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1678, 10 (Lyon)
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MERCURE
GALAN I
Octobre 1678 .
OUR
DE
LA
VIZ
ALYON,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere .
M. DC. LXXVIII.
AVBC PRIVILEGE DUτου.
VAEC DELAIDEE
DO
A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
Uis que Loüis finit la
Guerre ,
Et qu'il veut qu'aujourd'huy
la Paix regne
entous lieux ,
Les Peuples doivent ſur la Terre
S'applaudir à l'envy d'un don ſi prétieux
Qui les ſauve de ſon Tonnerre :
Il eſt vray que pour eux c'eſt un preſent
bien doux ;
Mais , PRINCE , cette Paix ſemble
faite pour vous.
-
aij
Loürs tient à ſoy la Victoire,
Cette Divinité qui luy faiſoit la cour,
Vouloitque ſeule il la puſt croire ;
Mais pour vous marquer mieux l'excésde
ſon amour , 1
Retranchant ſur ſa propre gloire,
Pouvant tout furmonter , il accorde
la Paix!,
Et borne pour vous ſeul ſes auguſtes
projets.
Si Philippes parut bon Pere ,
Si pour fon Alexandre il ſe donna du
foin,
Le mal eſt que voulant tout faire,
Il ne laiſſoit ce Fils que le ſimple témoin
De ſa conduite militaire.
Mais Loürs ſçachant mieux vous
montrer ſon amour ,
Laiſſe à vôtre Valeur où s'exercer un
jour.
T
Par fon grand coeur , par ſa vaiklance,
Par les coups éclatans de tant d'Exploits
guerriers ,
Il vous a montré la Science
De
De moiſſonner par tout & Palmes
&Lauriers,
* Enfin pour vôtre expérience ,
Que pouvoit-il reſter à Loüis deformais
,
Qu'à vous enſeigner l'art de bien fairela
Paix &
Ainſi c'eſt pour votre avantage ,
GRAND PRINCE, qu'à l'Europe il la
donne aujourd'huy ;
Et fi nous luy devons hommage ,
C'eſt moins de vouloir bien terminer
nôtre ennuy,
Que de donner un Prince ſage ,
Qui ſçache comme luy faire un jour
àpropos
Trembler tout l'Univers , & caufer
fon repos.
LE BLANC .
Les ſentimens de toute la
France, MONSEIGNEVR,
voussont marquezpar ces Vers
ã iij
dontj'ay crû pouvoir mefervir
enfaiſant connoître par le nom
de leur Autheur , que je n'y ay
aucune part que celle de vous
lespresenter. Il est certain que
fi les Peuplesfe réjoüiffent de la
Paix, c'est moins pourles avantages
qu'ils en retirent , que
pour l'intereſt qu'ils prennent à
vôtre gloire. Ils s'applaudis-
Sentdéja par avance , MONSEIGNEUR
, des Triomphes
que la modération duRoy
vous referve ; & en mesme
temps qu'ils reconnoiffent devoir
leur repos àsa bonté , ils
envisagent avec un plaisir extrême
les grandes Victoires qui
vous
vous doivent mettre aunombre
-des plus renommez Héros. Cet
incomparable Monarque en laisfe
une ample matiere à votre
Valeur par les bornes qu'il a
bien voulu donner à lafienne,
& vous ne pouvez estre que
Grand Auguste , estant Fils
du plus Grand & du plusAugufte
de tous les Rois. le fuis
avec unprofond respect ,
MONSEIGNEUR,
1
4
Vôtre tres humble & tresobeïfſſant
Serviteur, D.
Q
Uoy que dans la derniere
Lettre Extraordinaire miſe
en vente depuis quinze jours,
on ait donné deux mois de
temps pour travailler , à ceux
qui voudront envoyer des Deffeins
d'Arcs de Triomphe , Pyramides
, Medailles , & autres
Monumens à la gloire du Roy,
ces deux mois ne font qu'en fa
veur de ceux qui demeurent
dans les Provinces les plus reculees;
& fi les autres n'envoyoient
plutoſt leurs Deſſeins , on n'auroit
pasle temps de les faire graver,
ny mefine d'imprimer l'Extraordinaire
qui paroiſtra le
quinziéme de Janvier prochain .
Ceux qui ont déja des idées
pour ces fortes d'Ouvrages , &
qui ont abfolument réſolu d'y
travailler , font priez d'en avertir
dés à preſent. Cela fera prendre
dre des meſurés ſur le nombre
qu'on en doit avoir , & obligera
à leur garder place , afin qu'ils
ne travaillent pas inutilement.
V
Le Libraire au Lecteur .
Ous trouverez les Modes , cher
Lecteur ,dans ce Mercure d'Octobre,
qui ſe vendra toûjours 20. fols, chaque
Tome, & ceux de 1677.12 .fols. Four
les Extraordinaires , vous sçavez que je
vousay donné un troiſiéme Volume ily a
douze jours, & qu'ilsſe vendet trentefols
chacun. L'onfepare tel Volume que l'on
Souhaiterapour le mesme prix , jesuis bien
aiſe que vous ayez trouvé le dernier Extraordinaire
plein d'eruditions ; les beaux
Esprits travailleront toujours de mieux
enmieux. Ceux qui envoyeront des Pieces,
auront toûjoursſoin d'affranchir les ports ,
& leurspacquetsferont reçeus fidellement.
Livres Nouveaux du Mois d'Octobre:
Les Oeuvres de Monsieur Poiſſon, 12 .
Nouveau Estat de la France , 12. 2.vol.
Tableau des Sciences , figures, 12 .
EXTRAIT
2
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
duRoy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint-Germainnen Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Conſeil, JUNQUIERES.
Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monfeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps&
efpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour lapremiere fois : Comme auſſi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre fans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre, le tout à peine de fix mille livres d'amende,&
confiſcation des Exemplaires contrefaits,
ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré fur le Livre de la Communauté le
5. Janvier 1678.Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en jouir ſuivant l'accord-fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Iuillet 1678.
EX
EXTRAIT DV PRIVILEGE
de Monseigneur le Vice- Legat
d'Avignon.
Ar
PE
2
grace & Privilege de Monſeigneur
l'Excellentiffime Vice-Legat, il eſt permis
àTHOMAS AMAU LRY Libraire de Lyon d'imprimer
& debiter le Livre intitulé LeMercure
Galand , avec l'Extraordinaire dudit Mercure
Galand , avec deffences à tous autres d'imprimer
, vendre , nydebiter dans laVille d'Avignon
& Comté Venaiffin aucun Exemplaire
dudit Livre, même de ceux cy devant imprimés,
en toutou en partie, que de l'impreffion dudit
AMAULRY, pendant le temps de fix années, à
compter du jour que chaque Volume fera imprimé
pour la premiere fois, àpeine de fix mil
livres d'amende , ainſi qu'il eſt plus amplement
porté à l'Original ; & le preſent Privilege
eſt tenu pour deuëment ſignifié en mettant
un Extrait au preſent Livre. Signé
FR. NICOLINI Vice Legat. Datté du
16. Avril 1678, Enregiſtré par FLORENT
Archeviſte.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé , a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour en
joüir ſuivant l'accord fait entr'eux b
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Zwiller, 1678.
Avis
Avis pour placer les Figures.
L
Air qui commence par , Lors que
j'estois aiméde La jeune Lizete, doir
regarder la page 21 .
LePlan du Pont de Strasbourg &
de ſes trois Forts , doit regarder la
page 39 .
L'Air qui commence par , Qu'on ne
me parle plus a' Armes ny de Défaites,
doit regarder la page 81..
L'Air qui commence par , Si pour
avoir veu seulement , doit regarder la
page 236.
La Planche des Medailles doit regarder
la page 169 .
L'Air qui commence par , Affreux
Rochers, Demeuressombres, doit regarder
la page 209.
L'Enigme en figure doit regarder
la page 231.1
1
La Figure du Cavalier doit regarder
lapage 248 .
La Figure de la Femme doit regarder
lapage 251 .
MERCU
Γ
B
MERCURE
GALANT
En doutez point,
Madame . Je ne
vous parleray pas
moins de Paix à
l'avenir , que je
vous ay parlé juſqu'icy de Guerre.
Toute la diférence qu'il yaura
, c'eſt, que la Guerre m'obligeoit
à faire de longs Articles
ſéparez des combats qui ſe donnoient
, & des Sieges qu'on entreprenoit
; au lieu que preſque
toutes les matieres quivont com-
Octobre. A
MERCURE
4
pofermes Lettres, feront de Paix
fans que je vous la nomme. Ce
que je vous diray de la fatisfa-
Etion des Peuples ,des Provinces
abondantes en toutes chofes , du
progrés desMuſes &des beaux
Arts , des ſomptueux Edifices
qu'on élevera, des Fétes galantes
qui ſe donneront , des magnificences
& des liberalitez de
LOUIS LE GRAND ? tout cela ne
fournira -t- il pasautant d'Articles.
de Paix , puis que ces diferentes
chofes en feront l'effet ?
Jugez fi cette matiere ne doit
pas eſtre inépuiſable , eftant
foûtenuë de ce qui ſe paſſfera
dans le plus galant , le plus
tranquille , & le plus floriſſant
Royaume du monde. Pour le
voir toûjours augmenter en
gloire , il ſuffit qu'il foit gouverné
par le meilleur , le plus
ſage ,& le plus grand Roy que
GALANT.
3
Le Ciel ait jamais donné à la
Terre . La valeur & la prudence
ne peuvent aller plus loin
qu'il les a pouffées pendant le
cours d'une Guerre qu'il n'y
avoit que luy ſeul qui fuſt capable
de terminer. Il a eu la
bonté de l'entreprendre , il en
eſt venu à bout , & l'on peut
dire que la Paix eſt ſon Ouvra
ge. Vous en avez reçeu la nouvelle
avec plaifir ; mais je ne
ſçay ſi vous avez affez exami
né combien les circonstances
qui ont accompagné cette Paix,
la rendent glorieuſe pour ce
Grand Roy. La Victoire ne l'avoit
point quitté depuis le commencement
de la Guerre. Plufieurs
Princes s'eſtoient alliez
d'abord avec luy , & leurs
Troupes jointes aux fiennes
avoient fait quelques Campa-
Aij
4 MERCURE
gnes affez heureuſes. Cependant
ſes Ennemis croyant l'accabler
, firent agir de fi puiſſanzes
Cabales , que non ſeulement
ils engagerent tous ces
Princes à rompre l'Alliance qu'ils
avoient avec ſa Majesté , mais
meſme à ſe declarer contre Elle.
L'Eſpagne qui estoit en paix
ſuivit leur exemple , & le Roy
wit en peu de temps preſque
tous les Princes de l'Europe
liguez contre luy. Il eſtoit à
croire que n'ayant plus d'Alliez ,
& voyant le nombre de ſes
Ennemis augmenté , bien loin
de fonger à faire de nouvelles
Conqueſtes , il auroit de la peine
à conferver celles qu'il avoit
faites. Le contraire eſt arrivé .
Plus cet incomparable Monarque
a eu d'Ennemis , plus il a
remporté de Victoires. Il a ſuffy
luy
GALANT.
5
luy feul contre tous , & ce n'a
eſté que dans ce temps qu'il a
pris des Places que l'on croyoit
imprenables. Les choſes eſtoient
dans cet état: Toute l'Europe
regardoit nos avantages avec
un étonnement qui ne ſe peut
exprimer. Les Conférences de
Nimegue n'aboutiſſoient prefque
à rien , & les Peuples ne
voyoient aucun lieu d'eſperer
la Paix , quand le Roy ayant
réſolu de la donner , & de la
donner en Vainqueur qui pouvoit
encor pouſſer ſes conqueftes
, jugea que le ſeul moyen
d'en faciliter le ſuccés , eſtoit
d'aller prendre les Villes de
Gand & d'Ypres. Il ſe rendit
maiſtre de l'une & de l'autre ,
& l'on ne peut nier qu'il ne
fuſt en pouvoir de le devenir
de tout ce qu'il auroit voulu
J
A ii.
6 MERCURE
fofumettre . La prife de ces Places
avoit jetté la terreur parmy
les Peuples de celles qui reftoient
à prendre . L'Hyver eſtoit
dans ſa force. Il n'y avoit que
le Roy qui fuſt armé , & qui
euſt des Magaſins pour faire
fubfifter de grandes Armées.
Les Ennemis n'en pouvoient
mettre en campagne qu'apres
le retour du Printemps. Ainſi
il eſtoit en état de vaincre par
tout , ſans qu'il puſt trouver aucun
obftacle à ſes entrepriſes.
Sa bonté luy fait choifir ce
temps pour donner la Paix ;
mais il eſtoit bien juſte qu'en
la donnant , il fiſt connoiſtre
qu'il faifoit grace , & qu'il marquaſt
, comme il a fait , que
c'eſtoit ſeulement aux conditions
qu'il avoit trouvées raifonnables
, qu'on pouvoit choir
GALANT..
7
fir la Paix ou la Guerre. Les
Hollandois acceptent la Paix ,
apres avoir fait reflexion fur les
redoutables forces de la France,
cõtre laquelle preſque toutes les
Puiſſances de l'Europe avoient
échoué . Il y a deux temps à
conſidérer dans celuy qui s'eſt
paſſe depuis la Paix acceptée ,
juſqu'à fon entiere conclufion.
L'un regarde ce qui eſt arrivé
depuis l'acceptation de cette
Paix juſqu'au jour de fa Signature
; & l'autre nous mene jufqu'à
celuy de la Ratification.
Ces deux temps ont eu chacun
leur étenduë , & on ne s'eſt
que trop apperçeu que pendant
l'un & l'autre , tout ce que
le Cabinet renferme de Politique
a eſté mis en uſage contre
le Roy de la part des Princes
liguezi mais leur pruden
A iiij
8 MERCURE
1
ce ainſi ramafſée n'a pas eu
plusde ſuccés que l'union de
leurs armes. Mille intereſts diférens
les faifoient agir. Les
uns en avoient de particuliers
pour eux -meſmes ; les autres ,
pour des Perſonnes qui les touchoientde
fortpres ,& c'eſtoient
par tout des paffions violentes
qui détruiſoient tout ce qui auroit
pû avancer la conclufion
de la Paix. On fait naiſtre des
Incidens. On donne ſujet au
Roy de ſe plaindre , afin qu'il
fe plaigne . On tâche d'irriter
fa bonté , & on veut adroitement
le forcer à rompre. Mais
tous ces artifices ne ſervent
qu'à mieux faire voir qu'il eſt
autant au deſſus de ſes Ennemis
par ſa ſageſſe , qu'il l'a eſté
pendant la Guerre par ſa valeur.
Ce grand Prince dédaigne de
leur
GALANT.
9
leur faire connoiſtre qu'il voit
leurs brigues. Il eſt perfuadé
que ceux avec qui il traite , &
qui ont ſeuls pouvoir de traiter ,
agiffent de bonne foy. Il en
eſt content. Ils ſe ſont ſoûmis ,
& c'eſt affez pour luy faire
toûjours aimer une Paix quiles
ſauve des périls dont ils auroient
peine à ſe garantir dans
la continuation de la Guerre,
Il a paru moderé comme Vainqueur
, il le veut paroiſtre encor
comme Roy. On donne un
Combat dans le temps que la
Paix vientd'eſtre ſignée. Ceux
qui attaquent manquent leur
Coup. Mons n'eſt point ſecouru
, & par conféquent il ne
tient qu'au Roy que Mons ne
foit perdu pour les Ennemis.
Ils ne peuvent plus ſubſiſter
aupres de noſtre Camp. Iln'a
Av
1
IO MERCURE
qu'à prendre la Place qu'ils
ont inutilement voulu ſecourir.
On ne pourra dire qu'il rompe
la Paix , puis qu'on l'eſt venu
attaquer. Tout luy rit. Les Ennemis
avoient fondé toute leur
eſpérance fur les Troupes d'une
Nation brave & intrépide...
Elles ſont batuës , & les noſtres
n'ont qu'à entreprendre pour
réüffir. Ces avantages ne diminuent
rien des bontez de ce
grand Prince . Il ſçait que les
veritables Hollandois qui aiment
leur Patrie , n'ont point
de part au deſſein de la Bataille
qui s'eſt donnée. Il veut
que la Paix qu'il fait avec eux...
foitun commencement de celle
qu'il ſouhaite à toute l'Europe,
& il ne ſe ſert d'aucun des
juſtes prétextes qu'on luy a
donnez , pour la rompre . On
luy
GALANT.
luy en donne de nouveauxapres
la Bataille . On fait aux Etats
des Offres qui paroiſſent fort
avantageuſes , & on les fait en
pleine Aſſemblée ; mais lesHol-.
landois auſſi fermes de leur
coſté , que Sa Majesté l'eſt du
fien , rejettent ces Offres , &
ſont convaincus des avantages
que peut leur produire l'amitié
du Roy , par ceux qu'ils en ont
déja tant de fois reçeus. L'Efpagne
qui ne fait rien fans l'avoir
meûrement examiné , reconnoit
elle-mefme la grandeur
de cet auguſte Monarque , en
ſe réſolvant enfin d'accepter la
Paix qu'il luy offre. Elle n'attend
plus rien de ces retours de Fortune
& de ces coups inopinez
qui ont toujours flaté la Maiſon
d'Autriche . Tout eſt dans la
main du Roy ; & s'il eſt fâcheux
X
à
12 MERCURE
à un Peuple , qui croit eſtre né
pour donner des Loix , d'en recevoir
du Vainqueur , ce Peuple
qui ſe ſoûmet , s'en trouve
récompensé par l'avantage de
recouvrer des Places dont il ne
ſe ſeroit jamais veu maiſtre , ſi
ce Vainqueur l'euſt voulu laiffer
dans la neceſſité de les conquérir.
Il reſte quelques legeres
difficultez pour des Villages
, ou des Articles de cette
nature : & le Roy toûjours
Grand , apres avoir faitles Etats
Genéraux Arbitres de ces petits
Démeſlez , accorde tout deluymeſme
. On ne peut difconvenir
que ce ne foit de fon plein
gré , puis que l'Arbitrage eſtoit
ſigné par les Eſpagnols meſmes ,
& qu'il en pouvoit revenir quelque
choſe à Sa Majesté ; les
Arbitres ne jugeant jamaisavec
une
GALANT.
13
une ſi entiere rigueur , qu'ils ne
cherchent à fatisfaire toûjours
les deux Parties. Apres céte derniere
liberalité du Roy , le Traité
ſe ſigne entre la France &
l'Eſpagne . Je vous ay mandé de
quelle maniere. Voila , Madame,
en fort peu de mots toute l'Hiftoire
de la Guerre &de la Paix .
Il y a déja longtemps quel'efpérance
de cettePaix a fait parler
les ſçavantes Muſes de Soiffons
. Vous ſçavez que l'Illuftre
Académie de la Ville que je
viens de vous nommer , a eſté
reçeuë dans l'Alliance de celle
que le Roy ne dédaigne pas de
loger dans ſon Louvre , & dont
il a bien voulu ſe faire le Proteteur.
Elle luy envoye tous les
ans quelque Ouvrage en reconnoiſſance
decette aſſociation ; &
lIdylle que vous allez voir , eſt
celuy
14
MERCURE
celuy dont elle luy a fait préſent
cette année . Meſſieurs de l'Académie
Françoiſe l'ont fort eftimé
, & je ne doute pas que leur
approbation ne ſoit fuivie de la
voſtre.
IDYLLE.
LEricheémail Prairies,
des Fleurs orne biennos
Le Fruitfied bien ànos Vergers ,
Aux Ruiſſeaux lesRivesfleuries,
Et la Musette aux amoureuxBergers.
Queferois-jeſans vous , ma fidelle Mu
Sette?
Souvent vousfaites mes plaiſirs,
Sans vous mes plus tendres defirs
Seroient encor cachez àla jeune Lifette
Lifettedont le teint est plus blanc que le
Lait,
Dont leſouffle estplus doux que l'odeurde
l'Oeillet , *
Et qui paſſe en beauté le reste des Ber
geres,
Comme
GALANT.
Comme un Chefne s'éleve au
Fougeres.
deſſusdes
De l'ardeurdemes feux , des peines que
jesens,
Souvent elle écoute laplainte,
Etfi fon ame en est atteinte ,
Ledois cet avantageàvos heureux accens.
Maisquoy qu'elle aime àvous entendre
Entonner un Air doux & tendre ,
Elle veut aujourd'huy que vous changiez
deton.
Du Grand LOVIS les fameuses merveilles
Ontpercénos Forests, ont frapé nos oreil
les,
Ces Monts , cesBois ,& ce Vallon,
Et tout ne retentit que du bruit deson
Nom.
Ne ferez vous rien pour ſa gloire ?
Aidezà la placer an Temple de Memoire,
Dumoinspar quelque douce &charman
teChanfon.
Laiffez àPolymnie entonner laTrompette
,
Celébrerses beaux Faits , &fes Exploits
guerriers ,
Luiffez-Iny vanterfes Lauriers,
Vous
16 MERCURE
Vous qui n'estes qu'une Musette,
Chantez-nous sa bonté , ſa douceur ,&
la Paix
Qu'il va donner àſes Sujets.
Malgré vos foibles fons ne ſoyez point
muette ,
On n'est jamais blamé quand on fait ce
Chantez , LOVIS est bon , & Lisette le
2
qu'onpeut ;
Veut .
Vous que le bruit & la fureur des armes
Ont forcé de quitter nos Champs & nos
Hameaux,

Bergers , ne craignez plus Bellonne &fes
alarmes ,
Ramenez dans ces lieux vos paiſibles
Troupeaux.
Faites-y revenirles Nymphesfugitives
Venez ensembleſur les Rives
Denos agreables Ruiſſeaux.
Là bientost la DivineAftrée
Répandra de fa mainſacrée
Les biens , les plaisirs , &les
Nous touchonsàce calme heureux
Si charmant apres la tempeste ,
Nostre felicitéfurpaſſera nos voeux ,
Et nos jours ne seront qu'une éternelle
Feste.
jeux
Il
GALANT. 17
Il est vray que Mars en couroux
Tonne encor affez pres de nous ,
Son bruit s'entend juſque dans nos Campagnes
.
Mais ce n'estplus comme autrefois,
Lors qu'il faisoit trembler nosplus hau
tes Montagnes ,
Etretentirnos Rochers & nos Bois.
Onsent bien qu'il est aux abois ,
Etqu'on va voir ceſſer les horreurs de la
Guerre.
Tels les derniers coups du Tonnerre,
Quand l'orage est pres de finir,
Leur bruitfourd annonce à laTerre
Que le beau temps va revenir.
Le Grand LOVIS acheve ſon Ouvrages
Ilvadonnerla Paix àſesfiers Ennemis;
Malgré leur fureur & leur rage ,
Nouslesverrons bientoſt ſoûmis ,
L'accepter & luy rendre hommage.
Alors cet Illustre Héros
Viendra prendre le frais , &goûter te
repos
Au doux ombrage de vos Heſtres ;
Il aime vos Chansons , quoy qu'elles
Soient champestres ,
Ilvous affemble icy pourformerdes Con-
Gerts
18 MERCURE
Etneméprisepoint( bien qu'il offre àvos
Airs
Deses beaux Faits la matiere éclatante)
Vostre Muse foible & naiſſante.
Sage au Confeil , vaillant dansles Combats,
Intrepide dans les alarmes ,
Il.fçait affronter le trépas ;
Mais délivré de l'embarras
Du bruit , du fracas , des vacarmes
Quise trouvent parmy les armes ,
Lespaisibles Emplois fontfes plus grands
plaisirs.
Il trouvefon repos , il borne ſes defirs
Asefervirdefapuiſſance.
Pour reprimer lafuneste licence ,
Pourfaire revérer la majesté des Loix
Et ramenerunoheureuse abondance..
Le plus grand des Héros, leplus justo
desRoys,
Apres avoirgagné Victoire fur Victoire,
Sefait une nouvelle gloire
Arépandre ſurſes Sujets
Des Ruiffeaux eternels de graces , de
bienfaits.
Quittede ces grandesfatigues
Qui confumoient lesplus beaux defes
ans
Il
GALANT.
Ildonnera tous ses momens
Aréduire en poudre lesDigues
Que le defordre oppofoit aux Vertus ;
Par luy des Vices abbarus ,
Malgré l'impunité , malgré ses fortes
brigues,
Les teftes ne renaiſtront plus.
Dans cet heureux loisir , en des temps fo
tranquilles ,
QuedeSuperbes Bastimens ,
Et que de riches ornemens
Pareront fes Palais , &la Reyne des
Villes!
Le voisdéja dans nos plus grands Ha-
L
meaux
Les Bergers s'affermbler , former des
Choeurs nouveaux ,
Pour rendrefagloire immortelle ,
Et s'immortaliser en travaillant pour elle.
Mille graces , mille douceurs ,
S'avancent pour chercher les neufsçavantes
Soeurs.
Onva voir les Muſes rustiques
Habiter des Maiſons publiques,
Et partagerſes Royalesfaveurs.
La nostre-errante encor au milieu des
Campagnes,
Aura le fort defes Compagnes,
20 MERCURE
t
Et trouvera dequoy se retirer ;
Nostre attente n'est pas injuste,
Appuyé d'un Mécene , écouté d'un Auguste
,
Ne doit- on pas tout esperer ?
Mais pour de fi grands biens ,pour ces
rares merveilles ,
Nymphes, cherchez dans ces beaux lieux
Ce qu'ils ont de plus précieux ;
Pour luy comblezde Fleurs vosplus riches
Corbeilles ,
loignez-y des Festons du plus vert Olivier
,
Il l'aime autant que le Laurier. :
Vous , Bergers , donnez luy vos travaux
&vosveilles ,
Que vos Rochers manquent d'éches.
Que les rapides eaux remontent vers leur
Source ,
Que le Flambeau du jour interrompe sa
course,
Avant que vous ceffiez de chanter ce
Héros.
S'il y avoit beaucoup de Mufetes
auffi douces que doit eſtre
celle dont il eſt parlé dans cet
Idylle,
GALANT. 21
Idylle , avoüez qu'il eſt peu de
plaiſirs qu'on préferaſt à celuy
deles écouter. Je ne ſçay meſme
ſi elles ne feroient pas propres à
faire ceſſer les chagrins , contre
le fentimentde l'Amant infortuné
qu'on fait parler dans ces
Vers que Monfieur Goüet a depuis
peu mis en Air.
AIR
Lors
NOUVEAU.
que j'estois aiméde la jeuneLy-
Sete ,
Parvos charmans concerts, vousſçaviez,
ma Musete ,
Dans mille doux plaiſirs tous deux nous
engager;
1
Maisdepuis que ſon coeur est devenu leger,
Aupres de vous je languis , je ſoûpire,
Et vous ne pouvez plus Soulager mon
martyre.
1
Vous m'avez paru ſi contente
desAirsde MonfieurGoüet,que
j'ay
22 MERCURE
j'ay crû ne pouvoir mieux commencer
que par celuy-cy à vous
en envoyer de nouveaux. Comme
il eſt Maiſtre de la Muſique
des Dames Religieuſes de Lonchamp,
on ne doit pas s'étonner
fi on y trouve dequoy ſatisfaire
les oreilles les plus difficiles. En
effet , on n'y entend pas ſeulement
tout ce que le beau Chant
a d'aimable , on y remarque en-
-cor une façon de chanter qui
n'eſt pas commune , tant l'Autheur
s'étudie à faire toûjours
quelque choſe qui ne ſe chante
point ailleurs. Les belles Voix
qui entrent dans ces Concerts
ſe font admirer & par leur diverſité
& par leur juſteſſe. La
Symphonie qui les accompagne
• eſt merveilleuſe. Elle eſt executée
avec une délicateſſe qui répond
à la recherche des beaux
Accords ,
GALANT. 23
Accords,&l'on diroit que ce font
autant de maiſtreſſes mains qui
touchent ou les Violes , ou les
Claveſſins qui la compoſent. Je
n'avance rien qui ne ſoit connu.
Le mélange des Voix &des Inſtrumens
qui forment céte charmante
Muſique,eſt ſidoctement
ménagé , queles meilleursConnoiffeurs
demeurent d'accord
qu'on ne peut rien entendre de
plus beau dans aucun Monaſterede
Filles .
Monfieur Brayer qui paffoit
pour un des plus fameux Medecins
de nos jours , eſt mort
au commencement de ce Mois.
Si une grande pratique peut
rendre un Homme confommé
dans cette Profeffion , comme
elle le doit en effet , on peut
dire qu'il eſtoit le premier Medecindu
monde. C'estune cho-
} fe
24
MERCURE
J
ſe incroyable que le grand nom
bre de Malades qu'il voyoit.
S'il n'a pas eſté le Medecin de
tout Paris pendant le cours entier
des maladies de ceux qui
en ont eſté attaquez depuis
pluſieurs années , il les a veus
du moins une fois , ayant pref
que eſté de toutes les Confultations
qui ſe ſont faites. Il avoit
préveu le temps de fa mort ,&
quelques - uns tiennent qu'il
s'en eſtoit expliqué avec ſes
Amis , comme n'ayant plus que
trois mois à vivre. Iln'avoit pas
laiſſé de relever d'une maladie
où il eſtoit tombé dans cet intervale.
Il avoit meſme forty
depuis , mais cette fauſſe guérifon,
ne luy avoit point fait
changer de penſée . Le jour
qu'il mourut , il diſna à table
avec ſa Famille . On luy dit en
difnant
GALANT.
25
diſnant qu'il avoit mauvais viſage
, & qu'il feroit bien de
prendre quelque Remede. Il
répondit qu'il le feroit inutilement
, & qu'encor qu'il ne foufrift
aucun mal , il ſentoit bien
qu'il approchoit de ſa fin. Il
mourut quelques heures apres
aſſis dans ſa Chaiſe. On ne
peut nier qu'il n'ait eſté un veritable
Medecin , puis qu'il s'eſt
connu luy-meſme. Je ne vous
dis rien de ſa pieté , ny de la
maniere toute Chreſtienne dont
il s'eſtoit preparé à la mort qu'il
y avoit fi long- temps qu'il enviſageoit.
Jugez - en par fa charité
, qui luy faifoit employer
tous les ans douze ou quinze
mille livres à ſoulager les beſoins
des Pauvres. C'eſt ce qu'il
a caché pendant ſa vie , &
qu'on a découvertapres ſa mort.
