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807156
NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
E.
DE
LA
QUE DELA
VILLE
UNI
NCV
NIN
ON
*1893*
A PARIS ,
M. DCCX VI.
AvecPrivilege du Roy.
MERCURE
GALANT.
Parle Sieur Le Feure.
Mois
d'Avril
1716..
Leprix eſt 30. fols relié en veau , &
25. ſols , broché.
A PARIS ,
Chez D. JOLLET , & J. LAMESLE ,
aubout du Pont Saint Michel ,
du côté du Marché-Neuf,
auLivreRoyal.
AvecAprobation,&Privilege duRoi
3
MERCURE NOUVEAU DE
DEDIE
YON E
A SON ALTESSE ROYALE
ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES.
ADEMOISELLE,
je fuis trop fenfible au
plaisir que m'a fait la
Lettre que vous avez pris la
peine de m'écrire , pour ne la
Aij
4 MERCURE
pas rendre publique. La queſ
tion que vous me propoſez
roule ſur la plus agreable incertitude
du monde ; mais
avant d'y répondre , ne trouvez
pas mauvais que je donne
icy la copie de voſtre Lettre.
4
Je vouslis , Mercure , depuis
que vous estes en poffeffion d'entretenirtout
le genre humain des
avantures du monde , vosfaillies,
vos caprices , voſtre badinage&
même le defordre de vos pensées ,
me plaiſent plus que l'art &la
conduitede toutes les autres productions
d'eſprit dont le titreſeul
A
GALANT. 5
fouvent m'ennuye. Enfin vous
avez trouvé le ſecret de me
plaire ,jusqu'à m'obliger à vous
écrire , &ce n'est peut - estre pas
làle moindre de vossuffrages :
mais c'eſt aſſez vous loüer. Paf- .
fonsmaintenant aumotifqui me
détermine à vous envoyer cette
Lettre. J'ai trouvé jusqu'àprefent
dans les volumes que vous
nous donnez tous les mois
grandnombre de Questions ; mais
pourquoy ne vous estes vous pas
encore avisé de propofer celleci.
Que peut penſer une fille
auſſi capable de donner de l'amour
que d'en prendre , de la
,un
A iij
6 MERCURE
paffion d'un Amant timide &
trop refpectueux , ou des emportemens
d'un homme vif ,
hardy , tendre & jaloux : &
lequel des deux eſt le plus digne
de preference. Voftre attention
àfatisfaire tous ceux qui
vous écrivent , me fait efperer
que vous ne negligerez pas de
répondre à maQuestion :J'attends
de vous cette complaisance ,
Suis , &c.
Vous avez raiſon , Mademoiſelle
, de ne pas douter que
je réponde à voſtre Lettre , &
voicy mon fentiment fur la (
GALANC. 7
queſtionque vous me propofez.
Voſtre choix , fi vous eſtes
aimée de ces deux eſpeces d'Amans
, ſera l'ouvrage de vôtre
temperament. Voila ce qu'à
voſtre égard je penſe là deſſus.
Et voicy mon opinion en general.
L'homme qui n'oſe exprimer
ny écrire ce qu'il fent pour
un objet qui luy plaiſt , donne
licu de penſer qu'il n'a pas l'efprit
de le faire. Otez l'eſprit à
un homme qui aime , à moins
d'un caprice auquel il n'y a rien
à répondre , on n'a plus qu'un
A iiij
8 MERCURE
pas à faire pour le méprifer.
Un temeraire ſe broüille
quelquefois avec ce qu'il aime
par l'audacede ſes entrepriſes;
mais cette audace n'ôte rien de
labonne opinion que l'on a de
ſa temerité : ſouvent avec peu
d'amour il perfuade qu'il en a
beaucoup,&preſque toûjours
il arrache à force d'importunitez,
ce qu'on n'accorde pref
que jamais aux reſpects. En
un mot , ſi j'avois l'honneur
d'eſtre de voſtre ſexe , j'aimerois
mieux que ma vertu ſuccombât
ſous la violence de la
paſſion d'un Amant hardy ,
dimportu
GALANT. و
quela voir mal ataquée par les
foins glacez d'unAmanttimide.
Il ne me reſte plus aprés
vous avoir declaré de bonne
foy mon ſentiment fur cette
queſtion , qu'à vous prier de
me permettre d'entrer en lice
avec vous , & vous verrez de
quelle maniere s'y prend pour
prouver qu'il aime ,
Mademoiselle ,
Voſtre tres - humble &
tres obéiſſant ſerviteur,
MERCURE.
10 MERCURE
APOSTILLE.
En revanche du moins de
mon exactitude à répondre à
voſtre queſtion , de laquelle
j'ay fait à voſtre confideration
le début de mon Livre. Je
vous prie d'en lire tous lesArtieles
qui vous plairont àcommencer
par cet Extrait de la
Tragedie de Belifaire ; Tragedie
qui a eſté repreſentée par
les Ecoliers du College de
Louis le Grand. Si la lecture
de cet Article vous plaiſt , lifez
le:finon cherchez- en d'autres
GALANT. IF
qui foient plus de voſtre goûr,
& ne ſoyez pas affez ſimple
pour vous ennuyer par complaifance.
EXTRAIT
Dela Tragedie de Belifaire repreſentée
par les Ecoliers du
College de Loüis leGrand , le
19. du mois paßé.
SUJET.
Belifaire accuſé fauſſement
auprés de l'Empereur Juttinien
, d'avoir formé des projets
ambitieux pour le Thrô12
MERCUR:
ne, ſe vit tout d'un coup dépoüillé
de ſes dignitez & de ſes
biens. Peu de temps aprés la
diſgrace de Beliſaire , l'Empereur
, qui s'eſtoit privé de fon
plus ferme appuy , en perdant
ce grand Capitaine , fut en
danger de perdre l'Empire &
la vie même Hypatius favorifé
de preſque toute la Nobleſſe,
ſe fit couronner Empereur
dans Conſtantinople. Juftinien
s'eſtoit enfermé dans
ſon Palais fans ofer paroiſtre.
On couroit même pour l'y
maſſacrer , fi la valeur de Belifaire
ne l'eut ſauvé de la fu
:
GALANT. 15
reur de ces rebelles Turfel. dans
fonHistoire univerſelle.
La Scene eſt à Conſtantinople
dans le Palais de l'Empereur.
PROLOGUE.
La France celebre le fortuné
ſéjour du Roy au Louvre ,
& invite les Dieux Cham.
pêtres qui environnent ce
Palais à venir le celebrer
avec elle...
LA FRANCE.
Agreables ruiſſeaux qui conlezdans
ces plaines ,
14 MERCURE
Juſques dans l'Ocean vous porta.
tes mes pleurs :
Vous annonciez par tout leſujet
de mespeines :
Annoncez aujourd'huy la fin de
mes malheurs. C
Jepleurois unHeros , * dont
l'éclatante gloire
Ebloüit fi long tems lesyeux de
l'Univers,
UnPrince granddans la victoire,
Plus grandencore dans les revers.
Sous l'Empire du nouveau
Maître **
* Louis XIV.
** Louis XV.
GALANT. 15
Son regne brillant va renaître ;
De ce Prince fameux nous verrons
les beaux jours
Sous un Heros naißant recommencerleur
cours.
Déja tout enchante
Dans cetheureuxséjour.
Demeure brillante
,
L'objet de mon amour
**
Vous rendplus charmante.
Déjatout enchante
Dans cet heureuxSéjour.
Ah! c'est un plaifir extrême
De poffederce que l'on aime !
* Le Palais du Louvre.
**. Louis XV.
16 MERCURE
Vous poffedez un bien dont nous
fommes jaloux ,
Palais trop fortunez , que vôtre
fort est doux !
Zephirs , en vôtre langage ,
Repetezdans ce bocage :
Vous poffedez , &c .
Ruiſſeaux , que votre onde
pure
Rediſe parfon murmure :
Vous poffedez , &c.
Que les Bergers furleurs mu-
Settes
Le répetent touratour:
GALANT. 17
Que les oiſeaux d'alentour
Rediſent dans leurs chansonnettes :
Palais trop fortunez , que vôtre
fort est doux !
Ah! c'estun plaifirextrême
Depoffeder ceque l'onaime !
Kouspoffedez un bien dont nous
ſommesjaloux ,
Palais trop fortunez, que vôtre
fort estdoux!
Dieux des eaux , Dieux des
bois , & vous aimable Flore,
Qui regnez dans ces lieux chars
mans,
Paroiſſez revêtus des plus beaux
ornemens
Avril 1716. B
18 MERCURE
Pourplaire au Heros quej'adore..
Jeux fugitifs , rafſſemblez-
VOUS :
Venez,plaisirs , accourez tous :
Volez : la France vous appelle.
Que le douxſon des chalumeaux
S'uniffe au murmuredeseaux.
Pourrendre la fête plus belle.
Que lesfleurs dans unfibeaujour
Devancent le retour
De laſaiſon nouvelle.
:
Feuxfugitifs, raffemble-z vous :
Venez, plaisirs , accourez tous :
Kolez, la France vous appelle.
Fin du Prologue.
GALANT. 19
I. INTERMEDE .
Le Dieu de la Seine , & deux
Nayades élevent à l'envi le
bonheur qu'ils ont debainer
de leurs caux le Palais
que le Roy honore de ſa
prefence.
LE DIEU DE LA SEINE.
Mes eaux neſuivant qu'avec
peine
Ledouxpenchantquiles entraine,
S'éloignent àregret de ce Palais
charmant ! ...
Bij
20 MERCURE
!
Penetrons le ſujet de ce retarde-
Mais
ment
.. Defecrets liens me
retiennentmoy- même!
Que vois -je ? .. Eft.ce un enchantement
...
Non , non
j'aime
...
...
j'apperçois ceque
*
Coulez mes eauxplus lentement;
Je ne condane plus vostre lenteur
extrême.
Travaillons à le rendre beu.
reux .
Il n'est rien qu'onneſcache faire
Dans l'ardeur que l'on ade plaire
* Loüis XV.
GALANT. 2L
Al'unique objet deſes voeux.
Nymphes ,fortezde vos grot
tesprofondes,
Venez, fans craindre les Hyvers,
Offrir le tribut de vos ondes
Au plus beaufang de l'Univers.
DEUX NAYADES.
Sortons,fortonsde nos grottes
profondes ;
Allons ,fans craindre les Hyvers
,&c.
UNE NAYADE
Quenoftre onde s'empresse
Sans ceße
Afervirſes defirs.
Fuyezde ces rivages a
22 MERCURE
Orages:
Regnezy doux Zephirs.
Poußezdans cet azile
tranquile .
Les plus tendres foupirs.
Que vostre badinage
partage
Le temps defes plaifirs .
UNE AUTRE NAYADE .
Malgréles loix de lanature ,
Malgrélavigueur des ſaiſons
D'une immortelle verdure ,
Je couvrirayſes gasons .
Et ces rives fi chéries
Paraiſtront toûjours fleuries .
TOUS ENSEMBLE.
Travaillons à le rendre heuGALANT.
23
reux ,oc,
LEDIEU DELA SEINE.
Ne vantezplus les threfors de
voſtre onde ,
Pactole , qui roulez un fable
precieux ;
F'attire les regards d'un Roy cheri
desDieux,
Et qui doitfaire un jour lesdéli
cés du Monde ;
Il estplus beau de coulerfousfes
yeux,
Que de rouler unſableprecieux:
Ne vantez plus les threfors de
vôtre onde.
Ruiſſeaux, vous qui baignez les
plus charmans côteaux ,
24 MERCURE
Ah! vous ferez jaloux du bonheurde
mes eaux ,
Quand d'un regard plus falutaire
Ramenant les beaux jours dans
ces heureux climats ,
Le Dieu brillant qui nous
éclaire.
En aura pour jamais écarté les
frimats.
Le doux murmure de mon
onde :
Invitant àgoûter un tranquille
repos
Au bord de ma rive feconde
Dans
:
GALANT. 25
Dans les bras dufommeilliurera
ceHeros
Dontdépend le repos du Monde.
Ruiſſeaux, vous qui baignezles
plus charmans côteaux ,
Ah ! vous ferez jaloux du bonheurde
mes eaux!
1
DuHeros que jefers la valeur
triomphante
Doit me soumettre un jour les
fleuves lesplusfiers ,
Et, malgré les fureurs de leur
onde écumante,
Ilsseverront contraints de gemir
danssesfers.
1
Avril 1716. C
26 MERCURE
Au fond de leurs gouffres horribles
On entendra ces Dieux terribles,
Forcez parsa valeur à couler
fousfes loix,
Vanter , en fremiſſant, ses glorieux
exploits.
UNE NAYADE.
Tandis que les tempêtes
Gronderontfur leurs têtes,
On n'entendra fur nos paiſibles
bords
Que le doux bruit des plus charmans
accords.
L'AUTRE NAYADE.
Dans lesfuperbesfêtes
Quiſuivrontſes conquêtes
GALANT. 27
Nous redirons en chantant fes
exploits :
Ah qu'il est doux de coulerfous
fes loix!
荣· 茶茶茶茶茶茶茶茶茶
II . INTERMEDE.
Flore & les Zephirs tâchent
d'avancer par leurs voeux le
retour du Printemps dans
les Jardins des Tuilleries.
FLORE ET DEUX ZEPHIRS.
Que tout se renouulle !
Y
Ramenons dans ces lieux char
mans
Cij
28 MERCURE
Laſaiſon la plus belle ,
Malgréla lenteur du Printems.
FLORE .
Rendons à ces bois leur verdures
Faiſons naître par tout les plus
aimablesfleurs.
Brillez d'une clarté plus pure ,
Aurore,baignez-les de vosfertiles
pleurs :
Et toy, Pere de la nature ,
Soleil, embellis-les des plus vives
couleurs.
Hátez-les d'éclore ,
Volages Zephirs ;
Aux pleurs de l'Aurore
Mêlez vosfoûpirs.
GALANT. 29
UN ZEPHIR .
Quandje foûpire,
Tourſemble rire ,
Et renaître ici bas :
Quandje m'envole,
L'hiver défole
Les plus heureux climats.
On voit éclore
Lesdons deFlore,
Oùjeporte mespas :
Lesfleurs nouvelles
Paroiffent- elles
Oùje neparois pas ?
UN AUTRE.
Sans nosdouces haleines,
Beaux lieux , vous perdez vos
attraits :
Ciij
30 MERCURE
Vos ornemensfont imparfaits :
Tout languit dans ces plaines.
Je repare,par mes bienfaits ,
Les maux que l'Hyver vous a
faits.
Ses rigueurs inhumaines
Vous dépoüilleroient pour jamais
De vos ombrages les plusfrais ,
Sans nos douces haleines.
TOUS DEUX .
Fuyez, fuyez de ces Vallons,
Laiffez reſpirer la nature ;
Cedezà notre doux murmure ;
Fuyez, fuyez fiers Aquilons.
FLORE.
Tout doit reffentir la prefence
7
GALANT. 31
DuHeros qui regne en ces lieux :
Iln'estpas permisſoussesyeux
De rester dans l'indifference.
TOUS ENSEMBLE.
Chantons, rediſons tous:
Queſes charmesſont doux!
UN ZEPHIR.
Les rofes les plus belles
Par leurs appas
N'effacent pas
Ses graces immortelles.
2
TOUS ENSEMBLE.
Chantons , &c
FLORE.
Que vôtre unique affaire ,
Zephirs , foit de luy plaire.
Vous êtes trop heureux
Ciiij
32 MERCURE
Si vous comblez ſes voeux;
Que votre unique affaire ,
Zephirs,foit de luy plaire.
Voulez- vousflatterson amour?
Careffezles lys nuit &jour.
Entre mille fleurs nouvelles
Iln'en estpointdans cefejour,
Qui luy paroiffentfi belles.
LES ZEPHIRS ,
Careſſons les lys nuit &jour.
FLORE.
Il est dufang des Dieux; armé
de ſon Tonnerre ,
Son invincible bras fera trembler
laTerre.
Il ferareſpecterſes loix à l'Univers.
GALANT. 33
La Paix d'accord avecBellone,
Aprés mille travaux guerriers ,
Pour luy formerune couronne,
Joindra l'Olive & les Lauriers.
TOUS ENSEMBLE .
Hâtons-nous : prevenons ,
la Paix &Bellone ,
Profitonsdeſesjeunes ans;
Des plus brillantesfleursformons
une couronne;
Offrons-luy nos plus beaux prefens;
Profitans defes jeunes ans.
34 MERCURE .
111. INTERMEDE.
Les Bergers raffûrez par le
Dieu Pan de leurs timides
frayeurs , forment mille
voeux pour le bonheur du
Roy.
PAN.
Bergers, la Paix charmante
Est un preſent digne des Dieux;
Mais leur mainbienfaisante
Vous enfait un plus precieux;
GALANT. 35
Un Roy , dans un âge encor
tendre,
Vient vous combler de ses bienfaits;
Dans vos Bois il daigne defcen
dre:
Rendez hommage àſes attraits..
Il ramene avec luy dans cet heureux
azile *
Et Flore& les Zephirs ;
Il veutfaire àjamais de ceſejour
tranquile
Leſejour des plaiſirs.
UN BERGER.
Un Roy dans un âge encor
tendre!
Les Tuilleries
36 MERCURE
:
Grands Dieux ! que venons-nous
d'entendre?
Contre nos cruels ennemis ,
Helas! qui pourra nous deffendre?
Ils nous verront bientoſt foûmis.
১ PAN.
Rien ne pourra troubler voftre
bonheur extrême.
Ce Roy preſqu'au berceau , par
ſes attraits vainqueurs
Atrouvéle fecret de regnerfur
les coeurs
Avant que d'y regner par Son
pouvoirsuprême.
Ses graces,Sa beauté
Meritent bien qu'on l'aime.
On le prendroit pour l'Amour
même,
GALANT. 37
S'il avoit moins de majesté.
UN BERGER.
L'enfance estunheureuxage:
Elleſçait plaire aisément;
Ses pleurs &Son badinage ,
Tout nous charme également.
UN AUTRE BERGER.
Lesfleurs naißantes
Sont lesplus charmantes ;
Les fruits nouveaux
Sont les plus beaux.
L'enfance,&c.
UN AUTRE BERGER.
Leflambeau du monde
Paroît plus brittant ,
Quand ilfort de l'onde ,
38 MERCURE
Qu'en s'y replongeant.
L'enfance, &c.
UN BERGER.
Ses coups font- ils redoutables ,
Siſes attraits peuvent charmer ?
Ilsfont doux ,ils font aimables ;
Mais pourront- ils defarmer
Des ennemis implacables ,
Obftinezà nous allarmer ?
PAN.
Ne craignez rien, Bergers ;
ladiſcorde inhumaine ,
Gemiſſant ſous le poids d'une accablante
chaîne ,
Par les foins d'un Heros * dont
le Ciel a fait choix ,
PHILIPPAS, Duc d'Orleans.
GALANT. 39
Apprend à respecter le Trône de
vosRois.
CeTrône,ſoûtenuparson bras
indomptable,
Auxcoups desEtrangers devient
inébranlable ;
Ils craindront deformais d'irriter
fon courroux :
Autrefois ce Heros les a fait
trembler tous.
LES BERGERS .
Chantons,danfons, tout nous
yconvie:
Goûtons, goûtons lesdouceurs de
laPaix
Qu'un Roy charmant aßure à
nos Forêts.
40 MERCURE
Que nôtrefort eftdigne d'envie !
PAN.
Qu'il vive,&qu'un regnefameux
Le rende pour jamais immortel
dans l'histoire ;
Aidéd'un Prince genereux,
Qu'il faſſe de LOUIS revivre
lamemoire.
Pour mettre le comble à nos
vaux,
Qu'il égaleſes jours,fes vertus ,
ſa gloire.
LES BERGERS.
Gravons son nom fur ces ormeaux
Gravonsſonnomfurnos houletes.
Chantons
こ
GALANT. 41
Chantonsfur nos Musettes :
Chantonsfur nos Pipeaux;
s
Les arbriſſeauxde ce Bocage
N'aurontpas toûjours leursfeüillages;
Nous aimerons toûjours
UnRoy dignede nos amours.
Le Boſquet des Tuilleries.
Fin des Intermedess
Avril 1716. D
42. MERCURE
Maintenant Madeinoi-
,
ſelle , ſi ce n'eſt par confiance,
du moins par habitude , lifez
les Nouvelles ſuivantes.
De Rome le 22 Fevrier.
Voicy la principale raiſon
pour laquelle il n'y a point cu
cette année de Carnaval à
Rome : l'an paſſéles Ambaſſadeurs
avoient la même prérention
qu'ils ont aujourd'huy de
ne laiſſer paſſer les Sbirres devant
leur Palais ; mais Sa Sainteté
ayant alors envoyé unde
ſes neveux à l'Ambaſſadeur.
GALANT 43
de l'Empereur , pour luy marquer
le bon gré qu'elle luy
ſçauroic , s'il vouloit bien
tolerer ce paſſage , en cette
occafion , le Carnaval ſe fit ,
&ce ſeroit fait encore cette
année ſi l'on cût cû la même
complaiſance. Le Cardinal
Orfini auroit bien voulu rendre
viſite à l'Ambaſſadeur de
l'Empereur , il l'avoit même
fait preſſentir là deſſus ; mais
ce Miniſtre luy a fait ſçavoir
qu'eſtant ſur lepoint de partir
il ne pouvoit l'admetre ; un
ſemblable pretexte eſt à ce
que l'on croit l'effet de quelque
Dij
1
44 MERCURE
réflexion politique ſur ce que
le Duc Gravina , neveu de ce
Cardinal , lequel avoit envie
de venir à Rome pour obtenir
la preeminence du Soglio, a cu
ordre de l'Empereur de ne
point partir de Naples. La
Cour de Vienne ne veut pas
que ce Prince ſon ſujet établis
ſe à Rome ſondomicile.
Le CardinalOrfinis'eſt retiré
pour pluſieurs jours dans
unpetit Convent de Dominicains
à Montemario , il y a
tenu leconcours pour laCure
de ſon Egliſe de Porto , ila
fait auſſi la Miffion& quel
GALANT. 45
ques charitez aux Habitants
& à ceux des environs de co
licu.
Dernierement les glaces
d'undes carroſſes du Cardinal
Acquaviva furent calfées par
un de ceux de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur qui heurta fortement
le premier,le Cardinal
qui étoit alors a la Confulte
fut d'abord un peu fâché de
cet accident ; mais l'Ambaſſadeur
donna auſſi-toſt congé à
fon cocher& fit prier le Cardinal
Ottoboni de vouloir
bien faire des excuſes de ſa
part auCardinalAcquaviva fur
46 MERCURE
ce qui estoit arrivé , ne pouvant
le faire luy-même , cette
démarche a fort fatisfait le
Cardinal Acquaviva , qui à fon
tour a envoyé remercier Son
Excellence , la priant même
de reprendre ſon cocher,commeeneffet
ila eſté repris aprés
quelques difficultez de Ceremonic...
:
L'Ambaſſadeur de Veniſe
n'a point voulu ſoutenir fon
Ecuyer dans une affaire qui luy
eſt arrivée avec les Sbirres .
Aprés luy avoir fait preſent
de 70. piſtoles il luy a donné
fon congé, ce Gentilhomme
GALANT. 47
pour éviter de nouveaux chagrins
, s'eſt retiré à Naples.
Mardy matin l'Ambaſſa
deur de l'Empereur fut à l'Audiance
extraordinaire du Pape
dans laquelle il prit congé de
Sa Sainteté , il va à Vienne &
l'on croit qu'il partira dans la
premiere ſemaine deCareſme:
le principal motif de ce voyageeft
, dit-on, de mettreordre
aſes affaires , Sa Sainteté luy a
fait preſentde diverſes choſes
de devotion.
Dimanche prochain leCardinal
Oliviery doit prendre les
Ordres facrez on infere de-là
48 MERCURE
qu'il ſera Vicaire , cependant
le Cardinal Aftari afpire avec
ardeur à cette Charge. Il a
même fait voir par deux Bulles
qu'elle ne doit eſtre conferéc
qu'à un Cardinal Romain.
M. Spada Evêque de Pefaro
aura la Charge de Vicegerent.
:
DeVenisele 22. Fevrier...
Le Courrier qui avoit eſté ex
pedié àViennepar le Senat ily
atrois ſemaines,n'y a pas porté
les éclairciſſemens que l'Ambaſſadeurde
la Republique demandoit,
particulierement fur
Ic
GALANT. 49
le 3. article de la Ligue à conclure
contre les Turcs ; il portoit
bien à la verité des ordres
àcer Ambaſſadeur ſur les autres
difficultez ; mais onne luy
parloit point de celle-cyquieft
laplus confiderable , ainſi il a
envoyé cette ſemaine un nouveauCourrier
pour eſtre informédes
intentions de ſes Maîtres
fur ce ſujet. Les divertiſſements
du Carnavalont empêchéquel'on
n'en parlât dans le
Pregadi de Mardy dernier.
Cette matiere doit eſtre miſe
de nouveau en déliberation
dansceluy qui ſe tient actuelle-
Avril 1716. E
5o MERCURE
ment ; mais on ne peut encore
prevoirquel en ſera le réſultat.
Du reſte il paroilt toûjours
pluſieurs avis de Vienne qu'il
yaencore lieu de douter que
l'Empereur déclare la guerre
aux Turcs , à moins qu'il ne
ſoit attaqué le premier par la
Porte ,& bien des gens ſoupçonnent
que ce Prince penſe
plus à augmenter ſa Puiſſance
&ſon autorité en Italie , qu'à
faire une diverſion en Hongrie
: le temps de l'ouverture
de la Campagne s'approche
inſenſiblement & l'on pourra
dans peu de temps découvric
GALANT.
SE
fcs veritables intentions.
Le Prince Electoral de Baviere
ayant receu un compli
ment de la part du Prince
Electoral de Saxe qui luy donna
part de ſon arrivée en cette
Ville, a eſté luy faire une viſite
Dimanche ,& cedernier Prince
la luy a renduë Lundya
On prepare un convoy pour
envoyer à Corfou & dans la
Dalmatic. On pretend qu'il
ſera chargé de 4000. hommes
,iln'y en a cependant
encore que 8. ou 900. qui font
arrivez ici , & il y a même lieu
de craindre qu'une partie de
Eij
52 MERCURE
cesTroupes ne deſette quand
elles feront arrivées ſur les
licux. 1
L'on a receu des Lettres de
Meſſieurs Delphin & Pilani ,
ils mandent l'un & l'autre que
la famine eſtoitdans cette Mne
&que les vivres y estoient fi
chers qu'une livre de ris y
couroit 15. fols , que la mortalité
y étoit auſſi augmentée
parmi les Troupes & les équipages
desVaſſeaux.Le premier
ajoûte qu'en vertu des ordres
duSenat, ils'embarquoit pour
retourner àVeniſe & quittoit
lcCommandement desTrouGALANT53
مس
pes de la Republique. M.
Piſani marquede ſoncôté qu'il
étoit fort obligé ààfes Maî
tres de l'honneur qu'ils luy
avoient fait de l'élever à la dignité
de Capitaine general ;
mais qu'il demandoit par plufieurs
raiſons dene point accepter
cet employ , qu'il étoit
au-deſſus de fes forces , & qu'il
n'avoit aucune connoiffance
de la Marine. Ainfi la Repu
blique ſe trouve encore ſans
Commandant of soft
On a appris que les Dulcignotes
armoient 24. Galeres
& une groffe Tartane pour
E iij
54 MERCURE
faire la courſe , qu'il y en
avou même quelquesunesen
Mer , &queles Turos avoient
demandé Raguſe à la Republique
de ce nom , pour en
faireune Place d'armes,contre
les Venitiens ; mais qu'elle s'en
étoit excuſéc. M. Quirini qui
eſt Magistrat de Bergame a
eſté fait Procurateur de Si
Marc , moyennant la fomme
de 25000. ducats
DeRome le 29. Fourier
2
3
Vendredy matin le Pape
fut à l'Eglife de S. Laurent in
GALANT. 55
Damaſo , où il y avoit expofition
du S. Sacrement: aprés
yavoir fait ſa priere , Sa Sainteté
voulut monter au grand
appartement du Cardinal Ortoboni
dans le Palais de la
Chancellerie : ce fut pour y
voir le nouvel eſcalier que le
Cardinal y a fait faire depuis
peu. Il fit preſent au Pape en
cette occafion d'une ficur magnifique.
L'Ambaſſadeur de Ferrare
a eu avis par un Exprés que la
Ville de Bologne avoit fait
rompre une des plus grandes
Digues qui foûtiennent les
56 MERCURE
eaux du Bolonois pour les faire
écouler dans un des Canaux
du. Ferrarois. Elle avoit envoyé
cinq cens hommes armez.
Cet Ambaſſadeur en a
porté des griefs & plaintes au
Pape, qui auſſi toſt a député
une Congregation de pluſieurs
Cardinaux pour. connoiftre
de cette affaire , elle ſe
tint Lundy dernier , & il y a
eſté reſolu que la Ville deBologne
feroit remettre incefſamment
à ſes dépens cette
Digue dans le même état qu'
elle eſtoit cy-devant.
La confiſcation faite par le
GALANT. 37
Fifcal des biens du ComteVi.
daſchi , Ecuyer de l'Ambaffadeur
de Venise a eſté ſuivie de
fon banniſſement ſous peine
dela vie. Deux Valets d'écurie
qui luy ſervirent de Braves
dans l'affaire qu'il cut avec les
Sbirres ſubiſſent la même
peine.
>
Le Duc de Bracciano pour
fatisfaire en partie aux dettes
de la ſucceſſionque le feu Prince
Don Livio a laiſſe , a traité
avec le riche Marquis Surla
Genois,de la ventedu Duché
de Ceri , pour la ſomme de
450000. écus : c'eſtjuſtement
58 MERCURE
cequece Prince deffunt l'avoit
payé.....
L'Empereur a déclaré pour
fonAgent en cette Cour ,un
certain Don Thomas Coſta ,
Eſpagnol , à la place de l'Alvarez
Celui cy eſt preſentement
à Naples Preſident de la
Chambre Imperiale.
L'Ambaſſadeur de l'Empereur
avoit réfolu de donner .
Bal Lundy dans fon Palais , il
avoit pour cela fait inviser
toute la nobleffe ; mais comme
il ſouhaitoit que chacun y
vint maſqué ,la nobleſſe s'excuſa
ſur la crainte d'encourin
GALANT. رو
par-là l'indignation du Pape
qui a deffendules maſcarades ,
ainſi les preparatifs que cer
Ambaſſadeur avoit fait faire
dans cette veuë ont eſté inutiles.
Il doit partir inceſſamment
pour Vienne , d'oùil dir qu'il
efpere eſtre de retour icydans
le mois de Juin prochain , plufieursCardinaux&
Princes ont
eſté luy dire adicu; mais d'une
maniere privée.
M. Imperiali eſt allé à Naples
,ondit que le motif de
fon voyage eſt de procurer la
liberté du Princede Fracualle
১০ MERCURE
:
fon coufin ,qui par ordre de
l'Empereur est dléétteennuu pprriiffoonn--
nier dans leChaſteau deNaples.
AVenife le 29. Février.
Le Senat renvoya Samedy
dans la nuit le Courtierquiluy
avoit eſté expedié par ſon
Ambaſſadeur à Vienne , pour
demander des éclairciſſements
fur le troiſieme article du
traité de Ligue à conclure avec
l'Empereur contre les Turcs;
on dit ſous main que les ré
ponſes que l'on luy aenvoyées
font ſuffiſantespour le mettre
GALANT. 61
en état de figner cette Ligue ,
&il eltcertain que le pere de
cet Ambaſſadeur eft content,
& a dit qu'il ſe promettoit
que fonfi's confommeroit enfincette
affure ; mais comme
on ſe flatte toûjours ici , il
faut attendre de ſçavoir ſi la
Cour de Vienne ſera elle mêmecontente
de ces réponſes ,
&fi en cas qu'elle n'y puiffe
rien oppoſer ,elle ne fera point
naître quelqu'autre difficulté.
Elle devroitles faire ceſſer ellemême
ſi l'on doit ajoûter foy
àquelques avis venus deConfcantinople
qui portent que le
62 MERCURE
peuples étoit affemblé dansla
maiſonduReſident del Empereur
auprés duGrandSeigneur
dans l'intention de luy faire
une inſulte ,& que le Grand
Viſir feignant de n'en ſçavoir
point la raiſon , ni qui avoit
excité le peuple às'aſſembler ,
avoit envoyé des Janiffaires
qui gardoient ce Reſident fous
pretexte d'empêcher que l'on
ne luy fit quelque nouvelle
inſulte. Le memoire preſenté
dela part de M. Pifani pour
eſtre excufé d'accepter cet
employ de Capitaine General
a eſté mis en déliberation dans
GALANT. 63
leCollege , où il a cû le ſuccés
favorable ; mais cette affaire
eſt tombée de 80. voix dans
le Pregadi où elle fut portée
avant hier ; ainſi il faut ou
qu'il accepte cet employ , ou
qu'il ſubiſſe la peine ordinaire
de l'amende&du baniſſement.
Il y a quelques gens qui
croyent qu'il prendra ce dernier
parti , par la raiſon qu'il
ne veut pas courir riſque de
perdre la Campagne prochaine
le peu de réputation
qu'il s'étoit acquiſe. Il y en
a d'autres au contraire qui ſe
fondent ſur cequela Ligue que
64 MERCURE
l'on doit conclure avec l'Empereur
procurera une grande
diverſion , eſtimant que ſe
voyant alors plus en état de
s'oppoſer aux progrés des
Turcs , il acceptera le Commandement
des Troupes de
la Republique qu'il a refuſé
juſqu'àpreſentde recevoirdes
mains de M. Delphin , lequel
par cette raiſon a differé fon
départ pour revenir ici .
On prepare un convoy
pour le Levant &pour la Dalmatic
, il y a ici 8. ou 900.
hommesque l'onyembarquera;
on en attend, dit- on , 700.
encore
GALANT. 65
encore du nombre de ceux
que leComte Schulembourg
s'eſt chargé de fournir 4. Galeres&
un Vaiſſeau de guerre
ont eſté brulez à Corfou par
accident , on n'en ſçait point
encore le détail.
1.6
1. DeRome le 7. Mars.
:
:
Le Comte de Gallas Ambaſſadeur
de l'Empereur en
cette Cour , en partit il y a
aujourd'huy huit jours en
poſtc. M. Don Charles Alberin
qui fut ce jour- là chez
luy pour le ſaluer n'ayant pû
Avril 1716. F
.
66 MERCURE
le voir, fut l'attendre à la por
te du peuple où il luy dit à
adieu. Les Cardinaux Barbarin
& de Scrottemback , de
même que pluſieurs autres perſonnes
de la premiere qualité
s'y trouverent auſſi , entre
autres la Ducheſſe Cefarini.
Ce Miniſtre temoigna à cette
Dame qu'il eſtoit confus de
P'honneur qu'elleluy faiſoit
&la remercia en des termes
tres gracieux. 1000
Le Cardinal Scrottomback ,
refte chargé des affaires pendantl'absence
de cet Ambuffa
deur , il a pour cet effet remis
GALANT 67
aſon Eminence tous les papiers
concernant fon miniſtere
, il a laiſſe dans ſon Palais le
fieur Primoly Secretaire de
l'Ambaſſade avec une procuration
pour payer ſon domeſtique.
Avant ſon départ il a temoigné
beaucoup d'aigreur
contre Don Alexandre Albani
& le vieux Marquis de
Bufalo. Cela vient de ce que
ceux-ci empêcherent les Dames
d'aller à ſon Bal où Don
Alexandre luy même avoit
eſté invité.
Dernierement les Sbirres
Fij
68 MERCURE
1
:
arreſterent un cocher de l'Envoyéde
Portugal qui marchoit
avec l'épée nuë à la main , &
auquel ils trouverent unpiſtolet
chargé ; mais comme ils
le menoient en prifon , pluſieurs
domeſtiques armez du
mêmeEnvoyé ſurvinrent , qui
le délivrerent de leurs mains :
Celas'eſt fait ſans quele Gouverneur
en ait temoigné le
moindre reffentiment...
Il eſt ſurvenu un differend
entreM Anfaldi & M. Molines
ſur la nomination de deux
ſujets dont un doit eſtre choiſi
par le Grand Duc , pour fuc
GALANT. 69
ceder au poſte d'Auditeur de
Rote , vacant par la mort de
M. Mancery : or ſuivant l'ufage
receu , c'eſt le Doyen du
Tribunal de la Rote qui a
droit de les nommer , & ce
Doyen eſt aujourd'huy M.
Molines ; mais comme il ne
va plus à la Rote depuis déja
du temps , M. Anfaldi qui
vient immediatement aprés
luy, difpute ce droit , en forte
que pour obvier àcet inconvenient
Sa Sainteté s'eſt réſer
vée cette nomination : on
croit qu'elle ſe fera en faveur
de M. Jerolami secommandé
70 MERCURE
par la Cour de Toſcane .
LeCardinal Carracioli d'Averſa
eſt arrivé à Caſtel. Il
doit demain faire ſon Entrée
publique par la porte de S.
Jean. Les Domeſtiques de la
maiſon Cenci , donnerent des
coups de bâtons ces jours
paffez , au cocher d'un carroffe
de loüage qui conduifoit un
Allemand. L'Ambaſſadeur de
l'Empereur prit l'affaire à coeur
&fit dire au Cardinal Patrizzi
oncle de Madame Cenci ,qu'il
vouloit en avoir fatisfaction..
Auſſi- toft M. Grimani Cenci,
mari de ladite Dame , fut faire
•
GALANT 7
des excuſes à l'Ambaſſadeur ,
qui l'envoya chez le Gentil.
homme Allemand pour luy
en faire aufli,&dans le même
tempsil donna ordre àunPage
d'aller chez la Dame pour
la remercier de ſa part de la
démarche que ſon mary ve
noit de faire , diſant qu'il engageroit
le Gentilhomme Allemand
d'aller l'aſſurer de ſes
civilitez
Le Bref accordé à l'Empereur
pour la levée des Decimes
fur les biens Eccleſiaſtiquesde
tous ſesEtats , a , dit-on , eſté
renvoyé au Pape àcaufede la
72 MERCURE
condition qui s'y trouve àl'é
gard du payement ,qui ſuivant
ce Bref, devoit ſe faire entre
les mains de M. le Nonce à
Vienne; mais l'Empereur veut
au contraire que leſdites Deci
mes ſoient payées aux Minif
tres qu'il deſtinera à cet effer.
Ainfil'onpretend que Sa Sain
teté a fait un nouveau Breftel
qu'on l'a demandé ,lequel a
eſté remis à l'Ambaſladeur
avant fon départe
Vendredy matin avant le
Sermon l'on tint une Congregationparticuliere
de Cardinaux
, fur les moyens de
deffendre
GALANT . 73
-
deffendre les Coſtes de cet Erat
des invaſions des Pirates .
La Compagnie des Cuiraf
fiers du Pape , eſt ſur le point
departir pour aller'garder les
coftes de la Province de la
Marche. Elle fera commandée
par le Chevalier Moſca ,
& l'on a choiſi quelques Ingenieurs
que l'on enverra
principalement à Lorette pour
mettre cette Ville en état de
deffenfe.
Le Prince de Scavolino
Carpegna aprés s'eſtre muni
des meilleurs effets de ſa mai- .
fon, de ceux qui conſiſtent en
Avril 1716. G
74 MERCURE
bijoux &en argenterie, a dif
paru tout à coup, l'on croit
qu'il va de nouveau en France.
Le bruit s'est répandu que le
PrinceOdefcalchi par lemoïen
desCardinaux Cafoni & Rufo
a enfin obtenu le confentement
de la Cour de Vienne
pour épouſer la fille du Prince
de Rofane.
Le Cardinal Paracciani &
M. Stampa ont eſté chargez de
l'accommodement des differens
furvenus entre les Bolo
nois & Ferrarois à l'occaſion
de la Digue qui a eſté rompuë,
ils doiventpour cet effet
CALANT. 75
-
ſe tranſporter ſur les lieux.
Le Cardinal Pioli eſt toûjours
mal ,&entre l'efperance
& la crainte : les Medecins
font de frequentes confultes
fur ſa maladie. Mardy matin
un Courrier de Veniſe paſſa
par cette Ville allant à Ot
De Venise le 7. Mars.
On a ſçû plus particulierement
le détaildu malheur arrivéàCorfou
, le Vaiſſeau nommé
la Reine de la Mer , conftruit
l'Eſté dernier a eſté ſeul
Gij
76 MERCURE
conſommé par les flames. Les
Galeres ont eſté tres peu endommagées
; mais laColombe
autre Vaiſſeau de guerre l'a
eſté beaucoup. Le premier a
ſauté en l'air avec 27. perfonnos
, le feu ayant pris aux poudres.
On a trouvé , dit-on ,
une méche attachée au ſecond
ce qui fait ſoubçonner qu'il
peut y avoir cû quelque trahiſon
dans cet accident.
Made Schulembourg eſt arrivé
à Corfou. Il n'y a pas
trouvé les choſes dans l'état
que l'on luy avoit dit. Il a
envoyé un état de tout ce qui
GALANT לד
2
y manque , & demande que
la garniſon en ſoit augmentée
au moins de 4000. hommes
de troupes reglées. On fera
partir ces jours-ci un petit
convoy avec 5.ou 600. hommespour
cette Place ,&toutes
fortes de munitions de guerre;
un bataillon de troupes que le
Comte deSchulembourg s'eft
engagé de fournir eſt déja arrivé
à Verone ; on le fera
paffer à Veniſe pour s'embarquer
& l'envoyer inceſſam
ment au Levant .
