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Titre

REPONSE DE M. DESMAHIS A M. de Margency.

Titre d'après la table

Reponse de M. Desmahis à M. de Margency,

Page de début
7
Page de début dans la numérisation
690
Page de fin
10
Page de fin dans la numérisation
693
Incipit

Des jeux de mon esprit vous l'arbitre sévere,

Texte
REPONSE
DE M. DESMAHIS
A M. de Margency.
Dis jeux de mon efprit vous l'arbitre févere ,
Des fecrets de mon coeur vous le dépofitaire ;
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Vous pour qui la pareffe a des charmes fi doux ,
Qui fi légerement paffez dans tous vos goûts
Du defir à la négligence :
Pour mes autres défauts ami plein d'indulgence ,
Pourquoi reprendre en moi le feul qui foit en
vous ?
Rendu , par votre exemple , à vos leçons rebelle ,
Que ne puis je oublier ce qu'Apollon m'apprit !
La volupté naquit dans les bras d'une belle ,
Et l'inquiétude cruelle
Sur l'oreiller d'un bel efprit.
De ce monde frivole où tout n'eft qu'imposture ,
Où l'efprit n'eft qu'un froid jargon
Où le fentiment n'eſt qu'un nom ,
Vous me preffez en vain d'achever la peinture .
Ignoré du public , à l'abri des difcours ,
Loin de tous les travers je vis fans me contraindre
:
L'amour & l'amitié rempliffent tous mes jours ,
Et ne m'offrent jamais que des vertus à peindre.
Sur ces bords écartés , fous ce tilleul épais ,
L'amour qui fe repofe au frais ,
Abandonne pour vous le foin de fon empire ;
De graces entouré vous chantez les bienfaits ;
Tandis que plus loin je foupire.
Que fur l'écorce d'un cyprès ,
Avec la pointe de ſes traits ,
Je grave les vers qu'il m'infpire :
Le plus léger efpoir des biens que je defire
JUI N. 1755 .9 .
Me femble affez payer tous les maux qu'il m'a
C faits.
Reftons dans ce champêtre afyle ,
N'allons point à l'envi de mille auteurs jaloux
Difputer un laurier ſtérile ; '
Faifons de nos beaux jours un ufage plus doux ,
Cueillons d'une main plus habile
La fleur qui naît auprès de nous .
C
La gloire eft un fantôme , une ombre paffagere
Qu'on croit toujours atteindre & qu'on ne peut
faifir ;
Une coquette menfongere
Qui par le dépit même irritant le defir ,
Accompagne un refus d'une faveurlégere ,
Et fans jamais fe rendre , enchante & defefpere
Par le preftige du plaifir .
Ne fongeons qu'à jouir du moment où nous
fommes ,
Et nos jours les plus longs deviendront des inftans
:
Si de l'ufage de leur tems
Nous faifions rendre compte aux hommes ,
Le héros diroit , j'ai vaincu ;
Le bel efprit , j'ai fait un livre ,
Où j'apprens aux mortels le fecret de bien vivre ;
Le fage diroit , j'ai vêcu .
E rafte & Licidas , dévorés par l'envie ,
A meſurer des mots confumeront leur vie
Pour laiffer après eux le foible fouvenir ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Le bruit fourd d'un vain nom perdu dans l'avenir.
Exempts de cet orgueil à leur repos funefte ,
Du flambeau de l'amour ufons ce qui nous refte :
Que l'art charmant des vers qu'ils connoiffent fi
peu ,
Pour eux foit un travail , pour nous ne foit qu'un
jeu ;
Que cet art profané par tant de vains libelles ,
Nous ferve quelquefois à célebrer les belles ;
Et que notre amitié plus tendre chaque jour
S'accroiffe avec nos ans des pertes de l'amour .
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Dans une lettre à M. de Margency, M. Desmahis exprime son admiration et son amitié. Il avoue apprécier la paresse et la légèreté, tout en regrettant de ne pouvoir oublier les leçons d'Apollon. Il décrit un monde frivole où l'esprit et le sentiment sont dévalués. L'auteur préfère vivre à l'écart du public, loin des travers du monde, entouré de l'amour et de l'amitié. Il évoque les bienfaits de l'amour sous un tilleul et les souffrances de l'amour non partagé symbolisées par un cyprès. Il invite à profiter des beaux jours et à éviter la quête de la gloire, qu'il compare à un fantôme passager et trompeur. La lettre se conclut par un appel à jouir du moment présent, à éviter l'envie et l'orgueil, et à utiliser l'art des vers pour célébrer les belles et renforcer l'amitié.
Constitue la réponse à un autre texte
Est adressé ou dédié à une personne
Est rédigé par une personne
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