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807156
NOUVEAU
MERCURE
GALANT,
NI
TOTHFOUE DE
DE DE LA
VILLE
LYON
1093*
A PARIS,
M. DCCX V
AvecPrivilege du Roy.
MERCURE
GALANT
Par le Sieur Le Feure.
Meis
de Decembre
1715.
Leprix eſt 30. fols relié en veau ,&
25. ſols , broché.
A PARIS ,
Chez D. JOLLET , & J. LAMESLE,
aubout du Pont Saint Michel ,
du côté du Marché-Neuf ,
au LivreRoyal.
AvecAprobation,&Privilege duRoi
3
MERCURE
NOUVEAULYON
DEDIE
DE
LA
*1833*
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES.
NAuteur plus rufé que
moy .
Suspendroit d'un mois
vos Etrennes ,
Decembre 1715. Aij
4
MERCURE
Pourvous escamoter les fienness
Vous l'attendriezsur la foy
D'un millier de promeſſes vaines
Que tout Lecteur prendroit pour
Soy.
Beaux extraits de la Rethorique ,
Eloges pour tous les humains ,
Odes , Epigrammes , Quatrains ,
Conte, Fable anacreontique ,
MilleOuvrages d'un goûtexquis
Vous seroient en un mot promis s
Mais moy, fur qui jadis , un
Poëte en colere
Se démit (je nesçai comment,
Du ſoin de chercher à vous plaire
Une fois par mois ſeulement ,
Jejure à tous Lecteurs ,jeunes ,
vieux , bons &ſages , 1
:
GALANT. 5
Par le droit abfolu quej'ay
De prendre avec eux mon congé,
Dejetterdans lefeu mille mau-
Dont
vais ouvrages
inhumainement ,le Public
m'a chargé,
Si tous ceuxqui m'ont engagé,
N'ontſoin demepayer mes gages.
٢٠
:
MERCURE.
Je ſuis fûr à preſent , que
tous lesAuteurs qui font entre
mes mains , & qui tremblent
de peur, que je ne livre au bras
feculier,les admirables producsions
de leurs eſprits , vont
4
Aiij
6 MERCURE
écrire des quatre parties du
Monde , des lettres de recommandation
pour moy, aux divinitezdont
je reverelapuidan.
ce , afin de m'engager à revoquer
leredoutable Arreſt , que
je viens de prononcer contre
leurs ouvrages : Sinon je n'épargne
perſonne .... que de
familles deſolées ! que de mortels
affligez , de voir ainſi miferablement
périr leurs enfans
dans les flâmes ce monceau
de victimes ne fatisfera pas ma
vengeance , je feray ſubir le
même ſort à tous ceux que
leur triſte deſtinée expofera
GALANT
deformais àmonreſſentiment.
Le monde , à vray dire , ſera
purgéd'ungrandnombred'infectes
; mais c'est toujoursune
perte dans la nature , & il eſt
établi de tout temps que ces
infectes de l'eſprit , foient aux
yeux d'ungrandnombre d'humains
, la pâture de leur ignorance.
Sera en un mot , qui le
voudra,en ma place , le miferable
Mercure de toutes ces
productions .... cependant
il me prend de temps entemps
des retours de tendreſſe , vers
mes chers & bien aimez Lecteurs
, mes projets à chaque
Aiiij
8 MERCURE
inſtant ſe templiffent d'ineertitude
,& tous mes deſſeins ſe
détruiſent les uns par les autres
.... mais , quoy
*Me verra-t on toûjours aller
revenir encor ...
:
De lafille d'Helene àla veuve
d'Hector?
Non c'est trop balancer ...nquer
dis-je ? .. mais pourtant ...
Ah!fi vous voulez vos Etren-
Cher Lecteur donnez moy les
miennes. Kanyaral
somis
•Androm.Trag. Racinne.
GALANT.
En attendant de vos nou
velles , amuſez vous de ce qui
vous conviendra dans ce Vo
lume.
INVITATION
aux Poëtes à faire l'Eloge
de Loüis le Grand..
Favoris d'Apollon , dont les
doctes ouvrages
Sçavent braver des sems,les funoftes
racinges;
Vous qui poßedez l'art de tracer
21 Joucesportraitsup odabi
Dont les vives douleurs ne s'effacent
jamais Le
10 MERCURE
Grands , fublimes efprits ,fi feconds
en miracles
Qui dufacré Vallon nous dictez
les oracles, comul
Poëtes ! de LOUIS fi les faits
Téclatans IVHI
Ontfervi tantdefois de matiere
alvos chantejo ob
Etfide jour en jourl'on vitavec
Deſes bienfaus fur vous , augmenter
la mesured, o
Ilfaut enfafuorur, malgrél'ar-
Montrer que vousfauvez les
Hiros dela mom.201 ANOCI
Chargez du noble employ d'éterGALANT
niferfa gloire ,
Jusqu'auxfieclesfuturs transmettez
sa memoireid
Dépeignez en vos vers cet air
majestueux
Ce maintien de Heros ceport
digne des Dieux
De cet auguste front la majesté
Suprême
Si propre àfoutenir l'éclat du
diadema hivi ?
Mettez dans tout leur jour fes
rares qualitez
Son coeur&fon esprit si juſte-
Ce courage indompté, cette haute
prudence
12 MERCURE
Safolide vertu ,sa vaste intelli
101.3
gence,
par cent Ce long regne illustré
fameux exploits ,
Qui l'ont fait le modele
T
le
foûtiendes Rois.
Tantôt faites - le voir, dans
un âge encor tendre ,
Marchant en Conquerantfurles
pas d'Alexandre ,
Suivi des escadrons d'intrepides
guerriers,
Cüeillir au champ de Mars de
penibles lauriers.
La Victoire en volant le couvre
cakede fes altes ,
Et le conduit toûjours par des
GALANT.
routes nouvelles.
Qu'on le voye, en dépit desfou.n.
gueux aquilons
Atravers les frimats menerfes
bataillons,

Fondreſur l'ennemi plus prompt
que n'estlafoudre
Renwerferſes remparts,mettreſes
murs en poudre ,
Par les plus obſtinezfaire acceppeterfarloy
Etporter dans les coeurs la terreur
&l'effroy
Mais ensuite changeant&de
ton destile
Peignez-le toûjours grand, mais
déja plus tranquile ,
*4 MERCURE
Agissant de la tête encor plus que
du bras ,
Soûtenantfeul le poids deſes daf-
છું છે : હું tesEtats.
Ici deſes arrests la rigueurfalutaire
Reprime des duels lafureurfan-
2
guinaires
Et contre l'ennemi détournant la
valeur,
Sur le pied du devoir , regle le
point d'honneur,
D'une autre part Themis , avec
fa faur Aftrée ,
Préferantfon Empireàla voûte
azurée,
Reviennent parses foins préſider
GALANT
aux Aniels
Que leur fait redreffer le plus
suitgrand des Mornalsme
La chicane àleur vûë, & l'infame
quarice
L'inique oppreffion &l'horrible
Enfans inceſtueux de cent monfsopres
divers d
Rentrent en fremiſſant dans le
quên mua sin des enfers.aldo W
Puis fur d'autres objets rappellant
noire que
Deſes vaſtes projets marquez
bien kétenduö
Dites parquel prodige enſes def-
Seins centfois, τα
16 MERCURE
Ilſcut aßujettir la natureàfes
-
toix
Comment , comptantpour rienles
plus fach ux obstacles ,
Ilsembla laforceràfairedes mirades.
Témoin ce grand projet qu'admira
l'univers ,
Quand malgré la distance il réunit
deux mers
N'oubliezpasfur- toutpourvotre
propre gloire , I
Combien il protegea les Filles de
Si malgré le tumulte , & lesfa
reurs de Mars and
Nous vîmes parmi nous triompher
GALANT. 17
pher les beaux Arts ,
Etfi tout lefracas desplus rudes
tempêtes ,
DuParnaßejamaisn'interrompit
lesfêtes
Muſes , vous le sçavez, ce n'est
qu'àla faveur
Que vous fçûtes joüir d'un fi rare
bonheur:
Tandis que parcourant une noble
carriere
Ses vertusà vos chants,fournisfoient
la matierez q
Ses bienfaits animans vos tendres
nourriffons,
Les rendoit atentifs à vos doctes
Merlegons
Decembre 1715. B
18 MERCURE
Mais je croy vous oüir ,Religion
facrée !
Déeffe, deLOUIS, en tout tems
reverée ,
Vous dont il fut toûjours le plus
folide appui
Craignez- vous que nos verss'en
taiſent aujourd'hui ?
Pourrions- nous oublier que pour
vôtre défenſe
Ilſignala cent fois de fon brasla
Narvik puißances
Que plus souvent encor, docileà
Il mépriſa pour vous la victoire
fes droits.
Offert àvos autels,presque avant
C
GALANT 19:
zenia i que de naître
Son attache pour vousſefitbientôt
connoître
Ilcrut que le pouvoirn'étoit mis
agram les mains
Que pour vous affervir le reste des
humains.
C'est pour vous qu'animéde l'ardour
d'unfaintzela,
De vos auguſtes droits confervateur
fidele
On lui vit conſommer tant de
nobles projets
Pour ramener à vous , de rebeles
ben føjets
L'Univers admira des nations
Bij
20 MERCURE
Ouvrirenfin lesyeux aux divines
a's lumierengqua
Et les peuples affis aux regions
2. des Morts
Revoir un jour plus purparfes
ach fages efforts, en
Viton , tant qu'il vécut , le
demon du blafpheme 10
Braver impunément la Majesté
Supreme al
L'impicen ſes fureurs , ofa-t- il
Etle crimefans masque,àſesyeux
Ye montrer ?
Que de Temples batis!que d'illuftres
Frophées
Monumens éternels , des erreurs
GALANT. 7 21
sétouffées !
Que d'aziles ſacrez où la chafte
pudeur
Acouvert des dangers
Sonhonneur!
Poëtes ,c'est Loüis
conferve
ffaauutt llee dépeindre ;
tel qu'il
Heureux en ce tableau de n'avoir
- rienàfeindresul
Mais auffi prenez garde , en
traçant ceportrait ,
Qu'un trop foible pinceau n'en
dérobe aucun trait
Faites voirfes vertus égalantfa
puiffance ,
Son merite plus grand, encorque
wafanaissance
22 MERCURE
Humble , malgré l'éclat d'une
bante ſplendent
Sçachantparsa bonté tempererſa
grandeur ,
Poßedant fans orguëil la majesté
Supreme
Maistre deſesſujets , plus encor
deluy même 2.19.201
Exact&vigilant ,fobre , labo-
Faisant tout par ses mains ,
voyant tout parfesyeux
Liberal genereux , profand ,
impenetrables esti
Du crime&de l'erreur wangeur
inexorable to no
Le défenseur des bons le fleau
GALANT. 23
! des méchans ,
Leprotecteur des Arts ,lefoûtien
des Sçavans ;
Le coeurfincere &droit , vaſte ,
conftant,folide,
Fermedans les dangers , coura
geux , intrepide ,
Toûjours égalàlui,dans lesfuccés
divers,
Grand, lors qu'il fut heureux,
plusgrand, dans les revers
Confervant jusqu'au bout d'une
Longue carriere
Desplus pures vertus lefacré
caractere.
Plein d'amour pour ſon Dieu ,
Soumis àfes decrets
14 MERCURE
Dans l'excésdeses maux, benif-
Santfes arrests,
Offrantfans murmureraux coups
८ defa justice
De ſes jours glorieux l'auguſte
facrifice ;
Montrantjusqu'au tombeau qu'il
ne lui manqua rien
DuRoy, ni du Heros,du Grand,
ni duChrétien.
:
Mais tandis que nos vers traceront
ces peintures ,
Illuftres monumens pour les races
futures,
PHILIPPES , digne appui du
trône de Loüis ,
Sur les traits de l'Ayeulformez
le Petit Fils ; De
GALANT 25
DuMonarque Françoisfoûtenez
Qu'il écoute dans vous la voix
de la Sageße : 10.01
Inſtruisez- le dans l'art de ces charmes
vainqueurs ,
Qui du Peuple des Grands
vous attirent les coeurs.
Quede Dous il apprenne àregler
Son courage,
Qu'il puiße à votre exemple être
vaillant &ſage;
Que de Loüis mourant il rempliffe
les voeux , :
Et qu'unjour comme vous ilfaſſe
des heureux.
J. MARGAT , D. L. C. D. J.
Decembre 1715. C
26 MERCURE
Cette Invitation aux Poëtes
à faire l'Eloge du Roy a cu
fon effet , & a donné licu
l'Ode ſuivante.
e ODE 200
fur la mort du Roy
Quelle douleur fuccede à tes
vives allarmes ?
France, tupers Lois ton appui
dans tes maux
Qu'àtes pleurs l'univers vienne
د meslerſes Larmes
Lamort lui ravitſon Heros.
Son regne dont l'éclat plus de
deux foisſept lustres
GALANT. 27
Jusqu'aux climats brulans fit refpecter
les Lys
Fut moins long par les ans , que
par les faits illuftres
Dontſesfastesferontremplis.
CeHerosenluiſeul a réüni la
gloire
Dont la guerre & la paix ont
couvertſes ayeux ;
Etfon regne àjamais
3
vir d'histoire
pourrafer.
De tous les regnesglorieux.
Lepenchant genereux qu'il reçut
en partage
Des Rois & des Etats lefit le
protecteur ;
Etfon grand nom le fruit de fon
Cij
28 MERCURE
noble courage ,
٦٠
L'enfit malgré luy la terreur.
Tout àses coups alors cedafans
resistance ,
La victoireſembloit aßervic afes
loix,
Ettantdefois vainqueur jamais
asapuißance
Loüis n'égala ſes exploits.
A bornerses progrés il trouva
plus de charmes ;
Au coeur de ce Monarque il en
pent trop coûté 2.
Defignater encor la force de ſes
rmes
Aux dépens de ſon équité.
Maisfoit qu'il triomphât de la
GALANT. 29
fortune altiere ,
Soit qu'il la vit partoutſeconder
ſes projets ,
Il fut plus grand dans l'une &
dans l'autre carriere
Quefa gloire &quefesfuccés.
En vain pour nous punir le
Ciebdans fa colere
Trancha le cours heureux de nos
profperitez;
Lois qu'il nous laiſſoit dans un
fort fi contraire
Nous répondoit deſes bontez.
Contre tous les reversfa grande
ame affermie
Dans l'excés de nos maux fut
nêtre unique appuy ,
Ciij
30 MERCURE
Et ce que nous oſtoit la fortune
ennemie
Nous le retrouvions tout en
luy.
Sa vertufçut bientoſt diſſiper
ces tempêtes ,
Et nous faire admirer ces beaux
jours retracez
Où l'avenir verra par unmois
de conquêtes
Des regnes fameux effacez.
Loin d'icy ces guerriers qu'on
voit toûjours extrêmes
Fougueux dans les perils, laches
dans le repos ;
Illeur faut des combats , trop
foibles par cux mêmes
GALANT. 31
Pour pouvoir mourir en Heros.
Louis de ses beaux jours fent
approcher leperme
Tel qu'on le vit cent fois affronviouti
par le trépas :
Tout tremble &s'attendrit,Louis
٢٠
tranquile&ferme
il
Louis feul ne s'allarme pas.
Rien n'échape à ſes ſoins
parle,erfa fagiſſe
Datrône au jeuneRoy peint les
vécueils divers ;
Aux leçons quepour toy luy dicte
לייfa tendreffe ,
France, connois ce que tupers.
Pourquoyparſes leçons luy dé.
couvrir l'usage
Ciij
32 MERCURE
Que doit faire un grand coeur du
Souverain pouvoir
Qu'à ses yeux pour l'inftruire il
retrace l'image ১৯২
Du regne qu'il nous afaitvoir.
Pour la Religion que ne fit
ploaintfonzele?
C'est elle qui luy rend ce qu'elle
tient de luy;
Il fut fon protecteur , par un
retourfidele
Il trouve en elle unferme appuy.
Il meurt,mais plus beros qu'en
cesjours qu'on admire
Où Maîtreffe du fort de tousſes
ennemis
La France triomphantea vûfous
GALANT. 33.
for empire
L'Univers tremblantoufoumis.
Sagloire qu'il porta juſqu'au
degré fuprême
L'avoir mis au-deſſus du reſte des
humains ,
La mort pour s'élever au- deſſus
de luy- même
A fçûluyfrayer les chemins.
Des temps les plus heureux
découvrons les vestiges,
Quelfiecle raffembla tantde traits
Quel fiecle a- t- il du noftre égalé
les prodiges ?
Quand il n'eût produit que Loüis.
Mais deviez- vous belasfourdà
34 MERCURE
noftre priere
Acette épreuve encor , ô Ciel ,
nous referver ?
Falloit il nous montrerſa vertu
24 toute entiere
Si vouliez nous l'enlever.
Vains efforts il n'est plus ,ô
tristeße mortelle !
Pout foûtenir nos coeurs par ce
coup abbatus ,
Confervons-y toûjours leſouvenir
fidelle
De ſes heroïques vertus.
Souvenir accablant , impuif-
Santereffource,
Dans l'excés de nos maux foible
Soulagement,
GALANT. 35
Qui de nôtre douleur nous découvrant
lasource
En irrite leſentiment.
Dignefang de Louis ,aprés ce
coup funeste ,
Vous estes aujourd'huy nôtre espoir
le plus doux :
Profitezdes bienfaits de la bonté
celeste
Pourlefaire revivre envous.
Recueillez les vertusde vôtre
auguste race,
D'unpere &d'un ayeulles regnes
nous font dûs :
Prince ,il faut que ſous vous un
feul regne remplace
Tous ceux que nous avons perdus.
36 MERCURE
Duberos dont les loix reglent
nos destinées,
Et que de mille dans le Ciel prit
Soin d'orner
Les exemplessçauront bien mieux
que les années
Vous montrer l'art degouverner.
A. BARRY , D. L C. D J.

Il eſt juſte, & c'eſt bien la
moindre choſe , que les meilleures
pieces paſſent les premieres
, c'eſt une amorce pour
les Lecteurs , &une preference
dont ils ſçavent gré à l'Auteur.
Le nom, le merite & l'érudition
de M. de Montem-
1
GALANT. 37
puys , Recteur de l'Univerſité ,
répondent de l'équité de mon
choix. Voicy fon difcours ??
4
HARANGUE
faite à S. A.R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume , par M. de
Montempuys , Recteur de
l'Univerſité , le Mardy 26.
Novembre 171
1
MONSEIGNEUR ,
L'Univerſité honorée par nos
Roys vos ayeux du titre de Fille
aînée asouhaité avec empreſſe
38 MERCURE
ment deſepreſenterdevantV. A.
R. attentive qu'elle a toûjours
eftéàcelles de vos grandes qualitez
qui ont le plus de rapport à
fes occupations paisibles , elle admire
depuis longtemps en V. A.
R.labeauté, l'étenduë d'eſprit,
laſcience ,le goust,&la connoisfancedes
beaux arts.
Maintenant , elle voit l'ufage
de ces rares talents dans laforme
de gouvernement que vous
venez d'établirdans leRoyaume.
Tout a concouru , Monseigneur,
àvous en afßûrer la Regence ,
lesdroitsde vostre naiſſance augufle
jugement unanime des te
GALANT. 3 ,
Grands des Magistrats , les
voeux de tout le peuple , dans un
tel accord , dont àpeiney a-t-il
un seul exemple , chacun reconnoift
une providence particuliere
qui dans le temps que Dieu
nous affligeoit par les pertes confiderables
que nous avons faites ,
vous preparoit , Monseigneur ,
pourune reffource fûre aux regrets
aux peines d'un bon peuplequi
parsafidelité&ſon attachement
àfes Rois a toujours morité
d'avoirde bons maistres.
Déja l'on reffent les effets de
vôtre Regence universelle ,elle
pourvoit àtout beſoin ; active,
40 MERCURE
elle prendfurelle les travaux les
plus grands ; clairvoyante , elle
diftingue le bien & le mab, Va
vrai &leſéduisant ; reglée,elle
conferue les droits de chaque états
puiſſante , elle contient tout dans
le devoir& dans le respect,dou
ce , elle vous laiſſe d'un accésfabienfaisante
cile, , ellene fefait
fentirque par le bien qu'ellefait
la distribution des graces estlafeule
referve qu'ellese faſſeſurtous les
drais. 201
Puiſſions nous avoirpartaux
bontiz de V. 4. R. j'ose te dire
de la Compagnie au nom de laquelle
j'ay l'honneur de parler
nous
i
GALANT. 41
nous pouvons y prétendre par
l'ancienneté & la nobleffe de
Notre établiſſement ,parla pureté
de nos maximes qui nesont que
les loix du Royaume ,par l'utilité
de nosfonctions ,par la fimplicité
de nos moeurs , nul interest ne nous
amenera devant vous , Monfeigneur,
fi ce n'est celuydu bien public
, nulle ambition ,ſice n'est
celle d'eftre agreables à V. A. R.
&de l'aſſeurer de nos reſpects les
plus profonds , nulle inquiétude ,
ſi ce n'eſtſur voſtre ſanté. Permettez-
nous , Monseigneur , de
vous demander pour premiere
grace de la ménager cette precieuse
Decembre 1715. D
42 MERCURE
fanté,que vosfoinsfoientpartagés
entre vostre Royale Perfonne&
l'Etat. De vostre confervation ,
Monseigneur , dépendce que nou's
Jouhaitons leplus , l'éducation du
Roy dans les principes de nosLibertez
, qui ne sont que les droits
les plusfacrezde la Couronne&
de l'Episcopat , l'affermiſſement
& la durée d'un gouvernement
tout parfait ,le rétabliſſement des
Lettres dans lear Splendeur
dans leur liberté.
Il y a déja ſi longtempsque
je vous promets 1Hiſtoire des 1
galanteries de l'Ambaſſadeur
GALANT. 43
de Perſe , qu'il eſt enfin temsde
vous tenir parole. Je ne crains
pas qu'on me reproche de violer
icy aucun droit , puiſque
j'ay eul'honneur de promettre
moy-même de vive voix , &
par écrit , à Son Excellence Perfane
, un troifiéme Volume
rempli uniquement & fidelement
de tout ce qu'il y a cû
de plus bizarre & de plus galant
dans ſes Avantures.
rem
Madame de D. R. dont je
parleray plus amplement en
temps & lieu , & qui eſt la
tres-digne mere de la Maîtreſſe
de ce grand Ambaſſadeur
Dij
44 MERCURE
pleura amerement de ma menace
, & s'en effraya avec tant
de douleur , qu'elle fut en gemir
aux pieds de Mehemet Rifa
Beg , qui jura auffi-toft par
fon cimeterre&parMahomet,
de me partir en deux comme
un navet.
