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Titre

SEANCE PUBLIQUE DE L'ACADÉMIE FRANÇOISE.

Titre d'après la table

Séance publique de l'Académie Françoise,

Fait partie d'une section
Page de début
142
Page de début dans la numérisation
157
Page de fin
145
Page de fin dans la numérisation
160
Incipit

Mr. Dalembert ayant été élû par l'Académie Françoise à la place M. l'Evêque

Texte
SEANCE PUBLIQUE
DE L'ACADÉmie françoise.
R. Dalembert
été élû par l'AMcadémie
Françoife à la place M. l'Evêque
de Vence , y prit féance le 19 Décembre.
L'applaudiffement unanime d'une
affemblée nombreufe , confirma le choix
de cette Compagnie , & le Difcours que
M. Dalembert prononça auroit fuffi pour
le juftifier. Il eft plein de cette éloquence
des chofes qui caractériſe le vrai Philofophe
, ou l'homme qui penfe , & qui fait
feul le grand écrivain . Ceux qui ne connoiffent
pas ce Difcours , pourront juger
de fa beauté par les endroits que j'en vais
citer. C'eft ainfi qu'il parle de l'éloquence
& du génie , dont il eft lui-même inſpiré.
» L'éloquence eft le talent de faire paffer
rapidement , & d'imprimer avec for-
» ce dans l'ame des autres , le fentiment"
profond dont on eft pénétré ; ce talent
précieux a fon germe dans une fenfibiJANVIER
1755. 143
>>
3
99
lité rare pour le grand , l'honnête & le
vrai ; la même agitation de l'ame , capable
d'exciter en nous une émotion vi-
» ve , fuffit pour en faire fortir l'image au
dehors. Il n'y a donc point d'art pour
l'éloquence ; il n'y en a point pour fentir.
Ce n'eft point à produire des beautés
, c'eft à faire éviter les fautes , que
les grands maîtres ont deftiné les régles.
La nature forme les hommes de
génie , comme elle forme au fein de la
» terre les métaux précieux , brutes , informes
, pleins d'alliage & de matieres
étrangeres . L'art ne fait pour le génie
que ce qu'il fait pour ces métaux ; il
n'ajoute rien à la fubftance , il les dé-
" gage de ce qu'ils ont d'étranger , & dé-
» couvre l'ouvrage de la nature .
"
""
n
» Suivant ces principes , qui font les vôtres
, Meffieurs , il n'y a de vraiment
éloquent que ce qui conferve ce ca-
» ractère en paffant d'une langue dans
» une autre ; le fublime fe traduit tou-
» jours , prefque jamais le ftyle. Pourquoi
les Ciceron & les Démofthene intéreſ-
» fent- ils celui même qui les lit dans une
autre langue que la leur , quoique trop
» fouvent dénaturés & travestis ? Le génie
» de ces grands hommes y refpire encore ;
» & , fi l'on peut parler ainfi , l'empreinte
de leur ame y refte attachée.
144 MERCURE DE FRANCE.
L'exemple prouve cette vérité . Cor .
neille perd moins à être traduit que Racine.
M. Dalembert donne à M. l'Evêque de
Vence un beau trait de louange , qui réjaillit
fur toute la littérature. » IÎ fur ,
22
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ود
"
dit-il , fur-tout bien éloigné de ce zéle
» aveugle & barbare , qui cherche l'impiété
où elle n'eft pas , & qui moins ami
» de la Religion qu'ennemi des Sciences
» & des Lettres , outrage & noircit des
» hommes irréprochables dans leur con-
» duite & dans leurs écrits. Où pourrai-
» je , Meffieurs , réclamer avec plus de
»force & de fuccès contre cette injuftice
cruelle , qu'au milieu d'une Compagnie
» qui renferme ce que la Religion a de
plus refpectable , l'Etat de plus grand ,
» les Lettres de plus célébre ? La Reli-
» gion doit aux Lettres & à la Philofophie
l'affermiffement de fes principes ,
» les Souverains l'affermiffement de leurs
droits , combattus & violés dans des fié-
» cles d'ignorance ; les peuples cette lumiere
générale qui rend l'autorité plus
» douce , & l'obéiffance plus fidéle.
""
M. Greffet , Directeur de l'Académie ,
dans fa réponſe , met le comble à l'éloge
de ce vertueux Prélat , en s'exprimant ainfi.
» La gloire, qu'il ne cherchoit pas , vint
» le
JANVIER. 1755 . 145
">
le trouver dans fa folitude , & l'illuftrer
fans changer fes moeurs . Arrivé à
l'Epifcopat fans brigues , fans baffeffes
»& fans hypocrifie , il y vécut fans fafte ,
» fans hauteur & fans négligence.... Dé-
» voué tout entier à l'inftruction des peuples
confiés à fon zéle , il leur confacra
» tous fes talens , tous fes foins , tous fes
» jours. Paſteur d'autant plus cher à fon
troupeau , que ne le quittant pas il en
» étoit plus connu . Louange rarement
» donnée , & bien digne d'être remarquée
» dans vingt ans d'Epifcopat..
Enfin plein d'années , de vertus & de
gloire , il eft mort pleuré des fiens , com-
» me un pere tendre , honoré & chéri ,
expire au milieu des gémiffemens d'une
» famille éplorée , dont il emporte l'eftime
, la reconnoiffance & les regrets.
»
Les Académies de province m'excuseront
fi je ne mets ce mois- ci aucun de leurs extraits
; ils m'ont été remis trop tard. Mon volume
étoit rempli , je n'en puis faire uſage que
pour le mois prochain .
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le 19 décembre, l'Académie française a élu R. Dalembert pour succéder à l'Évêque de Vence. Cette élection a été accueillie par des applaudissements unanimes de l'assemblée, renforcés par le discours de Dalembert. Dans son allocution, Dalembert a défini l'éloquence comme le talent de transmettre rapidement et profondément un sentiment, soulignant qu'elle ne s'apprend pas mais se manifeste naturellement. Il a également affirmé que le génie est formé par la nature et affiné par l'art, comparant ce processus à celui des métaux précieux. Dalembert a rendu hommage à l'Évêque de Vence, le félicitant pour son éloignement du zèle aveugle qui outrage injustement les hommes de lettres. M. Greffet, Directeur de l'Académie, a ajouté que l'Évêque de Vence avait vécu et travaillé avec dévouement, sans chercher la gloire. Il a été pleuré comme un père à sa mort, après vingt ans d'épiscopat.
Soumis par kipfmullerl le