Titre
SEANCE PUBLIQUE De la Société royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci.
Titre d'après la table
Séance publique de la Société royale de Nanci,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
92
Page de début dans la numérisation
97
Page de fin
100
Page de fin dans la numérisation
105
Incipit
Le 20 d'Octobre dernier, la Société royale de Nanci tint, selon sa coutume,
Texte
SEANCE PUBLIQUE
De la Société royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nanci.
E 20 d'Octobre dernier , la Société
royale de Nanci tint , felon fa coutume
, fa féance publique. Ce jour , fi cher
à l'Académie par la naiffance de fon fondateur
, fera encore mémorable dans fes
faftes par les fujets diftingués qu'elle vient
de recevoir. Elle comptoit déja parmi fes
membres les Fontenelle , les Hénault , les
Montefquieu; elle vient de s'affocier encore
les Maillebois , les Maupertuis , les la Condamine.
M. Dagay , Abbé de Soreze , de
l'Académie de Befançon , étoit venu exprès
de Franche-Comté à Nanci , pour faire en
ce jour fon remerciment , & M. le Corvaifier
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
d'Angers , avoit envoyé le fien. Il fut lû
par M. le Chevalier de Solignac : la façon
de lire ne nuit point à un difcours ; celuici
fut prononcé avec goût , on l'écouta
avec attention , on le relira encore avec
plaiſir , mais il faut le lire tout entier :
quelques morceaux détachés ne feroient
connoître qu'imparfaitement le ftyle & les
fentimens de l'auteur.
AVRIL. 1755.
93
" La gloire ( dit M. le Corvaifier ) eſt
» le premier objet d'une Société d'hommes
» de Lettres , les travaux utiles la procu-
» rent , les fuccès la confirment , l'hom-
» mage du public en fixe la folidité ; elle
devient le fond & la richeffe d'un Aca-
» démie , on peut l'augmenter en la com-
» muniquant mais on peut auffi l'affoiblir
, forfqu'on admetquelqu'un à y par-
;
ticiper. Que je crains , Meffieurs , que
» vous n'ayez à vous reprocher bientôt vo-
» tre indulgence ! vous m'affociez à vos
» triomphes littéraires , pouvois- je l'efpe-
» rer ? vous exigez de moi des travaux
ferois-je affez heureux pour remplir vos
» intentions & mes devoirs ?
» Les ouvrages qui honorent votre compagnie
, & qui lui appartiennent , font
marqués au coin de l'érudition , fuppo-
» fent des recherches , annoncent des con-
» noiffances , & portent le caractere du
»goût & du génie ; ils n'éblouiffent point ,
» ils intéreffent ; ils ne féduifent point , ils
» perfuadent ; ils n'amufent pas feulement,
ils inftruifent ; ils n'obtiennent point un
applaudiffement paffager , on les admire
toujours. Quelles productions , Mef-
» fieurs , aurois-je à vous offrir qui puiffent
» être placées à côté des vôtres ? Je n'ai
pour moi que du zéle . Je ne dois pas ce4
MERCURE DE FRANCE.
pendant oublier le feul moyen que je
puiffe faire voir pour vous être agréable .
» La maniere que j'ai employée à célébrer
» les vertus du Monarque de la France , a
mérité l'approbation de votre auguſte
fondateur. Un fuffrage fi refpectable de-
» vroit calmer mes inquiétudes , & ſoute
> nir mes efpérances ; mais puis-je me dif-
» fimuler que j'ai entrepris le fujet le plus
»magnifique & le plus fécond ? qu'il ne
» s'agiffoit pas d'embellir les objets , mais
» de les montrer : qu'il fuffifoit d'être ci-
» toyen & de connoître fon Roi . On ne
peut me fçavoir gré que du choix ; la ma
tiere que j'ai embraffée , eft affez riche
»pour foutenir celui qui la traite , & pour
» fuppléer aux talens .
M. de Corvaifier parle enfuite des dif
férens établiſſemens qu'a fondés le Roi de
Pologne , & des ouvrages qu'il a compo
fés ; & après avoir expofé le plan des uns
& fait l'analyse des autres , il conclut que
les amuſemens ingénieux de ce Prince ,
auffi-bien que fes plus férieufes occupa
tions , tournent également au profit de la
religion & de l'humanité.
-
Après la lecture de ce difcours , M.
