Titre d'après la table
Histoire du Singe.
Fait partie d'une livraison
Page de début
286
Page de début dans la numérisation
308
Page de fin
291
Page de fin dans la numérisation
313
Incipit
C'est vous entretenir trop long-temps de Guerre. Je change
Texte
C'eſt vous entretenir trop long - temps de Guerre. Je change de matiere , & paſſe à un Sujet de Procés qui eſt arrivé icy depuis peu , & qui vous paroiſtra affez extraordi- naire. Un Gentilhomme paf- ſant à pied dans la Ruë avec deux Laquris, ſe ſentit couvert d'eau qu'on luy jetta tout-à- coup d'uneFeneſtre. Il leva les yeux en haut pour voir l'Au- theurde l'infulte , &apperceut
un gros Singe qui ayant pris plaisir à l'arrofer , prétendoit encor ſe divertir à luy caffer la teſte d'un Pot qu'il tenoit. Le
Gentilhomme évita le coup en
reculant , & ne fut pas moins chagrin de la méchante odeur que contracterent ſes cheveux
Tome VII. I
194 LE MERCVRE
enunmoment, qu'il avoit eſté furpris de la ſubite inondation.
Les Laquais qui mirent leur honneur à vanger leurMaiſtre,
ramafferent les débris du Pot,
&penfant les jetter contre ce malicieuxAnimal qui faiſoitdes gambades engrinçant lesdents,
ils les jetterent malheureuſe- mentdetravers contre un grand Miroir qui estoit attaché à cô téde la Feneſtre. La Maitrefſe du Logis entroit alors dans fa Chambre. Elle estoit ſuper- ſtitieuſe &avare. Le bruit du
coup l'inſtruit de ſa perte , &
un Miroir caffé la fait ſouffrir
doublement. Elle crie au meurtre. Granderumeur dans levoifinage. Son Cocher fort avec trois Laquais armez de tout ce qu'ils peuvent rencontrer ; ils donnent fur ceux du Gentil-
GALANT. 195 homme, qui ſe croit obligé de les ſecourir. L'un eſt renversé
,
par terre, l'autre à lebras percé d'une Broche & l'Epée du
Maistre auroit peut - eftre eu peine à le garantir luy-meſme des longues Armes qu'on luy oppoſoit , ſans un vieux Con- feiller qui les fepare , & qui in- terpoſe ſon autorité pour pren- dre connoiffance de l'affaire.
La Dame qui ſçait que le Gen- tilhommeluyparle,vient prom- ptement luy porter ſa plainte.
Elle ne demande pasſeulement qu'on luypayefon Miroircaffé,
elleveutqu'on luy réponde de tout ce qui luy doit arriver de finiſtre apres un accident de fi trifte augure. Le Gentilhomme de ſon coſté n'a pas de legeres prétentions. Outre fon Laquais percé de la Broche , qu'il faut
I ij
196 LE MERCVRE
qu'on luy rende fain &fauf, il.
foûtient qu'on luy doit faire raiſon de l'infection de ſa Che-1
velure. Le Conſeiller les écou
te, & fans vouloir prononcer,
quoy qu'ils le faſſent Arbitre du diferend, il porte la Dame à ſe conſoler de fon Miroir , &
le Cavalier à ſe mettre en frais
d'Effences pour reparer le def ordredeſes cheveux. Jeneſçay ſi la Dame qui est un peu obſti- née , en voudra demeurer là,
mais je croy qu'en bonne juf- tice le Singe devroit eſtre con- damné aux deſpens. Cepen- dant le Gentilhomme s'eſt diverty de ſon avanture , en l'é- crivant àuneDame qu'il eſtime
tres-particulierement. On peut croire que cette eſtime va loin,
& que fintelligence eft forte entr'eux, puis qu'il luy a envoyé
GALANT. 197 fon Portrait comme un préſer- vatif afſſure contre le chagrin de fon abſcence. Il s'est fait
peindre avecune Couronne fur
la teſte , pour avoir lieu de luy proteſter galamment qu'il n'en veut une que pour la mettre à
ſes pieds. La Dame en ſeroit fort digne, ayant de la beauté,
de l'eſprit, & affez de naiſſance,
pour n'eſtre pas embarraffée du
rangoù un ſemblable préſent la mettroit. Je crains bien pourtantque ce Portrait envoyé ne faffe tune Affaire au Gentil
homme, car le Paquet fut ou- vert en prefence d'une Dame d'un fort grandmerite , à quifes hommages n'ont point déplû ,
&qui le confiderant affez pour luy avoir dit ſouvent qu'elle ne pouvoitvivre ſans luy, aura pu fe chagriner de ce qu'il femble I iij
298 LE MERCVRE qu'elle neſoit pas la ſeule maif- treffe de fon cœur. Ce Procés
devroit eftre plus redoutable an Cavalierque celuyduSinge. La choſe le regarde. C'eſt à luyd'y mettre ordre. Ilade l'eſprit , 84 comme il entend fort bien rail
lerie, je ne doute point qu'en matiere devœux partagez , il ne trouvemoyendela faire enten,
dre aux autres.
un gros Singe qui ayant pris plaisir à l'arrofer , prétendoit encor ſe divertir à luy caffer la teſte d'un Pot qu'il tenoit. Le
Gentilhomme évita le coup en
reculant , & ne fut pas moins chagrin de la méchante odeur que contracterent ſes cheveux
Tome VII. I
194 LE MERCVRE
enunmoment, qu'il avoit eſté furpris de la ſubite inondation.
Les Laquais qui mirent leur honneur à vanger leurMaiſtre,
ramafferent les débris du Pot,
&penfant les jetter contre ce malicieuxAnimal qui faiſoitdes gambades engrinçant lesdents,
ils les jetterent malheureuſe- mentdetravers contre un grand Miroir qui estoit attaché à cô téde la Feneſtre. La Maitrefſe du Logis entroit alors dans fa Chambre. Elle estoit ſuper- ſtitieuſe &avare. Le bruit du
coup l'inſtruit de ſa perte , &
un Miroir caffé la fait ſouffrir
doublement. Elle crie au meurtre. Granderumeur dans levoifinage. Son Cocher fort avec trois Laquais armez de tout ce qu'ils peuvent rencontrer ; ils donnent fur ceux du Gentil-
GALANT. 195 homme, qui ſe croit obligé de les ſecourir. L'un eſt renversé
,
par terre, l'autre à lebras percé d'une Broche & l'Epée du
Maistre auroit peut - eftre eu peine à le garantir luy-meſme des longues Armes qu'on luy oppoſoit , ſans un vieux Con- feiller qui les fepare , & qui in- terpoſe ſon autorité pour pren- dre connoiffance de l'affaire.
La Dame qui ſçait que le Gen- tilhommeluyparle,vient prom- ptement luy porter ſa plainte.
Elle ne demande pasſeulement qu'on luypayefon Miroircaffé,
elleveutqu'on luy réponde de tout ce qui luy doit arriver de finiſtre apres un accident de fi trifte augure. Le Gentilhomme de ſon coſté n'a pas de legeres prétentions. Outre fon Laquais percé de la Broche , qu'il faut
I ij
196 LE MERCVRE
qu'on luy rende fain &fauf, il.
foûtient qu'on luy doit faire raiſon de l'infection de ſa Che-1
velure. Le Conſeiller les écou
te, & fans vouloir prononcer,
quoy qu'ils le faſſent Arbitre du diferend, il porte la Dame à ſe conſoler de fon Miroir , &
le Cavalier à ſe mettre en frais
d'Effences pour reparer le def ordredeſes cheveux. Jeneſçay ſi la Dame qui est un peu obſti- née , en voudra demeurer là,
mais je croy qu'en bonne juf- tice le Singe devroit eſtre con- damné aux deſpens. Cepen- dant le Gentilhomme s'eſt diverty de ſon avanture , en l'é- crivant àuneDame qu'il eſtime
tres-particulierement. On peut croire que cette eſtime va loin,
& que fintelligence eft forte entr'eux, puis qu'il luy a envoyé
GALANT. 197 fon Portrait comme un préſer- vatif afſſure contre le chagrin de fon abſcence. Il s'est fait
peindre avecune Couronne fur
la teſte , pour avoir lieu de luy proteſter galamment qu'il n'en veut une que pour la mettre à
ſes pieds. La Dame en ſeroit fort digne, ayant de la beauté,
de l'eſprit, & affez de naiſſance,
pour n'eſtre pas embarraffée du
rangoù un ſemblable préſent la mettroit. Je crains bien pourtantque ce Portrait envoyé ne faffe tune Affaire au Gentil
homme, car le Paquet fut ou- vert en prefence d'une Dame d'un fort grandmerite , à quifes hommages n'ont point déplû ,
&qui le confiderant affez pour luy avoir dit ſouvent qu'elle ne pouvoitvivre ſans luy, aura pu fe chagriner de ce qu'il femble I iij
298 LE MERCVRE qu'elle neſoit pas la ſeule maif- treffe de fon cœur. Ce Procés
devroit eftre plus redoutable an Cavalierque celuyduSinge. La choſe le regarde. C'eſt à luyd'y mettre ordre. Ilade l'eſprit , 84 comme il entend fort bien rail
lerie, je ne doute point qu'en matiere devœux partagez , il ne trouvemoyendela faire enten,
dre aux autres.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Un gentilhomme, accompagné de deux laquais, est aspergé d'eau par un singe depuis une fenêtre. Le singe tente ensuite de lui lancer un pot à la tête. Le gentilhomme évite le projectile mais est contrarié par l'odeur. Les laquais, voulant venger leur maître, lancent les débris du pot et brisent un miroir. La maîtresse du logis, superstitieuse et avare, accuse le gentilhomme de meurtre. Une rixe éclate entre les domestiques des deux parties. Un conseiller intervient et propose une solution : la dame doit se consoler de la perte de son miroir, et le gentilhomme doit réparer l'odeur de ses cheveux. Le gentilhomme s'est amusé de cette aventure et l'a écrite à une dame qu'il estime. Il lui a envoyé son portrait avec une couronne, symbolisant son désir de la placer au-dessus de lui. Cependant, ce portrait a été ouvert par une autre dame, ce qui pourrait causer un problème plus grave pour le gentilhomme que le procès initial.
Fait partie d'un dossier