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LE
MERCURE
GALANT,
CONTENANT PLUSIEURS
HISTOIRES VERITABLES,
Etautres choſes curieuſes : avec tout ce qui s'eſt
paffe à la Cour& àl'Armée,&dans pluſieurs
Cours de l'Europe, dépuis leDépartduRoy,
juſques àſon Retour.
ΤΟΜΕ III.
Suivant laCopie Impriméeà Paris,
Chez CLAUDE BARBIN , au Palais.
M. DC. LXXIII.

3
LE
1
MERCURE
GALANT.
SECONDE JOURNEE
de la 10. Semaine.
'Eſtois encor dans la Ruë S. onoré
, lors que jerencontrayle
Nouvelliſte Autheur. Ilfut ravy
de m'avoir trouvé ſeul, carily
avoit long- teps qu'il ne m'avoit
recite de Versde fa Piece contre
les Nouvelliſtes. Il m'entraîna
dans le Mail du Palais Royal , oùl'on nejoioit
point encor àcauſe qu'il avoit plu , ayant trouvé
celieu plus propre à fondeſſein queles autres,
parce que nous ne pouvions eſtte apperçeut des
Nouvelliſtes qui estoient entre les deux Rondeaux.
Il me dit qu'il avoit bientravaillé depuis
qu'il ne m'avoit veu , & qu'il vouloit me reciter
plufieurs Scenes qu'il avoit faites. Ecoutez , me
dit-il , en voicy une que vous devez trouverplaifante
: Elleeftde deux Nouyelliftes , de l'un
veut fairedire des Nouvelles à l'autre, encor qu
n'en ſcache pas,
Tome III . A 2
-
1. Nou4
LE MERCURE
1. Nouvelliſtes
Mais,Monfieur,jenesçayplus rien .
Jevous en ayditplus detrente.
2. Nouvellifte.
Monfieur, Souvenez-vous en bien ,
Vous ensçavez plus de cinquante .
1. Nouvellifte.
LeRoydePerſeveut fairede grands Prefens ,
EtdedanssesEftats honorertoutes celles
Quiprouveront qu'ellessont bien pucelles
Al'age de quinze onseize ans;
Ill'afast depuspeu crieràfondetrompe.
2. Nouvellifte.
Jecrainsfortque l'on netetrompe .
1. Nouvelliſte.
CetteMuraillequi, dit- on ,
Acing cens lieñesdelong,
Etquidepuis long-tempsSepare
LeChinoisd'avec leTartare ,
S'eft depuis quelques jours perduë en un moment
,
ParungrandTremblement de terre ,
Quitoutàcoupluy declarala guerre
Etqui n'en laiſſapas un morceauſeulement.
LefeuduCiel encorparun coup bien tragique,
Abrufletoutesles Forefts
Quifont danslesDeſertsd'Affrique.
2. Nouvelliſte.
LesOyſeaux enferont entendre leurs regrets.
1. Nouvelliſte.
Mais la Flame malgrésafureurfansſeconde ,
N apas produit un trop méchant effet,
Et
GALANT. 5
Etfansypenser enafait
Lesplus belles Plaines du monde.
2. Nouvellite.
PenSuis encordedans l'étonnement.
1. Nouvelliſte.
N'avez-vous pas contentement ?
2. Nouvelliſte.
Ouy , mais raiſonnons,je vous prie ,
Sur ces Nouvelles un moment.
1. Nouv: en s'en allant.
JeSuisfort Serviteurà voſtre Seigneurie.
2. Nouy: en l'arreſtant.
Vousraiſonnezparmafoy ,
On vous medirez,je vousjure ,
Quelque Nouvelle bonne&Seure.
1. Nouvelliſte .
He bien,j'y confens,laiſſez-moy .
LeRoydesAbyßins a mariéfafille
AuPrincedeCongo,qui n'a pasquatorze ans,
Cethimenplaiftàtousses Courtisans ,
Puis quedansSariche Famille ,
Avecun grand Pays l'Epouse porte encor
Douze censbons millions d'or ,
Que Son Pere gardost dans quatre grandes Salles;
Sont-celàdevilainsregalles?
Elleportedeplus outreſesveftemens ,
Dont laricheſſeeſtſans égale,
Des Perles&des Diamans ,
Qui rempliſſoit une cinquième Salle.
2. Nouvelliſte .
Vous voulez vous rire demoy.
2
A3
1. Nou
6 LE MERCURE
1. Nouvelifte.
Jeneme moquepasmafoy.
2. Nouveliste.
Nemeraillez poinsje vous prie.
1. Nouvellitte.
Saiſon dit toutcela dansJa Geographie;
Etparlant de ce Royqui n'estpas indigent:
On trouvera chez luy pises d'Homme &d'argét,
Dit-il, celan'eſi pointfable,
La'on ne peut dans la Mer trouverde grains de
zakle
Etd'Etoiles dedans leCiel.
2. Nouvelliſte.
Est-ilunpluariche Martel?
Jeleveux aller voir,carj'en doute&jegage ...
1. Nouv: enle quittant.
AllezvousprepareràfaireceVoyage.
Quand il eut ceffé de reciter ces Vers , je luy
disque je trouvois cette Scenefort divertiſſante.
Il faut que je vous diſe encor quelques Fragmeas
deScenes, reprit-il auffi- toſt, que vous ne trouverez
peut-eftrepas moins agreables. Voicy le fujetdupremier
, continua-t-il ? Un Nouvelliſte
vient en courant interrompre l'Aſſemblée,&dit:
On debitelà-bas unebonne Nouvelle ,
Etque chacun eftime telle.
CetteNouvellequi ravit ,
Etquedebienloinl'onécrit,
EftdeMadagascar, & mesme toutesfraiſche;
CarleCouriern'apas délivréſadepesche.
On
GALANT
7
LE METER
On luy répond ,
LeCourierSçait donc tout ,&leur a rapporté?
LeNouvelliſte empreſſé replique ,
-No Il ne sçait riendu tout, & c'est la verité ,
C'est cequi rend la Nouvelle plus belle ,
Etlafast trouver plus nouvelle.
Onluydit ,
EtleCourier nefait qued'arriver ?
Ilreplique ,
Non.
Et ils répondentpreſque tous à la fois.
Allons donc vifte le trouver.
Voila , continua-t- il , comme font la plupart
des Nouvelliftes, ils ſçavent les Nouvelles que les
Couriers apportent, avant que ceux à qui les
Dépeſches font adreſſees les ayent leuës. On en
trouve beaucoup de pareils , luy repartis -je ; puis
il continua en me recitant un Fragment d'une
SceneduMary de la Femmedontje vous ay déjà
parlé.
: La Femme.
Jedevrois techanter tagamme ,
Depuislong-tempt icyje te cherchepartout .
Etj'ay courudixfois de l'un à l'autre bout .
Dansce Parterre ces Allées ,
On ... là ... tu m'entends bien , tiennentleurs
:
Affemblées.
A 4 Quoy
8 LE MERCURE
Quoyperdras-tu zousjours ton temps
Dans ce Jardin avec centfaineans?
Tun'as pointSoin de tonménage,
Chez toy tulaiſſes toutpérir ,
SansceffePon tevort auxNouvelles courir,
Etd'un Sot curieuxjouerleperſonnage.
Ton efpritdevient detravers,
Tafolceeft connue&vajuſqu'à l'extréme;
Es cependant tu crois gouverner l'Univers ,
Lorsque tunepeuxpas te gouverner toy- mesme.
Vous pouffez un peu les Nouvelliſtes, luy
dis jé dés qu'il cut ceilé de parler. Ce n'eſt pas,
me répondit- il, qu'il n'y ait de fort honeftesgens
parmy eux, mais l'on doit unpeu charger cesfortes
de choſes pour les rendre plaiſantes.J'en connois,
continua-t- il,parmyles Nouvelliſtes , qui
s'apperçoivent fort bien de leurs folies , & qui
font les premiers à s'en railler eux-mefmes.
Quelques-uns de ces Meſſieurs qui ſe promenoient
dans lagrande allée , nous ayant aperçeus,
nous fumes àeux , &peu de temps apres nous
alâmes rejoindre le gros entre les deuxRondeaux.
Lapremiere choſe dont on s'entretint , fut
du Service de feu Monfieur le Comte du Pleſſis ,
que Madame la Comteſſe ſa Femme avoit fait
faire cejour-là. On parla du merité&de la valeurdu
deffunt,qui eſtoit PremierGentilhomme
de la Chambre , de Monfieur , &Marefchal de
Campdans l'Armée de Monfieur le Prince. On
ditqueMonfieur avoit eu beaucoup de déplaiſirs
de fa mort , & l'on plaignit fort Monfieur le
MareGALANT
Marefchal du Pleſſis ſon Pere , que ce trépasdevoit
d'autantplus affliger, que c'eſtoit le troifiémede
fes Enfans quiestoit mort à l'Armée. Un
jeune Nouvelliſte , qui depuis quelques jours venoità
noftre Aſſemblée , arriva comme nous achevions
deparler du Service du feu Monfieur le
ComteduPleffis,&nous dit d'abordqueleRoy
eftoit affiegé dans ſon Camp.Affiegé,nous écriames-
nous, affiegé ? Comment cela ſe pourroit- il
faire ? Quelle Armée auroit efté affez hardie pour
faire ce coup , ou plutoſt, d'où feroit- elle venuë?
Ilfaut, dit alors une Perſonne de la Compagnie,
qu'on ait ſemé les Dents de quelque Dragon,
dont il foit forty des Soldats armez.Ce n'eſt point
tout cela , reprit noſtre jeune fou; &le Roy eft
affiegé par le grand nombre d'Ambaſladeurs &
d'Envoyez Extraordinaires qui viennēt le complimenter
de toutes parts. La penſée estbelle,luy
repartis-je , & la turlupinade admirable ; mais ie
ne m'en étonnepas, puis qu'elle vientde vous,je
voy que vous affectez l'air de Marquis ; & comme
vous imitez les ridicules ſeulement , il faut
bien que pour leur reſſembler entout , vous paroiffiez
auffi turlupin que ces Meſſieurs.Jedis cela
d'un tonqui l'empeſcha de ſe fächer , &je ſcavo's
bien à qui je m'adreſſois. C'eſt affez parler
de turlupinades & de turlupins , reprit unNouvelliſte
impatient;&fcachonsde Monfieur combien
il y ad'Ambaffadeurs & d'Envoyez dans le
Camp de Sa Majefté. Je vais vous les nommer
tous , repartit le jeune Homme ; puis il nomma
aufli toft tous ceux qui ſuivent.
As Un
-10 LE MERCURE
Un envoyéd'Eſpagne.
Milort Lokart , Ambaſſadeur d'Angleterre,
quirevient deBrandenbourg.
Un Envoye de l'Electeur Palatin.
Un Envoyé du Duc de Neubourg.
Un Envoyé du Duc de Hanower.
Le Comte de Kogniſmare , Ambaſladeur extraordinaire
de Suede.
Le Baron de Meternik , Envoyé extraordinaire
de l'Electeur de Treves , fans compter
Monfieur l'Eveſque de Strasbourg , &celuyde
Munster , & pluſieurs Souverains qui doiventy
venir eux- meſimes, pour avoir le plaifir de voir le
plus Grand Monarque du Monde. Chacun dit
que ce grand nombre de Princes,d'Ambaſſadeurs
&d'Envoyez , marquoit la grandeur de SaMajeſté
, &la haute eſtime qu'on avoit de fa Perfonne.
Nous estions fur le point de changer
de diſcours , lors que nous viſimes entrer un
Homme , qui nous fit de loin mille ſignes extravagans
pour nous marquer ſa joye ; & lors
qu'il fut affez pres de nous pour eftre entendu,
il nous cria pluſieurs fois. Victoire , victoire , &
nous dit des qu'il nous eut joint : Enfin , Mefficurs
, Doësbourg s'eſt rendu , & je viens preſentement
d'en recevoirla Nouvelle , avec toutes
les particularitez de ce Siege. Nous attendions,
Juxrépliquâmes-nous, de moment en moment,
la Nouvelle de la Reduction de cette Place , &
nous ſçavions bienqu'elle nepouvoit tenirlongtemps
contre unMonarque invincible qui l'affigeoit
enPerſonne.Je croyois auffi-bien que vous
que
GALANT. IT
que cettePlace ne feroit pas unelongue réſiſtance
, nous répondit- il ; mais je n'attendois pas en
mefme temps la Nouvelle de la priſe de quatorze
ou quinze Places. Comment!Quatorze ou quinzePlaces,
nous écriames nousOüy , dit-il , fans
nous donner le temps de luy répondre.
Wageninghen.
Rhenen.
Wick .
Amersfort.
Duffel, fur le Rhin.
Tiel, dans le Valeau ..
Deventer..
E'bourg.
Arderwik.
Hattem.
Haffelt.
Ommen&le Fort de Woorn , & celuyde
Saint Andre , qui font les Clefs de l'ifle de Bommel
, ne reconnoillent plus d'autre Maître , que
noftre incomparable Monarque ; &Muyden fur
te Zuiderzée , le Chaſteau de Wezep à deux lieües
d'Amſterdam , Kampen & Zwol fur l'Iffel ,
for preſtes de recevoir les Troupes de fa Majesté.
J'ay couru toute la Holande , dit alors un
de nos Confreres ; & comme j'ay eſté dans
une partie de ces Places , j'en entretiendray la
Compagnie quand nous aurons ſceu les particularitez
du Siege & de la priſe de Doësbourg .
S'il ne tient qu'à cela , repartit celuyquien avoit
apporté la Nouvelle , vous ferez bien-tôt
fatisfait. Il cut à peine achevé ces paroles , que
cha-
A6
12 LE MERCURE
chacun ſe prepara àl'écouter, puis il continuade
laforte.
La Villede Doësbourg eſt fameuſe par plufieurs
Sieges qu'elle a ſoûtenuë , les Fortifications
en font regulieres ,&elle ſert deBoulevart
au Weluve. Sa Majesté l'ayant fait inveftir par
Monfieur le Marquis de Fourille , & ayant difpoſe
les Quartiers , donna ſes ordres pour les
Ponts de communication , les Batteries , Gabions
, Fafcines , & generalement pour toutes
les chofes neceflaires pour l'ouverture de la
Tranchée ; Elle ſe fit par Monfieur leDuc de
Roianés , qui en qualité de Colonel eſtoit à la
tefte de quatre Batillons des Gardes Françoiſes.
Monfieur le Comte de Gadagne, LieutenantGeneral
, eftoit de jour avec Monfieur le Chevalier
de Loraine , Mareſchal de Camp ; & Monfieur
de Romecourt , Lieutenant des Gardes du
Corps , commandoit la Garde de la Cavalerie.
LesEnnemis ne tirerent point toutela nuit, mais
àla pointe du jour ils ſe firent entendre,&Monfieur
le Duc de Roianés eut quatre Soldats tuez
à ſes coſtez , & reçeut endonnant des preuves
d'une valeur extraordinaire , un coup deMoufquet
dans fon chapeau, Monfieur leMarquisde
Larreynelet fut tué d'un coup de Canon à lateſte
de la Tranchée , en faiſant élargir letravail
avancé. Comme il avoit donnédes preuvesde
fon courage enpluſieurs endroits , il fut fort regreté
de SaMajefté. Onnelaiſſa pas neantmoins
d'avancer beaucoup le travail ,&l'on ne perdit
que quatre ou cinq Soldats. DeuxBatallions des
Gardes
GALANT 13
S
1
Gardes Suiſſes & un de Stoup ayant relevéles
Gardes Françoiſes,Monfieur le Duc de Roüanés
eſtantde jour en qualitéde LieutenantGeneral,
&MonfieurMartinet , Mareſchal de Camp , la
Batterie de douze pieces deCanonfut achevée
fortpresdela Place,avec une autre dans une Iſle
dugrand Iſſel, qui incommoda fort les Affiegez.
Ilsfortirent ſur les travailleurs, mais ils furent repouflezjuſques
au pied du glacis.MonfieurMartinet
fut malheureuſement tué d'un coup de
Canon de la Batterie qui estoit dans l'Iſle dont
je viens deparler;&Monfieur de Soury,Capitaine
Suiffe, fut auſſi tué d'un coup deMouſquet avec
quelques Soldats. Enfin apresdeux joursde
tranchée ouverte,leGouverneur ayant commencéde
parlementer, demanda à ſortir avec ſa Garnifon
, Armes&Bagages , & dit qu'il ſouffriroit
plûtoft l'affautquedeſe rendre àdes conditions
moins honorables,quelques François qui estoient
dans la Place, &qui craignoient d'eſtre traitez ſelonleur
merite,l'ayant porté à parler de la forte.
Ilne tint pas long-temps ce langage, & fçachant
que Sa Majesté feroit tout paffer au fil de l'épée,
s'il retardoit ſesconqueſtes , il ſe rendit à difcretion
, &demeura prifonnier de guerre avec quatremille
hommes qui estoientdans laPlace.
Onalloit raiſonner ſur les particularitez de ce
Siege, lors qu'un vieux Domeſtique de Monſieur
de Nogent vint dire enpleurant , que le
corpsdu Comtede ce nom , qui estoit Mareſchal
de Camp de l'Armée de Mõſieur le Prince, avoit
efté trouvé trois licues au deſſus du Paffage de
Thol- A 7
14 . LE MERCUR
Tho'huys,& qu'ayant eſlé viſité, onavoit reconnu
qu'il avoit efte tue d'un coup de Moufquet à
Ja teile. Ceux qui croyoient qu'il avoit eſténové
fans avoir efte blefle, & que fon Cheval avoit efté
cauſe de fa mort , apprirent par là toute la verité
de ce malheur dont levieux Domeftique efloit
encore fi affligé qu'il n'avoit pas la force de
parler. Il nous dit pourtant , mais avec bien des
Toupirs,que le corps de ce brave Comteavoit eſté
inhumé dans la grande Eglife de Zevenart , &
que Sa Majeftéay oit temoigne beaucoup deregret
de fa mort.Quand cebon Vieillard eut ceffé
deparler , on pria Nouvelliſte Voyageur de dire
quelque choſe des Places qu'il avoit veuës , qui
s'étoient depuis peu foumiſes à Sa Majesté , & de
celles qui estoient fur le point de fe rendre àfes
Armesvictorieuſes Il prit auſſi-toft la parole, &
s'en acquita de la forte.
Wangeninghen eſt ſcituéàdeux lieuësd'Arnhem&
de Nimegue , &eft à l'emboucheure&
à la droite du Rhin ; c'eſt une Ville tres ancienne.
Renhen n'eſt qu'à trois lieuës d'Utrech , elle
elt bâtie fur le Rhin ; & Tacite en fait mention
auffi-bienque deWangeninghen.
L'Hiftoire dit beaucoup de choſes deWich;
elle eſt auſſi à trois licues d'Utrech , &Tacite en
parle comme d'une Ville confiderable. La deuxiéme
Legiondes Romainsydemeura du temps
deNeron:Elle a eſté ruinée par les Normans ,&
depuis elle a efté rebatie, ce quidoit faire connoiftre
que cette Ville eſt des plus anciennes.
AmersGALANT.
A 15
Amersfort eſt fameuſe parquantitéde Sieges;
- elle a pluſieurs fois eſté priſe & repriſe: elle eft fux
la petite Riviere d'Em.
Deventer eft laCapitale detout lePaïs ; d'Over-
Iffel, c'eſt une Place forte&grande , & rempliede
tres -beaux Edifices .
Elbourg eft fur le Zuyderzće.
Harderwik eſt une forte Place, qui a eſté rebatiepluſieurs
fois; elle eſt auſſi ſur le Zuyderzće.
Hattem eſt unegrande Ville tres- forte; elle eft
ſcituée fur le rivage de l'Iſſelàdeux lieuës d'Elbourg.
Hallelt eſt une Ville fort confiderable& fort
■ richezelle eſt du Comté de Zutphen.
Les Forts de Worns && de SaintAndré ſont
des Poſtes tres - confiderables ; ils font dans l'Iſle
deBommel,que Cefar appella autrefois l'Ifledes
Bataves,& en ſont comme les clefs ; Tous les arbresdel'ifle
furent employez par l'ordre de l'Amirante'd'Aragon
, ăla conſtruction du Fort de
Saint André , qui eſt entrele Wahl & la Meuſe.
Cette Fortereffe eſtoit eſtimce imprenable.
Muyden eſt une fort bonne Place , &qui a
un fort bon Chaſteau au delà de la Riviere de
Weichtqui lajoint par un Pont , elle eſt proche
leGolphe de Zuiderzée à deux lieuës d'Amſterdam.
Campen eſt une belle&grande! Ville , quia
un Port confiderable ; elle a efté poſſedée par les
Allemans.
Zwol eſt une grande Ville qui a doubles Fofſez
& de grands Ramparts.
Quoy
16 LE MERCURE
Quoyque le Nouvellifte Voyageurn'eutpas
fait de grandes defcriptions de ces Places , ce
qu'il en avoit dit n'ayant pas laiſſéd'en donner
quelques lumieres , la Compagnie en fut affez
fatisfaite,&dit enſuite que ceuxd'Utrech avoient
remis deux de leurs Portes à Monfieur leMarquis
de Rochefort. On vint quelque temps apres
apporter la Nouvelle de la Reduction de Zutphen
; mais comme on n'en dit pas les particularitez
, on remit à un autre jour à s'en entretenir,
&l'on parladeMeſſieurs de Vandofme, à qui Sa
Majefté avoit commandé de demeurer aupres
d'Elle, &de ne plus aller dans les Tranchées ; &
l'on adjoûta qu'elle ne leur avoit fait ce commandement,
que parce que l'ardeur de leurcourage
les portoit inceſſamment dans les plus
grands perils.
tra-
Nous commençions à nous eſtonner de ce
qu'un de nos Confreres qui avoit accoûtumé
d'ouvrir l'Aſſemblée, n'eſtoit point encor venu,
lors que nous le viſmes arriver. C'eſt à ce coup,
nous dit- il, en nous abordant , que Nimegue eſt
affiegé , &la Gazette .... Ne blâmez point la
Gazette, interrompit unAmydeceluyqui
vaille à cette Hiſtoire Journaliere. Siellea parlé
de la priſe de Nimegue plûtoſt qu'elle nedevoir,
les Lettresde la Cour en font cauſes ; &ceuxqui
eſtoientdans l'Armée du Roy ayantcrûqu'auſſitoſt
apres la priſe du Fort , on avoit attaqué la
Ville,&qu'elle s'eſtoitrenduë,manderent cette
Nouvelle plûtoſtqu'ils ne devoient. La Gazette,
continua-t-il , eſt un ouvragebeaucoup plus
diffi.
GALANT. 17
difficile qu'on ne penſe , il faut qu'elle foit donnée
au jour marqué ; &l'on estbien empeſché
lors qu'on ne réçoit que la veille qu'on la doit
donner au Public, de ces grandes Nouvelles de
conſequence qui ſont embarraffées demille&
mille circonstances que chacun eſcrit differemment,
&donton ne peut qu'avec beaucoup de
foins &de temps déveloper la verité. Il faut
pourtant travailler&dire les particularitez d'une
Nouvelle qui ne peut ſouvent eftre bien ſçeuë
queplus d'unmois apres. Ne m'avoüerez vous
pas, continua le meſime , que cela faitbien fuër
celuy qui tient la plume? que c'eſt une choſebien
penible que d'eſtre obligé de chercher la verité
parmycent contradictions? &que s'il n'avoit du
bon ſens &de la prudence , il feroit ſouventdes
fautes bien plus confiderables que celle d'avancer
la priſe d'une Ville ? Chacun en demeura
d'accord ; puis l'on dit que Monfieur Grotius
eſtoit revenu aupres de Sa Majefté avecun pouvoirplus
ampleque le premier ,& qu'ondevoit
écouter ſes propofitions. Quelles propoſitions
peuventfairemaintenant les Hollandois, repartit
uneperſonnedela Compagnie ? Il faut qu'ils fe
foûmettent apres s'eſtre ſi mal deffendus ; leur
orgueiiil eſtoitgrand, mais leur lâcheté l'a encor
eftédavantage. Je ne ſçay pas,replica un autre,ce
que vous trouvez d'extraordinaire dans ce que
vous appellez leur lâcheté ; il ſembla à vous entendre
parler qu'ils foient les ſeuls qui ſe ſoient fi
maldéfendus contre la France ; cependant cela
n'eſt point, & ils pourroient alleguer que la Loraine,
18 LE MERCURE
raine, la Flandre,&la Franche-Comté, n'ont pas
fait plus de reſiſtance ànoftre invincibleMonarque,
quoyqu'ils euffent des Places pourle moins
aufli fortes,&des Troupes plus aguerries.N'impurez
donc point les Conquestes du Roy, ny
àfon bonheur , nyàleur lacheté ; cen'eſtpoint
l'effet de fon bonheur , mais plutoſtceluyd'un
grand courage & d'une judicieuſe conduite ,
puis qu'il a deja fait quatrefois les meſimes chofes
dans des Eftats differens ; & ce n'eſtpoint
auſſi l'effet d'une lâcheté qui ſoit particuliere
aux Hollandois , puis qu'ils ont tant de Compagnons.
Vous les loiiez d'une maniere quine
vous attirera point de blâme, interrompit un
troiſieme;& nous vous lepardonnons tous,puis
quece n'estque pour faire voir quedansle malheur
qu'ils ſe font attirez, ils ont beaucoup de
ſemblables , &pour élever la gloire d'unMonarque,
dont les Conqueſtes font au deſſus des lo-
Hanges qu'on luy peutdonner ; cequi eſtaſſez
extraordinaire , puis que juſques icynous avons
vû donner plus de loiianges auxConquerans,
qu'ils n'en avoient juſtement merité. Jenepuis
affez admirer, reprit celuyqui avoitcommencé
le raifonnement fur la viteſſedesConquestesde
Sa Majefté, la bonne foy de celuy quitravaille
à la Gazette d'Holande , lorsqu'il ditque le
Royde Franceva fiviſte, qu'on ne ſçaitoù il eſt.
