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807156
NOUVEAU
MERCURE
GALAN T.
DE
LA
VILLE
UN
LYON
**7893*
NIN
A PARIS ,
M. DCCX V
AvecPrivilege du Roy.
Aoup
MERCURE
GALANT.
Parle Sieur Le Feure.
Mois
d'Aoust
1715.
Leprix eſt 30. fols relié en veau , &
25. fols , broché.
A PARIS ,
Chez D. JOLLET , & J. LAMESLE ,
au bout du Pont Saint Michel ,
du côté du Marché-Neuf ,
Pau Livre Royal.
AvecAprobation,&Privilege duRoi
MERCURE
NOUVEAU.
ONSIEUR
EAUR DELA
LYON
BIBI
*7893 *
VILLE
C'eſt maintenant voſtre
tour à gliffer . Aprés avoir cu
Phonneur d'écrire à Madame ,
& à Mademoiselle , ne trouvez
-пос
pas mauvais que je prenne
Aoust 1715. A ij
MERCURE
aujourd huy la liberté de vous
adreſſer la parole. Mais fouffrez
, s'il vous plaît , que je
vous diſe , avant que d'entrer
en matiere , que vous n'aurez
que pour la forme, la part que
vous paroîtrez avoir à mon
Epître , ſi vous êtes ſerieux
critique , melancolique , ou de
ees Scavants impraticables auf.
fi ennemis du ſens commun
qu'ils font remplis de noire&
de maligne humeur. Je vous
avouë que je ne veux nulcommerce
avec cette engeance,&
que je prefere à toutes les efpeces
d'hommes que je con-
I
も
200
,
GALANT. 5
nois , celle des bonnes gens à
qui il a été donné de choiſir
par prédilection le favorable
Bureau que j'ay établi chez le
Capitaine Rhumbe Sofiet à la
petite Magdelaine , ruë de
Buſſy. La preference qu'ils accordent
de gayeré de coeur à
ce bienheureux Cabaret , eſt
une preuve indubitable qu'ils
ont de l'efprit , du bon goûr ,
de l'experience &des voyages.
Vous medirez peut être qu'il
eſt preſque inoüi de voir en
France un Auteur propoſer de
pareils rendez vous à les Lec-.
teurs ,& que cette licence dé-
Aiij
6 MERCURE
note ungrand vice de temperament.
Je vous réponds à
cela , premierement , que je ne
ſuis point Auteur , & que
quand j'écrirois cent fois plus
que je ne fais ( Dieu m'en preſerve
) j'en abdiquerois toûjours
en public & en particulier
, le caractere &les titres .
Secondement , je ſoutiens
que ces rendez vous fournifſent
des expedients , des raifonnemens
& de la vigueur à
l'eſprit. Tous les Cercles d'Allemagne
, la Hongrie , la Pologne
, la Suede , le Dannemark
, l'Angleterre , la Hol-
-
GALANT. 7
१
lande & la Suiſſe , me font témoins
de la verité de ce que
j'avance , & vous ſeriez fort
mal receu , ſi vous vouliez avec
toute voſtre prudence , propoſer
à ces Nations éclairées
des affaires ailleurs qu'au Cabarer.
Troifiémement , fans eftre
tout à faitElpagnol ſur leChapitre
du vin , on peut être au
moins auſſi ſage qu'eux fur cer
article, & frequenter les honnêtes
endroits où le meilleur
ſe vend. LabonneCompagnie
s'y trouve , les bons eſprits s'y
aſſemblent , le noir chagrin
Aiiij
8 MERCURE
n'en approche jamais ,& c'eftlà
qu'à l'honneur du bonBacchus
, on fait ſouvent à l'exemple
du ſage Horace, de fi
jolies Chanſons à boire. Je
vous citerois dans nos plus fameux
Modernes cent honnêtes
gens de qui je tiens à cet
égard le goût que je vous propofe.
De plus , je vous dirayconfidemment
, Monfieur , que je
ne vous ay fait cette prolixe
Differtation , que pour répondre
, comme je le penfe , aux
ridicules objections de quelques
miferables pedants beu
GALANT. و
veurs d'eau , qui ne furent pas
édifiez , à ce qu'ils m'ont fait
l'honneur de m'écrire,decette
élection de domicile.
Ce préambule vous a-t-il
ſuffisammentdiſpoſé àme lire
avec les conditions requiſes. Si
cela eſt , lifez moy, finon laifſez
moy ? & ne faites pas comme
cet illuftre & moderne
Peintre , Archiprofelyte de
l'Antiquité,qui fut il y a quelques
jours à la Foire S.Laurent,
au Jeu de Dominique , où il
s'épanoüir de tout fon coeur
juſqu'à la Scene d'Homere ,
qui le deconcerta d'une ma
ro MERCURE
niere à faire étouffer de rire
tous ſes voiſins. Il n'eût pas
plûtôt entendu les plaiſantes
faillies d'Arlequin pour la dé-
1
fenſe de cette grande ombre ,
qu'il s'écria , comme fion l'eût
écorché tout vif. Quelle pitié!
! quelle miſere o temps !
moeurs ! Iln'y a aumondeque
Pierrot qui ſoit capable d'avoir
inventé un ſi horrible divertiſſement.
Celuy qui en eft
l'Auteur meriteroit de paffer le
reſte de ſes jours dans un cachot
! c'eſt (& la poſterité n'o .
fera jamais le croire ) c'eſtHo
mere qu'on jouë ! ce ſont les
GALANT. I
Cauſes de la Corruption du
Gouſt qu'on tourne en ridicule
! GrandDieu ! quelle dépravation
! quelle honte pour
noſtre fiecle !
Ce fameux Peintre qui avoit
déja entendu parler plus d'une
fois de l'extravagance de ce
Tableau,pouvoit ſe difpenfer
d'aller de guet à pens falir fon
imagination , & la defefperer
de l'impieté des Modernes ,&
ne pas donner aux gens dont
il étoit environné ,un ſpectacle
incomparablement plus ridicule
que celuy qu'il b'amoit,
De même vous pouvez
12 MERCURE
Monfieur , fr vous apprehendez
que mes boutades vous
revoltent , vous épargner la
peine de les lire. Je vous dis
par avance que je fuis plein de
caprices & de fantaisies , que
les choſes dont j'ay à traiter
de mon chef, étant d'une nature
qui ne m'engage à aucun
menagement ridicule , je les
debite àma mode , & que je
me donne toutes les libertez
dont je peux affafonner de
temps en tems la ſechereffede
ma matiere. Si cela vouscon
vient , ſuivez moy , & fouvenez
vous qu'on doit ainer ſes
GALANT. 13
1
amis avec leurs defauts.
Commençons , fi vousvoulez
, par les affaires du monde
, ce fera tant & plus de
gagné ſur le nombre des pages
que j'ay à vous écrire.
Je ne fis lemois paffé qu'un
extraitdes Nouvelles de Maillorque
parce que n'ayant pas
encore receu la Capitulation
dePalma , que j'attendois ,je
n'en pouvois faire qu'un Article
informe; & j'ay mieux aimé
differer juſqu'à preſent àvous
en parler d'une maniere plus
étenduë , pour vous en donner
unabregé Hiſtorique & complet.
14 MERCURE
Le ſuccés du débarquement
des Troupes des deux
Couronnes à l'Ile de Maillorque
,dans la côte du Levant
entre Puerto Petro , & Puerto
Colonb dans un petit Havre
'qu'on appelle Calla Longa ,
P
en fit bientoſt efperer la conquêre.
Quelque oppoſition qu'on
cût mis a l'execution de ce projetpar
la fufpenfion , que les
negotiations avoient donné
lieu de faire , & qui naturellement
par la furcharge des dépenfes
immenfes, le devoient
faire manquer dans ſon tout.
:
GALANT. 15
L'Intendant Patino qui a cydevant
fi bien maintenû l'Armée
devant Barcelone , pendantquatorze
mois , dans toute
l'abondance , ne s'eſt point
rebuté,&connoiffant l'importance
d'un ſi grand projet,&
pour fon maître l'avantagedu
fuccés&de l'execution ; il ena
foutenutous les contre temps
&les dépenfes ; & en un mot
mis l'Armée en état d'appareil
ler de Barcelone le onziéme
Juin au nombre de 2801
Voiles : la Flotte fit une navi
gation allez heureuſe, quoy
que d'un vent un peu forcé
16 MERCURE
&arriva le troiſième jour. Le
15. nous cûmes connoiffance
de la Dragonera , vis à vis
Dindrache , à la Côte du Ponant&
proche de Puerto Ponſé
, où l'Armée moüilla & pris
ancrage ; Puerto Ponſé forme
une eſpece de Baye en croifſant
, où la plage bordée de
ſable preſente un débarquement
affez favorable ; mais
comme iln'eſt qu'àdeux lieuës.
de Palma , il eſt couvert de retranchemens
& de batteries ;
le douze fur le rapport qui
fût fait àM. le Chevalier d'As
feld de l'état de ſa Cavalerie
qui
GALANT 17
qui manquoit d'cau , & que
toutes les cengles & apparcils
fabriquez dans les Tattannes
pour touſtenir les chevaux
étoient rompus & brifez , il
mit ſa confiance fur la valeur
des Troupes, &prit la refolution
de faire là ſon debarque
ment; les Chaloupes étoient
déja affemblées & armées
lorſque le Marquis de Gabaret
, ſous les ordres du GeneralRios
, reprefenta vivement
que l'Armée étoit perduë , le
projet détruit,& tous les avantages
qu'on en attendoit , ff
on perfeveroit dans le deſſein
Aoust 1715 .
B
18 MERCURE
de tenter là la defcente ; au
contraire , qu'il étoit certain
qu'à la Coſte deCampos dans
la partie du Levant , le débarquement
ſe feroit par furprife
, & fans perdre un homme
s'il étoit bien conduit , étant
impoſſible aux Ennemis de
border la Colte de leurs Malices
, ni de ſuivre les mouvemonts
rapides des Vaiſſeaux.
Le zele de ce General pour le
ſervice eſt ſi connu , la capacité
& ſon experience fi approuvées
particulierement àla
Mer , où il a fervi 25. ans ſous
les meilleurs Maîtres dans la
GALANT 19
Marine de France, &veu toutes
les occafions , que leChevalier
d'Asfeld ſe laiſſa aller à
ſes remontrances ; la Flotte fit
voile à l'heure même , on mit
la pointe au Levant , & le
lendemain matin l'Amiral
Rios prit fi bien ſon tems ,
que fur les quatre heures le
General d'Asteld détacha le
Comte de Lecheren , Maréchal
de Camp , avec 25.hommes
pour fonder le Pays, iln'y
trouva perfonne dont il donna
auſſicôt avis : M. de Rios fit
le ſignal du débarquement ,
auquel ſe porterent avec rapi-
Bij
20 MERCURE
dité les Marquis de Cany , de
Gabaret&Mary, qui dans une
heure & demie , à la prefence
du General Don Pedro deRios
qui avoit auſſi debarqué , mirent
trois mille hommes àterre
par l'ordre du General de la
Mer ,& par ſes foins la Cavalerie
ſe débarqua la même
nuit des trois coſtez des Calles
où l'on pût entrer avec tous
les Baſtimens. M le Marquis
deCany executa ( comme on
l'a dit le mois paffe ) ce commandement
avec toute la valeur
& la prudence imaginables.
Le 16. on dépêcha le
GALANT. 25
Marquis de Mary pour informer
S. M. C du ſuccés du
debarquement ; cet honneur
appartenoit à M.de Gabaret
par droit d'ancienneté ; mais
Les indiſpoſitions ne luy permettant
pas d'entreprendre
cette courſe , ils'eſt ſervyd'un
congé duRoy d Elpagne pour
aller rétablır ſa ſanté à Alicante
M. le Chevalier d'Asfeld ,
aprés avoir fait débarquer une
partie de ſes Troupes au nombre
de cinq mille hommes
d'Infanterie,&quatre censchevaux,
la tempête qui avoit dif
麻
22 MERCURE
perfé le reste de la Flotte
l'ayant empêché d'en mettre
d'avantage a Ferre , ſe mit
en marche dés le lendemain
à la pointe du jour ; & alla
droit à un Village dans lequel
eflorent fix mille Payfans
aff mblez , & foutenus
par deux cens chevaux du
Marquis de Ruby ; il fit dire à
fes Payfans de le retirer dans
leurs maisons , & de ne pas
attendre l'arrivée de ſesTroupes,
illeur fit entendre qu'on
les avoit trompez juſqu'à
preſent&qu'ils devoient enfin
reconnoiſtre le Roy PhiGALANT.
23
S
لا
lippes V pour leur veritable
Maître qui leur pardonnoit
tout ; mais que s'ils ne profitoient
pas de la clemence &de
l'amniſtie que S. M. C. leurs
accordoit , il n'y auroit point
de quartier pour eux. Ces
repreſentations curent tout
l'efft imaginable , & firent
prendre à cette Milice le parti
de ſe retirer. L'Armée marcha
enfuite fans aucun obitacle
juſqu'à des bois dans lef
quels l'avant garde défit une
nouvelle Troupe de Payſans
qui avoient tiré ſurelle ;& on
amena cent prifonniers àM.
i
24 MERCURE
le Chevalier d'Asfeld qui les
renvoya chacun chez eux ,
aprés leurs avoir bien repre
ſentéletort qu'ils avoient d'avoir
pris les armes contre leur
Roy. Son indulgence donna
lieuau Village de Falonich de
venir ſe loumettre àlay: L'Armée
y campa le 17. & les c
xemples que Male Chevalier
d'Asfeld y donna , en faiſant
caffer la tête à deux foldats qui
avoient contrevenu au ban en
allant en maraude, raffeurerent
tellement ce pays , que les
Habitans offrirent de prendre
les armes pour luy ; ce qu'il
n'accepta
T
GALANT. 25
n'accepta point ; il leur ordonna
ſeulement de demeurer
tranquilles chez eux , & ilenvoyade
Falonich dans tous les
BBoouurrggss, Villes ,& Villages de
l'Ifle des bans imprimez qui
produifirent un ſi bon effet ,
joint à la difcipline avec laquelle
il fit vivre ſes troupes ,
que dés le lendemain les peuples
vinrent de tous coſtez
ſe mettre à l'obéifſſance. La
bonté avec laquelle il les re
çût acheva entierement de les
gagner , & pour profiter de
Cetheureux commencement ,
il envoya dans Alcudia des
Aoust 1715. C
26 MERCURE
gens affidez qui répandirent le
bruit des bons traitemens
qu'ils avoient receus de luy.
L'Armée ne pouvant pas s'y
rendre àcauſe que la marche
étoit trop grande , il s'avança
avec un detachement de dix
Compagnies de Grenadiers ;
&deux centchevaux , & arriva
le 19. à 8. heures du matin
devant cette Place , où il fut
receu à grands coups de canons
; cependant ſur les avis
qu'il eût que les habitans de
ladite Ville , eſtoient portez
à ſe rendre , il fit ſommer la
Garniſonqui fit quelque diffi
GALANT. 27
culté ; mais voyant que les
habitans ne vouloient point
foutenir un Siege ,& ne trouvoient
pas en elle affez de reffource
, elle ſe rendit lemême
jour à diſcretion , elle étoit
compoſée de quatre cens
hommes d'Infanterie. On a
trouvé dans la place 52. pieces
de canon. Cette Ville a
marqué ſa joye par beaucoup
d'acclamations à l'entrée
des troupes ; une grande
partie de l'Ifle fut auffi-toft
prêter l'obéiſſance , & fc
foumettre à la clemence du
Roy , en vertu de l'amniſtic
Cij
28 MERCURE
que M. le Chevalier d'Asfeld
yavoit fait publier.
Trois jours aprés le départ
de M. de Mary , M. le Chevalier
d'Asfeld dépêcha M. de
Saint Pê , pour aller rendre
compte à la Cour de la priſe
d'Alcudia,qui avoit bien voulu
épargner aux troupes du Roi la
peine d'en faire le Siege;ce fut
unbonheur infini ; car la place
eſtoit des meilleures& auroit ,
fur le temoignage des Officiers
occupé l'Armée pendant plus
de fix ſemaines ; elle a depuis
ſervi de Port fort commode
pour débarquer toutes les pro--
(
GALANT. 29
vifions & les troupes dont la
Flotte étoit compoſée , qui
avoient eſté diſperſées par
deuxgrands orages qui étoient
furvenus avant la deſcente ; &
on avoit eſté fix jours fans
avoir pû apprendre ce qu'étoient
devenus ceux qui n'avoient
pas été du premier dé.
barquement ; enfin le 22. &le
23. le reſte des Vaiſſeaux de la
Flotte arriva dans la Baye d'Alcudia
dont ils virent la réduction
avec beaucoup de joye ;
car ils avoientde leur coſté la
mêmeinquiétude, ne ſçachant
pas ce qu'étoient devenus les
Ciij
30 MERCURE
Navires que le mauvais
temps avoit écarté ; enfin
aprés la priſe d'Alcudia , il ne
reſtoit plus que la Ville de Palmaà
foumettre ; & M. le Marquis
de Ruby qui en étoit le
Commandant , & qui avoit à
ſes ordres deux mille,Volon
taires , ſept à huit cent hommes
de troupes Allemandes ,
& environ quatre cent chevaux
, fit toutes les ceremonies
d'un homme qui veut fe
deffendre ; on travailla auflitôt
aux arrangemens neceſſaires
pour en faire l'attaque ,s'il
en étoit beſoin .
GALANT. 31
Dés que les Ennemis virent
les Troupes de M. d'Asfeld à
une lieuë & demie de Palma ,
travailler à des Poſtes & les
fortifier àmeſure qu'elles arrivoient,
ils parurent avoir grande
peur , &Milord Forbus en
fortit avec un Colonel Allemand
pour aller parlementer
avec M. le Chevalier d'Asfeld,
dont l'Armée étoit compoféc
de 100. pieces deCanon.
12. Mortiers.
:
sooo . Bombes .
44.Bataillons.
3. Regiments deCavalerie.
3. Regimens de Dragons
démontez. Cij
32 MERCURE
Pour cinq mois de munitions
& tous les Officiers
payez.
M. le Chevalier d'Asfeld
avoit ſous luy M. le Marquis
de Caylus , Lieutenant General
, homme d'une grande valeur
& d'un vrai merite , M. le
Comte de Lecheren , M. le
Marquis de Guerchois , & M.
Ribadeo , Eſpagnol, tous trois
Maréchaux de Camp.
Le Marquis de Ruby voyant
cette Arméedevant Palma,envoya
auſſitoſt un Trompette
à M. le Chevalier d'Asfeld
pour luy témoigner l'étonne
GALANT. 33
ment où il étoit de ſe voir faire
laguerre , veu qu'on étoit
ennegotiation dePaix LeChevalier
d'Asfeld luy envoya dire
qu'il venoit luy en apprendre
la rupture , & qu'il falloit ſe
foumettre dans vingt- quatre
heures. Le Marquis de Ruby
luy fit répondre fur le champ
qu'il ne demandoit qu'uneSufpenſiond'Armesde
fix ſemaines
, pour avoir réponſe des
deuxCourriers qu'il alloit dépêcher
, l'un à Vienne à l'Empereur,&
l'autre au RoyGeorges
enAngleterre , pour enre
cevoir les ordres . Le Cheva-
-
34 MERCURE
lier d'Asfeld luy répondit qu'il
feroit ce qu'il voudroit ; mais
qu'il falloit abſolument qu'il
ſe rendit dans vingt- quatre
heures. 59
Sur ces preffantes réponſes
JeClergé , la Noblefle , & les
Magistrats obligerent le Marquis
de Ruby à prendre ſon
parti ,& luy dirent qu'il pour.
roit ſe retirer où bon luy fembleroit
; mais que pour eux ils
étoient refolus de ſe ſoumertre
au Roy leur Maître , enforte
que la choſe fut reglée
ainſi. Dans l'inſtant les Depu
tez l'étant venu témoigner au
GALANT . 35
Chevalier d'Asfeld , il confentit
que lo Marquis de Ruby ſe
retirât en Sardaigne ,& luy fit
donner des Bâtiments pour
embarquer ſes Troupes qui
avoient des Patentes de l'Empereur
, & quelques Officiers
Anglois qu'on cût retenu Prifonniers
de guerre fans leurs
Patentes. Le Chevalier d'Asfeld
entra enfuite dans la Place
aux acclamations du peuple
qui crioit , Vive Philippes V.
&vive la Reine.
Voici la copie de la Capitulation
de Maillorque.
36 MERCURE
ARTICLES
pour l'évacuation des Ifles de
Mayorque d'Ivice , conveinus
entre lesCommandants des
Troupes des deux Puissances.
I.
On accorde une amniſtie &
pardon general à toutes fortes
deperſonnes de quelque grade
& condition qu'elles fotent
-fans qu'on puifle d'aucune
maniere les inquieter pour
tout ce qui s'eſt paffé juſqu'à
aujourd'huy.
Accordé ,àla referve de ce
GALANT. 37
qui peut regarder les priſes ſurla
Nation Françoise depuis leTraité
d'Utrecht.
I I.
Quele General Marquisde
Ruby fortira à la tête des
Troupes tant deCavalerie que
d'Infanterie, Armes , Bagages,
Drapeaux déployez & Tambours
battants , avec tous les
honneurs Militaires, pour être
tranſportées en Sardaigne ou
àNaples.
Accordé , pour être tranſporté
au Port deCaller en Sardaigne.
On nous donnera la per
38 MERCURE
miſſion d'emporter lept Canons
de bronze avec leurs affuts
, & vingt coups à tirer par
piece,leſquels lesTroupes Allemandes
ont emmenez avec
cux deNaples.
Accordé.
IV.
Il nous ſera donné par l'Ennemy
les Bâtimens neceſſaires
pour tranſporter les Troupes,
Canons &Bagages en ſeureté
dans le Port de Caller & fi
par quelque contretemps de
Mer quelque Bâtiment ſeſeparoit
du Convoy , il ſera obligé
de ſe rendre audit PortdeCal
GALANT. 39
ler fans qu'il nous en coute
rien.
nons
On donnera les Bâtimens neceffaires
pour les Troupes ,lesCales
Bagages des Officiers
; n'ayant point de Barques
pourtransporter les Chevaux ,ils
en pourront lower pour leur argent
ou vendre leurs Chevaux.
V.
Que les Soldats& Officiers
dans le terme de 8. jours ayent
la permiſſion de vendre leurs
Equipages & Chevaux auffibien
que ceux des Troupes .
Accordé , à condition qu'on
rendra les Chevaux qui ont été
40 MERCURE
pris aux Particuliers de la Ville
de l'Isle.
VI .
Que tous les Eſpagnols refugiez
dans cette le puiffent
retourner librement chez eux,
ou aller où bon leur ſemblera,
auquel effet on leur donnera
des Paffe ports.
Accordé, excepté à ceux qui
font exilez, auſquels on donnera
des Paffe- ports pourſeretirer des
Domaines du Roy avec toute leur
famille.
VII.
Que toutes les impofitions
faites fur les revenus Royaux
en
GALANT. 41
en vertu des ordres accordez
avant le Traité d'Utrecht ,
foient valables & rectifiez .
Tous les impôts faits avec
permiffion devant le Traité d'Utrechtferont
paffez.
Que les Officiers & Soldats
de laGarniſon d'Alcudia viennent
s'incorporer avec nos
Troupes pour s'embarquer.
Les Officiers pourront s'embarquer
avec les Troupes de Palma.
IX.
Que les Miniftres Royaux
tant de l'Audience que desRevenus
du Royjayent la liberté
Aoust 1715 . D
4
42 MERCURE
'de s'en aller ou de retter , &
de diſpoſer & vendre à leur
gré leurs biens dans le tems
d'un mois.
Accordé.
Χ.
Pour ce qui regarde les
dettes particulieres qu'on
pourroit avoir contractées, on
verra à quoy elles montent,&
on les payera ſi l'on peut ,
avant de fortir , finon on donnera
caution valable pour
payer dans le terme de quatre
mois , ou l'on laiſſera quelques
Officiers en oftage.
Accordé , comme il est requis.
GALANT. 43
X I.
Aprés qu'on ſera convenu
&que la Capitulation ſera ſignée
& les oſtages donnez de
part & d'autre pour la ſeureté
, les oſtages qui nousferont
donnez feront mis ſur un des
deux Vaiſſeaux Anglois qui
font dans la Baye , comme un
lieu neutre ; on remettra un
des deux Châteaux , & une
porte de la Ville , & au bout
de huit jours on remettra la
Ville , pendant lequel tems aucunOfficier
ni Soldat n'entrera
dans la Ville fans la permiffion
de fon General .
Dij
44 MERCURE
Aprés qu'onfera convenu,&
la Capitulation fignée , on nous
remettra fur le champ le Fort
S. Charles er uneporte de laVille
; au bout de huit jours à
compter de cejourd'huy , la Ville
nous fera remife , bien entendu
que dans ce tems on aura donné
les Bastimens de tranſport ; les
oftagesferont rendus de part
d'autre.
XII.
Qu'auſſi - toft la Capitulation
convenue& fignée , on
enverra ordre au Gouverneur
d'Ivice pour qu'il forte avec
toute ſa Garniſon pour venir
i
GALANT. 45
s'incorporer avec celle de Palma
& s'embarquer.
On demande la même chose
pour l'Ifle de Cabrera ; quantaux
dettes de la Garnison d'Ivice on
obſervera la même chose qu'on eft
convenu pour celle dePalma,
XIII.
On accordera aux habitans
de l'Ile d Ivice les mêmes choſes
qu'on accorde à celle de
Mayorque.
Accordé , comme à ceux de
Mayorque.
XIV.
Les Soldats & Officiers qui
reſteront malades ou bleffez
)
46 MERCURE
dans l'ifle feront traitez fuivantle
ſtile de la Guerre ;& on
leur accordera des Paffe- ports
quand il feront en état de
marcher.
Accordé.
XV.
Les prifonniers faits de
part& d'autre feront rendus
de bonne foy , d'abord que la
Capitulation ſera ſignée.
Accordé.
XVI.
Pour éviter toute forte
d'ambiguité à l'occaſion des
priſes faites ſur les François
depuis le Traité d'Utrecht ,
GALANT. 47
on declarera qu'on ne doit pas
comprendre pour priſes faites
aux François, celles qui auront
eſté faites des Bâtiments François
chargez des effets de l'ennemi
, la police de leur chargements
l'ayant approuvé , le
Nolis ayant eſté payé aux Patrons
François.
Acordé , pourveu qu'on le
prouve au moyen des Polices.
XVII.
Tous les articles accordez
en faveur de cette Ville , au
Royaume , aufli bien qu'à
l'Evêque au Chapitre & à
l'Inquifition feront joints à
,
48 MERCURE
ceux-cy afin qu'ils toient fr
gnez de part& d'autre.
Accordé.
XVIII.
Tout ce qui est convenu
dans les articles cy deſſus ſera
executé de bonne foy , fans
qu'on y puiffe donner aucune
autre interpretation que celle
que le fens litteral dénore.
Signé, Le Marquis de Ruby,
des
APalmale 2 Fuillet 1715.
On enverra dés demain matin
Commiſſaires d' Artillerie
des Vivres à Palma , afin qu'ils
faffent la viſite des Mgafins ,
Gu'on leur donne un état des
uns
GALANT. 49
1
uns & des autres , afin que la
Garnison puiffe emporter ce qui
luy eft accordé.
Signé, Le Chevalier d'Asfeld.
De Londres ce 1. Août 1715 .
Hier leRoy vintà la Chambre
des Pairs , & aprés avoir
donné à tous ceux qui y étoient
preſents ſon confentement Royal
pour prévenir les Aſſemblées tumultueuses
, S. M.fit au Parlement
laHarangueſuivante.
८
Aoust 1715. E
i
So MERCURE
MILORDS ET MESSIEURS ,
Le zele que vous avez toujours
temoignépour conferver la
Paix de mes Royaumes , &vôtre
ſageſſe enfaisant une auffi
bonne Loy que celle que vous
avezfaite pour prévenir toutes
fortes de tumultes , me donnent
une grande fatisfaction ; mais je
ſuis fâché qu'un esprit de rebellion
ſe découvre juſques- là qu'il
n'yapas lieu de douter que ces
defordres nefoient encouragezpar
des perſonnes mal- affectionnées à
mon Gouvernement , dans l'at-
>
GALANT. SI
1
tente d'estre foutenus parunfecours
étranger.
La confideration de noftre excellente
Constitution ,er lafeureté
de nostreReligion ont efté ,&
feronttoujours mon principalſoin;
&je ne puis douter que vous
n'ayez affez à coeur ce bien ineftimable
, pour ne me pas laiſſer
exposé aux attentats que lePrétendant
me prepare , commej'en ai
des avis certains.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE
DES COMMUNES.
Dans ces circonstances je trou
E ij
52 MERCURE
ve à propos de demander voftre
aſſiſtance ,&je ne doute point
que vous ne pourvoyiezà voſtre
Seureté, en ne laiſſant pas laNation
hors d'état de se deffendre
contre une rebellion actuellement
commencée audedans , &une invafion
dont on la menace audehors.
Je regarderay les précautions
que vous prendrez pour la feureté
de mon peuple , comme la
meilleure marque de vostre affection
pour moy.
-On dit quela Cour receut
hier au matin un Exprés de
France qui luy donna avis que
tout ſe preparoit pour faire
GALANT 53
F
une deſcente en ce Pays-cy ,
en faveur du Pretendant ; &
pour ſoutenir ſes amis prêts à
ſe ſoulever contre le Gouvernement
preſent ; que pour
cet effet l'Eſcadre qui a ſervi
pour la reddition de Maillor.
que , eſtoit arrivée au Havre
de Grace pour eſcorter les
Vaiſſeaux fur leſquels ſcroient
les troupes deſtinées à l'affif
ter & que ce fût fur ces avis
que S. M. fit fa Harangue au
Parlement.
Les Communes ne furent
pas ſi toſt rentrées dans la
Chambre qu'elles refolurent
E iij
54 MERCURE
d'une commune voix qu'on
preſenteroit une Adreſſe au
Roy , pour le remercier d'avoir
communiqué au Parlement
l'avis qu'il avoit receu
d'une entrepriſe qu'on preparoit
au dehors contre la Nation
, & qui estoit au dedans
fomentée & favorisée par
de noires pratiques en faveur
du Pretendant , elles refolurent
en même temps d'aſſeurer
S. M. que la Chambre la
ſupporteroit de les vies
biens , contre tous ſes ennemis
publics , & fecrets ; & de la
prier de donner inceſſamment
, &
GALANT. 55
لو
des ordres pour équiper un
nombre de Vaiſſeaux ſuffiſans
pour garder efficacement les
Coſtes ;& de lever , & maintenir
tel nombrede forces par
Mer , & par Terre , qu'il ſeroit
neceſſaire pour la deffenſe
de ſa ſacrée Perſonne , & pour
la ſeuretéde ſes Royaumes. Il
fut enfin decidé unanimement
que ladite réſolution
A feroit preſentée par la Chambreà
S. M. en Corps , & qu'on
prendroit immediatement
toutes les voyes les plus promptes
pour luy fournir des ſub .
fides fuffifans.
E iiij
56 MERCURE
Milord Maire , & les Aldhermans
allerent enſuite offrir
au Roy de la part de laVilleun
million de livres ſterlin pour
s'oppoſer aux entrepriſes du
Pretendant.
On a ſouvent des avis icy
des frequents deſordres qui
arrivent en pluſieurs endroits ,
&ſur tout à Bromwitch dans
leComté de Strafford , où la
populace
populace a démoly pluſieurs
Eglifes non conformistes ,
avec des cris ſcandaleux , &
injurieux , & où il y a cû pluſieurs
rebels tuez & bleffez ,
& un grand nombre de Prifonniers
.
GALANT. 57
1-
Le Roy Georges a fait depuis
peu une petite Harangue
de remerciement , de ce qu'on
luy avoit accordé la levée de
4000. hommes d'Infanterie ,
&de 3000. Dragons. On fait
venir 12000. hommes d'Irlande,
& 7. ou 8000. d'Ecoffe ,
avec les 8000. qui font en
Angleterre ; on eſpere que
dans un mois il pourra y avoir
26. ou 27000. hommes , &
quarante Vaiſſeaux deGuerre.
Il paroiſt que l'on craignoit
à la Cour que le Duc d'Ormond
ne ſe mit à la tête de
quelques troupes,&l'on affûre
A
58 MERCURE
que M. Stanhope à preſent
Secretaire d'Etat , luy avoit
dit que le Roy luy avoit ordonné
de l'avertir qu'on l'enleveroit
à Richemont où il
eſtoit , que le Duc d'Ormond
avoit répondu qu'il feroit fa
réponſe dans trois jours , &
qu'il diſparut le troiſieme ,
s'étant retiré par la Thamiſe
dans un petit Bâtiment avec
deux ou trois hommes ſeulement
: on dit qu'il foupa le
huit de ce mois chez M. le
Marquis de Torcy avec le
Vicomte de Bullinbrock , ils
logent auprés des Incurables.
GALANT. رو
Le Duc a demeuré quelques
jours chez un Baigneur dans
laruë de Richelieu.
Onnedoute point que les
Angloisqui font du parti du
Pretendant , ne ſoïent affligez
de perdre l'efperance qu'ils
avoient de le voir mettre à la
tête d'une Armée en ſafaveur.
On écrit de Hambourg
que l'Amiral Lillié avec un
détachement derobé de fa
Flotte , avoit entierement
défait la Flottedes Danois qui
faifoit fa defcente dans l'Ile
de Rugen, chargée de muni60
MERCURE
tions de guerre ,&de bouche,
de Soldats , de Pionniers , de
Canoniers , de Bombardiers ,
& de toute l'Artillerie qui a
eſté priſe , enſorte qu'on ne
croit pas que les Danois
foïent en état pendant cette
Campagne de ſe rendre Maîtres
de l'Ile de Rugen. Douze
Fregates , quatre batteaux
plats , ſoixante gros canons
quarante Vaiſſeaux de tranf.
port ,&cinq mille prifonniers
environ avec l'Amiral Oceftede,
ſont les fruits de cette victoire.
La Flotte Suedoiſe donne
à preſent la chaſſe à celle
,
GALANT . 6
des Danois qui luy eſt inferieure
en nombre de Vaifſeaux.
J'ay plus de matiere qu'il
n'en faut pour vous entretenir
amplement du reſte des Nouvelles
du monde , mais nous
en reprendrons la ſuite en
temps& lieu. Je les continuërois
même à preſent ſi je
croyois que cette lecture vous
fic plus de plaiſir que la petite
diverſion que je vais vous faire
faire Vous enſerez quitteMonſieur
, pour quelques momens
d'attention que j'exige de vous
62 MERCURE
pour un galant homme qui a
cû la bonté de m'envoyer
l'Histoire que vous allez lire.
Voicy ſes propres termes.
HISTOIRE.
J'ay lû depuis peu , Monſieur
, dans un de vos Mercu.
res de l'année paſſée, l'Histoire
d'un homme, qui pour avoir
de l'argent, voulut à corps&à
cry eſtre pere ; c'eſtoit le triomphe
de l'intereſt. Ce mois- cy ,
trouvez bon que je vous conte
l'avanture d'un homme qui
vient d'eſtre pere malgré luy.
GALANT. 63
Le même motif a fait rendre
les deux Atreſts : la forme a
emportéle fond: c'eſt le triomphede
la Juſtice.
Je vous garentis la verité de
l'évenement ; la bienféance
veut que je déguiſe le temps ,
la ſcene & les Acteurs , aprés
cela ne m'en demandez pas
davantage.
A Vic au Comté d'Armagnac
, vivoit , il y a quelques
années , le ſieur de l'Elpinac ,
du temps des Romains , on
l'eût crû deſcendu en droite
ligne d'Harpocrate , tant ce
perſonnage eſtoit filentieux ,
64 MERCURE
vivant paiſiblement de ſon
commerce& de ſon induſtrie ;
il avoit élevé dans la crainte du
Seigneur quatre enfans , dont
deux avoient pris le parti de la
retraite . Le troiſieme eſtoit
homme timide , & de la Religion
des Bramins , un poulet
égorgé luy faifoit horreur , il
ſebannit de ſon Pays , & furvêcut
peu à ſon exil volontaire;
la fille qui reſtoit dans le
monde , eſtoit toute aimable ,
d'une taille petite , mais bien
priſe , elle eſtoit vive , impetueuſe
dans ſes manieres &
dans ſes paſſions ; elle avoit une
phyfionomic
GALANT. 65
On
م
phyſionomie ouverte , beaucoup
de blancheur dans le
tein, affez de regularité dans
les traits , l'eſprit fort amuſant
& le coeur porté àla tendreſſe.
# Parmi ſes Adorateurs , il s'en
trouva un qu'on nommoit le
* Chevalier de la Roque Taillade
, il eſtoit beau , brun , &
bien fait , il avoit peu de fortune
& beaucoup d'eſprit , il
eſtoit ſage , modeſte , poli , en
un mot il n'avoit rien de Gafcon
que l'accent ; au reſte avec
- les Dames c'eſtoit un Cavalier
qui avoit les meilleures qualitez
pour leur plaire ; il n'eûr
Aouft 1715 .
D
F
66 MERCURE
pas jetté les yeux fur Mademoiſelle
de l'Eſpinac, que les
vûës de ſon amour ſympatiſerent
avec celles de ſon établıfſement
: tout concouroit à
l'engager à redoubler ſes ſoins;
auſſi mit- il tout en oeuvre ; enfin
il ſçût s'infinuer ſi efficacement
dans les bonnes graces
de cette belle fille , qu'elle s'ap.
perçût bien-toſtqu'elle ſe ſou
viendroit longtemps de la
violence de ſes empreſſemens :
elle cacha fon accident autant
qu'elle pût , on mit même tout
en uſage pour faire conſentir
le pere au mariage de ces deux
GALANT. 67
:
:
amans ; mais il fut inexorable ,
* il fir pis , il conclut le mariage
de ſa fille avec un certain Mr
de Lourd genie , petit homme
d'un merite des plus minces ,
& qui n'avoit de gros que les
yeux & le bien ; aprés bien des
pleurs inutilement répandus ,
on les unit , l'Epoux n'y fut
pas plus ſçavant que le Roy de
Garbes ; cependant au bout de
quelque temps la mariée fit
des mines comme file mariage
cût operé , ſon cher époux s'en
ſçût le meilleur gré du monde,
&il accabla de ſoins , de carreffes
, & d'attention fadigne
Fij
68 MERCURE
moitié. Un four une colique
violente la ſaiſit :dans l'état où
elle ſe trouvoit , tout eſtoit à
craindre pour elle; mais une
fage & bien faiſante accoucheuſe
,gagnée depuis quelque
temps , avoit répondu à ſes
riſques & perils , du ſuccés de
ce grand évenement : on fut
la chercher dans ce beſoin extrême
; d'abord qu'elle fut
dans la maiſon , elle détacha
le laquais pour aller querir le
Medecin à Auch , & fentant
que le moment fatal appro---
choit , elle envoya Mr de
Lourd genie chez un ApoticaiGALANT.
69
re, enſeveli heureuſement alors
dans un profond fommeil.
| Mr de Lourd genie promit de
l'amener , & même d'attendre
que les remedes fuſſent prépa
rez. La ſervante qui estoit du
complot s'occupoit à bon
compte à la beſogne la plus
preſſée. Pendant l'absence du
mary , le mal redoubla , l'enfant
vint , la Sage-femme l'efcamora
, & courut le porter
- chez une confidente difcrete.
- Le mary de retour en ſa maiſon,
trouve ſa femme fort abbatuë
, de la faufle couche
qu'elle venoit de faire , au de70
MERCURE
3
ſeſpoir d'une ſi cruelle avanture
, il s'arrache les cheveux ,
il pleure , il ſe lamente , cependant
il conſole ſa femme
de ſon mieux , & luy fait efperer
qu'avec le temps il reparera
ce malheur.
L'enfant avoit eſté baptisé
fous fon nom , & fous celuy
de ſon épouſe ; on l'avoit mis
en nourrice à un quart de lieuë
de la Ville. Le lieu où il étoit
fervoit de promenade aux
Bourgeois d'Auch qui s'y rendoient
les jours de Feſtes. La
femme y menoit ſon mary
de temps en temps , & y carGALANT.
71
reſſoit le fils de l'Amour avec
ceux du Payſan.
Un jour pendant la vendange
, Mr de Lourd genie ſe mit
àboire avec un de ſes amis , le
vin les échauffa ,il dit quelques
duretez à fon camarade , qui
pour ripoter , le traita deC ....
&luy reprocha qu'on luy élevoit
un heritier qu'il ne connoufoit
pas , il luy conta de
point en point cette Hiſtoire
- comique pour le Public , &
: tragique pour luy; il eûr beau
démentir cet yvrogne qui parloit
juſte , les coups de poings
volerent, &la verité s'éclaircit.
72 MERCURE
:
Lourd genie pleinement au
fait , forma fa plainte , & fit
informer contre ſa femme en
fuppofition de part ; il obtint
monitoire, appelle commed'abus
au Parlementde Bordeauxr
par Arreft , il eſt dit qu'il n'y a
abus ; on continue l'inftruction
du Procés ; enfin par un
ſecondArreft , Lourd genie eſt
declaré pere malgré luy ; on
luy adjuge l'enfant contre la
verité & contre la notorieté
publique. Le bon ordre le
demande ainfi , il ſeroit d'une
trop perilleuſe conſequence
d'entrer dans ces fortes de difcuſſions;
GALANT. 73
e
:
(
:
n'eût
cuſſions , les loix veulent que
ce qui croît dans nôtre fond
nous appartienne; bien plus
lemêmeArreſt interdit àM.de
Lourdgenie l'alienation de ſes
biens , & même la liberté de
pouvoir les hypotequer; fans
cette lage précaution , il
pasmanquéde les rendre quelques
années aprés. Il meurt ne
pouvant digerer une paternité
forcée , je m'étonne qu'il n'ait
pas pris patience comme bien
d'autres; lafemme de ſon côté
à l'article de la mort , vient de
declarer publiquement la verité
à ſonCuré , ce bon Prê
Aoust 1715 .
G
74 MERCURE
tre plus ſtilé aux rubriques de
ſon Breviaire , qu'inſtruit dans
les maximes du Palais, en dreſſe
un procés verbal qu'il fait figner
à la mourante. Le fils
s'en moque , & fecücille une
fucceſſion opulente.
ॐ
Mais ayez la bonté de me
dire, s'il vous plaiſt , Monfieur,
pourquoy vous ne me faites
jamais part ny vous ny perfonne
d'aucune de ces avantures
galantes dont le monde eſt
rempli ; Et que vous conteriez
vous & les autres , cent fois
plus agréablement que moy.
GALANT. 75
د
Penſez vous que l'infinie diverſité
de tous les événemens
imaginables ſe preſente aifément
chaque mois à la tête
d'un ſeul homme. Il y a prés
d'un an & demi qu'on me
laiffe conter tout ſeul , eſt il
juſte que je fois pour ainfidire
de la forte , & malgré
moy , l'ame de mon petit
volume; fi cela eſt à la bonne
heure , je ne reculeray jamais,
au contraire je babilleray jufqu'à
extinction de voix , mais
entre nous cela nedoit pas être,
& je foutiens que le Mercure
Galant doit eſtre incompara-
:
さ。
Gij
76 MERCURE
blement plus rempli de vos
ouvrages que des miens. Animez
vous donc , s'il vous plaît ,
d'une ardeur nouvelle , & tra
vaillez quelquefois pour moy
puiſque je travaille tous les
jours pour vous. Je ne vous
marquerois pas comme je fais
la diſette où je ſuis de ces aimables
hiſtoriettes qui font le
plaifir &l'amusement des Dames
, fi l'hiſtoire des galanteries
del'Ambaſladeur dePerſe
& de celles de ſes principaux
Officiers que je vais vous donner
inceſſamment , comme je
vous l'ay déja promis , n'avoir,
GALANT . 77
pas derobé au Mercure de ce
mois , la plus grande & la
meilleure partie desévenemens
galants dont il vous regaleroit,
s'il n'y alloit pas de ſon insereſt
de vous renvoyer à cette
hiſtoirequifera le ſecond tome
duJournal de cetAmbaſſadeur.
Vous trouverez au plus tard
enmême tems que le Mercure
de Septembre , ce ſecond
Jume chez les ſieurs Jollet &
Lamele mes Imprimeurs , au
LivreRoyal , au bout du Pont
faint Micheldu côté du Marché
neuf. Le premier vous attend
chez eux , vous pouvez le
VOGiij
78 MERCURE
lire à bon compte , je vous
invite même à l'acheter ; ce
ſera autant de gagné pour
vous & pour moy Je vais en
attendant faire le bel eſprit aux
dépens de qui il appartiendra,
& le tout par honneur. En voicy
la raiſon ,on m'avoit promis
le mois paffé de me donner
un extrait d'un livre nouveau
ſur la querelle des Anciens
& des Modernes dont le
procés vient d'être jugé par
le grand Dominique deffenſeur
d'Homere ſur le Theatre
de la Foire faint Laurent , on
m'avoit, dis -je , promis un exGALANT.
79
1
trait de ce livre ; mais on ne
me l'a pas envoyé , & delà je
conclus que je ſuis obligé de
le faire. D'ailleurs Dominique
ce celebre oracleArlequinique
ne m'aura pas en vain ouvert
un champ que je n'oferois
courir. Vous l'avez ſans doute
entendu,Monfieur,prononcer
melodieuſement ces magnifiques
vers.
Oüy tu me fais un defi
C'a tentons- en l'avanture ,
Et bien dans un mois d'icy
turelure
Je t'attends dans le Mercure
Robin turelure.
1
:
Giiij
80 MERCURE
Puiſqu'ainſi eſt , je procede
ſur ſa parole ,& je vous dis
que les Grecs de ce païs ont
produit depuis peu une piece
nouvelle , ſous le titre d'Apologie
d'Homere ou Bouclierd'Achille
, pour ſervir de deffenſe
contre la fameuſe Preface de
M. de la Morte. Malgré les
occupations ſerieuſes & importantes
à quoy m'engage la
qualité deMercure uniquedans
cet état ; j'ai bien voulu en faveur
du public m'y ſouſtraire ,
afin d'examiner & pefer par
moy même la validité des autorités
dont nos Antiquaires
GALANT. 81
farciſſent ſans ſcrupule leurs
dits & contredits. Le croirezvous,
Monfieur, j'ay cûla genereuſe
patience de les feüilleter
opiniâtrement depuis le
nom de l'Imprimeur juſques
àla fin du Privilege.J'avoueray
cependant, pour laconſolation
du nouvel Apologiſtique , que
pendant la lecture que j'en ai
faite , moyennant l'eau de la
Reine de Hongrie , j'en ai été
quitte pour quelques vapeurs,
au lieu que durant celle des C.
de la C. du G. on cût recours
aux gouttes d'Angleterre pour
me faire revenird'une eſpecs
82 MERCURE
d'apoplexie cauſée par pluſieurs
coups d'ennui dont j'avois
preſque été frappé à mort;
graces à la bonté de mon temperament
je repris mes eſprits
&je fis ferment pour lors d'être
plus prudent à l'avenir.
Auſſi toutes les fois qu'il s'agit
de mets à la grecque , je
prendla ſage précaution d'en
faire faire l'eſſai par un autre
, & je m'en trouve bien
Nam timeo danaos : tâchons
preſentement de raffûrer les
trembleurs du party Moderne
contre les attaques de ce
nouvel Athlete ; s'ils ne font
د
GALANT 83
pascontents de moy, je les renvoïe
ſans façon aux traités de
Meſſieurs de la Motte & Terraſſon.
Le premier ſemblable
à Apollon qui à coups de
traits legers & preſque imperceptibles
, perce la tête , les
flans & la queüe du ſerpent
Pithon; & le ſecond comparable
à Hercule , qui à grands
coups de maſſuë redoublés ,
coupe , tranche, abat les têtes
renaiſſantes de l'hydre.Au fair,
L'Auteur de ce nouveau livre
s'eſt ſervy de la methode
de Madame D .... pour la
deffenſe d'Homere, c'eſt àdire
84 MERCURE
qu'ils ſuivent ſervilement l'un
&l'autre laPreface critiquequi
eſt à la tête de l'Iliade de M.
de la M. c'eſt elle qui les gui
de &les conduit dans leur tra
vail en voyant l'extrait qu'ils
en ont faits & les glofes étenduës
& abſtraites qui l'ac
compagnent , il eſt aifé deju
ger que les vaſtesCommentai
res font fort de leur goût ; il
faut cependant convenir que ce
nouveauProtecteur de la vieil
le Iliade doit moins fatiguer
fon lecteur que l'Avocat F.
s'il ne rejoüit pas , il a la pu
deur au moins de ne point
GALANT. 85
femer ſon Ouvrage d'injure
à la Beoriene. Il a de plus le
le merite d'être moins long ,
&dereconnoîtredebonne foy
des défauts dans l'ancien Poëme
, il ne fait toutefois cer
avcu , qu'apres s'eſtre munide
l'autorité de Quintilien & de
Denis d'Halicarnaffe. Après
quoy ilmet en avant les reflexions
ſuivantes.
*Qu'importe aprés tout qu'Homere
ait des défauts , fi on le lit
avec plaisir, ſi on neſe laſſe jamais
de le relire ; ilfaut qu'ilfoit
d'ailleurs un grand enchanteur,
ſiavec tout ces défauts vrais ou
4.
