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807156
NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
MEQUE DELAVILL
UNI
NCV
NIN
*
183*

A PARIS ,
M. DCCX V
AvecPrivilege du Roy.
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur Le Feure.
Mois
d'Octobre
1715.
Le prix eſt 30. fols relié en veau , &
25. ſols , broché.
A PARIS ,
Chez D. JOLLET , & J. LAMESLE ,
aubout du Pont Saint Michel ,
du côté du Marché-Neuf ,
au Livre Royal.
AvecAprobation,&Privilege du Roi
3
MERCURE
NOUVEAU
DEDIE

LYON
* 10
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES .
M ONSEIGNEUR ,
VIL
Si voſtre Alteſſe Royale n'a
que de la diſpoſition à ne pas
Octobre 1715 . A ij
4 MERCURE
s'ennuyer , ( ce qui eſt d'autant
plus vray ſemblable dans un
Prince de ſon âge , qu'en cela
tous les hommes luy reffemblent
) je la ſupplie de me permettre
de luy dédier doreſnavant
mes ouvrages. Je feray
pour ſon amusement , en dépit
de tous les obstacles que
pourroit m'oppoſer la fortune
ennemie , une fi grande proviſion
de gayeté , que la fource
en ſera deſormais intariffable.
Je feray un traité folidaire
avec les Graces , les Muſes &
les beauxArts , pour entretenir
GALANT. S
Vôtre Alteſſe Royale du bonheur
de la France , ſous la
glorieuſe Regence de Vôtte
Auguſte Pere , & je me menageray
ſoigneuſement des intelligences
chez toutes les Nations
du monde , pour recueillir
les fuffrages & les applaudifſements
qu'elles donnent &
donneront toûjours à ſes
royales vertus.
2. Voila , Monſeigneur ,un
magnifique projet. Je ne ſçay
pas trop bien dans le fonds
fi ce n'eft par une temerité à
moy de vous promettre de
ſi grandes chofes , par l'impof-
,
Aiij
6 MERCURE
ſibilité de vous tenir ma paro
le , où ſans doute me réduiront
les brillantes actions d'un fi
grand Prince ; mais du moins
je ſçay que je me contenteray
de faire ſimplement l'Hiſtorien
fidele , dans les occaſions
où je ne pourray peindre le
Heros de qui Vôtre Alteſſe
Royale a receu le jour.
Rien ne peut promettre à
la poſterité plus de merveilles
& plus de vertus en vous ,que
l'avantage glorieux d'avoir un
tel Pere. Qu'il foit donc l'uni
que modele de ce que vous
ferez , & vous ferez un jour ,
GALANT. 7
comme lay , pour le reſte de
voſtre vie,l'objet de l'amour &
de la benediction des peuples.
J'ay l'Univers entier pour
garant de ce que j'avance :
il engouverne le premier , le
plus riche ,& le plus floriſſant
Royaume ; dites luy , Monfeigneur
, au nom de tous les
François , qu'il apprenne à les
gouverner long temps , & à
menager des jours ſi précieux ,
dont ſes ſoins infatigables
pour noſtre repos , pourroient
abreger lecours . C'eſt de leur
durée& de ſa ſanté que dépend
noſtre felicité. M. Du-
Aiiij
8 MERCURE
freſny mon devancier a bien
fceu luy dire là deſſus en vers ,
ce qu'à chaque moment nous
luy diſons tous en proſe. Je ne
doute pas que vous n'ayez veŭ
cettepiece ; mais fur ce point
fes voeux & les noſtres ne
fçauroient eſtre trop publics.
VERS DE M. DUFRESNY
preſentez à Son Aiteſſe
Royale. Monſeigneur le
Duc d'Orleans , Regent de
France. :
:
Le bonheur de la France est
ton unique objet.
GALANT
Oferois-je grand Prince entrer
dans ton projet ?
Je voudrois à l'Etat me rendre
neceffaire ,
Comme tant d'autres voudroient
faire.
Ton Medecin déjafans doute s'eft
vanté
D'être utile à l'Etat enfoignant
taſanté;
Sije prenois foin moy , de lafaire
bien nive
Fe dis bien , avec goût , par l'efprit
, c'est à dire ,
D'un rire convenable aux Princes
tels
quetoy,
S'il en fut oncs'entend, mais re
10 MERCURE
venons à moy?
Pour le biende l'Etat , Prince ,je
teSupplie
Que jefois Medecin de tamelancolie.
F'entre en poffeffion , j'ordonne
gravement ,
Pour taſanté queje tefaffe rire.
Il tefautdu delaſſement
Sans cela pourrois- tufuffire
Arenouveller un Empire.
Cen'est qu'unjeu pourtoy ,d'accord
, je le comprends.
Pour des confeils tous differens ,
Toûjours tes déciſions prêtes ,
Toutes justes malgré tant de diverfué!
GALANT
Le Ciel t'a donné plufieurs têtes ,
Mais tun'as, commenous ,qu'une
... Seule ſanté :
Eh ! quelle encor ? cen'eſtſanté de
Suiffe,
Il est bon qu'on t'en avertiße ,
Ton genie eft plus fort que ton
temperament.
Sur ce point ſeul aveuglement
Soûmets tes lumieres aux nôtres ,
Sur tafanté confulte nous nous
Dos autres morq
Car nousy prenons ſur ma foy ,
Beaucoup plus d'interêt que toy.
ς
A
Je remplirois au moins un
volume comme celui- cy de
i
12 MERCURE
pieces de Poëfies, fijepouvois
me réſoudre à vous faire part
de tous les Eloges en vers que
j'ay receus à la loüange de
Monfieur le Duc d'Orleans .
Jene croy pas que les eſprits ,
dans toutes fortes d'Etats , fe
foient jamais plus exercez ſur
aucun ſujet , qu'ils le font au.
jourd'huy ſur l'abondance ,
le repos & le bonheurs que
nous promet la Regence. Perſonne
en France ne voit main
tenant de plus prés que moy,
le zele des François . De cent
Villes de Province gades Seculiers
,des Curez , des Maî
GALANT . 13
tres d'Ecole , des Docteurs ,
des Medecins , des Poëtes ,
m'ont envoyé par la poſte ,&
paroleurs amis , des compliments
en vers , & en profe,
en Latin, en François, &mêmeen
Allemand , pour Monfieur
le Regent. Parlez luy ,
s'il vous plaît , la premiere fois
que vous le verrez, du double
employ où ſes vertus m'engagent.
Il me fait en verité
paffer les jours & les nuits à
lire tous les paquets qu'on
m'envoye pour luy. Qu'il ſçache
quelque choſe en paffant
de ce que j'ay l'honneur de
14 MERCURE
vous dire , c'eſt tout ce que je
demande. Il comprend à demi
mot; mais voici encore un pa
quet qui m'arrive, je parie qu'il
eſt de la même eſpece que les
autres. Juſtement. C'eſt une
Ode. Je l'ay lûë , & je vous la
preſenteàlire.
ODE.
Quel malheur cauſe la triſteſſe,
Que j'apperçois de toutes parts ;
Peuples quelle douleur vous
preffe
Etpourquoy ces tristes regards ?
Mais malgré mon impatience
GALANT. IS
Vous gardez un morne filence ;
Ofort! o regretsfuperflus ;
Les grandes douleursfont muettes
Mais vos pleurs font vos interprêtes
,
Je les entens! Lovis n'est plus.
Ainsi cetAuguste Monarque
Deſes ennemis redouté,
Subit des Arrests de la Parque
L'immuable fatalité.
Ce Soleil finitfa carriere !
O toy qui reprensfa lumiere ,
Ciel ! nous imploronsſa bonté;
Mais déjasa mainfecourable
D'un nouvel aftre favorable
Fait luirefur nous la clarté.

16 MERCURE
Que vois-je ! quel prodige en.
core
Paroift ! en croiray-je mesyeux?
La Divinité qu'on implore
Viendroit- elle habiter ces lieux?
Vois- je defcendre fur la Terre
La fille du Dieu du Tonnerre ,
Faut- il luy dreffer des Autels ?
N'en doutons plus ; deſaprefence
Sous les traits du Regent de
France
Minerve honore les mortels.

Comme l'on voit aprés l'orage
Les humains erransfur les flots
Découvrir enfin le rivage
Qui rend l'espoir aux matelots ;
Ainfi
GALANT. 17
&
Ainſi ſe diffipent les craintes
Dont nos ames estoient atteintes
Al'aspectde nostre Heros ;
Ferme appuy d'un peuple fidele
Pour récompenfe defon zele
Il va luy rendre le repos.
Les temps de Saturne & de
Rhee
Se renouvellent parſes ſoins ,
Déja Themis autorisée
Luy reprefente nos beſoins.
Il est touchéde nos allarmes
Sa main daigne effuyer nos larmes
Il previent, comble nos fouhaits ;
Qu'à jamais le Ciel qui l'anime,
Faße àce Heros magnanime
Octobre 1715 . B
18 MERCURE
11
Un fort digne de ſes bienfaits .
١٠
Tel que l'on nous dépeint Alcide
Terrible au milieu des combats ,
On avûce Prince intrepide
Etre l'exemple des Soldats ;
८ Et maintenant infatigable
Par un travail inexprimable
Il cherche un remede ànos maux,
Déja l'iniquité proſcrite ,
Les emplois donnez au merite ,
Illuftrentſes premiers travaux.
Parar une maxime maximeſiſage ,
Poup'es heureux vous recevez
L'infaillible &precieux gage
GALANT. 19
Des biens qui vous font refervez;
Voicy lafaiſon defirée
DeThemis , ainsique d' Aftrée ,
Lesfaints Autelsfont rétablis.
La valeurjointe à la prudence ,
Fontsous une augusteRegence ,
Fleurir le rejetton desLys.
*
Venez Rois , prenez le modele
Qui vous eft icy preſenté,
Du bonheur d'un peuple fidele
Faites voſtrefelicité?
Et vous puißances immortelles ,
S'il eft quelques graces nouvelles
Que vous referviezà nos voeux,
Que de ce Heros les années ,
Degloire &d'honneurs couronnées
Bij
20 MERCURE
1
S'étendent jusqu'à nos neveux.
Mais que fais- tu , Muse in
difcrete ?
Defifoibles expreffions
Ne font qu'une ébauche imparfaite
Des vertus que nous admirons.
Choisis unfujet moins fublime
Apeindre un Heros magnanime
Tu fais des efforts impuißans ;
Arrête, abandonne la Lire
Aux Auteursqu' Apollon inſpire;
Dis ,fi tu peux , ce quejefens.
Vous qu'une noble ardeur
anime
GALANT. 21
Achanter fon nom ,ſes vertus ,
Meritez, s'ilsepeur , l'estime
D'un Prince plus grand que
Titus.
Tracez vous des routes nouvelles,
Le paſſfén'a plus de modeles
Si dignes de vous être offerts ;
Mais craignezle destin d'Icare?
Que d'Auteurs enſuivantPindare
Irontſe perdre dans les airs !
Prince que la France revere ,
Moins par lefang&le pouvoir,
Que par lefacré caractere
Que le Ciel en vous nous fait
voir.
22 MERCURE
Daignez excufer mon audace ,
Le respect dans mon coeur fais
place
Au zele que vous m'inſpirez.
Vostre aspect même m'encourage.
Des Dieux dont vous estes l'Image
,
Nos voeux neſont point rebutez.
Comme la lecture de ce
Livre ne vous eſt, je penſe, encore
guere familiere , avant
quevous en liſiez davantage ,
il eſt bon de vous dire que la
liberté eſt l'ame de ce volume,
que tout ce qui s'offre de paffable
ſous ma main & à mon
GALANT. 23
imagination , y trouve indiftinctement
ſa place , & que le
deflein n'en paroiſt ſuivi qu'à
proportion du rapport qu'ont
entre eux les ouvrages qui
ſervent à le remplir. Ce rapport
dépend de la diligence ,
oudela lenteur de ceux qui
lecompoſent , & de là naît la
neceffité de ſuppléer par des
faillies , à l'arrangement qu'on
pourroit exiger de moy , fi les
honnêtes gens qui me prêtent
des fecours avoient le loiſir
de me fournir des pieces qui
puffent marcher à la queuë de
celles qu'il leur conviendroit
24 MERCURE
de ſuivre ; mais alors la pre
miere fantaisie , une Hiſtoire
,
galante , par exemple , m'aide
ſouvent à me tirer d'affaires
Témoin celle- cy.
ALC 51304
i
: Y
HISTOIRE
Ces admirables Heroïnes
dont les Romaris nous font
de fi brillants portraits ,étoient
autrefois dans l'uſage commode
de courir le monde dans
des chars, ou fous des palefrois.
Un Chevalier amoureux , un
Ecuyer fidele , une aimable
Compagne , ou du moins
unc
GALANT. 25
une Suivante difcrete , les
accompagnoient dans tous les
hazards où les expoſoit à cha
que inſtant leur excellente
beauté. Un monſtre , un bart
bare , ungeant , un lache
raviffeur ,& ſouvent un rival
infortuné , les rencontroient
dans un defilé , au fonds d'une
forêt, au piedd'une montagne,
ou au paſſage d'un fleuve. La
il étoit fans doute queſtion de
faire preuvede valeur. Le ſang
couloit de toutes parts , & la
Princeſſe alloit eſtre la proye
d'un perfide ennemi , ou d'un
tigre affamé , file Ciel n'eût
Octobre 1715 . C
26 MERCURE
H
envoyé l'intrepide Chevalier
aux Armes noires. Alors le
combat changebien de face ,
le monstre eſt ſur le champ
immolé à ſa juſte fureur , l'int
fame raviſſeur a déja mordu
la pouffiere , ou le geant eft
exterminé. Le Heros quitte
à l'inſtant les étriers ,deſcend
precipitamment de cheval ,&
d'un air extafié de labeauté de
la divine perſonne qu'il vient
d'arracher à ſes cruels ennemis,
il va ſe proſterner à ſes pieds ,
&la remercier tres- humblement
de la gloire qu'il a en ce
jour d'être ſon liberateur.
GALANT. 27
C'eſt aux voeux qu'elle a faits
pour luy , qu'eſt dû l'éclat de
ſa victoire. De son côté la
Dame le felicite,&aprés maint
&maint complimens , il la
mene dans un ſuperbe Palais
qui eſt environ à un mille du
champ de bataille. Là ils ſe
contentpar interpretes les differentes
avantures de leurs
vies , & bientoſt par bricole
tous les liens du ſang & de
l'amitié les uniſſent à jamais.
Ona ,grace au temps qui
détruit tout , &àdes reflexions
fortfages , bien abregé main
tonant toutes ces façons. Au-
Cij
28 MERCURE
jourd'huy les belles coutent
le monde fans tant de ceremo
nies ,&ferencontrent heureufement
ſur les grandes routes ,
comme des Pelerins, En voicy
un exemple recent entre mille.
Entre Morfontaine & Bertrandfoſſe
deux Villages fruez
environ à neuf ou dix lieuës de
Paris , un beau jour du mois
d'Aouſtvers les quatre heures
du matin ,une jeune & belle
fille fut rencontrée par un Part
ſan , au milieu d'un champ.
Elle étoit vêtue d'un habit de
tafetas rayé , fon juppon étoit
detafetas couleur de rofe, avec
GALANT. 29
un point d'Eſpagne d'argent ,
pourpla coëffureelleavoit une
garniture àdentelles negligée,
elle avoit une jambe chauffée
dunbas de ſoye verte& l'autrehat
telle portoir ſes ſouliersen
pantoufle , & fc promendit
triſtement ſur un tendbergazom
si ab his
Dés que le Paysan l'eût apperceu,
ſa curiofité le conduifit
vers elle hé mon Dicu ! luy
dit-il , Mademoifelle , que faites
vousfichaatin fur cette per
louze ,il y a une demie heure
que je vous examine de loin ,
vous devriez être bientôt laſſe
:
Ciij
30 MERCURE
de vous promener. Il eſt way,
mon amy, luy dit elle ,quiby
adéjalongtenis que jemepro
mene ,& j'ay envie de me pros
mener encore. Je n'aurois pas
pris la liberté de vous parler ,
luyrépondit-il, ſije vous avois
creu habitante de ces lieux .
mais je ſuis de la maiſon de
M. de H** qui eft Seigneur
de Morfontaine,&dont vous
voyez le Château; une perfon
ne miſe comme vous , ne peut
ici demeurer que chez luy , &
vous n'y demeurez pas. Celá
eſt encore vray, reprit labelle;
mais M. de H ** ne sçauroit
GALANT. 31
trouver mauvais qu'on ſe promene
fur ces terres : paſſez vô
tre chemin ,mon amy , & me
laiſſez en repos. Le Payſan qui
alloit à ſa Ferme quitte ſa route,
au lieu d'aller à ſon travail
&retourne fur fes pas pour
annoncer cette avanture à fon
Village: en chemin il rencon
tre un Garde chaſſe de ſon
Mailtre ,&le mene à l'endroit
où il avoit laiſſé cette belle in
connue. Le Garde-chaffe luy
fait le même compliment que
lePayfanluy avoit fair. En verité
, luy dit elle , les gens de
ee Pais cy ſont étrangement
Ciiij
32 MERCURE
curieux, je me promene ,yous
dis- je & n'ay rien davantage
à vous dire. Mais , Mademoifelle
reprend l'autre , vous
vous tuez à force de vous promener
; & que vous importe ,
luy ditzelle bruſquement, font
gelà vos affaires ,& n'eſt il pas
permis de chercher de filence
& le repos au mitica d'un
champ, en un mot vous n'a
vez rien à voir à ce que je fais
ici , & votre curiofité eſt une
curioſité extravagante. C'eſt
voſtreinterêt ,luy répondit il,
qui me porte à vous faire ces
queſtions , le Soleil eſt déja
GALANT 35
haut ,jecrains que la chaleus
ne vous ſoit nuiſible ,& vous
me feriez un vray plaifir de
vouloir bien accepter, unaſyle
dans ma maiſon. A la bonne
heure,Monfieur ,luy dit-elle,
vous pouvez m'y mener. Elle
ſe laiſſa conduire au Château
deMorfontaine ,dont le pere
de ce Garde - chaſſe étoit le
Concierge. Il l'introduit dans
une grande chambre , où d'abord,
aprés l'en avoit mis de
hors ,& enavoir ferméla por
te , elle ſe jette ſur un lit , où
elle s'endort tranquillement.
Pendant ſon, ſommeil la
1
3144. MERCURE
Concierge entre , s'approche
dulit fans bruit , & va de prés
examiner les traits de cetre
jeune perſonne. Tant de gra
ces&tant de charmes l'éton
nent ſi agréablement ,qu'elle
attend ſon revcil en l'admi
rant. Au moment qu'elle luy
voit ouvrir les yeux , vous venez
, lui dit- elle , Mademoiſelle
, de dormir d'un ſommeil
affez doux , n'auriez vous pas
maintenant beſoin de manger.
Ouy , Madame , lui répond
cette aimable inconnue , je
mangeray volontiers , & tour
ce que vous voudrez bien me
د
GALANT. 35
donner me fera plaiſir , parce
qu'il y a déja longtems que je
n'ai pris de nourriture. On lui
fert auffitoſt tout ce qui peut
fatisfaire ſon goût & ſon appetit.
A la fin de ce repas , la
Concierge la queſtionne , que
faiſicz-vous , luy dit-elle, àune
heure auffi induë , dans le
champ où l'on vous a trouvée.
Je me promenois , Madame
lui répond-elle àſon ordinaire.
Mais qui vous astconduit en
ces lieux ? mon étoile. Y connoiſſez
vous quelqu'un ? perfonne.
Etes vous des environs
de ce Village ? non, D'où eres
36 MERCURE
vous dond ? de loin. A qui apa
partenez- vous ? à ma Famille.
Ou demeurent vos parents ?
chez eux. Eſt cela tout ce que
vous me voulez dire ? ouy. La
Concierge rebutée de ces mot
noſyllabes va trouver Madame
de H ** qui faifoit alors
une reprise d'ombre avec des
Dames de les amics qu'elle
avoit invité à venir paffer les
beaux jours à la campagne. La
nouveauté des choses qu'elle
entend la détermine à quitter
fur le champ ſon jeu ,pour at
Her voit l'extraordinaire pet
fonne dont on vient de lu
GALANT. 37
faireun fibizarre recit.Les Dames
avec qui elle étoit , auſſi
curicuſes qu'elle , la ſuivent
auffitoft , & elles entrent enſemble
dans la chambre ou
l'on avoit mis l'inconnuë . La
belle à qui il manquoit un bas ,
& qui s'étoit apparemment attendue
à une pareille viſite
avoit profitéde l'absence de la
Concierge pour ſe mettre entre
deux draps.
Lelit eft aujourd'hui , com
ةيبرعلا
me iill a,je penſe,toûjours été,
le vrai champ des Dames ; il
ur fert de cabinet de toilet-
L
ZUST
re, de falle d'audience , de bu
38 MERCURE
reau de nouvelles , comme de
theâtre à la galanterie.Celle-ci
qui n'étoit aſſeurement pas
une bête , s'étoit prudemment
emparée de celuy de la Concierge
pour y joüer le rôlle
qu'on va lui voir repreſenter.
Dés qu'elle vit Madame de
H ** & les Dames qui l'accompagnoient
, elle leur fit
donner des ſieges par les Domeſtiques
qui les avoient fuivies
, elle les pria fort civilement
de s'affeoir , & aprés
C
quelques compliments generaux
, elle adreſſa particulierement
la parole à la Maiſtreſſe
GALANT. 39
de la maison. Madame , luy
dit elle oſcrois-je vous de
mander quel eſt préciſement le
motif de la viſite que vous me
faites l'honneur de me rendre,
on vous a dit ſans doute des
choſes ſi ſingulieres de moy ,
que vous n'avez pû vous refufer
à la curiofité d'examiner
vous-même l'objet de ces nouveautez.
Heureuſe encore fi
on ne m'a pas fait paſſfer dans
voſtre eſprit pour une folle.
Mon avanture eſt rare , mais
elle eſt naturelle ; & tous les
évenemens que l'amour fait
naître quelque yernisode
40 MERCURE
dereglement qu'ils puiſſent
répandre fut notre conduite ,
font, ſelon moy ,juftificz toûjours
par l'amour. Je croy
Mademoiselle ,luy dit Madamede
H... que dans toutes
les actions de la vie , chacun a
lamême indulgence pour foy,
& qu'on ne manque jamais
d'être ingenieux àſe diſculper
d'avance de tout ce qu'on
appellefaute , à Dicune plaiſe
neanmoins que je veüille dire
par-là ,que vous ayez beſoin
avecnous de l'art avec lequel
tout le mondes'efforce d'autorifer
fa conduite. Nous ne
concevons ,
GALANT. 41
;
concevons ,ny ces Dames , ny
moysaucun prejugé qui vous
foit defavantageux ,& nous
ſommes perfuadées que vôtre
jeuneffe , voſtreeſprit,&voſtre
beauté (quoyque ces avantages
ſojent ſouvent funeſtes à
eclles qui en jouiffent ) ne font
aucuntortàvoſtre ſageſſe. Jo
ne vous parle quede ce que je
voydecharmanten vous ,Mademoiselle,
de grace appreneznous
maintenant ce que nous
ne foavons pas & que nous
ſouhaitons apprendre.
Quelque extraordinaire
Octobre 1715 . D
L
42 MERCURE
reprit elle , que foit le détail
des choſes que vous me de
mandez , je n'ay garde de
vous/ refuſer de vous conter
une hiſtoire dont le recit
&voſtre indulgence addouciront
ſans doute mes peines.
Ecoutez moy & foyez per ſuadées
de la veritédetout ce que
vous allez entendrenq novin
J'ay reçu le jour à Dijon , *
mes parents y font diftinguez
dans la robe , ils y poffedent de
grands biens , &mon pere eſt
*Elle les nomma , & leurs noms&
leurs qualitez farent connus de toute la
Compagnie.
GALANT. 43
シー
leChefde toute nôtre famille.
J'ay un frere de qui je ſuis
l'aînés& je n'ay pas encore
dix-huit ans. A neuf on me
mit au Couvent de ** où
jay reſté juſqu'à ma quinzić
me année , que l'on m'en retira
pour me donner en mariageàunjeuneGentilhomme
dont lepere étoit ami du mien.
Avant de nous marier on vou.
lutexaminer ſi nos inclinations
ſympathifoient enſemble , &
s'il y avoit lieu d'efperer de
nôtre union , toutes les ſuites
d'un bon ménage. Mon
prétendus ypritapparemment
Dij
44 MERCURE
1
fort mal , ou je ne me trouvay
point de diſpoſition à l'aimer
, auffi ne l'aimay-je ja
mais. Enfin il m'ennuya , me
rebuta , & me dégoûta tellement
de ſa perſonne pendant
une année entiere , que je
ſuppliay mon pere de me remener
au Convent. Le jour
que je luy fis cette priere
j'eſſuïay de luy & de ma meto
un orage d'injures . 127
Les peres veulent êtreobéis,
ils veulent forcer impunément
les inclinations de leurs enfans,
c'eſt leur manic , & ce fera
peut eſtre la nôtre , lorſque
GALANT. 45
nous aurons des enfans commecux.
con ob fol
Mon pere eſt violent; mais
bon , & ma mere eſt toûjours
d'une humeur intraitable : elle
n'a que trente-cinq ans ,& il
y a long-temps que je m'apperçois
que je ſuis l'objet du
monde le plus chagrinant
pour elle. Mon hymen avec
le Gentilhomme dont je viens
de vous parler la délivroit du
déplaifir de me voir luy ravir
tous les jours fans deffein , des
hommages qu'elle avoit la
bonté de croire meriter
mieux que moy. Je ne voulois
46 MERCURE
abſolument pas entendre par.
ler du parti qu'elle me propo
foit. Une mere jeune ne par
donne jamais ces deſobéiflances
:
Pendant tout le temps que
mon prétendu m'avoit importuné
de la fadeur de ſes ſoupirs
, un jeune Cavalier qui
venoit affiduement au logis,&
pourqui ma mere avoit toute
la conſideration imaginable ,
avoit trouvé le cheminde mon
coeur. L'intelligence parfaite
que par ſon efprit & fa difcretion
il entretenoit avec moy,
au milieu de l'affreuſe con
CALANT. 47