Octobre . B
26 MERCURE
Jay auſſi à vous apprendre
celle de Monfieur Nicole que
la Ville de Chartres avoit choify
pour ſon Avocat. C'eſt une
perte conſidérable pourlesGens
de Lettres. Quoy qu'il fuft
dans un âge fort avancé , il ſoûtenoit
avec autant de fermeté
que de politeffe , la haute réputation
que ſes Pieces d'éloquence
luy avoient acquiſe. Il
s'eſtoit attiré l'eſtime de quanzité
de Perſonnes de la Naiffance
la plus relevée. Il lest
complimentoit au nom de la
Ville , lors qu'elles pafloient
par Chartres , & toûjours avec
un applaudiſſement general. Il
eſtoitPere de l'Illuſtre Monfieur
Nicole , connu de tout le monde
par les excellens Ouvrages
d'érudition & de pieté qu'ilmer
au jour depuis pres de trente
.années ;
GALAN T.
27
années ; entr'autres par laPerpetuité
de la Foy , & nouvelle--
ment par les Effais de Morale.
Quelques mois avant ſa mort ,
il avoit choiſy Monfieur Noel ,
Controlleur des Domaines de
Son A. R. à Chartres , pour luy
fucceder dans le pénible &honorable
Employ d'Avocat de
cette Ville. Il en remplit admirablement
les Fonctions , & fuit
de pres ce grand Homme. II
commença d'en donner d'eclatantesmarques
par un Compliment
fort juſte qu'il fit fur le
champ à Madame la Ducheſſe
de Toſcane , qui ſe rendit à
Chartres il y a trois mois pour
ſignaler la pieté qui luy eſt ordinaire
dans le Temple le plus
ancien de toute la Chreſtienté.
Entre les Actions qu'il a eſtédéja
obligé de faire , il n'y en a
:
L
Bij
28 MERCURE
point de plus remarquable que
le Panégyrique du Roy qu'il
prononça le ſecond de ce Mois,
à l'occaſion de deux Eſchevins
qu'on avoit éleus . Tout ce qu'il
y a de Perſonnes confiderables
dans la Province s'y trouva ,
auſſi bien que tous les Corps de
la Ville. Quoy qu'une fi auguſte
matiere foit en quelque
forte au deſſus de l'expreſſion,
il la traita d'une maniere ſi dé
licate , qu'il eut tout le fuccés -
qu'il en pouvoit eſperer. Je ne
vous parle point de la Famille
desNicoles. Toutle monde vous
dira qu'elle eſt tres-ancienne à
Chartres , & qu'il y a plus de
deux cens ans qu'elle y fournit
des Magiſtrats. Elle a preſentement
pour digne Chef le Lieutenant
General de cette Ville.
Vous allez juger du ſoin que
ةيه je
GALANT.
29
je prens de vous chercher d'agreables
chofes , par celuy que
j'ay eu de recouvrer une Copie
de la Lettre que je vous envoye.
Elle est de Monfieur de Lamathe
Avocat au Parlement. De
grandes & fâcheuſes affaires
l'ont obligé juſqu'icy d'étoufer
de fort jolies Pieces dont j'efpere
que je vous feray part à l'avenir.
Celle- cy vous fera connoiſtre
combien vous pouvez
attendre d'un Génie auffi galant
que le ſien.
*
1803
B iij
30
MERCURE
08-8
A MADAME
LA COMTESSE DE***
Surces Paroles de l'Opera d'Atis.
D'une conſtance extréme
Un Ruiſſeau ſuit ſon cours ,
Il en ſera de meſme
Du choix de mes amours ;
Ét du moment que j'aime ,
C'eſt pour aimer toûjours.
VO Ous avezdonc crû , Madame , que
la comparaison d'un Ruiffeau estoit
laplusjuſte &laplus heureuſe du monde,
pour exprimerune amitiéfidelle &conftante
? Cependant il mesemble que c'est
tout le contraire , &je crois que vous en
demeurerez d'accord , quand vous y auvez
fait reflexion. Pour moy ,jevay vous
direce quej'en pense.
UnRuiſſeau ne fuit point fon cours,
Comme vous diriez bien , d'une conſtance
extréme;
Et
GALANT. 31
Et fi quelqu'un ainſi vous aime ,
Défiez vous de pareilles amours.
S'il eſt vray qu'un Ruiſſeau ne puiffe
eſtre infidelle ,
Il ceſſe de couler tout au moins quand
il gele ,
Et vous n'ignorez pas qu'il gele tous
lesans.
Ah ! quel modele à des Amans !
Lepourrois meſme vom prouver ,Madame
, si je voulois , que les Ruiſſeaux
font infidelles comme nous. Vous diriez à
leurpetit air tranquille& modeste , qu'ils
ne cherchent qu'à se joindre à quelque
honneste Riviere , pour s'en tenirlà toutà-
fait ; mais les Galans n'y ſont pasfitoſt
parvenus , qu'ils veulent aller plus
loin , &ils ne sont jamais contens,qu'ils
n'ayent traînéleurs eaux ambitieusesjufques
à la Mer. L'honneur en est grand
pour eux ; mais vousm'avoüerezqu'avant
quedeluyporter leurs hommages , ilsfont
certaines infidelitez en chemin , qui ne
font nullement de bon exemple. Vous les
voyezqui se débordent tantoſt ſur une
belle Prairie , &tantoſtſur une Plaine
agreable. Ils sont tous de ce caractere ,&
32
MERCURE
je gage que cet aimable Ruiſſeau quipasse
au pied de vostre charmante Maison
de ne manque pas de faire de mesmo.
Leme souviens qu'un jour que je reſvois
pres de luy à mes tristes avantures , je le
vis quifaisoitſemblant de dormir à l'ombre
des Saules qui ſont ſur ſes bords. Il
estoit couché sur le plus beau fablon du
monde ; &le voyant dans cet état , jau
rois juré qu'il eſtoit dans une parfaite indolence.
Mais jefus biensurpris , apres
l'avoir regardé plus curieusement qu'à
l'ordinaire, de luy voir careſſerforttendrement
une Fontaine naiſſante qui s'eftoit
venuë joindre àluy. Le pouſſay plus
loin ma curiosité , & les ayant ſuivis
deux ou trois cens pas ,je vis qu'ils couroient
ensemble ,fans ſe quitter d'unmo-
- ment ; ce qui me fit juger qu'ils alloient
achever les mysteres de leur amour , à
quelque Rendez-vous qu'ils s'estoient
donné , apparamment àl'entrée de laRiviere
de ... qui paſſe àune lieuë de là.
Lors que quelque jeune Fontaine ,
Par ſes petits boüillons exprimant fon
tourment ,
Se jette entre les bras d'un Ruiſſeau
fonAmant, Croyant
GALANT. 33
Croyant y foulager ſa peine ,
Le Fripon ſans façon l'emmeine;
Chemin faiſant , c'eſtun amuſement.
Mais, Madame, ce seroitpeufi ces
Meffieurs les Ruiſſeaux estoientſeulement
coquets. La Coqueteriepeut avoirſes rai-
Sons& ses excuses. Les Ruiſſeaux fone
bienpisque de coqueter. Ce sont deslibertins
&des débordez. Ily a des temps
qu'ils ne peuventse tenir chez eux ,
qu'ils ne fontpoint deſcrupule de recevoir
dans leur lit tout ce qu'ily a de plus vilaines
eaux fur leurpaſſage. Ie nevous
dis rien , Madame , du peu de chaleur
naturelle de ces Amans, parce que vous
ne voulez pas ſans doute qu'on pouße la
choſe ſi loin.Mais voyez , s'ilvous plaît,
quel tort vous faiſiezà la conſtante
Solide amitié , de luy donner unſimbolefi
défectueux. Ie neprétens pas neantmoins
critiquer icy les Paroles de Monsieur
Quinault. Elles sont tres- naturelles ,
noftre Siecle luy a trop d'obligation de
mille tendres &douces expreffions qui ont
beaucoup contribué à l'agréement dis
Théatre François , & qui luy ſont ſi propres,
qu'on peut direſans le flater , qu'il
Bv
34
MERCURE
eft inimitable dans fon talent. Sij'avois
plus de temps pour vous exprimer les
pensées qui me viennent fur cette matiere
à mesure que je vous écris , je vousferois
voir qu'ily a peu de comparaiſons qui ne
clochent,comme je vousle dis dés lemoment
que vous vous recriaftes fur la jus
reffe&labeautéde celle- cy. Mais,Madame
, voſtre Laquais me preſſe , &me
laiſſeàpeine letemps devous aſſurer que
je suis vostre , &c.
Monfieur le Conneſtable Colonne
arriva il y a quelque temps
incognito à Turin ,& logea chez
le Duc de Giovoneze. Il vit
Madame la Comteſſe de Soiffons
, & eut deux longues conférences
avec elle. Ses trois Fils
qui estoientdéja paffez , revinrent
de Rivole par fon ordre
& virent les trois Princes de
Soiffons qui leur estoient inconnus.
Les careſſes furent grandes
de part & d'autre. Monfieur
le
GALANT.
35
le Conneſtable rendit viſite à
Madame Royale qui gardoit encor
le Lit. Son Alteſſe Royale
ſe tint toûjours debout aupres
d'elle. Perſonne ne ſe couvrit ,
& les Complimens furent aſſez
courts . Toutes les Perſonnes de
qualité de cette Cour qui eurent
ordre de ſe trouver à cette vifite
, & les Dames qui estoient
fort parées , demeurerent dans
l'Antichambre..
Monfieur le Marquis de Fleury
, dont la bonne & mauvaiſe
fortune eft connuë de tout le
monde , eft preſentement tresbien
dans la Cour de l'Empereur.
Il a envoyé un de ſes
Gens àTurin pour payerles debtes
qu'il avoit faites pendant
fa priſon. On luy fait faireune
magnifique Livrée , & de tresriches
Juſt-à- corps , qui doivent
36. MERCURE
vent fervir aux Nopces de l'Archiducheſſe
Marie - Anne avec
le Prince de Neubourg. Il a la
- commiffion d'en faire tous les;
apprefts .
Vous avez entendu parler de
Monfieur le marquisde la Pierre..
Il eſt à Turin pour y donner
part à Madame Royale de la...
bonté que le Roy a euë de luy
promettre fon agrément pour le
Mariage de Mademoiſelle d'Albe
de Grenoble , Fille & unique
Heritiere du Préſident de ce .
nom . Il a envoyé à Rome pour
une Diſpenſe , eſtant Parent de
Mademoiselle d'Albe au troifié
me degré.
Une Diſpenſe de cette nature
vient de faire le bonheur de
deux Illuſtres Perſonnes , qui
dans un degré encor plus proche
, n'ofoient preſque permet
tre
GALAN Τ .
37
tre aucune eſpérance à leur
amour. On m'en donne la nouvelle
de Bagnols en Languedoc,
où apparamment leur Mariage
s'est fait. Le Marié eſt Monfieur
le Vicomte de Luffan Capitaine.
de Chevaux Legers dans le
Regiment. Maiſtre de Camp , &
Frere du Comte du meſme nom ,
Premier Gentil - homme de la
Chambre de Monfieur le Duc..
Je vous ay deja parlé de luy
dans pluſieurs de mes Lettres.
fous le nom de Monfieur le Chevalier
de Luſſan. Il a donné des
marques de ſa valeur &de fon
courage endiférentes occafions,
mais fur tout dans la Bataille de
Caffel , où le bras droit luy fut
emporté d'une volée de Canon ,
apres qu'il eut chargé les Ennemis
quatre ou cinq fois avecune
intrépidité merveilleuſe. Il eſt
admira38
MERCURE
admirablement bien fait de ſa
perfonne , & il y a peu de Gens
qui puſſent luy diſputer cet air
noble que l'on demande dans
les grands Hommes. L'aimable
Perſonne qu'il a épousée eſt une
Veuve de la Maiſon de Montcan
, l'une des plus anciennes
de la Province .. Sa beauté eſt
ſoûtenuë d'un mérite tres- fingulier.
L'un & l'autre luy avoient
acquis un grand nombre d'Admirateurs
lors qu'elle portoit le
nom de Madame de S. André..
Monfieur le Vicomte de Luſſan
&elle font fortis du Frere &.
de la Soeur ; & comme cette
proximité mettoit obſtacle à leur
union , & que l'auſtere vertu de
cette belle Veuve ne luy permettoit
point de fe fervir de
fauſſes raiſons pour obtenir la
Diſpenſe qui leur eftoit necef
faire ,
1
GALANT.
39
faire , ils ſe refolurent d'écrire
tous deux à Sa Sainteté , & ils
le firent en des termes qui exprimoient
fi fortement la tendreſſe
qu'ils ont l'un pour l'autre
, & les violens efforts qu'ils
feroient obligez de fe faire pour
l'étoufer , fi elle ne pouvoit eſtre
renduë légitime , que le Saint
Pere leur a permis de ſe marier
par la ſeule conſidération d'une
ſi veritable & fi parfaite amitié.
Je m'acquite de ma parole , en
vous envoyant un Plan que je
nedoute point que vous ne trouviez
tres-curieux. Il contient
celuy de Strasbourgdu coſté du
Pont. Le Pont de cette meſme
Ville y eft marqué , avec les
trois Forts & les Ifles , & c'eſt
ce que vous n'avez point encor
veu enſemble. Quand vous l'aurez
bien examiné ,vous admirerez
40 MERCURE
rerez encor davantage ce que
Monfieur le Mareſchal deCréquy
a fait pendant cette derniere
Campagne..
vous voulez
Comme cet Article parle oncor
de Guerre
bien que je faſſe entrer icy un
Madrigal donné à une Belle au
jourde ſa Feſte avant qu'on euſt
fait aucune propoſition de Paix ..
Vous pourriez ne le pas trouver
de ſaiſon , ſi j'attendois plus
tard à vous l'envoyer.
333333333
BOUQUET
POUR UNE
APresent
qu'une
BELLE..
Guerrejuste
Occupeleplusgrand des Roys,
Et que ce Conquerant auguste
Contraint ſes Ennemis à recevoir ses
Loix;
Nous croyions de l'Amour éviter les al-
Larmes, Et
GALANT. 41
:
Etne redouterplus ſes coups,
Et qu'au milieu de la Guerre &des
Armes
Ses traits ne pourroient pas atteindre
:
jusqu'ànous.
Ce Dieu mesme tremblant pour plus d'u
ne Conqueste
Croyoitſon Empire abbatu;
Mais il reprend, Philis, au jour de voſtre
Feste
Toutefaforce & sa vertu.
Vos charmes aujourd'huy l'affurent deſa
gloire
On le ſçait en bien des endroits ;
Et vosbeaux yeux qui font ſa plusſeûre
victoire,
Sont d'illustres garandsdeſes plus nobles
droits.
Ilfonde ſur vousfa puiſſance ,
Comme Mars sur LOVIS établit fon
pouvoir.
De ce grand Roy pourvaincre il luy faut
laprésence,
Et l'Amour pour charmer , n'a qu'à
vous faire voir.
Monſeigneur ſe Dauphin ,
Meſſieurs les Princes de Conty ,
42 MERCURE
& Monfieur le Duc de Vermandois
, ont eſté ſe promener
à Courance , pendant le ſejour
que Leurs Majesté ont fait à
Fontaine-bleau. C'eſt une tres.
belle Maiſon qui appartient à
Monfieur de Poinville Maistre
des Requeſtes. Monfieur de
Courance fon Fils reçeut Monſeigneur
le Dauphin à la Porte
du Chaſteau , & luy fit fon
compliment. Ce jeune Prince
ſe promena quelque temps , &
admira les Eaux qui font une
des plus grandes beautez de
cette Maifon. Au retour de la
promenade il trouva une Collation
de Fruit ſervie tres- proprement
, & retourna à Fontainebleau
fort fatisfait de la reception
qui luy ayoit eſté faite.
Mademoiselle Courtin , Fille
de Monfieur Courtin Conſeiller
d'Etat
GALANT. 43
d'Etat ordinaire , dont je vous
ay ſi ſouvent parlé , & qui vous
doit eſtre connu , & par le merite
de fa Perſonne , & par plufieurs
grandes Ambaſſades dont
il s'eſt toûjours tres - glorieuſement
acquité , a épouſe Monfieur
de Varangeville , nommé
à celle de Veniſe par Sa Majeſté.
Pluſieurs Perſonnes de la
plus haute qualité afſiſterent à
la ceremonie de leur Mariage.
Monfieur le Cardinal de Bonſy ,
& Monfieur l'Archeveſque de
Rheims , furent du nombre ,
auffi -bien que Monfieur de Befançon
, & Mesdames la Ducheffe
de Verneüil ,la Princefle
d'Epinoy , la Marquiſe de Louvois
,& Mademoiſelle de Sully.
Je n'ajoute rien à ce que je vous
dis de Monfieur de Varangeville
, quand le Roy luy fit l'hon
neur
44 MERCURE
neur de le choiſir pour le glorieux
Employ qu'il luy a plû de
luy confier. Le choix qu'il a fait
de Mademoiſelle Courtin , juſtifie
la juſteſſe de ſon difcernement
pour le vray merite. Tout
le monde convient qu'elle en a
beaucoup. Elle est belle , fpirituelle
, & on voit peu de Mariez
qui ſe ſoient acquis une
eſtime plus genérale.
en
Je croy vousdonner une agreable
nouvelle , à vous qui eſtes
curieuſe de Genealogies ,
vous diſant que nous verrons
bien- toſt un Livre de celles de
pluſieurs Illuftres Familles, Le
Roy a demande à Monfieur le
Comte d' Armagnac Grand Efcuyer
de France , le Catalogue
de tous ceux qui depuis l'année
1667. juſqu'à aujourd'huy ont
eu l'honneur d'eſtre Pages fous
fon
GALAN T.
45
fon Commandement ; & Monſieur
d'Armagnac a ordonné à
Monfieur d'Hozier , Genealogiſte
des Efcuries de Sa Majesté,
de raſſembler inceſſamment les
cinq degrez deGenealogie , que
chaque Particulier eſt obligé de
fournir pour prouver ſa Nobleſſe
, avant que d'y pouvoir
eſtre reçeu. Ainſi tous ceux qui
ont jouy de cet avantage , ont
eu ordre d'envoyer à Monfieur
d'Hozier leurs noms de Baptefme
& de Famille ; l'Employ &
la Charge qu'ils ont eu chez le
Roy , à la Guerre , ou ailleurs ,
depuis qu'ils ne ſervent plus
Sa Majesté comme Pages ; les
Noms , Qualitez & Seigneuries
de leurs Perés , Ayeuls , Bifayeuls
& Triſayeuls, &de chacune
de leurs Femmes , avec les
Extraits & les dates qui juſti-
いfient
46 MERCURE
fientleurs Mariages , leurs Charges
& leurs Emploits. On les
oblige d'y ajouter les Noms ,
Surnoms , Qualitez , &Seigneuries
de chacune de ces Femmes
, & un Memoire de l'ancienneté
de leur Race ; de
quelle Province elle eſt originaire
les Branches qu'elle a
produites , où elles font habituées
; les Terres , & les Char
ges qu'elle a euës ; les ſervices
qu'elle a rendus , & les occaſions
où elle s'eſt ſignalée. Commece
Recueil des Genealogies
regarde un tres-grand nombre
des plus conſidérables Familles
du Royaume , il ne ſe peut qu'il
ne foit tres-curieux. Vous devez
eſtre fort perfuadée de l'ordre
, de la netteté , & de la verité
qu'on y trouvera , apres que
je vous ay dit qu'on en laiſſe
le
A
GALANT.
47
le foin à Monfieur d'Hozier.
La profonde capacité qu'il a
pour ces fortes de choſes eſt
connuë de tout le monde.
Le Roy a donné l'Abbaye de
Fenieres au Fils aîné de Monſieur
de Cordemoy , Lecteur de
Monſeigneur le Dauphin. Elle
eſtdansle Dioceſe de Clermont.
Le Pere & le Fils font fort eſtimez.
Le Pere eſt de l'Académie
Françoiſe . Il a compoſé
beaucoup de fort beaux Ouvrages
, & travaille à l'Histoire
Generale. Le Fils s'eſt rendu digne
de la Profeffion qu'il embraffe
par une forte application
à l'étude. Il eut le Prix del'Eloquence
la derniere fois que
Meffieurs de l'Académie diſtribuerent
ceux qu'ils donnent
tous les deux ans le jour de Saint
Loüis.
Monfieur
48
MERCURE
Monfieur de Mouchy a eſté
auſſi qualifié d'une Abbaye. Sa
Majeſté luy a donné celle de S.
Cyran au Dioceſe de Bourges.
Cette récompenſe eſt une marque
de fon merite. On ne pouvoit
douter qu'il n'en euſt beaucoup
, en voyant l'employ qu'il
a aupres de Monfieur leDucde
Vermandois . On ne confie ces
fortes de Poſtes qu'à des Gens
d'un eſprit fort éclairé.
Vous avez tellement eſtimé
quelques Ouvrages que je vous
ay déja envoyez de Monfieur
l'Abbé de la Chaiſe , que vous
ne ſerez pas fachée de voir ce
qu'il a fait ſur la conſternation
où la priſe de Gand avoit mis les
Eſpagnols. La Fiction eſt ingenieuſe
, & vous ne pouvez attendre
que beaucoup de plaifir
de cette lecture .
L'OM
GALANT. 49
LOMBRE
DE L'EMPEREUR
CHARLES- QUINT
L
3
'Invincible LOVIS avoit mis aux
abors
Les Etats de Holande en l'espace d'un
8
Tout le mondejaloux de fes progrés s'étonne,
Chacun deſes Amis tour-à-tourl'abandonne
L'Empire réunit tousſes Membres di
vers ,
Et contre Luy l'Espagne arme tout l'Vnivers.
Mais malgré l'Univers il remet en cam
pagne
Au lieu de la Holande , il attaque l'Efpagne;
Ce Héros satisfait de voir que ſon grand
Trouve des Ennemis dignes de sa va
leurد
/ Octobre.
D
50
MERCURE
Bien loin d'estre abbatu , prend des for
ces nouvelles ,
Et jamais il ne fit d'entrepriſes plus
belles.
La Comté de Bourgogne Aire ,Condé,
BouchairRATIO
Valenciennes Limbourg , Dinan , &
Saint Guilain

Saint Omer & Cambray , deviennent Ses
Gonquestes ob 21 201
Et cet Herculeſeul contre une Hydre à
cent testes
Lors que son Bras réduit les Flamans
Sousfes Loix ότι το α
Fait sur terre &sur mer ailleurs cent
beaux Exploits.
Ilgagne tous les jours des Victoiresnouvelles.
Enfin Gand afſiegé fait craindre pour
Bruxelles Nan
Rien ne le peut ſauver , & Villermoſe a
tout ne cede Qu'apres Gand, à l'envy ,
au Kainqueur ) ພາຣ ີ 10
Il voit de son costé toute l'Europe en-
Mais il ſçait qu'avec luy toute l'Europe
tremble ,
1
Es
GALANT.
58
Et n'esperant plus rien deſes foibles ef
>
forts,
Auddééffaauutt ddeess Mortels , ila recours aux
Morts.
Vne infigne Sorciere , une autre Pytoniffe
,
Que dans d'obscurs Cachots retenoit la
Iustice ,
Parſon ordre élargie , & conduite an
Palais,
Luypromet deforcer , avecſes noirs Secrets,
Les Manes d'un Guerrier tel qu'il voudrapreſcrire
,
Aluy rendre raison de tout ce qu'ildefire.
Il veut voir Charles-Quint ; des mots
quifont horreur
Font paroiſtre auffitoft cefameux Empereur.
Ilſçait ce quiſe paſſfe , &Son Ombre interdite
Exprime par ces mots la douleur qui
L'agite.
Pourquoy me contraint- on parun lache
attentat
Cij
52
MERCURE
D'eſtre témoin des maux que mon
Païs s'attire ?
Faut il , dans noſtre ſombre Empire
,
Que nous ſoyons encor des Victimes
d'Etat ?
L'Eſpagne ; des Champs Eliſées
Trouve donc les routes aisées,
Et pour ſecourirGand , croit tous les
chemins clos ?
Dans l'état où ſe voit le lieu de ma
naiſſance ,
Pourquoy vous arreſter à troubler
mon repos ?
Que n'allez-vous troubler le repos de
la France ?
Quoy , tant de Nations ; quoy , tant
de Potentats
N'ofent ineſme tenter le ſecours d'une
Ville ?
Malgré leur murmure inutile ,
Un Prince ſe rend ſeul maiſtre de vos
Etats;
Il brave ſeul dans cette Guerre,
Les forces de toute la Terre.
Tant d'Ennemis confus n'oſent luy
refifter.
1
:
Autre
i
GALANT.
53
Autrefois j'attaquois les François par
la Flandre ,
Malgré leurs Alliez j'allois les infulter
,
Et tous vos Alliez ne peuvent vous
défendre ?
Mais dois-je m'étonner des Faits de
ce grand Roy ?
Ce Sang qui m'inſpiroit cette haute
ےک
vaillance ,
N'eſtoit- ce pas le Sang de France
Que mon Illuſtre ayeule avoit porté
chezmoy?
ANNE jointe à Loüis le Juſte ,
A réüny ce Sang auguſte ,
1
Leur Fils peut- il duCiel n'eſtre pas
Favory ?
De toutes nos vertus & de noſtre courage
,
De ce qu'eut de plus grand meſme le
Grand HENRY ,
En luy ne voit- on pas un heureux af
ſemblage ?
Comme duplusGrand Roy que l'on
ait maintenant ,
Ciij
54
MERCURE
L'Eſpagne fans raiſons à ſoy-meſme
?
inhumaine
:
Avoulu s'attirer la haine ,
Vos diſgraces pour moy n'ont riende
ſurprenant;
Mais ce qui cauſe ma furprife ,
C'eſt de voir que cette entrepriſe
Ne vous oblige pas à combatre au- ,
jourd'huy.
Que pouvez-vous riſquer ? Si vous
aimez la gloire ,
Vous aurez plus d'honneur d'eſtre défaits
par luy ,
Que d'avoir ſur un autre emporté la
victoire.
Mais on court à ſa perte avec temérité
,
(Dites- vous )quand on cherche une
gloire ſemblable
Contre unHéros ſi redoutable.
Combat on pour l'honneur ? c'eſt
pour la liberté.
Il s'agit donc de vous apprendre
Comment vous pourrez vous défendre
Des
GALAN Τ.
55:
Des fers dont ſa valeur ſemble vous
menacer.
Voſtre Erat eſt ſans doute en un péril
extréme ,
Et vous verrez ce Prince un jour le
renverſer ,
A moins que ſon grand coeur ne ſe
રકો 20808મા borne luy-meſme .
280223
***
A-t'on veu quelquefois ce Héros
* s'engager
Atenter fans fuccés quelque grande
entrepriſe ?
Dit on pas qu'une Ville eſt priſe -
Auſſi- toſt que l'on ſçait qu'il va pour
:
l'affieger ?
Ce qu'il fait , l'auroit-on pû croire?
A- t'il marché ſans la Victoire ? ॐ
A- ton pû d'un moment retarder ſes
progrés
Etquoy que voſtre Eſpagne en Poliytique
excelle ,
A-t'elle découvert quelqu'un de ſes
fecrets ?
Sçait- elle les deſſeins qu'il forme en
cor contr'elle?
1
C iiij
56
MERCURE
Qu'il entreprenne tout ; quels que
- foient ſes projets ,
Le Deſtin luy promet toûjoursmeſme
avantage .
S'il veut , vous luy rendrez hommage
,
Et tous vos Alliez deviendront ſes
Sujets.
S'il court à l'Empire du monde,
Surla terre ainſi que ſur l'onde ,
La Victoire ſuivra toûjours ſes Etendarts
;
Il joindra l'Aigle aux Lys , pourveu
qu'il ledefire;
Et s'il veut abolir le grand Nom des
Céfars ,
On donnera le ſien aux Maiſtres de
l'Empire .
Que le Tonnerre gronde au delà de la
Mer;
Que comme en terre- ferme aux Ifles
d'Angleterre ,
Onluy déclare encor la guerre ,
Ces nouveaux Ennemis ne pourront
l'allarmer ;
Que
1
:
GALANT.
57
:
Que dans un moment des Armées
Contre luy ſe trouvent formées
Que Cadmus dans les Champs ſeme
encor des Guerriers ,
Tous leurs efforts unis deviendront
inutiles ,
Et ſon Bras , s'il le veut , cueillera des
Lauriers
Dans des Champs en Soldats contre
luyſi fertiles.
1
Gand ne peut éviter d'eſtre bientoft
François,
Ypres ſuivra le fort de ce Chef de la
Flandre ,
Et tout le reſte ira ſe rendre ,
S'il n'eſt par une Paix affermy ſous
vos Loix .
Vos Grands entendront la tem
peſte
Bien- toſt gronder pres de leur teſte.
Puycerda de Madrid ouvrira les che
mins,
Et vous n'arreſterez ce Monarque in
vincible,
CW
58 MERCURE
Que quand l'ayant rendu maiſtre de
vos deſtins ,
A vos foümiffions il deviendra ſenſible.
Contre Luy voulez- vous avoir un ferme
appuy ?
Laiſſez entre ſes mains tout à fait la
Balance ,
Et que par cette deférence
Il ait vos intereſts à garder contre
Luy ;
Arbitre de tout , quoy qu'il faffe ,
Il ne peut vous faire que grace ,
Mais il vous donnera plus que vous
n'eſperez ,
Et l'on mettra toûjours , quoy que
vous puiſſiez dire ,
Au nombre des préſens que vousen
recevrez ,
Tous les Lieux qu'il voudra laiſſer
ſous voſtre Empire.
Icy cet Empereur acheve de parler.
Vn bruit confus s'entendtout autour par
my l'air, ८
Comme
GALAN T. 59
Comme de Vents meflez avecque le
Tonnerre.
Onvoit plusieurs Eclairs , onſent trembler
laTerre ,
On est comme aveuglé d'un nuage qui
naist
Villermose s'enfuit , & l'Ombre diſparoift.
RIBLIO
L
Je vous ay déja fait part de
pluſieurs Feſtes , mais je croy
qu'il ne s'en eſt guére fait de
plus agreablement diverſifiée
que celle dont je vay vous entretenir.
