Fait partie d'une livraison
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72
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92
Page de fin
79
Page de fin dans la numérisation
99
Incipit
Venons au Siege de Cambray. Je croy, Madame, qu'il n'est
Texte
- Venons an Siege de Cam- bray. Je croy, Madame , qu'il n'eſt pas beſoin de vous fai- re ſouvenir que cette Ville
eſt unedes plus anciennes de la Gaule Belgique , qu'elle fut baſtie du temps de Servius
GALANT. 55
Tullius fixiéme Roy des Ro- mains, & qu'il atoûjours eſté fi difficile de la prendre à force ouverte ſans y perdre beau- coup de monde , quequand le ſecond de nos Rois s'en
rendit le Maître , ce ne fut qu'apres y avoir veu périr cinquante - trois mille Hom- mes de part &d'autre. Si cet- te grande Ville eſtoit ſi forte dés le temps de Clodion , on pouvoit la croire imprenable depuis que Charles Quint y
cut fait bâtir cette redoutable
Citadelle dont il n'y aperſon.
ne qui ne parle avec étonne- ment. Nous avons perdu cer- te Place il y a quatre- vingts deux ans. Les Eſpagnols l'af ſiegerent en 1595. Monfieur le Duc de Rhetelois ſe jetta Cij
96 LE MERCURE
dedans par l'ordre de Mon- ſieur le Duc de Nevers fon
Pere. Le Maréchal de Balagny qui y commandoit en avoit êté declaré Prince,& ne
croyez pas , Madame , qu'elle fût alors attaquéede lamanie- re qu'elle vient de l'eſtre par le Roy. Cette vigueur n'ap- partient qu'aux François, & il eſt difficile deles vaincre,ſi on
ne joint l'adreſſe à la force.
Quand les Eſpagnols médite- rent cette Conqueſte , le Roy Henry IV. qui avoit des affai- res chez luy , eſtoit à Fontai- ne-Françoiſe où il tailloit de la beſogne aux Ennemis qui vouloient paſſer en Bourgo- gne; mais ce n'eſtoit pointaf- fez que ce Grand Prince fût hors d'état de venir ſecourin
GALAN Τ. 17
-
Cambray,il y avoitdes Fraçois dedans, &les Eſpagnols crai- gnant qu'ils ne fiſſent une trop longue reſiſtance qui en au- roit pû empêcher la priſe , en donnant lieu au Secours de
s'aſſembler , s'aviſerent d'un
ſtratagéme qui leur réüſſit.
Le prix du Bled eſtoit dimi- nuéde beaucoup par l'abon- dance de l'année , ils ſça- voient qu'il y en avoit de grandes proviſions dans la Place,& ils pratiquerét adroi- tement des Particuliers qui
endonnoientplus qu'il ne valoit. La veuë d'un gain confiderable tenta l'avarice de Madame de Balagny , qui au dé- çeu de ſon Mary en vendit la plus grande partie en divers temps ; & quand on eneur
CW
58 LE MERCURE en quelque façon épuisé la Place, le Comte de Fuentes la vint aſſieger. L'impoſſibilité d'attendre du Secours parce que les Vivres manquerent incontinent aux Affiegez , les obligea de ſe rendre , & on tient qu'il en prit un fi grand faiſiſſement à Madame deBalagny , qu'elle mourut dans le momentque fon Mary ſignoit la Capitulation . Toutes ces choſes relevent debeaucoup
la gloire du Roy, & tous ac- coûtumez que nous fommes à voir autant de Miracles
qu'il fait de Conqueſtes, nous ne concevons qu'avec pei- ne qu'en fi peu temps , &
fans aucune perte confidera- ble , il ait pû réduire une Vil- le qui a coûté autrefois tant
GALAN T. 59
DELE
a
a
5
de milliers d'Hommes , fortifiée d'une Citadellequi endevoit au moins retarder la priſe depluſieurs mois, &que l'Efpagne ne nous avoit oftée que par ſurpriſe,pendant que l'In- vincible Henry qui en eſtoit fort éloigné , avoit ailleurs de Preſſantes Guerres àfou
tenir. Mais ſuivons noftre
Grand Monarque , il ne fait
que fortir de Valenciennes,&
il eſt déja devant Cambray.
eſt unedes plus anciennes de la Gaule Belgique , qu'elle fut baſtie du temps de Servius
GALANT. 55
Tullius fixiéme Roy des Ro- mains, & qu'il atoûjours eſté fi difficile de la prendre à force ouverte ſans y perdre beau- coup de monde , quequand le ſecond de nos Rois s'en
rendit le Maître , ce ne fut qu'apres y avoir veu périr cinquante - trois mille Hom- mes de part &d'autre. Si cet- te grande Ville eſtoit ſi forte dés le temps de Clodion , on pouvoit la croire imprenable depuis que Charles Quint y
cut fait bâtir cette redoutable
Citadelle dont il n'y aperſon.