trainte où nous vivions , m'avoit
fait concevoir une ſitendre
eftime de ſon merite, que
je ſongeois éternellement à
luy. Dés le premier jour que
nous nous vimes , l'époux
qu'on me deſtinoit fut la
victime des fentimens qu'il
m'inſpira Luy faifois-je aucun
tort ? j'imitois en ce ſeul point
l'exemple que me donnoitma
Ce ne fut en un mot qu'à
la confideration de ce nouvel
amant que j'eus la patienced'écoûter
fi long temps les foupirs
d'un autre. Je crûs que
48 MERCURE
fonrival ſe rebuteroitdesmau
vais traitemens qu'il recevoir
de moy ,& qu'à la fin il ſelat
feroit de m'importuner ; mais
le contraire arriva ,&fon opil
niatreté fit avorter toutes nos
ofperances.
Je fus ainſi , aprés bien d'i
nutiles instances , remenée au
Convent où j'avois paffé les
premieres années de ma vie.
MonAmant fut quelque tems
inconfolable de mon abfence,
il ceffa de voir ma mere qui en
penſa mourirde douleur ;mais
la raiſon & l'amour ſe réünif
fanr, il fongea à tous les ex
pedients
GALANT. 49
pedients qui pouvoient lerapprocher
de moy , & le raffeurer
contre les perils auſquels
pouvoit m'expoſer l'éclat de
1
Que les précautions desAmants
font vaines ! aprés bien
des reflexions & des meſures
qu'ils croyent bien juſtes , ils
ne ſedonnent ſouvent la main
que pour ſe precipiter enſemble!
Cleante ( fouffrez , Mefdames
, que je nomme ainſi ce
cher objet de mon amour ,
Cleante , dis je , m'écrivit une
Lettre qui me fut tenduë par
Octobre 1715 . E
so MERCURE
une Tourriere , qu'une femme
ingenieuſe & ardente à nous
ſervir , avoit adroitement mis
dans nos intereſts .
Voicyles propres termes de
ſa Lettre.
Ilfaut, ma chereJulie , que je
vous voye ou que je meure. S'il
vous reſte quelque envie defauver
mes jours du malheur qui les
menace, approuvez toutes les mefures
queje vaisprendre pourm'af
feurer du bonheur de vous revoir.
Fay le Carnaval dernier effſayé
pluſieurs fois vos habits , ils
m'alloientfibien (vous lesçavez)
qu'aw Bal , tout le monde me prit
GALANT. SI
pour vous. Fay esté en poste à
Paris oùj'en ayfaitfaire qui me
vont à merveille; avec leſecours
&par le moyen de Dorinne , je
wais me mettre en penſion dans
voſtre Convent. Ne vous revoltez
point contre cette propoſition ?
ne craignez rien ? ma difcretion
vous est connuë; je ne vous demande
que de l'amour & du
courage.
Je fremis de crainte à la
lecture de cette étonnante
Lettre ,j'enviſageai en unmoment
toute l'horreur des périlsoù
ſe precipitoit mon malheureux
amant , &je fus vingt
E ij
52 MERCURE
fois fut le point de luy répóndre
d'une maniere capable de
le dégouter de la temerité de
fon entrepriſe , & peut être
même de l'amour dont il brûloit
pour moy ; mais ce même
amour en mon ame
luy les dangers preſque éviGALANT.
53
:
amour. Enfin je luy écrivis
ces mots .
ene
Soit foibleſſe , amour , ou fermeté
, je ne balance plus , cruel ,à
vous accorder le conſentement que
vous éxigez de moy , ma tendreße
pour vous vous le refuse , voſtre
amour me l'arrache erje ne me
rends que parce qu'une amante
éprise ne peut rien commmee moy د
que ceder aux volontez d'un
amant tel que vous.
Je vous laiſſe à penſer ſicerte
Lettre flatta ſes defirs im
petueux. Elle fit un ſi prompt
effer , que le même jour Dorine
qui étoit noſtre confidente
1.
E iij
54 MERCURE
le vint preſenter ſous le nom
de ſa niece à la Superieure du
Convent pour la recevoir en
qualité de Penſionnaire , qui
avoit , à ce qu'elle diſoit, beau .
coup de vocation. La Superieure
leur fit le plus obligeant
accueil du monde , & la nouvelle
Penſionnaire qui avoit
pris le nom de Mademoiselle
de Sainte Claire , mangea le
même ſoir au Refectoire avec
nous. La fraîcheur , la blancheur
de fon teint, ſa modeſtie,
ſa douceur , ſes graces la firent
bien toſt paſſer entre nous
pour une fille parfaite , nous
GALANT. SS
reſtâmes ainſi quelques jours
enſemble ,fans nous marquer
aucun attachement particulier,
ravie cependant au fonds
du coeur de joüir de la preſence
de mon Amant.
La ſympathie qui étoit entre
nous deux nous rapprocha
bientoft , Mademoiselle de
Sainte Claire s'attacha àmoy ,
&je m'attachai à elle comme
à la plus aimable Penſionnaire
du Convent. Deux mois s'é
coulerent ainſi dans les plaiſirs
de la plus charmante union du
monde , & nous joüirions
peut être encore de la même
E iiij
36 MERCURE
maniere,&dans la mêmeMaifon
, de la douceur d'être enſemble
, fi une de nos Compagnes
, plus claire voyante
que les autres , n'avoit pas demêlé
malheureuſement que
Mademoiselle de Sainte Claire
n'étoit fien moins qu'une fille.
Cette funeſte découvertesila
rendit amoureuſe de mon Amant
, elle devint ma rivale ,
elle cût même la cruauté de me
faire ſa confidente , bienafleu
rée que je ne trahirois jamais
"fon fecret. Je declarai auffitoft
à Cleante les frayeurs mortels
des dont m'agitoit la crainte
GALANT 57
que ce terrible déguiſement
n'allât juſqu'à la Superieure ,
& je le déterminai à ſe ſauver
au plus tard dans deux jours
par unedemie brèche quiétoit
alors aux murailles du Jardin.
Je conſens , me dit il , à tout
ce que vous voulez ; mais je
veux qu'à voſtre tour , vous
conſentiez à ce que j'exige de
vous. Si je me fauve de ces
lieux , il faut abfolument que
vous m'accompagniez dans ma
fuite. Que deviendriez vous
ici , ſi je vous ylaiſſois ? quelles
perfecutionsn'auriez vous pas
à effuïer de vos Compagnes ,
58 MERCURE
des Religieuſes , & de voſtre
Famille ? je vais faire avertir
Dorine de tout ce qui ſe paffe ,
elle ne demeure pas loin de ce
Convent , pour eſtre plus à
portée de nous ſervir , je vais
luy écrire de venir inceſſamment
ici , & je conviendrai
avec elle au Parloir ,de tout ce
qu'il faudra qu'elle faffe pour
noſtre delivrance.
Le même jour Dorine arri
va , il lui conta tous les malheurs
dont nous étions menacez
,& lui ordonna d'envoïer
le ſurlendemain à onze heures
du ſoir derriere les murs du

GALANT.
4
Jardindu Convent , fonValet
de chambre& ſon Laquais
avec deux chevaux de main ,
pour luy& pour moy, &deux
autres pour eux. Cependant il
fit bonne mine à ma rivale.
Dés que l'heure deſtinée
pour noſtre fuite , fut arrivée,
je deſcendis dans le Jardin ,&
àla faveur des tenebres je me
rendis en tremblantau lieu où
Cleante m'attendoit ; mais au
lieu del'yrencontrer, j'y trouvai
cette cruelle ennemie de
noſtre repos.Elle me prit par
la main, m'embrafla & me dit
en pleurant : Non , belle Julie ,
60 MERCURE
vous ne vous fauverez pas fans
moy. J'ay examiné toutes vos
demarches , j'ay deviné voſtre
complot Je vais mourir ſi
vousm'abandonnez ; mais non
je ne vous perdrai pas , vous ne
me quitterez point , & vous ne
me laiſſferez pas ici la ſeule&
malheureuſe victime de mon
funeſte amour, ou ſi vous avez
formé ce cruel deſſein , mes
cris vont attirer tant de monde
en ce lieu , qu'il vous fera
impoſſible de vous dérober à
ma vengeance. Sur ces entrefaites
Cleante arriva. Sa prefence
nous raffeura toutes
4
GALANT. 61
deux ,& il lui promit de l'emmener
avec nous Nous efcaladâmes
enfin la muraille, non
fans beaucoup de peur & de
peine : dés que nous fûmes de
l'autre coſté , nous montâmes
à cheval , Cleante me mit en
croupe derriere lui,& nous arrivâmesainſi
àun Village éloigné
de deux lieuës du Convent.
Cleante y avoit du bien,
une bonne femme qui étoit la
Fermiere d'une terre qui luy
appartenoit , nous y receut le
mieux qu'il luy fut poſſible.
Nous y demeurâmes cachez
toute la Journée , & la nuit
62 MERCURE
ſuivante nous continuâmes
nôtre route avec un chevalde
plus. Le troiſième jour nous
arrivâmes à Auxerre. Cleante
me dit qu'il y avoit un amy ,
qui , aſſeurement , nous aideroit
à nous défaire de mon importune
rivale; mais en verité
peut- on fairele moindre compte
, & établir aucun fondement
ſur la foydes amis d'aujourd'huy.
Acaſte , c'eſt le nom que
vous me permettrez , s'il vous
plaît , de donner à ce perfide
amy. Acaſte , dis - je , nem'eût
pas pluſtoſt vûë , qu'il fit, àl'é
GALANT. 63
+
gard deCleante , ce que marivale
faifoit au mien. En un
mot il m'aima ,&bien loin de
fervir ſon amy , comme il le
lui avoit promis , il fit tout le
contraire. Pour vous défaire ,
lui dit-il , de cette perſonne ,
dont la tendreffe vous gêne ,
abſentez-vous d'ici pour quel
ques jours , allez vous informer
des bruits qu'on répand
contre les trois Penſionnaires
qui ſe ſont ſauvez duConvent
de ... Les ſoupçons ne tomberont
certainement pas fur
vous , qu'on a crû à Paris pendant
tout le temps qu'on ne
64 MERCURE
vousa pas vû àDijon. Voyez
voſtre famille,mettez quelque
ordre à vos affaires que voſtre
amour& voſtre negligenceont
fans doute fortodérangées
rendez même quelque viſite
aux parens de Julie ,& fçachez
d'eux juſqu'où les portesleut
reffentiment contre elle. Enfin
determinez- vous, par toutes
les raiſonsque je viens de vous
dire , à faire ce voyage ; mon
amitié pour vous , le loin de
vos intereſts &celuy de voſtre
amour , font les motifs qui
doivent vous y refoudre.
Je fus témoin de cette converſation
GALANT. 65
verſation qui me parut fort
raisonnable , & j'encourageai
moy- mêmeCleante à me quir
ter , dans l'eſperance de le revoir
bien- toft. Il fut enfin
réſolu à l'heure même , qu'il
partiroit le lendemain matin :
& cela fut executé avec toures
les circonstances douloureuſes
qui accompagnent la
ſeparation de deux amants.
Le même jour Acaſte pour
n'avoir point de témoins de la
perfidie qu'il refervoit à fon
amy, fit monter bongré malgré
, ma rivale à cheval , &la
fit inhumainement conduire
Octobre 1718. F
66 MERCURE
chez une tante qu'elle avoit
àdeux lieuës d'Auxerre , ſans
que fes cris , ſes prieres & fes
larmes puffent le détourner
del'execution d'un deſſein qui
la menaçoit,à ce qu'elle diſoit ,
du plus grand malheur du
monde. J'eûs beau luy reprefenter
qu'il facrifioit noſtre
fecret à l'indifcretion , à la
douleur & à la vengeance de
cette malheureuſe fille , il ne
tint compte dema remontran
ce &fes gens l'emmenerent où
illeur ordonna de la conduire.
Je n'ay depuis appris aucune
de ſes nouvelles. Aprés cebel
GALANT. 67
exploit , il vint me proteſter
qu'il n'avoit envisagé que
mon intereſt& monrepos, en
me défaiſant d'une compagne
ſidangereuſe, il me dit adroitement
qu'il avoit remarqué
qu'elle n'étoit pas auſſi indifferente
à Cleante , que je le
croyois. Qu'au reſte , s'il
m'importoit que mon amant
aimât ma rivale , il ne ſeroit
pas difficile de les réünir : que
pourluy , il luy étoit impoffiblede
faire à coſté de moy un
fi aveugle choix. Il m'avoüa
enfin qu'il m'avoit aimé dés
lepremier inſtant qu'il m'avoit
Fij
68 MERCURE
vûë , & qu'il me conſacroit
lereſte de ſa vie. Je fremis à
cette épouvantable declaration
,tous mes ſens furent ſaiſis
d'un ſi grand étonnement que
je ne pus m'empêcher de luy
dire toutes les injures que la colere&
le defefpoir me mirent à
labouche.Je le traitaid'homme
fans foy , fans honneur
de perfide ami. Arrêtez ,ditil
, belle Julie , & ne croyez
pas que j'aye fait de gayeté
de coeur une infidelité à mon
ami , en vous aimant. Ce n'eft
pas ma faute fi vous eſtes infiniment
aimable , & la raifon
د
GALANT. 69
qui merendamoureux ne doit
pas me faire un crime de mon
amour. Ce beau nom d'amitié
que vous atteſtez tant de fois ,
eſt un foible titre contre une
paffionplus forte. J'eûffe fait
plus aprés vous avoir vue ,
je vous aurois facrifié juſqu'à
ma Maîtreffe , ſi j'en avois cu
une , lorſque le fortvous con .
duifit icy. J'y ay un credit qui
nevous fera pas inutile. Profitez
, fi vous m'en croyez , de
l'occaſion , acceptez l'offre que
je vous fais de ma fortune
&de ma main. Noſtre hymen
ne dépend que de vous 2
70 MERCURE
ſi vous conſentez àm'épouſer.
Vous ne répondez rien: Non
lâche , luy dis- je , ſi je te répondois
, je te dirois que je gemis
de me voir expoſée comme
je le ſuis aux fureurs du
plus indigne de tousles hommes
. Allez , reprit- il , belle
Jolie,avec une douceur cruelle,
quelque jours appaiferont ce
grand courroux; mais puiſque
Cleante devoit vous mener à
Paris , je vais en ſa place prendre
ce ſoin , diſpoſez-vous à
faire demain ce voyage avec
moy , voilà pour aujourd'huy
tout cequi me reſte àvous dire.
GALANT. 71
Il alla ſur le champ donner
ſes ordres à ſes domeſtiques ,
pendant que je fondois en
larmes dans la chambre où il
m'avoit laiſſée. Le lendemain
à la pointe du jour , il me fit
éveiller par une femme qui
m'aida à m'habiller , &qui me
conduiſit juſques dans la cour,
où je trouvay une chaiſe attelée
& preſte à partir. Acafte
:
vint me forcer d'y monter , &
ymonta luy même aprés moy.
Un valet à cheval & un poftillon
compoſoient tout nôtre
équipage. Il y a quatre jours
aujourd huy que nous ſommes
72 MERCURE
en route , & c'eſt l'avanture
qui nous eſt arrivée hier au
foir que je ſuis redevable de
Phoſpitalité genereuſe que
vous m'accordez fi obligeament.
Hier vers les cinq heures du
foir quatre voleurs deguifez en
Payſans,nous ont arreſté ſur le
grandchemin,ils ont detourné
nôtre chaiſe , & l'ont menée
dans un bois qui eſt environ
à trois lieuës d'icy ; le valet qui
étoit à cheval & qu'ils avoient
ſaiſi le premier a eſté lié à un
arbre , Acaſte & le poftillon à
deux autres ; pour moy ils
meditoient
GALANT. 73

