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1678, 12 (Lyon)
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Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS ..
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
এ
807156
MERCURE
GALAN T. THEQUE Decembre
1678 DE
LA VIL
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere.
M. DC. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DUROY
CAM
************
DVOLHI
· ΓΕ
WONFIGNЕ
A
LYON
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
MONSEIGNEUR ,
Voicy la seconde Année duMer
cure Galant finie , & la premiere
dans laquelle on luy a veu porter
vostre auguste Nom. Quoyque cette
gloire luy aitfervide paſſeport dans
toutes les Cours de l'Europe , où les
plus grands Princes ne l'ont pas
crû indigne de leur approbation, ce
aij
EPISTRE.
n'estpas ce qui a causéſa plus forte
joye. La plus ſenſible qu'il ait reçeve,
c'est, MONSEIGNEVR,
d'avoir en occasion de parler douze
fois de vous. Tantoſt il s'est étendu
Sur vostre adreſſe àmanierlesChevaux
les plus indomptabless bardieſſe
qu'on peut nommer intrépi
dité, dans l'âge où vous avez commencé
de vous appliquer à de fi
pénibles Exercices. Tantoft ilafait
connoiſtre les avantages que vous
avez eus dans les Coursesde Bague
qui ſe font faites, &qui outre la
hardieſſe demandent beaucoup de
jugement Les Prix que vous y
avez remportez , n'ont pas moins
fait admirer la bonne grace avec
laquellevous vous en étes acquité,
que la surprenante vigueur que
vous y avezfait paroiftre. Mais,
MONSEIGNEVR, doit- on en estre
Surpris , apres ce qu'on vous a veu
faire à la Chaffle , tenant toûjours
€
fit
9
la
EPISTRE.
la queue des Chiens , perçant les
Forests, & courantſur les plus hautes
Montagnes , sans qu'aucun pesil
vous étonnast postre Esprit
mast pas moins actif que vostre
Corps. Ilconçoit avec unepromptitude
merveiltense. Da Fable &
l'Histoire vous estoient presque connuës
dés le Berceau, &vous entendiez&
parliez la Langue Latine
en Maistre , quand ceux de vostre
âgesçavoient àpeine parler François.
Onvous voyoit déslors expliquer
les Autheurs les plus difficiles,
& ce qu'ils avoient deplus obfcur
l'estoit rarement pour Votus. Les
beaux Arts ne vousfontpas moins
connus ,&vous avez fi parfaitement
appris à defſfiner dans vos
beures de plaisir , que vous avez
efté au delà des connoiſſances que
vous penfiezacquerir. Ainfi,MONSEIGNEVR
, en croyant ne manier
un Burin que pour votre feut
ǎ iij
EPISTRE.
divertiſſement , vous avezfait des
Chef- d'oeuvres du premier coup .
Apres cela, ne devons- nouspas estre
fortement persuade , que o in
grandeur de nostre incomparable
Monarque, & celle quruda
ronne, vous attirent jamais desEn
nemis , vous leur ferez voir qu'ils
doivent craindre le Sang qui vous
anime.Vous connoîtrez le fort &le
foible de leurs Camps & de leurs
Places,&Scaurezcomment celles de
France devront estrefortifiées .Tant
de Sciences diverſes,MONSEIGNEVR,
ne proviennent que de la
forte application que vous avez euë
àtout ce que vous avez voulu apprendre,&
de ce que vous vous étes
rendu infatigable en travaillant.
Mais comme vos grandes qualitez
augmentent tous les jours avec vôtre
âge, te moyen d'en parler tous les
Mois , & d'en parler avec quelque
raport à ce que vous nous faites
admirer
EPISTRE.
6
p
admirer en vôtre Perſonne ? I'aurois
beſoin de ces Mois entiers pour
en faire la premiere ébauche , &
ga qui of pallolous de regne de
READ moc-
CUBE EXOR Paus me laillek mettre
dangs leur jour les idées que je
m'en forme. Ainsi, MONSEI
GNEVR, quoy que le Mercure
ait toujours l'avantage de paroistre
Sous l'auguste Nom que
vous luy avez permis de porter,
ce ne fera plus que de temps en
temps que je prendray la liberté
d'y mettre à la teste un Portrait
des rares Vertus que vous faites
éclater. La continuelle admiration
qu'elles caufent , n'a rien qui
l'égale,que le profond respect avec
Jequelje fais 2005
19
O MONSEIGNEVR,
Suplaupa Votre tres humble, tres-
251547 2008 2018beillant Serviteur,D.
a iiij
PREFACE.
2709
E n'eſt pas ſeulement en France que les
RoyaumesEtrangersen changent auli-bien
que nous;st noces changemens y arrivent ou
plus rarementyou plus tard, ils ne laiſſent pas
d'y arriver marquetit en eux lathelme
inconstance qu'on nous reproche , &qui eft
naturelle àtous lesHommes. Ainsi l'on voit
fort ſouvent que des choles médiocres font
beaucoupplus recherchées que de plus belles,
par le feul avantage de la nouveauté;&
par cette failon ce qui a eſté longtemps en
vogue,peut ceffer de plaire ſans devoir eltre
moins eltimé. Quand le Mercure Galant auroit
eu la mefme deſtinée (ce qui n'eft pourtantppaassarrive
) il n'auroit pas aucunſujet
de ſeplaindre. C'eſt le fort commundetout
cequi a efté le plus en crédit ,&nous naifſons
avec fi peu de fermeté pour nos propres.
ſentimens, que nous condamnons ſouvent ce
que nous avons le plus approuvé. Combien
de belles Perfonnes ont ceffé de charmer
leurs Adorateurs , quoy qu'elles euffent encor
les mefines attraits , par la ſeule raiſon
qu'ily avoitlongtemps qu'elles s'en eſtoient
fait aimer ? Le Mercure , apres deux années
entieres, n'a pas encor eu cette difgrace, &
loinque ſa vieil'eſſe luy ait fait tort , il ſemble
qu'elle le faſſe rechercher. Il a eſſuyé
tout ce que doit craindre un Livre quiréüffic
PREFACE
ht, fitoutefois onpeut dire qu'il doit appre
hender des attaques qui estoient autantde
marques de ſon fuccés,& que l'on ne devroit
appeller que d'heureux malheurs. On a fair
imprimer des Critiques, & ce qui a fait voir,
qu'il n'y avoit que fonolyacés qui fiſt peine
on s'est engagé d'en donner une au Public
tous ous les Mois, cece qui marquoit une volonté
premeditée dede mai naire, puis qu'onne pouvoit
Içavoir fi ce qui n'avoit pointencor paru ſeroit
ou bon , ou méchant. On méprifetrop
ces fortesde Critiques pour y répondre. Elles
ſedétruiſent d'elles meſmes , & ce qui devoitparoître
tous les mois eſt demeuré étoufédés
ſa naiſſance. Ainfi peu de Gens ſçar
roient qu'on euſt fait une Critique , ſi l'on
n'en parloitdans cette Préface. D'autres ont
attaqué le Mercure d'une autre maniere , &&
ne pouvant difconvenir de ſon ſuccés , ils
ont cịu qu'ils en pouroient profiter en faifant
des Livres dont le nom de Mercure ſeroit
meſſé dans le titre ; mais ils n'ont pû
tromper longtemps . La trop grande approbation
qu'on a continué de luy donner, a mefme
chaguiné les Autheurs qui avoient applaudy
d'abord au Mercure. Chacun a voulu
fe perfuader qu'il en pouvoit faire autant,
& que la matiere en eſtant toûjours toute
faite , il n'en pouvoit couſter à l'Autheur
que la peine de l'aſſembler . Si ce qu'ils publient
eſtoit vray , tout le Livre ne feroit pas
écrit d'un mesme ſtile, & quoy qu'on ypuft
mettre des Memoires quelquefois nieux
écrits que n'eſt le Mercure , il nene laiſſeroit
Pas d'eftre uneeſpece deMonftre ,à caufe de
Liné
PREFACE.
1
l'inégalité de ſes parties. Un Bâtimentuny,
&d'une Symetrie bien obſervée , eſt toûjours
plus beau que fi l'on y voyoit un Pavillon
enrichyde tous les ornemens que peut fournir
la Sculpture & que tout le reſte de l'Ev
difice en manqueftive Mercurelaprés avoid
eſſuyé la fureur des Critiques ,quiomphlé des
ſtratagemes de ceux qui foubfon nomave
loient profiter de for fuocés,cadettenbiendo
quelques autres qui fe croyoientcapables d'y
travaillerbarteceu encore une plusicruelle
attaque par ceux qui fembloient obligésde
ledefendre & comme vray femblablement
on devoir leur ajoûter foy de pareilscoups
eſtoientplus à craindre.Kentens paricette
derniere attaqueune conjuration de plufieurs
Libraires quitous par de diférens motifs
avoient réſolu deDétouferis les uns ,parce
qu'ils n'avoient plus droit d'en vendre , Sa
les autres, parce qu'ils ſe perfuadoient qu'il
empefchoit le debit de leurs aures Livres.
Cette conſpiration éclata il y a un mois.
Preſque tous les Libraires du Palaisdirent
qu'ils ne ſe chargeoient plus du Mercure,
parce qu'ils n'envendoientprefque plus:mais
comme ils virent qu'on continuoit à ledemander
avec autant d'empreſſement qu'à
l'ordinaire , & qu'il feroit difficile de faire
mourir la curiofité qu'on a pour ce Livre,ils
crûrent que pour mettre fin à tout , iln'y
avoit qu'à faire mourir l'Autheur. Sa mort
futdonc publiée auſſitoſt , & meſine écrite
dans les Provincesà ceux à qui ces Libraires..
fourniſſoientle Mercure.Cependant on croit
eltre obligé de faire ſavoir icy qu'il eſt
toûjours
PREFACE.
au P
toûjours plein de vie.Toutes ces choſes ſont
des preuves incontestables du ſuccés qu'ils
ont tâché d'afoiblir. Le Mercure pouvoit- il
manquer d'en avoir, puis qu'on y voit en
vingt-deux Volumes quis contiennent les
Nouvellesde vinge quatre Mpiss un abregé
des plus grandes Actions de boiIS LE
GURVAINOD pendant desdeux Années. Chachidemeure
d'accord ques ces Volumes
renferment des choses qu'on ne trouvera
pointaillems, 80 fuscount à l'égard des Plans
Sodes Articles de la Guerre.On y trouve
das Relationsde Sieges &de Combats,dont
on n'a jamaisrien donné Public ,& qui
fontdesmorceaux d'Histoire qui doivent vivreeternellement
. On peut dite qu'il n'y a
Lien que de veritable dans tous ces Volumes,
puis que fi l'on est tombé dans quelque
ecreut pour n'avoir pas eu d'abord des Mémoires
affez inftructifs , ces fantes ont eſté
reparées dans le Volume ſuivant. Ily a mefme
de la verité juſques dans les Galanteries,
lesHiſtoires n'eſtant composéesque fur des
fondemens veritables. L'Annéemil fix cens
foixante& dix-neufdevant eſtreune Année
de Paix ( ce qui reſtera d'Ennemis au Roy
n'eſtantpas capable de l'occuper tout entier
apres qu'il a eu à combattre preſque toutes
les forces de l'Europe ) cette Année ſera
remplie de plus d'Hiſtoires que les deux qui
l'ontprécedée.Ces Hiftoires&d'autres Galanteries,
occuperont la place de la Guerre.
Onprendra de nouveaux foins pour rendre
ce Livre agreable,& l'on fera en forte qu'il
y aitdes endroits pour tous les goufts diferens
PREFACE.
rens. Quant à l'Extraordinaire, ſon ſuccés
augmentant tous les jours, on continuera de
ledonnerdans les quatre Quartiersde l'Année
; & le quatriéme, qui fera l'Anné.ecomplete,
ſera diſtribué le 30.de Janvier. Pluſieurs
ont crû juſqu'icoque c'eſtoit un Extrait des
Nouvelles qui estoient dans les Mercures
des trois Mois Ceux quicong demé cesbruits
ont eu leurs saifons Cependant con croid
devoir avertir qu'ils ne contiennent quedes
chofesdont il n'y a pas-un mot danshes Mera
cures ,& qu'il est compoſé de matieres toutes
diférentes. τίνποίος οί ετabanttib
ON
9 2-bade bom d
1. Avis pour toûjours 20
τουpre
N prie ceux qui envoyeront desMemoires
où ilyauradesNomspropres,
d'écrire ces Noms en caracteres tres-bien
formez & qui imitent l'Impreſſion , s'il fe
peut,afin qu'on ne ſoit plus ſujet à ſe tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des papiers.
diférens toutes les Pieces qu'on envoyera.
On reçoit tout ce qu'on envoye , & l'on
faitplaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs Ouvragesdans
le Mercure , les doivent chercher
dans l'Extraordinaire ; & s'ilsne ſont dans
l'un ny dans l'autre , ils ne ſe doivent pas
croire oubliez pour cela. Chacun aura fon
tour,&les premiers envoyez ſeront les premiers
mis,à moins que la nouvelle matiere
qu'on recevra ne ſoit tellement du temps,
qu'on ne puiſſe differer...
On
On ne fait réponſe à perſonne , faute de
temps.
Onne met point les Pieces trop difficiles
à lire.
2On recevra les ouvrages detous les Royaumes
Etrangers,son propofera leurs Quefinste
eel as if iup
avisi les Estrangers envoyent quelques RehitionsdePettes
oude Galanteries qui ſe ſemolt
paffées chez eux, on lasmiettradans les
Extraordinairesun masq sayali sa
LExtraordinaire du Quartier d'Octobre
fediſtribuera le 30. Janvier 16799316 .
Onne met point d'Hiſtoires qui puiffent
bleffer la modeftie des Dames , ou deſobli
ger les Particuliers par quelques traits fatyriques..
On a beaucoup de Chanſons.Elles auront
toutes leur tour, fi on appréd qu'elles n'ayent
pas eſté chantées. C'eſt pourquoy fi ceux
par qui elles ont eſté faites veulent qu'on
s'en ſerve , ils les doivent garder ſans les
chanter & fans endonner de copie juſqu'd
ee qu'ils les voyent dans leMercure.
289,777
worsh
A
EXT #ETS EROS, EXES EXY EARS 809703, 1979 40979 , SRP
LE LIBRAIRE
AU LEC THE UR? 230
V
Oicyseber Lecteur ,le dernier-Kolume
du Mercure Galand de l' Année
1678. quiiffaaiitt àpresent le vingtdeuxième
,fans conter quatre Extraordinaires
qu'ily ade ladite Année 1678 .
C'est dans cette preſante Année 16791
que vous allez trouver au Mercure des
Pieces pleines d'eruditions &choisies , ou
vous verrez que le Mercure ſera neceffaire
d'estre lu&gardé de tous les beaux 1
Esprits, puisqu'il furpaſſera tes Volumes
cy devant , quoyque vous y devez avoir
remarqué des Pieces d'Eloquence , &autres
Ouvrages ſi ſçavans, quiferont bien
recherchés à l'advenir ; mais la grande
peineque l'Autheurſe donnera pour ſatisfaire
le Public fera qu'il fera encore plus
agreable. Ceux qui envoyerontdes Pieces
pourle Mercure & Extraordinaire , font
priésd'affranchir lesports.Les Volumes du
Mercure de l'Année 1677. ſe vendront
toûjours douzeſols , & ceux de 1678.fe
vendront
vendront aufſfi vingt ſols , les Extraordinaires
trente ſols ſans marchander.
L'on continuera à distribuer le Iournal
des Scavans toutes les Semaines pour
cingfols.
LIVRES NOUVEAUX
delAnnée 1678 qui le ttrroouuvent
à Lyon chez Thomas Amaulry , HEQUE D
IDYOPTIO
reë Merciere à la Victoire.
LYON
L'Hiftoire de l'EglifedeM.Godeau, fol. 3.vol.
Idem, le 3. Tome feparés
Pratique de Piere , ou Entretiens pour tous les
jours de l'année , ſuivant les Maximes de l'E-
250
vangile, ri . 3. voNEL SUONO 298
L'ArsPoetique, signs
Nouveaux Plaidoyez de M. Patru , 4
Le Conte d'Effex , Tragedie de l'illuftre Monfieur
de Corneille lejeune.
LesNoblesdeProvince , Comedie de Monfieur
de Haute Roche...
Le Comte d'Ulfeld, 12 .
Memoires du Marquis d'Almachu, 12. 2.vol.
Traité des Armes, des Machines de Guerre, enrichies
de figures, par le Sieur Gaya , 12 .
Les Livres de S. Auguſtin de la maniere d'en
ſeigner les principes de la Religion, 12.
Remarque ſur un Ecrit dicté à Douay, 12 .
La Vie & la Mort Chreſtienne par le Pere Cy
priende Gamache , 12 .
Nouvelle Vie des Saints, 8. 3. Vok
La
La Princeſſede Cleves, 12. 4. vol.
Idem, la Critique, 12. -
Nouvelles Amoureuſes & Galantes , 12.
Relation de Catalogne, 12 ,
Heures en Vers de l'incomparable Sieur de Cor
neille l'ailné. 12. figures.2
Le quatriéme Volume des Eſſais de Morale.12 .
LaDifcipline de l'Egliſe du Pere Thomaffin,
fol. 2.vol .
Oeuvres de Melfieurs de Corneille augmentées
de trois nouveaux Volumes qui ſe vendent
ſeparez, 12. 10.vol .
Architecture Navale, 4.
Lepur &parfait Chriftianiſme duu Pere Ca
maret, 8. 3. vol
Hiſtoire du grand Tamerlan , 12.
a
De Lazarille de Tornes , Traduction nouyelle,
12. 2.vol.
Hiſtoire de D. Quichot de la Manche , Tradution
nouvelle, 12. 4vol.
JeuRoyal de laLangue Latine avec lesCartes,8.
Nouveau jeu de Carte du Blafon.
LEANO
Hiftoire duSchiſme desGrecs, 12. 2. vol. M
- de l'Arianiſme, 12. 3.vol .
Ab soft
des Iconoclaftes, 1984.id
des Croiſades, 12. 4. Vosh bood
- du Schiſme d'Occident, 12, 2.vol poleM
Inſtruction pour l'Hiſtoire, 12.
Hift. de la Chancellerie par M. Teſſereau, fol
Capitularia Regum Francorum Auctoris Steph.
Baluz, fol . 2.vol .
Religion contre les Athées,
Sentences ſur laBible du Sieur Lavallis
Sentences & Instructions Chreftiennes , tirées
des Oeuvres de S.Aug.par led.Laval, 12.2.vol
Phedre & Hippolite, Tragedie, 12.
Origine des Guerres par P. Linace de Vau
cienne, 12.2.vol .
Origine des François, 12. 2.vol.
Hift. du Schiſmed'Angleterre , 12. 2.vol .
Confcil de la Sageffe , 12 .
Converfion des Pecheu Pecheurs , 12.
Methode de la Penitence, 12.
vie a Madame le Gras, 12.
NouveauDictionaire de M. le Dauphin, 8.&4+
Maldonat, de Sacramentis, fol .
Belices de l'Esprit de M. Deſmareſt, 12.2.vol .
Inftruction du Droit Eccleſiaſtique de Bonel,12
L'Art de Pauler, 12.
L'Avocat des Pauvres de M. Thiers, 12.
Recherches de la Verité, 12. 3. vol.
- Idem, 4.
Oeuvres de Mont- Fleury, 12. 2.vol.
Idem de M. Pradon , 12.
Idem de M. Peillon , 12.
Idem de M. Racine, 12. 2. vol.
Nouveau Recueil de Comedies, 12 .
Morale Chreſtienne de Droinet, 8.
Hiſtoire d'Allemagne de M. Prade, 40
Element de Mathematique , 4.
Theodori de Pænitent. 4. 2.vol.
Medecin à laCenſure , 12 .
Avantage dela Vieilleſſe , 12,
Avanturede M. d'Aſſoucy de France, 12.2.vol.
Idem d'Italie, 12.
-Priſon dud. 12 .
-Pensée dud. 12.
Becüeil de l'Academie, 12 .
Combat des Chreſtiens S. Ifidore, 12.
Correction
Correction fraternelle , 12.
Idéede la Morale Chreftienne, 12. 2.vol.
Hift. des grands Viſirs , 12 .
Prince de Perſe,Nouvelle Hiſtorique , 12 .
La Rivale, Nouvelle Historiques troussil
Oeuvres de M. d'Andilly, fol.3.8vo .
Nouveaux Pleaumes du Pere Mege82alla
La Vie de Sainte Gertrude 800лва гb ft H
Union des Eccleſiaſtiques avec les Religieux. 8.
Expoſitiondu S. Sacrement par M.ThiersianM
2. vol .
Methode de laGeographie par le S.Robbé, 12,
2. vol.
Hift. du Gouvernement de Ciſteaux, priamoM
Voyage de M. Tavernier, 4. 2 voleb acitals
Viede Jefus.Chriſt par M. l'Abbé S.Reabi
Defence de l'ancienne tradition des Eglifes de
France 12
Aſtrée, 12. 2. vol. Nouvelle Traductionuss
Methodus Hiftoriaruın Anatomico - Medicarum,
12.
Heroine Moufquetaire, 12.4.vol.
Jolandede Cecile, 12.2. vol.
Voyagede Fontainebleau . }
Stighao
DeMade
Profchael
Ambitieufe Grenadine, 2.vegas 1150
Comted'Effez, 122 volt of dostanie
Les Preceptes Galands de M. Ferier, 120mlA
Nouvelles &faciles inſtructions pour retini
les Eglifes Prerenduës Reformées par
Reflexion Chreftienne fur les principes de la
כלת 2913 21.30 38 Morales
Maximes de Madame la Marquise de Sablé , 12 .
Confolateur Chrêtien,ou Recüeil de Lettres.12 .
Fables d'Eſope en Rondeaux par Benferade, 12 .
•Figures. Advent
Advent du Pere d'Affier, 8.לופיל א
Viede S. Ambroiſe par M. Herman, 4.
De la maniere qu'un Chreſtien doit faire fon
Teftament par M. Sarazin, 12 .
Explicationdes Epiftres de S. Paul, parMonfieur
du FR8...Msh
Nouvelles Miguel de Cervantes, r2.2.vol.
Hit des Amazonße 12. 2 vols
Lesxpponienades de LivrijDizisz . vol.
Meroue fils de France,1962.2ub no
Alfrede Reyne d'Angleterre, 12 .
Del'Originedes Romans de M. Huet, 12.
D. Juand'Autriche, 12.
Memoires d'Hollande, 12 .
Relation des Religieux de la Trape. 12.
Differtation ſur les Sibyles, 12 .
Regles de l'Ame affligée , 12. figures .
Converfion du Pecheur par lapenitence, 12. fig.
Relation du Stege de Grave avec le Plan, 12.
HeureuxEſclave, 12. 2. vol. avec l'Hiſtoire de
Laura, 12.
Conduite du Sage 12569
Nouveau Estat de la France, 12. 2. vol.
Remarque fur la Theologie Morale de M. Geneft,
approuvée par M.de Grenoble,12.2.vol.
Almanach de Milan, 12. 1679 ...
Almanach de Liege 1679.
La Veritable Forme du Sacrement de l'Euchariftie,
de Monfieur Arnaut 8.1 201
La Vie Chreftienne, ou les Principes de la Vie
Chreftienne, tres utile & necellaire à toutes
Hostes de perfounds, 24,
29 Livres
Livres Nouveaux dumois de Decembre.
L'Academie des Sciences & des Arts pour rai
forner de toutes chofes, 12. 3. vol.
La Belle Hollandoiſe,Nouvelle Hiſtorique, 12 .
Nouvelle Methode pour apprendre de Plain-
Chant en fortpeude temps, 8.
Diſcipline de l'Eglife , tom. 2 .
Baluzij Miſſellanej
Oeuvres deGrenade fol.
Advent de Sarrazin,
fofort se
د
หม A
82 vol. Mab se.M
Defenſe du Renverſement de la Morale d'un de la
Particulier, 12.
Horace Traduction Nouvelle 12. 2.vol
Critique ou Differtation ſur le VoyagedeGrea
cedeMonfieur Spon,Medecin & Antiquaire,
12. avec une Carte en taille douce, com
Le Pilote de Londe-Vive , ou les Secrets du
Flux &Reflux de la Mer , contenant XI.
Mouvemens &du Point fixe d'un Voyage
Abregé des Indes , & de la Quadrature du
Cercie, compoſez ſur les Principesde laNature
, nouvellement decouverts , & mis en
lumiere par Mathurin Eyquem , Sieur du
- Martineau Outre que ce Livremontre par
odes Syſtemes nouveaux, faciles , &dont on
ajamais parlé ; ces Points qu'il eſt ſçavant,
curieux,& plaiſant à lire.Les Doctes en cho-
- fes naturelles croyent qu'il montre laMedecineUniverſelle
ſousdes figures &des principes
familiers, ce qui luy donne de la reputa
tion , ce Livre eſt in 12.imprimé àParis ,&
ce vendtrente ſols , relié ſans marchander.
g 3ང ༨ 1 ན དོབཀའི
TABLE
TABLE DES MATIERES
I contemës en ce Volume.
६२५
こ
A
Vant propos11.17
pag.r
Lettre ſur uneGalere bâtieàMarseille en
unſeuljour, 12
Mariage de M. le Marquis de la Pierre &deMademoiselle
de l'Albe, 28
Madrigal, 31
Ouverture du Parlement de Dijon , 32
Les Amans Pelerins , Hiftoire , 35
Contract galant fait par M. Robbe. 48
Ceremonies obfervées à Montpellier pour la Publication
de la Paix concluë entre la France&la
Hollande,
53
ReceptionfaiteàMadame la Comteſſe de S. Valier,
àS.Valier, SS
Réjois ſſancesfaitesà Romorantin en Berry fur le
fujetdela Paix, رو
Deſſein d'une Table pour apprendre en fort peu de
temps àtoucher le Theorbeſur la Baſſe continuë,
067:00 &
Traité touchant la nouvelle invention Françoise
des Sautereaux, 68
Mort de M. de Nantežil, 71
Mort deM. Dormoy Gouverneur des Invalides,74
Mort de M. du Tronchet , 75
LaMagicnaturelle reprefentéepar les Comediens
Italiens 77
Sujet de l'Opera nouveau de M. de Lully, 78
Andromede , Opera donné tous les lendis en ConcertparM.
deMoliere , 79.
Mort
TABLE.
٤٩ Mort deM. d'Estiva ,
82
Meſſieurs de l'Univerſité font faire un Bout- del'An
& une Oraiſon funebre à feu Male Premier
ibid.
Président de Lamoignon ,
Tout ce qui s'estpassé àl'onverture des Audiences
du Parlementuak trof imp as a 2т84
Galanteries de la Gaarde Baraye Hos 96 20767.
Continuation des divertiſſemens àNimque 98
Vers presentezàM.Barillon-Morangos, 9YJN03
Harangue foise on Languedoc à M. le Cardinal
deBonzi,au nom des Treforiers de France, 105
M. le Marquis de Boufflers preſte le sermons de
fidelité entre les mains du Roy pour la Charge
deColonelGeneral des 10 09 Dragons
Mort deM.leComte de la Baumede Montrevel,110
Election d'un Nouveau Maire à Brest , avec les
Ceremonies qui s'observent le jour de fa Reception
, III
M. l'Abbé Colbert entre en retraite au Seminaire
de S. Sulpice. Origine des Seminaires , 117
121 Madrigal ſur le langage des Yeux,
Dialogue de la Raison &de la Rime ,
Sentimens d'un Medecin écrits àſon Amy ,fur la
123
Lettre des Peres Capucins du Louvre employée
dans le Mereure Galat du Mois de Novemb.140
La Veuveparhazard, Histoire , 154
Tout cequi s'est passé à l'Assemblée des Etats de
7
Languedoctenue à Montpellier . 164
Assemblée generale des Communautez de Provence
tenue à Lamsbec,
Bontez du Roypour la Ville d' Arles ,
Mort de M. de Maran ,
Effets du zele du P. de Bellemont ,
168
169
171
172
Bains& Etuvesà la maniere des Romains établis
àParis, 174
Explica
TABLE.
Explication en Vers de la premiere Enigme dumois
de Novembres
177
Noms de ceux qui l'ont devinée 178
Explication en vers de la ſeconde Enigme du mois
วงกลมdaNeumanno in slagte ? এম 180
Noms de ceux qui l'ont devintage A ibid.
Noms de ceux quisant devinelos deanss 181
Enigmasin 183
Autre Enigma ollin & Ma 184
Namode coux qui ont expliqué l'Enigme en figu-
Tous ce qui s'est puffé aux Mercuriales du Parle-
Differtation fur un Voyage deGreces
Article de la Guernea alaksimal.Ms
Article des Modes. MMสม
33 -- Conclusion. Mor ?????છછછ 233880*4***
Fin de la Table
201
THEQUE DA
Oil
LYON
188
195
198
199
15
ء ا
700
128
1
1
1.7
*1893
*
15
126
1
Im Tate or by ??? ??????????
EXTRAIT
EXTRAIT DV PRIVILEGE
Ar Grace &
duRoy.
PS
aint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis àJ.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps&
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois: Comme auſſi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
nyd'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſmed'en
vendre ſeparément , & de donner à lire lediť
Livre , le tout à peine de fix mille livros d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Privilege du Roy , donné à
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678. Signé E. COUTEROT. Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
enjoüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Inillet 1678.
MER
MERCURE
THEQUE DE
GALANTWONTE
NFIN , Madame,
nous voicy à la fin
de l'Année mil fix
cens ſoixante &
dix - huit , Année
toute glorieuse pour la France,
& fi glorieuſe , que la Pofterité
aura peine à croire les prodiges
qui s'y ſont paſſez . Les Hiſtoriens
qui en parleront , ſeroient
ſans doute ſuſpects , ou d'exagerer
, ou de raconter des Fables,
Decembre A
2
MERCURE
s'ils n'avoient un infaillible
moyen de convaincre ceux qui
viendront apres nous , de la verité
des ſurprenantes merveilles
qu'ils auront écrites. Ils n'ont
pour cela qu'à faire un Portrait
au naturel de LoüISLE
GRAND, qu'à peindre une extréme
prudence jointe à une
parfaite valeur , une haute modération
avec une puiſſance tres .
étenduë , une continuelle application
dans les Affaires , & enfin
toutes les Vertus politiques,
militaires , & morales , qui ne le
rendent pas moins Auguſte par .
ſa Perſonne , que par l'élevation
duTrône où nous le voyons aſſis .
Quand ces traits , auſſi éclatans
qu'ils font particuliers à luy ſeul,
auront donné une entiere connoiſſance
de cet incomparable
Monarque , ce qu'il eſt fera
croire
GALANT...
3
croire facilement ce qu'il a fait;
&pour en eftre mieux convain,
cu , on n'aurasqu'à faire reflé
xion ſur le ſecret de ſes entrepriſes
, qui n'eſt jamais échapé
de fon Confeil. Nous n'avons
aucune Hiſtoire qui nous ait encor
rien marqué de ſemblable ,
mefine chez les Nations les plus
politiques, & qui au defaut de la
force,ſe ſont toûjours tirées d'affaires
par l'adreſſe de leur conduite.
C'eſt ce qu'on ne fçauroit
attribuer qu'aux grandes
& merveilleuſes qualitez du
Roy. On le fert avec un zele
tres-empreſsé , je l'avouë , mais
c'eſt beaucoupmoins par un devoir
de Sujet , dont on apporter
l'obligation en naiffant, que parce
qu'on aime veritablement fa
Perſonne . Cet amour, fi profon-3
dement gravé pour ce grand
Aij
4
MERCURE
Prince dans le coeur de tous
les François , fait executer ſes
ordres par tout&en tout temps,
avec une diligence & avec une
exactitude qui ne laiſſent rien
à ſouhaiter pour le prompt fuccez
de tous ſes deſſeins. Je vous
l'ay fait voir en détail dans chacun
des grands Evenemens qui
ſont arrivez depuis deux ans que
je vous écris des Nouvelles , &
vous avez veu faire des chofes
qui paſſent l'imagination, auMiniſtere
infatigable qui conduit
ce qui regarde la Guerre.Celuy
qui a le ſoin des Finances , ſans
leſquelles rien ne peut agir, n'en
a pas fait de moins furprenantes
, puis que rien n'a manqué,
& que les Affaires du Roy
n'ont point ſouffert par ces fortes
de retardemens qui empéchent
quelquefois d'entreprendre
:
GALANT.
dre de grandes choſes , ou qui
les font avorter apres qu'elles
ont eſté entrepriſes. Mais ſi Sa
Majesté ſe trouve ſi bien ſervie ,
c'eſt parce que le vif & juſte
difcernement qui l'empeſche de
ſe tromper en aucune choſe, luy
a fait connoître le ſolide mérite
deceux qui pouvoient luy aider
à ſoûtenir le faix des grandes
Affaires ; qu'Elle en a fait un bon
choix , & qu'elle n'a départy
ſes lumieres , & diſtribué ſes ordres
qu'à des Gens capables de
les executer avec l'eſprit, la prudence
, & l'activité neceſſaires,
&de les faire exécuter de la
meſme forte. Diſons plus , Madame.
Le Roy n'a pas ſeulement
travaillé au bonheur de la
France,en combatãt avec des ju.
ſtes droits pour l'agrandiſſement
& pour la gloire de ce florif
A iij
6 MERCURE
fant Royaume , mais en choififſant
de grands Hommes , foit
pour les plus conſidérables Dignitez
de l'Eglife , ſoit pour les
premieres Charges de Magiſtrature.
Quel plus digne Chef
pouvoit - il donner à la Juſtice,
que l'Illustre Chancelier que
nous avons aujourd'huy ? A-t-on
jamais entendu parlerd'un choix
plus generalement approuvé ?
Toute la France a retenty du
bruit des acclamations dont il
a eſté fuivy,& il ne s'eft fait aucune
Action publique où il y ait
eu occafion de s'étendre fur les
Joüanges du Roy , qu'on n'y ait
-meflé celles qu'il méritoit pour
le rang où il avoit élevé ce ſage
& prudent Miniſtre. Les autres
Chefs de Justice ont éſté choisis
avec le meſme difcernement.
On ne voit point de Sujets oprimez
GALANT.
7
mez dans le Royaume. Tout y
eſt tranquille. L'Equité & les
Arts y fleuriffent , & y ont même
fleury pendant la Guerre, ce
qui ne ſe peut trouver que fous
le Regne d'un auffi grand Prince
que Loürs XIV. Voyez
les fuperbes & commodes changemens
qui ont eſté faits à Paris
depuis quinze ou vingt années.
Quel autre de nos Roys a jamais
eu tant de ſoin d'ordonner
de ſes embelliſſemens ? Combien
de Quais nouveaux ? Combien
de Ruës élargies ? Combiende
Portes magnifiques qui
auroient paſsé pour des Arcs
de Triomphe chez les anciens
Romains ? & cela , fans parler
ny d'une Montagne applanie,
& changée toute entiere en
Edifices ſomptueux,ny du Cours
commencé ſur le Rempart de la
A iiij
8 MERCURE
Porte S. Antoine , & qui ne doit
finir qu'à la Porte de Richelieu,
c'eſt à dire,qui contiendra l'eſpace
de pluſieurs lieuës. Ce n'eſt
pas tout. Il ſemble qu'une Ville
d'une auſſi grande étenduë
qu'eſt cette Capitale de la France,
ne puiſſe jamais eſtre ſansdefordre,
eftant difficile que la confufion
ne regne où l'on voit tant
de Peuples , tant d'Etrangers &
tant de Vagabonds , qui ne
cherchentordinairement qu'à ſe
mêler dans la foule,afin de vivre
aux dépens d'autruy. Cepen.
dant nous voyons icy ce qu'on
avoit tenu impoffible d'y voirjamais.
L'ordre & la propreté y
font compatibles avec l'embarras
de la Multitude ; & la Police
y eſt exercée avec une ſi exacte
régularité , qu'on n'a plus rien à
craindre des abus qui s'y commet
GALANT.
9
mettoient . Ce ſont des miracles
du Regne du Roy , & ces miracles
ſe font, parceque Sa Majesté
a choiſi un Magiftrat vigilant,
habile , juſte, & incorruptible , à
qui toutes ces qualitez eſtoient
neceſſaires pour ſoûtenirle poids
du fardeau qu'Elle a jugé à proposde
luy cominettre . Il eſt certain
que rien n'échape aux vives
& perçantes lumieres de
ce grand Prince , & qu'il connoit
beaucoup mieux de quoy
chacun eft capable , que ne le
connoiffent ceux - meſimes que
nous luy voyons choiſir pour
les plus importans Emplois de
l'Etat. La maniere dont ils s'en
acquitent , eſt une preuve
éclatante qu'il ne s'abuſe jamais
, & vous avez dů eſtre
perfuadée de cette verité par
quantitéd' Articles de mes Let
Av
10 MERCURE
tres qui vous ont fait voir combien
ils eftoient dignes du Miniftere
qui leur a efté confié .
Ceux dont il luy a plû faire
choix pour ſe repoſer des Affaires
de la Mer fur leurs foins,
ne peuvent auſſi recevoir trop
de loüanges . Ils n'en méritent
pas ſeulement par eux-meſmes,
mais parleur vigilance à ne donher
les ordres de Sa Majesté
fous eux , qu'à des Perſonnes
qui les ſçavent exécuter avec
autant de capacité que de zele.
Ce que je dis regarde particulierement
les Officiers ; mais fi
vous voulez deſcendre juſqu'aux
Ouvriers qu'ils font agir , vous
lestrouverez dignes d'avoir quel
que part à cette loüange . Je ne
doute point que ce que j'ay à
vous apprendre ſur ce ſujet,n'en
foitun d'étonnement pour les
autres
GALANT.
autres Nations , ſi pourtant on
peut eſtre étonné de ce que font
les François ſous un Roy , dont
chaque jour de la vie ſemble
eſtre deftiné pour nous faire
voir autant de prodiges. C'en
eſt un fort grand que ce que
vous allez lire dans la Lettre
que je vous envoye d'un Officier
de l'Arſenal de Marseille à
un Commiſſaire de la Marine de
fesAmis. Toute éclairée que je
vous connoy ſur les matieres les
moins communes , j'ay peine à
croire qu'on ne sexplique pas
dans celle- cy par quelques termes
qui vous feront, inconnus .
Pourmoy,je vous avouëqueje ne
les entens pas tous, & qu'il y en a
quelques-uns queje pourray mal
écrire , parce que les caracteres
n'en ſont pas affez diſtinctement
marquez dans l'Original .
LETTRE
12 MERCURE
• LETTRE
SUR UNE GALERE BASTIE
àMarſeille en un ſeul jour.
Ous m'avezſouvent demande
des nouvelles de Vous e cePaïs,
& j'ay voulu attendre à vous fatisfaire,
que j'euffe quelque chose
d'extraordinaire à vous mander.
Ie nem'ensçaurois mieux acquiter
quepar le recit d'une chose quifurprendra
toute la France , puis
qu'elle afarpris tous ceux qui l'ont
veuë , & qui ont trente années
d'experience aux constructions de
Marine.
Vous sçaurez done que fur le
bruit qui courut il y a quelque
temps que le Royviendroit en Provence
au commencement de l'Année
prochaine ,Monsieur Brodart,
Inten
GALANT.
13
Intendant General de ſes Galeres,
projetta d'en faire construire &
équiper une en prefence de SaMajesté
dans vingt - quatre heures,
qui est le mesme temps que les Vénitiens
employerent à celle qu'ils
firent construire en prefence de
Henry III. lors qu'il paſſaparVeniſe
à ſon retour de Pologne. Les
Sieurs Chabert, Maistres Constru-
Eteurs , à qui il en parla , trouve
rët d'abord la chose impoſſible,alle
guantpour leurs raisons que ceque
les Vénitiens avoient fait , n'estoit
qu'un leger travail en comparaifon
de celuy qu'il leurpropofoit. Ils
luy remontroient que les Galeres.
des. Vénitiens ne font que de 20:
Bancs, au lieu que celles de Fran
ce font de 26. qui est un tiers en
longueur deplus , & que lors que
Les Vénitiens firent ce petit miracle
( car ils ne le nommoient pas
d.la
autre
14 MERCURE
autrement ) ils ne firent point une
Galere doublée ny clouée par tout
pour pouvoir aller en Mer , mais
feulement un assemblage de pieces
qui formoient une belle Galere en
apparence , & qui en effet estoit
hors d'état de naviger. Toutes ces
raiſons furent foibles contre Monfieur
l'Intendant. Plus on luy forma
d'obstacles , plus il eut d'envie
d'éxecuter ſon projet . Il voulut en
faire l'eſſay , & il n'eut pas plûtost
dit aux Conſtructeurs qu'il falloit
qu'ils luy aidaſſent à faire voir
qu'il n'y avoit rien qui ne fust
poßible aux François , qu'ils commencerent
à prendre courage.
Mais ils en eurent bien plus,
quand cet habile Intendant leur
montra l'ordre qu'il falloit tewir.
Il l'avoit inventé , & écrit luymesme
, pour empécher qu'il n'y
eût aucune confusion dans le travail.
GALANT.
vail. Voicy quel estoit cet ordre. Il
avoit mis cinq cens bons Ouvriers
Charpentiers en dix Escadres de
cinquante Hommes chacune , conduits
par un Ecrivain , & com.
mandezpar un Chef, & unſous-
Chef, qu'ils appellent parmy cux,
Cap-maistre &Sous- Cap-maistre.
Ildonna cinq de ces Escadres au
Sieur Chabert l'aisné , qui devoit
construire le coste droit de la Ga
lere , & les cinq autres au Sicur
Chabert le cadet qui avoit le côté
gauche. Il fit prendre à chaque
Efcadre des Bonnets de differentes
couleurs , afin qu'ils fuſſent tous
reconnus , & qu'ils ne ſe mélaſſent
point les uns avec les autres. Ily
avoit outre ces dix Efcadres de
Charpentiers , cinquante Cloüeurs
pour clover toute la Galere , avec
des Bonnets d'une autre couleur
que les maistres Charpentiers, conduits
16 MERCURE
duits auſſipar un Ecrivain ; deux
Escadres de quarante Portefais
chacune , pour porter les pieces à
ceux qui les devoient poſer ; une
Efcadre de Sculpteurs ; une de
Maistres Menuisiers,¢Maitres
Calfats qui devoient commencerà
travailler , dés qu'on auroit
posé les Pieces qui devoient estre
calfatées. Ilfit aſſembler tous les
Ouvriers dans l'Arsenal le jour
qui preceda l'eſſay qu'il avoit def-
Sein defaire. Illesfit mettre chacun
dans l'ordre où ils devoient.
estre , & leur demanda si chacun
d'eux connoiſſoit Son Chef. L'ay
oubliéde vous dire que quelquesjours
auparavant il avoit donné
une instruction à chaque Ecrivain
&à chaque Chef d'Escadre , afin
qu'ils fceuffent ce qu'ils auroient
à faire pendant tout le travail,
&que chacun luy avoit promis de
bien
GALANT.
17
bien s'acquiter de fon devoir. Il
teur recommanda de travailler
fans parler, ce qui est tres-difficile
aux Gens de Marine , &qui eft
pourtant fort neceffaire pour empécher
la confusion. Enfin apres
avoirparlé en general & en particulier
à tous ces Ouvriers, leur
avoir preſcrit l'ordre qu'ils devoient
tenir , & tiré parole de
chacun qu'ils s'appliqueroientfortement
àce qu'il leur estoit ordonné,
il les congedia , & leur donna
rendez - vous pour le lendemain
matin 10. de Novembre àla poin
te du jour. Il s'y trouva le premier
, & tous les Ouvriers eftant
venus , il parla encor aux Chefs
& aux Ecrivains , & für les
fept heures il fit commencer ce
belOuvrage. I'y estois preſent. Cependant
j'aurois peine à vous dire
comme la chose s'executoit. Tour
се
18 MERCURE
ce que jevoyois faire , me paroiſſoit
tenir de l'enchantement . Ilſembloit
que chaque Ouvrier estoit un
Maistre , & qu'ils avoient employé
toute leur vie à faire de pareils
Ouvrages. Ils travailloient
avec une diligence qu'on ne sçauroit
croire, & qui ne mefurprenoit
pas moins que leurfilence. On eust
dit que prés de buit cens Hommes
qu'on avoit employezà ce travail,
estoient conduits par la mesme
main. Tout se trouva juste ,& le
projet de Monsieur l'Intendant
futfi exactement ſuivy, qu'ilfembloit
que le moindre Ouvrier l'eust
apris par coeur. On n'eut beſoin
que d'une demy- heure , & la Galere
fut ce que l'on appelle en Rames
, c'est à dire , toutes les costes
miſes,mais avec autant de juſteſſe,
quefi on y avoit employé les quinze
jours qu'on employe ordinaire
ment
GALANT .
19
ment à faire ce qu'onfit en cette
demy-heure. Apres qu'on eut posé
les Madiez , on mit les Contrequilles,
les Efcoüets de chaque côté,
les Perceintes & les Doublûres,
car àpresent en France on double
toutes les Galeres pour les fortifier
davantage ; ce qui fait qu'il y a
autant de travail au dedans d'une
Galere comme au dehors. On poſa
enfuite les Fils de chaque Coste,
& au defſſous de la Couverte 120.
lates . On boucha la Couverte &
les Coftez de la Galere. On mist
les Contaux & Trinquenins , les
Rais de Coursier & Surcoursier qui
font des pieces fi lourdes, qu'ilfaut
quarante Hommes pour les remüer,
apres quoy on travailla à poser la
Poupe d'une tres - belle Sculpture.
Dans lemesme temps que lesPeintres
la pegnirent , les Charpentiers
travaillerent à placer les
Queñes
20 MERCURE
Queües de late& Tapieres ,foixante
Baccalas de chaque côté,
les Filerets adentées , les Apoftis,
les Bancs,Pedaigues, Banquettes,
Aubarestieres , Contrepedaigues ,
Cordes,& Potences pourfoûtenir
les Bancs. Tout celafefaifoit avec
une si grande diligence , & avec
fipeu de confusion , que ceux quiz
estoient preſens avoient peine à
croire ce qu'ils voyoient . Les Memuifiers
boiferent le Plancher de
La Poupe, & toutle Coursier qui
estle long dela Galere de Poupe
àProve là où l'on marche. Le Château
devant fut mis , & enfin à
4. heures apres midy iln'y eutpas
la plus petite piece de bois àpoſer;
&nonseulement les Charpentiers
eurent construit la Galere , mais
ils l'eurent toute parée. VousSçavez
que ce terme ſignifie ôter le
boisSuperflu,rendre tout égal ,&
achever
GALANT. 21
achever de polir. Les Calfats quż
avoient déja commencé à calfater
tous les endroits où ils avoient
pû se placer , continüérent leur
travail avec tant de promptitude,
que la Couverte estant toute calfatée,
ils la laiſſerent libre , pour
pouvoiry faire mettre les Arbres
& Entennes deſſus , dans le temps
qu'ils allerent calfater tout le dehors
de la Galere ,& mettre de la
Poix dans chaque jointure. A 10.
heures du ſoir les Calfats avoient
finy ,& ils voulurent employer le
reste de la nuit à visiter par tout
se qu'ils avoient fait. Monfieur
l Intendant ordonna qu'on jetaſt
de l'eau dans la Galere pour faire
l'épreuve qu'on fait ordinairement
, afin de trouver les trous
qu'on peut avoir manquéde boucher.
Croiriez - vous , Monsieur,
vous quisçavez ce que c'est qu'une
constru
22 MERCURE
construction , qu'il ne s'en trouva
que trois petits, auſquels on remedia
incontinent ? Sur les 5. heures
du matin Monsieur l'Intendant
donna ordre que l'on mist l'eau
dans le Baffin où l'on avoit con-
Struit laGalere. Cesont desBaffins
en long dans l'Arsenal , qu'on
appelle Formes , où l'onfait venir
L'eau de la Mer par le moyen
d'une porte qu'il y a au milieu
d'une double Palifſſade de bois , qui
est entre la Mer&ces Formes,&نم
qu'on oste ensuite lors que la Galereflote
dans la Forme , & qu'on
veut la faire entrer dans le Port.
Ilſepaſſa deux heures avant que
l'eaufuſt dans la Forme, &qu'on
euft osté les Paliſſades. Il est vray
que dans le temps que l'eau entroit,
Monsieur l'Intendant fit dire
la Meffe dans laGalere , oùse
firent toutes les Cerémonies qu'on
7
a
GALANT.
23
ade coûtume de faire pour la benir.
Ainsi précisement à sept heures
la Galere fût hors de la Forme,
&mise au milieu du Port. On
luy mit Sa Chiourne , &ſes Canons.
On la lesta. On dreſſa les
Arbres& les Entennes. On l'agréa
deſes Cordages , Voiles , &Tendes.
On y embarqua les Armes,
& Munitions de Guerre ; & enfin
on l'équipa de tout ce qui luy estoit
neceſſaire pour aller en Mer , en
forte qu'à neufheures du matin la
mefme Galere qui avoit esté commencée
le jour precédent fût hors
de la chaine de Marseille,&prit
lahaute Mer. Tout contribuoit à
lafatisfaction de Monsieur l'Intendant
, car il faisoit le plus beau
temps qu'on pust Souhaiter , &je
nay jamaisveu Galere aller mieux
àla Rame & à la Voile. Nous l'éprouvâmes
de deux façons.
Apres
24 MERCURE
- Après vous avoir parlé de cette
Merveille, il est juste que je vous
enfaffe connoître l'Autheur.Monfieur
Brodart eft le plus Ancien
Intendant de Marine quiſoit dans
lefervice. Il a esté employé ſans
discontinuation depuis le commencement
de l'année 1664. qu'il vint
travailler au Port de Toulon , ou
ilfût fait Commiſſaire general de
la Marine. Il a ſervy tres-utilement
quelque temps apres dans
cette mesme qualité , tant au Port
de Toulon que dans l'Armée Navale
que le Roy envoya en Candie.
Ila esté Intendant à Dunkerque,
&auHavre de Grace , & a fait
lepremierl'établiſſement desClaf--
fesdes Matelots. Le Roy luy donna
l'Intendance generale de fes
Galeres au commencement de l'année
1675. Il s'aquitefi dignement
de cet employ , qu'on n'ajamais vû
de
GALANT.
25
de Galeres fi belles , fi bonnes , fi
bien ornées , &faites avec tant de
diligence & d'æconomie , que celles
que nous avons aujourd'huy .
Tous les Officiers de l'Arsenal de
Marseille ont tres - bien executé
fes ordres dans l'occaſion dont je
vous parle , mais particulierement
Monfieur Chalons Commiſſaire generaldes
Galeres. Les Sieurs Chabertey
ont tres-bien fait leur devoir.
Ce sont les meilleurs Maiftres
Constructeurs de Galeres qui
foient dans le monde. C'est un talent
qui leur est particulier de Pere
en Fils depuis plus de deux cens
ans. La construction des Galeres
est fort diferente de celle des Vaiffeaux.
Il y a trente Perſonnes en
France capables de construire de
beaux Vaiſſeaux , mais pour des
Galeres iln'y a que ces deux Freres
qui ayent le don d'y bien réüſſir,
Decembre. B
26 MERCURE
avec un autre Homme tres - habi.
le qui commence à faire parler de
luy. Leſuis vostre , &c.
AMarſeille ce 12. Nov. 1678.
Ne croyez - vous pas,Madame
, que j'aye eu raiſon de donnerlenomde
Prodige à la prompte
conſtruction de cette Galere
? & auriez-vous pû vous imaginer
que l'entrepriſe de la bâtir
, & de la mettre en Mer preſte
à voguer & à faire une Campagne,
ne duſt eſtre que l'ouvrage
d'une journée. On affure
qu'elle ſe peut démonter avec
la meſme facilité qu'elle a eſté
conſtruite,ſans qu'on ait à craindre
d'en gaſter les pieces, & cela
par le moyen des emboiſtemens
& des clous qu'on a faits
exprés. Si ceux qui voulurent
and faire
GALAN T.
27
faire élever la Tour de Babel,
euſſent ordonné le filence qui a
eſté obſervé quand on a baſty
cette Galere , la diverſité des
Langues n'y auroit point mis
d'obſtacles , & ils ſeroient peuteſtre
venus à bout de leur defſein.
Il eſt certain que ce n'a pas
eſté un petit effet de prudence,
d'oſter à tant d'Ouvriers la neceſſité
de parler.Le moyen qu'on
euſt pû s'entendre parmy le bruit
continuel des coups de marteau!
Ce qu'il y a de rare , c'eſt que la
promptitude avec laquelle cette
Galere a eſté conſtruite , n'en a
point fait negliger les Ornemens.
Elle a ſa Poupe d'un fort beau
Deffein, & embellie d'une Sculpture
auſſi délicate que bien entenduë
.On doit en préparer une.
autre qui ſera plus grande &
plus belle , pour en donner le di-
Bij
2.8 MERCURE
vertiſſement au Roy , s'il fait
voyage àMarseille.
Vous vous ſouvenez ſans doute
que je vous manday il y a
deux mois que Monfieur leMarquis
de la Pierre eſtoit allé àTurin
pour avoir l'agrément de
Madame Royale ſur ſon Mariage
avec Mademoiſelle de l'Albe,
& en attendre la Diſpenſe de
Rome . J'ay à vous apprendre
aujourd'huy qu'il l'époufa àGrenoble
dés le commencement de
Novembre , à la maniere des
Gens de qualité ,dont la plupart
fuyent le bruit & l'éclat en ſe
mariant. Elle eſt Fille unique de
Monfieur le Préſident de l'Albe ,
forty de l'ancienne Maiſon des
Vacca d'Italie, & du coſté de ſa
Mere , des Montenars & des Allemands
, deux Familles illuſtres
& fort connuës , mais particu
liere
GALANT.