Elle s'eſt donnée ily a
peu de jours fur les bords de la
Marne à douze lieuës de Paris .
Sa magnificence vous perfuadera
aiſement qu'il n'y a eu que
des Perſonnes de qualité quis'en
font meſlées.
Six ou ſept Bergers , & autant
de Bergeres , s'eſtant affemb'ez
dans un Hameau , où ils avoient
accoutumez
60 MERCURE
accoûtumé de venir faire Vendanges
tous les ans , refolurent
de faire parler d'eux dans le
voiſinage. Ils concerterentleurs
divertiſſemens , & chercherent
fur- tout les moyens de les faire
partager à deux aimables Perſonnes
, dont le trop de beauté
cauſoit le malheur. Cette beauté
eſtoit ſouſtenuë de beaucoup
de bien ; & comme on avoit fait
déja quelque entrepriſe pour les
enlever , ceux dont elles dépendoient
y avoient pourveu , en
les enfermant dans un Chaſteau
dont on ne les laiſſoit jamais
fortir. La priſon ſe pouvoit nommer
agreable , à confiderer la
promenade qui leur eſtoit permiſe
dans un grand Parc ; mais
elle eſtoit tellement priſon à l'égard
des viſites qu'on leur rendoit
, qu'elles n'en pouvoient recevoir
GALANT. 6
;
cevoiraucune qu'à la maniere
des Filles Cloiſtrées . UneCloiſon
grillée ſeparoit deux Chambres.
Elles estoient dans l'une ,
on les entretenoit dans l'autre ,
& toûjours en preſence de té
moins. Jamais Priſonnier d'Etat
ne fut fi -foigneuſement gardé à
veuë. Ces précautions n'alloient
pas juſqu'à les priver de ce qu'il
y a d'innocens plaifirs. Onfoûfroit
qu'on amenaſt des Violons
à leur Grille ; & comme cette
forte de divertiſſemens & d'autres
ſemblables leur eſtoient
permis , il n'y avoit perſonne
aux environs qui ne cherchaſt
à leur en fournir. Ce fut par
cette raifon que la galante Troupe
dont je vous parle , ayant
medité une longue Fefte , n'en
voulut executer le deſſein que
dans ce Chaſteau . Tous ceux
qui
62 MERCURE
qui la compofoient vinrent rendre
viſite à ces deux belles Perſonnes
le matin du Lundy 30
jour de ce Mois. Les Hommes
eſtoient veſtus partie en Vendangeurs
& partie en Hoteurs.
Il n'y avoit rien de plus propre
que leur équipage. Les Femmes
ne leur cedoient ny en galanterie
ny en propreté. Elles avoient
toutes des habits de Vendangeuſes
, avec des Chapeaux ,
des Paniers ,& des Serpetes qui
foûtenoient admirablement le
Perſonnage qu'elles prenoient
plaifir à joüer. Cette premiere
entreveuë ſe paſſatoute en complimens.
Les belles Cloiſtrées
témoignerent beaucoup dejoye
de cette viſite , & accorderent
avec plaifir le rendez - vous
qu'on leur demanda pour l'apreſdinée.
Il fit bruit dans toutê
GALANT.
63
te la Nobleſſe des lieux voiſins.
On vint au Chaſteau de toutes
parts. L'Afſemblée fut grande ,
& l'heure qu'on avoit marquée
eſtant venuë , la meſme Trou-)
pe arriva au mefme équipage ,
mais ce fut au ſon des Violons ,
des Flutes-douces & des Hautbois.
Les Hoteurs & les Vendangeuſes
commencerent à faire
voir par une Danſe fort plaiſante
qu'ils fçavoient autre chofe
que vendanger. Les Hotes
qui ſe rencontroient avec les
Paniers , marquoient la cadence,
& ils ne faifoient aucun pasqu'avec
la plus exacte juſteſſe . Une
fort agreable ſymphonie ſuivit
la Danſe . Elle estoit compoſéc
'de fix Violons , de quatre Flutes
& de deux Hautsbois. Un Concert
de Voix toutes charmantes
luy fucceda. On chanta plufieurs
64 MERCURE
fieurs Chanfons ſur la Vendange
, & apres que ce Régal eut
duré deux heures , on le finit
parune nouvelle Danſe qui ne
divertit pas moins que la premiere.
Les belles Recluſes trouverent
ce temps ſi court , qu'elles
ne pûrent s'empefcher de le témoigner
; mais elles furent fort
confolées , quand un des Vendangeurs
les pria de faire dreſſer
un Theatre pour une Comédie
qu'ils viendroient repreſenter le
lendemain. Ils prirent congé
apres cette Annonce ( vous voudrez
bien me foufrir ce mot ) &
apres avoir ſoupé tous enſemble
dans le Hameau , ils donnerent
un Bal en forme où tout
ce qui ſe preſenta d'honneſtes
Gens fut reçeu.
Le lendemain qui eſtoit Mardy
, ils tinrent parole ſur la Co
médie
GALANT. 65
médie promife . Ils avoient preparé
les Fâcheux de feu Moliere,
Tous les Perſonages en estoient
fi heureuſement diſpoſez , que
de veritables Comédiens auroient
eu peine à s'en mieux
tirer. Vous jugez bien quel'Afſemblée
fut encor plus grande
qu'on ne l'avoit veuë le jour
précedent. Les trois Actes eurent
chacun divers Inſtrumens
pour les diftinguer. Les Violons
ſeuls joüerent d'abord l'ouverture.
Apres le premier Acte
les Flutes- douces ſe firent entendre
; les Hautbois apres le
ſecond; une Voix avec un Thuorbe
apres le troifiéme ; & en-
-ſuitte les Hautbois & les Flutesdouces
ſe joignirent avec les
Violons pour former enſemble
la ſymphonie de l'adieu. On ne
le dit aux Belles qu'apres les
avoir
66 MERCURE
avoir priées d'empeſcher qu'on
n'abatift le Theatre. C'eſtoit
leur promettre un nouveau divertiſſement
pour le Mercredy.
Cejour eftant venu , on accous
rut en foule au Chaſteau. La
galante Troupe y reprefenta
tune Paftorale avec le meſme
fuccés qu'elle avoit fait les Fâcheux
le jour précedent. Les
habits des Bergers & de Bergeres
qu'elle avoit pris rehauffoient
labonne mine des Acteurs
comme ils donnoient un nouvel
éclat à la beauté des Actrices.
Une Bachanade fut promiſe à
la meſme heure pour le Jeudy.
Ontint parole. L'arrivée de Bachus
avec ſa Troupe fut annoncée
de loin , par un grand bruit
de Timbales , de Fifres & de
Trompetes. Bacchus chanta ſeul
d'abord.En ſuite deux Bacchan
tes
GALAN T. 67
tes danſerent au ſon de leurs
Tambours de Baſque dont elles
joüerent divinement ; & Bacchus
ayant recommencé de
chanter , tous ceux de ſa Troupe
meflerent leurs voix avec la
fienne , & on ne peut rien entendre
de plus juſte ny de plus
melodieux que fut ce Concert.
Pendant qu'il ſe fit , les Belles
qu'on avoit déja regalées de
trois jours de Feſte , firent apporter
une Table ſur laquelle il
y avoit un Ambigu tout dreffé.
Elles connoiffſoient l'humeur de
Bacchus , & ayant conſenty à
le recevoir , elles croyoient qu'il
y alloit de leur honneur de le
faire boire . Toute cette aimable
Troupe fe mit à table. Les Liqueurs
ne luy furent pas épargnées.
Ils chanterent tous le
verre à la main ,& le divertiſſe
ment
68 MERCURE
ment de cette journée finit par
une harmonie admirable que
firent enſemble les Tymbales ,
les Tambours de Bafque , les Fifres,
les Violons , les Flutes- douces
& les Hautbois . On prépara
les Belles à fe laiſſer dire leur
Bonne - avanture le lendemain
Vendredy , par une Bande d'Egyptiens
& d'Egyptiennes , qui
devoient venir accompagnez
d'un Operateur. Vous jugez
bien , Madame , que ce nouvel
équipage fut tres- galant . On ne
peut rie imaginer de plus agreable
que l'Entrée que firent ces
charmants Protées qui s'eſtoient
faits Egyptiens & Egyptiennes .
Leur langage n'eſtoit pas moins
divertiſſant que leur danſe qu'ils
diverſifioient par mille plaiſantes
poſtures. Ils demanderentla
main aux belles Cloiſtrées , en
examinerent
GALANT.
69
examinerent toutes les lignes ,
& leur firent cent prédictions
fpirituelles & avantageuſes ſur
le changement de fortune qui
leur devoit rendre la liberté . Elles
répondirent obligeamment ,
qu'elles ne ſe laſſeroient jamais
de leur prifon , fi elle devoit ſouvent
leur attirer des Perſonnes
auſſi galantes que celles qui prenoient
tant de ſoin d'en adoucir
les chagrins . La converſation
euſt eſté plus loin ſans de grands
éclats de rire que fit l'Aſſemblée.
Ils furent cauſez par un Opérateur
& un Arlequiniqui monterent
ſur le Theatre. Ils eſtoient
habillés tous deux de la maniere
du monde la plus groteſque. La
Scene qu'ils firent enſemble
n'eut rien que de réjoüiſſant.
Elle fut meſlée de quantité de
toursde Gobelets , de Gibeciere,
&
"
70
MERCURE
&deCartes , qui divertirent fort
les Spectateurs. Apres que l'Opérateur
eutjoűé quelque temps
fon perſonnage, il dit qu'il n'étoit
pas ſeulement le Maiſtre des
Opérateurs, mais auſſi Intendant
des Poudres&des Salpeſtres, &
qu'ainſi il convioit tous ceux
qui l'écoutoient , de venir admirerun
Feu d'Artifice qui ſe devoit
faire le lendemain au foir
pour prendre congé des Belles.
Jamais journée ne leur fut plus
longue. Elles ſe mirent aux Feneſtresde
bonne heure,&virent
appreſter le Feu , en attendant
que la Galante Troupe arrivaſt.
Elle ne vint qu'apres le Soupé ,
dans l'équipage du premierjour,
c'eſt àdire, qu'ils étoient tous habillez
en Bergers & en Bergeres.
Lebruit d'une douzaine de Boëtes
qui furent tirées d'abord, fit
con
GALANT.
71
2
2
connoiſtre qu'on alloit allumer le
Feu d'Artifice . Il eſtoit compoſe
avec beaucoup d'ordre , &
donna un fort grand plaifir à
tous ceux qui s'étoientaſſemblez
pourjoüir de ce Spectacle. Il finit
par un tres-grand nombre de
Fulees volantes , qui firent un
effetmerveilleux en s'élevant,&
en ſe perdant dans l'air. Apres
cet agreable divertiſſement on
s'approcha des Fenestres pour
donner une Serenade aux deux
belles Enfermées. Elle commen
ça par une Chanfon Italienne,
qu'un Berger & une Bergere
chanterent enſemble avec le
Thuorbe. Les Violons joüerent
en fuite les plus beaux Airs de
l'Opéra .Si-tôt qu'ils curent ceffé,
les Belles furent régalées d'une
Chanfon Françoife par une feule
Voix admirable. Elle ne
char
72
MERCURE
des
charma pas moins l'Aſſemblée ,
que tout le Choeur des Bergers
&des Bergeres qui ſe firententendre
apres elle . A ce Concert
fucceda celuy des Violons ,
Flutes-douces & des Hautbois
qui en répondant au bruit des
Tymbales , des Fifres , & des
Trompetes , terminerent agreablement
les plaiſirs de cettejournée
& toutes les Feſtes des jours
précedens.
: Voila , Madame , le commencement
des fruits de la Paix. La
joye qu'elle a répanduë par tout,
fait qu'on ne penſe plus qu'aux
plaiſirs. Ma derniere Lettre Extraordinaire
du 14. de ce Mois
vous a fait connoiſtre les réjoüiffances
qui en ont eſté faites icy.
Je vous ay parlé duFeu d'Artifice
qu'on dreſſa devant l'Hoftel
de Ville le jour qu'on chanta
le
GALAN Τ.
73
le Te-Deum. Je vous en ay mefme
envoyé le Deſſein grave ;
mais quoy que je vous aye marqué
de la joye des Peuples , ce
que j'apprens tous les jours des
témoignages qu'ils en ont donnez,
me fait voir que je ne vous
en ay parlé qu'imparfaitement.
On a allumé des Feux plus d'une
fois dans toutes nos Ruës.
On les commença dés le jour
de la Publication de cette Paix ,
quoyqu'ils n'euffent point eſté
ordonnez ; & malgré la rigueur
du temps quin'eſtoit pas entierement
favorable à ces fortes de
divertiſſemens , on ne laiſſa pas
en beaucoup d'endroits d'y paffer
la plus grande partie de la
nuit. Vous jugez bien que les
mefines réjoüiffances ont eſté
faites avec beaucoup d'éclat
dans toutes les Villes des Erats.
Octobre. D
74
MERCURE
On nous apprend qu'elles ont
eſté extraordinaires ; mais quelques
grandes qu'on les ait veuës,
elles n'ont pû eſtre proportionnées
àl'excésde la joye des Peuples.
Ils ont ſujet d'en avoir une
rtes - ſenſible , d'eſtre délivrez
d'une guerre dont ils ſoûtenoient
preſque tout le faix ; ce qu'ils
n'ont pû faire fans en avoir eſté
fort incommodez. Leur commerce
eſtoit interrompu ; &
ceux qui le faifoient pour eux
depuis fort long- temps , avoient
lieu de fouhaiter que la Guerre
ne finiſt point. Il ſemble meſme
qu'ils ne leur ayent offert leur
fecours qu'afin de la faire toûjours
durer. Il eſt naturel de
fonger à fes intereſts , mais on
n'eſt pas toûjours aſſuré de venir
à bout de ſes entrepriſes , &
depuis bien des Siecles nous
n'avons
GALANT.
75
n'avons veu que LOUIS LE
GRAND toûjours heureux dans
toutes les fiennes . Mais comment
auroit- il pû manquer d'y
réülfir , puis que ſa juſtice & fa
prudence ont toûjours égalé ſa
conduite & ſa valeur ? Les loüanges
qui font deuës à la bonté
de ce Grand Prince , n'ont pas
eſté oubliées dans les réjoüiſſances
qui ont ſuivy à la Haye la
Publication de la Paix. Une partie
des Peuples des Villes voiſines
y eft accouruë pour joindre
ſes acclamations à celles des
Habitans de cette Ville. Ainfi
rien ne pouvoit eſtre plus éclatant.
Le bruit du canon a eſté fur
tout fi continuel , qu'il a fait mal
à la teſte à pluſieurs Perſonnes
qui n'en reçoivent aucune incommodité
dans le Camp. C'eſt
peut- eſtre à cauſe que le bruit
Dij
76 MERCURE
qui eft renfermé dans une Ville
porte un plus grand coup . Quelques
Miniſtres qui réſident à la
Haye de la part des Princes qui
font encor en guerre , auroient
bien voulu s'exempter de faire
allumer des Feux devant leurs
Hoſtels . Il y en eut meſme qui
s'abſenterent dans ce deſſein ;
mais leur précaution fut inutile.
Le Peuple voulut voir des Feux
par tout ; & ceux qu'ils avoient
laiſſez dans ces Hoſtels , furent
obligez d'en faire , & de contribuer
aux témoignagesd'unejoye
que leurs Maiſtres ne ſentoient
pas. On ne peut rien ajoûter àce
que fit Monfieur le Comte d'Avaux
dans ce rencontre . Il traita
une partie des Etats. Il fit couler
pluſieurs Fontaines de Vin
devant fon Hoſtel , & les liberalitez
qu'il fit au Peuple égale-,
rent
GALANT.
77
rent ſes autres magnificences
J'eſpere vous envoyer un détail
de tout ce que fit cét Ambaſſadeur
pendant ce jour pour la
gloire de fon Maître Je vous ay
déja entretenuë de quelque Feftes
galantes qu'il a dõnées à Nimegue,
& vous m'en avez paru
fi fatisfaite , que j'ay lieu de croire
que vous ne le ferez pas moins
de celle cy .Cependat auriez vous
crû qu'avant que la Paix euſt
eſté ſignée avec l'Eſpagne , on
euſt fait auſſi des Feux de joye à
Madrid ? Je vous en voy chercher
le ſujet. Vous aurez de
la peine à le trouver , & vous
en auriez encor davantage à
croire qu'en vous l'apprenant je
vous appriſſe une verité , ſi je ne
vous affurois que la Gazette de
Bruxelles en a fait un de ſes Articles.
Je vous ay donné dans ma
Diij
78 MERCURE
Lettre du dernier Mois une fort
ample Kelation de ce qui ſe pafſa
le 14. d'Aouſt entre l'Armée
que commande Monfieur le
Duc de Luxembourg , & celle
des Alliez. Ils firent leurs derniers
efforts pour ſecourirMons ,
& ne pûrent executer leur deffein.
C'eſt pour cela qu'on a
chanté le TeDeum en Eſpagne.
Ce dehors ébloüit les Peuples.
On a crû par là leur perfuader
que Mons avoit eſté ſecouru .
Comme nous n'eſtions pas encor
en paix avec les Eſpagnols,
nous n'avons pas ſujet de nous
en plaindre. Ils ont leur Politique
dont ils ſe ſont toûjours affez
bien trouvez. Leurs Peuples
font de croyance facile , & on
leur fait recevoir fans peine ce
qu'on publie à leur avantage,
quand il s'eſt paffé loin d'eux.
Cette
GALAN Τ.
79
Cette Nation , quoy que naturellement
galante , ſpirituelle &
politique , eſtant celle de toute
l'Europe , qui aime le moins à
voyager , ſçait rarement l'état
des Affaires au dehors,& labonne
opinion qu'elle a d'elle -même
luy fait aiſément croire ce
qui la flate. C'eſt par là qu'on a
ſouvent debité en Eſpagne des
Relations de priſesde Places par
les Eſpagnols , & de levées de
Sieges par nos Armées , quoy
qu'ils n'euffent jamais attaqué
ces Places,& que nous nous fuffions
rendus maiſtres de celles
dontils prétendoient nous avoir
chaffez . Ces Relations ont eſté
quelquefois accompagnées de
circonstances fi fortes,& de tant
d'apparences de verité , que des
François qui estoient dans le
Païs s'y font eux-mêmes laiſſez
Diiij
80 MERCURE
tromper , malgré toutes les lumieres
qui leur faiſoient voir que
ſelon l'état des Affaires prefentes
qu'ils ſçavoient , il eſtoit impoſſible
que les chofes euſſent
tourné de la maniere qu'on le
publioit. Les Eſpagnols ne font
point à blâmer d'avoir recours à
l'addreſſe , pour maintenir leurs
Etats tranquilles . Ils fervent les
Peuples meſmes , en ce qu'ils ne
leur donnent point le chagrin
d'eſtre inſtruits d'un mal dont la
connoiffance en attireroit peuteftre
de plus grands dans le
coeur de leur Païs . La Paix que
le Roy leur donne , va mettre
leur Politique en repos . Elle a
eſté publiée dans une Saiſon de
joye, celle des Vendanges eftant
pour beaucoup de Gens une des
plusagreables de toute l'année .
C'eſt là deffus qu'on a fait les
Vers
81
ont
rc.
T
Kus
*
1893*377)
plir
ont
que
هیه
de
dique
tout
das
la Ville ,
DV
BIBLIO
Vers
GALANT. 81
Vers que vous allez voir. Ils ont
eſté mis en Air par Mr.du Parc.
AIR NOUVEAU
Oronne me
parleplusd'Armesny
de Défaites,
Bacchus ſeul aujourd'huy doit remplir
lesGazettes;
Depuis que par la Paix les Guerres ont
pris fin.
Par tout on ne fait rien de nouveau que
du vin.
Laifſſons là les Courriers de Flandre &
d'Allemagne,
Ne recevons que ceux de Beaune &de
-Champagne.
I'aime tout cequi vient de ce Climat divin.
i
D'où l'on n'apporte rien de nouveau que
du vin,
Puiffant Roy des Beuveurs, puis que tout
est tranquile,
Etqu'on est enrepos aux Champs&das
la Ville ,
D V
82 MERCURE.
Pour conferver la Paix, par ton pouvoir
divin,
Fay qu'iln'arrive riende nouveau que du
Vin.
Je ne doute point , Madame,
que vous ne vous ſouveniez du
nom de Monfieur Jaugeon dont
jevous ay parlédans quelqu'une
de mes.Lettres . C'eſt luy qui a
inventé un Mortier qu'un ſeul
Homme peut porter avec fon
Affuſt,& qui pouſſe juſqu'à quatre
cens pas une douzaine de
Grenadestout-à-la fois. Il a trouvé
depuis quelque temps une
nouvelle Pompe pour les Vaifſeaux
de Sa Majeſté , quine ſont
ſujets ny à l'air ny au vent , &
qui font beaucoup plus d'eau
que lesordinaires , & avec bien
plus de facilité . L'épreuve en fut
faite des l'année paſſée en préfence
du Roy, & il y a trois mois
qu'elle
GALANT.
83
qu'elle fut reïterée avec beau
coup de fucces devant Mr. l'Intendant
de Breſt , & pluſieurs
Officiers de la Marine. Monfieur
Sauvage en prit le ſoin , apres
en avoir reçeu le deſſein de
Mr. Jaugeon , quelques jours
avant qu'il partiſt pour ſa Campagne
de Tabago. Il luy laiſſa
pluſieurs autres choſes de fon
invention , dont les effets ont
fait connoiſtre les avantages.
Comme il n'y a perſonne qui ſoit
mieux inſtruit que luy dans tou
tes les Sciences utiles & agreables,
qu'il eſt tout de feu, & qu'il
n'a point de plus forte paffion,
que celle de travailler pour la
gloire de fon Prince. Il a imagi
né depuis ſept ou huit mois, une
eſpece de Monument le plus
beau&le plus auguſte qui ſe ſoit
veu dans toute l'Antiquité , il
renfer
84 MERCURE
renfermera d'une maniere admirable
toutes les Victoires, les
Combats ,& les priſes de Villes,
qui font appeller le Regne de
LOUIS LE GRAND un Regne de
Miracles & de Prodiges. CeMonument
marquera ſans écriture,
L'année , le mois , & le jouroù
chaque choſe fe fera paffée . On
yerra dans leurs Figures naturelles
tous ceux qui en auront
eu part à ces grandes Actions .
Ce feronttoutes Figures Emblematiques,
qui pafferont le nombre
de mille, & qui faiſant connoiſtre
les Maiſons de ceux
qu'elles repreſenteront
ront accompagnées de tout ce
qu'il y a de plus beaudans l'Horlogerie
, & de tout ce qu'on
peut faire de plus curieux par le
moyen de l'eau. Jugez,Madame,
S'il peutyavoir rien de plus nofeble
GALANT.
85
ble ny de plus dignede lamajeſté
de noſtre Grand Roy , que
cette forte d'Edifice . Jenemanqueray
pas de vous en envoyer
le Deſſein gravé avec une exacte
explication de tout ce que la
Figure contiendra , fi -toſt qu'on
voudra bien conſentir qu'elle
foit publique .
Vous me donnez bien de la
joye , en m'apprenant que les
agreables Ouvrages que j'ay fait
entrer dans ma Lettre Extraordinairedu
14. de ce Mois ont efté
de voſtre gouft. Vous m'avoüerez
qu'elle contient desRé.
ponſes tres- fpirituelles àlaQueſtion
galante . Je vous ay mandé
qu'il m'eneſtoit reſté quelques
unes. Il faut fatisfaire la curiofité
que vous avez de les voir.
Celle qui fuit eſt écrite avec mé
thode. Elle a un tourparticulier,
qui
86 MERCURE
en rend le raiſonnement perfuafif.
***** 03-03-03
SUR LA QUESTION
propoſéedans l'Extraordinaire
du Quartier d'Avril , page
198. au ſujetdela confidence
que la Princeſſe deCleves fait
de ſa Paſſion à ſon Mary.
Ajugersi l'action a deû eftrefaite, on non, par les fuites qu'elle a eües
dans l'effirmative ( trouvez bon , Monfieur
, que je me serve de ce terme pour
abreger ) on devroit décider en faveur
du party contraire. La mort d'un auffi
honnesteHomme que le Prince de Cleves,
la retraite d'une Perſonne auffi rare&
auſſi admirable que la Princeffe, font des
événemens trop funestes, pour taiſſer lien
dedouter que les choses qui peuvent avoir
de ſemblables effets, ne doivent estrefoigneusement
évitées.
A
GALANT. 87
A en juger par raport à l'esprit de
Madame de Cleves , &à ſon inimitable
vertu , elle avoit lieu d'esperer que ſon
Mary recevroit comme une marque de ſa
fidelité , plutoſt que de fa foibl ſſe , la
priere qu'elle luy faisoit deſouffrirqu'elle
s'éloignaſt de la Cour.
On peut faire deux Parties de la Queſtion,&
confidererfur chacune le bien
le mal qui en peut revenir. Voyezfi je
myprens comme ilfaut. 1
1.Que
880 MERCURE
Afe
talre
Les
inco
veniens
font
Les
avătages
ferot

1. Que l'on hazarde
par les combats,
favertu,
fon repos
2. Que l'on fournit à la paffion
d'un Amant les occafions
de s'accroiſtre &
de ſe rendre de plus en
plus agreable.
3. Qu'enfin le commerce
s'établiſſant inſenſiblement,
il peut venir à éclater.
(1. Vivre bien avec ſon Mary.
2. Conſerver ſa reputation
de femme de vertu .
3. Suivre un panchant le plus
doux du monde .
4.Ne s'expoſer point au hazard
du jugement que peut
faire un Mary d'une pareille
confidence .
Les
GALAN T. 89
Les
Cinco
ve
niens
Serōr
)1 . Se mettre mal avec u ב
tres honneſte Homme, &
bonMary.
2. Perdre aupres de luy l'eſtime
de femme de vertu .
3. Ex- Sun Amant
poſer ſoy-même{
à fon jufte
reffeneiment.
A
paraer
Les
avātages
Serot
( 1. Mettre en ſeûreté une ver
tu fortement combatuë .
2. Prévenir les ſuites d'ún
commerce.
3. Donner à un bon Mary
un rare témoignage de
fidelité.
Si
१० MERCURE
Si ledénombrement que jefais icy des
Articles à confulter n'est pas affez parfait
, & peut recevoir des additions
qu'on évite , ilfaut pourtant que toutse
raporte aux Chefs que j'ay marquez.
Ilneſuffitpas d'envisager distinctement
tous ces inconveniens &ces avantages.
Il faut encor raiſonner sur deux
Points qu'on doit également apliquer aux
biens & aux maux ; je veux dire qu'il
faut décider le plus précisement qu'ilse
peut,
Dequel coſté ſont les
lusgrādsbiens.
moindres maux.
De quel coſté ſe trouve la probabilitédes
uns&des autres .
Ilfaut doncparune derniereReflexion
chercherdans chaque party le plusdu certain
, & de l'infaillible ; car un grand
bien ; mais fort incertain & de peu de
durée , ou qui n'est un bien que par accident
, n'estpas tant à rechercher qu'un
moindre bien qui fera infaillible , indépendant
, &qui ne pourra eſtre alteré;
& au contraire , on doit éviter un grand
mal &de longue durée , quoy qu'incertain
GALANT.
91
tain, par un mal infaillible qui d'ailleurs
Seroit de peu de durée,&beaucoup moindre
enſoy & dans ſes ſuites , comme on
évite , si nous en croyons les Medecins,
une maladie par une ſaignée de précaution.
Il estseur que prenant le partydufilence,
une Femme s'expose àperdre leplus
grand de tous les biens ; puis qu'elle ha-
Zardeſa vertu, qu'elle doit préferer àtoutes
choses. La certitude de cette circonf
tance estposée par l'état de la Queſtion,
qui par làse décide preſque d'elle-mesme
du coſté des inconveniens qu'ily peut
avoirà ſe taire ; car ils font certains , en
grand nombre , les plus grands qu'on se
puiſſe imaginer,&ilsſeroientfans remede&
fans fin pour une Femme de vertu
telleque la Princeſſe de Cleves , qui n'a
pû se confoler d'avoir eu seulement la
pensée d'y pouvoir tomber, & qui s'en est
voulu punirtouteſa vie , en refusant d'épouser
celuy qu'elle aimoit , quand elle
l'a pû.
Lesavantagesque cette Femme peut
esperer de ce dangereuxfilence , neſont
pas d'une égale certitude, car elle ne peut
Se répondre qu'en demeurant exposée à

voir
92
MERCURE
voirſouvent fon Amant, elle fe rendra fi
bienmaiſtreſſe de ſa paſſion, qu'elle épargnera
à son Mary la jalousie qu'elle
craint de luy donner en luy faisant confidence
de ſes ſentimens.Ses regards parleront
en dépit d'elle. Le Mary s'en appercevra.
Il examinera la conduite deſa
Femme;& comme les moindres chosesfont
ombrage à un jaloux , il la jugera criminelle
ſur de ſimples complaisances de civilité.
Ainsi tous les maux qu'elle voit à
craindre en parlant ,ſont en quelque façon
certains pour elle, en ne parlant pas ;
puis qu'il est presque impoſſible que la
venë& la continuation desſoins defon
Amant,n'augmententſapaſſion &qu'elle
n'ait enfin toutes les fachenſes ſuites
qu'ont la plupart de celles de cette nature.
Si nous examinons les maux qui peuvent
arriver de la confidence , nous n'en
trouverons point un plus grand que la
jalousie qu'elle peut donner au Mary ;
mais cette jalousie n'est point infaillible.
Il peut regarder les choses du bon costé,
& quand il ſeroit inévitable qu'il devinst
jaloux , la conduite de cette Femme
qui n'entretiendra aucun commerce avec
fon
GALANT.
93
Son Amant , qui n'entendra jamais parlerde
luy , &qui laiſſera inſenſiblement
affoiblir l'amour qu'elle avoit pris malgréelle,
luydonnera unſi raretémoignagedefidelité&
de vertu,qu'il est imposfible
qu'il ne perde bien- toſt les injustes
Sentimens qu'ilaura conceus , & qu'il ne
redoublefa tendreſſe pour une Femme qui
l'aura fi fortement convaincu qu'elle ne
veut vivre que pour luy .