:
meditoient de m'emmener
avec eux lorſque des coups de
fiflets qu'ils ne connoiffoient
pas , & qu'ils ont pris , autant
que j'ay pû le comprendre ,
pour des ſignaux d'Archers ,
les ont fait changer de deſſein.
Ils ont pris ſur le champ le
partide regagner le grand chemin
, & m'ont laiſſe en liberté
au milieu du bois , aprés nous
avoir néanmoins pris tout ce
qu'ils ont pû nous prendre. Je
les ay à peine perdu de vûë,que
j'ay été voir file perfide Acaſte
& ſes domeſtiques étoient
liez d'une maniere à ne pou-
Octobre 1715 . G
74 MERCURE
voir ſe détacher ſans le ſecours
des gens que leur bonne ou
mauvaiſe étoile conduiroit
dans cebois, je luy ay fait tous
les reproches que meritoit ſon
infidelité , & ma harangue finie,
je me fuis courageuſement
derobée à ſa vûë , par un petit
ſentier que j'ay ſuivi , juſqu'
ee que j'aye trouvée la campa
gne. J'ay marché encore au
moins une bonne heure à travers
les champs , tant j'appre.
hendois de me retrouver fur
les grandes routes , & même
d'entrer dans aucun Village.
La nuit enfin a rallenti mon
GALANT. 75
ardeur. Je me fuis arrêtée accablée
de foif & de laffitude
à une petite maiſon au
milieu de la Campagne environ
à un quart de licuë
d'icy; une bonne femme qui
en étoit la Maitreffe m'y a
reçûé avec toute l'humanité
poffible , j'y ay paſſe la nuit
aſſez tranquillement , quoique
fort mal à mon aife , & ce matin
à la pointe du jour,j'en fuis
fortic pour me promener ſur
le gazon où vos gens m'ont
rencontré. Pour le bas qui me
manque , je l'ay cherché en
m'habillant , je ne l'ay pas
L'
Gij
96
MERCURE
trouvé & je m'en fuis paffée.
Voilà , Madame , continuat-
elle , en adreflant la parole à
la Maîtreffe du Chaſteau , ce
qui m'eſt arrivé de plus confi
derable en ma vie. Je ne vous
ay pas dit un mot qui ne foit
veritable , la bonnefemme qui
m'a recueilly hier au foir,vous
certifiera qu'elle m'a cette nuit
donné un aſyle chez elle , & fi
l'on envoyoit dans le bois , il
feroit peut eſtre encore temps
de delivrer l'infidele Acaſte.
Mais , Madame , je vous prie
de n'en rien faire , à moins que
vous ne deffendiez abſolument
GALANT. 77
aux gens à qui vous pourriez
donner cette commiffion , de
luy parler de moy. Du reſte
n'imputez qu'à l'amour , tout
ce que vous pouvez trouver de
blamable dans ma conduite ,
trop heureuſe ſi mon hymen
avec Cleante , peut un jour en
jultifier les fautes. Non, belle
Juhe , luy dit Madame de H..
Necraignez pas que nous vous
faffions icy des remontrances
qui vous affiligent , pour moy
je veux vous ſervir , d'une
maniere qui ne vous laiſſe rien
à fouhaiter Ecrivez une, letfreràCleante
, mandez luy , la
Giij 1
78 MERCURE
perfidie d'Acaſte , & deffendez
luy expreffément de ſervanger
d'un crime dont la fortune á
pris foin de le punir. Preffezle
de ſe rendre icy le plû toft
qu'il pourra, afin que vôtre
réunion hâte vôtre Hymen.
Pour moyje vais écrire à quel
ques amis puiſſants que j'ay
en Bourgogne , & les prier de
mettre tout en uſage pour ob
tenir inceſſamment le confentement
de vos parents pour
vôtre mariage. En attendant,
vous vivrez icy comme nous ,
vivrez icy
& vous nous trouverez toῦ .
jours diſpoſées àvous donner
GALANT . 79
des marques de l'amitié que
nous avons pour vous. Julie
charmée des honneſtetez &
des careſſes dont ces Dames la
combloient , les remercia de
cet excés de generoſité , avec
tout l'eſprit & toute la politeſſe
imaginable. Elles fortirent
enſuite de ſa chambre ,
pour luy laiſſer la liberté d'écrire
àCleante; ſa lettre finie
elle l'envoya toute ouverte à
Madame de H... qui la fir
mettre à la poſte avec la ſienne.
Et au bout de huit jours le
trop heureux Cleante arriva à
Morfontaine avec la confen-
:
Ginij
80 MERCURE
tement du pere de Julic, une
lettre de ſa main pour ſa fille,
&une autre de remerciement
pour Madame de H .. qui ne
voulut pas permettre que la
nôce de ces Amants ſe fit ailleurs
que chez elle. Elle invita
dans fa maifon ungrand nombred'honneſtes
gens qui affil
terentàcette fête,dont l'abondance,
la delicateſſe&la magni.
ficence firent les honneurs
comme elle ...
C'eſt de deux des convives
même que j'ay appris cette
Hiſtoire , les évenemens n'en
paroîtroient pas nouveaux
GALANNTT.. 81
dans un Roman fait à plaifir ;
mais il eſt certainement agréa
ble de trouver de veritables
avantures de Roman , dans un
récit où la fiction n'a nulle
part. Et tous ceux qui me feront
l'honneur de penſer
comme moy , ne feront pas
fâchez de voir une jeune fille
fortir du Convent avec tant
d'eſprit, ſacrifier l'époux qu'on
luy deſtine à un Amant qu'elle
choiſit , retourner au Convent
pour ſe dérober à la perſecution
de ſes Parens , attirer &
cacher ſonAmant au milieu de
trente filles comme elle, eſcala82
MERCURE
der des murs , ſe faire enlever,
traverſer des Campagnes , per.
dre ſon Amant , devenir la
proye d'un amy perfide, tom
ber entre lesmains des voleurs,
s'en échaper , vie& bague ſauves
, marcher ſeule la nuit au
milieu d'un bois , arriver le
lendemain dans un beau Châ
teau ,yeftre reçûë à merveille,
&y épouſer à la fin l'objet de
fon amour. Pour moy , je
trouve tout cela fort joli ,
néanmoins je ne conſeille à
aucune Demoiſelle d'imiter
celle-cy.
GALANT. 83
: Mais à propos deRomans,
je ne ſçay pourquoy on m'a fi
prodigieuſement chicanné le
mois paffe , fur celuy de la
Comteffe de Savoye. Je n'ay
qu'un mot àrépondre aux reproches
qu'on m'a faits à ce
ſujet. Je n'en connoiffois pas
l'Auteur ; d'ailleurs je ne l'avois
jamais lû &je croyois (comme
je le croy encore ) qu'il eſtoit
du domainedeMercure , de ſe
faiſir de toutes les idées qu'on
lui donne indifferemment ſur
toute forte de ſujets , & que
ſon employ ne le rendoit pas
eſclave des Auteurs : qualité
84 MERCURE
dont jeme ferois neanmoins
un grand honneur avec
l'Auteur de laComteſſe de Sa
voye;& c'eſt à ſa ſeule confide
ration que je fupprime,en dépit
de mes plus chers corref
pondans , une demie douzaine
de nouvelles lettres à Mendo
ce, àcondition cependant qu'
on ne trouvera pas mauvais
que je rende publique cette ré
ponſe de Mendoce à la Com
teffe de Savoye,
A
1
Pourfaire voir, belle Prin
ceffe , avec quelle précaution il eft
bon d'admirer les Anciens , jevap.
porterai un exemple d'une exprefGALANT.
85
fion d'Horace , qu'onm'afait autrefois
admirer en Rhetorique,&
que le celibre M. Despreaux a
trouvéfi belle , qu'il l'a enchaſſé
comme une pierre précicuſe dans
fon Art Poëtique. C'est le fameux
feſtina lente , batez vous
lentement. De bonne foy je ne
Sçaurois comprendre comment tant
d'habiles Profeſſeurs d'Eloquence
, & M. Despreaux même,
hommeſi ſage & fi éclairé , neſe
font pas appercen que cette expreſſion
est un pur galimathias
un franc colifichet ; carque veuton
dire parla on veut dire , que
quand on travaille à unouvrage
86 MERCURE
il n'y faut pointperdre de temps ,
mais cependantſe donner toute la
patience neceffaire pour le perfec
tionner ; cette pensée là eft fore
juste &fort vraye , mais il ne
falloit pas l'exprimerde laforte ,
ilfalloit dire :
Neceffez de marcher , mais
allez lentement, ou quelque cho
ſed'équivalent, ſans prétendrela
rendre fublime en l'exprimantpar
deux contradictoires qui nesçauroientjamais
former une veritable
beauté. Mais,dira- t- on, n'entendon
pas bien ce que c
ces Poëtes venlent
dire ; j'en demeure d'accord,
par la raison que je devinefouCALANT.
87
vent unefort mauvaiſe Enigme ,
voila ce qui a trompé. Pour
me munir d'une autorité reſpectable,
enfoûtenant monsentiment,
je rapporte l'exemple des deux
derniers Vers du Sonnet du Mi-
Santrope.
Belle Philis on deſeſpere ,
Alors qu'on eſpere toûjours.
Ne voit on pas que cette expreffion
queM. de Moliere a fijudicieusement
critiqué , &qu'il a
miſe aavveeccrraaiiſſoonn aauurraannggades coli.
fichets,dont lebonfens murmure ,
eft en effet la même que celle d'Horace
&de M. Despreaux ; car
88 MERCURE
pourmoy ,je je ne visjamais de difference
entre un defeſpoir qui efpere
,une lenteur quiſe bâte ,&
de l'aigre doux ; ces trois expreffions
là font également vitienfes.
Il ne m'appartient pas de donner
des regles , cependantj'ofe direque
l'on ne doit jamais ſeſervir de
deux contradictoires pour rendre
une pensée sublime , on ne fera
jamais qu'un Phoebus ridicule. Si
on trouve que j'ay raison , à la
bonne heure ,fion dit quej'extravague
, c'est un reproche injuste
que l'on fait à biendes gens , &
je tâcherayde m'en confoler. Je
fuis donc , en attendant l'honneur
de
GALANT. 89
de vous voir, & de vous venger,
Belle Princeffe,
Voftre trés- humble ,
trés- obéiſſantferviteur ,
MEN DOCE.
On me dira peut être que
cette Lettre ne revient que
mediocrement à l'hiſtoire de
la Comteſſe de Savoye : je
foutiens moy qu'elle n'y revient
point du tout ; mais c'eſt
la faute de Mendoce ,& non
la mienne il devoit répondre
ad rem , ilne l'a pas fait , tant
pis pour luy : & ce n'eſt pas
à moy à juſtifier ſonindolence.
S'il ſe raviſe à labonne heure ,
Octobre 1715 . H
, MERCURE
auſſi-toſt je vous en feray part .
En attendant trouvez bon que
je vous preſente encore une
Ode qui a fon merite , elle eſt
dela façon de M. l'Abbé Pelegrin.
Ellea diſputé le prix de
l'Academie Françoiſe à M.
Roy ,& ne l'a pas remporté ,
foit malheur , ſoit équité , je
vous fais juge du droit qu'elle
acû d'y pretendre.
21
GALANT. 21
ODE
Sur les avantages de la Paix ,
& fur les obligations que
nous avons au Roy de nous
l'avoir procurée.
1
Du haut de la voute azurée ,
Quel éclat vient frapper mes
yeux!
Eft ce toy ,Paix tant defirée ?
Est-cetoy qui deſcends desCieux?
Maisdois-je hefiterà le croire
Aprés les doux chants de victoire
Dont ce rivage a retenti ?
Loüis a toûjoursfait la guerre
Pour rendre laPaixàla terre
1
Hij
92 MERCURE
Loüis ne s'est pas démenti.
ر
Epargne toy , noire Diſcorde,
L'horreur de voir le monde beureux
: i
Les biens que Loüis nous accorde
Seroient pour toy des maux affreux:
Fuy. C'en estfait,rien ne l'arrête:
Ses ferpents,fiflantſurſa tête ,
Nous confirment nôtre bonheur:
Ses adieux fontdes crisfunebres ;
Parmy d'éternelles tenebres ,
Elle vadevorerſon coeur.
Que pour jamais elle s'exile
De ceslieux où triomphoit Mars;
GALANT. 93
Que ſes cris reſpectent l'aſyle
EtdesMuses,&des beaux Arts!
BeauxArts.
Que vois-je ? quelfort nous ap-
:
pelle !
Toutfleurit , toutſe renouvelle :
Accourez, Enfans d'Apollon :
Que la Paix icy vous ramene ;
Ει τους , bords heureux de la
Seine
Changez- vous enſacré Vallon.
Quel feu dans mes veinesſe
Igliffe ! ......
Je vois un champ&desRivaux :
On ouvre une brillante lice
Pour les ingenieux travaux.
Aux yeux d'un Tribunal Auguste
94 MERCURE
Auffi redoutable que juſte ,
Enfouleon ſe metfur les rangs:
Mon émulation s'irrite ;
Mais je tremble à voir le merite
DesJuges&des Concurrents.
:
D'oùnaiffent mesfrayeurs extrêmes!
Ay-jeoublié que dans ces lieux ,
Ces Concurrents, cesJuges mêmes
,
M'ontdéja vû victorieux
Quoy?j'envisageaifans allarmes
Lepremier champ qu'au bruit des
armes
La victoire me vint ouvrir;
Et je refterois en arriere
GALANT. 95
Dans cette nouvelle carriere
Où la Paix m'invite à courir.

Taiſez vous ,guerrieres trompettes
,
Ne venez plus troubler nos jeux .
F'aime à voir , au fon des mufettes
,
Danfer les Faunesamoureux :
LesMoutonshorsdes Bergeries ,
Sur le vert tapis des Prairies
Bondir au grédeleurs defirs :
LeBerger dire àla Bergere ,
C'estunRoytendre debonnaire
Qui nousfait ces heureux loiſirs .
Quel objet pour mes yeux
avides !
96 MERCURE
Que d'épics couvrent nos querets.
Les champs deMars neſemblent
vuides
Que pour remplir ceux de Cerés.
Nos Soldats , fi fiers dans la
guerre,
Dans la Paix labourent la terre ;
Ils font tels que les vieux Romains
:
Bellonne à peine est disparuë ,
Qu'on les revoitfur la charruë,
Porter leurs triomphantes mains.
Aux épics que l'Etémoifſſonne ,
Se joignent des trefors nouveaux:
Les fruits que doit meurir l'Au-
هم
tomne
Font
GALANT. 97
Font briller vergers &coteaux.
Jamais ,pour enrichir le monde ,
La terre nefut fifeconde ;
Non; rien n'égale unfibeau jour.
Douce Paix , toute la nature
S'épuiſe à tracer la peinture
Des biens que produit ton retour.
Quel art en miraclefertile
Raffemble cent Peuples divers ,
Et neforme plus qu'une Ville
Du vaſteſeinde l'Univers.
Jusqu'aux rives dont nousfepare
L'Ocean trop longtems avare ,
La Paix nous ouvre des chemins :
Les biens que laguerre difperfe
Sont réünis par le commerce ,
Octobre 1715 . I
98 MERCURE
!
Et semblent croître ſous nos
mains.
Peuples,chantez dans l'abondance
Le Vainqueur qui vous rend la
Paix
Reglez vostre reconnoiſſance
Surla grandeur deſes bienfaits ;
Goûtezle fruit deſes conquêtes :
Quefon nomdans toutes vosfêtes
Soit repeté par les échos :
Vostre bonheur estfon ouvrage;
Qu'àjamais le plus tendre hommage
Vous acquitte envers ce Heros.
Omnes gentes , plaudite
manibus. Pf. 40.
SAVE
DELAVILA
GALANT
THECHIODE
E
LYON
Priere pour
le Roy
Grand Dieu , dont la main
favorable
Nous fit le don inestimable
D'unMonarquefelon ton coeur;
Acheve de nous faire un fore
digne d'envie :
Prolonge unefi belle vie
C'eſtprolonger noſtre bonheur.
Voicy une piece de Poëfie
toute nouvelle ,c'eſt unconte
de la façon du R. P. de Clery ,
Profeſſeur d'Eloquence àToulouſe
,&qui a remporté plu-
Iij
100 MERCURE
ſieurs prix. Ce conte a eſté fait
àla loüange de M. de la Motte,
il n'eſt point d'Eloge que M.
de la Motte ne merite. Et fi
l'on a quelque choſe à luy reprocher
, c'eſt la trop ſcrupuleuſe
attention aveclaquelle il
refuſe les loüanges qu'on luy
donne ,& les ſoins & la peine
qu'il faut prendre pour luy
dérober les choſes obligeantes
qu'on luy écrit. C'eſt ſouvent
une perte pour le public; mais
Mercure a la main fouple , &
je vais luy faire part dece dernier
larcin que je luy ay fait.
GALANT. 1ΟΙ
AM. Houdart de la Motte ,
Auteur de la nouvelle Iliade.
CONTE.
Jadis en Grece étoit un Statuaire
,
De grand renom. Il s'appelloit

