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Texte
1817
ARTES SCIENTIA
LIBRARY VERITAS OF THE UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
S
PLURIBUS
TUEBOR
SIQUÆRISPENINSULAM
AMENAM
CIRCUMSPICE
840.6
M558

:

NOUVEAU .
MERCURE
de France
GALANT.
UNI
NIN
A PARIS ,
M. DCCXIV.
Avec Privilege du Roy.
5
MERCURE
GALANT.
Par le Sieur L. F.
Mois
de Septembre
1714.
Leprix eſt 30. fols relié en veau ,&
25. fols , broché .
A PARIS ,
Chez DANIEL JOLLET , au Livre
Royal, au bout du Pont S. Michel
du côtédu Palais .
PIERRE RISOU, à l'Image S. Louis,
fur le Quaydes Auguſtins.
Au Palais , PIERRE HUET , ſur le
fecond Perron de la SainteChapelle
, au Soleil Levant.
AvecAprobation,&PrivilegeduRoi;
?
MERCURE
NOUVEAU.
Es intentions ne
prevalent point à
L
l'égard des lecteurs
qui veulent de nous
l'execution des choſes dont
ils tirent les raiſons qui leur
ſervent à nous loüer quelquefois
, & le plus fouvent
Sept. 1714. Aij
047879
4
MERCURE
4
à nous blâmer ; cependant
j'ai contracté avec eux un
engagement qui doit diffiper
ma frayeur. Leur indulgence
m'a mis juſqu'à
preſent en poffeffion de
m'expoſer hardiment tous
les mois à leurs yeux. Si les
viſites frequentes que je
leur rends ne ſont pas reglément
ornées de l'éclat
d'une belle ſuite , c'eſt que
je les croy trop juftes pour
ne pas me difpenfer genereuſement
des frais du ce
remonial. Ainſi je vais me
ſervir , à propos ou non ,
GALANT.
5
}
de la liberté qu'ils me donnent
, pour leur faire part
du dernier projet que j'ai
formé ſur un article dont
je n'ai point encore parlé.
Lorſque j'aurai quelque
extrait de Litterature , de
Philofophie , de Morale ,
ou de Phyſique à donner ,
je m'attacherai toûjours à
debiter les opinions que je
croirai les plus fûres , &je
m'éloignerai autant que je
le pourrai de celles qui me
paroîtront trop rigoureuſes
, ou trop relâchées ; cependant
comme il n'eſt
Aiij
6 MERCURE
rien de moins infaillible
que mon jugement , je ne
hazarderai jamais de rien
mettre ſur le tapis qui ne
ſoit accompagné au moins
d'un abregé des réponſes &
des objections qu'on aura
faites aux queſtions que je
propoſerai Cesprécautions
font aſſurément belles :mais
avec tout cela je ne ſuis
point fûr de plaire à tous
mes lecteurs. Je ſuis , graces
à Dieu , trop ſage pour
m'en deſeſperer , & je ne
ſuis pas affez novice pour
ignorer qu'heureuſement
GALANT.
7
1
perſonne n'a encore trouvé
le ſecret de contenter tout
le monde. C'eſt un chefd'oeuvre
qui paſſe le pouvoir
des hommes , & felon
le ſentiment des Poëtes ,
celui même des Dieux.
* Que le ciel foit ferain , ou
que Jupiter tonne ,
Qu'il envoye aux mortels la
pluye ou le beau temps ,
Ils murmurent toûjours de tout
ce qu'il leur donne ,
Etjamais ils neſont contens.
Pour moy , traité avec
*Theognis Poëte Grec.
A iiij
8 MERCURE
indulgence , ou approuvé
des honnêtes gens pour
qui j'écris ,&de qui je veux
m'efforcer de meriter les
fuffrages , j'irai toûjours
mon train ; & pour commencer
à les entretenir ,
comme ceux qui voudront
prendre leur part de l'amuſement
que je leur offre
, je vais conter l'hiſtoire
de Sainte Colombe.
GALANT. 9
HISTOIRE .
BEl exemple à qui veut le
fuivre !
Le François qui croit tout
charmer
S'imagine aisément qu'il doit
tout enflamer ;
Deſes doux attraits il s'enyvre
:
Mais il trouve en chemin gens
prompts à l'aſſommer ,
Et qui lui montrent mieux
que dans le meilleur livre ,
Comme on guerit chez eux de
1
10
MERCURE
la rage d'aimer.
Sainte Colombe , Lieutenant
de dragons dans Fi .
marcon,étoit un jeune Gentilhomme
des plus braves ,
& des mieux faits que le
Roy eût dans ſon armée
d'Italie la premiere année
de cette guerre . Son eſprit
& fon courage l'auroient
vraiſemblablement mené
fort loin , ſi un malheureux
amour n'avoit pas détruit
les elperances que tout le
monde avoit conçûës de
ſa valeur.
GALANT. Π
Se promenant un jour ſur
le glacis de Mantouë, ( où
ſon regiment étoit alors )
avec Meffieurs de Thuis &
de Ramboüillet , Lieutenans
comme lui dans Fimarcon
: J'ai bien des choſes
àvous conter, mes amis,
leur dit- il , entrons dans ma
tente. Fontenay ( parlant
de moy ) ſera des nôtres ,
& Severac fera nôtre cinquiéme.
J'ai un bon alloyeau
à la braize , des falames
, des langues de France
, d'excellent vin de Vienne
, & le plus beau fruit du
iz MERCURE
:
monde à vous donner. J'ai
fait faire dans la terre un
trou qui a prés de cinq
pieds de profondeur , deux
douzaines de bouteilles
de vin y ſont enterrées ſur
un lit de paille , que j'ai fait
couvrir de quinze ou vingt
livres de glace , ſur leſquelles
repoſent & ſe rafraî
chiſſent à preſent les melons
, le fruit & les anchois,
que nous allons manger.
Il étoit environ neuf
heures du matin , lorſque
cette belle propofition fut
faite à ces Meſſieurs , que
GALANT.
13
+
nous attendions depuis plus
d'une demi heure dans la
tente de Sainte Colombe.
Dés qu'ils y furent entrez
, nous nous mîmes à
table. Nos premiers momens
furent employez à
boire fort po iment à la
ſanté les uns des autres :
mais de ſanté en ſanté nos
timbres s'échaufferent fi
bien, que nous nous faistmes
d'un coffre qui nous
fervit de buffet &de gardemanger.
Nous congediames
les valets , & nous nous
mîmes à dire de nôtre pro-
>
)
14
MERCURE
chain tout ce que nous en
ſcavions , & tout ce que
nous n'en ſçavions pas.
Meſſieurs , nous dit alors
Ramboüillet , ſi vous voulez
que nous ayons ici le
plaifir de nous entendre ,
parlons chacun à notre
tour , &contons- nous de
bonne foy toutes les affaires
galantes que nous avons
euës depuis que nous ſommes
en Italic. Tirons au
billet à qui parlera le premier
; nous recommence.
rons à tirer juſqu'à ce que
nous n'ayons plus rien à
GALANT.
IS
dire , & à chaque poſe que
fera le raconteur , nous boirons
une razade : mais il
faut qu'il meſure ſon dif
cours de façon que nous
puiſſions tous cinq faire
nôtre ronde , pendant qu'il
nous contera ſon hiſtoire.
Cet expedient fut trouve ſi
joli , que nous topâmes tous
àlapropoſition.
Si l'on faisoit difficulté d'a
joûter foy à ce que je vais
dire, je citerois des gens defi
grande autorité , que j'en ferois
aſſurément crû fur leur
parole : mais je pense qu'il ſe-
:
16 MERCURE
roit injuste , & qu'il est inutile
d'appeller de tels noms en
témoignage fur nos extravagances.
:
Nous fimes quatre billetsblancs
&un noir , nous
lesmêmes dans unchapeau,
& nous tirâmes. Le ſort
tomba ſur Ramboüillet
qui , aprés une petite ceremonie
bachique , commença
ſon hiftoire à peu
prés en ces termes.
Je ſuis , comme vous
voyez , Meſſieurs , grand ,
bien fait , & paſſablement
aimable. Je n'entreprends
point
GALANT. 17
point d'affaires de coeur
pour mes amis , ou pour
moy , que je n'en vienne à
bout. En voici la preuve.
Il y a prés de fix femaines
que M. de C** Brigadier
des armées du Roy ,
devint à Guastalla amou.
reux à la folie de la belle
Olympe. Un jour nous promenant
enſemble aprés le
dîner : Ramboüillet , me
dit - il , comment vont tes
amours ici ? Si bien , lui répondis
-je , que je ne changerois
pas ma maîtreſſe
pour la plus belle fille du
Sept. 1714. B
1
18 MERCURE
monde. Son nom ? Roſa.Ou
demeure-t- elle ? A côté de
la grande Eglife , vis à vis
le Palais Sereniffime. Corbleu
, reprit - il en m'embraſſant
,Olympe eſt ſa voifine
; je ne ſçai pas même
fi elles ne logent pas enſemble.
Quelle eſt cette
Olympe ? C'eſt , me dit- il
avec chaleur , une grande
fille vive , brune , blanche
&belle, s'il en fut jamais.
Vertu de mavie , lui dis-je ,
où avez- vous deterré cette
poulette ? Si je n'adoroispas
ma divine Roſa , qui eſt ſa
GALANT.
19
bonne amie , je ne ſçai pas
ſi un Brigadier d'armée ,
comme vous , ne ſe repentiroit
pas bientôt d'avoir
fait une pareille confidence
àunLieutenantde dragons
comme moy : mais je vous
aime , & je veux vous faire
moiſſonner ici plus de mirthe
, que vous n'avez de
vôtre vie moiſſonné de lauriers.
Cependantoù en êtesvous
avec elle ? quelle langue
lui parlez vous ? elle ne
ſçait pas un mot de François
, & vous ne ſçavez pas
*un mot d'Italien. Bon , me
Bij
20 MERCURE
dit - il , voila une belle af.
faire ! J'ai trouvé ici un
grand Negre , dont la femme
eſt ſeche & blanche ;
ces deux creatures en ſçavent
autant que le diable ,
pour faire reüffir les avantures
les plus difficiles. Le
Negre écrit pour moy , &
il m'aſſure qu'on me répondregulierement
lesplus
obligeantes chofes dumonde.
J'ai déja même été deux
ou trois fois la nuit à la jaloufie
, où j'ai baifé avec
tranſport une fort belle
main. La peſte , Monfieur
GALANT. 21
leBrigadier, lui dis- je , vous
en ſçavez bien long. Je
fuis fûr qu'il vous en a déja
coûté plus de dix piſtoles
pour baifer la main d'une
ſervante , & qu'Olympe ne
ſçait pas un mot de vôtre
amoureux martyre. Vous
commandez ici, faites chaffer
le Negre & ſa femme ,
qui ſe moquent de vous ,&
laiſſez - moy le ſoin de vos
affaires. J'y conſens , me
dit- il : mais , de graces , ne
t'expoſe point mal à propos
ni pour toy , ni pour moy.
Allez, lui répondis je , tran
22 MERCURE
quiliſez- vous ſur mon compte
, & regardez - moy comme
le plus fot dragon de
l'armée , ſi dans huit jours
au plus tard nous n'eſcaladons
le mont Olympe. Va ,
cherami , medit- il , où l'amour
& la gloire t'appel.
lent.
* L'infamie est pareille , &
fuit également
Le guerrier fans courage , &
le timide amant.
نم
J'attendis que la nuit fût
venue pour mettre ( com-
*Du Cid.
GALANT.
23
me j'avois coûtume de le
faire ) deux dragons en
•faction autour de la porte
de Roſa. Mes meſures prifes
, une jeune fille qui la
ſervoit vint m'avertir qu'il
étoit tempsd'entrer dans la
maiſon , & qu'elle alloit
m'attendre à la porte du
jardin. Je ne manquai pas
de m'y rendre auffitet , &
d'y trouver cette fille , qui
me mena dans un petit cabinet
de verdure , où mon
incomparable Rofe chantoit
avec une langueur in
exprimable des airs tendres,
24 MERCURE
qu'elle marioit admirablement
avec les doux accords
de ſon luth. Auffitôt me
ſentant àſes genoux : Avezvous
, me dit - elle , autant
d'amour pour moy , que
j'ai de bontez pour vous ?
Ah ! divine Rofe , lui répondis
- je , que vous avez
lieud'être contente demoy,
fitout l'amour dontje brûle
pour vous peut être d'un
prix proportionné à l'excés
de vos bontez. Mon cher
bien , reprit- elle, ſi j'en crois
vos lettres , vos ſermens &
vos tranſports , que nous
allons
GALANT.
25
allons être heureux ; nous
n'avons point de jaloux à
craindre,&nul mortel dans
l'univers ne peut nous dif
puter maintenant la felicité
la plus parfaite. Figurezvous
, mes amis , que de
charmes ! que d'heureux
momens ! quel bonheur
pour moy ! Si je voulois
vous tracer ici une foible
ébauche de mes avantu
res , je vous repreſenterois
cette incomparable nuit de
Petrone * : mais cette fidelle
peinture de mon bonheur
* Qualis nox fuis illa , &c .
Sept. 1714. C
26 MERCURE
vous rendroit trop jaloux
de ma felicité. Un petit foupé
fin , & un media nox delicat
furent les intermedes
de nos plaiſirs ; enfin elle
fit inſenſiblement fuppléer
àmes plus tendres ſoins la
douceur d'une converſa
tion charmante. Ce fut az
lors que je me fouvins des
interêts de M. de C **. Je
luidemandai comment elle
vivoit avec Olympe. Elle
eſt , me ditelle , ma meil
leure amie , & je vous affurequeje
ne crois pas qu'il
yait au mondeune plusai.
GALANT.
27
aimable fille qu'elle. Procurez
-moy , belle Roſe , lui
dis - je , l'occaſion de l'entretenir
un moment de l'amourdont
nôtre Commandant
brûle pour elle ; je lui
ai promis de mettre tout en
uſage pour le ſervir , contribuez
de tout vôtre pouvoir
à l'execution de ma
promeſſe. Je ne veux pas ,
merépondit-elle, vous faire
trop valoir un ſi petit fervice
: amenez-le ſeulement
ce ſoir ici avec vous , dés
que la nuit ſera venuë , &
nous ſouperons tous quatre
Cij
28 MERCURE

enſemble. La pointe du jour
commence àparoître , il eſt
temps, mon cher, que nous
nous ſeparions ; ſortez , allez
vous repofer, & promettez
à voſtre Commandant
tout ce que je vous promets
de faire aujourd'hui pour
lui. Enfin je la quittai plein
de mon amour , & du defir
de la revoir inceſſamment.
Je fus dîner chez M. de
C** , je lui contai en parti
culier le ſuccés de ma negociation.
Il m'embraſſa de
joye , & dans l'impatience
de voir bientôt le Soleil ſe
GALANT. 29
coucher , il ſe preſſa de don
ner une demi-douzaine
d'ordres inutiles , qui penferent
détruire tout l'arrangement
de nôtre partie.
Cependantje lemenai chez
Roſe, où je lui ſervis honnêtement
d'interprete: mais
pour ce jour- là , Olympe
fut auſſi peu ſenſible à mes
diſcours qu'au langage de
ſes yeux ; je me contentai
ſeulement de mettre ſes af
faires en aſſez bon train
pour lui procurer d'autres
rendez - vous. Quelques
jours aprés il nous vint un
C
Ciij
30
: MERCURE
ordre cruel de fortir de
Guastalle , & de nous rendre
ici. La neceffité de ce
départ fut pour moy un
vrai coup de foudre. J'écri
vis là deſſus à Roſa un billet
, dont voici les propres
termes.
Lamort me feroit moins funeste
, divine Rofe , que le malheur
qui m'accable. Je ne peux
enviſager rien de plus affreux
que l'inſtant qui va nousſeparer.
Mon devoir m'arrache à
mon amour , &dans la conſternation
où je ſuis , je ne vois
GALANT.
31
que mon deſeſpoir qui puiſſe
m'affranchir des maих ой те
livre la douleur de vous perdre.
Cetteaimable fille répondit
ces mots à mon billet.
Neme parlez, cruel ,de defespoir
ni de mort : mais fi vous
m'aimez autant que je le croy .
corſentez ſeulement que mon
aammoouurrmm'arracheàmondevoir.
Je ne vois ni gloire, ni gjerty
àse refoudre à souffrir des
peines mortelles loin de ce que
L'on aime. Rien enfin ne peut
me retenir où vous ne ferez
Ciiij
32
MERCURE
pas ; sous le pretexte de
chercher un aſyle plus für à
Mantouë, je vais m'abandonner
toute entiere à mon amour,
m'y rendre inceſſamment
fur vos pas.
- Elle me tint en effet parole
,& le furlendemain , à
la pointe du jour , elle pria
nôtre Colonel de lui permettre
de profiter de l'occafion
du départ de fon
regiment , pour ſe rendre
plus fûrement ici ,, où elle
eft , grace àDieu , maintenant
chez une Dame de ſes
GALANT.
33
parentes , qui eſt la plus
raiſonnable & la plus aimable
veuve du monde.
C'eſt là , mes chers amis ,
où j'ai tranquilement &
commodément le bonheur,
de la voir tous les jours.
BUVONS.
Nous recommençâmes
alors la ceremonie du chapeau
; le fort tomba ſur
moy , & je ne me tirai pas
mald'affaire : mais jeprends
la liberté de me difpenfer
deconter ici mes avantures.
Quoique bien des honnêtes
gens , & fur tout mon Co.
34
MERCURE
lonel , qui eſt un grand
Seigneur , & qui me fait
l'honneur de me lire tous
les mois , puiffent affurer
qu'elles ne font pas des
moins rares ; ma modeftie
cependant fouffriroit de
l'étalage de mes folies.
Dés que mon tour fut
paffé , le billet noir échut
à de Thuy , qui nous dit
ſans préambule que nous
ſçavions bien qu'il étoit un
vieux Rêtre ; que depuis
plus de vingt ans il n'avoit
eu de bonnes fortunes que
dans le camp, ou aux en-
Y
GALANT.
35
virons ; que les perils qu'il
avoit courus en amour ,
étoient differens de ceux
auſquels nous nous expoſions
tous les jours ;qu'il
n'avoit jamais apprehendé
ni poignard ni poiſon , &
qu'en un mot nous n'aurions
aucun plaifir à entendre
des avantures dont
les heroïnes avoient ordi.
nairement paffé par les
mains du Prevôt de l'armée
; qu'au reſte il ne s'exculoit
point de nous conter
ſes proüeſſes , pour s'exempter
deboire les cinq raſa.
36 MERCURE
des ſtipulées dans la convention
; qu'il avoit l'honneur
d'être Chevalier de la
table ronde , & qu'il étoit
trop inftruit des droits de
la Chevalerie pour commettre
telle felonie ; que
cependant il nous prioit de
le laiſſer boire d'un trait les
cinq raſades dont il étoit
queſtion. Cette affaire examinée
, & decidée ſerieu
ſement dans nôtre petit
conſeil , nous lui abandonnâmes
une bouteille de vin,
qu'il avala comme une ce
rife. Allez , mes enfans ,f
GALANT.
37
nous dit- il aprés cet exploit,
&tenant toûjours ſa bouteille
entre ſes bras , vous
ſerez les plus heureux mortels
du monde , ſi vous n'avez
jamais de plus mauvaiſe
fortune que celle- ci. Dans
la belle jeuneſſe où vous
êtes , ne vous imaginez pas
qu'il foit plus glorieux de
ſacrifier à l'Amour qu'au
Dieu du vin. J'ai paffé par
vôtre âge , j'ai de l'experience
& de la lecture , &
je me regarde au milieu de
vous quatre , qui êtes les
plus étourdis jeunes gens
MERCURE
de l'armée , comme l'indifferent
Eumolpe dans le navire
du malheureux Lycas.
Un orage épouvantable
ſaiſitde crainte&d'horreur
tous les libertins qui étoient
ſur ce vaiſſeau ; ils ont recours
à la clemence des
Dieux qu'ils implorent , ils
fontdes voeux: mais à peine .
échapez du naufrage , ils
ne ſe ſouviennent plus du
peril. Paffato ilpericolo ,gabbato
ilfanto. Prenez garde
à vous , mes chers amis
fongez que vous n'êtes
point dans un pays où la
GALANT.
39
galanterie Françoiſe ſoit
obli
obligeamment reçûë des
peres, des freres,ni des maris
; & fi vous m'en croyez ,
traitez de fadaifes & de fotiſes
les belles merveilles
que je viens d'entendre , &
celles que vous m'allez
conter. Cebeau ſermon fut
ſuivid'un éclatde rire , dont
nous le remerciâmes &
fur le champ nous remplimes
chacun nos verres pour
boire à la ſanté de nôtre
Pedagogue. Il prit la choſe
àmerveille , & l'effet qu'il
vit que fon difcours avoit
40 MERCURE
fait fur nous , le rendit de
la plus plaiſante humeur
du monde. Hébien , dit-il,
mes enfans ,achevons donc
nôtre tâche , & que Sainte
Colombe & Severac tirent au
doigt moüillé à qui parlera
le premier.
Puiſque le fort endecide,
c'eſt donc à moy maintenant
, Meffieurs , nous dit
Sainte Colombe , à vous conter
mes dernieres avantures.
Les voici.