19
fierement dans le Dauphiné. La
naiſſance & le merite de Monſieur
le Marquis de la Pierre , fi
eſtimé à la Cour de France &
de Savoye , méritoient la confideration
que cette riche Heritiere
a euë pour luy. La grande
dépenſe où l'engagent les Emplois
qu'ila à la Guerre , ne luy
a donné aucun fcrupule ,& elle
n'a pû tenir pour defauts certaines
remarques ſur ſa conduite
, qui ont peut-eſtre ſervy à
rompre un autre deſſein de Mariage
qu'il avoit témoigné avoir,
avant qu'il épouſaſt cette aimable
& jeune Perſonne . Comme
l'étroite amitié qui a toûjours
eſté entreleurs Familles, a beaucoup
contribué à cette Alliance,
ils font fort contens l'un de l'autre
, & vousjugez bien que ce
ne fut pas fans déplaiſir que
• Bij
30 MERCURE
Monfieur leMarquis de la Pierre
s'éloigna quelquesjours aprés
ſes Noces ; mais les ordres de
Madame Royale luy en firent
une neceffité ,& il ne ſe pût difpenſer
de venir icy recevoir
ceux de Sa Majesté à l'égard
des quatre Regimens Piémontois
d'Infanterie dont il a la direction
& le commandement,
ayant la qualité de Brigadier en
France , & de Marefchal de
Camp dans les Troupes de Sa-
Ce n'eſt pas un petit avantageque
de bien choiſir en ſemariant.
Le repentir ſuit ſouvent
cette forte de Contract . Voyez
dans ce Madrigal les plaintes
que font deux Dames ; l'une d'avoir
pris un Mary trop vieux , &
l'autre d'en avoir pris un trop
jeune.
T
MADRI
GALANT
LYUN
LYU
MADRIGA /893
ON blame d'un Mary la tropgrande
vieillesse ,
Et j'accuſe du mien la trop grande jeuneffe.
Vous dans vos regrets superflus,
Souvent vous vous plaignez d'avoir ce
ce qui n'estplus ;
Et dans l'ennuy qui me devore ,
Moy,jemeplains d'avoir ce qui n'est
point encore.
Il n'y a que le Vin qui réjoüifſe
toûjours les Partiſans deBacchus.
Voicy des Paroles quileur
plairont. Elles ont eſté faites fur
les dernieres Vendanges. L'Air
eft de Monfieur Rigault de
Tours.
AIR ABOIRE.
Cllot, Iarin, deux Biberons,
Et tous deux dignesde loñange ,
1
B iiij
32
MERCURE
Voyant couler leur vendange ,
Chantoient d'un ton joyeux ; pleurez ,
douxRaisins,
N'arrestezpointle cours d'une liqueur
fichere.
Pleurezchez nous , pleurez chez nos
Voisins ,
Vousnesçauriez mieux faire.
Vospleurs confolent nos esprits
Parleurdouceur,&parleurs charmes
Et nous direns voyant vos Larmes
Apres les pleurs viendront les ris.
L'ouverture des Audjances du
Parlement de Dijon fut faite le
Jeudy 17. Novembre par Monfieur
Brulart Premier Préſident .
Cettegrande Charge qu'il exerce
avec tout l'éclat qui luy eſt
deû , n'a rien qui ſoit au deſſus
de ſa naiſſance , & il ſoûtient
glorieuſement les avantages
de l'une & de l'autre par un
grand nombre de qualitez encor
plus éminentes que le Rang
1 a
qu'il
GALANT. 33
qu'il tient. La recherche de la
Verité fut le fondement de fon
diſcours. Il dit , Que toute l'étude
des Hommes doit s'employer à la
découvrir, parce que fans elle tout
n'est qu'obscurité & confusion. Il
repreſenta aux Avocats , de la
maniere du monde la plus honneſte
, Que leur ministere exige
beaucoup plus defincerité que toute
autre Profeſſion , puis que les
raiſons dont ils tâchent d'appuyer
le droit des Parties,fervent àformer
la décision de la plus grande
partie des Iugemens. Il ajoûta,
Qu'on ne pouvoit diſconvenir que
l'Eloquence nefust un grand agrément
&un moyen fort propre pour
attirer des applaudiſſemens à l'Orateur
; mais que la Vérité avoit
cela de particulier , qu'elle entraî
noit tous les Eſprits. Il meſla fort
adroitement l'eloge du Roy dans
Biw
34
MERCURE
fa Harangue , & il le fit en peu
de mots , & avec la derniere juſteſſe.
Il dit entr'autres choſes,
Que la Verité estant l'ame des
loüanges qu'on donne à l'admirable
Vie de Sa Majesté ,ſon Nom Sera
toûjours également glorieuxjuſque
dans la Pofterité la plus éloignée,
parce que la Veritén'eſt ſujette ny
à la vieilleſſe ny à la mort , &
qu'elle durera au delà des ruines
dumonde. Il fit enſuite une tresbelle
peinture de la laideur du
Menſonge. Il dit , Qu'il n'estoit
jamais plus dangereux que quand
il avoit l'air & l'apparence de la
Verité; & finit en exhortant les
Avocats & les Procureurs à ſe
propoſer toûjours la bonne-foy
&cette mefme Verité pour regle
de leur conduite.
Cet éloquent Difcours , dont
je ne vous rapporte que des
pensées
GALANT. 35
pensées tres-imparfaites,& fans
aucun ordre , fut prononcéd'un
ton de voix , & accompagné
d'un air de grandeur& de majeſté
, qui acheva de charmer
toute l'Afſemblée...
Monfieur l'Avocat General
d'Aligny parla auſſi fort élo
quemment ſur l'excellence de la
Justice ,& fur le mélange que
les Juges doivent faire du Droit
& de l'Equité ; mais comme il a
la voix foible, on perdit une partiedesbelles
chofes qu'il dit.
. Avant que de vous faire quiter
Dijon , il faut vous apprendre
ce qui a eſté fait pour deux
jeunes Soeurs qui n'y font pas
moins confiderées par le mérite
de leurs perſonnes , que par les
avantages de leur naiffance. Il
ne faut qu'avoir des yeux pour
eftre convaincu de leur beauté;
&
36 MERCURED
& ce qui eſt un grand charme,
elles ont l'eſprit auffi bien fait
que le corps. L'Aînée eſt d'un
blond le plus beau qu'on ſe puiſſe
figurer; la taille fine & aisée;
une douceur & une majeſté
qu'on ne trouve point ailleurs,
La Cadete eſt brune , maisd'un
brun admirable ; le plus beau
teint & le plus vif qu'on ait jamais
veu; les yeux d'un brillant
àne le pouvoir foûtenir; les traits
tous régulierement beaux , la
plus belle bouche du monde ,&
des dents quiſemblent avoireſté
faites au tour. Vous jugez bien
qu'avec tant d'agrémens , & de
Leſprit à proportion , elles s'attireroient
une grande foule d'A
dorateurs , fi.comme elles ont le
don de plaire, elles vouloient re
cevoirdes ſoins ; mais elles ont
une Mere d'une vertu ft éminente,
GALANT..
37
nente,&d'une pieté ſi peu commune,
que l'exemple qu'elle leur
donne , ne leur permet qu'un
tres-foible commerce avec les
Societez de plaifir & de divertiffement.
Elles l'accompagnent
dans toutes fes devotions , &
font accoutumées à certe forte
de retraite , qu'elles ne regardent
point comme une peine ;
mais quoy qu'elles ayent peu
l'uſage du monde , elles ne laiffent
pas d'en avoir la délicateſſe..
Aufſiſont-elles Filles d'unHomme
poly, galant , éclairé , & qui
eftun des premiers Magiſtrats.
delaProvince. Outre ſa Charge
quiluydonnebeaucoupde rang,
il a un Employ qui fait tous les
jours.connoître ſa fidelité par ſes
ſervices,&qui ne luy a pas moins
acquis l'eſtimedu Roy , que celle
d'un
38 MERCURE
d'un grand Miniſtre qui l'hono .
re particulierement de ſon ami
tié. Ce Magiſtrat a une Maiſon
de plaiſance à trois lieuës de
Dijon , des plus agreables qui ſe
voyent. Il aime paffionnement
la Chaffe , & le plaisir qu'il y
prend, luy fait avoir un équipage
des plus fuperbes ,& tout ce
que demande la ſuite de cette
dépenſe. Ainsi le jour de la faint
Hubert derniere , il invita toute
la Nobleſſe de ſon voiſinage de
l'un &del'autre Sexe,d'en venir
ſolemnifer la Feſte chez my.
L'Aſſemblée fut grande. Les
Dames s'y trouverent en Juſteau
- corps & Perruques fort magnifiques.
On ſervit unRepas
où la délicateſſe & la propreté
difputoient avec l'abondance .
Le Repas finy , on alla courre le
Cerfdans une Foreft prochaine ,
où
GALANT.
39
où l'on rencontra une Troupe
deChaſſeurs que l'ardeur de la
Chaſſe avoit menez à plus de
quatre lieuës du Canton où ils
demeuroient . Ils ne ſe connoiffoient
lesuns ny les autres, quoy
qu'ils fuſſent tous d'une qualité
diftinguée . Cependant ceux qui
venoient pour prendre , ſe trouverent
pris. Deux Freres des
plus qualifiez de la Province ne
pûrent voir les deux charmantes
Perſonnes dont je vous ay
parlé, ſans eftre touchez de leur
beauté,&ils le furent d'une telle
forte , qu'on peut dire que dés
ce premier moment , ils en devinrent
éperdûment amoureux.
Ils eurent toûjours les yeux attachez
fur elles , leur dirent tout
ce qu'ils pûrent d'obligeant pendant
un moment qu'ils trouverent
occafion de leur parler , &
ne
: MERCURE 40
ne s'en ſéparerent qu'avec beau
coup de chagrin , mais la nuit
qui s'approchoit les força de
quitter cette belle Troupe. Ils
s'en retournerent fort reſveurs,
& ne penfant plus qu'aux
moyens de revoir les Belles . La
retraite dans laquelle ils apprirentqu'elles
vivoientles fit trembler.
Ils vouloient chercher à.
plaire. Il faut voir & parler pour
y reüſſir ,& ils ne voyoient aucune
facilité à l'un ny à l'autre,
quand ils regardoient ces aimablesFilles
fous la conduite d'une
Mere qui ne recevoit ny Jeuneſ
ſe ny Galanterie. Il n'y avoit pas
d'apparence de ſe hazarder à aller
chez elle, n'en eſtant connus
que de nom..Ainſi le ſeul party
qu'ils virent à prendre , fut de
rendre viſite à une Dame de leur
connoiſſance , qui eſtant voiſine
des
GALANT.
41
!
- des Belles , pouvoit leur faciliter
Et quelque accés dans cette Mai-
2 fon. Apres les premieres civilistez
, on mit la rencontre de la
Chaſſe ſur le tapis. On parla de
toutes les Dames qui avoient eſté
-de cette belle Partie ; & quand
on tomba fur le chapitre des
charmantes Soeurs, les Cavaliers
pouſſerent la matiere avec tant
d'empreſſement & de chaleur,
qu'il ne fut pas difficile de penetrer
qu'elles leurs tenoient fortement
au coeur. Ils avoüérent de
bonnefoy qu'ils n'avoient pû
s'empeſcher d'eſtre pris par ces
deux aimables Chaſſereffes; &
dans la paſſion de les connoiſtre
un peu davantage pour ſçavoir
s'ils feroient affez heureux pour
ne leur déplaire pas, ils propoſerent
d'aller rendre viſite à toute
cette Illuſtre Famille,& prierent
leur
42 MERCURE
leur Amie de les preſenter. Elle
réſiſta quelque temps à ce qu'ils
la conjuroient de faire pour eux,
fur la connoiffance qu'elle avoit
du caractere de la Mere qui ne
ſouffroit pas volontiers les vifites
des jeunes Gens ; mais fon Mary
vainquit ſes ſcrupules, & comme
la Dame qu'elle craignoit de
fâcher eſt devote, il s'aviſa d'introduire
les Cavaliers en les habillant
en Pelerins. Il prit le même
équipage. Sa Femme s'habilla
auſſi en Pelerine avec deux
ou trois de ſes Amies.Ils eſtoient
propres , quoy qu'ils n'euſſent
rien qui démentiſt ce qu'ils vouloient
qu'on les cruft. Dans ce
déguiſement , ils allerent rendre
leur viſite , chantant la chanfon
de faint Jacques au milieu de la
court. Ainfi on ne douta point
qu'ils ne fuffent de vrais Pele
rins.
GALANT.
43
rins. On les regarda par les feneſtres
, & aprés les avoir laiſſé
chanter plus d'une demy-heure,
on leur envoya un Ecu blanc,
La Dame qui s'eſtoit chargée
de les introduire , ſe mit à rire
d'une fi grande force de la charité
qu'on leur faiſoit, qu'elle fut
aisément reconnue.Toutlemonde
deſcendit pour venir recevoir
les Pelerins & les Pelerines . Les
deux Freres furent receus fort
honneſtement. Apres qu'on fe
fut diverty quelque temps à dire
d'agreables choſes ſur l'équipage
qu'ils avoient pris , on fit fervir
la Collation . Elle fut de la
derniere magnificence , mais les
deux Freres n'en connurent rien;
ils n'avoient des yeux que pour
les Belles qui les charmoient. Ils
profiterent de cette occafion de
leur parler autant que la bienfeance
44 MERCURE
ſeance le pût permettre , & revinrent
de leur Pelerinage plus
amoureux qu'on ne l'a jamais
efté. L'eſprit de ces admirables
Filles ne les avoit pas moins touchez
, qu'un je ne ſçay quel air
modeſte & majestueux tout enſemble
,dont leur beauté eſtoit
foûtenuë. Ainſi la paffion qu'ils
ſentoient pour elles s'eſtant augmentée
, ils mirent tous leurs
foins àtâcher de ſe rendre agreables,
en contribuant le plusqu'ils
pourroient à leurs plaifirs , pendant
qu'elles ſeroient à laCampagne.
Dans ce deſſein, ils prierent
leur Amie d'agréer qu'on
fiſt une nouvelle Partie qui fuſt
un peu du bon air. Elle y confentit.
Apres differens projets,on
s'arreſta à celuy de mener une
Nôce de Village , & de parer
une Epousée à la mode de Bourgogne
GALANT.
45
gogne. On prit une Païſane des
plus laides, âgée d'environ quatre-
vingts ans. On la coëffa avec
un Tour de la bonne Faiſeuſe;
quantité de Pierreries '; force
mouches ſur ſon viſage ; un habitde
Brocart d'or bleu,&la Jupe
de la meſme parure . On fit
accommoder une maniere de
Chariot fort grand & fort vaſte,
au haut duquel on plaça cette
Epouſée comme en triomphe.
Les Dames & Demoiſelles qui
eſtoient de cette Partie , toutes
habillées à la païfane fort proprement
& fort galamment , étoientauſſi
ſur ce Chariot, qu'on
avoit garny de Citronniers , d'Orangers
, de Mirthes & de Lauriers.
Il y avoit du moins cinq
cens Citrons nouveaux , & autant
d'Oranges nouvelles, le tout
attaché ſur les verdures de ce
Chariot
46 MERCURE
Chariot avec des rubans ; mais
d'une maniere ſi propre , qu'il
ſembloit que ces Rubans ne ferviſſent
que d'embelliſſement , &
que les fruits fufſſent naturels aux
Arbres. On y avoit ajoûté un
tres - grand nombre d'Oranges
&deCitrons confits , entremélez
avec les autres de toutes fortes
de confitures ſeches, qui peuvent
eſtre attachées. Ce Chariot
eſtoit traîné par fix Chevaux
enharnachez auſſi de Rubans
& de verdure . Les Cavaliers
avoient pris auſſi l'équipage
de Païfans ; & come on avoit mis
desReſnes de taffetas de toutes
couleurs autour du Chariot , ils
ſuivoient de chaque côté, tenant
chacun uneGuide d'une main,
&une Houlete de l'autre . Douze
Hautbois , & autant de petits
Tambours , précedoient le
Chariot,
GALANT.
47
Chariot ,& tous eſtoient habillez
de verdure. On arriva dans
cet ordre chez le Pere des Bel
les, qui ayant entendu dire quelque
choſe de la Partie qu'on devoit
exécuter , s'eſtoit preparé à
recevoir cette belle Troupe à
fon ordinaire , c'eſt à dire , avec
une tres - grande magnificence.
Les deux aimables Perſonnes
pour qui ſe faiſoit la Feſte , a
voient eu permiffion de s'habiller
auſſi en Païfanes. Elles ne parurent
pas moins brillantes dans
cet équipage aux yeux des deux
Cavaliers , qu'elles leur avoient
paru d'abord dans celuy de
Chaſſereſſes. Ils eurent quelque
liberté de leur parler en danfant.
La Collation fut ſervie , &
enfuite un tres -grand Soupé. Je
ne ſçay ce qui arrivera du reſte.
Cette paſſion fait bruit , & ces
fortes
48 MERCURE
fortes de galanteries d'éclat ſentent
fort le Mariage. Si j'en apprens
quelque choſe , je vous le
feray ſçavoir,& vous nommeray
alors les illuftres Perſonnes qui
ont part à ce que je vous viens
de conter. En attendant, je vous
envoye un Contract de liaiſon,
paſſé pardevant l'Eſprit & le
Coeur, qui font les deux plus zélez
Miniſtres dont l'Amour ait
accoûtumé de ſe ſervir.
CONTRACT
GALANT.
P
Ardevant Nous, Ministres de
mour ,
ॐ
ASous-
ſignez , réſidens dans l'Iſle de Cythere,
Et commisparce Dieu dans cet heureux
Sejour,
Pourrecevoir avec ce caractere
Des
GALAN Τ.
49
Desfideles Amans les fermens folemnels,
Etles unir aprespardes noeuds eternels.
FurentprefensleBerger Clidamis ,
Deineurant aujourd'buy dans l'Isle de
Themis
3.
D'une part,& laſage & charmante Ifabelle
Spirituelle encore plus que belle,
Fille du DocteurDorimont,
Qui fait sa réſidence au bas du Sacré
Mont.
Ce Berger & cette Bergere ,
Accompagnez de leursplus chersAmis;
Se font de leur plein gré l'un à l'autre
promis
Vine foy constante&fincere ,
Et devant tous ontpreſté leferment
De s'aimer eternellement.
Sous de commodes Loix d'un heureux
Hymenée,
Cet aimable couple d'Amans,
2
Pour bannir toute crainte, &fuir cent
vains tourmens,
Ont par cet Acte uny leur destinée ,
Et prenant deformais la qualitéd'Epoux,
Decembre. C
50
MERCURE
En prendront, s'il leurplaiſt, les plaiſirs
lesplus doux.
L'Epoux futur apporte à la Communauté
Un grand fond de tendreſſe &defincerité
Qu'il a recen de la Nature :
Sur cefond qu'avecſoin il aſçeuménager,
Etqu'en vain l'on tacha de luy faire en-
น
gager,
Il affigne la Dotde l'Epousefuture.
Item, unautrefond de grande Complai-
Sance,
Semé de Petits-foins, meſlez de Bellehumeur
Clos tout autour d'un mur de Bien-
Seance,
Et d'un profond Fosséd'Honneur;
C'est là leplus riche heritage 4
Qu'il ait de ſes Parens reçeu pour fon
partage.
La Future deson côté
Apportepoursa Dot un grandfond de
Sageffe,
Qui rapporteparsa bonté,
Etbeaucoup de Pudeur , & beaucoup de
Tendreffe;
Mais
GALANT.
Mais pour n'en point mentir , au raport
des Témoins,
Laderniere n'y croist qu'avec
messoins.
dextre-ME DELA VID
BIBLIO
Item, un tres- grand fond dept
Ornéde beaux Discours rangez avecju
ſteſſe ,
Vn champlibre & facile à coucher par
écrit,
Qui naturellement produit lapoliteffe,
Etmillebeaux talens qu'elle poſſede encor
Qui valent un riche trésor.
L' Epoux accorde à l'Eponſe qu'il aime,
Parpréciput, le choix de leurs plaisirs,
Etpar un rare effet deſon amour extréme,
Luy Soûmettant juſquesàſes defirs,
Luy permet de donner des termes à fa
flame, : לי
Pour n'avoir en deux corps qu'un seul
coeur&qu'une ame.
Pouréviter tonte raison de craindre
Cextains reproches déplaifans,
Ettout prétextedeſe plaindre,
Dont les nouveaux Epoux font rarement
exemts,
?
Cij
52
MERCURE
Dautant que les Futurs en connoiffent la
cause,
Del'an&jour ils ajoutent la Clause.
C'està
S'ils
àdire que dans ce temps,
nesontpas l'unde l'autre contens,
Ils pourrontfansfaçon rompre fi bon leur
semble x
Car il vaut mieux alors se quitter librement
Qu'attendre
moment
avee lugubre ves chagrin qu'un luga
Des-uniffe deux Corps qu'un triste Hy-
Bansdoutell''on fera
od
Sil'on
rez
de merveilleux
eux pro-
Pon prévient ainſi les defordres ſecrets ,
Que souvent l'imprudence ou l'interest
falt maistro
Et pourquoy voyons-nous tant de Gens
C'est qu'ils ne pensent pas qu'
Seponfet
2100191
Ilfautse voir longtemps afin
avant que
오
de fe con-
Signe CLIDAMTS &ISABELLE,Parties.
MELITON & ADAMAS , Témoins.
ESPRIT& LE Coeur , Notaires .
On
GALANT.
53
On a publié la Paix avec la
Hollande dans toutes les Villes
duRoyaume , mais cette Publi
cation ne s'eſt faite dans aucune
avec plus de pompe que dans
Montpellier. Voicy l'ordre qui y
fut tenu . Six Valets de Confuls,
marchoient d'abord à pied avec
leurs Pertuifanes , ſuivis de fix
Eſcudiers à Cheval , en Robes
rouges , & ayant leurs longues
Maſſes d'argent. Apres venoient
fix Trompetes auffi à cheval , fix
Hautbois à pied, la grande bande
des Violons, & fix Tambours.
Ils precedoient les Huiffiers du
Seneſchal , qui venoient ſuivis
de deux Greffiers en Robe &
Bonnet comme eux. Ces deux
Greffiers publierent la Paixdans.
tous lesCoins &Carrefours de la
Ville , chacun eſtant découvert
pendant qu'ils liſoient ce qui
Ciij
54
MERCURE
donnoit tant de joye à tour le
monde. Le Juge Mage venoit
apres eux. Il eſtoit à cheval , en
Robe Rouge & en Bonnet, à la
droitedu Premier Conful , fuivy
des cinq autres Confuls , dans
lemefine ordre. Les Confuls Majeurs
ayant paſse (on donne ce
nom à ceux de la Ville ) on vit
paroître les Confuls de Mer. Ils
avoientleur Chaperon,& étoient
precedez d'un Timbalier vétu
de bleu. Je ne vous parle point
de la plupart de la Bourgeoific a
cheval, qui fuivoit en foulelCerte
Cavalcade eftoit fermée par
les jeunes Gens de la Ville , au
nombre de plus de deux cens,
toustres-propres,& encormieux
montez. Ils portoient chacun un
Tour de pluines bleuës,& étoient
ceints de magnifiques Echarpes.
Leur Chefmarchoit le premier,
ayant
GALANT.
S
ayant le Guidon attaché à fon
coſté. Les Armes du Roy&de
la Ville y eſtoient peintes. Ils pafferent
par toutes les Ruës dans
l'ordre que je viens de vous marquer,
faiſant grand feu de leurs
Piſtolets . Le ſoir , les fix Sixains
qui font les Artiſans , ſe mirent
fous les Armes pour affifter au
Feu de joye qui ſe fit devant la
Maiſon de Ville , à la fanfare de
tous les Inſtrumens que je vous
ay nommez , & au bruit de tous
les Canons de la Citadelle . Chaque
Habitant fit un Feu devant
ſa Maiſon. Il y avoit des lumieres
à toutes les Feneſtres , &jamais
il n'y eut une nuit mieux éclairee.
Autre marche qui s'est faite
pour la Reception de Madame
la Comteſſe de ſaint Vallier , à la
Ville qui porte ce nom. Tous
1 Ciiij
1
:
56. MERCURE
les Bourgeois allerent au devant
d'elle, juſqu'à deuxlieües, habillez
en Arméniens , avec le Tambour&
la Muſete. Le Principal
eftoit à leur teſte. Illa vint com
plimenter à fon Carroffe , & enfuite
totite cette Troupe luy fervitd'eſcorte.
En approchant de
Thein', qui eft une petite Ville à
une lieuê de S. Vallier, elle trouva
quatre Compagnies d'Infanterie
qui la falüérent de trois ou
quatre cens coups de Moufquet,
& qui formerent une maniere
d'Arrieregarde dont elle fut accompagnée
dans le reſtedu chemin.
Elle arriva enfin en un liceu
nommé Serve , qui n'eſt qu'à un
quart de lietre de S. Vallier. On
la pria de s'y arreſter , & elle y
trouva une magnifiqueCollation,
qui luy fut ſervie au bruit du Canon
du Chaſteau , d'où l'on fit
plufieurs
GALANTM
57
pluſieurs ſalves. A peine fut- elle
à quatre cens pas de ce lieu,
qu'elle rencontra quatre autres
Compagnies d'Infanterie , qui la
régalerent d'une pareille décharge
que les premieres , & qui ſe
joignant avec elles,compoſerent
une maniere de petite Arméede
neuf eens Hommes, Ils l'eſcorterent
juſqu'à ſon Chaſteau de
S. Vallier , autourduquel l'Eſcadron
d'Arméniens & la petite
Armée firent pluſieurs décharges.
La Feſte finit par un grand
Feu d'artifice , &par quantité de
Fusées volantes . Le lendemain,
la meſme Troupe d'Arméniens
vint ſaluer ſa Maîtreffe , & luy
fit preſent de quelques Ouvra-t
ges des Abeilles de leur Païs.Celuy
qui eftoit à leur teſte luy fitt
un Compliment qui en fut tresbien
receu
C V
38 MERCURE
Je reviens à la Publication de
la Paix. Si toſt qu'elle eut eſté
faite à Saumur , Monfieur des
Hayes Lieutenant de Roy, reçeutordre
de faire allumer des
Feux de joye: Le jour qui fut
choiſi pour cette Cerémonie étant
arrivé, tous les Ordres de la
Ville s'aſſemblerent dans l'Eglifede
S. Pierre . On y chanta leTe
Deum, avec ungrand nombre de
Voix &d'Inftrumens,apres quoy
on marcha au fon des Trompe
tes vers leFeu qui avoit eſté preparé,&
qui fut allumé parMeffieurs
le Lieutenant de Roy , le
Maire , & les Echevins de la
Ville. Les crisde Vive le Roy , fo
firent auffi tốt entendre.Les Camons
du Chaſteau leur répondirent
, & à peine curent- ils ceſsé
de tirer, qu'on vit éclater un Feu
d'artifice . Mille Fusées volantes
parzi
GALAN T.
59
parurent en l'air dans le meſime
temps , & finirent une Feſte qui
fut celebrée avec toutes les de
monſtrations de joye , qu'exige
la reconnoiſſance qu'on doit aux
bontez que le Roy témoigne
avoir pour ſes Peuples ,
On a fait auſſi à Romorantin
en'Berry, de grandes réjoüifſfances
pour la meſime occafion. Afin
que tout le monde puſt prendre
part aux divertiſſemens preparés,
& entendre les loüanges du Roy,
ont fit dreffer un Theatre , non
pas dans une Salle , mais dans la
grande Court du Chaſteau. Les
Portraits de Sa Majesté , de Son
Alteſſe Royale , & de tous ceux
qui ſe ſont ſignalez pendant le
cours de cette Guerre , en fai
foient les ornemens. Ils estoient
ſeparez par des Feſtons,des Tro
phées, des Deviſes & des Infcri
5
ptions
60 MERCURE
ptions à leur gloire. On recita
fur ce Théatre pluſieurs Poëmes
en l'honneur du Roy. Comme la
matiere en eſtoit toute merveilleuſe
, il ne faut pas s'étonner fi
on y trouvoit à chaque moment
de juſtes ſujets d'admiration.
Le plaifir qu'en reffentirent les
Auditeurs fut ſuivy de celuy que
leur caufa un tres beau Feu
d'artifice . Il eſtoit d'une hau
teur fi extraordinaire, qu'on n'en
avoit point encor veu de ſemblable.
Les Habitans en firent en
ſuite devant leurs Maiſons , &
les acclamations de Vive le Roy
furent fi grandes & ff fréquentes
, qu'elles rendoient un ſenſible
témoignage de l'amour que
ce Peuple a pour Sa Majeſté.
Je vous ay parlé trop ſouvent
des cures merveilleuſes qui ont
eſté faites par les Capucins du
Louvre
HEQUE DELA
T
61
faire
ty fait
cette
wainravailonner
schal
intde
maux
Ajul
man-
Texe
esqui
felon
trouche
LYON
BIBLI
*
1893
*
VILLE
dont
Itrois
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3.Pla
60
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Le
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*
1893
*
777
ble
fuite
les
fure
tes,
ble
ceP
des
efte
20
GALANT. 61
Louvre , pour ne vous pas faire
voir leur Laboratoire . Je l'ay fait
graver. Examinez le dans cette
Planche, & vous ferez convaincuë
que ce n'est pas fans travailler
beaucoup , & fans ſe donner
de grandes fatigues,que ces charitables
Peres ont guéry tant de
Fiévres , & tant d'autres maux
pour lesquels on avoit cru juf
qu'icy que la Medecine manquoit
de Remedes. J'ajoûte l'explicatio
desPieces principales qui
compoſent ce Laboratoire , felon
l'ordre du chiffre que vous trouverez
marqué dans la Planche.
1. Fourneau à Lampes , dont
onvoit l'intérieur. Il eſt de trois
étages , pour contenir davantagedematras.
1128
2. Deux Lampes, où il y a trois
* méches , qui peuvent contenir
une pinte d'Huile.
3.Pla
62 MERCURE
3. Plaque de fer blanc , percée
en pluſieurs endroits , pour
rompre la pointe du feu des méches.
, 1.
- 4. Baſſins de fer blanc , longs
de deux pieds ou environ , &
hauts d'un demy , pour contenir
les cendres où ſont les matras figillez
hermétiquement , comme
L'on voit au chiffre 5 .
6. Regiſtre ſitué entre quatre
autres,de quatre étages diférens,
pour la graduation du feu.
7. & 8. Quatre Regiſtres fituez
aux quatre angles ovalesdu
couvercle du Fourneau .
9. Spatules , Crochets , & autres
Inſtrumens propres àtravail
ler autour des Fourneaux.
10. & 11. Refrigerans de cuivre,
d'unuſage ordinaire.
12. Grand Alhanor de huit
pieds de long,fait àl'Egyptienne ,
Qu
GALANT.
63
où l'on voit une Tour double en
dedans qui partage le charbon
dans chacun des baffins qui font
aux deux coſtez en ligne direête
, & qui échauffe en mefme
temps deux autres petits Baffins
en flanc , qui ſont deux Bainsmarie
, où l'on peut mettre deux
grandes Cucurbites avec leurs
chapiteaux.
13. Les deux Bains - marie , ой
le feu eſt gradué par les Regi
ſtres qui font triplespour ce ſujer..
14. Deux grands Baffins , dont
fun eſt remply de cendres , &
l'autre de ſable , pour des operations
diferentes , ſelon le génie
de l'Artiſte induſtrieux . B.B.B.B.
Regiſtres triples pour la graduationdu
feu.
15. La grande Tour , dont il
eſt parlé au chifre 12 .
16. Couvercle de la Tour. AA
efpece
64 MERCURE
efpece d'Etuve propre à faire un
feu de digeftion , qui fait l'etenduë
des grands Baffins 13. & qui
n'eſt échauffée que par la Plaque
de fer qui foûtient les cendres,&
qui communique un feu
égal.
17. Deux grands Refrigerans.
D. Fourneau tout d'une piece
qui peut ſervir à faire un feu de
fufion; &chanida Aelia
18. GrandBain-marie quarré;
où il y a quatre grandes ouvertures
faites dans le Chaudron,
&qui paroiffent à fon couvercle
, où l'on met quatre grandes
Cucurbites.
r
}
19. 20.& 21. Planches qui ſoûtiennent
pluſieurs Vaiſſeaux de
verre de diferente figure.
22. Robinet qui monte dans
le Laboratoire , & qui fournit de
l'eau pour l'uſage.
A
Ie
LANT.
5
Je vous ay toûjours veu rechercherles
Airs de Monfieur de Bacilly
avec tant de ſoin , que j'ay
lieu de croire que vous ne ferez )
pas fâchée d'en voir un de la
compoſition de Me Daniel , qu'il
a choiſy comme un digne Sujet
pour luy mettre entre les mains :
tout ce qu'il avoit de Gens de la
premiere qualité à inſtruire dans
labellemaniere de chanter.Vous
ſçavez , Madame , que peu de
Perſonnes en ont une connoifſance
auſſi parfaite queMonfieur
deBacilly ,& qu'il en a meſme fait
un Traité fort utile à ceux qui
veulent parler en public, à cauſe
des Regles de prononciation ,&
de quatité de choſes tres- curieuſemēt
remarquées .Le choix qu'il
a fait deMe Daniel pourluy donner
toutes fes pratiques , en luy
faiſantépoufer une de ſes Nieces,
vous
66 MERCURE
1
vous fait connoiſtre qu'il eſtoit
fortement perfuadé de fon mérite.
Auſſi celuy dont je vous parle
eſt- il dans une grande réputation
ſoit pour le fondde la Mufique
, foit pour la compoſition
des Parties , pourle génie de faire
de tres-beaux Airs , & fur
tout pour la noble & agreable
exécution du Chant. Vous en
jugerez par ces Paroles qu'il a
notées.
AIR NOUVEAU.
Nvain vous m'ordonnez de feindre
E De l'indiférence pour vous , Pour tromper les laloux ,
Que nous avons à craindre.
Lors que l'on jonit chaquejour
Des charmes de vostre préſence,
Ilest malaisé que l'amour
Paroiffe de l'indiference.
Tandis que nous fommes fur
la
GALAN T.
67
la Muſique, il faut vous appren-
- dre, Madame, à vous qui en fai,
tesunde vos plus grands plaiſirs,
qu'on vient de faire graver une
_ Table pour apprendre en fort
peu de temps à toucher le
Theorbe fur la Baffe- continuë.
Elle ſe vend chez Monfieur Ballard
, feul Imprimeur de la Mufique
du Roy , & eſt faite d'une
maniere qui ne la rend pas moins
utile pour lesEtrangers que pour
nous , en ce que la Muſique ,
fes Chifres , & la Tablature dont
il eſt fait mention dans cet Ouvrage
, ne diferent en aucune
force , ny de la Muſique , ny des
Chifres , my de la Tablature du
Theorbe , dont on ſe fert ordinairement
en Italie , en Allemagne
, en Eſpagne & en An-
1
gleterre. Joignez à cela qu'elle
donne des Regles auffi bien fans
3
Chifres
68 MERCURE
Chifres qu'avec des Chifres , &
qu'ainſi on peut s'inſtruire aisément
foy-mefme fans aucun fe
cours de l'Autheur. Il s'appelle
Monfieur Fleury. La façon dont
vous trouverez cette Table difposée
vous perfuadera aisément
de la parfaite intelligence qu'il
a de la Muſique. Le diſcours
qu'ily fait entrer , n'eſt remply
que de termes qui luy font propres
, & ce meſme difcours eſt
éclaircy par des Exemples aiſez
qui ne laiffent aucun embarras à
ceux qui ont les premieres teinturesde
cette Science...
On imprime auſſi un Traité
fort curieux , &utile à tous les
amateurs de la Symphonie , par
les premieres ouvertures qu'il
donne la nouvelle invenpour
tion Françoiſe des Sautereaux à
Languetes Impériales , perpetuelles,
:
GALANT. 69
tuelles , infatigables , non fufceptibles
des inconſtances du
- temps , ny fujeres aux foïes de
Porc.Les Languetes de bois& du
plumage ordinaire eſtoient d'une
- matiere poreuſe & fragile qui les
afſujetiſſoit à de, grandes varietez
, & c'eſtoit pour cela qu'on
les appelloit avec beaucoup de
raiſon la fource de toutes les fujettions
journalieres& ennuyeu,
ſes qui arrivoient au Claveffin ,
&qui en dégoûtoient ceux qui
l'eſtimoient le plus. Par le moyen
des Sautereaux dont je vous parle
, cet Inſtrument va eſtre dans
le point de perfection, qui a eſté
juſqu'à aujourd'huy ſouhaité de
tout le monde,& inutilement re
cherché parles plus grandsMaîtresde
l'Art, tant Eſtrangers que
François. Comme cette nouvelle
Invention regarde tout enſemble
& la Symphonie & les
70 MERCURE
Arts leRoy a eu la bonté de ſouf
frir qu'on luy en ait fait voir le
premier effay . L'utilité n'en eſt
pas ſeulement fort grande,à cauſe
que ces Sautereaux ſont ſtables,
& qu'ils n'aſſerviſſent point
aux ſujettions ordinaires , mais
encor parce qu'ils font trouver
au Claveffin les meſmes Clavieres
ſur les meſmes Cordes , &
enfin une diverſité d'harmonie
qui le rend doublement conſidérable
, ſans qu'il y ait ny augmentation
ny embarras , c'eſt à
dire, que les Jeux doux s'y rencontrent
avec les Jeux brillans,
&qu'on ſe peut fatisfaire diver
ſement ſelon ſon génie. Ainfi le
Claveffin accompagnera toute
forte de Voix & de Muſique Inſtrumentale
. Il ſera univerſel
pour tous les Concerts qu'on
voudra faire, &l'un des plus accomplis
GALAN T.
7
complis de tous les Inſtrumens
deMuſique.
Nous avons perdu depuis peu
de joursundes plus grandsHommes
dans ſa Profeſſion que la
France ait eu depuis fort longtemps
. C'eſt le fameux Monfieur
de Nanteüil, auſſi illuſtre par fon
Burin & par fon Paſtel , que les
plus excellens Peintres de l'Antiquité
l'ont eſté par leur Pinceau
,& les plus renommez Stacuaires
par leur Ciſeau. Il eſtoit
de Rheims , & eſt mort âgé de
cinquante-cinq ans. La plupart
des Princes de l'Europe ont voulu
avoir leur Portrait fait de fa
main en Paſtel. Ceux qu'il a faits
auBurin eſtant publics , parlent
aſſez à ſa gloire, ſans que j'y doive
rien ajoûter. Il a eu l'honneur
de faire ſouvent celuy du
Roy; & comme il avoit l'eſprit
fort
72
MERCURE
1
fort agreable , & que Sa Majesté
ne dédaignoit pas de l'écouter,
il luy recita les Vers qui ſuivent,
un peu avant ſa mort , pour luy
demanderdu temps ſur un nouveau
Portrait qu'il entreprenoit.
BLIOT
LYON
VERS
*18DE
Mr
DE
NANTEUIL
,
AU ROY.
Pres les Actions qui vous couvrem
A degloires,
Apres tant de Faits éclatants,
Ilme faudroit , Grand Roy , donner un
peude temps
Pour rendre vostre Image égale àvoſtre
Histoire.
On verroit dans les traits de Vostre
Majesté
Vine Grandeur parfaite unieà la Bonté;
Cesourissi charmant , cet airfi magna-
11.
nime ,
Cesmouvemens cauſez par un Espritfublime
, E
GALANT. 73
Et tout ce qui compose &fait voirà la
fois
Dans un Homme,un Grand Homme, &
le plus grand des Rois.
Mais pourquoy dans mes Vers achever
vostre Image ?
Tant d'Ecrivains fur moy n'ont- ils pas
l'avantage ,
Quandnul autre Graveur parsa dexterité
Ne peut vous consacrerà la Poſterité ?
It mepuis bien vanter , brûlant d'un Zele
extréme >
Ieſçaymon Art , &j'aime.
Ainsi dans cet Ouvrage on pourra voirun
jour
Ce que peuvent enſemble & l'adreſſe
l'amour.
Excusez ce transport , & pardonnez
moy , Sire ,
Ce qu'un Sujetfidele a bien osé vous dire.
Tous les Princes qui connoifſent
les beaux Arts , & qui les
aiment , avoient beaucoup d'eftime
pour Monfieur de Nanteüil;
& Monfieur le Grand Duc
Decembre. D
)
74
MERCUR E
entretenoit le Sieur Dominique
aupres de luy , afin qu'il appriſt
quelque choſe d'un ſi grand
Homme , & qu'il puſt un jour
faire honneur à la Toſcane .
En attendant que je puiſſe
m'acquiter, de la parole que je
vous ay donnée de vous entretenir
à fond de l'établiſſement des
Invalides , j'ay à vous apprendre
la mort de Monfieur Dormoy ,
qui estoit Gouverneur de cette
Maiſon. Monfieur le Marquis
de Louvoys l'honoroit d'une eftime
particuliere. Cette Place a
eſté remplie par Monfieur de
Saint Martin . C'eſt un Employ
qui demande un Homme qui
joigne beaucoup d'intelligence à
de grands talens pour la Guerre;
car quoy qu'il n'y ait point
d'Ennemis à redouter , ny de
Siege à craindre , il faut neant
moins
GALANT.
75
moins avoir autant de prudence
que de conduite , pour gouverner
un grand nombre de braves
Gens qui ne font là que pour
avoir eu beaucoup de valeur &
decourage.
Monfieur du Tronchet Con
ſeiller honoraire au Parlement,
&Frere de Monfieur du Tronchet
Préſident aux Enqueftes,
eſt mort auffi. Cette Famille a
toûjours eſté fort eſtimée , &
avec beaucoup de justice.
Je ne puis finir cette matiere,
ſans m'accuſer moy-meſme d'avoir
fait mourir un tres-galant
Homme , qui eſt encor plein de
vie , & qui mérite fort d'en joüir
long- temps. C'eſt Monfieur de
S. Hilaire le Pere. Il eſt vray qu'il
eut le bras emporté du meſme
coup de Canon qui nous fit perdreMonfieur
de Turenne , mais
Dij
76 MERCURE
il en fut quitte pour cela ; & ce
fut luy , & non pas ſon Fils , qui
n'avoit que vingt & un an quand
il fut tue, que Sa Majesté honora
du Brevet de Mareſchal de
Camp. Quand je fais des crimes
de la nature de celuy dont je
m'accuſe , j'ay toûjoursquelques
Complices ,& ce font , ou ceux
qui n'ont pas eſté aſſez bien inſtruits
des nouvelles qu'ils me
donnent , ou ceux qui s'expliquent
fi peu intelligiblement
que le ſens de leurs Mémoires
paroiſt tout contraire à ce qu'ils
ontdeffein de me faire entendre .
Quoy qu'il en ſoit , il eſt certain
que,Monfieur de Saint Hilaire
vit encor , & je le reſſuſcite avec
grande joye apres l'avoir tué
fort innocemment. t
Puis que je ſuis devenu voſtre
Hiſtorien , je ne dois pas vous
par
,
GALANT
77
parler ſeulement des choſes qui
arrivent de jour en jour dans le
monde, mais encor de celles qui
font tantd'eclat, qu'il y auroit de
l'affectation à ne vous en point
entretenir. La nouvelle Comé--
die qui paroiſt depuis quelque
temps ſur le Théatre des Italiens
eft de ce nombre. Elle est intitu
lée la Magie Naturelle , ou là
Magic Sans Magie. Je ne vous
en puis dire autre chofe , finon
que c'eſt un Enchantement. On
y vient en foule . Chacun s'en
demande la raifon ,& court où
il voit courir les autres. Tout le
monde y rit ; lesuns , de la Piece
; les autres , de voir tant de
Rieurs , &peut- eftre les Comédiens
riënt des uns & des au
tres. Sans la maladie de Monfieur
de Lully qui a reculé
l'Opera nouveau qu'il nous doit
Dij
78 MERCURE
1
donner cet Hyver , il auroit
bientoſt ſon tour , & je ne doute
point qu'on n'euft peine à trouver
place dans la Sallé du Palais
Royal. Les Triomphes de Bellerophon
en font le Sujet. La vi
ctoire qu'il remporta fur la Chimere
, compoſée de trois Monſtres
diferens , eſt une de ces
ſurprenantes actions qui n'appartiennent
qu'aux plus grands
Héros. Nous n'aurons la Repréfentation
de cet Opéra que dans
les derniers jours du Mois prochain.
Quelques Perſonnes qui
en ont entendu repéter les premiers
Actes , m'ont parlé ſi avantageuſement
de la Muſique, que
je ne doute point qu'elle ne foit
le Chef-d'oeuvre de Monfieur
de Lully. Ils font & bons Con+
noiffeurs , & dignes de foy ; &
quand ils loüent quelque Qu-
μα vrage,
GALANT. دو
1
1
ゴ
vrage , on peut dire qu'il mérite
d'eſtre loué .
LYON
Monfieur Moliere a fait auffi
une maniere de petit Operaqu'il
donne en concert chez luy tous
les Jeudis depuis fix ſemaines.
Les Aſſemblées y font toûjours
plus Illuſtres que nombreuſes ,
le lieu eſtant trop petit pour
contenir tous ceux qui viennent
y demander place. Les
Vers en font naturels , coulans,
& propres à eſtre chantez . Andromede
attachée au Rocher ,
& délivrée par Perſée , en eft
le Sujet.Cette malheureuſePrinceſſe
eſt repreſentée par Mademoiſelle
Itie , Fille de Monfieur
Moliere , qui chante avec toute
la juſteſſe poſſible. Mademoifelle
Siglas , qui fait le perſonnage
de la Mere , entre dans
tous les mouvemens de la paf
Dij
80 MERCURE
fion,& conduit ſa voix avec bear.
coup d'agrément. Persée vient
fecourir la Princeſſe . Il eſt reprofenté
par Monfieur de Longueil,
un des meilleurs Maiſtres que
nous ayons pour aprendre à bien
chanter , & qui fait les plus habiles
Ecoliers. La Symphonie eft
agreablement diverſifiée , ſelon
les diférentes paſſions quiſe doivent
exprimer. La merveille de
noſtre Siecle , la petite Mademoiſelle
Jaquier, y touche le Claveffin
, & ce charmant Divertiſfement
finit par un Air que
chante une Demoiselle de Normandie
qui a la voix admirable.
Il ſeroit aſſurément difficile d'en
trouver une plus touchante,d'un
plus beau fon , & d'une auffi
grande étenduë . Ce que cette
Demoiſelle a d'avantageux, c'eſt
qu'elle est faite d'une maniere
à
GALANTA 8t
I
à ſe faire regarder avec autan
de plaiſir ,qu'on en peut récevoir
à l'écouter. Voicy les Paroles
del'Air qu'elle chante.
A
Mant,qui cheriffez vas chaines,
Ne vous rebutez point des
peines
Dontles timides coeurs ſe trouvent alarmez
,
Et pour forcer les plus puiſſans obstacles,
Perseverez, l'Amour est le Dieudes Miracles,
Vous vaincrez tout, Si vous aimez.
Il y a quelques jours que cet
Opéra fut chanté au Louvre
pour Madame de Thiange , en
préſence de Monfieur le Duc,&
de pluſieurs Dames du premier
rang. Monfieur Moliere reçeut
de toute cette illuſtre Aſſemblée
les applaudiſſemens qui
L
Dv
1
82 MERCURE
luy ſontdeûs & pour la beauté
de fon Ouvrage,& pour le juſte
choix qu'il a fait des belles Voix
qui luy donnent tant d'agrément.
Apropos de belles Voix,Monſieur
d'Eſtival eſt mort,& le Roy
a perdu un de ſes grands Muſiciens
en fa Perſonne.
SAS
Feu Monfieur le Premier Préſident
de Lamoignon ayant défendu
par ſon Testament qu'on
luy fiſt aucune Oraifon Funebre,
on obeït l'An paſsé à ſes dernieres
volontez ; mais comme on ne
fçauroit faire trop de portraits
des Actions d'un bon Juge , &
que rien ne peut eftre plus utile
aux Magiftrats , & par conféquent
au Public , ceux qui luy
font faire ce qu'on appelle des
Bouts-de- l'an , onntt ſoin de luy
rendre la juſtice qu'il s'eſt refusée..
GALANT. 83
sée. Il s'en fit un au commencement
de ce mois dans l'Egliſe
des Mathurins, qui fut un témoi
gnage de la venération que Meffieurs
de l'Univerſité ont pour ſa
memoire. Son Eloge y fut prononcé
en Latin , & admiré de
tous ceux quil'entendirent.Monfieur
l'Abbé Fléchier doit parler
au premier jour ſur ce fujet.
Vous ſçavez qu'il a déja fait plufieurs
Oraifons Funebres , &
qu'elles font autant de Chefd'oeuvres.
Ainſi on n'en doit rien
attendre que d'achevé ſur une fi
belle matiere . L'Article qui fuit
vous fera connoître avec combien
d'éloquence elle a eſté traitée
depuis un Mois par un des
plus grandsHommesde la Robe ..
Je vous ay parlé de l'ouverturedu
Parlement qui ſe fait tous
les ans le lendemain de la ſaint
Martin,
8
4
MERCURE
Martin par une Meſſe celebrée
Pontificalement , & qu'on appelle
la Meſſe rouge , parce que
tous ceux qui compoſent cet Auguſte
Corps , s'y trouvent en Robes
rouges,qui font leur habitde
Cerémonie. Je viens preſentement
à l'ouverture des Audiences
qui ne ſe fait que quinze
jours ou trois ſemaines apres..
Monfieur le Premier Préſident
en choiſit le jour , & comme il a
accoûtumé d'y faire un Difcours
auſſi bien que le plus ancienAvo
cat General , il y a toûjours une
tres-grande Affemblée pour les
entendre . Les Ducs & Pairs , les
Conſeillers d'honneur , & les
Maiſtres des Requeſtes , y ont
des places marquées. Les Lieu,
tenans Generaux , les Tréſoriers
de France , & les anciens Avo
cats , y en ont auſſi . Je ne ſçay,
Madame,
GALANT. 85
Madame, ſi vous ſçavez la diférence
qu'il ya entre les Conſeillers
d'honneur dont je vous
viens de parler,&les Confeillers
- honoraires , Ces derniers font.
les Conſeillers véterans qui ayant
ſervy.affez de temps pour conſerver
leurs entrées , ſe ſont défaits
de leurs Charges ; & les.
Conſeilters d'honneur font ceux
qui ſans eſtre du Corps , ne laifſent
pas d'y eſtre admis en diférentes
occaſions. Le Roy en
donne les places , & comme le.
nombre n'eſt que de fix , vous,
n'aurez pas de peine à croire
qu'il faut un fort grand mérite
pour eftre choify. La Cerémonie
dont j'ay à vous entretenir,ſe fit.
un des derniers jours du Mois.
paſsé ; & comme c'eſtoit la premiere
fois qu'elle ſe faifoit depuis
que Me de Novion eſt Premier
Préfi
86 MERCURE
Préſident , l'Aſſemblée fut nombreuſe
& illustre . Monfieur l'Archeveſque
de Rheims , & Meffieurs
les Eveſques de Langres
& de Noyon , s'y trouverent
comme Ducs& Pairs , auffi- bien
que Monfieur le Duc de ſaint
Aignan. Pluſieurs Confeillers
d'honneur & Maiſtres des Requeſtes
s'y rendirent auſſi , avec
quantité d'autres Perſonnes de
merite , de toutes fortes de conditions.
Si toſt que Monfieur le
Premier Préſident fut entré , &
que Meſſieurs les Gens du Roy
eurent pris leur place , Monfieur
Talon ſe leva & fit un fort beau
Difcours. Il le commença par les
plaintes qu'on faiſoit avec juſtice
de ce que l'Eloquence ne regnoit
plus au Barreau. Il dit,
Qu'ilne s'en étonnoit point, quand
il voyoit que des Solliciteurs d'affaires,
-
GALAN T.
87
-faires , & de jeunes Gens ,sefaifoient
recevoirAvocats aufortirde
- leurs études , quoy qu'ils n'euffent
- jamais lû que quelques Recüeils
d'Arrests ; Qu'ils parloient le plus
-fouvent sans fçavoir ce qu'ils
avoient à dire ,fans aucune grace
&fans politeſſe; Qu'ils étourdis
foient & interrompoient les luges
mal àpropos, enparlant quand ilne
le faloit pas , & diſant ce qu'ils
avoient oublié de dire quand il étoit
neceſſaire de parler. Il ajoûta , Que
de pareils Avocats se chargeoient
de toutes fortes de Causes ,
نم
avoient la criminelle complaifance
de flater les Parties qui leur
demandoient leur avis. Toute la
remontrance qu'il leur fit, futde
leur conſeiller d'abandonner le
Barreau,&de chercher des Emplois
proportionnez à leur foibleffe.
Il s'adreſſa enſuite aux
Avocats
1
88 MERCURE
Avocats du premier ordre,& dit,
Que c'estoient des genéreux Atletes
qui défendoient les Caufes publiques
, & qui vouloient bien estre
remis dans le vray chemin,quand il
leur arrivoit de s'égarer. Illesexhorta
à continuer de bien faire,
&leur dit , Que pour en avoirdes
regles certaines , ils n'avoient qu'à
écouter ce qui leur alloit estre dit.
La maniere dont il tourna la
choſe, fit connoître qu'il entendoit
parler du Difcours que Mon.
ſicur le Premier Préfident avoit
à leur faire. Il ajoûta , Qu'ilfaloit
fe proposer des modelles , &
choisir toûjours les plus récens
quand ils estoient parfaits. De là,
fans nommer perſonne , il prit
occafion de faire un portrait des
Ames du premier Ordre , & ce
portrait en donna une fi haute
idée , qu'il feroit mal -aise d'en
trouve
GALAN T.
89
trouver beaucoupde ſemblables.