Alors l'Athenien Padery
fon Interprete , & Archigrec
en tours de Maiſtre Gonin ,
m'annonça d'un air effaré combien
grande eſtoit la colere
de fon Maiſtre , & me conjura
, au nom de noftre Dieu ,
de ne pas me preſenter devant
fon excellente face : mais foit
1
1
GALANT 45
4
que ce jour-là j'cuffe peu de
difpofition à m'effrayer , ou
que je me miſſe peu en peine
de l'intereſt que Padery prennoit
à mon falut , je me fis introduire
par Jofeph dans la
Chambre de l'Ambaſſadeur
je luy demanday avec une honneſte
hardieße foixante écus qu'-
il me devoit , & j'ajoûtay à ce
la qu'il gagneroit davantage à
me les payer genereuſement ,
qu'àme les retenir ; qu'au reſte
je te fuppliois de me pardonner
la liberté que je prenois
de luy reprefenter par la treshumble
demande que l'avarice
ربک
46 MERCURE
de Padery m'obligeoit à luy
faire , à quoy l'engageoit
la glorieuſe qualité de l'Ambafladeur
du trés - Haut
trés Magnifique &trés Puif
fant Empereur du monde ,
fon Maître. J'achevay ma
harangue en luy faiſant de
belles reverences , mon hu
milité le déſarma , & ma requête
fut enfin écoutéc & réponduë
fur lechamp. Ilme fit
dire , qu'en reconnoiſſance de
la juſtice quej'avois renduë à
ſon grand air , à ſon eſprit&
à ſes vertus , dans le cours de
fonHiſtoire, ( dont la poſterité
GALANT. 47
:
د
n'aura, fije ne me trompe, d'o
bligation qu'à moy ) il me donneroit
inceflamment une belle
Montre d'or un Diamant
ou au moins une Epée d'or.
En attendant il me fit donner
du caffé; mais du caffé ſi plein
de marc & fi mal fait , que j'eû
bien peur de le rejetter ſur ſon
tapis. Joſeph qui m'avoit introduit
remarqua alors mon
inquiétude ,& heureuſement
pour moy , il me mit à la porte
un moment avant que le caffé
fit fon effer. J'ay depuis dîné
pluſieurs fois chez Son Excellence
en confideration deſdits
48 MERCURE
foixante écus dont je n'ay jamais
pû arracher un denier.
Voilàmon cher Lecteur , mon
grief& ma Preface , voicy fon .
Hittoire .
:
CHAPITRE I.
DESEVENEMENS
curieux qui ont precedé la
Mission de Mehmet Riza
Bigen France.
Lorſque M. Fabre fut envoyé
de Conſtantinople en
Perfe , pa M. de Feriol , Ambafladeur
à la Porte , & qu'il
cût
GALANT. 49
cût receu de luy ics Lettres
d'Envoyé Extraordinaire &
les Preſens du Royde France,
pour le Roy de Perſe , il tomba
malade à Erivan .
,
Une jeune & belle fille de
Dijon qu'il avoit eû la précaution
de mener avec luy , pour
ne pas s'ennuyer en chemin
employa tous ſes ſoins pour
luy fauver la vie; mais la mort
qui l'enleva , la rendit en peu
dejours , veuvede ſonAmant.
Alors elle tint un petitConſeil
dans ſamaiſon , les enfans du
deffunt ,& fes domeſtiques qui
avoient une grande opinion
Decembre 1715 . E
رم MERCURE
de ſon eſprit , ſe déclarerent
tous pour elle Leurs fuffrages
&leurs foumiſſions la raffeurerent
contre tous les perils ,
que ſans leur ſecours , ella
pouvoit courir dans une Contrée
auffi éloignée des lieux où
elle avoit receu le jour. Mademoiſelle
P. ( c'eſt le nom de
cette belle perſonne , qui eſt
maintenant à Paris ) ſe ſaiſit
alors des papiers&des inftruc ,
tions de M. Fabre , & forma
le projet de remettre elle-même
dans les mains du Sophi de
Perfe ,les preſens deſtinez pour
Sa Hautefle , &dont la Cour
GALANT. SE
de France avoit chargé fon
Amant. Elle prit en même
temps caractere ,& en veritable
Ambaſladrice de France ,
elle déclara à Fars Ali , alors
* Kan d'Erivan , les ordres
qu'elle avoit du Roy Loüis
XIV. ſon Maître ,de ſe rendre
inceſſamment à Hifpahan.
Pluſieurs Courriers furent auffitoſt
dépêchez pour aller
annoncer aux Miniſtres du
Roy de Perſe , l'arrivée de
Madame l'Ambaſſadrice de
France àErivan , Mademoiſelle
P. auroitjoüé fon rôle àmer-
Gouverneur.
E ij
52 MERCURE
veille , ( car elle a beaucoup
d'eſprit ) fi malheureuſement
Fars Ali n'étoit devenu amoureux
d'elle. La paſſion du Kan
qui l'embarraſſa prodigieute,
ment , fufpendit l'execution
de ſes projets & les ruïna mê,
me entiérement , parce que ,
fur ces entrefaites M. de Feriol
fut inſtruit des grands
deſſeins de Madame l'Ambafſadrice
, & prie de juſtes meſures
pour en empêcher l'effer.
Mehemet Riza Beg qui eſt le
Heros de cette hiſtoire ,& qui
n'étoit alors * qu'un chétifCen-
* Parod. d'Heraclius ,Trag, de Cor.
neille...
.
1
GALANT. 53
tenier des Troupes d' Armenie , la
vit un jour qu'elle faiſoitune
Cavalcade dans la Ville d'Erivan
, ſuiviede tous ſes domef
tiques ; il la trouva fi belle
qu'ilne pût deffendre ſoncoeur
du feu de ſes beaux yeux , &
fon amour prenant chaque
jour de nouvelles forces dans
l'éclat des charmes qu'il adoroit
, il eût enfin l'inſolence de
luy déclarer fa paſſion ; mais
il en fut receu de la même
maniere que la plus brillante
coquette de France recevroit
unProcureur Fiſcal qui oferoit
devenir amoureux d'elle,&luy
E iij
54 MERCURE
faire le temeraire aveu de fon
amour. Elle vit bien qu'il n'y
avoit pas de l'eauà boire avec
unAmantde cette eſpece, ſes
yeux dédaignant même le
Kin qui brûloit pour elle , avoient
réſolu de n'eſſayer leurs
traits que fur le coeur du Sophi,
Ce Prince alors s'approchant
d'Erivan , ſur la nouvelle
qu'il receut de la qualité , des
beautez & de l'arrivée de cette
grande Damedans la Capitale
de l'Armenie , luy envoya des
Eſclaves , des chevaux & des
chameaux chargez de vivres
& de prefens , clcortez d'un
GALANT. SS
gros de Cavaleric , qui avoit
ordre de l'eſcorter elle même ,
juſques dans la Ville où il avoit
réſoluderecevoir cette illuftre
Ambaſſadrice ; mais le fuccés
ne répondit pas à fon attente ,
&des Lettres qui luy furent
envoyées de Conſtantinople ,
le détromperent au milieu des
grands préparatifs qu'il failoit
pour cette pompeufe ceremonic.
Il s'indigna de la fupercheriede
cette fille,dont l'hiſtoire
luy fut écrite , affez fidelement
pour le dégoûter de l'envie
de la voir , & il envoya fur
le champ au Kan d'Erivan ,
,
Eijij
56 MERCURE
ordrede la chaſſer des terres de
fon Empire. Alors ce Kan
voyant renaître ſes eſperances
par le malheur de cette belle &
infortunée victime de la colere
du Sultan , forma le defſein
de l'enfermer dans ſon
Serrail , de renvoyer ſes domeſtiques
en Europe , & d'écrire
auffitôt àſon Maître qu'il
avoit executé l'ordre de Sa
Hauteſſe. Je ne ſçay par quelle
voye le jaloux Mehemet fut
inftruit des deſſeins du Kan ,
mais je ſçay de bonne part que
la frayeur qu'il eûr qu'elle ne
fut à jamais la proye de cet
GALANT. 57
homme violent , le détermina
àl'avertir (quoiqu'il en coutât
infiniment àſon repos )du funeſte
projet qu'il avoit formé
contre elle. Elle profita de l'avis
,& revint enfin en Europe,
aux dépens de tout ce qu'elle
avoit pû ménager d'argent ,&
à la faveur de mille déguiſes
ments dont le détail ſeroit d'une
longueur prodigieuſe , &
peut être même ennuyeuſe ,
malgré le grand fuccés dont ſe
fatte celuy qui a pris la peine
d'écrire toutes les circonſtances
de cette merveilleuſe Hil
toire , qu'il promet de rendre
38 MERCURE
inceſſamment pubique tous le
nom del Heroine de Perfe , qui
a depuis peu , par parenthefe ,
eſlayé de donner à Paris des
marques de fa reconnoiffance ,
à fon liberateur;mais dés qu'on
ſçût qu'elle s'acharnoit à luy
rendre des viſites , on eût foin
de la mettre ſous la garde d'un
Moger d Erat , qui a répondu
d'elle , pendant tout le féjour
que cet Ambaſſadeur a
fait icy. Revenons maintenant
al'Hintone de ſon Ambaſlade.
GALANT. رو s
১-
CHAPITRE II.
Comment Mehemet Riza Beg
fut nommé par le Kan d'Eri-
-van , Ambassadeur dePerfe
en France.
Aprés la mort deM. Fabre
&ladefertion de l'Heroïne de
Perfe , M. Michel aujourd'hui
Conful d'Alep , & qui étoit
alors à Conftantinople , fut
choifi par la Cour pour ſucce
derrà M. Fabre , al fe rendir
auffingttà Eruvan , Meher
mot Rzabeg luy fitkonfidence
A
M 2
60 MERCURE
du ſervice quil avoit rendu à
Mademoiselle P. &le pria en
même temps de folliciter pour
luy la haute paye auprés du
premier Ministre du Sophi ,
lorſqu'il feroit arrivé à Hifpaham.
Michel luypromit tout,
& lorſqu'il fut arrivé dans la
Capitale de la Perſe ,il parla
en effet de luy au Vizir , com
me d'un homme d'eſprit &
de merite. La recommandation
de Michel luy valut la
place de * Kalenter', qui devint
alors vacante par la mort
de celuy qui l'occupoit. Cependant
Michel fu avec lesMin
* Maire.
GALANC. 61
niftres de Perfe un/ Traité
avantageux à laNation,& s'acquitta
avec honneur de fa commiſſion.
Le temps de fa Milfion
expiré , il retourna en Europe
par Erivan , où il trouva
Mehemet inſtallé dans la dignité
qu'il luy avoit procurée.
L'ingratMehemet feignit non
ſeulement de ne le pas reconnoître,
mais il le traita comme
un homme dont la prefence
l'importunoir. Cette horrible
ingratitude du Kalenter àl'endroit
d'un Chrêtien à qui il
devoit fa fortune , donna une
grande opinion de fon cou
62 MERCURE
rage aux Mutulmans , Perſon
nage au reſte dont il a à merveille
ſoûtenu le caractere en
France. :
Pluſieurs années aprés le
départ de Michel , une Eſcadre
Françoiſe commandée par M.
de Château-Moran porta en
Perſe la nouvelle de la grande
Journée de Marchiennes , où
M. le Maréchal de Villats remporta
une infigne victoire fur
nos Ennemis. Alors le fuccés
de nos armes nous faiſant des
amis même aux extrêmitez du
monde , nous attira des compliments
de pluſieurs Rois ſur
GALANT. 63.
lagloire de nos conquêtes.
Le Roy de Perſe voulut être
du nombre des congratulants.
Mais preffentant apparemment
qu'il étoit d'une extreme
importance pour le ſujet
fur qui tomberoit l'honneur
de fon choix, qu'on ignorarà
Conſtantinople qu'il envoïoit
un Ambaſladeur en France , il
ſe ſervit d'un Millionnaire ,
homme ayant du côté de l'efprit,
tous les talents neceſſaires
pour s'acquitter plus mal que
perſonne d'une grande commiffion
; il le fit charger de
ſes intentions& de ſes Lettres
64 MERCURE
par ſes Miniftres. Elles étoient
adreflees au Kan d'Erivan , &
portoient en ſubſtance que Sa
Hauteſſe 1 Empereur des Rois
& le grand Roy du monde ,
ayant deſlein d'envoyer un
Ambaſſadeur au trés grand
Empereur des François , il luy
étoit enjoint à luy Kan d'Armenie
, de choiſir entre tous
les Vaſſaux de ſon Gouvernement
,l'homme qu'il jugeroit
leplus digne deremplir cette
éclatante place , & de l'envoyer
le plus ſecretement qu'il
luy feroit poſſible , en France
avec les émeraudes pâles , les
perles
GALANT. 65
perles grifes , & les pots d'onguent
que le Miffionnaire luy
remettroit és mains. Le Kan
qui avoit perfecuté à outrance
tous les Marchands François
qui avoient paffé à Erivan ,
choiſit justement dans l'illuſtre
Mahomet Riza Beg un homme
qui ne les avoit pas mieux traité
que luy , il jetta les yeux fur
cet homme , non- feulement
en confideration de lahaine
qu'il luy sçavoit pour nous ;
mais parce qu'il lehaïffoit luy
même ,& qu'il préſumoit fur
quelques apparences ,que cette
commiffionl'éloigneroit peut-
Decembre 1715 . F
66 MERCURE
/
eftre pour toujours. Le Miffionnaire
voyant ce choix du
Kan ne pût s'empêcher de
lever les yeux au Ciel & de
ſe recrier ſur les qualitez du
perſonnage qu'on nous deſti
noit. Sondépit en fut même
fi grand , que quoyqu'il n'cut
que médiocrement d'efprit ,
il écrivit fur la muraille de la
maiſon oùil logeoit à Erivan ,
&dans tous les caravanfarais
de laGeorgie , de laMingrelie,
& de la Mer noire par où il
paffa en revenant en Europe.
Un teljourMhemet Riza Beg,
Kalenter d'Erivan,a esté nommé
CALANT. 67
:
Ambassadeurde l'Empereur de
Perſe, auprés de l'Empereur de
France.
L
Le bruit de cette Election
fe répandit bien toſt ſur la
route que devoit tenir l'Ambaffadeur
luy même. Les
Turcs ne tarderent pas à en
eſtre informez : & ce fut cette
malice dont le ſuccés ne nous
pouvoit eftre qu'avantageux ,
qui ſuſcita à Mehemet Riza
Beg toutes les traverſes qu'il
cut à efſſuyer àKaars , à Erzerom
, à Smyrne , à Conſtantinople
, & à Alexandrette , jufqu'au
moment que Paderi le
Fij
68 MERCURE
reçût dans la Barque du Capitaine
de Cuges. Mais ces perils
font amplement circonftanciez
dans le Journal qui a
paru de l'Hiſtoire de cet Ambaffadeur
, & il eſt trés inutile
de repeter ici aucune de ces
Avantures Il eſt ſeulement à
propos, pour donner une juſte
idée du génie de ce rare Perfonnage,
de dire deux mots de ce
qui luy arriva à Smyrne ; mais
pouvant, comme de raiſon ,
n'en eſtre pas crû fur ma parole
, je prie le Lecteur de me
permettre d'emprunter icy le
témoignage ſuffifant de M. de
GALANT. 69
L
Fontenu , Conſul de la Nation
Françoiſe à Smyrne. Voicy
mot pour mot la copie de
deux lettres de ſa main.
Extrait d'une Lettre de
Smyrne , 12. Juin 1715.
al
Vous avezraison , Monfieur,
d'eſtre ſurpris que l'Ambassadeur
de Perſe ayant fait un affezlong
Séjour à Smyrne , il ne ſe foit
pas embarquésur leVaisseau que
j'avois fait preparer pour porter
fes Prefents en France, avec une
partie defon équipage ; il n'a tenu
qu'à luy de le faire , je luy en
MERCURE
avois donne toutes les facilitez
imaginables ; mais c'est un esprit
fi bizarre&fifantaſsque , qu'il
ne m'a pas esté poſſible de vaincre
les difficultez chimeriques qu'il
P'étoit formées . M. de Saint
Olon pourra vous apprendre quelle
forte de caract re d'homme se peut
eftre. Je n'en connois
pareille trempe ; ainfi
s'en prendre qu'à luy feui de tous
les math urs qui luy font arrivez
en Turquie , depuis qu'ilaquitié
Smyrne contre mon avis.
aucun de
il ne doit
1 i
GALANT
Extrait d'une autre Lettre de
Smyrnedu 25 Jailler }
Vous m'apprennez, Monfieur,
que l'Ambassadeur de Perfe se
plaint de moy, la grandtori , ilde
vroit bienpluſtoſt s'en leür,ily
auroit bien de l'injustice dans fon
fait; de me rendre refponfable,tant
deses indifcretionsſurſa route en
Turquie, que pendant leféjour qu'-
itafait ààSSmmyrne, où il ne m'a
pas étépoffibledefurmonterfes dif
ficultez, quelquesfaciles quefuffiniles
moyensque je luy ay propofezpourfon
embarquement. Le
72 MERCURE
fait eft, que j'avois hors du Chateau
un Vaisseau tout preft, dont
le Capitaine homme de bonnevolonté
& d'expedients , ſecondoit
parfaitement mes vûës , pour les
temps , les lieux &la fireté du
paßage. Ce que j'ay fait pour le
bagage, les lettres de créance, les
Priſents , & quelques perfonnes
de la fuite de l'Ambassadeur,jus.
tifie aß zqu'il n'a tenu qu'à luy
de profiter des juſtes mesures que
j'avois priſes, &que ſes irrefor
lutions mal fondées ont rinduës
inutiles , à fon égard ſeulement.
Il ne doit donc s'en prendre qu'à
luy- même des traverſesfâcheuſes
dont
GALANT 73
dont cette fauffe & premiere dé
marche a estéſuivie. Le Capitaine
Marcel qui est trés connu
àToulon est témoin du procedé bi
zarre de cet Ambaſſadeur.
Cette lecture fuffit pour juftifier
tous les bruits qui ont
couru ſur le compte de cer
Ambaſſadeur , & pour condamner
tous les éloges que je
luy ay donnez moy même ;
mais on n'a point de reproche
à faire la deffus à un Auteur
qui travaille aujourd'huy
(comme bien d'autres ) plus
fans contredit pour ſon intereft
, que pour ſa gloire. D'ail-
Decembre 1715 . G
74 MERCURE
leurs le bon plaifir de mes fu
perieurs me preſcrivoit alors
d'en dire quatre fois plus de
bien que je n'en ſavois, woT
CHAPITRE III
Comment Mehemet Riza Beg
arriva à Marseille, fes
beaux dits & geftes en cette
Ville.
00 2102
Or eſt il que Mehemet Riza
Begarriva à Marſeille, aprés
avoir cû grandement pour fur
la Mer , & y avoir fait enrager
pendant toutes la traverGALANT.
75
fée , Padery & le Capitaine de
Cujes. Dés qu'il fut entre le
Chaſteau d'If& la Ville àune
demie lieuë du Port , on envoya
le Chaloupe à terre , an
noncer l'arrivée de Son Excel.
lence , qui s'impatientoit depuis
longtemps du ſéjour qu'
elle faisoit dans ſa Barque.
Mais comme l'uſage eſt defaire
faire quarantaine àtous les
baſtimens qui reviennent du
Levant , de crainte que ces
mauditsLevantins n'apportene
la peſte en France , il eût tout
le loiſir de s'impatienter encore.
On luy fit cependant
Gij
76 MERCURE
grace de quelques jours , mais
avant ſon débarquement ,A
goubheanhonnête homme&
riche Marchand Armenien ,
qui eſt encore icy pour les
affaires du Commerce ,& qui
étoit arrivé à Marseille, deux
mois avant luy , par le moyen
du Navire dans lequel M. de
Fontenu luy avoit procuré fon
embarquement àSmyrne , fut
à bord de fon bateau pour
luy rendre une viſite ; à la vûë
Mehemet ſe courrouça , &
entra dans une ſi grande fureur
, parce qu'il avoit eu le
bonheur d'arriver plutôt que
GALANT. 77
lu'y, qu'ilvoulut ſur le champ
luy couper la tête. Pluſieurs
Matēlots François qui ſejetterent
ſurluy , luy firent rengatner
ſon cimeterre ; mais il jura
par Mahomet qu'il ne porteroit
pas ſa tête bien loin. Cependant
l'eſperance qu'on lui
donna de le faire bien-tôt coucher
à la Ville , & quelques
pieces d'étoffe &d'argentl'appaiferent......
A la fin on le débarqua
avec tout ſon monde. Ce fut
alors que parut avec éclat la
magnificencede ſon équipage.
Deux gros paquets de vieux
Giij
78 MERCURE
haillons liez avec des cordes ,
& gras comme des bonnets
d'eſclaves , enchaſſez dans des
tapis de Perſe ſemblables à de
vieilles couvertures de mulet ,
compofoient ſachambre , fon
lit & la toilette. Chacun de
ſes domeſtiques portoit fon
bagage ſur ſon épaule , avec
quelques uſtancils de la cuiſine
de I Ambaſſadeur, dont la feule
pipe étoit portée avec refpoet
, comme en triomphe ,au
milieu de ce pompeux cortege.
Voicy l'ordre de ſa marche.
Des qu'il fut hors de la
Chaloupe , il trouva le long
GALANT. 79
du Port du côté où ſont les
Galeres,unevingtaine deChe.
vaux pourluy& pour ſes gens.
Ilmonta fur celuy qui luy fut
preſenté ,& au milieu de ſes
-ferviteurs conduit par le ſieur
-Defmarais , Lieutenant de la
Maréchauffée de Marseille il
arriva à la Maiſon de M de
-Cartigny , Tuivi d'une foule
depetitsenfans qui ne cefferent
de crier aprés luy, il a ch... au
lit. Il demanda à ſon Interaprete
de que fignifioient ſes
acclamations , l'officicux Paderi
qui rempliſſoit dignement
cette charge ,Huyorépondit ,
Giiij
80 MERCURE
que le Peuple parces, eris ,le
combloit de loüanges & de
benedictions. La joyes'empara
de fon ame , & un mouvement
de generoſué ſuccedant
àla joye, il fit jester à cettepopulace
qui estoit aſſemblée autour
de fa maiſon , pluſieurs
pieces de menuë monnoye
qu'il emprunta. Paderi qui depuis
a grapillé ſur tout , commença
à grapiller fur cette
hboralité. R
25) MarAtnou, Intendant des
Galeres, de Marfeille que la
Cour avoit changé de luy faire
tousles bons traitemens ima
GALANT. 81
ginables , le combla d'honneurs&
del preſents ,qu'il re-
-ceut comme une detre. Illexagera
d'abord àl'infini les droits
&la dépenſe des Ambaſfadeurs
de fon païs chez les autres
Nations du monde , il parla
d'un fimple Perfan comme
d'un demi Dicuà nôtre égard,
&de fonMaître à praportion,
ils'étonna qu'on n'eût pas en-
-voyé une Armée pour le recevoir
ſur la frontiere de noſtre
Empite yib murmura de nos
façonsille plaignit) della
mediocrité de fa dépenſe dont
il exigea da valeur en eſpecès
182 MERCURE
P
fonnantes , enfin il menaça de
s'enretourner en Perfe , ſa on
-ne luy donnoit pas des équipages
proportionnez à la magnificence
de ſes idées. Acette
amenace , M. Ainouluy dit
qu'il étoit le maître , & qu'il
avoit à ſon ſervice unVaiſſeau
tout prêt à mettre à la voile.
Cette maniere de décider luy
déplût , & il en auroit temoigné
fon refentiment à M.Arnou
fi les charmes de ſon épouafe
n'avoient pasofarvi d'obſti
èle à ſa colere. Un feulregard
des yeux de Madame Arnou
2(qui eſtune des plus gracicut
GALANC. 83
ſes femmes de France ,) fuffit
pour appaiſer ſon courroux. Il
luy fit de trés - jolis compliments
, & luy promit l'honneur
de ſa protection auprés
du Roy. La Dame receut ſes
offres de ſervice avec de grandes
démonttrations de reconnoiſſance&
de joyc.
