles exemptes de
ces libertez ? Et ne doit-on
pas admirer la grace avec laquelle
onychante qu'unAvocat
GALANT
:
cat s'yfait coculuy-même.Toutes
ces chofes qui ſont ſi joliment
envelopécs , ne laſſentelles
pasdes idées bien honnêtes
de l'imagination de ceux
qui les ont compoſées.
Je produirois fur noſtre
Theatre un millier de cest
exemples dont on ne s'eſt pas
ſcandaliſé , quoyqu'on les ait
entenduës,&qu'on les entende
parfaitement tous les jours.
Cependant bien des gens aujourd'huy
ſe Toulevent à cet
égardcontre les Italiens qu'ils
n'entendent preſque pas encore.
Voila aſſurément un ſeru-
Juin 1716. B
18 MERCURE
pule bien fondé ! Ces gens-là
devroient obtenir une Decla-
Tation du Roy , par laquelle
il fuft défendu à toutes perfonnes
de quelque qualité &
condition qu'elles foient , de
lire jamais Scaron , Marot &
Rabelais . Ils ſeroient bien autrement
étonnez s'ils avoient
vû repreſenter des Comedies
Eſpagnoles,comine par exemple
, celles qu'ils appellent Autos
Sacramentales , les Actes Sacramentaux
; sils avoient vû
les trois Vertus Theologales ,
la Foy , l'Eſperance & laCharité
paffer en revûë fur un
او
GALANT9
Theatre , s'ils avoient vû joüer
les ſept pechez mortels , & fi
dans les Intermedes , & même
au milieu des Dialogues qui
ſe tiennent dans ces Comedies
, ils voyoient unGracioso
(en Françpooiiss uunnBouffon)fai
re toutes les incartades , & dire
toutes les plaiſanterics imaginables
, pour divertir les Spectatcursor
:
Chaque peuple a ſes Us &
Coûtumes ; & c'eſt donner
une preuve preſque évidente
de foibleſle & d'ignorance ,
que de s'amuſer à pointiller
fur des maximes reçûës chez
Bij
20 MERCURE
des Nations entieres , & que
nous avons fi volontiers adop
tées nous mêmes .
€
D'ailleurs il eſt encore à
propos de dire que leurs Pieces
, pour n'être pas dans les
mêmes regles que celles de
noſtre Theatre François , n'en
font pas moins regulieres &
pasmoinnss ſuivies pour cela
& qu'il n'y a que les gens qui
n'y entendent rien , qui puiffent
dire qu'elles font lardées
de Scenes détachées, qui n'ont
au un rapport au principal fujes
A l'exception de tout cert
qui eſt de l'office des Pantomir
GALANT 21
50
mes , comme envies dechanter,
de rire , de dormir , de
danſer , & autres admirables
plaifantes & muettes exprefſions
de colere , de pitie , del
joye , de crainte , de caprices,
de gourmandiſe , d'ignorance
&d'amour , qui font dans ces
Comediens le plus agreable
effet du monde , toute l'intrigue
marche à merveille
s'amene Acte par Acte , &
Scene par Scene juſqu'à fon
dénouement.
$ 28
Avant que de finir ce Volus
me ,j'eſſayeray , fi je puis avoirt
un cannevas de toutes leurs P
22 MERCURE
Pieces , de vous conter la Fable
des principales Comedies
qu'ils auront joué pendant le
cours dece mois.ge
Pour ce qui regarde les Acteurs
& Actrices ,je n'enparleray
pas davantage ; chacun
eſt d'accord ſur cet article ,&
il n'y a perſonne qui ne convienne
de leur merite. Arlequin
eſt le plus joly , le plus
fin & le plus gracieux Atlequin
qu'on puiffe voir : & le
Signor Lelio eſt , de l'aveu mêame
de ſes Emules , un des plus
fçavans & des plus grands
Comediens de l'European
GALAN . 23%
2
Ilne me reſteplus mainte
nant pour encourager tous
les Curieux dans le deffein
d'apprendre la Langue Ita
lienne , ou dumoins pour leur
faciliter les moyens de l'en
tendre , qu'à leur propofer
tous les mois la lecture d'une
Hiſtoriette écrite avec toute
l'élegance& toute la délicateffe
decette Langue.Ceux ou
celles qui voudront prendre
la peinede la traduire enFrançois
, m'obligeront de m'en
envoïer les Traductions qu'ils
en auront faites . Je les confronteray
,& les examineray
24 MERCURE
avec au moins autant d'équité
que Meſſi urs les Academiciens
examinent les Ouvrages qui concourent
pour les Prix de l'Academie.
Et en rendant publique
celle de ces Traductions qui
me paroiſtra la plus exacte&
la mieux écrite , je rendray
autant qu'il me fera poffible ,
toute la justice dûë au mente
du Traducteur.
Voicy un échantillon inte
reffant &bien conté des Hif
toriettes que je vous promets.
3
RAGUAGLIO
GALANT5.
RAGUAGLIO
d'una Aventura Amourofa
diſcorſo Academico. Del
Signor D. A. Pritelli .
۱۰
Non potendo io nella paffata
notte tollerare il caldo
ché trà le piumes'offrivo ; mi
levai a punto che Filomena
con triſte voci e querele , fi
dolea con l'Aurora ché ſi pet
tempo appariſſe per rinovar
ſuoi lamenti ; e quanto piu
raddoppiava igiuſti da lei creduti
rimproveri , altre tanto
la Dea s'infocava di Sdegno ,
Juin 1716 . C
26 MERCURE
ché per vendicarſi d'el honta,
affrettava il fole à facttarco
ſuoi raggi quella ſcilinguata
profana.
Per afcoltar dunque il pianto
di quel animaletto canoro,
mi ſteſi al piede d'un platano
frondofo , intorno a cui alcuni
Zephiretti bambini traſtullandoſi
trà di loro , cagionavano
col placido moto de lorotrafparenti
e lucidi vanni , ſi ameno
rezzo, frà quelle ſuſſuranti
verdure , ché l'alma mia affannata
, trahea d'al canto e
d'al freſco doppio e nonpenfato
riſtoro . 1
GALANT
Al mormorar d'elle frondi
deſtoſſi un impennato ſtuolo
di dipenti vecelletti,ché em
pirono co loro muſici accenti,
quel campo di ſi ſoave armonia
, che benedicco l'Autore
di quel fi grato Piacere.
L
i
c
Mentre cofi ſcioperato né
ſtauo : ecco ! non ſo ſe permio
contento , ô Martire , donna
àme incognita e fola , ché di
pafſo in paſſo venía cogliendo
fioriper quelameno giardino ;
& ovunque girava il ſole d'el
fuo lucido ſguardo fioriva il
giglio, e apriva il caſto ſeno
la Rofa.
Cij
28 MERCURE
Al l'apparir di quel nume ,
ché coſi chiamar la conviene,
poiché haueano le ſue fatezze,
un non ſo ché d'immorrale
radoppio il canto la turba di
quegli alati cantori , e quei Ze
firetti lafcivi corſero a gara
per bacciar quel bel volto :
e mentre s'affrettavano , e radoppiavano
il corſo , il crine
ché le pendea inanellato ful
bianco collo ſmoſſo d'al loro
anhelar vehemente , in fila d'oro
moſtroſſi al luminoſo Pianeta.
Scintilla l'amorofo , Dio
quella viſta legiadra ; e ſe non
GALANT. 25
ché reggea il freno de gli infocati
Eto, ePiroo ; non veha
dubbio che per mirar da vicit
no ſpetaccolo alla ſua viſta fi
caro non foſſe diſceſo ſu quell
amena Pianura.
La dove moveail bel piede,
s'inchinava per Bacciar quelle
nevi ogni fioretto amorofo ,
ché non già calpeſtato impafſiva
, per ché , ô forza d'amore!
forgea piû lieto in cima al
fuo teneró ſtelo , e ſcotendofi
per l'indicibil contento ,parea
che inſuo mutolinguagio,
Tendeſſe gratie al deftino , ché
tal belta riverire , e di Bacciar
concedea . Ciij
30 MERCURE
Rizzoffi quella cara bellez
za , mentre ero afforto e rapi
to , per mirar le ſue chiome ,
avolte trà certi nodi , e legamì
, trà quali come in labirin
to dubbioſo , a poco a poco ,
s'era intricato il mio cuore , e
vidi cio ché ne a penna , ne a
voce eſprimere , non ché de
linear fi concede.
slis * Spirava d'al ſuo bel volto
la Macſtade , e il decoro ,
e il ciglio come in un vago
cielo ſereno innateava grato
ſegno di pace , ſotto cui due
ſtelle benigne vibravano raggi
Ritratto. }
GALANT. 31
1
di fi luminofa chiarezza , ché
a pena il guardo potea fiſſarſi
in que begl' occhi amorofi.01
Le guanccie pareano latte ,
con quel bel ſangue ſtemprato;&
avivava la porpora , ed
il rubicondo corallo quel labro,
ſopra cui il mio affetto
penſo volar per bacciar lo ;
mà un amor riverentes'oppofe,
perché ful' arco di quella
bocca ſoave teſe uno ſtraldi
ritegno. 3
In ſomma era quel vifo il
ritrattod'ella bella madre d'amore
, ô almeno faria ſtato
efficace a dare perfetta idea per
Cij
32 MERCURE
formare una Venere amante.
Il ſeno chétraſpariva fotto
unbianchiſſimo velo , roglica
il preggio al candore , di quel
fotil lavorio; e forgevano d'al
vivo petto due poma acerberte
, affai piu belle di quelle ,
per mezzo diché perſe Attalanta
il caro vanto di preminenza
nel corso.
Non pote il cupido ſguardo
vagheggiar piu oltre , quel
bel compoſto animato, merce
d'un invido manto , ché bizarra
mente tra mezzo ſciolto , il
fuccinto , copria di natura il
piu preggiato e piu raro
GALANT 35
53 Infiammofial cuore al vanneggiar
della mente , e fatto
fprone al defio ,corread per
godet di quel bene , di cui
non per anche là forte ſo gli
moſtrava cortefe, anag abiy
In mezzo a tanti deliri ,
determinai di dar fine a quel
affanno fecreto , ché forze
haveria tardato il mio gioir
veritiero : ondecompoſto e riverente
N'e gl'i atti , m'avanzai
doue vita , ô doue morte
il meſto core attendea.tub
Eto già ſi vicino à quelo.
getto beante , ché haverebbe
potuto vn amator Villano far
84 MERCURE
prova di ſua mal nata poffanza:
quando fi volſe indietro
e con un languido grido dié
noti ſegni di tema d'el mio
venire improviſo.
Le preſi la bianca mano, c
la mia voce fioca , e tremante
cercô dargli pegno ſicuroché
non veinuoin quel luogo per
diſturbar le ſuegioie; mà chế
la forte e le ſtelle m'haueano
ameſſo à quella viſta felicé ,
e non credeuo hauer peccato
in quel punto ché fecundai il
loro influffo , e volere.
Cercava in tanto fuggie
d'almio laccio quella Nimfa
GALAND. 35
ritroſa ; c ſtorcendo d'almio
volta quel ſuo ſembiante co
lefte,moftrrua con quel atto
ſpreſſante , haver à Schifoil
mio pregare, e le lachrime ,
ché quaſi d'a duc fonti Sgorgaua
per gl'occhi il cor afflic
to e dolente.
M'a quanto più ſi ſforzava
d'uſcit d'impaccio , e fuggire ;
altretanto per retinerla e go
dere , adopravo dolcemente
la forza con le carezze,& i
Prieghi , tringendoglihora là
bianca mano, hora imprimen
dogli un ſoave bacio , fopra
quel candido feno.
36 MERCURE
Non s'arrendeua per tanto
quella mia dolce Nemica ;mâ
con parole interforte , e con
minaccie frequenti cercaua in
debolir le mie forze , ô diſarmaré
il mio Core , per poter
con tal mezzo liberarfi , c
fuggir d'a quel nodo ché par
ea le foffe tanto difcaro.
A cofi dolçe Tenzone , il
cafo, come cred'io , dié fine
per affretarquel contento per
cui il mio Cor Venia Meno ;
perché mentre Cercô coprirfi
col fuo ceruleo manto , il no
do a cui pendea fi ſciolſee
ignuda , e ſola reſtômia preda,
e cattiua .
GALANT 37
Je vous rends mille graces,
de la peine que vous avez prifo
de lire cette Hiſtojre; alle
eſt écrite en proſe élegante;
mais poëtique , & vous aura
par confequent un peu eme
barraffé ; Mais à preſent que
vous l'entendez , je ſuis fût
que vous ne me ſçavez pas
mauvais gré de la peine que
vous avez euë à l'expliquer. Si
cependant il vous en reſte encore
quelque fatigue dans l'efprit
, dédommagez-vous , fi
:
cela ſe peut par la lecture do
celle cygsama ob
38 MERCURE
HISTOIRESTO
1. Deux fiers Algouazils re
vétus de toutes les marques
de leur dignité , allerent il y a
quelques jours relancer Mercure
juſques dans le ſanctuai
re de ſa cabane. Ne vous
trompez pas à ce nom: Je
n'offre point icy à vos yeux
Mercure tout brillant de gloire
, cheri de tout l'Olympe ,
& tel qu'il étoit lorſqu'il faifoit
ſi galammentles Ambaf.
fades amoureuſes de Jupiter
ſon pere. Ce n'eſt point tout
GALANT 39
cela , c'eſt en un mot , Mer.
cure tel qu'il paroît en moy
tous les jours à la face des humains
, fous le maſque dont
il a plû à la Fortune de couyrit
fon viſage....
Ces deux Barons d'Algoua
zils allerent , dis-je , trouver
Mercure ,( cefut autant qu'il
peut m'en ſouvenir le quinze
de ce mois. ) Là avec force
termes de leur art infigne , ils
luypreſenterent humblement
double & triple affignation de
Capitation , deſquelles fufdites
affignations ils exigerent
de luy ( mais toûjours civile-
1
40 MERCURE
ment ) le payement ſubit. A
faute de quoy , faiſie & mainbaſſe
ſur toutes les pauvres
nippes , garnıfon , execution
militaire , condamnation aux
dépens , dommages & inte
refts , & autres menaçantes&
criantes vexations. Le tout
item , dans un appartement
meublé ſuivant l'Ordonnance
, & quin'a tout au plus que
huit pieds en quarré. Atoutes
- ces femonces réïterées , Mercure
oncques n'ouvrit la bouche.
Ains au contraire il ſe
promenoit lentement dans le
coin le plus vuide de ſa cham
bre ,
GALANT. 41
bre, pendant que les Chiquanous
l'exploitoient de leur
mieux. A la fin , & leur befogne
faite , il leur dit : que ne
fuis-je (hommes de bien ) *
Maistre François Villon Seigneur
de Basché , j'aurois un
biengrand plaifir de vous voir
étriller,&traînerà écorchecul,
comme le brave Tappecouëvo
tre ancien : Croyant fermement
que j'aimérois mieux endurer en
guerre centcoups de maſſe ſur le
beaume ,au fervice de noftre
tant bon Roy , qu'être une fois
citéparces matins de Chiquanous.
Rabelais chap. 13. tom. 4 .
Juin 1716. D
42 MERCURE
- Cependant eux inſiſtants ,
& Mercure refuſant , force.
leur fut de déguerpir.
23) StAlors en fon petitparticufier
, il fit les reflexions fuivantes
,& dit motpour mot,
Jes belles & bonnes chofes que
vous allez lired
Jupiter! Jupiter! Souverain
des hommes &des Dieux, vôtre
*colere doit-elle encore durer longtems
? ... Si vous êtes fourd à
mes cris , si vous êtes infenfible
àmes peines ; en un motfivous
êtes inflexible , du moins ditesmoi
, quel usage voulez - vous
que je faße de l'industrie que
01 :
GALANT. 43
3
vous m'avezdonnée pour m'aideràſubſiſter
pendantma peregrination
en ces bas lieux , fi tout
mon art eft impuiſſant contre les
affauts de ces vilains Chicanous.
Est- il écrit dans les destinées que
toute la terre foit infectée de cette
maudite engeance ? Leur tyrannie
m'a chaßé du pays des Volfques,
des Samnites,de l'Etrurie ,
d'Albe la Noble , &de la Superbe
Rome , d'où je me fauvay
dans laGermanie; mais les traîtres
my fuivirent de ſi prés ,
qu'ils ne me donnerent passeulement
le loisir d'habiter pendant
L'espace d'un an revolu ces fertiles 7
!
Dij
44 MERCURE
contrées. De-là croyant à la fin
m'affranchir de leur fureur,j'ef
caladayles Pyrenées,je traverſay
toute l'Iberie , je fus jusqu'aux
Colonnes d'Alcide , que je regar
dois comme un azilefacré contre
l'immortelle guerre qu'ils m'avoient
jurée; mais par tout Chiquanous
, & Chiquanous par
tout. Je fus encore obligé de me
fauverde ces climats brûlans.Je
regagnayà travers mille perils,
ces effroyables Montagnes ,que
j'avois eu trois ans auparavant ,
tant de peineà traverſer au mi
lieu d'un épouvantable byver..
Parvenu enfin au sommet du
GALANTIDMA
plus haut de ces Montsjeo
commençay à respirer un air
de fraîcheur , de plaisir , d'amour
de liberté enVenvizor
fageant les riches plaines,
les riants côteaux de l'opulen
te Gaule. Je pris aussitôtmon
effort ,&semblable à un torrent
qui se précipite dans une vallée
profonde,je fautay de rochers en
rochers ,&avec la même rapi
dité je me rendis enfin dans cette
Capitale du monde.
Fachevois alors icy bas mon
fixiéme lustre : ily en avoit dé
ja plus de deux , que de Royaumes
enRoyaumes , ma princi,
d
46 MERCURE
pale affaire rouloitfur les moyens
de me dérober aux perfecutions
des Chicanous คนพะโล
An Soleillevant ,pournepas
faluer une Eminence à may trésinconnuë
,, une troupe de Sbirres
m'attaque , me bat &me ravit
au moins mon chapeau. Aumême
lieu quatre meurtriers , pour
une amourette ! là pleuvent les
menaces, les mépris &les coups,
fivous ne confentezàvous enyurer
tous les jours (graces àvos
bomez,Jupiter , ce n'étoit pas ce
que j'apprehendois le plus. ) ar
Soleil couchant, comme àVenise,
curiofité punie de mort. Enfin là
GALANT 47
là, Affaffins , Bandits ,Pol
trons&Algouazils vous volent
vous affomment pouruunneebagatelle,&
souvent pour rien.
Tout compté, tout rabattu ,je
fus à peine arrivédans cettetant
bonne Ville, queje regardois comme
le Portfalut, que j'yfus condamné,
fans sçavoir pourquoy ,
aufupplice des Danaides.
Voicy enfinquel fut ,&quel eft
encore mon dernier fort. Semblaau
temeraire Ixion ,qui porte
reportefans ceße un rocher au
Sommet d'une montagne , de méme
le deſtin m'ordonna de pre-
Senter à chaque nouvelle Lune
ble
*48 MERCURE
un
aux babitans du monde , liure
de pieces & de morceaux
raffemblez par mesfoins, &qui
Servit à les entretenir beaucoup
plus de leurs avantures , que des
miennes. Fay vingt huitfois déja
renouvellé ce penible exercice ,
jele renouvelle encore.
Voila , ô Jupiter à quoy je
m'occupais , lorsque les infames
Chiquanous de qui je me croyois
parfaitement oublié ,font venus
m'aßaillir de toutes parts , &me
commander de par un grandRoy,
de leur payer double triple
affignation de Capitation. Seroitil
poſſible qu'un Roy cut le conrage
GALANT 49
4
S
rage de prendre de mon argent ,
aprés n'en avoir jusqu'à present
donné à aucun Souverain du
monde ? Je ne sçay si cet ordre
m'est venu veritablement d'une
fi bonne part ; mais je ſçay bien,
quoyqu'il en puiße être , ( humble
&difcret esclave que jesuis)
qu'il faut que je paye ,puiſqu'on
me le commande ... Mais avec
quoypayer,n'ayant rien pour le
faire ? ... Il en fautchercher ...
Hébien cherchons en donc ? ...
Il dit , & fur le champ , il
ſe mit à courir les ruës pour
en trouver , &ſe débarraſſer
plûtôt par cet expedient ,des
Juin 1716. E
so MERCURE
importunitez cruelles de ces
enragez Chiquanous.
Il fut chez un ſien ami , qui
devoit luy donner le même
jour huit ou neuf cens ſeſterces
, qui font environ deux
cens livres tournois, monnoye
de France. Il heurta modeitement&
en creancier qui craint
d'être éconduit.
Alors une jeune fille de 15
à 16 ans , & jolie comme
l'Amour , vint d'un air fort
triſte luy ouvrir la porte.
Qu'avez-vous , luy dit Mercure
, qui avoit depuis pluſieurs
mois l'honneur d'être
GALANT S
connu d'elle. Vous me paroifſez
bien affligée , aimable fille.
Helas, Monfieur , luy répondit-
elle , prenez la peine d'entrer
chez nous; & je vais vous
conter la plus étonnante avanture
du monde , qui vient d'arriver
à mon oncle. Ecoûtezmoy,
s'il vous plaiſt.
-Ily a environ fix ſemaines
que mon oncle Damis , a je ne
ſçai comment , fait connoifſance
avec une certaine Dorine
qui demeure à deux cens
pas d'ici . Dorine eſt une
grande brune, bien faite &
Fortioli
fort jolie: elle a beaucoup d'ef-
Eij
S , MERCURE
prit , à ce qu'on dit , & elle
meurt d'envie d'eſtre femme.
Elle ne voit pas un homme
qu'elle ne lui ſuppoſe des qualitez
dignes de le rendre fon
époux ,& elle s'impatiente ſi
fort d'eſtre fille, qu'on diroit à
ſongeſte&à ſes regards qu'elle
enveut à tous les paffans. Le
premier qui s'arreſte à la confiderer,
devient le premier objet
de ſa curioſité. Lorſqu'elle
n'a point d'affaire de coeur elle
eſt la moitiéde ſa vieà la fenê.
tre,ou ſur ſa porte ,&deux ou
trois allées & venûës devant
ſa Maiſon , font avec elle tout
GALANT.33
1
le prelude d'un rendez- vous.
Elle s'habille tous les matins
en fortant de fon lit
& pour les beſoins les plus
imprevûs , elle medite fans
ceffe , & trouve toûjours
auprés de ſa famille , des pre
textes pour fortir. Son inten
tion dirige ſes pas , tantôt vers
une Eglife , & tantôt vers
l'autre. Là en grande devo
tion , elle invoque , je ne ſçai
quel Saint. Son oraifon faite
elle s'affic. Alors l'audace ou
la timidité determinent le cu
rieux qui l'a ſuivie à ſe taire ou
à lui parler. S'il lui fait fon
Eiij
54 MERCURE
7
compliment , elle l'écoûte , &
la converſation ſe lie , s'il n'o
ſe lui rien dire , che le fuit.
Ce fut ainſi que Damis , de
qui je tiens ce que je viens de
yous dire , fic connoiſſance
avec elle, Il parla , & il fut
écoûté , &il obtint d'elle pour
le lendemain , un rendez vous
au Jardin du Roy , où ils fir
rent pour la premiere fois ,
collation enſemble. Deux
jours aprés ils furent ailleurs
aux environs de Paris :& ainſi
de deux jours en deux jours
ils continuerent leurs promenades
de tous les coſtez de
!
GALANT
cette Ville. Le jour d'intervale
qu'ils paffoient ſans ſe voir,
étoit conſacré à un autre
amant qui faiſoit à peu prés le
même manege que Damis ,
qui ne s'apperçût qu'avant
hier des tours que la belle lui
joüoit. Il voulut lui en faire
des reproches ſur le ton d'un
amant outragé ; mais elle lui
dit des choſes ſi touchantes ,
& lui fit de fi belles offres
que ſon éloquence &quelques
larmes détruifirent juſqu'au
moindres de ſes ſoupçons.
Enfin , Damis , ajoûtat elle
dans cet éclairciſſement , je
E iiij
SS MERCURE
7
veux vous donner aprés de
main, la plus forte preuve de
tendreffe que perſonne ait ja
mais reçûë de moy. Vous n'a
vez pas encore entré dans
noſtre Maiſon , parce qu'avant
que de vous permettre
d'y venir , j'ay voulu vous
connoiſtre. Je ne doute plus
à prefent des ſentimens de
voſtre coeur , & je fuis fi per
ſuadée que vous m'aimez , que
je confens à y recevoir deformais
vos viſites. Je diſpoſeray
mon pere & ma mere à vous
faire l'accueil que vous meritez
, & j'y joüiray doreſnavant
GALANT
en pleine liberté du plaifir de
voſtre converſation. Ne manes
quez pas de vous y rendre
aprés demain à l'iſſuë de voſtre
dîner
C'eſt aujourd'huy le fatal
jour qu'ils choiſirent pour leur
premiere entrevûë dans cette
odieuſe maifon : & il n'y a pas
encore deux heures qu'il vient
d'y arriver au malheureuxDamis
la plus fâcheuſe avanture
du monde.
Il s'eſt à peine donné le loiſir
de manger un morceau à la
hâte, pour ſe rendre ponctuellement
au rendez-vous.
MERCURE
La ſervante de Dorine ,
feule confidente de ſa Maî
treffe , l'a introduit ſecrettement
dans ſa chambre; mais
gagnée par l'amant alternatif
elle n'a apparemment pû ſouffrir
que Dorine fit une parcille
infidelité à un homme qui la
payoit bien , en faveur d'un
autre dont elle n'avoit encore
rien reçû , & de qui elle ne
connoiſſoit pas les moyens.
Ainſi pendant que ces deux
amans s'entretiennent à leur
aiſe de leurs amours , la perfi
de ſervante avertit le rival
jaloux de la cruelle trahison ,
GALANT
.
dont fon ingrate Maiſtreſſe
recompenſe l'ardeur de ſes
feux. Et auſſi toſt elle fait avertir
le pere de Dorine (qui n'étoit,
non plus que ſa mere, ene
core prevenu fur rien) qu'il y
a des voleurs cachez dans la
maiſon. Al'inſtant les voiſins
s'aſſemblent , grande perquiſi
tion par tout le logis , le vacarme
qu'excite cette recherche
, tire les amans de leur
yvreffe. Dorine qui ne ſçait
encore dequoy il s'agit , aban
donne en même temps Damis
à ſa ſervante. Cette fille par
un petit eſcalier qu'on n'avoit
6. MERCURE
肉
pas encore viſité , le conduit
juſqu'à une porte decave , où
pour ainſi-dire , elle le precipite.
De - là il entend avec
frayeur toute l'allarme qui eſt
répandue dans la maiſon . A
la fin aprés avoir amplement
viſité , greniers , chambres ,
antichambres , garderobes ,
falles , cuiſines , écuries & remiſes
, on arrive aux caves ,
tous les gens accourus ſur l'avis
, au ſecours du Maiſtre du
logis , y entrent peſle melle
avec ſes domeſtiques. Alors
on cherche encore mieux
qu'on a fait. En même temps
GALANT 61
ec
A
רו
1
1
ر
celui qui ſaiſit Damis , s'écrie
Bon, Meſſieurs , en voila déja
un , cherchons maintenant ſes
camarades. Damis qui s'entend
donner les noms d'infa
me&de voleur,, aa beau jurer
qu'il n'eſt point tel qu'on le
croit ,& proteſter de fon innocence
, on n'ajoûte pas plus
de foy pour cela à ſes paroles.
Le defordre augmente à
un ſi violent excés , que peu
s'en faut qu'il ne ſoit bien-tôt
la victime de la populace ; mais
fur ces entrefaites un Commiſſaire
arrive .
Si la Juſtice n'étoit pas fou162
MERCURE
vent de l'acaby des Chirurgiens
qui ne demandent que
playe & boffes , le calme , en
bonne Police , devroit par
tout où elle ſe fourre , fucceder
à l'orage ; mais ici , point
du tout On lie , on garotte
Damis , on le jette comme un
criminel déja condamné , dans
une falle , où M. le Commiffaire
farouche faifant le gros.
dos , lui demande d'un air de
Juge competent , fon Pays ,
fon nom , ſon ſurnom , fon
étar; par où , & pourquoy il
s'eſt introduit dans cette Maifon.
A toutes ſes demandes
GALANT 63
20
bruſques , Damis répond qu'-
il n'eſt point un voleur.....
fi vous ne changez pas de
notte , mon ami , répond le
רז
e
Cominiſſaire , la queſtion ordinaire
& extraordinaire vous
fera bien,tôt deſſerer les dents .
0
S
S
e
,
1
4
Enfin puiſque vous ne voulez
pas parler , quoyque vous
foyez pris inflagranti delicto,
j'ordonne qu'on vous méne
en prifon. Acette belle Sentence
chacun jette un grand
cri de joye ; il n'y a pasjuſqu'à
Dorine qui prononce comme
le Commilaire , contre ce vo
leur dont la vue l'importune.
64 MERCURE
Il ne s'entend pas pluſtoſt
qualifier de la bouche de ſa
Maiſtreffe , du même titre
doneiltousales ſpectateurs
T'honorent , qu'en la regardant
d'un oeil de mépris , il
edit au Commiſſaire qu'il vou
droit lui parler un moment
en particulier. Le Commiffaire
refuſe de l'entendre. Alors
il dit tout haut à l'aſſemblée
: hé bien,Meffieurs , voulez
vous ſçavoir pourquoy
vous m'avez trouvé dans
cette maiſon , demandez le à
Mademoiselle , elle le ſçait
mieux que perſonne ,&j'étois
GALANT 65
avec elle , lorſque tout le vacarme
que vous venez de
faire , a obligé cette fille à me
cacher dans la cave où vous
m'avez trouvé. Voila tout de
myftcre. A ces mots Dorine
le traite de menteur , d'impudent
&de voleur. Son rival
meflé dans la foule , lui dic
qu'il n'eſt point de châtiment
trop cruel pour une telle infolence.
Cependant la Juſtice
dont il eſt la proye. F'emmene
àbon compte, & le traîne
dans la prifon, où il eft maintenant.
Je viens de l'y voir
tout-à-l'heure , Monfieur , &
Juin 1716.
66 MERCURE
j'y retourne dans un moment.
Ne doutez pas au reſterque
cette affaire n'ait de grandes
fuites. En verité, dit Mercure,
à cette aimable fille, aprés l'as
voir bien remercié d'un ſi gen
til récit , je m'intereffe infini
ment à la fortune de Damis
& fi je peux le ferviren quela
que chofe soje fuis preftà
m'employer pour lui de toutes
les façons ; mais quoyqu'il foit
àprefent horriblement mal
dans les mains de ces cruels
Chiquanous , cette affaire ne
peut malgré cux & malgré
leurs dents canines tournca
GALANT. 67
qu'à ſon honneur. Ce que j'y
trouve de plus étonnant , c'eſt
le procedé de Dorine , qui
renie avec tant de cruauté ,
un amant que ſon indiſcretion
expoſe en un moment
à tous les affronts du monde.
Il y a bien des belles chofes
à dire là deſſus à la gloire
du beau ſexe : mais vous
en eftes un ornement ſi aimable
,que je ne vous prendray
jamais pour la confidente de
cesreflexions. A ce petit com
pliment , qui n'est pas mal
trouffé , il en ajoûra deux ou
trois autres, puis il fut heurter
Fij
68 MERCURE
à d'autres portes ; mais il trou
va par tout de nouveaux inconvenients
. Le Maître d'un
logis , à la Campagne , la Maî
treffe d'un autre, au lit malade.
Ailleurs un Procés perdu , là
une maiſon achetée ; icyune
Sentence des Confuls accable
degouttes un pere de famille.
Ainfi du reſte. Enfin ne ſçachant
plus de quel bois faire
fleche , il retourna chez luy
comme il en étoit forti. Je te
lovë, dit il en y rentrant ,
grand Jupiter , de l'indulgence
qu'a pour moy la fortune ma
tres chere & tres aimée ſoeur.
GALANT. 69
Elle pouvoit mefaire encore plus
de mal qu'elle ne m'en afait aujourd'huy
: & voila de quoy je
te rends graces ; maisfi ces maudits
chiquanous reviennent demain,
que leur diray-je ?que leur
donneray-je ? carJupiter , ô mon
pere ! ô mon ancien ! je ſuis tenu,
(&la Loy Ut fi quis , &c.y eft
formelle ) d'affouvir au moins en
partie leur avarice... Ce que je
leur donneray .... je leur donneray
1997. pieces de profe ou de
vers , que je n'ay pas encore en
le tems de brûler ,&qu'ils pourront
vendreàla livre. Mais fi
sette monnoye ne leur duit pas,ils L
!
70 MERCURE
m'apprehenderont au corps ;
vous aurez la patience deſouffrir
que que leurs profanes mains ſaiſiffent
voſtre Interprete ?Pourquoy
non ?je vous entends ; la peine
d'autruy n'estquesonge: &vous
êtes vous-même de la trempe des
Grands qui ne s'entraident les uns
les autres , qu'autantque les bons
offices qu'ils se rendent , s'accordent
avec leurs interêts. Vous negligez
aujourd'hui ma deffenfe ,
parceque vous m'avezmisfi bas
que vous croyez que je ne me releverai
jamais de ma chûte, mais
foy deMercure,vous verrezun
jourde quoy jefuis capable. Ce
GALANT 7
.
1
كلام
discours eft à vos yeux une image
de l'apologue du combat durat
du Lyon. Ala bonne beure;mais
gardez vous toûjours des careffes
del Afne.btap
Ces bons propos achevez ,
il s'endormit, Le lendemain
matin,Damis qu'onavoit emprifonné
la veille , fut le voir
àſon levé. Bonjour , mon
chor Mercure , luy dit-il , en
l'embraffant. Ma niece ne vous..
a conté hier qu'une partie de
mon avanture ,je viens moy.
même vous en conter le reſte.
Un moment: aprés que ma
nięce mia cu quittédans la pri
72 MERCURE
fon où l'on m'avoit conduit ,
Dorine yeft entrée. Auffitôt
qu'elle m'a veu , elles'eſt jettéc
à mes pieds , elle m'a pris les
mains qu'elle a toutes moül.
léesde fes larmes,& fans avoir
la forcede la relever , ni de luy
parler , nôtre douleur en un
moment eſt devenuë ſi vive ,
que nous n'avons pû pendant
prés d'un quart d'heure , que
Loupirer & pleurer enſemble.
Enfin elle s'eſt aſſiſe à côté de
moy , elle s'eſt avoüéc la plus
coupable & la plus malheureuſe
fille du monde , ellem'a
ditqu'elles'étoit jettéc auxge.
noux
GALANT. 73
t
noux de ſon pere , qu'elle luy
avoitconfeffétout ce que vous
ſçavez déja d'elle & de moy ,
qu'elle avoit obtenu de luyla
1.
it
permiffion de venir me voir ,
me confoler , me delivrer ellemême;
qu'elle avoit chaſſedéja
ود
ſon infidele Servante , prof.
crit àjamais le lâche qui m'avoit
inſulté dans ſa maifon ; 1
que ſonpere alloit arriver dans
un moment pour m'emmener
avec luy ; & qu'aprés ma
も
delivrance , fi je me fentois encore
quelque reſte de confideration
pour elle,toute la grace
qu'elle me demandoit étoit
Juin 1716 G
1
74 MERCURE
feulement de luy pardonner
fon crime & fon malheur.
Qu'elle étoit belle , dans
cetétat, mon cher Mercure
qu'elle étoit belle ! je luy ay
accordé plus mille fois qu'elic
n'exigeoit de moy. Son pere
eſt arrivé enfin , & aprés toutes
les excuſes que meritoient
au moins les mauvais traitemens
que j'avois reçûs , nous
ſommes fortis du Chaſtelet
Dorine , fon Pere , ma Niece
qui yétoit revenuë , mon Valet
, & moy. Tant que cette
nuit a duré , mon avanture &
l'image de Dorine ont été fans
GALANT. 75
-
=
-
ceſſe preſentes à mon idée. Je
me fuis éveillé & levé ce matin
avec encore plus d'amour
poouurr elle que je n'en ay jamais
ſenti . Aprés l'éclat qu'a fait ce
trait de monhiſtoire , ſon pere
ne demande pas mieux que de
voir inceflamment ces bruits
étouffez par nôtrehymen.Dorine
le ſouhaite ardemment ,
fije ne me trompe ,&je vous
avoue qu'il ne ſera jamais affez
tôt conclu pour moy. Dans
cette conjoncture il me fauc
au moins trois ou quatre cens
piſtoles que je vais chercher à
emptunter par tout où je
Gij
76 MERCURE
1
pourray trouver de l'argent. Il
eſt extrêmement rare ; mais
j'en ay un beſoin extrême, &
quelque interêt qu'on exige
de moy , je ne peux pas me
diſpenſer de mettre tout en
ufage ,pour trouver cette fomme.
Adieu , mon cher Mercure
, aprés mon mariage nous
nous verrons plus à nôtre aife.
Cette confidence de Damis
à Mercure le rend immobile
& confus. L'urgence du cas
où il eſt ne ſouffre point de
delay ; cependant faiſant un
genereux effort : Qu'il en arrive
, dit il , tout ce qu'il pourra :
GALANT. 77
7
s
à l'impoſſible nul n'est tenu.
D'ailleurs que ſcait- on , il fe
trouvera peut- être quelque bon,
Sage&puissant perſonnage dont
l'autorité m'affranchira de ce tri-
רז
om
1 but , ou du moins en fera modeen
m
U
US
rer la valeur énorme. Sinon , je
feray ceffion. Tantde gens de bien
tous les jours ſeſauveni par la :
qu'ily auroit en moy de lapu-
:
鸡
e.
IS
le
as
de
n
i
fillanimité , à n'ofer les imiter.
Courage,Mercure, mon parrain,
mon frere , mon amy. In magnis
periclitaffe fat eſt. Il est beau
même d'en tomber.
Sur ce , belle &brave reſolution
priſe d'attendre de
up
Giij
78 MERCURE
pied ferme ſommation nou
velle , d'éconduire les Chica
nous à leur retour , fans maille
débourſer : & de les renvoyer
ſeulement à la propofition
cy-deſſus déduite , c'eſt
à dire , afin que ne vous y
trompiez ( bons & prudents
Lecteurs ) de contraindre les
Faquini ſuſdits à charger leurs
breteles des 1997. ordes pa-1
peraffes contenant Profe &
Vers , ainſi que jamention en
a été faite. A
Ores luy furvint tout à
coup fur ces entrefaites autre
accident aufli imprévû que le
GALANT. 7195
premier. Gentil Exploit nouvel
luy fut déposé és mains ,
par M. Loyal. Voilà bien le
plus beau de cette élegante
Hiſtoire. Sentence des Confuls
, & condamnation par
corps contre Mercure , pour
avoir recueilly unBillet plein
de non valeur d'un ſien ami
qu'il vouloit obliger. Un Demandekage
en titre , il
poſtate,il follicite unArreft,
l'affaire eſt de conſequence.
Avant que de prononcer on
va comme d'us &de raifon
aux opinions. La multiplicité
d'avis ſuſpend le Jugement ;
Giiij
8. MERCURE
cependant il faut juger , &de
par Belzebud , juger il faur.
Tunc, & c'eſt icy qu'on a recours
aux Alea Judiciorum.
La chance des dez eſt favorable
à ſa partie , & à l'exemple
du ſage Bridoye , le Juge pro
nonce. Remarquez, Autem ,
Meffieurs , la nullité de cette
procedure : Il , par Meshain
fans doute contre Mercure ,
oublie de conciliet les Pitzies,
&de les faire boire enſemble.
Nullité évidente , nullité au
thentique ,& Mercure prote-
Ate icyà la facede toutlegente
humain , contre le Juge &
1
GALANT T
.
leJugement. Item plaiſeàvos
magnifiques Lunettes , confi
derer de prés, de loin, devant,
derriere, à droite , à gauche ,
perpendiculairement , &enligne
paralelle , que vont devenir
Eloquence , Poësie ,Philoſophie
, Mathematiques ,
Méchaniques, & autres Sciences
, fi vous foumettez le Protecteur
& la Trompette des
beaux Arts au poids & à l'aune.
Y at- il quelque étrange
boulverſement dans cet Empire?
Lanature s'ennuye t-elle
de l'ordre où elle a toûjours
maintenu les Elemens ? Los
82 MERCURE
Cerfs vont ils deſormais paf
tredans les airs , &les humains
dans l'abîme des mers ?A
moins d'être prêt de voir ces
effroyables dérangemens dans
l'univers , est- il permis qu'une
petite Jurisdiction fortede fes
limites à l'exemple des plus
ambitieux Potentats dumonde
, & que ſon déreglement
érende ſon empire juſqu'oùil
luy plaira porter fes regards
orgueilleux. Si Mercure plein
de vices&de vertus dévelope
icy aux yeux des mortels , les
coupables talens dont il a plu
aux Poëtes de charger fontaGALANIM
838
deces
il
bleau , qu'on examine ſes dé
portemens à ces Tribunaux ,
dont les Chefs & les Membresauguſtes,
fages & éclairez,
font une image vivante
hommes reſpectables dont
eft dit dans le Livre des Joges,
Vos eftis Dii , vous eſtes des!
Dieux fur la terre. Vos lumicres
, vôtre lagelle & vôtre experience
répondent de vôtre
équité. Mais que la préſompel
tueuſe ignorance ne ſe mêle
jamais des affaires des Dieux.
C'en ett fair : Paffons à un
autre chapitre , ou plutôt res
prenons pourunmoment l'ar- c
84 MERCURE
ticle des Comediens Italiens .
Tout ce qu'on vous a dit de
veritable à leur loüange ne me
paroît nullement incompatible
avec le Dialogue ſuivant.
M. Gabriel Capitaine deDragons
, dont je vous ay parlé
dans plufieurs de mes Journaux
, vient de me l'envoyer,
&je vous en fais preſent.
DIALOGUE
Enire Arlequin & Cothurnus
Tragi Comedien.
Cothurnus.
vs Enfin vous l'emportez , &
la faveur du Roy to amor
GALANT. 83
Vous a mis dans un rang qui
n'étoit dû qu'à moyo
singumo Arlequin on P
anCon licenza Signore Lafciamo
il Cothurno ô Laſciaro
il mio ſembiante nocturno.
Parliammo enſieme d'el publico
e d'ella manera di guadagnar
ſuoi quatrini . Ché
Pianga , ché rida l'auditor ,
ch'importa ? vengano ſolamenti
quatrini , l'Actor ſempre
ride.
3.6
Cothurnus.
Non Seigneur , je n'ay
point des ſentiments ſi bas.
86 MERCURE
* wonAntequin to rois .
- E' ben lo credo. Ma qual
differenza di ti , ami
jup Cothurnus,
211
12236
Dans de fi bas détails jene
ſçaurois defcendre.
Arlequin
Sentite ? fe fate ben l'Imperatore
, più naturalmente
ancora fate il villano. Il fembiante
reſponde a la verita. O
natura quanto fete bella !
Cothurnus.
A
Je confens à quitter le cothurne
&à chauffer le brodequin,
pour me conformer à la
riſible éloquence devôtreNaGALANT.
87
1
tion ; mais ſi vous voulez répondre
au fublime de lavôtre
, renoncez pour un inſtant
àces ridicules expreſſions ,qui
dans notre Langue paflent
pour des impertinences ,&
répondez moy ſericuſement.
Arlequin.
Io feriofo ! Signore , lei
m'eſcuſa, ſono comediante.
Cothurnusamb
Ala bonne heure ; mais le
merite d'un Comedien conſiſteà
ſçavoir prendre tous les
caracteres convenables aux
Perſonnages qu'il repreſente.
ງ
88 MERCURE
Arlequin.
Pereſſere Imperatore nella
Luna , villano nella citta , forfante
in guerra , pazzo in corte
, non ſono meno Comediante.
Dunque non meno ridiculo.
Cothurnus.
Voila en bonne foy , une
plaiſante définition; mais vous
avez beau dire , vous vous y
prenez mal pour plaire , &
le François d'un eſprit plus
ſolide que vôtre Nation , n'a
point de goût pour vos bagatelles.
Il veut des ſpectacles
qui ſurprennent , qui remuënt
les
GALANT . 89
-
4
=
:
88
les paſſions , qui touchent les
coeurs , & qui charment les
yeux. En avez- vous
efpece ?
Arlequin.
de cceette
Si ; poiché quando piango
ride , quando rido , ſempre ride.
Sonoal fuocomendo mer
cante di gentilezze. Sono comediante.
Cothurnus.
**Mais malgré ce refrain ridicule
dont vous uſurpez le titre
,ſcavez vous ce que c'eſt
qu'unComedien ?
Arlequin.
Un Comediante é un ani-
Juin 1716 . H
2 MERCURE
mall d'ogni forte, slomitand
200v Gorburnus.mtop
Mais ne pouvez vous pour
un moment , quitter
ce land
gage inſenſé ,& vous défaire
de ce viſage de ſinge qui fait
horreur à tous ceux qui aiment
la figure humaine,
Arlequin.
E' il mio ſembiante , Signore
, fono , dico , Comediante
diante , dunque fimio, é ilmio
ſembiante mi va bene.
Cothurnus.
Je commence à deſeſperer
de pouvoir vous mettre à la
raifon ; mais je ſuis encore
GALANT9
bien ſimple de m'abaiſſer jufqu'à
m'entretenir avec vous.
Sçachez , monamy , que nous
fommes gens qu'on conſidere
dans le monde , les débauchez
ontbeſoin de nous à leurs tables,&
les coquettes dans les
ruelles cherchent avec nous la
réalité des fictions que nous
repreſentons fur le Theatre.
