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807156
NOUVEAU
MERCURE
GALANT
UN
!
ANCY
NIN
A PARIS ,
M. DCCXV I.
AvecPrivilege du Roy.
OTHEQUE
LYON
*
1893
B
DE
VILLB
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur Le Feure.
1 Mois
de May
1716.
Leprix eſt 30. fols relié en veau ,&
25. ſols , broché .
A PARIS,
Chez D. JOLLET , & J. LAMESLE ,
aubout du Pont Saint Michel ,
du côté du Marché-Neuf ,
auLivreRoyal.
AvecAprobation,&Privilege du Roi
MERCURE
NOUVEAU
DEDIE
AQUE DE
E
LYONE
*1893*
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES.
A
VANT que d'entrer
en matiere , permettez
moy , trés ſages &
trés- éclairez Lecteurs , de me
congratuler unmoment à part
May 1716. Aij
4
MERCURE
moy , fur
le merite de la gran
de&mirifique nouvelle que je
vais avoir la gloire de vous
conter.... Soit fait ainſi que
de raiſon.
Je me tiens donc en un
inſtant aſſez amplement felicité
, pour vous apprendre
fans plus de déluy , quelque
choſede bien beau de l'illuf.
tre & merveilleux Chevalier
Caiſſant , ſeul & unique du
nom , s'il qui jadis cût l'honneur
d'arrêter ſur luy les regards
du plus grand Roy du
monde , par la nouveauté refplendiſſante
d'un ſpectacle oriGALANT.
5
ginal,lorſquefierementmonté
ſurun des plus vigoureux anes
de ce vaſte & magnifique Empire
, aux oreilles duquel il
avoit adroitement ſubſtitué le
bois d'un vieux Cerf, il parut
dans la Cour ovale de Fontaiché
ſuperbement comme luy ,
banderoles de papier frifé &
pluſieurs deviſes engendrées
de ſa feconde imaginative , &
chargez l'âne&luy d'une égale&
prodigieuſe quantité de
petards& de fufées volantes ,
Aiij
6 MERCURE
1
**
qui firent , lorſque beſoin en
fut , leur lumineux effet , à la
vûë& ſous les croiſfées de l'Appartement
de ce grandMonarque.
L'Auteur dela preſenteHiftoireſe
ſeroit biengardéde vous
faire unefi pompeuse &fi longue
periode ,de ce que vous venezde
lire, s'il n'avoit eu qu'un
fujet vulgaire à traiter ; mais
pardonnez- luy ,ſi , étonné de la
fingularité , & entraîné par la
magnificence de la matiere , iln'a
pas été affez maître de refifter au
torrent deson éloquence , pourſe
rendre meilleur menager de l'a
GALANT
bondance de ſes expreffions. Du
Du
reſte ſa memoire luy reprefente ,
( ce ſouvenir vient fort à
propos pour vous ) qu'il vous a
Suffisamment informé dans l'un
defes premiersJournaux,de l'admirable
avanturede cegrand ane
de l'illuftre Caiſfant ,&comme
quoy ce brave Chevalier &fa
noble monture coururent riſquede
ſe bruler touts vifs dans lefen
del'artilleriedontilss'étoient merveilleusement
farcis tous deux.
Ainfi pour éviter les redites,dont
grace à lafaveur defon étoile il
eft judicieusement l'irreconciliable
ennemy, il ne vous entretiendra
A iiij
8 MERCURE
pasplus des circonstances de l'avantureprecedente,
quefioncques
elle nefut arrivée , pour paffer
avec ſa legereté accoustumée ,à
l'ombrede vôtre bienveillance, au
détail veritable de celle- cy.
Voyez , Meſſicurs, lesBabyloniensdu
tems du fameux Seſoſtris,&
pluſieurs fiecles aprés
luy les Egyptiens qui paffoient
avec juſtice pour les Peuples
du monde les plus polis &les
plus éclairez : aprés eux les
Grecs deMyeene , de Sparte ,
d'Argos & d'Athenes , dont
les Legiſlateurs avoient puiſé
dans l'abîme de la ſageſſe des
GALANT
Egyptiens , la ſageſſe de leur
Gouvernement ; enſuite les
Romains ces Vainqueurs du
monde , qui receurent des
Grecs cette urbanité ſi vantéc
dans leurs écrits ,aprés la décadence
de leur Empire, les
Goths, les Germains,lesFrancs
& autres Nations qui ont
ſucceſſivement juſques ànous
confervé leurs noms, aggrandi
leurs Etats , & maintenu leur
Puiffance ;avant dis -je ,aprés ,
&malgré tous ces gens là , il
ne fut , n'eſt ,& ne ſera ſur la
terre habitable , un mortel
comme l'incomparable Caiſfant. 1
10 MERCURE
Les uns celebrerent longtemps
des fêtes ſuperbes en
l'honneur d'Iſis&d'Ofiris , les
Atheniens donnerent au Peuple
des Spectacles de Ceſte,
de Lutte , de Combats d'ani
maux , de Prix d'Eloquence
deCourſe , en unmot de Jeux
Olympiques , les Lacedemoniens
genereux & incorruptibles
conſervateurs des Loix
du ſage Lycurgue , s'affembloient
dans la grande Place
de Sparte , où ils admiroient
l'amour , la vigueur&la conftance
avec lesquels combattoient
à outrance les jeunes
L
GALANT.
filles & les jeunes hommes de
leur Païs ; les Romains celebroient
ſuperſtitieuſement
Orgies , Saturnales , Luperca
les , Baccanales , les Mysteres
de la bonne Déeffe , & 3973 .
autres Feries tant bonnes que
mauvaiſes , auſquelles ſouvent
outre le fang des Victimes ,
étoit merveilleulement répan
du de ſang humain. L'ancantiffement
du Paganiſme détruiſit
enſuitepeu à peu l'établiſſement
de ces Fêtes , pour
laplupart impudentes , ridicules
& ſanglantes. On fe contenta
( quoy qu'on l'eût déja
I2 MERCURE
fait auparavant ) des repreſentations
en Proſe ou en
Vers , des plus belles actions
des Dieux ou des Hc.
ros , &de la cenſure des fotiſes
des hommes. Neanmoins
ces ſages ſpectacles , quoyque
fondez , & en réputation ,
pluſieurs ſiecles avant le changement
de Culte , tomberent
par le defordre des Guerres ,
par les révolutions des Empires
, & par l'ignorance des
Peuples ,dans un oubli pref.
queuniverſel , ou tout au plus
degenererent en d'obſcenes
&miferables farces , ſans que
GALANT. 13
le retour de la politeffe & le
rétabliſſement des Arts parmi
leshommes , ayent pû aubout
de mil ou douze cens ans ,
aneantir le déreglement & la
groſſiereté de ces divertiſſemens.
Ce que je dis icy n'eſt
point un Paradoxe, jeprendsà
témoins de cette verité tout
ce qu'il y a d'honnêtes gens
dans la France , qui eſt ſans
contredit une Nation de l'Univers
des mieux regies & des
plus civiliſées. Cependant elle
metencore au nombre de fes
premiers plaiſirs ,des reprefentations
de farces , &de quan14
MERCURE
tité de Comedics modernes
fi triviales , que toutleurmerite
pour attirer la rifée des
ſpectateurs , roule ſouvent fur
la ſaleté d'un équivoque , ou
fur l'effronterie d'une phrafe
impudente. L'Eſpagne&l'Italic
, me dira-ton , font les fécondes
meres decesbons mots
que nous n'avons adoptez ,
que par la grande opinion que
nous avions de la delicateſſede
ces Nations. Quelle raifon !
quelle autorité ! mais évitons
les détails & revenons s'il
vous plaît , à nôtre principal
objet.
,
1
!
1
CALANTIS
Je conſens que toute cette
longue digreffion , que je fupprimerois
peut-être , ſi elle
n'étoit écrite , ſoit comptée
pour rien (quoyquejenel'aye
pas fait abſolument fans raiſon.
) Mais en même temps
je vous recommande ce que
vous allez lire.
Lepremier de ce mois ,jour
deS. Philippes, Patron duDuc
Regent , leChevalier Caiffant
que je viens de mettre au- deffus
de tout ce qu'ily a eu deplus brillant&
deplus fubiile au monde ,
ſe preſenta & fut introduit
au dîner du Roy , que ſa Mu16
MERCURE
ſique regaloit d'un concert
d'inſtruments , où il ne manquoit
apparamment que des
voix pour la rendre parfaite.
Ce mortel extraordinaire s'en
douta & fubitement ſe jetta
au milieu des Symphonistes
couvert d'un habit de papier
tres - artiſtement chargé de
fleurs , portant ſur ſonchefau
licu de chapeau , un bonnet
d'ofier en forme de pain de
ſuere,auquel avec ſymmetrie ,
il avoit attaché avec un fil ,
&par les pates ,une douzaine
de petits oyſeaux en vie de
toutes couleurs , alors ſans ſe
mettre
GALANT. 17
mettre en peine ſi les doux
accens de ſa voix , auſſi melodieuſe
que cette admirable
citroüille avec laquelle il avoit
autrefois inventé cet incomparable
inſtrument que ſes
jaloux luy ont enlevé , ſi le
ramage de ſes oyſcaux , & fi
lalegereté de ſes pas s'accordoient
avec la muſique qui
alloit toûjours ſon chemin
il ſe mit à danſer &à chanter
de toutes ſes forces , & avec
tant de courage , que le Roy
en fut fi content , que toute
l'aſſemblée penſa ( le reſpectà
part)en étouffer de rire. Voilà.
May 1716. B
,
18 MERCURE
Meſſieurs , ce qu'on peut appeller
des feſtes innocentes &
bien concertées. Enfin aprés
avoir épuisé ſes jambes & fon
gofier , &tué dans ce penible
exercice , la plus grande partie
des oyſeaux qu'il avoit pris le
ſoin de nicher ſur le ſommet
de ſon caſque d'ofier , il fir
fon compliment au Roy , il
recommanda à ſes charitez ,
il fortit de la falle , il traverſa
une prodigieuſe foulede monde
, defcendit les eſcaliers au
milieu des cris d'allegreſſe de
ceux qui n'avoient pû le voir
dans les appartements , il ſe
ſe
1
GALANT. 19
*
IC
jettadansune chaiſe à porteurs
qui l'attendoit , pour lemener
juſqu'à ſon fiacrequi étoit àla
porte de la 1 cour du Palais
des Tuilleries , par le moyen
duquel il fut transferé àbon
port au Palais Royal , où d'abord
il eût l'honneur de ſaluer
Madame. Tout ce que j'oſerois
vous dire des qualitez éminentes
de cette auguſte Princeſſe
, ſeroit fi fort au deſſous
des éloges que tout le monde
donne à ſes vertus , queje me
contenteray de vous apprendre
qu'elle reccut le grand
-Caiſſant avec bonté , qu'elle
Bij
20 MERCURE
1
*le regarda pendant quelques
moments faire ſes exercices
avec plaiſir , qu'elle écouta ſes
chanſons & fon compliment
avec beaucoup d'indulgence ,
& qu'enfin Elle l'éconduifit
avec des marques réelles de la
generoſité.
L'apreſ- diné du même jour
Caiſſant ſe preſenta auRegent,
& à Madame Ducheſſe de
Berry: il offrit à leurs Alteſſes
Royales ſes ſervices , & ses
talents étonnants pour la danse&
pour le chant ,& en fut reçû
dune maniere qui le contenta.
fi fort qu'il alla auffitôt puGALANT.
21
blier partout , la faveur d'un ſi.
obligeant accücil , il vint à
moyparticulierement comme
àun fidele dépoſitaire des plus
finguliers évenemens dumonde,&
c'eſt à cette confidence
( comme vous voyez Mefſieurs
) que je ſuis redevable
de l'avantage glorieux que
jayde vous faire part de cette
portion de la merveilleuſe
Hiſtoire de l'incomparable
Caiſſant.
Voicy une nouvelle piece
d'Eloquence qui marchera ,
ſi je ne me trompe admirablement
à la fuite de la grande
22 MERCURE
avanture qu'on vientde lire.
REQUESTE
à Noſſeigneurs Noſſcigneurs
les Marguilliers de
l'Ocuvre du S. Sacrement
de S. Sulpice.
MESSEIGNEURS,
Supplie trés-fortement Jean-
Baptifte René , Bedeau Emerite
des Orphelines , ayant l'honneur
d'avoir le bonheurdefervirl'Egliſede
S. Sulpice depuis huit ans,
avec distinction : Difant pourses
raiſons , que la robe de Bedeau du
GALANT. 23
S.Sacrementse trouvant vacante
parla démiſſion volontaire ou autrement
duſicur Brunet , il auroit
juſte ſujet , attendu ſes loüables
Services , d'efpererque vousvoudrez
bien le promouvoir à cette
dignité , dont il promet de s'acquitter
auffi dignementque lafragilitéhumainepeut
le permettre.
Ce conſideré, Meſſeigneurs ,
ilplaiſe à voſtre trés-grande charité
d'enteriner la Requése dudir
Suppliant , lequel en confequence
ſe croira obligéde prier&priera
en effet pour la profperité
Santéde vos dignesPerſonnes&
de vostreOcuore.
3
24 MERCURE
Pourquoy ne mettrois-je
pas à la fuite de cetteRequeſte
un certain détail curieux dont
on m'a envoyé la copie , puifqu'il
ſeroit en effet tres-curieux
, s'il étoit un peu mieux
écrit ; mais il ne luy manque
que cela: le voicy.
DETAIL CURIEUX
de ce qui s'estpasséàVincennes,
au sujet d'un Vieillard âgé
de cent quatorze ans , qui cut
l'honneur d'estre preſenté au
Roy Loüis XV. le 29.
Septembre 1715 .
Si jamais un nouveau Roy
s'eft
GALANT. 25
s'eſt attiré la curiofité de ſon
Peuple, c'eſt ſur tout celui qui
a paru pour la premiere fois
le Jeudy 12. Septembre 1715.
dans la Capitale de la Monar
chie Françoiſe. Ce qu'il y a de
plus ſurprenant , c'eſt que
quoy qu'on ait eu l'honneur
de le voir ſouvent , on court
aprés luy avec autant d'ardeur
que jamais : les nouveaux charmes
qu'on découvre chaque
jour en ſa perſonne Royale ,
excitent une nouvelle curiofité
:le Chaſteaude Vincennes
fut aſſiegé , ſur tout les jours
de Festes , d'une foule innom-
May 1716. C
26 MERCURE
L
brable de peuple qui en rendoit
l'abord preſqu'inacceffi+
ble.
Parmi le grand concours de
monde qui s'y renditDiman
che dernier , il yaparut un
Vieillardâgé de cent quatorze
ans commencez , que le defir
de voir Sa Majeſté y avoit at
tiré. Il étoit accompagné de
fon fils, âgé dela moitié de
fon âge. Il fut d'abord con
duit au Chafteau Royal , où
il cût l'honneur de faire la re
verence à Madame la: Ducheſſe
de Ventadour , qui
ordonna qu'on le fit dîner.
GALANT 17
Il ſe rendit l'aprés-dîné dans
la Sale des Gardes , où il at
tendit Sa Majesté , juſqu'à ce
qu'Elle fortit pour aller à la
promenade. Durant cet in
tervalle , il fut environné de
pluſieurs perſonnes quiſe promenoient
dans la Sale: je me
trouvay de ce nombre.
Je fus ſurpris en l'abordant
de voir au travers de fes jouës
retrefflies , quoique peu ridées,
un viſage preſque auffi ſerein
que celui d'un jeune homme :
Sa teſte montroit une chevelure
blanche , que ſa caducité
avoit reſpectée ; il avoit avec
Cij
28 MERCURE
cela une contenance affûrée ,
ſans la moindre infirmité de
celles qui ſuivent ordinairement
la décrepitude. Je luy
demanday s'il avoit l'ouye
borine : me répondit,j'entens
fort bien quand on me dit :
Tien , mais je ſuis fourd quand
on me dit: Donne. Il fic un
petit éclat de rire , aprés m'avoir
fait cette réponſe. Jeluy
demanday s'il voyoit clair , il
me répondit qu'il ne ſe ſervoit
point de lunettes; fur quoy
une Dame fort chargée d'embonpoint
lui preſenta ſa main,
en le priant de luy dire fi elle
GALANT. 29
l'avoit graffe ou maigre : vous
l'avez fort doduë , luy dit- il
en riant.
Aprés cela je queſtionnay
le Fils fur la maniere de vivre
du Pere : Il m'aſſura qu'il mangeoit
de fort bon appetit,qu'il
digeroit de même , dormoit
d'un profondſommeil, tenant
un verre de vin auffi ferme
qu'un jeune homme ; raiſonnant
fort bien ſur toutes choſes;
ſe ſouvenant de tout ce
qu'il avoit vû , fait ou dit depuis
ſon enfance.. Comme
j'allois continuer à l'interroger,
les Gardes furent avertis
Ciij
30 MERCURE
1
que le Roy venoit: En effet ,
un moment aprés Sa Majesté
fortit par la Sale. LebonVieil.
lard ſe rangea ſur ſon paſſage ;
Madame la Ducheſſe de Ventadour
l'ayant apperçû, s'écria
forthaut Ah ! voilà l'Hom .
me âgé de cent quatorze ans.
Avez - vous veu le Roya
ajoûta-t-elle, en s'adreſſant à
luy-même : oüy , Madame
répondit il , mais je n'ay pas
ofé m'en approcher fans que
vous me filliez la grace de me
preſenter à luy. Alors Madame
la Ducheſſe dit ſur le
même ton à Sa Majesté , qui
CALANT. 31
marchoit devant elle, Site ,
voici un homme âgé de cent
quatorze ans , il merite vôtre
curioln.é Le Roy revint fur
ſes pas au même inſtant, tan
dis que le bon Homme s'avançoit
de ſon côté, ſoûtenu
par fonFils.
Sa Majesté voyant qu'il faifoit
ſes efforts pour fléchir le
genoux devant Elle , luy donna
ſa main à baiſer avec cette
grace majestueule, qui accompagne
toutes les actions : puis
le regardant d'un oeil plein de
bonté , Elle luy marqua une
tendre admiration pour ſa
*
Ciiij
32 MERCURE
vieilleſſe ; cependant elle continua
ſon chemin pour aller
monter en carroſſe , laiſſant le
bon-homme tout penetré
d'une joye inexprimable.
Quel bonheur n'eſt ce pas
pour moy , s'écria t- il , au milieu
de ſes tranſports , d'avoir
eû l'avantage de voir les qua- .
tre derniers Roys de France.
Je n'avois que neuf ans lorf.
que Henry IV. mourut. Depuis
j'ay eû la ſatisfaction de
vivte ſous le Regne de Louis
XIII. ſous celuy de Loüis
XIV. Enfin jay la conſolation
encore de voir le comGALANT.
33
mencement du Regne de
Loüis XV. qui met le comble
à mes contentements. Il
ne me reſte aprés cela rien à
defirer au monde. 1
Faſſe leCiel que les jours du
jeuneRoy ſe multiplientbeaucoup
au-delà des miens : que
le cours de ſes années ſoit tiffu
de toute forte de bonheur
& de gloire ; qu'enfin il termine
fon illuſtre carriere
d'une maniere auſſi glorieuſe
que ſon Auguſte Biſayeul ,
dont je n'oubliray jamais la
bonté avec laquelle il recevoit
tous les ans le jour de S. Loüis,
34 MERCURE
le Bouquet que j'avois l'honneur
de luy preſenter. La
grace qu'il m'a fait pendant
dix ans avant la mort , de me
mettre au nombre de ſes Penſionnaires
, demeurera éternellementgravéedans
mon ame.
Ah! pluſt àDieuque jen'cuſſe
pas eû la douleur de ſurvivre
à ce Monarque invincible.
C'eſt ainſi que ce bon Vieil.
lard exprimoit ſes tranſports
au milieu de beaucoup de
gens qui étoient charmez de
Lentendre.
En fortant du Chaſteau il
fut entouré d'une ſi grande
GALANT. 35
foule de monde qu'il faillit
être écrafé: il ne ſeroit jamais
arrivé au carroſſe qui l'attendoit
fans le ſecours de quelques
Gardes qui l'y conduifirent
, mais avec bien de la
peine. Il s'en retourna à Paris
ſuivi de mille perſonnes qui
crioient : voila le bon homme
âgé de cent quatorze ans qui
pafle.......
J'eus la curioſité de l'aller
voir le lendemain à Paris dans
fa maiſon , afin de m'entretenir
avec luy paiſiblement fur
ce qu'il y a de plus remarquabledans
ſa vic.
36 MERCURE
Il me dit entr'autres chofes
qu'il avoit travaillé de ſon
Métier de Sellier juſqu'à l'âge
de cent cinq ans : que depuis
l'âge de cent fix juſqu'à l'âge
de cent neuf, il étoit allé à
pied dans deux jours , une fois
chaque année., de Chaſteaudun
à Verſailles, pour y querir
ſa Penfion , faiſant douze
lieuës par jour ſans en eftre
incommodé.
Que fon grand Pere étoit
mort à l'âge de cent douze
ans, & ſon Pere àl'âge decent
onze. Qu'il avoit eu dix enfans
, cinq filles & cinq Gar.
GALANT. 37
çons , dont il ne luy reſtoit
que celuy qui demeuroit avec
luy , & celuy qui eſt établi à
Verſailles , âgé de ſoixante &
dix ans : Qu'il buvoit encore
trois chopines de vin ſans en
eſtre incommodé ; ce qu'il
avoit fait le jour même que je
luy parlay.
Que le Roy quelque temps
avant ſon decés , avoit accordé
une Loterie en ſa faveur
qui devoit bien tôt s'ouvrir.
Les Selliers de Paris l'avoient
adopté cette année pour leur
Doyen , le jour de la Fête de
faint Eloy , luy ayant donné
38 MERCURE
d'abord la premiere portion
de Pain-beny ; l'ayant enſuite
prié de dîner avec eux, le faifant
affeoir àtable à la premiere
place ,bûvant à ſa ſanté
en le nommant le Doyen de
leur Corps avec des acclamations
de joye. Qu'il eût l'hon .
neur de faire la reverence à
Monſeigneur le Ducd'Orleans
aprés la mort de Sa Majeſté :
que ce Prince l'accüeillir fort
gracieuſement , l'aſſcurant de
fa fin
ſa protection , juſqu'à la fin
de ſes jours , luy promettant
d'ailleurs que ſa penſion luy
fcroit continuée.
GALANC. 39
Le bon Vicillard ayant fait
ſes tres humbles remercimens,
s'étoit retiré fort fatisfait ; mais
qu'il ne fut pas plûtoſt arrivé
chez luy qu'une perſonne
vintde la partdeMonſeigneur
le Duc d'Orleans Juy apporter
un prefent digne deSonAlteffe
Royale.
On voit dans ce procedé
l'extrême attention de cet
illuſtre Regent fur les beſoins
des malheureux. Il fait confif
ter ſa felicitédans la communication
de ſes bienfaits : mais
ne nous étendons pas d'avantage
ſur ce ſujet inépuiſable.
40 MERCURE
Il ajoûta bien d'autres circonſtances
de ſa vie ,qu'il ſeroit
trop long de rapporter
icy.
