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Titre

LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE,

Titre d'après la table

Lettre à l'Auteur du Mercure, au sujet d'une réponse de M. l'Abbé Prévot,

Page de début
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Page de début dans la numérisation
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Page de fin
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Page de fin dans la numérisation
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Incipit

Vous aurez vû, Monsieur, dans le Journal étranger, du mois d'Août,

Texte
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE ,
Ous aurez vù , Monfieur , dans le
Journal étranger , du mois d'Août ,
une réponſe de M. l'Abbé Prévôt à la lettre
que j'avois eu l'honneur de lui écrire
dans votre Mercure de Juillet . L'éducation
que j'ai eue, & la bonté de ma cauſe m'empêcheront
toujours de répondre fur le même
ton aux petites invectives qu'il lui a
plû de m'adreffer . Je pafferai même de
tout mon coeur condamnation fur l'article
de mon ignorance de la Logique & de la
Grammaire.
J'aurois fouhaité que M. l'Abbé Prévôt,
pour établir une vérité que j'avoue , &
qu'il croit fi conftante , ne fût point forti
lui- même du vrai ;; c'eſt une chofe aiſée à
démontrer.
Pour bien établir ( dit- il ) que l'Italie fe
reſſemble encore , il cite plufieurs noms du
· tems auquelje me plains , qu'elle ne ressemble
plus. Etrange forte de raifonnement ! qui me
difpenfe
OCTOBRE . 1755. 49
difpenfe en vérité d'une plus longue réponſe.
De cette exclamation on paffe à la conclufion
contre ma Logique.
Eft- il poffible , Monfieur , que M. l'Abbé
Prévôt ait pû faire une telle bévûc ?
Quels font les noms que je lui nomme ?
Si c'eft en fait d'architecture , c'eft M. le
Comte Alfieri , très - vivant & Architecte de
S. M. le Roi de Sardaigne ; fur la peinture
, je cite Trévifan , Sebaftien Concha ,
Tiepolo , Piazzetta , Pannini , & Solimene
, tous gens de ce fiécle , la plûpart vivans
, ou morts depuis 1740. Pour la phi
lofophie & la médecine , Molinelli , Morgagni
, le Botaniste Pontedera , tous en
vie , de même que Mefdames Baffi &
Agnefi . Parmi les Mathématiciens , Zacchieri
& le Marquis Poleni . Comment M.
l'Abbé Prévôt a - t- il voulu dérouter à ce
point tout un public ?
Il est un feul article fur lequel je conviens
que j'ai cité des noms des ficcles paffés
, c'eft celui de l'hiftoire ; mais que mon
illuftre adverfaire examine , fi la vivacité
de fon génie le lui permet , à quelles phrafes
des fiennes je répondois , & qu'il tâche
de fe reffembler à lui-même.
Il s'enfaut beaucoup ( difoit- il dans le
Journal de Janvier ) que l'Italie moderne
ait des modeles à nous offrir , ni qu'elle ap-
C
50
MERCURE
DE FRANCE
.
proche de ceux qu'elle a reçus comme nous de
l'Italie Latine. Je voudrois fçavoir fi , en
répondant à cet article , je n'étois pas dans
le cas de citer pour juftifier ma patrie , de.
fa prétendue ignorance , tous les auteurs
qui ont paru en Italie , depuis que pour
m'exprimer comme lui , elle a ceffé d'être
Latine. C'est pourquoi j'ai nommé Guicciardin
, Davila , & c. auxquels j'en ai ajouté
de ce fiécle , tels que Giannoni , Muratori
& Buonamici .
Vous pouvez , Monfieur , juger par cet
échantillon , de la juftice de ma caufe ,
le défaut de vérité n'eft ordinairement
que le dernier argument des mauvaiſes.
La plaifanterie du proverbe ne m'a pas
femblé meilleure par le fond que par le
ton proverbial , qui paroit banni de la
