Titre d'après la table
Madame va voir prendre un Fort attaqué & defendu par Messieurs les Academistes de l'Academie de Bernardy.
Fait partie d'une livraison
Page de début
153
Page de début dans la numérisation
161
Page de fin
159
Page de fin dans la numérisation
167
Incipit
Il n'y avoit autrefois que le temps qui pust faire
Texte
Il n'y avoit autrefois que le temps qui puſt faire de
GALANT. 99 veritables Guerriers, les premie- res occaſions ne ſervoient en
quelque façon que d'eſſay à l'a- dreſſe &àla valeur , & il eſtoit
rare qu'on montraſt tout d'un coup ce qu'on eſtoit. On pré- vient aujourd'huy les années; &
la manieredontles Gentilshommes ſont élevez dans les Académies , a quelque choſe de ſi martial , qu'on peut dire qu'ils y
font leurs premieres Campa- gnes. Du moins ils en ſortent tellement aguerris , que dés qu'ils paroiffent à l'Armée, tous jeunes qu'ils font, on diroit qu'ils n'ont fait toute leur vie autre
choſe que de combatre. Il eſt vray que l'exactitude avec la- quelle M.de Bernardy leurdon- ne ſes ſoins , contribuë beaucoup aux avantages qu'ils en re- çoivent. Onne luy en peutdon Eij
100 LE MERCVRE
ner trop de loüanges. Il ne ſe contente pas de leur enſeigner leurs Exercices; il leurfait pren- dre dans tout ce qu'ils font un air noble,qui perfuade aiſément de leur naiſſance, & c'eſt ce qui luy attire non ſeulement tout ce qu'il y a de grand &d'illuſtre en France , mais auſſi quantité de jeunes Seigneurs qui luy font envoyez des Royaumes étran- gers. La maniere d'attaquer &
de défendre les Places, eſt une
Leçonqu'il n'oublie point à leur donner. C'eſt pour cela qu'il fit bâtiril y a quelques années un Fort au boutdu Palais de Luxembourg. LesAcademiſtes s'y vontexercer tous les Samedis; &
le bruit de leur adreſſe qui a
ſouvent pour témoin ungrand nombre de Perſonnes de quali- té, s'eſt tellement répandu, que
GALANT. ΙΟΙ
Madame n'a pas dédaigné de les honorer de ſa preſence. Elle avoit choiſy un jour extraordi- naire pour leur venir voir faire l'attaquedu Fort. Ils s'y prépa- rerent avec joye. Monfieur le Duc de Valentinois , Fils de Monfieur le Prince de Monaco,
l'attaqua avec beaucoup de vi gueur; & la maniere dont il fut ſecondé,eut un je-ne-ſçay quel air de bravoure qui plut fi fort à Son Alteſſe Royale, qu'elle en congratula Monfieur de Bernardy, &luy ditobligeamment,
qu'elle viendroit admirerplus d'u ne fois les jeunes Guerriers qu'il avoitfaits. Elle estoit ſuivie d'une partie de ſa Cour ; & leur bonne mine jointe àl'air relevé qui accompagna tout ce qu'ils firent , leur ayant acquis des Maiſtreſſes , donna lieu à quel
E iij
102 LE MERCVRE
ques Avantures galantes dont je vous entretiendray le Mois prochain. Je tâcheray de me trouver moy - meſme à l'at- taque de leur Fort , afin de vous en mander quelque cho- ſe de plus particulier , & je vous feray ſçavoir en meſme temps les Noms de ces Braves Fortunez, qui ſçaventde ſibon- ne heure conquérir des Places
& gagner des Cœurs.