Le Senat a refuſé d'admet.
tre les excuſes de M. Piſani ,
Gij
78 MERCURE
qui ne veut point accepter la
Chargede Capitaine General.
Il eſt queſtion de ſçavoir s'il
petſiſtera dans ſon ſentiment.
Ondevoit lancer icy à l'eau
un Vaiſſeau de guerre en prefence
du Prince Electoral de
Baviere ; mais faute d'eau fuffiſamment
, on n'a pû le faire;
ce Prince a nommé ce Vaiffeau
,le Lyon Triomphant .
1. On attend avec impatience
les réponſes de l'Ambaſſadeur
de la Republique à Vienne ,
au ſujet de la Ligue à conclure
contre les Turcs ; le courrier
qui y fut depêché il y a quinze
GALANT9
jours, n'eſt point encore de
tetour.
Le Duc de Parme a écrit
au Senat qu'il avoit appris de
la Reine d'Eſpagne fa fille ,
que le Roy Catholique eſtoit
dans des diſpoſitions favora
bles d'envoyer contre les
Turcs quatre vaiſſeauxdel'Efcadre
de M. Mari , qui ſetoient
fous les ordres du General de
Malte , & dix mille hommes
de ſes troupes au fecours du
Pape , pour deffendre l'Etat
Eccleſiaſtique: on ne croic pas
que l'on doive trop compter
fur un pareil ſecours; & fi
Giiij
৪০ MERCURE
cesMeſſieurs ici n'en ont point
d'autre , ils courent grand
riſque.
Le Prince Electoral de Baviere
a envoyé M. Santini à
Florence , pour faire des compliments
à la grande Princeſſe
Doüairiere ſa tante.
Ce ſera demain ſeulement
que M. Quirini ſera fait Procurateur
de S. Marc
De Rome, le 14. Mars.
:
Le Pape qui eſt en parfaite
ſanté n'aſſiſta point à la Chapolle
du ſecond Dimanche de
:
GALANT. 81
Carême; mais l'aprés diné il
reçût & admit à l'audience le
Cardinal Carraciolyd'Averſa,
qui ce jour fit ſon Entrée pue
blique.
Sa Sainteté le retint longtemps
: la Cour de ce Cardi
nal eſt aſſez belle , & fa livrée
fort modeſte. Il eſt logé chez
le Cardinal Imperialy , & il
ſe ſert des carroſſes de la
maifon.
La Compagnie des Cui.
raffiers de la garde du Pape
eſt partie pour Ancone; le
Marquis de Cavalieri qui en
étoit le Capitaine , s'eſt demis
82 MERCURE
de cette Charge pour ne pas
eſtre ſubordiné au Chevalier
Moſca , à qui le Commandement
en a cité donné. Sa
Sainteté a accepté cette de.
million , & a choisi pour
Officier fubalterne , leChevalier
Aldobrandi.
Outre le Bref accordé à
l'Empereur pour la levée des
Décimes, le Pape en a envoyé
un en conformité au Cardinal
Odefcalchi Archevêque de
Milan; par ce Brefchaque Ecclefiaftaque
estobligé de payer
durant l'eſpace de fix années
le trentiéme pour cent du re
GALANT. 83
venu de ſes Benefices.Deplus
ſuivant la convention faite Sa
Sainteté a fait remettre à Mr.
le Nonce à Vienne deux cens
mille Florins qui feront confignez
à l'Empereur en cas qu'il
foit contraint de faire laguerreau
Turc. αντα
L'Ambaſſadeur de Vienne
fut dernierement à une Audianceextraordinairedu
Pape,
ç'a eſté vrai - ſemblablement
pour lui faire inſtance fur les
beſoins tres-preffans de ſaRepublique
, mais Sa Sainteté
n'eſt gueres en état d'y pourd'ypourvoir,
laChambre Apoftolique
*4 MERCURE
eftant fort oberéc .
On tint ces jours paſſez une
Congregation militaire pour
déliberer fur les moyens de
trouver des fonds pour ſurvenir
aux neceffitez preſentes.
Comme elles ſont extrêmes ,
pluſieurs propoſerent de tirer
quelque ſomme d'argent du
treſor du Château S. Ange,
d'autant plus qu'on estaujour.
d'huy dans le cas dont il eſt
fait mention dans la Bulle de
Sixte V. & qu'avec l'argent
qu'on pourroit retirer de la
vente des Charges de Clerc
de Chambre , il feroit aifé de
GALANT 85
:
remettre dans ce trefor ce
qu'on en ôteroit à cetteheure,&
ce qui en fut levé dans
ledit armement 2
On pretend que Mr. Imperiali
qui eſt maintenant àNaples
a obtenu permiffion du
Vice-Royde faire fortir de ce
Royaume vingt - cinq mille
meſures de grains pour la proviſion
de laMarche,& la Ville
d'Ascoli, c'eſt de tout l'EtatEccleſiaſtique
celui où la difette
eſt plus grande. Mr. de Fuf
ſombroni s'eſt enfin déterminé
à quitter la Prélature pour
époufer une Dame Sienoiſe
8 MERCURE
de la Maiſon de Friceti.
Le Papca nommé troisCardinaux
pour connoître&dé-
- cider du differend furvenu en
treMr. Molines&Mr. Anfaldy,
au ſujet de la place d'Auditeur
de Rotte , vacante par
la mort de Mr. Mancery.
t!
DeVenise le 14. Mars.
La Ligue entre l'Empereur
& la Republique contre les
Turcs n'eſt point encore con
cluë, & l'Ambaſſadeur de Veniſe
àVienne a même envoyé
cette ſemaine à ſes Maîtres
1
GALANT . 87
une Stafette pour leur demander
des éclairciſſemensaplus
précis qu'ils n'ont faits fur les
difficultez qui arrêtent depuis
fi long-temps la ſignature de
ceTraité. On délibere fur cet
tematieredans le Prégady qui
fe tient actuellement , & l'on
renvoyera cette nuit la Stafetteà
l'Ambaſſadeur àVienne.
Comme la quantité des affaires
qui ſurviennent à cauſe
de la guerre en retardent la
prompte expedition , il a cſté .
refolu que l'on tiendroit trois
Prégadis la ſemaine au lieu de
deux que l'on avoit coûtume
de tenir.
68 MERCURE
20On a reçû de Corfou ces
jours paſſezdes lettres qui por
tent que le Sieur de Schulembourg
faiſoit démolir lesOuvrages
faits fur deux hauteurs
qui avoient eſté renfermées
dans les fortifications de cette
Place,&qu'il faifoit auſſi réü
nir&applanir quelques ouvragescommeinutiles.
LeComte
demande toûjours que l'on en
augmente encore la Garnifon
de4000. hommes de Troupes
reglées.
M. Delphina auffi écrit que
l'on avoit beſoin de 3. ou
4000. Matelots ſur la Flotte ,
ils
GALANT. 89
ils ont envoyé l'un & l'autre
un état de tout ce quimanque
pour la Campagne prochaine ,
on croit que l'on aura bien de
la peine à leur en donner la
moitié.
7 M. le Prince Electoral de
Baviere eſt parti Mercredy de
cette Ville , pour ſe rendre à
Rome par Bologne , où la
grande Princeſſe Doüairiere
doit ſe trouver pour le voir &
s'aboucher avec luy. Dimanche
M. Quirini, frere de celuy .
qui a déja eſté fait Procurateur
de S. Mare , fut éleu à la mê-
Avril 1716. H
وه MERCURE
7
medignité moïenant 25000.
ducats.
ॐ
3. Les dernieres nouvelles de
Conſtantinople arrivées Dimanche
dernier par la voye de
Marseille , ne fontpas encore
connoiſtre les deſſeins des
Tures dont l'Envoyé de l'Empereur
n'a pû encore obtenir
aucun éclairciſſement , quoy
qu'il ait déclaré que les Troupes
Ottomanes qui s'avan-
• çoient ſur la frontiere deHongrie&
de Tranfilvanie , obligeoient
l'Empereur ày envoïer
de nombreuſes forces , pour
GALANT. r
P
n'être point ſurpris ; cepene
dant il paroiffoit aux démarches
des Turcs que our
deſlein elt d'entreprendre la
guerre non- feulement contre
la Pologne & la Moscovic ;
mais auffi contre l'Empereur
& la continuer en mêmetemps
contre la Republique
de Venife. 31 こい
3.On mande de Toulon du
17. du paffé que les Vaiſſeaux
qui font armez dans ce Port
étoient toûjours dans la rade ,
qu'on croyoit qu'ils palleroient
à Cadix pour s'y join-
Hij
92 MERCURE
dre à fix Vaiſſeaux de guerre
Portugais qu'on arme à Lif
bonne & aller conjointement
mettre les Saltins à la raiſon,
&on aſſeure que des Vaiſſeaux
Anglois s'y joindront auſſi :
qu'un Bâtiment venu de Genes
avoit rapporté que les
Allemands qui étoient à Novi
demandoient de gros fubfides
à cette Republique,à faute
de quoy ils la menaçoient
d'execution militaire.
Des Lettres de Roſe du 15 .
portent qu'on y avoit effuïé
une rude tempête de vents ,
de pluïes , de groſſes grefles &
=
ما
다
GALANT. 93
de tonnerre , que la foudre
étoittombée en trois endroits
dans la Ville&avoit fait beaucoupdedefordres
&que cette
rempêre avoit caufé de grands
naufrages fur la Mer......
Onmandede Genes du 16.
du paſſé qu'on y étoit revenu
de la crainte où on étoit d'être
inſulté par les Allemands qui
ont abandonné le territoire de
Novi,tout ce qu'ils occupoient
des Etats de cette Republique,
& s'eſtoient retirez dans leMilanois
, le different que cette
Republiqueaavvooiittaavveecl'Empe
reur eſtant accommodé ; mais
24 MERCURE
on ne diſoit pas encore à
quelles condicions ,& on luy
envoyeunEnvoyé Extraordinairepour
faire les foumiffions
de la Republique ; on armoic
encePort les deux Vaiſſeaux
de guerre que les Venitiens y
ont fretté, ils font de so. pieces
de canon chacun & aufli
toſt qu'ils feront preftsils mer--
tront à la voile pour aller
joindre la Flotte Venitienne.
On mande de la Trape du
26. du paffé que le 24. le feu
avoit pris à la forgequi porta
des éteincelles de feu au preffoir
de l'Abbaye qui eftoic
1
GALANT٠ ور
م
rempli de fourages & fe communiqua
àunegrange qui eft
contiguë , qui en étoit auſſi
pleine , & aux efcuries & à
toutes les chambres de l'Hofpice
auffi bien que de l'autre
coſtéàlarangée des étables à
vaches , & le feu confuma
tous ces baſtiments en moins
de quatre heures par la violence
d'un vent qu'il faifoit
alors,malgré tous les prompts
fecoursqu'on y apporta , tous
les Religieux s'y eftantemployez
avec la derniere ſoumiffion,
particulierementl'Abbé
qui travailloir plus qu'aucun
autre , & encourageoit les
96 MERCURE
Religieux à ſuivre ſon exemple
: cet accident cauſe une
perte tres-confiderable.
ॐ
Les dernieres lettres qu'on
a reçû deCadix portent qu'on
y avoit appris par un Bâtiment
arrivé dans ce Porr venant
de Ceuta , que les Mores
avoient fait joüer quelques
fougades du coſté du Baſtion
de Sainte Claire ; mais que les
mines ayant fait leurs effets
tout contraires , d'autant que
les débris de ces mines s'eftoient
renverſez ſur leursgens
qui estoient diſpoſez pour
monter
GALANT 97
4
monter à l'aſſaut , la pluſpart
de ces troupes ont eſté écrafécs
& enfevelies ſous les
ruines,&qu'enmême temps la
garniſon s'eſtant apperçûë du
defordrequecesmines avoient
fait daris le Camp des Infidelles
, avoit fait une fortic
fort à propos , dans laquelle
plus de 1 500. de ces.Barbares
avoient eſté mis hors de
combat , & que deux transfuges
qui estoient venus le
lendemain ſe rendre dans la
Place , avoient rapporté qu'il
y avoit encore en differents
endroits plus de trente four-
Avril 1716 . I
98 MERCURE
neaux preſts à joüer .
On mande de Perpignandu
4. de ce mois qu'on y avoit
appris de Roſe qu'il y avoit cu
un furieux ouragan de ce
coſté là , le long de la Coſte
de Catalogne , mêlé de pluye
&de tonnerre ,&ily en avoit
fait de fi terribles éclats , que
pluſieurs perſonnes en eſtoient
tombées mortes de frayeur ,
fur tout du coſté de Palamos ,
où on avoit reſſenti quelques
ſccouffes de tremblement de
terre qui avoient cauſé beaucoup
de dommages ; qu'on y
THEODE
LYON
GALANT
avoit cu avis deColliouras
dans la pêche du Thon quơn
yavoit faite , on y avoit pris
trois poiſſons d'une longueur
&d'unegroffeur prodigieuſe ,
ce qui ſurprit fort , d'autant
qu'on n'en avoit jamais vû de
ſemblables dans ces Mers ; que
cette pêche avoit eſté ſigrande
que les Pêcheurs avoient
eſté obligez d'en laiſſer une
grande partie dans la Plage
dont les Payſans ont profité.
i Les dernieres Lettres de
Toulon portent qu'on joignoit
encore auxVaiſſeaux qui
y font armez , quatreGaliotes
1 ij
100 MERCURE
à bombes , mais qu'on ne diſoit
pas encore à quoy ondeftinoit
cet armement
7.
:
Des Lettres de Turin du
,
&
26. du paflé portent qu'on
avoit commencé à rétablir les
fortifications de Veruë
qu'auſſitoſt qu'elles feront
achevées on finira celles des autres
Places ; que les recruës
pour les Troupes eſtoient fort
avancées , & la Cavalerie étoit
toute remontée ; qu'on avoit
renforcé les Garniſons de toutes
les Places du Montferrat &
qu'on parloit même de joindre
aux Etats de Piémont Sa
GALANT. 101
vone & Final qui en avoient
elté demembrées .
On a receu des Lettres de
Marſeilledu 26. Mars qui portent
qu'il y eſtoit arrivé dans
ce Port un Bâtiment Genois
venant de Sicile , par lequel
on avoit appris qu'à trois
licuës de- là il y avoit eu de
grands tremblemens detetre,
& qu'elle s'eſtoit ouverte en
pluſieurs endroits le long de la
coſte dont on ne ſçavoit pas
encore les particularitez : il
ajoûte qu'on luy avoit affûré
qu'àSpartivento , il y avoit eu
unouragan terrible de vent ,
I inj
102 MERCURE r
1
de pluye , de tonnerre & de
grefle , que la foudre eſtoit
tombée en differents endroits
dans cette Place , & avoit cau
ſé beaucoup de defordre , &
au dernier éclat de tonnerre ,
un homme traverſant la
grande ruë avec quatre boeufs
qu'il menoit , s'arrêta tout
court,aufli bien que les boeufs;
& comme il y avoit déja du
temps qu'il eſtoit dans cette
poſture , de même que les
quatre animaux ſans remuer,
quelques perſonnes furent cú
rieuſes d'aller voir pourquoy
ils ne bougeoient pas de cette
GALANT. 103
place , voyant que l'orage étoit
paffée,eſtant arrivées prés de
cet homme, elles virent qu'il
avoit les yeux & la bouche
extraordinairement ouverts ,
de même que les animaux qui
eſtoient reſtez ainſi morts debout
; on les toucha & ils
tomberent.
لو
Les Lettres de Londres du
26. du paflé , portent que le
Lord Winton ,prifonnier detenu
dans la Tout pour la re.
bellion , avoit preſenté une
Requeſte à la Chambre des
Pairs, demandantun plus long
I mij
104 MERCURE
délay pour ſe préparer àſedeffendre:
qu'on y avoit reçû des
lettres d'Edimbourg du 19 .
par leſquelles on mandoit que
Ic General Cadogan avoit envoyé
ordre dedeſarmer toutes
les troupes du Marquis de
Huntley & du Comte de
Seaford , auſſi bien que tous
les Clans des rebelles qui font
ſous le Commandement d'Inverneffe
,&de ſe ſaiſir de leurs
Chefs; les mêmes ordres furent
envoyez à Perth de defarmer
ceuxdes Generaux Bradalbin ,
de Drummond & du Duc d'A.
thol , & de ſe ſaiſir auſſi des
GALANT. 105
Chefs; & on devoit envoyer
un detachement confiderable
au Fort Guillaume , pour defarmer
les Clans , les principaux
deſquels font les ſieurs
Lochills ,Glangari& autres ; ces
lettres ajoûtent que le Marquis
de Huntley & le Lord Rolle
eſtoient actuellement en priſon
à Inverneſſe , où s'eſt auffi
rendu le Chevalier Thomas ,
pourſe ſoumettre à la clemencedu
Roy , mais que leurs camarades
eſtoient encore avec
le Comte de Seaford dans les
Montagnes avec le reſte des
rebelles qui ſont diſperſez en
106 MERCURE
:
pluſieurs corps , & y font encore
en grand nombre avee
pluſieurs Gentilshommes de la
plaine: ils ont abondance de
viande& de poiſſon , mais peu
de pain & de vin.c
Comme ily a un PairEfcoffois
qui doit rendre témoigna
ge dans le procésduComtede
Winton, on a propofé dans la
Chambredes Pairs qu'il feroit
à propos de regler de quelle
maniere on interrogeroit ce
Seigneur; on refolut qu'il feroit
affis ſur une chaife présde
laTable , & que lorſqu'il parleroit
il ſeroit debout , & que
GALANT. 107
le Lord Cowper, grand Chan
celier a eſté nommé Stward
pour prononcer la Sentence
dans cette affaire : on refolut
enfuite que la Chambre ſe
rendroit le 27 dans la Salle de
Westminster ,de la mêmema
niere qu'elle y alla lorſqu'on
prononça le jugement contre
les fix Seigneurs condamnez ,
&on a commencé à faire fon
procés, ce Seigneur ayant eſté
amené dans la Salle pour y
eſtre accufé , & entendre les
témoins contre luy : on avoit
fait occuper toutes les avenuës
de Westminster par les Mili
108 MERCURE
こ
ces , afin d'empêcher qu'il n'ar.
riva du deſordre.
Les LettresdeLondresdu 30.
Mars portent qu'on y eft furpris
de voir vaquer ſi longtems
les Charges de Preſident du
Conſeil,deGrandEcuyer & du
premier Gentilhomme de la
Chambre , ce qu'on attribue à
la crainte qu'on a d'augmenter
le nombre des mécontents à
cauſe de la quantité de perſonnes
qui y pretendent : ces
jours paſſez on délivra de la
Garde d'un Meſſager,les ſieurs
Bail ,Gibson , Smith & Sin .
GALANT. 109
gleton de la prifon de Newgatte
où ils avoient eſté mis
comme ſuſpects . On affeure
que neufCapitaines de Vaifſeaux
ont eſté caſſez comme
favorables au parti du Pretendant
Le 26. Mars les Seigneurs
firent ſçavoir aux Communes
que le lendemain ils jugeroient
leComteGeorges deWinton
l'un des Seigneurs pris à Prefton.
Le 27. les Communes
s'étant renduës à la Chambre
Haute , où leurs temoins dépoferent
contre l'accuſé , le
Lord Cowper Chancelier &
déclaré Stward ou Senéchal
110 MERCURE
1
pour ce jugement, luy deman
da ce qu'il avoit à dire contre
ces accufations , il répondit
qu'il attendoit ſes temoins d'Ecoffe
qui étoient en chemin ;
maiscela luyfut refufé& comme
il étoit Lord , l'affaire fut
remiſe au lendemain 28. ce
jour- là il fut jugé , condamné
à la même peine que les fix
autres Seigneurs de Preſton&
renvoyé à la Tour juſqu'au
temps.de l'execution. Le 24.
ce Comte avoit tâché de ſe
ſauver en ſciant les barreaux
des fenêtres , mais il fut découvert
, ainſi que d'autres qui
GALANT. II
avoient voulu s'échaper en
perçant la muraille de la prifon
de Newgatte. Le 25. trois
priſonniersde lamême priſonaccuſez
de haute trahiſon ,
furent envoyez au Pays de
Cornoüaille d'où ils font ,
poury eſtre jugez. Les Lettres
d'Edimbourg du 21, portent
que les mécontents eftoient
venus ſe remettre à la clemencedu
Roy , à Inverneſſe , au
General Whigtman , qui y
commande ,quezjoo, hommes
des environs d'Aberdeen
yeſtoientvenas prêter les ferments
de fidelité: que le Mar112
MERCURE
quis de Huntley eſtoic parti
avec une garde pour ſe rendre
à Londres. Le bruit couroit
que le Comte de Tinmouth ,
fils du Duc de Berwick avoit
efté pris ; mais on a ſçû parun
Vaiſſeau nommé la Sophiede
Leith , qui a eſté pris revenant
de Dunkerque , qu'ily avoit
débarquéle Comte Marſchal,
leGeneralGordon, le General
Ecklin ,& un jeune Seigneur
appellé leComtedeTinmouth
&70. autres perſonnes de
confideration. Le Comte de
Seaford & pluſieurs autres
eſtoient au Nord d'Ecoffe
avcc
GALANT. 113
avec les Mécontents .
Les Lettres de Londres du
2. dece mois portent qu'on y
avoit eu avis que le Comte
de Southerland eſtoit à Edimbourg,
incommodéde la goute
, mais qu'il ſe preparoit
pour venir à Londres ; & par
les Lettres d'Edimbourg du
26. on mande que le General
Cadogan en devoit partir
pour y venir auffi. Ces Lettres
ajoûtent qu'un nombre
confiderable des mécontents
du Comté de Perth s'eſtoienr
ſoumis à la clemence du Roy ,
&d'autres avoient eſté pris.
Avril 1716 . K
114 MERCURE
Depuis quelques jours les deux
partis font en mouvement au
ſujet des élections pour un
nouveau Parlement. On affu.
re que lesWigts craignant que
les nouvelles élections ne leurs
foient point favorables , follicitent
de tous coſtez pour faire
conſentir aux Membresdes
Communesdeſuſpendre pour
untemps l'Acte desParlemens
Triennaux , afin de ſe maintenir
avec plus d'autorité dans
leurs Emplois. Les Torris travaillent
auffi de leur côté avec
beaucoup d'attention à gagner
les Membrespour rejet
GALANT5
ter ce projet ,& on croit qu'ils
l'emporteront ſur les Wigts :
on verra par la ſuite lequeldes
deux partis l'emportera ; le
Roy a accordé un répit aux
trois Seigneurs condamnez il
y a quelque temps , & qui
devoient eſtre executez le premier
Avril , ils ont eſté remis
juſqu'au 15. on continuë de
dire que le Comte de Carnwath
aura ſa grace , parce qu'il
a découvert le ſegret de la rebellion
, & qui font les principaux
complices, mais celan'eſt
zai
pascertain.
Le General Cadogan avoit
Kij
116 MERCURE
ordre de ſommer les Rebelles
de ſe ſoûmettre à la clemence
du Roy , & faute d'y obéïr ,
debrûler leur pays , & les pafſer
tous au fil de l'épée. La
Chambre examina l'état de
l'Ecoffe , & aprés avoir examiné
pluſieurs perſonnes à la
Barre qui dépoſerent avoir vû
le Comte Marshal , le Comte
de Seafort , le Comte de Sowtheſque
, &le Comte de Panmure
en armes parmy les
Rebelles , & pluſieurs autres ,
la Chambre ordonna un Bill
pour atteindre ces quatre Scigneurs
& autres de haute tra
GALANT. 117
hiſon ,s'ils ne ſe remettent pas
à la Juſtice dans le temps fixé,
Onembarque ſur un Vaiſſeau
Marchand pluſieurs prifonplufieurs
niersde Preſton pour les tranfporter
aux Barbades & autres
Colonics.
DeLondres le de cemois.
Les Lettres d'Edimbourg
du 2. de ce mois portent que
le General Cadogan en eſtoit
parti le 30. Mars pour aller à
Sterling & de- là à Dunkeld ,
où eſtoit le rendez vous de ſes
Troupes au nombre de trois
118 MERCURE
1
mille fantaſfins &de fix cens
Dragons , avec lesquels il devoit
marcher contre lesMontagnards
qu'il eſperoit de diffiper
en peu de jours ou les
obliger à ſe ſoûmettre , mais
d'autres diſent qu'ils ne feront
pas fi faciles à reduire , parce
qu'ils ont fix mille fantaſſins
& fix cens chevaux , & qu'ils
ont reçus depuis peu un ſecours
d'armes , de munitions
& d'argent. Cinq Bataillons
Hollandois & deux Regimens
de Dragons eſtoient en marche
pour revenir en Angleterre
,& ils devoient arriver
GALANT. 11,
prés de Londres à la fin d'Avril.
Les Lettres de Londres du
9. portent que le Gouvernement
preſent continue dans
le deſſein de faire preſenter
deux projets d'Acte , l'un pour
faire ſuſpendre durant quatre
ans l'Acte des Parlemens
Triennaux ; l'autre pour perpetuer
dans la Chambrehaute
les ſeize Pairs d'Ecofle qui y
ont preſentement féance; ces
deux projets font déja bien
murmurer les peuples d'Angleterre
& d'Ecoffe qui ſeroient
privez des profits que
:
120 MERCURE
leur procurentles élections par
les grandes dépenſes que font
les Candidats pour gagner des
fuffrages. On affure que leJu
gementdes Comtes d'Oxford
&de Straffort ſeront remis à
une autre ſéance du Parlement
, qu'aprés les Feſtes on
en jugera , dont quelques- uns
des plus coupables feront executez,&
qu'enfuite on donnera
une Amniſtie generale.
Le ſieur Jacques Littleton ,
Commiſſaire general de la
Marine à Chatam , a eſté fait
Vice-Amiral à la place duChevalier
Hardy qui a eſté privé
: de
GALANT. 121
de cette Charge : on a auffi
caffé ſept Capitaines de Vaifſeaux,
qui font les ſieursCook,
Hauway , Jackſon , Cannon ,
Gordon, Hughes, &Garland,
&'on croit que deux ou trois
autres feront encore caffez .
Le 7. les Communes lûrent
pour la troifiéme fois , paſſerent
& envoyerent aux Scigneurs
le projet d'Acte pour
permettre aux Comtes de Sunderland
& de Rochester , de
prefter en Angleterre les fermens
pour les Charges de
Viec.Treforierdes Receveurs,
&de Paycurs "Generaux des
Avril 1716. L
২
122 MERCURE
Revenus du Roy en Irlande ,
qu'ils exerceront en commun;
enfuite il fut ordonné que
dans quinze jours tous les Deputez
ſe trouveroient à la
Chambre , ſurquoy il fut propoſé
d'ordonner à l'Orateur
d'écrire des Lettres circulaires
aux Sherifs des Provinces , de
ſommer tous les deputez de
ſe trouver ce jour - là à la
Chambre. PluſieursWigtss'y
oppoſerent,diſant que cesLertres
circulaires feroient trop
de bruit à la Compagnie. On
leur repliqua que ſi ce qu'on
diſoit, eſtoit vray, qu'on you
} GALANT. 123
loit ſuſpendre l'Acte des Parlemens
Triennaux , cela feroit
bien encore plus de bruit , &
qu'ainſi il eſtoit neceſſaire de
faire venir les Membres pour
eſtre preſens à ce qui ſe paſſeroit&
en dire leur avis , puifque
ce ſeroitpeut eſtre la derniere
fois qu'ils en auroient la
liberté ainſi on ordonna à
l'Orateur d'écrire des Lettres
circulaires. Le Comte de Pcterboroug
arriva le 7. deFrance
àLondres...
Les lettres de Londres da
13. de ce mois , portent que
les amis du Comte d'Oxford
Lij
124 MERCURE
publient que ſi on avoit remis
le jugement de ce Seigneur à
une autre ſéance, ce n'eſtoit
que parce qu'on ne trouvoit
pasdepreuves ſuffiſantes,pour
prouver les articles d'accuſation
, que la Chambre des
Communes a exhibées contre
luy , afin de luy faire dépenſer
fon bien ,& pour le faire ſouffrir
en prifon ; mais que ces
Ms de la Chambre ſeroient
bien trompez , s'il eſt vray ,
à ce qu'on dit , qu'on avoit
écrit de France que le Vicomte
de Bullingbrook s'eſtoit remis
ſous la protection du Comte
ES
GALANT 125
de Stairs,auquel il avoit promis
de declarer tout ce qui s'eſtoit
paſſe dans le dernier miniſtere,
tant au ſujet de la Paix , que
par rapport au Prétendant,parce
qu'on eſtoit perfuadé qu'il
Içavoit tout ce que le Comte
d'Oxford avoit fait &negocié,
pendant qu'il eſtoit Miniftre ;
qu'on parloit differemment de
la deſtinée des Seigneurs con
damnez pour la rebellion ; il
y en avoit qui diſfoient que le
Comte de Carnwath ſeroit
abſous , à condition qu'il donneroit
de bonnes &fuffifantes
cautions de ſe mieux compor-
Liij
126 MERCURE
ter à l'avenir , & d'citre fidele
au Roy , & que les Lords
Widdrington & Nairn feroient
tranſportez dans les
Ifles de l'Amerique , avec un
grand nombre d'autres des
rebelles qui avoient eſté faits
prifonniers à Preſton & en
Ecoffe; &d'autres veulent que
le Comte de Carnwath ſera.
outre cela remis dans ſes biens
& honneurs , & que le Lord,
Widdrington ſera envoyé
dans la Fortereſſe de la Caroline
, & Nairn dans le Châ
teau de l'Ile de Man , pour y
paffer le reſte de leur vie , &
GALANT. 127
qu'à l'égard du Lord Winton
on dit qu'ayant eſté reconnu
extravagant par quantité d'actions
qu'il a faites pendant fa
vie ,&étant hors de bon ſens,
qu'il ſera mis dans une prifon
perpetuelle ; ce qui eſt de certain,
c'eſt que le Royleur a accordé
encore un répit julqu'au
29. de ce mois.
On affûre que le Roy doit
aller faire un voyage cette an
née à Hannover , & qu'il partira
vers la fin du mois prochain
, pour yaller prendre les
eaux qui font trés- utiles pour
ſa ſanté,&pour mettre ordre
ز
Liiij
128 MERCURE
à quelques affaires de conſequence
qui regardent ſes Etats.
en Allemagne. On dit que ce
voyage to
voyage ſera de deux mois , &
qu'enfuite il reviendra en Angleterre
pour toûjours ; mais
que le Prince deGalles fera un
voyage tous les ans dans ce
Pays - là,& qu'il y paſſera deux.
ou trois mois de la belle ſaiſon .
On ne croit pas que le
Comte de Peterboroug qui
avoit paflé de Londres en
France ſans l'ordre du Roy ,
oſe ſe preſenter à la Cour pour
faluer S. M. étant revenu de
France à Londres.
GALANT. 129
Une grande partie de la No
bleſſe étoit allée à Newmarket
pour y prendre le divertiffement
de la courſe des chevaux,&
le 16. on devoit courir
la piece d'argenterie que le
Roy donne à celuy qui remporte
le Prix.
Le ſieur Doiley,un des prin.
cipaux priſonniers fait fur les.
Mécontens , étoit mort d'une
fievre maligne dans la prifon
de Newgate , & pluſieurs autres
font auſſi malades de la
même fievre.
On avoit arrêtéun nommé
Simon qui appartient à l'En130
MERCURE
voyé de France , & on luy a
faiſi tous les papiers : & le
Marquis de Buſſi qui étoit arrivé
de France à Londres depuis
trois ſemaines , a eu ordre
de fortir inceſſamment de
ce Royaume , & il a été conduit
par un Meffager qui l'a
mené juſqu'à Douvre , où il
l'a vu embarquer...
DeLisbonne le 20. Mars 1716.
Quoyque le Brefil futdécouvert
depuis plus de 200.
ans, ilyeſtoit encore reſtédans
l'interieur du Païs une Nation
GALANT. 131
dIndiens qui incommodoient
fort les Habitans , & enlevoient
les beſtiaux , & qui n'avoientjamais
pû cître domptez
à cauſe de leur ſituation.
avantageuſe fur des rochers
eſcarpez où il falloit monter
en grimpant. On les appelloit
OrisProcas. Ils viennent de ſe
foumettre au Roy de Portugal
&d'embraſfer nôtre Religion
par une avanture fort ſinguliere.
Le fils aîné de leur Prince
étant allé à la chaſſe , lui
dix huitieme , fut pris par ceux
de la Nationdes Caïmbés civi
liféc ,, avec qui ils estoient
132 MERCURE
en guerre. Tout accoutumez
queles Caïmbés eſtoient à nos
manieres,ils ne pûrent s'empêcher
de faire engraiffer les prifonniers
pour les manger ,
pour avoir leur revanche ,
diſoient- ils , d'un pareil traitement
que quelques uns de leur
Nation avoient reçû des Oris
Procars il n'y avoit pas longtemps.
La Providence amena
fort à propos chez ce peuple
leCuré de la Paroiſſe qui eſt de
200. lieües d'étenduë , qui fis
tous ſes efforts pour leur arra
cher des mains ces malheureuſes
Victimes , & à la fin il les.
GALANT. 133
e
racheta cent piſtoles qu'il leur
paya comptant. Ayant amené
avec luy les prifonniers , illeur
apprit le Portugais,&il apprit
luy même leur langue , aprés
quoy il réſolutd'allerchercher
lesOris Procàsdans leurs Montagnes
avecune bonne eſcorte
&les 18 prifonniers. L'entrepriſe
étoit hardie , cependant
aprés une marche de 42. jours
ils y arriverent
retranchez d'abord avec des
د
& s'eftant
paliſſades ils commencerent à
fonner des Trompettes & des
Tambours au bruit deſquels
les barbares eftant accourus il
134 MERCURE
fallut effluïerd'abord les coups
de leurs fleches , juſqu'à ce
qu'un des prifonniers eftant
montéſur un Theatre , il leur
dit qu'il eſtoit de leurs Camarades
,& qu'ils venoient avec
Jeur Liberateur pour leur rendre
leur Prince , & lier une
bonne amitié avec eux. Les
Oris Procàs qui les croyoient
mangez depuis plus d'un an ,
en furent bien étonnez , ſur
tout leur Prince qui ne pouvoit
ſe laſſer d'embraſſer ſon
fils ,& de faire des remerciemens
infinis auCuré, qui aprés
les avoir inſtruits cinq mois
GALANT. 135
durant, en baptifa 4000. avec
le Prince , & fon fils , &les fit
jurer fidelité au Roy de Portugal.
DeParis le 25. de ce mois.
On mande de Nancyque
le Chevalier de S. Georges en
étoit party en chaiſe de poſte ,
ſuivi de quatre autres chaiſes ,
que les unsdiſoient qu'il s'en
alloit à Vienne pour ſervir
l'Empereur en Hongrie , &
d'autres qu'il alloità Lyond'où
il ſe rendroit àAvignon .
Le Marquis d'Entremont
136 MERCURE
1
vient ici en qualité d'Ambaffadeur
du Roy de Sicile.
Les Ambaſſadeurs de Veniſe
doivent arriver ici incefſamment
, & leur Agent qui
eſt en cette Ville a ordre de
faire faire leurs équipages .
Dans le primamenfis de Sorbonne
on a parlé du Mandement
de l'Evêque de Toulon,
qui deffend à ſes Dioceſains
d'étudier dans les Univerſitez
qui n'ont point reçûs laConftitution,
ou qui aprés l'avoir
receuë ſe font retractez .
L'Evêque de Marſcille a .
Fait auffi unMandement avec
lequel
GALANT . 137
lequel il condamne les Livres
intitulez l'Hexaple , & le Témoignage
de la Verité dans
l'Eglife.
Le grand Vicairede M. l'Evêque
de Meaux , Cardinal de
Biſſy , doit aller à Rome pour
propoſer des voyes d'accommodement
ſur les matieres
preſentes de la Conſtitution .
Le quatre de ce mois le Par
lement a donné un Arrêtportant
fuppreffion d'un libelle
intitulé : Memoire pourle Corps
des Pasteurs qui ont recens la
Conftitution Unigenitus.
Le même jour M. d'Arta--
Avril 1716 . Μ..
138 MERCURE
gnan à la tête des Mouſque
taires gris alla au Louvre , où
M. le Duc Regent le receut ,
&le fit enſuite recevoir Capitaine
Commandant de cette
Compagnie , à la place de M.
de Maupertuis qui s'en eſt dé-1
mis àcauſe deſon grand âge.g
Il y a quelques jours qu'on
arrera pluſieurs perfonnes en
cette Ville pour avoir été entendre
le Prêche chez le Réfident
d'Hollande , entre autres.
pluſieurs Marchands de vins.
La Chambre de Juſtice a
furfis ſes ſéances depuis le Jeudy
Saint , juſqu'au Mercredy
GALANT. 139
A
d'aprés les Fêtes de Pâques, auquel
jour elle les a repris pour
continuer à examiner les gens
d'affaires.
Le 28. du pafféMale Marquis
de Simianne , Premier
Gentilhomme de la Chambre
de Monfieur le Ducd'Orleans
prêta ferment entre les mains
du Roy pour la Charge de
Lieutenant General de Provence,
vacantepar la mort du
Comte deGrignan......
Le 30. du même mois M.
le Comte de Ribeïra , Licutenant
General ,Grand Maître
de l'Artillerie , & Ambaſſa-
Mij
140A MERCURE
deur Extraordinaire de Por
tugal , eût ſa premiere Aus
dience publique de Madame ,
& de M. le Duc d'Orleans.
On va reprendre les travaux
du Canal de Mardick que les
gelées & les eaux ont beaucoup
endommagez.-
2
M. Regnault , cy-devant
Lieutenant General de la Marine
en Eſpagne , a eſté fait
Lieutenant General , & Conſeiller
au Conſeilde la Marine
en France.
Le 17. de ce mois Meſſieurs
dela Ville s'aſſemblerent aux
Coleſtins , &furent au Palais,
GALANT 14
accompagner le Parlement à.
laMeſſe folemnellequi ſe celebre
tous les ans dans l'Eglife
de Nôtre Dame , en memoire
de ladélivrance de la Ville, de
Paris , enſuite Meſſieurs de
Ville retournerent auxCeleftins
où le Prieur leur donna
unmagnifiquedîné. 1
LeCzar a dépêché en cette
Ville , le ſieur le Fort Genois ,.
pour prier M. le DucRegent ,
de vouloir bien luy accorder
pour cinq ans le ſieur le Blond,
Architecte tres- celebre pour
aller à Peterbouroug , luy bâtir
un Château ſur le modele
142 MERCURE
de celuy de Verſailles ,&faire
en cette Ville un Fort ,& des
Fortereffes comme à Dankerque.
Ce que S. A. R. luy a
accordé. Il emmene avec luy
toutes fortes d'habiles Ouvriers
, dont chaque Corps a
un Chefde ſon Art. Le ſieur
Lionne de la Haye doit conduire
toutes les dorures , tant
fur lesmétaux que ſur les bois,
avec fix mille livresde penſion,
& le ſieur le Blond en a une
de vingt mille livres , avec le
titre de Sur Intendant des
Baſtimens de Sa Majefté Czarienne.
GALANT . 143
On a reçû depuis peu de
jours par Cadix , la nouvelle
qu'on avoit repêché generalement
tous les effets de la Flotte
qui avoit fait naufrage prés la
Havane, qu'on comptoit qu'il
n'y avoit preſque rien de perdu
,&que plufieurs Vaiſſeaux
eſtoient partis du Port deCadix
pour aller prendre leurs
charges.
La Chambre de Justice a
envoyé des ordres à toutes les
Communautez & Corps de
Métiers , de luy apporter
toutes les quittances de l'argent
qu'ils ont donné au ficur
le Normand.
144 MERCURE
Madame la Fontaine , fameuſe
Agioteuſe , a eſté con
damnée ces jours paffez par le
Lieutenant Criminel à eſtre
piloriée pendant trois jours
confecutifs , enſuite eſtre miſe
dans les Priſons du Chaſteler,
pour y refter juſqu'à ce qu'elle
ait payé ſes dettes , & aprés
condamnée à eſtre le reſte de
ſes jours à l'Hoſpital : cette
femme aappellé de cette Sentence
au Parlement , aprés
avoir declaré qu'elle n'avoir
rien fait que de concert , 80
par ordre de M. Defmaretz;
ce. Miniftre ayant ſçû cette
fauſſeté
GALANT. 145
fauſſeté , s'eſt juſtifié pleinement.
Le s. Dimanche des Rameaux
leRoy entendit laMeſſe
dans ſaChapelle. M. leCardinalde
Rohan , grand Aumônier
de France , luy preſenta
une Palme qu'il avoit benite.