Il fit voir , Que les Aftres n'y avoient
aucune part , & cita pour le
prouver divers exemples de perfonwes
nées dans un mesme temps,dont
l'humeur & les actions avoient
esté entierement diférentes. Il
montra, Que lefang estoit incapabledefaire
atteindre à cehautdegréde
perfection , & que si l'éducationy
pouvoit quelque chose, elle
estoit bien éloignée d ypouvoirtout.
La comparaiſon du Laboureur
qui ſe conſune inutilement àcultiver
une terre ingrate, ſans qu'il
la puiffe rendre meilleure , fut
une des preuves qu'il en apporta.
Il appuya ce raiſonnement , pour
conclure , Que les Ames du premier
Ordre telles qu'il en venoitde
dépeindre, ſe devoient toutes à elles
mêmes,&se mettoient audeſſus
de la destinée. Il dit enſuite , que
feu
१०
MERCUREfeu
Monfieur le Premier Préfident
de Lamoignon eſtoit du
nombre de ces Ames toutes parfaites
,& fitun portrait de ſa vie
pendant les vingt deux ans qu'il
avoit poffedé céte grande Charge.
Il s'étendit ſur l'établiſſement
que les Pauvres luy devoient à
Paris , & qui avoit eſté cauſe de
celuy qu'ils avoient eu fuite dans
toutes les Villes du Royaume. Il
fit voir les foins qu'il avoit pris
pour tous les autres Hoſpitaux.
Il parla deſa devotion qui n'avoit
eu rien de faſtueux , de ſon extréme
bonté , des abus auſquels
il avoit remedié par ſa vigilance,
des avis qu'il avoit donnez avec
tant de lumieres dans le temps
qu'on avoit reformé la Juſtice ,
de l'autorité des Eveſques , pour
laquelle il s'eſtoit hautement declaré
contre les prétentions imaginaires
P
GALANT.
91
ginairesde ceux qui la vouloient
affoiblir. Il fit enfin une peinture
de toutes les Actions remar
quables de ce grand Homme , &
ajoûta , Que pour l'examiner dans
des images plus reſſemblantes ,que
ne feroient celles de Phidias quand
il auroit travaillé àſa Statuë , il
faloit regarder ces Images vivantes
dans ceux qu'il avoit laiſſez
heritiers de fa Gloire & de fon
Nom , & dans ſes Alliances qui
pouvoient paffer pour une espece
d'adoption. L'eloge qu'il en fit en
ſuite fur fi juſte , & fi conforme
aux veritez , qu'ils donnent lieu
tous les jours de publier , qu'il
s'attira les applaudiffemens de
tout lemonde. Apres avoir proposé
ces modelles, il excita encor
les Avocats à redoubler leurs.
foins pour devenir de grands Jus
rifconfultes ,& enfin de grands
Hommes,
92 MERCURE
ces
Hommes, puis que le Roy récompenſoit
le mérite de tout ce
qu'ily avoit de Gens dans fon
Royaumed'unmériteparticulier.
De là il entra dans les loüanges
de ce grand Prince , & parla de
merveilleuſes Campagnes
où il eſtoit toûjours en perſonne,
& qui finiffoient avant le Printemps.
Il dit, Qu'il estoitinfatiga
ble dans le travail, Sage, Prudent,
Prévoyant , & qu'il avoit uny la
fouveraine Raiſon avec laſouveraine
Puiffanse. Ce Panegyrique
eut d'autant plus d'approbation,
que quelque avantageuſement
qu'on puiſſe parler de cet Auguſte
Monarque , on n'en peut rien
dire que de veritable , & que fi
l'on manque à quelque chofe
en le loüant, c'eſt parce qu'il n'y
a point d'Eloge qui puiſſe aller
auſſi loin que la verité. Apres
que
GALAN Τ.
93
que celuy du Roy fut finy,MonſieurTalon
d'une voix plus baſſe,
&d'un ton plus familier , fit en
peu de paroles une remontrance
aux Procureurs , qui leur faiſoit
voir le danger où ils ſe mettoient
en négligeant de fatisfaire aux
obligations de leur Employ.
Le Difcours qu'un Avocat
General faifoit autrefois en pareil
jour,n'eſtoit qu'un aigre recit
des abus qui s'eſtoient gliffez
pendant le cours de l'année , &
ceux qui les avoient commis y
eſtoient affez déſignez pour
avoir la honte d'eſtre reconnus.
On alloit enſuite aux opinions,
& l'on prononçoit." On conſerve
encor aujourd'huy quelque
choſe de cet ancien uſage,
mais tout ſe paſſe plus honneſtement.
Les Perſonnes qu'on reprend
ne ſont point marquées.
Les
94
MERCURE
Les Difcours qu'on fait n'ont
rien de piquant , & font ſeulement
remplis d'une éloquence
perfuafive. Ainſi par les peintu
res generales qu'on fait des bons
& des mauvais Magiſtrats , on
excite les Juges à n'écouter que
le bon droit des Parties,les Avocats
à ſe rendre habiles , & les
Procureurs à bien s'acquiter de
leur devoir. On va encor aux
opinions comme autrefois , apres
que l'Avocat General a parlé ,
mais on n'opine qu'en donnant
àconnoiſtre qu'on approuve le
Difcours qui vient d'eſtre fait,
apres quoy Monfieur le Premier
Préſident ,au lieu de prononcer,
commence celuy qu'il a de couſtume
de faire , & qu'on appelle
Harangue fort improprement , à
cauſedujour qui eft nommé le
jour des Harangues. Tout ſe
paffa
GALANT.
95
paſſa à l'ordinaire dans cette
derniere occafion . Monfieur de
Novion alla aux opinions apres
que Monfieur Talon eut achevé
de parler , & prenant la parole
enfuite, il dit , Que lefilence
estoit neceſſaire aux Avocats ;
Qu'il estoit quelquefois aussi éloquent
que la parole , Qu'on trouvoit
toûjours aſſez toſt le temps de
dire ce qu'on avoit reservé; Que.
lefilence & le secret avoient esté
cauſe des grandes Conquestes du
Roy,&que ces Conquestes l'avoient
esté de la Paix ; & en parlant des
longs diſcours qui estoient fouvent
inutiles , & qui ne ſignifioient
rien , il ajoûta , Qu'il ne
falloit pas prendre garde au nombre
des fléches , mais à celles qui
frapoient au but ; Que les plus
profondes Rivieres couloient avec
le moins de bruit ; Que nous avions
deux
96
MERCURE
deux organes pour tous lesſens , &
que nous n'avions que la langue
pourparler.Il finit en diſant, qu'un
Medecin parleur estoit unc feconde
maladie.
Ce Difcours ayant eſté trescourt
, ne pût avoir de diviſion;
& comme il ne fut composé que
d'un amas de pensées qui aus
roient pû fuffire pour un Difcours
de trois heures , peut - eſtre
que je ne vous le rapporte pas
dans le même ordre que ce grand
Homme leur donna en les exprimant.
Je puis meſme en avoir
oublié quelques- unes. Ce que je
vous puis dire de certain , c'eſt
qu'il les fit paroître en termes
choiſis, & qu'il ſe ſervitd'un ſtile
ferré qui en augmentoit la
grace . Ainfi chaque parole avoit
de la force, & tout le monde demeura
d'accord qu'on n'avoit
jamais
GALANT. 97
jamais dit tant de choſes en fi
peu de mots.
Si je meſle ſouvent des Nouvelles
de Turin parmy celles que
je vous envoye , vous ne devez
pas en eſtre ſurpriſe. Quand la
magnificence & la galanterie re
gnent dans une Cour , on a de
fréquentes occaſionsde parlerde
ce qui s'y paſſe. Ce fontdeux choſes
qu'on ne peut difputer à celle
de Savoye,&dont elle eſt en poffeffion
depuis longtemps. Mais
quoy que Madame Royale les y
ait trouvées établies , il ſemble
qu'elles n'ayent jamais eſté por
tées au point où nous les voyons
aujourd'huy par la maniere dont
cette grande Princeffe agit en
toute forte de rencontres . Monſieur
le Nonce , & Monfieur-de
Villars Ambaſſadeur de France,
quis'eſt toûjours fait eſtimerdans
Decembre. E
98 MERCURE
tous les lieux où ſes Emplois luy
ont donne occafion de paroiſtre
ayant complimenté Madame
Royale fur le rétabliſſement de
ſa ſanté, ils en furent remerciez
par des préſens , ainſi que les autres
Miniſtres Etrangers qui
s'acquiterent du meſine devoir.
Avoüez , Madame , qu'il y a du
galant &du magnifiquedans céte
façon d'agir, & que lors qu'on
fait d'une maniere toute engageante
ce qui n'a point de coûtume
d'eſtre pratiqué,on ne s'attire
pas ſeulement l'applaudiſſement
des Peuples,mais les coeurs
de tous ceux à qui ces chofesdeviennent
connuës.
Les Divertiſſemens continuét
toutes les Semaines à Nimégue,
& toûjours avec grand éclat ,
chez Madame Colbert l'Ambafſadrice
, qui s'y fait admirer
cha
YON
1893
ITTIN
GALANT
BULIA
chaque jour de plus017plus
par ſa galanterie , par la magni-
■ ficence , & par fon efprit. Vous
ne ſçauriez croire juſqu'à quel
point elle s'y eſt acquis l'eſtime
de tous les Ambaſſadeurs
& Miniſtres Etrangers , & méme
de ceux qui ont toûjours
parueftre le plus de nos Ennemis.
Voila ce que produit le
vray mérite. Il a des charmes
par tout , & il n'y a point d'intéreſts
oppoſez qui empeſchent
qu'on ne luy rende ce qu'on
ne luy fçauroit refuſer ſans injustice.
Il eſt vray que le nom
d'Ennemy n'eſt plus connu à
Nimegue . On n'y doute point
de la Paix ,& peut-eſtre ne finiray-
je point cette Lettre ſans
vous apprendre la Ratification
de celle d'Eſpagne. Ainfi les
Aſſemblées de plaiſir s'y font
Eij
2.
L
100
MERCURE
avec un redoublement de joye
incroyable . Madame l'Ambaffadrice
Colbert leur fournit un
nouvel & fort agreable orne-
-ment, par Mademoiselle Colbert
ſa Fille, arrivée depuis peu à Nimégue
: Elle n'a encor que ſept
ans& demy,& poffede déja toutesles
qualitez du corps & deleſ.
prit qu'on pourroit ſouhaiterdas
Ta Perfonne la plus accomplie, &
d'un âge plus avancé.Elle est bel.
le,bienfaite,jouëadmirablement
bien de pluſieurs Inſtrumes,danfe
à charmer , & raiſonne avec
tant de vivacité&de juſteſſe que
fi elle avoit quelques années davantage
, elle pourroit caufer de
grands troubles dansune Aflemblée
, qui ne ſe tient que pour le
repos de l'Europe .Ne croyez pas ,
Madame , que je luy donne plus
de louanges qu'elle n'en merite.
La
GALANT. LOI
LaGazete de Hollande a renda
témoignage d'une partie de ces
veritez , & elle est d'une Maiſon
à laquelle il fero t difficile de don.
ner tous les éloges qui luy ſont
deûs .
Monfieur de Barillon- Morangis
, Frere de Monfieur de Barillon
Ambaſſadeur pour le Roy en
Angleterre, eſt Intendant de Juſtice
dans la Generalité d'Alencon.
C'eſt ce que vous ſçavez déja.
Vous ſçavez auſſi qu'il eſt infiniment
éclairé,& queleslumieres
qui le rendent capable des
plus grades & des plus importa.
tes Affaires , ne luy oftent point
cet eſprit aiſe , fin & délicat ,
qui s'appelle l'eſprit du monde.
Mais vous ignorez ſans - doute
que Madame ſa Femme eftant
accouchée il y a quelque temps
d'un Garçon , certains Scavans
E iij
102 MERCURE
luy porterent des Vers Latins de
congratulation ſur cet Enfant
nouveau né . Monfieur de Barillon
les trouva tres-bien tournez ,
&auffi Virgiliens qu'on en puiffe
faire , mais il ne pût s'empef
cher de dire que c'eſtoient des
Vers Latins. Un Favory d'Apollon
qui estoit préfent ( je luy
donne ce nom fans le connoître
pour la facilité de ſon génie )
comprit la pensée de Monfieur
de Barillon , & l'eftant allé voir
le lendemain , il luy demanda fi
aprés avoir donné audience aux
Muſes Latines , il voudroit bien .
perdre quelque temps à écouter
les Françoiſes. La propofition fut
reqenë avec plaifir. Il recita quelques
Vers qu'il venoit de faire..
Le tour en fut trouvé galant &
ſpirituel .Chacun s'empreſſa pour
les écrire . Il m'en est tombé une
Copie
GALANT. 103
Copie entre les mains. Je vous
l'envoye.
4 1.
L'AMOUR
AU PETIT DE MORANGIS.
E viens , aimable Enfant ,vous rendre
JE une vifite ,
Moy qui fuis Enfantcommevom.
Cette favear n'est pas petite,
Biend'autres enferont jaloux
Car avec des Enfansje nem'amuseguére,
Je veux des Gens un peuplus avancezi
Mais pour vous je vous confidere ,
IeconnoisMonfieur vostre Pere ,
Iepense auſſi qu'il me connoit affez.
{
Il craignoitd'avoir une Fille ,
Ellen'eust pas fi bien soûtenuſa Maiſon.
Le le craignois auffi, maispar une raison
Qui n'est pas raison de Famille.
lefuis l'Amour ; tel que vous me voyez ,
Pourmoy tous les Mortelsſont ſans cef-
Se employez
E. iiij
1
104 .
MERCURE
A meservir tout l'Univers confpire.
Une Filte eust sans douteétendu mon empire,
Eust inspiré l'amour , mais pour leſertir,
non;
I'aimebeaucoup mieux un Garçon,
Et qui leſente, & qui l'inspire.
*
Vous voila donc au monde; bé bien qu'en
dites-vous ?
C'eſt du hazard un effet affezdoux ,
Que de vous y trouver en auſſi belle paſſe.
vous allez vou Si , comme on croit ,
anefler
D'imiter ceux de vostre Race,
Vous trouverez à qui parler.
Prélats , Ambassadeurs , Gens de Robe
&d'Epée,
*
Héros de touteslesfaçons,
On verroit vostre vie affez bien occupés
Afoûtenir unſeul de ces grands Noms.
Mais si vous imitez juſques à vostre
Pere,
Avous dire le vray , ce sera le meilleur.
Si
GALANT. 1ος
Si lefang nefaisoit la moitié defi l'af-
Vous n'en pourriez jamais venir à
1
vostre
T
Quand vous travaillerez ſur de ſi beaux
Exemples
Dumoinssouvenez- vous de moy de temps
en temps.
Adieu , dans ſeize ou dix-sept ans,
Ievous rendray des viſites plus amples.
Monfieur le Cardinalde Bonzi
eſtant arrivé à Montpellier au
moisde Novembre dernier pour
préſider à l'Aſſemblée des Etats
Genéraux de la Province de
Languedoc , Meſſieurs les Tréforiers
de France au Bureau des
Financesde la meſme Ville,choifirent
Monfieur le Baron de Pezene
l'un d'eux, pour faireCompliment
à Son Eminence de la
part de leur Compagnie, Ill'alla
Ev
१९५
106 MERCURE
faltuer à leur teſte , & s'acquita
de cet employ avec un applaudiffement
fi general , que Monſieur
Dagueſſeau Intendant de
la Province , qui l'entendit , &
qui eſt un des Hommes de France
qui parle le mieux , dit en même
temps à Monfieur le Cardinal
de Bonzi, qu'il voudroit eſtre
aſſuré de parler auſſi juſte le lendemain,
à l'ouverture des Etats ..
Il y fit pourtantun Difcours inimitable.
Voicy les termes dont
Monfieur de Pezene ſe ſervit
pour fon Compliment.
- ????????????? ????? ????? ?????? ??????????????
MONSEIGNEUR , १८
L'heureux retour de Votre Emi
nence , oblige nôtre Compagnie à
vous venir rendre fes tres-humbles
devoirs. Sa joye est si grande dans
cette rencontre , qu'il luy
?
Semble
que
GALANT. 107
4
que nous ne la faiſons point affez
paroiſtre dans nos yeux & dans
nos paroles. Ilfaudroit pour la connoistre
parfaitement , que vôtre
Eminence pût penetrer jusques
dans nos coeurs . Elle les verroit
tous remplisde cettejoye quifefait
bien mieux fentir , qu'elle ne se
fçait exprimer. Comme il n'en fut
jamais de plus fincere, avoüezausfi.
Monseigneur , qu'il n'en fut jamais
de mieux établie , puis qu'elle
eft entierement appuyée sur les
belles & rares qualitez de Vôtre
Eminence. Ce font ces belles & rares
qualitez qui vous ont acquis
l'eftime de toute l'Europe dans vos
diférentes Ambaſſades , & dans
le dernier Conclave. Ce font ces
douces &infinuantes manieres ,qui
vous ont gagné les volontez & les
fuffrages de tous les Ordres de cetteProvince
dans les Affemblées de
No53
108 MERCURE
nos Etats; &pour dire beaucoup
Plus que tout cela ensemble , c'està
ces dons que vous avez reçeus du
Ciel ,& aux importans ſervices
queVostre Eminence a rendus à la
France , que vous étes redevable
de la bien- veillance que vous témoigne
tous les jours noftreAuguste
Maistre , le plus grand & le plus
éclairé Prince que la Terre ait-jamaisporté.
Puiſfie-zvous joüirlongtemps
, Monseigneur , de ces glorieux
avantages, &puisions-nous
avoir celuy de vous donner fouvent
des preuves de nos tres- humbles
refpects. Les occafions ne s'en
preſenteront jamais affez-toft pour
noſtre impatience. Croyez-le , s'il
vous plaist Monseigneur , &
voyant nós bonnes intentions qui
ne peuvent échaper à vôtre pénetration
, ayezaujourd'huy la bontéde
nous continuer , & vos bonnes
GALANT. 109
nes graces & vostre protection.
Nous efperons avec confiance que
vous nous accorderez ces deux
grands biens , puiſque nous vous les
demandons avec le dernier empreſſement
, & que nous vous les
demandons pour une Compagnie
qui est entierement dévoüée à VôtreEminence.
BLIOTHE
DE
BE
Monfieur le Marquis de Boufflers
a preſté le Serment de fidelité
entre les mains du Roy pour
la Charge de Colonel General
des Dragons . Il a eſté tres-favorablement
reçeu de Sa Majesté..
Il revenoit d'Allemagne , où il a
ſervy avec beaucoup de zele &
de gloire . Le Commandement
de Fribourg ,& la Charge dont
je vous viens de parler , quiluy
ont eſté donnés dans la même année,
sõt d'avantageuſes marques.
de
110 MERCURE
de la fatisfaction que le Roya
reçeuë de ſes ſervices , puiſqu'il
ne recompense que ceux qui
n'ont negligé aucune occafion
de ſe ſignaler.
Monfieurde la Baume , Comte
de Montrevel , Marquis de
S. Martin & de Savigny, Chevalier
des Ordres du Roy, & Lieutenant
General pour ſaMajesté
de Brefle, Bugeay, Valromay,&
Gex , eſt mort il y a fort peu de
temps . Ilavoit épouséuneFillede
Monfieur Olier , Sieur de Nointel
, & estoit Fils aifné de Monfieur
le Comte de Montrevel,
qui mourut de la bleſſure qu'il
reçeut au Siege de S.Jean d'Angely
, &de Jeanne d'Agouſt de
Sault. Je ne vous dis rien de ſes
fervices. Il s'eſtoit trouvé avec
Monfieur le Comte de Montrevel
fon Pere au Siege de S. Jean
d'Angely,
C
GALANT... fru
d'Angely , & depuis à ceux de
Royan&de la Rochelle ,& aux
Guerres de Lorraine & de Picardie.
Ce Nom eſt encor fort connu
aujourd'huy dans nos Armées,
& je ne vous ay guére envoyé
de Relations où vous ne
l'ayez veu employé.
On a faitàBreft l'élection d'un
nouveau Maire depuis quelques
mois. Vous ſçavez que Breſt eſt
un Portauffi conſidérable qu'il y
en ait en toute l'Europe , & o
Sa Majesté a les plus beaux Vaifſeaux,
& en plus grand nombre.
Cette élection ſe fait tous les
trois ans le premier jour d'Octobreavee
grande ceremonie.Mon.
fieur le Gouverneur , Monfieur
Intendant , tous les Officiers de
Terre&de la Marine ,les Bourgeois
, &une partie du refte des
Habitans , s'affemblent. On
pro poſe
12 MERCURE
propoſe trois de ceux qui ont
paſsé par l'Echevinage & par les
autres Charges de la Ville ; &
celuy qui a le plus de voix eſt
preferé. On peut dire qu'il n'y
en a eu qu'une cette année , &
qu'elle a eſté generale pourMonſieur
de S. Leger Sigurel. Il eſt
d'Agen proche de Bourdeaux,
Homme d'honneur , magnifi
que en tout ce qu'il fait ,& qui
n'a pas moins d'eſprit que de
conduite. Le jour de l'An eſt celuy
où la Reception du nouveau
Maire ſe fait, On ne doute.
point que celle de Monfieur de
S. Leger ne ſe fafle avec tout
L'éclat que demande le Poſte où
fon mérite l'a fait, entrer. La
Ceremonie en eſt aſſez particu +
liere. Tous les Habitans font
fous les armes. On va prendre
le Maire qui a fait ſon temps , &
enfuite
GALANT. 113
enfuite celuy qu'on a nommé
pourluy fucceder. Ils ont l'un
& l'autre une Soutane de ſoye ,
une Robe de velours avec des
manches pendantes , une Toque
auffi de velours , un Cordon
d'orenrichy de Pierreries,&dans
- cet équipage , ils marchent fuivis
des Echevins & des Compagnies
de Milices , au fon des
Tambours , des Trompetes , &
des Violons. Apres une Meſſe
qu'on celebre folemnellement,
on s'arreſte dans une Place qui
eſt devant le Portail de la principale
Eglife. On y trouve une
grande Pierre plate & ronde, au
milieu de laquelle il y a un trou .
Le nouveau Maire y met le ta-
Ion , & en meſine temps celuy
qui fort d'exercice,luy faitun difcours
pour luy faire connoiſtre
la conféquence de ſa Charge.
Pendant
114
MERCURE
Pendant qu'il luy parle , l'autre
a toûjours le talon dans ce trou,
&le bout du pied levé , & il ne
l'en retire qu'apres qu'il a preſté
le ferment de fidelité pour le
fervice du Roy, & pour le maintien
des Privileges. Cela fait , ils
vont tous à la Citadelle , où le
nouveau Maire affure Monfieur
le Gouverneur de ſes reſpects.
On le remene en ſuite chez luy
avec pompe , & il donne un
magnifique Repas. Les Perſonnes
les plus qualifiées , & la plus
grande partie de la Nobleſſe , s'y
trouvent. Le Dîner finy , on va
à la Mer joüir du divertiſſement
des Sauteurs. Tous ceux qui ſe
font mariez depuis trois ans , ou
qui ont , non ſeulement fait baftir
une Maiſon , mais élever un
pignon , ou dreſſer quelque muraille,
font obligez de ſauter trois
fois
GALANT.
IIS
fois à la Mer. Il n'y a perſonne
qui en ſoit exempt. Les plus conſidérables
d'entre les Bourgeois,
payent des Gens qui ſautent
pour eux. Il a beau geler , comme
il gele ordinairement cejourlà.
Les Sauteurs ne laiſſent pas.
d'eſtre en calleçon & en chemiſe,
avecdesEſcarpins blancs ,&
desBas de toile. Čeľný qui faute
pour le Roy a une Couronne fur
ſa teſte. Le nouveau Maire , ſuivy
desEchevins , &de pluſieurs
autres Officiers, ſe promene tout
le jour par les Ruës avec des
Trompetes&desViolons.L'heu.
re de ſauter eſtant vennë , Monfieur
le Gouverneur entre dans
un des plus beaux Navires du
Port. Les deux Maires & le
Corps de Ville l'accompagnent.
Il y trouve les Sauteurs qui s'y
font rendus auparavant. Le nou
veau
116 MERCUR E
:
veau Maire a un Rôle , & dans
le meſme temps qu'il nomme
ceux qui doivent ſauter , on les
voit qui s'élancent du Navire. Il
y a toûjours quinze ou vingt
Chaloupes preftes pour les ſecourir
, fi quelqu'un d'eux eſtoit
enpérilde ſe noyer.Ces Sauteurs
font quelquefois au nombre de
cinquante ou de foixante , &
ce divertiſſement attire les Curieux
de toutes parts .Apres qu'ils
ont tous ſauté trois fois , ils ſe
mettent dans des Chaloupes.
Elles ſont armées de dix ou douze
Hommes , & vont viſte comme
un Eclair . Il y a un Rond au
bout d'une perche qui fort par
un Sabor du Navire Cette perche
eſt de douze ou quinze pieds
& c'eſt entr'eux à qui pourra
emporter ce Rond. Les Chaloupes
vont ſi viſte,que la plupart
tom
GALANT
117
tombent dans la Mer. Celuy qui
a ou plus d'adreſſe , ou plus de
bonheur que les autres dans céte
eſpece deCourſe, eſt récompen
sé d'un Prix. Le Rond emporté
en decide On va en ſuite ſe
métredenouveau à table,& c'eſt
toûjours par la ſanté du Roy
qu'on commence. Le Feftin de
la Mairie dure trois jours , avec
une égale magnificence. Il y a
Bal tous les ſoirs. Quantité de
Dames de qualité en font priées,
&fon employe la plus grande
partie de la nuit à danſer.
-Apresvous avoir parlé de plufieurs
Actions éclatantes dans
leſquelles l'eſprit de Monfieur
l'Abbé Colbert a paru , je luy ferois
injuftice ſi je négligeois de
vous entretenirde ſa pieté. Il en
vient de donnerun grand exem.
ple,en ſe retirantpour troismois
For dans
118 MERCURE
t
dans le Seminaire de S. Sulpice.
Quoy que le veritable eſprit ſoit
aflez rare, une pareille pieté l'eſt
encor plus , particulierement
quand on eſt en pouvoir , ou de
ſe diſpenſer de ces fortes de retraites,
ou de ne les pas faire fi
longues. Cette auſtere regularité
fait connoiſtre que cet illuſtre
Abbé fera toûjours gloire
de s'aſſujetir aux Loix du plus
ſevere devoir , & qu'il tâchera
de rendre des ſervices à l'Egliſe
avec la meſme exactitude & le
meſme zele que toute ſa Maifon
en rend à l'Etat. On eſt aſſurément
fort redevable à la pieté de
ceux qui ont inſtitué les Seminaires.
Celuy de S. Nicolas du
Chardonnet eſt le premier qui
ait eſté étably à Paris. Il le fur
parMonfieur Froger Docteur de
Sorbonne ,& Curé de cette Pa
roiffe.
GALANT. 119
roiffe. C'eſtoit un Homme dont
la grande érudition répondoir
aux ſentimens tous Chreſtiens
qui estoient la regle de ſes
actions. Il eut ſous luy un Prétre
extraordinairement zelé , nommé
Monfieur Bardoiſi, lequel en
treprit de porter plus loin l'in
ſtruction des Clercs , &tout ce
qui regarde la Cléricature. Le
Pere Vincent , Fondateur de la
Miffion , jugea avantageuſement
de l'inſtitution de ce Seminaire;
& comme il fongeoit uniquement
à tout ce qui pouvoitavancer
le bien de l'Eglife , il obtint
de feuMonfieur de Gondy , Ar
cheveſque de Paris , que ceux
qui voudroient prendre lesOr
dres , feroient une eſpece de re
traite pendantdix ou douze jours.
afinqu'on pûtemployer ce temps
à les inftruire de ce qu'ils de
voient
120 MERCURE
voient ſçavoir. On luy accorda
pour cela leCollege desBonsEnfans
, où ces fortes de retraites
ont commencé,& où elles ſe font
continuées fort longtemps par
les charitables contributions de
quelques Dames , & entr'autres:
de Mesdames les Préſidentes
Gouffaut &d'Erſe. Cette coûtume,
s'obferve encor aujourd'huy
à S. Lazare à chaque Ordination.
Depuis , pour conferverle
fruit que ces retraites fai-a
foient , on a crû devoir ramaſſer
les nouveaux Ordonnez , & les
tenir en Communauté. Celle de.
S. Sulpice a eſté une des premieres
. Les bienfaits de feu Monſieur
de Bretonvilliers ont beaucoup
contribué à l'établir. Feu
Monfieur de Gondrin , dernier
Archeveſque de Sens, en futtiré
pour fucceder à Monfieur de
220107 Belle
GALANT.
121
A
Bellegarde fon Oncle , auffi Archeveſque
de Sens. Depuis ce
temps- là,preſque tous les Archeveſques,
Evefques,& Curez , ont
pareillement efſtably des Seminaires
dans les lieux de leur réſidence,
pour élever des Clercs ,
& tenir les Eccleſiaſtiques dans
leur devoir.
Je vous envoye un Madrigal
fur un langage qui n'eſt pas inconnu
à beaucoup d'aimables
Perfonnes de voſtre Sexe. Il eſt
de Monfieur Valetté d'Vſes. Une
Belle luy avoit demandé des Leçons
fur ce langage. Voyez s'il
peut eſtre mis au nombre des
habiles Maiſtres.
MADRIGAL .
Vous lesçaurez, Philiss, ony ,je veux
vous apprendre 기를 이해
Decembre. F
122, MERCURE
Ceque nous appellans le langage desyeux;
Etdeplus je m'oblige à vous le faire entendre,
Infqua me
t
difputer àà qui l'entendra
le puis ,ſans meflater, dire à mon avantage
Qu'on ne peut mieux parler cet amoureux
langage,
Erfi vous voutez pratiquer ma leçon,
Vous apprendre bien - toft cet aimable
41 jargon.
Vous riez ? que cela ne vous faſſe point
5. C
Ony, ony, vous le sçaurez , Philis, dans
un moment ,
T
Et vos yeux le pourront parler éloquem-
-ment,
A
Pourveu que vous faffiez ce que je vay
vous dire.
Ilvous faut.... ( mais au moins j'y vais
debonnefoy ,
Neprenez pas cecypour quelqueſtratagéme)
Il vous faut donc , Philis , pour parler
3. commemoy
M'aimerautant que je vous aime.
H
endrasosCes
GALANT.
123
Ces Versioont aſſurément de
la Rime&de la Raiſon . Ce font
deux choſes qui ne ſe rencontrent
pas dans tous les Ouvrages
qui échapent à bien des Gens
quiveulent eſtre Poëtes en dépitdes
Muſes. Vous l'allez con
noiſtre par le Dialogue qui fuit.
sar bis dся
DIALOGUE
DELA RAISON
DET DELA REME
ИОГГАЯ АЛ
O
LA RAISON O
U allez-vous ſi viſte ? Vous
feignez , ce ſemble, de ne
me pas voir.
Glaup 92 3007ab smal 9 છ
c TLACRIMEohl ob
Vousvoulezraiſonner, mais je n'aypai
Fij
124 MEROURE
Defirant de me voir toûjours en bonne eflevay
trouver les Gens
Qui demandent la Rime,
L A RAISON.
Mais ne ſçavez vous pas que
vous ne devez jamais vous trouver
où je ne ſuis point , & que
la Rime fans la Raiſon fait tine
étrange figure ?
LA RIMEI
>
Pourtant , quand je parois deſſous un
riches habit ,
Ne pensez pas que jefois fans crédit.
LA RAISON
Quel
1
credit , & quelle eſtime
peut acquerir un Corps habillé
richement, s'il n'eſt point animés
Ignorez -vous encor que je dois
eſtre l'ame de tout ce quel'eſprit
de l'Homme peut produire &,
voſtre éclat n'eſt ſolide que
quand je le ſoûtiens
LA
GALANT 125
PILARIME
Si je n'allois jamais qu'en vostre compagnie
Ie paroiſtrois bien rarement :
L'on ne vous trouve pas , on c'est malaifement
Pour moy ,jefuis facile , & des que l'on
Silmeprie suo
en
20
7
On me voit partir promptement.
LA RAISON
Ah ! ne vous ſuffit- il pas d'avoir
tenu juſqu'icy une conduite
fi licentieuſe & fi blamable ?
Quelledémangeaiſon avez-vous
devousdoner à tant deGens qui
vous def-honorent , en vous faifant
ſervir à leurs Ouvrages impertinens?
Vos Parens vous ontils
donne la vie pour une fin fi
baffe,& fi indigned'eux ? Vrayment
, ſi des le point de voſtre
naiſſance ils ne vous avoient
miſe en ma garde , ils ne ſe ſe,
Fiij
126 MERCURD
roient pas acquis en leur fiecle
tant de réputation. Ils ſçavoient
bienque mon alliance faifoit toute
voſtre force , & que la Raifon
triomphe de tout. Ils ju
geoient bien que voſtre beauté
ne dureroit qu'avec moy , & que
fous quelque habit que vous paruffiez
unjour , vous
cule , fije ne faifois moy-mefme
voftre Soutenez donc ornement.
VOUT
vous feriez ridimieux
voſtre caractere . Hono
rez davantage par voſtre con-
Ance-
JE
2
27
&
duite Painemoire de VOS
ftres , & mepriſant tous ceux
qui ne s e s'attachent pas à moy ,
taiffez les vous chercher.
vous appeller înutilement .
les fervirez plus , en leur refufant
voſtre prefence , qu'en
vous donnant à eux fi librement;
car , comme ils n'ont preſque
point de commerce avec moy ,
Bpeller inutilement. Vous
200700
s'ils
GALANT. 1217
s'ils vous voyent toûjours à ma
ſuite , ils demeureront en repos,
ne penſeront plus à vous , & ne
produiſant plus de fots Ouvrages,
ils en ſeront moins ridicules.
EVA RIME
La tentation d'écrire as sado
Mal aisément ſe guéritable
Si loin d'eux je me retire,
Pensez- vous que leur Esprit
Ne veuille plus rien produire g
Ah! dans leur démangeaifon s 220V
Iln'est rien qui les reprimesuonnoil
Et croyant vainement s'acquerir quelque
estime ,
109
Ils écriront plutoſt ſans Rime & Sans
Raison.
Pour moy ,je tiens cette maxime,
Que qui n'a la Raison , tout au meins
ait la Rime.
C LA RAISON
Que vous raiſonnez mal , &
que vous me faites pitié , quand
je
128 MERQURE
D
je vous entens avanter fi hardiment
de tellesmaximes ! Quoy !
vous voulez partager lemépris &
la raillerie que s'attirent ceux qui
ne travaillent pas avec moy , &
vous ne ſçauriez les voir loin de
ma compagnie , ſans eſtre touchée
en mefine temps du defir
de les foulager,&de vous trouver
avec eux ? Certes , j'admire l'emportement
de voſtre tendreſſe.
Vous aimez mieux fouiller voſtre
honneur , que de ne pas tomber
fous leur main toutes les fois
qu'ils vous cherchent.
ARIME.
Chacun a son humeur ,Samaniered'agir
Ieconfens que chacun s'y tienne ,
Maisje ne croypas que la mienne
Doive me faire rougir.
Tantoft noussommes ensemble ,
Tautostnous n'ysommespas.
Vous
GALANT. 129
Vous avez beaucoup d'appas ,
L'aime fort qu'on nous aſſemble
L'enmarche d'un meilleur pas .
Mais quand quelqu'un ne le peutfaire,
Quandce quelqu''uunnde moy ſeule eft content
,
Lonevous en veuxpoint faire icy de my
ftries
Je cours fans vous à qui m'attend.
1. VUO
LA RAISON .
Qui vous a donc fait prendre
des ſentimens fi 'contraires à la
Raifon ? Ma force & ma ſageſſe
ne pourront - elles pas vous faire
rentrer un peu en vous - mefme
, pour voir s'il vous eft permis
de vivre comme il vous
laiſt;Aurez - vous plus de complaiſance
pour la Folie , que
pour la Raiſon ? Et quand la
Raiſon vous fera connoiſtre ce
que vous luy devez , & ce que
vous vous devez à vous meme ,
}
↓ Ev
130 MERCURE
rez vous fuivre d'autres maximes
que les fiennes ? Yen a -til
de plu's folides & de plus veritables
,,&tout ce qui ne raiſonne
pas peut- il les combatre ? Vous
devriez plutoſt me rendre graces
du ſoin que je prens de vôtre
conduite, & de l'éclat que je
répans fur vous , pour vous rendre
aimable , & vous attirer les
applaudiſſemens que méritent
les belles choses ; & puiſqu'il eſt
veritable que je fais tout voſtre
prix , & que vous n'eſtes rien
fans moy , la honte de paroître
ſeule vous fiéroit bien mieux,que
la liberté que vous prenez fouventde
vous placerendes lieux
où l'on ne m'appelle pasal
LA RIME
Ie vous dois beaucoup , je l'avonë ,
Et c'est avec plaisir que la Rime vous
7
Soit
GALANT. 131
Soit ditpourtant,fans vous mettre en
courroux,
Vous recevezdemoy,fi je reçois devow.
Quelque éclat qui vous environne,
Quelque beauté que vom faffiez briller ...
Demesdéfauts vous avezbeau railler,
Il est certain air doux que la Rime vous
donne ,
Vn certain agrément , certain je ne sçay
quoy
Dont uneAme est charmée ,
Et quifait que je croy ,
Qu'il n'est rien de fi beau que la Raison
rimée.
Sans moy ,vous marchez bien avecque
majesté ,
Mais non avec tant de mesure.
Par moy jusqu'àvos pas tout en vous est
compté.
N'est-il pas vray que lapeinture
Aplus d'éclat &de beauté,
Quad elle a l'ornemêt d'une riche bordure!
Approuvez , s'il vous plaist , cette com
paraiſon ,
Etquepar elle je m'exprime.
Oùy, je dis hardiment qu'on peut nommer
laRime ,
La bordure de la Raiſon.
LA
133 MERCURE
LA RAISON.
Vrayment , il vous fied bien
de vanter ce que vous avez de
conſidérable. Sçachez que ce
qui fait voſtre gloire, & vous acquiert
l'eſtime de tout le monde,
c'eſt de pouvoir m'eſtre utile à
quelque choſe , encor que vous
ine vendiez quelque - fois bien
cher vos petit ſervices..Oüy,
vous m'oftez alors plus que vous,
n'avez l'honneur de me donner;
carſimes fidelesAmans vous pla.
cent aupres de moy , quoy qu'ils
ne vous mettent qu'à l'un des
bouts de mon Trône , vous ne
laiſſez pas de me preſſer ſi fort,
quej'enſuis incommodée,&mê...
me vous faites en forte qu'il eft
des occafions où l'on a beaucoup
de peine à me voir,
4
1
LA
GALANT
13:31
LARIM E.
Pour vous metre plus àvoſtre aise,
VosAnans, ne leur en déplaiſe,
Me mettent quelquefois en un fort pau
vre état ,
Ils m'oftent mon plus riche éclat,
Et me faisantvoſtre victime ,
alls font cauſe que je voy
Biendes Gens s'écrier , enſe raillant de
mays
Riche Raifon ,&pauvre Rime !
LA RAISON.
Comme il n'eſt pas néceſſaire
que vous ſoyez dans le monde,
on ne doit pas toujours garder
tant de meſures avec vous ; mais
il n'en eſt pas ainſi de moy , de
qui lon ne peut ſe paſffer ſi l'on
veut bien faire les choses ; &
comme je diftingue l'Homme
d'avec la Beſte , il eſt obligé indiſpenſablementde
reconnoiſtre
Lavantage que je luy procure ,
par
134
MERCURE
par le ſoin exact & fidele de me
faire regner dans tout ce qu'il
fait . Deſabuſez -vous donc , je
vous en prie , & ne vous eſtimez
pas tant que vous faites : auſſi
bien la Raiſon ne ſçauroit eſtre
vaincuë ; elle feule a des forces,
du pouvoir , & de la beauté , &
tout ce qu'elle vous a dit eſtant
tres- folide & tres- veritable, vous
ferez ſagement, ſi vous la croyez .
Elle n'a pas beſoin de vous ; elle
s'en eſt paſſée durant pluſieurs
fiecles, elle peut bien s'en paſſer
encor. Mais enfin puifque vous
eſtes au monde , elle confent
qu'on ne vous en chaſſe pas ,
pourveu que vous viviez toûjours
avec elle , & qu'il ne vous
prenne jamais envie de la quitter
pour vous donner à ceux qui
la négligent. Si vous aimez à cou-
Fir , & que la facilité que vous
avez
GALANT .
135
avez à vous communiquer , ne
vous permette pas de demeurer
quelquefois en parience , & d'eſtre
un peu plus reſervée , vous
avez une infinité de beaux Efprits
dans toute la France , &
dans les Païs Etrangers , qui vous
occuperont glorieuſement ; & le
Mercure Galant vous va donner
tant d'Amans raisonnables ,
bien nez , quiſçauront nous unir
enſemble , & nous faire marcher
d'un meſme pas, comme pluſieurs
ont déja fait , qu'il ne vous ſera
pas difficile d'oublier tous ceux
qui ſe contentent de vous ſeule,
& qui ont plus d'empreſſement
pour vous que pour moy. N'ayez
donc plus de commerce qu'avec
mes Amis, puiſque c'eſt une neceffité
que la Raiſon doit impofer
, & que c'eſt là l'unique
moyen de faire croître inceſſamment
136 MERCURE
(
ment l'eftime & l'amour qu'on a
pour vous dans le monde .
LARIMEA
Il est vray que le Mercure M
Me donneſouvent de l'employ
Mais quelque employ qu'il me procure,,
Ie ne croypas gagner fur moy
Defuir toûjours la compagnie
Dont vous estes bannie
Ie comprens bien qu'avecque vous
Ie vaux beaucoup , jesuis plus belle
Et qu'il n'est rien deſi doux
Que cette union fidelle
Que l'onfçait faire de nous ?
Que la Rime raisonnée
Est le charme de l'Esprit' :
Maismamemoire est si bornée,
Que j'oublie aisément tout ce que l'on me
dit..
Ouy, j'ay reçen de vous un conseil bien
folide:
Leretracte messentimens , modi
Et pour ne tomber plus dans mes égaremens
,
Levoudrois qu'il mepût toujours teniren
bride.
Pourtant ne vousyfiez pas ,
;
GALANT
2-
137
L
Le pourrois manquerdeparole,
Si je vous promettois de fuivre tousvos
7
pas.
Courte memoire , & teftefole , t
Meferont aller quelquefois
On l'on ne connoist point vos loix.
Enfin ce que jepuis promettre ,
Autant que mon pancbant me le pourra
permettre
C'est qu'avec vous je logeray D
plusfouvent que je Le pourray
LYON
LA RAISON.
StrVivez donc comme il vous
plaira , puis que je negagne rien
fur vous. J'ay crûdevoir vousdónerdes
conſeils raiſonnables,vo
yant que vous en aviez beſoin,
& que vous ne vous menagiez
pas bien. Si vous aimez mieux la
la liberté d'aller par toutſansRai.
sõ,que laglorieuſe neceſſitédeme
fuivre toûjours , que je voudrois
vous impofer , je vous abandonne
138 MERCURE
prix
ne à vous mesme . Me trouvant
avec vous , ou ſans vous , j'auray
toûjours mes Admirateurs &
mes Amis rau lieu que vous
n'en aurez jamais , au moins de
ceux qui ſcavent donner le
aux belles chofes , que quand ils
vous verront aupresde moy; car
de vous eſtimer ailleurs quen
ma compagnie , c'eſt ſe rendre
ridicule , & fe moquer de vous .
Adieu. Vous allez trouver les
Gens qui demandent la Rime
ſans la Raiſon , contentez les
bien. J'auray le plaiſir de bien
rire des uns & des autres. Ne
manquez pas cependant de venir
auſſitoſt que je vous appelleray
. Celuy de tous les Roys qui
m'aime le plus ( vous entendez
bien par là LourS LE GRAND )
nous a fourny à l'une & à l'autre
une ample matiere de travail.
La
GALANTM 139
La Guerre & pla Paix qu'il a
fçeu ſi bien faire ,demandent
que nous nous joignions enſemble
pour chanter fa gloire & fa
vertu par toute la Terre . Nous
avons déja commencé ache
vons mieux , fi nous pouvons.21
SLARIME
I'aime bien ce grandMonarque,
It me loge avec vous dans ſa belle Maisons
Et cequ'en luy chacun remarque ,
C'est qu'il ontend Rime & Raifon.
On afaitRéponse à la Lettre
que je vous ay fait voir des Pe
res Capucins du Louvre , ſur la
mortdeMonfieurCarpatry.C'eſt
-une éſpece de Proces dont on
me met les Pieces entre les
mains , & il eft juſte que je vous
communique les raiſons de l'une
& de l'autre Partie. Je ne
change rien aux termes . S'il y en
a
140 MERCURE
a quelques-uns qui ne vous paroiſſent
pas affez adoucis vous
les devez plutoſt imputer à la
chaleur du raiſonnement , qu'à
aucune envie qu'on ait euë de
chagriner les Intereſſez. Appa
remment les Capucins répons
dront , &je vous feray part de
leur Replique.
SENTIMENS
D'UN MEDECIN,
Ecrits à fon Amy , fur la Lettre des
Peres Capucins du Louvre , emo
ployée dans le Mercure Galant dua
Mois de Novembre.
MONS ONSIEUR ,
Après toutes les Conferences que nous
avons enës pluſieurs fois touchant la dis
verſité des perſonnages que l'on joue dans
lemonde, il ne restoit plus qu'ày voirjoüer
le
GALANTM 144
le rôle decertains Ignorans danslefait de
l'ostentation de la Medecine.Vous avez ln
lepetic Discours Apologetique en forme
deLettreinferédans leMercure Galant
du dernierMois ,faitpar les bonsPeres
Capucins,ſur lequel vom me demandez
manavis. Vous estes trop penetrant pour
ne pas remarquer que ces bons Pexes ignorent
àfond les grandes maximes de laMedecine
&les Principes de la bonnePhilofophie,&
qu'ils se donnent tant d'encens
que la teste leur en tourne , ne s'appercevant
pas qu'ils oublient les mesures qu'ils
deuroient, garder , pour mieux ménager
leur réputation&leur modestie , lesquels
Sur le fait de l'Art ne peuvent avoir rien
de recommandable, que l'autoritéqu'usurpent
ordinairement ceux qui viennent do
loin , pour imposer aux petits esprits
credules, à la plebecule,&aux Gens qui
n'ont pas le goust des bonnes choses,&
Le difcernement affez fin & affez dé
licat pour demesler la fourbe masquée
des apparences de la verité. Il ne faut
qu'observer de quelle maniere & par
quels raisonnemens les bons Peres sa
disculpent de la mort prematurée&prea
cipitée de Monfieur Carpatry , par la
violen
1421
MERCURE
violoncede leurs Remedes ,&la bardief-
Se ,pour ne pas dire plus , avec laquelle
ils s'attribnent l'honneur de la guenifoan
de Monfieur leDu't deChartres.51かん/sh
Al'égard du premier Chef, tefubter
fage dont fo fervent des Medecins du
grand Caire, eft fograffier qu'il nesepent
live ny fouffrirfans quelque espace d'épo
dignation. Ilsalleguent pour Raifonsper
emptoires, que les Medevinsqui vi'am esté
appellez qu'à l'agoniedeMonsteur Carpatry
,n'ontpas dit & encor moins affu
rè , quo leurs Remedes enſſent reduit ter
Malade au déplorable estar où cesMef
fieure is trouverent. Donc learns Reme
des n'ont pas tué Monfieur Carpatry,
parceque tis Medecins ne l'ont pas dit.
Cette confequence n'est- ellepas bien tirée,
nonſeulement pour leur justification ,mau
auſſi pour l'approbation de leurs Remedes
? Et quand ils la voudroient foûtenir
bonne, elle se détruit en oppofane te contraire
au veritable, puisque les Modesins
qui font venus au secours de l'Agonifant,
font prests d'en paffer Afte pardevant
Notaire , ſi l'on ne veut passe contenter
de leurs affirmations publiées partoutParis
, pour décromperto Public qui pour
rois
GALANT
143
roit se laiſſer ſurprendre aux Faits articulez
par ses bons Peres avec tans d'apparence
de certitude. Le raisonnement
Suivant, par lequel ils tirene uno confequence
auffi infaillible que la premiere,
eftd'une Philofophie soute finguliere,&
qui n'aaucun raport avec toutes ses nou
velles dont on s'enteste fi aiſemont dans
leSiecleoù noussommes dans lequel
ant cherche l'abregé des longues éendos.
Voicy leraisonnement de ces bons Peres.)
Si lours Remedesavoient échaufféleMalade
, les Medecinsqui ont esté appolloz
n'auroient jamais ordonné le Vin Emeti
que , qui est un Remede brûlant , caustique&
gangrenant. Apres cette decifion,
juge de la capacité de ces bons Peres,
qui tranchent bardiment fur la qualité
les offers d'an Remède qu'ils n'ant jamais
connu , comme il paroiſt par la maniere
dont ils en parlent , puiſque toute la Faculté
de Medecine de Paris est opposéeà
ca fentiment prononcé en Maistres par
ces bons Peres, lequel a eſté confirmé&
autorisépar Arrest de la Cour, apres que
les Commiſſaires deputez du Parlement
pour entendre opiner tous les Docteurs
d'unefi celebre Faculté, carent fait leur
raport
144 MERCURE
raport ,&delivré Procez verbal de tour
ce qui s'estoit passé dans cette Affemblée
fi nombreuſe ,& rempliede tant de beauxх
Esprits. L'on enpourroit ſçavoirdes nouvelles
plus àfond de Monfieur de Manvillain
ancien Doyen de la Faculté, lequel
fie finir toutes les conteftations qui pou
voient partager les Esprits fur cette matiere
dans le temps de fon Decanat : ce
qui marque leur malice ou leur ignorance
(Saufl'honneur de leur Caractere.) Ilfaudroit
faire icy une Differtation pour leur
apprendre les bonnes qualisez du Kin
Emetique , de quelle maniere il agift en
évacuant les humeurs rebelles & opiniatres
, qui ne cedent pas aisément auxRemedes
ordinaires ny mesme aux acides,
Alkali , &Sels volatifs dont on eft pre-
Sentement fi fort enteſtés que l'on croit même
quefans eux il n'y apoint de Panacée
àesperer &leur faire concevoir comment
il rafraichit plûcost qu'il n'échaufe,
comment il faut expliquer la chaleur , que
par accident feulement il peut cauſer par
Lescopieuses évacuations d'humeurs atrabilaires
, erugineuſes & torrifiées , par
les intemperies des entrailles , &particu-
Lierementpar les principales parties nourricier
GALANT.
145
ricieres , dans les reptis desquelles ces bumeurs
farouches, indomptables & brûlantesd'elles-
mêmes, & incapables d'aucune
caurionfetrouventcantonnées, lesquelles ne
So peuves detacher &mettre en mouvement
Sans fairereffentircette impreffion de chaleur
dont ils font empreignez laquelle n'est
causée par le Vin Emetique que par accident,
comme il est dit cy deffus , non plus
qu'une Fourche n'est point estimée puante
enfoy parce qu'elle remuë le vieux fu
mier , ou d'autres ordures corrompuës ,
dont les balenées peuvent faire bien du
defordre : mais il faut remettre ces profonds
éclairciſſemens en d'autres temps,
parce que ce ne font pas des entretiens
de Ruelles. Il faut se contenter pour le
preſent de ces petites reflexions.
Paffons au fecond Chef , par le
quel ces bons Peres prétendent que là
guérison de Monsieur le Duc de Chartres
est l'effet de leurs Remedes. Peuton
pouffer plus avant la temerité avec
laquelle ils s'attribuent l'honneur du
fuccez de la conduite de Meffieurs
les Medecins ? Peut - on fouffrir
la vanité & la présomption, de ces.
Medecins figurez en affurane
Decembre. G
146 MERCURE
comme une verité que les Meſſieurs préposezàlasanté
du Prince leur en avoient
rendu mille actions de graces, &qu'ils ne
pouvoient affez dignement les remercier
de ce qu'ils avoient fourny un Remedefi
Salutaire Apres cela ne peut- on pas demander
àces bons Peres ce qu'est devenu
leur pudeur, & où s'est retirée lear modestie
& leur bumilité dont ils font ſemblant de
faireprofeffion ? Pourra-t-on jamais croire
qu'ils puiffent dire la veritéſurlagnérison
de Monfieur leDuc de Chartres,laquelle
de confofſſion publique , mesme par
tousles Aimaphobes & lesplus jurez En
nemis braillards contre la Saignée ,n'eft
deuë qu'à ce grand Remede qu'artificieu-
Sement ces bons Peres ont ten &celé dans
toute la narration qu'ils en ont faite ?
Que prétendent ils que l'on penſe de leur
fincerité & de leur conduite ,apresun déguisementfi
criminel ? Mais il est trescertain
que leurs Remedes avoient tellement
échauffé le Prince , excitéuneſivia
lentefermentation dans les humeurs ,
un méteoriſme ſi conſidérable , que les
convulfions, la difficulté de respirer, pouf-
Serent l'Illustre Malade dans les der
niores extremitez, qui firent absolument
defefpe
GALAN T.
147
desesperer de ſonſalut ,si la Saignée reiterée
coup fur coup juſques à trois fois,
n'eust visiblement arraché des bras de la
Mort cejeunePrince , que par une trop
prompte credulité on avoit abandonnéà
leur conduite. Il faut estrefincere quand
on écrit historiquement un Fait , puis fur
lanature desRemedes diſcourirpar l'or
ganedes Sçavans dans l'Art , quand on
n'en estpas capable , & ne pas faire des
comparaisonsfi hors d'oeuvre , & fi pen
applicables au fujet , commefont ces bons
Peres tantpar celle de Michel-Ange
du Lanternier, que par la Phiole de ver
re à laquelle ilsſouhaitent le mesme degré
de chaleur,&les mesmes poresde l'eſtomach
, afin de prouver par la venë que
leurs Remedes ne descendent pas dans les
boyaux , &par confequent qu'ils nepeu
vent jamais caufer aucune inflamation,
ny gangrene. En verité peut-on ſouffrir
une telle expreſſion& un raisonnementfi
absurde dans la bonne Medecine ? On
nepeut pas icy répondre àtoutes ces espo
ces d'extravagances , parce qu'il faudroit
un Volume pour les refuter à leur confufion.