Finiſſons donc cedétail , en
diſant quelque choſe des
moeurs de noſtre Vieillard ;
*elles font auſſi pures que fon
temperamment eſt ſain. Il approche
tous les mois des faints
Myſteres pour expier les foibleſſes
de l'humanité : Il entend
regulierement la Meſſe
chaque jour à genoux ; enun
mot ſi ſa mort répond à ſa
vie , il peut ſe promettre de
finir heureuſement ſa courſe .
On
GALANT. 41
Onne ſera pas fâché ſans doute
de voir la copie de l'extrait
baptiftaire du ſicur Philippes
Herbelot , qui eſt le nom du
Vieillard en queſtion : la voicy
telle que je l'ay priſe ſur celle
qu'il avoit luy- même tirée de
l'Original.
Extrait Baptiftaire du Sicur
Philippes Herbelot.
NousPreftre CurédeDoulerent
Chasteauvilliers au-Chêne ,
DiocesedeToul en Lorraine, cerifi
que le premierJanvier1602.
a afté baptiséPhilippes Herbelor ,
May 1716. 1
D
42 MERCURE
FilsdeFeanHerbelot , &ConftanceFacquemartfespere&
mere,
leParrain Philippes le Petit,la
Marraine,fa Soeur , Damoiselle
Suivante de Madame de Guyfe.
Je ſouſſigné , Curé de Doulerent
Chasteauvilliers -au-Chêne :
Certifie le preſent Acte &Extrait
être conforme àſon Original.
Enfoy dequoy Nous avonsſigné
le 10. Novembre 1714.Bertau ,
Curé à preſent de Doulerent-
Chasteauvilliers-au-Chêne.
Nicolas Creſpin,Juge&Lien.
tenant de Doulerent-Chasteauwilliers-
au Chêne : Certifie àtous
ceux qu'il appartiendra , que le
GALANT. 43
preſent Certificatdu SieurBertau,
Curé , eft veritable. En foy de..
quoy Nous avons delioré le prefent.
Signé le 19. Novembre
1714. Nicolas Creſpin......
Il eſt à mon avis temps de
dire quelque choſe des nouvelles
étrangeres.
DeRome le 20. Mars 1716,
On a renu und Congregation
de 15. Cardinaux fur les
ſecours que le Royd'Eſpagne
a bien voulu accorder au Pape
contre les Turcs. Ces ſecours
Dij
44 MERCURE
confiftent en 6. Vaiſſeaux de
Guerre , quatre Galeres , &
huit mille hommes tant Cavalerie
qu'Infanterie. Il a eſté refolu
qu'on accepteroir ſeulement
les fix Vaiſſeaux & les
quatre Galeres , & non les
huit mille hommes , pour ne
pas caufer de jalouſie à l'Empereur
dans la ſituation pre-.
fente des affaires. Le Courrier
qui avoit apporté de fingréables
nouvelles a eſté renvoyé
par Sa Sainteté avec des Lettres
de remerciements & de
loüanges , & elle a fait donner
àceCourrier cinquante écus
GALANT. 45
&un médaillon d'or.
Le Cardinal Orfini eſt icy
de retour de la viſite de ſon
Evêché de Porto. Il a trouvé
les Eglifes de ce Dioceſe tres +
mal pourvûës d'ornements, &
d'habits Sacerdotaux ; & comme
la plupart eſtoient fort
uſez & même déchirez , il les
a fait brûler tous devant la
porte deſdites Egliſes , mais il
abandonne le revenu de cet
Evêché pour en acheter d'autres.
Ce Cardinal fe diſpoſe à
retourner à fon Egliſe de Benevent
, où il veut être avant
la Semaine Sainte. Il n'eſt plus
46 MERCURE
queſtion de ſaLegation àVienne,
l'Empereur ayant fait ſçavoir
au Pape qu'il étoit plus
neceſſaire de penſer ſericufement
à luy envoyer des fe
cours réels & effectifs , qu'à
faire des dépenſes pour une
pompeuſe Legation..
Le nouvel Evêque de Volterra
fut confacré ces jours
paſſez par leCardinal Paulucci
qui le retint enſuite à dîner. Le
Comte Fede beau frere de ce
Prelat & Miniſtre du Grand
Duc fut auſſi de la partic. Au
commencement du repas le
Pape voulant faire honnêteté
GALANT. 47
à ceMiniſtre, envoya pluſieurs
platsde ſa table.
On dit que M. le Marquis
du Bourg Miniſtre du Roy de
Sicile eſt rappellé à Turin , &
que leComte de Provana doit
venit ici en ſa place ; cependant
depuis peu de jours on a
publié& affiché encette Ville
des nouvelles cenſures contre
pluſieurs Officiers & Miniſtres
de Sa Majesté Sicilienne , &
contre un grand nombre d'Ecclefiaftiques
Seculiers& Regu
liers de Palerme , de Meſſine ,
&de Catania ,
M. Silva a cſté declaré Ro48
MERCURE
tante de Signature de Grace,&
comme ce Prelat eft fort pauvre
, le Pape luy a accordé une
penfion de 200. écus.
Le Prince Electoral de Baviere
a fait remettre ici à l'Abbé
Scarlati so mille écus pour
les preparatifs neceffaires à ſa
venuë encetteVille , qui ſera ,
dit on , dans la ſemaine de la
Paffion , pour pouvoir ſe trouver
aux fonctions de la Scmaine
Sainte. On prétend que
ce Prince viſitera feulement le
Cardinal Doyen dont il prendra
la gauche : on aſſure que la
choſe a eſté reglée de la forte.
Le
CALANT. 49
Le nouveau Cardinal Spinola
a eſté obligé de ſe faire
mettre une jambe de fer. Ilne
peut encore ſe ſoûtenir ſur
Les pieds , & cela parce qu'il
n'a pas voulu durant les quarante
jours s'aſſujettir aux précautions
que demandent les
ruptures,
LeCardinal Prioli perd chaque
jour de ſes forces , & on
apprehende beaucoup pour ſa
vic.
On continue au Palais les
Congregations militaires , on
y fait ſouvent intervenir le
Chevalier Moroſini qui eft ici
May1716. E
50 MERCURE
de la part de la Republique de
Veniſe pour ſolliciter du ſecours.
De Rome le 28. Mars 1716.
:
Il paroît qu'on eſt perfuadé
deplus en plus que la Guerre
eſt inévitable entre l'Empereur
& la Porte, M. le Cardinal
de Scrottembach receut
avant hier unCourrier ou une
Stafette , & eût hier matinune
longue audiance du Pape. On
ſuppoſe qu'il donna des affeurances
encore plus grandes à
Sa Sainteté ſur cette Guerre .
ALANT
plus nous allons en avant, plus
nous en ferons éclaircis .
On dit que M. le Coadjuteur
de Mayence feroit volontiers
Archevêque de Treves.
LeMarquis delBorgo eſt parti
pour retourner à Turin. Ila cu
audiance du Pape avant fon
départ , on l'a vû partir d'ici
avec peine, & la verité eſt qu'il
s'y eſt comporté avec beaucoupde
ſageſſe&deprudence.
On ne ſçait point au vray
cequi ſepaffe entrel'Empereur
& la Republique de Veniſe ,
car on n'entend parler que de
Courriers de Vienne à Veniſe
E ij
52 MERCURE
&de Veniſe à Vienne.
Le froid eſt ici plus grand
qu'au mois de Janvier , les
biens de la terre & les beſtiaux
en ſouffrent du préjudice. L'Italie
n'a pas beſoin d'une ſeconde
touche ,& ily a une efpece
de famine dans pluſieurs
endroits de l'Etat du Pape....
De Venise, le 28. Mars 1716 .
Le Senat a répondu au memoire
que M. le Noncea fait
preſenter dernierement : cette
réponſe contient en ſubſtance
des grands remerciemens à Sa
GALANT. 53
Sainteté , pour tous les mouvemens
qu'elle ſe donne en fa .
veurde laRepublique; & com
me M. le Nonce y avoit joint
lademandedesdeux Vaifſeaux
pour eſtre armez aux frais
du Pape , & que l'on luy a
répondu que l'on n'en avoit
aucun dont on pû ſe defaire ,
ce Miniſtre en execution de
ſes ordres , eſt en traité icy
avec quelques Marchands
pour en avoir deux des leurs,
pour joindre à ceux dont M.
le Commandeur Ferreti s'eft
accommodé à Genes.
Il eſt arrivé ici Mardy un
Eiij
54 MERCURE
courrier de Vienne au ſujet
d'une difficulté ſur l'expreſſion
de certains termes plus forts à
inferer dans la ligue à conclure
avec l'Empereur contre les
Turcs, Le courrier a eſté renvoyé
hier avec ordre à l'Ambaſſadeur
de la Republique de
ne points'arreſter ſur cesbagatelles
,& de faire inferer dans
le traité toutes les explications
qu'il jugera convenables. On
prétendque par lemêmetraité
le Senat aura la liberté de
prendre à ſon ſervice & de re---
cevoir à ſon ſecours telles
troupes qu'il luy plaira , ſans
GALANT S
que l'Empereur en puiſſe
prendre de la jaloufic , comme
dans le memoire de M. le
Nonce , ce Miniſtre donna
partdes offres faites à Sa Sainteté
par le Roy d'Eſpagne, en
faveur de la Republique ; le
Senat jugea à propos demettre
en deliberation l'envoy d'un
Noble à Madrid , pour en remercier
le Roy Catholique ;
• & avant hier M. Rufini , neveu
du Provediteurde cenom,
fut choifi pour paffer en Efpagne
fans caractere......
M. Emo ayant retiré les
troupes , le canon &les muni-
E iiij
5. MERCURE
tions de Narenta & de
Fortins , fituez le long de la
rivière de ce nom , en a fait
fauter enfuire les Fortifications
, & les a abandonnez , &
auſſi toft lesTurcs en ont pris
poffeffion.
3:M. le Comte de Schulem
bourg a trouvé les Fortifications
de Corfou en tres -mauvais
état. Il faudroit quatre
mois pour les reparer. Il fait
détruire & applanir les deux
hauteurs dont on a parlé , &
fait travailler à un retranchement
du coſté de la Marine ,
pour s'oppoſer aux defcentes.
GALANT. 57
M. Marcelle fut fait Dimanche
Procurateur de S.
Marc , moyennant vingt cinq
mille ducats : &demain on élevera
M. Cornaro à la même
dignité.... :
On repareun ouvrage couronné
ici qui couvre le Chafteau
du Lido ,&qui étoit fort
délabré:)
LegrandconvoypourCorfou
qui doit eſtre commandé
par M. Corendau , eſt preſt
à mettre à la voile ; ce Noble
varelover M. Pifani àCorfoun .
L'on ne ſçait point encore fi
ce dernier a accepté laCharge
de Capitaine General.
58 MERCURE
De Rome le 4. Avril 1716.
:
Le Pape tint Lundy dernier
Conſiſtoire , dans lequel
Sa Sainteté fit un beau Difcours
fur la Guerre imminente
des Turcs , elle y parla des
diligences qu'elle avoit faites
auprés des Princes. Catholiques
, pour avoir des ſecours
de Vaiſſeaux & de Galeres ,
& s'expliqua fort avantageuſement
ſur le ſujer du Roy
d'Eſpagne ,& avec beaucoup
de reconnoiffance des ſecours
qu'il luy donnoit. Elle dit
GALANT رو
qu'elle en arrendoit auſſi du
Roy de Portugal , qu'elle
comproit ſur les Vaiſſeaux
& Galeres de la Religion de
Malthe , fur celles du Grand
Duc ,& parla auſſi des ſiennes
& des Vaiſſeaux qu'elle a fait
nolifer. Elle parla enſuite de
la guerre contre l'Empereur
& la Porte , comme d'une
choſe aſſeurée , y donna part
qu'elle accorde à ce Prince
lesdecimes ſur les biens de ſes
ſujets Eccleſiaſtiques de l'Empire&
qu'elle luy avoit permis
d'autres ſecours , même audeffus
de ſes forces : ajoûtant
60 MERCURE
>
quece Prince connoiſſant luymême
les beſoins de s'oppofer
aux progrés des Turcs
étoit aſſez portez de luy même
à faire des efforts pour les
arreſter , & qu'ainfila deſtination
qu'elle avoit faite de M.
le Cardinal des Urfins , pour
luy reprefenter les beſoins de
la Chrétienté ,devenant inu
tile ,il étoit juſte de luy permettre
de retourner à fon
Dioſece: & fir fur cela l'éloge
de ce Cardinal qui étoit
preſent dans le Confiftoire ,
le loüant fur fon zele , ſa ſu
bordination , & fa promptiGALANT.
61
tude à ſuivre les intentions de
Sa Sainteté, dés qu'elle les luy
avoit fait fçavoir nonobſtant
ſes infirmitez . Il eſt cependant
fort à craindre que tous ces
ſecours ne foient pas tous en
Vétat pour venir à temps. On
fait auſſi réparer quelques Fortifications
à Ancone , & on
armequelques petitsBâtimens
dans le Golfe Adriatique ,
pour ſe preferver des Corſaires
: le Prince Electoral de
Baviere arriva hier en cette
Ville.
On ne ſçait file Pape pourra
paffer au Vatican pour y faire
62 MERCURE
les fonctions de la Semaine
Sainte &dePaſques comme à
l'ordinaire , Sa Sainteté ayant
eſté un peu indiſpoſée.
Autre Extrait de Nouvelles
de Rome du 4. Avril.
Ily cût Conſiſtoire Lundy
dernier, le Pape ydeclara l'impoſition
des decimes ſur tous
les Eccleſiaſtiques d'Italic , à
l'exception desCardinaux. Sa
Sainteté declara auſſi la volonté
où elle étoit de donner à
l'Empereur un ſubſide de
sooooo. florins pour aider ce
GALANT. 63
Prince à faire la guetre au
Turc. Gelont les Ordinaires
des lieux qui doivent eſtre
chargez du recouvrement des
decimes.
De Rome le 10. Avril 1716 .
Quoyque Sa Sainteté ait
eſté un peu incommodée ces
jours paſſez de ſes jambes qui
ne fluent point à l'ordinaire ,
elle voulut toutefois aſſiſter à
laChapelleDimanchedernier;
mais apresy avoir fait la benediction
& diſtribution des
Palmes , elle ſe retira dans ſon
appartement.
*4 MERCURE
Le Prince Electoral de Ba
viere arriva ſur la fin de la
ſemaine pafféc. Quantité de
perſonnes de diſtinction furent&
envoyerent des Gentilhommes
au devant de luy ,
dansdes caroffes à fix chevaux.
Son Alteſſe avoit à ſa ſuite
douzeperſonnes à cheval elle
fut defcendre chez l'Abbé
Scarlati fon Miniſtre , où elle
eft logée,elle y receut auffitoſtdes
complimens de la part
de Sa Sainteté , qui luy envoya
immediatement aprés un preſent
decomestibles.
Ce Prince fut àlaChapelle
le
GALANT. 65
le jour des Rameaux,où il prit
. la Palme des mains de Sa Sainteté
qui la luy donnaen riant ,
enfuite il en receut une autre
chez luy beaucoup mieux travaillée.
Le même jour apref-dîné
M. Don Charles Albani fut
viſiter ce Prince , & le mena à
la promenade dans ſon caroſſe
dehors la Porte du Peuple ,
comme cela avoit eſté premedité;
il y trouva quantité de
Seigneurs & des Dames de
grande distinction
Lundy matin Son Alteffe
fut ſaluer Sa Sainteté qui luy
May 1716.. F
66 MERCURE
fit un tres bon accueil , luy
ayant temoigné beaucoup de
tendreſſe & d'affection ce
Prince fut voir enſuite leCardinal
Albani , & le ſoir la Signora
Dona Tereſa , femme
du Seigneur Don Charles
chez qui il y eût un tres beau
concert ,aprés lequel on fervit
une magnifique collation.
En confequence du ceremonialdont
on étoit convenu
le Prince Electoral fut viſiter
lesCardinaux Chefs-d'Ordres
ſçavoir Acciaioli , Panciatici ,
&Pamphili,ils le receurent en
limarre &par le grand eſca-
"
GALANT. 67
lier. L'Ambaſſade ſe faifoit
au nom de l'Abbé Scarlati
Miniſtre de ce Prince , qui dit
que pluſieurs Gentilhommes
de diſtinction Etrangers , par
mi leſquels le Prince étoit ſous
lenom duComte de Draunis,
fouhaitoient avoir l'honneur
de ſaluer leurs Excellences.
Mardy matin Son Alteſſe
accompagnée de cinq Scigneurs
des plus qualifiez , fur
voir la belle maifon de Fucoli
, d'où il revint le foir du
même jour.
Mercredy Sa Sainteté malgré
les oppofitions de fon
Fij
68 MERCURE
Medecin, voulut ſe tranſporter
au Vatican pour y faire
plus commodement les fonctions
de la Semaine Sainte. La
ſaiſon eft neanmoins extraordinaire
& rigoureuſe à cauſe,
des neiges qui font tombées
depuis peu aux environs de
Rome , qui produiſent un
froid vif & beaucoup de maladies.
Les Hôpitaux de cette
Ville ſont remplis des pauvres
Payſans ,il en meurt juſques
25. & 30. par jour
Lundy matin on embarqua
pour Civitavechia 200.
hommes de nouvelle levée
GALANT. 69.
quelques-uns neanmoins deſerterent
avec leur habit avant
l'embarquement.
Pluſieurs Baſtiments de Barbariecommencent
déja à faire
des incurſions ſur les Plages de
cet Etat, cela a obligé Sa Sainterteé
à ordonner qu'on atmât
inceſſamment deux de ſes Galeres
pour les envoyer.cn
courſe le longdes coftes.
Dernierement les gens de.
M. Molinés maltraiterent à,
coups de bâtons un certain
Tailleur , on en fit beaucoup
de bruit au Palais , ce qui obligea
M. Molinés à congedier .
70 MERCURE
ceux de ſes gens qui ont cu
part à cette action ,&à les envoyer
aveceſcorte à Longon.
Le General & le Procureur
general des RR. PP. Minimes
auront leur place dans laChapelle
du Pape où ils doivent
prêcher le fecond jour de Pâques
: c'eſt leCardinal Albani
Protecteur de leur Couvent
en cette Ville , qui leur a obtenu
cceettttee grace de Sa Sainicte
Une femme cût le courage
il y a quelques jours detuer en
public un Voiturier qui l'infultoit&
de luy donner 17.
GALANT. 71
coups de coûteaux.
Le Connétable Colonne a
fait preſent au Prince de Baviere
de deux chevaux de manege
d'une grande beauté. Le
Chevalier Moroſini luy a envoyé
pareillement un tresbeaupreſent.
Le Pape quoyqu'unpeu incommodé
n'a pas laiſſé de faire
les fonctions du Dimanche
desRameaux&duJeudySaint.
Le Prince Electoral de Bavicre
y a affifté regulierement.
Le Courrier que le Pape
avoit expedié en Portugal ,
pour y demander des ſecours
72. MERCURE
de Vaiſſeaux , eſt enfin arrivé,
aujourd'huy avec les meilleures
réponſes du monde..
DeVenise le 11. Auril.
L'on attend ici avec impatience
le retour du Courrier
qui fut renvoyé à Vienne il y
a.9. ou 10. jours , pour ſçavoir
ſi l'Ambaſfadeur delaRcpublique
aura pû réüffir à conclure
avec les Miniſtres do
l'Empereur la Ligue contre les
Turcs , on doute toûjours des
diſpoſitions de ce Prince , &
on eſt perfuadé qu'il ne rompra

GALANT. 7753
pra point avec la Porte , files
Turcs ne commencent les premiers
quelques hoftilitez contre
la Hongrie. On croit qu'en
attendant qu'ils le faffent ,
l'Empereur fera naître detems
en tems des difficultez pour retarder
la concluſion de cette
Ligue. On a même ſceu qu'il
s'en preparoit des nouvelles
pour les plaintes qu'il forme
contre laCour de Rome, comme
fi le Pape avoit intention
de rappeller les Eſpagnols en
Italie , & d'y faire naître des
nouveautez. Comme l'Empereur
, à ce qu'on dit , donne oc
May May 1716. G
:
74 MERCURE
cafion à de parcils ſoubçons ,
il craint effectivement qu'on
ne les mette à execution.
Le Senat n'a point répondu
au Memoire de M. le Nonce ,
dans lequel ce Miniſtre infinuoit
qu'il étoit à propos que
laRepublique fit demander au
Roy le paſſage pour les Trou
pes qu'elle fait lever dans la
Comté d'Avignon.
Il eſt arrivé ici de Verone
le:s 1200. hommes qui y
étoient venus d'Allemagne ,
on les a déja embarquez fur
des Baſtiments pour les faire
paſſer en Dalmatic. On en at
GALANT. 75
tend encoreun parcıl nombre
à Verone ,& on les envoyera
dans la même Province , d'où
l'on écrit que quoyque M. le
General Emo eût abandonné
Narenta , & ſe fut retiré en
deçà de laCetigne,il avoit cependant
conſervé les Forts
Norin & Opus , qui peuvent
être ſecourus par Mer , mais
dont l'air eſt ſi mauvais que
dés laderniereGuerre on adeliberé
fort longtemps ſi l'on
démolitoit ce dernier. M. le
Nonce a conclu ici Samedi un
Traité pour le noliſement
d'un Bâtiment de so. pieces de
Gij
76 MERCURE
1
i
Canon que le Pape veut armer
en guerre. On travaille
àle mettre en état d'être lancé
à l'eau.
La Republique fait traiter
chez les Grifons pour une le -1
vée de 2000. hommes. M.
Puenti ſon Reſident luy fait
eſperer d'y pouvoir réüffir.
On a impoſé une Taxe de
la dixiéme partiedu loyer des
maiſons ſur tout l'Etat , en
pure perte pour les locataires,
cequi fait murmurer lePeuple
qui ſe voit par là preſque ſeul
chargé de cette Taxe .
GALANT. 77
De Naples le 31. Mars 1716.
Nous apprenons que les
Turcs ont fait leur Place d'armes
à la Valona, qui n'eſt qu'à
60000. d'Otrante , du côtéde
la Morée,& qui regarde preſque
Corfou , & qu'ils ont envoyé
dix mille hommes pour
applanir les chemins ,& pouvoiry
conduire le Canon plus
aiſement ; ainſi tous ces preparatifs
font prefumer qu'au
premier jour nous apprendrons
l'attaque deCorfou .
Du côté de la Dalmatie le
Giij
78 MERCURE
Seraskier a fait un Corps de
Troupes ,& a marché àGabella
qu'il a emportée d'aſſaut
fur le champ. Il y a penſe ſurprendre
le Provediteur general
des Venitiens qui abien cu
de la peineà ſe ſauver. Ilsont
pris encore une petite Place
qui n'eſt d'aucune confideration.
La prife de Gabella leur
ouvre le paſſage pour aller attaquer
Terra Nouova qui eſt
la meilleure Place que les Venitiens
ayentdans la Dalmatic.