ne qui ne parle avec étonne- ment. Nous avons perdu cer- te Place il y a quatre- vingts deux ans. Les Eſpagnols l'af ſiegerent en 1595. Monfieur le Duc de Rhetelois ſe jetta Cij
96 LE MERCURE
dedans par l'ordre de Mon- ſieur le Duc de Nevers fon
Pere. Le Maréchal de Balagny qui y commandoit en avoit êté declaré Prince,& ne
croyez pas , Madame , qu'elle fût alors attaquéede lamanie- re qu'elle vient de l'eſtre par le Roy. Cette vigueur n'ap- partient qu'aux François, & il eſt difficile deles vaincre,ſi on
ne joint l'adreſſe à la force.
Quand les Eſpagnols médite- rent cette Conqueſte , le Roy Henry IV. qui avoit des affai- res chez luy , eſtoit à Fontai- ne-Françoiſe où il tailloit de la beſogne aux Ennemis qui vouloient paſſer en Bourgo- gne; mais ce n'eſtoit pointaf- fez que ce Grand Prince fût hors d'état de venir ſecourin
GALAN Τ. 17
-
Cambray,il y avoitdes Fraçois dedans, &les Eſpagnols crai- gnant qu'ils ne fiſſent une trop longue reſiſtance qui en au- roit pû empêcher la priſe , en donnant lieu au Secours de
s'aſſembler , s'aviſerent d'un
ſtratagéme qui leur réüſſit.
Le prix du Bled eſtoit dimi- nuéde beaucoup par l'abon- dance de l'année , ils ſça- voient qu'il y en avoit de grandes proviſions dans la Place,& ils pratiquerét adroi- tement des Particuliers qui
endonnoientplus qu'il ne valoit. La veuë d'un gain confiderable tenta l'avarice de Madame de Balagny , qui au dé- çeu de ſon Mary en vendit la plus grande partie en divers temps ; & quand on eneur
CW
58 LE MERCURE en quelque façon épuisé la Place, le Comte de Fuentes la vint aſſieger. L'impoſſibilité d'attendre du Secours parce que les Vivres manquerent incontinent aux Affiegez , les obligea de ſe rendre , & on tient qu'il en prit un fi grand faiſiſſement à Madame deBalagny , qu'elle mourut dans le momentque fon Mary ſignoit la Capitulation . Toutes ces choſes relevent debeaucoup
la gloire du Roy, & tous ac- coûtumez que nous fommes à voir autant de Miracles
qu'il fait de Conqueſtes, nous ne concevons qu'avec pei- ne qu'en fi peu temps , &
fans aucune perte confidera- ble , il ait pû réduire une Vil- le qui a coûté autrefois tant
GALAN T. 59
DELE
a
a
5
de milliers d'Hommes , fortifiée d'une Citadellequi endevoit au moins retarder la priſe depluſieurs mois, &que l'Efpagne ne nous avoit oftée que par ſurpriſe,pendant que l'In- vincible Henry qui en eſtoit fort éloigné , avoit ailleurs de Preſſantes Guerres àfou
tenir. Mais ſuivons noftre
Grand Monarque , il ne fait
que fortir de Valenciennes,&
il eſt déja devant Cambray.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
Le texte décrit le siège de Cambrai, une ancienne ville de la Gaule Belgique fondée du temps de Servius Tullius. Cambrai était connue pour sa forte défense et avait résisté à Clodion, roi des Francs, causant la mort de cinquante-trois mille hommes. Sa citadelle, construite par Charles Quint, était réputée imprenable. En 1595, Cambrai avait été perdue par les Français lors d'un siège mené par les Espagnols. Le duc de Rhettelois avait défendu la ville sur ordre du duc de Nevers, et le maréchal de Balagny en était le commandant. Les Espagnols avaient utilisé un stratagème en réduisant le prix du blé pour épuiser les réserves de la ville. Madame de Balagny, malgré les avertissements de son mari, avait vendu une grande partie des provisions. Une fois les vivres épuisés, le comte de Fuentes avait assiégé Cambrai, forçant sa reddition. Le texte souligne la gloire du roi pour avoir conquis Cambrai rapidement et sans pertes significatives, malgré la forte défense de la ville. Le roi Henri IV, occupé ailleurs, n'avait pas pu secourir Cambrai à temps. Le texte se conclut par l'arrivée du roi devant Cambrai après avoir quitté Valenciennes.