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Titre

LES DEUX FOURNEAUX. FABLE. A Mme Bourette, ci-devant Mme Curé.

Titre d'après la table

Les deux Fourneaux. Fable,

Page de début
58
Page de début dans la numérisation
577
Page de fin
60
Page de fin dans la numérisation
579
Incipit

De deux fourneaux, une muraille antique

Texte
LES DEUX FOURNEAUX.
FABLE .
A Mme Bourette , ci- devant Mme Curé.
De deux fourneaux , une muraille antique
E
Faifoit la féparation.
Ces fourneaux n'étant point dans la même boutique
,
Ils n'avoient pas non plus la même fonction.
L'un , d'un diftillateur , ( à ce que dit l'hiftoire :)
Servoit à diftiller les charmantes liqueurs.
Sur l'autre , un teinturier dans fon laboratoire
Faifoit bouillir fes diverfes couleurs ,
Dès que les ouvriers avoient fait leur journée ,
Le feu n'exhalant plus ni flamme ni fumée ;
Les fourneaux , à travers le vieux mur mitoyen ,
De converfer enſemble , avoient trouvé moyen :
Celui du teinturier difoit à fon confrere :
Le goût & l'odorat par vos ſoins font flatés ,
Au lieu que de mon miniſtere
L'un & l'autre fouvent le fentent rebutés .
Lors le diftillateur lui répondit : Mon frere ,
Vous avez votre utilité.
Dans moi , le feu par fon activité ,
Des fleurs , des fruits , abforbe la nature ;
SEPTEMBRE. 1755. 59
Mais par vos foins , ainfi que la peinture
Qui fe fait admirer par fon beau coloris ;
Vous faites que les yeux font charmés , éblouis.
Vous femblez donner l'être aux plus aimables
chofes ;
Et même furpaffer par vos métamorphofes ,
L'azur qui brille au ciel , & la neige des lys ,
Et le feu du corail , & le vermeil des rofes.
Lyon , les Gobelins font valoir vos talens .
Vos travaux ont rendu ces endroits opulens.
C'eſt par le ponceau fin , par la riche écarlate
Que leur magnificence éclate.
Ne vous plaignez donc plus. Quant à flater le
goût
Par mes liqueurs délicieuſes ,
A la fanté du corps fouvent pernicieuſes ;
Voilà tout mon mérite Eh ! qui peut avoir tout
On ne joint pas toujours l'utile à l'agréable .
Confolez -vous , l'utile eft toujours préférable :
Cependant , quand on peut les réunir tous deux ,
C'eſt-là ce qui s'appelle avoir un fort heureux.
Oui , dit le Teinturier : c'eſt un double avantage.
Mais vous l'avez fur moi , tel eft votre appanage.
Par le beau coloris de vos douces liqueurs
Vous charmez à la fois & les yeux & les coeurs.
Eh qui joint mieux que vous l'agréable à l'utile ș
Le goût & l'odorat ne me font point la cour ;
Mais ils fuivront toujours celui qui leur diftille
L'eau d'or & le parfait amour.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Le fourneau d'un Poëte eft fon cerveau fans
doute.
Pour faire quelques vers je fçai ce qu'il m'en
coûte.
Bourette , mieux que moi , vous fentez cette ardeur
,
Dont le fils de Latone enflamme maint auteur.
Ne comparons donc pas nos fourneaux l'un à
l'autre ;
Le mien eft de beaucoup inférieur au vôtre.
J. L. Cappon.
Maître Teinturier , & Bedeau des Saints
Innocens à Paris.
Ces qualités doivent fervir de paffeport
aux vers que l'on vient de lire.
Signature

J. L. Cappon. Maître Teinturier, & Bedeau des Saints Innocens à Paris.

Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
La fable 'Les Deux Fourneaux' relate l'histoire de deux fourneaux séparés par une muraille antique, chacun ayant une fonction distincte. Le premier appartient à un distillateur et sert à produire des liqueurs, tandis que le second, utilisé par un teinturier, sert à faire bouillir diverses couleurs. Chaque soir, ils conversent à travers le mur. Le fourneau du teinturier admire les liqueurs du distillateur, qui flattent le goût et l'odorat, contrairement à son propre travail qui rebute souvent ces sens. Le distillateur souligne l'utilité de chacun : son fourneau extrait la nature des fleurs et des fruits, tandis que celui du teinturier charme les yeux par ses couleurs, comparables à la beauté de la nature et des arts. Le teinturier reconnaît que les liqueurs du distillateur charment à la fois les yeux et les cœurs, combinant l'utile et l'agréable. Le distillateur conclut en affirmant que, bien que l'utile soit préférable, réunir les deux est idéal. La fable se termine par une comparaison des fourneaux à ceux des poètes, soulignant que chaque métier a ses propres mérites et utilités.
Soumis par kipfmullerl le