Sur ces entrefaites Mi de
S. Olon arriva à Marseille ,
chargé d'amples commiffions
de laCour ſur tout ce qui concernoit
le ceremonial & le dé
tail de la maiſon de ſon Excellence
, à qui il avoir , en partantde
Paris , pris la peine d'é
84 MERCURE
crire une tres-belle & tresobligeante
Lettre , qui avoit
été receuë à peu prés , comme
il le fut luy même ; mais ces
minuties ne font qu'allonger
cette Hiſtoire , dont le Lecteur
s'impatiente déja de lire
les merveilleux & valeureux
évenements.
Lot.Decembre , treiziéme
jour de ſon arrivée àMar
feille , on le meria à l'Opera , où
(comme je l'ay dit dans mon
Journal , ) on luy avoit prepare
au milieu de l' Amphitheatre une
place pour luyſeul ,avecdes couf
fins un matelas couverts d'un
GALANT
riche tapis . M. de S. Olon étoit
affis à côté de luy sur un banc,
Paderi Dipiſes Interpretes
affis de l'autre , pour luy exp
quer de temps en temps quelques
endroits de l'Opera d'Amadis de
Grece , qu'on representoit alors.
Pendant tout le temps que dura
ce ſpectacle , il fuma à fon ordinaire.
Il prit du Thé &du Caffé,
&en envoyaà Madame l'Inten
dante & aux Dames qui étoient
dansſa loge ; il dit qu'ilavoit été
Surpris de la beautédu ſpectacle,
des danſes, de la musique ,
qu'il étoit charmé de tout ce qu'il
venoit de voir ; mais il ne ſe
1
86 MERCURE
vanta pas le même jour de la
vive atteinte de tendreſſe que
venoient de porter à fon coeur
les doux attraits deMeſdemoiſelles
Catin & Cato : ces deux
incomparables filles avoient fi
biendanſé,& fait àl'envil'une
de l'autre , de ſi jolies mines à
ſa fantaiſie , que l'infidele Mehemet
extafie de leurs gamba
des , en oublia les beaux yeux ,
qui dans cetteVille avoient été
ſes premiers vainqueurs ; en
quoy il fit tres ſagement. Il
raiſonna fort bien ſans doute
alors , & il n'y a dans cet endroit
de ſon Hiſtoire , certai-

GALANT. 87

nement pas licu d'en douter.
Voicy autant qu'il peutm'en
ſouvenir , à peu prés le raiſonnement
qu'il ſe fit. La premiere
Dame qui m'a plû icy , est une
Dame diftinguée par fon rang ,
comme par sa beauté ,&plus
verineuse encore qu'elle n'a de
graces de dignité, tant pis pour
elle. Que m'importe à moy d'aimer
une bonneste femme ?jiray
me caffer la tête contre un rocher
&jeperdray mon temps ,mapei
ne & mes pas . Voila ,parMa
homet , un joly Perſonnage pour
un Ambaſſateur d'un si grand
Empereur. Non non il nefera pas
88 MERCURE
L
dit quejefois venu de filoin , que
j'aye couru tant deperils , &que
je l'aye tanı defois échapéfibelle,
pour m' attacher à une cruelle affez
ennemie d'elle-même pour dédaigner
lesfaveurs inestimables dont
voudroit l'honorer un Musulman
tel que moy. Venez charmantes
Baladines que je viens de
voir danſer le cotillon defi bonne
grace,vous avez vous- même
trouvé grace devant ma face.Jay
encore dans ma valise quelques
vieilles peaux de Renard échapées
à l'avarice des Turcs زا dontje
prétends que vous vous faffiez
des bonnetsſuperbes , pour en orner
GALANT. 89
ner deformais vôtre chef. Cette
belle réſolution prife , il fit appeller
cceess Demoiſelles ,&leur
donna à chacune le preſent ſi
bien medité : il accompagna
cette galanterie de quelques
-careſſes qui mirent tellement
le coeur au ventre de ces deux
pauvres filles , qu'elles briguerent
avec ſuccés la conqueſte
du fien.
Une melancolie tendre , &
l'amour de la retraite ſont
ordinairement les premiers
effets d'une grande paffion.
Ondevient trifte , morne , tout
ennuye hors l'objet aimé, com-
Decembre 1715. H
4
१० MERCURE
me il avint à noſtre Ambaſfadeur
, il ſe ſequeſtra du monde
, il ſe fit apporter ſon caffé ,
ſa pipe & fa gamele dans l'endroitle
plus fecret de fa maifon,
il s'y enferma , & les palmes
de l'amour firent dans cet
appartement de fon Palais ,
les délices de ſon ſéjour.
23
GALANT9
CHAPITRE IV.
Suite du Chapitre precedent ,&
comment Mehemet pourfendit
un Cochon d'un feul coup de
fon cimeterre.
Rien au monde n'eſt plus
charmant que les dehors de la
Villede Mar ſeille , & chacun
depuis le premier juſqu'audernier
de fes habitans a fa baſtide
, autrement dit unemaiſon
de campagne , où les Dimanches&
les Feftes tour le peuple
va ſe recréer,comme nos Bour.
Hij
92 MERCURE
geois aux guinguettes de Paris.
Mehemet ſe promenant
un jour du coſté du * Mazargue
, au milieu de tous les gens
le coeur navré de douleur d'avoir
appris que fa chere Cato
venoit de luy faire une infidelité,
eſſaya , avec l'aide des pro.
pos joyeux que luy tenoit Paderi,
de hoyer promptement
fon chagrin dansles agrémens
d'one intrigue nouvelle : & le
même jour une jolie payſane
de vangea de la perfidie
ingrate danſenſe. Quq réfultat-
il de cette avanture ? le voicy;
de fon
Village aux environs de Marſeille.
GALANT. 93
on
on prétend,maintenant que le
temps& la curiofité nous ont
dévoilé tous ces myſteres, que
la Payſane étoit une des plus
dégourdies filles deMarseille,
(Ville où les filles ne font
afleurement pas ſettes
ajoûte que l'eſpoir d'attraper
quelques piltoles de Son Excellence,
tous le bon plaifir de
Paderi, luy fir entreprendre ce
gracieux déguisement , qui
cût un figrand fuccés pour fa
réputation , que longtemps
aprés , lebrun courut à Lyon
&à Paris que l'Ambaladeur
avoit emporté de Marseille
1
1
94 MERCURE
un douloureux gage des inci--
dents de cette galanterie; mais
nenous écartons pas , s'il vous
plaît, du Village de Mazargue
dont cette digreffion nous a
tiré.
no C'eſt icy que le lecteur est
obligé d'admirer la haute vail
lance de Mahomet. Les Gabes
des douze Peling heureusement
mis à fin dans le châtel duRoy
Hugon à l'exception de celuy
d'Olivier avec la fille du bon Sire,
parfontque forfanteries en
comparaton de ce merveilleur
geften & one preux Chevalier
ne fit un ſi braye mechief , en
GALANT. 95
un mot , ce que l'on va lire ,
n'eſt pas un conte , & c'eſt
dans la peinture exacte de ces
1
rares exploits , que ſe dévelopent
avecgloire les talens éloquens
d'un hiſtorien fidele.
Imaginez- vous donc voir à
prefent ? Mehemet fur fon
ſeant , au milieu d'une place
où l'on bat du bled , ſa pipe à
la bouche , environné d'un
côté ,deſes Pages , Elclaves ,
&autres quidans , & de front
ocoupé agréablement de la mûë
d'un grand nombre de jeunes
Senbelles filles ,que fon ordre
abfolui fait impitoyablement
dinfer au fon des muſettes &
96 MERCURE
des tabourins , jutqu'à cequ'elles
,& les inftrumens qui les
animent , en tombent ſur les
dents.
Maintenant voyez lemonter
legerement ſur un fuperbe
courfier fare des ſauts,des
voltes caracoller ,& courir
dans une carriere raboteufe ,
aſqu'àce qu'un maudit trone
d'Olivier mal déraciné, culbut
telecheval & Ebuyer parter
re. Admitezate enfin s'égofil-
Jant d'appellertous fes domef
riques pour l'aider àferelever,
&leur dommander preſquic
dans le même moments d'af.
golfombler
GALANT. 97
fembler tous les ſpectateurs ,
gens de Ville , de Village &
autres , autour de ſaperſonne,
pour montrer le beau tour que
je vais vous conter. Brt
Il ſe fit apporter un gros
belier qui paiffoit aux environs
du lieu où il étoit , ſans fonger
ſeulement qu'il y cut un
Ambaſſadeur de Perſeau monde,
il fit lier les quatre jambes
de ce pauvre animal , qu'il ordonna
à un de ſes favoris de
foulever par l'extrêmité des
pieds à une hauteur raiſonnable:
puis aprés une courto
priere , adreſſée à je ne ſçai
Decembre 1715 . I
2
98 MERCURE
quel Saint de fon Pays , il tira
fon redoutable,Cimeterre , &
d'un ſeul revers bien aſſené , il
coupa les quatre jambes de ce
miferable belier . On a pas de
peine à comprendre coinbien
il reçût d'éloges fur ce prodi.
gieux fait d'armes. Il en fut
tellement enyvré , qu'à quatre
pas de là , un monstrueux co.
chon en paya la folle enchere.
Animé outre meſuredu ſuccés
dont la fortune venoitde couronner
ſa valeur , par la défaite
du belier , il tomba fur le cochon
,& d'un ſeul coupdeCi
meterre il le pourfendit en
DE
さない
7. GALANT
deux parts. Il remonta auli
toſt à cheval , d'un ait dodat
gneux , & prit , commefide rien
n'eût eſté,le chemin de la Ville,
aprés avoir néanmoins payé &
abandonné au pillage de fi
précicuſes dépoilles.
JJee ffeerrooiis de cette journée,
douze tableaux parcils à celuy
cy , fi je n'avois pas peur
qu'on les prit pour le bouclier
d'Achille.
Iij
100 MERCURE
CHAPITRE V.
t
Suite du Chapitre precedent ,
de quantité d'autres belles cho-
1. fes que fit & dit Mibemet,
jusqu'au jour qu'il fortit de
Marseille.
-30
जी
Si tout ce qu'il y a d'écrivains
négligents , ſemez.comme
vermine dans tous les Etats
du monde , imitoient mon
exactitude à conter juſqu'aux
moindres circonstances des
évenemens que j'expoſe aux
yeux du Public , l'excés du tra
GALANT. 101
vail les dégoûteroit , & nous
affranchiroit bien-toſt de l'en
nuy que nous cauſe leurs miferables
écrits. Pour moy qui
ne veux rien laiffer à defirer
au Lecteur,jeiluy apprends que
Mehemet de retour à la Ville,
aprés avoir coupé les jambes
du belier , & tué lon cochon ,
alla chez Midame l'Intendante
, où il trouvaluurn grand
nombre de belles Dames af
ſemblées,quiil ſedéchauſſa en
leur prefence,& fe careffa avec
ſes mains les doigts &la plante
des pieds . Ce tableau n'eſt pas
beau; mais ce n'eſt pas ma
Getableau
Iiij
102 MERCURE
faute,il eft indiſpentablement
attaché à la verité de cette
Hiſtoire. En même temps il
leur fit comprendre par grimace
& par Interprete , qu'il
venoit de faire les deux plus
beaux coups du monde. Alors
pour celebrer avec plus d'honneur
cette double victoire ,
Madame l'Intendante l'invita
àdiner le lendemain chez elle;
il topa à la propoſition , &
fut fe coucher en attendant.
Je ne ſçaymaintenantcommentme
tirer du mauvais pas
où je ſuis,j'ay bien peur que
le piedne me gliffe ;& tout ce
GALANT. 103
que je peux vous dire de plus
vray, c'eſt que c'eſt icy un des
chefs d'oeuvre de mon recit ...
deux mots néanmoins fuffiront
peutd'affaire
.
eſtre , pour me tirer
Pendant que Mehemet faifoit
ſa viſite , l'obligeant Padery
introduiſoit dans la
chambre de Son Excellence ,
la Payſane dont nous avons
parlé tantoſt , où il l'entretint
à ſon dam , juſqu'au retour
de fon Maiſtre. Vers les
quatre ou cinq heures du matin
, le Coq chanta , Mehemer
s'éveilla , & la belle s'en alla
I iiij
104 MERCURE
attendre le jour chez fon con
ducteur. Enfin aprés bien des
vetilles qui n'ont nul rapport
aux faits importants de cette
Hiſtoire , midy fonna. Alors
l'Ambaffadeur fit une douzaine
de nouvelles incartades
avant de ſe rendre à la maiſon
de Madame Arnou , que ſes
marmitons Muſulmans avoient
dés le matin eſté mettre
en defordre , pour préparer le
feftin de leur Maiſtre , qui ne
voulut jamais fouffrir,ni avant,
ni aprés , que les Chreſtiens
touch fient à ſes viandes.
Ala fin tous les convives fe
GALANT. 103
i
!
mirent à table ; Mehemet fut
ſeplanter commeun finge, au
milieu d'un Theatre qu'on
avoit dreffé dans l'endroit de
la falle où il convenoit qu'il
fut. Alors M. Arnou luy fit
le Salamalek , en luy portant
la ſanté du Roy , qu'il refuſa
longtemps de boire , diſant
pour ſes raiſons que c'eſtoir
à luy M. Arnou à boire le
premier à la fanté du Sophi
fon Maiſtre , qu'il ne pou
voit pas donner une moindre
marque de refſpect au plus
grand Seigneur du monde , &
qu'aprés qu'il luy auroitrendu
:
106 MERCURE
cethommage, il verroit cequ'il
auroit àfaire àl'égard du Roy
de France , qui n'entroit pas à
fon gré en comparaiſon , avec
le plus puffant Empereur de
l'Orient. La diſpute s'échauffa
fur ce point , &de telle façon,
que peu s'en fallut que tout le
feſtin ne fut troublé , que les
tables ne fuſſent culbutées , &
qu'enfin il ne s'en retournât
ſans boite. Ce qui ſeroit arrivé
fans miracle , fiun perſonnage
bien avifé , n'avoit criéà pleine
voix , Meſſeigneurs , Meffieurs.
Mesdames , pour rétablir icy
le calme &l'union qui doivent
GALANT. 107
estreparmy nous , &pour empêcher
que du reſte de ce jour, la
difcorde aux crins heriffeznetrouble
la tranquillité de cettefeste,
j'opine qu'il convientàla Majesté
des deux Empereurs qui donnent
lieu à cette altercation que
Monfieur Mehemet Riza Beg,
Monsieur Arnou boivent chacun
en même temps à lafanté des
Rois deurs Maistres.
Auffitoftdit, auſſi coſt fait,
les deux coupes furent remplies
de part & d'autre , l'une
de vin,& l'autre de forbet pour
le Mahometan. Hs bûrene
cofia chacun leur portion
108 MERCURE
Alors l'aſſemblée ſe mit à cries
vivent , vivent les deux Empereurs
, les boëtes à tirer , les
violons , tambours , fifres , &
haut bois à joüer, les tables à
ſe couvrir , & les convivés à
manger...
On m'a affûré maintes fois
que Mehemet, en mangeant
fon pileau , avoit dit dans le
repas quantité de belles chofes;
en voicyuneentreautres, c'eſt
une douceur dont il regala
MadameArnou. Vous estes, luy
dit il , Noble comme un Palmier,
vermeille comme une cerise, et
belle comme la Lune , &ficher
CALANT. 109
rie du S. Prophète , que ſi vow's
vouliez emb affer l'Alcoran , il
vous aimerott aprés vostre mort ,
plus que la mieux aimée de toutes
fes femmes ,& vous feriez enfemble
les bonneurs &les delices
defon Paradis.
La Dame le remercia fort
poliment de la magnificence
-dedecompliment,&la feſte ſe
paſſa en paix & en lieffe. Le
four on fit un grand lanſquenet
avec pluſieurs repriſes
d'hombre , où l'Ambaſſadeur
auroit cûle loiſir de s'ennuyer
longtemps f, i Madame Arnou
& quelques Dames n'a
110 MERCURE
voient pas cû l'honnêteté de
quitter le jeu pour aller s'en.
nuyer avecluy. Cefut encette
occaſion qu'il dit par reconnoiffance
à Madame Arnou
qu'elle étoit uneDame pleine
de merite & d'eſprit , qu'elle
ſçavoit fort bien vivre ,& qu'il
rendroit un bon témoignage
d'elle à la Cour & aux Minif
tres.
Cette converſation& tous
les plaiſirs de cette journée
finis , il retourna à ſa maiſon
avec fon cortege ordinaire
& le même ſoir il effuya une
furicuſe aubade de MademoiGALANT
هللا
felle Catin , qui avoit appris
avec douleur l'avanture de la
Payſane , & qui la luy avoit
reprochée avectant d'aigreur
qu'il ciût ne pouvoit mieux
faire , pour la ranger à fon
devoir , que luy caffer fur le
viſage ,un platde fayence qui
ſe trouva ſous ſa main. Cette
querelle n'eût pas de ſuite ,une
petite generofité &quelques
careffes réparérent tout ce
déſordre.
Le lendemain M. de S.
Olon , dont il avoit cent fois
mis la patience à bout , fut
luyfignifier qu'il falloit partir
112 MERCURE
de Martealle , & s'acheminer
pour la Capitale de ceRoyaume,
il luy remontra que la rigueur
de la ſaiſon , la fonte
des neiges , & le débordement
des rivieres , leur pourroient
ôter les moyens de fortir de
la Provence , s'il attendoit que
cesCinconveniens empêchaf
fent la fuite de ſon voyage ;
mais Mehemet ſe trouvoit
bien à Marseille ,& la crainte
d'entortir auſſi toſt queM. de
S. Olon' le prétendoit , le mit .
dans une ſigrande colere, qu'il
jura de tout tuër , ſi on ne le
laffoit en scpos. Onil'appaila
pourtant
GALANT
pourtant encore
& on fit fi
bien à force de bellesraiſons ,
que le vingt-deux Decembre
1714 on le ravit aux inconſolableshabitans
deMarſeille.
CHAPITRE VI.
DES AVANTURES ,
disgraces , extravagances
fingulieres qui arriverent,pendant
le voyage de Mehemet د
depuis Marseille , jusqu'à
Lyon.
Une des principales difficultez
qui faifoient apprehender à
Decembre 1715 .. K
114 MERCURE
Mehemet fon départ de Marſeille
, c'eſt qu'après avoir em
prunté à toutes mains , il y
eſtoitredevable àtout lemonde
,&qu'il ne devoit fa braverie
en robes d'étoffes d'or &
d'argent pour couvrirſa mifeargent
pou
il eſt fort bien dit recomme il
dans l'Opera de Theonoe )
pout cacher fai bien que mal
la pauvreté des fiens ,& pour
caparaçonner les chevaux
qu'on cut l'indulgence de luy
prêter , qu'à la bonté de quelques
Marchands qui luy avancerent
à beaux deniers comptants,
le prix de ces dépenfes.
Il craignit le blame&les noms
GALANT. τις
odieux quenous donnons volontiers
à tous ceux qui nous
eſcroquent. Neanmoins il ſo
tira de ce mauvais pas ſous
caution , & monta enfin à
chevalle 22. du mois de Decembre
1714.
Il ſe lamenta à la porte de
cette belle Ville , de regret de
la quitter , & voyagea ainfi
juſqu'à Aix , d'où la mauvaiſe
humeur l'accompagna
tout le lendemain juſqu'à
Lambeze , & fi M. Honoré ,
Aſſeſſeur des Etats , à ladite
Ville, n'avoit étudié,compofé,
&prononcé enfin àMehemet
Kij
116 MERCURE
un tres beau&tres long compliment
où ſon Excellence
n'entendoit rien , ny les Interprêtes
non plus , peut eltre
que le reſte de l'auditoire , ſa
melancolie auroit pû avoir des
fuites tres fâcheuſes ; mais les
Dames vinrent heureuſement
àla queuë de ce compliment ,
l'Ambaſſadeur les trouva bellcs
,& les receut bien . I fuma,
ſoupa , fe coucha& dormit de
même.
Lelendemain il ſe levapour
aller à Orgon ; mais avant
d'arriver à cette Ville , il luy
fallut paffer la Durance , qui
GALANT. 117
eſt la plus capricieuſe riviere
de France , & qui ſe trouva
malheureuſement pour luy, le
même jour , d'auſſi méchante
humeurqu'il avoit eſté la veille
& la furveille. Cependant
aprés bien des peines & des
perils , il la traverſa à force
de bras , ſes Mariniers invoquant
d'un côté S. Nicolas ,&
luy& fsgens , Mahomet du
leur , ce qui fit , à ce que l'on
m'a afſcuré ,un conflit deJurif
diction qui penſa tout gâter.
Orgon eſt untrou où on ne
fot pa curieux de voir
où il ne s'ennuya qu'une nuit,
,&
118 MERCURE
guere
Delà il fut à Avignon
mais il n'y fut pas bien receu
parlaraiſon queles Orientaux,
quelques zelez Musulmans
qu'ils folent,ne trouvent
leurcompte dans les Etats du
S Pere Auſfi en déguerpit- il
le lendemain du grand matin,
pour aller coucher àOrange,
où il paffa une ſoirée fort
agreable. Les habitans de ce
canton ne font pas ſi ſcrupuleux
que leurs voiſins , & l'on
ne trouve pas aux portes de
leur Ville ( comme aux environs
)des ſoldats qui couchent
en joug les paffants, pour leur
GALANT. 119
faire dire leur Confiteor. Fy ay
dit le mien , moy qui vous parle,
j'ay eu bien peur, que la pour
ne me le fit oublier , auquel cas
j'étois tondu. A Orange , vous
dis-je,Mehemet fut charméde
la bonne compagnie , tout le
monde s'empreffaale divertir,
&par reconnoiffance il fit prefenter
du thé &du caffe àtout
le monde ; mais per fonne n'en
voulut. Il fit enfuite trois
triftes couchées; mais en revanche
il luy arriva à Valence
une avanture digne de
toute l'attention du Lecteur ,
&de tous les efforts de l'imagination
de l'Auteur.
120 MERCURE
Un empreſſe porteur de
mauvaiſes nouvelleseſtoit parti
la veille de Montelimar , &
&eſtoit venu àtoute bride annoncer
( comme choſe trés
importante ) aux Habitans ,
Echevins , Maire &Gouverneur
de Valence , que le len
demain l'Ambaſſadeur, de
Per ſe y devoit arriver avec tout
fon train. Alors les bonnes
gens s'imaginent que c'eſt tout
au moins le grand Mogol qui
va tomber chez eux , ils fonnent
la groſſe Cloche de la
Ville , les Magiſtrats s'affemblent
, le peuple fourmille
surp
CALANT. II
dansles ruës ,onamorçe les canons
des remparts, on prepare
des feux d'artifice , on dreſſe
tout l'appareil d'ungrandbanquet,&&
l'om ordonne àla gare
niſon de prendre les armes au
premier coup de tambour.
Tout ainſi diſpoſé ,on attend
Son Excellence , à bon
efcient. Elle arrive en effet
vers lestrois heures aprés midi,
alors chacun s'empreffe à re-
1 garder d'un oeil de pitié une
troupe deBohêmes , moüillez
juſqu'auxios , faits comme des
mouces& érintez comme des
foldats de recruë. Un brancart
Decembre 1715 .
