Titre
EXTRAIT du Maître de musique.
Titre d'après la table
Extrait du Maître de Musique,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
227
Page de début dans la numérisation
482
Page de fin
235
Page de fin dans la numérisation
490
Incipit
Les trois principaux acteurs de cette piece, sont Lambert, maître de Musique,
Texte
EXTRAIT du Maître de mufique.
Les trois principaux acteurs de cette
piece , font Lambert , maître de Mufique ,
joué par M. Rochard , Laurette fon écoliere
, repréſentée par Madame Favart , &.
Tracolin entrepreneur d'Opéra , joué par
M. Chanville.
Lambert ouvre le premier acte avec Laurette
& débute en grondant , par cet air.
Ah ! quel martire !
Sans ceffe inftruire !
Cent fois redire ,
Sans rien produire ,
C'est toujours pire.
Eh , laiffe- moi ,
Va , tais-toi .
Laurette fe fâche à ſon tour , & fon
maître lui dit :
- Mademoiſelle joue au mieux l'impertinente
Et pour faire dans peu l'actrice d'importance
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Il ne lui manque plus , ma foi , que du talent ,
Encor fouvent on s'en difpenfe ,
En mettant à la place un ton bien infolent.
Elle lui répond :
En ce cas là , Monfieur , je fuis en bonne école ,
Je puis très-bien l'apprendre ici de vous.
Lambert fe met ici au clavecin. Laurette
crie exprès méchamment au lieu de chanter
, il l'interrompt en difant :
Chanteur qui pour mieux nous féduire
Youlez être à la fois agréable & touchant
Que l'haleine du doux zéphire ,
Qui , de fa Flore , à l'oreille foupire ,
Soit l'image de votre chant.
Eh ! crois - moi , renvoyons aux halles
Tous ces chantres bruyans , qui fçavent feulement
De leurs grands cris remplir nos falles.
Excellente leçon pour tous nos théâtres !
Laurette chante de nouveau & chante bien,
Lambert témoigne qu'il eft content , & lui
promet , fi elle continue de la rendre dans
peu une actrice parfaite. On annonce Tracolin
comme un perfonnage ridicule. Il
entre , & après avoir embraffé Lambert , il
regarde Laurette , & s'informe quel eft ce
n
A OU ST . 1755- 229
charmant objet . Lambert lui répond que
c'eft un fujet qu'il éleve pour le théâtre .
Tracolin fe récrie : quelle mine ! quel jeu !
quelle voix ! Lambert lui demande s'il l'a
entendue . Non , réplique- t - il .
Nous autres gens de l'art ,
Nous n'avons pour cela befoin que d'un regard ,
Et nous jugeons d'une voix par la vûe.
D'ailleurs , ajoûte - t - il ,
Avec un tel minois ,
A-t-on jamais manqué de voix.
Il fe répand en fleurettes, qui donnent d'au
tant plus de jaloufie à Lambert , que Laurette
y répond par cet Air toujours applaudi .
Suis - je bien pour une actrice 2
Vrai , fuis- je bien ?
Dites moi fans artifice ,
Croyez - vous qu'on applaudiffe
Ce maintien ?
Suis- je bien
Je n'ofe me flatter de rien.
Croyez - vous qu'on applaudiffe ,
Qu'en public je réuffiffe ?
Mais hélas !
N'ai- je pas
L'air trop novice , eh ?
Pour une actrice , eh ?
Pour la couliffe ,
eh ?
Je n'ofe me flatter de rien.
236 MERCURE DE FRANCE .
Tracolin paroît fi tranfporté d'entendre
Laurette , qu'il l'embraffe , & la demande à
fon maître qui la lui refuſe. On vient chercher
Lambert de la part d'une Ducheffe. II
eft obligé de fortir malgré lui , & de laiffer
Tracolin feul avec fon écoliere . Tracolin
fait fa tendre déclaration , Laurette
joue l'Agnès en diſant ,
Air. La pudeur qui me guide,
Me rend timide.
Je n'ofe lever les yeux
Si quelque curieux
Auprès de moi fe place ,
Et me regarde en face ,
Je fuis toute honteufe de cela.
Ma langue s'embarraffe ,
En lui difant , de grace ,
Souffrez , Monfieur , que je paffe ,
Je ne puis refter là
Où me voilà.
La pudeur , & c.