Les Algeriens commencent
àcourir ces Mers ; il y en
avoit un ces jours paſſez à la
GALANT. 79
vûe du Golfe de Naples , il a
été à bord d'un Bâtiment
François duquel il s'eſt fait
montrer le paſſeport & les expeditions
duBureau des Claffes
, & a dit au Patron qu'il
fçavoit qu'il y avoit pluſieurs
Genois & autres Etrangers qui
navigeoient avec le Pavillon
de France , ſans être François ,
& qu'il eſperoit d'en prendre
quelques uns.
DeRome , le 18. Avril 1716 .
Quoyque le Pape cut beaucoup
de peine le Jeudy Saint
ةيبرعلا لكل
Gij
8. MERCURE
à faire toutes les fonctions &
ceremonies de l'Eglife, étant
fort incommodé de ſes jambes
qui jetterent tant de matiere
ce jour-là que ſes bas en
eſtoient percez, il youlut néanmoins
chanter la Meſſe le jour
de Paſques dans S. Pierre , &
donner enſuite à tout le peu-
P
ple la benediction du haut
de laTribune, qui eſt au- deſſus
du veſtibule de cette Bafi .
lique.
Le Prince Electoral de Baviere
aſſiſta à ces deux fonctions
; & afin qu'il pût voir
plus commodement les cere
GALANT. 81
monies de la Meſſe , on avoit
cu le ſoin de luy preparer un
endroit élevé , contigu à la
Chapelle : ce Prince a donné
de grandes marques de piete
&de devotion dans le cours de
la Semaine Sainte & de cellecy
; il a communié à la Paroiſſe,
où il a laiſſé foixante écus
pour eſtre diſtribuez aux pauvres
honteux ; aprésavoir porté
le Dais à la Proceſſion du
S. Sacrement dans l'Egliſe de
l'Ara- Celi où il donna encore
une bonne ſomme d'argent.
Il fut à pied viſiter trente trois
Eglifes. Mr Don CharlesAl
82 MERCURE
bani luya fait un preſent de
comeſtibles; il y avoit trente
baffins remplis de toute forte
debonnes chofes : le Prince de
Caferta luy en a fait un femblable.
Les deux Galeres dont le
Pape avoit ordonné l'arme.
ment , ſont forties du Port de
Civita - Vechia , pour donner
la chaſſe aux Bâtimens Barbareſques
qui commençoient à
inquieter la coſte.
Par unBref fort ample le
Pape a remercié la Republique
deGenes desdeux Galeres
qu'elle luy a accordées pour les
Venitiens.
GALANT. 83
Le Prince Electoral de Baviere
fut pour viſiter les Cardinaux
de la Tremoille &
Aquaviva ; mais leurs Eminences
ne voulurent point recevoir
ſa viſite , apparemment
pour luy caufer moins d'incommodité.
Mercredy au foir le Marquis
Gabrieli donna une tres belle
feſte à ce Prince dans ſon Palais
: rien n'étoit plus ſuperbe
que l'appartement où S.A. fut
reçûë auffi-bien que la collation
qui fut ſervie. Ce Prince
a témoigné d'y avoir cu toute
la fatisfaction poffible , pref84
MERCURE
que toute la Nobleſſe Romaine
s'eſt trouvée à cette feſte ,
qui à ce qu'on prétend , a coûté
fix mille écus.
Le Cardinal Ottoboni
vouloit auſſi luy en donner
une ; il avoit en cette vûë fait
faire quelques preparatifs , mais
on les a diſcontinuez à cauſe ,
dit-on , que ſon A. ne l'a point
viſité comme elle le ſouhai
toit.
Ce Prince devoit inceſſam
ment partir pour Naples , mais
il ne partira , à ce qu'on prétend
, qu'à la fin de ce mois ,
fous prétexte que l'air de Ro
GALANT. 85
me luyeſt ſalutaire ;cependant
il prend le lait d'aſneſſe tous les
matins
Le Lundy de Pâques aprés
la Chapelle , quelques Cardinaux
tinrent une Congregation
particuliere , ce fut , à ce
que l'on croit , ſur l'affaire des
Vaiſſeaux demandez au Roy
de Portugal. On aſſure que Sa
Majefté a fait réponſe qu'elle
ne pouvoit en envoyer , en
eſtant elle même dépourvûë ,
mais qu'elle en noliferoit des
Hollandois.
Le Prince Electoral de Baviere
à l'occaſion de la viſite
86 MERCURE
qu'il fit au Cardinal Doyen,
pria fon Eminence
de vouloir
bien l'excuſer envers le ſacré
College, de ce qu'il ne pouvoit
, à cauſe du peu de temps
qu'il luy reſtoit , aller en perſonne
l'affûrer de ſes civilitez ;
ceCardinal le fit , & envoya
auffi - tôt chez tous les Car
dinaux leur donner part des
ſentimens de S. A. que chacun
d'eux jugea à propos d'envoyer
remercieropar l'entremiſe
du même Cardinal
Doyen, ce qui a eſté executé
de la forte.
Mardy dernier ce Prince fut
GALANT. 87
voir le Palais de Montecavallo
, en fortant il fit donner
centLoüis d'or pour étrenes au
Concierge.
Le Pape fait , dit-on , enrichir
de diamants & d'autres
pierres précieuſes un de ſes
Portraits, pour en faire preſent
à ce Prince.
Le Conneſtable Colonna l'a
été voir. On a remarqué que
cetteviſite a eſté differente de
toutes les autres que S. A. areçûës
: en effet le Conneſtable a
eſté introduit ſeul , au lieu que
les autres qui ont fait la même
honneſteté à ce Prince , ont
88 MERCURE
eſté admis pluſieurs à la fois
& avec quelque forte de confufion
& de deſordre.
DeVenise, le 18. Avril 1716 .
On attend icy avec impatience
l'arrivée d'un courrier
de Vienne , pour ſçavoir fi la
ligue contre les Turcs, aura
efté enfin concluë. On pourroit
en douter ſur ce que cette
Cour depêcha le 11. un courrier
àConſtantinople,au ſujet,
dit-on , de quelques propoſitions
d'accommodement , en
vertu duquel les choſes reſte
ront
GALANT. 89
ront en ſuſpens entre la Republique
& la Porte ; & l'on
croit que les Miniſtres de l'Empereur
, avant que de prendre
l'engagement avec les Venitiens,
voudront attendre leretour
de ce dernier courrier ;
quoy qu'il en ſoit , il paroît
toûjours de plus en plus que
ce Prince veut tirer de tresgrands
avantages des ſecours
qu'il leur fait eſperer , & qu'il
ne rompra avec la Porte, qu'-
en cas que les Turcs ſoient les
premiers à l'attaquer en Hongrie.
M. Charles Piſani , frere
du nouveau General , & qui
May 1716.
4
H
१० MERCURE
eft actuellement Conſeiller du
Doge, doit demander la ſemaine
prochaine de renoncer
à cette Charge , pour remplir
celle de Lieutenant Generalde
M. ſon frere. Celuy-cy entend
affez bien la Marine dont le
Capitaine General n'a aucune
connoiffance , n'ayant jamais
monté aucun vaiſſeau que
comme paſſager ; cependant
M. le General Delphino eft
arrivé icy.
Ily a quelques avis fecrets
qu'il a eſté mis aux arreſts ,
ce qu'il y a de certain , c'eſt
qu'actuellement on lit chaque
GALANT9
ſemaine les informations dreffées
contre luy pour luy faire
fon procés. Il eſt arrivé hier
encore 1200. hommes de
troupes d'Allemagne que l'on
a fait auffi tôt embarquer fur
un convoy preparé pour le
Levant. Ily a eu en cette occaſion
quelques émeutes , fur ce
que les troupes vouloient que
ſuivant l'uſage, l'on leur payât
les deux mois d'avance.
Deux Tartanes arrivées icy
en courſe , ont furpris le 11 .
- du mois dernier un Bâriment
François , & luy ont enlevé
fon paffeport & quelques
Hij
92 MERCURE
bales. On en a fait des plaintes
, & on ne doute pas que les
Commandans de ces Tartanes
ne foient punis comme ils le
meritent.
Hier au ſoir le courrier
qu'on attendoit de Vienne eſt
enfin arrivé avec l'agréable
nouvelle , que les articles de
la ligue contre les. Turcs
avoient eſté ſignez le lundy de
Paſques , mais on ignore encore
ſi l'on eft convenu que
l'Empereur commenceroit inceſſamment
les actes d'hoſtilité.
GALANT. 93

De Rome le 25. Avril 1716.
Le froid& la ſechereſſe qui
continuënt toûjours en ces
quartiers étant d'un grand
préjudice aux biens de la terre,
le Pape a ordonné des prieres
pour la pluyc.
Il eſt arrivé icy un Courrier
depêché par M. l'Internonce
à Bruxelles , on ne ſçait point
le vray motifde cette expedition
; mais pluſieurs veulent
• que ce ſoit pour donner avis
qu'on avoit découvert en ce
Païs- là que la PorteOttomane
94 MERCURE
étoit dans le deſſein d'agir cetteCampagne
avee ſon Armée
Navale contre l'Etat Eccleſiaſtique
; d'autres prétendent
que ce pourroit être encore
fur l'intention où les Anglois
&les Hollandois peuvent être
auſſi de faire quelque tentative
fur l'Etat de l'Eglife.
Dans cette apprehenfion
on ordonne ici à tous les Officiers
qui doivent aller garder
les coſtes , de partir inceſſamment
pour ſe rendre à leurs
poſtes ,& l'on a envoyé àCivitavechia
400. juſte-au corps
pour habiller les équipages des
GALANT. 95
Bâtiments qu'on doit armer
dans ce Port..
* Le Prince Electoral de Baviere
a eſté viſiter Madame la
Connérable Colonna. M. le
Connétable ſon fils s'eſt trouvéà
cette viſite. Il fit voir le
Palais à Son Alteſſe qui confi
dera avec plaifir la belle Galerie
de cette maiſon .
M. Bianchini par ordre de
Sa Sainteté accompagne ce
Prince par tout , & luy fait
voir les Antiquitez de Rome
les plus remarquables .
Il a eſté au Capitole , les
Conſervateurs s'y trouverent
96 MERCURE
ce jour là ,& curent permifſion
du Pape de luy donner
une magnifique collation , il a
eſté aufli àOffia voir les Salines
enfuite à la chaſſe à Decima ,
il montoit un des chevaux
dont le Connétable luy a fait
preſent.
Un Courrier depêché par
M. le Nonce à Vienne,a porté
ici la nouvelle de la conclu .
fion de la Ligue entre l'Empereur&
les Venitiens.
Le Tribunal de la Rote a
finalement choifi , éxaminé &
approuvé l'Avocat Lanfredini
pour remplir le poſte d'Auditeur
!
GALANT. 97
teur qui étoit vacant.
Le jour de la Feſte que le
Marquis Gabriely donna au
Prince Electoral de Baviere, le
Maître de Chambre du Cardinal
Pico de la Mirandole ſe
preſenta pour entrer dans l'appartement;
mais il fut repouſſé
avec inſolence par les domeſtiques
de la maiſon. Son Eminence
offenſée en la perſonne
de ſonGentilhomme , a voulu
en avoir ſatisfaction , le MarquisGabriely
fut pour lui faire
ſes excuſes&ſediſculper;mais
elle ne le receut pas cette fois;
cependant après avoir ren-
May 1716. I
98 MERCURE
voyé quatre de ſes Domeftiques
,& avoir fait prier ceCardinal
de vouloir bien l'entendre
, ſa priere fut enfin écoutée
, & il fit ſos excuſes ; mais
il luy falluc encore en allor
faire autant au Maître de
Chambre qui avoit receu l'injure.
3
M. Farferi eſt arrivé ici de
fonGouvernement , il a fait
des offres confiderables pour
undesplusgrands emploisde
laChambre. Iln'eſt pasle feul
qui aſpire à cesCharges ,car il
y a beaucoup de Prelats qui
offrent auffi degrandes ſom.
VON
GALANT LYON
mes pour en avoir .
*
1893
*
VILIE
M. Dominiqued'Afte ayant
eu quelques paroles avec un
Gentilhomme Napolitain de
la Maiſon d'Entico , celui- ci
voulut le voir l'épée à la main ,
mais l'affaire ayant éclaté , ils
ont eu ordre du Gouverneur
de ne point fortir ſous peine
dedix mille écus d'amende.
Le Prince Electoral de Baviere
a eſté à des parties de
plaiſirs qui ſe ſont faites dans
les maiſons Strozzi & Rofpi
gliofi ; le Prince Odeſcalchi a
gagné au Prince Electoral en
cette occafion unegroſſe ſom-
I ij
100 MERCURE
me d'argent , auſſi bien qu'à
pluſieurs Seigneurs de la ſuite
deS. A.
On a envoyé pluſieurs Bri.
gades de Sbirres vers la Mon
tagne de Viterbe pour donner
la chaſſe à des bandits qui
ont paru de ce côté là.
DeVenise le 25. Avril 1716.
On a toûjours lieu de douter
que l'écrit ſigné à Vienne
avec les Miniſtres de l'Empereur
& l'Ambaſſadeur de Vcniſe
ne ſoit un fimple projet
d'alliance contre les Turcs ,
GALANT. 101
dont leTraité ne ſera ſigné&
executé qu'au retour du Courtier
depeché par ce Prince à
Conſtantinople, ſuivant lesréponſes
qu'il recevra de laPorte
parM. Flecchement ſon Refident
; quoyqu'il en ſoit , cet
Ecrit aefté figné par le Doge
même Samedy dernier , & envoyé
enſuite à Rome pour y
être pareillement ſigné par le
Pape,comme garant des engagements
de la République.
Le même jourSamedy le Senat
dépêcha deux Courriers , l'un
par Rome& Otrante à M. Pifani
à Corfou , pour luy don-
I iij
102 MERCURE
ner part de cette bonne nouvelle
, & l'autre à Vienne avec
une Lettre contenant des expreffions
tres- reconnoiffantes
& tres- obligeantes à l'Empereur
, de ce que ce Prince venoit
d'avoir la bonté de faire
en faveur de la Republique.
devant duChâteaude Corfou,
a changé de deſſein ,& au lieu
trop de temps à applanir , il a
GALANT. 103.
jugé à propos de nouveau d'y
faire d'autres fortifications , &
de reparer ce qu'il avoit defait
.
Comme cette Place eſt la
plus importante & la plus cx
pofée, on travaille icy à y en.
voyer tous les ſecours que l'on
peut raffembler. On prepare
un allez grand convoy pour
l'y faire paffer , lequel ſera efcorté
de fix Vaiſſeaux de
guerre, ſçavoir , la Valeur , la
Roſe , le S. Paul , l'Annoncia
tion , le Crucifix & la Madona
de l'Arcenal , ce dernier eſt
tout neuf, & n'eſt pas encore
I iiij
104 MERCURE
actuellement achevé ; cependant
il eſt certain que tant fur
les Flottes qu'à Corfou , il n'y
a pas plus de dix à douze mille
hommes de troupes reglées ,
dont même il en meurt
quantité tous les jours par
les maladies qui ſe ſont répanduës
parmi elles : les Vaiffeaux
& les Galeres ne font
pas mieux armez en Chiourmes
& en Matelots , & il y a
lieu d'apprehender de fâcheux
évenemens dans la Campagne
prochaine.
On ſçait que les Tures la
veulent commencer de bonne
GALANT. 105
-
heure , & qu'ils font même
travailler à un chemin dans la
Boffinie , pour y faire paffer
leurs troupes : leur flotte ſera
auſſi ſuperieure à celle de la
Republique , qui , quelque
choſe qu'on puiffe dire, ne ſera
compoſée tout au plus , y
compris les Allicz , que de
25. Vaiſſeaux & autant de Galeres
, & trois ou quatreGaleaffes
: l'on travaille auſſi fortement
à mettre quelques Corvertes
fabriquées nouvellementen
état de mettre àla voile
, pour pouvoir donner la
chaſſe auxDulcignotes,&s'op106
MERCURE
poſer aux courſes des Corfaires.
RELATION
de l'Entrée à Vienne deM.
leComte du Luc , AmbassadeurdeFrance
auprès de l'Empereur.
Le Dimanche 19. du mois
d'Avril M. l'Ambaſſadeur fo
rendit à deux heures aprés
midy aux Minimes du Fauxbourg
de Vienne , appellé le
Fauxbourgde la Favorite.Dés
qu'ily fut arrivé il y receut les
complimens du Cardinal de
Saxe , du Nonce & de l'AmGALANT.
107
baſſfadeur de Venise , qui envoyerent
chacun quatre de
leurs Gentilshommes pour le
complimenter. Le GrandMaréchal
de la Cour vint enſuite
luy faire les compliments de
l'Empereur , l'Ambaſſadeur
-luy donna la main; & quand
les Carroſſes curent pris leur
rang, ils entrerent enſemble
dans celuy de l'Empereur.
L'Ambaſſadeur ſeul dans le
fond , & le Grand Maréchal
ſeul fur le devant. La marche
fe fit en cet ordre : les Carrof
ſes des Miniſtres , des Confeillers
d'Etat&des Chambel
108 MERCURE
lans au nombre de ſoixantedix:
le ſecondCarroſſe de l'Empereur
où étoit le Secretaire
de l'Ambaſſade , deux Suiffes
de Son Excellence à cheval
ſuivis de trente Valets depied
de ſa livrée : le premier Carroſſe
de l'Empereur : le Majordome
de l'Ambaſſadeur à
cheval , ſes deux Ecuyers &
dix Pages auffi à cheval , ces
derniers vêtus de velours cramoiſi
avec une broderie d'or
encartiſane ſur toutes les coutures
,des noeuds d'épaule tresriches
& des veſtes à fonds
d'or ſous l'habit : quatrePalo
GALANT. 109
freniers à cheval ,& enfin le ſecond
, le troiſieme , & le quatriéme
Carrofſſe de l'Ambaf.
fadeur qui fermoient la marche
& étoient entourez cha
cun de deux Palefreniers à
pied : on ſe rendit en cet ordre
par differentes ruës auPalais
de l'Ambaſſadeur , où il
deſcendit avec legrandMaréchal
, à qui il donna la main
chez luy , & qu'il reconduifit
juſqu'à la portiere du Carroſſe
de Sa Majeſté Imperiale.
Le lendemain l'Ambaſſadeur
ſe rendit à l'audiance avec les
mêmes ceremonies , mais en
110 MERCURE
deüil avec quatre Carroffes
noirs& une livrée de même ,
&cette ſeconde Entrée dans
ſamaniere ne parut pas moins
magnifique que l'autre. Joubliois
de vous dire que le jour
precedent il y cût dans une
maiſon proche des Minimes
une collation ſuperbe pour
les Gentilshommes & une autre
pour la livrée des Miniſtres
qui avoient envoyé leurs Carroſſes
à l'Entrée ; que le lendemain
les mêmes furent traitez
au Palais de l'Ambaſſadeur
avec une profuſion&unemagnificencequ'on
n'avoit point
GALANT. H
encore vûës à Vienne , & il
n'y a perſonne qui n'avouë
que labeautédes carroffes, des
chevaux de la livrée ,l'élegance
des ajuſtemees , le bon
air , l'ordre& le gout qui ont
regnez dans cette ceremonie ,
égalent au moins tout ce qu'
on avoit encore veu de plus
beaudans ce genre.
Suite des Nouvelles de Londres.
1
Les Lettres de Londres du
23. Avril portent que le long
ſéjour du General Cadogan
au Camp de Blair joint aux
1
112 MERCURE
frequents Courriers que ce
General envoyoit à la Cour
faiſoient croire que les Rebelles
qui étoient encore affemblez
en grand nombre , faiſoient
encore quelque difficulté
àmettre bas les armes , &
ondiſoit même qu'ils avoient
envoyé dire à ceGeneral qu'ils
ne vouloient pas ſe ſoumettre
àmoins qu'ils ne ſoient aſſeurez
deleur vie &de leur bien,
qu'ils ne pouvoient pas prendre
ſa parole ni celle d'un autre
General ; mais qu'ils offroient
d'entrer dans une ſufpenſion
d'armes juſqu'à ce
qu'on
GALANT. 113
qu'on ait receu la volonté du
Roy ſur ce ſujet ; & par d'autres
Lettres qu'on a receuës
de ce Pays là , on mande que
les bagages d'un Regiment
Hollandois , eſcortez par un
Sergent & pluſieurs foldats
paſſans par le Fauxbourg d'Edimbourg
pour revenir enAngleterre
ont eſté entierement
pillez par la populace qui s'atroupa
en fi grand nombre
qu'elle obligea le Sergent &
les Soldats à prendre ferment
&àboire la ſanté du Pretendant
ſous le nom de Jacques
VIII. ce qui fait connoiſtre la
May1716. K
114. MERCURE
fituation des eſprits du peuple
fur tout de ce Pays là , cepen
dant les Magiſtrats d'Edim-
* bourg en ont fait arreſter pluſieurs
des principaux qu'on a
mis en priſon On affeure que
le Lord Lansdown , le Lord
Duplin & leChevalierGuillaumeWindham
devoient être inceffamment
élargis de la Tour
où ils ſont détenus depuis
long temps comme ſuſpects.
La nuit du 21.au 22. le ſieur
Forſter un des Chefs des Rebelles
faits priſonniers àPrefron
s'échapa de la prifon de
Newgatte avec ſon valet ,
GALANT. 115
dans le temps qu'on faifoit
retirer tous les prifonniers
dans leurs chambres pour fe
coucher , le ſieur Forſter invita
le Geolier à boire dans fa
chambre & appella même
quelques autres priſonniers
pour eſtre de la partie ;& étant
un peu échauffé par la boiffon,
àune heure aprés minuit Forſter
dit qu'il alloit aux commo
ditez&fonValer prit une chandelle
pour l'éclairer , mais bien
loin d'y aller il defcenditeenbas
&avecune clef qu'il avoit
dans la pocheil ouvrit la porte
Kij
116 MERCURE
&ſe ſauva avec ſon Valet , &
comme cela ne peut avoir eſté
fait qu'avec complot , on a
arreſté le Geolier qui a cíté
cxaminé & cnvoyé en priſon
&depuis on a publié une proclamation
par laquelle on pro
met 1000. liv. ſterling à ceux
qui arreſteront le ſieur Forſter.
Ces Lettres ajoûtent que la
Marquis de Huntley , le Lord
Rollo & autres priſonniers
arriverent à Edimbourg le 13 .
de cemois & furent mis dans
les priſons.
Ces mêmes Lettres portent
une nouvelle affez extraordiGALANT.
117
naire de Conſtantinople ſçavoir
, que le GrandVizir avoit
établi une nouvelle Milice qui
étoit compofée de ſoldats
levez dans les Pays Chreſtiens,
auſquels on donne une plus
groſſe paye qu'aucun Prince
Chrétien , & on leur accorde
l'exercice de leur Religion ; il
y en aura huit mille qui doivent
prendre le ſerment qu'ils
appellent d'honneur , jurant
dene jamais deſerter ,ils ſeront
commandez par des Officiers
de leur Nation , Allemans
Hongrois , & François , &c.
&de ſes derniers il y en a un
2
118 MERCUREgrand
nombre ; qu'il y avoit
déja plus de so. Regiments
complets , la plupart Protef
tants & de l'Eglife Grecque...
