Fait partie d'une livraison
Page de début
253
Page de début dans la numérisation
273
Page de fin
255
Page de fin dans la numérisation
275
Incipit
Il est survenu icy un Diférend dont je voudrois bien
Texte
Il eſt ſurvenu ici un Diferend dont je voudrois bien que vous m'euffiez fait ſça- voir vôtre pensée. Un Cava- lier qui nemaquepasdemeri- te, avoit êté dix fois chez une
fort belle Dame ſans latrouver. Il luy parle enfin chez unede ſes Amies , à qui elle
rendoit viſite comme luy. Elle luy fait des reproches obli- geans de ſa negligence à la voir; &fur ce qu'il oppoſe qu'il lui ſeroit inutile del'aller chercher,puis qu'on ne la rencontroit jamais,Voila mon Bra- celet , lui dit- elle , raportez- le-moy demain à telle heure;
& ſi vous ne me trouvez pas,
GALANT. 187
il est à vous. Le Bracelet
eſtoit de prix , & il n'y a pas d'apparence qu'elle eût vou- lu le riſquer. Cependant on luy propoſe le lendemain une Partie de divertiſſement pour tout le jour ; elle l'accepte,
va diſner en Ville , & ne ſe
ſouvient point de l'engage- ment où elle s'eſt miſe. Le
Cavalier a de fon côté des affaires importantes qu'il ne peut remettre, &qui l'empê- chentd'aller chez elle; ils con
viennent tous deux de leurs
Faits , & c'eſt là deffus qu'il faut prononcer. Le Cavalier ſoûtient que puis qu'elle a
manqué àla parole qu'elle luy avoitdonnéede l'attendre , le
Bracelet doit eſtre à luy ; &
afinqu'õ ne le ſoupçonne pas
188 LE MERCURE ر
de le vouloir garder par un mouvement d'avarice, il offre
à la Dame de luy en rendre deux fois la valeur en autres
Bijoux. La Dame avoue que s'il étoit venu chez elle, il n'y auroit point deconteſtation :
mais comme il demeure d'accordde n'y avoir pas eſté,elle demandeobſtinémet ſon Bracelet, &ne veut rien recevoir
en échange. Parlez, Madame,
ils vous connoiſſent tous deux
pourla Perſonne du monde la plus équitable, &je ne doute point qu'ils ne ſe ſoûmettent volontiers au jugement que vous rendrez.
Je penſois f
fort belle Dame ſans latrouver. Il luy parle enfin chez unede ſes Amies , à qui elle
rendoit viſite comme luy. Elle luy fait des reproches obli- geans de ſa negligence à la voir; &fur ce qu'il oppoſe qu'il lui ſeroit inutile del'aller chercher,puis qu'on ne la rencontroit jamais,Voila mon Bra- celet , lui dit- elle , raportez- le-moy demain à telle heure;
& ſi vous ne me trouvez pas,
GALANT. 187
il est à vous. Le Bracelet
eſtoit de prix , & il n'y a pas d'apparence qu'elle eût vou- lu le riſquer. Cependant on luy propoſe le lendemain une Partie de divertiſſement pour tout le jour ; elle l'accepte,
va diſner en Ville , & ne ſe
ſouvient point de l'engage- ment où elle s'eſt miſe. Le
Cavalier a de fon côté des affaires importantes qu'il ne peut remettre, &qui l'empê- chentd'aller chez elle; ils con
viennent tous deux de leurs
Faits , & c'eſt là deffus qu'il faut prononcer. Le Cavalier ſoûtient que puis qu'elle a
manqué àla parole qu'elle luy avoitdonnéede l'attendre , le
Bracelet doit eſtre à luy ; &
afinqu'õ ne le ſoupçonne pas
188 LE MERCURE ر
de le vouloir garder par un mouvement d'avarice, il offre
à la Dame de luy en rendre deux fois la valeur en autres
Bijoux. La Dame avoue que s'il étoit venu chez elle, il n'y auroit point deconteſtation :
mais comme il demeure d'accordde n'y avoir pas eſté,elle demandeobſtinémet ſon Bracelet, &ne veut rien recevoir
en échange. Parlez, Madame,
ils vous connoiſſent tous deux
pourla Perſonne du monde la plus équitable, &je ne doute point qu'ils ne ſe ſoûmettent volontiers au jugement que vous rendrez.
Je penſois f
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Un différend oppose un cavalier et une dame au sujet d'un bracelet. Le cavalier, après plusieurs tentatives infructueuses pour voir la dame, reçoit d'elle un bracelet à récupérer le lendemain. Cependant, la dame, occupée par des divertissements, oublie cet engagement. De son côté, le cavalier est retenu par des affaires importantes. Ils conviennent tous deux de leurs faits et demandent un jugement. Le cavalier soutient que, la dame ayant manqué à sa parole, le bracelet lui revient. Il propose de le remplacer par des bijoux de valeur équivalente pour éviter tout soupçon d'avarice. La dame, reconnaissant que le cavalier n'est pas venu, insiste pour récupérer son bracelet et refuse tout échange. Les parties impliquées sollicitent l'avis d'une tierce personne réputée équitable pour trancher ce différend.