M. le Duc d'Orleans , M. le
Duc deChartres , M. le Duc',
M. le Comte de Charolois
M. le Prince de Conti , M. lc
Duc du Maine , M. le Prince
deDombes, M.le Comted'Eu,
M. le grand Prieur de France ,
M. le Cardinal de Polignac ,
M. l'Abbéd'Argentré ,&M.
Avril 1716. N
σ
146 MERCURE
1
l'Abbé de Rochebonne fes
Aumôniers en rochet, étant à
leursplaces ordinaires, L'aprés
midy Sa Majesté entendit la
Prédication du Pere de laRuë
Jeſuite , & Vepres chantées
par la muſique M. le Duc
d'Orleans étoit placé au-deffous
du Roy : les Princes fur
les coſtez : M. le Cardinal de
Rohan fur la droite du Prié-
Dicu : M. l'Abbé d'Argentré
&M. l'Abbé de Rochebonne
au- deſſus: fur la gauche M. le
Cardinal de Polignac , & andefſſous
M. le grand Prieur de
France. Madame la Ducheffe
10
-
GALANT. 147
de Berry ſe rendit le même
jour à l'Egliſe de S. Sulpice ſa
Paroiffe pour y entendre la
grandMeſſe : 24. de fesGardes
étoient rangez en haye au milicu
du Choeur, les Suiffes avec
le tambour & le fifte à la porte:
fon Prié Dieu étoit au milieu
du Choeur , ayant à fa
droite M. l'Abbé de Caftres ,
M. l'Abbé de Rouget , M.
Abbé de Partenai ſes Aumô
niers , en rochet : derriere M.
le Marquis de la Rochefoucault
ſon Capitaine des Gardes
, entre M. le Marquis de
Coetenfao fon Chevalier
Nij
148 MERCURE
1
d'Honneur , & M. le Chevalier
d'Hautefort ſon premier
Ecuyer : fur la droite Madame
la Ducheffe de S. Simon ſa
Dame d'Honneur , & Madame
la Marquise de Pons faDame
d'Atour : Madame laComteſſe
de Clermont , Madamela
Marquiſe de Beauvau , Madame
la Marquiſe d'Armenticres
,Madame la Comteſſe d'Aidies
ſes Dames du Palais y
étoient auſſi , & tous ſes Officiers
des Gardes , Cette Princeffe
alla à l'Offrande &donna
dix loüis d'or , & fitbeaucoup
de liberalitez à toutes les Quêteuſes.
GALANT. 149
Le 8. Sa Majeſté entendit
l'Office des Tenebres chantées
par la muſique : le 9. Jeudy
Saint le Roy entendit le Sermon
de la Cene deM. l'Abbé
deBollioud , aprés quoy M. le
Cardinal de Rohan grandAumônier
de France , fit l'abſou .
te , & Sa Majeſté lava les pieds
à douze pauvres : les plats furent
portez par M. le Duc
d'Orleans , M. le Comte de
Charolois , M. le Prince de
Conti ,M. le Prince de Dombes
, Mole Comted'Eu , M. le
Comte de Toulouſe , M. le
grandPrieur deFrance ,& par
Niij
SO MERCURE
les Maiſtres d'Hoſtel du Roy ,
M. le Duc grand Maiſtre de la
MaiſonduRoy étant à la têre:
enfuite Sa Majesté alla à l'Egliſe
des Feüillans où elle afſiſta
à l'Office : le 10. Vendredi
Saint S. M. retourna auſſi à la
même Egliſe où elle entendit
l'Office & fit l'adoration de la
Croixcomme tous lesPrinces,
Le 11. Samedy Saint elle entendit
Complies & on chanta
l'Hymne Ofilii &filia'en mu.
fique. Le Dimanche jour de
Pâques le Roy entendit la
grandMeſſe chantée par la
mufique ,& fit rendre lePains
GALANT5
Beni à l'Eglife de S. Germain
ſa Paroiſſe par M. l'Abbé
d'Argentré un de ſes Aumô
niers en rochet , precedé des
tambours , trompettes : les
Pains Benits étoient portez
par les Cent Suiffes ornez de
plufieurs banderoles aux Armes
de France & de Navarre :
l'aprés midy S. M.entendit le
Sermon du Pere de la Ruë,&
Vêpres chantées par lamuſique:
cePrédicateur fituncompliment
qui fut tres - applaudi ,
dans lequel il fit entrer l'éloge
du feu Roy, &lolia S. Mopar
les grandes eſperances qu'elle
Niiij
152 MERCURE
promettoit de ſa pieté &de
fon zele : en effet rien n'eſt
plus ſurprenant que de voir un
Prince de cet age avoir aſſiſté
à tous les Offices de laSemaine
Sainte , & fait toutes les ceremonies
avec la même attention
& toute la decencedu feu
Roy.
Le même Dimanche jour
de PâquesMadame la Ducheffe
deBerry fit rendre lePain Beni
à l'Eglife de S. Sulpice ſa Paroiſſe
, par M. l'Abbé deRouget
un de ſes Aumôniers en
rochet : cet Abbé étoit precedé
des tymbales ,tambours ,
GALANT 153
trompettes ,
grand nombre , les Pains Behaut
bois en
nits au nombre de huit étoient
portez par ſeize Suiffes de la
Garde , ornez de pluſieurs banderolles
aux Armes de Berry
& d'Orleans : cet Abbé pre
ſenta un Cierge àl'Offrande ,
ſur lequel on avoit fiché dix
loüis d'or : il donna auſſi àMadame
la Marquiſe de la Rochefoucault
qui quêtoit pour
Madame laDucheſſe de Berry ,
à Madame de Pomponne , à
l'Oeuvre , au luminaire du S.
Sacrement ,& à toutes les autres
quêteuſes ; & en fortant:
曹
154 MERCURE
de l'Egliſe il donna à tous les
pauvres qui s'y trouverent un
écu de cent ſols à chacun. Ma
damela Princeſſe , M. le Duc ,
Mademoiselle de Clermont
entendirent la grandMeffe
dans cette Eglife. Madame a
affiſté à l'Office des Tenebres
dans des Maiſons Religieuſes ,
& communia le Jeudy Saint
par les mains de M. l'Abbé de
Magnas ſon premier Aumô.
nier dans l'Egliſe des.Eustache
ſa Paroiffe : elle fit auffi rendre,
le Pain-Beni le jour de Pâques
dans la même Eglife par M.
l'Abbé Berthet un de ſesAu-
:
GALANT. 155
môniers , precedé des tymbales
, tambours & trompettes ,
les Pains Benits étant portez
par les Suiſſes ornez de plu-
Geurs banderolles aux Armes
d'Orleans & de Baviere. M. le
Duc d'Orleans qui a aſſiſté à
tous les Offices de la Semaine
Sainte avec le Roy , communia
le Samedy Saint dans l Egliſe
de S. Eustache ſa Paroſſe
par les mains de M. l'Abbéde
Treſſan ſon premier Aumônier
, & le Dimanche jour de
Pâques il entendit avec Madame
la grand Meſſe & les Vê
pres dans la même Eglife.
156 MERCURE
Le7.de ce mois M. leComte
de Naſſau , Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur Palatin ,
cût audiance de congé du Roy
conduit par M. le Mar quis de
Magny Introducteur des Ambaſſadeurs
qui étoit allé le
prendre en ſon Hôtel dans les
carroffes de Sa Majesté. Le même
jour M. le Maréchal de
Villeroy qui avoit preſenté le
Contrat de ſon petit fi's à fi
gner au Roy avec Mademoiſelle
de Luxembourg , le preſenta
auffi à Madame la Du
cheffe de Berry au Luxem
bourg , & cette Princefle don
GALANT. 157
du
na enfuite la premiere audiance
publique au ſieur Martine ,
Envoyé Extraordinaire
Landgrave de Heffe Caffel ,
conduit par M. le Marquis de
Magni Introducteur, qui étoit
allé le prendre en fon Hoſtel
dans les carroſles de Madame
laDucheſſedeBerry: ?
Suite des Nouvelles deParis.
M. l'Abbé de Gufman
vient de nous faire voir une
eſpece de cuiſine nouvelle , qui
eft une veritable cuiſine de
cabinet, Le feu y est tout allu
1
158 MERCURE
mé dans un moment , il n'y
ſçauroit fumer. La baterie de
cuiſine ne s'y ternit pas ,& ce
qui s'y prépare eſt d'un goût
fort exquis,&qui furpafle de
beaucoup celuy de la cuiſine
ordinaire ,fur tout le rôti qui
eft incomparable. Le Soleil
dont les rayons ramaffez n'avoit
ſervi juſqu'icyqu'àbruler
& àdétruire tourt , eft obligé
de rendre encore ce ſervice à
l'homme. On en ramaffe les
rayons avec un ménagement
tel , qu'on peut appliquer la
main au foyer ſans en être incommodé
, & ce qu'il y a de
GALANT9
bien plus
plus avantageux pour le Public
c'eſt que la dépenſe de la machine
eſt fort médiocre. Les
Dames y pourront faire le
Thé& lleeCCaaffffeé avec bienplus
de délicateſſe & de propreté.
Ceux qui aiment la bonte
chere y auront dequoy lapouf.
fer plus loin , ſans que leur
ſanté en fouffre ;& les Medecins
& les Chymiſtes y trouveront
un feu bien plus pur ,
plus égal & qu'on peut augmenter
& diminuer par des
dégrez infenfibles tant qu'on
youdba
L'Abbé de Gufman inven160
MERCURE
4
teur de cette machine a eſté
Bibliothequaire du Roy de
Portugal ,&fon Lecteur dela
chambre , & fort eſtimé de Sa
Majesté ,à cauſede ſongenie.
Il eſt affez connu d'ailleurs par
fon cau Brésilienne dont il ſe
fertpour faire plaiſir à ſes amis
qui a produit ici des effets fi
furprenants ſur toute forte de
maladies , que bin des gens
diſentde cette eau qu'ellevaut
ſeule preſque toute la Medecine,
dont les ſecrets n'ont pû
ſervir de rien pour prolonger
les jours des perſonnes deconfideration
dont je vais vous
apprendre
GALANT. 161
-P
apprendre les noms & les qualitez.
2
:
MORTS.
Meffire Gratien de Menardeau
, Seigneur de Champré ,
Jarnicu , Labroffe , Charboniers
& autres lieux , mourut
icy dans ſon Hôtel le premier
de ce mois âgé de ſoixan
te dix ans. Ce Seigneur eſtoir
tres- eſtimé ayant reſté preſque
toute la vie à la Cour ; ayant
eſté employé daris des négo
ciations importantes par le
feu Roy qui l'avoit envoyé en
Avril 1716. Ο
162 MERCURE
Flandres au feu RoyGuillau
me lorſqu'il y commandoit
l'armée,& enſuite enAngleterre.
Ileſtoit tres inſtruit des
intereſts des Princes , & donnapluſieurs
Memoires auRoy
qui furent fuivis avant la Paix
de Riſwick : il avoit épousé
N.de Lagarde , Veuve de Mi
le Févre , Intendant des Bâti
mens qui mourut il ya 7. à
ans, dont il n'a point cu
fans.
8
d'en
: La Famille des Menardeau
eſt une des plus anciennesNo
beffes du Comté Nantois en
Bretagne :Elle tire fon nom
GALANT. 163
i de la Terre de Menardeau ,
qui eſt un Château auprés de
la Mer. Noël de Menardeau ,
Chevalier , Seigneur de Beaumont,
alla s'établir enGuienne
& épouſa Anne de Mulet, ce
fut celuy là qui acheta la Terre
de Beaumont : il eut pour
fils Claude de Menardeau ,
Maître des Requêtes en1598.
Conſeiller d'Etat en 1610. &
duConſeil de laDirection des
Finances. Il époufaGenevieve:
Dufault à Bordeaux , c'eſt le
premier de cette Famille qui
entra dans la Robe : il eut de
fon mariage Charles deMe-
Oij
164 MERCURE
nardeau Maîtredes Requêtes,
qui de fon mariage avec Geneviève
de Foulé cut François
de Menardeau Maître des.
Requeſtes aufli , lequel d'Helene
- Benoiſe ſa femme eut
pour enfans Leonard de Menardeau,
N...Religieux de Ste
Geneviève, Pheur de Ste Catherine
de la Coûture à Paris ,
&Vifiteur General,N... Chanoine
auffi Regulier de Ste
Genevieve& Prieur de Fontenay
en Bric. Voilà la premiere
branche.
Claude de Menardeau avoit
eu auſſi de ſa femme GenevićGALANT.
165
ve DufaultGratien de Menar
deau , Confeiller en la Grand-
Chambre , Seigneur de Ste
Croix , qui de Catherine Le
bret fon Epouſe eut pour en
fans Françoiſe de Menardeau
mariée à M. de Choiſetul ,
Comte d'Hôrel , ils curent
pour enfans M. le Marquis
de Praſlin tué à la bataille
de Luzarra où il ſe diftingua
de même qu'à Crémone , qui
de ſon mariage avec N. de
Choiſeüil n'a qu'une fille mariée
à M. le Marquis de Renepont.
M. le Marquis de
Praflın a laiſſe une ſoeur mariéc.
166 MERCURE
àM. le Marquis de Vins. Fran
çoiſe de Menardeau ſe remaria
avec le Marquis de Vindé.
Gratien de Menardeau eut encore
pour enfans Elizabeth ,
mariée à Denis de Sallo Conſeiller
à la grand Chambre ,
tres- connu dans la Republiquedes
Lettres , ce fut lui qui
fit le premier le Journal des
Sçavans : de ce mariage ſont
fortis N... de Sallo étably à
Rome : trois filles Religieuſes,
deux aux petites Cordelieres
dont l'une eſt Abbeſſe , à laquelle
ſa grande pieté, ſa vertu
, fon zele ont attiré des af
GALANT. 167
faires qui font ordinaires aux
faintes perſonnes , & qu'elle a
foutenu avec une force&une
refignationdignedes premiers
Chrétiens . Cette Elizabeth de
Menardeau ſe remaria avecM.
de Luine-Vallier , Conſeiller.
du Parlement , dont elle cut
MadamelaComteffedeBuffy.
Voilà la deuxième branche.
Claude de Menardeau cut .
auſſi de Geneviève Duſault ,
Claude de Menardeau , Scigneur
de Champré , Doyen
de la Grand Chambre , Confeiller
d'Etat ordinaire , Dire-
Eteur & Controlleur General
16.8 MERCURE
De
des Finances , qui ſoutint avec
vigueur les intereſts du Roy
pendant les guerresCiviles.
fon mariage avec Catherine
Henry, il eut pour enfansGratien
de Menardeau qui vient
de mourir fans enfans ; trois
filles Religieuſes, deux aux petites
Cordelieres &une à Pon
toiſe, Maric-Renée de Menardeau
unique heritiere de ſon
frere, Veuve de Meffire Loüis-
François de Loſtanges , Chevalier
Seigneur Marquis de
Beduer , Colonel d'un Regi .
ment d'Infanterie. Le Mercure
a ſouvent parlé de cette
Dame
GALANT. 169
Dame à l'occaſion de Meffieurs
ſes Enfans : Elle en avoit
cinq Capitaines de Cavalerie
&un d'Infanteric, dont trois
ont efté tuez dans cette der
niere guerre , & les trois autres
bleſſez à la tête des Eſcadrons
qu'ils commandoient
aux Meux batailles d'Hochter,
à celles de Fredelinghen , de
P'Eftingue , Malplaquet & de
Flerus, dans toutes leſquelles
Meſſieurs ſes Enfans ont répandu
leur fang: Elle en a encore
deux dans le Service , qui
font M. le Marquis de Lof
tanges,Capitainedans Lenon-
Avril 1716. P
1
170 MERCURE
F
court Cavaleric , & M. le Chevalier
de Beduer Capitaine
•dans Louvigni .
C La Maiſon de Menardeau
eſt alliée à celles de Choiſeüil,
Praflin ,d'Aumont, de Loſtanges
, faint Alvaire , Neſmond ,
Ie Coq, & de Sallo le Bret : ce
fut Catherine le Bret qui fit
dreffer une Epitaphe qu'on
voit à faint Eustache prés le
Choeur , où il eſt dit de Gratien
de Menardeau , inter Britannos
illuftriffimaGens orta.
Dom François Marie de
Paule Tellez ,Giron , Duc
d'Offone ,Comte d'Uruenna ,
GALANT. 171
Marquis de Pennafiel , CamareroMayordu
Roy d'Eſpagne,
Notaire Mayor de Caſtille ,
Clavero Mayorde Calatrave ,
General des Armées de Sa Ma .
jeftéCatholique , Gentilhomme
de ſa Chambre , Capitaine
de la premiere Compagniedes
Gardes du Corps ,& fon premier
Plenipotentiaire à l'Afſemblée
d'Utrecht , mourut la
nuit du 2. au 3. de ce mois
âgé de 38. ans. :
Marie Fouquet , épouſe
d'Armand Duc de Bethune ,
Pair de France , Gouverneur
des Ville & Citadelle de
Pij
172 MERCURE
Calais , Fort de Nieulay , Pays
conquis & reconquis , Lieutenant
General pour Sa Majeſté
dans les Provinces de Picardie,
Haynaut& Boulonois , Commandeur
des Ordres de SaMajeſté
, cy devant Capitaine
d'une des quatre Compagnies
des Gardes du Corps du Roy ,
mourut encette Ville le 14.
de cemois âgée de 75. ans
aprés 59. ans de mariage revolus
, ayant eſté mariée le 12. de
Fevrier 1657.Elle étoit fille de
Nicolas Fouquet Miniſtre d'Etat
, Surintendant des Finances
&Procureur General au Par-
,
GALANC . 173 .
lement de Paris , mort à Pignerol
en 1680.& de Loüife
Fouché, Dame de Queillac, fa
premiere femme , decedée en
1641. il eſt forti de ſon mariage
pluſieurs enfans , dont il
reſte deux en vie,ArmandJean
deBéthune Duc de Charoft ,
Pair de France Capitaine des
Gardes du Corps. de Sa Majefté
, Lieutenant General de fes
Armées Gouverneur des
Ville & Citadelle de Calais ,
Lieutenant General pour Sa
Majefté en Picardie ; & Bafile
Loüis de Bethune , Chevalier
de Charoſt , Capitaine
de Vaiſſeau .
,
Piij
1
174 MERCURE
Dame Elifabeth Carré , veuve
en premieres nôces de Meffire
René Coycault , Seigneur
de Cherigny , Conſeiller au
Parlement , & en ſecondes de
Meffire Jean Hay , Marquis
du Chastelet , mourut le 9 .
Mars : elle étoit ſoeur de Mef
fire Guy Carré , Seigneur de
Montgeron , Maiſtre des Requêtes,&
cy devant Intendant
àBourges , & de Dame Marie
Carré,femme de Meſſire Loüis
de Machaut , Seigneur de la
Bourfiere & de Bellenave ,
Conſeiller au Parlement , &
elle étoit fille de Guy Carré,
i
GALANT 175
!
Seigneur de Genoulli & de
Montgeron , Secretaire, du
Roy & Greffier du Confeil ,
mort l'an 1673. &d'Eleonor
Danguechin .
Meffire Droüin , Seigneur
de Boiſemont , Lieutenant
Colonel du Regiment de Ber
ry , Cavalerie , &Chevalier de
l'Ordre Militaire de S Loüis,
mourut le 30. Mars.
* Dame Marthe du Val ,
veuve de Mefſfire René Lan
doüillet de Logiviere , Marquis
de Maule , Commiflaire
general de l'Artillerie de la
Marine, Capitaine des Vaif-
Piiij
176 MERCURE
de
ſeaux du Roy , & Chevalier
de l'Ordre de S. Loüis , mou.
rut le 31. Mars , laiſſant entr
autres enfans Dame Charlotte
Landoüillet de Logiviere, mariée
depuis l'an 1709. avec
Michel-Gabriel- Raphaël
Beauvais , Seigneur de Gentilly
, Baron de Beauvais , cydevant
Capitaine des Chaſſes
de la Garenne du Louvre .
DameMarguerite Mandat ,
veuve de Meffire Ferry Mallet
de Graville , Marquis de Valſemé
, mourut le premier
Avril : elle étoit couſine de
Mrs Mandat , Maistre des
J
GALANT. 177
Comptes , & Confeiller au
Parlement , & fille de Nicolas
Mandat, Maiſtre des Compres
à Paris , & de Françoiſe Petit ,
& petite fille de Galiot Mandat
, reçû Secretaire du Roy
dés l'an 1572. forti d'une
famille originaire de la Ville
de Limoges. Feu M. de Val .
ſemé ſon mari étoit forti des
Seigneurs deGrameſnil ,branche
de la Maiſon de Mallet
Graville , l'une des plus anciennes
& des plus illuſtres de
la Province de Normandie.
Meſſire Louis Fayer,Comte
de Serris ,Seigneur de Piſcop ,
l
178 MERCURE
Conſeiller honoraire au Parle
ment de Paris , où il avoit eſté
reçû dés le 14. Février 1659 .
mourut fans alliance le 6.
Avril: il étoit fils de Meſſire
Nicolas Fayet , Seigneur de
Groflay & de Piſcop , Confeiller
au Parlement , mort en
1676. & de Dame Marie Lo.
tin de Charny , petit fils de
Meffire Nicolas Fayer, Préfident
des Comptes à Paris en
1615. & de Diane Sublet
d'Heudicourt & arriere petit
fils d'Antoine Fayet, Treforier
general de l'Extraordinaire des
Guerres.
GALANT. 179
Meffire Charles Witaffe ,
Docteur de la Maiſon & Socicté
de Sorbonne , & Profeffeur
Royal en Theologie ,
mourut le 10. Avril , generalement
regretté deshonneſtes
gens.
Meſſire Joachim de Lionne ,
Comte de Lionne , premier
Ecuyer de la grande Ecuriedu
Roy , mourut le 31. Mars :
il étoit fils de Meffire Artusde
Lionne , mort Doyen de la
Chambre des Comptes de
Grenoble& petit fils deSebaftien
de Lionne , Seigneur de
Flandennes&de Leiſſens,Tre-
7
180 MERCURE
forier general de laProvincede
Dauphiné. Il étoit couſin ger
main de feu Meffire Hugues
de Lionne , Marquis de Frefnes
, Seigneur de Berny , Minif
tre& Secretaire d'Etat , Commandeur
& Maître des Ceremonies
des Ordres du Roy ,
ayeul de M. le Marquis de
Lionne d'à preſent.
Il commença par exercer une
Charge de Conſeiller au Parlement
de Grenoble ; mais la
tranquillité de cette profeffion
ne s'accordant pas avec ſon
inclination guerriere , il la quitta
pour ſuivre celle des armes,
GALANT. 181
il ſe diftingua fort en Afrique,
où il ſe vit pluſieurs fois expoſé
au danger de ſe voir mangé
par les Mores ; mais en
étant miraculeuſement rechapé
, il vint en Flandres , où il
ſervit avec la même valeur
contre les Eſpagnols ; il traita
depuis de la Charge de premierEcuyer
de la grande Ecurie,
mais il n'en faifoit plus les
fonctions il y avoit déja longtemps
, lors qu'il eſt mort :
les plus grands politiques & les
plus vieux nouvelliſtes du Jardin
Royal des Tuilleries le
reconnoiſſoient tous pour leur
182 MERCURE
Chef fouverain , & ils le re
gardoient comme un prodige;
auſſi veulent-ils que le terrible
Phenomene qui parut il y a
quelque temps en Angleterre
ait annoncé ſa mort , comme
il arrive affez ordinairement à
lamort desgrandshommes.
Le Jeudy deuxiéme Avril ,
leCorps de Marie Caſimirede
la Grange d'Arquian , Reine
Doüairiere de Pologne , par
ordre de Madamela Comteffe
d'Arquian ſa Dame d'Honneur
, fut tranſporté de fon
Appartement du Château de
Blois où il étoit depuis ſa mort
GALANT. 183
ſur un lit de parade , à l'Egliſe
de S. Sauveur, Paroiſſe duChâteau,&
mis en dépoſt en attendant
les ordres des Princes
ſes Enfans , dans la mêmeChapelle
où ont eſté expoſez les
Corps de la Reine Catherine
de Medicis, de Gaſtonde France
, d'Anne deBretagne , &de
pluſieurs autresPrinces &Princeffcs.
L T
Le lendemain troifiéme du
mois fut fait un Service ſolemnel
où officia M. l'Evêque
de Blois accompagné de ſon
Clergé ; toute la Cour de la
feue Reine aſſiſta àla ceremo-
1
184 MERCURE
nie, àla teſtede laquelle eſtoit
Madame la Comteſſe d'Arquian
ſa Dame d'Honneur.
L'Oraiſon funebre fut prononcée
par le Pere de Couvrigni
, Jeſuite.
Paſſons aux Mariages.
MARIAGES.
Meffire Loüis - François -
Anne de Neufville , Marquis
de Villeroy , fils de M. le Duc
de Villeroy , &petit- fils deM.
le Maréchal Duc de Villeroy ,
a épousé le 14. de ce mois Mademoiselle
de Luxembourg ,
fille
GALANT. 185
fille de Medire Charles François
Frederic de Montmorency-
Luxembourg , Duc de Luxembourg
, Lieutenant General
des Armées du Roy , &
Gouverneur de la Provincede
Normandie , & de feuë Dame
Marie Gillonne Gillier de Clerembault
ſa ſeconde femme.
Je vous ay déja tant de fois
entretenu de la Maiſon de
Neufville Villeroy , qu'il me
doit ſuffire de vous dire ici que
M. le Marquis de Villeroy ne
pouvoit faire une plus grande
alliance , puiſque la Maiſon de
Montmorency eſt ſans con-
•Avril 1716.
1
186 MERCURE
!
tredit la plus illuftre du Roïaume.
* M. le Marquis de la Vieuville
, qui a cſté Chevalier
d'Honneur de la Reine Maric
Thereſe , de la Maiſon duquel
j'ay parlé dans les Journaux
precedents , a époufé en troifiémes
noces le 21. de ce mois
la Veuve de M. de Breteüil Baron
d'Ecouché , Conſeiller de
la grand Chambre du Parlement
de Paris ; cette aimable
Veuve nec en 1660, du mariage
de Charles Comte de
Froullay , grandMaréchal des
Logis, Chevalier de l'Ordredu
GALANT. 187
S. Eſprit , & d'Angelique de
Baudeau de Parabere , ſoeur de
la Maréchale Ducheſſe de Navailles
,Dame d'Honneur de
la Reine , eſtde même Maiſon
que M. le Maréchal de Teſſé ,
Grand d'Eſpagne , Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit ,&General
des Galeres.
Arrêtez vous un moment
ici , Mademoiselle , & trouvez
bon que je vous invite à
lire une Ode que M. Gabriel
Capitaine de Dragons , a faite
à la louange de Monfieur le
Duc d'Orleans , & qu'il a eu
Qij
188 MERCURE
l'honneur de luypreſenter.Ce
Prince l'a receue le plus obligeamment
du monde. M.Gabriël
diftingué par ſes ſervices
comme par le goût qu'il a
pour les Lettres , réüffiroit en
Maiſtre de l'Art dans celuy de
faire des Vers , fi fa qualité
d'homme de guerre ,&la vivacité
de ſon genie ne luy
avoient pas donné un ſtylehardy
qu'il ne veut pas prendre la
peine d'aſſujettir à la ſeverité
des regles. Voicy ſon Ode.
:
GALANT. 189
ODE :
AMonseigneur le Duc d'Orleans,
Regent du Royaume.
Prince éclairé, dontle courage,
2. Respectéde nos ennemis
Par unepolitiqueſage
Les force d'être nos amis..
Pendant que l'Europe en allarmes
Du Croiſſant redoute les armes ,
Ta vertunousfertde rempartss
Etnousflatte de l'esperance
De voir triompher les beaux Arts
१
Et laPaixregner dans laFrance.
HerosquandfurtoutelaTerre
190 MERCURE
Rien n'égale vostre valeur ,
Qu'il fied desefaire la guerre
Etn'avoir que soy pour Vainqueur.
CeCefar, cegrand Alexandre
Pourn'avoirpû d'euxsedéfendre
Ont éprouvez degrands revers.
En vain ornédu Diadême ,
Onfait trembler tout l'Univers
Si l'on est maître de ſoy-même.
De Pallas avec le courage
Noust'avons vû dans les Combats,
Prince,t'exposer au carnage
Alateſte de nos Soldats :
Etgouvernantparlaſageſſe
GALANT . 191
De cette prudenteDécffe
Tuvasfixer noftre deſtin .
Sous ton équitableRegence ,
Ainsique l'Aurore au matin
Se montre ànosyeux l'opulence.
CommeJupiter par lefoudre
EcrafalesaffreuxTitans,
TaJustice réduit en poudre
Ces monstres qu'on nomme Traitans.
Tufuis l'ambition de Fule ,
Pourfuivrel'exempled'Hercule
Cefar tout grandfut odieux ,
Hercule qui doitsa naißance
Au plus puiſſant de tous les
Dieux
192 MERCURE
Ainfifignalasa vaillance.
Des coups de ton bras redoutable
Je vois tomber ce monftre affreux
Qui ſe rendoitfiformidable ,
Nourri dufangdes malheureux :
Qui nous devorantfaisoit croire
Qu'il contribuoit à la gloire
D'un Monarque qui fut fi
grand:
Mais defon flanc épouvantable
C'est l'or qui coule au lieu de
Sang,
Laſource en estinépuisable..
Peuple pourfinir ta mifere
En
GALANT. 193
L
1
En vain par les plus grands
travaux
Tu cherches ausein de ta mere
Le contre-poisondetes maux.
Plus tu parois infatiguable
Etplus ce monstre infatiable
Engloutit tes riches trefors :
Mais Philippes àtes voeux propice
Va t'aiderparde grands efforts
Avaincre un monstre d'avarice.
$
Y
Venezmalheureuſes victimes
Duluxe &de l'ambition ,
Venezen confefſant vos crimes
Meriterſa compaſſion:
Safeverité vous étonne
Avril 1716. R
1
194 MERCURE
Dans le temps queJupiter conne
Il avertit le criminel :
Etqui meriteſa vengeance
Bienſouvent au piedde l'Autel
Reffent l'effet de sa clémence.
;
12
ॐ
Conformez - vous dans l'abondance,
Sur l'exemple de ce Vainqueur ,
Maistre abfolu de l'opulence
Encore plus maistre de ſon coeur.
Voyezsa vertu , sa naiſſance
Méprifer la magnificence
Des honneurs qu'on doit àfon
rang;
Mais moins il exige d'hommage
Etplus à nos yeux il est grand
GALANT . 195
Par lagrandeur defon ouvrage.
Et vous Guerriers dont la
vaillance
Nourrie au milieu des hazards
Attend avec impatience si
De voir briller vos étendarts.
Moderez vostrefier courage ,
Et vous reposez à l'ombrage
Deſes palmes, defes lauriers ;
Pour vous le Heros toûjours
veille
Il cherit en paix les guerriers ,
Et le courage quiſommeille.
Déja la troupe venerable
Des Ministres de l'Immortel
Rij
1,6 MERCURE
Avec un zele charitable
4
Vous fait part des bienfaits dw
Ciel.
Et le Prince qui les diſpenſe
Parune celeste prudence
Unit le guerrier avec eux.
Serviteurs du Dieude la guerre ,
Enſemble au Ciel faites des
Vaux
Qu'il le confervefur la terre.
PLACET.
Jadisj'étois en pied, àpresent
reformé,
GALANT. 197
Afon Prince ma Muse avoüe
avecfranchise
Que vingt ans deſervice ontfon
bien consommé,
Et qu'il a grandbeſoin dufecours
de l'Eglife,
ॐ
On vous a tant de fois
entendu faire l'Eloge de la
Poësie , que cela me donne
licu de croire que vous ne
vous rebutez pas de lire des
Vers , liſez donc encore ceuxcy,
Mademoiselle, je vous réponds
qu'ils n'ont rien d'ennuyeux
, au contraire vous
trouverez dans le Papillon vo-
Riij
198 MERCURE
lage , dont vous allez voir
l'Eloge , des traits de legerté ,
qui vous ſembleront faits
exprés , pour vous montrer
un Portrait qui ne reſſemble
pas mal au vôtre,
LE PAPILLON ,
Cantate on Ode allegorique.
4207
Recitatif.
Vers des bords émaillez , où
chaquefleur naiſſante
Exhaloitdans les airs mille douces
odeurs
Lajeune Iris goûtoit la douceur
innocente
THEQUE
VILLE
194ON
belles
flear7893
**
DQueacnücdilldiur lseseipnlusd'un beauty
cette jeune mortelle ,
Apperçut voltiger un Papillon
badin :
Arreste , volage,dit-elle ,
Peux- tu toûjours voler en vain.
Air.
CePapillon volage
Effraïé du langage ,
Delajeune beauté ,
Vole vers un bocage ,
Et confie aufeuillage
Sa chere liberté.
R iiij
200 MERCURE
Les coeurs legers ,fans ceffe ,
D'un lienqui les preffe
Cherchent às'écarter :
Laplus vivetendreſſe
Leurſemble une foibleſſe
Qu'ils ont ſoin d'éviter.
Ce. Papillon ,&c .
Recitatif.
Envain d'un pas leger Iris
croit leſurprendre ,
Il s'échape toûjours àses efforts
•preffans.
L'aimable Iris , dont les charmes
naißans
GALANT. 201
Forçoient mille coeurs àfe rendre;
Fit connoiſtre en ces mots ,qu'on
ne doitpas s'attendre
Qu'un coeur leger se livre àdes
noeuds innocens .
Air
Un volage eft invincible
Ilsedérobe àchaque inftant :
On triomphe d'un inſenſible
Jamais ,jamais d'un inconftant.
Beauté, qui poffedez les armes
Qui nous oftent la liberté ,
Vous n'avezpoint affez dechar.
mes
Pourfixer la legereté.
202 MERCURE
Un volage , &c.
Recitatif.
:
Le Papillon content d'avoir
fuy l'esclavage
Donne un nouvel effort àſa legereté.
Une jeune Amarante àfon premier
hommage ;
Il s'en laffe, il s'envole ; esjamais
arrêté
On le voit voltiger defleurette en
fleurette,
Lechoix feul des plaiſirs rendfa
flame inquiette.
L'épine de la roſe , &des lys les
froideurs;
GALANT. 103
i
Le rendent inconstant pour une 3
violette.
Bientoft la joüißance étouffantfes
ardeurs
Il court les ranimer fur des oeillets
ftateurs.
Volage ! mais heureux ; dansfa
tendre amourette ,
Il goûte àchaque inſtant,de nou-
2. velles douceurs .
Air.
Les Papillons les plus volages
Satisfont toujours leurs defirs ,
Plus ils offrent d'hommages
Plus ilsreçoiventdeplaisirs.
204 MERCURE
Volez , volezfans preference
Atous les objets de vos feux ;
N'ayezde la perfeverance
Qu'autant qu'ilfaut pour être
heureux.
Les Papillons ,&c.
Par Monfieur de S ... Auteur
des Vers libres à Mademoiſelle
de V. imprimez dans
lemois dernier.
MADRIGAL ,
du même.
Un Papillon laſſfédevolerfur
lesfleurs
GALANT. 205
.
S'arrêta ſur leſein de l'aimable
Sylvic ;
Mais le plaisir qu'il eût de ces
raresfaveurs
Bientoft luy déroba la vie.
Ah! quelfort ,pourun inconstant,
De mourir en baisant cette jeune
mortelle :
Ace prix , moy quifuisfidelle
Helas ! je mourrois trop content.
En voici encore d'une autre
eſpece ; mais quoy que la
matiere en ſoit plus ſerieuſe ,
je ne vous prie pas moins de les
lire. Ils pourront peut être un
jour vous ſervir à l'éducation
206 MERCURE
de Meffieurs vos enfants , ils
font encore dans les eſpaces
imaginaires ; mais vous êtes ,
grace au Ciel , d'une bonne
complexion ,& il ya licu d'efperer
querien nevous diſpenfera
de ſubir à la fin la rigueur
des Loix. :
UnAvocat au Parlement a
fait une Epiſtre en Vers François
, où il s'eſt propoſé d'inftruire
un jeune homme de la
même Profeffion ; & de luy
marquer la conduire qu'il doit
tenirdans ſes Etudes. Pluſicars
perſonnes , qui ont vû cette
Piece , ont crû qu'on enpourGALANT.
107
コ
2
roit extraite quelques morceaux,
qui nedéplairoient pas
auxgens du métier,
L'Auteur commence par
un avis tres connu ,&tres important
, qui eſt d'étudier avec
affiduité les Ordonnances , le
Droit , & les Coûtumes.
LesOrdonnancesfont, autant
1 qu'il plaît aux Rois ,
Pour chacundes Sujets d'inviola
bles Loix.
L'intelligence en estd'autant plus
neceßaire ,
: Quefans elle on ne peut conduire
aucune affaire.
208 MERCURE
Jeune encore , tu deurois les lire
nuit &jour. :
En leur vaste recücil, comme en
un beau Séjour ,
"
LaJustice paroist s'estre enfin retirée,
Pourêtredenouveau des mortels
adorée.
Quoyquel'étude des Textes
ne puiſſe être trop recomman.
dée , il eſt vray cependant ,
pour ce qui regarde les Loix
Civiles , qu'il n'y a point de
guide plus fûr que le celebre
feu M. Domat , Avocat du
Roy au Préſidial deClermont,
qui
GALANT. 209
qui les a rangées dans un tresbel
ordre .
Il démontre des loix la conſtante
équité ;
Sur leur nuage épais il répand la
clarté :
Celles qu'unſens mal pris fait
paroiſtre contraires ,
Ouqu'on n'entend pas bien mal.
grélesCommentaires ,
Illes metdans leurjourſi naturellement
Que les Lecteurs enfontfrappez
d'étonnement.
On ne dira rien ici des Coû
Avril 1716. S
1
५ 210 MERCURE
!
tumes, ni des autres connoiffances
eſſentielles , qui font
amplement detaillées dans l'Epiſtre.
Tous ceux de la Profeffion
en ſont ſuffisamment informez
par les differens Traitez
rendus publics fur cette
matiere. On fe contentera de
parler d'études moins ferieu-
Ies ,&plus recréatives.
10
Lorſque tufentiras ton ardear
valentie ,
Etparun durtravaillatête appe-
Santie;
Quitte l'étude , ou bien , lis quelqueplaidoyer
GALANT. 211
Qui puiſſe en même temps l'inftruire
&t'égayer.
Patru ,le Maître , Erard , tous
trois mis en lumiere,
Se fontfort signalez dans cette
ample carriere.
Leſtile du premier eft coulant,
clair, aifé.
Lesecond à bon droit peut être
proposé
Aceuxqui recherchant le grand
&&le lefublime ,
Demandent que toûjours noblement
on s'exprime.
Erard bien plus moderne ,&non
moins éloquent ,
De perfuafion impetueux torrent ,
Sij
212 MERCURE
N'allegue enſes Discours aucune
raiſon vaine,
Et par force àſonſens tous les
Lecteurs entraîne.
Les Factums font auffi propres
délaffer.
De differens endroits il en faut
amaßer..
Souvent unAvocat par cegenre
d'écrire
Dans le monde plaideur tâche de
s'introduire :
Même les plus fameux appliquent
leur efprit
Apolir&limer cetteforted'écrit.
Combien n'y voit- on point de
chofes remarquables
GALANT. 213
Deportraits nonflattez,d'images
agreables ?
L'étude des Plaidoyers &
desFactums conduit à celledes
belles Lettres , qui ne contribuënt
pas peu à la perfection
de l'éloquencedu Barreau.
Apprens àte connoiſtre en bonne
Poësie :
Lis-en de temps en temps quelque
Piece choifie.
Les livres deGrammaire , amaffezavecſoin,
Te pourront même encore amuser
au besoin.
214 MERCURE
Nefois pas infenfible aux traits
d'uneHarangue
Où l'on voit éclater les charmes
de lalangue.
Contemple quelquefois l'homme
capricieux ,
Inconstant ,fier, injuste , avare ,
ambitieux:
D'excellens Ecrivains ont peint
ces caracteres,
Et dévoilédu coeur les plusfecrets
myſteres ..
Va puiſer dans l'Histoire un
⚫ grand nombre defaits
Curieux Surprenans ,&digne
d'être extraits..
Sçache ce qui ſepaſſe en la LitteGALANT.
21
rature
Aidépar lesJournaux de diverſe
nature ,
ImprimezàlaHayezàTrevoux,
Barit. :
Joins-y Bayle & Bafnage ; ils
ont encore leurprix.
Pourvû que tout cela nefoit que
l'acceffoire
Tu rempliras ton rangavec honneur
&gloire.
Remets cette lecture aux momens
de loiſir :
Cherche l'instruction juſques dans
leplaifir.
L'agreable en un mot doit ceder à
l'utile.
216 MERCURE
Cequi plaiſt ſans inſtruire est
ingrat&ftérile.
ॐ
Vous voicy enfin arrivée,
Mademoiselle , à l'article du
Livre qui vous plaira davantage.
C'eſt une hiſtoire amoureuſe
& peu , prou , ou point
intereſſante,qu'importe ? c'eſt
toûjours une hiſtoire ; eft il
rien de plus amuſant pour
une jeune perfonne ?
HISTOIRE.