Dagay , Abbé de Soreze , Chanoine de
T'Eglife métropolitaine de Franche - Comté
, & membre de l'Académie de Befan-
•
AVRIL. 1755. 95
çon , prononça lui - même fon remerci
ment , qu'il finit ainfi . » C'eſt à vous ,
Meffieurs , qu'eft réſervée la gloire de
» tranfmettre aux fiécles à venir les fenti-
❤mens magnanimes , & les actions héroïques
dont vous êtes les témoins : c'eft à
» vous à dépofer dans le fein de la renom-
» mée tout le détail d'une vie qui doit
» être à jamais le modele & l'exemple des
»
Rois. La feule chofe que vous avez à
» craindre , c'eſt que les faits que vous de-
≫ vez raconter , & qui fe paflent fous vos
n yeux , ne paroiffent aux yeux de la pof
térité une fiction ingénieufe, plus propre
à rendre la vertu aimable que reffemblante
à la vérité. Mais raffurez - vous ,
» Meffieurs , tant de grands établiſſemens
» également utiles à la religion & à l'hu-
» manité , plus durables que le marbre &
le bronze qui les atteftent , & qui font
confignés dans les annales de l'Eglife &
dans les archives des nations , garanti
ront la certitude de votre témoignage.
Daigne la providence , qui a toujours fi
» vifiblement protégé ce Monarque , mettre
le comble à tous nos voeux Puiffent
fes jours précieux fe prolonger aux dépens
de nos années , fe perpétuer au gré
- de nos defirs , fe multiplier à proportion
de fes vertus , & durer autant que fes
Sbienfaits !
96 MERCURE DE FRANCE.
M. le Comte de Cuftine , Directeur de
l'Académie , lui répondit. Il parla avec
cette politeffe & cette modeftie qui ca
racteriſent le vrai mérite , & qui conviennent
fi bien aux perfonnes de fon rang.
Son difcours fut généralement applaudi.
Il le termina par ces paroles , qu'il adreffa
à la Compagnie. » Suivez , Meffieurs , les
» hautes deftinées qui attendent tout ce
»
qui eft l'ouvrage de Staniflas ; marchez
" avec confiance dans la carriere où il
» vous précéde , & s'il arrivoit jamais que
» votre ardeur fe rallentît , rappellez - vous
que fa gloire eft inféparable de la vôtre.
- M. de Beauchamp , Lieutenant de Roi à
Nanci , prononça un difcours fur l'ambi
tion. Il diftingua la noble ambition , qui a
pour principe l'amour de la patrie , & pour
objet l'utilité publique , de l'ambition criminelle
qui ne confulte que l'orgueil , &
qui n'afpire qu'à l'indépendance. Il prouva
par des raifons folides & des exemples
choifis , qu'autant que l'une eft louable &
peut être utile , autant l'autre eft funefte
& digne de mépris.
M. Montignot , Chanoine de l'Eglife
cathédrale de Toul , fit une differtation
fur l'efprit philofophique , dans laquelle
il fit voir que ni Lucrece , malgré la beauté
de fon génie poëtique ; ni Spinofa ,
malgré
AVRIL. 1755 . 97.
malgré l'invention hardie & la liaiſon de
fon fyftême ; ni Bayle , malgré les argumens
fpécieux de la plus fine dialectique ,
n'étoient pas de vrais Philofophes.
L'auteur avoit commencé par remonter
jufqu'au tems heureux où l'efprit philofophique
vint à paroître dans le monde.
» Qu'entendoit- on , dit- il , avant Defcar-
» tes , par cette forte d'efprit ? Etoit - ce
cette recherche févere & rigoureuſe de
» la vérité , qui pefe , balance , examine
• fans prévention , & ne s'arrête que lorf
» que l'évidence paroît : Etoit-ce ce jugement
vif& pénétrant , qui ne fe laiffant
égarer par aucune fauffe lueur , avance
» toujours d'un pas égal vers la vérité ,
» parce qu'il ne veut la reconnoître que
» dans les principes d'une claire percep
» tion , par un fentiment intérieur , ou
d'après des obfervations exactes & ré-
» pétées avec fcrupule ? Non , Meffieurs ,
ajoute-t-il , on ne penfoit même pas qu'il
»fallût acheter fi cherement la qualité de
Philofophe .... Ceux qui portoient ce
» nom , on les difpenfoit alors d'étudier
la nature , & d'obferver fes loix ; mais
" on exigeoit qu'ils excellaffent dans l'art
dangereux d'embarraffer une difficulté
par toutes les fubtilités qu'une fauffe dialectique
enfeigne ; qu'ils fuffent habiles
D
ود
"