Il y a environ cinq mois
que je fis un voyage à
Montpellier , où je promis
à
GALANT. 41
àune belle fille , dont j'étois
éperdûment amoureux depuis
plus de trois ans , de
ne ceſſer jamais de brûler
pour elle. L'inconſtance ,
qui eſt l'appanage de la
jeuneſſe , n'avoit donné aucune
atteinte à ma fidelité
pendant tout le temps que
mon devoir nous avoit feparez
l'un de l'autre ; &
dans cette derniere entrevûë
, où je renouvellai encore
cent fois à ſes pieds
tous les ſermens d'un amour
éternel , je lui jurai , ſi ſon
coeur étoit toûjours d'ac-
Sept. 1714. D
42 MERCURE
۱
cord avec le mien , d'unir
madeſtinée à la ſienne , &
de faire conſentir mes parens
à cette union à la fin
de cette campagne. Rempli
de la douceur de ce defſein,
je vis avec indifference
toutes les beautez du Dauphiné
; je fisvoeu , avant de
paſſer les Alpes , de ne rien
aimer en Italie. Suze , Turin
, Valence , Pavie , Cremone
, Plaiſance &Milan ,
n'offrirent à mes yeux que
des objets qu'ils regarderent
avec toute la negligence
du monde: mais une
GALANT. 43
miferable bicoque devoit
triompher de mes fermens ,
de mes voeux , & de ma fidelité.
Je fus detaché vers la fin
du mois de Juin dernier
avec une troupe de dragons
; on m'envoya àAlexandrie
de la Paille , où le
Maire de la ville me logea
chez un pauvre Boulanger.
Je reſtai deux ou trois jours
dans cette maiſon ſans voir
mon hôte : mais ce bon
honme fut fi content de
la maniere dont je vivois
chez lui , & de mon atten-
Dij
44 MERCURE
(
tion à conferver- le peu qu'il
avoit , qu'il ſe determina un
matin à entrer dans ma
chambre pour m'en mar
quer ſa reconnoiffance. Si
tous les François , me dit il
en entrant , en ufoientavec
nous comme vous , Monfieur
, nous n'aurionsjamais
que de la bonne volonté &
de la tendreſſe pour eux :
mais ils n'ont pas plûtôt mis
les pieds dans une maiſon ,
qu'ils en chafferoient , s'ils
pouvoient , le maître & la
maîtreſſe , ou du moins ils
les ruïnent. Pour vous ,
GALANT . 45
Monfieur , qui ne leur refſemblez
point , je ſuis fi
charmé de vôtre douceur ,
& fi prévenu que vous êtes
un honnête homme , que
je ne veux rien avoir de
cachépourvous. Je poffede
environ pour tout bien ,
cent Sequins * d'or , & deux
cent Philippes ** en argent.
Si vous avezbeſoin de quelque
choſe , n'épargnez ni
ma bourſe , ni maperſonne.
Je vous ſuisbien obligé, lui
* Un Sequin vaut environ fix francs de
notre monnoye.
** Le Philippe vaut un Ecu.
46 MERCURE
dis je , de l'offre que vous
me faites ; les appointemens
que je reçois du Roy,
&mon bien ſuffiſent pour
remplir tous mes beſoins.
Au reſte défaites-vous , fi
vous pouvez , de la mauvaiſe
opinionque vous avez
des François , & comptez
fur moy tant que je ferai
chezvous. J'ai encore autre
choſe à vous dire , Monſieur
, ajoûta- t - il , & c'eſt
ce qui me tient davantage
au coeur. Vous jugez affez
àma figure que je ne ſuis
pas jeune : mais vous ne
GALANT. 47
:
devineriez pas que je fuis
marié depuis deux ans avec
une jeune femme , qui eſt
une des plus belles perfonnes
de l'Italie. Vous devineriez
encore moins que
je ſuis le pere d'une jeune
fille de quinze ans , qui eft
belle comme le jour ; & en
un mot , vous ne ſçauriez
point , fi je ne vous l'apprenois
, que ces deux infortunées
creatures font
enfermées jour & nuit dans
unpetit trou , où la lumiere
n'entre qu'avec peine ; elles
reſtent là feules à s'affliger ,
48 MERCURE
pendant que je ſuis à mon
travail , & dés que la nuit
eſt venuë , je vais les confoler
. Vôtre femme & vôtre
fille , lui dis -je ſechement
, vous appartiennent,
& il vous eſt permis d'en
faire ce qu'il vous plaît.
Pour moy , je vous jure
qu'il m'importe peu que
vous les teniez enfermées ,
ou que vous leur donniez
la liberté. Cependant ſi je
vous ſuis propre à quelque
choſe , je vous aſſure que
je vous rendrai volontiers
ſervice. Hé mon Dieu , me
dit
GALANT. 49
dit ce bonhomme en pleurant
, je voudrois ſortir de
cette ville , & aller m'établir
à Mantouë avec ma
famille . La ville eſt belle &
grande , j'y trouverai une
maiſon à loüer , où je pourrai
loger plus commodément
ma femme & ma
fille. J'ai ici un cheval ,
&un petit chariot où je
les embarquerai lorſque
vous en fortirez , afin de
profiter de vôtre eſcorte
juſqu'àce que nous en trouvions
une autre par vôtre
د
moyen pour nous y con-
Sept. 17:4 E
so MERCURE
duire , ſuppoſé que vous
n'alliez point juſqu'à cette
ville , quoique votre regiment
y doive être àpreſent,
comme je l'ai entendu dire
àvos valets. Mais je ne ſçai
pas , lui répondis -je , quand
je ſortirai d'ici ; ſi j'en reçois
l'ordre bientôt , vous pourrez
, à la bonne heure, profiterde
cette occafion pour
me ſuivre. Alors le bon
homme me quitta , auffi
étonné de ma moderation
que content de mes réponſes.
Je laiſſai paſſer deux ou
GALANT. SI
trois jours ſans lui parler
de ſa famille : mais le troiſieme
, ſe croyant apparemment
pleinement perfuadé
de ma ſageſſe , il vint
àma chambre me prier de
defcendre dans une ſalle
baſſe , où il avoit fait apporter
des viandes qu'un
Cuiſinier François qui étoit
àAlexandrie avoit accommodées
fort proprement.
Il avoit dreſſé un petit buffet,
qu'il avoit approchéde
la place qu'il s'étoit deſtinée
, pour être plus à porcée
de me verſer à boire.
E ij
52 MERCURE
Un moment aprés que je
fus entré dans cette falle ,
ſa femme & ſa fille y entrerentpar
une autre porte.
Les premieres civilitez renduës
de part & d'autre ,
elles s'affirent entre lui &
moy.
Une lampe allumée ſur la
cheminée , & une bougie
fur la table , quoique nous
fuffions enplein jour
r, nous
ſervirent à éclairer le licu
où nous étions.
Je vous proteſte , ſans
exaggeration , que de ma
vie je n'avois vû rien de ſiP
GALANT. 53
beau , rien de fi parfait que
ces deux perſonnes. La modeftie
, l'innocence & la
pudeur , qui étaloient toutes
leurs graces ſur leurs
viſages , étoient à mes yeux
des ornemens qui rele
voient infiniment l'éclat
de leur beauté. Je n'étois
point dans l'uſage de voir
des attraits ſi ſimples & fi
naturels. Les objets qui
m'avoient même piqué davantage
avant ceux- ci , me
parurent difformes ; & en
comparant ma maîtreſſe de
Montpellier à ces belles in-
E iij
1
54 MERCURE
connuës , je me ſentis forcé
d'avoüer en moy - même
qu'elle avoit preſque toûjours
emprunté de l'étude
& de l'art les graces que
celles- ci devoient uniquement
à la nature. En un
mot elle fut oubliée dans
un inſtant , & rien depuis
ne l'a défenduë dans mon
coeur.
Cependant je ne ſçai par
quelle fatalité je fus ſi frapé,
ou plûtôt ſi étourdi du
premier coup d'oeil de la
femme de mon hôte , que
ſa fille ( quoique belle par
GALANT . 55
excellence ) ne me le parut
que foiblement à côtéde ſa
belle-mere. Je ne fus dans
cette occafion , où j'eus
beſoin de toute ma prudence,
ni indiſcret, ni Fran
çois ; je ne plaignis point
leur esclavage , & je loüai
moins leur beauté , que
bonne chere & la belle
humeur de mon hôte.
la
Neanmoins je profirai
à merveille de tous les
momens où ſon commerce
l'appella ailleurs , pour
dire àces deux belles perſonnes
les plus obligeantes
Eiiij
56 MERCURE
1
choſes du monde.
La contrainte éternelle
où vivent les femmes de ce
pays leur inſpire des reſo
lutions ſi promptes ſur tout
ce qui peut leur ſervir à ſe
vanger du poids des chaî
nes dont on les accable ,
qu'elles acceptent ſouvent
ſans balancer le premier
moyen qu'on leur en offre.
Je m'apperçus avec plaifir
que la mere & la fille n'avoient
dans le fond nulle
tendreſſe pour ce tyran de
leur beauté , & que , quelque
éclat qu'il en pût arri
GALANT. 57
ver , elles ne ſouhaitoient
que l'occaſion de s'affranchir
du joug qu'il leur impoſoit.
Son épouſe ſur tout
lançoit de temps en temps
fur moy de longs regards ,
dont la langueur mélée de
flame me penetroit juſques
au fond du coeur : mais dés
que l'époux reparoiſſoit ,
ſes yeux ſe renfermoient
en eux-mêmes , leur éclat
s'envelopoit dans ſes paupieres
, & leur filence me
contoit avec une éloquence
admirable l'excés de la douleur.
Enfin aprés avoir reſté
1

58 MERCURE
plus de quatre heures dans
cette falle , où je ſerois encore
ſi j'en avois été le maître
, je jugeai à propos de
prendre congé de mon
hôte. Je ſaluai ſa femme &
ſa fille avectant de liberté ,
& je le remerciai d'un air
ſi naturel , qu'il me prit
alors ( comme je l'ai ſçû
depuis ) pour le plus inſenfible
de tous les hommes.
Le lendemain je lui demandai
en paſſant des nouvelles
de fa famille , mais fi
froidement , qu'il eut peur
que la propoſition qu'il
GALANT. يو
m'avoit faite de partir d'Alexandrie
ſousmon eſcorte ,
ne me fût point agreable ;
& le ſoir même , en me
retirant pour me coucher ,
j'entendis une voix qui me
dit : Lifez , Monfieur , un
billet que vous trouverez
ſous le tapis de vôtre table.
Je montay auſſitôt à ma
chambre , je cherchai ce
papier , je le trouvai , & j'y
lûs ces lignes.
On nous accuſe de ne vous
avoir pas fait affez d'honnêtetez;
vous sçavez si c'est un
60 MERCURE
(
crime dont nous sommes coupables,
&vous ne doutezpoint
qu'il n'a pas tenu à nous de
vous en faire davantage. Tenez
parole à mon mari , tenez
parole à mon pere , emmeneznous
avec vous , tous les
Sacrifices que vous pourrez
exiger de nous , vous répondront
de nôtre reconoiffance.
Je me crus alors le plus
heureux de tous les hommes
, & je le fus en effet
bientôt. Trois jours aprés
avoir reçû ce precieux billet
, il me vint un ordre de
4
GALANT. 61
1
me rendre ici. Je ne perdis
pas un moment de temps
pour me diſpoſer à partir
avec mon hôte & mes hô
teſſes ; & le lendemain
aprés leur avoir donné le
meilleur cheval de mon
équipage pour l'atteler à
leur chariot ,je les fis partir
à la porte ouvrante , avec
huitde mesdragons&mon
Maréchal des logis. Je les
ſuivis de prés , & enfin je
les joignis à une lieuë d'Alexandrie.
Nous fûmes obligez
d'alonger de beaucoup .
nôtre chemin, & de faire
62 MERCURE
une infinité de détours pour
éviter les partis du Prince
Eugene,qui de tous les côtez
battoient la campagne.
Nous arrivâmes au camp
de Goito , cinq heures aprés
qu'il en fut décampé , & le
lendemain à Mantouë , où
mon hôte , chez qui je loge
encoreàpreſent ,lorſque je
couche à la ville , trouva
*bientôt une maiſon commode
, où ſa femme , ſa
fille& lui font entierement
ſous ma protection.
Que Severac parle maintenant
,ajoûta t- il , & vous
GALANT . 6;
jugerez enfuite , nôtre cher
Precepteur ( adreſſant la
parole à de Thuy ) lequel
de lui , de Fontenay , de
Ramboüillet ou de moy ,
eſt ici le plus heureux dans
fes amours. >
Commençons , dit alors
Severac , par compter juſ
qu'où peut aller le vin que
nous avons. Buvons- en
d'abord un coup chacun ,
&voyons ſi cequi nous en
reſte nous menera juſqu'à
lafindemon hiftoire. Nous
nous en trouvâmes encore
quatre bouteilles, que nous
64 MERCURE
ménageâmes comme la
prunelle de nos yeux, aprés
neanmoins avoir fort regretté
celle que de Thuy
nous avoit ſouffléc.
Je prie encore une fois le
Lecteur de ne point prendre
pour des contes inventez à
plaisir ni ce qu'il a lû , ni ce
qu'il va live. Je lui jure avec
ferment que je n'ai fur cette
histoire que le droit d'arranger
des mots , pour lui dire la verité
des choses.
Je ſuis , comme bien le
ſçavez ,Meſſieurs , nous dit
Severac , natif de la ville
d'OGALANT.
65
d'Orillac en Auvergne. J'ai
trente ans. Ily en a quinze
que je ſers le Roy dans ſes
dragons , & je ferois certainement
plus avancé que je
ne ſuis , ſi les étourderies de
ma jeuneſſe ne m'avoient
pas écarté du chemin qu'
ont fait mes camarades. Le
mariage d'une ſoeur que
j'ai , qui paſſe pour une des
jolies femmes de France ,a
cauſé dans la ſuite tous les
malheurs de ma vie. Un
homme d'une grande naifſance
devint amoureux
d'elle , elle de lui. L'envie
Sept. 1714. F
66 MERCURE
d'être l'épouſe d'unhomme
de cette qualité ſe mit ſi
avant dans ſa tête , qu'il n'y
eut pas moyen de lui faire
entendre raiſon , qu'elle ne
fût fûre d'être ſa femme.
Cette alliance dans le fond
m'étoit affez indifferente,
quelque honneur qui en
rejaillit ſur ma famille
mais, à vraidire, monbeau
frere pretendu s'en foucioit
encore moins que moy.
Enfin elle eut tant de peur
que ce mariage , quelle fouhaitoit
avec la derniere paffion,
ne ſe fit point, qu'elle
:
GALANT 67
mit tout , larmes , prieres &
promeſſes en uſage , pour
m'obliger à y donner les
mains. Sa douleur & ſes in
quietudes continuelles me
rendirent ſenſible à ſes de
firs ; en un mot , mes ſoins
&mes attentions comblerent
ſes voeux , & ce ma
riage ſe fit comme ſe font
tous les mariages. Je vous
avoue que je m'étois flate
de l'eſpoir de trouver de la
douceur & de l'amitié dans
le coeur d'une foeur qui m'avoit
l'obligation d'avoir fait
pour elle, contre le gré de
Fij
68 MERCURE
bien des gens , & peut- être
même contre le gré de ſon
mari , tout ce qu'elle avoit
voulu. Mais l'entêtement ,
les plaiſirs , l'orgüeil , la va
nité, & le mépris des ſiens
vinrent en foule à l'appui
d'un nouveau nom , & je
me trouvai enfin la dupe
de toutes mes eſperances.
Mon eſprit s'eſt ſenti depuis
juſqu'à preſent du poids de
mes chagrins , & les plaifirs
n'ont ſervi dans la ſuite que
de maſque à ma douleur.
Jugez maintenant , mes
chers amis , de quelle naGALANT.
69
turepeuvent être ceux dont
vous allez entendre le recit.
Nous lui fîmes boire alors
une raſade de vin pour
noyer ſon chagrin , & nous
enbûmes autant pour avaler
le ſouvenir du ton douloureux
fur lequel il avoit
commencé ſon hiſtoire ,
qu'il continua en ces termes.
Un Sergent du regiment
deGâtinois épouſa àPignerolles,
je ne ſçai dans quelle
année de l'autre guerre,une
vivandiere de Briançon. 11
70
MERCURE
eut de ce mariage une fille,
qui eſt à preſent belle comme
le jour. Sa mere l'a fait
élever dans les montagnes
de Cifteron , chez un Curé
dont elle eſt la niece.On ne
parloit , lorſque je paffai
dans ce pays, que de l'eſprit
&delabeauté de cette fille .
Je fus curieux de la voir ; je
la vis , &j'en devins auſſitôt
éperdûment amoureux. Je
fis connoiſſance avec ſon
oncle , & au bout de quelques
jours , je lui avoüai le
deſſein que j'avois d'épouſer
ſa niece. Il cut beau me
GALANT.
71
dire que ce parti ne me
convenoit pas , je lui répondis
que je n'avois point
deparens qui euſſent aucun
droit ſur ma conduite , &
que j'étois maître de mes
actions. Si cela eſt , me ditil
,vous êtes honnête homme
, ayez encore pendant
un an pour ma niece les
ſentimens que vous me
marquez aujourd'hui pour
elle , &je vous aſſure qu'alors
vous ferez mon neveu.
L'année est achevée , j'écris
tous les ordinaires à ce
pauvre Curé , & je ne re-
>
72
MERCURE
çois aucune de ſes nouvel
les. J'ai cependant depuis
deux ou trois jours des préfentimens
qui m'accablent;
je croy avoir vû hier &
avant-hier cette fille à une
jalouſie dans Mantouë ;
toute cette nuit même ſon
image m'a perfecuté en
fonge. Je ne ſçai en un mot
ce qui doit m'arriver : mais
je ſouffre des peines mortelles.
mes yeux ſe ferment...
ma langue s'attacheàmonpalais...
donnezmoy
à boire , mes amis...
adieu , mes chers amis... je
..
yous
GALANT.
73
vous dis un éternel adieu.
Et ſur le champ il mourut.
Il eſt plus aaiifseé d'imaginer
la confternation dont cette
mort imprévûë nous frapa ,
qu'il n'eſt facile de l'expri
mer. Enun moment nôtre
table, nos coffres , & tout
l'appareil de nôtre débauche
furent renverſez . Nous
appellâmes au ſecours de
tous les côtez. Rolland Chirurgien
major du regiment
de Sourches , ſe trouva afſez
à propos pour ouvrir
les veines de ce malheureux
: mais il n'en ſortit pas
Sept. 1714. G
۱
/
74
MERCURE
une goutte de ſang. Enfin
nous jettâmes un manteau
fur ſon vilage , & nous fimes
mettre fon corps ſur
une paillaſſe , en attendant
la ceremonie de ſon enterrement
.
:
Cependant nous fortîmes
dela tente , de Thuy,Sainte
Colombe , Ramboüillet &
moy; nous entrâmes dans
la ville fans ſçavoir où nous
allions,&fans nous parler.
Nous nous diſpersâmes en
un inſtant , & nous fûmes
chacun dans les lieux où
nous crûmes pouvoir arra
GALANT.
75
cher plus aifément de nôtre
idée l'image de cette mort.
C'eſt dans le ſein d'une
maîtreſſe que l'on confie
plus volontiers ſes peines &
ſes plaifirs , & l'amour eſt
ordinairement le depofi
taire des plus intereſſantes
circonſtances de nôtre vie.
Je fus au parloir où j'a
vois coûtume d'aller , Ramboüillet
alla chez Roſe , &
Sainte Colombe chez lui ,
où il entra malheureuſement
enhomme troublé de
vin ,d'amour&de douleur.
Il paſſa juſques dans une .
:
Gij
76 MERCURE
fale , où il trouva ſa mal
treſſe ſeule , occupée à quel
que ouvrage de ſon menage.
Il ſe jetta à ſes genoux ,
il lui conta ce qui venoit
de nous arriver ; & aprés
avoir foulagé ſon coeur du
poids de cette avanture , il
recommença à l'entretenir
de ſon amour : mais la tendreſſe
imprudente de ces
amans s'étoit ſimal precautionnée
contre la fureur
d'un jaloux , que le maride
ſa maîtreſſe vit à travers les
fentes d'une porte qui n'e-
• toit point fermée les ca
GALANT.
77
reſſes que ccee miferable a
mant faifoit à ſon épouſe.
Un baifer pris , ou reçû fur
la jouë , ou ſur la main de
ſa femme , paſſa à ſes yeux
pour une preuve du plus
grand crime ; il ne douta
plus de ſa trahiſon , &plein
de, deſeſpoir & de rage , il
entra ſans bruit dans un
petit cabinet , où il trouva
un fufil chargé de trois
bales , qu'il vint tirer à
bout portant dans les reins
de l'infortuné Sainte Co
lombe.
Ce malheureux ſe ſentant
Giij
8 MERCURE
bleſſé mortellement , eut
encore la force de ſe lever,
de mettre l'épée à la main ,
& de courir aprés fon af
faffin , qui ſe ſauvoit : mais
il ne put faire que cinq ou
fix pas , & il alla tomber fur
le ſeüil de la porte de fon
inconfolable maîtreſſe , qui
fur le champ en criant au
fecours , prit deux couffins
qui ſe trouverent ſous ſes
mains , & les mit ſous les
reins de ſon amant ,dont le
ſang couloit à gros boüil
lons. Elle fit en vain tous ſes
efforts pour l'arrêter ,& fa
GALANT.
