Titre
A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Titre d'après la table
Lettre en Vers de Madame des Houlieres.
Fait partie d'une livraison
Page de début
244
Page de début dans la numérisation
281
Page de fin
251
Page de fin dans la numérisation
288
Incipit
Vous avez raison, Madame, d'estre inquiete de la santé / Non, charmante Iris, dans ma Lettre,
Texte
Vous avez raiſon , Madame,
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
Madame des Houlières est vivante malgré des rumeurs de décès. Elle souffre d'un mal préoccupant, mais ses amis espèrent sa guérison grâce à des soins médicaux. La lettre inclut une épître demandée par la destinataire, qui est une réponse à la Comtesse d'Alegre. Dans cette épître, Madame des Houlières explique qu'elle réserve les trésors de l'Inde pour décrire la beauté de la Comtesse. Elle compare divers éléments naturels et précieux aux qualités de la Comtesse, tels que son teint, ses cheveux blonds et sa bouche. Cependant, elle souligne qu'il manque encore un esprit fort, agréable et élevé, ainsi qu'un cœur généreux et tendre, pour compléter le portrait de la Comtesse.
Est rédigé par une personne
Remarque
Édité par Sophie Tonolo dans Antoinette Deshoulières, Poésies, Paris, Classiques Garnier, 2025, no CXXVII, p. 331-333.
Fait partie d'un dossier