Vous jugez bien , Monfieur, que l'inconvenient
de rendre un Mary jaloux,
Sans luy donner lieu de l'eſtre lontemps,
eftant beaucoup moindrepourune Femme,
que celuy de hazarderſa vertu , dont la
perte luy est presque infaillible , fi elle
continueà voir un Amant aimé , on doit
conclureſur les Principes que j'ay établis,
que cette Fermme est obligée à la confidence.
A dire vray , il eſtſi difficile qu'on
puiſſe prendre une forte paſſion pour un
Amant,quand on a une parfaite eſtime
pour un Mary, que je fuis persuadé que
pu de Femmes ſe rencontreront dans
l'embarras on Madame de Cleves s'est
trouvée. L'Autheur de ſon Histoire a eu
Le champ libre , pour luy donner tous les
degreż de vertu qui pouvoient rendre.
compati
94
MERCURE
compatibles des sentimens ſi contraires.
Rien ne peut estre ny plus finement , ny
plus délicatement traité ; & quoy qu'il
nous ait fait une Heroine , qui ne sera
peut-estre jamais imitée de personne ,
ne laiſſe pas de luy êire fort obligé de la
charmantepeinture qu'il nous en afaite.
on
Je croy , Madame , que vous
ſerez du party de ceux qui ſe
perfuadent que les continuelles
occaſions de voir le Duc de Nemours
, ne pouvoient eſtre que
fort dangereuſes pour la Princeſſe
de Cleves. Quand le coeur
a eſté une fois atteint , il eſt
difficile de guérir d'une forte
paffion , ſi on n'a recours à la
fuite. Lesoutrages meſme qu'on
reçoit , font rarement capables.
de nous donner l'indiference
que nous ſouhaitons , & on fait
cent réſolutions de ne plus aimer
ſans qu'on puiſſe en exécuter
aucune .
GALANT.
95
aucune . C'eſt ce que le Madrigal
qui ſuit nous apprend.
*E*R***** F-EX3499 903 1903 1903
MADRIGAL.
Lest dangereux quand on aime,
IDDe trop s'abandonner àson reffentiment.
On jure en vain de n'eſtre plus Amant;
Le Coeur qui n'ajamais pris loy que de
luy-mesme ,
S'embarraſſe peu d'unferment.
Quoy que la Volontépromette
Contre un Objet remplyd'appas ;
Quoy qu'elle luy prépare une baine indiscrete,
Ce Coeur ſouvent n'obeït pas.
Ces autres Vers vous feront
connoiſtre qu'on n'a jamais regardé
la neceſſité de ceſſer
d'aimer , que comme un fort
grand ſuplice.
AUTRE
96 MERCURE
AUTRE MADRIGAL.
A
H, qu'on est malheureux
endes defirs ,
d'avoir
D'avoir fait de l'Amourſes plus charmans
plaisirs ,
Quand il faut renoncer à l'ardeur qui
nous preſſe !
On ne peut oublier ce qui nous a charmé.
On ne gouverne pas comme on veut la
tendresse.
Heureux qui peut hair ce qu'il a bien
aimé!
Il faut vous faire voir quelque
choſe de plus enjoűé.
LVON
18
SUR UN BAISER
VILLE
DEROBE .
Voy , pour vous avoir pris
fer en secret ,
unbai-
Vous me traitezde teméraire ?
Aupres de vous j'ay le nom d'indifcret
?
Ah
GALANT. 97
Ah voila bien dequoy vous tant mettre
en colere ?
Lafaveur estant fi legere ,
Falloit-il me la refuser ?
Ouplûtost ofe-zvous vous plaindre da
vantage ,
Quand pour la perte d'un baifer
Mon coeur vous est resté pour gage ?
Je m'imaginois bien , Madame
, que fur la lecture de la
Lettre qui finit celle que je vous
ay envoyée extraordinairement
depuis quinze jours , vous me
preſſeriez de vous tenir parole
touchant les deux autres queje
vous promettois. Il eſt juſte de
vous fatisfaire . Vous vous fouviendrez
qu'elles me font venuës
de Lyon . Ie ne puis vous dire à
qui elles font adreffées ; mais je
ne hazarde rien en vous afſurant
que l'explication de l'Enigme du
Cadran qu'elles contiennent , eft
Octobre. Lamb ofput as sup
98 MERCURE
accompagnée de quantité de
Remarques fort curieuſes dont
vous me ſçaurez bon gré de
vous avoir fait part.
LETTRE I.
AM. D. R.
TOVS eftes un étrange Homme.
Vous demandez les choses d'une
maniere si abfoluë , qu'on ne vous peut
refuſer. Sçavez- vous que pour trop demander
, il en couſte ſouvent , & quefi
ie me mets une fois en train de parler ,
vous n'en ferez pas quitte àfi bon marché
que vous pensez ? Mais baste , si
je vous dérobe quelques momens , c'est
vostre faute. Il y a deux jours que revenant
de chez Madame de T. nous.
Parlames vous &moy du Mercure. Ie
vous dis ma pensée fur l'Enigme de la
Statuë deMemnon. Nous euſmes mesme
une affez longue conversation , & je
croyois en eftre quitte pour cela. Vous
voulez , cependant, que je vous marque
ma pensée dans lesformes , &que
jy
GALANT.
99-
jy ajoûte , dites- vous , quelques traits
pour l'embellir. On diroit àvous entendreparler,
qu'il seroit auſſi aisé de trouverde
jolies choses , qu'il me l'a esté de
deviner que l'Enigme est le Cadran.
Pour le premier , il faut de cet Esprit
que Mademoiselle B. apelloit l'autre
your affez plaiſamment de l'Eſprit Mercurialiſé
, & ce n'est pas chez moy
qu'on en trouve. Pour l'autre , ilnefaut
Souvent qu'un peu de hazard; maisſoit
hazard ou non , je cray avoir rencontré
juste. Memnon estoit né dans ces Païs
où le Soleil ſemble se lever. Il estoit de
l'extremité de l'Orient , c'estoit aſſez aux
Poëtes qui aimoient à couvrir l'Histoi
re mesme de voiles ingénieux pour dire
qu'il estoit Fils de l'Aurore. Il estoit
Princedes Ethiopiens &des Egyptiens.
Ces deux Peuples estoient joints. He
avoient les meſines Dieux , &presque
les meſmes Coûtumes. Les Ethiopiens
s'estoient rendus maistres de l'Egypte.
Ainsi ceux qui le font Ethiopien n'ont
pas tort : mais à parler juste,il estoit
Egyptien , & né dans cette famen-
SeThebesd'Egypte à cent Portes , qu'on
pouvoit appeller une Ville de Miracles.
Eij
100 MERCURE
ri
Elle estoit presque toute baſtic en l'air. Ic
vous en pourrois mander cent jolies choſes,
mais elles ne sont pas de monſujet.
Il mesemble que c'est avec affez de rai-
Son qu'on a cherché l' Emblême du Cadran
chez les Autheurs de l'Astrologie des
Mathematiques , & dans le Parentage
de l'Aurore du Soleil . On voit cette
Statuë de Memnon à Thebes dans le fameux
Temple de Seraphis. Elle estoit de
Marbre noir, tournée du coſté du Soleil
levant , &representoit un jeune Homme
qui ſembloit vouloir ſe lever. L' Antheur
de l'Enigme en Figure ne nous l'a pas
repreſentée dans un Temple , mais dans
une espece de lardin , aparemment pour
garder davantage lajuſteſſe de l' Enigme.
L'avonë que cette situation n'a pas peu
contribué à me la faire deviner. Ce lien
champestre , ces Arbres , & ces fleurs,
ne marquent pas mal que c'est d'ordinaire
à la Campagne & dans les lardins
qu'on élove & qu'on trouve les Cadrans.
Vous savez qu'elle eft leur utilité dans
ces lieux aimables , où l'on vit d'une maniere
si douce , & fiinnocente ; on Lòn
refpire l'air tout pur , où le Soleil luymesme
dispensetous les biens, &on l'on
08
GALANT. For
ne connoiſt d'heures & de ſaiſons que
celles que marque ou sa lumiere , onson
ombre. Là ces Cadrans rendent des réponſesplus
seûres que celles des anciens
Oracles. On les va confulter en foule.
C'est ce que representent ces Gens qui
font autour de la Statuë. Tous les Ora--
cles anciens avoient leur nuit. Ie veux
dire qu'ils ne parloient pas toujours. Les
Dieux ſe plaifoient souvent à fe taire.
Nul Oracle n'eut pourtant jamais une
destinée fi changeante que la Statuë de
Memnon. Le Soleil ſembloit lny donner
la vie. La nuit la condamnoit aufilence
; les Cadrans ne parlent plus dés
que le Soleil ceffe de les éclairer Autrefois
ils estoient auſſi fréquens dans les
Villesqu'ils le ſont preſentement dans
nos Iardins. C'estoit l'ornement desgrandes
Places. Le premier que l'on aitfait
an moins en Europe , fut dreſſé dans la
Place publique de Lacedémone. Athenes
Rome n'en manguoient pas. On doit
le premier qui fut dreſſédans cette derniere
Ville, au Conful Messala , ou à
Papirius Curfor. On l'éleva en public
proche de la Tribune aux Harangues.
C'estoit oùs'alloient promener les Gens de
E iij
102 MERCURE
loiſir. La Colomne où il estoit dreſſéme
faitſongerau Piedestal ſur lequel est po-
Sée laStatuë de Memnon. Ne trouvezvous
pas que cela s'accorde extrémement
bien ? Vous sçavez qu'on a encor cette
coûtume de les élever ſur quelque Base.
Avantque lesRomains euffent ce Cadran
qui fut construit environ le temps de la
premiereGuerre de Carthage ,ils estoient
furieusement ignorans dans la divifion
dujour. Ils ensçavoient moins que nos
plusgroſſiersPaifans. Ils neconnoiſſoient
que leſoir& le matin ; &ils crûvent leur
Science fort augmentée quand on y joignit
Le midy. Un Crieur public se tenoit au
guet dans le lieu où l'on affembloit le Sem
nat,&dés qu'ilapercevoit le Soleil entro
la Tribune aux Harangues , &le lien
qu'ils apelloient Station des Grecs , οτα
s'arrestoient les Ambaffadeurs qu'on envoyoit
au Senat ; lors , dis-je , que le Soleil
estoit là , il s'écrivit à haute voix
qu'il estoit midy. Revenons à nostre Eni
gme. Prenez garde à toute la poſture du
corps de la Statuë , &vous verrezqu'elle
ne vientpasmalàun Cadran au Soleil.
Cette main avancée ſemble dépeindre
aßex naturellement l'Ombre. Cetteteftea
affez
GALANT. 103
afsez de l'air de l'aiguille , ou du ſtyle de
Cadranque les Anciens appelloient Gnomon.
Au reste leurs Cadrans n'estoient
pas tout àfait comme les nostres.C'estoient
des especes de Coquilles ou des Plats-creux
faits enfaçonde demy cercles , marquez
de lignes également distantes , avec une
espece de baston au milien. Vous pouvez
en avoirveu de cettefaçon. CeGlobe qu'on
a mis sous le pied de la Statuë n'estpas
Sans deffein. Vous avez pû remarquer
qu'on en grave quelquefois lafigure proche
deces Cadrans , &on a coûtume do les
joindre , apparemment parce que qui que
ceſoit qui lesait inventez, on donneprefque
toûjours le mesme Autheur au Globe
al'Horloge Solaire. Il me vient quel
que chose en pensée sur la Statuë de
Memnon que je pourray vous mander une
autre fois. En voila plus qu'il n'en faut
pouraujourd'huy.
LETTRE 1893
Velques adouciſſem
Velques adouciſſemens que le Merlagloire
, d'estre Autheur
n'est pas sans poids. Il faut avoiκ
E iiij
104 MERCURE
les épaules bienfortes pour la porter.N'y
pensons point , Monfieur. Louiſſonsfans
peine du travail des autres. Vous attendez
auffi - bien que moy avec une extréme
impatience , ce qu'on nous promet fur les
Enigmes en figure dans l'Extraordinaire
du Mois d'Octobre. Que nous y aprendrons
de jolies choses ! On n'écrit rien à
prefent qui ne soit extrémement rafiné.
Ces Enigmes valent bien la peine qu'on
travaille pour nous en découvrir l'origine.
Ce n'est pas lamoindre invention du
Mercure. Je trouve qu'elle vaut presque
celle des Hierogliphes des Egyptiens.
Qu'on appercevoit chez ces Peuples de
belles veritez pour peu qu'on fuſt initié
dans leurs misteres ! Nous n'y connoisfons
presque plus rien , parce qu'on n'a
pas continué àſe ſervir de ces Nuances
de ces Ombres pour embellir la verité.
Les Sieclesſuivans ontperdu la connois-
Sance de leurs fecrets. Ne vous en étonnezpas.
Si nous faiſions preſentement un
Volumes d'Enigmes en Figure , ſans en
mettre l'explication, nostre Posteritétravailleroit
longtemps avant que de la trouver.
Vous voyez mesme qu'àpreſent peu
de Gens percent le nüage. Quand je dis
ت
que
GALANT. 105
que nos Enigmes en Figure valent presque
les Hierogliphes, je ne veuxpas dire
qu'ilssoient absolument la mesme cho-
Se. Les nostres marquent par une Fable,
oupar une antre action complete,unefeu-
Le choſe, ou une seule idée de nostreEfprit.
Les leurs envelopoient ſouvent plufieurs
mysteressous un mesme voile. Vn
feul coup de crayon traçoit differentes
choses. Tout leur estoit bon ; un Arbre,
un Fleuve , un Animal. Nos Enigmes
font plus composez. Les peintures en font
moinsferrées, il y aplus de perspectives
& d'éloignemens . Les Egyptiens faifoient
des leurs une chose fort ferieuse.
C'estoit presque leur maniere d'écrire,de
parler, defaire connoistre leur pensée. Ils
s'en ſervoient meſme pour les choſes ſaintes.
Nousn'enfaiſons qu'unjeu, de quelques
momens que nous ne poufferons pas
jusqu'à nos mysteres. Cependant je ne
laiſſe pas d'y trouver du raport. Ces Peuples
s'en font fervis quelquefois par divertiſſement;
& comme ils en empruntoient
de tout , ils n'ont pas laissé d'en
avoir d'auffi étenduës que les nostres fur
rquoy ja remarque en paſſant , que quelques
Gens ont définy les Hieroglipheses
E
106 MERCURE
diſant que c'estoient des Emblêmes das
chofesSacrées. L'origine du Mot qui est
Grec, lesavoit aparemment trompez;&
il neferoit pas difficile de faire voir que
les Egyptiens ne couvroient peut-eftre
guére moins de ces rideaux ,les choses
naturelles ou artificielles , que les myste
res de leur Religion. Sans aller chercher
ailleurs , prenons- en l'exemple dans la
Statue de Memnon. Il m'est venu en penfée
que cepouvoit estre un Hierogliphe.
Kous n'en croyriez peut- estre rien; ausse
ne voudrois-je pas vousrépondre corp.s
pour corpsde la verité de ce que je dis. Il
Suffit d'y voirde la vray-ſemblance. Les
Egyptiens ne faisoient presque rienfans
mystere. Leurs Ceremonies, leurs façons
d'agir, leurs Statues,marquoient presque
toûjours quelque chose de caché. Icsoupçonne
que la Statuëde Memnon estoit de
cenombre,&peut-estre ne devineroit- on
pas mal de penser qu'elle representoit
'Horloge Solaire mesme. Vous direz
qu'elle n'avoit pas cette invention du
temps qu'on la dreſſa , & qu'Anaximandre
en fut l'inventeur : mau ne vous
Souvenezvous point dece que nous avons
dit quelquefois de la vanité de tous les
Pess
GALANT. 107
Peuples àſe vouloir attribuer la découverte
des choses ; sur tout de l'adreffe
des Grecsàsefaire Autheurs de cedont
ſouvent ils nesont que les Copiſtes ? Par
éxemple, fivous en voulezcroire lemes
me Laërce , qui nous dit qu' Anaximandre
est l'Inventeur du Cadran , le ſage
Thalés aura le premier divisé l'Année en
douze Mois,& en trois cens ſoixante &
cing jours. Cependant Iofephe attribuë
cettediviſion aux Hebreux avant leDom
luge, &les plus fidelles Ecrivains Prophanes
la donnent constamment aux
Egyptiens. Thalés n'a donc esté l'Au
theur de cette distinction que dans l'Europe
tout au plus , & je croy la
mesme choſe de ſon Compatriote Anaximandre
pour l' Horloge. Vous dire que
j'aypour moy la diverſité des Autheurs
qui ne s'accordent pas à luy attribuer la
découverte des chofes , &le filence de
Vitruve ,qui dans une énumeration affez
exacte des Autheurs des Horloges ne
parlepointduMilefien ; que j'ay mesme
leu en quelque lien que le Cadran de Lacedémone
qu'il construifit, avoit estéfor
mé àl'imitation de ceux des Babiloniens,
ceseroit trop dans une Lettre qui nedoit
Pass
108 MERCURE
pas eſtreſi ſçavante. Il vaut quelquefois
mieux relacher de ſes droits , & ne convaincre
pas les Gens , que de les étourdir
en affectant trop d'érudition. Croyezm'en
doncfur ma bonne foy. Vous pancherez
peut- estre aussi bien que moy , à
croire que ces Philosophes de Milet
avoient puisé leurs connoiſſances dans
Egypte , lors que vous sçaurez que les
Milefiens ont esté fameux fur Mer
qu'ils avoi nt basty pres de quatre- vingts
Villesfur diverſe Costes, une entre-autres,
nommée Naucrate , dans l'Egypte ,
qu'ils alloient tous les jours dans ce Païs
pour le Commerce. le pourrois vous parder
icy de toutes les découvertes que les
Egyptiens ont faites dans l'Astronomie,
dans les Mathematiques ; vous dire
qu'ils ont les premiers divifé les jours en
beures; que le Mot d'heureest Egyptien,
qu'il vient de celuy d'Horus , qui fignifie
dans leur Langue le Soleil, Qu'ils
font les Inventeurs des Horloges d'Eau,
quisemblent avoir esté plus difficiles à
trouver que le Cadran ; qu'ainsi ily a
quelque apparence qu'on leur doit auſſi ce
dernier. Mais pour trancher court , quelqu'un
avant moy l'a donnéformellement
GALANT.
109
àleurHermés Trismegiste. C'est cemefme
Hermés qui diviſa , dit- on ,le jour en
douze beures, & la maniere dont il trouva
cette diviſion est affez plaisante pour
meriterque je vous la comte. Ilprit gardequ'un
certain Animal consacré à leur
Dieu Serapis ,urinoit douze fois par jour
àdistance égale. Il trouva cette diviſion
commode , & prit de là occaſion de partager
le jour en autant de differens efpaces.
Voila une belle raiſon pour un auſſi
grand Philosophe qu'on nous dépeint cetuy-
là! LesEgyptiens ne nous auroientilspoint
icy ,selon leur coûtume , caché
quelque veritéſous ce voile ? Perçons un
pen le nüage. Le Dieu Serapis eft leSoleill
Animal est l' Hierogliphe de l' Horloge
; & la verité cachée est quece grand
Mathematicien trouva laproportion des
Ombres ; marqua ſur le Cadran douze
lignes ,&trouva cette diviſion commode
dujour en douze parties. Ce n'estpas la
premiere fois que les Egyptiens ſe ſont
fervis d'un Animal pourfigurer les Horloges.
Ils employoient le meſme , dans la
mesme posture , pour representer les
Clepsidres ou Horloges d'Eau , dont
Ctefibius d' Alexandriefut Inventeur. Si
cela
ITO MERCUR E
celane vous suffitpas ,faites encor réflexionfur
cecy. La Statuë de Memnon étoit
dans leTemplede Serapis, c'est àdire, du
Soleil. Vous sçavez la coûtume des Anciens
, de mettre dans les Temples des
Dieux la figure de ce qui leur appartenoit,
de leurs offices , de leur fuite. Le
galant Ovide dans la belle deſcription
qu'il nous a donnée du Palais du Soleil
chezles Ethiopiens ,n'a pas manqué d'y
placerles jours ,les mois , les années, les
fiecles,&les heures , posées à distances
égales. Le Temple de Serapis neman
quoit pas de belles Figures de toutes ces
choses , & les Habitans de la Ville de
Thebes , qui estoient les Autheurs de la
diviſion de l'Année en douze Mois ,&
de quantitéde découvertes de l'Astrono
mie, n'avoient garde d'oublier d'y mettre
desmemoriaux de leurs Inventions. Vous
tirerezaisément la concluſion que la Stathë
de Memnony estoit auſſi tres à propos,
pour marquer la Cadran , auquel
elle ſe raportoitsi juste..
J'attens vos ſentimens fur ces
Lettres. Je ne doute point qu'ils
ne
GALANT. JII
ne foient conformes à ceux de
quantité de Perſonnes tres-ſpirituelles
qui les ont leuës plus
d'une fois , & qui ont toûjours.
trouvé de juſtes ſujets de les
admirer. Cependant je paſſe à
l'Article d'un grand Homme
dontla meſure des jours eſt remplie
. Ie parle de Monfieur l'Eveſque
de Munſter en Allemagne
, mort le dix-neuvième du
dernier Mois , dans Bahus Cha
ſteau de ſon Eveſché . Il eſtoir
âgé de ſoixante & quatorze ans ,
& comme il a eu beaucoup de
part aux Affaires qui ont fait
remuer toute l'Europe , je me
perfuade que vous ne ferez
point fâchée d'apprendre fon
Hiſtoire en peu de mots.
Il s'appelloit Chriſtophle Bernard
de Galen. Sa maiſon eſtoit
une des plus Nobles , & des .
plus
112 MERCURE
plus conſidérables de la Veft
phalie. Elle tiroit ſon origine de
la Livonie , & avoit produit des
Branches en Hollande , de l'une
deſquelles eſtoit forty le Commandeur
de Galen , qui ayant
efté donné pour Chef à une
forte Eſcadre de Vaiſſeaux Hollandois
, batit les Anglois aupres
de Livourne . Cela arriva den
1653. Il fut bleffé à mort dans
ee Combat. L'Eveſque dont je
vons parle , ne fut pas plûtoſt
forty desEtudes , qu'il voyagea
felon la coûtume de la Nation.
Quelques années apres , il prit
le party des Armes , & eut mefme
in Régintér au ſervice du feu
Electeur de Cologne . Il fit quelques
Campagnes , & quita l'Armée
à l'occaſion d'un Canonicat
de Munster dont il fut pour
veu. Il eut enſuite la Prevoſté ,
qui
GALANT.
113
qui eſt la premiere Dignité de
l'Egliſe Cathedrale , & ſçeut fi
bien gagner les Eſprits , que l'Eveſché
de Munſter eſtant venu
à vaquer en 1650. par la mort
de Ferdinand de Bavieres , Archeveſque
& Electeur de Cologne
, qui tenoit auſſi cet Evefché
, il fut éleu Evefque & Princede
Munſter par le Chapitre ,
fur la fin de cette meſme année ,
malgré les oppoſitions de plufieurs
Prétendans tres - confi
dérables . D'abord qu'il fut en
poffeffion , il fit reparer les lieux
de fon Diocefe . La Guerre qui
avoit eſté longue en Allemagne ,
les avoit mis dans un grand defordre
. Il fit auſſi rebaſtir diverſes
Egliſes ruinées. Il ne vint pas
faiſement à bout de faire rétablir
fon Autorité dans la Ville de
Munſter. Ily trouva des obſtacles;
114
MERCURE
cles , & ils furent fi grands , qu'il
fut obligé de l'aſſieger en 1657 .
Ce Siege dura deux mois , & il
n'auroit finy que par ſa priſe ,
ſans le ſecours que ceux de la
Ville firent venir de Hollande,
fous le commandement du Rhingrave.
Ce fut ce qui le fit confentir
à l'accommodement qu'on
luy propoſa. Les Habitans de
Munſter ſoufrirent qu'il mift
uneGarniſon de huit cens Hommesdans
leur Ville ; mais comme
ce n'eſtoit pas tout ce qu'il
demandoit , les choſes commencerent
de nouveau à ſe broüiller.
Il obtint de l'Empereur tous les
jugemens qu'il ſouhaita qui fuffent
rendus en ſa faveur , &
affiegea une feconde fois cette
meſime Ville. Elle réſiſta quelque
temps , mais elle ſe vit tellement
ferrée de toutes parts ,
qu'en
GALANT.
NS
qu'enfin elle ſe trouva contrainte
de ſe rendre le 6. d'Aouſt 1661 .
Si- toft qu'il en fut le Maiſtre , il
y mit une bonne Garnifon , la
rendit une des plus fortes Places
d'Allemagne , & y fit baſtir une
Citadelle. Il fortifia auſſi Coesfeld
& Varendorp , & eut quelque
démeflé avec les Hollandois
au ſujet du Fort d'Eideler dans la
Friſe Orientale. En 1664. il fut
choiſy pour eftre un des Directeurs
de l'Armée de l'Empire
contre les Turcs. Cet Employ le
fit aller en Hongrie , où à peine
il fut arrivé , que l'Empereur arrefta
la Paix avec eux. Ainfi il
n'eut aucune occafion de rien
faire. Peu de temps apres , on le
fit Adminiſtrateur de la belle
Abbaye de Correy ſur le Veſer ,
qui eſt une petite Principauté ,
& comme en 1665, il vit le Roy
d'An
116 MERCURE
d'Angleterre en guerre avec les
Etats des Provinces - Unies , il ſe
ligua avec luy contre eux ,& entra
avec une petite Armée dans
la Province de Gueldres & dans
la Tranſiſelane . Il y prit quelques
Places , & fit affez de peine
aux Hollandois , juſqu'à ce
que leRoy ayant envoyé de bonnes
Troupes à leur fecours ,
Monfieur de Pradelqui les commandoit
, reprit une partie de
ees Places , en forte que cet
Evefque fut obligé de faire la
Paix avec les Etats Generaux
vers la fin de l'année 1666. Il
employales deux fuivantes à faire
entierement rebaſtir l'Egliſe
de fon Abbaye de Correy , qui
eſtoit preſque toute ruinée par
les Guerres. Il n'épargna rien
pour la rendre magnifique , &
en 1671. il obligea le Duc de
Brunf
1
GALANT. 117
Brunſvic de luy cederla Ville de
Heuxter dont il s'eſtoit emparé ,
&qui dépend de cette meſme
Abbaye. En 1672. il ſe déclara
contre les Hollandois , qui luy
retenoient la Seigneurie de Borklo
, dépendante de fon Evefché
; & ayant joint fon Armée
avec un Détachement de celle
du Roy , il prit les Villes de
Doëtcum , de Lochem , & de
Grol, dansle Duché de Guel
dres. En fuite il mit le Siege devant
la Ville de Deventer , Capitalede
la Province de Tranfiſelane.
Gerfiege huyacquitbeau
coup de gloire . Il ſe rendit maiftre
de la Place , ainſi que de
Zvol , de Campen , de Haffelt ,
&die la Fortereffe de Coverden ,
-cequilemit enpoffeffion de toute
cette Province. Il s'empara
encorde pluſieurs Places dans la
up Frife
18 MERCURE
Friſe , & affiegea fortement la
VilledeGroningue. Il la preſſa
pendant deux mois tous entiers ,
& fut enfin obligé de lever le
Siege, par la vigoureuſe reſiſtance
du fameux Rabenhaupt qui
ycommandoit , & qui recevoit
tous les jours de nouveaux renforts
par le coſté que les Ennemis
avoient inondé. La priſe de
pluſieurs Forts en ces quartierslà,
le récompenſa de cette difgrace.
Sur la fin de l'année , il
prit deux Places au Comté de la
Mark ſur l'Electeur de Brandebourg
; & au commencement de
1673. il adjoûta à ces diverſes
conqueſtes tout le Comté de
Ravensberg , appartenant à cet
Electeur qui venoit ſecourir les
Hollandois. Il ne lerendit qu'apres
qu'il eut pris la Neutralité.
La conſpiration du nommé Kett
qui
GALAN T.
119
qui vouloit livrer la Ville de
Munſter à ſes Ennemis , ayant
eſté découverte , il le fit punir ,
&pourſuivit la guerre contreles
Provinces Unies avec affez de
fuccés tout le reſte de cette année.
Les Armées de l'Empereur
l'obligerent de faire la Paix avec
les Etats en 1674. Ilſe vit mefme
engagé d'entrer l'année ſuivante
dans ſon Alliance contre
les Suedois , fur lesquels il prit
quelques Places du Duché de
Bremen & de la Principauté de
Ferden ,qui estoient à eux. En
1676. il aida à prendre la Ville
de Staden au meſine Duché , &
ne voulut point depuis accorder
aucun ſecours au Roy de Dannemarc
, qu'aux conditions de la
ceffion qu'il luy avoit faite de ce
qui luy appartenoit de ſa conqueſte
dans ce Duché de Bremen
120
MERCURE
men. Son deſſein eſtoit de l'unir
à fon Eveſché ; & comme il avoit
toûjours bon nombre de Troupes
& de fortes Places ,& qu'il
eſtoit extrémement agiffant &
riche , il fe faiſoit craindre de
ſes Voiſins , ayant toûjours efté
en action ou par foy , ou par fes
armes , juſqu'à la derniere maladie
qui dura fort peu de jours,
Il mourut avec beaucoup de réfignation
, laiſſant pour fon Succeffeur
à l'Eveſche de Munster ,
Monfieur l'Evefque de Paderborn's
qui en avoit eſté éleu
Coadjuteur il y a onze ans ,
Comme il paſſe pour un des
grands Hommes de noſtre Siecle
, vous vous plaindriez de
moy , fi je négligeois de vous le
faire connoiſtre . 3
- Il s'appelle Ferdinand de Furftemberg
,& defcend dela Maifon
GALAN T. 121
fon des libres Barons de ce nom
au Duché de Veſtphalie. Il y
eut le Siecle dernier un Grand
Maiſtre de l'Ordre Teutonique
en Livonie de cette Maifon. Son
grand Oncle Theodore de Furſtemberg
fut éleu en 1585. Eveſque
de Paderborn , & poſſeda
cet Eveſché juſqu'à ſa mort , qui
arriva en 1618. Celuy dont je
vous parle naſquit à Bilſtein le
21. d'Octobre 1626. Il fit ſes études
à Cologne , où il lia une étroite
amitie avec Monfieur Chigi
Eveſque de Nardo,qui y eſtoit
alors Nonce Apoftolique ,& qui
le fut depuis à Munſter. L'application
qu'il avoit pour les belles
Lettres& pour la Poëſie Latine ,
luy acquit la bienveillance dece
Prélat , qui eſtant de retour àRome
, & y ayant eſté fait Cardi-
-nal en-165 2. attira auſſitoſt Mon-
Octobre. F
122 ,
MERCURE
ſieur de Furſtemberg aupres de
luy. Ce Cardinal luy donna
beaucoup de marques de fon
eſtime , & il les confirma , en le
faiſantun de ſes Cameriers ſecrets
apres qu'il eut eſtéélevé au
Pontificat en 1655. ſous le Nom
d'Alexandre VII. Ille pourveut
en ſuite des Canonicats desEgliſes
Cathédrales de Hildesheim ,
de Paderborn , & de Munſter ;
apres quoy l'Eveſché de Paderborn
eſtant demeuré vacant par
la mort de Theodore - Adolphe
de Reck le 31. de Janvier 1661 .
le Chapitre , à la recommandation
du Pape , éleut Monfieurde
Furſtemberg pour fon Succeffeur.