Homere.
Il avoit fait cent Heros , &cent
Dieux :
Et comme alors , même les meilleursyeux
,
Etoient ſujets à d'étranges berluës
2
Meffieurs les Grecs trouvoient
I' iij
102 MERCURE
dans fes Statuës ,
Portraits finis , vrais chefs d'oeuures
de l'Art.
C'étoient pourtant , au moins
pour la plupart ,
Vilains Magots. L'un étoit Cude-
jatte ;
L'autre manquoit d'un tiers d'une
omoplatte ;
L'autre d'un oeil ; qui defront ;
qui de nés.
Il en étoit demanchots d'errennés
,
د
De pourfendus. Leur Troupe
mutilée
Sembloit encore fortir de la
mêlée.
GALANT. 103
Helas combien étoit changé Neftor?
Combien Enée ? à voir le pauvre
Hector ,
Et Jupiter ,& Mars , & les
Atrides ,
Vous auriez dit l'Hostel des In-
Valides .
Maisfuſſent ils plus perclus ,
&plusfaux,
On adoroit juſques à leurs défauts.
Je le crois bien. Habiles Perſonnages
Difoient en Grec , que c'étoient
beaux Ouvrages.
I ij
104 MERCURE
Glauconsur tout tant&tant les
vanta ,
Que de les voir à Rome on fou.
haita.
On lesy porte : & l'on jugea
dansRome ,
Qu'en les faisant , Homere fit
maint ſomme ,
Et qu'ilfalloit , que les ciſeaux
parfois
Lourds, ou mutins ſuiviſſent mal
fes doigts.
Rien ne le mit à l'abri des cenfures.
Les Connoiffeurs rirent de fes
Figures.
GALANT. τος
Même dit- on , que Virgile les
vit ,
Et queſous cappe àson tour il en
rit.
Mais toſt aprés ,ſa bonté naturelle
En leurfaveur changeafon rire
200
Il eût pitiéde tant d'Estropiats.
Il leur donna des jambes & des
bras
Leur fit desyeux , mit des nés à
leurs faces;
Il rétablit leurs membres en leurs
places,
Etfans lamort , qui luy ravit le
106 MERCURE
jour,
Ils s'en alloient , tous eftrefaits au
tour.
Mais, cequ'en vainles vieux
fiecles tenterent,
Ces derniers tems enfin l'executerent.
O! qu'ils font beaux , ces Dieux
ces Heros
Dans l'Atellier du Docte Houdart;
éclos!
Retirez vous , Savanias ,
Scholiaftes ,
Laiffez moy voir leurs merveil
?
leux contrastes ,
Leur vraye Image. Avoient-ils
GALANT 107
meilleur air
Ces Champions , lorſqu'habillez
de fer ,
Las de languir dans une oifive
:
Tente
Ils combattoientfurles Rives du
Xante?
Tel fut Ajax , Uliffe , Merion,
Tel Menelas. Tels des Murs
Sans
d'Ilion ,
Sa lorgnette , Helene encor
peut-estre ,
Avec Priam pourroit les reconnoiſtre.
Houdart leur rend la vie avec
leurs traits.
108 MERCURE
Ony , ce font eux , pluſtoſt que
leurs portraits.
Ils vont parler , & renonçant
:
Homere,
Fameux Houdart ils te nom-
:
,
ment leur Pere.
C'est de toyſeul , qu'ils tiennent
leur beauté
Et qu'ils tiendront leur immortalité.
Maisfuffit-il , que ces Maſſes
énormes
Ayent,fous tes mains , pris de
charmantes Formes ?
C'estpeu pour toy , d'eftre Reformateur.
GALANT. 10,
Ilfaut encor , que tu fois Createur.
Affez, crois moy ,fur un travail
antique
S'eſt exercé ton talent heroïque.
Rends toy justice. Il faut de tes
ciseaux
Fairefortir des Heros , tout nouveaux.
En telles gens nos Climatsfont
fertiles.
Dans nos Bourbons la France a
desAchiles.
La Seine en voit , plus que le
Simoïs.
Les Rois futurs te demandent
110 MERCURE
Louis .
Fais-le , non tel , qu'il lançoit le
Tonnerre ,
Mais tel, qu'il fit le bonheur de
laTerre.
PourLouisSeull,eCielt'a refervé.
Et ta main doit ce Modelle
achevé.
Taille ce bloc , & qu'au plutôt
en naiffe
CeRoyplusgrand,que les Dieux
de laGrece.
Jamais par toy , leur gloire ne
mourra :
Parluy toûjours , Houdart , ton
nom vivra.
GALANT.
Il me paroint pendant que
je ſuis en train devous donner
des vers,qu'il n'eſt pas neceſſaire
d'en interrompre la ſutte ;
je vous offre cette lecture avec
d'autant plus de confiance ,
que ce qu'il y a de meilleur &
de plus commode dans ce
livre , c'eſt qu'on n'en prend
que cequ'on en veut prendre;
on n'eſt pas obligé ( au moins
ne vous y trompez pas ) de le
lire d'un bout à l'autre. J'ay
moy même , qui prends tous
lesmois le ſoin de le faire , &
d'en compofer quelque fois
au moins la moitié pour ma
112 MERCURE
part , ſouvent affez de peine ,
à le lire. Ce n'eſt pas que je
me méfie du merite des pieces
que je rends publiques ; mais
bien du choix que je fais des
des ouvrages qu'on m'envoye.
Il n'y a pas juſqu'aux miens
que je mets au rebut lorſque
jem'apperçoi lelendemain que
la veille je n'étois pas monté
fur labonne corde ; mais cette
juſtice que je me rends àmoymême
, ne m'apprend pas à
eſtre auſſi équitable que je le
devrois , à l'égard des autres :
&peus'en faut que le Mercure
Galant ne ſe faſſe bien- toſt
Par
GALANT. 113
par compere & par commere.
Il eſt naturel de ſouhaitter
d'avoir de l'eſprit , de l'exercer,
&de le montrer quand on
ena ; mais il n'eſt pas raiſonnable
de briguer , pour un
miferable morceau de Poësie ,
des preferences d'un Auteur
auffi grave que moy , à moins
qu'onne veüille ſe mettre ſur
le piedd'acheter mes fuffrages;
ſi cela m'eſt encore offert , je
rendray ma reconnoiffance
éclatante , & je publieray jufqu'aux
noms de ceux qui m'auront
impitoyablement follicité
pour ſe faire enregiſtrer
Octobre 1715 . K
114 MERCURE
dans mon Livre aux dépens
de ma confcience & de ma
réputation. Ce petit article a
fon application , & à bon entendeur,
falut. Mais revenons , s'il
vous plaît , à nos moutons ;
j'avois, ſi je ne metrompe , des
vers à vous offrir . En voicy
dont vous ferez l'uſage que
bon yous ſemblera , ils m'ont
plû&jepenſe qu'il vous plairont
auffi .
GALANT. 115
Lettre à Mademoiſelle de L* *
Demoiselle auſſi aimable
qu'elle eſt ingenieuſe à ſe
tourmenter elle-même.

Charmante Iris quifans chercheràplaire
, A
Sçavez si bien le fecret de charmer,
Vous dont le coeur genereux &
fincere,
Pourfonreposſçût trop bien l'art
d'aimer
Vous dont l'esprit formé par la
lecture ,
Ne parle pas toûjours mode &
Kij
116 MERCURE
coëffure ,
Souffrez Iris que ma Muse aujourd'huy
Cherche à tromper un moment
vostre ennuy .
Auprés de vous l'on voit toujours
les Graces,
Pourquoy bannir lesPlaisirs&
tes Jeux
L'Amourles veut raſſemblerfur
vos traces ,
Pourquoy chercher à vous éloigner
d'eux,
Du noir chagrin volontaire victime,
Vousſeule Iris faites voſtre tourment,
GALANT. 117
Et voſtre coeur croiroitsefaire un
crime,
S'il se prétoit à la joye un moment.
Devos malheurs jeſçaytoute
l'histoire ,
L'Amour,l'Hymen ont trabi vos
defirs,
Oubliez les. Ce n'est que des
plaisirs
Dont nous devons conferver la
memoire.
Les maux paffez ne ſont plus de
Urais maux,
Le preſentſeul eſt de noftre appanage
,
Et l'avenir peut confoler le
118 MERCURE
fage,
Mais ne sçauroit alterer fon
repos.
Du cher objet que vostre coeur
adore
Ne craignez rien ? comptezsur
vos attraits?
Il vous aima , ſon coeur vous
aime encore ,
Etfon amour nefinira jamais.
Pourfon bonheur bien moins que
pour le vostre ,
De la fortune il brigue les faveurs
,
Elle vous doit aprés tant de rigueurs
,
PourSon honneur rendre heureux
GALANT. 119
l'un l'autre.
D'un tendre ami qui jamais ne
rendit
A la fortune un criminel hommage
Ce font les voeux , &fi vous
eftes fage ,
Dés ce moment goûtezsur fon
prefage
Le fort heureux qu'il vous
predit.
En voicy d'autres encore ,
que je ſuis indiſpenſablement
oobblliiggéé ddee vvoouuss preſenter : ce
ſont des Bouts-rimez remplis
que j'ay propofé le mois paffé
120 MERCURE
&qu'on m'a envoyez ce moiscy
dans la forme ſuivante.
Sonnet d'une Dame dépitée
( je ne ſçay pourquoy )
contre l'Amour.
Qu'on exercefur moi les rigueurs
de Neron ,
Qu'onmefaſſe paſſer mes jours en
folitude ,
rude ,
F'éprouveray dufort ce qu'il a de
plus
Plutôt que d'imiter le tendre
Anacreon.
Si j'élevois aux Dieux un nouveau
Pantheon
F'en bannirois l'amour &Son
inquietude,
11
GALANT. 121
Il ne me cause plus la moindre
in certitude ,
comme un Lyron.
Maintenant que je vis & dors
Qüi , dût-il me livrer une immor-
( telle Guerre ,
Dût-il pour m'accabler emprunter
le
tonnerre ,
Mon ame fans courroux méprifera
fes traits .
Famais de ses plaisirs je ne veux
me re paître ,
On me le vante en vain , ses ef
frayants portraits ,
Ont dégoutémon coeur duſoin de be
connoître.
Octobre 1715 . L
122 MERCURE
AUTRE .
Prince qui penetrez quand quelqu'un
est
Neron ,
Que n'avezvous point fait dans
vôtre folitude ,
tems auffi
Pour adoucir nos maux dans un
Chacun pour vous lover veut être
rude ,
Anacreon.
: ;
Votre nom va paſſer de-là le
Pantheon ,
La gloire à l'avenir n'aura d' ..
.. inquietude ,
Que d'annoncer par lout avecque
certitude ,
Que vous travaillez plus que ne
dort un • Lyron.
GALANT . 123
Vos veilles ont misfin à tout genre
de Guerre ,
La difcorde en tremblant a quitté
Sop tonnerre ,
Et nous ne craignons plus que l'amour
&festsp traits.
Bako
Les Bergers en repos vont voir leurs
brebis paître ,
Et tous vos descendans admirant
VOS portraits ,
Diront , ah ! quel bonheur d'avoir
pu be connoître.
Jen'ay que deux mots Latins
àvous dire ſur ce Sonner,
Laudo Conatum ;mais en voicy
encore un autre ſur les mêmes
rimes.
Lij
124 MERCURE

SONNET
10
93
Foublie ici les noms de Claude &
de
: Nerom ,
Les tranquilles plaisirs charment
ma folitude ,
L'échonyrendjamais unfon guerrier
ny rude,
On y chante les airs du tendre
Anacreon.
I do thorit
Bacchus est le premier de notre
Pantheon
Sur l'avenir obscur exempt d
inquietude ,
Nôtre coeur du vray bien goute la
certitude ,
Et des erreurs du tems on dit lire
Liron.
GALANT. 125
Nous livrons aux ennuis une éternelle
Guerre
Philippes de ces lieux écarte le
tonnerre ,
L'amour est le Dieu ſeul dont on
reffent les V traits:
C'est lui qui de Philis mene les
moutons paître ,
De tous ces agrémens il n'est point
sde s portraits ,
qu'ou nous sommes , ami viensy
pour les connoître.
D
C
DE BONNEVAL.
Voicy encore deux Sonnets
fur les premiers Bouts rimez .
J'en ay perdu deux qui m'ont
pasu fort bons , & que je prie
Liij
126 MERCURE
leurAureur de me renvoyer.
Pour ce mois cy 'vous n'en
aurez pas davantage.
: SONNET
L'Homme coëffe.
Je connois un galant plus fier que
Sophy
Sans fonger que l'amour est un
cingle,
Qui confemmefon fond,ſans garépingle
,
traître qui
derune
Pourpoßeder Cloris qui lui fit un
T
défi,
Lebien deſes Ayeux pour tout autre
eut fuff

GALANI 127
Mais pour l'en détourner priffiez
_vous une tringle ,
Quand vous l'affſommeriez , plus
rebelle que Zuingle ,
Lapaffion l'emporte , il en devient
bouffi.
Ab! qu'il dira bien- tôt , falloit-il
quej • allaffe ,
Prendrefemme qui fait argent de
fa paillaffe ,
Vend ses meubles habits,juſques
auplus ginguet:
Ilse verra forcé de s'enfuir à
Ligourne,
Etpour finir ſon fort demonter au
trinquet ,
Le malheurfuit toujours celui qui
Amal enfourne. •
L iiij
128 MERCURE
LE FAINEANT..
Ilfaut être bien fou , pour voirle
Grand Sophy,
Derisquer le courroux d'un orage
qui cingle ,
Se voirperir en Mer ,fansfauver
une épingle ,
Etfaire avec Neptuneun fi triſte
défi
L'esprit &l'industrie en tout tems
m'ont . ſuffi ,
Je dors dans tous les lits , quand
ilsferoient fans tringle ,
Etfans m'embarraßer des docu
-ments de • : Zuingle ,
Je nefonge qu'à ceux de feu Pillot
Bouffi :
GALANT. 129
lequot
que j'
Héquoi, vous voudriezmes amis,
allaffe ,
M'affligerde n'avoirpour lit qu'une
paillaffe ,
Et pour toute boiſſon levinle plus
ginguet?
Quandje sçaurois trouvermafortuneà
Ligourne ,
Je vis commeje puis , &nargue
du trinquet ,
Bien ou mal , c'est ainsi chaquejour
quej enfourne.
Pour un Bouquet , vous ne
ſçauriez le refufer ! ayez donc
s'il vous plaiſt , la bonté de lire
T'hiſtoire de ce Bouquer.
Lejour de Saint François 4 .
Octobre
,
ر une Dame d'un
1
130 MERCURE
rang & d'un merite diftingué
étant à ſa Terre aux environs
de Paris ,yreceut un nombre
deBouquets de pluſieurs perfonnes
de confideration. Un
honneſte homme qu'elle honorede
ſon eſtimen'ayant pas
voulu laiſſer paffer la fefte de
de certe Dame , ſans luy donner
des marques de fa recon.
noiſlance & de fon refpect ,
luy preſenta auſſi unbouquet ,
&yjoignit ces vers.
GALANT. 131
BOUQUET
à Madame ***
Je m'abandonne à mon zele
indifcret,
C'eſt aßez admirer vos charmes
enfecret.
Il est tems qu'à mon tourj'en celebre
lagloire.
Olympe ,je veux en ce jour
1
Où l'on s'empreſſe à vous faire
fa cour
Sur mes jeunes rivaux remporter
la victoire.
Esperer de vous plaire en vous
offrant desfleurs
132 MERCURE
Est un objet qu'en vain l'on se
propose,
Vous effacez par vos belles cou .
leurs
Et la blancheur du lys
de la rose.
l'éclat
Ces ornements pour vous mesem
b'ent fuperflus ,
Mais peindre au naturel vos aimables
vertus
Eſt un projet plus raisonnable.
Montrons de vos deffeins la con
duite admirable ,
Ce fond de pieté , cette bonté de
moeurs ,
Quifous fes douces loix affujettin
Les coeurs.
GALANT. 133
Cet air vif&brillant , cette ame
noble fiere
Que vostre illuftre Epoux poffede
toute entiere
Et qui ſur ſes devoirs reglant
tous fes defirs,
Dans un heureux repos jouit des
vrais plaiſirs .
MaMuse n'oferoit en dire davantage
,
Pour la premierefois qu'elle vous
rend hommage.
Ma Chanſon , ſi je ne me
trompe , n'ira pas mal icy ,
daignez en efſayer.
4
134 MERCURE
CHANSON ..
Alaplus delicate Yureſſe
Livrons nos coeursdans cefeſtin ,
Meflons aux jeux de la tendreſſe
LesChanfons, les ris & le vin .
Les Dieux en bûvant à la ronde
Ne pensent point au genre humain
,
Oublions comme eux tout le monde,
Et nargue des coups du deſtin.
!
Des charmes dont brille la
terre
Cette Table est un racourcy ,
GALANT. 135
Esprit, beauté, bon vin , grand
chere,
Belle humeur , toutse trouve icy.
Laiffons les Dieux boire à la
ronde ,
Amis n'enſoyons point jaloux.
Nous pouvons comme eux dans
ce monde,
Goûter les plaiſirs les plus doux.
Que chacun boive à ce qu'il
aime,
Et qu'ily boive tendrement.
De cette voluptéfuprême
Rappellons cent fois le moment.
C'est ainsi quesefait la ronde
Au celefte banquet desDieux :
136 MERCURE
Imitons les Maistres du monde ...
Amis pouvons nous faire mieux.
:
Atafantébelle Silvie,
Ace qui te touche le coear;
Que mon ameferoit ravie,
Sic'étoit mafincere ardeur.
Les Dieux en būvant àla ronde,
N'auroient pas un plus grand
bonheur;
Je croirois eftre Roy du monde ,
Si je devenois ton vainqueur.

C'eſt affcurement icy la
place des Enigmes , ou elles
n'en doivent point avoir dans
ce volume ; mais un Mercure
fans
GALANT. 137
fansEnigmes,ne ſeroit pasbon
à jetter au feu. Donc en voi.
cy. Neanmoins avant qu'elles
paroiſſent ſur l'horiſon , il eſt
bon de vous dire que le mot
de celles du mois paffé étoit
le Miroir& le Sceptre , que les
noms de ceux qui les ont deviné
, font , la Poupée de la
Place Dauphine , l'aimable &
genereuſe Therele ,la belle
brune de la ruë Tibotaudé ,
Saint Alvar , le Marquis de
B. C. en amila , M Simon ,
le groscourtaut de la rue de la
Harpe , l'inconfolable brune
du Cloître S. Thomas du Lou
Octobre 1715.
M
138 MERCURE
vre , l'amant difcret ,&l'habile
Mendoce qui ſe pique de les
deviner routes , & n'en a pû
deviner qu'une.
:
ENIGME
de M. T. RET
:
Jevaisfans me laſserplus loin
qu'on ne defire ,
Je marche en infenſeſans sçavoir
on jetuais, ca
Etfemblable au Soleil qui n'arrete
jamdis
Je vaisfans m'arrêter ,ſi l'on ne
me retire.
Le bien que l'on mefaitfemble.
4
GALANT. 139
roit un Martire ,
On me tire , on m'attache, on me
charge d'un faix ,
On me pique de pointe , &le bien
que je fais ,
Sans un trop long discours nese
pourroit écrire.
Souvent je suis couvert en la
Saiſon d'Esté,
Sans moy quelque Païsferoit inbabités
Celle qui me détruit je la rends
habitable ,
Oùje vaisſeul ,fans moypas un
n'ofe venir.
Il arrive ſouvent qu'on me voudroit
tenir,
1.
Mij
140 MERCURE
Pourfortir d'un danger quifemble
inevitable.

AUTRE
du Priſonnier volontaire.
Jesuis un instrument d'aßez
longuefigure
Eftimé chez beaucoup de gens :
Selon qu'on change ma posture ,
Je produis des effets tout-à- fait
いい
differens.

