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256
Page de début dans la numérisation
276
Page de fin
262
Page de fin dans la numérisation
282
Incipit
On ne peut exprimer la joye qui se répandit dans
Texte
On ne
peut exprimer la joye qui ſe répandit dans toute cette gra- de Province , ſi-tôt qu'on y
ſceut qu'il en avoit eſté nom- mé Gouverneur ; il y eſtoit dans une fort haute eſtime &
190 LE MERCURE
pour ſa naiſſance , & pour les qualitez particulieres de fa Perſonne. Il arriva à Blaye le 8.de May,où il reçeut les Co- plimensde Meſſieurs les Jurats de Bordeaux , portez par la bouchede Monfieur Chiquet Jurat & ancien Avocar,
accompagné de Monfieur de Jean Procureur Syndic dela Maiſon de Ville. Le lendemain il ſe rendit au Port dudit Blaye àcinq heures du matin , & apres y avoir reçeu tous les honneurs poſſibles par Monfieur de Monbleru Commandant dans la Place,
il monta dans la Maiſon Navale qui luyavoit été envoyée par les Jurats , & fur les dix heures il arriva à Bordeaux au
bruit de tout le CanoduCha-
GALANT. 191
ſteau Trompette, &des Vaif- ſeaux. Monfieur le Comte de
Montaigu Gouverneur du Chaſteau & LieutenantGeneral de la Province , le vint
recevoir ſur le Port, où il luy preſenta les Jurats , à la teſte deſquels ſe trouva Monfieur de la Lange , qui harangua d'une maniere àfaire connoître qu'unGentil- hommen'eſt
pasmoins propre à eſtre bon Orateur que bon Capitaine.
On ne luy avoit point prepa- ré dEntrée , parce qu'il n'en avoit point voulu , pour n'ê- tre pas à charge au Public;
mais quelque précaution qu'il eût priſe pour cacher ſon ar- rivée , elle fut ſocuë incontinent de tout le Peuple , qui accourut en foule ſur le Port,
192 LE MERCURE
&on peut dire que jamais Gouverneur n'a eſté reçeu avec plus d'acclamations. De là , voulant rendre les honneurs deûs au Prélat de cette
grande Ville , il fut conduit à
l'Archeveſché ; apres quoy il alla diſner au Chaſteau Trompepette,où MonfieurdeMon- taigu le régala avec unemag- nificence admirable.Vousſça- vez,Madame,que Monfieurle
Comte de Montaigu eſt un Homme d'un fort grandmé- rité , &que ſa naiſſance nele rendpas moins illuſtre, qu'un grand nombre de belles Al- liances qui font dans ſa Mai- fon. Il a eſté Cornette des
Chevaux- Legers de la Garde
du Roy , & Gouverneur de Rocroy ; & apres avoir meri-
GALANT. 193 té par de grands ſervices la confiance de Sa Majesté &de la feuë Reyne Mere dans des
occaſions tres- importantes, il a eſté choiſy par le Roy pour l'un de ſes Lieutenans dans le
Gouvernementde Guyenne ,
&pour Gouverneur du Chafteau Trompette. Cet Employ marque plus que toute autre choſe l'eſtime particuliere dõt il a toûjours eſté honoré par fon Maiſtre. Tout le monde
ſçait l'importancedece Poſte,
&l'on a veu dans les derniers
temps de quelle conséquence il eſt d'y avoir unHommedot la ſageſſe,la fidelité,&l'expé- rience,mettent en ſeûreté une
Province qui a toûjours eſté enbute aux plus puiſſans En- nemis du Royaume. C'eſt où
194 LE MERCURE
M. de Montaigu avoulu cher- cherdu repos pour ſe délaſſer des longues fatigues qu'il a
cuës àeſſuyerdas les Armées,
nejugeant pas que l'âge , ny méme les pensées qu'ondoit avoir dans un certain temps pourl'autre vie, le püſſentdif penſer derendrejuſqu'au der- nier ſoûpir les ſervices qu'il croît devoir à un Prince qui luy a toûjours donnédes mar- ques de ſa bonté.
Apres ces premiers devoirs rendus à Monfieur le Duc de
Roquelore , toute la ſemaine ſe paſſa à recevoir les Haran- gues de tous les Corps , entre leſquelles celles de Monfieur le Doyen de la Cathedrale, &
deM. de Meſtivier Preſident'
à la Cour des Aydes , ont été
GALANT.
19)
DE
S
été fort eſtimées , ainſi que celles de Monfieur le Lieutenant General du Preſidial de
Bordeaux , & du Juge-Mage d'Auche. Monfieur le Duc
s'embarqua le 14. du méme
mois pour aller à Marmande ſe faire recevoir au Parlement.
