Fait partie d'une livraison
Page de début
102
Page de début dans la numérisation
118
Page de fin
105
Page de fin dans la numérisation
121
Incipit
Le Chevalier s'apprestoit à poursuivre, lors que la Duchesse
Texte
Le Chevalier s’apprelloit
à pourfùivre, lors que la
DuchefTe luy dit de n’aller
pas fi ville ; que cette Galanterie méritoit bienqu’on
y fift quelque réflexion, &
que les Vers en efloient fort
naturels. Il ellvray, répondit la Marquife, & j’ay fait
une remarque en l ‘écoutant lire,à laquelleperfonne
n’a peut-ellre penfé. Nous
parlions tan to ll, pourfuivit-elle, delà maniéré de
louer le Roy, & je trouve
que les louanges que nous
en venons d’entendre font
V
4
•-* K
G A L A N T . 103
fort ingénieufement données: elles entrent fi naturellement dans cette Piece,
qu’il neparoiftpas mefmcs
qu’on ait defléin de le
■loiier; & tout ce que l’Amour dit à fa gloire, n’eft
qu'en fe plaignant de luy.
La remarque eft jufte, reprir une autre Perlonne de
la Compagnie ; & quand
on loué ainfi quelqu’un, il
faut que ce que l’on en
dit foit fi vray, que perfonne ne l’ignore. Il n’eft
pas fi facile que l’on penle
de louer ainfi, intérompic
)
io4
LE MERCURE
la Ducheffe ; & tous ces
Efprits guindez & peu galants qui ne peuvent louer
les grands Hommes qu’en
les comparant aux Aléxandres & aux Ce'fars, n ’en
viendraient pas facilement
a bout. Elles alloient encor pouffer cette Converfation, lors qu’elles jetteront les yeux fur le Chevalier qui regardoit les Cahiers qu’il tenoit avec une
attention qui leur fit connoiftre qu’il fouhaitoit de
pourfuivre la leélure qu’il
avoit commencée j ce qui
I
G A L A N T , joy
les obligea de fe taire. Elles
eurent à peine celfé de parler , qu’il continua de la
forte. Puis que nous fommes
fur le Chapitre de l’Amour,
il fcroit mal-aile de trouver
un endroit plus propre
pour parler des Mariages
qu’il a fait, faire depuis peu;
car il faut toujours croire
que c’eft luy feul qui unit
tous ceux qui fe marient,
& que la Politique ne fe
melle jamais des chofes
dont l 'Amour doit feul
eftre le maiftre.
à pourfùivre, lors que la
DuchefTe luy dit de n’aller
pas fi ville ; que cette Galanterie méritoit bienqu’on
y fift quelque réflexion, &
que les Vers en efloient fort
naturels. Il ellvray, répondit la Marquife, & j’ay fait
une remarque en l ‘écoutant lire,à laquelleperfonne
n’a peut-ellre penfé. Nous
parlions tan to ll, pourfuivit-elle, delà maniéré de
louer le Roy, & je trouve
que les louanges que nous
en venons d’entendre font
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fort ingénieufement données: elles entrent fi naturellement dans cette Piece,
qu’il neparoiftpas mefmcs
qu’on ait defléin de le
■loiier; & tout ce que l’Amour dit à fa gloire, n’eft
qu'en fe plaignant de luy.
La remarque eft jufte, reprir une autre Perlonne de
la Compagnie ; & quand
on loué ainfi quelqu’un, il
faut que ce que l’on en
dit foit fi vray, que perfonne ne l’ignore. Il n’eft
pas fi facile que l’on penle
de louer ainfi, intérompic
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LE MERCURE
la Ducheffe ; & tous ces
Efprits guindez & peu galants qui ne peuvent louer
les grands Hommes qu’en
les comparant aux Aléxandres & aux Ce'fars, n ’en
viendraient pas facilement
a bout. Elles alloient encor pouffer cette Converfation, lors qu’elles jetteront les yeux fur le Chevalier qui regardoit les Cahiers qu’il tenoit avec une
attention qui leur fit connoiftre qu’il fouhaitoit de
pourfuivre la leélure qu’il
avoit commencée j ce qui
I
G A L A N T , joy
les obligea de fe taire. Elles
eurent à peine celfé de parler , qu’il continua de la
forte. Puis que nous fommes
fur le Chapitre de l’Amour,
il fcroit mal-aile de trouver
un endroit plus propre
pour parler des Mariages
qu’il a fait, faire depuis peu;
car il faut toujours croire
que c’eft luy feul qui unit
tous ceux qui fe marient,
& que la Politique ne fe
melle jamais des chofes
dont l 'Amour doit feul
eftre le maiftre.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
Un Chevalier souhaite poursuivre la lecture d'un texte, mais la Duchesse l'interrompt, estimant que les vers sont naturels et méritent réflexion. La Marquise apprécie l'intégration ingénieuse des louanges au Roi, qui semblent naturelles. Un autre convive approuve, soulignant que les louanges doivent être vraies et évidentes. La Duchesse ajoute que louer quelqu'un de cette manière n'est pas facile, surtout en comparant les grands hommes à des figures historiques comme Alexandre ou César. La conversation est interrompue lorsque le Chevalier, absorbé par ses cahiers, exprime son désir de continuer la lecture. Les personnes présentes se taisent, et le Chevalier reprend en parlant des mariages, affirmant que l'Amour est le seul maître en la matière, excluant toute influence politique.