bonne compagnie. Que faifoit l'Italie à
M. l'Abbé Prévôt , pour l'attaquer comme
il a fait ? avoit-il befoin de l'abaiffer , pour
faire briller la France ? Cette belle & vafte
Monarchie où les fciences & les beaux arts
fleuriffent de plus en plus , n'eft affurement
pas réduite à une fi miférable reffource ; le
foleil refplendiffant de fa propre lumiere
n'a pas befoin que la lune s'éclipfe pour
répandre le jour fur la terre , & faire mûrir
nos moiffons .
C'est donc mon adverfaire qui attaque
OCTOBRE. 1755. St
fans raifon ma patrie . Je fuis Italien , je
tâche de la défendre. Qui ne fait que repouffer
les coups qu'on lui porte , peut- il
paffer pour querelleur ? c'est donc M. l'Abbé
Prévôt qui veut faire changer le proverbe
.
Je vous prie , Monfieur , d'inférer ma
lettre dans votre Mercure. Je me flate que
mon adverfaire voudra bien ne plus écrire
contre ma patrie ni contre moi . Si j'avois
le bonheur d'être connu de lui , je fuis
perfuadé qu'il m'accorderoit fon eftime ,
comme je ne puis refufer mon admiration
à fes écrits.
Pour vous , Monfieur , dont les talens
me font connus , je vous prends pour arbitre
, & vous affure que je m'en rappor
terai toujours à vos décifions .
J'ai l'honneur d'être , &c .
A Paris , ce 10 Août
1755.
N.N.
L'auteur de cette lettre me fait trop
d'honneur. Je fuis Journaliste. Le filence
doit être mon partage ; fi j'ofois pourtant
le rompre , je dirois qu'une jufte modération
eft fur ce point le feul parti convé
nable . Malheureufement nous fommes
toujours en deçà ou en delà . Où nous élevons
trop les autres nations au préjudice
Cij
52
MERCURE DE
FRANCE.
de la nôtre , où nous les
rabaillons trop
pour la faire valoir à leurs dépens . Ce
dernier excès me paroît le plus
choquant.
Nous avons la fureur du
parallele. Je
penfe qu'il
vaudroit mieux l'éviter . Nous
devons être
d'autant plus
circonfpects ,
qu'étant juges & parties dans cette cauſe ,
nous ne fommes
pas faits
crus fur notre décifion. Nous bleffons l'a- pour en être
mour propre des
étrangers , fans mieux
établir par là notre
fupériorité fur eux.
Nos arrêts n'ont de la force tout au plus
que dans le
Royaume . On les caffe même
fouvent fur la
frontiere.
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Dans une lettre adressée à l'auteur du Mercure, l'expéditeur réagit à une réponse de l'abbé Prévôt publiée dans le Mercure de Juillet. Il refuse de répondre sur le même ton aux invectives de l'abbé Prévôt et condamne un article qui critiquait son ignorance de la logique et de la grammaire. L'expéditeur regrette que l'abbé Prévôt n'ait pas utilisé des arguments plus solides pour établir ses points. Pour prouver que l'Italie reste vivante culturellement, contrairement à ce que l'abbé Prévôt affirme, l'expéditeur cite plusieurs noms contemporains dans divers domaines artistiques et scientifiques. Il reconnaît avoir mentionné des historiens des siècles passés en réponse à une critique spécifique de l'abbé Prévôt. L'expéditeur déplore l'attaque injustifiée de l'abbé Prévôt contre l'Italie et affirme défendre sa patrie sans chercher la querelle. Il conclut en espérant que l'abbé Prévôt cessera d'écrire contre lui et son pays, et exprime son admiration pour les écrits de son adversaire. En réponse, le journaliste du Mercure prône une juste modération et critique la tendance à dévaloriser les autres nations pour valoriser la France, soulignant que cette attitude est choquante et inefficace.
Est rédigé par une personne
Soumis par kipfmullerl le