C'eſt affez rendre juſtice àla verité , continuar-
il; &quand il ne parlera que de la forte, il
ſera toûjours loué de tout le monde. En verité,
Meſſieurs , dit alors un Nouvelliſte devoit,
GALANT. 19
voit, il faut avoüerque noſtre GrandMonarque
paroiſt veritablement dans cette Guerre le Fils
Ainé de l'Eglife , &qu'il en a bien avancé les
Conquestes.Que de Catholiques qui n'oſoient ſe
découvrir , chantent preſentement en Publicles
Loianges de Dieu&les ſiennes , &qu'il en a
tous lesjours de Benedictons.ll faut auſſi demeurer
d'accord, reprit un autre ààpeu pres du mefine
caractere , que Monfieur le CardinaldeBoüillon
travaille avec grand zéle & de grands foins
au rétabliſſement des Eglifes , &que les peines
qu'il ſe donne pour l'inftruction de ceux que ſe
veulent convertir, ſont ſi grandes, quetant pour
l'efprit que pour le corps,elles fontbeaucoup au
deffusde cellesd'un Hommede ſon âge. Mais il
ne faut pass'en eſtonner , continua le meſme,
puis que le merite de ce Grand Cardinal n'eſt pas
unmerite ordinaire. Mais parlons un peu ,dit le
mefine , du Frere d'une autre Eminence , dont
le merite fait grand bruit ; c'eſt de Monfieur
- le Comte d'Eftrées , qui dernierement avec une
ſomptuofité fans égale , traita ſur ſon Vaiſſeau
la Reyne d'Angleterre. Apropos , d'Angleterre,
reprit un autre , Monfieur le Duc de Euckingham
& Monfieur le Comte de Harlington ,
Premier Secretaire d'Eftat de Sa Majefté Britanique,
onteſté nominez pour aller trouver le Roy,
avec unDeputédes Estats Generaux. On alloit
parler du merite de ces deux Ambaſſadeurs Extraordinaires
, dont ily auroit eu beaucoup de
choſesàdire , lors que l'on vint annoncer àl'AC
ſemblée que Madame la Ducheflè estoit accou.
chée
1
20 LE MERCURE
chée d'un Garçon à Saint Germain , dans le
temps qu'elle devoit partir pour venir faire fes
couchesàParis. Cette Princeſſe eſtant dans une
eftime generale , àcauſede ſabonté , chacunen
témoigna beaucoup dejoye. Onparla encorde
quaranteDrapeaux&de ſeptGuidons,qui avoient
efté portez à Noftre Dame , du Te Deum
qu'on y avoit chanté ce jour-là , & des Feux
qu'onavoitfaits. Puisonditque Madame deLōgueville
avoit reçeu une Lettre de la main du
Roy, par laquelle SaMajeftétémoignoit à cette
Princefle le ſenſible déplaifir qu'Elle avoit eu de
laperte qu'elle avoit faite. Puis l'onferma leBureau
par les Nouvelles qu'avoit rapportées le
VaiffcauappelléleDauphin Courōné, qui estoit
arrivé àBelle-Ifle , &qui venoitde Surate , où il
ayoitlaifleMonfieurde laHaye, LieutenantGeneral
pour le Roy, avec qui MonfieurCaron,
l'un des Directeurs Generaux de la Compagnie
duCommercedes Indes Orientales , travailloit
avecbeaucoupde fuccez à l'avancement du Cómerce
, qui eſtoit fort favorisé par les Rois de
Bantam&deTonguin. Onn'oublia pas auffi de
donner beaucoup de loüanges à l'Eveſque de
Berithe& auxJefuites , qui depuis quarante ans
ontfaitplus de cent milleChrétiensencesPaïs.
Puis chacun ſe retira fort fatigué d'avoir tant
parlé,&furconter toutes les Nouvelles àſa Famille&
àfes Voifins, qui les rediſant aux autres,
les répandirent bien-toſt dans tous les Quartiers
deParis.
XI. SE
GALANT. 21
5
XI . SEΜΑΙΝΕ.
Nouvellesdu 9.de Juinjuſques au 16.
1EsParticularitez de la priſe de Zutphen, devant
faire d'abord le ſujetde laconversation,
on ne manqua pas d'en parlerdés que la Compagniefut
affemblée,& on commença par ladeÍcriptiondecettefameuſe
Ville , que fit le Nouvellifte
voyageur. Zutphen, nous dit- il,eſtl'une
des Capitales du Païs de Gueldres & Capitale
delaComtéde Zutphen , elle est à une lieuë&
demiedeDoësbourg , à quatre d'Arnhem , & à
fixdeNimegue; elle eſt ſcituée à l'emboucheure
dela Riviere de Borkel ſur l'Iſſel , & fortifiée de
neuf Bastions preſque tous reveſtus de quatredemies-
Lunes & de deux ouvrages à corne
, avec un avant- foſſé de huit toiſes de large,
celuy du corpsde la Place en ayant vingtcinq;
ils font tous deux pleins d'eau& de huit
àneufpieds de profondeur , ſa vieilleenceinte
n'eſtpasmoinsbien fortifiée,& elle eſt pareillementenvironnéed'un
Foffébien remply. Cette
Ville, adjoûta-t- il , tomba ſous la puiſſancedes
Comtes de Gueldres , par le mariage d'Othon
Premier Comte de Gueldres , avecla Fille d'un
Comte de Zutphen. Sa Majesté ayant reſolu
leSiegede cette Place apres devant Doësbourg,
parMonfieur leMarquisde la Trouffe , qui commande
lesGens-d'armes,&qu'elle avoitdétaché
pour s'avancer de cecoſté , que le Gouverneur
&les Bourguemeſtres deſiroient députer vers
Elle
22 LE MERCURE
1
Ellepour ſe rendre , mais que la Garniſons'oppoſoit
à leur deffein. Sa Majefté envoya auflitoftMonfieur
pour prendre poffeffiondecette
Place, oupour enformer le Siege. Ses Officiers
Generaux eftoient Monfieur le Comte de Gadagne,
MonfieurleComtede Lorge , Frerede
MonfieurleDuc de Duras , dontle courage&
l'experience qu'ila de la Guerre font connus ,&
Monfieur le Chevalier de Loraine, dont plufieurs
actions d'un grand éclat ont marquel'intrépidité:
Monfieur le ChevalierdeHautefeille
, Ambaſſadeur de Malte, commandoit laCavalerie
, Monfieur le Comte de MeillydeBourgogne
, Frere deMonfieur le Bouligneux , qui
commandoit les Gens-d'armes dela Feuë ReyneMere,&
MonfieurdeMagueline,conduifoient
l'Infanterie , & Monfieur de la Motte faiſoit la
Charge de Major general. Son Alteffe Royale
quiestoitpartieà trois heuresdumatin , fut quatorzeheures
à cheval , & vint camperla meſme
jour devant la Place qu'elle envoya fommer ;
mais laGarnifon ayant refuſe de ſeſoumettre, &&&
ayant répondu que la Capitale d'uue Provinceconfiderable
ne devoit pasouvrir ſes Portes
fans défendre , fut luy mefme reconnoiſtre la
Placejuſques à la portée du mouſquet , il remarqua
l'endroit où il vouloit que la Tranchée fut
ouverte , &celuy oùl'on devoit preffer laBatterie,
puis il viſita les Camps&fit tout preparer
pourl'attaque qu'il remit au lendemain. Cependant
leRoy luy ayant renvoyé un renfort confiderable
avec la Capitulation de Doësbourg qui
venoit
GALANT
23
venoit de ſe rendre, &Monfieur le Comte d'Armagnac
s'eſtant rendu aupres de luy avec fon
Regiment , Son Alteffe Royale fit offrir auxAffiegez
par Monfieur le Chevalier deBeuvron,
fon Capitaine des Gardes , la Capitulation de
Doësbourg; mais comme ils refuferent de ſe rendre
aux meſimes conditions , Monfieur ſe reſolut
de les pouffer , &commanda aux Troupes
de faire des Facines ; ce qui fut executé avec tant
de promptitude , qu'on en portabien- toſt apres
quinze mille à la queuë de la Tranchée , avec les
Inſtrumens à remuër la terre. Elle fut ouverte
par les Regimens de Normandie , Turenne&
Orleans. Elle fut montée par Monfieur leComte
deGadagne &Monfieur le Chevalier de Loraine,
qui la firent pouffer juſques à trois cens toifes
, Monfieurs'eſtant poſté aſſez pres du travail
pour en pouvoir apprendre ſouvent des nouvelles.
Cependant Monfieur le Marquis de laFrefilliere
, Lieutenant General de l'Artillerie , par
une invention adınirable , trouva moyen avec
une ſeule Batterie , d'en incommoder ſept ,dont
lesEnnemis tiroient inceſſamment de deſſus leurs
Ramparts. Les Affiegez ne ſe rebuterent point
pour cela,& les ruſes eſtant permiſes à la Guerre,
ils crûrent en devoir mettre quelques -unes en
ufage,& firent autantdebruit que de feude leurs
ramparts , à deffein de faire fortir les Noſtres,
pour avoir lieu de les battre à découvert. Et
fans doute qu'ils euſſent pris l'allarme , fiMonfieur
le Chevalier de Loraine , qui n'a pas moins
de prudence que de courage , n'eût reconnule
deffein
24 LE MERCURE
deſſcindes Affiegez à la teſtede la Tranchée où
il eftoit, & n'eût arreſté l'impetuofité denos
Soldats,qui ſe preparoient desja a aller au devant
desEnnemis. Quelques Valets ne laifferent pas
de prendre l'eſpouvante , & de la porterdans
l'Armée; mais fon Alteſſe Royale monta auffitoſt
à cheval , pour empeſcher lesTroupes de
fortir de leurs Poſtes , &prevint auffi par faprefence
ledefordre qui auroit pû arriver. LesRegimensdePiedmont
&des Vailleaux releverent
enfuitelaTranchée , & Monfieur le Comte Gadagne
fut relevépar Monfieur le Comte de Lorge,
maisMonfieurle Chevalierde Loraine nele
futpointpendanttout le Siege. Ces BravesOfficiersGeneraux
firent avancer letravail juſques à
vingt-cinq pas de l'avant-foffe. Les Afliegez
firent tres-grand feu , nous tuerent quelques
Soldats , deux Canoniers , & nousdemonterent
une piece de Canon ; mais nos Batteries leur
demonterentpluſieurs des leurs , & leur tuerent
quelques Canoniers. On les incommoda auſſi
beaucoup par quarante Bombes qu'on leur envoya,
dontMonfieur ſe tint affez pres pour en
voir l'effet. On ſe rendit enſuite maiſtre d'une
Eſcluſe pour ſeigner le foffé. Les Ennemis fortirentpour
le défendre ; maisMonfieur leChevalier
de Loraine y eſtant couru à laportéedu
piſtolet, ſuivy deMonfieurde laRocque Lieutenant
desGens d'armes de Monfieur , de la
MaiſondeHautefort , les repouſſa avec tant de
vigueur , qu'ils n'oferent plus ſe monſtrer.
Les Regimens de Chastelnau & de la Reyne
relcGALANT.
25
releverent Piedmont & les Vaiſſeaux , & firent
un Logement fur la contr'eſcarpe , ce qui fut
cauſe que les Affiegez battirent la chamade trois
heures apres , &demanderent à capituler. Son
Alteffe Royale leurenvoya Monfieur leChevalier
de Loraine ; qui receut leurs Oftages , & ne
leur en donna point , parce qu'ils ſecontenterent
de la parolede ce Prince. Il amena un Bourguemeſtre
avec deux Officiers de laGarniſon,
qui ſe jetterent aux pieds deMonfieur , quileur
donna des marques de ſa douceur , ainfi qu'il
avoit fait de fon grand courage. Il fit grace
aux Habitans , il leur laiſſa leurs privileges , avec
la liberté de confcience , & fe contenta de faire
les Officiers Priſonniersde Guerre. Ainſi ſe rendeton-
205 tes fortes de munitions de Guerre &debouche, & qui estoit défendue
par quatre Compagnies de Cavaillerie , & pardeux mille cinqcens Fan- taffins. Son Alteſſe Royale y ayant envoyé le Reverend Pere Zocoli, Jeſuite , fon Confeffeur
,
E
àlap
Roope
celebrer
Entrée ſur les trois heuresapres midy , n'ayant
Pas voulu s'y rendre avant que d'y avoir fait reſtablir
le culte des Autels. Monfieur fut accompagné
dans cette Entréede tous lesOfficiersde
l'Armée , de ſes Gens - d'armes , de ſes Gardesdu
Corps , & du reſte des Officiers de ſa Maiſon. II
viſitaauſſi- toſt les Ramparts & toutes les Fortifi- gations; puis ayant donné tousles ordres Fortifi Bea àpropos , il fut rejoindre Sa Majefte, uy
Porter vingt -neufDrapeaux &deux Eſtendarts,
Tome II: B pour
26 LE MERCURE
pour marque de fon Triomphe. La Compagnie
ayant témoigné eftre fatisfaite de la defcription
de ce Siege , raiſonna quelque temps ſurl'élevationimpréveue
du Prince d'Orange àla Charge
de Lieutenant , Gouverneur , & Admiral
General des Provinces Unies , aux mefmesDignitez
& avantages que ſes Predecefleurs l'ont
poffedée; &l'on dit que les Députez d'Hollande
qui devoient retourner aupres de Sa Majeſté
, avoient efté rétardez par les broiiilleriesarsivées
ſur le ſujet de cette élevation. On dit auffi
que Monfieur de Turenne continuoit le Siege
de Nimegue avec beaucoup de vigeur,que Monfieur
le Chevalier du Pleſſis avoit pris Genep fur
le Rhin, & que cette Ville eſtoit unedes plusimportantes
Conqueſtes qu'on eut encore faites
furcette Riviere. On adjouta àtoutesces nouvelles
celles de la priſe de Grave , & de la défaite
de la Garniſon de la meſime Ville ; mais l'on en
ſçavoit fi mal les particularitez, & les circonftances
qu'on en raportoit eſtoient ſi oppoſées , que
l'on remit àun autre jour à s'en entretenir. Pendant
que les veritables Memoires de lapriſede
cette Place viendront, dit alors un de cesMefficurs,
qui neſçauroient eſtre un moment fansparler
deNouvelles ; laiffonslesAffaires dudehors,
pour nous entretenir un peu de celles du dedans,&
diſonsqueles ordresque le Roy a donnez
pour la feureté des Coftes ne font pas moins
prudens , que bien executez. Monfieurle Duc
de Navailles , continua- t- il fut dernierement
viſiter le Fort du Cap de Terre qu'il fait bâtir
par
GALANT.
27
pari
1213
par l'ordre de SaMajesté , à l'emboucheure de
laCharante ; il trouva que l'ony travailloit avec
tant d'empreſſement , qu'ily avoit déja plus de
foixante & dix Pieces de Canon en Batterie. II
fut de là viſiter trois Forts que Monfieur le Marquis
de Carnavalet , autrefois Lieutenant des
Gardes du Corps , & maintenant Gouverneur
deBroiage , fait conſtruire ſur le Rivage qui regarde
fon Gouvernement. Ce Duc ayant paffe
par Rochefort , fut lejour ſuivant en
leron, où il
Pifle d'ofit
faire la Reveuë aux Milices qu'il
trouya bonnes,bien montées &biendifciplinees ?
Il témoigna à Monfieur de Boubenne , Major
dela Place , & qui les commande , qu'il en eſtoit
fort fatisfait. Ce Duc infatigable , poursuivit-
11 , continuant ſes viſires danstoutes les Ifles de
fon
de Ré, où Monfieur de Lofné , Gouverneur de
la Place , luy fit voir les Milices en ſiboneftat,
qu'il en fut tres- content. Que de Milices, luyrepartit-
on , que de Foits , que de Canons ; & que
la Prudence du Roy eſt grande ! Ellel'eſtplus
y que vous ne penſez , repliquat- il , & les Milices
beaucoup plus nombreuſes que vous ne croyez ,
puis qu'enfin il y a dans le ſeule Païs d'Aunix
huict cens Chevaux, autant deDragons,&vingt
mille Fantaſſins , qui font leurs Exercices tous
les jours , & dont Officiers ont fait pluſieurs
Campagnes.En verité,s'eſcria toute l'Affemblée, noftre incomparable Monarque eft bien dig
1
ne du grand Royaume qu'il poſſede ! De ces
Nouvelles on pafla au choix que Sa Majefté a fait
B2 de
1
28 LE MERCURE
deMonfieurle Marquis de Pradelle , Lieutenant
Coloneldes Guardes & Lieutenant General des
Armées du Roy , pour le Gouvernement de
SaintQuentin , vacant par le decés deMonfieur
leMarquis de Lignières ; & l'on dit que cenouveauGouverneuravoit
eſté receudans cettePlace
avec beaucoup de marques de joye , caufée
par l'eſtime particuliere qu'on fait de fonmerite
&de fa perfonne. Onparda encor le mefinejour
de la démarche extraordinaire que le Senatde
Venife avoit fait en envoyant àMonfieur d'Avaux
avant qu'il eûepreſenté ſa Lettre de creance
au Secretaire pour luy marquer ſajoye fur les
Conquestesde Sa Majefté. Cegrand Senat , dimes-
nous tous , afait connoiſtre par là à toute la
Terre , que l'onne doit faire que des chofesqui
n'ontpoint encor eu d'exemple pourunMonarque
qui ne fait riend'ordiniaire. Toutes ces
Nouvelles eſtant finies , la Compagnie fut un
moment fans parler, ce qui ne luy eſtoit point arrivé
depuis deux mois ; cela donna lieu àunde
ces Nouvelliſtes qui font toûjours chargez de
Vers , & qui aiment mieuxentendre la lecture
d'unePiecegalante quele recit d'un Siege,detirer
de ſa poche la piece ſuivante , &de la lire àla
Compagnie.
LET
GALANT. 29
LETTRES PATENTES
OU
REGLEMENT ;
SURLES REVENUS
DU PARNASSE.
Enfaveurdes Conquestes del'Invincible
Lovis XIV.
Apollon
Pollon par lagrace du Deftin , Seigneur du
&de l'Helicon, Souverain Diſtributeurdes
Eaux d'Hippocrene , &c. Anos amez
&feaux Sujets les Gens tenans les Bibliotheques
&les Cabinets de la Societé desbeaux Eſprits,
Intendans des Jolis Vers , Treforiers des Pieces
galantes , & à tous autres qu'il appartiendra s
SALUT. Pendant que tous les Potentats fongentàleur
feuretédans la cojoncture des affaires
preſentesde l'Europe,&que les Rois ſontſurpris
desConqueſtes ſurprenantes duGrand Loüis,
Empereurdes François,il faut que nous fongions
auſſi à nos propres intereſts.
Pendantque cepuiſſant Heros
Fait tremblerplusd'une Couronne,
Qu'au bruit deSaValeur tout l'univers s'étonne,
Il trouble außi noftrerepos.
Nous courons auſſi hazard de quelque chofe,
B3
&c'eft
30
LE MERCURE
&c'eft de nostre honneur ; car il y a lieu de
craindre que nous ne nous tirions mal del'embarras
où nous vont mettre tant de belles actionsqu'il
nousfaudra loiier : Et un de nos Sujets
dans ce defefpoir, peu fatisfait de quelques Vers
qui ont déja paru, nous a adreffé ce dépitdans un
Sonnet.
Mafoy,Meßieurs les beaux Efprits ,
Jevous confer le devous taire;
Laiſſez-moy là tous vos Efcrits,
CetHerosdonnetrop d'affaire.
Croyez-moy, vousyferezpris ,
L'entrepriſeen est témeraire;
Cequevous direz, prix pourprix
Nevaudrapas cequ'ilſcaitfaire.
L'Esprit eftpromt, mais parmafoy
Levostre l'est moinsqueceRoy,
Vos effortsferont inutiles :
Etpourmoydansmon Cabinet
Jen'aypufairequ'un Sonnet ,
Dansletempsqu'ilapris vingtVilles.
Pour redonner le courage à ceuxquil'avoient
perdu , Nous allons mettre un beau Reglement
fur nos Trefors, afin qu'on n'abuſe pasde
nos enthouſiaſmes &de nos faintes fureurs. Et
commenousjugeonsbienpar laquantitéde Sonnets
, deMadrigaux , de Virelais , de Rondeaux,
GALANT. 31
2
aux, de Diſtiques , & mefine de Balades , qui
commencent àſe lire dans les Ruelles, qu'il ſe va
faire une grande levée de Vers & de Pieces
d'efprit fur noftre Domaine , Nous avons delibere
, refolu , ſtatué & ordonné , & ce de l'avis
de nos bonnes & cheres Soeurs les neufMuſes,
qu'on fera trévede Billets doux , de Poulets , &
jolis Vers fur l'Amour.
Laiffons-làles Jeux&les Ris,
Dans le temps que Louys reduit un grand Empire;
Deuffent enragerles Cloris ,
Iln'estpas question dejoüer nyderire.
Quelle infamie ! qu'il ſe trouve desgens , que
lesbras croifez s'amuſent dans un Fauteüil à faire
affaut de complimens , pendant que ce Prince
parmy des inquietudes toutes Royales eft fouvent
luy-meſmedans la Tranchée à mediter de
nouveaux Sieges , àmeſurer des Lignes , àprojetter&
tracerdes Fortifications.
Pendantqueduplus granddes Rois
Lebrasfur la Terre&Sur l'Onde
Sefiguale par tantd'Exploits ,
Seroit-ildes Amans au monde ?
On auroit de la peine à le croire , &cependant
iln'eſtque trop vray qu'il y a encordes faineans
de reſte. A CES CAUSES ; Nous faifons
tres-exprefles inhibitions & défenſes , furpeines
B4
de
32
LE MERCURE
de rimer pauvrement , àtous Poëtes de s'épuiſer
en leur faveur , de Sonnets oude Madrigaux, de
diffiper nos revenus mal à propos , &d'employer
fottement , dans un temps comme celuy-cy,
une choſe ſidivine à des uſages ſi profanes ; pafte
dans un temps de paix&de difette pourlesbeaux
Eſprits. Mais quelle apparence depenſerà
prefent à P'Amour , pendant qu'on ne doits'occuper
quede labelle Gloire !
EnfairesuruneCruelle ,
Surdesfers , fur un coeur rendu ,
Etfur l'oeil charmant d'une Belle ,
C'estàmongré du bienperdu :
Quoyquepour peindre un beau visage
Onmetteàlafois en usage
Or, ébeine, corail,perles, roſes&lys;
Onverra composer les Filles deMemoire.
MieuxfurcetAmantde laGloire ,
QuesurunAmant de Philis.
Il ne fera donc pas permis de parler d'autres
Conqueſtesque des ſiennes , crainte d'appauvrir
le docte ſejour;& par politique on feradiverſion,
àcauſe des Armes de ce Prince que nous allons
avoir en teſte.
De plus,afin d'empeſcher tous deſordres dans
nos ceremonies , & dans les loüangesquenous
allons luyconſacrer ; Faiſons défenſes à tousPedans
de fairedes Vers , c'eſt bien aſſez pour eux
de crier , Vive le Roy avec le Peuple; ceferont
des Officiers reformez , qui prendront la peine
dc
GALANT
33
!
de ne ſe meſlerderien : Etpour cet effet nous
creérons & établirons un Parquet ſemblable à
celuyde Lion,où les mauvais Poëtes eftoient autrefois
punis.
Ordonnons à nos Satyriques defaire fufpenfiond'injuresdans
un fi grand , fijuſte&fi indifpenfable
fujet dedonner des louanges; & pour
cela nous leur inſpirerons toute la bonne humeur
qu'il faudra pour fairede bellesOdes , des
Versheroïques , des Stancesgenereuſes , &des
Poëmes achevez : pendant qu'onfournira aux
HollandoisdesElegies,des Defefpoirs& des Caprices.
Ils metteront la Hollande dans la derniere
conſternation , & la reprefenteront commeune
Nymphe, la coëffure endeſordre, qui s'arrachera
les cheveux. Ils parlerontde ce faifceaude fleches,
dontles Estatsdes Provinces Unies ſe bravoient ;
&n'oubliront point defaire forces pointes fur le
liënquieneſt rompu.
Ordre de faire bonne proviſion de rimes fur
leFortde Skein, furUtrecht,Groeningue,& autres
s'il ſe peut ; & parce que les termes en font
un peu barbares, ou cherchera des adouciſſemens
par avance , afin de n'eſtre pas furpris dans le
temps.
Les Poëtes feront parlerles Nayades du Rhin,
de la Meufe, & de l'Iffel .
Il ne fera pas mefme mal à propos defaire
écrire le Dieu du Rhin à la Deeffe de la Seine ,
il Nous a ſemblé qu'il pourradire debelles chofes
fur les Conquestes du Monarque des Lys,
quand il ne prendroit pour ſujetde fon Epiftre ,
BS que
34
LE MERCURE
que lefameuxpaſſagede Tolhuis, dont les Hollandois
ont encor frayeur , comme ſi l'Ombre
indignéedugrand LONGUEVILLE, qui
yeſtdemeure,les menaçoit encor;&comme s'ils
avoient toûjours devant les yeux cesBraves qui
ont paru avec tant d'afleurance&de fierté. Ily
pourra rendre compte des grands coupsdontil
aeſté le témoin , ſi ce n'est quedecrainteluymeſme
il n'ait baiſſe la teſte ſous les eaux , oune
ſe ſoit cachédansſes roſeaux ou dans ſagrotte. Il
ypourra dire que le grand Gustave en abeaucoupmoins
fait ſur ſesbords,&en plus de temps
quel'invincible Loüis ,
LapetiteMuſeBurleſque inſpireratout cequ'-
elleadeplus bouffon aux Rieurs , pour ſe mocquer
de l'orrogancedes Hollandois. Les Rebus
& les Paſquins , qu'on peut appeller les Infectes
duParnaffe,leur feront encor d'ungrand fecours,
&trouveront place dans leurs groteſques.On les
raillera ſur ce qu'ils neſe pouvoientperfuader leur
malheur , & comtoient cequ'ils voyent aujourd'huy,
entre les chofes impoſſibles.