22 MERCURE
porté pardes mules, fur deiquel
dit on, font les Preſents meſe
timables que le Grand Sophi
envoye au Roy ,8s douxipants
vres caleches crotécs. juſques
par deſſus l'imperial,dans lafa
quelles ſont ſagement , àdeur
aife , &incognito ,Models.
Olon , & deux ou trois autres
François que deuts commif
fions attachentàla fuite de ce
charmantEtrangerade role
Quandiphanoommencé
une fortiſe, on veut llachever,
celaeſtde l'uſage ,la dépense
de cellercy étoit faire ,&coles
entrepreneursde cette fottiſe
n'en voulurent pas avoir ledéGALANT
1
7
menti La voicytelle à peu prés
qu'on me l'a écrite.
Le Maire de Valence mal
informéapparemmentdesufa
ges& coûtumes de l'Alcoran
ſe rendit en robede ceremo
nic accompagné d'un bon
nombre deRobins , ſuivis chacun
de leurs domestiques au
logis de l'Ambaſſadeur , à qui
il fit un beau compliment,
en luy preſentant le vin de la
Ville. Mehemer impatient
d'apprendre ce que ſignifioit
ce nouveau ceremonial , demanda
ce qu'il y avoit dans
ces bouteilles. On luy dit que
4
Lij
4
124 MERCURE
C'étoit du vin.Alors le feu
luy montant au vifage , il dit ,
enmettant la main fur la poignée
de fon fabre , est- ce pour
on'infulter que cette canaille m'apporte
du vin, à moyqui n'en bois
pas? parMahomet, fi ces gens ne
fortent , fi on ne leurcaffe toutà
l'heure leurs bouteilles fur la
teste,je les vais tous exterminer.
On ne les fir pas languir pour
leur apprendre l'intention de
Monfieur Ambaladeur , ny
pour les hater de gagner l'ef
calier , d'où ils furent bien tốt
dans la rue, à fe regarder comne
des gens parfaitement ré
GALANT, 125
compenfez de leur ſotte civili
té. Cependant les, Interpretes,
& les Armeniens/quicſtoient
à ſon ſervice , s'accommode.
rent àbon compte du prefent
des Mflieurs de Ville , dont
ils bûrent le vin à bon mart
ché.
2 Le même foit il arriva une
autre avanture non moins fin,
guliere que celle cy , mais
d'une nature bien differente.
On avoit détaché des compa
gnies de lagarniſon, un certain
nombre de foldats pour mont
ter la garde à la maiſon de
Mehemet. Le ſieur des Marais,
Liij
126 MERCURE
Lieutenantde la Marechauffée
de Marseille , qui avoit ordre
de ſuivre l'Ambaſſadeur julqu'à
Paris,&d'eſcorter ſesPre
ſents avecquatre archers de ſa
brigade , regarda cette nouvel.
le garde comme une injure
qu'on luy faiſoit ,& prétendie
que l'Officier & les foldats
qu'on avoit envoyez pour
honorer d'avantage le Per
fan , n'avoient rien à faire , ny
de garde à monter où il eſtoir?
L'Officier commandé , voulut
de ſon cofté faire ſon devoir ,
& ſans écouter le verbiage du
Gout des Marais ,alloit faire
GALANT. 127
main baſſe ſurduy & fur fes
gans zadorſque l'Ambaffadeur
parut. Sa prefence appaifa ce
tumulte , & l'Officier fut congediende
son poste avec fes
foldatsios abaca da
ob Lerefte de cette nuit ſe paffarà
Vordinziic both al
Lelendemainil fut coucher
S Vallier , &de Vallier à
Vienne, où il reçût des hon
neurs plus fimples , & mieux
concertez qu'à Valence , &
dont ill fortit tres- content',
pour se rendre à Lyon , cù il
luy arriva des chofes firares,
que d'eſpace qu'elles occu-
Liiij
128 MERCURE
peroientacyyme déterminerà
renmedtrela urie autre fois à les
conter: Je diviſeray cate Hif
toire en quatreparties, fil'on
eft contentdecellequ'onvient
de lire ; la ſeconde contiendra
les Avantures deMehemetde.
puis la Ville de Lyon , où jede
laiſſe juſqu'au jour de fontEntrée
à Paris lastroiſiénič & la
quatriéme inſtruiront le Leereur
detoutes les circonstances
curieuſes de ſon Audience à
Verfailles ,&de ſon ſéjourlà
Paris, juſqu'au jour de fonembarquement
au Havrerne vul
-Plus nous irons en avant,
GALANT. 129
plus nous verrons le beau &
le merveilleux de cetre Hif
toire. Ainſt il eſtidevoſtreprudence
de m'encourager àvous
sseenniirruppaarroollee,, ſſiiivvoous eſtes cur
Tieux d'en ſçavoir la fina
Aprés avoir promis le mois
paffe de donner un Etat des
Principaux Officiers de laMaifon
du Roy , de celle du Regenti,
de Madamela Dacheffe
deBerryy delMud me,& de
Midamela Ducheffe d'Or
leans , en confideration, des
changements qui y font arrivez
depuis la mort du Roy ,
130 MERCURE
il eft juſte que jevtienne ama
parole ce mois cy en vous en
donnantune Lifte que j'ayrem
due auffi exacte qu'il m'a eſté
poſſiblede le faire, à quoy je
ne me fetois certainement
pas engagé,ſij'en avois preveu
Jes difficultez. Au reftes'il y a
quelques omiffions ,comme
jay lieu de l'apprehender , je
prie le lecteur d'avoir l'indul
gence d'attendre que je lesré
pare, ce que je feray à la pre
miere occafionqui s'en prefentera.
GALANT. 135
CODE
ETAT contenant les noms
des Officiers de la Maiſon
du Roy Louis XV. à
preſent regnant ; ceux de
Madame , Fille de France
Ducheffe de Berry , de Madame
, de M. le Duc d'Orleans,
Regentdu Royaume,
&de Madame la Ducheſſe
d'Orleans.
La Chapelle du Roy est compofée
-du grandAumônier de France.
M. le Cardinal de Rohan
Commandeur né des Ordres
du Roy , Evêque &Prince de
Strasbourg.
132 MERCURE
Du premier Aumônier , &
autres Aumôniers de quartier.
Le premier Aumonier.
M.le Duc de Coiflin, Evêque
&Prince de Metz , Commandeur
de l'Ordre du S. Efprit ,
Le Maistre del'Oratoire.
M. l'Evêque de S Omer.
Le Confeffeur duRoy.
: Ily a buit Aumoniers , deux
àchaque Quartier.
M. l'Abbé Morel , Chanoi
ne de l'Eglise de Paris &Confeiller
au Parlement......
Mal'Abbé de Maulevrier,
Chanoine& Comte de Lyon.
pandane
GALANT
M'Abbéd Entragues ,
Abbé de Valence, couro sb
M.l'Abbé du Cambour,
M. l'Abbé d'Argentre, Abbéde
Sainte CROIXIM
M. l'Abbé de Choiſeul
M. l'Abbé de Rochebonne,
Grand Vicaire de Lyon
M. l'Abbé de Froulay ,
Grand Vicairede Toulouſe.
Ily a huit Chapelains dequartier
un ordinaire .
M Salomongod of M
M. Henrion.
M. Fauvel ; Chanoine de S.
Quentin& Abbé deClairfay.
M. de la Croix , Docteur
deSorbonne.
134 MERCURE
M. de Varcanes Docteur
de Sorbonne.
M. Traboüiller , Chanoine
deMeaux.I
M. Poiffon ,Abbé deBournet
.
MGoüault.
Un Chapelain ordinaire
&Sacristain.
M. Archon , Abbé de S.
Gilbert.
Ily a huit Clercs deChapelle.
M. Pothonier , Docteur en
Theologie
M. Pelliffier .
M. Buffon, Chanoined'Or-
Jeansd
:
1
GALANT. 135
M. Pernoſt , Prieur d'Ef-

pointed
2010
Ob MoHazon J.M
M. Bezançon, Chanoine de
Methonian M
M. Maupoint.
M. Johor 1 1
Le Maistre de la Chapelle-
Musique.
M. leCardinal de Polignac.
Cette Chapelle est composée des
Chapelains pour les grandes Meffes,
quifont:
M. Jouilhac
Dubais . 2.
NG
136 MERCURE
Quatre Clercs de Chapelle.
M. Bourgain ,Chanoine de
Reims papa sud.M
M. Caillet , Principal du
College des Craffins.
M. Tiſſu , Chanoine de S.
Nicolas du Louvre.
M. Poitevin Chanoine de
Reims.
Un Clerc ordinaire.
1
M. Favart , Chanoine de
Reims.
Cette Chapelle comprend tous
les Muſiciens & Symphonistes ,
quifont en tres-grand nombre.
Du
1
GALANT. 137
DuGrandMaistre de laMaiſon
du Roy
M. le Duc, Princedu Sang.
Surintendant à l'éducation
du Roy.
M. le Duc du Maine , Prince
Souverain de Dombes .
Le Gouverneur du Roy
M. le Maréchal de Villeroy.
Le Sous-Gouverneur.
M. le Comte de Ruffey.
Trois. Gentilshommes de la
Manche.
M. Dauffi .
M. Darcis .
M. de Pezé.
Decembre 1715. M
٤
138 MERCURE
4 Une Gouvernante...
Me la Ducheffe de Ventadour.
2
Une Sous-Gouvernante.
Me de la Lande .
7
Le premier Maistre d'Hostel.
M. le Marquis de Livry.
900
Douze Maistres d'Hostelfervantsparquartiers
, unMaiftre
d'Hoftel ordinaire. Mol 24
M. leComte d'Igny.
M.Dappoigny.
M. de la Godiniere.20
M. de Francine.
Mde laMeſangere.
M.Dumans.
M. Darzilliers.
GALANT 139
MadeMalegre M
Maade Cambraya
Ma de Montman l
-M.D'Herouvillo
N.... andmed
VaAdaifore d'Hostelordinaire.
M. de Vauvré , Intendant,
&du Conſeil de laRegence.
Du grand RannetierANT
-Mille Duc de Briffac.
Trente fix Gentilshommes
Servants / T
LG Le grandChambellan )
M. le Duc d'Albret
Quatre premiers Gentilshommes
de la Chambre.
M. le Duc de Threſmes.
4
Mij
140 MERCURE
M. le Duc d'Aumohrl
M. le Duc delaTremoille-
M. le DucdeMordemalt.
Quatre premiers Valers-de-
Chambre.....
M leMarquis deGambais,
Gouverneur de LimogesM
M.Bontemps
Mile Marquis de Chance-
?
Trente - deux Valets - de-
Chambre , fervans hoit par
quartierend Ahsulot M
Grand Maistre de la Garde-robe
M. lo Duc de la Rochefoucaatmida
ob sul sl .M
M
GALANT. 141
Deux Mailtresde la Garderobe:
salepМ М
M. le Marquis de la Salle
M. le Marquis de Mailleboisparovi
of of M
1 Premier Medecin.IM
M. Poirier. 71023
Huit Medecins fervans par
quartiersbou
Sous PremierChirurgien.
M. Maréchal.
M
M
Huit Chirurgiens forvans
par quartier, ashxis
Un Apotiquaire & quatre
aides , mob M
Un Directeur General des Ba
timensupig
M. le DuodAntid...
142 MERCURE
Le grand Maréchal des Logis.
M. le Marquis de Cany
Quatre Capitaines des Gardes
du Corps.
M. le Duc de Noaillesand
M. le Maréchal Duc d'Harcourt
.
M. le Duc de Villeroy.
4
M. le Duc de Charroft
M.fonFils reccuen ſurvivance.
Un Major. 11
MDavignono H
DeuxAydes Majorso q
CM. deBruzac.iroga att
M. de Parıfontaine.
12. Lieutenants fervants
par quartier.
12. Enfeignos
GALANT. 143
Capitaine des Cent- Suiffes .
M. le Marquis de Courtanvaux.
MO
Le Capitaine des Gardes
dela Porde
M. leMarquis de laChaife.
Le Capitaine des Gardos de la
Prevofté de l'Hostel.
M.leComtede Montſoreaus
Le Capitaine- Lieutenanti11
desGendarmes.
M. le Prince deRohana
Le Capitaine Litutenam
des Chevaux- Legers
M le Duc deChaulnes.
T
-LeColoneldesGardes Françoises.
M. le Duc de Guiche.
...11
144 MERCURE
Le Colonel General des Suiffes.
M.leDucduMaine,Prince
Souverain de Dombes.v
Le Colonel du Regiment
des Gardes Swiffes .
Mide Raynold.
Le GrandEcuyer.
M. le Comte d'Armagnac,
Chevalier de l'Ordre du Saint
Efpritai
Trois Ecuyers Cavalcadours.
Mode Vaux
M.de Romance.DA
M. de la Magdelaine.
Frois Ordinaires . LI
M. de Neuville.
MdAvricourt.1 M
Ν... Le
GALANT 145
Le Premier Ecuyer.
M. de Beringhen ,Chevalier
de l'Ordre du Roy.
Vingt Ecuyers ſervants par
quartier.
د. Ilyagrand nombre desPages
de la grande&petite Ecurie
, fans compter ceux de la
Chambre.
AMLe Grand Fauconnier.
Male Comte des Marets,
Le Grand Louvetier.
M. leMarquisd'Heudicourt.
LeJuge de la Cour.
LeGrand Prevoſt de France.
LeGrand-Maître desCeremonies.
M. le Marquis de Dreux.
Decembre 1715. N
146 MERCURE
Un Maître desCeremonies.
M. Deſgranges. " sh.M
Deux Introducteurs des Ambaf
Sadeurs .
M.le Marquis de Magni .
M. le Chevalier deSanctor,
MAISON DE MADAME ,
Fille de France , Duchéſſe
de Berry.
Officiers Ecclefiaftiques.
Un premier Aumônier.
M. l'AbbédeCaſtriez,Abbé
deValmagne ,& deMonaftier.
GALANT . 147
i
Quatre Aumoniers.
M. l'Abbé de Berny.
M. l'Abbé de Rouget ,
GrandVicaire d'Alby.
M. l'Abbé du Tremblay.
• M. l'Abbé Danglade.
Un Aumônier ordinaire.
M. l'Abbé d'Avejan, Prieur
du Vigan.
Quatre Chapelains.
M. Dupleffis , Chanoine de
S. Quentin.
M. Levouë , Chanoine du
Mans .
M. Girard , Chanoine de
Clermont.
Nij
148 MERCURE
M. Rafy , Chanoine d'Auxerre.
Un Chapelain ordinaire.
M. Capet.
Quatre Clercs de Chapelle.
M. Rabeuf , Principal du
Prin
College de Preſſes.
M. Francfort,
M Lucas .
M. Guinot , Chanoine de
Beaun
Un Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Bayo.
The Un Copfefleur. L
Ν...
Un Confeffeur du commun.
M. Avenel.

GALANT. 149
Un Sommier de Chapelle.
M. Dupuis.
CHAMBRE.
DAMES.
Une Dame d'Honneur.
Me la Duchefſſe de S. Simon.
Une Dame d'Atour.
Me la Marquifede Pons
S. Maurice.
131 Dames du Palais
&
MelaMarquiſe de Brancas.
Me la Comteſſe de Clermont.
Me la Marquiſe d'Armen
tieres.
Niij
150 MERCURE
Me la Marquiſe deBeauvau.
Une premiere Femme de
Chambre.
Mlic. Davaiſe... d
Douze Femmes de Chambre.
Quatre Huifiers de la
Chambre.
Un ordinaire .
Quatre Huiffiers du Cabinet.
Quatre Huiffiers de l'Antichambres
HUuDp M.M
Huit Valets deChambre.
Unordinaire.
Officiers de Santé.
Un premier Medecinis
M. Douté.
GALANT 151
Un Chirurgien du Corps .
M. Lardy.
Un Apoticaire du Corps.
M. Imbert.
Garderobe.
Quatre Valets de Garde-
Qua
robe.
Un ordinaire.
UnPorte- Manteau .
M. Jolly.
Chambre aux Deniers.
Un Chevalier d'Honneur.
M. le Marquis de Goëtenfao
, Lieutenant general des
Armées du Roy...M
Un premier Maistre d'Hostel.
M. le Comte de Saumery.
Niij
152 MERCURE
QuatreMaistres d'Hostel.
M. de la Marc..
M. Tourole. BRO
M. Juffan . admi.M
M. de la Valette.
1
Un Maistre d'Hostel ordinaire.
M. Bertin.
Doux Controlleurs generaux.
M. Levesque.
IN
M. le Baſtier.T.M
Huit Gentilshommesfervants.
M. Champion.S
M.Pingré.
Mol M
MdeCourcelles.pilo
M. Deſenelos.chsmA
M.de Bertun.
M.Larconcau.M
GALANT. 153
M. Porot.
M. de la Girardiere.
Un Gentilhomme ſervant
simordinaire M
M. deLaverdina LŨ
Un Controlleur Clercd'Office.
M. Pezier.
QuatreControlleursClercs
2000
Ecurie.
Un premier Ecuyer.
M. le Chevalier d'Hautefort
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy.
ໂຄວ
Quatre Ecuyers.
M. de Makan
M. Boubée , Capitaine de
Cavalcric.
154 MERCURE
2 M. de Suzanges .
M. du Faure.05.11
Un Ecuyer Cavalcadour.
M. de la Vaſſorerie .
Un Maréchal des Logis
Un Fourier.RODU
Un Controlleur generaldes
Un Secretaire des Commandemens,
Maison, Finances.
M. deMontgelas
Un Surintendant des Maiſons
Finances, 1101 t
M. de Maynon.
Un Intendant des Maiſons
Finances. M
th Mi Paulmier, deng.M
A
رک
GALANT. ISS
Six Secretaires de Finances.
Un Secretaire ordinaire.
Un Treforier General de la
maison.
M. de Merandon .
UnGouverneur & un ſous-
Gouverneur des Pages.
Un Chapelain & Precepteur.
M. Stephanel , Chanoine
dePignetol.
Do Gardes duCorps François.
M. de Roye,Marquis dela
Rochefoucault, Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
Capitaine LieutenantdesGen
darmes Flamands.
156 MERCURE
:
Vn Lieutenant.
M. le Comte de Rion.
Vn Enseigne.
M. le Chevalier deCourtemer.
DeuxExempts.
M. le Marquis de Sabran.
M. le Marquis deBriquemaure.
Doux Maréchaux de Logis.
M. du Coudray.
N.
Un Officier des Gardes du
Corps Suiffes.ов М
CinquanteGardesduCorps.
UnTrompette.
Un Tymbalieriσμο
Vn Treforier
M. de S. Bonet.
GALANT. 157
********
MAISON DE MADAME ,
Ducheffe d Orleans .
Un premier Aumônier,
M. l'Abbé de Magnas.
Quatre Aumonters, M
M. l'Abbé Berthet , Prieur
de S. Leonard de Dreux!
M.I Abbé de Verthamont,
Grand Vicaire de Nantes.
A M. l'Abbé de Belle Fontaine.
M. l'Abbé Dubuc
Un Aumônier ordinaire.
M ! Abbé de Lagors,Chanoine
de Metz. ;
158 MERCURE
Quaire Chapelains..
M. Mouchet.
M Cornuo.
M. Roblattre.
Ν....
Un Chapelain ordinaire.
M. Refſeguier.
Quatre Clercs de Chapelle.
M. de Lamothe Vilbray.
M. de Maumonet.
M. Bloüin .
M. de S. Martin , Archidiacre
de S. Brieuc.
Un Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Maillard.
Confeßeur ordinaire.
Le R. P. de Linieres,Jeſuite.
GALANT 139
- Un Aumômerdu Commun.
M Coſtel , Chanoine de
SainteOpportuni
Un Confeßeur du Commun.
M.Morlet .
Un Sommier de Chapelle.
M Prevons dou
CHAMBRE.
DA ME
Dame d'Honneur
Madame la Ducheffe de
- Brancas.
Dame d'Atour.
Madame de Chaſteautiers.
12. Femmes de Chambre.
160 MERCURE)
Premier Medecin.
MoTered biob M
Un Chirurgien du Corps.2
M. Carrere.
Vn Apoticairedu Corps.M
M. Bolduc. eine 2
Un Chevalier d'Honneur.
M. le Marquis de Soliers.
DeuxpremiersMaistres d'Hôtel.
M. de Collins,Seigneur de
Lucante.
M. Leauthier ,Capitaine de
Vaificau .
Quatre Maistres d'Hostel
M. Boüillerot.
M. Chapotin.
M. Aubert.
Μ.
1
GALANT. 161
M. Dazy.
Un Maistre d'Hostel ordinaire.
M. Hardy.
Deux Controlleurs Generaux.
M. de la Fonſtiere.
M. Le Grand..
Huit Gentilshommes fervants.
Quatre Controlleurs.
Un Controlleur ordinaire.
Ecurie.
Un premier Ecuyer.
M. le Comte de Simianes.
Quatres Ecuyers..
M. le Roy
M. de Leſcure.
Decembre 17.15.
:
A
162 MERCURE
M. Moët.
N. !
Vn Ecuyer ordinaire.
M. de Balenne.
Deux Ecuyers Cavalcadours.
M. de Vaux..
- M. Sevin.
Un Secretaire des Comman
licdemens.
M. de Baudry , Maître des
Requeſtes , & du Conſeil de
Regence.
Vn Treforier de la maison.
MidaPigisaree of M
Vn Gouverneur des Pages.
M. de Grandchamp.
Vn Precepteur &Aumônier.
M. Baſtide.
GALANT. 163
MAISON DE MONSIEUR
le Duc d'Orleans , Petit Fils
de France , Regent du
Royaume.
Officiers Ecclefiaftiques.
Un premier Aumônier.
M. l'Abbé de Treſſan ,
Comte de Lyon , Abbé de
Longpont & de Lepau.
Le R. P. Confeffeur.
Le R. P. du Trevou, Jeſuite.
Vn Maistre de l'Oratoire,
M. l'Abbé de Simiane.
Vn Maistre de la Chapelle &
Mufique.
M. l'Abbé Pajot. Oij
164 MERCURE
Quatre Aumôniers.
M. Abbé Mallet
M. l'Abbé Dionis .......
M. l'Abbé Sonning , Abbé
deBaugency.
M'Abbé de Ruaudě.
Vn Aumônier ordinaire.
M. l'Abbé de Rabines, Abbé
de S. Jean en Vallée &
Chanoine du Mans
Quatre Chapelains.nod
M. Larcher , Chanoine de
Clery.c
4
M. de Bremond
M. Caper.
M. Bayo.
AM
Quatre Clercs de Chapelle.
M.Domino.CATM
GALANT. 165
M. Gervais , Chanoine de
Clery.
Ν. Ν.
Vn Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Harcourt! TO
Vn Aumônier & Confeffeur de
laMaison.
* M. Seiguenor.
LaChambre.
Deux premiers Gentilshommes
de la Chambre.
M. le Marquis d'Armentieres.
M. le Marquis de Simiane.
Quatre Chambellans.
M. le Marquis de la Guierthe
intent o
166 MERCURE
M. Cabre.
M. Fargis.
M. Maſparo.
Vn Chambellan ordinaire.
M. de Turmenyes.
Plufieurs Gentilshommes
de la Chambre.
Vn Introducteur des Ambaſladeurs
.
M Marpre scars Cl
Vn Gouverneur des Pages.
لا
Officiers de Santé.
.201
Vn premier Medecin .