Il eſtoit alors à Rome , où
ayant eu ſes Bulles , il fut facré
le 6. de Juin par Monfieur le
Cardinal Roſpiglioſi , quia
eſté depuis le Pape Clement IX.
11
GALANT.
lſe rendit à ſon Eveſchequatre
mois apres,&y fut reconnuavec
de grandes acclamations pour
Evefque & Prince de Paderborn.
Depuis ce temps - là , ila
donné tous ſes ſoins au bien de
fon Dioceſe ,où il a fait quantité
de reparations tres- neceffaires.
Ses belles qualitez , & fa
prudente & judicieuſe conduite
luy attirerent une admiration ſi
génerale, que feu Monfieur l'Eveſque
de Munſter,qui connoifſoit
particulierement fon merite,
s'employa de tout fon pouvoir à
le faire élire pour ſon Coadjuteur
par fon Chapitre , quoy
qu'il nefuſt ny fonParentny fon
Allié. Les obſtacles que cette
Affaire reçeut du côtéde quelques
Perſonnes puiſſantes , ne
l'empeſcherent pas de reüſſir.
Cette Dignité de Coadjuteurde
Fij
124
MERCURE r
Munſter luy fut donnée le 19.
de Juillet 1667. & il en eut les
Bulles à Rome le 30. d'Avril
1668. Dans ce meſme temps il
affura encor à fon Eveſché de
Paderborn la Ville de Lugde ,
&la future Succeffion au Comté
de Pirmont. Ces ſoins ne l'ont
pas empeſché dans ſes heures
de loiſir de s'appliquer à tout ce
qui regarde les Sciences. Outre
les doctes Ouvrages qu'il a donnez
au Public , & le beau Livre
des Monumensde Paderborn , ſi
eſtimé de tous les Sçavans , il a
fait tant de liberalitez à la plus
grande partie des Gens de Lettres,
qu'il paſſe partout pourleur,
Mécenas. Auſſi eſt-ce avec une
grande joye qu'onle voit aujourd'huy
Evefque & Prince de
Munſter. Cet Eveſché eſt un
des plus riches d'Allemagne , &
il
GALAN T.
125
ille poſſedera avec celuy de Paderborn
, en vertu du Bref de
compatibilité qu'il en a du Pape.
Je vous ay déja dit qu'il eſt
d'une des meilleures Maiſons
de tout le Païs . Ila pluſieursFre
res, dont l'aiſné eſt Chanoine de
Mayence & de Spire. Celuy qui
eſtoit marié , avoit épousé une
Niéce des Electeurs de Mayence
& de Tréves , de la Maiſon
de Leyen. Il en a deux autres ,
dont l'un eſt PrevoſtdeMunster,
& Chanoine de Saltzbourg , de
Paderborn , & de Liege ; & le
dernier , Chanoine de Paderborn
, de Hildesheim , & de
Munster.
En vous donnant la Relation
du Siege d'Ypres , il me fouvient
de vous avoir parlé d'un Capucin
qui ayant eſté autre fois
Moufquetaire , en a confervé
Fiij
146 MERCURE
l'intrépidité. Je vous appris alors
qu'il fut un des premiers qui entra
dans la Contreſcarpe , & que
l'ardeur de donner des marques
de ſa charité à ceux qui pouvoient
avoir beſoin de ſon fecours
, le fit toûjours courir aux
endroitsles plus perilleux. Il s'appelle
le Pere de Bellemont ; &
comme fon zele pour le ſervice
du Roy & pour le falut des
Mourans, s'eſt particulierement
fignalé dans l'occafion du Combatde
Mons , il eſt bon que je
vous en inſtruiſe . Ce Pere qui
ne cherchoit qu'à fe rendreutile
aux malheureux , s'eſtant meſlé
parmy les Bataillons ſans ſe ſoucier
de la vie , aſſiſtoit indifferemment
toute forte de Bleſſez
qu'il retiroit de la foule des Combatans
, afin qu'ils ne leur ferviffent
pas de marchepied.Une
ardeur
GALANT.
127
ardeur ſi charitable , fit qu'inſenſiblement
de Mourant en
Mourant il paſſa juſqu'aux Ennemis
, qui recevoientde luy la
meſme aſſiſtance qu'il donnoit
aux Noftres . Il fut reconnu &
mené àMonfieur de Villa-Hermofa
, qui ordonna incontinent
qu'on le tinſt prifonnier dans fon
vieux Carroffe. La crainte
qu'il eut que ce Perene portaſt
la veuë fur le defordre de fon
Camp , & qu'il n'en informaſt
Monfieur le Duc de Luxembourg
, l'obligea d'ajoûter à cét
ordre celuy d'abatre les deux
Portieres. Il ne voulut pas mefme
le confier à ſes Soldats. II
choiſit deux de ſes Gardes pour
luy répondre de ſa Perſonne. Ils
s'enfermerent avec luy dansle
Carroffe , & l'un d'eux pour fe
mieux aſſurer de ce dépoſt , ap
Fiiij
128 MERCURE
puya ſa teſte ſur ſa Robe qu'il
tenoit encor d'une main. Mais
cette précaution fut inutile .Ces
Gardes qui estoient ſans doute
fatiguez du Combat dont il n'y
avoit que quelques heures qu'o
eſtoit forty , ſe trouverent bientoſt
accablez d'un profond fommeil
. Le Pere de Bellemont qui
n'avoit aucune envie de dormir,
crut qu'il devoit profiter de leur
repos. Il ſe defit de fon Manteau
dont il fit une eſpece d'oreiller
, & retirant fort doucement
la teſte du Garde qui s'étoit
endormy ſur ſes genoux, il
lamit ſur ce Manteau préparé.
L'adreſſe ne luy manqua pas
pour lever une portiere , & s'échaper
de cette Prifon.Sonbonheur
voulut qu'on avoit attaché
au Carroſſe le plus beau & le
meilleur Cheval demain de Mr.
de
GALANT. 119
de Villa-Hermoſa . Il ne balança
point à le détacher ,& ayant
apperçeu un Valet de Monfieur
l'Abbé de Bellemont ſon Frere ,
qui luy avoit eſté donné pour le
ſervir , & qui ayant eſté fait prifonnier
avec luy,n'eſtoit pas plus
foigneufement gardé que quelques
autresdõt onn'apprehédoir
rien,il le fit avancerdeux ou trois
cens pasdevant luy avec ordre
del'attendre. Cependantle Pere
qui menoit le Cheval par lelicol ,
n'ayant pas eu le temps de prendre
la bride , ſe faifoit faire pafſage
parmy les Dragons qui ne
penfoient pas qu'il fuſt Aumofnier
François. Il monte fur le
Cheval, luy met le licol dans la
bouche en forme de bride , atteint
le Valet , le fait mettre en
croupe derriere luy , prend fon
Chapeau qu'il met ſur ſa teſte ,
Fv
130 MERCURE
fait couvrir celle du Valet avec
un mouchoir pour faire la figure
d'un Soldat bleffé , paffe librement
dans cet équipage,& comme
la Carte du Païs luy eftoit
connuë , il tourne vers l'Armée
de Monfieur de Luxembourg
avec toute la diligence poſſible .
Harrive au Quartier de la grande
Garde des Ennemis qu'il
croit eſtre noſtre Avant-garde.
On vient à luy. On luy demande
, Qui vive ? Il s'approche
toûjours en répondant ,
Amis. LesEnnemis qui vouloient
tup langage plus fignificatif, continuent
à luy demander Qui vive
? Il répond enfin, Vive France,
ne doutant point qu'il ne fuſt
parmy nos François.Ces paroles
le font connoiſtre pour Ennemy.
Onle preffe pour le prendre. Le
Valet épouvanté ſe laiſſe couler
du
Bons
GALANT.
131
duCheval enbas, ſe ſauve dans
les Bois , & regagne heureuſement
noſtre Camp. Le Pere qui
ſe voit feul , donne un coup de
foüet au Cheval,&le met par là
dans une telle fureur qu'il force
les Ennemis à luy faire place. Ils
luy déchargent plus de deux
cens coups de Mouſqueton , ſe
voyant dans l'impuiſſance de
l'arreſter , ( le Cheval en reçeut
deux fousle vétre.) Dans le mefme
temps un Officier luy coupe
chemin , luy porte un coup de
Piſtolet à brûlepourpoint ſans le
toucher , & le pourſuivant de
pres le prend par ſa corde. L'adreſſe
du Pere de Bellemont
l'empeſche de profiter de cet
avantage. Il détache ſa corde
qui demeure entre les mains de
cet Officier , & pouffe en mefme
temps fonCheval d'une maniere
ſi vigoureuſe, que ſe mocquant
232
MERCURE
quant de ſa pourſuite, il ſe rend
en noſtre Camp , où l'on commençoit
à croire qu'il avoit eſté
tué.On luy conſeilloitde garder
le Cheval qui eſtoit tres-beau,
mais il répondit qu'il eſtoit d'un
Ordre qui luy permettoit d'emprunter
les choſes dans le befoin
, mais qui l'obligeoit de les
rendre en fuite fort civilement.
En effet il renvoya leChevalpar
unTrompete avec une Lettre de
remercîment à Mr deVilla-Hermoſa.
Elle finiſſoit par des excu--
ſes,de ceque l'ardeur qu'il avoit
de fervir le Roy,de ſe rendre aupres
de la Perſonne de Mr le
Comte du Pleſſis Praflin,Lieute
nantGeneral,quis'expofoitdans.
tous les périls, &de cõtinuer fes
foins charitables auxBleſſez,l'avoit
obligé de tirer avantage du
fommeil de ſes Gardes qui étoient
fort innocens de ſa fuite.
GALANT. 133
On m'a averty de quelques
fautes , où la mauvaiſe écriture
m'a fait encor tomber pour les
noms propres dans ma Lettre
du dernier Mois. J'ay mis les
Bataillons de Longis ,&de Legnerant
, au lieu de Congis &
de Seguiran. Ce dernier prenoit
les ordres de Mr. le Chevalier de
Seguiran Capitaine auxGardes,
àla confiderationduquel je vous
ay déja dit que le Roy avoit aecordé
ſon agreement pour la
démiffion de la Charge de Premier
Préſident en la Cour des
Comptes , Aydes , & Finances
de Provence , faite ſous le bon :
plaifir de Sa Majesté à Monſieur
de Seguiran Abbé de
Guittres, Frere du dernier Pre
mier Preſident qui la poſſedoit..
Les fervices que ceux de cette
Maiſon ont rendus , ont toûjours
eſté ſi agréables , que quand il ..
eut
134
MERCURE
eut l'honneur d'eſtre preſenté
au Roy pour le remercier de la
grace qu'il avoit eu la bonté de
luy accorder , & pour l'affurer
de ſa fidelité & de fon zele , Sa
Majesté repondit qu'elle ne
doutoit point qu'il ne s'acquitaſt
auſſi dignement de ſa Charge,
qu'avoient fait tous les autres de
ſa Famille , & particulierement
quand il s'agiroit de ſon ſervice.
Dans l'Article du Régiment
Lyonnois qui s'eſt ſi fort diſtingué
àMons , je vousay dit que
Monfieur de la Tuillerie , qu'il
faut appeller de la Tuillerie, Capitaine
de ce Régiment , avoit
eſté tué , & Monfieur Martinet
bleſſe . C'eſt tout le contraire . Il
en a couſté la vie à Monfieur
Martinet , & Monfieur de la
Tuillerie en a eſté quitte pour
de tres-grandes bleſſures. Au
lieu de Monfieur le Chevalier de
Gonne
GALANT.
135
Gonnery , qui a eu les deux cuifſes
percées dans cette Action, il
fautlire le Chevalier deGenotines.
Ceux qui envoyentdes Mémoires
écriront mieuxles noms
propres , quand il leur plaira .
L'Air nouveau que vous allez
voir eſt de la compoſition d'un
excellent Muſicien de la Cathedrale
de Montpellier. Les Paro
les font de Monfieur Lauffel
Avocaten la Cour des Aydes de
la meſine Ville. Son mérite &
fon génie aifé & naturel pour la
Poësie , ſont connus de tout ce
qu'il y a deGens d'eſpritdans la
Province . Il a donné des mar...
quesdu ſien par pluſieurs Ouvrages
, dont il a fait part au
Public
S
AIR NOUVEAU.
Ipour avoir veu ſeulement
Le Portrait d'un Objet aymable ,
Mon
136: MERCURE
Mon coeur feûpireà tout moment
Du cruel tourment qui l'accable ;
lugez Iris , par tant de mal ,
Si je dois estremiserable
Quand j'auray veu l'Original.
La penſée de cette Chanfon
peut n'eſtre qu'une imagination
du Poëte; mais ce que je vous
vay apprendre , vous fera connoiſtre
qu'une belle Copie fait
quelquefois de fortes impreffios,
quand on ſçait que l'Original eſt
effectif. Un Gentil-homme de
Province étably depuis longtemps
à la Cour , y avoit acquis
tout ce que le commerce du beau
monde peut donner de merite à
une Perſonne qui ne néglige rien
pour en profiter. Son Pere mort
depuis fort long- temps, luy avoit
laiſſe avecun autreGentil-homme
de ſes voifins, un de ces fortes
de Procés qui ſemblent eſtre
immortels dans les Familles..
Quoy
GALANT. 137
Quoy que ſes prétentionsfuſſent
plus juſtes que celles de fa Partie
, les plaiſirs de la Cour, & l'averſion
naturelle qu'il avoit pour
la chicane , l'obligeoient à ſe repoſer
ſur un Procureur des pourfuites
de fon Affaire. Le Procu
reur qui n'eſtoit pas fâché de la
voir durer , faiſoit ces pourſuites
aflez lantement, & avoit meſme
veu mourir le Gentil-homme cotre
qui le Procés eſtoit intenté ,
ſans en tirer aucun avantage.
Cependant le Cavalier qui s'inquiétoit
peu du retardement de
ſes diligences , menoit toûjours
une vie fort douce. Il eſtoit de ..
toutes les Parties agreables ,& il
yavoit peu deBelles à qui il n'euſt
conté des douceurs,ſans que fon
coeur ſe fuſt encor attache. Ily a
un mométfatal pour tout lemõde.
Le ſien arriva. Il luy prit un
jour envie d'aller voir des Tableaux
138 MERCURE
bleaux chez un fameux Peintre.
C'eſtoit fon charme.Ilen vitpluſieurs
qui luy plûrent fort , & il
fut particulierement touchéd'une
Diane habillée en Chaffereffe.
Il ſembloit que l'idée du Peintre
ſe fuſt épuisée a ramaffer
dans un feul viſage toutes les
beautez qui peuvent le rendre
parfait. Iln'avoit jamais rien vû
de plus animé. Tout parloit dans
cette merveilleuſe Diane. Le
Cavalier l'admira , & la regardant
comme un Tableau qui
avoit eſté fait à plaifir,ildemandaau
Peintre à quel prix il conſentiroit
à s'en défaire. Jugez de
ſa ſurpriſe quand le Peintre luy
eut dit que c'eſtoit un Portrait
fait d'apres nature , dont il n'avoit
pas le pouvoir de diſpoſer.
Vous croyez bien qu'il ne manqua
pas de demander s'il eſtoit
poffible que l'Original approchât
de
GALANT.
:
139
de tantde beautez . On luy ré
pondit que s'il avoit veu l'aimable
Perſonne que repreſentoit
cette peinture , il avoüeroit que
la régularité & la délicateſſe de
fes traits eſtoient au deſſus de
toute l'adreffe du Pinceau. On
adjouſta qu'elle estoit de Province
,& Fille d'uneDame veu
ve que quelques affaires avoient
amenée depuis un mois à Paris.
Le Cavalier acheta quelques
Tableaux & fortit ſans s'informer
de rien davantage. Les chofes
n'auroient pas eſté plus loin ,
fi ( comme je l'ay déja dit ) l'inftant
fatal qui ſemble eſtre marqué
pour tout le monde , n'euft
eſté venu pour luy. Il refva à
cette Belle Perſonne ; & comme
il n'avoit jamais rien veu de ſi
parfait qu'elle,il y reſva ſi puif.
ſamment pendatquelques jours,
qu'il ne patrenſter à l'impatiente
140
MERCURE
te ardeurde la voir. Il retourna
chez le Peintre , demanda fon
nom ,&eut un nouveau ſujet de
furpriſe quad ce nomluy fit connoiſtre
qu'elle estoit Fille de fon
Ennemy. Les grands Procés rendent
ordinairement les Parties
irréconciliables ,& celuy dont il
s'agiffoit eſtoit affez d'importance
pour avoir diviſé depuis
long-temps la Famille du Cavalier
, & celle de l'aymable
Perſonne dont je vous parle. Sa
Mere qui l'avoit amenée exprés
avec elle, attendoit de ſa beauté
defortes follicitations aupres de
ſes Juges, & fur cette confiance
elle s'eſtoit réſoluë à fortir d'affaires.
LeCavalier ſe trouva fort
embaraffé.Dans l'état où eſtoiét
les chofes ,il n'y avoit pas lieude
chercher à rendre viſite à la
Mere ,fans vouloir parler d'accommodement.
La juſtice qui
eftoit
GALANT. 141.
eſtoitde ſon côté,ne ſoufroit pas
qu'il fit une ſi deſavantageuſe
démarche.La voir par rencõtre,
ce n'étoit rien faire pour luy.Son
nomqu'il luy auroit eſté facile
d'aprendre,luy auroit peut-eſtre
fait quitter la place,& ileuſt eſté
bien-aiſe de ne ſe pas faire connoître
d'abord comme Ennemy.
Apres mille penſées diferentes,
rien ne luy parut plus à propos
qu'undéguiſement qu'il ſe réfolutde
hazarder.Les chaleurs ont
eſté exceſſives l'Eté dernier , &
chacun ſçait combien elles ont
rendules Bains fréquens.LeCavalier
qui s'informe avec ſoin de
laBelle,apprend qu'elle les alloit.
prendre tous les jours das la Riviere
avec ſa Mere,& quelques .
Amies.L'argent qu'ildonne à un
de ces ruſtiques Bateliers qui ont
desTentes comodes pour cette
forte de Bains , l'oblige à l'aſſocier
142 MERCURE
1
cier avec luy.Ilpred l'habit d'una
Bon-home qu'il paye largement,
&n'attendpas long- temps dans
cet équipage ſans voir arriver la
Belle.Illa portoitpeinte dans fon
coeur,&quand il n'en auroit pas
veu le Portrait, c'étoit une beauté
ſi achevée,qu'il euſt eſté difficile
qu'il s'y fuſt mépris. Il la
voit, il en eft charmé. Elle ſe mé-.
ledans une converſation qui fe
fait dans le Bateau , & tout ce
qu'il luy entend dire luy paroiſt
ſt ſpirituel & fi fin , que de fon
Ennemy involontaire, il devient
ſon plus paffionné Adorateur. Il
labaigneune ſecondefois,& elle
ſe trouve régalée lors qu'elle
s'y attend le moins.Elle est à peine
dans l'eau , qu'une agreable
Symphonie de Violons , & de
Hautbois ſe fait entendre. Elle
fort du Bain , & voit dans le Bateau
une magnifique Collation,

GALANT. 143
oùles Fruits,les Confitures,& les
Liqueurs font en abondance. La
Fleur d'Orange eſt ſemée par
tout,&il ne ſe peut rien de plus
propre. C'eſtoit un Bateau tout
preparé ,dont le Cavalier avoit
fait faire l'échange avec celuy
que ſon faux habit luy permettoit
de conduire. Ilne luy avoit
pas été difficiled'en veniràbout
pendant que les Dames eſtoient
dans l'eau. Elles ſe regardent ,
admirent la magnificence du
Régal,loüent àl'envy la galanterie
de celuy qui le donne , ſanst
s'imaginer en eſtre entenduës,&1
luy demandent à luy-meſme à
quielles doiventuneFéte fi bien
ordonnée. Il affecte de répondre
groffierement,parle peu pour ne
pas faire remarquer qu'il ſçaitun
autre langage;& fur ce qu'il affure
qu'il ne connoift point les
Gens qui ont fait mettre la Collation
244
MERCURE
lation dans fon Bateau,il entend
qu'on en fait honneur àunjeune
Marquis qui rendoit des ſoins à
la Belle. Ce Marquis qui joüoit
chez elle quelquefois,y va le foir
meſme.On luy parle du Régal.Il
en eſt ſurpris , & plus on luy dit
que ce qu'il a fait paſſe le galat,
moins il comprend ce qu'on luy
veut dire.Son ingenuité àſe defendre
fort ſerieuſement d'une
choſe qui ne luy pouvoit eſtre
qu'avantageuſe , perfuade qu'll
n'y a aucune part. Embarras
nouveau pour les Dames. Elles
Tetournent au Bain. Autre Feſte
aufli galante que la premiere.
Le faux Batelier toûjours plus
charmé, n'oublie rien pour prevenir
favorablement la Belle, fur
la cõnoiſſance qu'illuydoitdonnerde
ce qu'il eſt .Il s'entedloüer
fans qu'on ſcache que c'eſt luy
qu'on
GALANT. 145
qu'on louë ; & apres cinq oufix
jours de Feſte, on le preſſe ſifortement
pour l'obliger d'en nommer
l'Autheur , qu'enfin il s'engage
à le mener le lendemain
chez la Dame , fion veut bien
confentir à le recevoir. LesDames
affurent toutesqu'on le verra
avec joye , & fur quelques autres
queſtions, elles commencent
à s'apperçevoir que le Batelier
a trop d'eſprit pour n'eſtre pas
autre choſe que ce qu'il paroiſt.
Jugez de l'impatience de voir
arriver l'heure où elles doivent
eſtre éclaircies de tout. Elles fé
licitent la Belle de l'Amant que
ſes charmes luy ont donné ,&ne
peuvent que le croire tres-dignel
d'elle , apres une fi longue fuite
de galanteries . Le lendemain le
Cavalier prend un habit des
plus magnifiques , inftruit fesi
Octobre. G
२८
146
MERCURE
Gensde ce qu'ils doivent répondre
à tout ce qu'on leur pourra
demander , & avec cet air qui
ſemble eſtre particulier aux Gens
de Cour , ilva chez la Dame ,
où la Belle ne l'attendoit pas
moins impatiemment que fes
Amies. Il avoiteſté trop examiné
la derniere fois pour n'eſtre pas
reconnu d'abord pour le Batelier.
On s'écrie fur cette méta
morphofe . Il en fait le ſujet de
fon Copliment , & dit des chofes
fi pleinesd'eſprit à la Belle,qu'elle
comence des cemomet às'ap- .
plaudit de cette conqueſte . La
Dame le prie de ne luy pas cacherplus
longteps à qui elle parle.
La crainte d'avoir part à l'ini
mitié que tour Procés a miſe entre
leurs Familles,lay fait emprűter
le nom d'un de ſes particuliers
Amis , de moſine Province
que
GALANT.
147
que luy,&dot la Maiſon étoit cõ
nuë àla Dame. Ils eſtoient venus
tous deux à la Cour dans lemef
me temps , & elle ne pouvoit cõnoiſtre
le viſage de l'un ny de
l'autre . Il est tres-favorablement
reçeu ſous ce nom. Il cõtinuë fes
viſites.Plusil voit, plus il devient
amoureux. Il s'explique. On l'écoute.
Les propoſitions de Mariagene
plaiſent pasmoins à laDame
qu'à la Belle , mais on vou
droit eſtre ſans procés avant
que d'en venir àl'effet. Il nedéguiſe
point qu'il eſt tres - particulier
Amy du Cavalier qui plaide
contre elle , & fait aller le pouvoir
qu'il a fur luy ,juſqu'àſe répondre
de le faire entrer dans un
accommodement raisonnable .
Mais comme cet accommode-:
ment ne pourra ſe faire ſans fe
voir , il feint de craindre que fon
Gij
148
MERCURE
Amy ne devienne amoureux de
fa Maiſtreſſe , & qu'eſtant beaucoup
plus riche que luy on ne
conſente à le rendre heureux s'il
demande à l'épouſer. Il ajoûte
qu'il a un preſſentiment ſecret
que la choſe arrivera , & qu'il a
fçeu que fur ce qu'on a dit à cet
Amy du merite de ſa Perſonne ,
il avoit beaucoup d'eſtime pour
elle. La Belle ſe fâche du tort
qu'illuy fait en jugeant d'elle fi
peu favorablement ; luy proteſte
que puis que fa Mere luy permet
de l'aimer silin'y a aucune
fortune capable de luy faire
changer de fentiment ; & pour
luy mettre l'eſprit en repos , elle
Taffure qu'elle ne verra point le
Cavalier. Ilrépond à cette aimable
Perſonne qu'il ne voudroit
pas avoir à ſe reprocher d'eftre
cauſe de l'éternelle diviſion de
deux
GALANT. 149
deux Familles ; & comme il ne
doute point que le plaifir de la
voir , ne ſoit un des plus preſſans
motifs qui porteront fon Amy à
vouloir entédre parler d'accommodemét
, il la prie de n'y mettre
point d'obſtacle par la réſolution
qu'elle ſemble prendre de ſe car
cher. Quelques jours ſe paſſent
à dire à la Dame qu'il avoit commençe
l'affaire , qu'il croyoit en
venir à bout , & qu'il trembloit
toûjours que cette négociatione
le rediſt mal- heureux. Le plaifir
d'entendre tous les jours ſa belle
Maiſtreſſe lui faire des nouvelles
proteſtatios de fidelité,lemet das
des raviſſemens inexprimables.
Enfin il dità la Mere qu'il a fait
cõſentir ſa Partie à venir traiter
avec elle de bõne- foy. Le jour eft
pris pour cela. Ilavertit fonAmy
qu'il avoit informe de toute l'in-
Gij
150
MERCURE
trigue , & l'engage à venir faire
le Perſonnage de Plaideur intereffe
fous fon nom , comme il
avoit joué juſque là le rôle d'Amat
fous le fien. Ils viennent enſemble
. On parle d'acord. Quelques
difficultez ſe forment ; &
comme tout ce qu'on propoſe
pour les réfoudre n'accommode
point le fauxPlaideur , ildéclare
àla Mere que ce n'eſt qu'en épouſat
ſa Fille qu'il peut renőcer
avec honneur àſes droits. On ré
pond qu'il s'agit de terminer un
Procés, & non pasde coclureun
Mariage. Il fait voir que l'inimitiédes
deuxFamilles a eſté fi loin ,
qu'il n'y a que ce ſeul moyen de
prévenir les malheurs qu'elle
peut caufer. La Mere qui goûte
les avatagesde cette union, n'ap- .
portequede foibles raiſons pour
laCombatre. Le Cavalier fait paroiſtre
GALANT.
151
roiſtre ſur ſon viſage un entier
accablement de douleur. Il dit
qu'il l'avoit toûjours bié préveu,
&feintdevouloir fortirpourn'étendre
pas prononcer l'Arreſt de
fa mort. La belle l'arreſte . Ses regards
qui luy marquent la conftance
de fon amour , duy repro
chent enmeline temps le peu
qu'il en a pour elle. Un Homa
me atteint d'une forte paffion ne
doit jamais ceder ce qu'il aime à
fon Rival, & c'eſt eſtre genereux
à contretemps que de s'en mont
trer capable. Vous pouvez juger
, Madame , combien ces re
proches devoient eſtre doux au
Cavalier. Ilon auroit jouy plus
longtemps , fans l'arrivée d'un
Gentil-homme , fort proche
Parentde laDame. Ilconnoiffoit
les deux prétendus Rivaux ,& il
ne parla pas longtemps , fans ti
Gij
152 MERCURE
rer la Mere&laFille de l'erreur
où elles estoient.Tout fut éclair
cy. On ne pût ſçavoir mauvais
gré au Cavalier d'avoir paru genereux
puis que c'eſtoit agir
pour luy-mefme.La Belle gronda
de lapeine oùil l'avoit mife,& il
l'apaifa yene luy demandant s'il
avoit kuqtort de s'en rapporter
au preffentiment qui luy avoit
fait croire ,qu'elle ſe réſoudroit
à faire un Heureux de celuy
qui avoit pafsé juſque là pour
fon Ennemy.euro
Il s'est fait un Mariage fort
confidérable depuis dix jours,
C'eſt celuy de Monfieurle Mart
quis de ChasteausGontier , qul
apépousé Mademoiselle de la
Cour des Bois. Il eſt Fils de Mõ
ficurode Bailleul Préfident a
Mortiers dontlePereayantcol
mencé d'entrer dans la Robe
par
GALANT.
153
د
par la Charge de Lieutenant
Particulier au Chaſtelet, fut enfuite
Lieutenant Civil , Prevoſt
des Marchands , Chancelier de
la Reyne Mere , Préſident à
Mortier , & enfin Sur-intendant
des Finances . Monfieur
le Préſident à preſent vivant ,
obtint la ſurvivance à l'âge de
vingt-cinq ans & fut mis à
trente dans l'exercice de cette
grande Charge . Il en a toujours
remply les devoirs avec
tant d'integrité , & d'une maniere
ſi honneſte pour tous ceux
qui ont cherché de l'accés aupres
de luy , qu'il n'y eut jamais
une civilité plus obligeante .