Negociateurs ambigus ,
Nous voyez,bien que vosRebus
Sontderidicules Oracles;
Voicy lepointfatalde vostre accroiſſement,
Voftreorgueilseconfonddans cegrandchangemet ,
Agenoux,fiers Efprits,&croyez les Miracles.
On n'oublira pas de dire que par politique ils.
devoient eſtre un peu moins politiques , qu'à
force
GALANT
35
)
25
force d'eftre prudens ils l'ont eſté plus qu'il ne
falloit ; & qu'ils ſe ſeroient bienpaffez d'arreſter
un Soleil , qui les va brûler juſques aumilieude
leurs Digues&de leurs eaux; ils s'en ſont vantez
dans leus Medailles.
Mais tel,quipourquelque moment
Opposeunfoibleempefchement
Aux cours impetueux d'uneonde triomphante ,
EnattirefurSey tout ledébordemenı ,
Et ceTorrent contraintqui retrouveſapente,
N'en roule que plus vifte &plus rapidement.
C'eſt cequi a peut- eſtre rendu le Victoires de
noftre Conquerant ſi promptes& fi rapides ; &
par malheur pour eux ce Torrent a trouvé fa
pente de leur coſté,a porté chez eux la ſterilité &&
lafaim, & tout leur manque juſques à la fuite;
&ces Avanturies fanfarons qui tremblent à prefent
derniere leurs murailles , ſe font inutilement
retranchez dans leurs Digues&parmy les
caux.
Pourconferver les tristes reſtès
De ces renverſemensfunestes ,
AceTorrentfougueux opposant un Torrent ,
Hs cherchent leur Salut au milieu d'un naufrage,
Etpoursederoberàce GrandConquerant ,
Veulentdans ce commun orage,
Parunftratageme nouveau,
Sauver leur libertédansune prison d'eau.
B6 Mais i
36 LE MERCURE
Mais ils reculent , & n'évitent pas leurmalheur.
Nous ſcavons meſme que lapluſpart de
ceuxqui font contenance de refifter,s'offrent en
fecret aux chaînesde leur Vainqueur.
Quoyquevouspuißiezattenter ,
Louis devoſtreſortSera tousjours l'Arbitre,
Etsedonnantàvouſous cet illuftre titre ,
Ilvous rendra bien plusqu'ilne vous peut ofter;
Ets'ilfautappeller cerevers uneperte ,
EnvousSoumettantàſaLoy
Parla condition qui vous en est offerte ,
Vous perdrez vingt Tyrans pour acquerir un
Roy.
C'eſt perdre en verité bien-heureuſement ;
&fur cette raiſon nous ne doutons point que
la clemence dece Monarque n'ait part à ſa conqueſte
, auffi-bien que ſon courage ; &ainſi ſes
Victoires eſtantplus diverſifiées , les Poëtes en
parleront bien plus aisément , que ſi toutes les
priſesde Villes ſe reſſembloient , &qu'on ſe ferviſt
toûjours de Bombes , de Grenades &de Canons.
Mais fans nous eſtendre plus loinà donner
des inſtructions, il ſuffit d'ajoûter que nous infpirerons
des deſſeins felon l'exigence descas , &
quand nous en ferons humblement requis , &
devotement invoquez. Et pour faire que noftre
volonté ſoitpleinement executée, Nousordonnonsqueces
Preſentes foient regiſtrées dans nos
Archives,Caffettes&Portes- feilles, & qu'elles
foient leuës & publiées dans tous les Cercles,
Ruel-
7
GALANT
-37
Ruelles , Academics & Affemblées desPoëtes
afin que perfonne n'en prétende caufed'ignorance;
Car tel eft noſtre plaifir. DONNE' au
Mont Parnaſſe lez-Hippocrene , l'andeMiracles
de Loüis XIV. Signé APOLLON. Et plus
bas, MNEMOSYNE Secretairedu Parnaffe.
on
Cette Piece plut fort à l'Aſſemblée , & commeelledonna
lieude s'entretenir de Vers,
parla de la Comedie du Nouvelliſte Authcur, &
l'on fit tout ce qu'on pût pourl'engagerd'en
reciter quelque choſe ; mais iln'oſajamaisdire en
pleine Affemblée aucuns Vers contre lesNouveiliftes
,tant il aprehendoit que quelques eſprits
mal -faits ne priſſent leschoſesde travers. Illaiſſa
fortir toutela Compagnie , & me fit figne de ne
- pas fortir avec les autres ; car il avoit travaillé à
beaucoupd'endroits deſa Piece depuisqu'ilm'en
avoitditdes Vers la derniere fois , & je croyque
s'il n'eût fatisfait l'envie qu'il avoit de me les
reciter, ce fardeau l'auroit fait crever , tant il fouhaitoit
de s'en décharger&de s'attirer desloüanges.
H prit donc la prole dés que nous fümes
t feuls , & m'ayant ditqu'il ne youloit faire part
qu'àmoydes Vers de fa Piece, il commença par
qui racontoitdes Nouvelles.
ceux-cy qu'il faifoit direà un Nouvellifte ridicule
faire
Na
freeso
LaMulled'un grand Medecin;
Beftequejepense affez groffe ,
Etqui mouroitje croy defarm ,
D'un Pagebien montéderriereun grand Caroffe ,
Vient d'emporterlajambe....
B7 Je
38
LE MERCURE
Br
Je ſçay ce que vous voulez dire,m'écriay-je en
Pinterrompant; & vous voulez parler du Page
defoin, que feu noſtre Amy Chamb .... faifoit
cloüer derriere fon Carrofle , afin qu'on le crit
Homme à Pages. Vous avez deviné , me dit- il
en foûriant, puis il pourſuivit ainfi.
DesAntipodes onaffeure
Qu'un Ambaffadeur cesjours-cy ,
Avec un
en fort grand train doit arriver icy,
Etl'on tientla choſe tres-feure.
LesCorfaires Maltois ontparungrand bonheur
Enleve depuis peu -trois cens Filles fort belles ,
Quel'on tient toutes tres-pucelles ,
Etqu'on menoit auGrandSeigneur.
LePatronduNavire Hommeprudent Sage..
Qui les tenoitdeplusieurs Nations,
AvoitdesAteftations ,
Quiprouventque chacuneatoutfonpucelage.
Autre endroit.
Jeviensdevoir au milieudela rue
UnHommequevous connoiffez ,
Que l'on appelleMontangrue,
Nouvelliſteimportun desplus empreffez:
Un Courierde la connoiffance,
Paffoitavecdiligence,
Ils'eftjettésur luy d'abord,
Ettousjoursa tenusa botte avec conftance ,
Qury queſes eperonsle bleſſaſſent bienfort ,
Tant qu'ilaitScen,dit- il, unSecret d'importance.
Autre
GALANT
39
Autre Scene de pluſieurs Nouvelliſtes. Apres
qu'ils ſe ſont entretenusde beoucoup de choſes,
il y en a un qui prendlaparole&dit ,
1. Nouvelliſte.
Aproposde Rome, on nous mande
Que depuis peu Monsieur Pasquin eft mort ,
Celuyquimédiſoitfifort ,
Etqu'on en montre une douleurført grande.
2. Nouvelliſte.'
Celuyqui vous lemande a tort ,
2
2
Celan'est point.
1. Nouvelliſte
Lachoſeestpourtant veritable.
2. Nouvelliſte.
Ah ! vous nouscontez une fable.
1. Nouvelliſtes.
Jevous dis qu'il eſt mort,&je leſçaisfort bien.
2. Nouvelliſte.
Moyjevous dis qu'iln'en est rien.
3. Nouvelliſte.
MaisPasquin n'est qu'uneStatue.
4. Nouvelliſte.
EtcependantMonfieur le tuë.
1. Nouvelliſte à part.
Sijamaisj'inventeplus rien ...
2. Nouvelliſte.
Ożyjeſouſtiens tousjours que Pasquin eft unHome
me,
QuiSçait l'art demédire bien ,
Et quidemeurededans Rome.
3. Nou-
م
:

LE MERCURE
3. Nouvelliſte.
Pasquin mefait reffouvenir
Quej'ayde quayvous bien entretenir.
4. Nouv. à partau 3 .
Eft-cecequejeScay?
3. Nouvelliſte.
Sans doute;
MaisMeßieurs , que chacun écoute.
11lit.
LETTRE DE ROME.
UNSeigneur Romain faifant jetter let fondemensd'uneMaisonde
Compagne, les Ouvriers
virent toutà coupun grand morceau de terre s'enfoncer,&
commeilspensoient regarderparle trou
qu'elle avoitfait, il enfortit un Ventfurieux, qui
lesjetta tous parterre;ce qu'ayantſçeu celuy qui
vouloit faire bâtir , il vintaußi-toft accompagne
deplusdedeux cent Curieux.
2. Nouvelliſte.
Nouvelliftes s'entend, n'enfoyez point furpris , On
encompteencorplus àRomequ'à Paris.
1. Nouvelliſte.
Ils firent descendre par un trou quantitéde Flambeaux
allumez, dont la clarté fit remarquer la
couverture d'une maniere de Temple. Pluſieurs
voulurent außi- toft y descendre , lespremiers
trouverent un Edifice admirabledont lesPortes
estoient d'ainsin:Le dedans eftoit ornédepluſieurs
Golomnes de Porphyre. Ily avoit vingt-quatre.
Lauspes
GALANT. 41
Feu inex-
Autel
ampes d'or, dans lesquelles bruſſoit du
nguible, dont leſecret eſt mort avecles Romains.
milieudece Temple s'élevoit unAuteloùl'on
contoit dequatre coffez pardes degrezde mesme
natiere que les Colomnes. On trouvafur cet.
ne espece de Cafſſolette, dans laquelle ily avoitdu
eu qui faisoit fondreun Parfum le plus agreable
uisefoitjamaisfenty. On trouva deſſousl'Autel
inCorps d'une grandeur prodigieuse , veſtuàla
Romaine, & l'Epée au coſté. Ilavoit unemain
appuyéesur un petitAigle d'or , & tenoit dans
Pautre une Medaille on estoit apparammentSon
Portrait. On travailleàdéchiffrer qui c'estoit.car
leNom eft en abregéaubasdelaMédaille.
2. Nouvelliſte.
Je Sçais cette Nouvelle, &vous dirayqui c'eft..
Il est bon.
4. Nouv : àpart.
2. Nouvelliac.
Cependant achevez s'il vous plaift.
3. Nouvelliſte .
CegrandCorpsferemua ,&apresungrandSoufpirs'enallatout
ensumée. Cesoufpir eft, dit-on,
causé par unVent renfermé,&leremuement du
Corpsaestéproduitparun mesme effet.
1. Nouvelliſte.
Doit-on croire cette Nouvelle ?
2. Nouvelliſte .
Oliy de ce mouvement la cauſe eſt naturelle;
Mais de ce grandRomaiu vous marque-t- on le
Nom ?
3. Nou
42
LE MERCURE
:
3. Nouvelliſte.
Jevous ay deja dit quenon.
2. Nouvellifte.
Payla Nouvelle,&dan: ma Lettre.
Onn'apas manquédele mettre.
4. Nouv: en riant.
OitySans dontequeMonfieurl'a.
2. Nouvellifte.
C'estoitScipionNafica.
4. Nouvellifte.
Jenepuism'empescher de rire.
3. Nouvelliſte.
Paylieudeparoiftresurpris;
Carfent, quoy quevous puißiez dire,
J'aycetteNouvelleà Paris.
2. Nouvelliſte.
Ermoyjel'ay, vousdis-je,&mesme bienplus ample.
3. Nouvelliſte.
Jevaisgagerquenon.
4. Nouvellifte.
Jevais gagerquefi.
3. Nouvellifte.
4. Nouvelliſte.
Tonobftination est certesfans exemple.
Pourmoyje veuxgageraußi.
3. Nouvelliſte.
N'ayant point aujourd'huy de Nouvellesàdire,
J'ayjaitcetteLettreàplaisir,
Voulantdes Curieux contenterledefir,
4. Nouvelliſte.
DeSonSecretilvenoit de m'inſtruire.
r. NouGALANT.
43
1. Nouvelliſte.
Aprescelacroyez auxNouvelles d'icy.Jetrouvay
cette Scene affez divertiſſante ; &l'Autheur
l'ayant remarqué. Voicy, me dit - il, encor un endroit
qui ne vous déplaira pas. C'eſt de deux
Femmes qui font une Converſation ſur les Nouvelliftes
: L'une s'en mocque, &l'autre en patie
avec admiration. Voicy ceque dit celle qui ſoû.
tientleur party.
Ah !je trouvepour moy qu'on lesdoit admirer.
UnHommeferoitilfans ceffe
Afaire le mourant aux pieds d'une Maistreffe ,
Et s'amuseroit- il tousjours àſouſpirer ?
Les Modes, les Habits,l'Amour, les Bagatelles .
Sont l'entretiendu Sexe&des effeminez;
Mais des espritsſages &bien tournez ,
La conversation doit-eftre de Nouvelles.
Ilsfontvoyantque tout est deſſous leur reffort ,
Quelquefois le Procezdu Destin & du Sort ;
Teldont la reverie est &longue &profonde,
Eft biensouventquandonn'ypensepas ,
• Dedansle Cabinet duRoy deTrobisonde,
Ou biendans celuydes Incas.
Ce n'est pas tout , continua l'Autheur de ces
Versdes qu'il eut achevé de les reciter , & voicy
un endroit par où je vais finir pour vous laiſſer en
gouft,qui doit vous charmer,puiſque plus de cet
Perſonnes l'ont admire , & m'en demandent
tous lesjours des copies. Ecoutez bien , conti
nua-t-il, car il n'y a pas unſeulmotà perdre.
Apres
44
LE MERCURE
Apres avoir parlé des Nouvelliſtes , un de ces
Meffieurs qui à l'air d'un Homme raifonnable,
ditencontinuantde parlerdecesConfreres.
Leur grandempreffement les fait affez connoiftre
Pourcequ'ils ne croyent pas eftre ,
Ileftbondenepas ignorer tout àfait
LetraindesAffairesduMonde;
Mais c'est unefolieànulle autreſeconde,
Que pretendre Sçavoir à fonds tout ce qu'on
fait.
Pourquoy s'embarraffer encore lacorvelle ,
Et sfeefaire un honneurdesçavoirdes premiers
Jusqu'àlamoindre bagatelle?
La chosequ'on apprendpeut-être encor nouvelle,
Quoyqu'onlaſpachedesderniers.
S'il arrive à quelqu'un quelque importante affaire,
Pourquoy se meflant trop de ce qui touche autruy,
Prétendresçavoir mieux que luy ,
Et tout ce qu'ilfçait seul,&tout ce qu'ildoit
faire?
Pourquoyvouloirtousjours tout deviner ?
PourquoySurtoutfans ceffe raisonner ?
PourquoySeplaireàconter desNouvelles,
AuxGensquinesçauroientytrouver desappas,
EtvouloirSanraisonque cenxqui n'en ontpas ,
Entirentdeleurs cervelles?
Ilnefautpointsefaire une occupation ,
D'en demander&d'en compterfans ceffe ,
NySouſtenir avectropd'obstination
Ce
GALANT. 45
Cequi pointnenous intereſſe.
nefaut pas non plus poursefaireberner .
Donnerdes ridicules marques,
'ui font penser qu'on
verner
Con croit pouvoir mieux gou-
Les Estats de quelques Monarques ,
Que ceux pour qui l'on voit les Princes incliner :
faut enfinjonger pour eftre raisonnable,
Quetout excez eft condamnable.
the
core
le
Hébien, me dit cét Autheur , d'un tonplein
de confiance , dés qu'il n'eut plus de Vers à me
reciter , ne trouvez -vous pas cét endroit admirable?
Je luy dis que ois. Vous n'en ſcavez pas enplaifant,
merepartit - il , &je fais fairedans
la fuite de la Scene à cet Homme qui parle ſi
bien,tout ce qu'il vient de condamner. Ce n'eſt
pasfans ſujet,continua-t- il , j'ay tiré cet endroit
d'apres Nature , &je vois tous lesjours desgens
qui fontdemeſme , qui ne s'apperçoivent jamais
de leurs défauts ,&qui reprennent ſouventdans les autres les meſimes quetout le monderemans
que en eux. Il alloit pouffer plus avant faMora- le,lorsque neufheures fonnerent , & nous obli- gerent à fortir du Jardin qui eftoit déja remply depluſieurs Perſonnesquiyvenoient promener aprés fouper.
XII. SE46
LE MERCURE
XII. SEΜΑΙΝΕ.
Nouvellesdu 16. de Julletjuſquesau23.
PluſieursNouvelliſtes qui s'eſtoient rencontrez
dans la Rue Saint Honoré, entrerent
ensemble dans le Jardin , où ils s'affembloient
ordinairement , & s'eſtant joints à quantité
d'autres quiy eftoient deja arrivez ,& qui avoient
ouvert le Bureau , formerent un peloton
confiderable , & commencerent leur converfation
par les particularitez de la priſe de Grave,
dont le Nouvelliſte Voyageur nous parla en ces
termes. Grave, nous dit-il, eft une Villeſcituée
fur la Meuſe à deux lieuës de Nimegue , envi
ronnée de Baſtions de Terre , degrandsdehors,
d'unbon chemin couvert , &d'un avant-Folle
pleind'eau, large de quarante-huit pieds , ainfi
que les autres Foffez qui entourentlesBaftions
&celuy du corps de la Place fraizez & pallifladez,
elle estoit pourveuë de toutes fortes de
munitions quand nous l'avons priſe ,
avoit quarante-cinq Pieces de Canon de fonte,
fans compterceux qu'onyavoitdepuispeuamenez
de Raveſtin & du Fort de Genep que les
Hollandois avoient fait demanteler.
& il y
n'eft
pas moins connuë que la valeur, ayant deffein
Monfieurde Turenne,dont laprudence
de joindre la prife deGrave à laConquettede
Nimegue qu'il eſtoit fur le point d'emporter, pasperdre unebelleoccafionque crit nedevoir
laForGALANT.
47
Fortune luy offrit , & fe refolut de profiter de
wis qu'il receut de l'ordre que les Eftats avo -
at envoyé auGouverneur de cette premiere
ice , de ſe retireravec preſque toute fa Garni- nunaBolduc, quel'on croyoit devoir eſtre bientaffiegé.
L'efprit&le Coeur de Monfieur de odoré eftant connus de Monfieurde Turenrich,
il fut choitipour executer cette entrepriſe;
Prince le détacha avec trenteMateprife; &
fes Trompettes pour aller fommettres & un s de ſe rendre
, ou du moins
de le recevoir
juf- amp de devant Nimegue
le trouver
pour faire ur Traité. Son Guide l'ayant détourné d'une ue & demie, ilſe rendit neantinoins
aupresde
way
Place
avec toute la diligence imaginable ;
iffa pas d'en faire fommer les Habitans , qui
quoy que la Meuse fut devant luy , il ne
rent réponſe qu'il pouvoit entrer. Il fut auffioft
mené à l'Hôtel de Ville , où il expoſa ſa
Commiffion aux Magiſtrats qui s'eſtoient afemblez.
Ils luy dirent qu'étans fans Gouver-
Aeur& fans Garniſon , leur Ville estoit neutre,
qu'elle defiroit conſerver ſa neutralité. Monleur
de Clodoré leur fit entendre qu'ils ſe perdroient
s'ils s'opiniâtroient plus long-temps. Il
ajoûta que Monfieur de Turenné feroit dans
trois heures à leurs Portes , & qu'ils devoient
en diligence luy aller offrir leur Ville à la difcre-
/ton du Roy, qui les traiteroit auſſi favorable-
-ment qu'il faifoit tous les jours tant d'autres qui
foumettoient volontairemenr. Ils demanderent
48 LE MERCURE
encas
derent du temps pourſe déterminer, &apres in el
avoir conferé enſemble, ils l'afleurerent qu'ilsdé- ren
puteroient le lendemain matin à Monfieurde
Turenne, ils allerentenfuite refoudre les conditions
de leur Traité; & Monfieur le Comtede
Saint Martin qui avoit accompagnéMonfieurde
Clodoré ,alla toure lanuit informer Monfieurde
Turenne de l'eftat & du fuccez decette entreprife.
Les trenteMaiſtres demeurerent cependant
au de là de laRiviere , les Habitansn'ayant pas
voulu leur permettre dela pafferpourferetirer
dans l'un de leurdehors ; mais le Sieurde Clodoréleur
fit promettre qu'ils en uferoient de
meſimes envers les Troupes desEftats ,
qu'elles ſe prefentaffent. LesMagiftrats partirent
le lendemain matin avec lestrente Maiftres&
le Bourguermeſtre, qui les conduifirentauCamp
deNimegue.Quelques heuresaprés unOfficier
Holandois vint dire aux Portes deGravequele
leHommes. Cette Nouvelleallarma beaucoup
Gouverneury arriveroitbien-toft avec trois mildorélesayantfait
affembler derechef, exigea des
uns & des autres qu'ils ne receuffent poiarce
sonverneur ; mais ayantconnul'incertitude
ce qu'ils devoient faire,il les affeura
que Monfieur le Duc de Luxembourg &
Monfieur le Comte de Chamilly avançoient
pour lesaffieger, & queles Troupesqui étoient viendroientbien-toftjoindre,
& les feroient repentirdeleurmanquede
parole. Monfieur deClodoré fit encorplus&
lesBourgeois Catholiques ;
ils de
devantNimegueles
&Monfieur
deClooù
fon
GALANT.
49
حلا
Ton eſprit luy fourniſlanttoûjours de nouveaux
moyens de venir about de ſon entrepriſe , illeur
promit de tirer le Canon avec unDomeſtique
qu'ils luyavoient laiſſfé encasqu'ils ne vouluffent
pas tirer ſur les Hollandois. Ils'apperceut prefques
en meſme temps qu'onlaiſſoit entrer dans
la Ville pluſieurs Païfans ,&qu'on les en laiſſoit
fortir avec laméme liberté , cequi l'obligea de
preffer les Magiſtrats,de ſe ſaiſirdes clefs,&de les
faire porter à la Maiſon de Ville ; mais ils n'executerent
riende ce qu'ils promirent ; &leGouverneur
s'eſtant preſente ſur lesſept heures du
foir ils le laifferent entrer avec deux mille huit
cens Hommes , tant Cavalerie qu'Infanterie.
Monfieur de Clodore qui en fut avertypar la rumeur
quecela cauſa parmy le Peuple, courutàla
Porte, & voyant qu'on levoitlepremier Pontlevis,
cria qu'on arreſtat.Ceux du Corps deGar
de s'avancerent vers luy , ayantle Baillifenteſte,
& aprés luy avoir alongé quelques coupsd'Halebarde,
ils ſe mirent en estatde l'arquebuzer ; il
para les premiers coups avec ſa Cane , & repreſenta
auBaillifque ſa teſte répondroitde cet action.
Le Baillifle crût&le fit retirer à l'Hostel de
Ville,accompagnéd'un des Magiſtrats,aprés l'avoir
avec beaucoup de peine ſauvé du perilqui
le menaçoit , &dont on peutdire quelebonheur
des Armes de Sa Majesté l'avoit fait écha
per.
Le Gouverneur ne fut pas plûtoſt entré , qu'il
mitſes gens enbataille ,&que ſuivyde quelques
Officiers l'Eſpée nuë à lamain , il fut àl'Hostel
Tome III. C de
50 LE MERCURE
jufte
deVille. Monſicur deClodoré, contrequi vay
ſemblablement toutes cesArmes devoienttourner,
fut au devant du Gouverneur, &luy
dit fans
donner aucunes marques de la moindre émotion
, qu'étant en oftage , ce feroit une perfidie
fans exemp'e de l'aflaffiner. LeGouverneurfurpris
de fa fermeté , l'affcura enl'embrafiantqu'il
nedevoit rie craindre ; &quebien loin de l'afallner,
on ne luy feroitpas mémela moindre infulte
&le conduifit enla Maifon où une Tantedece
mefme Gouverneur , qui peu auparavant avoit
receu beaucoup de civilitéde luy , &à laquelle
il avoitpromis feureté entiere, luy fit par un
Tetourtout le bon acücil imaginable.LeGouverneur
cependant ne paſſapasla nuitfans inquietude,
n'ayantpoint eude nouvellesde faGarnifon,
qui devoit revenir accompagnéede trois mille
Eſpagnols.Ce qu'ayant ſceu MonfieurdeClodoré,
il prit des mesures pour en faireavertir
MonfieurdeTurenne,mais elles ne luy reüffrent
pas. La Tante duGouverneur entra lejour fuivant
àcinqheures dumatin ,touteeffrayéedans
ſachambre , & luy ayant dit quel'Arméedu Roy
avoit paflé la Riviere ,&eftoitprochedelaVille,
luydemandaſa protection; il l'enafſeuraderechef,
maisà condition que le Gouverneurne tireroit
pas un ſeul coup cequ'il luy promit
d'autant plus facilement qu'il n'avoiteu aucunes
nouvelles de fa Garnifon , &que lesHabi-
Menjustement intimidez par les menades de
Monfieur de Clodore, qui apprit unedemie
و
ſe vouloir point
défen- tans témoignoient ne
heuGALANT.
sr
pure aprés qu'un Trompette ſommoit leGouneur
de rendre la Place. Il obtintla permifin
de parler en public à ce Trompette , ainſi
'à un Aide de Camp qui l'accompagnoit ; &
run effet de ſon adreſſe ordinaire , il luy fit
ffer un Billet , par lequel il avertiſſoit leComandant
des Troupes du Roy dupeu de Gens
Guerre qui estoient retournez dans la Ville,
du grand nombre qu'on y attendoit de Bol-
; & il faiſoit enméme temps ſçavoirqu'on
troit le Gouverneur & la Ville à difcretion ,
l'on battoit ſes Troupes en chemin. Cepenant
ayant ſceu que celles du Roy , qui venoient
ous la conduire de Monfieur le Chevalier du
leffis, Mareſchal de Camp , n'eſtoient que huit
udix Eſcardons qui avoient eſtédétachez pour
nveſtir la Place , il apprehenda que la Garnifon
qui venoit ne les défit,fi elle ſe trouvoit plus forte,
x ne ſe jettât dans la Ville;& ſa crainte l'obligea
le chargerl'Aide de Campde retourner promptement
vers Monfieur le Chevalier du Pleſſis ,
pour l'avertir de prefferleschofes , &dedonner
panne compofition au Gouverneur , &de luy
permettrede ſe retirer à Bolduc avec les mefines
gens & les meſimes équipages qu'il eſtoitrentré
dansGrave,dont il ſpecifia le nombre , afin qu'il
connut qu'il n'y enavoit pas davantage dans la
Place. Cet Aide de Camp rapporta auGouverneur
que Mofieur le Chevalier da Pleſſiss'eſtoit
avancéjuſques à la Barriere, &que s'il vouloit s'y
rendre, ils confereroient enſemble de la Capitulation.