Ilfaudroit encor parler à des Per-
Sonnes un peu Philosophes ou du moins
1
Gij
48 MERCURE
qui euſſent quelque teinture des Principes
de la Medecine. Il ſuffit de faire remarquer
les beaux endrous de leur efprit&
de leur candeur.
Je ne puis encor obmettre une autre
vanité publiée dans le Mercure Galant,
à la confusion d'un jeune Medecin qu'ils
ont nommé Monsieur le Long , Docteur
de la Faculté de Paris . S'estant trop
confié aux Remedes des bons Peres ,il
en avoit fait user à une de ſes Malades
travaillée d'un Asthme depuis long
temps , & apres quelque trève qu'elle
avoit ordinairement , elle retomba dans
des accez plus violens que jamais
fi forts , que Monsieur le Long desesperade
lapouvoirtirer , comme luy-mesme
l'a publié dansſa Compagnie , quoy qu'il
euſt rendu visite à ces bons Peres , pour
les remercier, & leur témoigner qu'il estoit
charmé de la bonté & de l'excellence de
leurs Remedes ; civilité un peu forte pour
un Docteur ,si elle est vraye , car ces bons
Peres ne font pas scrupule d'imposer àla
verité. } را
Achevons d'examiner la preuve qu'ils
avancent pour confirmer l'infaillibilité , ou
du moins l'excellence de leurs Remedes. Ils
diſent
GALANT
149
diſent deux choses. Lapremiere,qu'ils ont
guery un Malade en Egypte , ce qui est
Soûtenupar la déposition d'un seulTémoin,
car il en coûteroit trop pour en faire ve
nir pluſieurs de fi loin. Quand cela feroit
vray , peut- on legitimement ajoûter foy a
un Temoin qui peut estre mandié?Etpourquoy
citer un Malade query hors de la
Sphere des Enquestes , s'ils ont tantfait de
miracles à Paris ? Puis enfecond lieu , ces
bons Peres ajoûtent pour fortifier leur
preuve , qu'ils ont ( indéterminement)fait
une infinité debelles cures , certifiées admirables
par quelques Medecins Provinciaux,
dévoüezparpolitique aux interests
decesbons Peres : Mais ce qui est de certain,
c'est que fi leurs Remedes ont reüffy
en quelques Perſonnes de ce Climat, on remarquera
que ce neſont que Soldats , Laquais,
Crocheteurs, ou quelques miserables
Yorognes , tombez dans les apparences de
quelque maladie confiderable à leur égard,
&qui n'estoit que l'effet de leurs excés &
de leurs débauches.
Ie sçay bien qu'ils pourront m'objecter
qu'un Remede ne peut pas sauver tous
ceux qui en ufent , & cette objection est
trop triviale pour ne s'y pas attendre.
G3
MERCURE
Mais quand ils ont recours à uneguerifonfaite
en Egypte ,&à uneſecondefaiteà
Paris , peut- estre auſſi fauſſe que la
premiere (car toutes les autres sont des
querifons en l'air ) on peut reciproquement
avec un peu plus de certitude leur
oppofer cent pour un qui font morts , ou
languiſſans , & tres incommodez , pour
avoir usé de leurs Remedes ſur leur bonne
foy telle que vous lapouvez conclure par
cequi est arrivé cy-deſſus.
Monfieur Sauvage, demeurant Ruë Tiquetonne
, ayant eu quelque accés de double-
tierce , & nese trouvant pas bien guo
ry aprés quelques jours qu'ilent perdu la
fievre, voulut pour plus grande ſeûreté
confirmation de ſa gueriſon , user des Remedes
de cesbons Peres. Auſſi-toſt lafievrecontinueſurvint,
& il mourut en quatre
ou cing jours par un transport au cerveau
,&une alteration implacable causée
par l'excés de la chaleur du Remede qui
le confumoit , & qu'aucun rafraichiffement
nepouvoit éteindre. L'on en peut
Sçavoir le détail par Monfieur Iofſon
Maistre Apoticaire , dans la Ruë des
Lombards. Monfieur Boivin de chez
Monsieur de Lonvoys , & bon amy de
Monfieur
GALANT. 15.1
Monfieur Carpairy, est encor dans un pitoyable
état pour en avoirpris. Un Reverend
Pere Minime , Frere de Monfieur
Desponty Payeur des Rentes en'a esté
malade àla mort pour en avoiruséfur la
fin d'unefimplefievre , de laquelle ilpen-
Soit ſe delivrer plus vifte par cette grande
panacée,& lequel a esté plus de trois
moisà s'en remettre. Va Particulier de
chezMonsieur le Grand,dans les Ecuriesda
Roy,qui n'en peut encor revenir.
Le Filsde Monsieur Poquelin, qui demeure
Rue des PetitsChamps , proche S. Iuliendes
Menestriers , âgé seulement de
feize à dix- huit ans , qui depuis quatre
mois qu'il en a pris à diverſes repriſes, est
encor aujourd'huy dans des retours de
fievre qui n'ont aucune regle ; ce quifait
Soupçonner avec raiſon quelque maligne
impreſſion du Remede dans la substance
de quelque partie qui ne pourra estre furmontée
que parla vigueurde la jeuneſſe,
&parla longueur du temps ; Etplusieurs
autres , dont le Catalogue groffiroit un
peu trop le Volume que l'on difere jusqu'au
mois prochain à donner au Public ; invitant
toûjours par avance ces bons Peres
àtenirprests leurs Memoires bien circon
Giiij
1352 MERCURE
ſtanciez des belles cures qu'ils ont faites
à Paris ; autrement ils courront grand
risque d'estre bien- toft de la Claſſe des
Abbez Fayol, Sanguin , Medecin de
Boeufs , Rabel , & autres Gens à Secrets
,&specifiques Gueriffeurs de Cancers
, dont la vogue n'est que de peu de
durée, parce qu'ils manqueront toûjours:
de tette partie judiciaire , fi neceffaire
pour l'application de leurs Remedes,
quand mesme on conviendroit de leurs
bonnes qualitez. Qu'ils souffrent donc
que le Public se détrompe , & qu'onleurſouhaite
une retraite plus conforme à
leurs voeux. Qu'ils s'acquitent de leur
veritable obligation , & qu'ils entrent
comme ils devroient dans l'esprit de ta
charité, en donnant au Public le secret
de leurs Remedes , pour ne plus abuser
de lafoibleffe & de la credulité des pe
tits Efprits , quiſans discernement en demandent
pour toutes sortes de maux ,
qu'ils faffent ceſſer tant de dépenses inutiles
, que la liberalité du plus grand
des Roy's n'a point voulu épargner pour
le bien & le foulagement de ſes fideles
Sujets. Ils n'ont, ny ne doivent avoiraucun
interest àcacher ce mystere pour au
:
gmene
GALANT.
153
gmenter leurfortune, mais ſeulement pour
éviter de rentrer dans les devoirs de bons
Religieux def- intereſſez qui cheriſſent
leur condition , &qui ne doivent chercher
que la gloire de Dieu , & le foulagement
des pauvres. Voilà, Monsieur , quel est
monsentiment sur la conduite & les Re
medes de ces bons Peres , qui se trouvent
bien mieux dans un Louvre , que
dans un Convent pour y pratiquer leur
Regle.
Vous me fçaurez gré fans
doutedu troifiéme Air nouveau
que je vous envoye , puiſqu'il
vous donnera lieu de faire retentir
la gloire du Roy dans votre
Province.
AIR
Hollandois, le grand Roy qui voins
laPaix,
Au temps qu'ilse defarmen Montes
Eft plus fort que jamais.
Il porte alors sa gloire en un degré fupréme
;
Carque luy reste-t-il,apres avoirfoûmis
Par toutſes Ennemis , IBK
G
Qu'àse vaincreSoy-mesme ?
154 MERCURE
}
Cette victoire qui a ſi peu cou--
ſté au plus grand Roy que nous -
ayons jamais veu , n'eſt pas toûjours
fort facile à remporter.
L'Hiſtoire que je vous vay conter
en eſt une marque. Elle vous
fera connoiſtre qu'une aimable
& jeune Perſonne a. foufert:
lontemps , pour n'avoir pu ſe
rendre maitreſſe d'un ſentiment
d'averſion qui luy a fait re--
jetter obſtinément tout ce qui
pouvoit contribuer à fon répos..
Elle estoit belle , ſpirituelle , de
naiſſance , & fous la conduite
d'une Tante quien avoit pris ſoin
depuis la mort de fon Pere & de
ſa Mere. Ses belles qualitez luy
attiroient force Soupirans ; mais
comme elle n'avoit point de
bien , ils ſe contentoient de ſoû--
pirer , & aucun d'eux ne fon--
geoit à parler François. Cepen
C
dant
GALANT.
155
I
dant fi cegrand nombre d'Adorateurs
établiſſoit l'honneur de
ſes charmes , il ne faiſoit rien
pour ſa fortune . C'eſtoit unMary
qu'il luy falloit , & les douceurs
qui luy eſtoient contées
de toutes parts , demeurant toû
jours tournées en douceur , elle
paſſoit des jours agreables, &ne
voyoit rien de ſolide pour l'avenir.
Pendant cette inutile affiduité
de Proteftans , un Vieillard,
crû fort riche , & faiſant affez
bonne figure dans le monde , ſe
trouve chez une Dame à laquelle
cette aimable Perſonne vient
rendre viſite. Il la voit , il en eſt
charmé , & comme il n'avoit
point de temps à perdre , parce
qu'il eſtoit preſſé de l'âge,
il parle à la Tante, offre d'époufer
ſa Niece , & la laiſſe arbitre
des conditions.On preſſe laBelle..
Elle
1
156 MERCURE
Elle réſiſte. C'eſt ſon grand Pere
qu'on veut qu'elle épouse. L'inégalité
des années luy donne
pour luy une averſion invincible..
Elle ne voit rien que de dégouſtant
dans ſa perſonne;mais apres
une longue reſiſtance , on luy
montre tant d'avantages dans ce
Party ,& on l'affure ſi poſitivement
qu'il mourra dans les fix
mois,que fur céte derniere clauſe
, elle ſe réfout enfin à en faire
fon Mary. Les grands mots ſe
diſent. Le bon Homme eſt dans
des raviſſemens incroyables . Il
l'adore plûtoſt qu'il ne l'aime , &
comme il ne la quitte preſque
jamais , cet excés d'amour est un
redoublement de peines pour
elle. Cequ'elle trouve de dégou- -
ſtant dans le Vieillard ne la furprendpoint.
Elle s'y eſt attenduë,
&foufre puis qu'elle a bien voulu
GALANT 157
lits'y foûmettre : mais elle prétend
que le terme de ſes foufrances
doive eſtre borné . Les fix
mois ſe paſſent. Le bon Homme
ne meurt point , comme on luy
en avoit répondu , & il ne té
moigne pas meſme avoir aucune
pensée de mourir. Grand ſujet
de deſeſpoir pour la Belle. Elle
n'y trouve qu'un remede con
folant. IlMuy a promis de la mettre
dans une opulence merveill
leuſe ; elle luy en demande l'effet.
Le bon Homme fournit autant
qu'il le peut à ſes dépenſes.
Meubles , Bijoux , Habits , Point
de France; c'eſt tous les jours
quelque achapt nouveau. L'envie
qu'il a de s'en faire aimer , le
rend facile ſur tout ce qu'il voit
qu'elle ſouhaite ; mais fa bourſe
s'épuiſant , il eſt enfin obligé
de fermer l'oreille à ſes continuelles
158
MERCURE
tinuelles demades. Elle s'en cha--
grine,& les refus qu'il luy fait ne
s'accordant pas avec la réputation
qu'il ad'eſtre riche, elle examine
ſes affaires , & découvre
qu'il n'a pas la moitié du bien
qu'il s'eſtoit donné. Rien ne la
conſole de ſe voir trompée fur
cet article. Elle ne peut plus eſtre
maiſtreſſe de l'averſion qu'elle a
toûjours euë pour le Vieillard.
Les plaintes accompagnent ſes
chagrins. Les reproches ſuivent
ſes plaintes,& enfin l'obſtination
qu'il témoigne à ſe vouloir toujours
accommoder de la vie,l'emporte
fur ce que l'éclat où elle ſe
réſout, va faire courir de bruits
dans le monde. Elle abandonne
fon vieux Mary,& retourne chez
la Tante dont elle ſe connoit tendremét
aimée,& qui apres quel--
ques remontrances inutiles , fe
trouve
GALANT..
159
trouve obligée de la recevoir. Le
bonHomme qui en eſt paſſionnément
amoureux, ſe deſeſpere.
Il court apres elle,luy dit les choſes
les plus touchantes pour l'obliger
à revenir avec luy ; prie,
preffe , & toutes ſes prieres ne
gagnent rien. Il la quite,&fi- toft
qu'il refléchit ſur ce qu'elle vaut,
il connoit qu'en la revoyant , il a
prisunnouvel amour. Ilécrit,en--
voye Meſſagers fur Meſſagers,,
&tout celainutilement. La Belle
demeure inflexible. Vne de fes
plus particulieres Amies , à qui
elle n'a jamais refusé aucune
choſe , a beau luy repreſenter
qu'il vaut mieux qu'elle faſſe au
jourd'huy de bonne grace , ce
qu'elle ne ſe pourra diſpenſer de
fairedemain;que ſi ſonMary fait
la moindre plainte en Juſtice, la
Tante fera obligée de la ren.
voyer,,
160 MERCURE
& qu'ainſi elle ne ſe doit point
expoſer au chagrin d'une contrainte
qui ne luy fauroit eſtre
que honteufe. La Belle n'écoute
que ſon antipathie. Il n'eſt aucune
réfolution qu'elle ne prenneplutoſt
que de retourner avec
le bon Homme , & elle proteſte
déterminement que cela n'arrivera
jamais que dans l'occaſion
de fa mort. Son Amie traite cette
proteſtation d'emportement ,
l'aſſure qu'elle reviendra dans
fon bon fens , & elles s'échaufent
fi fort à foûtenir toutes deux
ce qu'elles prétendent qui arri
vera , qu'elles gagent enfin en
ſemble , l'une , qu'elle n'entrera
jamais chez le bon Homme que
quand ilfera tout preſt de mou--
rir ;& l'autre , qu'elle ne pourra
tenir longtemps contre fon devoir
& fa confcience. Celle qui
per
GALANT. 16г
perdra doit donner un Diamant.
Trois mois ſe paſſent. Le Vieil
lard amoureux de plus , en plus,
écrit , envoye ſes Amis , & ne
peut faire changer de fentimens
à ſa jeune Epouſe. Enfin il a recours
au dernier remede. Il ſe
met au Lit , feint d'eſtre malade;.
& afin qu'on le croye plus facilement
, il fait dire chaque
jour pendant quelque temps,que
fon mal augmente. Sa Femme en
eſt avertie. On la preſſe de l'aller
voir , & elle ne ſe laiſſe fléchir
que quand on l'aſſure qu'il
eſt dans une telle extremité
qu'on ne croit pas qu'il paſſe le
jour. Elle part contrainte par les
importunitez qu'elle reçoit , par
la bienséance , & par ſes Parens.
Quey que le Diamant
qu'elle avoit gagé luy tinſt peu au
coeur, elle ne laiſſe pas d'envoyer
cher
162 MERCURE
chercher ſon Amie. Elles vont
enſemble chez le Vieillard , &
ne voyent que viſages triftes en
entrant.On les conduir avec toutes
fortes de marques d'affliction
juſqu'à la Porte de l'Apartement
du Malade. C'eſt un filence lugubre
, accompagné meſime de
pleurs. Jugez de l'étonnement de
la Belle. A peine a- t- elle misle
pied dans la Chambre où l'on
avoit eu ordre de la conduire,
que vingt-quatre Violons commencent
à luy donner un Concert.
Elle voit un magnifique
Couvert preparé , la plus confidérable
Nobleſſe du Païs affemblée,&
le Vieillard,qui en ſe jet.
tant à ſes genoux , la preſſe avec
toute la tendreſſe imaginable de
fe vouloir raccomoder avec luy.
Tous ceux qui font préſens joignent
leurs follicitations à ſes prie.
res
GALANT. 163
res. L'attaque eſt forte,& laBelle
a peine à la foûtenir.On luy donne
le temps de ſe remettre , &
quoy qu'elle ne ſoit pas tout-àfait
renduë , on la trouve affez
adoucie pour efperer qu'on luy
fera entendre raiſon . On fert un
Repas des plus ſuperbes. Son
Amie prend place aupres d'elle,
la regarde , ſe met à rire , & ne
peut s'empefcher de luy dire un
mot du Diamant. Il n'y avoit rien
de mieux décidé pour la gageure
. Le Repas finy,on propoſe la
promenade. Le bon Homme,qui
apres ſa Femme n'aimoit rien
tant que les Chevaux, commande
qu'on luy en amene un qu'il
avoit acheté depuis peu, & qu'il
ne connoiſſoitpas encor. Ille mõte
pour faire-voir à la Belle que
l'âge n'avoit pas épuiſé toute ſa
vigueur.. Le Cheval eſtoit fougueux,
164 MERCURE
gueux , & il ne ſe trouva pas fr
bien gourmandé par celuy qui
le montoit , qu'il ne l'entrainaſt
dans un Etang , où il s'abatit. On
s'y jetta pour le ſecourir ; mais
quoy qu'on puſt faire , le bon
Homme s'y noya , & on ne l'en
put tirer que mort. Ainſi la Belle
fut la cauſe innocente de cet
accident , & fe vit Veuve dans le
remps qu'elle avoit tout ſujetd'en
deſeſperer.La reflexion du Vieillard
noyé , & noyé en quelque
façon pour elle ,luy arracha quelques
pleurs , qui ne coulerent
pourtant pas fi abondamment ,
qu'elle ne demandaſt à ſon Amie,
à laquelle des deux elle croyoit
qu'il en duſt couſter un Diamant.
Je viens à d'autres nouvelles.
On a tenu les Etats de Languedoc
L'Afséblée s'est faite à Mon.
pellier
GALANT. 165:
د
pellier. Monfieur le Duc de Ver-,
neüil , Gouverneurde la Province
, n'a pu s'y trouver. Quand le
Gouverneur est abſent , c'eſt au
Lieutenant General à les tenir.
Ils font trois en Languedoc, par-,
ce que la Province eſt grande ;,
&ces trois ont chacun leurDé.
partement. Monfieur le Marquis
de Calviſſon eſt le premier
Monfieur le Comte de Roure le
ſecond , &Monfieur le Marquis
de Montanegre le troiſieme.
L'ancien , ny celuy dans le Département
duquel les Etats s'afſemblent
n'ont pas pour cela
plus de privilege de les tenir.
C'eſt tour à tour qu'ils ont cet
honneur. C'eſtoit cette année
celuy de Monfieur le Marquis
de Calviſſon. Il eſt de
la Maiſon de Nogaret
,
166 MERCURE
& Lieutenant General des Armées
du Roy . On ne monte pas
à ce dégré ſans avoir donné en
beaucoup d'occaſios de grandes
marques de courage & de conduite.
Il a eſté Mestre de Camp
d'un vieux Corps. Monfieur le
Chevalier de Calviſon ſon Frere
cominandoit toutes les Compagnies
des Gardes à l'Affaire de
Treves. Il y fut tué en donnant
des preuves d'une valeur extraordinaire
. Madame leur Mere
eſtoit Niece du Mareſchal de
Thoiras , & portoit le meſme
Nom. Madame la Marquiſe de
Calviſſon eſt Fille de Monfieur
le Comte de l'Iſle Marivaut
Seigneur & Marquis de la Rouë.
C'eſt la meſme qu'on admiroit il
y a quelques années à Paris , &
que l'on n'y appelloit que la
belle de Marivaut , Nom qu'elle
s'y
GALANT. 167
sy eſtoit acquis avec juſtice.
Pour revenir aux Eſtats , Monſieur
le Marquis de Calviffon ,&
MonfieurDagueſſeau Intendant
y ont expliqué les volontez du
Roy. Monfieur l'Archeveſque
de Toulouſe y a fait voir par ſa
Réponſe la ſoûmiſſion des Etats
aux ordres de Sa Majeſté ;& par
une diligence qui juſqu'icy avoit
eſté inconnuë , les Etats ont arreſté
le Don gratuit à huit cens
mille écus ; ce qui fait voir l'affection
des Peuples pour noftre
Auguſte Monarque , & la fage
conduite de Monfieur le Cardinalde
Bonzi , né Préſident des
Etats comme Archeveſque de
Narbonne , l'un des plus habiles
Negotiateurs du temps ,& con
nu pour tel dans les Cours de
Pologne , d'Eſpagne, & de Venife.
Vous remarquerez , s'il vous
plaiſt,
168 MERCURE
plaiſt, que ces meſmes Etats donnerent
l'année derniere trois
millions , & que le Roy pour faire
goûter des fruits de la Paix à
cette Province , a bien voulu ſe
contenter de deux millions quatre
cens mille livres.
2 L'Aſſemblée genérale des Comunautez
de Provence s'eſt auffi
tenuë . Lamſbec eſt le lieu qui a
efté choiſy pour cela . Monfieur
Roullié Intendant de la Province
, y a expliqué les volontez du
Roy . On y a accorde huit cens
mille livres à Sa Majesté, laquelle
a eu la bonté d'en remettre
deux cens mille . C'eſt Monfieur
leComte de Grignan , Lieutenant
General de la Province , qui a
tenu cette Aſſemblée , & le mef
me qui nous a enlevé la belle
Mademoiselle de Sevigny , qui
faiſoitun des plus agreables ornemens
de la Cour. Mon
GALANT. 169
Monfieur le Maréchal de Navailles
qui commandoit l'Armée.
du Roy en Catalogne, & qui eft
toûjours à Perpignan, ayant laiſſe
deux Bataillons , & quelque Cavalerie
dans le Comté de Cerdagne
, & fourny les Garniſons
des Places de Rouffillon , avoit
envoyé en Provence toutes les
Troupes qui luy reſtoient. On
en avoit mis trois Regimens de
Cavalerie dans Arles ; mais les
Gouverneurs & Confuls de cette
Ville- là ayant une entiere confiance
aux bontez du Roy , luy
députerent Monfieur le Marquis
de Boche qui eft connu de Sa
Majesté par beaucoup de ſervices
qu'il luy a rendus dans ſes
Armées , fur tout en ces dernieres
Campagnes à la teſte d'un
Regiment de Cavalerie. Le Roy
qui connoiſt la fidelité &la foû-
Decembre. H
170
MERCURE
miſſion de la Ville d'Arles , reçeut
favorablement la tres-humble
priere de Monfieur le Marquis
de Boche.Sa Majesté n'a pas
oublié le beau Monument qu'on
a élevé à fa gloire ; j'entens l'Obeliſque
dont je vous ay envoyé
la Figure, & qui fait tant de bruit
dans le Monde. Ainſi Elle voulut
bien foulager cette Ville de
deux Regimens , & luy laiſſa l'efperance
de luy faire bien- toſt la
meſme grace pour le troiſieme.
Le Pere de ce Marquis , & tous
ceux de cette Maiſon , ont toujours
eſté fortement attachez aux
intereſts de leur Païs , & n'ont
épargné ny leur fang , ny leur
bien pour le ſervice de l'Etat,
comme on le peut voirdans l'Hiſtoire
de Provence de Noſtradamus
, & de pluſieurs autres
Hiſtoriens . On ne doutera point
de
3
1893
*
Episcopo Trecenr
Mansueto recto.pro
acSancto
FrancisMallierduHoussay
Dec.et Cano .
RegalwEcl.
Trecensis.
Posuere
T. 6. pied deRoy
GALANT.
171
১
de la vigilance & du zele de l'Illuſtre
Deputé dont je viens de
vous parler , quand on ſçaura
qu'il a déja obtenu le délogementdu
Regiment qui reſtoit à
Arles. 1
Monfieur de Maran Lieutenant
Colonel des Fuzeliers , &
Brigadier d'Infanterie, n'a pû refifter
à une fiévre , apres avoir ſi
ſouvent bravé les plus fortes attaques
de nos Ennemis.
On a fait paroiſtre beaucoup
de douleur à Troyes , pour la
mortque je vous ay déja appriſedeMonfieur
Mallier du Houfſay
fon dernier Evefque. Entre
les autres honneurs qui ont eſté
rendus à ſa memoire , on luy a
fait élever une eſpece de Mauſolée
dans une des plus conſidérables
Egliſes de ſon Dioceſe. Je
vous en envoye la Figure qui
Hij
172 MERCURE
vous le repreſentera. Tout le
corps de l'Ouvrage eſtoit d'un
Marbre jaſpé rouge. Le Marbre
blanc avoit eſté employé aux
Panneaux du pied- d'Eftal , aux
ornemens , & aux quatre Enfans
quis'y voyent LesdeuxPanneaux
de devant & de derriere avoient
des Inſcriptions. Vous en pouvez
lire une.Voicy ce qui estoitdans
l'autre. Piis mambus R. R. In Chr.
Pat. Fr. Mallier du Houſſay, Trec.
Dioec. Epis. Cap. Reg. Eccl. Trec.
dicat , confecrat. Aux Panneaux
desdeux coftez eſtoient des Baf-
-fe-tailles qui repreſentoient la
charité , & la douceur de ce
grand Eveſque .
:
Lenom du Pere de Bellemont
Capucin ne vous doit pas eſtre
-inconnu , apres ce que je vous ay
déja dit de luy dans mes autres
Lettres . Il continuë à faire écla-
H ter
GALANT. 173
ter pan tout ce zele ardent qui
doit animer un Prédicateur
Miffionnaire , & il fait de fi
grands fruits par ſes charitables
Remontrances , qu'un Cavalier
penitent , luy a depuis peu remis
volontairement entre les mains
une fomme de deniers pour eftre
reſtituée au Roy. Le Pere
de Bellemont la porta à Sa Majeſté
, qui ne fut pas peu ſurpriſe
de cette délicateſſe de confcience
dans un Homme d'épée. Elle
abandonna cette fomme au Pere
pour en diſpoſer comme il l'entendroit
en faveur de fon Convent;
mais la Regledes Capucins
leur défendant de rien recevoir
que pour une choſe déterminée,
le Roy eut la bonté d'appliquer
cette fomme pour le Batiment de
ceux de Conſtantinople que
Sa Majeſté entretient , avec
Hij
174 MERCURE
toutes les autres Maiſons des
Capucins Miſſionnaires dans la
Turquie , & dans les autres Païs
Infidelles ; ce qui marque la
grandeur du zele de ce triomphantMonarque.
Nous avons depuis deux ans
desBains & des Etuves à lamaniere
des Romains. Ils font tresdiférens
de ceux dont nous nous.
ſommes ſervis juſqu'icy. Monſieur
Dionis Chirurgien ordinaire
de la Reyne , eſt le premier
& le ſeul qui en ait fait bâtir à
Paris. Quoy qu'il ait tiré ſes premieres
connoiſſances des Bains
dont on ſe fert àRome , il a falu
qu'il y ait changé , & mefme
ajoûté beaucoup , à cauſe dela
diverſité du Climat , qui eft
moins chaud que n'eſt celuy
d'Italie. La diſpoſition du lieu
eft riante, & fatisfait fort la vetë
par
GALANT. 175
par les Vaſes,Buſtes, Baffins,Porcelaines
, & Peintures , qui en
font les ornemens . Ces fortes de
Bains & d'Etuves ont tiré leur
origine des Levantins , qui ne reconnoiffoient
point d'autre Me
decine . Les Romains en eurent
connoiſſance apres les Conque-
- ſtes qu'ils firent dans le Levant,
&les ayant trouvez excellens &
pour la ſanté& pour la propreté
, ils en firent faire pluſieurs à
Rome. Ony ena conſervé l'uſa.
ge juſqu'à aujourd'huy. LesEmpereurs
meſme en ont fait faire
de ſi ſuperbes pour leur ſervice
particulier , que l'Hiſtoire
nous marque qu'il y eut juſqu'à
quatre cens mille Hommes employez
à la conſtruction de ceux
deDiocletian. On en voit encor
les Ruines , ainſi que de ceux de
Néron, de Trajan , &d'Antonin
Hij
176 MERCURE
qui tiennent lieu parmy les Antiquitez
de Rome. L'Italie nous
avoit fourny plufieurs choſes que
nous avons trouvées fort agreabless
les Opéra , les Eaux glacées
de toutes fortes de fleurs & de
fruits , les Marbres , & meſme
pluſieurs manieres de baſtir; mais
Monfieur Dionis nous a fait voir
que nous n'avions pas encor
épuiſé toutes ſes raretez , en
nous donnant ces manieres de
Bains qui nous avoient eſté inconnuës
juſqu'à préſent .
Puis que vous eſtes Arbitre
des Gageûres qui ſe ſont faites
ſur les Enigmes du dernier Mois
dans quelques Societez de voſtre
Province , reglez les Difputes
d'eſprit qu'elles ont fait
fur les Explications dont je vous
fais part. Vous trouverez le
vray Mot de la premiere dans
celle
GALANT.
177
celle qui fuit.Elle est de Monfieur
Gardien Secretaire du Roy , qui
n'a fait ces Vers que pour rendre
juſtice an mérite de Madame de
Rambey. Vous vous ſouvenez
que c'eſt elle qui a fait l'Enigme..
C
Roit-il donc m²
le devine ,
m'échaper ſans que je
Ce noir & bizare agrément ,
Quifert aux Damesd'ornement,
Amoy quile premier chantay son origine?
t
A l'entendre parler diroit- on qu'il y
touche ,
Avecqueſon Trône defleurs?
En vain il prend mille couleurs,
Lele connoy fort bien , c'est une fine
Mouche.
Ony Mouche, il est certain ; mais tou
te prétieuse
Poursagrace &poursa beautés
Hw
178 MERCURE
:
Et l'onpeut dire en verité
Que l'on n'en uit jamais defi bonne Fai-
Sense..
D'une illustre Sapho , mais plus belle&
plusfage,
Dont l'esprit sefait renommer
Etdont les yeuxsçavent charmer ,
Elle est le délicat&Surprenant ouvrage..
Honneur de vostre Sexe , & gloire du
Parnaffe
Si de ces Mouches-cy vous laiſſex choir
Souvent ,
Ne dites plus qu'autant en emporte le
vent's
Vous trouverez qui les ramaſſe
Avec le mesme empreſſement ,
Que l'on ramaſſeroit le plus beau Dia
mant ..
J'ajoûte les noms de ceux qui
ont trouvé ce meſme Mot de la
Mouche. Meſſieurs le Chevalier
du Terrië , Capitaine au Regiment
du Roy à Ath; De Serival ;
Нац
GALANT. 179
Hautin , Fils d'un Conſeiller honoraire
du Chaſtelet ; De Lanon.
niere - Jarraffon ; Du Meſnil ;
Houppin le jeune ; Fontaine des
Iles, d'Orleans; les Affligées de
la Ruë de Flandre de Lyon;
Noiret , de Roüen ; Chantreau;
Des Avaris ; Des Rofiers , de
Rennes ; Couſinet, Fils d'un Maître
des Comptes de Parisi Raulr,
de Roüen ; Le Mauvileu , de
YON
Chauven ; Germain , de Caen;
De Lonlay , de Valoigne;; ( ces
fix derniers en Vers; ) Boytet,
d'Orleans , De Bernicour , de
Tournay ; Meſdem. Ferus de
Lyon , de la Jurie Marie-Anne
de S. Germain,& du Colombier;,
&Meſdemoiselles de S. Paul, de
S. Cheron. La Coife de tafetas,
un Masque, un Loup , &un Manchon
, font d'autres Mots qu'on a
appliquez à cette Enigme.
ona
Monfieur
180 MERCURE
Monfieur Maillet le Verd,
Echevin de Troyes , a expliqué
ainſi la ſeconde dans fon
vrayſens..
REfvant unjour Tirfis & moy
Sur le sens qu'enfermoit cette Enigme
nouvelle,
Ma pawore petite cervelle "
En moins de rien fut toute en defarroy.
Je renferme ſouvent une haute fageffe
,
Cela m'embaraffoit le plus
Mais Tirfis fans tant defineffe
Mit tout d'un coup le doigt deſſus
Carm'oſtant ma Calotte , & me touchant
la teste,
1
Si la chose dont il s'agit
Couvre ſouvent des Gens d'esprit,
Souvent auffi, dit-il, elle couvre uneBefta
Monfieur Maillard , du Quartier
S. Paul; Le bon Clerc , de
Châlons; & Monfieur de Manfec
, Sieur de Pontdouble , ont
, donné le meſine ſens , le dernier
en:
GALANT. 181
en Vers. Les autres Explications
ont eſté ſur le Chapeau , la Plume
à écrire,une Peau à couvrir un Livre
, la Mer , & un Tambour de
Basque.
Ceux qui ont deviné l'une &
l'autre Enigme , font Meffieurs
Rouffel , Aumonier ordinaire du
Roy,à Conches , Panthot , Doct.
Medecin aggregé au College de
Lyon;DuRydeChampdore;Bail.
lé le jeune , d'Agen ; de Bonnecamp
, de Quimper , De Bollain
, Capitaine au Regiment
de Picardie ; La Grive Avocat à
Lyon; Du Val l'aiſné , Medecin
d'Evreux ; Frolant , Avocat en
Parlement ; Treblig , de Villedieu
; D'Infré ; L'Anglois ,
de Pontoife ; & Meſdemoisel
les de la Mariniere ; Raince ,
de la Ruë Chapon : Fredinie, de
Pontoiſe ; La Societé Cloiſtrée
de
102 MERCURE
de Paris ; Potier de Lange , de
Compiegne ; Du Mont ; LesDames
inſéparables du Périgord;
L'Amant def- intereſsé de Bordeaux
; Meſdemoiſelles Rappé,
Maficq, Metoyer , Meſchin ; La
belle Joupeau de la Flote en
l'Iſlede Ré ; & Belamire amoureux.
Elles ont eſté expliquées
en Vers par Meſſieurs le Coq de
Boirivey; De Lutel , de Soiffons;
Du Lampet, de Clermont en Auvergne
; De Lorne ; Aimez le
Fils , de Beziers ; Maillet le Verd;
L'Abbé de Sacy , de Rouen ;
Chant- leu ; Du Mont, Avocat à
Chaumont ; Horde; & le Che
valier de Leſſé..
Les deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye, ſont ; la premiere,
de Monfieurle P. la Tournelle
; & l'autre , de Monfieur
Taveault,de Nuis en Bourgogne.
ENIGME ..
GALANT.
183
I
3.
ENIGM Ε.
Ay long- temps foûtenu
Qui
ma Mere,
m'aperduë enſeſawiant.
L'aydesSoeurs à foiſon , ſans avoir un
Seul Frere
Ny rien qui paroiſſe vivant.
Mes Scoeurs&moy pourtant nousfaiſons
desquerelles
Qu'on craint autantque les Duels..
Les traits que nous lançons , s'ils nefont:
pasmortels,
Engendrent deshainės mortelles..
Fieres comme des Amazonnes , e
Nous nousattaquons aux Etats ,
Etfansnous ménager avecles Couronness
Frondons Edits&Magistrats.
C'est nous qui rempliſſons, ou qui vuidons
Labourse
Quifaiſons revivre les morts,
Etdont ilfaut ſouvent fendre &Soüiller
lecorps,
Pourmettrefin à nostre course..
AUTRE
184
MERCURE
Ο
AUTRE ENIGME ..
Nine voit point dans la Nature
De corpsplusperit que lemien
Etcependant jefaissi bien,
Quejesuis plus fecond qu'aucune Creature.
I'aurois trop de fureur dans les grandes
Chaleurs
L'Hyver est destiné pour me mettre en
usage
P'ay l'humeur fi piquante , & l'esprit fi
Sauvage,
Queplus on me chérit , plus on verſo de
pleurs.
Pourſoſervirdemoy , qu'on me mette en
pouffiere
Qu'on employeà me battre , &la nuit&
le jour
Ien'enferay pas moins audacieuse &fiere.
Malheur aux Gens qui me font trop
la cour
Mademoiselle Fredinie , de
Pontoiſe , a percé les obſcuritez
de l'Enigme d'Euridice , en finiffant
par ces Vers l'explication
qu'elle luy donne.
Ойу,
GALANT. 185
Ouy ,j'aurayla confufion
De m'estre attaché au mensonge ;
La Fable d' Euridice est une illuſion,
Et voſtre Enigme n'est qu'un Songe.
Ce dernier Mot eſt le veritable
de l'Enigme , & a eſté auſſi
trouvé par Meſſieurs Robert , de
Châlons en Champagne ; De Serival;
Baillé le jeune ; Le Coq de
Boiſrivey ; & Carré d'Anſcy pres
de Dijon. On l'a encor expliquée
ſur l'Echo , le Miroir , la Fumée,
la Curiosité , l'Ealypse de Lune,
&le Seau. Toutes ces Explications
ont leurs beautez ; mais à
l'égard du Songe , il feroit difficile
de rien imaginer de plus juſte.
Pluton rend Euridice à Orphée,
avec defenſe de la regarder,
qu'il ne ſoit entierement forty
des Enfers. Il marche. Il fait
quelque temps violence à ſon
amour , mais à peine a- t- il entre
veu
186 MERCURE
veu la ſombre lumiere que le Soleil
fait defcendre juſqu'à l'entrée
de ces lieux de confuſion &
de tenebres, qu'il tourne la teſte,
& cede à l'impatience de ſçavoir
fi ſa chere Euridice le ſuit. Il la
voit entraînée par des Ombres,
qui la ramenent dans les Enfers.
Voila ce qui nous arrive ſouvent
en dormant. Nous joüiffons de
tout le bon- heur que nous pouvons
ſouhaiter. Mille flateuſes
Images nous le repreſentent. Le
jour vient. Nous ouvrons les
yeux, & cet imaginaire bonheur
s'évanoüit avec le ſommeil qui l'a
causé. Avouloir pouffer un peu
la morale , il y auroit icy lieu de
dire que toute la vie n'eſt qu'un
fonge , maisje ſuis preſſé de vous
faire voir l'Enigme d'Hercule &
de Promethée. Ce ne font pas des
noms inconnus pour vous. Vous
ſcavez
ERCVLE ET PROMETHEE ENIGME
BIBLIOTHEQU
*
LYO
18
e
GALANT. 187
ſçavez que ce dernier ayant dérobé
le feu duCiel , fut attaché
au Caucaſe , où une Aigle luy
venoit tous les jours déchirer le
coeur. Ce ſuplice auroit peuteſtre
eſté eternel , auſſibien que
celuy d'Ixion , de Sifyphe , & de
beaucoup d'autres fameux capables,
ſi Jupiter n'euſt aimé Thétis.
Promethée qui avoit une parfaite
connoiſſance de l'avenir , le
détourna de ce Mariage , en luy
faiſant dire qu'il avoit eſté arrefté
par les Deſtins, que celuy qui
naiſtroit de Thétis feroit plus
grand que fon Pere. Jupiter ſe
ſouvenant de ce qu'il avoit fait
contre Saturne , étoufa l'amour
qu'il avoit pris pour cette Déeſſe ;
&pour récompenſer Promethee,
il envoya Hercule au Caucaſe.
Hercule tua l'Aigle , & rompit
les chaînes de Promethee. Voila
la
188 MERCURE
la Fable. Trouvez le ſens de l'Enigme.
"
2
Il ne me fuffit point de vous
avoir parlé de l'ouverture des Au.
diences qui ſe fait toûjours un
Lundy , quinze jours ou trois ſe .
maines apres la S. Martin. 11
faut vous entretenir des Mercuriales.
Elles ne manquent jamais
de ſe faire le Mecredy fuivant ,
& on les appelle Mercuriales
par cette raiſon . Comme ces fortes
de Diſcours font des Remontrances
, ils ſont cauſe que
tout ce qui eſt Reprimande , a
pris le nom de Mercuriale . Les
Gens du Roy ſe tenoient anciennement
à l'entrée de la Grand'
Chambre : & comme tous les
Conſeillers y devoient paffer , ils
prenoient ce temps pour leur
faire ces Remontrances : mais
cet uſage a efté changé , & l'on
a
GALANT. 189
aétably les Mercuriales, qui conſiſtent
preſentement en des Harangues
publiques.
Monfieur le premier Prefident
parle d'abord aux Huiſſiers ; enfuite
on va querir Meſſicurs les
Gens du Roy, & il leur adreſſe la
parole en commençant par ces
mots , Gens du Roy. Voicy à peu
pres ce que Monfieurde Novion
leur dit la derniere fois. Il fit connoiſtre
, Qu'aprés avoir déja parlé
des avantages du Silence , il
fembloit que c'estoit le bleffer , de
faire une autre fois ſon éloge ; mais
qu'il luy restoit beaucoup de cho-
Ses àdire qui pouvoient estre d'une
grande instruction. Il dit enfuite,
Que le filence fut si bien ob-
Servé dans l'Aréopage , que les
Grecs en firent un Proverbe parmy
eux, & que ce fut dans cette
celebre Affemblée que Caton parla
avec
190 MERCURE
avec tant de juſteſſe , & que fon
interprete se rendit ſi ennuyeux,
qu'il donna lieu de dire que les difcours
Romains partoient de lateſte,
& ceux des Athéniens ſeulement
des levres. Il ajoûta,Que les Egyptiens
ne s'expliquoient que pardes
hiérogliphes ,& que le laconiſme
avoit toûjours esté le caractere de
la plus vive Eloquence ; QueLicurgue
diſoit que fon Peuple aimoit
la briéveté , parce qu'elle approchoit
leplus du filence. Il dit encor,
Que lefilence estoit le langage
du Ciel; que les Oracles avoient
peu parlé; Que Dieu mesme avoit
blâmé la prolixité juſques dans la
priere ; &que lors que Moïse eust
eu l'avantage de conféreravec cetteMajestéSuprême
, il connut qu'il
avoit moins de facilité à s'exprimer,&
fentit quefa langue estoit
empefchée. Il conclut de là ,Que
ce
.
:
GALANT. 191
ce qu'il y a de plus fublime nous
apprend à peu parler , & finit en
diſant , Qu'il ne faloit rien obmettre
de neceſſaire , & ne rien dire
de ſuperflu , & que Caton fut admiré
de n'avoir rien dit en ſa vie
dont il eut enſujet deſe repentir.
Ce Difcours eſtant finy, Monſieur
le Premier Preſident adrefſa
la parole aux Conſeillers , &
ayant commencé par le mot de
Meffieurs , il leur dit , Que fi le
filence estoit bienfeant à tout le
monde , il l'estoit encor plus aux
Magistrats , dont la suffisance
estoit connuë ; Que l'Homme public
ne devoit pas toûjours dire tout ce
qu'il sçavoit , & devoit toûjours
Sçavoir ce qu'il estoit temps de dire
; & que s'iln'estoit pas maistre
defa langue, il eſtoit incapable des
grands Emplois. Il dit enſuite, Que
Legrand Parleur estoit comme un
Epilepti
1921 MERCURE
Epileptique qui alloit tomber ou le
hazard&la violence de fon mal
le portoient , Que la Magistrature
estoit une Milice; Que la Victoire
fuivoit le fecret , & qu'on liſoit
dans Homere , que les Troupes
Troyennes qui marchoient à grand
bruit, estoient toûjours infortunées,
tandis que les Grecs qui tenoient
teurs marches fecretes, remportoient
des victoires continuelles. Il dit encor,
Que ces mesmes Grecs en
loüant la valeur d'Achille , navoient
pû donner une plus éclatante
idée de celle de nostre incomparable
Monarque Que tant de
Troupes unies contre les interests
de la France , n'avoient pû autre
thoſe que publier des deffeins inutiles
, pendant qu'il avoit fçen se
prévaloir des avantages du ſecret,
& qu'il avoit fait des prodiges de
valeur. Il parla du fameux éloge
qui
GALANT.
193
qui fut donné au grand Capitainede
la Grece ,&dit , qu'iln'a
voitjamaisparu d'Home qui ſçeust
tant , & qui dist moins. Il finit par
ces paroles. En effet , Meffieurs,
d'eft toûjours affez dire , que defatisfaire
àson fujet , & souvent
mefme lefilence fait la réponse du
Sage
Ceux qui m'ont fait part de
cesdeuxDifcours ayantune memoire
tres-heureuſe ,je nedoute
point que les pensées n'en foient
beaucoup mieux ſuivies qu'elles
ne le ſont dans celuy du jour des
ouvertures des Audiences.
Si- toft que Monfieur le Premier
Préſident cut achevé de
parler , Monfieur Talon fit un
éloge du Roy fur ce qu'il nous
donne tant d'occaſions de l'admirer.
Cet Eloge fut ſuivy de
trois Portraits , dont l'un fut du
Decembre. I
194 MERCURE
3
Magiſtrat pareſſeux , l'autre du
voluptueux , & le troiſiéme du
parfait. Il appliqua ce dernier à
Monfieur le Premier Préſident
deNovion Il parla de ſa vigilance,
de ſa grande activité , de fon
extréme application aux Affaires,
de la grande intelligence qu'il
en avoit , & de la prompte expédition
qu'il procuroit aux Parties .
Il finit en diſant que ſa préſence
l'empefchoit de dire des chofes
auſquelles il ſçavoit bien que ſa
modeſtie répugneroit , & en excitant
tous les Juges à l'imiter.
Toute l'Aſſemblée fut charmée
de cet éloge , & la fatisfaction
qu'elle en fit paroiſtre fut une
marque qu'elle estoit fortement
convaincuë de tout ce qui avoit
eſté dit à l'avantage de Monfieur
le Premier Préſident .
Je vous envoyeray au premier
1
jour
GALANT
AR
195
jour un Livre nouveau qui va
fortir de la Preſſe . C'eſt uneDiffertation
fur un Voyage de Grece
publié par Monfieur Spon.
Vous y trouverez des Remarques
fort curieuſes ſur les Medailles&
fur les Inſcriptions ; &
ce qui vous y plaira le plus , vous
y verrez la Défenſe d'un autre
Livre qui n'a pas moins eſté de
voſtre gouft que de celuy du Public.
Je parle d'Athene ancienne&
nouvelle,queMonfieurde laGuil.
letiere nous donna il yatrois ans.
On l'a attaqué. Vous examinerez
fi on aeu raiſon de le faire.
On m'a envoyé un Air nouveau
deMonfieur des Fontaines .
Je vous en fais part. En voicy les
Paroles THEQUE DI
LYON
196 MERCURE
AIR NOUVEAU.
E n'est qu'au retour des beaux
CE
jours
Qu'on doit fuivre l'ardeur que l'Amour
*
nous inspire.
Maisdés que l'Eté ſe retire ,
Il faut renoncer aux Amours.
En récompense ,
Si-toſt que l'Automne s'avance,
Il faut pour celébrer de Bacchus la memoire.
Vuider en s'éveillant, cinq oufix Brocs de
Vin;
Et le restedu jour l'employerà tant boire,
Que nous ne sçachions plus s'il eſt ſoir ou
matin.
Je ne vous diray rien de la
Guerre. Ces Articles auroient
mauvaiſe grace dans un temps où
l'on ne parle par tout que de Paix;
& d'ailleurs on ne s'eſt preſque
point batu depuis la derniere
Let
GALANT.
197
Lettre que vous avez reçeüe de
moy. Nous n'avons pourtant pas
laiſſé de prendre quelques Places
dans le Dioceſe de Cologne , où
nos Troupes vivent commodément,
ainſi que dans les Païs de
Julliers & du Liege. L'Armée
du Prince Charles a beaucoup
foufert ſans ſe batre; &l'obſtination
que ce Prince a euë de la
faire tenir ſur pied dans un lieu
oùellemanquoit de vivres , pendant
qu'il faifoit relever les fortifications
du Fort de Kell , luy a
beaucoup couſté . On a fait un
Pont de Bateaux à la place de celuy
que nous avons brûlé , &
qu'on appelle le Pont de Strafbourg.
Le nouveau eſt bien éloigné
de reparer la perte de l'ancien,
puis qu'il faudroit plus de
temps pour en rétablir une feule
Arche , que pour en dreſſerun
Iiiiijj
198 MERCURE
4
i
de Bateaux tout entier.
Vous attendez peut-eſtre que
je vous apprenne des nouvelles
d'Angleterre. Quoy que la def
union qui s'y eft formée ait déja
couſté du ſang ,elle peut n'ef
tre qu'apparente , & avoir eſté
produite par des intelligences
d'ont il n'eſt pas aiſe de develo
per le myſtere. De la maniere
dont on agit de ce coſté- là , il
ſemble qu'on n'y ſçait pas trop
bien ce qu'on veut. Quand le
temps nous aura permis de mieux
penetrer dans le ſecret des Inte
reffez , je vous feray ſçavoir en
peu de mots , ce que je ne vous
apprendrois pas aujourd'huy das
un volume , ſi je vous mandois
tout ce qui ſedebite parmy ceux,
qui dans l'avidité de parler , raifonnentdes
journées entieres fur
un oüy-dire dont il n'eſt plus
queſtion le lendemain.
GALANT.
199
Je finis par l'Article que vous
m'avez particulierement recommandé
de la part de vos Amies.
C'eſt celuy des Modes. Il ſeroit
difficile de vous en parler plus
certainement que je vay faire . La
plûpartdes Etofes que l'on porte
font des Satins & des Gros de
Tours rebrochez avec un cor
donnet. On porte auffi beaucoup
de Velours cizelez . Les fleurs &
le fonds des uns ſont couleurs de
cheveux bruns ; & les autresont
des fonds blancs , & des fleurs
brunes. Les Jupes ſont couvertes
à plein de broderie de foye : &
quand on y met des dentelles, on
les joint de fi pres , qu'il ſemble
qu'une ſeule couvre toute la Jupe.
Quand on ne metqu'un rang
au bas des Jupes , c'eſt ordinairement
une broderie , & l'on n'y
metplus rien de couché ny de
I iiij
200 MERCURE
volant.On portebeaucoupd'Habits
noirs , & prefque point de
Tabliers. On a veu au commencement
de l'Hyver plus de cent
fortes de Manchons de pluche.
Chaque Marchand en avoit d'une
façon particuliere. Les pluches
eftoient de couleurs diférentes
, ce qui donnoit lieu de
faire de Manchons en Zigzac,
en Echiquier ou Damier , & à
blandes , de diverſes couleurs.
Les riches ont eſté d'Hermine ,
avec des bandes, de tiffu , qui eftoient
auſſi de toutes fortes de
couleurs . On en a veu de Marte
avec de la frange dor , & d'autresde
Marte,& tous couverts de
reftes. Cette derniere mode n'a
pas efté ſuivie . Il s'en fait prefentement
dont la pluche eſt
toute d'une couleur , avec un
cordonnet coufu deffus de plu
fieurs
GALANT
107
fleurs manieres. On en voit auffi
avec ces cordonnets , qui ont un
deſſein tres- agreable.
Quoy que ma Lettre ſoit datée
du 31. de ce Mois , des raifons
que vous pouvez aiſement
vous imaginer , m'ont obligé de
•la finir la veille des Feſtes. Ainfi
vous n'y trouverez aucune des
Nouvelles qu'on a eu foin de
m'envoyer pendant les huit derniers
jours de l'Année. J'en remets
les Articles juſqu'au Mois
prochain , &n'oublieraypas une
Feſte galate qui a été faite à Grenoble
, & dontla magnificence
mérite d'eſtre publiée par tout.
Je vous entretiendray en mefme
temps des Régals qu'on a
faits icy aux Ambaſſadeurs de
Hollande , des Charges qui ont
eſté données nouvellement , &
de tout ce qui s'eſt paſſé touchant
1202 MERCURE
t
C
chant la Paix d'entre la France
& l'Eſpagne depuis que la Ratification
eſt venuë. Cette heureuſe
Paix eſt le fameux Ouvrage
de Louis LE GRAND. Les
Chifres Romains qui marquent
l'Année 1678. pendant laquelle
cette Paix a eſté concluë, ſe rencontrent
dans quatre mots Latins
par leſquels Monfieur de
Vaux Maiſtre des Comptes à
Dijon , nous a exprimé dans cette
Langue ce que je viens de
vous dire dans la noſtre. PAX
LVDOVICI MAGNI OPVS .
Ces lettres numerales miſes en
dre , font M. DC. LXVVVIII.
Je ne doute point qu'on ne m'envoye
quantité de Galanteries qui
ſe feront faites au ſujetdes Etrennes.
Ce ſera par elles queje commenceray
à vous faire voir que
mes Lettres feront deſormais
rem
S
GALANT. 203
remplies de matieres agréables
& divertiſſantes , quoy que le
reſte n'y ſoit pas oublié pour ceux
qui ne font pas leur plaifir de ce
qui plaiſt aux belles Ruelles. Je
fuis , &c.
13
AParis ce 31. Decembre 1678.
LYON
0
AVIS
Avis pour placer les Figures.
31
Air qui commence par Gillot , lanin
, deux Biberons , doit regarder
lapage 31
Le Laboratoire des Capucins du
Louvre doit regarder la page 6 1
L'Air qui commence par Envain
vousm'ordonnez de feindre , doit regarder
la page 66
L'Air qui commence par Hollandois,
le grand Roy qui vous donne la Paix,
doit regarder la page 153
LeMauſolée doit regarder la page
171
L'Enigme en figure doit regarder la
page 186
L'Air qui commence par Ce n'est
qu'au retour des beaux jours , doit regarder
la page 309 .
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS ..