Une jeune &belle Veuve,
(dont pour raiſon je tairay le
nom
GALANT. 217
nom& la Province ) amoureuſe
depuis trois ans d'un jeune
Marquis ,s'ennuya enfin d'aimer
toute ſcule. La maiſon
de ſon Amant n'étoit qu'à
une petite diſtance de la ſienne,&
ce qui la deſeſperoit ,
étoit que malgré la proximité
du voisinage , le Marquis
n'eût pas témoigné ſeulement
la moindre envie de
la voir ,&que ſon indifferent
voiſin ne la connût tout au
plus que ſur ce que la renommée
pouvoit avoir publié de
ſes charmes ; la liberté dont
fans ceſſe il vantoit les avan-
Avril 1716 . T
218 MERCURE
tages , dans des termes qui retournerent
ſouvent à la belle
Veuve, avoit fait naiſtredans
fon coeur le deſſein de ſoumettre
à quelque prix que ce
fut cet inſenſible , à l'Empire
del'Amour. Un an ſe paſſa cependant
ſans que la moindre
apparence d'un ſuccés favorable
pût flatter ſon attente;
mais le dépit &la colere s'uniſſant
à l'amour , lui donnerent
à la fin de nouveaux
conſeils. Elle ſçavoit de
refte (& c'étoit la plus vive
raiſon de ſa douleur ) que fon
Amant n'avoit d'ardeur qu'a
GALANT. 219
pourſuivre des bêtes dans les
Forêts ,&que la chaſſe faifoit
toute l'occupation & tous les
plaifirs de fa vie. Si je n'avois,
difoit elle encore en elle-mê .
me , qu'une Rivale à combattre
, fi elle pouvoit me diſputer
quelque temps ma conquête
, l'amour éclairé rangetoit
bien-tôt mon Amant
fous mes loix , je ſçaurois du
moins qu'il ſçait aimer ; mais
T'inſenſible eſt livré tout entier
à une paſſion feroce , &
chaque jour ſon ame s'entretient
des plaiſirs les plus oppoſez
à l'amour ; il faut pour-
Tij
210 MERCURE
tant le voir & luy parler , que
riſque avec un mortel de cette
trempe une Amante éperduë,
leplus grand de mes malheurs
ſera de ne le pas perfuader ;
mais il n'importe, courrons en
tous les perils. Ces reflexions
faites , & cette reſolution priſe,
elle fortit de ſon Château
vers les fix heures du ſoir,un
beaujourdu mois de Maydernier
; & fe promenant négligemment
un livre à lamain,
elle s'enfonça dans unbois qui
touchoit aux murailles de ſon
Jardin , elle traverſa des défi ..
lez& ſuivit des routes oùja-
:
GALANT. 221
mais fans l'amour elle n'eût
ôfé aller ſeule ; elle arriva enfin
à une fontaine où on luy
avoit affcuré que ſon Amant
alloit tous les foirs ſe deſalterer&
fe délaffer de la fatigue
du jour.
L
La nuit commençoit àrépandrefesfombres
voiles für la terre,
de funeftes oiſeaux à faire
entendre leurs triſtes ramages,
&la crainte à ſe gliffer dans
ſes veines , lorſqu'elle entendit
enfin le bruit des Cors & des
Chiens qui luy annoncerent
l'arrivée de ſon Amant , qui
vint en effet à la fontaine, où
1
Tiij
222 MERCURE
:
elle l'attendoit agitée de mille
foins, Ah ! Monfieur , luy ditelle
en tremblant dés qu'elle
le vit, vôtre prefence me tire
ici d'une inquiétude mortelle;
la fraîcheur de cette Forêt m'a
invitée à la promenade, la le-
Cure de ce Livre m'a entretenuë
fi agréablement que je
n'ay ſeulement pas fongé à
fuivre une route certaine , &
je me trouve enfin ſeule au
milicu de ce bois ſans ſçavoir
où je ſuis, quoique mamaiſon
ne ſoit pas fort éloignée d'ici.
Madame , lui dit le Marquis,
qui de la vie n'avoit veu une
:
GALANT. 223
fi belle perfonne , l'Univers
entier eſt un aſyle pour vos
charmes ,& les Hôtes les plus
foroces de ces lieux en refpe-
Eteront toûjours l'éclat & la
majeſté ; mais le hazard
vous a un peu trop expoféd
à leur difcretion , la fortune
me rend aujourd'huy le meil
leur office que j'aye encore
reçû d'elle , en m'honorant
du ſoin de vous reconduire
chez vous ; je n'oſe pas vous
demander ſi vous n'êtes pas
Madame la. Comteffe de **
parce que mon crime ſeroit
impardonnable de vous avoir
T iiij
224 MERCURE
pour voiſine , & de ne vous
avoir pas rendu l'hommage
que je dois à vos beautez.
Vous ſçavezmon nom ,Monſieur
, luy dit la belle Veuve ,
ſans être àmon égard coupablede
la moindre impoliteſſe,
& c'eſt à moi-même que je
dois ſçavoir mauvais gré de
n'avoir pas encore reçû la vi
ſite d'un voiſin tel que vous.
Ils prirent cependant le che
min du Château de la Dame,
où ils arriverent å bon port.
Je ne vous diray rien des
penſées tumultueuſes dont
leur eſprit fut agité , aprés
• GALANT
qu'ils ſe furent féparez. Lo
calme eſt dans le coeur des
Amants tantqu'ils joünfentdu
bonheur d'eſtre enſemble , i
l'eſperance erance ddee ſe revoir bientoſt
adoucit en cux la peine
de ſe quitter , elle ne lesaffranchit
pas de toutes les rigueurs
de l'abſence : mais malgré ces
inquiétudes les expedients qu'-
enfantent les reflexions , les
flattent toûjours du ſuccés de
leurs deſſeins.ore bronnen
L'indifferent Marquis aprés
avoir rencontré au fond d'una
Foreſt , la plus belle perſonne
du monde! quels ſoins, dit-il,
:
226 MERCURE
peuvent avoir conduits ſes pas
dans un licu fi reculée ſes rc
gards errants , ſon embarras,
un certain air de melancolic
que l'amour ſeul répand fur
toutes nos actions ont été ſos
guides. N'ay- je pas entendu
quelques ſoupirs échapez de
ſon ſein? toute la jeune No
bleffe de ces cantons jouit
vray-ſemblablementduprivis
legeglorieux d'aller offrir fur
ſon Autel ſes voeux& ſon encens!
ah fans doute elle aime !
&il n'eſt pas poſſible qu'elle
foit expoſée à recevoir tant
d'hommages d'amour ,& qu'-
GALAN . シンブー
elle ſoit belle comme elle l'eft,
fans aimer. Mais quelles conjectures
peuvent m'étonner ?
mon courage doit- il s'effrayer
du danger de diſputer à toute
la terre une ſi belle conquête ?
non , il faut que je triomphe
de mes rivaux , & que j'obtienne
de ſa main , de l'aveu
de fon coeur, le prix de mon
amour: voila à peu prés , ſi je
neme trompe , le grand projet
queforma le Marquis pendant
toute la nuit qui ſuivit
ſa premiere entrevûë avec la
belle Veuve.
Le lendemain contre ſa
۱
228 MERCURE
coûtume , l'Amante deCephate
le trouva encore dans ſon lit.
Il commença avant de ſe lever
par congedier , chiens, cors ,
chaffeurs,&tous autres uſtancilesde
chaffe. Il ordonna à
fon valet-de- chambre de luy
préparer le plus galant de ſes
habits ,& il fit fi bien ,&s'occupa
filong tempsdu ſoinde
s'ajuſter , que rien ne fut épargné
dans ſa parure. En cette
occafion comme vous voyez,
Mademoiselle, leproverbe eſt
bien veritable : alıri tempi , altre
cure. D'autres temps ,
d'autres foins. Enfin l'heure
GALANT. 229
d'aller ſe preſenter à latoilette
de ſa Reine arrivée , il ſe difpoſe
à luy faire fa galante
viſite, en valeureux champion;
mais comme ditfort bien l'Almanach
univerſel de Milan
de la preſente annéebiſſextile,
en date du 22. de ce mois ,
à s. heures 26. minutes du
matin , les jouës s'applatiffent
lorsque l'on baille. Et M. le
Marquis fut obligé de rengaîner
ſon compliment par un
miferable contre temps qui
vint mal à propos déconcerter
toute l'economie de
ſes projets. Sa mere defefpe230
MERCURE
1
rée d'une fâcheuſe nouvelle
qu'elle venoit de recevoir, fe
traîna juſqu'à ſon apparte
ment , & luy dit , fondant en
larmes , mon fils, la jeuneſſe
devoſtre frere l'a engagé dans
une tres - mauvaiſe affaire ;
voila une lettre qui m'apprend
qu'il eſt ſur le point
d'eſtre condamné à perdre la
teſte , allez vous jetter aux
pieds du Roy , implorez ſa
clemence , & Sa Majefté accordera
peut- eftre aux ſervices
de noftre maiſon , une grace
à laquelle le repos de mes
jours eft attaché! ne perdez
GALANT. 231
pas un moment , mon fils , &
mettez tout en uſage pour
donner à voſtre mere la conſolationd'avoir
tout entrepris
pour ſauver voſtre frere. Son.
falut dépend de voſtre diligence.
Je viens d'envoyer
chercher des chevaux de
poſte, ils arrivent, montez à
cheval ,& rendez vous incefſamment
à la Cour.
Le Marquis accablé de cette
affreuſe nouvelle , &en même
tems épouvantédudanger évi.
dent quecouroit ſon frere, ne
balança pas entre l'amour &
le devoir , il prit le party que
232 MERCURE
ce dernier luy dictoit ;& malgré
la douleur qu'il eût des'éloigner
de ſa belle Comteffe ,
fans luy avoir du moins fait
connoiſtre une partie de ce
qu'il ſentoit pour elle , il ſe
ſervit à l'inſtant des chevaux
qui l'attendoient , il ſe rendità
Paris ,&en peu de jours il fut
affez heureux pour obtenir la
gracede fon frere. Il ſe diſpo-
Loit déja à faire pour ſon retour
la même diligence qu'il
avoit faite pour ſon voyage ,
lorſquede nouveaux ordres ,
ou plûtôt de nouvelles inſtances
de ſa mère le condamnerent
GALANT. 233
rent à prolonger ſon ſéjour à
Paris. Elle le prioit dans ſes
Lettres de donner tous fes
foins àlappoouurſuited'unProcés
qui intereſſoit confiderablement
toute lafamille , & qui
pendoit depuis longtems au
Parlement decette Ville. Ilne
pouvoit pas avec honneur ſo
refuſer à veiller de prés à une
affaire de cette conſequence,
aufline negligea-t- il rienpour
faire valoir le bon droit & la
juftice de ſa cauſe avec tant
d'exactitude&de précautions,
qu'il gegna fon Procés. Tous
tes ces chofes ( comme vous
Avril 1716. V
234 MERCURE
pouvez juger ) ne ſe font pas
en un jour ; auſſi y en cmployat-
il tant , que peu s'en
fallut que la Ville neluy fir oublier
la Province. Je ne croy
pas pour cela que l'image de
fa belle Comtefle fut tout- àfait
effacée de ſon idée ; mais
cequejeſçaybien,c'eſt qu'elle
n'y renoir plus guere , & en
voicyla preuve. Au lieu de retourner
dans fon Village , il
s'amuſaici à monter àcheval ,
à faire des armes , à joüer , à
chercher la Compagnie des
Dames,&às'enyvrer ſouvent
avec des petits mailtres. Ce-
2
2
3
:
GALANT: 235
pendantMadame laComteffe
qui n'avoit pû arracher de fon
coeur les traits dont l'amour
l'avoit percé , voyant que fon
cher Marquis ne revenoit
point dans ſon Pays , pritune
reſolution qui , quoyqu'extrê
me , me paroiſt ſuffisamment
juſtifiée par l'excés de fa tendreſſe.
Elle ſe rendità Paris incognito
,&s'ydéguiſa ſi bien en a
homme , qu'elle y paſſa tant
qu'il luy plût pour le plus aimableCavalier
de France.Elle
prit le nom du Chevalier de
$ ** elle loua une maiſon
propre& commode,elle ſe fir
A
Vij
236 MERCURE
수
+1
1
un équipage des plus leſtes, elle
courut les ſpectacles , les promenades,&
chercha enfin tou
tes les Compagnies où elle
crût pouvoir apprendre des
nouvelles de ſon Amant. Le
hazard ,dans cette vûë , la fervit
mieux que tous les foins.
Un jour étant auxTuilleries
avec ſon Valet de chambre ,
premier confident de ſes def
ſeins,elle apperçût leMarquis,
elle le ſuivit , & le ferra de fi
prés qu'elle apprit ſa demeure
de ſa propre bouche , parce
que dans le même inſtant il
enſeignoit ſa Maiſon à unCa
GALANT. 237
valier qui ſe promenoit avec
luy. Contente pour ce jour de
cette découverte, elle ſeretira,
& le lendemain elle fut pren,
dre un Appartement garni
dans l'Hoſtel où il demeuroit.
Le même jour ils dînerent en.
ſemble ; ils ſe regarderent à
outrance , & le Marquis fur
tout,raffemblant dans les traits
du Chevalier tous ceux de ſon
aimable Veuve , ne pouvoit ſe
laſſer d'admirer dans un tel
caprice de la nature , un pareil
chef-d'oeuvre dereſſemblance.
Le Chevalier de ſon côtén'é
toit pas fans embarrasil
:
هح
il
238 MERCURE
trembloit à chaque inſtantque
cet excés d'attentions dus
Marquis ne l'aidât à décou
vrir le ſecret de ſon déguiſement.
Mais fon habit , fes
diſcours&fes manieres la raffurane
contre les mauvais
tours que luy pouvoit jouer
ſa pudeur , elle s'arma d'une
fermeté capable dedéconcer
ter toutes les reflexions de ſon
Amant. Il ne s'imagina en un
mot jamais que cet aimable.
inconnu fut ſa Maiſtreſſe ,
ſous la forme d'un Cavalier;
mais en confideration de l'ex
trême reſſemblance , ils lierenz
GALANT. 239
enſemble une amitié trés
étroite ,le Marquis ne pouvoit
eſtre ſans le Chevalier , ny le
Chevalier fans luy : tous ſes
feux dont l'abſence avoit
commencé à rallontir l'ardeur
ſe rallumerent par cette vûës
il luy avoüa enfin qu'il étoit la
veritable image d'une belle
perſonne dont ilétoit éperduë,
ment amoureux. Il luy conta
l'origine de ſa paffion, &
le fuccés malheureux qu'elle
avoit cue dans ſa naiſlance:
&il finit par une proteſtation
de n'aimer de ſa vieque le bel
objet dont il étoit une copie
240 MERCURE
fi parfaite , que ſon coeur en
feroit deſormais partagé pour
toûjours , entre l'amour &
l'amitié. Le Chevalier répon.
dit à ce complimentles choſes
du monde les plus gratieuſes ,
& il étoit trop poli pour y
manquer. Bien plus , on m'a
affûré que les ferments de ſon
Amant avoient augmenté au
moins d'un tiers l'éclat de ſes
charmes ,&que le Marquis le
voyant ſi beau , luy avoit par
bricole de reflexions juré ens
core mille fois de l'aimer juf
qu'au tombeau. En cet en
droit nos Amants s'atten
drirent
GALANT 241
1
drirent de plus belle , & fe
dirent des choſes ſi douces,
qu'elles auroient amoli le
coeur d'un tigre. On ajoûte
quedans les efforts qu'ils firent
pour- fe conſoler mutuellement
, ils ſe conſeillerent de
s'écrire des lettres toutes
pleines d'amour , de même
que s'ils euſſent été , l'un en
Province , l'autre à Paris. Le
Marquis difcret & qui n'avoit
encore vûë ſa Maiſtreſſe qu'-
une fois , n'oſoit tenter temerairement
une ſi perilleuſe
avanture. J'en courrois tous
les riſques , moy , luy dit le
Avril 1716. X
242 MERCURE
1
2
Chevalier , & fi l'on ne me
répondoit pas favorablement,
j'irois ſur les lieux même , de
mander à cette cruelle , raiſon
de fon impoliteſſe. Vous allez
bien vite, mon cher , répondit
le Marquis , & vous parlez
en Amant bienmoins àplaindre
que moy. Je n'en connois
pas, reprit bruſquement
le Chevalier , de plus heureux
que vous: courage, luy dit ſon
ami accablé de doulcur , ajoûtez
des tailleries piquantes aux
malheurs qui me perfecutent.
Ils alloient ainſi , en dits&
contredits , ſe pointuller de faGALANT.
243
4
2
"
çon que les injures cuffent
peut eſtre entré pour quelque
choſe dans leur converſation,
ſi la porte de la chambre où
ils s'entretenoient n'eût pas
été imprudemment ouverte
par la fille de l'hôteffe de
Icur maiſon. Cert fille curieuſe
& gentille , toit du
premier coup devenuë folle
d'amour pour le Chevalier ,
& depuis le jour qu'il avoit
- pris un appartement chez elle,
elle avoit mis tout en uſage ,
pour ſe procurer le plaifir de
voir autant qu'elle le pourroit
ce doux & charmant ob.
Xij
244 MERCURE
jet de ſes voeux. Sa mere en
étoit fole auffi : mais fon cher
&bien aimé Marquis luy faifoit
mépriſer toutes ces bonnes
fortunes. Cette fille n'avoit
pû ſans un mouvement de
jalouſie entendre repêter tant
defois ,&mêmeavec chaleur,
le mot d'amour & d'amitié :
&la crainte que les perſonnes
qui ſe tenoient ce beau langage,
ne ſe portaffent à quelque
violence préjudiciable à
fon Chevalier , l'avoit déterminé
à venir rompre leur entretien.
Un moment aprés
cette fortiede la Donzelle, on
X
GALANT. 245
vint annoncer au Marquis ,
qu'un laquais demandoit de
luy patler , ſans vouloir dire
de quelle part. On le fit entrer
, il luy donna une lettre ,
& feignant de ſe retirer dans
l'antichambre pour lui donner
le loiſir de la lire , il deſcendit
dans la cour , &de là dans
la ruë, fans réponſe. Voicy le
contenu de cette lettre.
S'il étoit poſſiblede mettre d'ac.
cord l'amour & la raison , la
mienne triompheroit depuis longremps
des foibleffes de mon coeur;
mais la puiſſance qui m'emporté
nepeut maintenant estre retenuë
1
Xiij
246 MERCURE
:
par aucun frein. Je vous aime !
quel.aveu pour vous & pour
moy ?cependant ,quoyqu'il m'en
coûte,je ne rougiray qu'à demy
de cefacrifice de ma pudeur,fi
vous confentez à vous trouver
ce foiràdix heures àlaPorte de
l'Hôtelde... vous vous laifferez
conduire par la perfonne qui
vous demandera vôtre Nom ,
je meflatte que dans notre entretien
, vous me rendrez la justice
que maintenant mon amour dérobe
à ma vertu.
Le Marquis étonné de la
lecture de ce Biller , & peutêtre
encore novice , quoyqu'il
Z
GALANT. 247
A
futdepuis quelque temps dans
une Ville où tout fourmille
d'avantures & d'avanturieres,
le leut encore une fois avec
grande attention. Vôtre defſein
, lui dit le Chevalier , eſt
fans doute d'apprendre cette
Lettre par coeur. Loin de
cela,luy répondit le Marquis ,
je ne l'ay releuë que pour
effayer de deviner de quelle
part elle peut venir. Cette
Lettre qui flatteroit peut être
la vanité d'un autre , ne picque
point la mienne ;je ſuis
inſenſible aux plaiſirs que l'amour
me promet , & je ne 4
Xij
248 MERCURE
fçai ſi je ne regarde pas com.
meune mauvaiſe avanture
cette bonne fortune que le
hazard m'envoye. Non, en un
mot , quelques douceurs que
me prepare ce tendre rendezvous
, je la facrifie à l'aimable
perfonne , qui ſeule eft capa
blede me faire goûter de veritables
plaifirs ; cependant il
y va icy de mon honneur , &
c'eſt une ſotte choſe dans le
fiecle où nous ſommes , de
vouloir faire le cruel avec les
Dames. Mais tenez , lifez ce
Billet, Chevalier, &dites moy
le party que vous prendriez fi
GALANT . 249
i
vous étiez en ma place. Parbleu,
répondit le faux brave ,
je ne balancerois pas un moment
à me trouver au rendezvous.
Hé bien , reprit leMarquis
, je vous conjure au nom
de toute l'amitié qui nous unit
d'aller joüer mon rôle auprés
de cette Dame ; quand elle
m'aimeroit à la rage , toute
fon ardeur pour moy s'étein
dra en vous voyant. Vous avez
une éloquence& des traits
qui perfuaderoient la plus incredule
Que ne ferez vous pas
auprés d'une femme échauffée
déja du feu de ſes defirs. En
250 MERCURE
un mot , ce troc ne l'étonnera
peut être qu'un moment. Le
Chevalier cût beau chercher
des détours pour ſe deffendre
de la commiſſion , il fut enfin
contraint de s'en charger , ce
qu'il fit fans peine, étant l'auteurde
cette belle expedition.
L'heure du rendez- vous arzivée,
ilmonta dans ſon Carroffe
& fut tranquillement ſe
coucher dans la maiſon qu'il
avoit loüée , en arrivant àParis
,&qu'il occupoit toûjours,
quoyqu'il n'y logeât pas. Le
lendemain le Marquis luy demanda
des nouvelles de l'a
GALANT. 251
vanture. Une demie douzaine
demenſonges ingenieux le tirerent
d'affaire , en voicy un
entre autres. Non , lui dit- il ,
mon cher Marquis , il n'y a
pas dans Paris une femme plus
aimable que celle dont vous
avez hier mépriſé la conquê
te. Elle a des yeux ! un nez !
une bouche ! un eſprit ! ah
j'en ſuis éperdüement amoureux
, & je ne trouve point
de termes pour vous marquer
le gré infini que je vous ſçai
de m'avoir procuré une fi
belle connoiſſance ; mais en
revanche , il faudra que vous
252 MERCURE
alliez cette nuit joüer auprés
d'une perſonne à qui je de
viens infidele par cette avan
ture , le même perſonnage
que vous m'avez fait joüer
hier , ce que j'exige maintenant
de vous eſt ſans replique.
Le Marquis y confentit , für
d'en eſtre quitte pour excuſer
fon ami. Il prit avec l'heure
du rendez vous une adreſſe
de la maiſon où on devoit le
recevoir à pareille heure que
le Chevalier y avoit eſté reçû
la veille ; c'étoit juſtement la
même maiſon , qui par une
commodité qui vient à mer-
:
GALANT. 253
veille à mon récit , avoit deux
portes fur deux ruës differentes.
Tout bien concerté entr'eux
ils ſe ſeparerent. Le
Marquis s'amuſa en attendant
la nuit , à lire un tome deClelic
, & le Chevalier alla chez
luy ſe diſpoſer à mettre heureuſement
àfin la finguliere
avanture qui doit terminer en
tout bien & tout honneur
cette memorable Hiſtoire..
La noire nuit venuë le Marquis
ſe rendit à l'Hôtel de **
dont une fille vint myſterieuſement
luy ouvrir la porte,
elle le conduiſit au milieu des
254 MERCURE
tenebres , & par differentes
routes, juſqu'à une antichambre
où elle le laiſſa un moment
ſans lumiere. Elle vint
enſuite le reprendre &le mener
dans un appartement magnifique&
bien éclairé. Il n'y
fut pas plutôt entré qu'elle
s'en alla. Quelles reflexions ,
quelle contenance pour un
homme amoureux à cent
licuës de l'endroit où il eſt !
Enfin on ouvrit avec grand
bruit la porte d'un Cabinet
d'où fortit une Dame fi brillante
par l'éclat de ſes habits,
fi raviffante par la beauté de
GALANT. 255
ſon viſage ,ſi majettucuſe par
la nobleſſe de ſon port , & fi
touchante par la douceur de
ſes yeux , que... que... que la
mere des Amours s'en ſeroit
à ſa veuë précipitée de dépit
dans l'onde.
Que vois je, dit-elle , àl'inſtant
feignant d'eſtre ſurpriſe,
-& même indignée de la préfence
d'un autre homme que
le Chevalier ; Qui eſtes-vous
témeraire ? & quel perfide
conſeil a guidé vos pas jufqu'icy
? Pendant ce diſcours
le Marquis la reconnoiffant ,
trembla, pâlit , ſe laiſſa aller
256 MERCURE
1
1
tout de ſon long par terre,
&dit en tombant : Ah cruel
Chevalier ! barbare ami ! &
comme s'il fût tout- à- coup
deſcendu dans la nuit du tombeau
, il perdit l'uſage des
ſens ; toutes les drogues imaginables
furent employées
pour leur retour , outre les
aromates , les invocations
&les larmes ne furent point
épargnées . Enfin , comme
dit fort éloquemment & frequemment
unjeuneAuteur de
Romans de mes bons amis ,
Ses grands yeux bleus & mouransſe
rouvrirent , &bien leur
en
GALANT. 257
ناح
en prit, car s'ils cuffent reſtez
fermez , les choſes auroient
pris une face qui auroic
bien-tôt mis tout le monde
en deüil. Quand il les eût donc
rouverts, il les attacha languifſamment
ſur ſa Dame , cn .
pouffant de beaux & longs
ſoupirs , & lui dit douloureuſement
ces tendres mots :
a
e
vie ne
Ceffez , Madame , de prendre
quelque part au malheur
d'un miserable àqui la vie
peut être qu'à charge , aprés
ce qu'il vient d'éprouver. Oüy
je mourrai content puiſque j'ai
vûë encore uannee ffooiiss llaa ddiivviinnee
Avril 1716: Y
258 MERCURE
perſonne qui ſeule a cû le pouvoir
de merendre ſenſible.Helastjebornois
loin de vous tous
mes plaiſirs à contempler dans
l'heureux Chevalier , des traits
qui fortifioient mon amour :
&je ne croyois pas trouver en
luy un rival, & un rival aimé
pour qui je ſens bien que je
n'ayplus maintenant quede la
haine .
Pardon , Madame , l'état
déplorable où je ſuis excuſe la
temeritéde mes plaintes. Oüy
perfide amy tu receveras des
marques de mon indignation
&de ma fureur,puiſque ta tra
GALANT . 259
his ma credulité, mon coeur&
ma Maîtreffe. A ces paroles
il en ajoûta bien d'autres que
j'ay oubliées. Cependant ce
fut à peu prés en cet endroit ,
autant qu'il m'en. peut fouvenir,
que la Dame l'interrompic
pour luy tenir les propos fuivants.
1
Faiſons la paix , mon cher
Marquis , je ſuis maintenanc
pleinement perfuadée de l'amour
dont vous brûlez pour
moy. C'eſt moy même qui
ſuis leChevalier qui vous allarme.
Je vous ay mis je vous
l'avoücà deux éprouves.cruel-
Yij
260 MERCURE
i
les ; mais iln'en falloit pas
moins pour me raffeurer. En
un mot c'eſt à mon tour à
vous demander pardon de la
liberté de mon déguisement.
Avecmoins d'amour , j'aurois
moins riſqué ;mais voſtre merite
,& les conſeils de ma tendreſſe
ont ſeduit ma raiſon.
Vangez - vous maintenant ?
accablez moi de mépris , fi
vous trouvez à voſtre égard
quelque choſe d'odieux dans
mon amour..
Je vous laiſſe à penſer , fi
aprés ce que vous venez de lire
la paix fut faite.Oüyelle le fur,
GALANI 261%
& fi bien qu'en moins de
quinze jours elle fut cimentée
parunbon contrat en formes,
&jurée folemnellement aux
pieds des Autels, avec des ferments
réciproques d'une éternelle
fidelité. 1010
F'aurois traité cetteHistoire plus
ſerieusementſi je n'avois apprebendéque
ma gravité & certains
incidents que j'ayſagement supprimez
, n'euffent trop défignez
les noms & les qualitez de mes.
Acteurs.
262 MERCURE
Voicy un article d'émulation
pour vous , Mademoifelle;
c'eſt une Chanſon, dont
l'air & les paroles ſont de la
compoſition d'une jeune Demoiſelle
qui a beaucoup de
merite , d'eſprit , & un goût
fingulier pour la muſique.
PRINTEMS.
Regnez charmant Printems
ranimezla nature
Ramenez les plaisirs , les amours
&les jeux ,
Faites briller les fleurs & la
verdure
CALANT. 263
Redoublez les concerts des
oyfeaux amoureux ;
Et vous jeune Zephir, fidele
Amant de Flore,
Venezdu tendre amourfuiure les
douces Loix
Hatez-vous d'embellir nosFardins
&nos Bois ,
Mais n'y revenez point fans
l'objet que j'adore.
ॐ
Autre chapitre digne de
voſtreamusement, ce ſontdes
Enigmes ; vous me reprochez
tous les jours la facilité
laquelle vous les dev.
voyez maintenant ſi vou
ود
264 MERCURE
rez auffi bon marché de cellecy.
Le mot de celles du mois
paſſé étoit la Girouette & la
Vigne. Les noms de ceux qui
les ont deviné , ſont les noms
de tous ceux qui les ont lûës ;
mais plus particulierement. la
tendreDaphné,lemalheureux
Lycas , le jeune Durocher de
la ruë du Four, le Bas Bourgeois
, & les deux aimables
Soeurs de la rue du petitLyon..
: 1
ENIGMES,
GALANT. 265
ENIGM E.
Quoy qu'âgé de plus de mille
ans ,
Fay tous les ans quarante enfans,
Onseprépare àleurs naiſſances
Par de grandes réjoüiſſances ;
Mais ils ne font pas pluſtoſt nez
Que les humains ſont conſternez;
Car ils font mal àtout le monde ,
Ala noire comme à la blonde :
Auſſiſont-ils fi mal reçûs ,
Qu'aufſſitost qu'ils font apperçus ,
Lepremier est réduit en cendre ,
Deuxàlafois on enpeutprendre,
Avril 1716. Z
"
266 MERCURE
Et ledernier estfi retifà manier
Que de ceux qui vont les furprendre,
Il en abbat grande quantité,
Même pour le forcer àſe rendre
Il luyfaut un reffufcité.
Cette Enigme eſt de la
compoſition de la charmante
Mademoiselle de Liſſalde de
la ruë de Harlay.
AUTRE.
De la compoſition du Parifien
Parifien , qui n'a pas jugé
à propos de m'en envoyer
GALANT 267
le mot , & que je n'ay pas jugé
à propos de deviner : celles
que je recevray doreſnavane
de cette façon , n'auront point
de place dans le Mercure.
ENIGME.
Desfruits dont la nature orne
toute la Terre
Je suis le plus commun; mais
auſſi le plus beau.
Jesuis de tous Pays,Perfe,France
,Angleterre ,
Continent , Ifle ou Roc je viens
même ſur l'eau.
Mais un prodigeſurprenant ,
Zij
268 MERCURE
2
C'est que n'étant planté de la
main d'aucun homme ,
L'on me ſeme à Paris, &l'on
me cücille à Rome.
Eft il rien de plus étonnant?
Souvent je viens tout seul,fouvent
ilfaut m'aider ;
Maisfipour m'arracherde l'arbrequi
meporte
Par unfer aßaffin tu l'ofes ha-
Zarder,
Tu ne tiens rien alors , & ma
racine est morte.
GALANT. 269
-
Il'eſt maintenant à propos
de vous dire un mot des ſpectacles
, ils ont eſté rouverts le
lendemain de la Quasimodo ,
avec differents ſuccés. La Co.
medie Françoiſe voit peu de
monde à l'ordinaire , elle eſt
depuis quelque temps en poffeſſion
de faire deſerter les
ſpectateurs. Le 22. de ce mois
laComedie du Bourgeois Gen.
tilhomme fut repreſentée devant
le Roy. Le Theâtre de
P'Opera s'entretient toûjours
honorablement avec le public.
On y repreſenta pour la
premiere fois le 20. de cemois
Ziij
270 MERCURE
la Tragedie d'Ajax , où l'Auteur
des paroles , & M. Bertin
qui en eſt le Muſicien ſemblent
avoir également réuſſi chacun
dans leur Art. Je parlerois
plus préciſement de corte
Tragedie,&j'en circonstancierois
davantage les défauts &
les beautez , fi je l'avois veuë
plus d'une fois. D'ailleurs il
faut pour ces fortes d'extraits
plus de loiſir que je n'en ay&
le temps me preffe.
La nouvelle la plus intereſſante
que je croye pouvoir
àpreſent vous apprendre , c'eſt
qu'on nous promet pour le
GALANT. 271
20. du mois prochain , l'ouverture
de la Comedie Italienne.
On travaille continuellement
à la réparation du Theatre
del'Hôtel de Bourgogne ,
où M. Octave qui eft chargé
de la part du Miniſtre , de tous
les détails concernants cette
Troupe, ne négligera aucune
des choſes qui peuvent contribuer
à l'embelliſſement de co
ſpectacle ,& à la fatisfaction
du public. J'ay à ce ſujetdeux
mots à répondre à une objectionquetoutlemonde
me fait.
Quel plaifir ,dit on , pourront
prendre àlaComedie Italienne
Ziiij
272 MERCURE
ceux qui n'entendent pas la
langue. Je réponds à cela premierement
qu'elle eſt tres facile
pour tout le monde, qu'elle
a en ſecond lieu beaucoup de
rapport avec la langue Latine ,
ce qui eſt d'un grand ſecours
pour ceux qui la ſçavent , de
plus j'ajoûte qu'elle a beaucoup
de conformité avec la
Françoiſe , cequi en facilitera
l'intelligence aux Dames. Enfince
ſera pour tous ceux qui
ignorent l'Italien qui eſtla plus
galante & la plus délicate langue
du monde , une école où
ils l'apprendront entres peude
GALANT . 273
L
temps ,& un plaifir reglé &
toûjours nouveau pour ceux
qui la ſçavent.
APOSTILLE.
Réponse à M. D. L ***
Je vous remercie , Monſieur
, du preſent que vous
m'offrez de vôtre amitié , dans
la Lettreque vous m'avez fait
l'honneur de m'écrire , &de la
pcine que vous prenez de recueillir
tous les fuffrages qui
neme ſont pas favorables pour
me montrer le nombre des
274 MERCURE
gens avec qui j'ay à me recon.
cilier. Je vois dans tout vôtre
procedé à mon égardunfond
admirable d'indulgence , &
dans les endroits même où
vous pouſſez le zele un peu
trop loin , j'y démeſle un elprit
de charité , qui m'encourage
à me corriger de mes
deffauts ,&qui me détermine
àvous répondre.
De plus dedeux cens Lettres
que je reçois par mois ,& que
je lis avec attention , iln'y en a
ſouvent pas fix dont je puiſſe
employer le tiers. Si tous ceux
qui me font l'honneur de m'é
GALANT . 275
crire, écrivoientcommevous,
je pourrois fans temerité répondre
au Public du merite
de mon Livre : mais cela n'étant
pas , enſeignez moy de
grace à qui je dois avoir recours
pour metirer d'affaire.
Les Memoires Litteraires ſont
d'une rareté étonnante , les
bonnes pieces de Poëſie ſont
encore plus difficiles à trouver,
je n'ay depuis 25. mois que je
faits le Mercure, reçû de perſonne
une Hiſtoriette écrite ,
&je ne m'aviſe pas , comme
vous le ſçavez fort bien , de
compoſer les Annales de la
276 MERCURE
Cour& de la Ville: je vous
fers cependant regulierement
chaque mois, tantôt mal , tantoſt
mieux. Mais pourquoy ,
Monfieur , mes Genealogies
vous paroiſſent - elles trop
courtes ; d'autres perſonnes
trés-ſenſées ,diſent qu'elles les
ennuyent. Mes Nouvelles
vous ſemblent vieilles , ellos
font pourtant neuves quand
je les reçois & quand on les
imprime. Est - ce ma faute
ſi je ne pars qu'aprés les
Gazettes. Vous avez plus
d'indulgence pour ce que
je conte que pour le reſte
GALANT . 277
du Mercure , je vous en ſuis
obligé : mais je ne croy pas
qu'ily aitd'homme au monde
qui oſe entreprendre de donner
tous les mois un Livre de
ſa façon. Du reſte , & voicy
voſtre grief, vous me reprochez
, comme un crime , les
frequents affauts que je
donne à la ComedieFrançoiſe.
Loin d'avoir aucune averſion
pour ceux & celles qui la
compoſent , je ne ſouhaite
rien tant que de voir leur
Theâtre en honneur ; mais
c'eſt ce qui n'arrivera point
tant qu'ils traiteront les Au--
1
278 MERCURE
teurs qui auront affaire à eux,
comme ils les ont traité juſ
qu'à preſent: & je trouve une
trés-grande difference entre
ceux qui compoſent les pieces
de Theatre , & ceux qui les
repreſentent. Cette réponſe
vous épargnera la peine de
prendre mon filence pour un
appel. Quand il vous plaira
nous en dirons davantage.
Je ſuis , en attendant de vos
nouvelles , Monfieur , voſtre
trés humble ,
7
MERCURE .
1
GALANT. 279
AVIS.
Le ſicur Guillermić , Machiniſte
du Roy , a inventé &
faitun nouveau Inſtrument de
muſique. Il eſt ſans tuyaux &
ſans ſouflets , & a les fons tenus
comme l'Orgue. On peut
enfler &defenfler les fons , &
faire la plainte ſur quel tonque
l'on ſouhaitera. Il ſe jouëà 2.
3. 4. & 5. parties ſur un Clavier
, que ceux qui le voudront
toucher trouveront auffi
doux que celuy du Claveſſin.
Cet Inſtrument ſe voit
9
280 MERCURE
chez le ſieur Guillermić , ruë
Bourtibour , prés leCimetiere
S. Jean , chez un Menuifier ,
au troiſieme appartement.
On prendra pour chaque
Perſonne le quart d'écu
courant.
Autre Avis.
Le Public eſt averti que le
ſieur Jacques Dubié de Lyon ,
qui a eſté reçû à Paris , à S.
Coſme enqualité d'Operateur
manuel expert pour les dents ,
travaille artiſtement & methodiquement
dans les opera
tions
GALANT. 281
tions pour ce qui concerne
generalement les dents. Il
les nettoye avec une ſi grande
legerté demain qu'à peine le
fent-on , & les rends de la
derniere blancheur ; s'il s'en
trouve de cariécs il les remplit
de plomb , pour éviter les
mauvaiſes odeurs, en met d'artificielles
qui imitent les natu
relles , lime & ſépare toutes
les autres ,& redreſſe celles qui
font de travers , de maniere
que les alimens ne peuvent s'y
attacher , il les tire avec beau--
coupd'adreſſe en les touchant
juſqu'à la moindre: racine ,
Avril 1716 Aa
282 MERCURE
pour difficiles qu'elles puiſſent
eſtre ,&enremet de naturelles
qui dure autant que la vie ,
choſe extraordinaire, il prouve
par experience tout ce qu'il
avance.On ne trouve que chez
luyle veritable opiat duLevant
pour conferver&rafermir les
jenfives , dont il a des pots à
tout prix ; il ſe ſert auſſi d'une
poudre qu'il vend , qui rend
les dents blanches , comme
l'albaſtre en ſeles frottant ſeulement
avec le doigt& en ſe
rinffant la bouche avec da
l'eau tiede; il eſt le ſeul qui ait
une effence qui appaiſe ſur le
GALANT, 283
champ les douleurs les plus
vives en en mettant une ſeule
goute dans le trou de la dent ,
& guerit generalement tous
les maux qui viennent à la
bouche : les Dames luy ſçauront
bon gré deladécouverte
qu'il a fait du plus beau ſecrèt
du monde pour le teintqui le
rend beau , uni & vermeil ,
donnant un air de ſanté , effaçant
beaucoup de deffauts du
viſage ; c'eſt une poudre blanchedonton
ſe ſertcomme l'on
fait du rouge, on peut même
la mêler avec la pommade.
Pluſieurs grands Seigneurs
Aaij
284 MERCURE
&Dames de la Cour luy font
l'honneur de ſe ſervir actuellement
de luy.
Il vaen Ville tous les matins,
on eſt ſûr de le trouver les
aprés -dinez ; il travaille tous
les Jeudis pour les pauvres.
Sa demeure , ruë de la Co
medie, ſon Enſeigne eſt Ic
Cadran , Lyon d'or à Paris.
A
TABLE.
PRélude ,
Copied'une Lettre d'une Demoifelle,
àl'Auteur
Réponse de l'Auteur 6
Extrait de la Tragedie de Belifaire,
repreſentéepar lesEcoliers
du College de Lois le
Grand JI
Nouvelles de Rome , 42
DeVenise , 48
DeConstantinople, १०
DeToulon, 91
DeGenes 23
TABLE.
De la Trape ,
DeCadix,
DePerpignan,
DeTurin ,
DeLondres ,
94
96
98
100
103
De Lisbonne, Nouvelle finguliere,
130
DeParis, 135
Suite des Nouvelles de Paris,
article curieux , 157
Morts,
1
161
Mariages, 184
Ode preſentée par M. Gabriel,
Capitaine de Dragons , à
Monsieur le Duc d'Orleans ,
Regent, 187
TABLE.
Le Papillon , Cantate ou Ode
allegorique de M. D. S. 197
Madrigal du même , 204
Extrait d'une Epitre en Vers ,
d'un Avocat au Parlement ,
àunjeune homme de la même
profeffion , 206
Histoire , 216
Chanfon, 262
Chapitre des Enigmes , 263
Apostille 273
Avis , 279
Autre Avis, 200
LYON
L'Air doit regarder la p. 262
LYON
NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
E.