Aquoyle Gouverneur répondit , qu'il per-
ل ا
C2 mct52
LE MERCURE
mettoit àMonfieurdeClodoréd'aller ajuster les chofes, parce qu'il ne vouloit point fortir dela Place.Monfieur deClodorene manqua pas cette
occafion ; & il apprie de Monfieur le Chevalier du Pleſſis qu'il n'avoit en effet que huit Efca- drons, & que Menficutle Comte deChamilly huit
lieuës
de
Habitans
eſtoit encor àplus deſept Toutes ces chofes firentprefier laCapitulation quipourgagnerdutemps, à cause delalenteur
ordinairedesFlamans , fut dreflée parMonfieur
deClodore;elle porno fue quej'ay déja marque
aregard du Gouverneure des Troupesqui
eftoientdanslaVille.qmueeurMeornefnitedu'racdoerdTduQerulnatnnanntteaaauruxarloaiCtoamcpcoofridtéieoàn
Lyeeuurſse, parun
yeuteCapitulation,Monndan le Marquis deJo
Billet, par lequel Monfieur de Clodoré avoit
devoit eflayer de battre encheminlaGarnifon
mandéquepourſe rendremaistredeGrave, on
qui devoit y retourner , allaaudevantd'elleavec
quelquesEſcadronsdefonRegiment&deceluy
heur;qu'il en tua unepartie , &fitplusdemille
pas uu pour porter lanouvelledeleurdéfaite,
prifonniers ; de manierequ'il n'enreſtapreſque
de louanges àCoMropnsffiuetur.lceoMmaproqféudiesvdeJoyeuse,
Compagnies choifies. On ne peuttropdonner
qui avec des Troupes inégales auxfiennesfit
coupduhazard, avoitveule
deMontgeorge
quoy que ce
: il la chargea
avectant
cettebelleaction,dans laquelle
debonvingt
-quatre
il
remporta
vingtquaqua
! 53
GALANT
ن ی ا
م ا ک
quatre Drapeaux. Monfieur de Clodorén'eut
pas plutoſt appris le détail de ce beau Combat,
qu'il partit pour l'aller aprendre à Monfieur de
Turenne, qui ledéputa en meſime temps vers Sa
Majeſté pour l'aller informer des particularitez
detout cequis'eſtoit paſſe tant dans ce Combat
que dans la Ville , avant qu'elle euft ouvert fes
Portes aux Troupes de Sa Majefté. Si-toftque
celuy quiavoit entrepris cette Narration eut ceffé
de parler: J'a'yvoulu,luyrepartit unautre,vous
écouter juſques au bout ſansvous intérompre,
pour voir fi vous nous aprendrez quelque choſe
de nouveau. Mais vous ne nous avez rien dit
qui ne foittout au longdansl'Extraordinaire de
la priſe de Grave qui a eſté donné au Public. J'en
demeure d'accord , luy repartit l'autre , &l'Autheur
de La Gazetre a efté fibien inftruit de tout
le détailde cette action, qu'il ne nous a rien laiffé
de remarquable à dire aprés luy , comme dans
toutes les autres choſes memorables qui ſe ſont
paffées & qu'il a efté oblige de faireimprimer
avant d'en avoir receüilly toutes les particularitez
pour fatisfaire à l'impatience publique. Un
Officier de Monfieur , qu'une Fievre obſtinée
avoir empefchéde faire leVoyage&qui n'eſtoit
queConvalescent , vint interompre ce que nous
diſions pour justifier la Gazette , & nous aprit
atre Son Alteffe Royale avoit eſté voir la Ville
d'Urrech , qu'elle avoit trouvée fort belle & que
Monfieur le Chevalier de Loraineluyavoit donnéàdiſner
avec une magnificence fans égale. 11
ajoûta auſſi que deux jours apres le Roy avoit
C3 efté
54
ce Peuple
s'eſtoit
LE MERCURE efté voirla mesme Ville , & que Sa Majefté l'apaffé
au milieud'unedouble haye du Regiment
voit traverſéelelongd'un beau Canal , & avoit
desGardes, pendant quele Peuplepar fon grand concours & par fes aclamations donnoit des
heur de voir un fi GrandMonarque, dont il
marques de lajoye qu'il fentoit , d'avoir leboneftoit
ſujet dans le coeur long- tempsavantqu'il putrecevoir fes Troupes. Cette verité patur d'aue
tantplus incontestable
que
fonpropre mouveablequeunis à la domination de Sa Majefte. H nousdit auffique lesDames d'Utrech alloient fouvent promener dans le
té ordinaire aux François , elless'accoûtumoient
que comme elles yestoientreceuesaveclacivilifacilement
avec ces Conquerans ,qui nefaifo- ient pas voir moins dedouceurdansleurcon- verſationquede valeurdanslesCombats. L'Af- ſemblée commençoit déjaàparlerdesGalante- ries qui s'estoientfaites dansle Camp , & avoit déja nommé quelques Bravesquin'avoientpas
Camp qui eft aux Portes de
déplû aux Dames d'Utrech
dire que Nimegue s'étoit
tion,que pour ce co la
,
la meſme
Ville
, &
Fors
que
l'on
vint
enfin
rendu
àdifcre- Nouvelle
eftoit
verirable,&
qu'il n'yavoit plus deméprile,qu'onavoit
faitdeux censChevaux &quatremilledeuxcens
Fantaſſins prifonniers de Guerre; &quepour
il luy avoit permisde ſortirfuru Cheval,avecun
marquer l'estime queMonsieurdeTurennefaifoit
du coutage duGouverneurde Chariot pour porterſonBagage. Ilfautavouer
cette
Place
,
que
GALANT. 55
que ces pauvres Hollandois font bien mal-heureux,
dit alors unNouvelliſte,que laCompagnie
ppelloient toujours le Tendre & lePitoyable : il effoit du nombre de ces gensqui ont compaf
fion de tout , qui pleurentles peines de tout le genre humain , &qui ne sçauroient voir donner
uncoup de foret à un cheval , ou uncoup de pied àun chien fans accufer de cruauté ceuxqui Jade les donnent, & les traiterde bourreaux. On voit
bien de
inoisune femme qui fait entrer dans fon Efcurie quand il pleut tous les Chevauxde Caroffe de ceux qui font chez eite,ou chez ſes Voiſins , tant elle a pour que ces pauvres bêtes ne s'enrhument.
Pour moy j'en fçais une;dit alors un troi- Tieme, quidoit en mourantlaiffer toutfon bien pourfonder un Hospital , dans lequel on renfer- mera tousles chiens vacabons quin'ont nymaiftres
ces gens-là , repartit un autre ,&jeconquensentdanstoutes
les ruesde Paris. Il y cut une
perfone de la Compagnie qui traita de foux ceux
qui tinrent ce difcours ; mais onluy fit voir que
daspluſieursVilles de l'Antiquité ily avoit eudes
Hoſpitaux pourleschiens. On eut dit beaucoup
dechofes là-deſſus , & la converfation for les beſtes
fut devenue curieuſe , ſi un Ennemydeclaré
des Hollandois n'eût entrepris le Nouvelliſte
Tendre&Pitoyable, ce qu'il fit en luy parlant
de la forte . Je ne ſçais pas ,Monfieur , s'il
quelqu'un icy qui ait autant de compaffion que
Vous des Ennemis de l'Eſtat ; mais je ſçay bien
qu'il faut avoir de la tendreſſe de reſte pour les
C 4
ya
plain56
LE MERCURE
:
plaindre. Leur vanité a eſté inſuportable , ils f font mis audeſſusde tousles RoisdelaTerre; & Jeur orgüeil a efté fi grandqu'ils ontcru pouvor eftrelesArbitres du Monde entier ; & s'eftant
confirinezdans la penſéequ'ils feroientbien-reft auffi puiſſans que la Republique Romaine le- ſtoit autrefois ,ils ſe font imaginez qu'ils donneroientbien-
toftdes Loix à tou
àtoutelaTerre. Jefuis
bon François, luy repliquale NouvelliſtePitoya- ble ,& je ſuis bon Serviteurdu Roy,je hais fes Ennemis & ceux del'Estat peut-eftre autant que vous, je ne fuis point pour lesHollandois, &je fçais qu'ils ont efté affez imprudens pour s'attirer la foudre qui gronde maintenantchez eux. Mais je ne vois pas en quoy ils ont fait paroiftre cette vanité infuportable dont vous lesaccufez , & s'ils enonteu plusqu'ils ne devoient,
je ne vois pas qu'ilsen ayent eutantque vousdites.C'eſt oùje vous attendois,luyrepartit P'autre, en leprenantpaslebras , &enle luyfer- rantunpeu fort;&j'ay icy des preuves qui vont faire connoiftre à toute la Compagnie n'ay rien avancéque de veritable,&que lavani- té des Hollandois a efté beaucoupplusgrande quejen'aydit. Je ne fçay paspoutfuivit-il, en fe
qui compofoient l'Afflemtournant
vers ceux
blée,ſiquelqu'unde
cesMeffieursa
la Medaille qui courut en ſoixante&
parun
que je
de ouyparler
huit,&que
landois firentfaire.Pluſieursdirentqu'ilsavoient
deſujetdeparoiſtrefivains,lesHolde
cette Medaille; maisqu'elle
avoientpeu
oiyparler
eétoit
fi
rare,
GALANT.
57
rare , qu'ils n'avoient ſeulement pûlavoir. II
n'y en a que quatre à Paris , repliqual'Ennemy
declare de la petite Republique de Hollande: &
c'eſtun Princequi m'a preſté celle que j'ay fur
moy, & que je vous vais faire voir. En achevant
aces paroles , il tira la Medaille de ſa poche ; &&
comme la Compagnie ordinaire s'attachoit à la
confiderer, lesNouvelliſtes écoutans les ferrerent
de pius pres qu'ils n'avoient accoûtumé ;
le nombre même en augmenta , & les moins cu
rieux qui ſepromenoient fans fonger aux Nouvelles,
voyant tant de gens amaffez , s'aprocherent
d'eux pour voir ce que c'eſtoit. Ceux qui
entrerentpendant ce temps , furent auſſi portez
par leur curiofité devers le gros ploton ; & la
foule devint fi grande , que celuy qui faisoit voir
laMedaille ne pouvant plus reſpirer, fut contraint
de la remettredans ſa poche , afin de pouvoir
prendre haleine , ce qui fit retirer les moins curieux.
Quelque temps apres que cette grande
foule ſe fut un peu écartée ,nous nous retirafmes
à l'écart' ; & comme nous n'étions plus que ſept
ou huit , nous y conſiderafimes àloiſir cette belle
Medaille. Je dis belle , parce que les fauffetez
qu'elle contenoît n'oſtoient rien à la beauté de
fon ouvrage. Elle estoit deux fois auſſi grande
qu'un Eſcu blanc. On voyoitd'un coſtéunMer-
Cure tenant une Pique , au bout de laquelle fon
chapeau ſe faisoit remarquer; il avoit le dos apuyé
contre un Trophée d'Armes , laMer paroifloit
derriere ce Trophée , & fur cette mefme Mer
on voyoit quelques Vaiſſeaux en éloignement.
Cs
11
58
LE MERCURE
Il avoit quantité d'Armes & de Canons à ſes coftez, & le Lion de Hollande eftoitaupres de
luy. Le revers de cetteMedaille reprefentoit les Sept Provinces Unies , elles en faifoient com- me la Bordure ; Elles eftoientenchaînées avec une branche de Laurir tournéeen Couronne; & fur la meſime brancheilyavoitentre chaque Province unFaifceaudeFleches; & dans le mivoyoitl'Infcription
fui- delameſmemanieres
lieu de la Medaille on
vante que jevous envoye c'eſt à dire qu'elle ne contenoit ny plus ny moins
delignes.
ASSERTIS
LEGIBUS. EMENDATIS
SACRIS. ADJUTIS
DEFENSIS
.
CONCILIATIS
REGIBUS
.
VINDICATA
MARIUM LIBERTATE. PACE EGREGIA VIRTUTE ARMORUM
PARTA.
NUMISMA
HОС ,
S. F. B. C. F.
M. DC. LXVIIL
Dés qu'on eut lû cetteInſcription,lesplus
ne voulantpoint faire connoiftre qu'ils neſcavoient
pasde Latin, ils neſcayoientficetteIngrands
parleurs devinrent muets , parceque
ſcription estoit belleou laide, &s'ilsdevoient
PadGALANT.
59
A
l'admirer , ou la condamner. Leur filence fut
d'abord remarqué , & l'on s'en apperceut d'autant
plitoft, que dés qu'ondebitoit uneNouas
velle, ils raifonnoient des premiers , & ne laitloient
jamais parler les autres. Ils ne furent pas
long-temps fans connoiſtre qu'on prenoitgarde
à leur confufion ; & dés qu'ils s'en furent
aperceus, l'un d'eux prit la Medaille, lût bas l'Infcription,
fourit en la lifant, fit quelques fignes de
tefte ,& dit quelque mots entre ſes dentsque
l'on n'entendit pas. Comme il avoit de l'efprit
il fit toutes ces choses à deſſein de les expliquer
en bonne ou mauvaiſe part , felon les louanges
ou le blâme qu'on donneroit à l'Inſcription .
Celuy qui avoit aporté la Medaille estoitfurle
qui parle plus ſouvent Latin que le plus vieux
point de l'expliquer , lors que le petit Periandre,
Regent de tous les Colleges de l'Univerſité
furvint pour faire plaifir aux uns & pour étourdir
les autres . Ce n'eſt pas qu'il n'ait du merité;
mais il en parle tant qu'ilfatigue toutes les Compagnies
où il ſe rencontre. Il n'eut pas plutoſt remarqué
l'Infcription qui estoit furla Medaille,
que fans rien examiner davantage , il lalût pluſieurs
fois avec amphaſe , &l'apprit mefine par
coeur. Vivele Latin , s'écria-t- il , dés qu'il l'eut
bien miſe dans ſa memoire. C'eſt une Langue
qu'on ne peut affez admirer, &qui dit beaucoup.
de choſesen peu de paroles, comme on peut voir
dans cette inimitable Inſcription , qui dit plus de
choſes en fix ou ſept petites lignes , que vous
n'en pourriez dire en trente de Proſe Françoife.
C6 Jc
60 LE MERCURE
Jevais continua-t-il,vous expliquer cetteInſcrip
tion,pour vousfaire voir la force du Latin,&que
jen'ayrien avancé qui ne ſoit veritable.
Affertis legibus.
Dit-il alors ,
Affertis Legibus ,
Meſſicurs,
Affertis Legibus ,
Celaveut dire ; ayantaffermy les Loix,lesayant
afſcurées , les ayant rétablies, fait revivre ,&les
ayant remiſes dans leur premier éclat ; enforte
que rien n'eſt plus; capable de les détruire, ny
meſmede les ébranler,Voila, continua-t- il, ceque
veutdire.
Affertis Legibus .
Paffions à
Emendatis Sacris ,
Emendatis Sacris ,
Ah!Meffieurs , que
Emendatis Sacris
Eft admirable!
EmenGALANT
61
Emendatis Sacris ,
Ayant épuré laReligion; l'ayant corrigée; l'ayant
reformée. C'eſt le vray mot , Meſſieurs , refor
mée ; laReligion reformée ; & c'eſt ce que
Emendatis Sacris.
Signifie.
Adjutis Defenfis,
Ah que cet
Adjutis Defenfis
Eft beau ! rien ne peut égaler
Adjutis Defenfis.
Adjutis Defenfis
Vaut un milion .
Adjutis Defenfis.
Ayantdonné duſecours à ceux qui nous en
ont autrefois donné ; les ayantdéfendus ; ayant
pris les partyde nos Alliez ,
Adjutis.
(
De nos Alliez ; de ceux qui estoient joints
avec nous,
C7 Ad
62 LE MERCURE
Adjutis.
Conciliatis Regibus.
Rien ne peut payer
Conciliatis Regibus.
Ah ! que ce
Conciliatis Regibus.
1
Ade force!
Conciliatis Regibus.
Ayant eſté lesArbitres des Rois ; les ayant par nos
foins, nos avis, nosfecours , notre prudence,remis
bien enſemble , obligez à faire la Paix, accordez
reünis & tout ce qu'il vous plaira fur ce fujet.
Cariln'eſt rienque pour l'union des Rois,ne
fignifient cesdeux mots.Je dis deux mots,Mefficurs;
car il n'y en a que deux,& c'eſt ce que vous
devezbien remarquer ,
Conciliatis Regibus.
Pourmoyje ne me puis laffer d'admirer
Conciliatis Regibus.
Etje tiens que
ConciGALANT.
63
Conciliatis Regibus.
Peut fuffire ſeul pour faire l'Elogede la Langue
Latine. Mais paſſons au reſte , poursuivit-il,
car je n'aurois jamais fait , ſi j'entreprenois
d'expliquer tout ce que renferme cette Infcription.
VindicataMarium Libertate.
Ah ! que ces trois mots diſent de choſes ,
Vindicata Marium Libertate.
Car enfin .
Vindicata Marium Libertate,
Veut dire , ayant recouvert la liberté des Mers,
ayant puny ceux qui lavouloient troubler, ayant
vange cette Liberté, fur laquelle onvouloit entreprendre,
fur laquelle on vouloitattenter. N'avoirez-
vous pas que cet endroit a bien de la force,&
que celuy- cy n'ena pas moins,
PaceEgregiaVirtute Armorum Parta
-Ayant fait la Paix par le pouvoir , parlemerite,
par laforcede nosArmes , par la terreur qu'elles
ontinſpiré,non ſeulement à nos Ennemis ; mais
encor à toutela Terre ,
Pace
64
LE MERCURE
Pace Egregia Virtute Armorum Parta.
Numisma Hoc.
Numifma Hoc.
Ne ſignifiroit en François que cetteMedaille , &
cela ne voudroit riendire , & ne feroit pas feulement
entendu;mais il fignifie bien autrechoſe en
Latin, & ce
Numisma Hoc ,
Veut dire , qu'envertu , qu'en conſequence de
tout ce qui eſtdans l'Inſcriptionde laMedaille,
&que je viens d'expliquer , les Hollandoisl'ont
donnée au Public, afin qu'il ſçachedés àpreſent
⚫ toutes ces chofes , &quela Poſteritéenfoitinſtruite.
Hé bien,Meſſieurs, continua lepetit Periandre
, en nous regardant tous les unsapres les
autres; N'avoirez vous pas avec moyquele Latineft
admirable,& qu'ilabien de la force, quand
on a l'eſprit de choiſir de ces mots expreffifs,
dont un ſeul veut quelquefois dire plusde chofes
quetrente mots François n'en pourroient expliquer
? Nous en demeurafines tout d'acord , &
nous fiſmes bien ; car il ne nous auroit paslaiffé
enrepos, &nous auroit fait malgrénousfoufcrire
à tous ſes ſentimens. Ceux qui n'entendoient
point le Latin, direntlespremiers qu'il
ayoit raiſon, croyant faire connoiſtre par làque
les
GALANT. 65
es beautez de cette Langue leur efſtoient fort
onnuës. Il me ſemble, dis-je à Periandre,non pas
uand il fut las de parler , car il n'auroit jamais
effé, s'il n'eut éternité deux ou trois fois de ſuite.
me ſemble , luy dis-je ,pendant cetemps , que
ous n'avez point expliqué ce que veulent dire
es Lettres.
S. F. B. C. F.
Qui font au deſſousdu
Numisma Hoс.
Jecroy,adjoûtay- je, que ces cinq Lettresvenlent
dire beaucoup de choſes. Il n'en fautpoint
douter , me repartit-il. Donnez-nous endone
l'explication jevous prie, luy répondis-je car je,
ne croy pas que ſçachant ſi bienle Latin , vous
puiffiez rien ignorer de tout ce quel'on a voulu
dire en cette langue. Je ne puis, me repliqua-t-il
vous expliquer ce qui n'eſtpas affez marqué pour
vous pouvoir fatisfaire toutd'un coup ; cen'eſt
pas que je ne croye en venir à bout en y révant
un peu. Ilyréva en effet, &fut quelque temps
fans nous rien dire,&je m'aplaudis en moy-mefme
d'avoir trouvé le ſecret de le faire taire. Nous
nous miſmes tous à réver auſſi -bien que luy , &
nous fuſmes affez long-temps ſans rientrouver.
Mais enfin je me reſouvins tout d'un coup ,
que les Lettres qui estoient au bas desMedailles,
ou d'autres Ouvrages ſemblables , vouloient
toûjours parler de ceux au nom deſquels ces
choſes estoient faites ; & cela me fit croire
que celles dont il eſtoit queſtion , regardoient la
Re66
LE MERCURE
Republique deHollande ; comme S. F. Q. R.
regardoit la Republique Romaine. Jedisauflitoftmapenfée
àla Compagnie , & j'ajoûtay en
méme temps queje croyois que la premiere Lettre
qui estoit une S. vouloit dire STATUS.
Vous avez raiſon,reprit Periandre. STATUS,
LesEftats. Je tiens F. poursuivit-il, &cetF.
veut dire FOEDERATI. FOEDERATI,
Unis , Liguez , STATUS FOEDERATI,
Les Estats Conféderez. Il faut donc ,
repliqua un troifiéme , que le B. veuille dire
BELGII, BELGII , Les Eftats Unis de
Hollande, Cette explication , leur dis -je , me
paroift affez juſte , &pourveu que nous expliquions
auffi heureusement le C. & l'F. qui
reftent , je croy qu'elle ſera affezjuste. Le C.
nous arreſta long-temps , &nous eſtions fur le
pointdenous rendre fans l'expliquer , lors qu'une
Perſonne de la Compagnie , que nous en
croyons la moins capable, s'écria.Jeletiens , G
c'est affeurement COM MUNE S. C'eſt
COMMUNES , ſans doute , luy repartis-je,
&l'on n'en doit point douter. STATUS
FOEDERATI BELGII COMMUNES
FECERUNT. LesEstats Unis d'Hollande,
d'un commun confentement, ontfaitoufait
fairecetteMedaille. Vous avez raiſon, nous dit
Periandre; COMMUNES: Tous ensemble , d'une
communevoix,d'un commun confentement . C'est
bien expliquer COMMUNES!Mais, pourfuivit- il,
ens'adreflant àmoy,vous avez plus fait que vous
nepenſiezscarvous avez en meſine temps expliqué
GALANT. 67

qué laderniere F.qui nous auroit peut-eſtre arrelong-
temps. Il fautdonc demeurer d'accord
papres cette explication, dis- je alors à la Compagnie,
que les Estats de Hollande ont fait faire cette
Medaille. Puis que chacun eſtde ce ſentiment,
reprit celuy qui avoit aporté la Medaille ; il
faut queMonfieur , nous dit-il en ſe retournant
devers le Nouvelliſte pitoyable, demeure d'accord
, qu'on ne peut avoirplus de vanité qu'en
ont eu les Hollandois , puis qu'ilsſe font misau
deffus de tous les Rois duMonde ; comme l'on
peut connoiſtre par la Medaille que nous venons
de voir. Je n'auray plus de compaffion
de leurs miféres dit alors celuyqui en avoit
tousjours de reſte pour toutleMonde,& jevois
bien qu'ils en meritent encore
n'eſt pas , poursuivit- il entrefes dents ,(car perfonne
ne peut que tres-difficilement démentir
fon humeur) que chacun ne dife chez foy ce
qu'il luy qu'illuy plaiſt , & qu'iln'y ait beaucoup de Souverains
qui n'ont pas la qualité de Roy, quifouffrent
que chez eux on les qualifie de cenom. Le
-Princed'Orange , repartit un autre,ſecontentera
, je crois , de celuy de Lieutenant, Capitaine &
Admiral General des Milices deHollande , tant
parMer que par Terre. Ceux qui ont fait les Proverbes,
continuale mefine , avoient de grandes
lumieres & une grand' pratique des affaires
du Monde; car depuis foixante ans queje vois
le jour , je n'en ay pas veu unqui ait menty.
Quel Proverbe , luy repartit- on , appliquezvous
à l'affaire de Monfieur le Prince d'Orange?