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
এ
807156
MERCURE
GALAN T. THEQUE Decembre
1678 DE
LA VIL
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere.
M. DC. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DUROY
CAM
************
DVOLHI
· ΓΕ
WONFIGNЕ
A
LYON
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
MONSEIGNEUR ,
Voicy la seconde Année duMer
cure Galant finie , & la premiere
dans laquelle on luy a veu porter
vostre auguste Nom. Quoyque cette
gloire luy aitfervide paſſeport dans
toutes les Cours de l'Europe , où les
plus grands Princes ne l'ont pas
crû indigne de leur approbation, ce
aij
EPISTRE.
n'estpas ce qui a causéſa plus forte
joye. La plus ſenſible qu'il ait reçeve,
c'est, MONSEIGNEVR,
d'avoir en occasion de parler douze
fois de vous. Tantoſt il s'est étendu
Sur vostre adreſſe àmanierlesChevaux
les plus indomptabless bardieſſe
qu'on peut nommer intrépi
dité, dans l'âge où vous avez commencé
de vous appliquer à de fi
pénibles Exercices. Tantoft ilafait
connoiſtre les avantages que vous
avez eus dans les Coursesde Bague
qui ſe font faites, &qui outre la
hardieſſe demandent beaucoup de
jugement Les Prix que vous y
avez remportez , n'ont pas moins
fait admirer la bonne grace avec
laquellevous vous en étes acquité,
que la surprenante vigueur que
vous y avezfait paroiftre. Mais,
MONSEIGNEVR, doit- on en estre
Surpris , apres ce qu'on vous a veu
faire à la Chaffle , tenant toûjours
€
fit
9
la
EPISTRE.
la queue des Chiens , perçant les
Forests, & courantſur les plus hautes
Montagnes , sans qu'aucun pesil
vous étonnast postre Esprit
mast pas moins actif que vostre
Corps. Ilconçoit avec unepromptitude
merveiltense. Da Fable &
l'Histoire vous estoient presque connuës
dés le Berceau, &vous entendiez&
parliez la Langue Latine
en Maistre , quand ceux de vostre
âgesçavoient àpeine parler François.
Onvous voyoit déslors expliquer
les Autheurs les plus difficiles,
& ce qu'ils avoient deplus obfcur
l'estoit rarement pour Votus. Les
beaux Arts ne vousfontpas moins
connus ,&vous avez fi parfaitement
appris à defſfiner dans vos
beures de plaisir , que vous avez
efté au delà des connoiſſances que
vous penfiezacquerir. Ainfi,MONSEIGNEVR
, en croyant ne manier
un Burin que pour votre feut
ǎ iij
EPISTRE.
divertiſſement , vous avezfait des
Chef- d'oeuvres du premier coup .
Apres cela, ne devons- nouspas estre
fortement persuade , que o in
grandeur de nostre incomparable
Monarque, & celle quruda
ronne, vous attirent jamais desEn
nemis , vous leur ferez voir qu'ils
doivent craindre le Sang qui vous
anime.Vous connoîtrez le fort &le
foible de leurs Camps & de leurs
Places,&Scaurezcomment celles de
France devront estrefortifiées .Tant
de Sciences diverſes,MONSEIGNEVR,
ne proviennent que de la
forte application que vous avez euë
àtout ce que vous avez voulu apprendre,&
de ce que vous vous étes
rendu infatigable en travaillant.
Mais comme vos grandes qualitez
augmentent tous les jours avec vôtre
âge, te moyen d'en parler tous les
Mois , & d'en parler avec quelque
raport à ce que vous nous faites
admirer
EPISTRE.
6
p
admirer en vôtre Perſonne ? I'aurois
beſoin de ces Mois entiers pour
en faire la premiere ébauche , &
ga qui of pallolous de regne de
READ moc-
CUBE EXOR Paus me laillek mettre
dangs leur jour les idées que je
m'en forme. Ainsi, MONSEI
GNEVR, quoy que le Mercure
ait toujours l'avantage de paroistre
Sous l'auguste Nom que
vous luy avez permis de porter,
ce ne fera plus que de temps en
temps que je prendray la liberté
d'y mettre à la teste un Portrait
des rares Vertus que vous faites
éclater. La continuelle admiration
qu'elles caufent , n'a rien qui
l'égale,que le profond respect avec
Jequelje fais 2005
19
O MONSEIGNEVR,
Suplaupa Votre tres humble, tres-
251547 2008 2018beillant Serviteur,D.
a iiij
PREFACE.
2709
E n'eſt pas ſeulement en France que les
RoyaumesEtrangersen changent auli-bien
que nous;st noces changemens y arrivent ou
plus rarementyou plus tard, ils ne laiſſent pas
d'y arriver marquetit en eux lathelme
inconstance qu'on nous reproche , &qui eft
naturelle àtous lesHommes. Ainsi l'on voit
fort ſouvent que des choles médiocres font
beaucoupplus recherchées que de plus belles,
par le feul avantage de la nouveauté;&
par cette failon ce qui a eſté longtemps en
vogue,peut ceffer de plaire ſans devoir eltre
moins eltimé. Quand le Mercure Galant auroit
eu la mefme deſtinée (ce qui n'eft pourtantppaassarrive
) il n'auroit pas aucunſujet
de ſeplaindre. C'eſt le fort commundetout
cequi a efté le plus en crédit ,&nous naifſons
avec fi peu de fermeté pour nos propres.
ſentimens, que nous condamnons ſouvent ce
que nous avons le plus approuvé. Combien
de belles Perfonnes ont ceffé de charmer
leurs Adorateurs , quoy qu'elles euffent encor
les mefines attraits , par la ſeule raiſon
qu'ily avoitlongtemps qu'elles s'en eſtoient
fait aimer ? Le Mercure , apres deux années
entieres, n'a pas encor eu cette difgrace, &
loinque ſa vieil'eſſe luy ait fait tort , il ſemble
qu'elle le faſſe rechercher. Il a eſſuyé
tout ce que doit craindre un Livre quiréüffic
PREFACE
ht, fitoutefois onpeut dire qu'il doit appre
hender des attaques qui estoient autantde
marques de ſon fuccés,& que l'on ne devroit
appeller que d'heureux malheurs. On a fair
imprimer des Critiques, & ce qui a fait voir,
qu'il n'y avoit que fonolyacés qui fiſt peine
on s'est engagé d'en donner une au Public
tous ous les Mois, cece qui marquoit une volonté
premeditée dede mai naire, puis qu'onne pouvoit
Içavoir fi ce qui n'avoit pointencor paru ſeroit
ou bon , ou méchant. On méprifetrop
ces fortesde Critiques pour y répondre. Elles
ſedétruiſent d'elles meſmes , & ce qui devoitparoître
tous les mois eſt demeuré étoufédés
ſa naiſſance. Ainfi peu de Gens ſçar
roient qu'on euſt fait une Critique , ſi l'on
n'en parloitdans cette Préface. D'autres ont
attaqué le Mercure d'une autre maniere , &&
ne pouvant difconvenir de ſon ſuccés , ils
ont cịu qu'ils en pouroient profiter en faifant
des Livres dont le nom de Mercure ſeroit
meſſé dans le titre ; mais ils n'ont pû
tromper longtemps . La trop grande approbation
qu'on a continué de luy donner, a mefme
chaguiné les Autheurs qui avoient applaudy
d'abord au Mercure. Chacun a voulu
fe perfuader qu'il en pouvoit faire autant,
& que la matiere en eſtant toûjours toute
faite , il n'en pouvoit couſter à l'Autheur
que la peine de l'aſſembler . Si ce qu'ils publient
eſtoit vray , tout le Livre ne feroit pas
écrit d'un mesme ſtile, & quoy qu'on ypuft
mettre des Memoires quelquefois nieux
écrits que n'eſt le Mercure , il nene laiſſeroit
Pas d'eftre uneeſpece deMonftre ,à caufe de
Liné
PREFACE.
1
l'inégalité de ſes parties. Un Bâtimentuny,
&d'une Symetrie bien obſervée , eſt toûjours
plus beau que fi l'on y voyoit un Pavillon
enrichyde tous les ornemens que peut fournir
la Sculpture & que tout le reſte de l'Ev
difice en manqueftive Mercurelaprés avoid
eſſuyé la fureur des Critiques ,quiomphlé des
ſtratagemes de ceux qui foubfon nomave
loient profiter de for fuocés,cadettenbiendo
quelques autres qui fe croyoientcapables d'y
travaillerbarteceu encore une plusicruelle
attaque par ceux qui fembloient obligésde
ledefendre & comme vray femblablement
on devoir leur ajoûter foy de pareilscoups
eſtoientplus à craindre.Kentens paricette
derniere attaqueune conjuration de plufieurs
Libraires quitous par de diférens motifs
avoient réſolu deDétouferis les uns ,parce
qu'ils n'avoient plus droit d'en vendre , Sa
les autres, parce qu'ils ſe perfuadoient qu'il
empefchoit le debit de leurs aures Livres.
Cette conſpiration éclata il y a un mois.
Preſque tous les Libraires du Palaisdirent
qu'ils ne ſe chargeoient plus du Mercure,
parce qu'ils n'envendoientprefque plus:mais
comme ils virent qu'on continuoit à ledemander
avec autant d'empreſſement qu'à
l'ordinaire , & qu'il feroit difficile de faire
mourir la curiofité qu'on a pour ce Livre,ils
crûrent que pour mettre fin à tout , iln'y
avoit qu'à faire mourir l'Autheur. Sa mort
futdonc publiée auſſitoſt , & meſine écrite
dans les Provincesà ceux à qui ces Libraires..
fourniſſoientle Mercure.Cependant on croit
eltre obligé de faire ſavoir icy qu'il eſt
toûjours
PREFACE.
au P
toûjours plein de vie.Toutes ces choſes ſont
des preuves incontestables du ſuccés qu'ils
ont tâché d'afoiblir. Le Mercure pouvoit- il
manquer d'en avoir, puis qu'on y voit en
vingt-deux Volumes quis contiennent les
Nouvellesde vinge quatre Mpiss un abregé
des plus grandes Actions de boiIS LE
GURVAINOD pendant desdeux Années. Chachidemeure
d'accord ques ces Volumes
renferment des choses qu'on ne trouvera
pointaillems, 80 fuscount à l'égard des Plans
Sodes Articles de la Guerre.On y trouve
das Relationsde Sieges &de Combats,dont
on n'a jamaisrien donné Public ,& qui
fontdesmorceaux d'Histoire qui doivent vivreeternellement
. On peut dite qu'il n'y a
Lien que de veritable dans tous ces Volumes,
puis que fi l'on est tombé dans quelque
ecreut pour n'avoir pas eu d'abord des Mémoires
affez inftructifs , ces fantes ont eſté
reparées dans le Volume ſuivant. Ily a mefme
de la verité juſques dans les Galanteries,
lesHiſtoires n'eſtant composéesque fur des
fondemens veritables. L'Annéemil fix cens
foixante& dix-neufdevant eſtreune Année
de Paix ( ce qui reſtera d'Ennemis au Roy
n'eſtantpas capable de l'occuper tout entier
apres qu'il a eu à combattre preſque toutes
les forces de l'Europe ) cette Année ſera
remplie de plus d'Hiſtoires que les deux qui
l'ontprécedée.Ces Hiftoires&d'autres Galanteries,
occuperont la place de la Guerre.
Onprendra de nouveaux foins pour rendre
ce Livre agreable,& l'on fera en forte qu'il
y aitdes endroits pour tous les goufts diferens
PREFACE.
rens. Quant à l'Extraordinaire, ſon ſuccés
augmentant tous les jours, on continuera de
ledonnerdans les quatre Quartiersde l'Année
; & le quatriéme, qui fera l'Anné.ecomplete,
ſera diſtribué le 30.de Janvier. Pluſieurs
ont crû juſqu'icoque c'eſtoit un Extrait des
Nouvelles qui estoient dans les Mercures
des trois Mois Ceux quicong demé cesbruits
ont eu leurs saifons Cependant con croid
devoir avertir qu'ils ne contiennent quedes
chofesdont il n'y a pas-un mot danshes Mera
cures ,& qu'il est compoſé de matieres toutes
diférentes. τίνποίος οί ετabanttib
ON
9 2-bade bom d
1. Avis pour toûjours 20
τουpre
N prie ceux qui envoyeront desMemoires
où ilyauradesNomspropres,
d'écrire ces Noms en caracteres tres-bien
formez & qui imitent l'Impreſſion , s'il fe
peut,afin qu'on ne ſoit plus ſujet à ſe tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des papiers.
diférens toutes les Pieces qu'on envoyera.
On reçoit tout ce qu'on envoye , & l'on
faitplaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs Ouvragesdans
le Mercure , les doivent chercher
dans l'Extraordinaire ; & s'ilsne ſont dans
l'un ny dans l'autre , ils ne ſe doivent pas
croire oubliez pour cela. Chacun aura fon
tour,&les premiers envoyez ſeront les premiers
mis,à moins que la nouvelle matiere
qu'on recevra ne ſoit tellement du temps,
qu'on ne puiſſe differer...
On
On ne fait réponſe à perſonne , faute de
temps.
Onne met point les Pieces trop difficiles
à lire.
2On recevra les ouvrages detous les Royaumes
Etrangers,son propofera leurs Quefinste
eel as if iup
avisi les Estrangers envoyent quelques RehitionsdePettes
oude Galanteries qui ſe ſemolt
paffées chez eux, on lasmiettradans les
Extraordinairesun masq sayali sa
LExtraordinaire du Quartier d'Octobre
fediſtribuera le 30. Janvier 16799316 .
Onne met point d'Hiſtoires qui puiffent
bleffer la modeftie des Dames , ou deſobli
ger les Particuliers par quelques traits fatyriques..
On a beaucoup de Chanſons.Elles auront
toutes leur tour, fi on appréd qu'elles n'ayent
pas eſté chantées. C'eſt pourquoy fi ceux
par qui elles ont eſté faites veulent qu'on
s'en ſerve , ils les doivent garder ſans les
chanter & fans endonner de copie juſqu'd
ee qu'ils les voyent dans leMercure.
289,777
worsh
A
EXT #ETS EROS, EXES EXY EARS 809703, 1979 40979 , SRP
LE LIBRAIRE
AU LEC THE UR? 230
V
Oicyseber Lecteur ,le dernier-Kolume
du Mercure Galand de l' Année
1678. quiiffaaiitt àpresent le vingtdeuxième
,fans conter quatre Extraordinaires
qu'ily ade ladite Année 1678 .
C'est dans cette preſante Année 16791
que vous allez trouver au Mercure des
Pieces pleines d'eruditions &choisies , ou
vous verrez que le Mercure ſera neceffaire
d'estre lu&gardé de tous les beaux 1
Esprits, puisqu'il furpaſſera tes Volumes
cy devant , quoyque vous y devez avoir
remarqué des Pieces d'Eloquence , &autres
Ouvrages ſi ſçavans, quiferont bien
recherchés à l'advenir ; mais la grande
peineque l'Autheurſe donnera pour ſatisfaire
le Public fera qu'il fera encore plus
agreable. Ceux qui envoyerontdes Pieces
pourle Mercure & Extraordinaire , font
priésd'affranchir lesports.Les Volumes du
Mercure de l'Année 1677. ſe vendront
toûjours douzeſols , & ceux de 1678.fe
vendront
vendront aufſfi vingt ſols , les Extraordinaires
trente ſols ſans marchander.
L'on continuera à distribuer le Iournal
des Scavans toutes les Semaines pour
cingfols.
LIVRES NOUVEAUX
delAnnée 1678 qui le ttrroouuvent
à Lyon chez Thomas Amaulry , HEQUE D
IDYOPTIO
reë Merciere à la Victoire.
LYON
L'Hiftoire de l'EglifedeM.Godeau, fol. 3.vol.
Idem, le 3. Tome feparés
Pratique de Piere , ou Entretiens pour tous les
jours de l'année , ſuivant les Maximes de l'E-
250
vangile, ri . 3. voNEL SUONO 298
L'ArsPoetique, signs
Nouveaux Plaidoyez de M. Patru , 4
Le Conte d'Effex , Tragedie de l'illuftre Monfieur
de Corneille lejeune.
LesNoblesdeProvince , Comedie de Monfieur
de Haute Roche...
Le Comte d'Ulfeld, 12 .
Memoires du Marquis d'Almachu, 12. 2.vol.
Traité des Armes, des Machines de Guerre, enrichies
de figures, par le Sieur Gaya , 12 .
Les Livres de S. Auguſtin de la maniere d'en
ſeigner les principes de la Religion, 12.
Remarque ſur un Ecrit dicté à Douay, 12 .
La Vie & la Mort Chreſtienne par le Pere Cy
priende Gamache , 12 .
Nouvelle Vie des Saints, 8. 3. Vok
La
La Princeſſede Cleves, 12. 4. vol.
Idem, la Critique, 12. -
Nouvelles Amoureuſes & Galantes , 12.
Relation de Catalogne, 12 ,
Heures en Vers de l'incomparable Sieur de Cor
neille l'ailné. 12. figures.2
Le quatriéme Volume des Eſſais de Morale.12 .
LaDifcipline de l'Egliſe du Pere Thomaffin,
fol. 2.vol .
Oeuvres de Melfieurs de Corneille augmentées
de trois nouveaux Volumes qui ſe vendent
ſeparez, 12. 10.vol .
Architecture Navale, 4.
Lepur &parfait Chriftianiſme duu Pere Ca
maret, 8. 3. vol
Hiſtoire du grand Tamerlan , 12.
a
De Lazarille de Tornes , Traduction nouyelle,
12. 2.vol.
Hiſtoire de D. Quichot de la Manche , Tradution
nouvelle, 12. 4vol.
JeuRoyal de laLangue Latine avec lesCartes,8.
Nouveau jeu de Carte du Blafon.
LEANO
Hiftoire duSchiſme desGrecs, 12. 2. vol. M
- de l'Arianiſme, 12. 3.vol .
Ab soft
des Iconoclaftes, 1984.id
des Croiſades, 12. 4. Vosh bood
- du Schiſme d'Occident, 12, 2.vol poleM
Inſtruction pour l'Hiſtoire, 12.
Hift. de la Chancellerie par M. Teſſereau, fol
Capitularia Regum Francorum Auctoris Steph.
Baluz, fol . 2.vol .
Religion contre les Athées,
Sentences ſur laBible du Sieur Lavallis
Sentences & Instructions Chreftiennes , tirées
des Oeuvres de S.Aug.par led.Laval, 12.2.vol
Phedre & Hippolite, Tragedie, 12.
Origine des Guerres par P. Linace de Vau
cienne, 12.2.vol .
Origine des François, 12. 2.vol.
Hift. du Schiſmed'Angleterre , 12. 2.vol .
Confcil de la Sageffe , 12 .
Converfion des Pecheu Pecheurs , 12.
Methode de la Penitence, 12.
vie a Madame le Gras, 12.
NouveauDictionaire de M. le Dauphin, 8.&4+
Maldonat, de Sacramentis, fol .
Belices de l'Esprit de M. Deſmareſt, 12.2.vol .
Inftruction du Droit Eccleſiaſtique de Bonel,12
L'Art de Pauler, 12.
L'Avocat des Pauvres de M. Thiers, 12.
Recherches de la Verité, 12. 3. vol.
- Idem, 4.
Oeuvres de Mont- Fleury, 12. 2.vol.
Idem de M. Pradon , 12.
Idem de M. Peillon , 12.
Idem de M. Racine, 12. 2. vol.
Nouveau Recueil de Comedies, 12 .
Morale Chreſtienne de Droinet, 8.
Hiſtoire d'Allemagne de M. Prade, 40
Element de Mathematique , 4.
Theodori de Pænitent. 4. 2.vol.
Medecin à laCenſure , 12 .
Avantage dela Vieilleſſe , 12,
Avanturede M. d'Aſſoucy de France, 12.2.vol.
Idem d'Italie, 12.
-Priſon dud. 12 .
-Pensée dud. 12.
Becüeil de l'Academie, 12 .
Combat des Chreſtiens S. Ifidore, 12.
Correction
Correction fraternelle , 12.
Idéede la Morale Chreftienne, 12. 2.vol.
Hift. des grands Viſirs , 12 .
Prince de Perſe,Nouvelle Hiſtorique , 12 .
La Rivale, Nouvelle Historiques troussil
Oeuvres de M. d'Andilly, fol.3.8vo .
Nouveaux Pleaumes du Pere Mege82alla
La Vie de Sainte Gertrude 800лва гb ft H
Union des Eccleſiaſtiques avec les Religieux. 8.
Expoſitiondu S. Sacrement par M.ThiersianM
2. vol .
Methode de laGeographie par le S.Robbé, 12,
2. vol.
Hift. du Gouvernement de Ciſteaux, priamoM
Voyage de M. Tavernier, 4. 2 voleb acitals
Viede Jefus.Chriſt par M. l'Abbé S.Reabi
Defence de l'ancienne tradition des Eglifes de
France 12
Aſtrée, 12. 2. vol. Nouvelle Traductionuss
Methodus Hiftoriaruın Anatomico - Medicarum,
12.
Heroine Moufquetaire, 12.4.vol.
Jolandede Cecile, 12.2. vol.
Voyagede Fontainebleau . }
Stighao
DeMade
Profchael
Ambitieufe Grenadine, 2.vegas 1150
Comted'Effez, 122 volt of dostanie
Les Preceptes Galands de M. Ferier, 120mlA
Nouvelles &faciles inſtructions pour retini
les Eglifes Prerenduës Reformées par
Reflexion Chreftienne fur les principes de la
כלת 2913 21.30 38 Morales
Maximes de Madame la Marquise de Sablé , 12 .
Confolateur Chrêtien,ou Recüeil de Lettres.12 .
Fables d'Eſope en Rondeaux par Benferade, 12 .
•Figures. Advent
Advent du Pere d'Affier, 8.לופיל א
Viede S. Ambroiſe par M. Herman, 4.
De la maniere qu'un Chreſtien doit faire fon
Teftament par M. Sarazin, 12 .
Explicationdes Epiftres de S. Paul, parMonfieur
du FR8...Msh
Nouvelles Miguel de Cervantes, r2.2.vol.
Hit des Amazonße 12. 2 vols
Lesxpponienades de LivrijDizisz . vol.
Meroue fils de France,1962.2ub no
Alfrede Reyne d'Angleterre, 12 .
Del'Originedes Romans de M. Huet, 12.
D. Juand'Autriche, 12.
Memoires d'Hollande, 12 .
Relation des Religieux de la Trape. 12.
Differtation ſur les Sibyles, 12 .
Regles de l'Ame affligée , 12. figures .
Converfion du Pecheur par lapenitence, 12. fig.
Relation du Stege de Grave avec le Plan, 12.
HeureuxEſclave, 12. 2. vol. avec l'Hiſtoire de
Laura, 12.
Conduite du Sage 12569
Nouveau Estat de la France, 12. 2. vol.
Remarque fur la Theologie Morale de M. Geneft,
approuvée par M.de Grenoble,12.2.vol.
Almanach de Milan, 12. 1679 ...
Almanach de Liege 1679.
La Veritable Forme du Sacrement de l'Euchariftie,
de Monfieur Arnaut 8.1 201
La Vie Chreftienne, ou les Principes de la Vie
Chreftienne, tres utile & necellaire à toutes
Hostes de perfounds, 24,
29 Livres
Livres Nouveaux dumois de Decembre.
L'Academie des Sciences & des Arts pour rai
forner de toutes chofes, 12. 3. vol.
La Belle Hollandoiſe,Nouvelle Hiſtorique, 12 .
Nouvelle Methode pour apprendre de Plain-
Chant en fortpeude temps, 8.
Diſcipline de l'Eglife , tom. 2 .
Baluzij Miſſellanej
Oeuvres deGrenade fol.
Advent de Sarrazin,
fofort se
د
หม A
82 vol. Mab se.M
Defenſe du Renverſement de la Morale d'un de la
Particulier, 12.
Horace Traduction Nouvelle 12. 2.vol
Critique ou Differtation ſur le VoyagedeGrea
cedeMonfieur Spon,Medecin & Antiquaire,
12. avec une Carte en taille douce, com
Le Pilote de Londe-Vive , ou les Secrets du
Flux &Reflux de la Mer , contenant XI.
Mouvemens &du Point fixe d'un Voyage
Abregé des Indes , & de la Quadrature du
Cercie, compoſez ſur les Principesde laNature
, nouvellement decouverts , & mis en
lumiere par Mathurin Eyquem , Sieur du
- Martineau Outre que ce Livremontre par
odes Syſtemes nouveaux, faciles , &dont on
ajamais parlé ; ces Points qu'il eſt ſçavant,
curieux,& plaiſant à lire.Les Doctes en cho-
- fes naturelles croyent qu'il montre laMedecineUniverſelle
ſousdes figures &des principes
familiers, ce qui luy donne de la reputa
tion , ce Livre eſt in 12.imprimé àParis ,&
ce vendtrente ſols , relié ſans marchander.
g 3ང ༨ 1 ན དོབཀའི
TABLE
TABLE DES MATIERES
I contemës en ce Volume.
६२५
こ
A
Vant propos11.17
pag.r
Lettre ſur uneGalere bâtieàMarseille en
unſeuljour, 12
Mariage de M. le Marquis de la Pierre &deMademoiselle
de l'Albe, 28
Madrigal, 31
Ouverture du Parlement de Dijon , 32
Les Amans Pelerins , Hiftoire , 35
Contract galant fait par M. Robbe. 48
Ceremonies obfervées à Montpellier pour la Publication
de la Paix concluë entre la France&la
Hollande,
53
ReceptionfaiteàMadame la Comteſſe de S. Valier,
àS.Valier, SS
Réjois ſſancesfaitesà Romorantin en Berry fur le
fujetdela Paix, رو
Deſſein d'une Table pour apprendre en fort peu de
temps àtoucher le Theorbeſur la Baſſe continuë,
067:00 &
Traité touchant la nouvelle invention Françoise
des Sautereaux, 68
Mort de M. de Nantežil, 71
Mort deM. Dormoy Gouverneur des Invalides,74
Mort de M. du Tronchet , 75
LaMagicnaturelle reprefentéepar les Comediens
Italiens 77
Sujet de l'Opera nouveau de M. de Lully, 78
Andromede , Opera donné tous les lendis en ConcertparM.
deMoliere , 79.
Mort
TABLE.
٤٩ Mort deM. d'Estiva ,
82
Meſſieurs de l'Univerſité font faire un Bout- del'An
& une Oraiſon funebre à feu Male Premier
ibid.
Président de Lamoignon ,
Tout ce qui s'estpassé àl'onverture des Audiences
du Parlementuak trof imp as a 2т84
Galanteries de la Gaarde Baraye Hos 96 20767.
Continuation des divertiſſemens àNimque 98
Vers presentezàM.Barillon-Morangos, 9YJN03
Harangue foise on Languedoc à M. le Cardinal
deBonzi,au nom des Treforiers de France, 105
M. le Marquis de Boufflers preſte le sermons de
fidelité entre les mains du Roy pour la Charge
deColonelGeneral des 10 09 Dragons
Mort deM.leComte de la Baumede Montrevel,110
Election d'un Nouveau Maire à Brest , avec les
Ceremonies qui s'observent le jour de fa Reception
, III
M. l'Abbé Colbert entre en retraite au Seminaire
de S. Sulpice. Origine des Seminaires , 117
121 Madrigal ſur le langage des Yeux,
Dialogue de la Raison &de la Rime ,
Sentimens d'un Medecin écrits àſon Amy ,fur la
123
Lettre des Peres Capucins du Louvre employée
dans le Mereure Galat du Mois de Novemb.140
La Veuveparhazard, Histoire , 154
Tout cequi s'est passé à l'Assemblée des Etats de
7
Languedoctenue à Montpellier . 164
Assemblée generale des Communautez de Provence
tenue à Lamsbec,
Bontez du Roypour la Ville d' Arles ,
Mort de M. de Maran ,
Effets du zele du P. de Bellemont ,
168
169
171
172
Bains& Etuvesà la maniere des Romains établis
àParis, 174
Explica
TABLE.
Explication en Vers de la premiere Enigme dumois
de Novembres
177
Noms de ceux qui l'ont devinée 178
Explication en vers de la ſeconde Enigme du mois
วงกลมdaNeumanno in slagte ? এম 180
Noms de ceux qui l'ont devintage A ibid.
Noms de ceux quisant devinelos deanss 181
Enigmasin 183
Autre Enigma ollin & Ma 184
Namode coux qui ont expliqué l'Enigme en figu-
Tous ce qui s'est puffé aux Mercuriales du Parle-
Differtation fur un Voyage deGreces
Article de la Guernea alaksimal.Ms
Article des Modes. MMสม
33 -- Conclusion. Mor ?????છછછ 233880*4***
Fin de la Table
201
THEQUE DA
Oil
LYON
188
195
198
199
15
ء ا
700
128
1
1
1.7
*1893
*
15
126
1
Im Tate or by ??? ??????????
EXTRAIT
EXTRAIT DV PRIVILEGE
Ar Grace &
duRoy.
PS
aint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis àJ.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps&
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois: Comme auſſi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de l'Expoſant,
nyd'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſmed'en
vendre ſeparément , & de donner à lire lediť
Livre , le tout à peine de fix mille livros d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Privilege du Roy , donné à
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678. Signé E. COUTEROT. Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé& tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
enjoüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Inillet 1678.
MER
MERCURE
THEQUE DE
GALANTWONTE
NFIN , Madame,
nous voicy à la fin
de l'Année mil fix
cens ſoixante &
dix - huit , Année
toute glorieuse pour la France,
& fi glorieuſe , que la Pofterité
aura peine à croire les prodiges
qui s'y ſont paſſez . Les Hiſtoriens
qui en parleront , ſeroient
ſans doute ſuſpects , ou d'exagerer
, ou de raconter des Fables,
Decembre A
2
MERCURE
s'ils n'avoient un infaillible
moyen de convaincre ceux qui
viendront apres nous , de la verité
des ſurprenantes merveilles
qu'ils auront écrites. Ils n'ont
pour cela qu'à faire un Portrait
au naturel de LoüISLE
GRAND, qu'à peindre une extréme
prudence jointe à une
parfaite valeur , une haute modération
avec une puiſſance tres .
étenduë , une continuelle application
dans les Affaires , & enfin
toutes les Vertus politiques,
militaires , & morales , qui ne le
rendent pas moins Auguſte par .
ſa Perſonne , que par l'élevation
duTrône où nous le voyons aſſis .
Quand ces traits , auſſi éclatans
qu'ils font particuliers à luy ſeul,
auront donné une entiere connoiſſance
de cet incomparable
Monarque , ce qu'il eſt fera
croire
GALANT...
3
croire facilement ce qu'il a fait;
&pour en eftre mieux convain,
cu , on n'aurasqu'à faire reflé
xion ſur le ſecret de ſes entrepriſes
, qui n'eſt jamais échapé
de fon Confeil. Nous n'avons
aucune Hiſtoire qui nous ait encor
rien marqué de ſemblable ,
mefine chez les Nations les plus
politiques, & qui au defaut de la
force,ſe ſont toûjours tirées d'affaires
par l'adreſſe de leur conduite.
C'eſt ce qu'on ne fçauroit
attribuer qu'aux grandes
& merveilleuſes qualitez du
Roy. On le fert avec un zele
tres-empreſsé , je l'avouë , mais
c'eſt beaucoupmoins par un devoir
de Sujet , dont on apporter
l'obligation en naiffant, que parce
qu'on aime veritablement fa
Perſonne . Cet amour, fi profon-3
dement gravé pour ce grand
Aij
4
MERCURE
Prince dans le coeur de tous
les François , fait executer ſes
ordres par tout&en tout temps,
avec une diligence & avec une
exactitude qui ne laiſſent rien
à ſouhaiter pour le prompt fuccez
de tous ſes deſſeins. Je vous
l'ay fait voir en détail dans chacun
des grands Evenemens qui
ſont arrivez depuis deux ans que
je vous écris des Nouvelles , &
vous avez veu faire des chofes
qui paſſent l'imagination, auMiniſtere
infatigable qui conduit
ce qui regarde la Guerre.Celuy
qui a le ſoin des Finances , ſans
leſquelles rien ne peut agir, n'en
a pas fait de moins furprenantes
, puis que rien n'a manqué,
& que les Affaires du Roy
n'ont point ſouffert par ces fortes
de retardemens qui empéchent
quelquefois d'entreprendre
:
GALANT.
dre de grandes choſes , ou qui
les font avorter apres qu'elles
ont eſté entrepriſes. Mais ſi Sa
Majesté ſe trouve ſi bien ſervie ,
c'eſt parce que le vif & juſte
difcernement qui l'empeſche de
ſe tromper en aucune choſe, luy
a fait connoître le ſolide mérite
deceux qui pouvoient luy aider
à ſoûtenir le faix des grandes
Affaires ; qu'Elle en a fait un bon
choix , & qu'elle n'a départy
ſes lumieres , & diſtribué ſes ordres
qu'à des Gens capables de
les executer avec l'eſprit, la prudence
, & l'activité neceſſaires,
&de les faire exécuter de la
meſme forte. Diſons plus , Madame.
Le Roy n'a pas ſeulement
travaillé au bonheur de la
France,en combatãt avec des ju.
ſtes droits pour l'agrandiſſement
& pour la gloire de ce florif
A iij
6 MERCURE
fant Royaume , mais en choififſant
de grands Hommes , foit
pour les plus conſidérables Dignitez
de l'Eglife , ſoit pour les
premieres Charges de Magiſtrature.
Quel plus digne Chef
pouvoit - il donner à la Juſtice,
que l'Illustre Chancelier que
nous avons aujourd'huy ? A-t-on
jamais entendu parlerd'un choix
plus generalement approuvé ?
Toute la France a retenty du
bruit des acclamations dont il
a eſté fuivy,& il ne s'eft fait aucune
Action publique où il y ait
eu occafion de s'étendre fur les
Joüanges du Roy , qu'on n'y ait
-meflé celles qu'il méritoit pour
le rang où il avoit élevé ce ſage
& prudent Miniſtre. Les autres
Chefs de Justice ont éſté choisis
avec le meſme difcernement.
On ne voit point de Sujets oprimez
GALANT.
7
mez dans le Royaume. Tout y
eſt tranquille. L'Equité & les
Arts y fleuriffent , & y ont même
fleury pendant la Guerre, ce
qui ne ſe peut trouver que fous
le Regne d'un auffi grand Prince
que Loürs XIV. Voyez
les fuperbes & commodes changemens
qui ont eſté faits à Paris
depuis quinze ou vingt années.
Quel autre de nos Roys a jamais
eu tant de ſoin d'ordonner
de ſes embelliſſemens ? Combien
de Quais nouveaux ? Combien
de Ruës élargies ? Combiende
Portes magnifiques qui
auroient paſsé pour des Arcs
de Triomphe chez les anciens
Romains ? & cela , fans parler
ny d'une Montagne applanie,
& changée toute entiere en
Edifices ſomptueux,ny du Cours
commencé ſur le Rempart de la
A iiij
8 MERCURE
Porte S. Antoine , & qui ne doit
finir qu'à la Porte de Richelieu,
c'eſt à dire,qui contiendra l'eſpace
de pluſieurs lieuës. Ce n'eſt
pas tout. Il ſemble qu'une Ville
d'une auſſi grande étenduë
qu'eſt cette Capitale de la France,
ne puiſſe jamais eſtre ſansdefordre,
eftant difficile que la confufion
ne regne où l'on voit tant
de Peuples , tant d'Etrangers &
tant de Vagabonds , qui ne
cherchentordinairement qu'à ſe
mêler dans la foule,afin de vivre
aux dépens d'autruy. Cepen.
dant nous voyons icy ce qu'on
avoit tenu impoffible d'y voirjamais.
L'ordre & la propreté y
font compatibles avec l'embarras
de la Multitude ; & la Police
y eſt exercée avec une ſi exacte
régularité , qu'on n'a plus rien à
craindre des abus qui s'y commet
GALANT.
9
mettoient . Ce ſont des miracles
du Regne du Roy , & ces miracles
ſe font, parceque Sa Majesté
a choiſi un Magiftrat vigilant,
habile , juſte, & incorruptible , à
qui toutes ces qualitez eſtoient
neceſſaires pour ſoûtenirle poids
du fardeau qu'Elle a jugé à proposde
luy cominettre . Il eſt certain
que rien n'échape aux vives
& perçantes lumieres de
ce grand Prince , & qu'il connoit
beaucoup mieux de quoy
chacun eft capable , que ne le
connoiffent ceux - meſimes que
nous luy voyons choiſir pour
les plus importans Emplois de
l'Etat. La maniere dont ils s'en
acquitent , eſt une preuve
éclatante qu'il ne s'abuſe jamais
, & vous avez dů eſtre
perfuadée de cette verité par
quantitéd' Articles de mes Let
Av
10 MERCURE
tres qui vous ont fait voir combien
ils eftoient dignes du Miniftere
qui leur a efté confié .
Ceux dont il luy a plû faire
choix pour ſe repoſer des Affaires
de la Mer fur leurs foins,
ne peuvent auſſi recevoir trop
de loüanges . Ils n'en méritent
pas ſeulement par eux-meſmes,
mais parleur vigilance à ne donher
les ordres de Sa Majesté
fous eux , qu'à des Perſonnes
qui les ſçavent exécuter avec
autant de capacité que de zele.
Ce que je dis regarde particulierement
les Officiers ; mais fi
vous voulez deſcendre juſqu'aux
Ouvriers qu'ils font agir , vous
lestrouverez dignes d'avoir quel
que part à cette loüange . Je ne
doute point que ce que j'ay à
vous apprendre ſur ce ſujet,n'en
foitun d'étonnement pour les
autres
GALANT.
autres Nations , ſi pourtant on
peut eſtre étonné de ce que font
les François ſous un Roy , dont
chaque jour de la vie ſemble
eſtre deftiné pour nous faire
voir autant de prodiges. C'en
eſt un fort grand que ce que
vous allez lire dans la Lettre
que je vous envoye d'un Officier
de l'Arſenal de Marseille à
un Commiſſaire de la Marine de
fesAmis. Toute éclairée que je
vous connoy ſur les matieres les
moins communes , j'ay peine à
croire qu'on ne sexplique pas
dans celle- cy par quelques termes
qui vous feront, inconnus .
Pourmoy,je vous avouëqueje ne
les entens pas tous, & qu'il y en a
quelques-uns queje pourray mal
écrire , parce que les caracteres
n'en ſont pas affez diſtinctement
marquez dans l'Original .
LETTRE
12 MERCURE
• LETTRE
SUR UNE GALERE BASTIE
àMarſeille en un ſeul jour.
Ous m'avezſouvent demande
des nouvelles de Vous e cePaïs,
& j'ay voulu attendre à vous fatisfaire,
que j'euffe quelque chose
d'extraordinaire à vous mander.
Ie nem'ensçaurois mieux acquiter
quepar le recit d'une chose quifurprendra
toute la France , puis
qu'elle afarpris tous ceux qui l'ont
veuë , & qui ont trente années
d'experience aux constructions de
Marine.
Vous sçaurez done que fur le
bruit qui courut il y a quelque
temps que le Royviendroit en Provence
au commencement de l'Année
prochaine ,Monsieur Brodart,
Inten
GALANT.
13
Intendant General de ſes Galeres,
projetta d'en faire construire &
équiper une en prefence de SaMajesté
dans vingt - quatre heures,
qui est le mesme temps que les Vénitiens
employerent à celle qu'ils
firent construire en prefence de
Henry III. lors qu'il paſſaparVeniſe
à ſon retour de Pologne. Les
Sieurs Chabert, Maistres Constru-
Eteurs , à qui il en parla , trouve
rët d'abord la chose impoſſible,alle
guantpour leurs raisons que ceque
les Vénitiens avoient fait , n'estoit
qu'un leger travail en comparaifon
de celuy qu'il leurpropofoit. Ils
luy remontroient que les Galeres.
des. Vénitiens ne font que de 20:
Bancs, au lieu que celles de Fran
ce font de 26. qui est un tiers en
longueur deplus , & que lors que
Les Vénitiens firent ce petit miracle
( car ils ne le nommoient pas
d.la
autre
14 MERCURE
autrement ) ils ne firent point une
Galere doublée ny clouée par tout
pour pouvoir aller en Mer , mais
feulement un assemblage de pieces
qui formoient une belle Galere en
apparence , & qui en effet estoit
hors d'état de naviger. Toutes ces
raiſons furent foibles contre Monfieur
l'Intendant. Plus on luy forma
d'obstacles , plus il eut d'envie
d'éxecuter ſon projet . Il voulut en
faire l'eſſay , & il n'eut pas plûtost
dit aux Conſtructeurs qu'il falloit
qu'ils luy aidaſſent à faire voir
qu'il n'y avoit rien qui ne fust
poßible aux François , qu'ils commencerent
à prendre courage.
Mais ils en eurent bien plus,
quand cet habile Intendant leur
montra l'ordre qu'il falloit tewir.
Il l'avoit inventé , & écrit luymesme
, pour empécher qu'il n'y
eût aucune confusion dans le travail.
GALANT.
vail. Voicy quel estoit cet ordre. Il
avoit mis cinq cens bons Ouvriers
Charpentiers en dix Escadres de
cinquante Hommes chacune , conduits
par un Ecrivain , & com.
mandezpar un Chef, & unſous-
Chef, qu'ils appellent parmy cux,
Cap-maistre &Sous- Cap-maistre.
Ildonna cinq de ces Escadres au
Sieur Chabert l'aisné , qui devoit
construire le coste droit de la Ga
lere , & les cinq autres au Sicur
Chabert le cadet qui avoit le côté
gauche. Il fit prendre à chaque
Efcadre des Bonnets de differentes
couleurs , afin qu'ils fuſſent tous
reconnus , & qu'ils ne ſe mélaſſent
point les uns avec les autres. Ily
avoit outre ces dix Efcadres de
Charpentiers , cinquante Cloüeurs
pour clover toute la Galere , avec
des Bonnets d'une autre couleur
que les maistres Charpentiers, conduits
16 MERCURE
duits auſſipar un Ecrivain ; deux
Escadres de quarante Portefais
chacune , pour porter les pieces à
ceux qui les devoient poſer ; une
Efcadre de Sculpteurs ; une de
Maistres Menuisiers,¢Maitres
Calfats qui devoient commencerà
travailler , dés qu'on auroit
posé les Pieces qui devoient estre
calfatées. Ilfit aſſembler tous les
Ouvriers dans l'Arsenal le jour
qui preceda l'eſſay qu'il avoit def-
Sein defaire. Illesfit mettre chacun
dans l'ordre où ils devoient.
estre , & leur demanda si chacun
d'eux connoiſſoit Son Chef. L'ay
oubliéde vous dire que quelquesjours
auparavant il avoit donné
une instruction à chaque Ecrivain
&à chaque Chef d'Escadre , afin
qu'ils fceuffent ce qu'ils auroient
à faire pendant tout le travail,
&que chacun luy avoit promis de
bien
GALANT.
17
bien s'acquiter de fon devoir. Il
teur recommanda de travailler
fans parler, ce qui est tres-difficile
aux Gens de Marine , &qui eft
pourtant fort neceffaire pour empécher
la confusion. Enfin apres
avoirparlé en general & en particulier
à tous ces Ouvriers, leur
avoir preſcrit l'ordre qu'ils devoient
tenir , & tiré parole de
chacun qu'ils s'appliqueroientfortement
àce qu'il leur estoit ordonné,
il les congedia , & leur donna
rendez - vous pour le lendemain
matin 10. de Novembre àla poin
te du jour. Il s'y trouva le premier
, & tous les Ouvriers eftant
venus , il parla encor aux Chefs
& aux Ecrivains , & für les
fept heures il fit commencer ce
belOuvrage. I'y estois preſent. Cependant
j'aurois peine à vous dire
comme la chose s'executoit. Tour
се
18 MERCURE
ce que jevoyois faire , me paroiſſoit
tenir de l'enchantement . Ilſembloit
que chaque Ouvrier estoit un
Maistre , & qu'ils avoient employé
toute leur vie à faire de pareils
Ouvrages. Ils travailloient
avec une diligence qu'on ne sçauroit
croire, & qui ne mefurprenoit
pas moins que leurfilence. On eust
dit que prés de buit cens Hommes
qu'on avoit employezà ce travail,
estoient conduits par la mesme
main. Tout se trouva juste ,& le
projet de Monsieur l'Intendant
futfi exactement ſuivy, qu'ilfembloit
que le moindre Ouvrier l'eust
apris par coeur. On n'eut beſoin
que d'une demy- heure , & la Galere
fut ce que l'on appelle en Rames
, c'est à dire , toutes les costes
miſes,mais avec autant de juſteſſe,
quefi on y avoit employé les quinze
jours qu'on employe ordinaire
ment
GALANT .
19
ment à faire ce qu'onfit en cette
demy-heure. Apres qu'on eut posé
les Madiez , on mit les Contrequilles,
les Efcoüets de chaque côté,
les Perceintes & les Doublûres,
car àpresent en France on double
toutes les Galeres pour les fortifier
davantage ; ce qui fait qu'il y a
autant de travail au dedans d'une
Galere comme au dehors. On poſa
enfuite les Fils de chaque Coste,
& au defſſous de la Couverte 120.
lates . On boucha la Couverte &
les Coftez de la Galere. On mist
les Contaux & Trinquenins , les
Rais de Coursier & Surcoursier qui
font des pieces fi lourdes, qu'ilfaut
quarante Hommes pour les remüer,
apres quoy on travailla à poser la
Poupe d'une tres - belle Sculpture.
Dans lemesme temps que lesPeintres
la pegnirent , les Charpentiers
travaillerent à placer les
Queñes
20 MERCURE
Queües de late& Tapieres ,foixante
Baccalas de chaque côté,
les Filerets adentées , les Apoftis,
les Bancs,Pedaigues, Banquettes,
Aubarestieres , Contrepedaigues ,
Cordes,& Potences pourfoûtenir
les Bancs. Tout celafefaifoit avec
une si grande diligence , & avec
fipeu de confusion , que ceux quiz
estoient preſens avoient peine à
croire ce qu'ils voyoient . Les Memuifiers
boiferent le Plancher de
La Poupe, & toutle Coursier qui
estle long dela Galere de Poupe
àProve là où l'on marche. Le Château
devant fut mis , & enfin à
4. heures apres midy iln'y eutpas
la plus petite piece de bois àpoſer;
&nonseulement les Charpentiers
eurent construit la Galere , mais
ils l'eurent toute parée. VousSçavez
que ce terme ſignifie ôter le
boisSuperflu,rendre tout égal ,&
achever
GALANT. 21
achever de polir. Les Calfats quż
avoient déja commencé à calfater
tous les endroits où ils avoient
pû se placer , continüérent leur
travail avec tant de promptitude,
que la Couverte estant toute calfatée,
ils la laiſſerent libre , pour
pouvoiry faire mettre les Arbres
& Entennes deſſus , dans le temps
qu'ils allerent calfater tout le dehors
de la Galere ,& mettre de la
Poix dans chaque jointure. A 10.
heures du ſoir les Calfats avoient
finy ,& ils voulurent employer le
reste de la nuit à visiter par tout
se qu'ils avoient fait. Monfieur
l Intendant ordonna qu'on jetaſt
de l'eau dans la Galere pour faire
l'épreuve qu'on fait ordinairement
, afin de trouver les trous
qu'on peut avoir manquéde boucher.
Croiriez - vous , Monsieur,
vous quisçavez ce que c'est qu'une
constru
22 MERCURE
construction , qu'il ne s'en trouva
que trois petits, auſquels on remedia
incontinent ? Sur les 5. heures
du matin Monsieur l'Intendant
donna ordre que l'on mist l'eau
dans le Baffin où l'on avoit con-
Struit laGalere. Cesont desBaffins
en long dans l'Arsenal , qu'on
appelle Formes , où l'onfait venir
L'eau de la Mer par le moyen
d'une porte qu'il y a au milieu
d'une double Palifſſade de bois , qui
est entre la Mer&ces Formes,&نم
qu'on oste ensuite lors que la Galereflote
dans la Forme , & qu'on
veut la faire entrer dans le Port.
Ilſepaſſa deux heures avant que
l'eaufuſt dans la Forme, &qu'on
euft osté les Paliſſades. Il est vray
que dans le temps que l'eau entroit,
Monsieur l'Intendant fit dire
la Meffe dans laGalere , oùse
firent toutes les Cerémonies qu'on
7
a
GALANT.
23
ade coûtume de faire pour la benir.
Ainsi précisement à sept heures
la Galere fût hors de la Forme,
&mise au milieu du Port. On
luy mit Sa Chiourne , &ſes Canons.
On la lesta. On dreſſa les
Arbres& les Entennes. On l'agréa
deſes Cordages , Voiles , &Tendes.
On y embarqua les Armes,
& Munitions de Guerre ; & enfin
on l'équipa de tout ce qui luy estoit
neceſſaire pour aller en Mer , en
forte qu'à neufheures du matin la
mefme Galere qui avoit esté commencée
le jour precédent fût hors
de la chaine de Marseille,&prit
lahaute Mer. Tout contribuoit à
lafatisfaction de Monsieur l'Intendant
, car il faisoit le plus beau
temps qu'on pust Souhaiter , &je
nay jamaisveu Galere aller mieux
àla Rame & à la Voile. Nous l'éprouvâmes
de deux façons.
Apres
24 MERCURE
- Après vous avoir parlé de cette
Merveille, il est juste que je vous
enfaffe connoître l'Autheur.Monfieur
Brodart eft le plus Ancien
Intendant de Marine quiſoit dans
lefervice. Il a esté employé ſans
discontinuation depuis le commencement
de l'année 1664. qu'il vint
travailler au Port de Toulon , ou
ilfût fait Commiſſaire general de
la Marine. Il a ſervy tres-utilement
quelque temps apres dans
cette mesme qualité , tant au Port
de Toulon que dans l'Armée Navale
que le Roy envoya en Candie.
Ila esté Intendant à Dunkerque,
&auHavre de Grace , & a fait
lepremierl'établiſſement desClaf--
fesdes Matelots. Le Roy luy donna
l'Intendance generale de fes
Galeres au commencement de l'année
1675. Il s'aquitefi dignement
de cet employ , qu'on n'ajamais vû
de
GALANT.
25
de Galeres fi belles , fi bonnes , fi
bien ornées , &faites avec tant de
diligence & d'æconomie , que celles
que nous avons aujourd'huy .
Tous les Officiers de l'Arsenal de
Marseille ont tres - bien executé
fes ordres dans l'occaſion dont je
vous parle , mais particulierement
Monfieur Chalons Commiſſaire generaldes
Galeres. Les Sieurs Chabertey
ont tres-bien fait leur devoir.
Ce sont les meilleurs Maiftres
Constructeurs de Galeres qui
foient dans le monde. C'est un talent
qui leur est particulier de Pere
en Fils depuis plus de deux cens
ans. La construction des Galeres
est fort diferente de celle des Vaiffeaux.
Il y a trente Perſonnes en
France capables de construire de
beaux Vaiſſeaux , mais pour des
Galeres iln'y a que ces deux Freres
qui ayent le don d'y bien réüſſir,
Decembre. B
26 MERCURE
avec un autre Homme tres - habi.
le qui commence à faire parler de
luy. Leſuis vostre , &c.
AMarſeille ce 12. Nov. 1678.
Ne croyez - vous pas,Madame
, que j'aye eu raiſon de donnerlenomde
Prodige à la prompte
conſtruction de cette Galere
? & auriez-vous pû vous imaginer
que l'entrepriſe de la bâtir
, & de la mettre en Mer preſte
à voguer & à faire une Campagne,
ne duſt eſtre que l'ouvrage
d'une journée. On affure
qu'elle ſe peut démonter avec
la meſme facilité qu'elle a eſté
conſtruite,ſans qu'on ait à craindre
d'en gaſter les pieces, & cela
par le moyen des emboiſtemens
& des clous qu'on a faits
exprés. Si ceux qui voulurent
and faire
GALAN T.
27
faire élever la Tour de Babel,
euſſent ordonné le filence qui a
eſté obſervé quand on a baſty
cette Galere , la diverſité des
Langues n'y auroit point mis
d'obſtacles , & ils ſeroient peuteſtre
venus à bout de leur defſein.
Il eſt certain que ce n'a pas
eſté un petit effet de prudence,
d'oſter à tant d'Ouvriers la neceſſité
de parler.Le moyen qu'on
euſt pû s'entendre parmy le bruit
continuel des coups de marteau!
Ce qu'il y a de rare , c'eſt que la
promptitude avec laquelle cette
Galere a eſté conſtruite , n'en a
point fait negliger les Ornemens.
Elle a ſa Poupe d'un fort beau
Deffein, & embellie d'une Sculpture
auſſi délicate que bien entenduë
.On doit en préparer une.
autre qui ſera plus grande &
plus belle , pour en donner le di-
Bij
2.8 MERCURE
vertiſſement au Roy , s'il fait
voyage àMarseille.
Vous vous ſouvenez ſans doute
que je vous manday il y a
deux mois que Monfieur leMarquis
de la Pierre eſtoit allé àTurin
pour avoir l'agrément de
Madame Royale ſur ſon Mariage
avec Mademoiſelle de l'Albe,
& en attendre la Diſpenſe de
Rome . J'ay à vous apprendre
aujourd'huy qu'il l'époufa àGrenoble
dés le commencement de
Novembre , à la maniere des
Gens de qualité ,dont la plupart
fuyent le bruit & l'éclat en ſe
mariant. Elle eſt Fille unique de
Monfieur le Préſident de l'Albe ,
forty de l'ancienne Maiſon des
Vacca d'Italie, & du coſté de ſa
Mere , des Montenars & des Allemands
, deux Familles illuſtres
& fort connuës , mais particu
liere
GALANT.
