Titre
ÉPITRE Adressée à une jeune personne qui, au sortir de l'Abbaye de S. CYR, avoit demandé à l'Auteur ce que c'étoit l'Amour ?
Titre d'après la table
ÉPITRE à une jeune personne, au sortir de l'Abbaye de S. Cyr.
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39
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504
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1
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43
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508
Incipit
O vous, jeune Eglé, dont le cœur
Texte
ÉPITRE
Adreffée à une jeune perfonne qui , au
fortir de l'Abbaye de S. CYR , avoit
demandé à l'Auteur ce que c'étoit
l'Amour?
vous , jeune Eglé , dont le coeur
que
40 MERCURE DE FRANCE.
Content de fon indifférence ,
Ne connoît point ce Dieu vainqueur ,
Ce Dieu que tout le monde encenſe :
Ah ! puiffiez -vous ainfi toujours
Ignorer que ce Traître aimable
Peut obfcurcir vos plus beaux jours !
C'eſt un Dieu qui n'eſt redoutable
Que parce que les Ris , les Jeux ,
Sont fes plus ordinaires armes ,
Et qu'il ne paroît à nos yeux
Que revêtu de tous fes charmes.
Quoique ce Dieu jamais n'émouffe
Les traits dont il perce nos coeurs ;
S'il frappe , la bleflure eft douce :
On chérit jufqu'à fes fureurs.
Belle Eglé , puiſque dans votre âme
L'Amour encore eſt inconnu ,
Craignez d'y voir naître une flâme
Dont gémiroit votre vertu.
Veillez fans ceffe fur vous- même ;
Défiez-vous de vos appas ;
Surtout avec un foin extrême
Voyez qui s'offre fur vos pas.
Peut-être du Dieu de Cythère
Eprouverez-vous la noirceur ;
11 fçait toujours le contrefaire
Quand il veut entrer dans un coeır.
Souvent pour tromper l'Innocence
AVRIL. 1763. 41
Et Aétrir toute fa beauté ,
L'Amour de la naïve enfance
Emprunte l'Ingénuité.
Son air intéreffant & rendre
N'épouvante plus la Padeur ;
Alors à peine on peut le prendre
Pour cet Amour fi féducteur.
Son abord n'elt plus redoutable ;
Son flambeau , fon arc , & fes traits ,
Ne font plus dans fa main coupable :
On ne voit plus que fes attraits.
Eglés que vous devez le craindre
S'il vient fous ce déguiſement s
Car l'Impofteur fçaura tout feindre
Pour vous tromper plas aifèment.
Séduite par fa douceur feinte ,
Et plus encor par vos defirs ,
Vous vous livrerez fans contrainte
A l'eſpoir flatteur des Plaiſirs,
Mais de la trifte Expérience
Tôt ou tard le flambeau laira ;
A votre aveugle confiance
Le Repentir fuccédera .
Sonmile enfin à fon empire ,
Vous croirez trouver le repos ;
Mais ce ne fera qu'un délire ,
Trop fenfible image des Bots.
Tout pour vous changera de face ;
42 MERCURE DE FRANCE.
Les chagrins , les foins , les foucis
De la Gaîté prendront la place :
Vos yeux par les pleurs obfcurcis
Perdront lear tendreffe , leurs charmes;
Et victime de vos defirs ,
Vous languirez dans les allarmes
Qu'entraîne l'abus des plaifirs..
Hélas ! tendre Eglé , dans votre âme
En vain vous chercherez la paix !
Vous n'y trouverez que la flâme
Qui l'en a chaffée à jamais .
En vain , en vain triſte & plaintive ,
Vous chercherez la liberté ;
L'amour vous retiendra captive
Par l'attrait de la Volupté.
Telle la tendre tourterelle
A l'ombre d'un feuillage épais ,
Pleure fa compagne fidelle
Qu'elle ne reverra jamais.
!
Jeune Eglé , dont la tendre Aurore
A le vif éclat de ces fleurs
Qu'au matin le Soleil décore
Des plus agréables couleurs ;
Ah ! quelle perte ! quel dommage
Si tant d'appas en vous unis
Etoient au printemps de votre âge.
Par les triftes chagr ins flétris....
Mais trop crédule un jour peut-être
AVRIL. 1763 . 43
Sous les traits chéris d'un Amant
Ne voudrez- vous plus reconnoître
Le Dieu que j'ai peint foiblement !
Séduite par votre tendreffe ,
Vous fuivrez un penchant trop doux ,
Sans voir dans cette aveugle ivreffe
Que c'eft l'amour qui s'offre à
Sous un aſpect fi favorable,
Eglé , que ne fera -t-il pas ?
vous.
Vous croirez dans un trouble aimable
Voir naître des fleurs fous les pas.
Mais hélas ! ce feront des roſes
Dont la beauté s'éclipfera
Sitôt qu'elles feront éclofes :
L'épine feule reftera.
Par M. le Dr ... de B .. : 3
Adreffée à une jeune perfonne qui , au
fortir de l'Abbaye de S. CYR , avoit
demandé à l'Auteur ce que c'étoit
l'Amour?
vous , jeune Eglé , dont le coeur
que
40 MERCURE DE FRANCE.
Content de fon indifférence ,
Ne connoît point ce Dieu vainqueur ,
Ce Dieu que tout le monde encenſe :
Ah ! puiffiez -vous ainfi toujours
Ignorer que ce Traître aimable
Peut obfcurcir vos plus beaux jours !
