Titre d'après la table
Régal donné à Messieurs de l'Académie Françoise, par Monsieur Colbert.
Fait partie d'une livraison
Page de début
123
Page de début dans la numérisation
131
Page de fin
130
Page de fin dans la numérisation
138
Incipit
Ces Vers ont paru fort nets & fort aisez à
Texte
Ces Vers ont paru fort nets & fort aiſez à tous ceuxquiles ont veus , & c'eſt une loüange où la flaterie n'a point de part.
Elle ena beaucoup à celles qui ſe donnent ordinairement aux
Grands. Les diferentes manieres dont ils peuvent faire du bien, ſont cauſe qu'on les en-
GALAN T. 79 cenſe de toutes parts. Il ſuffit qu'on ait des prétentions pour trouver matiere de loüer ; &
pour venir à fon bur, il eſt des vertus generales qui s'accom- modent ſans peine à toute for- te de ſujets. A dire vray , ces éloges vagues qui ne marquent rien de poſitif, devroient eſtre un peu ſuſpects à ceux qui ſe font honneur de les recevoir;
mais lors qu'en loüant des cho- fes de fait , on s'attache plus à
rendre juſtice à l'honeſte . Hom- me , qu'à ſe ſoûmettre ſervilement à la faveur , il n'y a point d'envie aſſez noire pour ofer blâmer ce qui ſe dit à l'avantage de ceux qui pouvant donner à leurs plaiſirs les heures où les foins de l'Etat leur permettent de ſe relâcher , prennent une conduite toute oppoſée , & ne
Diiij
80 LE MERCVRE
ſe ſervent du pouvoir qu'ils ont de faire tout ce qui leur plaiſt ,
que pour ſe rendre encor plus dignes de l'élevation où le veri- table merite les a mis. C'eſt par là qu'on a beau donner des loüanges à M' Colbert , elles ne feront jamais éclater qu'impar- faitement les rares qualitez qui les luy attirent. Tout le monde ſçait que les grandes Affaires l'occupent jour & nuit; & fon délaſſement eſtant dans l'Etude,
on peut dire qu'il fait ſon plai- fir , de ce qui feroit le travail des autres. Il aime tellement les
Gens de Lettres , qu'il ne ſe dé- robe aux foucis de ſon Miniſtere , que pour s'entretenir avec eux. Jugez par là , Madame , fi ce n'eſt pas à ſon Eſprit , plûtôt qu'à la conſideration de ſon Rang , qu'il doit la Place que
;
GALAN T. 81
Meſſieurs de l'Académie Françoiſe le prierent il ya quelques annéesde vouloir accepter dans leur Corps. Il a pour eux une eſtime ſi particuliere , que leur en voulantdonner d'autres marques que celles qu'ils en reçoi- vet lorſqu'il peut aſſiſter à leurs Séances, il leur fit dernierement
l'honneur à tous de les regaler dans ſa belle Maiſon de Sceaux.
Il les avoit conviez le jour pré- cedét par un Billet qu'ils trouve- rent chacun chez eux. M. l'Archevêque de Paris,qui cófidere
infiniment cette Illuſtre Compagnie dont il eſt , ne manqua pas à s'y rendre , & il faudroit amaffer bien du monde pour fournir autant d'Eſprit qu'ils'en trouva en peu de temps chez l'Illuſtre Miniſtre qui les atten- doit. Me l'Abbé Regnier luy Dv
82 LE MERCVRE
preſenta en arrivant, un tres- beau Livre qu'il a compofé de la Perfection du Chreftien. On
ſe mit à table. Il y en eut deux fervies en meſme temps, & le Repas fut digne de celuy qui le donnoit. Il ſe dit mille choſe
agreables pendant le Diſner,qui ne finit que pour mettre ces Meſſieurs dans une liberté plus entiere de faire paroiſtre qu'ils n'eſtoientqu'Eſprit. Aufortirde table , toute la Compagnie fut dans une autre Salle , où il ſe fit:
une agreable Converſation. Mr Quinauty lût un fort beau Son- net qu'il avoit fait en venant à
Sceaux, &M Colbertdemanda
àM l'Abbé Furetiere s'il n'avoit
rien faitde nouveau.
Elle ena beaucoup à celles qui ſe donnent ordinairement aux
Grands. Les diferentes manieres dont ils peuvent faire du bien, ſont cauſe qu'on les en-
GALAN T. 79 cenſe de toutes parts. Il ſuffit qu'on ait des prétentions pour trouver matiere de loüer ; &
pour venir à fon bur, il eſt des vertus generales qui s'accom- modent ſans peine à toute for- te de ſujets. A dire vray , ces éloges vagues qui ne marquent rien de poſitif, devroient eſtre un peu ſuſpects à ceux qui ſe font honneur de les recevoir;
mais lors qu'en loüant des cho- fes de fait , on s'attache plus à
rendre juſtice à l'honeſte . Hom- me , qu'à ſe ſoûmettre ſervilement à la faveur , il n'y a point d'envie aſſez noire pour ofer blâmer ce qui ſe dit à l'avantage de ceux qui pouvant donner à leurs plaiſirs les heures où les foins de l'Etat leur permettent de ſe relâcher , prennent une conduite toute oppoſée , & ne
Diiij
80 LE MERCVRE
ſe ſervent du pouvoir qu'ils ont de faire tout ce qui leur plaiſt ,
que pour ſe rendre encor plus dignes de l'élevation où le veri- table merite les a mis. C'eſt par là qu'on a beau donner des loüanges à M' Colbert , elles ne feront jamais éclater qu'impar- faitement les rares qualitez qui les luy attirent. Tout le monde ſçait que les grandes Affaires l'occupent jour & nuit; & fon délaſſement eſtant dans l'Etude,
on peut dire qu'il fait ſon plai- fir , de ce qui feroit le travail des autres. Il aime tellement les
Gens de Lettres , qu'il ne ſe dé- robe aux foucis de ſon Miniſtere , que pour s'entretenir avec eux. Jugez par là , Madame , fi ce n'eſt pas à ſon Eſprit , plûtôt qu'à la conſideration de ſon Rang , qu'il doit la Place que
;
GALAN T. 81
Meſſieurs de l'Académie Françoiſe le prierent il ya quelques annéesde vouloir accepter dans leur Corps. Il a pour eux une eſtime ſi particuliere , que leur en voulantdonner d'autres marques que celles qu'ils en reçoi- vet lorſqu'il peut aſſiſter à leurs Séances, il leur fit dernierement
l'honneur à tous de les regaler dans ſa belle Maiſon de Sceaux.
Il les avoit conviez le jour pré- cedét par un Billet qu'ils trouve- rent chacun chez eux. M. l'Archevêque de Paris,qui cófidere
infiniment cette Illuſtre Compagnie dont il eſt , ne manqua pas à s'y rendre , & il faudroit amaffer bien du monde pour fournir autant d'Eſprit qu'ils'en trouva en peu de temps chez l'Illuſtre Miniſtre qui les atten- doit. Me l'Abbé Regnier luy Dv
82 LE MERCVRE
preſenta en arrivant, un tres- beau Livre qu'il a compofé de la Perfection du Chreftien. On
ſe mit à table. Il y en eut deux fervies en meſme temps, & le Repas fut digne de celuy qui le donnoit. Il ſe dit mille choſe
agreables pendant le Diſner,qui ne finit que pour mettre ces Meſſieurs dans une liberté plus entiere de faire paroiſtre qu'ils n'eſtoientqu'Eſprit. Aufortirde table , toute la Compagnie fut dans une autre Salle , où il ſe fit:
une agreable Converſation. Mr Quinauty lût un fort beau Son- net qu'il avoit fait en venant à
Sceaux, &M Colbertdemanda
àM l'Abbé Furetiere s'il n'avoit
rien faitde nouveau.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
Le texte rend hommage à Jean-Baptiste Colbert, ministre français, pour ses qualités et son dévouement. Les éloges qu'il reçoit sont authentiques et non motivés par la flatterie. Colbert est admiré pour sa capacité à concilier ses devoirs d'État avec une conduite exemplaire, même dans ses moments de loisir. Il est constamment absorbé par les affaires d'État et trouve du plaisir dans l'étude et la compagnie des gens de lettres. Colbert a été invité à rejoindre l'Académie française en raison de son esprit, et non de son rang. Il montre une grande estime pour les membres de l'Académie en les invitant à sa résidence de Sceaux pour un repas et une conversation agréable. Lors de cette réunion, l'abbé Regnier a présenté un livre, et Quinault a lu un sonnet. Colbert a également demandé à l'abbé Furetière s'il avait écrit quelque chose de nouveau.