19
fierement dans le Dauphiné. La
naiſſance & le merite de Monſieur
le Marquis de la Pierre , fi
eſtimé à la Cour de France &
de Savoye , méritoient la confideration
que cette riche Heritiere
a euë pour luy. La grande
dépenſe où l'engagent les Emplois
qu'ila à la Guerre , ne luy
a donné aucun fcrupule ,& elle
n'a pû tenir pour defauts certaines
remarques ſur ſa conduite
, qui ont peut-eſtre ſervy à
rompre un autre deſſein de Mariage
qu'il avoit témoigné avoir,
avant qu'il épouſaſt cette aimable
& jeune Perſonne . Comme
l'étroite amitié qui a toûjours
eſté entreleurs Familles, a beaucoup
contribué à cette Alliance,
ils font fort contens l'un de l'autre
, & vousjugez bien que ce
ne fut pas fans déplaiſir que
• Bij
30 MERCURE
Monfieur leMarquis de la Pierre
s'éloigna quelquesjours aprés
ſes Noces ; mais les ordres de
Madame Royale luy en firent
une neceffité ,& il ne ſe pût difpenſer
de venir icy recevoir
ceux de Sa Majesté à l'égard
des quatre Regimens Piémontois
d'Infanterie dont il a la direction
& le commandement,
ayant la qualité de Brigadier en
France , & de Marefchal de
Camp dans les Troupes de Sa-
Ce n'eſt pas un petit avantageque
de bien choiſir en ſemariant.
Le repentir ſuit ſouvent
cette forte de Contract . Voyez
dans ce Madrigal les plaintes
que font deux Dames ; l'une d'avoir
pris un Mary trop vieux , &
l'autre d'en avoir pris un trop
jeune.
T
MADRI
GALANT
LYUN
LYU
MADRIGA /893
ON blame d'un Mary la tropgrande
vieillesse ,
Et j'accuſe du mien la trop grande jeuneffe.
Vous dans vos regrets superflus,
Souvent vous vous plaignez d'avoir ce
ce qui n'estplus ;
Et dans l'ennuy qui me devore ,
Moy,jemeplains d'avoir ce qui n'est
point encore.
Il n'y a que le Vin qui réjoüifſe
toûjours les Partiſans deBacchus.
Voicy des Paroles quileur
plairont. Elles ont eſté faites fur
les dernieres Vendanges. L'Air
eft de Monfieur Rigault de
Tours.
AIR ABOIRE.
Cllot, Iarin, deux Biberons,
Et tous deux dignesde loñange ,
1
B iiij
32
MERCURE
Voyant couler leur vendange ,
Chantoient d'un ton joyeux ; pleurez ,
douxRaisins,
N'arrestezpointle cours d'une liqueur
fichere.
Pleurezchez nous , pleurez chez nos
Voisins ,
Vousnesçauriez mieux faire.
Vospleurs confolent nos esprits
Parleurdouceur,&parleurs charmes
Et nous direns voyant vos Larmes
Apres les pleurs viendront les ris.
L'ouverture des Audjances du
Parlement de Dijon fut faite le
Jeudy 17. Novembre par Monfieur
Brulart Premier Préſident .
Cettegrande Charge qu'il exerce
avec tout l'éclat qui luy eſt
deû , n'a rien qui ſoit au deſſus
de ſa naiſſance , & il ſoûtient
glorieuſement les avantages
de l'une & de l'autre par un
grand nombre de qualitez encor
plus éminentes que le Rang
1 a
qu'il
GALANT. 33
qu'il tient. La recherche de la
Verité fut le fondement de fon
diſcours. Il dit , Que toute l'étude
des Hommes doit s'employer à la
découvrir, parce que fans elle tout
n'est qu'obscurité & confusion. Il
repreſenta aux Avocats , de la
maniere du monde la plus honneſte
, Que leur ministere exige
beaucoup plus defincerité que toute
autre Profeſſion , puis que les
raiſons dont ils tâchent d'appuyer
le droit des Parties,fervent àformer
la décision de la plus grande
partie des Iugemens. Il ajoûta,
Qu'on ne pouvoit diſconvenir que
l'Eloquence nefust un grand agrément
&un moyen fort propre pour
attirer des applaudiſſemens à l'Orateur
; mais que la Vérité avoit
cela de particulier , qu'elle entraî
noit tous les Eſprits. Il meſla fort
adroitement l'eloge du Roy dans
Biw
34
MERCURE
fa Harangue , & il le fit en peu
de mots , & avec la derniere juſteſſe.
Il dit entr'autres choſes,
Que la Verité estant l'ame des
loüanges qu'on donne à l'admirable
Vie de Sa Majesté ,ſon Nom Sera
toûjours également glorieuxjuſque
dans la Pofterité la plus éloignée,
parce que la Veritén'eſt ſujette ny
à la vieilleſſe ny à la mort , &
qu'elle durera au delà des ruines
dumonde. Il fit enſuite une tresbelle
peinture de la laideur du
Menſonge. Il dit , Qu'il n'estoit
jamais plus dangereux que quand
il avoit l'air & l'apparence de la
Verité; & finit en exhortant les
Avocats & les Procureurs à ſe
propoſer toûjours la bonne-foy
&cette mefme Verité pour regle
de leur conduite.
Cet éloquent Difcours , dont
je ne vous rapporte que des
pensées
GALANT. 35
pensées tres-imparfaites,& fans
aucun ordre , fut prononcéd'un
ton de voix , & accompagné
d'un air de grandeur& de majeſté
, qui acheva de charmer
toute l'Afſemblée...
Monfieur l'Avocat General
d'Aligny parla auſſi fort élo
quemment ſur l'excellence de la
Justice ,& fur le mélange que
les Juges doivent faire du Droit
& de l'Equité ; mais comme il a
la voix foible, on perdit une partiedesbelles
chofes qu'il dit.
. Avant que de vous faire quiter
Dijon , il faut vous apprendre
ce qui a eſté fait pour deux
jeunes Soeurs qui n'y font pas
moins confiderées par le mérite
de leurs perſonnes , que par les
avantages de leur naiffance. Il
ne faut qu'avoir des yeux pour
eftre convaincu de leur beauté;
&
36 MERCURED
& ce qui eſt un grand charme,
elles ont l'eſprit auffi bien fait
que le corps. L'Aînée eſt d'un
blond le plus beau qu'on ſe puiſſe
figurer; la taille fine & aisée;
une douceur & une majeſté
qu'on ne trouve point ailleurs,
La Cadete eſt brune , maisd'un
brun admirable ; le plus beau
teint & le plus vif qu'on ait jamais
veu; les yeux d'un brillant
àne le pouvoir foûtenir; les traits
tous régulierement beaux , la
plus belle bouche du monde ,&
des dents quiſemblent avoireſté
faites au tour. Vous jugez bien
qu'avec tant d'agrémens , & de
Leſprit à proportion , elles s'attireroient
une grande foule d'A
dorateurs , fi.comme elles ont le
don de plaire, elles vouloient re
cevoirdes ſoins ; mais elles ont
une Mere d'une vertu ft éminente,
GALANT..
37
nente,&d'une pieté ſi peu commune,
que l'exemple qu'elle leur
donne , ne leur permet qu'un
tres-foible commerce avec les
Societez de plaifir & de divertiffement.
Elles l'accompagnent
dans toutes fes devotions , &
font accoutumées à certe forte
de retraite , qu'elles ne regardent
point comme une peine ;
mais quoy qu'elles ayent peu
l'uſage du monde , elles ne laiffent
pas d'en avoir la délicateſſe..
Aufſiſont-elles Filles d'unHomme
poly, galant , éclairé , & qui
eftun des premiers Magiſtrats.
delaProvince. Outre ſa Charge
quiluydonnebeaucoupde rang,
il a un Employ qui fait tous les
jours.connoître ſa fidelité par ſes
ſervices,&qui ne luy a pas moins
acquis l'eſtimedu Roy , que celle
d'un
38 MERCURE
d'un grand Miniſtre qui l'hono .
re particulierement de ſon ami
tié. Ce Magiſtrat a une Maiſon
de plaiſance à trois lieuës de
Dijon , des plus agreables qui ſe
voyent. Il aime paffionnement
la Chaffe , & le plaisir qu'il y
prend, luy fait avoir un équipage
des plus fuperbes ,& tout ce
que demande la ſuite de cette
dépenſe. Ainsi le jour de la faint
Hubert derniere , il invita toute
la Nobleſſe de ſon voiſinage de
l'un &del'autre Sexe,d'en venir
ſolemnifer la Feſte chez my.
L'Aſſemblée fut grande. Les
Dames s'y trouverent en Juſteau
- corps & Perruques fort magnifiques.
On ſervit unRepas
où la délicateſſe & la propreté
difputoient avec l'abondance .
Le Repas finy , on alla courre le
Cerfdans une Foreft prochaine ,
où
GALANT.
39
où l'on rencontra une Troupe
deChaſſeurs que l'ardeur de la
Chaſſe avoit menez à plus de
quatre lieuës du Canton où ils
demeuroient . Ils ne ſe connoiffoient
lesuns ny les autres, quoy
qu'ils fuſſent tous d'une qualité
diftinguée . Cependant ceux qui
venoient pour prendre , ſe trouverent
pris. Deux Freres des
plus qualifiez de la Province ne
pûrent voir les deux charmantes
Perſonnes dont je vous ay
parlé, ſans eftre touchez de leur
beauté,&ils le furent d'une telle
forte , qu'on peut dire que dés
ce premier moment , ils en devinrent
éperdûment amoureux.
Ils eurent toûjours les yeux attachez
fur elles , leur dirent tout
ce qu'ils pûrent d'obligeant pendant
un moment qu'ils trouverent
occafion de leur parler , &
ne
: MERCURE 40
ne s'en ſéparerent qu'avec beau
coup de chagrin , mais la nuit
qui s'approchoit les força de
quitter cette belle Troupe. Ils
s'en retournerent fort reſveurs,
& ne penfant plus qu'aux
moyens de revoir les Belles . La
retraite dans laquelle ils apprirentqu'elles
vivoientles fit trembler.
Ils vouloient chercher à.
plaire. Il faut voir & parler pour
y reüſſir ,& ils ne voyoient aucune
facilité à l'un ny à l'autre,
quand ils regardoient ces aimablesFilles
fous la conduite d'une
Mere qui ne recevoit ny Jeuneſ
ſe ny Galanterie. Il n'y avoit pas
d'apparence de ſe hazarder à aller
chez elle, n'en eſtant connus
que de nom..Ainſi le ſeul party
qu'ils virent à prendre , fut de
rendre viſite à une Dame de leur
connoiſſance , qui eſtant voiſine
des
GALANT.
41
!
- des Belles , pouvoit leur faciliter
Et quelque accés dans cette Mai-
2 fon. Apres les premieres civilistez
, on mit la rencontre de la
Chaſſe ſur le tapis. On parla de
toutes les Dames qui avoient eſté
-de cette belle Partie ; & quand
on tomba fur le chapitre des
charmantes Soeurs, les Cavaliers
pouſſerent la matiere avec tant
d'empreſſement & de chaleur,
qu'il ne fut pas difficile de penetrer
qu'elles leurs tenoient fortement
au coeur. Ils avoüérent de
bonnefoy qu'ils n'avoient pû
s'empeſcher d'eſtre pris par ces
deux aimables Chaſſereffes; &
dans la paſſion de les connoiſtre
un peu davantage pour ſçavoir
s'ils feroient affez heureux pour
ne leur déplaire pas, ils propoſerent
d'aller rendre viſite à toute
cette Illuſtre Famille,& prierent
leur
42 MERCURE
leur Amie de les preſenter. Elle
réſiſta quelque temps à ce qu'ils
la conjuroient de faire pour eux,
fur la connoiffance qu'elle avoit
du caractere de la Mere qui ne
ſouffroit pas volontiers les vifites
des jeunes Gens ; mais fon Mary
vainquit ſes ſcrupules, & comme
la Dame qu'elle craignoit de
fâcher eſt devote, il s'aviſa d'introduire
les Cavaliers en les habillant
en Pelerins. Il prit le même
équipage. Sa Femme s'habilla
auſſi en Pelerine avec deux
ou trois de ſes Amies.Ils eſtoient
propres , quoy qu'ils n'euſſent
rien qui démentiſt ce qu'ils vouloient
qu'on les cruft. Dans ce
déguiſement , ils allerent rendre
leur viſite , chantant la chanfon
de faint Jacques au milieu de la
court. Ainfi on ne douta point
qu'ils ne fuffent de vrais Pele
rins.
GALANT.
43
rins. On les regarda par les feneſtres
, & aprés les avoir laiſſé
chanter plus d'une demy-heure,
on leur envoya un Ecu blanc,
La Dame qui s'eſtoit chargée
de les introduire , ſe mit à rire
d'une fi grande force de la charité
qu'on leur faiſoit, qu'elle fut
aisément reconnue.Toutlemonde
deſcendit pour venir recevoir
les Pelerins & les Pelerines . Les
deux Freres furent receus fort
honneſtement. Apres qu'on fe
fut diverty quelque temps à dire
d'agreables choſes ſur l'équipage
qu'ils avoient pris , on fit fervir
la Collation . Elle fut de la
derniere magnificence , mais les
deux Freres n'en connurent rien;
ils n'avoient des yeux que pour
les Belles qui les charmoient. Ils
profiterent de cette occafion de
leur parler autant que la bienfeance
44 MERCURE
ſeance le pût permettre , & revinrent
de leur Pelerinage plus
amoureux qu'on ne l'a jamais
efté. L'eſprit de ces admirables
Filles ne les avoit pas moins touchez
, qu'un je ne ſçay quel air
modeſte & majestueux tout enſemble
,dont leur beauté eſtoit
foûtenuë. Ainſi la paffion qu'ils
ſentoient pour elles s'eſtant augmentée
, ils mirent tous leurs
foins àtâcher de ſe rendre agreables,
en contribuant le plusqu'ils
pourroient à leurs plaifirs , pendant
qu'elles ſeroient à laCampagne.
Dans ce deſſein, ils prierent
leur Amie d'agréer qu'on
fiſt une nouvelle Partie qui fuſt
un peu du bon air. Elle y confentit.
Apres differens projets,on
s'arreſta à celuy de mener une
Nôce de Village , & de parer
une Epousée à la mode de Bourgogne
GALANT.
45
gogne. On prit une Païſane des
plus laides, âgée d'environ quatre-
vingts ans. On la coëffa avec
un Tour de la bonne Faiſeuſe;
quantité de Pierreries '; force
mouches ſur ſon viſage ; un habitde
Brocart d'or bleu,&la Jupe
de la meſme parure . On fit
accommoder une maniere de
Chariot fort grand & fort vaſte,
au haut duquel on plaça cette
Epouſée comme en triomphe.
Les Dames & Demoiſelles qui
eſtoient de cette Partie , toutes
habillées à la païfane fort proprement
& fort galamment , étoientauſſi
ſur ce Chariot, qu'on
avoit garny de Citronniers , d'Orangers
, de Mirthes & de Lauriers.
Il y avoit du moins cinq
cens Citrons nouveaux , & autant
d'Oranges nouvelles, le tout
attaché ſur les verdures de ce
Chariot
46 MERCURE
Chariot avec des rubans ; mais
d'une maniere ſi propre , qu'il
ſembloit que ces Rubans ne ferviſſent
que d'embelliſſement , &
que les fruits fufſſent naturels aux
Arbres. On y avoit ajoûté un
tres - grand nombre d'Oranges
&deCitrons confits , entremélez
avec les autres de toutes fortes
de confitures ſeches, qui peuvent
eſtre attachées. Ce Chariot
eſtoit traîné par fix Chevaux
enharnachez auſſi de Rubans
& de verdure . Les Cavaliers
avoient pris auſſi l'équipage
de Païfans ; & come on avoit mis
desReſnes de taffetas de toutes
couleurs autour du Chariot , ils
ſuivoient de chaque côté, tenant
chacun uneGuide d'une main,
&une Houlete de l'autre . Douze
Hautbois , & autant de petits
Tambours , précedoient le
Chariot,
GALANT.
47
Chariot ,& tous eſtoient habillez
de verdure. On arriva dans
cet ordre chez le Pere des Bel
les, qui ayant entendu dire quelque
choſe de la Partie qu'on devoit
exécuter , s'eſtoit preparé à
recevoir cette belle Troupe à
fon ordinaire , c'eſt à dire , avec
une tres - grande magnificence.
Les deux aimables Perſonnes
pour qui ſe faiſoit la Feſte , a
voient eu permiffion de s'habiller
auſſi en Païfanes. Elles ne parurent
pas moins brillantes dans
cet équipage aux yeux des deux
Cavaliers , qu'elles leur avoient
paru d'abord dans celuy de
Chaſſereſſes. Ils eurent quelque
liberté de leur parler en danfant.
La Collation fut ſervie , &
enfuite un tres -grand Soupé. Je
ne ſçay ce qui arrivera du reſte.
Cette paſſion fait bruit , & ces
fortes
48 MERCURE
fortes de galanteries d'éclat ſentent
fort le Mariage. Si j'en apprens
quelque choſe , je vous le
feray ſçavoir,& vous nommeray
alors les illuftres Perſonnes qui
ont part à ce que je vous viens
de conter. En attendant, je vous
envoye un Contract de liaiſon,
paſſé pardevant l'Eſprit & le
Coeur, qui font les deux plus zélez
Miniſtres dont l'Amour ait
accoûtumé de ſe ſervir.
CONTRACT
GALANT.
P
Ardevant Nous, Ministres de
mour ,
ॐ
ASous-
ſignez , réſidens dans l'Iſle de Cythere,
Et commisparce Dieu dans cet heureux
Sejour,
Pourrecevoir avec ce caractere
Des
GALAN Τ.
49
Desfideles Amans les fermens folemnels,
Etles unir aprespardes noeuds eternels.
FurentprefensleBerger Clidamis ,
Deineurant aujourd'buy dans l'Isle de
Themis
3.
D'une part,& laſage & charmante Ifabelle
Spirituelle encore plus que belle,
Fille du DocteurDorimont,
Qui fait sa réſidence au bas du Sacré
Mont.
Ce Berger & cette Bergere ,
Accompagnez de leursplus chersAmis;
Se font de leur plein gré l'un à l'autre
promis
Vine foy constante&fincere ,
Et devant tous ontpreſté leferment
De s'aimer eternellement.
Sous de commodes Loix d'un heureux
Hymenée,
Cet aimable couple d'Amans,
2
Pour bannir toute crainte, &fuir cent
vains tourmens,
Ont par cet Acte uny leur destinée ,
Et prenant deformais la qualitéd'Epoux,
Decembre. C
50
MERCURE
En prendront, s'il leurplaiſt, les plaiſirs
lesplus doux.
L'Epoux futur apporte à la Communauté
Un grand fond de tendreſſe &defincerité
Qu'il a recen de la Nature :
Sur cefond qu'avecſoin il aſçeuménager,
Etqu'en vain l'on tacha de luy faire en-
น
gager,
Il affigne la Dotde l'Epousefuture.
Item, unautrefond de grande Complai-
Sance,
Semé de Petits-foins, meſlez de Bellehumeur
Clos tout autour d'un mur de Bien-
Seance,
Et d'un profond Fosséd'Honneur;
C'est là leplus riche heritage 4
Qu'il ait de ſes Parens reçeu pour fon
partage.
La Future deson côté
Apportepoursa Dot un grandfond de
Sageffe,
Qui rapporteparsa bonté,
Etbeaucoup de Pudeur , & beaucoup de
Tendreffe;
Mais
GALANT.
Mais pour n'en point mentir , au raport
des Témoins,
Laderniere n'y croist qu'avec
messoins.
dextre-ME DELA VID
BIBLIO
Item, un tres- grand fond dept
Ornéde beaux Discours rangez avecju
ſteſſe ,
Vn champlibre & facile à coucher par
écrit,
Qui naturellement produit lapoliteffe,
Etmillebeaux talens qu'elle poſſede encor
Qui valent un riche trésor.
L' Epoux accorde à l'Eponſe qu'il aime,
Parpréciput, le choix de leurs plaisirs,
Etpar un rare effet deſon amour extréme,
Luy Soûmettant juſquesàſes defirs,
Luy permet de donner des termes à fa
flame, : לי
Pour n'avoir en deux corps qu'un seul
coeur&qu'une ame.
Pouréviter tonte raison de craindre
Cextains reproches déplaifans,
Ettout prétextedeſe plaindre,
Dont les nouveaux Epoux font rarement
exemts,
?
Cij
52
MERCURE
Dautant que les Futurs en connoiffent la
cause,
Del'an&jour ils ajoutent la Clause.
C'està
S'ils
àdire que dans ce temps,
nesontpas l'unde l'autre contens,
Ils pourrontfansfaçon rompre fi bon leur
semble x
Car il vaut mieux alors se quitter librement
Qu'attendre
moment
avee lugubre ves chagrin qu'un luga
Des-uniffe deux Corps qu'un triste Hy-
Bansdoutell''on fera
od
Sil'on
rez
de merveilleux
eux pro-
Pon prévient ainſi les defordres ſecrets ,
Que souvent l'imprudence ou l'interest
falt maistro
Et pourquoy voyons-nous tant de Gens
C'est qu'ils ne pensent pas qu'
Seponfet
2100191
Ilfautse voir longtemps afin
avant que
오
de fe con-
Signe CLIDAMTS &ISABELLE,Parties.
MELITON & ADAMAS , Témoins.
ESPRIT& LE Coeur , Notaires .
On
GALANT.
53
On a publié la Paix avec la
Hollande dans toutes les Villes
duRoyaume , mais cette Publi
cation ne s'eſt faite dans aucune
avec plus de pompe que dans
Montpellier. Voicy l'ordre qui y
fut tenu . Six Valets de Confuls,
marchoient d'abord à pied avec
leurs Pertuifanes , ſuivis de fix
Eſcudiers à Cheval , en Robes
rouges , & ayant leurs longues
Maſſes d'argent. Apres venoient
fix Trompetes auffi à cheval , fix
Hautbois à pied, la grande bande
des Violons, & fix Tambours.
Ils precedoient les Huiffiers du
Seneſchal , qui venoient ſuivis
de deux Greffiers en Robe &
Bonnet comme eux. Ces deux
Greffiers publierent la Paixdans.
tous lesCoins &Carrefours de la
Ville , chacun eſtant découvert
pendant qu'ils liſoient ce qui
Ciij
54
MERCURE
donnoit tant de joye à tour le
monde. Le Juge Mage venoit
apres eux. Il eſtoit à cheval , en
Robe Rouge & en Bonnet, à la
droitedu Premier Conful , fuivy
des cinq autres Confuls , dans
lemefine ordre. Les Confuls Majeurs
ayant paſse (on donne ce
nom à ceux de la Ville ) on vit
paroître les Confuls de Mer. Ils
avoientleur Chaperon,& étoient
precedez d'un Timbalier vétu
de bleu. Je ne vous parle point
de la plupart de la Bourgeoific a
cheval, qui fuivoit en foulelCerte
Cavalcade eftoit fermée par
les jeunes Gens de la Ville , au
nombre de plus de deux cens,
toustres-propres,& encormieux
montez. Ils portoient chacun un
Tour de pluines bleuës,& étoient
ceints de magnifiques Echarpes.
Leur Chefmarchoit le premier,
ayant
GALANT.
S
ayant le Guidon attaché à fon
coſté. Les Armes du Roy&de
la Ville y eſtoient peintes. Ils pafferent
par toutes les Ruës dans
l'ordre que je viens de vous marquer,
faiſant grand feu de leurs
Piſtolets . Le ſoir , les fix Sixains
qui font les Artiſans , ſe mirent
fous les Armes pour affifter au
Feu de joye qui ſe fit devant la
Maiſon de Ville , à la fanfare de
tous les Inſtrumens que je vous
ay nommez , & au bruit de tous
les Canons de la Citadelle . Chaque
Habitant fit un Feu devant
ſa Maiſon. Il y avoit des lumieres
à toutes les Feneſtres , &jamais
il n'y eut une nuit mieux éclairee.
Autre marche qui s'est faite
pour la Reception de Madame
la Comteſſe de ſaint Vallier , à la
Ville qui porte ce nom. Tous
1 Ciiij
1
:
56. MERCURE
les Bourgeois allerent au devant
d'elle, juſqu'à deuxlieües, habillez
en Arméniens , avec le Tambour&
la Muſete. Le Principal
eftoit à leur teſte. Illa vint com
plimenter à fon Carroffe , & enfuite
totite cette Troupe luy fervitd'eſcorte.
En approchant de
Thein', qui eft une petite Ville à
une lieuê de S. Vallier, elle trouva
quatre Compagnies d'Infanterie
qui la falüérent de trois ou
quatre cens coups de Moufquet,
& qui formerent une maniere
d'Arrieregarde dont elle fut accompagnée
dans le reſtedu chemin.
Elle arriva enfin en un liceu
nommé Serve , qui n'eſt qu'à un
quart de lietre de S. Vallier. On
la pria de s'y arreſter , & elle y
trouva une magnifiqueCollation,
qui luy fut ſervie au bruit du Canon
du Chaſteau , d'où l'on fit
plufieurs
GALANTM
57
pluſieurs ſalves. A peine fut- elle
à quatre cens pas de ce lieu,
qu'elle rencontra quatre autres
Compagnies d'Infanterie , qui la
régalerent d'une pareille décharge
que les premieres , & qui ſe
joignant avec elles,compoſerent
une maniere de petite Arméede
neuf eens Hommes, Ils l'eſcorterent
juſqu'à ſon Chaſteau de
S. Vallier , autourduquel l'Eſcadron
d'Arméniens & la petite
Armée firent pluſieurs décharges.
La Feſte finit par un grand
Feu d'artifice , &par quantité de
Fusées volantes . Le lendemain,
la meſme Troupe d'Arméniens
vint ſaluer ſa Maîtreffe , & luy
fit preſent de quelques Ouvra-t
ges des Abeilles de leur Païs.Celuy
qui eftoit à leur teſte luy fitt
un Compliment qui en fut tresbien
receu
C V
38 MERCURE
Je reviens à la Publication de
la Paix. Si toſt qu'elle eut eſté
faite à Saumur , Monfieur des
Hayes Lieutenant de Roy, reçeutordre
de faire allumer des
Feux de joye: Le jour qui fut
choiſi pour cette Cerémonie étant
arrivé, tous les Ordres de la
Ville s'aſſemblerent dans l'Eglifede
S. Pierre . On y chanta leTe
Deum, avec ungrand nombre de
Voix &d'Inftrumens,apres quoy
on marcha au fon des Trompe
tes vers leFeu qui avoit eſté preparé,&
qui fut allumé parMeffieurs
le Lieutenant de Roy , le
Maire , & les Echevins de la
Ville. Les crisde Vive le Roy , fo
firent auffi tốt entendre.Les Camons
du Chaſteau leur répondirent
, & à peine curent- ils ceſsé
de tirer, qu'on vit éclater un Feu
d'artifice . Mille Fusées volantes
parzi
GALAN T.
59
parurent en l'air dans le meſime
temps , & finirent une Feſte qui
fut celebrée avec toutes les de
monſtrations de joye , qu'exige
la reconnoiſſance qu'on doit aux
bontez que le Roy témoigne
avoir pour ſes Peuples ,
On a fait auſſi à Romorantin
en'Berry, de grandes réjoüifſfances
pour la meſime occafion. Afin
que tout le monde puſt prendre
part aux divertiſſemens preparés,
& entendre les loüanges du Roy,
ont fit dreffer un Theatre , non
pas dans une Salle , mais dans la
grande Court du Chaſteau. Les
Portraits de Sa Majesté , de Son
Alteſſe Royale , & de tous ceux
qui ſe ſont ſignalez pendant le
cours de cette Guerre , en fai
foient les ornemens. Ils estoient
ſeparez par des Feſtons,des Tro
phées, des Deviſes & des Infcri
5
ptions
60 MERCURE
ptions à leur gloire. On recita
fur ce Théatre pluſieurs Poëmes
en l'honneur du Roy. Comme la
matiere en eſtoit toute merveilleuſe
, il ne faut pas s'étonner fi
on y trouvoit à chaque moment
de juſtes ſujets d'admiration.
Le plaifir qu'en reffentirent les
Auditeurs fut ſuivy de celuy que
leur caufa un tres beau Feu
d'artifice . Il eſtoit d'une hau
teur fi extraordinaire, qu'on n'en
avoit point encor veu de ſemblable.
Les Habitans en firent en
ſuite devant leurs Maiſons , &
les acclamations de Vive le Roy
furent fi grandes & ff fréquentes
, qu'elles rendoient un ſenſible
témoignage de l'amour que
ce Peuple a pour Sa Majeſté.
Je vous ay parlé trop ſouvent
des cures merveilleuſes qui ont
eſté faites par les Capucins du
Louvre
HEQUE DELA
T
61
faire
ty fait
cette
wainravailonner
schal
intde
maux
Ajul
man-
Texe
esqui
felon
trouche
LYON
BIBLI
*
1893
*
VILLE
dont
Itrois
antatrois
tenir
3.Pla
60
ptio
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*
1893
*
777
ble
fuite
les
fure
tes,
ble
ceP
des
efte
20
GALANT. 61
Louvre , pour ne vous pas faire
voir leur Laboratoire . Je l'ay fait
graver. Examinez le dans cette
Planche, & vous ferez convaincuë
que ce n'est pas fans travailler
beaucoup , & fans ſe donner
de grandes fatigues,que ces charitables
Peres ont guéry tant de
Fiévres , & tant d'autres maux
pour lesquels on avoit cru juf
qu'icy que la Medecine manquoit
de Remedes. J'ajoûte l'explicatio
desPieces principales qui
compoſent ce Laboratoire , felon
l'ordre du chiffre que vous trouverez
marqué dans la Planche.
1. Fourneau à Lampes , dont
onvoit l'intérieur. Il eſt de trois
étages , pour contenir davantagedematras.
1128
2. Deux Lampes, où il y a trois
* méches , qui peuvent contenir
une pinte d'Huile.
3.Pla
62 MERCURE
3. Plaque de fer blanc , percée
en pluſieurs endroits , pour
rompre la pointe du feu des méches.
, 1.
- 4. Baſſins de fer blanc , longs
de deux pieds ou environ , &
hauts d'un demy , pour contenir
les cendres où ſont les matras figillez
hermétiquement , comme
L'on voit au chiffre 5 .
6. Regiſtre ſitué entre quatre
autres,de quatre étages diférens,
pour la graduation du feu.
7. & 8. Quatre Regiſtres fituez
aux quatre angles ovalesdu
couvercle du Fourneau .
9. Spatules , Crochets , & autres
Inſtrumens propres àtravail
ler autour des Fourneaux.
10. & 11. Refrigerans de cuivre,
d'unuſage ordinaire.
12. Grand Alhanor de huit
pieds de long,fait àl'Egyptienne ,
Qu
GALANT.
63
où l'on voit une Tour double en
dedans qui partage le charbon
dans chacun des baffins qui font
aux deux coſtez en ligne direête
, & qui échauffe en mefme
temps deux autres petits Baffins
en flanc , qui ſont deux Bainsmarie
, où l'on peut mettre deux
grandes Cucurbites avec leurs
chapiteaux.
13. Les deux Bains - marie , ой
le feu eſt gradué par les Regi
ſtres qui font triplespour ce ſujer..
14. Deux grands Baffins , dont
fun eſt remply de cendres , &
l'autre de ſable , pour des operations
diferentes , ſelon le génie
de l'Artiſte induſtrieux . B.B.B.B.
Regiſtres triples pour la graduationdu
feu.
15. La grande Tour , dont il
eſt parlé au chifre 12 .
16. Couvercle de la Tour. AA
efpece
64 MERCURE
efpece d'Etuve propre à faire un
feu de digeftion , qui fait l'etenduë
des grands Baffins 13. & qui
n'eſt échauffée que par la Plaque
de fer qui foûtient les cendres,&
qui communique un feu
égal.
17. Deux grands Refrigerans.
D. Fourneau tout d'une piece
qui peut ſervir à faire un feu de
fufion; &chanida Aelia
18. GrandBain-marie quarré;
où il y a quatre grandes ouvertures
faites dans le Chaudron,
&qui paroiffent à fon couvercle
, où l'on met quatre grandes
Cucurbites.
r
}
19. 20.& 21. Planches qui ſoûtiennent
pluſieurs Vaiſſeaux de
verre de diferente figure.
22. Robinet qui monte dans
le Laboratoire , & qui fournit de
l'eau pour l'uſage.
A
Ie
LANT.
5
Je vous ay toûjours veu rechercherles
Airs de Monfieur de Bacilly
avec tant de ſoin , que j'ay
lieu de croire que vous ne ferez )
pas fâchée d'en voir un de la
compoſition de Me Daniel , qu'il
a choiſy comme un digne Sujet
pour luy mettre entre les mains :
tout ce qu'il avoit de Gens de la
premiere qualité à inſtruire dans
labellemaniere de chanter.Vous
ſçavez , Madame , que peu de
Perſonnes en ont une connoifſance
auſſi parfaite queMonfieur
deBacilly ,& qu'il en a meſme fait
un Traité fort utile à ceux qui
veulent parler en public, à cauſe
des Regles de prononciation ,&
de quatité de choſes tres- curieuſemēt
remarquées .Le choix qu'il
a fait deMe Daniel pourluy donner
toutes fes pratiques , en luy
faiſantépoufer une de ſes Nieces,
vous
66 MERCURE
1
vous fait connoiſtre qu'il eſtoit
fortement perfuadé de fon mérite.
Auſſi celuy dont je vous parle
eſt- il dans une grande réputation
ſoit pour le fondde la Mufique
, foit pour la compoſition
des Parties , pourle génie de faire
de tres-beaux Airs , & fur
tout pour la noble & agreable
exécution du Chant. Vous en
jugerez par ces Paroles qu'il a
notées.
AIR NOUVEAU.
Nvain vous m'ordonnez de feindre
E De l'indiférence pour vous , Pour tromper les laloux ,
Que nous avons à craindre.
Lors que l'on jonit chaquejour
Des charmes de vostre préſence,
Ilest malaisé que l'amour
Paroiffe de l'indiference.
Tandis que nous fommes fur
la
GALAN T.
67
la Muſique, il faut vous appren-
- dre, Madame, à vous qui en fai,
tesunde vos plus grands plaiſirs,
qu'on vient de faire graver une
_ Table pour apprendre en fort
peu de temps à toucher le
Theorbe fur la Baffe- continuë.
Elle ſe vend chez Monfieur Ballard
, feul Imprimeur de la Mufique
du Roy , & eſt faite d'une
maniere qui ne la rend pas moins
utile pour lesEtrangers que pour
nous , en ce que la Muſique ,
fes Chifres , & la Tablature dont
il eſt fait mention dans cet Ouvrage
, ne diferent en aucune
force , ny de la Muſique , ny des
Chifres , my de la Tablature du
Theorbe , dont on ſe fert ordinairement
en Italie , en Allemagne
, en Eſpagne & en An-
1
gleterre. Joignez à cela qu'elle
donne des Regles auffi bien fans
3
Chifres
68 MERCURE
Chifres qu'avec des Chifres , &
qu'ainſi on peut s'inſtruire aisément
foy-mefme fans aucun fe
cours de l'Autheur. Il s'appelle
Monfieur Fleury. La façon dont
vous trouverez cette Table difposée
vous perfuadera aisément
de la parfaite intelligence qu'il
a de la Muſique. Le diſcours
qu'ily fait entrer , n'eſt remply
que de termes qui luy font propres
, & ce meſme difcours eſt
éclaircy par des Exemples aiſez
qui ne laiffent aucun embarras à
ceux qui ont les premieres teinturesde
cette Science...
On imprime auſſi un Traité
fort curieux , &utile à tous les
amateurs de la Symphonie , par
les premieres ouvertures qu'il
donne la nouvelle invenpour
tion Françoiſe des Sautereaux à
Languetes Impériales , perpetuelles,
:
GALANT. 69
tuelles , infatigables , non fufceptibles
des inconſtances du
- temps , ny fujeres aux foïes de
Porc.Les Languetes de bois& du
plumage ordinaire eſtoient d'une
- matiere poreuſe & fragile qui les
afſujetiſſoit à de, grandes varietez
, & c'eſtoit pour cela qu'on
les appelloit avec beaucoup de
raiſon la fource de toutes les fujettions
journalieres& ennuyeu,
ſes qui arrivoient au Claveffin ,
&qui en dégoûtoient ceux qui
l'eſtimoient le plus. Par le moyen
des Sautereaux dont je vous parle
, cet Inſtrument va eſtre dans
le point de perfection, qui a eſté
juſqu'à aujourd'huy ſouhaité de
tout le monde,& inutilement re
cherché parles plus grandsMaîtresde
l'Art, tant Eſtrangers que
François. Comme cette nouvelle
Invention regarde tout enſemble
& la Symphonie & les
70 MERCURE
Arts leRoy a eu la bonté de ſouf
frir qu'on luy en ait fait voir le
premier effay . L'utilité n'en eſt
pas ſeulement fort grande,à cauſe
que ces Sautereaux ſont ſtables,
& qu'ils n'aſſerviſſent point
aux ſujettions ordinaires , mais
encor parce qu'ils font trouver
au Claveffin les meſmes Clavieres
ſur les meſmes Cordes , &
enfin une diverſité d'harmonie
qui le rend doublement conſidérable
, ſans qu'il y ait ny augmentation
ny embarras , c'eſt à
dire, que les Jeux doux s'y rencontrent
avec les Jeux brillans,
&qu'on ſe peut fatisfaire diver
ſement ſelon ſon génie. Ainfi le
Claveffin accompagnera toute
forte de Voix & de Muſique Inſtrumentale
. Il ſera univerſel
pour tous les Concerts qu'on
voudra faire, &l'un des plus accomplis
GALAN T.
7
complis de tous les Inſtrumens
deMuſique.
Nous avons perdu depuis peu
de joursundes plus grandsHommes
dans ſa Profeſſion que la
France ait eu depuis fort longtemps
. C'eſt le fameux Monfieur
de Nanteüil, auſſi illuſtre par fon
Burin & par fon Paſtel , que les
plus excellens Peintres de l'Antiquité
l'ont eſté par leur Pinceau
,& les plus renommez Stacuaires
par leur Ciſeau. Il eſtoit
de Rheims , & eſt mort âgé de
cinquante-cinq ans. La plupart
des Princes de l'Europe ont voulu
avoir leur Portrait fait de fa
main en Paſtel. Ceux qu'il a faits
auBurin eſtant publics , parlent
aſſez à ſa gloire, ſans que j'y doive
rien ajoûter. Il a eu l'honneur
de faire ſouvent celuy du
Roy; & comme il avoit l'eſprit
fort
72
MERCURE
1
fort agreable , & que Sa Majesté
ne dédaignoit pas de l'écouter,
il luy recita les Vers qui ſuivent,
un peu avant ſa mort , pour luy
demanderdu temps ſur un nouveau
Portrait qu'il entreprenoit.
BLIOT
LYON
VERS
*18DE
Mr
DE
NANTEUIL
,
AU ROY.
Pres les Actions qui vous couvrem
A degloires,
Apres tant de Faits éclatants,
Ilme faudroit , Grand Roy , donner un
peude temps
Pour rendre vostre Image égale àvoſtre
Histoire.
On verroit dans les traits de Vostre
Majesté
Vine Grandeur parfaite unieà la Bonté;
Cesourissi charmant , cet airfi magna-
11.
nime ,
Cesmouvemens cauſez par un Espritfublime
, E
GALANT. 73
Et tout ce qui compose &fait voirà la
fois
Dans un Homme,un Grand Homme, &
le plus grand des Rois.
Mais pourquoy dans mes Vers achever
vostre Image ?
Tant d'Ecrivains fur moy n'ont- ils pas
l'avantage ,
Quandnul autre Graveur parsa dexterité
Ne peut vous consacrerà la Poſterité ?
It mepuis bien vanter , brûlant d'un Zele
extréme >
Ieſçaymon Art , &j'aime.
Ainsi dans cet Ouvrage on pourra voirun
jour
Ce que peuvent enſemble & l'adreſſe
l'amour.
Excusez ce transport , & pardonnez
moy , Sire ,
Ce qu'un Sujetfidele a bien osé vous dire.
Tous les Princes qui connoifſent
les beaux Arts , & qui les
aiment , avoient beaucoup d'eftime
pour Monfieur de Nanteüil;
& Monfieur le Grand Duc
Decembre. D
)
74
MERCUR E
entretenoit le Sieur Dominique
aupres de luy , afin qu'il appriſt
quelque choſe d'un ſi grand
Homme , & qu'il puſt un jour
faire honneur à la Toſcane .
En attendant que je puiſſe
m'acquiter, de la parole que je
vous ay donnée de vous entretenir
à fond de l'établiſſement des
Invalides , j'ay à vous apprendre
la mort de Monfieur Dormoy ,
qui estoit Gouverneur de cette
Maiſon. Monfieur le Marquis
de Louvoys l'honoroit d'une eftime
particuliere. Cette Place a
eſté remplie par Monfieur de
Saint Martin . C'eſt un Employ
qui demande un Homme qui
joigne beaucoup d'intelligence à
de grands talens pour la Guerre;
car quoy qu'il n'y ait point
d'Ennemis à redouter , ny de
Siege à craindre , il faut neant
moins
GALANT.
75
moins avoir autant de prudence
que de conduite , pour gouverner
un grand nombre de braves
Gens qui ne font là que pour
avoir eu beaucoup de valeur &
decourage.
Monfieur du Tronchet Con
ſeiller honoraire au Parlement,
&Frere de Monfieur du Tronchet
Préſident aux Enqueftes,
eſt mort auffi. Cette Famille a
toûjours eſté fort eſtimée , &
avec beaucoup de justice.
Je ne puis finir cette matiere,
ſans m'accuſer moy-meſme d'avoir
fait mourir un tres-galant
Homme , qui eſt encor plein de
vie , & qui mérite fort d'en joüir
long- temps. C'eſt Monfieur de
S. Hilaire le Pere. Il eſt vray qu'il
eut le bras emporté du meſme
coup de Canon qui nous fit perdreMonfieur
de Turenne , mais
Dij
76 MERCURE
il en fut quitte pour cela ; & ce
fut luy , & non pas ſon Fils , qui
n'avoit que vingt & un an quand
il fut tue, que Sa Majesté honora
du Brevet de Mareſchal de
Camp. Quand je fais des crimes
de la nature de celuy dont je
m'accuſe , j'ay toûjoursquelques
Complices ,& ce font , ou ceux
qui n'ont pas eſté aſſez bien inſtruits
des nouvelles qu'ils me
donnent , ou ceux qui s'expliquent
fi peu intelligiblement
que le ſens de leurs Mémoires
paroiſt tout contraire à ce qu'ils
ontdeffein de me faire entendre .
Quoy qu'il en ſoit , il eſt certain
que,Monfieur de Saint Hilaire
vit encor , & je le reſſuſcite avec
grande joye apres l'avoir tué
fort innocemment. t
Puis que je ſuis devenu voſtre
Hiſtorien , je ne dois pas vous
par
,
GALANT
77
parler ſeulement des choſes qui
arrivent de jour en jour dans le
monde, mais encor de celles qui
font tantd'eclat, qu'il y auroit de
l'affectation à ne vous en point
entretenir. La nouvelle Comé--
die qui paroiſt depuis quelque
temps ſur le Théatre des Italiens
eft de ce nombre. Elle est intitu
lée la Magie Naturelle , ou là
Magic Sans Magie. Je ne vous
en puis dire autre chofe , finon
que c'eſt un Enchantement. On
y vient en foule . Chacun s'en
demande la raifon ,& court où
il voit courir les autres. Tout le
monde y rit ; lesuns , de la Piece
; les autres , de voir tant de
Rieurs , &peut- eftre les Comédiens
riënt des uns & des au
tres. Sans la maladie de Monfieur
de Lully qui a reculé
l'Opera nouveau qu'il nous doit
Dij
78 MERCURE
1
donner cet Hyver , il auroit
bientoſt ſon tour , & je ne doute
point qu'on n'euft peine à trouver
place dans la Sallé du Palais
Royal. Les Triomphes de Bellerophon
en font le Sujet. La vi
ctoire qu'il remporta fur la Chimere
, compoſée de trois Monſtres
diferens , eſt une de ces
ſurprenantes actions qui n'appartiennent
qu'aux plus grands
Héros. Nous n'aurons la Repréfentation
de cet Opéra que dans
les derniers jours du Mois prochain.
Quelques Perſonnes qui
en ont entendu repéter les premiers
Actes , m'ont parlé ſi avantageuſement
de la Muſique, que
je ne doute point qu'elle ne foit
le Chef-d'oeuvre de Monfieur
de Lully. Ils font & bons Con+
noiffeurs , & dignes de foy ; &
quand ils loüent quelque Qu-
μα vrage,
GALANT. دو
1
1
ゴ
vrage , on peut dire qu'il mérite
d'eſtre loué .
LYON
Monfieur Moliere a fait auffi
une maniere de petit Operaqu'il
donne en concert chez luy tous
les Jeudis depuis fix ſemaines.
Les Aſſemblées y font toûjours
plus Illuſtres que nombreuſes ,
le lieu eſtant trop petit pour
contenir tous ceux qui viennent
y demander place. Les
Vers en font naturels , coulans,
& propres à eſtre chantez . Andromede
attachée au Rocher ,
& délivrée par Perſée , en eft
le Sujet.Cette malheureuſePrinceſſe
eſt repreſentée par Mademoiſelle
Itie , Fille de Monfieur
Moliere , qui chante avec toute
la juſteſſe poſſible. Mademoifelle
Siglas , qui fait le perſonnage
de la Mere , entre dans
tous les mouvemens de la paf
Dij
80 MERCURE
fion,& conduit ſa voix avec bear.
coup d'agrément. Persée vient
fecourir la Princeſſe . Il eſt reprofenté
par Monfieur de Longueil,
un des meilleurs Maiſtres que
nous ayons pour aprendre à bien
chanter , & qui fait les plus habiles
Ecoliers. La Symphonie eft
agreablement diverſifiée , ſelon
les diférentes paſſions quiſe doivent
exprimer. La merveille de
noſtre Siecle , la petite Mademoiſelle
Jaquier, y touche le Claveffin
, & ce charmant Divertiſfement
finit par un Air que
chante une Demoiselle de Normandie
qui a la voix admirable.
Il ſeroit aſſurément difficile d'en
trouver une plus touchante,d'un
plus beau fon , & d'une auffi
grande étenduë . Ce que cette
Demoiſelle a d'avantageux, c'eſt
qu'elle est faite d'une maniere
à
GALANTA 8t
I
à ſe faire regarder avec autan
de plaiſir ,qu'on en peut récevoir
à l'écouter. Voicy les Paroles
del'Air qu'elle chante.
A
Mant,qui cheriffez vas chaines,
Ne vous rebutez point des
peines
Dontles timides coeurs ſe trouvent alarmez
,
Et pour forcer les plus puiſſans obstacles,
Perseverez, l'Amour est le Dieudes Miracles,
Vous vaincrez tout, Si vous aimez.
Il y a quelques jours que cet
Opéra fut chanté au Louvre
pour Madame de Thiange , en
préſence de Monfieur le Duc,&
de pluſieurs Dames du premier
rang. Monfieur Moliere reçeut
de toute cette illuſtre Aſſemblée
les applaudiſſemens qui
L
Dv
1
82 MERCURE
luy ſontdeûs & pour la beauté
de fon Ouvrage,& pour le juſte
choix qu'il a fait des belles Voix
qui luy donnent tant d'agrément.
Apropos de belles Voix,Monſieur
d'Eſtival eſt mort,& le Roy
a perdu un de ſes grands Muſiciens
en fa Perſonne.
SAS
Feu Monfieur le Premier Préſident
de Lamoignon ayant défendu
par ſon Testament qu'on
luy fiſt aucune Oraifon Funebre,
on obeït l'An paſsé à ſes dernieres
volontez ; mais comme on ne
fçauroit faire trop de portraits
des Actions d'un bon Juge , &
que rien ne peut eftre plus utile
aux Magiftrats , & par conféquent
au Public , ceux qui luy
font faire ce qu'on appelle des
Bouts-de- l'an , onntt ſoin de luy
rendre la juſtice qu'il s'eſt refusée..
GALANT. 83
sée. Il s'en fit un au commencement
de ce mois dans l'Egliſe
des Mathurins, qui fut un témoi
gnage de la venération que Meffieurs
de l'Univerſité ont pour ſa
memoire. Son Eloge y fut prononcé
en Latin , & admiré de
tous ceux quil'entendirent.Monfieur
l'Abbé Fléchier doit parler
au premier jour ſur ce fujet.
Vous ſçavez qu'il a déja fait plufieurs
Oraifons Funebres , &
qu'elles font autant de Chefd'oeuvres.
Ainſi on n'en doit rien
attendre que d'achevé ſur une fi
belle matiere . L'Article qui fuit
vous fera connoître avec combien
d'éloquence elle a eſté traitée
depuis un Mois par un des
plus grandsHommesde la Robe ..
Je vous ay parlé de l'ouverturedu
Parlement qui ſe fait tous
les ans le lendemain de la ſaint
Martin,
8
4
MERCURE
Martin par une Meſſe celebrée
Pontificalement , & qu'on appelle
la Meſſe rouge , parce que
tous ceux qui compoſent cet Auguſte
Corps , s'y trouvent en Robes
rouges,qui font leur habitde
Cerémonie. Je viens preſentement
à l'ouverture des Audiences
qui ne ſe fait que quinze
jours ou trois ſemaines apres..
Monfieur le Premier Préſident
en choiſit le jour , & comme il a
accoûtumé d'y faire un Difcours
auſſi bien que le plus ancienAvo
cat General , il y a toûjours une
tres-grande Affemblée pour les
entendre . Les Ducs & Pairs , les
Conſeillers d'honneur , & les
Maiſtres des Requeſtes , y ont
des places marquées. Les Lieu,
tenans Generaux , les Tréſoriers
de France , & les anciens Avo
cats , y en ont auſſi . Je ne ſçay,
Madame,
GALANT. 85
Madame, ſi vous ſçavez la diférence
qu'il ya entre les Conſeillers
d'honneur dont je vous
viens de parler,&les Confeillers
- honoraires , Ces derniers font.
les Conſeillers véterans qui ayant
ſervy.affez de temps pour conſerver
leurs entrées , ſe ſont défaits
de leurs Charges ; & les.
Conſeilters d'honneur font ceux
qui ſans eſtre du Corps , ne laifſent
pas d'y eſtre admis en diférentes
occaſions. Le Roy en
donne les places , & comme le.
nombre n'eſt que de fix , vous,
n'aurez pas de peine à croire
qu'il faut un fort grand mérite
pour eftre choify. La Cerémonie
dont j'ay à vous entretenir,ſe fit.
un des derniers jours du Mois.
paſsé ; & comme c'eſtoit la premiere
fois qu'elle ſe faifoit depuis
que Me de Novion eſt Premier
Préfi
86 MERCURE
Préſident , l'Aſſemblée fut nombreuſe
& illustre . Monfieur l'Archeveſque
de Rheims , & Meffieurs
les Eveſques de Langres
& de Noyon , s'y trouverent
comme Ducs& Pairs , auffi- bien
que Monfieur le Duc de ſaint
Aignan. Pluſieurs Confeillers
d'honneur & Maiſtres des Requeſtes
s'y rendirent auſſi , avec
quantité d'autres Perſonnes de
merite , de toutes fortes de conditions.
Si toſt que Monfieur le
Premier Préſident fut entré , &
que Meſſieurs les Gens du Roy
eurent pris leur place , Monfieur
Talon ſe leva & fit un fort beau
Difcours. Il le commença par les
plaintes qu'on faiſoit avec juſtice
de ce que l'Eloquence ne regnoit
plus au Barreau. Il dit,
Qu'ilne s'en étonnoit point, quand
il voyoit que des Solliciteurs d'affaires,
-
GALAN T.
87
-faires , & de jeunes Gens ,sefaifoient
recevoirAvocats aufortirde
- leurs études , quoy qu'ils n'euffent
- jamais lû que quelques Recüeils
d'Arrests ; Qu'ils parloient le plus
-fouvent sans fçavoir ce qu'ils
avoient à dire ,fans aucune grace
&fans politeſſe; Qu'ils étourdis
foient & interrompoient les luges
mal àpropos, enparlant quand ilne
le faloit pas , & diſant ce qu'ils
avoient oublié de dire quand il étoit
neceſſaire de parler. Il ajoûta , Que
de pareils Avocats se chargeoient
de toutes fortes de Causes ,
نم
avoient la criminelle complaifance
de flater les Parties qui leur
demandoient leur avis. Toute la
remontrance qu'il leur fit, futde
leur conſeiller d'abandonner le
Barreau,&de chercher des Emplois
proportionnez à leur foibleffe.
Il s'adreſſa enſuite aux
Avocats
1
88 MERCURE
Avocats du premier ordre,& dit,
Que c'estoient des genéreux Atletes
qui défendoient les Caufes publiques
, & qui vouloient bien estre
remis dans le vray chemin,quand il
leur arrivoit de s'égarer. Illesexhorta
à continuer de bien faire,
&leur dit , Que pour en avoirdes
regles certaines , ils n'avoient qu'à
écouter ce qui leur alloit estre dit.
La maniere dont il tourna la
choſe, fit connoître qu'il entendoit
parler du Difcours que Mon.
ſicur le Premier Préfident avoit
à leur faire. Il ajoûta , Qu'ilfaloit
fe proposer des modelles , &
choisir toûjours les plus récens
quand ils estoient parfaits. De là,
fans nommer perſonne , il prit
occafion de faire un portrait des
Ames du premier Ordre , & ce
portrait en donna une fi haute
idée , qu'il feroit mal -aise d'en
trouve
GALAN T.
89
trouver beaucoupde ſemblables.