86 MERCURE
pretendus il ne laiſſe pas deplaire
& de sefaire admirer. Le plus
grand le plus merveilleux effet
des beautés d'Homere , pour
ceuxqui les voient , c'est qu'elles
couvrent tellement ſes défauts
qu'on ne les voit plus , ou qu'on
neles veut plus voir.
Il eſtbon de remarquer que
cette obſervation s'adreſſe uniquement
à la pluſpart de ceux
qui liſent ce Poëte dans ſa
langue originale , car pour les
perſonnes ſenſéesqui ont efſayé
de le lire dans la nouvelle
traduction de M. de la M.
ellesneconviennent nullement
小
4
GALANT. 87
de ce merveilleux pretendu ;
elles ſentent au contraire que
les défauts en couvrent tellement
les mediocres beautés,
qu'on ne peut plus les y appercevoir
tant elles y font
noyées ; d'où partent doncdes
jugemens ſi oppofés , ſinon
d'une admiration outrée de la
part des uns , & d'une raiſon
épurée de tout prejugé de la
partdes autres.
*Homere , continuë le nouvel
Apologiſte ,a cela de particulier
quela pluſpart de ceuxqui
l'aimentſontplutôt des amanspafſionnés
que deſages amis , ils
P. 14.
88 MERCURE
l'aiment avec une efpece de fureur,
ils ferment les yeuxfurfes
deffauts , ne veulent voirque
Ses beautés ; c'est le zele même de
ſes amis trop ardentsqui luifufcite
des ennemis , qui revoltent
les critiques, &qui échauffe tellement
leur bile que comme les
uns ne voyent que les beautés
les autres ne voyent que lesdéfauts.
Cette declaration d'amour
ne vaut telle pas bien celle- cy
Homere mes amours
Je t'aimerai toûjours.
L'Iliade à leur égard eſt une
enchantereffe , une Circé qui
femble
4
GALANT. 89
femble les avoir privé de toute
lumiere d'eſprit , les fotiſes les
pluspuerilesleur paroiſſent autant
de merveilles de l'art .
S'agit- il de reconnoiſtre
quelque tache dans ce Poëme,
on abeau la leur montrer avec
le flambeaude la raiſon, ils fermentlesyeux
de toureleur puif.
fance,de crainte d'être éclairez;
ils aimerent mieux vieillir dans
cette eſpece de Paganiſme que
de ſouffrir qu'on lesdetrompât
de leur aveugle prevention.
EnvainM.dela Maura demontré
que ce qu'il doit y avoir de
de plus clair dans un ouvrage
Aoust 1715 . H
१० MERCURE
ce doit être le deſſein , de forte
qu'un eſprit même mediocre
ne puiſſes'y méprendre,envain
citera t'il en preuve contre Homere
que les Auteurs ont été
partagés ſur ſon deſſein d'Homere
, M. B M. D.& tout le
troupeau crieront à l'heretique.
Le premier craindra que
M.de la M. n'ait entendu ſous
lenomde deſſein 3. choſes differentes,
qui font leſujet oul'action
principale, la moralité de la
fable,&lesvûës particulieres du
Poëte.De cette crainte ſeule ,ne
s'en ſuit- il pas, qu'il faut que le
deſſein d'Homere ſoit bien obGALANT.
1
-
ſcur , puifque M. de la Motte
puitque A
ſelon l'Apologiſte, s'y eſt mépris
, en confondant 3. differents
objets ſous un même
point de vûë. D'ailleurs il n'eſt
pas vrai que le Critique Moderne
ait confondu ces 3. choſes,
puiſqu'il croit qu'Homere
ne s'eſt propoſé d'abord que
de chanter la colere d'Achille
comme un ſujet capable d'attacher
l'eſprit & d'enlever l'admiration
, ce qui a trompé M.
B. c'eſt qu'il n'a pas pris garde
qu'il attribuë à M de la M. les
divers ſentimens qui ont partagé
les Commentateurs fur
Hij
92 MERCURE
i
le ſujet principal du Poëte,
Si la pluſpart des Lecteurs ne
peuvent entrevoir l'action
principale , & s'ils ne ſçavent à
quoi ſe fixer ,juſques là même
que beaucoup croient que c'eſt
Achille boudant, plutôt qu'Achille
en colere , Homere en
recompenſe a le talent de racheter
cette obſcurité par la
clartédes évenemens en les annonçant
prudemment long
tems avant qu'ilsarrivent.S'il y
a affûrement quelque défaut
marqué & frappant, c'eſt celuilà,
car n'eſt ce pas fevrer impitoïablement
le Lecteur des
GALANT. 93
charmes dela ſurpriſe en lui revellant
fans art le denoüement
de chaque avanture; cependant
noſtre Apologiſte eſtbien éloignéd'en
convenir ; c'eſt par
ces annonces,dit- il, qu'Homere
eft divin, c'eſtun enchanteur qui
quand il lui plaist tranſporte tout
d'un coup fon Lecteurde ta terre
au ciel,lefait aſſiſter aux deliberations
des Dieux &lui découvre
l'avenir , un moment aprés il le
ramene oùil l'a pris&ne luilaiſſe
voir que le preſent , le Lecteur
uniquement occupéde ce quifrappe
fesyeux oublie auffitot ce qu'il
a entendu de loin ,ainfi bien loin
aino bien loin
4 MERCURE
qu' Homere doive être blamé d'avoirannoncéles
évenemens avant
que de les mettre ſous les yeux,
on doit au contraire le louer , & c .
J'en prend à témoin tout
Lecteur qui n'eſt pas Grec d'inclination
& d'éducation , s'il
a reſſenti cette prodigieute extaſe
lorſqu'on lui a predit ce
qui devoit arriver. Quand Jupiter
au milieu de I Diade fait
à Junon un abregé exact du
refte de l'action , n'eſt on pas
tenté neceflairement de s'en
tenir là fans vouloir paffer plus
avant ; pourquoy , dira- t on ,
revoir deux & 3. fois la même
GALANT. 95
choſe.Enfin mon irreſolu fait
un effort fur lui , & a la patience
de revoir paroître les mêmes
figures; de bonne foy que
ſent- il pour lors, eſt- ce ſurpri
ſe,enchantement,raviſſement,
comme le pretend M. B. point
dutout , il baille , il s'étend ,
s'endort & le Livre lui échape
des mains,& voila la ſurpriſe.
Les Dieux d'Homere , quoique
mal faiſants, foibles , bizares
, injuftes , n'ont rien de
choquant pour M. B. Homere
étoit Poëte , il vouloit plaire
& ne craignoit rien tant que
d'ennuyer ; pour cet effet il
p. 33. & les ſuivantes.
96 MERCURE
nous les a donnés cruels , ruf
ſtiques , barbares , jaloux &
tout ce merveilleux pour égayer
ſon Poeme aux dépens
dela divinité.Qui n'admireroit
en veritéun tel art !&plus encore
la raiſon décifive que
fournit nôtre Apologiſte , qui
pour prouver que l'adultere ,
le meurtre, latrahıfon , levol,
le brigandage étoient permis
aux Dieux , & deffendusaux
hommes , ſans que cependant
les moeurs en dufſent ſouffrir
aucune atteinte , decide hautement
que la morale de ces
fiecles barbares ne laiſſoit pas
P. 20.
d'eſtre
A
GALANT97
a
2
S
1
1
1
d'être bonne , quoique laReligion
fut mauvaiſe. Je demande
preſentement à tout homme
de reflexion ce qu'il penſe
fur une pareille affirmative.
Quoy ces Dieux que les hommes
de ces tems heroïques plaçoient
dans la voye Lactée,qui
pour la plupart n'avoient merité
de boire le Nectar qu'à
force de forfaits , il plaît à ces
Meſſieurs d'avancer que ces infames
Originaux ne contribuoient
pas à la dépravation
des moeurs ; où eſtdonc le fens
commun. M. B. ne ſeroit- il
pas le premier à convenir que
Aouft Aouft 1715 . I
8 MERCURE
la ſaine morale ne peut fubfif.
ter parmi des Peuples Athées;
que feroit ce donc neceffaire
ment parmi des Nations excitées
à toutes fortes d'excés par
l'exemple contagieux de leurs
Divinitez . Il faut être bien
empâté dans les erreurs du Paganiſme
pour avancer de tels
paradoxes.odb
On doit rendre justice àM.
B. touchant l'employ des Allegories,
illes abandonne pour
la plus grande partie,y en ayant
de fon propre aveu deconfu
ſes , de chymeriques , & s'il
P43
*
THEQUE DE
!
GALANT
LYON
*1899
l'oſe dire d'alambiquées ;mais
il en admet auſſi de tres claires
& qui ſe preſentent naturellement
à l'eſprit , telleeſt
l'explication de l'apparition de
Minervedans le premier Livre
qui arrête Achille en le ſaiſifſant
par les cheveux pour l'empêcher
de tirer l'epée contre
Agamemnon , on ne peut pas
douter ſelon lui qu'en cet en-
- droit Minerve ne foit la prus
dence. Quand M. B. auroit
encore placé celle là au nombre
des Chymeres Allegoriques
, il n'en auroit que fait
plus d'honneur à fon juge-
I ij
100 MERCURE
f
ment , comment lui eſt il échappé
de ne pas comparer ce
trait avec cet autre du 4 Livre
où cette Deeſſe conſeille inprudemment
à Pandarus de tirer
une Fleche à Menelas qui
eneſtbleſſé : Qu'elle noire perfidie
de faire ſervir ſon miniſtere
à rompre l'alliance qui
avoit été juré ſi religieuſement
&fi folemnellement entre les
deux Camps. Dans cette occafion,
Minerve ſera t elle conſiderée
comme la Prudence ;
jeprend nôtreApologiſte pour
juge dans ſa propre cauſe. Ne
pourroit- on pas avec plus de
GALANT. 1of
1
juſtice lui adreſſer le reproche
qu'il a fait à M. de la M. en
lui imputant de ne voir ordinairement
quel'endroit qu'il
attaque:Qu'ilapprenned'aprés
lui même que pour juger ſainement
d'Homere il faut voir
d'un coup d'oeil tous les endroits
qui ont rapport les uns
aux autres.
M. de la M. taxe les Heros
d'Homere , de vanité , d'irreligion
, de brutalité, de cruauté,
d'injustice , d'avarice & de
groffiereté ; quoique ces vices
dominent éminemment dans
p. 71.
I iij
102 MERCURE
chacun des Acteurs de l'Iliade.
M. B. traite ces reproches de
calomnie , ils en ſont au contraire
la plupart entierement
exemts ; mais comme pour
juſtifier leur innocence & refuter
leur injuſte Accuſateur ,
il faudroit nommer tous ces
Heros l'un aprés l'autre , on
doit s'en tenir à l'Apologia
qu'en a fait M. D.
Je ne puis cependant me refoudre
à me taire ſur lechapitredes
Heros,ſans expoſer ſous
les yeux de mon Lecteur les
graves raiſons del'Apologiſte,
P. 48 .
GALANT. 103
pour difculper Homere du fot
rôle qu'il fait jöüer à Hotor
dans les 2. rencontres les plus
importantes de ſon Poëme.
* La premiere, c'eſt lorſque
Diomede ſecondé par Minerve
mettoir en deroute l'armée
Troyone, àqui par confequent
Hector ſe trouvoit plus neceffaire
que jamais ; que fait le fage
Helenus dans cette extremiré?
il conſeille à Hector de
rallier les Troyens , d'abandonner
enſuite le combat &
d'aller à Troycavertir Hecube
Diſcours de M. de la M. fur l'Iliade ,
P.54.
I iiij
104 MERCURE
d'offrir un ſacrifice à Minerve
pour l'appaifer.
:
La ſeconde regarde Hector
qui fait trois fois le tour de
Troye en fuyant Achille , &
qui n'oſe le combattre qu'avec
un ſecond.
Que répond M. B. à la
premiere.
*Qu'il n'eſt pas ſurprenant
qu'Hector obéïſſe à un Prophete
, avec d'autant plus de
fondement qu'il ne quitte le
champ de bataille qu'aprés
•avoir rallié ſes troupes ſous les
murs de Troye , où eſt l'im
P. 72.
GALANT. 105
prudence d'Hector.
Ypenſez-vous fericuſement
M. B. lifez humblement la leconde
partie des reflexions de
M. de la M. * il vous apoſtrophera
ainſi. En quoy faitesvous
confifter la ſageffe d'Helenus
? dans le confeil de rétablir
le combat ? il eſt en effer
fortbon, mais pourquoyl'or.
dre d'aller à Troye dés que le
combat fera retabli? Hector
fera- t'il moins neceſſaire alors
pour profiter de l'avantage re .
gagne ; que deviendra vrayſemblablement
ſa victoire s'il
:
M.de la M. p. 9
106 MERCURE
apretence
ne la pourſuit ?& puisquel'on
a ofé fuir en ſa prefence, ý at'il
lieu d'eſperer qu'on fora
plus ferme quand onne levers
ra plus. Il falloir , dites-vous ,
envoyer pour le ſacrifice , qui
par parentheſe neproduit rien,
un homme auſſi autorife qu't
Hector. Quoi donc M. ný
avoit il pas des Heraults dans
l'armée , des hommes deſtinez
exprés pour faire ſes fonctions.
Polidamas n'eſtoit- il pas un
Devin,un Prophete accredité,
Cependant lorſque dans la fuite
il conſeille à Hector de ren
trer dans Troye ſous peinedes
GALANT. 107
plus grands malheurs , ceHe
rosyreſiſte ſans ſcrupule , &
il traite de chimere ſon inſpiration
prétenduë. Hector eft
bien malheureux en conduite,
il refifte quand il faudroit
obéïr , & il obéit quand il faudroit
refifter.
A l'égard d'Hector fuyant
Achille, vous n'eſtes pas plus
heureux en bonnes raiſons.
Une pareille lâcheté , dites.
vous , ſuivant les principes
d'Homere n'en eſt pas une , il
y eſt entraîné par un mouve
ment volontaire , ne faiſant
que ſuivre l'impreſſion d'une
108 MERCURE
force majeure qui eſt la volonté
de Jupiter.
Si Homere a cû pour but
d'inſtruire,comme ſes admirateurs
n'en doutent nullement,
il auroit dû prevoir qu'avec
cette belle raiſon d'une force
majeure qui nous neceffite ,
tous les lâches par la ſuite pour.
roient en conſcience ſe couvrir
de l'autorité du Poëte , en
declarant qu'ils n'avoient pas
pû ſe comporter autrement ,
car telle eſtoit la volonté de Jupiter.
Cette maxime une fois
reçûë , eſt évidemment une
P. 74-
GALANT. 109
5
des plus dangercules qu'il y
ait pour le maintien de la ſocieté.
Le Cenſeur moderne n'a pas
jugé à propos de faire languir
ſes Lecteurs , en luy donnant
en détail le denombrement
des Chefs &des Troupes , tel
- qu'il eſt dans le vieux Poëte ,
parce qu'il luy a paru plus
exact qu'ingenieux. M. B. prétend
que dans ce denombrement
qui paroiſt ſi ſec aux
Critiques d'Homere , il y a
des beautez qu'ils ne voyent
pas ,& qu'on ne peut pas leur
P.S.
110 MERCURE
fairevoir,mats fur leſquelles ils
doivent s'en rapporter aux plus
fameux écrivains de l'antiqui
té qui les ont y vûës , & aprés
avoir demandé pardon aux amis
de M. de la M. s'il oſe citer
un Auteur dont le nom
pourra bleſſer leurs oreilles, il
appelle Denis d'Halicarnaffe à
ſon ſecours, qui parlant de l'agrément
, de l'harmonie& de
la magnificence que les mots
heureuſement aſſortis peuvent
ſe prêter les uns aux autres,apporte
pour exemple le Catalogue
d'Homere ; ce ne font ,
dit- il , que des mots qui n'ont
GALANT
rien de beau en cux mêmes.
Mais Homere les a ſçû ſi-bien
arranger querienn'eſtplus majeſtueux
; il cite aprés cela les 8.
premiers Vers du denombre
mentqui ne fonten effet qu'un
beau tiſſu de noms propres.
M. B. veut cependant bien
croire pour Phonneur de M.
de la M. qu'avec le ſecours des
Muſes , il auroit pû nous en
faire quelque choſe de tresbeau.
1
Carde nombrer la troupe
multioude
Cela eft hors de tout humain
étude.
Salel, 2.
112 MERCURE
Non quand auroit dix langues
tres-difertes
Bouches autant à bien parler ouvertes
Voix perdurable &l'estomach de
Locuitore
Il n'en pourroit jamais estre
delivre M
Sans la faveur des Déeffes
gentilles.
Le nouvel Apologiſte aprés
avoir remis en honneur les
Dieux & les Heros du Poëte ,
vient aux differens genresd'éloquence
employez par Ho-
' mere . * La Narration en eft
pathetique ,
p. 82.
GALANT. 113
--
pathetique, marchant d'un pas
égal , & qui tient tellement à
l'action que tout ce qui eſt raconté
ſemble ſe paſſer ſous les
ycux de celuy qui écoûte ou
qui lit. M. de la M.demontre
au contraire qu'elle eſt ordinairement
diffuſe & infipide ,
au lieu d'eſtre préciſe & ingenieuſe
, & il le prouve par l'exemple
de Thetis, qui pendant
qu'elle preffe Achille de ſe reconcilier
avec Agamemnon ;
cette Déeſſe prend ſoin d'écarter
les mouches du corps de
Patrocle. M. B. a la modeſtic
de ne point étaler en cet
Aoust 1715 .
K
114 MERCURE
endroit de fort beaux lam-.
beaux d'érudition qu'on pourra
lire dans Quichard & Muret
, touchant les devoirs que
l'on a rendus aux Morts dans
tous les ficcles,dans tous lesPais
&dans toutes les Religions :
il ſe contente d'avancer qu'il
falloit que du tems d'Homere
on crût que la conſervation
d'un corps mort fut quelque
choſe de bien important, puif.
que les Déeſſes même les
plus delicates ne dedaignoient
pas d'y donner toute leur attention
; juſques- là même que
p. 85.
GALANT. 115
=
5
pendant que Thetis éloignoit
avec une queuë de cheval ces
infectes impures , Venus jour
&nuitgardoit le corps d'Hector
& en écartoit les chiens.
Ce n'eſt donc point une baſſe
circonſtance que le ſoin d'écarter
les mouches donné à
une Déeffe. Qu'en penſe le
Lecteur ? J
Il eſt tems de paſſer aux repetitions.
LeDeffenſeur d'Homere
les met au nombre des
beautez dece Poëte; par la rai-
- ſon que les Anciens n'ont jamais
blâme ſes repetitons: *au
Kij
116 MERCURE
contraire ils luy en ont fait
un merite particulier, je ne ſçai
comment , dit Macrobe , cette
forte de repetition ſied fi bien
à Homere , & ne ſied qu'à luy
feul, caractere convenable au
genie & à l'antiquité decePoë.
te. Après cet Arrêt , on auroit
fort mauvaiſe grace d'en appeller
à la raiſon , on ne con
noiſſoit point , dir M. B. dans
les premiers fiecles de la bonne
Antiquité , cette raifon ,
cette gêne inutile que la delicateffe
des fiecles ſuivants a introduite
, la Geneſe & les autres
Livres de Moyſe ſont
GALANT. 117
pleins de repetitions ; rien n'eſt
plus éloigné du fublime que
cette exactitude penible & frivole
avec laquelle on évite
d'employer des expreffions ,
des phrafes , des diſcours entiers
, tel qu'eſt celuy d'Agamemnon
dans le ſecond Livre
où ce Roy propoſe la fuite à
fes Soldats pour leur inſpirer
neanmoins un ſentiment tout
contraire; au lieu que dans le
neuviéme il tient le même dif
cours aux Chefs de l'Armée
dans le deſſein ſerieux de les
difpofer à la fuite.
Quoiqu'il n'y ait rien de
IIS MERCURE
plus choquant que cette longue
redite , elle ne déplaît pas
cependant à M. B. parce que
l'on parloit ainſi du tems
d'Homere , & que ç'auroit été
parler mal que de parler autrement;
cette façon de repeter
étoit alors la plus élegante,
* De plus il répond qu'il s'en
faut beaucoup que les deux
diſcours ne foient préciſement
les mêmes , le premier étant
de trente- un Vers, &le ſecond
n'étant que de douze , à la verité
ſans aucun changement ;
mais en recompenfe cette re
GALANT. 119
petition& les autres ne ſe font
preſque pas fentir , elles font
au contraire une ſource de
plaiſir pour les oreilles qui y
font accoûtumécs . Voila le
merveilleux.
A l'égard de l'autre queftion
qui eſt de ſçavoir ſi Agamemnon
parle ſerieuſement
dans le neuviéme Livre , il ſeroit
porté àcroire comme M.
delaM. que lediſcours duGeneral
de l'Armée Grecque eft
auffi ferieux dans le neuviéme
Livre que fimulé dans le ſecond
, * fi l'autorité de Map.
98.
A
120 MERCURE
dame Dacier , jointe à celle du
ſçavant Rheteur qu'elle cire, ne
balançoit chez luy toutes les
raiſons qu'il étale pour ap.
puyer le ſentiment qu'elle
combat, ce qui eſt tres curieux
à lire , j'y renvoïe mon Lecteur.
Pendant qu'il s'en donne
leplaifir , je me procureray celuy
de faire la reflexion fuivante
avec M. B. que c'eſt injuſtement
que M. de la M. accuſe
Homere d'être preſque
par tout negligé ; s'il l'eſt , il
faut neceſſairement le mettre
au nombre de ces beautez qui
dans leurs negligez plaiſent
cent
GALANT 121
cent fois d'avantage que les
beautez les plus ſuperbement
parées. Les deſcriptions meritent
ici d'avoir place.
* Le Cenſeur moderne trouve
la deſcription du Combat
d'Achille contre le Xante un
peu biſarre. Point du tout ,M.
de la M. nomme biſarre ce
qui eſt merveilleux & extraor.
dinaire.
M. de la M. blâme les peintures
d'Homere , qui à force
deminutiesdeviennent froides
&languiſſantes , telle eſt la def
p. 102 .
P. 104.
Acuft 1715 .
:
L
122 MERCURE
cription circonſtanciée du cafque
que Merion prête à Uliffe,
lorſque ce Heros va avec Diomede
reconnoiſtre pendant la
nuit le Camp des Troyens.
Il n'y a rien de ſi élegant
dans toute l'Iliade , c'eſt à bien
exprimer les petites choſesqu'-
Homere excelle particulierement.
M. de la M.prétend que les
deſcriptions anatomiques des
bleſſures refroidiſſent l'imagination,
en interrompant mal à
propos l'intereſt que l'on prenoit
àla ſuite des combats.
P. 108.
•
GALANT. 123
j
Le détail n'en eſtjamaistrop
long ny trop frequent dans
Homere, la deſcription , par
exemple , de la bleſſure de Pandarus
, dans le 5. 1. de l'Iliade
oft fort recreative à cauſe de
la fingularité du coup.
7.
Enachevantces mots ,Diomede
lance ſon javelot que la
Déefle Minerve conduit entre
l'oeil &le nez de Pandarus , de
forte qu'il reçoit le coupen.
tre les deux yeux pendantqu'il
baiffoit la teſte , le fer paſſe à
travers les dents , coupe l'extremité
de la langue, & reffort
p. 110.
Lij
124 MERCURE
par deſſous le menton , &
tout cela en trois Vers Grecs.
Un moderne le pourra - t - il
croire ?
Ainſi,bien loindedire qu'-
Homere a peint ſans choix , les
exemples rapportez avertiſſent
du contraire. Achille même
faiſant les fonctions d'un cuifinier
, coupant lui même les
viandes deſtinées au repas qu'il
veut donner aux 3. Deputez
de l'Armée Grecque , les embrochant
& tournant la broche
eſt une image tout à-fait
riante . Le Poëte auroit eû tort,
de la fupprimer , elle meritoit
GALANT. 125
d'eſtre choifie par le divin
Homere.
Le chapitredes discours contient
des remarques dignes de
la reputation du nouvel Apologiſte.
On peut dire qu'il rend
à Homere tout ſon luftre en
effaçant toutes les taches que
ſes adverfaires lui avoientmalignement
faites.
M. de la M. s'eſt avilé temerairement
de reprendre Homerede
ce qu'il nommequel
que fois vaillant, celui dont il
rapporte un diſcours lâche, &
quelquefois fage , celui dont il
rapporte un diſcours imprudent.
Liij
126 MERCURE
Il ne faut pas trouver étrange
, dit trés judicicuſementM.
Deſpreaux qu'Homere donne
de ces fortes d'épitetes à ſos
Heros en des occafions qui
n'ont aucun rapport à ces épitetes
, puiſque cela ſe fait ſou.
ventmême en françois où nous
donnons le nom deSaint, à nos
Saints, en des rencontres où il
s'agit de toute autre choſe que
deleur fainteté; comme quand
nous diſons que ſaintPaul gardoit
les manteaux de ceux qui
lapidoient faint Etienne.
M. de la M. a la delicateſſe de
P. 116.
: GALANT. 127
:
trouver à redire qu'au fort d'unebataille,
des Guerriers à qui
il importede vaincre au plûtôt
perdent le tems àdire de longues
injures à leur ennemis ,
ou à leur conter des genealo
gies & des hiſtoires comme
Diomede fait à Glaucus , &c.
M. B. pretend que non feulement
cela ſepeut , mais qu'il
vrai- ſemblable que du tems
de la guerre de Troye les principaux
Chefs des deux partis
avoient coutume de s'avançer
eſt
ainſi hors des rangs, de ſedonner
enſpectacle& de commen-
P. 119.
Liij
128 MERCURE
cer uneeſpece de combat fingulier
par des diſcours que les
Soldatsn'ofoient interrompre
&qui pouvoient être injurieux
ou civiles , felon le caractere
des interlocuteurs, à la verité
cecy auroit beſoin de preuves,
mais n'importe ; n'eſt il pas
vrai que ſi nous examinions
tous nos ufages à la rigueur ,
nous en trouverions encore de
plus bizares ; cela n'eſt il pas
convainquant?
Onſe revolte aiſément contre
les Heros d'Homere qui rem.
pliflentleurs difcours d'injures
groffieres,d'hiſtoires deplacées
GALANT. 129
&de rodomontades pueriles.
M. B. a la condeſcendance
de convenir que le diſcours de
Tlepoleme eſt veritablement
injurieux , mais qu'il rachete
au centuple ces riches injures
par des mots tous d'or & qui
n'ont rien de bas..
C'eſt encore une mediſance
ſelon lui que d'imputer à Sarpedon
des fanfaronades , car
ya t-il rien de plus naturel que
de s'exprimer ainſi ; pour toy
Tlepoleme je te declare que tu vas
rencontrer icy une mortsanglante
une noire destinée , &que bien-
P1217
130 MERCURE
tôt dompté par ma Pique, iu me
donneras de la gloire &ton ame
aux Enfers.
Pourquoy cependant M.de
la M. s'offenſe t-il lors qu'il
voitdans la chaleur de l'action
un homme bruſque& violent
inſulter ſon ennemy & lui diredes
duretés&des brutalités,
c'eſt parce que les Herosdenos
Romans font toûjours gracieux&
honnêtes, de la gentilleffe
&de l'eſprit par tout.
Les railleries pueriles& miferables
qu'adreſſent ordinairement
les vainqueurs aux cadavies,
cauſent ordinairement
GALANT. 131
du mépris & de l'indignation
contre ces fauvages des tems
heroïques.
C'eſt à tort reprend M. B.
Qui ne ſçait que ſenſément
le goût des plaifanteries eſt bizare
& affez arbitraire ; ce qui
a du ſel dans une langue devient
ſouvent infipide lorſqu'il
paſſe de la langue originale
dans une langue étrangere. Le
meilleur mot de M. dela M.
mis en Grec ou en Latin ne
feroitpeut-être pas un fortbon
mot , & c'eſt pour cela que
dans le privilege de fon livre
P.127.
132 MERCURE
deffenſes ſont faites àtous Imprimeurs
d'imprimer cesOcuvres
en Langue Latine ,Grecque
, ou Hebraïque.
Admirez, je vous prie, comme
une raillerie en amene unc
autre ; aprés cela Meſſieurs les
Modernes , venez nous cer
tifier que Meſſieurs les Grecs
fontde forts fots, de forts fades
, & de forts mauvais plaifants
, s'il m'eſtoit permis de
vous démentir , je vousciterois
M B. vous en croirez cependant
ce qu'il vous plaira...
Lesdifcours quetiennentAn
P. 1292
GALANT. 133
tilocus & Hector à leurs chevaux
ne font rien moins que
ridicules. Ondécouvre au contraire
une eſpece d'antoufiafme
dans l'apostrophe que ce
dernier leur fait. Genereux
Coursiers,Xantus, Podarge , Ethon
, & toy mon incomparable
Lampus ,c'est maintenant, dit- il,
qu'il faut que vous me payés le
Join qu'Andromaque a pris tant
de fois ,&c. Il ne doit pas être
plus ſurprenant pour nous de
voir un hommedeguerre apoſtropher
un cheval , que de
voir un Berger s'entretenir
avec ſon chien , ou avec ſes
134 MERCURE
moutons.Eft-onchoqué dans
la Tragedie du Cid de voir
DonDiegue quis'adreſſe à fon
épée, en lui diſant.
Et toy de mes exploits glorieux
instrument , &c.
Ne s'adreſſe t- on pas tous
les jours aux Foreſts , auxRochers
, aux Fontaines.
Si M. B. avoit bien lû la
ſeconde partie des reflexions
deM. de la M. peut- être,n'auroit
ilpas autoriſéces endroits
avec tant de confiance ; il au
roit appris qu'il ne faut pas
confondre des diſcours fi
Seconde part, des reflex. p. 132.
GALANT. 135
gures & allegoriques avecdes
difcours ferieux &naïfs, ladifference
eſt grande,&c .
Uliſſe dans ſon diſcours à
Achille en lui offrant les preſents
d'Agamemnon repete
mot pour mot 3. longues pagesqu'on
vient de lire un in
ſtant auparavant.
L'Apologiſte ſeroit ici de l'avis
de M. de la M.& il retrancheroit
cette repetitions'ilétoit
le maître de retrancher quelque
choſe à Homere ; ce n'eſt
pas que cette repetition toute
longue qu'elle eſt ne puiſſe être
trés bien excuſée, par la raiſon
!
136 MERCURE
de l'ancien uſage. Il a la pre
caution denous informer que
cette repetition qui eſtde 34.
vers dans le Grec en eſt une
de 3. pages dans le François,
Il a de plus lagenerofité de
faire un facrifice à la ſeverité
de M. de la M. qui ne peut
ſouffrir que lors qu'Achile refuſe
avec hauteur les preſents
d'Agamemnon , ce Heros s'égare
dans la diſgreſſion qu'il
fait des particularités de la
Ville de Thebes. Iliade liv. 9.
Phenix dans ſa harangue à
Achille, rappellant dans le neu-
P. 138.
viéme
:
GALANT. 13.7
viéme Livre à ce furieux les
ſoins qu'il avoit pris de luy
pendant ſon enfance , luy die
entre autres belles choſes.Lorfque
je vous preſentois la coupe
pleine de vin , vous en avez
laiffé répandre une partiefur mon
Sein &furmes vêtemens.
M. de la M. avoit accuſé
d'omiffion M. D. en cet endroit
,& il y avoit ſuppléé en
traduiſant ainfi : Combien de
fois avez-vous vomi dans mon
comme il arrive aux en- Sein ,
fans de womirſur leurs nourrices.
M. B. s'éleve fort contre la
baffeffe de cette expreffion ,
Aoust 1715.
M
138 MERCURE
vomir; le verbe Green'offrant
en ſoy aucune idée dégoûtante.
On paſſe volontiers à M. B.
l'apologie de ce mot , mais il
n'en eſt pas moins vray que la
circonſtance eſt baffe enGrec ,
en Latin ,& en toute Langue ,
ce qui ſuffit. De plus , M de la
M. convient qu'il falloit met
tre , rejetté le vin que je vous
donnois.
dela
Phenix & Noſtor font repris
d'être d'importuns Conteurs ,
ce dernier ſur tout en eſt à
charge au Lecteur judicieux
de forte qu'on ne ſçait ce qui
GALANT. 139
1
bleſſe le plus dans le diſcours
de ce pretendu Sage , ou l'envie
demeſurée de parler , ou la
vanité , ou l'imprudence.
&
L'Apologiſte n'y donne
pas ſonconfentement :Deffendre
à un Vicillard d'être longdans
ſes recits , de raconter plusieurs
fois la mêmehistoire de parler
Sans mesure du passé , c'est luy
deffondre d'être Vieillard. Aprés
tout Homere fait connoître .
par- là qu'il fçavoit peindred'a
prés la nature les moeurs , &
qu'il avoit de plus une fecondité
admirable pour allonger
ſes diſcours aux dépens même
(
Mij
140 MERCURE
des circonstances les plus étrangeres
à ſa matiere.
Qui le croiroit ! il y a plus
de deux cens comparaiſons dans
l'Iliade , elles ont neanmoins
toutes leur prix fans aucune
abondance vicieuſe ; celles entre-
autres qu'attaque M. de la
M. font les plus eſtimées , la
comparaiſon des jambes de
Menelas avec l'yvoire teinte en
pourpre eſt juſtifiée avec un
Commentaire auffi long que
la comparaiſon même.
La comparaiſon d'Ajax à
un ane que des enfans chaffent
d'un bled, e non pas d'un pré ,à
GALANT. 141
1
coups de bâtons , fait un fond
de Tableau charmant
Quelque envie qu'ait M. B.
de juſtifier Homere ſur les défauts
qu'on luy objecte , il eſt
toutefois comme forcé d'en
avoüer quelques uns. Il auroit
bien voulu , par exemple , ſauver
l'honneur d'Hector en
rendant ſa fuite heroïque ;
mais le défaut étoit ſi ſenſible
qu'à moins d'être Idolâtre
d'Homere , il ne pouvoit n'en
êire pas bleffe. Il paſſe donc
condamnation ſur cet endroit,
avec cette clauſe cependant ,
qu'il eſt perfuadé que fi Ho142
MERCURE
mere revenoit au monde , ik
apporteroit de bonnes raiſons
autquelles les Modernes ſeroient
obligez deſouſcrire.Car
on ne doit pas préfumer qu'un
Poëte plein d'eſprit , de raifon
& de bon fens en ait manqué
dans l'endroit le plus remarquable
& le plus eſſentiel de
fon Poëme. !
Je n'entreray pas dans un
plus long détail ſur le reſte de
l'Apologie , je remets au mois
prochain de continuer mon
examen Je me propoſe ſur
tout de m'étendre particulierement
ſur le nouveau ſyſteGALANT.
143
me du Bouclier d'Achille & nous
verrons ſi le dernier Apologifte
a imaginé quelque nouveau
ſecret pour ranımer , faire
agir , danſer , & parler toutes
les figures de l'Ouvrage merveilleux
de Vulcain .
Cette matiere eft fi amufante
, Monfieur ,& en même
tems fi intereſſante
, que je
vous prie de me permettre de
vous faire part d'un nouveau
genre de divertiſſement dont
elle a regalé le Public. Si tout
ce qu'il y a d'honnêtes gens
qui vont aux ſpectacles en
France n'avoit pas veu la def.
144. MERCURE
fenſe d'Homeredans les mains
d'Arlequin à la Foire S. Laurent
, je n'aurois pas l'indifcretion
de vous donner , comme
je vais le faire ,une Scenedont
les deux partis pourront rire
ou ſe fâcher au gré de la paffion
qu'ils ont à deffendre ou
àcombattre cette grande cauſe.
Quoyqu'il en puiſſe eſtre ,
je ſuis Mercure , & je vais à
bon compte faire mon employ.
:
SCENE
GALANT. 145
SCENE D'ARLEQUIN ,
Deffenfeur d'Homere.
Voicy la ſituation. Monſieur
Grognardin , Bailly d'un
Village de Provence , voiſin
d'Italie , garde étroitement fa
fille Angelique. Leandre qui
en eſt amoureux a intereſſeArlequindans
ſes affaires,quid'intelligence
avec Scaramouche
a concerté cent fourberies
pour tromper le pere & favorifer
les deffeins de l'Amant.
EnfinArlequin deguifé en Sçavant,
introduit Leandreauprés
Aoust 1715 .
N
146 MERCURE
de l'objet de ſon amour , ainſi
qu'on le verra dans la Scene
qui fuit.
GROGNARDIN ,
furl'Air,Reveillez- vousBelle ..
Tandis que je n'ay rien à
faire
Je veux contenter mon courroux
....
Angelique Angelique.
Ellefera comme ſa mere,
J'en cûs helas pour mes verroux.
Angelique arrive,
Air , diray-je mon , &c .
C'a , reprenons noſtre procés
...
GALANT. 147
Mais quel Corbeau me confidere?
Il apperçoit Arlequin en Sçavant.
ARLEQUIN.
On me nomme Bouquinides
Je ſuis le ſoûteneur d'Homere.
Je ſuis ſçavant juſques aux
dents ,
Plus de vingt plats en font
garents.
GROGNARDIN.
Ala Cantonade ... Colin fermez
la cuiſine.
AArlequin ...... ch bien! qui
vous amene icy?
Nij
148 MERCURE
ARLEQUIN .
Air du Charivary.
A l'instar de Dom Qui.
chote
Je cours les champs.
Pour la beauté d'Ariftote
Je bats les gens.
Je fais dire aux paſſans ſufpects
Vivent les Grecs.
Arlequin faitchanter au Bailly
& à sa fille , vivent les
Grecs
Air,Nonje neferaypas cequ'on
veut que je faffe.
Le Parnaſſe eſt troublé par
des guerres cruelles ,
GALANT. 149
Dans le ſein des caffez , dans le
fonds des ruelles ,
Colets contre colets , rimeurs
contre rimeurs
Combattent follement pour le
choixdes Auteurs.
Air , oh ! oh ! tourelouribo.
On veut de ſes droits priver
Homere
Oh! oh! tourelouribo ...
GROGNARDIN.
Air , au Cap de bonne esperance.
Il faudroit fans plaidoirie
Accommoder ce Procés ...
ARLEQUIN.
Quel conſeil ! quelle infamie!
O tempora ! 6 mores !
Niij
150 MERCURE
Un Bailly proposer un accom.
modement !
GROGNARDIN.
Voſtre Homere at- il des
Titres?!
Que ne prend- ildes Arbitres ?
ARLEQUIN.
Comment ventrebleu ! mettre
Homere en arbitrage !
Apprenez que les Sçavans
Sont pis que des bas Normans.
Ils veulent estrefuges &Parties.
Taytay Parafitos , Gueullardez
, Tapemodernes
Apportez moy ma Bibliotheque
GALANTIS
Scaramouche ſuivi de trois
Fourbes deguiſez en Pedans ,
apportent deux cabinets,de
Livres , ornez de deux groffes
infcriptions. A l'un on lit
ANCIENS , & à l'autre
1 MODERNES. Les Fourbes
chantent en arrivant.
Faifons dire aux paſſans fufpects
vivent les Grecs.
ॐ
Arlequin fait repêter au
Bailly & à ſa fille en choeur
vivent les Grecs.
GROGNARDIN.
Air , Adieu panier.
Quoy toûjours ils font où
N iiij
152 MERCURE
vous eſtes ??
ARLEQUIN.
Je les porte par tous chemins.
Que deviendrois-je fans mes
livres?
Oſtez aux Sçavans leursbouquins
ADicu panier vendanges font
faites.
GROGNARDIN.
Mais pourquoy dans deux
cabinets
Mettre vos livres ?
ARLEQUIN...
Lebenais !
Là , nos Auteurs de baliver-
>
nes
! GALANT. 153
nes.
Ilmontre le cabinet desModer-
2
Sont à part.
GROGNARDIN.
Pourquoy cela ?
MARLEQUIN.
Bon!
Avec ces gredins de Modernes
Irois -je encanailler Platon ?
AAngelique , Air , Tu croyois
en aimant Colette.
Ouvrez cecy. J'ay là ma
chere
Un livre qui va vous tenter
Angelique ouvre le cabinet des
Modernes , &y trouve Leandre
154 MERCURE
qui luy donne un livrepourfein.
dre de lire.
Je ſuis bien sûr qu'il va vous
plate
Oh! que vous l'allez feüilleter !
GROGNARDIN.
Air, Flon Flon.
ARLEQUIN le retenant.
Laiſſez aux femmes
Ces ouvrages abjets .
Pour le plaifir des Dames
Ces Modernes font faits, Flon
Flon , &c.
Air, Vous m'entendez bien.
Tenez. Il mene leBailly au cabinet
desAnciens.
GALANT55
Flairez ce cabinet
Sentez vous le Grec ? quel fumet
!
Jay dans cette boutique
GROGNARDIN.
Eh ! bien ?
ARLEQUIN.
Deux muids de Sel Attique
Salez-vous y bien.
GROGNARDIN.
Air, L'autre jour ma Cloris.
Le Grec fait voſtre ébat...
ARLEQUIN.
Oüy, ma femme & ma fille ,
Oüy, tout juſqu'à mon chat
Chante dans ma famille ,
Charmant Grec , mes amours,
156 MERCURE
Je t'aimeray toûjours.
Allons, Chorus : Charmant
Grec ,&c..... Scaramouche
lesFourbes chantent en choeuravec
Arlequin , quise met à genoux ,
dit d'un air extafié ſur l'Air
Reveillez- vous.
Chers Anciens , voſtre lecture
Fait le charme de mes ennuis ;
Je vous aime autant , je le jure
Que ſi je vous avois traduits.
xde
Arlequin fait repeter vers à
vers ce Couplet au Bailly avec
mille jeux deTheatre , toûjoursà
genoux, ainsi que les quatrefaux
Sçavans. Il jette le chapeau du
Bailly , enlui diſant : Comment
GALANT. 157
Coquin, vous n'ôterez pas vôtre
chapeau quand on parle
des Anciens.
Air , Reveillez- vons.
De l'Iliade qu'on revere
Donnez le Livre merveilleux.....
Scaramouche tire du Cabinet
des Anciens une petite caffette
verniffée en rouge &dorée qu'il
apporte à genoux à Arlequin , qui
avec bien des ceremonies comiques
en tire un Homere couvert d'un
- vieux parchemin dechiré&gras
qu'il embraße tendrement en s'écriant
cent fois.
Quel plaifir d'embraffer Homere!
158 MERCURE
GROGNARDIN à part.
Je croy qu'il en eſt amoureux.
Arlequin fait baifer Homere à
Scaramouche &ensuite auBailly,
qui luy dit comme Henriette
des Femmes Sçavantes :
Excuſez-moy , Monfieur , je
ne ſçay pas leGrec.
Arlequinleperfecute encore
luy dit enfin : Allons , baiſez
Homere en godinetre.
GROGNARDIN.
Air de Joconde.
Quel Auteur l'attache ?
Regardant fa fille occupée àparler
bas avec Leandre.
ARLEQUIN le retenant.
GALANT . 159
Tout doux ,
Il n'eſt fait que pour elle ?
Ce Livre n'eſt pas bon pour
GROGNARDIN ricanant.
you's 100ЛО
C'eſt quelque bagatelle .
ARLEQUIN extafié.
Mais ?
GROGNARDIN.
Mais ?
ARLEQUIN.
Que Seneque eſt doux & mignon
Dans ſes Oeuvres galantes !
Les Oraiſons deCiceron
Sont bien édifiantes !
160 MERCURE
ANGELIQUE.
Air, Quand le peril eft agréable.
Helas !
GROGNARDIN.
Peſte!quel foupir tendre !
Ma filie lit quelque Roman...
ARLEQUIN.
Elle le prendra fûrement
Par où l'on doit le prendre.
Air, Mon mary està la taverne.
Voulez- vous apprendre les
cauſes
De la corruption du Goût ,
C'eſt que fans trop peſer les
dofes
On met de l'épice par tout ,
Sans ſel pourtant on ſçait
écrire
GALANT . 161
S
écrire ...
GROGNARDIN le confide-
د
rant.
Tala lerira , le drôle entre en
delire...
Arlequin entre inſenſiblement
en fureur; elle redouble Gil s'écrie
avec transport.
Sçavans courez aux armes.
Aux armes camarades
L'ennemy n'eſt pas loin
Il prend ſon Caffé ...
Voicy deux Abbez qui viennent
Allons , armons-nous ..
Aoust 1715.
162 MERCURE
GROGNARDIN effrayé.
Eit ce un mouvement de bile
Jean Gilles , Gilles joly Jean.
AARRLLEEQOUINfureux.
Toft le Bouclier d'Achille ,
JeanGilles , Gilles jolyGilles ,
Gilles joly Jean ,
Joly Jean , Jean Gilles , Gilles
joly Jean.
Air,Lere là, lere lanla.
Comment petit Outre cuide...
Ilſe jeste fur le Bailly .
✓ GROGNARDIN.
Ouf. Il me prend pour quelqu'Abbé..
ARLEQUIN.
Vous ofez marcher contr'-
GALANT. 163
,
Homere ...
Monfieur l'Abbé où allezvous
?
Vous allez vous caffer le cou...
Air , Robin turelure.
Quoy tu me fais un défi ?
C'a tentons en l'aventure ..
Eh ! bien dans un mois d'ici
turelure ,
Je t'attens dans le Mercure,
Robin turelure lure.
GROGNARDIN.
Air ,fe fuis Magdelon Friquet.
Qu'avez vous ? quelle vapeur ?
ARLEQUIN redoublantfon
enthousiame.
Quoy donc , contre Homere
O ij
164 MERCURE
on caquete ?
GROGNARDIN.
Moderez cette fureur .
ARLEQUIN.
J'aý l'accés d'un Commentateur.
Si je mets la plume à la main
Je perceray quelque Poëte....
GROGNARDIN à part.
Que ce Sçavant eſt mutin !.
AArlequin... Quoy c'eſt donc
*
un grand forfait
Quand contre Homere l'on
caquete.
ARLEQUIN effoufté.
Je ſuis .. Je tuis ..
Je fuis M gdelon Friquet ,
GALANT. 165
Et je me mocque du caquet.
GROGNARDIN regardant
fafille.
Air , Lanturlu.
Morbleu , ſa lecture
Dure trop longtemps ,
Elle a l'encolure
D'aimer les Romans.
Il approche malgré les efforts
d'Arlequin , Scaramouche ,
des autres Fourbes , &apperçoit
Leandre dans le Cabinet desModernes.
Que vois-je ? oh ! les foutbes !
ARLEQUIN s'enfuyant avec
les autres.
C'eſt un Livre deffendu
:
166 MERCURE
Lanturlu , lanturlu.
Je ne ſçay, Monfieur , aprés
les bouffonneries que vous
venez de lire , comment vous
annoncer l'ouvrage que je vais
vous preſenter . Jaycû juſqu'à
preſent ſi peu d'occaſion de
faire entrer de pareils raifonnemens
dans mon Livre
que la grandeur de mon entrepriſe
m'étonne. D'ailleurs
je tremble qu'on ne me reproche
de faire un mélange criminel
du profane& du ſacré,
quoyque de ma vie je n'en
aye eû l'intention. Il ne m'eſt
1
CALANT. 167
cependant pas poffible de vous
parler de choſes faintes , qu'avant
, ou qu'aprés vous avoir
entretenu de choſes qui ne le
font pas. J'ay ce mois cy une
trop belle occaſion de le faire
pour y manquer. Ainſi je vous
prie de détacher cet article du
Mercure & de le lire comme
s'il n'y étoit environné de
rien.
Le 25. de ce mois jour de
Saint Louis, Meffieurs de l'Academie
Françoiſe s'aſſemblerent
dans la Chapelle du Louvre
pour celebrer la Feſte du
Saint Roy ; ily cûtuneMeffe
168 MERCURE
bafle pendant laquelle on
chanta un Motet de la compoſition
du Sieur Du Bouffer,
enfuite lePanegyrique fut prononcé
par Monfieur l'Abbé
Bion , Orateur connu dans le
monde par des actions celebres,
telles que le Panegyrique
de Saint François Xavier chez
les R. P. Jefuites ; celuy de
Saint Gaëtan chez les R. P.
Theatins ; celui de Saint Paul
chez les R. P. Barnabites; celui
de Saint François de Paul, chez
les R P. Minimes.
Il pri pour texte les paroles
du Picaume 24. Adte levavi
animam
GALANT. 169
7
5
animam meam Deus meus in te
confido, non erubefcam.
-Seigneur j'ay élevé mon ame
vers vous ; oüy mon Dieu ,
jemetsen vous toute maconfiance
, & je n'en rougiray
point.
Ce texte ne paroiſt pas brillant
, mais il eſt d'une grande
convenance au ſujet , puiſque
Saint Louis s'appliqualuy même
ces paroles du Roy Prophête
, dans le tems de fon
Sacre , action dont l'Orateur
fait le fond de ſon Exorde.
Ilcommencepar une courte
expoſition de la miſere des
Aoust 1715.
P
170 MERCURE
Rois , c'eſt à dire des obſtacles
qu'ils ont à vaincre pour leur
falut , les beſoins qu'ils ont
de ſe menager le ſecours de
Dicu par une ſage confiance.
C'eſt , ajoûta t- il , ce que fic dés
l'âge le plus tendre le SaintRoy
dont nous honorons la memoire ;
il amene la ceremonie du Sacre,
dont il tire le trait qui fuir.
