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Titre

SUITE DES PENSÉES DIVERSES. Insérées dans le Mercure du mois de Septembre ; Par M. Lemarié, Avocat au Parlement.

Titre d'après la table

Suite des pensées diverses insérées dans le Mercure de Septembre,

Page de début
34
Page de début dans la numérisation
41
Page de fin
39
Page de fin dans la numérisation
46
Incipit

Les présens humilient ou corrompent ceux qui les reçoivent.

Texte
SUITE
DES
PENSEES
DIVERSES.
Inferées dans le Mercure du mois de Septembre
; Par M. Lemarie , Avocat an
Parlement.
L
Es
préfens
humilient ou
corrompent
ceux qui les
reçoivent .
Il faut
donner bien à
propos & avec
beaucoup de précaution
pour ne pas faire
des ingrats.
Je ne fçais lequel eft le plus généreux de
celui qui donne libéralement , ou de celui
qui fe fouvient volontiers des bienfaits
qu'il a reçus.
Ce n'eft
pas dans le don , c'eſt dans la
façon de le faire que confifte la vraie libéralité.
Otez du monde l'amour propre & l'intérêt
, vous en ôtérez
l'apparence de bien
des vertus , & prefque tous les vices.
Tout change & varie à l'infini parmi les
hommes , il n'y a de conftant que leur
inconftance.
gré
Du vice au crime l'occaſion eſt le dé-
Rien n'eft plus arbitraire que l'eftime
OCTOBRE . 1755 . 35
que nous faifons des choſes. N'y aura-t-il
jamais de régle certaine pour la fixer ?
Un bon efprit & un bel efprit devroient
être entr'eux dans le rapport d'un honnête
homme à un galant homme.
Plufieurs l'ont dit , & je le repére : il
vaut mieux ne rien fçavoir que fçavoir
mal beaucoup de choſes.
Le Magiftrat eft l'exécuteur de la Loi :
le Prince en eft le modérateur.
La loi punit : le Prince pardonne.
Bien de gens vivent fans penfer à une
autre vie , peu meurent fans la craindre.
Régle générale , on n'eft rien moins
que ce qu'on fe pique d'être.
On veut avoir de l'efprit , c'eſt la folie
du fiécle : On manque de génie , c'en eſt
le malheur.
La critique eft le creufet où s'épurent
les productions de l'efprit ; que penfer
d'un auteur qui la redoute ?
L'efprit femble croître & decroître en
raifon inverſe du goût & du génie ,
Autrefois on ne fçavoit que ce qu'on
avoit long- tems étudié . Que les génies
étoient lourds ! aujourd'hui l'on fçait tout
fans avoir rien appris.
La manie de n'être entendu que d'un
petit nombre de lecteurs , ne tient plus
les fçavans , elle a paffé aux gens de Lettres.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
On admire encore les Racine , les Moliere
, les Defpréaux : on rougiroit d'écrire
comme eux .
Affectez dans vos écrits un ſtyle entortillé
, pointilleux , énigmatique ; coufez
bien ou mal quelques penfées détâchées ,
quelques fentences paradoxales; faites fonner
bien haut , & revenir à chaque page
ces grands mots : Philofophie , métaphyfique
, géométrie , morale , &c. vous ferez
un écrivain à la mode , vous aurez le ton
de la bonne littérature .
C'eſt au coin des rues & aux piliers des
temples qu'il faut voir la plupart des livres
nouveaux ; ils n'ont d'intéreffant que
les titres.
Les plus beaux monumens de la littérature
ancienne ne font plus pour nous que
des antiquailles : Qui cite Homere , Cicéron
, Virgile , eft un pédant , & fent l'école.
Ce n'est jamais d'un fot que le goût reçoit
les premieres atteintes. Le commencement
de fa décadence eft toujours l'ouvrage
d'un homme d'efprit .
A travers toute la facilité , toutes les
graces , tout le brillant de l'auteur des
Métamorphorfes & des Triftes , un lecteur
éclairé y entrevoit quelque déchet du goût
qui regnoit aux premiers tems d'Augufte,
OCTOBRE. 1755. 37
M. de X .... ne feroit- il pas l'Ovide de
notre fiécle.
La poftérité jugera fans doute de notre
fiécle plus avantageufement que nous , car
