Titre
EPITRE DU MÊME A Madame la Comtesse de Fontaines, auteur d'un petit Roman intitulé : La Comtesse de Savoye, imprimé en 1722.
Titre d'après la table
Epître du même à Mad. la Comtesse de Fontaines,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
42
Page de début dans la numérisation
49
Page de fin
44
Page de fin dans la numérisation
51
Incipit
La Fayette & Segrais, couple sublime & tendre,
Texte
EPITRE DU MÊME
A Madame la Comteffe de Fontaines , auteur
d'un petit Roman intitulé : La Comteffe
de Savoye , imprimé en 1722 .
LA Fayette & Segrais , couple fublime & tendre
,
Le modele avant vous de nos galans écrits ,
Des champs éliziens fur les aîles des ris
Vinrent l'autre jour dans Paris.
D'où ne viendroit- on point , Sapho , pour vous
entendre ?
A vos genoux tous deux humiliés ,
Tous deux vaincus , & pourtant pleins de joie
OCTOBRE. 1755. 43
Ils mirent leur Zaide aux pieds
De la Comteffe de Savoye.
Ils avoient bien raiſon , quel Dieu , charmant
auteur ,
Quel Dieu vous a donné ce langage enchanteur ?
La force , la délicateffe ,
La fimplicité , la nobleſſe
Que Fenelon feul avoit joint ;
Ce naturel charmant dont l'art n'approche point ;
Sapho , qui ne croiroit que l'amour vous infpire a
Mais vous vous contentez de vanter fon empire.
Vous nous peignez Mendoce en feu ,
Et la vertueufe foibleſſe
De fa chancélante maîtreffe ,
Qui lui fait en fuyant un fi charmant aveu .
Ah! pouvez-vous donner ces leçons de tendreffe ,
Vous qui les pratiquez fi peu ?
C'eft ainfi que Marot fur fa lyre incrédule ,
Du Dieu qu'il méconnut , prouva la fainteté.
Vous avez pour l'amour auffi peu de fcrupule ,
Vous ne le ſervez point , & vous l'avez chanté.
Adieu , malgré mes épilogues ,
Puiffiez-vous pourtant tous les ans
Me lire deux ou trois romans ,
Et taxer quatre fynagogues.
La Dame à qui cette épitre eft adreffée ,
fe nommoit Marie - Louife - Charlotte de
Pelard de Givri , fille du Marquis de Gi44
MERCURE DE FRANCE
vri ,
Commandant de Metz , qui avoit
favorifé
l'établffement des Juifs dans cette
ville , ceux-ci lui firent par
reconnoiffance
une penfion confidérable , qui paſſa aux .
enfans , & dont jouiffent encore aujour- ,
d'hui fes petits enfans . L'un Chevalier de
Malte ; l'autre , veuve du Marquis de Fontanges
, Dame d'honneur de la Princeffe
de Conti . Cette Dame étoit alors veuve.
de Meflire Nicolas de Fontaines , Chevalier
, Seigneur d'Wniri , la Neuville - aux-
Bois , & Veron ,
Maréchal des camps &
armées du Roi , & ancien Mestre de camp
de Cavalerie , homme de la premiere dif
tinction . Elle eft morte le huit Septembre
1730 , âgée de foixante - dix ans . Elle a enrichi
la
République des Lettres de quelques
petits ouvrages ingénieux , en cachant
avec foin qu'elle en fût l'auteur.
A Madame la Comteffe de Fontaines , auteur
d'un petit Roman intitulé : La Comteffe
de Savoye , imprimé en 1722 .
LA Fayette & Segrais , couple fublime & tendre
,
Le modele avant vous de nos galans écrits ,
Des champs éliziens fur les aîles des ris
Vinrent l'autre jour dans Paris.
D'où ne viendroit- on point , Sapho , pour vous
entendre ?
A vos genoux tous deux humiliés ,
Tous deux vaincus , & pourtant pleins de joie
OCTOBRE. 1755. 43
Ils mirent leur Zaide aux pieds
De la Comteffe de Savoye.
Ils avoient bien raiſon , quel Dieu , charmant
auteur ,
Quel Dieu vous a donné ce langage enchanteur ?
La force , la délicateffe ,
La fimplicité , la nobleſſe
Que Fenelon feul avoit joint ;
Ce naturel charmant dont l'art n'approche point ;
Sapho , qui ne croiroit que l'amour vous infpire a
Mais vous vous contentez de vanter fon empire.
Vous nous peignez Mendoce en feu ,
Et la vertueufe foibleſſe
De fa chancélante maîtreffe ,
Qui lui fait en fuyant un fi charmant aveu .
Ah! pouvez-vous donner ces leçons de tendreffe ,
Vous qui les pratiquez fi peu ?
C'eft ainfi que Marot fur fa lyre incrédule ,
Du Dieu qu'il méconnut , prouva la fainteté.
Vous avez pour l'amour auffi peu de fcrupule ,
Vous ne le ſervez point , & vous l'avez chanté.
Adieu , malgré mes épilogues ,
Puiffiez-vous pourtant tous les ans
Me lire deux ou trois romans ,
Et taxer quatre fynagogues.
La Dame à qui cette épitre eft adreffée ,
fe nommoit Marie - Louife - Charlotte de
Pelard de Givri , fille du Marquis de Gi44
MERCURE DE FRANCE
vri ,
Commandant de Metz , qui avoit
favorifé
l'établffement des Juifs dans cette
ville , ceux-ci lui firent par
reconnoiffance
une penfion confidérable , qui paſſa aux .
enfans , & dont jouiffent encore aujour- ,
d'hui fes petits enfans . L'un Chevalier de
Malte ; l'autre , veuve du Marquis de Fontanges
, Dame d'honneur de la Princeffe
de Conti . Cette Dame étoit alors veuve.
de Meflire Nicolas de Fontaines , Chevalier
, Seigneur d'Wniri , la Neuville - aux-
Bois , & Veron ,
Maréchal des camps &
armées du Roi , & ancien Mestre de camp
de Cavalerie , homme de la premiere dif
tinction . Elle eft morte le huit Septembre
1730 , âgée de foixante - dix ans . Elle a enrichi
la
République des Lettres de quelques
petits ouvrages ingénieux , en cachant
avec foin qu'elle en fût l'auteur.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
L'épître est adressée à Madame la Comtesse de Fontaines, auteure du roman 'La Comtesse de Savoye' publié en 1722. L'auteur de l'épître loue le couple Lafayette et Segrais et compare les qualités littéraires de la Comtesse de Fontaines à celles de Fénelon, soulignant sa force, sa délicatesse, sa simplicité et sa noblesse. Il admire également son naturel et son talent pour décrire l'amour et la tendresse. La Comtesse de Fontaines, de son nom complet Marie-Louise-Charlotte de Pelard de Givri, était la fille du Marquis de Givri, commandant de Metz, qui avait favorisé l'établissement des Juifs dans cette ville. En reconnaissance, les Juifs lui avaient octroyé une pension considérable, transmise à ses enfants. L'un de ses fils était Chevalier de Malte, et l'autre était le veuf du Marquis de Fontanges, Dame d'honneur de la Princesse de Conti. La Comtesse était veuve de Monsieur Nicolas de Fontaines, Chevalier et Seigneur de plusieurs domaines, Maréchal des camps et armées du Roi, et ancien Mestre de camp de Cavalerie. Elle est décédée le 8 septembre 1730 à l'âge de soixante-dix ans. Elle a enrichi la République des Lettres de plusieurs petits ouvrages ingénieux, tout en restant anonyme.
Est adressé ou dédié à une personne
Est rédigé par une personne