M. de Chirac , Profeſſeur
en l'Univerſité de Montpellier
& de l'Académie des
Sciences.
د
GALANT. 167
Quatre Medecins.
M. Helvetius.
M. Vignon.
M. Seignette.
M Imbert .
Vn premier Chirurgien.
M. Hardy.
Quatre Chirurgiens.
M.Batıffier.
M. Franchet.
M. Lemoine.
M. Creſpin.
2
Vn Chirurgien ordinaire.
M. Dumont...
QuatrepremiersValetsde-Chambres
ordinaires...
M. Coche.
168 MERCURE
M. de S. Leger.
M. Imbert.
M. Deſnots.
Pluſieurs Huiffiers pour la
Chambre ,, anti Chambre &
Cabinet.
Huit Valetsde Chambre.
Un ordinaire..
Garderobe.
10
Deux Maistres de la Garderobe..
M. le Marquis de Pluvaut.
M. le Comte deBreauté.
Vn premier Maistre d'Hoſtel.
M. de Matarel. JM
Quatre Maistres d'Hostel
' M. Gaillard.
M. lc Febvre.
M
GALANT .. 169
M. Maupoint.
M. Coufin
Deux Controlleurs Generaux.
M. de Lurel.
M. de Freſquiere. M
Huit Gentilshommesfervans.
Ecurie.
1
Un premier Ecuyer.
M. leMarquis Deffiat, Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit.
Quatre Ecuyers.
M. le Caron.
M. Dombrer.de
M. Duchefne.
Ν. TM
Decembre 1715 . P
170 MERCURE
Un Capitaine des Gardes de la
Porte.
A
M. de Longeville.
Un Lieutenant.
M. Torfe. A
Gens du Confeil.
Un Chancelier & garde des
Sceaux.
M. Terat , Marquis de
Chantôme , Officier de l'Ordre
du S. Eíprit.
Deux Secretaires des Commandemens.
M. l'Abbé de Theſut .
M. Doublet.
Un Sur- Intendant des Finances.
M. Terat.
GALANT. 171
Deux Intendans.
M. de S. Jorry.
M. Baille.
Un Aumônier pour l'Ecurie.
M. Boüillerot
Un premier Veneur.
M. le Marquis d'Effiar .
Gardes du Corps Francois.
Deux Capitaines.
M. le Marquis d'Etampes ,
Chevalier de l'Ordre du S.
Eſprit .
M. le Marquis de la Fare.
Deux Lieutenans.
M. de Lagni .
M. de Marolles.
Pij
172 MERCURE
Deux Enseignes .
M. de S. Germain,
M. de la Bachelerie.
Gardes du Corps Suißes.
Un Capitaine .
M. le Marquis de Nancré.
Deux Lieutenans.
M. de Chevry.
M. de Filtz .
Un Sur-Intendant des Bastimens.
M. de Terat...
Un Intendant.
M. Girard.
GALANT. 173
********
MAISON DE MADAME
la Ducheſſe d'Orleans .
Officiers Ecclefiaftiques.
M. l'Abbé Genais de l'Académie
Françoiſe .
M. l'Abbé Boulanger.
Un Chapelain.
M. le Page.
-Un Clerc de Chapelle .
M. le Page.
DAMES .
La Dame d'Honneur.
Madame la Maréchale de
Rochefort.
Piij
174 MERCURE
La Dame d'Atour.
Madame la Marquiſe de
Caftriez .
1
Dames du Palais.
Madame la Marquiſe de
Conflans . :
Madame la Comteffe de
Tonnerre.
Madame la Comteſſe de
Poitiers .
Madame la Marquiſe d'Epinay.
Premiere Femme de Chambre.
Madame Imbert .
Onze Femmes de Chambre.
•Le Chevalier d'Honneur.
M le Marquis deCaſtriez.
GALANT. 175
e
Maistres d'Hostel.c
Un ControlleurGeneral.
11
M. Fronton de Vaugelas.
ном за Есuries DO 2109
Premier Ecuyer
1: Male Comte de S. Pierre.
Dlux Ecuyers.
Ma de la Serre Panat
MaGirautis
Eruyers Cavalcadours.
Made Buffe
LM.xDurand vanaiol !
Un Secretaire des Commande;
ios mensol sh 1
M. de S. Preſtros p
Piiij
176 MERCURE
م
S'il m'étoit permis de dire
librement monſentiment contre
un uſage établidepuis pluſieurs
années,j'avoürois encore
une fois ingenuëment auxlecteurs
que je ne croy point le
Mercure Galant un Livre où
l'on doive's'attendre à trouver
des nouvelles , que leur merite
& la fraîcheur de leurs dates
puiſſent rendre intereſſantes
& qu'à l'exception de celles de
Paris , où ce Livre s'imprime ,
l'éloignement des lieux rend
toutes fos autres nouvelles fort
,
vieilles , lors qu'il paroift : &
que par confequent j'en fupGALANT
. 177
primerois ( fi c'étoit la mode
des Mercures ) generalement
toutes celles que les Gazettes
annoncent chaque ſemaine ,à
l'exception ſeulement de certainsgrands
évenemens qu'on
ne peut trop publier ; mais on
abeau dire on a l'entêrement
de vouloir des nouvelles , en
voicy quione font certaine--
ment pas mauvaiſend की
NOUVELLES
AVenisele 23.Novembre 171 5 .
.. M. le Comte de Schulembourg
doit eſtre arrivé hier
>
178 MERCURE
icy dans un Lazaret qui luy a
eſté préparé. Ilſera plus à
portéequ'à celuyde Verone ,
de conferer avec les Chefs de
ce Gouvernement ſur les operations
de la Campagne pro
chaine.
3.M. Grimani: qui abeſté élu
CapitaineGeneral en la place
de M. Delphin commenceà
fe laiffer perfuader d'accepter
cet employ ; mais il fait en
même-remps des demandes
pour eſtre misen état de le pou
voir foutenir mieux que ne
pouvoit faire fonpredeceffeur.
Il demande troupes , muniGALANT
179
tions & argent en beaucoup
plusgrandequantité.
L'on a appris que M. Delphin
étoit de retour à Zante,
de la courſe qu'il a faite dans
l'Archipel. Il s'eſt avancé julqu'auCap
Doro dans l'Iſle de
Negrepont , d'où il a eſté obli
gé par un vent contraire de
retourner ſur ſes pas. Sa pre
fonce acausé de l'allarme aux
habitants des Ifles de l'Archi
pel qui ſe ſont donnez avis les
uns aux autres de ſa proximité,
par de grands feux qu'ils ont
allumez dans ces Ifles. Huir
Galeres qui étoient à Mitilene
180 MERCURE
ſe ſont retirées promptement
dans leCanalde Conſtantinople.
04
Il est arrivé des Lettres du
General de Dalmatie , & du
Commandant de Caſtel- Nuovo.
Ils mandent que les Turcs
s'étoient enfin retirez dans
leurs quartiers d'hyver ; mais
qu'ils faiſoientdans l'Albanie ,
dans l'Epie& dans les Provinces
du voisinage,des amas immenſes
de proviſions , &munitions
de guerre. Ils rendent
compte de l'état où se trouvent
toutes les Places de Dal-s
matie& celles de Caſtel-Nuos
GALANT. 181
!
vo ,&de cequi feroit neceſſaire
pour les mettre en état de
deffenfe ,& ils ſupplient le
Senat de leurenvoyer ces fecours
le plus promptement
qu'il fera poffible.
On affeure que certainementla
Republique n'a encore
ſigné aucun traité avec l'Empereur
,& que queiquebeſoin
que l'on ait icy d'une diverſion
puiſſanteen Hongrie , on ne
peut ſe réfoudre à confentir à
de certaines conditions que ce
Prince voudroit exiger de la
Republique. A
Le Conſul de la Nationa
182 MERCURE
1
remis aujourd'huy au College
les Paffeports du Roy , pour
les Ambaffadeurs Extraordinaires
de la Republique.
On eft informé icy de la
crainte où l'on eſt preſentement
à Vienne d'eftre attaqué
laCampagne prochaine par les
Tures dans la Hongrie,& on
croit que peut- eſtre l'on voudraprofiter
de cette occafion
favorable pour faire la paix
avec la Porte,qui vray ſemblablement
n'en ſerapas éloignée.
Le Prince Electoral de Baviere
doit venir inceſſamment
icy pour paſſer de-là à Rome,
GALANT. 183
on luy a déja retenu unPalais.
Il ſera accompagné de ſept
Seigneurs de ſa Cour & ſuivy
de ſoixante perſonnes.
A Rome ce 2 3. Novembre171 5.
- Dimanche matin le Pape
fut au Vatican où il dîna. Il
fut enſuite paffer quelques
heuresdans la Salledes Archi
ves avant que de retourner à
Monte-Cavallo , il deſcendit
dans S. Pierre pour faire ſa
priere , il y confideraavecplaifir
la belle lampe d'argent qu'il
yafait faire qui acoûté 3000.
184 MERCURE
écus. Une partie de cette fomme
a cité prife des amendes
auſquelles pluſieurs perſonnes
de distinction furent condamnées
il yaquatre ans , pour
avoir donné bal contre les
deffenſes qui en furent faites
alors. Sa Sainteté a auffi contribué
du ſien à cettedépenſe.
Le même jour Dimanche
au ſoir le Pape cût quelque accés
de fiévre dont il fut encore
incommodé le jour ſuivant ;
mais Sa Sainteté eſt à preſent
bien remiſe de cette indiſpofition.
1
Jeudy l'Ambaffadeur de
!
l'Empereur
GALANT. 185
l'Empereur fut rendre vifite à
celui dePologne, qui donna un
beau rafraîchiſſement. Ce Miniſtre
en fortant faillit à tom.
ber à la deſcente de l'eſcalier , &
ſe fit fi mal à un doigt en voulant
ſe retenir qu'on le crût
d'abord rompû . Cela n'a pourtant
pas empêché qu'il ne ſoit
allé Vendredy 6. à l'Audience
du Pape.
On a appris icy preſqu'en'
même temps la mort de quatre
Evêques , ſçavoir de Citta
• deCaſtello, d'Orvieto ,deMafia
& d'Umbriatico ; on ſuppoſe
qa'ils ont eſté empoifonnez,&
Decembre 1715 .
186 MERCURE
ce qui donne licu à cette ſuppoſition
, eſt que le Viceroy de
Naples , a , dit on , envoyé des
Commiſſaires à Umbriatico
pour informer là- deſſus.
Le Cardinal Spada vint dernierement
de ſon Evêché d'or
fino à Rome ; mais il ne s'y eſt
arrêté que deux jours , encore
s'eſt- il tenu pendant ce peu de
tempsdans unparfait incognito
chez l'Avocat Montecatini .Le
motif de ſa venuë n'eſt autre
choſe que pour ſe mettre par
ce moyen en état de pouvoir
participer au Rotolo. Il eſt
maintenant retourné à ſa réſiGALANT.
187
dence Epifcopale.
Mardy dernier M. de Gamache
, nouvel Auditeur de
Rote pour la France , ſoûtint
ſa Theſe avec un applaudiſſement
univerſel.
Le bruit s'eſt répandu icy
que le Roy de Portugal pourroit
bien venir à Rome par
devotion , mais tout-à-fait incognito.
On veutmême que le
Pape ait donné cette nouvelle
dans la Congregation duSaint
Office de Jeudy dernier . On
ajoûte que Sa Sainteté eftdans
le deſſein , au cas que cela arrive
, de loger Sa Majefté au
Qij
188 MERCURE 6
Vatican dans l'Appartement
des Etrangers.
Ces jours paffez pluſieurs
Archers du Capitole traveſtis
ſe trouverent prochedes André
de la Val , Quartier de
l'Ambaſſadeur de l'Empereur,
malheureuſement pour eux
ils furent reconnus par desDomeſtiques
de ce Miniſtre , qui
aprés les avoir defarmez , leur.-
donnerent des coups de bâtons.
Pareille choſe arriva à un
autre Archer , qui dans la maifon
du Marquis de Bufalo receut
le même traitement des
GALANT. 189
Domestiques du même Ambaffadeur
, & fr cet Archer
n'eût dit qu'il étoit venu par
ordre de M. le Gouverneur ;
pour le fervice du Marquis , if
n'en auroit pas été quitte à ſi
bonmarché.
Extrait d'une Lettre duCardi
nal de la Tremoille , du
23. Novembre.
Le Pape qui s'enrhuma Dimanche
dernieren allant pafferla
journée au Vatican , a continue
d'être incommodé de fon rhume.
avec un peu d'alteration ,&cela
190 MERCURE
l'a empêché d'aſſiſterà la Chapelle
de l'Anniverſairedeſa créa
tion ; mais Sa Saintetéſe porte
mieux, &on efpere que celan'au
ra point defuite.
Le bruit s'estfort répandu icy
de la promotion prochaine desGar
dinaux , & quoyqu'on la donne
affeurée,j'ay de la peine à meperfuader
que le Pape ait un nombre
fuffisant de places vacantespour
remplir le nombre de ceux
que Sa Sainteté voudroit avancer
à la dignité de Cardinal. Il est
pray qu'elle voudroit bien auffi
faire un mouvementdanslaPrélature
, & cela neſe peut faire
GALANT9
qu'en élevant ceux qui en occupent
les principales Charges.
On écrit de Hambourg du
29. du mois paſſé , que lesLettres
du Camp des Alliez devant
Stralzund portent que le
Roy de Suede , dans l'attaque
qu'il fit des forces des Alliez ,
qui avoient fait deſcente dans
l'Ifle de Rugen , avoit donné
des marques d'une valeur extraordinaire
, menant diverſes
fois à la charge ſa Cavalerie &&
fon Infanterie , qui combattirent
à ſon exemple avec une
vigueur ſurprenante ; mais
192 MERCURE
qu'il avoit enfin été obligé de
ceder au nombre fuperieurde
ſes Ennemis. Ily fut bleffé legerement
au bras , & ayant
appris que ſes retranchements
devant Stralzund avoient eſté
forcez , il reſolut d'y retourner
avec deux mille hommes,
pour tâcher de les reprendre,
laiſfant les meilleurs ordres
qu'il put dans Rugen. Depuis
fon départ les Alliez ſe font
emparez de toute l'Ifle le 17.
& on mande que de fix mille
hommes qui y étoient , ſeulement
deux mille s'étoient res
cirez à Stralzund avec le Roy
de
1
GALANT 193
de Suede; que le reſte avoit été
tué ou pris. Parmi les prifonniers
, les Majors Generaux
Marſchall , Mellin , Stromfelde
,& Grothauſen ; ſeize
Colonels , Lieutenants-Colonels
, ou Majors vingt-huit
Capitaines , trente fix Lieutenants
, Cornettes , ou Enſeignes
; deux mille Soldats ; foixante
& dix Canons. Les prifonniers
ont eſté partagez entre
les deux Rois , ainſi que
P'Artillerie , dont le Roy de
Pruſſe a cu la plus grande partic.
Le Roy de Dannemark a
pris poſſeſſion de l'Iſle de Ru-
Decembre1715. R
194 MERCURE
gen , oùil a mis pour Commandant
le General Dewitz ,
avec quatre Bataillons , & dix
Eſcadrons . La Garniſon de la
petite IſledeRugen,manquant
de vivres , a trouvé moyen de
s'embarquer , & de ſe retirer
en Suede. La Flotte Danoiſe
qui a ſervi à ladeſcentedeRugen
, bloque preſentement
Stralzund du coſté de la Mer .
Le Roy de Suede qui y eſtavec
fixmillehommes, eſt toûjours
àcheval , donnant ſes ordres
pour la conſervation de la-
Ville, qu'il eſt reſolu de deffendre
juſqu'à la derniere extreGALANT.
195
mité. Les afliegeans fouffrent
beaucoup dans leCamp, leurs
tranchées ayant eſté remplies
d'eau par les pluïes preſque
continuelles . On a cu avis que
la Flotte Sucdoiſe compoféc
dedix huit Vaiſſeauxde ligne ,
& de pluſieurs Bâtimens de
tranſport , avoit trois fois mis
àla voile à Carelſcroon ; mais
qu'elle y avoit toûjours clé
repouffée par les vents contraires.
On écrit de Dreſde quele
Roy de Pologne ſe préparoit
à en partir pour retourner à
Varſovie , afin de travailler à
appaiſer les troubles qui au.
Rij
196 MERCURE
gmentent en ce Pis-là.
Onmande de Vienne le 23 .
Novembre 1715 que le 17.
de ce mois au foir ,& le 18. au
matin , on celebra les obfeques
du Roy Tres - Chrêtien
Loüis XIV. dans l'Egliſe des
Religieux Auguftins Déchauf.
fez prés du Palais. Ony avoit
dreſſe , par ordre de l'Empereur,
un magnifique mauſolée,
élevé juſqu'à la voute de l'Eglife
, orné de douze ſtatuës!,
d'emblêmes , &d'infcriptions
à la loüange du feu Roy, avec
une quantitéextraordinaire de
Hambeaux ,la veille &le jour on
-
GALANT. 197
:
fonna toutes lds cloches de la +
Ville,&desFauxbourgs.Lapremiere
Meſſe fut celebrée par
l'Evêque de Neustadt ,&la ſeconde
par un autre Evêque.
L'Empereury afſiſta avec
les Imperatrices Doüairieres ,
les Archiducheflies , les Miniftres
, les Seigneurs , &
&Dames de la Cour , tous
engrand deül. L'Imperatrice
Regnante ne pût pas s'y trous
ver , àcauſe de ſa groffeffe qui
eft fort avancée. Le 19. Feſte
de Sainte Elifabeth , fille d'André
Roy de Hongrie , l'Imperatrice
, & l'Archiducheſſe
Riij
198 MERCURE
foeur aînée de l'Empereur ,qui
en portent le nom ,receurent
ſuivant la coûtume , les complimens
de toute laCour , en
habits de ceremonic. Le 18,
le Regiment d'Infanterie Imperial
duComteMaximilien de
Staremberg arriva icy deBrif
gau , par le Danube , & il doit
inceflamment continuer ſa
route vers la Hongrie. Suivant
les derniers avis de Turquie,
le Grand Vifir ,& le Capitan
Pacha étoient arrivez à Andrinople
auprés du Grand Sei
gneur,qui devoit dans quinze
jours retourner àConſtantinoRQUE
DELA
199
GALANT DE
Ils travaulent àà augmen
ter l'Armée Navale , &les
forces deterre ,afin de former
trois Armées , l'une en Dalmatie
,l'autre fur les Fronticres
de Pologne , & de Mofcovie
,& la troifiéme du côté de
la Hongrie. Onajoûte que le
12. d'Octobre , le Caïmakam,
Gouverneur de Conftantino
ple , avon envoyé prendre à
Pera,par trente Tures , le Re
fident de la République de
Genes , qu'ils amenerent en
robe de chambre fans perruque
& fans chapeau. Le Caïmakam
luy reprocha que fa
ple.
مل
Rij
200 MERCURE
République avoit fourni des
Vaiſſeaux , des Matelors , &
d'autres ſecours aux Venitiens
contrele Grand Seigneur , &
enfuiteil le fit conduire ſur une
Tartanne Genoiſe qui étoit
dans le Port avec ordre de
د
partir inceſſamment.
4
On écrit de Madrid le
25. Novembre 1715. que le
19. le jour de Sainte Elifabeth,
qui eſt la feſte de la Reine ,
les Seigneurs allerent le matin
luy baifer la main , & les Dames
l'apreſdinée. Le 24 on
celebra dans l'Eghſe du ColleGALANT
2018
ge Imperial des Jefuitestes
obfeques desOfficiers ,&Soldats
morts au ſerviceduRoy.
LesGrands, les Officiers Militaires
,& les principaux Miniftres
y affifterent. Le 21. le
Roy fit publier uncOrdonnance
, par laquelleal elt enjoint à
tous les Officiers réformez del
ſe preſenteravec leurs Patentes
devant les CommiffairesGeneraux
,pour eltreenregiſtrez,
& eſtre employez quand l'occafion
s'en preſentera , ſelon
leurs ſervices ,&leurs merites."
On aeſté confolé par les nouvelles
qu'on a receuës do ta
202 MERCURE
Flottede lanouvelle Eſpagne,
pas leſquelles on afeeu qu'il
ne s'en estoit perdu que deux
Bâtimens, que d'autresavoient
échoüez ſur les Coſtes de la
Floride ; mais qu'on en avoit
retirétoutl'or ,&tout l'argent
&la plupart des marchandifes.
Sur ces avis , le Roy a
envoyé ordre à Cadis d'équi
- peravectoute la diligence pol
fible , quatre Valleaux qui y
font , &il a ordonné au Mar
quis de Valero , nommé à la
Viceroyauté de la nouvelleEfpagne,
de partir incellamment
pour aller àCadis s'y embarGALANT.
203
$
quer, Ses mitructions portent
qu'il ſe rendra en droiture à
la Havane, où ces quatre Vaif
ſeaux débarqueront les marchandiſes
qu'ils portent & ils
feront chargez des effets de la
Flotte ,qui vont à douze millions
d'écus en or& en argent
ſeulement.Onvouloit donner
la conduite de ces Vaſſeaux à
l'Amiral Don Andrezde Pezs
mais comme il s'eft excuſe ſur
fon grand âge ,on croit qu'on
nommera en ſa place le ſicur
AreſtiquetaBiſcain , qui a fait
pluſieurs fois le voyage des In
des Occidentales . En même
204 MERCURE
temps le Roy a donné le
Gouvernement de BuenosYa
rés au Brigadier Don Bruno
deZabala , la Lieutenance de
Roy ,& du Païs quien dépend
au Colonel Don Dionifio
Martinez de laVéga ,le Gouvernement
de la Havane , au
Brigadier Don Vincente de
Rexa , & la Lieutenance de
Roy de Portobelo , à Don
Manuel Rodriguez Carbonel,
Colonel du Regiment de Santiago.
Les dernieres Lettres
de Cadis portent que les quatre
Vanfeaux qui doivent por-
1
ter à Carthagene le Prince de
م
GALANT. 205
Santo Buono , Viceroy du
Perou ,avoient fait voile le 14.
eſcortez juſqu'aux,Canaries ,
pat un. Vaiſſeau François ,&
par les trois du ſieur Martinet.
Comme on travaille àlaug
menter les forces de laMarine,
tant pour la garde des Coſtes,
que pour envoyer plus ſouvent
des Flottes en Amerique , on
a publié dans tout le Royau
me , que toutes les perſonnes
experimentées dans la Marine
ayent à le preſenter dans les
Ports , pour eftre employées.
On écrit de Lisbonne du 11.
decemois ,que le PrinceDon
206 MERCURE
:
Manuël , frere du Roy , étoit
fortile4. ſous prétexte d'aller
àla challe versBelem , qu'aprés
yavoir fait ſes dévotions , il
s'étoit mis dans uneChaloupe
qu'il avoit fait preparer ,&
qu'il éroit allé s'embarquer fur
un Vaiſſeau Anglois qui l'attendoit
,& qui partit auſſitoſt
avecun vent favorable. Il n'avoit
avec luyqueDon Manuel
Telles de Sylva , fils du Comte
de Tarouca ,&deux domeſtiques.
Oncroit que le deſſein
de ce Prince eſt de voyager ,
ou d'aller en Hongrie pour
ſo trouver à la guerre contre
CALANI. 207
les Tures . Le même jour14.
une partiende la Flone du
Brefil entta dans le Tage fuivie
des autres Vaiſſeaux. On
affûrequ'elle est tres riche ,&
qu'elle eft chargée entr'autres
devingt millions de livres en
or. On ajoûte que les Corfaires
de Salé avoient pris fur les
cottes deux Vaiſſeaux François
, trois Hollandois ,& dix
Anglois.