E
98 MERCURE DE FRANCE .
» dans la fcience des mots ..... Defcartes
paroît. Sa raifon ne peut fouffrir le joug
honteux où gémiffoit le refte des hom-
» mes. Il menace de renverfer jufques dans
»fes fondemens le vieil édifice de la Phi-
» lofophie d'Ariftote , qu'il ne trouve
étayée que par la prévention de fon fié-
>> cle . Cet heureux génie a le courage de
» donner les premiers coups ; il frappe
s d'une main fure. If nons trace en vain-
» queur les vraie's routes du fçavoir ... Je
» fixe à cette époque , continue M. Montignot
, le moment où le véritable ef
» prit philofophique commença à repa-
»roître fur la terre ... Vous connoiffez ,
» Meffieurs , les avantages que la Société
» en a retirés. Mon deffein me conduit
» plus loin ; je l'envifage du côté de la re
ligion , & je dis que l'efprit philofophi
" que lui eft avantageux
, ou plutôt qu'il
» ne lui eftpas nuifible : mais eft-il facile,
» ajoute - t - il , d'accorder
enſemble
cette
docilité d'enfant , que la foi exige pour
des vérités qu'il eft défendu
d'approfon
» dir , avec ces principes
féveres de la Phi-
» lofophie moderne
, qui fe fait une loi
inviolable de n'acquiefcer à aucune opi-
» nion , jufqu'à ce que l'évidence paroiſſe ,
» & qu'elle éclaire une vérité , comme un
beau jour qui vient rendre aux objets
AVRIL. 1755.
ITI
93
93
"
1,
?
BECO
ON
leurs couleurs naturelles : Ce font des
» doutes & des frayeurs qui n'age
gueres que cette partie des hommes qué
» n'ont pas médité fur le caractere de
»l'efprit philofophique , parce qu'ils n'en
» fout point éclairés .... Rendons ici l'ef
prit philofophique refpectable à leurs
yeux Montrons qu'il eft avantageux à la
religion , & qu'il la fert auffi utilement
» qu'ilmérite d'en être honoré. » Dans le
détail ouventre enfuite M. Montignot , il
fait voir que l'efprit philofophique fert à
faire appercevoir les bornes de la raiſon ,
la néceffité d'une révélation & l'obligation
de s'y foumettre. On ne fçauroit fuivre
l'auteur dans tous fes raifonnemens . Ils
font auffi forts qu'ils le pouvoient être , &
toute Baffemblée en fut extrêmement frappée.
Cet ouvrage paroîtra , fans doute ,
bientôt dans les mémoires de l'Académie
de Nanci , avec ceux dont nous venons
de parler ob a
}
D'HOURY , Libraire , rue de la Vieille
Bouclerie , donnera inceffamment une nouvelle
édition de la Chymie médicinale , de
M. Malouin , Médecin ordinaire de la
Reine.
ailty
CONSIDERATIONS fur les caufes de la
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
grandeur des Romains & de leur décadence
; nouvelle édition , à laquelle on a
joint un dialogue de Sylla & d'Eucrate .
A Paris , chez Guillyn , quai des Auguftins
, du côté du pont Saint Michel , au Lys
d'or. 1755 .
édition ; par
URE
>
ESSAI SUR L'ARCHITECTURE , nouvelle
le P. Laugier de la Compagnie
de Jefus. A Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue Saint Jacques , au Temple
du goût. 1755 .
Cette édition eft augmentée, d'un dictionnaire
des termes , avec des planches
qui en facilitent l'explication .
De la Société royale des Sciences & Belles-
Lettres de Nanci.
E 20 d'Octobre dernier , la Société
royale de Nanci tint , felon fa coutume
, fa féance publique. Ce jour , fi cher
à l'Académie par la naiffance de fon fondateur
, fera encore mémorable dans fes
faftes par les fujets diftingués qu'elle vient
de recevoir. Elle comptoit déja parmi fes
membres les Fontenelle , les Hénault , les
Montefquieu; elle vient de s'affocier encore
les Maillebois , les Maupertuis , les la Condamine.