79
1
douleur mortelle épuiſant
ſa force &fon courage, elle
s'évanoüit à ſes pieds. Cependant
ſa belle fille , les
voiſins , & toute la ville ,
arriverent autour d'eux , &
s'empreſſerent à les ſecourir
: mais le malheureux
Sainte Colombe n'éroit déja
plus.
Ce fut alors que tout le
monde vit deux des plus
belles perſonnes qui fuſſent
en Italie , & qui juſques là
avoient été inconnuës dans
Mantouë.
- Le bruit de ce malheur ſe
Giiij
80 MERCURE
répandit bientôt ſur la pla
ce, &de la place au camp ,
où étoit le regiment de Fimarcon
, dont les dragons
entrerent armez dans la
ville pour vanger la mort
d'un Officier qui leur étoit
fi cher. Ils coururent de tous
côtez pour s'emparer du
meurtrier qui venoit de lui
ravir le jour ; & aprés avoir
bien cherché , on leur dit
qu'il s'étoit ſauvé dans le
Convent des Capucins. Ils
y entrerent comme des furieux
, ils en arracherent ce
miferable , ils l'emmeneGALANT.
81
rent dans leur camp , où ils
lui firent ſouffrir des ſupplices
cruels.; pendant que
l'Archevêque de ſon côté
ſe donnoit mille foins pour
preſſer M. le Comte de
Vaubecourt , qui comman
doit alors à Mantouë , de
leur envoyer en diligence
un Officier qui eût aſſez
d'autorité pour dérober à
leur fureur cette affreuſe
victime , qu'ils lui rendirent
enfin toute ſanglante.
Nous apprîmes quatre
ou cinq jours après cette
horrible avanture , que ce
!
82 MERCURE
malheureux n'avoit pas
porté loin la punition de
crime. i
Enfin pour rendre un
compte exact de tous les
acteurs de cette hiſtoire ,
Ramboüillet fut malheus
reuſement aſſaſſiné dans les
Sevenes par les Fanatiques,
du temps que M. le Maréchal
de Montrevel y commandoit.
On m'a aſſuré depuis peu
queM. de Thuy étoit mort.
Je ſouhaite que cette nouvelle
foit fauffe ; & je reſte
heureuſement , comme les
GALANT. 83 4
lecteurs peuvent aifément
s'en appercevoir , en aſſez
bonne lanté, pour leur donner
chaque mois un livre
que je vais remplir , à mon
ordinaire , de tout ce que
celui- ci pourra me fournir
de circonstances utiles &
agreables pour les en entretenir.
Les Grecs& les Romains
celebroient autrefois avec
toute la magnificence ima
ginable la naiſſance de ces
grands hommes qui avoient
reçû le jour dans
84 MERCURE
leur Empire. Ils tenoient
cette maxime des Perfes &
des Aſſyriens , qui l'avoient
priſe des loix , ou des coûtumes
de l'Egypte, Les Efpagnols
ont religieuſement
confervéjuſqu'à preſent cet
uſage , dont les ceremonies
font fort raiſonnables.
Le dix- neuf de Decembre
, qui eſt le jour de la
naiſſance de leur Roy, tous
les Courtiſans & les Grands
decetteCour ont l'honneur
de baifer la main de leur
Maître , & pendant cette
journée, au Palais & dans
GALANT.
85
1
la ville , on ne rencontre
quedes gens qui ſe complimentent
avec affection fur
les années de leur Souve
rain. Le foir toutes les mai
fons font illuminées, & c'eſt
par une infinité de feux
d'artifice que le peuple a.
cheve d'exprimer tous les
mouvemens de la joye.
Pourquoy cette fête n'eſtelle
pas établie en France
comme en Eſpagne ?
Auguſte & Cefar ont eu
des mois qui leur ont été
conſacrez,&dont on chan
gealesnomspour leur don
86 MERCURE
ner ceux de ces Empereurs .
L'uſage de ces changemens
eſt maintenant aboli ; &
quand il ſubſiſteroit encore,
nos Rois n'en ont pas befoin
pour s'affurer l'immortalité
qui leur eſt dûë . Mais
du moins les François, pour
qui le cinq de Septembre
eſt le plus heureux jour de
l'année , devroient ce jourlà
même , qui eſt celui de
la naiſſance du Roy , renouveller
avec tendreſſe ,
avec éclat les voeux qu'ils
font ſans ceſſe pour la conſervation
de Sa Majesté.
GALANT. 87
Neanmoins s'ils negligent
cette fête, faſſe leCiel qu'ils
ne s'aviſent de commencer
àla celebrer que dans trente
ans à l'honneur du Roy.
Le mois de Septembre eſt
le ſeptième mois de l'année,
à compter depuis l'equino .
xe du printemps , & le neuviéme
à commencer depuis
Janvier. On vendange ordinairement
en Septembre;
de là vient que les yvrognes
appellent le vin la purée ou
lejs de Septembre.
Il est enfin pour nous le mois
leplus illustre ,
88 MERCURE
fon
Il remplit nos tonneaux , nos
fermes, nos guerets ;
Et LOUIS commençant
vingt-fixiéme luftre ,
Nous fait l'heureux preſent
d'une conftante paix.
Voici un ouvrage dont
je ne connois encore ni le
merite ni l'uſage ; c'eſt peutêtre
faute d'habitude : mais
tout ce que j'en peux dire
maintenant , c'eſt qu'il a
été preſenté au Roy parM.
de Meſſanges , qui est vraiment
nn homme d'eſprit
&d'érudition.
Dif
GALANT. 8
Discours sur l'Acroftiche.
9
Ce n'eſt pas ſeulement en
France , ni ſeulement dans
ces derniers temps que la
Poëfie , naturellement fertile
en conſtructions galantes
, a trouvé l'art de ce.
lebrer le merite & la vertu
par les tours ingenieux des
arrangemens figurez , &
par les artifices gracieux
des expreſſions façonnées.
Les Grecs qui ſont encore
aujourd'hui , comme ils ont
éré dans les ſiecles anciens ,
Sept. 1714. H
90
MERCURE
1
le modele de la politeſſe,
& la regle du bel eſprit ,
font des premiers qui nous
ont fourni les exemples de
cette delicateſſe. Nous al
vons encore de leurs Poё
fies , où les ſujets ſont exprimez
non ſeulement par
la ſignification des paroles,
mais auſſi par la figure même
que leurs vers tracent
fur le papier.
Ces morceaux ſe ſont
trouvez tellement du goût
de toutes les nations & de
tous les temps , qu'ils ont
bravé l'injure de deux mil
GALANT ور .
années, &ſe ſont conſervez
juſqu'à nos jours , comme
de precieux monumens de
la politeſſe de ces peuples.
Lamajestémême de l'Ecriture
ſainte n'a pas méprifé
ces jeux ; elle s'en oft
même ſervie d'ornemensde
ſes principales pieces. Les
retours& les repetitions affectées
dans chaque vers
non ſeulement du même
mot , mais encore de la mêmephraſe
, en ſont les preuves
; & les ſaints ouvrages
où se trouvent ces affectations
heureuſes , loin d'être
Hij
92
MERCURE
rendusennuyeux par ces redites
frequentes , n'en font
trouvez que plus touchans.
Nous n'avons rien dans
toute l'érenduë de la Poëſie
Françoiſe où ces jeux
ſoient employez plus à propos
que dans la piece que
L'on appelle Acroftiche ,
dans laquelle , par une difpoſition
étudiée , la premiere
lettre de chaque vers
étant priſe ſeparément,pour
être enſuite reunies toutes
enſemble par une lecture à
part , forme à deſſein un ou
pluſieurs mots qui ont rap-
ےک
GALANT. 93
port au ſujer , &faitle nom
même de la perſonne ou
de la choſe dont ony parle.
C'eſt donc àtortque des
perſonnes peu verlées dans
Je difcernement du veritable
goût de la Poëfie , tâ
chent de diminuer aujourd'hui
,par des jugemens injurieux
, le merite de ce
genre d'écrire plein d'induſtrie
&d'ornement, ne dif
tinguant pas le défaut de la
piece d'avec celui des auteurs
; puiſque s'il eſt rare
de rencontrer en ce genre
une piece ſupportable , ne
94 MERCURE
s'en trouvant preſque aucune
dont les vers ſoient
naturels , mais toûjours fi
forcez & fi peu fenſez , qu'à
peine peut- on les entendre,
ce n'eſt pas le défaut de l'Acroftiche
, qui , lors qu'elle
eſt naturelle &bien ſenſée ,
peut paffer pour un chefd'oeuvre
à cauſe de ſon extreme
difficulté : mais c'eſt
la faute des ouvriers , qui
ne s'étant pas aſſez conful.
tez eux- mêmes ſur ce ſujet,
entreprennent ces difficiles
ouvrages ſans avoir la force
d'y reüffir ; ouvrages qu'on
GALANT.
95
ne doit point avilir , ni mépriſer
pour n'avoir pas l'adreſſe
de les faite.
nol
t
L'Acrostiche de LOUIS LE
:
GRAND , où le ſurnom
de Grand se trouve dans
chaque wersd
Leplus granddes Guerriers
& le plus grand des Rois
Offre aux yeux un grand
and
Saint dans ungrand
Politique ,
ف
Un grand zele pour Dieu
dans une ame heroïque:
Il eſt dans un grand hom96
MERCURE
me un grand appui
des loix ;
Son grand coeur eft clement,
ſon bras eſt pacifique.
Le plus grand des mortels,
&le plus merveilleux ,
Eft humble
, autant que
grand , & confond l'orgüeilleux.
Grand de corps , grand
d'eſprit , grand par fes
faits fublimes, :
Rendu grand ici - bas par
des ſoinsmagnanimes ,
Aux
7
GALANT.
97
Aux Cieux plus grand un
jour par les routes qu'il
prend.
N'est - ce pas à bon droit
qu'il eſt ſurnommé
GRAND ?
Digne & grand nom , regnez
par tout comme
en ſes rimes.
MESSANGES.
6. Je croy qu'aprés avoir
donné une Acroſtiche ,
quelque belle qu'elle puiſſe
être , il n'eſt pas tout à fait
hors de propos de donner
fans preambule un me
Sept. 1714 I
98 MERCURE
moire litteraire , dont voici
letitre.
Traité des Acephales , ou des
hommes fans tête.
Le ſeul titre de ce traité
prévient d'abord en fa faveur
, & la matiere même
dont il parle ne laiſſe prefque
pas douter qu'il ne doive
être des plus curieux. La
Preface qu'on trouve au devant
nous apprend l'occaſion
qui l'a fait naître. M.
M. Profeſſeur en Medecine
à Strasbourg , ayant fouGALANT.
99
tenu dans une de ſes leçons,
que les enfans dans le ventre
de leur mere ne ſe nourriffoient
pas moins par le
nombril que par la bouche
, avoit allegué pour
preuve de cette ancienne
opinion l'exemple des Acephales
, c'eſt à dire des enfans
qui viennent au monde
ſans tête : mais cette preuve
avoit beſoin d'être appuyée
de quelque choſe de
plus für que tout ce que les
hiſtoires nous racontent fur
ce ſujet . Deux accouchemens
extraordinaires lui
1
I ij
100 MERCURE.
,
fournirent bientôt tout ce
qui lui étoit neceſſaire pour
la rendre incontestable.
Une pauvre femme auprés
de laquelle il avoit été appellé
, ayant fait , au mois
de Janvier de l'année der.
niere un enfant abſolument
fans tête ; & une autre
en ayant mis au monde,
deux mois aprés , un qui
n'avoit que la moitié du
corps , depuis environ la
ceinture en bas : ce fut ce
qui lui ſuggera le deſſein
de ce traité , qu'il diviſe en
deux parties. Dans la preGALANT.
Ior
miere il examine ce que
l'on a dit de certains peuples
, qu'on a pretendu qui
cuffent tous cette figure
monstrueuſe. Et dans la ſeconde
il parle de ceux qui
naiſſent ainſi parmi les nations
qui ont conftamment
la figure humaine toute entiere.
Quoique les auteurs qui
ont parle des peuples Acephales
, ou fans tête , foient
des plus confiderables, Aulugelle
, Pline , Solin , Pomponius,
Mela &SaintAugustin,
M. M. ne laiſſe pas d'être
I iij
102 MERCURE
fort perfuadé que tout ce
qu'ils en ont dit eſt extremement
fabuleux, Car outre
que les Hiftoriens font
preſque tous ſujers à aimer
un peu l'extraordinaire &
le merveilleux dans leurs
narrations , ce qui a fait
qu'il y en a eu tant qui ont
rempli leurs hiſtoires de
monſtres & de prodiges ;
les Auteurs même dont il
s'agit ont preſque tous af
ſez marqué qu'ils ne pretendoient
nous donner ce
qu'ils ont rapporté là- deffus
que pour des oui - dire
GALANT. 103
fort incertains , quelques
uns même que pour des
contes. Il est vrai que
l'on en croit un Sermon at+
tribué à ſaint Augustin , ce
Pere en avoit vû lui - même
unfort grand nombre en Ethio
pie, de l'un de l'autre ſexe
, qui avoient même parmi
eux des Prêtres de leur ef
pece, d'une si grande vertu ,
à ce qu'il nous dit
d'une fi rare continence , qu'-
encore qu'ils fuſſent mariez ,
ils n'approchoient pourtant de
leurs femmes qu'une fois l'année.
Circonſtance qu'il a
,
G
1
I iij
104 MERCURE
crû ſans doute qui ne feroit
point de tort au reſte
du merveilleux. Mais pour
ruïner tout ce qu'on appuye
d'une fi grande autorité
, il ſuffit de dire que
tout le monde ſçait aujourd'hui
que ce Sermon eft
ſuppoſe , comme le Cardinal
Baronius l'a remarqué
dans ſes Annales * , &André
Rivet aprés lui dans ſa
Critique ſacrée**. En effet
quelle apparence y a-t- il
que les voyageurs Eſpa
* Tom. iv. pag. 400,
** Lib. iv. cap. 16.
GALANT. 105
gnols , Portugais , Anglois,
Hollandois , qui ont parcouru
toute la terre ,& vifité
tous les endroits où l'on
diloit qu'étoient ces peuples
monftrueux , n'en eufſent
pas découvert du
moins quelques traces &
quelques veſtiges ?
Il faut pourtant que ces
fables , toutes fables qu'elles
font , ayent eu quelque
fondement , puifque tant
d'Auteurs graves ne les ont
pas crû indignes d'être rapportées
, & qu'on en voit
encore aujourd'hui des fi106
MERCURE
gures repreſentées dans les
vieilles Cartes geographiques.
Comme M. M. ne
croit pas qu'on puifle rien
dire de bien certainlà deffus
, il ſe contente de rapporter
les conjectures de
quelques Auteurs celebres.
La premiere eſt celle de
Thomas Bartholin , qui tourne
la choſe du côté de la
metaphore , & croit que
ces Acephales étoient des
peuples ſauvages , que l'on
diſoit qui étoient ſans tête ,
parce qu'ils n'avoient ni
Roy pour les gouverner ,
GALANT. 107
ni prudence pour ſe conduire.
La ſeconde eft celle
de M. Guillaume Boreel , excellent
frere de l'illuſtre
M. Boreel , qui a autrefois
fi glorieuſement ſoûtenu la
charge d'Ambaſſadeur des
Provinces Unies en France
, & rempli ſi dignement
celle de grand Officier de
la ville d'Amſterdam . Cer
habile voyageur , que la
curiofité a porté à parcourir
tous les pays du monde
, a remarqué dans ſes
longues courſes , qu'il y en
avoit quelques - uns où les
108 MERCURE
hommes avoient le coû fi
court, & levoient ſi haut les
épaules , qu'il ne leur étoit
pas difficile d'y enſevelir
leurs têtes : de forte que ,
comme d'ailleurs ils portoient
les cheveux fort
longs,il ſe trouvoit que leur
tête étoit tellement confonduë
avec leurs épaules , qu'-
on les auroit facilement
pris pour n'en avoir point
du tout. La troifiéme conje-
Eture eſt celle du celebreM.
Olearius , qui croit que ceux
qu'on a nommez Acephales,
pouvoient avoir paffé
J
GALANT.
109
être ſans tête , à cauſe de
leur maniere particuliere
-de ſe vêtir ; ce qu'il applique
aux Samojetes , qui font
prés de la nouvelle Zemble ,
& vers l'embouchure du
fleuve Oby.
De ces Acephales fabuleux
, M. M. paſſe aux veritables
, c'eſt à dire à ceux
qu'on voit quelquefois naître
veritablement tels parmi
nous , & il en fait de
deux eſpeces ; les uns qu'on
ne peut pas appeller ainſi
tout à fait à la rigueur ; les
autres qui le font à la let
110 MERCURE
tre , &dans la plus rigoureuſe
ſignification du mot.
Il comprend dans le premier
ordre tous ces enfans
monstrueux qui n'ont la
tête qu'à demi formée ,
comme ceux à qui il n'en
paroît point lors qu'ils font
couchez ſur le dos , parce
que ce qu'ils en ont eſt enfoncé
vers le côté que cette
ſituation dérobe à la vûë ;
de forte qu'il n'eſt point
ſurprenant qu'on ne l'y découvre
pas. Il y comprend
encore ceux à qui le front
manque , ou le haut de la
GALANT.
tête , ou le derriere , ou le
crâne & le cerveau , ou
quelqu'autre partie confi
derable ; comme auffi ceux
qui ont au lieu de la tête
une maſſe de chair infor
me, & ceux qui ont la tête
enfoncée dans le corps
d'un autre enfant avec
lequel ils font nez. Il rapporte
divers exemples de
cesdiverſes conformations
monstrueuſes , & fur tout
de la derniere , qui ſe diverfific
encore en cent façons
differentes. Pour ce
qui eft des Acephales pris
112 MERCURE
à la rigueur , &proprement
dits , il ne met en ce nombre
que ceux qui n'ont
point du tout de tête , ni
rien qui en tienne la place ;
& il nous apprend que le
premier de cette forte dont
T'hiſtoire ait paſſe juſqu'à
nous , c'eſt celui qui nâquit
de Roxane , dont parle
Ctefias Gnidien , au rapport
de Photius. Il en naquit
un de même en Saxe ,
l'an1525. un autre à Villefranche
en Galcogne , en
1562. un autre prés de Bou
logne, l'an 1431. & un autre
dans
GALANT. 113
6 dans le même territoire
l'an 1624. qui avoit au coû
quelque choſe de ſemblable
à une bouche , à un nez ,
& à des yeux. Il arrive
même de ſemblables acci..
dens parmi les bêtes , &
M. M. en rapporte ici un
exemple.
Mais comme il n'y en
avoit point dont il pût ſi
bien parler que de deux
qu'il avoit vûs , il en donne
une deſcription aufli
exacte qu'il l'a pû ; le pere
du premier n'ayant jamais
voulu ſouffrir qu'on l'ou-
Sept. 1714. K
114 MERCURE
vrit , & n'ayant conſenti
qu'avec peine qu'on lui fit
une petite inciſion à l'endroit
où devoit être la tête,
d'où il fortit de l'eau gluante.
Pour l'autre , qui n'avoit
que la moitié inferieure
du corps , il en put
examiner exactement toutes
les parties , dont il fait
en peu de mots la deſcription.
Il donne deux figures
du premier ; l'une qui
le repreſente par devant ,
l'autre qui le fait voir par
derriere. Il donne auſſi la
figure du ſecond , & de
GALANT . 115
quelques-unes de fes parries
ſeparées ; & il finit par
une épilogue , où il reprend
la queſtion , de la maniere
dont l'enfantſe nourrit , dont
il avoit parlé dans ſa Preface.
Il n'eſt pas de l'avis de
ceux qui veulent que , lorfque
l'enfant ne peut recevoir
de nourriture par la
bouche , il en reçoive par
l'anus , ou qu'il tire un ſuc
nourriſſant du chorion & de
l'amnios ; car outre que ce
ſuc pretendu neparoît point
dans ces membranes , il ne
Kij
116 MERCURE
ſçauroit de rien ſervir à
ces enfans qui ſont ſans tê
te , & qui par conſequent
auſſi n'ont point de bouchepour
le fuccer. Il conclut
donc que la voye la
plus ordinaire par où paſſe
la nourriture de l'enfant ,
c'eſt le nombril , quoy qu'il
ſoit incontestable qu'il ſe
nourrit auſſi par la bouche,
comme il le prouve
par deux enfans , dont l'un
nâquit à Montargis en 1673.
avec le nombril fermé , &
l'autre à la Haye en 1682.
abſolument ſans nombril.
GALANT. 117
:
Car puis qu'ils n'ont pu ſe
nourrir par cet endroit là ,
ilfaut neceſſairement qu'ils
ſe ſoient nourris par la bouche,
le ſeul canal qui leur
reſtoit pour recevoir de
l'aliment. On a joint à ce
traité une autre diſſertation,
dont nous ferons auffi
un article.
Allez votre train , M.
ne nous parlez pas davantage
du Public ni de vous. Ces paroles
ſont tirées d'une ſçavante
lettre qu'on m'a fait
l'honneur de m'écrire. Je
118 MERCURE
ne comprens pas bien de
quelle maniere on veut que
j'execute ce conſeil autrement
que je fais , nice que
veulent dire poſitivement
ces mots , Allez vôtre train.