GALANT. 99 veritables Guerriers, les premie- res occaſions ne ſervoient en
quelque façon que d'eſſay à l'a- dreſſe &àla valeur , & il eſtoit
rare qu'on montraſt tout d'un coup ce qu'on eſtoit. On pré- vient aujourd'huy les années; &
la manieredontles Gentilshommes ſont élevez dans les Académies , a quelque choſe de ſi martial , qu'on peut dire qu'ils y
font leurs premieres Campa- gnes. Du moins ils en ſortent tellement aguerris , que dés qu'ils paroiffent à l'Armée, tous jeunes qu'ils font, on diroit qu'ils n'ont fait toute leur vie autre
choſe que de combatre. Il eſt vray que l'exactitude avec la- quelle M.de Bernardy leurdon- ne ſes ſoins , contribuë beaucoup aux avantages qu'ils en re- çoivent. Onne luy en peutdon Eij
100 LE MERCVRE
ner trop de loüanges. Il ne ſe contente pas de leur enſeigner leurs Exercices; il leurfait pren- dre dans tout ce qu'ils font un air noble,qui perfuade aiſément de leur naiſſance, & c'eſt ce qui luy attire non ſeulement tout ce qu'il y a de grand &d'illuſtre en France , mais auſſi quantité de jeunes Seigneurs qui luy font envoyez des Royaumes étran- gers. La maniere d'attaquer &
de défendre les Places, eſt une
Leçonqu'il n'oublie point à leur donner. C'eſt pour cela qu'il fit bâtiril y a quelques années un Fort au boutdu Palais de Luxembourg. LesAcademiſtes s'y vontexercer tous les Samedis; &
le bruit de leur adreſſe qui a
ſouvent pour témoin ungrand nombre de Perſonnes de quali- té, s'eſt tellement répandu, que
GALANT. ΙΟΙ
Madame n'a pas dédaigné de les honorer de ſa preſence. Elle avoit choiſy un jour extraordi- naire pour leur venir voir faire l'attaquedu Fort. Ils s'y prépa- rerent avec joye. Monfieur le Duc de Valentinois , Fils de Monfieur le Prince de Monaco,
l'attaqua avec beaucoup de vi gueur; & la maniere dont il fut ſecondé,eut un je-ne-ſçay quel air de bravoure qui plut fi fort à Son Alteſſe Royale, qu'elle en congratula Monfieur de Bernardy, &luy ditobligeamment,
qu'elle viendroit admirerplus d'u ne fois les jeunes Guerriers qu'il avoitfaits. Elle estoit ſuivie d'une partie de ſa Cour ; & leur bonne mine jointe àl'air relevé qui accompagna tout ce qu'ils firent , leur ayant acquis des Maiſtreſſes , donna lieu à quel
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102 LE MERCVRE
ques Avantures galantes dont je vous entretiendray le Mois prochain. Je tâcheray de me trouver moy - meſme à l'at- taque de leur Fort , afin de vous en mander quelque cho- ſe de plus particulier , & je vous feray ſçavoir en meſme temps les Noms de ces Braves Fortunez, qui ſçaventde ſibon- ne heure conquérir des Places
& gagner des Cœurs.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Domaine
Résumé
Le texte relate l'évolution de la formation des guerriers en France. Autrefois, les premiers combats servaient de tests pour évaluer l'adresse et la valeur des combattants. Aujourd'hui, les jeunes gentilshommes sont formés dans des académies, où ils acquièrent une expérience martiale telle qu'ils semblent vétérans dès leur arrivée à l'armée. Cette formation est supervisée par M. de Bernardy, dont les soins et l'exactitude contribuent aux succès des élèves. Il leur enseigne les exercices militaires ainsi qu'une noblesse d'attitude révélant leur naissance. Cette réputation attire des jeunes seigneurs de France et de royaumes étrangers. L'académie inclut des leçons sur l'attaque et la défense des places fortes. Un fort a été construit au bout du Palais du Luxembourg pour les exercices des académistes, qui se déroulent chaque samedi. Leur adresse a été remarquée par Madame, qui a assisté à une attaque du fort. Le Duc de Valentinois, fils du Prince de Monaco, a mené l'attaque avec vigueur, impressionnant Madame. Elle a félicité M. de Bernardy et exprimé son désir de revenir admirer les jeunes guerriers. La bonne mine et l'air relevé des académistes leur ont valu des maîtresses et des aventures galantes. L'auteur prévoit de se rendre à l'attaque du fort pour en rapporter des détails et les noms des braves fortunés.