C'eſt un Dieu qui n'eſt redoutable
Que parce que les Ris , les Jeux ,
Sont fes plus ordinaires armes ,
Et qu'il ne paroît à nos yeux
Que revêtu de tous fes charmes.
Quoique ce Dieu jamais n'émouffe
Les traits dont il perce nos coeurs ;
S'il frappe , la bleflure eft douce :
On chérit jufqu'à fes fureurs.
Belle Eglé , puiſque dans votre âme
L'Amour encore eſt inconnu ,
Craignez d'y voir naître une flâme
Dont gémiroit votre vertu.
Veillez fans ceffe fur vous- même ;
Défiez-vous de vos appas ;
Surtout avec un foin extrême
Voyez qui s'offre fur vos pas.
Peut-être du Dieu de Cythère
Eprouverez-vous la noirceur ;
11 fçait toujours le contrefaire
Quand il veut entrer dans un coeır.
Souvent pour tromper l'Innocence
AVRIL. 1763. 41
Et Aétrir toute fa beauté ,
L'Amour de la naïve enfance
Emprunte l'Ingénuité.
Son air intéreffant & rendre
N'épouvante plus la Padeur ;
Alors à peine on peut le prendre
Pour cet Amour fi féducteur.
Son abord n'elt plus redoutable ;
Son flambeau , fon arc , & fes traits ,
Ne font plus dans fa main coupable :
On ne voit plus que fes attraits.
Eglés que vous devez le craindre
S'il vient fous ce déguiſement s
Car l'Impofteur fçaura tout feindre
Pour vous tromper plas aifèment.
Séduite par fa douceur feinte ,
Et plus encor par vos defirs ,
Vous vous livrerez fans contrainte
A l'eſpoir flatteur des Plaiſirs,
Mais de la trifte Expérience
Tôt ou tard le flambeau laira ;
A votre aveugle confiance
Le Repentir fuccédera .
Sonmile enfin à fon empire ,
Vous croirez trouver le repos ;
Mais ce ne fera qu'un délire ,
Trop fenfible image des Bots.
Tout pour vous changera de face ;
42 MERCURE DE FRANCE.
Les chagrins , les foins , les foucis
De la Gaîté prendront la place :
Vos yeux par les pleurs obfcurcis
Perdront lear tendreffe , leurs charmes;
Et victime de vos defirs ,
Vous languirez dans les allarmes
Qu'entraîne l'abus des plaifirs..
Hélas ! tendre Eglé , dans votre âme
En vain vous chercherez la paix !
Vous n'y trouverez que la flâme
Qui l'en a chaffée à jamais .
En vain , en vain triſte & plaintive ,
Vous chercherez la liberté ;
L'amour vous retiendra captive
Par l'attrait de la Volupté.
Telle la tendre tourterelle
A l'ombre d'un feuillage épais ,
Pleure fa compagne fidelle
Qu'elle ne reverra jamais.
!
Jeune Eglé , dont la tendre Aurore
A le vif éclat de ces fleurs
Qu'au matin le Soleil décore
Des plus agréables couleurs ;
Ah ! quelle perte ! quel dommage
Si tant d'appas en vous unis
Etoient au printemps de votre âge.
Par les triftes chagr ins flétris....
Mais trop crédule un jour peut-être
AVRIL. 1763 . 43
Sous les traits chéris d'un Amant
Ne voudrez- vous plus reconnoître
Le Dieu que j'ai peint foiblement !
Séduite par votre tendreffe ,
Vous fuivrez un penchant trop doux ,
Sans voir dans cette aveugle ivreffe
Que c'eft l'amour qui s'offre à
Sous un aſpect fi favorable,
Eglé , que ne fera -t-il pas ?
vous.
Vous croirez dans un trouble aimable
Voir naître des fleurs fous les pas.
Mais hélas ! ce feront des roſes
Dont la beauté s'éclipfera
Sitôt qu'elles feront éclofes :
L'épine feule reftera.
Par M. le Dr ... de B .. : 3
Signature
Par M. le Dr ... de B ....
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
L'épître est adressée à Églé, une jeune femme qui a interrogé l'auteur sur la nature de l'amour. L'auteur, conscient de son innocence, la met en garde contre les dangers de l'amour, qu'il décrit comme un dieu trompeur et séduisant. Il explique que l'amour utilise les rires et les jeux comme armes, et bien que ses blessures soient douces, elles peuvent obscurcir les plus beaux jours. L'auteur conseille à Églé de se méfier de ses attraits, car l'amour peut se déguiser pour tromper l'innocence. Il prévient qu'Églé pourrait être séduite par la douceur feinte de l'amour et ses désirs, mais que l'expérience amère viendra plus tard. L'amour transformera alors sa vie en chagrin et en soucis, la laissant captive de la volupté. L'auteur compare cette situation à une tourterelle pleurant sa compagne perdue. Il exprime son inquiétude que, malgré ses avertissements, Églé puisse un jour être séduite par l'amour sous un aspect favorable, ne voyant pas le danger derrière cette apparence trompeuse.