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Titre

SEANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.

Titre d'après la table

Séances publiques de l'Académie Françoise,

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160
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657
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Incipit

M. l'Abbé de Boismont ayant été élu par l'Académie Françoise à la place de feu

Texte
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Françoife.
M. l'Abbé de Boifmont ayant été élu
par l'Académie Françoife à la place de feu
M. l'Evêque de Mirepoix , y prit féance le
25 Octobre. Le difcours qu'il prononça ,
fut trouvé très- éloquent , & nous ofons
affurer que l'impreffion ne lui a rien fair
perdre de fa beauté. Ceux qui ne l'ont ni
entendu ni lu , en jugeront par les traits
que j'en vais citer. Je les prendrai dans
l'apologie qu'il fait du caractere actuel
de l'éloquence de la chaire , à qui l'on rẹ-
proche d'être trop ornée , & de courir
trop après l'efprit . Pourquoi , dit-il , lorfqu'il
s'agit de commander aux paffions
des hommes , dédaigneroit-on le charme
le plus puiffant qui les foumette , & qui les
captive ? J'appelle ainfi cet heureux art
d'embellir la raifon , d'adoucir la rudeffe
de fes traits , de lui donner une teinture
vive & pénétrante , de la dépouiller de
DECEMBRE. 1755. 161
cette féchereffe qui révolte , de cette monotonie
qui dégoute , de cette pefanteur
qui attiédit , & qui fatigue. Que produitelle
fans le fecours de cet art ? une attention
morte , une conviction froide , un
hommage aride & inanimé ; quelquefois
la tentation de fe venger de l'ennui par
le doute , & toujours le dépit fecret de
fentir que ce qui peut laiffer encore quelques
nuages dans l'efprit , ne foit pas du
moins protégé par le fuffrage du coeur.
On regrette tous les jours , ajoute- t- il
plus bas , la majestueufe fimplicité des premiers
défenfeurs. On veut que dans ces
rems heureux tout pliât fous le poids de
la vérité feule , & que pour la rendre victorieufe
il ait fuffi de la montrer fans parure
& fans art ; mais que prétend- on par
cette fuppofition chagrine ? fe perfuade- ton
que les premiers panégyriftes de la foi
dédaignerent les teffources du génie , abandonnerent
la vérité à fon ' auftérité naturelle
, repoufferent d'une main fuperftitieuſe
tous les ornemens qu'elle avoue , &
qu'en un mot un zele brulant & impétueux
leur tint lieu de tout ? illufion démentie
par les précieux monumens qui nous refrent
de ces gran is hommes. Qu'on écoute
S. Paul foudroyant la raifon humaine au
milieu de l'Areopage ; quelle critique dé-
1
162 MERCURE DE FRANCE.
licate ! quelle philofophie fublime ! quel
tableau brillant de l'immenfité du premier
être ! Non , quels que fuffent alors les fuccès
de la foi , les moyens humains entrerent
, je ne dis pas dans la compofition ,
mais dans la propagation fucceffive de cette
oeuvre divine . Alors , comme de nos
jours les controverfes , les écrits , les dif
cours publics prirent la teinture du caractere
perfonnel de l'efprit dominant du
fiecle , & fi j'ofe m'exprimer ainfi de
l'impulsion générale des moeurs. Tertullien
fut févere & bouillant , S. Auguftin
profond & lumineux, S. Chryfoftome pompeux
& folide , S. Bernard fenfible & fieuri.
Leur zele ne porte nulle part l'empreinte
d'une raifon féche & décharnée ; ils
l'enrichiffent , ils la parent de tous les tréfors
de l'imagination , moins déliée peutêtre
, moins minutieufe que celle de nos
jours , parce que leur âge étant plus fimple
, les vices avoient , pour ainfi dire
plus de corps & de confiftance : la corrup
tion étoit moins adroite , moins myſtérieufe
; elle ne forçoit point par conféquent,
à ces détails , & à ces nuances qui reffemblent
quelquefois à un foin affecté de l'art,
& qui n'appartiennent cependant qu'à un
efprit d'exactitude & d'obfervation . Lorfque
le vice eft devenu ingénieux , il a failu
DECEMBRE. 1755. 163
le devenir avec lui , pour le combattre.
Cette maniere de juftifier la néceffité où
l'on eft aujourd'hui d'employer les armes
de l'efprit pour faire triompher la parole
de Dieu , eft elle- même auffi ingénieufe ,
qu'elle eft nouvelle & bien faifie.
Monfieur l'Abbé Alary répondit à mon
fieur l'Abbé de Boifmont. Son difcours
eut l'approbation génerale , & le mérite
à double titre. Il eft élégant & court.
Après avoir donné en peu de mots au Récipiendaire
la louange due à fon talent
pour la chaire , il fait ainfi l'éloge de M.
l'Evêque de Mirepoix .
Né dans le fein d'une famille entierement
confacrée à la Religion , il ne connut
de vrais devoirs que ceux qu'elle prefcrit.
Son exactitude à les remplir le fit
renoncer abfolument au monde ; mais
malgré fa retraite, il ne put être long- tems
ignoré. Il parut dans le public pour y annoncer
les vérités éternelles..... Il n'eut
de commerce avec les grands que dans le
tribunal de la pénitence , & ils fe firent
gloire , en devenant fes amis , d'être à fon
infçu les protecteurs. Ce furent là , Monfieur
, les deux feuls nroyens qui fervirent
à fon élévation . Il ne dut rien à la fortune
, tout fut l'ouvrage de la providence ,
dont les voies impénétrables le conduifi164
MERCURE DE FRANCE.
rent aux premiers honneurs de l'Eglife ;
mais à peine y fut- il parvenu qu'il fut forcé
de s'arracher à fes travaux apoftoliques
déja récompenfés par les fruits les plus
abondans.
Deſtiné à l'inftruction de l'héritier du
premier trône de l'univers , il ne changea
point de maximes ; la Religion fut toujours
la bafe de fa conduite. Il ne fut occupé
que d'infpirer à fon augufte Eleve
les fentimens d'une pieté folide & éclairée
, l'amour du devoir & le defir de s'inftruire
, qualités fi néceffaires aux Souverains,
qui veulent faire le bonheur de leurs
peuples. Nous fommes tous témoins du
fuccès de fes foins ; & pouvions - nous
moins attendre d'un Prince , qui , dès les
premiers momens qu'il a connu la raifon
a donné les preuves les plus brillantes de
la vivacité de fon efprit , les marques les
plus fures de la folidité de fon jugement ,
les indices les plus certains de la fenfibilité
de fon coeur , reffource fi défirable
pour tous les malheureux .
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Lors d'une séance publique de l'Académie Française, l'Abbé de Boifmont a été élu pour succéder à M. l'Évêque de Mirepoix. Le 25 octobre, il a prononcé un discours jugé très éloquent, dont la beauté n'a pas été altérée par l'impression. Dans ce discours, il a défendu l'éloquence de la chaire, souvent critiquée pour être trop ornée et trop spirituelle. Il a argumenté que l'art d'embellir la raison est nécessaire pour captiver et soumettre les passions humaines. Sans cet art, l'attention reste morte, la conviction froide, et l'audience peut être tentée de douter. Il a regretté la simplicité des premiers défenseurs de la foi, mais a souligné que même eux utilisaient des moyens humains pour propager leur message. Il a cité des exemples comme Saint Paul, Tertullien, Saint Augustin, Saint Chrysostome et Saint Bernard, qui enrichissaient leurs discours de trésors d'imagination. L'Abbé Alary a répondu à l'Abbé de Boifmont avec un discours élégant et court, louant le talent de ce dernier pour la chaire et rendant hommage à M. l'Évêque de Mirepoix. Ce dernier, né dans une famille dévouée à la religion, a consacré sa vie à ses devoirs religieux, annonçant les vérités éternelles et gagnant le respect des grands. Il a été choisi pour instruire l'héritier du trône, lui inspirant une piété solide et éclairée, l'amour du devoir et le désir de s'instruire.
Soumis par kipfmullerl le