Vais -je trop vite , ou trop
lentement ? veut on me
mettre au pas ou au galop ?
veut-on me défendre de
répondre à ceux qui m'écrivent
? veut- on m'ôter la
liberté de parler à perſonne
? en un mot ne veut- on
m'accorder pour objet que
la particule On ? De quelle
utilité cela est - il pour le
1
GALANT . 119
Public , & de quelle conſequence
pour moy ? On
veut me donner des principes
, on veut mepriver de
mes caprices , qui font tout
le merite demon ouvrage ;
enfin on veut me rendre
auteur dans les formes , &
je ne veux pas l'être à ce
prix là. Je ſuis en droit de
parler , d'écrire , & de répondre
avec bienſeance à
tout le monde , & je peux
prendre ,quand il meplaît,
pour objet Monſeigneur ,
Monfieur , Madame , ou
mon ami. C'eſt en confe-
1
120 MERCURE
quence de cette licence ,
dont on ne doit ( je croy )
pas me diſputer l'uſage ,
que je prends la liberté de
vous écrire , Monfieur, que
je ne ſçai pas ce que vous
me voulez dire par ces termes
, Allez vôtre train ;à
moins que vous ne pretendiez
( comme je m'en doute
) que je fois dans l'obligation
de remplir froidement
mon livre , à l'exemple
de l'auteur du Journal
de Verdun , d'une douzaine
de vieilles nouvelles , efcortées
de l'attirail de ſes
refleGALANT.
121
reflexions politiques qui
ennuyent tout le monde ,
&qu'il ne me foit pas permis
de faire des digreffions
amuſantes avec tous les
honnêtes gens qui exigent
demoy l'attention que j'ai
à leur répondre. Je reçois
avec beaucoup de ſoûmiſſion
& d'envie d'en profiter
, les autres conſeils que
vousmedonnez. Vôtre lettre
eſt pleine de ſcience &
d'eſprit , & vous verrez
dans la ſuite de ce Jour
nal l'uſage que j'ai fait des
fragmens que j'en ai tirez,
Sept. 1714. L
3
122 MERCURE
Je vais , en attendant que
vous vous retrouviez aux
endroits qui vous appartiennent
, faire part au Public
de quelques nouvelles,
qu'il lira s'il le juge à propos
, ou qu'il ne lira pas.
Copie d'une lettre écrite du
Pardo le 15. Août.
Le mariage du Roy fut
declaré hier aprés dîné , &
j'eus l'honneur de baifer
la main à Sa Majeſté comme
beaucoup d'autres. Madame
la Princeſſe montra
4
GALANT. 123
le portrait de la nouvelle
Reine à ceux qui demana
derent à le voir ; elle paroît
belle &bien faite. On étoit
en peine comment le dire
à Monſeigneur le Prince
des Afturies , & il fut decidé
qu'on lui feroit entendre
qu'on le vouloit marier
& le Roy auffi. Il ſe mit à
rire , diſant à M. de Figue.
roa,qui lui porta cette nouvelle
, qu'il lui faisoit un
plaiſant conte ,& que cela
ne pouvoit pas être , qu'il
entendoit bien ce qu'on
youloit lui dire. On lui de
Lij
124 MERCURE
manda ce qu'il entendoit ; il
ne voulut point s'expliquer,
& il fortit de ſon apparte.
ment pour publier cette
nouvelle comme un quento
pafſagero,c'eſt à dire un conte
en l'air. Enfin pendant
fon ſoupé il ne parla d'autre
chofe , & il appella M. do
Figueroa pour lui demander
comment il pouvoit lui
faire croire que le Roy s'al
loit marier , puis qu'il n'y
avoit pas long-temps qu'il
lui avoit fait comprendre
qu'un homme ne pouvoit
pas avoir deux femmes , &
1
GALANT. 125
pourquoy Papa en prenoit
encore une ;diſant toûjours
qu'il penſoit autre choſe ,
ſans vouloir s'expliquer : &
laiſſant cet article à part
qu'onnevouloit pas pouffer
plus loin, il parla de ſonmariage
, & demanda pourquoyonvouloit
le marier fi
jeune. On lui répondit que
cen'étoit encore qu'une parole
donnée depart&d'autre,&
que quand il ſeroit en
âge il ſe marieroit ,que cela
ſe pratiquoit envers lesPrinces.
Ildemanda enſuite ſi ſa
femme pretenduë étoitbel
Liij
126 MERCURE
le;onlui dit qu'oui.Hé bien,
répondit il, fi elle me plaît ,
elle ſera trés - heureuſe avec
moy; car je compte qu'elle
ſera juſte: je lui laiſſerai faire
tout ce qu'elle voudra , je la
ferai bien danſer , & quand
nous irons en caroſſe , j'ordonnerai
qu'iln'aille pas vi
te , peur de faire mal à ſa
groffefſe.
Aprés avoir un peu reflechi,
il commença àdire qu'il
avoit biendes choses à penfer
pour fon mariage ; qu'il
vouloit commander des habitsmagnifiques,&
fur tout
GALANT. 127
:
un bien brodé , parce qu'il
en devoit avoir un de même,
des beaux caroffes , des
-pierreries , & bien d'autres
choſes , qu'il ne lui donneroit
que les unes apres les
autres, parce que s'il donnoit
tout en une fois , il la
lafſeroit , & qu'il aimoit
mieux faire durer le plaifir.
Un moment aprés il dit
qu'il étoit bien obligéàMadamela
Princeſſe de le vouloir
marier , & qu'elle ne
pouvoit pas lui faire un plus
grandplaiſir : mais qu'il jugeoit
bien que ce ne feroit
Liiij
128 MERCURE
pas fitôt,n'ayant encoreque
ſept ans,&qu'on ne marioit
pas avant quatorze ; que
cependant ſi on le marioit
dans huit jours, il ſeroit marié
fortbien.M. de Figueroa
charmé de tous ces dif
cours,comme tous ceux qui
avoient eu l'honneur d'être
prefens, lui fit unequeſtion,
&lui demanda, ſi le jour de
ſon mariage il y avoit bal ,
comme onpouvoit le croire
, qui il prendroit la premiere
pour danſer,ou laReine,
ou la Princeſſe desAfturies
; il répondit qu'il pren
GALANT . 129
droit la Reine , & enſuite
ſa chere petite femme.
Un peu aprés il dit àMadame
la Marquiſe de Salzedo:
Marquiſe,je veux penſer
auſſi àvous ;&comme vous
m'avez bien ſervi ,que vous
avez eu bien de la peine
avec moy,je veux vous faire
Camerera major de la Princeffe
des Afturies. A cette
penfćeelle ne putretenir ſes
larmes &ſajoye. Aprés ſoupé
on le mena chezMadame
la Princeſſe pourvoir le
portrait de la nouvelle Reine,
qu'il trouvabeau, & de
130 MERCURE
A
manda à voir auſſi le por.
trait de la Princeſſe des AL
turies. On lui dit qu'il viendroit
inceſſamment.
Il alla enfuite promener ,
&au retour ilditàM. de Figueroa
qu'il avoit toûjours
penſé aumariage du Roy,&
qu'il ſçavoit bien pourquoy
il ſe marioit. Nevoulant pas
endiredavantage,M. de Figueroa
le pria de lui dire
toutbas. Alors il s'expliqua,
&lui dit qu'il ſçavoit bien
que ſa chere Maman étoit
morte , & qu'il prioit Dieu
pour elle. Ace mot on le
GALANT . 131
lui avoüa , diſant qu'elle
étoit bienheureuſe , parce
qu'elle étoit en Paradis.
Les lettres de Londres du
17. de ce mois , porrent que
-le4. on lut la 2. fois le projet
d'acte pour continuer au
nouveau Roy les revenus
dont la feuë Reine jouiſſoit,
& on refolut d'y ajoûter 2 .
clauſes : l'une, pour donner
pouvoir au grand Treſorier
de payer 65000. liv. ſterlin
d'arrerages dûs auxtroupes
-deHanovrequi ont ſervi en
Flandres en 1712.l'autre pour
132 MERCURE
payer 100000. livres ſterlin
àdifferens particuliers. Le
même jour les Communes
s'étant renduës à la Barre
des Seigneurs par ordredes
Regens,leChancelier dit en
leurs noms aux deuxChambres
, qu'ils avoient reçû le
matin une lettre du Roy
Georges,qui témoignoit êtretrés
farisfaitdela fidelité
que ſes ſujets avoient fait
paroître , & qu'il viendroit
auplûtôt pour travailler à ſe
mettredansun état heureux
&floriſſat. Enſuite leChancelier
declaraque la loterie
GALANT . 133
ne ſe rempliſſoit pas àcauſe que
les interêts étoient trop bas.
Les Communes s'étant retirées,
refolurent le s de donner cinq
pour cent d'interêt au lieu de 4.
Le 6. cette reſolution fut approuvée.
LeComte de Bercley
areçû ordre de faire voile avec
la flote , compoſee de 20. vaifſeaux
& de fix fregates , pour
aller en Hollande embarquer
le nouveau Roy.
Les avis de Hollande du 2.
portent qu'on y attendoit le
RoyGeorges.
3
Discours des Deputezde la Province
du Languedoc au Roy.
SIRE ,
1
Nous venons aux pieds du
Trône de Vôtre Maj. lui ren,
1
134 MERCURE
dre le tribut annuel de nôtre
obeïſſance & de nos hõmages.
La Province qui nous depute
ne vantera pas ſon inviolable fidelité
, c'eſt une qualité qui lui
elt commune avec tous ceux
qui ont le bonheur d'être ſoûmis
a vôtre Empire , & ce n'eſt
pas un merite d'étre fidele au
plus grand & au meilleur de
tous les Rois. Ce qui la flate &
la diftingue , eſt le zele ardent
qu'elle a toûjours témoignée
pour la Perſonne facrée de V
M. pour ſon ſervice & pour ſa
gloire ; zele qui dans les temps
les plus difficiles ne s'eſt jamais
démenti , qui lui a fait oublier
fespropresbeſoins pour ne penſer
qu'à ceeuuxx de l'Etat ; & qui
empruntant de nouvelles for.
GALANT. 135.
ces des difficultez &des obſtacles.
lui a fait tirer du fond de
fon amour des reſources que la
nature lui refuſoit . Il étoit bien
juſte , Sire , que par des efforts
juſques là inconnus,elle contribuât
aux frais immenfes d'une
guerre que vous ne ſoûteniez
qu'à regret, & qui devenuë indiſpenſable
& neceſſaire par
les vaſtes projets de l'ambition
de vos ennemis , n'eut jamais
d'autre objet dans les intentions
de V. M. que la paix de
l'Europe&la felicitépublique.
Pourrons - nous jamais-oublier
, & les fiecles à venir le
pourront- ils croire , tout ce que
vôtre tendreſſe pour les peuples
a voulu ſacrifier à leur repos
? mais graces immortelles
:
136 MERCURE
en ſoient renduës auDieu des
armées , il a arrété le bras d'Abraham
prêt à immoler ce qu'il
avoitde plus cher; contentd'un
ſi noble & fi glorieux facrifice ,
il n'a pas permis qu'il s'accomplit,
& par les fuccés les plus éclatans
il a maintenu V.M.dans
la poſſeſſion de faire naître la
paix du fein de ſes victoires.
Quel Princedans des conjon-
Aures ſi favorab es & fi glorieuſes
auroit pû ſe refuſer à la flateuſe
douceur de ſe venger de
fes ennemis , &de porter plus
loin ſes conquêtes : Mais la fageffe
de V. M. toûjours ſuperieure
à toutes paſſions , ne lui
permet pas de perdre un moment
de vue la paix ſi deſirée ,
&ne la rend fentible aux derniers
1
GALANT. 137
miers progrés de ſes armes , qu'
autant qu'elle les regarde comme
le ſeul moyen qui lui ref
toit pour y arriver.
C'eſt pour procurer à l'Eſpagne
le même repos dont nous
jouiſſons que V. M. vient de
prêter au Roy ſon petit- fils fes
troupes victorieuſes à qui rien
ne peut refifter , & qui prêtes à
forcer juſques dans ſes derniers
retranchemens la plus opiniatre
rebellion,feront rentrer das
le devoir des peuples ennemis
d'eux - mêmes , & leur feront
goûter malgréeux les douceurs
de la paix dont l'Europe vous
eft redevable.
Quels biens ne promet pas au
monde une paix fi heureule, ap.
puyée ſur les fondemens folides
Sept. 1714.
3
M
138 MERCURE
de la plus équitable moderation
? Elle nous fait entrevoir
une longue ſuite de beaux jours
que rien ne ſera capable de
troubler. Aprés avoir goûté ſi
long- temps la gloire de vivre
fous l'Empire d'un Royconquerant
, nous goûterons dans un
long repos la douceur de vivre
ſous les loix d'un Roy pacifi
que,& la providence favorable
reünira dans le ſeul regne deV.
M. les differentes gloires des 2.
plusbeaux regnes d'Iſraël.C'eſt
dumoins ce que nous ofonspre
fumer des divines mifericordes.
Les voeux ardens & unanimes
de tous les ſujets de V.M.la perfection
qu'elle donne à l'Eglife,
fon zele pour la fainte doctrine,
ſon amour pour l'unité , ſa
GALANT. 139
piere,ſes vertus, tout en eſt pour
nous un gage preſque certain .
C'eſt ſous ce regne pacifique
quenous allons voir le miel&le
lait coulerde nos montagnes,&
leseauxvives ſe répandre dans
tous les vaiſſeaux de Juda . La
justice& la paix ſe ſont embraffées,
&par cette heureuſe alliance
les loix reprennent leur
vigueur ; l'ordre & la diſcipline
ſe rétabliſſent, l'équité &labonne
foy rentrent dans le commerce
, l'uſure devenuë timide
n'oſe plus ſe montrer.Déja le laboureur
tranquile recüeille
ſans troubles & fans obſtacles
ſes fertiles moiffons,&flaté de la
douce eſperance de joüir du
fruit de ſes mains , il ſe ranime
au travail , & nous promet de
Mij
140 MERCURE
fon induſtrie une continuelle
abondance.
Mais la ſource la plus afſurée
dubonheur que nous attendős
eſt dans le coeur de V. M. Cette
bonté paternelle,qui s'eſt ſi ſouvent&
fi tendrement expliquée
fur les maux inévitables que
traîne aprés ſoy une longue
guerre,ne fera deformais occu.
pée que du ſoin d'y remedier.
Les difficultez s'aplaniront entre
ſesmains,les moyens ſe mul
tiplirõt par les conſeils de la fageſſe,
chaquejour ſeradiftingué
par des bienfaits & par des graces;&
les fruits de la paix, toû
jours amers dans leur primeur,
parviendront enfin par degrez
àla plus heureuſe maturité.
C'eftdans cette confiance que
la Province de Languedoc éGALANT.
141
:
pargnera à V. M. l'inutile recic
de ſes prodigieux épuiſemens ,
des dettes immenfes qu'elle a
contractées pour ſon ſervice,de
la deſolation de pluſieurs contrees
que la famine& les mala
dies ont renduës incultes &defertes.
Bientôt, ſous les regards
favorables de V.M.elle reprendra
fon premier éclat , & il ne
lui reſtera d'autre deſir à former
, que de voir prolonger au
delà des bornes preſcrites une
vie precieuſe , de qui ſeule dépend
nôtre commune felicité.
AMonseigneur le Dauphin.
MONSEIGNEUR ,
La Province de Languedoc
vient par de reſpectueuxhom
mages reconnoître en vous
142 MERCURE
l'heritier preſomptifde la premiere
Couronne du monde.
Le ſentiment naturel qui nous
intereſſe au bonheur de nos ne-
-veux, nous fait goûter par avance
toute lagloire qu'ils aurotde
-vous obeïr,& nous leur ſervons
d'interpretes pour vous prêter
en leur nom le ferment anticipé
d'une fidelité inviolable .
Quelle conſolation pour
nous,de voir dans un Prince déja
ſi parfait revivre ſon auguſte
pere , &découvrir dans ſon
heureux naturel le fond de ces
grandes vertus que nous avons
ſi amerement regrettées.
Qu'il eſt glorieux , Monſeigneur
, pour l'illuſtre Dame à
qui la ſageſſe du Roy a confié
vôtre éducation , de voir gerGALANT.
143
mer avec tant de ſuccés la ſemence
de ſes nobles vertus qu'-
ellea fi ſagement cultivée, d'en
recüeillir déja les fruits ,&de
vous voir dans un âge ſi peu avancé
non ſeulement l'objet de
la tendreſſe,mais mêmede l'admiration
de tous ceux qui ont
l'honneurde vous approcher.
Que fera ce donc, Monfeigneur
, lors qu'appellé auprés
du Roy vôtre biſayeul ,vous aurez
de plus prés ce grand modeledevant
vos yeux , &qu'intruit
long-temps par ſes leçons
dans le grand art de regner ,
vous partagerez le poids des affaires
, & concourrez avec lui
par votre ſageſſe & vôtre zele
ànôtre commune felicité ?
C'eſt ce que nous promet le
144 MERCURE
retour heureux des mifericor
des du Seigneur.Ce grand Dieu
fléchi par tant d'illuſtres victimes
qu'il s'eſt immolées dans ſa
colere,nous fait enfin connoî.
tre par la paix glorieuſe qu'il
vient de nous donner , qu'il aime
toûjours Ifraël ; & nous avons
lieu d'augurer de cedernier
bienfait qu'il ſera ſuivi d'un
plus grand ; qu'il conſervera ,
pourla conſolationdubiſayeul,
un jeune Prince qui fait ſes efperances
& fes delices ,&qu'il
confervera, pour le bonheur de
l'arriere-petit-fils,un grandRoy
qui eſt ſon appui & fa gloire.
C'eſt ce qui fait,Monſeigneur,
nôtre plus douce efperance , &
c'eſt auſſi l'unique objet de nos
vocux & de nos deſirs.
GALANT. 145
J'ay attendu longtemps ce
mois cy quelque nouvelle
piece de Poësie , mais on n'a
pas jugé à propos de m'en faire
preſent. Lindifference des
Auteurs m'a determiné à parcourir
tous mes papiers poury
chercher quelque choſe qui
pût faire plaifir aux Lecteurs.
J'y ay enfin trouvé une verſion
paraphrafée de la 29.
Ode du troifiéme Livre d'Horace
qui n'a jamais été imprimée
, je l'ay lûë & examinéc
avec beaucoup d'attention .Je
l'ay même montrée à d'excellents
Critiques qui à quelque
Septembre 1714. N
146 MERCURE
petite choſe prés , en ont
trouvé la Poësie , & les penſéesbelles.
Leur temoignage
m'adeterminé à la donner , &
je ſuis perfuadé que ceux qui
la liront ne feront pas plus
difficiles qu'eux.
:
GALANT 147
VERSION
C
paraphrafée de la 29. Ode
du 3. Livre d'Horace addreſſée
à Mecenas , qui
commence par Tyrrhena
Regum progenies , .
Grand&fameux neven
de ces illuftres Rois ,
Qu'autrefois la Toscane a
reconnu pour maiſtres ,
Noble &digne heritier de
ces nobles ancestres ,
Nij
148 MERCURE
Dont un peuple puiſſant a
reveré les loix ,
Quitte pour aujourd'huy
ces éclatantes marques
Et cet appareilglorieux ,
Qui fait bien connoiſtre à
:
nosyeux ,
Que tu fors du fang des
Monarques ,
Et vienssçavoir par mon
moyen
و
Jusqu'on vont les plaiſirs
d'un ſimple Citoyen.
CecharmantTrooly dont
۱
GALANT . 149
les fuperbes eaux
ой
Baignent de flots d'argent
cent baſſins de Porphyre ;
Ces jardinssomptueuх ,
l'oeil furpris admire
D'an art entreprenant
prodiges nouveaux ,
Cispalais enchantez , ces
pompeux édifices
les
Ont aßezoccupé tesſens :
Viens-t'en dans ces lieux
innocens
Gouter d'innocentes delices:
Tu n'es pas plus grand
qu'Apollon ,
1
Niij
ISO MERCURE
Qui fait bien cet honneur
àmonhumble vallon.
Tu trouveras mon vin
fur mon buffet placé ,
Ce vin que m'a rendu ma
premiere cuvée ,
Quepourtoyſeulement mes
Joins ont refervée ,
Et que j'ay fait garder
dans un autre glacé:
Tu verras fur mon linge
une moiſſon deroſes ,
Et tu trouveras ,ſi tu veux,
Pourl'usage de tes cheveux
GALANT. 151
De bien plus excellentes
chofes ;
Carj'ay de ces parfumsfi
A
doux
Que l'Orient vaincu ne
produit que pour nous.
C'est la diverſitéqui ſoutient
le plaiſir ;
Le trop de bonne chere en
fait perdre l'envie ,
D'un dégoust infaillible elle
eft toûjours ſuivie,
Et l'excés du bien mêmeen
ofte le defir. ما
N iiij
152 MERCURE
Sans or & fans azur ;
fans pourpre &Sans
peinture
Un repas ferviproprement
Dans un licu qui n'a d'ornement
,
Que des beautez de la
nature ,
•Sçait bien mieux charmer
lesSoucis ,
Que ces pompeux feſtins ,
८ ou les Rois font affis.
