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Titre d'après la table

Bal de l'Inconnu.

Page de début
55
Page de début dans la numérisation
71
Page de fin
62
Page de fin dans la numérisation
78
Incipit

On ne voit guéres regner la Galanterie dans les Etats

Texte
On ne voit guéres re~ O
gner la Galanterie dans les E* • • • mj
56 LE MERCURE
Etats où il y a de grandes
gnerres qui occupent feuls
les Cavaliers, à qui il ne
relie point de temps à donner aux Dames : mais la
France eft un Royaume
bien diférent des autres, &
la Noblefle n’y devient pas
farouche, pour eftre une
partie de l’année dans les
Arme'es parmy les horreurs
que caufent les incendies,
les defordres, les violences,
& le fanœ. Nos braves O
François ne regardent pas
auffi la guerre comme un
nieilier, mais comme un
I *
r
GALANT. 57
• A. chemin feulement par ou
l’on s’élève, & par ou I on
acquérir de la gloire;
coûtument point au carnage, & qu’ils paroiflenc
toujours polis, civils & galants, quand ils ont le loifir
de 1’eftre : On en a veu des
marques ce Carnaval dernier,qui aproduit des avantures agréables ; & Ton a
bien connu que nos jeunes
Héros furpalTent, quand
ils fe veulent mefler de galanterie, tous ceux que les
Faifeurs de Romans leur
LE MERCURE 9
ont voulu donner pour modèle. Il y a eu pendant plufleurs Semaines danslaRue
de Richelieu un Bal magnifique dans une Maifon
particulière, que la diferetion d'un Cavalier faifoit
changer tous les jours de
Maiftre, pour empefeher
qu’on ne découvrit la Dame
qui eftoit l ’objet de les
foins. On a remarqué feulement que la Salle ne s eclairoit qu’au moment qu’­
une Perfonne d’une taille
admirable & veftuë d’une
maniéré aulfi galante que
G A L A N T .- 59
magnifique , y paroittoic
avec les es qu -
elle choififToit pour mener
à cette Fefte où le Cavalier
venoit peu apres toûjours
avec un Habit nouveau, &
toûjours avec un air, une
propreté, & une magnifiqu’il n’ettoit pas un Hom-
- me ordinaire. Les Spectateurs que le bruit de ce Bal
& d’un grand nombre d’ex- O
cellens Violons y attiroir,
admiroient ces deux Amans quand ils dançoient;
on ne pouvoir s’en acqui-
60 LE MERCURE
ter avec plus de grâce, &
ils intérefloient tout le
monde dans leurs affaires
par le plaifir qu’ils donnoient à les voir. On remarquoitfur toutes chofes
un chagrin cruel dans les
yeux du Cavalier ( ce que le
Mafque n’empefehoit pas
de diftinguer) quand la
Dame eftbic obligée de
dancer avec un autre-, &
quand il ne pouvoir fe défendre d’en faire autant, il
dançoit luy-mefme d ’un
air fi mélancolique, & avec
tant de langueur, qu’il fe
faifoit plaindre de tout le
monde, & faifoit fouhaiter
qu’à la fin du Bal, & apres
un magnifique Régale qui
accompagnoit toujours de
femblables Fefles, il te pûc,
voir lcul avec (a MaiftrefTe
fans eftre éclairé de ces
Gens fâcheux qui troublent toujours de pareilles
avantures. On a fur tout
admiré la grande précaution du Galant pour cacher
î’Autheur de ces Diverrif.
femens myftcrieux , afin
d’empefeher qu’on ne parla i peu favorablement de
6z LE MERCURE
la Dame à qui il prenoit
foin de plaire
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte traite de la galanterie en France, contrastant avec d'autres pays où les guerres accaparent les cavaliers. En France, la noblesse conserve sa politesse malgré les horreurs de la guerre, voyant celle-ci comme une occasion de se distinguer et d'acquérir de la gloire. Un exemple récent illustre cette galanterie : pendant le dernier carnaval, des aventures agréables ont mis en lumière cette qualité. Un bal magnifique a eu lieu pendant plusieurs semaines dans une maison particulière de la rue de Richelieu. Un cavalier organisait ce bal de manière à changer quotidiennement de maître de maison pour cacher l'identité de la dame qui en était l'objet. La salle s'éclairait à l'arrivée d'une personne de taille admirable, vêtue avec élégance et magnificence. Le cavalier, toujours habillé de manière nouvelle et distinguée, rejoignait la dame. Les spectateurs, attirés par la réputation du bal et la qualité des musiciens, admiraient la grâce des deux amants. Le cavalier montrait un chagrin cruel lorsqu'il voyait la dame danser avec un autre, et il dansait lui-même avec une mélancolie qui suscitait la pitié. Après le bal, un magnifique régal accompagnait toujours ces fêtes, permettant au cavalier et à la dame de se retrouver sans être dérangés. La grande précaution du cavalier pour cacher l'auteur de ces divertissements mystérieux visait à protéger la réputation de la dame.
Soumis par delpedroa le