Grand-Dieu , le croiroit- on , il est
àla vûë d'une Cour desplusfuperbes
raffemblée pour l'éleverau
Trône , &parmy tout ce fafte
il n'eſt occupé que des malheurs
de ſa condition , on lay met le
Sceptre en main& le Diademe
GALANT. 171
au front ,ſignes auguſtes de l'autorité
dont il commence à joüir ,
& dans ce pompeux appareil, il
nesonge qu'à l'usagequ'il doitfai
re desa puiſſance , &plus encore
au terrible compte qu'il faudra
vendre un jour au SouverainJuge;
tous les grands d'un puiſſant
Empirefont à ses pieds qui luy
jurent obéiffance , & au milieu
de ces hommages , il n'est frappé
que du ferment qu'il vient luimême
deprononcer entre les mains
duPontife du Dieu Vivant;Encore
une fois le croiroit-on d'un
Prince àpeine forti de l'enfance ,
ſi l'on ne sçavoit ce que peut la
Pij
172 MERCURE
grace deJ. C. dans un coeurqu'elle
previent. L'Orateur continuë ;
maisfans inſiſter davantage fur
cettepremiere action du jeuneLoüis
que je regarde&quejepoſe comme
le principe & le fondement
defafainteté, voyonsſeulement,
fipar laſuite ileût lieu d'en rougir,
& connoiffons aujourd'huy
ce qu'est un Souverain qui efpere
en Dieu&que Dieufoutient ,
ouplutôtque ceux là le connoiffent
qui veulent que l'Evangile ſoit
unobstacle àlagloire desPrinces ,
d'un costé par la droiture & la
moderasion qu'il exige ;de l'autre
par les sentimens modestes &les
GALANT. 173
** pratiques humiliantes qu'il prefcrit
: idée chimerique & deteftable
que l'exemple de Saint Louis
doit confondre , puiſque dans un
Regne des plus glorieux , il conferva
toûjours la fidelité d'un
Chrétien auſſi bien que la majesté
d'un Roy dans les plus profonds
abaiſſemens .
Le deſſein du Difcours ainfi
expofé , l'Orateur finit fonExorde
par un trait à Meſſieurs
de l'Académie Françoile , il y
rend hommage à ces hommes
illuſtres & s'humilie luy- même
à la vue de ſon ſujet , ſans que
ſa modeſtie luy fafſſerien per-
Piij
174 MERCURE
dre de la dignité d'un Miniſtre
Evangelique.
Plan general du Discours.
Il s'agiſſoit dans la premiere
partie de combattre l'erreur
de ces faux politiques qui veulent
que la droiture &la moderation
Evangeliques , commettent
l'autorité Royale en
expoſant les Souverains aux
entrepriſes étrangeres ou domeſtiques
; pour cela l'Orateur
expoſe cette droiture& cette
moderation pouffées au plus
haut point dans Saint Louis ,
GALANT. 175
Maiefté
&cependant Saint Louis par
ces vertus mêmes devenu les
délices de fon peuple & l'arbitre
des Puiſlances voiſines .
Dans la ſeconde partie , il
s'agiſſoit de détruire l'erreur
de ſes politiques prophanes
qui veulent que la Majesté
Royale ſoit incompatible avec
l'humilité chrétienne. L'Orateur
fait voir dans Saint Louis
l'humilité chrétienne pouffée
à fon plus haut degré , & cependant
Saint Louis leplus ref.
pecté Monarque qui futpeutêtre
jamais.
مه
P iiij
176 MERCURE
:
Plan particulier du Discours.
Dans la premiere partie l'Orateur
confidere Saint Louis
dans le gouvernement interieur
de ſes Etats , & dans ſa
conduite avec les étrangers.
Par rapport au premier objer,
l'Orateur montre la fidelité du
S.Roy,par tout ce qu'il fit pour
détruire les déſordres quiregnoient
alors,ſçavoir l'herefie,
l'uſure , la preuve par le duel ,
les guerres inteſtines , le blafphême
, la mauvaiſe admini
ſtration des Magiftrats , les
GALANT. 177
1
excésduClerge.Par rapport au
ſecond objet , la même fide
lité du Saint Roy eſt prouvée,
par fon attention genereuſe
àcalmer chez ſes ennemis même
des troubles dont il eûtpû
profiter , par les ceffions qu'il
fit de droits confiderables , ſoit
pour le repos de fon peuple ,
foit pour celuy de fa conſcience.
On juge bien que dans tout
ce détail, l'Orateur ne manque
pas d'oppofer à la fidelné de
Saint Louis , les détours iniques
de la politique humaine.
La ſeconde partie ne fut
qu'un détail conduit avec gra178
MERCURE
dation,des abaſſements de S.
Louis. Et Pattention de l'O
rateur ne parut autre , que de
fauver la Majeſté affiegée par
ees mêmes abaiſſements.
Lepremier que cite l'Orateur,
c'eſt le nom modeſte que S.
Louis aff croit avec complaifance,
dans toutes les occafions
où l'autorité ſouveraine n'étoit
point intereffée,rejettant
le titre de Roy, pour ne prens
dre que la qualité de Louis de
Poiffy, parce que c'eſtoit le licu
où il avoit reçu le Baptême.
L'Orateur parla enſuite de
cette familiaritédu Saint Roy
GALANT. 179
avec ſon peuple dans les Audiances
publiques qu'il donnoit
regulierement deux fois
la ſemaine le plus ſouvent
dans ſes Jardins , affis au pied
d'un arbre, puis il le confidera
dans ſes exercices de Religion,
aprés cela il le montra dans les
Hôpitaux & dans ſesArmées
rendant les plus bas offices aux
derniers de ſes ſujets ; enfin
il finit par cet abaiffement
que
que Dieu luy ſuſcita , c'est-àdire
par fa captivité chez les
Sarazins,& montra que laMajetté
Royale loin d'en avoir
été fletric ,n'avoit jamais paru
180 MERCURE
avec plus d'éclat , parce que
ces rigoureuſes épreuves dont
Dieuhonora ſes vertus n'ayant
pû ébranler ſa confiance , il
cût la gloire de ſe rendre fuperieur
à elles. Ce qu'on a dit
fuffit pour donner une idée generale
duDiſcours& l'on ne ſe
propoſe pas plus dans un extrait
, nous y ajouterons neanmoins
quelques nouveaux
diljoints, qui quoyque tirez de
leur place & privez de leurs
preparations , ne laiſſeront pas
de ſe faire fentir. Par exemple
dans la premiere partie , à pro.
pos de l'Ordonnance de faint
GALANT. 181
Louis contre lesJuifs , l'O ateur
adreſſe ainſi la parole à Dieu.
Grand Dieu , pouviez vous nous
faire un crime de l'horreur naturelle
que nous avons pour cetterace
perverse, meurtriere de voſtrefils,
quand elle n'auroitpas contre
ellece monstrueux attentat,ne meriteroit-
elle pas toute nostre execration
, par ce feul art quelle a
introduite de mettre à profit les
beſoins des hommes ; art funeste
Sur lequel les Chrétiens mêmes
n'ont que trop encheri , &qui
malgré les foins de nostre auguste
Monarque,fait aujourd'huy tout
lemalheur de cet Empire.
182 MERCURE
Autre exemple , à proposde
ladiſſolution du fiecle de ſaint
Louis , l'Orateur s'adreſſe à
Dieu& dit : Seigneur,fi j'ofois
vous interroger , pourquoy avez
vous permis qu'un fi bon Prince
fefoit trouvé dans un fiecle auffi
corrompu , & quel bien n'eût-il
pas fait au milieu d'un peuple
moins dereglé ? je me trompe ,
Meſſieurs , c'est dans ces fiecles
corrompus que les bons Princes
doivent naître , fans remonter
bien haut , quel eût été lefortde
cet Empire,fi dans la licencede
ces derniers tems,Dieu n'eût fufcité
le religieux Monarque qui
GALANT. 183
nous gouverne ; Pardonnez ,
Messieurs , ce feul mot que je
n'ay pû refuser à l'occaſion ,
ne craignez point que cedant à
mon zele ,j'entreprenne icy l'éloge
d'un Prince dont toute la gloire
vous est confiée qu'il n'ap.
partient qu'à vous de celebrer dignement
.
Autre exemple,à propos de
ceque fit faint Louis pour rétablir
l'ordre dans l'adminiſtration
de la justice. L'Orateur
apostrophe ainſi la France.
Non, heureuſe France, cen'est
plus le temps de brigandage où les
charges ne s'achetant qu'avec le
-
184 MERCURE
droit cruel deſe dédommager àfon
gré, ceux mêmes qui devoient te
proteger, te mettoient au pillage:
regarde les emplois quiſe donnent
leplus souvent gratuitement&
toûjours à des hommes dont le
Prince luy-même a éprouvé le
defintereſſement & la capacité.
Des Commiſſaires qui informent
par tout de la conduite desJuges
prevaricateurs qu'on force àrestituer
& qu'on depose : regarde
benis à jamais unMonarque
dont l'exemple , e.
Autre exemple : dans la ſeconde
partie , à propos de ces
Audiances publiques que faint
Loüis
GALANT. 185
Louis donnoit à les ſujets ,
l'Orateur dit. Eft cesa magnificence
qu'on honore ; quand vêtû
peut-estre plus fimplement que
ceux qui l'abordent pour luy demander
grace , il ne fefert des
Gardes qui l'accompagnentesque
fon rang exige, quepourfaciliter
l'accés aux fuppliants quand ilfe
dépouille luy même de sa grandeur
&previent avec bonté un
malheureux tremblant ? voyez
cependant ce ma heureux que la
crainte abandonne es que la venerationfaifit
,quise raſſureſans
ofer davantage , toûjours interdis
lar
d'autant plus qu'il croit voir
Aouſt 1715.
186 MERCURE
fon Souverain ſe rabaiffer pour
luy ; car voila , .
Autre exemple, dans la même
partic.
Aprés un détail pathetique
des abaiſſemens volontaires de
S. Louis , tels que d'aller dans
les Hoſpitaux ſervir des infir.
mes , d'appeller des pauvres à
fa table & de les aflocier aux
Grands qui l'environnent ;tels
que de ſervir ſes ſoldats malades
&de leur donner la ſepulture
aprés des batailles. L'Orateur
aprés tout ce détail s'écrie;
GrandDieu,eft ce un Roy queje
lo ë,goùtrouvericy laMajesté?
Meffieurs , reconnoiffez-làà tant
GALANT. 187
de malheureux qui le beniffent ,
encore plus à tant de courtiſans
qui l'imitent ; quelle pompe pour
un Roy Chrétien ? des miferables
que le Prince viſite &qui
ſe reprochent d'eftre moins humiliéque
luy , qui auparavant
impatients ,fâcheux, trouvent en
le voyant leur étatheureux, plus
confolezpar l'admirationqu'il leur
laiſſe que par les affiſtances qu'il
leur rend. Ce n'est pas tout ,des
Grands que la moleffe la vanivé
ont endurci pour le pauvre ,
Se rabaiffer cependant devant luy
fur l'exemple feul de leur Souverain,
dans un Hopital def188
MERCURE
cendre àdes Minifteres qu'ils ne
pouvoient envisager fans hor.
reur. Je vous enfaisJuges vous
mêmes , politiques mondain ,futiljamais
Roy plus respecté ?
C'eſt ainſi que l'Orateur
conclut aprés avoir justifié
tous les faits qui compoſent
'Hiſtorique de la ſecondepartie.
Que vous dirai je donc ? c'est
ainſi dans la Religion d'un Dieu
crucifié , que ce qu'ily a de plus
vil en apparence , est vrayement
grand,&au- deßus de ce que te
monde a de plus grand '; c'estainsi,
parmy des Chrétiens , qu'unRoy,
que l'humilué distingue ,ne sçauroit
manquer d'être respecté ,
GALANT. 189
1
plus respecté mille fois qu'un
Prince Juperbe qui
faste pour majefié.
na que le
On ne doute pas que Merfieurs
de l'Académie n'ayent
adopté ce Diſcours pour en
faire part au Pubic dans leur
Recueil ; il a fingulierement le
merite de la nouveauté , & cec
merite eft granddans un ſujet
que tant d Orateurs ont traité.
Qui ne feroit tenté de croire
qu'on a épuilé toutes les combinaiſons
de ce ſujet, mais rien
n'eſt jamais épuisé pour un genie
original. L'Hiſtoire de faint
Loius eft la matiere commune
de ſes Panegyriftes , & elle ne
1,0 MERCURE
peut varier pour eux ; mais ce
fonds hiſtorique même qui ne
peut varier effentiellement
prendra à l'infini des formes
neuves , manié par des hommes
de genie; ils font rares,ces
hommes de génie , & je n'accorderaypas
ce titre à cesOrateurs.
Evangeliques dont tout
l'art eft de couvrir d'expreffions
neuves les larcins qu'ils
ont faits à un homme illuftre,
quand je reconnois dans un
Sermon le plan general , la
diſtribution & l'ordre d'un
Sermon anterieur , je ne me
perfuade pas aifément qu'une
GALANT. 191
reſſemblance ſi marquée ſoit
un jeu du fort , il n'y a qu'à
lire tous les Orateurs dont les
Sermons ont eſté imprimez
depuis un demy fiecle , on les
verra preſque tous s'entrefuivre
fur les mêmes ſujets d'une
maniere fimarquée , que fil'on
ne ſuppoſe pas un commerce
fort familier entr'eux ; j'ay
peineà concevoir comment le
hazard a pû faire tant & de fi
grands miraclesdereſſemblance
dans leursOuvrages.
Le même jour la diſtribution
des Prix ſe fit ſelon la mamicre
accoûtuméc. M. Roy
192 MERCURE
connu avec dittinction dans le
monde par fon eſprit& par le
merite de les Ouvrages , y fut
couronné deux fois , il en remporta
le prix de l'Eloquence &
celuy de la Poefie , ce qui ne
s'eſtoit encore jamais veu.
Nous reprendrons avec votre
permiffion cet article un peu
plus loin.
Le foir il yeûr grande illuminarion
&un concert magnifique
à l'honneur duRoy,dans
le Jardin des Tuilleries.
Ilme prend ſubitementune
faillic d'érudition que je vous
pric
L
CALANT9
prie de ne pas refuſer. Cen'eſt
pas fur le Bouquet que je vous
preſente à lire , que je veux
raiſonner , mais fur le Portrait
dont il eſt ſuivi.dalma 2
BOUQUET DE M. D. M.
Madame V.
20
ENVOY
En vain on cherche dansfa
refte
De quoy faire àLife un bouquet
Peut-on tuy donner pour ſa feſte
Rien de plusbeau que fon Portrait.
Aouſt 1715 . R
:
494 MERCURE
Portrait de Madame V.
Lifette a le coeur commeAffréc.
Sur le moule de Citherée ob
Le Ciel fit sa taille&fon air ,
Et ce qui part de son genie01
Se reffent dufel delaMer
Dont cette Déesße estfortie.
ॐ
La querelle des Anciens &
des Modernes fait un vacarme
enragé dans la Republique des
Lettres. Je ne ſçay pas encore
bien pourquoy , quoique tous
les incidents de ces procés
m'ayent paffé par les mains ;
cesipro
τιλιού
GALANT. 195
mais je vous réponds , Monſieur,
que l'Auteur du Portrait
que vous venez de lire, eſt un
francModerne , homme d'ef.
prit ,plein debon ſens,& qu'il
a toutes les qualitez requiſes
pour la ſocieté,cependanton
peut luy reprocher qu'il doit
aux Anciens qu'il n'a jamais
lûs (& j'en jure ) la penſée qui
fait l'ornement de ſon Portrait
; en effet cette penſée en
vers de Moiſant de Brieux , eft
tres-belle , & digne des Anciens
.
Luſuſque falesque
Sed lectos pelago, quoVenu
fales. Rij
:
196 MERCURE
Cette penſée qui eft affeurement
tres- belle, eſt auſſi tresancienne
; puiſqu'elle eſt de
ſeize cent & tant d'années ,
érant de Plutarque qui pourroit
bien l'avoir tirée de plus
loin. C'eſt dans ſa comparaifond'Aristophane
& de Menandre
en ces termes ..... Je
laiſſe le Grec , quoique j'en
ſçache affez pour le lire , &
quelquefois pour l'entendre...
Les Comedies de Menandre, ditil
, tiennent d'un fel naturel&
divin , comme venu de cette Mer
qunaquirVenus. Le premier que
je'ayeche qui depuis Plutarque
GALANT. 197
l'ait employée ſans luy en fairehonneur
, c'eſt Politien, Lettre
6. du 1. 3. écrite ſuivant
toutes les apparences au mois
de Juillet 1485.Acer illifermo,
&gravis , dit il , en parlantde
Laurent de Medicis , & cum
res poftulat , falibusfcatens ,fed
ex illo mari collectis exquo Venus
eft orta. Daniel Heinfius , qui
comme Politien, ne manquoic
pas de l'avoir lûë dans Plutarque,
a dit dans ſa Differtation
touchant Plaute & Terence.
Qui quidem joci in hoc Afro (nifi
Lælio eapotiùs , ac Scipioni tribuendos
putes ) &Menandro ,ſi
Riij
198 MERCURE
judicium Horatii , & Antiquorum
ſequimur , ex codemſale , è
quo nata Venus eft , depromti videntur.
Jacques Moiſant , ſieur
de Brieux , ( c'eſt ainſi qu'il ſe
nommoit ) eſt venu enfuite ,
&enfinM. Menage en cet endroitde
ſonEpigrammeGrecque
à M. Colbert , touchant
le pere de l'illuſtre Madame
Dacier... Autre citationGrec.
que queje fupprime , & qu'on
pourroit ainſi traduire :
Omnia quæ fcribit fale tingere
doctus : at illo
Ex undis lecto, queis Venus orta,
fale.
THEQUE LE
GALANT9
Victorius dédiant
*
dinalCharles Borroméc leTerence
de Faernus , avoit dit en
1565 citant Plutarque tout
au long : Affirmat Plutarchus
Aristophanis fales, cùm amari &
asperi fint , vim quendam exulcerandi
, mordendique habere:contra
autem Menandri fales , ita
lepidos ac venustos effe , ut exillo
ipfo Mari , unde Venus orta eft ,
nati eße videantur. Quelque belle
&fine au reſteque ſoit cette
penfee,ufée aujourd'huy comme
elle eft , on n'oferoit plus
la répéter. Jay pillé ces ſçavantes
remarques quelque part
Riiij
200 MERCURE
fans doute , mais vous ne m'êtes
pas moins obligé de la peit
ne que j'ay priſe de les piller
pour vous en faire part ; au
reſte j'ay cu mes raiſons pour
le faire , & celle- cy me difpenſe
des autres. J'ay voulu
vous prouver que les Modernes
ſe rencontroient ſouvent ,
&fans peine avec les Anciens ,
ſans lesavoir lûs : Il eſtcependantbonà
tout le monde , &
neceſſaire à quelques- uns deles
lire. Changeons maintenant ,
s'il vous plaît , de matiere &
d'objets. Il y a fix mois que le
procés d'Homere nous occu-
Л
A
GALANT 201
pe , je n'en ay pas été faché ,
mais je vous proteſte queje ne
vous en parleray plus , fitoft
que j'auray fait paffer le nouveau
Bouclier d'Achille en re
veuë. En attendant' , fuivez-l
moy , fi le coeur vous en dir.
Je croy Monfieur , qu'il n'y
aura rien de plustouchant pour
vous dans toutce volume que
jevous adreſſe , que la funeſte
nouvelle que je vas vous con-
Il y a long temps que j'ay
oûy dire (& je n'ay jamais reçû
cela comme article de foy )
qu'il étoit beaude mourir pour
202 MERCURE
cequ'onaime :Je ne doute pas
quevousn'ayez étéſur ce point
auſſi incredulequemoy. Eraquo
vous n'ayez traité de pure vip
fion de la part d'Ovide la F1
ble du malheureux Iphis quife
pendit pour l'ingrate Anaxa
reite , que les Dieux, qui n'almoient
pas les cruelles ,metamorphoferent
en rocher pour
la punir de ſa cruauté. Vous
pouvez même avoir appris l'avanture
d'un Cavalier François
, qui , au dernier Siege de
Lifle , voulant donner une
grande preuve d'amour à fa
fiere Mattreſſe qui ſe piquoit
GALANT. 203
trop longtems à fon gre , de
douter de l'excés d'une paf
ſiondont illuy avoit fait mille
ferments , tira pour rire fon
épée à ſes yeux , s'en bleffa.
plusqu'il nevoulur,& en mourut
ſerieuſement au bout de
quatre ou cinq jours. Cette
mort eft encore riſible ; mais
celle que vous allez lire ne l'eſt
pas. En voici l'hiſtoire.
Un jeune habitant de la Villede
Bourges épris d'une forte
paffion pour une perſonne
qui n'en valoit pas lalpeine ,
s'étant , fur la parole de ſes
parents , flatté d'en être bien-
1
204 MERCURE
A
,
tôt l'heureux & legitime pofſeſſeur
ſe la vit enfin ſouflerount
beau jour par les
foins d'un Rival aimé. Allarmé
de cette affreuſe nouvelle
, il court au logis de
fon infidele Mattreſſe , il em
ploye tous les termes que la
douleur peut luy mettre à la
bouche pour luy reprocher la
perfilie, l'ingrate l'écoute avec
une negligence qui l'affaffine ,
la rage s'empare de ſes ſens , il
briſe les miroirs , il fracaffe une
partie des meubles, & en jette
l'autre par les fenêtres ; enfin
ne trouvant plus ſur quoy
A
GALANT: 205
au
exercer le reſte de ſon cour
roux,il monte genereuſement
grenier , il attache àune
bonne folive une corde dont
il eſt ſûr ,&s'y pend tant que
mort s'enfuit. L'Hiſtoire eft
fraîche & vraye. Faites y vos
reflexions à voſtre aiſe , Monſieur
,& lifez les miennes.Ce
jeune homme étoit un franc
for ,& fi dans ſon defeſpoir il
avoit confulté Mercure , il luy
- auroit bien appris ce qu'ilavoit
à faire , & il n'auroit pas manqué
de luy dire ces mots qui
font àmon gré fort confolants.
Nous sommes tous deux
204 MERCURE
àpeu prés dans lemême cas , cher
camarade d'infortune, & malbeureuſes
victimes d'un cruel
amour, avec cette distinction pourtant
que vous viſezà l'hymen ,
queje n'y visepas. Une belle
Marie-Annede qui j'étois éperduement
amoureux ily a buit
jours , er qui m'avoit juré cent
fois de n'aimer que moy le refte
de ſa vie , m'a fait une horrible
infidelité; je l'ayſurpriſe avec un
magot plus richeque moy;ce rendez-
vous avec son nouvel Amant
s'étoit mal à propos donné
dans ma maison ,oùje les ayvûs
... C'esttout vous dire , ily
GALANC. 207
1
adans le monde cent mille exemples
de ce que j'ay vû. Fay entré
doucement dans la chambre parle
moyen d'une clef que je portois
précieusement dans ma poche , je
n'ayfcandalisé ni mes voisins , ni
mon rival,ni ma Maîtreffe , au
contraire je les ay felicitéfur les
douceurs de leur union ,&je les
ay mis doucement , dans le par
fait negligé où ils étoient , à la
portede la ruësoù ,pourſe retirer
où ils jugeroient à propos , je leur
ay laiffé la liberté de se fervir
d'un Fiacre qui m'avoit amené
chezmoi. J'aile mêmeſoirfoupé
avec mes amis , je leur ay conté
208 MERCURE
4
monhiſtoire avec la meilleurebumeurdu
monde, &jeſuis àloüer;
je ne croy pas à vous dire le vrai,
qu'ily ait grande preſſe à qui
maura; mais telest mon heureux
temperament,&comme dit fort
sbien Arlequin:Je ſuis . Jesuis.
Jesuis Magdelon Friquer ,&c.
Voila ,Monfieur , ce queMercure
luy auroit dit , & ce qu'-
affeurément nous avons à luy
reprocher tousdeux de n'avoir
pas fait. Mais cette avanture
eſt trop triſte ,& je ſens que le
recit que je viens de vous en
faire m'affligeroit tout de
bon, fi je he vous en contois
vite une autre.
MoGALANT.
209
Mogré bleu de l'Amour ,
ce petit tracaffier prend plaiſir
à broüller tous les jours la
moitié du monde.
Dans une belle & grande
Ville que vous ne connoiſſez
aſſeurément pas fi bien que
moy, ſoit dit ſans vous offenfer
, deux Dames jalouſes chacunes
de leurs maris , & de
leursAmants , ont depuis peu
un procés qui fait grand bruit.
L'une de ces Dames vit il y a
quelques jours dans unenombreuſeAſſemblée
ſa rivale trop
fiere apparemment de la victoire
qu'elle, remportoit fur
Aoust 1715 . S
210 MERCURE
elle ; fa contenance orgueilleuſe
la defefpera , elle luy dit
des injures ,& des injures elle
paffa aux voyes de fait ; enfin
on les ſepara. Je ne ſçay ſi les
maris & les Amants ont pris
parti dans la querelle de leurs
Dames; mais je ſçay bien que
l'affaire pend au plus nobleTribunal
de France. Voici encore
une avanture, Monfieur, pour
ce mois-cy , vous n'en aurez
pas d'avantage.
Une jeune Dame de Paris
auſſicoſt mariée que fortie du
Couvent , fit il y a environ
quinze jours une partie deplai-
A
GALANT. 211
|
1
1
fir (dans la Ville de Nantes où
elle reſide ) avec des Dames &
des Cavaliers de ſes amis ; fon
mary même en fut. Lerendez
vous fut à l'Hermitage , c'eſt
une promenade à un quart de
licuëde laVille.ToutelaCompagnie
aſſemblée , on imagina
tout ce qu'on pût imaginer
pour ſe réjoüir: aprés bien des
amuſements differents , &fur
tout aprés avoir fait grande
chere , l'Epoux de la Dame ,
homme jovial , s'avila d'un
plaifant moyen de divertir les
convives. Il alla parler en ſecret
au Maistre de la maiſon ,
Sij
212 MERCURE
en qui il connoiſloit de grands
talents pour le deffein qu'il ſe
propoſoit. Il luy dit le rôlle
qu'il devoit joüer ,& le pria
de ne rien épargners pour en
fortir à fon honneur. Cer
Hofte eſt un homme connu!
de tout ce qu'il y a de gens qui
ont été en Bretagne. Il a un
fond de belle humeur qui eſt
inépuisable ; it boit &mange
plus que quatre autres , & fair
de fon eftomac tout ce qu'il
veut. Il a de plus un don de nature
qui l'a fait furnommer
Ventriloque , c'eſt à-dire , qu'il
parte (fil'on peut employer ce
GALANT. 213
(
terme) du ventre. Je m'expli
que , il ſemble quand il veut fe
fervir decette façon de parler
qu'il roule ſes paroles dans ſa
poitrine ,& qu'elles en fortent
comme si elles vehoient de
vingt pas loin des perfonnes
qui font auprés de luy , fans
qu'on puiffe jamais s'imaginer
que celt luy qui parle. Ce M.
Ventriloque, dis-je , fut inftruit
par le mary de la jeune Parifienne
d'une partie des avantures
des Dames de laCompagnie.
Avec les inftructions il
monta à la chambre où étoit
l'Aſſemblée ; mais au lieu d'eti
214 MERCURE
ſuivre un teul mot il ſe mit en
teſte , aux dépens de quelques
Hiſtoriettes qu'il ſçavoit,parce
que tout ſe ſcait , de déconcerter
l'Epouſe même de
celuy qui luy avoit fait fa leçon.
Et voicy comme il s'y
prit. Il cût à peine avallé trois
ou quatre verres de vin , que la
jeune Dame s'entendit appeller.
Elle fut fort furpriſe , parce
qu'elle ne voyoit d'aucun
coſté d'où pouvoit venir la
voix de celuy qui l'appelloit.
Un moment aprés le même
fon frappa ſes oreilles, intri
guée de plus en plus elle cherGALANT
22
15
E
che dans la maiton , deſcend
dans le jardin , & remonte àla
chambre toute eſſouflée , ſans
avoir pû trouver perfonne. A
la fin laſſede ce manege , elle
ſe met dans une prodigicuſe
colere ; mais elle s'entend encore
appeller. He bien , dit el.
le, qui que tu fois qui m'ap.
pelle ,Ange, Diable , homme
ou femme , que me veux-tu ?
alors la même voix loy recite
pluſieurs endroits de fa vio,
elle l'accuſe d'avoir eu une intrigue
au Convent , elle s'y
perd , la frayeur s'empare de
216 MERCURE
ſes ſens ; enfin elle avoie en
tremblant , qu'il est vrai qu'un
Capitaine Suiffe luy a fait l'amour
, qu'elle y a répondu ,
qu'elle l'a vûlongtems ,&qu'-
elle a en un mot compté de
l'époufer , juſqu'au jour que
l'avarice de ſon pere l'a facri
fiée aux richeffes de ſon époux
qui eſt témoin de cette belle
Scene. Le mary confus dure .
eit de ce petitdérailqu'il igno.
roit , demeure immobile , &
jure de ſe vanger du Maiſtre
du Cabaret qui venoit de luy
joüer ce vilain tour qu'il luy
gardoiz
GALANT. 217
:
1
gardoit depuis longtems; mais
il s'en mocque ,& je ne doute
pas que vous ne vous en mocquiez
auffi .
Je penſe , Monfieur , que
voila affez badiné ſur les intrigues
du temps , paſſons à prefent
, s'il vous plaiſt , à quelque
choſe de plus ferieux . Pluſieurs
Mariages de perſonnes
de diſtinction s'offrent à propos
à mes yeux , trouvez bon
que je les preſente aux voſtres.
MARIAGES.
Jean - Joachim Roüault ,
Acust 1715 . T
218 MERCURE
Comte de Cayeu , Mettre de
Camp de Cavalerie , a épousé
Mademoiselle de Pomponne
le 25 Juin 1715. Il eſt filsde
Claude Jean Baptifte HyacintheJoachin
Rouault , Marquis
de Gamaches , Lieutenant General
des Armées du Roy , Seigneur&
Gouverneur de ſaint
Vallery ſur Somme & du Païs
& Rocq de Cayeu , &c . & de
Loüife Magdelaine de Lomenie
de Brienne , fille, petite fille
& arriere petite fille de Secretaire
d'Etat.
Je ne donneray point la Genealogie
de la Maiſon de
GALANT. 219
1
A
Rouault qui eſt tres-connue ,
& ſe trouve dans pluſieursAuteurs.
Je diray ſeulement que
cette Maiſon eſt ſi ancienne ,
que l'origine en eſt inconnuë :
elle a paru en France avec éclat
ſous les Regnes deCharles V.
& de Charles VI. Triſtan
Rouault épouſa en 1376. Peronnelle
Vicomteſſe de
د
Thoüars , fille aînée de Loüis ,
Vicomte de Thoüars , & de
Jeanne II . du nom , Comteffe
de Dreux. Il fut un des
grands Seigneursdu Royaume
&tint le rang de Prince à la
Cour & dans les Armées. Il
plus
Tij
220 MERCURE
mourut fans pofterité & fit
épouſer à ſon frere André
Rouault Anne de Châteaubriand
, cadete des Ducs de
Bourgogne ; & Peronnelle de
Thoüars donna par ſon Teftament
aux enfans d'André
Rouault ſes neveux , la Terre
de Gamaches ſituée en Picardie
, que cette Maiſon poffede
encore aujourd'huy. Le même
André Rouault rendit de
grands ſervices au Roy dans la
guerre de Guïenne contre les
Anglois,
En l'année 1379. il fut fait
Gouverneur de Charles deBer.
GALANT. 221
ry , petit fils du RoyJean. Joachin
Rouault , Seigneur de
Boifmenard ,de Gamaches ,
Fronſac & Helicourt , Chevalier
de l'Ordre du Roy , grand
Ecuïer de France , Connêtable
de Guïenne & Maréchal de
France , deffendit la Ville de
Paris à la guerre du bien public
contre leComtedeCharollois,
& en fut fait Gouverneur en
1465. Il fut un des Seigneurs
qui deffendirent la Ville de
Beauvais en 1472. & en cût le
Gouvernement. Ilacquit beaucoup
de gloire à la conqueſte
de laNormandie en 1449. &
Tij
222 MERCURE
de
principalement à la priſe des
Villes deS. James, de Beuvro
Coutance , S. Lo , Carentan ,
& de Caën , & à la Bataille
Fourmigny. Il ſe ſignala auſſi
àla conqueſte de la Guïenne&
au ſiege qu'il fir de Castillon
en Perigort , où il défit le fameux
Talbot en 1453 Nicolas
Rouault premier du nom ,
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
embraſſa le parti des Hugue-.
nots où il ſe ſignala & s'y
rendit recommandable : il fut
un des quatre Seigneurs à qui
le Roy Charles IX ſauva la
vie à la faint Barthelemy en
,
GALANT. 223
1572. Il étoit ayeul de Nicolas
Joachin Rouault , Marquis
de Gamaches , Chevalier des
Ordres du Roy& Lieutenant
General de ſes Armées , qui
avoit eſté Vice-Amiral
avoit épousé en 1642. Marie
Antoinette de Lomenie de
Brienne , fille , petite fille &
foeur de Secretaire d'Etat.
,
&
Le Marquis de Gamaches
d'aujourd'hui , pour lorsComte
de Cayeu aprés la mort du
Marquis d'Arcy , fut choifien
1695. par le Roy pour eftre
auprés deS. A. R. Monfeigneur
le Duc de Chartres , à preſent
Tinj
224 MERCURE
Duc d'Orleans , & apres le de.
cés de Monfieur , Frere unique
du Roy en 1702. Sa Majesté le
mit auprés deMonſeigneur le
DucdeBourgogne depuisDau
phin , où il eſt reſté juſqu'à la
mort de ce Prince.
Mademoiselle de Pomponne
Catherine Conſtance Emilie
Arnauld eft fille de Melfire
Nicolas Simon Arnauld
dePomponne, Chevalier Mar
quis de Pomponne & de Palloiſeau
, Sire & Baron de Ferrierres
,&Chambroys en Normandie
, Lieutenant General
د
pour le Roy au Gourverne-
:
مه
GALANT 225
:
mentdes Provinces de l'Ile de
France , & Soiffonnois, Brigadier
des Armées de Sa Majefté.
Mademoiselle la Marquiſe
de Pomponne ſa mere ſe nom.
me Conſtance de Harville de
Palloiſeau , & eft fille dedeffunt
Meffire François deHarville
des Uiſins , Marquis de
Palloiſeau & de Treſnel , Seigneur
de Douë, Marefchaldes
Camps & Armées du Roy ,
Gouverneur des Ville & Citadelle
de Charleville , &
Mont Oympe,morteen 1701
Mademoiselle de Pomponne ,
aujourd'hui Madamela Com226
MERCURE
teffe de Caycu , eſt fille unique
, n'étant reſté qu'elle ſeule
d'enfans à Monfieur ſon
pere, de ceux qu'il a eu deMadame
ſa femme ; elle eſtpetite
fille de Meſſire Simon Arnauld
Marquis de Pomponne
Miniftre & Secretaire d'Etar ,
Sur Intendant General desPoſtes
& Relais de France , mort
à Fontainebleau le 26. Septembre
1699. & par confequent
niece de Madame la
Marquiſe de Torcy,femme de
Monfieur le Marquis de Torcy
, aujourd'hui Miniſtre &
Secretaire d'Etat , &de Mon-
(
GALANT . 227
ſieur l'Abbé de Pomponne ,
Conſeiller d'Etat, cy - devant
1 Aumônier du Roy , & Ambaſladeur
à Veniſe .
Monfieur le Marquis de
Pomponne , pere de Madame
laComteſſe de Cayeu, avoit
un frere puiſné , Antoine Joſeph
Arnauld nommé le Chevalier
de Pomponne, mort à
Mons en 1693. étant Mestre
de Camp du Regiment deCavalerie
de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & Inspecteur
General de la Cavalerie : il
avoit commandé auparavant
un Regiment de Dragons qui
portoit ſon nom.
1
228 MERCURE
4 La Maiſon de Pomponne
eſt ſi connuë , & il en eſt parlé
dans tantdedifferens Livres,&
de Dictionnaires , qu'il feroit
inutile d'en parler ici plus au
long. Je me contenterai dedire
qu'elle eſt ancienne par la
nobleſſe originaire d'Auvergne
& illuftre par les gens diſtinguez
en merite qu'elle a
produits qui ont fervi fidelle
ment nos Rois , & l'Etat dans
differens employs, tant d'Ambaffades
queMilitaires, yayant
cû pluſieurs LieutenantsGeneraux
des Armées , dont deux
Generaux des Carabins,Pierre
GALANT. 229
Arnauld & Ifaac Arnauld , le
premier , Pierre Arnauld étoit
auſſi Meſtre de Camp du Regiment
de Champagne , &
Gouverneur du Fort Louis, de
la Rochelle, ſous le Roy Loüis
XIII . lequel Pierre Arnauld
mourut en 1622. avant la reduction
de la Rochelle , qu'il
tenoit ferrée par ſon Fort.
Le ſecond Ifaac auffi General
des Carabins , Gouverneur
de Philſbourg , Dijon ,
& faint Jean de Laune, &Colonel
d'un Regiment d'Infanterie.
1
La Maiſon de Harville de
230 MERCURE
laquelle Madame la Marquiſe
de Pomponne eſt fortie , eſt
trés ancienne & illuftre, ayant
- pluſieursChevaliers desordres
du Roy , Gouverneurs de Calais
, de Compienne , & Vice-
Amiraux de la Manche: elle eft
continuée par Monfieur le
Marquis de Treſnel , frere de
Madame de Pomponne, LieutenantGeneral
des Armées du
Roy, & premier Sous Lieutenant
desGendarmes de la Garde
de Sa Majeſté ; il joint au
nom de Harville , celui des
Urſins , à cauſe de la ſubſtitution
faite par François desUrGALANT.
231
1
2
fins dernier du nom, àFrançois
de Harville Ma quis de Palloiſeau
fon petit neveu, pere
de Monfieur le Marquis de
Treſnel d'aujourd hui.
Achille Baltazard de Fourcy
Confeiller auParlement,fils de
MeffireHenry deFourcyChevalierComte
deCheffy,ancien
Preſident des Enquêtes , Prevoſt
des Marchands, Conſeiller
d'Etat ordinaire & d'honneur
au Parlement de Paris , &
de Dame Magdelaine Boucherat,
fille de Monfieur le ChancelierBoucherat
; a épouſéle...
Damoiſelle Marie Françoiſe
232 MERCURE
Thereſe Langlois , fille de
Meffire Pierre Langlois, Preſidentde
laChambre des Comptes
deParis , & de DameMarie
Loü ſe Thereſe Humbert.
Il reſte à M. de Fourcy
une belle foeur , dont la fille
aiſnée a épousé le Marquis de-
Puyſegur ; un frere Abbé ,
Chanoine de Noſtre - Dame
deParis , Conſeiller honoraire
au Parlement de Paris : un
autre Docteur de laMaiſon de
Sorbonne , Abbé de Saint
Vandrille ; & une ſoeur qui a
épousé M. de Fieubet , Maitre
des Requêtes , dont le fils
aifné
GALANT. 233
-aiſné a épousé Mademoiſelle
du Moulin , & la fille a époufé
le fils de M. le Préſident Gilbert
Voifin.
-
Les Alliances de Fourcy du
coſté de M fon pere , font;
Madame la Preſidente de
Menars , Meſſicurs de laGrange
, M. le Marquis de la
Vrilliere , Secretaire d'Eftat ,
Meſſieurs Molé , Meſſieurs de
de Bailleul , Monfieur le Marquis
d'Effiat , Monfieur le
Duc de Mazarin, Meſſieurs de
Salins & autres.
Et celles du coſté de Madame
fa mere, font: Madame de
Août 1715 . V
C
234 MERCURE
Morangis , Madame de Harlay
ſes foeurs toutesdeux auſſi
filles de Monfieur le Chancelier
Boucherat , Meſſieurs de
Machault , Meffieurs Pajot &
autres.
Meffire Thomas le Gendre
deCollande , ancien Brigadier
des Armées du Roy , & Colonel
du Regiment Royal des
Vaiſſeaux , a épousé le 12. de
cemois Damoiselle Marguerite
Catharine Magdelaine de
Voyer dePoulmyd'Argenfon,
fille de M. fire Marc R né de
Voyer de Paulmyd'Argenſon,
Confeiller d'Etat ,& deDame
GALANT. 235
Marguerite le Febvre de Gaumartin.
,
M. Bernard , Maistre des
Requeſtes , fils aîné de M. Bernard
, Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel a épousé
le 12. de ce mois dans l Eglile
de ſaint Sulpice , Mademoiſelle
de laCofte , fille aînée
de M. leMarquis de la Coſte ,
d'une trés bonne & ancienne
- Maiſon du Poitou , alliée aux
meilleures Maiſons de France ;
la noce s'est faite chez M Bernard
, Chevalier de l'Ordre de
S Michel , avec beaucoup de
magnificence, tant par la gran-
Vij
236 MERCURE
deur du repas que par l'illuſtré
Compagnie qui étoit compo--
fée de parens & d'amis du plus
hautrang.
Si l'Imprimeur de l'Académic
n'avoit pas un droit incon
teſtable ſur tous lesOuvrages
qui en fortent , je ne balancerois
pas à vous donner une
copie entiere des deux Picces
de M. Roy , & je ne vous prierois
pas , comme je le fais , de
n'en attendre de moy que des
extraits.
Je vous laiſſe , Monfieur ,
faire toutes les reflexions qui
GALANT 237
vous conviendront ſur le Difcours
qui a remporté le Prix
de l' Eloquence ; on croiroit
peut être , ſi je m'étendois fur
les figures magnifiques & fur
les reſpectables citations dont
eſt enrichi le Sujet propofé, où
il s'agiſloit de prouver les inconvenients
de la richeße , non-
Seulementfelon l'Evangile; mais
encore felon les Philosophes
Payens , &dont voici letexte :
Va vobis divitibus. Luc. VI. 24.
Que j'aurois envie de me feliciter
moy- même du bonheur
que j'ay de n'être pas riche ;
mais à Dieu ne plaiſe. Ainfi
238 MERCURE
trouvez bon que je vous ren
voye au Libraire qui debite ces
pieux Ouvrages , ſi vous avez
envie de les lire. Pour lOde
de la façon du même Auteur ,
qui a été couronnée comme ſa
Profe , je vous diray , qu'aprés
la premiere Strophe que j'en
retranche(malgré ſes beautez)
à la confideration de M Jean-
BaptisteCoignard, Imprimeur
de l'Académie Françoiſe , il
continue en ces termes :
Quelle implacable Furie
Maiſtriſoit tout l'Univers ?
Contre nous & l'Iberie
S'a moient cent peuples diu rs.
1
GALANT. 239
Jamais le Dieu de la guerre
N'avoit donnéſur laterre
Tant de ſpectac'es d'horreur :
Jadis par moins de carnage
Rome, lafiere Carshage
Signalerent leurfureur.
f
Que la Fortune conduise
Toussles pas de nos guerriers,
Leur triomphe nous espuiſe;
Nous payons cherles Lauriers.
Que vois-je ? des champs ſteriles,
L'effroy ,le deüil dans lesVilles,
Les travaux abandonnez :
Les Arts ,&les Loix periffent,
Themisfuit, les Dieux gemiß.nt
Sur leurs Autels profanez. **
* Sacrileges des Fanatiques.
1
1
240 MERCURE
C'est en vain que nôtre monde *
De l'autre attend les threſors ,
Un orage éternel gronde
Sur lamer, &dans les ports.
Quel Dieu contre nous conſpire ?
Que dis-je ?Thetis ſouſpire
Du débris de nos vaisseaux.
Mortels , vostre aveugle rage
Vous a derobé l'usage
Etde la terre &des caux.
ॐ
OPaix , l'Europe en allarmes
N'efpere plus ton retour ;
Elle a méprifé tes charmes ,
Tu te vangesà ton tour.
Mais parmi tous ces rebelles ,
1
*Commerce interrompu.
१०
: Si
GALANT. 241
Si des mains pures , fidelles
Refſtabliſfoient tes autels ! ..
Vien les habiter encore ,
Et pour LOUIS qui t'implore ,
Fai grace àtous les mortels.
Par quel noble Sacrifice
Payera- t'il tes bienfaits ?
- Veux tu voir desaJustice
Ses ennemissatisfaits ?
Crain- t'on cette Fortereffe *
Des ondes fiere Maistresse ,
Seure retraite deMars?
Que la France s'en départe ;
Illuy ſuffit , comme à Sparte ,
D'avoirſes Rois pour remparts.
* Dunquerque.
Aoust 1715. X
242 MERCURE
Aprés d affreuſes tempestes ,
L'air s'eſclaircitànosyeux.
Tout estchangé. Surnos teftes
Vois-je rouler d'autres Cieux ?
Endépofant le tonnerre ,
LOUIS raffermit la terre,
Qu'eſbranlerent tant de coups :
Etsoussa main vigilante ,
L'Olive , àmeurir moins lente
Vafructfier pour nous.
BientoftCerés raßeurée
Contre d'injustes efforts ,
Ainsiqu'au fiecle de Rhée ,
Multipliera fes threfors.
LesArts,lesTravauxfertiles
Desja raniment'es Valles
GALANT. 243
Trop heureuse activité!
Ta recompense est certaine :
Lebeſoinfera la peine
De laſeule oiſiveté.
Mercure paroist ,il donne
Leſignal à cent climats ;
LaFoyfacompagne ordonne
- Que Plutusſuiveſes pas.
Neptune n'a plus de chaiſnes ;
Auxplages les plus lointaines
Les chemins nousfont ouverts.
Paixfeconde ,&falutaire ,
Regne,puiffes-tu nefaire
Qu'un peuple de l'Univers !
Maisla plus noble richeffe
A
Xij
244 MERCURE
Abondera dans nos murs
Pournous s'enfle le Permeffe ,
Il roule des flots plus purs.
Que le monde entiery puiſe ;
Qu'icy l'estranger s'inſtruiſe
Par nos chef- d'oeuvres nouveaux.
Et vous Filles de Memoire ,
De LOUIS chantez lagloire ,
C'eſt l'ame de vos travaux.
ॐ
Priere pour le Roy.
O Ciel daigne nous entendre ,
De LOUISfois leſouſtien.
Puiffe ton amourluy rendre ,
GALANT. 245
Ceque nous devons aufien.
Quefous fes regards meuriſſe
CeRoy,que le Ciel propice
Referve pour nos neveux :
Digne Eleve d'un tel Maistre ,
Qu'ilfaffefon bonheur d'eſtre
Le Pere d'un peuple heureux .
Le ſujet de cet Ole étoit
Sur les avantages de la Paix
l'obligation que nous avons au
Roy de nous l'avoir procurée.
Vous me direz peut eſtre ,
Monfieur , que voila une nouvelle
maniere de faire des extraits
des Ouvrages d'eſprit : je
le ſçay bien; mais que voulez .
Xiij
246 MERCURE
vous queje vous réponde à cela
, finon que je n'ay ni l'audace
, ni le loiſir de m'y prendre
autrement & que Mer.
ſieurs les Auteurs ne ſe plaignent
que trop ſouvent de la
liberté que je me donne de faire
des extraits de leurs Ouvrages.
د
Reprenons pour quelques
moments, s'il vous plaît,Monfieur
, les affaires du monde.
LeRoy a fait à Marly le 5 .
de ce mois , un remplacement
dans les Officiers de la Marine .
Le Cordon rouge de feuMr.
;
GALANT. 247
Ducafle , a etté donné auMarquis
de Coëtlogon , dont le
Cordon aeſtédonné au ſieur
de la Harlteloir. Le Marquis
d'Aligre de S. Lié a eſté fait
Lieutenant General. Les ſieurs
du Queſne- Mounier, des Nos,
Comtede la Luzerne, duGuay.
Troün , & de Court , ont eſté
faits Chefs d'Eſcadre. Le dernier
eſt ſurnumeraire , & ainſi
la premierplace qui vacquera,
ne ſera pas remplie. Le Chevalier
de Montgon , de Mo,
dene, deMons, le Chevalier de
Saujon, & le ſieur Hurault de
Villeluiſant , ont cu les pen-
Xiiij
248 MERCURE
fions de quinze cent livres.Des
penfions de mille livres ont
efté données aux ſieurs de Sevigné,
Beauffier ,Cogolin,Courbon
de Saint Leger , Chevalier
de Gracey , de Caumont ,
du Dreſnay , & Comte de
Bufly.Les places de Capitaines
à la haute paye , ont eſté données
aux ſicurs de Chaulieu ,
Hercules de la Roche , des
Carces , Truler , Gratien &
Caffaro l'aisné.
;
Le 13. le Mareſchal de Befons
, & le Chevalier de Sain-
Etot , allerent dans le carroſſe
duRoy,prendreMehemetRiza
GALANT . 249
Beg , Ambafladeur Extraordinaire
de Perſe , à la maiſon
du ſieur Bontemps , Premier
Valet de Chambre du Roy
& Gouverneur du Palais des
Tuilleries : le cheval que
l'Ambaſſadeur devoit monter
l'y attendoit , avec des chevaux
pour toute ſa ſuite de la
grande& de la petite eſcurie ,
ainſi que les Trompettes du
Roy deſtinez pour accompagner
fa marche , qui ſe fit en
cet ordre juſqu'au Chaftcau..