Si quelque téméraire
Pourfuit trop loin l'affaire ,
Moi , qui fuis bonne , & ne me fâche guere ,
J'excite ma colere
Et lui dis d'un ton fevere ,
Mais finirez-vous donc , Monfieur ,
Sçachez qu'on eft fille d'honneur ,
Scachez qu'on a de la pudeur.
A O UST . 1755. 23-1
Tracolin lui offre fa fortune avec fa
main , & fe jette à fes genoux , Lambert
revient & le furprend avec Laurette . Il fait
éclater fa jaloufie , & commence le beau
trio qui finit le premier acte. Ce morceau
eft fi triomphant , & les paroles font fi
bien coupées , que nous croyons obliger
le lecteur de les inférer ici dans leur entier.
Il eft bon d'ailleurs de les donner pour
modele.
TRIO EN DIALOGUE.
Lambert.
Le feu me monte au viſage ,
Voilà donc tout l'avantage
D'avoir formé fon bas âge,
Pour le prix de tant de foins ,
Cette volage
Avec un autre s'engage .
Quel outrage !
Et mes yeux en font témoins.
Je bravois déja l'orage ,
Quand le vent qui devient fort ,
Et qui fait rage ,
Me repouffe du rivage.
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Je guettais dans un bocage
232 MERCURE DE FRANCE.
Un oifeau d'un beau plumage.
Un chaffeur fonnant du cor ,
Faifant tapage ,
L'effarouche & lui fait prendre l'effor.
Quel trifte fort !
Enfemble.
Soins perdus inutile effort !
Lambert.
J'avois formé fon bas âge.
Tracolin,
J'avois fait un bon voyage ,
Laurette.
Je le guettois au paffage.
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cor ;
Faifant tapage ,
Lui fait prendre fon effor.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
En voilà tout l'avantage.
Quel outrage !
Méritois-je un pareil fort.
A O UST.
233 ·1755.
Seul. Un autre
aujourd'hui l'engage ,
La volage.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage.
Quel dommage !
Laurette.
Moi, j'allois le mettre en cage.
Tracolin.
Quel dommage !
Lambert.
La volage !
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cot,
Faifant
tapage ,
Lui fait prendre
fon effor.
Tracolin .
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
Quel outrage !
Meritois-je un pareil fort ?
Tracolin.
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Moi , j'allois le mettre en cage i
bisfeul.
234 MERCURE DE FRANCE .
Il prend l'effor.
Quel trifte fort !
Ce premier acte eft très- brillant & rempli
d'airs agréables .
Lambert , qui revient avec Laurette ,
commence le ſecond acte par cet Air qui
exprime fi bien fon dépit jaloux.
Non , je fuis trop en colere ,
Me diras-tu le contraire ?
Quand moi -même j'ai vu le téméraire ,
Qui te faifoit les yeux doux !
Pourquoi faire
Etoit-il à tes genoux ?
Vaine rufe !
Mauvaiſe excufe !
Me crois-tu donc affez bufe
Pour m'en laiffer amufer ?
Mais voilà comme on s'abuſe ,
Quand on penfe m'abufer.
Laurette perfifte à fe juftifier & l'amene
par degrés au point de l'obliger à demander
grace lui- même. Cette fcene eft parfaitement
bien traitée & filée avec beaucoup
d'art. Lambert eft furpris à fon tour
par Tracolin aux genoux de Laurette , qui
dit à ce dernier qu'il furvient à propos , &
qu'elle avoit befoin de fa préfence pour
faire connoître fes fentimens. Tracolin fe
A O UST . 1755. 235
fatte alors de fe voir choifi . Lambert tremble
au contraire de ne l'être point. Laurette
les défabuſe tous deux , en donnant
la main à fon maître . Tracolin fe retire
confus , & Lambert ravi , chante avec Laurette
un Duo qui termine la piece. Elle eſt
imprimée , & fe vend chez la veuve Delormel
, rue du Foin , & chez Prault , fils ,
quai de Conti ; le prix eft de 24 fols.
Les trois principaux acteurs de cette
piece , font Lambert , maître de Mufique ,
joué par M. Rochard , Laurette fon écoliere
, repréſentée par Madame Favart , &.
Tracolin entrepreneur d'Opéra , joué par
M. Chanville.
Lambert ouvre le premier acte avec Laurette
& débute en grondant , par cet air.
Ah ! quel martire !
Sans ceffe inftruire !
Cent fois redire ,
Sans rien produire ,
C'est toujours pire.
Eh , laiffe- moi ,
Va , tais-toi .