Je voulois enConfrere charitable
, malgré la diſtance que
lemerite met entre nous,vous
donner de bons avis ; mais je
vois que tous vos talents conſiſtent
dans votre baragoüin ,
&dans les graces de vôtre vi
Hij
22 MERCURE
lage de finge : Apahho
inga Arlequintet nep
Per cortezia , Signore, una
parola, ſe non ſete fimio,non
fete comediante. Mâ évero
ché ſete ſimio cativo, e più cativo
comediantes voted
mura Cothurnus,cab
Allez pauvres gens , lePu
blic qui ne vous entend pas
ſerabientôt auſſi las quemoy
de vôtre infipide langage.
Adicu.
Arlequin.
Fate mi una gratia , Signor ,
voi altri parlate franceze. O
ché bella coſa ! mâ fate una fi
GALANT ود
cativa electione di antiquié
con tal induſtria diffiguraregli
moderni , ché il franceze no
riconoſce piùil geniodella fua
Natione. E' per quella raggione
che ſequono adeſſo gli
heroici ſentimenti el'eſſempio
d'elGubernatore.Sapono tutti
ch'il mio ſembiante é più burleſco
ch'il voſtro , dunque
guardo e guardaro ſempre il
mio ſembiante. Adio amico ,
vi ringratio della voſtra cortezia.
G ॐ
Un petit air de Nouvelles
ne gâtera,ſi je ne me trompe ,
1
24 MERCURE
rien icy. Effayez en, fi vous le
jugez à propos , finon , prennez
la peine de faire ce que je
fais de tout ce qui m'ennuye.
MEMOIRE
touchant l'Affemblée du Cler
gé du Comté d'Auxonne ,
tenue au mois de May
dernier.
On a parlé dans la Gazette
de France du 30. du mois
paffé ( mois de May ) de l'Afſemblée
duClergé du Comté
d'Auxonne , dont l'ouverture
s'étoit faite le 6. du même
"
GALANT
mois , à l'occafion du joyeux
Avenement ideoLoüissXV
à la Couronne , ainſi que de
la Meffe folemnelle que co
Clergé avoit fait celebrer ,
en Actions de Graces de cet
heureux Avenement , à laquelle
Meſſe le Commandant
de la Place & les Magiftrats
avoient aſſiſtez en Corps : Le
Public ne ſera peut - être pas
fâché de ſçavoir un peu plus
endétail ce que c'eſt que cette
Aſſemblée: voicy ce que l'on
en a pû apprendre, da
enTourde monde ſqair que
la Ville d'Auxonne eſt ſituéc
و، MERCURE :
fur la Saone; qu'eile eſt du
Dioceſe de Befançon pour le
fpirituel , & du reffort du
Parlement de Bourgogne , &
du Gouvernement de cette
Province pour le temporel ;
mais on eft peut- eftre pas également
inſtruit quecette Ville
eſt la Capitale d'un Comté ,
dit le Comté d'Auxonne , lequel
peut avoir environ vingtcinq
lieuës d'étenduë , &
dont les trois Ordres joüiffent
t
de trés beaux Privileges , &
en particulier le Clergé , &
les fonds Ecclefiaſtiques qui
lui appartiennent.
Quoy
GALANT9
Quoyqu'en generalleClergé
du Dioceſe de Besançon
foit ſujet à de certaines Decimes
& autres Impoſitions, cependant
leClergé particulier
du Comté d'Auxonne n'y eſt
point ſujet , & il eſt exempt
de toutes Charges & Impofitions
, moyennant ſeulement
un Don gratuit qu'il fait à
chaque Roy , à ſon joyeux
Avenement à la Couronne.
Le Clergé s'aſſemble à cet
effet en la Ville d'Auxonne
pour en deliberer , & en faire
la repartition en vertu des Lettres
PatentesdunouveauRoy.
Juin 1716. I
98 MERCURE
C
ن ی م
Pour ce qui eſt de l'origine
des Privileges du Comtéd'Au-
2. xonne , cela vient de ce que
de Pays estoit autrefois Pays
Souverain & independant , lequel
à cauſe de cela avoit auſſi
toûjours eu ſes Etats particuliers,
qui ont continuez juſques
en l'année 1639. en laquelle
ils ont été réünis aux Etats
du Duché de Bourgogne , en
y donnant en même temps
entrée aux trois Ordres dudit
Comté d'Auxonne , & nommément
aux Eccleſiaſtiques.
Or le Comté d'Auxonne
ſe trouve ſitué entre le Duché
HEQUE DE
GALANE
LYONE
*& Comté de Bourgog
les guerres eftant furvenuës
Mentre les Souverains de ces
deux derniers Etats; comme
le Pays du Comté d'Auxonne
ſedeclara en faveur des Souverains
du Duché de Bourgogne,
auquel même il fut enſuite réüni
à de certaines conditions ;
les Souverains dudit Duché ſc
font crûs obligez par reconnoiffance
de conſerver &
d'augmenter les Privileges des
trois Ordres du Comté d'Auxonne
, entre leſquels Privileges
ſe trouve ſpecialement celui
qui declare le Clergé
Lij
100 MERCURE
-r
1.
exempt de toutes Charges &
Impoſitions , moyennant un
Don gratuit qu il feroit à chaquemutationde
Souverain ;&
lePrivilege , depuis la reünion
du Duché de Bourgogne à la
Couronne , a toûjours eſté
confirmé à chaque mutation
de regne , & en dernier lieu
par le feu Roy Loüis XIV.
Les derniers Ducs de Bourgogne
avoient pris la Ville
d'Auxonne , en telle aff ction
qu'ils y faifoient un affez long
féjour , & y ont bâtis une
magnifique Eglife , & fondé
le Monastere de Sainte Claire.
GALANT. 18
CetteVille eft en effet trés.
ப
de
agréablement ſituée. Elle a
prefentement un Bailliage
Royal: elle eſt bien fortifiée
&a un Château avec un Etat
Major ,&un Arfenaltrés bien
fourni : M. le Marquis de Biffy,
neveu deM. leCardinal
Biffy, en eſt Gouverneur en
furvivance de M. le Marquis
de Biſſy ſon pere , Lieutenant
General des Armées du Roy :
enfin l'Official que M. l'Archeveſque
de Besançon doit
avoir dans le reffort du Parlement
de Bourgogne , fait fa
refidence en cette Ville. Ceux
I iij
IQLI MERCURE
qui voudront Içavoir tout cela
plus à fond , pourront lire
Jurain , qui a fait l'Hiſtoire de
la Ville & du Comté d'Au
xonne ; & pour en revenir à
l'Afſſemblée qui a donné lieu à
cet article , ç'a été M. l'Abbé
Bouhier , Docteur de Sorbonne,
Archidiacre de Dijon , &
Grand Vicaire du Dioceſe de
Langres , frere de M. Bouhier
de Savigny , Préſident àMortier
au Parlement de Bourgogne
, qui a preſidé ayant été
nommé pour cela par S. A.
S. M le Duc , en qualité de
Gouverneur de Bourgogne ,
GALANT. 103
& par M. l'Archeveſque de
Beſançon. L'Aſſemblée l'a
deputé pour venir rendre
compte enCour de ce qui s'eft
paflédans cette Affemblée , &
pour demander à ſa Majesté ,
ſuivant l'uſage , la confirma
tion des Privileges du Clergé, a
DeRome, le 12. May 17161)
13
Dimanche dernier on donb
na au Prince Electoral de Basia
viere le divertiſſement de la
Courſe des Chevaux; elle ſe
fithors de Rome, vers la Porte 2
Pie. Le Pape a voulu faire la
I iiij
104 MERCURE
ou
dépenſe du Prix de la Courſe;
le Prix confifteen 12. aunes
environ de velours cramoiſi.
Il y cut un ſi grand concours
de Nobleffe & de peuple ,
que pour pouvoir faire la
Courſe on fut obligé de fere
mer la porte de la Ville , en
forte qu'il reſta beaucoup de
carroffes au- dedans , même
quelques Princeſſes. Le Prince
Electoral voulut voir de prés
le Cheval Victorieux , qui
fut celui du Marquis Gabrieli ,
& Son Alteffe donna quelques
piſtoles à celui qui le condui
ſoit; elle vit cette Courſe du
GALANTM 103
Caffinde la matton Bolognetit
le ſoir du même jour elle fur
chez le Prince Ratpoli , il y
avoit grande compagnie: le
lendemain ce Seigneur luy envoya
un preſent de comeftibles.
Ilyavoitune trentaine de
domeſtiques chargez de toutes
fortes de bonnes chofes , &
de vins exquis , entr'autres un
gros eſturgeonqui fut envoyé
enfuite à la Signora Dona
Thereſa Albani , qui à fon
tour , ſuivant l'avis de M. fon
époux , l'envoya au Cardinal
Scrotemback .
Le même jour ce Cardinal
106 MERCURE
1
receut un exprés de Vienne
avec la nouvelle de lanaiffonce
de l'Archiduc. Il envoya auffitoſt
au Palais demander une
Audiance qui lui fut accordée
pour le lendemain. Son Eminence
y fut avec un train &
une livrée des plus magni
fiques; le cortege eſtoit auffi
des plus nombreux. Il y avoir
prés de deux cens carroffes. D
Le Sacré College , la Prelatu- ?
re & la Nobleffe y ayant contribué
unanimement. Lepred
mier en y envoyant des Gentils-
hommes , & les autres par
leur preſence. Les feux & les
2
GALANTHIOPI
illuminations ont duré trois
jours. Le Cardinal Aquaviva
& les autres Miniſtres Eſpa- a
gnols n'en ont point fait, non
plus quelePrince de Borghefſe,
ni les maisons de Boncompagne
, celles de Palestina &de
Cella Maré, à qui le Cardinal
Scrotemback n'a point donné
part de cette nouvelle. Pendant
ces trois ſoiréesjuſques à
quatreheuresde nuit, ſon Eminence
alloit incognito par la
Ville, pour obferver elle-même
ceux qui faisoient ou ne
farfoient point de réjoüſſances.
Le Cardinal Barberini a
108 MERCURE
eſté lui faire compliment
fur cette naiffince , mais elle
la receut enComarre , ce qui a
eſté deſaprouvé. Elle a fait
diſtribuer à vingt - cinq pauvres
filles des dottes de 125.3
écus chacune & quantité
d'autres aumônes. Le Pape fait
actuellement travailler aux
langes pour les envoyer au
pluſtoſt à Vienne.
,
M. Levi , Clerc de Chambre
, mourut ces jours paffez
à Freſcati aprés une longue
maladie. La Chambre gagne
par ſa mort douze mil écus
des lieux de Mont , de ceux
GALANT ١٥و
1
qu'on appelle Racables Sa
Charge de Clerc de Chambre
a cite donnée à M. Delvi .
MD. Alexandre Albani ,
& M. Del Giudice , Majordômes,
font allez prendre l'air
pour rétablir tout à fait leur
ſanté: de là ils doivent aller à
Cattel pour y faire mettre le
Palais en état , afin que tout
foit preſt lorſque le Pape vou
dray aller. Sa Sainteté paroiffant
eſtre dans le deſlein de
s'y rendre vers le 20. de ce
mois , & d'y prendre des re-12
medes pour tâcher de guerir
d'une eſpece de gale qu'onap- >
110 MERCURE
pelle Iffere : cette nouvelle infirmitel'incommode
extreme-
*ment , & l'empêche de vacquer
aux affaires & de donner
les Audiances.
Mardy dernier le Princede
Baviere fut prendre congé de
Sa Sainteté. Il fut enſuite à
Monte-Citano voir les Tribunaux
,& entendre quelques
Plaidoyers. Le lendemain il
partit pour Naples . Chemin
faiſant , il fut àunebelle chaſſe
qui lui avoit eſté preparée par
les foins du Duc de Caſerta.
Vendredy matin le Marquis
de Gullo de Monte-RoGALANT.
tondo perdit ton procés contre
la Marquiſe la femme à
laquelle il ne vouloit donner
que deux mil écus de penſion,
de cinq qui lui avoient cité ajugez.
Cette perte l'a tellement
outré , qu'il ne peut
s'empêcher d'en marquer fon
reffentiment , ce qu'il a fait
par ſon départ de Rome le
lendemain de ſon jugement
de la cauſe , & par les ordres
qu'il a laſſez , de vendre icy
tout ce qu'il a , & de congedier
tous les domeſtiques. Il
va à Veniſe.
112 MERCURE
4
DeVenise, le 12. May 1716.
{
Toutes les lettres que l'on
reçoit de Vienne & de plufieurs
autres endroits , portent
que l'Empereur a offert
ſa mediation à la Porte pour
terminer la guerre entre la Republique&
lesTurcs , & qu'au
cas qu'ils refufent de l'accepter
il agira offenfivement contre
eux: ces lettres ajoûtent
pourtant que l'on ne croit pas
que la Cour de Vienne commence
les premieres hoftilitez ;
&que comme le courrier qu'-
elle
GALANT. 113
elle a expedié à Conſtantinople
ne pourra eſtre de retour
qu'à la fin de ce mois , ou au
commencement de l'autre ,
tout au pluſtoſt ; on ne pourra
rien ſçavoir de poſitif ſur
la guerre ou fur la Paix , que
ce courrier ne ſoit de retour
avec les réponſes de la Porte.
M. Charles Piſani a obtenu
la diſpenſe , pour ne plus
exercer laCharge de Conſeiller
du Doge , & il doit partir
inceſſamment pour aller fervir
ſous M. le CapitaineGeneral
fon frere.
Dans l'article 6. du Traité
Juin 1716 . K
114 MERCURE
conclu à Vienne entre cette
Cour &les Venitiens, cesMef.
ſieurs s'engagent de fournir à
l'Empereur un Corps de 600 .
hommes & huit Vailleaux de
guerre , en cas qu'il foir attaqué
en Italie pendant la durée
de la guerre de Hongrie.
Les Dulcignotes ont rencontré
deux Bâtimens armez
des Venitiens , & les ont forr
maltraitez , il y a même quelques
avis qui portent qu'ils
s'en font emparez. A
On a eu avis de Dalmatie
que la plus grande partie des
Troupes que lesTurcs avoient
GALANT.
affemblées ſur cette frontiere,
avoient eu ordre de marcher
vers Belgrade ; l'on ajoûte fur
un rapport de Mer que les
Dulcignotes avoient eu ordre
de defarmer , ce qui n'eſt pas
vray- femblable. Il doit partir
d'icy aujourd'huy , fi le tems
le permet , un convoy eſcorté
par plufieurs Vaiſſeaux de
guerre qui font hors du Port
depuis peu de jours.
DeRome ce 19. May 1716.
Quoyque le Pape ſoit toû
jours incommodé de ſon ébu-
1
Kij
116 MERCURE
lition de ſang , il n'a pas laiſſé
de donner audiance à l'Ambaffadeur
de Portugal. On dit
qu'on accorde au Roy fon
Maiſtre les Decimes ſur les Eccleſiaſtiques
de ſon Royaume,
afin que Sa Majesté puiſſe envoyer
des vaiſſeaux à la Repu
blique deVeniſe.
Dimanche aprés midy le
Barigel eut ordre du Cardinal
Gouverneur de Rome de pafſer
, accompagné de ſes Sbirres
, devant le Palais d'Eſpagne;
il ſe mit auffitôt en devoir
de l'executer ; mais les
Gardesde ce Palais ne l'eurent
GALANT 117
pas plûtôt apperçû avec ſes
gens , qu'ils allerent au devant
de luy bien armez , & l'obligerent
de retourner ſur ſes
pas avec ſa troupe. Il dit pourtant
qu'il avoit ordre du Saint
Pere de paffer par la Place
d'Eſpagne; mais les Gardesn'y
curent aucun égard, & il fallut
rebrouffer chemin : le Cardinal
Gouverneur étoit proche
de là dans un caroffe fermé
, d'où ayant vû ce mauvais
fuccés ,il fut à l'inſtant en rendre
compte au Cardinal Al
bani,& celuy cy au Pape. Peu
de temps aprés Sa Sainteté
118 MERCURE
envoya ce même Cardinal Al
bani chez l'Ambaſſadeur de
Portugal ; & ne l'ayant pas
trouvé , Son Eminence attendit
qu'il fût de retour.On ne
ſçait pas ſi ç'a été pour conferer
fur cette affaire , ou pour
autre chofe ; on croit communement
que ce qui a donné
lieu à l'ordre que le Baſigel a
receu , eſt une rencontre furvenuë
entre quelques- uns des
Gardes du Palais d'Eſpagne ,
& un Tambour , qui dansune
des ſoirées des dernieres illuminations
, ſe trouvant devant
le Palais deM. Audun ,
(
GALANT. 119
Auditeur deRote , Alleman
fit & dit ſur la Placed'Elpagne d
quelque choſe de choquant ,
ce qui luy attira de la part des
Gardes quelques coups de canes.
Il eſt à remarquer que ce
Tambour avoit la livrée du
CardinalScrotembak, ou quelque
marque de ſa dépendan
ce :ainſi Son Eminence offenſée
du mauvais traitement qu'
il avoit receu , en porta fes
plaintes au Pape , & voilà , felon
toute apparence le motif
de l'ordre donné au Bargel .
LeSieur Montigny Depofitaire
de laChambre mourut
TUALAD
120 MERCURE
dernierement âgé de 81.ans ;
il a laiffé fepr mille écus à un
frere de M. Collicola , & à coluy-
cy trois mille écus derente.
On dit que par ſon Teſtament
il ordonne à ſon heritier
de ne pas continuer la
Banque; neanmoins le Pape ſe
voyant importuné par les inftances
de pluſieurs prétendans
à la Charge de Depofitaire ,
veut que ledit heritier l'exerce
par interim , & luy en a fait
délivrer le Bref.
LeCardinal Coradini n'ayant
pû obtenir la Sur intendance
de l'Evêché de Viterbe , & fe
trouvant
GALANT. 121
-
trouvant avec un revenu des
plus mediocres , eſt allé de
meurer à Bonacuré. Il ne s'eſt
refervéqu'un Preſtre &unVa
letde chambre. Tous ſes autres
domeſtiques ont été con.
gediez : il a auffi fait rompre le
Bail du Palais qu'il occupoit à
Rome, avant que d'en påttir,
Il a marié une de ſes nieces au
Comte Liſinani de Ravenne ;
la dot de cette Dame eſt de
8000 écus .
Le Grand Prieur Ferreti ,
depuis peu de retour de Ge
nes , a cu audiance du Pape.
On attend actuellementàCi-
Juin 1716. :
122 MERCURE
:
vita Vechia les baſtimens qu'il
anolifez ,& on fera partird'ici
inceffanument pourcePorten
corequelque centaine d'hom
mes qui doivent ſervir fut ces
baſtimens,
Le Duc Lanti beau frere de
M. le Cardinal de la Tremod
le mourut Dimanche dernier
encetteVille,fon enterrement
s'eft fait avec beaucoup de
pompe & de magnificence à
S. Nicolas de Tolentin.
M. Capiluga de Polignano
eſt auſſi decedé : il étoit depuis
quatre ans enfermé dans le
Convent des PP. de S. Coſme
GALANTH. 113
D
& S Damien. Sa conduite
ſcandaleuſe avoit obligé la
Congregation des Evêques &
Reguliers de le condamner à
cette peine. Quoyqu'il ait fait
fon Teftament , la Chambre
neanmoins s'eſt emparée de
ſon bien , & de pluſieurs milliers
d'écus qu'on luy a trou
vẻ.
Le Prince Borgheſe au nom
du Prince fon fils , fait preparer
une trés -belle chaſſe àVil
la Pincerne pour le Prince de
Baviere , qui doit être icy de
retour de Naples dans la ſemaine
prochaine. Il yaura auſſi
Lij
# 24 MERCURE
une Courſe , & on travaille
actuellement à de trés riches
harnois pour le cheval de Son
Alteſſe On dit qu'avant le départ
de ce Prince , Sa Sainteté
fera la Beatification du venerable
Pierre de Regis Jefuite
la Congregation des Jefuites
fait icy de grands preparatifs
pour folemnifer cette Feſte
vers la fin de ce mois.
Dans les Chapitres generaux
qui ſe ſont tenusencette
Vilie ces jours- cy,lesCarmes
Déchauffez ont élû pour leur
General le Pere Epitane de
Sainte Thereſe , François de
GALANT. A
125
Nation. Les Cruciferaires , le
Pere Ange Eſpagnol ; & les
Theatins le Pere Lifola Napolitain;
mais le Cardinal Scrottembak
a proteſté hautement
contre l'élection de ce dernier
comme étant ſuſpect à l'Empereur
; ce qui a jetté ce Religieux
dans une grande confternation,
201
DeVenise le 19. May 1716.
L'on eſt icydans la joye depuis
avant hier , ſur la nouvelle
qu'on a reçûë que le Capitaine
du Golfe avoit couléà
Liij
126 MERCURE
fond une galiotteDulcignote.
Voicy le fait : Le premier de
ce mois les Venitiens quiy a
voient une galere & une ga
liote , rencontrerent prés de
Surda la galiote des Dulcignotes
, qui s'étoit ſeparée peu auparavant
d'une de ſes con
ſerves , ils l'attaquerent , &
vinrent trois fois à l'abor
dage , & furent repouffés
avec perte à chaque fois. Enfin
aprés un combat de s .
ou 6. heures , ils la coulerent à
fond Les Dulcignotes y ont
perdu 114. hommes , & 30.
faits prifonniers , outre 4. ou
GALANT 127
S
5. Italiensque ceux cy avoient
fait eſclaves . Comme on n'eft
pas accoûtumé aux avantages,
celuy cy a fort réjoϋi . , παίον
at Pour faire de l'argent pour
les beſoins de laguerre , le Senat
a refolu de conſtituer pour
fix millions de ducats de ren
tes à quatre pour cent , avec
promeſſe de convertir au mê :
me denier celles réduites à
deux pour cent , à condition
que les proprietaires fourni
ront une pareille ſommeàcel
le qu'ils ont déja donnée. On
croit que l'on ne s'empreſſera
pas de placer là fon argent.
Liij
128 MERCURE
Lundy on propoſa divers
ſujets pour remplir l'employ
d'Eſpagne que M. Rufinisa
refuſé d'accepter , mais aucun
n'a cu un nombre de fuffrages
fuffiſants,&l'on croit que
cette ballotation eſt un vray
jeu.
L'on a reçû des Lettres de
la Dalmatie , qui portent que
les maladies y augmentent
confiderablement , tant parmy
les habitans , que parmy
les foldats& Officiers .
500 Ona auſſi reçû cette femai.
ne des nouvelles deM. le Capitaine
general Piſani : il man
GALANT
deque les maladies qui courroient
à Corfou étoient un
peu diminuées,queM. leCom
tede Sculeinbourg continuoic
à faire reparer les fortificar
tions de la Place, qu'il eſperoit
qu'elles feroientbientôt finies,
&que M. Loredan qui conduiſoit
le grand convoy qui a
été envoyé avec de l'argent
pour payer les Troupes , n'étoit
pas encore arrivé. no
L'Ambaſſadeur de l'Empereur
fit chanter hier le Te
Deum au ſujet de la naiffance
de l'Archiduc : le foir il y eut
un grand concours de maf130
MERCURE
ques dans ſa maiſon , qui és
toit bien illuminée , mais mal
meublée. Il vouloit que dans
les feüllets de nouvelle, on lui
donnât le titre d'Ambaſſadeur
de l'Empereur &du Royd'Ef.
pagne; mais les Gazettes ont
répondu qu'ils ne pouvoient
y inſerer ce dernier titre.
Le Senat a établi la taxe du
Dixiéme fur les loyers des
maiſons au deſſus de so. ducats
, payable moitié par les
Locataires , & moitié par les
Proprietaires. Si elle étoit païéc
regulierement, elle produiroit
au moins cinq cens mille dus
GALANT 931
i
cats par an ; mais la Noblefle
s'en exemte en partie , & les
pauvres ne font pas en état de
la fupporter.
L'Ambaſſfadeur d'AngleterreàConſtantinople
a dépêché
un Courier à Vienne , pour y
porter lanouvelle que leGrand
Vifie l'avoit fait appeller, pour
buy dire que le Roy d'Angleterre
s'étant chargé dans cette
mediation , de maintenir la
Paix de Carlowitz , il jugeoit
à propos de luy dire que le
Grand Seigneur comprenoit
que l'Empereur la vouloit
rompre , qu'il devoit voir la
132 MERCURE
conduite que le Grand Scigneur&
I Empereur avoient
tenuë , & en faire la difference;
que ce dernier Prince n'avoit
fait aucune plainte contre
la Porte ,& n'en avoit aucun
juſte motif; & que fi la
guerre s'allumoit , ce feroit à
cemême Prince à rendre compte
à Dieu&aux hommes des
malheurs qui en pourroient
arriver , puiſque la Porte n'y
avoit donné aucun pretexte ,
& qu'elle étoit reſoluë de
maintenir la Paix , fi elle n'étoit
pas attaquéc.
GALANT. 133
:
Des lettres de Malte du 22 .
du paſſe portent qu'un Val
ſeau de la Religion avoit attaqué
le 8. I Amiral d'Alger qui
étoit monté de 60. pieces de
canon & de 166. hommes d'équip-
ges ; l'ayant abordé
aptés un rude combat , où la
pluſpart des Officiers avoient
été tuezoubleſlez , il en étoit
reſté le Maiſtre , mais le feu y
ayant pris, il avoit été obligéde
deborder pour s'en éloigner ,
&un quart d'heure aprés co
Corſaire ſauta ,&de tout fon
équipage il ne s'en eſt ſauvé
que dix hommes: ces lettres
134 MERCURE
ajoûtent qu'on avoit furpris
un Brigantin , où il y avoit
dix hommes qui jettoient la
fonde aux environs du Port
où ils avoient été amenez , &
quoy qu'ils ſe difoient Ge
nois , ils eſtoient neanmoins
Turcs.
On ajoûte aux lettres de
Naples du 12. du paffé , que
le 17. on devoit faire une Pro
ceffion generale, où le Chef
de S. Janvier , Patron de la
Ville, devoit eſtre porté en
grande ceremonie , pour de,
mander à Dieu une heureuſe
recolte , & toutes les graces
GALANT5
dont on avoit befoin ; que le
16. au fon il y eut un grand
treniblement de terre ,&le ir .
au matin il recommença viokmment
, & quoyque les ſecouffes
ayent été rudes , elles
n'ont cauſe aucun dommage :
depuis quatre jours le Veſuve
avoit vomi une prodigieuſe
quantité de flames , avec des
bruits fi épouventables qu'elles
avoient données de la terreur:
qu'on avoit cu avis de
Reggio que pendant 3. jours
on avoit vû le long de la côte
pluſieurs Monſtres Marins,
entr'autres un qui reſſembloit
àun Satir.
136 MERCURE
On a reçû des lettres de la
Cologne du premier de ce
mois , par leſquelles on apprend
qu'il y avoit eu de furieux
ouragans le long de la
coſte deGalice,qui avoient fait
petir quantité de bâtimens
entr'autres deux François venant
du détroit qui avoient
eſté jettez ſur la côte prés de
Vigo , où ils avoient cité mis
en pieces ; mais qu'une partie
de l'équipage s'étoit ſauvée à
terre; & que 3. Vaſſeaux
Hollandois estoient entrez
dans le Port de Baynna pour
ſe radouber , ayant eſté forr
N
maltraitez
.
GALANT . 137
i
maltraitez par une rude tempête.
Ces lettres ajoutent que
Le Patron d'un autre bâtiment
avoit rapporté qu'il avoit vû
périr deux Vaiſſeaux Anglois
avec tous leurs équipages ,
qu'un coup de vent les avoit
jettez contredes Rochers vers
Bilbao ; que les Saletins continuoient
toûjours leurs courſes
le longdes côtes où ils faifoient
continuellement des priſes.
Des lettres de Naples du
24. du paflfé , confirment la
diſettedes vivres qui augmen.
te de plus en plus dans ce
Royaume; & toutes les me-
Juin 1716 . M
438 MERCURE
fures qu'on prend pour en
procurer l'abondance n'ont
Ler vi de rien juſqu'à preſent ,
&on doute même d'une abondante
recolte cette année
d'autant plus que la longucur
de l'hyver contre la coûtume
du Pays,a détruit la plus grande
partie des ſemences ; ces
lettres ajoûtent que le Viceroy
a receu ordre de la Cour
de Vienne de faire preparer
avec toute la diligence poffible
8000 quintaux de poudres
fines & trente mille quintaux
de balles & de boulets , mais
fans affigner aucun fond pour
GALANTME
cetre dépenſe. Le même or
dre a eſté donné à la Secre
tairerie de la guerre , dont les
Officiers ſe font adreſſez à la
Chambre Royale; & on croit
que toutes ces commiffions
feront envoyées en Dalma
Des lettres de Marseille du
9. de ce mois , portent qu'un
bâtiment eſtoit arrivé dans
ce Port venant des Echelles
du Levant , par lequel on
avoit appris qu'il y avoit cu
au grand Caire un grand incendie
qui avoit confumé une
grande partie de la Ville , &
Mij
140 MERCURE
ル
que la contagion y faifoit
toûjours de grands ravages
ce qui avoit obligé les Miniftres
étrangers qui y eſtoient à
ſe retirer à la campagne.
Suivant les Lettres de Milan
du 4. de ce mois , des
Troupes Piemontoiſes étoient
entréesdans desBourgs &Villages
dépendants de cet Eltar,
&s'étoient fait donner de force
des rafraîchiſſemens : cette
démarche pourroit bien avoir
des ſuites fâcheuſes .
On mande de Strasbourg
du 24. du paſſé qu'on faiſoit
en cette Ville& dans toute la
GALANT. 41
S
-
:
Province des preparatifs de
guerre ; qu'on y fortifioit &
muniffoit les Places ; qu'on y
continuoit auffi les levées pour
l'Electeur de Baviere , qui ſe
faifoient avec beaucoup de
fuccés. Le 20. il pafla par cette
Ville 400. hommes la plûpart
Suiffes, pour fervir de recruës
dans les vieux Regimens
Bavarois , & on n'apprenoit
point encore que S. A. E. cedoit
de ſes Troupes à l'Empereur.
On ajoûte qu'on veilloit
toûjours exactement ſur
le tranſport de l'argent de
France dans l'Empire : que tou
$42 MERCURE
1
tes les Troupes Imperiales qui
étoientdans Brifac &dans Fri
bourg en étoient forties pour
ſeren dreen Hongrie. Ces Lett
tres ajoûtent que les maladies
étoient fi frequentes , qu'il y
mouroit sous les jours beaucoup
de perfonnes de tout âge
&de tout foxe.
1. On mande de Lille que les
Commuffaires Imperiaux y é
toient revenus de Bruxelles ,
pour mettre la derniere main
au Reglement des limites .
On mande de Barcelonne
du 12. de ce mois, qu'on y tra
vailloit avec toute la diligence
GALANT $43 ..
poſſible aux fortifications exs
terieures de corte Place ypartis
culierement à celles de la plaid
ne où beaucoup de monde
écort employé & quionefpetoit
qu'avant la find Aoûtel
les feroient dans leurs perfec
tions , aprés quoy.on.com
menceroit à travailler aux ou,
vrages anciens interieurs , tant
àla Ville qu'au Fort du Mont
Jouy , & qu'on avoit com
mencé à ouvrir la terre du cô
té de la marine pour la conſtruction
de laCradelle , àlaquelle
on travaillera immediatement
aprés que les fortifi
144 MERCURE
cations de la Place feront fi
nics , où quantité de Maſſons
&autres Ouvriers venus de
France font employez
On apprend auſſi par des
Lettres de Roſes, qu'on y tra
vailloit pareillement aux fortifications
, tant à la Ville ,
qu'au Fort de la Trinité.
On écrit de Gironne du 25 .
du paflé que quelques Mique.
lets commençoient à paroître,
une quarantaine s'eſt fait voir
du côté de Baſcara , quelques
uns avoient auſſi paru du cô.
té de Vick , qu'on avoit fait
pour aller à leurs trouffes un
détachement
GALANT 145
détachement qui en rencon
tra une trentaine du coſté de
Ripols , les attaqua , en tua&
en prit onze qu'on a amenez ,
& qui devoient eſtre pendus
le lendemain ; & parmy ce
nombre eſt leur Chef qui eft
blené...
< Des Lettres de Chambery
du 29. May portent qu'on y
faiſoit de gros magaſins de
vivres&de fourrages,& qu'on
avoit marqué uncamp prés de
cette Ville pour les Troupes
Piemontoiſes , qui devoient
venir y camper: qu'on préparoit
auffi des logemens pour
Juin 1716 . N
146 MERCURE
leurs Majettez qui y font attenduës
vers le 1s. de Juin; ce
-qui n'inquiete pas peu les Ge.
nevois , qui apprehendent d'être
attaquez ,& en ce cas ils
follicitent du ſecours des Cantons
Suiffes leurs voiſins &
Alliez .
On écrit de Villefranche ,
2 que quatreBataillons deTrou.
alpes Piemontoiſes s'y eſtoient
embarquées pour paffer en Sicile.
On écrit de S. Malo qu'on
avoit cu avis d'Edimbourg ,
que les Comtes de Marshall ,
Seafort , Southesk , avec le
GALANT. 147
Marquis de Tullibardine , &
autres perſonnes de confideration
au nombre de 30.s'étoient
embarquez depuis peu
fur un vaiffeau François , dans
les Ifles duWeſt , pour ſe retirer
en France 201
Le ſieurThomas Ingenieur
a trouvé une nouvelle inven-
**tion de fabriquer des canons
d'un métal d'une nouvelle
compoſition , qui font legers
&faciles à porter, n'ayantque
18. lignes d'épaiffeur , & un
mulet en peut porter un de
36. livres de balle : l'épreuve
ena eſté faite le 14. de ce mois
Nij
148 MERCURE
dans la plaine de la Villette au
Bourget; & cet Ingenieur en
acu tout le ſuccés qu'il en pouvoit
ſouhaiter. M. le Duc Regent
& les Princes ſe font
trouvez à cette épreuve,& ce
19
jour- là , de même que le lendemain
13. &le Lundy is .
qu'on a encore fait la même
épreuve.
Interrompons , s'il vous
plaiſt , en cet endroit la ſuite
des nouvelles generales ; & en
attendant que le tems rameine
ce chapitre ſur le tapis , lifez ſi
vous le jugez à propos , l'article
des Morts.
M
GALANT. 149
MORTS.
-
Antonio Lanty de la
Roüere , Prince de Belmont
en Sicile , Duc de Bonmars ,
Marquis de la Roche
Semibalde , Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit par le feu Roy
en 1696. dontiln'a porté que
les marques exterieures ,
n'ayant jamais eſté reçû , quoique
cependant ſes preuves
ayent eſté admiſes,d'uneMaifon
originaire de Ferrare , &
faiſant fa refidence ordinaire
à Rome, y eſt mort le s.
Niij
150 MERCURE
D
May 1716. Il avoit épousé
Loüife Angelique de la
A
Tre
moille , fille de Loüis de la
Tremoille , Duc de Noir
moutier & de Renée Julic
Aubery, & foeur de la PrinceffedesUrfins
& du Cardinal
de la Tremoille, dontil laſſe:
1. Loüis Lanty de la Roüere ,
Prince de Belmont. 2. Ale
xandre , Prince de la Rochemibalde.
3. Frederic Chevalier
, & Marie Anne Cefarine
Lanty. Marie Antoine Lanty,
aycul de celui dont nous annonçons
la mort , avoit époulé
le 31. Aoult 1609. Lucrece
1
•
GALANT
de la Roüere, àcauſe de laquel-
Ic alliance , leur poſterité a pris
le nom de la Roüere : de ce
mariage ſont venus Louis
Lanty, mort fans enfans mâ
les , & Hyppolite Lanty de la
Roüere , Duc de Bonmars, qui
fut marié l'an 1646. avec Marie
Chantine d'Altemps , fille
de Pierre Ducd'Altemps ,&
d'Angelique de Medicis. De
cette alliance étoit iſſu celuiqui
donne lieu à cet article , lequel
étoit couſin du grand Duc de
Florence, à preſent regnant,
A
du deux au troifiéme degré
par la maiſon de la Roüere.
N iiij
152 MERCURE
Dame Marguerite Fouquet
du Chaſlain, qui avoit époufé
en 1659. Bernardin de Gigault
, MarquisdeBellefons
Maréchal de France , Cheva
lier des Ordres du Roy,&c.
mourut le 20. May 1716.
elle étoit fille de Chriftophle
Fouquet Comte de Chaflain,
Preſident à mortier au Parlement
deBretagne , & d'Elizabeth
Marin : elle avoit cu entre
autres enfans Loüis Chri
ſtophe Gigault , Marquis de
Bellefons , mort des bleſſures
qu'il reçut au combat de Stin->
kerque , laiſſant de MarieGALANT.
I155
Olimpe- Emanuel de la Porte
Mazarini Mancini , Charles-
Louis-BernardinGigault mort
le 20. Aouſt 1710. Jaffant un
fils unique de fon mariage a
vecAnne-MagdelaineHenne
quin d'Ecquevilly ,&Marie-
Magdelaine HortenſeGigaule
de Bellefons femme d'Anne-
Jacques de Bullion Marquis de
Fervacques. A
Dame Elizabeth le Liévre,
veuve de Meffire Nicolas Do
rieux Maiſtre des Re queſtes,
mourut le 24. May 1716. elle
eſtoir fille de Thomas le Liep
vre Marquis de Grange Fou-
:
154 MERCURE
rille , Mattre des Requeſtes,
&Prefident au Grand Confeil
, & d'Anne Favre de Berlife
: elle avoit pour freres,
Pierre François le Liévre Marquis
de Fourille , Guidon des
Gendarmes Ecoffois , tué à la
Bataille de Montcafiel au mois
d'Avril 1674 & Armand Jo
ſeph le Liévre Marquis de la
Grange,Avocat au Parlement,
& pour foeurs , Anne Julie le
Liévre , femme de Claude de
Bretagne, Barond'Avaugour,
Comte de Vertus , &c. &Ma
rie- Margueritele Liévre, feme
me d'Henry d'Eſcoublon ,
:
GALANT 155
Comte de Montluc.: Mar
-Dame MargueriteBoffuet,
qui avoit épousé r . Meffire
Nicolas Meliand Maſtre des
Requeftes , 2. Meffire Cyprien
Perrot, Seigneur de Fercourt
, auffi Maistre des Requeſtes
, mourut le 21. May
Elle estoit fille de François
Boſſuet Seigneur de Villors,
Secretaire du Conſeil ,
&deMarguerite Beuvron ; &
elle a laffe pour filleMarguerite
Meliand femme de Claude
Cherier Maistre des Comptes.
Dame Marie- Magdelaine
156 MERCURE
Boifferet , épouse de Meffire
Jacques - Charles Bocharte
Chevalier Seigneur de Cham
pigny , Poincy , &c. mourut
le 26. May, laiſſant plufieurs
enfans encore fort jeunes : la
famille de Bochart eſt une des
plus anciennes , des plus illuf
tres , & des mieux alliées de la
Robe.
G Dame Marguerite- Louiſe
Sophie de Neufville Villeroy,
fille de M. le Duc de Villeroy ,
a époufé Meffire François
Marquis de Harcourt , Capitaine
des Gardes du Corps du
Roy , & Lieutenant General
GALANT 157
1
Π
pour Sa Majesté en la Province
de Franche -Comté , mourut
lemad Juin 11776 en fa dix
huituéme année : Jone vous dis
rien de la Maiſon de Harcourt
ni de Villeroy , vous en ayant
parlénpluſieurs fois dans mes
fo ✓ derniers Journaux,
La Princeffe Hedwige Elconord
de Holſtein Gottorp ,
Reine Doüairiere de Suede ,
Ayeule de Charles XII. regnant
aujourd'huy , mourut
Ic mois paffé
T
La Princeſſe Doüairiere
d'Egmont , mourut le 31. du
paffe à Bruxelles .
158 MERCURE
Daine Anne Marie Magde
laine de S Nectaire , femme
*de Meffire PierreGilbert Colbert
, Marquis de Villacerf ,
premier Maistre d'Hoſtel de
feuë Madame la Dauphine ,
mourut le . Juin , laiffant
entr'autres enfans Marguerite
Colbert de Villacerf, mariée
en 1714. avec François Emanuel
de Crufiol , Comte de
Leſtranges ,&... Colbert de
Villacerf, mariée depuis peu
au Comte de Villemont du.
nom de Vent d'Arbouze :
elle érot fi le de Jean.Charles
de S. Nectaire Comte de
CALANT درو
3
Brimont , Lieutenant General
des Armées du Roy , & de
Marguerite de Beaufonte -
nant. La Maiſon de S. Nectaire
eſt originaire d'Auvergne
, & elle eſt une des
plus anciennes & des plus il-
Juſtres du Royaume.
請
Meffire Augustin Meſnard,
Chevalier Marquis de Toucheprez
,& Baronde Châteaumur
en Poitou , eſtant venu
icy pour quelques affaires , y
eſt mort le s. de ce mois. Il
ne laiſſe de Dame Julienne-
Marie Rofe de Brechand fon
époule , qu'un fils unique , qui
160 MERCURE
par ſa mort devient l'aîné de
cette famille qui a pluſieurs
branches . Mrs Meſnard de
Toucheprez & de Tiffange,
portent pour Armes d'argent
à trois porcs épics de fable..
:
Il y a quelque apparence
que l'article des Mariages veut
fucceder immediatement à celui-
cy, puiſque depuis le temps
que je cherche dans mes papiers
, pour varier davantage
mes matieres , je ne trouve
que luy ſous ma main. Hé
bien ſa volonté foit faite.
: MARIAGES.
GALANT. 161
21 MARIAGES ב
67
Meffire Andrault, Marquis
de Montlevrier , Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
épouſa le ... de Juin le
... Camus , fooeur de Meffite
Nicolas le Camus , premier
Préſident de laCour des
Aydes, Commandeur , Prevêt
&Maistre des Ceremonies des
Ordres du Roy , & fitlende
Meffire Nicolas le Camus ,
Premier Préſident de la même
Cour des Aydes , & de Dame
Matic- Elifabeth Langlois : la
Juin 1716.
162 MERCURE
famille de leCamus eſt une des
plus illuftres de la Robe ; pour
celle d'Andrault , elle n'eſt pas
moins diftinguée par ſon ancienneté
que par ſes alliances.
Meffire Anne de Balaine ,
Chevalier Seigneur de Pommeray
, &c. Chevalier de
Noftre-Dame du Mont-Carmel&
de S. Lazarede Jerufalem,
Ecuyer ordinaire de S.
A. R Madame , époufa le ...
*du mois paffe , Damoifelle
d'Aquin Châteauregnard, fille
de Meffire Antoine d'Aquin,
Seigneur de Châteauregnard,
Préfident au Grand Confeil ,
GALANT 163
&Secretaire duCabinet ,&de
Dame Elifabeth Thomas de
l'Ile , & petite fille de Meſſire
Antoine d'Aquin , premier
Medecin du Roy: le nom de
Balaine en Champagne eft
d'une Nobleſſe ancienne &
diftinguéc.
ॐ
Reprenons maintenarit à
nôtre aiſe l'article des Nouvelles
deParis, il eſt plus amuſant
& plus intereſſant lui ſeul
que toutes les autres matieres
de ce Volume.
Le premier de ce mois ,
l'Aſſemblée du Prima- Menſis
Oij
164 MERCURE
1
1
ſe tint en Sorbonne à l'ordinaire
avec les conteſtations &
les examens accoûtumez
Lc 2. M. le Marquis de
Bonnac , de qui j'ay cu fouvent
l'honneur de vous parler,
eſt enfin , & àmon grand regret
, parti pour ſon Ambaffade
de Conftantinople.
Le 3. lc 4. le s. le 6. rien
que je puiffe dire.
Le 7. l'hiſtoire que voicy.
GALANT
RELATION
des Festes magnifiques qui ont
été celebrées en l'honneur de
la naiſſance de l'Infant Dom
Carlos 7. le 8. &le 9. de
ce mois chezM. le Comte de
Ribeira , Ambassadeur Extraordinaire
de Portugal , en
France.
1
Dans les plus communes ,
comme dans les plus fingulieres
actions des Grands , la
loüange au regard effronté,
eſcortée de la flaterie ſa fidele
compagne, ne manque jamais
166 MERCURE
de venir répandre à pleines
mains fon encens fur l'autel
de leur vanité. En un mor
on louë tour. C'eſt un uſage
établi dés la creation du
monde. Orateurs , Poëtes &
Parafites ſubſiſtent de cet
Art. Le beſoin qu'ils ont de
plaire eſt ſi urgent , que chez
cux le vice eſtdecoré&environné
de toutes les baſſeſſes
de l'adulation , & une vertu
mediocre élevée au deſſus du
firmament. * Artis magister ,
venter,&c. Item il faut vivre...
&comment feroit fans cette
* Perſo. Prologue..
GALANT. 447
noble Profeffion , un certain
ignare & plus qu'inopide
Abbé , Auteur Compilateur
d'un Livre qui traite des curiofitez
de Paris? Ne mourroitil
pas bien tôt de la malefaim,
s'il n'étoit l'eſpion , la mouche
& le mendiant declaré de
tous les étrangers titrez qui
arrivent en ectte Ville. Il fait
juſtement icy ce que j'ay vû
pratiquer mainte&maintefois
en Italic. Il a toûjours un feüillet
griboüillé , chargé d'excelfives
& miferables loüanges
pour le dernier venu. Voicy
àpeu- prés le titre de ces beaux
ouvrages.
168 MERCURE
MA
Tres- excellent , tres- illustre
tres -magnifique Seigneur
Avant votre arrivée en cewe
Ville, la renommée à cent voix
avoit deja fait retentir ces lieux
du bruit de vos vertus. Votre
magnificence & votre generofné
font incomparables ,&c...