Il fit voir , Que les Aftres n'y avoient
aucune part , & cita pour le
prouver divers exemples de perfonwes
nées dans un mesme temps,dont
l'humeur & les actions avoient
esté entierement diférentes. Il
montra, Que lefang estoit incapabledefaire
atteindre à cehautdegréde
perfection , & que si l'éducationy
pouvoit quelque chose, elle
estoit bien éloignée d ypouvoirtout.
La comparaiſon du Laboureur
qui ſe conſune inutilement àcultiver
une terre ingrate, ſans qu'il
la puiffe rendre meilleure , fut
une des preuves qu'il en apporta.
Il appuya ce raiſonnement , pour
conclure , Que les Ames du premier
Ordre telles qu'il en venoitde
dépeindre, ſe devoient toutes à elles
mêmes,&se mettoient audeſſus
de la destinée. Il dit enſuite , que
feu
१०
MERCUREfeu
Monfieur le Premier Préfident
de Lamoignon eſtoit du
nombre de ces Ames toutes parfaites
,& fitun portrait de ſa vie
pendant les vingt deux ans qu'il
avoit poffedé céte grande Charge.
Il s'étendit ſur l'établiſſement
que les Pauvres luy devoient à
Paris , & qui avoit eſté cauſe de
celuy qu'ils avoient eu fuite dans
toutes les Villes du Royaume. Il
fit voir les foins qu'il avoit pris
pour tous les autres Hoſpitaux.
Il parla deſa devotion qui n'avoit
eu rien de faſtueux , de ſon extréme
bonté , des abus auſquels
il avoit remedié par ſa vigilance,
des avis qu'il avoit donnez avec
tant de lumieres dans le temps
qu'on avoit reformé la Juſtice ,
de l'autorité des Eveſques , pour
laquelle il s'eſtoit hautement declaré
contre les prétentions imaginaires
P
GALANT.
91
ginairesde ceux qui la vouloient
affoiblir. Il fit enfin une peinture
de toutes les Actions remar
quables de ce grand Homme , &
ajoûta , Que pour l'examiner dans
des images plus reſſemblantes ,que
ne feroient celles de Phidias quand
il auroit travaillé àſa Statuë , il
faloit regarder ces Images vivantes
dans ceux qu'il avoit laiſſez
heritiers de fa Gloire & de fon
Nom , & dans ſes Alliances qui
pouvoient paffer pour une espece
d'adoption. L'eloge qu'il en fit en
ſuite fur fi juſte , & fi conforme
aux veritez , qu'ils donnent lieu
tous les jours de publier , qu'il
s'attira les applaudiffemens de
tout lemonde. Apres avoir proposé
ces modelles, il excita encor
les Avocats à redoubler leurs.
foins pour devenir de grands Jus
rifconfultes ,& enfin de grands
Hommes,
92 MERCURE
ces
Hommes, puis que le Roy récompenſoit
le mérite de tout ce
qu'ily avoit de Gens dans fon
Royaumed'unmériteparticulier.
De là il entra dans les loüanges
de ce grand Prince , & parla de
merveilleuſes Campagnes
où il eſtoit toûjours en perſonne,
& qui finiffoient avant le Printemps.
Il dit, Qu'il estoitinfatiga
ble dans le travail, Sage, Prudent,
Prévoyant , & qu'il avoit uny la
fouveraine Raiſon avec laſouveraine
Puiffanse. Ce Panegyrique
eut d'autant plus d'approbation,
que quelque avantageuſement
qu'on puiſſe parler de cet Auguſte
Monarque , on n'en peut rien
dire que de veritable , & que fi
l'on manque à quelque chofe
en le loüant, c'eſt parce qu'il n'y
a point d'Eloge qui puiſſe aller
auſſi loin que la verité. Apres
que
GALAN Τ.
93
que celuy du Roy fut finy,MonſieurTalon
d'une voix plus baſſe,
&d'un ton plus familier , fit en
peu de paroles une remontrance
aux Procureurs , qui leur faiſoit
voir le danger où ils ſe mettoient
en négligeant de fatisfaire aux
obligations de leur Employ.
Le Difcours qu'un Avocat
General faifoit autrefois en pareil
jour,n'eſtoit qu'un aigre recit
des abus qui s'eſtoient gliffez
pendant le cours de l'année , &
ceux qui les avoient commis y
eſtoient affez déſignez pour
avoir la honte d'eſtre reconnus.
On alloit enſuite aux opinions,
& l'on prononçoit." On conſerve
encor aujourd'huy quelque
choſe de cet ancien uſage,
mais tout ſe paſſe plus honneſtement.
Les Perſonnes qu'on reprend
ne ſont point marquées.
Les
94
MERCURE
Les Difcours qu'on fait n'ont
rien de piquant , & font ſeulement
remplis d'une éloquence
perfuafive. Ainſi par les peintu
res generales qu'on fait des bons
& des mauvais Magiſtrats , on
excite les Juges à n'écouter que
le bon droit des Parties,les Avocats
à ſe rendre habiles , & les
Procureurs à bien s'acquiter de
leur devoir. On va encor aux
opinions comme autrefois , apres
que l'Avocat General a parlé ,
mais on n'opine qu'en donnant
àconnoiſtre qu'on approuve le
Difcours qui vient d'eſtre fait,
apres quoy Monfieur le Premier
Préſident ,au lieu de prononcer,
commence celuy qu'il a de couſtume
de faire , & qu'on appelle
Harangue fort improprement , à
cauſedujour qui eft nommé le
jour des Harangues. Tout ſe
paffa
GALANT.
95
paſſa à l'ordinaire dans cette
derniere occafion . Monfieur de
Novion alla aux opinions apres
que Monfieur Talon eut achevé
de parler , & prenant la parole
enfuite, il dit , Que lefilence
estoit neceſſaire aux Avocats ;
Qu'il estoit quelquefois aussi éloquent
que la parole , Qu'on trouvoit
toûjours aſſez toſt le temps de
dire ce qu'on avoit reservé; Que.
lefilence & le secret avoient esté
cauſe des grandes Conquestes du
Roy,&que ces Conquestes l'avoient
esté de la Paix ; & en parlant des
longs diſcours qui estoient fouvent
inutiles , & qui ne ſignifioient
rien , il ajoûta , Qu'il ne
falloit pas prendre garde au nombre
des fléches , mais à celles qui
frapoient au but ; Que les plus
profondes Rivieres couloient avec
le moins de bruit ; Que nous avions
deux
96
MERCURE
deux organes pour tous lesſens , &
que nous n'avions que la langue
pourparler.Il finit en diſant, qu'un
Medecin parleur estoit unc feconde
maladie.
Ce Difcours ayant eſté trescourt
, ne pût avoir de diviſion;
& comme il ne fut composé que
d'un amas de pensées qui aus
roient pû fuffire pour un Difcours
de trois heures , peut - eſtre
que je ne vous le rapporte pas
dans le même ordre que ce grand
Homme leur donna en les exprimant.
Je puis meſme en avoir
oublié quelques- unes. Ce que je
vous puis dire de certain , c'eſt
qu'il les fit paroître en termes
choiſis, & qu'il ſe ſervitd'un ſtile
ferré qui en augmentoit la
grace . Ainfi chaque parole avoit
de la force, & tout le monde demeura
d'accord qu'on n'avoit
jamais
GALANT. 97
jamais dit tant de choſes en fi
peu de mots.
Si je meſle ſouvent des Nouvelles
de Turin parmy celles que
je vous envoye , vous ne devez
pas en eſtre ſurpriſe. Quand la
magnificence & la galanterie re
gnent dans une Cour , on a de
fréquentes occaſionsde parlerde
ce qui s'y paſſe. Ce fontdeux choſes
qu'on ne peut difputer à celle
de Savoye,&dont elle eſt en poffeffion
depuis longtemps. Mais
quoy que Madame Royale les y
ait trouvées établies , il ſemble
qu'elles n'ayent jamais eſté por
tées au point où nous les voyons
aujourd'huy par la maniere dont
cette grande Princeffe agit en
toute forte de rencontres . Monſieur
le Nonce , & Monfieur-de
Villars Ambaſſadeur de France,
quis'eſt toûjours fait eſtimerdans
Decembre. E
98 MERCURE
tous les lieux où ſes Emplois luy
ont donne occafion de paroiſtre
ayant complimenté Madame
Royale fur le rétabliſſement de
ſa ſanté, ils en furent remerciez
par des préſens , ainſi que les autres
Miniſtres Etrangers qui
s'acquiterent du meſine devoir.
Avoüez , Madame , qu'il y a du
galant &du magnifiquedans céte
façon d'agir, & que lors qu'on
fait d'une maniere toute engageante
ce qui n'a point de coûtume
d'eſtre pratiqué,on ne s'attire
pas ſeulement l'applaudiſſement
des Peuples,mais les coeurs
de tous ceux à qui ces chofesdeviennent
connuës.
Les Divertiſſemens continuét
toutes les Semaines à Nimégue,
& toûjours avec grand éclat ,
chez Madame Colbert l'Ambafſadrice
, qui s'y fait admirer
cha
YON
1893
ITTIN
GALANT
BULIA
chaque jour de plus017plus
par ſa galanterie , par la magni-
■ ficence , & par fon efprit. Vous
ne ſçauriez croire juſqu'à quel
point elle s'y eſt acquis l'eſtime
de tous les Ambaſſadeurs
& Miniſtres Etrangers , & méme
de ceux qui ont toûjours
parueftre le plus de nos Ennemis.
Voila ce que produit le
vray mérite. Il a des charmes
par tout , & il n'y a point d'intéreſts
oppoſez qui empeſchent
qu'on ne luy rende ce qu'on
ne luy fçauroit refuſer ſans injustice.
Il eſt vray que le nom
d'Ennemy n'eſt plus connu à
Nimegue . On n'y doute point
de la Paix ,& peut-eſtre ne finiray-
je point cette Lettre ſans
vous apprendre la Ratification
de celle d'Eſpagne. Ainfi les
Aſſemblées de plaiſir s'y font
Eij
2.
L
100
MERCURE
avec un redoublement de joye
incroyable . Madame l'Ambaffadrice
Colbert leur fournit un
nouvel & fort agreable orne-
-ment, par Mademoiselle Colbert
ſa Fille, arrivée depuis peu à Nimégue
: Elle n'a encor que ſept
ans& demy,& poffede déja toutesles
qualitez du corps & deleſ.
prit qu'on pourroit ſouhaiterdas
Ta Perfonne la plus accomplie, &
d'un âge plus avancé.Elle est bel.
le,bienfaite,jouëadmirablement
bien de pluſieurs Inſtrumes,danfe
à charmer , & raiſonne avec
tant de vivacité&de juſteſſe que
fi elle avoit quelques années davantage
, elle pourroit caufer de
grands troubles dansune Aflemblée
, qui ne ſe tient que pour le
repos de l'Europe .Ne croyez pas ,
Madame , que je luy donne plus
de louanges qu'elle n'en merite.
La
GALANT. LOI
LaGazete de Hollande a renda
témoignage d'une partie de ces
veritez , & elle est d'une Maiſon
à laquelle il fero t difficile de don.
ner tous les éloges qui luy ſont
deûs .
Monfieur de Barillon- Morangis
, Frere de Monfieur de Barillon
Ambaſſadeur pour le Roy en
Angleterre, eſt Intendant de Juſtice
dans la Generalité d'Alencon.
C'eſt ce que vous ſçavez déja.
Vous ſçavez auſſi qu'il eſt infiniment
éclairé,& queleslumieres
qui le rendent capable des
plus grades & des plus importa.
tes Affaires , ne luy oftent point
cet eſprit aiſe , fin & délicat ,
qui s'appelle l'eſprit du monde.
Mais vous ignorez ſans - doute
que Madame ſa Femme eftant
accouchée il y a quelque temps
d'un Garçon , certains Scavans
E iij
102 MERCURE
luy porterent des Vers Latins de
congratulation ſur cet Enfant
nouveau né . Monfieur de Barillon
les trouva tres-bien tournez ,
&auffi Virgiliens qu'on en puiffe
faire , mais il ne pût s'empef
cher de dire que c'eſtoient des
Vers Latins. Un Favory d'Apollon
qui estoit préfent ( je luy
donne ce nom fans le connoître
pour la facilité de ſon génie )
comprit la pensée de Monfieur
de Barillon , & l'eftant allé voir
le lendemain , il luy demanda fi
aprés avoir donné audience aux
Muſes Latines , il voudroit bien .
perdre quelque temps à écouter
les Françoiſes. La propofition fut
reqenë avec plaifir. Il recita quelques
Vers qu'il venoit de faire..
Le tour en fut trouvé galant &
ſpirituel .Chacun s'empreſſa pour
les écrire . Il m'en est tombé une
Copie
GALANT. 103
Copie entre les mains. Je vous
l'envoye.
4 1.
L'AMOUR
AU PETIT DE MORANGIS.
E viens , aimable Enfant ,vous rendre
JE une vifite ,
Moy qui fuis Enfantcommevom.
Cette favear n'est pas petite,
Biend'autres enferont jaloux
Car avec des Enfansje nem'amuseguére,
Je veux des Gens un peuplus avancezi
Mais pour vous je vous confidere ,
IeconnoisMonfieur vostre Pere ,
Iepense auſſi qu'il me connoit affez.
{
Il craignoitd'avoir une Fille ,
Ellen'eust pas fi bien soûtenuſa Maiſon.
Le le craignois auffi, maispar une raison
Qui n'est pas raison de Famille.
lefuis l'Amour ; tel que vous me voyez ,
Pourmoy tous les Mortelsſont ſans cef-
Se employez
E. iiij
1
104 .
MERCURE
A meservir tout l'Univers confpire.
Une Filte eust sans douteétendu mon empire,
Eust inspiré l'amour , mais pour leſertir,
non;
I'aimebeaucoup mieux un Garçon,
Et qui leſente, & qui l'inspire.
*
Vous voila donc au monde; bé bien qu'en
dites-vous ?
C'eſt du hazard un effet affezdoux ,
Que de vous y trouver en auſſi belle paſſe.
vous allez vou Si , comme on croit ,
anefler
D'imiter ceux de vostre Race,
Vous trouverez à qui parler.
Prélats , Ambassadeurs , Gens de Robe
&d'Epée,
*
Héros de touteslesfaçons,
On verroit vostre vie affez bien occupés
Afoûtenir unſeul de ces grands Noms.
Mais si vous imitez juſques à vostre
Pere,
Avous dire le vray , ce sera le meilleur.
Si
GALANT. 1ος
Si lefang nefaisoit la moitié defi l'af-
Vous n'en pourriez jamais venir à
1
vostre
T
Quand vous travaillerez ſur de ſi beaux
Exemples
Dumoinssouvenez- vous de moy de temps
en temps.
Adieu , dans ſeize ou dix-sept ans,
Ievous rendray des viſites plus amples.
Monfieur le Cardinalde Bonzi
eſtant arrivé à Montpellier au
moisde Novembre dernier pour
préſider à l'Aſſemblée des Etats
Genéraux de la Province de
Languedoc , Meſſieurs les Tréforiers
de France au Bureau des
Financesde la meſme Ville,choifirent
Monfieur le Baron de Pezene
l'un d'eux, pour faireCompliment
à Son Eminence de la
part de leur Compagnie, Ill'alla
Ev
१९५
106 MERCURE
faltuer à leur teſte , & s'acquita
de cet employ avec un applaudiffement
fi general , que Monſieur
Dagueſſeau Intendant de
la Province , qui l'entendit , &
qui eſt un des Hommes de France
qui parle le mieux , dit en même
temps à Monfieur le Cardinal
de Bonzi, qu'il voudroit eſtre
aſſuré de parler auſſi juſte le lendemain,
à l'ouverture des Etats ..
Il y fit pourtantun Difcours inimitable.
Voicy les termes dont
Monfieur de Pezene ſe ſervit
pour fon Compliment.
- ????????????? ????? ????? ?????? ??????????????
MONSEIGNEUR , १८
L'heureux retour de Votre Emi
nence , oblige nôtre Compagnie à
vous venir rendre fes tres-humbles
devoirs. Sa joye est si grande dans
cette rencontre , qu'il luy
?
Semble
que
GALANT. 107
4
que nous ne la faiſons point affez
paroiſtre dans nos yeux & dans
nos paroles. Ilfaudroit pour la connoistre
parfaitement , que vôtre
Eminence pût penetrer jusques
dans nos coeurs . Elle les verroit
tous remplisde cettejoye quifefait
bien mieux fentir , qu'elle ne se
fçait exprimer. Comme il n'en fut
jamais de plus fincere, avoüezausfi.
Monseigneur , qu'il n'en fut jamais
de mieux établie , puis qu'elle
eft entierement appuyée sur les
belles & rares qualitez de Vôtre
Eminence. Ce font ces belles & rares
qualitez qui vous ont acquis
l'eftime de toute l'Europe dans vos
diférentes Ambaſſades , & dans
le dernier Conclave. Ce font ces
douces &infinuantes manieres ,qui
vous ont gagné les volontez & les
fuffrages de tous les Ordres de cetteProvince
dans les Affemblées de
No53
108 MERCURE
nos Etats; &pour dire beaucoup
Plus que tout cela ensemble , c'està
ces dons que vous avez reçeus du
Ciel ,& aux importans ſervices
queVostre Eminence a rendus à la
France , que vous étes redevable
de la bien- veillance que vous témoigne
tous les jours noftreAuguste
Maistre , le plus grand & le plus
éclairé Prince que la Terre ait-jamaisporté.
Puiſfie-zvous joüirlongtemps
, Monseigneur , de ces glorieux
avantages, &puisions-nous
avoir celuy de vous donner fouvent
des preuves de nos tres- humbles
refpects. Les occafions ne s'en
preſenteront jamais affez-toft pour
noſtre impatience. Croyez-le , s'il
vous plaist Monseigneur , &
voyant nós bonnes intentions qui
ne peuvent échaper à vôtre pénetration
, ayezaujourd'huy la bontéde
nous continuer , & vos bonnes
GALANT. 109
nes graces & vostre protection.
Nous efperons avec confiance que
vous nous accorderez ces deux
grands biens , puiſque nous vous les
demandons avec le dernier empreſſement
, & que nous vous les
demandons pour une Compagnie
qui est entierement dévoüée à VôtreEminence.
BLIOTHE
DE
BE
Monfieur le Marquis de Boufflers
a preſté le Serment de fidelité
entre les mains du Roy pour
la Charge de Colonel General
des Dragons . Il a eſté tres-favorablement
reçeu de Sa Majesté..
Il revenoit d'Allemagne , où il a
ſervy avec beaucoup de zele &
de gloire . Le Commandement
de Fribourg ,& la Charge dont
je vous viens de parler , quiluy
ont eſté donnés dans la même année,
sõt d'avantageuſes marques.
de
110 MERCURE
de la fatisfaction que le Roya
reçeuë de ſes ſervices , puiſqu'il
ne recompense que ceux qui
n'ont negligé aucune occafion
de ſe ſignaler.
Monfieurde la Baume , Comte
de Montrevel , Marquis de
S. Martin & de Savigny, Chevalier
des Ordres du Roy, & Lieutenant
General pour ſaMajesté
de Brefle, Bugeay, Valromay,&
Gex , eſt mort il y a fort peu de
temps . Ilavoit épouséuneFillede
Monfieur Olier , Sieur de Nointel
, & estoit Fils aifné de Monfieur
le Comte de Montrevel,
qui mourut de la bleſſure qu'il
reçeut au Siege de S.Jean d'Angely
, &de Jeanne d'Agouſt de
Sault. Je ne vous dis rien de ſes
fervices. Il s'eſtoit trouvé avec
Monfieur le Comte de Montrevel
fon Pere au Siege de S. Jean
d'Angely,
C
GALANT... fru
d'Angely , & depuis à ceux de
Royan&de la Rochelle ,& aux
Guerres de Lorraine & de Picardie.
Ce Nom eſt encor fort connu
aujourd'huy dans nos Armées,
& je ne vous ay guére envoyé
de Relations où vous ne
l'ayez veu employé.
On a faitàBreft l'élection d'un
nouveau Maire depuis quelques
mois. Vous ſçavez que Breſt eſt
un Portauffi conſidérable qu'il y
en ait en toute l'Europe , & o
Sa Majesté a les plus beaux Vaifſeaux,
& en plus grand nombre.
Cette élection ſe fait tous les
trois ans le premier jour d'Octobreavee
grande ceremonie.Mon.
fieur le Gouverneur , Monfieur
Intendant , tous les Officiers de
Terre&de la Marine ,les Bourgeois
, &une partie du refte des
Habitans , s'affemblent. On
pro poſe
12 MERCURE
propoſe trois de ceux qui ont
paſsé par l'Echevinage & par les
autres Charges de la Ville ; &
celuy qui a le plus de voix eſt
preferé. On peut dire qu'il n'y
en a eu qu'une cette année , &
qu'elle a eſté generale pourMonſieur
de S. Leger Sigurel. Il eſt
d'Agen proche de Bourdeaux,
Homme d'honneur , magnifi
que en tout ce qu'il fait ,& qui
n'a pas moins d'eſprit que de
conduite. Le jour de l'An eſt celuy
où la Reception du nouveau
Maire ſe fait, On ne doute.
point que celle de Monfieur de
S. Leger ne ſe fafle avec tout
L'éclat que demande le Poſte où
fon mérite l'a fait, entrer. La
Ceremonie en eſt aſſez particu +
liere. Tous les Habitans font
fous les armes. On va prendre
le Maire qui a fait ſon temps , &
enfuite
GALANT. 113
enfuite celuy qu'on a nommé
pourluy fucceder. Ils ont l'un
& l'autre une Soutane de ſoye ,
une Robe de velours avec des
manches pendantes , une Toque
auffi de velours , un Cordon
d'orenrichy de Pierreries,&dans
- cet équipage , ils marchent fuivis
des Echevins & des Compagnies
de Milices , au fon des
Tambours , des Trompetes , &
des Violons. Apres une Meſſe
qu'on celebre folemnellement,
on s'arreſte dans une Place qui
eſt devant le Portail de la principale
Eglife. On y trouve une
grande Pierre plate & ronde, au
milieu de laquelle il y a un trou .
Le nouveau Maire y met le ta-
Ion , & en meſine temps celuy
qui fort d'exercice,luy faitun difcours
pour luy faire connoiſtre
la conféquence de ſa Charge.
Pendant
114
MERCURE
Pendant qu'il luy parle , l'autre
a toûjours le talon dans ce trou,
&le bout du pied levé , & il ne
l'en retire qu'apres qu'il a preſté
le ferment de fidelité pour le
fervice du Roy, & pour le maintien
des Privileges. Cela fait , ils
vont tous à la Citadelle , où le
nouveau Maire affure Monfieur
le Gouverneur de ſes reſpects.
On le remene en ſuite chez luy
avec pompe , & il donne un
magnifique Repas. Les Perſonnes
les plus qualifiées , & la plus
grande partie de la Nobleſſe , s'y
trouvent. Le Dîner finy , on va
à la Mer joüir du divertiſſement
des Sauteurs. Tous ceux qui ſe
font mariez depuis trois ans , ou
qui ont , non ſeulement fait baftir
une Maiſon , mais élever un
pignon , ou dreſſer quelque muraille,
font obligez de ſauter trois
fois
GALANT.
IIS
fois à la Mer. Il n'y a perſonne
qui en ſoit exempt. Les plus conſidérables
d'entre les Bourgeois,
payent des Gens qui ſautent
pour eux. Il a beau geler , comme
il gele ordinairement cejourlà.
Les Sauteurs ne laiſſent pas.
d'eſtre en calleçon & en chemiſe,
avecdesEſcarpins blancs ,&
desBas de toile. Čeľný qui faute
pour le Roy a une Couronne fur
ſa teſte. Le nouveau Maire , ſuivy
desEchevins , &de pluſieurs
autres Officiers, ſe promene tout
le jour par les Ruës avec des
Trompetes&desViolons.L'heu.
re de ſauter eſtant vennë , Monfieur
le Gouverneur entre dans
un des plus beaux Navires du
Port. Les deux Maires & le
Corps de Ville l'accompagnent.
Il y trouve les Sauteurs qui s'y
font rendus auparavant. Le nou
veau
116 MERCUR E
:
veau Maire a un Rôle , & dans
le meſme temps qu'il nomme
ceux qui doivent ſauter , on les
voit qui s'élancent du Navire. Il
y a toûjours quinze ou vingt
Chaloupes preftes pour les ſecourir
, fi quelqu'un d'eux eſtoit
enpérilde ſe noyer.Ces Sauteurs
font quelquefois au nombre de
cinquante ou de foixante , &
ce divertiſſement attire les Curieux
de toutes parts .Apres qu'ils
ont tous ſauté trois fois , ils ſe
mettent dans des Chaloupes.
Elles ſont armées de dix ou douze
Hommes , & vont viſte comme
un Eclair . Il y a un Rond au
bout d'une perche qui fort par
un Sabor du Navire Cette perche
eſt de douze ou quinze pieds
& c'eſt entr'eux à qui pourra
emporter ce Rond. Les Chaloupes
vont ſi viſte,que la plupart
tom
GALANT
117
tombent dans la Mer. Celuy qui
a ou plus d'adreſſe , ou plus de
bonheur que les autres dans céte
eſpece deCourſe, eſt récompen
sé d'un Prix. Le Rond emporté
en decide On va en ſuite ſe
métredenouveau à table,& c'eſt
toûjours par la ſanté du Roy
qu'on commence. Le Feftin de
la Mairie dure trois jours , avec
une égale magnificence. Il y a
Bal tous les ſoirs. Quantité de
Dames de qualité en font priées,
&fon employe la plus grande
partie de la nuit à danſer.
-Apresvous avoir parlé de plufieurs
Actions éclatantes dans
leſquelles l'eſprit de Monfieur
l'Abbé Colbert a paru , je luy ferois
injuftice ſi je négligeois de
vous entretenirde ſa pieté. Il en
vient de donnerun grand exem.
ple,en ſe retirantpour troismois
For dans
118 MERCURE
t
dans le Seminaire de S. Sulpice.
Quoy que le veritable eſprit ſoit
aflez rare, une pareille pieté l'eſt
encor plus , particulierement
quand on eſt en pouvoir , ou de
ſe diſpenſer de ces fortes de retraites,
ou de ne les pas faire fi
longues. Cette auſtere regularité
fait connoiſtre que cet illuſtre
Abbé fera toûjours gloire
de s'aſſujetir aux Loix du plus
ſevere devoir , & qu'il tâchera
de rendre des ſervices à l'Egliſe
avec la meſme exactitude & le
meſme zele que toute ſa Maifon
en rend à l'Etat. On eſt aſſurément
fort redevable à la pieté de
ceux qui ont inſtitué les Seminaires.
Celuy de S. Nicolas du
Chardonnet eſt le premier qui
ait eſté étably à Paris. Il le fur
parMonfieur Froger Docteur de
Sorbonne ,& Curé de cette Pa
roiffe.
GALANT. 119
roiffe. C'eſtoit un Homme dont
la grande érudition répondoir
aux ſentimens tous Chreſtiens
qui estoient la regle de ſes
actions. Il eut ſous luy un Prétre
extraordinairement zelé , nommé
Monfieur Bardoiſi, lequel en
treprit de porter plus loin l'in
ſtruction des Clercs , &tout ce
qui regarde la Cléricature. Le
Pere Vincent , Fondateur de la
Miffion , jugea avantageuſement
de l'inſtitution de ce Seminaire;
& comme il fongeoit uniquement
à tout ce qui pouvoitavancer
le bien de l'Eglife , il obtint
de feuMonfieur de Gondy , Ar
cheveſque de Paris , que ceux
qui voudroient prendre lesOr
dres , feroient une eſpece de re
traite pendantdix ou douze jours.
afinqu'on pûtemployer ce temps
à les inftruire de ce qu'ils de
voient
120 MERCURE
voient ſçavoir. On luy accorda
pour cela leCollege desBonsEnfans
, où ces fortes de retraites
ont commencé,& où elles ſe font
continuées fort longtemps par
les charitables contributions de
quelques Dames , & entr'autres:
de Mesdames les Préſidentes
Gouffaut &d'Erſe. Cette coûtume,
s'obferve encor aujourd'huy
à S. Lazare à chaque Ordination.
Depuis , pour conferverle
fruit que ces retraites fai-a
foient , on a crû devoir ramaſſer
les nouveaux Ordonnez , & les
tenir en Communauté. Celle de.
S. Sulpice a eſté une des premieres
. Les bienfaits de feu Monſieur
de Bretonvilliers ont beaucoup
contribué à l'établir. Feu
Monfieur de Gondrin , dernier
Archeveſque de Sens, en futtiré
pour fucceder à Monfieur de
220107 Belle
GALANT.
121
A
Bellegarde fon Oncle , auffi Archeveſque
de Sens. Depuis ce
temps- là,preſque tous les Archeveſques,
Evefques,& Curez , ont
pareillement efſtably des Seminaires
dans les lieux de leur réſidence,
pour élever des Clercs ,
& tenir les Eccleſiaſtiques dans
leur devoir.
Je vous envoye un Madrigal
fur un langage qui n'eſt pas inconnu
à beaucoup d'aimables
Perfonnes de voſtre Sexe. Il eſt
de Monfieur Valetté d'Vſes. Une
Belle luy avoit demandé des Leçons
fur ce langage. Voyez s'il
peut eſtre mis au nombre des
habiles Maiſtres.
MADRIGAL .
Vous lesçaurez, Philiss, ony ,je veux
vous apprendre 기를 이해
Decembre. F
122, MERCURE
Ceque nous appellans le langage desyeux;
Etdeplus je m'oblige à vous le faire entendre,
Infqua me
t
difputer àà qui l'entendra
le puis ,ſans meflater, dire à mon avantage
Qu'on ne peut mieux parler cet amoureux
langage,
Erfi vous voutez pratiquer ma leçon,
Vous apprendre bien - toft cet aimable
41 jargon.
Vous riez ? que cela ne vous faſſe point
5. C
Ony, ony, vous le sçaurez , Philis, dans
un moment ,
T
Et vos yeux le pourront parler éloquem-
-ment,
A
Pourveu que vous faffiez ce que je vay
vous dire.
Ilvous faut.... ( mais au moins j'y vais
debonnefoy ,
Neprenez pas cecypour quelqueſtratagéme)
Il vous faut donc , Philis , pour parler
3. commemoy
M'aimerautant que je vous aime.
H
endrasosCes
GALANT.
123
Ces Versioont aſſurément de
la Rime&de la Raiſon . Ce font
deux choſes qui ne ſe rencontrent
pas dans tous les Ouvrages
qui échapent à bien des Gens
quiveulent eſtre Poëtes en dépitdes
Muſes. Vous l'allez con
noiſtre par le Dialogue qui fuit.
sar bis dся
DIALOGUE
DELA RAISON
DET DELA REME
ИОГГАЯ АЛ
O
LA RAISON O
U allez-vous ſi viſte ? Vous
feignez , ce ſemble, de ne
me pas voir.
Glaup 92 3007ab smal 9 છ
c TLACRIMEohl ob
Vousvoulezraiſonner, mais je n'aypai
Fij
124 MEROURE
Defirant de me voir toûjours en bonne eflevay
trouver les Gens
Qui demandent la Rime,
L A RAISON.
Mais ne ſçavez vous pas que
vous ne devez jamais vous trouver
où je ne ſuis point , & que
la Rime fans la Raiſon fait tine
étrange figure ?
LA RIMEI
>
Pourtant , quand je parois deſſous un
riches habit ,
Ne pensez pas que jefois fans crédit.
LA RAISON
Quel
1
credit , & quelle eſtime
peut acquerir un Corps habillé
richement, s'il n'eſt point animés
Ignorez -vous encor que je dois
eſtre l'ame de tout ce quel'eſprit
de l'Homme peut produire &,
voſtre éclat n'eſt ſolide que
quand je le ſoûtiens
LA
GALANT 125
PILARIME
Si je n'allois jamais qu'en vostre compagnie
Ie paroiſtrois bien rarement :
L'on ne vous trouve pas , on c'est malaifement
Pour moy ,jefuis facile , & des que l'on
Silmeprie suo
en
20
7
On me voit partir promptement.
LA RAISON
Ah ! ne vous ſuffit- il pas d'avoir
tenu juſqu'icy une conduite
fi licentieuſe & fi blamable ?
Quelledémangeaiſon avez-vous
devousdoner à tant deGens qui
vous def-honorent , en vous faifant
ſervir à leurs Ouvrages impertinens?
Vos Parens vous ontils
donne la vie pour une fin fi
baffe,& fi indigned'eux ? Vrayment
, ſi des le point de voſtre
naiſſance ils ne vous avoient
miſe en ma garde , ils ne ſe ſe,
Fiij
126 MERCURD
roient pas acquis en leur fiecle
tant de réputation. Ils ſçavoient
bienque mon alliance faifoit toute
voſtre force , & que la Raifon
triomphe de tout. Ils ju
geoient bien que voſtre beauté
ne dureroit qu'avec moy , & que
fous quelque habit que vous paruffiez
unjour , vous
cule , fije ne faifois moy-mefme
voftre Soutenez donc ornement.
VOUT
vous feriez ridimieux
voſtre caractere . Hono
rez davantage par voſtre con-
Ance-
JE
2
27
&
duite Painemoire de VOS
ftres , & mepriſant tous ceux
qui ne s e s'attachent pas à moy ,
taiffez les vous chercher.
vous appeller înutilement .
les fervirez plus , en leur refufant
voſtre prefence , qu'en
vous donnant à eux fi librement;
car , comme ils n'ont preſque
point de commerce avec moy ,
Bpeller inutilement. Vous
200700
s'ils
GALANT. 1217
s'ils vous voyent toûjours à ma
ſuite , ils demeureront en repos,
ne penſeront plus à vous , & ne
produiſant plus de fots Ouvrages,
ils en ſeront moins ridicules.
EVA RIME
La tentation d'écrire as sado
Mal aisément ſe guéritable
Si loin d'eux je me retire,
Pensez- vous que leur Esprit
Ne veuille plus rien produire g
Ah! dans leur démangeaifon s 220V
Iln'est rien qui les reprimesuonnoil
Et croyant vainement s'acquerir quelque
estime ,
109
Ils écriront plutoſt ſans Rime & Sans
Raison.
Pour moy ,je tiens cette maxime,
Que qui n'a la Raison , tout au meins
ait la Rime.
C LA RAISON
Que vous raiſonnez mal , &
que vous me faites pitié , quand
je
128 MERQURE
D
je vous entens avanter fi hardiment
de tellesmaximes ! Quoy !
vous voulez partager lemépris &
la raillerie que s'attirent ceux qui
ne travaillent pas avec moy , &
vous ne ſçauriez les voir loin de
ma compagnie , ſans eſtre touchée
en mefine temps du defir
de les foulager,&de vous trouver
avec eux ? Certes , j'admire l'emportement
de voſtre tendreſſe.
Vous aimez mieux fouiller voſtre
honneur , que de ne pas tomber
fous leur main toutes les fois
qu'ils vous cherchent.
ARIME.
Chacun a son humeur ,Samaniered'agir
Ieconfens que chacun s'y tienne ,
Maisje ne croypas que la mienne
Doive me faire rougir.
Tantoft noussommes ensemble ,
Tautostnous n'ysommespas.
Vous
GALANT. 129
Vous avez beaucoup d'appas ,
L'aime fort qu'on nous aſſemble
L'enmarche d'un meilleur pas .
Mais quand quelqu'un ne le peutfaire,
Quandce quelqu''uunnde moy ſeule eft content
,
Lonevous en veuxpoint faire icy de my
ftries
Je cours fans vous à qui m'attend.
1. VUO
LA RAISON .
Qui vous a donc fait prendre
des ſentimens fi 'contraires à la
Raifon ? Ma force & ma ſageſſe
ne pourront - elles pas vous faire
rentrer un peu en vous - mefme
, pour voir s'il vous eft permis
de vivre comme il vous
laiſt;Aurez - vous plus de complaiſance
pour la Folie , que
pour la Raiſon ? Et quand la
Raiſon vous fera connoiſtre ce
que vous luy devez , & ce que
vous vous devez à vous meme ,
}
↓ Ev
130 MERCURE
rez vous fuivre d'autres maximes
que les fiennes ? Yen a -til
de plu's folides & de plus veritables
,,&tout ce qui ne raiſonne
pas peut- il les combatre ? Vous
devriez plutoſt me rendre graces
du ſoin que je prens de vôtre
conduite, & de l'éclat que je
répans fur vous , pour vous rendre
aimable , & vous attirer les
applaudiſſemens que méritent
les belles choses ; & puiſqu'il eſt
veritable que je fais tout voſtre
prix , & que vous n'eſtes rien
fans moy , la honte de paroître
ſeule vous fiéroit bien mieux,que
la liberté que vous prenez fouventde
vous placerendes lieux
où l'on ne m'appelle pasal
LA RIME
Ie vous dois beaucoup , je l'avonë ,
Et c'est avec plaisir que la Rime vous
7
Soit
GALANT. 131
Soit ditpourtant,fans vous mettre en
courroux,
Vous recevezdemoy,fi je reçois devow.
Quelque éclat qui vous environne,
Quelque beauté que vom faffiez briller ...
Demesdéfauts vous avezbeau railler,
Il est certain air doux que la Rime vous
donne ,
Vn certain agrément , certain je ne sçay
quoy
Dont uneAme est charmée ,
Et quifait que je croy ,
Qu'il n'est rien de fi beau que la Raison
rimée.
Sans moy ,vous marchez bien avecque
majesté ,
Mais non avec tant de mesure.
Par moy jusqu'àvos pas tout en vous est
compté.
N'est-il pas vray que lapeinture
Aplus d'éclat &de beauté,
Quad elle a l'ornemêt d'une riche bordure!
Approuvez , s'il vous plaist , cette com
paraiſon ,
Etquepar elle je m'exprime.
Oùy, je dis hardiment qu'on peut nommer
laRime ,
La bordure de la Raiſon.
LA
133 MERCURE
LA RAISON.
Vrayment , il vous fied bien
de vanter ce que vous avez de
conſidérable. Sçachez que ce
qui fait voſtre gloire, & vous acquiert
l'eſtime de tout le monde,
c'eſt de pouvoir m'eſtre utile à
quelque choſe , encor que vous
ine vendiez quelque - fois bien
cher vos petit ſervices..Oüy,
vous m'oftez alors plus que vous,
n'avez l'honneur de me donner;
carſimes fidelesAmans vous pla.
cent aupres de moy , quoy qu'ils
ne vous mettent qu'à l'un des
bouts de mon Trône , vous ne
laiſſez pas de me preſſer ſi fort,
quej'enſuis incommodée,&mê...
me vous faites en forte qu'il eft
des occafions où l'on a beaucoup
de peine à me voir,
4
1
LA
GALANT
13:31
LARIM E.
Pour vous metre plus àvoſtre aise,
VosAnans, ne leur en déplaiſe,
Me mettent quelquefois en un fort pau
vre état ,
Ils m'oftent mon plus riche éclat,
Et me faisantvoſtre victime ,
alls font cauſe que je voy
Biendes Gens s'écrier , enſe raillant de
mays
Riche Raifon ,&pauvre Rime !
LA RAISON.
Comme il n'eſt pas néceſſaire
que vous ſoyez dans le monde,
on ne doit pas toujours garder
tant de meſures avec vous ; mais
il n'en eſt pas ainſi de moy , de
qui lon ne peut ſe paſffer ſi l'on
veut bien faire les choses ; &
comme je diftingue l'Homme
d'avec la Beſte , il eſt obligé indiſpenſablementde
reconnoiſtre
Lavantage que je luy procure ,
par
134
MERCURE
par le ſoin exact & fidele de me
faire regner dans tout ce qu'il
fait . Deſabuſez -vous donc , je
vous en prie , & ne vous eſtimez
pas tant que vous faites : auſſi
bien la Raiſon ne ſçauroit eſtre
vaincuë ; elle feule a des forces,
du pouvoir , & de la beauté , &
tout ce qu'elle vous a dit eſtant
tres- folide & tres- veritable, vous
ferez ſagement, ſi vous la croyez .
Elle n'a pas beſoin de vous ; elle
s'en eſt paſſée durant pluſieurs
fiecles, elle peut bien s'en paſſer
encor. Mais enfin puifque vous
eſtes au monde , elle confent
qu'on ne vous en chaſſe pas ,
pourveu que vous viviez toûjours
avec elle , & qu'il ne vous
prenne jamais envie de la quitter
pour vous donner à ceux qui
la négligent. Si vous aimez à cou-
Fir , & que la facilité que vous
avez
GALANT .
135
avez à vous communiquer , ne
vous permette pas de demeurer
quelquefois en parience , & d'eſtre
un peu plus reſervée , vous
avez une infinité de beaux Efprits
dans toute la France , &
dans les Païs Etrangers , qui vous
occuperont glorieuſement ; & le
Mercure Galant vous va donner
tant d'Amans raisonnables ,
bien nez , quiſçauront nous unir
enſemble , & nous faire marcher
d'un meſme pas, comme pluſieurs
ont déja fait , qu'il ne vous ſera
pas difficile d'oublier tous ceux
qui ſe contentent de vous ſeule,
& qui ont plus d'empreſſement
pour vous que pour moy. N'ayez
donc plus de commerce qu'avec
mes Amis, puiſque c'eſt une neceffité
que la Raiſon doit impofer
, & que c'eſt là l'unique
moyen de faire croître inceſſamment
136 MERCURE
(
ment l'eftime & l'amour qu'on a
pour vous dans le monde .
LARIMEA
Il est vray que le Mercure M
Me donneſouvent de l'employ
Mais quelque employ qu'il me procure,,
Ie ne croypas gagner fur moy
Defuir toûjours la compagnie
Dont vous estes bannie
Ie comprens bien qu'avecque vous
Ie vaux beaucoup , jesuis plus belle
Et qu'il n'est rien deſi doux
Que cette union fidelle
Que l'onfçait faire de nous ?
Que la Rime raisonnée
Est le charme de l'Esprit' :
Maismamemoire est si bornée,
Que j'oublie aisément tout ce que l'on me
dit..
Ouy, j'ay reçen de vous un conseil bien
folide:
Leretracte messentimens , modi
Et pour ne tomber plus dans mes égaremens
,
Levoudrois qu'il mepût toujours teniren
bride.
Pourtant ne vousyfiez pas ,
;
GALANT
2-
137
L
Le pourrois manquerdeparole,
Si je vous promettois de fuivre tousvos
7
pas.
Courte memoire , & teftefole , t
Meferont aller quelquefois
On l'on ne connoist point vos loix.
Enfin ce que jepuis promettre ,
Autant que mon pancbant me le pourra
permettre
C'est qu'avec vous je logeray D
plusfouvent que je Le pourray
LYON
LA RAISON.
StrVivez donc comme il vous
plaira , puis que je negagne rien
fur vous. J'ay crûdevoir vousdónerdes
conſeils raiſonnables,vo
yant que vous en aviez beſoin,
& que vous ne vous menagiez
pas bien. Si vous aimez mieux la
la liberté d'aller par toutſansRai.
sõ,que laglorieuſe neceſſitédeme
fuivre toûjours , que je voudrois
vous impofer , je vous abandonne
138 MERCURE
prix
ne à vous mesme . Me trouvant
avec vous , ou ſans vous , j'auray
toûjours mes Admirateurs &
mes Amis rau lieu que vous
n'en aurez jamais , au moins de
ceux qui ſcavent donner le
aux belles chofes , que quand ils
vous verront aupresde moy; car
de vous eſtimer ailleurs quen
ma compagnie , c'eſt ſe rendre
ridicule , & fe moquer de vous .
Adieu. Vous allez trouver les
Gens qui demandent la Rime
ſans la Raiſon , contentez les
bien. J'auray le plaiſir de bien
rire des uns & des autres. Ne
manquez pas cependant de venir
auſſitoſt que je vous appelleray
. Celuy de tous les Roys qui
m'aime le plus ( vous entendez
bien par là LourS LE GRAND )
nous a fourny à l'une & à l'autre
une ample matiere de travail.
La
GALANTM 139
La Guerre & pla Paix qu'il a
fçeu ſi bien faire ,demandent
que nous nous joignions enſemble
pour chanter fa gloire & fa
vertu par toute la Terre . Nous
avons déja commencé ache
vons mieux , fi nous pouvons.21
SLARIME
I'aime bien ce grandMonarque,
It me loge avec vous dans ſa belle Maisons
Et cequ'en luy chacun remarque ,
C'est qu'il ontend Rime & Raifon.
On afaitRéponse à la Lettre
que je vous ay fait voir des Pe
res Capucins du Louvre , ſur la
mortdeMonfieurCarpatry.C'eſt
-une éſpece de Proces dont on
me met les Pieces entre les
mains , & il eft juſte que je vous
communique les raiſons de l'une
& de l'autre Partie. Je ne
change rien aux termes . S'il y en
a
140 MERCURE
a quelques-uns qui ne vous paroiſſent
pas affez adoucis vous
les devez plutoſt imputer à la
chaleur du raiſonnement , qu'à
aucune envie qu'on ait euë de
chagriner les Intereſſez. Appa
remment les Capucins répons
dront , &je vous feray part de
leur Replique.
SENTIMENS
D'UN MEDECIN,
Ecrits à fon Amy , fur la Lettre des
Peres Capucins du Louvre , emo
ployée dans le Mercure Galant dua
Mois de Novembre.
MONS ONSIEUR ,
Après toutes les Conferences que nous
avons enës pluſieurs fois touchant la dis
verſité des perſonnages que l'on joue dans
lemonde, il ne restoit plus qu'ày voirjoüer
le
GALANTM 144
le rôle decertains Ignorans danslefait de
l'ostentation de la Medecine.Vous avez ln
lepetic Discours Apologetique en forme
deLettreinferédans leMercure Galant
du dernierMois ,faitpar les bonsPeres
Capucins,ſur lequel vom me demandez
manavis. Vous estes trop penetrant pour
ne pas remarquer que ces bons Pexes ignorent
àfond les grandes maximes de laMedecine
&les Principes de la bonnePhilofophie,&
qu'ils se donnent tant d'encens
que la teste leur en tourne , ne s'appercevant
pas qu'ils oublient les mesures qu'ils
deuroient, garder , pour mieux ménager
leur réputation&leur modestie , lesquels
Sur le fait de l'Art ne peuvent avoir rien
de recommandable, que l'autoritéqu'usurpent
ordinairement ceux qui viennent do
loin , pour imposer aux petits esprits
credules, à la plebecule,&aux Gens qui
n'ont pas le goust des bonnes choses,&
Le difcernement affez fin & affez dé
licat pour demesler la fourbe masquée
des apparences de la verité. Il ne faut
qu'observer de quelle maniere & par
quels raisonnemens les bons Peres sa
disculpent de la mort prematurée&prea
cipitée de Monfieur Carpatry , par la
violen
1421
MERCURE
violoncede leurs Remedes ,&la bardief-
Se ,pour ne pas dire plus , avec laquelle
ils s'attribnent l'honneur de la guenifoan
de Monfieur leDu't deChartres.51かん/sh
Al'égard du premier Chef, tefubter
fage dont fo fervent des Medecins du
grand Caire, eft fograffier qu'il nesepent
live ny fouffrirfans quelque espace d'épo
dignation. Ilsalleguent pour Raifonsper
emptoires, que les Medevinsqui vi'am esté
appellez qu'à l'agoniedeMonsteur Carpatry
,n'ontpas dit & encor moins affu
rè , quo leurs Remedes enſſent reduit ter
Malade au déplorable estar où cesMef
fieure is trouverent. Donc learns Reme
des n'ont pas tué Monfieur Carpatry,
parceque tis Medecins ne l'ont pas dit.
Cette confequence n'est- ellepas bien tirée,
nonſeulement pour leur justification ,mau
auſſi pour l'approbation de leurs Remedes
? Et quand ils la voudroient foûtenir
bonne, elle se détruit en oppofane te contraire
au veritable, puisque les Modesins
qui font venus au secours de l'Agonifant,
font prests d'en paffer Afte pardevant
Notaire , ſi l'on ne veut passe contenter
de leurs affirmations publiées partoutParis
, pour décromperto Public qui pour
rois
GALANT
143
roit se laiſſer ſurprendre aux Faits articulez
par ses bons Peres avec tans d'apparence
de certitude. Le raisonnement
Suivant, par lequel ils tirene uno confequence
auffi infaillible que la premiere,
eftd'une Philofophie soute finguliere,&
qui n'aaucun raport avec toutes ses nou
velles dont on s'enteste fi aiſemont dans
leSiecleoù noussommes dans lequel
ant cherche l'abregé des longues éendos.
Voicy leraisonnement de ces bons Peres.)
Si lours Remedesavoient échaufféleMalade
, les Medecinsqui ont esté appolloz
n'auroient jamais ordonné le Vin Emeti
que , qui est un Remede brûlant , caustique&
gangrenant. Apres cette decifion,
juge de la capacité de ces bons Peres,
qui tranchent bardiment fur la qualité
les offers d'an Remède qu'ils n'ant jamais
connu , comme il paroiſt par la maniere
dont ils en parlent , puiſque toute la Faculté
de Medecine de Paris est opposéeà
ca fentiment prononcé en Maistres par
ces bons Peres, lequel a eſté confirmé&
autorisépar Arrest de la Cour, apres que
les Commiſſaires deputez du Parlement
pour entendre opiner tous les Docteurs
d'unefi celebre Faculté, carent fait leur
raport
144 MERCURE
raport ,&delivré Procez verbal de tour
ce qui s'estoit passé dans cette Affemblée
fi nombreuſe ,& rempliede tant de beauxх
Esprits. L'on enpourroit ſçavoirdes nouvelles
plus àfond de Monfieur de Manvillain
ancien Doyen de la Faculté, lequel
fie finir toutes les conteftations qui pou
voient partager les Esprits fur cette matiere
dans le temps de fon Decanat : ce
qui marque leur malice ou leur ignorance
(Saufl'honneur de leur Caractere.) Ilfaudroit
faire icy une Differtation pour leur
apprendre les bonnes qualisez du Kin
Emetique , de quelle maniere il agift en
évacuant les humeurs rebelles & opiniatres
, qui ne cedent pas aisément auxRemedes
ordinaires ny mesme aux acides,
Alkali , &Sels volatifs dont on eft pre-
Sentement fi fort enteſtés que l'on croit même
quefans eux il n'y apoint de Panacée
àesperer &leur faire concevoir comment
il rafraichit plûcost qu'il n'échaufe,
comment il faut expliquer la chaleur , que
par accident feulement il peut cauſer par
Lescopieuses évacuations d'humeurs atrabilaires
, erugineuſes & torrifiées , par
les intemperies des entrailles , &particu-
Lierementpar les principales parties nourricier
GALANT.
145
ricieres , dans les reptis desquelles ces bumeurs
farouches, indomptables & brûlantesd'elles-
mêmes, & incapables d'aucune
caurionfetrouventcantonnées, lesquelles ne
So peuves detacher &mettre en mouvement
Sans fairereffentircette impreffion de chaleur
dont ils font empreignez laquelle n'est
causée par le Vin Emetique que par accident,
comme il est dit cy deffus , non plus
qu'une Fourche n'est point estimée puante
enfoy parce qu'elle remuë le vieux fu
mier , ou d'autres ordures corrompuës ,
dont les balenées peuvent faire bien du
defordre : mais il faut remettre ces profonds
éclairciſſemens en d'autres temps,
parce que ce ne font pas des entretiens
de Ruelles. Il faut se contenter pour le
preſent de ces petites reflexions.
Paffons au fecond Chef , par le
quel ces bons Peres prétendent que là
guérison de Monsieur le Duc de Chartres
est l'effet de leurs Remedes. Peuton
pouffer plus avant la temerité avec
laquelle ils s'attribuent l'honneur du
fuccez de la conduite de Meffieurs
les Medecins ? Peut - on fouffrir
la vanité & la présomption, de ces.
Medecins figurez en affurane
Decembre. G
146 MERCURE
comme une verité que les Meſſieurs préposezàlasanté
du Prince leur en avoient
rendu mille actions de graces, &qu'ils ne
pouvoient affez dignement les remercier
de ce qu'ils avoient fourny un Remedefi
Salutaire Apres cela ne peut- on pas demander
àces bons Peres ce qu'est devenu
leur pudeur, & où s'est retirée lear modestie
& leur bumilité dont ils font ſemblant de
faireprofeffion ? Pourra-t-on jamais croire
qu'ils puiffent dire la veritéſurlagnérison
de Monfieur leDuc de Chartres,laquelle
de confofſſion publique , mesme par
tousles Aimaphobes & lesplus jurez En
nemis braillards contre la Saignée ,n'eft
deuë qu'à ce grand Remede qu'artificieu-
Sement ces bons Peres ont ten &celé dans
toute la narration qu'ils en ont faite ?
Que prétendent ils que l'on penſe de leur
fincerité & de leur conduite ,apresun déguisementfi
criminel ? Mais il est trescertain
que leurs Remedes avoient tellement
échauffé le Prince , excitéuneſivia
lentefermentation dans les humeurs ,
un méteoriſme ſi conſidérable , que les
convulfions, la difficulté de respirer, pouf-
Serent l'Illustre Malade dans les der
niores extremitez, qui firent absolument
defefpe
GALAN T.
147
desesperer de ſonſalut ,si la Saignée reiterée
coup fur coup juſques à trois fois,
n'eust visiblement arraché des bras de la
Mort cejeunePrince , que par une trop
prompte credulité on avoit abandonnéà
leur conduite. Il faut estrefincere quand
on écrit historiquement un Fait , puis fur
lanature desRemedes diſcourirpar l'or
ganedes Sçavans dans l'Art , quand on
n'en estpas capable , & ne pas faire des
comparaisonsfi hors d'oeuvre , & fi pen
applicables au fujet , commefont ces bons
Peres tantpar celle de Michel-Ange
du Lanternier, que par la Phiole de ver
re à laquelle ilsſouhaitent le mesme degré
de chaleur,&les mesmes poresde l'eſtomach
, afin de prouver par la venë que
leurs Remedes ne descendent pas dans les
boyaux , &par confequent qu'ils nepeu
vent jamais caufer aucune inflamation,
ny gangrene. En verité peut-on ſouffrir
une telle expreſſion& un raisonnementfi
absurde dans la bonne Medecine ? On
nepeut pas icy répondre àtoutes ces espo
ces d'extravagances , parce qu'il faudroit
un Volume pour les refuter à leur confufion.