Pluſieurs Suedois prifonniers
en Moſcovic qui ont trouvé
le moyendes'échaper , fe font
enrôlez parmi eux , ils feront
habillez& armez à l'Allemande.
Une partie doit agir dans la
guerre d'Italie , & contre les
Venitiens , une autre contre
les Moſcovites&les Polonois,
&une autre doit reſter dans
des Garniſons & fervir à recruter
de temps en temps les
autres , on a auſſi fait publier
GALANT. 119
que tous les enfans d'eſclaves
Chrétiens feront enrôlez dans
des Regiments & qu'ils auront
leur liberté,
Ces Lettres ajoûtent qu'on
craignoit que le ſecours des
Vaiſſeaux qu'on dit que le
que leRoy Georges doitdonner
encore cetteannée auRoy
deDannemarck ne cauſequelques
broüilleries.Comme il eſt
expreſſement porté par l'acte
qui établit la fucceffion,quela
Grande Bretagne ne prendra
aucune partdans les differents.
qui pourroient arriver entre
le Roy comme Electeur
120 MERCURE
d'Hannovre & quelquesPuiffances
, on craint que fiS.M.
envoye ce ſecours au Roy de
Dannemarck cela ne cauſe
quelque murmure parmi la
Nation Angloiſe.
Celles du 27. du pafle portent
qu'on continuoit de dire
que le RoyGeorges fera cette
année un voyage à Hannover
pour des affaires de grande
importance; & on dit même
que les Gentilshommes de la
Chambre qui doivent eſtre de
ce voïage ſont nommez,& que
le Comtede Berkley commandera
l'Eſcadre qui eſcortera Sa
Majefté ,
GALANT. 121
Majefté, ce qui donne beaucoup
d'occupation aux ſpeculatifs:
qu'on avoit envoïé ordre
à tous les Officiers des Doüanes
du Royaume de faire viſiter
exactement tous les Vaiſſeaux
&paffagers qui voudront paffer
au delà de la Mer , & de
faire toutes les perquifitions
neceſſaires pour empêcher que
le ſieur Forſter ne s'échape
hors du Royaume , comme il
a fait de la priſon de Newgatte
: que leComte de Torrington
eſtoit mort fans enfans ;
il laiſſe ſon bien qui eſt de plus
de cinq mille livres ſterlin de
May 1716. L
122 MERCURE
rente au Comte de Lincolſt
qui n'en a pas 300. de revenu,
fans qu'il foit fon parent.
Le Roy a encore accordé
un repit aux trois Seigneurs
condamnez , juſqu'au 15. de
May. Pluſieurs Dames de la
Cour du premier rang , ont
fait une bourſe d'environ
quatorze cent guinées , dont
elles ont fait preſent à la
Comteſſe de Kenmure , dont
le mary a efté depuis peu
executé.
Le 25. les Seigneurs reprirent
le debat qui avoit déja
commencé quelques jours au-
I
GALANT. 123
paravant , au ſujet du Bill ,
pour prolonger la feffion du
Parlement , que le Comte do
Devonshire preſenta ſous le
titre d'un Acte pour empêcher
de ſi frequents Parlements. Les
Seigneurs qui firent des dilcours
contre , repreſenterent
que l'Acte des Parlemens
Triennaux avoit eſté accordé
par le feu RoyGuillaume , aux
inſtances de la Nation ; que les
regnes precedens avoient été
opprimez , & qu'on ne devoit
paſſer aucun Acte pour abolir
cette Loy , & ce Bill fut rejetté
; mais les Seigneurs repre-
;
Lij
124 MERCURE
ſenterent qu'au contraire il
ſerviroit de moyen pour met
tre la Nation dans l'eſclavage,
à cauſe que les mal affectionnez
ſont encore en grand
nombre , & n'attendent qu'-
une occaſion favorable pour
faire de nouveaux ſoulevemens
, parce que ſi on procedoit
aux Elections pour un
nouveau Parlement , ils ne
manqueroient point de prendre
cette occafion pour s'afſembler
, ce qui cauſeroit une
guerre civile , & fourniroit
l'occaſion au Prétendant de
revenir.
GALANT. 125
96
Sur les huit heures du ſoir
on propoſa derechef la queftion
, ſçavoir fi ce Bill pafferoit,&
il fut mis en committé ,
& l'affirmative l'emporta de
voix , outre 61. On remarqua
que de tous les Eveſques
il n'y eut que celuy de Londres
qui fit un diſcours , & parla
pour & contre ce Bill: il dit
que ſe trouvant embarraffe , il
eſtoit obligé de ſe retirer, ce
qu'il fit ſans donner ſa voix ;
les gens les plus éclairez , &
qui veulent tout penetrer ,
prétendent qu'aucun des deux
partis n'ait touché le veritable
Liij
126 MERCURE
motifde cet Acte , & ils diſent
que les Miniſtres l'ont fait
porter pour ſe maintenir dans
leurs emplois,&que filesToris
s'y oppoſent , c'eſt parce qu'ils
voudroient entrer dans leurs
places ; ce qu'on apprendra
par la luite.
De Londres , le 4. de ce mois.
Le 28. d'Avril les Communes
firent la troifiéme lecture
du projet d'Acte , pour
mieux punir ceux qui excitent
des ſoldats à deferter , & les
Catholiques qui s'enrolent
GALANT. 127
dans les troupesdu Roy, l'approuverent
& l'envoyerent
aux Seigneurs.
Le 27. il y eut encore de
grandes diſputes dans la
•Chambre haute, pour ſçavoir
files Parlemens ſeroient continuez
durant ſeptans ounon,
&enfin l'affirmative l'emporta
à la pluralité des voix , &
on a mis le rapport au lendemain
28. Ce jour- là on en
fit le rapport qui fut approuvé
, & on ordonna de le re
mettre au net : fuivant de projet
d'Acte , ce Parlement durera
encore quatre ans , mais
Liiij
128 MERCURE
le Roy ne pourra pas prolonger
les autres au delà de ſept
ans ſans préjudice de fon
droit Royal , & les caffer , &
d'en convoquer d'autres avant
les ſept ans expirez. :
Les lettres d'Edimbourg du
21. &du 2 3. portent que tous
les Chefs des Mecontents &
leurs gens s'étoient ſoumis ,
& avoient rendu leurs armes:
que le General Cadogan avoit
fait un détachement de 450.
hommes pour ſoumettre ceux
de l'Iſle de Lewis & autres de
l'Oueſt où le Comte de Seafort
qui y étoit s'étoit embarqué
GALANT. 129
pour revenir en France: que
le General Cadogan eſperoit
que dans douze ou quinze
jours tous les Mecontens ſeroient
foumis , & qu'alors il
partiroit pour venir à Londres.
Le29. les Seigneurs firent la
3. lecture du projet d'Acte
pour les Parlemens de ſept
1
ans l'approuverene & l'envoyerent
aux Communes , où
l'on nedoute pasqu'il ne paffe.
On continue à faire le procés
aux Mecontents qui ſont en
differentes prifons de cette
Ville. Le 2. de ce mois on
preſenta aux Communes un
130 MERCURE
projet d'Acte pour obliger les
Catholiques à découvrir leurs
biens réels fur leſquels on veut
mettre une taxe des deux t'ers
du revenu , pour faire une
partie du ſubſide... :
On mande du Comté de
Lancaſtre que pluſieurs Gentilshommes
Catholiques ont
vendu leurs biens pour ſe retirer
hors du Royaume.
La Ducheffe d'Ormond
veut demander la permiffion
d'aller trouver fon mary. On
travaille de nouveau au Fort
de Mardık .
Lc 29. il y cût encore de
GALANT. 131
grands débats dans la Chambre
des Seigneurs , au ſujet
duBill pour prolonger les Seffions
des Parlements;lesWigs
propofrent que ce devoit
eſtre tous les ſept ans , & les
Toris foûtenans au contraire
qu'il fuffiſoit d'en fixer le
temps à cinq ans & que l'autre
devoit finir aprés les trois
Mans.
La ſemainepaffée ontransfera
d'une Priſon à une autre
pluſieurs Rebelles faits Prifonniers
à Preſton pour faire
leur Procés , entre autres le
fieur Rateliffe , frere du feu
4
132 MERCURE
Comte de Wentwatter , le
beau frere de ce Seigneur ,
deux freres du Lord Widdrington
, deux Meſſicurs
Cottans , le ſieur Ewington ,
le Lord Makintoſes , le Major
Makintoles , & le Colonel
Mokintoſes . Il eſtoit arrivé
pluſieurs chariots chargez de
Montagnardsd Ecoffe de ceux
qui ont eſté faits Priſonniers à
Preſton qu'on a mis dans les
Priſons ; on croit qu'on les a
amenez en cette Ville pour
eſtre témoins contre ceux
qu'on doit juger.
GALANT. 133
Du 11. du 15. de ce mois.
Le projet pour continuer
les Parlements durant 7. ans ,
cauſe degrandes diviſions pargrandes
divifions
mi les Communes , où plufieurs
Toris fe ſont joints aux
Wighs qui l'approuvent , &
pluſieursWighs ſe ſont joints
aux Toris qui s'y oppoſent ,
entre autres le ſieur Lechmere
l'un des plus ardents des
Wighs & quieft duCommitté
du Secret , fit un long difcours
pour repreſenter les inconvenients
de ce projet.
134 MERCURE
de
, D'ailleurs pluſieurs Villes
Bourgs & Communautez
comme la Ville de Haſthings ,
les Bourgs de Marlborough ,
deMidhurst ,d'Abingdon,
Cambridge , de Newcastle au
Comté de Stafford , preſenter
rent le s. des Requeſtes à la
Chambre pour le faire rejet
ter. Le 6. les Bourgs de Horsham
& de Westbury preſenterent
depareilles Requeſtes :
toutefois la Chambre en
grand commité l'approuva
fansy faire aucun changement
ainſi on ne doute pas que ce
projet ne paſſe au grand méGALANT.
135
:
contentement des Provinces ..
Le 7. on en fit la troifiéme
lecture , il paſſa à la pluralité
de deux cens ſoixante quatre
voix contre cent vingt& une ,
&il fut renvoyé auxSeigneurs.
Le 6. une partie des Troupes
Hollandoiſes arriva d'Ecoffe
prés d'icy ,& on attend le reſte
dans peu de jours. La ſemaine
derniere on arreſta pluſieurs
femmes qui chantoient dans
les ruës des chanſons contre
le preſent miniſtere , & elles
furent envoyées àunemaiſon
de correction ,ce qui n'empêche
pas qu'on ne publie pref
136 MERCURE
que tous les jours de nouveaux
libelles. Le 7 au ſoir le Lord
Sommerſet mourut d'apoplexie
; il avoit eſté Chancelier
ſous le Roy Guillaume , &
Preſident du Conſeil ſous la
Reine; lesWigths perdent en
luy la meilleure teſte de leur
parti. Le 8.&le 9. leRegiment
Suiffe Hollandois arriva icy
d'Ecoffe , & prit les mêmes
quartiers qu'il occupoit avant
que d'y aller . Le 9. laChambre
fit la lecture du projet d'acte
pour continuer l'impoſition
fur le malt,le mum, le cidre&le
poiré , & pour regler diverſes
autres
GALANT. 137
autres affaires , on le paſſa &
on l'envoya aux Seigneurs. Les
Lettres d'Edimbourg du premier
de ce mois , portent que
preſque tous les Mecontents
& leurs Chefs s'eſtoient ſoûmis&
avoient rendus leurs armes
, & qu'ainſi les troubles
de ce pays- là eſtoient comme
finis
Les Nouvelles de Norwe
ge ſont toûjours incertaines.
L'Empereur a conclu une ligue
offenfive&deffenſive avec
les Venitiens contre lesTures ,
mais il ne leur a pas encore
declaré la guerre.
May 1716. M
138 MERCURE
Onmande de Vienne qu'il
eſtoit ſurprenant de voir la
quantité de munitions de
guerre & de bouche qui defcendent
le Danube pour aller
en Hongrie , & quoy que les
forces Imperiales montent à
plus de cent mille hommes
on eft encore en traité avec
le Roy de Pruſſe pour quinze
mille hommes , & on traite
avec le Prince de Heſſe pour
huit mille; cependant laCour
ne s'eft pas encore declarée.
On ajoute que le ſicur Doria
Envoyé Extraordinaire de
Genes y eſt arrivé pour faire
GALANT. 139
foûmiſſion à l'Empereur de la
part de la Republique : il n'a
encore cu que des Audiances
particulieres , dans lesquelles
on affure que Sa Majefté Imperiale
luy a fait connoiſtre
qu'elle eſtoit dans le deſſeinde
prendre à ſa folde quatre Vaifſeaux
de guerre de la Republique
pour les envoyer au
Pape.
On mande de Toulon du
16. du paffé que les Galiotes
à bombes qu'on joignoit à
l'Armement qu'on avoit fait ,
eſtoient toutes équipées & en
eftat de faire voile; cependant
1
1
Mij
140 MERCURE
on attend toûjours les ordres
de la Cour pour ſçavoir leur
deſtination , on dit néanmoins
que cet Armement paffera
dans l'Ocean . Ces Lettres ajoûtent
que la nuit du 14. on
avoit vu un phænomene au
Ciel qui diſparut au bout d'une
heure.
Les Lettres de Barcelone
du 27. du paffé portent qu'on
yavoit commencé depuis huit
jours les fortifications extericures
de cette Place & une Citadelle
pour couvrir le Port &
que c'étoit le ſieur de Verboon
qui avoit la direction des traGALANT.
141
vaux , on ne ſçavoit pas encore
fi on feroit le Fort Royal ,
qu'on avoit tracé entre la Ville
& le Montjoüy , qu'on
avoit arrêté divers particuliers
de cette Ville ſoupçonnez
d'être mal intentionnez contre
le Gouvernement , & on les a
envoyez au Chaftcau de Lerida
,qu'il y avoit long.temps
qu'il n'y avoit point paru de
Miquelets ; mais que depuis
quatre jours il en paroiffoit
une troupe du côté de Blanes ,
&qu'auflitoſt qu'on en a cû
avis on avoit détaché deux
Compagnies de Fufilliers pour
142 MERCURE .
aller à leur pourſuite , ils les...
joignirent, les attaquerent , en
tuerent 27. & en amenerent
18. parmi leſquels étoit leur
Chef qui ſe nomme Joſeph
Paftory qui fut pendu ſur le
champ avec quatre de ſes
camarades &les autres étoient
encore dans les prifons,
On mande de Toulon du
3. de ce mois qu'on armoit de
nouveau dans ce Port cinq
Vaiſſeaux de guerre depuis
60. juſqu'à 80. pieces de canon
,& on y travaille en toute
diligence ; qu'on devoit les
joindreàdeux qui ſont armez;
GALANT. 143
que les Officiers qui doivent
monter fur cette Flotte arrivoient
actuellement , & elle
devoit mettre à la voile vers le
20. qu'on y embarquoit deux
mille bombes ; qu'on diſoit
toûjours que c'eſtoit pour aller
contre les Saletins , que ſept
Vaiſſeaux Portugais devoient
la joindre &qu'il eſtoit arrivé
de groſſes ſommes pour payer
lcs équipages.
On mande de Perpignan
du 22. du pafle qu'on y avoit
reçu des Lettres de Palamos
du 18. qui portentque laveille
il fit en cette ville & aux envi144
MERCURE
rons un ſi furieux ouragan ,
quede memoire d'homme on
n'en avoit vû un ſemblable ;
qu'à deux heures aprés midy ,
le temps s'eſtant obſcurcy extraordinairement
, il commença
à éclairer & à faire un tonnerre
épouventable avec une
tres-groſſe pluye qui tomba
en telle abondance tant en
cette Ville qu'à la campagne
qu'en moins de deux heures
de temps toute la contrée fut
preſque innondée , & cet ouragan
dura juſqu'à ſept heuces
du ſoir , que le tonnerre ,
les éclairs & la pluye ne difcontinuerent
GALANT . 145
continuerent point , la foudre
tomba dans cette Ville en cinq
endroits , & douze perfonnes
furent tuées , elle tomba auſſi
par differentes fois dans ce
Port , & y brûla quatre Bâtimens
qui y eſtoient : fçavoir ,
deux Portugais , un Genois ,
& un Mayorquin , auſſi bien
qu'une grande quantité de
Barques à divers particuliers de
cette Ville qui étoient la plû
part chargées de marchandiles,
& fur les buit heures il s'éleva
unvent ſi violent que pluſieurs
maiſons de la Ville ont eſté
renverſées , & pluſieurs per-
May 1716 . N
146 MERCURE
ſonnes ont eſté écrasées &enſevelies
ſous les ruïnes ; enfin
cet ouragan avoit cauſé partout
où il avoit paffé , la derniere
deſolation & une confternation
generale le long de
laCoſte ,& même beaucoup
dedeſordres , ces vents avoient
arrachez& abattus une grande
quantité d'arbres le long de la
Coſte & dans les Plaines particulierement,
preſque tous les
Oliviers qui faifoient en partie
tous les revenus & la richeffe
de cetteProvince ; ce qui cauſo
des pertes irreparables & la
ruïne entiere d'une grande
GALANT. 147
ětenduë depays .
Des avis de Milan portent
qu'il y eſtoit arrivé des ordres
de la Cour de Vienne de faire
des magazins de fourages & de
vivres ; ce qui donne lieu de
faire des reflexions aux ſpeculatifs
.
On mande de Roſes du 28 .
du paffé que le 25. il eſtoit
entré dans ce Port deux Vaif
ſeaux Hollandois venant du
Detroit , allant au Levant , ils
y étoient allez pour ſe radouber
eſtant fort maltraitez &
beaucoup endommagez dans
leurs voiles & cordages , l'un
Nij
148 MERCURE
ayant perdu ſon grand mats
& l'autre ſon antene & ſon
beaupré dans une rudebourafque
qu'ils ont eſſuyé à la hauteur
de Blanes, ayant couru rifque
de perir en voulant aborder
à Palamos , ils ont rappor- .
té avoir vû perir un gros
Navire Anglois que les vents
avoient jetté contre des Rochers
entre Mataro & Palamos
où il avoit eſté brifé & avoic
peri avec tout ſon équipage ,
ſans qu'il s'en ſoit pû lauver
perſonne; ces Lettres ajoûtent
qu'on y attendoit inceffamment
des Ingenieurs pour
GALANT. 149
faire travailler aux fortifications
de cette Place , & au
Fort de la Trinité , & on dit
même qu'on veut conſtruire
un autre Fort à l'oppoſite &
vis- à- vis celuy de la Trinité &
qu'on bâtira une groffe Tour
baftionnée dans le milieu du
Golfe entre les deux Forts par
le moyen d'une jettée qu'on y
fera , on dit auſſi qu'on fortifiera
Caſtillon Dampurias qui
eſt dans le fond du Golfe
-qu'on en fera une tres bonne
Place& un fort bon Port où
toutes fortes de Bâtiments
pourront eſtre en ſeureté en
touttemps. Niij
,
ISO MERCURE
Les Lettres d'Arras du 15 .
de ce mois portent qu'on y
fait d'auffi gros magaſins de
toutes fortes de munitions
que ſi nous eſtions à la veille
d'entrer en guerre; il y paſſe actuellementdes
recruësquivont
joindre les Regimens pour
leſquels elles ont eſté levées
&les Officiers dont les Compagnies
ne ferontpas complettes
à la revuë quis'en doit faire
le 15. de ce mois,feront caffez
On parle toûjours de faire
camper la Cavalerie entre
Cambray & Valenciennes , &
l'Infanterie dans la Plaine de
Lens.
GALANT. 151
On a reçu des Lettres de
Marſeille du 21. du paſſé , qui
marquent qu'on yavoit cu avis
par un Bâtiment arrivé en ce
Port , venant des Echelles du
Levant, que la plus grande partie
des Bâtimens qui doivent
compoſer laFlotteOttomane,
eſtoit en route pour ſe rendre
à Negrepont , où eſtoit lerendez
vous general de toutes les
forces navalles Turques : qu'-
on diſoit toûjours qu'ils commenceroient
l'ouverture de la
Campagne par l'attaque de
Cephalonie ou Corfou ,& que
toutes les Troupes de terre •
:
1
Niiij
152 MERCURE
,
eſtoient par tout en pleinemarche
, & qu'à Alexandrie où il
avoit moüillé en dernier lieu
il avoit vû dans le Portde cette
Place dix ſept Bâtimens chargez
d'une grande quantité de
toutes fortes de provifions ,
preſts à mettre à la voile pour
aller joindre la Flotte Otto.
mane.
DeParis .
Dans le prima menſis qui
ſe tint en Sorbonne le 2. de ce
mois la Faculté de Theologie
yteſolut de faire une Dépu
GALANT. 153
tation au Duc Regent ſur les
affaires de la conjoncture preſente.
Douze Docteurs allerent
le même jour au matinau
Palais Royal , où M. Hideux
ancien Docteur porta la paro.
le& fit un tres - beau difcours
qui fut fort applaudi de tous
ceux qui estoient preſents ,
-mais particulierement duDuc
Regent à qui il reprefenta les
conſequences du Mandement
de l'Evêque de Toulon , qui
deffend à ſes Dioceſains de venir
étudier en Sorbonne. S. A.
Ra répondit aprés les avoir affuré
de ſa protection qu'elle
154 MERCURE
t
feroit élever le Roy dans des
ſentimens favorables à la Facrité
& aux Droits & Libertez
de l'Egliſe Gallicane contre
les prétentions des Ultramontains
; qu'elle tâcheroit
d'appaifer cet Evêque& de luy
faire revoquer ſes deffenfes ,&
leur promit de luy écrire inceſſamment
ſur ce ſujer. Les
Docteurs aprés avoir remercié
le Duc Regent , ſe retirerent
& firent rapport de la réponſe
de S. A. R. à la Faculté
qui s'eſtoit raſſemblée exprés
l'aprés- midy ,&remit ſes concluſions
à une autre Séance.
GALANT. ες
Le Roy a donné le Cordon
rouge à M. le Marquis
de Mouchy , Maréchal de
Camp; il on a donné auſſi un
à M. de Brillac Capitaine des
Grenadiers du Regiment des
Gardes , & à M. d'Armenonville
un Brevet de retenuë de
quatre cent mille livres fur
fa Charge de Secretaire des
Commandemens & Finances
de Sa Majefté.
Les deux années de deüil de
Madame la Ducheffe de Berry
eſtant finies le 4. de May depuis
la mort deMonſeigneur
leDuc de Berry , on vit le s..
156 MERCURE
t
paroître ſes Gardes du Corps
habillez de neuf ; ils ſont vê
tus d'une tres - belle écarlato
avec un double gallon d'argent
ſur les manches , & des
brandebourgs de même des
deux coſtez , une veſte couleur
de biche , une grande bandol
liere bordée de deux gallons
d'argent & entre les deuxune
broderie d'or en guiſe de gallon
noüé avec un ruban bleu ,
des plumets blancs au chapeau
, & une épée d'argent
chacun. On luy a fait faire
un balcon à l'Opera , où elle
va ſouvent ,de même qu'à la
6
GALANTIST
Comedie , où elle a toûjours
quatre de ſes Gardes avec le
mouſqueton ſur l'épaule audeſſous
de la loge. On ne peut
pas voir une plus belle Troupe
dans toute l'Europe.