Cela luy vaut toûjours quelques
aubaines , & il ſubſiſte.
Ainſi chacun a ſon petit talent
, voilà le fien .
Pour moy , grace au Ciel ,
faute de l'impudence neceſſaire
, pour ſoûtenir décemment
Phonneur & la gravité de ce
miniftere, j'aycrû juſqu'à prefent
GALANT. 169
ſent qu'il n'y avoit point de
Métier plus bas que celui de
loüer à tort & à travers , comme
fait ce douccreux Abbé
auffi bien que pluſieurs de
Meſſieurs ſesConfreres.Telle
eft encore , & telle ſera toû
jours la maxime la plus ſolide
de mes écritures. Ainfilorſque
j'entreprends derendre publiques
les fêtes fuperbes qui
viennent d être celebrées chez
Monfieur l'Ambafladeur de
Portugal, je ne m'en propoſe.
qu'un recit ſimple ; & je n'ay
garde de m'imaginer qu'un
amas de termes pompeux puil
Juin1716. P
170 •MERCURE
fe aucunement ſervir à rehauf
for la generoſité, la magnifi
cence& les autres belles qualitez
de cet Ambaſſadeur.
Monfieur le Comte de Ri
beira aprés avoit fait en cetre
Ville le 18. du mois d'Aouſt
dernier la plus riche & la plus
brillanteEntréequ'on ait peutêtreencore
veuë, a étalé depuis
dans toutes les occafions qui
sten font preſentées , toute
la nobleſſe & toute la ſplen
deur imaginables. Tables,afſemblées,
jeux , concerts,bals,
chez luy rien n'a ofté épargné.
Enfin la prefence de l'Infant
CHADANDE. 971
Dom Emanuel , frere de fon
Maître, & la naffance du
PrinceDom Carlos, l'ontpor
té à donner le 7. de ce Mois
les brillantes feres que tout
Paris a veues pendant trois
jours confecutifs .
21 Le premier de ces trois jours,
fur les neuf heures du foir
fon Hôtel qui eft à la pointe
del'Ile , dans leplus bel afpect
du monde , fur illuminé de
tous les côtez. Son jardin fut
éclairé par cinq pyramider
hautes de trente pieds chacu
ne , & toutes couvertes de
Lampions. Aux quatre coins
Pij
172 MERCURE
de ce jardin étoient quatre
orqueſtres remplis de joueurs
d'inſtrumens pour la commo
dité , la liberté& le plaifir des
Maſques. Cependant on dan
foit également dans la grande
galeriede cet Hôtel ; d'autres
ſo promenoient , ou jouoicht
dans les appartemens, pro
Au deſſous de la galerie eft
l'orangerie , où l'on avoit
dreſſe un vaſte & fomptueux
amphiteâtre couvert de fruits,
de confitures feches & de toute
ſorte de viandes. Aux trois
grandes croifées de cette orangerie
étoient trois buffets ſpa-
८
CALANT! 173
cieux ,pour fournir plus aifé
ment à tout le monde les ra
fraîchiſſemens dont on avoit
beſoin ; les buffers& les tables
furent continuellement - re4
nouvellez par un grand nom.
bre d'Officiers chargez de la
diftribution de toutes les cho
fes qu'on pouvoit ſouhaiter :
& pour le peuple deux fontaines
de vin coulerent tant
quela nuit dura.b
も
Madame Ducheſſe de
Berry ,y arriva un peu aprés
minuicu
Si l'Art des Peintres a le
droit de conſacrer à la poſte
Piij
174 MERCURE
fité pour un certain nombre
d'années,les traits auguſtes des
Maîtres du monde, pourquoy
no me fera-t-il pas permis de
devenir Peintre à mon tour ?
MesTableaux ne feront peut
être ny fi beaux ny fi reffemblans;
mais j'oſe répondre au
moins qu'ils dureront plus
long temps : Et fi toutes les
Bibliotheques publiquestion
l'onm'enchaſſe comme quels
que chofe de précieux ne font
pas miſes en cendre , j'ayen
core un prodigieux nombre
d'années à vivre. Quoyqu'il
en foit, mon fort eſtd'écrire
GALANI 175
& maintenant mon deſſein eft
depeindre le
yoAu milieu de cette bril
lante nuit,onvit paroîtreMa
dame de Berry dans la grande
galerie de l'Hôtel dePortugal.
Getre Princeffe vêtuë à l'imis
tation des habillements que
portoit laReine Marie de Medicis
, & dont on voitdans les
Tableaux de Rubens de fi
magnifiques peintures, fut en
unmoment annoncée par tout
le monde. Les inafques qui
danfoient interrompirent
leurs danſes , les amants cef
ferent de s'entretenir de leurs
Piiij
176 MERCURE
amours , les rivaux s'appaiſe
rent , & ceux & celles que le
fommeil accabloit , s'éveille,
rent pour aller en foule joüic
à l'envi du bonheur de la voir.
La richeſſe de ſon habillement
tout couvert de pierreries
fut à peine remarquée. Les
yeux avides &infatiables trou
voient en elle-même & dans
ſes regards , des graces qui les
détachoient ſouverainement
du ſoin de s'appercevoir de la
fplendeur des ornements qui
accompagnoient la majeſté ,
l'éclat & la beauté de ſes traits .
Cette Princeſſe , en tout lieu ,
CALANT アラブ
&toûjours l'objet de l'admi
fation de tout le monde , fut
complimentée en arrivant, par
Monfieur l'Ambafladeur , &
unmoment aprés par le frere
du RoydePortugal
Ce jeune Prince s'acquitte
avec des graces infinies de tour
ce qu'il entreprend. Il n'eft
point de Cavalier en France
qui faſſe mieux ſes exercices
que lay.Une liberté charman
te,unair noble&naturel font
en luy des qualitez qu'il por
ſede au ſouverain degré. Il eſt
parfaitement bien fait ,& les
traits de fon viſageblanc,de
178 MERCURE
licat & beau , compoſent le
chef-d'oeuvre de ſon portrait.
Il danſe enfin avec toute la
propreté imaginable , choſe
dont il fut permis à tout le
monde d'être témoin & juge
pendant cette premiere nuit
qu'il paffa preſque entiere
danſer avec les jeunes Prin
ceffes du Sang , & avecMadame
l'Ambaſſadrice. Je pric
ceux qui ont lû ce que j'ay die
& crû devoir dire d'elle avec
fimplicité&verité , dans le re
cit que j'ay fait d'un Bal que
M. le Comte de Ribeira
donné l'hyver dernier,de me
GALANT. 179
1
diſpenſer du foin de chercher
de nouvelles expreſſions, pour
leur repeter que cette Ambaffadrice
eſt une des plus polies,
des plus gracieuſes ,& des plus
bellesDamesqu'on puiffe voir.
si Voila à peu prés un leger
détail de ce qui ſe paſſa pen
dant la nuit du 7. Voicymaintenant
l'hiſtoire du si
Entre les neuf& dix heures
du ſoit ,l'Hoſtel de Portugal
fut entierement illuminé jul
ques ſur les toits. Les cinq py
ramides du Jardin allumées
comme la veille , on entendir
un bruit de hautbois , tymbal
180 MERCURE
les & trompettes , qui fervit
de fignal à des gens deſtinez à
donner un nouveau ſpectacle
au Public, motus
A une diſtance raiſonnable
de l'Hoſtel de Portugal, on
avoit dreffe au milieu de la
riviere un magnifique Fou
d'artifice dans un grand ba
teau. Au ſignal des trompettes
ce Feu fut allumé ; & pendant
présd'une demie heure
tificiers nediſcontinuerentpas
de fervir de nouvelles inven
tions de leur Art. Les deux
coſtez de la riviere furent cel
même ſoir remplis d'une infi
les Ar
GALANT
nité de fpectateurs. Tous les
Princess Puncefles , grands
Seigneurs du Royaume &
autres,furent ſe promeneraudeflus
de la Porte S. Bernard,
& du côté de l'Artenal On
avoit dreſſe partout des échaf
fautspourlacommodité duPublic.
Lorſqu'il n'y cut plusrien
àvoir ſur l'cau , deux fontaines
devin recommencerent à cou-
Ier pour le peuple: cependant
on fervoit dans l'Hôtel de
Portugal un ſplendide ſoupé
àungrand nombre de perfonnes
de la premiere qualité qui
yavoient eſtéinvitez: &toute
182 MERCURE
la nuit , comme la veille , les
illuminations durerent,
Le neuf il y cur les mêmes
illuminations que les deux
jours precedens , grand bal,
grand jeu , & comme le ſept,
une profuſion étonnante de
viandes &derafraîchiffemens.
Du reſte ce qu'il y cur àmon
gré , de plus fingulier pendant
cette nuit , ce fut l'Avanture
que vous allez lirë. 1
AVANTURE
Dans l'une des trois rues
S. Louis , à Paris , Dorante a
GALANT. 183
une fort belie maiton oùilde
meure. Aveclut habitent, non
fans douleur , ſa femme& fes
deux filles. Dorante eft riche,
dur , capricieux , avare , fa
femme n'eſt tien moins que
cela , & fes filles qui font jo,
lics comme l'amour , fçavene
de ſcience certaine , qu'ayant
l'une ſeize ,& l'autre dix ſept
ans , elles font nubiles à merveille.
Leur maiſon où elles
ſont preſque toûjours enfermées
, grace à la vigilance &
à la méfiance de leur trés ho
noré Papa , a des avenuës fi
bien gardées , & dont l'accés
484 MERCURE
eſt ſi difficile , qu'il y auroit de
qucy dégoûter les plus obſtinez
amoureux du monde du
ſoin de leut faire la cour fielles
estoient un peu moins aimables
qu'elles ne ſont ; mais l'amour
& l'induſtrie dreffent ordinairement
de furicuſes batteries
contre les precautions
desArgus: & ils ont rarement
affez d'yeux pour ſe garentic
de tous les pieges qu'on leur
tend. Enfin quoique vous faffitz
,Monfieur Dorante , Eliſe
&Clelie ont plus de reſſources
& d'eſprit que vous n'avez
d'inquietudes , il y a longtemps
GALANT• 185
temps qu'elles gemiſſent dans
l'eſclavage où vôtre dureté les
enchaîne , & qu'elles mettent
tout enuſagepour ſe procurer
quelque élargiſſement. Prenez
garde à vous ? le miracle
de leur liberté va être malgré
tous vos foins, le chefd'oeuvre
d'un bal.
En effet le de ce moisces
deux jeunes perſonnes , aprés
avoir à force de prieres & de
avoir a
prefe preſens misdans leurs interêts
le premier & le plus fidele domeſtique
de Dorante , elles lui
declarerent l'envie extrême
qu'elles avoient d'aller au bal
Juin 1716 . e
186 MERCURE
de l'Ambaſſadeur de Portugal,
elles lui direntqu'elles avoient
déja pour cette partie le confentement
de leur mere, qui
en feroit elle-même , fi mal
gré la mode , le lit de fon
époux n'étoit pas toûjours le
fien ,&qu'il nemanquoit plus
que ſonaveu pour faire réüffir
leur entrepriſo. Il cut beau
repreſenter toutes les difficultez
dont ce projet étoit envi
ronné , ſes remontrances ne
les perfuaderent point , au
contraire elles lui répondirent
des chofes fi touchantes,& lui
firent tant de careſſes, qu'à la
GALAND 187
fin ce pauvre garçon attendri,
confentit , la larme à l'oeil, à
faire ce qu'elles exigeoient de
lui. Il leur promit de leur ouvrir
à minuit la porte dont il
avoit toûjours la clef, de for
tir avec elles , de les mener
juſqu'à un carroſſe qui devoir
les attendre à vingt pas audeſſous
de la maison , & de
les accompagner juſqu'à la
porte dubal ,où il leur fit jurer
de ne reſterquetrois heures
au plus. Ces deux pauvres enfans
, ravis d'avoir obtenu un
ſi doux conſentement , lui firent
les plus jolis petits fer-
Qij
188 MERCURE
a
-0000
mens du monde , de ſe retrouver
juſte au rendez vous
à l'heure qu'il leur marquoit.
Mais l'homme propofe , &
Dieu diſpoſe : & ces aimables
filles qui n'avoient pas man
qué de trouver leurs bienheu
reux amans dans le bal , ſelon
l'ordre qu'elles leur en avoient
donné , ne s'attendoient point
à un nouveau caprice de la
fortune. Pouvoient- elles prevoir
helas , que leur confident
feroit trahi par ſon camarade.
Non en verité. Voicy pourtant
comme la choſe arriva.
Bourguignon enragé conGALANT
tre Champagne , parce que
leur Mantre commun honoroit
de dernier de toute la confiance
, après avoir épié depuis
long tems toutes les occaſions
de luy nuire , trouva
enfin celle-cy. Il découvrit la
manoeuvre de cette Avanture,
il vit ouvrir la porte , fortir
les Demoiselles , & Champagne
avec elle. Auſſitoſt envalet
officieux & zelé , il monte
à l'appartement de ſonMaître,
qu'à force de faire du bruit ,
il éveille en ſurſaut ; & aprés
un long verbiage ( qualité attachée
à cettemaligne engeanلوم
MERCURE
ce ) il luy dit qu'il a vû deux
ou trois hommes armez enlever
ſes deux filles , & que
Champagne qui a ouvert la
porte à ces Raviſſeurs, eſt ſans
doute du complot. Bon , die
la femme de Dorante , il n'y
apoint d'enlevement à cela,
& vous verrez affcurement
qu'elles feront allées aubal de
l'Ambaſſadeur. Voila de vos
indulgences , Madame , reprie
Dorante. Vos filles au bal ,&
aubal ſur leur bonnefoy , cela
eft enveritéfort fage.Bourguignon
, fais mettre tout à
Theure les chevaux au caroffe;
CALANM
& vous , Madame , habillez
vous comme il vous plaira ,
pour aller les chercher avec
moy. Vous avez icy une robe
de taffetas qui fuffira pour vo
tre déguisement , &moy je
vais mettre monhabit decam
pagne. Auffitoft chacun tra
vaille à qui aura pluſtoſt fait.
Le caroſſe eſt preſt , on ymon
te ,& l'on foüctte à l'Hoſtek
de Portugal.parago
8. Dorante a mis à peine les
pieds dans le jardin , que ſes
filles l'apperçoivent , elles dé
tachent auflitoſt leurs Amans
aprés luy,& avec le ſecours
1,2 MERCURE
de quelques autres Maſques de
leur connoiffance , elles font
environner leur mere, qu'elles
attirent dans un lieu éloigné
pour s'y découvrir à elle.Certe
bonne maman ravie de ſc
voir au bal , leur conte tout ce
qui vient d'arriver. Alors un
Maſque luy perfuadede changerde
robe avec luy pourpouvoir
mieux éviter la rencontre
de fon mary. Elle le fait , &
chacun en pleine liberté joüit
des plaiſirs de la fefte. Cependant
Dorante paſſe aſlez mal
ſon tems. Eft-il poſſible, luy
dit undes jeunes gens que fes
filles
!
GALANT. 193
filles ont mis à ſes troufles ,
qu'un homme ſage comme
s'aviſe de venir au bal ? vous
Comment avez vous pû vous
refoudre à quitter voſtre femme
, vos filles que vous faites
enrager , & voſtre coffre fort
que vous aimez plus qu'elles ,
& que vous- même. Seriezvous
par une metamorphofe
inconcevable devenu tout à
coup moins farouche & moins
avare ? Si cela eſt , quelleobli .
gation n'avez- vous pas à ceux
qui vous ont donnéla premie
re leçon de politeſſe & d'humanité?
Que fignifiedonc tout
Juin 1716. R
194 MERCURE
{
cecy , diſoit à chaque inſtant
Dorante , & à l'exemple du
Marchand de Fagots duMedecin
malgré lui ; le refrain de
fa chanſon eſtoit A qur
en veulent ces gens- là ? Mais
ceux-cy avoient reſolu fermement
de ne le pas quitter fitôt.
Enfin lui dit un d'eux : Nous
ne vous laiſſerons pas faire
un pas en liberté , que vous ne
nous ayiez declaré de bonne
foy la raiſon qui vous a fait
venir icy. Hé bien , Meſſieurs
les Maſques qui m'aſſaffinez à
force de m'importuner , vous
ſçaurez donc que je n'y ſuis
GALANT . 195
I
venu que pour y trouver mes
deux carognes de filles qui ſe
ſont cette nuit à mon inſcu
échapées de ma maiſon pendant
mon premier ſomme ,&
qu'averti par un de mes gens
de cette incartade , je me fuis
habillé à la hâte pour venir avec
ma femme les arracher
d'icy. Si vous ſçavez où elles
font , comme je penſe n'avoir
pas licu d'en douter , montrez
les moy; & je vous jure foy
d'homme d'honneur qu'il ne
leur en arrivera aucun chagrin.
Pourquoy , luy répondit un
de ces Meſſieurs , reprochez-
Rij
196 MERCURE
mes
vous à vos filles d'eſtre venuës
icy , puiſqu'elles y font avec
leurs maris ? Avec leurs maris,
es filles ! reprit Dorante :
Et vous vous trompez ,Mef.
ſicurs , vous ne les connoiſſez
pas , mes filles ne font point
mariées. Voyons donc ſi nous
nous trompons , dit l'un des
Maſques. N'eſtes - vous pas
Dorante ? ne demeurez - vous
pas dans la ruë S. Loüis , n'y
paſſez vous pas pour le plus fâ.
cheux de tous les hommes ;
n'avez vous pas une femme
fort raifonnable ,&deux filles
fort fages que vous faites éter
GALANT 197
nellement enrager ? Dans tout
co quevous medites , il y a,réponditDorante,
quelque choſe
de vray: hé bien,reprit l'autre,
voila pourquoi vos filles
fontmariées , fibien que vous
ne sçauriez empêcher que cela
foit; la contrainte effroyable
où vous les avez retenujuſqu'à
preſent , ne leur a cependant
pas ofté la liberté de faire un
choix , que vous ne pourriez
defaprouver que par contradition.
Vôtre épouſe eſt inſtruite
de tour , & c'eſt de fon confentement
que leur hymen a
eſté conclu. Vos gendres font
1
Riij
198 MERCURE
rels&tels, ces noms vous contentent
ils ? on ne vous a pas
chicanné leur dot , qu'avezvous
à répondre à cela?Ma foy
je vois bien,leur dit Dorante,
qu'il n'y a ni porte ni verroux
qui fuffiſent pour la garde des
filles : & fi ce que je viens d'entendre
eſt vrai , que la choſe
foit faite ou à faire , j'en ſuis
d'accord. Il ne me reſte plus
maintenant qu'à connoître les
époux qu'elles ont choiſi ſans
moi,s'ils fontde vosamis mon
trez les moi,&je vous jure qu'à
l'inſtantje ſerai des leurs: lur fa
paroleces Meſſieurs quitterent
leurs maſques , & l'embraffeTHEQUE
DE
GALANT.
N
rent ; ils rejoignirent aufficolt
leur compagnie , qui fut trescontente
de cet accommode.
ment. Ils virent enſemble la
fin de cette brillante feſte ; &
les amans en attendant que
les ceremonies nuptiales ferraffent
les noeuds de leur felicité,
joüirent tranquillement
& en pleine liberté du plaiſit
de ſe voir ,juſqu'au 22. dece
mois que leur hymen a eſté celebré
à la grande fatisfaction
des Parties . Que le Ciel prolonge
leur bonheur , & leur
donne des enfans qui leur ref.
femblent. Ainfi foit il.
Riiij
200 MERCURE
AutreAvanture dudit jour.
1000
de
AVANTURE
Une jeune & trés-aimable
veuve déguiſée à merveille , le
trouva par hazard à ce dernier
bal auprés d'un homme de ſa
connoiffance , fi mal maſqué,
qu'elle le reconnut fans peine.
Cet homme avoit eu peu de
temps avant cette rencontre ,
un accez affez libre chez elle ,
mais n'ayant ny le merite ny
l'eſprit de ſe conſerver une fi
bonne connoiffance , laDame
GALANT. 201
rebutée des travers de ſon genie,&
de ſes importunitez,n'avoit
pû ſe diſpenſer de le congedier
, même honteuſement
de ſa maiſon . Cette nuit ſe
trouvant en belle humeur ,
elle voulut encore une fois ſe
divertir aux dépens de ce per
fonnage. Affiſe à côté de luy
fur le banc du jardin , bon
jour , Maſque , luy dit - elle,
êtes vous toûjours bien aima
ble à vôtre ordinaire ? Vous
êres de ** *, dit - on fils d'un
Treforier de France de cette
Ville , vous croyez avoir un
grand genie , mais vous en
202 MERCURE
avez peu ou point. Vous n'avez
pas beaucoup d'habitudes
àParis; les perſonnes chez qui
vous demeuriez vous avoient
procuré la connoiffance de
pluſieurs Dames de vôtre voi.
finage , avec lesquelles vous
vous ettes broüillé par bétiſe
& par étourderie. Vous alliez
encore ſouvent , ſi jene me
trompe, chez une veuve qui
demeure vis -à- vis de chez
vous , mais vous l'avez ſi ſubitement&
tant de fois convaincuëquevousn'étiez
qu'un
fot , qu'elle vous a fait fermer
la porte au né : Par tout ail
GALANT. 203
leurs où elle vous a rencontré
, elle s'eſt publiquement&
à vôtre barbe mocquée de
vous. Comment doit on s'y
prendre pour vous corriger
Acette fidele peinture , mon
cher Monfieur , vous reconnoiſlez-
vous ? qu'en dites-vous
beau Moſque ? A ces belles
queſtions le Matque interdit,
ne répondit que des béti
ſes à fon ordinaire. Cepen
dant ſe remettant un peu du
defordre où l'avoit jetté un
compliment ſi bruſque, võrre
Compagne eſt elle icy , obli
geante perſonne , dit il à co
204 MERCURE
Maſque qui venoit de luy dé
filer un ſi joli peloton de veritez
Si elle eſt icy , je n'auray
pas de peine à vous remercier
( ſans craindre de me
tromper)des choſes gracieuſes
que vous venez de me dire.
La veuve qui a chez elle
une Demoiselle de ſes amies ,
qui estoit juſtement au bal
avec elle,crût alors être recon.
nuë; cependant ſans le décon
certer , elle luy répondit qu'il
ſe trompoit , & qu'elle ne ſcavoit
ce qu'il vouloit luy dire
avec la Compagne dont il lui
parloit. Neanmoins ,la crainte
CALANT. 205
d'être découverte, lui confeil.
la de ne plus ſonger qu'aux
moyens de s'échaper des
mains de ce Malque qu'elle
venoit , à fon grés, de traiter
comme il meritoit de l'être ;
&enfin elle s'eſquiva. Mais
l'obſtiné Maſque ne croyant
pas apparemment en avoir
affez pour fon compte , s'acharna
autant à la pourſuivre,
qu'elle à l'éviter. Il cut pourtantbeau
faire&beau courir,
la Dame s'enfuit avec tant
d'adreſſe & de legereté, qu'il
la perdit de veuë. Ainſi aprés
pluſieurs allées & venuës , elle
206 MERCURE
rejoignit ſa Compagnie.Alors
un des amis de la veuve qui
connoiffoit leMaſque en que-3
flion , fut à luy ,& avec beau
coup de politeffe, il le pria de
luy dire s'il connoiſſoit laDame
avec laquelle il luy avoit
paru avoir une converfation
fort vive. Vrayment , Mon
fieur, reprit- il, fije la connois,
en doutez-vous ? Je ne ſuis
point de ces gensqui attaquent
indifferemment au bal toute
fortede Maſque; & je ne me
lic, autant que je le peux ,
qu'avec des perſonnes de ma
connoiſſance. LeMafque, par
GALANT 207
exemple , avec qui vous venez
de me voir , eſt une fille folâtre
, badine & toûjours de la
meilleure humeur du monde.
Je ſuis parfaitement bien avec
elle , elle a eu maintefois de
mon argent , elle demeure à
la Porte S. Michel , & elle a
pour Compagne une jeune
fille , qu'on appelle la petite
Javotte; c'eſt en verité la plus
jolie petite creature du mon
de. Vous m'avez l'air d'un
honnête homme , & dés demain,
ſi vous voulez , je vous
meneray chez ella; de rout
mon coeur , répondit l'autre,
208 MERCURE
auffi tôt rendez vous pris , &
parole donnée pour le lendemain.
Alors le maſque qui venoit
d'être ſi pleinement convaincu
de l'erreur & de la betiſe
de ce donneur d'adreſſes ,
retourna vers la Veuve, à qui il
apprit tout ce qui ſe paſſoit
dans l'idée de ce butor , & l'o .
pinion qu'il avoit d'elle. Auffi
toſt elle revint ſur ſes pas ,
pour le retrouver &s'en divertir
encore. Dés qu'elle ſe fut
miſe auprés de lui ſur unbanc,
il fut s'aſſcoir auprés d'elle.
Ah! ah ! lui dit- il en même
temps , je vous connois bien ,
moy
GALANT. 209
コ
1
moy: & ce n'eſt pas ( ſouvenez
vous en ) d'aujourd'huy
que je ſçay que vous demeurez
à la Porte S. Michel. Je
ne vous ay pasremis d'abord ,
mais un moment aprés vous
avoir perdu de vûë , j'ay bien
jugé à vos diſcours qu'il ne
pouvoit y avoir que vous au
monde qui me connut ſi bien.
La Dame ſe deffendit affez
mal des circonstances de cette
merveilleuſe reconnoiffance ,
&ſans lui rien dire de poſitif
fur cet article , elle luy laiſſa
toute la liberté de croire qu'il
ne ſe trompoit pas. Il la pria
Juin 1716. S
110 MERCURE
alors à belles baife mains , de
ſedemaſquer pour l'amour de
Juy; mais elle luy répondit qu'
elle avoir de trés fortes rail
fons qui lui deffendoient d'en
rien faire: elle s'excuſa même
fi poliment de ce qu'elle ne
pouvoit pas avoir cette complaiſance
pour luy , qu'on dit
qu'il en pleuradejoye. Quand
elle le vit aufli parfaitementartendri
, qu'elle fouhaitoit qu'il
le fut , elle le pria avec une
grace charmereſſe de luy prêter
un Loüis d'or , & luy promit
en même temps de luy en rendre
le lendemain la valeur à
GALANT 211
T'heure qu'il luy plairoit , auffi.
toft bourſe deliée , & Loüis
donné.A ce preſent il ajoûta
le petit diſcours qui fuit. Je
viens , lui dit- il ,de rencontrer
ici un de mes amis , à qui j'ay
promis de le mener demain à
deux heures aprés midy chez
vous , c'eſt un galant homme
que j'aime , je vous prie de le
recevoir comme moy même ,
&fur tout que la petite Javorte
ſoitdes nôtres. Voila encore
deux écus que je vous donne ,
pour les frais de nôtre dîner.
Vous allez bien toſt vous
coucher , & demain au fortir
Sij
212 MERCURE
de vôtre lit , nous nous mere
trons à table . A la bonne
heure , reprit la Veuve , tour
cela va le mieux du monde , &
demain aflûrement nous nous
réjouirons à merveille. Ce propos
fini , main gantée , bien
baifée, promeſſe réïterée, &&
tendres adieux des deux côtez .
L'Auteur de la preſente Hif
toire a honte d'achever ici fon
recit de la maniere austere que luy
preſcrit la verité , il auroitfouhaité
y ajoûter quelque grand
vacarme arrivéle lendemain chez
la petitefavorte de la PorteS.
Michel ; mais la trop prudente
GALAND 213
fe
veuve craignant lesjugemens temeraires
& les glofes malignes ,
nese futpas pluſtoſt levée defur
le banc où elle estoit affife , pour
faire à ce galant Maſqueſa derniere
reverence , qu'en se démafquant
d'une main , elle luy jeita
de l'autre au né , fon loüis d'or
&fes deux écus en achevant fa
harangue dans des termes femblables
à ceux qui fervent de
debut à l'intelligence de cette
Hiftoire, qui commence ( comme
fans doute il vous il vous en
Souvient encore )par un merveilleux
panegerique.
214 MERCURE
Quæque ipſe miferima
vide
le
Etquorum pars nulla ful
4. Cela veut dire que leconteur
de ce narréa vû toutes ces belles
chofes ,&qu'il n'y a pris qu'au
tant de part , quefa curiofiué lui
preſcrivoit d'en prendre , pour
rendre digne , Apte , Idoine
capable de vous les conter; au
refte il estvrayment
tablement mortifiéde lareftitution
du loüis d'or des deux écus ,
qui l'amalencontreusementprivé,
de la delicieuſe esperance de vous
en dire encore de belles.
* Virg. Æneid. L. 2.
épouvanGALANT
218
Le to point de nouvelles.
Le 11. de ce mois jour de la
Feſte Dieu ,la Proceffion de S.
Germain l'Auxerrois alla au
Palais des Tuilleries , dont les
avenuës & toute la cour étoient
tenduës des plus belles
&riches Tapiſſeries des Gobelins.
S. M. cftoit à genoux à
une feneftre , ayant à ſa droiteM.
l'Abbé d'Argentré&M.
l'Abbé de Rochebonne ſes
Aumoſniers en rochet : A la
gauche M. le Cardinal de Polignac
, M. le Duc du Maine,
M. le Marechal de Villeroy ,
Mc. laDucheſſe deVantadour,
216 MERCURE
&le reſte de la Cour y eſtoir
auſſi. Aprés qu'on cutpoſéle
S. Sacrement fur le Repoſoir,
la Muſique du Roy chanta un
trés - beau motet. Le même
jour S. A. R. M. le Duc d'Or-
Jeans Regent du Royaume alla
àl'Eglife S Eustache ſa Paroifſe,
où il entendit lagrand'Mefſe
, enſuite il accompagna le
S. Sacrement pendant toute la
Proceſſion , précedé de ſes
Cent Suiffes , de ſesGardes du
Corps , Pages , Valets de pied,
ayant à ſa droite M. l'Abbé
de Treſſant nommé à l'Evêché
de Vannes ſon premier
Aumoſnier ,
GALANT. 217
Aumoſnier , M. l'Abbé Duprat
, M. l'Abbé de Rabines
Ies Aumoſniers ,& le reſte de
1.ſa Chapelle , ſuivi de M. le
Comte d'Etampes fon Capitaine
des Gardes , de M. le
Marquis d'Armentieres fon
premier Gentilhomme de la
Chambre , & du reſte de ſa
Maiſon , & de pluſieurs Seigneurs
de laCour & Officiers
generaux. Pendant l'Octave le
Roy a affifté pluſieurs fois au
falut aux Feuillans & auxCapucins,
toûjours accompagné
de M. le Duc du Maine , de
M. le Cardinal de Polignac ,
Juin 1716.
T
,
1
218 MERCURE
de M. l'Abbé d'Argentré, de
M. l'Abbé deRochebonne fes
Aumoſniers , de M. le Marechalde
Villeroy , de Madame
laDucheſſe deVantadour,&de
tous les Seigneurs dela Cour,
précedé de ſes Cent Suiffes &
Gardes du Corps.
Le 18. jour de l'Octave du
S. Sacrement, la Proceſſionde
S. Sulpice compoſée de 300.
Preſtres en Chapes ou Dalmatiques,
alla au Palais du Luxembourg,
dont toute la cour
avoit eſté ornée des plus belles
& plus riches Tapiſſeries des
Gobelins , de même que la
GALANT. 219
cour de marbre , dont tout le
pavé eſtoit auffi tapiffe , & au
bout de laquelle à l'entrée du
?
Jardin on avoit dreſſé un Ret
pofoit des plus riches , avec un
dais trés-magnifique. Sur la
gauche on avoit dreffé un
theatre pour la Muſique qui
étoit compoſée de toutes les
plus belles voix de l'Opera , &
-
de pluſieurs Joüeurs de toutes
fortes d'inſtrumens.On voïoit
de riches tapis à toutes les feneſtres
du Palais & des deux
Galeries. Sitoſt que la Banniere
de la Proceffion parut,MadameDucheffe
deBerryalla hors
Tij
120 MERCURE
la porte du Palais accompa
gné de M. l'Abbé de Caſties
fon premier Aumoſnier ,de
M. l'Abbé de Rouget , de
M l'Abbé d'Avejan , de M.
l'Abbé du Tremblay , de M.
l'Abbé Danglade ſes Aumofniers,
tous en rochet, recevoir
la Proceffion , & adorer le S.
Sacrement , qu'elle accompagna
juſqu'au repoſoir , pendant
tout lequel temps les
trompettes , tymbales , hautbois
& ballons , qui estoient
fur le balcon , qui eſtau deflus
de la grande porte , ſe firent
entendre. Enſuite la Muſique
GALANT. 221
chantaunmotet dela compo.
firiondeM. des Touches , qui
fut trés-bien executé. On n'a
jamaisvû une plus belle&plus
auguſte ceremonie. Toutes les
Confreries commencerent
pour lors à défiler, chacundes
Confreres portant un flam
beau à la main, enſuite lesValets
de pied, les Cent Suiffes ,
les Tambours battant toûjours
laMarche ,de même que
leFifre , lesGardes du Corps,
les Pages , portant tous des
flambeaux de cire blanche ;
enfuite tout leClergé of sh
Le S. Sacrement fut porté
Tiij
222 MERCURE
par M. leCuré de S. Sulpice ,
fous un dais des plus riches&
des plus magnifiques. Mada
me Ducheffe de Berry ſaivoir,
ayant à la droite M. l'Abbé
de Caſties ſon premier Aumofnier
, M. l'Abbé de Rouget,
M. l'Abbé du Tremblay,
M. l'Abbé d'Anglade ſes Au
moſniers tous en rochet,&le
reſte de ſa Chapelle. M. le
Marquis de Coctenfao fon
Chevalier d'honneur ,&Mile
Chevalier d'Hautefort , ſon
premier Ecuyer,lui donnoiend
la main. Cette Princeſſe étoit
precedée du Lieutenant , EnGALANT.
223
feigne ,Exemptde ſesGardes ,
Maiſtres-d'hoſtel , Ecuyers &
autres Officiers, ſuivis du Marquis
de la Rochefoucault fon
Capitaine des Gardes , deMadame
la Ducheffe de S. Simon
faDamed'honneur , de Madame
la Marquiſe de Pons fa
Dame d'atour , de Mesdames
les Marquiſes de Trannau
Clermont, Armentieres ,& de
Madame la Comteſſe d'Aidies
fes Dames du Palais & de plufieurs
autres Officiers portant
tous des cierges à la main. Certe
Princeſſe ſuivit toûjours à
pied la Proceffion , qui traver-
Tiiij
224 MERCURE
ſe la ruë de Vaugirard , toute
la ruë Caffette , & s'arreſta à
l'Egliſe des Filles du S. Sacrement
, où l'on chantaun autte
motet en muſique : de-là on
traverſa la ruë du Colombier,
& on arriva à S. Sulpice , d'où
Madame Ducheſſe de Berry ,
aprés avoir reçû la benediction
du S. Sacrement ſe retira .
Il eſtoit deux heures & demic
quand tout fut fini. Onne peut
pas donner plus demarquesde
zele& de devotion que cette
Princeffe en donna , elle fit de
grandes aumoſnes aux pauvres
, & de grandes liberalitez
)
CHADANT. +225
1
G
à tous les Joueurs d'inſtrumens
, aprés les avoir bien fait
regaler. La Ceremonic eſtoit
fi belle, que preſque tout Paris
y a eſté pour la voir : on
eſtoit enchanté de la decoration
de ce Palais qui eſtoit tapille
en dehors & en dedans.
On admira fort l'Histoire de
Conſtantin , l'Ecole d'Atheenes
, le Mont Parnaſſe , l'In-
3cendie du Fauxbourg deRome
&les Fructus Belli , qui font
des Tapiſſeries de la derniere
beauté. Pendant cette Ceremonie
il arriva une avanture
affez finguliere.
226 MERCURE
La jaloufic, Déeffe maligne
qui ſeme laDiſcorde ſur toute
forte d'états , ne pût voir une
feſte ſi lainte ſans en troublers
le calme ; elle perfuada aux
Archers de Ville qui y affif.
toient , auffi bien que les Archers
de la Monnoye , pour y
maintenir l'ordre , que ces der
niers venus n'eſtoient en comparaifon
d'eux qu'une troupe
de miferables,qui avoient l'im
pudence de ſe mettre en parallele
avec eux. A ceux cy elle
repreſenta l'arrogance des Archers
de Ville,qui ſe croyoient
deshonorez de voir leurs cafaGALANT
ques ainſi confonduës avec
celles des Archers de laMonnoye
,elle leur remontra en
même tems combien il eſtoit
à craindre pour les uns & les
autres , que dans cette concur
renceundes partis n'ufurpât
fur l'autre des droits qu'ils de
voient partager enſemble.
Ce n'est pas d'aujourd'huy,
comme tout lemonde le ſair,
que ces prééminences ont fou
vent allarmé l'Europe entiere,
&ont fait quelquefois verſer
autant de ſang que les injures
les plus atroces. Il eſt même
de notorieté publique , que
228 MERCURE
les aſſemblées les plus ſaintes
ont ſouvent caufé de grands
ſcandales par la vanité desTitres
de ceux qui y ont affiſtés
& fi aprés bien des peines
on n'étoit enfin parvenu
mettre d'accord deuxDéputez
des plus grands Potentats du
monde, on n'auroit peut être
jamais vû le commencement,
ni la fin par conſequent , du
Concilede Trente. Je ne vous
• citerai point ici les motifs d'inimitié
entre les Colones& les
Urſins , entre les Guelphes
& les Gibbelins , entre les Ligueurs
& les Gens du Roy
CALANT 125
!
Henry III . entre les Ormiſtes
&les Frondeurs , tous cauſez
par les ambitieux projets qu'-
un de ces partis formoit de
donner la loy à l'autre : Ces
exemples nous jetteroientdans
de prodigieux détails : je me
contenterai ſeulementde vous
apprendre enpeu demotsjuſ
qu'à quelle violence cedernier
conflit de Jurisdiction entre
lesArchersde la Monnoye , &
ceux de cette tant bonne VilledeParis
,porta les combattans
de l'une &l'autre part.
Aufſuoſt , vous dis je , que
la cruelle & tremblante Dif
230 MERCURE
corde cut encouragé,ainſi que
vous venez de le lire , ces val
leureux champions , ils dégai.
nerent. Les épées , halebardes
&mousquetons , menacerent
en même tems tous les aſſiſtans
d'une mort prochaine. Pluficurs
coups de glaives tranchans
furent bravement affe
nez : & malheur à qui les reçût.
On entendoit déja de toutes
parts les cris des bleſſez ,& les
lamentations de la timide populace
expoſée inhumainement
àla rage des combattans,
lorſqu'un renfort de Gardes
deMadame DuchefledeBerry
GALANT. 231
ſe meſlant parmy les mutins ,
les fit ſi ſubitement trembler
de peur , qu'à l'inſtant la tempeſte
ceffa. Pendant cet affreux
tumulte , excité ſous les yeux
& à quatre pas de cette Princeffe,
elle s'occupoit tranquillement
du ſoin de faire donner
de l'Eau de la Reine d'Hongrie
, de l'Eau de Meliffe &
des Sels fubtils à ſes Dames
qui s'évanoi ſfoient de frayeur
àtout moment. Elle ſeule heroïne
indifferente au milieu
d'un danger qui ne pouvoit
gueres eftre plus grand , étant
fi prés d'elle , regardoit fon
232 MERCURE
propre peril comme un acciddeenntt
ooùù elle n'avoit nul intereſt
àprendre. Cependant plufieurs
de ſes Officiers avoient
déja cu la ſage précaution de
chercher un azile :& un de ſes
Aumoſniers de lagauche,plus
prudent que les autres , s'étoit
déja ſauvé en rochet fur les
tuiles. Ecclefia abhorret à fanguine.
L'Eglife a horreur du
fang;&cette horreur eſt ſainte
: Dieu ſoit loüé, &M. l'Abbé.
Amen.
Autre
GALANT. 233
Autre gentille &recreative
sriganet Nouvelle.
On joücà l'Opera unBalet
nouveau , qui a pour titre ,
les Feſtes de l'Eſté. Les paroles
font deMademoiselleBarbier,
qui nous a déja donné plufieurs
Tragedies qui ont eu du
ſuccés. Ce dernier ouvrage a
eſté ſi bien reçûdu Public;qu'-
elle peut ſe flatter de n'avoir
rien perdu de ſa gloire. Voicy
le Plande la Piece..
Argument du Prologue.
Une troupe d'Amans &
Juin1716. V
134 MERCURE
Le
d'Amantes ,dont le Printemps
eſt la Saiſon la plus chere, ſe
plaignent de fon départ.
Printemps leur témoigne le
regret qu'il a de les quitter ,
&leur reprefente une Loy du
Deſtin, àlaquelle il ne peut ſe
ſouſtraire. L'arrivée de l'ENE
oblige le Printemps à s'envoler;
les Amans & les Amantes
ne ſe conſolent de la perte
que pat la promeffe que leur
fait l'Eſté, de faire regner l'Amour.
Il appelle Venus qui
deſcend des Cieux pour établir
l'Empire de fon fils pendant
la Saiſon de l'Eſté , ου plûtôt
GALANT 235
pour montrer qu'il regne
dans toutes les Saiſons. De là
naiſſent les trois Entrées dont
le Balet eſt compoſé. Made.
moiſelle Barbier a diviſé les
jours d'Eſté en trois parties ;
ſçavoir , le plein jour ,le foir
& la nuit ,& fait voir qu'il n'y
en a aucune où l'Amour ne
fignale ſa gloire; ce qu'elle
aexprimé aſſez heureuſement
par ces quatre Vers.
Que l'Aftre qui donne le jour
S'éleve dans les Cieux , ou defandcende
dans l'onde
Vij
236 MERCURE
Qu'il plonge l'Univers dans une
nuit profonde :
Tout estfavorable à l'Amour.
M
On dira peut- eſtre qu'il
étoit plus naturel de faire defcendre
l'Amour lui même que
Venus; mais le Public y auroit
perdu le plaiſir d'entendre
dans ce rôle l'excellente Actrice
qui le remplit avec tant
de grace ; c'eſt Mademoiselle
Antier qu'on ne ſe laſſe point
d'applaudir dans tous les morceaux
qu'elle chante.
Argument de lapremiere Entrée.
Cette Entrée a pour titre ,
GALANT 237
inlesjours
d'Eſté On a choifiune
Moiffon pour le temps de
l'action. Elle ſe paſſe entre un
Berger&deux Bergeres ;l'une
de ces Bergeres qui s'appelle
Climene , eſt d'un caractere
fingulier , naturellement
differente & malicicuſe ; elle
ſe fait un plaiſir de broüiller
tous les Amans. Elle perfuade
Silvie qu'elle luy a enlevé
Daphnis ; Silvie trop credule
donne dans le piege que Climenelui
tenndd,,&irritée contre
Daphnis , elle conſent à époufer
Idas , Berger plus opulent
, que fon pere lui propo
238. MERCURE
ſe. Ceconſentement,où la co
lere a plus de part que la volonté
, ne laiſſe point douter à
Daphnis que faBergere ne foit
infidele. Un éclairciſſement
réünit leurs coeurs ; mais il leur.
refte à rompre un hymen qui
doit les feparer pour jamais .
Ils ont recours àCerés qui les
a choiſis pour ordonner les
jeux qu'on lui prepare en reconnoiſſance
de l'abondante
Moiffon dont elle a couvert
les Champs. Cerés ordonne
que Daphnis & Silvic foient
unis enſemble : cette Entrée
n'apas fait lemêmeplaiſir que -
GALANT. 239
les deux fuivantes , quoy qu'il
y ait beaucoup de ſentimens
& do penſées. Voicy entre
autres beautez qu'on y a fen
ties une maxime qui a paru
trés neuve. Elle est fondée
fur ce Vers qui la precede.
C'eſt Silvie qui parle de Daphnis
dont elle ſe croit trahie.
Non , je lui jure une éternelle
Shaine.
Climene lui répond fur le
ton badin , qu'elle a pris dés
les commencement de la
Scene :
240 MERCURE
Contreuunn oobbjjeett trop charmant
La vengeance n'estpas füre:
Enſecret le coeur dément
Tout ce que la bouche jure.
Le dépit fait leferment ;
Un regardfait le parjure.
05
Ce qui a déplû dans cette
Entrée, c'eſtune eſpecededif
fonnance qu'elle a avec les
deux autres , où il n'y a point
de divinité. Le ſpectateur auroit
voulu que les troisEntrées
fuſſent du même ton , & fe
paſſaſſent dans un même lieu.
Mademoiselle Barbier , atten-
Live à profiter des remarques
du
GALANT 24
e
コ
s
du Public , luy a promis de
ſe regler ſur ſon goût , & travaille
à reformer cette fecondeEntrée
pour la mettre au
ton des deux dernieres. Jef.
pere qu'il n'y aura plus rien à
defirer aprés ce changement ,
que tout le monde a paru
fouhaiter. Paffons à la fecondeEntréc.
Argument de la deuxième
Entrée.
Le temps de cette Entrée
eſt deſigné par un Soleil couchant.
La Scene ſe paſſe àPa-
4. Juin 1716. ..
X
242 MERCURE
ris vers la Porte S. Bernard.
