→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Titre

EPITRE A ÉGLÉ, Par Mademoiselle Loiseau.

Titre d'après la table

Epître à Eglé, par Mademoiselle Loiseau

Fait partie d'une section
Page de début
23
Page de début dans la numérisation
32
Page de fin
25
Page de fin dans la numérisation
34
Incipit

C'est un peu tard acquitter ma parole ;

Texte
EPITRE
A ÉGLÉ ,
Par Mademoiselle Loifean.
C'Eft un peu tard acquitter ma parole ;
Mais , Eglé , le tems qui s'envole
A paffé trop rapidement.
L'excufe doit te paroître frivole ;
Abrégeons donc le compliment.
• Ecoute le récit d'un fait intéreffant ;
C'eft de tes agrémens l'époque curieuſe :
Ceci n'eft point hiftoire fabuleuse ,
Charmante Eglé , l'autre jour je l'appris,
De l'aimable fils de Cipris.
Morphée avec l'Amour eut de tout tems querellé
,
L'Amour le redoutoit plus que les autres Dieux ;
Le tranquille fommeil s'emparant d'une belle ,
Voiloit le charme de ſes yeux.
C'en étoit fait de ſa puiſſance i
24 MERCURE DE FRANCE.
Il ne faut qu'an regard d'une jeune beauté
Pour furprendre la liberté
D'un coeur qui veut en vain s'armer d'indiffé
rence.
Par un coup d'oeil l'inconftant arrêté ,
Ne fent plus le poids de fa chaîne ,
Et le plaifir qui le rameine
S'offre à lui fous les traits de la variété.
L'enfant aîlé quitte Cithere ;
Guidé par fon courroux , il voudroit de la terre
Bannir Morphée & fa trifte langueur :
Mais aux mortels il eſt trop néceffaire ,
Un teint fleuri lui doit ſa plus vive couleur ;
C'est lui qui des appas conferve la fraîcheur.
Que faire ? Amour , jaloux de foutenir ſa gloire ,
Imagine un moyen d'être enfin le vainqueur.
Les pavots deformais vont hâter la victoire ,
Et ferviront à dompter plus d'un coeur.
Pour triompher des ames les plus fieres ,
A la beauté , ce Dieu donna longues paupieres .
Une belle pour lors dans les bras du fommeil
Parut avoir de nouveaux charmes .
Ses attraits pour l'Amour font de nouvelles armes,
Et rendent plus touchant le moment du réveil.
L'aftre du jour à travers un feuillage ,
Fait briller fes rayons , mais leurs feux font plus
doux:
De deux beaux yeux il nous offre l'image :
Les paupieres font cet ombrage
Qui
JUILLET. 1755. 25
Qui rend certain le fuccès de leurs coups ,
Le regard s'attendrit & bleſſe davantage.
Depuis cette victoire , Amour n'a plus d'égal .
C'est ainsi que fon art triompha de Morphée ;
Il goûte le plaifir de foumettre un rival ,
Et fes pavots lui fervent de trophée.
Si de la fiction , permife dans les vers ,
Quelqu'un croît ici que j'abufe ;
Je puis convaincre l'univers ,
Eglé juſtifiera les tranfports de ma`muſe.
En la voyant , d'un Dieu l'on reffent tous les
traits.
Oui , belle Eglé , tes féduifans attraits ,
Jufques dans le fommeil confervent leur puiffance.
De fes douceurs jouis en affurance ,
L'Amour qui s'eft fixé pour jamais fous ta loi ,
Lorfque tu dors veille pour toi.
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Mots clefs
Résumé
Mademoiselle Loifean adresse une épître à Églé pour s'excuser de son retard. Elle relate une histoire mythologique où l'Amour et Morphée, le sommeil, sont rivaux. L'Amour craint que Morphée ne prenne le contrôle des belles en les endormant, affaiblissant ainsi son pouvoir. Pour contrer cela, l'Amour utilise les pavots afin que les beautés endormies soient encore plus attirantes au réveil, renforçant ainsi son emprise. Cette fiction est justifiée par la beauté d'Églé, qui conserve toute sa puissance même endormie. L'Amour veille constamment sur elle, même pendant son sommeil.
Soumis par kipfmullerl le