DE
LA
QUE DELA
VILLE
UNI
NCV
NIN
ON
*1893*
A PARIS ,
M. DCCX VI.
AvecPrivilege du Roy.
MERCURE
GALANT.
Parle Sieur Le Feure.
Mois
d'Avril
1716..
Leprix eſt 30. fols relié en veau , &
25. ſols , broché.
A PARIS ,
Chez D. JOLLET , & J. LAMESLE ,
aubout du Pont Saint Michel ,
du côté du Marché-Neuf,
auLivreRoyal.
AvecAprobation,&Privilege duRoi
3
MERCURE NOUVEAU DE
DEDIE
YON E
A SON ALTESSE ROYALE
ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES.
ADEMOISELLE,
je fuis trop fenfible au
plaisir que m'a fait la
Lettre que vous avez pris la
peine de m'écrire , pour ne la
Aij
4 MERCURE
pas rendre publique. La queſ
tion que vous me propoſez
roule ſur la plus agreable incertitude
du monde ; mais
avant d'y répondre , ne trouvez
pas mauvais que je donne
icy la copie de voſtre Lettre.
4
Je vouslis , Mercure , depuis
que vous estes en poffeffion d'entretenirtout
le genre humain des
avantures du monde , vosfaillies,
vos caprices , voſtre badinage&
même le defordre de vos pensées ,
me plaiſent plus que l'art &la
conduitede toutes les autres productions
d'eſprit dont le titreſeul
A
GALANT. 5
fouvent m'ennuye. Enfin vous
avez trouvé le ſecret de me
plaire ,jusqu'à m'obliger à vous
écrire , &ce n'est peut - estre pas
làle moindre de vossuffrages :
mais c'eſt aſſez vous loüer. Paf- .
fonsmaintenant aumotifqui me
détermine à vous envoyer cette
Lettre. J'ai trouvé jusqu'àprefent
dans les volumes que vous
nous donnez tous les mois
grandnombre de Questions ; mais
pourquoy ne vous estes vous pas
encore avisé de propofer celleci.
Que peut penſer une fille
auſſi capable de donner de l'amour
que d'en prendre , de la
,un
A iij
6 MERCURE
paffion d'un Amant timide &
trop refpectueux , ou des emportemens
d'un homme vif ,
hardy , tendre & jaloux : &
lequel des deux eſt le plus digne
de preference. Voftre attention
àfatisfaire tous ceux qui
vous écrivent , me fait efperer
que vous ne negligerez pas de
répondre à maQuestion :J'attends
de vous cette complaisance ,
Suis , &c.
Vous avez raiſon , Mademoiſelle
, de ne pas douter que
je réponde à voſtre Lettre , &
voicy mon fentiment fur la (
GALANC. 7
queſtionque vous me propofez.
Voſtre choix , fi vous eſtes
aimée de ces deux eſpeces d'Amans
, ſera l'ouvrage de vôtre
temperament. Voila ce qu'à
voſtre égard je penſe là deſſus.
Et voicy mon opinion en general.
L'homme qui n'oſe exprimer
ny écrire ce qu'il fent pour
un objet qui luy plaiſt , donne
licu de penſer qu'il n'a pas l'efprit
de le faire. Otez l'eſprit à
un homme qui aime , à moins
d'un caprice auquel il n'y a rien
à répondre , on n'a plus qu'un
A iiij
8 MERCURE
pas à faire pour le méprifer.
Un temeraire ſe broüille
quelquefois avec ce qu'il aime
par l'audacede ſes entrepriſes;
mais cette audace n'ôte rien de
labonne opinion que l'on a de
ſa temerité : ſouvent avec peu
d'amour il perfuade qu'il en a
beaucoup,&preſque toûjours
il arrache à force d'importunitez,
ce qu'on n'accorde pref
que jamais aux reſpects. En
un mot , ſi j'avois l'honneur
d'eſtre de voſtre ſexe , j'aimerois
mieux que ma vertu ſuccombât
ſous la violence de la
paſſion d'un Amant hardy ,
dimportu
GALANT. و
quela voir mal ataquée par les
foins glacez d'unAmanttimide.
Il ne me reſte plus aprés
vous avoir declaré de bonne
foy mon ſentiment fur cette
queſtion , qu'à vous prier de
me permettre d'entrer en lice
avec vous , & vous verrez de
quelle maniere s'y prend pour
prouver qu'il aime ,
Mademoiselle ,
Voſtre tres - humble &
tres obéiſſant ſerviteur,
MERCURE.
10 MERCURE
APOSTILLE.
En revanche du moins de
mon exactitude à répondre à
voſtre queſtion , de laquelle
j'ay fait à voſtre confideration
le début de mon Livre. Je
vous prie d'en lire tous lesArtieles
qui vous plairont àcommencer
par cet Extrait de la
Tragedie de Belifaire ; Tragedie
qui a eſté repreſentée par
les Ecoliers du College de
Louis le Grand. Si la lecture
de cet Article vous plaiſt , lifez
le:finon cherchez- en d'autres
GALANT. IF
qui foient plus de voſtre goûr,
& ne ſoyez pas affez ſimple
pour vous ennuyer par complaifance.
EXTRAIT
Dela Tragedie de Belifaire repreſentée
par les Ecoliers du
College de Loüis leGrand , le
19. du mois paßé.
SUJET.
Belifaire accuſé fauſſement
auprés de l'Empereur Juttinien
, d'avoir formé des projets
ambitieux pour le Thrô12
MERCUR:
ne, ſe vit tout d'un coup dépoüillé
de ſes dignitez & de ſes
biens. Peu de temps aprés la
diſgrace de Beliſaire , l'Empereur
, qui s'eſtoit privé de fon
plus ferme appuy , en perdant
ce grand Capitaine , fut en
danger de perdre l'Empire &
la vie même Hypatius favorifé
de preſque toute la Nobleſſe,
ſe fit couronner Empereur
dans Conſtantinople. Juftinien
s'eſtoit enfermé dans
ſon Palais fans ofer paroiſtre.
On couroit même pour l'y
maſſacrer , fi la valeur de Belifaire
ne l'eut ſauvé de la fu
:
GALANT. 15
reur de ces rebelles Turfel. dans
fonHistoire univerſelle.
La Scene eſt à Conſtantinople
dans le Palais de l'Empereur.
PROLOGUE.
La France celebre le fortuné
ſéjour du Roy au Louvre ,
& invite les Dieux Cham.
pêtres qui environnent ce
Palais à venir le celebrer
avec elle...
LA FRANCE.
Agreables ruiſſeaux qui conlezdans
ces plaines ,
14 MERCURE
Juſques dans l'Ocean vous porta.
tes mes pleurs :
Vous annonciez par tout leſujet
de mespeines :
Annoncez aujourd'huy la fin de
mes malheurs. C
Jepleurois unHeros , * dont
l'éclatante gloire
Ebloüit fi long tems lesyeux de
l'Univers,
UnPrince granddans la victoire,
Plus grandencore dans les revers.
Sous l'Empire du nouveau
Maître **
* Louis XIV.
** Louis XV.
GALANT. 15
Son regne brillant va renaître ;
De ce Prince fameux nous verrons
les beaux jours
Sous un Heros naißant recommencerleur
cours.
Déja tout enchante
Dans cetheureuxséjour.
Demeure brillante
,
L'objet de mon amour
**
Vous rendplus charmante.
Déjatout enchante
Dans cet heureuxSéjour.
Ah! c'est un plaifir extrême
De poffederce que l'on aime !
* Le Palais du Louvre.
**. Louis XV.
16 MERCURE
Vous poffedez un bien dont nous
fommes jaloux ,
Palais trop fortunez , que vôtre
fort est doux !
Zephirs , en vôtre langage ,
Repetezdans ce bocage :
Vous poffedez , &c .
Ruiſſeaux , que votre onde
pure
Rediſe parfon murmure :
Vous poffedez , &c.
Que les Bergers furleurs mu-
Settes
Le répetent touratour:
GALANT. 17
Que les oiſeaux d'alentour
Rediſent dans leurs chansonnettes :
Palais trop fortunez , que vôtre
fort est doux !
Ah! c'estun plaifirextrême
Depoffeder ceque l'onaime !
Kouspoffedez un bien dont nous
ſommesjaloux ,
Palais trop fortunez, que vôtre
fort estdoux!
Dieux des eaux , Dieux des
bois , & vous aimable Flore,
Qui regnez dans ces lieux chars
mans,
Paroiſſez revêtus des plus beaux
ornemens
Avril 1716. B
18 MERCURE
Pourplaire au Heros quej'adore..
Jeux fugitifs , rafſſemblez-
VOUS :
Venez,plaisirs , accourez tous :
Volez : la France vous appelle.
Que le douxſon des chalumeaux
S'uniffe au murmuredeseaux.
Pourrendre la fête plus belle.
Que lesfleurs dans unfibeaujour
Devancent le retour
De laſaiſon nouvelle.
:
Feuxfugitifs, raffemble-z vous :
Venez, plaisirs , accourez tous :
Kolez, la France vous appelle.
Fin du Prologue.
GALANT. 19
I. INTERMEDE .
Le Dieu de la Seine , & deux
Nayades élevent à l'envi le
bonheur qu'ils ont debainer
de leurs caux le Palais
que le Roy honore de ſa
prefence.
LE DIEU DE LA SEINE.
Mes eaux neſuivant qu'avec
peine
Ledouxpenchantquiles entraine,
S'éloignent àregret de ce Palais
charmant ! ...
Bij
20 MERCURE
!
Penetrons le ſujet de ce retarde-
Mais
ment
.. Defecrets liens me
retiennentmoy- même!
Que vois -je ? .. Eft.ce un enchantement
...
Non , non
j'aime
...
...
j'apperçois ceque
*
Coulez mes eauxplus lentement;
Je ne condane plus vostre lenteur
extrême.
Travaillons à le rendre beu.
reux .
Il n'est rien qu'onneſcache faire
Dans l'ardeur que l'on ade plaire
* Loüis XV.
GALANT. 2L
Al'unique objet deſes voeux.
Nymphes ,fortezde vos grot
tesprofondes,
Venez, fans craindre les Hyvers,
Offrir le tribut de vos ondes
Au plus beaufang de l'Univers.
DEUX NAYADES.
Sortons,fortonsde nos grottes
profondes ;
Allons ,fans craindre les Hyvers
,&c.
UNE NAYADE
Quenoftre onde s'empresse
Sans ceße
Afervirſes defirs.
Fuyezde ces rivages a
22 MERCURE
Orages:
Regnezy doux Zephirs.
Poußezdans cet azile
tranquile .
Les plus tendres foupirs.
Que vostre badinage
partage
Le temps defes plaifirs .
UNE AUTRE NAYADE .
Malgréles loix de lanature ,
Malgrélavigueur des ſaiſons
D'une immortelle verdure ,
Je couvrirayſes gasons .
Et ces rives fi chéries
Paraiſtront toûjours fleuries .
TOUS ENSEMBLE.
Travaillons à le rendre heuGALANT.
23
reux ,oc,
LEDIEU DELA SEINE.
Ne vantezplus les threfors de
voſtre onde ,
Pactole , qui roulez un fable
precieux ;
F'attire les regards d'un Roy cheri
desDieux,
Et qui doitfaire un jour lesdéli
cés du Monde ;
Il estplus beau de coulerfousfes
yeux,
Que de rouler unſableprecieux:
Ne vantez plus les threfors de
vôtre onde.
Ruiſſeaux, vous qui baignez les
plus charmans côteaux ,
24 MERCURE
Ah! vous ferez jaloux du bonheurde
mes eaux ,
Quand d'un regard plus falutaire
Ramenant les beaux jours dans
ces heureux climats ,
Le Dieu brillant qui nous
éclaire.
En aura pour jamais écarté les
frimats.
Le doux murmure de mon
onde :
Invitant àgoûter un tranquille
repos
Au bord de ma rive feconde
Dans
:
GALANT. 25
Dans les bras dufommeilliurera
ceHeros
Dontdépend le repos du Monde.
Ruiſſeaux, vous qui baignezles
plus charmans côteaux ,
Ah ! vous ferez jaloux du bonheurde
mes eaux!
1
DuHeros que jefers la valeur
triomphante
Doit me soumettre un jour les
fleuves lesplusfiers ,
Et, malgré les fureurs de leur
onde écumante,
Ilsseverront contraints de gemir
danssesfers.
1
Avril 1716. C
26 MERCURE
Au fond de leurs gouffres horribles
On entendra ces Dieux terribles,
Forcez parsa valeur à couler
fousfes loix,
Vanter , en fremiſſant, ses glorieux
exploits.
UNE NAYADE.
Tandis que les tempêtes
Gronderontfur leurs têtes,
On n'entendra fur nos paiſibles
bords
Que le doux bruit des plus charmans
accords.
L'AUTRE NAYADE.
Dans lesfuperbesfêtes
Quiſuivrontſes conquêtes
GALANT. 27
Nous redirons en chantant fes
exploits :
Ah qu'il est doux de coulerfous
fes loix!
荣· 茶茶茶茶茶茶茶茶茶
II . INTERMEDE.
Flore & les Zephirs tâchent
d'avancer par leurs voeux le
retour du Printemps dans
les Jardins des Tuilleries.
FLORE ET DEUX ZEPHIRS.
Que tout se renouulle !
Y
Ramenons dans ces lieux char
mans
Cij
28 MERCURE
Laſaiſon la plus belle ,
Malgréla lenteur du Printems.
FLORE .
Rendons à ces bois leur verdures
Faiſons naître par tout les plus
aimablesfleurs.
Brillez d'une clarté plus pure ,
Aurore,baignez-les de vosfertiles
pleurs :
Et toy, Pere de la nature ,
Soleil, embellis-les des plus vives
couleurs.
Hátez-les d'éclore ,
Volages Zephirs ;
Aux pleurs de l'Aurore
Mêlez vosfoûpirs.
GALANT. 29
UN ZEPHIR .
Quandje foûpire,
Tourſemble rire ,
Et renaître ici bas :
Quandje m'envole,
L'hiver défole
Les plus heureux climats.
On voit éclore
Lesdons deFlore,
Oùjeporte mespas :
Lesfleurs nouvelles
Paroiffent- elles
Oùje neparois pas ?
UN AUTRE.
Sans nosdouces haleines,
Beaux lieux , vous perdez vos
attraits :
Ciij
30 MERCURE
Vos ornemensfont imparfaits :
Tout languit dans ces plaines.
Je repare,par mes bienfaits ,
Les maux que l'Hyver vous a
faits.
Ses rigueurs inhumaines
Vous dépoüilleroient pour jamais
De vos ombrages les plusfrais ,
Sans nos douces haleines.
TOUS DEUX .
Fuyez, fuyez de ces Vallons,
Laiffez reſpirer la nature ;
Cedezà notre doux murmure ;
Fuyez, fuyez fiers Aquilons.
FLORE.
Tout doit reffentir la prefence
7
GALANT. 31
DuHeros qui regne en ces lieux :
Iln'estpas permisſoussesyeux
De rester dans l'indifference.
TOUS ENSEMBLE.
Chantons, rediſons tous:
Queſes charmesſont doux!
UN ZEPHIR.
Les rofes les plus belles
Par leurs appas
N'effacent pas
Ses graces immortelles.
2
TOUS ENSEMBLE.
Chantons , &c
FLORE.
Que vôtre unique affaire ,
Zephirs , foit de luy plaire.
Vous êtes trop heureux
Ciiij
32 MERCURE
Si vous comblez ſes voeux;
Que votre unique affaire ,
Zephirs,foit de luy plaire.
Voulez- vousflatterson amour?
Careffezles lys nuit &jour.
Entre mille fleurs nouvelles
Iln'en estpointdans cefejour,
Qui luy paroiffentfi belles.
LES ZEPHIRS ,
Careſſons les lys nuit &jour.
FLORE.
Il est dufang des Dieux; armé
de ſon Tonnerre ,
Son invincible bras fera trembler
laTerre.
Il ferareſpecterſes loix à l'Univers.
GALANT. 33
La Paix d'accord avecBellone,
Aprés mille travaux guerriers ,
Pour luy formerune couronne,
Joindra l'Olive & les Lauriers.
TOUS ENSEMBLE .
Hâtons-nous : prevenons ,
la Paix &Bellone ,
Profitonsdeſesjeunes ans;
Des plus brillantesfleursformons
une couronne;
Offrons-luy nos plus beaux prefens;
Profitans defes jeunes ans.
34 MERCURE .
111. INTERMEDE.
Les Bergers raffûrez par le
Dieu Pan de leurs timides
frayeurs , forment mille
voeux pour le bonheur du
Roy.
PAN.
Bergers, la Paix charmante
Est un preſent digne des Dieux;
Mais leur mainbienfaisante
Vous enfait un plus precieux;
GALANT. 35
Un Roy , dans un âge encor
tendre,
Vient vous combler de ses bienfaits;
Dans vos Bois il daigne defcen
dre:
Rendez hommage àſes attraits..
Il ramene avec luy dans cet heureux
azile *
Et Flore& les Zephirs ;
Il veutfaire àjamais de ceſejour
tranquile
Leſejour des plaiſirs.
UN BERGER.
Un Roy dans un âge encor
tendre!
Les Tuilleries
36 MERCURE
:
Grands Dieux ! que venons-nous
d'entendre?
Contre nos cruels ennemis ,
Helas! qui pourra nous deffendre?
Ils nous verront bientoſt foûmis.
১ PAN.
Rien ne pourra troubler voftre
bonheur extrême.
Ce Roy preſqu'au berceau , par
ſes attraits vainqueurs
Atrouvéle fecret de regnerfur
les coeurs
Avant que d'y regner par Son
pouvoirsuprême.
Ses graces,Sa beauté
Meritent bien qu'on l'aime.
On le prendroit pour l'Amour
même,
GALANT. 37
S'il avoit moins de majesté.
UN BERGER.
L'enfance estunheureuxage:
Elleſçait plaire aisément;
Ses pleurs &Son badinage ,
Tout nous charme également.
UN AUTRE BERGER.
Lesfleurs naißantes
Sont lesplus charmantes ;
Les fruits nouveaux
Sont les plus beaux.
L'enfance,&c.
UN AUTRE BERGER.
Leflambeau du monde
Paroît plus brittant ,
Quand ilfort de l'onde ,
38 MERCURE
Qu'en s'y replongeant.
L'enfance, &c.
UN BERGER.
Ses coups font- ils redoutables ,
Siſes attraits peuvent charmer ?
Ilsfont doux ,ils font aimables ;
Mais pourront- ils defarmer
Des ennemis implacables ,
Obftinezà nous allarmer ?
PAN.
Ne craignez rien, Bergers ;
ladiſcorde inhumaine ,
Gemiſſant ſous le poids d'une accablante
chaîne ,
Par les foins d'un Heros * dont
le Ciel a fait choix ,
PHILIPPAS, Duc d'Orleans.
GALANT. 39
Apprend à respecter le Trône de
vosRois.
CeTrône,ſoûtenuparson bras
indomptable,
Auxcoups desEtrangers devient
inébranlable ;
Ils craindront deformais d'irriter
fon courroux :
Autrefois ce Heros les a fait
trembler tous.
LES BERGERS .
Chantons,danfons, tout nous
yconvie:
Goûtons, goûtons lesdouceurs de
laPaix
Qu'un Roy charmant aßure à
nos Forêts.
40 MERCURE
Que nôtrefort eftdigne d'envie !
PAN.
Qu'il vive,&qu'un regnefameux
Le rende pour jamais immortel
dans l'histoire ;
Aidéd'un Prince genereux,
Qu'il faſſe de LOUIS revivre
lamemoire.
Pour mettre le comble à nos
vaux,
Qu'il égaleſes jours,fes vertus ,
ſa gloire.
LES BERGERS.
Gravons son nom fur ces ormeaux
Gravonsſonnomfurnos houletes.
Chantons
こ
GALANT. 41
Chantonsfur nos Musettes :
Chantonsfur nos Pipeaux;
s
Les arbriſſeauxde ce Bocage
N'aurontpas toûjours leursfeüillages;
Nous aimerons toûjours
UnRoy dignede nos amours.
Le Boſquet des Tuilleries.
Fin des Intermedess
Avril 1716. D
42. MERCURE
Maintenant Madeinoi-
,
ſelle , ſi ce n'eſt par confiance,
du moins par habitude , lifez
les Nouvelles ſuivantes.
De Rome le 22 Fevrier.
Voicy la principale raiſon
pour laquelle il n'y a point cu
cette année de Carnaval à
Rome : l'an paſſéles Ambaſſadeurs
avoient la même prérention
qu'ils ont aujourd'huy de
ne laiſſer paſſer les Sbirres devant
leur Palais ; mais Sa Sainteté
ayant alors envoyé unde
ſes neveux à l'Ambaſſadeur.
GALANT 43
de l'Empereur , pour luy marquer
le bon gré qu'elle luy
ſçauroic , s'il vouloit bien
tolerer ce paſſage , en cette
occafion , le Carnaval ſe fit ,
&ce ſeroit fait encore cette
année ſi l'on cût cû la même
complaiſance. Le Cardinal
Orfini auroit bien voulu rendre
viſite à l'Ambaſſadeur de
l'Empereur , il l'avoit même
fait preſſentir là deſſus ; mais
ce Miniſtre luy a fait ſçavoir
qu'eſtant ſur lepoint de partir
il ne pouvoit l'admetre ; un
ſemblable pretexte eſt à ce
que l'on croit l'effet de quelque
Dij
1
44 MERCURE
réflexion politique ſur ce que
le Duc Gravina , neveu de ce
Cardinal , lequel avoit envie
de venir à Rome pour obtenir
la preeminence du Soglio, a cu
ordre de l'Empereur de ne
point partir de Naples. La
Cour de Vienne ne veut pas
que ce Prince ſon ſujet établis
ſe à Rome ſondomicile.
Le CardinalOrfinis'eſt retiré
pour pluſieurs jours dans
unpetit Convent de Dominicains
à Montemario , il y a
tenu leconcours pour laCure
de ſon Egliſe de Porto , ila
fait auſſi la Miffion& quel
GALANT. 45
ques charitez aux Habitants
& à ceux des environs de co
licu.
Dernierement les glaces
d'undes carroſſes du Cardinal
Acquaviva furent calfées par
un de ceux de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur qui heurta fortement
le premier,le Cardinal
qui étoit alors a la Confulte
fut d'abord un peu fâché de
cet accident ; mais l'Ambaſſadeur
donna auſſi-toſt congé à
fon cocher& fit prier le Cardinal
Ottoboni de vouloir
bien faire des excuſes de ſa
part auCardinalAcquaviva fur
46 MERCURE
ce qui estoit arrivé , ne pouvant
le faire luy-même , cette
démarche a fort fatisfait le
Cardinal Acquaviva , qui à fon
tour a envoyé remercier Son
Excellence , la priant même
de reprendre ſon cocher,commeeneffet
ila eſté repris aprés
quelques difficultez de Ceremonic...
:
L'Ambaſſadeur de Veniſe
n'a point voulu ſoutenir fon
Ecuyer dans une affaire qui luy
eſt arrivée avec les Sbirres .
Aprés luy avoir fait preſent
de 70. piſtoles il luy a donné
fon congé, ce Gentilhomme
GALANT. 47
pour éviter de nouveaux chagrins
, s'eſt retiré à Naples.
Mardy matin l'Ambaſſa
deur de l'Empereur fut à l'Audiance
extraordinaire du Pape
dans laquelle il prit congé de
Sa Sainteté , il va à Vienne &
l'on croit qu'il partira dans la
premiere ſemaine deCareſme:
le principal motif de ce voyageeft
, dit-on, de mettreordre
aſes affaires , Sa Sainteté luy a
fait preſentde diverſes choſes
de devotion.
Dimanche prochain leCardinal
Oliviery doit prendre les
Ordres facrez on infere de-là
48 MERCURE
qu'il ſera Vicaire , cependant
le Cardinal Aftari afpire avec
ardeur à cette Charge. Il a
même fait voir par deux Bulles
qu'elle ne doit eſtre conferéc
qu'à un Cardinal Romain.
M. Spada Evêque de Pefaro
aura la Charge de Vicegerent.
:
DeVenisele 22. Fevrier...
Le Courrier qui avoit eſté ex
pedié àViennepar le Senat ily
atrois ſemaines,n'y a pas porté
les éclairciſſemens que l'Ambaſſadeurde
la Republique demandoit,
particulierement fur
Ic
GALANT. 49
le 3. article de la Ligue à conclure
contre les Turcs ; il portoit
bien à la verité des ordres
àcer Ambaſſadeur ſur les autres
difficultez ; mais onne luy
parloit point de celle-cyquieft
laplus confiderable , ainſi il a
envoyé cette ſemaine un nouveauCourrier
pour eſtre informédes
intentions de ſes Maîtres
fur ce ſujet. Les divertiſſements
du Carnavalont empêchéquel'on
n'en parlât dans le
Pregadi de Mardy dernier.
Cette matiere doit eſtre miſe
de nouveau en déliberation
dansceluy qui ſe tient actuelle-
Avril 1716. E
5o MERCURE
ment ; mais on ne peut encore
prevoirquel en ſera le réſultat.
Du reſte il paroilt toûjours
pluſieurs avis de Vienne qu'il
yaencore lieu de douter que
l'Empereur déclare la guerre
aux Turcs , à moins qu'il ne
ſoit attaqué le premier par la
Porte ,& bien des gens ſoupçonnent
que ce Prince penſe
plus à augmenter ſa Puiſſance
&ſon autorité en Italie , qu'à
faire une diverſion en Hongrie
: le temps de l'ouverture
de la Campagne s'approche
inſenſiblement & l'on pourra
dans peu de temps découvric
GALANT.
SE
fcs veritables intentions.
Le Prince Electoral de Baviere
ayant receu un compli
ment de la part du Prince
Electoral de Saxe qui luy donna
part de ſon arrivée en cette
Ville, a eſté luy faire une viſite
Dimanche ,& cedernier Prince
la luy a renduë Lundya
On prepare un convoy pour
envoyer à Corfou & dans la
Dalmatic. On pretend qu'il
ſera chargé de 4000. hommes
,iln'y en a cependant
encore que 8. ou 900. qui font
arrivez ici , & il y a même lieu
de craindre qu'une partie de
Eij
52 MERCURE
cesTroupes ne deſette quand
elles feront arrivées ſur les
licux. 1
L'on a receu des Lettres de
Meſſieurs Delphin & Pilani ,
ils mandent l'un & l'autre que
la famine eſtoitdans cette Mne
&que les vivres y estoient fi
chers qu'une livre de ris y
couroit 15. fols , que la mortalité
y étoit auſſi augmentée
parmi les Troupes & les équipages
desVaſſeaux.Le premier
ajoûte qu'en vertu des ordres
duSenat, ils'embarquoit pour
retourner àVeniſe & quittoit
lcCommandement desTrouGALANT53
مس
pes de la Republique. M.
Piſani marquede ſoncôté qu'il
étoit fort obligé ààfes Maî
tres de l'honneur qu'ils luy
avoient fait de l'élever à la dignité
de Capitaine general ;
mais qu'il demandoit par plufieurs
raiſons dene point accepter
cet employ , qu'il étoit
au-deſſus de fes forces , & qu'il
n'avoit aucune connoiffance
de la Marine. Ainfi la Repu
blique ſe trouve encore ſans
Commandant of soft
On a appris que les Dulcignotes
armoient 24. Galeres
& une groffe Tartane pour
E iij
54 MERCURE
faire la courſe , qu'il y en
avou même quelquesunesen
Mer , &queles Turos avoient
demandé Raguſe à la Republique
de ce nom , pour en
faireune Place d'armes,contre
les Venitiens ; mais qu'elle s'en
étoit excuſéc. M. Quirini qui
eſt Magistrat de Bergame a
eſté fait Procurateur de Si
Marc , moyennant la fomme
de 25000. ducats
DeRome le 29. Fourier
2
3
Vendredy matin le Pape
fut à l'Eglife de S. Laurent in
GALANT. 55
Damaſo , où il y avoit expofition
du S. Sacrement: aprés
yavoir fait ſa priere , Sa Sainteté
voulut monter au grand
appartement du Cardinal Ortoboni
dans le Palais de la
Chancellerie : ce fut pour y
voir le nouvel eſcalier que le
Cardinal y a fait faire depuis
peu. Il fit preſent au Pape en
cette occafion d'une ficur magnifique.
L'Ambaſſadeur de Ferrare
a eu avis par un Exprés que la
Ville de Bologne avoit fait
rompre une des plus grandes
Digues qui foûtiennent les
56 MERCURE
eaux du Bolonois pour les faire
écouler dans un des Canaux
du. Ferrarois. Elle avoit envoyé
cinq cens hommes armez.
Cet Ambaſſadeur en a
porté des griefs & plaintes au
Pape, qui auſſi toſt a député
une Congregation de pluſieurs
Cardinaux pour. connoiftre
de cette affaire , elle ſe
tint Lundy dernier , & il y a
eſté reſolu que la Ville deBologne
feroit remettre incefſamment
à ſes dépens cette
Digue dans le même état qu'
elle eſtoit cy-devant.
La confiſcation faite par le
GALANT. 37
Fifcal des biens du ComteVi.
daſchi , Ecuyer de l'Ambaffadeur
de Venise a eſté ſuivie de
fon banniſſement ſous peine
dela vie. Deux Valets d'écurie
qui luy ſervirent de Braves
dans l'affaire qu'il cut avec les
Sbirres ſubiſſent la même
peine.
>
Le Duc de Bracciano pour
fatisfaire en partie aux dettes
de la ſucceſſionque le feu Prince
Don Livio a laiſſe , a traité
avec le riche Marquis Surla
Genois,de la ventedu Duché
de Ceri , pour la ſomme de
450000. écus : c'eſtjuſtement
58 MERCURE
cequece Prince deffunt l'avoit
payé.....
L'Empereur a déclaré pour
fonAgent en cette Cour ,un
certain Don Thomas Coſta ,
Eſpagnol , à la place de l'Alvarez
Celui cy eſt preſentement
à Naples Preſident de la
Chambre Imperiale.
L'Ambaſſadeur de l'Empereur
avoit réfolu de donner .
Bal Lundy dans fon Palais , il
avoit pour cela fait inviser
toute la nobleffe ; mais comme
il ſouhaitoit que chacun y
vint maſqué ,la nobleſſe s'excuſa
ſur la crainte d'encourin
GALANT. رو
par-là l'indignation du Pape
qui a deffendules maſcarades ,
ainſi les preparatifs que cer
Ambaſſadeur avoit fait faire
dans cette veuë ont eſté inutiles.
Il doit partir inceſſamment
pour Vienne , d'oùil dir qu'il
efpere eſtre de retour icydans
le mois de Juin prochain , plufieursCardinaux&
Princes ont
eſté luy dire adicu; mais d'une
maniere privée.
M. Imperiali eſt allé à Naples
,ondit que le motif de
fon voyage eſt de procurer la
liberté du Princede Fracualle
১০ MERCURE
:
fon coufin ,qui par ordre de
l'Empereur est dléétteennuu pprriiffoonn--
nier dans leChaſteau deNaples.
AVenife le 29. Février.
Le Senat renvoya Samedy
dans la nuit le Courtierquiluy
avoit eſté expedié par ſon
Ambaſſadeur à Vienne , pour
demander des éclairciſſements
fur le troiſieme article du
traité de Ligue à conclure avec
l'Empereur contre les Turcs;
on dit ſous main que les ré
ponſes que l'on luy aenvoyées
font ſuffiſantespour le mettre
GALANT. 61
en état de figner cette Ligue ,
&il eltcertain que le pere de
cet Ambaſſadeur eft content,
& a dit qu'il ſe promettoit
que fonfi's confommeroit enfincette
affure ; mais comme
on ſe flatte toûjours ici , il
faut attendre de ſçavoir ſi la
Cour de Vienne ſera elle mêmecontente
de ces réponſes ,
&fi en cas qu'elle n'y puiffe
rien oppoſer ,elle ne fera point
naître quelqu'autre difficulté.
Elle devroitles faire ceſſer ellemême
ſi l'on doit ajoûter foy
àquelques avis venus deConfcantinople
qui portent que le
62 MERCURE
peuples étoit affemblé dansla
maiſonduReſident del Empereur
auprés duGrandSeigneur
dans l'intention de luy faire
une inſulte ,& que le Grand
Viſir feignant de n'en ſçavoir
point la raiſon , ni qui avoit
excité le peuple às'aſſembler ,
avoit envoyé des Janiffaires
qui gardoient ce Reſident fous
pretexte d'empêcher que l'on
ne luy fit quelque nouvelle
inſulte. Le memoire preſenté
dela part de M. Pifani pour
eſtre excufé d'accepter cet
employ de Capitaine General
a eſté mis en déliberation dans
GALANT. 63
leCollege , où il a cû le ſuccés
favorable ; mais cette affaire
eſt tombée de 80. voix dans
le Pregadi où elle fut portée
avant hier ; ainſi il faut ou
qu'il accepte cet employ , ou
qu'il ſubiſſe la peine ordinaire
de l'amende&du baniſſement.
Il y a quelques gens qui
croyent qu'il prendra ce dernier
parti , par la raiſon qu'il
ne veut pas courir riſque de
perdre la Campagne prochaine
le peu de réputation
qu'il s'étoit acquiſe. Il y en
a d'autres au contraire qui ſe
fondent ſur cequela Ligue que
64 MERCURE
l'on doit conclure avec l'Empereur
procurera une grande
diverſion , eſtimant que ſe
voyant alors plus en état de
s'oppoſer aux progrés des
Turcs , il acceptera le Commandement
des Troupes de
la Republique qu'il a refuſé
juſqu'àpreſentde recevoirdes
mains de M. Delphin , lequel
par cette raiſon a differé fon
départ pour revenir ici .
On prepare un convoy
pour le Levant &pour la Dalmatic
, il y a ici 8. ou 900.
hommesque l'onyembarquera;
on en attend, dit- on , 700.
encore
GALANT. 65
encore du nombre de ceux
que leComte Schulembourg
s'eſt chargé de fournir 4. Galeres&
un Vaiſſeau de guerre
ont eſté brulez à Corfou par
accident , on n'en ſçait point
encore le détail.
1.6
1. DeRome le 7. Mars.
:
:
Le Comte de Gallas Ambaſſadeur
de l'Empereur en
cette Cour , en partit il y a
aujourd'huy huit jours en
poſtc. M. Don Charles Alberin
qui fut ce jour- là chez
luy pour le ſaluer n'ayant pû
Avril 1716. F
.
66 MERCURE
le voir, fut l'attendre à la por
te du peuple où il luy dit à
adieu. Les Cardinaux Barbarin
& de Scrottemback , de
même que pluſieurs autres perſonnes
de la premiere qualité
s'y trouverent auſſi , entre
autres la Ducheſſe Cefarini.
Ce Miniſtre temoigna à cette
Dame qu'il eſtoit confus de
P'honneur qu'elleluy faiſoit
&la remercia en des termes
tres gracieux. 1000
Le Cardinal Scrottomback ,
refte chargé des affaires pendantl'absence
de cet Ambuffa
deur , il a pour cet effet remis
GALANT 67
aſon Eminence tous les papiers
concernant fon miniſtere
, il a laiſſe dans ſon Palais le
fieur Primoly Secretaire de
l'Ambaſſade avec une procuration
pour payer ſon domeſtique.
Avant ſon départ il a temoigné
beaucoup d'aigreur
contre Don Alexandre Albani
& le vieux Marquis de
Bufalo. Cela vient de ce que
ceux-ci empêcherent les Dames
d'aller à ſon Bal où Don
Alexandre luy même avoit
eſté invité.
Dernierement les Sbirres
Fij
68 MERCURE
1
:
arreſterent un cocher de l'Envoyéde
Portugal qui marchoit
avec l'épée nuë à la main , &
auquel ils trouverent unpiſtolet
chargé ; mais comme ils
le menoient en prifon , pluſieurs
domeſtiques armez du
mêmeEnvoyé ſurvinrent , qui
le délivrerent de leurs mains :
Celas'eſt fait ſans quele Gouverneur
en ait temoigné le
moindre reffentiment...
Il eſt ſurvenu un differend
entreM Anfaldi & M. Molines
ſur la nomination de deux
ſujets dont un doit eſtre choiſi
par le Grand Duc , pour fuc
GALANT. 69
ceder au poſte d'Auditeur de
Rote , vacant par la mort de
M. Mancery : or ſuivant l'ufage
receu , c'eſt le Doyen du
Tribunal de la Rote qui a
droit de les nommer , & ce
Doyen eſt aujourd'huy M.
Molines ; mais comme il ne
va plus à la Rote depuis déja
du temps , M. Anfaldi qui
vient immediatement aprés
luy, difpute ce droit , en forte
que pour obvier àcet inconvenient
Sa Sainteté s'eſt réſer
vée cette nomination : on
croit qu'elle ſe fera en faveur
de M. Jerolami secommandé
70 MERCURE
par la Cour de Toſcane .
LeCardinal Carracioli d'Averſa
eſt arrivé à Caſtel. Il
doit demain faire ſon Entrée
publique par la porte de S.
Jean. Les Domeſtiques de la
maiſon Cenci , donnerent des
coups de bâtons ces jours
paffez , au cocher d'un carroffe
de loüage qui conduifoit un
Allemand. L'Ambaſſadeur de
l'Empereur prit l'affaire à coeur
&fit dire au Cardinal Patrizzi
oncle de Madame Cenci ,qu'il
vouloit en avoir fatisfaction..
Auſſi- toft M. Grimani Cenci,
mari de ladite Dame , fut faire
•
GALANT 7
des excuſes à l'Ambaſſadeur ,
qui l'envoya chez le Gentil.
homme Allemand pour luy
en faire aufli,&dans le même
tempsil donna ordre àunPage
d'aller chez la Dame pour
la remercier de ſa part de la
démarche que ſon mary ve
noit de faire , diſant qu'il engageroit
le Gentilhomme Allemand
d'aller l'aſſurer de ſes
civilitez
Le Bref accordé à l'Empereur
pour la levée des Decimes
fur les biens Eccleſiaſtiquesde
tous ſesEtats , a , dit-on , eſté
renvoyé au Pape àcaufede la
72 MERCURE
condition qui s'y trouve àl'é
gard du payement ,qui ſuivant
ce Bref, devoit ſe faire entre
les mains de M. le Nonce à
Vienne; mais l'Empereur veut
au contraire que leſdites Deci
mes ſoient payées aux Minif
tres qu'il deſtinera à cet effer.
Ainfil'onpretend que Sa Sain
teté a fait un nouveau Breftel
qu'on l'a demandé ,lequel a
eſté remis à l'Ambaſladeur
avant fon départe
Vendredy matin avant le
Sermon l'on tint une Congregationparticuliere
de Cardinaux
, fur les moyens de
deffendre
GALANT . 73
-
deffendre les Coſtes de cet Erat
des invaſions des Pirates .
La Compagnie des Cuiraf
fiers du Pape , eſt ſur le point
departir pour aller'garder les
coftes de la Province de la
Marche. Elle fera commandée
par le Chevalier Moſca ,
& l'on a choiſi quelques Ingenieurs
que l'on enverra
principalement à Lorette pour
mettre cette Ville en état de
deffenfe.
Le Prince de Scavolino
Carpegna aprés s'eſtre muni
des meilleurs effets de ſa mai- .
fon, de ceux qui conſiſtent en
Avril 1716. G
74 MERCURE
bijoux &en argenterie, a dif
paru tout à coup, l'on croit
qu'il va de nouveau en France.
Le bruit s'est répandu que le
PrinceOdefcalchi par lemoïen
desCardinaux Cafoni & Rufo
a enfin obtenu le confentement
de la Cour de Vienne
pour épouſer la fille du Prince
de Rofane.
Le Cardinal Paracciani &
M. Stampa ont eſté chargez de
l'accommodement des differens
furvenus entre les Bolo
nois & Ferrarois à l'occaſion
de la Digue qui a eſté rompuë,
ils doiventpour cet effet
CALANT. 75
-
ſe tranſporter ſur les lieux.
Le Cardinal Pioli eſt toûjours
mal ,&entre l'efperance
& la crainte : les Medecins
font de frequentes confultes
fur ſa maladie. Mardy matin
un Courrier de Veniſe paſſa
par cette Ville allant à Ot
De Venise le 7. Mars.
On a ſçû plus particulierement
le détaildu malheur arrivéàCorfou
, le Vaiſſeau nommé
la Reine de la Mer , conftruit
l'Eſté dernier a eſté ſeul
Gij
76 MERCURE
conſommé par les flames. Les
Galeres ont eſté tres peu endommagées
; mais laColombe
autre Vaiſſeau de guerre l'a
eſté beaucoup. Le premier a
ſauté en l'air avec 27. perfonnos
, le feu ayant pris aux poudres.
On a trouvé , dit-on ,
une méche attachée au ſecond
ce qui fait ſoubçonner qu'il
peut y avoir cû quelque trahiſon
dans cet accident.
Made Schulembourg eſt arrivé
à Corfou. Il n'y a pas
trouvé les choſes dans l'état
que l'on luy avoit dit. Il a
envoyé un état de tout ce qui
GALANT לד
2
y manque , & demande que
la garniſon en ſoit augmentée
au moins de 4000. hommes
de troupes reglées. On fera
partir ces jours-ci un petit
convoy avec 5.ou 600. hommespour
cette Place ,&toutes
fortes de munitions de guerre;
un bataillon de troupes que le
Comte deSchulembourg s'eft
engagé de fournir eſt déja arrivé
à Verone ; on le fera
paffer à Veniſe pour s'embarquer
& l'envoyer inceſſam
ment au Levant .