Monfieur le Marquis fon Fils
qui a eſté reçeu Conſeiller de
la Cour depuis un an & demy
, a de grandes applications
pour l'étude. Aufſi eſt- il
G V
154
MERCURE
d'un profond ſçavoir , & tresdigne
de fucceder à tous les Emploits
de ces Anceſtres . Ce fut
luy qui preſenta au Roy Monfieur
le Prevoſt des Marchands
& les Echevins , il y a environ
deuxmois. Je vous ay déja marqué
combien Sa Majeſté avoit
eſté fatisfaite de ſa Harangue.
La Famille de Bailleul eſt d'une
tres ancienne Nobleffe , & des
mieux alliées que nous ayons.
Madame la Marquiſe de St.
Germain & Madame la Marquiſe
d'Uffel font Soeurs deMonfieur
le Préſident d'apreſent.
L'alliance qui ſe fait aujourd huy
par le Mariage dont je vous
parle eft un renouvellement
de celle qui s'est déja faite autrefois
, puis que Madame la
Préſidente du Tillet eſtoit de
la Maiſon de Bailleul , & que
Monfieur
GALANT.
155
Monfieur le Préſident ſon Mary
eſtoit le Frere aîné de Monfieur
Girard de la Cour des Bois.Je ne
vous dis pointque cette Famille
de Girard eftdes plus conſidérables
& des plus anciennes de
la Robe. Tout le monde ſçait
que depuis trois cens ans elle a
toûjours fourny des Officiers
aux Cours Souveraines. Monfieur
de la Cour des Bois , Pere
de la Mariće , apres avoir eſté
Procureur General de la ChambredesComptes
, ſe fit Confeiller
au Grand Confeil , & eft
Maistre des Requeſtes depuis
vingt-quatre ans. Monfieur du
Tillet fon Frere aîné dont je
vous viens de parler , eſtoit Préfidentdans
cette me fineCham
bre des Comptes' , & Monfieur
Girard qui en eſt aujourd'huy
Procureur General eſt de fes
pro
156 MERCURE
proches Parens. Ainfi dans cet
te illuftre Alliance , il y a de
grands Bien's , &beaucoup de
Nobleſſe de part & d'autre. Mademoiselle
de la Cour des Bois eſt
Soeur de Mere de Monfieur Girarding
Lieutenant Civil. Elle a
infiniment de l'eſprit. Il eſt meflé
d'enjoüement , mais cet enjoiement
, eſt toûjours d'une
Perſonne tres- raisonnable , &
qui ne fçait ce que c'eſt que de
s'amuſer à la bagatelle . Elle fait
toutes choſes ſans s'embarraffer
d'aucune , & répond parfaitement
à l'heureuſe éducation
qu'elle a reçeuë d'une Mere
honneſte , genereufe , liberale ,
&quia toutes les bonnes qualitez
qu'on peur fouhaiter.Lejour
du Mariage il y eut un grand
Feſtin le foir , chez Monfieur
de la Cour des Bois. Monfieur
le
GALANT.
157
le Préſident de Bailleul , Madame
la Marquiſe de Livry , Fille
de Mõſieurle Duc de S. Aignan,
Madame la Marquiſe de Bron ,
Femme du grandEcuyer deMadame,
& Monfieur Clement, s'y
trouverent. Ce dernier eſt Conſeiller
en la Cour des Aydes , &
en haute réputation pour lesDeviſes.
Lesautres eſtoient Mr. de
Bailleul qui a efté Capitaine aux
Gardes, Monfieur deJouy Sous-
Lieutenat auxGardes, tous deux
Freres du Marié , Madame la
Marquiſe de Fraquetot,ſa Soeur;
rrois autres Filles de Monfieur le
Préſident de Bailleul, Monfieur
Je Marquis de Lery & Monfieur
Vauvre , l'un & l'autre Freres
de Mere de la Mariée. Le
premier eſt Maistre de Camp.
de Cavalerie , & a plus de
shob modelequinze
E
158
MERCURE
quinze années de ſervices. Il en
a rendu de tres-grands , ſur tout
à Meſſine , qu'il a fait ſubſiſter
longtemps par les Partys qu'il
faifoitfur les Ennemis.Il est tresconfideré
de Monfieur le Marquis
de Louvois & des Officiers
Generaux. Monfieur de Vauvré
ſert depuis plusde ſeize ans dans
la Marine , dont il eſt prefentement
Intendant. C'eſt un employ
dont Monfieur Colbert 2
recompenfé fon merite , & où
ſon exacte fidelité, jointe à une
tres -grande intelligence , l'a
fait monterde degré endegré.
Pendant les trois premiers jours
de ce Mariage , tout ce qu'il y a
de Perſonnes de Qualité tant à
la Cour , que dans la Robe , en
ont eſté faire les complimens
chez Monfieur le Préſident de
Bailleul ,& chez Monfieur de la
Cour
GALANT. 159
Courdes Bois où les Mariez demeurent.
Je vous apprens , à vous qui
eſtes ſçavante , & qui avez fouvent
plaint vos Amies , de ce
qu'Horace n'avoitpoint travaillé
pour elles , que vous les pouvez
inviter à la lecture des charmantes
Poëfies de cet Auteur,
dont on a fait une nouvelleTraduction
depuis quelques jours .
On la trouve chez le SieurCoi
gnard , ruë S. Jacques à la Bible
d'or.Elle a lesgraces de l'élegance
, & rend le ſens du Texte
avecunetres-grande fidelité.Ce
font les deux principaux cara-
Eteres d'une bonne Traduction .
Celle - cy eft de Monfieur de
Martignac.Outre le ſecours que
les Gens de Lettres en pourront
tirer par les ſçavantes Remarques
qu'il a miſes au bas des pages,
160 MERCURE
ges , pour l'intelligence de tout
ce qu'il y a d'endroits difficiles,
les Dames ne ſçauroient qu'attendre
un fort grand plaifir de
cette lecture , puis qu'Horace
a toûjours paſſé pour le plus galant
Poëte de la Vieille Rome,
& que ſes Ouvrages s'accommodent
aux inclinations de tout
le monde , par l'agreable varieté
des belles choſes qu'ils contiennent.
Ils font pour les Gens
de Cour & de Guerre ; pour les
Amas& les Solitaires;& fur tout
ceuxqui fot leur fouverain bien
de mener une vie tranquille , y
trouveront des préceptes commodes
pour la paſſfer dans un
plein repos. J
Je ſuis bien aiſe que vousap-
-prouviez les deſſeins deMedailles
pour le Roy, que j'ay propofez
dans ma derniere Lettre Extraor
JGALANTM 161
1
S
traordinaire . C'eſt une carrierė
ouverte pour les Sçavans. Je ne
doute point que ceux qui ſe ſont
appliquez aux recherches de ce
qui regarde une/ Science fi cu
rieufe , me men envoyent des
Traitez avec ces Deffeins. J'attens
les uns pour fatisfaire la curiofité
que vous me témoignez
la-deſſus ,& les autres pour les
donner auxGraveurs.Parla,mes
Lettres Extraordinaires qui ont
eſté divertiſſantes pour vous juſ
qu'icy,deviendront wiles:& come
une matiere d'érudition en
attireune autre,j'eſpere que tant
d'habiles Gens dont les Ouvra+
ges copoſent ces Lettres, nevous
laiſſerőt rié ignorer.En attendat
ce que vous devez apprendre
par eux touchant les Medailles ,
je vous diray qu'elles, eſtoient
en grande veneration parmy
les
162 MERCURE
les Romains , particulierement
celles qui repreſentoient les vifages
de leurs Empereurs. Ils
n'en ont pourtant pas fabriqué
d'une grandeur exceffive. S'ils
les ont refferrées à un certain
nombre de grains , & limitées à
tine médiocre étenduë, ça eſté
pour les rendre plus communicables
par toute la Terre. Ils ont
eu raiſon. Ce n'eſt pas affez que
la gloire confiée aux Métaux
dure longtemps , il faut que les
Monumens qui la conſervent
foient portatifs pour les faire
aller par tout. Ce font des Hiftoires
parlantes qui ne peuvent
eftre que veritables , eſtant faites
dans les temps meſmes des
choſes quiy font marquées. On
n'y peut rien ofter ny ajoûter ,
comme on fait le plus ſouvent
aux Hiſtoires qu'on r'imprime.
Peu
GALANT. 163
Peu de Figures & peu de Paroles,
quand les Medailles font inventées
parun habile Homme,
fontbien fouvent toutel'Hiftoire
d'un Héros, en caracteres qui
durent toûjours , parce que les
| Métaux ne font point ſujets à
s'ufer. C'eſt ce qui a fait dire à
plufieurs qu'oonn ne peut trouver
la fuite de l'Hiftoire Romaine ,
& reparer ce qui en eft perdu,
que par les Medailles. On commença
d'en faire de plus grandes
fous Neron , & cette grandeur
a eſté depuis imitée en
France. Il ne faut pas s'étonner
que l'Antiquité les ayant renduës
venerables , les Modernes
ayent voulu s'en fervir. Rien
n'eſt plus utile aux Peintres &
aux Statuaires. Ce font des Deffeins
pour eux. Ils y trouvent des
éclairciſſemens pour les ſujets
qu'ils
164 MERCURE

qu'ils veulent traiter. Les Hiſtoriens
modernes n'en tirent pas
un moindre avantage , par les
connoiffances certaines que leur
donnent ces Monumens incorruptibles
laiſſez à la Poſterité,
dans le temps où chacun d'eux a
efté reçeu. Il faut prendre garde
que la plus - part des Medailles
ne font faites qu'à cauſe desRevers
qui fourniffent toûjours
d'heureuſes pensées.Ainfi ,Madame
, ceux de vos Amis qui
voudront bien en envoyer des
Deſſeins , doivent s'épargnerla
peine d'en faire deſſiner la face
droite,qui eſt le coſté de l'effigie,
ou de la teſte , fi ce n'eſt qu'il y
ait quelque raiſon particuliere
quiles yengage , comme feroit
celle de reprefenter le Roy en
Hercule , ou de quelque autre
maniere alors il faudroit envoyer
le
GALANT. 165
le Deſſein de la Face droite avec
celuy du Revers . Vous ſçavez
qu'on peut peindre les Gens de
pluſieurs façons . Il en eſt demême
pour les Medailles. Iln'eſt pas
nouveau qu'un meſme Revers
s'applique à diverſes Faces. Cela
vient de ce que les Autheurs
tombent dans une meſme penſée
, quoy qu'ils ne ſe ſoient
point communiquez. Il y a des
Revers fans Figures , qui ne contiennent
que de ſimples Inſcriptions,
mais d'un ſtile ſi ſerré qu'el
les renferment ſouvent toute la
Vie de celuy que repreſente la
Medaille. Il y en a beaucoup où
le temps de leur publication &
d'autres choſes ſemblables ſe
voyent ſous l'Exergue. Voila un
terrible mot , qui ne fignifie
pourtant rien autre choſe que le
courteſpace qui demeure pour
mar
166 MERCURE
marquer l'année , quand toute
la circonference de la Medaille
n'eſt point remplie de l'Infcription
. Celles dont les paroles de
l'Inſcription auſquelles on donnele
nom de Legende , occupent
entierement la circonference
, ne sçauroient avoir d'Exergue.
Tout le champ de la
Medaille s'appelle la Capacité.
On les ſepare ſouvent en deux
parties , dont l'une eſt appellée
ſuperieure , & l'autre inferieure .
La premiere contient la Region
de l'air,& la ſeconde , la Terre;
auffi la nomme-t'on le Terrain .
Il y a des Medailles de plus de
trente fortesde noms , felonque
quelque choſe d'éclatant s'eſt
paffé. De quelque nature que
cette choſe ait pû eſtre , vousne
devez point douter que ceux qui
prendrontplaiſir àécrire fur cet-
1600 te
GALANT. 167
te matiere , ne parlent des plus
confiderables. Je ne vous apprendrois
que ce que vous fçavez
, uuand je vous dirois qu'on
faitdes Medailles pour les Sacres
des Souverains, pourleurs Cou
ronnemens & leurs Mariages .
Elles font des marques de lar
geſſe pour les Peuples dans ces
grandes occafions . Parmy celles
dont je vay vous faire voir des
Deſſeins , vousen trouverez de
congratulation , & d'autres de
punition ( s'il m'eſt permis de
parler ainfi , puis qu'elles font
faites en memoire d'une Ville punie
de ſa revolte. Je vous les laifſe
examiner dans cette Planche ,
&ne vous les donne point pour
nouvelles , ne doutant pas que
vous n'en ayez déja veu une partie
, mais elles pourront n'eſtre
pas connues de tout le monde ,
&
168 MERCURE
&dumoins ceux qui en aurot veu
quelquesunes ſeparémét, pour
ront approuver le foin que j'ay
pris de les aſſembler. le paſſe à
ce que j'ay à vous dire fur chacune
, felon l'ordre du Chiffre
que vousyvoyez marqué. Ceux
qui voudront travailler ſur une
matiere ſi digned'un genie élevé
&d'un eſprit inventif , en pourront
tirer des idées favorables
pour leurs Deſſeins. :
opre bem bom
EXPLI
GALANT. 169
EXPLICATION
DE TOUTES
LES MEDAILLES
Dont le Deſſein eſt dans la Planche.
1. Revers d'une Medaille d'Ur-
こい
bain V
;
E Revers repreſente un
Cle au devant duquel
on voitun Captifnu , qui ſemble
eſtre Mars , ou la Diſcorde, image
de la Guerre , ayant les bras
&-un des pieds attachez au
Temple. Il eſt aſſis ſur un amas
d'Armes ſemées par terre . Il a la
Paix devant luy , repreſentée
ſous la figure d'une Vierge à
demy nuë. Elle tient une Corne
Octobre.
160 MERCURE
d'abondance de ſa main gauche
, & de fa droite un Flambeauavec
lequel elle met le feu
dans cet amas d'Armes . Urbain
eut pour Pere , Grimoüard Seigneur
de Grifiac au Dioceſe de
Mande. On publia cette Medaille
, parce que ce Pape établit
la Paix par tout où il fut poffible
de l'établir. On voit fous
l'Exergue le temps de ſon avenement
au Pontificat. Je ne
vous parleray point des temps
marquez dans l'Exergue des
autres Medailles , parce qu'il
vous eſt aiſe de les lire . Publier
une Medaille , eſt le terme propre
pour dire , donner une Medaille
au Public.
C
>
i
2.Revers و
GALANT. 161
1
2. Revers d'une Medaille de
Charles Cardinal de Vendofme.
1.
Cette Medaille reprefente un
Lys haut élevé , avec ſa tige ,
fortant d'un Buiſſon d'épines .
Ce Lys qui marque la pureté
de la vie de ce cardinal , fait
connoiſtre qu'il eſtoit né du Sang
de France. Les épinesd'où fort
ce Lys , préſageoient que ce
grand Homme porteroit conftamment
les adverſitez . Il eſtoit
Archeveſque de Roüen , & prit
le party de Henry le Grand
-pendant la Ligue.
BIBLIO
D THRONE
LYO
Hij
172 MERCURE
3. Revers d'une Medaille de Loüis
Cardinal de Lorraine .
On voit dans cette Medaille
un Chapeau de Cardinal , entre
lesCordons duquel paroiſt une
Couronne Ducale , pour montrer
que come Cardinal & comme
Archeveſque de Rheims ,
ce Prince eſtoit dedié à Dieu ;
&comme Duc & Pair de France
, au ſervice duRoy.
4. Revers d'une Medaille d'Armand
du Plessis Cardinal de
Richelieu.
Ce Revers contient une Infcription
Latine dreſſée par les
Docteurs de la Faculté de Paris,
afin de ſervir de Monument
éternel à la pieté de ce fameux
Cardinal. Cette Inſcriptionmarque
GALANT. 173
que tout ce qu'il a fait pour la
Maiſon de Sorbonne , & a eſté
jetréedans ſes Fondemens.
5. Revers d'une autre du mesme .
Loüis le Juſte eſt repreſenté
dans cette Medaille. Il eſt traîné
dansunChar.La Renomméeluy
fert de guide. Les Armes de la
Maiſonde Richelieu paroiffent
dansla Banderolle.La Rebellion ,
ſous la figure d'une femme , eſt
attachée derriere le Char.
6. Autre du mesme.
CetteMedaille repreſente un
Globe terreſtre environné du
Ciel, au côté duquel, en la partie
inférieure de la Medaille , eſt
repreſentée une IntelligenceCer/
leſte qui fait rouler continuellement
ce Ciel avec les Aftres
qui font tout autour. L'Efprit
Hiij
164
MERCURE
du Cardinal de Richelieu eſtoit
d'une fi grande élevation , qu'il
n'eſt pas beſoin de rien adjoûter
à l'explication de cette Medaille
7. Face droite d'une Medaille de
Jeanne Pucelle d'Orleans.
Cette Face droite repreſente
Heroïne . Elle estoit née en France
au Village de Domremy , qui
eft du Bailliage deChaumont en
Baſſigny.
8. Revers de la mesme Medaille.
Ce Revers repreſente l'Affaut
qu'elle donna à la Ville de Jargeau
pres d'Orleans , où elle fut
bleſſée d'un coup de pierre .
9. Revers d'une Medaille de Jean-
Jacques Trivulse Milanois , Mareſchal
de France .
Cette Medaille qui reprefente
GALANT.
165
ſenteun Lyon apprivoilé , fait
voir que la difcipline jointe à
la dexterité de l'Eſprit, fait venir
àboutdes choſes les plus difficiles
, & que meſme par ce moyen
les Beftes farouches ſont domptées.
Ce Mareſchal rendit de
grands ſervices à Charles VIII.
& à Loüis XII.
X. Revers d'une Medaille de Fraçois
de Bourbon Duc d'Enguyen.
Le corps de cette Medaille eſt
compoſe d'un Palmier , ſymbole
de la Victoire , au coſté duquel
paroiſt un Cavalier armé , tournant
la teſte , comme un Homme
qui a eſté irrité. Il eſt en
action de darder le lavelot qu'il
tient vers un Lyon qu'on dẻ-
couvre aupres de cet Arbre ,&
qui leve la pate droite comme
Giiij
176 MERCURE
s'il vouloit pourfuivre & attaquer
le Cavalier. Cette Medaille fut
publiée en l'année 1544. en la
-quelle ce Prince fortit de l'augufte
Maiſon de Bourbon ( en
ayant la valeur heréditaire tout
jeune qu'il eſtoit ) commandoit
l'Armée de France en Italie , &
gaigna laVictoire dans la fameuſe
Bataille de Ceriſoles en Piémont,
fur le vieil Marquis du
Guafl Lieutenant General de
l'Empereur Charles Quint. Ce
Duc d'Enguyen estoit Oncle
paternel du Roy Henry leGrad.
11. Revers d'une Medaille de
François Chabot Admiral de
France.
On y voit un Balon enflé
de vent , lequel eſtant violemment
jetté par terre , bondit &
ſe releve en l'air avec plusi de
force
GALANT.
177
force. Cet Admiral fut injuſtement
accuſé , & fon innocence
ayant eſté reconnuë, il fut rétably
& plus en faveur qu'auparavant
aupres de François I.
12 Revers d'une Medaille de la
Ducheffe de Valentinois .
Le Tombeau ſur le milieu duquel
eſtune Fleche pointée vers
le Ciel , & entrelacée de deux
Branches de Laurier , donne à
entendre qu'apres la mort du
Roy Henry II. la Fleche qui
avoit bleſſe le coeur de cette
Duchefſe , vivoit feule dans ce
Monument.
13. Revers d'une Medaille du
Marefchalde S. André.
r
Il repreſente une Corde laquelle
deſcend d'un nüage , &
qui ſe trouve mêlée par le bout,
-&entrelacéede pluſieurs roeus,
Hv
168 MERCURE
)
Au coſté gauche paroiſt unBras
fortant auſſi d'un nuage ,& tenant
un Coutelas dans la main
qu'il hauſſe en action de vouloir
trancher ces noeus , pour montrer
que par la vertu & par le
courage on furmonte &démeſle
les chofes les plus difficiles & les
phus confufes. Ce Marefchal
eſtoit de la noble & ancienne
Familled'Albon en Lyonnois. II
fervit les Roys Henry II. François
II . & Charles IX. & fut tué
àla Bataille de Dreux.
14. Face droite d'une Medaille
de Henry Prince de Navarre.
Cette Medaille repreſente un
Enfant couché dans un Berceau .
Une petite Victoire qu'il tient en
fa droite , porte une Palme dans
l'une de ſesmains , &une petite
Courõne dans l'autre. Un Squelette
GALANT. M
169
lette qui repreſente la Mort , &
qui tient une Faux , eſt dans la
gauchede cePrince , pourdonner
à entendre qu'eſtant parve-
- nu en âge , il combatroit ſi vigoureuſement
ſes Ennemis,qu'il
triompheroit de leurs Ligues , ou
perdroit la vie.Ce Prince fut depuis
le Roy Henry le Grand ,&
rendit l'Augure veritable par ſes
Victoires..
15 Revers d'une Medaille d'Hon
noratde Savoye Comte de Villars,
On voit dans ceMonument la
Fortune repreſentée ſous la figu
re d'une Femme , nuë , échevelée
,élevant la face vers le Ciel ,
& ayant au coſté ſeneſtre un
Voile flotant au gré du vent. Elle
tienten ſesmains une Banderolle
chargéed'une Croix pleine, qui
180 MERCURED
deſigne les Armes de la Maiſon
de Savoye de laquelle ceCom->
to de Villars eſtoit defcendu..
Gette Femme appuye ſes pieds
fur un Globe qui flote &furnage
dans la Mer , pour ſignifier
que dans l'inftabilité ordinaire
des chofes du monde , la guide:
la pltis afſurée qu'on puiſſe choifir
eſt celle de laProvidence Divine.
Ce Comte eſtoit Fils aifné
de René de Savoye Comte de
Beaufort,Grad- Maiſtre de France&
Gouverneur de Provence;
&ayant eſté fait premierement.
Mareſchal ,il fur depuis Admiral
de France fous Charles IX.au
quel il rendit de grands ſervices.
Il eut pour Fille & Heritiere
unique Henriette de Savoye,
mariée enpremieres Nopces
àMelchior Defprez , Seigneur
de Monpezat , & enfuite
GALANT LOF
te à Charles de Lorraine Duc
duMaine.
16. Revers d'une Medaille de
Iacques de Nemours.
Il reprefente un Bras armé,
mouvant d'un nüage , & tenant
en main un Coutelas en action
de trancher quantité de noeus
meflez & entrelacez ce qui fignifie
que ce Prince par ſa vertu
démeſleroit les choſes les plus
embaraſſées . Il eſtoit forty de la
tres- illustre Maiſon de Savoye.
Son Pere qui en estoit puiſné,
fut Philippes Duc de Nemours
& de Genevois , qui eut pour
Enfans Charles - Emanuel , &
Henry, ſucceſſivement Ducs de
Nemours.
17.Re
172
MERCURE
17. Revers d'une Medaille de
Marguerite Soeur du Roy
Henry II. Ducheffe de Savoye.
Ce Monument repreſente un
Tombeau fur lequel quatre
Couronnes de Laurier ſontpofées.
A coſté ſe voyent deux
Branches de Laurier en départ.
En la partie ſupérieure paroift
leCiel ſemé d'Etoilles , & environné
de nüages , pour ſignifier
que la Vertu merite des Couronnes
, & qu'apres la mort de
ceux qui l'ont cultivée , elle ne
manque jamais de triompher.
18. Revers d'une autre Medaille
de la mesme.
Cette Medaille ne contient
qu'une Inſcription , qui en confacrant
la pieté de cette Princeffe,
CGALANT. 173
ſe , fait connoiſtre qu'il ne faut
rien ſe promettre de ſolide en ce
monde ; mais qu'apres la mort ,
ceux qui ont bien veſcu doivent
attendre leur récompenſe du
Ciel. Cette Ducheſſe de Savoye
&de Berry eſtoit Fille du Roy
François I. & Soeur de Henry
II . Elle fit batre ces deux Medailles
, & joignit à beaucoup de
vertu la connoiſſance des belles
Lettres; cequi la fit furnommer
la Pallas de fon Siecle . Elle fut
fort liberale envers les ſçavans
&les Perfonnes de merite .
19. Revers d'une Medaille de
HenryDucdeGuife.
Lecorpsde cette Medaille eſt
un Ange qui a pris ſon vol dans
la region de l'air , entre des nüages,
tenantde la main droiteune
Branche de Palmes , & de la
gau
184 MERCURE
gauche une Couronne de Laurier
qu'il met ſur ſa teſte , pour
montrer que la Vertu eſt la plus
digne recompenſe d'elle - mefine .
20. Revers d'une autre Medaille
du mesme.
A
Il repreſenteun Autel ſur lequel
font deux mains qui ſe joignet
l'une dans l'autre, en action
de ſe donner la foy reciproquement.
Elles fortent de deux nüages
, & fuportent une double
Croix couronnée & entrelacée
de deux Branches de Laurier ;
ce qui marque que ce Duc rendoit
graces à Dieu de luy avoir
faitobtenir la victoire ſur les Ennemis
de la Foy & de l'Etat , &
proteſtoit de ſon inviolable fidelité.

21. Face
GALANT. 185
21. Face droite d'une Medaille
de Henry de Bourbon , Prince
de Condé.
L
On voit par cette Medaille ,
que celuy quien ſes adverſitez
met fa confiance en Dieu , ne
doit defefperer de rien.
22. Revers d'une Medaille de
Guy de Laval , Marquis de
Nefle.
On y voit un Rocher battu
des vents & des vagues , pour
montrer que la conftance d'un
Homme genéreux ne peut eſtre
ébranlée par les diſgraces . Ce
-Marquis eſtoit de l'illuſtre Maifo
de Laval,& Fils unique de Jea
de Laval Seigneur de Loüé. Il tiroit
ſo origine maternellede celle
de Rohan , & mourut fortjeune
d'une bleffure qu'il reçeut à
la
176 MERCURE.
১০
la Bataille d'Yvry au ſervice du
Roy Henry le Grand.
23. Revers d'une Medaille deHenry
de la Tour,premier Gentilhomme
de la Chabre du Roy.
CeDuc , auparavant Vicomte
de Turenne , à voulu fignifier
par une Etoille brillante environnée
de nüages épais , que les
grandes adverfitez dont il fut
affligé dés ſa jeuneſſe , & les
traits de la calomnie , n'avoient
ſervy, qu'à rendre fon nom & fa
vertu plus celebres. Ildefcendoit
des anciens Comtes d'Auvergne,&
combatit à Courtras avec
Henry leGrand, qui le fit Maréchal
de France ,&moyenna fon
Mariage avec Charlote de la
Mark,Ducheffe de Boüillon ; &
Souveraine de Sedan. Il époufa
en ſuite Elizabeth de Naſſau ,
iffuë
GALANT. 177
iſſuë des Princes d'Orange , de
laquelle il eut deux Enfans , ſçavoir
, Federic Maurice Duc de
Boüillon , & Henry de la Tour
Vicomte de Turenne , mort en
Allemagne d'un coupde Canon.
24. Revers d'une Medaille de
Mariede Cleves .
On y voit deux Cygnes qui
ſemblent ſe regarder tendrement;
pour marquerque dans le
Mariage de cette Princeſſeavec
Henry de Bourbon premier du
nom,Prince de Condé , l'amour
&la fidelité conjugale feroient
reciproquement inviolables.
25. Face droite d'une Medaille
de Cefar Duc de Vendôme .
Le corps de cette Medaille
repreſente ce Prince arme,ayant
la teſte découverte,& tenat une
Epée
188 MERCURE
Epée nuë en action de combatre
, & faiſant bondir fon Cheval
, pour montrer qu'il ſoutiendroit
avantageuſement l'honneur
d'eftre forty du Sang de
Henry le Grand.
26. Revers d'une Medaille de
François Duc de Luxembourg
& d'Epiney.
Ce qui eft repreſenté dans
cette Medaille , n'a eſté mis que
pour marquer la pieté de ce
Duc. Le Roy Henry III. l'envoya
à Rome en qualité d'Ambaffadeur
Extraordinaire , pour
preſter obedience au Pape Sixte
V. Ce fut en ſa faveur que la
Seigneurie d'Epiney en Champagne
fut érigée en Duché &
Pairie. Il fervit enſuite Henry
IV. fort utilement. Il y a eu des
Empereurs dans cette Maiſon,
&
GALANT.189
&elle ſouvent eſté allice à a
celle de France .
YON
27. Revers d'une Medaille de
Maximilien de Bethune , Duc
de Sully , Grand Maistre de
l'Artillerie de France.
On y voit dans un nüage un
Aigle qui porte la Foudre. Cela
marque qu'il eſtoir preft , comme
Grad-Maiſtre de l'Artillerie,
de la porter où le Roy voudroit.
28. Revers d'une Medaille de
Henry de laTour Duc de Boüil
lon
On y voit une Tour ſuportée
par deux cimes d'un Rocher
fourchu& entrecoupé , qui eft
furieuſement battu des flots de
la Mer. Sa conſtance dans ſes
adver
رو
180 MERCURE
adverſitez eſt marquée par là .
29. Revers d'une Medaille d' Antoine
Ruze Marquis d'Effiat.
Cette Medaille fait voir un
Globe Celeſte ſuporté par Hercule
qui a fur ledos fa peau de
Lyon , & fa Maſſuë à ſes pieds.
A coſté paroiſt Atlas , qui pour
foulager Hercule , foutient ce
Globe avec l'épaule & la main
droite , & s'appuye de la gauche
fur un tronc d'Arbre. Cela fait
connoiſtre que le Marquis d'Effiat
ſe donnoit tout entier aux
Affaires, dont le Roy qui regnoit
alors vouloit bien ſe repofer fur
fes foins .
30 Face droite d'une Medaillepubliée
en l'honneur de Charles de
Neuf-ville.