Laurette fe fâche à ſon tour , & fon
maître lui dit :
- Mademoiſelle joue au mieux l'impertinente
Et pour faire dans peu l'actrice d'importance
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Il ne lui manque plus , ma foi , que du talent ,
Encor fouvent on s'en difpenfe ,
En mettant à la place un ton bien infolent.
Elle lui répond :
En ce cas là , Monfieur , je fuis en bonne école ,
Je puis très-bien l'apprendre ici de vous.
Lambert fe met ici au clavecin. Laurette
crie exprès méchamment au lieu de chanter
, il l'interrompt en difant :
Chanteur qui pour mieux nous féduire
Youlez être à la fois agréable & touchant
Que l'haleine du doux zéphire ,
Qui , de fa Flore , à l'oreille foupire ,
Soit l'image de votre chant.
Eh ! crois - moi , renvoyons aux halles
Tous ces chantres bruyans , qui fçavent feulement
De leurs grands cris remplir nos falles.
Excellente leçon pour tous nos théâtres !
Laurette chante de nouveau & chante bien,
Lambert témoigne qu'il eft content , & lui
promet , fi elle continue de la rendre dans
peu une actrice parfaite. On annonce Tracolin
comme un perfonnage ridicule. Il
entre , & après avoir embraffé Lambert , il
regarde Laurette , & s'informe quel eft ce
n
A OU ST . 1755- 229
charmant objet . Lambert lui répond que
c'eft un fujet qu'il éleve pour le théâtre .
Tracolin fe récrie : quelle mine ! quel jeu !
quelle voix ! Lambert lui demande s'il l'a
entendue . Non , réplique- t - il .
Nous autres gens de l'art ,
Nous n'avons pour cela befoin que d'un regard ,
Et nous jugeons d'une voix par la vûe.
D'ailleurs , ajoûte - t - il ,
Avec un tel minois ,
A-t-on jamais manqué de voix.
Il fe répand en fleurettes, qui donnent d'au
tant plus de jaloufie à Lambert , que Laurette
y répond par cet Air toujours applaudi .
Suis - je bien pour une actrice 2
Vrai , fuis- je bien ?
Dites moi fans artifice ,
Croyez - vous qu'on applaudiffe
Ce maintien ?
Suis- je bien
Je n'ofe me flatter de rien.
Croyez - vous qu'on applaudiffe ,
Qu'en public je réuffiffe ?
Mais hélas !
N'ai- je pas
L'air trop novice , eh ?
Pour une actrice , eh ?
Pour la couliffe ,
eh ?
Je n'ofe me flatter de rien.
236 MERCURE DE FRANCE .
Tracolin paroît fi tranfporté d'entendre
Laurette , qu'il l'embraffe , & la demande à
fon maître qui la lui refuſe. On vient chercher
Lambert de la part d'une Ducheffe. II
eft obligé de fortir malgré lui , & de laiffer
Tracolin feul avec fon écoliere . Tracolin
fait fa tendre déclaration , Laurette
joue l'Agnès en diſant ,
Air. La pudeur qui me guide,
Me rend timide.
Je n'ofe lever les yeux
Si quelque curieux
Auprès de moi fe place ,
Et me regarde en face ,
Je fuis toute honteufe de cela.
Ma langue s'embarraffe ,
En lui difant , de grace ,
Souffrez , Monfieur , que je paffe ,
Je ne puis refter là
Où me voilà.
La pudeur , & c.
Si quelque téméraire
Pourfuit trop loin l'affaire ,
Moi , qui fuis bonne , & ne me fâche guere ,
J'excite ma colere
Et lui dis d'un ton fevere ,
Mais finirez-vous donc , Monfieur ,
Sçachez qu'on eft fille d'honneur ,
Scachez qu'on a de la pudeur.
A O UST . 1755. 23-1
Tracolin lui offre fa fortune avec fa
main , & fe jette à fes genoux , Lambert
revient & le furprend avec Laurette . Il fait
éclater fa jaloufie , & commence le beau
trio qui finit le premier acte. Ce morceau
eft fi triomphant , & les paroles font fi
bien coupées , que nous croyons obliger
le lecteur de les inférer ici dans leur entier.
Il eft bon d'ailleurs de les donner pour
modele.
TRIO EN DIALOGUE.
Lambert.
Le feu me monte au viſage ,
Voilà donc tout l'avantage
D'avoir formé fon bas âge,
Pour le prix de tant de foins ,
Cette volage
Avec un autre s'engage .
Quel outrage !
Et mes yeux en font témoins.
Je bravois déja l'orage ,
Quand le vent qui devient fort ,
Et qui fait rage ,
Me repouffe du rivage.
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Je guettais dans un bocage
232 MERCURE DE FRANCE.
Un oifeau d'un beau plumage.
Un chaffeur fonnant du cor ,
Faifant tapage ,
L'effarouche & lui fait prendre l'effor.
Quel trifte fort !
Enfemble.
Soins perdus inutile effort !
Lambert.
J'avois formé fon bas âge.
Tracolin,
J'avois fait un bon voyage ,
Laurette.
Je le guettois au paffage.
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cor ;
Faifant tapage ,
Lui fait prendre fon effor.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
En voilà tout l'avantage.
Quel outrage !
Méritois-je un pareil fort.
A O UST.
233 ·1755.
Seul. Un autre
aujourd'hui l'engage ,
La volage.
Tracolin .
Je touchois prefqu'au rivage.
Quel dommage !
Laurette.
Moi, j'allois le mettre en cage.
Tracolin.
Quel dommage !
Lambert.
La volage !
Ensemble.
Laurette.
Un chaffeur fonnant du cot,
Faifant
tapage ,
Lui fait prendre
fon effor.
Tracolin .
Quel dommage !
J'allois entrer dans le port.
Lambert.
Quel outrage !
Meritois-je un pareil fort ?
Tracolin.
J'allois entrer dans le port.
Laurette.
Moi , j'allois le mettre en cage i
bisfeul.
234 MERCURE DE FRANCE .
Il prend l'effor.
Quel trifte fort !
Ce premier acte eft très- brillant & rempli
d'airs agréables .
Lambert , qui revient avec Laurette ,
commence le ſecond acte par cet Air qui
exprime fi bien fon dépit jaloux.
Non , je fuis trop en colere ,
Me diras-tu le contraire ?
Quand moi -même j'ai vu le téméraire ,
Qui te faifoit les yeux doux !
Pourquoi faire
Etoit-il à tes genoux ?
Vaine rufe !
Mauvaiſe excufe !
Me crois-tu donc affez bufe
Pour m'en laiffer amufer ?
Mais voilà comme on s'abuſe ,
Quand on penfe m'abufer.
Laurette perfifte à fe juftifier & l'amene
par degrés au point de l'obliger à demander
grace lui- même. Cette fcene eft parfaitement
bien traitée & filée avec beaucoup
d'art. Lambert eft furpris à fon tour
par Tracolin aux genoux de Laurette , qui
dit à ce dernier qu'il furvient à propos , &
qu'elle avoit befoin de fa préfence pour
faire connoître fes fentimens. Tracolin fe
A O UST . 1755. 235
fatte alors de fe voir choifi . Lambert tremble
au contraire de ne l'être point. Laurette
les défabuſe tous deux , en donnant
la main à fon maître . Tracolin fe retire
confus , & Lambert ravi , chante avec Laurette
un Duo qui termine la piece. Elle eſt
imprimée , & fe vend chez la veuve Delormel
, rue du Foin , & chez Prault , fils ,
quai de Conti ; le prix eft de 24 fols.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
Le texte présente la pièce de théâtre 'Le Maître de musique', qui met en scène trois personnages principaux : Lambert, maître de musique interprété par M. Rochard, Laurette, écolière jouée par Madame Favart, et Tracolin, entrepreneur d'opéra incarné par M. Chanville. La pièce commence par une altercation entre Lambert et Laurette, qui répond avec impertinence aux réprimandes de son maître. Lambert décide alors de lui donner une leçon de chant, et Laurette finit par bien chanter, ce qui satisfait Lambert. Tracolin fait ensuite son entrée et est immédiatement séduit par Laurette, ce qui suscite la jalousie de Lambert. Tracolin tente de séduire Laurette, mais Lambert les surprend et exprime sa jalousie dans un trio. Dans le second acte, Lambert, toujours jaloux, est apaisé par Laurette. Tracolin, qui surprend Lambert aux genoux de Laurette, est déçu, tandis que Lambert est ravi. Laurette clarifie la situation en donnant la main à Lambert, laissant Tracolin confus. La pièce se termine par un duo chanté entre Lambert et Laurette. La pièce est disponible à l'achat chez la veuve Delormel et Prault, fils, au prix de 24 sols.