Le carroffe du Chevalier de
Sainctot , celui du Mareſchal
de Belons , douze chevaux de
250 MERCURE
| -
main des deux Efcuties du
Roy, magnifiquement harnachez
& menez par des palfreniers
de Sa Majefté : quatre
chevaux du Roy avec des har.
nois à laPerfienne,&menez en
main par desPerfans, les domeſtiques
de l'Ambaſſfadeur à che
val,leMoula de l'Ambaſfadeur
ouDocteur de ſaLoy, fonTre
forier ,le Page qui porte ſa pipe
, les 8.Trompettes du Roy
le Maistre des Ceremonies de
l'Ambaſladeur & l'Interprete
à coſté de luy , l'Ambaſladeur
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perfienne , le Maref.
GALANT. 251
chal de Betons à la droite &
le Chevalier de Sainctot à ſa
gauche , marchant tous trois
defront , les Valets de pied
Perfans &Armeniens de l'Ambaffadeur
au tour de fon cheval
, la livrée du Marefchal ,
&celle du Chevalier de Sain-
Etot à coſté de leurs chevaux ,
l'Eſcuyer de l'Ambafladeur à
cheval , marchant immediatement
derrière lui , avec un Page
qui portoit le fabre de
l'Ambaffadeur appuyé ſur ſa
cuiffe. Le carrofle du Roy fermoit
la marche . L'Ambaſfadeur
trouva dans l'avant cour
1
252 MERCURE
les Gardes Françoiles & Suiffes
ſous les armes , les tambours
appellant, les Gardes de la Porte
& de la Prevoſté auſſi en
haye & fous les armes.
Aonze heures , l'Ambaffadeur
accompagnéduMaréchal
de Befons & du Chevalier de
Sainctot , traverſa la cour à
pied , pour aller à l'Audience
du Roy , par le degré qui conduit
au grand Appartementde
Sa Majetté. L'Ambaffadeur
avant que d'y aller , mit fon
fabre à ſon coſté : il portoit
outre cela un grand poignard
dans un étuyd'or à fa ceintuGALANT.
253
re: le fieur de Merlin Secretaire
ordinaire à la conduite , marchoit
à la tête du Cortege, les
Trompettes du Roy marchoient
immediatement devant
l'Ambaladeur. Il fut receu
au bas de l'eſcalier par le
Marquis de Dreux , Grand-
- Maistre des Ceremonies., &
par le ſieur desGranges , Maitre
des Ceremonies , les Cent
Suiſſes étant ſur l'eſcalier en
habit de ceremonie , la hallebarde
à la main. A la porte de
la ſalle des Gardes en dedans, il
fut receu par le Ducde Ville-
- roy ,Capitaine des Gardes du
254 MERCURE
Corps , qui étoient en haye &
ſous les armes. Sa Majeſté af.
file fur fon Throſne élevé de
deux marches , ayant auprés
d'elle tous les Princes de la
MaiſonRoyale, le receutdans
le grand Appartement.L'Ambaſſadeur
ayant fait le premier
falut , Sa Majesté ſeleva &oſta
ſon chapeau , & fe couvrit
aprés le dernier ſalut: & aprés
que l'Interprete lui eut expliqué
ce quel'Ambaffadeur luy
diſoit , & qu'il eut expliqué à
l'Ambaſſadeur la réponſe de
Sa Majesté , le Roy ſe découvrit
: l'Ambaſſadeur ſe retira ,
GALANT. 255
&fut enfuite conduità l'Audience
deMonſeigneur leDauphin.
Il fut traité & toute fa
fuite , par les Officiersdu Roy.
Je m'étendray davantage fur
cet article dans la nouvelle
- Hiltoire que je vais donner de
cet Ambafladeur.
J'ay balancé pluſieurs fois ,
Monfieur, à propoſer desque.
ſtions à mes Lecteurs ,j'allois
mêmepour cemois-cy en imaginer
quelqu'une , lorſqu'un
galant homme quiabeaucoup
d'eſprit , & dont vous avez
pluſieurs foistules Ouvrages ,
256 MERCURE
!
m'a fait preſent decelles que
vous allez lire..
On demande ! ....
Lequel a le plus à fouff ir
du coeur ou de l'amour propre
, par le mépris d'un objet
aimé.
Lequel des deux eſt le plus
fatisfait , lorſque la perſonne
aimée , n'a plus de rigueur.
Si l'on peut aimer par devoir
,& ce quec'eſt preciſément
que cet amour. :
Sil'on nedoit pas ſouhaiter
la vivacité des ſentimens
du coeur dans une femme,
comme dans une maiſtreſſe.
Si
GALANT. 257
Si l'on doit encore aimer
-2
une infidele quiceſſe de l'eſtre.
Question moderne.
Lequel a plus de raiſon , ou
de M. Dacier de nous avoir
donné laTraductiond'Homere
, comme celle d'un origiginal
parfait , ou de M. de la
Motte d'avoir choiſi ce mefme
Homere pour en faire une
imitation .
Examinez, s'il vous plaît,ces
queſtions ,M. auſſi bien que
tous ceux qui les liront,& fai
tes-moi part de vos reflexions .
En attendant pafſons au Cha.
pitre desEnigmes , & trouvez-
Aoust 1715 . Y
258 MERCURE
bon que je prie ceux qui me
font le plaifir de m'en envoyer
, de m'en dire le mot ,
fans quoi elles ne verront pas
lejour.
Le mor de cellesdu mois
paffé , eſtoitla Mer , & tout
ce qui porte le nom de Garde.
Ceux qui les ont deviné , ſont
les fixEnfans deChoeur deNôtre
Dame deMillyen Gatinois,
l'heureux indiſcret , le Favori
des neuf Soeurs , l'amant de
la Lune , le jeune Dupuis , le
Milord Amilcart au Marais ,
M. de Bonneval , & fa belle
amic ; le Marmiton des Muſes
GALANT. 259
de Valogne, Madame Pierret ,
& la Blonde Solitaire qui a
grand tort de ſecacher.
Voici les Enigmes de ce
mois.
ENIGME.
Du Maistre que je fers Efclave
obéiffante
Jeſuis toujours en action ,
Et ma plus grande fonction
Eft de n'être jamais trop prompte
ni trop lente.
ॐ
Je nesçais ce que c'estque d'aller
au hazard,
Y ij
260 MERCURE
Mon corps renferme en joy differentes
parties
Delicatement afſforties.
Qui me rendent enſemble un chefd'oeuvre
de l'art.
Mais fi l'on veut de moy tirer
quelque ſervice ,
Ilnefaut pas menegliger ,
Carj ferois dans le danger
D'interrompreſouvent monfilele
exercice.
ॐ
Quoyqu'à l'abry toûjours des
injures du temps
Le grandfroid cependant & la
forte gelée
GALANT. 261
1
M'empêchent quelquefois d'achever
ma journée ,
Arrêtant tout à coup mes justes
mouvemens .
!
Veux- tu sçavoir mon nom , regarde
moy enface ,
F'ay deux Compagnes avec moy
Dont lefeul & l'unique employ
1. Eft de montrer aux yeux le travail
que je trace.
2.0
L'une porte avec ſoy quelque
marque Royale ,
Mais elle est fi lente en fon tour,
Qu'elle ne fait que dans unjour,
262 MERCURE
Ce que l'autre en une heure à nos
regards étale.
Les Auteurs font l'Abbé Inulaire
àl'Anagramme , Rubé
Caffe ,& le jeune Logicien de
la rue S. Loüis.
AUTRE.
Mon pouvoirfait souvent trembler
Mardik Furne ,
Triomphant me reprit jadis
Timoleon ;
F'étois d'un grand usage à Saint
• Pantaleon ,
Et battis bien Enée avant qu'il
occit Turne,
GALANT 263
Quelquefois on me voit aux rives
du Vulturne
Mollement embraffer Amarante ou
Cleon;
1 Je n'étois point du goût de l'Empe-
C
reur Leon ,
En certain temps jeſuis plus froide
لا
que Saturne.
11
Dansson plusbel exploit je ſoutenois
Hector,
Use de moy qui veut parler comme
• Neftor ,
Pour mon reposj'opine à rétablir
• Dunkerque.
Preſque par tout je cours & dors
moins qu'un • Argus ,
Souvent je suis plus fiere encore
qu'un • Albukerque ,
Et nourris des Geants plus grands
que Feragus .
264 MERCURE
Devinez ces Enigmes , Monfiur,
file coeur vous en dit , &
hâtez vous aprés cela d'expedier
le reſte des matieres de ce
Volume.
Une belle Demoiselle de la
Campagne ayant eu la malice
de faire confidence à une ſienne
parente de la Ville de Paris,
qu'elle étoit affez malheureuſe
de n'avoir point d'Aimant ou
du moins quedans le lieu où
elle avoit eſté élevée , il ne ſe
trouvoit pas un Sujet raiſonnable
fur quielle pût jetter la
vûë pour en faire un époux ,
celle-ci à fon retour en racon-
горьлот tant
GALANT. 265
-10
لان
fo
la
taſt l'hiſtoire à un de ſes amis,
qui fit à l'inſtant les vers ſuivants
qui furent envoyez à la
Demoiselle Plaignante avec
maint autre compliment de
condoleance.
Iris ſe plaint de n'avoir point
• d'Amant ,
Elle ditque dans fon Village ,
Les Bergersfontfans agrément , ans agrém
Qu'ils ont l'humeur bruſque
volage ,
Et qu'il estfâcheux àson âge
D'ignorer lesplaisirs d'un tendre
engagement.
La douleur estdéja peintefurfon
visage.
Aouſt 1715 . Z
266 MERCURE
Elleſe deplaît tellement ,
Que fans attendre davantage ,
Elle renonce au mariage.
Et menace ces lieux d'un promt éloignement.
Ah ! Si j'estois auprés d'elle un
moment .
Fesçaurois bien calmer ce rigoureux
tourment ,
Qui peutà ſa beauté caufer un
grand dommage.
Je lui dirois ,objetrare & charmant
Vous,de la maindes Dieux le
plus parfait ouvrage ,
Vous, qui de nos cantons eftes
tout l'ornement.
1
GALANT. 267
t
Acceptez de mon coeurun éternel
hommage.
Regnezfurlui ſiſouverainement
Que vous trouviez l'amour un
doux apprentiſffage ,
Heureuxfidans mon esclavage ,
Vous mefavorifiez d'unregard
C
Seulement.
Jeprendrois tant de foins pour
Son foulagements
Que cettebelle enfin changeroit de
langage , L
Etqu'on ne diroit plus dans notrevoisinage;
Iris ſe plaint de n'avoir point
C
d'amant.
Il ne me reſte plus , Mon
Z ij
268 MERCURE
ſieur,que quelques Sonnets ſur
les bouts- rimez propoſez le
mois paflé , à vous donner.
SONNET.
Comment diable veux-tu que je
partede Furne ,
Pour aller à Corinthe y voir
Timoleon ,
Et puis au Vatican trouver •
Pantaleon ,
De chez Pantaleon au Palais du
grand Turne.
Et de là , traverser le rapide
Vulturne ,
Et monter fur la Mer où lefameux
Cleon,
GALANT. 269
Pirate inceſſamment du coſté de
Leon .
Tantoſt vers l'Italie où se sauva
Saturne ,
Tantoft vers les Cantons de Priam
&d' Hector .
Tu veux que j'aille encore à Pyle
chez Neftor
,
Queje revienne en France , à Paris,
à • Dunkerque ,
De France dansArgos au beau Palaisd'
Argus ;
Et puis en Portugal au Château
d Albukerque ;
Et tout cela pourquoy ? pour chercher
• • Feragus.
Z iij
270 MERCURE
AUTRE.
On trouve bien le nom de la Ville
de Furne
2
Dans un grand Capitaine on voit
• Timoleon ,
Un Medecin
> un Pape , estoit
Pantaleon ,
Et VirgileSouvent nous entretient
de Turne.
Mais , ma foy , nulle part on ne
trouve Vulturne,
On parle d'un Flatteur , d'un Orateur
Cleon ;
Unbon Historien , un Pape fut
Leon ,
Et rien n'est plus facile à placer
que
Saturne.
GALANT. 271
Onfçait encore affez qu'il fut plus
d'un Hector ,
Que l'on parlesouvent des vieux
, ans de Neftor
Quenoussommes toûjours lesMaitres
de Dunkerque.
i
Que Coquette en tout temps se
mocque d'un Argus ,
1
را
Qu'on parlera longtems du grand
Ducd' Albukerque ;
e
Mais daignez nous montrer Vulturne&
Feragus .
AUTRE.
Parce que ce plumet a vû Mardik
نم Furne,
Il croit être auffi grand. que fut
• Timoleon ,
Et quand il a juré par faint .
Z iiij
272 MERCURE
• Pantaleon,
Nous faire autant de peurqu'Enée
enfit à Turne.
Qu'il aille menacer les peuples du
Vulturne ,
Qui,dans les bras oiſifs de Tircis
ou Cleon ,
Moins vaillants que leurs Chefs
fut-ce Sixte ou Leon ,
Au feul nom de combat , font plus
froids que • Saturne.
Mais puisqu'un vray François est
en guerre un Hector ,
Quoyqu'enPaix il s'exerce aux emploisde
Neftor
,
On ne craint point icy les vainqueursde
• Dunkerque.
Sije combats pour vous , eut-il les
GALANT . 273
yeux d' Argus
Fe le vaincrai , Philis , fut- il un
• Albukerque ,
Puisqu'on vint bien à bout du
•Geant
1
AUTRE.
Feragus.
L'oyseau Seplaît dans son
ramage ,
L'homme de Cour dans le fracas
L'Agioteur dans le
Et le Guerrier dans le
tracas ,
tapage.
L'Huiſtre cheritson coquillage ,
Un vieux comme un autre Calchas
Aime à reciter d'anciens
cas,
Le Hollandois vent du fromage ,
Le Graveurfon burin
Et le Manoeuvrefon .
pointu,
têtu
1
274 MERCURE
Desfriandsfont pour l'Alloüette;
Des Devotes pour leur minon
X
Et moy j'aspire , ma
A te tenir dans ma
Toinon
couchette.
x
AUTRE.
Heureux qui des Oiseaux écoutant
le
6 ramage ,
D'unepompeuseCourfuit le bruiant
: fracas
Des malheureux plaideurs évitant
le tracas ..
Mene une douce vie exempte de
tapage.
Sur le bord de la Mer vivant de
coquillage ,
Calchas
Ne s'embarraſſe point dufort ni de
GALANT. 275
grand
Et de l'Eternité faisantson plus
cas ,
* Mange tranquillement ſon pain &
San fromage.
Heureux qui fans se croire avoir
l'esprit . pointu ,
Des frivoles grandeurs ne devient
1
point têtu ,
Et chaffe en lafaiſon la Perdrix ,
L Alloüette.
S
2
Qui mettant fon plaisir à carreffer
minon
Ne s'embarraffe point de ce qu'a
fait
TToinon,
Etprend un doux repos la nuitfur
a couchette. a
276 MERCURE
AUTRE.
Mon repos n'est troublé que par un
doux
ramage,
Ennemy du tumulte , ennemy du
fracas ,
Jevis tranquillementfans peine&
Jans tracas ,
Je n'aime que la Paix &je hais le
tapage.
Je contemple la Mer avec fon
coquillage,
On me regarde icy comme un autre
Calchas
د
On me confulte en tout ,je decide
les
cas,
Je haïs également la femme & le
.. fromage ;
GALANT. 277
Je ne paroisjamaisfans mon bonnet
pointu ,
Fepaſſe pour bizarre , capricieux ,
têtu ,
Fe nourris fix Perdrix avec une
Alloüette.
Deux charmants Perroquets , un
minon ,
Je n'ay point d'entretien qu'avec
Toinon ,
Qui , comme moy , dort bien fans
as Chat &fa
masoeur
lit&Sans
e
17
S
S
couchette.
Le Marmiton des Muſes
de Valogne,
AUTRE.
Qui ne fuit de l'Amour lesédui-
Sant ramage ,
278 MERCURE
S'expose àse trouver en terrible
fracas ,
G'est un petit mutin qui cherche le
tracas ,
Et n'estjamais content s'il nefait
le
tapage.
On doit faire àson coeur étuy de
coquillage,
Sans cela je prédis aufi-bien que
Calchas
Que c'est un grand hazard s'il
n'arrive le
cas,
Qu'on laiße allerSouvent le Minet
au fromage.
Craignezce petit Dieufon dard eft
trop pointu ,
Il vient à bout de tout , même du
plus têtu
Il vousprend aujoüet ainsi qu'une
GALANT . 279
> Alloüette ,
Il égratigne aprés bien mieux que
mon minon
Deſa vive bleſſure & Nanette &
Toinon
Gardent aßezSouvent pour neuf
jours la couchette.
CeSonnet eſt l'Ouvrage deM .
V. à qui M. D. M. a envoyé le
Bouquet quevous avez veu, cette
-Dame eſt auſſi aimable qu'elle eſt
ſpirituelle & belle .
AUTRE
Euffiez- vous des Oyseaux du plus
parfait ramage ,
Des Trefors, des Valets, des Chiens
&leur fracas
,
2800
280 MERCURE
Maison à la Campagne exemptede
tracas
Oùjamais d'un Huiffier on ne voit
le
tapage.
Si Coquette entre unjour dans vôtre
coquillage ,
Sansfaire le Devin , comme l'étoit
Calchas ..
>
Vous tomberez, amy , dans unsi
piteux cas,
Que vôtre bien fondra comme au
feu le fromage.
Il nefaut point icy faire l'esprit
pointu ,
si malgré ces conſeils vous eſtes un
têtu
On vous verra plus fec que des
piezd' Alloüette.
VOUS
GALANT. 281
Vous ferez le jouet d'une attrape
minon ,
Heureuxfiquelquejourſaſervante
Toinon
Daigne vous presenter un coin de
Sa . couchette.
AUTRE.
Le bon Oyseau , dit-on,sefaitseul
Son ramage ,
Mais au mépris de tout , vous avez
fait fracas ,
Si vous ne finißez bientôt voſtre
tracas ,
Vos voisins nesçauroient vousfauver
du
tapage.
コ
Au lieu de vous trouver dans un
beau coquillage ,
Vous ferez en maison inconnuë à
Août 1715 . Aa
282 MERCURE
Calchas ,
Ou pour vous châtier de vôtre vilain
cas ,
Vous n'aurez ,fur mafoy , quepain
Sec Sans fromage.
Une Dame modeste à chaperon :
pointu ,
Pour voir si vous avez toûjours
l'esprit têtu ,
Vous y fera lever pluſtoſt que
P Alloüette.
Etfi vous prononcez Minette pour
minon ,
Vous verrez auffitoft la groſſeſoeur
Toinon
Vous montrer unfoüet pourmignon
de couchette.
GALANT. 283
7
1
AUTRE.
Une chanson ou deux au plus ,font
e
mon
ramage,
Faime la folitude , & je hais le
.. fracas ,
Des bals & des festins j'abhorre le
tracas ,
Rarement les voit - on finirfans du
tapage ,
Je me fais mon bonheur au fonds
d'un coquillage ,
•
Occupé d'un beau feu ,Sans fonger
à Calchas ,
Et remply des attraits de la foeur
de Ly
יז
cas
Fy reſterois cent ans à vivre de
*** 2425337***
fromage.
Aaij
284 MERCURE
Depuis que de l'amour le trait le
plus pointu
M'a prouvé que ce Dieu parle en
maistre têtu ,
Je goûte ses douceurs plus gay
qu'une
Alloüette.
Fyfuis plus amoureux que ne l'est
un minon ,
Et pourvu qu'à la fin j'y poffede
Toinon ,
Je my contenteray d'une simple
:
couchette .
AUTRE.
3.
Des Oiseaux d'Albion le gratieux
ramage
Devient fubitement un horrible
• fracas ;
Ennemis de la Paix ils aiment le
GALANT. 285
tracas ,
Et commencent entr'eux un furieux
tapage.
1
1 Le Batave rêveur fucant fon
.. coquillage ,
Etonné de ce bruit afſſemble fes
• Calchas ;
On conclut d'obſerver l'exigence du
cas
Et fur tout de pourvoir au debit du
fromage.
A
Alerte, chers amis , dit un esprit
: pointu ,
Il faut de la prudence &n'estre pas
têtu ,
e N'attendre point qu'au bec nous
vienne l' Alloüette.
;
Pratiquons le grand Art de ce
286 MERCURE
Maistre Minon
Jeanne&de Toinon;
Qui gagnoit aux Combats de
EtSoyonsfur nospieds plus quefur
La couchette.
N. Commis des Poſtes.
Monfieur , pendant que
vous vous amuſez à lire des
Sonnets, d'autres pourrontaimer
mieux chanter ma Chanfon.
Il faut contenter tout le
monde.
7
A
$
aufor
Precin
fleurd
JANE
DEL
YON
e
28
2
Et
C
V
S
பfc
n
2
6
GALANT. 287
L
CHANSON.
Une timide Bergere
Maisfenfible au jeu d'amour ,
Aufond d'un boisfolitaire
Chantoit ainſi l'autre jour :
Quelplaifirpour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger
Selaißer , ſe laiſſer conterfleu-
Оüy,
rettes.
ॐ
mon coeur vous en affure
Colin commande aux amours
Par un baifer je vous jure
Qu'ils m'obéiſſent toûjours.
288 MERCURE
Quel plaifir pour lesfillettes
Avec un prudent Berger
Si l'on pouvoitfans danger
Se laißer , ſe laiffer conterfleurettes.
Le 16. decemois M. leBaron
d'Imoff, Envoyé Extraordinaire
du Duc de Brunswick
Wolfenbutel , eût ſa premiere
Audience publique du Roy ; il
fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs , qui avoit
été le prendre à Paris dans les
carroffes de Sa Majelté. Il eût
auffiAudience deMonſeigneur
Ic
GALANT. 289
P
it
S
F
le Dauphin & des Princes &
Princeſſes du Sang , ſuivant
l'uſage ordinaire.
Le 17. M. Mathias Goffin ,
Liegeois , General de l'Ordre
de ſainte Croix , cût auſſi Audience
publique du Roy , où il
fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctot à la maniere
accoûtuméc.
د
Lc 18. M. le Comte de Ribeira
, Lieutenant General
Grand Maiſtre de l'Artillerie
&AmbaſladeurExtraordinaire
de Portugal , fit ſon Entrée publique
en cette Ville. M. le
Maréchal de Tallard & M. le
Aoust 1715. Bb
290 MERCURE
Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs, furent
le prendredans lecarroffe
du Roy au Monastere de Picpus
, d'où la marche ſe fitdans
l'ordre ſuivant :
Le carroſſe de l'Introducteur
, celuy de M. le Marêchal
deTallard, vingtquatreValets
de pied de l'Ambaſſadeur , fon
Ecuyer & fix Pages à cheval
le carroffe du Roy , ceux de
Madamela Ducheſſe de Berry,
de Madame , de M. le Duc
d'Orleans , de Madame la Ducheſſe
d'Orleans , de Madame
laPrinceſſe deCondé, deMaGALANT.
19
1
dame la Ducheſſe Doüairiere ,
de M. le Duc & de Madame la
Ducheffe ,de Madamela Princeffe
de Conti Doüairiere , de
M. le Prince & de Madame la
Princeſſe de Conti , de M. le
Duc&deMadame laDucheffe
du Maine , de M. le Prince de
Dombes , de M. le Comte de
Toulouſe , deMadame laDuchelle
de Vendoſme , & celuy
du Marquis de Torcy , Mınıftre
& Secretaire d'Etat pour
les affaires étrangeres. A la
diſtance de trente à quarante
pas marchoient les cinq carroffes
de l'Ambaſſadeur prece-
A
F
Bbij
292 MERCURE
dez de ſes deux Suiſſes à cheval.
Nulle des plus ſuperbes
Entrées qu'on ait veuës depuis
longtemps en France, n'a étalé
tant d'éclat & tant de magnificence
que celle- ci . Voici un
abregé de cette brillante ceremonic.
M
La ſuite de M. l'Ambaſſadeur
conſiſtoit en un Ecuyer ,
deux Secretaires , dix Gentilshommes
, fix Pages, quatreValets
de Chambre,deux Suiffes ,
cingCochers , cinq Poſtillons,
&vingt quatre Valets de pied.
Leshabits des Gentilshommes
étoient de la derniere magnifi
GALANT. 223
cence , celui de M. l'Ambaffadeur
étoit enrichi de boutons
de diamans. Les habits
des Pages étoient d'un velours
autore avec les veſtes & paremens
de tiſſu d'or , le tout
brodé d'argent fur toutes
les coûtures . Ils avoient des
noeuds d'épaule d'or brodez
d'argent , des plumets blancs ,
des bas aurore à coins brodez
d'argent , & manchettes &
cravates de belles dentelles . La
livrée étoitd'un drap vert pâle,
#font fin, couvert partout d'un
galon d'or large de trois
doigts , au milieu de deux ga-
Bbiij
294 MERCURE
*
lons d'argent , qui , enſemble ,
faifoient à peu prés la même
largeur. Les paremens de leurs
habits étoit d'une belle étoffe
d'or de même que leursveſtes.
Les noeuds d'épaule étoient
d'argent avec des petits Acurons
de vertenbroderie. Leurs
bas étoient de ſoye aurore , &
les plumets de la même couleur:
Leurs cocardes étoient aurore&
blanches.
Il y avoit cinq carroffes
tirez par huit chevaux de
differentes couleurs: Le premier
étoit un carroffe à huit
glaces doublé d'une étoffed'or
GALANT•
295
des plus riches ,&des plus à la
mode , enrichie d'une grande
frange à graine d'épinart , ornée
de jaſmins & d'autres varietez
, avec une tête de carti-
- ſane relevée de la largeur d'environ
un pied. Dans le fondde
l'imperial fait en dôme il y
avoit un artichaut en broderie
entouré d'une cartiſane. Les
rideaux étoient de gros de
Tours vert brodé d'or en plein
ſans envers , & autour regnoit
une frange d'or haute de deux
doigts. Le marchepied eſtoit
de marqueterie , d'écaille & de
cuivre doré d'un deſſein ex-
Bb iiij
296 MERCURE
quis. Le dehors eſtoit de velours
vert tout couvert de broderie
d'or en relief fait par les
meilleurs ouvriers de Paris .
L'imperial eſtoit du même velours
& couvert de broderic
également comme le reſte du
carroffe.Autour de la goutiere
regnoit une cartiſane à laquelle
étoit attachée une frange,&
de distance en diſtance des
gros glands d'or de differentes
façons ,&c.
Les pomes étoient de bronze
doré d'or moulu ,reprefentant
un Dragon avec les aîles
ouvertes , qui eſt le blazon de
GALANT. 297
Portugal couronné par deux
Anges , & de la tête du Dra-
* gon ſortoit par le milieu de la
Couronne une gerbe d'or.
La broderie repreſentoit
dans les panneaux des portieres
lesArmes de l'Ambaſſadeur
& dans les autres panneaux
differentes idées au ſujet de la
Paix.
Les quatre montants des
coins du carrofile reprefentoient
en tres belle ſculpture
dorée les quatre parties du
monde duns lesquelles le
Portugal a des Domaines.
La ferrure de ce carroffe en
298 MERCURE
و
general eſt de bronze dorée
d'or moulu , cizelé & fini par
les meilleurs ouvriers tant
dans le train &dans le carroffe
que dans tous les harnois qui
étoientde velours vert couvert
d'un galon d'or . Le train étoit
generalement ſculpté & doré ,
les rouës d'une ſi nouvelle invention
qu'il ne s'en eſt encore
point vû de pareilles. L'arte.
lage étoitde huit chevaux couleur
d'ardoiſe à crin blanc ,
portant fur leurs têtes des toques
de plumes vertes &blanches
mouchetées d'aurore , &
de chaſle- mouches vert & or.
GALANT .
-
Les guides ,glands des cheviYON 5
*
& tous les cordons étoient de
foye verte , & or..
• Le ſecond carroffe étoit auſſi
doublé d'une étoffe d'or avec
une frange & une riche tête
de cartiſane. Le dehors de tresexcellente
peinture. Les bordures
, les extremitez , & les
montans étoit de belle ſculpture.
Le deffus eftoit couvert
de plaques cizelées & dorées.
Le train d'une belle fculpture
& tout doré. Les harnois de
maroquin jaune bordé de rouge.
Les guides rouges & or , &
les chevaux pies blancs tachetez
de noir.
300 MERCURE
Le troiſième étoit une cale
che doublée d'étoffe d'argent
avec une frange & belle carti
lane d'argent. Le dehors d'une
peinture tres belle ſur argent.
Toutes les bordures & montans
de belle ſculpture argen
tée. Le deffus couvert de pla
ques argentées. Le train de
ſculpture argenté & les rouës
peintes en vert & argent. H
eſtoit tiré par huit chevaux
cap de more à crin noir.....
Le quatrième carroffe doublé
de velours cramoiſi avec
une frange d'or & une broderie
des plus belles , eſtoit tiré
2
r
GALANT. 301
:
par huit chevaux Bays à crin
bbllaanncc.
* Le cinquiéme doublé d'un
velours rouge à fond d'argent
avec ſes franges d'argent , le
reſte bien doré comme le qua.
triéme, eſtoît tiré par huitches
vaux noirs. QUIDE
Le fiege du premier carroſſe
eſtoit de velours vert avec des
franges & des broderies d'or.
Lelſecondd'étoffe d'or avec
des franges & cartilanes d'or.
Le troiſième d'étoffe à fond
d'argent and som min
Pendant la marche M. de
Meryhomme de condition &
:
302 MERCURE
de merite ,& qui a fervi longtemps
avec diftinction en
France, qui eſt ſa Patrie, &
d'où la fortune l'a arraché
pour le conduire en Portugal,
où il a l honneur d'eſtre attaché
au ſervice du Roy , faiſant
dans la Ceremonie de l'Entrée
de M. le Comte de Ribeira
la fonction de ſon premier
Ecuyer ,jetta dans les places
publiques& carrefours de cette
Ville une prodigieuſe quantité
de Medailles d'or & d'argent
que le peuple avoit ſoin
deramaffer avecavidité,enbeniſſant
la Nobleffe & la geneGALANT.
303
- roſité d'un ſi magnifique Ambatfadeur
. Ces Medailles repreſentent
d'un coſté le Portrait
du Roy de Portugal , &
de l'autre un Olivier dont les
rameaux embraſſent deux
• Couronnes qui ſont celles de
- Portugal & de France réünies
par la Paix d'Utrecht. Avec
cette deviſe : Nectit &firmat .
La marche finie , en arrivant
à l'Hoſtel des Ambaſſadeurs ,
- M. le Comte de Ribeira fut
- complimenté de la part du
Roy, par M. le Duc de Trefmes
premier Gentilhomme de
- la Chambre ; de la part de
304 MERCURE
Madame la Ducheſſe , par M.
leChevalier de Hautefort, fon
premier Ecuyer ; de la part de
Madame , par M. le Marquis
de Mortagne , ſon premier
Ecuyer ; de la part de Monfieur
le Duc d'Orleans , par M. le
Marquis de Simiane , ſon premier
Gentilhomme de la
Chambre ; & de la part de
Madame la Ducheffle d'Orleans
, par Male Marquis de S.
Pierre , ſon premier Ecuyer .
Il a eſté logè & traité les trois
jours ſuivans à la maniere accoûtuméc.
M. le Comte de Ribeira qui
vient
GALANT. 305
vient de faire cette pompeuſe
Entrée eſt du coſté de M. fon
Pere d'une des plus illuſtres ,
des plus riches & des plus
grandes Maiſons de Portugal
&deM . fa mere,foeur deM. le
Cardinal de Rohan , & de Mrs
les Princes de Soubiſe & de
Rohan , parent & allié aux
plus anciennes & aux plus Nobles
Maiſons de France. Je ne
vous feray point icy l'éloge de
M. le Comte de Ribeira , il
n'y a qu'une voix pour luy ;
& tout Paris ſemble s'eftre
donné le mot pour luy rendre
la justice qui eſt dûë à ſes
Aoust 1715 .
Cc
306 MERCURE
grandes qualitez .
Il eſt injuſte , Monfieur , de
faire de gaycté de coeur des
mécontens : l'Auteur du Sonnet
qui fuit , & qui eſt des
meilleurs que vous ayez lû , le
feroit de moy, ſi je ſupprimois
fon ouvrage par negligence ou
par inadvertence.
SONNET.
F'entends tous les matins un
amoureuх ramage
Eloigné pour toûjours du bruit &
du fracas ,
Je vis à la Campagne , & j'ysuis
GALANT. 307
Sans tracas
M'étant mis à l'abry des faiseurs
de
tapage.
Etendu fur le bord d'un fombre
coquillage ,
Je me ris à loiſir des Arrests de
Calchas >
Des mets lesplus friands je nefais
aucun cas
Etfuis comme le rat , content de
mon fromage.
Mon honneur en repos craint peu
lefer pointu ,
Du hardy petit Maistre , ou du
•Guerrier têtu ,
Si mes coups font mortels , c'est à
LaSeule Alloüette .
Mes spectacles le foir font les
Ccij
308 MERCURE
jeux d'un minon,
Rien ne me manqueroit si l'aimable
Toinon
Vouloit de temps en tempspartager
ma
00
couchette.
La tranſition m'eſt introuvable
icy , parce qu'il m'eſt
impoffible de lier à des Vers
badins l'article ſerieux que
vous allez lire.
Dame Mariede Grimouville
Epouſe de Meffire Henry de
Saulx , Comte de Tavannes
&auparavant veuve deMeſſire
René Potier,SeigneurdeBlancmeſnil
, mourut le 25. du mois
GALANT. 309
Y
paſſé dans la cour du Val-de-
Grace. Elle étoit ſoeur de feu
Madame la Marquise d'Illiers
d Entragues , & de feu de M.
le Marquis de la Mailleraye ,
Colonel du Regiment de Piémont
, enfans de feu Meffire
Loüis de Grimouville , Marquis
de la Mailleraye , Marêchal
desCamps & Armées du
Roy, qui estoit fils de Meffire
Jacques de Grimouville , Scigneur
des Maretz, & de Dame
Charlote de Moüy la Mailleraye
, heritiere de la Branche
. de cette maiſon de Moüy , qui
eft tres illuſtre, & qui a eu plu-
1
310 MERCURE
fieurs Chevaliers du Saint Efprit,&
Lieutenants Generaux
pour le Roy en Normandie.
Meſſieurs deGrimouville,dont
la Nobleſſe eſt tres ancienne ,
font originaires de Balle Normandie
, où eſt la Terre qui
porte ſon nom ; il y en a cu
deux Chevaliers du S. Eſprit ,
qui font morts ſans enfans ;
les Armes de la maiſon de Grimouville
font à trois molettes
d'éperon d'argent , en champ
de. gueule , & non des étoiles ,
comme on les blazonne quelquefois
mal.
Quant à la maiſon de M. de
GALANT . 311.
ㅓ
Saulx , il en eſt cadet , & il ne
faut pas confondre les branches
; il eſt fils de Meffire Jacques
de Saulx , Comte de Tavannes
, & de Dame Lonſe
Henriette Potier de Treſmes.
Lamaiſon de Saulx eſt ſilluf
tre , & on en a parlé fi amplement
dansdifferentsMercures,
> que je crois qu'il eſt inutilede
repeter ce qu'on en a dit. Madame
de Saulx eſt morte âgée
de 67.ans 4. mois , aprés une
longue maladie où elle a toûjours
conſervé une entiere
connoiſſance dont elle a fait
unbon uſage par ſa picté , &
par ſa patience.
312 MERCURE
Dame Catherine de Pommereu
, veuve de MeffirePierre
Bouter, Seigneur deMarivatz ,
& autres lieux , Chevalier des
O dresRoyaux & Militaires de
Noſtre Dame du Mont-Carmel
, & de S. Lazare , Premier
Gentilhomme ordinaire de feu
Monfieur , Grand Bailly de la
Ville & Duché d'Etampes ,
Gouverneur & Capitaine de
ladite Ville , mourut le 11. de
ce mois âgée de 80. ans. Elle
eſtoit foeur de feu M. dePommereu
, Conſeiller d'Etat ordinaire
& au Conſeil Royal ,&
laiſſe un fils qui a fuccedé à fon
:
pere
GALANT. 313
:
-pere en la Charge de Premier
Gentilhomme Y ordinaire.
Meffire Nicolas du Bois , Seigneur
deBailler , Préfident au
GrandConfeil , mourut de la
petite verole le 27. du mois
paffe.On ferale mois prochain
un plus ample détail de cette
Famille.
>
Melfire Loüis Chauvelin
ConſeillerduRoy en ſesConſeils
, Maître des Requêtes honoraire
, Avocat General du
Parlement , Commandeur &
grand Treforier desordresdu
Roy, mourut de la même maladie
le 2. de ce mois . Il eſtoit
Aoust 1715.
Dd
(
314 MERCURE
fils aîné de Meſlire Loüis Chauvelin
, Seigneur de Grifenoire,
Conſeiller d'Etat ordinaire ,&
de Dame N. deBillart , & petit-
fils de Meffire Loüis Chauvelin
, Maistre des Requêtes,&
de Dame Claude Bonneau , &
laiſſe des enfans de Dame N.
de Grouchy fon Epouſe. Il eſt
mort âgé de 32. ans , regretté
generalement de tout lemonde.
S. M. a donné la Charge
d'Avocat General vacante par
ſa mort , à M. Chauvelin de
Griſenoire ſon frere.
Meſſire Louis de Longuëil,
Marquis de Maiſons & dePoif-
Y
GALANT. 1315
ſy , Préſident à Mortier duParlement
, mourut le 22. âgé de
48. ans. Le Roy a donné ſa
Charge à M. fon fils. On s'étendra
davantage fur cet article
le mois prochain.
:
Dame Anne Racine , veuve
de M. Arnaud de S. Amant,
Fermier general , mourut le 2 .
de ce mois, laiſſant entre autres
enfans N. de S. Amant , veuve
de Loüis Provence Adhemard
de Monteil , Marquis de Grignan
.
2.
Meſſire Conradde Roſen,
Comte de Bolleviller , Marêchal
de France&Chevalier des
Ddij
316 MERCURE
trois Ordres du Roy , mourut
Ic 3. de ce mois dans ſon Château
de Bolleviller en hauteAlface
âgé de 87. ans , aprés une
maladie de quinze jours qu'il
a uniquement employé à recevoir
les Sacremens de l'Egliſe
& à exprimer les ſentimens de
Religion & de Pieté qui faifoient
ſa ſeule occupation depuis
pluſieurs années qu'il s'étoit
retiré de laCour & des embarras
dumonde. Il eſtoit originaire
de Livonie de la plus
ancienne Nobleſſe &d'unedes
meilleures Maiſons de cette
Province : il vint en France fer;
GALANT. 317
vir ſous fon parent le General
de Roſen, ſiconnu dans les fameuſes
expeditions du Duc de
Saxe Weymar ; & le dévoua
comme luy au ſervice du Roy.
Depuis s'étant toûjours diſtinguédans
tous les emplois Militaires
où il a paffé , & ayant
donné l'eſpace de plus de so.
ans des marques de capacité ,
de zele&d'une entiere fidelité
pour Sa Majefté & pour l'Etat ,
il merita ce ſuprême degré
d'honneur auquel il plût au
Royde l'élever en 1703.
Les commencemens des
ſervices de ce General accom-
1
Ddij
-318 MERCURE
pagnez d'une circonftance afſez
particuliere, avoient donné
à pluſieurs perſonnes de fi
grandes préventions fur l'obfcurité
de fa naiſſance , qu'ils le
regardoient comme un homme
de fortune que ſon ſeul
merite avoit élevé aux premiers
honneurs : occupé uniquementdu
ſervice du Roy &
de la gloire , il n'avoit pas fongé
luy-même à détruire cette
idée dans les eſprits , juſqu'au
tems qu'il fallut faire ſes preuves
pour eſtre receu dans les
plus illuſtresOrdres du Royaume;
ce fut alors qu'il s'adreſſa
GALANT . 319
,
au Roy de Suede ſon premier
Maiſtre , qui luy envoya des
Lettres Patentes & des Certifi
cats de fa Genealogie tirez de
laChancellerie& des Archives
de la Province de Livonie,avec
tous les témoignages les plus
aurentiques de l'ancienneté &
de l'illuſtration de ſa Maiſon .
Ceux qu'il receut en même
tems de l'état de la Nobleffe
deLivonie au ſujet de fon extraction
, font auſſi forts , &
outre qu'ils marquent la ſuite
de ſes Anceſtres & leurs Alliances
avec les premieres Maifons
de Suede & de Livonic ,
Dd iiij
320 MERCURE
telles que font celles des Thieſenhauſen
, Patkul , Haftfer ,
Butler & quantité d'autres du
premier rang ; ils ajoûtent encore
fondez ſur les Annales de
Livonie , que dés l'an 1238 ,
que cetteProvince fut conquifſee
ſur les Payens par lesChevaliers
de l'Ordre Teutonique,
cette Maiſon avoit fourni d'illuſtres
Chevaliers à cetOrdre ,
dont les Armes étoient d'or à
trois roſes de gueule deux &
une , comme on le voit encore
aux anciens Tombeaux &Mo
numens dans les endroits qui
ont eſté poffedez par les Sci
GALANT. 322
gneurs de cette Maiſon qui a
toûjours paffé pour une des
plus anciennes& des plus diftinguées
par les grands emplois
que les Seigneurs de cette
Maiſon ont poffedez & poffe.
dent encore,Otto JeandeRofen
, Seigneur de Kleinropp ,
neveu, du Maréchal de Rofen
dont nous parlons , eſtant aujourd'huy
Grand Maréchal de
laNobleſſe de Livonie.
Male Maréchal de Rofen
dontnous annonçons la mort,
quatriéme fils de Fabian deRoſen
, Seigneur de Kleinropp ,
ſe trouvaà l'âge de 16. ansCa
322 MERCURE
det dans les Gardes du Corps
de la Reine Chriſtine : au bout
de quelques années il eut le
malheur de ſe battre en duet
avec un jeune Seigneur de la
Cour&de le tuer ; il futarrêté
pendant quatre mois , enfin
ayant trouvé le moyen de s'échapper
de la priſon , il ne vit
d'autre reffource à ſon ſalut&
à ſa fortune que de venir en
France ſe jetter entre les bras
du General Rofen , qui eſtoir
iſſu de germain de fon pere ; il
pafla à Francfort où il joua&
perdit tout ce qu'il avoit ; au
deſeſpoir de ſe voir dans cet
GALANT. 323
-
-
eftat , & craignant les reproches
de fon parent , il n'oſa
l'aller joindre , & aima mieux
s'engager pour Cavalier dans
le Regiment de Brinon dont
des Officiers y faifoient pour
lors emplettede chevaux pour
les mener en France ; il ſervit
dans cette Troupe trois ans
fans ſe faire connoiſtre ; il fut
même affez malheureux que
d'être arreſté avecd'autres Cavaliers
par le Grand Prevoſt
de l'Armée au retour d'une
maraude,&contraint de jouer
avec eux pour la vie; quoiqu'il
gagna , il fit reflexion fur fon
324 MERCURE
eſtat , & le découvrit pour ce
qu'il eſtoit au Comte deBrinon
ſon Colonel , qui le fit Cornette
peu de jours aprés , Licutenant
dans la même Compa.
gnie & Capitaine l'année ſuivante.
Quelques années aprés
il ſe preſenta au General de
Roſen,qui le fit paſſer dans ſon
Regiment ; il connut bien-tôt
fon merite , & le regarda dés
lors comme ſon gendre& fon
heritier ; en effet il luy donna
ſa fille aînée que les Comtes de
Gallas & d'Helmſtadt luy
avoient fait demander , & le
fit fon Lieutenant Colonel.
GALANT. 325
La mort de fon beau- pere le
mit peu de temps aprés en poffeffion
de fonRegiment &des
Terres qu'il avoit acquiſes en
Alface. En 1684 il fut fait
Brigadier , en 1677. Maréchal
de Camp , en 1688. Lieutenant
General , en 1689. Maréchal
d'Irlande , en 1670.
Mestre de Camp, Generalde la
Cavalerie de France , en 1693 .
Grand Croix de l'Ordre Militaire
de S. Loüis , en 1703 .
Maréchal de France , & en
1705. il fut reçû Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit à Verfailles
le 2. Février de la même
326 MERCURE
année. Son habileté , la vigilance
& fon exactitude infinic
pour le ſervice , dans les differens
commandemens dont le
Roy l'a honoré &dans les occaſions
les plus confiderables
où il s'eſt trouvé , luy ont
merité la confiance & l'eſtime
de ſon Prince & des plus
grands Capitaines; ſes ſentimens
nobles & élevez , & fes
actions pleines de raiſon , de
folidité & de circonſpection .
l'ont fait admirer de tous ceux
qui l'ont connu particulierement.
Il laiſſe un fils qui eſt MaréGALANT.
327
F
chal de Camp , & que le Roy
vient de faire Commandeur
del'Ordre de S. Loüis , & cinq
filles , dont trois ſont Religieuſes
, & les deux autres
mariées , l'une au Comte de
Rottembourg , & l'autre au
Baron de Planta.
La jeuneſſe de:Bayonne a
repreſenté devant la Reine
d'Eſpagne en ſonChaſteau de
Lirague , le Balet des Feftes
Venitiennes, le 28. Juillet jour
de Sainte Anne , dont cette
Princeſſe porte le nom.
८.
328 MERCURE
APOSTILLE.
-11. Je vous prie , Monfieur ,
de me pardonner le derangement
que vous aurez pû remarquer
dans ce Volume , la
crainte d'un funeſte évene
ment , & la nature de ſes circonſtances
m'en ont fait plufieurs
fois changer l'ordre . Je
touche à la plus grande & à la
plus triſte nouvelle dont tous
les Hiſtoriens du monde puiffent
jamais inſtruire la Pofterité
. Il s'agit de vous annoncer
la mort du Roy Loüis
ΧΙV.
GALANT. 329
XIV. le plus Grand & le
plus reſpectable Monarque de
l'Univers , arrivée à Verſailles
un Dimanche premier jour du
preſent mois de Septembre , à
huit heures & un quart du
matin. Savic , l'éclat & la
durée de ſon regne , fa maladie
& fa mort, n'offrent à la
memoire que les plus grands
traits de l'Heroiſme le plus
parfair.
Les bruits effrayants qui
ont couru ſur la maladie du
Roy pendant les huit derniers
jours du mois dont le Mercure
cſt daté , en ont retardé l'im-
Août 1715.
Ec
:
330 MERCURE
preſſion,&m'ont jetté dans la
neceſſité d'attendre juſqu'aux
premiers jours de ce mois ,
pour vous annoncer ſa mort ,
dont je vais inceſſamment reprendre
les circonstances , &
&me diſpoſer à vous conter
les ſuites qu'elle aura. Je ſuis
avec reſpect , Monfieur ,
voſtre , &c .
१
AVIS.
Les Sieurs Cordier , Marchands
Orféuresfur le Quayde
la vieille feraille , à la Mitre
d'or , font des Pipes à la maniere
GALANT. 331
de Perſe , ſur le modele de celles?
de l'Ambassadeur pour qui ils
en ont fait : ils font auſſi toutes
fortes d'ouvrages tant pour l'Egliſe
que pour la cuisine. Le tout
àprix raisonnable. U
=
LYON
&
CAS
Ee ij
TABLE.
Prelude nouveau qui a fon
merite. 3
Relation hiſtorique du Siege , &
copie de la Capitulation de
Maillorque. 13
Nouvelles de Londres. 49
De Hambourg. 1
59
Histoire. 62
Discours où l'Auteur dit debelles
choses. 74
Chapitre d'érudition de la façon
de l'Auteur , ausujetd'un Liure
nouveau qui a pour titre :
(
TABLE.
79
Apologie d'Homere , on
Bouclier d'Achille
Copie de la Scene d'Arlequin ,
Deffenfeur d'Homere , repre
fentéefurleTheatre du grand
Jeu de la Foires.Laurent. 145
Extrait duDifcours queM. l'Abbé
Bion a prononcéà l'Académie
Françoife le jour deſaint
-Louis. 0166
Autre trait d'érudition de l'Auteurà
l'occaſion d'un Bouquet
envoyéàune belle Dame avec
fon Portrait. 193
Grande preuve d'amour d'un
malheureuxAmant àfacruel-
LeMaistreffe. 201
TABLE.
Chef- d'oeuvre de jalousie. 2:09
Avanturefinguliere.
Mariages
210
217
OdedeM. Roy qui a remportéle
Prix de l'Académie. 238
Dons du Roy. 246
Audiance de congé de l'Ambaſſadeur
dePerfe. 248
Questionsproposées. 255
Chapitre des Enigmes où l'Auteura
oublié malheureusement
de dire que la CommereFretillon
a derviné celles du mois
paßé. 257
Compliment de condoleance en
Vers à une belle qui ſe plaignoit
de n'avoir point d'ATABLE.
mants. 265
' Sonnetsfur les Bouts- rimez propofezle
mois paffé.. 268
Chanfon. 287
Suitedes Nouvelles . 288
EntréedeM. leComte de Ribeira
, Ambassadeur Extraordinaire
de Portugal en France.
289
Sonnet échappé retrouvé.
306
Morts.
Apostille.
Avis.
FeftedeBayonne.
THEQUE DEL
RS LYON
308
327
338
330
ر
*
180
*
Avis pourplacer la Figure.
L'air doit regarder la page
287
THEQUE
NOUVEAU
MERCURE
GALAN T.