Le Senat a refuſé d'admet.
tre les excuſes de M. Piſani ,
Gij
78 MERCURE
qui ne veut point accepter la
Chargede Capitaine General.
Il eſt queſtion de ſçavoir s'il
petſiſtera dans ſon ſentiment.
Ondevoit lancer icy à l'eau
un Vaiſſeau de guerre en prefence
du Prince Electoral de
Baviere ; mais faute d'eau fuffiſamment
, on n'a pû le faire;
ce Prince a nommé ce Vaiffeau
,le Lyon Triomphant .
1. On attend avec impatience
les réponſes de l'Ambaſſadeur
de la Republique à Vienne ,
au ſujet de la Ligue à conclure
contre les Turcs ; le courrier
qui y fut depêché il y a quinze
GALANT9
jours, n'eſt point encore de
tetour.
Le Duc de Parme a écrit
au Senat qu'il avoit appris de
la Reine d'Eſpagne fa fille ,
que le Roy Catholique eſtoit
dans des diſpoſitions favora
bles d'envoyer contre les
Turcs quatre vaiſſeauxdel'Efcadre
de M. Mari , qui ſetoient
fous les ordres du General de
Malte , & dix mille hommes
de ſes troupes au fecours du
Pape , pour deffendre l'Etat
Eccleſiaſtique: on ne croic pas
que l'on doive trop compter
fur un pareil ſecours; & fi
Giiij
৪০ MERCURE
cesMeſſieurs ici n'en ont point
d'autre , ils courent grand
riſque.
Le Prince Electoral de Baviere
a envoyé M. Santini à
Florence , pour faire des compliments
à la grande Princeſſe
Doüairiere ſa tante.
Ce ſera demain ſeulement
que M. Quirini ſera fait Procurateur
de S. Marc
De Rome, le 14. Mars.
:
Le Pape qui eſt en parfaite
ſanté n'aſſiſta point à la Chapolle
du ſecond Dimanche de
:
GALANT. 81
Carême; mais l'aprés diné il
reçût & admit à l'audience le
Cardinal Carraciolyd'Averſa,
qui ce jour fit ſon Entrée pue
blique.
Sa Sainteté le retint longtemps
: la Cour de ce Cardi
nal eſt aſſez belle , & fa livrée
fort modeſte. Il eſt logé chez
le Cardinal Imperialy , & il
ſe ſert des carroſſes de la
maifon.
La Compagnie des Cui.
raffiers de la garde du Pape
eſt partie pour Ancone; le
Marquis de Cavalieri qui en
étoit le Capitaine , s'eſt demis
82 MERCURE
de cette Charge pour ne pas
eſtre ſubordiné au Chevalier
Moſca , à qui le Commandement
en a cité donné. Sa
Sainteté a accepté cette de.
million , & a choisi pour
Officier fubalterne , leChevalier
Aldobrandi.
Outre le Bref accordé à
l'Empereur pour la levée des
Décimes, le Pape en a envoyé
un en conformité au Cardinal
Odefcalchi Archevêque de
Milan; par ce Brefchaque Ecclefiaftaque
estobligé de payer
durant l'eſpace de fix années
le trentiéme pour cent du re
GALANT. 83
venu de ſes Benefices.Deplus
ſuivant la convention faite Sa
Sainteté a fait remettre à Mr.
le Nonce à Vienne deux cens
mille Florins qui feront confignez
à l'Empereur en cas qu'il
foit contraint de faire laguerreau
Turc. αντα
L'Ambaſſadeur de Vienne
fut dernierement à une Audianceextraordinairedu
Pape,
ç'a eſté vrai - ſemblablement
pour lui faire inſtance fur les
beſoins tres-preffans de ſaRepublique
, mais Sa Sainteté
n'eſt gueres en état d'y pourd'ypourvoir,
laChambre Apoftolique
*4 MERCURE
eftant fort oberéc .
On tint ces jours paſſez une
Congregation militaire pour
déliberer fur les moyens de
trouver des fonds pour ſurvenir
aux neceffitez preſentes.
Comme elles ſont extrêmes ,
pluſieurs propoſerent de tirer
quelque ſomme d'argent du
treſor du Château S. Ange,
d'autant plus qu'on estaujour.
d'huy dans le cas dont il eſt
fait mention dans la Bulle de
Sixte V. & qu'avec l'argent
qu'on pourroit retirer de la
vente des Charges de Clerc
de Chambre , il feroit aifé de
GALANT 85
:
remettre dans ce trefor ce
qu'on en ôteroit à cetteheure,&
ce qui en fut levé dans
ledit armement 2
On pretend que Mr. Imperiali
qui eſt maintenant àNaples
a obtenu permiffion du
Vice-Royde faire fortir de ce
Royaume vingt - cinq mille
meſures de grains pour la proviſion
de laMarche,& la Ville
d'Ascoli, c'eſt de tout l'EtatEccleſiaſtique
celui où la difette
eſt plus grande. Mr. de Fuf
ſombroni s'eſt enfin déterminé
à quitter la Prélature pour
époufer une Dame Sienoiſe
8 MERCURE
de la Maiſon de Friceti.
Le Papca nommé troisCardinaux
pour connoître&dé-
- cider du differend furvenu en
treMr. Molines&Mr. Anfaldy,
au ſujet de la place d'Auditeur
de Rotte , vacante par
la mort de Mr. Mancery.
t!
DeVenise le 14. Mars.
La Ligue entre l'Empereur
& la Republique contre les
Turcs n'eſt point encore con
cluë, & l'Ambaſſadeur de Veniſe
àVienne a même envoyé
cette ſemaine à ſes Maîtres
1
GALANT . 87
une Stafette pour leur demander
des éclairciſſemensaplus
précis qu'ils n'ont faits fur les
difficultez qui arrêtent depuis
fi long-temps la ſignature de
ceTraité. On délibere fur cet
tematieredans le Prégady qui
fe tient actuellement , & l'on
renvoyera cette nuit la Stafetteà
l'Ambaſſadeur àVienne.
Comme la quantité des affaires
qui ſurviennent à cauſe
de la guerre en retardent la
prompte expedition , il a cſté .
refolu que l'on tiendroit trois
Prégadis la ſemaine au lieu de
deux que l'on avoit coûtume
de tenir.
68 MERCURE
20On a reçû de Corfou ces
jours paſſezdes lettres qui por
tent que le Sieur de Schulembourg
faiſoit démolir lesOuvrages
faits fur deux hauteurs
qui avoient eſté renfermées
dans les fortifications de cette
Place,&qu'il faifoit auſſi réü
nir&applanir quelques ouvragescommeinutiles.
LeComte
demande toûjours que l'on en
augmente encore la Garnifon
de4000. hommes de Troupes
reglées.
M. Delphina auffi écrit que
l'on avoit beſoin de 3. ou
4000. Matelots ſur la Flotte ,
ils
GALANT. 89
ils ont envoyé l'un & l'autre
un état de tout ce quimanque
pour la Campagne prochaine ,
on croit que l'on aura bien de
la peine à leur en donner la
moitié.
7 M. le Prince Electoral de
Baviere eſt parti Mercredy de
cette Ville , pour ſe rendre à
Rome par Bologne , où la
grande Princeſſe Doüairiere
doit ſe trouver pour le voir &
s'aboucher avec luy. Dimanche
M. Quirini, frere de celuy .
qui a déja eſté fait Procurateur
de S. Mare , fut éleu à la mê-
Avril 1716. H
وه MERCURE
7
medignité moïenant 25000.
ducats.
ॐ
3. Les dernieres nouvelles de
Conſtantinople arrivées Dimanche
dernier par la voye de
Marseille , ne fontpas encore
connoiſtre les deſſeins des
Tures dont l'Envoyé de l'Empereur
n'a pû encore obtenir
aucun éclairciſſement , quoy
qu'il ait déclaré que les Troupes
Ottomanes qui s'avan-
• çoient ſur la frontiere deHongrie&
de Tranfilvanie , obligeoient
l'Empereur ày envoïer
de nombreuſes forces , pour
GALANT. r
P
n'être point ſurpris ; cepene
dant il paroiffoit aux démarches
des Turcs que our
deſlein elt d'entreprendre la
guerre non- feulement contre
la Pologne & la Moscovic ;
mais auffi contre l'Empereur
& la continuer en mêmetemps
contre la Republique
de Venife. 31 こい
3.On mande de Toulon du
17. du paffé que les Vaiſſeaux
qui font armez dans ce Port
étoient toûjours dans la rade ,
qu'on croyoit qu'ils palleroient
à Cadix pour s'y join-
Hij
92 MERCURE
dre à fix Vaiſſeaux de guerre
Portugais qu'on arme à Lif
bonne & aller conjointement
mettre les Saltins à la raiſon,
&on aſſeure que des Vaiſſeaux
Anglois s'y joindront auſſi :
qu'un Bâtiment venu de Genes
avoit rapporté que les
Allemands qui étoient à Novi
demandoient de gros fubfides
à cette Republique,à faute
de quoy ils la menaçoient
d'execution militaire.
Des Lettres de Roſe du 15 .
portent qu'on y avoit effuïé
une rude tempête de vents ,
de pluïes , de groſſes grefles &
=
ما
다
GALANT. 93
de tonnerre , que la foudre
étoittombée en trois endroits
dans la Ville&avoit fait beaucoupdedefordres
&que cette
rempêre avoit caufé de grands
naufrages fur la Mer......
Onmandede Genes du 16.
du paſſé qu'on y étoit revenu
de la crainte où on étoit d'être
inſulté par les Allemands qui
ont abandonné le territoire de
Novi,tout ce qu'ils occupoient
des Etats de cette Republique,
& s'eſtoient retirez dans leMilanois
, le different que cette
Republiqueaavvooiittaavveecl'Empe
reur eſtant accommodé ; mais
24 MERCURE
on ne diſoit pas encore à
quelles condicions ,& on luy
envoyeunEnvoyé Extraordinairepour
faire les foumiffions
de la Republique ; on armoic
encePort les deux Vaiſſeaux
de guerre que les Venitiens y
ont fretté, ils font de so. pieces
de canon chacun & aufli
toſt qu'ils feront preftsils mer--
tront à la voile pour aller
joindre la Flotte Venitienne.
On mande de la Trape du
26. du paffé que le 24. le feu
avoit pris à la forgequi porta
des éteincelles de feu au preffoir
de l'Abbaye qui eftoic
1
GALANT٠ ور
م
rempli de fourages & fe communiqua
àunegrange qui eft
contiguë , qui en étoit auſſi
pleine , & aux efcuries & à
toutes les chambres de l'Hofpice
auffi bien que de l'autre
coſtéàlarangée des étables à
vaches , & le feu confuma
tous ces baſtiments en moins
de quatre heures par la violence
d'un vent qu'il faifoit
alors,malgré tous les prompts
fecoursqu'on y apporta , tous
les Religieux s'y eftantemployez
avec la derniere ſoumiffion,
particulierementl'Abbé
qui travailloir plus qu'aucun
autre , & encourageoit les
96 MERCURE
Religieux à ſuivre ſon exemple
: cet accident cauſe une
perte tres-confiderable.
ॐ
Les dernieres lettres qu'on
a reçû deCadix portent qu'on
y avoit appris par un Bâtiment
arrivé dans ce Porr venant
de Ceuta , que les Mores
avoient fait joüer quelques
fougades du coſté du Baſtion
de Sainte Claire ; mais que les
mines ayant fait leurs effets
tout contraires , d'autant que
les débris de ces mines s'eftoient
renverſez ſur leursgens
qui estoient diſpoſez pour
monter
GALANT 97
4
monter à l'aſſaut , la pluſpart
de ces troupes ont eſté écrafécs
& enfevelies ſous les
ruines,&qu'enmême temps la
garniſon s'eſtant apperçûë du
defordrequecesmines avoient
fait daris le Camp des Infidelles
, avoit fait une fortic
fort à propos , dans laquelle
plus de 1 500. de ces.Barbares
avoient eſté mis hors de
combat , & que deux transfuges
qui estoient venus le
lendemain ſe rendre dans la
Place , avoient rapporté qu'il
y avoit encore en differents
endroits plus de trente four-
Avril 1716 . I
98 MERCURE
neaux preſts à joüer .
On mande de Perpignandu
4. de ce mois qu'on y avoit
appris de Roſe qu'il y avoit cu
un furieux ouragan de ce
coſté là , le long de la Coſte
de Catalogne , mêlé de pluye
&de tonnerre ,&ily en avoit
fait de fi terribles éclats , que
pluſieurs perſonnes en eſtoient
tombées mortes de frayeur ,
fur tout du coſté de Palamos ,
où on avoit reſſenti quelques
ſccouffes de tremblement de
terre qui avoient cauſé beaucoup
de dommages ; qu'on y
THEODE
LYON
GALANT
avoit cu avis deColliouras
dans la pêche du Thon quơn
yavoit faite , on y avoit pris
trois poiſſons d'une longueur
&d'unegroffeur prodigieuſe ,
ce qui ſurprit fort , d'autant
qu'on n'en avoit jamais vû de
ſemblables dans ces Mers ; que
cette pêche avoit eſté ſigrande
que les Pêcheurs avoient
eſté obligez d'en laiſſer une
grande partie dans la Plage
dont les Payſans ont profité.
i Les dernieres Lettres de
Toulon portent qu'on joignoit
encore auxVaiſſeaux qui
y font armez , quatreGaliotes
1 ij
100 MERCURE
à bombes , mais qu'on ne diſoit
pas encore à quoy ondeftinoit
cet armement
7.
:
Des Lettres de Turin du
,
&
26. du paflé portent qu'on
avoit commencé à rétablir les
fortifications de Veruë
qu'auſſitoſt qu'elles feront
achevées on finira celles des autres
Places ; que les recruës
pour les Troupes eſtoient fort
avancées , & la Cavalerie étoit
toute remontée ; qu'on avoit
renforcé les Garniſons de toutes
les Places du Montferrat &
qu'on parloit même de joindre
aux Etats de Piémont Sa
GALANT. 101
vone & Final qui en avoient
elté demembrées .
On a receu des Lettres de
Marſeilledu 26. Mars qui portent
qu'il y eſtoit arrivé dans
ce Port un Bâtiment Genois
venant de Sicile , par lequel
on avoit appris qu'à trois
licuës de- là il y avoit eu de
grands tremblemens detetre,
& qu'elle s'eſtoit ouverte en
pluſieurs endroits le long de la
coſte dont on ne ſçavoit pas
encore les particularitez : il
ajoûte qu'on luy avoit affûré
qu'àSpartivento , il y avoit eu
unouragan terrible de vent ,
I inj
102 MERCURE r
1
de pluye , de tonnerre & de
grefle , que la foudre eſtoit
tombée en differents endroits
dans cette Place , & avoit cau
ſé beaucoup de defordre , &
au dernier éclat de tonnerre ,
un homme traverſant la
grande ruë avec quatre boeufs
qu'il menoit , s'arrêta tout
court,aufli bien que les boeufs;
& comme il y avoit déja du
temps qu'il eſtoit dans cette
poſture , de même que les
quatre animaux ſans remuer,
quelques perſonnes furent cú
rieuſes d'aller voir pourquoy
ils ne bougeoient pas de cette
GALANT. 103
place , voyant que l'orage étoit
paffée,eſtant arrivées prés de
cet homme, elles virent qu'il
avoit les yeux & la bouche
extraordinairement ouverts ,
de même que les animaux qui
eſtoient reſtez ainſi morts debout
; on les toucha & ils
tomberent.
لو
Les Lettres de Londres du
26. du paflé , portent que le
Lord Winton ,prifonnier detenu
dans la Tout pour la re.
bellion , avoit preſenté une
Requeſte à la Chambre des
Pairs, demandantun plus long
I mij
104 MERCURE
délay pour ſe préparer àſedeffendre:
qu'on y avoit reçû des
lettres d'Edimbourg du 19 .
par leſquelles on mandoit que
Ic General Cadogan avoit envoyé
ordre dedeſarmer toutes
les troupes du Marquis de
Huntley & du Comte de
Seaford , auſſi bien que tous
les Clans des rebelles qui font
ſous le Commandement d'Inverneffe
,&de ſe ſaiſir de leurs
Chefs; les mêmes ordres furent
envoyez à Perth de defarmer
ceuxdes Generaux Bradalbin ,
de Drummond & du Duc d'A.
thol , & de ſe ſaiſir auſſi des
GALANT. 105
Chefs; & on devoit envoyer
un detachement confiderable
au Fort Guillaume , pour defarmer
les Clans , les principaux
deſquels font les ſieurs
Lochills ,Glangari& autres ; ces
lettres ajoûtent que le Marquis
de Huntley & le Lord Rolle
eſtoient actuellement en priſon
à Inverneſſe , où s'eſt auffi
rendu le Chevalier Thomas ,
pourſe ſoumettre à la clemencedu
Roy , mais que leurs camarades
eſtoient encore avec
le Comte de Seaford dans les
Montagnes avec le reſte des
rebelles qui ſont diſperſez en
106 MERCURE
:
pluſieurs corps , & y font encore
en grand nombre avee
pluſieurs Gentilshommes de la
plaine: ils ont abondance de
viande& de poiſſon , mais peu
de pain & de vin.c
Comme ily a un PairEfcoffois
qui doit rendre témoigna
ge dans le procésduComtede
Winton, on a propofé dans la
Chambredes Pairs qu'il feroit
à propos de regler de quelle
maniere on interrogeroit ce
Seigneur; on refolut qu'il feroit
affis ſur une chaife présde
laTable , & que lorſqu'il parleroit
il ſeroit debout , & que
GALANT. 107
le Lord Cowper, grand Chan
celier a eſté nommé Stward
pour prononcer la Sentence
dans cette affaire : on refolut
enfuite que la Chambre ſe
rendroit le 27 dans la Salle de
Westminster ,de la mêmema
niere qu'elle y alla lorſqu'on
prononça le jugement contre
les fix Seigneurs condamnez ,
&on a commencé à faire fon
procés, ce Seigneur ayant eſté
amené dans la Salle pour y
eſtre accufé , & entendre les
témoins contre luy : on avoit
fait occuper toutes les avenuës
de Westminster par les Mili
108 MERCURE
こ
ces , afin d'empêcher qu'il n'ar.
riva du deſordre.
Les LettresdeLondresdu 30.
Mars portent qu'on y eft furpris
de voir vaquer ſi longtems
les Charges de Preſident du
Conſeil,deGrandEcuyer & du
premier Gentilhomme de la
Chambre , ce qu'on attribue à
la crainte qu'on a d'augmenter
le nombre des mécontents à
cauſe de la quantité de perſonnes
qui y pretendent : ces
jours paſſez on délivra de la
Garde d'un Meſſager,les ſieurs
Bail ,Gibson , Smith & Sin .
GALANT. 109
gleton de la prifon de Newgatte
où ils avoient eſté mis
comme ſuſpects . On affeure
que neufCapitaines de Vaifſeaux
ont eſté caſſez comme
favorables au parti du Pretendant
Le 26. Mars les Seigneurs
firent ſçavoir aux Communes
que le lendemain ils jugeroient
leComteGeorges deWinton
l'un des Seigneurs pris à Prefton.
Le 27. les Communes
s'étant renduës à la Chambre
Haute , où leurs temoins dépoferent
contre l'accuſé , le
Lord Cowper Chancelier &
déclaré Stward ou Senéchal
110 MERCURE
1
pour ce jugement, luy deman
da ce qu'il avoit à dire contre
ces accufations , il répondit
qu'il attendoit ſes temoins d'Ecoffe
qui étoient en chemin ;
maiscela luyfut refufé& comme
il étoit Lord , l'affaire fut
remiſe au lendemain 28. ce
jour- là il fut jugé , condamné
à la même peine que les fix
autres Seigneurs de Preſton&
renvoyé à la Tour juſqu'au
temps.de l'execution. Le 24.
ce Comte avoit tâché de ſe
ſauver en ſciant les barreaux
des fenêtres , mais il fut découvert
, ainſi que d'autres qui
GALANT. II
avoient voulu s'échaper en
perçant la muraille de la prifon
de Newgatte. Le 25. trois
priſonniersde lamême priſonaccuſez
de haute trahiſon ,
furent envoyez au Pays de
Cornoüaille d'où ils font ,
poury eſtre jugez. Les Lettres
d'Edimbourg du 21, portent
que les mécontents eftoient
venus ſe remettre à la clemencedu
Roy , à Inverneſſe , au
General Whigtman , qui y
commande ,quezjoo, hommes
des environs d'Aberdeen
yeſtoientvenas prêter les ferments
de fidelité: que le Mar112
MERCURE
quis de Huntley eſtoic parti
avec une garde pour ſe rendre
à Londres. Le bruit couroit
que le Comte de Tinmouth ,
fils du Duc de Berwick avoit
efté pris ; mais on a ſçû parun
Vaiſſeau nommé la Sophiede
Leith , qui a eſté pris revenant
de Dunkerque , qu'ily avoit
débarquéle Comte Marſchal,
leGeneralGordon, le General
Ecklin ,& un jeune Seigneur
appellé leComtedeTinmouth
&70. autres perſonnes de
confideration. Le Comte de
Seaford & pluſieurs autres
eſtoient au Nord d'Ecoffe
avcc
GALANT. 113
avec les Mécontents .
Les Lettres de Londres du
2. dece mois portent qu'on y
avoit eu avis que le Comte
de Southerland eſtoit à Edimbourg,
incommodéde la goute
, mais qu'il ſe preparoit
pour venir à Londres ; & par
les Lettres d'Edimbourg du
26. on mande que le General
Cadogan en devoit partir
pour y venir auffi. Ces Lettres
ajoûtent qu'un nombre
confiderable des mécontents
du Comté de Perth s'eſtoienr
ſoumis à la clemence du Roy ,
&d'autres avoient eſté pris.
Avril 1716 . K
114 MERCURE
Depuis quelques jours les deux
partis font en mouvement au
ſujet des élections pour un
nouveau Parlement. On affu.
re que lesWigts craignant que
les nouvelles élections ne leurs
foient point favorables , follicitent
de tous coſtez pour faire
conſentir aux Membresdes
Communesdeſuſpendre pour
untemps l'Acte desParlemens
Triennaux , afin de ſe maintenir
avec plus d'autorité dans
leurs Emplois. Les Torris travaillent
auffi de leur côté avec
beaucoup d'attention à gagner
les Membrespour rejet
GALANT5
ter ce projet ,& on croit qu'ils
l'emporteront ſur les Wigts :
on verra par la ſuite lequeldes
deux partis l'emportera ; le
Roy a accordé un répit aux
trois Seigneurs condamnez il
y a quelque temps , & qui
devoient eſtre executez le premier
Avril , ils ont eſté remis
juſqu'au 15. on continuë de
dire que le Comte de Carnwath
aura ſa grace , parce qu'il
a découvert le ſegret de la rebellion
, & qui font les principaux
complices, mais celan'eſt
zai
pascertain.
Le General Cadogan avoit
Kij
116 MERCURE
ordre de ſommer les Rebelles
de ſe ſoûmettre à la clemence
du Roy , & faute d'y obéïr ,
debrûler leur pays , & les pafſer
tous au fil de l'épée. La
Chambre examina l'état de
l'Ecoffe , & aprés avoir examiné
pluſieurs perſonnes à la
Barre qui dépoſerent avoir vû
le Comte Marshal , le Comte
de Seafort , le Comte de Sowtheſque
, &le Comte de Panmure
en armes parmy les
Rebelles , & pluſieurs autres ,
la Chambre ordonna un Bill
pour atteindre ces quatre Scigneurs
& autres de haute tra
GALANT. 117
hiſon ,s'ils ne ſe remettent pas
à la Juſtice dans le temps fixé,
Onembarque ſur un Vaiſſeau
Marchand pluſieurs prifonplufieurs
niersde Preſton pour les tranfporter
aux Barbades & autres
Colonics.
DeLondres le de cemois.
Les Lettres d'Edimbourg
du 2. de ce mois portent que
le General Cadogan en eſtoit
parti le 30. Mars pour aller à
Sterling & de- là à Dunkeld ,
où eſtoit le rendez vous de ſes
Troupes au nombre de trois
118 MERCURE
1
mille fantaſfins &de fix cens
Dragons , avec lesquels il devoit
marcher contre lesMontagnards
qu'il eſperoit de diffiper
en peu de jours ou les
obliger à ſe ſoûmettre , mais
d'autres diſent qu'ils ne feront
pas fi faciles à reduire , parce
qu'ils ont fix mille fantaſſins
& fix cens chevaux , & qu'ils
ont reçus depuis peu un ſecours
d'armes , de munitions
& d'argent. Cinq Bataillons
Hollandois & deux Regimens
de Dragons eſtoient en marche
pour revenir en Angleterre
,& ils devoient arriver
GALANT. 11,
prés de Londres à la fin d'Avril.
Les Lettres de Londres du
9. portent que le Gouvernement
preſent continue dans
le deſſein de faire preſenter
deux projets d'Acte , l'un pour
faire ſuſpendre durant quatre
ans l'Acte des Parlemens
Triennaux ; l'autre pour perpetuer
dans la Chambrehaute
les ſeize Pairs d'Ecofle qui y
ont preſentement féance; ces
deux projets font déja bien
murmurer les peuples d'Angleterre
& d'Ecoffe qui ſeroient
privez des profits que
:
120 MERCURE
leur procurentles élections par
les grandes dépenſes que font
les Candidats pour gagner des
fuffrages. On affure que leJu
gementdes Comtes d'Oxford
&de Straffort ſeront remis à
une autre ſéance du Parlement
, qu'aprés les Feſtes on
en jugera , dont quelques- uns
des plus coupables feront executez,&
qu'enfuite on donnera
une Amniſtie generale.
Le ſieur Jacques Littleton ,
Commiſſaire general de la
Marine à Chatam , a eſté fait
Vice-Amiral à la place duChevalier
Hardy qui a eſté privé
: de
GALANT. 121
de cette Charge : on a auffi
caffé ſept Capitaines de Vaifſeaux,
qui font les ſieursCook,
Hauway , Jackſon , Cannon ,
Gordon, Hughes, &Garland,
&'on croit que deux ou trois
autres feront encore caffez .
Le 7. les Communes lûrent
pour la troifiéme fois , paſſerent
& envoyerent aux Scigneurs
le projet d'Acte pour
permettre aux Comtes de Sunderland
& de Rochester , de
prefter en Angleterre les fermens
pour les Charges de
Viec.Treforierdes Receveurs,
&de Paycurs "Generaux des
Avril 1716. L
২
122 MERCURE
Revenus du Roy en Irlande ,
qu'ils exerceront en commun;
enfuite il fut ordonné que
dans quinze jours tous les Deputez
ſe trouveroient à la
Chambre , ſurquoy il fut propoſé
d'ordonner à l'Orateur
d'écrire des Lettres circulaires
aux Sherifs des Provinces , de
ſommer tous les deputez de
ſe trouver ce jour - là à la
Chambre. PluſieursWigtss'y
oppoſerent,diſant que cesLertres
circulaires feroient trop
de bruit à la Compagnie. On
leur repliqua que ſi ce qu'on
diſoit, eſtoit vray, qu'on you
} GALANT. 123
loit ſuſpendre l'Acte des Parlemens
Triennaux , cela feroit
bien encore plus de bruit , &
qu'ainſi il eſtoit neceſſaire de
faire venir les Membres pour
eſtre preſens à ce qui ſe paſſeroit&
en dire leur avis , puifque
ce ſeroitpeut eſtre la derniere
fois qu'ils en auroient la
liberté ainſi on ordonna à
l'Orateur d'écrire des Lettres
circulaires. Le Comte de Pcterboroug
arriva le 7. deFrance
àLondres...
Les lettres de Londres da
13. de ce mois , portent que
les amis du Comte d'Oxford
Lij
124 MERCURE
publient que ſi on avoit remis
le jugement de ce Seigneur à
une autre ſéance, ce n'eſtoit
que parce qu'on ne trouvoit
pasdepreuves ſuffiſantes,pour
prouver les articles d'accuſation
, que la Chambre des
Communes a exhibées contre
luy , afin de luy faire dépenſer
fon bien ,& pour le faire ſouffrir
en prifon ; mais que ces
Ms de la Chambre ſeroient
bien trompez , s'il eſt vray ,
à ce qu'on dit , qu'on avoit
écrit de France que le Vicomte
de Bullingbrook s'eſtoit remis
ſous la protection du Comte
ES
GALANT 125
de Stairs,auquel il avoit promis
de declarer tout ce qui s'eſtoit
paſſe dans le dernier miniſtere,
tant au ſujet de la Paix , que
par rapport au Prétendant,parce
qu'on eſtoit perfuadé qu'il
Içavoit tout ce que le Comte
d'Oxford avoit fait &negocié,
pendant qu'il eſtoit Miniftre ;
qu'on parloit differemment de
la deſtinée des Seigneurs con
damnez pour la rebellion ; il
y en avoit qui diſfoient que le
Comte de Carnwath ſeroit
abſous , à condition qu'il donneroit
de bonnes &fuffifantes
cautions de ſe mieux compor-
Liij
126 MERCURE
ter à l'avenir , & d'citre fidele
au Roy , & que les Lords
Widdrington & Nairn feroient
tranſportez dans les
Ifles de l'Amerique , avec un
grand nombre d'autres des
rebelles qui avoient eſté faits
prifonniers à Preſton & en
Ecoffe; &d'autres veulent que
le Comte de Carnwath ſera.
outre cela remis dans ſes biens
& honneurs , & que le Lord,
Widdrington ſera envoyé
dans la Fortereſſe de la Caroline
, & Nairn dans le Châ
teau de l'Ile de Man , pour y
paffer le reſte de leur vie , &
GALANT. 127
qu'à l'égard du Lord Winton
on dit qu'ayant eſté reconnu
extravagant par quantité d'actions
qu'il a faites pendant fa
vie ,&étant hors de bon ſens,
qu'il ſera mis dans une prifon
perpetuelle ; ce qui eſt de certain,
c'eſt que le Royleur a accordé
encore un répit julqu'au
29. de ce mois.
On affûre que le Roy doit
aller faire un voyage cette an
née à Hannover , & qu'il partira
vers la fin du mois prochain
, pour yaller prendre les
eaux qui font trés- utiles pour
ſa ſanté,&pour mettre ordre
ز
Liiij
128 MERCURE
à quelques affaires de conſequence
qui regardent ſes Etats.
en Allemagne. On dit que ce
voyage to
voyage ſera de deux mois , &
qu'enfuite il reviendra en Angleterre
pour toûjours ; mais
que le Prince deGalles fera un
voyage tous les ans dans ce
Pays - là,& qu'il y paſſera deux.
ou trois mois de la belle ſaiſon .
On ne croit pas que le
Comte de Peterboroug qui
avoit paflé de Londres en
France ſans l'ordre du Roy ,
oſe ſe preſenter à la Cour pour
faluer S. M. étant revenu de
France à Londres.
GALANT. 129
Une grande partie de la No
bleſſe étoit allée à Newmarket
pour y prendre le divertiffement
de la courſe des chevaux,&
le 16. on devoit courir
la piece d'argenterie que le
Roy donne à celuy qui remporte
le Prix.
Le ſieur Doiley,un des prin.
cipaux priſonniers fait fur les.
Mécontens , étoit mort d'une
fievre maligne dans la prifon
de Newgate , & pluſieurs autres
font auſſi malades de la
même fievre.
On avoit arrêtéun nommé
Simon qui appartient à l'En130
MERCURE
voyé de France , & on luy a
faiſi tous les papiers : & le
Marquis de Buſſi qui étoit arrivé
de France à Londres depuis
trois ſemaines , a eu ordre
de fortir inceſſamment de
ce Royaume , & il a été conduit
par un Meffager qui l'a
mené juſqu'à Douvre , où il
l'a vu embarquer...
DeLisbonne le 20. Mars 1716.
Quoyque le Brefil futdécouvert
depuis plus de 200.
ans, ilyeſtoit encore reſtédans
l'interieur du Païs une Nation
GALANT. 131
dIndiens qui incommodoient
fort les Habitans , & enlevoient
les beſtiaux , & qui n'avoientjamais
pû cître domptez
à cauſe de leur ſituation.
avantageuſe fur des rochers
eſcarpez où il falloit monter
en grimpant. On les appelloit
OrisProcas. Ils viennent de ſe
foumettre au Roy de Portugal
&d'embraſfer nôtre Religion
par une avanture fort ſinguliere.
Le fils aîné de leur Prince
étant allé à la chaſſe , lui
dix huitieme , fut pris par ceux
de la Nationdes Caïmbés civi
liféc ,, avec qui ils estoient
132 MERCURE
en guerre. Tout accoutumez
queles Caïmbés eſtoient à nos
manieres,ils ne pûrent s'empêcher
de faire engraiffer les prifonniers
pour les manger ,
pour avoir leur revanche ,
diſoient- ils , d'un pareil traitement
que quelques uns de leur
Nation avoient reçû des Oris
Procars il n'y avoit pas longtemps.
La Providence amena
fort à propos chez ce peuple
leCuré de la Paroiſſe qui eſt de
200. lieües d'étenduë , qui fis
tous ſes efforts pour leur arra
cher des mains ces malheureuſes
Victimes , & à la fin il les.
GALANT. 133
e
racheta cent piſtoles qu'il leur
paya comptant. Ayant amené
avec luy les prifonniers , illeur
apprit le Portugais,&il apprit
luy même leur langue , aprés
quoy il réſolutd'allerchercher
lesOris Procàsdans leurs Montagnes
avecune bonne eſcorte
&les 18 prifonniers. L'entrepriſe
étoit hardie , cependant
aprés une marche de 42. jours
ils y arriverent
retranchez d'abord avec des
د
& s'eftant
paliſſades ils commencerent à
fonner des Trompettes & des
Tambours au bruit deſquels
les barbares eftant accourus il
134 MERCURE
fallut effluïerd'abord les coups
de leurs fleches , juſqu'à ce
qu'un des prifonniers eftant
montéſur un Theatre , il leur
dit qu'il eſtoit de leurs Camarades
,& qu'ils venoient avec
Jeur Liberateur pour leur rendre
leur Prince , & lier une
bonne amitié avec eux. Les
Oris Procàs qui les croyoient
mangez depuis plus d'un an ,
en furent bien étonnez , ſur
tout leur Prince qui ne pouvoit
ſe laſſer d'embraſſer ſon
fils ,& de faire des remerciemens
infinis auCuré, qui aprés
les avoir inſtruits cinq mois
GALANT. 135
durant, en baptifa 4000. avec
le Prince , & fon fils , &les fit
jurer fidelité au Roy de Portugal.
DeParis le 25. de ce mois.
On mande de Nancyque
le Chevalier de S. Georges en
étoit party en chaiſe de poſte ,
ſuivi de quatre autres chaiſes ,
que les unsdiſoient qu'il s'en
alloit à Vienne pour ſervir
l'Empereur en Hongrie , &
d'autres qu'il alloità Lyond'où
il ſe rendroit àAvignon .
Le Marquis d'Entremont
136 MERCURE
1
vient ici en qualité d'Ambaffadeur
du Roy de Sicile.
Les Ambaſſadeurs de Veniſe
doivent arriver ici incefſamment
, & leur Agent qui
eſt en cette Ville a ordre de
faire faire leurs équipages .
Dans le primamenfis de Sorbonne
on a parlé du Mandement
de l'Evêque de Toulon,
qui deffend à ſes Dioceſains
d'étudier dans les Univerſitez
qui n'ont point reçûs laConftitution,
ou qui aprés l'avoir
receuë ſe font retractez .
L'Evêque de Marſcille a .
Fait auffi unMandement avec
lequel
GALANT . 137
lequel il condamne les Livres
intitulez l'Hexaple , & le Témoignage
de la Verité dans
l'Eglife.
Le grand Vicairede M. l'Evêque
de Meaux , Cardinal de
Biſſy , doit aller à Rome pour
propoſer des voyes d'accommodement
ſur les matieres
preſentes de la Conſtitution .
Le quatre de ce mois le Par
lement a donné un Arrêtportant
fuppreffion d'un libelle
intitulé : Memoire pourle Corps
des Pasteurs qui ont recens la
Conftitution Unigenitus.
Le même jour M. d'Arta--
Avril 1716 . Μ..
138 MERCURE
gnan à la tête des Mouſque
taires gris alla au Louvre , où
M. le Duc Regent le receut ,
&le fit enſuite recevoir Capitaine
Commandant de cette
Compagnie , à la place de M.
de Maupertuis qui s'en eſt dé-1
mis àcauſe deſon grand âge.g
Il y a quelques jours qu'on
arrera pluſieurs perfonnes en
cette Ville pour avoir été entendre
le Prêche chez le Réfident
d'Hollande , entre autres.
pluſieurs Marchands de vins.
La Chambre de Juſtice a
furfis ſes ſéances depuis le Jeudy
Saint , juſqu'au Mercredy
GALANT. 139
A
d'aprés les Fêtes de Pâques, auquel
jour elle les a repris pour
continuer à examiner les gens
d'affaires.
Le 28. du pafféMale Marquis
de Simianne , Premier
Gentilhomme de la Chambre
de Monfieur le Ducd'Orleans
prêta ferment entre les mains
du Roy pour la Charge de
Lieutenant General de Provence,
vacantepar la mort du
Comte deGrignan......
Le 30. du même mois M.
le Comte de Ribeïra , Licutenant
General ,Grand Maître
de l'Artillerie , & Ambaſſa-
Mij
140A MERCURE
deur Extraordinaire de Por
tugal , eût ſa premiere Aus
dience publique de Madame ,
& de M. le Duc d'Orleans.
On va reprendre les travaux
du Canal de Mardick que les
gelées & les eaux ont beaucoup
endommagez.-
2
M. Regnault , cy-devant
Lieutenant General de la Marine
en Eſpagne , a eſté fait
Lieutenant General , & Conſeiller
au Conſeilde la Marine
en France.
Le 17. de ce mois Meſſieurs
dela Ville s'aſſemblerent aux
Coleſtins , &furent au Palais,
GALANT 14
accompagner le Parlement à.
laMeſſe folemnellequi ſe celebre
tous les ans dans l'Eglife
de Nôtre Dame , en memoire
de ladélivrance de la Ville, de
Paris , enſuite Meſſieurs de
Ville retournerent auxCeleftins
où le Prieur leur donna
unmagnifiquedîné. 1
LeCzar a dépêché en cette
Ville , le ſieur le Fort Genois ,.
pour prier M. le DucRegent ,
de vouloir bien luy accorder
pour cinq ans le ſieur le Blond,
Architecte tres- celebre pour
aller à Peterbouroug , luy bâtir
un Château ſur le modele
142 MERCURE
de celuy de Verſailles ,&faire
en cette Ville un Fort ,& des
Fortereffes comme à Dankerque.
Ce que S. A. R. luy a
accordé. Il emmene avec luy
toutes fortes d'habiles Ouvriers
, dont chaque Corps a
un Chefde ſon Art. Le ſieur
Lionne de la Haye doit conduire
toutes les dorures , tant
fur lesmétaux que ſur les bois,
avec fix mille livresde penſion,
& le ſieur le Blond en a une
de vingt mille livres , avec le
titre de Sur Intendant des
Baſtimens de Sa Majefté Czarienne.
GALANT . 143
On a reçû depuis peu de
jours par Cadix , la nouvelle
qu'on avoit repêché generalement
tous les effets de la Flotte
qui avoit fait naufrage prés la
Havane, qu'on comptoit qu'il
n'y avoit preſque rien de perdu
,&que plufieurs Vaiſſeaux
eſtoient partis du Port deCadix
pour aller prendre leurs
charges.
La Chambre de Justice a
envoyé des ordres à toutes les
Communautez & Corps de
Métiers , de luy apporter
toutes les quittances de l'argent
qu'ils ont donné au ficur
le Normand.
144 MERCURE
Madame la Fontaine , fameuſe
Agioteuſe , a eſté con
damnée ces jours paffez par le
Lieutenant Criminel à eſtre
piloriée pendant trois jours
confecutifs , enſuite eſtre miſe
dans les Priſons du Chaſteler,
pour y refter juſqu'à ce qu'elle
ait payé ſes dettes , & aprés
condamnée à eſtre le reſte de
ſes jours à l'Hoſpital : cette
femme aappellé de cette Sentence
au Parlement , aprés
avoir declaré qu'elle n'avoir
rien fait que de concert , 80
par ordre de M. Defmaretz;
ce. Miniftre ayant ſçû cette
fauſſeté
GALANT. 145
fauſſeté , s'eſt juſtifié pleinement.
Le s. Dimanche des Rameaux
leRoy entendit laMeſſe
dans ſaChapelle. M. leCardinalde
Rohan , grand Aumônier
de France , luy preſenta
une Palme qu'il avoit benite.