elle en jugera fur les écrits des Montefquieu
, des Voltaire , &c. & non d'après ,
tant de mauvais ouvrages dont nous fommes
affaillis , & qui ne parviendront pas
jufqu'à elle.
Chacun fe fait aujourd'hui un fyftême
part , un plan particulier de conduite.
Que réfulte- t-il de cela ? un déréglement
général dans les moeurs .
L'amour qu'on prend pour une perfonne
vertueuse méne fouvent à l'amour de la
vertu .
La juftice naît du rapport qui eft entre
les chofes la loi eft la mefure de ce rapport.
> Il y a des gens qui doutent de tout
d'autres ne doutent de rien : le doute eft
bon , mais il ne doit pas tenir contre l'évidence.
Demander un avis c'eft fouvent quêter
un fuffrage.
Il eft plus aifé de faire prendre une opinion
nouvelle , que de détruire une opinion
reçue.
Nous jugeons de tout par comparaifon,
& le point de comparaifon c'eft nous -mê38
MERCURE DE FRANCE.
mes ; delà tant de mauvais jugemens.
Les plus grands maux fe guériffent ordinairement
par les remedes les plus fimples.
Ne cherchez point le beau hors de la nature
; l'art n'a
d'agrémens que ceux qu'elle
lui prête.
Que de graces , l'importunité dérobe
tous les jours au mérite !
C'est l'amour des peuples qui fait le
bonheur des Rois ; c'eft la bonté des Rois
qui fait la félicité des peuples.
Il n'y a rien qui rende les hommes ordinaires
plus petits que l'élévation & les
grandeurs .
Outrez , ou ôtez
l'indulgence , vous
détruirez la fociété.
Un état qui s'aggrandit trop , court à fa
ruine .
Ce n'eft point une domination étendue
, ce ne font point de vaftes provinces
qui font la force d'un empire ; c'eft un
bon
gouvernement , c'eſt une puiſſance
bien économifée.
Un pouvoir immenſe eſt un grand fléau
entre les mains d'un homme qui en abuſe,
ou qui ne fçait pas le tempérer.
Ceux qui fe mêlent fans néceflité des
affaires d'autrui , ne font communément
que les brouiller & les rendre pires .
OCTOBRE . 1755. 39
La réforme d'un abus eft prefque toujours
fujette à correction.
Ne reprenons point : corrigeons - nous.
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Le texte, publié dans le Mercure de septembre 1755 par M. Lemarie, avocat au Parlement, compile diverses réflexions philosophiques et sociales. Lemarie commence par discuter des préférences et de leur potentiel à humilier ou corrompre ceux qui les reçoivent, soulignant l'importance de donner avec précaution pour éviter l'ingratitude. Il explore la véritable libéralité, qui réside dans la manière de donner plutôt que dans l'acte lui-même. Le texte met en évidence l'importance de l'amour-propre et de l'intérêt dans la société, notant que leur absence révélerait la véritable nature des vertus et des vices. Lemarie observe également l'inconstance humaine et l'arbitraire des jugements. Il distingue entre un bon esprit et un bel esprit, affirmant qu'il vaut mieux ne rien savoir que de savoir mal beaucoup de choses. Lemarie traite également du rôle du magistrat et du prince, le premier exécutant la loi et le second la modérant. Le texte aborde la critique comme un creuset pour les productions de l'esprit et la décadence du goût littéraire, où les œuvres classiques sont dédaignées au profit de styles modernes et complexes. Lemarie critique la mode littéraire de son époque, où les auteurs affectent un style entortillé et paradoxal pour se distinguer. Il conclut en soulignant l'importance de la justice, du bon gouvernement et de l'indulgence pour maintenir la société. Lemarie met en garde contre la critique excessive et l'affectation stylistique, prônant un retour à des valeurs littéraires plus authentiques et accessibles.
Constitue la suite d'un autre texte
Soumis par kipfmullerl le