Lecorps de cetteMedaille eſt
compofé
GALANT. 181
compoſé du Portaild'une Eglife
de la Ville de Lyon , de laquelle
il eftoit Gouverneur. Ses Armes
ſont ſur la partieſupérieure de ce
Portail. On a voulu donner à entendre
que Dieu prenoit cette
grandeVille en ſa protection particuliere
. Elle fut édifiée au commencement
de l'Empire d'Auguſte
par Lucius Munatius Senateur
Romain, pendant qu'il gouvernoit
la Gaule Celtique,depuis
appellée Lyonnoiſe , parce que
cette meſme Ville de Lyon fut
faite capitale de la Province.
C'eſtoit par cette raifon que les
Lieutenans Generaux des Empereurs
Romains en Gaule , y
faifoient leur refidence ordinaire.
31. Revers de la Medaille précedente.
Les paroles qui ſont dans ce
Kevers
192 MERCURE
Revers marquent que ce pieux
Gouverneur a fait baſtir en
l'honneur de la Vierge l'Egliſe
dont le Portail eſt dans la face
droite de la Medaille.
32. Face droite d'une Medaille
de Chriftierne II. Roy de Dannemarck.
On y voit le Portrait de ce
Monarque. Il la fit publier en
allant afſieger Stokolme.
33. Revers de la mesme
On y voit un Aigle qui combat
avec un Serpent. On ſçait
l'antipathie qu'ils ont l'un pour
l'autre. Ce Revers fait voir qu'il
faut toûjours combatre ſes Ennemis.
34. Face
GALANT.
193
34. Face droite d'une Medaille
de Soliman , Empereur des
Turcs.
Elle repreſente le Portrait de
cet Empereur. Il la fit publier
pendantle Siege de Bellegrade.
35. Revers de lamesme.
CeRevers repreſente la Ville
de Bellegrade. Toutes les dépoüilles
& tous les Drapeaux
qui avoient eſte pris fur les
Turcs depuis Amurat , eftoient
enfermez dans cette Place bien
gardée&bienmunie.
36. Face droite d'une Medaille
d' Adrien II.
Elle repreſente la teftede ce
Souverain Pontife . Il avoit eſté
Chancelier de l'Univerſité de
Louvain , & Précepteur de
Charles V Supiovane org
Oftobre . I
194
MERCURE
37. Revers de la mesme.
On y voit un Mur qui commence
à tomber en ruine ; ce
Pape voulant faire voir par là
que ſes jours finiroient peu à
peu ainſi que ce Mur. CetteMedaille
fut publiée un peu aprés
fon élection .
XL
38. Face droite d'une Medaille
d'Isabelle Fille d'Emanuel Roy
de Portugal,& Femme de l'Empereur
Charles Vanqib coul
201
Elle repreſente le Portrait de
cette Princeſſe . L'Empereur
fon Epoux la fit publier en fon
39. Revers de la mesme.
On y voit les trois Graces. Les
paroles font voir que cette Princeffe
I
GALANT.
195
ceffle les avoit toutes , & qu'elle
les furpaffoit en beauté ८
40. Face droite d'une Medaille
de l'Empereur Charles V.
On y voitle Portrait de cet
Empereuroland en vill 20
41. Revers de la mesme.
Il repreſente une Femme qui
tientd'une main une Corne d'abondance,&
de l'autre un Flambeau
dont elle brûle des Livres
&des Armes.L'Empereur Char
les-quint apresda tebellion de
Gand , fit couper la teſte à
vingt-fix des plus coupables de
la Rebellion. Iben exila d'aus
tre's , &d'autres éviterent cette
peine par de grandes fommes
qu'ils donnerent. Il y en
eut cent qui furent condamnez
à luy demanderapardon pour
2009 I ij
196
MERCURE
toute la Ville , àgenoux , nuds
pieds , &la corde au col. On baſtit
une Citadelle . On deſarma
les Bourgeois . On les priva de
leurs Privileges , & c'eſt ce qui
eſtrepreſenté par ces Annes &
par ces Livres brûlez dans le
Revers de cette Medaille .
.I
42. Revers d'une Medaille de
Onycongratulece Monarque
de ſes heureux ſuccés dans la
Guerre ,& de tout cequ'il a fait
pour ſes Amis & pour fagloire.
Si l'on compare les Actions des
plus grands Hommes pour lef- 1
quels la plupartde ces Medailles
ont eſté faites , avec ce qu'on a
veu faire au Roy depuis fix ans,
il ne ſe peut qu'on ne s'éleve
d'autant plus en travaillant
pour
GALANT. 197
pour ſa gloire , qu'il paffe tout
ce qu'on a jamais écrit des plus
renommez Heros. La matiere eſt
d'une grande étenduë , & chacun
la peut traiter felon fon génie
, ſans craindre de ſe rencontrer
dans les penſées . Loürs LE
GRAND a fait voir que ce Titre
luy eſt deû en tout. Il eſt
Grand en attaquant par luy-même.
Ill'eſt dans le Cabinet . Ill'eſt
en donnant la Paix , & perfonne
ne l'a jamais eſté de la même
maniere par cet endroit. Il fait
fleurir les Arts & les Vertus ; &
ſi on a de la peine a le loüer, c'eſt
parce qu'il eſt trop loüable. On
fit une Medaille pour Henry
IV. un peu avant la mort de
cePrince. Un Monde environnédes
ſymboles des Vertus paroiffoit
dans le Revers , avec ces
paroles , Reget virtutibus orbem.
Iij
198 MERCURE
Ya-t- il rien qui convienne
mieux au Roy ? Quoy qu'on diſe
de luy , on ne peut trop dire,
quand meſme on iroit auſſi loin
que Philippes II. dans la Medaille
qu'il fit faire lors que Charles-
quint fon Pere ſe démit de la
Couronne d'Eſpagne en fa faveur.
Ce Prince eſtoit reprefenté
avec leGlobe du Monde fur
fes épaules ; & les paroles marquoient
qu'il portoit un Globe
afin qu'Atlas pût ſe repofer.
Cette Medaille eftoit un peu
Eſpagnole. Cependant on ne
peut difconvenir de ſa beauté.
J'attens avec impatience tous les
Deffeins qui me viendront fur
unauſſi grand & auffi auguſte
fujet qu'eſt celuy de la Vie du
Roy. J'auray ſoin de vous les faire
voir gravez dans ma quatriéme
Lettre Extraordinaire que
vous aurez le 15. de Janvier.
GALANT. 199
Jenerefifte point aux louanges
que vous donnez à la derniere
que vous avez reçeuë de moy.
Elle est remplie de tant d'agreables
Ouvrages auſquels je n'ay
point de part , que je croy pouvoir
confentir au bien que vous
m'en dites, fans me faire accuſer
de vanité . Les Fictions ſur l'origine
des Mouches , & les Réponſes
ſur la confidence deMadame
de Cleves , ont eſté les
deux matieres ſur leſquelles on
s'eſt particulierement exercé.Je
ne me fuis point étonné que la
derniere ait tant fait écrire. Depuis
la Princeſſe de Montpenfier,
nous n'avions eu aucun Livrede
galanterie qui eût fait tant
debruitque la Princeſſe deCleves
, & il n'y a jamais eu un trait
fi nouveau que l'aveu qu'elle
fait à fon Mary de l'amour que
I iij
200 MERCURE
luy a fait prendre le Duc de Nemours.
Ce que je vous ay déja
envoyé fur ce ſujet , vous fait
connoître ce que le Public en a
pensé , chaque Piece diférente
n'eſtant pas l'avis ſeul de celuy
qui l'a composée , mais de pluſieurs
Sociétez aſſemblées pour
s'expliquer fur une Queſtion fi
délicate. Quoy que les raiſons
de ceux qu'elle a partagez doivent
vous avoir determinée à
prendre party ,je ne laiſſferay pas
d'ajoûter à ce que vous avez
déja veu , une nouvelle contrarieté
d'opinions à laquelle cette
Queſtion a donné lieu. La choſe
eſt arrivée en Province , & fi
je ne me trompe , en Baffigny .
Voicy ce que c'eſt. Vne jeune
& fort aimable Perſonne qui avoit
l'esprit vif , & qui faifoit
des Vers fi facilement , que les
In
GALANT. ΣΟΙ
Inpromptu ne luy couſtoient
rien , eſtoit fur le point d'eſtre
mariée à un Homme qui ne ſe
piquoit en aucune forte d'avoir
lemeſine talent.Il eſtoit plus âgé
& plus riche qu'elle, bon Homme,
mais de ces Hommes francs
& fans façon , qui diſent nettement
leurs penſées ,&qui enſeroient
quelquefois blâmez, ſi leur
frachiſe ne leur ſervoit pasd'excuſe.
Le jour ayant eſté pris
pour la Signature des Articles,
la plus grande partie des Parens
s'eſtoit déja renduë chez laBelle
, quand un Homme de la
Compagnie reçeut un Paquet
qu'on luy envoyoit de Paris.
C'eſtoit le ſecond Extraordinaire
du Mercure. On s'empreſſa
pour le voir. On le parcourut
, & on tomba preſque
auſſitoſt ſur la Queſtion pro-
Iv
202. MERCURE
A
pofée touchant la declaration
que la Princeſſe de Cleves fait
à ſon 'Mary . Grande conteftation
d'abord . Les unsexaminerent
la Queſtion par les regles
du raiſonnement . Les autres en
jugerent felon leur gouft , & enfin
on confultala deffus les deux
Amans. Ils fe trouveret de ſentimens
oppoſez,& les appuyerent
fi fortement , que chacun d'eux
crût en fon particulier que l'autre
avoit quelques puiffantes raifons
qu'il n'expliquoit pas pour
prendre le party qu'il tenoit .
Cette penſée les chagrina , &
leur fit tirer. des conféquences
de leur humeur. Ils craignirent
de n'eſtre pas ſi unis par leMariage,
que la défiance ne regnaft
d'un coſté, & la coqueterie de
l'autre. Le party. de l'Amante
qui ne pouvoit confentir à la
declaration 1
GALANT.
203
declaration , fut foûtenu par un
jeune Abbé à qui peut-eſtre la
Belle n'eſtoit pas indiferente.
L'Amant n'en fut pas content ,
& voulut établir certaines Maximes
qui firent dire à quelqu'un
de la Compagnie qu'Arnolphe
de l'Ecoledes Femmes auroit bie
fait fon profit de cette converfation
pour les ſalutaires avis
qu'il donne à Agnes. On dit
quelque chofe de fort plaifant
fur ces Maximes qu'un autre
tourna fur le champ en Vers par
Impromptu que vous allez voir
la politique
Dangereuse eft D'un coeur qui ſentant aregred
Les traits d'un amour tyrannique
Embraffe un procedé difcrets
La marque d'une ame pudiques
C'estd'en réveler le Secret.
Quand on nefonge point aumal,
En vain cache- t'on le mystere's
Om
204 MERCURE
On peut confier tout à l'amour con
jugal ,
La confidence alors loin d'estre teme-
Draine こ
:
A l'honneur d'une Femme eſt auſſi ſalutaire
,
Que lefecret Seroit fatal.
L'établiſſement de ces Maximes
qui flatoient l'Amant , fit
entrer la Belle dans de ſerieuſes
reflexions . Elle reſva , & comme
onluy en fit la guerre , elle
dit qu'elle faiſoit des Vers à ſon
tour ,& que c'eſtoit un Meſtier
qui demandoit de la reſverie.
On'la crût , parce qu'elle avoit
un talent aisé pour la Poësie .
On la preſſa de dire fes Vers ,
& apres s'eſtre fait prier , pour
avoir le temps de fonger verita.
blement à en fairee,, elle dit le
Quadran qui fuit:
Cleft
10
GALANT.
205
C'est en user peu prudemment
D'oferàsonMarydécouvrirſafoibleſſe,
Etje ne choiſirois pour aller à confeffe ,
Nymon Mary ny monAmant.
Ces Vers firent rire toute l'Af
ſemblée. L'Abbé qui avoit infiniment
de l'eſprit, declara qu'il
vouloit auſſi fairedes Vers . Il fe
tira un peu à l'écart , reſva quelque
temps , & vint en ſuite régaler
la Compagnie de ceux - cy ,
pour favorifer les ſentimens de
laBelle.
Q
Vand une Femmeveutguerir
D'un amour ſecret qui l'obſede ;
S'il s'agit de le découvrir ,
Et vers l'Epoux crierà l'aide ,
Je tiens pour moy qu'il faut périr
Pintost qu'user de ce remede.
Par un avenfi temeraire ,
La Femme fait trois mauvais coups.
Elle rend son Mary jaloux ,
ASon Amant fait une affaire ,
Et met l'Amour en grand couroux.
>
1 .
7
Ces
206 MERCURE
Ces Vers plûrent fort , & fur
tout les trois derniers qui furent
répetez vingt fois. L'Amant
qui connut que les Rieurs n'eftoient
pas pour luy , déclara
qu'il ſe rendoit ; & pour le faire
connoiſtre , apres avoir prié fa
Maiſtreſſe de l'aimer tant qu'il
luy fuft impoſſible d'en aimer
un autre , il la conjura de luy
en faire un ſecret, ſi elle ne pouvoit
l'éviter , afin qu'il n'euſt
jamais le malheur d'eſtre jaloux.
Tout le monde luy applaudit
, & l'on demeura d'accord
que fi un Jaloux fur l'incertitude
meſme d'avoir aucun
lieu de l'eſtre , foufroit fi cruellement
, la jalouſie ne pouvoit
queſtre mortelle , comme elle
l'avoit eſté pour Mr. de Cleves,
quand on apprenoit de la bouche
meſme d'une Femme qu'un
Rival
GALAN Τ .
207
Rival avoit place dans ſon coeur,
& que fupofé qu'on aimaſt ve--
ritablement , il n'eſtoit pas poffible
de vivre apres une fi funeſte
confidence .
Quoy qu'il ſe ſoit paffe des
choſes affez conſidérables dans
nos Armées , vous ne trouverez
aucun Article de Guerre dans
cette Lettre. Je les referve pour
le Mois prochain , afin d'avoir
davantage à vous dire tout à la
fois . J'y joindray le Plan & les
Attaques du Chaſteau de Lichtemberg
; & comme la Relation
des Affaires de deux mois
vous en fera mieux voir la ſuite,
envouslespréſentant toutd'une
veuë, je nedoute point que vous
n'approuviez ce retardement.
Le beau Sexe ne fe taiſt pas
quand il s'agiſt de marquer l'admiration
où l'on eſt des grandes
2007 Actions
208 MERCURE
Actions du Roy . Voyez- le par
ces Vers de MademoiselleCertain-
Huron.
*****8030303
AUROY
EPIGRAΜΜΕ.
0
Nn'entendra plus tant parler
De vos fameux Exploits de
guerre
Mais, Grand Roy, pour vousfignaler,
Il est d'autres éclats que ces coups de
tonnerre.
Quoy que vos Triomphes paſſez,
Portent voſtre grand Nom au comble de
C
Lagloire
Si ce n'est pas encore affez
Pourformer tout leplan d'une pompeuse
Histoire
Voſtre justice , vos bienfaits,
Vostreprudence Sans exemple,
GrandRoy , font de rares ſujets,
De qui l'éclat n'est que trop ample
Pour en tracer les derniers traits.
Vous
*
LYON
189397714

GALANT.
209
Vous avez déja veu quelques
Airs de Monfieur Leſgu.En voicy
encor un nouveau de fa façon.
On ne m'a point dit de qui
eſtoient les Paroles .
AIR NOUVEAU.
A
Freux Rochers, Demeuressombres,
Charmat Séjour d'un malheureux Amat,
Que j'aime l'horreur de vos ombres,
Où je reſve en repos à mon cruel tour
ment!
Quemon bonheur feroit extréme ,
Si l'ingrate Beauté que j'aime,
Me vouloit, comme vous écouter unmoment.
Le ſejour que le Roy avoit defſein
de faire àS.Cloud, ayat eſté
reſolu avat ſon depart pour Fontainebleau
, Monfieur qui avoit
dőné ſes ordres pour le logemét.
de toute laCour, s'y rendit le 6.de
ce
210 MERCURE
ce Mois , pour voir s'ils avoient
eſté bien executez. Il en viſita
les Appartemens , & ne pûr que
loüer l'exactitude du Sieur Billon
, à qui la direction de cette
belle Maiſon a eſté donnée. Son
Alteſſe Royale alla en fuite dans
la Gallerie qu'il n'avoit point encor
veuë depuis qu'elle eſt achevée
&meublée. Elle en demeura
ff fatisfaite , qu'elle ſouhaita
impatiemmet la venuë de Leurs
Majeftez. Elles arriverent le 10.
dansle Carroffe duRoy, oùiln'y
avoit avec Elles que Monſeigneur
le Dauphin , Mademoiſelle
, & Madame la Comteſſe
de Bethune. Les autres
Carroffes ne pûrent faire la mefme
diligence à cauſe des mauvais
chemins. Apres qu'on eut
admiré les Ouvrages du fameux
Monfieur Mignard, qui rendent
la
GALANT. 211
3
la Gallerie de S. Cloud une des
plus belles choſes de l'Europe
(je vous en feray une autrefois
un Article particulier ) on fit diverſes
Parties de jeu juſqu'à
T'heure du Soupé, qui fut digne
de la magnificence du Roy. La
Table estoit ovale,de vingt-cinq
Couverts; & cõme elle eſtoit fort
large , & que les Officiers n'au--
roient pû mettre de Plats dans
le milieu on l'avoit remply
de Fleurs d'une maniere ſi propre
, ſi galante , & fi pompeuſe
tout à la fois , qu'il eſt difficile
d'en bien concevoir toute la
beauté. Le Service des Viandes
de la bouche eſtoit de quatorze
grands Plats qui formoient un
Cordon. Il y en avoit vingt- quatre
petits pour le tour , qui approchoient
des Couverts. Le
2
Fruit répondoit à ce Service.
Outre
212 MERCURE
7
Outre Monſeigneur le Dauphin
, Mr. Madame , Mademoifelle
, Mademoiſelle de Valois,
Mademoiselle d'Orleans , & Mademoiselle
de Blois;toutesles Ducheffes,
Marefchalesde France,
Dames & Filles d'Honneur de
la Reyne , de Madame , & de
Mademoiselle d'Orleans , furent
placées à la Table. La figure
des Fleurs fe changeoit à chaque
Repas . Tantôt elles eſtoient
dans une Machine dorée d'une
invention agreable , tantoſt
dans des Corbeilles d'argent ,
puis dans des Vaſes ou des Caifſes
de meſme matiere , & quelquefois
on les voyoit meſlées
les unes avec les autres. Toutes
les autres Tables du Roy tinrent
à leur ordinaire , & furent magnifiquement
ſervies . Monfieur
en fit auſſi ſervir pluſieurs dans
le
GALANT.
213
J
leBourg. Il yeut Bal tous les foirs
avant le Soupé dans le Salon
neufqui eſtau bout de laGallerie
.Tout y étoit fi bien ordonné,
qu'on n'a jamais veu une Place !
ſi ſpatieufe pour danſer , quoy
qu'il y euft une infinité demonde.
L'Aſſemblée ne pouvoit étre
plus Illuftre. J'aurois trop àvous
dire , fi je vouloisvous parlerde,
la grace merveilleuſe de Monſeigneur
le Dauphin,de l'air
galant deMeſſieurs les Princes
de Conty , de la Roche fur Yon
&de Vermandois , de Meſſieurs
les Comtes d'Armagnac , de
Marfan & de Brionne,de Monſieur
le Marquis de Hautefort ,
&de Monfieur le Chevalier de
Chaſtillon : mais ſi je me ſensi
incapable de vous exprimer les
avantages qu'ils ont à la danſe,
que pourrois-je vous dire qui
répon
1
214
MERCURE
répondiſte à l'admiration quel
cauferent Mademoiselle , Mademoiselle
de Valois , Mademoiselle
de Blois , Mesdames
les Ducheffes de Vantadour ,
dela Ferté , & de Nevers , Ma+
dame la Comteffe de Maré ,
Meſdemoiselles de Grance , de
Thiange ,& de Beauvais ,Cette
dernière estoune des Filles de
Madame. Quoy que la mort
d'un de ſes Parens l'oblige de
paroiſtre en deüil à la Cour fa
beauté ne l'y fait pas briller avec
moinsd'éclat que si elle estoit accompagnée
des ornemens qui
font recherchez par toutes les
Belles. Le mauvais temps fut
cauſe qu'on ſe promena peudans
les délicieux Jardins de S. Cloud,
mais il n'empeſcha pas le Roy
d'aller voir l'état de ſes Baſti
mens de Verſailles , & de viſiter
la
GALANT.
215
A
la Maiſon des Invalides. C'eſt
un effet merveilleux de la bonté
& de la prévoyance de ce
grand Prince , qui dansle temps
qu'il avoit toute l'Europe liguée
contre luy , ne fongeoit pas feulement
à triompher de ſes forces
, mais à faire un Etabliſſement
pour les Officiers & Soldats
qui ſeroient mis hors d'état
de ſervir par leurs bleffures.
Ainſi tandis que noftre Canondémoliſſoit
ces Murs ennemis ,
Monfieur le Marquisde Louvois
failoit élever ceux du grand &
ſomptueux Baſtiment des Invalides
par les ordres de Sa
Majesté. Ils ont eſté executez
avec tant de promptitude , qu'il
ſemble que ce Baſtiment ſoit
forty de terre. On ne doit pas
en eſtre ſurpris. Le zele qui ani
me Mõſieur de Louyois,lui a fait
faire
216 MERCURE
faire des chofes qu'on tiendra
un jour incroyables. Ce fut luy
qui reçeut le Roy quand S. M.
alla voir le Palais de ces Braves
Malheureux. On luy peut don
ner cenom, puisqu'ilya biende
grands Princes qui n'en ont pas
d'une ſi vaſte étenduë. Le Roy
vifita cette grande Maiſon juf
qu'aux endroits les plus reculez.
Quoy qu'elle foit tres -confide
rable par la beauté & par la
grandeur du Baſtiment, elle l'eſt
encor davantage par la bonne
diſcipline qui s'y obſerve. On y
vit comme dans une Place de
Guerre , & on n'y oublie rien
de ce qui peut porter àla pieté.
Le jour qui préceda l'arrivée de
Leurs Majeſtez , Madame la
Marquiſe de la d'Aubiaye qui
avoit preſté le ferment accoûtumé
pour la Charge de Gou
C
vernante'
GALANT.
217
vernante des Filles de Madame
entre les mains de Madame la
Mareſchale du Pleſſis Dame
d'Hõneur de Son Alteſſe Royale
, en vint prendre poſſeſſion à
Saint Cloud. Vous ne douterez
nyde ſa qualité ny de ſon merite,
quand pour l'une je vousdiray
qu'elle est Soeur de Mr. le Marquis
de Monteclair , & pour
l'autre , que Monfieur qui en
a fait le choix , a donné cette
Charge à la vertu de cette Dame,
quidansun âge peu avancé,
compte ſeize années de Veuvage
. J'avois eſté mal informé
de fon nom quand je luy ay
donné celuy de Roubais. Le
Roy eſtant party pour Verſailles
le 16. de ce Mois, Leurs Alteſſes
Royales vinrent icy le lendemain
, & reçeurent Mademoiſelle
de Fontange à la place de
Octobre . K
218 MERCURE
Mademoiselle de Meſnieres ,aà
preſent Duchefſe de Villars.
C'eſt une fort belle Perſonne.
Elle est grande,blonde, a le teint
vif, lesyeuxbleus,& mille belles
qualitez de corps &d'eſpritdas
une grande jeuneſſe.M.leComte
de Rouffille fon Pere eft
d'Auvergne. Elle devoit eſtre
preſentée par Madame la Princeſſe
Palatine , quila donnée ;
mais comme elle estoit malade ,
Madamela Ducheffede Vantadour
la preſenta au lieu d'elle...
Madame la Princeſſe d'El
beuf eft accouchée d'un Garçon.
S'il eſt auſſi brave que
Monfieur le Prince d'Elbeuf
fon Pere , il fera parler de luy
de bonne heure. Je vous ay
ſouvent parlé de la valeurde ce
jeune Prince. Vous ſçavez qu'il
futdangereuſement bleffé dans
une
GALANT. 219
une des dernieres occafions de
cette Guerre , & qu'il n'en a
laiſſé paffer aucune fans fe fignaler.
Le Roy a donneune Abbaye
àMr. Robert Maistre de Muſique
de ſa Chapelle. Ses Ou
vrages luy ont attiré ſouvent
les applaudiſſemens de Sa Majeſté
, & ce n'est pas fans avoir
bien connu fon merite que ce
Prince l'a recompenfé.
Comme je ne prétens loüer
que ceux qui en ont veritablement
, je me crois obligé de
vous avertir que j'ay eſté ſurpris
dans unMemoire qui m'avoit
eſté donné tres favorable
àun certain Mr. des Clofets. II
m'avoit eſté ſi particulierement
recommandé que le peu de
temps que j'ay chaque Mois à
vous écrire tant de Nouvelles
Kij
220 MERCURE
diferentes , ne me permettant
pas toûjours de m'éclaircir de
ce qui ne m'eſt pas connu , j'ay
ſuivy de bonne foy le Memoire
dont je vous parle. Vous trouverez
bon que je n'en demeure
pas garant.
Je paſſe à l'Explication des
Enigmes . Celle de la premiere
en Vers eft renfermée dans ce
Madrigal de Monfieur le Brun
Segufien.
LOYOrSs que l'on apasséles plus beaux
desesjours,
Tantfur l'ondequefur laterre ,
Afaire l'amour ou la guerre ,
Qu'enl'un de ces mestiers on s'exercetonjours
,
Quel'onsçait ce que c'est d'estre pris&
deprendre,
Que l'on s'est ven vaincu ; que l'on s'eft
veu vainqueur ,
L'on nepeut guére ſe méprendre ;
Surlaconnoiſſance du Coeur.
Voicy
GALANT . 221
A
Voicy les noms de ceux qui
l'ont auſſi expliquée ſur le Coeur ,
qui eſt le vray ſens ; Meſſieurs
de la Fondrie , Avocat au Parlement
de Roüen; Petit Chefne
l'Anglois , Notaire à Pontoiſe;
Des Forges , Avocat du Roy
à Guiſe ; Hiraut , Avocat; Mefdames
Vaflin ; Des Bereaux ,
Tréſorier de France à Orleans ;
Joüet , de la Ruë des Roſiers;
La Cadete d'Amiens ; & la
petite Laide de la Rue des deux
Portes. Ceux que je vous vay
nommer en ont envoyé l'Explication
en Vers. Meſſieurs le
Courrier , de Caën ; Kault , de
Roüen ; Le Mary de jour ; & le
Berger d'Arneville.
La ſeconde a eſté ainſi expliquée
dans ſonvray ſens parMr.
Broſſard Conſeiller au Préſidial
de Bourg en Breffe .
Kiij
222 MERCURE
Ve vostre Enigme est difficon
Depuis deux jours j'y reſve en me rongeant
les doigts;
lemesuis depitévingt fois ,
Sans trouver le vray mot j'en ay foupçonnémille.
L'aypourtant àla fin donné dans le vray
fens;
Vn peudepatience est toûjours fort wile,
La Neffle , comme on dit , meurit avce.
letemps.
Ce meſme Mot de laNeffle , a
eſté trouvé par Mademoiſelle
Buffet la Cadette ; Meſſieurs
l'Abbé de l'Etang ; Guerin ,
Prieur de Sainte Marie Magdelaine
de Bezillac ; Chappuis;
Cheſnon,Directeur general des
Poſtes de la Souveraineté de
Charleville; Deſgarabat de Nogarot
, dans l'Armagnac ; Du
Bois - Quequet ; Archambault,
de
GALANT. 223
de Roüen ; Aubin de Grenoble ;
I. Demontmoyen; L'Abbé d'Olomieux
; De la Porté , d'Orleans
; Taifand , Avocatau Parlement
de Dijon ; De Lattre,
Avocat à Guiſe ; De la Magdelaine
; Balamir amoureux ; Le
Chevalier de Gros-jonc ; Tournés,
du Village de Goux; Thabaud
des Ferrons , de Berry ;
Des Baffins,Ecuyerde Monfieur
le Mareſchal de Lorge , Jean
Bouche-d'or ; Darciſes , Gentilhomme
Beaujolois ; Panthot ,
D. M. & Profeſſeur agregé au
College de Lyon ; Du Meſnil ;
Meſdames de la Tuſte ; Mademoiſelle
de Corcouffon;Reneufve,
de Noyon ; Les Cotieres de
Roüen ; Le Quatrain de Mondoubleau
; Le Jaloux de la gloire
des Tourangeaux; Le bon Clerc
deMuſique de Châlons ſur Saô
Kij ne;
224
MERCURE
ne ; le Hollandois de Saumur;
Neptune , & le Secretaire des
Vendangeuſes de Courbevoye.
Ceux quil'ontexpliquéeenVers
fontMeffieurs Hervilſon S. D. V
de Troyes ; De la Coudre , de
Caën ; Gardien , L. Barré , de
Chartres ; & Polymene.
Il y a eu beaucoup d'Explications
de cette Enigme fur la
Grenade.
Pluſieurs ont trouvé le ſens
de toutes les deux , & ce font
Meſſieurs Jourdan de la Salle ,
deTroyes : Aymés , de Beziers;
De Vaënevar Sieur de Retourne
; Merlin , de Beauvais ; Ar
mand Cheſnon de Tours; Luron
lejeune , de Noyon; LeBourg,
Medecin à Caën ; L'Abbé Ratteau
; Du Meſny , Abbé des
Bons Enfans de Loches ; De
Pruneville , Capitaine au Regiment
GALAN T.
