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Titre d'après la table

L'Amant vantousé, Histoire.

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Incipit

Si ce dénombrement de Vaisseaux, d'Equipages & d'Armemens n'est

Texte
Si ce dénombrement de
Vaiſſeaux ,d'Equipages &d'Ar- memens n'eſt pas du gouft de vos ſpirituelles Amies, l'Avan- ture quej'ay à vous conter aura peut- eftre pour elles quelque choſe de réjoüiffant. Ily a plus d'une Perſonne qui vous l'atteftera pour veritable , & je vous 12Conne fur la foy de Gens ſans reproche.
UnjeuneGentilhomme, ren- fermé juſqu'à vingt ans dans le
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fonds de fa Province , ſous la dépendance d'un Pédant quiavoit tâché de luy apprendre beau- coup de chofes qu'il ne ſçavoit peut-eſtre pas trop bien luy- meſme, vint il y aquelquetemps à Paris pour y commencer ſes Exercices , & quand il y vint,
on peut dire qu'il eſtoit tout nouvellement débarqué.Il avoit des manieres embarraffées , &
ceux qui prenoient intereſt en luy , ne le virent pas longtemps fans s'appercevoir que l'Etude neluy avoit donné quedes Con- noiſſances maldigerées qui a- voient beſoin d'adouciſſement.
Comme il n'y a point d'Ecole plus propre àl'acquerirque cel- le des Femmes , fes Amis le menerent chez quelques Belles. II Les vit d'abordfans autredeſſein
que celuy de rendre ſesdevoirs
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à d'aimables Perſonnes que fa naiffance engageoit à marquer de la confideration pour luy ;
mais infenfiblement il y prit goust , il eſtoit d'âge à aimer , il avoit un cœur; & une grande Brune dont les yeux eſtoient les plus dangereux du monde, eut tantde charmes pour luy , qu'il en devint éperduëment amou- reux. La Dame fut ſurpriſe de le voir plus ſouvent chez elle qu'elle ne l'auroit ſouhaité ! Elle eſtoit ſi bien faite , qu'elle n'eut pas de peine à deviner qui l'at- tiroit. Ses affiduitez ayant com- mencé à luy faire connoiſtre la.
paſſion qu'il avoit pour elle , fes regards &quelques foûpirs mat étouffez acheverent de l'en inftruire. Cette conqueſte lachagrina , elle n'eſtoit point d'un af fez grand poids pour luy faire
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honneur, & l'expoſoit àdes im- portunitez fatiguantes pour une Perſonne qu'un cœur novice n'accommodoit pas. Elle feignit de n'entendre point ſes premie- res declarations , & pour s'en défaire en le rebutant , elle le
raitla fur quelques tlefauts dont il prenoit peine à ſe corriger , &
n'oublia pas fur tout à luyfaire connoiſtre ſon dégoutpour cer- taines rougeurs qu'il avoit fur le
viſage. Il aimoit la Dame , &
vouloit luy plaire à quelque prix que ce fuſt. Cedernier reproche luy donnoit de l'inquietude. II erut que ſes rougeurs eſtoient la feule choſe qui la choquoit , &
dans l'impatience d'y trouver
quelque remede , il fit confiden- ce de ſon ſecret àceluy qui l'a- voit mené chez elle , &qui ap- - prenoit ſes Exercices dans la
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meſme Académie que luy. Le Confident avoit veu le monde,
il aimoit à faire piece , & fans heſiter, il luy dit que ſi c'eſtoit là le ſeul obſtacle qui l'empef- chaſt d'avoir les bonnes graces de la Belle , il luy répondoitde fon bonheur. Il adjoûte que ces rougeurs venoient d'une abon- dance de fang qu'il eſtoitfacile dedétourner ,qu'il les avoit euës comme luy, & quepour éviterla guerre qu'on luy faifoit , il s'en eſtoit fait quite pardes Ventou- ſes appliquées ſur la partie que Moliere nous a fait ſi ſpirituelle- ment entendre , quanddans l'u- nedeſes Pieces il a fait dire pour infulter un Apotiquaire, qu'on voyoit bienqu'il n'eſtoit pas ac- couſtumé à parler àdes Viſages .
Le Gentil-homme auffi credule
que jeune , auroit voulu eftre
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ventousédans le meſme inſtant.
Il embraffe le Confident avec
une joye extraordinaire , & le conjure de ne point differer à
faire venir la meſme Perſonne
dont il s'eſt ſervy pourunepa- reille Opération. On prend jour au lendemain , un Chirurgien a le mot , & deux Amis com
muns font avertis de l'employ qu'ils doivent avoir dans la Pie- ce. LeConfidentamene le Chirurgien à l'heure marquée. Le Gentilhomme le prie den'épar- gner point ſon ſang , &fe cou- chant fur le ventre, il fouffre
l'application des Ventouſes qui fontunecopieuſe attraction.Les Scarifications ſuivent,on les fait
profondes , &apres que le Chi- rurgien en a recüeilly deux grandes paletes de ſang,il remet les Ventouſes, & feignant d'a
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voir oublié quelque choſe de neceffaire , il le quitte pour cou- rir juſques chez luy. Il eſt à pei- ne forty de la Chambre , qu'on entend du bruit dans l'Escalier.
C'eſtoient les deux Amis à qui on avoit appris le miftere. Ils entrent malgré le Patient qui veut qu'on ferme la porte , &
qui a bien de la peine à ſe tenir couché fur le coſté. Ils s'informent de ce qui peut l'arreſter au,
Lit , & apres une converſation generale d'un quart - d'heure l'un des deux paſſe dans une étroite ruelle ſous pretexte d'a-'
voir quelque ſecret à luy dire.
L'Amant Ventouse tourne la
teſte ſans ſe remier , &fon Amy le prie inutilement de s'appro- cher unpeudavantage. Il n'ofe luy dire en termes du galant Voiture , qu'il a pour ne le pas
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eier.
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faire , une raiſon fondamentale fur laquelle il ne luy eſt pas permis d'apuyer. Il n'écoute que d'un peu loin cequ'on neluydi- roit pas fi on ne cherchoit à
l'embarraffer ; & enfin le Confident fait l'officieux en obligeant les nouveaux venus às'é- loigner. Le Chirurgien revient,
fil ofte les Ventouſes, &laiffe le Plaintif ſcarifié dansdes dou- Veurs dont il ne ſe conſole que par l'efperace de n'avoirplusles Tougeurs qui bleſſent les yeux de la Dame. Elle apprend du Confident le tour qu'il luy a
joué , & afin qu'il nejoüiffe pas ſeul du plaifirde cette Avantu- re, elle envoye prier le Gentil- homme de luy venir parler le lendemain. LeMeſſage luy étoit trop doux pour ne l'engager pas àſe faire une neceſſité de cette
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Viſite.Il ſe rend chez elle àpied,
car l'Opération eſtoit trop ré- cente , &ne laiſſoit aucune voiture commode pourluy. Onle mene dans leCabinetde la Belle , où il ne trouve que desEſca- beaux fort durs. Elle le fait affeoir malgré luy. Il fait centpo- ſtures qui l'inſtruiſent de ce
qu'il ſouffre , &jamais conver- ſation d'une Maîtreſſe ne parut ſi longue à un Amant. Il s'en tire le plutôt qui'l peut , & ce qui le chagrine, c'eſtqu'aubout de quelques jours , il s'apperçoit que ſes rougeurs augmentoient au lieu de diminuer. Il s'en
plaint à celuy qui est cauſedu Remede qu'il a eſſayé, & fa ré- ponſe eſt qu'il feroit bonde re- commencer , parce que les Ven- touſes n'ontpas efté affez long- temps appliquées. Il s'y ſeroit
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refolu fans doute , s'il n'en euſt - demandé avis àquelqu'un qui - luy dit charitablement qu'on - luy faiſoit piece. Il avoit du coeur ,&ayant rencontré le ma- licieux Confident , il luy fait mettre l'épée à la main. Comme les diſgraces ſe ſuivent , il ne peut fi bien ſe ſervir de fon adreſſe , qu'il ne reçoive une fort large Bleſſure dontil eſt en- cor àpreſent au Lit.Il eſt certain qu'il en guérira , mais il ne l'eſt pas que ce nouveau ſangqu'ila
perdu faſſe ceſſer les rougeurs
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte narre l'histoire d'un jeune gentilhomme élevé dans la province par un pédant. Arrivé à Paris pour ses études, il se montre d'abord maladroit et mal à l'aise. Ses amis l'introduisent dans la société parisienne, notamment auprès de femmes. Il s'éprend d'une grande brune qui, bien que flattée, est gênée par ses visites fréquentes et ses déclarations maladroites. Pour se débarrasser de lui, elle critique ses rougeurs au visage. Désireux de plaire à la dame, le jeune homme consulte un ami qui lui suggère d'utiliser des ventouses pour éliminer les rougeurs. Le gentilhomme accepte et subit l'opération, qui se révèle douloureuse et inefficace. Entre-temps, ses amis lui jouent un tour en lui révélant la vérité sur l'opération. La dame, informée de la plaisanterie, invite le gentilhomme pour en discuter. Il découvre ensuite que ses rougeurs ont empiré. Informé que l'opération doit être répétée, il décide de confronter son ami, ce qui aboutit à un duel où il est gravement blessé.
Fait partie d'un dossier
Soumis par delpedroa le