Cc68
LE MERCURE
pert qu'un
Cette
&
Celuyqui dit , nous repliqua-t-il auffi- toſt , que
Personnene un autre n'y gagne.
explication n'eſt- elle pasjuſte,poursuivit-il?
quandlesHollandois perdent la plusgrande partiede
leurs Eftats, Monfieur le Princed'Orange
ne gagne- t-il pas tout à coup ; ce qu'iln'ajamais
pú obtenir pendant qu'ils ſe croyoient les
Arbitres de tous lesRois duMonde ? CePrince
doitàl'avenirajoûter foy aux Proverbes , repartitunautre
en fouriant , puis qu'ils luy ont efte
fi favorables. Je vois bien , reprir avec un air
ferieux, le défenſeur des Proverbes , que vous
voulez me railler d'avoir cité un Proverbe , &
que vous ne trouvez pas que les gens d'eſprit en
doiventparler. Mais ily a difference entre parler
Proverbes,(comme ceux qui en difent à chaque
mot) & en remarquer à propos laverité. Les
premiers, le font pour dire desplaifanteries qui
font fouventtres-méchantes , & les autres parce
qu'ils examinent avec application le train des
affaires duMonde. Et pourmoy jetiens , continua-
t-il , que les Proverbes font plusutiles que
tous les Livres imaginables ; & qu'un homine
qui les ſçaura bien, fera moins de faux pasdansla
vie, & fçaura mieux ſegouverner que ceuxqui
ontdesBibliotheques entieres dans la tefte , &
qui ne profitent pas deleur lecture. Oliy , je le
disencor , je tiens pour les Proverbes & pour les
Fables; & quiconque les aurabiendansl'efprit,
pourra fevanterde ne rien ignorer. Il dit encor
centchofes furce ſujet qui ſurprirent beaucoup
celuy qui avoit cudeſſein de ſe mocquerde luy ;
de
GALANT. 69
de maniere qu'aulieu de luy répondre, il fit retourner
la converſation fur le bonheur du Prince
d'Orange. Il faut avouer , dit- il , que la Fortune
fait d'étranges coups , & que les affaires deHollandeont
changéde face en peu de temps ! Les
Eſtats d'Hollande eſtoient tellement oppoſez à
cette Election , qu'ils avoient tous juré de ne lajamais
propofer , & qu'ils avoient obligé ce Prince
non feulement à ne pas demander cequ'il ont
fait aujourd'huy pour luy , mais encor à n'en pas
accepter l'offre ; cependant chacun s'eſt réciproquement
diſpenſé de l'obſervation de fon Serment
& l'Edit perpetuel que les Estats avoient
fait fur ce fujet atrouvé une fin. Le Prince d'Orange,
reprit un autre , nedoit le rang qu'il poffede
preſentement qu'à noſtre GrandMonarque
&pour vous faire mieux remarquer cette verité,
jen'ay qu'à vous faire examiner les termes dont
l'Affemblée d'Hollande s'eſt ſervic touchant
P'Election du Prince d'Orange. Nous trouvons
bon entendons , qa'en confideration de la Conjoncture
fascheuse du temps & des affaires, les
Membres de eette Province foient disposez à approuver
l'Election d'un Lieutenant. Hé bien
continua le meſme , nepeut- on pas affeurer apres
ces paroles que Monfieur le Prince d'Orangea
de grandes obligations à la France ?Chacun
ten demeura d'accord ; puis l'on dit queMonfieur
de la Rabiniére , Contre-Admiral de France,
estoit mortà Chattam,& qu'on luy avoit rendu
de grands honneurs funebres; le Covoy ayant
efté accompagné de beaucoup de Nobleffe ,
&
70
LE MERCURE
&toute la Mouſqueterie ayant tirépour donner
des marques de l'eſtime que l'on faifoit du
défunt. Puisque nous ſommes furle chapitre des
morts , reprit un autre , parlons un peu deMonfieurde
Roſmadec de la Maiſon de Morlac , Archeveſque
deTours. Il eſt donc mort? luy repartit-
on . Oüy , repliqua-t-il , eſt mort à Bourbon
l'Archambaut ; &les Faux de ce Païs n'ont peu
le ſauver.C'eſtoit nnHomme de grand merite,&
d'une vertu exemplaire; les Seminaires , àl'eſtabliſſement
deſquels il a beaucoup contribué , en
font foy; auffi-bienqquueelesgrandsemplois qui
luyont efté confiez pour le ſervice de l'Estat.
Comme nous n'avions plus de Medaille à
confiderer , & que nous n'aprehendions plus de
voirnos épaules chargées d'une fatiguante foule
deNouvelliſtes indifcrets , nousquittaſimes l'endroit
où nous eſtions,pour reprendre noftre premier
poſte : Et nous n'y fumes pas plûtoſt arrivez,
quenous rencontrámes undesAmisde toute
la Compagnie , qui ne nous ayant pointrencontrez
au lieu où nous tenions d'ordinaire nos
Affemblées ,nous cherchoit avec empreſſement.
Nous recommençâmes à parler avec luy detoutes
les chofesque nous avions dites ce jour-là,&
c'eſtoit une choſe aſſez ordinaire aux Nouvelliftesde
recommencer ce qu'ils ont déja dit,chaque
fois qu'un de leurs Confreres vient groffir
leur Affemblée. Ce dernier venu voyant quc la
converſation commençoit à languir,prit laparole,&
nousdit. Je ne ſcay , Meſſieurs ſi vous avez
oiy parler d'une avanture extraordinaire ,
arri
GALAN T.
71.
Farrivée ſur Merirlil yaddja quelquetemps. Cette
Hiſtoire est- elle nouvelle,luy repliquâmes-nous?
Les choses qu'on ne ſçait pas encor font toûjours
nouvelles pour ceux qui les aprenent , nous repartit
- il ; c'eſt pourquoy ce queje vais vous raconter
ne vous doit pas moins divertir que s'il ne
venoit que d'arriver. Nous luy témoignafines
qu'il nous feroit plaiſir de fatisfaire au plutôt nôtre
curiofité. Etfans ſe faire prier d'avantage , il
commençaauffi- tôtde la forte.
HISTOI
z LE MERCURE
1
HISTOIRE
DES ONZE
ESCLAVES
FRANCOIS.
LEDey de Tunis , Patron d'onze Efclaves
François , qui depuis douze années languiſſoient
dans de cruelles chaines, ayant armé
au Port de la Ville de Souffe en Barbarie , un
Vaiſſeau en courſe, commandé par un Grec Renié
, ſur lequel ils furent embarquez pourgouverner
les Voilles , ayant fait voyage enMorte
pourles affairesduGrand-Seigneur , & couru la
Merpendantquarante-cing jours , fut obligéde
retourner au Port de Soufle ,loù le Patron fit
deſagréer ce Navire. Undes EſclavesChreftiens,
que les Peresde laMercy avoient racheté trois
fois, ayant eſté reconnu à Tunis par le Patron
dont a
un
il avoit eſté Eſclave, lorsqu'il alloit racheter
de ſes Freres qui estoit auſſi Eſclave dudit
Dey, fut priépar ce Dey de retourner avec luy au
Portde Souffe,&meſined'y emener ſon Frere. Il
luy fit cette priere,parce qu'il ſçavoit qu'ils eſtoiet
tous deux-bons Matelots. L'Eſclave cut bien
voulu s'exempter de ce Voyage ; mais il n'ofa
toutefois le faire connoiſtre , parce que les Turcs
maltraitent fort lesChreſtiens,quoy qu'ils foient
rachetez, lors qu'ils leur refuſent quelquechoſe.
Cc
GALANT.
73
un
CePatron n'en demeurapas là , &propoſa encor
à cét Eſclave , quand il fut au Port de la
Souffe , de retourner aux Gerbis pour y prendre
JunChaoux, &le menerà Tunis pour les affaires
duGrand- Seigneur. L'Eſclave eſtoit fort embaraffle
, &reffentoit vivement le chagrin que cette
propoſition luy caufoit , lors qu'il apperceut
Vaiſſeau fousla Fortereffe de Souffe , appellé le
S. Eloy, appartenant à Mehemet Cogy de Tunis;
Ce Vaiſſeau estoit bien équipé , &preft à faire
voille à Bizerti. Ce genereux Eſclave qui ne reſpiroit
que de joüir de la liberté qui luy étoit
deuë, reſolutdel'enlever &de ſe ſauver dedans;
& pour cet effet il communiqua ſon deſſein à
fon Frere& à neuf autres Chrétiens. La choſe
fut réſoluë entr'eux ,&comme ils debarquoient
lel'Est du Navire dans lequel ils eſtoient revenus
de.Courſe; un des Eſclaves du S. Eloy , qui
eftoit Coufin de l'Eſclave qui cherchoit à ſe ſauver
, le vint voircomme ils travailloient à debarquer
ledit l'Eſt,&l'autre ayant propoſe le fauvementàfon
Coufin , il l'accepta , & luy dit qu'il
n'y avoit dans le Navire appeléle S. Eloy que
ſept Mores & trois Reniez. Lelendemain lefdits
onze Eclaves Chreſtiens remplirentleurspochesde
cailloux,&fans avoir d'autresArmes que
depetits Cousteaux fermans, ils monterentdans
leur Eſquif, ſous petexte d'aller ofter la derniere
Barcade de l'Eft de leur Vaiſſeau. Apresavoir
prislelargede laMer,ils voguerent effectivement
ducoſté de leur Navire ; mais au lieu d'ymon.
ter, ils pafferent outre,&leMaître leur ayant crié
Tome III. de
D
74
LE MERCURE
de monter, ils luy repartirent qu'ils alloient paf- fer de l'autre coſté. Mais ils firent le contrairc
, & furent à force de RamesaubordduS.
Eloy. Le Contre-Maiſtre les ayant apperceus
leur cria de fe retirer : mais l'Eſclave entreprenant
, luy fit réponfe , qu'il alloit parler à fon Coufin. Ilsfurent àpeine àbord, qu'ils fauterenttousdans
le S. Eloy, & qu'ils repouflerent
àcoups de cailloux les feptMores , quiàcoups d'Eſpontons , qui font des Armes en forme
d'Azagayes , vouloient leur en défendrel'entrée.
Mais comme ils virent que l'un desleurs
('c'eſtoit le Coufin del'Eſclave) ſe mit du party
contraire , & qu'ils ne pouvoient réſiſter , ils ſe jetterent à la Mer auſſi bien que le Contre-
Maiſtre, qui futbleſſe dans ce Combat avec deux
Renegats. Le troifiéme qui n'avoit eſté fait Renegat
que par force , & qui n'avoit pointen- cor efté circoncis, ſe declara Chreſtien , ne fit
aucune réſiſtance , & fe mit du party des atta- quans , qui ſe rendirent maiſtres du Vaiſſeau, &
couperent avec leur couſteaux les cables dont il eſtoit amarréſous la Fortereſſede la Souffe. Ils
furent à peine en Mer , qu'ils effugerent pluſieurs
coups deMoufquet ; & de Canonqu'on
tira du coſtéde la Ville , qui leur démonterent
deux Pieces de Canon qui étoient enbatterie;
ce qui fut un malheur d'autant plus grandpour
cux, qu'ils n'avoient que ces deux Pieceslàde
montées. LesMoufquets ne leur firent pas moins demalque lesCanons;puis quel'Eſclave,Coufin
deceluy qui avoit fait entreprendre cette belle
action,
G
ALAN T. 75
action , fut tuéd'un coupdeMoufquet. Lepretendu
Renegat, mais qui estoit veritablement
Chreftien,fitdefcendre tous ſes Compagnons au
fonds de Calle , oùil leur montra fix autres Pieces
de Canon preſtes à monter , avec quantité de
Poudres. Ils en monterent auffi-toft une fur le
Pont de leur Navire , dont ils tirerenthuitcoups
ſur un Baſtiment appellé Sambequin , remorqué
de cinq Lanches qu'on avoit armé à terre pour
les venir prendre. Ils furentfi heureux , qu'à
portée de demy mouſquetade , ils donnerent
dans la Barque & dans les Lanches , &y firent
un si grand deſordre , qu'ils les obligirent de
s'en retourner. Les deux Renegatsvoyant un
fecous qui leur venoitdu Port , reprirent auffi-
tot les Armes &àcoups d'Eſpontons &
d'Efcarcines , tâcherent de chaffer leſdits Efclaves.
Mais commeils n'eſtoient quedeux , ils
furent contraints de deſcendre aufond de Cal
le; & comme le temps eſtoit fort calme les EC
claves à force de Rames regagnerent auffi-toft
le large de laMer : mais peu de de temps apres
ilsapperceurentle ſecours que ces Renegats
avoient remarqué. C'eſtoit une Barque longue
é'environ deux mille Quintaux , qui venoitfur
ces braves Eſclaves. Mais loin de perdre courage,
ilsmonterent en diligence encor deux Pieces
de Canon , & continuerent leur toute à force
de Rames . La Barque leurdonnala chaſſe toute
lajournée ,& fe voyansle foirpreſqueabordez,
à caufe du calme de la Mer , ils firent un Voeu a
Saint Jofeph, & peuapres la nuit eflantfuryenuë,
C
ka
shu
D 2 &
76 LE MERCURE
&ayant perdu de vevëladite Barque , ils s'éle
va un petit vent, à la faveur duquel ils prirent
laroute de France , &vinrent heureuſement à
la rade de Toulon. Depuisleur arrivée ils ont
demandé au Roy la confiſcation du Vailleau
qu'ils ont amené , ce quileur a eſté accordé fans
difficulté . Cette avanture fit faire pluſieurs raifonnemens
à la Compagnie , & fut cettequ'elles'entretint
de laNavigation. On dit qu'elle
avoit toujours eſté regardée comme un des
plus grands biens d'un Eftat, bien police; &
que pourl'avantage qu'elle luydonnoit fur tous
fes Voiſins , & l'utilité que les Peuples en recevoient,
elle devoit eſtre beaucoup confiderée.
Cela fit admirer l'application du Roy à la rérablir
, ce qu'il fait on pourvoyant à la conftru-
Etiondes Ports, enyétabliſſant debonnes Loix,
&unebonnePolice pour la ſeureté de tout ce qui
la regarde, enfaifant de grandes dépenses pour
mettre en Mer unnombre infiny de Vaiſſeaux,
en eſtabliſſant desEſcoles des Marine en quantité
dePorts, eninvitant lesGensde Mer les plusexperimentez
, à correfpondre à ſes intentions par
leurspropres intereſts , & en adjoûtant àdestitres
d'honneurs&àdes prerogatives tres-avantageuſes
, des récompenfes dignes de ſa bonté
Royale, à ceuxqui pendant les derniers temps ſe
fontappliquez au Commerce de laMer, danslequel
ilafait entrer la Nobleſſe , fansdéroger à fes
Privileges. C'eſt pour remplir ces belles atrentes
que Sa Majefté , dit-on , avoit tiré du Conſeil
Monfieurd'Herbigny,Maiſtredesrequeſtes , &
Parent
GALANT 77
ParentdeMonfieur de Pomponne , qu'elle
commis pour faire la viſite ſur les Ports de Mer,
punir les Officiersdes Admirautez qui ſe trouveront
avoir malverſé dans la licence des derniers
temps , retrancher les droicts exceffifs des Officiers
ſur lesMarchandiſes , & en donner avis à Sa
Majesté, afin qu'à l'avenir elle empéchât tous ces
abus par un Reglement General par tout fon
Royaume , ce qu'elle a , dit- on , fait; car ſur les
premiers avisde l'Intendant,Sa Majefté en attendant
que ce grand Reglement puiſſe paroiſtre,
aelle-mefine fait faire un Reglement Proviſionel
en fonConſeil Royal , pour commencer
à arrefter le cours des defordres , & faire fentir
à ſes Sujets les premiers fruits deceGrand Ouvrage.
On dit encor que pourcet effetleRoy
avoit remply les Charges de ceux qui s'étoint
trouver avoir malverſé , & qu'il avoit mis des
Commiſſaires à qui il donnoit luy-mefine des
apointeinens pour empefcher les concullions,&
qu'il entretenoit des Intendans pour y tenir la
main. Les fruits de ces grands travaux , adjoûte
rentpluſieurs , font les avantages que nous remportons
journellement ſur la Mer;&notamment
depuis que Sa Majefte a fait épiquer à ſes propos
dépens un nombre infiny de Vaiſſeaux qu'elle
aenvoyez en courſe. Ces Armateurs Commiffionaires
ontfait mille&mille priſes ſur les Hollandois
; & il ſe rend une ſi exacte Juſtice , queles
Capitaines meſines des Vaiſſeaux pris ſe ſont
icy venus jetter aux pieds de la Reyne, pour
s'abandonner à ſa clemence , apres la priſe de
D3 Leurs
78
LE MERCURE CO
laMer , font beaux
leurs Vaiſſeaux : Etl'on à fouvent veu cette Grande Reyne,parunebonté digned'elle, fai- re diftribuer à ces miferables des fommes confi- derables pour leur donner moyen deretourner enleur Pais. En verité, dit alors unNouvellifte
desplus zélez pour lebiende l'Estat, fi la pru- dence du Roy eft grande, & fi fesReglemens
touchant tout ce qui regarde & utiles pour ſes Sujets , nousdevons avouer qu'ils fontbien executez ; & queMonfieur Col- bert&Monfieurle MarquisdeSeignelayſedon- nent des peines incroyables pour les bien faire obferver: car enfin ce font eux qui ont le foin dela Marine , & qui l'ont mise enl'eftatqu'elle eft, encor qu'ils foientdéjachargezd'un nomr breinfinyd'autres affaires qui pourroient a des Miniftres moins infatigables & moins zélez pour leſervicede SaMajelté, &pour P'Estat. Qu'il est heureux Eftat , reprit un autre,d'eftregouverné pasun fiGrandMonarque,&
qui atantdeſoinde
de! car enfin Sa
ciers
tacabler
ur lebien
de
tout
cequi le regar- Majefté
encontinuant
le rede
ſon Royaume, a
tranchement du trop grand nombredesOffifuprimé
me partie de ceuxdesBureaux desFinancesdechaqueGene-
France à quatorze dans chaqueBureau,&refervé
un Procureur du Roy feulement,al'excep-
Paris,lequelparunjuſtedicernement
a eſté confervé à causede la grande
tion du Bureau de
une
Electios
,
de forte quecenombredontileftpreſentement
eſtenduë, eftant compofé de
vingtcoma
re
GALAN
79
compofé, n'est que fufficant pourfaire les fontions
attachées àleurs Charges. Le Roy a auffi
refervé deux Avocats & deux Procureurs de Sa
Majesté ; & mefme par grace finguliere, &pour
les recompenfer des Commiſſions qui leur font
envoyées tous les jours par le Conſeil , foit pour
la Police & l'embelliffement de la Ville& autres;
ceMonarque équitable les a auſſi confervez
dans leur Droict de Committimus , & autres
Privileges,&les a receus au Droict Annuel pendant
neuf années. Sa Majesté ayant pris auſſi
connoiffance des affaires de la Chancellerie , a
voulu établir un ordre certain parmyles officiers
qui la compoſent ; & pour cela elle a fait publier
un Edit , par lequel elle aſuprimé quantité
d'Officiers qui luy estoient àcharges , auffi -bienqu'au
Public , & qui tiroient de grands droicts
du Sceau; & elle a reduit le nombre de Confeillers
& Secretaires à deux cens quarante ,
pour ne faire plus àl'avenir qu'un mefineCorps,
& par le moyend'une Finance portée legitimemeat
par les refervez Sa Majesté a pourveu
au rembourſement des fuprimez , &par une
Declaration expreffe a fait arrefter en ſa prefence
les fonctions deſdits Secretaires ,& eftably
- le plus bel ordre du monde parmycetteCompagnie
, s'en eſtant declaré le Chef& le Protecteur.
Elle a auffi renouvelé leurs beaux & anciens
Privileges, auſquels elle a meſme ajoûté , &
pour établirun bel ordre &inviolableparmy tous
les Officiers des Chancelleries , Sa Majesté a fait
arrefter en fon Confeil Royal uneDeclaration
D 4 en
80 LE MERCURE
en forme de Reglement pourlesOfficiers dela
Grande Chancellerie du Royaume, & y a fait
ajouter un nouveau Tarifdes Droictsdu Sceau
&desTaxesdes Lettres. Il nereftoitplus,ajoûta
le meſme,que les Avocatsdu Confeil à reformer,
leRoyavoit réfolud'en fuprimer cent, & pour
ceteffet il en avoit remis le foin àMonfieur le
Garde des Sceaux,à qui ce choixappartient:aufli
ena-t-il fait undesplus habiles& desplus
neftesgens, defquels il luy adonnéun Etat.Mais
SaMajefté confiderant combien depauvresFamilles
eftoiet intereffées dans ce retranchement,
en a bien voulu referverjuſques àcent foixante,
dont ellea formé
au
honde
tres-honbiendeſesPeuples,
uneCompagnie
neftes Gens, &d'une capacité reconnue dans
leConfeil. En verité,nous écriafmes- nous,les
bontezde noſtre invincibleMonarquefontgrandes;
&l'on peut avecjufticePappeller lePere
defes Sujets; il afoin detoutce qui les regarde:
&pendant qu'on ne le croyoit occupéqu'a faire
leverdes Armées , & qu'a dreffier le plan deſes
Conqueſtes , ilfongeoit
&s'apliquoit avec une affiduité fars exemple
aux moindres chosesqui pouvoientleur
du foulagement. Sa Majefté fera plus encor
pour ſes Peuples,repritceluyqui venoit denous
dire tant de chofes touchant les bontez de ce
Grand Souverain , & l'ondit qu'elletravailleà
unReglement pour leConfeil , qui
tofteneftat, par les foinsdeMonfieurPuffort,
Directeur des Finances , tres-intelligent dans
toutes fortes d'affaires , &qui donne tous les
donner
ferabienjours
GALANT. 8г
,
jours des marques de fon grand merite. Il en
a donné de grandes , reprit un autre , dans le Confeil Royal de la reformation de la Juſtice. dont Sa Majeſté a mis Monfieur dela Reynie.
Je ne vous en dis rien , Madame vous ayant
déja parlé dans mespremieres Lettres du merite
de ce grand Magiftrat. Puis que nous fommes
fur le chapitre de Meffieurs du Conſeil
dit alors une Perſonne de la Compagnie ,
parlons un peu de Monfieur Benard de Reze
, qui a efté douze ou quinze années Mai-
✔Are des Requeftes
& qui a toûjours paflé
pour un tres-habile Homm ; & diſons qu'il
eft preſentement Conſeiller d'Estat ordinaire.
Monfieur de Fieubet , dont l'eſprit eftconnu,
&qui a merité une place dans leConſeil de Reformation
, eſt auſſi Conſeiller d'Estat, dirent
pluſieurs à la fois. Ne direz- vous rien
set
leur
repartis
-je
, de
Monfieur
leVahier
, Maiſtredes
Requeſtes , il eſt en grande conſiderationdans
le sle Confeil , &il eftauffi de celuyde la
reformation de la Justice, dont nous venons de
parler ; & comme il paffe pour un tres -bel ef- #prit , nous pourrions avecjustice dire
i
beaucoup
dechoſes à
fon avantage. Nouspourrions encor
, continuay-je, ajoûrerà cela ,que Monfieur
Barillon , Maiftre des Requeſtes , a un Brevet
de Conſeiller d'Eftat , que Monfieur Roulliédu
Coudraya fon Intendance d'Amiens au lieude
celle Poitiers que l'on a donnéeàMonfieurde
Miromenil:& nousdevrions ajoûter à l'Elogede
tous ces Meffieurs,dontle merite eftconnu.celuy
DS
de
82 LE MERCURE
Pach l'achoifi pour
deMonfieur Roullié ,quienainfiniment, ilek Maiſtre des Requeſtes depuis vingt années, & commeil pafie fans contredit pour un des plus habiles du Conſeil , quelque bien qu'on endifc, il fera toûjoursinfinimentaudeflous defon merite.
Le Royquien eft perfuadé , aller tenir les Eftats de Provence , dont il a Pintendance generale pour toutesles chofes qui regarderont le ſervice deSaMajellé.Chacun
demeurad'accordque le Roy ne pouvoit faire unmeilleur choix. Puisl'on parla de ce que la Reyne avoit fait pendant l'absence de ceGrand Monarque ;&l'on dit qu'elleavoit
donné une Declaration
par laquelle elle regloitlesjours
de Ferie & de vacation de la Cour
multiplicité
de ces joursafdes
Aides , parce que la
là arreſtoit l'expedition
des affaires; &l'on
feura qu'elle les avoit reglées ſuivant l'usage qui
s'obferve enlaCour qu'elle avoit fait ConſedielPlaerrlheonmneonrta.iOrneMaojonut-a
des , qui s'estoitdéfaitdeſaCharge. Qu'elleaſieur
le Vahier , Conſeillerdela CourdesAideGentil-
hommeordivoitdonné
un Brevet
naire à Monfieurde Perigny,&
àMonfieur
de
Fontaine,ProfeſſeurRoyalenMedecine,laChairede
Paris, à laquelle SaMajeftén'avoitpoint
encorpourveu. Comme ileſtoitdéjatard,nous
qui logeoitdansl'Auberged'un
eſtions fur le pointde
jeuneAlemand,
desMeſſieurs de
ler avec nous ,
faitbeaucoupde
nousretirer,
lorsqu'un nôtreCompagnie,vintlemé-
& apres que nous
elines queſtionsfurplufieurscholes
qui
GALANT. 83
qui regardoient ſon Païs , il nous demanda à fon
tour des nouvelles de ce qui estoit dansle noſtre,
&nous parla des Manufactures Royales des Gobelins
, dont lesAlemands qui estoient retournez
en fon Païs luy avoient ditdes choſes furprenantes.
Il nous demanda fi tout ce qu'ils en
Avoient rapporté eſtoit veritable , & en quoy
confiftoient ces Manufactures. Toute l'Affemolée
dit que c'eſtoitquelque chofe de beau ; mais
equoy que chacun parlat tous les jours des Gobelins
, il ne s'en trouva pas un quien pût rien
dire de particulier , & nous avoüames , à noftre
watbonte
, que les Etrangers struits eſtoient mieux in- que nous ,
de ce que nous avions de rare.