Adieu, Madame. Sansa grofleur extraordinaire de ma /
peut exprimer la joye qui ſe répandit dans toute cette gra- de Province , ſi-tôt qu'on y
ſceut qu'il en avoit eſté nom- mé Gouverneur ; il y eſtoit dans une fort haute eſtime &
190 LE MERCURE
pour ſa naiſſance , & pour les qualitez particulieres de fa Perſonne. Il arriva à Blaye le 8.de May,où il reçeut les Co- plimensde Meſſieurs les Jurats de Bordeaux , portez par la bouchede Monfieur Chiquet Jurat & ancien Avocar,
accompagné de Monfieur de Jean Procureur Syndic dela Maiſon de Ville. Le lendemain il ſe rendit au Port dudit Blaye àcinq heures du matin , & apres y avoir reçeu tous les honneurs poſſibles par Monfieur de Monbleru Commandant dans la Place,
il monta dans la Maiſon Navale qui luyavoit été envoyée par les Jurats , & fur les dix heures il arriva à Bordeaux au
bruit de tout le CanoduCha-
GALANT. 191
ſteau Trompette, &des Vaif- ſeaux. Monfieur le Comte de
Montaigu Gouverneur du Chaſteau & LieutenantGeneral de la Province , le vint
recevoir ſur le Port, où il luy preſenta les Jurats , à la teſte deſquels ſe trouva Monfieur de la Lange , qui harangua d'une maniere àfaire connoître qu'unGentil- hommen'eſt
pasmoins propre à eſtre bon Orateur que bon Capitaine.
On ne luy avoit point prepa- ré dEntrée , parce qu'il n'en avoit point voulu , pour n'ê- tre pas à charge au Public;
mais quelque précaution qu'il eût priſe pour cacher ſon ar- rivée , elle fut ſocuë incontinent de tout le Peuple , qui accourut en foule ſur le Port,
192 LE MERCURE
&on peut dire que jamais Gouverneur n'a eſté reçeu avec plus d'acclamations. De là , voulant rendre les honneurs deûs au Prélat de cette
grande Ville , il fut conduit à
l'Archeveſché ; apres quoy il alla diſner au Chaſteau Trompepette,où MonfieurdeMon- taigu le régala avec unemag- nificence admirable.Vousſça- vez,Madame,que Monfieurle
Comte de Montaigu eſt un Homme d'un fort grandmé- rité , &que ſa naiſſance nele rendpas moins illuſtre, qu'un grand nombre de belles Al- liances qui font dans ſa Mai- fon. Il a eſté Cornette des
Chevaux- Legers de la Garde
du Roy , & Gouverneur de Rocroy ; & apres avoir meri-
GALANT. 193 té par de grands ſervices la confiance de Sa Majesté &de la feuë Reyne Mere dans des
occaſions tres- importantes, il a eſté choiſy par le Roy pour l'un de ſes Lieutenans dans le
Gouvernementde Guyenne ,
&pour Gouverneur du Chafteau Trompette. Cet Employ marque plus que toute autre choſe l'eſtime particuliere dõt il a toûjours eſté honoré par fon Maiſtre. Tout le monde
ſçait l'importancedece Poſte,
&l'on a veu dans les derniers
temps de quelle conséquence il eſt d'y avoir unHommedot la ſageſſe,la fidelité,&l'expé- rience,mettent en ſeûreté une
Province qui a toûjours eſté enbute aux plus puiſſans En- nemis du Royaume. C'eſt où
194 LE MERCURE
M. de Montaigu avoulu cher- cherdu repos pour ſe délaſſer des longues fatigues qu'il a
cuës àeſſuyerdas les Armées,
nejugeant pas que l'âge , ny méme les pensées qu'ondoit avoir dans un certain temps pourl'autre vie, le püſſentdif penſer derendrejuſqu'au der- nier ſoûpir les ſervices qu'il croît devoir à un Prince qui luy a toûjours donnédes mar- ques de ſa bonté.
Apres ces premiers devoirs rendus à Monfieur le Duc de
Roquelore , toute la ſemaine ſe paſſa à recevoir les Haran- gues de tous les Corps , entre leſquelles celles de Monfieur le Doyen de la Cathedrale, &
deM. de Meſtivier Preſident'
à la Cour des Aydes , ont été
GALANT.
19)
DE
S
été fort eſtimées , ainſi que celles de Monfieur le Lieutenant General du Preſidial de
Bordeaux , & du Juge-Mage d'Auche. Monfieur le Duc
s'embarqua le 14. du méme
mois pour aller à Marmande ſe faire recevoir au Parlement.
Adieu, Madame. Sansa grofleur extraordinaire de ma /
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
Le texte relate l'arrivée triomphale d'un nouveau gouverneur dans une province française. Sa nomination fut accueillie avec joie par la population, qui le respectait pour sa naissance et ses qualités. Il arriva à Blaye le 8 mai et reçut les compliments des jurats de Bordeaux. Le lendemain, à Bordeaux, il fut accueilli par des honneurs militaires et populaires. Le comte de Montaigu, gouverneur du château Trompette et lieutenant général de la province, le reçut sur le port et lui présenta les jurats. Malgré ses efforts pour rester discret, il fut acclamé par le peuple. Il rencontra ensuite l'archevêque et dîna au château Trompette, où il fut magnifiquement reçu par le comte de Montaigu. Ce dernier, décrit comme un homme de grand mérite, avait servi le roi et la reine mère avec distinction. Il avait été choisi pour son poste en raison de sa sagesse, fidélité et expérience, essentielles pour la sécurité de la province. La semaine suivante, le nouveau gouverneur reçut les harangues de divers corps, dont celles du doyen de la cathédrale et du président à la Cour des Aydes. Il se rendit ensuite à Marmande pour être reçu au Parlement.