Quitte doncpour ceſoir le
tumulte & le bruit ;
GALANT. 153
Laifle de trop de biens l'abondance
importune ;
Laiſſe dans ton palais ta
gloire&tafortune ;
Etfois abſent de Rome au
moins pour une nuit.
Ceffe de contempler dans
Sagrandeurfublime
Cette Reine de l'univers ,
Qui fur tant de peuples
divers .
Levefon orgueilleuse cime ,
Et qui par ses vastes
projets
Dans tous les Potentats ne
154 MERCURE
voit que desſujets.

Déja la canicule élance
fon ardeur ;
Des feux dufier Lion la
force eſt aſſemblée;
Dugrand aftré du jour la
flamme estredoublée ;
Et l'air eft allumé parsa
vive fplendeur.
Le burger entouré de brebis
Languiſſantes ,
Va chercher le ſecours des
eaux ,
Où ces arbres , dont les
GALANT.155
rameaux
Font des ombres rafrai
chiffantes ,
Mais qui dans cet embra-
Sement
Nefont pas agitez, d'un
zephirſeulement.
Elevé cependant au ſupréme
pouvoir ,
Et malgré ce haut rang
étouffé dans la preffe
D'un amas defâcheux qui
t'affiegentfans ceſſe ,
Etqui viennent te rendre
136 MERCURE
un importun devoir ,
Tu trouve le repos indigne
d'un grand homme :
L'Etat occupe tous tes
Joins ;
Ettafantéte touche moins,
Que ne fait l'intereſt de
Rome ,
Pourqui tu redoute l'effort
Des Parthes revoltez ou
des peuples du Nort.
Mais de grace dy moy ,
quefert d'entretenir
Deces évenemens lacrainGALANT
157
te anticipée ,
Si cette crainte eſt vaine ,
& peut- être trompée,
Puiſque c'est à Dieu feul
desçavoir l'avenir,
Ces fuccés éloignezSous
une nuit obscure ,
Parfa prudence font cachez,
Et lorſqu'il nous voit empêchez
A craindre une perte future
,
Il rit des choses d'icy bas ,
Où tel pleure un malheur
158 MERCURE
qu'il nefentirapas..

Gardons bien noftreesprit
de s'échapperſi loin ,
Bornons tous nosfoucis à
lachoſe preſente ,
1
Et croyons que fans fruit
nôtre coeurſe tourmente
Pourunfauxavenir, d'un
veritableſoin ;
Aille comme il pourra , le
temps qui nous doit
fuivre ,
Ces chagrinsſontpour nos
neveux ,
GALANT. 159
Etles maux qui viendront
fur eux ,
Quand nous aurons ceffé
de vivre ,
Enrien neferoient amoindris
Par la compaſſion de nos
coeurs attendris.

Ainsique nous voyons un
grandfleuve en repos ,
Dormir comme un étang
dans l'enclos defesrives,
Puis tout à coup laſſé de
voirſes eaux captives ,
160 MERCURE
S'élever, s'elargır, &pouffermilleflots:
Ilparoift une mer , &fon
ravage étrange
Entraine troupeaux &
maisons ;
De mêmeenchan De même en changeantfes -
faisons,
Le temps fait qu'un
Se change,
état
Et mêle en ſes divers effets
Le tumulte au repos & la
guerre à la paix.

Ce
GALANT. 161
Ce changement de temps
peut troubler nos plaiſirs ;
Mais celuy-là fans doute.
en éprouve un extrême ,
Qui tout autant qu'il peut
Jerenferme enſoy-même ,
Et qui de ce qu'il tient contentefes
defirs.
Le beau temps d'aujourd'huy
comble toutefa
joye ;
Que demain le Ciel foit
changé
Que de noirs nuages chargé
,
Septembre 1714. Ο
162 MERCURE
Il éclate , il tonne , il foudroye
;
Leſage ignore ce malheur ,
Et jusqu'à ce qu'il souffre ,
épargnefa douleur.
Bien moinss'aviſe-t'ilpar
des crisfuperflus
De rappeller àſoy la difgrace
paffée ,
Bien moins occupe-t'ilfon
coeur&Sapensée
Aluy rendre preſents des
maux qui neſont plus ,
Ilfçait qu'un fiecle entier
GALANT. 163
de troubles & d'allarmes
Ne fera pas revivre un
mort ,
Ilſçait que les arrests du.
fort
S'executent malgré nos lar
mes ,
Et que même une Deité
Nepeut pas empêcher qu
un malheur n'ait esté.
Lafortunefeplaît àfrap
per de grands coups
Enſes jeux infolens elle est
opiniâtre ;
O ij
164 MERCURE
Elle estsouvent contraire
àqui plus l'idolâtre ,
Etson visage est traître ,
alors qu'ilfemble doux :
Ellefait de grands dons ,
mais leur peu de durée
Afflige noftre ambition ;
Bienſouvent la poſſeſſion
En eft courie & mal af-
Seurée
Et ce que je tiens desa
main
Un autre le tiendra peuteſtre
dés demain.

GALANT. 165
Je nesuis point ingrat des
biens qu'elle m'afaits ;
Je vante ſes faveurs , je
l'en aime , & l'en lovë ,
Sur tout quand àmaporte
ellefixefa roue ,
Etſemble vouloir rire au
gré de mesfouhaits.
Maisfitoft quejeſens qu'
elle ébranle fon aisle ,
Pour voler en d'autres
quartiers ,
Je mediſpoſe volontiers
Aluy rendre ce qui vienm
d'elle
166 MERCURE
Et ne demeure revêtu
Quedu manteau certainde
ma propre vertu.
* Quand je ferois privé de
tout autreſoutien ;
Jamais la pauvreté n'étonneroit
mon ame ,
Et je n'y connois rien qui
foit digne de blâme ,
Quand on se peut vanter
qu'on est hommede bien :
Je la tiens preferable aux
richeſſes lointaines,
Qui viennent des bords
GALANT. 167
estrangers ,
Qu'on chercheavec tant de
dangers
Par des routes ſi peu certaines,
Où l'on reclameſiſouvent
L'indulgence desflots&la
faveur du vent.
*
Armezdoncvosfureurs
contre l'air& les eaux ,
Aquilons inhumains, fiers
Auteurs des naufrages,
Vous aurez tout loiſir de
former vos orages ,
168 MERCURE
Avant que d'abimer ny
moy ny mes Vaiffeaux,
Quand je m'embarqueray
fur le fameux Egée
Zephire les careffera ,
Luyfoutmes voiles enflera ,
Ma Barquefera chargée :
Toutfera calme aux environs
,
Et Pollux & Castor tien-
C dront mes avirons.
Avis
GALANT. 169
Avis utile auxMathematiciens.
M. le Ducde la Force Protecteur
de l'Académie des
belles Lettres , Sciences , &
Arts de Bordeaux ; ayant
deſſein de propoſer un Prix
à tous les Sçavans del'Europe
, a laiſſé le choix du ſujet
&la deciſion àcette Compagnie
, qui a choiſi l'explication
des effets duBarometre.
Le Prix ſera une Medaille
d'or de la valeur de 300. liv.
au moins , ayant d'un coſté ,
les Armes de M. le Duc de
Septembre 1714. P
170 MERCURE
la Force ,&de l'autre la deviſe
de l'Académie.
Il ſera donné le premier
de May prochain , à celuy
dont le ſittême ſur la cauſe
des variations du Barometre
ſera le plus probable.
Les Differtations peuvent
eſtre en François ou en Latin,
&elles ne feront reçûës que
juſqu'au premier de Mars prochain
incluſivement.
Au bas des Differtations
il y aura une Sentence fans
le nom de l'Auteur ; & dans
un Billet cacheté , l'Auteur
mettra , avec la même SenGALANT.
178
tence , fon nom ou unc
,
adreſſe quelconque , pour ſe
faire connoiſtre. Le tout
affranchi de port , à l'adreſſe
du ſieur Brun , Imprimeur
de l'Academic de Bordeaux ,
ruë S. Jâmes.
Je ſuis fort redevable à M.
D. L. s. des Lettres pleines
d'érudition , &des bons conſeils
qu'il m'envoye , ſi j'avois
l'honneur de le connoiſtre ,
je le remercierois particulierement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La maniere dont
ildeffend la memoire de feu
Pij
172 MERCURE
M. Devizé contre le fiel de
M. de la Bruyere , elt pleine
d'équité , de gout & d'eſprit .
Onpeut mettre , dit il , au nombre
des gasconades , c'est-à-dire
des hyperboles outrées ce queM.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant ,qu'il étoit immediatement
au-dessous du Rien , la
pensée n'est pas juste & elle doit
estre mise au nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours dans ſa maniere
de bien penfer. Au fonds cela est
faux : ontrouvoit dans leMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
GALANT. 173
و
familles , ceux qui venoient au
monde &ceux qui enſortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant , ce quise paßoit
dans la Republique des Lettres
l'histoire du fiecle courant.
Compte- t- on cela pour rien ?
on vit dans le monde il est bon
de sçavoir ce qui s'y paffe ; cela
vaut mieux que de rétablir une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un paffage corrompu.
M. Devizé écrivoit poliment
es agreablement ,ſonſtile
estoit chaftié & correcte , on le
liſoit avec plaisir. M. de la
Bruyere écrivoit durement ,fon
Piij
174 MERCURE
Aile estoit negligé ; & on fent
en lifantſes ouvrages que l'Auteur
estoit chagrin &atrabilaire,
& toûjours en colere contre le
genre humain :ſon ſtile eſtpoëtique
, & montéſurdes échaſſes =
il tient bien plus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fonds des choses ; maisſeulement
de la maniere dont il metſespenfées
en oeuvres.
M. D. L. s . qui continuë
ces remarques avecbeaucoup
de diſcernement & d'érudition
, en fait dans ſa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Medailles &
GALANT 175
&aux Sçavants qui s'y connoiffent.
Je vis , dit- il , ces
jours paffez ,le Portrait du
Roy gravé par Lincks d'aprés
le freur de la Haye ,& dans
l'enfoncement une Montagne
fur laquelle estoit un Chasteau
tout en feu au bas de l'Eftampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inacceffis conſiſas rupibus
f arces
Miraris ! per Rhenum hic fibi .
fecit iter.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que Loüis
Prenne une Place inacceffible ,
....
Piiij
176 MERCURE
Son bras n'est- il pas invincible ,
Et leRein n'a-t-ilpas fait un
paffage aux Lis.
Je doutay , ajoûte-t-il , que
vincere arcem , eut esté employé
ſouventdans le temps d'Auguste
pour dire prendre une Ville ;
mais je ſoutins que confifas
estoit un barbariſme : le Poëte
aura crû que de conſido , confidi
, venoit conſiſum; mais
c'est confeffum. Je ſuis trop
du ſentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire , je rendray ,

GALANT. 177
fi cela luy fait plaiſir , fa ré
ponſe publique.
Mais à propos de Remarques
,&de Litterature , jeme
* ſouviens qu'on m'a averti que
je devois être exact à annoncer
les Livres nouveaux : il en
tombe heureuſement un ſous
ma main.
M. Dancourt vient de
donner une petite Comedie
nouvelle qui a pour titre ,
Les Festes du Cours : on ne
laiſſe pas d'y rire ; mais le Parterre
indulgent à ſon ordinaire
avoue qu'il ny, comprend
rien , & c'eſt aſſeurement
178 MERCURE
grand dommage , car il y a
dans cette Piece un certain
Cyncædor qui eſt le genie du
Bal , qui ſe tourmente comme
un Diable , depuis le commencement
de la Comedie
juſqu'à la fin , pour venir à
bout de demeler une chaine
d'inconvenients , où l'on a la
rage de ne vouloir rien comprendre.
Le langage en eft
tres françois ; il eſt même
orné de Sentences magnifiques
ſur l'efprit , ſur le coeur
&fur les moeurs : & on ſoûtient
que l'Auteur a fort bien
fait de ſe dedommager de
GALANT. 179
l'obſcurité de l'intrigue , par
la clarté de certains endroits
de ſes Chanſons : Un Avocat
s'yfait cocu luy même , & l'on
ne ſçait ce que tant d'autres
gens y font ; en un mot ce
qu'il y a de vray , c'eſt que les
termes y font ſi joliment
enveloppez , que l'eſprit va
tout droit à ce qu'il veut
dire , auditorem rapit. Pour
moy qui ne fuis point critique
, & qui n'ay point l'art
de l'être , il me ſemble que
l'on a raiſon d'être content
des maſques , des danſes , &
même de quelques chanfons
180 MERCURE
que Cynædor & Choreda
chantent à merveille.
Il y a un ſigrand nombre
d'honneſtes gens dans lesPro.
vinces qui m'ont recomman
dé de leur faire part des morceaux
de Theatre qu'on approuve
davantage dans lesPieces
nouvelles qui ſe reprefentent
icy,quejecroi ne pouvoir
mieux m'y prendre pour les
contenter , que de placer dans
le Chapitre que je fais exprés
pour eux , toutes les chanſons
de cette Comedie : Ceux qui
en voudront la Muſiquen'auront
qu'à me la demander ,
1
GALANT. 181
T
j'auray ſoin de la leur envoïer,
Je me flatte qu'on ne me reprochera
point d'avoir employé
cet Article pour groffir
mon Livre, puiſque je l'ay
augmenté de 80. pages , &
que j'en ay de beaucoup diminué
le caractere..
182 MERCURE
PROLOGUE
DES FESTES
DU COURS.
CHOREDA.
PRE'Sde la plus fuperbe Ville
Quecouvre lavoute des
Cieux ,
Dans un séjour délicieux
Quebaigne une eau pure & tranquile,
Lieu charmant&digne desDieux
L'amour a choiſiſon azile.
GALANT . 183
CYNOEDOR.
Tandis que l'horreurde la Guerre
Mettoit enfeu toute la Terre ,
Cesont ces beaux Lieux que la Paix
Avoit choisi pourfon Palais.
ENSEMBLE
Les foins du plus grand Roi du
monde
Ont mis Bellone dans les fers
Et parſaſageſſe profonde
La Paix pourson séjour a le vaſte
Univers
ENSEMBLE
5
Les Ris, lesfeux , viennentprendre
la place ,
184 MERCURE
Qu'elle occupoitdans ces heureux
Climats,
Favoris du Dieu de la Thrace ,
Venez , volez , accourezfur leurs
pas,
Qu'ici le plaisir vous délaße
Dela fatigue des Combats;
Etque l'Amourluy même en chaffe
Tout ce qui ne luy convient pas.
CHOREDA.
Venus vousappe lle
Dans ce beau réduit ,
Plein d'ardeur pour elle
Le Dieu Mars lafuit
Et prés de vos belles
L'Amourvous conduit,
Son Flambeau vous luit;
Diſcrets &fidelles
Venez-ySans bruit.
T
CYNOEDOR .
GALANT . 185
CYNOE DOR.
Venus en colere
A dit à l'Amour ,
Qu'en certain mystere
On craint le grand jour;
Fadisà Cythere
Enflagrant délit
Phoebus la furprit ,
L'Amourpour luyplaire
Prend ici la nuit.
CHOREDA.
Ici Venus veille -
Pour ces Favoris ,
LeDieu de la treille
ہک
Endort les Maris ,
Tous les Dieux ensemble
Prêtent leurfecours
Septembre 1714.
186 MERCURE
Au Dieu des Amours ,
Pour ceux qu'il affemble
Cettenuit au Cours .
ENSEMBLE .
Tous les Dieux ensemble
Prêtent leur fecours
Au Dieu des Amours
Pour ceux qu'il affemble
Cette nuit au Cours.
Fin du Prologue.
GALANT. 187
DIVERTISSEMENT
DES MASQUES,
CAIR.
V'un Bal au Cours Sous st
fevillage
Estun aimable amusement :
La Coquette ,& laplusfage
Iviennent également
Ecouter le doux langage
D'unjeune& nouvelAmant.
Qu'un Bak au Cours ,&c.
Iln'est dans aucun bocage
Siſeau de qui le ramage
Soit plus doux &plus charmant
;
188 MERCURE
Que le séduisant langage
D'unjeune & nouvel Amant.
Qu'un Bal au Cours , &c.
La liberté regne en ces lieux ,
On n'y craint point la médiſance.
LesJaloux & les ennuyeux
Ifont dupez par l'apparence.
DesArgus les plus curieux ,
Ony trompe la vigilance.
Folispropos , discours joyeux
S'y débitent fans confequence.
L'Amourpoury combler nos voeux
Eft avec nous d'intelligence .
Telyveut trop ouvrir les yeux
Qui voit souvent plus qu'il ne
pense.
د
GALANT. 189
AIR,
PI
quêtes nouvelles
our faire au Cours des con-
L'Amour attire tout Paris ;
Au clair de la Lune les Belles
Changent souvent de Favoris ,
Et nefontgueres plusfidelles
Aleurs Amans qu'à leurs Maris
AIR.
eunes Fillettes
Jeunes Dijj mulez
Les ardeursfecrettes
Dont vous brûlez ;
Quand fous fon Empire
LeDieu des Amours
A sçû vous réduire ;
Cachez bien toûjours
190 MERCURE
Cequ'il vous inspire
Oufifonmartire
Vousforce à le dire,
Laiſſezvous conduire
Aux Fêtes du Cours.
4
AIR..
Beantezqui voulez qu'on vous
aime,
Pourquoi vous défendre d'aimer :
Il estmal aisé d'allumer
Les Feux d'amourfans en brûler
Loi-même
Branles en Contre-danfe.
AvCours aprés la danse
Pour les tendres Amans
Il estfans confequence
D'agréablesmomens
GALANT. 191 :
L'Amourpour écarter tout ce qui
les traverse
Amuseles Mamans
Long-tems ;
Il endort les Maris
Rigris,
Et le Diable les berce..
1
Au Bal du Cours lesDames
Dans la belle Saison ,
Duſuccés de leursflames
Caufoientfur le gazon ,
Entr'elles les Amours troquerent
Leur chaußure.
Etcechangement -là
Prouva
A bon nombre d'Epoux
Faloux
Quelle étoit leur Coeffure.
192 MERCURE
Icimaint agréable
Tout rempli de Bachus,
Vient aufortir de table
Faire inſulte à Venus.
L'Amour toujours au guet prompt
àvangersa mere ,
Aprés deux ou trois tours
De Cours
Leurdécochant un trait
Lesfait
Tomber dans quelqu'orniere.
Perfecuteurs des Dames
Jaloux trop curieux ,
Laißezen paix les ames
Dans ces aimab es lieux :
De ſoins & deſoucis dégageant
nospensées ,
Sans nous priver dujour
L'Amour
GALANT. 193
L'Amour
Nous rend comme les Dieux
Heureux
Dans les Champs Elifees.
Aſſis prés desa femme
In Avocat au Cours ,
Méconnoissant la Dame
Lui contafes amours;
Elle pour profiter de fon erreur
extrême
En tira de l'argent :
Comptant ,
Et le pauvre Avocat
Bien fat
Sefit cocu lui-même.
Unejeune coquette
Septembre 1714 . R
194 MERCURE
Femme d'un Orlogeur ,
Acertaine amourette
Ayant livré ſon coeur ,
Tandis qu'à travailler chez tuy
l'Epoux demeure ,
La Belle &son Galant
Souvent
S'en vont au Cours exprés
Aufrais
Du BergerSonner l'heure.
Amans dans les Ruelles
Nepaſſez plus vos jours ,
Il est des nuits plus belles
Pour vous aux Bals du Cours ,
L'Amour vous offre ici des conquétés
aisées ,
Enfaveur de la Paix
Ses Traits
GALANT. 194
Ne forment que des noeuds
Heureux
Dans les Champs Elisées.
D'une aimable Grisette,
Certain vieux Brocanteur
Par contrat fit emplette
Sans s'aßurer du coeur
.ינ
L'exemple d'un Epoux dont toute
Lafortune,
Venoit de trafiquer
Troquer,
Fit qu'elle trafiqua
Troqua ....
Au Cours , au clair de Lune.
Une Fille sçavante
En l'art de Cupidon ,
Rij
194 MERCURE
Deſes droits jouiſſante
En uſoitbien dit- on , Mal instruit defesfeux , un Tuteur
mal habile
La crût au Cours la nuit
Et prit
Sa Femme & Son Rival
Au lieudefa Pupille.
થોડાક લો છો ??????????
<
Le Démon de la Dancel
Pourflaterfes defirs, ban
De toutesapuissanceonport
Travailleà vosplaisirs
Deſes empreſſemens il ne veut
pourfalaire
Que l'honneur de pouvoir
Vous voir
En foule ici témoins
Des Soins
Qu'il prendra pour vous plaire.
GALANT. 197
Voilà ce qu'il y a de plus
comique dans la Picce. Mais
ce qu'il y a de meilleur à la
rête de cet Ouvrage c'eſt une
Epître en grands& petits vers
dediée au Prince Royal &
Electoral de Saxe.
i
Je n'aurois pas manqué de
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent. Je vais en attendant
battre la campagne , & promener
d'abord juſqu'à Chi
GALANT 203
non; les lecteurs qui voudront
m'y accompagner , ils y apprendront
le ſuccés d'une des
plus ſplendides & des plus
galantes feſtes qu'aucun par
ticulier ait donnée en France
pour le retour de la Paix.
M. des Molieres homme
riche & de distinction dans
cette Province fit dreſſer le
douze du mois paffé tout
l'appareil d'un Feu magnifique
au milieu d'une Terraſſe
vis à vis le Convent des Capucins
de Chinon. Le Theatre
de cette réjoüiſſance ſo
trouva ainſi heureuſement
204 MERCURE
fitué ſur le haut d'une Mon
tagne qui commande à la
Ville & à la Riviere. Plus
de cinq cens chandelles enfermées
dans des Lanternes
fervirent à illuminer le Con
vent dont les murailles du
Jardin furent bordées d'un
grand nombre de pots de
fer & de terre pleins de gau
dron & d'autres feux , une
quantité prodigieuſe de fufées
& de gerbes ſe meſlerent
au bruit des Tambours ,
des Trompettes , des Haut
bois , & des Violons , dont
le defordre agréable fut in
GALANT. 205
terrompu par pluſieurs décharges
de fix pieces de canon
qu'on avoit rangées ſur la
Terraffe , & qui tirerent juf
qu'à ce que tout l'artifice du
Feu de joye fut conſommé.
Toute la Ville de Chinon
fur les Remparts , fur les
Ponts & dans la Campagne
répondit à cette feſte par mille
acclamations de vive le Roy.
Enfin les illuminations furent
fi nombreuſes & fi grandes ,
que bien des gens aſſurent
avoir leu de plus d'une demie
lieuë , à la faveur de leur lumiere
, & aprés de trois lieuës
206 MERCURE
àla ronde , toute la campagne
a eu le plaisir de voir cette
réjoüſſance , qui fut ſuivic
d'un repas dont la propreté ,
l'abondance & la delicateſſe
firent les honneurs à plus de
quatre- vingt perſonnes.
Pour changer de theatre
&de matiere , je prie ceux
qui ne s'ennuyent point de
voyager avec moy de me
tenir compagnie juſqu'à Veniſe
, où je vais en entrant
offrir à leurs yeux la fidelle
peinture d'une Hiſtoire fi
veritable,& fi fraîche , qu'elle
fait encore à preſent tout le
T GALANT. 207
bruitde cette Ville.
Le vingt trois du mois
paſſé , on mit en priſon , par
ordre des Inquifiteurs de l'Etát
, le Curé de la Paroiſſe de
S. Mathias âgé d'environ 60.
ans , accuſé d'entretenir correſpondance
en France. Son
Accuſateur avoit contrefait le
caractere de ſon écriture , &
avoit compoſé une Lettre ,
dans laquelle il diſoit que le
Senateur bien connu , n'ayant
pû aller au * Pregadi , n'avoit
pû l'informer de ce qui s'y
étoit paflé. Ce pauvre Curé a
* Conſeil des Dix.
208 MERCURE
été mis à la queſtion plufieurs
fois , & a ſouffert tous les
tourmens imaginables ; mais
loin de confeffer un crime
qu'il n'avoit point commis , il
a toûjours répondu avec fermeté
qu'il étoit innocent. Ccpendant
on fut prêt à le condamner
à la mort ; mais comme
on luy avoit donné tous
les tourmens que les Loix permettent
, ſans pouvoir arracher
de luy l'aveu du crime
dont on prétendoit qu'il fut
coupable , on le condamna à
une priſon perpetuelle , dans
l'eſpoir qu'avec le temps il denonceroit
GALANT. 209
nonceroit le Senateur.
Le même Accuſateur a tenté
de joüer un pareil tour au
Curéde Saint Jean ,& eft allé
chez luy , luy dire , qu'il luy
étoit tombé entre les mains
une de ſes Lettres pleine de
matieres d'Etat , & que s'il ne
lay donnoit cent ſequins il la
portcroit aux Inquifiteurs de
l'Etat. Le Curé ſurpris de voir
une Lettre de ſon caractere ,
quoyqu'il ſçût bien ne l'avoir
pas écrite , luy dit qu'il luy
donneroit les cent ſequins ,
mais qu'il falloit du temps.
L'Accuſateur s'en contenta ,
Septembre 1714. S
210 MERCURE
& répondit qu'il retourneroit
dans trois jours pour prendre
l'argent , & qu'il luy remettroit
alors ladite Lettre. Le
Curé fut auſſitôt trouver un
Avocat pour confulter cette
affaire. L'Avocat luy dit , Si
vous estes coupable , payez , &
tachez de r'avoir cette Lettre ,
finon allez rendre compte auxInquisiteurs
de ce qui ſe paſſe. Le
Curé prit ce dernier parti ,il
fut les trouver , & leur dit
qu'une perſonne inconnuë
étoit venuë luy faire voir une
Lettre où il y avoit des matieres
d'Etat , qu'elle paroif
GALANT. 211
foit être de ſon caractere ,
mais qu'il affeuroit ne l'avoir
pas écute; qu'il avoit promis
à ce fauſſaire de luy donner
cent ſequins , & qu'il devoit
venir les prendre un tel jour.
Les Inquifiteurs ſe ſouvenant
du Curé de S. Mathias ,&fe
figurant que ſe pouvoit être
quelque malheureux qui contrefaifoit
toutes les écritures ,
dirent au Curé de S. Jean que
le jour que devoit venir cet
Accufateur ,leCapitaine , ou
leGrand- Prevôr ſe trouveroit
dans fon Eglife avec ſes Archers
, &que pour faire con
Sij
212 MERCURE
noître ledit Accuſateur lorf
qu'il luy parleroit , il n'avoit
qu'à ſe moucher pluſieurs
fois . L'Accuſateur vint à
point nommé trouver leCuré
pour recevoir les cent ſequins,
&fut le chercher dans ſon
Eglife , où il confeſſoit. Le
Curé l'aborda , ſe moucha ,
& auffitoft les Archers du Prevôt
ſe ſaiſirent de ſa perſonne
,& le conduiſirent en prifon
, où il fut appliqué à la
queſtion , & où il confefſa
tous ſes crimes .
Le Curé de S. Mathias fut
reconnu innocent & mis en
GALANT. 2133
liberté avec une joye extraor
dinaire de tout le peuple ,&
l'Accuſateur a été étranglé,&
attaché enſuite à une porence
fur la place pendant tout un
jour. C'est la Justice ordinaire
des Inquifiteurs d'Etat , differente
du Conseil des Dix , qui
fait mouter les criminels en pu
blic.
Ce Curé a donné dans cette
horrible extrêmité une preuve
de la conſtance & de la fermetéd'un
veritable Chrétien
If a fouffert toutes les tortures
ſans jamais s'en plaindre ,
&preferé ſon devoir à ſa vic.
214 MERCURE
Peu de jours aprés fon empriſonnement
, ſon Accuſateur
fut ſe confeffer au Curé de
S. Caffan , & luy dit avoir accuſé
injuſtement le Curé de
S. Mathias & qu'il pouvoit
luy confier ſa Confeſſion , ce
qu'il fit ; mais connoiffant
parce moyenſonAccuſateur,
il crût que ſa Religion luy
deffendoit abſolument de le
déclarer. Enfin quoyqu'il foit
forti de priſon il ya huit jours,
il n'eſt retourné chez luy qu'-
hier , pour éviter la grande
quantité de peuple qui meurt
d'envie de le voir.
GALANT . 215
Cet Accuſateur étoit Ferrarois
,& avoit tiré cinquante
piſtoles en pluſieurs fois du
grand Chancelier deffunt, par
des Lettres contrefaites de fon
caractere . Il a joüé le même
tour à pluſieurs autres perfonnes.
Bien m'en prend de n'avoir
pas ce mois-cy un ſeul Maria- .
ge à annoncer au Public.Cet
Article de moins m'épargnera
la façon d'une liaiſon , & la
peine de me juſtifier fur ce
chapitre de pluſieurs fautes
que d'honneſtes gens prétendent
avoir remarquées dans
216 MERCURE
les Genealogies du mois paſſé.
Je diray cependant pour mon
excuſe , qu'elles ne m'appartiennent
pas toutes , & qu'elles
naiffent autant des noms
propres qui font defigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye , que de ma negli
gence à prier mon Genealo
gifte de les verifier ,& de coriger
mes épreuves : Maisj'auraydoreſnavantune
ſi grande
attention la deflus , que j'ef
pere qu'on ne me reprochera
plus cet inconvenient. L'Article
ſuivant va faire preuve
demon exactitude.
Le
GALANT . 217
Le P. Loüis de Sanlecque,
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S. Auguſtin , Prieur de
Charnay prés Dreux , connu
par ſes Ouvrages de Poëfie ,
mourut en ſon Prieuré le 14.
Juillet 1714 .
Dom N... Pouderoux
Abbé de S. Martin de Cani.
goux , mourut le 28. Aouſt
1714.
Madame la Princeffe de
Vaudemont Anne Elifabeth
de Lorraine , mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aouſt , dans le Chaſteau de
Commercy , elle eftoit neé
Septembre 1714. T
218 MERCURE
le 6. Aoult 1649. & elle
avoit cité mariée le 27. Avril
1669 à Gharles Henry legitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemont depuis Grand
d'Elpagne de la premiere clafſe
, Chevalier de la Toiſon
d'Or & Gouverneur du Milancz
; de ce mariage eſtoit
né Charles Thomas de Lorraine
dit le Prince Thomas de
Vaudemont filsunique ,Chevalier
de la Tofon d'Or ,
Commandant en Chef l'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fiévre maligne
GALANT. 219
à Oſtiglia en Italie , le 12 .
May de la même année , ſans
alliance.
:
Madame la Princeſſe de
Vaudemont qui vient de
mourir eſtoit fille de Charles
de Lorraine troiſieme du
nom Duc d'Elbeuf , Pair de
France , Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elifabeth de Lannoy
ſa premiere femme , morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'apreſent
eſt fils du même Duc , & d'ETij
220 MERCURE
lifabeth de laTout en Auvergne
ſa ſeconde femme , feuë
Madame la Ducheſſe de Mantouë
eſtoit auſſi ſa fille ,& de
Françoiſe de Montault Navailles
ſa derniere femme.
M. le Prince de Vaude.
mont& Madame la Princeffe
de l'Iflebonne fa foeur ſont
nez de Charles Duc de Lorraine
troiſième du nom &
de Beatrix de Cuſance Princeffe
de Cantecroix
avoit épousé du vivant de
Nicole Ducheſſe de Lorraine
fa femme ; ce qui donna licu
aux Sentences données à Ro-
, qu'il
GALANT. 221
me par le Tribunal de la
Rotte les 28. Fevrier 1658 .
15. Janvier 1653. & 23 .
Mars 1654. par leſquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeurde la Maiſon
de Lorraine eſt ſi connuë
qu'il n'est pas neceſſaire icy
d'entrer dans la diſcuſſion de
fon origine ;on remarquera
ſeulement qu'elle eſt la plus
ancienne des Maiſons Ducales
Souveraines qui ſubſiſtent
àpreſent , &qu'elle a toûjours
eſté confiderée comme une
des plus illuftres entre les
Tiij
222 MERCURE
Souveraines de l'Europe depuis
GerardComte d'Alface
qui l'an 1048 fut inveſti par
l'Empereur Henry III. ſon
coufin du Duché de Mozelane
, que l'on appelloit alors
le Duché de la Haute Lorraine.
Meffire Paul Duc de Beauvillier
, Pair de France,Grand
d'Eſpagne , Chevalier des
Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de ſa Chambre
,Chef duConſeil Royal
des Finances , Miniſtre d'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la
GALANT. 223
Ville & Citadelle du Havre-
de- Grace, du Chaſteau de
Loches , & de Beaulieu
mourut le 31 Aouſt 1714.
en ſa 66. année Il eſtoit fils
deFrançois de Beauvillier Duc
de S. Aignan , Pair de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées , Conſeiller en
fes Conſeils , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre
Gouverneur de Tourraine ,
& des Villes & Chaſteaux de
Loches , de Beaulieu & du
Havre-de Grace , mort le 16.
Juin 1687. & de Dame An-
,
Tiiij
224 MERCURE
toinette Servient ſa premiere
femme ; il avoit épousé en
1671. Loüife HenrietteColbert
fille deM. Jean Baptifte
Colbert Marquisde Seignelay
Miniſtre & Secretaired'Etat ,
Commandeur &Grand Treforier
des Ordres du Roy ;
&de pluſieurs enfans nez de
ce Mariage il n'eſt reſté dans
lemondeque Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Decembre 1703. avec
Loüis de Rochechoüart Duc
de Mortemar Pair de France
ſon couſin germain , Premier
Gentilhomme de la Chambre
GALANT. 225
du Roy par la demiffion de
fon beau pere. M. le Ducde
Beauvillier fe voyant ſans
enfans mâles s'eſtoit demis
depuis quelques années de fon
Duché de S. Aignan en faveur
de Paul de Beauvillier fon frere
, dit leChevalier de S. Aignan
, né du ſecond mariage
de feu M. le Ducde S. Aignan
avec Françoife Geré de Luce.
M. le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie Anne de Montlezun ,
falle& heritiere de feu M. le
Marquis de Beſmaux , dont il
a des enfans . La Maiſon de
226 MERCURE
Beauvillier , l'une des plus an
ciennes du Royaume , a pris
fon nom du lieu de Beauvillier
en Beauffe , Bourg ſitué à
cinq lieuës de Chartres ; elle
s'eſt alliée aux Maiſons d'EΓ.
touteville , d'Illiers , d Eſtampes
, de Clermont Tonnerre ,
de Beauveau , de Rohan , du
Bec , de la Grange Montigny,
du Châtelet , &c.
Dame Marie Heron, veuve
de Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Seigneur de Corbeville
, Doyen des Confeillers
de la Cour des Aydes , mou
rut le premier Septemb. 1714.
GALANT 227
Feu M. de Sainte Marthe ſon
mary étoit neveu des celebres
Gaucher , dit Sevole de Sainte-
Marthe , & Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux , Hif
toriographes de France , Auteurs
de l'HiſtoireGenealogia
que de laMaiſon de France ,
fortis d'une famille ancienne
qui a donné de tout temps des
perſonnes recommendables
par leur eſprit & leur probité:
Meffire Germain Chriſto
phe de Thumery , Chevalier
Seigneur de Boiffife , le Vé ,
&c. Conſeiller du Roy en ſes
228 MERCURE
Conſeils , Préſident en la ſeconde
Chambre des Enqueftes
, mourut ſubitement le r.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Chriſtophe
de Thumery , Seigneur de
Boffiſe , mort en 16 17.&de
Magdelaine leCoigneux,morteen
1687. Il avoit été receu
Confeiller au Parlement en
1673. & Préfident aux Enqueſtes
en 1682. Il avoit
épousé Magdelaine le Tellier
de même famille que Meffieurs
de Courtenvaux , &de
Souvré , & fille de René le
Tellier Geur de Morſan & de
GALANT. 229
Neuvy , Conſeiller en laCour
des Aydes , & de Françoiſe
Briçonet ; il en a laiſſé René
de Thumery , Conſeiller au
Parlement de Metz , quia l'agrément
de laCharge deMonſieur
fon pere ; Adrien de
Thumery , Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariée en 1695.aJean-
Baptifte de Flexelles , Comte
de Bregy ; & Valentine de
Thumery non mariée. La famille
de Thumery eſt une des
plus anciennes familles deParis
; il y a plus de 300. ans
qu'elle eſt en poffeffion de la
230 MERCURE
1
Terrede Boflife , & elle s'eſt
alliée aux meilleurs familles de
la Robe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat , veuve de Meffire
Henry de Fourcy , Comte de
1
Cheffy , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& ancien Prevoſtdes
Marchands , mourur le trois
Septembre 1714. Elle étoit
fille de feu Meffire LoüisBoucherat
, Chevalier Comte de
Compans , mort Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoiſe Marchand
ſa premiere femme,
Feu M. de Fourcy étoitneveu
GALANT. 231
de Dame Marte de Fourcy,
femme de Meffire Antoine
Coffié , dit Ruzé , Marquis
dEffiat , Maréchal de France,
Chevalier desOrdres du Roy,
& Sur- Intendant des Finances
,& fils de Henry de Fourcy
, Seigneur de Chefly , Préfident
de la Chambre des
Comptes de Paris , Sur- Intendant
des Baſtiments , &Confeiller
d Erat , & petit fi's de
Jean de Fourcy , Seigneur de
Chefly en Brie,fucceſſivement
Secretaire du Roy , Treforier
de France à Paris , Préſident
des Comptes , Sur Intendant
232 MERCURE
des Baſtimens & Conſeiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Meſſire Henry-
Loüis de Fourcy , Maistre des
Requeſtes ; Olivier François
de Fourcy, Chanoine deParis,
AbbéCommendataire de S.
Ambroiſe de Bourges , cy-devant
Conſeiller au Parlement;
Balthazar- Henry de Fourcy ,
receu Chevalier de Malte fur
ſes preuves admiſes le 25 .
Janvier 1673. depuisChanoine
de Noſtre-Dame , Abbé
Commendataire de S. Vandrille
, Docteur de Sorbonne;
AchillesGALANT.
233
Achilles-Balthazar de Fourcy,
receuConſeiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriette
de Fourcy , mariée le 31.
Mars 1689. avec Paul deFieuber
, Seigneur de Reveillon ,
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes.
Il n'eſt preſque rien deplus
ſeur pour foutenir le titre &
le merite dece Livre , qued'avoir
beaucoup d'attention à
debiter galamment un grand
nombre de bagatelles. La
ſcience de cet ouvrage ne con-
Gite pas tant à ſçavoir paffer
delicatement d'une matiere à
Septembre 1714. V
234 MERCURE
une autre, qu'à ſçavoir le remplir
d'une infinité de choſes
qui amuſent ou qui ſurprennent
les Lecteurs. Mais pour
arriver à ce but , il faut qu'on
me les donne , que je les ramaſſe
, ou que je les invente.
Jay mauvaiſe opinion de ce
que j'invente , ce que j'ay ramaſſé
ce mois cy , où tout le
monde eſt en vendange , ne
vaut pas grande choſe , & ce
qu'on m'a donné ne reflemble
pas mal à ce que j'ay ramaffé.
Se fouleve qui voudra
contre cette plainte , je voudrois
n'avoir pas raiſon de la
GALANT. 235
faire : mais je ſuis ſeur que les
plus rebelles admireroient ma
conſtance , s'ils étoient témoins
de mon attention à lire
, à choiſir , ou à mettre au
rebut tous lesMemoires qu'on
m'envoie. J'en fuis fâché ,
Meſſieurs , c'eſt võere faute ,
& c'eſt vous même quime réduiſez
à la neceffité de ſuppléer
à ce défaut ; mais heureuſement
on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſtement
faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Vij
236 MERCURE
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
ENVΟΥ
ſur le mot de la derniere
Enigme du mois paffé.
AQuelques Dames dis
quartier
Septembre 1714. X
242 MERCURE
Je lûs bier le Mercure der
nier ;
L'Enigme vint ; les Dames
affemblées
De deviner le motſefirent
nn honneur ;
Et toutes s'empreſſant de
dire leurs pensées ,
Firent naître à l'envy l'éclatante
rumeur
De tant de voix entrecoupées
,
Quependantquelquetems,
je crus
Que l'on alloit deviner en
GALANT 24 元
chorus .
MesDames ,fans tirer ,
leur dis-je , à confe
29407
quence

Accordez-moy de grace,un
moment d'audiance :
0prodige étonnant, le beau
Fort bien repris-je alors
le mot se trouvera
Dans le filence.
Le mot de la premiere étoit
laBalle du Jeu de Paume. Les
noms de ceux qui les ont de
viné font , Les petits yeux de
Xij
144 MERCURE
fc ,
Souris , les beaux yeux de Catin
, l'oyſeau bleu , Cabrico.
let ,la jeune veuve ,laPrécicules
deux Tourterelles , &
le veritable Amphitrion...
L'Auteur de l'Enigme fuivante
dit , que pour établir ſa
réputation , il eft bien aiſe
qu'on ſcache que c'eſt luy qui
La faite.
ENIGME.
Bien des gens ſe paſſent
de moy
Cependantjeſuis neceſſaire.
Ceux qui vous diront le
GALANT. 245
e
contraire
Nefontpas gens de grand
alloy.
Jene plais guere à la jeuneffe
,
Ala bien elever , lorſque
l'on s'intereffe ,
On la reprend ſouvent à
mon ſujet .
L
Selon l'occaſion, j'ayla gau
che , ou la droite ,
C'en est aßez , j'ay fini
mon projet ;
Si vous me devinez , vous
Jerezbien adroite.
Xij
246 MERCURE
L'Auteur de celle - cy dit
qu'il eſt ſi jaloux de la réputation,
qu'il eſt bien aiſe qu'on
ne ſcache pas que c'eſt luy qui
l'a faite.
ENIGME.
FEfuis un enfant de la
terre
Que l'on forme à coups de
C
marteau ,
On me politſous le ciſeau ,
Et je fais à l'acier une immortelle
guerre.
Promethée ou Deucalion
GALANT. 247
M'arracherent jadis du
fein de la matiere ,..
Et tirerent de moy , dit- on ,
L'origine de la lumiere.
Je nesçay guere à quoy reffemble
ma couleur :
Mon pere est un brutal
dont la main me déchire ,
Et c'eſt de mon être qu'on
tire
L'experience , l'art , l'éclat
&la chaleur.
X iiij
248 MERCURE
Un prélude pour annoncer
uneChanſon faite ſur une
coquette doit-il être bien ſerieux.
Non : Il n'en faut pas
même là deſſus , difent les
connoiffeurs ; comme les coquettes
ne gardent aucune
meſure avec leurs Amants , il
ne faut ni ſcrupule , ni ceremonie
pour les chanter.
۱
on
ane t
as
es
C
7

GALANT. 249
CHANSON
dont les paroles ſont de ..
& la Muſique de M. Dubreüil
de Vignancourt .
Le changement , Iris ,
vous eftfi doux
Que lorsqu'on est bienavec
vous,
ی
On n'ofe s'en donner la
gloire :
Celisy qui ſçait vous arrefter
,
Asi peu de temps pour le
croire ,
250 MERCURE
Qu'il n'en a pas pour s'en
venter.
Voicy bien d'autres nouvelles
, Mefficurs ,
Sçavants contre Sçavants , Ercteurs
contre Lecteurs
Combattent à l'envy pour le
choix des Autheurs .
Et quoyque je ne fois nullement
intereſſé dans leurs querelles
, fi par hazard j'annonce
quelque choſe pour ou contre
les uns & les autres , on me
rend garant de ce que je ne
debite tout au plus , que.comme
de froides nouvelles. Un
GALANT. 252
2
parti ſe forme pour moy, fans
que je ſçache ſeulement ſi j'ay
des partiſans ; une autre ſçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les eſprits ,&de l'autre
je me vois expoſé au reffentiment
de pluſieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes , qu'elle les enſevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois pafle , & que j'ay mis
252 MERCURE
A
dans le dernier Mercure , m'a
attiré cette fâcheuſe affaire :
mais ſi l'on me tient parole , je
repareray ce coup autant qu'il
eſt reparable , en donnant à
fon tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vray moyende me fairedes
ennemis des deux coſtez . Mais
ce qui me conſole , c'eſt que
les gens defintereſſez conviendront
de ma bonne foy , &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde , cellede
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois , eſt juſtement
celle dont je m'embaraſſe le
GALANT . 253
moins. Je ne ſonge en unmot
qu'à divertir mes Lecteurs ſans
entrer dans le détail des reficxions
qu'on fait ſur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire , bien
de quoy ſcandalıſer des gens
éclairez qui ſçavent preſque
auſſi bien que moy ( qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre ) le cas qu'on fait
du Mercure Galant :& je ſoutiens
qu'il n'y a preſque perfonne
dans aucune Académic
du Royaume qui ne ſe crût
deshonoré , ſi on l'accuſoit de
l'avoir lû. Que cette averſion
254 MERCURE
pour mes Ancestres & pour
moy, foit bien ou mal fondéc,
c'eſt de quoy , par exemple
,je ne me foucie guereencore.
Il y aura toûjours parmi
les eſprits les plus fubtils &
les plus delicats , de ſages Ifraëlites
qui s'amuferont de la
lecture de mes contes & de
mes chanfons ; & je mettray ,
fi je peux , tant d'enjoüement
dans mon Livre , uniquement,
pour plaire aux Dames , que
leur fuffrage me dedommagera
de l'indifference des hommes.
Quel projet ! me dit un
Druide , au maintien veneraGALANT
255
ble ,&dont la contenance eft
figrave&fi compoſée , qu'on
diroit qu'il a toute la vie afſiſté
au banquet des ſept Sages
, quel projet ! Jeunehomme
, continue til , on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce ſera ,
luy dis je , un grand malheur
pour le Public , & beaucoup
de peine épargnée pourmoy;
mais vous verrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
commed'abus , &qu'elles
interpoferont l'autorité de
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raiſons , malgré
256 MERCURE
vous , malgré moy , & peutêtre
à la fin , malgré ellesmêmes.
Mais je ne ſonge pas que
le Mercure s'avance ,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon ! qu'-
importe , c'eſt un article que
perſonne ne lit. Outre le Journal
de Verdun , il y a tant de
Gazettes& dcManuscrits toutes
les ſemaines , dont les circonſtances
ſont ſi intereſſantes
,&dont le ſtile eſt ſibeau ,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles duMercure.
Cependant il en faut ab
folument
GALANT. 257
ſolument debiter , & ce Chapitre
eſt auſſi neceſſaire que
celuy des Enigmes. Ainſi afin
de commencer à en donner
quelques -unes par ordre , je
vais debuter par une Liſte de
tous les Deputez qui ſe ſont
aſſemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être ſignée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
, & par M. le Maréchal
de Villars pour le Roy.
:
Septembre 1714. Y
258 MERCURE
:
NOMS :
de Meſſicurs les Plenipoten-
1. tiaires &Envoyez qui fe
font trouvez au Congrez de
la Paix à Bade , commencé
le cinquiémeJuin 1714 .
De la part de l'Empereur.
i
M Jean Pierre de Goës ,
Comte du Saint Empire Romain
, Baron de Carleſbergà
Monbourg , Seigneur à Razzenegg
,Ebentalbach , Porhnftein
, & Liebenfels , & c. Conſeiller
de Sa Majesté Imperiale
GALANT. 259
*
& Catholique , Gouverneur
:du Duché de Carinthie , Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade .
M Jean Friderich , Comte
de Scilern , &c. Confeiller &
Affeſſeur dela Chancellerie de
Cour , & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Imperiale
au Congrez de la Paix
àBade.
DuRoyde France.
M. François Charles deVinithamille
, des Comtes de Mar
Yij
260 MERCURE
ſeille , Comte du Luc , Marquis
de la Marthe, Lieutenant
du Roy en Provence , Commandeur
de l'Ordre de Saint
Loüis , Gouverneur des Ifles
Porquerolles , Ambaſſadeur
ordinaire de Sa Majefté aux
Ligues Suiffes & Grifons , &
fon Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M. Barberie , Seigneur de
faint Contest , Conſeiller du
Roy en tous ſes Conſeils ,
Maiſtre des Requeſtes ordinaire
de ſon Hoſtel , Intendant
de Juſtice , Police & Fi
GALANT . 161
nances des trois Evêchez de
Metz , Toul , & Verdun , au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majeſté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son Alteſſe Monfieur.
Le Prince Henry d'Auvergne,
Grand Prevoſt de Strafbourg.
B
Del'Electeur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
>
262 MERCURE
Miniftre & Conſeiller d'Etat
de ſon A. E. de Baviere.
De l'Evesque de Bafle.
M Hauſt , Eveſque deDomitiopolis
, Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Bafle.
Des Princes de Birkenfeld.
M. Simon , Confeiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargde BeGALANT.
263
benbourg , Grand Chancelier
&Premier Miniſtre de ſon A.
E. Abbé du Mont de ſaint
Michel en Normandie.
Son Alteffe .
M. l'Abbé de Gonzague ,
Prince de Caſtillon , &c,
De Madame la Princeffe , veuve
deM. le Prince de Condé.
M. l'Abbé duBos.
D
DuMarquis de Bade- Dourlach.
M. Stadelman .
264 MERCURE
E
DeMadame la Ducheffe
d'Elbeuf.
M. le Comte Cremone ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M. le Duc deMantouë.
F
De la part des Etats Generaux
des Provinces-Unies..
M. Jean- Louis Ronchel ,
leur Secretaire , Reſident en
Suiffe.
G
GALANT. 268
ر
Du Duc de Guastalla .
M. leComte Loüis Canta
ni , Chambellan & Confcillet
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guaſtalla
& Sabionnette, &c.
27 : pradDenGennes
07
2
T
4
M. de Sorba, Miniſtre d'Erat
& Reſident ordinaire à
H
DuLandgrave de Heffe-Caffel.
of germinalline morbent
M. le Baron de Mal ron de Malſbourg ,
Septembre 1714. Z
06 MERCURE
)
Miniſtre & Conſeiller Privé
deM. le Landgrave de Helle-
Caffel
M
Du Landgrave de Heffein
al 90635588 angesmoo
M.de Malcowsky, Con
ſeiller Privé& en même tems
Ple-
S. A.S. Ic
aauufſlſii Envobyyée&&MMiinniſtre
nipotentiaire de S.
Duc de Saxe Gotha , & des
Princes & Etats Proteftansda
Cercle du Haut Rhin , &c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Heffe-Rhinfels.
GALANT. 267
Des Chapitresde Hildesheim,
Spire.
M. le Baron de Twikel
d'Havixbek , Chanoine des
Cathedrales d'Hildesheim &
Spire , Archidiacre à Goflar,
Conſeillerd'Etat de l'Evêché
d'Hildesheim , Seigneur de
Meubourg.
DuPrinced'Ifenghein. 1
M. Sanfor , Conſeiller &
Intendant dudit Prince.
Zij
468 MERCURE
1
Du Duc de Lorraine .
M. le Begue , Seigneur de
Germini , & de Lhelod de
Chantreine ,&c. Conſeiller &
Secretaire d'Etat , Garde des
?.
Sceaux de S. A. R. de Lorraine.
Du Chapitre de Liege.
M. le Baron de Vanſoul,
Abbé de Damas , Chanoine
du Chapitre de Liege
GALANT. 269
DeM. le Prince de Ligne.
M. Merode.
M
DeModene.
M. le Comte Jean FrançoisBergomy
, Gentilhomme
de la Chambre , Conſeiller
d'Etat , Gouverneur de la Province
de Garffagnane.
M. l'Abbé Giardini , Conſeiller
& Miniſtre d'Etat de
fon A. S. le Duc de Modene.
Zij
270 MERCURE
• Du Duc de la Mirandole.
M. Regnault Dulioli , Noble
de Bologne ; Profeffeur
public dans les Univerſitez de
Bologne & Padouë.
Du Princede Montbeliard.
M. Charles Leopold Leſpe
rance,Baron de Sanderſleben.
M. Julien Guillaume de
Siegman, Confeiller.
M. Jacques Chriftophe
Cuvier , Confeiller,
GALANT. 277
N
M. le Prince de Naffan Sigben,
10
M. Rivage Co N
Eu-
M
Du Cardinal Ottoboni .
Dung ab pleપવા રૂચીગ
Il P. Ludovico Maria Mau
ro de Chierici Regolari minori
Cowls Mile Comte Paffionci, Reverondaire
de l'une & l'autre
fignature , Prelat domestique
Zamj
272 MERCURE
&Camerier ſecret de ſa Sainreté,
&c.
DuRoy de Pruffe. I
M. le Comte de Metternicht
,Chambellan de ſa Majeſté
Royale de Pruffe , Envoyé
à la Dicte de l'Empire à
Auſbourg.
DuDuc deParme.
bot
M. le Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon , Comte
d'O'za , Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. le Duc
de Parme.
GALANT. 273.
François Marie Spinola ,
Duc de ſaint Pierre , Prince
deMolfeta ,&c Grand d'Efpagne
, Gentilhomme de la
Chambre de S.M.C. &Grand
Maistre de la Maiſon de la
Reine Doüaitiere ,&c? g
20
:
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede , Miniſtre
d'Etat de S. M. Sicilienne ,
Premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Turin..
A
هق
274 MERGURE
८ slu 192 De Spirecto
M. Drieshe , ConſeillerAu
lique & Directeur de laCham.
bre des Finances de S. A.
Monfieur l'Evêque & Prince
de Spire
T
De l'Electeur de Treves.
M. deUmbſcheinden,Con
ſeiller Privé d'Etat de S. A. E.
de Trevesationele M
Du Grand- Maistre de l'ordre
Teutonique.
M. le Baron de Waldecker
GALANT 378
Commandeur de Virnsberg
& Willembourg
M. Veringen , Confciller
de S. A. S.
W
১৯০
Du Duc de Wirtemberg.
M. de Heſpen , Miniſtre
d'Etat intime de Son A. S.
Monſeigneur le Duc Regens
de Wirtemberg:
Des Marquis Malaspina de
Mulezo&Madrignano.
M. l'Abbé Jean -Baptiste
Cioli.
276 MERCURE
1
NOUVELLES
** de ce qui ſe paſſe dans Barcelone
, & la difpofition des
Troupes.
Du 21. Aouft
Il ya dans cette Place 2000.
hommes de Troupes reglées
tant Infanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villaroüel ,
le ſecond c'eſtoit Poanton
Lieutenant General , il eſt
deferté ,& fon employ eft
encore vacant..
GALANT 277
Ilya un Major General de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy qui commande la
Cavaleric est le Chevalier
Romana , le Commandant de
l'Artillerie eſt Balet qui eft
auſſi Ingenieur en chef Bru
no Torner eft Capitaine de
Bombardiers , & Pacheras eft
Capitaine des Mineurs .
Le Regiment de la Colonelle
est composé de fix Ba
taillons de soo. hommes,
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes &qui
font actuellement le Service
va à 3000. hommes qui font
178 MERCURE
parmy les Troupes reglées ;
&le Regiment de la Colo-
7 Les Places d'Armes font
au nombre de trois , la pre
miere s'étend depuis Sainte
Catherine juſqu'à la Chapelle
de Marcos , la ſeconde au
Palais ,& la troifiéme à la
Mercediosla
- Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve ,
ont actuellement unRenfort
à faint Pierre & au Jardin de
ce Convent.
Le renfort de la breſche eſt
à laplacede ſaint Pierre.Ceux
GALANT 299
qui gardent la Denni Lune de
fainte Claire ont le leur à la
Celuy de la garde du Baf
tion du Levant eft à l'Aucata.
Dans l'écurie de l'Aucata ,
il y a toûjours cent chevaux
de Piguet quo
ס נ ו כ כ
obDans le Jardin de Gury , ily
aauffi cens chevaux de Piquet
hors laVille le long de laMer.
Le fignal pour l'allarme c'eſt
le toquefin , lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes , & ceux qui refuſent
de marcher font pris &
mis en prifon.
280 MERCURE
1
La coupure qui eſt derriere
la bieſche prend depuis la
porte neuve juſqu'aux Poten
ces; l'ona abattu toutes les
Egliſes&maiſonsdepuis faint
Auguſtin juſqu'aux Bouche-
Cette coupure eſt dans ſa
perfection ; il y a une grande
place d'armes,avec un grand
foffé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille eſt de pierre & de
terre d'argile ; l'on y a mis
cinq pieces de canon ſur les
deux coſtez chargées à
touche.
a car-
1
Il
GALANT. 281
Ilyadans la PlaceunConfeil
de guerre qu'on appelle
Junta magna , où aſſiſtent le
Gouverneur de laProvince appelléTorrellas
, qui eſtant fort
âgé a pour Lieutenans Don
Francifco Sayol ,DonJoſeph
de Pinot, le Comte de Po
nonos,leComte de Plazencia,
leMarquis de Sermanat , Don
Fiancilco Sivaller , & Don
Emmanuel Ferrer, coup inq
Ceux qui ont foin de faire
payer les Troupes, font Salvador
Felice , Juan Llinas , Ci
toven , Chattople Llado , le
Docteur Monnar,Medecin
Septembre 1714. Aa
281 MERCURE
/
4
Francifco Moſcaro , Marchand
auffi bien que Joſeph
Durand , Muriano Durand,
Comallas , Juan Albaret ,&
le nommé Fer. L'argent ſe
prend par tout où l'on ſçait
qu'il yen a de gré ou de for
co , & ceux qui refuſent dele
donner font pris & mis en
prifon.
Le nombre des bleſſez depuis
qu'on bat en brefehe
pour aller à 600 hommes.
Lc 14. Août le Comte
Don Jofeph Mata,DonCar
los Ribera ,Don Magin Ninot,
Don Francifco de laVoGALANY.
ga,& le fils du Juge Salvador
furent tuez; le fils aîné de Be
rardo avec deux fils de Llinas
farent bleſſeze 2ob ediểu
Ua sûr dans l'action du
même jour soo hommes tucz
A
A Gironne le 8, Septembre
D
Par lesLettres ddou quarre,
Monfieur , que je viens de
IsEcupiti du Campideyang
Barcelone,j'apppprreenndd que les
nouvelles batteries conti
nuoient àtiter vivement pour
ouvrir les nouvelles breches
Aaij
284 MERCURE
& qu'elles eltoient prelqueen
eftat auſſi bien que les Mines.
L'on me mande que M. le
Maréchal de Berwick avoit
fait fommet le 3. les Barcelonois
pour la premiere &
derniere fois ; ils répondirent
qu'ils alloient aff mbler leurs
Confeils que cela feroit un
peu long , mais qu'ils feroient
A
leurs réponſes Le 4 au foir
tirer de
elle n'eſtoir pas encore venue.
L'on continue cependant de
part & d'autre &l'on
croit qu'ils ne ſe prefferont
pas de la faire , parce que le
defordre que les caux ont
A
GALANT. 285
1
fait à la tranchée & dans les
Mines leur a donné de nou
velles efperances &relevé leur
courages il eſt certain que la
famine eſt dans cette Places
beaucoup de gens voudroient
en fortir , mais M. le Maréchal
de Berwick veurs que
Ponles'y faffe rentrer & cela
s'execute régulierement. Le 32
plus de 200 perſonnes entre
Jefquelles ily avoir beaucoup
defemmes ,parurent hors de
la Ville pour fortirsen implo
rant lamifericorde du Roy&
crane vive Philippes Vo mais
en les obligeaàrentrer
286 MERCURE
que
Il fait un temps fi affreux
depuis 10, ou 12. jours que
toutes les tranchées ont eſté
inondées , & qu'il eſt entré
beaucoup d'eau dans les Mines
,ce qui retardera encore
le Siege quelque tempsiolo
Paredes Lettres du
je viens de recevoir de Mataro
, l'on me mande qu'un
Enſeigne ayantdeferté de la
Place avec fix foldats , avoit
dit que le Confeil eſtoit encore
affemblé ,que l'on difoit
que trois perfonnes avoient
ſté nommées pour aller par
Jet àMonfieur deMaréchal de
GALANT. 287
Berwick, alçavoir leGeneral
de Bataille Joſeper , le Marquis
de Tamarit ,& le Comte
de Placentia. Que l'on ne ſçavoit
pas quel jour ce feroit;
mais que s'il y avoit quelque
retardement ce n'estoit qu'à
cauſe du déſordre que l'on
[çavoit que les eaux avoient
fait dans la tranchée & dane
les Mines, ce qui leur avoi
selevé le courage.201
Quant à ce qui ſe paſſedans
IePaysducoſtéde la Marine,le
Village de Saint Hiſcle a eſté
pillé Sentierement brulé
par le détachement deMon
188 MERCURE
fieur de Valloute queſtoir
à Tordera ; & deux autres
des Troupes d'Eſpagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
ſe ſont appro hez ' aprés
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils fçûrent que l'on
marchoit de ce colte là , ils
fitent la même manoeuvre ,
ainſi la chofe fut faite fans
refittance
C'eſt unVillage ſitué dans
un pays tres difficile prés de
la Mer qui ſervoit de retraite
& de magaſin aux Rebelles
dont ils farfoient continuellement
porter des vivres
Saint
GALANT. 289
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monfieur de Vallouſe a
auſſi fait bruler à ſon retour
ſept Barques de Barcelone
avec leurs agrés qu'il trouva
àCanet & à Saint Paul.
Pour ce qui eſt de la Montagne,
Monfieur de Rauchop
eſt toûjours avec un détachement
du coſté de Ripoüille ,
& Meragas ,s'eſt retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui eſt à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y eſtoient
aſſemblez pour faire de nou-
Septembre 17 14 . Bb
290 MERCURE
veau ſoulever le pays ; mais
comme l'on n'a ſçû depuis
qu'ils avoient marché du côté
de Manresa , Monfieur de
Bracamonté profite de ce
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia où il y a un
autre corps de Rebelles. Monfieur
le Comte de Frenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich , pour le
favoriſer dans ſon expedition :
c'eſt un endroitdans le Mouſigny
qui eſt continuellement
ſous les armes & qui fert de
retraite & de magaſin aux
Rebelles.
GALANT. 297
Le deux de ce mois au matin
trois Officiers de Cavaleric
de la Ville vinrent au Camp
commedeferteurs. M. le Marêchal
de Berwick les interrogea
, les fit garder à veuë , &
enſuite embarquer pour Pcniſcola.
Le meſme jour deux unCapitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deferta , &
eût une longue conference
avec M. le Mareſchal qui le fit
refter chez luy; l'on croit qu'il
doit aller joindre quelqu'un
des Camps volans detachez de
l'Armée contre cesRebelles.
Bb ij
292 MERCURE
Les nouvelles breches &
les mines vont parfaitement
bien , mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie de la tranchée
,& fur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelque partie s'eſt
éboulée : on travailie à reparer
les dommages , cependant
ces orages réïterez cauſent du
retardement. Les Affiegez
pretendent avoir eventé la
mine des Eſpagnols qui eſt
ſous la courtine prés l'angle
rentrant du Baſtion de la porGALANT.
293
re neuve.. Mais on dit qu'elle
n'eſt point endommagée
d'autant plus que l'on a poufſé
un rameau d'un autre côté;
d'ailleurs on aſſeure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours , & qui
quand cette mine n'y ſeroit
pas feront encore 6. attaques,
Leront encore plus que ſuffifantes
,&tout ſe diſpoſe pour
leſdites attaques. Les Dragons
en auront une. Mole Marefchal
fait faire des échelles ,&
l'on en a déja porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux dépoſts que l'on
Bb iij
294 MERCURE
a formez prés les débouchez
marquez pour l'attaque des
breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire ſommer hier 3 à 10 .
heures du matin avant de les
expoſer à un affaut general ,
ils répondirent qu'ils affembleroient
leur conſeil : une
heure aprés ils demanderent fi
l'on ſouhaitoit pour ôrages
des hommes de guerre ou de
Magiftrature , ajoûtant qu'ils
ne pouvoient ceffer de tirer ,
de maniere que le feu a toûjours
continué de part &
d'autre;&quoyqu'il y ait prés
GALANT . 295
de 36. heures , il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponſe.
L'on aſſeure neanmoins
qu'il eſt venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres dú
ſieur Villaroël qui ont fait
éveiller Monfieur le Maref
chal ; mais comme il a dit à
tout le monde que ce n'eſtoit
que des deferteurs , on a jugé
qu'il vouloit qu'on ignoraft
le reſte.
Le pain eft tres - rare & fort
cher dans Barcelone , d'où
les femmes viennent en grand
nombre fur le bordde nos lignes
pour tâcher d'en fortir ,
B b iiij
J
296 MERCURE
A
mais M. le Maréchal a donné
ordre par toutde les faire rentrer
par forcedans la Ville.
2. M. de Sardini Montriel
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine , homme
tres eſtimé de toutes les manieres
a eu ce matin une jambe
emportée d'un coup de canon
, & l'autre tres endommagée
en deſcendant la tranchéc.
Enfin aprés trois jours entiers
pendant leſquels les Barcelonois
ont fait pluſieurs
aſſemblées generales leſquelles
auroient dû naturellement
GALANT. 297
finir pour envoyer les trois
Deputez qu'ils avoient nommez
dés le premier jour : le
réſultat du tout a eſté que le
nommé Jozepet General de
Bataille dans cette Ville ayant
demandé hier à parler àMonfieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui eſtoit de tranchée , luy
rendit pour réponſe que la
Ville ne vouloit écouter aucunes
propefkions & luy demanda
enfuite s'il vouloit
quelque choſe de plus ; cela
fini il luy conſeilla de ſe retirer
promptement , &l'on recommença
à tirer de part & d'au298
MERCURE
tres ; l'extravagance de cette
réponſe étant encore mieux
marquée en Efpagnol comme
elle a eſté faite , on en joint
une copie à la preſente.
:
La nuit du quatre au cinq
les Affiegez firent une fortic
par deux endroits du chemin
couvert qui eſt prés de la
Redoute de la Mer , ils tomberent
fur les deux Compagnies
des Grensers du Regiment
d'Auvergne qui les
chafferent & leur tuerent
treize hommes ; mais des
Officiers de ces deux Compagnies
, ily en eutdeux deblef.
GALANT. 299
ſez , deux morts & vingtun
Grenadiers tuez oubleffez.
La nuit du cinq au fix il fit
une ſi grande pluye que ces
inondations réïterées obligerent
d'abandonner la Mine
des Eſpagnols , celle du ſieur
de Lorme pouvant eſtre plus
facilement réparée,on compte
qu'elle ſera en état au plus
tard le neuf..
Il entra encore avant hier
•aprés midy dans Barcelone
deux groffes Barques chargées
de proviſions à la veuë
de toute l'Armée ; on parle
d'en armer vingt- cinq ou tren300
MERCURE
te pour s'oppoſer à tous les
petits Baſtimens qu'ils font
entrer de cette maniere dans
laPlace.
Les Rebelles de la Montagne
s'eſtant raſſemblez devant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ont attaqué &même
bleſſé à mort le Gouverneur
; mais les détachemens
qui ſont toûjours en campagne
s'eſtant réünis les en ont
chaffez.
Monfieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Marine eſt mort des
bleſſures dont on a parlé. 3
GALANT 301
Respuesta bichaporla ciudadde
Barcelona dopalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Hasfeld el dia 6. Setiembre
1714. Segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a refuelto lo figuiente.
La ciudad noquiere admittir
propofition alguna quiere V. E.
algoMas?
Le 7. de ce mois les Barcelonois
firent la réponſe ſuivante
à la ſommation qui leur
avoit été faite deux jours
avant.
Un Officier vint ſur labre302
MERCURE
che , & demanda à parler à
l'Officier General commendant
la tranchée , qui étoit M.
leChevalier d'Hasfeld , il luy
lut la réponſe , contenant que
la Députation de Barcelone
faiſoit ſçavoir à M. le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propoſitionàfaire
ni à recevoir.
Le 11. on a donné l'aſſaut
general fans avoir pu ſe
ſervir des Mines qui ſe trouvoient
toutes noyées , & on
s'eſt empaté de tous les trois
Baſtions attaquez , &des retranchemens
; les Barcelonois
GALANT. 303
eſtoient retranchez dans les
maiſons , & dans les ruës , &
avoient demandé à capituler ,
fur quoyMonfieur le Maref
chal de Berwick leur fit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre choſe que
d'eſtre pris à diſcretion.
On en étoit là lors que M.
le Ducde Mortemart eft party.
On attend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
e M. de la Villemenu , Colonel
d'Orleans a un coup de
fufil au travers du corps .
M. de Tailleran la cuiſſe
coupéc.
304 MERCURE
M. dHoudetot un coup
de fuſil dans l'aîne.
JOURNAL
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
2
7
GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
AVIS.
1
On a faitcourir le bruit àParis
que M. deWoolhouseGentilhomme
& Oculiste Anglois ,
eftoit mort depuis deux mois ,
tant à cauſe qu'il a changé de
quartierqu'àcause d'une maladie
dangereuse , dont M. Geoffroy
Professeur en Medecine,la entierement
queri ; mais ce bruit
mal est fondé,&il avertit le
Ecij
332 MERCURE
Public qu'il a demeuré cy devant
pendant biendes années au Fauxbourg
Saint Germain ; &qu'il
demeure preſentement au College
de l'Ave- Maria vis à-vis le
petit Portail de Saint Estienne
du Mont ; prés Sainte Geneviéve.
Ilpratique trente trois differentes
operations manuelles fur
les yeux : il remedie par des
medicamens , doux ,prompis
furs,àtouslesautres mauxqueriffables
de la veuë , entre les cens
foixante &treize maladies diffe.
rentes , qui peuvent attaquer ,
l'oeil. Ildonnera une liste des perſonnes
qu'il agueri à Paris
tous ceux qui laſouhaiteront.
GALANT. 333
AUTRE AVIS
de grande conſequence.
د
د Le ſieur Godeheult le fils
Marchand Tailleur , demeurant
ruë Tirechappe, du côté de la ruë
Betizi , àl'Enseigne du Point du
jour , quartier de la ruë de la
Monnoye avertie le Public
qu'il fait&fournit toutes fortes
d'habits &ſurtouts tant brodez
que gallonez& unis : il habille
Regimens&Livrées ,il troque
toute forte de Garderobe , &enfin
il habille àl'année de toutes
façons, proprement,magnifiquement
& à juste prix.
1
334 MERCURE
On a imprimé depuis peu
à Paris deux LivresNouveaux ,
dont l'un a pour titre l'Hif
toire des quatre Cicerons , &
l'autre l'Hiſtoire des Campagnes
de S. A. S. Monſeigneur
le Duc de Vendofme. Je
donneray le mois prochain
un extrait de ces deux Livres .
Ils ſe vendent au Palais chez
Pierre Huet , ſur le ſecond
Perron de la Sainte Chapelle
au Soleil levant .
Voicy une petite Piece que
je viens de recevoir de la main
d'un de mes amis , il m'aſſeu
re qu'elle n'eſt point anciens
GALANT. 335
ne , cependant elle ne m'a
point du tout l'air moderne :
quelque âge qu'elle ait , ceux
qui ne l'ont point veuë feront
bien aiſe de la voir , & ceux
qui l'ont leuë , ne feront pas
fâchez de la relire encore.
VN ruilleau mendor
moit en tombant dans
la Seine,
Mille oiseaux m'éveil
loient , & ranimoient
ma veine ,
Dne aurore naiſſante éclai
roit un chemin
336 MERCURE
D'où le Zephire & Flore
avec leur douce haleine
Faifoient neiger fur moy
la rose ,&tejasmin.
Fapperçus tout à coup la
beautéque j'adore.
Foubliay les ruiffeaux ,
Jene vis plus d'oiseaux ,
Je ne vis plus d'aurore ,
De roses , de jasmins , de
Zephire, ny de Flore.
يمور
Jay
GALANT . 337
J'ay vû l'heure que j'allois
eſtre obligé de donner ce
mois- cy un Mercure defiguré.
L'article des Mariages qui
eſt le plus beau & le meilleur
du Livre a penſé n'y pas eſtre ,
par la negligence de monGenealogiſte.
Je ſuis fi piqué
contre luy , que je ne peux
m'empeſcher de vous l'annoncer
, Meſſieurs, comme un des
plus extraordinaires mortels
qu'il y ait au monde : c'eſt en
un mot un vray Democrite
qui ſe moque de tout , de ſes
Genealogies ,de ſa propre perſonne
, de mon Mercure &
Septembre 1714 . F
338 MERCURE
de moy. Jugez s'il a tort , &
lifez àbon compte l'hiſtoire
des Mariages qu'il vient de
m'envoyer.
Jacques Papillon , Secretaire
du Roy , fils de M. Papillon
, époufa le 30. Aouſt
Damoifelle Renée- Françoiſe
Feydeau , fille de feu Meffire
Charles Feydeau , Capitaine
au Regiment deChampagne ,
& de Dame Marie Anne du
Pleſſis , petite fille de Pierre
Feydeau , Seigneur de Vaugien,
Secretaire du Roy , Receveur
general des Gabelles à
Paris , & de Catherine Vi
GALANT. 339
vien , & arriere petite fille
d'Antoine Feydeau reçû Conſeiller
au Parlement de Paris
en 1573. & d'Efter Baillif.
Ledit Antoine Feydeau , fils
de Guillaume Feydeau mort
le 15. Avril 1577. & enterré
à faint Medericoù ſe voitſon
Epitaphe. Feu M. Feydeau pere
de Mademoiselle Feydeau
qui vient de ſe marier , avoit
fait ſes preuves pour l'Ordre
de Malthe , & elles avoient
eſté admiſes .Cette famille s'eft
alliée à celles de Meſmes ,
d'Hennequin, le Camus,Maupeou
, Montholon , le Febvre
Ffij
340 MERCURE
d'Eaubonne , Voiſin , Roüillé
de Meſlay , de Machault , & à
laMaiſon de Daillon du Lude.
Meffire Jean - Auguſte le
Rebours , Conſeiller au Parlement
, fils de Meſſire Claude
le Rebours , Seigneur de ſaint
Mars , Conſeiller d'honneur
au Parlement , & de Dame
Jeanne Pantin de la Guerre ,
époufa le trois Septembre Marie-
Loüife Chuberé , fille de
Pierre Chuberé , Avocat au
Parlement ,Banquier Expedi
tionnaire enCour deRome,&
Secretaire du Roy , & de Marie
Regnault ſa ſeconde femGALANT.
341
me. M. le Rebours eft couſin
germain de M. Alexandre le
Rebours Intendant des Finances
, & de Dame Elizabeth-
Thereſe le Rebours , femme
de Meſſire MichelChamillart,
cy devant Miniſtre & Secretaire
d'Etat , Controlleur General
des Finances , Commandeur
& Grand- Treforier des
Ordres du Roy , & ils font
tous trois petits enfans d'Alexandre
le Rebours, Seigneur
de Bertherandfoſſe , Préſident
de la Cour des Aides , fils de
Guillaume le Rebours , Seigneur
de Bertherandfoſſe , Pré-
Ffiij
342 MERCURE
fident de la Cour des Aides,&
Conſeiller d'Etat , lequel étoir
fils de Germain le Rebours ,
Seigneur de Bertherandfoſſe ,
l'un des plus celebres Avocats
du Parlement de Paris , & le
plus employé de ſon temps.
M. le Comte de Roucy ,
Mestre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie , épouſa le
4. Septembre Damoiſelle .....
Huguet, fille d'Alphonſe Denis
Huguet, Conſeiller auParlement
, & de Marguerite de
Turmenyes , & petite fillede
/ Simon Huguet mortSecretairedu
Roy en 1691. forty d'uGALANT.
343
ne famille de la Ville d'Orleans
, où elle ſubſiſte encore
-à preſent. M. le Comte de
Roucy eft fils de Moffire François
de la Rochefoucaud de
Roye,Comte de Roucy,Lieutenant
General des Armées du
Roy , cy devant Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , & de Dame Catherine
Françoiſe d'Arpajon,fille
de feu M. le Duc d' Arpajon ,
petit fils de Frederic- Charles
de la Rochefoucaud de Roye ,
Comte de Roye & de Roucy ,
Lieutenant General des Armées
duRoy de France ,Ma-
Ffiij
344 MERCURE
réchal de Camp General des
Troupes du Roy de Dannemarck
, & Chevalier de ſon
Ordre de l'Elephant ; & de
Dame Iſabelle de Durfort-
Duras , arriere petit fils de
François de la Rochefoucaud
de Roye Comte de Roucy ;
&de Dame Julienne Catherine
de la Tour en Auvergne.
Ledit François de la Rochefoucaud
fils de Charles de la
Rochefoucaud de Roye
Comte de Roucy ; & de Claude
de Gontheau de Biron , &
,
د
petit fils de François de la Rochefoucaud
troiſiémedu nom
GALANT. 343
Comte de la Rochefoucaud
Prince de Marfillac,Chevalier
de l'Ordre du Roy , Capitaine
de so. Hommes d'Armes de
ſes Ordonnances ; & de Char
lotte de Roye ſa ſeconde femme
Comteffe de Roucy , foeur
puiſnée d'Eleonore de Roye,
femme de Louis de Bourbon
Prince de Condé. La Maiſon
de la Rochefoucaud , l'une
des plus illuftres du Royaume
, deſcend de Foucaud Seigneur
du Chateau de la Roche
en Angoumois , dit depuis,
de la Rochefoucaud, vivant
vers l'an 1000. & elle
346 MERCURE
s'eſt toûjours alliée aux plus
grandes Maiſons. Voyez la
Genealogie de cette Maiſon
dans l'Histoire des GrandsOf
ficiers de la Couronne.
M. le Prince de Soubize fils
de M. le Prince de Rohan
Lieutenant General des Armées
du Roy , Capitaine Lieurenant
des Gendarmes de
ſa Garde , Gouverneur de
Champagne , & de Brie ; &
de Dame Marie-Anne-Geneviéve
de Levis de Vantadour ,
a épousé Mademoiselle de
l'Eſpinoy , fille de feu Meſſire
Loüis de Melun , Prince de
GALANT. 347
l'Eſpinoy , & de Dame Eliſabeth
de Lorraine Liflebonne.
La Maiſon de Rohan eſtune
des plus illuſtres de laProvince
deBretagne ; & elleest connuë
depuis l'an 1100. que vivoir
Alinpremier du nom,Vicomte
de Rohan. M. le Princede
Guimené en eſt l'aîné ,& il a
pour cadets Meſſieurs les
Princes de Soubize : les Seigneurs
du Poulduc dans l'Evêché
de Vannes , fubfiftant
encoreà preſent en Bretagne
font auffi de cette Maiſon ,
comme on lepeut voir à la fin
de l'Hiſtoire du Maréchal de
ةيس
348 MERCURE
Guebrian par le ſieur le La
boureur ; voyez auffi pour
cette genealogie , la nouvelle
édition de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne
au Chapitre des Maréchaux
de France ; de même
que pour la genealogie de la
Maiſon de Melun qui eſt aufſiunedes
plus illuftres &des
plus anciennes du Royaume.
Meffire Mathieu de Montholon
Confeiller au Grand
Confeil , fils de Meffire Mathieu
de Montholon Conſeiller
au Chaſtelet ; & de Marie
Ravier , a épouféle Sep
GALANT. 349
tembre Damoiſelle Clotilde
le Doux de Melleville , fille
de feu Claude le Doux , Seigneur
deMelleville,Conſeiller
au Parlement ; & de Françoiſe
Nau ,petite fille de Claude
le Doux Seigneur deMelleville
, mort Conſeiller au
Parlement en 1652.& arriere
petite fille de Claude le Doux
Seigneur de Melleville Maiſtre
des Requeſtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy en 1617. lequel
eſtoit fils de Jean le Doux
Seigneur de Melleville , Prefident
, Lieutenant General
Civil & Criminel de la Ville
350 MERCURE
d'Evreux,d'où cette famille eft
originaire. M. de Montholon
eſt frere puiſné de Meffire
François de Montholon Infpecteur
General de la Marine
& des Galeres , marié depuis
peu à Mademoiselle de Novion
, fille de M. le Preſident
de Novion ; & il a pour trifayeul
Meffire François de
Montholon Seigneur du Vivier&
d'Aubervilliers faitGardedes
Sceaux de France l'an
1542. & qui eut entre autres
fils François de Montholon
Seigneur d'Aubervilliers,aufli
Garde des Sceaux de France
1
GALANT. 351
1
en 1588. Voyez pour la genealogie
de cette famille qui
eſt originaire de la Villed'Autun
, l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre des Chanceliers &
Gardes des Sceaux de France.
Meffire ... de Lataignant ,
Conſeiller au Parlement , fils
& petit fils de Meſſieurs de
Lataignant Conſeiller auParlement
, a épousé Mademoifelle
Miotte,fille de M. Miotte
Greffier du Confeil.
352 MERCURE
MORT.
د
François Bernard , Seigneur
d'Aigrefain mourut le 13 .
• Septembre , laiſſant des enfans
de Dame ... Pujol ſa femme
qu'il avoit épousé depuis peu
d'années , fille de Jacques Pujol
Avocat au Conſeil , &
d'Elifabeth Charon de Monceaux.
Il eſtoit fils de Charles
Bernard,Seigneur d'Aigrefain
&duChemin enBrie,Secretaire
duRoyen 1659. & favory
deM. Fouquet Sur Intendant
des Finances ,& petit fils de
Loüis
GALANT. 353
Louis Bernard fieur Duche.
min Secretaire de la Chambre
du Roy & du Maréchal
du Boisdauphin mort en
1623. & enterré dans l'Egliſe
de Neumouſtier en Brie .
,
APOSTILLE.
La Ville de Barcelone eſt
enfin priſe , & renduë à difcretion.
Je donneray le mois
prochain un Journal hiſtorique
de tous les grands évenemens
de ce Siege .
Septembre 1714. Gg
TABLE.
Avant-Propos.
Hiftoire.
5
2
Feſte que les Espagnols ont retenu
des Grecs desRomainspour
celebrer la naiſſance de leurs
Rois. 83
Discours fur l'origine du mois.
: 87
Acrostiche de Loüis le Grand ,
c. 95
Traité des Acephales , ou des
hommesfans tête.
Si S. Augustin en a vi.
98
103
TABLE.
Enfants nés fans tête. 109
Par où l'enfantſe
que d'être né. 115
• Article que Perſonne ne lira. 117
Copie d'une Lettre finguliere
écrite du Pardo le 15. Aouft.
122
Nouvelles.
125
Discours des Deputez de la Province
de Languedoc au Roy.
133
AMonseigneur leDauphin. 141
C
Verſion paraphrafée de la 29 .
Ode du 3. Livre d'Horace
adreffée à Mecenas , qui commence
par TyrrhenaRegum
progenies. 147
Ggij
TABLE.
Avis utile aux Mathematiciens.
169
173
Paralelle de M. Devizé & de
M. de la Bruyere.
Critique d'un diſtique de Centeüil
à l'accaſion du Portrait
du Roy gravé par de Lincks
d'aprés le fieur de la Haye.
175
Remarque d'hazardſur la petite
Comedie des Festes du Cours
que M. Dancourt vient de
mettre au Theatre . 177
Article pour la Province qui
contient lePrologue er les Divertiſſements
des Festes du
:
Cours.
:
182
TABLE.
Chapitre où en attendant les con
clufions de la Paix generale ,
l'Auteur du Mercure declare
la guerre à l'Auteur dufournal
de Verdun. 197
Relation d'une Feste galante que
M. Desmolieres a donné à
Chinon pourcelebrer le retour
de la Paix. 203
Etrange avanture arrivée àVenise
au Curé de S. Mathias
accusé d'entretenir des corref
pondances criminelles en France
,&ſa justification. 207
Article des Morts. 217
Reflexions inutiles. 233
Leure de M. P. à l'Auveur.
236
TABLE.
Enigme du moispassé. 241
Envoyfur le mot de la derniere
Enigmes.
Chanfon.
244
249
Trés -beau raisonnement de l'Auteur.
250
Liste des noms de Meſſieurs les
Plenipotentiaires aßemblez à
Bade pour le Congrezde la
Paix generale.
Nouvelles de ce quiſe paſſe dans
258
Barcelone , & de la difpofition
des Troupes depuis le 21 .
Aoust jusqu'à present. 276
Fournal de ce qui s'est passé a
Fontainebleau jusqu'au 20.
Septembre. 304
1
TABLE.
Avis. 33
Poësie Galante de N *. 335
Mariages. 338
Mort. 352
Apostille. 353
N
Avis pour placer la Figure.
L'air doit regarder la page
'FEB 23 1920
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le