Onenferoit demeuré là ſiun Italien qui
Venoit fouvent aux Nouvelles , & qui depuis
plufieurs années fait fon fejour un France , ne fut arrivé pour nous apprendre ce que nousde
vions mieux fçavoir queluy . Il en eftoit d'autant
mieux inftruit , qu'il alloit ſouvent voir aux
Gobelins plufieurs Italiens de ſes Amis , qui travailloient
depuis long-temps dans cette celebre
Maifon. Nous le priames de nous apprendre ce
qu'il en ſçavoit. Il répondit fort civilement à
anos prieres , & pourfatisfaire noſtre curiofité,
il nous parla de la forte. Quoy que depuis longtemps
, nous dit-il , les Gobelins foient en
regne ils ne floriffent que depuis dix ou douze
ans , c'eſt à dire depuis que le plusGrandMonarque
de l'Univers tient luy-meſme le timon
de fon Eftat. L'Illuſtre Monfieur le Brun
dont l'esprit eſt univerſel , qui peut avecjuſtice
pafler D6
84
LE MERCURE
paſſer pour undesplusgrands Peintres de noftre Siecle, & qui n'estpas moins fameux parmille & mille Ouvrages qui font fortis de fa main,
que par un milion d'autres , dont il lesDeffeins, eſt Chancelier & Recteur deP
demie de Peinture & Sculpture, & Directeur
General de
adonné
l'Acaife
font dans
ouplûtoft
dans
&les
&tous
ceux
tous lesOuvrages qui
les Gobelins. Le Bâtiment qui pourroitfervir
de demeure à de grands Princes ,
qui pouroit paffer pour unepetiteVille, contient
quatre oucinggrandesCourts. Il y a
cetteMaiſon un Portier &unConcierge ,
Ouvriersn'y fontpasfeulementlogez,mais encor
leurs Femmes&leurs Enfans ,
qu'ils fonttravailler , ce qui vajuſques àl'infiny,
lesMaiſtres ayant quelque fois chacunquarante
oucinquantePerſonnesquitravaillent fouseux,
de maniere qu'il y a quantité de Villesqui font
contienttantdeMénages.
moins peuplées que cette grande Maifon qui
ſemble d'honneſtes
tentlesunsapres les autres , ce
Ilspennent
divertiſſemens
,
tous & fetraiqui
lesempéche
d'aller faire ladébaucheautrepart: c'eſtunedes
raiſons pour lesquelles onles à tous
ſemble. Il y en a neantmoinsunebeaucoupplus
forte , & l'on ditquec'eſt afinqueMonfieurle
Brun puiffe voir leursOuvrages à
tous
logez
entous
momens
, qu'illes puiffe corriger ,
cent, & s'ils ne
peut ajoûter à toutes ces raiſons,
& qu'il voyes'ilsavanperdentpointleurtemps.
On
qu'il
eftplus
teftes & mouvoir tantdebras, de voirdansun
ceGrand Prince qui fait agirtantde
glorieux à
meline
GALANT .
85
mefme lieu tous ceux qu'il fait travailler , que
s'ils estoient diſperſez chacun chez eux. Ils y
gaignent auſſi beaucoup davantage ; car outre
que leurlogement ne leur coute rien , & que le
Roy leur paye tousleurs Ouvrages , ils ont tous
penſion de Sa Majesté , laquelle leur eft donnée
enconfideration de leur merite ſeulement.Non,
s'écria alors une Perſonne de la Compagnie ,
quand je confidere toutes ces choſes ſiglorieuſes
& ſi utiles , je nepuisme laifferd'admirerMonfieur
Colbert; carenfin c'eſt luyqui faitrefleurir
tous les beaux Arts en France, & je ne doute
point qu'ils ne rendent fon Nom immortel.
Mais Monfieur , continua-t- il , en s'adreſſant à
PItalien qui estoit ſi bien inſtruit de tout cequi
regardoit les Manifactures Royales ; je vous pric
✔de nous dire les aoms de tous les illuſtres qui
travaillent dans les Gobelins , &quel eft l'employde
chacun de ces grands Maiſtres. Je le
veuxbien, repartit l'Italien ; mais cesMeſſieurs
me pardonneront , continua-t- il , fi je ne les
nommepas felon leur rang ,j'aurois de la peine
- à le faire; & quand je ſçaurois les degrez de leur
merite, je ne croy par que ma memoire me pût
fournir leurs noms de ſuite ſelonles rangsqu'il
faudroit leurdonner ; c'eſt pourquoyje vais vous
les nommer felon qu'ils ſe preſenteront à mon
ſouvenir. Il fit alorsune poſe comme pout réver
à ce qu'il avoit à dire , puis il reprit ainſi fon
difcours. Je vous ay dėja parlé de Monfieur le
Brun, mais je neſçay ſi je vous ay dit qu'il donne
lesDeffeins de tous les Ouvrages qui ſe fontdans
:
D7
cette
86 LE MERCURE
cetteMaiſon, dont tous les Estrangers parlent
avec admiration,& où l'on ne travaille que pour
SaMajefté. Voicy les noms de tous ceuxqui s'y
font admirer.
Le Sieur Cuicy Romain travaille auxgrands
Cabinets d'Ebene, Sculpture , Mignature, Orpheverie&
Pierreries ; il travaille auſſi aux fermetures
des portes & des feneftresdesMaiſons
Royales , le tout cizelé ; il a fait de cesfermetures
pour Verſailles, qui paffent pourdesChefd'envres
auxyeux de tous ceuxqui lesvoyent. Il eſt
enFrancedepuisquinze ans , &c'eſt Sa Majefté
qui l'y a faitvenir ; il a fait fix grands Cabinets
pour le Roy,qui ſont des Ouvrages d'une beauté
achevée. Le premier eſtappelléle Chard'Appolon,
& le fecond celuyde Diane. Lesdeux qu'il
afaits en fuite reprefentent le Temple de la Paix
&celuydela Vertu, & ils ont eſté ainſi nommez
par SaMajefté. Les deuxderniers font encor aux
Gobelins,où les Eſtrangers lesvont tous les jours
admirer, les François ayant beaucoupplus d'empreſſemetpour
voir ce qu'ilsn'ont pas que ce qui
eſt chez eux,& qu'il peuvent voirfacilement.
Le Sieur Vandermeulen eſt un Peintre tresfameux,
que le Roy a appellé de Flandres pour
travailler à degrands Tableaux, repreſentans les
veuës de toutes les Maiſons Royales : Il afaitcelles
de la pluſpart desVilles de Flandres , avec les
environs , avec une delicateſſe merveilleuſe. On
travaille à mettre ces beaux Deſſeins enTapifferies,
dont il a déja luy- meſme gravépluſieursen
Taille douce.
Le
GALANT. 87
Le Sieur Baptifte Romain , eſt fameux pour
es Ouvrages de Sculpture ; il en a fait de tresseauxque
l'on voit àVersailles.
Les Sieurs Jans &le Febvre font de la Hauteice
mélée d'Or &d'Argent , ils travaillent ſur
es Deſſeins de Monfieur le Brun à l'Histoire du
Roy , à celle d'Alexandre , aux Actes des Apotres
, aux Saiſons , aux neufMuſes &à pluſieurs
Autres. LeursOuvrages font admirables, &font
Prous les jours regardez avec eſtonnement de tous
ceux qui les voyent.
Les Sieurs Mouſin & la Croix font pour la
Baffelice , dont ils s'acquittent bien , cetteMaiſon
n'eſtant remplie que des plus habiles; de maniere
que la pluſpart des moindres Ouvriers que
ceux des Gobelins font travailler ſous eux , l'emportent
ſouvent ſur les plus grands Maiſtres de
l'Europe.
Les Sieurs Fayette & Balan s'y font admirer
pour les Broderies ; Et les Sieurs Ferdinant &
Philippes y font des merveilles pour les Tables
de Jaſpe, Agate & autres Pierres precieuſes en
rapport.
Le Sieurde Villers travaille aux grands Ouvrages
d'Argenterie ; & ce n'est pas fans raiſon
que jedisgrands, puis qu'il a fait desCuvettesdu
poisd'onzecensMars.
Le Sieurdu Loir a fait auſſi degrands Baſſins
cizelez , repreſentans l'Entreveuë des Rois de
France&d'Eſpagne, les Campemens de SaMajefté,
& pluſieuismorceaux en Relief de l'Hiſtoire
deceMonarque.
Les
88 LE MERCURE
Les Sieur Rouffelet & le Clerc , Graveurs ,
fontdetres-belles Panches de Taille-douce qui
reprefentent les Tableaux du Cabinet du Roy;
&leSieurAudran en a gravéd'autres furlesTableaux
de Monfieurle Brun del'Histoire d'Alexandre.
MeffieursDumets&Peraut; Monfieur
Co'bert&le Roy meſime, vont voir ce temps
entemps tous ces grandsOuvrages; &lors que
SaMajeſté va aux Gobelins , l'on ne remplit
toutes les Salles&toutes les Courts, afin qu'elle
puiffe mieux les examiner. Le Sieur de Sevea
fait un Tableau admirable de cettebelleAccademie,
où l'on voit tous les Illuftres qui la compofent
, tenans chacun un morceau de leur
Ouvragequ'ilsprefentent auRoylors qu'il vient
aux Gobelins. SaMajefte, continua lemeſime,
faitencortravailler pour elledansla Ville&dans
lesGalleries du Louvre à pluſieurs autresOuvragesconfiderables.
Maiscomme il eſtdéja tard,
jen'aypasletempsde vous enentretenir aujour
d'huy, nydevous nommertous ces Illuftres , &
nous remetrons , s'il vous plaiſt cet entretienà
une autrefois. Chacun en demeura d'accord ,
&fe retira fort fatisfait ; &fur tout l'Alemand,
qui pria l'Italiende luy faire voirlesGobelins,
cequi luypromit.
XIII. SEGALANT
89
1
XIII SEMAINE.
Nouvelles du 23.de Juillet juſques au 3 .
A priſe de Nimegue , dont on avoit parlé
la Semaine precedente , fans rien dire dece
i s'eſtoit paffe pendant le Siegedecetteimortante
Place, fut l'entretiendes premiersjours
de cette Semaine ; &lors quej'arrivayàl'Affemlée,
jela trouvay qui ſe preparoit à écoûter unc
Lettre deNimegue, qu'un des pilliersdu Bureau
voit apportée.Je pris autfi-toſt place, fans donner
le bonjour à perfonne , & fans m'informer
de la ſanté d'aucuns de ces Meſſieurs , je
fis feulement quelques ſignes de teſte à mes
Amis particuliers qui me mondirent de mefme,
de peur que nos complimens ne retardaſſent
la lecture de la Lettre que nous eftions
ſur le point d'entendre. Celuy quil'avoit
apportée, l'ayantouverte,ylût auſſi-toſt cequi
fuit.
Lettre de Nimegue du 10. Juillet.
LA Ville de Nimegue ayant par une vigoureuſe
reſiſtance donné beaucoup de gloire
auxArmes de Sa Majesté , je croy vous devoir
entretenir du Siege qu'elle a ſouſtenu , qui bien
qu'iln'aitduré quefixjours , n'a pas laiſſed'eftre
un
LE MERCURE
un desplus furieux dont on ait parlé depuis long.
temps ; & quand on confiderera que cete Vil
le estoit pourvené detoutes fortes de Munitions
de Guerre&de Bouche ; qu'avec des Fortifications
capables desouftenir les attaques delArmée
la plus nombreuse& la plus aguerrie, elle
effost dejendue par une Garnison de fix cens
Chevaux de plus de quatre mille Fantasfins
deTroupes bien reglées. Quand on confiderera,
di-je, toutes ces choses, onconnoiftra que
cette Place ne peut avoir esté prise en fix jours
quepardes François , puis qu'ilne luy manquost
vienpourfoustenir unSiege de fix mois. Toutes
ces raisons furent cause qu'elle ne s'étonna
pointdd''un noommbbrree infiny de coups de Canon qui
luy furent tirez par trois Batteries du Ful
deKnotzembourg,&que tout cequi avoit
fpiré de la terreur aux autres Places , neluy
causa point d'allarmes ; bien loin d'en avoir
ceux qui la défendoient crurent qu'en appre
nant le bon estat de la Place , &la réſolutim
où ils estoient deſe bien défendre . nous quitte
rions le deffein que nous avions eu de les aßseger.
MaisleRoy ayant résolu Siegedecette
Place dans un Conseil de Guerre ; Monfieur le
PrincedeTurenne , qui fert ceGrandMonarque
avec toutel'ardeur imaginable , ſe mit en estat
dejoindre cette belle Conqueſte à tous les Lauriers
dont il s'estoit déja couvert pendant la
Campagne ; ayant fait paffer le Rhin àfon
Arméequi estoit dans l'Isle de Bletean , il arriva
devant Nimegue l'apres diſnée du trois de
le
ce
t
GALANT. 91
aurez
mois ; Il en reconnut außi-tostles dehors , diribua
les Quartiers &fitfaire les Logemens.
amais Troupes n'agirent avec tant de viur,
& vous n'en douterezpas , lors que vous
que quelques heures apres leur arrivée
sdrefferent une Batterie Sur une espece de
mie-Lune dont ils s'emparerent , qui
uvroit la contr'escarpe. Lanuit Suivante queltes-
uns des desnoftres furent bleſſez , &nous en
Smes mesmes de tuez par lefeu extraordinaidu
Canon & de la Mousqueterie des Enemis
qui voulurent témoigner parlà qu'ils conmüoient
dans le deſſein qu'ils avoient pris de
bien défendre. Ilsn'eurentpas long-tempscét
wantage fur nous , & les Batteriesque nous
vions dreffées proche la contr'eſcarpe cauferent
une étrange consternation parmy eux. Ellefut
encor augmentée par la mort du Colonel Bevé-
›quesa valeur & Son merite firent beaucoup
regreter du Gouverneur qui se fioit en fon
courage. L'ardeur de nos soldats futtelle , que
des cette mesme nuit nous nous logeaſmes àla
faveur du feu que nous fiſmes sur la demie-
Lune dontje viens de parler ; cequi jetta une
telleépouvante parmy les Aßiegez , que le jour
Survant sur les neuf heures du matin ,
voyerent un Trompette pour capituler. Les
Oftages furent bien-toft donnez de part & d'antre
; mais comme ils demanderentà fortir avec
Armes & Bagages , & que Monsieur de Turenne
vouloit qu'ils demeuraffent prisonniers de
guerre , les Aßiegeans voyant qu'ils estoient trop
ren
ils enlong92
LE MERCURE
H
long-temps à rendre réponſe ,ſeremirent à leurs
Travaux. Les Aßiegez en firent de mesme ,
apres avoir retwe leurs Oftages se défendirent
avec plus de vigeur qu'auparavant. Ilsfirent
un feu extraordinaire pendant toute la nuit dee
quatre ou cinq . &fortirent sur le Regiment
de Navarre qu'ils chafferent de la demie-Lune,
cis it estoit engarde. Monfieur le Comte deCarman,
Colonelde ce tue en cetre
fe
Gos
10
3
Regiment,fut
occafion avec quelques Soldats. Leur mort fut
vangée bien-toft apres , puis que nous reprif- se
mescette demie-Lune aux Afßiegez,&qu'ilsy
firent une perte beaucoup plus confiderable que
celle que nous avions faite lors qu'ils s'en étosent
refaifis. Monfieur le Marquis Deftrades
voulant animer les Soldats parfon exemple ,
fut blesséd'un coup deMousquet la mesme nuit,
enportant des Fascines à la Tranchée. Cera
veMarquis eft Fils de Monfieur Deſtrades ,9
devant Ambassadeur en Angleterre & en Hollande.
Il est aujourd'huy Gouverneur de Vefel
de toutes les Places conquiſesfur le Rhin ,
il eft depuis vingt-cinq ans Capitaine General
des Armées du Rov. Le Fils d'un fi illuftre
ayant grandes preuves defon
courage, ainsi que je vous viens de marquer ,
Monfieur leMarquis de Foucaut fit un Logementfur
la contr'escarpe , & recent en cette occafion
deuxcontufions, l'une au haut de la tefte
P'autre
pouffames
nos avantages avec beaucoup de chaleur ; nous
fismeslehuit encor un Logementſur uue demie-
Pere, donnéde
вих reins. LeSept NONS
Lune,
a
GALANT.
93
avec une Placed'Armes dansle Foffépour
ger quatre cens Hommes couverts de Peaux
nere le feu. Le Soir du mesmejour on fit joüer
we Mine qui fit une brecheàla murailledes Aege
. Ils demanderent auß1-10ft aCapituler,
meurerent tous prisonniers à la reserve du
Comte de Saux ,
i-cafions
perillenses
م ل ا
rouverneur
de quelques Officiers. Monfieur
qui s'est trouveàtoutes les quefefontpreſentées depuis ouverture
de la Campagne
, a receuà ceSiege in coup de Cartouchée
dont il n'a pas esté in- ommodé, Monfieur le Chevalier de Camp- Heury Jon Efcuyer aestétué aupres de luy. Mon- fieur le Comte deGuiches'eftant außiexposé aux plus grands dangers , a pareillement perdu un de Gentils-hommesqui estoit à Ses coftéde luy. Je
Senadonné
ne puis oublier que Monsieurle Marquis de la
Ferte Senneterre, Colonel d'Infanterie , age
Lement d'environ quinze
àSeize ans
mille preuves d'une valeur extraordinaire tant
qu'a duréce Siege , &quemarchantfur les tra-
Ees
,
deSon Perequi peut avecjustice paffer pour
un des plus hardisCapitames denos jours , ilse
mitàla tefte dela Tranchée , y demeura toute
lanuit, tantque fon Regiment y fut de garde
, quoy qu'il fut incommode d'une Fievrequi
ne luy Laifſoit point derepos. Monsieur deValorge,
Gentil-hommede Foreft , agéaußt d'environ
quatorze ou quinze ans, voulant imiterce brave
Marquis , demeura douze heures aupres HuMineur,
&rapporta l'étatde la MineàMonfieur deTurenne
.
:
La
94
LE MERCUR
.
LaCompagnie trouva cette Lettre d'autants
plus belle , qu'elle avoit beaucoupde rapport
avec pluſieurs des particularitez de la priſe de
Nimegue qu'elle avoit ſçeuës en détail. On ne
raiſonnapas beaucoup deſſus , & l'on dit que le
Roy estoitdécampé le dix , fans qu'on ſçeut de
quel coſté il devoit aller , mais que ſelontoutes
les apparences il devoit s'aprocher de nous &
repafier le Vahl. On parla enſuite de la priſede
Coevorden, & ce ne fut pas fans donner beaucoupde
loiianges à Monfieur l'EvefquedeMunſter,
ce Poſte eſtant d'une grande importance
, & donnant eutrée dans toute la Weſtfrize.
LesNouvelliſtes eftansaccoûtumez depuisl'ouverturede
la Campagne, à ne parler preſque plus
que deGuerre , la converſation tourna fur celle
qui commençoit à s'alumer entre Monfieur le
Duc de Savoye & la Republique de Gennes,
fur le ſujet des Limites ; & l'on dit que les
Gennois ayant affemblé un Corps de Troupes
confiderable , s'eſtoient avancez à la Pieve , &
qu'ils avoient efté repouſſez par Monfieur le
Comte Catalan Alfiery , & qu'il avoit meſme
efté attaquer leurgros , qui s'estoit avantageufement
poſté le long d'unemontagne garnie
d'arbres,&dans un Batiment qu'ils avoient fortifié.
On ajoûta que Monfieurle Marquisde Livourne
& Monfieur de Grand- maiſon avoient
encette rencontre donnezdes marquesde leur
courage à la tefte du Regiment des Gardes;
&queMonfieur le Comte de Truchy étant furvenuavecquatre
cens Volontaires , les Gennois
s'eftoGALANT.
ور
Peſtoient retirez , mais que comme ils étoient
vantageuſement poſtez , la perte avoit eſté
fonfiderable de part &d'autre. Je ne ſçay fi
Pon s'entretint encor long-temps de Nouveles
, car je fus obligé de quitter l'Aſſemblée pour
ller parler à deux Femmes dema connoiſſane,
qui ſe promenoient , &qui mefirentſigne
'allerà elles. Je çıús qu'elles avoient quelque
Thoſe à me dire , & cependant elles ne voulopent
que me railler de l'attachement avec lequel
elles me voyoient écouter les Nouvelles quiſe
debitoient dans noſtre Compagnie. Je ne par-
May point de Guerre avec elles , leurs Amans n'étoient
pas à l'Armée , & c'étoit affez pour leur
ofter la curiofité , d'apprendre ce qui s'y paffoit.
Apres avoir un peu médit du prochain , &
donné quelques coups de langue contre tous
ceux de leur connoiſſance qui ſe promenofient
, leur conversation tourna fur les modes. II
faut avouer , dirent-elles , que l'on ne ſçait
coment on ſe doit habiller ; les Modes meurent
avant que de naître , & toutes les Perſonnes de
qualite ont à peine commence à ſuivre uneMode,
que les Singes de Cour les font avorter , parce
que les grands Seigneurs les quittent auffi-toft
pour en prendre d'autres ; & c'eſt pourquoyles
Bourgeois qui croyent eftre à la mode n'y font
jamais. Il faut avoier repartit l'autre , qu'il y a
preſentement une Mode qui estbien generale,&
que l'on ne voit plus rien que d'imprimé&de
peint;toutes les Rues fontremplies de ces Manteaux
de la Chine ; &lebonmarchéde ceux qui
font
96 LE MERCURE
font imprimez à caufé cette multiplicité. Je
fais peindre de beaux Eſcrans de meſme , re
prit l'autre ; & comme je croy que perſonne
n'alameſmeprévoyance ,j'eſpere que j'en ameneray
laMode. C'eſt une bagatelle que vos
Eſcrans , repliqua Clarice , car elle ſe nommoit
ainfi ,& l'autre Lucreffe ; & je fus hyer chez
une de mes Amies qui fait peindreune Tapefſerie
d'Alcove , dont les Figures ſont demahauteur.
Il n'y a rien de plus beau , continua-telle
, & puis que l'on peintbien des Rubans,
on peut bien peindre des Tapifferies. Payveu
quelque choſe de plus curieux &deplus nouveau,
dira lors Lucreffe;&Perignon me montra
hyer des Bas de Soye de la Chine , dont les
Figures eſtoient les plus plaiſantes du monde.
Ilfaut , repartis-je à cette Belle , que les Dames
quiporterontdeces Bas de Soye figurez , fojent
folues à faire voir leurs Jambes , car fans , cela
il leur feroit inutile de porter de pareils Bas.
Quevoulez-vous, reprit Clarice ? il ſe faut peindredepuis
les piedsjuſques à la teſte pour bien
fuivre la mode , &j'efpere quel'on imitera bientoſt
les Irocquois , qui ſe peignent le viſage de
toutes couleurs. La modedes Coliers d'Ambre,
&mefme des Pendans rouges , luiſans &taillez
à facettes , dit alors Lucreffe , a efté preſque
auſſi generale dans tout l'Eſté que celle des
Manteaux peins & imprimez ; mais j'en ay
remarqué bien d'autres , continua-t-elle , &
fi nous me voulez donner audiance , je vous
entretiendraydeplus decinquante , fans parler
de
GALANT.
97
ecelles dont nous venons de nous entretenir.
on Amie luy réponditqu'elle l'écouteroit vo--
ntiers , & Lucreffe , ſans ſe faire prier , comsença
auſſi-toſt de la forte. Le ſeul articledes
Dentelles & des Points , en renferme plus de
ngt , & jamais il n'y eut tant dechangement
1fi peude temps. On ne fait plusde pied aux
Dentelles , & l'on ne met plus fur les Habits
e petites Dentelles noires avec les grandes , on
itdes Dentelles fans fond & chenillées ; on
es appelle ainſi , parce que les Fleurs font ve-
>utées , comme étoit autrefois une eſpecede
Luban , que l'on appelloit de la Chenille. On
ait auſſi des Dentelles à grandes brides , comme
auxpoints de fil fans raiſeau , &des Dentelles
d'Eſpagne avec des brides claires fans picots ; &
l'on fait aux nouveaux Points de France des brides
qui en font remplies d'un nombre infiny.
Onnevoit plus gueres preſentementſur lesHabits
de Dentelles couchées , c'eſt à direqu'elles
ſe touchent de plus pres , qu'elles ne font
confues que d'un coſté , & qu'on en emplo-
Je bien davange. On a porté au commencement
de cet Efté desmanchestoutesde Point,
qui estoient fort defagreables &reffembloient à
des Lanternes , mais on les a bien-toft apres
acourcies, renouées & retrouffées , ce qui leur
a fait avoir beaucoup meilleur air. Onporteencore
preſentement desManteauxde Taffetasde
toutes fortes de couleurs , mais beaucoup plus
de couleur de Roze que d'autres ; cesManteaux
font couverts d'autres Manteauxtoutde Point
Tome III. E d'An98
LE MERCURE
d'Angleterre , & l'on ne voit preſque pas une
perſonnede qualité, que n'ait ou de ces fortes de
Manteaux, ou des Manteaux dela Chine peins
&non imprimez. On en imprime toutefois
depuis peu qui font preſque aufli beauxque les
peints, mais lespremiers qu'on a imprimez n'eſtoient
que pour les Grizettes & furdu taffetas,
au lieu qu'il y en a preſentement defatin qui font
ſi beaux , qu'on a de la peine à deviners'ils font
imprimez oupeins. Paſſons , continua- t-elle , à
la maniere dont pluſieurs font preſentement
faire leurs Corps ; celles qui croyent avoirles
épaules plus belles que la gorge , & qui veulent
montrer leur dos à la maniere desEſpagnolles,
onr des corps plus bas par derriere quepar le devant,
& pour cacher leurs os qui fontdes faliexes
, elles tirent adroitement leurs mouchoirs
fur le devant , &par cemoyen elles découvrent
ce qu'elles croyent avoir de beau
cequ'elles croyent avoirde laid. Commeelle ne
nous laiſſoit pas le temps de parler entre la defcriptionde
chaque mode. J'ayoublié, pourfuivit-
elle,àvousdire en vousparlant des Dentelles
&des Jupes , que lesglands de fil font fort à la
modeſur les Jupes, qu'ils enſeparent les Dentelles,
&qu'ils leur ferventde pied&d'agrément.
Quoy que toutes les Perſonnes dequalité ayent
desPierreriers,elles s'en fervent neantmoins dans
decertains temps plusqu'en d'autres , & ne les
gardentjamais deux ou trois ans fans les faire
changerde figures; nous les avons veuës en roſes,
&puis ferrets. La mode des Croix a duré long-
&cachent
temps.
GALANT.
99
os. On a fait des Bouquets de Perles&de
Dhamans pour attacher au coſté à la place de
euxde Fleurs ; & preſentement les Femmes en
ont des garnitures & en mettent par tout où
lles metoient autrefois des Rubans ; il eſt vray
que ce n'est pas enſi grande quantité,&quepluleursles
mélentavec desRubans. Dans ledeüil
on ne porte que des Perles , parce quede tout
temps les Perlesont eſte de deüil ; celles qui encheriffent
fur laMode , font attacher lesbâtons
de leur Evantail par des noeuds de Diamans.
J'enſçayqui en font faire des lacets , & je vis hier
un Ouvrier qui travaille à des gances de Diamans,
cequi nes'eſt point encorveu. Les Femarmes
de qualité ne fontpreſque plus garnir leurs
Souliers que parles coſtez ,& l'onen porte beaucoup
de velours noir avecdes Boucles de Pierre-
✓✓ries,&des Rubansde couleurde feu. Je vis dernierement
une Coquette , nousdit-elle encot,
qui avoit beaucoup de Rubans aux oreilles par
deffus une cornette de Point,maisje ne ſçaypas fi
cettemodeaura cours . Enfinje ne vûjamais tant
deModes nouvelles ; &ce que l'on auroitpeine
àcroire, la vieille maniere de faire des Confitures
achangédepuis deux mois; & les Medecins qui
difoient autrefois que le fruit faiſoit mal quand
onenmangeoitlematinfanspain, lesordonnent
preſentement pour Medecine. Voila bien des
Modesenpeudetemps , luydiſimes-nous , voyantquelle
avoitceffédeparler.Cen'eſtpastout,
nous repliqua-t-elle , & je n'aurois jamais fait,
fije voulois vousparlerd'un milion de Modes
qui
G

5
E 2
200 LE MERCURE
!
qui ne regardentque des bagatelles , &vousentretenirdequantitéd'autres
qui meurentprefque
ennaiſſant. Jecroy pourtant , ajoûta-t-elle, ne
devoirpas finirunchapitre ſi frequent ſans vous
parlez de quelqueModes qui regardent les Emmeublemens.
On ne ſe fert preſque plus que de
Litsd'Anges, dontles Couches font rempliesde
Sculpture& toutes dorées : ces fortesde Lits
qu'on ne faiſoit autrefois que d'une maniere,
fontpreſentement de cens façons differentes ;
&comme ils font tous diverſement retrouffez
, on n'en voit preſque pas un qui reffemble
à l'autre , foit pour la maniere dont ils font
faits&retrouffez , foit pour les Trophées qu'on
employe pour les faire ; les uns font dedivers
Taffetas , les autres font de Toille jaûne tous
garnis de Point , & j'en ay veu ſur lesquels il
yavoit pour,huitou neufcens livres de Ruban.
L'invention des plus beaux de ces Lits & des
mieux imaginez , eſt deuë aux Sieurs Bon ,
qui font de fameux Tapiffiers qui en ont fait
un nombre infiny , &qui onttant d'ouvrages,
que lorsqu'on les veutfaire travailler , il les faut
retenir une année auparavant. On fait encor des
Litsd'une autre maniere , que l'on appelledes
Lits de Trivelin , & ce nomleur a eſté donné ,
parce que chaque léeſt d'une étoffe differente.
Les Femmesqui fontdépenſe enJupes , ont inventé
cette maniere de Lit ; &detoutes celles
dontles étoffesneſe portentplus , elles font des
Litsqui fontà la nouvelle mode.Les Marchands
ont fait faire des étoffes à l'imitation de ces
Lits,
GALANT 101
Lits,&quelques Femmes en ontporté desManreaux
qui n'ont pas paru agreables. Les Gens
de qualité ne veulent plusde Tapisde pieddans
leurs Alcoves , à caufe de la poudre qu'ils con
deboisdec'est pourquoy ils les font icon
debois de diverfescouleurs & de pieces derap
port . On fait depuis peu de grands Gueridons
Carce de bois qu'on argente & qu'on brunit d'une
les fait reflemblerauit
cous
diver
amanière
pour
lesTha
at
de
Tale
aur
deus
deze
an
ire
tran
Aat
.Onli
quela
omlert
une
leen
&
tplas
ode
.Lo
im
& au mieux travaillé ce qui fait le monde eft furpris de leurbeaute quetoute
ceux qui les voyent les prennent pourdesGue- ridonsd'argent. Il n'y a pas juſques auxRide- aux qu'on met au devant des Fenestres qui ne foient auſſi ſujets aux caprices de laMode ;
ils font preſentement
fendus par le milieu , &
aulieuqu'on neles tiroit que d'un coſté , onles tire maintenant
des deux coſtez ; & l'ona in troduit cette mode, parce quel'on a crû qu'ils incommoderoient
moins,&que les feneftresen recevroient
plus d'ornement
. Quoy qu'on dife que les Femmesne ſelaſſentpointde parler,cel- le-cy ſe teut toutefois , tantparce qu'on nel'en prioit pas , & qu'on nelacontredifoit
enrien, que parce qu'elle vouloit reprendre haleine , ce qui eſtd'autantplusfacile à croire que le chapi- tredesModeseft inépuiſable en France , &fon Amielefitbien voir ; car àpeine Lucreffe fe fut- ellemiſe en eftat de reprendre haleine , que Cla- riceprit auſſi-toſt la parole , & commença de la forte. Vous n'avez pas, luy dit elle, parlédetou- tes les Modes;&fi je m'étois attachéecomme
.
E3 yous
102 LE MERCURE
:
vous à les remarquer , je vous aurois entretenude
plas de cinquante autres dont vous avez
riendit. Par exemple , pourſuivit- elle , vous
n'avez point parlé de ces nouveaux Brocarts,
dans leſquels il y a des bantes mouchetées de
noir , & que l'on prendroit pour de veritable
Hermine. Vous n'avez rien dit des étoffes de
Soye, qui foutcomme des Gros de Tours, &qui
font toutes tabizées , nyde celles qui ſont mélées
debandesdeTabis&de Satin , &vous ne yous
eſtes pas , jecroy , reſouvenuë que les Femmes
ne portent preſque plus que des Manteaux.
La grande quantité de Mones qu'on voit naître
chaque jour , repartit celle qui nous avoit
déja entretenu d'un ſi grandnombre , eft caufe
qu'il en eſt échapé beaucoup à ma memoire ;
d'accord que leur nombre ne diminuë riende
leur agrément , que rien ne plait davantage
que les Modes nées en France , & que tout ce
qui s'y fait a un certain air que les Eſtrangers ne
peuvent donner àleurs Ouvrages , quand mefmeils
lesfurpafferoient en beauté : C'eſtpourquoy
dans toutes les Provinces du Monde on
fait venir de France quantité de chofes qui regardent
l'habillement , encor qu'on nes'habille
pastout- à- fait à la Françoiſe ; & les Dames Alemandes
aiment tant les Souliersquiviennentde
France , que dernierement j'envis remplirdeux
tonneauxpour tranſporter enAlemagne. Mais,
continua-telle en s'adreſſant à moy , il me
ſemble que nous avons affez parlé de Modes
qui regardentles Femmes , & que vous devriez
àvo-
,
GALANT.
103
àvoſtre tour nous entretenir de cellesdesHommes
; car vôtre Sexe enAmour & en Mode n'a
pas moins d'inconſtance que le noître. Jerépondis
queloinde me défendre ,je demeurerois
toûjours d'accord d'une partiede ce qu'elle avoit
dir , & que je croyois que les Hommes reconnoiffoientplusl'empire
de la Mode que les plus
*inconftantes & les plus ridicules Coquettes de
Paris. Et j'ajoûtay que pour faire voir quej'eſtoit
perfuadéde cette verité,j'alois montrerque
les Hommes avoient en tres-peu de temps fait
changer huit ou dix fois les modes de leurs
manches , & que j'eſtois affeuré qu'on neme
montreroit point parmy les Femmes , pour ce
qui regardoit lesModes , un exemple de pareille
inconttance. Cette réponſe de bonne foy , &
qu'elles n'attendoient point , les fit fourire , &
fut cauſe qu'elles me prefferent de tenir ma parole.
Voicyde quelle maniere je m'en acquitay.
Je ne vous parleray point , leur dis-je , de plus
ſieurs anciennes manieres dont les Hommes ont
porté leurs manches , & je ne parleray point
du temps où l'on les boutonnoit juſques au
poignet, nydeceluy où l'on commença à les retrouffer
un peu avec des fraizettes detaffetas de
toutes couleurs , & je ne vous entretiendray
point non plus du temps où on les ouvroit tout
dulongdu bras. Ce quej'ay à vous dire eſt plus
nouveau , & je ne veux vous parler que depuis
unan ou dix-huit mois , afin que vous vous en
ſouveniezmieux. Elles eſtoient en cetemps-là
entourées de Rubans &de Dentelles pendantes,
E 4
&
104 LE MERCURE
&l'on diſoit alors que nos Rubans tâtoient les
premiers aux Sauces. Cette Mode ayant changé
,on a retrouflé les manches que l'on coupoit
auparavant , on en aretranché les Rubans , &
l'onn'ena gardé que la Dentelle que l'on acoufuëpar
enhaut&par enbas fur le reveradesmanches.
Onafait enſuite le procez à laDentelle,on
arouléles manches , & l'on a enfermé ces roulemens
avec des gances & des boutons. L'on
s'eft bien- toft apres laillédecette Mode , on a
déroulé lesmanches & coupé les gances ,&l'on
aorné les revers avec des boutonsque l'on aarangez
en Fleursde Lys renverſées,&quelquesuns
mefines y ont ajoûté de la Frange de toutes
fortesdecouleurs,&dans le meſine temps onen
afaitprendre les coſtez qu'on a taillez en demy
ronds,commeles queuës des Jupesdes Femmes,
demaniere quenos manches ont prit la placede
nosRubans , &que ce font elles qui tâtentprefentement
aux ſauſſes. Noftre inconſtance
pourſuivis-je , n'a pas ſeulement paru dans nos
manches , & apres avoir portelong-temps des
Rubans fort eſtroits , nous en avons prisde fi
larges , que nos garnitures reſſembloient moins
àdes Rubans qu'à des piecesde Brocard ou de
Taffetas. On s'eſt depuispeu aviſé , dis- je encor,
de faire pendre les deux coſtez des Rhingravesaudeffonsdes
poches , &de mettre desRubans
aux Culottes aux meſmes endroits , ce qui
produitun tres-vilain effer.Quant ànos Souliers
n'y aaplus de mode , & chacunlesporteindifferemment
larges ou eſtroits de carrures , &
il
l'om
GALAN 105
I'on n'en faitplusguere de ronds. Les Boutons
d'Orfeverie dont nous nousfervions il n'y a pas
long-temps , estoient à jour & fort bien travaillez
; mais comme on s'ennuye de tout en
France , on a mieux aimé en porter de beaucoup
moins beauxque ne point changer deMode
; c'eſt pourquoy l'on fefertde Boutons unis,
dont le deſſus eft orné d'une petite rozette,
dont on ne s'apperçoitpas à moins d'y regarder
de bien pres. Ces Boutons qui fans la rozette
reffembleroient à ceux des Suiſſes , ont ſi peu
d'agrément , qu'il faut qu'on en reportebientoft
à jour , ou quel'on en invente d'uneMode
qui ne foit pas moins agreable. Toutes cesModes,
adjoûtay-je encor, carjelesdis toutes deſuite
, comme avoit fait Lucrefle, ne font que pour
l'ornement ; mais je trouve celle des Manteaux
de Toille cirée pleuë par deſſus , & de la couleur
de nos plus beauxDraps , plus utilesquetoutes
les Modes qui ne regardent que l'ajustement.
Cette converfation touchant les Modes me donna
lieu de dire aux deux Belles , qui trouvoient
cet entretien le plus agreable du Monde , que
nos corps n'efloient pas moins ſujets que nos
habillemens à l'empire de la Mode , & que cette
inconſtante y avoit accoutumé juſques à noftre
apétit. Elles me demanderent l'explication de
cetEnigme. Ellen'eſt pas difficile , leur repartisje
; les Anciens Romains n'ont jamais ſçeu ce
quec'eſtoitquede diſner , & nous voyons que
pendant tout le Siecle d'Auguſte ils n'ont jamais
faitqu'un repas par jour ,& qu'ils foupoient
ES
feu106
LE MERCURE
1
!
ſeulement & ne dînoient jamais. Les gensde
qualité, continuay-je, qui tiennent preſentement
degrandes Tables , ne font auſſi qu'un repas ,&
je vis dernierement de fort grands Seigneurs ,
qui diſoient que le Siecle d'Auguſte&celuy de
Louis XIII . avoient toûjours ſoupé,&que celuy
de Louis XIV. s'eſtoit declaré pour le diſner.
Toutes ces chofes , poursuivis -je , font voit que
laMode a ſçeu accoutumer l'apetit à ſes caprices,
puis que l'on voit preſentement beaucoup
degens, qui loinde nefaire qu'un repas parjour,
comme les Anciens Romains , ont bien de la
peine à fe contenterde trois ou quatre. Il faut
avoüer , dirent alors ces deux Belles , que le
pouvoir de laMode eſt biengrand. Il l'eſt encore
plus quevous ne penſez , leur repartis-je,
&elle étend ſon Empire juſques fur les Enterremens.
Les Princes ſeuls autrefois avoient au
lieu de Torches des Flambeaux à leurs Convois
, & preſentement tout leMondes'en fert,
&l'ufagedes Torches eft entierement aboly.Ce
n'eſt pas tout , continuay-je, on ne chanteprefque
plus d'Airs à quatre parties dans les Temples
, & les Menuets y font devenus à laMode.
Etpourquoyn'y ſeroient- ils pas, reprit Lucreffe,
puis que le fameuxMonfieurde Lullys'eſtbien
ſervydeViolons dans un Miferere , &queMi-
Serere a efté aplaudy de toute la Cour , &qu'il
paffepourlaplusbelle choſe qu'il ait faite ? Nous
parlames encor quelque temps de Muſique ; puis
une Troupe de Coquettes & deGalands , qui
pour avoir trop renchery ſur les Modes cous
rantes
GALANT.
107
J
rantes paroiffoient ridicules , fit encor retourner
la converſation ſur les nouvelles manieres
de s'habiller ; & l'on dit enſuite que leModes
paffoient de la Cour aux Dames de la Ville, des
Dames de la Ville aux riches Bourgeoiſes , des
riches Bourgeoifes aux Grizettes , qui les imitoient
avec de moindres Eſtoffes; & que lors
que les Dames de la Cour & de la Ville mettoient
des Pierreries fines , les Bourgeoiſes en
mettoient de fauſſes , & les Grizettes desBoutons
d'Orfeverie ; & que lors que les Grizettes
ne ponvoient pas en porter de fins , elles
en mettoient de faux aux mefines endroits.
On ajoûta que de ces Grizettes les Modes paffoient
aux Dames de Province , des Dames de
Province aux Bourgeoiſes des mefmes lieux ;
& que de là elles paffoientdans les Païs Eſtrangeis;
de maniere que lorsqu'elles y commençoient
leurs cours , celles qu'on avoitdepuis ce
temps-là inventées à la Cour commençoient
déja à devenir vieilles. Apres cette converfation
qui fut affez longue , Lucreffe & Clarice
- s'en retournerent , & je fus rejoindre le gros
des Nouvelliftes. Je fis réflexion en y retournant
fur les chofes dont nous venions de nous
entretenir , & je demeuray ſurpris de toutes
les bagatelles qui m'avoient ſervy d'entretien ;
mais ma honte ceſſa bien-toft , lors que je me
fus dit à moy- meſme , que la pluſpart des Gens
de qualité, & deceux meſmesqui avoient donné
des preuves de leur eſprit , s'entretenoient
ſouvent deModes nouvelles , & que cette maticre
E6
108 LE MERCURE
tiere entroit, auſſi naturellement dans la converſation
que le froid&le chaud , la pluye &
le beau temps ; & qu'il étoit auſſi naturel de
dired'abord auxgens qu'on rencontroit , qu'ils
eſtoient bien mis , que de leur demander l'eſtat
deleur ſanté. En faiſant ces réflexions , j'arrivay
augrandBureau de Nouvelles. J'entendis d'abord
ces paroles que le Nouvelliſte Turlupin
qui les croyoit admirables , proferoit affez haut
pour les faireentendre de loin. Hé bien , Meffieurs
, diſoit- il n'avoürez-vous pas que les
François ont eu beaucoup d'honneſteté pour
les Hollandois , & qu'ils n'ont pas voulu leur
laiſſer de Crévecoeur àla fin de la Campagne.Hé
quoy , luy repartis-je , en arrivant par derriere
luy, ne vous déferez-vous jamais de VOS méchantes
plaifanteries ? car je vis bien qu'il vouloit
parler de la priſe de Crévecoeur. Il demeura fi
confus, qu'il neme répondit rien. J'appris enfuire
laNouvelles quel'on venoit de debiter, qui
eſtoit que Crévecoeur s'eſtoit rendu apres deux
joursde Tranchée ouverte , &quelaGarniſon,
compoſée de plus de huircens Hommes , ayant
veules Foffezdela Place comblez , encor qu'ils
fuſſent doubles & remplis d'eau, avoit contraint
le Gouverneurde ſe rendre à difcretion. J'apris
auſſi enſuite parun Lettre qu'on me fit voir, que
Monfieur de Turenne avoit affiegé Bomel
&qu'on ne croyoit pas que cette Place tint
long-temps. La Compagnie ſe fepara avec ces
bonnes Nouvelles , parce qu'il eſtoit déja fort
tard,&que leMedecin de l'Affemblée (car il y en
avoit
GALANT.
109

3.220
Jorda
avoit un quis'y rendoit régulierement) nousdit
que l'on ne ſe portoit jamais bien lorsqu'on foupoit
ſi tard. Les Nouvelliſtes le crûrent ,plûtoft
parce qu'ils n'avoient plus rien de nouveau à
dire, que pour aucune autre raiſon .
XIV. SEMAINE.
Nouvelles du 30. deJuilletjusques au 6.
d'Aouft.
LEs Nouvelliſtes ayant appris de tous coſtez
tien public , que les uns les blâmoient , & que les
qu'ils estoient devenus les objets de l'entreautres
les excuſoient , mais qu'ils estoient fouvent
raillez de tous ceux quivenoientpromener
dans les lieux où ils tenoient leurs Affemblées,
& quel'on condamnoit le tropgrand empreſſement
qu'ils avoient àdebiter des Nouvelles
, & l'impatiente & avide curiofité qu'ils
montroient fans ceſſe. Ces Mefſſieurs , dis-je ,
bien informez de toutes ces choſes , réfolurent
de ſe rendre justice , & de s'entretenir à leurs
propres dépens ; Ils firent donc eux-meſmes
leurs Satire en travaillant à leurs Portraits , &
direntdes choſes ſi plaiſantes , qu'elles auroient
pû ſervirde divertiſſement à ceux qui font
profeffionde nejamais rire. Quand ils eurent agreablement
railléd'eux-meſmes , il y en eut un
delaCompagniequi prit la parole. Il ſemble,ditl,
à nous entendre parler , qu'il n'y ait que nous
E 7
de
110 LE MERCURE
deNouvelistes fur la Terre,cependant lesEfpagnols&
les Italiens le font beaucoup plus que
nous,&les derniers Artiſans d'Eſpagnene manqueroient
pas nnjourdeſerendre dansles Places
publiques , apres avoir celle leur travailpour
ydecider du Deftin de l'Univers. On fait la
mefime choſe à Venise,& l'empreſſement de
diredes Nouvelles &de ſçavoir l'avenir eft fi
grand, que l'onyfait des gageures pour le choix
des Magiftratslong-temps avant que ce choix fe
doive faire; & nous avons mefme veu ſouvent
que ces gageures ont eſté défendues à Veniſe,
parce qu'on lesyjugeoit d'une tres-dangereule
confequence. Ontrouve auſſi beaucoup de
Nouvellistesà Rome, continua le meſme; &
comme les Eftrangers viennentde toutes parts
voir cette fuperbe Ville , on peutdire que les
Nouvelliſtes s'yaſſemblentdes quatre Parties du
Monde; ilsy fontſouvent des gageures pour les
priſes des Places aſſiegées , & pour la levée des
Sieges , & les divers partis que la gloirede leur
Pais, &mefme ſouvent leurs propres intereſts
les obligentdeprendre, cauſentquelquefois
querelles entr'eux , qui produifent de fanglantes
fuites. Toutes ces choſes qui font conftamment
vrayes ,ajoûta- t- il encor , doivent faire connoiſtre
que si les François ſont avides de Nouvelles
&feplaiſentà endebiter , il n'yapointdeNationsqui
n'ait ſesCurieux impertinens , &que la
France enamoins qu'aucune autre&de moins
empreffez.Je ne demeure pard'accorddece que
wous dites, repartit le Nouvelliſte Autheur,on ne
peut
L
des
GALANT III
eut trouver chez aucune Nationdu Mondede
- ardens Nouvelliſtes que les François , & les
ers que je vais vous dire enfont foy. Il cut à
Feine achevé ces paroles qu'il nous ditles Vers
ivans .
CefardanslaGuerreGallicque,
lu Livre quatrième en parlant des François
Afort bienécrit autrefois
Ce qu'aujourd'huy l'on trouve Sans replic
que,
- dit qu'ils arreſtoient deſſus les grands chemins
Tousles Paffans , afin d'ensçavoir des Nouvelles;
Et mesme en plein Marché tous les Marchands
Forins.
Ces Vers firent reſouvenir à quelques-uns de
ce que Cefar avoit écrittouchant les Nouvelliſtes
François , & l'on ne jugea pas la matiere indigne
des plusbeaux Eſprits, puis que ceGrand
Homme avoit bien voulu écrire luy-mefmecon-
-tre les Nouvelliſtes . Cette converſation ne nous
✔empécha point de reprendre noſtre occupation
ordinaire , & nous recommençâmes ànous entretenir
de Nouvelles de lameſme maniere que
ſi nous n'avions point parlé contre les Nouvelliftes;
& apres quelques Nouvelles de Guerre qui
n'eſtoient pas confiderables , la converſation
tourna ſur l'Opera. Ne parlez pointdesOpera
, dit alors un Ennemy declaré de la Mufique,
ons'ennuyed'entendre toûjours chanter,&
jene
12 LE MERCURE
&que
jene trouve riende plus fatigant. On diſoit celal
, repartit un autre , avant que Monfieur le
Marquis de Sourdeac &Meſſieurs fes Afſociez
eurent fait repreſenter les deux Opera qu'ils ont
donnez au Public ; mais le fuccez a fait voir le
contraire. Je le crois bien, repartit un troiſieme;
mais les inimitables Machines de Monfieur le
Marquis de Sourdeac qui a fait autrefois la Torfon
d'Or pour ſon Divertiſſement s'y faisoient
admirer ; & comme elles estoient executées
avec toute la juſteſſe imaginable
Monfieur de Beauchamp , qui fait les Balets
duRoydepuis vingt-un an ,& qui a cu Phonneurd'eftre
choiſi autrefois pour montrer à dancer
à Sa Majesté , comme un des plus Illuſtres
de fon temps , avoit travaillé pour l'Opera , on
nedoit point s'eſtonnerde ſon ſuccez , qui n'eſt
pas deu à la Muſique , puis qu'elle n'en faifoit
que la moindre partie. Les choſes n'iront pas
de meſime à Pavenir , reprit un quatrième , &
la Muſique fera le plus bel ornement des Pieces
qui feront repreſentées dans l'Accademie de
Monfieur de Lully. Qu'importe de Machines,
continua- t- il , de Balets , & meſine de belles
Comedies , puisque lors que laMuſique eftdans
ſa perfection , elle tient lieu de tout cela : Six
Chanſons compofées par cegrandGenie feront
courir tout Paris. Cela arriveroit , luy repartisje,
fi chacunaimoit autant laMuſique que vous;
maistoutleMonde n'estpas de voſtregouft. On
aime beaucoup la Comedie en France , l'efprit
endemandequand les oreilles font fatisfaites ; &
nous
GALANT. 113
nous avons ſouvent, veu que dans lesgrands
Divertiſſemens on preſtoit plus d'attention à la
Comedie qu'à la Muſique. Ce n'eſt pas que la
Muſique ne plaiſe,&qu'on nel'écoute d'abord,
mais elle ennuye dés qu'elle dure trop longtemps
, quand meſme elle ſeroit bonne , &la
Comedie n'ennuye jamais à moins qu'elle ne
foit méchante. Vous n'auriez pas eſtéfatigué
du troiſieme Opera de Monfieur leMarquis de
Sourdeac , reprit celuy qui prenoit ſon party; il
fe preparoit à faire quelque choſe de ſi beau,
de fi nouveau & de fi furprenant pour les
Machines , qquu''oonn le fut venu admirerdesquatre
coins du Monde. Il n'en avoit prefque pas
mis dans les deux premieres Pieces qu'il avoit
données au Public , & n'avoit fait que preparer
fonTheatre, pour la troiſieme. On n'y auroit
point veu de cesChangemens deTheatre , de
ces Chars ordinaires , &de ces Vols qui font
que toutes lesMachines ſe reſſemblent ; Er ...