En voicy l'action :
Un vieux Tuteur nommé
Argante , devenu amoureux
de la Pupille , qui s'appelle
Hortenſe, craignant que Liſis,
* qui eſt ſon rival , ne la luyenleve,
forme luy-même le defſein
de la ravir ,& fous pretexte
d'un Cadeau qu'il luy
donne ſur le rivage de la Seine
, il fait preparer ſecrettementune
barquequi doit fervir
à la porter vers un Château,
où il pretend l'enfermer
pour l'obliger à l'époufer. Il
fait confidencede fon deſſein
GALANT. 243
fon valet Zerbin, autrement
dit , mon bon ami Mancienne ;
Doris, confidente d'Hortenſe,
ſe doutant que ce Cadeau ,
trés nouveau pour le vicilTuteur
, cache quelque myſtere ,
ſe tient en garde contre les
mauvaiſes intentions qu'Argante
pourroit avoir. Elle eft
aimée de Zerbin , & par une
tendreſſe effectée, elle l'oblige
non ſeulement à reveler le ſo
cret de ſon Maître , mais en
core à ſervir Liſis aimé d'Horel
tenſe ; de forte que la même
1
barque qu'Argante a fait preparer
pour prolonger l'eſela-
Xij
244 MERCUREA
vage, dHortenfe , fert à la
mettre en liberté. Le caractere
d'Hortenſe eft fingulier ,
c'eſt une domie Agnés , à qui
fonTurcun a fait une peintu
re affreuſe de l'amour , & qui
cependant trouve ceDieu tout
charmant dans les difcours &
dans les yeux de Lofis. Il y a
une Scene entre Zerbin &
Doris qui eſt ſur un ton comique
& leger , dont le public
a paru trés fatisfait. Toute
l'Entrée eſt joliment écrite;
les penfées&les ſentimensn'y
manquent point. J'ay remarqué
entr'autres beautez une
GALANT. 245
Allegorie fine qui s'applique
au Roy. Voicy ſur quoy elle
eft fondée. La Lune paroît
aprés le coucher du Soleil ,
Doris chante une Hymne à
T'honneur de ce nouvel Aftre
qui favoriſe les jeux des Habitans
des rives de la Seine.
La voicy.
Dés que ſous l'humide féjour
Le Soleil cache fa tuntiere
Vous commencez vâtre carriere ,
Nous vous voyons àvotre tour
Triompher de la nuit obfcure ,
Vous dédommagez la nature
De l'absence du Dieu du jour, i
Comme tout le monde
246 MERCURE
ſçait que le Soleil étoit l'em
blême du feu Roy, je ne crois
pas que le reſte de l'Allegoric
ait beſoin d'explicationofob
?
Argument de la troifiéme inp
EEnnttréree.cond qualit
Les Bals du Cours qu'on
donna il y a deux ans,& qu'on
donne encore aujourd huy ,
ont fourni à Mademoiselleg
Barbier le ſujet de cette troifiéme
Entrée qui a pour titre
les Nuits d'Eré. Voici de quoi
il s'agit Deux amis & deux
amies font partie pour leBalb
GALANT. 2475
du Cours ; les deux amis s'ap.
pellent , l'un Valere &l'autre
Octave; Valere eſt amoureux I
de Lucinde , l'une des deux
amies , &Octave aime l'autre
qui s'appelle Belife; Valere eſt
jaloux , Lucinde eſt une eſpece
de coquette , qui quoi qu'-
elle aime Valere , ne laiffe pas
de vouloir plaire à tout lemonde.
Octave aime un peu moins
Belife qu'il n'en eſt aimé , &
ſouhaitteroit qu'elle fût un
un peu moins tendre. Valere
reproche à Lucinde qu'elle ne
fonge tous les jours qu'à faireli
des nouvelles conquêtes , & la
Xiiij
248 MERCURE
veut quitter pour ne pas être
témoin des hommages qu'elle
cherche : Octave peu tendre
pour Belife ne veut pas laffer
fon ami dans le trouble où il
eſt , il prie Belife de luy permettre
de le ſuivre, la trop
tendre Belife s'en offenſe &le
menace de ſe vanger de fon
indifference . Cette menace
donne licu àValere de propofer
à Octave un déguiſement,
afin que ſous le maſque ils
puiſſent éprouver leurs Maîtreſſes.
Octave accepte la propofition
, plus par complaifance
pour fon ami , que par
CALANT. 245
و ي ش
défiance pour ſa Maîtrefle.
Valere eſt le premier qui fait
la tentative , qui luy réüffit
plus heureuſement qu'il n'au
roit ofé l'efperer. Mais fatisfait
de fon fort , il craint que
fon ami ne foit pas fi heureux
que luy ; & comme il l'a embarqué
dans cettedangereuſe
épreuve , il ne trouve point
de meilleur expedient que d'a.
vertir Beliſe du deſſein de fon
Amant Elle ne laiſſe pas de ſe
vouloir vanger du trop indifferent
Octave , en feignant
d'être prête à luy manquer de
foy , & elle fait fi bien qu'elle
250 MERCURE
parvient à le mettre en colere;
de forte que l'Amant jaloux
ceffant de l'être , Findifferent
devient jaloux . Tout ſe dénoue
heureuſement , les quatre
Amans ſe déterminent à
s'aimer deſorinais fans contrainte.
Cette Entrée au jugement
des Connoiffeurs eſt la
plus parfaite des trois , la verfification
en ett trés legere ,
le jargon de maſque y eſt imi
té fidélement & ménagé adroi
tement ; les Scenes font femées
de maximes & de ſentimens
; des Entrées de marques
de toute eſpece forment le diGALANT
25
vertiſſement qui répond au
refte de la Piece. Voicy les
deux maximes qui ont fait le
plus de plaiſir . La premiere
eſt dans la bouche de la vraye
Quand je puis d'un regard vainqueur
Faire naître quelqu'autre ardeur
Sans reffentir d'amour je me
réjois de ma gloire ,
Le triomphe flatte mon coeur ,
Mais il neglige la victoire.
La ſeconde eft chantée part
la feinteCoquette.
MERCURE
En amourje ne veux connoiſtre
Qu'uncoeurquiſe laſſe enflamer :
La tendreß que je fais naître
Eſt pour moy la raison d'aimer.
Il ne reſte plus qu'à parler
de la muſique.
M. de Montéclair qui en
eſt l'Auteur , a réüli parfaitement
au grédes Connoiffeurs,
dans la compoſition de ce
Ballet.
Pour n'en pas faire à deux
fois , permettez moy de vous
preſenter tout de ſuite quelques
nouvelles Pieces de PoëGALANT.
ةرو
fie qui m'ont ſemblé dignes
de paroiſtre au jour. Le mois
paſſe je vous donnay la declaration
des biens de M D. S.
elle fut aff z bien reçûë do Pubhc.
Voicy maintenant une
imitation de cer ouvrage d'un
genre , & peut être même
d'un merite different. Cette
Piece eſt de M Thierry , cydevant
Commis de M. de
Montargis.
Non, l'Edit n'est pas fait pour
moy ,
Je te l'ai dit cent fois ; ta Muse
en vainm'exciterq
Aparler du foible merite
254 0
MERCURE
D'avoirfçû regir un employ.
Ai je cu part en quelque entreprife
?
Moname d'un gain vilépriſe
Congût- elle jamais de coupables
projets ?
Ellen'a, tu leſçais ,de plus chers
interêts
Que ceux où l'honneur nous engage:
Lagloireapour moy mille appas,
La vertuſeule a droit d'exiger
monhommage,
Lafoifde l'or ne me poſſede pas.
Pour obtenirdesbiens d'une avenglefortune,
Jen'aipointſçûpoufferuneplainGALANT.
255
te importune.
Une plus noble ambition
Apeine hors de l'enfance , excita
mon courage,
La guerre fut ma paſſion .
De mourir pour mon Roy je briguai
l'avantage ;
Depuis cinq ans par choixjefaifois
ce métier,
Lorsque les malheurs de monpere
Mefirent devenir apprentifMaltotier.
Que n'ai-je étéplutôt écrasédu
tonnerre?
Dans cet indigne étatj'ai rampé
A
terreàterre.
Sçais- tu pourquoi, Damon ; c'eft
256 MERCURE
:
que la probité
Chez les Financiers ſe traite de
chimere,
Qu'aux qualisez du coeurà l'efprit
onpréfere
L'infatiable avidité,
La fourberie &lab Bose
Aux Sentimens d'honneur , au
pape
goust , à la just fſe ,
Etque pour parvenir enfin ,
Favois pris le mauvais chemin.
Fais- moi donc, cher ami , raiſon
de ton caprice ,
Il intereffe mon repos.
Quoitu veux que mal àpropos
Faille àla Chambre deJustice
Lui
GALANT. 2255 7
Lui rendre compte ,ai -jegagnédu
bien? NIS
Defixans de travail il ne me refte
rien.
Dis- moi donc de quoi tu m'accufes
?
Il est vrai ,j'ai cheri les Mufes
F'ai lu Virgile,Ovide , Horace,
Martial Martial
Perfe,CCaattuullee,,PPllaanuttee,,Homere,
Juvenal
Dans leurs sçavans Ecrits j'ai
tâché de m'inſtruire ,
Sans avoir envers eux commisde
pecular :
Combien d'honnêtes gens n
Juin 1716. Y
nen
258 MERCURE
pourroient pas tant dire
Quoique malgré leurs vols leur
2uq ftile foit forr plate abnor
Peut- être blames -tu-l'audace
Qui m'a fait celebrer notre Auguste
Regenthag
Pouvois je en ufer autrement ?
Un tel crime d'ailleursporte avec
luisa grace.
Du zele &du devoir ma Muse
a pris la loy,
Non , l'Edit n'est pas fait pour
Voici un autre Ouvragede
Poëfie , que j'annonceroisd'une
maniere bien brillante &
GALANT. 252
1
enmême tems bien modeſte ,
s'il avoit plû aux Dieux me
rendre plus éloquent & plus
ferieux que je ne ſuis ; un petit
traité des ſentimens de refpect
, de zele & de veneration
que j'ai pour la grande Prin-
-ceſſe à qui il a efté preſenté,
feroit les honneurs dema tranfition
,&je me garderois bien
de vous dire bruſquement que
Jes Stances que vous allez lire
font dela compofition deM.
Crouzelier Conſeiller au Parlement
de Metz , & qu'il a eu
P'honneur de les preſenter à
S. A. R. Madame Ducheſſede
Berry. Yij
260 MERCURE
A SON ALTESSE ROYALE ,
MADAME សហ ក
Ducheſſe de Berry.
STANCES.
Quel ſpectacle ! quelle allegreffe
!
Que d'éclat de jeux , &de ris !
Les plaiſirs renaiſſentſfans ceſſe
Et reçoivent un nouveau Prix.
Tout nous charme &nous intereffe
.
Mais peut on en estreSurpris !
On rend hommage à la Princeſſe
Qui fait l'ornement de Paris.
ॐ
GALANT. 261
Sa beauté n'a rien qui n'en
chante.
On vanteſa vivacité.
Sagrace en tout est raviſſante ;
Et son regard est respecté.
Sa jeuneſſe eſt route brillante.
Son port est plein de majesté ;
Et fi toſt qu'ellese preſente
Tout cedeàſa noble fierté.
1
Heureux qui ſçait comme elle
pense,
Qui parfon rang, ou fon credit ,
En faitſouvent l'experience !
Ceque la voix publique en dit ,
Trouve d'autant plus d'aſſurance,
Que l'air charmant dont elle rit,
262 MERCURE
Nous paroiſt une confequence
Pour le brillant defon esprit.
Pourfon grand coeurque rien
n'égale
Dans la pompe, ou dans les bien-
インfaits,
La pente en est fi liberaley
Que fans entrerdans ſon Palais
ОйOùsa bonté vrayment Royale
Se declarepar tantde traitsو
On voit affezque tout fignale
Le plus grand coeur qui fut
1
jamais.
ॐ
사
Tout noussurprend;&tous
retrace
산
CALANT. 263
Sa magnificence &fon choix.
Si je lafuis dans une chaße ,
Quelle ardeur! Qu'est ce que je
Dois!
Toute ſa course a tant de grace,
Que les divinitez des Bois,
Heureuſes d'enfuiure la trace
Semblentfe ranger fousfes Lois.
Si dans laféance inquiete
D'unjen vif, piquant,incertain
On lavoit
On la voit quelquefois ſujete
Aux revers communs du deſtin ;
Dansfa tranquillitéparfaite
Inacceſſible à toutchagrin ,
Son ame égale &fatufaite
Nereffent ni perte ni gain.
遊
264 MERCURE
favorable
Mais quellejoie inconcevable
Et quel furcroît d'éronnement
Quand un ſpectaclefavorable
Excitefon empreſſement
L'effet en eftfi remarquable
Que leplus fimple amusement .
Par un attrait inexprimable ,
Devient un doux enchantement.
Cependant,fij'ofe le dire,
Dans ces inftansſiprecieux ,
Le ſpectacle envain nous attire
Par des plaiſirs ingenieux.
C'est la Princeſſe qu'on admire :
Etſes appas victorieux
Font toujoursfentir leur empire
Auxſpectateurs trop curieux.
A
Que
GALANT. 285
Que vous nous estes neceffaire
Princeffe! l'on verra toûjours
Regner ici comme àCythere
Les ris charmans&les Amours :
On vous en nommeroit la mere ,
Mais l'éclat naiſſant de vos
jours ,
Parun avantage contraire,
Raviť ce titreànos discours.
ॐ
Pourune Princeffefi belle,
Aqui les coeurs s'immolent tous
Et dont chaque Soleil rappelle
Quelque triomphe parmis nous ,
Marquez, signalez voſtre zele
Nobles plaifirs ; que d'entre vous
Une troupe toûjours nouvelle
Juin 1716. Z
266 MERCURE
Rende encore fon fort plus doux.
Il n'eſt pas encore temps de
vous repofer. J'ay une Chanfon
nouvelle & de nouvelles
Enigmes à vous preſenter.
Commençons par laChanfon.
CHANSON.
Paroiffez douce Violette ,
Prenez la place des glaçons ,
Bergers reprenez vos muſettes ,
Rempliſſez l'airde vosChanſons.
Ouvrez vos coeurs à l'esperance
Des biens, des plaisirs,des beaux
jours
X
zlaplace des glacons , b
air de vos chansons
Q
X
ns, des plaisirs des beauix
ra- meine pour toûjour
X
les ra mei ne
pou
erger
10urs
DELA
GALANT. 22667
Le Prince qui regit la France
Nous les rameine pour toujours.
re-
1.Pour les Enigmes vous prendrez
, s'il vous plaiſt , la peine
de vous ſouvenir que le mot
de la premiere du mois paſſe
eſtoit Le Livre , celui de la ſeconde
, LeJeu de l'Oye ,
nouvellé des Grecs ; & celuide
la derniere , Le mot de l'Enigme
même :&vous me permettrez
de vous direque lesnoms
deceuxqui les ont deviné, ſont
la charmante Veuve de la rue
Geofroy l'Afnier ,& fa fidele
amie , la Maiftreffe & le Mai
Zij
268 MERCURE
ſtre àFoller,& toute la famille
des Follets;Urgande la déconnue
, Perſephore , Romulas
le gros , ſa Procurcufe & fa
Chirurgienne, legros Anonyme,&
le gros Rot Suiffe de
S. A. R. Monſeigneur le Duc
d'Orleans.
ENIGME
Du Solitaire malgré lui de l'Ifle
Saint Loüis .
Mere des ris & des disputes.
Rien ne peut reſiſter à mon vaste
pouapin, were
Quelquefois je fais naître aux
છ ૪
GALANT . 169
Shirt malheureux l'espoir
Deſe relever de leurs chutes.b
F'inſpire auxplus grofſfiersfonvent
de l'éloquence ,
Sans user de contrainte avec le
Duck plus difcret ,
Je lui ſçais arracher doucement
fonfecret,
Et donne au plus timide unepleine
asurance. lo247
En un mot j'ai de fi grands
charmes,
Que le petic couvre le grand
L'ignorant comme lesçavant ,
Merendent presque tous les armes.
Ziij
270 MERCURE
Mais ce n'estque dans magroffeffe
Que l'on fait de moi tant de cas ;
Cardés que monfruit estabas ,
Telqui m'avoit aimé me mépriſe
me laiße.
AUTRE
De l'Abbé Inſulaire.
Je n'eus jamais besoin d'une
mere pournaître ,
Le pere qui m'a mis au monde eft
voire maître ;
Vous me connoißez tous ſansſoavoir
mon Séjour.
Mais développons ce mystere ,
GALANT , 2710
Iln'est point de lieuſur la terre ,
Ni mêmeſurles mersdont on n'ait
fair le tour ,
Fair le
Pour découvrir quel est mon domicile,
t Mais la recherche eſt inutile.
F'habite au milieu d'un jardin
Inacceſſibleà tout humain.
Une Dame autrefois devint fort
amoureuse
Du vif éclat dema beauté,
Quoiqu'elle eût un époux qui la
rendoit heureuse ,
Et lui la ſfoit sa liberté.
Mais lafsde fonfore,il lui prit
fantaisie
D'avoir de moiquelque faveur.
Zij
272 MERCURE
L'époux en eut le reſte , pouna
pôtre malheurbivdoor ob
Atous les deux j'en fis perdre la
ob inachalamuslob zom
DEFFY AUX SAVANS,
PROGRAMMEM
De l'Academie Royale desBelles
Lettres, Sciences&Arts.
M. le Duc de la Force Pairb
de France , & Protecteur ideb
l'Academie Royale des Belles
Lettres,Sciences & Arts de
Bordeaux, propoſe à tous Scavans
de l'Europeun Prix qu'il
renouvelle tous les ans. C'eſt
GALANT 273's
une Médaille d'or de la valeur
de 300. livres au moins , où
font gravées d'un coſté ſesar .
mes , & de l'autre la Deviſede
l'Academie. Il ſera diſtribué
le premier jour du mois de
May 1717.
Cette Compagnie à quiM
le Protecteur laiſſe le ſoin de
choiſir le ſujet ſur lequel on
doit travailler , & le droit de
décider du merite des Ouvrab
ges qui ſeront envoyez , aver
tit le Public qu'elle deſtine le
Prix à celui qui donnera le fie
ſtemele plus probable fur lav
cauſe de la lumiere des Phof274
MERCURE
phores& des Noctiluques ,&
qui expliquera de la maniere
la plus vrai-ſemblable leurs di
vers phenomenes.
L'Academic ſouhaite de
trouver du nouveau dans les
Differtations qu'elle recevra.
Iln'eſt pourtant pas indiſpenfableque
cette nouveauté ſoit
dans le Siſteme :peut eſtre le
vrai a-to il déja etté preſenté
&n'a t'il eſté méconnu qué
faute d'avoir eſté rendu évi
dent. Mais GunAuteur adop
teune hypotheſe déja connuë,
il faut du moins qu'il en aug
mente la vrai-ſemblance par
1
GALANT. 275
des preuves fondées ſur des
raiſonnemens ſolides , fur des
experiences, fur des obferva
tions.
• Dans la Conferencepubli.
que du premier jour du mois
de May, on fait la lecture de
laPiece qui a remportéle Prix.
Quand elle est trop longue ,
on n'a le tems que d'en lire
des lambeaux : cela eft peu fatisfaisant
pour le Public &
pour l'Auteur. Dans la veuë
d'y remedier, on prie ceux qui
ſe trouveront obligez par l'abondance
de la matiere de
donner une grande étendue à
276 MERCURE
leur Differtation , d'y ajoûter
ſéparement une eſpece d'abre
gé ou d'extrait de leur Oir
vrage, dont la lectare qui ne
doit durer que demie heure,.
au plus , puiſſe donner une idée
fuffiſante du Siſteme & des
preuves. La Differtation n'en
fera pas moins imprimée tout
aulong.
Il ſera libre d'envoyer les
Differtations en François ou
en Latin : elles ne feront rea
çûës que juſqu'au premier jour
de Janvier prochain inclufive
ment. Celles qui arriveront
plus tard n'entreront pas en
GALANT. 277
:
concours. Au bas des Differ
tations il y aura une Sentence
&l'Auteur mettra dans unbil
let ſeparé && cacheté la même
Sentence,avec ſon nom& fon
adreffer
Ceux qui envoyeront leurs
Ouvrages , les adreſſeront
Mrs. de l'AcademieRoyale de
Bordeaux , ou au ſieur Brun
Imprimeur de cette Compagnie
tuë S. James. On aura
ſoinde faire affranchir deport
les pacquets , fans quoi ils ne
ſcrontpas retirez du Courrier.
L'Auteur de la Differta
tion qui a remporté le Prix de
1716. eſt unGentilhomme de
278 MERCURE
Befiers,nommé M. d'Orthons
de Meirany laonem
Livres nouveaux
Le Voyage de l'Arabie
Heureuſe par l'Ocean Orien-
. tal , & le Détroit de la Mer
Rouge ,&c. dont je n'ay donné
que le titre au mois d'Avril
dernier , eſt un Livre que je
ne connoiffois point encore ,
&quimerite bienquej'endiſe
quelque choſe de particulier :
je ſuis für que les veritables
Curieux , & la plus grande
partic de mes Lecteurs , me
GALANT. 279
ſçaurontbon gré de cette attention.
Les Negocians de S. Malo
font les premiers Européens
qui ſe ſont aviſez d'aller dans
l'Arabie Heureuſe par l'Ocean
& par le Détroit de Babelmandel
, ou de la Mer
Rouge, pour faire en droiture
& fans l'entremiſe des autres
Nations , le commerce de
Caffé. Les premiers Vaiſſeaux
deſtinez à ceVoyage partirent
deBreft au commencement du
mois de Janvier 1708. & ne
furent de retour à S. Malo
qu'au mois de May 1710.
280 MERCURE
Le ſuccés de cette premiere
entrepriſe en fit bien toſt former
une ſeconde : d'autres
Vaiſſeaux fortirent de S. Malo
pour aller dans le même Pays,
au commencement du mois
de May 1711. & ils retournerent
heureuſement au même
Port dans les mois deJuin
&de Juillet 1713 .
Les Journaux & tous les
Memoires qui concernent les
deux Voyages , ont efté dreffez
avec toute l'exactitude &
la fidelité poſſible , & ils ont
eſté mis en oeuvre , & donnez
au Public par Monfieur de la
55
Roque,
1
GALANT. 281
.
Roque , qui ayant beaucoup
voyagé dans le Levant , &
ſcachant les Langues , l'Hiftoire
& les Mooeurs des Orientaux
, étoit plus capable qu'un
autre d'un pareil travail.
On peut affûrer que ſa Relation
a toute la grace de la
nouveauté ; car nul Européen
n'avoit encore écrit fur l'Arabie
Heureuſe , &on ne connoiſſoit
preſque que le nom
d'un des plus beaux&des plus
grands Pays de l'Afie Meridionale
; & outre la nouveauté
, on apprend dans cette Relation
des choſes trés-fingu-
Juin 1716 . Aa
282 MERCURE
lieres , & pluſieurs curiofitez
utiles à l'Histoire , à la Geo
graphie & à la Phyſique. L
On trouve à la fin du
Voyage un ample Memoire
de tour ce qui concerne
l'Arbre & le fruit du Caffé;
& pour achever de contenter
les Curieux , pour defabufer
même quantité de gens , qui
juſqu'icy ont mal connu l'un
& l'autre , l'Auteur donne
non ſeulement la figure d'un
Arbre de Caffe , qui a eſté
-deſſiné en Arabic ſur le natu -
rel , mais encore des feuilles
ſéparées du mêmeArbre , defGALANT
283
finées dans leur grandeur naturelle
ſur l'original ; & enfin
un rameau entier de cet Arbre
, chargé de fleurs & de
fruits , auſſi d'aprés le naturel ;
le tout par une habile main ,
&parfaitement bien gravé.
L'ouvrage eſt terminé par
un traité hiſtorique , rempli
de recherches curieuſes &intereſſantes
fur l'origine & le
progrés du Caffé , non-feulement
dans l'Afie , mais encore
dans l'Europe , ſur ſon intro.
duction en France , & fur l'établiſſement
de fon uſage à
Paris.
Aa ij
284 MERCURE
Je n'entre dans aucun déb
tail fur tout cet ouvrage
parce qu'il faudroit copier lep
Livre entier pour ne rien ob
mettre de ce qu'il renferme
d'agréable , d'utile & de veri
tablement curieux : nous ajoû
terons ſeulementque la forme
qu'on lui a donné , la netteté
& la politeffe du ſtile contri
buënt encore à attacher
agréablement le Lecteur,
Y
Ily a à la teſte du Livre
une Carte du Royaume d'Yemen
, Pays où croît le Caffé ,
&la plus belle partie de l'Arabie
Heureuſe , qui a cíté
A
GALANT
dreſſée par M. de Liſle de l'Academie
des Sciences ; Carte
qui comprend auſſi la Mer
Rouge, &c. où pluſieurs er
reurs ſe trouvent corrigées
& qui par ſon exactitude & fa
nouveauté , fera ſans doute
plaifir aux Connoiffeurs.2012
Ce Livre ſe vend chez André
Cailleau , fur le Quay des
Auguſtins , prés la ruë Pavéc ,
à S. André. Il ſe vend so. fols.
Autre Liure.
10000
Harmonic ou , Concorde,
Eyangelique , concernant la
286 MERCURE
ViedeNottre-Seigneur Jefus.
Chriſt , ſelon les quatre Evane
geliſtes , ſuivant la Methode ,
& avec les Notes de feu M
Toinard. De toutes les Concordes
il n'y en a point eu qui
ait eſté mieux reçûë du Public
que celle de feu M. Toinard ,
imprimée en 1707. enGrec ;
mais comme peu de gens ſçavent
le Grec , ſes peines & fes
foins auroient eſté inutiles àun
trés grandnombrede perfonnes
, s'il ne fe fût trouvé un
Autheur qui ſe fût donné la
peinede la traduire & de la rediger
, à la verité dansune auGALANT
287
-
tre difpofition , mais toujours
en ſuivant exactement ſes tra
ces.C'eft cetteConcorde Françoiſe
que l'on donne au Public
; &voici l'ordre qu'onya
gardé
b .On a marqué à chaque
page l'année de J. C & le tems
auquel s'eſt paffé ce qui eft con
tenu dans la même page.
2. On a mis au commencement
de chaque année de J
C. ce qui pouvoit fixer davantage
laChronologic; ſçavoir,
l'année de la PeriodeJulienne,
l'annéede la creation du monde,
l'année Julienne , l'année
288 MERCURE
de la Nativité de J. C. & l'année
del'Ere vulgaire.
3.Aprés cetteChronolo
gie , dans une autre ligne enfermée
par un regler font
marquez les lieux où les éve
nemens dont on parle dans la
page ſe font paffez
1. 4. Orra fait quatre colonnes
à chaque page à coſté
du Texte , qui ont chacune
en teſte le nom de l'Evangeliſto
, le Chapitre courant ,&
les Verſets qui y fontemployez
,qui répondent auxreglets
marquez dans le Texte;
en forte que d'un coup d'oeil
نا
GALANT. 289
il eft facile de connoſtre l'Evangeliftele
Chapitre & le
Verſet, oùils fontun ou deux,
ou trois ou quatre qui rapportent
la même choſe , ou en
quoi ils font differens .
L'on y remarque la difference
qu'il ya entre nosheures
& celles des Juifs. Par exemple
, lorſque les Evangeliſtes
difentqueNoftre-Seigneur fut
crucifié à la fixiéme heure , c'étoit
à noſtre maniere à douze
heures ou midy: quand ils diſent
qu'il mourut à la neuviéme
heure , c'étoit ſelon nous à
trois heures aprés midy.
Juin 1716. Bb
290 MERCURE
L'on a inſerédans cette Harmonie
les ſçavantes Notes de
M. Toinard , fur quelques en.
droits, particulierement celles
qu'ila faites ſur la derniere Pâque
de J. Condol
Ce travaileftoit difficile, &
demandoit beaucoupd'exactitude:
on n'a épargné ni tems
ni ſoins ,pour le rendredigne
du fuffragedes Lecteurs habiles.
La verſion en eſt fidele, la
diſpoſition des plus ingenieufes,
& l'édition eſt correcte ,
preſque au de là de ce qui eſt
permis d'eſpererdans un Ouvragede
ce genre.
GALANT. 291
Il y a une trés - belle Table
alphabetique des évenemens ,
Sentences&paroles les plus remarquables
, & une autre TableGeographique
qui explique
les Contrées, Villes & lieux de
Ja Judée& autres Paysdont il
eſt fait mention dans cet Ouvrage.
Ce Livre eſt dédié àM.
l'AbbéBofſuct , nommé à l'Evêché
de Troyes ; & ſe vend
chez J. B. Lamelle, à l'entrée
de la rue du Foin , du coſtéde
la ruë S. Jacques, à la Miner-
ॐ
Bbij
292 MERCURE
Article concernant encore un
nouveau Livre
2
L'on mande deLisbonne,que
le Roy de Portugal ayant égard
au travail du Sicur le
Quiende Laneufville Autheur
de l'Hiſtoire generale de Portugal
, & l'un de 40, de l'AcademicRoyale
des Inſcriptions,
l'ahonorédel'Ordre deChriſt .
Cet Academicien , qui eft preſentement
à la Cour de Lifbone,
où il a paflé avec M.
l'Abbéde Mornay , Ambaffadeur
de France a eſté auſſi graGALANT.
293
tifié par Sa Majeſté Portugaiſe
d'une penſion de 1 500. livres.
Il ſe diſpofe à donner incefſamment
au Public le troiſiéme
& dernier Volume de ſon
Hiſtoire. Il ſuffit d'avoir lû les
deux autres qui ont paru, pour
en augurer un fuccés trés favorable.
Gueriſons ſurprenantes de
la Vûë.
Ily a une eſpece d'aveuglement
qu'on nomme aujourdhuy
en françois Goutte Sereine
, que nos Ancestres appel
Bbij
のの
294 MERCURE
loient Goutte Maurequint du
terme grec Amaurofis qui fignific
proprement cette maladie.
C'eſt une privation du
tiers de la vûë par l'obstruction
ou paraliſie & detraquement toral
des parties viſifiques & internes
del'oeil ſans que l'on apper
çoive rien exterieurement.
Cette fâcheuſe maladie a toûjours
paflé pour incurable lorfqu'elle
eſt compliquée avec l'élargiffement
&pareffe ou immobilité
de la prunelle , qui eſt
cette mouche noire (ou per
tuis au mileu de la vifiere ) entourré
d'un petic muscle rayonGALANT
225
né & riolépioléde diverſes couleurs
qu'on qualifie du nom
d'iris (ou de la couronnede l'oeil)
qui a un mouvement alternatif ,
& peut s'épanoüir& le refferrer
(par des reports merveilleux)
felon les divers jours& pofitions
des objets que l'oeil regarde.
M. deWoolhouse ( Gentilhomme
& Oculiste Anglois) vient de
guerir de ce mal affreux ( au
mois de May paffe ) le Pere
Irenée d'Aumal , chez les RR.
PP. Carmes de la Place Maubert
, en huit jours de temps ,
par unemetodedouce ( de fon
invention ) qu'il approprie à
Bb iiij
296 MERCURE
A
l'âge & au temperament du a
malade.
Ce Pere Irenée étoit frappé
d'aveuglement entier , du jour
au lendemain , en ayant pourtant
eſté menacé depuis environ
un an. Cette maladie eft
fort ſouvent l'avant coureurde
l'apoplexie : comme il arriva il
y a environ une année , au
R. P. Severin , âgé de 56. ans
( plus ou moins ) du même
Convent de la Place Maubert ,
qui négligeant la vûë ( à cauſe
de fon âge avancé ) perdit la
vûë & la vie d'un jour à l'autre.
Ce qui nous doit lervir d'aver.
GALANT
tiffement de ne pas negliger
cette indifpofition perilleufe de
la vue,un ſeul moment , puifqu'elle
tient fort de l'apoplexie,
P'origine des nerfs y eftant atteinte&
affectée .
Le même Sieur de Woolhou
fe entreprit&guerit (au même
mois de May paffé ) du puron
ou abſés de l'oeil (qu'onnomme
hypopyon) accompagné de l'ulcere
de la vifiere ( qu'on nomme
Pencauma ou encaveure)
Mademoiselle Hibert , logée
chez Monfieur l'Abbé Coques,
(Prestre& Chantre de S. Eftienne
du Mont) ruë des Preſtres,
298 MERCURE
joignant S. Eftienne du Mont.
CeGentilhomme eſt le feul en
France qui fait l'operation hardie
& merveilleuse de l'hypopyon ou
purondu globe de l'oeit, en fauvant
la beauté parfaite de cer
organe , & en rétabliſſant entierement
la vûë, pourvu qu'on
ait recours à luy avant que
Ics humeurs naturelles de l'oeil
foientgâtées ,corrompuës & entremeflées
par la finchyfi ou ab
fés de confusion. Il a renvoyé
bien inſtruit au Grand Duc
de Florence , l'Eleve Florentin
Signor Franceſco , que ca
Souverain luy fit l'honneur de
GALANT
MUE DE
en
luy confier pour apprendre fes
Operations; & il vient d'avoir
n fa place le SieurBalbis,Pie
montois , fils du Chirurgien du
Prince Carignande Savoye , &
M. Deutch, fils d'un Bourgeois
de Hambourg , qui apprennent
chacun fix Operations Chirurgiques
parmi les quarante que
ledit Sieur deWoolhouse enfeigne
& pratique ſur les yeux. Il demeure
au College de l'Ave
Maria , vis- à vis le petit Portail
de S. Estienne du Mont , attenant
l'Abbaye de Sainte Geneviéve
du Mont , dans l'Univer
fité. Il eſt chez lay toute la
matinée juſqu'à midy.
300 MERCURE
-છ0 2334 ?RRRRRRR
AVI Sươngại 3
De toutes les Découvertes
qui ſe font, il y en a peu qui
foit plus utile&plus capable
d'intereſſer le Public, que cel.
les qui regardent la ſanté.
Il a eſté inventé à Paris de
puis quelques années une Poudre
Tranquile pour toute forte
de coliques , de quelque nature
qu'elles foient , douleurs
&tranchées : on la prend en
lavement , elle ſe prend auffi
par la bouche. Elle est encore
admirable pour toutes les ob
GALANI 30г
ſtructions ; elle adoucit le ſang
&le purific, regle le ſexe, gucrit
la jauniſſe ou les pâles couleurs
,& fait repoſer. Cette
Poudre ſe diſtribuë chez M.
GillotApoticaire de Paris à la
Pointe de S. Eustache , qui a
déja gueri par le moyen de
cette Poudre un grand nombre
de perſonnes incommodécs
deſditesmaladies.
Voici la maniere de faire
l'Eau : mettez dans un pot de
terreverniſé unechopined'eau
de riviere oude fontaine, mefure
de Paris , la chopine contientune
livre ; faites boüillir
302 MERCURE
l'cau , mettez-y peu à peu un
pacquet de Poudre Tranquile;
faites encore boüillir letout
dix à douze boüillons : retirez
le pot hors du feu , broüillez
letout ,&lemettez dans la ſeringue
,& le prendre comme
un lavement ordinaire , & le
garder autant qu'on pourra.
Il faut obſerver de mettre dans
lepotquandl'eauboutla Pou.
dre peu à peu , à cauſe d'une
grande fermentation qui arri
ve, qui feroit fortir hors du
potune partie de l'eau.
En lavement cette Eau fait
uriner , appaiſe les douleurs ,
GALANT. 303
P
débarraſſe les uretaires & la
veſſie du gravier , des glaires
qui y font ,& diſſipe les vents,
& fait repofer,
Cette Eau ſe fait de la mê
me maniere & la même doſe
de la Poudre par la bouche;
toute la difference eſt qu'on
met une pinte d'eau , au licu
qu'on n'en met qu'une chopine
pour les lavemens : la pinte
de Paris contient deux livres ;
on laiſſe repoſer l'eau quand
elle eſt faite , & on la verſe par
inclination , quand on en veur
boire , la Poudre reſte au fond
du por.
304 MERCURE
Voila bien des remedes trés
utiles annoncez ; mais aprésavoir
rendu juſtice aux Auteurs
de ces excellentes Découvertes
, permettez- moi de vous
parler encore de l'Eau merveilleuſe
de M. de Villars , &
de vous repeter juſqu'à ceque
je ceſſe d'avoir bec & ongle ,
qu'il n'eſt pas dans la nature
unplus beau ſecretque le ſien.
Je renvoye les Lecteurs qui ſe
portent bien , de même que
ceux qui defirent la ſanté , au
Journal que j'ai donné de la
mort du Roy Louis XIV. Ils
yverront ſur cette Eau admirable
GALANT. 305
rable un détail bien confolant
pour les malades , & bien flateur
pour ceux qui ne le font
pas. CeJournalle, vend ainſi
que le Mercure , chez mes amez
& feaux Jurez Imprimeurs
Libraires Daniel Joller,
&Jean Lamefle , au Livre
Royal , au bout du Pont Saint
Michel , du coſté du Marché.
neuf. Et M. de Villars qui eſt
encore meilleur àvoir &àconnoiſtre
qu'eux , demeure ruë
Poiffonniere prés laVilleneuve
àParis.
Juin 1716. Cc
306 MERCURE
Item: Puyolo
Repriſe curieuse du premierArticle
du preſent Livre.
Pour finir comme j'ai commencé
au ſujet des Comediens
Italiens , permettez moi d'ajoûter
à ce que j'ai dit d'eux ,
que leurs Spectacles ont eſté
eftablis en France ,prés de cent
ans avant les nôtres, &de vous
tranſerire les propres termes
qu'a employé à leur endroit ,
l'Auteur du Journal du Regne
du Roy Henry III. Cet
Hiſtorien n'eſt ſoupçonné
4
GALANT. 307
demenſonge , ni d'adulation .
Voicy ce qu'il en dit p. 22.
Le Dimanche dix neuviéme
deMay de l'an 1577. les Comediens
Italiensfurnommez Li Gelofi
,commencerent àjouer leurs
Comedies dans la Sallede l'Hôtel
de BourbonàParis, ils prenoient
deſalaire quatrefols pour teste de
tous lesFrançois qui les vouloient
aller voir joner , où ily avoit tel
concours &affluence de peuple .
que les quatre meilleurs Predicateurs
de Paris n'en avoientpas
ensemble autant quand ils préchoient.
Cette citation hiſtorique
peut ſervir de preuve des
Cij
308 MERCURE
1
applaudiſſemens dont ils ont
toûjours été honorez en Franz
ce: honneur qu'onne leur cut
ſans doute jamais fait , s'ils ne
l'avoient bien merité ; & les
François ( comme toutes les
Nations en conviennent ) ont
trop d'eſprit pour eſtre la dupe
de leurs fuffrages. Voila ce
que j'ay crû , en confcience
devoir ajoûter à la loüange de
nos Comediens Italiens. En
attendant que la fuite de leurs
repreſentations mefourniffent.
de nouvelles occafions de leur
rendrejustice ,permettez moy
de vous aſſurer du parfait dé
GALANT. 30
1
vouement & du tres profond
reſpect avec lesquels j'ay la
gloire d'eftre ,
Monſeigneur ,
ς
DeVoſtre Alteſſe Royale ,
CO
1013
Le plus humble , le plus obéif
fant ,& le plus foûmis
ferviteur , MERCURE.
other Po
AVIS Lam
Le fieur Garneffon demeu
rant prefentement rue du Balox
toir àl'Hostel de Flandres , où
310 MERCURE
eſt ſon Enſeigne , eſt preſque
le ſeul qui ſçache mieux déraciner
les corps des pieds , &
guerir entierement ceux qui
en ont depuis un longtemps
fans faire faigner ni ſouffrirla
moindre douleur. Les Certifi
cats& les cures qu'il fait aujourd'huy
ſeront des preuves
ſuffiſantes à ceux qui cherchent
leur gueriſon , pour
connoître l'excellence dubau-
こ
me qu'il employe pour déraciner
les corps des pieds.
1
THEQUE LELA
LYON
E
TABLE.
Prélude impayable, 3
Recit d'une Avanture amoureuse. Discours
Academique du Signor D. A. Pritelli , écrie
en Italien pour la fatisfaction de ceux quiferont
curieux de l'apprendre . 25
Histoire pitoyable , lamentable & trés-intecereffante
,
Dialogue entre Arloquin & Cothurnus, Tragi-
Comedien , ό 44
Memoire touchant l'Assemblée au Clergé du
Comté d'Auxanne, tenue au mois de May
dernier ,
Nouvelles de Rome,
DeVenise
94
103
112
DeMalie,
133
De la Corogne,
136
DeNaples,
137
DeMarseilla, 139
DeStrasbourg ,
140-
DeBarcelone, 145
De S. Mato, 146
Morts,
149
Mariages,
160
TABLE .
Relation des Festes magnifiques qui ont estécelebrées
en l'honneur de la naißance de l'Infant
Don Carlos, chez M. le Comte deRibeira
, Ambassadeur Extraordinaire de Portugal
en France. Article meſléd'Avantures ,
165
Relation de la Ceremonie de la Feſte - Dieu ,
accompagnée du recit d'une grandeBataille,
215
'Autre gentille & recreative nouvelle, 233
Nouvelle declaration à la Chambre de Justice,
252
Stances à Son Alteffe Royale , Madame, Ducheffe
deBerry,
260
Chanson,
266
Chapitre des Enigmes ,
267
Défi aux Stavans, Programe de l'Academie
Royale des belles Lettres , &c. 272
Livres nouveaux, 278
Autre Livre , 285
L
Article concernant encoreun autre Livre , 292
Gueriſons Surprenantes de la Vitë , 293
Avis , 300
Reprise curieuse du premier article du prefent
Livre, 306
Autre Avis, 309
La Figure deit regarder la page 266.
THEQUE
LYON
MERCURE
GALANT.
DE LAY
180
ULLO
NCW
NIN
MEQUE DE
LAVILL
LYON
*1893*
A PARIS ,
M. DCCXVI.
Avec Privilege du Roy.
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur Le Feure.
Mois
de Juin
1716.
Le prix eſt 30. fols relié en veau , &
25. ſols , broché.
A PARIS ,
Chez D. JOLLET , & J. LAMESLE ,
aubout du Pont Saint Michel ,
du côté du Marché-Neuf ,
au LivreRoyal.
AvecAprobation,&Privilege duFoi
• MERCURE NOUVEAUROUE DE
DEDIE
LYON
*1893*
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES.
ONSEIGNEUR,
Approuvez que Mercure
(qui ett entierement conſacré
Juin 1716.Aj
+ MERCURE
à voſtre Alteſſe Royale, &
qui le ſera de même, tant
qu'à l'ombre de vôtre Auguſte
Nom , il joüira des Privileges
du ſien ) vous propoſe un
moment d'entretien ſur le
ſujet qui fait aujourd'huy la
matiere des meilleures conver .
fations de cette grande Ville.
Il s'agit (& vous vous en doutez
bien , Monſeigneur ) de
vous preſenter un leger Para,
lelle des Comediens Italiens &
desComediens François.
Des ſpectacles de tous les
genres ont fait de tout temps
l'amusement de toutes les NaGALANTI
tions du mondel Pluſieurs
Peuples lesont même regardé
anciennement comme des ara
ticles eſſentiels de leurs Rei!
gions. Ils ont longtems ſervi
d'Epoques dans la Grece , &*
c'eſt de la folidité de leur étal
bliſſement que les Hiſtoriens
lesplus exacts ont tiré les dates
les plus certaines de la
Chronologie. Enfin aprés
une infinité de changemens
dans les coûtumes , & de re
volutions dans les Monar
chies , preſque tous les habi-
200.50
LesJeux Iſtmiques, les Olimpiades,
c.
A iij
6 MERCURE
tans de l'Europe devenus plus
civilifez & plus humains , ont
bannideleurs ſpectacles l'uſage
barbare d'enfanglanter
leurs Fêtes. D'ingenicuſes repreſentations
des actions des
Dieux , & des Heros , & de
fages critiques des moeurs s'é
tablirent à leur place , ſous
le nom de Tragedies & de
Comedies , au grand conten.
tement des Peuples. Les Latins
imiterent les Grecs dans l'art
de compofer ces fortes d'ouvrages.
Les Italiens & les Efpagnols
en heriterent des
Grecs & des Latins. Enfin les
GALANT
:
هش
François,quoyqueles derniers
venus fur la Scene , puiferent
ſi adroitementdans ces fecondes
ſources , ajoûterent tant
d'induſtrie à ces heureux larcins
, & donnerent un tour
fi noble à leurs expreffions,
qu'ils en meriterent peut être
les honneurs du Triomphe.
Telle étoit (ſi je neme trompe)
l'opinion que nous avions des
pieces de noſtreTheatre Fran,
çois , avant l'arrivée des Comediens
Italiens de Monſeigneur
le Duc d'Orleans .
Mais aprés les avoir veus, le
Public, dont la Religion avoit
A iiij
$ MERCURE
1
étélongtemps ſurpriſe ſur cet
article , s'eſt enfin deſabuſé.