M. Dagay , Abbé de Soreze , de
l'Académie de Befançon , étoit venu exprès
de Franche-Comté à Nanci , pour faire en
ce jour fon remerciment , & M. le Corvaifier
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
d'Angers , avoit envoyé le fien. Il fut lû
par M. le Chevalier de Solignac : la façon
de lire ne nuit point à un difcours ; celuici
fut prononcé avec goût , on l'écouta
avec attention , on le relira encore avec
plaiſir , mais il faut le lire tout entier :
quelques morceaux détachés ne feroient
connoître qu'imparfaitement le ftyle & les
fentimens de l'auteur.
AVRIL. 1755.
93
" La gloire ( dit M. le Corvaifier ) eſt
» le premier objet d'une Société d'hommes
» de Lettres , les travaux utiles la procu-
» rent , les fuccès la confirment , l'hom-
» mage du public en fixe la folidité ; elle
devient le fond & la richeffe d'un Aca-
» démie , on peut l'augmenter en la com-
» muniquant mais on peut auffi l'affoiblir
, forfqu'on admetquelqu'un à y par-
;
ticiper. Que je crains , Meffieurs , que
» vous n'ayez à vous reprocher bientôt vo-
» tre indulgence ! vous m'affociez à vos
» triomphes littéraires , pouvois- je l'efpe-
» rer ? vous exigez de moi des travaux
ferois-je affez heureux pour remplir vos
» intentions & mes devoirs ?
» Les ouvrages qui honorent votre compagnie
, & qui lui appartiennent , font
marqués au coin de l'érudition , fuppo-
» fent des recherches , annoncent des con-
» noiffances , & portent le caractere du
»goût & du génie ; ils n'éblouiffent point ,
» ils intéreffent ; ils ne féduifent point , ils
» perfuadent ; ils n'amufent pas feulement,
ils inftruifent ; ils n'obtiennent point un
applaudiffement paffager , on les admire
toujours. Quelles productions , Mef-
» fieurs , aurois-je à vous offrir qui puiffent
» être placées à côté des vôtres ? Je n'ai
pour moi que du zéle . Je ne dois pas ce4
MERCURE DE FRANCE.
pendant oublier le feul moyen que je
puiffe faire voir pour vous être agréable .
» La maniere que j'ai employée à célébrer
» les vertus du Monarque de la France , a
mérité l'approbation de votre auguſte
fondateur. Un fuffrage fi refpectable de-
» vroit calmer mes inquiétudes , & ſoute
> nir mes efpérances ; mais puis-je me dif-
» fimuler que j'ai entrepris le fujet le plus
»magnifique & le plus fécond ? qu'il ne
» s'agiffoit pas d'embellir les objets , mais
» de les montrer : qu'il fuffifoit d'être ci-
» toyen & de connoître fon Roi . On ne
peut me fçavoir gré que du choix ; la ma
tiere que j'ai embraffée , eft affez riche
»pour foutenir celui qui la traite , & pour
» fuppléer aux talens .
M. de Corvaifier parle enfuite des dif
férens établiſſemens qu'a fondés le Roi de
Pologne , & des ouvrages qu'il a compo
fés ; & après avoir expofé le plan des uns
& fait l'analyse des autres , il conclut que
les amuſemens ingénieux de ce Prince ,
auffi-bien que fes plus férieufes occupa
tions , tournent également au profit de la
religion & de l'humanité.
-
Après la lecture de ce difcours , M.
Dagay , Abbé de Soreze , Chanoine de
T'Eglife métropolitaine de Franche - Comté
, & membre de l'Académie de Befan-
•
AVRIL. 1755. 95
çon , prononça lui - même fon remerci
ment , qu'il finit ainfi . » C'eſt à vous ,
Meffieurs , qu'eft réſervée la gloire de
» tranfmettre aux fiécles à venir les fenti-
❤mens magnanimes , & les actions héroïques
dont vous êtes les témoins : c'eft à
» vous à dépofer dans le fein de la renom-
» mée tout le détail d'une vie qui doit
» être à jamais le modele & l'exemple des
»
Rois. La feule chofe que vous avez à
» craindre , c'eſt que les faits que vous de-
≫ vez raconter , & qui fe paflent fous vos
n yeux , ne paroiffent aux yeux de la pof
térité une fiction ingénieufe, plus propre
à rendre la vertu aimable que reffemblante
à la vérité. Mais raffurez - vous ,
» Meffieurs , tant de grands établiſſemens
» également utiles à la religion & à l'hu-
» manité , plus durables que le marbre &
le bronze qui les atteftent , & qui font
confignés dans les annales de l'Eglife &
dans les archives des nations , garanti
ront la certitude de votre témoignage.
Daigne la providence , qui a toujours fi
» vifiblement protégé ce Monarque , mettre
le comble à tous nos voeux Puiffent
fes jours précieux fe prolonger aux dépens
de nos années , fe perpétuer au gré
- de nos defirs , fe multiplier à proportion
de fes vertus , & durer autant que fes
Sbienfaits !
96 MERCURE DE FRANCE.
M. le Comte de Cuftine , Directeur de
l'Académie , lui répondit. Il parla avec
cette politeffe & cette modeftie qui ca
racteriſent le vrai mérite , & qui conviennent
fi bien aux perfonnes de fon rang.
Son difcours fut généralement applaudi.
Il le termina par ces paroles , qu'il adreffa
à la Compagnie. » Suivez , Meffieurs , les
» hautes deftinées qui attendent tout ce
»
qui eft l'ouvrage de Staniflas ; marchez
" avec confiance dans la carriere où il
» vous précéde , & s'il arrivoit jamais que
» votre ardeur fe rallentît , rappellez - vous
que fa gloire eft inféparable de la vôtre.
- M. de Beauchamp , Lieutenant de Roi à
Nanci , prononça un difcours fur l'ambi
tion. Il diftingua la noble ambition , qui a
pour principe l'amour de la patrie , & pour
objet l'utilité publique , de l'ambition criminelle
qui ne confulte que l'orgueil , &
qui n'afpire qu'à l'indépendance. Il prouva
par des raifons folides & des exemples
choifis , qu'autant que l'une eft louable &
peut être utile , autant l'autre eft funefte
& digne de mépris.
M. Montignot , Chanoine de l'Eglife
cathédrale de Toul , fit une differtation
fur l'efprit philofophique , dans laquelle
il fit voir que ni Lucrece , malgré la beauté
de fon génie poëtique ; ni Spinofa ,
malgré
AVRIL. 1755 . 97.
malgré l'invention hardie & la liaiſon de
fon fyftême ; ni Bayle , malgré les argumens
fpécieux de la plus fine dialectique ,
n'étoient pas de vrais Philofophes.
L'auteur avoit commencé par remonter
jufqu'au tems heureux où l'efprit philofophique
vint à paroître dans le monde.
» Qu'entendoit- on , dit- il , avant Defcar-
» tes , par cette forte d'efprit ? Etoit - ce
cette recherche févere & rigoureuſe de
» la vérité , qui pefe , balance , examine
• fans prévention , & ne s'arrête que lorf
» que l'évidence paroît : Etoit-ce ce jugement
vif& pénétrant , qui ne fe laiffant
égarer par aucune fauffe lueur , avance
» toujours d'un pas égal vers la vérité ,
» parce qu'il ne veut la reconnoître que
» dans les principes d'une claire percep
» tion , par un fentiment intérieur , ou
d'après des obfervations exactes & ré-
» pétées avec fcrupule ? Non , Meffieurs ,
ajoute-t-il , on ne penfoit même pas qu'il
»fallût acheter fi cherement la qualité de
Philofophe .... Ceux qui portoient ce
» nom , on les difpenfoit alors d'étudier
la nature , & d'obferver fes loix ; mais
" on exigeoit qu'ils excellaffent dans l'art
dangereux d'embarraffer une difficulté
par toutes les fubtilités qu'une fauffe dialectique
enfeigne ; qu'ils fuffent habiles
D
ود
"
E
98 MERCURE DE FRANCE .
» dans la fcience des mots ..... Defcartes
paroît. Sa raifon ne peut fouffrir le joug
honteux où gémiffoit le refte des hom-
» mes. Il menace de renverfer jufques dans
»fes fondemens le vieil édifice de la Phi-
» lofophie d'Ariftote , qu'il ne trouve
étayée que par la prévention de fon fié-
>> cle . Cet heureux génie a le courage de
» donner les premiers coups ; il frappe
s d'une main fure. If nons trace en vain-
» queur les vraie's routes du fçavoir ... Je
» fixe à cette époque , continue M. Montignot
, le moment où le véritable ef
» prit philofophique commença à repa-
»roître fur la terre ... Vous connoiffez ,
» Meffieurs , les avantages que la Société
» en a retirés. Mon deffein me conduit
» plus loin ; je l'envifage du côté de la re
ligion , & je dis que l'efprit philofophi
" que lui eft avantageux
, ou plutôt qu'il
» ne lui eftpas nuifible : mais eft-il facile,
» ajoute - t - il , d'accorder
enſemble
cette
docilité d'enfant , que la foi exige pour
des vérités qu'il eft défendu
d'approfon
» dir , avec ces principes
féveres de la Phi-
» lofophie moderne
, qui fe fait une loi
inviolable de n'acquiefcer à aucune opi-
» nion , jufqu'à ce que l'évidence paroiſſe ,
» & qu'elle éclaire une vérité , comme un
beau jour qui vient rendre aux objets
AVRIL. 1755.
ITI
93
93
"
1,
?
BECO
ON
leurs couleurs naturelles : Ce font des
» doutes & des frayeurs qui n'age
gueres que cette partie des hommes qué
» n'ont pas médité fur le caractere de
»l'efprit philofophique , parce qu'ils n'en
» fout point éclairés .... Rendons ici l'ef
prit philofophique refpectable à leurs
yeux Montrons qu'il eft avantageux à la
religion , & qu'il la fert auffi utilement
» qu'ilmérite d'en être honoré. » Dans le
détail ouventre enfuite M. Montignot , il
fait voir que l'efprit philofophique fert à
faire appercevoir les bornes de la raiſon ,
la néceffité d'une révélation & l'obligation
de s'y foumettre. On ne fçauroit fuivre
l'auteur dans tous fes raifonnemens . Ils
font auffi forts qu'ils le pouvoient être , &
toute Baffemblée en fut extrêmement frappée.
Cet ouvrage paroîtra , fans doute ,
bientôt dans les mémoires de l'Académie
de Nanci , avec ceux dont nous venons
de parler ob a
}
D'HOURY , Libraire , rue de la Vieille
Bouclerie , donnera inceffamment une nouvelle
édition de la Chymie médicinale , de
M. Malouin , Médecin ordinaire de la
Reine.
ailty
CONSIDERATIONS fur les caufes de la
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
grandeur des Romains & de leur décadence
; nouvelle édition , à laquelle on a
joint un dialogue de Sylla & d'Eucrate .
A Paris , chez Guillyn , quai des Auguftins
, du côté du pont Saint Michel , au Lys
d'or. 1755 .
édition ; par
URE
>
ESSAI SUR L'ARCHITECTURE , nouvelle
le P. Laugier de la Compagnie
de Jefus. A Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue Saint Jacques , au Temple
du goût. 1755 .
Cette édition eft augmentée, d'un dictionnaire
des termes , avec des planches
qui en facilitent l'explication .
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Le 20 octobre, la Société royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy a célébré sa séance publique annuelle, marquant également la naissance de son fondateur. Parmi les membres présents figuraient Fontenelle, Hénault, Montesquieu, ainsi que les nouveaux membres Maillebois, Maupertuis et La Condamine. M. Dagay, Abbé de Soreze, de l'Académie de Besançon, a prononcé un discours de remerciement. M. le Corvaisier, Secrétaire perpétuel de l'Académie d'Angers, a envoyé un discours lu par M. le Chevalier de Solignac, soulignant l'importance de la gloire académique et des travaux utiles. M. le Corvaisier a également exprimé son admiration pour les œuvres érudites de l'Académie et a discuté des établissements et œuvres du Roi de Pologne, notant leur utilité pour la religion et l'humanité. M. Dagay a ensuite remercié l'Académie pour sa mission de transmettre les actions héroïques et les sentiments magnanimes aux générations futures. M. le Comte de Custine, Directeur de l'Académie, a encouragé l'Académie à suivre les hautes destinées tracées par Stanislas. M. de Beauchamp a prononcé un discours sur l'ambition, distinguant l'ambition noble de l'ambition criminelle. M. Montignot, Chanoine de l'Église cathédrale de Toul, a fait une dissertation sur l'esprit philosophique, affirmant que Descartes a marqué le début de la véritable philosophie. Il a également discuté de la compatibilité entre l'esprit philosophique et la religion, soulignant que la philosophie aide à reconnaître les limites de la raison et la nécessité de la révélation. La séance s'est conclue par des annonces de publications récentes, notamment une nouvelle édition de la 'Chymie médicinale' de M. Malouin et un 'Essai sur l'architecture' du P. Laugier.