Mais pourquoy, luy repartirent pluſieurs , ne l'at-
on paslaifle continuer,puis qu'il a étably l'Operaavec
tant dedépenſe , qu'il preparoit de fi belleschofes
,&que fans luy&fes Affociez , on ne
ſe ſeroit point aviſéd'en faire enFrance ? Vous
avez trop de curioſité , leur répondit la Nouvellifte
miſterieux , à demy en colere; on ne doit
jamais penetrer dans les ſecrets des Rois , &l'on
doit toûjours croire qu'ils ont raiſon . Je crois ,
reprit un autre,queMonfieur de Lully n'a cu fon
Privilege , qu'afin qu'il pûtpar le moyendeſſon
Accademie former des Muſiciens pour leRoy,
qui
114 LE MERCURE
qui fuffent capables de remplir les Place quivacqueroientdans
la Mufique de Sa Majefte. Nous
trouvames cette pensée de bon fens , & nous
fiſmes enſuite la guerreàl'un de nos Confreres
qui n'avoit pas ditun mot pendant noftre converſationdel'Opera.
Je n'ay paslaiſſéde faire réflexion
fur ce que vous nous avezdittouchant
laMuſique,nousrépondit- il,&j'aybeaucoup de
chofes àdireà fon avantage, pour faire voir que
ceuxqui lacondamnentn'en connoiffentpas le
merite. Nous luydiſimes que nous eſtions preſts
deluydonneraudiance. Ilnousremercia,&commença
auffi-toſt dela forte.
LaMuſique eſt la plus ancienne de toutes
les Sciences; &les Grecs en faifoient une eftime
toute particuliere, elle entretient nofire
joye&flate également noſtre triſteſſe , ellemodere
les eſprits lesplus échauffez par le Vin; &
ceft pourquoy les Anciens faifoient chanterapres
le repas. Ariſtote àditque noftreAme ne
ſubſiſtoitqueparl'Harmonie ,& nousà fait voir
dansſesQueſtions Problematiques , que de nos
fens il n'yaque l'oüye qui ſerve aux choſesMorales.
Et Plutarque nous apprend que les Argiens
établirent une peine contre ceux qui par-
Jeroient contre la Muſique. Elleplaiſoit beaucoup
à Socraté , & ce grandHomme avoitappuis
à chanter&àjoiier des Inſtrumens. Boëtius
au Livre premiers de faMuſique , dit que Ménias
guerit une infinité de Boeotiens travaillez
de la Sciatique , à qui il fir paſſer la douleur
au ſondes Flûtes. EtTheophrafte, Athenée
,
Afcle-

GALANT
15
Afclepiade &Democrite , diſent tous quelaMuſique
a le pouvoir de guerir beaucoupde maladies.
Apollonius remarque que les Thebins de
fon temps ſe ſervoient communement du fon
des Inſtrumens pour remedier à beaucoup de
maladies corporelles. Plutarque écrit que Thales
le Candiot fit par le moyen de laMuſique
ceffer la Peſte dans Sparte. Dans l'Amerique on
ne fe fert pour guerir toutes fortes de maladies
que d'une Muſique à la mode du Païs , qui ne
laiſſe pas de produire d'auſſi bon effets que fi elle
avoitla meſme douceurque la noſtre. David ſe
loie luy-meſme d'avoirbien chante , &l'on dit
que fon Fils Abſolon ſe fit par lameſme raiſon
admirer de toute la terre ; &que Saül poffedé ne
recevoit de foulagement que par la Harpe de
David. Sçavez- vous bien , continua-t-il enpaffant
tout à coup à des Remarques moins ferieuſes
, que l'on ne penddes Sonnettes au coldes
Mulets , que parce que le bruit qu'ellesfont eft
une Muſique pour euxquiadoucit leurs peines,
&leur donne de la force. Et l'on dit que lors
qu'on veut faire auxChameaux de plus grandes
journées que de coûtume , leurs Maiſtres ſc
fervent au lieu du Foüet ou du Baton,de certaines
chanſons qui les font aller beaucoup plus
viſte que tous les coups qu'on leur pourroit
donner. LesBiches meſmes, adjoûta-t- il , ſont ſi
ravies du ſon d'une belle voix , qu'elles ſecouchentpourl'entendre,&
ſe laiſſent ainſi prendre
facilement ; Et c'eſt Antigonus Caryſtius qui dit l'avoir appris d'Ariftote. Et tous ces merveilleux
effets
16 LE MERCURE
effetsdelaMusique ,poursuivit-il , ont efte
cauſedetout ce que l'Antiquité nous a dit des
Orphées, desArions, &des Amphions. Vous
avez fibien établylepouvoirdelaMufique, luy
dimes-nous dés qu'il eut cefléde parier , que
ceux qui l'aiment le moins, ſcachans cesmerveilleux
effets , ne manqueront pas d'aller fouvent
àl'Opera,&ils aimeront fans doute mieux
yloüer de bonnes placesquand ils feront malades
, que dedonnerleur argentàdesMedecins,
desChirurgiens &des Apoticaires. Vous avez
raifon, nousrépondit-il,&c'eſt unechoſeadmirableque
laMuſique, lors qu'un grand Genie
commeMonfieur deLullys'en mefle ; & je ne
me puis laffer d'admirer l'Entréedes Forgerons
que l'on voitdans Pfiché? car enfin c'eſtune
choſeadmirable,&je crois qu'il n'y a que luy au
monde qui puiſſe apprendre la Muſique à des
marteaux. Il me ſouvient,luy repartis- je,d'avoir
lú quelque choſe d'affez curieux touchant ces
Marteaux; onditqueHenry III. à fon reiourde
Pologne, paflantparVenife,admiralong-temps
dans l'Arcenalde cette belleVille quatre Forgeronsqui
travailloient furune Enclume à un habillementdeteſte,
avec une telle proportionque
SaMajeftédemeura raviedes coups qu'ils donnoient
encadance avec leurs quatreMarteaux.
LeDefenſeurde laMuſique eſtoit preſt de me
repartir, lors qu'un Nouvelliſtequi ne s'entretenoitjamaisdebagatelles,&
que nous appellions
les Nouvelliſte d'Estat , parce qu'il ne vouloit
parlerquedesgrandes affaires ,vint interrompre
noftre
GALANT.
117
noftre conversation. Hé bien , nous dit- il, avec
une grande volubilité de langue , que dit on,
que fait- on, où en ſont les Hollandois , que font
nos Armées , que fait le Roy , quand fera- t- il
de retour? Ne nous endemandez pas tant , inérompit
une Perſonne de la Compagnie , &
çachezque les plushonneſtes gens deHollande,
&ceux qui ont le mieux ſervyleur Patrie, font
preſentement traitez comme les Ennemis de
P'Eftat. Que MonfieurGrotius , dont vous connoiffez
l'eſprit & le merite , a eſtécontraint de
feretirer à Anvers ; que Monfieur With a eſté
arreſté prifonnier , & que l'authorité deMonſieur
le Prince d'Orange augmente à meſure
queles Hollandoisperdent. ApprenezqueMonficur
de Mombas que l'on n'accuſoit
detrahifon
, que parce qu'il eſt François & Gendrede
Monfieur deGrotius , s'eſt ſauve de la Prifon ;
que Sa Majefte eſtant fur le point de ſondepart
du Camp de Boxel , a donné à Monfieur Robert
Pintendance detoutes les Places qu'elle a conquiſes
ſur les Hollandois, pour lay témoigner
combien elle à eſté fatisfaite deluydans tousles
Emplois qu'elleluy a confiez; &que Monfieur
le Chevalier de Loraine , & MonfieurdeBonneüil
Introducteur des Ambaſſadeurs, ont eſté
prendre Monfieur le Duc de Neubourg , &le
Prince fon Fils à une lieuë & demie du Camp,
dans les Caroffes de SaMajeſte , qui leur a fait
toutlebon acueil imaginable ;leur a fait voir fon
Afmée en bataille , & les a fait traiter par ſes
Officiers juſques au jour de leur départ , qui fot
auſſi
118 LE MERCURE
3
1
H
auſſi celuy que SaMajefté choiſit pour retourner
icy , où vous ſcavez qu'on l'attenddemoment
en moment. Vous ſçavez auſſi la priſe de
Bomel , continua le meſme , &que cette Place,
quoy que tres-importante , &dans une ſituationtres-
avantageuſe , n'apas refifté plus longtemps
que les autres. Il faut avoiierque SaMajeſté
a fait beaucoup de Conquestes enpeude
temps , repartit le Nouvelliſte d'Eſtat ; mais je
voudrois bien ſçavoir , continua- t- il , les noms
de tous les Gouverneurs des places conquifes.
Jevous en dirayune partie ſi vous levoulez, luy
refpondis - je. Vous me ferez plaifir , reprit-il
auſſi-toft. Le reste de la Compagnie me fit la
meſmepriere : voicy comment je fatisfis à leur
curiofié. Vous fouhaitez , leur disje , de ſçavoir
les noms des Gouverneurs des nouvelles Conqueſtes
de Sa Majesté , mais il n'y en aencorque
tres-peude nommez. Vous vous mocquez de
nous , merepartirentbruſquementpluſieursàla
fois;&l'on ne laiſſe pasdans un tempsdeguerre
des Places de cette conſequence fans Gouverneurs.
Vous avezraifon , leur repartis-je, mais il
yades Commandans , &l'on donne ordinairement
ces commiffions à ceux qui Commandent
les Regimens qui font enGarniſondans lesPlaces;&
commeles Regimens changent ſouvent,
&vontd'unePlace à l'autre , les Commandans
de cesVilles changent auffi ſouvent que leurs
Regimens. Cen'eſt pas que Sa Majesté nenomme
quelquefois des Gouverneurs , & n'en ait
nommé pour quelques Places de Hollande;
mais
GALANT.
119
mais la pluſpart ayant des Emplois confiderables
dans les Armées de Sa Majeſté ; & n'ayant
✔ordre d'aller dans leurs Gouvernemens qu'à la
fin de la Campagne , les Commandans qui font
en Garnifon dans ces Villes , ont toute l'authorité
, juſques à ce que les Gouverneurs y puifſent
aller. Voicy les noms , continuay-je , de
quelques Commandans , & de quelques Gouverneurs
nommez par Sa Majeſté. Monfieurde
Cayac étoit dans Orfoy en qualité de Commandant
, mais on l'en a retiré depuis que cette
Place à eſté razće. Monfieur de Schrridrnant,
Suiffe, commande dans Rhimbergue. Monfieür
de Betou commandoit dans Burik ; mais cette
place a eſté razée. Monfieur le Comte d'Eftrades
eſt Gouverneur de Vezel. MonfieurdeCayaca
eule Gouvernement du Fort Skenc. Monfieur
le Comtede Lorge a celuy de Nimegue &
de toutes les Places des environs. Monfieur de
Villechauve commande dans Doësbourg , &
Monfieurde Villiersen a eſté nommé Gouverneur.
Monfieur de Beſſe eſt dans Arnhem en
qualité de Commandant ; &Monfieur Stoupe,
Suiffe, commande dans Utrech , ainſi queMonſieur
deMontefran dans Zutphen , dontMonfieur
de la Tour de Montauban a eſté nommé
Gouverneur.MonfieurdeBetoucommande dans
Grave.Monfieur le Comte de Saulx eſt dansNar
den,oùMonfieurdu Pas à commandé avant luy.
MonfieurleComte de la Mark eſt dansVoërden;
&Morfieur le Marquis de Chamilly ; Colonel
du Regiment de Bourgogne , eſt Commandant
de
120 LE MERCURE
,
de Swol. Monfieur d'Eſpagne eſt dans Bommel;
& l'on dit que Monfieur le Marquis de
Renel en a eſté nommé Gouverneur , Monfieur
dela Levretiere eſt Gouverneurde Creve- coeur;
&Monfieurde Maiſon-neuve eſt dans Harderwic,
enqualitéde Commandant ; & Doctecum
a eſté razé. Je ne vous parle point desPlaces
du Liegeoù nous avons des Garnifons ; cesPlaces
font ſouvent viſitées par lecorps de Troupesquenousavons
de ce coſté- là. Je vous diray
feulement que Monfieur de la Pleniere commande
dans Tongres , & qu'il paſſe pour un
tres-habileHomme dans le meſtier de la Guerre.
Les noms de tant de Gouverneurs , & de
Commandans nous firent faire de nouvelles
reflexions ſur le grand nombre des Conqueſtes
de Sa Majefté ; & ce grand nombre de Conqueſtes
nous fit étendre ſur les loüanges de
Monfieur le Marquis de Louvoy , qui par fes
foins infatigables , ſes marches continuelles jour
&nuit, fa grande application à tout ce qui
regardoit le ſervice de Sa Majesté , & fs ordres
donnez à propos , a beaucoup contribué à
toutes ces Conqueſtes. Il s'eft fi bien acquité
de tout ce qu'il avoit entrepris , que le Roy a
toûjours efté ſervy comme il le ſouhaitoit. Les
Ponts ſe ſont toujours trouvez pres quand il a
efté neceſſaire ; les Vivres & les autres Munitions
de guerre n'ont point manqué , & tout
s'estfaitavec tantdediligenaccee,, que fans desprecautionsauffigrandesque
celles qu'il avoit prifes;
il auroit efté difficile que tant dechoſes ſe
fuffent
GALANT. 121
,
fuffent trouvées à point nommé , à cauſe de
la rapidité des Conqueſtes de Sa Majesté , &des
marches continuelles que les Troupes eſtoient
obligées de faire. Voila les endroits par lefquels
on loüa Monfieur de Louvoy : Et l'on
adjoûta à toutes ces choſes les grands foins
qu'il avoit pris pour le paſſage de Tolhuys , &
les fatigues qu'il avoit cuës , quifont au delàde
l'imagination. Je crois qu'apres tant deConqueſtes
, ditalors une perſonne de la Compagnie
, on ſe divertira bien à Paris l'Hyver
prochain ; & que l'on n'y verra que Feftins,
Jeux Bals Comedies , & Spectacles. Je ne
Içais pas quelles réjoüiſſances on yfera , reprit
le Nouvelliſte Autheur ; mais à l'égard des
Comedies & des Spectacles , je ſçais bien ce
qu'on reprefentera ſur tous les Theatresde Paris.
Puis il continua de la forte , fans attendre
que la Compagnie le priat de dire ce qu'il
ſçavoit. On verra au commencementde l'Hyver
le grand Spectacle de Pfiché triompher
encor fur le Theatre du Palais Royal ; &
dans le Carnaval on repreſentera une Piece
de Spectacle nouvelle , & toute Comique ; &
comme cette Piece ſera du fameux. Moliere
&que les Balets en feront faits par Monfieur
deBeauchamp , on n'en doit rien attendre que
de beau. Les Comediens du Marais reprefenteront
la Pulcherie de Monfieur de Corneille
l'aiſné. Je ne dis rien de cet Autheur , fon
Nom ſeul fait ſon Eloge. On jouëra preſque
en meſme temps à l'Hoſtel de Bourgogne le
Tome 111. F
,
Cleo122
LE MERCURE
Cleodat, de fonFrere; c'eſt l'Autheurdel'Arianequi
parut l'année paffée , & l'on ne croit
pasquecetAutheur qui a ſouvent eu des ſuccez
prodigieux , puifle rien faire qui n'ait degrandes
beautez. En ſuite de cette Piece, on verra
fur le meſme Theatre le Mithridate de Monfieur
Racine : Cet Ouvrage reüiffuafans doute
, puis que les Piecesdecet Autheur ont tousjours
eu beaucoup d'Amis. On parle auſſi d'une
Comedie de l'Autheurde la FemmeJuge; mais
on doute fur quel Theatre elle paroiftra. Paffons
à l'Opera, continua-t- il, MonfieurdeLully
ne donnera d'abord que des morceauxdes Balets
du Roy , qu'il fera coudre enſemble pour
faire une Piece ; & pendantqu'on la reprefentera
, on en preparera une nouvelle pour le Carnaval
prochain , à laquelle le Tendre Monfieur
Quinauttravaille. CetAutheur illuftre , continua-
t-il , eftant preſentement Auditeur des
Comptes,ne nous fera pas voir ſi ſouventdeſes
Ouvrages, à cause de l'occupation que cettebelleChargeluydonne.
J'oubliois , ajoûta le mefme,
à vous dire que je me rencontraydernierement
chez une Perſonne de la plus haute
qualité , dont le cercle eſtoit compolé
dedeuxDucheſſes , &de dix ou douze autres
Perſonnes qui n'eſtoient que d'un rang au
deſſous ; & que dans cette belle Aſſemblée
j'entendis lire une Piece que l'on nomme les
Maris Infideles , & dont les Comediens du
Palais Royal doivent commencer la premiere
Repreſentation au plus tard l'une des Feſtes
de
GALANT.
123
e Noël. Elle plût à toute l'Affemblée , & il y
fut une Perſonne qui dit qu'on devoit nommer
ette Piece-là , le Train du Monde , parce
u'il ne s'y paffe preſque rien qui ne ſoit renferné
dans cet Ouvrage , & que dans l'oppofiion
de fixCaracteres differens onyvoit tout ce
que les grandes paffions font capables de protuire
dans les cooeurs des Maris les moins vio-
Mens , & de ceux qui font les plus emportez ;des
Femmes les plus douces& les plus promptes ,&
des Maiſtreſſes les plus raisonnables , & les
plus ridicules. Tous ces Perſonnages , ajoûtat-
elle , eftans enchaînez par les liens de l'Himen
ou de l'Amour , avec ceux qui font entierement
oppoſez à leur humeur , doiventbeaucoup
divertir les Aſſemblées , qui les verront
fur la Scene. Quand cette Piece, luy repartisje
, n'auroit pas de grandes beautez , elle peut
manquer de plaire fans pouvoir eftre condamnée
, puis que ceux qui s'attachent à critiquer
tous les autres Ouvrages , foit par brigues ou
par une penta naturellequ'ils ont à diredumal,
ne pourront ſedeclarer contre un caractere ſans
aimer celuy qui luy eſt oppoſé ; ainſi les plus
Critiques y doivent trouver malgré eux quelque
choſe à leur gouft. Nous en demeurames
d'accord , & nous eſtions presde changer
de diſcours , lors qu'une Perſonne de la
Compagnie dit qu'on promettoit auſſi un
Mary Infidele à l'Hoſtel de Bourgogne. De
quoy nous parlez -vous là , repartit un jeune
Nouvelliſte , & devez-vous nous entretenir
d'une F2
124
LE MERCURE
,
d'une pareillebagatelle ? Ne voyez- vous pas
queMeffieurs de l'Hoſtel deBourgogne n'ont
promis cette Piece que long-temps apres lePalais
Royal ; mais on en revient tousjours aux
Originaux , & la diverſion qu'on fait nedure
que deux ou trois jours. Mais comment , continua-
t- il cette Piece pourroit - elle en faire ,
puis que ce n'est qu'une Farce en trois actes,
qui n'a qu'untitre forcé , qu'ellene repreſente
point les Maris Infide'es &qu'elle est d'un
Autheur qui n'a jamais fait que de cesbagatelles
? La meilleure de ces fortes de pieces , adjouſta-
t- il , n'est pas à comparer à des Ouvrages
dont onpeuttirer quelque profit ; & comme
elles ne fontjoüées qu'avec d'autres Pieces,
onva ſouvent à la Comedie ſans ſçavoir qu'on
les doit repreſenter. Vous eſtes Amy del'Autheur
du Palais Royal , luy dirent pluſieurs à
lafois , &chaleur avec laquelle vous prenez fon
party , nous fait affez voir Je ne leconnois
pas , reprit- il auffi-toft mais je ſuis
Partifan de fes Ouvrages que j'ay toûjours veu
reuffir ; &vous n'en douterez pas , quand vous
ſcaurez que c'eſt Il alloit le nommer ,
Pors qu'il en fut empéché par le defordre que
cauſa la querellede deuxNouvelliſtes qui febâtirent
àcoups de poings àdeux pasde nous ,&
qui nous obligerent à rompre noſtre Peloton.
Je croy , Madame , qu'il eſt temps de finir ; le
Roy vient d'arriver , & le bruit del'alegreſſe
publique ne me permet pas d'écrire davantage.
Lesgrands exploits de ce Conquerant,&les
...
.....
bel5
125
GALANT.
L
belles actions de tous ceux quil'ont accompagnée,
ont remply la placede huit ou neufHiftoires
nouvelles que j'avois à vous mander , & dontje
yous feray pait avec les particularitez de tout
cequi ſe ſera paflé pendant le reſte de la Campagne..
Fin du Troiſtéme Tome.
1
F3 TATABLE
DESMATIERES
contenuĉes dans ce Volume.
Uite de la Comedie contre les Nouvelliftes.
Honneurs funebres SHon rendus à la memoire de
Monfieur le Comtedu Pleßis.
Dix Ambassadeurs ou Envoyez Extraordinaires
viennent enmesme temps complimenter Sa
Majefté.
Prisede Doesbourg , & les Particularitez dit
Siegede cette Place,avec les Noms de tous ceux
quiſeſontſignalezpendantde Siege.
Description de quatorze on quinze Places conquisesparSaMajesté.
Veritables Nouvellesdu SiegedeNimegue.
Retour deMonsieur Grotius aupres de Sa Majefté.
Remarques qui font voir que les Conquestes des
FrançoisSout moins deues au manquedecoeur
desHollandois , qu'à la bonne conduite de Sa
Majesté, augrandcourage deſes Troupes.
Remarque pleine d'esprit de celuy quifaitlaGa
Zette de Hollandeàl'avantageduRoy.
Grand zeledeMonfieur leCardinaldeBoüillon
pourtout cequi regarde la Religion Catholique,
SesSoinspour lerétabliſſement des Eglifes.
Monfieur le Comte d'Estrées traitte la Reyne
d'AngleterrefurSon Vaiffean.
AmbaTABLE.
tmbaffadeur Extraordinaires d'Angleterre nommezpour
aller trouver SaMajefte.
I tadame laDucheffeaccouche d'un Fils à S.
Germain en Laye.
narauteDrapeaux &Sept Guidons ſontportez
àNoftre-Dame.
ettre duRoyà Madame la DucheffedeLonguevillefur
la mort de Monfieurle Duc de LonguevilleSon
Fils.
eVaiffeauappellé leDauphin couronné, arrivé
de SurateaBelle- Ifle.
LesNouvelles qu'ilen arapportées.
rass
Description
deZutphen
, particularitez
du
Siege de laprisede cette Place , avec lesNomsde
tousceuxqui ont donnédes preuves de leur courage
pendant ce Siege.
Le Reverend Pere Zocoly celebre laMeffe dans la
grande Place deZutphen.
Elevation de Monsieur le Prince d'Orange à la Charge de Lieutenant Gouverneur &Admi- ralGeneraldes Provinces Unies.
Prise de Genep Surle Rhin par Monfieur le Che
valierdu Pleßis .
Ordres donnezparSa Majefté pour laSuretédes
Coftes , les grands Soins que Monsieur le
Duc deNavailles prend pourfatisfaireàfes
ordres.
MonfieurleMarquis de Carnavalet fait conftruireplusieurs
Forts au de là de Broüage,
Eftat des Milicesdu Paysd'Aunix.
Gouvernement de S. Quentin donnéàMonfieur le
Marquis de Pradette.
F4
Le
TABLE.
Le Senat de Veneſe envoye un Secretaire à Monſieurd'Avaux,
avant qu'ilait preſentéSaLettre
de Creance , ce qui ne s'est encorfait qu'en
Saveur duRoy.
Lettres Patentes ouReglementfur les Revenus du
Parnaffe, en faveur des Conquestes del' Invineable
Lois XIV.
Suitede la Comedie des Nouvelliſtes.
Particularitez dela prise deGrave.
Monfieur le Chevalier de Loraine traiteMonfieur
dansUtrech.
LeRoy traverſe la mesme Villele long du Canal.
ReditiondeNimegue.
Conversation des Nouvelliftes fur le malheurdes
Hollandois.
La description& l'explication de laMedaille
quelesHollandsisfirent en milfix cens Soixanre-
huit.
Remarques qui font connoistre que Monfieur le
Prince d'orange ne doitfonelevation qu'ala
France.
Mort de Monfieurdela Rabiniere Contre-Admiralde
France , &Ja Pompe funebre à Chatam.
Hiftoiredes onze Esclaves François ,
Choix que le Roya faitdeMonfieur d'Herbigny
Maistre des Requeftes pour faire obſerver les
Reglemensque SaMajeftéafaits poursaMarine.
Reglement touchant les Treſoriesde France,
lesaffaires de la Chancelleries
TABLE.
aMajesté ſe declare Chef& Protecteur de la
Compagnie des SecretaireduRoy.
Autres Reglemens ausquels Sa Majesté travaille.
Meßieurs dela Reynie &le Vahter , Maistres des
Requeste, Sont mis par le Roydans le Conseilde
la reformationde laJustice.
MonfieurRoulie eſt choisi par le Roy pour aller
tenir les Estats de Provence.
La Reyne par une Declaration regle lesjoursde
es Feriede la CourdesAides; elle fait Conseiller
Honoraire M. le Vahier Conseiller de la Cour
des Aydes , elle donne un Brevet de Gentilhomme
ordinaireàM. de Perigny , &àM. de
Fontaine Profeffeur Royal en Medecine la
ChairedeParis.
Conversation fur les Manufactures Royales des
Gobelins.
Particularitez du Siege& de la prise de Nimégue.
Prife de Coevorden.
Conversationsur toutes lesModes.
PrisedeCreve-coeur.
Satyre desNouvellistes contre eux-meſmes.
Conversation sur les Opera &sur la Musique,
Remarquesfurcesujet.
DisgracedeMonfieurGrotius.
Prison de Monsieur With , Frere du Penfionnaije.
MonfieurdeMombas s'échape delafienne.
SaMajestédonne à Monfieur Robert l'Intendance
desPlacesconquiſes.
Prife
TABLE .
PrisedeBomel.
Noms de tous les Gouverneurs&Commandans
•desPlaces conquiſes.
Conversation Sur tous les divertiſſemens de cet
Hyver.
Retourde SaMajesté,
Findela Table du troiſiéme Volume.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque

Contrefaçon du Mercure de Paris.

Soumis par lechott le