On a encore arreſté au commencement
de ce mois huit
perſonnes qui eſtoient dans les
affaires ,&tous les jours on en
arrête.
Le14. on fit la benedition
des Drapeaux des Regiments
desGardes Françoiſes & Suifles
qu'on a habillé de neuf & le
20. ils pafferent en reveuë devant
le Roy..
158 MERCURE
Lundy 11. Meſſicurs de
Sorbonne s'aſſemblerent extraordinairement
au ſujet du
ſicur le Rouge , l'affaire ayant
eſté miſe en déliberation il y
fut réſolu unanimement qu'il
ſeroit chaffé & degradé du
Doctorat & fon nom rayé&
biffé des Regiſtres de la Sorbonne
& jugé indigne de
poſſeder à l'avenir aucuns titres
ni charges dans la Faculté
de Sorbonne : & on va auffi
vuider le procez qu'il a au Parlement.
Le Pape a envoyé un Bref
àM. l'Abbé d'Auvergne par
GALANT. 159
1
lequel il le nomme General
des Carmelites , à la place du
feu Abbé de Vaflé .
Mercredy dernier l'Evêque
de Noyon perdit le grand
procez qu'il avoit au Parlement
contre les Chanoines de
Saint Quentin.
M. Arlot , TreforierGeneral
des Suiſſes & du Regiment
des Gardes Françoiſesmourut
ſubitement ces jours paſſez en
ſa maiſon Place de Loüis le
Grand , la Chambre de Juſtice
a fait mettre le ſcellé ſur ſes
effets , il avoit ordre de ne
point fortir de chez luy.
160 MERCURE
On fit il y a quelques jours
le ſecond Plaidoyer touchant
l'affaire de l'Archevêque de
Reims , & on dit qu'elle ne
ſera pas finie de trois mois
d'autant qu'elle n'eſt plaidée
que tous les Jeudis & qu'il y a
encore bien des Plaidoyers à
faire avant qu'elle foit finie.
Le Roy alla le 13. de ce
mois voir les Plans pour la
troifiéme fois , aprés qu'il les
cût vûs il ſe mit ſur le balcon
qui fait face à la Riviere , il
prit plaifir à regarder des petits
garçons qui ſe baignoient &
ſautoient du haut d'un bateau
dans
GALANT. 161
Sa
dans la riviere qu'ils pafferent
&repaſſerent à la nage ,
Majesté leur fit donner dix
Loüis d'or : comme on les
jetta du balcon enbas la populace
ſe jetra deſſus & les baigneurs
n'eurent preſque rien
pour eux ; mais ils vinrent en
chemiſes repreſenter ce que
la populace venoit de faire ,
Sa Majesté quiles vit , leur fit
donner dix autres Lois d'or ,
ils eſtoient fix.
Voicy un fait affez particulier
arrivé à Paris depuis quelquesjours.
Une femmeeſtant
dans la rue tomba comme
May 1716. Ο
1
162 MERCURE
morte dans ſon voisinage , ſes
enfans la firent porter chez
elle , on alla chercher unChirurgien
qui vint auſſitoſt ,
l'ayanttaſtée &maniée de tous
coſtez , il aſſeura qu'elle eſtoit
veritablement morte , ſes trois
enfans qui font mariez la deshabillerent
, & la mirent fur
la paille juſqu'à dix heures du
foir ,ils l'enſevelirent , le lendemain
àfix heures du matin
ils la mirent dans une bierre
enfuite on fit tendre la porte
de noir pour eſtre portée en
terre à dix heures : quelques
voiſins qui allerent dans la
2.
GALANT. 163.
1
ال
chambre où elle étoit pour y
jetter de l'eau benite & faire
leurs prieres , s'apperçurent
par pluſieurs fois que cette
bierre remuoit & affeurerent
que cette femme n'étoit pas
morte , on envoya chercher
le Vicaire de la Paroiffe qui
vint auſſitoſt, enmême temps
une femme du voiſinage& de
la connoiſſancede eelle qu'on
croyoit morte, dit en entrant
dans la chambre , que cette
1
femmen'étoit pas morte ,&
qu'elle estoit ſujette àun mal
de mere qui la prennoit de
temps en temps , & lorſque
Oij
164 MERCURE
ce mal la prennoit-elle demeuroit
ſept à huit heures en létargie
, on ouvrit la bierre , on
lôta de dedans & on défit le
le fuaire juſqu'au fein , elle
avoit le viſage vermeil& étoit
encore toute chaude , & elle
avoit ſur l'eſtomach beaucoup
de ſang meurtry. Le Vicaire
aſſura qu'il n'y avoit pas une
heure qu'elle eſtoit morte ; le
Chirurgien qui s'y trouva encore
pour lors , dit la même
choſe , & que le ſang qui paroiſſoit
ſur ſa poitrine eſtoir
une marque tres- certaine qu'-
elle s'eſtoit débatuë fort longGALANT.
165
L
tems dans la bierre : on blama
ført le procedé de ſes enfans
de l'avoir ſi toſt ensevelie &
miſe dans la bierre ; cette précipitation
les rendant homicides
de leuamere , qui ne fut
miſe en terre que le lendemain
: & comme on emportoit
le corps , la fille aînée dela
deffunte tomba commemorte
du même mal que ſa mere ,
&fut en cet eftat pendant fix
heures , mais on luy ouvrit la
bouche à force , & on luy fir
prendre diverſes choſes qui la
farent revenir...
Le Roy alla au common
166 MERCURE
cement de ce mois au Palais
Royal , de là il alla voir leJardindes
Plantes : Sa Majeſté va
ſouvent ſepromener auCours
&preſque tous les jours dans
les Tuilleries. Madame la Ducheffe
de Berry honora de fa
prefence les Comediens Italiens
, la premiere fois qu'ils
joüerent la Comedic fur le
Theatre de l'Opera qui fut le
18. Cette Princeſſe alla le 194
au Cours accompagnée de ſes
Gardes , elle menoit elle -même
ſa caléche , qui eſt tres-brillante:
enſuite elle ſe promena
aux Tuilleries , elle avoit donGALANT.
167
né le même jour audience à
Madame l'Ambaſſadrice de
Portugal.
Le Roy ſe rendit le 20. de
ce mois accompagné deMonfieur
le Duc d'Orleans à l'entrée
de la grande allée des
Tuilleries , où Sa Majeſtépafla
en revuële Regiment desGardes
Françoiſes & celuy des
Gardes Suiffes:on ne peut rien
voir de plus beau que ce deux
Troupes. Le premier avoit à
ſa teite M. le Dac de Guiche
qui ſalua Sa Majeſté avec l'Efponton
, de même que tous
les Officiers . Le ſecond avoit
1
168 MERCURE
à ſa teſte Monfieur le Duc du
Maine & Monfieur le Prince
de Dombes qui ſaluérent de
même Sa Majeſté. Il y avoit
quantité de Seigneurs de la
Cour , l'Envoyé de l'Empereur
, de même que pluſieurs
autres Miniſtres étrangers s'y
trouverent auſſi.
Le 21. Madame la Ducheſſe
de Berry ſe rendit àl'Egliſe de
S. Sulpice ſa Paroiffe pour y
entendre la grande Meſſe ,
vingt - quatre de ſes Gardes
eſtoient rangez en hayeau milicu
duChoeur , les Suiſſes avec
le tambour & le fifre à l'entréc
GALANT. 169

trée de l'Egliſe qui battirent
aux champs à l'entrée& à la
fortie. Son Pric-dicu eſtoit au
milieu du Choeur ayant à fa
droit M. l'Abbé de Caſtres ,
M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé Danglade ſes Aumômôniers
en rochet , derriere
Mr le Marquis de la Rochefoucault
ſon Capitaine des
Gardes , entre M. le Marquis
de Coetenfao ſon Chevalier
d'Honneur , & M. le Cheva.
lier d'Hautefort ſon premier
Ecuyer ; ſur la droite Me la
Ducheſſe de S.Simon ſa Dame
d'Honneur&Me la Marquiſe
May 1716. P
170 MERCURE
de Pons ſa Dame d'Atour ;
M. les Marquiſes de Clermont
, Beauveau , Armenticres
, & Mc la Comteſſe d'Aidis
ſes Dames du Palais. Cette
Princeſſe alla à l'Offrande &
donna cent livres , & fitbeaucoup
de liberalitez à toutes les
Queſteuſes .
Le 15. l'Infant Dom Emanuel
, frere du Roy de Portugal
, arriva ici incognito, ſous le
nom du Comte Dourem. Les.
Gazettes ont ſouvent fait mention
des belles qualitez de ce
jeune Prince. Tous les lieux
où il paffera luy doivent au
-
5
GALANT. 171
moins les mêmes éloges.
Le Procés de M. l'Archevêque
de Reims avec trois
Curez & trois Chanoines de
fon Dioceſe qui font appellanscomme
d'abus d'une Sentence
de l'Official qui les excommunic
pour n'avoir pas
accepté la Conſtitution , fait
grand bruit icy ; elle a déja tenu
plufieurs Audiances. M.
Chevalier fameux Avocat a
eſté tres - applaudi ; il a fait
paroître dans tous ſes Plaidoyers
une grande ſcience
dans les Canons ,& cela avec
beaucoup d'éloquence. M.
Pij
172 MERCURE
Prevoſt qui a plaidé, pour les
Curez a fort bien foûtenu leur
cauſe ; & M Feffard , jeune
Avocat , qui a plaidé pour M.
l'Archevêque , a fait paroître
beaucoup d'eſprit. god
Voici une copie de la Profeſſion
de Foy que M. Cher
valier fit avant de plaider dans
cette grande Caufe.
MESSIEURS,
L'Appel comme d'abusfurlequel
il s'agit de prononcer ,combat
une Ordonnance de Monfieur
l'Archevêque de Reims , une
GALANT. 173
Sentence renduëparfon Official ,
&un Mandement de fon Grand-
Vicaire.
L'Ordonnance introduit une
nouveauté dangereuse , impose
unjoug arbitraire sur les Ecclefiaſtiquesque
l'on aura deßein de
perfecuter : Ceux qui feront requis
de figner l'acceptation de la
Constitution , doivent obéir fous
peine d'Excommunication encouruëipfo
facto.
La Sentence eft irreguliere &
infoutenable dans ſa forme ,
dansſes diſpoſuions : Elle declare
par défaut contre des Prestres
abſens , quin'ontpoint eſté enten
Piij
174 MERCURE
dus ,qu'ils ont encouru l'Excommunication
s'ils ne ſouſcrivent
dansdeuxmois.
Le Mandement du Grand-
Vicaire est un tiſſu d'erreurs &
d'irregularitez ; il ordonne entre
autres choses , la publication de
la Sentence d'Excommunication
dans l'inſtant même qu'ellea esté
renduë, quoique l'executionenfut
Suspendue pendant deux mois.
Ainsi ila produit une dénonciation
&une diffamation publique
contre mes Parties.
Vous concevez ,Messieurs ,
par cette expofition , que je parle
pour trois Prestres , pour trois
GALANT. 175
1
Docteurs excommuniez , frappez
d'anathême.
Ne dois-je pas trembler en
communiquant avec eux ? Ne
dois-je pas craindre , en prenant
leurdéfenſe, d'estre envelopé dans
cette redoutable Censure ? Non ,
Meffieurs , voicy mon préſervatif:
Je vais avoir l'honneur de
vous faire ma Profeſſion deFoy.
Jeſuis né ,j'ay vécu , &jef
pere mourir dans le Sein & dans
la Communion de l'Eglise Catholique
, Apoftolique , &Romaine.
Je reconnois & je respecte le
Pape comme ſucceſſeur de Saint
Pierre ,&comme le ChefVisi
Piiij
176 MERCURE
blede l'Eglise Militante.
Mais jesuis en même temps
persuadé ,que les Evêques ſont
les Succeffeurs des Apôtres , que
leur Inſtitution est Divine , &
que c'est de cette source de leur
Ministere que leurs Jurisdictions
font émanées. En forte qu'ils
bleßent les Droits de l'Epiſcopat ,
&qu'ils avilißent leur dignité ,
lorſqu'ilsse contententd'obéir&
d'executer , au lieu defe conſtituer
Fuges dans les matieres de Foy &
deDogme.
Jeſuis convaincu que c'est au
Corps de l'Eglise Univerſelle
qu'eſt attachéle veritable CaracGALANT.
177
laire
tere d'Infaillibilité ; c'eſtla Colomne
inébranlable, la Pierre angu-
, contre laquelle toutes les
forces de l'Enfer neprevaudront
jamais.
Comme la Puiſſance Ecclefiaftique
n'a esté établie que pour
édifier ,&non pas pourdétruire;
jecroy que les Cenſures qu'elle
prononce font injuftes , nulles e
abuſives ,lorſqu'elles tendent à
troubler l'ordre & la politique ;
dempêcher l'execution des Loix ,
àdonner atteinte àl' Autorité des
Magistrats ; &plus encore , lorfqu'elles
ſuſpendent la fubordination
&l'obéifſſance des Sujets en
178 MERCURE
vers leurs Souverains : Et c'est
dans ces occafions qu'on ne doit ni
les refpecter ni les craindre.
Jepense differemment en l'Excommunication
lancéesurunParticulier
, il doit fupporter avec
patience cette humiliation , ne
pointſe ſéparer de l'Unité , &
attendrefa recompense de celuiqui
quijuge lesfuftices ; fi cetteCenfure
luy est impoféedans un temps
où il n'auroit pas la liberté deſe
défendre , ou fisaplainte pouvoit
cauſerduscandale. Maisfil'accés
eft libre aux Tribunaux Superieurs
, il peut , il doit même reclamer
contre l'injustice de l'ExGALANT.
179
communication. 1
Enfin , leRoy,commeProtecteur
de l'Eglise ,& Executeur
des faints Canons ; Vous ,
Meſſieurs , qui exercer toute
l'Autorité du Roy , vous êtes en
droit de prononcerſur la violence ,
lanullité l'abus des Excommunications
, pour en empêcher l'effet.
Voilà ma Foy & mes Principes
:C'eſtavec leſecours de ces
mêmes Principes , que je vais
établir les Moyens de macauſe ,
honorez moy de vostre attention.
Ceux qui n'aiment ny les
Nouvelles du monde , ny les
Genealogies , fi les Hiſtoires
180 MERCURE
galantes ne font pas de leur
goût , qu'ils ſe dedommagent
du moins par la lecture des
Pieces de Poëfies que j'ay ra .
mafféespour eux Acommencer
par une Epître adreſſée à
Mercure , par M. Gabriel, Capitaine
de Dragons , & Auteur
de l'Ode au Regent que
j'ayfait imprimer dans leJour .
nal du mois paſſé.J'auray dans
un autre endroit de ce Volume
, occaſion de parler de la
netteté & de la facilité avec
leſquelles M. Gabriël écrit en
Profe& en Vers tout ce qui
s'offre à ſon imagination..
GALANT. 181
EPITRE A MERCURE.
Mercure que les Dieux cccupent
nuit &jour
Ici pour leur grandeur ,& là
pour leur amour
Tereſte-t il du temps dans un tel
miniftere,
Pour peindre mon eſprit, monstile
caractere.
Qu'importe que l'on ſfçache ence
vaste Univers ,
Siquelquefois j'écris &ſije fais
des vers.
F'en ay fait il est vraydés ma tendre
jeunesse ,
1
182 MERCURE
Animé par Bachus ou par une
Maîtreffe ,
La langue du Parnaffe eft celle
desAmans

EnVers plus hardiment on ditfes
Sentiments,
Etl'on tolere enVersune galante
rime
,
Qui ſouvent dans la Profe eût
passépour un crime.
Cette librefaçon depouvoirs'exprimer
M'afait prendre du goût auſtile
derimer.
Tantôt à la ruelle ,& tantôt à
la table
د
Fay trouvé dans ma Muſe un
GALANT. 183
paffe- temps aimable.
Jeconviens que rimant pour mes
amis , pourmoy,
Jemesuis quelquefois diſpenſé de
la Loy.
Mais déja tu réponds , pourquoy
donctemeraire,
Ofe-tute charger d'unefigrande
affaire ,
Que de peindre aux mortels d'un
trait audacieux,
Lesvertus d'un Heros ſemblable
auxdemy-Dieux ?
Mercure ,je conviens que je ne
nesuispasfage,
Fayfansy reflechir entrepriscet
ouvrage;
184 MERCURE
Interprete des Dieux vous eſtes
un indifcret ,
Ce Prince mieuxque vous m'cut
gardélefecret.
Contreun pauvre mortelenDieu
peu charitable
Vous fufcitez un Hydre ennemi
redoutable ,
• Vous armez contre moy de terribles
Titans ,
Vous me mettez en bute au courroux
des Traitans ,
Je ſçais que de leur or l'engageante
promeffe
A déja contre moy.foulevé
lePermeffe ,
& Parlez
GALANT. 185
Parlezdonc au Regent du peril
que je cours ,
Et recommandez moy du moins
àfonfecours.
Les deux pieces qui ſuivent
font de M. de S .... Auteur
du Papillon imprimé dans le
mois dernier .
C
1
PROLOGUE
d'un divertiſſement chanté
devant Son Alteffe Madame
la Princeſſe d'Elbeuf ,
le jour de ſa Feſte.
APOLLON.
Une illustre Déeſſe unie au
fang des Dieux ,
May 1716.
186 MERCURE
Promet à nos concerts l'honneur
de les entendre ;
Muſes, dans ce séjour , batezvous
de vous rendre ,
Et preparez vos chants les plus
melodieux.
Famais deffeinfiplein de gloire
Neforma vos divins accords ,
Pour celebrerfon nom , &chanter
fa memoire
Tout doit fembler poſſible à vos
nobles efforts.
Raſſemblez les plaisirs écartez
par la guerre ,
Que les jeux regnent parmi
yous;
Et par vos concerts les plus
doux
GALANT. 187
Remportez aujourd'huy, la gloire
de luy plaire.
Choeur des Muſes.
Raſſemblons les plaiſirs écartez
par la guerre ,
Que les jeux regnent parmi
nous;
Et par nos concerts les plus
doux
Remportons aujourd'huy la
gloire de luy plaire.
UN PLAISIR.
Un Triomphe aſſuré
1
Qij
188 MERCURE
Suitfans ceffe fes charmes :
L'amour en luy donnant les
armes ,
En ſafaveur s'est declaré.
UNE MUSE.
Sa prefence adorable
Eſtl'image desplus beauxjours :
Pourelle,les Amours
Uniffent ce qu'ils ont d'aimable.
APOLLON.
Divinitez qui me faites la
cour,
Et qui rendez hommage àfa
digne prefence ,
GALANT 189
L'on reconnoist affez deſes traits
lapuissance,
Celebrez celle de l'Amour.
2
Choeurs
de Muſes & de Plaiſirs .
Raſſemblons les plaiſirs , Ga
LES SONGES ,
CANTATE.
Air.
Arrestez, arreſtezimpatiente
Aurore ,
Dans ces aimables lieux ne
I190 MERCURE
regnez pas encore.
Un objet , qui pour moy , n'eut
que de la rigueur,
Dans des fonges charmans me
paroiſſoit ſenſible ;
Ah! du moins qu'il me foit
poſſible
D'éprouver quelque temps , ce
mensonge enchanteur:
Arrestez, arrestez impatiente
Aurore ,
Dans ces aimables lieux ne
regnez pas encore.
Recitatif.
Iris avecla nuit,voyantfuir
Son bonheur,
GALANT. 191
Regrettoit en ces mots uneſi chere
1
erreur :
Heureuxſommeil! dont la douce
imposture
Si tendrement avoit féduit mon
coeur,
Pour foulager le tourment que
j'endure,
Accordez moy ſouvent unfecours
fiflatteur :
Ma peine eſt fi cruelle , & ma
chaîne estsi dure
Queje n'oſe eſpererqu'un plaisir
impofteur.
Air.
Non, toutes les douceurs que des
fonges aimables
1,2 MERCURE
Offrent à nos defirs ,
Nesçauroient égalerlesplusfoibles
plaifirs
Lorſqu'ilsfont veritables.
Recitatif.
Iris fentit le prix de cette
verité:
Elle fçût attendrir l'objet de fa
foibleffe;
Mais cet ingrat , bien-toftparsa
legereté
Ofa trahir Iris , l'Amour &fa
promeße.
Air.
GALANT. 193
Air.
Les plaiſirs de l'amour ſont
des plaiſirs charmans ;
Mais ils ne ſont ſouvent que
d'aimables mensonges,
Par l'inconstance des amans
Une verité même , ainſi que de
beauxfonges ,
S'envoleà tous momens.

Voicy une piece qui a fait
du bruit dans Paris , où l'on
en a vû un grand nombre de
copies defigurées : celle - cy
plus exacte que les autres
May 1716. R
194 MERCURE
étanttombée entre mesmains,
elle me parut pleine de bon
fens , & digne de paſſer dans
les voſtres. M. de S. qui en eſt
l'Auteur, eſt un jeunehomme
qui a beaucoup d'eſprit , &
qui promet (s'il eſt aſſez fimplede
quitter la fortune , pour
ſuivre les Muſes) de réüffir un
jour dans l'art de faire des
• Vers. Dieu l'en preſerve,
GALANT. دور
DECLARATION
des biens du ſicur de S....
Commis employé aux Bureaux
du Conſeil des Guerres.
EPITRE .
Jeſuis né,cherDamis , d'infortunezparents
, *
Etn'ofant murmurer des miferes
du temps
Favois jusqu'à preſent d'une
oreille tranquille
* Deuxième Fils du ſieur L ... ci-devant
Treſorier de l'Extraordinaire des
Guerres à la ſuite de la Cour.
1
Rij
196 MERCURE
Entendu publier cent Editspar
laVille ;
Soumis en Philofophe aux devoirsde
la Loy,
Je croyois ces Edits faits pour
d'autres que moy :
Mais puisqu'en ce moment la
Chambre de Fustice
Veut d'un ingratBureau fonder
lebenefice د
Jevais de montravail confeßer
leproduit ,
Et defix ansd'Employ compulſer
tout le fruit.
Demon âge j'atteins la vingtneuvième
année,
Cependant mafortune est encore
GALANT. 197
tres bornée.
Dansle vafte Univers je ne poſſede
rien ,
Sous des noms empruntezje n'ay
misaucun bien.
Quelque éducation me tient lieu
d'heritage ,
La nuit je me retire auquatriéme
étage;
Sans billets ,fans contratsje vis
aujour lejour
Avec unbonparentquifixe mon
Séjour.
Dans maprofeffion je n'ay point
fait ma bource ,
Six cent cinquante francs font
paranmareffource.
Riij
198 MERCURE
Onm'a veu refuser pour entrer
auBureau
Un bon Canonicat ,* le gain
n'est- il pas beau ?
D'abord ad honores j'y vins
prendreSéance ,
Du travail le plus vif j'obtins
lapreference,
Flatté d'avoir un jour de gros
appointements
Jefis long - temps la guerreà mes
propresdépens : 4
Un ouvrage brusqué , j'en reprenois
un autre ,
* A Sainte Peſcinne , College de
S. Quentin , & une Chapelle à laCathedrale.
THEQUE DE
CALANTE
Fallois tousjours à pied ,
vois en Apôtre ;
Souvent juſques aux yeux de
crotte éclaboußé,
ParunCocher brutalquelquefois
renversé ;
IL
Inconnu dans lesfeux , auxCaffez,
aux Spectacles ,
Amille autres plaiſirs inventant
des obstacles ,
Negligeant les faveurs qui demandent
desfoins ,
Enfin je me plaignois mes plus
preffants besoins.
Themis par d'autres traits verroit
mon innocence ,
Si l'honneur du métier ne m'im-
Riiij
200 MERCURE
pofoitfilence ;
Ace groupe fini demon burlesque
état ,
Je n'apprehendois point que l'on
m'inquietat,
Prêt àprendre mon vol comme
l'Oyſeau quiperche,
Jene me croyois pasſujetàla recherche
;
Cependant trés-foûmis aux ordres
de monRoy ,
Je redis hautement que je n'ay
rien àmoy ,
Que lenom que je porte est même
imaginaire ,
Du chaix d'un jeune coeur je le
:
GALANT. 201
pris pour luyplaire. *
Quels font donc ces grands biens
que reproche Themis ,
Ad'innocents Captifs qu'on met
en compromis
Avecl'Agioteur, lefuif,&les
Corfaires ?
Est-ce pouravoirfait des Lettres
circulaires ,
Dreßé nombre d'états ? Quel eft
donc leur bonheur ?
Commiffion maudite ! autant
(Sauvons l'honneur)
Eût- il valu , Damis , endoffer la
* Ils étoient trois du même nom dans
un même Bureau , le plus jeune fut
furnommédeS.
202 MERCURE
livrée,
Un Valet habillé du jourde ſon
entrée,
Logé,gagé,nourry ,n'est il pas
plusheureux
Qu'un Commis dont lefort n'a
rien que d'onereux ?
L'un d'unſervile état peut tirer
avantage ,
Etl'autre en s'endettant perd la
fleur defonâge.
Revenons à l'Edit ? un riche
Bourvalais
Peut de laprocedure avancer tous
lesfrais ;
Mais au deffaut d'argent , deté
moins ,de Notaire,
ALANT. 203
Aujourd'buy , cher Damis ,fert
moyde Secretaire ,
Al'auguste Themis vadirepour
raiſon
Qu'en vain elle m'oblige à garder
lamaison ,
Et que fiſon eredit ne me trouve
un aſyle ,
L'Hôpital General fera mon
domicile.

Son Alteſſe Royale Madame
, ayant permis à M.
Grouzelier , Conſeiller au
Parlement de Metz , de viſiter
toutes ſes Médailles d'or , il a
eſté fi frappé de la magnifi
204 MERCURE
cence du Médaillier , auffi.
bien que des rares qualitez de
la Princeſſe , qu'il luy a fait
auſſi- toft ces Vers. On les a
trouvé trés-beaux , & ils font
du goût de la Cour.
A SON ALTESSE ROYALE
MADAME.
Sur ſon Medaillier .

Qu'à bon droit l'on vanteen
tous lieux ,
Trop illustre &grande Princeſſe,
Vostre Médaillier précieux!
Tout en eft riche &curieux;
GALANT. 205
Ilfaudroit l'admirerfans ceffe ,
Si tant d'beroïques vertus
Que l'on remarque en vostre
Alteffe,
Nenousfurprenoient encoreplus.
Son Alteſſe Royale ayant
beaucoup applaudi à ces Vers ,
& dit par une trop grande
modeſtie qu'ils ne luy convenoient
pas , M. Grouzelier
pour combattre l'injustice
qu'elle ſe fait, luy a encore
fait cette réponſe.
206 MERCURE
T
REPONSE
à Son Alteſſe Royale
MADAME , fur l'injustice
qu'elle ſe fait , en difant
que ces Vers ne luy conviennent
pas.
Quoy, se peut - il grande
Princeffe
Que ma fincerité vous bleffe ,
Etque des Versfans compliment
Ne vous conviennent nullement!
La delicateſſe eſt extrême ,
Etpour la combattre aisément
Je l'attaque moralement ,
GALANT. 207
Et je poſe icy leſyſteme
Qu'il faut se connoiſtre ſoymême.
Or ceſyſtêmeferieux
Qui défilleà chacun lesyeux,
Et dont l'humilité profonde
Fait rentrer en ſoy tout le
monde,
Eft pour vous fans preſomption
Unſujet d'oftentation.
Examinez vous bien,Madame ,
Et contemplez vostre belle ame ,
Vos lumieres ,vosſentimens ,
Que de vertus &d'ornements !
Mes vers ne font donc pas étranges;
Et l'on peut dire vosloüanges
208 MERCURE
!
Avec justice &verité,
Puiſqu'un preceptede morale
Qui nous remplit d'humilité,
Est pour vostre AlteffeRoyale
Unfondement de vanité.
Pour vous laiſſer lire de
ſuite tout ce que j'ay de Vos
àvousdonner , Vers & Chanſons
étant la même choſe ,
voicy la mienne,
CHANSON.
Lorsque vous me changez pour
une autreBergere
7
GALA NO
دحو
}
Lorsque vous
ge...re
Je
X
gere et Suivrs
202 MERCURE
u.tre ber ...
meur
he...las he
GALANT. 209
Je voudrois me vanger de vôtre
humeur legere
Etfuivre mes tranſports jaloux ;
Mais belas mon amour appaise
ma colere.
Et quand je ceffe de vous plaire,
Je me trouve cent fois plus coupable
que vous.
Voicy enfin un des plus
precieux articles du Livre.
Vous n'avez pas de peine à
comprendre que je veux parr
lerdes Enigmes. Cela cit vray.
Ainſi donc , vous trouverez
bon, s'il vous plaiſt , que je
vous diſe que le mot de la pre-
May 1716. S
i
210 MERCURE
miere du mois paffé étoit, le
Caresme , & celuy de la ſeconde
, l'Enfant ; que les noms de
ceux qui les ont deviné , ſont
les Hôtes gracieux de la bonne
Maiſon de la ruë S. Antoine,
le gros Anonime qui m'en
voye une grande piece de Vers
pleine de mots en blanc , dont
il ne paye pas le port , le Bas ,
ruë Grenier S. Lazare , Ange.
lique Sully , la Demoiselle
jeune & jolie , le jeune Procureur
de l'Abbaye S. Germåîn,
la Bile blanche&jaune ,
& le Chicanier des Urſulines
de la Ville de Chartres , &c.
GALANT. 211
En voicy de toutes fraîches.
:
ENIGME
de M. l'Abbé Tripié.
Ilfaut pour m'engendrer beaucoup
de patience ,
Etfe plaireà l'écart dans unprofondfilence.
Ilfaut certaines dents dont un art
curieux,
Belleproduction d'un homme ingenieux,
Sefert pour me former & me
mettre au grandjour.
Mon pere eft foû de moy ,
donne fon amour.
me
Sij
212 MERCURE
Que je fois beau, bienfait, bon ,
méchant , detestable ,
Qu'aux yeux de l'univers je
paroiffe execrable ;
N'importe , il est mon pere ,
chez luyma beauté
Merite quelquefoisfur tout la
primauté.
Les membres de mon corps rangez
àl'avanture
Sont d'abord deftinez pour être à
latorture.
Car quelque temps aprés mon
pere trop cruel
Semble oublier pour moy fon
amour paternel.
De mes membres épais on fait
un afſſemblage;
GALANT. 213
Parſon ordre je suis réduit en
esclavage.
Jesuisferé, lié, percé de mille
traits :
Agrands coups de marteau l'on
m'accable fans ceffe ,
Unepriſon de bois me retrecit, me
preffe.
Tout cela cependantme donnedes
attraits.
Car aufortir de la jeſuis joli,
mignon ,
L'on me donneſouventdeshabits
magnifiques ,
Tantôt bruns, tantôt noirs , tantos
couleur d'oignon ,
Et l'on me voit paffer comme
214 MERCURE
l'âne aux reliques.
Enchaîné que jefuis , je vole au
boutdu monde,
Jeſuis ſeul fans estre un , je
parcours l'Univers.
On meporte par tout, &quand
jefais ma ronde,
Je restesur la Terre &je paffe
lesMers.
Fay plusieurs ennemis dont la
forcefecrete
Vient en s'infinuant me dévorer
lefein;
Si de sçavoir mon nom vous
avez le deſſein ,
Je ne le diray pas cherchez
d'autre interprete.
GALANT. 215
Autre du Solitaire malgré luy
de l'iſle S. Loüis .
r
Bizarrement orné de plus
d'une couleur
Jeſuis remplideprécipices ,
Etfais reffentir mes caprices
Aceuxqui n'ont point de bonbeur.
Telſe croit en effet prêt d'aborder
au port ,
Aprés s'être tiré d'un fâcheux
labyrintbe ,
Qui dés lors qu'il n'a plus de
crainte
216 MERCURE
Vientfairenaufrage à la mort.

Tel autre croit devoir perdre
toute esperance
Aprés avoir long- temps languy
dans la Prifon,
Et s'être vú tout prêt de periz
Sous lePont,
Quand un heureux retourle met
dans l'opulence.
1
Si vous voulez, Leeteur, en
Scavoirdavantage,
Je porte le nom d'un Oiseau
Qui vit presque toujours dans
l'eau ,
Quand même il ferait tout
Sauvage. Autre
GALANT. 217
Autre encore du fidele Berger
de la Nymphe Inſulaire.
Je me derobe à la lumiere ,
Et n'aime que l'obscurité.
Lorsqu'on vient aisément à bout
de mon myſtere ,
On me trouve peu de beauté.

Enfin voicy heureuſement
l'ouvrage qui comble la mefure
des matieres intereſſantes
, contenuës en ce Volume,
à l'exception d'une jeune &
belle Blonde , qui eut jadis , la
bonté de m'envoyer quelques
May 1716. T
218 MERCURE
1
jolies Hiſtorietes de ſa façon ;
je n'en'ay , depuis que j'ay
l'honneur d'eſtre vôtre Mercure
, Meſſieurs & Meſdames,
reçû de perſonne. M. Gabriël
que je remercie du preſent
qu'il m'a fait de celle-cy,eſt venu
fort à propos au ſecours de
mon imagination , que l'obli-
⚫gation indiſpenſable de vous
conter tous les mois au moins
une Hiſtoire , avoit déja prefque
miſe à fec. J'appelle à
mon aide ,pour la fatisfaction
du Public ,& pour l'allegement
de mes travaux , tous ceux qui
font capables de me rendre le
le même ſervice que luy.
GALANT . 219
HISTOIRE.
de
Dans une Cour galante ,
où lebon goût du Prince avoit
raſſemblé tout ce que la Francc&
l'Italic produ
fomptueux & de délicat
pour les ſpectacles , les cadeaux,
les tournois ,& lesbals,
une jeune veuve qui par la qualité
, ſes richeſſes , ſa beauté,
•& ſon eſprit furpaſſoit en tout
plaiſirs ,& d'y conſerver une
Tij
220 MERCURE
auſtere vertu au milieu d'un
champ où l'amour faifoit tous
lesjours de nouvelles moiſſons.
CeDieu la laiſſa quelque temps.
en paix goûter ce chimerique
bonheur : elle voyoit avec une
curicuſe ſatisfaction attaquer
un coeur : elle ſuivoit avec
exactitude toutes les circonf.
tances des differents combats ;
•& reſſentoit un plaiſir infini
de la défaite de la Dame &de
la victoire du Cavalier. Ces
diverſitez l'avoient agreablement
occupée pendant le
cours d'une année ; mais toutes
les Dames ayant rendu leurs
:
GALANT. 228
hommages , au pouvoir de
l'amour , elle courroit riſque
de s'ennuyet , fi ce Dicu vain
queur des Dieux n'eût refervé
un trait pour rabattre la fierté
de cette mortelle. Les beautez
qui avoient facrifié fur ſes autels
, le prioient continuellement
de les délivrer de cet
Argus importun , quelques
unes même plus fieres que jalouſes
, follicitoient leurs
Amants à les vanger , en fai .
ſant fuccomber cette farouche
vertu ; mais l'amour avoit
refervé cette victoire à un
Etranger. Le Carnaval en atti-
Tiij
222 MERCURE
:
ra un grand nombre à cette
Cour , où la beauté des feſtes
&la politeffe de ceuxdu Pays
les invitent ; chacun chercha à
ſe placer ſur le pied d'amant
de paffage ; & ce fut encore
un nouveau ſpectacle pour
nôtre inſenſible ; mais elle remarqua
qu'un jeune Marquis
François parfaitement bien
fait , adroit dans tous les exercices
, poli dans ſes difcours ,
plein de vivacité & d'eſprit ,
diſoit des gracieuſetez à toutes
les Dames , fans adreffer
ſes voeux àaucune. Elle jugea
par ſes manieres & par l'hu
GALANT. 223.
meur de ſa Nation que fon
indifference n'étoit point un
effet du temperamment ; &
elle le trouva trop enjoüé pour
être occupé de quelque violente
paffion. Sa ſeule curioſité la
porta d'abord à lier converſation
avecluy. Il luyavoüa qu'il
avoit trop de délicateſſe pour
partager un coeur, & que contre
l'ordinaire de ſa Nation il
ne pourroit ſe réfoudre à aimer
, s'il ne ſe propoſoit d'aimer
toûjours. Ce langagen'eſt
guere François , luy dit- elles
mais pour aimer toûjours , je
ne ſçayqu'un ſeul moyen, c'eſt
Tiiij
224 MERCURE
derenoncer aubutque lepropoſent
les amans. Puis changeant
de diſcours , ellel'engagea
à luy rendre quelques viſites
pendant le ſéjour qu'il
fcroit à la Cour. La belle veuve
de retour chez elle ne trouva
plustant de goût à s'occuper
des avantures des autres ; les
ſentimens délicats & la belle
maniere de s'exprimer duMarquis
l'avoient touchée ; &
l'amour luy en retraçoit une
image encore plus agreable
que la realité. Elle paffa la
meilleur partie de la journée à
ſa toilette ,& prit plus de ſoin
GALANT. 225
deſon ajustement qu'à l'ordinaire
, attendant avec impatience
l'heuredu bal , où elle
ſerendit des premieres. Si tôt
qu'elle apperçût le Marquis ,
elle luy demandas'il avoit fait
ſes reflexions ſur leur converſation
du ſoir precedent. Illuy
répondit qu'il ne croyoit pas
qu'on put mettre fes leçons en
pratique ,&qu'il valoit mieux
ne point aimer , que d'aimer
fans eſperance; mais répondit
la belle veuve , ce n'eſt point
aimer ſans efperance , quand
en aimant on ne s'expoſe
point. Ah ! Madame , s'écria
226 MERCURE
le Marquis ,c'eſt une fiction
de Roman qui choque le bon
fens & la raifon; il n'eſt point
de l'homme de courir des rifques
, ſe donner bien des peines
, ſans avoir pour but la
poffeffion ou la victoire. Jo
vois bien , luy dit elle , que
vos ſentimens ne font pasauſſi
délicats , que je me l'étois perſuadé
,& que vous êtes encore
bien loin de ma morale ; mais
le lieu n'eſt pas propre pour
vous l'enſeigner ,fi vous voulez
venir demain dîner avec
moi , je tâcheray de vous convaincre.
Le Marquis accepta
GALANT. 227
l'offre avec joye. La belleveuve
qui s'apperçût que les Da
mes l'obſervoient avec une
maligne attention , affecta un
air enjoüé ; & s'approchant
d'elles , leur dit en badinant ,
vous voyez Meſdames , que je
ne ſuis pas fi farouche , que je
faisbien les honneurs de la Patrie
; il n'eſt pas permis dans
une Cour auſſi galante de laiffer
oifif un Cavalier aimable.
La converſation devint generale
, & chacun y fournit fuivant
la vivacité de ſon genie.
Aprés le bal la belle veuve &
le Marquis ſe ſéparerent , l'im
228 MERCURE
patience do ſe revoir leur fir
ſentir les premiers coups de
l'amour ; le Marquis ſe rendit
le lendemain de bonne heure
chez la Dame qu'il trouva ſeule.
Je ne vous ay point donné
de compagnie , luy dit elle , la
matiere que nous nous fommes
propoſez d'approfondir
demande un tête à tête ; nous
entrerons en propos à la fin
du repas. Pluſieurs ſervices delicats
ſe ſuccederent en peude
temps ; on parvint au deſſert ,
où l'on renvoya les Domeſti.
ques. Alors la Veuve entama
ainſi le diſcours : la démarche
GALANT . 229
que je fais , Monfi.ur , vous
prouve allez l'eſtime que j'ay
pour vous ;& ce que vous aurez
pû apprendre de ma conduite
par les Dames même les
moins charitables , doit vous
convaincre que vous êtes le
premier Cavalier qui m'a plû.
Cependant je n'ay pas trouvé
vos ſentiments tout à fait
conformes à mes deſirs ; mais
je me ſuis flattéede vous y réduire.
Quoique j'aïe vêcu peu
de temps avec mon premier
Epoux ,& que j'aïe tout lieu
de me loüer de ſa conduite ,
j'aygoûté affez de l'hymen ,
230 MERCURE
pour enconnoître lesdégoûts.
La tiedeur d'un amour conjugal
vient peut être des trop
grands plaiſirs que l'on s'eſt
propofé. Ces reflexions m'ont
fait prendre la reſolution de
garder ma liberté juſqu'à la fin
de mes jours ; & je me flatte
quevous avez trop bonne opi.
nion de ma vertu , pour exiger
rien qui luy ſoit contraire. En
verité ,Madame , luy répondit
le Marquis d'un air paffronné,
eſt il au monde un ſupplice
plus cruel que celuy où
vous medeſtinez? vos charmes
ont pris trop de pouvoir fur
GALANT. 231
moname ; & je ne ſuis plus le
maître , je ne dis pas de vous
aimer , mais de vous aimer
avec moderation.Si vous avicz
refolu de me traiter &durement
, pourquoy môter jufqu'à
l'eſperance ? je n'ay pas
voulu vous tromper , reprit la
Dame, mais ne vous imaginez
pas être fi malheureux ; vous
trouverez en moy une tendre
&fidelle amic uniquement occupée
de ce qu'elle aime ; j'irai
au devant de tout ce qui
pourra vous faire plaifir ; je ne
vous inquieterai point par mes
foubçons jaloux ; &je ne vous
232 MERCURE
ferai pas même un crime des
infidelitez où le coeur n'aura
point de part. Mais je veux
que tout le monde ſcache &
foit perfuadé par notre con
duite que nous nous aimons
avecdes ſentiments ſi delicats.
Voyez ſi vous voulez accepter
lemarché à ce prix , ou vous
réfoudre à ne me jamais par.
ler.Jene vous défends pas d'efperer
, pourvû que vous ne
me faffiez aucune propofition .
Je ne ſuis pas affez temeraire
pour mettre des bornes à la
puiſſance de l'amour , mais je
veux le laiffer agir ; &s'il m'oblige
GALANT. 233
blige de fortir des bornes que
je me preſcris , je romprai la
premiere le filence. Ces dernieres
paroles raſſeurerent le
Marquis : il ſe flatta que l'amour
recompenferoit ſaconftance,
en quoyil ne ſe trompa
pas. Quelques jours s'écoulerent
dans ce commerce de
coeur & d'eſprit. Dans toutes
les fêtes publiques la Dame affectoit
un air ſi enjoüé , & le
Cavalier étoit ſi refpectueux ,
que toute la mediſance de la
Cour ne pût mordre ſur la
vertu de la Damo ; & l'on ſe
contenta de railler ſur cette
May 1716. V
134 MERCURE
maniere d'aimer comme au
temps d'Amadis. Mais cette
contrainte coutoit trop à la
belle Veuve; & ne pouvant
plus tenir contre la violence
de ſa paſſion , elle fongea à la
contenter , en ſauvant les ap.
parences de vertu . Un jour
que le Marquis ſe promenot
en rêvant, dans un lieu écarté,
il fut abordé par une Donna
qui luy rendit un billet conçu
en ces termes
Vous êtes tropfortementattaché,
M. pour qu'on puiffe prétendre à
aôtre coeur ; mais comme onſçait
que laDame qui vous aime,n'eGALANT.
235
xigede vous que desſentimens,
qu'on ne croit pas que voussoyez
un pur esprit; on se bazarde à
vous proposer un commerce amoureux,
où l'on n'exige deſentimens
qu'autant que vousy trouverez
de fatisfaction . La Dame qui
vousfait cettepropofition ,ne cede
niparfaqualité,ni parses charmes,
à voſtre heroïque Maîtreffe.
Dans la neceffitédese rendre invisible,
elle est obligée de faire ce
Portrait d'elle- même. Si vous
voulezhazarder cetteavanture,
vous laiffer conduire par celle
qui vous rendra ce billet, les
fuites vous feront juger de la
Vij
236 MERCURE
verité;&cette bifarrerie de l'amour
dans laquelle vous aurez
la meilleure part , tournera à la
fatisfaction des Parties intereffées.
Le Genie François inſpira
dabord au Marquis de tenter
une avanture ſi finguliere. La
delicateſſe de ſes ſentimens
combattit quelque temps fon
penchant naturel; enfin il ſe
perfuada que fans offenfer fa
Maiſtrefle,& fans contrevenir
à l'autorité de ſes loix, il pouvoit
uſer de la liberté qu'elle
Juy avoit donnée. Il convint
de ſe rendre à l'entrée de la
GALANT. 237
F
nuit à l'endroit qui luy fut
indiqué par la Confidente. Elle
vint l'y prendre dans un carroffe
, qui , les glaces fermées
le promena une bonne heure,
ſans qu'il pût ſe reconnoiſtre.
Il arriva à une petite porte
fans apparence. Aprés avoir
traverſe ſans lumiere une longue
allée, il fut introduit dans
un ſuperbe appartement bien
éclairé, & conduit dans une
ſale , où l'on avoit dreſſe une
table magnifiquement ſervie.
Iln'y avoit que deux couverts.
La Confidente lui dit vous ſerez
ſurpris que tout cet appa238
MERCURE
:
reil ne foit fait que pour vous
propoſer de ſouper tête à tête
avec moi , & vous me prendrez
ſans doute pour une Fée.
Il faut cependant vous y refoudre.
La matrone qui ne
manquoit pas d'eſprit , fit
durer le repas affez longtemps
, entretenant le Marquis
par des diſcours ſi équivoques
& ſi ſpirituels , qu'il
ne ſçavoit que penſer. Le repas
fini , la Fée benigne dit au
Marquis : valeureux Chevalier
, le temps eſt venu de
mettre à fin la grande avanture
, à laquelle vous eſtes defGALANT.
239
tiné. Apeine la vieille eût- elle
parlé , que tous les ſerviteurs
ſe retirerent par des portes
dérobées avec autant de
promptitude qu'auroient pu
faire des eſprits faits au commandement
de la baguette.