DE
LA
VILLE
UN
LYON
**7893*
NIN
A PARIS ,
M. DCCX V
AvecPrivilege du Roy.
Aoup
MERCURE
GALANT.
Parle Sieur Le Feure.
Mois
d'Aoust
1715.
Leprix eſt 30. fols relié en veau , &
25. fols , broché.
A PARIS ,
Chez D. JOLLET , & J. LAMESLE ,
au bout du Pont Saint Michel ,
du côté du Marché-Neuf ,
Pau Livre Royal.
AvecAprobation,&Privilege duRoi
MERCURE
NOUVEAU.
ONSIEUR
EAUR DELA
LYON
BIBI
*7893 *
VILLE
C'eſt maintenant voſtre
tour à gliffer . Aprés avoir cu
Phonneur d'écrire à Madame ,
& à Mademoiselle , ne trouvez
-пос
pas mauvais que je prenne
Aoust 1715. A ij
MERCURE
aujourd huy la liberté de vous
adreſſer la parole. Mais fouffrez
, s'il vous plaît , que je
vous diſe , avant que d'entrer
en matiere , que vous n'aurez
que pour la forme, la part que
vous paroîtrez avoir à mon
Epître , ſi vous êtes ſerieux
critique , melancolique , ou de
ees Scavants impraticables auf.
fi ennemis du ſens commun
qu'ils font remplis de noire&
de maligne humeur. Je vous
avouë que je ne veux nulcommerce
avec cette engeance,&
que je prefere à toutes les efpeces
d'hommes que je con-
I
も
200
,
GALANT. 5
nois , celle des bonnes gens à
qui il a été donné de choiſir
par prédilection le favorable
Bureau que j'ay établi chez le
Capitaine Rhumbe Sofiet à la
petite Magdelaine , ruë de
Buſſy. La preference qu'ils accordent
de gayeré de coeur à
ce bienheureux Cabaret , eſt
une preuve indubitable qu'ils
ont de l'efprit , du bon goûr ,
de l'experience &des voyages.
Vous medirez peut être qu'il
eſt preſque inoüi de voir en
France un Auteur propoſer de
pareils rendez vous à les Lec-.
teurs ,& que cette licence dé-
Aiij
6 MERCURE
note ungrand vice de temperament.
Je vous réponds à
cela , premierement , que je ne
ſuis point Auteur , & que
quand j'écrirois cent fois plus
que je ne fais ( Dieu m'en preſerve
) j'en abdiquerois toûjours
en public & en particulier
, le caractere &les titres .
Secondement , je ſoutiens
que ces rendez vous fournifſent
des expedients , des raifonnemens
& de la vigueur à
l'eſprit. Tous les Cercles d'Allemagne
, la Hongrie , la Pologne
, la Suede , le Dannemark
, l'Angleterre , la Hol-
-
GALANT. 7
१
lande & la Suiſſe , me font témoins
de la verité de ce que
j'avance , & vous ſeriez fort
mal receu , ſi vous vouliez avec
toute voſtre prudence , propoſer
à ces Nations éclairées
des affaires ailleurs qu'au Cabarer.
Troifiémement , fans eftre
tout à faitElpagnol ſur leChapitre
du vin , on peut être au
moins auſſi ſage qu'eux fur cer
article, & frequenter les honnêtes
endroits où le meilleur
ſe vend. LabonneCompagnie
s'y trouve , les bons eſprits s'y
aſſemblent , le noir chagrin
Aiiij
8 MERCURE
n'en approche jamais ,& c'eftlà
qu'à l'honneur du bonBacchus
, on fait ſouvent à l'exemple
du ſage Horace, de fi
jolies Chanſons à boire. Je
vous citerois dans nos plus fameux
Modernes cent honnêtes
gens de qui je tiens à cet
égard le goût que je vous propofe.
De plus , je vous dirayconfidemment
, Monfieur , que je
ne vous ay fait cette prolixe
Differtation , que pour répondre
, comme je le penfe , aux
ridicules objections de quelques
miferables pedants beu
GALANT. و
veurs d'eau , qui ne furent pas
édifiez , à ce qu'ils m'ont fait
l'honneur de m'écrire,decette
élection de domicile.
Ce préambule vous a-t-il
ſuffisammentdiſpoſé àme lire
avec les conditions requiſes. Si
cela eſt , lifez moy, finon laifſez
moy ? & ne faites pas comme
cet illuftre & moderne
Peintre , Archiprofelyte de
l'Antiquité,qui fut il y a quelques
jours à la Foire S.Laurent,
au Jeu de Dominique , où il
s'épanoüir de tout fon coeur
juſqu'à la Scene d'Homere ,
qui le deconcerta d'une ma
ro MERCURE
niere à faire étouffer de rire
tous ſes voiſins. Il n'eût pas
plûtôt entendu les plaiſantes
faillies d'Arlequin pour la dé-
1
fenſe de cette grande ombre ,
qu'il s'écria , comme fion l'eût
écorché tout vif. Quelle pitié!
! quelle miſere o temps !
moeurs ! Iln'y a aumondeque
Pierrot qui ſoit capable d'avoir
inventé un ſi horrible divertiſſement.
Celuy qui en eft
l'Auteur meriteroit de paffer le
reſte de ſes jours dans un cachot
! c'eſt (& la poſterité n'o .
fera jamais le croire ) c'eſtHo
mere qu'on jouë ! ce ſont les
GALANT. I
Cauſes de la Corruption du
Gouſt qu'on tourne en ridicule
! GrandDieu ! quelle dépravation
! quelle honte pour
noſtre fiecle !
Ce fameux Peintre qui avoit
déja entendu parler plus d'une
fois de l'extravagance de ce
Tableau,pouvoit ſe difpenfer
d'aller de guet à pens falir fon
imagination , & la defefperer
de l'impieté des Modernes ,&
ne pas donner aux gens dont
il étoit environné ,un ſpectacle
incomparablement plus ridicule
que celuy qu'il b'amoit,
De même vous pouvez
12 MERCURE
Monfieur , fr vous apprehendez
que mes boutades vous
revoltent , vous épargner la
peine de les lire. Je vous dis
par avance que je fuis plein de
caprices & de fantaisies , que
les choſes dont j'ay à traiter
de mon chef, étant d'une nature
qui ne m'engage à aucun
menagement ridicule , je les
debite àma mode , & que je
me donne toutes les libertez
dont je peux affafonner de
temps en tems la ſechereffede
ma matiere. Si cela vouscon
vient , ſuivez moy , & fouvenez
vous qu'on doit ainer ſes
GALANT. 13
1
amis avec leurs defauts.
Commençons , fi vousvoulez
, par les affaires du monde
, ce fera tant & plus de
gagné ſur le nombre des pages
que j'ay à vous écrire.
Je ne fis lemois paffé qu'un
extraitdes Nouvelles de Maillorque
parce que n'ayant pas
encore receu la Capitulation
dePalma , que j'attendois ,je
n'en pouvois faire qu'un Article
informe; & j'ay mieux aimé
differer juſqu'à preſent àvous
en parler d'une maniere plus
étenduë , pour vous en donner
unabregé Hiſtorique & complet.
14 MERCURE
Le ſuccés du débarquement
des Troupes des deux
Couronnes à l'Ile de Maillorque
,dans la côte du Levant
entre Puerto Petro , & Puerto
Colonb dans un petit Havre
'qu'on appelle Calla Longa ,
P
en fit bientoſt efperer la conquêre.
Quelque oppoſition qu'on
cût mis a l'execution de ce projetpar
la fufpenfion , que les
negotiations avoient donné
lieu de faire , & qui naturellement
par la furcharge des dépenfes
immenfes, le devoient
faire manquer dans ſon tout.
:
GALANT. 15
L'Intendant Patino qui a cydevant
fi bien maintenû l'Armée
devant Barcelone , pendantquatorze
mois , dans toute
l'abondance , ne s'eſt point
rebuté,&connoiffant l'importance
d'un ſi grand projet,&
pour fon maître l'avantagedu
fuccés&de l'execution ; il ena
foutenutous les contre temps
&les dépenfes ; & en un mot
mis l'Armée en état d'appareil
ler de Barcelone le onziéme
Juin au nombre de 2801
Voiles : la Flotte fit une navi
gation allez heureuſe, quoy
que d'un vent un peu forcé
16 MERCURE
&arriva le troiſième jour. Le
15. nous cûmes connoiffance
de la Dragonera , vis à vis
Dindrache , à la Côte du Ponant&
proche de Puerto Ponſé
, où l'Armée moüilla & pris
ancrage ; Puerto Ponſé forme
une eſpece de Baye en croifſant
, où la plage bordée de
ſable preſente un débarquement
affez favorable ; mais
comme iln'eſt qu'àdeux lieuës.
de Palma , il eſt couvert de retranchemens
& de batteries ;
le douze fur le rapport qui
fût fait àM. le Chevalier d'As
feld de l'état de ſa Cavalerie
qui
GALANT 17
qui manquoit d'cau , & que
toutes les cengles & apparcils
fabriquez dans les Tattannes
pour touſtenir les chevaux
étoient rompus & brifez , il
mit ſa confiance fur la valeur
des Troupes, &prit la refolution
de faire là ſon debarque
ment; les Chaloupes étoient
déja affemblées & armées
lorſque le Marquis de Gabaret
, ſous les ordres du GeneralRios
, reprefenta vivement
que l'Armée étoit perduë , le
projet détruit,& tous les avantages
qu'on en attendoit , ff
on perfeveroit dans le deſſein
Aoust 1715 .
B
18 MERCURE
de tenter là la defcente ; au
contraire , qu'il étoit certain
qu'à la Coſte deCampos dans
la partie du Levant , le débarquement
ſe feroit par furprife
, & fans perdre un homme
s'il étoit bien conduit , étant
impoſſible aux Ennemis de
border la Colte de leurs Malices
, ni de ſuivre les mouvemonts
rapides des Vaiſſeaux.
Le zele de ce General pour le
ſervice eſt ſi connu , la capacité
& ſon experience fi approuvées
particulierement àla
Mer , où il a fervi 25. ans ſous
les meilleurs Maîtres dans la
GALANT 19
Marine de France, &veu toutes
les occafions , que leChevalier
d'Asfeld ſe laiſſa aller à
ſes remontrances ; la Flotte fit
voile à l'heure même , on mit
la pointe au Levant , & le
lendemain matin l'Amiral
Rios prit fi bien ſon tems ,
que fur les quatre heures le
General d'Asteld détacha le
Comte de Lecheren , Maréchal
de Camp , avec 25.hommes
pour fonder le Pays, iln'y
trouva perfonne dont il donna
auſſicôt avis : M. de Rios fit
le ſignal du débarquement ,
auquel ſe porterent avec rapi-
Bij
20 MERCURE
dité les Marquis de Cany , de
Gabaret&Mary, qui dans une
heure & demie , à la prefence
du General Don Pedro deRios
qui avoit auſſi debarqué , mirent
trois mille hommes àterre
par l'ordre du General de la
Mer ,& par ſes foins la Cavalerie
ſe débarqua la même
nuit des trois coſtez des Calles
où l'on pût entrer avec tous
les Baſtimens. M le Marquis
deCany executa ( comme on
l'a dit le mois paffe ) ce commandement
avec toute la valeur
& la prudence imaginables.
Le 16. on dépêcha le
GALANT. 25
Marquis de Mary pour informer
S. M. C du ſuccés du
debarquement ; cet honneur
appartenoit à M.de Gabaret
par droit d'ancienneté ; mais
Les indiſpoſitions ne luy permettant
pas d'entreprendre
cette courſe , ils'eſt ſervyd'un
congé duRoy d Elpagne pour
aller rétablır ſa ſanté à Alicante
M. le Chevalier d'Asfeld ,
aprés avoir fait débarquer une
partie de ſes Troupes au nombre
de cinq mille hommes
d'Infanterie,&quatre censchevaux,
la tempête qui avoit dif
麻
22 MERCURE
perfé le reste de la Flotte
l'ayant empêché d'en mettre
d'avantage a Ferre , ſe mit
en marche dés le lendemain
à la pointe du jour ; & alla
droit à un Village dans lequel
eflorent fix mille Payfans
aff mblez , & foutenus
par deux cens chevaux du
Marquis de Ruby ; il fit dire à
fes Payfans de le retirer dans
leurs maisons , & de ne pas
attendre l'arrivée de ſesTroupes,
illeur fit entendre qu'on
les avoit trompez juſqu'à
preſent&qu'ils devoient enfin
reconnoiſtre le Roy PhiGALANT.
23
S
لا
lippes V pour leur veritable
Maître qui leur pardonnoit
tout ; mais que s'ils ne profitoient
pas de la clemence &de
l'amniſtie que S. M. C. leurs
accordoit , il n'y auroit point
de quartier pour eux. Ces
repreſentations curent tout
l'efft imaginable , & firent
prendre à cette Milice le parti
de ſe retirer. L'Armée marcha
enfuite fans aucun obitacle
juſqu'à des bois dans lef
quels l'avant garde défit une
nouvelle Troupe de Payſans
qui avoient tiré ſurelle ;& on
amena cent prifonniers àM.
i
24 MERCURE
le Chevalier d'Asfeld qui les
renvoya chacun chez eux ,
aprés leurs avoir bien repre
ſentéletort qu'ils avoient d'avoir
pris les armes contre leur
Roy. Son indulgence donna
lieuau Village de Falonich de
venir ſe loumettre àlay: L'Armée
y campa le 17. & les c
xemples que Male Chevalier
d'Asfeld y donna , en faiſant
caffer la tête à deux foldats qui
avoient contrevenu au ban en
allant en maraude, raffeurerent
tellement ce pays , que les
Habitans offrirent de prendre
les armes pour luy ; ce qu'il
n'accepta
T
GALANT. 25
n'accepta point ; il leur ordonna
ſeulement de demeurer
tranquilles chez eux , & ilenvoyade
Falonich dans tous les
BBoouurrggss, Villes ,& Villages de
l'Ifle des bans imprimez qui
produifirent un ſi bon effet ,
joint à la difcipline avec laquelle
il fit vivre ſes troupes ,
que dés le lendemain les peuples
vinrent de tous coſtez
ſe mettre à l'obéifſſance. La
bonté avec laquelle il les re
çût acheva entierement de les
gagner , & pour profiter de
Cetheureux commencement ,
il envoya dans Alcudia des
Aoust 1715. C
26 MERCURE
gens affidez qui répandirent le
bruit des bons traitemens
qu'ils avoient receus de luy.
L'Armée ne pouvant pas s'y
rendre àcauſe que la marche
étoit trop grande , il s'avança
avec un detachement de dix
Compagnies de Grenadiers ;
&deux centchevaux , & arriva
le 19. à 8. heures du matin
devant cette Place , où il fut
receu à grands coups de canons
; cependant ſur les avis
qu'il eût que les habitans de
ladite Ville , eſtoient portez
à ſe rendre , il fit ſommer la
Garniſonqui fit quelque diffi
GALANT. 27
culté ; mais voyant que les
habitans ne vouloient point
foutenir un Siege ,& ne trouvoient
pas en elle affez de reffource
, elle ſe rendit lemême
jour à diſcretion , elle étoit
compoſée de quatre cens
hommes d'Infanterie. On a
trouvé dans la place 52. pieces
de canon. Cette Ville a
marqué ſa joye par beaucoup
d'acclamations à l'entrée
des troupes ; une grande
partie de l'Ifle fut auffi-toft
prêter l'obéiſſance , & fc
foumettre à la clemence du
Roy , en vertu de l'amniſtic
Cij
28 MERCURE
que M. le Chevalier d'Asfeld
yavoit fait publier.
Trois jours aprés le départ
de M. de Mary , M. le Chevalier
d'Asfeld dépêcha M. de
Saint Pê , pour aller rendre
compte à la Cour de la priſe
d'Alcudia,qui avoit bien voulu
épargner aux troupes du Roi la
peine d'en faire le Siege;ce fut
unbonheur infini ; car la place
eſtoit des meilleures& auroit ,
fur le temoignage des Officiers
occupé l'Armée pendant plus
de fix ſemaines ; elle a depuis
ſervi de Port fort commode
pour débarquer toutes les pro--
(
GALANT. 29
vifions & les troupes dont la
Flotte étoit compoſée , qui
avoient eſté diſperſées par
deuxgrands orages qui étoient
furvenus avant la deſcente ; &
on avoit eſté fix jours fans
avoir pû apprendre ce qu'étoient
devenus ceux qui n'avoient
pas été du premier dé.
barquement ; enfin le 22. &le
23. le reſte des Vaiſſeaux de la
Flotte arriva dans la Baye d'Alcudia
dont ils virent la réduction
avec beaucoup de joye ;
car ils avoientde leur coſté la
mêmeinquiétude, ne ſçachant
pas ce qu'étoient devenus les
Ciij
30 MERCURE
Navires que le mauvais
temps avoit écarté ; enfin
aprés la priſe d'Alcudia , il ne
reſtoit plus que la Ville de Palmaà
foumettre ; & M. le Marquis
de Ruby qui en étoit le
Commandant , & qui avoit à
ſes ordres deux mille,Volon
taires , ſept à huit cent hommes
de troupes Allemandes ,
& environ quatre cent chevaux
, fit toutes les ceremonies
d'un homme qui veut fe
deffendre ; on travailla auflitôt
aux arrangemens neceſſaires
pour en faire l'attaque ,s'il
en étoit beſoin .
GALANT. 31
Dés que les Ennemis virent
les Troupes de M. d'Asfeld à
une lieuë & demie de Palma ,
travailler à des Poſtes & les
fortifier àmeſure qu'elles arrivoient,
ils parurent avoir grande
peur , &Milord Forbus en
fortit avec un Colonel Allemand
pour aller parlementer
avec M. le Chevalier d'Asfeld,
dont l'Armée étoit compoféc
de 100. pieces deCanon.
12. Mortiers.
:
sooo . Bombes .
44.Bataillons.
3. Regiments deCavalerie.
3. Regimens de Dragons
démontez. Cij
32 MERCURE
Pour cinq mois de munitions
& tous les Officiers
payez.
M. le Chevalier d'Asfeld
avoit ſous luy M. le Marquis
de Caylus , Lieutenant General
, homme d'une grande valeur
& d'un vrai merite , M. le
Comte de Lecheren , M. le
Marquis de Guerchois , & M.
Ribadeo , Eſpagnol, tous trois
Maréchaux de Camp.
Le Marquis de Ruby voyant
cette Arméedevant Palma,envoya
auſſitoſt un Trompette
à M. le Chevalier d'Asfeld
pour luy témoigner l'étonne
GALANT. 33
ment où il étoit de ſe voir faire
laguerre , veu qu'on étoit
ennegotiation dePaix LeChevalier
d'Asfeld luy envoya dire
qu'il venoit luy en apprendre
la rupture , & qu'il falloit ſe
foumettre dans vingt- quatre
heures. Le Marquis de Ruby
luy fit répondre fur le champ
qu'il ne demandoit qu'uneSufpenſiond'Armesde
fix ſemaines
, pour avoir réponſe des
deuxCourriers qu'il alloit dépêcher
, l'un à Vienne à l'Empereur,&
l'autre au RoyGeorges
enAngleterre , pour enre
cevoir les ordres . Le Cheva-
-
34 MERCURE
lier d'Asfeld luy répondit qu'il
feroit ce qu'il voudroit ; mais
qu'il falloit abſolument qu'il
ſe rendit dans vingt- quatre
heures. 59
Sur ces preffantes réponſes
JeClergé , la Noblefle , & les
Magistrats obligerent le Marquis
de Ruby à prendre ſon
parti ,& luy dirent qu'il pour.
roit ſe retirer où bon luy fembleroit
; mais que pour eux ils
étoient refolus de ſe ſoumertre
au Roy leur Maître , enforte
que la choſe fut reglée
ainſi. Dans l'inſtant les Depu
tez l'étant venu témoigner au
GALANT . 35
Chevalier d'Asfeld , il confentit
que lo Marquis de Ruby ſe
retirât en Sardaigne ,& luy fit
donner des Bâtiments pour
embarquer ſes Troupes qui
avoient des Patentes de l'Empereur
, & quelques Officiers
Anglois qu'on cût retenu Prifonniers
de guerre fans leurs
Patentes. Le Chevalier d'Asfeld
entra enfuite dans la Place
aux acclamations du peuple
qui crioit , Vive Philippes V.
&vive la Reine.
Voici la copie de la Capitulation
de Maillorque.
36 MERCURE
ARTICLES
pour l'évacuation des Ifles de
Mayorque d'Ivice , conveinus
entre lesCommandants des
Troupes des deux Puissances.
I.
On accorde une amniſtie &
pardon general à toutes fortes
deperſonnes de quelque grade
& condition qu'elles fotent
-fans qu'on puifle d'aucune
maniere les inquieter pour
tout ce qui s'eſt paffé juſqu'à
aujourd'huy.
Accordé ,àla referve de ce
GALANT. 37
qui peut regarder les priſes ſurla
Nation Françoise depuis leTraité
d'Utrecht.
I I.
Quele General Marquisde
Ruby fortira à la tête des
Troupes tant deCavalerie que
d'Infanterie, Armes , Bagages,
Drapeaux déployez & Tambours
battants , avec tous les
honneurs Militaires, pour être
tranſportées en Sardaigne ou
àNaples.
Accordé , pour être tranſporté
au Port deCaller en Sardaigne.
On nous donnera la per
38 MERCURE
miſſion d'emporter lept Canons
de bronze avec leurs affuts
, & vingt coups à tirer par
piece,leſquels lesTroupes Allemandes
ont emmenez avec
cux deNaples.
Accordé.
IV.
Il nous ſera donné par l'Ennemy
les Bâtimens neceſſaires
pour tranſporter les Troupes,
Canons &Bagages en ſeureté
dans le Port de Caller & fi
par quelque contretemps de
Mer quelque Bâtiment ſeſeparoit
du Convoy , il ſera obligé
de ſe rendre audit PortdeCal
GALANT. 39
ler fans qu'il nous en coute
rien.
nons
On donnera les Bâtimens neceffaires
pour les Troupes ,lesCales
Bagages des Officiers
; n'ayant point de Barques
pourtransporter les Chevaux ,ils
en pourront lower pour leur argent
ou vendre leurs Chevaux.
V.
Que les Soldats& Officiers
dans le terme de 8. jours ayent
la permiſſion de vendre leurs
Equipages & Chevaux auffibien
que ceux des Troupes .
Accordé , à condition qu'on
rendra les Chevaux qui ont été
40 MERCURE
pris aux Particuliers de la Ville
de l'Isle.
VI .
Que tous les Eſpagnols refugiez
dans cette le puiffent
retourner librement chez eux,
ou aller où bon leur ſemblera,
auquel effet on leur donnera
des Paffe ports.
Accordé, excepté à ceux qui
font exilez, auſquels on donnera
des Paffe- ports pourſeretirer des
Domaines du Roy avec toute leur
famille.
VII.
Que toutes les impofitions
faites fur les revenus Royaux
en
GALANT. 41
en vertu des ordres accordez
avant le Traité d'Utrecht ,
foient valables & rectifiez .
Tous les impôts faits avec
permiffion devant le Traité d'Utrechtferont
paffez.
Que les Officiers & Soldats
de laGarniſon d'Alcudia viennent
s'incorporer avec nos
Troupes pour s'embarquer.
Les Officiers pourront s'embarquer
avec les Troupes de Palma.
IX.
Que les Miniftres Royaux
tant de l'Audience que desRevenus
du Royjayent la liberté
Aoust 1715 . D
4
42 MERCURE
'de s'en aller ou de retter , &
de diſpoſer & vendre à leur
gré leurs biens dans le tems
d'un mois.
Accordé.
Χ.
Pour ce qui regarde les
dettes particulieres qu'on
pourroit avoir contractées, on
verra à quoy elles montent,&
on les payera ſi l'on peut ,
avant de fortir , finon on donnera
caution valable pour
payer dans le terme de quatre
mois , ou l'on laiſſera quelques
Officiers en oftage.
Accordé , comme il est requis.
GALANT. 43
X I.
Aprés qu'on ſera convenu
&que la Capitulation ſera ſignée
& les oſtages donnez de
part & d'autre pour la ſeureté
, les oſtages qui nousferont
donnez feront mis ſur un des
deux Vaiſſeaux Anglois qui
font dans la Baye , comme un
lieu neutre ; on remettra un
des deux Châteaux , & une
porte de la Ville , & au bout
de huit jours on remettra la
Ville , pendant lequel tems aucunOfficier
ni Soldat n'entrera
dans la Ville fans la permiffion
de fon General .
Dij
44 MERCURE
Aprés qu'onfera convenu,&
la Capitulation fignée , on nous
remettra fur le champ le Fort
S. Charles er uneporte de laVille
; au bout de huit jours à
compter de cejourd'huy , la Ville
nous fera remife , bien entendu
que dans ce tems on aura donné
les Bastimens de tranſport ; les
oftagesferont rendus de part
d'autre.
XII.
Qu'auſſi - toft la Capitulation
convenue& fignée , on
enverra ordre au Gouverneur
d'Ivice pour qu'il forte avec
toute ſa Garniſon pour venir
i
GALANT. 45
s'incorporer avec celle de Palma
& s'embarquer.
On demande la même chose
pour l'Ifle de Cabrera ; quantaux
dettes de la Garnison d'Ivice on
obſervera la même chose qu'on eft
convenu pour celle dePalma,
XIII.
On accordera aux habitans
de l'Ile d Ivice les mêmes choſes
qu'on accorde à celle de
Mayorque.
Accordé , comme à ceux de
Mayorque.
XIV.
Les Soldats & Officiers qui
reſteront malades ou bleffez
)
46 MERCURE
dans l'ifle feront traitez fuivantle
ſtile de la Guerre ;& on
leur accordera des Paffe- ports
quand il feront en état de
marcher.
Accordé.
XV.
Les prifonniers faits de
part& d'autre feront rendus
de bonne foy , d'abord que la
Capitulation ſera ſignée.
Accordé.
XVI.
Pour éviter toute forte
d'ambiguité à l'occaſion des
priſes faites ſur les François
depuis le Traité d'Utrecht ,
GALANT. 47
on declarera qu'on ne doit pas
comprendre pour priſes faites
aux François, celles qui auront
eſté faites des Bâtiments François
chargez des effets de l'ennemi
, la police de leur chargements
l'ayant approuvé , le
Nolis ayant eſté payé aux Patrons
François.
Acordé , pourveu qu'on le
prouve au moyen des Polices.
XVII.
Tous les articles accordez
en faveur de cette Ville , au
Royaume , aufli bien qu'à
l'Evêque au Chapitre & à
l'Inquifition feront joints à
,
48 MERCURE
ceux-cy afin qu'ils toient fr
gnez de part& d'autre.
Accordé.
XVIII.
Tout ce qui est convenu
dans les articles cy deſſus ſera
executé de bonne foy , fans
qu'on y puiffe donner aucune
autre interpretation que celle
que le fens litteral dénore.
Signé, Le Marquis de Ruby,
des
APalmale 2 Fuillet 1715.
On enverra dés demain matin
Commiſſaires d' Artillerie
des Vivres à Palma , afin qu'ils
faffent la viſite des Mgafins ,
Gu'on leur donne un état des
uns
GALANT. 49
1
uns & des autres , afin que la
Garnison puiffe emporter ce qui
luy eft accordé.
Signé, Le Chevalier d'Asfeld.
De Londres ce 1. Août 1715 .
Hier leRoy vintà la Chambre
des Pairs , & aprés avoir
donné à tous ceux qui y étoient
preſents ſon confentement Royal
pour prévenir les Aſſemblées tumultueuses
, S. M.fit au Parlement
laHarangueſuivante.
८
Aoust 1715. E
i
So MERCURE
MILORDS ET MESSIEURS ,
Le zele que vous avez toujours
temoignépour conferver la
Paix de mes Royaumes , &vôtre
ſageſſe enfaisant une auffi
bonne Loy que celle que vous
avezfaite pour prévenir toutes
fortes de tumultes , me donnent
une grande fatisfaction ; mais je
ſuis fâché qu'un esprit de rebellion
ſe découvre juſques- là qu'il
n'yapas lieu de douter que ces
defordres nefoient encouragezpar
des perſonnes mal- affectionnées à
mon Gouvernement , dans l'at-
>
GALANT. SI
1
tente d'estre foutenus parunfecours
étranger.
La confideration de noftre excellente
Constitution ,er lafeureté
de nostreReligion ont efté ,&
feronttoujours mon principalſoin;
&je ne puis douter que vous
n'ayez affez à coeur ce bien ineftimable
, pour ne me pas laiſſer
exposé aux attentats que lePrétendant
me prepare , commej'en ai
des avis certains.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE
DES COMMUNES.
Dans ces circonstances je trou
E ij
52 MERCURE
ve à propos de demander voftre
aſſiſtance ,&je ne doute point
que vous ne pourvoyiezà voſtre
Seureté, en ne laiſſant pas laNation
hors d'état de se deffendre
contre une rebellion actuellement
commencée audedans , &une invafion
dont on la menace audehors.
Je regarderay les précautions
que vous prendrez pour la feureté
de mon peuple , comme la
meilleure marque de vostre affection
pour moy.
-On dit quela Cour receut
hier au matin un Exprés de
France qui luy donna avis que
tout ſe preparoit pour faire
GALANT 53
F
une deſcente en ce Pays-cy ,
en faveur du Pretendant ; &
pour ſoutenir ſes amis prêts à
ſe ſoulever contre le Gouvernement
preſent ; que pour
cet effet l'Eſcadre qui a ſervi
pour la reddition de Maillor.
que , eſtoit arrivée au Havre
de Grace pour eſcorter les
Vaiſſeaux fur leſquels ſcroient
les troupes deſtinées à l'affif
ter & que ce fût fur ces avis
que S. M. fit fa Harangue au
Parlement.
Les Communes ne furent
pas ſi toſt rentrées dans la
Chambre qu'elles refolurent
E iij
54 MERCURE
d'une commune voix qu'on
preſenteroit une Adreſſe au
Roy , pour le remercier d'avoir
communiqué au Parlement
l'avis qu'il avoit receu
d'une entrepriſe qu'on preparoit
au dehors contre la Nation
, & qui estoit au dedans
fomentée & favorisée par
de noires pratiques en faveur
du Pretendant , elles refolurent
en même temps d'aſſeurer
S. M. que la Chambre la
ſupporteroit de les vies
biens , contre tous ſes ennemis
publics , & fecrets ; & de la
prier de donner inceſſamment
, &
GALANT. 55
لو
des ordres pour équiper un
nombre de Vaiſſeaux ſuffiſans
pour garder efficacement les
Coſtes ;& de lever , & maintenir
tel nombrede forces par
Mer , & par Terre , qu'il ſeroit
neceſſaire pour la deffenſe
de ſa ſacrée Perſonne , & pour
la ſeuretéde ſes Royaumes. Il
fut enfin decidé unanimement
que ladite réſolution
A feroit preſentée par la Chambreà
S. M. en Corps , & qu'on
prendroit immediatement
toutes les voyes les plus promptes
pour luy fournir des ſub .
fides fuffifans.
E iiij
56 MERCURE
Milord Maire , & les Aldhermans
allerent enſuite offrir
au Roy de la part de laVilleun
million de livres ſterlin pour
s'oppoſer aux entrepriſes du
Pretendant.
On a ſouvent des avis icy
des frequents deſordres qui
arrivent en pluſieurs endroits ,
&ſur tout à Bromwitch dans
leComté de Strafford , où la
populace
populace a démoly pluſieurs
Eglifes non conformistes ,
avec des cris ſcandaleux , &
injurieux , & où il y a cû pluſieurs
rebels tuez & bleffez ,
& un grand nombre de Prifonniers
.
GALANT. 57
1-
Le Roy Georges a fait depuis
peu une petite Harangue
de remerciement , de ce qu'on
luy avoit accordé la levée de
4000. hommes d'Infanterie ,
&de 3000. Dragons. On fait
venir 12000. hommes d'Irlande,
& 7. ou 8000. d'Ecoffe ,
avec les 8000. qui font en
Angleterre ; on eſpere que
dans un mois il pourra y avoir
26. ou 27000. hommes , &
quarante Vaiſſeaux deGuerre.
Il paroiſt que l'on craignoit
à la Cour que le Duc d'Ormond
ne ſe mit à la tête de
quelques troupes,&l'on affûre
A
58 MERCURE
que M. Stanhope à preſent
Secretaire d'Etat , luy avoit
dit que le Roy luy avoit ordonné
de l'avertir qu'on l'enleveroit
à Richemont où il
eſtoit , que le Duc d'Ormond
avoit répondu qu'il feroit fa
réponſe dans trois jours , &
qu'il diſparut le troiſieme ,
s'étant retiré par la Thamiſe
dans un petit Bâtiment avec
deux ou trois hommes ſeulement
: on dit qu'il foupa le
huit de ce mois chez M. le
Marquis de Torcy avec le
Vicomte de Bullinbrock , ils
logent auprés des Incurables.
GALANT. رو
Le Duc a demeuré quelques
jours chez un Baigneur dans
laruë de Richelieu.
Onnedoute point que les
Angloisqui font du parti du
Pretendant , ne ſoïent affligez
de perdre l'efperance qu'ils
avoient de le voir mettre à la
tête d'une Armée en ſafaveur.
On écrit de Hambourg
que l'Amiral Lillié avec un
détachement derobé de fa
Flotte , avoit entierement
défait la Flottedes Danois qui
faifoit fa defcente dans l'Ile
de Rugen, chargée de muni60
MERCURE
tions de guerre ,&de bouche,
de Soldats , de Pionniers , de
Canoniers , de Bombardiers ,
& de toute l'Artillerie qui a
eſté priſe , enſorte qu'on ne
croit pas que les Danois
foïent en état pendant cette
Campagne de ſe rendre Maîtres
de l'Ile de Rugen. Douze
Fregates , quatre batteaux
plats , ſoixante gros canons
quarante Vaiſſeaux de tranf.
port ,&cinq mille prifonniers
environ avec l'Amiral Oceftede,
ſont les fruits de cette victoire.
La Flotte Suedoiſe donne
à preſent la chaſſe à celle
,
GALANT . 6
des Danois qui luy eſt inferieure
en nombre de Vaifſeaux.
J'ay plus de matiere qu'il
n'en faut pour vous entretenir
amplement du reſte des Nouvelles
du monde , mais nous
en reprendrons la ſuite en
temps& lieu. Je les continuërois
même à preſent ſi je
croyois que cette lecture vous
fic plus de plaiſir que la petite
diverſion que je vais vous faire
faire Vous enſerez quitteMonſieur
, pour quelques momens
d'attention que j'exige de vous
62 MERCURE
pour un galant homme qui a
cû la bonté de m'envoyer
l'Histoire que vous allez lire.
Voicy ſes propres termes.
HISTOIRE.
J'ay lû depuis peu , Monſieur
, dans un de vos Mercu.
res de l'année paſſée, l'Histoire
d'un homme, qui pour avoir
de l'argent, voulut à corps&à
cry eſtre pere ; c'eſtoit le triomphe
de l'intereſt. Ce mois- cy ,
trouvez bon que je vous conte
l'avanture d'un homme qui
vient d'eſtre pere malgré luy.
GALANT. 63
Le même motif a fait rendre
les deux Atreſts : la forme a
emportéle fond: c'eſt le triomphede
la Juſtice.
Je vous garentis la verité de
l'évenement ; la bienféance
veut que je déguiſe le temps ,
la ſcene & les Acteurs , aprés
cela ne m'en demandez pas
davantage.
A Vic au Comté d'Armagnac
, vivoit , il y a quelques
années , le ſieur de l'Elpinac ,
du temps des Romains , on
l'eût crû deſcendu en droite
ligne d'Harpocrate , tant ce
perſonnage eſtoit filentieux ,
64 MERCURE
vivant paiſiblement de ſon
commerce& de ſon induſtrie ;
il avoit élevé dans la crainte du
Seigneur quatre enfans , dont
deux avoient pris le parti de la
retraite . Le troiſieme eſtoit
homme timide , & de la Religion
des Bramins , un poulet
égorgé luy faifoit horreur , il
ſebannit de ſon Pays , & furvêcut
peu à ſon exil volontaire;
la fille qui reſtoit dans le
monde , eſtoit toute aimable ,
d'une taille petite , mais bien
priſe , elle eſtoit vive , impetueuſe
dans ſes manieres &
dans ſes paſſions ; elle avoit une
phyfionomic
GALANT. 65
On
م
phyſionomie ouverte , beaucoup
de blancheur dans le
tein, affez de regularité dans
les traits , l'eſprit fort amuſant
& le coeur porté àla tendreſſe.
# Parmi ſes Adorateurs , il s'en
trouva un qu'on nommoit le
* Chevalier de la Roque Taillade
, il eſtoit beau , brun , &
bien fait , il avoit peu de fortune
& beaucoup d'eſprit , il
eſtoit ſage , modeſte , poli , en
un mot il n'avoit rien de Gafcon
que l'accent ; au reſte avec
- les Dames c'eſtoit un Cavalier
qui avoit les meilleures qualitez
pour leur plaire ; il n'eûr
Aouft 1715 .
D
F
66 MERCURE
pas jetté les yeux fur Mademoiſelle
de l'Eſpinac, que les
vûës de ſon amour ſympatiſerent
avec celles de ſon établıfſement
: tout concouroit à
l'engager à redoubler ſes ſoins;
auſſi mit- il tout en oeuvre ; enfin
il ſçût s'infinuer ſi efficacement
dans les bonnes graces
de cette belle fille , qu'elle s'ap.
perçût bien-toſtqu'elle ſe ſou
viendroit longtemps de la
violence de ſes empreſſemens :
elle cacha fon accident autant
qu'elle pût , on mit même tout
en uſage pour faire conſentir
le pere au mariage de ces deux
GALANT. 67
:
:
amans ; mais il fut inexorable ,
* il fir pis , il conclut le mariage
de ſa fille avec un certain Mr
de Lourd genie , petit homme
d'un merite des plus minces ,
& qui n'avoit de gros que les
yeux & le bien ; aprés bien des
pleurs inutilement répandus ,
on les unit , l'Epoux n'y fut
pas plus ſçavant que le Roy de
Garbes ; cependant au bout de
quelque temps la mariée fit
des mines comme file mariage
cût operé , ſon cher époux s'en
ſçût le meilleur gré du monde,
&il accabla de ſoins , de carreffes
, & d'attention fadigne
Fij
68 MERCURE
moitié. Un four une colique
violente la ſaiſit :dans l'état où
elle ſe trouvoit , tout eſtoit à
craindre pour elle; mais une
fage & bien faiſante accoucheuſe
,gagnée depuis quelque
temps , avoit répondu à ſes
riſques & perils , du ſuccés de
ce grand évenement : on fut
la chercher dans ce beſoin extrême
; d'abord qu'elle fut
dans la maiſon , elle détacha
le laquais pour aller querir le
Medecin à Auch , & fentant
que le moment fatal appro---
choit , elle envoya Mr de
Lourd genie chez un ApoticaiGALANT.
69
re, enſeveli heureuſement alors
dans un profond fommeil.
| Mr de Lourd genie promit de
l'amener , & même d'attendre
que les remedes fuſſent prépa
rez. La ſervante qui estoit du
complot s'occupoit à bon
compte à la beſogne la plus
preſſée. Pendant l'absence du
mary , le mal redoubla , l'enfant
vint , la Sage-femme l'efcamora
, & courut le porter
- chez une confidente difcrete.
- Le mary de retour en ſa maiſon,
trouve ſa femme fort abbatuë
, de la faufle couche
qu'elle venoit de faire , au de70
MERCURE
3
ſeſpoir d'une ſi cruelle avanture
, il s'arrache les cheveux ,
il pleure , il ſe lamente , cependant
il conſole ſa femme
de ſon mieux , & luy fait efperer
qu'avec le temps il reparera
ce malheur.
L'enfant avoit eſté baptisé
fous fon nom , & fous celuy
de ſon épouſe ; on l'avoit mis
en nourrice à un quart de lieuë
de la Ville. Le lieu où il étoit
fervoit de promenade aux
Bourgeois d'Auch qui s'y rendoient
les jours de Feſtes. La
femme y menoit ſon mary
de temps en temps , & y carGALANT.
71
reſſoit le fils de l'Amour avec
ceux du Payſan.
Un jour pendant la vendange
, Mr de Lourd genie ſe mit
àboire avec un de ſes amis , le
vin les échauffa ,il dit quelques
duretez à fon camarade , qui
pour ripoter , le traita deC ....
&luy reprocha qu'on luy élevoit
un heritier qu'il ne connoufoit
pas , il luy conta de
point en point cette Hiſtoire
- comique pour le Public , &
: tragique pour luy; il eûr beau
démentir cet yvrogne qui parloit
juſte , les coups de poings
volerent, &la verité s'éclaircit.
72 MERCURE
:
Lourd genie pleinement au
fait , forma fa plainte , & fit
informer contre ſa femme en
fuppofition de part ; il obtint
monitoire, appelle commed'abus
au Parlementde Bordeauxr
par Arreft , il eſt dit qu'il n'y a
abus ; on continue l'inftruction
du Procés ; enfin par un
ſecondArreft , Lourd genie eſt
declaré pere malgré luy ; on
luy adjuge l'enfant contre la
verité & contre la notorieté
publique. Le bon ordre le
demande ainfi , il ſeroit d'une
trop perilleuſe conſequence
d'entrer dans ces fortes de difcuſſions;
GALANT. 73
e
:
(
:
n'eût
cuſſions , les loix veulent que
ce qui croît dans nôtre fond
nous appartienne; bien plus
lemêmeArreſt interdit àM.de
Lourdgenie l'alienation de ſes
biens , & même la liberté de
pouvoir les hypotequer; fans
cette lage précaution , il
pasmanquéde les rendre quelques
années aprés. Il meurt ne
pouvant digerer une paternité
forcée , je m'étonne qu'il n'ait
pas pris patience comme bien
d'autres; lafemme de ſon côté
à l'article de la mort , vient de
declarer publiquement la verité
à ſonCuré , ce bon Prê
Aoust 1715 .
G
74 MERCURE
tre plus ſtilé aux rubriques de
ſon Breviaire , qu'inſtruit dans
les maximes du Palais, en dreſſe
un procés verbal qu'il fait figner
à la mourante. Le fils
s'en moque , & fecücille une
fucceſſion opulente.
ॐ
Mais ayez la bonté de me
dire, s'il vous plaiſt , Monfieur,
pourquoy vous ne me faites
jamais part ny vous ny perfonne
d'aucune de ces avantures
galantes dont le monde eſt
rempli ; Et que vous conteriez
vous & les autres , cent fois
plus agréablement que moy.
GALANT. 75
د
Penſez vous que l'infinie diverſité
de tous les événemens
imaginables ſe preſente aifément
chaque mois à la tête
d'un ſeul homme. Il y a prés
d'un an & demi qu'on me
laiffe conter tout ſeul , eſt il
juſte que je fois pour ainfidire
de la forte , & malgré
moy , l'ame de mon petit
volume; fi cela eſt à la bonne
heure , je ne reculeray jamais,
au contraire je babilleray jufqu'à
extinction de voix , mais
entre nous cela nedoit pas être,
& je foutiens que le Mercure
Galant doit eſtre incompara-
:
さ。
Gij
76 MERCURE
blement plus rempli de vos
ouvrages que des miens. Animez
vous donc , s'il vous plaît ,
d'une ardeur nouvelle , & tra
vaillez quelquefois pour moy
puiſque je travaille tous les
jours pour vous. Je ne vous
marquerois pas comme je fais
la diſette où je ſuis de ces aimables
hiſtoriettes qui font le
plaifir &l'amusement des Dames
, fi l'hiſtoire des galanteries
del'Ambaſladeur dePerſe
& de celles de ſes principaux
Officiers que je vais vous donner
inceſſamment , comme je
vous l'ay déja promis , n'avoir,
GALANT . 77
pas derobé au Mercure de ce
mois , la plus grande & la
meilleure partie desévenemens
galants dont il vous regaleroit,
s'il n'y alloit pas de ſon insereſt
de vous renvoyer à cette
hiſtoirequifera le ſecond tome
duJournal de cetAmbaſſadeur.
Vous trouverez au plus tard
enmême tems que le Mercure
de Septembre , ce ſecond
Jume chez les ſieurs Jollet &
Lamele mes Imprimeurs , au
LivreRoyal , au bout du Pont
faint Micheldu côté du Marché
neuf. Le premier vous attend
chez eux , vous pouvez le
VOGiij
78 MERCURE
lire à bon compte , je vous
invite même à l'acheter ; ce
ſera autant de gagné pour
vous & pour moy Je vais en
attendant faire le bel eſprit aux
dépens de qui il appartiendra,
& le tout par honneur. En voicy
la raiſon ,on m'avoit promis
le mois paffé de me donner
un extrait d'un livre nouveau
ſur la querelle des Anciens
& des Modernes dont le
procés vient d'être jugé par
le grand Dominique deffenſeur
d'Homere ſur le Theatre
de la Foire faint Laurent , on
m'avoit, dis -je , promis un exGALANT.
79
1
trait de ce livre ; mais on ne
me l'a pas envoyé , & delà je
conclus que je ſuis obligé de
le faire. D'ailleurs Dominique
ce celebre oracleArlequinique
ne m'aura pas en vain ouvert
un champ que je n'oferois
courir. Vous l'avez ſans doute
entendu,Monfieur,prononcer
melodieuſement ces magnifiques
vers.
Oüy tu me fais un defi
C'a tentons- en l'avanture ,
Et bien dans un mois d'icy
turelure
Je t'attends dans le Mercure
Robin turelure.
1
:
Giiij
80 MERCURE
Puiſqu'ainſi eſt , je procede
ſur ſa parole ,& je vous dis
que les Grecs de ce païs ont
produit depuis peu une piece
nouvelle , ſous le titre d'Apologie
d'Homere ou Bouclierd'Achille
, pour ſervir de deffenſe
contre la fameuſe Preface de
M. de la Morte. Malgré les
occupations ſerieuſes & importantes
à quoy m'engage la
qualité deMercure uniquedans
cet état ; j'ai bien voulu en faveur
du public m'y ſouſtraire ,
afin d'examiner & pefer par
moy même la validité des autorités
dont nos Antiquaires
GALANT. 81
farciſſent ſans ſcrupule leurs
dits & contredits. Le croirezvous,
Monfieur, j'ay cûla genereuſe
patience de les feüilleter
opiniâtrement depuis le
nom de l'Imprimeur juſques
àla fin du Privilege.J'avoueray
cependant, pour laconſolation
du nouvel Apologiſtique , que
pendant la lecture que j'en ai
faite , moyennant l'eau de la
Reine de Hongrie , j'en ai été
quitte pour quelques vapeurs,
au lieu que durant celle des C.
de la C. du G. on cût recours
aux gouttes d'Angleterre pour
me faire revenird'une eſpecs
82 MERCURE
d'apoplexie cauſée par pluſieurs
coups d'ennui dont j'avois
preſque été frappé à mort;
graces à la bonté de mon temperament
je repris mes eſprits
&je fis ferment pour lors d'être
plus prudent à l'avenir.
Auſſi toutes les fois qu'il s'agit
de mets à la grecque , je
prendla ſage précaution d'en
faire faire l'eſſai par un autre
, & je m'en trouve bien
Nam timeo danaos : tâchons
preſentement de raffûrer les
trembleurs du party Moderne
contre les attaques de ce
nouvel Athlete ; s'ils ne font
د
GALANT 83
pascontents de moy, je les renvoïe
ſans façon aux traités de
Meſſieurs de la Motte & Terraſſon.
Le premier ſemblable
à Apollon qui à coups de
traits legers & preſque imperceptibles
, perce la tête , les
flans & la queüe du ſerpent
Pithon; & le ſecond comparable
à Hercule , qui à grands
coups de maſſuë redoublés ,
coupe , tranche, abat les têtes
renaiſſantes de l'hydre.Au fair,
L'Auteur de ce nouveau livre
s'eſt ſervy de la methode
de Madame D .... pour la
deffenſe d'Homere, c'eſt àdire
84 MERCURE
qu'ils ſuivent ſervilement l'un
&l'autre laPreface critiquequi
eſt à la tête de l'Iliade de M.
de la M. c'eſt elle qui les gui
de &les conduit dans leur tra
vail en voyant l'extrait qu'ils
en ont faits & les glofes étenduës
& abſtraites qui l'ac
compagnent , il eſt aifé deju
ger que les vaſtesCommentai
res font fort de leur goût ; il
faut cependant convenir que ce
nouveauProtecteur de la vieil
le Iliade doit moins fatiguer
fon lecteur que l'Avocat F.
s'il ne rejoüit pas , il a la pu
deur au moins de ne point
GALANT. 85
femer ſon Ouvrage d'injure
à la Beoriene. Il a de plus le
le merite d'être moins long ,
&dereconnoîtredebonne foy
des défauts dans l'ancien Poëme
, il ne fait toutefois cer
avcu , qu'apres s'eſtre munide
l'autorité de Quintilien & de
Denis d'Halicarnaffe. Après
quoy ilmet en avant les reflexions
ſuivantes.
*Qu'importe aprés tout qu'Homere
ait des défauts , fi on le lit
avec plaisir, ſi on neſe laſſe jamais
de le relire ; ilfaut qu'ilfoit
d'ailleurs un grand enchanteur,
ſiavec tout ces défauts vrais ou
4.