1
Soit qu'on m'éleve vers les
Cieux ,
Soit qu'on m'abaiße fur la terre ,
GALANT. 147
Mon unique but eft de plaire ,
Aux Sçavants comme auxCurieux.
Je ne feray peut- être pas
mal de vous annoncer à prefent
, avant que de paſſer aux
nouvelles du monde,quelques
Livres nouveaux.
Le Journal Hiſtorique de
toutes les circonstances qui
ont precedé la mort du Roy
LouisXIV. & de l'avenement
du Roy Louis XV. à la Couronne
de France , eſt un Livre
fi curieux , fi intereſſant , & fi
nouveau que tout le monde
142
{
MERCURE
eſt en confcience obligé de
l'acheter. Tous les grands évenemens
qui ſervent à le rempliront
été ramaffez avectoute
l'exactitude imaginable,par
l'Auteur du Mercure Galant.
Il ſe flatte,àtelle finquede rais
fon, que fon nom & fon paraphe
qui font à la tête du
Journal , pourront contribuër
à en précipiter le débit. Il en
donneroit volontiers un extrait
dans leMercure , s'il n'ap
prehendoit pas qu'on s'en tint
là ;& pour cauſe facile à deviner
, il ſe contente d'annoncer
au Public que ledit Journal fe
'GALANT. 143
vend chez les Sieurs Jollet &
Lameſle ſes Imprimeurs , au
Livre Royal , au bout du Pont
S.Michel , du côté du Marché
neuf ceux qui le trouveront
fans fon paraphe , font trés
inſtamment priez de le lui ene
voyer comme un Livre con
trefait , afin qu'il foit( comme
de juſtice ) procedé par lui à
l'examen de la contravention.
Ceparapheestcompofé d'une
L.& dedeux doubles F. enla
fées enfemble,& fermées par
un D.d'une façon inimitable,
nevarietur.
20 35 and, ash anote1,33.20
:
144 MERCURE
AUTRE LIVRE.
Le R. P. Raphaël Bluteau ,
Theatin de la Divine Providence
à Lisbonne , né enFrance
, où il a fait Profeffion de
Religion , eſt Auteur d'un
Dictionnaire Portugais & Latin
, en huit tomes in folio. Ce
Dictionnaire eſt un Livre uni
verſel , où l'on trouve uneéru
dition preſque ſans exemples.
Toutes les matieres qui fervent
à le remplir y font trai
tées à fonds , avec toutes les
citations des Anciens & des
Modernes ,
יל
:
GALANT. 145
Modernes , qui ont rapport
aux choſes dont il eſt queſtion
dans l'ordre alphabetique. Ce
Livre qui eſt d'un travail immenſe
, eſt un chef d'oeuvre
de ſcience , de recherches &
d'étude. 网的大量
Mais à propos de Livres ,
on revient encore à la charge
fur mon compte , on recommence
à me reprocher que je
parle trop fouvent de moi ,
dans le mien : eſt ce pour me
loüer j'ay tort : finon , j'ay
raiſon. De qui ont parlé , s'il
vous plaît , Meſſieurs les Cenfeurs
, tous les faiſeurs de Me-
Octobre 1715 . N
146 MERCURE
moires dumonde ? n'est- ce pas
d'eux - mêmes , la plupart du
tems ? Et dequoi voulez vous
que je vous entretienne , aprés
les Gazettes de Roterdam
d'Amſterdam , de Leyden , de
Verdun & de France , de tour :
ce qu'elles vous auront dit en
trois ou quatre façons differentes
?
,
Vous voulez apparemment
que je devienne le Copiſte ,
ou le Commentateur de ces
grands monuments : je m'en
garderay bien , ces fortes de
pillages ne font permis que
lorſqu'on ne peut ſediſpenſer
GALANT. 147
1
de les faire. D'ailleurs je n'ay
jamais pris le ton des nouvelles,
en nouvelliſte reglé. J'ay
ſenti dés les premiers jours
que j'ay été inſtallé dans mon
emploi , la ſechereſſe de ce lan.
gage , & j'y ay ſuppléé autant
que j'ay pû, par monattention
à ramaſſer de bonnes pieces &
des Memoires curieux. Quand
ils m'ont manqué , j'ay raiſonné
àma fantaiſie , &tant qu'ils
me manqueront je raiſonneray
de même ; d'autant
plus volontiers que je ſçay de
bonnepart que mes raiſonnemens
ont amufe les Dames &
Nij
148 MERCURE
tous les honnêtes gens qui ne
cherchent qu'à s'amufer : co
que vous allez lire par exemple
eft de cette nature.
Les Spectacles qui avoient
été fermez pendant trente
quatre jours , enconfideration
de la maladie & de la mort du
Roy, furent enfin rouverts le
premier de ce mois .
L'Academie Royale de Muſique
regala d'abord le Public
de l'Europe Galante , qui fur
reçûë comme le meritoit un
Opera dont le ſuccés ne fut
jamais douteux.
Proſerpine qui eſt un Opera
GALANT. 149
magnifique& trés intereſſant ,
fut remis quelques jours aprés
fur le même Theatre , où on
le repreſente maintenant alternativement
, avec l'Europe
Galante, enattendantTheonoé,
Opera nouveau , dont on dit
beaucoup debien.
Le mêmejour les Danfeurs
de corde , les Marionnettes ,
& les Animaux ſauvages rouvrirent
leurs Loges , avec des
fuccez bien differents. Dominique
attira tous les ſpectateurs
chez lui , & les autres
joüerent ſouvent pour leur
plaiſir. )
Niij
150 MERCURE
La Comediede fon côténe
demeura pas les bras croifez ,
au contraire elle fit un vacarme
enragé dans Paris .
Quand tous ſes Membres
qui avoient été diſperſez pendant
l'eſpace de 34. jours ,
vinrent à ſe réünir , on prit
cet aſſemblage pour la confuſion
deBabel : quelques uns
demanderentà entrer dans cette
Tour, d'autres à y reſter ,&
pas un à en fortir. Ceux que
l'orage menaça crierent merci;
mais leCiel ſourd àleurs voix,
ſe ferma l'oreille à leurs cris.-
Enfin ,
GALANT. ISI
* Vous diray-je les noms de ces
grands Perſonnages, :
De ces fameux profcrits ,
Que nous avons tant de
fois vûs l'oüie pâle , & l'oreil
le plate , maudire le partere
entre leurs dents. Non , Mefſieurs,
n'infultons pas aux malheureux
, regardons les plutôt
comme des victimes infortunées
de l'inconſtance du fort :
& admirons la generofité de
M. de la Thoriliere , qui fut
juſqu'aux pieds duRegent, lui
faire une humble , tendre &
inutile priere pour eux. Quel-
Cinna .
1
:
N iiij
152 MERCURE
1
ques jours auparavant qu'il fit
cette démarche , le Public cut
bien une autre allarme : le
bruit courut que M.Beaubou
s'étoit caffé la tête , & qu'il
étoit en grand danger. Cette
nouvelle effraya avee juſtice
tout ce qu'il y a de gens intereffez
à la conſervation d'un fi
grand Acteur . Tout le monde
l'eſt ſans doute ,& l'allarme
étoit bien fondée. Cepen
dant on affûre que ce ne fera
rien , & on dit qu'il en ſera
quitte pour une balafre , qui
ne le rendra pas plus beau.
Le douze de ce mois les Co
GALANT I
mediens repreſenterent laTragedie
d'Heraclius , où Mademoiſelle
Duclos & Mademois
ſelle Deſmarts reçûrent à leur
ordinaire mille applaudiffements.
M. de Ponteüil &
M. Quinaut s'y ſurpafferent
eux mêmes. Cette Tragedie
fut ſuivie de la premiere repreſentation
de la Comedic
du Cadet de Gascogne , que
Mademoiselle des Broſtes &
MeQuinaut le jeune foutinrentautant
qu'ils purent;mais
elletomba malgré eux , avant
que d'être achevée,&trop tard
encore au gré du Public , qui
154 MERCURE
s'indigna avec raiſon , de toutes
les pauvretez dont il la
trouva remplie.
ॐ1
:
De grace , encoreune petite
nouvelle , &peut êtreencoreune
autre : que ſçay- je
Trente Louis d'or à gagner
c'eſtà peu prés l'hiſtoire de la
Comediedu Galant Jardinier,
qu'on remet ſur le tapis. Le
public eſt priépar cette affiche
chercher&trouver,s'il peur,
une Demoiselle de dix-neuf
à vingtans , égarée ou perduë
Voicy comme la choſe eft
arrivée.
de
1
GALANT. 1
Mademoiselle Yma , jeune ,
belle, grande& bienfaite , receut
il ya quelques années ,
quelques années
de ſon pere le commandement
de confiderer , d'eſtimer
&de regarder M. de ** comme
un homme qu'il luy deſti .
noit pour eſtre un jour fon
époux . M. de..a du merite,
Mademoiselle Yma fit tout ce
qu'il plût à ſon pere , & même
au-delà. Les affaires de ſon
amant avoient paru en affez
bon état lorſqu'on luy avoit
fait le commandement de l'aimer
; mais depuis il a paru que
le temps les avoitdélabrées. Le
156 MERCURE
pere de la Demoiselle n'a plus
voulu entendre parler de M.
de..enun mot il luy a deffendu
ſa maifon. Toutes ces précautions
font bonnes ; mais

l'amour ne va pas comme
la tête des peres. Les deux
amants ſe ſont aimez dans la
contrainte , mille fois plus que
lorſqu'ils joüiffoient d'une
pleine liberté. Quoy donc ,
ont ils dit , un pere forme les
noeuds qui doivent nous unir ,
il les reſſere même pendant plu
fieurs années , & au premier
caprice qui luy prend , il s'aviſede
vouloir les rompre ,ilen
GALANT. 157
aura parbleu le démenti , & il
n'y a que la mort qui puiffe
nous léparer.Alors viſites clan,
deſtines ,& billets reciproques
font les moyens qu'ils employent
pour entretenir leur
amour ; enfin ils en viennent
au point de ſe jurer ſous la
cheminée & en prefence
d'un Preſtre , une éternelle foy.
Ils joüiſſent alors , & en toute
ſeureté de confcience , autant
que l'occaſion peut s'en preſenter
, des droits de leur hymen.
Cependant une partie de
l'intrigue eſt découverte. Le
pere fulmine contre ſa fille ,
158 MERCURE
&la menace de l'enfermer ſi
elle revoit jamais M. de .. elle
informe auffitoſt ſon cher
époux des malheurs dont elle
eſt menacée ,& le lendemain
( qui étoit le premier ou le
ſecond jour du preſent mois
d'Octobre ) elle s'éclypſe. On
la demande à tout le monde ,
onlacherche par tout , on viſite
la maiſon de M. de..on
informe contre luy ; & l'on
n'en peut apprendre aucune
nouvelle. On propoſe à ce
ſujet les trente Loüis cy- deſſus
à gagner ; mais ſi on la trouve,
jene fuis pas garant qu'on les
paye.
GALANT. 159
iSortons maintenant de Paris
&allons faire untour en Afrique;
à vous dire vray , il y a un
peuloin ; mais de la maniere
dont je vous feray voyager ,
vous n'aurez jamais licu de
vous plaindre. iq ve
1 ir
AMelilla,le18. Octobre 171.5.
Par ma Lettre duro. de ce
mois , je vous informay de
mon arrivée en cette Place.
Aprés avoir fouffert trois jours
&trois nuits dans le Brigantin
tout ce qu'on peut s'imagi160
MERCURE
ner : à mon arrivée j'examinay
les tranchées des ennemis qui
nous attaquent vigoureuſement
de toutes parts par une
paralelle qui paffle à 10. toifes
de noſtre chemin convert : Ils
paroiffent sen vouloir à une
redoute au pied de noſtreglacis
, qui s'appelle ſaint Michel,
dans laquelle on a mis cinquante
( * Defterados ) à qui
on promet la liberté s'ils ſe
deffendent , ainſi qu'ils font
parfaitement bien ; ils font
commandez par un brave
Officier. Les ennemis & nous
↑ * Bannis .
paGALANT.
161
i
pareillement tirons nuit &
jour , les uns ſur les autres
cependant ils n'ont point encore
de canons, & bien nous
en prend , car s'ils en avoient
ils nous defoleroient à cauſe
que tous nos parapets ne font
que d'une ſimple muraille ,
dont l'éclat des pierres bleſſer
roittout noſtre monde.
Je fais travailler continuellement
à faire des parapets de
terre , parce qu'on affeure que
les Maures , attendent du canon
&des mortiers , & quoy
que cet ouvrage ſoit de longue
haleine , je ne veux pas atten-
Octobre 171's .
162 MERCURE
dre à l'extremité , à le faire ,
c'eſt pourquoy je previens le
coup ,au moins on pourra ſe
tenir derriere ce qu'on ne
peut faire fans grand riſque ,
derriere ceux qui ſubſiſtent.
Jay examiné auſſi les Fortifications
de cette Place
,
, qui
n'eſt faite que de pieces & de
morceaux , les uns fur les autres
, parce qu'ils ont eſté bâtis
par differentes mains , cependant
il n'ya pas un ouvrage
qui n'ait un profond foſſé
raillé dans le roc ; plût à Dieu
que les parapets correfpondiffont
aux foſſez .
GALANT. 163
Tous les ouvrages ſont pareillement
contreminez , ainſi
que les chemins couverts , ce
quidevroit fairetrembler l'En.
nemy ; cependant il va toûjours
fon train ,& s'il s'amuſe
à vouloir prendre la redoute
de faintMichel , comme il y a
apparence ,onle fera ſauter en
l'air plus haut qu'il ne penſe.
Nous avons nos Mineurs
qui travaillent pardeſſous terre
en grande diligence , par le
plaiſir qu'ils ont de faire fauter
une Place d'armes de leurs
tranchées.
2
A
Il y a quatre jours que la
7
Oij
164 MERCURE
Garde de faint Michel firune
petite fortie la nuit , fur les
tranchées des Maures , & leur
prit deux fufils , & demantibula
un gabion du parapet de
la tranchée , & le portadans la
redoute, les Soldats l'ontplacé
ſur le ſommet d'une guerite la
plus haute de la redoute , afin
qu'il ſoit veu des Ennemis , ce
qui les deleſpere ; eat on dit
que quandl'Alcaïde commandant
leCamp , ſera de retour
d'un voyage qu'ileft allé faire,
qu'il les affommera de coups
de bâton ce qui n'eſt pas
épargné chez eux ,non plus
GALANT. 165
quede faire traîner les hommes
par des mulles , quand ils
manquent , c'eſt le déjeuné
de l'Alcaïde , commandant
chaque jour, non po
On prétend que le voyage
decet Alcaïde eſt pour preffer
P'arrivée du Canon , des Mortiers
,& pour faire preffer auffilegros
de fon Armée. Ainfi
il ne manquera pas deMorail
les, cequ'il yadeplus fâcheux
eſt qu'il n'y a point de vivres
en cette Place, que juſques à
la fin desce mois. Jugez du ſecours
qu'on aapporté, leGouverneur
qui eſt un fort brave
166 MERCURE
1
homme&bien entendu , écrit
fortement par le retour deces
baſtimens , mais la lenteur .
avec laquelle on va en toutes
chofes , nous peut caufer bien
de l'embarras.
Je n'ay point encore eu le
temps de faire le plande cette
Place , car le travail que je fais
journellement , eſt de beaucoup
plus de confequence,
ainfilaCourprendra patience.
Mais j'eſpere que Sa Majefté
Catholique ne deſapprouvera
pas ma conduite nioma manoeuvre
fincoeffaires pour fon
fervicero au Rodopisov
GALANT. 167
Du 22. du même mois .
Je ne veux point laiſſer par
tir la Barque , fans vous dire
quenous avons icy deux Maures
ouAfriquains,qui de temps
en temps fortent de cette Place
ſecretement , & vont dans
le Camp ennemi s'informer
adroitement de ce qui ſe paſſe,
ils font rentrez ce matin &
nous ont amené deux petites
vaches qui nous font grand
plaifir , parce qu'il y a plus
d'un mois que nous n'avions
point de boeuf,& il n'ya que 3 .
168 MERCURE
moutons dans la Place pour
l'Hoſpital , & rien pour nous
que du poiſſon , jugez en quel
état nous ſommes réduits ; les
deux Afriquains ont rapporté
que le Roy de Miquenez a
promis à l'Alcaïde de fon Armée
qui eſt comme leGeneral,
ayant quatre freres ſous luy,
qui luy ſervent de Lieutenans
Generaux , qu'il luy envoyera
du canon d'abord qu'il aura
pris la Redoute S. Michel ,que
l'Alcaïde a pris cela à coeur , &
qu'il eſt de ſon honneur de la
prendre au pluſtoſt ; de forte
qu'il fait travailler nuit & jour,
tant
GALANT. 169
tant par deſſus que par deſſous
terre, pour réüffir à fon deffein
,de maniereque fil'onne
nous donne d'autres troupes
que celles que nous avons icy,
tout ina mal. On compte en
cette Place 1000. hommes , il
eſtvray que ce ſont des hommes,
mais ce ne ſont pas des
foldats , ceux qui le croyent
autrement ſe trompent. Je
prevoy de grands malheurs
pour nous , fi on ne nous envoye
inceſſamment les ſecours
dont nous avons beſoin , le
plus honneſte homme y perdroit
ſon latin& fonhonneur;
i
Octobre 1715 . P
170 MERCURE
il eſt certainque leGouverneur
eſt bien plus à plaindre qu'on
ne penſe , c'eſt un tres brave
homme & fort entendu , on
ne peut rienajoûter à ſon zele,
mais il n'a pas de quoy ſe pous
voir deffendre; & fo Sa Ma
jeſté n'y remedie , il s'enfuivra
de fâcheuſes fuites,
:
D'une extrémité de l'Afri
que , paſſons à une extrémité
de l'Europe.
Les dernieres lettres de Conſtantinople
portent que dans
l'incendie qui yeſt arrivée le
mois de Juillet dernier , neuf
GALANT. 171
grandes Moſquées , & quatre
petites ont été brûlées , treize
Ecoles , & huit grands Carawanfarais
, édifices publics deſtinez
à loger les étrangers ,
trois grands bains publics , &
trois bâtimens avec pluſieurs
fontaines publiques
fours publics,deux mil fix cens
treize
maiſons de Turcs, & fept mil
cent cinquante ſept de Chrêtiens
, un grand nombre de
Turcs & de Chrêtiens ont auffi
péri dans cette incendie.
Pij
172 MERCURE
De Londres le 20. Septembre.
Le Duc de Roxboroug partit
hier pour l'Ecoffe.
Le Duc d'Argile eſt parti
ce matin à 4. heures de Lon
dres , pour ſe rendre à Hamptoncourt
, où la Cour eſt à
preſent. Il a reçû hier ſes inſtructions&
des remiſes pour
dix mil livres ſterlin , qu'il employera
où il jugera à propos .
On dit qu'il marchera contre
les Montagnars , avec une armée
de dix mil hommes , en
cas qu'ils refuſent de ſe ſou
GALANT. 173
:
mettre au Roy.
Milord Powits , Catholique
Romain ,qui a été arrêté ,
doit être transferé à la Tour.
DeVenise le 14 Septembre.
Les Turcs font occupez à
faire le ſiege de Modon , & ils
ont bloqué le Château de Morée.
Ils ont auffi fait avancer
un nouveau corps vers la Dalmatie
, pour attaquer cette
Province. Il ya trois jours que
fix Vaiſſeaux ſont partis d'ici
avec quatre cent hommes ,
pour renforcer nôtre armée .
Piij
174 MERCURE
DeVienne le 28. Septembre.
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour fe rendre à Belgrade
, aprés avoir terminé les
commiffions dont il étoit
chargé par le Grand Viſir Aly
Bacha Le 18. l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort duGeneral
de Vaubonne , au Baron de
Tige CommandantdeCronſtad
en Tranfilvanie. Le 19. le
Comte Louis de Harrach prit
pofleffion de la Charge de
GALANT 175
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la baffe
Autriche, dans la maiſon des
Etats qui y étoient aſſemblez
pour ce ſujet. Le 2 2. on publia
dans toutes les Eglifes un Jubílé
accordé par le Pape , pour
demander àDieu ſon aſſiſtanze
dans la guerre contre les
Turcs :il commencera Dimanche
29. par une Procefſion
generale , & il durera
quinze jours. Le Prince Maximilion
Charles de Leweſtein
Worsheim, Conſeiller d'Etat,
&principal Commiſſaire Imperial
à la Diete de l'Empire ,
Pij
176 MERCURE
partit d'ici le même jour pour
ſe rendre à Ratisbonne. Le
25. leComte de Wolkra par.
tit en poſte de cette Ville , al .
lant en Angleterre , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire ,
pourcomplimenter le Roy fur
fon avenement à la Couron.
ne. On continue avec ſuccés
à travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur ; & on em
ploye la même diligence à ré
parer & à perfectionner les
fortifications des Places,de
Hongrie & de Tranfilvanie ,
comme auſſi à remplir lesma
GALANT . 177
gafins de vivres , & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions ſe prennent ,
de peur que les Turcsaprés le
ſuccés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
choſe du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font paffor
beaucoupde troupes, pour
prendre le quartier d'hiver ſur
Je Danube. Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
ce ne pourra être qu'au
Printemps prochain , & que
juſqu'à ce tems-là , Ic Sicur
Flechmans Reſident de l'Empereur
demeurera en Turquie
178 MERCURE
:
pour continuer fes négotiations.
Ondit que S. M. Im.
periale a nommé l'Electeur de
Baviere Generaliſſime de ſes
Troupes !'
De Hambourg le4. Octobre.
Les dernieres lettres de
Dreſde portent que le Royde
Pologne y étoit arrivé le126.
du mois dernier , étant parti
le 10. de Warfovie : il doir
paſſer l'Hiver en Saxe , & faire
unvoyageenPomeranie,pour
être preſent à l'attaquedes rer
tranchemens des Suedois. La
GALANT. 179
-
Reine ſon épouſe qui étoit
revenuë des bains de Teplitz
àDreſde , en partit le 25. pour
aller à Torgau. Les dernieres
lettres du Campdes Alliez devant
Stralzund , qui font du
2. de ce mois , portent que le
Vice-Amiral Sceftede ayant
obligé les Armateurs Suedois
quideffendoient les approches
deRuden,à ſe retirer , aprés
un combat de dix heures , en
deux jours differens , dans lequel
les Danois n'avoient eu
qu'environ cinquante hom
mes tuez ou bleffez ,davoit
donné ſes ordres pour relever
130 MERCURE
les bâtimens que les Suedois
avojent coulé à fond , pour
tendre la deſcente plus difficile.
Il étoit enfuite venu au
Camp , pour faire le rapport
de ſon expedition au Roy de
Dannemarck , qui lui avoit
donné la Charge d'Amiral.
On croit que comme on a
appris que les troupes qui def.
fendent 1 Ifle de Ruden n'ont
pas beaucoup de vivres on
le contenterade la tenir blo
quée , & qu'on attaquera celle
de Rugen , à cauſe que l'approche
de l'hyver pourroit
rendre cette entrepriſe plus
GALANT. 181
difficile , & on en devoit tenter
l'execution le 12. ou le 15. de
cemois.Le Royde Suede avoit
mis la plupart de ſes meilleures
troupes dans les retranchemens
de cette Ifle , qu'il veut
deffondre juſqu'à la derniere
extrêmité On écrit deCoppenhague
que le Comte de
Guldenlow Amiral General ,
devoit monter la Flote Danoiſe
; à cauſe qu'il avoit cu
avis que l'Amiral Spar avoit
reçûdes ordres exprés du Roy
de Suede ſon Maître , de partirdeCarelſcroon
avec ſa Flote
& les Vaifſeaux qui étoient
182 MERCURE
venus le joindre de divers
Ports de Suede,pour s'approcher
de l'lfte de Rugen. On
aſſûre que huit Vaiſſeaux de
Guerre Anglois avoient joint
la Flote Danoiſe , ce qui n'eſt
pas encore certain. On ajoute
que quelque Cavalerie Suedoiſe
étoit arrivée à Stralzund
de la Province de Schonen ,
d'où on attendoit encored'autres
troupes: que le Vice Amiral
Lewenhaupt qui étoit forti
deGottembourg avecune Efcadre
pour quelque deffein ,y
étoit rentré ſans l'avoir executé
, &qu'un grand Corps de
GALANT. 183
Moſcovites commandé par le
General Szerometow devoit
arriver en Pomeranie dans
quinze jours ou trois ſemaines.
D'Edimbourg le a. Octobre.
Le Duc d'Argyle partir le
28 pour le Camp de Sterling ,
accompagné duDuc de Roxborough
,du Comte de Han
dengton , & du Colonel Middelton.
Le Comte de Rhotes
s'eſt auſſi rendu au Camp où
il arrive tous les jours des
Gentilshommes avec leur Vaffaux
armez . Le onze de ce
184 MERCURE
mois jour auquel expire le
terme accordé aux rebelles
pour retourner à l'obéiffance,
le Duc d'Argyle doit fe mettre
en marche contre eux avec
7000. hommes entre leſquels
il y a 1500. chevaux . On a
envoyé duCamp 30. chariots
chargez d'armes pour les volontaires
qui y font allez d'E
dimbourg , de Glasgow ,& de
quelques autres Places. On
écrit de Leith qu'il y eſt entré
d'Angleterre deux Compa
gnies deDragons duRegiment
de Kerr , qui vont au Camp
de Sterling. On apprend de
Dundée
۱
GALANT. 185
Dundée qu'un Gentilhomme
nommé Graham , qui ſe dit
heritierdu feu Comtede Dandée,
étant entré avec un grand
nombre de gens à cheval , y
avoit proclamé le Prétendant ,
ſous le nom de Roy Jacques
VIII. & fait lecture de la proclamation
du Comte de Marr.
On mande d'Inverneſſ que les
Lords Mackniſtosh &Beflam ,
deux Chefs des Montagnards
accompagnez auffi d'un grand
nombre de gens à cheval y
avoient fait la même choſe ;
aprés quoy ils étoient allez à la
Doüane , d'où ils avoient en.
Octobre 1715 . Q
186 MERCURE
levé tout l'argent & les effets
quiyétoientpour le ſervice du
Prétendant.LeComte deMarr a
fait piller & faccager les mais
fons &biens de fon Stuard, &
de quelqu'uns de ſes ſujets qui
ontrefusé dele venir joindre.
Voicy la Declaration de ce
Comte adreflé au Bailly , &
autres Gentilhommes de la
Seigneurie de Kildrummy.
Notre Roy legitime ,&naturel
Jacques VIII. par la grace
-de Dieu , qui vient preſentement
nous delivrer de nos oppreffions ,
ayant bien voulu nous confier la
direction de ſes affaires , le
GALANT.
GALANI
187
-
commandement de fes forces dans
fon ancienRoyaume d'Ecoffe ; &
quelques uns de ſes fidelesſujets
&ferviteurs afſſemblez à Boyne ,
fçavoir,le LordHuncley, leLord
Tullebardine , le Comte Marefchall
, le Comte de Southefan ,
Glingary; de la part des Clans ,
Glenderale ; de la part du Comte
de Broudalbine, &Gentilhomme
de la Province d'Argile , M.Patrich
Lion d'Auſcherhouse , le
Lord d' Auldlair , le Lieutenant
General Georges Hamilton , le
MajorGeneral Gordon , &moi ,
ayant pris en confideration les derniers
ordres de S. M. trouvons ,
Qij
188 MERCURE
que d'eft maintennant le temps
qu'il nous a ordonné de prendre
ouvertement les armes pour luy.
Ainfi il nous ſemble abfolument
neceſſfairepour leſervice de S.M.
& pour la delivrance de noftre
Patrie,que tousſesfideles &bons
Sujets , &ceux qui aiment leur
Patrie, prennent incefſſamment les
armes.
Ces Preſentes font donc ( au
nom , er en l'autorité de S.-M.
&en vertu du pouvoirſuſdit ,
&par l'ordre exprés que le Roy
m'a donné pour cet effet ) pour
vous requerir & autorifer de lever
inceſſamment vos gens mili
GALANT. 189
taires avec leurs meilleures armes,
pour
"
de les faire marcher d'abord
venir joindre , & me
quelques
autres forces du Roy prés de
Bracmart , Lundyprochain , afin
de poursuivre noſtre marche ,
nousrendreſous l'Etendart duRoi
avecſes autres forces.
LeRoy voulant queſesTroupesfoient
payées dés le temps de
leur départ ,il eſpere , ainsi qu'il
l'ordonne expreßement , qu'elles
ſe comporteront civilement ,
qu'elles ne commettront aucunpillage
, ni d'autres defordres,fous
les peines les plus feveres , &
d'encourirſa disgrace ; on s'attend
190 MMEERRCURE
que vousferez obſerver cet ordre.
4
C'estàpresent que les honnêtes
gens dorvent témoigner leur zele
pour leſervice de S. M. dont la
caufe est si intereſſante , afin de
deliurer noftre Patrie de l'oppref
fion d'un joug étranger , trop pefantpour
nous , &nostre posterité
pour le porter , &de tâcher
de rétablir, nonseulement noftre
Roy legitime , &naturel , mais
auffi noftre Patrie dansſon ancienne
, libre , & indépendante
conftitutionfous celuy dontlesAn.
cêtres ont regnéfur nous pendant
tant de generations.
Dans une cause fi bonorable,
GALANT. 191
fibonne ,ſijuste , nous ne pouvons
douter de l'aſſiſtance de la direction
, &de la benediction duDieu
Tout-puiſſant , qui aſiſouvent
Sauvé la Famille Royale de
Stuard ,&noftre Patrie,de fuecomberſous
l'oppreffion.
On s'attendque vous obferverez
ponctuellement ſes ordres ,
ces Prefentes vous doiventfuffire
pour cet effet , & àtous ceux que
vous employerez pour les executer.
DonnéàBracmart le 20. Septembre
1715 .
Signé, MARR.
Cette Declaration étoit accompagnée
d'une Lettre du
192 MERCURE
Comte de Marr au Bailly de
Kildrumeny, contenant en ſubſtance
: Que ce Bailly avoit bien
faitde n'être pas venu lejoindre
avec les cent hommes qu'il avoit
envoyez de nuit , puisqu'il en
avoit attendu quatrefois autant.
Qu'il était fort ſurprenant que
pendant que tous les Montagnars
d'Ecoffe prenoient les armes en
faveurde leurRoy ,&leurPatrie,
les Vaffaux dece Comtefuf-
Sent les feuls en arriere. Que le
moment tant defiré depuis 26.
ans étoitprefentement arrivé,&
qu'ainſi il étoit temps de prendre
les armes pour leRoy& pour la
**Patrie
GALANT. 193
Patriei que c'est dans cette vûë
qu'il luy adreffe fa Declaration ,
pour la communiquer à tous fes
Vaffaux , avec ordre de leurs declarer
que s'ils n'obéiffent pas in .
ceffamment , il fera brûler &
faccager leurs biens &terres pour
fervir d'exemple aux autres .....
Extrait d'une Lettre de Co
penhaque ausujet de l'Am
baßadeurde Perfe . い
Nous avons icy l'Ambaſſadeur
de Perfe, qui de France
devoit aller à Petersbourg; mais
fatigué de la Mer, il a voulu
Octobre 1715 R
194 MERCURE
qu'on le mit à terre. La Fregate
Françoiſe qui l'a amené
ayant fur cela pris le parti de
s'en retourner , l'Ambaffadeur
s'eſt raviſé trop tard de vouloir
continuer ſa route par
Mer de forte qu'il faudra
qu'il aille par terre, s'il ne veut
attendre la bonne ſaiſon . On
ne ſçait s'il demeurera icy, ou
à Hambourg.
Extrait de quelques Lettres
de Londres du 8. Octobre.
Mr Edoüard Harvey , lun
des fix membres du Parlement
que le Roy avoit ordonné
d'arrêter , & qui eft ſous la
garde d'un Meſſager d'Etat ,
:
J
GALANT. 195
4
fut examiné avant hier au
Conſeil, devant S. M. on lui
fit diverſes queſtions au fujet
du noir complot qui a eſté dé
couvert : mais il nia d'eſtre entré
en aucune confpiration
contre le Roy & le Gouverne.
ment , & ne voulut rien découvrir
, fur quoy on luimon.
tra une Lettre écrite de fa
propre main qui prouvoit fa
trahiſon , cela lemit dansune
grande confufion,& il promit
d'avoüier tout le lendemain.
Là-deſſus on le renvoya fous
la garde du Meſſager ; mais
hier au matin il tenta des'ôter
?
196 MERCURE
T
la vie , & fe donna 3. coups
deganifqui luy ont caufé une
grande perte de fang , cepen
dant on ne croit pas que les
playes foient mortelles ; quel
que temps aprés le Comte de
Nottingham , Préfident du
Confeil , alla le trouver pour
l'examiner & prendre les dé
pofitions; il luy dit entr'autres
choſes : Qu'il s'étoit laiffé induire
follement à entrer dans la
confptration , & qu'il en étoit
bien faché ; mais que voyant
qu'on avoit de telles preuves con
tre luy , &qu'il ne pouvoit pas
échaper à ta fustices il avoit
voulu fetuer pour ne pas s'expoGALANT.
197
5
4
feràtrahirfes amisa
Onn'eſt point encore bien
inſtruit des particularitez de
cet horrible complot. Quelques
uns diſent qu'il devoie
s'executer avant hier ,& que
pendant que ledit Harvey à
latête de400 conjuréz devoit
faire main bafle fur la garde
de S. James , & mettre le feu
au Palais , &c. un autre party
auſſi nombreux devoits'aſſen ,
rer de la Banque , & de Echi
quier ; & mettre le feu en
divers endroits de la Ville ,
pour caufer de la confufion
parmy le peuple. D'autres
Rij
198 MERCURE
aſſeurent que le deſſein des
confpirateurs étoit d'exciter
des revoltes en 2. ou 3. Pro
vinces d'Angleterre pour y
attirer les troupes du Roy , à
fin de favorifer l Invaſion du
Comte de Marr en Angleterre
, à la tête des rebelles
Ecoſſois ; mais que le grand
coup devoit ſe frapper du côté
de l'Oüeſt , où les rebelles ſe
croyoient les plus forts, & où
le Prétendant , devoit débarquer.
Quoyqu'il en foit la
conſpiration étantdécouverte,
&les mesures priſes , pour en
prevenir les ſuites , on ne doute
plus que tous les projets
THEQUR DE
ALANT9
&complots aillent enfudemséree.belles ne
en
*
On affeure qu'on a receu
avisque lePrétendant, a refusé
de paffer en Angleterre, avant
que les amis cuffent affemblé
des forces ſuffiſantes pour foûrenir
fondébarquement
qu'en attendant il preffoit le
Duc d'Ormond ,& le Vicom +
te de Ballinbrock , de paffet ca
ce Pays pour y faire foulever
leurs amis. On apprend d'E
colle que les rebellesn'ont pas
encore affemblé toutes leurs
forces & que le Comte de
Marr n'a tout au plus que
Rij
: 200 MERCURE
:
2000. hommesauprés de duy.
publier une proclama- On va
tioncontre ce Comte , par laquelle
onpromet10000, livres
fterlin de recompenſe à ceux
qui pourront s'aſſeurer de ſa
perfonne. ८
Le Lord Poowis doit être
jugé par une commiffion particuliere
, ſous le nom de M.
Harbet ; il eſt accuſé d'avoir
agi en qualité de Treſorier du
parti du Prétendant , ayant receu
200. mille livres ſterlin de
quelques PaysEtrangers, dont
il en a diſtribué 1503 milleaux
Conſpirateurs. On dit qu'un
nombre confiderable de Sei .
GALANT. 201
gheurs , Gentilshommes , &
autres, font entrez dans ce noir
complot. Le Chevalier Guillaume
Windham a cſté arrêté.
Elona De Paris con
Le Roy a accordé à M. le
BarondeBreteil la permiffion
de ſe défaire de ſa Charge
d'Introducteur des Ambaſladeurs
, & en a donné l'agrément
à M. le Marquis de Magny
, fils de M. Foucault
Confeiller d'Etat .
1. M. le Marquis de Simiane ,
premier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur le Duc
202 MERCURE
d'Orleans , a elté pourveu de
laCharge de Lieutenant General
de Provence, vacante par
le decés du Comte deGrignan,
avec un brevet de retenuë de
deux cent mille livres , pareilà
celuy qu'avoit le Comte de
Gribhan
M. le Comte de Simiane ,
Meſtre de Camp de Cavale
rie , & Brigadier des Armées
du Roy , prêta ces jours paf
fez le ferment entre les mains
de Madame pour la Charge
de fon premiet Ecuyer .
M. Bontemps , Gouverneur
des Tuilleries,& Capitainedes
Chaffes de la Garenne duLou
GALANT. 203
!
vre , a obtenu du Roy la furvivance
de ſa Charge de premier
Valet de Chambre de Sa
Majesté ,pour fon fils.
Madame la Comteſſe de Ri
beira,EpouſedeM. le Comte
de Ribeira , Ambaſladeur de
Portugal en France, accoucha
le 12. du mois paſſe d'un fils
qui fut tenu ſur les Fonds de
Baptême par M. le Cardinal de
Rohan fon grand oncle.
• DeVernon , en Normandie.
Le ſieur Demarre , ancien
Brigadier des Gardes du Corps
204 MERCURE
du Roy , a fait faire un Ser
vice folemnel pour le repos
de l'ame de Louis XIV. 11
a fait celebrer une grande
Meſſe de Requiem , & dire
pluſieurs Meſſes baſſes pour
la même intention; une gran.
deMeſſe pour la fanté ,conſervation
& profperité duRoi
Loüis XV. regnant , & une
grande Meſſe du Saint Eſprit
pour la conſervation de Son
Alteſſe Royale Monseigneur
le Duc d'Orleans , Regent du
Royaume.
T
Ileſt au moins bien juſte
GALANT. 205
de dire , maintenant quelque
choſe des morts
t Dans l'article du mois paffé
qui concerne la Maiſon de
Longüeil ,j'ay oublié de vous
dire que κείς ότι Π
M. Jacques de Longüeil
Chevalier Seigneur de Sevres ,
Maiſons,Lavaudoire& Cerny,
fut en grande eftime auprés du
Roy Henry III qui le fit ſon
premier Maiſtre d'Hôtel en
1575. Chevalier del'Ordre en
1577. &Maistredes Comptes
dés la même année. Il époufa
Catherine deMontmirail , fille
de Thierry de Montmirail &
206 MERCURE
deDeniſe de Harlay , de laquelle
il cût un fils unique &
deux filles. L'aînée deſquelles ,
Deniſe de Longüeil épouſa
Lazare de Selve Baron de la
Ferté Alais & de Cromier ,
Preſident és refforts de Mets ,
Toul & Verdun , Chancelier
de Catherine deBourbon Ducheffe
deBar, foeur d'Henri IV.
La cadete Angelique de Longüeil
épouſa Nicolas de Quelain
, Conſeiller au Parlement.
Charles LongüeilChevalier
Seigneur de Sevres la Vaudoite
&Cerny , Lieutenant General
des Armées du Roy , épouſa
GALANT. 207
1
Loüife Seguier fille de Pierre
Seguler Seigneur de S. Cyr ,
Confeiller au Parlement , coufine
germaine dePierreSeguier,
Chancelier de France .
د
Ladite Catherine de Montmirail
avoit quatre foeurs
deſquelles Marie- Loüife épou
ſa Michel de Champrond ,
Preſident aux Enqueſtes dont
eſt iſſue Magdelaine de Champrond
épouſe de Meſſire
Philippes de la Tremoüille ,
Marquis de Royan Comte
d'Olonne, Senechal de Poitou,
Anne,épouſede M. de Mauric
Conſeiller d'Etat , donteſt
ali
208 MERCURE
iffuë Loüiſe de Mauric, épouse
deMeffire de Carbonel Marquis
de Canizi ; Loüife de
Montmirail épouſe de Meffire
René de Lhopital Comte de
SainteMeme ; & Anne épouſe
du Marquis de Frenoy , dont
eſt iſſu le Grand Prieur de
Champagne dernier mort-
Nicolas de Longüeil fils de
Charles , Chevalier Seigneur
de Sevres , Grand Prevoſt &
General de Champagne & de
Brie , lequel époufa Deniſe de
la Robertiere fille de Gillesde
laRobertiere Secretaire duRoi,
&de Denife Papillon, dont eſt
iffu
GALANT. 109
-
i
iſfu Charles de Longueil Capi
taineau Regiment dePiemont,
tué en Hollande au paſſage du
Rhin, Macé de Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres, Villaumay
& de la Graffardiere ,
lequel a commandé unBatail
londu Regiment de Piémont ,
& a fervi Sa Majesté des l'âge
de dix- sept ans ,&s'eſt trouvé
dans toutes les occafions ,
tant en Flandre qu'en Allemagne
, ayant efté bleſſé en
: pluſieurs occafions , notamment
au Siege de Limbourg &
de Luxembourg , lequel a
épousé Anne le Braconier de
Octobre 1715 . S
210 MERCURE
laTour fille de Loüis le Braco.
nier Seigneur d'Ancy les Soignes
, prés Metz , fans enfants.
Et Nicolas de Longüeil Seigneur
de Sevres ,Capitaine au
même Regiment de Piemont
lequel n'eſtpoint marié,
e Mefire Pierre Bouchu Che
valjer Seigneur de Pluniers ,
Fontangy , &c. premier Prefident
au Parlement de Dijon ,
mourut lei Aoust 1715 .
fans poſterité , âgé de 72. ans.
Il rempliſſoit cette place avec
beaucoup d'integrité & de
merite depuis 1692. ayant
rempli celle de premierPreGALANT.
211
fident de la Chambre des
Comptes de la même Ville :
il étoit fils de Meflire Jean
Bouchu mort premier Prefi
dent du même Parlement,&
frere de M. de Montholon
Bouchu, ſicur de Leffart Inten.
dant de ladite Ville , pendant
plus de 20 années , pere de
Meffire Eſtienne Bouchu Sicur
de Leffart Conſeiller d'Etat
cy-devant Intendant de Dau-
5 phiné & des Armées d'Italie
pendant un eſpace de temps
pareil àceluyde M. fon pere
& frere de Dom Pierre Bouchu
Abbé deClairvaux, qui quoy:
1
Sij
212 MERCURE
que dans un âge tres avancé
fait exercer la Regle de faint
Bernard à ſes Religieux , &
leur eſt , comme ce Saint ,un
exemple vivant de picté d'o,
boiffance & d'humilité. 313ট
+ Meffire Pierre Louis le Filleul
de la Chapelle ,Archidiacre
de Mande , Deputé l'Afſemblée
du Clergé , pour la
Province d'Albi , mourut le
25 Septembre : il étoit frere
de M.l'Evêque de Vabres.
Dame Louiſe Sandrier, femme
de Meffire Philippes Langlois
, Seigneur dePommerſe,
grand Audiancier de France ,
GALANT. 213
2
!
mourut le 3 , de ce mois. M.
Langlois fon mari eſt frere de
M. Langlois Preſident de la
Chambre des Comptes , dont
je vous parlay dans mon dernier
Journal , à l'occaſion du
mariage de Mademoiselle fa
fille , avec M. de Fourcy Confeiller
au Parlement.
Dame Arine le Goux de la
Berchere , Veuve de Meffire
EmmanueldePellevé,Marquis
du Bourg , tué au paſſage du
Rhin en 1672. mourut le 4.
de ce mois , elle étoit fille de
Pierre le Goux , Seigneur de la
Berchere , P. Prefident du Par
214 MERCURE
lement de Grenoble , & de
Dame Louiſe Jolly de Blaify,
& petite fille de Jean Baptifte
le Goux, Seigneur de la Berchere
, P. Prefident du Parle
ment deBourgogne ,&de Dame
Marguerite Brulart,&elle
étoit fæoeur de Meffire CharlesleGoux
de la Berchere , Archevêque
de Narbonne, &de
MeffireUrbain Pierre le Goux
de la Berchere , Maître des
Requêtes , pere de M. de la
Berchere Chancelier de feu
Monſeigneur le Duc deBerry,
qui a épousé une des filles de
M. Voifin Chancelier de FranGALANC.
215
ce;pour laMaiſon de Pellevé,
de laquelle étoit ſon mari , elle
eſt originaire de Normandie ;
elle n'eſt pas moins confiderable
par ſon anciennetéque par
fes alliances , & elle ſubſiſte
encore dans la perſonne deM
leComte de Flers.
Dame Magdelaine deGrouchy
, veuve de Meffire Louis
Chauvelin , Avocat General
au Parlement , Commandeur
&Grand Treſorier des Or
dres du Roy , dont je vous
appris la mortdans monJournal
du mois d'Aouſt dernier ,
mourutles. de ce mois , laif
216 MERCURE
fant un fils & une fille ; elle
étoit fille de Jean Baptifte René
de Grouchy , Secretaire du
Roy, & de SuzanneHeron .
Meffire Jean André Bouret
Confeiller Clerc au Parlement
où il avoit été reçû le 2. Juin
1706.mourut le9 de ce mois:
il étoit fils d'André Bouret ,
Secretaire du Roy & Payeur
des gages de la Chancellerie.
Meffire Conftantin Heudebert
ſieur du Buiffon , Maître
des Requêteshonoraire, &cidevant
Intendant des Finances
, mourut le onze de ce
mois fans enfans , laiſſant de
Ma- grands biens .
GALANT . 217
i
Mademoiselle Choüart fi
connuë & fi diftinguée dans le
monde par ſon merite & par
l'élevation de fon genie , mourut
le onze de ce mois,elle étoit
d'une trés ancienne nobleſſe .
M. Choüart ſon frere étoit
Capitaine de Galeres , M.
Choüart de Vivier fon coufin
germain étoit Chef d'Eſca
dre, M.Choüart Surintendant
de la Reine Thereſe d'Autri
che , & pere de Madame Dalou
, ci devant Premiere Prefi
dente du Parlement de Bordeaux
, & de M. Buſanval qui
fert dans la Gendarmerie
Octobre 1715 . T
218 MERCURE
étoient de la même Maiſon.
M. des Broffes Choüart étoit
pere de Madame Boiffeleau
femme du Capitaine aux Gardes
, qui fut Gouverneur de
Charleroy. La grand mere de
Mademoiselle Choüart étoit
fille du Preſident Miron , ce
qui lui donne des alliances
avec les Maupcoux , les le Picard
, & preſque toute la Robe.
Mademoiselle Choüart ne
laiſſe qu'un neveu , nommé
M. de S. Gilles , ci devant Lieutenant
aux Gardes , & une niéce
, qui eſt Madame la Comteſſe
d'Hautefort , ci- devant
GALANT. 219
=
!

Madame la Comteſſe de Verthillac.
Mademoiselle Choüart
quidonne lieu à cet article , eſt
morte univerſellement confi
derée&regrettée de tous ceux
qui l'ont connue.
Dame Marie Marguerite
Leſtoré, femme deMeffire Armand
Charles de Bonnigalle ,
Maîtredes Comptes , mourut
le 15. Octobre 1715. laiſſant
des enfans.
Dame Helene Catherine de
Gaumont, veuve de Jacques
Jannart , Conſeiller au Grand
Conſeil , mourut le 16. de ce
mois : elle étoit fille d'André
Tij
220 MERCURE
/
de Gaumont , Seigneur da
Sauſſay & de Vaurichard ,
Conſeiller d'Erat , & foeur de
Jean de Gaumont Maître des
Requêtes , & de Marie de
Gaumont femme de Pierre de
Bragelone , Preſident aux Enquêtes
du Parlement de Bretagne.
Le R. P. Nicolas de Male
branche, Prêtre de l'Oratoire,
de l'Académie des Sciences ,
connu par legrand nombre &
par le meritede ſes Ouvrages ,
mourut le 13. de ce mois , age
de foixante dix- huit ans .
:
GALANT. 221
Vous voilà, je penſe , ſuffiſamment
inſtruit des qualitez
des perfonnes de distinction
morts ce mois cy , pallons aux
Mariages.
Le ... de ce mois , M. le
Marquis de Vallançay épouta
Midemoiselle Amelot. Il eſt
filsdeJeanHyppolite d'Eſtampes
, Marquis de Vallançay ,
&deGabrielle Loüiſe Malodu
Bofquet ; & petit fils de Dominique
d'Eltampes , lequel
étoit frere dugrand Prieur de
France , & neveu du Cardinal
de Vallançay....
Dominique d'Estampes ,
Tij
2122 MERCURE
Marquis de Vallançay , avoit
épousé en 1641. Loüife Thereſe
de Montmorency , foeur
aînée du Maréchal de Luxem
bourg & d'Elifabeth deMont
morency , Princeſſe de Mekelbourg
Dece mariage font iſſus plufieurs
enfans , & entr'autres
trois enfans mâles.
Henry Dominique , fils ainé,
qui de fon mariage n'a laifſé
que deux garçons , tous
deux morts fans alliance.FrançoisHenry
qui n'a laiſſe qu'une
fille ; &le troifiéme JeanHyppolite,
pere de Henry Hubert
GALANT. 223
:
qui eſt celuy qui vient de ſe
marier.
Le pere de Dominiqued'Eltampes
étoit Jacques d'Eſtampes,
Chevalier des Ordres du
Roy , grandMaréchal des Logis
, Lieutenant Colonel de la
Cavalerie Legere.Meffieurs de
Vallançay defcendent deLoüis
dEstampes , Seigneur de Vallançay
, lequel environ l'an
1480. a commencé la branche
des Seigneurs de Vallançay :
ceux qui en voudront ſçavoir
davantage , verront Whiſtoire
de Sainte Marthe , & l'histoire
genealogique des grands Offi-
T iiij
224 MERCURE
ciers de la Couronne par le
Pere Anfelme , qui eſt exact
dans toute la genealogie , excepré
qu'il donne pour filles à
Jean Hyppolite d'Estampes ,
fes deux foeurs , & ne parle
point de ſon fils qui eſt celuy
qui donne lieu à cet article.
Mademoiselle Ame'ot eft
fille de M. Amelot de Chaillou
, Maiſtre des Requeſtes &
Intendant du Commerce , &
de Dame Philberthe de Barril
lon ſon Epouſe , qui eſt fille
de feu M. de Barrillon , Confeillerd'Etat
ordinaire, & Ambaſſadeur
en Angleterre. Je
GALANT. 225
vous ay ſi ſouvent parlé de
Meffieurs Amelot , dont les
filles ſe ſont toûjours alliées
dans les plus grandes Maiſons,
telles que celles d'Aumont , de
Luxembourg , de Beon , de
Nicolai, deTavannes , deVaubecourt
, &autres , qu'il feroit
inutile d'en reparler ici .
Herard du Caufé Chevalier
Seigneur de Nazelle , Lieute
nant des Maréchaux de France
en la Province de Guïenne ,
époufale 7 Oct Mademoiselle
7
Cath.JuliedeBefanne deProuvay,
fille deCharles deBeſanne
Chevalier Seigneur Vicomte
1
1
226 MERCURE
de Prouvay& Poulandon...
La Maiſon de Beſanne eſt
une des anciennes Maiſons de
Champagne Jean de Beſanne
un de les anceſtres , qui avoit
un Employ de distinction auprés
de faint Loüis , lorſqu'il
fuſt en Terre Sainte faire la
guerre aux Sarrafins ,à laBataille
de Damiere , où l'Armée
du Roy fut vigoureuſement
chargée , ledit de Befanne par
ſa valeur contint les troupes
avec tant de fermeté , que le
Roy luy donna la deviſe nec
fugit, nec metuit.
La Ceremonie de ce MariaGALANT.
227
gefut faite par M. l'Evêque de
Lavaur , dans l'Eglife Paroiffiale
de faint Mederic.
Jay déja cû l'honneur de
vous dire ,qu'il ne tenoit qu'à
moyde remplir mon volume
desEloges qu'on m'a envoyé
ce mois cy,à la gloire deMon.
fieur le Regent. Si cela m'avoir
eſté poſſible , je l'aurois fait
pour la fatisf. Etion de tous
ceux qui ſe ſont efforcez de
luy marquer leur zele ; mais
pluſieurs confiderations m'ont
déterminé à fupprimertous ces
ouvrages , à l'exception nean228
MERCURE
moins de celui cy que je ſerois
tres fâché de mettre au rebut.
Il a deux qualitez eſſentielles
qui le rendent au moins digne
deparoître au jour. La premierec'est
qu'il ne contient que
des veritez exprimées avec
nobleffe & fimplicité; & la
ſeconde c'eſt qu'il eſt de la
main d'une belleDame , digne
par les graces & par ſon elprit
de toute l'attention où l'on
eſt porré naturellement ,pat le
merite de ſes ouvrages .
GALANT. 229
{
Vers de Madame V .....
à Son Alteffe RoyaleMonſeigneur
le Duc d Orleans ,
Regent du Royaume.
Apollon il est temps : prends
toy même ta Lyre ,
1
D'inspirer les mortels , à preſent
c'est trop peu ;
Celebres par des chants pleins de
ton divin feu
Le Prince que la France admire,
C'eſt luy qui par de fages Loix
S'attire les coeurs des François,
Il va rétablir l'abondance ,
La bonnefay, la confiance s
230 MERCURE
Enfin reparoiſtra ce métal précieux
Que l'on croyoit rentré dans le
٠٢١١٠ feinde laterre,
Et dont l'absence fait autant de
malheureux
Qu'une trop longue trop
cruelleguerre.
Dieu des Vers chante à nos neveux
Combien ce Princefit d'heureux;
Pourmoy defes vertus charmée
A celebrer fon Nom je me fens
animée.
Comme Sapho , que ne fais -je
des Vers
Pour apprendre à tout l'Univers
GALANT. 231
;
-
Que l'Auguste Regent de
France
Poffde luy ſeul laſcience ,
Les rares qualitez , les talens
merveilleux
Qui firent jadis tant de Dieux.
Voicy encore unSonnet fur
le même ſujet , que je mets
avec conno flance de cauſe , au
nombre des meilleurs que j'aye
reçû ce mois- cy. Il eſt de la
façon de M Thierry, Commi
de M. de Montargis .
232 MERCURE
SONNET.
Non , Muse, tu ne peux d'une
plus noble audace
Exciteren cejourmon émulation,
Je cede à ce transport , à cette
ambition
Qui tend à me frayer les routes
du Parnaffe .
1
1
Mais paron commencer?que veuxtuqueje
faffe
Je t'entens , tuvoudrois que d'un
Prince fameux
Je traçaffe en mes vers l'Eloge à
nos neveux ,
Pourrois- tu d'un tel pas me tirer
avec grace ?
Non , pour peindre unHeros ilfaut
trop
GALANT. 233
trop de • talens ,
Ma main est mal instruite à preparer
l' encens :
Je n'ay ni cet esprit , ni la juste
éloquence
Qu'il faut pour bien loüer ce modele
parfait ,
Croy moy , Muse , croy moy , ne
romps pas le
filence
Jadis Plutarque à peine ébaucha
fon
Portrait. •
2
=
1
Pour la Piece que vous allez
lire , elle n'a nul rapport avec
tout ce qui la précede : & eft
à mon gré, un des plus jolis
es
morceaux de Poësie qu'on
puiſſe faire. C'eſt une ſailliede
Octobre 1715 . V
234 MERCURE
M. F. & tout ce que M. F.
compoſe, eſt plein de juſteſſe
& d'eſprit.
TRIOMPHE
des beaux yeux d'Iris .
J
Meffer Phoebus l'autre jour
querella
Avec Amour, c'est vieille
rancune
Depuis Daphné : trés-loin l'affaire
alla ,
Et juréfut parJupin &Neptune
De se vanger; mais bien-toft
Cupidon
GALANT. 235
P
.
Neſeſouvintde telle échaufourée
Et mettant bas fon arc &fon
7brandon
Prés de Pfichefut paſſer laſoirée.
Quantà Phoebus Poëte &Medecin
,
Deux animaux affez ſujets à
l'ire ,
Miracle n'est s'il forma le def-
Sein
Derüiner Amour &ſon Empire.
Orque fit- il ? point nefut àPa.
phoss
Point n'affiegea des forges de
Lemnos
Les magasins & cavernes fecrettes
,
Vij
236 MERCURE
Poury brûler carquois , arcs &
Sagettes
De Cupidon ; mais par dol infernal,
Voulantfinir guerre tant difficile,
Il s'en fut droit au charmant domicile
Qui d'amour est le plus fort arfenal
,
C'est chez Iris ; ô trahison infigne
!
Tout en entrant unefleche maligne
Il jette aux yeux de la jeune
beauté:
Làfont les traits les plusfürs de
Cithere,
GALANT. 237
Et ce deffein étoit bien projetté,
Le pas n'étoit de clerc en verité.
Mais des amours la cohorte legere
Para le coup : car allez chez
Iris,
Là trouverez mille amours aguerris
,
Montans la garde ainſi que chez
leur mere :
Phoebus furpris ne peut se dégager
De l'embufcade ; il voit Iris , il
aime ,
Loin d'attaquer il eft frappéluy
même
Par les beaux yeux qu'il vou
238 MERCURE
loit outrager.
Profonde fut & viveſa bleſſure,
Oncques Daphnéfi bien ne le navra
Des coups d'Iris jamais ne querira,...
Jeſçay trop bien qu'impoffible est ८
la cure.

Il ne mereſte plus avant que
de finir ma lettre , qu'un
moyen de vous amuſer à vous
propoſer. J'ay remarqué le
mois d'Aouſt dernier que le
Public avoit reçû affez favorablement
les Queſtions dont
GALANT. 232
je luy avois demandé la ſolution
,& qu'un grand nombre
degens d'eſprit y avoit répondu
avec plaifir. Cette confideration
m'a portéà en chercher
de nouvelles , pour exercer l'imagination
de ceux qui voudront
y répondre.. J'étois fort
occupéàcette recherche, lorfqu'un
de mes amis m'a fait le
plaiſir de me tirer d'affaire , en
m'apportant les Queſtions
ſuivantes.
Premiere Question.
On defire ſçavoir juſqu'à
quel point il eſt permis à un
honneſte homme d'eſtre jaloux.
240 MERCURE
-Seconde Question . i
On demande fi un Amant
a droit de ſoupçonner ſa Maîtreffe
de peu de tendreſſe ,
lorſqu'elle oppoſe le devoir à
ſes defirs , & fi ce beau nom
n'eſt point l'artifice d'un coeur
!. Troifiéme Question
Quiettileplus heureux
d'un Amant fidele qui trouve
du retour , ou d'un coquetqui
en trouve auffi .
QuatriémeQuestion.
On eft grandement curieux
de ſçavoir , ſi Helene eſtoit
blonde ou brune , mais on
avertic
GALANT. 241
:
avertit qu'on n'en croira ny
Homere , ny ceux qui ont juré
ſur ſes écrits . On veut
tout au moins l'autorité d'un
témoin qui ait eſté oculaire ,
ſans quoy , ceux qui diſputent
ne ſe rendront pas. On recevra
pourtant les conjectures
bien fondées car on commen
ce à ſe laffer d'un procés qui
dure déjadepuis ſi long remps,
& qui occupe trés - fericuſement
des perſonnes trés- ſpirituelles.
Cinquiéme Question .
Qu'on nous diſe enfin , s'il
yacu un Homere , & qu'on
Octobre 1713 . X
242 MERCURE
1
réponde cette fors par un oui,
ou un non définitif.
Le 23. à dix heures&demie
S. A. R. Monſeigneur le Duc
d'Orleans , accompagné de
Monfieur le Duc , de Monfieur
le Comte de Charolois ,
ſe rendic dans le Choeur de
l'Egliſe de S. Denis , où l'on
avoit dreſſe un fuperbeMauſolée,
dontil ſera facile de ſçavoir
ladeſcription au long dansle
Journal queje vais vous donner.
Le Clergé de France s'y
étoit rendu auparavant,de mêmeque
le Parlement,laChambredesComptes,
Cour desAy
GALANT. 243
des,Courdes Monnoyes, Univerſité&
la Ville. Le Service
commença , M. le Cardinal
de Rohan Grand Aumônier
de France fit l'Office , aſſiſté
des Evêques deSeez , d'Auxer.
re , de Beauvais & d'Angers ;
aprés l'Evangile Monſeigneur
le Duc d'Orleans precedé des
Herauts &Roy d'Armes , accompagné
du Grand Maître
des Ceremonies , alla à l'Offrande
, fitune reverence à la
repreſentation ou Mauſolée ,
au Clergé , aux Princes da
Sang , aux Ambaſſfadeurs , au
Parlement , Cour des Aydes ,
X ij
244 MERCUR
د
&c. Les autres deux Princes
allerent à l'Offrande aprésluy
&firentlesmêmes reverences :
enſuite M. l'Evêque de Caſtres
monta en Chaire & fit l'Oraifon
Funebre , & fit voir que le
Roy avoit été un ſpectacle de
felicité un ſpectacle de ſageffe
, & un ſpectacle de
Religion. Ce Prelat fut applaudi
, on continua la Meſſe ,
à la fin de laquelle M. le Cardinal
de Rohan & les quatre
Evêques aſſiſtants allerent auprés
duMauſolée faire les ab-
Toutes : & quand elles furent
finies ils vinrent s'affeoir à la
porte du caveau : pour lors les
GALANT. 245
Gardes du Corps en manteaux
noirs & capuchons, tirerent le
capuchons
cercuëil duMauſolée, pour le
porter au caveau , aprés avoir
mis deſſus un poële d'unemoire
d'argent , brodé d'or, fourré
d'herminés, dont les quatre
coins furent portez par le Premier
Preſident & trois autres .
Preſidents à Mortier en Robes
rouges& hermines : qua
tre Gardes de la Manche mar
choient avec leurs pertuifanes
& leurs cottes brodées
d'or & un capuchon noir aux
quatre côtez . Quand on eut
mis le corps du Roy dans le
caveau , M. le Marquis de
246 MERCURE
Dreux Grand Maître des Ceremonies
cria tout haut : Herauts
d'Armes de France , fai.
tes vos charges : ils marcherent
au nombre de douze , &
jetterent leurs bâtons & leurs
Dalmatiques dans le caveau :
enfuite M. le Grand Maître
appella tout haut M. de Courtenvaux
Capitaine de la Compagnie
des cent Suiſſes , faites
vôtre charge , portez l'enſeigne
, il vint en manteau noir
l'enſeigne couverte d'un cré .
pe , qu'il poſa dans l'entrée du
caveau : pour lors un des Herauts
prit la lifte & appella M.
GALANT. 247
le Duc de Charoſt, Capitaine
d'une des Compagnies des
Gardes du Corps , faites vôtre
charge , portez l'enſeigne; M.
le Duc de Villeroy :Capitaine
d'une des Compagnies des
Gardes du Gorps , faites vô .
tre charge, portezl'enſeigne ;
M. de Baliviere Lieutenant de
la premiere Compagnie des
Gardes duCorps ,tranfmis à
l'absence de M le Maréchal
d'Harcourt , faites vôtre charge,
portez l'enſeigne ; M. le
Duc de Noailles Capitaine de
la Compagnie Ecoffoife, faites
vôtreCharge , portez l'enſei-
XXiiiij
248 MERCURE
gne ; M. le Duc de la Tremoille
faiſant l'office de grand
maître& chefdu convoi , fut
ainſiappellé; M. l'Ecuyer tranchant
fat auſſi appellé ; M de
Momor premier Ecuyer du
Roi,portez les éperons; M. du
Sanfoy Ecuyer du Roy, portez
l'écu ; M... portez les gantelets;
M... portez leheaume ou
caſque ; M. le Grand Ecuyer
de France,portezl'épée roya .
le ; M. le Grand Chambellan,
portez la cotte d'armes ; M.le
Duc de Briffac , portez le paneau
; M.le Duc de Luines ,
portez le Sceptre ; M. le Duc
GALANT. 249
d'Ufés , portez la Couronnei
Enſuite le Heraut cria trois
fois le Roy eſt mort, & un
moment aprés , vive le Roy ,
trois fois : les timbales , trompettes
, hautbois , tambours
qui étoient dans la nefſe firent
entendre ; il cria encore vive
Louis XV. Roy de France
& de Navarre ; & la ceremonie
finie à cinq heures ,
on alla dîner. Il y avoit quatorze
cent couverts , foixante
pour le Clergé , quatre- vingt
deux pour le Parlement ; tout
fut ſervi avec beaucoup d'ordre
par fix cent Suiffes , &
250 MERCURE
)
toutes les tables furent remphes
de mets exquis.
Voici l'ordre comme on
étoit placé. LeClergé dans le
Sanctuaire à la droite, les Ambaſſadeurs
à la gauche , Mon,
ſeigneur le Ducd'Orleans dans
les formes , fuivi des Princes
& des Ducs : le Duc d'Ufés
comme le premier étoit aprés
M. de Charolois , aprés les
Dacs , la Chambre des Com
ptes ſur la gauche , le Parle,
ment , la Cour des Aydes , la
Cour des Monnoyes , & l'Univerſité
ſur des bancs.
GALANT. 251
On aura , comme je viens
de vous ledire , un détail exact
de cette ceremonie , dans la
Relation qui va paroître.
*
Aprés vous avoir donné le
mois paflé & celuy cy deux
Odes qui ont dilputé le Prix
de Poëfie à M. Roy , il eſt
bien juſte de vous donner
maintenant le remerciement
qu'il fit à Meſſieurs de l'Académie
Françoiſe : cette Ode ,
au gré des connoiffeurs , meritoit
un troifiéme Prix. :
252 MERCURE
ODE
A Meſſieurs de l'Académie
Françoile , prononcée dans
l'Académie le jour de la
diſtribution des Prix.
Par M. ROY.
Quel jour! mon bonheur m'é-
•tonne
L'espoir m'en paroiffoit vain.
Quoy! Minerve me couronne
Del'une ,&de l'autre main.
Voicy le champ de la gloire
GALANT. 253
Oùjadis une victoire
elles:
Marqua mes premiers eſſais. *
Minerve tu m'y rappelles :
Dans tes Annales fidelles
Efcri mes nouveaux fuccez.
Attens .. Il est unfilence
Enfant d'un orgueil ingrat.
Laiffe ma reconnoiſſance
Se monstrer avec éclat.
MesJuges furent mes guides ;
Déslongtems mesyeux avides
S'ouvrirentfur leurs Efcrits :
* Prix d'Eloquence en 1711 .
254 MERCURE
FaySurpris quelque éuncelle
De la lumiere immortelle ,
Qu'ils verfent dans les efprits.