M. le Duc d'Orleans , M. le
Duc deChartres , M. le Duc',
M. le Comte de Charolois
M. le Prince de Conti , M. lc
Duc du Maine , M. le Prince
deDombes, M.le Comted'Eu,
M. le grand Prieur de France ,
M. le Cardinal de Polignac ,
M. l'Abbéd'Argentré ,&M.
Avril 1716. N
σ
146 MERCURE
1
l'Abbé de Rochebonne fes
Aumôniers en rochet, étant à
leursplaces ordinaires, L'aprés
midy Sa Majesté entendit la
Prédication du Pere de laRuë
Jeſuite , & Vepres chantées
par la muſique M. le Duc
d'Orleans étoit placé au-deffous
du Roy : les Princes fur
les coſtez : M. le Cardinal de
Rohan fur la droite du Prié-
Dicu : M. l'Abbé d'Argentré
&M. l'Abbé de Rochebonne
au- deſſus: fur la gauche M. le
Cardinal de Polignac , & andefſſous
M. le grand Prieur de
France. Madame la Ducheffe
10
-
GALANT. 147
de Berry ſe rendit le même
jour à l'Egliſe de S. Sulpice ſa
Paroiffe pour y entendre la
grandMeſſe : 24. de fesGardes
étoient rangez en haye au milicu
du Choeur, les Suiffes avec
le tambour & le fifte à la porte:
fon Prié Dieu étoit au milieu
du Choeur , ayant à fa
droite M. l'Abbé de Caftres ,
M. l'Abbé de Rouget , M.
Abbé de Partenai ſes Aumô
niers , en rochet : derriere M.
le Marquis de la Rochefoucault
ſon Capitaine des Gardes
, entre M. le Marquis de
Coetenfao fon Chevalier
Nij
148 MERCURE
1
d'Honneur , & M. le Chevalier
d'Hautefort ſon premier
Ecuyer : fur la droite Madame
la Ducheffe de S. Simon ſa
Dame d'Honneur , & Madame
la Marquise de Pons faDame
d'Atour : Madame laComteſſe
de Clermont , Madamela
Marquiſe de Beauvau , Madame
la Marquiſe d'Armenticres
,Madame la Comteſſe d'Aidies
ſes Dames du Palais y
étoient auſſi , & tous ſes Officiers
des Gardes , Cette Princeffe
alla à l'Offrande &donna
dix loüis d'or , & fitbeaucoup
de liberalitez à toutes les Quêteuſes.
GALANT. 149
Le 8. Sa Majeſté entendit
l'Office des Tenebres chantées
par la muſique : le 9. Jeudy
Saint le Roy entendit le Sermon
de la Cene deM. l'Abbé
deBollioud , aprés quoy M. le
Cardinal de Rohan grandAumônier
de France , fit l'abſou .
te , & Sa Majeſté lava les pieds
à douze pauvres : les plats furent
portez par M. le Duc
d'Orleans , M. le Comte de
Charolois , M. le Prince de
Conti ,M. le Prince de Dombes
, Mole Comted'Eu , M. le
Comte de Toulouſe , M. le
grandPrieur deFrance ,& par
Niij
SO MERCURE
les Maiſtres d'Hoſtel du Roy ,
M. le Duc grand Maiſtre de la
MaiſonduRoy étant à la têre:
enfuite Sa Majesté alla à l'Egliſe
des Feüillans où elle afſiſta
à l'Office : le 10. Vendredi
Saint S. M. retourna auſſi à la
même Egliſe où elle entendit
l'Office & fit l'adoration de la
Croixcomme tous lesPrinces,
Le 11. Samedy Saint elle entendit
Complies & on chanta
l'Hymne Ofilii &filia'en mu.
fique. Le Dimanche jour de
Pâques le Roy entendit la
grandMeſſe chantée par la
mufique ,& fit rendre lePains
GALANT5
Beni à l'Eglife de S. Germain
ſa Paroiſſe par M. l'Abbé
d'Argentré un de ſes Aumô
niers en rochet , precedé des
tambours , trompettes : les
Pains Benits étoient portez
par les Cent Suiffes ornez de
plufieurs banderoles aux Armes
de France & de Navarre :
l'aprés midy S. M.entendit le
Sermon du Pere de la Ruë,&
Vêpres chantées par lamuſique:
cePrédicateur fituncompliment
qui fut tres - applaudi ,
dans lequel il fit entrer l'éloge
du feu Roy, &lolia S. Mopar
les grandes eſperances qu'elle
Niiij
152 MERCURE
promettoit de ſa pieté &de
fon zele : en effet rien n'eſt
plus ſurprenant que de voir un
Prince de cet age avoir aſſiſté
à tous les Offices de laSemaine
Sainte , & fait toutes les ceremonies
avec la même attention
& toute la decencedu feu
Roy.
Le même Dimanche jour
de PâquesMadame la Ducheffe
deBerry fit rendre lePain Beni
à l'Eglife de S. Sulpice ſa Paroiſſe
, par M. l'Abbé deRouget
un de ſes Aumôniers en
rochet : cet Abbé étoit precedé
des tymbales ,tambours ,
GALANT 153
trompettes ,
grand nombre , les Pains Behaut
bois en
nits au nombre de huit étoient
portez par ſeize Suiffes de la
Garde , ornez de pluſieurs banderolles
aux Armes de Berry
& d'Orleans : cet Abbé pre
ſenta un Cierge àl'Offrande ,
ſur lequel on avoit fiché dix
loüis d'or : il donna auſſi àMadame
la Marquiſe de la Rochefoucault
qui quêtoit pour
Madame laDucheſſe de Berry ,
à Madame de Pomponne , à
l'Oeuvre , au luminaire du S.
Sacrement ,& à toutes les autres
quêteuſes ; & en fortant:
曹
154 MERCURE
de l'Egliſe il donna à tous les
pauvres qui s'y trouverent un
écu de cent ſols à chacun. Ma
damela Princeſſe , M. le Duc ,
Mademoiselle de Clermont
entendirent la grandMeffe
dans cette Eglife. Madame a
affiſté à l'Office des Tenebres
dans des Maiſons Religieuſes ,
& communia le Jeudy Saint
par les mains de M. l'Abbé de
Magnas ſon premier Aumô.
nier dans l'Egliſe des.Eustache
ſa Paroiffe : elle fit auffi rendre,
le Pain-Beni le jour de Pâques
dans la même Eglife par M.
l'Abbé Berthet un de ſesAu-
:
GALANT. 155
môniers , precedé des tymbales
, tambours & trompettes ,
les Pains Benits étant portez
par les Suiſſes ornez de plu-
Geurs banderolles aux Armes
d'Orleans & de Baviere. M. le
Duc d'Orleans qui a aſſiſté à
tous les Offices de la Semaine
Sainte avec le Roy , communia
le Samedy Saint dans l Egliſe
de S. Eustache ſa Paroſſe
par les mains de M. l'Abbéde
Treſſan ſon premier Aumônier
, & le Dimanche jour de
Pâques il entendit avec Madame
la grand Meſſe & les Vê
pres dans la même Eglife.
156 MERCURE
Le7.de ce mois M. leComte
de Naſſau , Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur Palatin ,
cût audiance de congé du Roy
conduit par M. le Mar quis de
Magny Introducteur des Ambaſſadeurs
qui étoit allé le
prendre en ſon Hôtel dans les
carroffes de Sa Majesté. Le même
jour M. le Maréchal de
Villeroy qui avoit preſenté le
Contrat de ſon petit fi's à fi
gner au Roy avec Mademoiſelle
de Luxembourg , le preſenta
auffi à Madame la Du
cheffe de Berry au Luxem
bourg , & cette Princefle don
GALANT. 157
du
na enfuite la premiere audiance
publique au ſieur Martine ,
Envoyé Extraordinaire
Landgrave de Heffe Caffel ,
conduit par M. le Marquis de
Magni Introducteur, qui étoit
allé le prendre en fon Hoſtel
dans les carroſles de Madame
laDucheſſedeBerry: ?
Suite des Nouvelles deParis.
M. l'Abbé de Gufman
vient de nous faire voir une
eſpece de cuiſine nouvelle , qui
eft une veritable cuiſine de
cabinet, Le feu y est tout allu
1
158 MERCURE
mé dans un moment , il n'y
ſçauroit fumer. La baterie de
cuiſine ne s'y ternit pas ,& ce
qui s'y prépare eſt d'un goût
fort exquis,&qui furpafle de
beaucoup celuy de la cuiſine
ordinaire ,fur tout le rôti qui
eft incomparable. Le Soleil
dont les rayons ramaffez n'avoit
ſervi juſqu'icyqu'àbruler
& àdétruire tourt , eft obligé
de rendre encore ce ſervice à
l'homme. On en ramaffe les
rayons avec un ménagement
tel , qu'on peut appliquer la
main au foyer ſans en être incommodé
, & ce qu'il y a de
GALANT9
bien plus
plus avantageux pour le Public
c'eſt que la dépenſe de la machine
eſt fort médiocre. Les
Dames y pourront faire le
Thé& lleeCCaaffffeé avec bienplus
de délicateſſe & de propreté.
Ceux qui aiment la bonte
chere y auront dequoy lapouf.
fer plus loin , ſans que leur
ſanté en fouffre ;& les Medecins
& les Chymiſtes y trouveront
un feu bien plus pur ,
plus égal & qu'on peut augmenter
& diminuer par des
dégrez infenfibles tant qu'on
youdba
L'Abbé de Gufman inven160
MERCURE
4
teur de cette machine a eſté
Bibliothequaire du Roy de
Portugal ,&fon Lecteur dela
chambre , & fort eſtimé de Sa
Majesté ,à cauſede ſongenie.
Il eſt affez connu d'ailleurs par
fon cau Brésilienne dont il ſe
fertpour faire plaiſir à ſes amis
qui a produit ici des effets fi
furprenants ſur toute forte de
maladies , que bin des gens
diſentde cette eau qu'ellevaut
ſeule preſque toute la Medecine,
dont les ſecrets n'ont pû
ſervir de rien pour prolonger
les jours des perſonnes deconfideration
dont je vais vous
apprendre
GALANT. 161
-P
apprendre les noms & les qualitez.
2
:
MORTS.
Meffire Gratien de Menardeau
, Seigneur de Champré ,
Jarnicu , Labroffe , Charboniers
& autres lieux , mourut
icy dans ſon Hôtel le premier
de ce mois âgé de ſoixan
te dix ans. Ce Seigneur eſtoir
tres- eſtimé ayant reſté preſque
toute la vie à la Cour ; ayant
eſté employé daris des négo
ciations importantes par le
feu Roy qui l'avoit envoyé en
Avril 1716. Ο
162 MERCURE
Flandres au feu RoyGuillau
me lorſqu'il y commandoit
l'armée,& enſuite enAngleterre.
Ileſtoit tres inſtruit des
intereſts des Princes , & donnapluſieurs
Memoires auRoy
qui furent fuivis avant la Paix
de Riſwick : il avoit épousé
N.de Lagarde , Veuve de Mi
le Févre , Intendant des Bâti
mens qui mourut il ya 7. à
ans, dont il n'a point cu
fans.
8
d'en
: La Famille des Menardeau
eſt une des plus anciennesNo
beffes du Comté Nantois en
Bretagne :Elle tire fon nom
GALANT. 163
i de la Terre de Menardeau ,
qui eſt un Château auprés de
la Mer. Noël de Menardeau ,
Chevalier , Seigneur de Beaumont,
alla s'établir enGuienne
& épouſa Anne de Mulet, ce
fut celuy là qui acheta la Terre
de Beaumont : il eut pour
fils Claude de Menardeau ,
Maître des Requêtes en1598.
Conſeiller d'Etat en 1610. &
duConſeil de laDirection des
Finances. Il époufaGenevieve:
Dufault à Bordeaux , c'eſt le
premier de cette Famille qui
entra dans la Robe : il eut de
fon mariage Charles deMe-
Oij
164 MERCURE
nardeau Maîtredes Requêtes,
qui de fon mariage avec Geneviève
de Foulé cut François
de Menardeau Maître des.
Requeſtes aufli , lequel d'Helene
- Benoiſe ſa femme eut
pour enfans Leonard de Menardeau,
N...Religieux de Ste
Geneviève, Pheur de Ste Catherine
de la Coûture à Paris ,
&Vifiteur General,N... Chanoine
auffi Regulier de Ste
Genevieve& Prieur de Fontenay
en Bric. Voilà la premiere
branche.
Claude de Menardeau avoit
eu auſſi de ſa femme GenevićGALANT.
165
ve DufaultGratien de Menar
deau , Confeiller en la Grand-
Chambre , Seigneur de Ste
Croix , qui de Catherine Le
bret fon Epouſe eut pour en
fans Françoiſe de Menardeau
mariée à M. de Choiſetul ,
Comte d'Hôrel , ils curent
pour enfans M. le Marquis
de Praſlin tué à la bataille
de Luzarra où il ſe diftingua
de même qu'à Crémone , qui
de ſon mariage avec N. de
Choiſeüil n'a qu'une fille mariée
à M. le Marquis de Renepont.
M. le Marquis de
Praflın a laiſſe une ſoeur mariéc.
166 MERCURE
àM. le Marquis de Vins. Fran
çoiſe de Menardeau ſe remaria
avec le Marquis de Vindé.
Gratien de Menardeau eut encore
pour enfans Elizabeth ,
mariée à Denis de Sallo Conſeiller
à la grand Chambre ,
tres- connu dans la Republiquedes
Lettres , ce fut lui qui
fit le premier le Journal des
Sçavans : de ce mariage ſont
fortis N... de Sallo étably à
Rome : trois filles Religieuſes,
deux aux petites Cordelieres
dont l'une eſt Abbeſſe , à laquelle
ſa grande pieté, ſa vertu
, fon zele ont attiré des af
GALANT. 167
faires qui font ordinaires aux
faintes perſonnes , & qu'elle a
foutenu avec une force&une
refignationdignedes premiers
Chrétiens . Cette Elizabeth de
Menardeau ſe remaria avecM.
de Luine-Vallier , Conſeiller.
du Parlement , dont elle cut
MadamelaComteffedeBuffy.
Voilà la deuxième branche.
Claude de Menardeau cut .
auſſi de Geneviève Duſault ,
Claude de Menardeau , Scigneur
de Champré , Doyen
de la Grand Chambre , Confeiller
d'Etat ordinaire , Dire-
Eteur & Controlleur General
16.8 MERCURE
De
des Finances , qui ſoutint avec
vigueur les intereſts du Roy
pendant les guerresCiviles.
fon mariage avec Catherine
Henry, il eut pour enfansGratien
de Menardeau qui vient
de mourir fans enfans ; trois
filles Religieuſes, deux aux petites
Cordelieres &une à Pon
toiſe, Maric-Renée de Menardeau
unique heritiere de ſon
frere, Veuve de Meffire Loüis-
François de Loſtanges , Chevalier
Seigneur Marquis de
Beduer , Colonel d'un Regi .
ment d'Infanterie. Le Mercure
a ſouvent parlé de cette
Dame
GALANT. 169
Dame à l'occaſion de Meffieurs
ſes Enfans : Elle en avoit
cinq Capitaines de Cavalerie
&un d'Infanteric, dont trois
ont efté tuez dans cette der
niere guerre , & les trois autres
bleſſez à la tête des Eſcadrons
qu'ils commandoient
aux Meux batailles d'Hochter,
à celles de Fredelinghen , de
P'Eftingue , Malplaquet & de
Flerus, dans toutes leſquelles
Meſſieurs ſes Enfans ont répandu
leur fang: Elle en a encore
deux dans le Service , qui
font M. le Marquis de Lof
tanges,Capitainedans Lenon-
Avril 1716. P
1
170 MERCURE
F
court Cavaleric , & M. le Chevalier
de Beduer Capitaine
•dans Louvigni .
C La Maiſon de Menardeau
eſt alliée à celles de Choiſeüil,
Praflin ,d'Aumont, de Loſtanges
, faint Alvaire , Neſmond ,
Ie Coq, & de Sallo le Bret : ce
fut Catherine le Bret qui fit
dreffer une Epitaphe qu'on
voit à faint Eustache prés le
Choeur , où il eſt dit de Gratien
de Menardeau , inter Britannos
illuftriffimaGens orta.
Dom François Marie de
Paule Tellez ,Giron , Duc
d'Offone ,Comte d'Uruenna ,
GALANT. 171
Marquis de Pennafiel , CamareroMayordu
Roy d'Eſpagne,
Notaire Mayor de Caſtille ,
Clavero Mayorde Calatrave ,
General des Armées de Sa Ma .
jeftéCatholique , Gentilhomme
de ſa Chambre , Capitaine
de la premiere Compagniedes
Gardes du Corps ,& fon premier
Plenipotentiaire à l'Afſemblée
d'Utrecht , mourut la
nuit du 2. au 3. de ce mois
âgé de 38. ans. :
Marie Fouquet , épouſe
d'Armand Duc de Bethune ,
Pair de France , Gouverneur
des Ville & Citadelle de
Pij
172 MERCURE
Calais , Fort de Nieulay , Pays
conquis & reconquis , Lieutenant
General pour Sa Majeſté
dans les Provinces de Picardie,
Haynaut& Boulonois , Commandeur
des Ordres de SaMajeſté
, cy devant Capitaine
d'une des quatre Compagnies
des Gardes du Corps du Roy ,
mourut encette Ville le 14.
de cemois âgée de 75. ans
aprés 59. ans de mariage revolus
, ayant eſté mariée le 12. de
Fevrier 1657.Elle étoit fille de
Nicolas Fouquet Miniſtre d'Etat
, Surintendant des Finances
&Procureur General au Par-
,
GALANC . 173 .
lement de Paris , mort à Pignerol
en 1680.& de Loüife
Fouché, Dame de Queillac, fa
premiere femme , decedée en
1641. il eſt forti de ſon mariage
pluſieurs enfans , dont il
reſte deux en vie,ArmandJean
deBéthune Duc de Charoft ,
Pair de France Capitaine des
Gardes du Corps. de Sa Majefté
, Lieutenant General de fes
Armées Gouverneur des
Ville & Citadelle de Calais ,
Lieutenant General pour Sa
Majefté en Picardie ; & Bafile
Loüis de Bethune , Chevalier
de Charoſt , Capitaine
de Vaiſſeau .
,
Piij
1
174 MERCURE
Dame Elifabeth Carré , veuve
en premieres nôces de Meffire
René Coycault , Seigneur
de Cherigny , Conſeiller au
Parlement , & en ſecondes de
Meffire Jean Hay , Marquis
du Chastelet , mourut le 9 .
Mars : elle étoit ſoeur de Mef
fire Guy Carré , Seigneur de
Montgeron , Maiſtre des Requêtes,&
cy devant Intendant
àBourges , & de Dame Marie
Carré,femme de Meſſire Loüis
de Machaut , Seigneur de la
Bourfiere & de Bellenave ,
Conſeiller au Parlement , &
elle étoit fille de Guy Carré,
i
GALANT 175
!
Seigneur de Genoulli & de
Montgeron , Secretaire, du
Roy & Greffier du Confeil ,
mort l'an 1673. &d'Eleonor
Danguechin .
Meffire Droüin , Seigneur
de Boiſemont , Lieutenant
Colonel du Regiment de Ber
ry , Cavalerie , &Chevalier de
l'Ordre Militaire de S Loüis,
mourut le 30. Mars.
* Dame Marthe du Val ,
veuve de Mefſfire René Lan
doüillet de Logiviere , Marquis
de Maule , Commiflaire
general de l'Artillerie de la
Marine, Capitaine des Vaif-
Piiij
176 MERCURE
de
ſeaux du Roy , & Chevalier
de l'Ordre de S. Loüis , mou.
rut le 31. Mars , laiſſant entr
autres enfans Dame Charlotte
Landoüillet de Logiviere, mariée
depuis l'an 1709. avec
Michel-Gabriel- Raphaël
Beauvais , Seigneur de Gentilly
, Baron de Beauvais , cydevant
Capitaine des Chaſſes
de la Garenne du Louvre .
DameMarguerite Mandat ,
veuve de Meffire Ferry Mallet
de Graville , Marquis de Valſemé
, mourut le premier
Avril : elle étoit couſine de
Mrs Mandat , Maistre des
J
GALANT. 177
Comptes , & Confeiller au
Parlement , & fille de Nicolas
Mandat, Maiſtre des Compres
à Paris , & de Françoiſe Petit ,
& petite fille de Galiot Mandat
, reçû Secretaire du Roy
dés l'an 1572. forti d'une
famille originaire de la Ville
de Limoges. Feu M. de Val .
ſemé ſon mari étoit forti des
Seigneurs deGrameſnil ,branche
de la Maiſon de Mallet
Graville , l'une des plus anciennes
& des plus illuſtres de
la Province de Normandie.
Meſſire Louis Fayer,Comte
de Serris ,Seigneur de Piſcop ,
l
178 MERCURE
Conſeiller honoraire au Parle
ment de Paris , où il avoit eſté
reçû dés le 14. Février 1659 .
mourut fans alliance le 6.
Avril: il étoit fils de Meſſire
Nicolas Fayet , Seigneur de
Groflay & de Piſcop , Confeiller
au Parlement , mort en
1676. & de Dame Marie Lo.
tin de Charny , petit fils de
Meffire Nicolas Fayer, Préfident
des Comptes à Paris en
1615. & de Diane Sublet
d'Heudicourt & arriere petit
fils d'Antoine Fayet, Treforier
general de l'Extraordinaire des
Guerres.
GALANT. 179
Meffire Charles Witaffe ,
Docteur de la Maiſon & Socicté
de Sorbonne , & Profeffeur
Royal en Theologie ,
mourut le 10. Avril , generalement
regretté deshonneſtes
gens.
Meſſire Joachim de Lionne ,
Comte de Lionne , premier
Ecuyer de la grande Ecuriedu
Roy , mourut le 31. Mars :
il étoit fils de Meffire Artusde
Lionne , mort Doyen de la
Chambre des Comptes de
Grenoble& petit fils deSebaftien
de Lionne , Seigneur de
Flandennes&de Leiſſens,Tre-
7
180 MERCURE
forier general de laProvincede
Dauphiné. Il étoit couſin ger
main de feu Meffire Hugues
de Lionne , Marquis de Frefnes
, Seigneur de Berny , Minif
tre& Secretaire d'Etat , Commandeur
& Maître des Ceremonies
des Ordres du Roy ,
ayeul de M. le Marquis de
Lionne d'à preſent.
Il commença par exercer une
Charge de Conſeiller au Parlement
de Grenoble ; mais la
tranquillité de cette profeffion
ne s'accordant pas avec ſon
inclination guerriere , il la quitta
pour ſuivre celle des armes,
GALANT. 181
il ſe diftingua fort en Afrique,
où il ſe vit pluſieurs fois expoſé
au danger de ſe voir mangé
par les Mores ; mais en
étant miraculeuſement rechapé
, il vint en Flandres , où il
ſervit avec la même valeur
contre les Eſpagnols ; il traita
depuis de la Charge de premierEcuyer
de la grande Ecurie,
mais il n'en faifoit plus les
fonctions il y avoit déja longtemps
, lors qu'il eſt mort :
les plus grands politiques & les
plus vieux nouvelliſtes du Jardin
Royal des Tuilleries le
reconnoiſſoient tous pour leur
182 MERCURE
Chef fouverain , & ils le re
gardoient comme un prodige;
auſſi veulent-ils que le terrible
Phenomene qui parut il y a
quelque temps en Angleterre
ait annoncé ſa mort , comme
il arrive affez ordinairement à
lamort desgrandshommes.
Le Jeudy deuxiéme Avril ,
leCorps de Marie Caſimirede
la Grange d'Arquian , Reine
Doüairiere de Pologne , par
ordre de Madamela Comteffe
d'Arquian ſa Dame d'Honneur
, fut tranſporté de fon
Appartement du Château de
Blois où il étoit depuis ſa mort
GALANT. 183
ſur un lit de parade , à l'Egliſe
de S. Sauveur, Paroiſſe duChâteau,&
mis en dépoſt en attendant
les ordres des Princes
ſes Enfans , dans la mêmeChapelle
où ont eſté expoſez les
Corps de la Reine Catherine
de Medicis, de Gaſtonde France
, d'Anne deBretagne , &de
pluſieurs autresPrinces &Princeffcs.
L T
Le lendemain troifiéme du
mois fut fait un Service ſolemnel
où officia M. l'Evêque
de Blois accompagné de ſon
Clergé ; toute la Cour de la
feue Reine aſſiſta àla ceremo-
1
184 MERCURE
nie, àla teſtede laquelle eſtoit
Madame la Comteſſe d'Arquian
ſa Dame d'Honneur.
L'Oraiſon funebre fut prononcée
par le Pere de Couvrigni
, Jeſuite.
Paſſons aux Mariages.
MARIAGES.
Meffire Loüis - François -
Anne de Neufville , Marquis
de Villeroy , fils de M. le Duc
de Villeroy , &petit- fils deM.
le Maréchal Duc de Villeroy ,
a épousé le 14. de ce mois Mademoiselle
de Luxembourg ,
fille
GALANT. 185
fille de Medire Charles François
Frederic de Montmorency-
Luxembourg , Duc de Luxembourg
, Lieutenant General
des Armées du Roy , &
Gouverneur de la Provincede
Normandie , & de feuë Dame
Marie Gillonne Gillier de Clerembault
ſa ſeconde femme.
Je vous ay déja tant de fois
entretenu de la Maiſon de
Neufville Villeroy , qu'il me
doit ſuffire de vous dire ici que
M. le Marquis de Villeroy ne
pouvoit faire une plus grande
alliance , puiſque la Maiſon de
Montmorency eſt ſans con-
•Avril 1716.
1
186 MERCURE
!
tredit la plus illuftre du Roïaume.
* M. le Marquis de la Vieuville
, qui a cſté Chevalier
d'Honneur de la Reine Maric
Thereſe , de la Maiſon duquel
j'ay parlé dans les Journaux
precedents , a époufé en troifiémes
noces le 21. de ce mois
la Veuve de M. de Breteüil Baron
d'Ecouché , Conſeiller de
la grand Chambre du Parlement
de Paris ; cette aimable
Veuve nec en 1660, du mariage
de Charles Comte de
Froullay , grandMaréchal des
Logis, Chevalier de l'Ordredu
GALANT. 187
S. Eſprit , & d'Angelique de
Baudeau de Parabere , ſoeur de
la Maréchale Ducheſſe de Navailles
,Dame d'Honneur de
la Reine , eſtde même Maiſon
que M. le Maréchal de Teſſé ,
Grand d'Eſpagne , Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit ,&General
des Galeres.
Arrêtez vous un moment
ici , Mademoiselle , & trouvez
bon que je vous invite à
lire une Ode que M. Gabriel
Capitaine de Dragons , a faite
à la louange de Monfieur le
Duc d'Orleans , & qu'il a eu
Qij
188 MERCURE
l'honneur de luypreſenter.Ce
Prince l'a receue le plus obligeamment
du monde. M.Gabriël
diftingué par ſes ſervices
comme par le goût qu'il a
pour les Lettres , réüffiroit en
Maiſtre de l'Art dans celuy de
faire des Vers , fi fa qualité
d'homme de guerre ,&la vivacité
de ſon genie ne luy
avoient pas donné un ſtylehardy
qu'il ne veut pas prendre la
peine d'aſſujettir à la ſeverité
des regles. Voicy ſon Ode.
:
GALANT. 189
ODE :
AMonseigneur le Duc d'Orleans,
Regent du Royaume.
Prince éclairé, dontle courage,
2. Respectéde nos ennemis
Par unepolitiqueſage
Les force d'être nos amis..
Pendant que l'Europe en allarmes
Du Croiſſant redoute les armes ,
Ta vertunousfertde rempartss
Etnousflatte de l'esperance
De voir triompher les beaux Arts
१
Et laPaixregner dans laFrance.
HerosquandfurtoutelaTerre
190 MERCURE
Rien n'égale vostre valeur ,
Qu'il fied desefaire la guerre
Etn'avoir que soy pour Vainqueur.
CeCefar, cegrand Alexandre
Pourn'avoirpû d'euxsedéfendre
Ont éprouvez degrands revers.
En vain ornédu Diadême ,
Onfait trembler tout l'Univers
Si l'on est maître de ſoy-même.
De Pallas avec le courage
Noust'avons vû dans les Combats,
Prince,t'exposer au carnage
Alateſte de nos Soldats :
Etgouvernantparlaſageſſe
GALANT . 191
De cette prudenteDécffe
Tuvasfixer noftre deſtin .
Sous ton équitableRegence ,
Ainsique l'Aurore au matin
Se montre ànosyeux l'opulence.
CommeJupiter par lefoudre
EcrafalesaffreuxTitans,
TaJustice réduit en poudre
Ces monstres qu'on nomme Traitans.
Tufuis l'ambition de Fule ,
Pourfuivrel'exempled'Hercule
Cefar tout grandfut odieux ,
Hercule qui doitsa naißance
Au plus puiſſant de tous les
Dieux
192 MERCURE
Ainfifignalasa vaillance.
Des coups de ton bras redoutable
Je vois tomber ce monftre affreux
Qui ſe rendoitfiformidable ,
Nourri dufangdes malheureux :
Qui nous devorantfaisoit croire
Qu'il contribuoit à la gloire
D'un Monarque qui fut fi
grand:
Mais defon flanc épouvantable
C'est l'or qui coule au lieu de
Sang,
Laſource en estinépuisable..
Peuple pourfinir ta mifere
En
GALANT. 193
L
1
En vain par les plus grands
travaux
Tu cherches ausein de ta mere
Le contre-poisondetes maux.
Plus tu parois infatiguable
Etplus ce monstre infatiable
Engloutit tes riches trefors :
Mais Philippes àtes voeux propice
Va t'aiderparde grands efforts
Avaincre un monstre d'avarice.
$
Y
Venezmalheureuſes victimes
Duluxe &de l'ambition ,
Venezen confefſant vos crimes
Meriterſa compaſſion:
Safeverité vous étonne
Avril 1716. R
1
194 MERCURE
Dans le temps queJupiter conne
Il avertit le criminel :
Etqui meriteſa vengeance
Bienſouvent au piedde l'Autel
Reffent l'effet de sa clémence.
;
12
ॐ
Conformez - vous dans l'abondance,
Sur l'exemple de ce Vainqueur ,
Maistre abfolu de l'opulence
Encore plus maistre de ſon coeur.
Voyezsa vertu , sa naiſſance
Méprifer la magnificence
Des honneurs qu'on doit àfon
rang;
Mais moins il exige d'hommage
Etplus à nos yeux il est grand
GALANT . 195
Par lagrandeur defon ouvrage.
Et vous Guerriers dont la
vaillance
Nourrie au milieu des hazards
Attend avec impatience si
De voir briller vos étendarts.
Moderez vostrefier courage ,
Et vous reposez à l'ombrage
Deſes palmes, defes lauriers ;
Pour vous le Heros toûjours
veille
Il cherit en paix les guerriers ,
Et le courage quiſommeille.
Déja la troupe venerable
Des Ministres de l'Immortel
Rij
1,6 MERCURE
Avec un zele charitable
4
Vous fait part des bienfaits dw
Ciel.
Et le Prince qui les diſpenſe
Parune celeste prudence
Unit le guerrier avec eux.
Serviteurs du Dieude la guerre ,
Enſemble au Ciel faites des
Vaux
Qu'il le confervefur la terre.
PLACET.
Jadisj'étois en pied, àpresent
reformé,
GALANT. 197
Afon Prince ma Muse avoüe
avecfranchise
Que vingt ans deſervice ontfon
bien consommé,
Et qu'il a grandbeſoin dufecours
de l'Eglife,
ॐ
On vous a tant de fois
entendu faire l'Eloge de la
Poësie , que cela me donne
licu de croire que vous ne
vous rebutez pas de lire des
Vers , liſez donc encore ceuxcy,
Mademoiselle, je vous réponds
qu'ils n'ont rien d'ennuyeux
, au contraire vous
trouverez dans le Papillon vo-
Riij
198 MERCURE
lage , dont vous allez voir
l'Eloge , des traits de legerté ,
qui vous ſembleront faits
exprés , pour vous montrer
un Portrait qui ne reſſemble
pas mal au vôtre,
LE PAPILLON ,
Cantate on Ode allegorique.
4207
Recitatif.
Vers des bords émaillez , où
chaquefleur naiſſante
Exhaloitdans les airs mille douces
odeurs
Lajeune Iris goûtoit la douceur
innocente
THEQUE
VILLE
194ON
belles
flear7893
**
DQueacnücdilldiur lseseipnlusd'un beauty
cette jeune mortelle ,
Apperçut voltiger un Papillon
badin :
Arreste , volage,dit-elle ,
Peux- tu toûjours voler en vain.
Air.
CePapillon volage
Effraïé du langage ,
Delajeune beauté ,
Vole vers un bocage ,
Et confie aufeuillage
Sa chere liberté.
R iiij
200 MERCURE
Les coeurs legers ,fans ceffe ,
D'un lienqui les preffe
Cherchent às'écarter :
Laplus vivetendreſſe
Leurſemble une foibleſſe
Qu'ils ont ſoin d'éviter.
Ce. Papillon ,&c .
Recitatif.
Envain d'un pas leger Iris
croit leſurprendre ,
Il s'échape toûjours àses efforts
•preffans.
L'aimable Iris , dont les charmes
naißans
GALANT. 201
Forçoient mille coeurs àfe rendre;
Fit connoiſtre en ces mots ,qu'on
ne doitpas s'attendre
Qu'un coeur leger se livre àdes
noeuds innocens .
Air
Un volage eft invincible
Ilsedérobe àchaque inftant :
On triomphe d'un inſenſible
Jamais ,jamais d'un inconftant.
Beauté, qui poffedez les armes
Qui nous oftent la liberté ,
Vous n'avezpoint affez dechar.
mes
Pourfixer la legereté.
202 MERCURE
Un volage , &c.
Recitatif.
:
Le Papillon content d'avoir
fuy l'esclavage
Donne un nouvel effort àſa legereté.
Une jeune Amarante àfon premier
hommage ;
Il s'en laffe, il s'envole ; esjamais
arrêté
On le voit voltiger defleurette en
fleurette,
Lechoix feul des plaiſirs rendfa
flame inquiette.
L'épine de la roſe , &des lys les
froideurs;
GALANT. 103
i
Le rendent inconstant pour une 3
violette.
Bientoft la joüißance étouffantfes
ardeurs
Il court les ranimer fur des oeillets
ftateurs.
Volage ! mais heureux ; dansfa
tendre amourette ,
Il goûte àchaque inſtant,de nou-
2. velles douceurs .
Air.
Les Papillons les plus volages
Satisfont toujours leurs defirs ,
Plus ils offrent d'hommages
Plus ilsreçoiventdeplaisirs.
204 MERCURE
Volez , volezfans preference
Atous les objets de vos feux ;
N'ayezde la perfeverance
Qu'autant qu'ilfaut pour être
heureux.
Les Papillons ,&c.
Par Monfieur de S ... Auteur
des Vers libres à Mademoiſelle
de V. imprimez dans
lemois dernier.
MADRIGAL ,
du même.
Un Papillon laſſfédevolerfur
lesfleurs
GALANT. 205
.
S'arrêta ſur leſein de l'aimable
Sylvic ;
Mais le plaisir qu'il eût de ces
raresfaveurs
Bientoft luy déroba la vie.
Ah! quelfort ,pourun inconstant,
De mourir en baisant cette jeune
mortelle :
Ace prix , moy quifuisfidelle
Helas ! je mourrois trop content.
En voici encore d'une autre
eſpece ; mais quoy que la
matiere en ſoit plus ſerieuſe ,
je ne vous prie pas moins de les
lire. Ils pourront peut être un
jour vous ſervir à l'éducation
206 MERCURE
de Meffieurs vos enfants , ils
font encore dans les eſpaces
imaginaires ; mais vous êtes ,
grace au Ciel , d'une bonne
complexion ,& il ya licu d'efperer
querien nevous diſpenfera
de ſubir à la fin la rigueur
des Loix. :
UnAvocat au Parlement a
fait une Epiſtre en Vers François
, où il s'eſt propoſé d'inftruire
un jeune homme de la
même Profeffion ; & de luy
marquer la conduire qu'il doit
tenirdans ſes Etudes. Pluſicars
perſonnes , qui ont vû cette
Piece , ont crû qu'on enpourGALANT.
107
コ
2
roit extraite quelques morceaux,
qui nedéplairoient pas
auxgens du métier,
L'Auteur commence par
un avis tres connu ,&tres important
, qui eſt d'étudier avec
affiduité les Ordonnances , le
Droit , & les Coûtumes.
LesOrdonnancesfont, autant
1 qu'il plaît aux Rois ,
Pour chacundes Sujets d'inviola
bles Loix.
L'intelligence en estd'autant plus
neceßaire ,
: Quefans elle on ne peut conduire
aucune affaire.
208 MERCURE
Jeune encore , tu deurois les lire
nuit &jour. :
En leur vaste recücil, comme en
un beau Séjour ,
"
LaJustice paroist s'estre enfin retirée,
Pourêtredenouveau des mortels
adorée.
Quoyquel'étude des Textes
ne puiſſe être trop recomman.
dée , il eſt vray cependant ,
pour ce qui regarde les Loix
Civiles , qu'il n'y a point de
guide plus fûr que le celebre
feu M. Domat , Avocat du
Roy au Préſidial deClermont,
qui
GALANT. 209
qui les a rangées dans un tresbel
ordre .
Il démontre des loix la conſtante
équité ;
Sur leur nuage épais il répand la
clarté :
Celles qu'unſens mal pris fait
paroiſtre contraires ,
Ouqu'on n'entend pas bien mal.
grélesCommentaires ,
Illes metdans leurjourſi naturellement
Que les Lecteurs enfontfrappez
d'étonnement.
On ne dira rien ici des Coû
Avril 1716. S
1
५ 210 MERCURE
!
tumes, ni des autres connoiffances
eſſentielles , qui font
amplement detaillées dans l'Epiſtre.
Tous ceux de la Profeffion
en ſont ſuffisamment informez
par les differens Traitez
rendus publics fur cette
matiere. On fe contentera de
parler d'études moins ferieu-
Ies ,&plus recréatives.
10
Lorſque tufentiras ton ardear
valentie ,
Etparun durtravaillatête appe-
Santie;
Quitte l'étude , ou bien , lis quelqueplaidoyer
GALANT. 211
Qui puiſſe en même temps l'inftruire
&t'égayer.
Patru ,le Maître , Erard , tous
trois mis en lumiere,
Se fontfort signalez dans cette
ample carriere.
Leſtile du premier eft coulant,
clair, aifé.
Lesecond à bon droit peut être
proposé
Aceuxqui recherchant le grand
&&le lefublime ,
Demandent que toûjours noblement
on s'exprime.
Erard bien plus moderne ,&non
moins éloquent ,
De perfuafion impetueux torrent ,
Sij
212 MERCURE
N'allegue enſes Discours aucune
raiſon vaine,
Et par force àſonſens tous les
Lecteurs entraîne.
Les Factums font auffi propres
délaffer.
De differens endroits il en faut
amaßer..
Souvent unAvocat par cegenre
d'écrire
Dans le monde plaideur tâche de
s'introduire :
Même les plus fameux appliquent
leur efprit
Apolir&limer cetteforted'écrit.
Combien n'y voit- on point de
chofes remarquables
GALANT. 213
Deportraits nonflattez,d'images
agreables ?
L'étude des Plaidoyers &
desFactums conduit à celledes
belles Lettres , qui ne contribuënt
pas peu à la perfection
de l'éloquencedu Barreau.
Apprens àte connoiſtre en bonne
Poësie :
Lis-en de temps en temps quelque
Piece choifie.
Les livres deGrammaire , amaffezavecſoin,
Te pourront même encore amuser
au besoin.
214 MERCURE
Nefois pas infenfible aux traits
d'uneHarangue
Où l'on voit éclater les charmes
de lalangue.
Contemple quelquefois l'homme
capricieux ,
Inconstant ,fier, injuste , avare ,
ambitieux:
D'excellens Ecrivains ont peint
ces caracteres,
Et dévoilédu coeur les plusfecrets
myſteres ..
Va puiſer dans l'Histoire un
⚫ grand nombre defaits
Curieux Surprenans ,&digne
d'être extraits..
Sçache ce qui ſepaſſe en la LitteGALANT.
21
rature
Aidépar lesJournaux de diverſe
nature ,
ImprimezàlaHayezàTrevoux,
Barit. :
Joins-y Bayle & Bafnage ; ils
ont encore leurprix.
Pourvû que tout cela nefoit que
l'acceffoire
Tu rempliras ton rangavec honneur
&gloire.
Remets cette lecture aux momens
de loiſir :
Cherche l'instruction juſques dans
leplaifir.
L'agreable en un mot doit ceder à
l'utile.
216 MERCURE
Cequi plaiſt ſans inſtruire est
ingrat&ftérile.
ॐ
Vous voicy enfin arrivée,
Mademoiselle , à l'article du
Livre qui vous plaira davantage.
C'eſt une hiſtoire amoureuſe
& peu , prou , ou point
intereſſante,qu'importe ? c'eſt
toûjours une hiſtoire ; eft il
rien de plus amuſant pour
une jeune perfonne ?
HISTOIRE.
Une jeune &belle Veuve,
(dont pour raiſon je tairay le
nom
GALANT. 217
nom& la Province ) amoureuſe
depuis trois ans d'un jeune
Marquis ,s'ennuya enfin d'aimer
toute ſcule. La maiſon
de ſon Amant n'étoit qu'à
une petite diſtance de la ſienne,&
ce qui la deſeſperoit ,
étoit que malgré la proximité
du voisinage , le Marquis
n'eût pas témoigné ſeulement
la moindre envie de
la voir ,&que ſon indifferent
voiſin ne la connût tout au
plus que ſur ce que la renommée
pouvoit avoir publié de
ſes charmes ; la liberté dont
fans ceſſe il vantoit les avan-
Avril 1716 . T
218 MERCURE
tages , dans des termes qui retournerent
ſouvent à la belle
Veuve, avoit fait naiſtredans
fon coeur le deſſein de ſoumettre
à quelque prix que ce
fut cet inſenſible , à l'Empire
del'Amour. Un an ſe paſſa cependant
ſans que la moindre
apparence d'un ſuccés favorable
pût flatter ſon attente;
mais le dépit &la colere s'uniſſant
à l'amour , lui donnerent
à la fin de nouveaux
conſeils. Elle ſçavoit de
refte (& c'étoit la plus vive
raiſon de ſa douleur ) que fon
Amant n'avoit d'ardeur qu'a
GALANT. 219
pourſuivre des bêtes dans les
Forêts ,&que la chaſſe faifoit
toute l'occupation & tous les
plaifirs de fa vie. Si je n'avois,
difoit elle encore en elle-mê .
me , qu'une Rivale à combattre
, fi elle pouvoit me diſputer
quelque temps ma conquête
, l'amour éclairé rangetoit
bien-tôt mon Amant
fous mes loix , je ſçaurois du
moins qu'il ſçait aimer ; mais
T'inſenſible eſt livré tout entier
à une paſſion feroce , &
chaque jour ſon ame s'entretient
des plaiſirs les plus oppoſez
à l'amour ; il faut pour-
Tij
210 MERCURE
tant le voir & luy parler , que
riſque avec un mortel de cette
trempe une Amante éperduë,
leplus grand de mes malheurs
ſera de ne le pas perfuader ;
mais il n'importe, courrons en
tous les perils. Ces reflexions
faites , & cette reſolution priſe,
elle fortit de ſon Château
vers les fix heures du ſoir,un
beaujourdu mois de Maydernier
; & fe promenant négligemment
un livre à lamain,
elle s'enfonça dans unbois qui
touchoit aux murailles de ſon
Jardin , elle traverſa des défi ..
lez& ſuivit des routes oùja-
:
GALANT. 221
mais fans l'amour elle n'eût
ôfé aller ſeule ; elle arriva enfin
à une fontaine où on luy
avoit affcuré que ſon Amant
alloit tous les foirs ſe deſalterer&
fe délaffer de la fatigue
du jour.
L
La nuit commençoit àrépandrefesfombres
voiles für la terre,
de funeftes oiſeaux à faire
entendre leurs triſtes ramages,
&la crainte à ſe gliffer dans
ſes veines , lorſqu'elle entendit
enfin le bruit des Cors & des
Chiens qui luy annoncerent
l'arrivée de ſon Amant , qui
vint en effet à la fontaine, où
1
Tiij
222 MERCURE
:
elle l'attendoit agitée de mille
foins, Ah ! Monfieur , luy ditelle
en tremblant dés qu'elle
le vit, vôtre prefence me tire
ici d'une inquiétude mortelle;
la fraîcheur de cette Forêt m'a
invitée à la promenade, la le-
Cure de ce Livre m'a entretenuë
fi agréablement que je
n'ay ſeulement pas fongé à
fuivre une route certaine , &
je me trouve enfin ſeule au
milicu de ce bois ſans ſçavoir
où je ſuis, quoique mamaiſon
ne ſoit pas fort éloignée d'ici.
Madame , lui dit le Marquis,
qui de la vie n'avoit veu une
:
GALANT. 223
fi belle perfonne , l'Univers
entier eſt un aſyle pour vos
charmes ,& les Hôtes les plus
foroces de ces lieux en refpe-
Eteront toûjours l'éclat & la
majeſté ; mais le hazard
vous a un peu trop expoféd
à leur difcretion , la fortune
me rend aujourd'huy le meil
leur office que j'aye encore
reçû d'elle , en m'honorant
du ſoin de vous reconduire
chez vous ; je n'oſe pas vous
demander ſi vous n'êtes pas
Madame la. Comteffe de **
parce que mon crime ſeroit
impardonnable de vous avoir
T iiij
224 MERCURE
pour voiſine , & de ne vous
avoir pas rendu l'hommage
que je dois à vos beautez.
Vous ſçavezmon nom ,Monſieur
, luy dit la belle Veuve ,
ſans être àmon égard coupablede
la moindre impoliteſſe,
& c'eſt à moi-même que je
dois ſçavoir mauvais gré de
n'avoir pas encore reçû la vi
ſite d'un voiſin tel que vous.
Ils prirent cependant le che
min du Château de la Dame,
où ils arriverent å bon port.
Je ne vous diray rien des
penſées tumultueuſes dont
leur eſprit fut agité , aprés
• GALANT
qu'ils ſe furent féparez. Lo
calme eſt dans le coeur des
Amants tantqu'ils joünfentdu
bonheur d'eſtre enſemble , i
l'eſperance erance ddee ſe revoir bientoſt
adoucit en cux la peine
de ſe quitter , elle ne lesaffranchit
pas de toutes les rigueurs
de l'abſence : mais malgré ces
inquiétudes les expedients qu'-
enfantent les reflexions , les
flattent toûjours du ſuccés de
leurs deſſeins.ore bronnen
L'indifferent Marquis aprés
avoir rencontré au fond d'una
Foreſt , la plus belle perſonne
du monde! quels ſoins, dit-il,
:
226 MERCURE
peuvent avoir conduits ſes pas
dans un licu fi reculée ſes rc
gards errants , ſon embarras,
un certain air de melancolic
que l'amour ſeul répand fur
toutes nos actions ont été ſos
guides. N'ay- je pas entendu
quelques ſoupirs échapez de
ſon ſein? toute la jeune No
bleffe de ces cantons jouit
vray-ſemblablementduprivis
legeglorieux d'aller offrir fur
ſon Autel ſes voeux& ſon encens!
ah fans doute elle aime !
&il n'eſt pas poſſible qu'elle
foit expoſée à recevoir tant
d'hommages d'amour ,& qu'-
GALAN . シンブー
elle ſoit belle comme elle l'eft,
fans aimer. Mais quelles conjectures
peuvent m'étonner ?
mon courage doit- il s'effrayer
du danger de diſputer à toute
la terre une ſi belle conquête ?
non , il faut que je triomphe
de mes rivaux , & que j'obtienne
de ſa main , de l'aveu
de fon coeur, le prix de mon
amour: voila à peu prés , ſi je
neme trompe , le grand projet
queforma le Marquis pendant
toute la nuit qui ſuivit
ſa premiere entrevûë avec la
belle Veuve.
Le lendemain contre ſa
۱
228 MERCURE
coûtume , l'Amante deCephate
le trouva encore dans ſon lit.
Il commença avant de ſe lever
par congedier , chiens, cors ,
chaffeurs,&tous autres uſtancilesde
chaffe. Il ordonna à
fon valet-de- chambre de luy
préparer le plus galant de ſes
habits ,& il fit fi bien ,&s'occupa
filong tempsdu ſoinde
s'ajuſter , que rien ne fut épargné
dans ſa parure. En cette
occafion comme vous voyez,
Mademoiselle, leproverbe eſt
bien veritable : alıri tempi , altre
cure. D'autres temps ,
d'autres foins. Enfin l'heure
GALANT. 229
d'aller ſe preſenter à latoilette
de ſa Reine arrivée , il ſe difpoſe
à luy faire fa galante
viſite, en valeureux champion;
mais comme ditfort bien l'Almanach
univerſel de Milan
de la preſente annéebiſſextile,
en date du 22. de ce mois ,
à s. heures 26. minutes du
matin , les jouës s'applatiffent
lorsque l'on baille. Et M. le
Marquis fut obligé de rengaîner
ſon compliment par un
miferable contre temps qui
vint mal à propos déconcerter
toute l'economie de
ſes projets. Sa mere defefpe230
MERCURE
1
rée d'une fâcheuſe nouvelle
qu'elle venoit de recevoir, fe
traîna juſqu'à ſon apparte
ment , & luy dit , fondant en
larmes , mon fils, la jeuneſſe
devoſtre frere l'a engagé dans
une tres - mauvaiſe affaire ;
voila une lettre qui m'apprend
qu'il eſt ſur le point
d'eſtre condamné à perdre la
teſte , allez vous jetter aux
pieds du Roy , implorez ſa
clemence , & Sa Majefté accordera
peut- eftre aux ſervices
de noftre maiſon , une grace
à laquelle le repos de mes
jours eft attaché! ne perdez
GALANT. 231
pas un moment , mon fils , &
mettez tout en uſage pour
donner à voſtre mere la conſolationd'avoir
tout entrepris
pour ſauver voſtre frere. Son.
falut dépend de voſtre diligence.
Je viens d'envoyer
chercher des chevaux de
poſte, ils arrivent, montez à
cheval ,& rendez vous incefſamment
à la Cour.
Le Marquis accablé de cette
affreuſe nouvelle , &en même
tems épouvantédudanger évi.
dent quecouroit ſon frere, ne
balança pas entre l'amour &
le devoir , il prit le party que
232 MERCURE
ce dernier luy dictoit ;& malgré
la douleur qu'il eût des'éloigner
de ſa belle Comteffe ,
fans luy avoir du moins fait
connoiſtre une partie de ce
qu'il ſentoit pour elle , il ſe
ſervit à l'inſtant des chevaux
qui l'attendoient , il ſe rendità
Paris ,&en peu de jours il fut
affez heureux pour obtenir la
gracede fon frere. Il ſe diſpo-
Loit déja à faire pour ſon retour
la même diligence qu'il
avoit faite pour ſon voyage ,
lorſquede nouveaux ordres ,
ou plûtôt de nouvelles inſtances
de ſa mère le condamnerent
GALANT. 233
rent à prolonger ſon ſéjour à
Paris. Elle le prioit dans ſes
Lettres de donner tous fes
foins àlappoouurſuited'unProcés
qui intereſſoit confiderablement
toute lafamille , & qui
pendoit depuis longtems au
Parlement decette Ville. Ilne
pouvoit pas avec honneur ſo
refuſer à veiller de prés à une
affaire de cette conſequence,
aufline negligea-t- il rienpour
faire valoir le bon droit & la
juftice de ſa cauſe avec tant
d'exactitude&de précautions,
qu'il gegna fon Procés. Tous
tes ces chofes ( comme vous
Avril 1716. V
234 MERCURE
pouvez juger ) ne ſe font pas
en un jour ; auſſi y en cmployat-
il tant , que peu s'en
fallut que la Ville neluy fir oublier
la Province. Je ne croy
pas pour cela que l'image de
fa belle Comtefle fut tout- àfait
effacée de ſon idée ; mais
cequejeſçaybien,c'eſt qu'elle
n'y renoir plus guere , & en
voicyla preuve. Au lieu de retourner
dans fon Village , il
s'amuſaici à monter àcheval ,
à faire des armes , à joüer , à
chercher la Compagnie des
Dames,&às'enyvrer ſouvent
avec des petits mailtres. Ce-
2
2
3
:
GALANT: 235
pendantMadame laComteffe
qui n'avoit pû arracher de fon
coeur les traits dont l'amour
l'avoit percé , voyant que fon
cher Marquis ne revenoit
point dans ſon Pays , pritune
reſolution qui , quoyqu'extrê
me , me paroiſt ſuffisamment
juſtifiée par l'excés de fa tendreſſe.
Elle ſe rendità Paris incognito
,&s'ydéguiſa ſi bien en a
homme , qu'elle y paſſa tant
qu'il luy plût pour le plus aimableCavalier
de France.Elle
prit le nom du Chevalier de
$ ** elle loua une maiſon
propre& commode,elle ſe fir
A
Vij
236 MERCURE
수
+1
1
un équipage des plus leſtes, elle
courut les ſpectacles , les promenades,&
chercha enfin tou
tes les Compagnies où elle
crût pouvoir apprendre des
nouvelles de ſon Amant. Le
hazard ,dans cette vûë , la fervit
mieux que tous les foins.
Un jour étant auxTuilleries
avec ſon Valet de chambre ,
premier confident de ſes def
ſeins,elle apperçût leMarquis,
elle le ſuivit , & le ferra de fi
prés qu'elle apprit ſa demeure
de ſa propre bouche , parce
que dans le même inſtant il
enſeignoit ſa Maiſon à unCa
GALANT. 237
valier qui ſe promenoit avec
luy. Contente pour ce jour de
cette découverte, elle ſeretira,
& le lendemain elle fut pren,
dre un Appartement garni
dans l'Hoſtel où il demeuroit.
Le même jour ils dînerent en.
ſemble ; ils ſe regarderent à
outrance , & le Marquis fur
tout,raffemblant dans les traits
du Chevalier tous ceux de ſon
aimable Veuve , ne pouvoit ſe
laſſer d'admirer dans un tel
caprice de la nature , un pareil
chef-d'oeuvre dereſſemblance.
Le Chevalier de ſon côtén'é
toit pas fans embarrasil
:
هح
il
238 MERCURE
trembloit à chaque inſtantque
cet excés d'attentions dus
Marquis ne l'aidât à décou
vrir le ſecret de ſon déguiſement.
Mais fon habit , fes
diſcours&fes manieres la raffurane
contre les mauvais
tours que luy pouvoit jouer
ſa pudeur , elle s'arma d'une
fermeté capable dedéconcer
ter toutes les reflexions de ſon
Amant. Il ne s'imagina en un
mot jamais que cet aimable.
inconnu fut ſa Maiſtreſſe ,
ſous la forme d'un Cavalier;
mais en confideration de l'ex
trême reſſemblance , ils lierenz
GALANT. 239
enſemble une amitié trés
étroite ,le Marquis ne pouvoit
eſtre ſans le Chevalier , ny le
Chevalier fans luy : tous ſes
feux dont l'abſence avoit
commencé à rallontir l'ardeur
ſe rallumerent par cette vûës
il luy avoüa enfin qu'il étoit la
veritable image d'une belle
perſonne dont ilétoit éperduë,
ment amoureux. Il luy conta
l'origine de ſa paffion, &
le fuccés malheureux qu'elle
avoit cue dans ſa naiſlance:
&il finit par une proteſtation
de n'aimer de ſa vieque le bel
objet dont il étoit une copie
240 MERCURE
fi parfaite , que ſon coeur en
feroit deſormais partagé pour
toûjours , entre l'amour &
l'amitié. Le Chevalier répon.
dit à ce complimentles choſes
du monde les plus gratieuſes ,
& il étoit trop poli pour y
manquer. Bien plus , on m'a
affûré que les ferments de ſon
Amant avoient augmenté au
moins d'un tiers l'éclat de ſes
charmes ,&que le Marquis le
voyant ſi beau , luy avoit par
bricole de reflexions juré ens
core mille fois de l'aimer juf
qu'au tombeau. En cet en
droit nos Amants s'atten
drirent
GALANT 241
1
drirent de plus belle , & fe
dirent des choſes ſi douces,
qu'elles auroient amoli le
coeur d'un tigre. On ajoûte
quedans les efforts qu'ils firent
pour- fe conſoler mutuellement
, ils ſe conſeillerent de
s'écrire des lettres toutes
pleines d'amour , de même
que s'ils euſſent été , l'un en
Province , l'autre à Paris. Le
Marquis difcret & qui n'avoit
encore vûë ſa Maiſtreſſe qu'-
une fois , n'oſoit tenter temerairement
une ſi perilleuſe
avanture. J'en courrois tous
les riſques , moy , luy dit le
Avril 1716. X
242 MERCURE
1
2
Chevalier , & fi l'on ne me
répondoit pas favorablement,
j'irois ſur les lieux même , de
mander à cette cruelle , raiſon
de fon impoliteſſe. Vous allez
bien vite, mon cher , répondit
le Marquis , & vous parlez
en Amant bienmoins àplaindre
que moy. Je n'en connois
pas, reprit bruſquement
le Chevalier , de plus heureux
que vous: courage, luy dit ſon
ami accablé de doulcur , ajoûtez
des tailleries piquantes aux
malheurs qui me perfecutent.
Ils alloient ainſi , en dits&
contredits , ſe pointuller de faGALANT.
243
4
2
"
çon que les injures cuffent
peut eſtre entré pour quelque
choſe dans leur converſation,
ſi la porte de la chambre où
ils s'entretenoient n'eût pas
été imprudemment ouverte
par la fille de l'hôteffe de
Icur maiſon. Cert fille curieuſe
& gentille , toit du
premier coup devenuë folle
d'amour pour le Chevalier ,
& depuis le jour qu'il avoit
- pris un appartement chez elle,
elle avoit mis tout en uſage ,
pour ſe procurer le plaifir de
voir autant qu'elle le pourroit
ce doux & charmant ob.
Xij
244 MERCURE
jet de ſes voeux. Sa mere en
étoit fole auffi : mais fon cher
&bien aimé Marquis luy faifoit
mépriſer toutes ces bonnes
fortunes. Cette fille n'avoit
pû ſans un mouvement de
jalouſie entendre repêter tant
defois ,&mêmeavec chaleur,
le mot d'amour & d'amitié :
&la crainte que les perſonnes
qui ſe tenoient ce beau langage,
ne ſe portaffent à quelque
violence préjudiciable à
fon Chevalier , l'avoit déterminé
à venir rompre leur entretien.
Un moment aprés
cette fortiede la Donzelle, on
X
GALANT. 245
vint annoncer au Marquis ,
qu'un laquais demandoit de
luy patler , ſans vouloir dire
de quelle part. On le fit entrer
, il luy donna une lettre ,
& feignant de ſe retirer dans
l'antichambre pour lui donner
le loiſir de la lire , il deſcendit
dans la cour , &de là dans
la ruë, fans réponſe. Voicy le
contenu de cette lettre.
S'il étoit poſſiblede mettre d'ac.
cord l'amour & la raison , la
mienne triompheroit depuis longremps
des foibleffes de mon coeur;
mais la puiſſance qui m'emporté
nepeut maintenant estre retenuë
1
Xiij
246 MERCURE
:
par aucun frein. Je vous aime !
quel.aveu pour vous & pour
moy ?cependant ,quoyqu'il m'en
coûte,je ne rougiray qu'à demy
de cefacrifice de ma pudeur,fi
vous confentez à vous trouver
ce foiràdix heures àlaPorte de
l'Hôtelde... vous vous laifferez
conduire par la perfonne qui
vous demandera vôtre Nom ,
je meflatte que dans notre entretien
, vous me rendrez la justice
que maintenant mon amour dérobe
à ma vertu.
Le Marquis étonné de la
lecture de ce Biller , & peutêtre
encore novice , quoyqu'il
Z
GALANT. 247
A
futdepuis quelque temps dans
une Ville où tout fourmille
d'avantures & d'avanturieres,
le leut encore une fois avec
grande attention. Vôtre defſein
, lui dit le Chevalier , eſt
fans doute d'apprendre cette
Lettre par coeur. Loin de
cela,luy répondit le Marquis ,
je ne l'ay releuë que pour
effayer de deviner de quelle
part elle peut venir. Cette
Lettre qui flatteroit peut être
la vanité d'un autre , ne picque
point la mienne ;je ſuis
inſenſible aux plaiſirs que l'amour
me promet , & je ne 4
Xij
248 MERCURE
fçai ſi je ne regarde pas com.
meune mauvaiſe avanture
cette bonne fortune que le
hazard m'envoye. Non, en un
mot , quelques douceurs que
me prepare ce tendre rendezvous
, je la facrifie à l'aimable
perfonne , qui ſeule eft capa
blede me faire goûter de veritables
plaifirs ; cependant il
y va icy de mon honneur , &
c'eſt une ſotte choſe dans le
fiecle où nous ſommes , de
vouloir faire le cruel avec les
Dames. Mais tenez , lifez ce
Billet, Chevalier, &dites moy
le party que vous prendriez fi
GALANT . 249
i
vous étiez en ma place. Parbleu,
répondit le faux brave ,
je ne balancerois pas un moment
à me trouver au rendezvous.
Hé bien , reprit leMarquis
, je vous conjure au nom
de toute l'amitié qui nous unit
d'aller joüer mon rôle auprés
de cette Dame ; quand elle
m'aimeroit à la rage , toute
fon ardeur pour moy s'étein
dra en vous voyant. Vous avez
une éloquence& des traits
qui perfuaderoient la plus incredule
Que ne ferez vous pas
auprés d'une femme échauffée
déja du feu de ſes defirs. En
250 MERCURE
un mot , ce troc ne l'étonnera
peut être qu'un moment. Le
Chevalier cût beau chercher
des détours pour ſe deffendre
de la commiſſion , il fut enfin
contraint de s'en charger , ce
qu'il fit fans peine, étant l'auteurde
cette belle expedition.
L'heure du rendez- vous arzivée,
ilmonta dans ſon Carroffe
& fut tranquillement ſe
coucher dans la maiſon qu'il
avoit loüée , en arrivant àParis
,&qu'il occupoit toûjours,
quoyqu'il n'y logeât pas. Le
lendemain le Marquis luy demanda
des nouvelles de l'a
GALANT. 251
vanture. Une demie douzaine
demenſonges ingenieux le tirerent
d'affaire , en voicy un
entre autres. Non , lui dit- il ,
mon cher Marquis , il n'y a
pas dans Paris une femme plus
aimable que celle dont vous
avez hier mépriſé la conquê
te. Elle a des yeux ! un nez !
une bouche ! un eſprit ! ah
j'en ſuis éperdüement amoureux
, & je ne trouve point
de termes pour vous marquer
le gré infini que je vous ſçai
de m'avoir procuré une fi
belle connoiſſance ; mais en
revanche , il faudra que vous
252 MERCURE
alliez cette nuit joüer auprés
d'une perſonne à qui je de
viens infidele par cette avan
ture , le même perſonnage
que vous m'avez fait joüer
hier , ce que j'exige maintenant
de vous eſt ſans replique.
Le Marquis y confentit , für
d'en eſtre quitte pour excuſer
fon ami. Il prit avec l'heure
du rendez vous une adreſſe
de la maiſon où on devoit le
recevoir à pareille heure que
le Chevalier y avoit eſté reçû
la veille ; c'étoit juſtement la
même maiſon , qui par une
commodité qui vient à mer-
:
GALANT. 253
veille à mon récit , avoit deux
portes fur deux ruës differentes.
Tout bien concerté entr'eux
ils ſe ſeparerent. Le
Marquis s'amuſa en attendant
la nuit , à lire un tome deClelic
, & le Chevalier alla chez
luy ſe diſpoſer à mettre heureuſement
àfin la finguliere
avanture qui doit terminer en
tout bien & tout honneur
cette memorable Hiſtoire..
La noire nuit venuë le Marquis
ſe rendit à l'Hôtel de **
dont une fille vint myſterieuſement
luy ouvrir la porte,
elle le conduiſit au milieu des
254 MERCURE
tenebres , & par differentes
routes, juſqu'à une antichambre
où elle le laiſſa un moment
ſans lumiere. Elle vint
enſuite le reprendre &le mener
dans un appartement magnifique&
bien éclairé. Il n'y
fut pas plutôt entré qu'elle
s'en alla. Quelles reflexions ,
quelle contenance pour un
homme amoureux à cent
licuës de l'endroit où il eſt !
Enfin on ouvrit avec grand
bruit la porte d'un Cabinet
d'où fortit une Dame fi brillante
par l'éclat de ſes habits,
fi raviffante par la beauté de
GALANT. 255
ſon viſage ,ſi majettucuſe par
la nobleſſe de ſon port , & fi
touchante par la douceur de
ſes yeux , que... que... que la
mere des Amours s'en ſeroit
à ſa veuë précipitée de dépit
dans l'onde.
Que vois je, dit-elle , àl'inſtant
feignant d'eſtre ſurpriſe,
-& même indignée de la préfence
d'un autre homme que
le Chevalier ; Qui eſtes-vous
témeraire ? & quel perfide
conſeil a guidé vos pas jufqu'icy
? Pendant ce diſcours
le Marquis la reconnoiffant ,
trembla, pâlit , ſe laiſſa aller
256 MERCURE
1
1
tout de ſon long par terre,
&dit en tombant : Ah cruel
Chevalier ! barbare ami ! &
comme s'il fût tout- à- coup
deſcendu dans la nuit du tombeau
, il perdit l'uſage des
ſens ; toutes les drogues imaginables
furent employées
pour leur retour , outre les
aromates , les invocations
&les larmes ne furent point
épargnées . Enfin , comme
dit fort éloquemment & frequemment
unjeuneAuteur de
Romans de mes bons amis ,
Ses grands yeux bleus & mouransſe
rouvrirent , &bien leur
en
GALANT. 257
ناح
en prit, car s'ils cuffent reſtez
fermez , les choſes auroient
pris une face qui auroic
bien-tôt mis tout le monde
en deüil. Quand il les eût donc
rouverts, il les attacha languifſamment
ſur ſa Dame , cn .
pouffant de beaux & longs
ſoupirs , & lui dit douloureuſement
ces tendres mots :
a
e
vie ne
Ceffez , Madame , de prendre
quelque part au malheur
d'un miserable àqui la vie
peut être qu'à charge , aprés
ce qu'il vient d'éprouver. Oüy
je mourrai content puiſque j'ai
vûë encore uannee ffooiiss llaa ddiivviinnee
Avril 1716: Y
258 MERCURE
perſonne qui ſeule a cû le pouvoir
de merendre ſenſible.Helastjebornois
loin de vous tous
mes plaiſirs à contempler dans
l'heureux Chevalier , des traits
qui fortifioient mon amour :
&je ne croyois pas trouver en
luy un rival, & un rival aimé
pour qui je ſens bien que je
n'ayplus maintenant quede la
haine .
Pardon , Madame , l'état
déplorable où je ſuis excuſe la
temeritéde mes plaintes. Oüy
perfide amy tu receveras des
marques de mon indignation
&de ma fureur,puiſque ta tra
GALANT . 259
his ma credulité, mon coeur&
ma Maîtreffe. A ces paroles
il en ajoûta bien d'autres que
j'ay oubliées. Cependant ce
fut à peu prés en cet endroit ,
autant qu'il m'en. peut fouvenir,
que la Dame l'interrompic
pour luy tenir les propos fuivants.
1
Faiſons la paix , mon cher
Marquis , je ſuis maintenanc
pleinement perfuadée de l'amour
dont vous brûlez pour
moy. C'eſt moy même qui
ſuis leChevalier qui vous allarme.
Je vous ay mis je vous
l'avoücà deux éprouves.cruel-
Yij
260 MERCURE
i
les ; mais iln'en falloit pas
moins pour me raffeurer. En
un mot c'eſt à mon tour à
vous demander pardon de la
liberté de mon déguisement.
Avecmoins d'amour , j'aurois
moins riſqué ;mais voſtre merite
,& les conſeils de ma tendreſſe
ont ſeduit ma raiſon.
Vangez - vous maintenant ?
accablez moi de mépris , fi
vous trouvez à voſtre égard
quelque choſe d'odieux dans
mon amour..
Je vous laiſſe à penſer , fi
aprés ce que vous venez de lire
la paix fut faite.Oüyelle le fur,
GALANI 261%
& fi bien qu'en moins de
quinze jours elle fut cimentée
parunbon contrat en formes,
&jurée folemnellement aux
pieds des Autels, avec des ferments
réciproques d'une éternelle
fidelité. 1010
F'aurois traité cetteHistoire plus
ſerieusementſi je n'avois apprebendéque
ma gravité & certains
incidents que j'ayſagement supprimez
, n'euffent trop défignez
les noms & les qualitez de mes.
Acteurs.
262 MERCURE
Voicy un article d'émulation
pour vous , Mademoifelle;
c'eſt une Chanſon, dont
l'air & les paroles ſont de la
compoſition d'une jeune Demoiſelle
qui a beaucoup de
merite , d'eſprit , & un goût
fingulier pour la muſique.
PRINTEMS.
Regnez charmant Printems
ranimezla nature
Ramenez les plaisirs , les amours
&les jeux ,
Faites briller les fleurs & la
verdure
CALANT. 263
Redoublez les concerts des
oyfeaux amoureux ;
Et vous jeune Zephir, fidele
Amant de Flore,
Venezdu tendre amourfuiure les
douces Loix
Hatez-vous d'embellir nosFardins
&nos Bois ,
Mais n'y revenez point fans
l'objet que j'adore.
ॐ
Autre chapitre digne de
voſtreamusement, ce ſontdes
Enigmes ; vous me reprochez
tous les jours la facilité
laquelle vous les dev.
voyez maintenant ſi vou
ود
264 MERCURE
rez auffi bon marché de cellecy.
Le mot de celles du mois
paſſé étoit la Girouette & la
Vigne. Les noms de ceux qui
les ont deviné , ſont les noms
de tous ceux qui les ont lûës ;
mais plus particulierement. la
tendreDaphné,lemalheureux
Lycas , le jeune Durocher de
la ruë du Four, le Bas Bourgeois
, & les deux aimables
Soeurs de la rue du petitLyon..
: 1
ENIGMES,
GALANT. 265
ENIGM E.
Quoy qu'âgé de plus de mille
ans ,
Fay tous les ans quarante enfans,
Onseprépare àleurs naiſſances
Par de grandes réjoüiſſances ;
Mais ils ne font pas pluſtoſt nez
Que les humains ſont conſternez;
Car ils font mal àtout le monde ,
Ala noire comme à la blonde :
Auſſiſont-ils fi mal reçûs ,
Qu'aufſſitost qu'ils font apperçus ,
Lepremier est réduit en cendre ,
Deuxàlafois on enpeutprendre,
Avril 1716. Z
"
266 MERCURE
Et ledernier estfi retifà manier
Que de ceux qui vont les furprendre,
Il en abbat grande quantité,
Même pour le forcer àſe rendre
Il luyfaut un reffufcité.
Cette Enigme eſt de la
compoſition de la charmante
Mademoiselle de Liſſalde de
la ruë de Harlay.
AUTRE.
De la compoſition du Parifien
Parifien , qui n'a pas jugé
à propos de m'en envoyer
GALANT 267
le mot , & que je n'ay pas jugé
à propos de deviner : celles
que je recevray doreſnavane
de cette façon , n'auront point
de place dans le Mercure.
ENIGME.
Desfruits dont la nature orne
toute la Terre
Je suis le plus commun; mais
auſſi le plus beau.
Jesuis de tous Pays,Perfe,France
,Angleterre ,
Continent , Ifle ou Roc je viens
même ſur l'eau.
Mais un prodigeſurprenant ,
Zij
268 MERCURE
2
C'est que n'étant planté de la
main d'aucun homme ,
L'on me ſeme à Paris, &l'on
me cücille à Rome.
Eft il rien de plus étonnant?
Souvent je viens tout seul,fouvent
ilfaut m'aider ;
Maisfipour m'arracherde l'arbrequi
meporte
Par unfer aßaffin tu l'ofes ha-
Zarder,
Tu ne tiens rien alors , & ma
racine est morte.
GALANT. 269
-
Il'eſt maintenant à propos
de vous dire un mot des ſpectacles
, ils ont eſté rouverts le
lendemain de la Quasimodo ,
avec differents ſuccés. La Co.
medie Françoiſe voit peu de
monde à l'ordinaire , elle eſt
depuis quelque temps en poffeſſion
de faire deſerter les
ſpectateurs. Le 22. de ce mois
laComedie du Bourgeois Gen.
tilhomme fut repreſentée devant
le Roy. Le Theâtre de
P'Opera s'entretient toûjours
honorablement avec le public.
On y repreſenta pour la
premiere fois le 20. de cemois
Ziij
270 MERCURE
la Tragedie d'Ajax , où l'Auteur
des paroles , & M. Bertin
qui en eſt le Muſicien ſemblent
avoir également réuſſi chacun
dans leur Art. Je parlerois
plus préciſement de corte
Tragedie,&j'en circonstancierois
davantage les défauts &
les beautez , fi je l'avois veuë
plus d'une fois. D'ailleurs il
faut pour ces fortes d'extraits
plus de loiſir que je n'en ay&
le temps me preffe.
La nouvelle la plus intereſſante
que je croye pouvoir
àpreſent vous apprendre , c'eſt
qu'on nous promet pour le
GALANT. 271
20. du mois prochain , l'ouverture
de la Comedie Italienne.
On travaille continuellement
à la réparation du Theatre
del'Hôtel de Bourgogne ,
où M. Octave qui eft chargé
de la part du Miniſtre , de tous
les détails concernants cette
Troupe, ne négligera aucune
des choſes qui peuvent contribuer
à l'embelliſſement de co
ſpectacle ,& à la fatisfaction
du public. J'ay à ce ſujetdeux
mots à répondre à une objectionquetoutlemonde
me fait.
Quel plaifir ,dit on , pourront
prendre àlaComedie Italienne
Ziiij
272 MERCURE
ceux qui n'entendent pas la
langue. Je réponds à cela premierement
qu'elle eſt tres facile
pour tout le monde, qu'elle
a en ſecond lieu beaucoup de
rapport avec la langue Latine ,
ce qui eſt d'un grand ſecours
pour ceux qui la ſçavent , de
plus j'ajoûte qu'elle a beaucoup
de conformité avec la
Françoiſe , cequi en facilitera
l'intelligence aux Dames. Enfince
ſera pour tous ceux qui
ignorent l'Italien qui eſtla plus
galante & la plus délicate langue
du monde , une école où
ils l'apprendront entres peude
GALANT . 273
L
temps ,& un plaifir reglé &
toûjours nouveau pour ceux
qui la ſçavent.
APOSTILLE.
Réponse à M. D. L ***
Je vous remercie , Monſieur
, du preſent que vous
m'offrez de vôtre amitié , dans
la Lettreque vous m'avez fait
l'honneur de m'écrire , &de la
pcine que vous prenez de recueillir
tous les fuffrages qui
neme ſont pas favorables pour
me montrer le nombre des
274 MERCURE
gens avec qui j'ay à me recon.
cilier. Je vois dans tout vôtre
procedé à mon égardunfond
admirable d'indulgence , &
dans les endroits même où
vous pouſſez le zele un peu
trop loin , j'y démeſle un elprit
de charité , qui m'encourage
à me corriger de mes
deffauts ,&qui me détermine
àvous répondre.
De plus dedeux cens Lettres
que je reçois par mois ,& que
je lis avec attention , iln'y en a
ſouvent pas fix dont je puiſſe
employer le tiers. Si tous ceux
qui me font l'honneur de m'é
GALANT . 275
crire, écrivoientcommevous,
je pourrois fans temerité répondre
au Public du merite
de mon Livre : mais cela n'étant
pas , enſeignez moy de
grace à qui je dois avoir recours
pour metirer d'affaire.
Les Memoires Litteraires ſont
d'une rareté étonnante , les
bonnes pieces de Poëſie ſont
encore plus difficiles à trouver,
je n'ay depuis 25. mois que je
faits le Mercure, reçû de perſonne
une Hiſtoriette écrite ,
&je ne m'aviſe pas , comme
vous le ſçavez fort bien , de
compoſer les Annales de la
276 MERCURE
Cour& de la Ville: je vous
fers cependant regulierement
chaque mois, tantôt mal , tantoſt
mieux. Mais pourquoy ,
Monfieur , mes Genealogies
vous paroiſſent - elles trop
courtes ; d'autres perſonnes
trés-ſenſées ,diſent qu'elles les
ennuyent. Mes Nouvelles
vous ſemblent vieilles , ellos
font pourtant neuves quand
je les reçois & quand on les
imprime. Est - ce ma faute
ſi je ne pars qu'aprés les
Gazettes. Vous avez plus
d'indulgence pour ce que
je conte que pour le reſte
GALANT . 277
du Mercure , je vous en ſuis
obligé : mais je ne croy pas
qu'ily aitd'homme au monde
qui oſe entreprendre de donner
tous les mois un Livre de
ſa façon. Du reſte , & voicy
voſtre grief, vous me reprochez
, comme un crime , les
frequents affauts que je
donne à la ComedieFrançoiſe.
Loin d'avoir aucune averſion
pour ceux & celles qui la
compoſent , je ne ſouhaite
rien tant que de voir leur
Theâtre en honneur ; mais
c'eſt ce qui n'arrivera point
tant qu'ils traiteront les Au--
1
278 MERCURE
teurs qui auront affaire à eux,
comme ils les ont traité juſ
qu'à preſent: & je trouve une
trés-grande difference entre
ceux qui compoſent les pieces
de Theatre , & ceux qui les
repreſentent. Cette réponſe
vous épargnera la peine de
prendre mon filence pour un
appel. Quand il vous plaira
nous en dirons davantage.
Je ſuis , en attendant de vos
nouvelles , Monfieur , voſtre
trés humble ,
7
MERCURE .
1
GALANT. 279
AVIS.
Le ſicur Guillermić , Machiniſte
du Roy , a inventé &
faitun nouveau Inſtrument de
muſique. Il eſt ſans tuyaux &
ſans ſouflets , & a les fons tenus
comme l'Orgue. On peut
enfler &defenfler les fons , &
faire la plainte ſur quel tonque
l'on ſouhaitera. Il ſe jouëà 2.
3. 4. & 5. parties ſur un Clavier
, que ceux qui le voudront
toucher trouveront auffi
doux que celuy du Claveſſin.
Cet Inſtrument ſe voit
9
280 MERCURE
chez le ſieur Guillermić , ruë
Bourtibour , prés leCimetiere
S. Jean , chez un Menuifier ,
au troiſieme appartement.
On prendra pour chaque
Perſonne le quart d'écu
courant.
Autre Avis.
Le Public eſt averti que le
ſieur Jacques Dubié de Lyon ,
qui a eſté reçû à Paris , à S.
Coſme enqualité d'Operateur
manuel expert pour les dents ,
travaille artiſtement & methodiquement
dans les opera
tions
GALANT. 281
tions pour ce qui concerne
generalement les dents. Il
les nettoye avec une ſi grande
legerté demain qu'à peine le
fent-on , & les rends de la
derniere blancheur ; s'il s'en
trouve de cariécs il les remplit
de plomb , pour éviter les
mauvaiſes odeurs, en met d'artificielles
qui imitent les natu
relles , lime & ſépare toutes
les autres ,& redreſſe celles qui
font de travers , de maniere
que les alimens ne peuvent s'y
attacher , il les tire avec beau--
coupd'adreſſe en les touchant
juſqu'à la moindre: racine ,
Avril 1716 Aa
282 MERCURE
pour difficiles qu'elles puiſſent
eſtre ,&enremet de naturelles
qui dure autant que la vie ,
choſe extraordinaire, il prouve
par experience tout ce qu'il
avance.On ne trouve que chez
luyle veritable opiat duLevant
pour conferver&rafermir les
jenfives , dont il a des pots à
tout prix ; il ſe ſert auſſi d'une
poudre qu'il vend , qui rend
les dents blanches , comme
l'albaſtre en ſeles frottant ſeulement
avec le doigt& en ſe
rinffant la bouche avec da
l'eau tiede; il eſt le ſeul qui ait
une effence qui appaiſe ſur le
GALANT, 283
champ les douleurs les plus
vives en en mettant une ſeule
goute dans le trou de la dent ,
& guerit generalement tous
les maux qui viennent à la
bouche : les Dames luy ſçauront
bon gré deladécouverte
qu'il a fait du plus beau ſecrèt
du monde pour le teintqui le
rend beau , uni & vermeil ,
donnant un air de ſanté , effaçant
beaucoup de deffauts du
viſage ; c'eſt une poudre blanchedonton
ſe ſertcomme l'on
fait du rouge, on peut même
la mêler avec la pommade.
Pluſieurs grands Seigneurs
Aaij
284 MERCURE
&Dames de la Cour luy font
l'honneur de ſe ſervir actuellement
de luy.
Il vaen Ville tous les matins,
on eſt ſûr de le trouver les
aprés -dinez ; il travaille tous
les Jeudis pour les pauvres.
Sa demeure , ruë de la Co
medie, ſon Enſeigne eſt Ic
Cadran , Lyon d'or à Paris.
A
TABLE.
PRélude ,
Copied'une Lettre d'une Demoifelle,
àl'Auteur
Réponse de l'Auteur 6
Extrait de la Tragedie de Belifaire,
repreſentéepar lesEcoliers
du College de Lois le
Grand JI
Nouvelles de Rome , 42
DeVenise , 48
DeConstantinople, १०
DeToulon, 91
DeGenes 23
TABLE.
De la Trape ,
DeCadix,
DePerpignan,
DeTurin ,
DeLondres ,
94
96
98
100
103
De Lisbonne, Nouvelle finguliere,
130
DeParis, 135
Suite des Nouvelles de Paris,
article curieux , 157
Morts,
1
161
Mariages, 184
Ode preſentée par M. Gabriel,
Capitaine de Dragons , à
Monsieur le Duc d'Orleans ,
Regent, 187
TABLE.
Le Papillon , Cantate ou Ode
allegorique de M. D. S. 197
Madrigal du même , 204
Extrait d'une Epitre en Vers ,
d'un Avocat au Parlement ,
àunjeune homme de la même
profeffion , 206
Histoire , 216
Chanfon, 262
Chapitre des Enigmes , 263
Apostille 273
Avis , 279
Autre Avis, 200
LYON
L'Air doit regarder la p. 262
LYON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères