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Titre

LETTRE A M. *** Sur la Peinture encaustique.

Titre d'après la table

Lettre à M. *** sur la Peinture encaustique,

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604
Incipit

Le goût que vous avez pour les arts m'étoit garant de la satisfaction que

Texte
LETTRE
@
A M. **
Sur la Peinture encaustique .
E goût que vous avez pour les arts
m'étoit garant de la fatisfaction que
devoit vous procurer la découverte qu'on
vient de faire , & j'étois perfuadé d'avance
que vous feriez infiniment flaté d'apprendre
qu'on pouvoit avoir retrouvé une façon
de peindre perdue depuis un fi grand
nombre de fiécles. Mais je fuis fâché d'être
hors d'état de fatisfaire votre curiofité, qui
eft bien naturelle à un amateur tel que vous.
Tous les papiers publics , dites-vous , vous
ont parlé de la peinture encauftique , mais
aucun ne vous à dévoilé le myftere de cette
maniere de peindre . Comment vous en auroient-
ils inftruit , puifque malgré toutes
mes démarches , je ne puis vous en parler
moi-même qu'en général ? Vous avez raiſon
d'obferver qu'il y a un très-grand avan
tage à préfenter aux Peintres une augmen
tation de moyens pour le charme de nos
yeux .
L'impatience de nos Artiftes , qui n'eft
dans eux qu'une noble émulation , en a
MARS. 1755. 147
déja engagé plufieurs à peindre avec de
la cire. Ils font même parvenus à faire des
chofes très belles & très - agréables ; mais
leur préparation avantageufe en elle - même,
ne me paroît point être celle du tableau
que M. Vien a expofé à la derniere
affemblée publique de l'Académie des Belles-
Lettres. J'ai eu occafion d'examiner de
près ce beau buite de Minerve , j'ai confideré
avec toute l'attention dont je fuis
capable , les tableaux des autres Artiſtes
dont je viens de vous parler , & je vous
avoue que par cette comparaifon j'ai cru
reconnoître de grandes différences dans
leur pratique ; & foit que le feu ait moins
de part à l'opération de ces derniers ; je
fuis perfuadé que peindre à la cine n'eft
pas la maniere encauftique dont on eſt
occupé,
Pour éclaircir mes doutes & les vôtres ,
j'ai été voir M. le Comte de Caylus ; &
fur les queftions que je lui ai faites , il
m'a répondu avec cette franchiſe que vous
Jui connoiffez , qu'il ne pouvoit m'inftrui.
re. J'ai témoigné avoir envie de confulter
auffi M. Majault , Médecin de la Faculté ,
qui l'a aidé de fes lumieres dans la recherche
de la peinture en queftion ; mais il m'a
très fort affuré que je ne ferois pas plus
heureux auprès de ce Docteur , & qu'il
-
?
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
uferoit de la même difcrétion . Au reſte
M. le C. de Caylus ne m'a point laiffé
ignorer le motif de fon filence : il eft dans
le deffein de rendre cette pratique publique
, & il ne veut point découvrir fon fecret
avant ce tems- là. Il m'a affuré n'avoir
point d'autre objet que l'explication de
quelques paffages de Pline , mais il eſt retenu
par une idée de bon citoyen. Il voudroit
que la pratique en queſtion ne fût
connue , au moins pendant quelques mois ,
que par les Peintres de l'école françoiſe ;
mais l'exécution de ce projet eft d'autant
plus difficile , qu'une Académie entiere n'a
jamais gardé de fecret : ainfi j'efpere que
nous ferons bientôt éclaircis du véritable
moyen qui vraiſemblablement doit êtrè
le plus approchant de celui des anciens.
Nous aurons à la fois toutes les préparations
néceffaires pour employer l'encauftique
fur le bois , la toile , le plâtre & la
pierre on me l'a ainfi perfuadé. Mais
avant que nous foyons inftruits des détails
de cette découverte , permettez que je
vous communique quelques réflexions gé
nérales , qui pourront fervir de réponſe à
plufieurs de vos questions.
Il ne doit jamais y avoir d'exclufion
dans les Arts. Un moyen de plus eft un
avantage pour l'art & pour l'Artifte ; cat
MAR S. 1755 149
enfin une pratique peut convenir à un objet
plutôt qu'une autre. La peinture encauftique
, par exemple , a plus d'attrait
pour l'oeil , & peut être préférée pour une
place au plus grand jour , à un jour de face ,
car elle n'a point de luifant & fe voit également
de tous les points de vûe : d'ailleurs
, comme vous l'avez très -bien obfervé
, elle ne change rien au génie , non plus
qu'au faire d'un Artifte , & le maniment
de l'outil ne cauſe aucune différence ; il eſt
abfolument le même , & ne craignez pas
que l'encauftique porte aucun préjudice à
la peinture à l'huile. La premiere n'eft qu'un
moyen de plus , une variété dans l'exécution
: je prévois qu'elle pourra produire
un grand avantage , celui de conduire les
Artiſtes à fe donner plus de foin pour le
choix & pour la préparation des couleurs.
Vous fçavez , Monfieur , que la peinture
n'eft qu'une oppofition de la lumiere aux
ombres ; vous n'ignorez pas que l'huile
jaunit toutes les couleurs , les plus claires
ne font pas à l'abri de cet inconvénient ,
qui fe fait fentir , pour ainfi dire , même
fur la palette . Par une conféquence
néceffaire les ombres font toujours plus
fortes ; c'eft ce qui a fait contracter l'habitude
du noir. Cette habitude eft d'autant
plus dangereufe que le public regarde les
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tableaux dans lefquels les ombres font
noircies au point de ne rien diftinguer ,
comme des tableaux vigoureux : cette vigueur
eft vraie quelquefois , mais elle n'a
point fon principe dans une couleur outrée
, mais feulement dans la maniere de
penfer de l'artiſte & dans fa façon de voir
la nature. Quoiqu'il en foit , les tableaux
des plus grands Maîtres ont tellement noirci
, qu'il n'y a plus d'harmonie , & que
nous ne jugeons aujourd'hui dans le plus
grand nombre de leurs ouvrages , que du
trait & de la beauté du pinceau dans les
clairs , fans qu'il foit poffible d'avoir une
idée jufte de l'harmonie ; on eft presque
toujours dans la néceffité de la fuppofer.
Au contraire une peinture toujours claire ,
dont les lumieres font rendues avec plus
de vérité , dont les ombres font vraies fans
être chargées , & dans lefquelles l'oeil fe
promene , accoutumera ceux qui pratiquent
l'une & l'autre maniere , à éviter le
noir fi funefte au Peintre & à la peinture.
L'encauftique fera plus encore , elle por
tera ceux qui travailleront à l'huile , &
qui verront dans les cabinets , dans les
Eglifes , &c. des tableaux plus lumineux ,
à fe tenir eux - mêmes plus hauts & plus
clairs enfin l'harmonie , cette fille du
ciel, fe confervera plus long-tems dans leurs
:
M. AR S. 1755. 151
ouvrages , telle qu'ils l'auront produite..
Un grand bien qui pourroit encore en réfulter
, c'eft d'engager les artiftes à fe donner
pour les couleurs qu'ils employent en
travaillant à l'huile , les attentions , les foins
& la propreté dont nous admirons le fuccès
& le fruit dans les ouvrages des plus
anciens Peintres modernes , c'eft - à - dire
ceux qui ont travaillé dans les commencemens
de la découverte de la peinture à
F'huile. Les artistes de ce tems faifoient
préparer leurs couleurs fous leurs yeux &
dans leur attelier , ainfi que les Médecins
des premiers fiécles compofoient eux-mê
mes leurs remedes ; mais depuis long- tems
ils fe confient entierement , ceux-ci aux
pharmaciens , les autres aux marchands de
couleurs , & la peinture en fouffre confidérablement.
Mais en voilà affez fur cette
matiere : je me fuis jetté dans des réflexions
générales , parce que je ne pouvois vous
inftruire de ce qui fait l'objet de votre
lettre. Vous me pardonnerez les longueurs
de celle - ci , à cauſe du motif qui m'anime.
Je fuis , & c.
P. S, J'ouvre ma lettre pour vous dire
qu'ayant été de nouveau chez M. Vien
j'y ai vû une tête d'Anacréon peinte en
encauftique fur un des plus gros coutils
& qui produit un effet furprenant.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Domaine
Résumé
La lettre aborde la redécouverte de la peinture encaustique, une technique ancienne perdue depuis des siècles. L'auteur regrette de ne pas pouvoir fournir des détails précis sur cette méthode, malgré de nombreuses tentatives. Plusieurs artistes ont expérimenté la peinture à la cire, mais les résultats obtenus diffèrent et ne correspondent pas toujours à la véritable technique encaustique. L'auteur a consulté le Comte de Caylus et le médecin Majault, tous deux impliqués dans la recherche, mais ils ont refusé de divulguer le secret, souhaitant le garder confidentiel jusqu'à ce qu'il soit partagé avec les peintres de l'école française. La lettre met en avant les avantages potentiels de la peinture encaustique, notamment son attrait visuel et son absence de luisant, ce qui la rend adaptée pour des expositions en plein jour. L'auteur espère que cette redécouverte encouragera les artistes à accorder plus d'attention à la préparation et au choix des couleurs, améliorant ainsi la qualité et la durabilité des œuvres. Il conclut en exprimant l'espoir que cette nouvelle technique bénéficiera à l'art et aux artistes, sans porter préjudice à la peinture à l'huile.
Soumis par kipfmullerl le