86 MERCURE
pretendus il ne laiſſe pas deplaire
& de sefaire admirer. Le plus
grand le plus merveilleux effet
des beautés d'Homere , pour
ceuxqui les voient , c'est qu'elles
couvrent tellement ſes défauts
qu'on ne les voit plus , ou qu'on
neles veut plus voir.
Il eſtbon de remarquer que
cette obſervation s'adreſſe uniquement
à la pluſpart de ceux
qui liſent ce Poëte dans ſa
langue originale , car pour les
perſonnes ſenſéesqui ont efſayé
de le lire dans la nouvelle
traduction de M. de la M.
ellesneconviennent nullement
小
4
GALANT. 87
de ce merveilleux pretendu ;
elles ſentent au contraire que
les défauts en couvrent tellement
les mediocres beautés,
qu'on ne peut plus les y appercevoir
tant elles y font
noyées ; d'où partent doncdes
jugemens ſi oppofés , ſinon
d'une admiration outrée de la
part des uns , & d'une raiſon
épurée de tout prejugé de la
partdes autres.
*Homere , continuë le nouvel
Apologiſte ,a cela de particulier
quela pluſpart de ceuxqui
l'aimentſontplutôt des amanspafſionnés
que deſages amis , ils
P. 14.
88 MERCURE
l'aiment avec une efpece de fureur,
ils ferment les yeuxfurfes
deffauts , ne veulent voirque
Ses beautés ; c'est le zele même de
ſes amis trop ardentsqui luifufcite
des ennemis , qui revoltent
les critiques, &qui échauffe tellement
leur bile que comme les
uns ne voyent que les beautés
les autres ne voyent que lesdéfauts.
Cette declaration d'amour
ne vaut telle pas bien celle- cy
Homere mes amours
Je t'aimerai toûjours.
L'Iliade à leur égard eſt une
enchantereffe , une Circé qui
femble
4
GALANT. 89
femble les avoir privé de toute
lumiere d'eſprit , les fotiſes les
pluspuerilesleur paroiſſent autant
de merveilles de l'art .
S'agit- il de reconnoiſtre
quelque tache dans ce Poëme,
on abeau la leur montrer avec
le flambeaude la raiſon, ils fermentlesyeux
de toureleur puif.
fance,de crainte d'être éclairez;
ils aimerent mieux vieillir dans
cette eſpece de Paganiſme que
de ſouffrir qu'on lesdetrompât
de leur aveugle prevention.
EnvainM.dela Maura demontré
que ce qu'il doit y avoir de
de plus clair dans un ouvrage
Aoust 1715 . H
१० MERCURE
ce doit être le deſſein , de forte
qu'un eſprit même mediocre
ne puiſſes'y méprendre,envain
citera t'il en preuve contre Homere
que les Auteurs ont été
partagés ſur ſon deſſein d'Homere
, M. B M. D.& tout le
troupeau crieront à l'heretique.
Le premier craindra que
M.de la M. n'ait entendu ſous
lenomde deſſein 3. choſes differentes,
qui font leſujet oul'action
principale, la moralité de la
fable,&lesvûës particulieres du
Poëte.De cette crainte ſeule ,ne
s'en ſuit- il pas, qu'il faut que le
deſſein d'Homere ſoit bien obGALANT.
1
-
ſcur , puifque M. de la Motte
puitque A
ſelon l'Apologiſte, s'y eſt mépris
, en confondant 3. differents
objets ſous un même
point de vûë. D'ailleurs il n'eſt
pas vrai que le Critique Moderne
ait confondu ces 3. choſes,
puiſqu'il croit qu'Homere
ne s'eſt propoſé d'abord que
de chanter la colere d'Achille
comme un ſujet capable d'attacher
l'eſprit & d'enlever l'admiration
, ce qui a trompé M.
B. c'eſt qu'il n'a pas pris garde
qu'il attribuë à M de la M. les
divers ſentimens qui ont partagé
les Commentateurs fur
Hij
92 MERCURE
i
le ſujet principal du Poëte,
Si la pluſpart des Lecteurs ne
peuvent entrevoir l'action
principale , & s'ils ne ſçavent à
quoi ſe fixer ,juſques là même
que beaucoup croient que c'eſt
Achille boudant, plutôt qu'Achille
en colere , Homere en
recompenſe a le talent de racheter
cette obſcurité par la
clartédes évenemens en les annonçant
prudemment long
tems avant qu'ilsarrivent.S'il y
a affûrement quelque défaut
marqué & frappant, c'eſt celuilà,
car n'eſt ce pas fevrer impitoïablement
le Lecteur des
GALANT. 93
charmes dela ſurpriſe en lui revellant
fans art le denoüement
de chaque avanture; cependant
noſtre Apologiſte eſtbien éloignéd'en
convenir ; c'eſt par
ces annonces,dit- il, qu'Homere
eft divin, c'eſtun enchanteur qui
quand il lui plaist tranſporte tout
d'un coup fon Lecteurde ta terre
au ciel,lefait aſſiſter aux deliberations
des Dieux &lui découvre
l'avenir , un moment aprés il le
ramene oùil l'a pris&ne luilaiſſe
voir que le preſent , le Lecteur
uniquement occupéde ce quifrappe
fesyeux oublie auffitot ce qu'il
a entendu de loin ,ainfi bien loin
aino bien loin
4 MERCURE
qu' Homere doive être blamé d'avoirannoncéles
évenemens avant
que de les mettre ſous les yeux,
on doit au contraire le louer , & c .
J'en prend à témoin tout
Lecteur qui n'eſt pas Grec d'inclination
& d'éducation , s'il
a reſſenti cette prodigieute extaſe
lorſqu'on lui a predit ce
qui devoit arriver. Quand Jupiter
au milieu de I Diade fait
à Junon un abregé exact du
refte de l'action , n'eſt on pas
tenté neceflairement de s'en
tenir là fans vouloir paffer plus
avant ; pourquoy , dira- t on ,
revoir deux & 3. fois la même
GALANT. 95
choſe.Enfin mon irreſolu fait
un effort fur lui , & a la patience
de revoir paroître les mêmes
figures; de bonne foy que
ſent- il pour lors, eſt- ce ſurpri
ſe,enchantement,raviſſement,
comme le pretend M. B. point
dutout , il baille , il s'étend ,
s'endort & le Livre lui échape
des mains,& voila la ſurpriſe.
Les Dieux d'Homere , quoique
mal faiſants, foibles , bizares
, injuftes , n'ont rien de
choquant pour M. B. Homere
étoit Poëte , il vouloit plaire
& ne craignoit rien tant que
d'ennuyer ; pour cet effet il
p. 33. & les ſuivantes.
96 MERCURE
nous les a donnés cruels , ruf
ſtiques , barbares , jaloux &
tout ce merveilleux pour égayer
ſon Poeme aux dépens
dela divinité.Qui n'admireroit
en veritéun tel art !&plus encore
la raiſon décifive que
fournit nôtre Apologiſte , qui
pour prouver que l'adultere ,
le meurtre, latrahıfon , levol,
le brigandage étoient permis
aux Dieux , & deffendusaux
hommes , ſans que cependant
les moeurs en dufſent ſouffrir
aucune atteinte , decide hautement
que la morale de ces
fiecles barbares ne laiſſoit pas
P. 20.
d'eſtre
A
GALANT97
a
2
S
1
1
1
d'être bonne , quoique laReligion
fut mauvaiſe. Je demande
preſentement à tout homme
de reflexion ce qu'il penſe
fur une pareille affirmative.
Quoy ces Dieux que les hommes
de ces tems heroïques plaçoient
dans la voye Lactée,qui
pour la plupart n'avoient merité
de boire le Nectar qu'à
force de forfaits , il plaît à ces
Meſſieurs d'avancer que ces infames
Originaux ne contribuoient
pas à la dépravation
des moeurs ; où eſtdonc le fens
commun. M. B. ne ſeroit- il
pas le premier à convenir que
Aouft Aouft 1715 . I
8 MERCURE
la ſaine morale ne peut fubfif.
ter parmi des Peuples Athées;
que feroit ce donc neceffaire
ment parmi des Nations excitées
à toutes fortes d'excés par
l'exemple contagieux de leurs
Divinitez . Il faut être bien
empâté dans les erreurs du Paganiſme
pour avancer de tels
paradoxes.odb
On doit rendre justice àM.
B. touchant l'employ des Allegories,
illes abandonne pour
la plus grande partie,y en ayant
de fon propre aveu deconfu
ſes , de chymeriques , & s'il
P43
*
THEQUE DE
!
GALANT
LYON
*1899
l'oſe dire d'alambiquées ;mais
il en admet auſſi de tres claires
& qui ſe preſentent naturellement
à l'eſprit , telleeſt
l'explication de l'apparition de
Minervedans le premier Livre
qui arrête Achille en le ſaiſifſant
par les cheveux pour l'empêcher
de tirer l'epée contre
Agamemnon , on ne peut pas
douter ſelon lui qu'en cet en-
- droit Minerve ne foit la prus
dence. Quand M. B. auroit
encore placé celle là au nombre
des Chymeres Allegoriques
, il n'en auroit que fait
plus d'honneur à fon juge-
I ij
100 MERCURE
f
ment , comment lui eſt il échappé
de ne pas comparer ce
trait avec cet autre du 4 Livre
où cette Deeſſe conſeille inprudemment
à Pandarus de tirer
une Fleche à Menelas qui
eneſtbleſſé : Qu'elle noire perfidie
de faire ſervir ſon miniſtere
à rompre l'alliance qui
avoit été juré ſi religieuſement
&fi folemnellement entre les
deux Camps. Dans cette occafion,
Minerve ſera t elle conſiderée
comme la Prudence ;
jeprend nôtreApologiſte pour
juge dans ſa propre cauſe. Ne
pourroit- on pas avec plus de
GALANT. 1of
1
juſtice lui adreſſer le reproche
qu'il a fait à M. de la M. en
lui imputant de ne voir ordinairement
quel'endroit qu'il
attaque:Qu'ilapprenned'aprés
lui même que pour juger ſainement
d'Homere il faut voir
d'un coup d'oeil tous les endroits
qui ont rapport les uns
aux autres.
M. de la M. taxe les Heros
d'Homere , de vanité , d'irreligion
, de brutalité, de cruauté,
d'injustice , d'avarice & de
groffiereté ; quoique ces vices
dominent éminemment dans
p. 71.
I iij
102 MERCURE
chacun des Acteurs de l'Iliade.
M. B. traite ces reproches de
calomnie , ils en ſont au contraire
la plupart entierement
exemts ; mais comme pour
juſtifier leur innocence & refuter
leur injuſte Accuſateur ,
il faudroit nommer tous ces
Heros l'un aprés l'autre , on
doit s'en tenir à l'Apologia
qu'en a fait M. D.
Je ne puis cependant me refoudre
à me taire ſur lechapitredes
Heros,ſans expoſer ſous
les yeux de mon Lecteur les
graves raiſons del'Apologiſte,
P. 48 .
GALANT. 103
pour difculper Homere du fot
rôle qu'il fait jöüer à Hotor
dans les 2. rencontres les plus
importantes de ſon Poëme.
* La premiere, c'eſt lorſque
Diomede ſecondé par Minerve
mettoir en deroute l'armée
Troyone, àqui par confequent
Hector ſe trouvoit plus neceffaire
que jamais ; que fait le fage
Helenus dans cette extremiré?
il conſeille à Hector de
rallier les Troyens , d'abandonner
enſuite le combat &
d'aller à Troycavertir Hecube
Diſcours de M. de la M. fur l'Iliade ,
P.54.
I iiij
104 MERCURE
d'offrir un ſacrifice à Minerve
pour l'appaifer.
:
La ſeconde regarde Hector
qui fait trois fois le tour de
Troye en fuyant Achille , &
qui n'oſe le combattre qu'avec
un ſecond.
Que répond M. B. à la
premiere.
*Qu'il n'eſt pas ſurprenant
qu'Hector obéïſſe à un Prophete
, avec d'autant plus de
fondement qu'il ne quitte le
champ de bataille qu'aprés
•avoir rallié ſes troupes ſous les
murs de Troye , où eſt l'im
P. 72.
GALANT. 105
prudence d'Hector.
Ypenſez-vous fericuſement
M. B. lifez humblement la leconde
partie des reflexions de
M. de la M. * il vous apoſtrophera
ainſi. En quoy faitesvous
confifter la ſageffe d'Helenus
? dans le confeil de rétablir
le combat ? il eſt en effer
fortbon, mais pourquoyl'or.
dre d'aller à Troye dés que le
combat fera retabli? Hector
fera- t'il moins neceſſaire alors
pour profiter de l'avantage re .
gagne ; que deviendra vrayſemblablement
ſa victoire s'il
:
M.de la M. p. 9
106 MERCURE
apretence
ne la pourſuit ?& puisquel'on
a ofé fuir en ſa prefence, ý at'il
lieu d'eſperer qu'on fora
plus ferme quand onne levers
ra plus. Il falloir , dites-vous ,
envoyer pour le ſacrifice , qui
par parentheſe neproduit rien,
un homme auſſi autorife qu't
Hector. Quoi donc M. ný
avoit il pas des Heraults dans
l'armée , des hommes deſtinez
exprés pour faire ſes fonctions.
Polidamas n'eſtoit- il pas un
Devin,un Prophete accredité,
Cependant lorſque dans la fuite
il conſeille à Hector de ren
trer dans Troye ſous peinedes
GALANT. 107
plus grands malheurs , ceHe
rosyreſiſte ſans ſcrupule , &
il traite de chimere ſon inſpiration
prétenduë. Hector eft
bien malheureux en conduite,
il refifte quand il faudroit
obéïr , & il obéit quand il faudroit
refifter.
A l'égard d'Hector fuyant
Achille, vous n'eſtes pas plus
heureux en bonnes raiſons.
Une pareille lâcheté , dites.
vous , ſuivant les principes
d'Homere n'en eſt pas une , il
y eſt entraîné par un mouve
ment volontaire , ne faiſant
que ſuivre l'impreſſion d'une
108 MERCURE
force majeure qui eſt la volonté
de Jupiter.
Si Homere a cû pour but
d'inſtruire,comme ſes admirateurs
n'en doutent nullement,
il auroit dû prevoir qu'avec
cette belle raiſon d'une force
majeure qui nous neceffite ,
tous les lâches par la ſuite pour.
roient en conſcience ſe couvrir
de l'autorité du Poëte , en
declarant qu'ils n'avoient pas
pû ſe comporter autrement ,
car telle eſtoit la volonté de Jupiter.
Cette maxime une fois
reçûë , eſt évidemment une
P. 74-
GALANT. 109
5
des plus dangercules qu'il y
ait pour le maintien de la ſocieté.
Le Cenſeur moderne n'a pas
jugé à propos de faire languir
ſes Lecteurs , en luy donnant
en détail le denombrement
des Chefs &des Troupes , tel
- qu'il eſt dans le vieux Poëte ,
parce qu'il luy a paru plus
exact qu'ingenieux. M. B. prétend
que dans ce denombrement
qui paroiſt ſi ſec aux
Critiques d'Homere , il y a
des beautez qu'ils ne voyent
pas ,& qu'on ne peut pas leur
P.S.
110 MERCURE
fairevoir,mats fur leſquelles ils
doivent s'en rapporter aux plus
fameux écrivains de l'antiqui
té qui les ont y vûës , & aprés
avoir demandé pardon aux amis
de M. de la M. s'il oſe citer
un Auteur dont le nom
pourra bleſſer leurs oreilles, il
appelle Denis d'Halicarnaffe à
ſon ſecours, qui parlant de l'agrément
, de l'harmonie& de
la magnificence que les mots
heureuſement aſſortis peuvent
ſe prêter les uns aux autres,apporte
pour exemple le Catalogue
d'Homere ; ce ne font ,
dit- il , que des mots qui n'ont
GALANT
rien de beau en cux mêmes.
Mais Homere les a ſçû ſi-bien
arranger querienn'eſtplus majeſtueux
; il cite aprés cela les 8.
premiers Vers du denombre
mentqui ne fonten effet qu'un
beau tiſſu de noms propres.
M. B. veut cependant bien
croire pour Phonneur de M.
de la M. qu'avec le ſecours des
Muſes , il auroit pû nous en
faire quelque choſe de tresbeau.
1
Carde nombrer la troupe
multioude
Cela eft hors de tout humain
étude.
Salel, 2.
112 MERCURE
Non quand auroit dix langues
tres-difertes
Bouches autant à bien parler ouvertes
Voix perdurable &l'estomach de
Locuitore
Il n'en pourroit jamais estre
delivre M
Sans la faveur des Déeffes
gentilles.
Le nouvel Apologiſte aprés
avoir remis en honneur les
Dieux & les Heros du Poëte ,
vient aux differens genresd'éloquence
employez par Ho-
' mere . * La Narration en eft
pathetique ,
p. 82.
GALANT. 113
--
pathetique, marchant d'un pas
égal , & qui tient tellement à
l'action que tout ce qui eſt raconté
ſemble ſe paſſer ſous les
ycux de celuy qui écoûte ou
qui lit. M. de la M.demontre
au contraire qu'elle eſt ordinairement
diffuſe & infipide ,
au lieu d'eſtre préciſe & ingenieuſe
, & il le prouve par l'exemple
de Thetis, qui pendant
qu'elle preffe Achille de ſe reconcilier
avec Agamemnon ;
cette Déeſſe prend ſoin d'écarter
les mouches du corps de
Patrocle. M. B. a la modeſtic
de ne point étaler en cet
Aoust 1715 .
K
114 MERCURE
endroit de fort beaux lam-.
beaux d'érudition qu'on pourra
lire dans Quichard & Muret
, touchant les devoirs que
l'on a rendus aux Morts dans
tous les ficcles,dans tous lesPais
&dans toutes les Religions :
il ſe contente d'avancer qu'il
falloit que du tems d'Homere
on crût que la conſervation
d'un corps mort fut quelque
choſe de bien important, puif.
que les Déeſſes même les
plus delicates ne dedaignoient
pas d'y donner toute leur attention
; juſques- là même que
p. 85.
GALANT. 115
=
5
pendant que Thetis éloignoit
avec une queuë de cheval ces
infectes impures , Venus jour
&nuitgardoit le corps d'Hector
& en écartoit les chiens.
Ce n'eſt donc point une baſſe
circonſtance que le ſoin d'écarter
les mouches donné à
une Déeffe. Qu'en penſe le
Lecteur ? J
Il eſt tems de paſſer aux repetitions.
LeDeffenſeur d'Homere
les met au nombre des
beautez dece Poëte; par la rai-
- ſon que les Anciens n'ont jamais
blâme ſes repetitons: *au
Kij
116 MERCURE
contraire ils luy en ont fait
un merite particulier, je ne ſçai
comment , dit Macrobe , cette
forte de repetition ſied fi bien
à Homere , & ne ſied qu'à luy
feul, caractere convenable au
genie & à l'antiquité decePoë.
te. Après cet Arrêt , on auroit
fort mauvaiſe grace d'en appeller
à la raiſon , on ne con
noiſſoit point , dir M. B. dans
les premiers fiecles de la bonne
Antiquité , cette raifon ,
cette gêne inutile que la delicateffe
des fiecles ſuivants a introduite
, la Geneſe & les autres
Livres de Moyſe ſont
GALANT. 117
pleins de repetitions ; rien n'eſt
plus éloigné du fublime que
cette exactitude penible & frivole
avec laquelle on évite
d'employer des expreffions ,
des phrafes , des diſcours entiers
, tel qu'eſt celuy d'Agamemnon
dans le ſecond Livre
où ce Roy propoſe la fuite à
fes Soldats pour leur inſpirer
neanmoins un ſentiment tout
contraire; au lieu que dans le
neuviéme il tient le même dif
cours aux Chefs de l'Armée
dans le deſſein ſerieux de les
difpofer à la fuite.
Quoiqu'il n'y ait rien de
IIS MERCURE
plus choquant que cette longue
redite , elle ne déplaît pas
cependant à M. B. parce que
l'on parloit ainſi du tems
d'Homere , & que ç'auroit été
parler mal que de parler autrement;
cette façon de repeter
étoit alors la plus élegante,
* De plus il répond qu'il s'en
faut beaucoup que les deux
diſcours ne foient préciſement
les mêmes , le premier étant
de trente- un Vers, &le ſecond
n'étant que de douze , à la verité
ſans aucun changement ;
mais en recompenfe cette re
GALANT. 119
petition& les autres ne ſe font
preſque pas fentir , elles font
au contraire une ſource de
plaiſir pour les oreilles qui y
font accoûtumécs . Voila le
merveilleux.
A l'égard de l'autre queftion
qui eſt de ſçavoir ſi Agamemnon
parle ſerieuſement
dans le neuviéme Livre , il ſeroit
porté àcroire comme M.
delaM. que lediſcours duGeneral
de l'Armée Grecque eft
auffi ferieux dans le neuviéme
Livre que fimulé dans le ſecond
, * fi l'autorité de Map.
98.
A
120 MERCURE
dame Dacier , jointe à celle du
ſçavant Rheteur qu'elle cire, ne
balançoit chez luy toutes les
raiſons qu'il étale pour ap.
puyer le ſentiment qu'elle
combat, ce qui eſt tres curieux
à lire , j'y renvoïe mon Lecteur.
Pendant qu'il s'en donne
leplaifir , je me procureray celuy
de faire la reflexion fuivante
avec M. B. que c'eſt injuſtement
que M. de la M. accuſe
Homere d'être preſque
par tout negligé ; s'il l'eſt , il
faut neceſſairement le mettre
au nombre de ces beautez qui
dans leurs negligez plaiſent
cent
GALANT 121
cent fois d'avantage que les
beautez les plus ſuperbement
parées. Les deſcriptions meritent
ici d'avoir place.
* Le Cenſeur moderne trouve
la deſcription du Combat
d'Achille contre le Xante un
peu biſarre. Point du tout ,M.
de la M. nomme biſarre ce
qui eſt merveilleux & extraor.
dinaire.
M. de la M. blâme les peintures
d'Homere , qui à force
deminutiesdeviennent froides
&languiſſantes , telle eſt la def
p. 102 .
P. 104.
Acuft 1715 .
:
L
122 MERCURE
cription circonſtanciée du cafque
que Merion prête à Uliffe,
lorſque ce Heros va avec Diomede
reconnoiſtre pendant la
nuit le Camp des Troyens.
Il n'y a rien de ſi élegant
dans toute l'Iliade , c'eſt à bien
exprimer les petites choſesqu'-
Homere excelle particulierement.
M. de la M.prétend que les
deſcriptions anatomiques des
bleſſures refroidiſſent l'imagination,
en interrompant mal à
propos l'intereſt que l'on prenoit
àla ſuite des combats.
P. 108.
•
GALANT. 123
j
Le détail n'en eſtjamaistrop
long ny trop frequent dans
Homere, la deſcription , par
exemple , de la bleſſure de Pandarus
, dans le 5. 1. de l'Iliade
oft fort recreative à cauſe de
la fingularité du coup.
7.
Enachevantces mots ,Diomede
lance ſon javelot que la
Déefle Minerve conduit entre
l'oeil &le nez de Pandarus , de
forte qu'il reçoit le coupen.
tre les deux yeux pendantqu'il
baiffoit la teſte , le fer paſſe à
travers les dents , coupe l'extremité
de la langue, & reffort
p. 110.
Lij
124 MERCURE
par deſſous le menton , &
tout cela en trois Vers Grecs.
Un moderne le pourra - t - il
croire ?
Ainſi,bien loindedire qu'-
Homere a peint ſans choix , les
exemples rapportez avertiſſent
du contraire. Achille même
faiſant les fonctions d'un cuifinier
, coupant lui même les
viandes deſtinées au repas qu'il
veut donner aux 3. Deputez
de l'Armée Grecque , les embrochant
& tournant la broche
eſt une image tout à-fait
riante . Le Poëte auroit eû tort,
de la fupprimer , elle meritoit
GALANT. 125
d'eſtre choifie par le divin
Homere.
Le chapitredes discours contient
des remarques dignes de
la reputation du nouvel Apologiſte.
On peut dire qu'il rend
à Homere tout ſon luftre en
effaçant toutes les taches que
ſes adverfaires lui avoientmalignement
faites.
M. de la M. s'eſt avilé temerairement
de reprendre Homerede
ce qu'il nommequel
que fois vaillant, celui dont il
rapporte un diſcours lâche, &
quelquefois fage , celui dont il
rapporte un diſcours imprudent.
Liij
126 MERCURE
Il ne faut pas trouver étrange
, dit trés judicicuſementM.
Deſpreaux qu'Homere donne
de ces fortes d'épitetes à ſos
Heros en des occafions qui
n'ont aucun rapport à ces épitetes
, puiſque cela ſe fait ſou.
ventmême en françois où nous
donnons le nom deSaint, à nos
Saints, en des rencontres où il
s'agit de toute autre choſe que
deleur fainteté; comme quand
nous diſons que ſaintPaul gardoit
les manteaux de ceux qui
lapidoient faint Etienne.
M. de la M. a la delicateſſe de
P. 116.
: GALANT. 127
:
trouver à redire qu'au fort d'unebataille,
des Guerriers à qui
il importede vaincre au plûtôt
perdent le tems àdire de longues
injures à leur ennemis ,
ou à leur conter des genealo
gies & des hiſtoires comme
Diomede fait à Glaucus , &c.
M. B. pretend que non feulement
cela ſepeut , mais qu'il
vrai- ſemblable que du tems
de la guerre de Troye les principaux
Chefs des deux partis
avoient coutume de s'avançer
eſt
ainſi hors des rangs, de ſedonner
enſpectacle& de commen-
P. 119.
Liij
128 MERCURE
cer uneeſpece de combat fingulier
par des diſcours que les
Soldatsn'ofoient interrompre
&qui pouvoient être injurieux
ou civiles , felon le caractere
des interlocuteurs, à la verité
cecy auroit beſoin de preuves,
mais n'importe ; n'eſt il pas
vrai que ſi nous examinions
tous nos ufages à la rigueur ,
nous en trouverions encore de
plus bizares ; cela n'eſt il pas
convainquant?
Onſe revolte aiſément contre
les Heros d'Homere qui rem.
pliflentleurs difcours d'injures
groffieres,d'hiſtoires deplacées
GALANT. 129
&de rodomontades pueriles.
M. B. a la condeſcendance
de convenir que le diſcours de
Tlepoleme eſt veritablement
injurieux , mais qu'il rachete
au centuple ces riches injures
par des mots tous d'or & qui
n'ont rien de bas..
C'eſt encore une mediſance
ſelon lui que d'imputer à Sarpedon
des fanfaronades , car
ya t-il rien de plus naturel que
de s'exprimer ainſi ; pour toy
Tlepoleme je te declare que tu vas
rencontrer icy une mortsanglante
une noire destinée , &que bien-
P1217
130 MERCURE
tôt dompté par ma Pique, iu me
donneras de la gloire &ton ame
aux Enfers.
Pourquoy cependant M.de
la M. s'offenſe t-il lors qu'il
voitdans la chaleur de l'action
un homme bruſque& violent
inſulter ſon ennemy & lui diredes
duretés&des brutalités,
c'eſt parce que les Herosdenos
Romans font toûjours gracieux&
honnêtes, de la gentilleffe
&de l'eſprit par tout.
Les railleries pueriles& miferables
qu'adreſſent ordinairement
les vainqueurs aux cadavies,
cauſent ordinairement
GALANT. 131
du mépris & de l'indignation
contre ces fauvages des tems
heroïques.
C'eſt à tort reprend M. B.
Qui ne ſçait que ſenſément
le goût des plaifanteries eſt bizare
& affez arbitraire ; ce qui
a du ſel dans une langue devient
ſouvent infipide lorſqu'il
paſſe de la langue originale
dans une langue étrangere. Le
meilleur mot de M. dela M.
mis en Grec ou en Latin ne
feroitpeut-être pas un fortbon
mot , & c'eſt pour cela que
dans le privilege de fon livre
P.127.
132 MERCURE
deffenſes ſont faites àtous Imprimeurs
d'imprimer cesOcuvres
en Langue Latine ,Grecque
, ou Hebraïque.
Admirez, je vous prie, comme
une raillerie en amene unc
autre ; aprés cela Meſſieurs les
Modernes , venez nous cer
tifier que Meſſieurs les Grecs
fontde forts fots, de forts fades
, & de forts mauvais plaifants
, s'il m'eſtoit permis de
vous démentir , je vousciterois
M B. vous en croirez cependant
ce qu'il vous plaira...
Lesdifcours quetiennentAn
P. 1292
GALANT. 133
tilocus & Hector à leurs chevaux
ne font rien moins que
ridicules. Ondécouvre au contraire
une eſpece d'antoufiafme
dans l'apostrophe que ce
dernier leur fait. Genereux
Coursiers,Xantus, Podarge , Ethon
, & toy mon incomparable
Lampus ,c'est maintenant, dit- il,
qu'il faut que vous me payés le
Join qu'Andromaque a pris tant
de fois ,&c. Il ne doit pas être
plus ſurprenant pour nous de
voir un hommedeguerre apoſtropher
un cheval , que de
voir un Berger s'entretenir
avec ſon chien , ou avec ſes
134 MERCURE
moutons.Eft-onchoqué dans
la Tragedie du Cid de voir
DonDiegue quis'adreſſe à fon
épée, en lui diſant.
Et toy de mes exploits glorieux
instrument , &c.
Ne s'adreſſe t- on pas tous
les jours aux Foreſts , auxRochers
, aux Fontaines.
Si M. B. avoit bien lû la
ſeconde partie des reflexions
deM. de la M. peut- être,n'auroit
ilpas autoriſéces endroits
avec tant de confiance ; il au
roit appris qu'il ne faut pas
confondre des diſcours fi
Seconde part, des reflex. p. 132.
GALANT. 135
gures & allegoriques avecdes
difcours ferieux &naïfs, ladifference
eſt grande,&c .
Uliſſe dans ſon diſcours à
Achille en lui offrant les preſents
d'Agamemnon repete
mot pour mot 3. longues pagesqu'on
vient de lire un in
ſtant auparavant.
L'Apologiſte ſeroit ici de l'avis
de M. de la M.& il retrancheroit
cette repetitions'ilétoit
le maître de retrancher quelque
choſe à Homere ; ce n'eſt
pas que cette repetition toute
longue qu'elle eſt ne puiſſe être
trés bien excuſée, par la raiſon
!
136 MERCURE
de l'ancien uſage. Il a la pre
caution denous informer que
cette repetition qui eſtde 34.
vers dans le Grec en eſt une
de 3. pages dans le François,
Il a de plus lagenerofité de
faire un facrifice à la ſeverité
de M. de la M. qui ne peut
ſouffrir que lors qu'Achile refuſe
avec hauteur les preſents
d'Agamemnon , ce Heros s'égare
dans la diſgreſſion qu'il
fait des particularités de la
Ville de Thebes. Iliade liv. 9.
Phenix dans ſa harangue à
Achille, rappellant dans le neu-
P. 138.
viéme
:
GALANT. 13.7
viéme Livre à ce furieux les
ſoins qu'il avoit pris de luy
pendant ſon enfance , luy die
entre autres belles choſes.Lorfque
je vous preſentois la coupe
pleine de vin , vous en avez
laiffé répandre une partiefur mon
Sein &furmes vêtemens.
M. de la M. avoit accuſé
d'omiffion M. D. en cet endroit
,& il y avoit ſuppléé en
traduiſant ainfi : Combien de
fois avez-vous vomi dans mon
comme il arrive aux en- Sein ,
fans de womirſur leurs nourrices.
M. B. s'éleve fort contre la
baffeffe de cette expreffion ,
Aoust 1715.
M
138 MERCURE
vomir; le verbe Green'offrant
en ſoy aucune idée dégoûtante.
On paſſe volontiers à M. B.
l'apologie de ce mot , mais il
n'en eſt pas moins vray que la
circonſtance eſt baffe enGrec ,
en Latin ,& en toute Langue ,
ce qui ſuffit. De plus , M de la
M. convient qu'il falloit met
tre , rejetté le vin que je vous
donnois.
dela
Phenix & Noſtor font repris
d'être d'importuns Conteurs ,
ce dernier ſur tout en eſt à
charge au Lecteur judicieux
de forte qu'on ne ſçait ce qui
GALANT. 139
1
bleſſe le plus dans le diſcours
de ce pretendu Sage , ou l'envie
demeſurée de parler , ou la
vanité , ou l'imprudence.
&
L'Apologiſte n'y donne
pas ſonconfentement :Deffendre
à un Vicillard d'être longdans
ſes recits , de raconter plusieurs
fois la mêmehistoire de parler
Sans mesure du passé , c'est luy
deffondre d'être Vieillard. Aprés
tout Homere fait connoître .
par- là qu'il fçavoit peindred'a
prés la nature les moeurs , &
qu'il avoit de plus une fecondité
admirable pour allonger
ſes diſcours aux dépens même
(
Mij
140 MERCURE
des circonstances les plus étrangeres
à ſa matiere.
Qui le croiroit ! il y a plus
de deux cens comparaiſons dans
l'Iliade , elles ont neanmoins
toutes leur prix fans aucune
abondance vicieuſe ; celles entre-
autres qu'attaque M. de la
M. font les plus eſtimées , la
comparaiſon des jambes de
Menelas avec l'yvoire teinte en
pourpre eſt juſtifiée avec un
Commentaire auffi long que
la comparaiſon même.
La comparaiſon d'Ajax à
un ane que des enfans chaffent
d'un bled, e non pas d'un pré ,à
GALANT. 141
1
coups de bâtons , fait un fond
de Tableau charmant
Quelque envie qu'ait M. B.
de juſtifier Homere ſur les défauts
qu'on luy objecte , il eſt
toutefois comme forcé d'en
avoüer quelques uns. Il auroit
bien voulu , par exemple , ſauver
l'honneur d'Hector en
rendant ſa fuite heroïque ;
mais le défaut étoit ſi ſenſible
qu'à moins d'être Idolâtre
d'Homere , il ne pouvoit n'en
êire pas bleffe. Il paſſe donc
condamnation ſur cet endroit,
avec cette clauſe cependant ,
qu'il eſt perfuadé que fi Ho142
MERCURE
mere revenoit au monde , ik
apporteroit de bonnes raiſons
autquelles les Modernes ſeroient
obligez deſouſcrire.Car
on ne doit pas préfumer qu'un
Poëte plein d'eſprit , de raifon
& de bon fens en ait manqué
dans l'endroit le plus remarquable
& le plus eſſentiel de
fon Poëme. !
Je n'entreray pas dans un
plus long détail ſur le reſte de
l'Apologie , je remets au mois
prochain de continuer mon
examen Je me propoſe ſur
tout de m'étendre particulierement
ſur le nouveau ſyſteGALANT.
143
me du Bouclier d'Achille & nous
verrons ſi le dernier Apologifte
a imaginé quelque nouveau
ſecret pour ranımer , faire
agir , danſer , & parler toutes
les figures de l'Ouvrage merveilleux
de Vulcain .
Cette matiere eft fi amufante
, Monfieur ,& en même
tems fi intereſſante
, que je
vous prie de me permettre de
vous faire part d'un nouveau
genre de divertiſſement dont
elle a regalé le Public. Si tout
ce qu'il y a d'honnêtes gens
qui vont aux ſpectacles en
France n'avoit pas veu la def.
144. MERCURE
fenſe d'Homeredans les mains
d'Arlequin à la Foire S. Laurent
, je n'aurois pas l'indifcretion
de vous donner , comme
je vais le faire ,une Scenedont
les deux partis pourront rire
ou ſe fâcher au gré de la paffion
qu'ils ont à deffendre ou
àcombattre cette grande cauſe.
Quoyqu'il en puiſſe eſtre ,
je ſuis Mercure , & je vais à
bon compte faire mon employ.
:
SCENE
GALANT. 145
SCENE D'ARLEQUIN ,
Deffenfeur d'Homere.
Voicy la ſituation. Monſieur
Grognardin , Bailly d'un
Village de Provence , voiſin
d'Italie , garde étroitement fa
fille Angelique. Leandre qui
en eſt amoureux a intereſſeArlequindans
ſes affaires,quid'intelligence
avec Scaramouche
a concerté cent fourberies
pour tromper le pere & favorifer
les deffeins de l'Amant.
EnfinArlequin deguifé en Sçavant,
introduit Leandreauprés
Aoust 1715 .
N
146 MERCURE
de l'objet de ſon amour , ainſi
qu'on le verra dans la Scene
qui fuit.
GROGNARDIN ,
furl'Air,Reveillez- vousBelle ..
Tandis que je n'ay rien à
faire
Je veux contenter mon courroux
....
Angelique Angelique.
Ellefera comme ſa mere,
J'en cûs helas pour mes verroux.
Angelique arrive,
Air , diray-je mon , &c .
C'a , reprenons noſtre procés
...
GALANT. 147
Mais quel Corbeau me confidere?
Il apperçoit Arlequin en Sçavant.
ARLEQUIN.
On me nomme Bouquinides
Je ſuis le ſoûteneur d'Homere.
Je ſuis ſçavant juſques aux
dents ,
Plus de vingt plats en font
garents.
GROGNARDIN.
Ala Cantonade ... Colin fermez
la cuiſine.
AArlequin ...... ch bien! qui
vous amene icy?
Nij
148 MERCURE
ARLEQUIN .
Air du Charivary.
A l'instar de Dom Qui.
chote
Je cours les champs.
Pour la beauté d'Ariftote
Je bats les gens.
Je fais dire aux paſſans ſufpects
Vivent les Grecs.
Arlequin faitchanter au Bailly
& à sa fille , vivent les
Grecs
Air,Nonje neferaypas cequ'on
veut que je faffe.
Le Parnaſſe eſt troublé par
des guerres cruelles ,
GALANT. 149
Dans le ſein des caffez , dans le
fonds des ruelles ,
Colets contre colets , rimeurs
contre rimeurs
Combattent follement pour le
choixdes Auteurs.
Air , oh ! oh ! tourelouribo.
On veut de ſes droits priver
Homere
Oh! oh! tourelouribo ...
GROGNARDIN.
Air , au Cap de bonne esperance.
Il faudroit fans plaidoirie
Accommoder ce Procés ...
ARLEQUIN.
Quel conſeil ! quelle infamie!
O tempora ! 6 mores !
Niij
150 MERCURE
Un Bailly proposer un accom.
modement !
GROGNARDIN.
Voſtre Homere at- il des
Titres?!
Que ne prend- ildes Arbitres ?
ARLEQUIN.
Comment ventrebleu ! mettre
Homere en arbitrage !
Apprenez que les Sçavans
Sont pis que des bas Normans.
Ils veulent estrefuges &Parties.
Taytay Parafitos , Gueullardez
, Tapemodernes
Apportez moy ma Bibliotheque
GALANTIS
Scaramouche ſuivi de trois
Fourbes deguiſez en Pedans ,
apportent deux cabinets,de
Livres , ornez de deux groffes
infcriptions. A l'un on lit
ANCIENS , & à l'autre
1 MODERNES. Les Fourbes
chantent en arrivant.
Faifons dire aux paſſans fufpects
vivent les Grecs.
ॐ
Arlequin fait repêter au
Bailly & à ſa fille en choeur
vivent les Grecs.
GROGNARDIN.
Air , Adieu panier.
Quoy toûjours ils font où
N iiij
152 MERCURE
vous eſtes ??
ARLEQUIN.
Je les porte par tous chemins.
Que deviendrois-je fans mes
livres?
Oſtez aux Sçavans leursbouquins
ADicu panier vendanges font
faites.
GROGNARDIN.
Mais pourquoy dans deux
cabinets
Mettre vos livres ?
ARLEQUIN...
Lebenais !
Là , nos Auteurs de baliver-
>
nes
! GALANT. 153
nes.
Ilmontre le cabinet desModer-
2
Sont à part.
GROGNARDIN.
Pourquoy cela ?
MARLEQUIN.
Bon!
Avec ces gredins de Modernes
Irois -je encanailler Platon ?
AAngelique , Air , Tu croyois
en aimant Colette.
Ouvrez cecy. J'ay là ma
chere
Un livre qui va vous tenter
Angelique ouvre le cabinet des
Modernes , &y trouve Leandre
154 MERCURE
qui luy donne un livrepourfein.
dre de lire.
Je ſuis bien sûr qu'il va vous
plate
Oh! que vous l'allez feüilleter !
GROGNARDIN.
Air, Flon Flon.
ARLEQUIN le retenant.
Laiſſez aux femmes
Ces ouvrages abjets .
Pour le plaifir des Dames
Ces Modernes font faits, Flon
Flon , &c.
Air, Vous m'entendez bien.
Tenez. Il mene leBailly au cabinet
desAnciens.
GALANT55
Flairez ce cabinet
Sentez vous le Grec ? quel fumet
!
Jay dans cette boutique
GROGNARDIN.
Eh ! bien ?
ARLEQUIN.
Deux muids de Sel Attique
Salez-vous y bien.
GROGNARDIN.
Air, L'autre jour ma Cloris.
Le Grec fait voſtre ébat...
ARLEQUIN.
Oüy, ma femme & ma fille ,
Oüy, tout juſqu'à mon chat
Chante dans ma famille ,
Charmant Grec , mes amours,
156 MERCURE
Je t'aimeray toûjours.
Allons, Chorus : Charmant
Grec ,&c..... Scaramouche
lesFourbes chantent en choeuravec
Arlequin , quise met à genoux ,
dit d'un air extafié ſur l'Air
Reveillez- vous.
Chers Anciens , voſtre lecture
Fait le charme de mes ennuis ;
Je vous aime autant , je le jure
Que ſi je vous avois traduits.
xde
Arlequin fait repeter vers à
vers ce Couplet au Bailly avec
mille jeux deTheatre , toûjoursà
genoux, ainsi que les quatrefaux
Sçavans. Il jette le chapeau du
Bailly , enlui diſant : Comment
GALANT. 157
Coquin, vous n'ôterez pas vôtre
chapeau quand on parle
des Anciens.
Air , Reveillez- vons.
De l'Iliade qu'on revere
Donnez le Livre merveilleux.....
Scaramouche tire du Cabinet
des Anciens une petite caffette
verniffée en rouge &dorée qu'il
apporte à genoux à Arlequin , qui
avec bien des ceremonies comiques
en tire un Homere couvert d'un
- vieux parchemin dechiré&gras
qu'il embraße tendrement en s'écriant
cent fois.
Quel plaifir d'embraffer Homere!
158 MERCURE
GROGNARDIN à part.
Je croy qu'il en eſt amoureux.
Arlequin fait baifer Homere à
Scaramouche &ensuite auBailly,
qui luy dit comme Henriette
des Femmes Sçavantes :
Excuſez-moy , Monfieur , je
ne ſçay pas leGrec.
Arlequinleperfecute encore
luy dit enfin : Allons , baiſez
Homere en godinetre.
GROGNARDIN.
Air de Joconde.
Quel Auteur l'attache ?
Regardant fa fille occupée àparler
bas avec Leandre.
ARLEQUIN le retenant.
GALANT . 159
Tout doux ,
Il n'eſt fait que pour elle ?
Ce Livre n'eſt pas bon pour
GROGNARDIN ricanant.
you's 100ЛО
C'eſt quelque bagatelle .
ARLEQUIN extafié.
Mais ?
GROGNARDIN.
Mais ?
ARLEQUIN.
Que Seneque eſt doux & mignon
Dans ſes Oeuvres galantes !
Les Oraiſons deCiceron
Sont bien édifiantes !
160 MERCURE
ANGELIQUE.
Air, Quand le peril eft agréable.
Helas !
GROGNARDIN.
Peſte!quel foupir tendre !
Ma filie lit quelque Roman...
ARLEQUIN.
Elle le prendra fûrement
Par où l'on doit le prendre.
Air, Mon mary està la taverne.
Voulez- vous apprendre les
cauſes
De la corruption du Goût ,
C'eſt que fans trop peſer les
dofes
On met de l'épice par tout ,
Sans ſel pourtant on ſçait
écrire
GALANT . 161
S
écrire ...
GROGNARDIN le confide-
د
rant.
Tala lerira , le drôle entre en
delire...
Arlequin entre inſenſiblement
en fureur; elle redouble Gil s'écrie
avec transport.
Sçavans courez aux armes.
Aux armes camarades
L'ennemy n'eſt pas loin
Il prend ſon Caffé ...
Voicy deux Abbez qui viennent
Allons , armons-nous ..
Aoust 1715.
162 MERCURE
GROGNARDIN effrayé.
Eit ce un mouvement de bile
Jean Gilles , Gilles joly Jean.
AARRLLEEQOUINfureux.
Toft le Bouclier d'Achille ,
JeanGilles , Gilles jolyGilles ,
Gilles joly Jean ,
Joly Jean , Jean Gilles , Gilles
joly Jean.
Air,Lere là, lere lanla.
Comment petit Outre cuide...
Ilſe jeste fur le Bailly .
✓ GROGNARDIN.
Ouf. Il me prend pour quelqu'Abbé..
ARLEQUIN.
Vous ofez marcher contr'-
GALANT. 163
,
Homere ...
Monfieur l'Abbé où allezvous
?
Vous allez vous caffer le cou...
Air , Robin turelure.
Quoy tu me fais un défi ?
C'a tentons en l'aventure ..
Eh ! bien dans un mois d'ici
turelure ,
Je t'attens dans le Mercure,
Robin turelure lure.
GROGNARDIN.
Air ,fe fuis Magdelon Friquet.
Qu'avez vous ? quelle vapeur ?
ARLEQUIN redoublantfon
enthousiame.
Quoy donc , contre Homere
O ij
164 MERCURE
on caquete ?
GROGNARDIN.
Moderez cette fureur .
ARLEQUIN.
J'aý l'accés d'un Commentateur.
Si je mets la plume à la main
Je perceray quelque Poëte....
GROGNARDIN à part.
Que ce Sçavant eſt mutin !.
AArlequin... Quoy c'eſt donc
*
un grand forfait
Quand contre Homere l'on
caquete.
ARLEQUIN effoufté.
Je ſuis .. Je tuis ..
Je fuis M gdelon Friquet ,
GALANT. 165
Et je me mocque du caquet.
GROGNARDIN regardant
fafille.
Air , Lanturlu.
Morbleu , ſa lecture
Dure trop longtemps ,
Elle a l'encolure
D'aimer les Romans.
Il approche malgré les efforts
d'Arlequin , Scaramouche ,
des autres Fourbes , &apperçoit
Leandre dans le Cabinet desModernes.
Que vois-je ? oh ! les foutbes !
ARLEQUIN s'enfuyant avec
les autres.
C'eſt un Livre deffendu
:
166 MERCURE
Lanturlu , lanturlu.
Je ne ſçay, Monfieur , aprés
les bouffonneries que vous
venez de lire , comment vous
annoncer l'ouvrage que je vais
vous preſenter . Jaycû juſqu'à
preſent ſi peu d'occaſion de
faire entrer de pareils raifonnemens
dans mon Livre
que la grandeur de mon entrepriſe
m'étonne. D'ailleurs
je tremble qu'on ne me reproche
de faire un mélange criminel
du profane& du ſacré,
quoyque de ma vie je n'en
aye eû l'intention. Il ne m'eſt
1
CALANT. 167
cependant pas poffible de vous
parler de choſes faintes , qu'avant
, ou qu'aprés vous avoir
entretenu de choſes qui ne le
font pas. J'ay ce mois cy une
trop belle occaſion de le faire
pour y manquer. Ainſi je vous
prie de détacher cet article du
Mercure & de le lire comme
s'il n'y étoit environné de
rien.
Le 25. de ce mois jour de
Saint Louis, Meffieurs de l'Academie
Françoiſe s'aſſemblerent
dans la Chapelle du Louvre
pour celebrer la Feſte du
Saint Roy ; ily cûtuneMeffe
168 MERCURE
bafle pendant laquelle on
chanta un Motet de la compoſition
du Sieur Du Bouffer,
enfuite lePanegyrique fut prononcé
par Monfieur l'Abbé
Bion , Orateur connu dans le
monde par des actions celebres,
telles que le Panegyrique
de Saint François Xavier chez
les R. P. Jefuites ; celuy de
Saint Gaëtan chez les R. P.
Theatins ; celui de Saint Paul
chez les R. P. Barnabites; celui
de Saint François de Paul, chez
les R P. Minimes.
Il pri pour texte les paroles
du Picaume 24. Adte levavi
animam
GALANT. 169
7
5
animam meam Deus meus in te
confido, non erubefcam.
-Seigneur j'ay élevé mon ame
vers vous ; oüy mon Dieu ,
jemetsen vous toute maconfiance
, & je n'en rougiray
point.
Ce texte ne paroiſt pas brillant
, mais il eſt d'une grande
convenance au ſujet , puiſque
Saint Louis s'appliqualuy même
ces paroles du Roy Prophête
, dans le tems de fon
Sacre , action dont l'Orateur
fait le fond de ſon Exorde.
Ilcommencepar une courte
expoſition de la miſere des
Aoust 1715.
P
170 MERCURE
Rois , c'eſt à dire des obſtacles
qu'ils ont à vaincre pour leur
falut , les beſoins qu'ils ont
de ſe menager le ſecours de
Dicu par une ſage confiance.
C'eſt , ajoûta t- il , ce que fic dés
l'âge le plus tendre le SaintRoy
dont nous honorons la memoire ;
il amene la ceremonie du Sacre,
dont il tire le trait qui fuir.
Grand-Dieu , le croiroit- on , il est
àla vûë d'une Cour desplusfuperbes
raffemblée pour l'éleverau
Trône , &parmy tout ce fafte
il n'eſt occupé que des malheurs
de ſa condition , on lay met le
Sceptre en main& le Diademe
GALANT. 171
au front ,ſignes auguſtes de l'autorité
dont il commence à joüir ,
& dans ce pompeux appareil, il
nesonge qu'à l'usagequ'il doitfai
re desa puiſſance , &plus encore
au terrible compte qu'il faudra
vendre un jour au SouverainJuge;
tous les grands d'un puiſſant
Empirefont à ses pieds qui luy
jurent obéiffance , & au milieu
de ces hommages , il n'est frappé
que du ferment qu'il vient luimême
deprononcer entre les mains
duPontife du Dieu Vivant;Encore
une fois le croiroit-on d'un
Prince àpeine forti de l'enfance ,
ſi l'on ne sçavoit ce que peut la
Pij
172 MERCURE
grace deJ. C. dans un coeurqu'elle
previent. L'Orateur continuë ;
maisfans inſiſter davantage fur
cettepremiere action du jeuneLoüis
que je regarde&quejepoſe comme
le principe & le fondement
defafainteté, voyonsſeulement,
fipar laſuite ileût lieu d'en rougir,
& connoiffons aujourd'huy
ce qu'est un Souverain qui efpere
en Dieu&que Dieufoutient ,
ouplutôtque ceux là le connoiffent
qui veulent que l'Evangile ſoit
unobstacle àlagloire desPrinces ,
d'un costé par la droiture & la
moderasion qu'il exige ;de l'autre
par les sentimens modestes &les
GALANT. 173
** pratiques humiliantes qu'il prefcrit
: idée chimerique & deteftable
que l'exemple de Saint Louis
doit confondre , puiſque dans un
Regne des plus glorieux , il conferva
toûjours la fidelité d'un
Chrétien auſſi bien que la majesté
d'un Roy dans les plus profonds
abaiſſemens .
Le deſſein du Difcours ainfi
expofé , l'Orateur finit fonExorde
par un trait à Meſſieurs
de l'Académie Françoile , il y
rend hommage à ces hommes
illuſtres & s'humilie luy- même
à la vue de ſon ſujet , ſans que
ſa modeſtie luy fafſſerien per-
Piij
174 MERCURE
dre de la dignité d'un Miniſtre
Evangelique.
Plan general du Discours.
Il s'agiſſoit dans la premiere
partie de combattre l'erreur
de ces faux politiques qui veulent
que la droiture &la moderation
Evangeliques , commettent
l'autorité Royale en
expoſant les Souverains aux
entrepriſes étrangeres ou domeſtiques
; pour cela l'Orateur
expoſe cette droiture& cette
moderation pouffées au plus
haut point dans Saint Louis ,
GALANT. 175
Maiefté
&cependant Saint Louis par
ces vertus mêmes devenu les
délices de fon peuple & l'arbitre
des Puiſlances voiſines .
Dans la ſeconde partie , il
s'agiſſoit de détruire l'erreur
de ſes politiques prophanes
qui veulent que la Majesté
Royale ſoit incompatible avec
l'humilité chrétienne. L'Orateur
fait voir dans Saint Louis
l'humilité chrétienne pouffée
à fon plus haut degré , & cependant
Saint Louis leplus ref.
pecté Monarque qui futpeutêtre
jamais.
مه
P iiij
176 MERCURE
:
Plan particulier du Discours.
Dans la premiere partie l'Orateur
confidere Saint Louis
dans le gouvernement interieur
de ſes Etats , & dans ſa
conduite avec les étrangers.
Par rapport au premier objer,
l'Orateur montre la fidelité du
S.Roy,par tout ce qu'il fit pour
détruire les déſordres quiregnoient
alors,ſçavoir l'herefie,
l'uſure , la preuve par le duel ,
les guerres inteſtines , le blafphême
, la mauvaiſe admini
ſtration des Magiftrats , les
GALANT. 177
1
excésduClerge.Par rapport au
ſecond objet , la même fide
lité du Saint Roy eſt prouvée,
par fon attention genereuſe
àcalmer chez ſes ennemis même
des troubles dont il eûtpû
profiter , par les ceffions qu'il
fit de droits confiderables , ſoit
pour le repos de fon peuple ,
foit pour celuy de fa conſcience.
On juge bien que dans tout
ce détail, l'Orateur ne manque
pas d'oppofer à la fidelné de
Saint Louis , les détours iniques
de la politique humaine.
La ſeconde partie ne fut
qu'un détail conduit avec gra178
MERCURE
dation,des abaſſements de S.
Louis. Et Pattention de l'O
rateur ne parut autre , que de
fauver la Majeſté affiegée par
ees mêmes abaiſſements.
Lepremier que cite l'Orateur,
c'eſt le nom modeſte que S.
Louis aff croit avec complaifance,
dans toutes les occafions
où l'autorité ſouveraine n'étoit
point intereffée,rejettant
le titre de Roy, pour ne prens
dre que la qualité de Louis de
Poiffy, parce que c'eſtoit le licu
où il avoit reçu le Baptême.
L'Orateur parla enſuite de
cette familiaritédu Saint Roy
GALANT. 179
avec ſon peuple dans les Audiances
publiques qu'il donnoit
regulierement deux fois
la ſemaine le plus ſouvent
dans ſes Jardins , affis au pied
d'un arbre, puis il le confidera
dans ſes exercices de Religion,
aprés cela il le montra dans les
Hôpitaux & dans ſesArmées
rendant les plus bas offices aux
derniers de ſes ſujets ; enfin
il finit par cet abaiffement
que
que Dieu luy ſuſcita , c'est-àdire
par fa captivité chez les
Sarazins,& montra que laMajetté
Royale loin d'en avoir
été fletric ,n'avoit jamais paru
180 MERCURE
avec plus d'éclat , parce que
ces rigoureuſes épreuves dont
Dieuhonora ſes vertus n'ayant
pû ébranler ſa confiance , il
cût la gloire de ſe rendre fuperieur
à elles. Ce qu'on a dit
fuffit pour donner une idée generale
duDiſcours& l'on ne ſe
propoſe pas plus dans un extrait
, nous y ajouterons neanmoins
quelques nouveaux
diljoints, qui quoyque tirez de
leur place & privez de leurs
preparations , ne laiſſeront pas
de ſe faire fentir. Par exemple
dans la premiere partie , à pro.
pos de l'Ordonnance de faint
GALANT. 181
Louis contre lesJuifs , l'O ateur
adreſſe ainſi la parole à Dieu.
Grand Dieu , pouviez vous nous
faire un crime de l'horreur naturelle
que nous avons pour cetterace
perverse, meurtriere de voſtrefils,
quand elle n'auroitpas contre
ellece monstrueux attentat,ne meriteroit-
elle pas toute nostre execration
, par ce feul art quelle a
introduite de mettre à profit les
beſoins des hommes ; art funeste
Sur lequel les Chrétiens mêmes
n'ont que trop encheri , &qui
malgré les foins de nostre auguste
Monarque,fait aujourd'huy tout
lemalheur de cet Empire.
182 MERCURE
Autre exemple , à proposde
ladiſſolution du fiecle de ſaint
Louis , l'Orateur s'adreſſe à
Dieu& dit : Seigneur,fi j'ofois
vous interroger , pourquoy avez
vous permis qu'un fi bon Prince
fefoit trouvé dans un fiecle auffi
corrompu , & quel bien n'eût-il
pas fait au milieu d'un peuple
moins dereglé ? je me trompe ,
Meſſieurs , c'est dans ces fiecles
corrompus que les bons Princes
doivent naître , fans remonter
bien haut , quel eût été lefortde
cet Empire,fi dans la licencede
ces derniers tems,Dieu n'eût fufcité
le religieux Monarque qui
GALANT. 183
nous gouverne ; Pardonnez ,
Messieurs , ce feul mot que je
n'ay pû refuser à l'occaſion ,
ne craignez point que cedant à
mon zele ,j'entreprenne icy l'éloge
d'un Prince dont toute la gloire
vous est confiée qu'il n'ap.
partient qu'à vous de celebrer dignement
.
Autre exemple,à propos de
ceque fit faint Louis pour rétablir
l'ordre dans l'adminiſtration
de la justice. L'Orateur
apostrophe ainſi la France.
Non, heureuſe France, cen'est
plus le temps de brigandage où les
charges ne s'achetant qu'avec le
-
184 MERCURE
droit cruel deſe dédommager àfon
gré, ceux mêmes qui devoient te
proteger, te mettoient au pillage:
regarde les emplois quiſe donnent
leplus souvent gratuitement&
toûjours à des hommes dont le
Prince luy-même a éprouvé le
defintereſſement & la capacité.
Des Commiſſaires qui informent
par tout de la conduite desJuges
prevaricateurs qu'on force àrestituer
& qu'on depose : regarde
benis à jamais unMonarque
dont l'exemple , e.
Autre exemple : dans la ſeconde
partie , à propos de ces
Audiances publiques que faint
Loüis
GALANT. 185
Louis donnoit à les ſujets ,
l'Orateur dit. Eft cesa magnificence
qu'on honore ; quand vêtû
peut-estre plus fimplement que
ceux qui l'abordent pour luy demander
grace , il ne fefert des
Gardes qui l'accompagnentesque
fon rang exige, quepourfaciliter
l'accés aux fuppliants quand ilfe
dépouille luy même de sa grandeur
&previent avec bonté un
malheureux tremblant ? voyez
cependant ce ma heureux que la
crainte abandonne es que la venerationfaifit
,quise raſſureſans
ofer davantage , toûjours interdis
lar
d'autant plus qu'il croit voir
Aouſt 1715.
186 MERCURE
fon Souverain ſe rabaiffer pour
luy ; car voila , .
Autre exemple, dans la même
partic.
Aprés un détail pathetique
des abaiſſemens volontaires de
S. Louis , tels que d'aller dans
les Hoſpitaux ſervir des infir.
mes , d'appeller des pauvres à
fa table & de les aflocier aux
Grands qui l'environnent ;tels
que de ſervir ſes ſoldats malades
&de leur donner la ſepulture
aprés des batailles. L'Orateur
aprés tout ce détail s'écrie;
GrandDieu,eft ce un Roy queje
lo ë,goùtrouvericy laMajesté?
Meffieurs , reconnoiffez-làà tant
GALANT. 187
de malheureux qui le beniffent ,
encore plus à tant de courtiſans
qui l'imitent ; quelle pompe pour
un Roy Chrétien ? des miferables
que le Prince viſite &qui
ſe reprochent d'eftre moins humiliéque
luy , qui auparavant
impatients ,fâcheux, trouvent en
le voyant leur étatheureux, plus
confolezpar l'admirationqu'il leur
laiſſe que par les affiſtances qu'il
leur rend. Ce n'est pas tout ,des
Grands que la moleffe la vanivé
ont endurci pour le pauvre ,
Se rabaiffer cependant devant luy
fur l'exemple feul de leur Souverain,
dans un Hopital def188
MERCURE
cendre àdes Minifteres qu'ils ne
pouvoient envisager fans hor.
reur. Je vous enfaisJuges vous
mêmes , politiques mondain ,futiljamais
Roy plus respecté ?
C'eſt ainſi que l'Orateur
conclut aprés avoir justifié
tous les faits qui compoſent
'Hiſtorique de la ſecondepartie.
Que vous dirai je donc ? c'est
ainſi dans la Religion d'un Dieu
crucifié , que ce qu'ily a de plus
vil en apparence , est vrayement
grand,&au- deßus de ce que te
monde a de plus grand '; c'estainsi,
parmy des Chrétiens , qu'unRoy,
que l'humilué distingue ,ne sçauroit
manquer d'être respecté ,
GALANT. 189
1
plus respecté mille fois qu'un
Prince Juperbe qui
faste pour majefié.
na que le
On ne doute pas que Merfieurs
de l'Académie n'ayent
adopté ce Diſcours pour en
faire part au Pubic dans leur
Recueil ; il a fingulierement le
merite de la nouveauté , & cec
merite eft granddans un ſujet
que tant d Orateurs ont traité.
Qui ne feroit tenté de croire
qu'on a épuilé toutes les combinaiſons
de ce ſujet, mais rien
n'eſt jamais épuisé pour un genie
original. L'Hiſtoire de faint
Loius eft la matiere commune
de ſes Panegyriftes , & elle ne
1,0 MERCURE
peut varier pour eux ; mais ce
fonds hiſtorique même qui ne
peut varier effentiellement
prendra à l'infini des formes
neuves , manié par des hommes
de genie; ils font rares,ces
hommes de génie , & je n'accorderaypas
ce titre à cesOrateurs.
Evangeliques dont tout
l'art eft de couvrir d'expreffions
neuves les larcins qu'ils
ont faits à un homme illuftre,
quand je reconnois dans un
Sermon le plan general , la
diſtribution & l'ordre d'un
Sermon anterieur , je ne me
perfuade pas aifément qu'une
GALANT. 191
reſſemblance ſi marquée ſoit
un jeu du fort , il n'y a qu'à
lire tous les Orateurs dont les
Sermons ont eſté imprimez
depuis un demy fiecle , on les
verra preſque tous s'entrefuivre
fur les mêmes ſujets d'une
maniere fimarquée , que fil'on
ne ſuppoſe pas un commerce
fort familier entr'eux ; j'ay
peineà concevoir comment le
hazard a pû faire tant & de fi
grands miraclesdereſſemblance
dans leursOuvrages.
Le même jour la diſtribution
des Prix ſe fit ſelon la mamicre
accoûtuméc. M. Roy
192 MERCURE
connu avec dittinction dans le
monde par fon eſprit& par le
merite de les Ouvrages , y fut
couronné deux fois , il en remporta
le prix de l'Eloquence &
celuy de la Poefie , ce qui ne
s'eſtoit encore jamais veu.
Nous reprendrons avec votre
permiffion cet article un peu
plus loin.
Le foir il yeûr grande illuminarion
&un concert magnifique
à l'honneur duRoy,dans
le Jardin des Tuilleries.
Ilme prend ſubitementune
faillic d'érudition que je vous
pric
L
CALANT9
prie de ne pas refuſer. Cen'eſt
pas fur le Bouquet que je vous
preſente à lire , que je veux
raiſonner , mais fur le Portrait
dont il eſt ſuivi.dalma 2
BOUQUET DE M. D. M.
Madame V.
20
ENVOY
En vain on cherche dansfa
refte
De quoy faire àLife un bouquet
Peut-on tuy donner pour ſa feſte
Rien de plusbeau que fon Portrait.
Aouſt 1715 . R
:
494 MERCURE
Portrait de Madame V.
Lifette a le coeur commeAffréc.
Sur le moule de Citherée ob
Le Ciel fit sa taille&fon air ,
Et ce qui part de son genie01
Se reffent dufel delaMer
Dont cette Déesße estfortie.
ॐ
La querelle des Anciens &
des Modernes fait un vacarme
enragé dans la Republique des
Lettres. Je ne ſçay pas encore
bien pourquoy , quoique tous
les incidents de ces procés
m'ayent paffé par les mains ;
cesipro
τιλιού
GALANT. 195
mais je vous réponds , Monſieur,
que l'Auteur du Portrait
que vous venez de lire, eſt un
francModerne , homme d'ef.
prit ,plein debon ſens,& qu'il
a toutes les qualitez requiſes
pour la ſocieté,cependanton
peut luy reprocher qu'il doit
aux Anciens qu'il n'a jamais
lûs (& j'en jure ) la penſée qui
fait l'ornement de ſon Portrait
; en effet cette penſée en
vers de Moiſant de Brieux , eft
tres-belle , & digne des Anciens
.
Luſuſque falesque
Sed lectos pelago, quoVenu
fales. Rij
:
196 MERCURE
Cette penſée qui eft affeurement
tres- belle, eſt auſſi tresancienne
; puiſqu'elle eſt de
ſeize cent & tant d'années ,
érant de Plutarque qui pourroit
bien l'avoir tirée de plus
loin. C'eſt dans ſa comparaifond'Aristophane
& de Menandre
en ces termes ..... Je
laiſſe le Grec , quoique j'en
ſçache affez pour le lire , &
quelquefois pour l'entendre...
Les Comedies de Menandre, ditil
, tiennent d'un fel naturel&
divin , comme venu de cette Mer
qunaquirVenus. Le premier que
je'ayeche qui depuis Plutarque
GALANT. 197
l'ait employée ſans luy en fairehonneur
, c'eſt Politien, Lettre
6. du 1. 3. écrite ſuivant
toutes les apparences au mois
de Juillet 1485.Acer illifermo,
&gravis , dit il , en parlantde
Laurent de Medicis , & cum
res poftulat , falibusfcatens ,fed
ex illo mari collectis exquo Venus
eft orta. Daniel Heinfius , qui
comme Politien, ne manquoic
pas de l'avoir lûë dans Plutarque,
a dit dans ſa Differtation
touchant Plaute & Terence.
Qui quidem joci in hoc Afro (nifi
Lælio eapotiùs , ac Scipioni tribuendos
putes ) &Menandro ,ſi
Riij
198 MERCURE
judicium Horatii , & Antiquorum
ſequimur , ex codemſale , è
quo nata Venus eft , depromti videntur.
Jacques Moiſant , ſieur
de Brieux , ( c'eſt ainſi qu'il ſe
nommoit ) eſt venu enfuite ,
&enfinM. Menage en cet endroitde
ſonEpigrammeGrecque
à M. Colbert , touchant
le pere de l'illuſtre Madame
Dacier... Autre citationGrec.
que queje fupprime , & qu'on
pourroit ainſi traduire :
Omnia quæ fcribit fale tingere
doctus : at illo
Ex undis lecto, queis Venus orta,
fale.
THEQUE LE
GALANT9
Victorius dédiant
*
dinalCharles Borroméc leTerence
de Faernus , avoit dit en
1565 citant Plutarque tout
au long : Affirmat Plutarchus
Aristophanis fales, cùm amari &
asperi fint , vim quendam exulcerandi
, mordendique habere:contra
autem Menandri fales , ita
lepidos ac venustos effe , ut exillo
ipfo Mari , unde Venus orta eft ,
nati eße videantur. Quelque belle
&fine au reſteque ſoit cette
penfee,ufée aujourd'huy comme
elle eft , on n'oferoit plus
la répéter. Jay pillé ces ſçavantes
remarques quelque part
Riiij
200 MERCURE
fans doute , mais vous ne m'êtes
pas moins obligé de la peit
ne que j'ay priſe de les piller
pour vous en faire part ; au
reſte j'ay cu mes raiſons pour
le faire , & celle- cy me difpenſe
des autres. J'ay voulu
vous prouver que les Modernes
ſe rencontroient ſouvent ,
&fans peine avec les Anciens ,
ſans lesavoir lûs : Il eſtcependantbonà
tout le monde , &
neceſſaire à quelques- uns deles
lire. Changeons maintenant ,
s'il vous plaît , de matiere &
d'objets. Il y a fix mois que le
procés d'Homere nous occu-
Л
A
GALANT 201
pe , je n'en ay pas été faché ,
mais je vous proteſte queje ne
vous en parleray plus , fitoft
que j'auray fait paffer le nouveau
Bouclier d'Achille en re
veuë. En attendant' , fuivez-l
moy , fi le coeur vous en dir.
Je croy Monfieur , qu'il n'y
aura rien de plustouchant pour
vous dans toutce volume que
jevous adreſſe , que la funeſte
nouvelle que je vas vous con-
Il y a long temps que j'ay
oûy dire (& je n'ay jamais reçû
cela comme article de foy )
qu'il étoit beaude mourir pour
202 MERCURE
cequ'onaime :Je ne doute pas
quevousn'ayez étéſur ce point
auſſi incredulequemoy. Eraquo
vous n'ayez traité de pure vip
fion de la part d'Ovide la F1
ble du malheureux Iphis quife
pendit pour l'ingrate Anaxa
reite , que les Dieux, qui n'almoient
pas les cruelles ,metamorphoferent
en rocher pour
la punir de ſa cruauté. Vous
pouvez même avoir appris l'avanture
d'un Cavalier François
, qui , au dernier Siege de
Lifle , voulant donner une
grande preuve d'amour à fa
fiere Mattreſſe qui ſe piquoit
GALANT. 203
trop longtems à fon gre , de
douter de l'excés d'une paf
ſiondont illuy avoit fait mille
ferments , tira pour rire fon
épée à ſes yeux , s'en bleffa.
plusqu'il nevoulur,& en mourut
ſerieuſement au bout de
quatre ou cinq jours. Cette
mort eft encore riſible ; mais
celle que vous allez lire ne l'eſt
pas. En voici l'hiſtoire.
Un jeune habitant de la Villede
Bourges épris d'une forte
paffion pour une perſonne
qui n'en valoit pas lalpeine ,
s'étant , fur la parole de ſes
parents , flatté d'en être bien-
1
204 MERCURE
A
,
tôt l'heureux & legitime pofſeſſeur
ſe la vit enfin ſouflerount
beau jour par les
foins d'un Rival aimé. Allarmé
de cette affreuſe nouvelle
, il court au logis de
fon infidele Mattreſſe , il em
ploye tous les termes que la
douleur peut luy mettre à la
bouche pour luy reprocher la
perfilie, l'ingrate l'écoute avec
une negligence qui l'affaffine ,
la rage s'empare de ſes ſens , il
briſe les miroirs , il fracaffe une
partie des meubles, & en jette
l'autre par les fenêtres ; enfin
ne trouvant plus ſur quoy
A
GALANT: 205
au
exercer le reſte de ſon cour
roux,il monte genereuſement
grenier , il attache àune
bonne folive une corde dont
il eſt ſûr ,&s'y pend tant que
mort s'enfuit. L'Hiſtoire eft
fraîche & vraye. Faites y vos
reflexions à voſtre aiſe , Monſieur
,& lifez les miennes.Ce
jeune homme étoit un franc
for ,& fi dans ſon defeſpoir il
avoit confulté Mercure , il luy
- auroit bien appris ce qu'ilavoit
à faire , & il n'auroit pas manqué
de luy dire ces mots qui
font àmon gré fort confolants.
Nous sommes tous deux
204 MERCURE
àpeu prés dans lemême cas , cher
camarade d'infortune, & malbeureuſes
victimes d'un cruel
amour, avec cette distinction pourtant
que vous viſezà l'hymen ,
queje n'y visepas. Une belle
Marie-Annede qui j'étois éperduement
amoureux ily a buit
jours , er qui m'avoit juré cent
fois de n'aimer que moy le refte
de ſa vie , m'a fait une horrible
infidelité; je l'ayſurpriſe avec un
magot plus richeque moy;ce rendez-
vous avec son nouvel Amant
s'étoit mal à propos donné
dans ma maison ,oùje les ayvûs
... C'esttout vous dire , ily
GALANC. 207
1
adans le monde cent mille exemples
de ce que j'ay vû. Fay entré
doucement dans la chambre parle
moyen d'une clef que je portois
précieusement dans ma poche , je
n'ayfcandalisé ni mes voisins , ni
mon rival,ni ma Maîtreffe , au
contraire je les ay felicitéfur les
douceurs de leur union ,&je les
ay mis doucement , dans le par
fait negligé où ils étoient , à la
portede la ruësoù ,pourſe retirer
où ils jugeroient à propos , je leur
ay laiffé la liberté de se fervir
d'un Fiacre qui m'avoit amené
chezmoi. J'aile mêmeſoirfoupé
avec mes amis , je leur ay conté
208 MERCURE
4
monhiſtoire avec la meilleurebumeurdu
monde, &jeſuis àloüer;
je ne croy pas à vous dire le vrai,
qu'ily ait grande preſſe à qui
maura; mais telest mon heureux
temperament,&comme dit fort
sbien Arlequin:Je ſuis . Jesuis.
Jesuis Magdelon Friquer ,&c.
Voila ,Monfieur , ce queMercure
luy auroit dit , & ce qu'-
affeurément nous avons à luy
reprocher tousdeux de n'avoir
pas fait. Mais cette avanture
eſt trop triſte ,& je ſens que le
recit que je viens de vous en
faire m'affligeroit tout de
bon, fi je he vous en contois
vite une autre.
MoGALANT.
209
Mogré bleu de l'Amour ,
ce petit tracaffier prend plaiſir
à broüller tous les jours la
moitié du monde.
Dans une belle & grande
Ville que vous ne connoiſſez
aſſeurément pas fi bien que
moy, ſoit dit ſans vous offenfer
, deux Dames jalouſes chacunes
de leurs maris , & de
leursAmants , ont depuis peu
un procés qui fait grand bruit.
L'une de ces Dames vit il y a
quelques jours dans unenombreuſeAſſemblée
ſa rivale trop
fiere apparemment de la victoire
qu'elle, remportoit fur
Aoust 1715 . S
210 MERCURE
elle ; fa contenance orgueilleuſe
la defefpera , elle luy dit
des injures ,& des injures elle
paffa aux voyes de fait ; enfin
on les ſepara. Je ne ſçay ſi les
maris & les Amants ont pris
parti dans la querelle de leurs
Dames; mais je ſçay bien que
l'affaire pend au plus nobleTribunal
de France. Voici encore
une avanture, Monfieur, pour
ce mois-cy , vous n'en aurez
pas d'avantage.
Une jeune Dame de Paris
auſſicoſt mariée que fortie du
Couvent , fit il y a environ
quinze jours une partie deplai-
A
GALANT. 211
|
1
1
fir (dans la Ville de Nantes où
elle reſide ) avec des Dames &
des Cavaliers de ſes amis ; fon
mary même en fut. Lerendez
vous fut à l'Hermitage , c'eſt
une promenade à un quart de
licuëde laVille.ToutelaCompagnie
aſſemblée , on imagina
tout ce qu'on pût imaginer
pour ſe réjoüir: aprés bien des
amuſements differents , &fur
tout aprés avoir fait grande
chere , l'Epoux de la Dame ,
homme jovial , s'avila d'un
plaifant moyen de divertir les
convives. Il alla parler en ſecret
au Maistre de la maiſon ,
Sij
212 MERCURE
en qui il connoiſloit de grands
talents pour le deffein qu'il ſe
propoſoit. Il luy dit le rôlle
qu'il devoit joüer ,& le pria
de ne rien épargners pour en
fortir à fon honneur. Cer
Hofte eſt un homme connu!
de tout ce qu'il y a de gens qui
ont été en Bretagne. Il a un
fond de belle humeur qui eſt
inépuisable ; it boit &mange
plus que quatre autres , & fair
de fon eftomac tout ce qu'il
veut. Il a de plus un don de nature
qui l'a fait furnommer
Ventriloque , c'eſt à-dire , qu'il
parte (fil'on peut employer ce
GALANT. 213
(
terme) du ventre. Je m'expli
que , il ſemble quand il veut fe
fervir decette façon de parler
qu'il roule ſes paroles dans ſa
poitrine ,& qu'elles en fortent
comme si elles vehoient de
vingt pas loin des perfonnes
qui font auprés de luy , fans
qu'on puiffe jamais s'imaginer
que celt luy qui parle. Ce M.
Ventriloque, dis-je , fut inftruit
par le mary de la jeune Parifienne
d'une partie des avantures
des Dames de laCompagnie.
Avec les inftructions il
monta à la chambre où étoit
l'Aſſemblée ; mais au lieu d'eti
214 MERCURE
ſuivre un teul mot il ſe mit en
teſte , aux dépens de quelques
Hiſtoriettes qu'il ſçavoit,parce
que tout ſe ſcait , de déconcerter
l'Epouſe même de
celuy qui luy avoit fait fa leçon.
Et voicy comme il s'y
prit. Il cût à peine avallé trois
ou quatre verres de vin , que la
jeune Dame s'entendit appeller.
Elle fut fort furpriſe , parce
qu'elle ne voyoit d'aucun
coſté d'où pouvoit venir la
voix de celuy qui l'appelloit.
Un moment aprés le même
fon frappa ſes oreilles, intri
guée de plus en plus elle cherGALANT
22
15
E
che dans la maiton , deſcend
dans le jardin , & remonte àla
chambre toute eſſouflée , ſans
avoir pû trouver perfonne. A
la fin laſſede ce manege , elle
ſe met dans une prodigicuſe
colere ; mais elle s'entend encore
appeller. He bien , dit el.
le, qui que tu fois qui m'ap.
pelle ,Ange, Diable , homme
ou femme , que me veux-tu ?
alors la même voix loy recite
pluſieurs endroits de fa vio,
elle l'accuſe d'avoir eu une intrigue
au Convent , elle s'y
perd , la frayeur s'empare de
216 MERCURE
ſes ſens ; enfin elle avoie en
tremblant , qu'il est vrai qu'un
Capitaine Suiffe luy a fait l'amour
, qu'elle y a répondu ,
qu'elle l'a vûlongtems ,&qu'-
elle a en un mot compté de
l'époufer , juſqu'au jour que
l'avarice de ſon pere l'a facri
fiée aux richeffes de ſon époux
qui eſt témoin de cette belle
Scene. Le mary confus dure .
eit de ce petitdérailqu'il igno.
roit , demeure immobile , &
jure de ſe vanger du Maiſtre
du Cabaret qui venoit de luy
joüer ce vilain tour qu'il luy
gardoiz
GALANT. 217
:
1
gardoit depuis longtems; mais
il s'en mocque ,& je ne doute
pas que vous ne vous en mocquiez
auffi .
Je penſe , Monfieur , que
voila affez badiné ſur les intrigues
du temps , paſſons à prefent
, s'il vous plaiſt , à quelque
choſe de plus ferieux . Pluſieurs
Mariages de perſonnes
de diſtinction s'offrent à propos
à mes yeux , trouvez bon
que je les preſente aux voſtres.
MARIAGES.
Jean - Joachim Roüault ,
Acust 1715 . T
218 MERCURE
Comte de Cayeu , Mettre de
Camp de Cavalerie , a épousé
Mademoiselle de Pomponne
le 25 Juin 1715. Il eſt filsde
Claude Jean Baptifte HyacintheJoachin
Rouault , Marquis
de Gamaches , Lieutenant General
des Armées du Roy , Seigneur&
Gouverneur de ſaint
Vallery ſur Somme & du Païs
& Rocq de Cayeu , &c . & de
Loüife Magdelaine de Lomenie
de Brienne , fille, petite fille
& arriere petite fille de Secretaire
d'Etat.
Je ne donneray point la Genealogie
de la Maiſon de
GALANT. 219
1
A
Rouault qui eſt tres-connue ,
& ſe trouve dans pluſieursAuteurs.
Je diray ſeulement que
cette Maiſon eſt ſi ancienne ,
que l'origine en eſt inconnuë :
elle a paru en France avec éclat
ſous les Regnes deCharles V.
& de Charles VI. Triſtan
Rouault épouſa en 1376. Peronnelle
Vicomteſſe de
د
Thoüars , fille aînée de Loüis ,
Vicomte de Thoüars , & de
Jeanne II . du nom , Comteffe
de Dreux. Il fut un des
grands Seigneursdu Royaume
&tint le rang de Prince à la
Cour & dans les Armées. Il
plus
Tij
220 MERCURE
mourut fans pofterité & fit
épouſer à ſon frere André
Rouault Anne de Châteaubriand
, cadete des Ducs de
Bourgogne ; & Peronnelle de
Thoüars donna par ſon Teftament
aux enfans d'André
Rouault ſes neveux , la Terre
de Gamaches ſituée en Picardie
, que cette Maiſon poffede
encore aujourd'huy. Le même
André Rouault rendit de
grands ſervices au Roy dans la
guerre de Guïenne contre les
Anglois,
En l'année 1379. il fut fait
Gouverneur de Charles deBer.
GALANT. 221
ry , petit fils du RoyJean. Joachin
Rouault , Seigneur de
Boifmenard ,de Gamaches ,
Fronſac & Helicourt , Chevalier
de l'Ordre du Roy , grand
Ecuïer de France , Connêtable
de Guïenne & Maréchal de
France , deffendit la Ville de
Paris à la guerre du bien public
contre leComtedeCharollois,
& en fut fait Gouverneur en
1465. Il fut un des Seigneurs
qui deffendirent la Ville de
Beauvais en 1472. & en cût le
Gouvernement. Ilacquit beaucoup
de gloire à la conqueſte
de laNormandie en 1449. &
Tij
222 MERCURE
de
principalement à la priſe des
Villes deS. James, de Beuvro
Coutance , S. Lo , Carentan ,
& de Caën , & à la Bataille
Fourmigny. Il ſe ſignala auſſi
àla conqueſte de la Guïenne&
au ſiege qu'il fir de Castillon
en Perigort , où il défit le fameux
Talbot en 1453 Nicolas
Rouault premier du nom ,
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
embraſſa le parti des Hugue-.
nots où il ſe ſignala & s'y
rendit recommandable : il fut
un des quatre Seigneurs à qui
le Roy Charles IX ſauva la
vie à la faint Barthelemy en
,
GALANT. 223
1572. Il étoit ayeul de Nicolas
Joachin Rouault , Marquis
de Gamaches , Chevalier des
Ordres du Roy& Lieutenant
General de ſes Armées , qui
avoit eſté Vice-Amiral
avoit épousé en 1642. Marie
Antoinette de Lomenie de
Brienne , fille , petite fille &
foeur de Secretaire d'Etat.
,
&
Le Marquis de Gamaches
d'aujourd'hui , pour lorsComte
de Cayeu aprés la mort du
Marquis d'Arcy , fut choifien
1695. par le Roy pour eftre
auprés deS. A. R. Monfeigneur
le Duc de Chartres , à preſent
Tinj
224 MERCURE
Duc d'Orleans , & apres le de.
cés de Monfieur , Frere unique
du Roy en 1702. Sa Majesté le
mit auprés deMonſeigneur le
DucdeBourgogne depuisDau
phin , où il eſt reſté juſqu'à la
mort de ce Prince.
Mademoiselle de Pomponne
Catherine Conſtance Emilie
Arnauld eft fille de Melfire
Nicolas Simon Arnauld
dePomponne, Chevalier Mar
quis de Pomponne & de Palloiſeau
, Sire & Baron de Ferrierres
,&Chambroys en Normandie
, Lieutenant General
د
pour le Roy au Gourverne-
:
مه
GALANT 225
:
mentdes Provinces de l'Ile de
France , & Soiffonnois, Brigadier
des Armées de Sa Majefté.
Mademoiselle la Marquiſe
de Pomponne ſa mere ſe nom.
me Conſtance de Harville de
Palloiſeau , & eft fille dedeffunt
Meffire François deHarville
des Uiſins , Marquis de
Palloiſeau & de Treſnel , Seigneur
de Douë, Marefchaldes
Camps & Armées du Roy ,
Gouverneur des Ville & Citadelle
de Charleville , &
Mont Oympe,morteen 1701
Mademoiselle de Pomponne ,
aujourd'hui Madamela Com226
MERCURE
teffe de Caycu , eſt fille unique
, n'étant reſté qu'elle ſeule
d'enfans à Monfieur ſon
pere, de ceux qu'il a eu deMadame
ſa femme ; elle eſtpetite
fille de Meſſire Simon Arnauld
Marquis de Pomponne
Miniftre & Secretaire d'Etar ,
Sur Intendant General desPoſtes
& Relais de France , mort
à Fontainebleau le 26. Septembre
1699. & par confequent
niece de Madame la
Marquiſe de Torcy,femme de
Monfieur le Marquis de Torcy
, aujourd'hui Miniſtre &
Secretaire d'Etat , &de Mon-
(
GALANT . 227
ſieur l'Abbé de Pomponne ,
Conſeiller d'Etat, cy - devant
1 Aumônier du Roy , & Ambaſladeur
à Veniſe .
Monfieur le Marquis de
Pomponne , pere de Madame
laComteſſe de Cayeu, avoit
un frere puiſné , Antoine Joſeph
Arnauld nommé le Chevalier
de Pomponne, mort à
Mons en 1693. étant Mestre
de Camp du Regiment deCavalerie
de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & Inspecteur
General de la Cavalerie : il
avoit commandé auparavant
un Regiment de Dragons qui
portoit ſon nom.
1
228 MERCURE
4 La Maiſon de Pomponne
eſt ſi connuë , & il en eſt parlé
dans tantdedifferens Livres,&
de Dictionnaires , qu'il feroit
inutile d'en parler ici plus au
long. Je me contenterai dedire
qu'elle eſt ancienne par la
nobleſſe originaire d'Auvergne
& illuftre par les gens diſtinguez
en merite qu'elle a
produits qui ont fervi fidelle
ment nos Rois , & l'Etat dans
differens employs, tant d'Ambaffades
queMilitaires, yayant
cû pluſieurs LieutenantsGeneraux
des Armées , dont deux
Generaux des Carabins,Pierre
GALANT. 229
Arnauld & Ifaac Arnauld , le
premier , Pierre Arnauld étoit
auſſi Meſtre de Camp du Regiment
de Champagne , &
Gouverneur du Fort Louis, de
la Rochelle, ſous le Roy Loüis
XIII . lequel Pierre Arnauld
mourut en 1622. avant la reduction
de la Rochelle , qu'il
tenoit ferrée par ſon Fort.
Le ſecond Ifaac auffi General
des Carabins , Gouverneur
de Philſbourg , Dijon ,
& faint Jean de Laune, &Colonel
d'un Regiment d'Infanterie.
1
La Maiſon de Harville de
230 MERCURE
laquelle Madame la Marquiſe
de Pomponne eſt fortie , eſt
trés ancienne & illuftre, ayant
- pluſieursChevaliers desordres
du Roy , Gouverneurs de Calais
, de Compienne , & Vice-
Amiraux de la Manche: elle eft
continuée par Monfieur le
Marquis de Treſnel , frere de
Madame de Pomponne, LieutenantGeneral
des Armées du
Roy, & premier Sous Lieutenant
desGendarmes de la Garde
de Sa Majeſté ; il joint au
nom de Harville , celui des
Urſins , à cauſe de la ſubſtitution
faite par François desUrGALANT.
231
1
2
fins dernier du nom, àFrançois
de Harville Ma quis de Palloiſeau
fon petit neveu, pere
de Monfieur le Marquis de
Treſnel d'aujourd hui.
Achille Baltazard de Fourcy
Confeiller auParlement,fils de
MeffireHenry deFourcyChevalierComte
deCheffy,ancien
Preſident des Enquêtes , Prevoſt
des Marchands, Conſeiller
d'Etat ordinaire & d'honneur
au Parlement de Paris , &
de Dame Magdelaine Boucherat,
fille de Monfieur le ChancelierBoucherat
; a épouſéle...
Damoiſelle Marie Françoiſe
232 MERCURE
Thereſe Langlois , fille de
Meffire Pierre Langlois, Preſidentde
laChambre des Comptes
deParis , & de DameMarie
Loü ſe Thereſe Humbert.
Il reſte à M. de Fourcy
une belle foeur , dont la fille
aiſnée a épousé le Marquis de-
Puyſegur ; un frere Abbé ,
Chanoine de Noſtre - Dame
deParis , Conſeiller honoraire
au Parlement de Paris : un
autre Docteur de laMaiſon de
Sorbonne , Abbé de Saint
Vandrille ; & une ſoeur qui a
épousé M. de Fieubet , Maitre
des Requêtes , dont le fils
aifné
GALANT. 233
-aiſné a épousé Mademoiſelle
du Moulin , & la fille a époufé
le fils de M. le Préſident Gilbert
Voifin.
-
Les Alliances de Fourcy du
coſté de M fon pere , font;
Madame la Preſidente de
Menars , Meſſicurs de laGrange
, M. le Marquis de la
Vrilliere , Secretaire d'Eftat ,
Meſſieurs Molé , Meſſieurs de
de Bailleul , Monfieur le Marquis
d'Effiat , Monfieur le
Duc de Mazarin, Meſſieurs de
Salins & autres.
Et celles du coſté de Madame
fa mere, font: Madame de
Août 1715 . V
C
234 MERCURE
Morangis , Madame de Harlay
ſes foeurs toutesdeux auſſi
filles de Monfieur le Chancelier
Boucherat , Meſſieurs de
Machault , Meffieurs Pajot &
autres.
Meffire Thomas le Gendre
deCollande , ancien Brigadier
des Armées du Roy , & Colonel
du Regiment Royal des
Vaiſſeaux , a épousé le 12. de
cemois Damoiselle Marguerite
Catharine Magdelaine de
Voyer dePoulmyd'Argenfon,
fille de M. fire Marc R né de
Voyer de Paulmyd'Argenſon,
Confeiller d'Etat ,& deDame
GALANT. 235
Marguerite le Febvre de Gaumartin.
,
M. Bernard , Maistre des
Requeſtes , fils aîné de M. Bernard
, Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel a épousé
le 12. de ce mois dans l Eglile
de ſaint Sulpice , Mademoiſelle
de laCofte , fille aînée
de M. leMarquis de la Coſte ,
d'une trés bonne & ancienne
- Maiſon du Poitou , alliée aux
meilleures Maiſons de France ;
la noce s'est faite chez M Bernard
, Chevalier de l'Ordre de
S Michel , avec beaucoup de
magnificence, tant par la gran-
Vij
236 MERCURE
deur du repas que par l'illuſtré
Compagnie qui étoit compo--
fée de parens & d'amis du plus
hautrang.
Si l'Imprimeur de l'Académic
n'avoit pas un droit incon
teſtable ſur tous lesOuvrages
qui en fortent , je ne balancerois
pas à vous donner une
copie entiere des deux Picces
de M. Roy , & je ne vous prierois
pas , comme je le fais , de
n'en attendre de moy que des
extraits.
Je vous laiſſe , Monfieur ,
faire toutes les reflexions qui
GALANT 237
vous conviendront ſur le Difcours
qui a remporté le Prix
de l' Eloquence ; on croiroit
peut être , ſi je m'étendois fur
les figures magnifiques & fur
les reſpectables citations dont
eſt enrichi le Sujet propofé, où
il s'agiſloit de prouver les inconvenients
de la richeße , non-
Seulementfelon l'Evangile; mais
encore felon les Philosophes
Payens , &dont voici letexte :
Va vobis divitibus. Luc. VI. 24.
Que j'aurois envie de me feliciter
moy- même du bonheur
que j'ay de n'être pas riche ;
mais à Dieu ne plaiſe. Ainfi
238 MERCURE
trouvez bon que je vous ren
voye au Libraire qui debite ces
pieux Ouvrages , ſi vous avez
envie de les lire. Pour lOde
de la façon du même Auteur ,
qui a été couronnée comme ſa
Profe , je vous diray , qu'aprés
la premiere Strophe que j'en
retranche(malgré ſes beautez)
à la confideration de M Jean-
BaptisteCoignard, Imprimeur
de l'Académie Françoiſe , il
continue en ces termes :
Quelle implacable Furie
Maiſtriſoit tout l'Univers ?
Contre nous & l'Iberie
S'a moient cent peuples diu rs.
1
GALANT. 239
Jamais le Dieu de la guerre
N'avoit donnéſur laterre
Tant de ſpectac'es d'horreur :
Jadis par moins de carnage
Rome, lafiere Carshage
Signalerent leurfureur.
f
Que la Fortune conduise
Toussles pas de nos guerriers,
Leur triomphe nous espuiſe;
Nous payons cherles Lauriers.
Que vois-je ? des champs ſteriles,
L'effroy ,le deüil dans lesVilles,
Les travaux abandonnez :
Les Arts ,&les Loix periffent,
Themisfuit, les Dieux gemiß.nt
Sur leurs Autels profanez. **
* Sacrileges des Fanatiques.
1
1
240 MERCURE
C'est en vain que nôtre monde *
De l'autre attend les threſors ,
Un orage éternel gronde
Sur lamer, &dans les ports.
Quel Dieu contre nous conſpire ?
Que dis-je ?Thetis ſouſpire
Du débris de nos vaisseaux.
Mortels , vostre aveugle rage
Vous a derobé l'usage
Etde la terre &des caux.
ॐ
OPaix , l'Europe en allarmes
N'efpere plus ton retour ;
Elle a méprifé tes charmes ,
Tu te vangesà ton tour.
Mais parmi tous ces rebelles ,
1
*Commerce interrompu.
१०
: Si
GALANT. 241
Si des mains pures , fidelles
Refſtabliſfoient tes autels ! ..
Vien les habiter encore ,
Et pour LOUIS qui t'implore ,
Fai grace àtous les mortels.
Par quel noble Sacrifice
Payera- t'il tes bienfaits ?
- Veux tu voir desaJustice
Ses ennemissatisfaits ?
Crain- t'on cette Fortereffe *
Des ondes fiere Maistresse ,
Seure retraite deMars?
Que la France s'en départe ;
Illuy ſuffit , comme à Sparte ,
D'avoirſes Rois pour remparts.
* Dunquerque.
Aoust 1715. X
242 MERCURE
Aprés d affreuſes tempestes ,
L'air s'eſclaircitànosyeux.
Tout estchangé. Surnos teftes
Vois-je rouler d'autres Cieux ?
Endépofant le tonnerre ,
LOUIS raffermit la terre,
Qu'eſbranlerent tant de coups :
Etsoussa main vigilante ,
L'Olive , àmeurir moins lente
Vafructfier pour nous.
BientoftCerés raßeurée
Contre d'injustes efforts ,
Ainsiqu'au fiecle de Rhée ,
Multipliera fes threfors.
LesArts,lesTravauxfertiles
Desja raniment'es Valles
GALANT. 243
Trop heureuse activité!
Ta recompense est certaine :
Lebeſoinfera la peine
De laſeule oiſiveté.
Mercure paroist ,il donne
Leſignal à cent climats ;
LaFoyfacompagne ordonne
- Que Plutusſuiveſes pas.
Neptune n'a plus de chaiſnes ;
Auxplages les plus lointaines
Les chemins nousfont ouverts.
Paixfeconde ,&falutaire ,
Regne,puiffes-tu nefaire
Qu'un peuple de l'Univers !
Maisla plus noble richeffe
A
Xij
244 MERCURE
Abondera dans nos murs
Pournous s'enfle le Permeffe ,
Il roule des flots plus purs.
Que le monde entiery puiſe ;
Qu'icy l'estranger s'inſtruiſe
Par nos chef- d'oeuvres nouveaux.
Et vous Filles de Memoire ,
De LOUIS chantez lagloire ,
C'eſt l'ame de vos travaux.
ॐ
Priere pour le Roy.
O Ciel daigne nous entendre ,
De LOUISfois leſouſtien.
Puiffe ton amourluy rendre ,
GALANT. 245
Ceque nous devons aufien.
Quefous fes regards meuriſſe
CeRoy,que le Ciel propice
Referve pour nos neveux :
Digne Eleve d'un tel Maistre ,
Qu'ilfaffefon bonheur d'eſtre
Le Pere d'un peuple heureux .
Le ſujet de cet Ole étoit
Sur les avantages de la Paix
l'obligation que nous avons au
Roy de nous l'avoir procurée.
Vous me direz peut eſtre ,
Monfieur , que voila une nouvelle
maniere de faire des extraits
des Ouvrages d'eſprit : je
le ſçay bien; mais que voulez .
Xiij
246 MERCURE
vous queje vous réponde à cela
, finon que je n'ay ni l'audace
, ni le loiſir de m'y prendre
autrement & que Mer.
ſieurs les Auteurs ne ſe plaignent
que trop ſouvent de la
liberté que je me donne de faire
des extraits de leurs Ouvrages.
د
Reprenons pour quelques
moments, s'il vous plaît,Monfieur
, les affaires du monde.
LeRoy a fait à Marly le 5 .
de ce mois , un remplacement
dans les Officiers de la Marine .
Le Cordon rouge de feuMr.
;
GALANT. 247
Ducafle , a etté donné auMarquis
de Coëtlogon , dont le
Cordon aeſtédonné au ſieur
de la Harlteloir. Le Marquis
d'Aligre de S. Lié a eſté fait
Lieutenant General. Les ſieurs
du Queſne- Mounier, des Nos,
Comtede la Luzerne, duGuay.
Troün , & de Court , ont eſté
faits Chefs d'Eſcadre. Le dernier
eſt ſurnumeraire , & ainſi
la premierplace qui vacquera,
ne ſera pas remplie. Le Chevalier
de Montgon , de Mo,
dene, deMons, le Chevalier de
Saujon, & le ſieur Hurault de
Villeluiſant , ont cu les pen-
Xiiij
248 MERCURE
fions de quinze cent livres.Des
penfions de mille livres ont
efté données aux ſieurs de Sevigné,
Beauffier ,Cogolin,Courbon
de Saint Leger , Chevalier
de Gracey , de Caumont ,
du Dreſnay , & Comte de
Bufly.Les places de Capitaines
à la haute paye , ont eſté données
aux ſicurs de Chaulieu ,
Hercules de la Roche , des
Carces , Truler , Gratien &
Caffaro l'aisné.
;
Le 13. le Mareſchal de Befons
, & le Chevalier de Sain-
Etot , allerent dans le carroſſe
duRoy,prendreMehemetRiza
GALANT . 249
Beg , Ambafladeur Extraordinaire
de Perſe , à la maiſon
du ſieur Bontemps , Premier
Valet de Chambre du Roy
& Gouverneur du Palais des
Tuilleries : le cheval que
l'Ambaſſadeur devoit monter
l'y attendoit , avec des chevaux
pour toute ſa ſuite de la
grande& de la petite eſcurie ,
ainſi que les Trompettes du
Roy deſtinez pour accompagner
fa marche , qui ſe fit en
cet ordre juſqu'au Chaftcau..
Le carroffe du Chevalier de
Sainctot , celui du Mareſchal
de Belons , douze chevaux de
250 MERCURE
| -
main des deux Efcuties du
Roy, magnifiquement harnachez
& menez par des palfreniers
de Sa Majefté : quatre
chevaux du Roy avec des har.
nois à laPerfienne,&menez en
main par desPerfans, les domeſtiques
de l'Ambaſſfadeur à che
val,leMoula de l'Ambaſfadeur
ouDocteur de ſaLoy, fonTre
forier ,le Page qui porte ſa pipe
, les 8.Trompettes du Roy
le Maistre des Ceremonies de
l'Ambaſladeur & l'Interprete
à coſté de luy , l'Ambaſladeur
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perfienne , le Maref.
GALANT. 251
chal de Betons à la droite &
le Chevalier de Sainctot à ſa
gauche , marchant tous trois
defront , les Valets de pied
Perfans &Armeniens de l'Ambaffadeur
au tour de fon cheval
, la livrée du Marefchal ,
&celle du Chevalier de Sain-
Etot à coſté de leurs chevaux ,
l'Eſcuyer de l'Ambafladeur à
cheval , marchant immediatement
derrière lui , avec un Page
qui portoit le fabre de
l'Ambaffadeur appuyé ſur ſa
cuiffe. Le carrofle du Roy fermoit
la marche . L'Ambaſfadeur
trouva dans l'avant cour
1
252 MERCURE
les Gardes Françoiles & Suiffes
ſous les armes , les tambours
appellant, les Gardes de la Porte
& de la Prevoſté auſſi en
haye & fous les armes.
Aonze heures , l'Ambaffadeur
accompagnéduMaréchal
de Befons & du Chevalier de
Sainctot , traverſa la cour à
pied , pour aller à l'Audience
du Roy , par le degré qui conduit
au grand Appartementde
Sa Majetté. L'Ambaffadeur
avant que d'y aller , mit fon
fabre à ſon coſté : il portoit
outre cela un grand poignard
dans un étuyd'or à fa ceintuGALANT.
253
re: le fieur de Merlin Secretaire
ordinaire à la conduite , marchoit
à la tête du Cortege, les
Trompettes du Roy marchoient
immediatement devant
l'Ambaladeur. Il fut receu
au bas de l'eſcalier par le
Marquis de Dreux , Grand-
- Maistre des Ceremonies., &
par le ſieur desGranges , Maitre
des Ceremonies , les Cent
Suiſſes étant ſur l'eſcalier en
habit de ceremonie , la hallebarde
à la main. A la porte de
la ſalle des Gardes en dedans, il
fut receu par le Ducde Ville-
- roy ,Capitaine des Gardes du
254 MERCURE
Corps , qui étoient en haye &
ſous les armes. Sa Majeſté af.
file fur fon Throſne élevé de
deux marches , ayant auprés
d'elle tous les Princes de la
MaiſonRoyale, le receutdans
le grand Appartement.L'Ambaſſadeur
ayant fait le premier
falut , Sa Majesté ſeleva &oſta
ſon chapeau , & fe couvrit
aprés le dernier ſalut: & aprés
que l'Interprete lui eut expliqué
ce quel'Ambaffadeur luy
diſoit , & qu'il eut expliqué à
l'Ambaſſadeur la réponſe de
Sa Majesté , le Roy ſe découvrit
: l'Ambaſſadeur ſe retira ,
GALANT. 255
&fut enfuite conduità l'Audience
deMonſeigneur leDauphin.
Il fut traité & toute fa
fuite , par les Officiersdu Roy.
Je m'étendray davantage fur
cet article dans la nouvelle
- Hiltoire que je vais donner de
cet Ambafladeur.
J'ay balancé pluſieurs fois ,
Monfieur, à propoſer desque.
ſtions à mes Lecteurs ,j'allois
mêmepour cemois-cy en imaginer
quelqu'une , lorſqu'un
galant homme quiabeaucoup
d'eſprit , & dont vous avez
pluſieurs foistules Ouvrages ,
256 MERCURE
!
m'a fait preſent decelles que
vous allez lire..
On demande ! ....
Lequel a le plus à fouff ir
du coeur ou de l'amour propre
, par le mépris d'un objet
aimé.
Lequel des deux eſt le plus
fatisfait , lorſque la perſonne
aimée , n'a plus de rigueur.
Si l'on peut aimer par devoir
,& ce quec'eſt preciſément
que cet amour. :
Sil'on nedoit pas ſouhaiter
la vivacité des ſentimens
du coeur dans une femme,
comme dans une maiſtreſſe.
Si
GALANT. 257
Si l'on doit encore aimer
-2
une infidele quiceſſe de l'eſtre.
Question moderne.
Lequel a plus de raiſon , ou
de M. Dacier de nous avoir
donné laTraductiond'Homere
, comme celle d'un origiginal
parfait , ou de M. de la
Motte d'avoir choiſi ce mefme
Homere pour en faire une
imitation .
Examinez, s'il vous plaît,ces
queſtions ,M. auſſi bien que
tous ceux qui les liront,& fai
tes-moi part de vos reflexions .
En attendant pafſons au Cha.
pitre desEnigmes , & trouvez-
Aoust 1715 . Y
258 MERCURE
bon que je prie ceux qui me
font le plaifir de m'en envoyer
, de m'en dire le mot ,
fans quoi elles ne verront pas
lejour.
Le mor de cellesdu mois
paffé , eſtoitla Mer , & tout
ce qui porte le nom de Garde.
Ceux qui les ont deviné , ſont
les fixEnfans deChoeur deNôtre
Dame deMillyen Gatinois,
l'heureux indiſcret , le Favori
des neuf Soeurs , l'amant de
la Lune , le jeune Dupuis , le
Milord Amilcart au Marais ,
M. de Bonneval , & fa belle
amic ; le Marmiton des Muſes
GALANT. 259
de Valogne, Madame Pierret ,
& la Blonde Solitaire qui a
grand tort de ſecacher.
Voici les Enigmes de ce
mois.
ENIGME.
Du Maistre que je fers Efclave
obéiffante
Jeſuis toujours en action ,
Et ma plus grande fonction
Eft de n'être jamais trop prompte
ni trop lente.
ॐ
Je nesçais ce que c'estque d'aller
au hazard,
Y ij
260 MERCURE
Mon corps renferme en joy differentes
parties
Delicatement afſforties.
Qui me rendent enſemble un chefd'oeuvre
de l'art.
Mais fi l'on veut de moy tirer
quelque ſervice ,
Ilnefaut pas menegliger ,
Carj ferois dans le danger
D'interrompreſouvent monfilele
exercice.
ॐ
Quoyqu'à l'abry toûjours des
injures du temps
Le grandfroid cependant & la
forte gelée
GALANT. 261
1
M'empêchent quelquefois d'achever
ma journée ,
Arrêtant tout à coup mes justes
mouvemens .
!
Veux- tu sçavoir mon nom , regarde
moy enface ,
F'ay deux Compagnes avec moy
Dont lefeul & l'unique employ
1. Eft de montrer aux yeux le travail
que je trace.
2.0
L'une porte avec ſoy quelque
marque Royale ,
Mais elle est fi lente en fon tour,
Qu'elle ne fait que dans unjour,
262 MERCURE
Ce que l'autre en une heure à nos
regards étale.
Les Auteurs font l'Abbé Inulaire
àl'Anagramme , Rubé
Caffe ,& le jeune Logicien de
la rue S. Loüis.
AUTRE.
Mon pouvoirfait souvent trembler
Mardik Furne ,
Triomphant me reprit jadis
Timoleon ;
F'étois d'un grand usage à Saint
• Pantaleon ,
Et battis bien Enée avant qu'il
occit Turne,
GALANT 263
Quelquefois on me voit aux rives
du Vulturne
Mollement embraffer Amarante ou
Cleon;
1 Je n'étois point du goût de l'Empe-
C
reur Leon ,
En certain temps jeſuis plus froide
لا
que Saturne.
11
Dansson plusbel exploit je ſoutenois
Hector,
Use de moy qui veut parler comme
• Neftor ,
Pour mon reposj'opine à rétablir
• Dunkerque.
Preſque par tout je cours & dors
moins qu'un • Argus ,
Souvent je suis plus fiere encore
qu'un • Albukerque ,
Et nourris des Geants plus grands
que Feragus .
264 MERCURE
Devinez ces Enigmes , Monfiur,
file coeur vous en dit , &
hâtez vous aprés cela d'expedier
le reſte des matieres de ce
Volume.
Une belle Demoiselle de la
Campagne ayant eu la malice
de faire confidence à une ſienne
parente de la Ville de Paris,
qu'elle étoit affez malheureuſe
de n'avoir point d'Aimant ou
du moins quedans le lieu où
elle avoit eſté élevée , il ne ſe
trouvoit pas un Sujet raiſonnable
fur quielle pût jetter la
vûë pour en faire un époux ,
celle-ci à fon retour en racon-
горьлот tant
GALANT. 265
-10
لان
fo
la
taſt l'hiſtoire à un de ſes amis,
qui fit à l'inſtant les vers ſuivants
qui furent envoyez à la
Demoiselle Plaignante avec
maint autre compliment de
condoleance.
Iris ſe plaint de n'avoir point
• d'Amant ,
Elle ditque dans fon Village ,
Les Bergersfontfans agrément , ans agrém
Qu'ils ont l'humeur bruſque
volage ,
Et qu'il estfâcheux àson âge
D'ignorer lesplaisirs d'un tendre
engagement.
La douleur estdéja peintefurfon
visage.
Aouſt 1715 . Z
266 MERCURE
Elleſe deplaît tellement ,
Que fans attendre davantage ,
Elle renonce au mariage.
Et menace ces lieux d'un promt éloignement.
Ah ! Si j'estois auprés d'elle un
moment .
Fesçaurois bien calmer ce rigoureux
tourment ,
Qui peutà ſa beauté caufer un
grand dommage.
Je lui dirois ,objetrare & charmant
Vous,de la maindes Dieux le
plus parfait ouvrage ,
Vous, qui de nos cantons eftes
tout l'ornement.
1
GALANT. 267
t
Acceptez de mon coeurun éternel
hommage.
Regnezfurlui ſiſouverainement
Que vous trouviez l'amour un
doux apprentiſffage ,
Heureuxfidans mon esclavage ,
Vous mefavorifiez d'unregard
C
Seulement.
Jeprendrois tant de foins pour
Son foulagements
Que cettebelle enfin changeroit de
langage , L
Etqu'on ne diroit plus dans notrevoisinage;
Iris ſe plaint de n'avoir point
C
d'amant.
Il ne me reſte plus , Mon
Z ij
268 MERCURE
ſieur,que quelques Sonnets ſur
les bouts- rimez propoſez le
mois paflé , à vous donner.
SONNET.
Comment diable veux-tu que je
partede Furne ,
Pour aller à Corinthe y voir
Timoleon ,
Et puis au Vatican trouver •
Pantaleon ,
De chez Pantaleon au Palais du
grand Turne.
Et de là , traverser le rapide
Vulturne ,
Et monter fur la Mer où lefameux
Cleon,
GALANT. 269
Pirate inceſſamment du coſté de
Leon .
Tantoſt vers l'Italie où se sauva
Saturne ,
Tantoft vers les Cantons de Priam
&d' Hector .
Tu veux que j'aille encore à Pyle
chez Neftor
,
Queje revienne en France , à Paris,
à • Dunkerque ,
De France dansArgos au beau Palaisd'
Argus ;
Et puis en Portugal au Château
d Albukerque ;
Et tout cela pourquoy ? pour chercher
• • Feragus.
Z iij
270 MERCURE
AUTRE.
On trouve bien le nom de la Ville
de Furne
2
Dans un grand Capitaine on voit
• Timoleon ,
Un Medecin
> un Pape , estoit
Pantaleon ,
Et VirgileSouvent nous entretient
de Turne.
Mais , ma foy , nulle part on ne
trouve Vulturne,
On parle d'un Flatteur , d'un Orateur
Cleon ;
Unbon Historien , un Pape fut
Leon ,
Et rien n'est plus facile à placer
que
Saturne.
GALANT. 271
Onfçait encore affez qu'il fut plus
d'un Hector ,
Que l'on parlesouvent des vieux
, ans de Neftor
Quenoussommes toûjours lesMaitres
de Dunkerque.
i
Que Coquette en tout temps se
mocque d'un Argus ,
1
را
Qu'on parlera longtems du grand
Ducd' Albukerque ;
e
Mais daignez nous montrer Vulturne&
Feragus .
AUTRE.
Parce que ce plumet a vû Mardik
نم Furne,
Il croit être auffi grand. que fut
• Timoleon ,
Et quand il a juré par faint .
Z iiij
272 MERCURE
• Pantaleon,
Nous faire autant de peurqu'Enée
enfit à Turne.
Qu'il aille menacer les peuples du
Vulturne ,
Qui,dans les bras oiſifs de Tircis
ou Cleon ,
Moins vaillants que leurs Chefs
fut-ce Sixte ou Leon ,
Au feul nom de combat , font plus
froids que • Saturne.
Mais puisqu'un vray François est
en guerre un Hector ,
Quoyqu'enPaix il s'exerce aux emploisde
Neftor
,
On ne craint point icy les vainqueursde
• Dunkerque.
Sije combats pour vous , eut-il les
GALANT . 273
yeux d' Argus
Fe le vaincrai , Philis , fut- il un
• Albukerque ,
Puisqu'on vint bien à bout du
•Geant
1
AUTRE.
Feragus.
L'oyseau Seplaît dans son
ramage ,
L'homme de Cour dans le fracas
L'Agioteur dans le
Et le Guerrier dans le
tracas ,
tapage.
L'Huiſtre cheritson coquillage ,
Un vieux comme un autre Calchas
Aime à reciter d'anciens
cas,
Le Hollandois vent du fromage ,
Le Graveurfon burin
Et le Manoeuvrefon .
pointu,
têtu
1
274 MERCURE
Desfriandsfont pour l'Alloüette;
Des Devotes pour leur minon
X
Et moy j'aspire , ma
A te tenir dans ma
Toinon
couchette.
x
AUTRE.
Heureux qui des Oiseaux écoutant
le
6 ramage ,
D'unepompeuseCourfuit le bruiant
: fracas
Des malheureux plaideurs évitant
le tracas ..
Mene une douce vie exempte de
tapage.
Sur le bord de la Mer vivant de
coquillage ,
Calchas
Ne s'embarraſſe point dufort ni de
GALANT. 275
grand
Et de l'Eternité faisantson plus
cas ,
* Mange tranquillement ſon pain &
San fromage.
Heureux qui fans se croire avoir
l'esprit . pointu ,
Des frivoles grandeurs ne devient
1
point têtu ,
Et chaffe en lafaiſon la Perdrix ,
L Alloüette.
S
2
Qui mettant fon plaisir à carreffer
minon
Ne s'embarraffe point de ce qu'a
fait
TToinon,
Etprend un doux repos la nuitfur
a couchette. a
276 MERCURE
AUTRE.
Mon repos n'est troublé que par un
doux
ramage,
Ennemy du tumulte , ennemy du
fracas ,
Jevis tranquillementfans peine&
Jans tracas ,
Je n'aime que la Paix &je hais le
tapage.
Je contemple la Mer avec fon
coquillage,
On me regarde icy comme un autre
Calchas
د
On me confulte en tout ,je decide
les
cas,
Je haïs également la femme & le
.. fromage ;
GALANT. 277
Je ne paroisjamaisfans mon bonnet
pointu ,
Fepaſſe pour bizarre , capricieux ,
têtu ,
Fe nourris fix Perdrix avec une
Alloüette.
Deux charmants Perroquets , un
minon ,
Je n'ay point d'entretien qu'avec
Toinon ,
Qui , comme moy , dort bien fans
as Chat &fa
masoeur
lit&Sans
e
17
S
S
couchette.
Le Marmiton des Muſes
de Valogne,
AUTRE.
Qui ne fuit de l'Amour lesédui-
Sant ramage ,
278 MERCURE
S'expose àse trouver en terrible
fracas ,
G'est un petit mutin qui cherche le
tracas ,
Et n'estjamais content s'il nefait
le
tapage.
On doit faire àson coeur étuy de
coquillage,
Sans cela je prédis aufi-bien que
Calchas
Que c'est un grand hazard s'il
n'arrive le
cas,
Qu'on laiße allerSouvent le Minet
au fromage.
Craignezce petit Dieufon dard eft
trop pointu ,
Il vient à bout de tout , même du
plus têtu
Il vousprend aujoüet ainsi qu'une
GALANT . 279
> Alloüette ,
Il égratigne aprés bien mieux que
mon minon
Deſa vive bleſſure & Nanette &
Toinon
Gardent aßezSouvent pour neuf
jours la couchette.
CeSonnet eſt l'Ouvrage deM .
V. à qui M. D. M. a envoyé le
Bouquet quevous avez veu, cette
-Dame eſt auſſi aimable qu'elle eſt
ſpirituelle & belle .
AUTRE
Euffiez- vous des Oyseaux du plus
parfait ramage ,
Des Trefors, des Valets, des Chiens
&leur fracas
,
2800
280 MERCURE
Maison à la Campagne exemptede
tracas
Oùjamais d'un Huiffier on ne voit
le
tapage.
Si Coquette entre unjour dans vôtre
coquillage ,
Sansfaire le Devin , comme l'étoit
Calchas ..
>
Vous tomberez, amy , dans unsi
piteux cas,
Que vôtre bien fondra comme au
feu le fromage.
Il nefaut point icy faire l'esprit
pointu ,
si malgré ces conſeils vous eſtes un
têtu
On vous verra plus fec que des
piezd' Alloüette.
VOUS
GALANT. 281
Vous ferez le jouet d'une attrape
minon ,
Heureuxfiquelquejourſaſervante
Toinon
Daigne vous presenter un coin de
Sa . couchette.
AUTRE.
Le bon Oyseau , dit-on,sefaitseul
Son ramage ,
Mais au mépris de tout , vous avez
fait fracas ,
Si vous ne finißez bientôt voſtre
tracas ,
Vos voisins nesçauroient vousfauver
du
tapage.
コ
Au lieu de vous trouver dans un
beau coquillage ,
Vous ferez en maison inconnuë à
Août 1715 . Aa
282 MERCURE
Calchas ,
Ou pour vous châtier de vôtre vilain
cas ,
Vous n'aurez ,fur mafoy , quepain
Sec Sans fromage.
Une Dame modeste à chaperon :
pointu ,
Pour voir si vous avez toûjours
l'esprit têtu ,
Vous y fera lever pluſtoſt que
P Alloüette.
Etfi vous prononcez Minette pour
minon ,
Vous verrez auffitoft la groſſeſoeur
Toinon
Vous montrer unfoüet pourmignon
de couchette.
GALANT. 283
7
1
AUTRE.
Une chanson ou deux au plus ,font
e
mon
ramage,
Faime la folitude , & je hais le
.. fracas ,
Des bals & des festins j'abhorre le
tracas ,
Rarement les voit - on finirfans du
tapage ,
Je me fais mon bonheur au fonds
d'un coquillage ,
•
Occupé d'un beau feu ,Sans fonger
à Calchas ,
Et remply des attraits de la foeur
de Ly
יז
cas
Fy reſterois cent ans à vivre de
*** 2425337***
fromage.
Aaij
284 MERCURE
Depuis que de l'amour le trait le
plus pointu
M'a prouvé que ce Dieu parle en
maistre têtu ,
Je goûte ses douceurs plus gay
qu'une
Alloüette.
Fyfuis plus amoureux que ne l'est
un minon ,
Et pourvu qu'à la fin j'y poffede
Toinon ,
Je my contenteray d'une simple
:
couchette .
AUTRE.
3.
Des Oiseaux d'Albion le gratieux
ramage
Devient fubitement un horrible
• fracas ;
Ennemis de la Paix ils aiment le
GALANT. 285
tracas ,
Et commencent entr'eux un furieux
tapage.
1
1 Le Batave rêveur fucant fon
.. coquillage ,
Etonné de ce bruit afſſemble fes
• Calchas ;
On conclut d'obſerver l'exigence du
cas
Et fur tout de pourvoir au debit du
fromage.
A
Alerte, chers amis , dit un esprit
: pointu ,
Il faut de la prudence &n'estre pas
têtu ,
e N'attendre point qu'au bec nous
vienne l' Alloüette.
;
Pratiquons le grand Art de ce
286 MERCURE
Maistre Minon
Jeanne&de Toinon;
Qui gagnoit aux Combats de
EtSoyonsfur nospieds plus quefur
La couchette.
N. Commis des Poſtes.
Monfieur , pendant que
vous vous amuſez à lire des
Sonnets, d'autres pourrontaimer
mieux chanter ma Chanfon.
Il faut contenter tout le
monde.
7
A
$
aufor
Precin
fleurd
JANE
DEL
YON
e
28
2
Et
C
V
S
பfc
n
2
6
GALANT. 287
L
CHANSON.
Une timide Bergere
Maisfenfible au jeu d'amour ,
Aufond d'un boisfolitaire
Chantoit ainſi l'autre jour :
Quelplaifirpour les fillettes ,
Avec un tendre Berger ,
Si l'on pouvoit fans danger
Selaißer , ſe laiſſer conterfleu-
Оüy,
rettes.
ॐ
mon coeur vous en affure
Colin commande aux amours
Par un baifer je vous jure
Qu'ils m'obéiſſent toûjours.
288 MERCURE
Quel plaifir pour lesfillettes
Avec un prudent Berger
Si l'on pouvoitfans danger
Se laißer , ſe laiffer conterfleurettes.
Le 16. decemois M. leBaron
d'Imoff, Envoyé Extraordinaire
du Duc de Brunswick
Wolfenbutel , eût ſa premiere
Audience publique du Roy ; il
fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs , qui avoit
été le prendre à Paris dans les
carroffes de Sa Majelté. Il eût
auffiAudience deMonſeigneur
Ic
GALANT. 289
P
it
S
F
le Dauphin & des Princes &
Princeſſes du Sang , ſuivant
l'uſage ordinaire.
Le 17. M. Mathias Goffin ,
Liegeois , General de l'Ordre
de ſainte Croix , cût auſſi Audience
publique du Roy , où il
fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctot à la maniere
accoûtuméc.
د
Lc 18. M. le Comte de Ribeira
, Lieutenant General
Grand Maiſtre de l'Artillerie
&AmbaſladeurExtraordinaire
de Portugal , fit ſon Entrée publique
en cette Ville. M. le
Maréchal de Tallard & M. le
Aoust 1715. Bb
290 MERCURE
Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs, furent
le prendredans lecarroffe
du Roy au Monastere de Picpus
, d'où la marche ſe fitdans
l'ordre ſuivant :
Le carroſſe de l'Introducteur
, celuy de M. le Marêchal
deTallard, vingtquatreValets
de pied de l'Ambaſſadeur , fon
Ecuyer & fix Pages à cheval
le carroffe du Roy , ceux de
Madamela Ducheſſe de Berry,
de Madame , de M. le Duc
d'Orleans , de Madame la Ducheſſe
d'Orleans , de Madame
laPrinceſſe deCondé, deMaGALANT.
19
1
dame la Ducheſſe Doüairiere ,
de M. le Duc & de Madame la
Ducheffe ,de Madamela Princeffe
de Conti Doüairiere , de
M. le Prince & de Madame la
Princeſſe de Conti , de M. le
Duc&deMadame laDucheffe
du Maine , de M. le Prince de
Dombes , de M. le Comte de
Toulouſe , deMadame laDuchelle
de Vendoſme , & celuy
du Marquis de Torcy , Mınıftre
& Secretaire d'Etat pour
les affaires étrangeres. A la
diſtance de trente à quarante
pas marchoient les cinq carroffes
de l'Ambaſſadeur prece-
A
F
Bbij
292 MERCURE
dez de ſes deux Suiſſes à cheval.
Nulle des plus ſuperbes
Entrées qu'on ait veuës depuis
longtemps en France, n'a étalé
tant d'éclat & tant de magnificence
que celle- ci . Voici un
abregé de cette brillante ceremonic.
M
La ſuite de M. l'Ambaſſadeur
conſiſtoit en un Ecuyer ,
deux Secretaires , dix Gentilshommes
, fix Pages, quatreValets
de Chambre,deux Suiffes ,
cingCochers , cinq Poſtillons,
&vingt quatre Valets de pied.
Leshabits des Gentilshommes
étoient de la derniere magnifi
GALANT. 223
cence , celui de M. l'Ambaffadeur
étoit enrichi de boutons
de diamans. Les habits
des Pages étoient d'un velours
autore avec les veſtes & paremens
de tiſſu d'or , le tout
brodé d'argent fur toutes
les coûtures . Ils avoient des
noeuds d'épaule d'or brodez
d'argent , des plumets blancs ,
des bas aurore à coins brodez
d'argent , & manchettes &
cravates de belles dentelles . La
livrée étoitd'un drap vert pâle,
#font fin, couvert partout d'un
galon d'or large de trois
doigts , au milieu de deux ga-
Bbiij
294 MERCURE
*
lons d'argent , qui , enſemble ,
faifoient à peu prés la même
largeur. Les paremens de leurs
habits étoit d'une belle étoffe
d'or de même que leursveſtes.
Les noeuds d'épaule étoient
d'argent avec des petits Acurons
de vertenbroderie. Leurs
bas étoient de ſoye aurore , &
les plumets de la même couleur:
Leurs cocardes étoient aurore&
blanches.
Il y avoit cinq carroffes
tirez par huit chevaux de
differentes couleurs: Le premier
étoit un carroffe à huit
glaces doublé d'une étoffed'or
GALANT•
295
des plus riches ,&des plus à la
mode , enrichie d'une grande
frange à graine d'épinart , ornée
de jaſmins & d'autres varietez
, avec une tête de carti-
- ſane relevée de la largeur d'environ
un pied. Dans le fondde
l'imperial fait en dôme il y
avoit un artichaut en broderie
entouré d'une cartiſane. Les
rideaux étoient de gros de
Tours vert brodé d'or en plein
ſans envers , & autour regnoit
une frange d'or haute de deux
doigts. Le marchepied eſtoit
de marqueterie , d'écaille & de
cuivre doré d'un deſſein ex-
Bb iiij
296 MERCURE
quis. Le dehors eſtoit de velours
vert tout couvert de broderie
d'or en relief fait par les
meilleurs ouvriers de Paris .
L'imperial eſtoit du même velours
& couvert de broderic
également comme le reſte du
carroffe.Autour de la goutiere
regnoit une cartiſane à laquelle
étoit attachée une frange,&
de distance en diſtance des
gros glands d'or de differentes
façons ,&c.
Les pomes étoient de bronze
doré d'or moulu ,reprefentant
un Dragon avec les aîles
ouvertes , qui eſt le blazon de
GALANT. 297
Portugal couronné par deux
Anges , & de la tête du Dra-
* gon ſortoit par le milieu de la
Couronne une gerbe d'or.
La broderie repreſentoit
dans les panneaux des portieres
lesArmes de l'Ambaſſadeur
& dans les autres panneaux
differentes idées au ſujet de la
Paix.
Les quatre montants des
coins du carrofile reprefentoient
en tres belle ſculpture
dorée les quatre parties du
monde duns lesquelles le
Portugal a des Domaines.
La ferrure de ce carroffe en
298 MERCURE
و
general eſt de bronze dorée
d'or moulu , cizelé & fini par
les meilleurs ouvriers tant
dans le train &dans le carroffe
que dans tous les harnois qui
étoientde velours vert couvert
d'un galon d'or . Le train étoit
generalement ſculpté & doré ,
les rouës d'une ſi nouvelle invention
qu'il ne s'en eſt encore
point vû de pareilles. L'arte.
lage étoitde huit chevaux couleur
d'ardoiſe à crin blanc ,
portant fur leurs têtes des toques
de plumes vertes &blanches
mouchetées d'aurore , &
de chaſle- mouches vert & or.
GALANT .
-
Les guides ,glands des cheviYON 5
*
& tous les cordons étoient de
foye verte , & or..
• Le ſecond carroffe étoit auſſi
doublé d'une étoffe d'or avec
une frange & une riche tête
de cartiſane. Le dehors de tresexcellente
peinture. Les bordures
, les extremitez , & les
montans étoit de belle ſculpture.
Le deffus eftoit couvert
de plaques cizelées & dorées.
Le train d'une belle fculpture
& tout doré. Les harnois de
maroquin jaune bordé de rouge.
Les guides rouges & or , &
les chevaux pies blancs tachetez
de noir.
300 MERCURE
Le troiſième étoit une cale
che doublée d'étoffe d'argent
avec une frange & belle carti
lane d'argent. Le dehors d'une
peinture tres belle ſur argent.
Toutes les bordures & montans
de belle ſculpture argen
tée. Le deffus couvert de pla
ques argentées. Le train de
ſculpture argenté & les rouës
peintes en vert & argent. H
eſtoit tiré par huit chevaux
cap de more à crin noir.....
Le quatrième carroffe doublé
de velours cramoiſi avec
une frange d'or & une broderie
des plus belles , eſtoit tiré
2
r
GALANT. 301
:
par huit chevaux Bays à crin
bbllaanncc.
* Le cinquiéme doublé d'un
velours rouge à fond d'argent
avec ſes franges d'argent , le
reſte bien doré comme le qua.
triéme, eſtoît tiré par huitches
vaux noirs. QUIDE
Le fiege du premier carroſſe
eſtoit de velours vert avec des
franges & des broderies d'or.
Lelſecondd'étoffe d'or avec
des franges & cartilanes d'or.
Le troiſième d'étoffe à fond
d'argent and som min
Pendant la marche M. de
Meryhomme de condition &
:
302 MERCURE
de merite ,& qui a fervi longtemps
avec diftinction en
France, qui eſt ſa Patrie, &
d'où la fortune l'a arraché
pour le conduire en Portugal,
où il a l honneur d'eſtre attaché
au ſervice du Roy , faiſant
dans la Ceremonie de l'Entrée
de M. le Comte de Ribeira
la fonction de ſon premier
Ecuyer ,jetta dans les places
publiques& carrefours de cette
Ville une prodigieuſe quantité
de Medailles d'or & d'argent
que le peuple avoit ſoin
deramaffer avecavidité,enbeniſſant
la Nobleffe & la geneGALANT.
303
- roſité d'un ſi magnifique Ambatfadeur
. Ces Medailles repreſentent
d'un coſté le Portrait
du Roy de Portugal , &
de l'autre un Olivier dont les
rameaux embraſſent deux
• Couronnes qui ſont celles de
- Portugal & de France réünies
par la Paix d'Utrecht. Avec
cette deviſe : Nectit &firmat .
La marche finie , en arrivant
à l'Hoſtel des Ambaſſadeurs ,
- M. le Comte de Ribeira fut
- complimenté de la part du
Roy, par M. le Duc de Trefmes
premier Gentilhomme de
- la Chambre ; de la part de
304 MERCURE
Madame la Ducheſſe , par M.
leChevalier de Hautefort, fon
premier Ecuyer ; de la part de
Madame , par M. le Marquis
de Mortagne , ſon premier
Ecuyer ; de la part de Monfieur
le Duc d'Orleans , par M. le
Marquis de Simiane , ſon premier
Gentilhomme de la
Chambre ; & de la part de
Madame la Ducheffle d'Orleans
, par Male Marquis de S.
Pierre , ſon premier Ecuyer .
Il a eſté logè & traité les trois
jours ſuivans à la maniere accoûtuméc.
M. le Comte de Ribeira qui
vient
GALANT. 305
vient de faire cette pompeuſe
Entrée eſt du coſté de M. fon
Pere d'une des plus illuſtres ,
des plus riches & des plus
grandes Maiſons de Portugal
&deM . fa mere,foeur deM. le
Cardinal de Rohan , & de Mrs
les Princes de Soubiſe & de
Rohan , parent & allié aux
plus anciennes & aux plus Nobles
Maiſons de France. Je ne
vous feray point icy l'éloge de
M. le Comte de Ribeira , il
n'y a qu'une voix pour luy ;
& tout Paris ſemble s'eftre
donné le mot pour luy rendre
la justice qui eſt dûë à ſes
Aoust 1715 .
Cc
306 MERCURE
grandes qualitez .
Il eſt injuſte , Monfieur , de
faire de gaycté de coeur des
mécontens : l'Auteur du Sonnet
qui fuit , & qui eſt des
meilleurs que vous ayez lû , le
feroit de moy, ſi je ſupprimois
fon ouvrage par negligence ou
par inadvertence.
SONNET.
F'entends tous les matins un
amoureuх ramage
Eloigné pour toûjours du bruit &
du fracas ,
Je vis à la Campagne , & j'ysuis
GALANT. 307
Sans tracas
M'étant mis à l'abry des faiseurs
de
tapage.
Etendu fur le bord d'un fombre
coquillage ,
Je me ris à loiſir des Arrests de
Calchas >
Des mets lesplus friands je nefais
aucun cas
Etfuis comme le rat , content de
mon fromage.
Mon honneur en repos craint peu
lefer pointu ,
Du hardy petit Maistre , ou du
•Guerrier têtu ,
Si mes coups font mortels , c'est à
LaSeule Alloüette .
Mes spectacles le foir font les
Ccij
308 MERCURE
jeux d'un minon,
Rien ne me manqueroit si l'aimable
Toinon
Vouloit de temps en tempspartager
ma
00
couchette.
La tranſition m'eſt introuvable
icy , parce qu'il m'eſt
impoffible de lier à des Vers
badins l'article ſerieux que
vous allez lire.
Dame Mariede Grimouville
Epouſe de Meffire Henry de
Saulx , Comte de Tavannes
&auparavant veuve deMeſſire
René Potier,SeigneurdeBlancmeſnil
, mourut le 25. du mois
GALANT. 309
Y
paſſé dans la cour du Val-de-
Grace. Elle étoit ſoeur de feu
Madame la Marquise d'Illiers
d Entragues , & de feu de M.
le Marquis de la Mailleraye ,
Colonel du Regiment de Piémont
, enfans de feu Meffire
Loüis de Grimouville , Marquis
de la Mailleraye , Marêchal
desCamps & Armées du
Roy, qui estoit fils de Meffire
Jacques de Grimouville , Scigneur
des Maretz, & de Dame
Charlote de Moüy la Mailleraye
, heritiere de la Branche
. de cette maiſon de Moüy , qui
eft tres illuſtre, & qui a eu plu-
1
310 MERCURE
fieurs Chevaliers du Saint Efprit,&
Lieutenants Generaux
pour le Roy en Normandie.
Meſſieurs deGrimouville,dont
la Nobleſſe eſt tres ancienne ,
font originaires de Balle Normandie
, où eſt la Terre qui
porte ſon nom ; il y en a cu
deux Chevaliers du S. Eſprit ,
qui font morts ſans enfans ;
les Armes de la maiſon de Grimouville
font à trois molettes
d'éperon d'argent , en champ
de. gueule , & non des étoiles ,
comme on les blazonne quelquefois
mal.
Quant à la maiſon de M. de
GALANT . 311.
ㅓ
Saulx , il en eſt cadet , & il ne
faut pas confondre les branches
; il eſt fils de Meffire Jacques
de Saulx , Comte de Tavannes
, & de Dame Lonſe
Henriette Potier de Treſmes.
Lamaiſon de Saulx eſt ſilluf
tre , & on en a parlé fi amplement
dansdifferentsMercures,
> que je crois qu'il eſt inutilede
repeter ce qu'on en a dit. Madame
de Saulx eſt morte âgée
de 67.ans 4. mois , aprés une
longue maladie où elle a toûjours
conſervé une entiere
connoiſſance dont elle a fait
unbon uſage par ſa picté , &
par ſa patience.
312 MERCURE
Dame Catherine de Pommereu
, veuve de MeffirePierre
Bouter, Seigneur deMarivatz ,
& autres lieux , Chevalier des
O dresRoyaux & Militaires de
Noſtre Dame du Mont-Carmel
, & de S. Lazare , Premier
Gentilhomme ordinaire de feu
Monfieur , Grand Bailly de la
Ville & Duché d'Etampes ,
Gouverneur & Capitaine de
ladite Ville , mourut le 11. de
ce mois âgée de 80. ans. Elle
eſtoit foeur de feu M. dePommereu
, Conſeiller d'Etat ordinaire
& au Conſeil Royal ,&
laiſſe un fils qui a fuccedé à fon
:
pere
GALANT. 313
:
-pere en la Charge de Premier
Gentilhomme Y ordinaire.
Meffire Nicolas du Bois , Seigneur
deBailler , Préfident au
GrandConfeil , mourut de la
petite verole le 27. du mois
paffe.On ferale mois prochain
un plus ample détail de cette
Famille.
>
Melfire Loüis Chauvelin
ConſeillerduRoy en ſesConſeils
, Maître des Requêtes honoraire
, Avocat General du
Parlement , Commandeur &
grand Treforier desordresdu
Roy, mourut de la même maladie
le 2. de ce mois . Il eſtoit
Aoust 1715.
Dd
(
314 MERCURE
fils aîné de Meſlire Loüis Chauvelin
, Seigneur de Grifenoire,
Conſeiller d'Etat ordinaire ,&
de Dame N. deBillart , & petit-
fils de Meffire Loüis Chauvelin
, Maistre des Requêtes,&
de Dame Claude Bonneau , &
laiſſe des enfans de Dame N.
de Grouchy fon Epouſe. Il eſt
mort âgé de 32. ans , regretté
generalement de tout lemonde.
S. M. a donné la Charge
d'Avocat General vacante par
ſa mort , à M. Chauvelin de
Griſenoire ſon frere.
Meſſire Louis de Longuëil,
Marquis de Maiſons & dePoif-
Y
GALANT. 1315
ſy , Préſident à Mortier duParlement
, mourut le 22. âgé de
48. ans. Le Roy a donné ſa
Charge à M. fon fils. On s'étendra
davantage fur cet article
le mois prochain.
:
Dame Anne Racine , veuve
de M. Arnaud de S. Amant,
Fermier general , mourut le 2 .
de ce mois, laiſſant entre autres
enfans N. de S. Amant , veuve
de Loüis Provence Adhemard
de Monteil , Marquis de Grignan
.
2.
Meſſire Conradde Roſen,
Comte de Bolleviller , Marêchal
de France&Chevalier des
Ddij
316 MERCURE
trois Ordres du Roy , mourut
Ic 3. de ce mois dans ſon Château
de Bolleviller en hauteAlface
âgé de 87. ans , aprés une
maladie de quinze jours qu'il
a uniquement employé à recevoir
les Sacremens de l'Egliſe
& à exprimer les ſentimens de
Religion & de Pieté qui faifoient
ſa ſeule occupation depuis
pluſieurs années qu'il s'étoit
retiré de laCour & des embarras
dumonde. Il eſtoit originaire
de Livonie de la plus
ancienne Nobleſſe &d'unedes
meilleures Maiſons de cette
Province : il vint en France fer;
GALANT. 317
vir ſous fon parent le General
de Roſen, ſiconnu dans les fameuſes
expeditions du Duc de
Saxe Weymar ; & le dévoua
comme luy au ſervice du Roy.
Depuis s'étant toûjours diſtinguédans
tous les emplois Militaires
où il a paffé , & ayant
donné l'eſpace de plus de so.
ans des marques de capacité ,
de zele&d'une entiere fidelité
pour Sa Majefté & pour l'Etat ,
il merita ce ſuprême degré
d'honneur auquel il plût au
Royde l'élever en 1703.
Les commencemens des
ſervices de ce General accom-
1
Ddij
-318 MERCURE
pagnez d'une circonftance afſez
particuliere, avoient donné
à pluſieurs perſonnes de fi
grandes préventions fur l'obfcurité
de fa naiſſance , qu'ils le
regardoient comme un homme
de fortune que ſon ſeul
merite avoit élevé aux premiers
honneurs : occupé uniquementdu
ſervice du Roy &
de la gloire , il n'avoit pas fongé
luy-même à détruire cette
idée dans les eſprits , juſqu'au
tems qu'il fallut faire ſes preuves
pour eſtre receu dans les
plus illuſtresOrdres du Royaume;
ce fut alors qu'il s'adreſſa
GALANT . 319
,
au Roy de Suede ſon premier
Maiſtre , qui luy envoya des
Lettres Patentes & des Certifi
cats de fa Genealogie tirez de
laChancellerie& des Archives
de la Province de Livonie,avec
tous les témoignages les plus
aurentiques de l'ancienneté &
de l'illuſtration de ſa Maiſon .
Ceux qu'il receut en même
tems de l'état de la Nobleffe
deLivonie au ſujet de fon extraction
, font auſſi forts , &
outre qu'ils marquent la ſuite
de ſes Anceſtres & leurs Alliances
avec les premieres Maifons
de Suede & de Livonic ,
Dd iiij
320 MERCURE
telles que font celles des Thieſenhauſen
, Patkul , Haftfer ,
Butler & quantité d'autres du
premier rang ; ils ajoûtent encore
fondez ſur les Annales de
Livonie , que dés l'an 1238 ,
que cetteProvince fut conquifſee
ſur les Payens par lesChevaliers
de l'Ordre Teutonique,
cette Maiſon avoit fourni d'illuſtres
Chevaliers à cetOrdre ,
dont les Armes étoient d'or à
trois roſes de gueule deux &
une , comme on le voit encore
aux anciens Tombeaux &Mo
numens dans les endroits qui
ont eſté poffedez par les Sci
GALANT. 322
gneurs de cette Maiſon qui a
toûjours paffé pour une des
plus anciennes& des plus diftinguées
par les grands emplois
que les Seigneurs de cette
Maiſon ont poffedez & poffe.
dent encore,Otto JeandeRofen
, Seigneur de Kleinropp ,
neveu, du Maréchal de Rofen
dont nous parlons , eſtant aujourd'huy
Grand Maréchal de
laNobleſſe de Livonie.
Male Maréchal de Rofen
dontnous annonçons la mort,
quatriéme fils de Fabian deRoſen
, Seigneur de Kleinropp ,
ſe trouvaà l'âge de 16. ansCa
322 MERCURE
det dans les Gardes du Corps
de la Reine Chriſtine : au bout
de quelques années il eut le
malheur de ſe battre en duet
avec un jeune Seigneur de la
Cour&de le tuer ; il futarrêté
pendant quatre mois , enfin
ayant trouvé le moyen de s'échapper
de la priſon , il ne vit
d'autre reffource à ſon ſalut&
à ſa fortune que de venir en
France ſe jetter entre les bras
du General Rofen , qui eſtoir
iſſu de germain de fon pere ; il
pafla à Francfort où il joua&
perdit tout ce qu'il avoit ; au
deſeſpoir de ſe voir dans cet
GALANT. 323
-
-
eftat , & craignant les reproches
de fon parent , il n'oſa
l'aller joindre , & aima mieux
s'engager pour Cavalier dans
le Regiment de Brinon dont
des Officiers y faifoient pour
lors emplettede chevaux pour
les mener en France ; il ſervit
dans cette Troupe trois ans
fans ſe faire connoiſtre ; il fut
même affez malheureux que
d'être arreſté avecd'autres Cavaliers
par le Grand Prevoſt
de l'Armée au retour d'une
maraude,&contraint de jouer
avec eux pour la vie; quoiqu'il
gagna , il fit reflexion fur fon
324 MERCURE
eſtat , & le découvrit pour ce
qu'il eſtoit au Comte deBrinon
ſon Colonel , qui le fit Cornette
peu de jours aprés , Licutenant
dans la même Compa.
gnie & Capitaine l'année ſuivante.
Quelques années aprés
il ſe preſenta au General de
Roſen,qui le fit paſſer dans ſon
Regiment ; il connut bien-tôt
fon merite , & le regarda dés
lors comme ſon gendre& fon
heritier ; en effet il luy donna
ſa fille aînée que les Comtes de
Gallas & d'Helmſtadt luy
avoient fait demander , & le
fit fon Lieutenant Colonel.
GALANT. 325
La mort de fon beau- pere le
mit peu de temps aprés en poffeffion
de fonRegiment &des
Terres qu'il avoit acquiſes en
Alface. En 1684 il fut fait
Brigadier , en 1677. Maréchal
de Camp , en 1688. Lieutenant
General , en 1689. Maréchal
d'Irlande , en 1670.
Mestre de Camp, Generalde la
Cavalerie de France , en 1693 .
Grand Croix de l'Ordre Militaire
de S. Loüis , en 1703 .
Maréchal de France , & en
1705. il fut reçû Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit à Verfailles
le 2. Février de la même
326 MERCURE
année. Son habileté , la vigilance
& fon exactitude infinic
pour le ſervice , dans les differens
commandemens dont le
Roy l'a honoré &dans les occaſions
les plus confiderables
où il s'eſt trouvé , luy ont
merité la confiance & l'eſtime
de ſon Prince & des plus
grands Capitaines; ſes ſentimens
nobles & élevez , & fes
actions pleines de raiſon , de
folidité & de circonſpection .
l'ont fait admirer de tous ceux
qui l'ont connu particulierement.
Il laiſſe un fils qui eſt MaréGALANT.
327
F
chal de Camp , & que le Roy
vient de faire Commandeur
del'Ordre de S. Loüis , & cinq
filles , dont trois ſont Religieuſes
, & les deux autres
mariées , l'une au Comte de
Rottembourg , & l'autre au
Baron de Planta.
La jeuneſſe de:Bayonne a
repreſenté devant la Reine
d'Eſpagne en ſonChaſteau de
Lirague , le Balet des Feftes
Venitiennes, le 28. Juillet jour
de Sainte Anne , dont cette
Princeſſe porte le nom.
८.
328 MERCURE
APOSTILLE.
-11. Je vous prie , Monfieur ,
de me pardonner le derangement
que vous aurez pû remarquer
dans ce Volume , la
crainte d'un funeſte évene
ment , & la nature de ſes circonſtances
m'en ont fait plufieurs
fois changer l'ordre . Je
touche à la plus grande & à la
plus triſte nouvelle dont tous
les Hiſtoriens du monde puiffent
jamais inſtruire la Pofterité
. Il s'agit de vous annoncer
la mort du Roy Loüis
ΧΙV.
GALANT. 329
XIV. le plus Grand & le
plus reſpectable Monarque de
l'Univers , arrivée à Verſailles
un Dimanche premier jour du
preſent mois de Septembre , à
huit heures & un quart du
matin. Savic , l'éclat & la
durée de ſon regne , fa maladie
& fa mort, n'offrent à la
memoire que les plus grands
traits de l'Heroiſme le plus
parfair.
Les bruits effrayants qui
ont couru ſur la maladie du
Roy pendant les huit derniers
jours du mois dont le Mercure
cſt daté , en ont retardé l'im-
Août 1715.
Ec
:
330 MERCURE
preſſion,&m'ont jetté dans la
neceſſité d'attendre juſqu'aux
premiers jours de ce mois ,
pour vous annoncer ſa mort ,
dont je vais inceſſamment reprendre
les circonstances , &
&me diſpoſer à vous conter
les ſuites qu'elle aura. Je ſuis
avec reſpect , Monfieur ,
voſtre , &c .
१
AVIS.
Les Sieurs Cordier , Marchands
Orféuresfur le Quayde
la vieille feraille , à la Mitre
d'or , font des Pipes à la maniere
GALANT. 331
de Perſe , ſur le modele de celles?
de l'Ambassadeur pour qui ils
en ont fait : ils font auſſi toutes
fortes d'ouvrages tant pour l'Egliſe
que pour la cuisine. Le tout
àprix raisonnable. U
=
LYON
&
CAS
Ee ij
TABLE.
Prelude nouveau qui a fon
merite. 3
Relation hiſtorique du Siege , &
copie de la Capitulation de
Maillorque. 13
Nouvelles de Londres. 49
De Hambourg. 1
59
Histoire. 62
Discours où l'Auteur dit debelles
choses. 74
Chapitre d'érudition de la façon
de l'Auteur , ausujetd'un Liure
nouveau qui a pour titre :
(
TABLE.
79
Apologie d'Homere , on
Bouclier d'Achille
Copie de la Scene d'Arlequin ,
Deffenfeur d'Homere , repre
fentéefurleTheatre du grand
Jeu de la Foires.Laurent. 145
Extrait duDifcours queM. l'Abbé
Bion a prononcéà l'Académie
Françoife le jour deſaint
-Louis. 0166
Autre trait d'érudition de l'Auteurà
l'occaſion d'un Bouquet
envoyéàune belle Dame avec
fon Portrait. 193
Grande preuve d'amour d'un
malheureuxAmant àfacruel-
LeMaistreffe. 201
TABLE.
Chef- d'oeuvre de jalousie. 2:09
Avanturefinguliere.
Mariages
210
217
OdedeM. Roy qui a remportéle
Prix de l'Académie. 238
Dons du Roy. 246
Audiance de congé de l'Ambaſſadeur
dePerfe. 248
Questionsproposées. 255
Chapitre des Enigmes où l'Auteura
oublié malheureusement
de dire que la CommereFretillon
a derviné celles du mois
paßé. 257
Compliment de condoleance en
Vers à une belle qui ſe plaignoit
de n'avoir point d'ATABLE.
mants. 265
' Sonnetsfur les Bouts- rimez propofezle
mois paffé.. 268
Chanfon. 287
Suitedes Nouvelles . 288
EntréedeM. leComte de Ribeira
, Ambassadeur Extraordinaire
de Portugal en France.
289
Sonnet échappé retrouvé.
306
Morts.
Apostille.
Avis.
FeftedeBayonne.
THEQUE DEL
RS LYON
308
327
338
330
ر
*
180
*
Avis pourplacer la Figure.
L'air doit regarder la page
287
THEQUE
Qualité de la reconnaissance optique de caractères