225
ment de Champagne ; Le Philoſophe
naturel d'Orleans; Ioufſes
Sieur de la Chapeliere , de
Charleville ; Le bon Clerc de
la bonne Muſique de Châlons;
De Goumiers ; Un Chanoine
de S. Victor ; Mefdames le Pelletier
, deMeaux ; Favereau , ſur
le Quay de la Tournel.e ; Guerin
,de la Citadelle de Stenay ;
De Noyelle ſur la Mer ; Leger ,
de Troyes ; Antonie ; L'Incomparable
du Païs de Caux ; La
Societé des trois Perſonnes enjoiées
de Tours ; Les Piës des
Tours de Noſtre-Dame ; L'aimable
Angelique de Pontoiſe ;
La Veuve dela Ruë Chapon ;
Le Chevalier , de la Porte de
Paris ; L'Amant def- intereffe ,
de Noyon ; L'Opera de la Rochelle
; Le Solitaire de Picardie;
Le Secretaire fidelle d'Amiens
t
Kv
226 MERCURE
& le Triton. Meſdemoiselles
de Penavaly de Breft , & Clarice
Genoiſe, les ont expliquées
en Vers , auſſi - bien que Meffieurs
du Mont Avocat à Chaumont
, L'Abbé Rathier , Houppin
le jeune , Hordé Secretaire
de Monfieur le Comte de Parabere
, Fueillet Avocat à Chartres
, Geoffroy le jeune de Loches,
Catel de la Ruëdu Four ,
de Foreſta Colonque , Le Solitaire
de Pontoiſe , le petit Afcagne
, Hugo de Gournay fur
Epte,Baizé le jeune , Le Drüide
du Bois deLevantin , & les Re--
formateurs de Bretagne.
Les deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye font , la pre--
miere de Monfieur Saurin , &
l'autre de Monfieur Broſſard
Conſeiller au Prefidial de Bourg
enBreffe.
ENIGME..
GALANT. 227
J
ENIGME.
N feroit mal sans moy toute
importante affaire ,
Et je puisà la Cour trencher du neceffaire.
Je me meſle de tout , j'excelle en tout
Employ.
Perſonne ne me voit chacun croit me
connoistre;
Je me picque aſſez de paroiſtre ,
Et rien n'est plus obscur à moy-mesme
que moy.
Vous me cherchez icy peut- estre ,
Mais si je n'y suis pas , au moins jy
devrois estre.
Ne vous rebutez point , cherchezmay
deformais;
On me croit bien souvent où je ne fus
jamais.
AVTRE ENIGME.
Efuis en vogue en France , je
J n'y fuis pas rare ;
m'estime pas.
Mais quand je suis commun on no
228 MERCURE
Iefuis habile, &par un fort bizarre
Lefaisſouventmonplus grand embarras.
Iln'est rien que je n'ose &ne puiſſe entreprendre.
Quand jeparois oiſifje travaille en effet,
Et mon travailfiny je ne sçaurois comprendre.
La maniere dont je l'ay fait.
leſuis de tout mestier, dans la paix dans
la guerre.
Sans moy l'on nefait rien de bon.
Ie puis facilement courir toute la terre,
Et jeſuis toûjours en prison.
Par tout on me recherche , on m'estime
l'onm'aime.
7
Tout lemonde à l'envy me trouve plein
d'attraits.
Refvez, cherchez- moy bien , prenez un
Soin extréme.
Si je ne me trouve moy- mesme,
Vous ne me trouverez jamais.
L'Enigme en figure qui repreſente
Daphné fuyant Apollon,
n'eſt autre choſe que l'ombre.
Voicyl'Explication queMõſieur
Rault de Roüen en a donnée.
Dans
GALANT. 229
1
:
Ans cette Forest verte & Som-
Dans
Allons, Daphné , nous mettreà l'ombre
,
Lefrais y cause un douxSommeil :
C'est dans ce lieu vert & Sauvage,
Que nous repoſans à l'ombrage,
Le Mercure nous dit qu'il faut fuir le
Soleil..
CetteEnigme ne confifte que
dans l'action . Apollon eft caufe
de la fuite de Daphné, & l'Ombre
eſt toûjours produite par le
Soleil.Meſſieurs Andry,le Bourg
Medecin à Caën , Bonnet de
Vaux , & les Reformateurs de
Bretagne , ont auſſi trouvé ce
meſme ſens. En voicy d'autres
donnez à cette Enigme par diférentes
Perſonnes.
Monfieur Gardien , un Flambeau
allumépoursuivant l'obscurité;
Geoffroy le jeune,de Loches,
Le
230
MERCURE
LeJourchaſſant la Nuit , en Vers;
Le Hollandois de Blois , le Soleil
poursuivant à fon lever l'Etoille
du Jour ; Meſſieurs Joſeph Rey ,
Geographe de S. A. R. de Savoye
; Darciſes Gentil- homme
Beaujollois ; De Lattre Avocat
à Guiſe ; Chappuis , de Monbrifon
en Forest ; Le bon Clerc
deMuſique de Châlons ſur Saône
; & le Triton , la Hollande &
la Paix donnéepar le Royà cette
Province ; Monfieur Eveillardı
Avocat en Parlement , la Paix
qui arreste tes Conquestes de Lowis
Le Grand ; L'Amant nocturne ,
les Conquestes du Roy ; Le Jaloux
de la gloire des Tourangeaux,
La Gloire poursuiviepar les Héros;
Mrs. Houppin le jeune , Merlin
*de Beauvais , & le Solitaire inconftant,
M. Panthot, D. M. &
Profeſſeur aggregé au College
de Lyon , La Paix Victoricuses
GALANT. 23
La Societé des trois Perſonnes
enjoüées de Tours , les Victoires
du Roy fur les Peuples du Rhin;
Hervilfon , S. D. V. de Troyes ,
la Grape de Verjus ; DuMeſnil,
les Arbres & les Plantes ; Thi
baud Medecin à Tours ,le Sucre,
en Vers ; Le Solitaire de Pontoiſe,
la Terre & le Soleil , en
Vers ; L'Inconfolable du Païs
de Caux , l'Aurore ; Mesdames
le Pelletier , de Meaux , une Ravine
d'eau Clarice Genoiſe , là
diference de la Profe & des Vers ,
en Vers ; Monfieur du Mefny
Abbé des Bons Enfans de Loches
, & le petit Afcagne , le
Printemps ; Meffieurs Thabaud
des Ferrons en Berry , & Aymés
de Beziers , la Nuée.
Méduse eſt la nouvelle Enigme
que je vous propoſe. Sa
teſte que Perſée Fils de Jupiter
&
232 MERCURE
& de Danae coupa , avoit le
pouvoir de changer tous ceux
qui la regardoient en pierre.
Ainſi elle estoit l'effroy de tout
le monde , & on avoit grand
ſoin de fuïr pour s'empécher de
la voir.
Mr. de Choiſy, Commandant
dans Thionville,&Gouverneur
de la Citadelle de Cambray , a
enfin épousé Mademoiſelle de
Clermont. Le Mariage eſtoit
arreſté depuis quelque temps,
mais la cerémonie n'avoit encor
pû s'en faire à cauſe qu'il eſtoit
occupé aux Fortifications de
Longhuy. Il excelle dans ces
Ouvrages, & s'eſt rendu ſi utile
& fi agreable à Sa Majesté,qu'il
en reçoit de tres- conſidérables
Penſions. Il a fait voir en plufieurs
rencontres que fon coeur
n'eſtoit pas moins eſtimable que
fon
$
GALANT.
233
fon efprit. Rien n'eſt plus galant
ny plus magnifique , que les
divers préſens qu'il a faits tous
les jours à ſa Maiſtreſſe depuis
celuyde ſon arrivée , juſqu'à ce
que ſe donnant tout entier à
elle , il ne trouva plus à rencherir
ſur ce dernier don. Aujourd'huy
c'eſtoit un beau Fil de
Perles ; demain des Boucles de
Diamans ; le jour ſuivant un
grand Carroffe avec fix Chevaux;
un autre jour force Loüis
dans une Caffette de Criſtal
garny d'or , & enfin pluſieurs
Boëtes à Portraits & à Mouches
, le tout enrichy de Diamans.
Son merite plus que ces
galantes liberalitez, qui ne deûrent
pourtant pas déplaire , l'avoit
rendu maistre du coeur avant
qu'il le fuſt de la perſonne
deMademoiſelle de Clermont,
qui
234
MERCURE
qui eſt d'une tres -bonne Maifon&
des mieux alliées de Paris
dans la Robe & dans l'Epée.
Monfieur de Clermont ſon Pere
eſtoit Maiſtre des Comptes. Elle
n'a qu'un Frere qui eſt Cõſeiller
au Grand Conſeil. Madame ſa
Mere eſt Gargan , & a une pieré
exéplaire qui ne luy laiſſe avoir
des veuës que vers le Ciel.Quoy
que ſes vertus éclatent , ce ne
font pourtant que celles qu'elle
ne peut entierement cacher.
Le Public a fait une tresgrande
perte en la perſonne du
R.P. Yves de Paris,qui eſt mort
depuis quinze jours auConvent
des Capucins de la Ruë S. Honoré,
C'eſtoit un Hommeextraordinaire
, du nombre de ces
Eſprits penetrans , à qui il femble
que la Grace & la Nature
ayent pris plaiſir à découvrir
tout..
GALANT.
235
rout. Il ne faut que lire ſes Ouvrages
pour eſtre convaincu de
ſa profonde érudition , & des
hautes lumieres qu'il poſſedoit
dans toutes fortes de Sciences.
Il a donné au Public douze Vo-
Iumes Infol. & quantité d'autres
Livres qui ne laiſſeront jamais
effacer la gloire qu'on ne luy
fçauroit diſputer , d'avoir eſté
une des plus fecondes , des plus
éloquentes , & des plus faintes
Plumes de ſon Siecle. Ce grand
Homme avoit conſacré ſa jeunelle
au Barreau,juſqu'à l'âgede
30. ans qu'il entra chez les Capucins,
où il en a paffé 58. avec
une telle integrité de vie , & un
fi genereux mépris des honneurs
, qu'il y a toûjours conf
tamment refusé les premiers
Emplois qui luy ont eſté plufleurs
fois offerts. Il eſt mort
âgé
236 MERCURE
âge de quatre-vingts- huit ans.
Je ne vous dis rien de ſes vertus
particulieres.Elles fleuriſſenttellement
dans tout l'Ordre des
Capucins , qu'il ſuffit d'en eſtte
pour meriter beaucoup de gloire
devant Dieu & devant les
Hommes.
* Monfieur Carpatry , Maiſtre
desComptes& Comis de Monfieur
le Tellier, & de Monfieur
de Louvois , eſt mort auſſi dans
le meſme temps. Ila eſté fort regreté
de ces deux Miniſtres , à
cauſe de l'experience qu'il
avoitdans les affaires où ils l'ont
employé pendant pluſieurs années.
Comme ceux qui travaillent
ſous de fi grands Hommes
deviennent habiles en peu de
temps , & que d'ailleurs ils n'en
choiſiſſent point qui n'ayent déja
un fort grand merite , on ne
doit
GALANT.
237
.
doit point douter de celuy de
Monfieur Carpatry .
Monfieur l'Abbé de Chavigny
Docteur de Sorbonne , aeſté
nommé à l'Eveſché de Troyes,
vacant par la mort de Monfieur
Mallier du Houſſay, qui le pofſedoit
du vivant de Louis XIII.
& qui estoit Abbé de S. Pierre
de Melun. L'abondance de la
matiere de ce Mois me fait differer
à vous entretenir du merite
de ce nouveau Prélat , jufqu'au
temps où je vous parleray
de fon Sacre.
Je paſſe àl'Articledes Modes
nouvelles , dont je ne vous entretiendray
que parce que je
m'y ſuis engagé. Je ne devois
pas fixer un temps pour vous
en parler ; & puis que l'inconftance
les fait naiſtre , je devois
croire que je ne pouvois rien
pro
238 MERCURE
promettre d'afſuré fur cet Article.
Je me frois fur le changement
des Saiſons, mais elles ſont
ſouvent bien trompeuſes. Il eft
vray qu'elles confervent toujours
leur nom , mais on ne les
peut quelquefois reconnoiftre
que par là , & leur nom ne fuffit
pas pour produire des Modes
nouvelles , quand du reſte elles
n'ont rien de ce qu'on attend
d'elles , que l'Hyverregne pendant
les premiers jours du Printemps
, & les chaleurs de l'Eté
pendant la plus grande partie
de l'Automne. Ce déreglement
des Saifons ſera cauſe que d'orefnavant
je ne vous parleray
de Modes qu'à meſure qu'elles
feront inventées. Je ne vous en
apprendrayguéres à la fois,mais
je vous en entretiendray fouvent,&
peut- eftre en trouverez
vous
GALANT.
239
vous quelque choſe dans la plus
grande parrie de mes Lettres
tant ordinaires qu'extraordinai
res . Comme on a cette Année
paffé tout d'un coup de l'Eté à
l'Hyver , &que les pluyes continuelles
ont fuccede aux grandes&
longues chaleurs , fans
que nous ayons joüy des beaux
joursque l'Automne devoitnous
donner , je paſſeray de meſime
des Modes de l'Eté à celles de
'Hyver. Je croy vous devoir entretenir
d'abord des Habits &
des Etofes d'or & d'argent. Je
ſçay bien qu'il eſt défendud'en
porter , & vous le ſçavez commemoy.
Cependant il eſt peude
Perſonnes de qualité qui n'en
ayent. Il eſt vray qu'elles ne
s'en ſervent que rarement , &
que lors qu'elles le portent , ce
n'eſt quedans des lieuxoù il n'y
a
240 MERCURE
il
a rienà craindre du plus juſte&
du plus vigilant Juge de Police
que nous ayons veu en France.
Le temps avoit toûjours fait oublier
ces fortes dedéfenſes;
les faloit fans ceſſe renouveller;
on n'impofoit aucune peine à
ceux qui oſoient y contrevenir ;
mais ce temps eſt paffe ,& quoy
que Monfieur de la Reynie ſoit
le Magiſtrat du mondele plus
affable , on peut afſſurer que lors
qu'il s'agit de faire executer les
volontez du Roy , rien ne luy
peut faire relâcher de la juſte ſevérité
que tout Juge qui veut
eſtre équitable doit avoir. Je
croy que cet éclairciſſement eftoit
neceſſaire avant quedevous
parler des Etofes d'or & d'argent.
Celles qui font le plus en regne
, font des Draps d'or façonnez
GALANT .
241
nez de pluſieurs fortes ; fur des
fonds de couleur de mufc, clairs
&bruns , brochez d'or & d'argent.
On brode auſſi enor & en
argent fur des Gros de Naples,
ouMoires liffées de foye , fabrique
de Paris , & façon de velours
ras. Ceux qui ne portent
ny or ny argent , font broder ces
Etofes de foye de pluſieurs couleurs.
On y fait meſme imprimer
ou gauffrerdes Fleurs. On double
les Habitsde Pluche ou pannes
de couleurs hautes , comme
de couleur de feu ou de cerife,
La plupart des Hommes ne s'habilleront
cet Hyver que de deux
fortes d'Etofes. La premiere eſt
un Drap gris , que l'on peutdire
auſſi bien travaillé que le Caſtor.
La ſeconde eſt une Etofe
brochée avec un cordonnet.
Monfieur Gaultier de la Cou-
Octobre. L
242
MERCURE

ronne Ruë des Bourdonnois , a
* fait faire ces Etofes quifont tresbelles
. Les Habits de Ville des
Femmes feront d'Etofes de ſoye
de toutes fortes de manieres. Ily
en aura avec du velouté tant en
noir qu'en couleur. On portera
des Jupes brodées tant fur le
Meſtier que par le Brodeur , qui
imiteront les Points de France .
On porte à preſent quantité de
gros Satins couleurde cheveux,
gris de Souris , & gris de perle ,
qui font ſemez d'un courant de
Fleurs. On porte auſſi de gros
Satins dont les Fleurs font fraizées
, comme ſi c'eſtoit du velours
cizelé , & des Etamines à
fleurs à fonds de ſatin blanc .
Nous avons veu naiſtre deux
couleurs depuis quelques - années
( ce qui n'arrive que tresrarement.
) Ces deux couleurs
font
GALANT.
243
font celles de paille &de Prince .
Monfieur Gaultier en promet
une troiſième , mais il n'en veut
point encor dire le nom. Il attend
pour la S. Martin une Flote de
tres- riches Etofes. Les Manteaux
que l'on fait ſont toûjours
affez négligez ; & la plupart des
Robes font faites à l'Indienne .
On porte à la Courl'or& l'argent
ſur le bleu & fur le rouge ,
pourveu que ce ne ſoit point de
la Broderie , car elle n'eſt permiſe
qu'à ceux qui ont des Juſteà-
corps de Brevet ; mais on couvre
en recompenſe le Juſte-àcorps
bleus & rouges d'un Point
de France & d'un Point d'Eſpagne
fi relevé & fi bien fait , qu'il
furpaſſe la Broderie en beauté ,
& il y en a meſme qui ſont tout
couverts d'argent trait. Les
Echarpes font magnifiques , &
Lij
244
MERCURE
font d'un Point d'Eſpagne d'or ,
ou d'or & d'argent enſemble ,
mais fi maniables , qu'elles ne
groſſiſſent point. Ces Echarpes
ne ſe mettent pas feulement par
deſſus les Juſte-à- corps bleus &
rouges garnis de Dentelles ; on
lesmet encor fur ceux de velours
& fur les gris. L'on ſe ſert toû
jours des Boutons de vermeil
doré , mais l'on ne fait point de
Boutonnieres de fil d'or. Les
Boucles de Souliers les plus à la
mode font d'or. Les Noeuds d'épaule
&d'Epée fontbrodez-paffez
ſeulementd'un demy pied de
haut , avec une Frange double ,
ou une Campane d'or & d'argent.
Je croy que vous n'ignorez
pas que brodé- paffé eſt une
Broderie plate qui paroiſt des
deux coſtez . Les Rubans que
l'on porte fans or & fans argent
font
GALANT.
245
font tres -larges,& la plupart tabifez
& mouchetez . Les Chapeaux
qui ſe portent avec les
riches Juſte - à- corps dont je
vous ay parlé , font bordez d'or
&d'argent , & l'on commence
mefme à porter un petit fil d'or
autour des Caudebecs. On porte
avec lesmeſmes Juſte -à- corps
de Baudriers à fleurs d'or decoupez
avec des couleurs def
fous. On apetiffe tous les jours
les Chapeaux , & les Caſtors
font toûjours ras. Les Bouquets
de Plumes commencent à devenir
à la mode. Celle des Habits
n'eſt point changée , ils
font toûjours à la Cavaliere .
Les Bas font toûjours roûlez ,
&les Juſte - à- corpslongs. Les
Canons des Rhingraves font
toûjours évidez , excepté ceux
que l'on fait de Point de France,
Liij
246 MERCURE
dont on voit beaucoup à prefent.
On portera des Habits
gris brodez de ſoye , avec ces
Canons de Point. Il y a une
Fabrique Royale établie nouvellement
à S. Maur pres Paris
par le Sieur Charlter , où l'on
fait des Etofes d'or , d'argent ,
&de foye , & des Drapsd'or à la
façon des Perſes ,&d'autres à la
maniere d'Italie ; des Velours ,
Satins , Damas , & de toutes fortes
de Draps d'or & de foye de
qualitez extraordinaires que l'on
peut acheter de la premiere
main , en allant à fon Magazin à
Paris Ruë de la Coutellerie , au
Cerceau d'or , où il debite lefdits
Ouvrages. Ce Mr. Charlier
aune intelligence toute particuliere
pour faire fabriquer toutes
fortes d'Etofes. C'eſt luy qui a
fait depuis fix ans toutes celles
qui
GALANT.
247
qui ont ſervy pour habiller le
Roy. Il en faitd'admirables pour
les Ameublemens. Quant à celles
qui ſervent à faire des Habits,
il les fait fi maniables, qu'on
ne ſçauroit aſſez les admirer , &
c'eſt par là qu'elles ont plû au
Roy. On ne doit pas s'étonner
du merveilleux talet qu'il a pour
ces fortes de choſes, puis qu'il a
veu tous les Païs Etrangers où
les plus belles Etofes ſe fabriquent.
Il en fait de nouvelles
dont les Deſſeins font admirables
, & d'une invention toute
particuliere. Il n'y a que luy en
France qui puiſſe venir à bout
des choſes qu'il execute. Il faut
juſques à quinze milles cordes
pour monter la plupart de les
Meſtiers , & on ne les ſçauroit
voir fans ſurpriſe. Apres vous
avoir parlé d'Etofes , de Modes,
Liiij
248 MERCURE
& de Manufactures nouvelles,
je croy vous devoir faire voir
deux Figures habillées. Jettez
les yeux fur ce Cavalier , vous
verrez dans for habillement une
partie des chofes dont je vous
viens d'entretenir. Imaginezvous
qu'il revient de l'Armée,&
qu'on l'a habillé ſelon les premieres
Modes qui ont paru. Son
Habit eſt de ces Draps gris dont
je vous ay déja parlé , & qui ſe
vendent chez le Sieur Gaultier,
Son Juſte - à- corps eſt long , & fa
Veſte un peu plus courte que
celles qu'on portoit l'Ete dernier.
Elle eſt brodée de ſoye
fur un fonds de Satin, ( ce n'eſt
pas qu'on n'en porte de plufieurs
autres Etofes. ) Il n'y a
point de Modes generales pour
les Veſtes. Les Manches de ce
Cavalier font à l'ordinaire, avec
un
L
THEANE
*
*
1893
*
n
fi
P
le
C
GALAN T.
249
un fort grand Noeud de Ruban
large. Ses Gants font de Frange
de la couleurde ſa Garniture;&
fon Noeud d'épaule & celuy de
fon Epée font larges & brodezpaffez
, avec une grande Frange
au bord. Son Baudrier eſt brodé
de foye ſur un fonds de la couleur
de fa Garniture ; & fon
Echarpe eſt de Pointd'Eſpagne .
Il a un Manchon de petit gris,
(on n'eſt pas feûr que cette
Mode continuë , mais il eſt certain
que les Marchands le fouhaitent,
& qu'ils en ont fait faire
beaucoup.) SonChapeau eft petit
, & garny d'un Bouquet de
Plumes. Il eſt de Caſtor gris
blanc , & ras . On porte auffi de
petits Caudebecs noirs , legers,
&maniables. La Perruque que
vous voyez eſt encor à la Cava-
Here, & la Cravate eſt de Point
Lv
250 MERCURE
de France. Je ne vous dis rien
des Defſeins de ce Point , puis
qu'ils n'ont pas changé depuis
que je vous en a y parlé. Les Bas
de ce Cavalier font roulez , fes
Boucles d'or , & fes Souliers luftrez
. C'eſt affez vous entretenir
de ce qui regarde l'ajuſtement
des Hommes ; il eſt temps de
vous parler des Dames. Il n'y a
encor rien de changé à leurs
coëffures ; leurs cheveux font
toûjours moitié crépez &moitié
bouclez , & fort ſeparez dans le
milieu du front. Elles mettent
ordinairement deux Cornettes
de Point à la Reyne, ou de ſoye
écruë, & fort rarement de Point
de France , parce que le Point
clair ſied mieux au viſage. La
petite Cornette fraizée qui en
approche le plus , eſt nouée d'un
Ruban fousle menton. La feconde
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et
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GALANT.
251
conde qui accompagne la petite',
eſt plus longue ; & l'on met
au bas de la troifiéme appellée
la grande , deux Noeuds négligez.
On noüe fur la teſte unRuban
large & tournant. La premiere
Coëffe eſt de Point de
même des Cornetes,& la feconde
Gaze double. Tout cela fe
voit dans la Figure de Femme
que je vous envoye , fur laquelle
vous n'avez qu'à jetter les yeux.
La forme de ſon Manteau eft à
l'ordinaire. Il eſt de gros Satin
de Florence , couleur de Muſc
brodé de ſoye de couleurs modeſtes
, qui font le violet , le gris
de lin , & la couleur de Prince,
Il y a un peude blanc meflè parmy
ces couleurs.Sa Jupe eſt d'un
gros Satin d'un blanc un peu fale,
brodéde ſoyes bleuës & violetes
, & de couleur de Prince
252 MERCURE
& de Mufc. Il y a en basune
grande Dentelle de foye rebrodée
& pliffée. On mettoûjours
un double rang de Point aux
Manches , & des Manchetes
doubles. Les devans des Manteaux
font retrouſſez de Noeuds
de Pierreries .On brode les Souliers
de grands fleurons or &
argent ; & les Manchons des
Dames font faits de tiſſu & de
pluche. On met de gros Noeuds
de Ruban fur ces Manchons.
J'ay oublié à vous marquer que
les Habits de fatigue des Hommes
font de Frize d'Irlande , &
qu'on en porte beaucoup .
Je devrois encor vous entretenir
de Mariages , de Morts ,
d'Accouchemens , de Charges
nouvellement données , & de
pluſieurs autres Articles ; mais
toutes ces choſes m'eſtant ve
nuës
GALANT.
253
nuës trop tard , je ſuis obligé de
remettre au Mois prochain à
vous en parler. Vous les ſçaurez
fans -doute alors , mais je croy
qu'elles ne laiſſeront pas de vous
eſtre nouvelles par pluſieurs circonſtances
dont j'auray ſoin de
vous informer. Je fuis ,&c.
H
TABLE
:
TABLE
DES MATIERES
contenuës en ce Volume.
VANT-propos.
A Idylle de Meffieurs de
l'Academie de Soif-
Sons.
Mort de M. Brayer.
14
23
Mort du celebre M. Nicole. 26
Galanterie en Profe & en Versfur
des Paroles de l'Opera d'Atis.
29
Arrivée de M. le Connestable Colonne
à la Cour de Savoye , &
Son entreveue avec Madame la
Comtesse de Soiffons. 34
Les Aprests de Noce du Prince de
Neuf- bourg & de l'Archidu
cheſſe Marie Anne , Sont faits
par le Marquis de Fleury par
ordre
TABL E.
Cordre de l'Empereur.
Mariage de M.le Vicomte de
Luffan . 37
Bouquet. 40
Promenade de Monseigneur le
Dauphin àCourance. 41
Mariage de M. de Varengeville
& de Mademoiselle Courtin..
43
Nouveaux Livres de Genealogie.
44
Le Roy donne deux Abbayes, l'une
- au Fils de M. de Cordemoy Le-
Eteur de Monseigneur le Dawphin
,& l'autre à M. de Mou-
4.
chy 47
L'Ombre de l'Empereur Charles-
- quint en Vers , par M. l'Abbé
de laChaife. 49
Festes galantes données fur les
bords de la Marne...
59
Réjouiffances faites en plusieurs
androits. 73
Monu
TABLE.
Monument nouveau à la gloire
du Roy, inventéparM. de Laugeon.
83
Differtation sur la Question proposée
dans le ſecond Extraordinaire
du Mercure.
Madrigal.
Autre Madrigal.
86
95
96
Vers ſur un Baiser dérobé. ibid.
Lettre touchant l'origine des Cadrans.
98
Autre ſur le mefmeſujet. 103
Mort de M. l'Evesque de Munſter
, avecun abregéde ſa vie.
I I.I
M. l'Evesque de Paderborn luy
- Succede. 120
Circonstance oubliée dans la Relation
du Combat de Mons. 125
Fautes qui s'estoient glissées dans
lamesme Relation. 133
L'Amant Batelier, Histoire. 136
Mariage de M.le Marquis de
Chaftcan
TABLE
Chasteaugontier , & de Mademoiselle
de la Cour des Bois . 152
Nouvelle Traduction d'Horace.
159
Discours touchant les Medailles .
159
Explication des Medailles gravées
dans ce Volume . 169
Avanture causéepar la Question
proposée dans leſecod Extraordinaire
du Mercure . 200
Epigramme. 208
Divertiſſement de S. Cloud . 209
Le Roy va viſiter la Maiſon des
Invalides . 214
Madame la Marquise de la
d'Aubiaye prend poſſeſſion de la
Charge de Gouvernante des
Filles d'Honneur de Madame .
217
Mademoiselle de Fontange est reçeuë
Fille d'Honneur de Madame.
ibid.
Accou
TABLE.
Accouchement de Madame la
Princeffe d'Elbeuf. 218
Le Roy donne une Abbaye à M.
Robert Maistre de Musique de
Sa Chapelle. 219
Explication en Vers de la premiere
Enigme du Mois passé. 220
Noms de ceux qui l'ont expliquée.
221
Explication de la ſeconde Enigme
222 en Vers.
Noms de ceux qui l'ont expliquée.
ibid.
Noms de ceux qui ont trouvé le
vray ſens de toutes les deux
Enigmes . 224
Enigme. 227
Autre Enigme. ibid.
Explication en Vers de l'Enigme
en Figure du Mois passé. 229
Noms de ceux qui l'ont expliquée.
> ibid.
Mariage de M.de Choify Commandant
TABLE .
dant dans Thionville , & de
Mademoiselle de Clermont. 252
Mort du Reverend Pere Yves de
Paris. 234
Mort deM. Carpatry. 236
M. l'Abbé de Chavigny est nomméà
l'Evefché de Troyes , vacant
par la mort de M. Mallier
du Houffay. 237
Modes nouvelles. ibid.
Avis
}
O
Avis pour toujours .
N prie ceux qui envoyeront
des Memoires où il y
aura des Noms propres , d'écrire
ces Noms en caracteres tresbien
formez & qui imitent l'Impreffion
, s'il ſe peut , afin qu'on
ne foit plus ſujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette fur
des papiers diferens toutes les
Pieces qu'on envoyera.
On reçoit tout ce qu'on envoye
, & l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point
leurs Ouvrages dans le Mercure
, les doivent chercher dans
l'Extraordinaire ; & s'ils ne font
dans l'un ny dans l'autre , ils ne
ſe doivent pas croire oubliez
pour
pour cela. Chacun aura fon
tour , & les premiers envoyez
feront les premiers mis , à moins
que la nouvelle matiere qu'on
reçevra ne ſoit tellement du
temps qu'on ne puiſſe differer.
On ne fait réponſe à perſonne
, faute de temps.
On ne met point les Pieces
trop difficiles à lire .
On reçevra les Ouvrages de
tous les Royaumes Etrangers ,
& on propofera leurs Queſtions.
Si les Etrangers envoyent
quelques Relations de Feſtes
ou de Galanteries qui ſe ſeront
paſſées chez eux , on les mettra
dans les extraordinaires .
On ne met point d'Hiſtoires
qui puiſſent bleſſer la modeftie
des Dames ; ou deſobliger les
Particuliers par quelques traits
ſatyriques.
On
On a beaucoup de Chanſons.
Elles auront toutes leur tour , fi
on apprend qu'elles n'ayent pas
eſté chantées. C'eſt pourquoy ſi
ceux par qui elles ont eſté faites
veulent qu'on s'en ſerve , ils
les doivent garder ſansles chanter&
fans en donner de copie
juſqu'à ce qu'ils les voyent dans
le Mercure.
FIN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le