Alors prenant deux flambeaux
, elle commanda au
Marquis de la fuivre,elle lui
fit traverſer pluſieurs chambres
, & ouvrit la porte d'un
cabinet , où une lampe penduë
au plancher chaffſoit à
peine les épaiſſes tenebres de
la nuit. Le cabinet ſurpaſſoit
en magnificence le reſte des
240 MERCURE
appartemens. Dans le fond
d'un alcove étoit negligemment
couchée ſur un ſopha
une perſonne maſquée , dont
l'éclat des vêtemens enrichis
de pierreries ébloüſſoit la vûë.
Voici la beauté qu'il s'agit de
deſenchanter , dit la vieille.
La Dame, marquée parla en
ces termes au Marquis : aimable
Cavalier , avant que de
pouffer plus avant cette avanture
, je dois vous avertir qu'il
yva de voſtre vie à me faire
la moindre violence pour me
demaſquer ; tout le reſte
vous eſt permis ; confultez
:
Yous
GALANT. 241
vous bien ; il eſt encore temps
de vous retirer. Le Marquis
lui promit tout ce qu'elle exigea
de luy. Alors la vieille
ſe retira avec ſes flambeaux.
On n'a ſçû que par conjecture
ce qui ſe paſſa entre la belle
Inviſible& le preux Marquis.
La vicille vint lereprendreune
heure avant lejour,& le reconduifir
comme elle l'avoit amené.
La belle Inviſible exigea
du Cavalier le ſecret même
envers ſa Maîtreſſe. Le commerce
dura quelque temps
de lamême façon. Le Marquis
recevoit tous les jours
May1716. X
242 MERCURE
:
des preſents magnifiques &
galans de la part de ſon inviſible
,& filoit le parfait amour
auprés de ſa ſevere Maîtreffe,
Les faveurs de l'une luy faifoient
fouffrir plus patiemment
les rigueurs de l'autre ;
mais la deſtinée du Marquis
vouloit qu'il achetât ſon bonheur
du prix de ſon ſang ; &
ſa curiofité luy coûta preſque
auſſi cher qu'à Pfiché pour
avoir voulu connoiſtre l'Amour.
Un jour que le Prince
donnoit un grandbal , le Marquis
s'étant trouvé à ſon rendez
vous ordinaire , la Dame
GALANT. 243
inviſible luy dit qu'elle ne vouloit
pas le priver de la fête , &
le congedia de bonne-heure.
Le Marquis jugeant que la
Dame s'y trouveroit , luy coû
paun morceau deruban , fans
qu'elle s'en apperçût ; & fe
tenant maſqué à la porte de la
falle , ſa ſurpriſe fut grande ,
quand il reconnût que cette
Mattreſſe inviſible étoit la même
qui reſtreignoit ſon amour
dans des bornes ſi étroites. Il
ſuivit ſon premier mouvement
;& s'approchant de la
Dame , il luy fit des reproches
fur le peu de confiance qu'elle
}
Xij
244 MERCURE
avoit en luy. La Dame feignit
de ne point comprendre le
ſens de ſon diſcours ; il s'expliqua
plus clairement ; il luy
marqua les circonstances ; elle
tourna ſes difcours en plaiſanterie
; elle luy dit qu'il avoit lû
cette avanture dans quelque
Roman , elle luy demanda où
il avoit ſoupé , quel vin il avoit
bû ? le Marquis ſe ſentantpicqué,
s'échauffa de plus en plus,
il parla affez haut pour être
entendu de quelques Dames
de la compagnie , qui par cas
fortuit étoient accompagnées
d'un parent de la Dame. La
GALANT. 245
e
belle picquée au vif , luy dit
que c'étoit trop peu que de
le traiter d'extravagant , qu'il
cherchoit à la deshonorer ,&
que ſi ſon ſexe le luy permettoit,
elle en tireroit vengeance
fur le champ , mais qu'il falloit
qu'il s'imaginat , qu'il n'y cût
pas un homme de coeur dans.
ſa famille pour s'expoſer à luy
faire un tel affront. Il n'en
fallut pas davantage ; pendant
que les Dames étoient occupées
à la foulager dans une
eſpece d'évanoüiſſement , le
parent ſerra la main au Marquis
; ils ſortirent enſemble;
Xiij
246 MERCURE
& l'on apprit preſque auffitôt
qu'ils étoient tous les deux
dangereuſement bleſſez. Cetteaffaire
fit beaucoup d'éclat,
s'étant pafféc preſque aux
yeux du Prince. Le parent
mourut le lendemain de ſes
bleſſures , on deſeſpera quel
quesjours de la vie du Mar,
quis, La belle veuve cût tout
le temps de faire de triſtes ré
flexions & de ſe repentir de
ſon trop de promptitude ;
c'eſt en perdant un bien dont
on joüit que l'on en connoît
le prix,&le coeur ne ſent veri,
tablement juſqu'à quel point
GALANT. 247
1
1
;
il aime, que lors qu'un danger
évident luy fait tout craindre
pour l'objet aimé. Cette infortunée
Maîtreſſe fut ſi ſenſible
à celuy où ſe trouvoit ſon
cher Amant , qu'elle tomba
dans une langueur qui la mic
à deux doigts de la mort; &
elle ne recouvra ſa ſanté que
lorſqu'on l'eût affûrée que le
Marquis eſtoit hors de danger.
Elle fut le voir , & aprés avoir
verſéuntorrent de larmes, elle
luy tint ce diſcours : Le momenteſtvenu
où l'amour aprés
avoir triomphe de ma vertu
& de ma fierté , me force à
Xiiij
248 MERCURE
rompre la premiere le filence.
Vaine chimere que vous me
coûtez cher , puiſque vous me
ſeparez pour jamais d'un objet
que j'adore ! Je ne viens
point , mon cher Marquis ,
vous offrir ma main , ma conduite
l'a renduë indigne d'un
fiparfait Amant. Je viens vous
dire un dernier adieu , avant
que de m'enfermer dans un
Convent , pour y pleurer le
reſtede mes jours les malheurs
dont je ſuis la cauſe. Vous
voulez donc ma mort , s'écria
le Marquis ; cruelle , venezvous
mettre le comble à mes
GALANT. 249
diſgraces ? il ne tenoit qu'à
vous de reparer tous les maux
que vous m'aviez faits ; & le
prix de vôtre coeur , achevatil
enluy tendant la main, me
les auroit bientôt fait oublier.
La belle Veuve luy tendit la
fienne,&le Marquis l'arroſoit
de ſes larmes , lorſqu'on annonça
le Prince. Il ſurprit ces
deux Amans les yeux baignez
de pleurs. Je prends , leur dieil
, toute la part d'un fidele
amy à ce qui vous touche , &
je viens vous offrir ce qui dépend
de moy ; je crois que je
ne vous feray pas unepropofi
250 MERCURE
tion defagréable en vous
priant de me laiſſer le ſoin de
vos nôces. Les deux Amants
accepterent avec une reſpectueuſe
reconnoiffance l'offre
du Prince. Si tôt que le Marquis
fut gueri , leurs nôces fu
rent celebrées avec une magni
ficence qui ſurpaffa toutes les
fêtes qu'on avoit déja vûës à la
Cour. On tira un feu d'artifice
, où l'hiſtoire de ces deux
Amans eſtoit repreſentée dans
des emblêmes allegoriques.
Toute la Cour imita la gene
roſité du Prince en faiſantdes
preſens àces fortunez Epoux.
1 GALANT 25
La belle Veuve trouva dans
l'hymen , pour lequel elle
avoit ſenti tant de repugnance
, le moyen d'accorder l'aufterité
de ſa vertu avec la tendreſſe
de ſes ſentimens ; & la
parfaite union de ces Epoux
fait autant l'admiration de
cette Cour , que la biſarreric
de leurs avantures .
Rentrons , s'il vous plaiſt ,
pour quelques inſtants dans le
férieux.
Lorſque les affaires de la
Chambre de Juſtice feront
plus avancées qu'elles ne le
252 MERCURE
font, j'auray une extrême at
tention à vous donner un détail
exact de toutes les chofes
conſiderables qui y auront été
reglées. En attendant permettez
-moy de vous propoſer la
Icature de l'Article des Morts.
Cette propofition eft la moindre
choſe que l'on doive à leur
memoire.
MORTS.
Dame .... Churchill femme
de Milord Charles Spencer
, Comte de Sunderland ,
Pair d'Angleterre , Viceroy
GALANT. 253
d'Irlande , Membre du Conſeil
Privé du RoyGeorges de
laGrandeBretagne , eſt morte
àLondres le 23. Avril. Winftant
Churchill de Woton-
Baſſondans le Comtéde Dorſet
( eſtoit ſon ayeul ) fut fait
Chevalier par le Roy Charles
II . & Clerc. Controlleur du
Tapis vert , & épouſa N....
Drake de la Province de Devon
, dont il cut Jean Churchill
qui fuit , N.... dit leGeneral
Churchill , Gouverneur
de l'Iſle de Gerneſey , mort le
Janvier 1715. Arrabelle
Churchill maiſtreſſe de Jace
254 MERCURE
ques II. Roy d'Angleterre &
mere de Jacques Fitz -James
Duc de Barwick , Chevalierde
la Jarretiere & de la Toiſon
d'or , Pair de France & d'Angleterre
, Grand d'Eſpagne ,
Maréchal de France , & N....
Churchill épouſe du Colonel
Godfrey , morte à Londres le
Mars 1715. Jean Churchill
Comte, puis Duc de Marlbo
rough , Pair d'Angleterre
Prince del'Empire, Barond'Aimouth
, Capitaine de la troifiéme
Compagnie des Gardes
du Corps de S.M. Britannique
-Chevalier de la Jarretiere , cyGALANT.
255
devant Generaliffime des Armées
Angloiſes , né ſous les
troubles de Cromwel , lequel
s'eſt marié à Damoiſelle Jarach
Jennings , fille du Chevalier
RichardJennings , d'où
font venuës N.... Churchill
femme du Comte de Godelfin
, Grand- Maiſtre de l'Artillerie
d'Angleterre , fils du
grand Treſorier de ce nom ;
N... Churchill épouſe du Duc
de Montaiguë , Capitaine des
Gardes du Corps du Roy; N...
Churchillqui a eſté mariée au
Comte de Bridgwater ; & la
Comteſſe de Sunderland qui
256 MERCURE
vient de mourir.
Meffire Nicolas - Frideric
Comtede Rottembourg,Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , premier Chevalier
d'HonneurduConſeil SouveraindeColmar,
mourut le 20.
d'Avril dans ſa Terre deMafveaux
en Haute-Alface , âgé
de ſoixante - dix ans. Il eſtoir
originaire de Brandebourg ,
d'une des plus anciennes&des
plus illuftres Maiſons. Sa famille
ſortiede Suiſſe dutemps
des Comtes de Hapſbourg ,
par leſquels elle fut vaincuë
aprés pluſieurs Combats avec
d'autres
GALANT. 257
d'autres Seigneurs , qui s'é
toient liguez enſemble , pour
s'oppoſer à leur domination
tirannique ,& qui furent contraints
de chercher un azile
dans d'autres Etats,avoit pofſedé
juſqu'alors en ce pays là
le Comté de Rottembourg ,
qui fait àpreſentpartieduDomaine
duCanton de Lucerne ,
dont les Croniques font une
mention honorable d'une
Gutta de Rottembourg , laquelle
en 1223.y fonda le fameux
Convent des Cordeliers.
Les Seigneurs de Rottem-
May1716.
258 MERCURE
bourg eurent bientoft des établiſſemens
conſiderables dans
la Franconie où ils ont demeuré
l'eſpace de deux cens ans ,
&nous trouvons dans l'His
toire de l'Egliſe d'Allemagne
des Evêques de Mayence , de
Wirtzbourg & de Bamberg
ation
ayant appellé dans la fuite au
ſervicededifferens Souverains;
Brandebourg , oùils ont tou
derables&des emplois de diftinction.
GALANT. 259
Celuy dont nous annon
çons la mort , cadet de ſa Maifon
, attiré d'ailleurs en France .
par le ſuccés des armes de ce
Royaume & la grande Renommée
de ſon Roy , commença
ſon ſervice dans le Regiment
duGeneral de Roſen ,
un des anciens Colonels qui
eſtoient reſtédans le partidela
France aprés la mort du Duc
deWeimar. Sa premiere Campagne
fut celle de Lille , où il
ſervit d'abord en qualité de
Cornette , depuis eſtant parvenu
à avoir luy-même le Regiment
, il l'a toûjours com-
Yij
260 MERCURE
mandé avec distinction dans
toures les affaires où il a eſté
affezheureux de ſe trouver : il
cut trois chevaux de tuez ſous
luy à la Bataille de Seneff, & à
cellede Nervinde il eut l'honneur
ſous les ordres de S. A.
R. alors Duc de Chartres , de
charger& renverſer avec trois
Eſcadrons cinq Eſcadrons des
Ennemis , à la teſte deſquels
eſtoit en perſonne le Prince
d'Orange depuis Roy d'Angleterre.
Le feu Royluy a témoigné
pluſieurs fois en termes pleins
de bonté, la fatisfaction qu'il
GALANT . 268
avoit de ſes ferviees , & lors
que ſesgrandes infirmitezl'ont
obligé de quitter ,il dit auMaréchal
de Roſen ſon beau pere
, qu'il eſtoit tres fâché de
perdre un auſſi bon Officier.
Il a épousé en 1682. Dame
Anne- Jeanne de Roſen , fille
aînée de ce Maréchal , de laquelle
il laiſſe cinq enfans vivans
, quatre filles dont l'une
elt mariée au Comte de Vaudrey
S. Remy, frere du Lieutenant
general de ce nom
& un fils unique Meſtre de
Camp d'un Regiment deCavallerie
Allemand., & à pre-
2
262 MERCURE
fent Ambaſſadeur Extraordi
naire de Sa Majeſté auprés du
Roy de Pruſſe , où il donne
dans un Miniſtere auſſi important
toutes les marques
poſſibles de fageffe & d'intelligence
dans la conduite des
affaires au- deſſus de ſon âge.
Le 19. mourut ici le jeune
Comte Joſeph de Vale , âgé
de prés de vingt ans , fils du
Comte de ce nom Grand
Chambellan de l'Empereur.
Ce jeune Seigneur étoit receu
en ſurvivance de ſon pere
pour cetteCharge , & joüiffoit
déja de cent mille écus de re-
>
GALANT. 263
venudes biens de ſa mere; il y
avoit un an &demy qu'il étoit
ici pour faire ſes exercices avec
fon frere cadet , & ils devoient
partir inceſſamment tous deux
pour s'en retourner : il fut
porté le lendemain fur les fix
heures du ſoir àl'Egliſe S. Sulpice
, qui étoit toute renduë
de blanc , avec un dais dans le
Choeur , ſous lequel on le mit
ſur une Eſtrade faiteexprés.
* Meffire Loüis François de
Vaffé , Prêtre , Abbéde S.Serges-
lés-Angers , & Viſiteur
General des Carmelites , mourut
le 12. Avril dernier. Il étoit
264 MERCURE
fils de Meſſire Jacques deVaffé
, Seigneur de S. Georges ,&
de Dame Annedu Verger ,&
ſortoit d'une branche cadete
de la Maiſon de Vaffé , l'une
des plus anciennes& des plus
illuftres de la Province du
Maine.
Dame Magdelaine - Fran
çoiſe Ceſar , Epouſe de Meffire
Pierre Jean Cherré, Maître
des Comptes , mourut le
18. Avril..
Meffire Hilaire Guy de la
Val , Marquis de la Pleffe ,
S. Clement , &c. mourut le
23. Avril. La Maiſon de la Val
dont
GALANT. P
.
265
dont il fortoit eſt une branche
de la Maiſon de Montmorency,
queje vous ay déja dit plu
fieurs fois être ſans contredit
la plus illuftre du Royaume.
Meffire Maximilien- François
,Comte de Fiennes , Anftain
, &c. Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut
le 26. Avril : il fortoit d'une
des plus anciennes , &des plus
illuttres Maiſons d'Artois, connuë
autrefois ſous le nom de
du Bos , & fortie vrat ſemblablement
de la Maiſon de Fiennes
, dont étoit Robert , Seigneur
de Fiennes, dit Moreau,
May 1716.
*
Z
266 MERCURE
fait Connêtable de France pat
leRoyJean. J
Dame Marie Françoile Sevin
,Veuve de Moffire Jean
Briçonnet, Seigneur desTournelles
,Conſeiller de la Cour
des Aydes , mourut le 27.
Avril : elle estoit fille de Meffire
Guy Sevin , Seigneur de
Gaumets - laVille , Maître des
Comptes , & de Marguerite
Pichon: cette famille de même
que celle de Briçonner , eſt
des plus anciennes , &des-plus
illuſtres de la Robe.
Meffire Côme , Marquis de
Valbelle, mourut le 29. Avril
GALANT. 267
âgéde 76. ans : il fortoit d'une
nobleffe diftinguée de Provence.
Maffire Loüis - René des
Foffez , Seigneur de Cozolles ,
Chanoine de Nôtre Dame de
Paris , mourut le 30.Avril âgé
de 64 ans. Le nom des Foflez
eft ancien & diftingué en Picardie.
Meffire François Huart ,
Prêtre, Docteur de la Maiſon
&Societé Royale de Navarre ,
Doyen de la Faculté de Theologie
de Paris , où il avoit efté
receu le 10. May 1660. cidevant
Chanoine & Grand
Zij
268. MERCURE
•Archidiacre de l'Eglite de
Coutances , mourut le 2. de
ce mois , âgé de 88. ans.
Dame Anne Martin , qui
avoit épousé enOctobre 1710.
Meffire Philippes de Baylens ,
Marquis de Poyanne , mourut
le 4. Elle estoit fille de Jean-
Loüis Martin , Seigneur d'Auzelles
, Fermier general , & de
Marie Magdelaine Dumas.
Elle estoit ſoeur de Dame Marie
Therefe Martin, femme de
Meſſire Loüis de Bethune
Marquis de Bethune-Chabris,
&de Dame ... Martin , femme
de Meffire Loüis Guillau
GALANT. 269
me Jubert de Bouville ,Maî
tre des Requêtes. La Maiſon
de Baylens eſt originaire de
Guyenne , elle est également
diftinguée par ſon ancienneté
&fes alliances ,& elle a donné
pluſieurs Chevaliers des Ordres
duRoy.
Meffire Alexandre François
Richer , Chevalier Seigneur
d'Aube , Conſeiller de la
Grand ChambreduParlement
de Normandie , mouruticy le
cinq de ce mois , laiſſant entre
autres enfans,un fils aufliConfeiller
au même Parlement .
Dame Jeanne de Caumont
: Ziij
270 MERCURE
la Force , épouſe de Meffire
Claude Antoine de S. Simon ,
Matquis de Courtomer , mourut
le 8. de ce mois. Elle étoit
foeur de M. le Duc de la Force.
La Maiſon de Caumont eft
une des plus anciennes & des
plus illuſtres du Royaume.
Pour celle de S. Simon elle est
originaire de Normandie , &
d'une nobleſſe tres-diftinguée.
Meffire Gafpard Cotron ,
Chevalier de l'Ordre de S.
Loüis , Capitaine de Galeres ,
&Commandant pour le Roy
dans la Ville & Citadelle de S.
Tropez ,mourut le 11. de ce
mois. Il fut Capitaine des
GALANT 278
Gardes de feu M. le Duc de
Vendofme. ン
Joſeph Martin de Tricaule,
Chevalier de l'Ordre de S.
Loüis , Brigadier des Armées
dn Roy ,& Lieutenant Colonel
du Regiment de Lyonnois ,
mourut le 12. de ce mois.
Dame Geneviève Elifabeth
de Villeronde , yeuve de Meffire
Loüts de Haudeffens , Chevalier
Seigneur de Cloſeaux ,
Treſorier de France àPoitiers ,
mourur le1 3. de ce mois.
Meſſire François de Mafcranny
, Prestre , Docteur de
Sorbonne,Chanoine,Grand-
Z iiij
272 MERCURE
Vicaire & Chancelier de l'Egliſe
de Roüen , Prieur de S.
Chriftophe , Seigneur & Bacon
d'Armentiers , mourut le
13 de ce mois. Il étoit oncle
de Madame la Marquiſe de
Gefvres .
Meffire Loüis de Crufſol ,
Marquisde Florenfac , Baron
deCereix , Privas , &c . Maréchal
de Camp des Armées du
Roy , & Menin de Meſſeis
gneurs les Dauphins ,mourue
le 15. de ce mois. La Maiſon
de Cruſſol eſt ſi ancienne , &
fiilluſtre qu'il ſuffira de vous
dire icy que M. le Marquis de

GALANT. 273
Florenfac étoit oncle de M.
le Duc dUzés , & de fon
mariage avec feuë Dame Ma.
rie Louiſe Thereſe de S. Nec
taire , il a laiſſe un fils unique
dont je vous appris le mariage
avec Mademoiselle Colbert.
deVillacerf , dans monJournal
du mois de Janvier 1715 .
Dame FrançoiſeChovayne
veuvede Meffire Charles de la
Grange, Chevalier Seigneur
de la Neufville , Maiſtre des
Comptes , & auparavant de
Meffire Gilles de Maupcou
Chevalier Comte d'Ableige ,
Conſeiller au Parlement ,
274 MERCURE
mourut le 15. de ce mois. Du
premier mariage eſt ſorti M.
de Maupcoud'Ableige , Mat
tre des Requêtes ;&du ſecond
eſt iſſuë Madame la Preſidente
de Menars.
Dame Angelique deBullion
épouſe de Meſſire Chriftophe
dela Tour de S. Vidal , Che
valier Marquis de Choiſenet ,
mourut le 16. de ce mois ſans
enfans , elle étoit fille deMef
fireClaude deBullion Marquis
de Longchefne , & petite fille
deMeffireClaude deBullion,
Surintendant des Finances de
France Miniſtre d'Etat ,
GALANT 275
Commandeur , & Garde des
Sceaux desOrdres duRoy. La
Maiſon de la Tour S. Vidal
dont eſt M. de Choiſenet eft
également diftinguée par fon
ancienneté& par ſes alliances.
M. Jean Feydeau , qui avoic
eſtéreceu Preſident de la Cour
desMonnoyes en 1677. mou.
rut le 17 Avril dernier , il
étoit d'une famille des plus
anciennes , & des plus diſtinguées
de la Robe. 'T
Meffire Jacques DrummondDucde
Perth ,Chevalier
de la Jarretierre , Chancelier
d'Ecoffe,qui avoit cû degrands
1
276 MERCURE
Emplois , ſous les Regnes
de Charles II.& Jacques II .
mourut à S. Germain aprés
une longue maladie dans ſa
68. année.
Le 4. de ce mois Dame
Catherine Deſchamps , veuve
du Marquis de Chaftres , âgée
de 64. ans , prit l'habit de
Novice dans le Prieuré de la
Merc-Dicu à Loches.
Ileſt de notorietéPublique
que c'eſt le chef-d'oeuvre des
Mariages de contribuer à réparer
le tort des Morts. Ce-
Ja étant , lifez Cet article
GALANT. 277
vous entretiendra peut-eſtre
plus agréablement que celuy
qui le precede.
d
MARIAGES.
1.1
Charles, Ducde Mecklembourg
- Swerin , Prince des
Wandales, &c. épouſa àDantzic
le 13. Avril , Anne , Princeſſe
Royale de Moſcovie,
fille du feu Jean , Grand Duc
de Mofcovie , & Niece du
Czar de Mofcovie à preſent
regnant ,&veuve de Frederic-
Guillaume Kerler , Duc de
Curlande & de Semigalla ,
278 MERCURE
mort le 20. Février 1713.
Le nouvel Epoux ſucceda aux
biens de Frederic Guillaume,
Duc de Meckelbourg Swerin
fon frete aifné , mort à
Mayence le 31. Juillet 1713.
Chreftien , Duc de Meckelbourg
- Swerin , Chevalier
des Ordres du Roy , qui étoit
venu en France épouſer la
Ducheſſe de Chattilion , aprés
avoir repudié ſa premiere
femme qui lui étoit couſine
germaine , & abjuré le Lutheraniſme
, morten 1692. étoit
leur oncle , frere aiſné de leur
pere , tous deux enfans d'AGALANT.
279
dolphe Frederic , Duc de
Meckelbourg-Swerin: cette
Maiſon eſt du nombre
des cinq Alternantes d'Allemagne.
M ..... de laPorte ,Duc
de la Meilleraye , fils de Mre
Paul-Julesde la Porte Mazarini
, Duc de la Meilleraye, Pait
de France &de Dame Felix-
Charlotte - Armande Durfort
deDuras , a épousé le s . de ce
moisDamoiſelle ..... de Ro
han , fille de Mre Hercules
Merriadec , Prince de Rohan
&de Soubiſe , Ducde Rohan ,
&Pair de France ; & deDame
28. MERCURE
Anne-Genevieve Levi- Ventadour.
Ces noms ſont ſi illuf
tres ,&par confequent fi connus
que je n'en donneray icy
aucun détail genealogique.
CetArticleme fait ſouvenir
quueedansmonJournal du mois
d'Avril , j'aurois dû vous ap
prendreque le 23. du mois de
Mars precedent Mre Louis-
Pierre d'Hozier de Serrigny ,
Chevalier de l'Ordre du Roy,
Genealogiſte de ſaMaiſon ,&
Juge- d'Armes de France en
Lurvivance , épouſa Dile Marie
Anne Robillard , fille de
Georges Robillard , Ecuyer ,
ConfeillerGALANT.
281
Conſeilter-Secretaire du Roy,
&de Marie Anne le Boeuf. Le
nouveau Marié eſt neveu de
Mre Charles René d'Hozier ,
Genealogiſte de la Maiſon du
Roy,Juge-d'Armes & Garde
del'Armorial generalde France,
Chevalier desOrdres de S.
Maurice & de S. Lazare de Savoye.
Il eſt fils de Mre Louis
Roger d'Hozier ,Chevalier de
l'Ordre du Roy , Genealogiſte
de ſa Maiſon & Juge general
des Armes & Blazon de France;
&de Dame Magdeleine le
Bourgeoisde la Foffe ,&petit-
-fils de Mre Pierre d'Hozier
May 1716. Aa
282 MERCURE
auffi Chevalier de l'Ordre du
Roy,Gentilhomme ordinaire
&Genealogiſte de ſa Maiſon ,
Juge general des Armes de
France ,& Confeiller d'Etat ,
forti d'une noble famille de la
Ville de Sellons en Provence ,
connuë il y à prés de deux
cens ans.
Pour la famille de la nouvelleMariée
elle eft originaire
de Guyenne , & defcend de
Geraud Robillard , Ecuyer
fieut de la Pellouziere , qui de
Jeanne Gregoireau laniaJean-
Pierre Robillart Avocat genesal
de la Cour des Andes de
७.८५
GALANT. 283
Bordeaux, mort fans enfans de
Beatrix de Gaumont ſa fem
me;Charles Robillart qui fuit ,
Georges Robillart dont la pofterité
ſera rapportée aprés cellede
fon frere , & Antoinette-
Suzanne Robillart femme de
Jean Boucaud Confeiller au
Parlementde Bordeaux,morte
en 1711. laiffant plufieurs enfans,
Charles Robillart Ecuyer
fieur de Cantegrit , époufa
Anne Fumat , & en cut Jean-
Pierre Robillart Avocat general
de la Cour des Aides do
Bordeaux , qui de Marguerite
deRoche a laiſſé Marie Robil.
Aaij
284 MERCURE
lart femme deGeorges Robillart
foncousin iſſu de germain
Conſeiller au Parlement de
Bordeaux, Georges Robillart
Ecuyer , ſieur de Gemus trois
fiéme fils de Gereau Robillart
& de Jeanne Gregoireau ,
épouſa Catherine Royer , il
en cut Georges Robillarr
Ecuyer , Conſeiller Secretaire
du Roy , Maiſon Couronne
de France & de ſes Finances ,
qui le premier de ſa famille eſt
venu s'établir a Pariss , où il a
épouséMarie-Anne le Boeuf,
de laquelle il aGeorges Robillard,
Conſeiller au Parlement
GALANT. 28
deBordeaux , marié avec Marie
Robillard ſa coufine , iſſue
de germain ; Nicolas Robillard,
Etudiant, âgé de 15. ans
en 1716 Genevieve-Joſeph.
Michel Robillard , femme de
MeffireGeoffroy de Mallevin,
Chevalier Seigneur de S. Sim
phorien en Poitou ,Confeiller
auParlement de Bordeaux ,&
Marie Anne Robillard , qui
par fon mariage avec Ma de
Serigny a donné lieu à cet article.
M. d'Hozier de Serigny ,
quoique dans un âge peu
avancé , a merité par ſes ſervi
286 MERCURE
ces des marquesde distinction
du feu Roy ; & l'on peut dire
que rien ne luy manque pour
foûtenir avec honneur la
grande réputation de Mefficurs
d'Hozier,
M. Amelot de Chaillou,
Maistre des Requeftes , fils de
M. Amelot , Maiſtre des Requeſtes,&
dePhilberte deBarillon
, a épousé ces jours paffez
Mademoiselle Bombarde,
fille de M. Bombarde, grand
Treſorier & Conſeiller d'Etat
de Son Alteſſe Electorale
de Baviere. C'eſt un des plus
riches Partis qu'il y cut àPa
GALANT. 287
ris. J'ay cu tant d'occaſions
de vous parler de la famille
de Ms Amelot & de M's de
IS
Barillon , que je crois inutile
de vous en entretenir davantage
aujourd huy.
Article nouveau & digne de
toute l'attention des Lecteurs .
Le 18 de ce mois les Comediens
Italiens de Son Alteſſe
Royale Monſeigneur le
Ducd'Orleans Regent, repreſenterent
pour la premiere
fois dans la Salle de lOpera ,
une Comedie Italienne intitulée
l'Heureuſeſurpriſe. Jamais
そば
288 MERCURE
ſpectacle ne fut honoré d'une
plus belle Aſſemblée. Tousles
Princes & Princeſſes du Sang
s'y trouverent accompagnez
d'un grand nombre des premiers
Seigneurs du Royaume.
Acinq heures & un quart la
toile fut levée , & la Picce
commença. Malgré la bonne
opinion qu'on pouvoit avoir
de ces Comediens , & du difcernement
de ceux qui s'étoient
mêlezde les raſſembler,
fur la foydes éloges qu'on leur
-donnoit en Italie , le Parterre
François perpetuel & impi-
,
toyable ennemy des mauvai
fes
GALANT. 289
ſes chofes , ne ſe ſeroit contraint
pour rien au monde , à
les honorer , & à les accabler
d'applaudiſſements , s'ils n'avoient
eſté en effet auſſi bons
qu'ils font ;& tels en un mot
que tous ceux qui ont l'avantage
de les bien entendre , ne
croyent pas qu'il y ait deformais
de parallele à faire. Pour
ceux qui ne les entendent pas
encore , & à qui il ſera facile
d'apprendrel Italien en peu de
leçons receuës de ſemblables
Maîtres , ils auront la fatisfaction
, en attendant que leurs
oreilles & leur memoire ſe fa-
May 1716.
290 MERCURE
miliariſent avecces ſons étran.
gers , de voir dans toutes leurs
Pieces un jeu continuel de
mouvements , d'attitudes &
d'actions ſi variées , fi juſtes ,
& fi naturelles , qu'elles les occuperont
toûjours agréablement
, & leur faciliteront l'intelligence
des choſes qu'ils repreſentent.
Le 20. ils joüerent
avec un ſuccés encore plus favorable
que celui qu'ils avoient
eu le 18. la Comedie d'Arlequin
Bouffon de Cour ;& ils ont
tout lieu d'eſperer que le Pus
blic contractera fans peine
l'habitude de les voir , tant
GALANT. 291
qu'ils s'y prendront comme
ils font pour luy plaire. On
dit que M. Octave va être aggregé
dans cetteTroupe. Ala
bonne heure fi cela eſt , ſon
intelligence dans cette Profef
ſion parle affez pour luy. Le
Theatre de l'Hôtel de Bour
gogne qu'il rétablit , &embellit
plus qu'il ne le fut jamais ,
ne fera ouvert qu'aprés les
Fêtes.
Les Comediens François de
leur côté aprés avoir feüilleté
lecatalogue desPieces oubliées
fur leur Theatre , firent cafin
vers le commencement de ce
Bbij
292 MERCURE
mois , la trouvaille de la vieille
Princeffe d'Elide , dont ils raffafierent
les ſpectateurs juf
ques au jour que les Italiens
parurent pour la premiere fois .
Le lendemain ils ſervirentAf
trate , ancienneTragedie de M.
Quinaut , celebre à jamais par
ce bon mot de M. Boileau.
Sur tout l'Anneau Royatmefem.
ble bien trouvée.
Cette Tragedie fut ſuivie
de la premiere repreſentation
de la Guinguette de la Finance.
Tout ce qui peut donner du
reliefà cette déteſtable Piece ,
c'eſt qu'elle eſt de la façon de
GALANT. 293
M. Dancourt.Je m'étois morfondu
fut fon Verd galant ,
qu'il me permette du moins
de m'éguayer à ſa Guinguette.
Quelle extravagante envie
a-t- il eu dans ſon Prologue de
nous entretenir du courtoux
de Jupiter , de ſa foudre prêté
à exterminer les coupables ?
Qu'entend il par fa Venus &
ſes Amours dont les graces
fouveraines détournent les redoutables
coups de ce Dieu ,
dans l'inſtant qu'il va lancer
fon tonnerte ? Quelle allufion
! Quelle pauvreté ! Pafſons
au corps de l'Ouvrage.
Bb iij
294 MERCURE
du
Invente t- il uneHiſtoire pour
en faire le plan de ſa Comedie!
Quelle miferable Fable! ..
Mais pardonnez moy , il ne
laiſſe pas d'y avoir du grand,
magnifique , il y a même
un petit air de Cothurne. Il y a
des nombreuſes &d'heureuſes
reconnoiſſances , de belles fituations
, de tendres embraffements
, &des genuflexions.
Ah ! mon pere ! Ah ! ma fillet
Ah! ma femme !Tout cela ne
feroit-il pas des lambeaux de
pluſieurs Pieces qu'il a pillées
ou reçûës de differensAuteurs,
&dont il voudroit dans celle .
GALANX. 295
cy faire une eſpece de reſtitution
àleurs proprietaires . Mais
le plus beau , le voicy , Meffieurs.
Il y ades moeurs ! eſt-il
un plus rare ſujet d'étonnement
pour tous ceux qui connoiffent
l'eſprit & les Ouvrages
de M. Dancourt. Du reſte
fon meriteàpart , les divertiſſements
en font jolis. M. Mou.
set en acompoſé la Muſique ,
c'eſt une preuve qu'elle eft
bonne.
Ce qu'on peut ajoûter de
plus à la loüange des Comediens
François , qui ont vû les
Italiens , c'eſt que la jaloufie ni
Bb iiij
296 MERCURE
l'interêt , n'ont pas pû les empêcher
d'avoüer hautement
que ces derniers venus ſont
d'excellents Acteurs. De cet
aveu que la force de la verité
arrache de leur bouche , peut
naître une noble émulation capable
de fatisfaire un jour le
Public dans ces deux genres
de ſpectacles , & un ſuccés à
peu prés égal , excitant la curioſité
des ſpectateurs , ne les
ramenera chez les François ,
que charmez du merite des
Italiens .
L'Opera offre bien moins
de matiere à la critique , &
GALANT. 297
quelque droit qu'elle ait fur
tous lesOuvrages d'eſprit,dans
leſquels la petite Comedie intitulée
la Guinguette de la Finance
, n'aura jamais l'honneur
d'être compriſe ; elle trouve fi
peu à mordre ſur les Pieces
qu'ony repreſente, qu'elle aime
mieux garder le filence ,
qu'outrer la cenſure. La Tragedie
d'Ajax qu'on y jouë actuellement
, dont les paroles
ſont de M. Menefion , &
la muſique de M. Bertin , y
jouit tranquillement de l'honneur
de ſes repreſentations.
12,8 MERCURE
Supplement aux Nouvelles.
On mande de Marseille
qu'on y avoit appris par un
Vaiſſeau arrivé dans ce Port
venant de Meſſine , que le 12.
Avril leMont Ethna avoit de
nouveauvomi une prodigieuſequantité
de flames ,& qu'il
yavoir plus de Is jours qu'on
y entendoit des bruits foûterrains
,& qu'on étoit àCatane
&dans les lieux circonvorfins
dansdecontinuelles apprehenfions
de quelques funettes
tremblements de terre , dont
onavoitdéja ſenti quelques leTHEQUE
DE
1
GALANT 298N
A VILLE
geres ſecouffes, mais qu'ils
voient cauſé aucundommage,
que ces bruits foûterrains s'étoient
auſſi fait entendre à plus
de trois mille le long de laCôte
ce qui qui faifoit faiſoit craindre quelque
finiſtre accident; & qu'à 3. mil
deMelaſſo , ſur le rivage de la
Mer, on avoitvûparoître pendant
3. jours de ſuiteunMonftre
marind'unegrandeur ,hau
reur & de figure horribles , &
gros à proportion, étant fait à
peu prés comme un Cheval
&fonhanniſſement étant pref.
que ſemblable : il avoit deux
têtes ,àchacunedeſquelles il y
300 MERCURE
avoit une corne dans le milicu
du front ; ſes cornes étoient
courbées , & fes oreilles qui
étoient doubles à chaque tête ,
étoient comme celles d'unElephant
: il avoit fix pieds , deux
devant, deux derriere , & un à
chaque flanc; ils étoient fendus
comme ceux des boeufs , ſon
hanpidement étoit fi horrible
à entendre ,que pluſieure perſonnes
pour l'avoir vû & entendu
de trop prés , en font
mortes de frayeurs. Ce Monftre
ſortoit de la Mer tous les
jours à . heures du matin,& ſe
promenoit ſur la terre le long
GALANT. 301
1
du rivage durant 4. heures ,
aprés quoy il s'élançoit dans la
Mer avec une telle précipitation
, que l'endroit où il ſe jettoit
à la Mer , en boüillonnoit
encore un gros quart d'heure
aprés L'apparition deceMonftre
, joint à pluſieurs autres de
differentes eſpeces qui ont parus
depuis peu detems, ne preſage
pour le Royaume deSicile
que d'étranges & funeſtes choſes:
ce qui fait que les peuples
decette Ifle fonttoûjours dans
de continuelles frayeurs.
Le 18. de ce mois M. le Marquis
Mari , Envoyé Extraordi302
MERCURE
naire de Genes,eûr ſa premiere
audiance publique deMadame
&de Monfieur le Duc d'Or.
leans.
Lc 24. M. le Comte de
Spaar , Ambaſſadeur Extraordinaire
deSuede en France , fit
ſon Entrée publique en cette
Ville, ſuivant l'uſage accoûtumé
dans ces ceremonies. Le
deüil où l'on eſt icy ôta à cette
Entrée ce qu'elle cût pû avoir
deplus éclatant ſans cetteconjoncture.
Cependant les cinq
Carroffes deM. l'Ambaſſadeur
à 8. & à fix chevaux , furent
ornez auſſi magnifiquement
GALANT. 303
qu'ils pouvoient l'être. Il y
avoit 22. Gentilshommes de
ſa ſuite, ſes Pages , &pluſieurs
de ſes Domeſtiques à cheval.
Il ſe rendit accompagné des
Carroffes duRoy ,des Princes
&Princeffes du Sang , à l'Hôtel
des Ambaſſadeurs dans
l'ordre accoûtumé.
Avis que vous lirez , s'il vous
plaift,finon il ne vous plaira
pas.
Le ſieur Chevillard fils , ſoy
diſant Genealogiſte & Historiographe
de France ,& non
pas ſeulementGraveur , com
304 MERCURE
me les envicux de ſon merite
s'efforcent de le faire croires
vient de donner au Public une
Carte contenant les noms
furnoms , qualitez , Armes &
Blafons de Meſſieurs de la
Chambre de Juſtice : l'exactitude
avec laquelle elle eſt finie,
peut la faire regarder comme
une piece achevée dans ſon
eſpece , les noms de Famille y
font dans leur entier contre
l'ordinairede ceux qui gravent
ces fortes d'Ouvrages , ſans
trop s'y entendre ; mais ce
qu'il y a de ſurprenant , c'eſt
que dans le nombre d'environ
trente
GALANC. 305
i
trente Armoiries qui remplifſent
cette Planche , il n'y en a
pas une ſeulequi ne foit ſelon
toutes les regles de l'Art Heraldique.
L'Auteur auroit
bien voulu épargner auxyeux
des Curieux , le deſagrément
d'y voir un peu trop de chevrons
; mais comme toutes les
pieces qui entrent dans le Blafon,
ont été regardées depuis
l'origine de cette admirable
ſcience,comme choſes ſacrées,
il n'auroit pu ſe diſpenſer de
les admettre , ſans encourir la
cenfure des Maîtres de l'Art.
Il eſt fils de M. Chevillard,Ge-
May 1716. Cc
:
306 MERCURE
nealogiſte du Roy & Haltorio.
graphe de France,qui demeure
prés Notre Dame ; & fa demeure
à luy eſt ruë du Petit-
Pont , chez unTeinturier , à la
Ville de Lyon , de Dijon , ou
de Riom , &c.
AVIS.
Il y a quelquefois autant
de peril à dire trop hardiment
la verité , qu'il y a de baſieffe
àluy ſubſtituer des menſonges.
Le filence tient le milieu
des doux : mais ſi j'euffe gardé
le ſecret dans une choſe de
Importance de celle dont il
s'agit, le Public devroit me ſçavoir
éternellement mauvais
GALANT. 307
grédema difcretion. J'ay parlé,
j'ay dit la verité: ce que j'ay
dit m'a attiré un nombre infini
de reproches & d'objections
ridicules , & c'eſt ſur
moy qu'ont tombé les clameurs
de la moitié du monde..
Hé bien , Meffieurs les incredules
je vous le repete encore
avecla même fermeté. Jevous
ay annoncé l'Eau de M de
Villars comme le remede le
plus certain & le plus infaillible
qu'il y cut dans la nature,
fur la foy de cent, témoins
irrecufables , gueris par luy
des maladies les plus cruelles..
Ccij
308 MERCURE
Et je croy avec experience &
avec connoillance profonde ,
que c'eſt ſe declarer l'ennemi
des hommes , que de n'ofer
leur dire avec autant d'éclat
que de bonne foy que toutes
les raiſons du monde doivent
les porter à ne pas méprifer
l'uſage d'un Eau ſi ſalutaire..
Qu'ils me croyent maintenant
s'ils veulent , je les tiens pour
dûëment avertis Leur ſalur
eſt en leurs mains. Qu'ils
profitent de l'avis. Amen.
APOSTILLE.
Les Memoires Litteraires
viendront quand il plaita à la
GALANT. 309
fortune. Tous les eſprits ſemblent
être à preſent pour ces
fortes d'ouvrages dans une létargie
inconcevable.
Cependant pluſieurs Sçavants
Anonimes des Pays Etrangers
,m'ont fait l'honneur
de m'écrire , qu'ils avoient des
Differtations curteuſes & inf
tructives dans pluſieurs genres
, qu'ils ne meles envoïoient
point, parce qu'il ne leur convenoit
pas d'en payer les- ports.
Je les diſpenſe de toute confir
deration à cet égard , & je les
prie de me les adreſſer ſans ſe
mettre en peine d'affranchir
leurs Lettres. Je leur en ſeray
310 MERCURE
tousjours obligé.
J'auray la même obligation
àceux qui , inſtruits des Ge-
⚫ nealogies des plus illuftres Familles
des Royaumes Etrangers
, m'envoyeront ( comme.
a fait depuis peu M. Roger
que je remercie ) les changements
qui ſe feront parMorts
ou par Mariages , dans ces
grandes Maiſons diftinguées
en Europe , par les noms, cmplois&
qualitez des Perſonnes
qui en font. Pour le reſte je
recommande laffranchiſfement
des ports de Lettres à
l'ordinaire..
THEQUR
LYON
E

TABLE
Prélude éblowiſfant,ſuivi d'une exploit merveilleux
de l'incomparable Chevalier Caif
Sant, 3
Requeſto originale a Noffeigneurs Noffeigneurs
les Marguilliers de l'Oeuvre du S. sacrement
des Sulpice , 22
Détailcurieux (ou foit d'fant tel ) de ce qui s'est
passéà Vincennes , ausujet d'un Vieillard âgé
de cet quatorze ans , c. 24
Nouvelles de Rome , 43
De Venise, 52
DeRome, 58
DeVenise, 72
Relation de l'Etré à Vienne , de M. leComte
du Luc, Ambasadeur de France auprés de
l'Empereur ,
Suite des Nouvelles de Londres ,
DeVienne ,
De Toulon,
De Barcelone,
De Perpignan
DeRofes ,
D'Arras,
De Marseille,
DeParis,
:
106
111
138
139
140
143
147
ISO
152
Profeſſion de Foy de M. Chevalier , celebre
Avocat du Parlement , 172
Prologue d'un divertiſſement , chanté devant
TABLE.
Madamela Princeſſe d'Elbeuf , le jour de ſa
Feste de M. D. S.
Les Sonyes. Cantate du même Auteur ,
185
189
Declaration des biens du Sieur de S.. Cominis
employéaux Bureaux du Conseil des Guerres ,
195
Vers à Son Alteffe Royale , Madame , furfon
•Médailler , 204
lemémeſujet,
206
208
Réponse à Son Alteſſe Royale , Madame , fur
Chanson ,
Chabi re des Enigmes , où l'Auteur par un excés
d'étourderie amanqué de vous dire que la
Spirituelle & infortunée Lyonnoise , & le
gros Papa de la ruë de la Potterie d'Argen.
tan ont devinéles Enigmes ,
Histoire,
Morts,
Mariages,
-209
219
252
277
Article nouveau & digne de tout l'attention des
Lecteurs,
Supplément aux Nouvelles ,
Avis ,
AurreAvis,
287
298
303
306
Apostille ,
30.8
Figure doit regarder lapage 208 .
LYON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le