On écrit de Londres du 28 .
Novembre 1715. que le 25.
& le 26. de ce mois on reçût
divers avis que le Corps des
Mécontents d'Ecoffe , & de
208 MERCURE
Northumberland avoient été
défaits par le General Wills à
Preſton , dans le Comté de
Lancaftre:& on aa ſçûles parcicularirez
ſuivantes. Le 22 .
des Mécontents arriverent à
Preſton au nombrede prés de
cinq mille , avec quatre pieces
de canon de campagne , & ils
s'y barricaderent pour attendre
la jonction de ceuxde leur
parti LeGeneralWills qui étoit
arrivé à Wiggam , entre Warington
&Preſton , en ayant
eſté informé, marcha pour les
attaquer avec les Regimens de
Cavaleric ,&de Dragons.de
Pitt,
GALANT. 209
Pitt , de Wyrme de Honywood,
de Dorme , de Munden
, de Stanhope , & celuy
d'Infanterie de Preſton , ayant
laillé le Regiment de Dragons
deNewton à Mancheſter , où
il y avoit beaucoup de gens
mal affectionnez . Il arrivale
23. à une heure aprés midy
au Pont de Ribble , éloigné
d'un quart de lieuë de Preſton,
&gardé par cent chevaux &
cent Fantaſſins , quia l'approche
des Troupes du General
Walls, fe retirerent dansasla
Villezainfi il palla ke Pont fans
aucune oppofition , & il fit
Dicembre 1715 . S
210 MERCURE
avancer le Regimentde Prefton
, foutenu par des Dragons
pour attaquer les barricades.
Les Mécontents les deffendirent
d'abord avec beaucoup
de valeur , faiſant en même
temps un grand feu des maiſons
voiſines. Le Regiment de
Preſtony ſouffritbeaucoup,&
fut obligé d'y mettre le feu
ce qui les fic abandonner par
les Mécontens , & enſuite les
barrieres furent forcées. Le
Regiment de Preſton y cut
quatre Capitaines , & plus de
cent foldits tuez , outre les
bleflez. Le General Wills luy
GALANT. 211
ordonna de s'y retrancher ,&
il diſtribua ſa Cavalerie ,& fes
Dragons autour de la Ville ,
pour empêcher les Mécontens
des'échaper. ls firent une fortic;
mais aprés un rude combat,
ils furent repouſicz. Le
24. à neuf heures du matin ,
le General Carpenter qui s'avançoit
par leComté d'York,
arriva avec les Regimens de
Dragons de Cobham , de
Churchill & de Molefwooth.
Aune heure aprés midy les
Aſſiegez envoyerent demander
à capituler ; mais on leur
répondit qu'on ne pouvoit
Sij
212 MERCURE
1
leur accorder d'autres condi->
tions , que de mettre bas les
armes , de ſe rendre àdifcretion
,&de ſe remettre àla clemence
du Roy. Les Affiegez,
aprés pluſieurs difficultez , furent
obligez d'y confentir , ſe
voyant enfermez de tous côtez;
ſeulement cinq à fix Gentilshommes
bien montez, tenterent
de fortir , &donnerent
dans le Regiment de Cavalerie
de Pitt , où ils furent tous
tuez. Les Troupes du Roy
devoient le 25. entrer dans la
Ville, & en prendre poffeffion.
Les Mécontens avoient củ
GALANT 213
dans les attaques trois cons
hommes tuez ou bleffez , &
il en reſtoit dix fept cens bien
armez, les autres n'avoient que
des épées &des baſtons : on a
envoyé ordre de prendre fix
ou ſept Officiers à la demy
paye qui estoient parmi eux ,
& d'envoyer icy les principaux
Chefs.
On mande de la Hayedu
12. de ce mois que l'Infant
Don Manuel , frere du Roy
de Portugal , y arriva parMer
deLisbonne le 277dumois der-1
nier,ayant eſté pour faivi quel
que temps pat un Corfaire
214 MERCURE
d'Alger . Il eſtoit accompagné
parDonManuel,ſecond fils du
Comte de Tarouca, Ambaſſadeur
de S.M. Portugaife,chez
lequel il eſt logé incognito. Le
Traité de la Barriere conclu à
Anvers le 15. Novembre, n'a
pas encore eſté publié , & on
croit qu'il ne le ſera qu'aprés
que les rat fications auront été
échangées. Néanmoins on a
appris par quelques copies qui
en ont été vûës , qu'il con
tient vingt neufarticles , dont
toutes les Gazettes ont fait un
ample détail og
GALANT 215
DeParis ,le 14 17
Le 6. de ce mois , leBailly
de Meſmes , Ambaſſadeur Extraordinaire
de la Religion de
Malthe,eut audience publique
deMonfieur leDucd Orleans;
deMadame , &de Madamela
Ducheffed'Orleans, qu'il com
plimenta fur la mort du feu
Roy , & preſenta des lettres
du grand Maistre.
A
{
Le 19. du mois dernier , on
celebra dans l'EglifeCathedra
lede Saint Jean de Lyon ,un
Service folemnel pour le feu
216 MERCURE
1
1
1
1
Roy,& 1Oratfon Fanebre fut
prononcée par le ſieur duTeil.
Lett. de ce mois , l'Univerfité
celebra un Service folennel
dansla Chapelle de Sorbonne,
pour le repos de l'ame du feu
Roy Le Cardinal de Noailles,
Archevelquede Paris , Provi
ſeurde Sorbonne , celebrala
Meffe , & le fieur Grenant ,
Profeffeur au College deHarcourt,
prononçal'Eloge Funebreen
Latin Le ſieur deMon
tempuys Recteur , les Procureurs
des Nations , les Facultez,
leurs Doyens à lateſte,y affife!
terent en habits de ceremonie,
ainfi
GALANT. 217
ainſi que le premier Préſident,
pluſieurs Préſidents & Confeillers
du Parlement , les Gens
du Roy , &d'autres perſonnes
de distinction .
Le 12. les Jefuites de la
Maiſon Profefle , en celebre.
rent un dansleur Eglife , & le
Pere de la Ferté prononça
l'OraiſonFunebre.
On en celebra le 2. de ce
mois un à Grenoble , où l'Evêque
officia pontificalement ,
le Parlement , & la Chambre
desComptes y aſſiſterenr.
Le 14. l'Evêque Comte de
Chaalons , en fit celebrer un
Decembre 1715. T
218 MERCURE
dans ſa Cathedrale.
AS. Malo du 20. Novembre
1715 .
Le Capitaine qui a paſſé le
Prétendant, eft de retour de
Vendredy au foir , il rapporte
avoir débarqué au Nordd'Ecoffe
, où il y avoit 8. ou 10.
mille hommes qui l'attendoient
, qui l'ont receu avec
de grandes acclamations de
joye , comme tout le peuple.
Il rapporte que quelques jours
avant leur arrivée , il y a cu un
combat entre le Comte de
Marre & le Duc d'Argile , que
11
9
GALANT. 219
le Comte de Marre a été bleſſé
au bras affez legerement , que
le combat a eſté ſanglant , &
opiniâtre , que les Ecoffois ont
eſté fort maltraitez , que cependant
ils font reſtez maîtres
du Champ de bataille , & que
le Duc d'Argile s'eſt retiré en
bon ordre , qu'il eſt reſté de
part & d'autre s . à 6. mille
hommes ſur la place ; mais
que ce combat ne décide rien,
on compte que la prefence du
Roy fera lever le maſque à
biendesgens qui n'ont encore
oſéremuer. M. le Duc d'Ormond
devoit débarquer en
Tij
220 MERCURE
Angleterre ; il a longtemps
raudé; mais comme il n'a point
vû les ſignaux qu'on devoit
luy faire ,il eſt revenu àMorlay
, où il eſt preſentement, en
attendant loccafion & le
temps favorable pour y retourner
.
AUTRES NOUVELLES.
MORTS.
2
Meffire de Poitiers,
Comte de Poitiers , mourut
le ..... Novembre. Il étoit
d'une des plus anciennes &
GALANT. 221
des plus illuftres Maiſons du
Royaume , & fur laquelle je
vous ay entretenu affez au
long dans mon Journal du
mois de Février dernier à
l'occafion de fonMariage avec
MademoiselledeBourbonMalaufe.
د
Meffire Michel Chauvin ,
Conſeiller au Parlement , &
Commiſſaire aux Requeſtes du
Palais , où il fut reçû le 1.
Juillet , 1705. mourut le 20.
Novembre : laiſſant une fille
unique de ſon Mariage ,avec
feuë Dame Marie-Catherine
de Bragelogne , morte le 7.
Tiij
222 MERCURE
Janvier 1711. fille de Pierre
de Bragelogne , Préſident és
Enquestes du Parlement de
Bretagne , & de Marie de
Gaumont : il eſtoit fils unique
d'Antoine Chauvin , Maiſtre
des Comptes , & d'Elifabeth
Charlote Guillois , & petit fils
de Simon Chauvin , ſieur de
Meridou , reçû Secretaire du
Roy en 1633. d'Anne - MargueriteRoujault:
Cette famille
de Chauvin eft originaire de
la Ville d'Estampes , où elle eſt
connuë depuis longtemps entre
les premieres. ھت
DameMaric Genevieve de
:
GALANT. 223
Chambes,Comteſſe de Montforeau
en Anjou , épouſe de
Meffire François Loüis du
Boucher ,Marquis de Sourches
, ancien Prevoſt de l'Hôtel
du Roy , grand Prevoſt de
France ,& cy- devant Gouverneur
des Provinces du Maine
&Perche , & Comte de Laval,
mourut le ... Novembre, laiffant
pour enfans Loüis du
Boucher , Comte de Montforeau
, Lieutenant General des
Armées du Roy , & grand
Prevoſt de l'Hoſtel du Roy
&de France; Jean Loüis du
Bouchet , Eveſque de Dol ;
Tiiij
224 MERCURE
Loüis - François du Bouchet ,
Comte de Sourches ; Vincent-
Loüis duBouchet,Chevalier de
Malthe , dit le Chevalier de
Montſoreau; Marie- Louſe du
Bouchet, femme de Loüis Colbert,
Marquis deLinieres ; Marie.
Loü ſe Genevieve du Bouchet
, femme de Jean Baptiste
NicolasDeſméde laChefnaye,
Comte de Rougemont, grand
Trenchant & Porte- Cornette
blanche de France , & Gouverneur
deMeulant : Madame
de Sourches eſtoit fille de Bernard
de Chambes , Seigneur
de la Frelonniere ,&de Geneviéve
Boyvin , & petite fille
GALANT. 225
de René de Chambes , Comte
de Montſoreau Marquis
d'Avoir &de Marie de Fortia.
5
/
La Maiſon de Chambes eft
une des plus anciennes du
Royaume , & elle s'eſt alliée
aux Maiſons de Chabot ,
d'Amboiſe, de Polignac, d'Aftarac
, de Commez , de Chafteau
Briant , de la Rochefoucault&
de Laval , &c. Pour
la Maiſon du Bouchet je vous
en ay parlé le mois paflé , à
Poccafion du Mariage de M.
de Comte de Sourches , avec
Mademoiselle de Thierfault.
Meffire Hardoüin Fortin
1
226 MERCURE
de laHoguette ,Docteurdela
Maiſon & Société de Sorbonne
, Abbé de Samblanceaux &
Archevêque de Sens , mourut
àSens le 28. Novembre : il
avoit eſtéChanoine de l'Egliſe
de Paris , & Archidiacre de
Johas ,Agent du Clergé de
France , nommé Evêque de
faint Brien en 1675. facré en
1676. transferé à Poitiers en
1680, nommé Archevêque
de Sens en 1685. & Confeiller
d'Etatd'Eglife en 1704. Il
étoit fils de Philippes Fortin
Seigneur de la Hoguette,&
de Loüife de Perefixe , foeur
GALANT. 227
de M. Hardoüin de Perefixe ,
Archevêque de Paris , Commandeur&
Chancelier desOrdres
du Roy , mort en 1671 .
&il étoit frere de feu Meffice
Charles Fortin Seigneur dela
Hoguette , Sous Lieutenant
de la premiere Compagnie
des Mouſquetaires du Roy,
Lieutenant General de fes Armées
, Gouverneur des Villes
& Chasteaux de Mezieres &
-de Niort , tué à la bataille de
la Marſaille en 1693. laiſſant
de Dame Marie Bonneau de
Rubelles ,une fille unique mariée
à M. le Marquis deNan228
MERCURE
gis de la Maiſon de Brichanteau.
MadameCatherine deNeufville
deVilleroy,Superieure des
Religieuſes du Calvaire au
Marais , mourut de da petite
verole le 30. Novembre , âgée
de 4r. ans , elle étoit fille de
M. le Maréchal Duc de Villeroy.
Dame Anne de Souvré ,
veuve de Meffire François Michel
le Tellier , Marquis de
Louvois& de Barbezieux , Miniftre
& Secretaire d'Etat ,
Commandeur & Chancelier
desOrdres du Roy , mourut
/
GALANT. 229
le deux Decembre 1715. âgée
de 69. ans un jour , ayant cû
pour enfans Michel- François
leTellier,Marquis de Courten-
Vaux
, Capitaine des Cent
Suiſſes de la Garde du Roy ,
marié avec Marie- Anne Catherine
d'Eſtrées , ſoeur de M.
le Maréchal d'Eſtrées , de laquelle
il a des enfans ; Louis
Nicolas le Tellier , Marquis
de Souvré , Maître de la Garderobe
du Roy , marié avec
.... de Pas Feuquieres Dame
de Rebenac ; Louis François
Marie le Tellier Marquis de
Barbezieux, Miniftre & Secre230
MERCURE
taire d'Etat , Commandeur &
Chancelier des Ordres duRoy,
marié enpremieres noces avec
Catherine Loüiſe de Cruſſfol
d'Uzés , & en ſecondes avec
Marie- Thereſe - Dauphine-
Eustache d'Alegre , mort le .
5. Janvier 1701. laiſſantde ſon
premier mariage , une fille
unique mariée avec le Duc
d'Olonne , de la Maiſon de
Montmorency, la plus illuſtre
du Royaume; Camille le Tellier,
Abbé de Vauluifant & de
Bourgueil,Garde de la Bibliotheque
duRoi;Charlote Magdelaine
le Tellier , femmede
GALANT. 231
François de la Rochefoucault
Duc de la Rocheguyon , puis
della Rochefoucauld, Pair de
France , Grand Maître de la
Garderobedu Roy , & ci -devantgrand
Veneurde France,
& fenë Marguerite leTollier ,
femme de François de Neufville
Duc de Villeroy ,Pair de
France, LieutenantGeneraldes
Armées du Roy ,& Capitaine
d'une Compagnie des Gardes
du Corps de Sa Majeſté. Feuë
Madame de Louvois étoit fille
unique& heritiere de Charles
deSouvré ,Marquis de Courrenvaux
, premier Gentilhom
232 MERCURE
mede laChambre du Roy , &
deMarguerite Barentin,petite
fille de Jean de Souvré Marquis
deCourtenvaux , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy , Chevalier de ſes Ordres&
Gouverneur de Touraine&
deCatherine de Neufville
Villeroy , &artiere petite
fille de Gilles de Souvré Marquis
de Courtenvaux , Gouverneur
de Touraine , Grand
Maiſtre de la Garderobe du
Roy, depuis Gouverneur du
Roy Loüis XIII . premier
Gentilhomme de ſa Chambre,
Chevalier de ſes Ordres,
&
GALANT. 233
& Maréchal de France , ſortie
d'une Maiſon originaire du
Maine , également diftinguée
par ſon ancienneté & par ſes
alliances comme on le peut
voir par la Genealogie qui en
eſt rapportée dans l'Histoire
des grands Officiers de la
Couronne , au Chapitre des
Maréchaux de France.
M. Jacques Holdier , Scigneur
deBloffiere& de la Varenne
,premier Préſident dela
Cour des Monnoyes , mourut
le 25. Novembre : il étoit fils
de feu M. Hoſdier , Secretaire
du Roy ,& il laiſſe entr'autres
Decembre 1715 . V
234 MERCURE
enfants , un fils qui luy fuccededans
ſa Charge de premier
Préfident de la Cour des
Monnoyes.
M. Jacques de Moras , ori
ginaire de Lisbonne , l'un des
plus integres & des plus renommez
Banquiers de l'Europe
, & établi depuis ungrand
nombre d'années à Paris , y
mourut le 9. de ce mois.
Avant de paffer à un autre
article , vous me permettrez
, s'il vous plaît , de vous
faire part d'une Lettre écrite à
" une ſpirituelle & belle Per
GALANT. 255
ſonne ſur la mort de ſon Oncle.
Cette Lettre eſt d'un goût
nouveau dans ce genre , & je
luy donneicy , par prévention
ou non , l'approbation & la
placequ'elle merite.
Lettre de conſolation à Mademoiselle
D ***. fur la
mort de ſon Oncle.
Fuyez tout le monde , Mademoiselle
, enfermez-vous , cherchezla
folitude , que voſtre douleur
éclate , ou qu'elle foitfecrete,
que vos regrets, vosfoupirs ,
νοςpleurs VOUSfoienntt ,, và
Vij
236 MERCURE
le
nous-mêmes , des gages certains
de la tendreſſe que vous aviez
pour un Oncle tel que celuy que
vous venezde perdre ; tout , hors
deſeſpoir , vous est permis ,
vôtre douleur estjuste. Maisfongez
en même temps que tant de
lumieresque vousavez acquiſes ,
au-deſſus des personnes de vostre
age & de vostrefexe , nous répondent
de vostre fermeté ,&ne
rendez pas , à force de pleurer ,
vôtre, efprit complice de la foibleße
des autres.
Jesçay,&je dois cette justice
aux manes de cefage Oncle, dont
la memoire vous eftfi chere , que
i
GALANT. 2.37
la mort vient de vous enlever
un parfait amy pluſtoſt qu'un parent
, que l'estime l'amitié de
ceux qui le connoifſforent , étoient
inféparables de l'avantage qu'ils
avoient de le connoître , &que
c'est enfin pour vous
irreparable; mais
> uneperte
Juſqu'à quand voudrez-vous ,
ſans nous daigner entendre ,
Qu'on approuve les pleurs que
l'on vous voit répandre ?
Que la tendreße & la reconnoiſſance
foient les vertus qui
vous entretiennent du ſouvenir
de cette perte ; mais que vosyeux,
qui font les deux plus beaux
238 MERCURE
yeux du monde , ne s'enorguëillıffentpoint
de la vanitéde verſer
des torrens de larmes , dont une
ombre ne peut leursçavoir aucun
gré. Vôtre destinée les confacre ces
yeux à un autre usage , &tous
ceuxqui les voyent, vous demanderoient
, s'ils ofoient lefaire, un
compte rigoureux de leurs opiniatres
larmes. Pour moy , quelque
choſeque je vous diſe , pourmoderer
vostre affliction , ne m'en
croyez pas ? apprenez au contraire
queje mefaFaiiss un plaifir
malin
de vous voir pleurer , &que ces
pleurs mesemblent ne s'échaper de
vosyeux , que pour me vanger
GALANT. 239
du defordre où ils ontfſouvent mis
lesmiens ... Mais dans mon malheur,
je me trouve encor heureux
de m'appercevoir déja que ceſecret
que j'oſe confier à votre douleur,
devient le premier degré de vôtre
confolation. Ne m'épargnez pas ,
Mademoiselle,&confolez- vous
•entierement , même aux dépens
* de tout mon repos.
t
La fortune juſte à vostre
égard , en vous comblant defes
faveurs , va s'unir à l'amour ,
pour vous faire le fort le plus
beureux ,&lafelicité de l'Epoux
qu'elle vous deſtine. Cetrait
n'étoit pas dans ce que vous m'a240
MERCURE

vez un jour conté de vostrehorofcope
; mais il est dans mon idée ,
& il faut plus d'un bien àla
fois ,pour confoler une perſonne
telle que vous , d'une perte comme
celle que vous pleurez. Jesuis ,
c.
Ilya , ſijene me trompe ,
affez longtemps que je vous
entretiens ſur le ton le plus
triſte , reprenons maintenant ,
s'il vous plaiſt , l'enjoüement
quenous dérobe tous les mois
l'article que vous venez de lire.
Rien n'eſt plus propre à mon
deſſein qu'une nouvelle galante.
Il
GALANT.
241
Il ne faut pas difputer des
goûts.
C'eſt un vieux Proverbe
qui a eſté de tout temps bien
attaqué , & bien deffendu ;
mais quelque raiſon qu'on
puiſſe alleguer contre ce que
je vais dire, mon intention eſt
de deffendre ce qu'on appelle
le mauvais gouft.
Si la femme d'un illuſtre Senateur
Romain élevée dans le
ſein de la moleſſe , & nourrie
dans tout le luxe de Rome ,
bravant mille affreux perils
pour traverſer les Mers avec un
miferableGladiateur qu'elle ai-
Decembre 1715. X
242 MERCURE
me , ne facrifie ainſi ton repos,
ſes plaiſirs ,& la ſanté qu'à fon
goût , quel reproche a-t-on à
luy faire?
Qu'a t- on à dire aux femmes
de Joconde& d'Altolphe
depreferer ,l'une un fale Palfrenier
,& l'autre un Nain hideux
à leurs aimablesEpoux ?
Madame de ** eft elle
blamable d'employer tous les
jours trois heures de ſa vie
pour contempler avec amour
un vil EſclaveMahometanqui
mépriſe ſes charmes&fes foûpirs
? pourquoy vouloir qu'il y
ait de la dépravation de goût
GALANT . 243
dans ces amours ? je ſoûtiens
pour les Darmes, que leur goût
justific jusqu'à leurs extravagances
: cecy git en preuves ,
il y en a cent mille que je ne
ſcay pas; mais j'en ay une nouvelle
, finguliere , & convainquante
dans deux des plus aimables
& des plus ſpirituelles
perfonnes de Paris.
Emilie & Faustine fontjeunes
, charmantes , riches , de
bonne maiſon , & ont beaucoup
d'efprit. Une éducation
parfaite eſt jointe à ces avantages
, & quelque part qu'on
les voye , tous les fuffrages pa-
X1j
244 MERCURE
roiſſent dûs à leur merito; mais
dans un moment la Iverité de
ce tableau , auquel je n'ay rien
ajoûté , va diſparoître ,&tout
cequ'il y a de gens qui préten
dent avoir le bon gauft , va me
traiter d'impoſteur , lorſque
j'auray declaré qu'Emilie aime
Arlequin à la fureut , & que
Faustine adore Pierrot. Gela
eſt pourtant vray ,& nul foû
pirant de bonne foy,quel qu'il
foit , ne ſera bien receu chez
ces deux aimables perſonnes ,
s'il ne leur promet de leur faire
faire au moins une partie de
fouper avec leurs Amants ;
GALANT 245
mais cela nôte pas la moindre
nuance des belles qualitez qu'-
elles ont. Voicy mon raifonnement
.
A
Le goût que je deffends eſt
un effet d'une imagination qui
ſe peint & quelquefois même
ſe caracteriſe une choſe ſans
précaution Cette peintures'at .
tacheinfenfiblement aux idées
& fait bien tot aprés ſur l'efprit
, ce que fait de l'huile répandue
fur une piece d'étoffe ;
elle l'affiege , s'en empare , &
le coeur ſe trouve en même
temps envelopé dans l'eſprir.
L'objet de nôtre goût occupe
X iij
246 MERCURE
avec
alors un fi grand terrain dans
noſtre ame , qu'on ne s'aviſe
pas même de fonger à l'en arracher.
Mais à quoy aboutiroit
encore ce ſoin ridicule à
ſe faire à ſoy même
millepeines, des raifongemens
infupportables , & à s'accabler
de reflexions ennuyeuſes. La
liberté n'approuve point ces
combats , & les paffions ne
ſouffrent point qu'on leur difpute
l'empire que le goût kur
accorde. Ainfi Emilie & Faul,
tine ont raiſon d'aimer à la
rage ce coupled'Amants,&de
ſe flatter peut être du plaifir
GALANT. 247
d'aller un jour les ſurprendre ,
juſques dans leurPalais, fi l'Amour
, qui ne va jamais fans
allarmes , ne leur fait pas apprehender
d'y trouver des
cruels.
tant pis
Si cette ébauche de diſſertation
fur le prétendu mauvais
goust, eſt juſte, à la bonne heu.
re ; fi elle ne l'eſt pas ,
pour elle. Mais pendant que
nous ſommes ſur cette matiere
, paffons aux Mariages , c'eſt
auffi bien un genre de goût où
les eſprits de travers ont trouvé
ſouvent le plus mauvais goust
dumonde.
X iiij
248 MERCURE
MARIAGES.
Meffire Jean , Comte de
Polaftron , Brigadier des Armées
du Roy , & Colonel du
Regiment de la Couronne ,
épouſa le 26. Novembre
Dame Françoiſe Jeanne de
Violan de Miraman , veuve
de François d'Arennes , Lieutenant
General des Armées
du Roy : Mr de Polaſtron eft
d'une des plus nobles & des
plus anciennes Maiſons de
Guyenne : Elle prend ſon nom
de la Terre de Poláſtron, dans
GALANT. 249
leDioceſe de Lombez,laquelle
eſt encore poffedée en partie
par les aînez de cette Maiſon.
Meffire deMatignon
, Comte de Thorigny ,
fils de Meffire Jacques deMa--
tignon,Marquis deMatignon,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General au Gouvernement
de Baſſe Norman
die,&de Dame Charlotte de
Matignon,Comteſſe de Tho
rigny , a époufé le Novembre
Damoiſeile Grimaldi
, fille unique & heritiere
d'Antoine Grimaldi , Prince
ſouverain de Monaco , Duc
250 MERCURE
deValentinois, Pair de France;
&de Marie de Lorraine Armagnac:
par ce Mariage Mr
le Comte de Thorigny a pris
le titre de Ducde Valentinois
avec les Armesde la Maiſonde
Grimaldi , l'une des plus an.
ciennes, des plusilluftres&des
plus puiſſantes Maiſons de
Genes: Pour celle de Matignon
, dont le veritable nom
eſt Goyon, elle eſt une des
plus anciennes & des plus illuftres
du Royaume , & elle
s'eſt de tout temps alliée aux
plus grandes Maiſons,comme
on le peut voir dans laGeneaGALANT.
251
logiequi en eitrapportée dans
l'Histoire des grands Officiers
delaCouronne, auxChapitres
des Maréchaux de France &
des grands Ecuyers a
Meffire deMaulde,
Marquis de la Buiffiere , Capitaine
de Carabiniers , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de
S. Loüis , a épousé le Damoiselle
Anne de Monceaux
d'Auxi , fi'e de Meffire François,
de Monceaux d'Auxis
Marquis d'Auxi , & de Dame
Marie Magdelaine Jubert du
Thal : La Maiſon de Maulde ,
dont eſt Mr de la Buifliere, eft
252 MERCURE
originaire de Haynault; elle
eft également diftinguée par
fon ancienneté & par ſes alliances
, & elle s'elt diviſée en
pluſieurs branches établies en
Artois & en Picardie : pour la
Maiſon d'Auxi de Monceaux
je vous en aydonné un filong
détail dans l'un de mes pre
iniers Journaux , à l'occafion
du Mariage de Mr le Marquis
d'Auxi , frere deMadamedela
Buiffiere , ci-devant Capitaine
du Regiment des GardesFrançoiſes
, puis Colonel du Regiment
Royal Comtois , avec
Mademoiselle de la Grange
GALANT. 253
:
Trianon , que je me contenteray
icy de vous dire qu'elle tire
fon origine des anciens Sires &
Barons d'Auxi , connus il y a
plus de soo . ans , & qu'elle
s'eſt toûjours alliée aux Maifons
les plus illuftres duRoyaume,
comme Meleun , Pecquigny,
la Tremoille , Ailly , Ef.
toutteville , Rambures , Crevecoeur
, Trafigny , Hallwin
Saveuſe , Mailly , Hangeſt , la
¡Vicuville , la Chaſtre , Vieux-
Pont , d'O , Rochechouard ,
Tiercelin de Broſſe , Breauté ,
Etendart Bully , Boufflers د
Rouvroy, S. Simon,Crequy ,
&c.
254 MERCURE
Le 4. de Novembre 1715.
M.le Marquis de Pleumartin
épouſa Mademoiſfelle de Villemaré
, le Mariage fut celebré
par M. l'Archevêque de Tours
à Gouffainville chez M. de
Nicolaï, premier Preſident de
la Chambre des Comptes ,
parent de M. de Pleumartin,
&qui avoit eſté fon Tuteur
honoraire ; il eft fils de Meffire
Georges Yſoré d'Hervault ,
Marquis de Pleumartin , qui
gagnât le prix auCarroufel de
Madame la Dauphine
1682. & de Geneviève Rol-
د
en
Jand ſon époufc. Et George
この
GALANT. 255
Yſoré étoit fils de René Yſoré
d'Hervault Marquis de Pleumartin
, Lieutenant de Roy
de Touraine , Poitou , Pays
d'Aulnis & Chaſtelleraudois
qui avoit épousé en 1662.
Marie -Gabrielle Chataignier
de la Rochepozay , de l'ancienne
Maiſon de Chataignier
dont Ducheſne a fait une
hiſtoire particuliere ; elle étoit
fille de Charles deChataignier
Marquis de la Rochepozay ,
auffi Lieutenant de Roy du
Haut Poitou : René Yforé
étoit fils de Georges Yſoré
Marquis d'Hervault & de
J
د
256 MERCURE
,
Pleumartın , Chevalier des Ordres
du Roy& fon Lieutenant
en Touraine , qui avoit épouſé
Marie de Roncherolles , file
de Pierre de Roncherolles Baron
du Pont S. Pierre , premier
Baton de Normandie
duquel mariage étoit venu
RenéYſoré cy-deſſus nommé,
&pluſieurs autres enfans , entr'autresGeorgesYſoré
d'Hervault
, Chevalier de Malthe ,
Major general des Armées
Navalles , & Mathieu Yſoré
d'Hervault, à preſent Archevêque
de Tours , M. le Marquis
de Pleumartın qui vient
de
GALANT. 257
de ſe marier a cû deux freres
tuez au ſervice , l'un en Italie ,
P'autre àla bataille de Ramilli,
ce dernier avoit eſté Page de
laChambre du Roy ,& farfoit
ſa premiere campagne dans
lès Mouſquetaires , & par
leur morts il eſt devenu feul
heritier de cette Maiſon ; ce
qui luy a fait quitter l'état Eccleſiaſtique
auquel on l'avoit
deſtiné pour la foûtenir. H
feroit inutile pour faire cont
noître l'ancienneté de la Mais
fon d'Yforé d'Hervault , d'ınferer
icyune longue genealo
gie, ceux qui en voudront ſça
Decembre 1715 . Y
258 MERCURE
voir davantage auront recours
au Pere Anfelme dans ſon
Palais d'honneur , il ſuffira de
dire qu'elle eſt connuë depuis
la fin du dixiéme fiecle, qu'elle
efttres illuftre par ſes grandes
alliances , fa fidelité & ſes fervices
rendus aux Rois de France;
un Honorat Yloré fut Vice-
Amiral de Guienne , Aulnis
& Poitou ; René Yſoré
fon pere Chevalier des Ordres
du Roy , Commandant les Enfans
perdus à la bataille de
Moncontour , où il perdit une
jambe ; Jean Yſoré fut fait
Chevalier avec le Comte de
GALANT. 259
Nevers au fiége de Rouen l'an
1449. par Charles VII. puis
en 1476. fait Chambellan de
Louis XI . Leon Yſoré ſon pe.
tit. fils fut Chambellan duRoy
Charles VIII . & le ſuivit à la
conqueſte de Naples en 1494.
La Maiſon d'Yſoré eſt alliée
par celle des Chaſtaigner de la
Rochepozay à celles de laRochefoucault
Mortemart
Chamberg ; par celle de Pont
S. Pierre à celles de Luxembourg
, Clermont Tonnerre,
Gouffier&Nicolaï, & par ellemême
à celles de Montaufier ,
Bethune , Rohan Chabot , &
Richelieu.
Yij
260 MERCURE
Mademoiselle de Villemaré
eſt fille de Meſſire Jean Bonaventure
Lelay , Seigneur de
Villemaré, Lieutenant de Mef
fieurs les Maréchaux de France
en Bretagne. Les Lelay font
fort anciens Gentilshommes
de Bretagne, l'Histoire de cette
Province par le Pere Lobineau
en parle en differens endroits ,
&fur tout elle dit qu'en 1380 .
Alain Lelay figna à la ratification
de la Paix entre Jean Duc
de Bretagne &le Roy de France
; elle en parle encore enplufieurs
occafions comme reveuës
de Troupes & voyages
GALANT. 261
des Ducs de Bretagne au fervice
deſquels ils ont toûjours
eſté:
Meffire Jean - Loüis d'Uffon
, Marquis de Bonac a
épousé le 22. Damoiſelle ...
Magdelaine - Françoiſe de
Gontaut de Biron , fille aînée
de Mr le Marquis de Biron ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & Conſeiller
au Conſeil de Guerre. Le ſeul
nom de Biron fuffit pour faire
l'éloge de la Maiſon delaDamoiselle
Il y a longtemps que celuy
d'Uffon que le Marquis de
262 MERCURE
Bonac porte eſt connu dans
le Comté de Foix & dans le
Royaume d'Arragon. Il s'eſt
foûtenu anciennement par diverſes
alliances avec la Maifon
de Foix , & de nos jours
par les ſervices de Mrs de Bonrepaus
&d'Uffon ſes oncles, le
dernier mort Lieutenant General
des Armées du Roy , &
le premier connu par divers
emplois , tant audedans qu'au
dehors du Royaume, & actuellement
par la place que le
Regent luy a donné dans le
Conſeil de Marine : pour le
Marquis de Bonac qui vient de
GALANT. 263
ſe marier , quoyque jeune encore
, il a ſervi le Roy à la
guerre ,& dans preſque toutes
les Cours del'Europe. J'ay,&
j'auray toure ma vie une fi
parfaite reconnoiffance,des
bontez qu'il a cûës pourmoy,
en Eſpagne , où j'ay cû l'honneur
d'eſtre fon Gentilhomme
pendant le ſéjour qu'il ya
fait en qualité d'Envoyé Extraordinaire
de France , qu'il
faut que j'aye une confideration
extrême pour l'Auteur de
la Gazette d'Hollande , pour
luy pardonner ſon obftination
à vouloir l'envoyer à Conftan264
MERCURE
tinople avec le titre d'Ambaf
fadeur dont le feu Roy l'avoit
honoré , pendant que le Regent
qui ne peut rien faire
qu'avec grande connoiffance
de cauſe , a bien plus prés-
Beſoinde ſes ſervices . J'aurois
fait affürément ſur ſon Ma
riage , le plus bel Epithalame
du monde , fi pendant plus de
deux ans , il n'avoir pas cû là
bonté de me guetir de la
rage que j'avois de faire des
Vers .
M. leMarquis de Gontaut,
fils de M. le Marquis deBiron ,
Lieutenant General des Ar
mées
GALANT . 265
mées du Roy , & de Dame
.... Bautru de Vaubrun , a
épouséMademoiselle.deGrammont
, fille de M. le Duc de
Guiche , Lieutenant General
des Armées du Roy , & de
Dame Marie - Chriſtine de
Noailles : Les Maiſons deGon.
taut & de Grammont ſont ſi
generalement connuës pour
eſtre des premieres & des plus
illuftres du Royaume que je
me contenteray icy de renvoyer
les curieux à la derniere
Hiſtoire des grands Officiers
de la Couronne , dans laquelle
au Chapitre des Maréchaux
Decembre 1715. Z
266 MERCURE
1
de France , ils en trouveront
les Genealogies amplement
déduites.
1
M. le Chevalier de Royede
laMaiſon de laRochefoucault ,
une des plus anciennes & des
plus illuſtres du Royaume ,
Capitaine Lieutenant des
Gendarmes Flamans , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy & Capitaine de la Compagnie
des Gardes du Corps
de Madame la Ducheſſe de
Berry , a époufé Mademoiselle
Prondre,fille deMeffire Paulin
Prondre ,Conſeiller du Roy
en fesConfcils, Préſident de la
GALANT. 267
Chambre des Comptes de Paris
,& de Dame Anne Marguerite
Petit de Ravannes.
Meffire Hilaire Roüillé du
Coudray , Conſeiller au Parlement
de Paris , fils de Meffire
Hilaire Roüillé , Seigneur du
Coudray , Conſeiller d'Etat
ordinaire , & Confeiller du
Conſeil Royal des Finances, &
de Dame Deniſe Coquille , a
épousé le Novembre Damoiſellele
Feron, fille
de Meffire Jean Baptiste de
•Feron , Conſeiller du Ropien
ſes Conſeils , Grand Maifire
des Eaux & ForenAu Dépar-
ג
Zij
268 MERCURE
tement de l'Ifle de France , &
de Dame Geneviève Titon ,
&fortie d'une des premieres
familles de la Robe : pour
celle de Roüillé de laquelle
font encore Mrs de la Grandcour
, de Meſlay & de Marbeuf,
elle eſt auſſi une des plus
grandes , des plus étenduës &
des mieux alliées de la Robe ,
& n'a rien de commun que le
nom avecla famille de Roüillé,
Seigneurs de Fontaines , de
Joüy , de Beauvoir & de Fillerieres
, originaire de la Ville de
Tours & de laquelle estoit
Dame Anne Roüillé , femme
S
GALANT . 269
de Meſſire Lacques Olivian Ja
OME DE
LYON
268 MERCURE
Nevi
GALANT . 269
de Meſſire Jacques Olivier de
Vigny, Seigneur de Courquetaine
, de Cervoles & de Villepayen
, Maistre des Comptes ,
morte le de ce mois. ১০

Ma Chanton vient à propos
àla fuite des Mariages .
CHANSON.
Ne vous piquez pas de conftance
Si vous nesçavez pas menager
les plaisirs ,
C'est en épuisant ſes defirs ,
Qu'un amour trop constant change
en indifference .
Z iij
270 MERCURE
Réponſe ſur le mêmeair.
Cher & tendre objet de mon
ame,
Menagez,j'yconfens,jusqu'aux
moindres douceurs ,
Faime mieux souffrir vos ri .
gueurs ,
Que voir ceffer l'ardeur du beau
feu qui m'enflame.
Vous ne sçauriez maintenantorefoſer
des Enigmes ,
il eſt temps qu'elles paroiſſent
ou jamais ; mais avant de vous
les propoſer , il eſt de mon devoir
de vous dire au préalable ,
:
GALANT.27t
le mot de celles du mois paffé
&le nom de ceux qui les ont
deviné. La premiere étoit la
Bigote ,& la ſeconde la Pipe
de Tabar Les noms des devineurs
font , l'Incredule de la
rue des PetitsChamps , la belle
Marion de la Cour du Palais
l'Etourdy de la Place Royale,
M. de S.Jean & fa belle Maîtreffe
,le favory des Muſes ,
le Curieux impertinent , l'Amant
diſgracié de l'aimable
M. Degnantelli , le Chevalier
Bayard, l'Avocat des feftes du
Cour, la belleAmynte&M . de
Raparis. Voicy celles du prefent
mois . Ziiij
272 MERCURE
ENIGM E.
Jamais on ne m'a vû dans la
maison du Roy ,
Quoy qu'aux yeux d'un chacun
je paroiſſe àsa table ,
Lesgraces,lajeunesse&ce qu'on
nomme aimable
:
Perdent leur agrement quand on
les voitfansmoy.
Bien qu'ausexe attaché jenefuis
chez les belles ,
Qu'autant qu'on me contraint de
refter avec elles
Jeſuis en plein repos poſſedé de
fureurs ,
Ennemy du plaifir je forme les
douceurs,
GALANT. 273
Etl'Amant le plus tendre aux
yeux d'uneMaîtreße
NNeeppeenuttfans monfecours exprimerfa
tendreſſe.
Aux Aftres je commande on
m'enchaîne aux enfers ,
Et portépar les vents fansfortir
de mes fers ,
Dans le ſein de la Mer jesuis
réduit en cendre.
Ovous dont tout lefoins'applique
à me comprendre ,
a Dansvostre cerveau creuxàquoy
bon chercher tant ,
Ceque lemoindre eſprit comprend
facilement.
L'Amant diſgracié de
l'aimable Degnantelli.
274 MERCURE
AAUTRE.
Je me plais à la Cour auffi
bien qu'à laVille ,
M'accommodant de tout féjour,
Onme trouvedans une taile ,
Et je fers à Bacchus auffi bien
qu'à l'Amour.
Quoy qu'inutite aux Roisj'affermis
leur Couronne ,
Fhabite avec les Empereurs ,
Eone fuis point unefriponne
Quoique je fois toûjours au milieu
des voleurs.
Sansmoi nulle vertu ne seroit
fur la Ferre
GALANT 275
Onm'enferme dans un bureau ,
Jamais en Paix , toûjours en
sasha Guerre
F'occupe cependant une place an
1
2012-05Barreauso
, Dujeune Logicien
de la rue S. Louis .
J'ay preſque imité , fans y
penſer ,dans ce Mercure cy ,
les regles du Poëme tragiscomique.
J'ay d'abord preſenté
fur la Scene l'expofition de
mon fujet , mon Hatoire a fervi
d'Epiſode , le fond de ma
piece a roulé fur des morts&
des hymens, & j'ay telervéle
plus beau pour ledénoüement.
276 MERCURE
Oüy , Madame ,& je vous
ay promis de vous le dire publiquement
, j'ay regardé ce
petit compliment d'Etrenes
commeun des meilleurs ornements
de mon Livre ,& je ſuis
ſeur qu'il n'y a pas un de mes
Lecteurs , quel qu'il foit , qui
ne rendità fon meriteune juftice
éclatante , s'il avoit , comme
moy ,l'honneur d'en connoître
l'Auteur.
:
ETRENES.
Jeprofite de ce moment ,
Dans ces premiers jours de l'année,
Pourvousfaire mon compliment ,
GALANT. 277
Et vous laſouhaiter heureuse &
fortunée.
Faurois déja rendu cet aimable
devoir;
Maisje nepuis allervous voir.
Pour yous , je ſçay qui vous
arreſte ,
Uneméchante Fée afceu joner.ce
tour :
Ondit , qu'elle m'en veut ,&
qu'enfin l'autre jour,
Elle vousfit boire en cachette,
Une razade à ma ſanté,
Dumalheureux Fleuve Lethé,
Fut il vengeance plus complette.
Quoyque piquée au vifde certe
trahison ,
278 MERCURE
Jeme garderay bien de vvoouuss)faire L
raison.
Je ſuis trop entrain de vous
diredes veritez, pour manquer
de rendre publics les vers qu'-
on m'a envoyez pour vous.
A MADAME V.
furdes Vers imprimez dans
le Mercure de Septembre ,
& qu'elle a compoſez à la
loüange de Monseigneur le
4
Ducd'Orleans.
Un Vieillard habitant une
affreuse Campagne ,
Qui ne connoist Vallon,, nysçaGALANT.
279
vante montagne,
L'esprit auſſi glacé que nos
Champs les byvers ,
S'en vient àpas tremblans rendre
hommage à vos Vers.
Ils ontjenesçayquoy, de délicat,
de tendre ,
Ils enlevent les coeurs, on ne peut
s'en d'effendre ,
Et pour les comparer , à ne s'y
tromper pas,
Ils reffemblent partout à vos di-
८ wins appas..
La rime , la raiſon , cei beureux
affemblage
-
280 MERCURE
Debeaux mots, de bonfens, pu-
: retéde langage,
Tout est juste en vos Vers , &
tous nos beaux eſprits
Conviennent qu'on ne peut en
eſtimer le prix.
Amante d'Apollon ,luy même
il vous inſpire ,
Il vous conduit la main quand
vous voulez écrire, 4
Des Dieux , ou du Regent tracez
vous les Portraits ?
Partout , à chaque Vers , on re.
connoiſtſes traits.
Phoebus aime,dit- on , les neuf
doctes
GALANT. 281 /
doctes pucelles ;
Mais je gagerois bien qu'il vous
aime plus qu'elles ,
Et le voyant agir comme ilfait
avec vous ,
Qu'au Parnaße bien- toft ilfera
de jaloux !

T. S. V. P.
Voicy des Vers encore ,
Meſſicurs , il en faut de toutes
les façons pour tous les goûts .
SONNET
fur l'abjuration d'une jeune
Demoiselle.
Qu'entends je ,ſage Iris , quel
Decembre 1715. Aa
282 MERCURE
-aftre Salutaire
S'applique à t'élever aufuprême
onheur ? :
Dicu ne ſemble icy bas répandre
falumiere,
Que pour te couronnerdes dons de
Sa faveur.
Så main qui prend plaisir à
regler ta carriere
Te découvre un afylte
clipfe l'erreur ;
ouse-
2
C'estdans ce facré tieu qu'au pied
du Sanctuaire ,
Ton ame en ſe lavant recouvre
Son Pasteur.
* Convent des Nouv. Catholiques.
4
GALANT 283
C
Ainfidans tes deſſeins fa bonté
intereffe
Car à peine ce Dieu voit briller.
ta fageffe ,
Que fa grace auſſi tost vient dffiller
tesyeux.
Ton retour, aux Enfers replonge
l'heresie ,
Et portant ta vertu juſques au
fein des Cieux ,
Taßûre pour jamais une immortelle
vie.
Du feu Bachelier en droit.
Aaij
284 MERCURE
Autre Sonnet à la même ,
fur ſa beauté & fa vertu .
Unejeunebeauté me tientdans
l'esclavage ,
Jamais moncoeurnefutfi vivement
épris ,
Son air fin ,ſes beaux yeux enchantent
mes efprits ;
Contre ces doux écücils qui ne
feroit n'aufrage?
Nuit &jour à mes yeux j'en
retrace l'Image ,
Je repaße en ſecret ſes
infinis ,
charmes
Au milieu de ſa Cour laDéeffe
des ris,
GALANT. 285.
Ne sçauroit triompher avecplus
d'avantage.
d'avan
Chacun à ſes attraits doit offrirdes
tributs ,
Mais qui ne connoift point fes
brillantes vertus ,
N'a vû de fon Portrait qu'une
ébauche legere.
Rien ne peut égaler ce Chefd'oeuvre
des Dieux.
Il n'en est pas un seul fous ca
vaste hemisphere,
Et s'il en eft quelqu'un ce n'est
que dans les Cieux.
D. F.
286 MERCURE
MADRIGAL
à la même.
Iris ceffezde vous cacher,
Quand vous devez le plus paroître
;
Dieuqui vous fit entrerauClottre
Veut enfin vous en arracher.
Venez ramener enfon Temple
De vos freres errants les coeurs
Séditieux , 4
Vous leferez parvostre exemple,
Et mieux encore Iris par l'éclatde
vosyeux.
GALANT. 287
Avis important aux Muſes qui
negligent leurs Perſonnes.
Mufes auteintpresque olivâtre,
Qui ne mettezrouge nyplaire ,
Qui refufeztout àvossens,
Onfçaitqu' Appollon vostrefrere,
En parcourant noſtre bemifphere ,
Présde Montmartre vous logea ,
Et que Diane en délogea
Craignant beaucoup la médifance;
Carvousjafezfans complaisance,
Et ne respectezque les Rois
Dontvousfuivezles douces loix.
Loüis le plus grand des Monarques
,
Ravipar les cruelles Parques
288 MERCURE
Fut longtemps de vos chants
l'objet ;
Ilest devenu leſujet
Devos chagrins &de vos larmes;
Contre la mort baiffezles armes,
Chantezſon tres-digne Neveu ,
Vous aurezdes François l'aveus
Mais embellißez vos viſages ,
On fait cas des belles images
Etl'on estime les Portraits,
Quandils reffemblent traits pour
traits.
J'ay maintenant,Meſſieurs,
quelque choſe de bien plus intereſſant
à vous conter , que
tout
GALANT. 289
tout ce que vous avez lû juſqu'à
preſent ,j'ay des Logogrifes
à vous propoſer. Quelbarbare
mot pour le peuple &
pour la Province ! des Logogri.
fes ! ouy, vous dis-je , des Logogrifes
,&il n'eſt pas aujourd'huy
permis à d'honnêtes
gens , comme vous , d'ignorer
que c'eſt une nouvelle façon
d'écrire , familiere à la Cour ,
qui devient àla mode àlaVille,
& qui eſt d'autant plus refpec.
table, que c'eſt une eſpece d'imitation
des anciens caracteres
hieroglyphiquesdesEgyptiens.
Pour moyje neſçaurois regar-
Decembre 1715 . Bb
290 MERCURE
derun Logogrife entre deux yeux,
ſans m'imaginer voir à l'inſtant un
Taliſman, unObeliſque , une Pyramide
, ou même un Crocodile,
Il y en a de tres-ſimples , comme
celui- ci par exemple , mais c'eſt
le Diable à deviner. Le voicy.
LA FAUTE EN EST AUX
DIEUX
QUI LA FIRENT SI BELLE.
Allons , courage , ferme , exercez-
vous , caffez-vous la tête ſi
vous voulez ; vous ferez bien fins
ſi vous m'obligez à vous en dire
le veritable ſens .
Pour cet autre , il eſt plus aifé ,
&l'intention de M. de M **
qui en eſt l'Auteur , & qui l'apreſentéàſon
Maître & au nôtre, eſt
que tout le monde le life .
Item. Ilme reſte la plus plaiſanteHiſtoire
du monde à vous donCALA
NOC
91
griire.
jeu
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290 MERCURE
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&
qu
fer
qu
te
GALANT. 291
ner. L'Auteur du dernier Logogrife
l'eſt auſſi de ladite Hiſtoire.
Tous ceux qui connoiſſent le jeu
duTrictracytrouveront un fonds
d'imagination originale ,auſſi l'eſt
du côté du beau , du bon , & de
l'agréable , celle de ſon Auteur ,
qui a du merite , du goût, de l'appetit
, & de l'eſprit comme un
Diable. Voila ma Preface.
HISTORIQUE ET
BURLESQUE
ORIGINE DU
TRICTRACT.
Il eſtun Pays dont le terrain eſt
plat , enfoncé & noir , excepté
quelques langues de terre vertes
&blanches , fur leſquelles les habitans
bâtiſſent leurs Maiſons ,
ou Cafes : Les malheureux qui ne
Aa ij
292 MERCURE
peuvent pas les couvrir , y font expoſez
à eſtre battus des injures du
temps : ceux au contraire à qui la
fortune rit , les couvrent promptement
pour ſe mettre en fûreté,
& y font quelquefois de belles
Enfilades .
Cette Contrée eſt bordée de
hauteurs dont on ne peut faire le
tour qu'avec une grande peine , ou
un grand bonheur : on y trouve
de petits precipices qu'il faut ne
ceffairement combler les uns
áprés les autres. Les habitans ne
fongent qu'à gagner ces hauteurs
&à boucher ces trous pour s'établir
dans cette partie ſuperieure;
mais ils n'y peuvent parvenir,
qu'aprés, avoir fait le voyage de
la Vallée , & s'eſtre enrichi par
quelque gain: La Religion de ces
Peuples reſſemble aſſez à celledu
GALANT. 293
Royaume de Calicut. Leur Religion
eſt bizarre. Ils adorentjufqu'au
Diable auquel ils ont conſacré
deux Cafes qui portent ſon
nom.
Ce Pays appartient au Prince
Tric, qui a pour voiſine la Princeſſe
Trac; la proximité & le rapport
d'humeurs les fit ſonger
l'un & l'autre à une alliance , &
à réünir leurs Etats. Tric épouſa
tout d'un coup la Princeffe Trac,
fans aucune ceremonie , & fans
autres réjoüiſſances que celles
d'un concert de Cornets qui font
les ſeuls inſtrumens de Muſique
dont on ſe ſert en ce Pais -là.
SiTric fit grand bruit le jour &
la nuit de ſes nôces , on ne peut
pas dire de lui qu'il fit peu de befogne
; fon Epoufe en donna des
1
Bb iij
294 MERCURE
marques : aprés avoir mis tout-àbas
, elle accoucha au 9. mois
d'un Garçon que l'on nomma
petitJean.
A peine fut-il né qu'on fit prefent
au Roy ſon pere , d'un beau
berceau , & fa nourrice auſſi-tότ
mit dedans le petit Prince.
Tric qui vouloit que ſon fils fut
élevé ſimplement, l'envoya àl'Edole
, comme les autres enfans ,
mais quelque ſoin que l'on pric
pour lui rendre la parole nette &
aiſée , on ne pût jamais en venir
à bout , il aimoit ſes deffauts , il
les confervoit par obſtination ,&
il fut impoſſible de luy rompre la
bredoüille qui lui étoit naturelle.
Il eût un jour une dispute avec
fon Maître au ſujet d'un petit
Chien qu'ils trouverent ; ce Maître
qui étoit un Grec le voulut
GALANT. 295
nommer Quiness mais fean lui
donna le nom deRencontre.
- Apeine pût-il recevoir les premieres
impreſſions des Sciences ,
ques ſon goût le porta entierement
à l'Arithmetique , dont il
réduiſit lesnombresà ſix,qu'il fir
graver chacun en particulier fur
chaque, face d'un cube , dont il
trouvala duplication, & qu'il appalladzan
l'honneur du dez
d'unejeune Princeſſe qu'il cheriffoite
ob
2L'application qu'il avoit pour
fes études , & l'exercice qu'il faifoit,
lui donnoitun grand appetit,
on ne put jamais l'empêcher de
tenir deux tables , l'une en public
avecle Roy & la Reine , l'autre
enparticulier avec ſes amis , fur
laquelle on fervoit ſouvent une
αππου Aaning
296 MERCURE
poule, qu'il joüoit avec ſes camarades
, avant de la manger , pour
faire digestion il montoit à cheval
, ſamonture ordinaire étoit un
barbe entier qu'il nommoit auſſi
dez, ce cheval ne poſoit ſouvent
pasà terre ; il devint vicieux ,&
ſur lesplaintesqu'on lai en fit, il
dità fon Maréchal coup é dez .
Eſtant un peu avancé en âge ,
le Roy fon pere le fit voyager ,
il cut pluſieurs avantures , tantôt
heureux juſqu'à faire de grands
gains , ſans le remuer , && fans
bouger de fa place , tantoſt mal
heureux , quelquefois riche
quelquefois pauvre : l'Histoire
même rapporte qu'il fut un jour
réduit à Abattre du Bois ; il eſt
vray qu'il ne le portoit pas tou
jours luy même , mais qu'il char
geoit ſouvent le Baudet dont ilne
GALANT 297
ſe trouvoit pourtant pas mieux.
D'abord qu'il avoit abattu du
bois il prenoit son coin pour le
fendre , il prenoit auſſi le coin de
fon voiſin par force & par puis-
Jance , fans ſe foucier de cequ'on
en pouvoit dire. Il le battoit
d'une terrible maniere pour le
mieux enfoncer ; lorſque le bois
eftoir trop dur , on ne luy a ja
mais pardonné la foibleſſe qu'il
avoit pour fon coin , il luya donné
droit de Bourgeoifie , lorſqu'il
eſt parvenu à la Couronne , & a
vouluqu'on le nomma Coin Bour.
geois, par la même raiſon que
Caligula fit ſon cheval Conful
Romain.
*Sa miſere ne dura pas longtemps
, fon pere luy fit tenir des
doublons , ou Doublets , monnoye
du Pays , qui vaut la moitié en
298 MERCURE
هو
fus,plus que lespieces ordinaires,
il vit les Dames par ce moyen , &
les aima toute ſa vie , il eût d'a
bord pour Maîtreſſe une jeune
Princeffe , pour laquelle il avoir
beaucoupde reſpect , illa baifoit
ſeulement ſur la joüe , en entrant
&en fortant , & ne pût jamais
obtenir aucune autre -favour
d'elle ; mais pour les autres Dan
mes il en faifoit ce qu'il vouloits
& il ſuffifoit qu'il cûc dịc un cor,
tain mot miſterieux j'adouble , en
les touchant, pour qu'on ofa pas
y trouver à redire , on ne laiſſa
pas cependant de l'appellerJean
de trois coups pour avoir pouffe
unpeuvivement ſixDames àtrois
repriſes ſa vigueur ne dura pas
longtemps , la ſeule vuë de Margot
la fenduë lui caufaune eſpece
de paralyfie , les jeunes Seigneurs
GALANT. 299
s'enmoquoient , & diſoient tout
haut , Jean qui estoit toûjours en
mouvement avec les Dames , eft
à preſent ,Jean qui ne peut feulement
pas approcher de celles
qui lui donnent beau , & qui font
à moitié découvertes , il guerit
dans la fuite de cette maladie ,
aprés laquelle il devint grand
tout d'un coup , & prit le nomde
GrandJean. Ce fut alors que fes
occupations devintent plus ſerieuſes
, & qu'il tâcha de remplir
les devoirs de ſon état : Il alla à
la guerre , il battit &fut battu ,
il aſſiegea des Villes , en prit
quelqu'unes , & leva le fiege devant
d'autres ; fon courage éclatoit
dans toutes les occafions . II
eût un jour une querelle à ce ſujetavec
un brave qu'il appella en
duel; pour champ de bataille il
300 MERCURE
prit le coin d'une ancienne maifon
où il crût eſtre en repos , le
combat ne dura pas longtemps,
ſon ennemi lui porta une quarte,
ce fut un coup faux , il la para ,
& luy poufla la botte fecrete ,
dont il fut enfilé ; mais s'il étoit
ferme dans l'occaſion , il marquoitbeaucoup
de legereté dans
le cabinet , on l'entendoit dire en
plein Confeil & avant qu'une
affaire fut entierement decidée,
(jem'en vais ) & il paffoit ſouvent
d'un avis à un autre , ſans en ſçavoir
la raifon : ce caractere luy
attira de grands chagrins , il fe
dégoutadu métier de la guerre ;
&réſolut de retourner auprés de
ſes parens pour mener une vie
douce & tranquille .
A fon arrivée il alla ſaluër le
Roy ſon pere , qui ne le reconnut
GALANT. 301
pas d'abord , parce que ſes lunettes
eſtoient ternes , la Reine ſa
mere courut au -devant de luy , &
dit , ah te voilà mon fils , Jean
de retour : on expire de joye comme
de douleur : lebon Roy & la
bonne Reine eûrent tant de plaifir
de revoir leur fils , qu'ils en
moururent , on les mit dans deux
cercuëils , on fit deux enterremens
, où il fut beaucoupfonné,
& les peuples en porterent double
deüil.
Le Prince perdit tout en perdant
fonpere & fa mere , leur decés
lui attira une infinité de malheurs
dont l'Hiſtoire ne fait aucun
détail; on ſçait ſeulement par
tradition qu'il rompit avec ſes
meilleurs amis , qu'il ne put pas
tenir contre ſes ennemis , qu'il
mourut en langueur & qu'il fut
- 302 MERCURE
exhorté à la mort par un Carme
qu'il avoit amené lui-même à la
Cour ; ſes peuples lui érigerent
une pyramide qu'on appella La
pile des malheurs : quelques recherches
qu'on ait fait pour en
-fçavoir d'autres particularitez ,
on a pû en venir à bout , c'eſt la
raiſon pour laquelle on ne peut
rien dire davantage de ce malheureux
Prince , à moins qu'on
ne recommence .
POST- FACE
OU
EPITRE DEDICATOIRE
Acelles & ceux qui ont trouvé,
trouvent & trouveront cet Ouvragefade,
SALUT reverence.
Car eſt- il que l'uſage bien ou
mal établi a eſté de tout temps ,
GALANC . 303
deprevenir tous lifante ou lifans
par un anodin compliment , &
Couvent non ſans caufe.
Nous, convaincus de labonté ,
ſolidité , verité , utilité , & fublimité
de ce nôtre preſent ouvrage,
avons pris route toute contraire,
&demandons avec confiance aux
gentils& habiles connoiſſeurs les
remerciemens du preſent que
leur avons fait ſi précieux.
Mais comme le plus jutte s'abufe,&
qu'onques abufer ne voulons
de la credulité, complaifance , ou
vanité d'aucuns , qui le trouvant
fade , n'oferoient le dire , dans
la crainte qu'on ne les montra au
doigt , pour y avoir misleurs deniers
, celles ou ceux qui feront
affez mal - encontr'eux pour ſe
trouver dans l'un des trois cas
iront chez le Typographe ; illec
>
304 MERCURE
ils récupereront leur finance ,ſans
autre déduction que du ſixiéme
pour les fauxfrais du Bibliopole ,
àla charge toutefois , & non autrement
, qu'au dire de gens à ce
connoiflans , ils n'auront par la
lecture de cettuy ouvrage l'eſprit
plus orné qu'auparavant , & qu'ils
rapporteront le livre ſans corne,
tacheni macule.
Scripfie
Il me reſte un mot àvous dire
des ſpectacles . L'Auteur de l'extrait
hiſtorique dela Tragedie de
Marius n'auroit pas manquéd'en
donner la critique ce mois-ci, ſi la
chute malheureuſe & precipitée
de cette piece ne l'avoit pas
trompé , comme elle a trompé
tout le monde.
A l'Académie Royale deMuGALANT.
305
fique on a repreſenté le... dece
mois l'Opera de Theonoé , dont
la premiere repreſentation a foulevé
d'abord bien des gens, &excité
une grande rumeur ; la critique
en a montré les deffauts , les
Auteurs les ont corrigé le mieux
qu'ils ont pû , & la piece a repris.
Pour les habits , les decorations,
&tout le ſpectacle en general , on
ne peut imaginer rien de plus magnifique
,& c'eſt à l'attention de
Meſſieurs les Syndics que le Public
eſt redevable de l'éclat &du
bon ordre qu'il admire aujourd'hui
à l'Opera .
Trés- humble Requeste de l'Auteur
aux Lecteurs .
Aprés toutes les jolies choſes
que vous venez de lire , vous ſeriez
bien ingrats , mes chers Lee-
Decembre 1715. Cc
306 MERCURE
i
teurs , de vous reſſouvenir encore da
mauvais proverbe que Mr dela Bruyere
arépandu dans le monde àla honte
du Mercure Galant & à la confufion
de ſes Auteurs. Vous ſçavez qu'il l'a
mis au- deſſous de rien. J'y mets moymême
ſouvent le mien ; mais ma modeftie
doit faire pourmoy, & la juſtice
⚫ne condamne pas ſur ſa dépoſition , un
homme qui s'accuſe.
Je parlois donc il y a quelques jours.
duMercure avec cette humble ſimplicité
que vous me connoiffez tous, depuis
que nous nous entretenons enſemble,
&j'étois alors chez une Dame dont le
merite eſt honoré , & le nom connu
dans toutes les Contrées du monde
, en preſence d'une autre Dame qui
eſt par ſon eſprit , fes graces , & fon
rang , une des plus diftinguées du
Royaume : Le reſte de la Compagnie
étoit composé de gens celebres à la
Cour , dans la Magistrature & dans les
Lettres , lorſqu'un jeune Senateur da
haut Languedoc , beau comme Cupi
GALANT. 307
don, frifé &bouclé comme Adonis y
aimable , & précieux en un mot des
piedsjuſqu'à la têre ,ſaiſit àmon ſujet,
ce mauvais refrainde la Bruyere. Je res
connus alors le mechant uſage que les
jeunes gens faifoient ſouvent de la lecturedes
meilleurs Livres . J'en eusimême
pitié mais avant de deffendre la
cauſe du Mercure ,je voulus eſſayer de
connoîtreun peu mieux le Perſonnage
qui j'avois affaire. J'en vins à bout,&
je me trouvay ſur le champ fans replique
, parce que je remarquay que ma
partie n'étoit qu'un de ces jeunes gens ,
quil, avec quelques bluetres de memoire&
d'éducation, ſaiſſiſſent la parole
avec confiance , la diftribuent
avec orgueil ,& ne la quittent jamais
qu'à regret. Pour celuy- cy , Dieu
veüille que cette petite leconl'inſtruiſe.
FAUSSE MARINE .
Je ne ſçay de quel droit j'ai établie
dars mondernier Journal une Marine
en Bourgogne ;mais je vous avoueray
debonne foyque tous ceux qui ont lu
(
308 MERCURE
cet article , ont refuſé hautement leur
agrément à feu M. le Préſident du
Guay , pere de M. du Guay dont je
vous appris alors la mort , & à qui j'avois
jugé à propos d'en donner l'intendance
;peut-eſtre eſt ce parce qu'il
n'y eût jamais de Marine en cette Province
; fi c'eſt là leur raifon , elle eſt des
meilleures , & j'y ſouſcris d'autant plus
volontiers , que je ne croy pas que le
même feu M. du Guay , en quelque fituation
qu'il foit en l'autre monde foit
d'humeur de revenir en celuy- cy , pour
y exercer malgré eux une commiffion
extraordinaire que j'avois crû ne pouvoir
refuſer à ſes ſervices , & à ceux de
Meſſieurs ſes Enfans.
: APOSTILLE•
Mr le Marquis de Caylus , Lieutenant
General des Armées de S. M. C.
forti du Royaume depuis pluſieurs années
pour ſe retirer en Espagne , où il
a fervi le Roy avec distinction , fat
ſe rendre les premiers jours de ce mois
à la Conciergerie , au ſujet du Duel
GALANT . 309
dont on l'avoit accuſé avec M. leChevalier
d'Auvergne , & en eſt forti le
12. aprés avoir eſté abſous en plein
Parlement d'une voix unanime. Il y a
dix-huit ans que cette affare eſt arrivée.
La Chambre des Comptes de Blois ,
qui eſt une des plus anciennes duRoïaume
par la création ,établie àl'inſtar de
celle de Paris ,& des autres Chambres
des Comptes du Royaume , confirmée
par tous les Rois Prédeceſſeurs de Sa
Majesté, ayant deputé ſes Officiers
pour complimenter le Roy ſur ſon avenement.
àla Couronne le 6. Decembre
1715. ils ont eſté preſentez à Sa Majeſté
par M. le Comte de Sommery ,
Lieutenant General de la Province , &
introduits par M. Deſgranges , Maître
des Ceremonies.
AUTRE APOSTILLE.
Je vous donneray le 3. de Janvier
un Supplément à ce Mercure , ſous le
Titre de Memoire Litteraire : On y
trouvera un Ouvrage critique ſur la
controverſe quidiviſe les Gensde Let310
MERCURE
tres;tous les Exemplaires feront paraphez
de ma main...
Valete optimi illuſtriſſimique Lectores
iterum , atque iterum valete : cela veut
dire : Portez vous longtems bien , &
foyez perfuadez du zele ſincere ,& du
tres-profond reſpectavec lesquels j'ay
P'honneur d'eſtre , Voftretres- humble,
&trés -obéiffanyServiteur ,
B
LOVE DELA
MERCURE
12
TABLE
Eaudébut enVers de la f con de l'Aut. a
Suite ingenieuse defon Prélude.
Invitation aux Poëtes à faire l'éloge de Louis
leGrand.
Odefur lamortduRoy.
R
ود
26
Haranguefaite àMonseigneur le Duc d'Orleans
par M. de Montempuys , Recteur de l'Uni- 6
verſité 37
Prefacesur l'Histoire galante de l'Ambassadeur
dePerfe, que l'Auteur & prudemment divisée.
parChapitres. 427
Chap. I. Des évenements curieux qui ontpreceTABLE.
délàMiſſiondeMehemetRiza Beg enFrance.
48
Chap. II . Comment Mehemet Riza Beg fut
nommé par le Kan d'Erigan , Ambassadeur
de Perſe en France. 59
Chap. III . Comment Mehemet Riza Beg arriva
àMarseille , & ses beaux dits & gestes en
cette Ville. 74
Chap. IV. Suite du precedent Chapitre , & comment
Mehemet pourfendit un Cochon d'unseul
coup defon cimeterre. 91
Chap. V. Suite du Chapitre precedent , & de
quantité d'autres belles choses que fit &dit
Mehemet , jusqu'au jour qu'il fortit de Marfeille.
100
Chap. VI. Des avantures , disgraces & extravagances
fingulieres qui arriverent pendant le
Voyage deMehemet depuis Marseille jusqu'à
Lyon. 113
Etat des noms des Officiers de la Maison duRoy,
decelles deMadame la Ducheſſede Berry, de
Madame, deMonseigneur leDuc& deMadame
la Ducheße d'Orleans..
Nouvelles de Venise.
DeRome.
DeHambourg.
13 1I
177
183
191
De Vienne.
196
DeMadrid. 200
De Londres.. 207
DelaHaye. 213
DeParis. 215
TABLE.
DeS.Male.
Morts.
218
220
Lettre de confolation àMademoiselle de ***.
furla mortdefon oncle. 235
Il ne faut pas diſputer desgoûts. Nouvelle nouvelle
241
Mariages. 248
Chanjon. 269
Chapitredes Enigmes. 272
Etrenes d'une Dame à M. D*** . 276
Versà Madame V. 278
Sonnet fur l'abjuration d'une jeune Demoiselle.
281
AutreSonnet à lamême. 184
Madrigal à la même. 286
Avis important aux Muses qui negligent leurs
Perſonnes. 287
Differtation courte &sçavantefur lelangage des
Logogrifes. 288
Logogrife. 290
Historique& burlesque origine du Tric tracpar
M. de M**. 291
Nouvelles des Spectacles . 304
Trés-humbleRequesßeddee l'Auteur anx Lecteurs.
305
FausseMarine. 307
Apostille. 308
AutreApostille. 309
L'air doit regarder la page 269
La Figure du Logogrifedoit regarder la page
$90
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le