Le plus grand nombre des
Spectateurs traitoit d'originaux
nos plus celebres Copif
tes , & ignoroit que Moliere
Juymême, àl'exception de ſes
excellentes Comedies du Myfantrope
, du Tartuffe , & des
Femmes Sçavantes , étoit redevable
aux Eſpagnols & aux
Italiens,del'invention de toutes
ſes autres Comedies . Je ne
parle point de celles qu'il a tirées
de Plaute & de Terence ,
elles ne font icy rien à mon
fujet : mais fon Medecin malGALANT.
gré luy , fon Mariage forcé ,
fon Etourdy , fa Dame invifible,
fon Avare ,&c. dont il
atrouvé la matiere dans Ariofte,
Cechi , Lafca , d'Ambra ,
Paraboſchi , & Machiavel ,
&qu'on reproche icy aux Italiens
de nous donner aprés
luy , comme ſes propres dé-
-poüilles , feroient peut être
encore à naître ſans eux. Au
reste ce * Rare & fublime of
prione perd rien de fagloire à
n'être pas l'unique pere des
admirables enfants qu'il nous
* C'est ainsi que Boileau commence
SonEpitre Moliere.chm:
10 MERCURE
de
a laiſſez , & il eſt aujourd'huy
permis, fans donner lamoin
dreatteinteà ſa réputation,
regarder avec les mêmes difpoſitions
qu'on a apportées à
larepreſentationde ſesComedies
, de quelle maniere ,&
avec quel art& quel genie , las
Italiens ont contribué avant
luy àla production de ces mê
mes enfants , qui ne leur dois
ventpeut-être pas encore leur
premier être ; mais il eſt toû
jours conſtant que leur origi
ne certaine pouvantone pas
être parfaitement connue ,
nous n'avons l'obligation de
GALANM
leur naiſſance , qu'à ceux qui
ſemblent les avoir les premiers
formez;&qui s'étant fucceffivement
confervezale titrer
d'excellents originaux , nous
donnent enfin aujourd'huy
dans laCapitale du Royaume
de France, de parfaites repres
ſentations de chofes , dont
nous n'avions encore vû que
des copies. Paffons , s'il vous
plaît , aux autres objections
qu'on fait au ſujet de ces nouveaux
venus. La peine de les
entendre eſt, dit on , une difficulté
infurmontable.Celaeft
vray , fi l'oncompte pour rien
12 MERCURE
l'avantage charmant d'apprendre
une des plus gracieufes
Langues en ſedivertiſſant ,
&fiton ſuppoſe que les Spectateurs
ſages & toûjours avidesdes
belles nouveautez ,bornent
leur curiofité au ſeul plaifir
de voir des repreſentations
d'actions , où ils ne voudront
pas prendre la peine de rien
comprendre. Pour les Dames
fur tour ,je maintiensqu'iln'y
en a pas une feule qui ne fou.
haitte ardemment de ſçavoir
l'Italien. Pour en venir àbout
manquent elles de jugement ,
de memoire où d'eſput? non,
1
GALANT
certes;& elles n'onta'à fouhaitter
d'apprendre une choſe
pour la ſçavoir. Dés qu'elles ſe
fentiront un peu avancées
dans cette nouvelle ſcience
elles feront les premieres àdemander
que l'uſage du Fran
çois foit abſolument proſcrit
de ces ſpectacles. Enmon par
ticulier , aſſiſtant fcrupuleuſement
& inviolablement àtoutes
cesComedies , je leur pro
mets en qualité de Mercure
(ſans vanité & fans interêt,
vices indignes de fon nom
denparcourir chaque jour
(bien eſcorté de gens qui au
14 MERCURE
ront lemême talent) les premieres
Loges de ce Theatre ,
ade m'arrêter comme cux , à
celles où nous trouverons des
Dames qui n'y entendront
erien , & fans que leurs yeux
perdent de vûëles Acteurs, de
leur expliquer la Comedie
auffi clairement & plus facilement
pour elles , que ſi elles la
diſoient dans un Livre.
Autre objection touteprecieuſe!
Cesgens-là, dit- on, ſe
donnent de grandes libertez
dans leurs Dialogues , & diſent
ſouvent des choſes bien
hardies . En verité cela eſt ad- *
GALANC. S
mirable , & nous avons au
moins lieu d'eſtre auſſi refervezque
nous le ſommesà leur
égard, pendant qu'un grand
nombre de nos Comedies
Françoiſes fourmillent de ces
bons mots , dont on leur reproche
la liberté.
Dom Japhet d'Armenic eſt
par exemple , de droit acquis
& impunément en poffeffion
de dire en plein Theâtre à la
ſoubrette qui luy jette un pot
de chambre ſur la teſte , le vers
le plus ſale qu'on puiſſe imaginer,
Le Baron d'Albicrak ſe re16
. MERCURE
crie fort modeſtement ſur l'in
jure qu'onluy a fait,lorſqu'il
dit ce Vers ,
De la foeur d'un Baron faire
une de nos foeurs !
Les Jodelets , &Dom Bertrand
de Cigaral qu'on a remis
depuis peu au Theatre ,
font-ce des Pieces où l'Auteur
& les Acteurs ne s'émancipent
pas à outrance?
Enfin les Feſtes du Cours ,
Comedie moderne de M.Dancourt
, ſont-elles exemptes de
ces libertez ? Et ne doit-on
pas admirer la grace avec laquelle
onychante qu'unAvocat
GALANT
:
cat s'yfait coculuy-même.Toutes
ces chofes qui ſont ſi joliment
envelopécs , ne laſſentelles
pasdes idées bien honnêtes
de l'imagination de ceux
qui les ont compoſées.
Je produirois fur noſtre
Theatre un millier de cest
exemples dont on ne s'eſt pas
ſcandaliſé , quoyqu'on les ait
entenduës,&qu'on les entende
parfaitement tous les jours.
Cependant bien des gens aujourd'huy
ſe Toulevent à cet
égardcontre les Italiens qu'ils
n'entendent preſque pas encore.
Voila aſſurément un ſeru-
Juin 1716. B
18 MERCURE
pule bien fondé ! Ces gens-là
devroient obtenir une Decla-
Tation du Roy , par laquelle
il fuft défendu à toutes perfonnes
de quelque qualité &
condition qu'elles foient , de
lire jamais Scaron , Marot &
Rabelais . Ils ſeroient bien autrement
étonnez s'ils avoient
vû repreſenter des Comedies
Eſpagnoles,comine par exemple
, celles qu'ils appellent Autos
Sacramentales , les Actes Sacramentaux
; sils avoient vû
les trois Vertus Theologales ,
la Foy , l'Eſperance & laCharité
paffer en revûë fur un
او
GALANT9
Theatre , s'ils avoient vû joüer
les ſept pechez mortels , & fi
dans les Intermedes , & même
au milieu des Dialogues qui
ſe tiennent dans ces Comedies
, ils voyoient unGracioso
(en Françpooiiss uunnBouffon)fai
re toutes les incartades , & dire
toutes les plaiſanterics imaginables
, pour divertir les Spectatcursor
:
Chaque peuple a ſes Us &
Coûtumes ; & c'eſt donner
une preuve preſque évidente
de foibleſle & d'ignorance ,
que de s'amuſer à pointiller
fur des maximes reçûës chez
Bij
20 MERCURE
des Nations entieres , & que
nous avons fi volontiers adop
tées nous mêmes .
€
D'ailleurs il eſt encore à
propos de dire que leurs Pieces
, pour n'être pas dans les
mêmes regles que celles de
noſtre Theatre François , n'en
font pas moins regulieres &
pasmoinnss ſuivies pour cela
& qu'il n'y a que les gens qui
n'y entendent rien , qui puiffent
dire qu'elles font lardées
de Scenes détachées, qui n'ont
au un rapport au principal fujes
A l'exception de tout cert
qui eſt de l'office des Pantomir
GALANT 21
50
mes , comme envies dechanter,
de rire , de dormir , de
danſer , & autres admirables
plaifantes & muettes exprefſions
de colere , de pitie , del
joye , de crainte , de caprices,
de gourmandiſe , d'ignorance
&d'amour , qui font dans ces
Comediens le plus agreable
effet du monde , toute l'intrigue
marche à merveille
s'amene Acte par Acte , &
Scene par Scene juſqu'à fon
dénouement.
$ 28
Avant que de finir ce Volus
me ,j'eſſayeray , fi je puis avoirt
un cannevas de toutes leurs P
22 MERCURE
Pieces , de vous conter la Fable
des principales Comedies
qu'ils auront joué pendant le
cours dece mois.ge
Pour ce qui regarde les Acteurs
& Actrices ,je n'enparleray
pas davantage ; chacun
eſt d'accord ſur cet article ,&
il n'y a perſonne qui ne convienne
de leur merite. Arlequin
eſt le plus joly , le plus
fin & le plus gracieux Atlequin
qu'on puiffe voir : & le
Signor Lelio eſt , de l'aveu mêame
de ſes Emules , un des plus
fçavans & des plus grands
Comediens de l'European
GALAN . 23%
2
Ilne me reſteplus mainte
nant pour encourager tous
les Curieux dans le deffein
d'apprendre la Langue Ita
lienne , ou dumoins pour leur
faciliter les moyens de l'en
tendre , qu'à leur propofer
tous les mois la lecture d'une
Hiſtoriette écrite avec toute
l'élegance& toute la délicateffe
decette Langue.Ceux ou
celles qui voudront prendre
la peinede la traduire enFrançois
, m'obligeront de m'en
envoïer les Traductions qu'ils
en auront faites . Je les confronteray
,& les examineray
24 MERCURE
avec au moins autant d'équité
que Meſſi urs les Academiciens
examinent les Ouvrages qui concourent
pour les Prix de l'Academie.
Et en rendant publique
celle de ces Traductions qui
me paroiſtra la plus exacte&
la mieux écrite , je rendray
autant qu'il me fera poffible ,
toute la justice dûë au mente
du Traducteur.
Voicy un échantillon inte
reffant &bien conté des Hif
toriettes que je vous promets.
3
RAGUAGLIO
GALANT5.
RAGUAGLIO
d'una Aventura Amourofa
diſcorſo Academico. Del
Signor D. A. Pritelli .
۱۰
Non potendo io nella paffata
notte tollerare il caldo
ché trà le piumes'offrivo ; mi
levai a punto che Filomena
con triſte voci e querele , fi
dolea con l'Aurora ché ſi pet
tempo appariſſe per rinovar
ſuoi lamenti ; e quanto piu
raddoppiava igiuſti da lei creduti
rimproveri , altre tanto
la Dea s'infocava di Sdegno ,
Juin 1716 . C
26 MERCURE
ché per vendicarſi d'el honta,
affrettava il fole à facttarco
ſuoi raggi quella ſcilinguata
profana.
Per afcoltar dunque il pianto
di quel animaletto canoro,
mi ſteſi al piede d'un platano
frondofo , intorno a cui alcuni
Zephiretti bambini traſtullandoſi
trà di loro , cagionavano
col placido moto de lorotrafparenti
e lucidi vanni , ſi ameno
rezzo, frà quelle ſuſſuranti
verdure , ché l'alma mia affannata
, trahea d'al canto e
d'al freſco doppio e nonpenfato
riſtoro . 1
GALANT
Al mormorar d'elle frondi
deſtoſſi un impennato ſtuolo
di dipenti vecelletti,ché em
pirono co loro muſici accenti,
quel campo di ſi ſoave armonia
, che benedicco l'Autore
di quel fi grato Piacere.
L
i
c
Mentre cofi ſcioperato né
ſtauo : ecco ! non ſo ſe permio
contento , ô Martire , donna
àme incognita e fola , ché di
pafſo in paſſo venía cogliendo
fioriper quelameno giardino ;
& ovunque girava il ſole d'el
fuo lucido ſguardo fioriva il
giglio, e apriva il caſto ſeno
la Rofa.
Cij
28 MERCURE
Al l'apparir di quel nume ,
ché coſi chiamar la conviene,
poiché haueano le ſue fatezze,
un non ſo ché d'immorrale
radoppio il canto la turba di
quegli alati cantori , e quei Ze
firetti lafcivi corſero a gara
per bacciar quel bel volto :
e mentre s'affrettavano , e radoppiavano
il corſo , il crine
ché le pendea inanellato ful
bianco collo ſmoſſo d'al loro
anhelar vehemente , in fila d'oro
moſtroſſi al luminoſo Pianeta.
Scintilla l'amorofo , Dio
quella viſta legiadra ; e ſe non
GALANT. 25
ché reggea il freno de gli infocati
Eto, ePiroo ; non veha
dubbio che per mirar da vicit
no ſpetaccolo alla ſua viſta fi
caro non foſſe diſceſo ſu quell
amena Pianura.
La dove moveail bel piede,
s'inchinava per Bacciar quelle
nevi ogni fioretto amorofo ,
ché non già calpeſtato impafſiva
, per ché , ô forza d'amore!
forgea piû lieto in cima al
fuo teneró ſtelo , e ſcotendofi
per l'indicibil contento ,parea
che inſuo mutolinguagio,
Tendeſſe gratie al deftino , ché
tal belta riverire , e di Bacciar
concedea . Ciij
30 MERCURE
Rizzoffi quella cara bellez
za , mentre ero afforto e rapi
to , per mirar le ſue chiome ,
avolte trà certi nodi , e legamì
, trà quali come in labirin
to dubbioſo , a poco a poco ,
s'era intricato il mio cuore , e
vidi cio ché ne a penna , ne a
voce eſprimere , non ché de
linear fi concede.
slis * Spirava d'al ſuo bel volto
la Macſtade , e il decoro ,
e il ciglio come in un vago
cielo ſereno innateava grato
ſegno di pace , ſotto cui due
ſtelle benigne vibravano raggi
Ritratto. }
GALANT. 31
1
di fi luminofa chiarezza , ché
a pena il guardo potea fiſſarſi
in que begl' occhi amorofi.01
Le guanccie pareano latte ,
con quel bel ſangue ſtemprato;&
avivava la porpora , ed
il rubicondo corallo quel labro,
ſopra cui il mio affetto
penſo volar per bacciar lo ;
mà un amor riverentes'oppofe,
perché ful' arco di quella
bocca ſoave teſe uno ſtraldi
ritegno. 3
In ſomma era quel vifo il
ritrattod'ella bella madre d'amore
, ô almeno faria ſtato
efficace a dare perfetta idea per
Cij
32 MERCURE
formare una Venere amante.
Il ſeno chétraſpariva fotto
unbianchiſſimo velo , roglica
il preggio al candore , di quel
fotil lavorio; e forgevano d'al
vivo petto due poma acerberte
, affai piu belle di quelle ,
per mezzo diché perſe Attalanta
il caro vanto di preminenza
nel corso.
Non pote il cupido ſguardo
vagheggiar piu oltre , quel
bel compoſto animato, merce
d'un invido manto , ché bizarra
mente tra mezzo ſciolto , il
fuccinto , copria di natura il
piu preggiato e piu raro
GALANT 35
53 Infiammofial cuore al vanneggiar
della mente , e fatto
fprone al defio ,corread per
godet di quel bene , di cui
non per anche là forte ſo gli
moſtrava cortefe, anag abiy
In mezzo a tanti deliri ,
determinai di dar fine a quel
affanno fecreto , ché forze
haveria tardato il mio gioir
veritiero : ondecompoſto e riverente
N'e gl'i atti , m'avanzai
doue vita , ô doue morte
il meſto core attendea.tub
Eto già ſi vicino à quelo.
getto beante , ché haverebbe
potuto vn amator Villano far
84 MERCURE
prova di ſua mal nata poffanza:
quando fi volſe indietro
e con un languido grido dié
noti ſegni di tema d'el mio
venire improviſo.
Le preſi la bianca mano, c
la mia voce fioca , e tremante
cercô dargli pegno ſicuroché
non veinuoin quel luogo per
diſturbar le ſuegioie; mà chế
la forte e le ſtelle m'haueano
ameſſo à quella viſta felicé ,
e non credeuo hauer peccato
in quel punto ché fecundai il
loro influffo , e volere.
Cercava in tanto fuggie
d'almio laccio quella Nimfa
GALAND. 35
ritroſa ; c ſtorcendo d'almio
volta quel ſuo ſembiante co
lefte,moftrrua con quel atto
ſpreſſante , haver à Schifoil
mio pregare, e le lachrime ,
ché quaſi d'a duc fonti Sgorgaua
per gl'occhi il cor afflic
to e dolente.
M'a quanto più ſi ſforzava
d'uſcit d'impaccio , e fuggire ;
altretanto per retinerla e go
dere , adopravo dolcemente
la forza con le carezze,& i
Prieghi , tringendoglihora là
bianca mano, hora imprimen
dogli un ſoave bacio , fopra
quel candido feno.
36 MERCURE
Non s'arrendeua per tanto
quella mia dolce Nemica ;mâ
con parole interforte , e con
minaccie frequenti cercaua in
debolir le mie forze , ô diſarmaré
il mio Core , per poter
con tal mezzo liberarfi , c
fuggir d'a quel nodo ché par
ea le foffe tanto difcaro.
A cofi dolçe Tenzone , il
cafo, come cred'io , dié fine
per affretarquel contento per
cui il mio Cor Venia Meno ;
perché mentre Cercô coprirfi
col fuo ceruleo manto , il no
do a cui pendea fi ſciolſee
ignuda , e ſola reſtômia preda,
e cattiua .
GALANT 37
Je vous rends mille graces,
de la peine que vous avez prifo
de lire cette Hiſtojre; alle
eſt écrite en proſe élegante;
mais poëtique , & vous aura
par confequent un peu eme
barraffé ; Mais à preſent que
vous l'entendez , je ſuis fût
que vous ne me ſçavez pas
mauvais gré de la peine que
vous avez euë à l'expliquer. Si
cependant il vous en reſte encore
quelque fatigue dans l'efprit
, dédommagez-vous , fi
:
cela ſe peut par la lecture do
celle cygsama ob
38 MERCURE
HISTOIRESTO
1. Deux fiers Algouazils re
vétus de toutes les marques
de leur dignité , allerent il y a
quelques jours relancer Mercure
juſques dans le ſanctuai
re de ſa cabane. Ne vous
trompez pas à ce nom: Je
n'offre point icy à vos yeux
Mercure tout brillant de gloire
, cheri de tout l'Olympe ,
& tel qu'il étoit lorſqu'il faifoit
ſi galammentles Ambaf.
fades amoureuſes de Jupiter
ſon pere. Ce n'eſt point tout
GALANT 39
cela , c'eſt en un mot , Mer.
cure tel qu'il paroît en moy
tous les jours à la face des humains
, fous le maſque dont
il a plû à la Fortune de couyrit
fon viſage....
Ces deux Barons d'Algoua
zils allerent , dis-je , trouver
Mercure ,( cefut autant qu'il
peut m'en ſouvenir le quinze
de ce mois. ) Là avec force
termes de leur art infigne , ils
luypreſenterent humblement
double & triple affignation de
Capitation , deſquelles fufdites
affignations ils exigerent
de luy ( mais toûjours civile-
1
40 MERCURE
ment ) le payement ſubit. A
faute de quoy , faiſie & mainbaſſe
ſur toutes les pauvres
nippes , garnıfon , execution
militaire , condamnation aux
dépens , dommages & inte
refts , & autres menaçantes&
criantes vexations. Le tout
item , dans un appartement
meublé ſuivant l'Ordonnance
, & quin'a tout au plus que
huit pieds en quarré. Atoutes
- ces femonces réïterées , Mercure
oncques n'ouvrit la bouche.
Ains au contraire il ſe
promenoit lentement dans le
coin le plus vuide de ſa cham
bre ,
GALANT. 41
bre, pendant que les Chiquanous
l'exploitoient de leur
mieux. A la fin , & leur befogne
faite , il leur dit : que ne
fuis-je (hommes de bien ) *
Maistre François Villon Seigneur
de Basché , j'aurois un
biengrand plaifir de vous voir
étriller,&traînerà écorchecul,
comme le brave Tappecouëvo
tre ancien : Croyant fermement
que j'aimérois mieux endurer en
guerre centcoups de maſſe ſur le
beaume ,au fervice de noftre
tant bon Roy , qu'être une fois
citéparces matins de Chiquanous.
Rabelais chap. 13. tom. 4 .
Juin 1716. D
42 MERCURE
- Cependant eux inſiſtants ,
& Mercure refuſant , force.
leur fut de déguerpir.
23) StAlors en fon petitparticufier
, il fit les reflexions fuivantes
,& dit motpour mot,
Jes belles & bonnes chofes que
vous allez lired
Jupiter! Jupiter! Souverain
des hommes &des Dieux, vôtre
*colere doit-elle encore durer longtems
? ... Si vous êtes fourd à
mes cris , si vous êtes infenfible
àmes peines ; en un motfivous
êtes inflexible , du moins ditesmoi
, quel usage voulez - vous
que je faße de l'industrie que
01 :
GALANT. 43
3
vous m'avezdonnée pour m'aideràſubſiſter
pendantma peregrination
en ces bas lieux , fi tout
mon art eft impuiſſant contre les
affauts de ces vilains Chicanous.
Est- il écrit dans les destinées que
toute la terre foit infectée de cette
maudite engeance ? Leur tyrannie
m'a chaßé du pays des Volfques,
des Samnites,de l'Etrurie ,
d'Albe la Noble , &de la Superbe
Rome , d'où je me fauvay
dans laGermanie; mais les traîtres
my fuivirent de ſi prés ,
qu'ils ne me donnerent passeulement
le loisir d'habiter pendant
L'espace d'un an revolu ces fertiles 7
!
Dij
44 MERCURE
contrées. De-là croyant à la fin
m'affranchir de leur fureur,j'ef
caladayles Pyrenées,je traverſay
toute l'Iberie , je fus jusqu'aux
Colonnes d'Alcide , que je regar
dois comme un azilefacré contre
l'immortelle guerre qu'ils m'avoient
jurée; mais par tout Chiquanous
, & Chiquanous par
tout. Je fus encore obligé de me
fauverde ces climats brûlans.Je
regagnayà travers mille perils,
ces effroyables Montagnes ,que
j'avois eu trois ans auparavant ,
tant de peineà traverſer au mi
lieu d'un épouvantable byver..
Parvenu enfin au sommet du
GALANTIDMA
plus haut de ces Montsjeo
commençay à respirer un air
de fraîcheur , de plaisir , d'amour
de liberté enVenvizor
fageant les riches plaines,
les riants côteaux de l'opulen
te Gaule. Je pris aussitôtmon
effort ,&semblable à un torrent
qui se précipite dans une vallée
profonde,je fautay de rochers en
rochers ,&avec la même rapi
dité je me rendis enfin dans cette
Capitale du monde.
Fachevois alors icy bas mon
fixiéme lustre : ily en avoit dé
ja plus de deux , que de Royaumes
enRoyaumes , ma princi,
d
46 MERCURE
pale affaire rouloitfur les moyens
de me dérober aux perfecutions
des Chicanous คนพะโล
An Soleillevant ,pournepas
faluer une Eminence à may trésinconnuë
,, une troupe de Sbirres
m'attaque , me bat &me ravit
au moins mon chapeau. Aumême
lieu quatre meurtriers , pour
une amourette ! là pleuvent les
menaces, les mépris &les coups,
fivous ne confentezàvous enyurer
tous les jours (graces àvos
bomez,Jupiter , ce n'étoit pas ce
que j'apprehendois le plus. ) ar
Soleil couchant, comme àVenise,
curiofité punie de mort. Enfin là
GALANT 47
là, Affaffins , Bandits ,Pol
trons&Algouazils vous volent
vous affomment pouruunneebagatelle,&
souvent pour rien.
Tout compté, tout rabattu ,je
fus à peine arrivédans cettetant
bonne Ville, queje regardois comme
le Portfalut, que j'yfus condamné,
fans sçavoir pourquoy ,
aufupplice des Danaides.
Voicy enfinquel fut ,&quel eft
encore mon dernier fort. Semblaau
temeraire Ixion ,qui porte
reportefans ceße un rocher au
Sommet d'une montagne , de méme
le deſtin m'ordonna de pre-
Senter à chaque nouvelle Lune
ble
*48 MERCURE
un
aux babitans du monde , liure
de pieces & de morceaux
raffemblez par mesfoins, &qui
Servit à les entretenir beaucoup
plus de leurs avantures , que des
miennes. Fay vingt huitfois déja
renouvellé ce penible exercice ,
jele renouvelle encore.
Voila , ô Jupiter à quoy je
m'occupais , lorsque les infames
Chiquanous de qui je me croyois
parfaitement oublié ,font venus
m'aßaillir de toutes parts , &me
commander de par un grandRoy,
de leur payer double triple
affignation de Capitation. Seroitil
poſſible qu'un Roy cut le conrage
GALANT 49
4
S
rage de prendre de mon argent ,
aprés n'en avoir jusqu'à present
donné à aucun Souverain du
monde ? Je ne sçay si cet ordre
m'est venu veritablement d'une
fi bonne part ; mais je ſçay bien,
quoyqu'il en puiße être , ( humble
&difcret esclave que jesuis)
qu'il faut que je paye ,puiſqu'on
me le commande ... Mais avec
quoypayer,n'ayant rien pour le
faire ? ... Il en fautchercher ...
Hébien cherchons en donc ? ...
Il dit , & fur le champ , il
ſe mit à courir les ruës pour
en trouver , &ſe débarraſſer
plûtôt par cet expedient ,des
Juin 1716. E
so MERCURE
importunitez cruelles de ces
enragez Chiquanous.
Il fut chez un ſien ami , qui
devoit luy donner le même
jour huit ou neuf cens ſeſterces
, qui font environ deux
cens livres tournois, monnoye
de France. Il heurta modeitement&
en creancier qui craint
d'être éconduit.
Alors une jeune fille de 15
à 16 ans , & jolie comme
l'Amour , vint d'un air fort
triſte luy ouvrir la porte.
Qu'avez-vous , luy dit Mercure
, qui avoit depuis pluſieurs
mois l'honneur d'être
GALANT S
connu d'elle. Vous me paroifſez
bien affligée , aimable fille.
Helas, Monfieur , luy répondit-
elle , prenez la peine d'entrer
chez nous; & je vais vous
conter la plus étonnante avanture
du monde , qui vient d'arriver
à mon oncle. Ecoûtezmoy,
s'il vous plaiſt.
-Ily a environ fix ſemaines
que mon oncle Damis , a je ne
ſçai comment , fait connoifſance
avec une certaine Dorine
qui demeure à deux cens
pas d'ici . Dorine eſt une
grande brune, bien faite &
Fortioli
fort jolie: elle a beaucoup d'ef-
Eij
S , MERCURE
prit , à ce qu'on dit , & elle
meurt d'envie d'eſtre femme.
Elle ne voit pas un homme
qu'elle ne lui ſuppoſe des qualitez
dignes de le rendre fon
époux ,& elle s'impatiente ſi
fort d'eſtre fille, qu'on diroit à
ſongeſte&à ſes regards qu'elle
enveut à tous les paffans. Le
premier qui s'arreſte à la confiderer,
devient le premier objet
de ſa curioſité. Lorſqu'elle
n'a point d'affaire de coeur elle
eſt la moitiéde ſa vieà la fenê.
tre,ou ſur ſa porte ,&deux ou
trois allées & venûës devant
ſa Maiſon , font avec elle tout
GALANT.33
1
le prelude d'un rendez- vous.
Elle s'habille tous les matins
en fortant de fon lit
& pour les beſoins les plus
imprevûs , elle medite fans
ceffe , & trouve toûjours
auprés de ſa famille , des pre
textes pour fortir. Son inten
tion dirige ſes pas , tantôt vers
une Eglife , & tantôt vers
l'autre. Là en grande devo
tion , elle invoque , je ne ſçai
quel Saint. Son oraifon faite
elle s'affic. Alors l'audace ou
la timidité determinent le cu
rieux qui l'a ſuivie à ſe taire ou
à lui parler. S'il lui fait fon
Eiij
54 MERCURE
7
compliment , elle l'écoûte , &
la converſation ſe lie , s'il n'o
ſe lui rien dire , che le fuit.
Ce fut ainſi que Damis , de
qui je tiens ce que je viens de
yous dire , fic connoiſſance
avec elle, Il parla , & il fut
écoûté , &il obtint d'elle pour
le lendemain , un rendez vous
au Jardin du Roy , où ils fir
rent pour la premiere fois ,
collation enſemble. Deux
jours aprés ils furent ailleurs
aux environs de Paris :& ainſi
de deux jours en deux jours
ils continuerent leurs promenades
de tous les coſtez de
!
GALANT
cette Ville. Le jour d'intervale
qu'ils paffoient ſans ſe voir,
étoit conſacré à un autre
amant qui faiſoit à peu prés le
même manege que Damis ,
qui ne s'apperçût qu'avant
hier des tours que la belle lui
joüoit. Il voulut lui en faire
des reproches ſur le ton d'un
amant outragé ; mais elle lui
dit des choſes ſi touchantes ,
& lui fit de fi belles offres
que ſon éloquence &quelques
larmes détruifirent juſqu'au
moindres de ſes ſoupçons.
Enfin , Damis , ajoûtat elle
dans cet éclairciſſement , je
E iiij
SS MERCURE
7
veux vous donner aprés de
main, la plus forte preuve de
tendreffe que perſonne ait ja
mais reçûë de moy. Vous n'a
vez pas encore entré dans
noſtre Maiſon , parce qu'avant
que de vous permettre
d'y venir , j'ay voulu vous
connoiſtre. Je ne doute plus
à prefent des ſentimens de
voſtre coeur , & je fuis fi per
ſuadée que vous m'aimez , que
je confens à y recevoir deformais
vos viſites. Je diſpoſeray
mon pere & ma mere à vous
faire l'accueil que vous meritez
, & j'y joüiray doreſnavant
GALANT
en pleine liberté du plaifir de
voſtre converſation. Ne manes
quez pas de vous y rendre
aprés demain à l'iſſuë de voſtre
dîner
C'eſt aujourd'huy le fatal
jour qu'ils choiſirent pour leur
premiere entrevûë dans cette
odieuſe maifon : & il n'y a pas
encore deux heures qu'il vient
d'y arriver au malheureuxDamis
la plus fâcheuſe avanture
du monde.
Il s'eſt à peine donné le loiſir
de manger un morceau à la
hâte, pour ſe rendre ponctuellement
au rendez-vous.
MERCURE
La ſervante de Dorine ,
feule confidente de ſa Maî
treffe , l'a introduit ſecrettement
dans ſa chambre; mais
gagnée par l'amant alternatif
elle n'a apparemment pû ſouffrir
que Dorine fit une parcille
infidelité à un homme qui la
payoit bien , en faveur d'un
autre dont elle n'avoit encore
rien reçû , & de qui elle ne
connoiſſoit pas les moyens.
Ainſi pendant que ces deux
amans s'entretiennent à leur
aiſe de leurs amours , la perfi
de ſervante avertit le rival
jaloux de la cruelle trahison ,
GALANT
.
dont fon ingrate Maiſtreſſe
recompenſe l'ardeur de ſes
feux. Et auſſi toſt elle fait avertir
le pere de Dorine (qui n'étoit,
non plus que ſa mere, ene
core prevenu fur rien) qu'il y
a des voleurs cachez dans la
maiſon. Al'inſtant les voiſins
s'aſſemblent , grande perquiſi
tion par tout le logis , le vacarme
qu'excite cette recherche
, tire les amans de leur
yvreffe. Dorine qui ne ſçait
encore dequoy il s'agit , aban
donne en même temps Damis
à ſa ſervante. Cette fille par
un petit eſcalier qu'on n'avoit
6. MERCURE
肉
pas encore viſité , le conduit
juſqu'à une porte decave , où
pour ainſi-dire , elle le precipite.
De - là il entend avec
frayeur toute l'allarme qui eſt
répandue dans la maiſon . A
la fin aprés avoir amplement
viſité , greniers , chambres ,
antichambres , garderobes ,
falles , cuiſines , écuries & remiſes
, on arrive aux caves ,
tous les gens accourus ſur l'avis
, au ſecours du Maiſtre du
logis , y entrent peſle melle
avec ſes domeſtiques. Alors
on cherche encore mieux
qu'on a fait. En même temps
GALANT 61
ec
A
רו
1
1
ر
celui qui ſaiſit Damis , s'écrie
Bon, Meſſieurs , en voila déja
un , cherchons maintenant ſes
camarades. Damis qui s'entend
donner les noms d'infa
me&de voleur,, aa beau jurer
qu'il n'eſt point tel qu'on le
croit ,& proteſter de fon innocence
, on n'ajoûte pas plus
de foy pour cela à ſes paroles.
Le defordre augmente à
un ſi violent excés , que peu
s'en faut qu'il ne ſoit bien-tôt
la victime de la populace ; mais
fur ces entrefaites un Commiſſaire
arrive .
Si la Juſtice n'étoit pas fou162
MERCURE
vent de l'acaby des Chirurgiens
qui ne demandent que
playe & boffes , le calme , en
bonne Police , devroit par
tout où elle ſe fourre , fucceder
à l'orage ; mais ici , point
du tout On lie , on garotte
Damis , on le jette comme un
criminel déja condamné , dans
une falle , où M. le Commiffaire
farouche faifant le gros.
dos , lui demande d'un air de
Juge competent , fon Pays ,
fon nom , ſon ſurnom , fon
étar; par où , & pourquoy il
s'eſt introduit dans cette Maifon.
A toutes ſes demandes
GALANT 63
20
bruſques , Damis répond qu'-
il n'eſt point un voleur.....
fi vous ne changez pas de
notte , mon ami , répond le
רז
e
Cominiſſaire , la queſtion ordinaire
& extraordinaire vous
fera bien,tôt deſſerer les dents .
0
S
S
e
,
1
4
Enfin puiſque vous ne voulez
pas parler , quoyque vous
foyez pris inflagranti delicto,
j'ordonne qu'on vous méne
en prifon. Acette belle Sentence
chacun jette un grand
cri de joye ; il n'y a pasjuſqu'à
Dorine qui prononce comme
le Commilaire , contre ce vo
leur dont la vue l'importune.
64 MERCURE
Il ne s'entend pas pluſtoſt
qualifier de la bouche de ſa
Maiſtreffe , du même titre
doneiltousales ſpectateurs
T'honorent , qu'en la regardant
d'un oeil de mépris , il
edit au Commiſſaire qu'il vou
droit lui parler un moment
en particulier. Le Commiffaire
refuſe de l'entendre. Alors
il dit tout haut à l'aſſemblée
: hé bien,Meffieurs , voulez
vous ſçavoir pourquoy
vous m'avez trouvé dans
cette maiſon , demandez le à
Mademoiselle , elle le ſçait
mieux que perſonne ,&j'étois
GALANT 65
avec elle , lorſque tout le vacarme
que vous venez de
faire , a obligé cette fille à me
cacher dans la cave où vous
m'avez trouvé. Voila tout de
myftcre. A ces mots Dorine
le traite de menteur , d'impudent
&de voleur. Son rival
meflé dans la foule , lui dic
qu'il n'eſt point de châtiment
trop cruel pour une telle infolence.
Cependant la Juſtice
dont il eſt la proye. F'emmene
àbon compte, & le traîne
dans la prifon, où il eft maintenant.
Je viens de l'y voir
tout-à-l'heure , Monfieur , &
Juin 1716.
66 MERCURE
j'y retourne dans un moment.
Ne doutez pas au reſterque
cette affaire n'ait de grandes
fuites. En verité, dit Mercure,
à cette aimable fille, aprés l'as
voir bien remercié d'un ſi gen
til récit , je m'intereffe infini
ment à la fortune de Damis
& fi je peux le ferviren quela
que chofe soje fuis preftà
m'employer pour lui de toutes
les façons ; mais quoyqu'il foit
àprefent horriblement mal
dans les mains de ces cruels
Chiquanous , cette affaire ne
peut malgré cux & malgré
leurs dents canines tournca
GALANT. 67
qu'à ſon honneur. Ce que j'y
trouve de plus étonnant , c'eſt
le procedé de Dorine , qui
renie avec tant de cruauté ,
un amant que ſon indiſcretion
expoſe en un moment
à tous les affronts du monde.
Il y a bien des belles chofes
à dire là deſſus à la gloire
du beau ſexe : mais vous
en eftes un ornement ſi aimable
,que je ne vous prendray
jamais pour la confidente de
cesreflexions. A ce petit com
pliment , qui n'est pas mal
trouffé , il en ajoûra deux ou
trois autres, puis il fut heurter
Fij
68 MERCURE
à d'autres portes ; mais il trou
va par tout de nouveaux inconvenients
. Le Maître d'un
logis , à la Campagne , la Maî
treffe d'un autre, au lit malade.
Ailleurs un Procés perdu , là
une maiſon achetée ; icyune
Sentence des Confuls accable
degouttes un pere de famille.
Ainfi du reſte. Enfin ne ſçachant
plus de quel bois faire
fleche , il retourna chez luy
comme il en étoit forti. Je te
lovë, dit il en y rentrant ,
grand Jupiter , de l'indulgence
qu'a pour moy la fortune ma
tres chere & tres aimée ſoeur.
GALANT. 69
Elle pouvoit mefaire encore plus
de mal qu'elle ne m'en afait aujourd'huy
: & voila de quoy je
te rends graces ; maisfi ces maudits
chiquanous reviennent demain,
que leur diray-je ?que leur
donneray-je ? carJupiter , ô mon
pere ! ô mon ancien ! je ſuis tenu,
(&la Loy Ut fi quis , &c.y eft
formelle ) d'affouvir au moins en
partie leur avarice... Ce que je
leur donneray .... je leur donneray
1997. pieces de profe ou de
vers , que je n'ay pas encore en
le tems de brûler ,&qu'ils pourront
vendreàla livre. Mais fi
sette monnoye ne leur duit pas,ils L
!
70 MERCURE
m'apprehenderont au corps ;
vous aurez la patience deſouffrir
que que leurs profanes mains ſaiſiffent
voſtre Interprete ?Pourquoy
non ?je vous entends ; la peine
d'autruy n'estquesonge: &vous
êtes vous-même de la trempe des
Grands qui ne s'entraident les uns
les autres , qu'autantque les bons
offices qu'ils se rendent , s'accordent
avec leurs interêts. Vous negligez
aujourd'hui ma deffenfe ,
parceque vous m'avezmisfi bas
que vous croyez que je ne me releverai
jamais de ma chûte, mais
foy deMercure,vous verrezun
jourde quoy jefuis capable. Ce
GALANT 7
.
1
كلام
discours eft à vos yeux une image
de l'apologue du combat durat
du Lyon. Ala bonne beure;mais
gardez vous toûjours des careffes
del Afne.btap
Ces bons propos achevez ,
il s'endormit, Le lendemain
matin,Damis qu'onavoit emprifonné
la veille , fut le voir
àſon levé. Bonjour , mon
chor Mercure , luy dit-il , en
l'embraffant. Ma niece ne vous..
a conté hier qu'une partie de
mon avanture ,je viens moy.
même vous en conter le reſte.
Un moment: aprés que ma
nięce mia cu quittédans la pri
72 MERCURE
fon où l'on m'avoit conduit ,
Dorine yeft entrée. Auffitôt
qu'elle m'a veu , elles'eſt jettéc
à mes pieds , elle m'a pris les
mains qu'elle a toutes moül.
léesde fes larmes,& fans avoir
la forcede la relever , ni de luy
parler , nôtre douleur en un
moment eſt devenuë ſi vive ,
que nous n'avons pû pendant
prés d'un quart d'heure , que
Loupirer & pleurer enſemble.
Enfin elle s'eſt aſſiſe à côté de
moy , elle s'eſt avoüéc la plus
coupable & la plus malheureuſe
fille du monde , ellem'a
ditqu'elles'étoit jettéc auxge.
noux
GALANT. 73
t
noux de ſon pere , qu'elle luy
avoitconfeffétout ce que vous
ſçavez déja d'elle & de moy ,
qu'elle avoit obtenu de luyla
1.
it
permiffion de venir me voir ,
me confoler , me delivrer ellemême;
qu'elle avoit chaſſedéja
ود
ſon infidele Servante , prof.
crit àjamais le lâche qui m'avoit
inſulté dans ſa maifon ; 1
que ſonpere alloit arriver dans
un moment pour m'emmener
avec luy ; & qu'aprés ma
も
delivrance , fi je me fentois encore
quelque reſte de confideration
pour elle,toute la grace
qu'elle me demandoit étoit
Juin 1716 G
1
74 MERCURE
feulement de luy pardonner
fon crime & fon malheur.
Qu'elle étoit belle , dans
cetétat, mon cher Mercure
qu'elle étoit belle ! je luy ay
accordé plus mille fois qu'elic
n'exigeoit de moy. Son pere
eſt arrivé enfin , & aprés toutes
les excuſes que meritoient
au moins les mauvais traitemens
que j'avois reçûs , nous
ſommes fortis du Chaſtelet
Dorine , fon Pere , ma Niece
qui yétoit revenuë , mon Valet
, & moy. Tant que cette
nuit a duré , mon avanture &
l'image de Dorine ont été fans
GALANT. 75
-
=
-
ceſſe preſentes à mon idée. Je
me fuis éveillé & levé ce matin
avec encore plus d'amour
poouurr elle que je n'en ay jamais
ſenti . Aprés l'éclat qu'a fait ce
trait de monhiſtoire , ſon pere
ne demande pas mieux que de
voir inceflamment ces bruits
étouffez par nôtrehymen.Dorine
le ſouhaite ardemment ,
fije ne me trompe ,&je vous
avoue qu'il ne ſera jamais affez
tôt conclu pour moy. Dans
cette conjoncture il me fauc
au moins trois ou quatre cens
piſtoles que je vais chercher à
emptunter par tout où je
Gij
76 MERCURE
1
pourray trouver de l'argent. Il
eſt extrêmement rare ; mais
j'en ay un beſoin extrême, &
quelque interêt qu'on exige
de moy , je ne peux pas me
diſpenſer de mettre tout en
ufage ,pour trouver cette fomme.
Adieu , mon cher Mercure
, aprés mon mariage nous
nous verrons plus à nôtre aife.
Cette confidence de Damis
à Mercure le rend immobile
& confus. L'urgence du cas
où il eſt ne ſouffre point de
delay ; cependant faiſant un
genereux effort : Qu'il en arrive
, dit il , tout ce qu'il pourra :
GALANT. 77
7
s
à l'impoſſible nul n'est tenu.
D'ailleurs que ſcait- on , il fe
trouvera peut- être quelque bon,
Sage&puissant perſonnage dont
l'autorité m'affranchira de ce tri-
רז
om
1 but , ou du moins en fera modeen
m
U
US
rer la valeur énorme. Sinon , je
feray ceffion. Tantde gens de bien
tous les jours ſeſauveni par la :
qu'ily auroit en moy de lapu-
:
鸡
e.
IS
le
as
de
n
i
fillanimité , à n'ofer les imiter.
Courage,Mercure, mon parrain,
mon frere , mon amy. In magnis
periclitaffe fat eſt. Il est beau
même d'en tomber.
Sur ce , belle &brave reſolution
priſe d'attendre de
up
Giij
78 MERCURE
pied ferme ſommation nou
velle , d'éconduire les Chica
nous à leur retour , fans maille
débourſer : & de les renvoyer
ſeulement à la propofition
cy-deſſus déduite , c'eſt
à dire , afin que ne vous y
trompiez ( bons & prudents
Lecteurs ) de contraindre les
Faquini ſuſdits à charger leurs
breteles des 1997. ordes pa-1
peraffes contenant Profe &
Vers , ainſi que jamention en
a été faite. A
Ores luy furvint tout à
coup fur ces entrefaites autre
accident aufli imprévû que le
GALANT. 7195
premier. Gentil Exploit nouvel
luy fut déposé és mains ,
par M. Loyal. Voilà bien le
plus beau de cette élegante
Hiſtoire. Sentence des Confuls
, & condamnation par
corps contre Mercure , pour
avoir recueilly unBillet plein
de non valeur d'un ſien ami
qu'il vouloit obliger. Un Demandekage
en titre , il
poſtate,il follicite unArreft,
l'affaire eſt de conſequence.
Avant que de prononcer on
va comme d'us &de raifon
aux opinions. La multiplicité
d'avis ſuſpend le Jugement ;
Giiij
8. MERCURE
cependant il faut juger , &de
par Belzebud , juger il faur.
Tunc, & c'eſt icy qu'on a recours
aux Alea Judiciorum.
La chance des dez eſt favorable
à ſa partie , & à l'exemple
du ſage Bridoye , le Juge pro
nonce. Remarquez, Autem ,
Meffieurs , la nullité de cette
procedure : Il , par Meshain
fans doute contre Mercure ,
oublie de conciliet les Pitzies,
&de les faire boire enſemble.
Nullité évidente , nullité au
thentique ,& Mercure prote-
Ate icyà la facede toutlegente
humain , contre le Juge &
1
GALANT T
.
leJugement. Item plaiſeàvos
magnifiques Lunettes , confi
derer de prés, de loin, devant,
derriere, à droite , à gauche ,
perpendiculairement , &enligne
paralelle , que vont devenir
Eloquence , Poësie ,Philoſophie
, Mathematiques ,
Méchaniques, & autres Sciences
, fi vous foumettez le Protecteur
& la Trompette des
beaux Arts au poids & à l'aune.
Y at- il quelque étrange
boulverſement dans cet Empire?
Lanature s'ennuye t-elle
de l'ordre où elle a toûjours
maintenu les Elemens ? Los
82 MERCURE
Cerfs vont ils deſormais paf
tredans les airs , &les humains
dans l'abîme des mers ?A
moins d'être prêt de voir ces
effroyables dérangemens dans
l'univers , est- il permis qu'une
petite Jurisdiction fortede fes
limites à l'exemple des plus
ambitieux Potentats dumonde
, & que ſon déreglement
érende ſon empire juſqu'oùil
luy plaira porter fes regards
orgueilleux. Si Mercure plein
de vices&de vertus dévelope
icy aux yeux des mortels , les
coupables talens dont il a plu
aux Poëtes de charger fontaGALANIM
838
deces
il
bleau , qu'on examine ſes dé
portemens à ces Tribunaux ,
dont les Chefs & les Membresauguſtes,
fages & éclairez,
font une image vivante
hommes reſpectables dont
eft dit dans le Livre des Joges,
Vos eftis Dii , vous eſtes des!
Dieux fur la terre. Vos lumicres
, vôtre lagelle & vôtre experience
répondent de vôtre
équité. Mais que la préſompel
tueuſe ignorance ne ſe mêle
jamais des affaires des Dieux.
C'en ett fair : Paffons à un
autre chapitre , ou plutôt res
prenons pourunmoment l'ar- c
84 MERCURE
ticle des Comediens Italiens .
Tout ce qu'on vous a dit de
veritable à leur loüange ne me
paroît nullement incompatible
avec le Dialogue ſuivant.
M. Gabriel Capitaine deDragons
, dont je vous ay parlé
dans plufieurs de mes Journaux
, vient de me l'envoyer,
&je vous en fais preſent.
DIALOGUE
Enire Arlequin & Cothurnus
Tragi Comedien.
Cothurnus.
vs Enfin vous l'emportez , &
la faveur du Roy to amor
GALANT. 83
Vous a mis dans un rang qui
n'étoit dû qu'à moyo
singumo Arlequin on P
anCon licenza Signore Lafciamo
il Cothurno ô Laſciaro
il mio ſembiante nocturno.
Parliammo enſieme d'el publico
e d'ella manera di guadagnar
ſuoi quatrini . Ché
Pianga , ché rida l'auditor ,
ch'importa ? vengano ſolamenti
quatrini , l'Actor ſempre
ride.
3.6
Cothurnus.
Non Seigneur , je n'ay
point des ſentiments ſi bas.
86 MERCURE
* wonAntequin to rois .
- E' ben lo credo. Ma qual
differenza di ti , ami
jup Cothurnus,
211
12236
Dans de fi bas détails jene
ſçaurois defcendre.
Arlequin
Sentite ? fe fate ben l'Imperatore
, più naturalmente
ancora fate il villano. Il fembiante
reſponde a la verita. O
natura quanto fete bella !
Cothurnus.
A
Je confens à quitter le cothurne
&à chauffer le brodequin,
pour me conformer à la
riſible éloquence devôtreNaGALANT.
87
1
tion ; mais ſi vous voulez répondre
au fublime de lavôtre
, renoncez pour un inſtant
àces ridicules expreſſions ,qui
dans notre Langue paflent
pour des impertinences ,&
répondez moy ſericuſement.
Arlequin.
Io feriofo ! Signore , lei
m'eſcuſa, ſono comediante.
Cothurnusamb
Ala bonne heure ; mais le
merite d'un Comedien conſiſteà
ſçavoir prendre tous les
caracteres convenables aux
Perſonnages qu'il repreſente.
ງ
88 MERCURE
Arlequin.
Pereſſere Imperatore nella
Luna , villano nella citta , forfante
in guerra , pazzo in corte
, non ſono meno Comediante.
Dunque non meno ridiculo.
Cothurnus.
Voila en bonne foy , une
plaiſante définition; mais vous
avez beau dire , vous vous y
prenez mal pour plaire , &
le François d'un eſprit plus
ſolide que vôtre Nation , n'a
point de goût pour vos bagatelles.
Il veut des ſpectacles
qui ſurprennent , qui remuënt
les
GALANT . 89
-
4
=
:
88
les paſſions , qui touchent les
coeurs , & qui charment les
yeux. En avez- vous
efpece ?
Arlequin.
de cceette
Si ; poiché quando piango
ride , quando rido , ſempre ride.
Sonoal fuocomendo mer
cante di gentilezze. Sono comediante.
Cothurnus.
**Mais malgré ce refrain ridicule
dont vous uſurpez le titre
,ſcavez vous ce que c'eſt
qu'unComedien ?
Arlequin.
Un Comediante é un ani-
Juin 1716 . H
2 MERCURE
mall d'ogni forte, slomitand
200v Gorburnus.mtop
Mais ne pouvez vous pour
un moment , quitter
ce land
gage inſenſé ,& vous défaire
de ce viſage de ſinge qui fait
horreur à tous ceux qui aiment
la figure humaine,
Arlequin.
E' il mio ſembiante , Signore
, fono , dico , Comediante
diante , dunque fimio, é ilmio
ſembiante mi va bene.
Cothurnus.
Je commence à deſeſperer
de pouvoir vous mettre à la
raifon ; mais je ſuis encore
GALANT9
bien ſimple de m'abaiſſer jufqu'à
m'entretenir avec vous.
Sçachez , monamy , que nous
fommes gens qu'on conſidere
dans le monde , les débauchez
ontbeſoin de nous à leurs tables,&
les coquettes dans les
ruelles cherchent avec nous la
réalité des fictions que nous
repreſentons fur le Theatre.
Je voulois enConfrere charitable
, malgré la diſtance que
lemerite met entre nous,vous
donner de bons avis ; mais je
vois que tous vos talents conſiſtent
dans votre baragoüin ,
&dans les graces de vôtre vi
Hij
22 MERCURE
lage de finge : Apahho
inga Arlequintet nep
Per cortezia , Signore, una
parola, ſe non ſete fimio,non
fete comediante. Mâ évero
ché ſete ſimio cativo, e più cativo
comediantes voted
mura Cothurnus,cab
Allez pauvres gens , lePu
blic qui ne vous entend pas
ſerabientôt auſſi las quemoy
de vôtre infipide langage.
Adicu.
Arlequin.
Fate mi una gratia , Signor ,
voi altri parlate franceze. O
ché bella coſa ! mâ fate una fi
GALANT ود
cativa electione di antiquié
con tal induſtria diffiguraregli
moderni , ché il franceze no
riconoſce piùil geniodella fua
Natione. E' per quella raggione
che ſequono adeſſo gli
heroici ſentimenti el'eſſempio
d'elGubernatore.Sapono tutti
ch'il mio ſembiante é più burleſco
ch'il voſtro , dunque
guardo e guardaro ſempre il
mio ſembiante. Adio amico ,
vi ringratio della voſtra cortezia.
G ॐ
Un petit air de Nouvelles
ne gâtera,ſi je ne me trompe ,
1
24 MERCURE
rien icy. Effayez en, fi vous le
jugez à propos , finon , prennez
la peine de faire ce que je
fais de tout ce qui m'ennuye.
MEMOIRE
touchant l'Affemblée du Cler
gé du Comté d'Auxonne ,
tenue au mois de May
dernier.
On a parlé dans la Gazette
de France du 30. du mois
paffé ( mois de May ) de l'Afſemblée
duClergé du Comté
d'Auxonne , dont l'ouverture
s'étoit faite le 6. du même
"
GALANT
mois , à l'occafion du joyeux
Avenement ideoLoüissXV
à la Couronne , ainſi que de
la Meffe folemnelle que co
Clergé avoit fait celebrer ,
en Actions de Graces de cet
heureux Avenement , à laquelle
Meſſe le Commandant
de la Place & les Magiftrats
avoient aſſiſtez en Corps : Le
Public ne ſera peut - être pas
fâché de ſçavoir un peu plus
endétail ce que c'eſt que cette
Aſſemblée: voicy ce que l'on
en a pû apprendre, da
enTourde monde ſqair que
la Ville d'Auxonne eſt ſituéc
و، MERCURE :
fur la Saone; qu'eile eſt du
Dioceſe de Befançon pour le
fpirituel , & du reffort du
Parlement de Bourgogne , &
du Gouvernement de cette
Province pour le temporel ;
mais on eft peut- eftre pas également
inſtruit quecette Ville
eſt la Capitale d'un Comté ,
dit le Comté d'Auxonne , lequel
peut avoir environ vingtcinq
lieuës d'étenduë , &
dont les trois Ordres joüiffent
t
de trés beaux Privileges , &
en particulier le Clergé , &
les fonds Ecclefiaſtiques qui
lui appartiennent.
Quoy
GALANT9
Quoyqu'en generalleClergé
du Dioceſe de Besançon
foit ſujet à de certaines Decimes
& autres Impoſitions, cependant
leClergé particulier
du Comté d'Auxonne n'y eſt
point ſujet , & il eſt exempt
de toutes Charges & Impofitions
, moyennant ſeulement
un Don gratuit qu'il fait à
chaque Roy , à ſon joyeux
Avenement à la Couronne.
Le Clergé s'aſſemble à cet
effet en la Ville d'Auxonne
pour en deliberer , & en faire
la repartition en vertu des Lettres
PatentesdunouveauRoy.
Juin 1716. I
98 MERCURE
C
ن ی م
Pour ce qui eſt de l'origine
des Privileges du Comtéd'Au-
2. xonne , cela vient de ce que
de Pays estoit autrefois Pays
Souverain & independant , lequel
à cauſe de cela avoit auſſi
toûjours eu ſes Etats particuliers,
qui ont continuez juſques
en l'année 1639. en laquelle
ils ont été réünis aux Etats
du Duché de Bourgogne , en
y donnant en même temps
entrée aux trois Ordres dudit
Comté d'Auxonne , & nommément
aux Eccleſiaſtiques.
Or le Comté d'Auxonne
ſe trouve ſitué entre le Duché
HEQUE DE
GALANE
LYONE
*& Comté de Bourgog
les guerres eftant furvenuës
Mentre les Souverains de ces
deux derniers Etats; comme
le Pays du Comté d'Auxonne
ſedeclara en faveur des Souverains
du Duché de Bourgogne,
auquel même il fut enſuite réüni
à de certaines conditions ;
les Souverains dudit Duché ſc
font crûs obligez par reconnoiffance
de conſerver &
d'augmenter les Privileges des
trois Ordres du Comté d'Auxonne
, entre leſquels Privileges
ſe trouve ſpecialement celui
qui declare le Clergé
Lij
100 MERCURE
-r
1.
exempt de toutes Charges &
Impoſitions , moyennant un
Don gratuit qu il feroit à chaquemutationde
Souverain ;&
lePrivilege , depuis la reünion
du Duché de Bourgogne à la
Couronne , a toûjours eſté
confirmé à chaque mutation
de regne , & en dernier lieu
par le feu Roy Loüis XIV.
Les derniers Ducs de Bourgogne
avoient pris la Ville
d'Auxonne , en telle aff ction
qu'ils y faifoient un affez long
féjour , & y ont bâtis une
magnifique Eglife , & fondé
le Monastere de Sainte Claire.
GALANT. 18
CetteVille eft en effet trés.
ப
de
agréablement ſituée. Elle a
prefentement un Bailliage
Royal: elle eſt bien fortifiée
&a un Château avec un Etat
Major ,&un Arfenaltrés bien
fourni : M. le Marquis de Biffy,
neveu deM. leCardinal
Biffy, en eſt Gouverneur en
furvivance de M. le Marquis
de Biſſy ſon pere , Lieutenant
General des Armées du Roy :
enfin l'Official que M. l'Archeveſque
de Besançon doit
avoir dans le reffort du Parlement
de Bourgogne , fait fa
refidence en cette Ville. Ceux
I iij
IQLI MERCURE
qui voudront Içavoir tout cela
plus à fond , pourront lire
Jurain , qui a fait l'Hiſtoire de
la Ville & du Comté d'Au
xonne ; & pour en revenir à
l'Afſſemblée qui a donné lieu à
cet article , ç'a été M. l'Abbé
Bouhier , Docteur de Sorbonne,
Archidiacre de Dijon , &
Grand Vicaire du Dioceſe de
Langres , frere de M. Bouhier
de Savigny , Préſident àMortier
au Parlement de Bourgogne
, qui a preſidé ayant été
nommé pour cela par S. A.
S. M le Duc , en qualité de
Gouverneur de Bourgogne ,
GALANT. 103
& par M. l'Archeveſque de
Beſançon. L'Aſſemblée l'a
deputé pour venir rendre
compte enCour de ce qui s'eft
paflédans cette Affemblée , &
pour demander à ſa Majesté ,
ſuivant l'uſage , la confirma
tion des Privileges du Clergé, a
DeRome, le 12. May 17161)
13
Dimanche dernier on donb
na au Prince Electoral de Basia
viere le divertiſſement de la
Courſe des Chevaux; elle ſe
fithors de Rome, vers la Porte 2
Pie. Le Pape a voulu faire la
I iiij
104 MERCURE
ou
dépenſe du Prix de la Courſe;
le Prix confifteen 12. aunes
environ de velours cramoiſi.
Il y cut un ſi grand concours
de Nobleffe & de peuple ,
que pour pouvoir faire la
Courſe on fut obligé de fere
mer la porte de la Ville , en
forte qu'il reſta beaucoup de
carroffes au- dedans , même
quelques Princeſſes. Le Prince
Electoral voulut voir de prés
le Cheval Victorieux , qui
fut celui du Marquis Gabrieli ,
& Son Alteffe donna quelques
piſtoles à celui qui le condui
ſoit; elle vit cette Courſe du
GALANTM 103
Caffinde la matton Bolognetit
le ſoir du même jour elle fur
chez le Prince Ratpoli , il y
avoit grande compagnie: le
lendemain ce Seigneur luy envoya
un preſent de comeftibles.
Ilyavoitune trentaine de
domeſtiques chargez de toutes
fortes de bonnes chofes , &
de vins exquis , entr'autres un
gros eſturgeonqui fut envoyé
enfuite à la Signora Dona
Thereſa Albani , qui à fon
tour , ſuivant l'avis de M. fon
époux , l'envoya au Cardinal
Scrotemback .
Le même jour ce Cardinal
106 MERCURE
1
receut un exprés de Vienne
avec la nouvelle de lanaiffonce
de l'Archiduc. Il envoya auffitoſt
au Palais demander une
Audiance qui lui fut accordée
pour le lendemain. Son Eminence
y fut avec un train &
une livrée des plus magni
fiques; le cortege eſtoit auffi
des plus nombreux. Il y avoir
prés de deux cens carroffes. D
Le Sacré College , la Prelatu- ?
re & la Nobleffe y ayant contribué
unanimement. Lepred
mier en y envoyant des Gentils-
hommes , & les autres par
leur preſence. Les feux & les
2
GALANTHIOPI
illuminations ont duré trois
jours. Le Cardinal Aquaviva
& les autres Miniſtres Eſpa- a
gnols n'en ont point fait, non
plus quelePrince de Borghefſe,
ni les maisons de Boncompagne
, celles de Palestina &de
Cella Maré, à qui le Cardinal
Scrotemback n'a point donné
part de cette nouvelle. Pendant
ces trois ſoiréesjuſques à
quatreheuresde nuit, ſon Eminence
alloit incognito par la
Ville, pour obferver elle-même
ceux qui faisoient ou ne
farfoient point de réjoüſſances.
Le Cardinal Barberini a
108 MERCURE
eſté lui faire compliment
fur cette naiffince , mais elle
la receut enComarre , ce qui a
eſté deſaprouvé. Elle a fait
diſtribuer à vingt - cinq pauvres
filles des dottes de 125.3
écus chacune & quantité
d'autres aumônes. Le Pape fait
actuellement travailler aux
langes pour les envoyer au
pluſtoſt à Vienne.
,
M. Levi , Clerc de Chambre
, mourut ces jours paffez
à Freſcati aprés une longue
maladie. La Chambre gagne
par ſa mort douze mil écus
des lieux de Mont , de ceux
GALANT ١٥و
1
qu'on appelle Racables Sa
Charge de Clerc de Chambre
a cite donnée à M. Delvi .
MD. Alexandre Albani ,
& M. Del Giudice , Majordômes,
font allez prendre l'air
pour rétablir tout à fait leur
ſanté: de là ils doivent aller à
Cattel pour y faire mettre le
Palais en état , afin que tout
foit preſt lorſque le Pape vou
dray aller. Sa Sainteté paroiffant
eſtre dans le deſlein de
s'y rendre vers le 20. de ce
mois , & d'y prendre des re-12
medes pour tâcher de guerir
d'une eſpece de gale qu'onap- >
110 MERCURE
pelle Iffere : cette nouvelle infirmitel'incommode
extreme-
*ment , & l'empêche de vacquer
aux affaires & de donner
les Audiances.
Mardy dernier le Princede
Baviere fut prendre congé de
Sa Sainteté. Il fut enſuite à
Monte-Citano voir les Tribunaux
,& entendre quelques
Plaidoyers. Le lendemain il
partit pour Naples . Chemin
faiſant , il fut àunebelle chaſſe
qui lui avoit eſté preparée par
les foins du Duc de Caſerta.
Vendredy matin le Marquis
de Gullo de Monte-RoGALANT.
tondo perdit ton procés contre
la Marquiſe la femme à
laquelle il ne vouloit donner
que deux mil écus de penſion,
de cinq qui lui avoient cité ajugez.
Cette perte l'a tellement
outré , qu'il ne peut
s'empêcher d'en marquer fon
reffentiment , ce qu'il a fait
par ſon départ de Rome le
lendemain de ſon jugement
de la cauſe , & par les ordres
qu'il a laſſez , de vendre icy
tout ce qu'il a , & de congedier
tous les domeſtiques. Il
va à Veniſe.
112 MERCURE
4
DeVenise, le 12. May 1716.
{
Toutes les lettres que l'on
reçoit de Vienne & de plufieurs
autres endroits , portent
que l'Empereur a offert
ſa mediation à la Porte pour
terminer la guerre entre la Republique&
lesTurcs , & qu'au
cas qu'ils refufent de l'accepter
il agira offenfivement contre
eux: ces lettres ajoûtent
pourtant que l'on ne croit pas
que la Cour de Vienne commence
les premieres hoftilitez ;
&que comme le courrier qu'-
elle
GALANT. 113
elle a expedié à Conſtantinople
ne pourra eſtre de retour
qu'à la fin de ce mois , ou au
commencement de l'autre ,
tout au pluſtoſt ; on ne pourra
rien ſçavoir de poſitif ſur
la guerre ou fur la Paix , que
ce courrier ne ſoit de retour
avec les réponſes de la Porte.
M. Charles Piſani a obtenu
la diſpenſe , pour ne plus
exercer laCharge de Conſeiller
du Doge , & il doit partir
inceſſamment pour aller fervir
ſous M. le CapitaineGeneral
fon frere.
Dans l'article 6. du Traité
Juin 1716 . K
114 MERCURE
conclu à Vienne entre cette
Cour &les Venitiens, cesMef.
ſieurs s'engagent de fournir à
l'Empereur un Corps de 600 .
hommes & huit Vailleaux de
guerre , en cas qu'il foir attaqué
en Italie pendant la durée
de la guerre de Hongrie.
Les Dulcignotes ont rencontré
deux Bâtimens armez
des Venitiens , & les ont forr
maltraitez , il y a même quelques
avis qui portent qu'ils
s'en font emparez. A
On a eu avis de Dalmatie
que la plus grande partie des
Troupes que lesTurcs avoient
GALANT.
affemblées ſur cette frontiere,
avoient eu ordre de marcher
vers Belgrade ; l'on ajoûte fur
un rapport de Mer que les
Dulcignotes avoient eu ordre
de defarmer , ce qui n'eſt pas
vray- femblable. Il doit partir
d'icy aujourd'huy , fi le tems
le permet , un convoy eſcorté
par plufieurs Vaiſſeaux de
guerre qui font hors du Port
depuis peu de jours.
DeRome ce 19. May 1716.
Quoyque le Pape ſoit toû
jours incommodé de ſon ébu-
1
Kij
116 MERCURE
lition de ſang , il n'a pas laiſſé
de donner audiance à l'Ambaffadeur
de Portugal. On dit
qu'on accorde au Roy fon
Maiſtre les Decimes ſur les Eccleſiaſtiques
de ſon Royaume,
afin que Sa Majesté puiſſe envoyer
des vaiſſeaux à la Repu
blique deVeniſe.
Dimanche aprés midy le
Barigel eut ordre du Cardinal
Gouverneur de Rome de pafſer
, accompagné de ſes Sbirres
, devant le Palais d'Eſpagne;
il ſe mit auffitôt en devoir
de l'executer ; mais les
Gardesde ce Palais ne l'eurent
GALANT 117
pas plûtôt apperçû avec ſes
gens , qu'ils allerent au devant
de luy bien armez , & l'obligerent
de retourner ſur ſes
pas avec ſa troupe. Il dit pourtant
qu'il avoit ordre du Saint
Pere de paffer par la Place
d'Eſpagne; mais les Gardesn'y
curent aucun égard, & il fallut
rebrouffer chemin : le Cardinal
Gouverneur étoit proche
de là dans un caroffe fermé
, d'où ayant vû ce mauvais
fuccés ,il fut à l'inſtant en rendre
compte au Cardinal Al
bani,& celuy cy au Pape. Peu
de temps aprés Sa Sainteté
118 MERCURE
envoya ce même Cardinal Al
bani chez l'Ambaſſadeur de
Portugal ; & ne l'ayant pas
trouvé , Son Eminence attendit
qu'il fût de retour.On ne
ſçait pas ſi ç'a été pour conferer
fur cette affaire , ou pour
autre chofe ; on croit communement
que ce qui a donné
lieu à l'ordre que le Baſigel a
receu , eſt une rencontre furvenuë
entre quelques- uns des
Gardes du Palais d'Eſpagne ,
& un Tambour , qui dansune
des ſoirées des dernieres illuminations
, ſe trouvant devant
le Palais deM. Audun ,
(
GALANT. 119
Auditeur deRote , Alleman
fit & dit ſur la Placed'Elpagne d
quelque choſe de choquant ,
ce qui luy attira de la part des
Gardes quelques coups de canes.
Il eſt à remarquer que ce
Tambour avoit la livrée du
CardinalScrotembak, ou quelque
marque de ſa dépendan
ce :ainſi Son Eminence offenſée
du mauvais traitement qu'
il avoit receu , en porta fes
plaintes au Pape , & voilà , felon
toute apparence le motif
de l'ordre donné au Bargel .
LeSieur Montigny Depofitaire
de laChambre mourut
TUALAD
120 MERCURE
dernierement âgé de 81.ans ;
il a laiffé fepr mille écus à un
frere de M. Collicola , & à coluy-
cy trois mille écus derente.
On dit que par ſon Teſtament
il ordonne à ſon heritier
de ne pas continuer la
Banque; neanmoins le Pape ſe
voyant importuné par les inftances
de pluſieurs prétendans
à la Charge de Depofitaire ,
veut que ledit heritier l'exerce
par interim , & luy en a fait
délivrer le Bref.
LeCardinal Coradini n'ayant
pû obtenir la Sur intendance
de l'Evêché de Viterbe , & fe
trouvant
GALANT. 121
-
trouvant avec un revenu des
plus mediocres , eſt allé de
meurer à Bonacuré. Il ne s'eſt
refervéqu'un Preſtre &unVa
letde chambre. Tous ſes autres
domeſtiques ont été con.
gediez : il a auffi fait rompre le
Bail du Palais qu'il occupoit à
Rome, avant que d'en påttir,
Il a marié une de ſes nieces au
Comte Liſinani de Ravenne ;
la dot de cette Dame eſt de
8000 écus .
Le Grand Prieur Ferreti ,
depuis peu de retour de Ge
nes , a cu audiance du Pape.
On attend actuellementàCi-
Juin 1716. :
122 MERCURE
:
vita Vechia les baſtimens qu'il
anolifez ,& on fera partird'ici
inceffanument pourcePorten
corequelque centaine d'hom
mes qui doivent ſervir fut ces
baſtimens,
Le Duc Lanti beau frere de
M. le Cardinal de la Tremod
le mourut Dimanche dernier
encetteVille,fon enterrement
s'eft fait avec beaucoup de
pompe & de magnificence à
S. Nicolas de Tolentin.
M. Capiluga de Polignano
eſt auſſi decedé : il étoit depuis
quatre ans enfermé dans le
Convent des PP. de S. Coſme
GALANTH. 113
D
& S Damien. Sa conduite
ſcandaleuſe avoit obligé la
Congregation des Evêques &
Reguliers de le condamner à
cette peine. Quoyqu'il ait fait
fon Teftament , la Chambre
neanmoins s'eſt emparée de
ſon bien , & de pluſieurs milliers
d'écus qu'on luy a trou
vẻ.
Le Prince Borgheſe au nom
du Prince fon fils , fait preparer
une trés -belle chaſſe àVil
la Pincerne pour le Prince de
Baviere , qui doit être icy de
retour de Naples dans la ſemaine
prochaine. Il yaura auſſi
Lij
# 24 MERCURE
une Courſe , & on travaille
actuellement à de trés riches
harnois pour le cheval de Son
Alteſſe On dit qu'avant le départ
de ce Prince , Sa Sainteté
fera la Beatification du venerable
Pierre de Regis Jefuite
la Congregation des Jefuites
fait icy de grands preparatifs
pour folemnifer cette Feſte
vers la fin de ce mois.
Dans les Chapitres generaux
qui ſe ſont tenusencette
Vilie ces jours- cy,lesCarmes
Déchauffez ont élû pour leur
General le Pere Epitane de
Sainte Thereſe , François de
GALANT. A
125
Nation. Les Cruciferaires , le
Pere Ange Eſpagnol ; & les
Theatins le Pere Lifola Napolitain;
mais le Cardinal Scrottembak
a proteſté hautement
contre l'élection de ce dernier
comme étant ſuſpect à l'Empereur
; ce qui a jetté ce Religieux
dans une grande confternation,
201
DeVenise le 19. May 1716.
L'on eſt icydans la joye depuis
avant hier , ſur la nouvelle
qu'on a reçûë que le Capitaine
du Golfe avoit couléà
Liij
126 MERCURE
fond une galiotteDulcignote.
Voicy le fait : Le premier de
ce mois les Venitiens quiy a
voient une galere & une ga
liote , rencontrerent prés de
Surda la galiote des Dulcignotes
, qui s'étoit ſeparée peu auparavant
d'une de ſes con
ſerves , ils l'attaquerent , &
vinrent trois fois à l'abor
dage , & furent repouffés
avec perte à chaque fois. Enfin
aprés un combat de s .
ou 6. heures , ils la coulerent à
fond Les Dulcignotes y ont
perdu 114. hommes , & 30.
faits prifonniers , outre 4. ou
GALANT 127
S
5. Italiensque ceux cy avoient
fait eſclaves . Comme on n'eft
pas accoûtumé aux avantages,
celuy cy a fort réjoϋi . , παίον
at Pour faire de l'argent pour
les beſoins de laguerre , le Senat
a refolu de conſtituer pour
fix millions de ducats de ren
tes à quatre pour cent , avec
promeſſe de convertir au mê :
me denier celles réduites à
deux pour cent , à condition
que les proprietaires fourni
ront une pareille ſommeàcel
le qu'ils ont déja donnée. On
croit que l'on ne s'empreſſera
pas de placer là fon argent.
Liij
128 MERCURE
Lundy on propoſa divers
ſujets pour remplir l'employ
d'Eſpagne que M. Rufinisa
refuſé d'accepter , mais aucun
n'a cu un nombre de fuffrages
fuffiſants,&l'on croit que
cette ballotation eſt un vray
jeu.
L'on a reçû des Lettres de
la Dalmatie , qui portent que
les maladies y augmentent
confiderablement , tant parmy
les habitans , que parmy
les foldats& Officiers .
500 Ona auſſi reçû cette femai.
ne des nouvelles deM. le Capitaine
general Piſani : il man
GALANT
deque les maladies qui courroient
à Corfou étoient un
peu diminuées,queM. leCom
tede Sculeinbourg continuoic
à faire reparer les fortificar
tions de la Place, qu'il eſperoit
qu'elles feroientbientôt finies,
&que M. Loredan qui conduiſoit
le grand convoy qui a
été envoyé avec de l'argent
pour payer les Troupes , n'étoit
pas encore arrivé. no
L'Ambaſſadeur de l'Empereur
fit chanter hier le Te
Deum au ſujet de la naiffance
de l'Archiduc : le foir il y eut
un grand concours de maf130
MERCURE
ques dans ſa maiſon , qui és
toit bien illuminée , mais mal
meublée. Il vouloit que dans
les feüllets de nouvelle, on lui
donnât le titre d'Ambaſſadeur
de l'Empereur &du Royd'Ef.
pagne; mais les Gazettes ont
répondu qu'ils ne pouvoient
y inſerer ce dernier titre.
Le Senat a établi la taxe du
Dixiéme fur les loyers des
maiſons au deſſus de so. ducats
, payable moitié par les
Locataires , & moitié par les
Proprietaires. Si elle étoit païéc
regulierement, elle produiroit
au moins cinq cens mille dus
GALANT 931
i
cats par an ; mais la Noblefle
s'en exemte en partie , & les
pauvres ne font pas en état de
la fupporter.
L'Ambaſſfadeur d'AngleterreàConſtantinople
a dépêché
un Courier à Vienne , pour y
porter lanouvelle que leGrand
Vifie l'avoit fait appeller, pour
buy dire que le Roy d'Angleterre
s'étant chargé dans cette
mediation , de maintenir la
Paix de Carlowitz , il jugeoit
à propos de luy dire que le
Grand Seigneur comprenoit
que l'Empereur la vouloit
rompre , qu'il devoit voir la
132 MERCURE
conduite que le Grand Scigneur&
I Empereur avoient
tenuë , & en faire la difference;
que ce dernier Prince n'avoit
fait aucune plainte contre
la Porte ,& n'en avoit aucun
juſte motif; & que fi la
guerre s'allumoit , ce feroit à
cemême Prince à rendre compte
à Dieu&aux hommes des
malheurs qui en pourroient
arriver , puiſque la Porte n'y
avoit donné aucun pretexte ,
& qu'elle étoit reſoluë de
maintenir la Paix , fi elle n'étoit
pas attaquéc.
GALANT. 133
:
Des lettres de Malte du 22 .
du paſſe portent qu'un Val
ſeau de la Religion avoit attaqué
le 8. I Amiral d'Alger qui
étoit monté de 60. pieces de
canon & de 166. hommes d'équip-
ges ; l'ayant abordé
aptés un rude combat , où la
pluſpart des Officiers avoient
été tuezoubleſlez , il en étoit
reſté le Maiſtre , mais le feu y
ayant pris, il avoit été obligéde
deborder pour s'en éloigner ,
&un quart d'heure aprés co
Corſaire ſauta ,&de tout fon
équipage il ne s'en eſt ſauvé
que dix hommes: ces lettres
134 MERCURE
ajoûtent qu'on avoit furpris
un Brigantin , où il y avoit
dix hommes qui jettoient la
fonde aux environs du Port
où ils avoient été amenez , &
quoy qu'ils ſe difoient Ge
nois , ils eſtoient neanmoins
Turcs.
On ajoûte aux lettres de
Naples du 12. du paffé , que
le 17. on devoit faire une Pro
ceffion generale, où le Chef
de S. Janvier , Patron de la
Ville, devoit eſtre porté en
grande ceremonie , pour de,
mander à Dieu une heureuſe
recolte , & toutes les graces
GALANT5
dont on avoit befoin ; que le
16. au fon il y eut un grand
treniblement de terre ,&le ir .
au matin il recommença viokmment
, & quoyque les ſecouffes
ayent été rudes , elles
n'ont cauſe aucun dommage :
depuis quatre jours le Veſuve
avoit vomi une prodigieuſe
quantité de flames , avec des
bruits fi épouventables qu'elles
avoient données de la terreur:
qu'on avoit cu avis de
Reggio que pendant 3. jours
on avoit vû le long de la côte
pluſieurs Monſtres Marins,
entr'autres un qui reſſembloit
àun Satir.
136 MERCURE
On a reçû des lettres de la
Cologne du premier de ce
mois , par leſquelles on apprend
qu'il y avoit eu de furieux
ouragans le long de la
coſte deGalice,qui avoient fait
petir quantité de bâtimens
entr'autres deux François venant
du détroit qui avoient
eſté jettez ſur la côte prés de
Vigo , où ils avoient cité mis
en pieces ; mais qu'une partie
de l'équipage s'étoit ſauvée à
terre; & que 3. Vaſſeaux
Hollandois estoient entrez
dans le Port de Baynna pour
ſe radouber , ayant eſté forr
N
maltraitez
.
GALANT . 137
i
maltraitez par une rude tempête.
Ces lettres ajoutent que
Le Patron d'un autre bâtiment
avoit rapporté qu'il avoit vû
périr deux Vaiſſeaux Anglois
avec tous leurs équipages ,
qu'un coup de vent les avoit
jettez contredes Rochers vers
Bilbao ; que les Saletins continuoient
toûjours leurs courſes
le longdes côtes où ils faifoient
continuellement des priſes.
Des lettres de Naples du
24. du paflfé , confirment la
diſettedes vivres qui augmen.
te de plus en plus dans ce
Royaume; & toutes les me-
Juin 1716 . M
438 MERCURE
fures qu'on prend pour en
procurer l'abondance n'ont
Ler vi de rien juſqu'à preſent ,
&on doute même d'une abondante
recolte cette année
d'autant plus que la longucur
de l'hyver contre la coûtume
du Pays,a détruit la plus grande
partie des ſemences ; ces
lettres ajoûtent que le Viceroy
a receu ordre de la Cour
de Vienne de faire preparer
avec toute la diligence poffible
8000 quintaux de poudres
fines & trente mille quintaux
de balles & de boulets , mais
fans affigner aucun fond pour
GALANTME
cetre dépenſe. Le même or
dre a eſté donné à la Secre
tairerie de la guerre , dont les
Officiers ſe font adreſſez à la
Chambre Royale; & on croit
que toutes ces commiffions
feront envoyées en Dalma
Des lettres de Marseille du
9. de ce mois , portent qu'un
bâtiment eſtoit arrivé dans
ce Port venant des Echelles
du Levant , par lequel on
avoit appris qu'il y avoit cu
au grand Caire un grand incendie
qui avoit confumé une
grande partie de la Ville , &
Mij
140 MERCURE
ル
que la contagion y faifoit
toûjours de grands ravages
ce qui avoit obligé les Miniftres
étrangers qui y eſtoient à
ſe retirer à la campagne.
Suivant les Lettres de Milan
du 4. de ce mois , des
Troupes Piemontoiſes étoient
entréesdans desBourgs &Villages
dépendants de cet Eltar,
&s'étoient fait donner de force
des rafraîchiſſemens : cette
démarche pourroit bien avoir
des ſuites fâcheuſes .
On mande de Strasbourg
du 24. du paſſé qu'on faiſoit
en cette Ville& dans toute la
GALANT. 41
S
-
:
Province des preparatifs de
guerre ; qu'on y fortifioit &
muniffoit les Places ; qu'on y
continuoit auffi les levées pour
l'Electeur de Baviere , qui ſe
faifoient avec beaucoup de
fuccés. Le 20. il pafla par cette
Ville 400. hommes la plûpart
Suiffes, pour fervir de recruës
dans les vieux Regimens
Bavarois , & on n'apprenoit
point encore que S. A. E. cedoit
de ſes Troupes à l'Empereur.
On ajoûte qu'on veilloit
toûjours exactement ſur
le tranſport de l'argent de
France dans l'Empire : que tou
$42 MERCURE
1
tes les Troupes Imperiales qui
étoientdans Brifac &dans Fri
bourg en étoient forties pour
ſeren dreen Hongrie. Ces Lett
tres ajoûtent que les maladies
étoient fi frequentes , qu'il y
mouroit sous les jours beaucoup
de perfonnes de tout âge
&de tout foxe.
1. On mande de Lille que les
Commuffaires Imperiaux y é
toient revenus de Bruxelles ,
pour mettre la derniere main
au Reglement des limites .
On mande de Barcelonne
du 12. de ce mois, qu'on y tra
vailloit avec toute la diligence
GALANT $43 ..
poſſible aux fortifications exs
terieures de corte Place ypartis
culierement à celles de la plaid
ne où beaucoup de monde
écort employé & quionefpetoit
qu'avant la find Aoûtel
les feroient dans leurs perfec
tions , aprés quoy.on.com
menceroit à travailler aux ou,
vrages anciens interieurs , tant
àla Ville qu'au Fort du Mont
Jouy , & qu'on avoit com
mencé à ouvrir la terre du cô
té de la marine pour la conſtruction
de laCradelle , àlaquelle
on travaillera immediatement
aprés que les fortifi
144 MERCURE
cations de la Place feront fi
nics , où quantité de Maſſons
&autres Ouvriers venus de
France font employez
On apprend auſſi par des
Lettres de Roſes, qu'on y tra
vailloit pareillement aux fortifications
, tant à la Ville ,
qu'au Fort de la Trinité.
On écrit de Gironne du 25 .
du paflé que quelques Mique.
lets commençoient à paroître,
une quarantaine s'eſt fait voir
du côté de Baſcara , quelques
uns avoient auſſi paru du cô.
té de Vick , qu'on avoit fait
pour aller à leurs trouffes un
détachement
GALANT 145
détachement qui en rencon
tra une trentaine du coſté de
Ripols , les attaqua , en tua&
en prit onze qu'on a amenez ,
& qui devoient eſtre pendus
le lendemain ; & parmy ce
nombre eſt leur Chef qui eft
blené...
< Des Lettres de Chambery
du 29. May portent qu'on y
faiſoit de gros magaſins de
vivres&de fourrages,& qu'on
avoit marqué uncamp prés de
cette Ville pour les Troupes
Piemontoiſes , qui devoient
venir y camper: qu'on préparoit
auffi des logemens pour
Juin 1716 . N
146 MERCURE
leurs Majettez qui y font attenduës
vers le 1s. de Juin; ce
-qui n'inquiete pas peu les Ge.
nevois , qui apprehendent d'être
attaquez ,& en ce cas ils
follicitent du ſecours des Cantons
Suiffes leurs voiſins &
Alliez .
On écrit de Villefranche ,
2 que quatreBataillons deTrou.
alpes Piemontoiſes s'y eſtoient
embarquées pour paffer en Sicile.
On écrit de S. Malo qu'on
avoit cu avis d'Edimbourg ,
que les Comtes de Marshall ,
Seafort , Southesk , avec le
GALANT. 147
Marquis de Tullibardine , &
autres perſonnes de confideration
au nombre de 30.s'étoient
embarquez depuis peu
fur un vaiffeau François , dans
les Ifles duWeſt , pour ſe retirer
en France 201
Le ſieurThomas Ingenieur
a trouvé une nouvelle inven-
**tion de fabriquer des canons
d'un métal d'une nouvelle
compoſition , qui font legers
&faciles à porter, n'ayantque
18. lignes d'épaiffeur , & un
mulet en peut porter un de
36. livres de balle : l'épreuve
ena eſté faite le 14. de ce mois
Nij
148 MERCURE
dans la plaine de la Villette au
Bourget; & cet Ingenieur en
acu tout le ſuccés qu'il en pouvoit
ſouhaiter. M. le Duc Regent
& les Princes ſe font
trouvez à cette épreuve,& ce
19
jour- là , de même que le lendemain
13. &le Lundy is .
qu'on a encore fait la même
épreuve.
Interrompons , s'il vous
plaiſt , en cet endroit la ſuite
des nouvelles generales ; & en
attendant que le tems rameine
ce chapitre ſur le tapis , lifez ſi
vous le jugez à propos , l'article
des Morts.
M
GALANT. 149
MORTS.
-
Antonio Lanty de la
Roüere , Prince de Belmont
en Sicile , Duc de Bonmars ,
Marquis de la Roche
Semibalde , Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit par le feu Roy
en 1696. dontiln'a porté que
les marques exterieures ,
n'ayant jamais eſté reçû , quoique
cependant ſes preuves
ayent eſté admiſes,d'uneMaifon
originaire de Ferrare , &
faiſant fa refidence ordinaire
à Rome, y eſt mort le s.
Niij
150 MERCURE
D
May 1716. Il avoit épousé
Loüife Angelique de la
A
Tre
moille , fille de Loüis de la
Tremoille , Duc de Noir
moutier & de Renée Julic
Aubery, & foeur de la PrinceffedesUrfins
& du Cardinal
de la Tremoille, dontil laſſe:
1. Loüis Lanty de la Roüere ,
Prince de Belmont. 2. Ale
xandre , Prince de la Rochemibalde.
3. Frederic Chevalier
, & Marie Anne Cefarine
Lanty. Marie Antoine Lanty,
aycul de celui dont nous annonçons
la mort , avoit époulé
le 31. Aoult 1609. Lucrece
1
•
GALANT
de la Roüere, àcauſe de laquel-
Ic alliance , leur poſterité a pris
le nom de la Roüere : de ce
mariage ſont venus Louis
Lanty, mort fans enfans mâ
les , & Hyppolite Lanty de la
Roüere , Duc de Bonmars, qui
fut marié l'an 1646. avec Marie
Chantine d'Altemps , fille
de Pierre Ducd'Altemps ,&
d'Angelique de Medicis. De
cette alliance étoit iſſu celuiqui
donne lieu à cet article , lequel
étoit couſin du grand Duc de
Florence, à preſent regnant,
A
du deux au troifiéme degré
par la maiſon de la Roüere.
N iiij
152 MERCURE
Dame Marguerite Fouquet
du Chaſlain, qui avoit époufé
en 1659. Bernardin de Gigault
, MarquisdeBellefons
Maréchal de France , Cheva
lier des Ordres du Roy,&c.
mourut le 20. May 1716.
elle étoit fille de Chriftophle
Fouquet Comte de Chaflain,
Preſident à mortier au Parlement
deBretagne , & d'Elizabeth
Marin : elle avoit cu entre
autres enfans Loüis Chri
ſtophe Gigault , Marquis de
Bellefons , mort des bleſſures
qu'il reçut au combat de Stin->
kerque , laiſſant de MarieGALANT.
I155
Olimpe- Emanuel de la Porte
Mazarini Mancini , Charles-
Louis-BernardinGigault mort
le 20. Aouſt 1710. Jaffant un
fils unique de fon mariage a
vecAnne-MagdelaineHenne
quin d'Ecquevilly ,&Marie-
Magdelaine HortenſeGigaule
de Bellefons femme d'Anne-
Jacques de Bullion Marquis de
Fervacques. A
Dame Elizabeth le Liévre,
veuve de Meffire Nicolas Do
rieux Maiſtre des Re queſtes,
mourut le 24. May 1716. elle
eſtoir fille de Thomas le Liep
vre Marquis de Grange Fou-
:
154 MERCURE
rille , Mattre des Requeſtes,
&Prefident au Grand Confeil
, & d'Anne Favre de Berlife
: elle avoit pour freres,
Pierre François le Liévre Marquis
de Fourille , Guidon des
Gendarmes Ecoffois , tué à la
Bataille de Montcafiel au mois
d'Avril 1674 & Armand Jo
ſeph le Liévre Marquis de la
Grange,Avocat au Parlement,
& pour foeurs , Anne Julie le
Liévre , femme de Claude de
Bretagne, Barond'Avaugour,
Comte de Vertus , &c. &Ma
rie- Margueritele Liévre, feme
me d'Henry d'Eſcoublon ,
:
GALANT 155
Comte de Montluc.: Mar
-Dame MargueriteBoffuet,
qui avoit épousé r . Meffire
Nicolas Meliand Maſtre des
Requeftes , 2. Meffire Cyprien
Perrot, Seigneur de Fercourt
, auffi Maistre des Requeſtes
, mourut le 21. May
Elle estoit fille de François
Boſſuet Seigneur de Villors,
Secretaire du Conſeil ,
&deMarguerite Beuvron ; &
elle a laffe pour filleMarguerite
Meliand femme de Claude
Cherier Maistre des Comptes.
Dame Marie- Magdelaine
156 MERCURE
Boifferet , épouse de Meffire
Jacques - Charles Bocharte
Chevalier Seigneur de Cham
pigny , Poincy , &c. mourut
le 26. May, laiſſant plufieurs
enfans encore fort jeunes : la
famille de Bochart eſt une des
plus anciennes , des plus illuf
tres , & des mieux alliées de la
Robe.
G Dame Marguerite- Louiſe
Sophie de Neufville Villeroy,
fille de M. le Duc de Villeroy ,
a époufé Meffire François
Marquis de Harcourt , Capitaine
des Gardes du Corps du
Roy , & Lieutenant General
GALANT 157
1
Π
pour Sa Majesté en la Province
de Franche -Comté , mourut
lemad Juin 11776 en fa dix
huituéme année : Jone vous dis
rien de la Maiſon de Harcourt
ni de Villeroy , vous en ayant
parlénpluſieurs fois dans mes
fo ✓ derniers Journaux,
La Princeffe Hedwige Elconord
de Holſtein Gottorp ,
Reine Doüairiere de Suede ,
Ayeule de Charles XII. regnant
aujourd'huy , mourut
Ic mois paffé
T
La Princeſſe Doüairiere
d'Egmont , mourut le 31. du
paffe à Bruxelles .
158 MERCURE
Daine Anne Marie Magde
laine de S Nectaire , femme
*de Meffire PierreGilbert Colbert
, Marquis de Villacerf ,
premier Maistre d'Hoſtel de
feuë Madame la Dauphine ,
mourut le . Juin , laiffant
entr'autres enfans Marguerite
Colbert de Villacerf, mariée
en 1714. avec François Emanuel
de Crufiol , Comte de
Leſtranges ,&... Colbert de
Villacerf, mariée depuis peu
au Comte de Villemont du.
nom de Vent d'Arbouze :
elle érot fi le de Jean.Charles
de S. Nectaire Comte de
CALANT درو
3
Brimont , Lieutenant General
des Armées du Roy , & de
Marguerite de Beaufonte -
nant. La Maiſon de S. Nectaire
eſt originaire d'Auvergne
, & elle eſt une des
plus anciennes & des plus il-
Juſtres du Royaume.
請
Meffire Augustin Meſnard,
Chevalier Marquis de Toucheprez
,& Baronde Châteaumur
en Poitou , eſtant venu
icy pour quelques affaires , y
eſt mort le s. de ce mois. Il
ne laiſſe de Dame Julienne-
Marie Rofe de Brechand fon
époule , qu'un fils unique , qui
160 MERCURE
par ſa mort devient l'aîné de
cette famille qui a pluſieurs
branches . Mrs Meſnard de
Toucheprez & de Tiffange,
portent pour Armes d'argent
à trois porcs épics de fable..
:
Il y a quelque apparence
que l'article des Mariages veut
fucceder immediatement à celui-
cy, puiſque depuis le temps
que je cherche dans mes papiers
, pour varier davantage
mes matieres , je ne trouve
que luy ſous ma main. Hé
bien ſa volonté foit faite.
: MARIAGES.
GALANT. 161
21 MARIAGES ב
67
Meffire Andrault, Marquis
de Montlevrier , Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
épouſa le ... de Juin le
... Camus , fooeur de Meffite
Nicolas le Camus , premier
Préſident de laCour des
Aydes, Commandeur , Prevêt
&Maistre des Ceremonies des
Ordres du Roy , & fitlende
Meffire Nicolas le Camus ,
Premier Préſident de la même
Cour des Aydes , & de Dame
Matic- Elifabeth Langlois : la
Juin 1716.
162 MERCURE
famille de leCamus eſt une des
plus illuftres de la Robe ; pour
celle d'Andrault , elle n'eſt pas
moins diftinguée par ſon ancienneté
que par ſes alliances.
Meffire Anne de Balaine ,
Chevalier Seigneur de Pommeray
, &c. Chevalier de
Noftre-Dame du Mont-Carmel&
de S. Lazarede Jerufalem,
Ecuyer ordinaire de S.
A. R Madame , époufa le ...
*du mois paffe , Damoifelle
d'Aquin Châteauregnard, fille
de Meffire Antoine d'Aquin,
Seigneur de Châteauregnard,
Préfident au Grand Confeil ,
GALANT 163
&Secretaire duCabinet ,&de
Dame Elifabeth Thomas de
l'Ile , & petite fille de Meſſire
Antoine d'Aquin , premier
Medecin du Roy: le nom de
Balaine en Champagne eft
d'une Nobleſſe ancienne &
diftinguéc.
ॐ
Reprenons maintenarit à
nôtre aiſe l'article des Nouvelles
deParis, il eſt plus amuſant
& plus intereſſant lui ſeul
que toutes les autres matieres
de ce Volume.
Le premier de ce mois ,
l'Aſſemblée du Prima- Menſis
Oij
164 MERCURE
1
1
ſe tint en Sorbonne à l'ordinaire
avec les conteſtations &
les examens accoûtumez
Lc 2. M. le Marquis de
Bonnac , de qui j'ay cu fouvent
l'honneur de vous parler,
eſt enfin , & àmon grand regret
, parti pour ſon Ambaffade
de Conftantinople.
Le 3. lc 4. le s. le 6. rien
que je puiffe dire.
Le 7. l'hiſtoire que voicy.
GALANT
RELATION
des Festes magnifiques qui ont
été celebrées en l'honneur de
la naiſſance de l'Infant Dom
Carlos 7. le 8. &le 9. de
ce mois chezM. le Comte de
Ribeira , Ambassadeur Extraordinaire
de Portugal , en
France.
1
Dans les plus communes ,
comme dans les plus fingulieres
actions des Grands , la
loüange au regard effronté,
eſcortée de la flaterie ſa fidele
compagne, ne manque jamais
166 MERCURE
de venir répandre à pleines
mains fon encens fur l'autel
de leur vanité. En un mor
on louë tour. C'eſt un uſage
établi dés la creation du
monde. Orateurs , Poëtes &
Parafites ſubſiſtent de cet
Art. Le beſoin qu'ils ont de
plaire eſt ſi urgent , que chez
cux le vice eſtdecoré&environné
de toutes les baſſeſſes
de l'adulation , & une vertu
mediocre élevée au deſſus du
firmament. * Artis magister ,
venter,&c. Item il faut vivre...
&comment feroit fans cette
* Perſo. Prologue..
GALANT. 447
noble Profeffion , un certain
ignare & plus qu'inopide
Abbé , Auteur Compilateur
d'un Livre qui traite des curiofitez
de Paris? Ne mourroitil
pas bien tôt de la malefaim,
s'il n'étoit l'eſpion , la mouche
& le mendiant declaré de
tous les étrangers titrez qui
arrivent en ectte Ville. Il fait
juſtement icy ce que j'ay vû
pratiquer mainte&maintefois
en Italic. Il a toûjours un feüillet
griboüillé , chargé d'excelfives
& miferables loüanges
pour le dernier venu. Voicy
àpeu- prés le titre de ces beaux
ouvrages.
168 MERCURE
MA
Tres- excellent , tres- illustre
tres -magnifique Seigneur
Avant votre arrivée en cewe
Ville, la renommée à cent voix
avoit deja fait retentir ces lieux
du bruit de vos vertus. Votre
magnificence & votre generofné
font incomparables ,&c...
Cela luy vaut toûjours quelques
aubaines , & il ſubſiſte.
Ainſi chacun a ſon petit talent
, voilà le fien .
Pour moy , grace au Ciel ,
faute de l'impudence neceſſaire
, pour ſoûtenir décemment
Phonneur & la gravité de ce
miniftere, j'aycrû juſqu'à prefent
GALANT. 169
ſent qu'il n'y avoit point de
Métier plus bas que celui de
loüer à tort & à travers , comme
fait ce douccreux Abbé
auffi bien que pluſieurs de
Meſſieurs ſesConfreres.Telle
eft encore , & telle ſera toû
jours la maxime la plus ſolide
de mes écritures. Ainfilorſque
j'entreprends derendre publiques
les fêtes fuperbes qui
viennent d être celebrées chez
Monfieur l'Ambafladeur de
Portugal, je ne m'en propoſe.
qu'un recit ſimple ; & je n'ay
garde de m'imaginer qu'un
amas de termes pompeux puil
Juin1716. P
170 •MERCURE
fe aucunement ſervir à rehauf
for la generoſité, la magnifi
cence& les autres belles qualitez
de cet Ambaſſadeur.
Monfieur le Comte de Ri
beira aprés avoit fait en cetre
Ville le 18. du mois d'Aouſt
dernier la plus riche & la plus
brillanteEntréequ'on ait peutêtreencore
veuë, a étalé depuis
dans toutes les occafions qui
sten font preſentées , toute
la nobleſſe & toute la ſplen
deur imaginables. Tables,afſemblées,
jeux , concerts,bals,
chez luy rien n'a ofté épargné.
Enfin la prefence de l'Infant
CHADANDE. 971
Dom Emanuel , frere de fon
Maître, & la naffance du
PrinceDom Carlos, l'ontpor
té à donner le 7. de ce Mois
les brillantes feres que tout
Paris a veues pendant trois
jours confecutifs .
21 Le premier de ces trois jours,
fur les neuf heures du foir
fon Hôtel qui eft à la pointe
del'Ile , dans leplus bel afpect
du monde , fur illuminé de
tous les côtez. Son jardin fut
éclairé par cinq pyramider
hautes de trente pieds chacu
ne , & toutes couvertes de
Lampions. Aux quatre coins
Pij
172 MERCURE
de ce jardin étoient quatre
orqueſtres remplis de joueurs
d'inſtrumens pour la commo
dité , la liberté& le plaifir des
Maſques. Cependant on dan
foit également dans la grande
galeriede cet Hôtel ; d'autres
ſo promenoient , ou jouoicht
dans les appartemens, pro
Au deſſous de la galerie eft
l'orangerie , où l'on avoit
dreſſe un vaſte & fomptueux
amphiteâtre couvert de fruits,
de confitures feches & de toute
ſorte de viandes. Aux trois
grandes croifées de cette orangerie
étoient trois buffets ſpa-
८
CALANT! 173
cieux ,pour fournir plus aifé
ment à tout le monde les ra
fraîchiſſemens dont on avoit
beſoin ; les buffers& les tables
furent continuellement - re4
nouvellez par un grand nom.
bre d'Officiers chargez de la
diftribution de toutes les cho
fes qu'on pouvoit ſouhaiter :
& pour le peuple deux fontaines
de vin coulerent tant
quela nuit dura.b
も
Madame Ducheſſe de
Berry ,y arriva un peu aprés
minuicu
Si l'Art des Peintres a le
droit de conſacrer à la poſte
Piij
174 MERCURE
fité pour un certain nombre
d'années,les traits auguſtes des
Maîtres du monde, pourquoy
no me fera-t-il pas permis de
devenir Peintre à mon tour ?
MesTableaux ne feront peut
être ny fi beaux ny fi reffemblans;
mais j'oſe répondre au
moins qu'ils dureront plus
long temps : Et fi toutes les
Bibliotheques publiquestion
l'onm'enchaſſe comme quels
que chofe de précieux ne font
pas miſes en cendre , j'ayen
core un prodigieux nombre
d'années à vivre. Quoyqu'il
en foit, mon fort eſtd'écrire
GALANI 175
& maintenant mon deſſein eft
depeindre le
yoAu milieu de cette bril
lante nuit,onvit paroîtreMa
dame de Berry dans la grande
galerie de l'Hôtel dePortugal.
Getre Princeffe vêtuë à l'imis
tation des habillements que
portoit laReine Marie de Medicis
, & dont on voitdans les
Tableaux de Rubens de fi
magnifiques peintures, fut en
unmoment annoncée par tout
le monde. Les inafques qui
danfoient interrompirent
leurs danſes , les amants cef
ferent de s'entretenir de leurs
Piiij
176 MERCURE
amours , les rivaux s'appaiſe
rent , & ceux & celles que le
fommeil accabloit , s'éveille,
rent pour aller en foule joüic
à l'envi du bonheur de la voir.
La richeſſe de ſon habillement
tout couvert de pierreries
fut à peine remarquée. Les
yeux avides &infatiables trou
voient en elle-même & dans
ſes regards , des graces qui les
détachoient ſouverainement
du ſoin de s'appercevoir de la
fplendeur des ornements qui
accompagnoient la majeſté ,
l'éclat & la beauté de ſes traits .
Cette Princeſſe , en tout lieu ,
CALANT アラブ
&toûjours l'objet de l'admi
fation de tout le monde , fut
complimentée en arrivant, par
Monfieur l'Ambafladeur , &
unmoment aprés par le frere
du RoydePortugal
Ce jeune Prince s'acquitte
avec des graces infinies de tour
ce qu'il entreprend. Il n'eft
point de Cavalier en France
qui faſſe mieux ſes exercices
que lay.Une liberté charman
te,unair noble&naturel font
en luy des qualitez qu'il por
ſede au ſouverain degré. Il eſt
parfaitement bien fait ,& les
traits de fon viſageblanc,de
178 MERCURE
licat & beau , compoſent le
chef-d'oeuvre de ſon portrait.
Il danſe enfin avec toute la
propreté imaginable , choſe
dont il fut permis à tout le
monde d'être témoin & juge
pendant cette premiere nuit
qu'il paffa preſque entiere
danſer avec les jeunes Prin
ceffes du Sang , & avecMadame
l'Ambaſſadrice. Je pric
ceux qui ont lû ce que j'ay die
& crû devoir dire d'elle avec
fimplicité&verité , dans le re
cit que j'ay fait d'un Bal que
M. le Comte de Ribeira
donné l'hyver dernier,de me
GALANT. 179
1
diſpenſer du foin de chercher
de nouvelles expreſſions, pour
leur repeter que cette Ambaffadrice
eſt une des plus polies,
des plus gracieuſes ,& des plus
bellesDamesqu'on puiffe voir.
si Voila à peu prés un leger
détail de ce qui ſe paſſa pen
dant la nuit du 7. Voicymaintenant
l'hiſtoire du si
Entre les neuf& dix heures
du ſoit ,l'Hoſtel de Portugal
fut entierement illuminé jul
ques ſur les toits. Les cinq py
ramides du Jardin allumées
comme la veille , on entendir
un bruit de hautbois , tymbal
180 MERCURE
les & trompettes , qui fervit
de fignal à des gens deſtinez à
donner un nouveau ſpectacle
au Public, motus
A une diſtance raiſonnable
de l'Hoſtel de Portugal, on
avoit dreffe au milieu de la
riviere un magnifique Fou
d'artifice dans un grand ba
teau. Au ſignal des trompettes
ce Feu fut allumé ; & pendant
présd'une demie heure
tificiers nediſcontinuerentpas
de fervir de nouvelles inven
tions de leur Art. Les deux
coſtez de la riviere furent cel
même ſoir remplis d'une infi
les Ar
GALANT
nité de fpectateurs. Tous les
Princess Puncefles , grands
Seigneurs du Royaume &
autres,furent ſe promeneraudeflus
de la Porte S. Bernard,
& du côté de l'Artenal On
avoit dreſſe partout des échaf
fautspourlacommodité duPublic.
Lorſqu'il n'y cut plusrien
àvoir ſur l'cau , deux fontaines
devin recommencerent à cou-
Ier pour le peuple: cependant
on fervoit dans l'Hôtel de
Portugal un ſplendide ſoupé
àungrand nombre de perfonnes
de la premiere qualité qui
yavoient eſtéinvitez: &toute
182 MERCURE
la nuit , comme la veille , les
illuminations durerent,
Le neuf il y cur les mêmes
illuminations que les deux
jours precedens , grand bal,
grand jeu , & comme le ſept,
une profuſion étonnante de
viandes &derafraîchiffemens.
Du reſte ce qu'il y cur àmon
gré , de plus fingulier pendant
cette nuit , ce fut l'Avanture
que vous allez lirë. 1
AVANTURE
Dans l'une des trois rues
S. Louis , à Paris , Dorante a
GALANT. 183
une fort belie maiton oùilde
meure. Aveclut habitent, non
fans douleur , ſa femme& fes
deux filles. Dorante eft riche,
dur , capricieux , avare , fa
femme n'eſt tien moins que
cela , & fes filles qui font jo,
lics comme l'amour , fçavene
de ſcience certaine , qu'ayant
l'une ſeize ,& l'autre dix ſept
ans , elles font nubiles à merveille.
Leur maiſon où elles
ſont preſque toûjours enfermées
, grace à la vigilance &
à la méfiance de leur trés ho
noré Papa , a des avenuës fi
bien gardées , & dont l'accés
484 MERCURE
eſt ſi difficile , qu'il y auroit de
qucy dégoûter les plus obſtinez
amoureux du monde du
ſoin de leut faire la cour fielles
estoient un peu moins aimables
qu'elles ne ſont ; mais l'amour
& l'induſtrie dreffent ordinairement
de furicuſes batteries
contre les precautions
desArgus: & ils ont rarement
affez d'yeux pour ſe garentic
de tous les pieges qu'on leur
tend. Enfin quoique vous faffitz
,Monfieur Dorante , Eliſe
&Clelie ont plus de reſſources
& d'eſprit que vous n'avez
d'inquietudes , il y a longtemps
GALANT• 185
temps qu'elles gemiſſent dans
l'eſclavage où vôtre dureté les
enchaîne , & qu'elles mettent
tout enuſagepour ſe procurer
quelque élargiſſement. Prenez
garde à vous ? le miracle
de leur liberté va être malgré
tous vos foins, le chefd'oeuvre
d'un bal.
En effet le de ce moisces
deux jeunes perſonnes , aprés
avoir à force de prieres & de
avoir a
prefe preſens misdans leurs interêts
le premier & le plus fidele domeſtique
de Dorante , elles lui
declarerent l'envie extrême
qu'elles avoient d'aller au bal
Juin 1716 . e
186 MERCURE
de l'Ambaſſadeur de Portugal,
elles lui direntqu'elles avoient
déja pour cette partie le confentement
de leur mere, qui
en feroit elle-même , fi mal
gré la mode , le lit de fon
époux n'étoit pas toûjours le
fien ,&qu'il nemanquoit plus
que ſonaveu pour faire réüffir
leur entrepriſo. Il cut beau
repreſenter toutes les difficultez
dont ce projet étoit envi
ronné , ſes remontrances ne
les perfuaderent point , au
contraire elles lui répondirent
des chofes fi touchantes,& lui
firent tant de careſſes, qu'à la
GALAND 187
fin ce pauvre garçon attendri,
confentit , la larme à l'oeil, à
faire ce qu'elles exigeoient de
lui. Il leur promit de leur ouvrir
à minuit la porte dont il
avoit toûjours la clef, de for
tir avec elles , de les mener
juſqu'à un carroſſe qui devoir
les attendre à vingt pas audeſſous
de la maison , & de
les accompagner juſqu'à la
porte dubal ,où il leur fit jurer
de ne reſterquetrois heures
au plus. Ces deux pauvres enfans
, ravis d'avoir obtenu un
ſi doux conſentement , lui firent
les plus jolis petits fer-
Qij
188 MERCURE
a
-0000
mens du monde , de ſe retrouver
juſte au rendez vous
à l'heure qu'il leur marquoit.
Mais l'homme propofe , &
Dieu diſpoſe : & ces aimables
filles qui n'avoient pas man
qué de trouver leurs bienheu
reux amans dans le bal , ſelon
l'ordre qu'elles leur en avoient
donné , ne s'attendoient point
à un nouveau caprice de la
fortune. Pouvoient- elles prevoir
helas , que leur confident
feroit trahi par ſon camarade.
Non en verité. Voicy pourtant
comme la choſe arriva.
Bourguignon enragé conGALANT
tre Champagne , parce que
leur Mantre commun honoroit
de dernier de toute la confiance
, après avoir épié depuis
long tems toutes les occaſions
de luy nuire , trouva
enfin celle-cy. Il découvrit la
manoeuvre de cette Avanture,
il vit ouvrir la porte , fortir
les Demoiselles , & Champagne
avec elle. Auſſitoſt envalet
officieux & zelé , il monte
à l'appartement de ſonMaître,
qu'à force de faire du bruit ,
il éveille en ſurſaut ; & aprés
un long verbiage ( qualité attachée
à cettemaligne engeanلوم
MERCURE
ce ) il luy dit qu'il a vû deux
ou trois hommes armez enlever
ſes deux filles , & que
Champagne qui a ouvert la
porte à ces Raviſſeurs, eſt ſans
doute du complot. Bon , die
la femme de Dorante , il n'y
apoint d'enlevement à cela,
& vous verrez affcurement
qu'elles feront allées aubal de
l'Ambaſſadeur. Voila de vos
indulgences , Madame , reprie
Dorante. Vos filles au bal ,&
aubal ſur leur bonnefoy , cela
eft enveritéfort fage.Bourguignon
, fais mettre tout à
Theure les chevaux au caroffe;
CALANM
& vous , Madame , habillez
vous comme il vous plaira ,
pour aller les chercher avec
moy. Vous avez icy une robe
de taffetas qui fuffira pour vo
tre déguisement , &moy je
vais mettre monhabit decam
pagne. Auffitoft chacun tra
vaille à qui aura pluſtoſt fait.
Le caroſſe eſt preſt , on ymon
te ,& l'on foüctte à l'Hoſtek
de Portugal.parago
8. Dorante a mis à peine les
pieds dans le jardin , que ſes
filles l'apperçoivent , elles dé
tachent auflitoſt leurs Amans
aprés luy,& avec le ſecours
1,2 MERCURE
de quelques autres Maſques de
leur connoiffance , elles font
environner leur mere, qu'elles
attirent dans un lieu éloigné
pour s'y découvrir à elle.Certe
bonne maman ravie de ſc
voir au bal , leur conte tout ce
qui vient d'arriver. Alors un
Maſque luy perfuadede changerde
robe avec luy pourpouvoir
mieux éviter la rencontre
de fon mary. Elle le fait , &
chacun en pleine liberté joüit
des plaiſirs de la fefte. Cependant
Dorante paſſe aſlez mal
ſon tems. Eft-il poſſible, luy
dit undes jeunes gens que fes
filles
!
GALANT. 193
filles ont mis à ſes troufles ,
qu'un homme ſage comme
s'aviſe de venir au bal ? vous
Comment avez vous pû vous
refoudre à quitter voſtre femme
, vos filles que vous faites
enrager , & voſtre coffre fort
que vous aimez plus qu'elles ,
& que vous- même. Seriezvous
par une metamorphofe
inconcevable devenu tout à
coup moins farouche & moins
avare ? Si cela eſt , quelleobli .
gation n'avez- vous pas à ceux
qui vous ont donnéla premie
re leçon de politeſſe & d'humanité?
Que fignifiedonc tout
Juin 1716. R
194 MERCURE
{
cecy , diſoit à chaque inſtant
Dorante , & à l'exemple du
Marchand de Fagots duMedecin
malgré lui ; le refrain de
fa chanſon eſtoit A qur
en veulent ces gens- là ? Mais
ceux-cy avoient reſolu fermement
de ne le pas quitter fitôt.
Enfin lui dit un d'eux : Nous
ne vous laiſſerons pas faire
un pas en liberté , que vous ne
nous ayiez declaré de bonne
foy la raiſon qui vous a fait
venir icy. Hé bien , Meſſieurs
les Maſques qui m'aſſaffinez à
force de m'importuner , vous
ſçaurez donc que je n'y ſuis
GALANT . 195
I
venu que pour y trouver mes
deux carognes de filles qui ſe
ſont cette nuit à mon inſcu
échapées de ma maiſon pendant
mon premier ſomme ,&
qu'averti par un de mes gens
de cette incartade , je me fuis
habillé à la hâte pour venir avec
ma femme les arracher
d'icy. Si vous ſçavez où elles
font , comme je penſe n'avoir
pas licu d'en douter , montrez
les moy; & je vous jure foy
d'homme d'honneur qu'il ne
leur en arrivera aucun chagrin.
Pourquoy , luy répondit un
de ces Meſſieurs , reprochez-
Rij
196 MERCURE
mes
vous à vos filles d'eſtre venuës
icy , puiſqu'elles y font avec
leurs maris ? Avec leurs maris,
es filles ! reprit Dorante :
Et vous vous trompez ,Mef.
ſicurs , vous ne les connoiſſez
pas , mes filles ne font point
mariées. Voyons donc ſi nous
nous trompons , dit l'un des
Maſques. N'eſtes - vous pas
Dorante ? ne demeurez - vous
pas dans la ruë S. Loüis , n'y
paſſez vous pas pour le plus fâ.
cheux de tous les hommes ;
n'avez vous pas une femme
fort raifonnable ,&deux filles
fort fages que vous faites éter
GALANT 197
nellement enrager ? Dans tout
co quevous medites , il y a,réponditDorante,
quelque choſe
de vray: hé bien,reprit l'autre,
voila pourquoi vos filles
fontmariées , fibien que vous
ne sçauriez empêcher que cela
foit; la contrainte effroyable
où vous les avez retenujuſqu'à
preſent , ne leur a cependant
pas ofté la liberté de faire un
choix , que vous ne pourriez
defaprouver que par contradition.
Vôtre épouſe eſt inſtruite
de tour , & c'eſt de fon confentement
que leur hymen a
eſté conclu. Vos gendres font
1
Riij
198 MERCURE
rels&tels, ces noms vous contentent
ils ? on ne vous a pas
chicanné leur dot , qu'avezvous
à répondre à cela?Ma foy
je vois bien,leur dit Dorante,
qu'il n'y a ni porte ni verroux
qui fuffiſent pour la garde des
filles : & fi ce que je viens d'entendre
eſt vrai , que la choſe
foit faite ou à faire , j'en ſuis
d'accord. Il ne me reſte plus
maintenant qu'à connoître les
époux qu'elles ont choiſi ſans
moi,s'ils fontde vosamis mon
trez les moi,&je vous jure qu'à
l'inſtantje ſerai des leurs: lur fa
paroleces Meſſieurs quitterent
leurs maſques , & l'embraffeTHEQUE
DE
GALANT.
N
rent ; ils rejoignirent aufficolt
leur compagnie , qui fut trescontente
de cet accommode.
ment. Ils virent enſemble la
fin de cette brillante feſte ; &
les amans en attendant que
les ceremonies nuptiales ferraffent
les noeuds de leur felicité,
joüirent tranquillement
& en pleine liberté du plaiſit
de ſe voir ,juſqu'au 22. dece
mois que leur hymen a eſté celebré
à la grande fatisfaction
des Parties . Que le Ciel prolonge
leur bonheur , & leur
donne des enfans qui leur ref.
femblent. Ainfi foit il.
Riiij
200 MERCURE
AutreAvanture dudit jour.
1000
de
AVANTURE
Une jeune & trés-aimable
veuve déguiſée à merveille , le
trouva par hazard à ce dernier
bal auprés d'un homme de ſa
connoiffance , fi mal maſqué,
qu'elle le reconnut fans peine.
Cet homme avoit eu peu de
temps avant cette rencontre ,
un accez affez libre chez elle ,
mais n'ayant ny le merite ny
l'eſprit de ſe conſerver une fi
bonne connoiffance , laDame
GALANT. 201
rebutée des travers de ſon genie,&
de ſes importunitez,n'avoit
pû ſe diſpenſer de le congedier
, même honteuſement
de ſa maiſon . Cette nuit ſe
trouvant en belle humeur ,
elle voulut encore une fois ſe
divertir aux dépens de ce per
fonnage. Affiſe à côté de luy
fur le banc du jardin , bon
jour , Maſque , luy dit - elle,
êtes vous toûjours bien aima
ble à vôtre ordinaire ? Vous
êres de ** *, dit - on fils d'un
Treforier de France de cette
Ville , vous croyez avoir un
grand genie , mais vous en
202 MERCURE
avez peu ou point. Vous n'avez
pas beaucoup d'habitudes
àParis; les perſonnes chez qui
vous demeuriez vous avoient
procuré la connoiffance de
pluſieurs Dames de vôtre voi.
finage , avec lesquelles vous
vous ettes broüillé par bétiſe
& par étourderie. Vous alliez
encore ſouvent , ſi jene me
trompe, chez une veuve qui
demeure vis -à- vis de chez
vous , mais vous l'avez ſi ſubitement&
tant de fois convaincuëquevousn'étiez
qu'un
fot , qu'elle vous a fait fermer
la porte au né : Par tout ail
GALANT. 203
leurs où elle vous a rencontré
, elle s'eſt publiquement&
à vôtre barbe mocquée de
vous. Comment doit on s'y
prendre pour vous corriger
Acette fidele peinture , mon
cher Monfieur , vous reconnoiſlez-
vous ? qu'en dites-vous
beau Moſque ? A ces belles
queſtions le Matque interdit,
ne répondit que des béti
ſes à fon ordinaire. Cepen
dant ſe remettant un peu du
defordre où l'avoit jetté un
compliment ſi bruſque, võrre
Compagne eſt elle icy , obli
geante perſonne , dit il à co
204 MERCURE
Maſque qui venoit de luy dé
filer un ſi joli peloton de veritez
Si elle eſt icy , je n'auray
pas de peine à vous remercier
( ſans craindre de me
tromper)des choſes gracieuſes
que vous venez de me dire.
La veuve qui a chez elle
une Demoiselle de ſes amies ,
qui estoit juſtement au bal
avec elle,crût alors être recon.
nuë; cependant ſans le décon
certer , elle luy répondit qu'il
ſe trompoit , & qu'elle ne ſcavoit
ce qu'il vouloit luy dire
avec la Compagne dont il lui
parloit. Neanmoins ,la crainte
CALANT. 205
d'être découverte, lui confeil.
la de ne plus ſonger qu'aux
moyens de s'échaper des
mains de ce Malque qu'elle
venoit , à fon grés, de traiter
comme il meritoit de l'être ;
&enfin elle s'eſquiva. Mais
l'obſtiné Maſque ne croyant
pas apparemment en avoir
affez pour fon compte , s'acharna
autant à la pourſuivre,
qu'elle à l'éviter. Il cut pourtantbeau
faire&beau courir,
la Dame s'enfuit avec tant
d'adreſſe & de legereté, qu'il
la perdit de veuë. Ainſi aprés
pluſieurs allées & venuës , elle
206 MERCURE
rejoignit ſa Compagnie.Alors
un des amis de la veuve qui
connoiffoit leMaſque en que-3
flion , fut à luy ,& avec beau
coup de politeffe, il le pria de
luy dire s'il connoiſſoit laDame
avec laquelle il luy avoit
paru avoir une converfation
fort vive. Vrayment , Mon
fieur, reprit- il, fije la connois,
en doutez-vous ? Je ne ſuis
point de ces gensqui attaquent
indifferemment au bal toute
fortede Maſque; & je ne me
lic, autant que je le peux ,
qu'avec des perſonnes de ma
connoiſſance. LeMafque, par
GALANT 207
exemple , avec qui vous venez
de me voir , eſt une fille folâtre
, badine & toûjours de la
meilleure humeur du monde.
Je ſuis parfaitement bien avec
elle , elle a eu maintefois de
mon argent , elle demeure à
la Porte S. Michel , & elle a
pour Compagne une jeune
fille , qu'on appelle la petite
Javotte; c'eſt en verité la plus
jolie petite creature du mon
de. Vous m'avez l'air d'un
honnête homme , & dés demain,
ſi vous voulez , je vous
meneray chez ella; de rout
mon coeur , répondit l'autre,
208 MERCURE
auffi tôt rendez vous pris , &
parole donnée pour le lendemain.
Alors le maſque qui venoit
d'être ſi pleinement convaincu
de l'erreur & de la betiſe
de ce donneur d'adreſſes ,
retourna vers la Veuve, à qui il
apprit tout ce qui ſe paſſoit
dans l'idée de ce butor , & l'o .
pinion qu'il avoit d'elle. Auffi
toſt elle revint ſur ſes pas ,
pour le retrouver &s'en divertir
encore. Dés qu'elle ſe fut
miſe auprés de lui ſur unbanc,
il fut s'aſſcoir auprés d'elle.
Ah! ah ! lui dit- il en même
temps , je vous connois bien ,
moy
GALANT. 209
コ
1
moy: & ce n'eſt pas ( ſouvenez
vous en ) d'aujourd'huy
que je ſçay que vous demeurez
à la Porte S. Michel. Je
ne vous ay pasremis d'abord ,
mais un moment aprés vous
avoir perdu de vûë , j'ay bien
jugé à vos diſcours qu'il ne
pouvoit y avoir que vous au
monde qui me connut ſi bien.
La Dame ſe deffendit affez
mal des circonstances de cette
merveilleuſe reconnoiffance ,
&ſans lui rien dire de poſitif
fur cet article , elle luy laiſſa
toute la liberté de croire qu'il
ne ſe trompoit pas. Il la pria
Juin 1716. S
110 MERCURE
alors à belles baife mains , de
ſedemaſquer pour l'amour de
Juy; mais elle luy répondit qu'
elle avoir de trés fortes rail
fons qui lui deffendoient d'en
rien faire: elle s'excuſa même
fi poliment de ce qu'elle ne
pouvoit pas avoir cette complaiſance
pour luy , qu'on dit
qu'il en pleuradejoye. Quand
elle le vit aufli parfaitementartendri
, qu'elle fouhaitoit qu'il
le fut , elle le pria avec une
grace charmereſſe de luy prêter
un Loüis d'or , & luy promit
en même temps de luy en rendre
le lendemain la valeur à
GALANT 211
T'heure qu'il luy plairoit , auffi.
toft bourſe deliée , & Loüis
donné.A ce preſent il ajoûta
le petit diſcours qui fuit. Je
viens , lui dit- il ,de rencontrer
ici un de mes amis , à qui j'ay
promis de le mener demain à
deux heures aprés midy chez
vous , c'eſt un galant homme
que j'aime , je vous prie de le
recevoir comme moy même ,
&fur tout que la petite Javorte
ſoitdes nôtres. Voila encore
deux écus que je vous donne ,
pour les frais de nôtre dîner.
Vous allez bien toſt vous
coucher , & demain au fortir
Sij
212 MERCURE
de vôtre lit , nous nous mere
trons à table . A la bonne
heure , reprit la Veuve , tour
cela va le mieux du monde , &
demain aflûrement nous nous
réjouirons à merveille. Ce propos
fini , main gantée , bien
baifée, promeſſe réïterée, &&
tendres adieux des deux côtez .
L'Auteur de la preſente Hif
toire a honte d'achever ici fon
recit de la maniere austere que luy
preſcrit la verité , il auroitfouhaité
y ajoûter quelque grand
vacarme arrivéle lendemain chez
la petitefavorte de la PorteS.
Michel ; mais la trop prudente
GALAND 213
fe
veuve craignant lesjugemens temeraires
& les glofes malignes ,
nese futpas pluſtoſt levée defur
le banc où elle estoit affife , pour
faire à ce galant Maſqueſa derniere
reverence , qu'en se démafquant
d'une main , elle luy jeita
de l'autre au né , fon loüis d'or
&fes deux écus en achevant fa
harangue dans des termes femblables
à ceux qui fervent de
debut à l'intelligence de cette
Hiftoire, qui commence ( comme
fans doute il vous il vous en
Souvient encore )par un merveilleux
panegerique.
214 MERCURE
Quæque ipſe miferima
vide
le
Etquorum pars nulla ful
4. Cela veut dire que leconteur
de ce narréa vû toutes ces belles
chofes ,&qu'il n'y a pris qu'au
tant de part , quefa curiofiué lui
preſcrivoit d'en prendre , pour
rendre digne , Apte , Idoine
capable de vous les conter; au
refte il estvrayment
tablement mortifiéde lareftitution
du loüis d'or des deux écus ,
qui l'amalencontreusementprivé,
de la delicieuſe esperance de vous
en dire encore de belles.
* Virg. Æneid. L. 2.
épouvanGALANT
218
Le to point de nouvelles.
Le 11. de ce mois jour de la
Feſte Dieu ,la Proceffion de S.
Germain l'Auxerrois alla au
Palais des Tuilleries , dont les
avenuës & toute la cour étoient
tenduës des plus belles
&riches Tapiſſeries des Gobelins.
S. M. cftoit à genoux à
une feneftre , ayant à ſa droiteM.
l'Abbé d'Argentré&M.
l'Abbé de Rochebonne ſes
Aumoſniers en rochet : A la
gauche M. le Cardinal de Polignac
, M. le Duc du Maine,
M. le Marechal de Villeroy ,
Mc. laDucheſſe deVantadour,
216 MERCURE
&le reſte de la Cour y eſtoir
auſſi. Aprés qu'on cutpoſéle
S. Sacrement fur le Repoſoir,
la Muſique du Roy chanta un
trés - beau motet. Le même
jour S. A. R. M. le Duc d'Or-
Jeans Regent du Royaume alla
àl'Eglife S Eustache ſa Paroifſe,
où il entendit lagrand'Mefſe
, enſuite il accompagna le
S. Sacrement pendant toute la
Proceſſion , précedé de ſes
Cent Suiffes , de ſesGardes du
Corps , Pages , Valets de pied,
ayant à ſa droite M. l'Abbé
de Treſſant nommé à l'Evêché
de Vannes ſon premier
Aumoſnier ,
GALANT. 217
Aumoſnier , M. l'Abbé Duprat
, M. l'Abbé de Rabines
Ies Aumoſniers ,& le reſte de
1.ſa Chapelle , ſuivi de M. le
Comte d'Etampes fon Capitaine
des Gardes , de M. le
Marquis d'Armentieres fon
premier Gentilhomme de la
Chambre , & du reſte de ſa
Maiſon , & de pluſieurs Seigneurs
de laCour & Officiers
generaux. Pendant l'Octave le
Roy a affifté pluſieurs fois au
falut aux Feuillans & auxCapucins,
toûjours accompagné
de M. le Duc du Maine , de
M. le Cardinal de Polignac ,
Juin 1716.
T
,
1
218 MERCURE
de M. l'Abbé d'Argentré, de
M. l'Abbé deRochebonne fes
Aumoſniers , de M. le Marechalde
Villeroy , de Madame
laDucheſſe deVantadour,&de
tous les Seigneurs dela Cour,
précedé de ſes Cent Suiffes &
Gardes du Corps.
Le 18. jour de l'Octave du
S. Sacrement, la Proceſſionde
S. Sulpice compoſée de 300.
Preſtres en Chapes ou Dalmatiques,
alla au Palais du Luxembourg,
dont toute la cour
avoit eſté ornée des plus belles
& plus riches Tapiſſeries des
Gobelins , de même que la
GALANT. 219
cour de marbre , dont tout le
pavé eſtoit auffi tapiffe , & au
bout de laquelle à l'entrée du
?
Jardin on avoit dreſſé un Ret
pofoit des plus riches , avec un
dais trés-magnifique. Sur la
gauche on avoit dreffé un
theatre pour la Muſique qui
étoit compoſée de toutes les
plus belles voix de l'Opera , &
-
de pluſieurs Joüeurs de toutes
fortes d'inſtrumens.On voïoit
de riches tapis à toutes les feneſtres
du Palais & des deux
Galeries. Sitoſt que la Banniere
de la Proceffion parut,MadameDucheffe
deBerryalla hors
Tij
120 MERCURE
la porte du Palais accompa
gné de M. l'Abbé de Caſties
fon premier Aumoſnier ,de
M. l'Abbé de Rouget , de
M l'Abbé d'Avejan , de M.
l'Abbé du Tremblay , de M.
l'Abbé Danglade ſes Aumofniers,
tous en rochet, recevoir
la Proceffion , & adorer le S.
Sacrement , qu'elle accompagna
juſqu'au repoſoir , pendant
tout lequel temps les
trompettes , tymbales , hautbois
& ballons , qui estoient
fur le balcon , qui eſtau deflus
de la grande porte , ſe firent
entendre. Enſuite la Muſique
GALANT. 221
chantaunmotet dela compo.
firiondeM. des Touches , qui
fut trés-bien executé. On n'a
jamaisvû une plus belle&plus
auguſte ceremonie. Toutes les
Confreries commencerent
pour lors à défiler, chacundes
Confreres portant un flam
beau à la main, enſuite lesValets
de pied, les Cent Suiffes ,
les Tambours battant toûjours
laMarche ,de même que
leFifre , lesGardes du Corps,
les Pages , portant tous des
flambeaux de cire blanche ;
enfuite tout leClergé of sh
Le S. Sacrement fut porté
Tiij
222 MERCURE
par M. leCuré de S. Sulpice ,
fous un dais des plus riches&
des plus magnifiques. Mada
me Ducheffe de Berry ſaivoir,
ayant à la droite M. l'Abbé
de Caſties ſon premier Aumofnier
, M. l'Abbé de Rouget,
M. l'Abbé du Tremblay,
M. l'Abbé d'Anglade ſes Au
moſniers tous en rochet,&le
reſte de ſa Chapelle. M. le
Marquis de Coctenfao fon
Chevalier d'honneur ,&Mile
Chevalier d'Hautefort , ſon
premier Ecuyer,lui donnoiend
la main. Cette Princeſſe étoit
precedée du Lieutenant , EnGALANT.
223
feigne ,Exemptde ſesGardes ,
Maiſtres-d'hoſtel , Ecuyers &
autres Officiers, ſuivis du Marquis
de la Rochefoucault fon
Capitaine des Gardes , deMadame
la Ducheffe de S. Simon
faDamed'honneur , de Madame
la Marquiſe de Pons fa
Dame d'atour , de Mesdames
les Marquiſes de Trannau
Clermont, Armentieres ,& de
Madame la Comteſſe d'Aidies
fes Dames du Palais & de plufieurs
autres Officiers portant
tous des cierges à la main. Certe
Princeſſe ſuivit toûjours à
pied la Proceffion , qui traver-
Tiiij
224 MERCURE
ſe la ruë de Vaugirard , toute
la ruë Caffette , & s'arreſta à
l'Egliſe des Filles du S. Sacrement
, où l'on chantaun autte
motet en muſique : de-là on
traverſa la ruë du Colombier,
& on arriva à S. Sulpice , d'où
Madame Ducheſſe de Berry ,
aprés avoir reçû la benediction
du S. Sacrement ſe retira .
Il eſtoit deux heures & demic
quand tout fut fini. Onne peut
pas donner plus demarquesde
zele& de devotion que cette
Princeffe en donna , elle fit de
grandes aumoſnes aux pauvres
, & de grandes liberalitez
)
CHADANT. +225
1
G
à tous les Joueurs d'inſtrumens
, aprés les avoir bien fait
regaler. La Ceremonic eſtoit
fi belle, que preſque tout Paris
y a eſté pour la voir : on
eſtoit enchanté de la decoration
de ce Palais qui eſtoit tapille
en dehors & en dedans.
On admira fort l'Histoire de
Conſtantin , l'Ecole d'Atheenes
, le Mont Parnaſſe , l'In-
3cendie du Fauxbourg deRome
&les Fructus Belli , qui font
des Tapiſſeries de la derniere
beauté. Pendant cette Ceremonie
il arriva une avanture
affez finguliere.
226 MERCURE
La jaloufic, Déeffe maligne
qui ſeme laDiſcorde ſur toute
forte d'états , ne pût voir une
feſte ſi lainte ſans en troublers
le calme ; elle perfuada aux
Archers de Ville qui y affif.
toient , auffi bien que les Archers
de la Monnoye , pour y
maintenir l'ordre , que ces der
niers venus n'eſtoient en comparaifon
d'eux qu'une troupe
de miferables,qui avoient l'im
pudence de ſe mettre en parallele
avec eux. A ceux cy elle
repreſenta l'arrogance des Archers
de Ville,qui ſe croyoient
deshonorez de voir leurs cafaGALANT
ques ainſi confonduës avec
celles des Archers de laMonnoye
,elle leur remontra en
même tems combien il eſtoit
à craindre pour les uns & les
autres , que dans cette concur
renceundes partis n'ufurpât
fur l'autre des droits qu'ils de
voient partager enſemble.
Ce n'est pas d'aujourd'huy,
comme tout lemonde le ſair,
que ces prééminences ont fou
vent allarmé l'Europe entiere,
&ont fait quelquefois verſer
autant de ſang que les injures
les plus atroces. Il eſt même
de notorieté publique , que
228 MERCURE
les aſſemblées les plus ſaintes
ont ſouvent caufé de grands
ſcandales par la vanité desTitres
de ceux qui y ont affiſtés
& fi aprés bien des peines
on n'étoit enfin parvenu
mettre d'accord deuxDéputez
des plus grands Potentats du
monde, on n'auroit peut être
jamais vû le commencement,
ni la fin par conſequent , du
Concilede Trente. Je ne vous
• citerai point ici les motifs d'inimitié
entre les Colones& les
Urſins , entre les Guelphes
& les Gibbelins , entre les Ligueurs
& les Gens du Roy
CALANT 125
!
Henry III . entre les Ormiſtes
&les Frondeurs , tous cauſez
par les ambitieux projets qu'-
un de ces partis formoit de
donner la loy à l'autre : Ces
exemples nous jetteroientdans
de prodigieux détails : je me
contenterai ſeulementde vous
apprendre enpeu demotsjuſ
qu'à quelle violence cedernier
conflit de Jurisdiction entre
lesArchersde la Monnoye , &
ceux de cette tant bonne VilledeParis
,porta les combattans
de l'une &l'autre part.
Aufſuoſt , vous dis je , que
la cruelle & tremblante Dif
230 MERCURE
corde cut encouragé,ainſi que
vous venez de le lire , ces val
leureux champions , ils dégai.
nerent. Les épées , halebardes
&mousquetons , menacerent
en même tems tous les aſſiſtans
d'une mort prochaine. Pluficurs
coups de glaives tranchans
furent bravement affe
nez : & malheur à qui les reçût.
On entendoit déja de toutes
parts les cris des bleſſez ,& les
lamentations de la timide populace
expoſée inhumainement
àla rage des combattans,
lorſqu'un renfort de Gardes
deMadame DuchefledeBerry
GALANT. 231
ſe meſlant parmy les mutins ,
les fit ſi ſubitement trembler
de peur , qu'à l'inſtant la tempeſte
ceffa. Pendant cet affreux
tumulte , excité ſous les yeux
& à quatre pas de cette Princeffe,
elle s'occupoit tranquillement
du ſoin de faire donner
de l'Eau de la Reine d'Hongrie
, de l'Eau de Meliffe &
des Sels fubtils à ſes Dames
qui s'évanoi ſfoient de frayeur
àtout moment. Elle ſeule heroïne
indifferente au milieu
d'un danger qui ne pouvoit
gueres eftre plus grand , étant
fi prés d'elle , regardoit fon
232 MERCURE
propre peril comme un acciddeenntt
ooùù elle n'avoit nul intereſt
àprendre. Cependant plufieurs
de ſes Officiers avoient
déja cu la ſage précaution de
chercher un azile :& un de ſes
Aumoſniers de lagauche,plus
prudent que les autres , s'étoit
déja ſauvé en rochet fur les
tuiles. Ecclefia abhorret à fanguine.
L'Eglife a horreur du
fang;&cette horreur eſt ſainte
: Dieu ſoit loüé, &M. l'Abbé.
Amen.
Autre
GALANT. 233
Autre gentille &recreative
sriganet Nouvelle.
On joücà l'Opera unBalet
nouveau , qui a pour titre ,
les Feſtes de l'Eſté. Les paroles
font deMademoiselleBarbier,
qui nous a déja donné plufieurs
Tragedies qui ont eu du
ſuccés. Ce dernier ouvrage a
eſté ſi bien reçûdu Public;qu'-
elle peut ſe flatter de n'avoir
rien perdu de ſa gloire. Voicy
le Plande la Piece..
Argument du Prologue.
Une troupe d'Amans &
Juin1716. V
134 MERCURE
Le
d'Amantes ,dont le Printemps
eſt la Saiſon la plus chere, ſe
plaignent de fon départ.
Printemps leur témoigne le
regret qu'il a de les quitter ,
&leur reprefente une Loy du
Deſtin, àlaquelle il ne peut ſe
ſouſtraire. L'arrivée de l'ENE
oblige le Printemps à s'envoler;
les Amans & les Amantes
ne ſe conſolent de la perte
que pat la promeffe que leur
fait l'Eſté, de faire regner l'Amour.
Il appelle Venus qui
deſcend des Cieux pour établir
l'Empire de fon fils pendant
la Saiſon de l'Eſté , ου plûtôt
GALANT 235
pour montrer qu'il regne
dans toutes les Saiſons. De là
naiſſent les trois Entrées dont
le Balet eſt compoſé. Made.
moiſelle Barbier a diviſé les
jours d'Eſté en trois parties ;
ſçavoir , le plein jour ,le foir
& la nuit ,& fait voir qu'il n'y
en a aucune où l'Amour ne
fignale ſa gloire; ce qu'elle
aexprimé aſſez heureuſement
par ces quatre Vers.
Que l'Aftre qui donne le jour
S'éleve dans les Cieux , ou defandcende
dans l'onde
Vij
236 MERCURE
Qu'il plonge l'Univers dans une
nuit profonde :
Tout estfavorable à l'Amour.
M
On dira peut- eſtre qu'il
étoit plus naturel de faire defcendre
l'Amour lui même que
Venus; mais le Public y auroit
perdu le plaiſir d'entendre
dans ce rôle l'excellente Actrice
qui le remplit avec tant
de grace ; c'eſt Mademoiselle
Antier qu'on ne ſe laſſe point
d'applaudir dans tous les morceaux
qu'elle chante.
Argument de lapremiere Entrée.
Cette Entrée a pour titre ,
GALANT 237
inlesjours
d'Eſté On a choifiune
Moiffon pour le temps de
l'action. Elle ſe paſſe entre un
Berger&deux Bergeres ;l'une
de ces Bergeres qui s'appelle
Climene , eſt d'un caractere
fingulier , naturellement
differente & malicicuſe ; elle
ſe fait un plaiſir de broüiller
tous les Amans. Elle perfuade
Silvie qu'elle luy a enlevé
Daphnis ; Silvie trop credule
donne dans le piege que Climenelui
tenndd,,&irritée contre
Daphnis , elle conſent à époufer
Idas , Berger plus opulent
, que fon pere lui propo
238. MERCURE
ſe. Ceconſentement,où la co
lere a plus de part que la volonté
, ne laiſſe point douter à
Daphnis que faBergere ne foit
infidele. Un éclairciſſement
réünit leurs coeurs ; mais il leur.
refte à rompre un hymen qui
doit les feparer pour jamais .
Ils ont recours àCerés qui les
a choiſis pour ordonner les
jeux qu'on lui prepare en reconnoiſſance
de l'abondante
Moiffon dont elle a couvert
les Champs. Cerés ordonne
que Daphnis & Silvic foient
unis enſemble : cette Entrée
n'apas fait lemêmeplaiſir que -
GALANT. 239
les deux fuivantes , quoy qu'il
y ait beaucoup de ſentimens
& do penſées. Voicy entre
autres beautez qu'on y a fen
ties une maxime qui a paru
trés neuve. Elle est fondée
fur ce Vers qui la precede.
C'eſt Silvie qui parle de Daphnis
dont elle ſe croit trahie.
Non , je lui jure une éternelle
Shaine.
Climene lui répond fur le
ton badin , qu'elle a pris dés
les commencement de la
Scene :
240 MERCURE
Contreuunn oobbjjeett trop charmant
La vengeance n'estpas füre:
Enſecret le coeur dément
Tout ce que la bouche jure.
Le dépit fait leferment ;
Un regardfait le parjure.
05
Ce qui a déplû dans cette
Entrée, c'eſtune eſpecededif
fonnance qu'elle a avec les
deux autres , où il n'y a point
de divinité. Le ſpectateur auroit
voulu que les troisEntrées
fuſſent du même ton , & fe
paſſaſſent dans un même lieu.
Mademoiselle Barbier , atten-
Live à profiter des remarques
du
GALANT 24
e
コ
s
du Public , luy a promis de
ſe regler ſur ſon goût , & travaille
à reformer cette fecondeEntrée
pour la mettre au
ton des deux dernieres. Jef.
pere qu'il n'y aura plus rien à
defirer aprés ce changement ,
que tout le monde a paru
fouhaiter. Paffons à la fecondeEntréc.
Argument de la deuxième
Entrée.
Le temps de cette Entrée
eſt deſigné par un Soleil couchant.
La Scene ſe paſſe àPa-
4. Juin 1716. ..
X
242 MERCURE
ris vers la Porte S. Bernard.
En voicy l'action :
Un vieux Tuteur nommé
Argante , devenu amoureux
de la Pupille , qui s'appelle
Hortenſe, craignant que Liſis,
* qui eſt ſon rival , ne la luyenleve,
forme luy-même le defſein
de la ravir ,& fous pretexte
d'un Cadeau qu'il luy
donne ſur le rivage de la Seine
, il fait preparer ſecrettementune
barquequi doit fervir
à la porter vers un Château,
où il pretend l'enfermer
pour l'obliger à l'époufer. Il
fait confidencede fon deſſein
GALANT. 243
fon valet Zerbin, autrement
dit , mon bon ami Mancienne ;
Doris, confidente d'Hortenſe,
ſe doutant que ce Cadeau ,
trés nouveau pour le vicilTuteur
, cache quelque myſtere ,
ſe tient en garde contre les
mauvaiſes intentions qu'Argante
pourroit avoir. Elle eft
aimée de Zerbin , & par une
tendreſſe effectée, elle l'oblige
non ſeulement à reveler le ſo
cret de ſon Maître , mais en
core à ſervir Liſis aimé d'Horel
tenſe ; de forte que la même
1
barque qu'Argante a fait preparer
pour prolonger l'eſela-
Xij
244 MERCUREA
vage, dHortenfe , fert à la
mettre en liberté. Le caractere
d'Hortenſe eft fingulier ,
c'eſt une domie Agnés , à qui
fonTurcun a fait une peintu
re affreuſe de l'amour , & qui
cependant trouve ceDieu tout
charmant dans les difcours &
dans les yeux de Lofis. Il y a
une Scene entre Zerbin &
Doris qui eſt ſur un ton comique
& leger , dont le public
a paru trés fatisfait. Toute
l'Entrée eſt joliment écrite;
les penfées&les ſentimensn'y
manquent point. J'ay remarqué
entr'autres beautez une
GALANT. 245
Allegorie fine qui s'applique
au Roy. Voicy ſur quoy elle
eft fondée. La Lune paroît
aprés le coucher du Soleil ,
Doris chante une Hymne à
T'honneur de ce nouvel Aftre
qui favoriſe les jeux des Habitans
des rives de la Seine.
La voicy.
Dés que ſous l'humide féjour
Le Soleil cache fa tuntiere
Vous commencez vâtre carriere ,
Nous vous voyons àvotre tour
Triompher de la nuit obfcure ,
Vous dédommagez la nature
De l'absence du Dieu du jour, i
Comme tout le monde
246 MERCURE
ſçait que le Soleil étoit l'em
blême du feu Roy, je ne crois
pas que le reſte de l'Allegoric
ait beſoin d'explicationofob
?
Argument de la troifiéme inp
EEnnttréree.cond qualit
Les Bals du Cours qu'on
donna il y a deux ans,& qu'on
donne encore aujourd huy ,
ont fourni à Mademoiselleg
Barbier le ſujet de cette troifiéme
Entrée qui a pour titre
les Nuits d'Eré. Voici de quoi
il s'agit Deux amis & deux
amies font partie pour leBalb
GALANT. 2475
du Cours ; les deux amis s'ap.
pellent , l'un Valere &l'autre
Octave; Valere eſt amoureux I
de Lucinde , l'une des deux
amies , &Octave aime l'autre
qui s'appelle Belife; Valere eſt
jaloux , Lucinde eſt une eſpece
de coquette , qui quoi qu'-
elle aime Valere , ne laiffe pas
de vouloir plaire à tout lemonde.
Octave aime un peu moins
Belife qu'il n'en eſt aimé , &
ſouhaitteroit qu'elle fût un
un peu moins tendre. Valere
reproche à Lucinde qu'elle ne
fonge tous les jours qu'à faireli
des nouvelles conquêtes , & la
Xiiij
248 MERCURE
veut quitter pour ne pas être
témoin des hommages qu'elle
cherche : Octave peu tendre
pour Belife ne veut pas laffer
fon ami dans le trouble où il
eſt , il prie Belife de luy permettre
de le ſuivre, la trop
tendre Belife s'en offenſe &le
menace de ſe vanger de fon
indifference . Cette menace
donne licu àValere de propofer
à Octave un déguiſement,
afin que ſous le maſque ils
puiſſent éprouver leurs Maîtreſſes.
Octave accepte la propofition
, plus par complaifance
pour fon ami , que par
CALANT. 245
و ي ش
défiance pour ſa Maîtrefle.
Valere eſt le premier qui fait
la tentative , qui luy réüffit
plus heureuſement qu'il n'au
roit ofé l'efperer. Mais fatisfait
de fon fort , il craint que
fon ami ne foit pas fi heureux
que luy ; & comme il l'a embarqué
dans cettedangereuſe
épreuve , il ne trouve point
de meilleur expedient que d'a.
vertir Beliſe du deſſein de fon
Amant Elle ne laiſſe pas de ſe
vouloir vanger du trop indifferent
Octave , en feignant
d'être prête à luy manquer de
foy , & elle fait fi bien qu'elle
250 MERCURE
parvient à le mettre en colere;
de forte que l'Amant jaloux
ceffant de l'être , Findifferent
devient jaloux . Tout ſe dénoue
heureuſement , les quatre
Amans ſe déterminent à
s'aimer deſorinais fans contrainte.
Cette Entrée au jugement
des Connoiffeurs eſt la
plus parfaite des trois , la verfification
en ett trés legere ,
le jargon de maſque y eſt imi
té fidélement & ménagé adroi
tement ; les Scenes font femées
de maximes & de ſentimens
; des Entrées de marques
de toute eſpece forment le diGALANT
25
vertiſſement qui répond au
refte de la Piece. Voicy les
deux maximes qui ont fait le
plus de plaiſir . La premiere
eſt dans la bouche de la vraye
Quand je puis d'un regard vainqueur
Faire naître quelqu'autre ardeur
Sans reffentir d'amour je me
réjois de ma gloire ,
Le triomphe flatte mon coeur ,
Mais il neglige la victoire.
La ſeconde eft chantée part
la feinteCoquette.
MERCURE
En amourje ne veux connoiſtre
Qu'uncoeurquiſe laſſe enflamer :
La tendreß que je fais naître
Eſt pour moy la raison d'aimer.
Il ne reſte plus qu'à parler
de la muſique.
M. de Montéclair qui en
eſt l'Auteur , a réüli parfaitement
au grédes Connoiffeurs,
dans la compoſition de ce
Ballet.
Pour n'en pas faire à deux
fois , permettez moy de vous
preſenter tout de ſuite quelques
nouvelles Pieces de PoëGALANT.
ةرو
fie qui m'ont ſemblé dignes
de paroiſtre au jour. Le mois
paſſe je vous donnay la declaration
des biens de M D. S.
elle fut aff z bien reçûë do Pubhc.
Voicy maintenant une
imitation de cer ouvrage d'un
genre , & peut être même
d'un merite different. Cette
Piece eſt de M Thierry , cydevant
Commis de M. de
Montargis.
Non, l'Edit n'est pas fait pour
moy ,
Je te l'ai dit cent fois ; ta Muse
en vainm'exciterq
Aparler du foible merite
254 0
MERCURE
D'avoirfçû regir un employ.
Ai je cu part en quelque entreprife
?
Moname d'un gain vilépriſe
Congût- elle jamais de coupables
projets ?
Ellen'a, tu leſçais ,de plus chers
interêts
Que ceux où l'honneur nous engage:
Lagloireapour moy mille appas,
La vertuſeule a droit d'exiger
monhommage,
Lafoifde l'or ne me poſſede pas.
Pour obtenirdesbiens d'une avenglefortune,
Jen'aipointſçûpoufferuneplainGALANT.
255
te importune.
Une plus noble ambition
Apeine hors de l'enfance , excita
mon courage,
La guerre fut ma paſſion .
De mourir pour mon Roy je briguai
l'avantage ;
Depuis cinq ans par choixjefaifois
ce métier,
Lorsque les malheurs de monpere
Mefirent devenir apprentifMaltotier.
Que n'ai-je étéplutôt écrasédu
tonnerre?
Dans cet indigne étatj'ai rampé
A
terreàterre.
Sçais- tu pourquoi, Damon ; c'eft
256 MERCURE
:
que la probité
Chez les Financiers ſe traite de
chimere,
Qu'aux qualisez du coeurà l'efprit
onpréfere
L'infatiable avidité,
La fourberie &lab Bose
Aux Sentimens d'honneur , au
pape
goust , à la just fſe ,
Etque pour parvenir enfin ,
Favois pris le mauvais chemin.
Fais- moi donc, cher ami , raiſon
de ton caprice ,
Il intereffe mon repos.
Quoitu veux que mal àpropos
Faille àla Chambre deJustice
Lui
GALANT. 2255 7
Lui rendre compte ,ai -jegagnédu
bien? NIS
Defixans de travail il ne me refte
rien.
Dis- moi donc de quoi tu m'accufes
?
Il est vrai ,j'ai cheri les Mufes
F'ai lu Virgile,Ovide , Horace,
Martial Martial
Perfe,CCaattuullee,,PPllaanuttee,,Homere,
Juvenal
Dans leurs sçavans Ecrits j'ai
tâché de m'inſtruire ,
Sans avoir envers eux commisde
pecular :
Combien d'honnêtes gens n
Juin 1716. Y
nen
258 MERCURE
pourroient pas tant dire
Quoique malgré leurs vols leur
2uq ftile foit forr plate abnor
Peut- être blames -tu-l'audace
Qui m'a fait celebrer notre Auguste
Regenthag
Pouvois je en ufer autrement ?
Un tel crime d'ailleursporte avec
luisa grace.
Du zele &du devoir ma Muse
a pris la loy,
Non , l'Edit n'est pas fait pour
Voici un autre Ouvragede
Poëfie , que j'annonceroisd'une
maniere bien brillante &
GALANT. 252
1
enmême tems bien modeſte ,
s'il avoit plû aux Dieux me
rendre plus éloquent & plus
ferieux que je ne ſuis ; un petit
traité des ſentimens de refpect
, de zele & de veneration
que j'ai pour la grande Prin-
-ceſſe à qui il a efté preſenté,
feroit les honneurs dema tranfition
,&je me garderois bien
de vous dire bruſquement que
Jes Stances que vous allez lire
font dela compofition deM.
Crouzelier Conſeiller au Parlement
de Metz , & qu'il a eu
P'honneur de les preſenter à
S. A. R. Madame Ducheſſede
Berry. Yij
260 MERCURE
A SON ALTESSE ROYALE ,
MADAME សហ ក
Ducheſſe de Berry.
STANCES.
Quel ſpectacle ! quelle allegreffe
!
Que d'éclat de jeux , &de ris !
Les plaiſirs renaiſſentſfans ceſſe
Et reçoivent un nouveau Prix.
Tout nous charme &nous intereffe
.
Mais peut on en estreSurpris !
On rend hommage à la Princeſſe
Qui fait l'ornement de Paris.
ॐ
GALANT. 261
Sa beauté n'a rien qui n'en
chante.
On vanteſa vivacité.
Sagrace en tout est raviſſante ;
Et son regard est respecté.
Sa jeuneſſe eſt route brillante.
Son port est plein de majesté ;
Et fi toſt qu'ellese preſente
Tout cedeàſa noble fierté.
1
Heureux qui ſçait comme elle
pense,
Qui parfon rang, ou fon credit ,
En faitſouvent l'experience !
Ceque la voix publique en dit ,
Trouve d'autant plus d'aſſurance,
Que l'air charmant dont elle rit,
262 MERCURE
Nous paroiſt une confequence
Pour le brillant defon esprit.
Pourfon grand coeurque rien
n'égale
Dans la pompe, ou dans les bien-
インfaits,
La pente en est fi liberaley
Que fans entrerdans ſon Palais
ОйOùsa bonté vrayment Royale
Se declarepar tantde traitsو
On voit affezque tout fignale
Le plus grand coeur qui fut
1
jamais.
ॐ
사
Tout noussurprend;&tous
retrace
산
CALANT. 263
Sa magnificence &fon choix.
Si je lafuis dans une chaße ,
Quelle ardeur! Qu'est ce que je
Dois!
Toute ſa course a tant de grace,
Que les divinitez des Bois,
Heureuſes d'enfuiure la trace
Semblentfe ranger fousfes Lois.
Si dans laféance inquiete
D'unjen vif, piquant,incertain
On lavoit
On la voit quelquefois ſujete
Aux revers communs du deſtin ;
Dansfa tranquillitéparfaite
Inacceſſible à toutchagrin ,
Son ame égale &fatufaite
Nereffent ni perte ni gain.
遊
264 MERCURE
favorable
Mais quellejoie inconcevable
Et quel furcroît d'éronnement
Quand un ſpectaclefavorable
Excitefon empreſſement
L'effet en eftfi remarquable
Que leplus fimple amusement .
Par un attrait inexprimable ,
Devient un doux enchantement.
Cependant,fij'ofe le dire,
Dans ces inftansſiprecieux ,
Le ſpectacle envain nous attire
Par des plaiſirs ingenieux.
C'est la Princeſſe qu'on admire :
Etſes appas victorieux
Font toujoursfentir leur empire
Auxſpectateurs trop curieux.
A
Que
GALANT. 285
Que vous nous estes neceffaire
Princeffe! l'on verra toûjours
Regner ici comme àCythere
Les ris charmans&les Amours :
On vous en nommeroit la mere ,
Mais l'éclat naiſſant de vos
jours ,
Parun avantage contraire,
Raviť ce titreànos discours.
ॐ
Pourune Princeffefi belle,
Aqui les coeurs s'immolent tous
Et dont chaque Soleil rappelle
Quelque triomphe parmis nous ,
Marquez, signalez voſtre zele
Nobles plaifirs ; que d'entre vous
Une troupe toûjours nouvelle
Juin 1716. Z
266 MERCURE
Rende encore fon fort plus doux.
Il n'eſt pas encore temps de
vous repofer. J'ay une Chanfon
nouvelle & de nouvelles
Enigmes à vous preſenter.
Commençons par laChanfon.
CHANSON.
Paroiffez douce Violette ,
Prenez la place des glaçons ,
Bergers reprenez vos muſettes ,
Rempliſſez l'airde vosChanſons.
Ouvrez vos coeurs à l'esperance
Des biens, des plaisirs,des beaux
jours
X
zlaplace des glacons , b
air de vos chansons
Q
X
ns, des plaisirs des beauix
ra- meine pour toûjour
X
les ra mei ne
pou
erger
10urs
DELA
GALANT. 22667
Le Prince qui regit la France
Nous les rameine pour toujours.
re-
1.Pour les Enigmes vous prendrez
, s'il vous plaiſt , la peine
de vous ſouvenir que le mot
de la premiere du mois paſſe
eſtoit Le Livre , celui de la ſeconde
, LeJeu de l'Oye ,
nouvellé des Grecs ; & celuide
la derniere , Le mot de l'Enigme
même :&vous me permettrez
de vous direque lesnoms
deceuxqui les ont deviné, ſont
la charmante Veuve de la rue
Geofroy l'Afnier ,& fa fidele
amie , la Maiftreffe & le Mai
Zij
268 MERCURE
ſtre àFoller,& toute la famille
des Follets;Urgande la déconnue
, Perſephore , Romulas
le gros , ſa Procurcufe & fa
Chirurgienne, legros Anonyme,&
le gros Rot Suiffe de
S. A. R. Monſeigneur le Duc
d'Orleans.
ENIGME
Du Solitaire malgré lui de l'Ifle
Saint Loüis .
Mere des ris & des disputes.
Rien ne peut reſiſter à mon vaste
pouapin, were
Quelquefois je fais naître aux
છ ૪
GALANT . 169
Shirt malheureux l'espoir
Deſe relever de leurs chutes.b
F'inſpire auxplus grofſfiersfonvent
de l'éloquence ,
Sans user de contrainte avec le
Duck plus difcret ,
Je lui ſçais arracher doucement
fonfecret,
Et donne au plus timide unepleine
asurance. lo247
En un mot j'ai de fi grands
charmes,
Que le petic couvre le grand
L'ignorant comme lesçavant ,
Merendent presque tous les armes.
Ziij
270 MERCURE
Mais ce n'estque dans magroffeffe
Que l'on fait de moi tant de cas ;
Cardés que monfruit estabas ,
Telqui m'avoit aimé me mépriſe
me laiße.
AUTRE
De l'Abbé Inſulaire.
Je n'eus jamais besoin d'une
mere pournaître ,
Le pere qui m'a mis au monde eft
voire maître ;
Vous me connoißez tous ſansſoavoir
mon Séjour.
Mais développons ce mystere ,
GALANT , 2710
Iln'est point de lieuſur la terre ,
Ni mêmeſurles mersdont on n'ait
fair le tour ,
Fair le
Pour découvrir quel est mon domicile,
t Mais la recherche eſt inutile.
F'habite au milieu d'un jardin
Inacceſſibleà tout humain.
Une Dame autrefois devint fort
amoureuse
Du vif éclat dema beauté,
Quoiqu'elle eût un époux qui la
rendoit heureuse ,
Et lui la ſfoit sa liberté.
Mais lafsde fonfore,il lui prit
fantaisie
D'avoir de moiquelque faveur.
Zij
272 MERCURE
L'époux en eut le reſte , pouna
pôtre malheurbivdoor ob
Atous les deux j'en fis perdre la
ob inachalamuslob zom
DEFFY AUX SAVANS,
PROGRAMMEM
De l'Academie Royale desBelles
Lettres, Sciences&Arts.
M. le Duc de la Force Pairb
de France , & Protecteur ideb
l'Academie Royale des Belles
Lettres,Sciences & Arts de
Bordeaux, propoſe à tous Scavans
de l'Europeun Prix qu'il
renouvelle tous les ans. C'eſt
GALANT 273's
une Médaille d'or de la valeur
de 300. livres au moins , où
font gravées d'un coſté ſesar .
mes , & de l'autre la Deviſede
l'Academie. Il ſera diſtribué
le premier jour du mois de
May 1717.
Cette Compagnie à quiM
le Protecteur laiſſe le ſoin de
choiſir le ſujet ſur lequel on
doit travailler , & le droit de
décider du merite des Ouvrab
ges qui ſeront envoyez , aver
tit le Public qu'elle deſtine le
Prix à celui qui donnera le fie
ſtemele plus probable fur lav
cauſe de la lumiere des Phof274
MERCURE
phores& des Noctiluques ,&
qui expliquera de la maniere
la plus vrai-ſemblable leurs di
vers phenomenes.
L'Academic ſouhaite de
trouver du nouveau dans les
Differtations qu'elle recevra.
Iln'eſt pourtant pas indiſpenfableque
cette nouveauté ſoit
dans le Siſteme :peut eſtre le
vrai a-to il déja etté preſenté
&n'a t'il eſté méconnu qué
faute d'avoir eſté rendu évi
dent. Mais GunAuteur adop
teune hypotheſe déja connuë,
il faut du moins qu'il en aug
mente la vrai-ſemblance par
1
GALANT. 275
des preuves fondées ſur des
raiſonnemens ſolides , fur des
experiences, fur des obferva
tions.
• Dans la Conferencepubli.
que du premier jour du mois
de May, on fait la lecture de
laPiece qui a remportéle Prix.
Quand elle est trop longue ,
on n'a le tems que d'en lire
des lambeaux : cela eft peu fatisfaisant
pour le Public &
pour l'Auteur. Dans la veuë
d'y remedier, on prie ceux qui
ſe trouveront obligez par l'abondance
de la matiere de
donner une grande étendue à
276 MERCURE
leur Differtation , d'y ajoûter
ſéparement une eſpece d'abre
gé ou d'extrait de leur Oir
vrage, dont la lectare qui ne
doit durer que demie heure,.
au plus , puiſſe donner une idée
fuffiſante du Siſteme & des
preuves. La Differtation n'en
fera pas moins imprimée tout
aulong.
Il ſera libre d'envoyer les
Differtations en François ou
en Latin : elles ne feront rea
çûës que juſqu'au premier jour
de Janvier prochain inclufive
ment. Celles qui arriveront
plus tard n'entreront pas en
GALANT. 277
:
concours. Au bas des Differ
tations il y aura une Sentence
&l'Auteur mettra dans unbil
let ſeparé && cacheté la même
Sentence,avec ſon nom& fon
adreffer
Ceux qui envoyeront leurs
Ouvrages , les adreſſeront
Mrs. de l'AcademieRoyale de
Bordeaux , ou au ſieur Brun
Imprimeur de cette Compagnie
tuë S. James. On aura
ſoinde faire affranchir deport
les pacquets , fans quoi ils ne
ſcrontpas retirez du Courrier.
L'Auteur de la Differta
tion qui a remporté le Prix de
1716. eſt unGentilhomme de
278 MERCURE
Befiers,nommé M. d'Orthons
de Meirany laonem
Livres nouveaux
Le Voyage de l'Arabie
Heureuſe par l'Ocean Orien-
. tal , & le Détroit de la Mer
Rouge ,&c. dont je n'ay donné
que le titre au mois d'Avril
dernier , eſt un Livre que je
ne connoiffois point encore ,
&quimerite bienquej'endiſe
quelque choſe de particulier :
je ſuis für que les veritables
Curieux , & la plus grande
partic de mes Lecteurs , me
GALANT. 279
ſçaurontbon gré de cette attention.
Les Negocians de S. Malo
font les premiers Européens
qui ſe ſont aviſez d'aller dans
l'Arabie Heureuſe par l'Ocean
& par le Détroit de Babelmandel
, ou de la Mer
Rouge, pour faire en droiture
& fans l'entremiſe des autres
Nations , le commerce de
Caffé. Les premiers Vaiſſeaux
deſtinez à ceVoyage partirent
deBreft au commencement du
mois de Janvier 1708. & ne
furent de retour à S. Malo
qu'au mois de May 1710.
280 MERCURE
Le ſuccés de cette premiere
entrepriſe en fit bien toſt former
une ſeconde : d'autres
Vaiſſeaux fortirent de S. Malo
pour aller dans le même Pays,
au commencement du mois
de May 1711. & ils retournerent
heureuſement au même
Port dans les mois deJuin
&de Juillet 1713 .
Les Journaux & tous les
Memoires qui concernent les
deux Voyages , ont efté dreffez
avec toute l'exactitude &
la fidelité poſſible , & ils ont
eſté mis en oeuvre , & donnez
au Public par Monfieur de la
55
Roque,
1
GALANT. 281
.
Roque , qui ayant beaucoup
voyagé dans le Levant , &
ſcachant les Langues , l'Hiftoire
& les Mooeurs des Orientaux
, étoit plus capable qu'un
autre d'un pareil travail.
On peut affûrer que ſa Relation
a toute la grace de la
nouveauté ; car nul Européen
n'avoit encore écrit fur l'Arabie
Heureuſe , &on ne connoiſſoit
preſque que le nom
d'un des plus beaux&des plus
grands Pays de l'Afie Meridionale
; & outre la nouveauté
, on apprend dans cette Relation
des choſes trés-fingu-
Juin 1716 . Aa
282 MERCURE
lieres , & pluſieurs curiofitez
utiles à l'Histoire , à la Geo
graphie & à la Phyſique. L
On trouve à la fin du
Voyage un ample Memoire
de tour ce qui concerne
l'Arbre & le fruit du Caffé;
& pour achever de contenter
les Curieux , pour defabufer
même quantité de gens , qui
juſqu'icy ont mal connu l'un
& l'autre , l'Auteur donne
non ſeulement la figure d'un
Arbre de Caffe , qui a eſté
-deſſiné en Arabic ſur le natu -
rel , mais encore des feuilles
ſéparées du mêmeArbre , defGALANT
283
finées dans leur grandeur naturelle
ſur l'original ; & enfin
un rameau entier de cet Arbre
, chargé de fleurs & de
fruits , auſſi d'aprés le naturel ;
le tout par une habile main ,
&parfaitement bien gravé.
L'ouvrage eſt terminé par
un traité hiſtorique , rempli
de recherches curieuſes &intereſſantes
fur l'origine & le
progrés du Caffé , non-feulement
dans l'Afie , mais encore
dans l'Europe , ſur ſon intro.
duction en France , & fur l'établiſſement
de fon uſage à
Paris.
Aa ij
284 MERCURE
Je n'entre dans aucun déb
tail fur tout cet ouvrage
parce qu'il faudroit copier lep
Livre entier pour ne rien ob
mettre de ce qu'il renferme
d'agréable , d'utile & de veri
tablement curieux : nous ajoû
terons ſeulementque la forme
qu'on lui a donné , la netteté
& la politeffe du ſtile contri
buënt encore à attacher
agréablement le Lecteur,
Y
Ily a à la teſte du Livre
une Carte du Royaume d'Yemen
, Pays où croît le Caffé ,
&la plus belle partie de l'Arabie
Heureuſe , qui a cíté
A
GALANT
dreſſée par M. de Liſle de l'Academie
des Sciences ; Carte
qui comprend auſſi la Mer
Rouge, &c. où pluſieurs er
reurs ſe trouvent corrigées
& qui par ſon exactitude & fa
nouveauté , fera ſans doute
plaifir aux Connoiffeurs.2012
Ce Livre ſe vend chez André
Cailleau , fur le Quay des
Auguſtins , prés la ruë Pavéc ,
à S. André. Il ſe vend so. fols.
Autre Liure.
10000
Harmonic ou , Concorde,
Eyangelique , concernant la
286 MERCURE
ViedeNottre-Seigneur Jefus.
Chriſt , ſelon les quatre Evane
geliſtes , ſuivant la Methode ,
& avec les Notes de feu M
Toinard. De toutes les Concordes
il n'y en a point eu qui
ait eſté mieux reçûë du Public
que celle de feu M. Toinard ,
imprimée en 1707. enGrec ;
mais comme peu de gens ſçavent
le Grec , ſes peines & fes
foins auroient eſté inutiles àun
trés grandnombrede perfonnes
, s'il ne fe fût trouvé un
Autheur qui ſe fût donné la
peinede la traduire & de la rediger
, à la verité dansune auGALANT
287
-
tre difpofition , mais toujours
en ſuivant exactement ſes tra
ces.C'eft cetteConcorde Françoiſe
que l'on donne au Public
; &voici l'ordre qu'onya
gardé
b .On a marqué à chaque
page l'année de J. C & le tems
auquel s'eſt paffé ce qui eft con
tenu dans la même page.
2. On a mis au commencement
de chaque année de J
C. ce qui pouvoit fixer davantage
laChronologic; ſçavoir,
l'année de la PeriodeJulienne,
l'annéede la creation du monde,
l'année Julienne , l'année
288 MERCURE
de la Nativité de J. C. & l'année
del'Ere vulgaire.
3.Aprés cetteChronolo
gie , dans une autre ligne enfermée
par un regler font
marquez les lieux où les éve
nemens dont on parle dans la
page ſe font paffez
1. 4. Orra fait quatre colonnes
à chaque page à coſté
du Texte , qui ont chacune
en teſte le nom de l'Evangeliſto
, le Chapitre courant ,&
les Verſets qui y fontemployez
,qui répondent auxreglets
marquez dans le Texte;
en forte que d'un coup d'oeil
نا
GALANT. 289
il eft facile de connoſtre l'Evangeliftele
Chapitre & le
Verſet, oùils fontun ou deux,
ou trois ou quatre qui rapportent
la même choſe , ou en
quoi ils font differens .
L'on y remarque la difference
qu'il ya entre nosheures
& celles des Juifs. Par exemple
, lorſque les Evangeliſtes
difentqueNoftre-Seigneur fut
crucifié à la fixiéme heure , c'étoit
à noſtre maniere à douze
heures ou midy: quand ils diſent
qu'il mourut à la neuviéme
heure , c'étoit ſelon nous à
trois heures aprés midy.
Juin 1716. Bb
290 MERCURE
L'on a inſerédans cette Harmonie
les ſçavantes Notes de
M. Toinard , fur quelques en.
droits, particulierement celles
qu'ila faites ſur la derniere Pâque
de J. Condol
Ce travaileftoit difficile, &
demandoit beaucoupd'exactitude:
on n'a épargné ni tems
ni ſoins ,pour le rendredigne
du fuffragedes Lecteurs habiles.
La verſion en eſt fidele, la
diſpoſition des plus ingenieufes,
& l'édition eſt correcte ,
preſque au de là de ce qui eſt
permis d'eſpererdans un Ouvragede
ce genre.
GALANT. 291
Il y a une trés - belle Table
alphabetique des évenemens ,
Sentences&paroles les plus remarquables
, & une autre TableGeographique
qui explique
les Contrées, Villes & lieux de
Ja Judée& autres Paysdont il
eſt fait mention dans cet Ouvrage.
Ce Livre eſt dédié àM.
l'AbbéBofſuct , nommé à l'Evêché
de Troyes ; & ſe vend
chez J. B. Lamelle, à l'entrée
de la rue du Foin , du coſtéde
la ruë S. Jacques, à la Miner-
ॐ
Bbij
292 MERCURE
Article concernant encore un
nouveau Livre
2
L'on mande deLisbonne,que
le Roy de Portugal ayant égard
au travail du Sicur le
Quiende Laneufville Autheur
de l'Hiſtoire generale de Portugal
, & l'un de 40, de l'AcademicRoyale
des Inſcriptions,
l'ahonorédel'Ordre deChriſt .
Cet Academicien , qui eft preſentement
à la Cour de Lifbone,
où il a paflé avec M.
l'Abbéde Mornay , Ambaffadeur
de France a eſté auſſi graGALANT.
293
tifié par Sa Majeſté Portugaiſe
d'une penſion de 1 500. livres.
Il ſe diſpofe à donner incefſamment
au Public le troiſiéme
& dernier Volume de ſon
Hiſtoire. Il ſuffit d'avoir lû les
deux autres qui ont paru, pour
en augurer un fuccés trés favorable.
Gueriſons ſurprenantes de
la Vûë.
Ily a une eſpece d'aveuglement
qu'on nomme aujourdhuy
en françois Goutte Sereine
, que nos Ancestres appel
Bbij
のの
294 MERCURE
loient Goutte Maurequint du
terme grec Amaurofis qui fignific
proprement cette maladie.
C'eſt une privation du
tiers de la vûë par l'obstruction
ou paraliſie & detraquement toral
des parties viſifiques & internes
del'oeil ſans que l'on apper
çoive rien exterieurement.
Cette fâcheuſe maladie a toûjours
paflé pour incurable lorfqu'elle
eſt compliquée avec l'élargiffement
&pareffe ou immobilité
de la prunelle , qui eſt
cette mouche noire (ou per
tuis au mileu de la vifiere ) entourré
d'un petic muscle rayonGALANT
225
né & riolépioléde diverſes couleurs
qu'on qualifie du nom
d'iris (ou de la couronnede l'oeil)
qui a un mouvement alternatif ,
& peut s'épanoüir& le refferrer
(par des reports merveilleux)
felon les divers jours& pofitions
des objets que l'oeil regarde.
M. deWoolhouse ( Gentilhomme
& Oculiste Anglois) vient de
guerir de ce mal affreux ( au
mois de May paffe ) le Pere
Irenée d'Aumal , chez les RR.
PP. Carmes de la Place Maubert
, en huit jours de temps ,
par unemetodedouce ( de fon
invention ) qu'il approprie à
Bb iiij
296 MERCURE
A
l'âge & au temperament du a
malade.
Ce Pere Irenée étoit frappé
d'aveuglement entier , du jour
au lendemain , en ayant pourtant
eſté menacé depuis environ
un an. Cette maladie eft
fort ſouvent l'avant coureurde
l'apoplexie : comme il arriva il
y a environ une année , au
R. P. Severin , âgé de 56. ans
( plus ou moins ) du même
Convent de la Place Maubert ,
qui négligeant la vûë ( à cauſe
de fon âge avancé ) perdit la
vûë & la vie d'un jour à l'autre.
Ce qui nous doit lervir d'aver.
GALANT
tiffement de ne pas negliger
cette indifpofition perilleufe de
la vue,un ſeul moment , puifqu'elle
tient fort de l'apoplexie,
P'origine des nerfs y eftant atteinte&
affectée .
Le même Sieur de Woolhou
fe entreprit&guerit (au même
mois de May paffé ) du puron
ou abſés de l'oeil (qu'onnomme
hypopyon) accompagné de l'ulcere
de la vifiere ( qu'on nomme
Pencauma ou encaveure)
Mademoiselle Hibert , logée
chez Monfieur l'Abbé Coques,
(Prestre& Chantre de S. Eftienne
du Mont) ruë des Preſtres,
298 MERCURE
joignant S. Eftienne du Mont.
CeGentilhomme eſt le feul en
France qui fait l'operation hardie
& merveilleuse de l'hypopyon ou
purondu globe de l'oeit, en fauvant
la beauté parfaite de cer
organe , & en rétabliſſant entierement
la vûë, pourvu qu'on
ait recours à luy avant que
Ics humeurs naturelles de l'oeil
foientgâtées ,corrompuës & entremeflées
par la finchyfi ou ab
fés de confusion. Il a renvoyé
bien inſtruit au Grand Duc
de Florence , l'Eleve Florentin
Signor Franceſco , que ca
Souverain luy fit l'honneur de
GALANT
MUE DE
en
luy confier pour apprendre fes
Operations; & il vient d'avoir
n fa place le SieurBalbis,Pie
montois , fils du Chirurgien du
Prince Carignande Savoye , &
M. Deutch, fils d'un Bourgeois
de Hambourg , qui apprennent
chacun fix Operations Chirurgiques
parmi les quarante que
ledit Sieur deWoolhouse enfeigne
& pratique ſur les yeux. Il demeure
au College de l'Ave
Maria , vis- à vis le petit Portail
de S. Estienne du Mont , attenant
l'Abbaye de Sainte Geneviéve
du Mont , dans l'Univer
fité. Il eſt chez lay toute la
matinée juſqu'à midy.
300 MERCURE
-છ0 2334 ?RRRRRRR
AVI Sươngại 3
De toutes les Découvertes
qui ſe font, il y en a peu qui
foit plus utile&plus capable
d'intereſſer le Public, que cel.
les qui regardent la ſanté.
Il a eſté inventé à Paris de
puis quelques années une Poudre
Tranquile pour toute forte
de coliques , de quelque nature
qu'elles foient , douleurs
&tranchées : on la prend en
lavement , elle ſe prend auffi
par la bouche. Elle est encore
admirable pour toutes les ob
GALANI 30г
ſtructions ; elle adoucit le ſang
&le purific, regle le ſexe, gucrit
la jauniſſe ou les pâles couleurs
,& fait repoſer. Cette
Poudre ſe diſtribuë chez M.
GillotApoticaire de Paris à la
Pointe de S. Eustache , qui a
déja gueri par le moyen de
cette Poudre un grand nombre
de perſonnes incommodécs
deſditesmaladies.
Voici la maniere de faire
l'Eau : mettez dans un pot de
terreverniſé unechopined'eau
de riviere oude fontaine, mefure
de Paris , la chopine contientune
livre ; faites boüillir
302 MERCURE
l'cau , mettez-y peu à peu un
pacquet de Poudre Tranquile;
faites encore boüillir letout
dix à douze boüillons : retirez
le pot hors du feu , broüillez
letout ,&lemettez dans la ſeringue
,& le prendre comme
un lavement ordinaire , & le
garder autant qu'on pourra.
Il faut obſerver de mettre dans
lepotquandl'eauboutla Pou.
dre peu à peu , à cauſe d'une
grande fermentation qui arri
ve, qui feroit fortir hors du
potune partie de l'eau.
En lavement cette Eau fait
uriner , appaiſe les douleurs ,
GALANT. 303
P
débarraſſe les uretaires & la
veſſie du gravier , des glaires
qui y font ,& diſſipe les vents,
& fait repofer,
Cette Eau ſe fait de la mê
me maniere & la même doſe
de la Poudre par la bouche;
toute la difference eſt qu'on
met une pinte d'eau , au licu
qu'on n'en met qu'une chopine
pour les lavemens : la pinte
de Paris contient deux livres ;
on laiſſe repoſer l'eau quand
elle eſt faite , & on la verſe par
inclination , quand on en veur
boire , la Poudre reſte au fond
du por.
304 MERCURE
Voila bien des remedes trés
utiles annoncez ; mais aprésavoir
rendu juſtice aux Auteurs
de ces excellentes Découvertes
, permettez- moi de vous
parler encore de l'Eau merveilleuſe
de M. de Villars , &
de vous repeter juſqu'à ceque
je ceſſe d'avoir bec & ongle ,
qu'il n'eſt pas dans la nature
unplus beau ſecretque le ſien.
Je renvoye les Lecteurs qui ſe
portent bien , de même que
ceux qui defirent la ſanté , au
Journal que j'ai donné de la
mort du Roy Louis XIV. Ils
yverront ſur cette Eau admirable
GALANT. 305
rable un détail bien confolant
pour les malades , & bien flateur
pour ceux qui ne le font
pas. CeJournalle, vend ainſi
que le Mercure , chez mes amez
& feaux Jurez Imprimeurs
Libraires Daniel Joller,
&Jean Lamefle , au Livre
Royal , au bout du Pont Saint
Michel , du coſté du Marché.
neuf. Et M. de Villars qui eſt
encore meilleur àvoir &àconnoiſtre
qu'eux , demeure ruë
Poiffonniere prés laVilleneuve
àParis.
Juin 1716. Cc
306 MERCURE
Item: Puyolo
Repriſe curieuse du premierArticle
du preſent Livre.
Pour finir comme j'ai commencé
au ſujet des Comediens
Italiens , permettez moi d'ajoûter
à ce que j'ai dit d'eux ,
que leurs Spectacles ont eſté
eftablis en France ,prés de cent
ans avant les nôtres, &de vous
tranſerire les propres termes
qu'a employé à leur endroit ,
l'Auteur du Journal du Regne
du Roy Henry III. Cet
Hiſtorien n'eſt ſoupçonné
4
GALANT. 307
demenſonge , ni d'adulation .
Voicy ce qu'il en dit p. 22.
Le Dimanche dix neuviéme
deMay de l'an 1577. les Comediens
Italiensfurnommez Li Gelofi
,commencerent àjouer leurs
Comedies dans la Sallede l'Hôtel
de BourbonàParis, ils prenoient
deſalaire quatrefols pour teste de
tous lesFrançois qui les vouloient
aller voir joner , où ily avoit tel
concours &affluence de peuple .
que les quatre meilleurs Predicateurs
de Paris n'en avoientpas
ensemble autant quand ils préchoient.
Cette citation hiſtorique
peut ſervir de preuve des
Cij
308 MERCURE
1
applaudiſſemens dont ils ont
toûjours été honorez en Franz
ce: honneur qu'onne leur cut
ſans doute jamais fait , s'ils ne
l'avoient bien merité ; & les
François ( comme toutes les
Nations en conviennent ) ont
trop d'eſprit pour eſtre la dupe
de leurs fuffrages. Voila ce
que j'ay crû , en confcience
devoir ajoûter à la loüange de
nos Comediens Italiens. En
attendant que la fuite de leurs
repreſentations mefourniffent.
de nouvelles occafions de leur
rendrejustice ,permettez moy
de vous aſſurer du parfait dé
GALANT. 30
1
vouement & du tres profond
reſpect avec lesquels j'ay la
gloire d'eftre ,
Monſeigneur ,
ς
DeVoſtre Alteſſe Royale ,
CO
1013
Le plus humble , le plus obéif
fant ,& le plus foûmis
ferviteur , MERCURE.
other Po
AVIS Lam
Le fieur Garneffon demeu
rant prefentement rue du Balox
toir àl'Hostel de Flandres , où
310 MERCURE
eſt ſon Enſeigne , eſt preſque
le ſeul qui ſçache mieux déraciner
les corps des pieds , &
guerir entierement ceux qui
en ont depuis un longtemps
fans faire faigner ni ſouffrirla
moindre douleur. Les Certifi
cats& les cures qu'il fait aujourd'huy
ſeront des preuves
ſuffiſantes à ceux qui cherchent
leur gueriſon , pour
connoître l'excellence dubau-
こ
me qu'il employe pour déraciner
les corps des pieds.
1
THEQUE LELA
LYON
E
TABLE.
Prélude impayable, 3
Recit d'une Avanture amoureuse. Discours
Academique du Signor D. A. Pritelli , écrie
en Italien pour la fatisfaction de ceux quiferont
curieux de l'apprendre . 25
Histoire pitoyable , lamentable & trés-intecereffante
,
Dialogue entre Arloquin & Cothurnus, Tragi-
Comedien , ό 44
Memoire touchant l'Assemblée au Clergé du
Comté d'Auxanne, tenue au mois de May
dernier ,
Nouvelles de Rome,
DeVenise
94
103
112
DeMalie,
133
De la Corogne,
136
DeNaples,
137
DeMarseilla, 139
DeStrasbourg ,
140-
DeBarcelone, 145
De S. Mato, 146
Morts,
149
Mariages,
160
TABLE .
Relation des Festes magnifiques qui ont estécelebrées
en l'honneur de la naißance de l'Infant
Don Carlos, chez M. le Comte deRibeira
, Ambassadeur Extraordinaire de Portugal
en France. Article meſléd'Avantures ,
165
Relation de la Ceremonie de la Feſte - Dieu ,
accompagnée du recit d'une grandeBataille,
215
'Autre gentille & recreative nouvelle, 233
Nouvelle declaration à la Chambre de Justice,
252
Stances à Son Alteffe Royale , Madame, Ducheffe
deBerry,
260
Chanson,
266
Chapitre des Enigmes ,
267
Défi aux Stavans, Programe de l'Academie
Royale des belles Lettres , &c. 272
Livres nouveaux, 278
Autre Livre , 285
L
Article concernant encoreun autre Livre , 292
Gueriſons Surprenantes de la Vitë , 293
Avis , 300
Reprise curieuse du premier article du prefent
Livre, 306
Autre Avis, 309
La Figure deit regarder la page 266.
THEQUE
LYON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères