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Incipit

ELOGE funebre de M. le Président de Montesquieu. Monumenta doloris exigua

Texte
ELOGE funebre de M. le Préfident de
Montefquieu. Monumenta doloris exigua
ingentis. Virg. Æneid. lib. 9. 1755. M. le
Febvre de Beauvrai en eft l'Auteur. Nous
allons extraire ici deux ou trois endroits
de ce petit poëme, qui mettront le Lecteur
à portée de juger de fon mérite . Nous
commencerons par le début qui nous a
paru annoncer très - bien fon héros.
OFrance, prends le deuil ! il n'eſt plus ce grand
homme
,
Par qui tu furpaffois Athenes , Londre & Rome
Cet Oracle du gout & de la vérité ,
Ce pere , cet ami de la focieté ;
Ce héros , citoyen , ce refpectacle Sage ,
Qui feul peut-être a fçu , par un rare affemblage .
Four inftruire à la fois , & charmer l'univers ,
Joindre à mille vertus mille talens divers !
Il n'eft plus ! mais le fort qui termina ſa vie ,
Au moins , en defarmant l'impitoyable envie ,
DECEMBRE. 1755. -105
Permet à ton amour , pour calmer tes douleurs ,
D'honorer fon tombeau , de le joncher de fleurs ;
Et dans le juste accès du zele qui t'enflamme ,
D'ofer enfin tout haut célébrer fa grande ame.
Voici un portrait des François digne
d'être cité .
Loin des antres du Nord , féjour des noirs.
frimats ,
Loin d'arides déferts & de brulans climats ,
Au fein d'une contrée , où regne l'abondance ,
Sous le ciel le plus doux habite un peuple im
menſe ,
Capricieux , fenfé , vif à la fois & lent ,
Son caractere eft prompt , mo teré , pétalant.
Sémillant , enjoué , tendre , aimable & volage ,
C'eft l'enfant de l'amour, c'est la brillante image
Réfléchi , diffipé , folide , inconféquent ,
Il penfe par inftinet , & par accès il fent.
Fier à la fois & doux , prévenant , intraitable ,
Son efprit eft changeant , fon coeur invariable . ,
Propre à tous les talens , & né pour tous les arts,
Prudent & courageux , bravant tous les hazards
Avide de plaifirs , de gloire & de fatigues ,
Il cherche le repos , la guerre & les intrigues ,
Des fortes paffions n'éprouvant point l'accès ,
Des vices , des vertus , il ignore l'excès.
Trop altier pour defcendre à d'indignes baffefles ;
p'a que des défauts , ou plutôt des foibleffes.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Effentiel , frivole , & plein d'humanité,
La nature le fit pour la focieté.
Le voilà cependant ce peuple refpectable ,
Que l'étranger décrie , & nous peint fi coupable.
Ufbek , qui ne fongeoit qu'à le rendre meilleur ,
Sçut mieux apprécier fon efprit & fon coeur.
Dans cette peinture que nous trouvons
auffi jufte qu'ingénieufe dans tous fes
contraftes , il s'offre un trait ou un vers
qui nous femble d'une vérité moins exacte
: c'eft celui- ci :
Son efprit eft changeant , fon coeur invariable.
Nous croyons que les fentimens du
François ne varient pas moins que fes idées .
Montagne , Auteur charmant , honneur de ta
patrie ,
Accours de l'Elysée en ces terreftres lieux :
Viens voir , à la faveur d'un mafque ingénieux ,
Egayant , comme toi , fa morale profonde ,
L'un de tes defcendans , fage au ſein du grand
monde ,
Du François qu'il amufe , & peint de fes couleurs,
Honnir le ridicule , & corriger les moeurs.
Je fuis encore fâché que ces derniers
vers , par lefquels je finirai , & qui font
d'un ton noble , foient , pour ainfi dire ,
tachés par cette expreffion baffe bannir le
ridicule. Il ne faut qu'un mot ignoble
?
DECEMBRE. 1755. 107
pour gâter la plus belle tirade.
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Le texte est un éloge funèbre de Montesquieu, écrit par M. le Febvre de Beauvrai en 1755. L'auteur extrait des passages du poème pour en juger le mérite. Montesquieu est décrit comme un grand homme surpassant Athènes, Londres et Rome, un oracle du goût et de la vérité, un père et un ami de la société, un héros sage et un exemple pour l'univers. Le poème invite la France à honorer sa mémoire et à célébrer sa grande âme. Le texte présente également un portrait des Français, les décrivant comme capricieux, sensibles, vifs et lents, enjoués, tendres, aimables et volages. Ils sont réfléchis, dissipés, solides, inconstants, fiers, doux, prévenants et intraitables. Leur esprit est changeant, mais leur cœur est invariable. Ils sont propres à tous les talents et nés pour tous les arts, prudents et courageux, avides de plaisirs, de gloire et de fatigues. Ils cherchent le repos, la guerre et les intrigues, sans éprouver les accès des fortes passions. Ils ont des défauts ou des faiblesses, sont essentiels, frivoles et pleins d'humanité, faits pour la société. L'auteur critique un trait du portrait, estimant que les sentiments des Français varient autant que leurs idées. Il invite Montesquieu à voir un de ses descendants, sage et amusant, qui honnit le ridicule et corrige les mœurs. Le texte se termine par une critique de l'expression 'bannir le ridicule', jugée ignoble et gâchant une belle tirade.
Est rédigé par une personne
Soumis par kipfmullerl le