L'Eloquence à Demosthenes
Mitles foudres à la main ,
Elle tranſporta d'Athenes
Son throne chez le Romain.
Mais la Raifon ny les Graces
Neſuivirent pointſes traces
Cheznos rustiques ayeux :
Elleyparut derangée
Ou trop nue,ou trop chargée,
D'un fard qui bleſſoit lesyeux.
GALANT. 255
Quels nobles Efprits oferent
Luyprefenter lemiroir ?
Tousfes défauts s'éclipferent ,
Si toft qu'elle putles voir
La voix d'ARMAND
qu'elle implore
Ou rassemble , oufait éclore
Des Demofthenes nouveaux:
L'Art de parler,&d'écrire
Devint digne de l'Empire
Aggrandi parſes travaux.
AuxVertus,chafteEloquence,
Donned'illuftres amants
Touche,plais,àta puiſſance
256 MERCURE
Joins defacrez ornements.
Que les Cieux t'en applaudißent;
Quede tes foins retentißent
Les Thrones les Autels :
Rend nous les divins oracles ,
Ou nous vante les miracles
D'unRoy, l'honneur des mortels.
Mais la Muſe de lalyre ,
Qui des chants donne le prix ,
S'offre àmesyeux , &m'attire
Aux pieds de ſes favoris.
Enchantereße nouvelle
Parquel art évoque- telle
Les premiers fils d' Apollon ?
Icy
GALANT. 257
Icy reparoist Catulle ;
Pindare , Horace , Tibulle
N'ontfait que changer de nom.
C'est l'Auguste de la Seine
Qu'ils celebrent. Quels accords!
Autour d'eux plus d'un Mecene
Eſchauffe encor leurs tranſports.
Je vois ceux , que la naiſſance ,
La dignité,la puiſſance
Approchent de ſes regards :
Je vois ceux,qui dans la guerre ,
Firentà toute la Terre
Respecterſes Etendards.
Octobre 1715 . Y
158 MERCURE
Zele ardent , inépuisable !
Tribut qu'on doit aux bons Rois
Ace concert refpectable
On invite d'autres voix.
Fobéïs ... Paix renaiſſante
C'est ta Feste que je chante ,
Quelpouvoir brifa tes fers ?
Répons ,nomme en aßeurance
Le Bienfaicteur de la France ,
Et celuy de l'Univers.
C'est lay.Voilàson image
Quels traits ! quelleMajesté!
Que j'aime ce fier courage
Temperéparlabonté!
1
GALANT. 259
Autrefois , vainqueur rapide ,
Infatigable, intrepide ,
C'étoit Achille à nosyeux :
C'est Neftor,dont la vicilleſſe
N'est qu'une longue jeuneße ,
Egate à celle des Dieux.
Qu'ay-je dit ? Icy mon zele
Defoibles couleurs le peint.
LOUIS prend pourfon modele
Deſes ayeux le plus faint. *
Rois de noftrefang avares ,
deux, des duels barbares
4
Tous
* S. Louis.
Y ij
260 MERCURE
Defarmerent lafureur.
De leur peuple tendres Peres
Dela Foy vangeursfeveres
Tous deux chaßerent l'erreur.
3
Princes , mes Dieux tutelaires
Vos Portraitsfont mes threſors : *
Et desfignesfalutaires
Pour enbardir mes efforts.
Unjour..mais l'ofay je croire,
Que desFuges de la gloire
Vous m'attiriez les regards ?
Ainsi Romefortunée
Attachoitsa destinée
Aux Images des Cefars.
*Medailles du Roy &de S. Loüis.
GALANT. 26E
Voicy des Vers Latins à la
loüange de noſtre jeune Mo
narque.
Cum Rex Ludovicus decimus
quintus Lutetiam ingrederetur
die Septembris duodecima .
Quem Deus effinxit , dignum
te Gallia Regem
Nofce tuum , & forti plaude
beata tuæ
Pande fores ,Urbs clara , tuos
Rex maximus intrat.
Et cumRege fides , religioque
venit.
Cernis ut ante viam imbelles
Pax aurea lauros
262 MERCURE
Spargit , & innumeras copiæ
fpargit opes.
Sanguinis heroas reddit placidiffima
cunctos
Frons pueri ,&dotes exprimic
illa novas.
Quippè per æratas olim ruat
ille phalanges ;
Sive magis placidæ tempora
pacis amer.
Aut factis æquabit avum
proavumque ,patremque ,
Aut fi fata finant vivere , major
crit.
Creſce igitur Princeps pariter
tua gloria crefcer.
Pieridum creſcet , francige-
1
GALANT. 263
numque decus.
Si qua tamen furgit noftra
tibi cura falutis ,
Nil præter pacis munera ſancta
fove.
Ut vincas mundum , cur enim
te bella juvarent ?
Qui fubigat populos , arcus
amorisiert .
Ut nunc Lutetiæ , te tantum
oftende per orbem:
Et Rex in terrâ protinus unus
cerit.

LE BL. C. L.
264 MERCURE
MONSEIGNEUR,
Si quelques endroits de ce
Livre meritent d'amuſerVôtre
Alteſſe Royale , il n'en faut
pas davantage pour m'encouragerà
le rendre meilleur. Je me
ſers de ce terme , parce qu'en
verité , on a beſoin de beaucoupde
courage& d'une grande
conſtance , pour foutenir
un pareil ouvrage..
Je ne m'excuſe point, Monſeigneur
, de la temerité avec
laquelle j'ay ofé vous le dédier,
c'eſt un uſage établi parmi
tous
GALANT. 265
-
י
tous lesAuteurs , qui ufurpent
ſouvent le Privilege de mettre
à la tête des plus méchants
Livres , les plus grands noms
dumonde ; mais je me garderois
bien de prendre une pareille
licence , fi Mercure n'étoit
pas,comme il l'eſt , le magaſin
des penſées & des avantures
de tout le genre humain. Ainſi
quelque choſe qu'on ofe
dire du Mercure Galant , tant
de mains contribuent à le
faire , que le merite & les qualitez
de ceux qui s'en meſlent
ſuffiſent pour luy donner l'autorité
qu'on luy diſpute. Pour
Octobre 1715 . Z
,
266 MERCURE
moyje n'y prends deformais
pour ma part , que le droit de
vous faireconnoiſtre les gens
d'eſprit qui me ſecondent ,&
que la gloire de vous affeurer
du parfait dévouement & du
profond reſpect avec lesquels
jayl'honneur d'être, de Võrre
AlteſſeRoyale ,
Monseigneur ,
:
Le plus humble , le plusobéiſſant,&
le plus foumis
Serviteur ,leFebvre D. F.
GALANT. 267.
Avis aux Sçavans , & aux
Curieux , particulierement
aux Etrangers.
Par Privilege duRoy , enregistré,
confirméparArrestduParlement
, avec Approbation de
la Faculté de Medecine ,
de l'Académie Royale des
Sciences.
Leſieur Deſnoües de l'Académie
de Boulogne, ci- devant
Profeffeur d'Anatomie & de
Chirurgie de la Sereniffime
Republique de Genes , Auteur
Zij
268 MERCURE
des Anatomies artificielles ,
dont la principalecompofition
eſt de cire colorée, avertit qu'il
a preſentement une plus grande
quantité de cesAnatomies ,
d'hommes , de femmes , de
filles & d'enfans diffequez &
préparez d'une exactitude ày
voir distinctement toutes les
parties du corps humain , tant
internes qu'externes ;de maniere
que la tête , la poitrine ,&le
ventre y font ouverts , pour
y laiſſer voir tous les vifceres ,
&diftinguer tous les nerfs , les
venes , les arteres , les muſcles ,
&même les vaiſſeaux limphaGALANT.
269
tiques , & generalement tout
ce qu'il y a de plus ſçavamment
découvert & de recherché
dans la belle & la plus
exacte Anatomie.
Ces Chef-d'oeuvres de l'Art
& de la Nature font à preſent
en figrand nombre , & fi perfectionnez
, qu'il feroit trop
long d'en donner icy le détail.
On ſe contentera de dire qu'ils
ont une approbation generale;
& que les plus ſçavans & les
plus curieux avoüent qu'ils
n'ont jamais rien vû de plus
fingulier ni de plus ſurprenant,
particulierement depuis les
Ziij
270 MERCURE
1
ſept pieces nouvelles dont on
a illuftré & augmenté ces
beaux ouvrages d'Anatomie ,
enyjoignant l'utile & l'agréable.
9
Le grand nombredeCorps
anatomiſez & de parties ſeparées
dont on eſt pourvû , eſt
tres - avantageux pour faire
commodement les Cours d'A.
natomic , fur tout pour les
perfonnes qui ne peuvent fup
porter le dégoût& la mauvaiſe
odeurdescadavres.
La modeſtie eſt exactement
obſervée dans tous les ſujets
&dans toutes les parties ſepa
1
GALANT. 271
rées , auſſi-bien que dans le
diſcours&dans les démonſtrations
, pour la ſatisfaction de
l'un &l'autre ſexe .
Outreles ouvrages d'Anatomies
dont nous venons de parler
, on y verra des Cabinets
garnis de pieces curieuſes &
des plus ſurprenantes ; àquoy
bien des gens ne s'attendent
pas.
Onentre tous les jours en
Eté depuis huit heures du matin
juſqu'à ſept heures du ſoir,
&en Hyver depuis neufheures
juſqu'à cinq ; & les Fêtes &
Dimanches aprés l'Office de
l'Eglife. Z iiij
272 MERCURE
Chaque perſonne paye le
demi éeu courant pour la Démonstration.
C'estàpreſentruë du Colombier,
àla premiere porte- cochere
à droite , en entrant du côté de la
ruëde Seine vis à vis l'Hôtelde
Luynes.
PROPRIETEZ
vine
Vertus de l'Effence Dimaniere
de s'en
fervir.
- "
Pour les fluxions de quelque
nature qu'elles foient , tremper
une compreſſe dans cette
GALANT. 273
Eſſence , & l'appliquer ſur la
partie malade.
Pour les maux de teſte , migraines
, rhumes & toutes maladies
du cerveau , en refpirer
par le nez ,& s'en frotter les
tempes , fi ce ſont des maux
inveterez , elle ne fera pas fon
effet ſur le champ ; mais en
moins de quinze ou vingt
jours , on ſera entierement
guery.......
Pour la colique , mal de
ventre , d'eſtomach , &indi
geftions , en boire une cuilleréc.
Pour le haut- mal , mal de
274 MERCU
mere ,paralyfie& apoplexie ,
s'il arrive qu'on ſoit tombé
dans le mal , pancher lateſte
du malade , de maniere qu'on
luy en puiſſe mettre deux ou
trois goutes dans le nez , autantdans
la bouche & luy en
frotter les tempes.
Pour l'hydropifie , en boire
foir &matin une cuillerée.
Pour la pleurefie , mal de
coeur ,d'eſtomach , de poulmons
& de rate , en boire une
cuillcrée.
i
:
Pour les vapeurs , foibleſſes,
&évanoüiſſemens , en reſpirer
par le nez & s'en frotter les
tempes.
GALANT. 275
)
Pour les rhumatiſmes &
gouttes , &douleurs de jointures
, en boire une cuilleréc
pour guerir le dedans , & s'en
bien frotter la partie malade.
Pour les douleurs des dents ,
qu'elle arrête dans le moment,
il en faut appliquer avec du
coton ſur les dents malades
&s'enfrotter les jenives.
Pour les fiévres malignes ,
peftilentes &, pourprées &
pourla petiteverole&rougeo
le, qu'elle fait fortir ,&quan
même elle ſera rentrée , il en
faut prendre pour une perſon
ne au deſſus de 25. ans , deux
276 MERCURE
cuillerées , d'un plus bas âge à
proportion. C
6
Pour les playes , de quelque
nature qu'elles ſoient & pour
la brûlure d'eau ou defcu , en
bien baffiner la playe , & yen
appliquer une compreffe.....
Cette Effence eſt admirable
par la promptitude de fon
action & à moins que ce ne
foientdes maux inveterez , on
fera foulage , & peut eftre
même gueri pour la premiere
ou ſeconde fois. Elle augmente
la chaleur naturelle , fortifie
& réjoüit tous les eſprits vitaux
& par ſa vertu penetrante
GALANT. 277.
pouſſe au dehors les impuretez
qui corrompent la maſſe du
fang , le purifie , & le fait circuler
, elle diffipe & empêche
les fumées de monteràla teſte,
elle fortifie l'eſtomach , elle
eſt preſervative contrele mauvais
air & les maladies contagieuſes
, par ſa ſcule odeur
aromatique.
Les bouteilles font de cent
fols ,&les demie de cinquante
fols.
Ce remede ſe trouvechez le
R. P. Dom Aimé , Directeur
des Dames de l'Abbaye S. Antoine
au Fauxbourg S. Antoine.
{
278 MERCURE
?
Avis utile à tout le monde.
Le ſicur Porcheron a un
fecret merveilleux contre les
Rhumatismes inveterez ,goûteux,
douleursdenerfs& ſciatiques.
Le ſecret confifte en
une Pommade compofée de
ſimples , approuvée de Meffieurs
les Doyen & Docteurs
de la Faculté de Medecine à
Paris ,qui ont gueri eux-mêmes
par le ſeul liniment , &
frottementde cette Pommade
pluſieurs malades de rhumatiſmes
inveterez & goûteux , qui
GALANT. 279
ne cedoient point aux remedes
ordinaires : Elle guerit auſſi
les Enquiloſes dans les boëtes
des genoux. Les pots ſont cachetez
de ſon cachet , il donnera
la maniere de s'en ſervir.
Cette Pommade ne ſe cor
rompt jamais ,&peut ſe tranfporter
dans toutes fortes de
Pays. Elle a la vertu de faire
tranſpirer doucement l'humeur
en dehors , ſans aucune
cicatrice. Les plus petits pots
fontde so. fols ,& les grands
de s.liv.
Il demeure ruë du Petit
Lyon , Quartier S. Sauveur ,
280 MERCURE
au coin de la ruë des deux Portes,
où ſonTableau eſt expoſé.
AVIS.
Le ſieur Aubert , Libraire ,
Quay des Auguſtins , du coſté
du Pont S. Michel , à l'Image
S. Nicolas , a grand nombre de
Mercures Galants anciens &
nouveaux , tant en blanc que
reliez ; il les vend en corps
complets & en volumes ſeparez
; il a les ſieges , batailles ,
figures , plans & chanſons ſéparement:
laViede DonPierre
le Nain : les Avantures de Zeloïde
,
GALANT. 281
loïde , Contes Indiens : les Foi -
res Bretonnes , Contedes Fées.
Avertissement.
Le prix des ports de Lettres
que vous m'envoyez , Mefſieurs
, eſt ſi peu de choſe pour
vous , & peut eſtre d'une fi
grandeconſequence pour moy
que je vous recommande encore
de ne pas oublier à les
affranchir.
N'oubliez pas non plus , s'il
vous plaiſt , que je ne vous
donneray aucun Livre qui ne
foit revêtu de mon Paraphe ;
Octobre 1715 . Aa
282 MERCURE
!
&dem'envoyer le plutoſt que
vous pourrez tout ce que vous
jugerez à propos de m'écrire.
Meſſieurs Poiffon pere &
fils font enfin rentrez àla Comedie
Françoife , ce qui donne
lieu au Public d'eſperer un
grand amandement dans la
Troupe.
CODE
DEL
YON
*
1800
*
TABLE.
DEdicace de l'Auteur du prefent
Livre àSon AlteffeRoya
le Monseigneurle Duc de
Chartres.
3
Vers de M. Dufresny preſentez
à Son Alteffe Royale Mon-
Seigneur le Duc d'Orleans
Regent de France. 8
Ode de M. P.fur le mêmeſujer.
14
Histoire nouvelle& veritable.
24
Apologie de l'Auteur. 83
A ij
TABLE.
84 Réponſe deMendoce .
Ode de M. l'AbbéPelegrin ,fur
leſujet proposépour le Prix de
jet propo
l'Académie Françoise.
AM. de la Motte , Conte. 101
Tres beau raisonnement de l'Auteur
LII
Lettreà Mademoiselle de L **.•
I
Sonnets ſur les rimes proposées le
mois dernier. 120
Bouquet. 129
Chanfon. 133
Chapitre des Enigmes. 136
Livres nouveaux. Article digne
de toute la curiofitédu Lecteur,
&convenable aux interêts de
TABLE.
l'Auteur. 14F
Autre belle Reflexion de l'Autear.
145
Chapitre où il est parlé difcretement
&en peu de mots de
l'Opera ,de la Foire de la
148
154
Comedie.
Nouvelle galante.
d'Afrique , voisine de Ceuta ,
Nouvelle de Melilla , Ville
?
appartenante au Roy d'Efpagne
,&affiegée depuis longtemps
par les Maures. 159
DeConstantinople.
De Londres.
De Venise....
De Vienne.
170
172
1.73
174
TABLE.
DeHambourg.
D'Edimbourg.
1
178
183
Extrait d'une Lettre de Copenbague
au fujet de l'Ambaßadeur
dePerfe. 193
Extrait des Lettres de Londres.
194
DeParis. 201
DeVernon , en Normandie. 203
Article desMorts. 204
Mariages. 221
Vers deMadameV.. àlaloüange
de Monsieur le Regent.
227
Sonnet ſur le mêmesujet. 233
Triomphe des beaux yeux d'Iris.
234
1
TABLE.
Questions dignes de l'attention
& des Réponſes de tous les
beaux efprits. 238
Ceremonie faite à S. Denis le
jour de l'inhumation de Loüis
XIV. 242
Ode à Meſſieurs de l'Académie
Françoise , prononcée dans l'Académie
le jour de la distribution
des Prix , par M. Roy.
252
Vers Latins à la loüange dujeune
Roy. 261
Compliment de l'Auteur. 264
Avis. 2671
Avis. 272
Avis utile à toutle monde. 278
TABLE .
Avis.
Avertiſſement.
THEAGE DE
LYON
280
28 1I
Avis pourplacer la Figure.
LaFigure doit regarder lapage
134
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le