Ilfaudroit encor parler à des Per-
Sonnes un peu Philosophes ou du moins
1
Gij
48 MERCURE
qui euſſent quelque teinture des Principes
de la Medecine. Il ſuffit de faire remarquer
les beaux endrous de leur efprit&
de leur candeur.
Je ne puis encor obmettre une autre
vanité publiée dans le Mercure Galant,
à la confusion d'un jeune Medecin qu'ils
ont nommé Monsieur le Long , Docteur
de la Faculté de Paris . S'estant trop
confié aux Remedes des bons Peres ,il
en avoit fait user à une de ſes Malades
travaillée d'un Asthme depuis long
temps , & apres quelque trève qu'elle
avoit ordinairement , elle retomba dans
des accez plus violens que jamais
fi forts , que Monsieur le Long desesperade
lapouvoirtirer , comme luy-mesme
l'a publié dansſa Compagnie , quoy qu'il
euſt rendu visite à ces bons Peres , pour
les remercier, & leur témoigner qu'il estoit
charmé de la bonté & de l'excellence de
leurs Remedes ; civilité un peu forte pour
un Docteur ,si elle est vraye , car ces bons
Peres ne font pas scrupule d'imposer àla
verité. } را
Achevons d'examiner la preuve qu'ils
avancent pour confirmer l'infaillibilité , ou
du moins l'excellence de leurs Remedes. Ils
diſent
GALANT
149
diſent deux choses. Lapremiere,qu'ils ont
guery un Malade en Egypte , ce qui est
Soûtenupar la déposition d'un seulTémoin,
car il en coûteroit trop pour en faire ve
nir pluſieurs de fi loin. Quand cela feroit
vray , peut- on legitimement ajoûter foy a
un Temoin qui peut estre mandié?Etpourquoy
citer un Malade query hors de la
Sphere des Enquestes , s'ils ont tantfait de
miracles à Paris ? Puis enfecond lieu , ces
bons Peres ajoûtent pour fortifier leur
preuve , qu'ils ont ( indéterminement)fait
une infinité debelles cures , certifiées admirables
par quelques Medecins Provinciaux,
dévoüezparpolitique aux interests
decesbons Peres : Mais ce qui est de certain,
c'est que fi leurs Remedes ont reüffy
en quelques Perſonnes de ce Climat, on remarquera
que ce neſont que Soldats , Laquais,
Crocheteurs, ou quelques miserables
Yorognes , tombez dans les apparences de
quelque maladie confiderable à leur égard,
&qui n'estoit que l'effet de leurs excés &
de leurs débauches.
Ie sçay bien qu'ils pourront m'objecter
qu'un Remede ne peut pas sauver tous
ceux qui en ufent , & cette objection est
trop triviale pour ne s'y pas attendre.
G3
MERCURE
Mais quand ils ont recours à uneguerifonfaite
en Egypte ,&à uneſecondefaiteà
Paris , peut- estre auſſi fauſſe que la
premiere (car toutes les autres sont des
querifons en l'air ) on peut reciproquement
avec un peu plus de certitude leur
oppofer cent pour un qui font morts , ou
languiſſans , & tres incommodez , pour
avoir usé de leurs Remedes ſur leur bonne
foy telle que vous lapouvez conclure par
cequi est arrivé cy-deſſus.
Monfieur Sauvage, demeurant Ruë Tiquetonne
, ayant eu quelque accés de double-
tierce , & nese trouvant pas bien guo
ry aprés quelques jours qu'ilent perdu la
fievre, voulut pour plus grande ſeûreté
confirmation de ſa gueriſon , user des Remedes
de cesbons Peres. Auſſi-toſt lafievrecontinueſurvint,
& il mourut en quatre
ou cing jours par un transport au cerveau
,&une alteration implacable causée
par l'excés de la chaleur du Remede qui
le confumoit , & qu'aucun rafraichiffement
nepouvoit éteindre. L'on en peut
Sçavoir le détail par Monfieur Iofſon
Maistre Apoticaire , dans la Ruë des
Lombards. Monfieur Boivin de chez
Monsieur de Lonvoys , & bon amy de
Monfieur
GALANT. 15.1
Monfieur Carpairy, est encor dans un pitoyable
état pour en avoirpris. Un Reverend
Pere Minime , Frere de Monfieur
Desponty Payeur des Rentes en'a esté
malade àla mort pour en avoiruséfur la
fin d'unefimplefievre , de laquelle ilpen-
Soit ſe delivrer plus vifte par cette grande
panacée,& lequel a esté plus de trois
moisà s'en remettre. Va Particulier de
chezMonsieur le Grand,dans les Ecuriesda
Roy,qui n'en peut encor revenir.
Le Filsde Monsieur Poquelin, qui demeure
Rue des PetitsChamps , proche S. Iuliendes
Menestriers , âgé seulement de
feize à dix- huit ans , qui depuis quatre
mois qu'il en a pris à diverſes repriſes, est
encor aujourd'huy dans des retours de
fievre qui n'ont aucune regle ; ce quifait
Soupçonner avec raiſon quelque maligne
impreſſion du Remede dans la substance
de quelque partie qui ne pourra estre furmontée
que parla vigueurde la jeuneſſe,
&parla longueur du temps ; Etplusieurs
autres , dont le Catalogue groffiroit un
peu trop le Volume que l'on difere jusqu'au
mois prochain à donner au Public ; invitant
toûjours par avance ces bons Peres
àtenirprests leurs Memoires bien circon
Giiij
1352 MERCURE
ſtanciez des belles cures qu'ils ont faites
à Paris ; autrement ils courront grand
risque d'estre bien- toft de la Claſſe des
Abbez Fayol, Sanguin , Medecin de
Boeufs , Rabel , & autres Gens à Secrets
,&specifiques Gueriffeurs de Cancers
, dont la vogue n'est que de peu de
durée, parce qu'ils manqueront toûjours:
de tette partie judiciaire , fi neceffaire
pour l'application de leurs Remedes,
quand mesme on conviendroit de leurs
bonnes qualitez. Qu'ils souffrent donc
que le Public se détrompe , & qu'onleurſouhaite
une retraite plus conforme à
leurs voeux. Qu'ils s'acquitent de leur
veritable obligation , & qu'ils entrent
comme ils devroient dans l'esprit de ta
charité, en donnant au Public le secret
de leurs Remedes , pour ne plus abuser
de lafoibleffe & de la credulité des pe
tits Efprits , quiſans discernement en demandent
pour toutes sortes de maux ,
qu'ils faffent ceſſer tant de dépenses inutiles
, que la liberalité du plus grand
des Roy's n'a point voulu épargner pour
le bien & le foulagement de ſes fideles
Sujets. Ils n'ont, ny ne doivent avoiraucun
interest àcacher ce mystere pour au
:
gmene
GALANT.
153
gmenter leurfortune, mais ſeulement pour
éviter de rentrer dans les devoirs de bons
Religieux def- intereſſez qui cheriſſent
leur condition , &qui ne doivent chercher
que la gloire de Dieu , & le foulagement
des pauvres. Voilà, Monsieur , quel est
monsentiment sur la conduite & les Re
medes de ces bons Peres , qui se trouvent
bien mieux dans un Louvre , que
dans un Convent pour y pratiquer leur
Regle.
Vous me fçaurez gré fans
doutedu troifiéme Air nouveau
que je vous envoye , puiſqu'il
vous donnera lieu de faire retentir
la gloire du Roy dans votre
Province.
AIR
Hollandois, le grand Roy qui voins
laPaix,
Au temps qu'ilse defarmen Montes
Eft plus fort que jamais.
Il porte alors sa gloire en un degré fupréme
;
Carque luy reste-t-il,apres avoirfoûmis
Par toutſes Ennemis , IBK
G
Qu'àse vaincreSoy-mesme ?
154 MERCURE
}
Cette victoire qui a ſi peu cou--
ſté au plus grand Roy que nous -
ayons jamais veu , n'eſt pas toûjours
fort facile à remporter.
L'Hiſtoire que je vous vay conter
en eſt une marque. Elle vous
fera connoiſtre qu'une aimable
& jeune Perſonne a. foufert:
lontemps , pour n'avoir pu ſe
rendre maitreſſe d'un ſentiment
d'averſion qui luy a fait re--
jetter obſtinément tout ce qui
pouvoit contribuer à fon répos..
Elle estoit belle , ſpirituelle , de
naiſſance , & fous la conduite
d'une Tante quien avoit pris ſoin
depuis la mort de fon Pere & de
ſa Mere. Ses belles qualitez luy
attiroient force Soupirans ; mais
comme elle n'avoit point de
bien , ils ſe contentoient de ſoû--
pirer , & aucun d'eux ne fon--
geoit à parler François. Cepen
C
dant
GALANT.
155
I
dant fi cegrand nombre d'Adorateurs
établiſſoit l'honneur de
ſes charmes , il ne faiſoit rien
pour ſa fortune . C'eſtoit unMary
qu'il luy falloit , & les douceurs
qui luy eſtoient contées
de toutes parts , demeurant toû
jours tournées en douceur , elle
paſſoit des jours agreables, &ne
voyoit rien de ſolide pour l'avenir.
Pendant cette inutile affiduité
de Proteftans , un Vieillard,
crû fort riche , & faiſant affez
bonne figure dans le monde , ſe
trouve chez une Dame à laquelle
cette aimable Perſonne vient
rendre viſite. Il la voit , il en eſt
charmé , & comme il n'avoit
point de temps à perdre , parce
qu'il eſtoit preſſé de l'âge,
il parle à la Tante, offre d'époufer
ſa Niece , & la laiſſe arbitre
des conditions.On preſſe laBelle..
Elle
1
156 MERCURE
Elle réſiſte. C'eſt ſon grand Pere
qu'on veut qu'elle épouse. L'inégalité
des années luy donne
pour luy une averſion invincible..
Elle ne voit rien que de dégouſtant
dans ſa perſonne;mais apres
une longue reſiſtance , on luy
montre tant d'avantages dans ce
Party ,& on l'affure ſi poſitivement
qu'il mourra dans les fix
mois,que fur céte derniere clauſe
, elle ſe réfout enfin à en faire
fon Mary. Les grands mots ſe
diſent. Le bon Homme eſt dans
des raviſſemens incroyables . Il
l'adore plûtoſt qu'il ne l'aime , &
comme il ne la quitte preſque
jamais , cet excés d'amour est un
redoublement de peines pour
elle. Cequ'elle trouve de dégou- -
ſtant dans le Vieillard ne la furprendpoint.
Elle s'y eſt attenduë,
&foufre puis qu'elle a bien voulu
GALANT 157
lits'y foûmettre : mais elle prétend
que le terme de ſes foufrances
doive eſtre borné . Les fix
mois ſe paſſent. Le bon Homme
ne meurt point , comme on luy
en avoit répondu , & il ne té
moigne pas meſme avoir aucune
pensée de mourir. Grand ſujet
de deſeſpoir pour la Belle. Elle
n'y trouve qu'un remede con
folant. IlMuy a promis de la mettre
dans une opulence merveill
leuſe ; elle luy en demande l'effet.
Le bon Homme fournit autant
qu'il le peut à ſes dépenſes.
Meubles , Bijoux , Habits , Point
de France; c'eſt tous les jours
quelque achapt nouveau. L'envie
qu'il a de s'en faire aimer , le
rend facile ſur tout ce qu'il voit
qu'elle ſouhaite ; mais fa bourſe
s'épuiſant , il eſt enfin obligé
de fermer l'oreille à ſes continuelles
158
MERCURE
tinuelles demades. Elle s'en cha--
grine,& les refus qu'il luy fait ne
s'accordant pas avec la réputation
qu'il ad'eſtre riche, elle examine
ſes affaires , & découvre
qu'il n'a pas la moitié du bien
qu'il s'eſtoit donné. Rien ne la
conſole de ſe voir trompée fur
cet article. Elle ne peut plus eſtre
maiſtreſſe de l'averſion qu'elle a
toûjours euë pour le Vieillard.
Les plaintes accompagnent ſes
chagrins. Les reproches ſuivent
ſes plaintes,& enfin l'obſtination
qu'il témoigne à ſe vouloir toujours
accommoder de la vie,l'emporte
fur ce que l'éclat où elle ſe
réſout, va faire courir de bruits
dans le monde. Elle abandonne
fon vieux Mary,& retourne chez
la Tante dont elle ſe connoit tendremét
aimée,& qui apres quel--
ques remontrances inutiles , fe
trouve
GALANT..
159
trouve obligée de la recevoir. Le
bonHomme qui en eſt paſſionnément
amoureux, ſe deſeſpere.
Il court apres elle,luy dit les choſes
les plus touchantes pour l'obliger
à revenir avec luy ; prie,
preffe , & toutes ſes prieres ne
gagnent rien. Il la quite,&fi- toft
qu'il refléchit ſur ce qu'elle vaut,
il connoit qu'en la revoyant , il a
prisunnouvel amour. Ilécrit,en--
voye Meſſagers fur Meſſagers,,
&tout celainutilement. La Belle
demeure inflexible. Vne de fes
plus particulieres Amies , à qui
elle n'a jamais refusé aucune
choſe , a beau luy repreſenter
qu'il vaut mieux qu'elle faſſe au
jourd'huy de bonne grace , ce
qu'elle ne ſe pourra diſpenſer de
fairedemain;que ſi ſonMary fait
la moindre plainte en Juſtice, la
Tante fera obligée de la ren.
voyer,,
160 MERCURE
& qu'ainſi elle ne ſe doit point
expoſer au chagrin d'une contrainte
qui ne luy fauroit eſtre
que honteufe. La Belle n'écoute
que ſon antipathie. Il n'eſt aucune
réfolution qu'elle ne prenneplutoſt
que de retourner avec
le bon Homme , & elle proteſte
déterminement que cela n'arrivera
jamais que dans l'occaſion
de fa mort. Son Amie traite cette
proteſtation d'emportement ,
l'aſſure qu'elle reviendra dans
fon bon fens , & elles s'échaufent
fi fort à foûtenir toutes deux
ce qu'elles prétendent qui arri
vera , qu'elles gagent enfin en
ſemble , l'une , qu'elle n'entrera
jamais chez le bon Homme que
quand ilfera tout preſt de mou--
rir ;& l'autre , qu'elle ne pourra
tenir longtemps contre fon devoir
& fa confcience. Celle qui
per
GALANT. 16г
perdra doit donner un Diamant.
Trois mois ſe paſſent. Le Vieil
lard amoureux de plus , en plus,
écrit , envoye ſes Amis , & ne
peut faire changer de fentimens
à ſa jeune Epouſe. Enfin il a recours
au dernier remede. Il ſe
met au Lit , feint d'eſtre malade;.
& afin qu'on le croye plus facilement
, il fait dire chaque
jour pendant quelque temps,que
fon mal augmente. Sa Femme en
eſt avertie. On la preſſe de l'aller
voir , & elle ne ſe laiſſe fléchir
que quand on l'aſſure qu'il
eſt dans une telle extremité
qu'on ne croit pas qu'il paſſe le
jour. Elle part contrainte par les
importunitez qu'elle reçoit , par
la bienséance , & par ſes Parens.
Quey que le Diamant
qu'elle avoit gagé luy tinſt peu au
coeur, elle ne laiſſe pas d'envoyer
cher
162 MERCURE
chercher ſon Amie. Elles vont
enſemble chez le Vieillard , &
ne voyent que viſages triftes en
entrant.On les conduir avec toutes
fortes de marques d'affliction
juſqu'à la Porte de l'Apartement
du Malade. C'eſt un filence lugubre
, accompagné meſime de
pleurs. Jugez de l'étonnement de
la Belle. A peine a- t- elle misle
pied dans la Chambre où l'on
avoit eu ordre de la conduire,
que vingt-quatre Violons commencent
à luy donner un Concert.
Elle voit un magnifique
Couvert preparé , la plus confidérable
Nobleſſe du Païs affemblée,&
le Vieillard,qui en ſe jet.
tant à ſes genoux , la preſſe avec
toute la tendreſſe imaginable de
fe vouloir raccomoder avec luy.
Tous ceux qui font préſens joignent
leurs follicitations à ſes prie.
res
GALANT. 163
res. L'attaque eſt forte,& laBelle
a peine à la foûtenir.On luy donne
le temps de ſe remettre , &
quoy qu'elle ne ſoit pas tout-àfait
renduë , on la trouve affez
adoucie pour efperer qu'on luy
fera entendre raiſon . On fert un
Repas des plus ſuperbes. Son
Amie prend place aupres d'elle,
la regarde , ſe met à rire , & ne
peut s'empefcher de luy dire un
mot du Diamant. Il n'y avoit rien
de mieux décidé pour la gageure
. Le Repas finy,on propoſe la
promenade. Le bon Homme,qui
apres ſa Femme n'aimoit rien
tant que les Chevaux, commande
qu'on luy en amene un qu'il
avoit acheté depuis peu, & qu'il
ne connoiſſoitpas encor. Ille mõte
pour faire-voir à la Belle que
l'âge n'avoit pas épuiſé toute ſa
vigueur.. Le Cheval eſtoit fougueux,
164 MERCURE
gueux , & il ne ſe trouva pas fr
bien gourmandé par celuy qui
le montoit , qu'il ne l'entrainaſt
dans un Etang , où il s'abatit. On
s'y jetta pour le ſecourir ; mais
quoy qu'on puſt faire , le bon
Homme s'y noya , & on ne l'en
put tirer que mort. Ainſi la Belle
fut la cauſe innocente de cet
accident , & fe vit Veuve dans le
remps qu'elle avoit tout ſujetd'en
deſeſperer.La reflexion du Vieillard
noyé , & noyé en quelque
façon pour elle ,luy arracha quelques
pleurs , qui ne coulerent
pourtant pas fi abondamment ,
qu'elle ne demandaſt à ſon Amie,
à laquelle des deux elle croyoit
qu'il en duſt couſter un Diamant.
Je viens à d'autres nouvelles.
On a tenu les Etats de Languedoc
L'Afséblée s'est faite à Mon.
pellier
GALANT. 165:
د
pellier. Monfieur le Duc de Ver-,
neüil , Gouverneurde la Province
, n'a pu s'y trouver. Quand le
Gouverneur est abſent , c'eſt au
Lieutenant General à les tenir.
Ils font trois en Languedoc, par-,
ce que la Province eſt grande ;,
&ces trois ont chacun leurDé.
partement. Monfieur le Marquis
de Calviſſon eſt le premier
Monfieur le Comte de Roure le
ſecond , &Monfieur le Marquis
de Montanegre le troiſieme.
L'ancien , ny celuy dans le Département
duquel les Etats s'afſemblent
n'ont pas pour cela
plus de privilege de les tenir.
C'eſt tour à tour qu'ils ont cet
honneur. C'eſtoit cette année
celuy de Monfieur le Marquis
de Calviſſon. Il eſt de
la Maiſon de Nogaret
,
166 MERCURE
& Lieutenant General des Armées
du Roy . On ne monte pas
à ce dégré ſans avoir donné en
beaucoup d'occaſios de grandes
marques de courage & de conduite.
Il a eſté Mestre de Camp
d'un vieux Corps. Monfieur le
Chevalier de Calviſon ſon Frere
cominandoit toutes les Compagnies
des Gardes à l'Affaire de
Treves. Il y fut tué en donnant
des preuves d'une valeur extraordinaire
. Madame leur Mere
eſtoit Niece du Mareſchal de
Thoiras , & portoit le meſme
Nom. Madame la Marquiſe de
Calviſſon eſt Fille de Monfieur
le Comte de l'Iſle Marivaut
Seigneur & Marquis de la Rouë.
C'eſt la meſme qu'on admiroit il
y a quelques années à Paris , &
que l'on n'y appelloit que la
belle de Marivaut , Nom qu'elle
s'y
GALANT. 167
sy eſtoit acquis avec juſtice.
Pour revenir aux Eſtats , Monſieur
le Marquis de Calviffon ,&
MonfieurDagueſſeau Intendant
y ont expliqué les volontez du
Roy. Monfieur l'Archeveſque
de Toulouſe y a fait voir par ſa
Réponſe la ſoûmiſſion des Etats
aux ordres de Sa Majeſté ;& par
une diligence qui juſqu'icy avoit
eſté inconnuë , les Etats ont arreſté
le Don gratuit à huit cens
mille écus ; ce qui fait voir l'affection
des Peuples pour noftre
Auguſte Monarque , & la fage
conduite de Monfieur le Cardinalde
Bonzi , né Préſident des
Etats comme Archeveſque de
Narbonne , l'un des plus habiles
Negotiateurs du temps ,& con
nu pour tel dans les Cours de
Pologne , d'Eſpagne, & de Venife.
Vous remarquerez , s'il vous
plaiſt,
168 MERCURE
plaiſt, que ces meſmes Etats donnerent
l'année derniere trois
millions , & que le Roy pour faire
goûter des fruits de la Paix à
cette Province , a bien voulu ſe
contenter de deux millions quatre
cens mille livres.
2 L'Aſſemblée genérale des Comunautez
de Provence s'eſt auffi
tenuë . Lamſbec eſt le lieu qui a
efté choiſy pour cela . Monfieur
Roullié Intendant de la Province
, y a expliqué les volontez du
Roy . On y a accorde huit cens
mille livres à Sa Majesté, laquelle
a eu la bonté d'en remettre
deux cens mille . C'eſt Monfieur
leComte de Grignan , Lieutenant
General de la Province , qui a
tenu cette Aſſemblée , & le mef
me qui nous a enlevé la belle
Mademoiselle de Sevigny , qui
faiſoitun des plus agreables ornemens
de la Cour. Mon
GALANT. 169
Monfieur le Maréchal de Navailles
qui commandoit l'Armée.
du Roy en Catalogne, & qui eft
toûjours à Perpignan, ayant laiſſe
deux Bataillons , & quelque Cavalerie
dans le Comté de Cerdagne
, & fourny les Garniſons
des Places de Rouffillon , avoit
envoyé en Provence toutes les
Troupes qui luy reſtoient. On
en avoit mis trois Regimens de
Cavalerie dans Arles ; mais les
Gouverneurs & Confuls de cette
Ville- là ayant une entiere confiance
aux bontez du Roy , luy
députerent Monfieur le Marquis
de Boche qui eft connu de Sa
Majesté par beaucoup de ſervices
qu'il luy a rendus dans ſes
Armées , fur tout en ces dernieres
Campagnes à la teſte d'un
Regiment de Cavalerie. Le Roy
qui connoiſt la fidelité &la foû-
Decembre. H
170
MERCURE
miſſion de la Ville d'Arles , reçeut
favorablement la tres-humble
priere de Monfieur le Marquis
de Boche.Sa Majesté n'a pas
oublié le beau Monument qu'on
a élevé à fa gloire ; j'entens l'Obeliſque
dont je vous ay envoyé
la Figure, & qui fait tant de bruit
dans le Monde. Ainſi Elle voulut
bien foulager cette Ville de
deux Regimens , & luy laiſſa l'efperance
de luy faire bien- toſt la
meſme grace pour le troiſieme.
Le Pere de ce Marquis , & tous
ceux de cette Maiſon , ont toujours
eſté fortement attachez aux
intereſts de leur Païs , & n'ont
épargné ny leur fang , ny leur
bien pour le ſervice de l'Etat,
comme on le peut voirdans l'Hiſtoire
de Provence de Noſtradamus
, & de pluſieurs autres
Hiſtoriens . On ne doutera point
de
3
1893
*
Episcopo Trecenr
Mansueto recto.pro
acSancto
FrancisMallierduHoussay
Dec.et Cano .
RegalwEcl.
Trecensis.
Posuere
T. 6. pied deRoy
GALANT.
171
১
de la vigilance & du zele de l'Illuſtre
Deputé dont je viens de
vous parler , quand on ſçaura
qu'il a déja obtenu le délogementdu
Regiment qui reſtoit à
Arles. 1
Monfieur de Maran Lieutenant
Colonel des Fuzeliers , &
Brigadier d'Infanterie, n'a pû refifter
à une fiévre , apres avoir ſi
ſouvent bravé les plus fortes attaques
de nos Ennemis.
On a fait paroiſtre beaucoup
de douleur à Troyes , pour la
mortque je vous ay déja appriſedeMonfieur
Mallier du Houfſay
fon dernier Evefque. Entre
les autres honneurs qui ont eſté
rendus à ſa memoire , on luy a
fait élever une eſpece de Mauſolée
dans une des plus conſidérables
Egliſes de ſon Dioceſe. Je
vous en envoye la Figure qui
Hij
172 MERCURE
vous le repreſentera. Tout le
corps de l'Ouvrage eſtoit d'un
Marbre jaſpé rouge. Le Marbre
blanc avoit eſté employé aux
Panneaux du pied- d'Eftal , aux
ornemens , & aux quatre Enfans
quis'y voyent LesdeuxPanneaux
de devant & de derriere avoient
des Inſcriptions. Vous en pouvez
lire une.Voicy ce qui estoitdans
l'autre. Piis mambus R. R. In Chr.
Pat. Fr. Mallier du Houſſay, Trec.
Dioec. Epis. Cap. Reg. Eccl. Trec.
dicat , confecrat. Aux Panneaux
desdeux coftez eſtoient des Baf-
-fe-tailles qui repreſentoient la
charité , & la douceur de ce
grand Eveſque .
:
Lenom du Pere de Bellemont
Capucin ne vous doit pas eſtre
-inconnu , apres ce que je vous ay
déja dit de luy dans mes autres
Lettres . Il continuë à faire écla-
H ter
GALANT. 173
ter pan tout ce zele ardent qui
doit animer un Prédicateur
Miffionnaire , & il fait de fi
grands fruits par ſes charitables
Remontrances , qu'un Cavalier
penitent , luy a depuis peu remis
volontairement entre les mains
une fomme de deniers pour eftre
reſtituée au Roy. Le Pere
de Bellemont la porta à Sa Majeſté
, qui ne fut pas peu ſurpriſe
de cette délicateſſe de confcience
dans un Homme d'épée. Elle
abandonna cette fomme au Pere
pour en diſpoſer comme il l'entendroit
en faveur de fon Convent;
mais la Regledes Capucins
leur défendant de rien recevoir
que pour une choſe déterminée,
le Roy eut la bonté d'appliquer
cette fomme pour le Batiment de
ceux de Conſtantinople que
Sa Majeſté entretient , avec
Hij
174 MERCURE
toutes les autres Maiſons des
Capucins Miſſionnaires dans la
Turquie , & dans les autres Païs
Infidelles ; ce qui marque la
grandeur du zele de ce triomphantMonarque.
Nous avons depuis deux ans
desBains & des Etuves à lamaniere
des Romains. Ils font tresdiférens
de ceux dont nous nous.
ſommes ſervis juſqu'icy. Monſieur
Dionis Chirurgien ordinaire
de la Reyne , eſt le premier
& le ſeul qui en ait fait bâtir à
Paris. Quoy qu'il ait tiré ſes premieres
connoiſſances des Bains
dont on ſe fert àRome , il a falu
qu'il y ait changé , & mefme
ajoûté beaucoup , à cauſe dela
diverſité du Climat , qui eft
moins chaud que n'eſt celuy
d'Italie. La diſpoſition du lieu
eft riante, & fatisfait fort la vetë
par
GALANT. 175
par les Vaſes,Buſtes, Baffins,Porcelaines
, & Peintures , qui en
font les ornemens . Ces fortes de
Bains & d'Etuves ont tiré leur
origine des Levantins , qui ne reconnoiffoient
point d'autre Me
decine . Les Romains en eurent
connoiſſance apres les Conque-
- ſtes qu'ils firent dans le Levant,
&les ayant trouvez excellens &
pour la ſanté& pour la propreté
, ils en firent faire pluſieurs à
Rome. Ony ena conſervé l'uſa.
ge juſqu'à aujourd'huy. LesEmpereurs
meſme en ont fait faire
de ſi ſuperbes pour leur ſervice
particulier , que l'Hiſtoire
nous marque qu'il y eut juſqu'à
quatre cens mille Hommes employez
à la conſtruction de ceux
deDiocletian. On en voit encor
les Ruines , ainſi que de ceux de
Néron, de Trajan , &d'Antonin
Hij
176 MERCURE
qui tiennent lieu parmy les Antiquitez
de Rome. L'Italie nous
avoit fourny plufieurs choſes que
nous avons trouvées fort agreabless
les Opéra , les Eaux glacées
de toutes fortes de fleurs & de
fruits , les Marbres , & meſme
pluſieurs manieres de baſtir; mais
Monfieur Dionis nous a fait voir
que nous n'avions pas encor
épuiſé toutes ſes raretez , en
nous donnant ces manieres de
Bains qui nous avoient eſté inconnuës
juſqu'à préſent .
Puis que vous eſtes Arbitre
des Gageûres qui ſe ſont faites
ſur les Enigmes du dernier Mois
dans quelques Societez de voſtre
Province , reglez les Difputes
d'eſprit qu'elles ont fait
fur les Explications dont je vous
fais part. Vous trouverez le
vray Mot de la premiere dans
celle
GALANT.
177
celle qui fuit.Elle est de Monfieur
Gardien Secretaire du Roy , qui
n'a fait ces Vers que pour rendre
juſtice an mérite de Madame de
Rambey. Vous vous ſouvenez
que c'eſt elle qui a fait l'Enigme..
C
Roit-il donc m²
le devine ,
m'échaper ſans que je
Ce noir & bizare agrément ,
Quifert aux Damesd'ornement,
Amoy quile premier chantay son origine?
t
A l'entendre parler diroit- on qu'il y
touche ,
Avecqueſon Trône defleurs?
En vain il prend mille couleurs,
Lele connoy fort bien , c'est une fine
Mouche.
Ony Mouche, il est certain ; mais tou
te prétieuse
Poursagrace &poursa beautés
Hw
178 MERCURE
:
Et l'onpeut dire en verité
Que l'on n'en uit jamais defi bonne Fai-
Sense..
D'une illustre Sapho , mais plus belle&
plusfage,
Dont l'esprit sefait renommer
Etdont les yeuxsçavent charmer ,
Elle est le délicat&Surprenant ouvrage..
Honneur de vostre Sexe , & gloire du
Parnaffe
Si de ces Mouches-cy vous laiſſex choir
Souvent ,
Ne dites plus qu'autant en emporte le
vent's
Vous trouverez qui les ramaſſe
Avec le mesme empreſſement ,
Que l'on ramaſſeroit le plus beau Dia
mant ..
J'ajoûte les noms de ceux qui
ont trouvé ce meſme Mot de la
Mouche. Meſſieurs le Chevalier
du Terrië , Capitaine au Regiment
du Roy à Ath; De Serival ;
Нац
GALANT. 179
Hautin , Fils d'un Conſeiller honoraire
du Chaſtelet ; De Lanon.
niere - Jarraffon ; Du Meſnil ;
Houppin le jeune ; Fontaine des
Iles, d'Orleans; les Affligées de
la Ruë de Flandre de Lyon;
Noiret , de Roüen ; Chantreau;
Des Avaris ; Des Rofiers , de
Rennes ; Couſinet, Fils d'un Maître
des Comptes de Parisi Raulr,
de Roüen ; Le Mauvileu , de
YON
Chauven ; Germain , de Caen;
De Lonlay , de Valoigne;; ( ces
fix derniers en Vers; ) Boytet,
d'Orleans , De Bernicour , de
Tournay ; Meſdem. Ferus de
Lyon , de la Jurie Marie-Anne
de S. Germain,& du Colombier;,
&Meſdemoiselles de S. Paul, de
S. Cheron. La Coife de tafetas,
un Masque, un Loup , &un Manchon
, font d'autres Mots qu'on a
appliquez à cette Enigme.
ona
Monfieur
180 MERCURE
Monfieur Maillet le Verd,
Echevin de Troyes , a expliqué
ainſi la ſeconde dans fon
vrayſens..
REfvant unjour Tirfis & moy
Sur le sens qu'enfermoit cette Enigme
nouvelle,
Ma pawore petite cervelle "
En moins de rien fut toute en defarroy.
Je renferme ſouvent une haute fageffe
,
Cela m'embaraffoit le plus
Mais Tirfis fans tant defineffe
Mit tout d'un coup le doigt deſſus
Carm'oſtant ma Calotte , & me touchant
la teste,
1
Si la chose dont il s'agit
Couvre ſouvent des Gens d'esprit,
Souvent auffi, dit-il, elle couvre uneBefta
Monfieur Maillard , du Quartier
S. Paul; Le bon Clerc , de
Châlons; & Monfieur de Manfec
, Sieur de Pontdouble , ont
, donné le meſine ſens , le dernier
en:
GALANT. 181
en Vers. Les autres Explications
ont eſté ſur le Chapeau , la Plume
à écrire,une Peau à couvrir un Livre
, la Mer , & un Tambour de
Basque.
Ceux qui ont deviné l'une &
l'autre Enigme , font Meffieurs
Rouffel , Aumonier ordinaire du
Roy,à Conches , Panthot , Doct.
Medecin aggregé au College de
Lyon;DuRydeChampdore;Bail.
lé le jeune , d'Agen ; de Bonnecamp
, de Quimper , De Bollain
, Capitaine au Regiment
de Picardie ; La Grive Avocat à
Lyon; Du Val l'aiſné , Medecin
d'Evreux ; Frolant , Avocat en
Parlement ; Treblig , de Villedieu
; D'Infré ; L'Anglois ,
de Pontoife ; & Meſdemoisel
les de la Mariniere ; Raince ,
de la Ruë Chapon : Fredinie, de
Pontoiſe ; La Societé Cloiſtrée
de
102 MERCURE
de Paris ; Potier de Lange , de
Compiegne ; Du Mont ; LesDames
inſéparables du Périgord;
L'Amant def- intereſsé de Bordeaux
; Meſdemoiſelles Rappé,
Maficq, Metoyer , Meſchin ; La
belle Joupeau de la Flote en
l'Iſlede Ré ; & Belamire amoureux.
Elles ont eſté expliquées
en Vers par Meſſieurs le Coq de
Boirivey; De Lutel , de Soiffons;
Du Lampet, de Clermont en Auvergne
; De Lorne ; Aimez le
Fils , de Beziers ; Maillet le Verd;
L'Abbé de Sacy , de Rouen ;
Chant- leu ; Du Mont, Avocat à
Chaumont ; Horde; & le Che
valier de Leſſé..
Les deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye, ſont ; la premiere,
de Monfieurle P. la Tournelle
; & l'autre , de Monfieur
Taveault,de Nuis en Bourgogne.
ENIGME ..
GALANT.
183
I
3.
ENIGM Ε.
Ay long- temps foûtenu
Qui
ma Mere,
m'aperduë enſeſawiant.
L'aydesSoeurs à foiſon , ſans avoir un
Seul Frere
Ny rien qui paroiſſe vivant.
Mes Scoeurs&moy pourtant nousfaiſons
desquerelles
Qu'on craint autantque les Duels..
Les traits que nous lançons , s'ils nefont:
pasmortels,
Engendrent deshainės mortelles..
Fieres comme des Amazonnes , e
Nous nousattaquons aux Etats ,
Etfansnous ménager avecles Couronness
Frondons Edits&Magistrats.
C'est nous qui rempliſſons, ou qui vuidons
Labourse
Quifaiſons revivre les morts,
Etdont ilfaut ſouvent fendre &Soüiller
lecorps,
Pourmettrefin à nostre course..
AUTRE
184
MERCURE
Ο
AUTRE ENIGME ..
Nine voit point dans la Nature
De corpsplusperit que lemien
Etcependant jefaissi bien,
Quejesuis plus fecond qu'aucune Creature.
I'aurois trop de fureur dans les grandes
Chaleurs
L'Hyver est destiné pour me mettre en
usage
P'ay l'humeur fi piquante , & l'esprit fi
Sauvage,
Queplus on me chérit , plus on verſo de
pleurs.
Pourſoſervirdemoy , qu'on me mette en
pouffiere
Qu'on employeà me battre , &la nuit&
le jour
Ien'enferay pas moins audacieuse &fiere.
Malheur aux Gens qui me font trop
la cour
Mademoiselle Fredinie , de
Pontoiſe , a percé les obſcuritez
de l'Enigme d'Euridice , en finiffant
par ces Vers l'explication
qu'elle luy donne.
Ойу,
GALANT. 185
Ouy ,j'aurayla confufion
De m'estre attaché au mensonge ;
La Fable d' Euridice est une illuſion,
Et voſtre Enigme n'est qu'un Songe.
Ce dernier Mot eſt le veritable
de l'Enigme , & a eſté auſſi
trouvé par Meſſieurs Robert , de
Châlons en Champagne ; De Serival;
Baillé le jeune ; Le Coq de
Boiſrivey ; & Carré d'Anſcy pres
de Dijon. On l'a encor expliquée
ſur l'Echo , le Miroir , la Fumée,
la Curiosité , l'Ealypse de Lune,
&le Seau. Toutes ces Explications
ont leurs beautez ; mais à
l'égard du Songe , il feroit difficile
de rien imaginer de plus juſte.
Pluton rend Euridice à Orphée,
avec defenſe de la regarder,
qu'il ne ſoit entierement forty
des Enfers. Il marche. Il fait
quelque temps violence à ſon
amour , mais à peine a- t- il entre
veu
186 MERCURE
veu la ſombre lumiere que le Soleil
fait defcendre juſqu'à l'entrée
de ces lieux de confuſion &
de tenebres, qu'il tourne la teſte,
& cede à l'impatience de ſçavoir
fi ſa chere Euridice le ſuit. Il la
voit entraînée par des Ombres,
qui la ramenent dans les Enfers.
Voila ce qui nous arrive ſouvent
en dormant. Nous joüiffons de
tout le bon- heur que nous pouvons
ſouhaiter. Mille flateuſes
Images nous le repreſentent. Le
jour vient. Nous ouvrons les
yeux, & cet imaginaire bonheur
s'évanoüit avec le ſommeil qui l'a
causé. Avouloir pouffer un peu
la morale , il y auroit icy lieu de
dire que toute la vie n'eſt qu'un
fonge , maisje ſuis preſſé de vous
faire voir l'Enigme d'Hercule &
de Promethée. Ce ne font pas des
noms inconnus pour vous. Vous
ſcavez
ERCVLE ET PROMETHEE ENIGME
BIBLIOTHEQU
*
LYO
18
e
GALANT. 187
ſçavez que ce dernier ayant dérobé
le feu duCiel , fut attaché
au Caucaſe , où une Aigle luy
venoit tous les jours déchirer le
coeur. Ce ſuplice auroit peuteſtre
eſté eternel , auſſibien que
celuy d'Ixion , de Sifyphe , & de
beaucoup d'autres fameux capables,
ſi Jupiter n'euſt aimé Thétis.
Promethée qui avoit une parfaite
connoiſſance de l'avenir , le
détourna de ce Mariage , en luy
faiſant dire qu'il avoit eſté arrefté
par les Deſtins, que celuy qui
naiſtroit de Thétis feroit plus
grand que fon Pere. Jupiter ſe
ſouvenant de ce qu'il avoit fait
contre Saturne , étoufa l'amour
qu'il avoit pris pour cette Déeſſe ;
&pour récompenſer Promethee,
il envoya Hercule au Caucaſe.
Hercule tua l'Aigle , & rompit
les chaînes de Promethee. Voila
la
188 MERCURE
la Fable. Trouvez le ſens de l'Enigme.
"
2
Il ne me fuffit point de vous
avoir parlé de l'ouverture des Au.
diences qui ſe fait toûjours un
Lundy , quinze jours ou trois ſe .
maines apres la S. Martin. 11
faut vous entretenir des Mercuriales.
Elles ne manquent jamais
de ſe faire le Mecredy fuivant ,
& on les appelle Mercuriales
par cette raiſon . Comme ces fortes
de Diſcours font des Remontrances
, ils ſont cauſe que
tout ce qui eſt Reprimande , a
pris le nom de Mercuriale . Les
Gens du Roy ſe tenoient anciennement
à l'entrée de la Grand'
Chambre : & comme tous les
Conſeillers y devoient paffer , ils
prenoient ce temps pour leur
faire ces Remontrances : mais
cet uſage a efté changé , & l'on
a
GALANT. 189
aétably les Mercuriales, qui conſiſtent
preſentement en des Harangues
publiques.
Monfieur le premier Prefident
parle d'abord aux Huiſſiers ; enfuite
on va querir Meſſicurs les
Gens du Roy, & il leur adreſſe la
parole en commençant par ces
mots , Gens du Roy. Voicy à peu
pres ce que Monfieurde Novion
leur dit la derniere fois. Il fit connoiſtre
, Qu'aprés avoir déja parlé
des avantages du Silence , il
fembloit que c'estoit le bleffer , de
faire une autre fois ſon éloge ; mais
qu'il luy restoit beaucoup de cho-
Ses àdire qui pouvoient estre d'une
grande instruction. Il dit enfuite,
Que le filence fut si bien ob-
Servé dans l'Aréopage , que les
Grecs en firent un Proverbe parmy
eux, & que ce fut dans cette
celebre Affemblée que Caton parla
avec
190 MERCURE
avec tant de juſteſſe , & que fon
interprete se rendit ſi ennuyeux,
qu'il donna lieu de dire que les difcours
Romains partoient de lateſte,
& ceux des Athéniens ſeulement
des levres. Il ajoûta,Que les Egyptiens
ne s'expliquoient que pardes
hiérogliphes ,& que le laconiſme
avoit toûjours esté le caractere de
la plus vive Eloquence ; QueLicurgue
diſoit que fon Peuple aimoit
la briéveté , parce qu'elle approchoit
leplus du filence. Il dit encor,
Que lefilence estoit le langage
du Ciel; que les Oracles avoient
peu parlé; Que Dieu mesme avoit
blâmé la prolixité juſques dans la
priere ; &que lors que Moïse eust
eu l'avantage de conféreravec cetteMajestéSuprême
, il connut qu'il
avoit moins de facilité à s'exprimer,&
fentit quefa langue estoit
empefchée. Il conclut de là ,Que
ce
.
:
GALANT. 191
ce qu'il y a de plus fublime nous
apprend à peu parler , & finit en
diſant , Qu'il ne faloit rien obmettre
de neceſſaire , & ne rien dire
de ſuperflu , & que Caton fut admiré
de n'avoir rien dit en ſa vie
dont il eut enſujet deſe repentir.
Ce Difcours eſtant finy, Monſieur
le Premier Preſident adrefſa
la parole aux Conſeillers , &
ayant commencé par le mot de
Meffieurs , il leur dit , Que fi le
filence estoit bienfeant à tout le
monde , il l'estoit encor plus aux
Magistrats , dont la suffisance
estoit connuë ; Que l'Homme public
ne devoit pas toûjours dire tout ce
qu'il sçavoit , & devoit toûjours
Sçavoir ce qu'il estoit temps de dire
; & que s'iln'estoit pas maistre
defa langue, il eſtoit incapable des
grands Emplois. Il dit enſuite, Que
Legrand Parleur estoit comme un
Epilepti
1921 MERCURE
Epileptique qui alloit tomber ou le
hazard&la violence de fon mal
le portoient , Que la Magistrature
estoit une Milice; Que la Victoire
fuivoit le fecret , & qu'on liſoit
dans Homere , que les Troupes
Troyennes qui marchoient à grand
bruit, estoient toûjours infortunées,
tandis que les Grecs qui tenoient
teurs marches fecretes, remportoient
des victoires continuelles. Il dit encor,
Que ces mesmes Grecs en
loüant la valeur d'Achille , navoient
pû donner une plus éclatante
idée de celle de nostre incomparable
Monarque Que tant de
Troupes unies contre les interests
de la France , n'avoient pû autre
thoſe que publier des deffeins inutiles
, pendant qu'il avoit fçen se
prévaloir des avantages du ſecret,
& qu'il avoit fait des prodiges de
valeur. Il parla du fameux éloge
qui
GALANT.
193
qui fut donné au grand Capitainede
la Grece ,&dit , qu'iln'a
voitjamaisparu d'Home qui ſçeust
tant , & qui dist moins. Il finit par
ces paroles. En effet , Meffieurs,
d'eft toûjours affez dire , que defatisfaire
àson fujet , & souvent
mefme lefilence fait la réponse du
Sage
Ceux qui m'ont fait part de
cesdeuxDifcours ayantune memoire
tres-heureuſe ,je nedoute
point que les pensées n'en foient
beaucoup mieux ſuivies qu'elles
ne le ſont dans celuy du jour des
ouvertures des Audiences.
Si- toft que Monfieur le Premier
Préſident cut achevé de
parler , Monfieur Talon fit un
éloge du Roy fur ce qu'il nous
donne tant d'occaſions de l'admirer.
Cet Eloge fut ſuivy de
trois Portraits , dont l'un fut du
Decembre. I
194 MERCURE
3
Magiſtrat pareſſeux , l'autre du
voluptueux , & le troiſiéme du
parfait. Il appliqua ce dernier à
Monfieur le Premier Préſident
deNovion Il parla de ſa vigilance,
de ſa grande activité , de fon
extréme application aux Affaires,
de la grande intelligence qu'il
en avoit , & de la prompte expédition
qu'il procuroit aux Parties .
Il finit en diſant que ſa préſence
l'empefchoit de dire des chofes
auſquelles il ſçavoit bien que ſa
modeſtie répugneroit , & en excitant
tous les Juges à l'imiter.
Toute l'Aſſemblée fut charmée
de cet éloge , & la fatisfaction
qu'elle en fit paroiſtre fut une
marque qu'elle estoit fortement
convaincuë de tout ce qui avoit
eſté dit à l'avantage de Monfieur
le Premier Préſident .
Je vous envoyeray au premier
1
jour
GALANT
AR
195
jour un Livre nouveau qui va
fortir de la Preſſe . C'eſt uneDiffertation
fur un Voyage de Grece
publié par Monfieur Spon.
Vous y trouverez des Remarques
fort curieuſes ſur les Medailles&
fur les Inſcriptions ; &
ce qui vous y plaira le plus , vous
y verrez la Défenſe d'un autre
Livre qui n'a pas moins eſté de
voſtre gouft que de celuy du Public.
Je parle d'Athene ancienne&
nouvelle,queMonfieurde laGuil.
letiere nous donna il yatrois ans.
On l'a attaqué. Vous examinerez
fi on aeu raiſon de le faire.
On m'a envoyé un Air nouveau
deMonfieur des Fontaines .
Je vous en fais part. En voicy les
Paroles THEQUE DI
LYON
196 MERCURE
AIR NOUVEAU.
E n'est qu'au retour des beaux
CE
jours
Qu'on doit fuivre l'ardeur que l'Amour
*
nous inspire.
Maisdés que l'Eté ſe retire ,
Il faut renoncer aux Amours.
En récompense ,
Si-toſt que l'Automne s'avance,
Il faut pour celébrer de Bacchus la memoire.
Vuider en s'éveillant, cinq oufix Brocs de
Vin;
Et le restedu jour l'employerà tant boire,
Que nous ne sçachions plus s'il eſt ſoir ou
matin.
Je ne vous diray rien de la
Guerre. Ces Articles auroient
mauvaiſe grace dans un temps où
l'on ne parle par tout que de Paix;
& d'ailleurs on ne s'eſt preſque
point batu depuis la derniere
Let
GALANT.
197
Lettre que vous avez reçeüe de
moy. Nous n'avons pourtant pas
laiſſé de prendre quelques Places
dans le Dioceſe de Cologne , où
nos Troupes vivent commodément,
ainſi que dans les Païs de
Julliers & du Liege. L'Armée
du Prince Charles a beaucoup
foufert ſans ſe batre; &l'obſtination
que ce Prince a euë de la
faire tenir ſur pied dans un lieu
oùellemanquoit de vivres , pendant
qu'il faifoit relever les fortifications
du Fort de Kell , luy a
beaucoup couſté . On a fait un
Pont de Bateaux à la place de celuy
que nous avons brûlé , &
qu'on appelle le Pont de Strafbourg.
Le nouveau eſt bien éloigné
de reparer la perte de l'ancien,
puis qu'il faudroit plus de
temps pour en rétablir une feule
Arche , que pour en dreſſerun
Iiiiijj
198 MERCURE
4
i
de Bateaux tout entier.
Vous attendez peut-eſtre que
je vous apprenne des nouvelles
d'Angleterre. Quoy que la def
union qui s'y eft formée ait déja
couſté du ſang ,elle peut n'ef
tre qu'apparente , & avoir eſté
produite par des intelligences
d'ont il n'eſt pas aiſe de develo
per le myſtere. De la maniere
dont on agit de ce coſté- là , il
ſemble qu'on n'y ſçait pas trop
bien ce qu'on veut. Quand le
temps nous aura permis de mieux
penetrer dans le ſecret des Inte
reffez , je vous feray ſçavoir en
peu de mots , ce que je ne vous
apprendrois pas aujourd'huy das
un volume , ſi je vous mandois
tout ce qui ſedebite parmy ceux,
qui dans l'avidité de parler , raifonnentdes
journées entieres fur
un oüy-dire dont il n'eſt plus
queſtion le lendemain.
GALANT.
199
Je finis par l'Article que vous
m'avez particulierement recommandé
de la part de vos Amies.
C'eſt celuy des Modes. Il ſeroit
difficile de vous en parler plus
certainement que je vay faire . La
plûpartdes Etofes que l'on porte
font des Satins & des Gros de
Tours rebrochez avec un cor
donnet. On porte auffi beaucoup
de Velours cizelez . Les fleurs &
le fonds des uns ſont couleurs de
cheveux bruns ; & les autresont
des fonds blancs , & des fleurs
brunes. Les Jupes ſont couvertes
à plein de broderie de foye : &
quand on y met des dentelles, on
les joint de fi pres , qu'il ſemble
qu'une ſeule couvre toute la Jupe.
Quand on ne metqu'un rang
au bas des Jupes , c'eſt ordinairement
une broderie , & l'on n'y
metplus rien de couché ny de
I iiij
200 MERCURE
volant.On portebeaucoupd'Habits
noirs , & prefque point de
Tabliers. On a veu au commencement
de l'Hyver plus de cent
fortes de Manchons de pluche.
Chaque Marchand en avoit d'une
façon particuliere. Les pluches
eftoient de couleurs diférentes
, ce qui donnoit lieu de
faire de Manchons en Zigzac,
en Echiquier ou Damier , & à
blandes , de diverſes couleurs.
Les riches ont eſté d'Hermine ,
avec des bandes, de tiffu , qui eftoient
auſſi de toutes fortes de
couleurs . On en a veu de Marte
avec de la frange dor , & d'autresde
Marte,& tous couverts de
reftes. Cette derniere mode n'a
pas efté ſuivie . Il s'en fait prefentement
dont la pluche eſt
toute d'une couleur , avec un
cordonnet coufu deffus de plu
fieurs
GALANT
107
fleurs manieres. On en voit auffi
avec ces cordonnets , qui ont un
deſſein tres- agreable.
Quoy que ma Lettre ſoit datée
du 31. de ce Mois , des raifons
que vous pouvez aiſement
vous imaginer , m'ont obligé de
•la finir la veille des Feſtes. Ainfi
vous n'y trouverez aucune des
Nouvelles qu'on a eu foin de
m'envoyer pendant les huit derniers
jours de l'Année. J'en remets
les Articles juſqu'au Mois
prochain , &n'oublieraypas une
Feſte galate qui a été faite à Grenoble
, & dontla magnificence
mérite d'eſtre publiée par tout.
Je vous entretiendray en mefme
temps des Régals qu'on a
faits icy aux Ambaſſadeurs de
Hollande , des Charges qui ont
eſté données nouvellement , &
de tout ce qui s'eſt paſſé touchant
1202 MERCURE
t
C
chant la Paix d'entre la France
& l'Eſpagne depuis que la Ratification
eſt venuë. Cette heureuſe
Paix eſt le fameux Ouvrage
de Louis LE GRAND. Les
Chifres Romains qui marquent
l'Année 1678. pendant laquelle
cette Paix a eſté concluë, ſe rencontrent
dans quatre mots Latins
par leſquels Monfieur de
Vaux Maiſtre des Comptes à
Dijon , nous a exprimé dans cette
Langue ce que je viens de
vous dire dans la noſtre. PAX
LVDOVICI MAGNI OPVS .
Ces lettres numerales miſes en
dre , font M. DC. LXVVVIII.
Je ne doute point qu'on ne m'envoye
quantité de Galanteries qui
ſe feront faites au ſujetdes Etrennes.
Ce ſera par elles queje commenceray
à vous faire voir que
mes Lettres feront deſormais
rem
S
GALANT. 203
remplies de matieres agréables
& divertiſſantes , quoy que le
reſte n'y ſoit pas oublié pour ceux
qui ne font pas leur plaifir de ce
qui plaiſt aux belles Ruelles. Je
fuis , &c.
13
AParis ce 31. Decembre 1678.
LYON
0
AVIS
Avis pour placer les Figures.
31
Air qui commence par Gillot , lanin
, deux Biberons , doit regarder
lapage 31
Le Laboratoire des Capucins du
Louvre doit regarder la page 6 1
L'Air qui commence par Envain
vousm'ordonnez de feindre , doit regarder
la page 66
L'Air qui commence par Hollandois,
le grand Roy qui vous donne la Paix,
doit regarder la page 153
LeMauſolée doit regarder la page
171
L'Enigme en figure doit regarder la
page 186
L'Air qui commence par Ce n'est
qu'au retour des beaux jours , doit regarder
la page 309 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères