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1678, 09 (Lyon)
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807156
MERCURE
GALANT.
THEQUE
DEA
LYO
Septembre
1678
.
IBLI
*1893*
BE LA
VIL
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere.
M. DC. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
I
'Ay chanté vos vertus pen
dant plus de huit mois,
En attendant le temps de
chanter vos Exploits.
Si je ne fournis point aujourd'huy ma
Carriere
Sur vos Prodiges éclatans ,
Ce n'eſt pas manque de matiere,
C'eſtmanque ſeulement de temps.
En effet, MONSEIGNEUR ,
il m'enfaudroit plus qu'ilne m'en
reste , aprés avoir parlé des furprenantes
Actions du Roy , pour
a ij
i
*entrer un peu particulierement
dans les choses qui vous regardent
. Cesont tous les jours de nouveaux
sujets d'admiration pour
ceux qui ont l'avantage d'en estre
Ves témoins. Leur bonheur est fans
doute à envier ; mais au moins
quelque zele que leurinſpire l'honneur
d'approcherde Votre Perfonne,
il nesçauroit qu' égaler leprofond
refpect avec lequeljefuis,
MONSEIGNEUR ,
Vôtre tres- humble & tresobeïſſant
Serviteur. D.
Avis
Avis pour toûjours.
N prie ceux qui envoyeront des
Memoires où il y aura des Noms
propres , d'écrire ces Noms en caracteres
tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut , afin
qu'on ne foit plus ſujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diférens des Lettres, toutes les
Pieces qu'on envoyera ..
On reçoit tout ce qu'on envoye,
&l'on fait plaifir d'envoyer.
- Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire ;
& s'ils ne font dans lun ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun aura fon tour,
&les premiers envoyez ſeront les premiersmis
, à moins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoit tellement
du temps, qu'on ne puiffe differer.
On ne faitréponſeàperſonne faute
de temps.d
a. iij
On ne met point les Pieces trop
difficiles à lire.
On recevrales Ouvrages de tous.
les Royaumes Etrangers, &on propoſera
leurs Queſtions.
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries.
qui ſe ſeront paſsées chez eux , on les.
mettradans les Extraordinaires.
J
Le Libraire au Lecteur.
Edonneray , cher Lecteur ,le troisiéme
Extraordinaire du MercureGalant
le 30.du preſent Mois d'Octobre..
Tous les Volumes du Mercure ſeſepareront
toûjours à Lyon chez le Sieur
Amaulry Libraire ; sçavoir , ceux de
1677. pour douze fols , & ceux de
1678. pour vingt fols , c'est pour la
commodité de ceux qui en auront perdu
ou égaré , car quet Kolume que l'on
Souhaitera on lefeparera. Tous lesLivres
Nouveaux qui seront & qui ont
estédans leMercure tous les Mois, fe
trouveront auſſi chez ledit Amaulry..
Livres
Livres Nouveaux du Mois de
Septembre. P
Relation du Siege de Grave avec la
Carte.
La ſuite de l'heureux Eſclave aves
l'Hiſtoire de Laura .
Recherche de la Verité , 4 ..
Conduite du Sage , 12 .
TABLE DES MATIERES
A
contenuës en ce Volume.
Vant-propos,
Description en Profe & en
page
Vers d'uneEéte
donnéepar M. de Matignon. 6
Régaldonné àMadame la Comteſſe de Soiſſons,
parMadame la Ducheſſede Savoye , 21.
Mariagede M. du Gué , & de Mademoiselle
Paru, 22
Hiſtoire des Dents cruës fauſſes , 24
Marbre trouvé dans le territoire de S. Maximin
en Provence ,
31
Prodige arrivé à Loches
32
Mausolée deM. le Mareſchal du Plessis, 35:
Vers pour mettre ſous les Portraits des Ducs de
Guife,
Mort deM. l'Evesque deFréjus.
Mort deMadame d'Emery ,
40
44
55
LeRoydonne à M. l'Abbé de Maupertuys l'Abbaye
de Sauffeuse, 18
a. üüj
TABLE.
Fable de la Pie & du Roitelet , 60
Hiſtoire dela Promeſſe de Mariagevolée , 63
Sonnet contre la Chaſſe du Liêure , 76
Stances, 78
Mort de M. de Seguiran Premier Preſident en la
Cour des Comptes, Aydes & Finances d'Aix.
en Provence ,
8г
Mort deMesdames de Meneblan, &Freſon , 88
Réjouiſſancesfaites à Thoisars , 89
Académie établie à Cavaillon , १०:
Y
Helene - LucrecePiſcopia Cornaroprend lesDegrez
de Doctorat à Padouë , 94
Lettre du Zephire à Flore , 98
Reponſede Fomone ,
ibid
2
Sonnets , & autres Pieces ſur la Paix , 100.
101. c.
Mort de Madame la Ducheſſe de Virtemberg,
103
Mort de M. le Marquis de Courcelles , & de
M. de S. Remy ,
1101
Preſent fait au Roy par M. l'Abbédu Montal,
III
Portrait de M. l'Archevesque de Paris , grave
par Mademoiselle Stella , 119
Portraits de Leurs Majestez gravez par Mademoiselle
Maſſon ,
ibid.
Tremblement de Terre arrivé àAvignon & en
Provence,.
120
VersfurceSujet,
121.
Avanture arrivée aux Bains d'Aix en Savoye,
122
LeRoy fait Monsieur le Marquis de Navailles
Brigadierdansſes Armées , 137
Régalfait àla Reyne à l'Abbaye du Lys , ibid..
Mort:
TABLE.
Mort de Madame la Baronne de Marcé, Gouvernante
des Filles d'Honneur de Madame,.
138
Madamede Roubais est choisie en ſaplace. ibid.
Mort de Madame de la Levretiere , Gouvernante
de Condé, 139
Fautesgliffées dans quelques Volumes precedens,
2:141
M. des Cloſets eft envoyé à Romepar le Patriarche
d'Anticche pour l'Union de l'Eglise Grecque
& de la Romaine, 143
MariagedeM. le Vicomte d'Obierre , &de Ma-
147
Mariage de Monfieur de la Salle Maistre des
damede Ionſac,
Requestes, 148
Kétabliſſement de la Santé de Madame de Saibid.
150
Merveilleux effets des Remedes du Medecin Anvoye,
Madrigal ,
glois des Peres Capucins établis au Louvre
par l'ordre du Roy, 151
Relation du Combat donnédevant Mons , avec
*les Noms de tous ceux qui s'y ſont ſignalez, 155
Articlede la Guerre d'Allemagne , 232
Explications de la premiere Enigme en Vers du
Mois dernier , 239
Noms de ceux qui l'ont expliquée, 240
Explication en Vers de la Seconde 242
Noms de ceux qui l'ont expliquée , 243
Enigmesen Vers , 248.
Noms de ceux qui ont expliqué l'Enigme en Figure,
250
3
Enigmeen Figure , 255
• Divertiſſemens de Fontainebleau ,
ibid..
Mort
TABLE.
Mort de Monfieur le Marquis de S. Germrin
Beaupré ,
Mort deMonfieur de Flavacour ,
262
263
Mort deM. Roulier Maistre des Requefles, ibid
Charges&Benefices donnez par le Roy. 264
MariagedeMonfieur le Ducde Villars . 266
Publication de la Paix ratifiée entre la France
&la Hollande, 268
Apoftillefur le mot de Porfil, 274
Finde la Table.
Extrait
GE
DEZAVILLE
Extrait du Privilege du Roy.
YONE
* 893 *
PAr Grace &
Privilege du Roy, donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sicur de
Vizé,de faire imprimer parMois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſidefenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs,Gra
veurs& autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans le conſentement de l'Expoſant,
nyd'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
,& confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678.Signé E. COUTEROT , Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sicurde Vizé , a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilegeà
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour en
joüir ſuivant l'accord fait entr'eux. A
Achevéd'imprimer pourlapremiere fois le
30. Juillet 1678.
EX
03-603
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
de Monseigneur le Vice - Legat
d'Avignon.
Ar grace & Privilege de Monſeigneur
l'Excellentiffime Vice-Legat , il eft permis
THOMAS AMA ULRY Librairede Lyon d'imprimer
& debiter le Livre intitulé LeMercure
Galand , avec l'Extraordinaire dudit Mercure
Galand , avecdeffences à tous autres d'impri
mer , vendre , ny debiter dans la Ville d'Avignon
& Comté Venaiſſin aucun Exemplaire
dudit Livre,même de ceux cy- devant imprimés,
en toutou en partie, que de l'impreſſion dudit
AMAULRY, pendant le temps de fix années, à
compter du jour que chaque Volume ſera imprimé
pour la premiere fois, àpeine de fix mil
livres d'amende , ainſi qu'il eſt plus amplement
portéà l'Original ; & le preſent Privilege
eſt tenu pour deuëment ſignifié en metrant
un Extrait au preſent Livre. Signé
FR. NICOLINI Vice - Legat. Datté du
16.Avril 1678. Enregiſtré par FLORENT
Archevifte,
ADVIS.
س
MERCURE
GALANT
L n'eſt pointbeſoin,
Madame , que vous
me recommandiez
les Nouvelles de la
Paix. Jé ſçay qu'on
ne vous en ſçauroit apprendre
de plus agreables, & qu'aucune
de mes Lettres ne vous aura tant
plû que celle où je vous pourray
donner ce grand Article tel que
vous le ſouhaitez c'eſt à dire accompagné
de Ratifications , de
Publications , & de Réjoüiffan-
Septembre . 4
A
2 MERCURE
ces publiques. Comme je commence
toûjours àvous écrire dés
les premiers jours de chaque
Mois, je remets à la fin de celuycy
ce que j'auray à vous dire de
l'avancement ou de la conclufion
de ce grandOuvrage. C'en
eſt un en effet ſi grand que la
Paix , que pour entreprendre
d'en venir à bout , il faut avoir
quelque choſe au deſſus de
1'Homme . On la defire . On la
demande. Elle eſt l'objet des
voeux de tous les Peuples qui
font en guerre ; mais il appartient
fi peu aux Hommes de la
donner , que quelque beſoin
qu'ils en ayent, ils ne font prefque
jamais diſpoſez à la conclure.
Ainſi quand ils en doivent
joüir , Dieu la fait ( dit-on ) defcendre
dans le coeur des Roys,
&il fe fert de ces Auguſtes Inter
GALANT.
3
terpretes pour expliquer là deffus
ſes volontez . Nous le con-.
noiffons par ce que fait aujourd'huy
LOUIS LE GRAND. De
tous les Potentats de l'Europe, il
n'y en a point à qui la Paix qu'il
a bien voulu luy donner , fuſt
moins neceſſaire , & il n'a pas
laiſſe de s'en rendre come l'Arbitre
dans un temps où laVictoire
qui le favoriſoitde tous côtez ,
luy montroit dans la continuation
de la Guerre les plus glorieux
avantages qu'il puſt fouhaiter
. Quand il y renonce en
faveur de ceux qui voudront
accepter le repos qui leur eſt
offert , il fait tout ce qu'on peut
attendre d'un Roy Tres-Chreftien
, & d'un Vainqueur moderé.
Mais doit-on eſtre furpris
que leCiel ayant médité ce grăd
Ouvrage , en veille laiſſfer la
A ij
4
MERCURE
conduite à un Prince qui nous a
eſté donné par miracle , & dont
toutes les Actions en font une
fuite continuelle? Les reflexions
que je vous ay déja priée de
faire fur le grand nombre de nos
Troupes , fur les Fonds aſſurez
pour leur fubſiſtance , & fur la
tranquillité dont la Frace a toûjours
jouy malgré la Guerre , ne
ſçauroient faire admirer les bontez
du Roy , qu'elles ne faffent
en meſme temps condamner les
Ennemis par tous les Princes
def- intereffez .Je nomme Ennemis
ceux qui balancent à recevoir
la Paix , dont ils n'ont pas
feulement beſoin pour l'établir !
en fuite au milieu de leurs Etats |
où regne la diviſion , mais pour
fauver ce que le Roy ſera toûjours
en état de prendre ſur eux.
Depuis fort longtemps vous en- ;
tendez
GALANT.
S
tendez parler de leurs troubles .
Il y en a chez qui les uns vou
droient toûjours cõmander dans
le Cabinet , & vous en içavez
chez qui d'autres ne trouvent
rien de plus doux que de fe faire
obeïr par de nombreuſes Armées
. Ces troubles feroient de
grands avantages pour le Roy,
ſi ſa generofité pouvoit luy permettre
d'en jouir;mais il ne veut
profiter ny de la foibleſſe ny du
defordre de ſes Ennemis , & il
leur ofre les moyens de ſe garantir
des malheurs domeſtiques
qui les menacent pendant que
tout eſt paiſible & en joye chez
luy. On peut dire que quand
mefine la Guerre ne finiroit
point , tout y demeureroit dans
le meſme eftat , puis que tant
qu'elle a duré , il s'est fait beaucoup
de Feſtes , tant publiques
A iij
6 MERCURE
+
que particulieres , dans toutes
les Provincesdu Royaume.Vous
en avez veu les Deſcriptions das
la plupart de mes Lettres , &
vous en allez voir une nouvelle
dans ce qui en a eſté écrit par
Monfieur des Avaris à une fort
aimablé Perſonne.
33333333
A MADEMOISELLE ***
Slu
Ivous avez crû, Mademoiselle,qu'il
Ineſe pouvoit rien voir de magnifique
apres ce qui se fit il y a quelque temps
pour la reception de Madame la Ducheffe
de Toscane , dans le voyage qu'elle
fit à Caen, la Feſte dont j'ay àvous entretenir
aujourd'huy , vous va faire changerdesentimens.
Le ſuis ſeûr que vous
la trouverez digne de celuy qui l'a don
née, &que vous n'en pourrez apprendre
les particularitezSans avouer que Monfieur
de Matignon a toûjours de nouvelles
manieres d'aſſaiſonner les plaisirs
de toute lapompe qu'ils sont capables de
recevoir. Ce
GALANT.
7
:
Ce qu'il fait répond bien à ſa haute
naiſſance,
On ne peut mieux tenir ſon rang,
Rien n'eſt égal àſa magnificence,
Et peu de Gens ſçavent en France,
Soûtenir comme luy tout l'éclat de
leur Sang.-
Le jour desa naiſſance luy fournit
tous les ans l'occaſion d'une Feſte , &il
le celebra dernierement avec uneſumptuofité
qui ne causa pas moins d'admiration
que de ſurpriſe. La plupart des Perſon
nes de qualité de la Province qu'il avoit
invitées, se trouverent deux jours avant
celuy de la Feſte , à fon Chasteau de
Thorigny, dont vous aveztant ouy vanter
la beauté. Les Cavaliers n'avoient
riennegligé dece qui pouvoit leur donner
le bel air, &les Dames ne parurent jamais
avecplus d'éclat. Depuis l'arrivée
de cette belle & nombreuſe Aſſemblée,
quatre Tables de douze Couverts chacune
furent servies tres-régulierement à tous
les Repas. Leleu, la Danſe, & la Promenade
, furent des plaisirs fi agreablement
diversifiez, qu'il estoit difficile de
A iiij
8 MERCURE
dire ce qui plaiſoit davantage. Le jour
Solemnel estant arrivé toute la Bourgeoisie
de Thorigny &des environs , qui
s'estoit affemblée&avoitfait rovenë dés
lesoir,vintse mettre en bataille le masin
dans la Court du Chasteau en tres-bel
ordre ; en ſuite dequoy elle fut conduite
par le Commandant à l'endroit du Parc
qui estoit marqué pour disputer avea
l'Arquebuse un Prix conſidérable qua
Monfieur de Matignon donne tous les
ansàceluy qui l'a meritéparson adreſſe.
Peude temps apres une Compagnie de
Bergers habillez fort proprement à la
maniere du Village , la Houlette à la
main , entrerent dans la mesme Court à
la cadance de pluſieurs Flutes douces &
Haut-bois qui jouoient des Airs tous
charmans , quoy que champestres. Vous
m'avoüerez, Mademoiselle, qu'ils estoient
bien conduits, puis que l'Amour en estoie
le Chef , & qu'on ne peut douter que
t'Amour des Vergers &des Boccages ne
vaille bien celuy de la Cour. C'est dans
ces lieux paiſibles où l'on gouste les plus
innocentes douceurs , & les plus tranquilles
plaisirs. C'est là le ſejour de la
Constan
GALANT.
9
Conftance. Le fidelle Berger contant de
fa-fidelle Bergere, n'en va point inquieter
un autre qui gouste la meſme tranquillité
que luy . Le bienqu'il poſſede n'est jamais
troublé par la jalouſe envie d'une autre
poffeffion. Ce qu'ila , luy tient lieu de
tout ce qu'il pourroit souhaiter ; & la
Bergere également contante , fait de la
tendreſſe &de la constance de Son Ber--
ger toute lafelicité deſa vie. Cet Amour
dont je vous parle, estoit un petit Gun
çontres-bean, tenant un Arcen samain
&ayant un Carquois au dos ... Il eſtsis
placésur un Trône fait d'une maniere galante
, quoy que rustique. Il y avoit
tout autour plusieurs Cages pleines de
Faifans , Perdrix Cailles Levraux's
Poules , & autres Animaux qu'il ve
noit offrir à Monsieur de Matignon au
nomde tous lesBergers de ſa ſuite. Les
Dames qui estoient en grand nombre
dans le Chasteau , accoururent en foule
pour admirer ce joly Spectacle. Cepetits
Amour Surpris de voir des Beautez f
éclatantes,&se doutam bien , ou plucose
fsachant que parmy elles il y en avoir
d'inſenſibles àses traits , leur fit 6016
Av
10 MERCURE
noiſtrepar ces Vers recitez tout haut , ce
qu'elles devoient craindre de leur inſenfibilité.
Belles qui de mes traits voulez vous
garantir ,
Et qui juſqu'à preſent n'avez ſceu
me connaiſtre ,
***Appreſtez- vous à les ſentir ,
Toſt ou tard je ſeray le Maiſtre,
Ne me rebutez plus ſi je viens à pa
raiſtre ,
Ou je ſçauray longtemps vous faire
repentir.
Cette menace faite d'un ton fier , pût
bien trouver des timides, & les obliger à
neſe plas défendre contre l'Amour. Du
moins j'ay ouy dire que quelqu'une commença
dés ce moment à soupirer. Les
Bergers apres avoir dancé quelque temps...
dans la Court , allerent dans le Parc
chercher un endroit plus commode pour
continuer leur dance. Les Bergeres qui
s'y estoient rendues avant eux , les attendoient
impatiemment. Elles avoient choi
Ly le bas d'un Costean , ombragé d'un
Bois
GALANT. II
de la
Bois de hautefuſtaye ,qui yfaisoit goûter
une tres-agreablefraîcheur. Les Bergers
les ayant apperçenës de loin , coururent
vers elles avec l'empreſſement qui est nam
turel à ceux qui aiment. Chacun prit la
fienne , & la Dance recommança ſurles
cing heures du ſoir.Toute la Compagnie
vintſe promener au Parc,& alla au lieu
où estoit cette galante Troupe de Bergers.
Le plus galant d'entr'eux fir une Ha
rangue à Monfieur de Matignon,&s'en
acquitta avec autant d'eſprit que de grace.
On se divertit quelque temps
maniere rustique &des postures plaisantes
que faisoient en dançant les Bergeres
&les Bergers. Ceplaisirfut ſuivy de celuy
de la Courſe pour laquelle on avoit
proposé un Prix. On mit des Levraux
en liberté ,& ils furent ſuivis avec une
telle viteſſe , que leur legereté ne pût les
empeſcher d'eftre pris. Apres ce violent
exercice , les Bergers allerent se repoſer
Sous l'ombrage d'un petit Bois qu'il ſem--
bloit que l' Amour leur eut preparé pour
Se rafraîchir , & pour se remettre de
leurs fatigues..
Fu -it
12 MERCURE
Fut- il jamais rien de ſi beau
Que cet agreable feüillage ?
Sous la fraîcheur de fon ombrage,
Chaque Berger exempt du ſoin de
ſonTroupeau ,
Par undoux & tendre langage
Entretenoit ſa charmante Habeau.
La Courſefinie , les Dames & toute
laSuite ,prirent le chemin de laMénagerie,
quifera des plus belles quand ony
aura mis la derniere main . Sa situation
est au pied d'un Costeau tres-agreable.
Plusieurs Pavillons de brique , & couverts
d'ardoise, liez enſemble par autant
depetites Courts pleines d'Oyſeaux des
plus beaux& des plus rares , compoſent
cette Ménagerie. Une Terraffe jointe à
laplus grande des Courts , & qui fait
face du coſté des Prairies, des Eaux, des
Bois ,&des Vergers qui ſont renfermez
dans ce Parc ,fait découvrir à ceux qui
sy promenent , ce que la venë du plus
bean Paisage de la Province peut avoir
de fatisfaisant. Dans lemilieu decette
Terraſſe , qui n'est fermés que par une
Petite Paliſſade d'ozierproprement faite,
e
GALANT. 13
estun Baffin quarré , bordé d'un gazon
verd , d'où fort un Iet d'eau de trente à
quarante pieds. Son eau rempliſſant une
grande Coquille, forme une belle Nappe,
&retombe dans un autre Baffin plus
grand , qui fait comme un demy-Cercle.
Des deux coſtez partent deux autres
Iets, qui pour estre plus bas que le premier,
ne laiffent point d'en égaler la bauteur.
C'estoit au tour de ce Baffin , &fur
cetteTerraffe , que Monsieur de Ma
tignon avoit marqué le lien du Soupé.
Ses ordres furent executex de cette maniere.
Ce Baffin est justement placé entre
deux des Pavillons qui ſemblent estre
joints àses coste.x Depuis l'un jusqu'à
l'autre on avoit dreffé en rond une belle
Gallerie de verdure qui n'avoit ſa venë
quedu coſté des Iets d'eau , celle du Paifage
dont je vous ay parlé ayant esté
bouchée tout exprés à cause de l'air qui
auroit esté trop grand pour les Dames
pendant la nuit , qui fut auſſi belle qua
t'apreſdînée avoit esté agreable. Aux
deux extrémitez de cette Gallerie ef
zoient deux beaux Sallons de fiüillages
ernesd'une infinité de fleurs , ou deux
d Tables
14
MERCURE
Tables de trente Couverts chacune furent
dreſſées. Du milieu de celle qui estoit
preparée pour les Dames , fortoit pom--
peusement un Oranger couvert d'une
quantité de fleurs &de fruits admirables.
La Table du Bufet estoit placée
entre ces Sallons , ®ardoit les Baffins.
Plusieurs Arbres furent plantez
avecſymetrie en divers endroits de cette
Terraſſe , & on en fur d'autant plusfur--
pris, qu'ils faisoient voir un Boccage divertiſſant
dans un lieu, où un jour auparavant
on ne découvroit qu'un champ
uny &découvert. Depuis l'un de ces Sallons
jusqu'à l'autre, trente Chandeliers à
quatre branches , garnis de verdure
regnoient ſur la voûte de la Gallerie. Les
Dehors estoient ornez de quantité de
Lanternes peintes dont les Arbres estoient
couverts. Pluſieurs gros Fanaux fufpendusà
coſté des lets d'eau vers le milien
du Baſſin , faisoient un effet des plusfura
prenans. Enfin fix cens Lanternesfurent
miſes pour embellir ce Lieu , &pour fervir
à ce Régal . Tout fut allumé fi-toft
qu'on vit approcher les Dames , & ilny
sut jamais un plus beau jour. Ce riche
Buffet
১
GALANT.
15
6
6
e
4
و
Buffet de vermeil qui feroit honneur à un
Prince, composé depluſieurs grandsBaffins
de vermeil doré, d'un ouvrage ache.
vé &d'unepeſanteur exceſſive; de quantité
d'autres Vases tres-bien travaillez;
de Flaccons & de Saûcoupes , ébloüifſoit
ceux qui s'attachoient trop à le regarder..
Six belles Plaques de vermeil d'argent
placées au deſſus, furent garnies de Bougies
, dont la lumiere jointe à celle des
Chandeliers &des Lanternes qui l'environnoient
le firent paroiſtre dans toute
Samagnificence. Monfieur de Matignon
donna ordre de ſervir. Les deux Tables
furent couvertes dans lemeſme temps de
tout ce qui ſe pouvoit imaginer de rare
de délicat pourla ſaiſon. Les Soupes,
les Viandes, les Entremets , les Confitures&
les Fruits ſervis confusément , faifoient
un agreable meslange sur l'une&
fur l'autre, &on peut dire que fi la profuſion
ſurprenoit , l'ordre & la politeffe
ne causoient pas moins d'étonnement.
De ce Repas délicieux ,
Digne de la Table des Dieux ,
On ne pouvoit aſſez admirer l'abon
dance De
16 M ER ÇURE
Detout ce qu'on y vit l'oeil parut en
chanté;
Et l'on pourroit douter de cette verité
,
S'il n'eſtoit plus de Matignons en
France,
Cette Illuftre Assembléeſoupa au bruit
de dix Pieces de Canon , qui par leurs
décharges continuelles interrompoient les
Violons ,&les Hautbois qui ne ceſſoient
point de jover. Les Damesſe leverent de
Table. Chacun les ſuivit , &on ne fai
Soit que commencer àfortir des Sallons
pour aller gouster le frais des lets d'eau,
quand au milieu du Costean , au bas dsquel
cette Ménagerie est située , on fut
furpris de voir un Champ de lumieres fi
confus , qu'il estoit impoffible de distin
guer ce que c'estoit. Les Esprits furent
longtemps incertains de l'effet que ces lu
mieres devoient produire , & enfin on
apercent tout d'un coup un nombre tres
grand de Fuzées - volantes qui ſortirent
dumilieu de ce Costean. Elles remplirent
l'air pendant une demy-heure d'une fi
prodigieufe quantité defeux , qu'ilſemo
>
bloit
GALANT.
17
bloit qu'il ne devoit plus paroiſtre de
nuit.
Jamais de tant de feux nuit ne fur
éclairée ,
Il ſembloit que les Cieux ouvers
Répandoient par tout l'Univers ,
L'éclatante beauté dont leur voûte
eſt parée.
Peut- on, Mademoiselle, ajoûter quel
que chose àtant de beautez , & n'avouerezvous
pas que peu de Gens sçavent
comme Monfieur de Matignon donner de
la nouveauté aux plaiſirs ? Dés qu'on eut
ceffé de tirer ces Fuſées , on commença un
Bal regulier au bord du grand Baffin. Il
dura unepartie de la nuit,&le jour estoit
déja preſt à paroiſtre quand les Dames
monterenten Caroffe , & les Cavaliers à
Cheval pour retourner au Chasteau.Il n'y
cut du malheur ce ſoirlàquepour lesBergers&
Bergeres. Ils s'estoient raſſemblez
pourvenir chercher l'Amour,qui pendant
zoute la réjouiſſance estoit demeuré afſis
furſon Trône au milieu de ce Boccage
enchanté , mais ils ne le trouverent plus,
18 MERCURE
l'allerent inutilement demander à toutes
lesBelles. Il est à croire que quelqu'une
d'entre- elles l'emporta dansſon coeur,&
que l'inquietude où elle laiſſa cette Troupe
defolée la tonchamoins que le plaisir de
poffederun Diewfi charmant. L'ay ſcen
depuis , que deux jours apres, un Zephir
l'avoit rapporté dans le milieu de leur
Boccage tres-fatigué , &mesmefansflé
ches. Vous en jugerez ce qu'il vous
plaira
Avoüez, Madame , que cette
Feſte eſt bien digne d'un grand
Seigneur. J'en ay veu une ſeconde
Relation adreſſée à une
Perſonne de qualité, où aucune
des particularitez de cette premiere
n'eſt oubliée. Celuy qui
l'écrit , apres avoir fait connoiftre
que l'Article feuldu Bal meriteroit
une magnifique Deſcrition
pour rendre juſtice à la
beauté des Dames , & à la propreté
des Cavaliers , adjoûte ce
que
GALANT.
19
que vous allez lire dans lesmefmes
termes dont il s'eſt ſervy.
Ie ne puis oublier icy une circonftance;
c'est que Mademoiselle de
Matignon parut avec tant de graces
& de charmes , que je quitte
tout pour vous en parler. Il n'y a
que trois mois que je l'avois laiſſée.
Vous ne sçauriez vous imaginer
combien en ce peu de temps elle est
encor embellie . Ce sont les plus
beaux yeux du monde. Sa taille
eft belle & fine , &ſes traits doux
&délicats. Ie vous exagere encor
moins cecy que le reste , &je croy
que je nesçaurois finir par un plus
bet endroit.
On vous a trop parlé de Vio
lons & de Hautbois , pour ne
vous régaler pas d'un Air nouveau.
En voicy un de Monfieur
Labbé Maiſtre de Muſique de
S. Jacques àDieppe. Je n'adjoûte
20 MERCURE
te rien à ce que je vous ay dit
de luy dans mes autres Lettres.
Ses Ouvrages font fon éloge, &
on ne les peut voir ſans les approuver.
Ila cherché à fatisfaire
le Public dans la compoſition
de ce dernier touchant la Baffe
vocale , qu'on avoit demandée
par pluſieurs Lettres de l'Extraordinaire
, plutoſt que la continuë
, parce que la Baſſe vocale
ſe chante & peut fervir aux Inftrumens
, au lieu que la Continuë
n'a que la derniere de ces
proprietez. Vous trouverez icy
l'une & l'autre . C'eſt le moyen
de contenter tout le monde. Les
Paroles font de Monfieur de
Merville , dont je vous ay déja
fait voir quelques Pieces...
AIR
GALANT,
21
AIR NOUVEAU.
*1803*
NSoufre quand on aime bien,
Et c'est pourquoy, jeune Bergere,
Vous voulez plaire ,
Et n'aimer rien .
Pour vous contenter , Inhumaine,
Ie cede à mon fort rigoureux ;
Je veux avoir toute la peine ,
Mais au moins plaignons la tous deux .
Je viens de voir une Lettre
qui parle d'un divertiſſement de
Chaſſe que Madame la Ducheffe
de Savoye donna il y a
quelque temps à Madame la
Comteffe de Soiffons dans le
Parc de la Venerie . C'eſt une
Maiſon de plaiſance des plus
belles à deux lieuës de Turin .
Ce plaifir fut ſuivy de celuy de
la Comédie qu'on reprefenta
dans une Orangerie ornée de
Verdures & de pluſieurs Jets
d'eau
22 MERCURE
d'eau fur le Theatre. Ils luy fervoient
de décoration , & les ordres
avoient eſté ſi bien donnez
pour tout ce qui pouvoit contribuer
à la beauté du Spéctacle,
qu'il ſembloit que le Lieu fuſt
enchanté. Un magnifique Repas
accompagné d'une Symphonie
admirable , fucceda à la Comédie
, & il n'y eut rien où l'on
ne remarquaſt cet air de grandeur
qui eſt inſéparable de tout
ce que fait Madame Royale .
Monfieur du Guay Confeiller
au Grand Confeil , a épousé
Mademoiſelle de Paris. Il eſt Fils
de Monfieur du Guay l'un des
anciens Conſeillers d'Etat, & Intendant
de Juſtice dans la Province
de Lyonnois , Foreſt , &
Beaujolois. Vous avez entendu
parler de la reputation qu'il s'eſt
acquiſe dans cet important employ,
GALAN T.
23
ploy, dont il s'acquite avec la
plus grande exactitude, ſans que
les Particuliers trouvent aucun
fujet de s'en plaindre . Madame
le Tellier eft Tante du Marié,
quieft Parent de Monfieur du
Guay Premier Préſident de la
Chambre des Comptes àDijon.
Monfieur du Guay Baignol' , &
Monfieur de Collanges , tous
deux Maiſtres des Requeſtes,
font les Beauxfreres Mademoifelle
de Paris eſt Fille de feu
Monfieur de Paris Conſeiller de
la Grand Chambre,& Niéce de
Monfieur de Paris Préſident à la
Chambredes Comptes. Ils font
l'un & l'autre des plus confidérables
Familles de la Robe .
Je croyois vous apprendre en
meſime tempsle Mariage de l'aimable
Perſonne dont vous me
demandez des nouvelles , mais il
s'eft
24
MERCURE
s'eſt rompu depuis quatre jours.
Il n'y a rien de plus bizarre que
ce qui en a eſté la cauſe. Le Cavalier
qui la devoit épouſer ,
avoit trouvé en elle ce qu'il fera
difficile qu'il rencontre ailleurs ,
c'eſt à dire une Perſonne exempte
de tous les defauts qu'il appréhende.
Il ne veut ny blanc
ny rouge , & la moindre beauté
empruntée eſt pour luy quelque
choſe d'infuportable. Il avoit
fort examiné ſa Maiſtreſſe ; &
comme les Articles preſts à drefſer
luy donnoient la liberté de la
voir preſque à toutes les heures ,
il eſtoit fort convaincu que l'artifice
n'avoit aucune part à fon
teint , & que fa beauté eſtoit
toute à elle. Ilen faifoit un jour
vanité en préſence de trois ou
quatre de ſes Amis , quand l'un
d'entr'eux qui ſçavoit fon foible,
luv
GALANT. 25
luy dit pour l'embaraſſer , que
quelque parfaite qu'il cruſt ſa
Maiſtreſſe, il n'avoit pas eu d'affez
bons yeux pour découvrir
qu'elle avoit de fauſſes dents. Ce
prétendu defaut le déconcerta.
On s'en apperçeut ,& un autre
ne manqua pas auffitoft d'appuyer
cette malice. Ils le laifferent
partir dans cet embarras.
Vous avez ſi ſouvent admiré les
dents de la charmante Perſonne
dont je vous parle , qu'il eſt
impoſſible que vous ne vous fouveniez
de leur beauté. Noftre
Amant chagrin ſe figura qu'elle
en avoit quelques - unes plus
blanches que n'eſtoient les autres,&
ce fut affez pour luy faire
croire qu'elles eftoient appliquées.
Il alla chez elle; & malheureuſement
il la trouva ſeule
avec le Sieur Robinau,qui ayant
Septembre. B
3
26 MERCURE
eſté autrefois de ſes Voiſins, eftoit
venu la congratuler ſur le
bruit de fon Mariage , dans un
temps où il avoit crû ne trouver
perfonne. Cette rencontre ne
le laiſſa plus douter qu'on ne luy
euſt dit vray. Le viſage du Sieur
Robinau luy eſtoit connu. Il ſçavoit
qu'il eſtoit un des Hommes
de France qui avoit le plus d'adreſſe
à nettoyer & a bien accommoder
les dents,& il n'ignoroit
pas que Madame Royale
l'avoit fait venir exprés à Turin:
ſur ſa réputation ,& qu'il en eftoit
revenu depuis peu avec des
préfens fort conſidérables. Ainfi
il ſe perſuada qu'il avoit eſté
mandé par ſa Maiſtreſſe , qui
avant que de ſe marier eſtoit
bien aiſe de luy faire reparer le
defordre de ſes dents. Il eut les
yeux attachez deſſus tant qu'elle
parla,
:
1
3
GALANT.
27
parla , & quoy qu'il n'y découvriſt
aucun artifice , il crût que
ſes lévres le cachoient . Les Articles
devoient eſtre ſignez le
lendemain. Il trouva un prétexte
pour faire diférer de trois
jours , & les employa inutilement
à chercher ces fauſſes
dents qui luy donnoient tant
d'inquietude. Il crût pourtant
toûjours qu'il y avoit de l'inégalité
dans leur blancheur, & enfin
ne pouvant s'éclaircir par
luy-mefime , il pria une Amie de
ſa Maiſtreſſe de luy faire voir
clairement ſi ſes ſoupçons eftoient
vrais ou non , parce qu'il
connoiſſoit ſa délicateffe,& qu'il
craignoit de ne rendre pas une
Femme heureuſe , s'il eſtoit
trompé.
Cette Amie le traitta de ridicule.
Il s'obſtina à vouloir eſtre
Bij
28 MERCURE
éclaircy , & elle fut obligée de
découvrir à ſon Amie le ſcrupule
qui l'arreſtoit. La Belle trouva
tant d'extravagance dans cette
bizarre délicateſſe, que ſon Mariage
eſtant plus de politique
que d'amour, elle s'en reprefenta
toutes les ſuites , & les crût
trop dangereuſes pour s'y hazarder.
Ainſi le Cavalier eſtant
venu la voir le lendemain à fon
ordinaire , elle prit une humeur
fort enjoüée , & luy dit en préſence
de fon Amie , qu'il avoit
eutort d'avoir fait façon de s'expliquer
avec elle fur l'Article
quil embarafſoit .Elle fepara auffitoſt
ſes lèvres ſans luy donner
le temps de répondre , luy fit
voir des dents admirablement
rangées , & le convainquit du
ſoin que la Nature avoit pris de
les appliquer tres proprement.
Le
GALANT.
29
r
Le Cavalier en témoigna une
joye ſenſible, luy demanda pardon
de l'injuſte crainte qu'il avoit
euë , & il commençoit déja
à prier qu'on luy fit ſigner les
Articles, quand la Belle adjoûta
que c'eſtoit du moins autant
pour elle-meſme que pour luy
qu'elle avoit voulu luy faire voir
que ſes dents eſtoient & belles
&bonnes ; mais que comme elle
eſtoit fort réſoluë à s'en faire
appliquer de fauſſes , fi elle ne
pouvoit éviter les accidens qui
•en font preſque toûjours perdre
⚫quelques- unes aux moins malheureux
, elle ſe garderoit bien
de s'expoſer aux defordres que
cettebeautéempruntée nemanqueroit
point de caufer entr'eux;
qu'elle louoit ſa délicateffe , &
qu'il pouvoit choiſir ailleurs une
Femme qui luy donnaſt toutes
Biij
30 MERCURE
les aſſurances requiſes de n'avoir
jamais rien que de naturel.
Il n'y a point de ſurpriſe égale
à celle où cette déclaration mit
leCavalier. Il crût d'abord que
ſa Maiſtreſſe cherchoit à fe divertir,
maiselle joignit à ce qu'elle
venoit de luy dire des proteftations
ſi ſérieuſes de ne l'épouſer
jamais , qu'il n'eut plus d'efpoir
qu'en l'autorité de ceux dot
Selle dépend. Ce fut pourtant
inutilement qu'il les fit parler.
Ils trouverent de la justice dans
la crainte que l'humeur d'un
Mary fi délicat cauſoit à cette
aimable Perfonne , & ils luy laifferent
l'entiere liberté de la rupture
. Le Cavalier en paroiſt inconfolable
. Ceux qui ſe réjoüifſent
de ſon malheur , publient
qu'il a fait dire à ſa Maiſtreſſe,
que pour luy montrer qu'il eſtoit
entie
GALANT.
31
(
entierement guéry de ſes caprices,
il conſentoit qu'elle ſe fit
arracher toutes les dents pour
en prendre de faufſes , & qu'il
ne laiſſeroit pas de l'époufer
'avec ce defaut .
La France qui eſt ſi abondante
en toutes chofes , l'eſt devenuë
en Marbre depuis quelques
mois. On en a trouvé de
jaſpédans leTerritoire de S.Maximin
en Provence. Il y en a
toutunQuartier , qui contient
une lieuë de long , & autantde
large. Ce Marbre eſt fi bien diverſifié
, que les plus habiles
Peintres, abandonnant leur Pinceau
à leur imagination , auroiet
peine à faire un plus agreable
afſfortiment de couleurs. Ce
font de petites taches rouges,
blanches,vertes, bleuës, jaunes,
&couleur de Ciel , ſemées fur
Bij
32
MERCURE
un fond noir. Il y en a d'autre
dont le fond eſt tout aurore avec
les mefmes couleurs. Ce vert &
ce jaune me font ſouvenir de ce
qui a eſté veu à Loches le dixhuitième
du dernier mois. La
choſe tient du prodige , & elle
ne vous ſurprendra pas moins
qu'elle a fait les plus habiles
Gens de ce Païs - là. Une Demoiſelle
ayant eu des ſoûlevemens
de ccooeeur affez violens ,on
crût que c'eſtoit quelque menace
de fiévre , parce qu'il y en
avoit quantité à Loches
qu'elles eſtoient toutes accompagnées
de ces accidens. Cependant
elle fentit tout d'un
coup je-ne- ſçay -quoy de gros
comme un peloton dans ſa gorge,
& apres pluſieurs efforts,elle
ſe déchargea de ce fardeau qui
eſtoit ſur le point de l'étoufer.
Le
, &
GALANT .
33
-
Le bruit qu'il fit en tombant,
joint à ce qu'elle avoit fouffert
pour s'en délivrer , donna lieu
de croire qu'il y avoit quelque
choſe d'extraordinaire . La nuit
commençoit. Le lieu eftoit obf
curde luy- meſime . Ainfi on eut
beſoin de lumiere pour exami
ner ce que c'eſtoit. Jugez de la
furpriſe de ceux qui ſe trouverent
préſens . Ils virent une forme
d'Animal toute monftrueu
fe . Il avoit la teſte d'un Chien,à
l'exception des oreilles qui ref
ſembloient à celles d'un Chat.
On luy voyoit deux petits bras,
avec deux mains,dont les doigts
eftoient fort distincts . Ces bras
&cette tefte estoient de couleur
verte &jaune . Il avoit le corps
femblable à celuy d'une Gre
noüille , mais de la couleur d'un
Boüillon gelé , ou d'un Confom-
: Bv
34
MERCURE
mé , & tremblant de meſme. Ses
pieds & ſes cuiſſes eſtoientd'un
Enfant , & de la meſime couleur
que ſes bras. On le toucha avec
un bafton , pour voir s'il ne donneroit
point des marques de vie,
mais on ne vit rien remuer. On
ne ſe contenta point de cette
épreuve. On fit chauffer un fer
qu'on approcha du dos de cette
Figure .Elle n'eut pas plutoſt ſenty
le feu , qu'elle fit un mouvement
de plus d'un grand pied ;
apres quoy ces bras, cette teſte ,
& ces jambes , ſe renfermerent,
& ne firent plus qu'une Mole,
compoſée de colle & de bile ..
Que ce ſoit un Monſtre,un Pro .
dige, ou une Extravagance de la
Nature déreglée , c'eſt toûjours
production ſurprenate qui fournit
de grands ſujets de raiſonner
aux Philofophes & aux Medecins..
Та
GALANT. 35
-
=
Tandis que nous ſommes fur
les raretez , il faut vous entretenir
d'une autre production,mais
qui eſt d'une eſpece bien diférente.
On a fait un Mauſolée
pour feu Monfieur le Mareſchal
du Pleffis , & il y a tant d'art&
de délicateſſe dans ce travail,
qu'on ne peut rien voir de plus
achevé. Les loüanges que leurs
Alteſſes Royales ont données à
ce Chef-d'oeuvre,ſont une marque
de l'eſtime qu'on en doit
faire. Monfieur de S. Victor qui
eſt aupres de Madame laMarefchale
du Pleffis,eneſt l'Autheur.
Le Tombeau eſt élevé fur un
grand Trophée d'armes,au haut
duquel eſt la Figure de ceHéros.
Il eſt debout , habillé àl'antique
, tenantun Baſton de Marefchal
de France avec cet air
fier qui a tantde fois épouvanté
les
36 MERCURE
les Ennemis de l'Etat. Il a fon
Manteau Ducal ſur les épaules.
Au milieu du Cercueil eſt un
double C. qui marque fon nom
& celuy de ſa Maiſon. On voit
des Vaſes fumans aux deux coftez
, & deux Renommées tout
aupres avec des Trompettes qui
publient ſes grandes Actions. Il
y en a une troifiéme en l'airau
deſſus de fa teſte . Elle tientune
branche de Laurier d'une main,
&une Trompette de l'autre. La
Juſtice & la Force fontàgauche,
&la Prudence avec la Tempé
rance , à droit. Entre l'une&
l'autre de ces Vertus , il y aune
Pyramide qui eſt toite de petites
Palmes depuis lebas juſqu'en
haut , & fur la pointe , un Vafe
fumant. La Baze fait voir deux
Baſtons de Mareſchal croifez &
noüez avec un Ruban. Unc
pareille
GALANT
37
pareille Piramide ſépare lesdeux
autres Vertus. Les unes font ap
puyées contre des Cyprés, done
les branches confufes & auffr
deliées que les cheveux, imitent
parfaitement le naturel,& les autres
font placées entre les Cyprés
& les Pyramides. Des Colomnes
torſes ſervent d'orne
ment aux deux coſtez . Elles font
toutes de petites Palmes , & entourées
de feüilles de Vigne. A
chaque Piedéral ſevoy et lesArmes
de cet Illuſtre Défunt, avec
lesdeux Colliers des Ordres du
Roy, les Bastons de Mareſchal
de France , le Manteau , & la
Couronne de Duc. L'ordre de
toute l'Architecture eſt Corinthien.
Rien n'y manque. A la
frife font trois Teſtes armées ,
d'égale diſtance , d'où pendent
des Echarpes qui ſoutiennent
des
.
38 MERCURE
des Trophées d'armes. Il y a
quatre Feſtons de fleurs entre
ces Teſtes armées. Les extrémitez
en ſont ſoûtenuës par de
petits Amours à coſté des Colomnes.
L'Autheur y a marqué
toutes lesBatailles où ce fameux
General s'eſt trouvé. Les deux
où il a commandé en chef, &
qui luy ont couſté chacune un
Fils , font au bas de ces Colomnes.
Toutes les Places qui ont
eſté priſes & fecouruës pendant
qu'il a eſté Mareſchal de Camp,
Lieutenant General & Marefchal
de France, s'y voyent auſſi .
Il y a encor deux évenemens
parmy ſes glorieuſes Actions où
l'Eſprit a plus agy que le Bras.
Ce font la tenuë des Eſtats de
Languedoc,&une des plus fortes
rebellions de Bordeaux qu'il
appaiſa par ſa conduite & par
fa
/
GALAN T.
39
fa prudence . Ces mots font l'Inf
cription du Tombeau.
A la tres- Illustre Memoire de
Cefar Duc de Choyfeul , Pair&
Mareſchal de France.
Ce Mausolée n'a qu'envirom
fix poulces de haut , & dix de
long. Madame la Comteſſe de
Coffe , Niece de Madame la
Mareſchale du Pleſſis , y a trouvé
tant de charmes , que comme
elle pleure encor tous les jours
la mort de Monfieur de Coffe
fon Mary , elle a prié l'Autheur
de ne luy pas refuſer ſon temps.
pour un travail de cette nature..
Il doit l'avoir bientoſt achevé.La
diſpoſition en eſt toute autre, &
il n'aura rien de ſemblable que
la matiere. Comme ily a beaucoup
de Femmes qui ſe piquent
d'ai
40 MERCURE
d'aimer eternellement leurs Marys
, ces Tombeaux de Ruelles
pourroient bien venir à la mode.
Jay fait graver ce premier , afin
que toute ſa beauté vous ſoit
mieux connue. Voyez la dans
cette Planche ,& ſouvenez - vous
qu'ily a je-ne- ſcay-quoy de fi
délicat dans ces fortes d'Originaux
, qu'il eſt preſque impoſſible
de bien l'imiter dans une
Copie.
On travaille de toutes manieres
pour la gloire des Grands
Hommes . Ce qu'on a fait par
un Mauſolée pour Monfieur le
Mareſchal du Pleffis , Monfieur'
du Perier l'a fait pour Meſſicurs
de Guiſe par des Vers à mettre
fous leurs Portraits. Je vous les
envoye. Ils vous apprendront
que Monfieur du Perier n'a pas
moins de talent pour la Poëfie
Fran
ALLE
30.
DE
LYON
BIO
IYON
LLE
42
MERCURE
:
:
Ic bornay les Exploits du plus fier des
Césars,
Et digne rejetton des grands Rois d'Au-
Strafie ,
L'euffe terrassé l'Hereſie ,
Si de fes Partiſans Ennemis de l'Etat
La detestable jalousie
Nem'eust ravy le jour par un noir attentat.
HENRY.
L
*Amour que tout Parisportoit àce
Héros ,
D'un injuste soupçon vint troubler ſon
repos ;
table.
Et termina ſes jours d'une fin lamen-
S'il eust esté moins genereux ,
Moins libéral &moins affable ,
Ilauroit estéplus heureux.
CHARLES.
MArfeille se dira quellefut macon-
Quels furent mes efforts ,
Quand terraſſant Caſaux moy ſeul je mis
enfuite
L'Espa
GALANT.
43
L'Eſpagne qui déja s'emparoit de nos
Ports.
HENRY.
I
Si mes Ancestres intrépides,
L
Affrontant lesplusgrandshazars,
Parurent jadis des Alcides,
Dans Naples jeparus un Mars.
LOUIS.
Es Dieux n'ontfait que nous mon
trer
Ce Prince si charmant , fi genereux fa
Sage.
S'ils euffent prolongé son âge,
LeMondeauroit pû l'adorer.
LE DUC D'ALENCON,
dernier Duc de Guiſe..
Peine avois-je atteint un
A' stre ,
lu
Quejemeurs seul resté de ce Nom dont
le lustre
Partant degrands Héros s'étendit jufqu'aux
Cieux.
ne
1
44
MERCURE
Vne Heroine me fuccede ,
Qui toutes les vertus poffede
De nos magnanimes Ayeux.
:
Monfieur l'Evefque de Fréjus
, Docteur de Sorbonne , eft
mort dans la trente- deuxième
année de fon âge , fort regreté
pour ſon mérite fingulier , &
pour ſa pieté exemplaire. Il eftoit
de la Maiſon de Clermont.
Vous ſçavez qu'elle eft tres illuftre
, & que les Hiftoires genérales,
auffi -bien que les Monumens
particuliers, en rendent
l'ancienne Souveraineté inconteſtable
. On y voit un Mainfroy
de Clermont,Seigneurde Palerme
, & Ifles voiſines , Admiral
de Sicile , qui eut pour Gendre
Ladiſlas Roy de Naples , de Sicile
, & de Hongrie ; un André
de Clermont , Duc & Prince de
Beſignan; un Tristan de Cler
4.. mont,
GALANT.
45
mont, Comte de Cupertino, qui
maria Iſabelle de Clermont fa
Fille à Ferdinand II. Roy de
Naples; & dans les Regiſtres de
la Chambre des Comptes de
Dauphiné , il y a divers Traitez
de Paix & de Guerre , faits par
les Princes de cette Maiſon avec
les Dauphins & avec les Comtes
de Savoye & autres Voiſins,
ſcellez également des Sceaux
des uns& des autres.
Eynard , arriere-petit-Fils de
Geoffroy de Clermont & de
Beatrix de Savoye , ſoit que la
longue durée des temps euſt affoibly
la puiſſance de ſa Maiſon,
foit qu'en s'alliant avec une autre
Puiſſance conſidérable , il
crût mieux aſſurer la mémoire
de fon nom ; cet Eynard , dis-je,
donna en 1340. à Humbert
Dauphin de Viennois la Terre
&
46 MERCURE
&Vicomté de Clermont , circonſtances
&dépendances , &
ſe fit volontairement ſon Vaſſal;
mais ou par genéroſité , ou par
justice , Humbert rendit à Eynard
toutes les choſes données,
à la charge de les tenir déſormais
de luy àfoy & hommage, voulant
& entendant , que tant Eynard
que ſes Succeſſeurs en la Terre de
Clermont, foient Premiers Barons,
Conneſtables , Grand - Maistres
Hereditaires , & Premiers Prefidens
nez des Etats de Dauphiné;
Qu'aujour deMariages des Dauphins
, ou en d'autresfolemnitez,
ledit Eynard ou ſes Succeſſeursfervant
à pied ou à cheval , ayent
pour leurs droits deux Plats &
quatre Ecuelles de lapeſanteur
Seize marcs d'argent , à prendre
de la Vaiſſelle qui se trouverafur
laTable du Prince ; & où la Feste
dure
de
GALAN T.
47
-
dureroit plus d'unjour, ledit Grand
Maistre auroit ſeulement un Plat
de cinq marcs d'argent. Ledit
Prince luy donne de plus une Epée
nue, une Verge blanche, une Lance
au bout de laquelle eſt un Guidon
aux Armes de Dauphiné , & un
Anneaud'or.
La meſme année 1340. le 26.
d'Aouſt , Geofroy de Clermont,
Fils d'Eynard , preſta 'hommage
en perſonne à Charles premier
né de France , & Dauphin de
Viennois. Pareils hommages ont
eſté rendus par les Heritiers du
Nom & Armes de cette Maiſon
le 17. Mars 1411. le 13. Fevrier
1447. le 9. Decembre 1496. &
enfin ledernier 21.Fevrier 1646.
Mais la Maiſon de Clermont
n'a pas eſté moins illuſtre par ſa
pieté que par ſa Nobleſſe , car il
ſe voit par une Bulle de l'an
1120.
48 MERCURE
1120. que Philippe Bourdin Antipape
, ſoûtenu & protegé par
l'Empereur Federic, ayant voulu
entrer de force dans le Siege
de Rome , Eynard de Clermont
II. du nom , leva une Armée à
ſes deſpens, défit l'Antipape , &
malgré les divers obſtacles de
l'Empereur , conduifit heureuſement
à Rome Calixte II . Archeveſque
de Vienne , canoniquement
éleu Pape , & l'établit
paiſible dans le Trône de Saint
Pierre. Ce Pape pour reconnoître
ſelon fon pouvoir une fi illuſtre
Action, accorda audit Eynard
& à ſes Succeſſeurs, la permiffion
de toucher les Corps
Saints , & tout ce qu'il peut y
avoir de plus conſacré , à la reſerve
des Vaſes deſtinez au prétieux
Mystere de l'Autel. Le
mefme Pape , pour honorer en
tout
GALANT.
49
tout ce qu'il pouvoit Eynard &
les Siens, ſouhaita qu'il priſt pour
Armes celles de l'Eglife, en portant
dans ſon Ecu deux Clefs
d'argent en Sautoir, & pour Cimier
, une Tiare Papale , avec
ces mots pour Deviſe , Et fi omnes,
ego non. Ainfi changerent
les Anciennes Armes de Clermont
, qui estoient un Soleil fur
une Montagne .
C'eſt cette adinirable Pieté
jointe à l'ancienne Nobleſſe de
cette Maiſon , qui a donné des
Grands - Maiſtres de Malthe ,
tant de Bien- faicteurs à diverſes
Abbayes& à tant de Monaſteres
, tant de grands Hommes à
l'Etat , des Chambellans , des
Ducs & Pairs , & de bons & fidelles
Serviteurs au Roy
De ce nombre fut Laurens de
Clermont , Fils de Bernardin
Septembre. C
50
MERCURE
Vicomte de Talard , & d'Anne
de Huffon Comteſſe de Tonnerre
, tué à la Bataille de Cerifoles.
Antoine de Clermont, Grand
Maiſtre des Eaux & Foreſts de
France, Chevalier de l'Ordre du
Roy ,& fon Lieutenant General
en Dauphiné , Savoye &
Breſſe. Il épouſa Françoiſe de
Poitiers. 2
ClaudedeClermont , Chevalier
de l'Ordre du Roy , CapitainedeCinquante
Hommes d'Armes
de ſes Ordonnances , tué à
Moncontour.
Henry de Clermont ſon Frere,
marié à Diane dela Marck, Fille
deMonfieur le Ducde Boüillon,
&Doüairierede Nevers. Il eſtoit
Capitaine d'une Compagnie de
Gendarmes , Gouverneur de
Bourbonnois, & Colonel del'In
fanterie
GALAN T.
51
fanterie de Piémont. Il fut bleſſe
à la Rencontre de Jarnac,& por
toit la Cornete Blanche de Monſieur
le Duc d'Anjou .
Charles-Henry de Clermont
ſon Fils,qui par ſes longs & agrea .
bles ſervices mérita de Henry le
Grand le Brevet de Duc aux
Comtez de Clermont & de Tonnerre
, & d'eſtre Lieutenant de
Roy en Bourgogne. Il fut fait
Chevalier de l'Ordre à la Promotion
de 1633. & épouſa Catherine
- Marie d'Efcoubleau ,
Soeur de Monfieur le Marquis
de Sourdis , & Niéce du Cardinal
de ce nom.
De ce Mariage heureux en
toutes façons, fortirent pluſieurs
Filles, & cinq Fils , ſçavoir,
Antoine de Clermont , Baron
de Chanemoine , qui contribua
fort à la levée du dernier Siege
3
52
MERCURE
de Guife . C'eſtoit le Cadet de
tous.
Henry de Clermont, Chevalier
de Malte , tué devant Joinville
.
Claude- Henry de Clermont
de Luxembourg, Duc de Piney,
& Pere de Charlote de Clermont
de Luxembourg , aujourd'huy
Femme de Monfieur le
Ducde Luxembourg , de l'Illuſtre
Maiſon de Montmorency-
Bouteville , aſſez connu par les
grads ſervices qu'il rend actuellement
au Roy & à l'Etat .
Rogerde Clermont , Marquis
de Crufy , Marefchal deCamp,
& Pere de pluſieurs Enfans qui
ont déja de tres - confiderables
ſervices ſoit dans les emploisde
la Guerre , foit dans les Charges
de la Maiſon de Sa Majeſté.
(Monfieur l'Eveſque de Fréjus
10 dont
: 53
GALAN T.
-
خ
dont je vous apprens la mort en
eſtoitl'un . )
Et François de Clermont Mareſchal
de Camp , qui comme
aiſné de tous , eft Comte & Duc
nommé des Terres de Clermont
&de Tonnerre. Ila eſté Lieutenant
de Roy en Guyenne , a
commandé les Armées en Rouffillon
& fur les Vaiſſeaux de Sa
Majesté , & conduit la Nobleſſe
de Dauphiné en Italie avec atutant
de valeur que de fuccés. Il
fut honoré de l'Ordre du Roy
dans la derniere Promotion faite
aux Auguſtins de Paris , & joült
aujourd'huy , dansune glorieuſe
Vieilleffe ,& dans une des plus
belles Maiſons du Royaume , de
tous les titres , honneurs & prérogatives
de ſes Peres & de fon
Illuſtre Maiſon .
Il a deux Fils , François de
Gij
14
MERCURE
Clermont , Docteur de Sorbonne
, Eveſque Comte de Noyon ,
& Pair de France , qui par fon
mérite extraordinaire s'eſt attiré
de nouveaux bienfaits du Roy,
quiluy a donnédepuis peu l'Abbayede
S. Martin de Laon, poffedée
preſque toûjours par des
Cardinaux , & Antoine de Clermont
, préſomptif Heritier de la
Maiſon , & Pere du jeune Marquis
de Tonnerre , qui n'ayant
encor que vingt& un an , a déja
fait pluſieurs Campagnes , où
il a toûjours eu l'avantage de ſe
fignaler. Il fut bleſſé d'un coup
de Mouſquet à la Bataille de Senef,
d'un coup de Piſtolet au vifage
à Saint Guilain ,& eut une
contufion fort ſenſible à la priſe
de Valenciennes .
J'ay une autre mort à vous ap-
- prendre. C'eſt celle de Madame
d'Emery,
GALANT.
5.5
d'Emery , Veuve de feu Monſieur
d'Emery , autrefois Sur- Intendant
des Finances. Elle eſt
morte au commencement de ce
mois , âgée de 79 ans. On ne
peut rien dire d'elle qui ne ſoit
au deſſous de fa vertu. Elle ne
s'eſt jamais laiſſée ébloüir ny aux
grandeurs de Monfieur d'Emery
, ny aux richeſſes de fa Famille.
Sa modeftie a toûjours eſté
égale , & fa pieté exemplaire.
Quoy qu'elle fuſt belle & bien
faite , elle a commencé à faire
paroiſtre un entier mépris des
chofes du mondedés ſes premieres
années , & elle ne s'eſt point
démentiejuſqu'à la mort.C'étoit
une charité admirable pour ceux
-dont elle connoiſſoit les neceffitez
, & le fecours qu'elle leur
preſtoit dans leurs beſoins eftoit
le ſeul bien qu'elle eſtimoit. Feu
Cij
16
MERCURE
Madame de la Vriliere eſtoit fa
Fille; & ainſi Monfieur le Marquis
de Chafteauneuf Secretaire
d'Etat , & Monfieur le Comte
de S. Florentin ſon Frere , font
ſes Heritiers. Si vous voulez que
je vous entretienne de ſa Maifon,
je vous diray que feuMonfieur
le Camus éponſa uneMarie
Colbert , & en eut quatre
Filles & fix Fils L'aiſnée
estoit Madame d'Emerydontje
vous parle. La ſeconde futoma
riée àMonfieur le Roux Maiſtre
des Requeſtes. La troifiéme ſe fit
Carmelite , & la derniere épouſa
Monfieur Pelot , aujourd'huy
Premier Préſident du Parlement
deRoüen .
-L'aiſné des Fils fut Monfieur
le Camus, Conſeiller d'Etat, Pere
de Monfieur le Premier Préfident
de la Cour des Aydes , de
Monfieur
GALANT. 57
:
Monfieur le LieutenantCivil de
Monfieur de Mongrolles Maiftre
des Comptes, & de Monfieur
l'Eveſque de Grenoble .
Le ſecond, autrefois Préſident
des Comptes, & depuis Conſeiller
d'Etat , & Intendant de Juſtice
dans l'Iſle de France , & Controlleur
des Finances , fut Pere
de Madame de Manevilete .
Le troifiéme , apres avoir eſté
Procureur General de la Cour
des Aydes , ſe fit Preſtre , & eft
morten ſervant les Pauvres .
Le quatriéme a eſté Maiſtre
des Comptes à Grenoble , & eft
mort fur- Intendant des Baſtimens
de France .
Le cinquiéme ſe fit d'abord
Conſeiller au Grand Confeil , &
prit en fuite la Charge de Procureur
General de la Courdes
Aydes , dont il s'est défait al 38
C V
58 MERCURE
Le ſixiéme a efté Conſeiller
au Parlementde Paris ,& depuis .
Intendant de Juſtice en Champagne.
Ces deux derniers ſont
encor vivans . Monfieurle Camus
leur Pere eſtoit ſi riche , qu'il
s'eſtoit conſervé quatre-vingts
mille livres de rente , apres leur
avoir fait à tous des avancestresconſidérables.
Vous connoiſſez Monfieur
l'Abbé de Maupertuis. Le Roy
luy a donné l'Abbaye de Saufſeufe,
vacante par la mort de Mõ
fieur l'Abbé Daguille. Il eſt Doteur
de Sorbonne.Mr.de Maupertuis
ſon Pere fut tué au Siege
de Giry à la teſte du Regiment
de Picardie,apres avoir fait trente
cinq ou trentefix Campagnes..
Deux de ſes Freres ont auſſi été
tuez , l'un à la Bataille de Senef,
&l'autre fix ſemaines apres , à la
defenfe
GALANT.
59
defenſe de Grave. Le premier
eſtoit Lieutenant aux Gardes ;
& le ſecond , Capitaine dans
Normandie. Il luy en reſteencor
un , qui eſt Monfieur de
Maupertuis Lieutenant de la
Compagnie des Mouſquetaires
Blancs. Je vous ay déja parlé de
luy en vous entretenant du Siegede
Valenciennes. Il entra des
premiers dans cette Place , &
il y fut mefme longtemps avant
que les Troupes y entraffent.Ce
n'eſt pas la ſeule Occaſion où il
ſe ſoit fignalé. Ils font de la
Maiſon de Melun.Celuy qui eft
nouvellement Abbé de Sauffeuſe
, emporta le Prix de Proſe de
l'Académie il y a deux ans .
Je vous envoye une Fable de
ce ſtile aisé que vous aimez tant,
& dont je ſçay que la Moralité.
vous plaira. Elle ſervira d'avis
aux Médiſans. FA
60 MERCURE
FABLE DE LA PIE
d'un feuillage
Attiraparfon ramage
ET DU ROITELET
Dansl'épaisseur Pie en belle humeur ...
Les Oyſeaux du voisinage..
Là, voyant maint Auditeur
Charmé de son bean langage
Elle en jafa davantages 2191
C'estoit un esprit coquet
Sans reſpect de parentagepleng
:
Qui camfoit en Perroquet
છઠ્ઠ 33
7:
D'amitié,de compérage
Chacun avoit sonpaquet.
Eftant donc d'humur à rire ,
Ellefit une Satire
Contre l'Aigle&le Corbeans نا
Puis danbant fur l' Etourneau ,
Sur le Geay ſurle Moineau 2
Elle eut quelque chose à dire
Sur chaque espece d'Oyseau.
Selon elle la Linette
N'avoit ny game ny note...
Afon
GALANT. 6г
1
1
Ason gré le Rossignol
N'avoit pas la voix fort belle.
L'Aloüette&l'Hirondelle
Nesçavoientrient au prix d'elle
Dans becare&dans bemol..
Al'ouir la Tourterelle
N'estoit chaste ny fidelle.
Le Perroquet Sans raiſon :
Sans esprit&fans cervelte
Eftoitfait comme un Oyson.
Mesme un jour la Demoiselle
Soûtenoit furfon Ormeau ,
Quele Pan n'estoit pas beau ,
Quoy qu'en dist mainte femelle...
Elle jasoit sur ce ton ,
Lors qu'un petit * Berrichon
Qui fortoit de son buiſſon .
Entendit la babillarde ,.
Et se dreſſant sur l'ergot ;
Vrayment , luy dit-il, Margot,
Vous faites bien la gaillarde.
Sus donc , la Femme de bien ,
Puis que vous n'épargnez rien
Dansvostre humeur libre &franche
Tournons,fur vous l'entretien.
La, la, nous vous voyons bien د
2
**Roitelet..
Yous
62 MERCURE
Vous n'estes pas toute blanche..
Aprensd'icy , Médifant ,
Que le plus petit Plaisant
Te peut donner la revanche..
L'Air qui ſuit eſt de la compoſition
de Monfieur Merieux.
Voicy les Paroles.
AIR NOUVEAU.
AMispuis que
Mispuis que Bacchus nous afſfemble
en ce jour,
Chafſſons l'amoureuse folie.
Beuvons, c'est le moyen de paſſer noftre
vie
Sanseftre afſujettis aux rigueurs de l'Amour
Un bon Beuveur ne doit pas craindre
Lefoible pouvoirde ce Dieu;
Plus IAmour allume ſonfeu ,
Plus il doit boire pour l'éteindre.
Sçavez - vous , Madame que
les Lettres que je vous écris ,&
qui
GALANT... 63
qui courent toûjours le monde
fous le titre de Mercure , ont
panſé eſtre caufe d'un Mariage
fort mal afſorry ? Voicy ce qu'on
m'en apprend. Une aimable &
jeune Perſonne,retirée dansune
Maiſon de Campagne avec une
de ces Meres qui veulent eſtre
abſoluës dans les choſes meſmes
où la Juſtice borne le plus leur
autorité, vivoit fans aucun autre
plaifir ſenſible que celuy de la
Chaffe , & de la Lecture. Un
Juſte -à- corps , une Cravate , &
unBonnet garny de Rubans en
plumes , estoient l'équipage où
elle ſe montroit le plus . Elle y
eſtoit toute belle , & l'adreſſe
qu'elle avoit à manier un Fufil,
furprenoit tous ceux qu'elle en
rendoit les témoins. Il en coûtoit
la vie à quelques Perdrix felon
la ſaiſon . C'eſtoit ſon divertiſſe
ment
64 MERCURE
1
ment d'exercice . Les Livresl'occupoient
affez ordinairement
dans ſon repos. On luy envoyoit
toutes les Nouveautez qui s'imprimoient
; & le Mercure eſtant
devenu à la mode , fut bientoft
entre ſes mains. Elle en lifoit un
jour un Volume qu'on luy venoit
d'apporter , quand un bon
Vieillard des environs , que fa
Mere voyoit aſſez rarement , interrompit
ſa lecture par une viſite
qu'il luy rendit. Il pria cette
belle Perſonne de continuer.
Elle ne ſe le fit pas dire deux
fois . Le Mercure luy plaifoit plus
que la coverſation du bonHomme
, & jamais priere ne luy fut
faite plus à propos. Elle lifoit
avec tant de grace, que le Vieillard
commença de la regarder
avec plus d'attention qu'il n'avoit
fait jufque-là ; & comme
elle
" GALANT. 65
elle ne pût achever à cauſe d'une
Dame qui furvint , il la pria
de ſouffrir qu'il vinſt écouter le
refte le lendemain. Il n'ymanqua
point. Il ſçeut qu'elle recevoit
tous les mois un livre fem
blable. Grand ſoin de venir toû-
-jours prendre part à cette lecture.
Ses vifites n'eſtant pas réjoüiſſantes
pour la Belle,elle voulut
fe charger de luy envoyer
fon Livre , mais il luy dit que
quoy qu'il le trouvaſt fort divertiffant
, les nouveautez qui le
cõpoſoient luy plairoient beaucoup
moins dans une autre bouche.
Cela eſtoit galant pourun
Homme de fon âge. Il avoit
quatre -vingts ans ; & une Niece,
particuliere Amie de la Belle,
eftoit ſa ſeule Heritiere .. Elle la
prioit inutilement de la défaire
des viſites de ſon vieil Oncle .
II
66 MERCURE
Il luy en rendoit de tres- régulieres
au comencement de chaque
Mois , & toûjours avant
qu'on luy eut envoyé ſon Livre.
Il faiſoit plus . Apres en avoir entendu
la lecture entiere , il venoit
de temps en temps ſçavoir
fi quelques Gens de fa connoiffance
eſtoient nommez dans les
Articles de Guerre. Son âge excuſoit
ſon peu de mémoire. II
avoit afſſez veſcu pour en manquer
, &la Belle ne ſe chagrinoit
que de ce qu'il n'oublioit
point le chemin de ſa maiſon ;
mais elle apprit au bout de quatre
ou cinq mois ce qui l'obligeoit
à venir ſi ſouvent demander les
mefines chofſes . Il avoit encor
plus regardé qu'écouté , & tout
vieux qu'il eſtoit , la Belle luy
avoit échaufé le coeur. Il ſe réfolut
à s'expliquer. Il trouva la
Mere
GALANT.
67
Mere ſeule , & aprés s'eſtre informé
où eſtoit ſa Fille, illuy dit
qu'il luy devoit beaucoup de
lectures , & que luy & la moitié
de fon Bien estoient deſtinez
pour l'acquiter. Il eſtoit fort riche.
La propoſition plût à la
Mere. Quatre-vingts ans luy
ſembloient un âge admirable.
Elle avoit de l'eſprit , & tourna
ſi bien le Vieillard, qu'il ſe montra
preſt à ſigner ſur l'heure.Elle
répondit du conſentement de ſa
Fille , manda le Notaire du Village,
le fit écrire , & il achevoit
ce qui eſt du ſtile ordinaire,quãd
laBelle entra dans ſaChambre
fans ſçavoir qu'on la marioit. Jugez
de ſa ſurpriſe. On luy donna
la plume pour figner apresle
Vieillard. Elle s'excufa, demanda
du temps , voulut s'en aller,
*& entendit de ſa Mere je-ne-
Içay
68 MERCURE
ſçay quelles paroles accompagnées
de regards ſi menaçans ,
qu'intimidée , interdite , & fans
trop ſçavoir ce qu'elle faifoit ,
elle figna comme on le voulut.
LeVieillard qui crût que ce premier
chagrin paſſeroit,luypromit
tout le bonheur qu'elle pouvoit
efperer;& à l'entendre, l'âge luy
avoit apporté ſi peu d'incommoditez,
qu'elle ne le devoit regarder
que comme un Homme de
quarante ans.Il emporta le Contract
ſigné. On prit jour pour le
Mariage , & on n'en donna que
quinze à la Belle pour s'y réſoufoudre
. Elle pleura , ſe repentit
mille fois de la complaiſance
qu'elle avoit euë pour ſa Mere,
&ne fut ſenſible à aucun des
avantages qu'elle rencontroit
dans ce Party. On eut beau luy
dire que le bon Homme ne po
voic
GALANT. 69
T
Π
voit vivre long - temps . Trois
mois avec luy eſtoient pour elle
un fupplice épouvantable ; &
comme il ne paſſoit plus aucun
jour ſans la venir voir , tout ce
qu'il luy diſoit redoubloit tellemen
fon averſion , que fi elle ne
luy répondoit rien de fâcheux
par le reſpect qu'elle devoit à fa
Mere , elle faiſoit affez connoiſtre
par ſa fombre humeur combien
ce Mariage luy déplaiſoit .
Le Vieillard eſtoit aveugle , & il
ſe flatoit juſqu'à croire que quãd
il l'auroit épousée , il trouveroit
le moyen de s'en faire aimer. Le
temps fatal arriva. La Belle s'en
montra deſeſperée , & fit fi bien
par ſes pleurs, qu'elle obtint huit
jours de retardement , au grand
regret du bon Homme qui étoit
tres-impatient dans ſes amours,
Cependant la Mere qui avoit
quel
70
MERCURE
quelque teinture de devotion ,
ne pût voir l'obeïſſance forcée
de ſa Fille , fans avoir ſcrupule
de la violence qu'elle luy faiſoit .
Un remords de confcience la
prit. Elle voulut confulter les
Cafuites , & fous prétexte de
quelques Amies qu'elle avoit à
voir , elle quitta ſa Fille pour
quelques jours , & alla dans une
Ville prochaine s'éclaircir de
ſon ſcrupule. La Belle employa
ce temps à chercher par où ſe
défairede fon Vieillard. Elle en
imagina un moyen. Il ne rompoit
pas tout-à-fait l'affaire,mais
il la mettoit en pouvoir de la reculer
, & c'eſtoit beaucoup, que
gagner du temps. Son Amie ,
heritiere du bon Homme , ne
pouvoit ſe conſoler de fon Mariage
. La belle l'alla voir dans
ſon équipage de Chaſſereſſe ,
l'affura
GALANT. 71
l'aſſura quelle ne ſeroit jamais ſa
Tante , & l'ayant appaiſée par
cette promeffe , elle la pria de
luy donner un Habit de fon
Maryſans s'informer de ce qu'el.
le avoitt deſſein d'en faire. Cette
Niéce étoit mariée depuis
deux ans à un Officier du Roy
qui ſervoit alors fon Qartier. Elle
confentit à tout ce que fon
Amievoulut , luy donna l'Habit
d'Home qu'elle demadoit,la con
duiſit juſqu'à une Porte de derriere
qu'elle luy promit de tenir
ouverte , & attendit ſon retour
pour eſtre éclaircie de ce qu'elle
avoit projetté. La belle fortit
avec une Fille à elle qui l'accom.
pagnoit , gagna un petit Bois
qui n'eſtoit pas éloigné de cette
Maiſon, ſe travestit ,& ſe mit au
guet pour découvrir le Vieillard
qui devoit neceſſairement paffer
72
MERCURE
fer par ce petit Bois. Elle luy
avoit donné rendez-vous chez
cette Niéce ſous prétexte de
luy faire figner le Contract, l'affurant
qu'elle y estoit diſpoſée,
& que l'amitié qui les uniſſoit ,
l'avoit emporté ſur le chagrin
que ce Mariage luy devoit donner.
Le bon Homme qui craignoit
les plaintes d'une Heritiere
trompée avoit reçeu cette nouvelle
avec joye , & venoit ſeul
chez ſa Niéce en ſe promenant,
quand la Belle ſe cachant le viſage
avec un Loup , luy preſenta
le Fufil. Il crût qu'on n'en
vouloit qu'à faBourſe,& il ſe pre,
paroit à la doner ; maison luy fit
quiter ſes Habits , & il falut qu'il
ſe dépoüillaſt .Il ne les eut pas fitoſt
donnez,que la belleVoleuſe
s'enfonça dans le creux du Bois.
Elle y reprit fon premier équipage
GALANT.
73
page de Chaffereſſe , gagna la
fauffe Porte qu'elle avoit prié
qu'on ne fermaſt point, & apres
avoir conté à fon Amie le tour
qu'elleavoit joüé aubon Home,
elle fongea à partager le butin.
La Bourſe , &une Montre qui ſe
trouva dans ſa poche , furent
pour la Niéce. LaBelle ſe contenta
du Contract qu'elle emporta,
fort reſoluë den'en point
figner d'autre , quoy qu'on puſt
faire pour l'y obliger. Le Vieillardne
ſe vanta point de fon
avanture , & vint dés le lendemain
chez ſa Maiſtreſſe . Les reproches
qu'elle luy fit de ne s'e-
Are pastrouvé au Rendez - vous,
Lobligerent àluy dire qu'il avoit
fa peu, de mémoire , qu'il ne ſe
fouvenoit plus où il avoit mis le
Contract', mais qu'il ſeroit aiſé
d'en refaire un autre. La Mere,
Septembre. D
74
)
MERCURE
arriva dans ce meſme temps ; &
comme les huitjours expiroient,
l'amoureuxVieillard la preſſa de
vouloir conclure. Elle le laiſſa
partir ſans luydonner de réponſe
poſitive. Ceux qu'elle avoit
confultez , luy avoient fait un fi
grand crime de l'injuſte autorité
qu'elle ufurpoit , que les malheurs
qu'elle endevoit craindre
luy firent peur. Elle s'en expliqua
avec ſa Fille; dont elle ceffa
de contraindre les volontez . Le
Contract étoit la ſeule choſe qui
l'embaraſſoit. Sa Filleluy fit voir
qu'elle n'avoit rien à craindre de
cecoſté-là. Il fut mis au feu , &
quand le Vieillard vint demander
jour pour terminer , la Mere
l'ayant reçeu froidement , & la
Belle luy ayant dit à l'oreille
qu'on s'eſtoit contenté pour la
premiere fois de le dépoüiller ,
mais
GALANT. 75
mais qu'il luy pourroit arriver
pis , s'il s'obſtinoit à eſtre amoureux
, il entendit ce qu'on luy difoit
,& ſe retira ſans faire bruit.
Il apprit quelque temps apres
que cetteaimable Perſonne étoit
le Voleur quiluy avoit fait quitter
ſes Habits. Comme il eſtoit
revenu de ſa paſſion , il ne puſt
luy vouloir de mal d'avoir tout
faitpour rompre un engagement
qui luy faifoit peine. Un coup ſi
hardy la fit admirer.Sa Mere l'en
gronda d'abord , & luy pardonna.
Le perſonnage qu'elle joüa
dans le Bois eſt extraordinaire
pour une Fille ; mais quel ragoût
qu'un Mary de quatre - vingts
ans,& que n'oſe- t'on point pour
trouver moyen de s'en garentir !
La belle Chaſſereffe dont je
viens de vous conter l'Avanture
, n'eſtoit pas du ſentiment
Dij
76
MERCURE
de celuy qui a fait ces Vers .
CONTRE LA CHASSE
du Lievre.
EDOMSONNET.
C
E Liévre intimidé qui court dans
cette Plaine,
Preſſé de ton Levrier & poursuivy du
mien ,
Est un maigre ragoust où je ne trouve
rien,
Soit qu'il puiſſe échaper, ou qu'enfin on le
prenne.
L'ay pour ce paſſe temps une invincible
haine
Il nous cauſe toûjours plus de mal que de
bien ,
Et sefatiguer tant pour voir courir un
Chien,
C'est un chien de plaisir qui n'en vaut
pas lapeine.
CetteChaffe en un mot a pour moy peu
d'apas,
८
Ie
GALANT.
ブズ
Ie ne sçaurois me plaire à perdre tant de
pas,
Etrenonce aux douceurs ois Diane pré
fide.
D'un Liévre dans un plat je tire plus de
fruit.
Ilm'offre ators un bien & durable & fo
lide,
Mais levoir quand il court , c'est un
plaisir qui fuit.
Ceux qui cherchent les plaifirs
fans peines, feroient bien de
ne s'embarquer jamais avec l'Amour
, car c'eſt une Mer ſujete
à de grands orages. Les périls
en font agreablement reprefentez
dans ces Stances que je vous
envoye. Je n'en connois l'Autheur
que ſous le nom d'Alci
don. Je ne ſçay ſi elles ont déja
couru, mais je ſçay qu'elles méritent
fort d'eſtre
veuës.
Diij
78 MERCURE
A LA BELLE DISEUSE
de Bonne- Avanture .
STANCES. S
Pour Monfieur M. à MademoiſelleB.
BEll
& ſcavante Iris , dont l'esprit
admirable
Perceparses clartez la nuit de l'avenir,
Souffrez que sur un point affez confiderable
,
Ie puiſſe vous entretenir.
Vous avez veu ma main , & vous avez
pû lire
La noble paſſion qui regne dans mon
coeur;
Ainfi vous connoiſſez l'objet de mon ardeur
,
1
Sans qu'il soit là- deſſus besoin de vous
rien dire.
Parlez-moy donc fincerement,
Dois-je faire un heureux voyage,
Et dans ce doux embarquement,
Ne
GALANT. 79
Nefuis-je pointmenacé du naufrage?
Voussçavez à quels vents un coeur est
exposé,
Quand aux vagues d'amour il s'est ofe
commettre.
Helas ! me puis-je bien promettre
QuemonVaiſſeaun'enferapointbrifér
Il est vray , la tempeste & les coupsde
l'orage,
Ne font pas les coups que je crains.
le fers une beauté qui n'est pas si sau
vage,
Et qui n'a pas toûjours la foudre dans
les mains.
Mais il est quelque chofe encor de plus
funeste
Pour un coeur qui ſçait bien aymer,
Quelque chose qui paſſe & la haine &le
refte
Dece qu'on craint fur cette Mer.
Il est un certain calme aux Amans fi
contraire,
Que fait l'indiference & l'ingrate froideur
D. iiij
80 MERCURE
Dont s'arme à contre-temps une Beauté
Severe,
Et c'est là ce qui me fait peur.
Des pleurs & des soupirs en vainnous
cherchons l'aide
Lors que ce caline arreſte nos amours,
Envain de tous les Dieux nous briguons
lesecours ,
Ilfaut périr, le mal estsans remede...
Ah! fi de ce malheur, vous lifez dans les
Cieux
Qu'un Aftre cruel me menace ,
Aunom de cet éclat qui brille dans vos
yeux ,
Détournez,s'ilsepeut,une telledisgrace.
Que dis-je, s'il se peut? belas ! vousSyavez
bien
Que de mon fort vous estes la mais
treffe ,
Et que je compteray ces menaces pour
rien ,
Si lapitié pour moy vousintéreſſe.
Belle Iris , je le dis avec tout le reſpect
Que l'on doit à cet Art on vousfemblez
vous plaire , Pour
GALANT. 8г
Pour deviner monfort , il n'est pas neceffaire
Deprendre un témoin fi Suspect.
Quelques traits qu'en ma main ait for
mez la Nature , 4
Etquel quefoit
le cours des
Cieux10
On nepeut voir que dans vos yeux
Ma bonne ou mauvaise avanture
Monfieur de Seguiran , Premier
Préſident en la Cour des
Comptes , Aydes & Finances
d'Aix en Provence, eſt mort de
puis peu dans ſa foixantiémeannée.
C'eſtoit le troiſième de fa
Famille qui poſſedoitcette grande
Charge de Pere en Fils. On
ne peut s'en acquiter plus glorieuſement
qu'il a fait pour le
ſervice du Roy , & à l'avantage
de la Province. Mais s'il a fait
paroiſtreune haute capacité dãs
la Robe , il ne s'eſtoit pas moins
fignalé dans les Armes , ayant
Dv
82 MERCURE
commandé une des Galleres de
Sa Majesté longteps avant qu'il
fût reçeuPremier Préſident.Les
rencontres où il ſe trouvoit continuellement
expoſé , luy fournirent
d'aſſez belles occafions
de faire éclater ſon courage &
fa bravoure , & il en donna fur
toutdes marques dans unCombat
contre les Eſpagnols , où les
François eurent l'avantage. Ily
fut dangereuſement bleſſe d'un
coup de Mouſquet au travers
ducorps. On nedoute pointque
les incommoditez de cette bleffure
n'ayent de beaucoup accourcy
ſes jours. Se voyant preſt
de mourir,il fit la démiſſion de fa
Charge ſous le bon plaifir du
Roy , en faveur de Monfieur
l'Abbé de Seguiran ſon Frere,
dont la capacité , le mérite , &
la probité , ſont affez connus
pour
GALANT. 83
pour la conſerver à un Fils qu'il
laiſſe âgé ſeulement de huit à
neuf ans , juſqu'à ce qu'il foit en
état de la poſſeder. C'eſt ce jeune
Marquis de Bouc dont il eſt
parlé dans la Relation que je
vous envoyay il y a deux mois de
la Feſte qui ſe fait tous les ans à
Aix. Sa Majesté par une bonté
toute Royale, accorda fon agré--
ment pour cette Démiffion à
Monfieur le Chevalier de Segui.
ran Capitaine aux Gardes , &
Frere de l'un &de l'autre , tant
enconſidération de trente - deux
années de ſes ſervices , que de
ceux de Monfieur de Seguiran
fon Oncle , qui mourut glorieuſement
lors de la repriſe ſur les
Eſpagnols , des Ifles de S. Ho--
noré de Lérins en Provence par
l'Armée du Roy. Feu Meffire
Henry de Seguiran , Pere de
ceux
84 MERCURE
ceux dont je vous parle , avoit
eſté Major General fous Monſieur
de Guiſe au Siege de la
Rochelle,avant que d'eſtre Premier
Préſident de la meſme
Chambre des Comptes. Monfieur
le . Cardinal de Richelieu
qui ſe connoiſſoit en Grands-
Hommes, avoit une eſtime tresparticuliere
pour luy , & il luy
en donna des marques , lors.
qu'en qualité de Grand Admiral
, il l'honora dela Charge de
fon Lieutenant General enl'Admirauté
de Provence. Il eſtoit .
Fils d'Antoine de Seguiran , qui
ayant eſté d'abord Confeiller ,&
enfuite Préfident à Mortier au
Parlement d'Aix , fut enfin Premier
Preſident de la Cour des
Comptes , Aydes & Finances,
&qui eut pour Frere le R. P.
Seguiran Jefuite. Il eſt impoffi...
ble
GALANT .
85
ble , Madame , que vous n'ayez
entendu parler de luy comme
d'un des plus celebres Prédica- I
teurs de fon temps. Il eut l'avantage
d'eſtre le Confeſſeur du
feu Roy.Si vous voulez remon--
ter plus haut pour ſçavoir l'origine
de ceux de cette Maiſon ,
vous les trouverez deſcendus
d'un Melchion de Seguiran Sei
gneur de Vauvenargues, qui fut
un des douze Conſeillers du
Parlement de Provencelors qu'il
fut érigé par Louis XI. en 1501.
Il avoit eu l'honneur quelques
années auparavant, d'eftre Député
avec Monfieur Palamedes
de Fourbin par les Trois Etats
du Païs pour luy preſter hommage
en leur nom , apres que
Charles d'Anjou dernier Comtede
Provence l'eut inſtitué Heritier
audit Comté par fonTeftament
86 MERCURE
tament fait en Decembre 1481..
Ce Melchion eſtoit petit-Fils de
Loüis de Seguiran , qui fut fait
un des fix Préſidens du Parlement
& du Conſeil Eminentque
Loüis II . Comte de Provence
érigea dans la Ville d'Aix en la
place du Juge-Mage,le 14.Aouſt
1415.Je ne vous parle point d'un
Berenger Seigneur de S. Esteve,
dont ce Loüis de Seguiran eſtoit
defcendu, ny de fes autresPré--
deceſſeurs, qui ont tous eſtého--
norez de Charges importantess
dans les Armées des Comtes de
Provence. Il eſt certain qu'ils
viennent des Comtes d'Eſtolberg
en Allemagne , &que l'un
d'eux qui portoit le nom de Seguiran
, eſtant venu en Italie en
1280. & ayant épousé à Genes .
une Dame de la Maiſon de Nigris
, reçeut des Emplois confidéra
GALANT.
87
- dérables de Charles I. Comte
de Provence , Frere de S.Loüis,
lequel épouſa Beatrix , derniere
Fille de Raymond Berenger
Comte de Provence, & fut couronné
à Rome Roy des deux
Siciles & de Naples , d'où il
chaſſa Mauffroy,apres avoir fait
un Traité de Paix avec les Génois.
Les graces que ce Seguiran
en avoit reçeuës , l'obligerent
à le ſuivre en Provence. Il
yemmena ſa Femme , & y établit
ſa Famille qui eſtoit tres- ancienne
en Allemagne . Elle fait
preſentemet pluſieurs Branches
dans leſquelles il y a deux Chevaliers
de Malte , dont l'un eſt
Lieutenant de la Galere Capitane
, & Frere de Monfieur de
Seguiran Ecuyer de Monfieur
de Vendofme Grand Prieur de
France. L'autre eſt Monfieur le
Che
!
88 MERCURE
Chevalier Dauribeau , qui a eu.
l'honneur d'eſtre Lieutenant de
Major d'un Bataillon de laReligion
de Malte en Candie. Il y
reçeut pluſieurs bleſſures , qui
font des témoins irréprochables
du zele qui le faitagirdans les
grandes Occafions.
__Madame de Mariote , Femme
du Préſident de ce nom en la
Cour des Aydes de Montpellier ,
eſt morte aufſi. Elle est d'autant
plus regretée ,qu'eſtant tres bien
faite , & d'un grand mérite , elle
n'avoit encor que quinze ans , &.
eſtoit dans la premiere année de
fon Mariage..
Nous avons perduicy Madame
Freſon , & Madame de Meneblanc.
L'une eſtoit Femme
d'unConſeiller au Parlement,&
L'autre Veuve d'un Maiſtre des.
Comptes.
La
GALANT. 89
ol La Signature de la Paix a
eſté une nouvelle ſi agreable ,
qu'on n'a point voulu en attendre
la Ratification pour en fai
re des réjouiſſances à Thouars .
On s'affembla auſſi- toft qu'elle
fut ſçeuë . Vous croyez déja
voir le Corps de Ville en habit
décent; Cene fut point luy qui
s'aſſembla. Les Dames feules
eurent l'honneur de la Feſte.
Elles commanderent un magnifique
Repas . La Table fut dreffée
far le bord de l'eau aupres
d'une Sauſſaye,& lesTrompetes
marines furent meſlées aux divertiſſemens
qu'elles ſe donnerent.
Vous ſcavez que c'eſt le
veritable lieu de les entendre ,
& qu'elles en ont pris le nom de
Marines.
Je n'oſe croire , Madame , ce
qu'on m'a fait voir écrit de Cavaillon
१० MERCURE
vaillon , Terre du Pape , que le
plaifir qu'on s'est fait d'y lire les
Nouvelles que j'ay ſoin de vous
apprendre , a donné lieu à des
Aſſemblées qui ont enfin formé
une eſpece d'Académie composée
de Perſonne d'un tres-grand
mérite. Ce qu'il y a de certain,
c'eſt que céte Academie a choiſy
quatre jours de la Semaine
pour s'affembler , & que Monſieur
l'Eveſque de Cavaillon en
eſt Directeur. Il est bien fait de
corps & d'eſprit , jeune , & de
qualité.
Monfieur de Saporte y donne
de temps en temps des marques
de cette Etude galante qui
perfectione les honneſtes Gens.
C'eſt un Gentilhomme de Languedoc
qui vit en ce Païs- là en
veritable Sage,& en galant Philofophe
, comme on y a ven vivre
GALANT. 91
vre autrefois le fameux Pettarque.
Monfieur le Protonotaire de
Grace y donne des Leçons tresfructueuſes
, en qualité de ſçavant
Antiquaire. Il les foûtient
par cette quantité de curieuſes
Medailles dont on ſçait qu'il eſt
richement muny,
Les Preceptes Chreftiens y
font infinuez avec beaucoup de
fuccés , par Monfieur de Peruffys
, Gentilhomme d'une vertu
consommée , & veritable imitateur
de celles de Monfieur de
Renty.
Monfieur de Maleſpine donne
dans les Affaires de Palais,&
fait des Raports tres - judicieux
fur les Procés qu'on tâche en
ſuite determiner par les foins
de Meſſieurs de l'Aſſemblée ,
au grand profit de ceux de la
Ville
92
MERCURE
Ville. C'est un Gentilhomme
d'un eſprit tres - éclairé .
La Philofophie n'y eſt pas oubliée
. Monfieur Reymond tresfçavant
Medecin , s'y diftingue
par ſes Conférences fur les Opinions
de Defcartes , & par lë
plaifir qu'il donne à l'égard des
expériences. Quelques jeunes
Gentilshommes y viennent auffi
pour écouter , & pour y faire
voir des Pieces de galanterie .
Mais,Madame, puis que nous
fommes fur les Terres du Pape,
il ne faut pas nous en éloigner
ſans aller juſqu'à Padouë . Vous
y apprendrez la choſe du monde
qui eſt la plus glorieuſe à voſtre
Sexe. On ne dira plus que
les Sciences ſont refervées aux
Hommes à l'exclufion des Dames
, &l'égalité des deux Sexes
ſe prouvera aujourd'huy par
l'exem
GALANT .
93
l'exemple , comme elle a eſté
prouvée depuis quelque temps
par de ſolides raiſons. Il n'eſt
point beſoin de vous dire que
la Maiſon de Cornaro eſt une
des plus puiſſantes de Veniſe. Il
y a peu de Gens quin'en ſoient
inſtruits. Elle eſt diviſée en pluſieurs
Branches, & par tout conſiderable
; j'entens en ſageſſe,
en dignitez , en richeſſes, & en
érudition. Monfieur Cornaro
Piſcopio , Procurateur de S.
Marc ( vous ſçavez qu'il n'y a
que la Charge de Doge qui ſoit
au deſſus de celle cy ) s'eſt toûjours
fait une ſi agreable occupation
des Sciences , qu'ayant
eu deux Filles , il les a portées à
l'Etude dés leur plus bas âge. Je
ne vous diray rien de la Cadete,
quoy que ſes admirables qualitez
la mettent au deſſusdebeaucoup
94
MERCURE
coup d'éloges . Elle est mariće
à l'illuftriffime Vendramino. Je
vous diray ſeulement que fon
Aiſnée qui s'appelle Helene- Lucrece
Pifcopia Cornara , ſçait le
François , l'Eſpagnol , le Latin, le
Grec ancien & moderne , &
l'Hebreu , auffi -bien que l'Italien.
Elle a eu pour Maiſtre dans
le Grec , le ſçavant Abbé Gradenigo
, Bibliotequaire de Saint
Marc. Ces diverſes Langues ne
luy ont ſervy que comme de
Vaiſſeaux avec leſquels elle a
penetrédans les vaſtes Mers des
Sçavans . Elle y a fait de ſi ſurprenantes
acquiſitions , qu'elle s'eſt
renduë aujourd'huy une des
Merveilles de l'Europe. Monfieur
Cornaro fon Pere , furpris
luy-meſme d'un Prodige ſi peu
croyable , ſouhaita qu'elle priſt
les degrez de Doctoratdans l'an
cienne
GALANT.
95
cienne & fameuſe Académie de
Padoüe. Elle demandoit le Dotorat
de Theologie, mais Monfieur
le Cardinal Barbarigo Evêque
de cette Villeeut des raiſons
qui l'obligerent à ne luy accorder
que celuy de Philoſophie.
Ce fut le 25. de Juin qu'elle fit
paroître publiquement combien
elle estoit digne de le recevoir?
Elle piqua deux fois dans Ariſto
te , & en expliqua les Points qui
luy vinrent à l'ouverture du Li
vre , avec une entiere fatisfation
de fon Auditoire , compoſé
d'un grand nombre de Nobles
Venitiens & de Terre- ferme,
& de plus de cent Dames de
qualité qui estoient venuës exprés
à Padouë pour voir une ſi
extraordinaire Cerémonie . Je
croy que c'eſt la premiere Femme
à qui la Couronne Doctorale
96 MERCURE
le ait jamais eſté accordée . On
n'argumenta pointcontr'elle . On
appelle cette maniere de reception
à la Nobilifte. Les Salles du
College ne pouvant ſuffire à l'affluence
du monde , on la reçeut
dansle Dôme , ou Egliſe Cathédrale
. Le Docteur Rainaldini fut
fon Promoteur , & luy donna les
ornemens du Doctorat . Elle s'attira
l'applaudiſſement univerſel.
N'en eſt ce pas aſſez , Madame,
pour avoir auſſi le voſtre , & celuy
de tout le beau Sexe ? Les
Hommes meſmesqui pourroient
avoir quelque jalouſie ſecrete
des avantages de cette admirable
Fille , fe font fait honneur de
contribuer à ſa gloire , & le 15 .
de Juillet, la fameuſe Académie
des Ricorrati s'aſſembla extraordinairement
pour celébrer les
merveilleuſes qualitez d'une Per
fonne
GALANT.
97
১
Capi
fonne ſi rare . Cela ſe fit dans la
Salle des Geans , lieu ordinaire
de leur Aſſemblée , où eſt la Bibliotheque
publique , par les
foins de Monfieur Patin de Pa
ris , aujourd'huy Prince de cette
Académie, & Profeffeur enMe
decine à Padoue. Monfieur le
Podesta , & Monfieur le
taineGrand, s'y trouverent,avec
tout ce qu'il y avoit dans lePaïs
de Cavaliers & de Dames de
qualité. Le même MonfieurPatin
avoit eſté employé à faire
l'Oraiſon funebre du Cavalier
Orfati Profeſſeur en Phyſique
dans la meſme Ville , mort il n'y
a pas longtemps. C'eſtoit un des
plus ſçavans Antiquaires de
l'Europe.
Nous commençons d'entrer
dans l'Automne. Si vous voulez
voir les avantages que cette Sai-
Septembre.
98 MERCURE
fon a fur le Printemps , vousn'avez
qu'à lire ces Vers de Monſieur
de Breteüil de la Lane ,
Lieutenant General du PaïsBas
Armagnac.
ZEPHIRE A FLORE.
F
Lore , contentez vous des Roses&
desLis ,
Dontvos beaux jourssont embellis.
Tout le monde leur rend hommage , 3
Et furlesplus beauxfruits vos fleurs ont
l'avantage.
Confervez cherement tant d'aimables
couleurs,
Qui rendent fi belles vos fleurs ,
Et laiſſez fans regret tous les fruits à
Pomone.
Flore, voſtre Printemps vaut mieux que
SonAutomne.
REPONSE DE POMONE.
ILest wray que fes fleurs embeliffent
nosPlaines
GALANT. AUE
DE
tans,
Dontlaterresepare au retour du Prin
Etque nous luy devons les tresors écla
CYON
temps,
Mais vantez un peu moins des richeffes
fivaines.
L
On voit tomber le Lis la plus belle des
fleurs;
Apeine est-il tombé qu'on le foule fur
L'herbe.
:
Nevous fiez donc point àtoutes vos
couleurs
Flore , &n'en Soyez plus fi fiere &fi
Superbe.
Ce n'est que de mes fruits que l'on doit
faire cas.
L'en charme comme vous l'odorat &la
Et deplus j'offre au gouft des morceaux
délicats,
Dont le Ciel par malheur ne vous a pas
pourvene
Groyez-moy, belle Flore ; avecque moine
de bruit .
Vantez nous la couleur du Lis & dela
N'avoir rien quee des fleurs , c'eft avoir
Rofe.
pen de chofe
Eij
100 MERCURE
Si l'on ne sçait tirer de ces fleurs quelque
fruit.
L'impatience qu'on a de loüer
leRoy ſur la Paix , eſt ſi grande,
qu'on n'attend point qu'on l'ait
publiée, pour donner à ſa modération
les juſtes éloges qu'elle
mérite . Je reſerve beaucoup de
Pieces fur cettematiere pour ma
Lettre Extraordinaire que je
vous promets le 15. d'Octobre.
Je vous en envoye cependant
quelques -unes. Le premier des
deux Sonnets, que vous allez
voir, eſt de Monfieur le Coin de
S. Chaumond en Lyonnois.
そうい
SONNET
SUR LA ΡΑΙΧ
Clater en tous lieux comme un bruyant
Tonnerre
3
D'un
GALANT. 101
D'un intrépide coeur braver tous leshazards
,
400
Voir pleuvoir sur sa teste un orage de
dards ,
Et ſeul Soutenir tout dans une longue
guerre.
Affieger une Ville & la jetter par terre,
RompredesBataillons , forcer mille Ramparts,
Mettreenfuite une Armée , & comme un
nouveau Mars,
Brifer &foudroyertout ce qu'un Camp
referre.
:
Affervir parſon bras cent Peuplessous
fes loix
Enfin dompter l'orgueil des plus fuperbes
Rois,
C'est ce que d'Alexandre entreprit la
vaillance.
T
Mais outre ces hauts faits , d'un Ennt
- my battu ,
Releverpar la Paix le coeur & l'espérace,
C'est ce qui de Louis acheve la vertu.
E iij
102 MERCURE
SONNET.
quand tu mettrois le
CRand Roy , quand tu
mondeſous taloy ,
Tuferois ce que fit autrefois Alexandre ,
Dont levaste courroux réduisant tout en
cendre ,
:
Remplit le Ciel d'horreur , & la Terre
d'effroy.
Si tes Exploits un jourdoivent manquer
defoy,
Si l'Histoire étonnée a peine à lesrépandre
Si ceux qui les ont veus nesçauroient les
comprendre ,
Plusieurs ont eu jadis ceſort là comme
του.
Les Cefars ont gagnédesanglantesBatailles,
Leur bras a renversé les plusfortesmurailles,
Etvaincu millefoisles plusfiers Ennemis.
Mais s'abstenirde vaincre au fort de la
victoire, An
GALANT. 103
An bien deſes Sujets facrifier ſa gloire,
C'eſt où l'on reconnoist nostre Siecle
Loüis .
AUROΟΥ
SUR LA PAIX
Ntout temps,
ENSemblableà
BLIG
LYON
*
18834
en tout lieu , toujours
toy,
GrandRoy, lors que tufais laGuerre,
Tu foûmets àtes Loix les Princes de la
Terre,
Etquand tu fais la Paix , tu leur donnes
la Loy.
Je ne vous avois point parlé
dela mort de Mela Ducheſſe de
Virtemberg arrivée dés l'autre
Mois, parce que je ſçavois qu'on
vous en avoit écrit fort amplemét;
mais puis que vous le voulez
j'y adjoûte ce que j'en puis ſçavoir
de particulier , je vous di
Eij
104
MERCURE
ray , apres vous avoir fait ſouvenir
qu'elle estoit Veuve du Duc
du Ulric de Virtemberg , Frere
du Souverain de cette Illuſtre
Maiſon , qui eſt une des plus
grandes de toute l'Allemagne ,
qu'elle eſt morte en cette Ville
avec des ſentimens d'une réfignation
fi admirable , que ceux
qui l'aſſiſterentdans ſes derniers
momens , connurent bien que ſa
pieté avoit eſté le fondement
des vertus qu'elle avoit fait éclater
pendant ſa vie. Elle fut exposée
ſur ſon lit de parade dans
'Habit du Tiers Ordre de S.
François. Madame la Ducheffe
de Longueville voulant faire paroiſtre
la confidération qu'elle
avoit euë pour le mérite de céte
Princeſſe , luy donna par ſes
prieres les derniers témoignages
de fon affection , & apres avoir
viſité L
GALANT. 105
viſité Madame la Princeſſe Marie-
Anne ſa Fille , elle aſſiſta au
Service qui ſe fit le lendemain à
S. Jacques du Haut-pas fa Paroiffe.
Le Corps fut tranſporté
le foir aux Flambeaux dans le
Couvent des Religieuſes du
Calvaire, où il doit demeurer en
dépoſt juſqu'à ce qu'il foit porté
dans la Principauté de Barbançon
, ſuivant le Teftament de
cette Princeffe , qui a defiré
qu'il fuſt mis dans le Tombeau
des Princes de ſa Famille , qui
font de la Maiſon d'Aremberg.
Cette Maiſon , pour n'eſtre pas.
Souveraine comme celle de Virtemberg
, ne laiſſe pas d'eſtre au
nombre des plus Illuſtres. Cela
ſe juſtifie par la Bulle d'or de
l'Empereur Ferdinand , par laquelle
il ſe voit que les Princes
d'Aremberg font depuis huit :
Ew
106 MERCURE.
cens ans deſcendus ou alliez des
Roys & des plus conſidérables
Princes de l'Europe. Cet Empereur
adjoûte meſme qu'ils defcendent
de Charlemagne l'un
de ſes Prédeceſſeurs,& que céte
conſidération jointe à une infinité
de grands ſervices que
ceux de cette Maiſon ont rendus
à la Chreſtienté dans les
premiers Emplois de la Guerre,
avoit porté l'Empereur Sigifmond
à les faire Comtes de
l'Empire, & que la continuation
de leurs fervices & de leur vertu
l'engageoit luy-mefme à les
élever à la dignité de Ducs de
l'Empire & de ſes Oncles. Madame
la Princeſſe Marie-Anne,
touchée au dernier point de céte
perte , fit ſupplier le Roy par
Monfieur l'Archeveſque de Paris
, de luy faire connoiſtre ſes
inten
GALANT.
107
intentions , pour s'y conformer.
Sa Majesté la fit aſſurer par cet
Illuſtre Prélat,de la continuation
de l'honneur de ſa protection.
Cette pieuſe & fage Princeſſe a
voulu que les premiers momens
où ſon malheur l'a réduit à ſe
voir abandonnée à elle-meſme ,
fuſſent employez à penſer à une
retraite qui pût étre proportionnée
à ſon état& à ſon affliction';
&fous le bon plaiſir de Sa Majeſté
qu'elle a fait ſuplier de l'avoir
pour agreable , elle l'a choifie
dans le meſme Couvent du
Calvaire , où Madame la Ducheſſe
de Virtemberg ſa Mere a
voulu que fon Corps fuſt mis en
dépoſt , afin 'que dans un lieu fi
propre à entretenir ſa douleur ,
elle puſt par ſes prieres continuelles
, donner à la memoire
d'une Perſonne qui luy fut fi
chere,
108 MERCURE
:
chere, autant de marques d'une
veritable tendreſſe , qu'elle luy
en a donné de ſon reſpect & de
ſa ſoumiffion pendant tout le
temps qu'elle a paſſe aupresd'elle.
Ces ſentimens ne pouvoient
répondre plus noblement au zele
& à la douleur qu'elle a fait
paroiſtre dans tout le cours de fa
maladie , tant par ſes ſoins & par
ſes fatigues auſſi loüables qu'extraordinaires
, que par l'excésde
fes larmes & de fon deſeſpoir..
Dans ce Couvent où tant de
bonnes & de pieuſes raiſons
l'ont obligée de ſe retirer , elle a
reçeu les afſurances de la prote-.
ction de la Reyne , les complimens
de Monſeigneur le Dauphin
& de Leurs Alteſſes Royales
, & les vifites des principales
Perſonnes de la Cour. Madame
la Ducheffſe ſa Mere avoit
épousé
GALANT 109
- épousé en premieres Noces le
Comte d'Oſtrat , dont elle a eu
une Fille unique,à preſent Veuve
du feu Kingrave , mort des.
bleſſures qu'il avoit reçeuës au
Siege de Maſtric quelque temps
avant la Levée qui en fut faite.
par les Alliez. De fon Mariage
avec le Duc Ulric deVirtemberg
elle n'a eu auffi que la Princeſſe
dont je vous parle , élevée ens
France ſous la protection de ſa
Majesté par l'entremiſe de la
feu Reyne Mere. Le Roy luy a
toûjours continué cette grace
avec tant d'autres marques de
ſa bonté,qu'il a rendu fon coeur
auſſi zelé & auſſi reconnoiſſant
que ceux de ſes plus fidelles Sujets
. Madame la Ducheffe fa
Mere connoiſſant la vertu& le
bon naturel de ſa Fille la Rhingrave
, auffi- bien que ſes eftabliffe.
110 MERCURE
bliſſemens avantageux , l'a follicitée
par ſon Teftamét d'agréer
un petit Legs ſuivant la coûtume
de ſon Païs,& qu'elle laiſſaſt
cequiluy reſte de Bien à la Princeſſe
Marie - Anne ſa Soeur,pour
luy aider à ſoûtenir le rang où
ſa Naiſſance l'éleve.
J'adjoûte deux autres Morts à
celle- cy. L'une eſt de Monfieur
le Marquis de Courcelles , que
la petite Verole a emporté ; &
l'autre de Monfieur de S.Remy,
autrefois Capitaine des Gardes
de feu Monfieur le Duc d'Orleans
, & Beaupere de Madame
la Ducheffe de Vaujour. Vous
fçavez que Monfieur de Courcelles
estoit Neveu de Monfieur
le Marefchal de Villeroy,& qu'il
avoit eſté Mestre de Camp &
Lieutenant de l'Artillerie.
Puis que vous vous faites un
plaifir
GALANT. III
plaifir des Deviſes , je vous en
envoye quatre nouvelles qui eftoient
dans la Bordure de la
Theſe que Monfieur l'Abbé du
Montal préſenta au Roy il ya
un mois , & dontje ne vous dis
qu'unmotdasma lettred'Aouſt.
Cette bordure eſtoit magnifique
, & voicy à peu pres quel
en eſtoit le deſſein. Elle repreſentoit
une Place fortifiée de
quatre Baſtions,fur chacun defquels
il y avoit une Fleur de Lys,
dont pluſieurs Lys ſortoient.De
Bastion en Bastion on voyoit des
Ouvrages à jour en maniere de
Filagrane , avec une Deviſe au
milieu. Celle de deſſus eſtoit un
Soleil avec cesmots , Non quem
regit orbe minor. Un Arc-en-
Ciel diffipant des nuës , faiſoit
celle qu'on voyoit en bas. Ces
Paroles luy fervoient d'ame,Vincendo
L
112 MERCURE
cendo facit omnia pacis. Celles- cy
accompagnoient la Deviſe qui
eſtoit à un des coſtez , formée
d'un Lyon qui fuyoit, Gloria ejus
terror. Il y avoit de l'autre coſté
un Foudre qui frapoit une Tour,
avec ces mots Eſpagnols,Hiriendo
a uno , amenaça a muchos . Au
deſſus de la Place, au bas du So--
leil , on voit deux branches de
Lys qui ſe joignoient, & qui enfermoient
le Portrait du Roy.
Il eſtoit couvert d'une Glace de
Veniſe , auffi bien qu'une efpece
de Cartouche où eftoient
les Pofitions. Sur le deſſus il y
avoit un Trophée , avec toute
forte d'Armes , un Hercule qui
terraſſoit une Méduse , & dans
le milieu une grande Renommée
avec une Palme à la main.
Aupres d'elle estoient un Lyon
& une Aigle liez en quelque facon
৮
GALANT. II
113
çon , avec ces mots ſur unCartouche,
Victori Belgico. Des Feftons
de Fleurs faifoient l'ornement
de chaque coſté du Trophée
; & un peu plus bas, ſur les
coſtez de la Place, deux Joüeurs
d'Inſtrumens accompagnoient le
Triomphe. Cette Place eſtoit
foûtenuë de deux Figures qui
finiſſoient àdemy en Fleurs , &&
qui ſuportoient les Armes du
Roy , avec les deux Ordres autour.
Je vous en dis affez pour
vous faire concevoir la beauté
de cet Ouvrage , qui fut tresfavorablement
reçeu en Cour,
ainſi que le Portrait de ſa Majeſté
fait par le Sieur Simon
Graveur. Il avoit déja fait celuy
deMonfieur le Prince ,& celuy
de Monfieur l'Archeveſque de
Paris. Ces trois Portraits l'ont
rendu fort recommandable. Jay
fait
114 MERCURE
fait graver les quatre Deviſes.
Vous les trouverez dans cette
Planche . L'Epiſtre de laTheſe
faiſoit connoiſtre que ce qu'on
ne pouvoit dire de beaucoup
de Souverains que par flaterie
, qu'ils eſtoient l'Image de
la Divinité , la verité le faifoit
dire du Roy , non feulement
par cet air de grandeur&
de majeſté répandu ſur
fa Perſonne , mais par cette fageſſe
preſque divine qui eſtoit
née avec luy , fans qu'il euſt eu
beſoin de la puiſer dans les Livres
des Philoſophes ; Que ſi la
Sageſſe conſiſtoit dans l'affemblagede
toutes les Vertus , il n'y
en avoit point qui puſt égaler la
fienne; Qu'il eſtoit peut- eſtrele
premier qui en euſt montré dans
la Guerre; Qu'eſtantoffencé , il
n'avoit point précipité la fatisfaction
Con
quem
Re
atomina
pac
vno
DE
LAV
LYON
E
200
GALANT.
115
Aion qui estoit deuë à ſa gloire ;
qu'il s'eſtoit plaint ; qu'il avoit
menacé , & que par ce temps
donné aux Ennemis pour ſe repentir
, il les avoit fait convenir
de l'équité de ſa Cauſe. Je paſſe
le reſte de cette Epiſtre pour venir
à la Theſe que Monfieur
l'Abbé du Montala ſoûtenuë. Il
ouvrit la Diſpute par une courte
Harangue ſur les Actions de Sa
Majeſte, & apres avoir loüé cette
meſime Sageſſe qui mettoit le
Roy autant au deſſus des Sages,
que les Sages ſont au deſſus du
reſte des Hommes , il s'étendit
fur l'infatigable valeur qui luy
avoit fait entreprendre la conqueſte
des Villes lesmieux forti.
fiées , dans les plus rigoureuſes
Saiſons. Il adjoûta que s'ily avoit
beaucoup de force d'ame dans
ces entrepriſes , celle de ſe vaincre
116 MERCURE
cre ſoy-meſme en donnant la
Paix , eftoit quelque choſe de ſi
élevé , qu'il n'y avoit point d'éloges
qui ne fuſſent infiniment
au deflous d'un pareil triomphe;
Qu'il eſtoit proprement l'ouvrage
de fon grand cooeur ; qu'il n'en
partageoit la gloire ny avec fes
Genéraux , ny avec le nombre
de ſes Troupes ; que Lours LE
GRAND avoitvaincu la Victoire
meſme , lors que voulant rendre
le calme à toute l'Europe, il avoit
remis genéreuſement aux Ennemis
vaincus , & ce que la Victoire
luy avoit acquis ,& ce qu'elle
pouvoitencor luy acquerir. Il fit
voir auffi la terreur que le ſeul.
Nom de ce Grand Monarque
jettoit parmy eux,juſqu'àn'ofer
pas meſme le plus ſouvent attaquer
ceux qui avoient l'avantage
decombattre ſous un ſi redoutabl:
e
GALANT. 117
bleNom.Il en donna pour exempleMonfieur
le Comte duMontal
ſon Pere , qui avoüoit que s'il
avoit fait quelque choſe qu'on
puſt croire digne du Commandement
que Sa Majeſté luy avoit
confié, il endevoit toute la gloire
àceluy qui luy avoit donné l'autoritéde
l'entreprendre, & communiqué
la force de l'executer.
La Theſe fut ouverte parMonfieur
l'Abbé de Biſſy , qui fit
auſſi l'éloge du Roy , & n'oublia
pas Monfieur du Montal , dont
je ne vous marque point icy les
Actions.Vous ſçavez cellesde fa
rentrée dans Charleroy , de la
levée du Siege de cette Place ,
de celle de Maſtric , &dela Bataille
de Senef.La gloire qu'il s'êt
acquiſe dans toutes ces Occafions
eft connuë de tout le monde?
Son nom eft Monſaulnin .
७७
C'eſt
118 MERCURE
C'eſt une tres- ancienne Maiſon
quideſcend d'Ecoffe, & qui s'eſt
alliée à tout ce qu'il y a de plus
grand en Bourgogne. Il y a plus
de trois ans qu'il eſt Lieutenant
General. J'eſtois mal informé du
temps,quand je vous ay dit qu'il
l'avoit eſté fait depuis peu.Madame
ſa Mere eſt de la Maiſon
de Buffy -Rabutin ; & Madame
du Montal ſa Femme , de celle
de Soulages en Roüergue, tresnoble
& tres-ancienne , & alliée
à celles de la Fare , de Luffan , &
àpluſieurs autres des plus confſiderables
de Languedoc. Le
Bonnet de Maiſtre és Arts fut
donné au Soûtenāt par leChancelier.
Cette Ceremonie finit
l'Action .
Si le talent de graver donne
de la réputation aux Hommes, il
faut dire à l'avantage de celles
de
GALANT. 119
de voſtre Sexe, qu'il n'y a point
d'Art où elles ne réüſſiſſent admirablement.
Le Livre de Paftorales
, & d'autres Ouvrages
que nous avons de Mademoiſelle
Stella , luy avoient acquis
déja beaucoup de gloire , mais
elle a fort augmenté l'eſtime
qu'on avoit pour elle , par le
Portrait qu'elle a gravé depuis
peu de Monfieur l'Archevefque
de Paris. Il eſt accompagné
de Figures qui marquent les vertus
de ce grad & zelé Prélat.On
ne peut rie voir de plus achevé.
Mademoiſelle Maſſon la ſuit
de pres dans ce merveilleux talent.
Elle a gravé les Portraits
de Leurs Majeſtez avec une fi
entiere reſſemblance , qu'aucun
trait n'y eſt oublié . J'ay appris
qu'elle travailloit preſentement
à ceux de Leurs Alteſſes Royales.
On
: 120 MERCURE
On a eſté fort effrayé à Avignon
de ce que la Terre y a
tremblé le ſecond jour de ce
Mois. Ce prodige n'a eſté ſuivy
d'aucun defordre. C'eſt un
bonheur que quelques-uns attribuent
au Protecteurdela Ville
S. Agricol , dont on celebroit
ce jour là la Feſte . Quoy que la
Terre y'ait tremblé juſqu'à trois
fois , on pourroit ſe perfuader
qu'il y auroit eu de l'imagination
dans cette croyance , fi la mefme
choſe n'eſtoit arrivée le méme
jour à Arles & à Aix.On venoit
de recevoir nouvelles dans
cette derniere Ville, que le Roy
devoit l'honorer de fa préſence,&
c'eſt là-deffus qu'õ a fait ce
Madrigal. Il eſt de la meſme veine
dont'eſt party le galant Ouvrage
que je vous ay envoyé ſur
lesVers à foye.
MA
GALANT.
121
DELA VIL
Q
Velle joye en cette Province,
Le jour que l'on apprit que fon
auguste Prince,
Qu'onpeut mieuxfurnommer qu'un EmpereurRomain
,
Les Delices du Genre humain ,
Luy vouloit accorder l'honneur de sa
prefence!
Quel transport ! quel raviſſement !
Iepuis dire que la Provence
N'eut point voulu dans ce moment
Se changer pour l'Iſle de France ,
Tant ce bruit fut pour elle un bruit doux
charmant.
Mesme les choses inſenſibles ,
De tendreſſe & d'amour parurent ſufceptibles.
On vit les Rochers treſſaillir ,
La Terre tremouſſa de joye & de plaisir;
Dans l'espoirde porterce foudre de la
Guerre.
L'Onde ſe ſentit émouvoir.
Septembre. F
122 MERCURE
Enfin tout se montra plein d'ardeur pour
levoir.
Et jusqu'aux Vents cachezdans leſein
de laTerre ,
Sortirentpour le recevoir.
Il eſt difficile , Madame , que
vous n'ayez entendu parler des
Bains qu'on va prendre à Aix en
Savoye.Madame Royale y a fait
des dépenſes qui les rendent fi
commodes , qu'avant qu'il foit
peu , il n'y en aura point de plus
fréquentez . Il y a eu cette année
grande compagnie , dont la
Promenade , le Jeu , & les Violons,
ont eſté les divertiſſemens.
Un Gétilhomme d'une des plus
plus conſidérables Maiſons du
Lyonnois , arrivé nouvellement
de Paris,où il s'eſtoit mis en crédit
parmy les Dames , fut bien
aiſe d'y aller chercher quelque
avanture. Son Pere , que quelque
GALANT .
123
que incommodité menoit à ces
Bains , luy propoſa de l'accompagner.
Il ſe fit un plaiſir de ce
court voyage, & alla defcendre
avec luy dans une Maiſon qu'un
Amy qui en eſtoit party depuis
peu , avoit pris ſoin de luy arrefter.
Cet Amy luy avoit fait le dé.
tail de tout ce qu'il trouveroit
d'aimable das le lieu qu'il venoit
d'abandonner,&l'avoit fur tout
averty qu'une fort jolie Perſonne
de Lyon venuë avec ſa Mere
aux Bains , logeoit dans la Maifon
voiſine de celle qu'il avoit
choiſie pour luy,avec tant de comodité,
que come elle prenoit le
frais preſque tous les foirs à fa
feneftre , il pourroit l'entretenir
de la fienne, & ſe ſervir de la liberté
que l'uſage avoit eftablie
dans tous les lieux où l'on s'afſemble
ainſi de tous coſtez pour
Fij
124
MERCURE
un temps ; mais qu'il prift bien
garde à ne pas trop voir une jeune
Blonde de Chambery , parce
qu'il n'y avoit rien de plus dangereux
, foit pour l'eſprit , ſoit
pour la beauté . Comme il luy
avoit nommé l'une & l'autre , le
Cavalier connoiſſoit la Famille
dela premiere , fans avoir pourtant
jamais veu ny la Mere ny la
Fille ; mais pour la belle de Chabery
, il n'en ſçavoit rien autre
choſe ſinon qu'elle estoit fort de
qualité . Le danger que fon Amy
luy avoit dit qu'il pourroit courir
en la voyant , fut ce qui luy
donna plus d'empreſſemet pour
la voir. Il eſtoit bien fait, il avoit
une vivacité d'eſprit admirable,
& s'eſtoit fait eſtimerde tant de
Belles , qu'il ſe mit en teſte de
n'ofrir pas ſes voeux inutilement
à celle-cy.Il vint donc aux Bains
plein
GALANT.
125
plein de ſon idée , & amoureux
d'elle , fion le peut eſtre d'une
Perſonne qu'on ne connoiſt pas.
Dés le jour meſme qu'il fut arrivé,
il regarda pluſieurs fois das
la Ruë,& enfin ſur les dix heures
du ſoir il vit une jeune De-
-moiſelle à la Feneſtre voiſine.
Quoy que l'obfcurité l'empefchất
d'enebien diftinguer les
traits, elle n'eſtoit pas fi grande,
qu'il ne remarquât qu'elle avoit
de la beauté. La galanterie qui
luy eſtoitnaturelle , luy fit chercher
à l'entretenir. Il luy parla
fort civilement. La belle répondit
avec la meſme civilité , &la
coverſation fut bien- toſt nouée.
Il la croyoit de Lyon. Ileſtoit de
la Province , & cela devoit fervir
à establir entr'eux plus de
liaiſon. Ils tomberent inſenſiblement
ſur le chapitre des Belles
Fiij
126 MERCURE
qui estoient aux Bains . Celle de
Chambery ne devoit pas tenir
le dernier rang. Le Cavalier eftonné
de ce que la Belle qu'il entretenoit
ne la nommoit point, la
pria de luy dire ce qu'elle en!
croyoit, & fi on luy en avoit fait
un portrait fidelle , en l'aſſeurant
qu'il la trouveroit une des
plus belles & des plus ſpirituelles
Perſonnes qu'il euſt(jamais
veuës . Elle répondit qu'on ne
pouvoit pas dire qu'elle fut mal
faite , ny qu'elle manquaſt tout -1
à- fait d'eſprit, mais qu'on l'avoit
fort flatée ſi on la faifoit paffer
pour une Perſonne qui ſe fiſt ſi
fort diſtinguer pamyles Belles.
Cette réponſe ne furprit point
le Cavalier. La jalousie eſt prefque
toûjours inſeparable de celles
qui prétendent à laBeauté,
& il crût qu'un peu d'envie luy
avoit
GALANT.
127
avoit fait abaiſſer le mérite de
- l'aimable Perſonne dont il luy
parloit. Il luy firmeſme paroiſtre
quelque choſe de ce qu'il croy+
oit, &il le fit d'un je ne ſçayquel
air intereſſe qui obligea la Belle
à luy dire qu'il falloit qu'il fuft
quelque Amant caché qui venoit
s'inſtruire par ſes yeux fi la Demoiſelle
de Chambery eftoit digne
de ſes hommages. Elle adjouta
mille choſes agreables fur la
béveuë qu'elle avoit faite fans y
penſer,en ne luy parlant pas aſſez
avantageuſement de cette Belle;
& tout ce qu'elle dit fut fi fin , &
ſi agréablement tourné
le Cavalier qui ſe connoiſſoit
en eſprit , fut charmé de celuy
qu'elle fit paroiſtre. Il l'éprouva
fur diférentes matieres. La Belle
qui ſoûtenoit l'entretien admira
blement , revenoit toûjours au
que
Fiiij
128 MERCURE
panchant qu'ildevoit avoir pour
la Demoiselle de Chambery , &
elle luy en faiſoit la guerre d'une
maniere ſi galante, que le Cavalier
qui prenoit feu inſenſiblement,
luy dit avec la meſme galanterie
, qu'il eſtoit vray qu'il
n'eſtoit venu aux Bains que dans
le deſſeinde s'attacher à la Perſonne
qui estoit le ſujet de leur
diférent ; mais qu'apres l'avantage
qu'il avoit eu de l'entretenir
, il ne pouvoit croire qu'elle
approchaft d'elle , & que fi elle
vouloit agréer ſes ſoins , il oublieroit
avec grand plaiſir ce qui
l'avoit amené. On luy fit connoiſtre
qu'une déclaration de
cette force pour une Perſonne
qu'il ne connoiſſoit pas , eſtoit
un peu trop precipitée. Il la ſoûtint,
en diſant à la Belle qu'il eftoit
fort inſtruit & de ſa naiſſance
GALANT.
129
M ce, & du mérite de fa Perſonne;
qu'il ſçavoit qu'elle estoit de
Lyon , & qu'il avoit des Parens
qui avoient pris alliance dans ſa
Famille . La Belle qui s'eſtoit fait
un fort grand plaifir de cette
- premiere converſation , ſe contenta
de répondre qu'avant que
d'aller plus loin dansles proteftations
qu'il commençoit à luy
faire,elle vouloit qu'il viſt ſa Rivale
; que cette Rivale devoit
eſtre le lendemain dans une
Compagnie où il luy ſeroit facilede
trouver accés ; qu'il l'examinaſt
; & que le foir , felon ce
qui luy en auroit paru , il pourroit
luy dire à ſa feneſtre dans
quels ſentimens il feroit pour l'une
& pour l'autre. Elle ſe retira
enmeſme temps , & ne voulut
point écouter la priere qu'il luy
faiſoit de le diſpenſerde l'épreuca
Fv
130 MERCURE
ve qu'elle exigeoit de ſa complaiſance.
En effet il luy avoit
trouvé tantd'eſprit, & ceque fon
Amy luy avoit dit de ſa beauté,
luy endonnoitdes idées ſi avantageuſes
, qu'il n'eſtoit plus en
état de croire qu'aucune autre
méritât mieux ſon attachement .
Il croyoit juſte. C'eſtoit la Belle
meſme de Chambery qui venoit
de luy parler. La Lyonnoife
eſtoit partie des Bains pour des
affaires preffantes , deux jours
apres ſon Amy , & cette premiere
occupoit fon Apartement depuis
fon depart. L'envie qu'elle
avoit de ſe divertir de fon erreur,
luy fit épier l'occafion de le voir
ſans en eſtre veuë. Ainfi elle
eſtoir au guet quand il ſortit le
lendemain au matin. Elle obferva
ſon viſage ,& fi elle avoit été
fatisfaite de ſon entretien , elle
4 1 ne
GALANT
131
ne le fut pas moins de fa Perfonne.
Dés qu'elle eut diſné , elle ſe
rendit où elle luy avoit dit qu'elle
devoit eſtre . Il y vint quelque
temps apres , & l'ayant entenduë
nommer, il s'approcha d'elle.
Il luy trouva beaucoup de beauté
, mais moins qu'il n'auroit fait
s'il n'euſt pas eſté préoccupé
1 d'elle - mefme ſousun autre nom.
Il luy dit pluſieurs choſes affez
galantes. Elle prit un air ſérieux,
comme on le prend d'ordinaire
avec un nouveau venu. Elle parla
peu,& tint preſque toûjours
en parlant fon Eventail fur fal
bouche. Vous jugez bien qu'elle
le fit tout exprés pour déguifer
fa parole. Elle y réüflit fi bien ,
qu'il fut impoffible au Cavalier
de connoiſtre que c'eſtoit lamême
Perſonne qu'il avoit entretenuële
foir précedent Il ſe reti-s
201
ra,
11321 MERCURE
ra, &toûjours charmé de la prétenduë.
Lyonnoiſe , il attendit:
impatiemment l'arrivée de la
nuit. A peine fut- elle affez obſcure
pour ne laiſſer pas bien
difcerner ce que l'on voyoit, que
la Belle vint à ſa feneftre. Elle
demanda d'abord , qui vive , &
montra un enjoüement ſi ſpirituel
dans la priere qu'elle luy fit
de parler ſincérement , qu'il ne
balança point àfe déclarer contre
la Belle de Chambery.. II
avoüa qu'elle pouvoit avoir quel
que prétention àla Beaute ; mais
pour l'Efprit elle lay ſembloit fu
éloignée de pouvoir entrer en
concurrence avec elle , qu'elle
ne ſeroit jamais en droitde luy
difputer fon coeur. On le pria de
ſebienexaminer. Il perſiſta dans
fon premier choix , & dit qu'il
admiroit quelquefois un beau
1 Por
GALANT..
13:3
t
i
1
Portrait , mais qu'il ne pouvoit
en eſtre touché. Il brûloit de voir
la ſpirituelle Perſonne qu'il entretenoit.
La permiſſion luy en fut.
donnée pour le jour ſuivant. La
Belle chercha à l'embaraſſer de
nouveau dans ſa viſite . La Mere
avoit eſté informée de tout ; &
comme elle ne manquoit pas
d'eſprit non plus que fa Fille , elle
donna ordre à ſes Gens de
faire entrer un Cavalier qui
peut-eſtre la demanderoit ſous
le nom de la Lyonnoiſe dont elle
occupoit l'Apartement. On fuivit
cet ordre. Le Cavalier vint .
Ilfit complimentàlaMere, chercha
la Fille des yeux , & reconnoiffant
la Belle de Chambery
qui avoit ſes Coifes, il crût qu'el
le n'eſtoit là qu'en viſite.Comme
elle écouta longtemps fans parler
, l'erreur où il eſtoit ne s'é
clair.
134
MERCURE
claircit point. Il entretenoittoûjours
la Mere , vantoit la bonté
des Bains , contoitdes nouvelles ,
& enfin s'ennuyant de ne point
voir paroiſtrela Fille , il demanda
s'il n'auroit point l'honneur
dela falüer.La Belle quiſedéclara
fon Amie, dit qu'il étoit incivil
qu'elle demeurât plus longtemps
dans ſon Cabinet. Elle entra fous
prétexte de l'en faire fortir ,&
eſtant revenueunmoment apres
fans Coifes , elle prit ſon ton naturel
pour luy apprendre que
fon Amie l'avoit chargée de ve
nir l'entrenir à fon defaut,qu'el
le tâcheroit de trouver affez
d'eſprit pour fournir à la converſation,&
qu'il pouvoit ſe hazarder
à debiter aupres d'elle
une partie des douceurs dõt elle
croyoit qu'il ſe fuft muny. Cela
fut ditde cette maniere libre &
en
7
GALANT .
135
E
enjoüée qui donne du prix aux
moindres choſes. Le Cavalier
regarda la Belle. Il ne ſçavoit où
il en eſtoit. Céte voix l'avoit frapé.
Il la reconnoiffoit pour celle
qu'il avoit entenduë les deux
derniers foirs , mais le viſage
l'embarafſoit , & tout accoûtumé
qu'il eſtoit à ne ſe point dé
concerter avec les Dames , if
garda le filence quelques momens
pour examiner le party
qu'il avoit à prendre. On luy fit
reproche du ſacrifice qu'il avoit
fait de la Demoiselle de Cham
bery , & cette particularité luy
auroit fait croire que les deux
Belles, eſtant amies , ſe ſeroient
entenduës pour luy faire piece,
fi trouvant le meſme eſprit & la
meſme voix de celle qu'il avoit
crue Lyonnoiſe , dans celle qui
ne luy avoit fait paroiſtre que ſa
beauté
136. MERCURE
beauté le jour précedent , il
n'euſtconnu avec certitude que
la meſme Perſonne avoit joué
les deux Perſonnages. On tâ--
cha de l'embaraſſer encor quelque
temps,& enfin on luy avoüa
la choſe. Il dit plaiſamment qu'il
avoit toûjours crû qu'il fuſt nuit
quand il n'y avoit point de jour,
& que la plus fpirituelle Perſonne
qui affectoit de ne point
parler , ne portoit pas écrit fur
fon front qu'elle euſt de l'eſprit .
Il tourna mefme à fon avantage
les déclarations qu'il avoit faites
contre la Belle , puis qu'il ne les
avoit faites que pour elle-mefme
, & qu'il avoit foûtenu le
méme party qu'il paroiſſoit.condamner
.L avanture fit dire cent
jolies chofes , & à la Belle, & au
Cavalier. Il continua ſes vifites.
Elles, furent agreablement reçeuës,
GALANT.
137
çeuës , & peut- eſtre auront- ellesde
la fuite.J'auray ſoinde vous
apprendre ce que j'en ſçauray.
Si vous avez eſté ſurpriſe de
trouver ſi ſouvent dans mes Lettres
de nouvelles actions de valeur
de Monfieur le Marquis de
Navailles , vous ſerez perfuadée
que je ne vous en ay rien écrit
que de vray , quand je vousauray
dit qu'il vient d'en eſtre récompensé
par la Charge de Brigadierque
Sa Majesté luy a donnée.
Eſtre choiſy pour un tel
Employ,dansun âge ſi peu avan.
cé ,& par un Roy qui connoit fi
bien le mérite , c'eſt avoir le plus
incontestable titre d'honneur
qu'on puiffe acquerir.
La Reyne a eſté à l'Abbaye
du Lys. Madame Colbert qui en
eſt Abbeſſe , luy fit connoiſtre
par un tres-magnifique Régal ,
avec
138 MERCURE
avec quels reffentimens de joye
& de refpect elle recevoit l'honneur
qu'il luy plaiſoit de luy faire.
Elle eſt Soeur de Monfieur
Colbert , Miniſtre d'Etat.
,
Madame la Baronne de Marcé
, Gouvernante des Filles
d'Honneur de Madame eft
morte dans les premiers jours de
ceMois. Madame de Roubaisde
Bretagne , Soeur de Madame la
Préſidente de Moteville,qui étoit
à la feu Reyne Mere , & que
cette Princeſſe honoroit de ſa
plus particuliere eſtime , a eſté
choiſie pour remplir ſa place.Ce
Poſte fait l'éloge & de la Défunte
& de la Vivante , puis
qu'on n'ymetque des Perſonnes
d'un fort grand mérite ,&d'une
vertu genéralement reconnuë.
Le chagrin ne fuccede que
trop toſt à la joye. Il n'y a qu'un
an
GALANT. 139
an queje vous appris le Mariage
de Madame de la Levretiere ,
Fille de Monfieur de Ricoüart
de Herouville , Maiſtre ordinaire
de l'Hoſtel du Roy , & la Reception
qui luy avoit eſté faite à
Condé, dont Monfieur dela Levretiere
ſon Mary eſt Gouverneur.
Aujourd'huy j'ay à vous
apprendre qu'elle eſt morte en
couche avec ſon Enfant. Jugez
combien la perte d'une Perſonne
ſi jeune doit eſtre rude dans
une premiere année de Mariage,
Monfieur Goüet Maiſtre de
Muſique des Dames Religieuſes
de Longchamp , a fait un tresagreable
Air que vous trouverez
icy noté avec ſes paroles.
AIR NOUVEAU.
Lympe est de retour avec de now!
veaux charmes,
Goustez
140
MERCURE
Goustez bien ce plaisir, mesyeux.
LaBellepouvoit elle mieux
Vous récompenferde vos larmes ?
Helas !quemonfortseroit doux ,
Simon coeur en estoit auſſi content que
vous !!
Jay toûjours oublié àvous dire
que l'Air de ma Lettre du
Mois de Juin , dont les Paroles
commencentpar ceVers,Quand
fur nos charmans rivages , &c.
eſtoit de la façon de Monfieur
de L. M. Il avoit crû ne fe
pouvoir mieux cacher qu'en me
lefaiſant tomber entre les mains
comme venant de Puyperlan en
Xaintonge. A dire vray , j'en
avois eſté la dupe , mais il n'a pû
tenir contre les loüanges que luy
a données une belle Perſonne
qui le chantoit fans ſçavoir qu'il
fuſt de luy. Il s'eſt déclaré , &
comme elle aime fort la Mufique
GALANT. 141
que, cela n'a pas nuy àlemettre
bien aupres d'elle.
?
On m'a averty que dans cette
meſme Lettre du Mois de Juin,
où je vous fais la Relation du
Siege de Puycerda , je vous ay
dit que Monfieur de Bardona-
- che avoit eſté tué , au lieu de
-vous dire Monfieur de Bardonenches.
Je vous ay déja marqué
bien des fois que ſi on prenoit
plus de ſoin de bien écrire
les noms propres,on éviteroit ces
fortes de fautes. Monfieur de
Bardonenches eſtoit un Gentilhomme
Dauphinois , Capitaine
dans le Regiment de Sault , &
d'une Famille qui s'eſt toûjours
ſignalée dans l'Epée & dans la
Robe. Il a encor un Frere dans
ce meſme Regiment.
Monfieur le Marquis deBouflairsn'eſt
point marié , & je me
fuis
142
MERCURE
ſuis trompé quand je vous l'ay
dit. Ce qu'il y a de vray , c'eſt
queMonfieur le Comte de Bouflairs
fon Frere aiſné , mort il y a
déja dix ou douze ans , avoit
épousé la Fille de Monfieur de
Guenegaud Secretaire d'Etat.
C'eſt de luy qu'on a dit qu'il
avoit tué un Homme apres fa
mort.On le portoit dans un Cercueil
de plomb à ſa Terre de
Bouflairs. LeCarroſſe verſa dans
un pas fâcheux. Le Cercueil
tomba fur leCuré qui eſtoit aupres,&
il ne pût ſe garantir d'en
eſtre écrasé.
Vous aurez déja peut- eſtre
entendu parler de l'eſpérance
qu'on a de réünir l'Egliſe Gréque
avec la Romaine. Les Eveſques
de cette premiere qui eftoient
à Rome depuis quelques
mois ,& qui n'avoient encor pû
avoir
GALANT. 143
avoir d'audience , l'eurent le 27.
( d'Aouſt de Monfieur le Cardinal
Cibo , auquel leurs Lettres
de croyance avoient eſté données
à examiner. Ce Miniſtre
leur fit comprendre que Sa Sainteté
avoit réfolu d'attendre l'arrivée
de Monfieur des Cloſets
Chefde l'Ambaſſade , Chanoi-
-ne, Sous-Chantre en dignité de
l'Egliſe S. André , & Docteur en
Medecine en l'Univerſité de
Padouë , pour leur donner l'audience
publique qu'ils ont demandée.
La Reyne Chriſtine
de Suede, à qui ces Eveſques &
Mõſieur desCloſets font recommandez
, avoit eu quelques jours
auparavant une longue conférence
fur ce ſujet avecle Pape,
auquel elle témoigna la réfolution
où eſtoient le Patriarche
d'Antioche , & dix-huit Evef
ques
144
MERCURE
ques Arméniens , qui envoyent
vers luy pour faire leur Profeffion
de Foy . Sa Sainteté en parut
fort fatisfaite, & loüa la conduite
que Monfieur des Cloſets
avoit tenuë pour l'établiſſement
de l'Egliſe Gréque en Angleterre.
Elle fit plus , puis qu'à la
follicitation de cette Princeffe,
Elle luy cõféra un Canonicat de
S. Jean de Latran vacant par la
mort du Doyen des Prélats . Cet
Envoyé eſt attendu de jour à P
autre. On luy a préparé un Palais
dans la Ruë Sainte par les
ordres de la Reyne Chriſtine
de Suede. Le Chevalier Borry a
eu permiffion du Pape de le viſiter
deux fois la ſemaine pendant
le ſejour qu'il fera à Rome. Ils
font intimes Amis ; & fi vous
voulez ſçavoir quelque choſe
de plus particulier de Monfieur
des
GALANT. 145.
NO
C
des Cloſets , je vous diray que
c'eſtun Voyageur univerſel, qui
à l'âge de trente ans , a veu la
Perſe , la Chine , & tous les
Royaumes du Grand Seigneur
& du Mogor. Ainsi , Madame,
on peut dire que s'il avoit parcourule
Nord , il auroit été dans
toute la Terre habitable . Vous
jugez bien que tant de Voyages
qu'il a faits luy ont acquis
toutess les belles lumieres qu'il
poſſede. Il ſçait pluſieurs Langues
, mais particulierement les
Orientales. Il eſt grandMedecin
&grand Chymiſte .La Reyne
Suede& tous les Scavans
gleterre,ont pour luyuneeftime
tres-particuliere . Le Chevalier
Borry, que je vous ay dit qui
avoit permiffion de le voir ,
a dédie fon Enchiridion
de
vans d'An
ir , luy
mog 5119
en feize
fortes de Langues. Il eſt conful-
Septembre . G
146 MERCURE
té de toutes les Teſtes Couronnées
, & on ne dit point trop de
luy en diſant qu'on le regarde
comme un Prodige. Il a demeuré
cinq années dans les Jardins
bas du Serrail avec Monfieur
du Ménillet à préſent Patriarche
d'Antioche. C'eſt aupres
de ce grand Homme qu'il a puiſé
les belles connoiſſances qu'il
a dans la Medecine. Le feu
Grand Viſir le choiſit pour rétablir
les Catholiques Romains
dans la poſſeſſion du Saint Sepulchre
, d'où ils avoient eſté
chaffez ,& ce fut dans ce même
temps qu'il en fut fait Chevalier.
Le Patriarche d'Antioche
le fit l'an paſſe ſon Envoyé Extraordinaire
aupres duroyd'An.
gleterre pour la tolérance de
l'Eglife Grecque.Il y en jetta les
premiers fondemens,& comme
il
GALANT.
147
il eſt tres propre pour les Négo
tiations, & ce meſme Patriarche
luy a bien voulu confier aupres
du Papela grande Affaire dont
je viens de vous parler. Elle
pourra entraîner la réünion des
deuxEgliſes. ر
Monfieur le Vicomte d'Obterre,
Fils du Vicomte de ce mê
me nom , & Cadet de feu Monſieur
le Marquis d'Obterre , qui
avoit épousé Mademoiſelle de
Gondrin Soeur de feu Monfieur
l'Archeveſque de Sens , a épousé
Mademoiſelle de Ionſac Il y
a eu des Mareſchaux de France
dans cette Maiſon , & elle vous
eſt aſſez connuë par ce que je
vous en ay dit dans quelqu'une
de mes Lettres: Mademoiselle
de Jonſac eſt de celle de
Sainte-Maure dont je vous ay
auſſi entretenuë. Vous voyez
ob Gij
148 MERCURE
par là qu'elle doit eſtre proche
Parente de Monfieur le Duc de
Montaufier.C'eſt aſſez pour faire
connoiſtre les avantages de
fa Famille .
Monfieur de la Salle Maiſtre
des Requeſtes, a épousé Mademoiſelle
Coupy . Elle est belle &
riche,& Fille d'un Secretaire du
Roy. Monfieur de la Salle eſt
Neveu de Monfieur Poncet . Il
eſt tres-bien fait, & il n'y a perſonne
qui ne parle de luy avec
eftime.
On a eu nouvelles de Turin
que la ſanté de Madame Royale
ſe rétabliſſoit apres neuf jours
de fievre continue. Son mal a
eſté plus dangereux qu'il n'a
étélong.Les grandesqualitezde
cétePrinceffe,& l'état floriſſant
où elletient la Cour de Savoye,
luy ont tellement attiré l'amour
D des
1
GALAN T. 149
des Peuples, que dans les Prieres
publiques qui ont eſté ordonnées
, ils n'ont rien oublié qui
puſt ſervir à faire connoiſtre
combien ils s'intereſſoient à fa
conſervation. Elle eften effet
tres - neceffaire & à Son Alteſſe
Royale & à ſes Sujets , qui ne
peuvent affez reconnoiſtre la
bonté qu'elle a de travailler
inceſſamment à leur bonheur
par ſes continuelles applica
tions à tout ce qui regarde l'éducation
de ce jeune Prince.
Il a donné dans cette осса-
ſion des marques tres- ſenſibles
de la tendreſſe qu'il a pour une
fi Illuſtre Mere , & on peut dire
que les ſoins qu'il en a pris font
au deſſus de ce qu'on pouvoit
attendre de ſon âge. Il n'y a rien
de plus parfait que leur union.
Les galanteries qu'ils ſe font , &
:
Gij
150
MERCURE
les grandes Feſtes qu'ils ſe donnent
, en font une preuve. Vous
avez veu la magnificence des
dernieres dans ma ſeconde Lettre
Extraordinaire.
Si le mal de dents eſtoit auffi
dangereux qu'il eſt cruel, on auroit
ſouvent à trembler pour de
fort aimables Perſonnes. Voyez
ce quim'a eſté envoyé là-deſſus.
HERUFASYLVIE
,
SUR SON MAL DE DENTS.
** MADRIGAL .
QVoye
de fi belles Dents ont estéfi
méchantes,
Que de faire sentir des douleurs fi cui-
Santes
Auplus aimable Objet qui vive ſous les
Cieux? 2
L'en serois étonné , Sylvie ,
S
GALANT .
Si depuis que j'ay mis ma vie
Sous l'empire de vos beaux yeux,
)
Vous ne m'aviez appris que pour estre
ر
cruelle,
V
C'est affez d'estre blanche & belle,
LYON
F
Nousn'avons pas eſté tout- al
fait à plaindre dans la quantité
de maladies que les grandes &
longues chaleurs ont cauſéesicy
cette année, puis que nous avõs
eu des ſecours extraordinaires
pour les arreſter. Les Remedes
que donne le Medecin Anglois
pour les Fievresintermittentes,ſe
•font trouvez merveilleux. Mademoiselle
, Monfieur l'Eveſque
de Condom , Monfieur le Premier
Préſident , & beaucoup
d'autres Perſonnes de marque,
s'en ſont ſervis tres utilement, &
on ne ſçauroit trop les vanter
apres des cures ſi conſidérables.
Celles que font les Peres Capu .
Gij
152 MERCURE
cins du Louvre , les ont misdans
une ſi haute réputation , qu'on
les vient confulter de tous coftez.
Le Roy s'est encor ſervy de
leurs Remedes pour des douleurs
qu'il a euës au bras apres
avoir joue à la paume. Pluſieurs
Perſonnes ont éprouvé la bonté
de leur Eau dans les Rhumatifmes,&
ils font venus à bout d'une
infinité de maux qui avoient
toitjours paru incurables . On
peut le içavoir de Monfieurle
Marquis de Barriere ,deMademoiſelle
de S. Chriftophle , &de
pluſieurs Afmatiques fort connus
qui avoient deſeſpere jufqu'icy
de leur guérifon.On écrit
des Hoſpitaux del'Armée , que
le Remede qu'ils appellent Febrifuge
, y fait des miracles. Les
Chirurgiens du Roy en font des
épreuves
GALANT. 153
épreuves à Fontainebleau , qui
ne laiſſent aucun lieu de douter
de ſa bonté.Monfieur Félix premier
Chirurgien de ſa Majesté,
adonné de leur Lodanum deParacelſe
à une Femme toute extenuée
d'un flux hépatique , &
d'un flux de ſang , avec un fi
prompt ſuccés , qu'elle en a eſté
guerie dans les vingt-quatreheures.
On a preſenté au Roy
de leur part une petite Cave de
leurs Eſſences, que Sa Majesté a
tres bien reçeuë. Elle donne
continuellement des marques de
fon eſtime pour ces Religieux
incomparables, qui vont s'enfermer
pendant fix mois , afin de
travailler avec une entiere application
à des Remedes plus
ſouverains que ceux qu'ils ont
donnez juſqu'icy. Cette retraite
leur eft neceffaire à cause de la
GS
154
MERCURE
longueur des préparations qu'il
fautqu'ils faffent , & qui ne doivent
point eftre interrompuës .
Quoy que la Paix ratifiée par
les Hollandois, & fignée par les
Eſpagnols , faſſe preſentement
l'unique entretien de tout le mõde,
vous ne laiſſerez pas de trouver
encor icy un long Article de
Guerre. Je vous avois promis la
Relation du Combat qui s'eſt
donné devant Mons le 14. du
dernier Mois. Il eſt juſte que je
vous tienne parole. J'y fatisferay
avec d'autant plus d'exactitude,
que je vous en feray moins ſçavoir
les particularitez par moymeſme,
que par ceux qui ont veu
les choſes qu'ils en ont écrites.
C'eſt àdire, Madame, que je me
ſerviray de leurs propres termes,.
afin que vous y trouviez toute
la force de la verité . Chaque
Pro
GALANT. 155
1
1
sex- Profeffion a ſes manieresdes
primer. La Guerre a les fiennes
comme les autres , & il n'y en
peut avoir de meilleurs dans les
Recits de cette nature. Si vous
me voyez encor traiter d'Ennemis
ceux qui ont enfin ceffé de
l'étre,ſouvenez-vous queje parle
d'un Combat donné avant que
la Paix les euſt rendus nos Amis.
Il ſera celebre dans les Siecles à
venir , pour avoir eſté le dernier
d'une Guerre qui a mis la
France non ſeulement au deſſus
de chaque Peuple de l'Europe
en particulier,mais encorau deffus
de tous enſemble.
L'Armée du Roy eſtant campée
aux Eſcoſſines , Monfieur le
Duc de Luxembourg apprit que
celle des Ennemis commençoit
àmarcher pour s'aprocherd'Enguyen.
Comme fon unique but
eftoir
401
156 MERCURE
eſtoit de foûtenir le Blocus de
Mons, il prit reſolution de faire
camper l'Armée qu'il commandoit
, la droite à Soignies , & la
gauche à Neufville , afin d'eſtre
dans une ſituation à pouvoir
également veiller aux démarches
des Ennemis, & à la ſûreté
de Mons: the same
Le lendemain ro.d'Aouft ayant
appris que lesEnnemis n'avoient
bougé de leur Camp , dont la
droite eſtoit à Herinés , & là
gauche à Havré , il ſe réfolut
d'envoyer au Fourrage à Cambron,
& aux environs. Ayant eu
avis que les Ennemis vouloient
nous approcher par ce coſté là,
Monfieur le Comte d'Auvergne
futdetaché avec milleChevaux
vers le Moulin de Silly , pour la
fûreté du Fourrage , & pour un
Convoy de vivres qu'il falloittirer
GALANT.
157
rerd'Ath;& Mõſieurde Luxembourg
s'avança àCambron avec
pareil nombre, pour eftre en état
-de le ſoûtenir. Ces deux choſes
s'executerent comme il l'avoit
penfé.
€ Le lendemain 11 il ſçeut par
nos Partis , auffi -bien que par
Meſſieurs de Maulevries & de
Sourdis , qui eftant de jour s'eftoient
avancez dés la nuit , que
les Ennemisavoient touchéboute-
felle. Cette nouvelle l'obligea
de venir au point du jour avec
les Gardes de Camp ſur la Hauteur
du petit Roeux , d'où il entendit
distinctement la marche
des Ennemis ; & dés que le Soleil
fut levé , il apperçeut leurs
Colomnes dont les teſtes eſtoiét
tournées ſur le Ruiffeau de
Steinherche. Il envoya auſſi-toſt
ordre à l'Armée du Roy de fe
jiov tenir
15.8 MERCURE
:
tenir preſte à prendre les armes.
Pendantdeux ou trois heures
on fut incertain du lieu où celle
des Ennemis camperoit .On s'apperçeut
à la fin qu'elle ne paſſoit
pas le Ruiſſeau de Steinherche,
où la voyant fort pres de nous,
& à portée de nous contraindre
par une marche , dans celle que
Monfieur de Luxembourg avoit
réſolu de faire , en faiſant partir
les Bagages la nuit , ce General
fit mettre l'Armée du Roy en
marche le lendemain 12.au grad
jour, afin d'occuper le Pofte de
laBruyere de Caſteau .
Elle y estoit campée la droite
-vers S. Denys, & la gauche aux
Manuys , ayant dans le front le
Village& les Bois de Caſteau,
&les Bois de Glein, & de Mons
dans les derrieres.modi
Monfieur de Luxemboug trouvoit
GALANT.
159
es
K
1
voit cePoſte-là le plusimportant
à occuper , parce qu'il couvroit
entierement Nimy & Glein, qui
eſtoient les deux principales a
venuës & les plus dangereuſes,.
&qu'il ne laiſſfoit pasd'eſtre à
portée du Pont d'Aubourg & de
pluſieurs autres qu'il avoit fait
faire au Quartier ſur la Haiſne,
afin de s'oppoſer plus aifément
aux deſſeins que les Ennemis
auroient de ce coſté-là..
Occupant ces Poſtes,il croyoit
neceffiterles Ennemis àne cher
cher à le combatre que par la
Plaine de Binch; ce qu'il defiroit
d'autant plus , que l'Armée du
Roy pouvoit par ce chemin-là
aller àeux en pleine bataille,ſans
craindre qu'ils nous donnafſent
de la jaloufie pour d'autres
Ce mefme jour 11. l'Armée
Enne
160 MERCURE
Ennemie ne fit qu'une fort petitemarche.
Elle vint camper la
droite à Steinherche , & fa gauche
à Braine . Monfieur de Luxembourg
employa le lédemain
13. à fourrager les lieux qui eftoient
autour du Camp , dont
les Ennemis auroient pû profiter
;& eux s'avancerent à Soignies
& à Naft .
La nuit du 13.au 14. Monfieur
de Luxembourg fut averty par
deux Partys à pieddu Regiment
desGardes , & par Meſſieurs de
Vertilly &Joyeuſe , qui estoient
dehors,que les Ennemis avoient
touché boutefelle. Monfieur le
Duc de Villeroy & Monfieur
Roſen quiestoient de jour , s'avancerent
avec les Gardes , &
envoyerent dire à Monfieur de
Luxembourg qu'ils entendoient
lamarche des Ennemis, CeGeneral
GALANT. 107
コピー
ar
in
neral les trouva audelàdeTieuffy
, & un peu de temps apres
qu'il y fut arrivé , les Ennemis
1 poufferent un de nos Partys,&
dix ou douze Eſcadrons des
leurs parurent dans la Plaine.
On crût que c'eſtoit un Corps
qui couvroit leur marche.....
La halte qu'ils firent fur le
bord du Défilé de Maff , faiſant
ceffer le bruit des Tambours &
desTimbales , confirma les Noſtres
dans l'opinion qu'ils laiffoient
la Haye du Roeux à leur
droite,ne voyant plus entrer perſonne
dansla Plaine.Cependant
Monfieur de Luxembourg envoya
ordre àl'Armée du Roy de
ſe tenir preſte ; & fur les dixheures
du matin voyant entrer celle
des Ennemis dans la Plaine de
Tieuſſy , il ne ſongea pour lors
qu'à retirer nos Gardes qui eftoient
162 MERCURE
toientdans cette Plaine.
L'Armée du Roy y entra avec
affez de diligence , & avança ſa
gauche à un Bois qui eſt vis- àvis
S. Denys , qui va par lesderrieres
tomber ſur la Haiſne entreHavre&
Boufoy. Comme la
ſituation du terrain que Monfieur
de Luxembourg occupoit ,
luy paroiſſoit d'une fûreté entie .
re par les Défilez qui estoient
entre lesEnnemis & les Noftres,
il tourna toutes ſes penſées au
Camp de Monfieur du Montal,
&ſe détermina à y faire paſſer
toute ſa ſeconde Ligne , comme
àl'endroit où il y avoit plus de
raiſon d'apprehender. Monfieur
le Comte d'Auvergne en conduiſoit
la droite ; Monfieur de S.
Geran, l'Infanterie; &Monfieur
de Tilladet , la gauche.
N'ayant à garder que lesDéfilez
GALANT. 163
a
filez de S. Denys & de Caſteau,
qui font des Paſſages fort difficiles
,& voyant la ſeconde Ligne
en état de ſoûtenir le Quartier
* d'Aubourg , Monfieur de Luxembourg
ne pût croire ,quoy
que l'Armée fuſt ſeparée,que les
Ennemis entrepriſſent de l'attaquer
par ces deux Défilez , & il
ſe perſuada qu'ils ne luy oppofoientdesTroupes
que pour fai
re paſſer leur Bagage par leurs
derrieres, &aller en fuite camper
furla Haifne.
Vers le midy , Monfieur de
Luxembourg s'apperçeut qu'ils
faifoient couler de l'Infanterie
dans le Bois qui appuyoit leur
gauche qui estoit vis-à- vis de S.
Denys,&voyant qu'ils commençoient
àdonner une diſpoſition à
leurs Troupes , comme Gens qui
ſe préparoient à une Attaque ,
LAb
164 MERCURE
Il
l'Abbaye de S. Denys eſtant au
delà du Ruiſſeau à my- coſté , il
ne fongea point à la foûtenir.
laiſſa ſeulement le ſoin à Monfieur
le Duc de Villeroy de faire
retirer le Regiment de Feuquie
res,quelques Dragonsdétachez,
&d'autres Gens commandez de
l'Infanterie , qui tenoient la teſte
des Hauteurs derriere des Hayes
au delà de l'Abbaye , ( on les
yavoit placez lematin pour foûtenir
nos Gardes, ) & de n'y laifſer
que vingtHommes ,avec or
dredés que les Ennemis s'approcheroient
, de ſe retirer au premier
Pofte le long du Ruiffeau.
Cela fut executé dans le moment.
Peu de temps apres , les Ennemis
voyant les Hayes dégarnies,
vinrent lesoccuperavecun
gros Corps d'Infanterie , & en
4 fuite
GALANT. 165
fuite l'Abbaye , où ils ne trouverent
perſonne. Il n'y avoit point
lieu de douter qu'ils n'euſſent
deſſein de faire par là une veri
table Attaque. Monfieur de Luxembourg
le crût ,& ne fongea
plus qu'à foûtenir le Terrain
qu'il s'eſtoit propoſe de garder.
Pour cela , Monfieur le Duc
de Villeroy qui estoit de jour ,
Monfieur leComte du Pleſſis ,&
Monfieur de la Mothe , qui s'y
trouverent , poſterent l'Infanteriedans
lelieule plus propre pout
empeſcher que les Ennemis ne
paſſaſſent le Ruiſſeau , vis-à-vis
de la Hauteur que nous occupions.
Les deux Bataillons de Feuquieres
qui avoient eſté retirez
des Hauteurs au dela de l'Abbaye
, furent les premiers placez
parMonfieurde laMothe.
Mon
166 MERCURE
Monfieur de Luxembourg
avoit fait avancer la Brigade de
Navarre à la droite de la Gendarmerie
, pour s'en ſervir dans
le beſoin. Les deux derniers Bataillons
de Navarre , & les deux
premiers de la Reyne , furent
poſtez à la droite de Feuquieres
pour conferver la Hauteur , &
faire que le chemin qui menoit à
Aubourgdemeurât libre.
Monfieur de Luxembourg
avoitdonné ordre dés le matin à
Monfieur de Reſen Marefchal
de Camp de jour , de prendre
ſoindes Gardes qui estoient aupres
de Caſteau , auffi-bien que
de ce Poſte. Il avoit pris pour le
garder , le premier Bataillon de
Navarre,& ledernier de la Reyne
, n'ayant d'abord à S. Denys
que l'Infanterie que j'ay marquée;&
les Ennemis y étant fort
fupe
GALAN T. 167
3
ſuperieurs parle nombre , ils ne
& s'en prévalurent point pour chaf.
fer cette Infanterie des Poſtes
qu'elle occupoit.
Mais deux de leurs Bataillons
ayant laiſſe l'Abbaye à leur gauche
, pafſferent le Vallon & le
Ruiſſeau le long des Etangs , c
! eſſayerent de monter par des
Bois qui venoient aboutir ſur la
Hauteur que nous occupions.
La Brigade des Gardes que
Monfieur de Luxembourg avoit
envoyé querir eſtant arrivée à la
droite de ſa Gendarmerie , il en
prit quatre Bataillons que Monfieur
de Villeroy poſta au fommetdela
Hauteur vis-à-vis l'Abbaye&
le long des Bois , par lef
- quels les deux Bataillons desEnnemis
s'eſtoient avancez. Meffieursdes
Gardes arriverent fort
àpropos , car les deuxBataillons
168 MERCURE
ennemis dont je vous parle, commençoient
à gagner le haut de
noſtre coſté ; & Monfieur de
Vaureal à la teſte de quelques
Officiers Soldats ſe jetta l'épée à
la main dans le Bois, renverſa les
Gens détachez de ces deux Bataillons
, tua les uns , & en fit
quelques autresprifonniers.
On ne sçauroit affez exagerer
la valeur & la fermeté de
Meſſieurs des Gardes. Ils eſſuyerent
pendant plusde ſept heures
un tres-grand feu de Mouſqueterie
& de Canon ſans que jamais
un Soldat abandonnât fon
Pofte.
Monfieur de Rubantel qui
demeura à la teſte de ces quatre
Bataillons , y ſervit tres-utilement
, & donna un exemple
d'intrepidité &de conduite, qui
fûtbien ſuivy par tous les autres
OfficiersduCorps. Du
GALANT. 169
α
:
Du premier Bataillon , il ne
reſta que Meſſieurs Mirabeau
& Boiffelot. Ce fut celuy de
tous le plus exposé. L'on peut
dire ſans flaterie que Monfieur
de Mirabeau qui le commandoit
, s'y diftingua d'une maniere
extraordinaire.
Les Bataillons de Longis &
de Legnerant firent auſſi des
merveilles , & l'on ne peut rien
ajoûter à la valeur que les Officiers
firent paroiſtre , auffi bien
que les Commandans. Monfieur
de Montigny qui agiſſoit comme
Brigadier , ſe portoit dans
tous les lieux où ſa prefence eftoit
neceffaire. Cependant l'Infanterie
qui avoit eſté poſtée
le long du Ruiſſeau , foûtenoit
dés le commencement l'effort
des Ennemis avec toute la vigueur
qu'elle a de coustume de
IMO Septembre. H
170
MERCURE
témoigner dans de pareilles occafions.
Les deux derniers Bataillons
de Navarre commandez par
Monfieur le Chevalier de Souvré
& Monfieur de Bordes ,
firent tout ce qu'on peut attendre
d'aufſſi braves Gens qu'eux.
Monfieur Crenan à la teſte de
la Reyne fit auſſi des merveilles,
& fut bien feconde par Monfieurdes
Farges.
Monfieur le Marquis de Feuquieres
qui s'eſtoit donnébeaucoup
de mouvement dés que
l'Action commença , n'agiſſant
pas ſeulement comme un fimple
Colonel , eut les deux cuifſes
percées. Son Regiment y
ſouffrit beaucoup , & fon fecond
Bataillon eftant preſque
horsd'étatde combattre , Monfieur
le Duc de Villeroy envoya
GALANT.
171
0 voya querir le Bataillon desGar.
des commandé par Monfieur de
Pommereüil pour occuper fon
Pofte. Ce fut Monfieurde Montigny
qui l'y mena. L'on ne peut
aborder un grand peril avec
plus d'audace. En y arrivant ,
tous les Officiers furent quaſi
tous bleffez , & grand nombre
de Soldats tuez . Monfieur de
Montigny y eut les bras caffez ,
Monfieur de Fourilles le poulce
emporté. Monfieur de Pommereüil
maintint le Poſte toute la
journée avec beaucoup de valeur
& de conduite , & jamais
les Ennemis ne gagnerent un
poulce du terrain que l'on s'étoit
propoſé de garder.
L'Eſcadron des Gensdarmes
Dauphin , commandé parMonfieurle
Marquis de Sevigny,foûtenoit
les Gardes , & pendant
Hij
172 MERCURE
plus de trois heures il fut exposé
auCanon des Ennemis dont plus
de quaranteGensdarmes furent
mis hors de combat. L'on ne peut
avoir une meilleure contenance
dans un grand péril que firent le
Commandant & l'Eſcadron..
Pendant que les choſes ſe
paffoient de la forte à S. Denys,
Monfieur de Luxembourg crût
toûjours que le Prince d'Orange
ne faifoit cette Attaque que
pour ſe faciliter lemoyen de fai.
re paſſer la Haiſne au reſte de
fon Armée ; ce qui l'obligea
d'envoyer Monfieur de Chan .
lay qui estoit aupres de luy , à
Monfieurdu Montal , afin qu'il
obſervât ce qui ſe paſſeroit du
coſté d'Havré &de Boufoy ,
auffi bien que ce qui pourroit
luy venir par le Village d'Aubourg.
Il chargea auſſi le meſme
Monfieur
GALANT. 173
* Monfieur de Chanlay d'aller
juſqu'à Monfieur de Quincy .
afin que laiſſant quelque Infantere
dans le Camp qu'il avoit
retranché à Glein , il marchất
avec le reſte des Troupes qui
eſtoient à ſes ordres entre Befſean
&Yons , pour eſtre en état
de s'oppoſer ( s'il eſtoit neceflai
re ) à ce qui viendroit de ces
coſtez- là attaquer Monfieur du
Montal. Ily avoit déja quelque
temps que le feu augmentoit à
Caſteau. Monfieur de Maulevrier
eſtoit venu dire plus d'une
fois à Monfieur de Luxembourg,
qu'il croyoit que les Ennemis
vouloient nous y attaquer auffi
bien qu'à S. Denys. Comme il
en eſtoit perfuadé , il s'y en alla
pour voir ce qu'il y avoit envoyé
dés le matin, & commença
à poſter le premier Bataillon
Hiij
174 MERCURE
de Navarre , commandé par
Monfieur de la Vieuville au.
Moulin dans le fond fur la droite
à Caſteau , & le dernier Ba
taillon de la Reyne , au meſme
Défilé ſur la gauche de Navarre..
LesDragonsde Monfieurde
Fimarcon estoient à un Chemin
qui paſſe prés de l'Egliſe à la
gauche de tout. Jugeant que ces
Troupes ne ſuffifoient pas pour
celles qui leur eſtoientoppoſées,
&voyant qu'un grosCorps d'Infanterie
s'approchoit encoravec
du Canon foûtenu de toute
l'Aifle droite de la Cavalerie des
Ennemis , il prit les deux BataillonsdesGardes
commandez par
Monfieur de Creil & d'Avejan ,
dont Monfieur de Luxembourg
luy avoit dit auparavant qu'il
pouvoit ſe ſervir , & apres les
avoir
GALANT. 2 175
1
T
C
avoir poſtez prés de Navarre, il
le revint trouver pour luy dire
qu'il avoit encor beſoin d'Infanterie.
LesEnnemis ayantoccupéles
Hauteurs, le Chasteau & l'Eglife
qui estoient vis-à- vis de nous,
( car de ce coſté- cy auſſi -bien
que de celuy de S. Denys ,Mr.
de Luxembourg ne s'eſtoit propoſé
que de garder le Defilé )
ils profiterent autant qu'il leur)
fut poſſible de l'avantage de ces
fituations . L'Egliſe eſtoit affez
bonne d'elle meſme. Rocqueſervieres
travailla pour accommoder
le Chaſteau qui eſtoit
inacceſſible par ſa ſituation à
noſtre égard , eſtant entouré du
coſté du Vallon d'une bonne
Muraille. Il fit un Retranchement
dans le milieude la Court,
&des Barricades dans les ave-
3
Hij
176 MERCURE
nuës de la gauche , qui eſtoir le
ſeul lieu par où nous pouvions
en approcher , ayant un Precipice
à fa droite, & leurs Troupes
en batailledans le derriere qu'ils
avoient laiſſe ouvert pour ſe
communiquer.
Outre cela, le grosde leur Infanterie
occupoit ſur pluſieurs
Lignes une Plaine de cinq à fix
cens pas de large à la gauchedu
Chaſteau à leur égard.
La premiere Ligue étoit avancée
le long des Hayes qui bordoient
la Hauteur parallele à la
noſtre . Ils avoient auffi de l'Infanterie
poſtée dans les Hayes
au delà du Precipice que je vous
ay dit , qui estoit à la droite du
Château ,& tout cela foûtenu de
fort prés par la Cavalerie de leur
Aifle droite .
Monfieur de Maulevrier trouvant
GALANT. 177
vant Monfieur de Luxembourg
■ à la teſte de la Brigade du Roy ,
qu'il faiſoit avancer pour étre en
état d'aller à celle des Attaques
où elle feroit le plus neceſſaire ,
ce General jugea qu'elle ſeroit
plus utile à Caſteau , ſçachant
que du côté de S.Denysles choſes
ſe ſoûtenoient ainſi qu'il le
pouvoit defirer.
•Monfieur de Sourdis , qu'il
avoit prié de demeurer à l'Aifle
- droite de Cavalerie , ne laiſſa pas
de ſe porter dans tous les lieux
■ où ileſtoit neceſſaire de donner
- des ordres. Monfieur de Maulevrier
ſe ſervit de la Brigade du
Roy , & comme il en poſtoit le
- premier Bataillon où eſtoitMr
de S. Georges , & le dernier Ba->
taillon des Gardes Suiſſes, commandé
par Monfieur Vigier , les
Anglois de l'Armée de Hollan-
다
H V
178 MERCURE
de partirent d'auprés de l'Eglife ,,
& vinrent aux Dragons de Fimarcon
, qui n'eſtant pas affez
forts pour ſoûtenir un ſi grand
nombre, ſe retiroient de Hayes ,
en Hayes en leur difputant le
terrain.
;
Ce fut là où Monfieur de la
Mothe , que fon courage mene
toûjours par tout où il y a le plus
faire , ſe trouva fort à propos à
la teſte d'un des Bataillons dus
Roy. Il repouſſa les Ennemis ,
avec plus de vigueur qu'ils n'en ›
avoient eu a ébranler les Noſtres;
apres quoy il ſe porta dans
tous les endroits où il croyoit
rencontrer quelques conjoncturesde
lameſme importance que:
celle-cy , pour agir auffi à propos&
auſſiutilement qu'il venoit:
de faire.
• Le ſecond Efcadron de Va
renne
GALANT.
179
renne commandé parMonfieur
de Marſilly qui avoit la Garde ,
1 s'avança , en rempliſſantle chemin,
& chargeales Anglois avec
beaucoup de vigueur. Il en tua
pluſieurs , & prit le Lieutenant
Colonel Douglas , & quelques
autres.
Si toſt que Monfieur de Luxembourg
s'apperçeut que l'Attaque
de Caſteau estoit veritable
, il envoya ordre à la ſeconde
- Ligne de revenir ; ce qu'elle fit
avec beaucoup de diligence .
Dans ce meſme temps , Monſieur
le Duc de Villeroy luy vint
dire qu'il voyoit de l'Attaque de
S. Denys qu'une teſte des Ennemis
eſtoit avancée dans l'Egliſe
d'Aubourg , & mefine ce
General entendit le Canon du
Quartier de Monfieur duMontal
qui tiroit deſſus. Cela l'obligea
180 MERCURE
gea de donner un Bataillon de
Stoup , & deux de Phiffer , à
Monfieur de Villeroy , pour les
mettre à la droite des Poſtes que
les Noſtres ſoûtenoient à S. Denys
, de peur que ce Corps qui
paroiffoit à Aubourg ne le vinft
prendre en flanc.
Monfieur de Luxembourg fit
marcher le reſte de l'Infanterie
de la feconde Ligne à Caſteau ,
où il ſe faiſoit un grand feu . Cependant
nos Poſtes ſe maintenoient
toûjours avec beaucoup
de fermeté par les foins de Monſieur
de Maulevrier , qui les vifitoit
continuellement .
Monfieur de S. Geran arriva
avec la feconde Ligne , dont les
deux Bataillons d'Alface furent
placez parMonfieur de Maulevrier&
par luy, dans le fonds du
Défilé ,pour rafraiſchir l'Infanterie
GALANT. 181
e
1
terie qui y tenoit depuis le com
mencement du Combat. Monſieur
de Luxembourg jugeant
qu'il eſtoit à propos que les En- j
nemis viſſent qu'il nous venoit
1 de nouvelles forces , dit à Monf
ſieur le Marquis d'Uxelles de
faire former les Bataillons , malgré
l'inégalité du terrain. Le
premier de Lyonnois fut celuy
qui s'avança d'abord , & alla
joindre leBataillon duRoy commandé
par Monfieur de Mont
chevreüil affez pres de l'Eglife.
Il fut fuivy de Rouffillon , & le
ſecond de Lyonnois fut envoyé
aupres des deux Bataillons des
Gardes, auffib- ien que le Dau
phin qui pritla meſine marche,
lors que le grand feu qu'Alface
fit à fon arrivée ébranla l'Infanterie
ennemie poſtée le long des
Hayes fur la Hauteur à la gau
che
182 MERCURE
che du Chaſteau àleur égard ,
comme je vous l'ay déja dit ; ce
qui eſtant veu des Poſtes les
plus avancez , quelques Détachez
gagnerent la teſte de la
Hauteur que les Ennemis commençoient
à leur laiſſer libre.
Les deux Bataillons d'Alface
ſuivirent les Détachez ,& ſe mirent
en bataille dans le peu de
terrainque les ennemis venoient
d'abandonner , quoy que leurs
autres Lignes fuſſent encor formées
fort pres d'eux.
معي
C
Le Chateau eſtant occupé ,
comme j'ay dit , par Roquefervieres
, une double Haye à la
droite l'eſtoit encor , auffi-bien
qu'un Chemin creux , qui tenoit.
depuis le Chaſteau juſqu'àleurs
Troupes de forte qu'Alface avoir
dansle front les Ennemis enbataille
, à ſa gauche le Chaſteau
&
GALANT 183,
ce
el
& le Chemin creux , & la dou--
ble Haye occupée par les Ennemis
à la droite...
Le premier Bataillon du Roy,
àlateſte duquel eſtoit Monfieur
de S. Georges,voyant partir Alface
, ne le pût voir s'avancer
fans chercher un chemin pour
arriver auſſi promptement aux.
Ennemis. Il ſe trouva fur la
-Hauteur à la droite d'Alface , fi
fort contraint par le peu de ter--
rain qu'ils luy avoient laiſſé, que
lamanche droite eſtoit appuyée .
contre la double Haye occupée
par les Ennemis.
۱
5
Des Troupes moins hardies
que celles du Roy , n'auroient
ofé entreprendre de ſe former
dans une ſituation pareille. Les
deuxBataillons desGardes commandez
par Meſſieurs d'Avejan
&de Creil arriverent auffi , &
chaffe
184 MERCURE
chaſſerent avec beaucoup de
valeur les Ennemis qui tenoient
cette double Haye,dans laquel--
le ils s'étendirent ,& ofterent aux
Noftres l'incommodité du feu
qui ſe faiſoit continuellement
fur noſtre droite. Le ſecond Bataillon
de Lyonnois y vint enfuite,
& acheva d'occuper dans la
double Haye,au deſſus desGardes
, le terrain dont ils avoient
chaſſe les Ennemis. Il ſe rendit
maiſtre de trois Pieces de Canon
, & de quelques Munitions,
qui ne pûrent eſtre amenées par
le chemin que les Troupes avoient
pris pour venir fur la
Hauteur.
Un peu avant cela , un des
Eſcadrons de Tilladet que Monfieur
le Chevalier d'Eſclainvilliers
avoit mené dés le commencement
du Combat,dans le pan
chant
GALANT.
185
er
S
1
chant de la Hauteur que nous
gardions pour ſoûtenir Navarre,
monta à la queuë des deux Bataillons
d'Alface,& Monfieur de
Tilladet luy -méſme le fit former
à la portée du Piſtolet du Chafteau,&
le mena à la charge contre
deux Eſcadrons des Ennemis
qui s'avançoient pour l'attaquer
, effuyant avant que de les
charger, le feu d'une Troupe de
Cavalerie qui venoit pourle prédre
en flanc par ſa droite , d'un
Bataillon qui estoit encor à fa
droite , & de beaucoup d'Infanterie
à ſa gauche. Malgré cela il
pouſſa l'Efcadron ennemy fi loin
qu'on le perdit preſque de veuë.
Il revint traverſant une Ligne
d'Infanterie des Ennemis. Il n'y
a point de termes affez forts pour
loüer dignement cette action.
Le témoignage qu'en rendent
les
186 MERCURE
les Ennemis , eſt plus glorieux,
que tout ce qu'on en pouroit dire.
Mr. de Renes commandoit
l'Eſcadron dont jevous parle.Ce
fut aupres du lieu d'où il partit
que Mr. le Chevalier d'Eſclainvilliers
reçeut la bleſſure dont il
mourut deux jours apres. Il avoit
placé de la Cavalerie à tous les
lieux neceſſaires pour foûtenir,
les Poſtes avancez. Il la viſitoit
ſouvent, & eſtoit dans une activité
continuelle , non ſeulement
pour les choſes qui pouvoient le
regarder, mais il n'y en avoit aucune
qu'il jugeaſt utile,àlaquelle
il ne s'employaſt avec toute
P'ardeur poſſible.
La charge de l'Eſcadron de
Tilladet , & nos Bataillons qui
commençoient à ſe mieux former
fur la Hauteur , firent faire
à la premiere Ligne des Ennemis
GALANT. 187
T
mis un mouvement par lequel
elle nous ceda un peu plus de
terrain ; ce qui donna moyen à
Monfieur de Luxembourg d'en
former une plus réguliere, quoy
que le Chafteau fuſt toujour occupé
par les Ennemis. Les Gardes
& Lyonnois eurent ordre de
ſe ſaiſir de la double Haye à la
- droite , & le reſte du terrain fut
remply parlesBataillons du Roy
& d'Alface, par le premier Efcadron
de Varenne , le Mestre de
Camp à la teſte , & par deux
de Tilladet. Il n'y a guére d'e-
* xemples , que ſi peu de Troupes
oppoſées à tant de forces
ayent montré autant de fermeté
dans une pareille ſituation, n'étant
foûtenus que de leur ſeule
- valeur, parce qu'il n'y avoit point
aſſez de terrain derriere eux
pour former une ſeconde Ligne.
des
1
188 MERCURE
Le ſecond Bataillon des Gardes
Suiffes commandé parMonfieur
Stoup , à la place de Mon
fieur Machette qui avoit eſté
bleſſé , monta dans ce petit efpace.
On fit reſſferrer les Troupes
à droit & à gauche, afin qu'il
puſt ſe poſter ſur la Ligne . Sitoſt
qu'ily fut, il fit un grand feu ,&
ne témoigna pas moins d'ardeur
de combattre que les autres.
*Le premier Bataillon des Gardes
Suiffes commandé parMonfieur
Reynols , arriva quelque
temps apres ; & comme le grand
feu auquel les Troupes du Roy
eſtoient expoſées , en diminuoit
àtout moment le nombre , cette
diminution , avec ce que l'on
prit ſur les intervales, nous donna
affez de terrain pour faire entrer
ce Bataillon dans la Ligne
où nous avions beſoin d'Infante-
2
rie
GALANT. 189
1. rie fraiſche pourbalancer le feu
Erdes Ennemis. Monfieur de Saint
Georges y fut bleſſé. La maniere
vigoureuſe dont il avoit agy deepuis
le commencement du Combat
, l'avoit toûjours mis en
que de l'eſtre.
Monfieur du Metz fut
rif
bleſſé preſque en meſime temps.
Il avoit ſervi dignement tout le
jour à l'Artillerie;& la nuit l'empeſchant
de pouvoir faire pointer,
il vint fur la Hauteur pour y
avoir la part qu'il tâche de prendredanstouteslesActions
qui ſe
paffent.
Monfieur le Marquis d'Uxelles
qui avoit eſté poſter le ſecond
Bataillon Lyonnois , avec
cent Hommes détachez de ſa
Brigade , revint prendre le RegimentDauphin
, & s'approcha
dela gauche.
Le
190
MERCURE
Le Chaſteau estant toûjours
occupé par les Ennemis qui continuoient
à faire un grand feu,
Monfieur de Luxembourg réſolut
de le faire attaquer,quoy que
ce fuft une choſe fort difficile,
comme vous l'avez veu par la
deſcription que je vous en ay
faite. L'envie que Monfieur le
Marquisd'Uxelles témoigna d'é.
tre chargé de cette entrepriſe,
luy fit écouter l'ordre qu'on luy
en donnoit , comme ſi c'euſt eftéune
affaire aiſée. Il y marcha
*mefme pour l'entreprédre.Malgré
une furieuſe refi t: nce & un
combat auſſi opiniâtré qu'on en
viſt jamais , il ſe rendit maiſtre ,
&chaffa les Ennemis du chemin
creux , rien n'eſtant impoffible
aux Troupes de Sa Majeſté
, quand il y a de la gloire à
acquerir. Monfieur de Luxembourg
GALANT. 191
bourg ne pouvant douter qu'un
fuccés fi extraordinaire n'etonnaſt
les Ennemis , auroit eſſayé
d d'en profiter , fi la nuit ne fuſt
furvenue . L'envie de combattre
ne manquoit pas ; mais la difficulté
de faire paſſer des Troupes
pendant l'obſcurité , par des
Défilez ſi étroits , qu'en plein
jour elles auroient eu peine à le
faire , l'empefcha de fatisfaire
l'ardeur qu'elles en montroient.
- Avant tout cela , Monfieur le
Comte d'Auvergne avoit propoſe
àMonfieur de Luxembourg
-de faire entreprendre quelque
choſe aux Bataillons du Roy, de
Lyonnois , de Rouffillon , & de
la Reyne, qui estoient aupres de
'Eglife. Il marcha avec eux , &
chaffa avec beaucoup de vigueur
quelque Infanterie poſtée
-àla droite de cette Eglife.Mon
3002 fieur
192 MERCURE
ſieur du Perayà la tête de Lyonnois
, batit un des Bataillons des
Gardes du Prince d'Orange. Il
en prit deux Drapeaux , & le
dernier de la Reyne en prit un
des Troupes de Paderboorn dõt
il batit le Bataillon. Monfieur le
Comte d'Auvergne fit en ſuite
attaquer l'Egliſe où eſtoient les
Dragons d'Eſpagne , & ayant
mis le feu àune Maiſon voiſine,
il les contraignit d'en fortir. Ils
ne le pûrent faire fans une perte
confiderable. Il y eut quelques-
uns de leurs Officiers pris
dans cette Action , dont le fuccez
ne contribua pas peu à nous
faire réuſſir à l'attaque du Chafteau.
Les Bataillons duRoy , commandez
par Monfieur le Chevalier
de Montchrevreüil,& celuydeRouffillon,
ne remporte
rent
GALANT.
193
rent point le meſine avantage ,
se parce que les Ennemis lâcherent
pied devant eux, & n'en pûrent
* ſoûtenir l'effort of
Les Dragons de Fimarcon ſe
joignirent aux Bataillons dont je
viens de vous parler, & ne con
tribuerent pas moins qu'eux à
chaſſer les Ennemis,leur vigueur
n'ayant pû eſtre rebutée , quoy
qu'ils euſſent ſoûtenu le commencement
de l'attaque. Ce fut
en cet endroit que Monfieurde
Fimarcon fut bleſſé à mort des
derniers coups qui ſe tirerent.
Juſque- là on pouvoit dire qu'il
avoit eſté fort heureux d'avoir
évité cettediſgrace pendat tout
le jour. La vigueur & la conduite
de Monfieur le Comte d'Auvergne
contribuerent beaucoup
àce ſuccés.
Ces quatre Bataillons eſtoient
Septembre. [
194
MERCURE
foûtenus d'un Efcadron des Cui
raffiers,&d'un de Magnac;Mon.
fieur de Grignan eftoit à leur
teſte . Comme il ſe vit inutile
dans un Défilé , il paſſa au delà
de l'Infanterie ,& fe mit en Fataille
dans une Plaine fort prés
des Ennemis , où il demour &
neſe retira que ledernier.Monfieur
de Luxembourg avoit déja
renvoyé une fois l'Eſcadron de
Noailles ,mais il retourna avec
tes deux qu'avoit Monfieur de
Grignan ,& foûtint l'Infanterie
qui alloit à l'Eglife, d'où il eſſuya
un grand feu. Nos Soldats aprés
's'eftre rendus maîtres du Château
, mirent le feu àla Baſſecourt.
Cependant les deuxArmees
eftoient toujours en pre-
Tence,& le feu de l'Infanterie
de part & d'autre continuoit .
Ce feu dura juſqu'à deux heuorder
res
GALANT 195
10
de
res de nuit, mais à la fin la laſſitude&
l'obſcurité le firentbeaucoup
diminuerein оболонка
Monfieur de Luxembourg
voyant qu'il n'eſtoit plus poſſible
de fongerà combatre,&qu'il ne
devpis penser qu'àla foureté
Mons , commença de faire marcher
les Troupes qui estoient
fur la Hauteur pour repaſſer le
Defile , & gagner la Bruyere où
eſtoitle Camp. Le mouvement
ſe faifoit ſi prés desEnnemis,que
les Eſcadrons & les Bataillons ſe
retirerentun rang apres l'autre.
Si les Troupes ont merité des
louanges dans cette Action,ceux
qui des commandoient en font
bien plus digneformigo oftas
-Monfieur deLuxembourg fut
-perpetuellement dans le feu
pendant toute cette Action , qui
dura neufou dix heures , c'eſt à
-
cg I ij
196 MERCURE
dire, tant à la droite qu'à la gauche,
car l'affaire de la droite fue
commencée trois heures avane
Paurenoxul on nol
› Les Ennemis ayant paffé le
Défilé del'Abbayede S. Denys,
la prefence de de vigilant Ge
neral rétablit toutes choſes de
cecoſté-là. Ilne ſe contenta pas
de les en avoir avoir chaſſez . Il
voulut entreprendrede faire fur
eux cequ'ils n'avoient pû faire
fur nous à la droite , c'eſt àdire,
deles chaffer dedeſſus la Hauteur
qu'ils occupoient,& fur laquelle
ils avoient toutes leurs
Troupes en bataille. Il faloit cela
pour prendre leChaſteau où eftoit
le Régiment de la Roqueſervieres
, quiavoit eſté Lieutenant-
Colonel de celuy d'Auvergne
, &qui ſervoit les Hollandois
. Monfieur de Luxembourg
pour
GALANT. 397
1
pour venir à bout de ſon deſſein,
paſſa un ruiſſeau& un Marais à
unMoulin qui eſtoitdans le fond
à quarante pas des Ennemis. Il
monta pour cet effet une Coſte
qui estoit fi roide , qu'il ſe faloit
tenir au crin des Chevaux,pour
ne pastomber en arriere. C'ef
toit un Chemin où l'on nepauvoit
aller qu'un à un. Il en furt
monta les difficultez,&ſe planta
devant eux. L'Infanterie eſtant
animée par l'exemple de fonGe
neral, chacun voulut l'imiter , &
en moins de rien deux Bataillons
fe formerent aupres de luy ; ce
qui donna lieu àun Efcadron de
Tilladet de paffer à la file par ce
petit chemin étroit. J'ay parlé de
l'action de Monfieur de Tilladet
, mais non pas de ce que fit
Monfieur de Luxembourg dans
la mefine occafion. CeGeneral
I iij
198 MERCURE
Ses
ayant remarqué qu'un Cóm
mandant des Troupes Eſpagnoles,
nommé Porto-Carero, cherchoit
à luy tirer un coup de Piftolet,
mit de fon coſté le Piſto
let à la main , & alla à luy.
Gardes le ſuivirent. Porto -Carero
qui estoit armé reçeut un
coup dans le col au defaut de
ſa cuiraſſe . Il n'en mourut pas,
mais il demeura priſonnier. Le
feu que ceGeneral cut toûjours
àeffuyer , fut grand , que
Monfieur de Coupigny qui eftoit
à coſté de luy , eut d'une
ſeule décharge fon cheval blefſede
ſept coups de Moufquet .
Il fut bleſſe luy-meſme à la main
&eut fon chapeau percé. Je
n'aurois jamais fait , fr je voulois
parquer tout ce que les
Relations diſent à l'avantage de
Monfieur de Luxembourg. Son
coura
GALANTA 199
P
C
courage a paru én tantde grandes
occafions , que perſonne
n'en ſçauroit, doutenlos
Monfieur leDuc de Villeroy
ayant toûjours ſoûtenuavec ſuc
cez l'attaque de S. Denys , &
voyant que l'affaire y prenoit
un train à n'avoir plus de ſujet
de crainte , vint ſur la Hauteur
de Caſteau preſque, en meſme
temps que les premieres Troupes
qui y monterent. On ne
peut montrer ny plus de valeur
, ny plus de conduite . Il
eſtoit par tout , & la voix publique
parle fi haut , & fi avantageuſement
de luy , qu'il n'a
point beſoin d'autres éloges .
Monfieur de Maulevrier qui
eut la principale direction à
Caſteau , fit depuis le commencement
juſqu'à la fin , tout ce
qu'on peut attendre d'un grand
200 MERCURE
courage & d'une experience
confommée. Monfieur le Comte
du Pleſſfis qui devoit eſtre à
Aifle gauche ,voyant qu'il n'y
avoit rien à faire ,vint dés le có
mencement à la Hauteur de S.
Denys , agiflant dans tout cela
ſelon que les occafions s'en préfentoient,
avec beaucoup de valeur&
de connoiffance. Ileutun
Pagebleſſed'un coup deMoufquet
à coſté de luyuyaped
- Quoy que Monfieurle Comte
d'Auvergne euſt eſté chargé
demener la droite à la ſeconde
Ligne,lors qu'il vit que le Quartier
de Monfieur du Montaln'étoit
point attaqué , il ſe ſervit du
pretexte,qu'en une Bataille rangée
il auroit efté à l'Infanterie,
afinderevenir à Caſteau.ll y revint
en effet,&de fi bonne heure
, qu'il ſe trouva à propos pour
poſter des Bataillons Suiffes,auf
GALANT. 201
fi bien que quelques Eſcadrons,
lors qu'on y diſpoſoit les choſes.
Dés que Monfieur de Tilladet
ſçeut que Monfieur de Luxembourg
rapeloit la ſeconde
Ligne il vint de ſa perſonne à
L'attaque de Caſteau, où il arriva
ſi promptement qu'il ne s'y
paſſa rien où il n'euſt beaucoup
de part. Sa prefencene contrit
bua pas peu àinſpirer aux Pof
tes avancez la vigueur qui les
porta à chaſſer les Ennemis de la
Hauteur où il monta des pre
miers,& où on le vit demeurer
tant que l'Action dura.Il s'acquit
beaucoup degloire , par ce que
je vousaydirqu'il fit en pouffant
un de leurs,Efcadrons fi loim.
qu'on le perdit preſque de veuë..
Ilpaſſa pourcela entre leurs baraillons
, & revint par le meſime
chemin fans que la Cavalerie
ennemie ofât le ſuivre.
202 MERCURE
Monfieur le Chevalier de
Sourdis ne ceffa point de s'em
ployer pendant la journée àtout
ce qui estoit neceſſaire , & quoy
que fon Poſte l'éloignât du lieu
où l'Action ſe paſſoit, il ne laiſſa
pas d'y venir. Il s'y expofa beaucoup
,&y fervitjuſqu'à la fin.
Monfieur de S. Geran , dés
Parrivée de la feconde Ligne
d'Infanterie qu'il avoit conduite,
s'employa à la faire agir , &
ſedonnapour cela beaucoupde
mouvement tres à propos .
Monfieur le Prince Palatin
qui s'eſtoit fort diftingué pendant
toute la journée , eſtoit fur
laHauteur avantl'arrivée d'Al
face. Il y recent un coup de
Mouſquet àl'oreille,qui ne l'empefcha
point d'agir toûjours
avec la meſme vigueur .
Monfieur de Roſen estoit à
すdo 20 Caſteau
GALANT.
203
DE
qur
Caſteau dés le matin ; & tant
que le jour dura , il s'y expoſa
comme le dernier Soldat,& don
na des ordres en Commandant
experimenté.
Monfieur Monmon ſe trouva
* par tout. Il n'y eut point de Bat
tailles auſquelles il ne portât des
| ordres. Il en donna beaucoup
de luy -meſme auſſi utiles que
ceux qu'il portoit.
Monfieur de Tallard fut un
des premiers ſur la Hauteur de
Caſteau ſansy eſtre commandé,
Il y fur bleſsé d'un coup de
Moufquet,& malgré cela ily demeura
juſqu'à la fin du Combat.
Monfieur Barberien eut auffi
une contufion,& s'expoſa fi fort
toute la journée , qu'il méritoir
bien d'eſtre traite moins favorablementdes
Ennemis.
Monfieur le Chevalier Colbert
512
204 MERCURE
bert , Fils de Monfieur Colbert-
Miniſtre& Secretaired'Etat,eur
deux Chevaux tuez ſous luy.
Commeil eſtoit toûjoursdans le
feu,il fut bien heureux d'en étre
quitte à fi bonmarche.Monfieur
łeMarquisde la Popeliniere fon
Coufin germain , ſe distingua .
fort auprés de Monfieur leCom
re ' de Maulevrier-Colbert,àqui.
il ſervoitd'Ayde deCamp.Aina.
MonfieurColbert avoirvn Frere
, unFils , & un Neveu,qur
s'expoferent beaucoupdans certe
journée , & qui firent voir
que tous ceux de cette Famille
fervent le Roy avec un zele qui.
n'épargne rien.
Monfieur de la Tournelle
voyantque fon Bataillon poſté
entre les deux Attaques , avoit
eſté inutile , vintſur la Hauteur
deCaſteau,pour demanderqu'il
ne
GALANT. 209
ne le fuſt pas, ou du moins pour
trouverl'occaſion de ne l'eſtre
pointde perſonne..
L'actionde Monfieur le Marquis
d'Vxelles eſt ſi éclatante,
qu'elle merite bien qu'on en di
fe quelque choſe en particulier.
Son Regiment , qui est le Dauphin,
ſe trouva poſté au pied du
Chaſteau. Vn fort grand feu
qu'on luy faifoit par la gauche;
tiroit ſur le front de ce Regiment,&
ilavoit à effuyer un autre
feu de l'Egliſe qui voyoit ce
meſime Regiment parderriere:
Ce Marquis s'en voyant envi
ronné de ces deux coſtez, prit le
party de ſe rendre maiſtre du
Chaſteau auffi bien que de la
Haye. Les Ennemis y firentune
vigoureuſe reſiſtance ; mais la
valeur avec laquelle ce Regiment
s'opiniâtra à venir à bout
206 MERCURE
de cette entrepriſe, l'y fit réüſſir.
Il mit le feu au Chaſteau,& comme
il étoitdéja nuit, ce feu éclairoit
fi fort les environs , que nos
Troupes eſtoient veües depuis
les pieds jufques à la teſte. Elles
ne laifferent pas de ſoûteniravec
une intrépidité ſans exemple,
celuy que faifoient les Ennemis .
Il fut grand, parce qu'ils ne pouvoient
éviter la mort, qu'en fai,
ſant retirer les Noſtres par leurs
décharges , & qu'il falloit neceffairement
qu'ils ſe reſoluſſent à
eſtre brûlez avec le Chaſteau ,
ou qu'ils s'abandonnaffent au
feu de ceux qui les attaquoient,
en ſejettant parmy eux pour tâcher
de ſe ſauver. Ainſi ils perirent
tous avec Roqueſervieres
leurs Commandant.
Monfieur le Marquis de Píaneſſe
dont je vous ay parlé en
pluſieurs autres occafions , don
GALANT
207
na dans celle-cy les mêmes mar
ques de courage qui l'ont toû
jours diftingué. Il commandoit
la Gendarmerie. Elle fut poſtée
àla droite au commencement du
Combat , pour ſoûtenir l'Infanterie
qui défendoit l'Abbaye de
S. Denis. Le Canon où elle fut
expoſée, luy donna lieu de montrer
cette inébranlable fermeté
qu'elle a accoûtumé de faire pa .
Foiſtre.Monfieur de Pianeſſe y
eut un Cheval bleffé ; & comme
dans la ſuite du Combat il vit
mener deux Eſcadrons de Til
ladet ; & deux autres de Varen
nes , au delà du Defilé du Cha
ſteau, il prit l'Eſcadron des Bour
guignons commandé parMonfieur
le Comte de Marcin qui en
eſtoit le moins éloigné , & s'y en
alla au grand trot , apres avoir
mande à toute la Gendarmerie
ΠΟΙ de
208 MERCURE
de le ſuivre. Le terrain s'y rencontra
ſiſerré , que Monfieur de
Luxembourg qui estoit par tout,
ou par ſes ordres , ou par ſa perſonne
, voyant qu'il ne pouvoit
contenir un plus grand nombre
de Troupes, renvoya le reſte de
la Gendarmerie qui ſuivoit, & ſe
contenta de faire former les cinq
Eſcadrons qui estoient paffez .
Le feu que ces Troupes foûtinrent
fut fort grand. Il en couſta
la vie à pluſieurs. Monfieur de
Pianeſſe fit voir fon intrépidité
ordinaire.. Vnde ſes Domeſtiques
fut bleſſe à ſes coſtez d'un
coup de Moufquet qu'il reçent
aubilasp rol soldlinguaatt
- Monfieur le Marquis de Se
vigny commandant la Compagnie
de Monſeigneur le Dauphin
, demeura expoſe pendant
crois heures àneufPieces deCa-
نار
non
GALANT.
209
rea
re
301
pe
non des Ennemis, qui tuerent ou
blefferent quarante Cavaliers
dans ſon Efcadron. On ne peut
montrer plusde fermeté qu'il en
fit paroiſtre en cette rencontre.
Vous n'en ferez pas ſurpriſe,
apres ce que je vous ay déja dit
de luydans pluſieurs demes Lertres.
Elles vous ont appris qu'il
s'eſt ſouvent diftingué , & on eft
aiſement perfuadé par tout ce
qu'il fait , qu'iln'a pas moins de
coeur qu'ily a de beauté & d'efprit
dans ſa Famille .
Monfieur deTilly le Jay, Lieutenant
de la Colonelle , fut tué
-dans le Combat. C'eſt le troifié
me Frere de ce nom dans ce méme
Corps qui a donné ſon ſang
pour le ſervice de ſon Prince.
Celuy- cy s'eftoit acquisune tres
grande reputation. Son expé
rience , fon attachement affidu
au
210 MERCURE
au ſervice , & fſon intrépidité,
l'avoient fait choiſir par Sa Majeſté
avec éloge ,pour la Lieutenance
de la Colonelle , au mois
de May dernier , en la place de
Monfieur de Perigny Ferand,
que l'on avoit fait Ayde-Major.
Il n'estoit pas extraordinaire
qu'un Homme de ce nom ſe fift
diftinguer. On a toûjours veu
des Emplois conſidérables dans
ſa Famille, Meſſire Nicolas le
Jay fon grand Oncle, a eſté honoré
de la Charge de premier
Prefident au Parlement de Paris
qu'il a exercée pendant pluſieurs
années avec un applaudiſſement
general. Meffire Charles
le Jay , Seigneur de Maiſonrouge,
Neveu & Heritier de ce
Premier Prefidét, s'acquit beaucoup
d'eſtime dans ſa Charge
de Maiſtre des Requeſtes. 11 laiffa
IGADAN TI 211
1 fa deux Filles & fept Garçons,
qui ont tous herité de la pieté,
de la capacité, & de la bravoure
de leurs Anceftress
Monfieur le Marquis deMôy,
Fils du Prince de Ligne , Gouverneur
de Milan,ſe ſignala parmy
tant de Braves. Il ſert dans
l'Armée du Roy , & eut deux
Chevaux tuez ſous luy,une contuſion
à la cuiffe, & deux coups
dans fon chapeau. Il est tresjeune,
fort bien fait , & unique
Heritier du feu Marquis deMôy
Henry de Lorraine.
Mr. le Marquis de Vauvillars
Maiſol , Ayde de Camp de Mr.
de Luxembourg , fut blefle le,
gerement au coſté , & eut un
Cheval tué ſous luy. Il eſt jeune
encor,& a tant de coeur, qu'il a
déja ſouvent donné ſujet de
craindre pour luy.co
broul Mon
212 MERCURE
M.Robert Intendant de l'Armée
qui dans toute laGuerrede Hollande
a fervyle Roy ſi utilement
&avec tant dezele , fit luy même
ſervir lepCanon dans cette
rennontre, & demeura toûjours
dans le péril avec tous ſes Gens.
ar Je ne dois pas oublier icy à
vousdire, que laBrigadedu Rel
giment Lyonnois , commandée
parMonfieur du Peray qui en
eſt Lieutenant Colonel,& com
posée de deux Bataillons de
Lyonnois , de deux d'Alface , &
d'un de Rouffillon, reçeut ordre
deMonfieurde Luxembourgde
charger lesEnnemis àl'Attaque
de la gauche ; mais comme le
Païs estoit fort étroit , chaque
Bataillon s'enfonça preſque en
meſme temps dans les Hayes ,
dans lesChemins creux,& dans
les Houblonnieres , de la meilleure
GALANT.
213
leure grace du monde , chargeant
l'Ennemy fi vigoureuſe
ment , que cetteBrigade l'obli
gea de luy ceder le Poſte qu'il
avoit occupé pendant prés de
quatre heures. Elle repoufla
ceux qui le voulurent défendre,
juſques fur la Hauteur , tout à
faithorsle Defilé , tuant & fai
fant beaucoup d'Hommes pri-
-fonniers Monfieur du Peray
-combatit à la reſte du premier
Bataillon Lyonnois , & le mena
à la charge avec tant de ſuccés,
que les Dragonsd'Eſpagne , les
-Gardes duPrinced'Orange, &
les Anglois , ne pûrent luy reſtſter.
Tour fut mis en déroute. Il
-yeut beaucoup de tuez. LeMajory
Bu Ayde-Major des Dragons
de Salcede , & quelques
autres Officiers Anglois , eurent
la vie ſauve, par le ſoin que prit
Mon
3
214 MERCURE
Monfieurdu Peray de leur faire
donner quartier. Ce Bataillon
ſeulprit deuxDrapeaux du Regiment
du Prince d'Orange.
L'exemple quence Lieutenant
Colonel donna aux Soldats , en
chargeant le premier au milieu
des Grenadiers , & en tuant
d'un coup de Pistolet un Officierdes
Dragons de Salhen qui
voulut faire ferme , ne contribua
pas peu à animer la Brigade
qu'il commandoit. Le RegimentLyonnois
n'a jamais laiſsé
paffer aucune occafion de ſe
fignaler. Il fut preſque tout défait
à la Bataillede Caffel, ayant
enſeul affaire pendanttrois heu-
-res àtoute la droite des Enne-
-mis, qu'il foûtintavec ladernie-
2re fermeté,& donnant à propos
-en meſme temps que les Moufquetaires
donnoient à pied de
M l'au
GALANT. 215
l'autre coſté. Il n'y a aucunRegiment
dans les Troupes, qui
aye plus de Gens de qualité&
de plus braves. Il a eu depuis le
commencement de cette Guer .
ré trois Lieutenans Colonels
tuez , & plus de deux cens Of
ficiers auſſi tuez ou bleffez . Gette
derniere Action coûta la vie
àdeux Capitaines de ce meſme
Regiment,qui ſont Monfieur de
S.AndréGentilhomme de Bourgongne,
&Monfieur de laTuillerie
Neveu du R.P. de laChai
ſe Confeffeur de Sa Majefté .
Monfieur leChevalier de Gonnety,
Frere de MonfieurleComte
de S. Jean de Lyon , y eut les
deux cuiffes percées. Monfieur
leChevalier de Blot,Auvergnat,
y fut bleſsé à mort. Monfieur le
Marquis de Lecluſe,Gentilhomme
Beaujolois , y receut un coup
de
216 MERCURE
de Mouſquet à la teſte. Deux
autres coups percerent la cuiſſe
àMonfieur Martinet,& l'épaule
àMonfieur de Fenouil Ayde-
Major.
4. Le Regiment des Gardes fit
des choſes ſi ſurprenantes dans
la mefine occafion , qu'on peut
aſſurer qu'il n'y a aucun de ſes
Officiers qui ne s'y ſoit ſignalé.
Cela ſe peut voir par le nombre
des Morts& des Bleſſez que je
vous envoye.
Capitaines.
M. de Montigny, le bras caſsé.
M.deBeauregard,bleffé en pluſieurs
endroits.
M. de Fourilles ,le poulce emporté.
M. de Saillant, la cuiſſe percée.
Lieutenans tuez.
M. le Jay de Tilly.
M. le Chevalier de la Salle.
Lieute
GALANT 217
Lieutenans bleſſez
M. d'Arbouville, bleffé à mort.
M. de Soûpirs.
M. de Meaux.
Sous-Lieutenans tuez.
M. le Chevalierde Montigny.
M. de Viants. 11
M. de Temericourt. A
M. de Feuquieresivno ( Mob
7
M. de Marfal 2
M. de Gaigne. M
M. de Rians. wolalob. 4
Sous- Lieutenans blaffex. b .
M. de S. Alvere, un oeil perdu.1.1
M. de Maupeou , mort de ſes
bleſſures žol zzuoli: M
M. de laMorezan, bleſsé àmort
M. du Jourdy, la jambe empora
tée.
M. de Mainevilette , la jambe
M. de Vauroüy . Babibo
M. de Polaſtron,bleſsé à mort.
Septembre. K
218 MERCURE
M. De S. Simon
M. de Pávezind vandrar,
M. de Luzancy.
M. de la Trouffe .
Enseignes tuez
M. de Quevricourier sl
M. le Gras.
M. de Boisdelmé
M. de Matonviller inovodobn
Enseignes bleffezMoh M
M. de Conſtantin
M. de Ladoüy.
M. de Noify 2001-che
M. d'Artaignan. στόνΙΑ 2
き
Tous ceux qui accompagnerent
Meſſieurs les Officiers Generaux
meritent auffi beaucoup
delouangesybuonh M
Les meſimes raiſons qui ralentirent
le feu de Caſteau firentauſſi
diminuerconfiderablement
celuy de S. Denys, où les TrouGALANT.
219
pes de ſa Majesté ſe maintinrent
dans leurs Poftes ſans rienentreprendre
furceux des Ennemis.
L'Armée eſtant raſſemblée
ſur la Bruyere Monfieur de
Luxembourg fito retourner les
Officiers Generaux aux Poſtes
qu'il leur avoit marquez prés de
Mons. Ils ymenerent les Trou
pes qui estoient à leurs ordres,
par des chemins que chacun
d'eux avoit reconnusaush
Toute l'Arméeby arriva
avant le jour. L'Aifle droite, &
une partieded Infanteriefut pohée
devant là Haiſne &toute
l'Aifle gauche de Cavaleriel &
d'Infanterie , au delà de cette
Riviere, pour affurerdeQuadtier
deGlein. Elle accupoitontre
cela deux Poſtes dans de
Bois ,& avoit toutes lesGardes
dela gauche ſur la Bruyerede
coviob K 2
220 MERCURE
Caſteau , où le jour précedent
l'Année eſtoit en bataille.co
Je ne ſcay li cette Narration
ne vous paroiſtra point un peu
longue : mais Madame , on ne
ſçauroit parler ſuccinctement
d'une Affaire qui a duré dix
heures , à moins que d'oublier
force Gens qui ont le plus contribué
à l'avantage queales
Troupes du Roy ont remporté
dans cette Actions slove
Cependant pourrez vous refléchir
ſur ce qui s'eſt paſſe dans
oq Combat, ſans adimirer la force
des Armes de la France, l'inrelligencede
ſes Generaux , &
la grande conduite de ceux qui
les fontagire Si dans les moindres
Actionsdela vie on ſe propoſe
toûjours un but , il eſt à
croire que celles qui nes'éxecutent
qu'à force de fang , n'en
& স doivent
GALANT. 2212
doiventjamaismanquer.On doit
conclurre de là que Monfieur le
Prince d'Orange en avoitun en
attaquantMonfieur de Luxem
bourg,& la raifon fait voir qu'il
n'en pouvoit avoir d'autre que
celuyde fecourir Mons. Comme
il n'en a pas approché affez prés
pour le pouvoir faire , on peln
direquie cettederniere entrepriſen'a
pas eſté plus heureuſe que
tout ce qu'on luy a veu tenter
juſqu'icy.C'eſtun faitqui ne ſe
peutdéguifer ,& je vous laiſſe d
penſer ſi onpeutcroire qu'on ait
gagné une Bataille quand on ne
réüffit point dans un deſſein
qu'on a formé , & qu'on perd
deux fois plus de monde que
fon Ennemy . La gloire que les
François ont acquiſe dans cette
occafion eſt tres grande , & l'on
n'en doutera point fi on veut
Kiij
2225 MERCURE
examinen ce que je vay dire.
Les François plus foibles que les
Alliez,eſtoient obligez de laiſſer
une partie de leurs Troupes
dans leurs Lignes ; & ce qui les
affoibliffoit encor , ils avoient
prés de ſeprlicies de Païs à garder.
Ils ſçavoient qu'on cher
choit àjetrer du ſecours dans
Mons,&ce deſſein qu'ils n'ignoroientpas
leurdonoit à craindrede
tous coſtez , au lieu que
Jes Alliez que rien n'obligeoit à
fe feparer , pouvoient fondre
tous enſemble parun mesme côté
, & s'ouvrir un paſſage pour
aller àMons. Ilsont voulu le faire
, mais tous leurs efforts n'ont
abouty qu'àgagner une Abbaye
à la droite qu'on n'avoit point
deffein de garder, eftant ànoftre
égard au delà du Défilé , &
à prendre un Chaſteau àla gauche,
GALANT
223
che dans lequel ſur la fin du
Combatune partiedeleurs meilleures
Troupes fut brûlée. Perfonne
ne peut dire qu'il ſe ſoit
paſſe autre choſe que ce que je
disAinſi l'ondoitdemeurerd'ac.
cord que les Ennemis n'ont pas
approché de Monsde plus pres
qu'une lieüe. Illeur reftoit avant
qued'y entrer àpaſſerdes Hauteurs
& des Défilez , à ſe faire
jour au traversde noſtre Armée,
à forcer les Retranchemens de
Mr. du Montal , & à batre ſes
Troupes. On peut juger par lå
s'ils doivent s'aplaudir de cette
Action comme d'une Victoire,
puis qu'elle n'al fervy qu'à faire
répandre du fång qu'on auroit
pû épargner , la Paix ayant eſté
fignée quelques jours avant celuy
du Combat. Je ne fçay s'ils
l'avoient appriss mais eſtant plus
K iiij
224
MERCURE
proches de Nimegue que nous
ne l'eſtions & la nouvelle enef
tant venue dans noſtre Camp
par deux endroits , ils devoient
l'avoir reçeuë avant nous.Quoy
qu'ilen foit , on leur a plus d'obligation
qu'ilsne penfent ,puis
qu'avec tant de Troupes de
Confederez, ils ont donné lieu à
Ja France de batre encor dans
cette occafion celles du ſeulEnnemy
qui pouvoir s'unir avec.
eux. Les Troupes decette Na
tion font braves , intrépides , &
ne craignent rien. Cependant le
malheureſtant tombé ſurla plufpart
de ces Troupes , le ſuccés
a fait voir que les François ont
aflez, de valeur& de force pour
les ſurmonter toutes enſemble..
Un brave de cette Nation,
ayant eſté fait priſonnier
dit à nos François , Pouffez
VOUS
GALANT.
225
vous les battrez tous , puis que
vous avez défait les bonnes Troupes.
Je quitte la Guerre, & paffe
tout d'un coup à l'Article de la
Paix , puis que celle de Hollande
estoit faite avant ce Combat.
Le Roy ayant tres-genereu
fement renoncé à Beaumont,&
à d'autres Places qu'il pretendoit
( pour me ſervir des termes
mêmes de laGazettede Hollan
de, ) le Traité entre la France &
l'Eſpagne fut conclu le Jeudy
quinzieſime de ce mois ; mais il
ne fut point figné ce jour-là, par
ce que l'on ne pût achever de
le mettre au net. Il auroit pû ef
tre ſigné le lendemain;mais com
meil eſtoit Vendredy , les Eſpab
gnols qui prétendent que ce
Traité leur foit heureux ,& qui
ſouhaitent poffeder long-temps
lesPlacesque leRoy a eu labom
Κ γ te
226 MERCURE.
té de leur donner , ne le voulurent
point figner ce jour- là,
fondez ſur le ſcrupule de cette
Nation qui n'entreprend ny
n'execute rien le Vendredy ,
qu'elle croit un jour malheureux.
Ainſi la Signature en fut
remiſe au Samedy 17. Les Eſpa
gnols furent les premiers à faire
paroiſtre la joye qu'ils avoient
de ceTraité,& dés le grandmatin
du jour qu'on avoit choiſy
pour le figner , on entendit des
fanfares dans leur Quartier.
Nos Trompetes y répondirent,
& tous ceux des deux Nations
qui ſe rencontrerent pendant le
reſte de la journée , ſe firent
des Compliments. Sur les dix
heures du foir , nos Plenipotentiaites
partirent de leur Hoſtel
, avec neuf de leurs Carroffes
, éclairez de trente flambeaux
GALANT.
227
beaux de cire blanche , &accompagnez
de vingt-quatre de
leurs Gentilhommes , & d'un
grand nombre de leurs Domeſtiques.
Ils ſe rendirent à
l'Hoſtel des Ambaſſadeurs de
Hollande , où ceux d'Eſpagne
venoient d'arriver : car ils
avoient fi bien pris leurs mefures
, pour partir tous de chez
eux ,que chacun devoit arriver
dans lemefme temps. Deux des,
Ambaſſadeurs de Hollande allerent
les recevoir.c'eſt à dire, que
l'on fit compliment aux François
à leur arrivée & l'autre
aux Eſpagnols. Ils fe rendirent
auffi- toſt dans la grande
Salle de l'Audiance qui estoit
magnifiquement meublée , &
comme elle a deux Portes , les
Ambaffadeurs de France y entrerent
par fune,& ceux d Efpagne
y entrerent en melme temps
>
228 MERCURE
temps par l'autre . Il y avoit dans .
le milieu de la Salle une grande
Table couverte d'un Tapis de
velours vert à frange d'or , &
l'on avoit mis trois Fauteüils de
chaque coſté pour les fix Ambaffadeurs
, & un Siege à cha--
que bout pourchacun des Ambaſſadeurs
de Hollande qui ont
ſervy de Médiateurs. Ce fut dans
cet eftat que le grandOuvrage
de la Paix fut confomme . On
avoit fait deux Copies du Traité
, l'une en François , & l'autre
en Eſpagnol . A peine furent- elles
fignées, que tous les Ambaffadeurs
, toufiours aſſis , ſe firent
des Complimens les uns
aux autres, de ce qu'ils avoient
eu le bon-heur d'achever une
Affaire fi importante à toute
l'Europe, Monfieur le Maréchal
de l'Eſtrade ſe leva le premiers
Bye mais
r
:
GALANT 229
mais comme les autres ſe leve
rent preſque auffitoſt , à peine
s'en apperçeut- on. Les Eſpagnols
ont fait paroître tant de
joye , qu'on en a eſté ſurpris.
Pluſieurs d'entr'eux avoüerent
qu'ils n'avoient point crû que la
France fuſt de fi bonne foy , &
qu'elle voulut la Paix avec eux .
Monfieur d'Herbigny , Fils du
Maître des Requeſtes de ce
nom,fut aufſitoſt dépeſché pour
en apprendre la nouvelle au
Roy. Je vous en diray davantage
aprés la Ratification. On ne
la peut avoir que des Roys mêmes.
Les Plenipotentiaires ne
la peuvent donner , les Ratifi
cations n'eſtans qu'un aveu de
ce qu'ils ont fait. Vous me di
rez qu'ayans des Pouvoirs de
conclure , ils ont cellyde ratifier.
Non ſeulement ils ne l'ont
pas , maisils ne le doivent pas
4
230 MERCURE
avoir. Des Plenipotentiaires ne
ſçauroient faire des Traitez fi
conformes à leurs Inſtructions,
qu'il n'y ait toûjours quelque
choſe qui s'en éloigne, & les Ratifications
des Souverains font
neceſſaires pour approuver ces
changemens . Dans toutes les
Affaires du monde on en uſe de
la mefme forte ; & tous les Particuliers
qui en terminent fur
des Procurations , obtiennent
untemps pour les faire ratifier
aux Parties, fans l'aveu defquelles
il n'y a rien de fait. Cela empeſche
beaucoup de ſurpriſes.
Ce n'eſt pas qu'il n'y ait de la
malhonneſteté de ſe dédire , à
moins qu'on en ait de grands
ſujets. Auſſi cela n'arrive que
tres rarement. Je ne puis m'empeſcher
de vous dire icy que
les caracteres qui ont eſté trouvez
ſur l'oeuf du Serpent pris
GALANT 231
aux environs de Montpellier,
dont je vous parlay il y a quelques
mois , ont eſté des préſages
de la Paix, au moins felon les
Lettres de pluſieurs Perſonnes
d'eſprit. Je vous expliqueray
leurs pensées ſur ce ſujetdans
l'Extraordinaire que je vous envoyeray
le 15. d'Octobre. C'eſt
un lieu propre pour parler de
cette matiere , au moins felon la
liberté que je me fuis donnée
d'y mettre quelque choſe pour
les Sçavans , & quelques lignes
de Latin en faveur de celles du
beau Sexe qui entendent cette
Langue. Apres vous avoir parlé
de la Paix concluë entre les
deux premieres Couronnes du
Monde , il faut encor vous par-
Er de Guerre , & vous envoyer
le Deſſein du Fort de Kell que
vous m'avez demandé . Quoy
qu'il
232 MERCURE
qu'il ne ſoit plus en nature comme
il a eſté une de nos Conqueſtes
de cette année , il importe
à la gloire de ceux qui l'ont pris,
& à celle de la France , qu'on
en voye le Plan. Je ne doute
pas qu'il ne furprenne , quand
on fera reflexion fur le peu de
temps qu'on a employé à s'en
rendre maître , & qu'on examinera
fa grandeur , fa force , &
fa fituation , qui en rendoit l'accés
difficile. Joignez à cela fa
forte Garniſon,& l'intereſt que
Meſſieurs de Strasbourg eroyoient
avoir à faire leurs efforts
pour ſe le conſerver. Je vous
envoyeray dans ma premiere
Lettre, ſil'on me tient parole, le
Plan de deux autres Forts qu'on
a jugé à propos de garder avec
le Pont entier. Cependant je
paffe à la fuite des Affaires
d'Alle
RIBLIO
LA
VILLE
YON
1893-
C
r
1
1
J
4
J
GALANT
433
d'Allemagne , dont je vous entretins
ſi amplemet il y a un mois:
N'attendez point un long détail
de ce qui a ſuivy ma derniere
Relation . Ce ſont plufieurs
Actions diferentes que je ſeray
bien aiſe de reſſerrer , afin que
vous puiſfiez plus aisément les
examiner tout d'une veuë, Les
voicy toutes en peu de mots,
felon l'ordre du temps où elles
ſe ſont faites..
Monfieur de Montrevel batun
Party , fait ſoixante Prifonniers,
&prend fix vingts Chevaux..!
Un Party de la Garniſon des
Forts du Pont de Strasbourg ſe
faiſir de huit Bateaux appartenansàlaVille
qui porte ce nom.
Monfieurle Marquis deJoyeuſe
, avec la Brigade de Reynel,
les Dragons de Teffe,& la Brigadede
la Roque , bat unParty
de
A
234
MERCURE
1
de fix cens Chevaux , en tuë
plusde cent, en prend cent cin
quante , & oblige le reſte à ſe
ſauver dans les Montagnes.
Monfieur le Marquis deReynel
qui avoit la teſte de tout , s'y
diftingua.
Monfieur le Mareſchal de
Créquys'avance vers Vveiffembourg,
où il entre ſans reſiſtace.
Il en fait enlever du Grain& du
Fourrage. Ilretourne en fonCấp
de Vvert. Monfieur le Marquis
deJoyeuse demeure à Vveiffembourg
pour confommer ce qui y
reftoit de Fourrages. Monfieur
leMarquisde Villars fe trouvant
aux environsde cette Ville avec
trente Hommes, empefche cent
cinquante Chevaux des Ennemis
d'enlever nos Fourrageurs
qui estoient dans un Village .
Monfieur de Chaſtelier, Parent
de
GALANT.
235
de ce Marquis, eft bleſſé aupres
de luy.
4
Monfieur le Marefchal de
Créquy donne fes ordres pour
empefcher que les Ennemis ne
ſe ſaiſiſſent de Lauterbourg , &
revient à Vveiſſembourg.
Ce Mareſchal envoye deux
Partys en meſme temps , l'un
commandé par Meſſieurs les
Marquis de Monreveil & de
Beaupré , qui batent les Ennemis
endeux rencontres ;& l'autre
par Monfieur du Roſel , qui
eſt batu. Ce dernier Party eſtoit
de trois cens Chevaux. Il fut envelopé
par pluſieurs Efcadrons
des Ennemis. Monfieur le Marquis
d'Arcy à la teſte d'une partiedes
trois cens Chevaux,vou
lut gagner le Défilé par lequel
il eſtoit venu , mais les Ennemis.
avoient fait paſſer des Troupes
pax
236 MERCURE
parderrierepour l'occuper.Ainfi
il fut queſtion de le forcer.
Monfieur le Marquis d'Arcy y
fit des chofes ſurprenantes,mais
ily reçent ſept coups dont il
mourut. Cent Chevaux de ceux
qu'il commandoit , paſſerent le
Défilé, & tuerent un grand nobre
des Ennemis. On croyoitles
deux cens autres Chevaux tuez
ou prifonniers , mais quelques
jours apres ils revinrent dans
noftre Camp , à la reſerve d'environ
foixante ,dont la pluſpart
font priſonniers avec Monfieur
du Rofel.
2. Monfieur de Créquy donne
de nouveaux ordres pour empeſcher
que rien n'entre dans
Strasbourg , & vient camper
dans la Plaine de Mainfeld..
Monfieur de S. Sylveftreayant
batu les Ennemis qui avoient
aban
GALANT.
237 .
- abandonné Landau à fon ap
proche , Monfieur de Créquy
s'en ſaiſit . Il y trouve beaucoup
de Grains qu'il fait tranſporter
dans ſon Camp.02
Les Ennemis font en meſme
temps pouffez par tout.LeBaron
de Mercy prend mal fes mefu
res pour enlever le Quartier de
Monfieur de Langallerie, Weft
batuluy meſme , & pouffé juf
ques aux Portes de Strasbourg.
- Pluſieurs de ſes Gens font pris,
&& d'aueres renverſez dans le
Foffen amo all siq no kura ob
Voila preſque une douzaine
d'Actions en peu de paroles. II
en eſt dengenerales dont on ne
peut parler ſans en faire le dép
rail ,mais dés qu'on faitun recit
tropl eſtendu d'un grand nom-1
bre d'Actions particulieres , la
confufion s'y rencontre ,&il ne
291 faut
238 MERCURE
faut quedire les choſes preciſément
pour en faire bien concevoir
la ſuite.
Toutes ces Actions qui vous
font connoiſtre l'état où ſe trouvent
les Ennemis, vous font voir
en meſme temps que nous fommes
maiſtres du Rhin preſque
depuis Strasbourg juſqu'à Philisbourg
, & que nous les avons
batus, pas tout de ce coſté-là.
Ils avoient accoûtumé de paſſer
le Rhin les autres années , mais
celle cy leurs affaires ont eſté
de mal en pis. Ils ont mangé
leur Païs pendant toute la Campagne
, & ils achevent de manger
celuy de l'Electeur Palatin,
qui s'en plaint fort haut. Quand
ils paſſeroient preſentement ils
ne pourroient ſubſiſter , Mr.de
Crequi ayant ruiné tout le Païs
Les
GALANT.
239
- Les Enigmes font toûjours
expliquées dans leur vray fens
par quantité de Perſonnes . Vous
trouverez celuy de la premiere
- du dernier Mois dans ces Vers
de Monfieur Ile Courriers, de
Ve vostre humeur est obligean-
Vous fourniffez a nos Concerts
Chaque Mois deux ou trois
GIatio
beaux
Dontl'harmonie est raviſſante.
Si c'est trop de faveur pout noussЯ
Trouvant que c'est inop peupour vous
Vous ajoutez grace
Et pour nous
furgrace
obligerfans fin,
GI
Par un bienfait nouveau qui tout autre
ab furpassd, adiol.250.
Vous nous faites encor prafentd'un Clasi
Ceux qui ont expliqué cette
Enigme ſur le meſme Mot du
Claveffin
240
MERCURE
Claveffin ,fontMeſſieurs duMontet;
Neveu Deſbourée'; Du
Freſne , Chanoine de Saint Eftienne
, & Sous- Directeur de la
Congregation de Troyes De
S. Ulage; Barbier Fils , Maiftre
des Comptes à Dijon; De Tirman,
Abbé de S. Loüis à Troyes;
Le Chevalier , de la Rue Chapon;
Le Prieur d'Illiac, de Lyon;
De Pruneville , Capitaine au
Regiment de Champagne;Mefdames
Chiconeau , d'Orleans ;
Reyne de Beaulieu ; De Bellewile;
Le Rede de la Poterne;
La Reyne desVertus, de Roüen;
Les trois aimables Veuves de
la Ruë S. Loüis; La Veuve de
laRue Chapon , La Bandedes
neuf Soeurs , de Noyon ; Les
Fauvetes à teſte noire , de
Clignancour ; La Nymphe des
20000
Moulineaux Les Demoiselles
de
GALANT. 241
C
de la Fontaine Saint Vincent; &
6
<
Brigide Marion ; Les Enfans de
la Rue des Eleus , de Rheims ;
Rofine & Clindor ; Tamiriſte,
de la Ruë de la Cerifaye; & l'Organiſte
inconnu. La vraye Ex-
-plication de la meſme Enigme
m'a efté envoyée en Vers par
Meffieurs Barbete Echevin à
Troyes ; Geoffroy le Petit ; Buglet
Prevoſt de Bouilly ; Malherbe,
Medecin; Leſcarde Voifvenel;
DeVierlemont;De Chanvalon;&
Bechu,d'Angers;D'Arciſes
Gentilhomme de Beaujoloisila
Voiſine de Bourg en Brefſe;
Columb Fils D. I. Gentilhomme
de Tarafcon ; Charlot,
Chanoine de noſtre Dame de
Dijon;Bouthault Prieurde Vailly
, Chanoine de S. Eftichne de
Dijon,il eſt fort ſçavant aux Inſtrumens
, principalement des
voiSeptembre.
L
242
MERCURE
Flutes,& fait ſouvent des beaux
cocerts pour ſon plaiſir à Dijon,
où pluſieurs Perſonnes de qualité
s'y rencontrent ; G. de Genay
, de Beauvoiſin. Les autres
Mots fur leſquels elle a eſté expliquée
, font le Livre , le Moulin
à Papier , l'Imprimerie , l'Ecriture,
le Papier , l'orgue , & la
Terre.
- La ſeconde Enigme du mefme
Mois , eſt le Tournebroche.
C'eſt là deffus que Monfieur
Odard Veſtier, de Troyes,a fait
-cesperso omamoulianou
Dead no amolchagriov shojol
qui conduisez le Mercure,
VO Par ce Sixain je vous conjure
De me parler igy tout net.
Seray-je à convert de reproche,
Si je confens que vostre Tournebroche
-Soit placé dans mon Cabinet ?
2
Voicy
GALANT.
243
:
Voicy les Noms de ceux qui
l'ont expliquée ſur le meſine
Mot. Meſſieurs Catel , de la Ruë
duFour;Fueillet,Avocat àChartres
; De Pleurre , Chanoine &
Grand Fabricien de S. Etienne
deTroyes;De Merville,de Diep-.
pe;De Bellefontaine; De Garlade;
Laffon le jeune ; Merlette;
Neveu Desbourrée ; Meſdames
de la Fontaine S. Vincent , de
Rouen; Rambourg , de Mondoubleau
; Les trois Matadors t
Linus; Bajet de Mariſſel ; & les
Bergers de S. Oüen. Ceux qui
fuivent , en ont envoyé l'Explication
enVers. Meſſieurs de Villeherſen
; L'Abbé Sonneau ; Le
Lieutenant Paillot; Des Rofiers
de Cadriole ; De Montaney ,
Conſeiller au Prefidial de Bourg
en Breſſe ; D'Arciſſe , Gentilhomine
de Beaujolois ; La Voi-
Lij
244 MERCURE
2
fine de Bourg en Breſſe ; Dodon
Juſti ; Aubin de Grenoble ; Erofi,
de Senlis ; Meſdames Morliere,
de Tours ; & d'Orval, de Falaiſe.
On a expliqué cette mefme
Enigme ſur ces autres Mots,
l'Horloge , la Pendule , la Montre
Sonnante,le Marteau d'une Porte,
le Reveille- matin , un Fusil à ti
rer , & le Preffoir.
Le vray ſens de toutes les deux
a eſté trouvé par Meſſieurs le
Marquis de Vadeladent ; Bouchet
, de Grenoble ; Panthot,
Docteur Medecin& Profeſſeur
aggregé au College de Lyon ;
DeYenval, Sieur de Sainte Marie
; Jouſſes , Sieur de la Chapellieres
Hugo , do Gournay fur
Epte ; Le Bourg , Medecin à
Caën , François Loüis Vander
Vvillen , Gentilhomme Allemand
; Maze , de Roüen ;De
jid
Chaffe
GALANT. 245
Chaſſebras , Sieur de Cramail;
De Bollain , Capitaine dans
Picardie ; Malbet , Directeur
des Poftes de Champagne; Nicolaïf
Nippuoch ; De Saint
Ferrieux , Gentil-homme de
د
pres de Red Champagne
thel ; Bruneaul, Avocat ;Le
Franc , Gentilhomme Rhé
mois ; Boulancher , de Chaf
tillenay ; Miconet , Avocat
à Châlons fur Saône ; Jourdan
de la Salle , de Troyes ;
Lamy de Vignety ; L'Abbé
de Cypiere : L'Abbé Teautar
: Un Chanoine de Saint
Victor : Chandmar : Tha
baud des Ferrons : Perry l'aifné
: Baiſé le jeune : Berot
, Avocat & Secretaire des
Dames D'Avalon : Dela Tou
che , de Saumur : De la Mouliere
: Meſdames Piccard : De
:
Lij
246 MERCURE
la Croix ; De l'Iſle , de la Ruë
des Lyons ; Les Cotieres , de
Roüen ; La Salamandre en liberté
Les Joüeuſes de Trictrac
de la Ruë des Marmouſets ; La
Belle Voix du Quartier de faint
Sauveur ; L'Infante Cecile; Les
trois Bergeres de Monmagny;
La Brune & la Blonde de Fontainebleau
; Le Demon de la
Ruë de Betify ; Le bon Clerc
du bon Maître de Muſique de
Châlons fur Saône ; le Secretai
re dela Ville de Colommiers en
Brie ; Le petit Bonde la Bonne;
Les Alliez de Marseille ; L'heureux
Infulaire ; Les nouveaux
Confreres de Noyon ; Le Solitaire
de Rennes; L'Amant defintereſsé
de Noyon ; Le Mercure
ſans peur ; & le Cavalier
Ecclefiaftique. Pluſieurs ont expliqué
l'une & l'autre en Vers ,
&
1
GALANT 247-
9
& ce font Meſſieurs le Chevalier
de la Heronne;Breffy, Prêtre
d'Avignon; Geoffroy le jeune;
Bonnet , de Vaux ; Mornac
☐ le jeune , Avocat ; Du Mont,
Avocat à Chaumont en Vexin;
Novion de Pomelot , de Pontoiſe;
Gouet; Gardien , Secretaire
du Roy;Bataille, S de Meſnard,
Avocat à Loches ; Le Mauvilleu
deChauven,de Soiffons; Madame
Penavaly , de Breſt en Bretagne;
La Provinciale du beau
Quartier; Fredinic,de Pontoiſe;
La Belle du Mont Parnaffe; Le
Solitaire de Pontoiſe ; L'Amant
converty,de Troyes; LesReformateurs
de Bretagne ;&le fidelle
Berger des Rives de Seine.
Je vous envoye deux nouvelles
Enigmes , dont la premiere
eſt de Monfieur Gardien Secretaire
du Roy.
Lilij 111
L
248 MERCURE
£9703••+972 : 6973 69703 89068 82003 .
J
-1ENIG ME.
Efuis né Roy, je vviiss Eſclave,
le fuis premier ,
Dansl'intrigue
je fuis dernier
د
4
OA
particulier , J. -A
En mefine temps timide &brave.
lepuisfans voix me faire entendre,
Quand je fuis petit je ſuis grand.
Affez rarement on me
Sans danger defe laiffer prendre.
prend,
1
Avec un fond inépuisable
L'ay toujours dde preffans besoins.
Chez moy tout se fait sans témoins,
Icfuis un témoin redoutable.
)
:
:
V
Quelquefois une ape bienfaite
Me payeroit de tout fon bien
Tresſouvent je ne couſte rien ,
Et ne fuispoint à qui m'achete
وا
Deuxfois unfont deux,Sans misteres 2: 1
C'est
Mais
des nombres l'ordre commun
qu'enfin deux nefaſſent
C'est làma principale affaire.
qu'un T
AUTRE
GALANT. 249
1
AUTRE ENIGME.
naissance eft affezcommune.
Maylapeau délicate brune.
1.
Mõcoeur est inſenſible &dur &partagé.
Ilne s'est jamais affligé
Deme voiraux ardeursdu Soleil exposée.
Chacun me trouve diſpeſée,
Quand il veut me toucher , à le bien recevoir.
00
il
Nediroit- on pas à me voir,
Qu'aregnerjeſuis destinée ,
Nature m'ayant couronnée ?!
Lor's que j'agis , c'eſt lentement.
On n'oferoit honneſtement
Seplaindre du mal que je donne.
Aquelques uns jefais du bien ,
Etje commence d'estre bonne ,
Lors que je me diſpoſe à ne valoirplus
A riem br
90
Je viens à l'Enigme, de la
Statuë de Memnon. Voicy les
divers ſens qu'elle a reçeus ,&
les noms de ceux qui les ont
Lv
50 MERCURE
donnez . Meſſieurs de Pruneville
, Capitaine au Regiment
de Champagne ; Geoffroy le
Petit , de Loches ; Bouchet , de
Grenoble , l'Astrologie , & la
bonne Avanture ; De Chanvallon
, l'Horoscope en Vers : Le
Mauvilleu de Chauven , de
Soiffons : D'Arciffe Gentilhomme
Beaujollois ; I. De
Montmoyen : Le Secretaire de
la Ville de Colommiers en Brie :
Le Jaloux de la gloire des Tourangeaux:
& la Salamandre en
liberté , le Parlement &le Confeil
du Roy : De Yenval , Sieur
de Sainte Marie : & Novion de
Pomelot , le verre ardent , & le
Miroir ; Le Triton d'Yport , le
Miroir enchanté en Vers : L'Amant
converty de Troyes , en
Vers : Voiſin de Bariere , d'aupres
Francaſtel: Le bon Clerc
du
GALAN T.
251
du bon Maiſtre de Muſique de
Châlons fur Saône : Rofine &
Clindor , le Coq ; Tuifand Avocat
à Dijon , la Monnoye : Panthot
, Louis le Grand , Arbitre
de la Paix : Geoffroy l'aiſné ,
les Ennemis foûmis : Joufes, Sicur
de la Chapelle , la Blanque :
Boulain Capitaine dans Picardie
, le Sceau à ſceller ; Merville
, de Dieppe , les Oyseaux :
Le petit Bon de la Bonne , les:
Favoris des Princes : Les trois:
Demoiselles du Grenier aux
Pois de Senlis; & la Societé des
bons Enfans de la Ruë Saint
Pierre , le Vin : Le Solitaire de
Pontoiſe , l'or , en Vers : Bajet
de Mariffel , l'Eloquence ; Perry
laiſne, la Fendange ; L'Infantel
Cecile , le Point du Four : & lest
trois Bergeres de Monmagny,
La PaixisallaoM
II
252 MERCURE
Ily a beaucoup de ces Mots
qui felon les Regles ne doivent
point entrer dans l'explication
de ces Enigmes . Ceux qui en
voudront ſçavoir la raiſon , la
trouveront dans les ſçavantes
& fpirituelles Lettres de Monfieur
l'Abbé de la Valt ſur les
Enigmes en Figures . Ces Lettres
feront parmy les autres Ouvra
ges qui doivent compofer l'Extraordinaire
que je vous envoyeraydans
quinze jours. Meffieurs
de la Touche , de Saumur : Maze
, de Roüen: Bataille , fieur
deMeſnard : Neveu Desbourrée
: & le Courrier , de Caën ,
/ qui ont expliqué la Statuë de
Memnon fur Almanach, ne ſe
font pas fort éloignez du vray
ſens ,puis qu'il n'eſt autre que
Le Cadran Solaire , trouvé par
Meſſieurs l'Abbé Palleau, Cha
noine
GALANT.
253
noine de la Sainte Chapelle de
Dijon Le jeune Barbe , de Ren
nes : Du Meſnil ! Le Bourg ,
Medecin à Caen : Malbet , Directeur
des Poſtes de Champagne
: Bruneau ,Avocat : Miconet:
Lamy de Vigneti : Duhamel
Precepteur des Enfans de Monfieurle
Marquis de Cany : Thabaud
des Ferrons; les trois Matadors
: Les Reformateurs de
Bretagne : Le Solitaire de Rennes
: Madame le Brun : Mademoiſelle
Clarice , Genoife : &
la belle Voix du Quartier de
Saint Sauveur. Meſſieurs Paillot
Lieutenant à Troyes : Leſcarde
Voiſvenel : Geoffroy le jeune,
de Loches : Rault , de Roüen:
Bonnet , de Vaux : Chasteau-
Chinon : Chevalier , Tréſorier
de S.Vrbain : Veſtier,de Troyes:
& Linus , l'ont expliquélen Vers
fur ce meſme Mot du Cadran.
254
MERCURE
...Rien ne repreſente plus naturellement
le Cadran Solaire
que la Statuë de Memnon . Elle
ne rendoit jamais ſes Oracles
que quand elle estoit frappée
des rayons du Soleil. Le Cadran
ne sçauroit marquer que
les heures, s'il n'eſtoit éclairé de
cet Aftre. Le Vieillard quimontre
la Statuë eſt le Temps qui regle
ſes Heures. Le doigt qu'il
avance peut paffer pour l'Aiguille
du Cadran , ſi vous n'aimez
mieux l'appliquer au bras étendu
de la Statue qui produiroit
l'ombre. Les Perfonnes qui obſervent
l'action du Vieillard, font
ceux qui viennent confulter le
Cadran pour ſçavoirquelle het.
re il eſt. Le Globe que la Statuë
a fous les pieds , eſt la Sphere où
font marquez les divers Cercles
& les differens mouvemens du
:
Soleil
BIBLIO
THE
YON
1893
*
DAPHNE ENIGME ,
GALANT.
255
Soleil , imitez par le Cadran.
Daphné fuyant devant Apollon
, vous ſervira de nouvelle
Enigme. Vous ſçavez qu'elle
eſtoit Fille du Fleuve Penée , &
qu'eſtant un jour pourſuivie de
ce Dieu qu'elle dédaignoit, elle
eut cedé à la violence , fi elle
n'euſteſté tout d'un coup changée
en Laurier.Il n'y a que deux
Figures dans ceTableau ,& elles
vousdoivent moins embaraffer ,
que s'il y en avoit un plus grand
nombre.
Il eſttempsde vous apprendre
les Divertiſſemens de Fontainebleau.
Il s'y fit une Courſede
Bague un des premiers jours de
ce mois, en preſence du Roy,de
Ia Reyne , & de toute la Cour.
Ceux qui coururet,furent Monfeigneur
le Dauphin , Meffieurs
les Princes de Conty & de la
Roche
256
MERCURE
Roche fur Yon,Mr. le Comte de
Brionne , Mr. le Prince de Caumercy,
Mr.le Marquis deBellefonds,
Mr.le Comte de Tonnerre,
Mr. de Bouligneux, & Monſieur
le Chevalier de Mailly. Le
Prix eſtoit une Eſcharpe magnifique
que donnoit le Roy. Chacun
courut trois Courſes . Monfieur
le Prince de la Roche fur-
Yon emporta le Prix, ayant fait
deux dedans & une atteinte . Ce
jeune Prince n'a pas moins de
vivacité d'eſprit que d'adreſſe .
Le jour de la Naiſſance du
Roy il y eut un grand Bal. Toute
la Cour estoit parée de Pierreries
, & il ne ſe pouvoit rien
voir de plus éclatant.
Il y a eu treize Parties de
Chaffe au Cerf ſeulement. Il y
en eutune entr'autres où on laiffa
courre le Cerf au lieu nommé
Arcloffe.
GALANT 287
-
Arcloffe. Le Roy eut toute la fatisfaction
poſſible de cette Chafſe,
à cauſe du beau Païs que ce
Cerf prit , & de la maniere que
les grands Chiens l'y pourfuivirent.
Apres pluſieurs autres
Chaſſes, on laiſſa courre un cerf
devant le Roy ,dans le Buiffon
de la Boiffiere , qui eft un Buiffon
de deuxlieuës. Ce cerfne fit
que fortir dans la Brande,& retourna
dans le mefine Buiffon,
où il ſe fit chaſſer pendant deux
grofles heures , & donna le plus,
grand plaifir du monde, malgré
un orage & un tonnerre épouvantable.
On peut dire quel'on
n'a jamais chaffle avec ſi grand
bruit,ny avec tant de régularité
qu'on a fait dans toutes ces
Chaſſes , & gela , par les ordres
de Sa Majestée for
Hya eupluſieurs Chaffes de
San
! op 1
238 MERCURE
Sanglier. Dans l'une, il ſe trouva
deux gros Cerfs enfermez
dans les Toilles au Buiſſon de
la Boiffiere . Le Roy eut le plaifir
d'en tuër un à coups de Fufil
, & Sa Majesté empeſcha par
là qu'il ne fiſt un tres-granddefordre.
Elle fit lever les Toilles
pour donner la vie au ſecond,
aprés qu'on eut tué quatre Sangliers
qui estoient dedans.Comme
Elle ſe promenoit un jour
dans le chemin de Moret , un
gros Sanglier qui estoit couché
fous un Arbre , prés de la Portiere
de fon Caroſſe, partit. Plufieurs
Perſonnes de Qualité qui
accompagnoient le Roy,le poufferent
fous la Futaye , & particulierement
Monfieur le Comte
de Marfan qui luy fit tourner la
teſte. Cela donna lieu àMonfieur
le Chevalier de Lorraine
;
qui
GALANT.
259
qui montoitunCheval de ſaMajeſté,
d'y arriver avec Monfieur
leMarquis d'Effiat,&un Ecuyer
deMonfieur. Ils pafferent fur le
Sanglier,& luy donnerent quelques
coups d'épée ; aprés quoy
le Sanglier choiſit Monfieur le
Chevalier de Lorraine entre
vingt Perſonnes qui y arriverent.
Il bleſſa ſon Cheval , qui
donna un fifurieux coup de pied
fur la teſtedu Sanglier , qu'il demeura
tout étourdy. Ce coup
futcauſequ'on eut moinsde peine
àle tuer.
Une autre Chaſſe de Sanglier
qui ſe fit dans le Parquet coûta
la vie à trois gros Sangliers. Dés
que le ſecond , qui eſtoit beaucoup
plus gros que les deux autres
, parut dans le Parc , il fut
pourſuivy des Chiens , & chacun
voulut aller à luy l'épée à
2605 MERCURE
àla main. Il ſe defendit avec
tant de furie , qu'il ſe rendit redoutable.
Il renverſa Hommes
& chevaux , en bleſſa quelques.
uns , & tua ou eſtropia plus de
quinze chiens.Le Sieur Brecourt
joüa une affez lõgue Scene avec
luy, Il le bleſſa d'un coup d'épee
en l'abordant . Ce coup ne fervit
qu'à l'irriter , & fut cauſe qu'il
s'attacha à luy . Il vint pluſieursfois
à la charge contre fon cheval,
prit le Sieur de Brecourt à la
Botte,&le tint longtemps ſans le
bleffer quelegerement.Maisenfin
il luy donna un coup d'épée
juſqu'à la garde, qui le mit hors
d'étatde ſe faire craindre davan.
tage.Il n'avoitjamais joué un Rô.
le plus grand ny plus honnorable
devant le Roy ; & fi les plus fameux
Acteurs que nous vante
l'Antiquité revenoient au mon
de,
GALANT. 261
de , il ſeroit difficile qu'ils ſe
tiraſſent mieux d'une Scene où
il yauroit du ſang à verfer.
Celle - cy ſe paſſa toute laux
yeux du Roy , qui eut la bonté
de demander au fieur Brecourt
s'il n'eſtoit point bleſſen, & de
-dire qu'il n'avoit jamais vu donner
un ſi furieux coup d'épée .
Pluſieurs Dames: eſtoient pe
jour-là àla Chaffe , & fortmagnifiquement
habilléesenChaffereſſes.
Celles qui courent ordinairement
le Cerf avec leRoy
& Madame , font Madame de
Bouillon , Madame la Princeſſe
d'Epinoy , Mademoiselle de
Grance , & Meſdemoiselles des
T
Adrets&Poitiers bis 38
Yul On s'eſt ſouvent délaffé de
l'agreable fatigue de la Chaffe,
par le divertiſſement de la Comedie.
La Troupe Italiennepour
donner plus de plaifir au Roy
262 MERCURE
pendant ſon ſejour à Fontainebleau
, avoit mandé un Acteur
nouveau &une Actrice nouvelle.
Ils font venus d'Italie , & ont
eu l'honneur de divertir pluſieurs
fois Leurs Majeſtez.
Monfieur le Mareſchal de Bellefond
a eu permiffion de revenir
à la Cour. Comme je ſçay
que vous l'eſtimezbeaucoup , je
-croy vous donner une nouvelle
-fort agreable.
Apres un Article de plaiſirs,
vil faut vous en faire un de trifteffe.
Monfieur Foucaut Marquis
de SaintGermain Beaupré,Gou.
verneur de la Haute & Baffe
Marche, eſt mort en ſa ſoixante
& onzième année. Comme il y
apeu que je vousay parléde luy
àl'occaſion du Mariage deMr.
-le Marquis de S. Germain fon
Fils , reçeu à la ſurvivance de
Plus ming out fon
GALANT. 263
fon Gouvernement , je ne vous
sen diray pas davantage.b
Nous avons auſſi perdu Monſieur
de Flavacourt,un des Lieutenans
Generaux pour le Roy
-en Normandie ,&Gouverneur
ide Gifors. Il'étoit Frere du Com-
-mandeur de ce nom , dont je
vous appris la mort il y a quelques
mois. Monfieur le Marquis
de Flavacourt ſon Fils avoit la
furvivance. Il s'en eſtoit rendu
digne par de longs ſervices,
ayant fait ſeize Campagnesdans
-la Cavalerie. M
C
Monfieur Roulier Intendant
en Poitou,&Frere de celuy qui
-al'Intendance de Provence ,eſt
mort auffi . Il eſtoit fort eftimé.
Vous pouvez juger de là combien
il eſt regreter
Le Roy a nommé Monfieur
Lieres,Doyen de l'Egliſe Cathedrale
264
MERCURE
drale de S. Omer , à l'Eveſché
d'Ypres , qui estoit vacant. Sa
Majesté en répandant ainſi ſes
-graces ſur ſes nouveaux Sujets,
faitvoir qu'Elle ne confidereque
lemerite. Elle n'a pas moins d'é-
-gard aux ſervices des Gens qui
cont facrifié leur vie dans ſes Armées
,& c'eſt par cette raiſon
qu'Elle a donné l'Abbaye d'Orbias
à Monfieur de Guichelin,
Neveu deMonfieur leChevalier
d'Eſclainvilliers , tué au Combat
donné devant Mons le 14. du
dernier mois. Monfieur le Chewalierde
Monchevreüil a eu le
¡Regiment du Roy qu'avoit feu
Monfieurle Marquis de S.Georges
,tué dansle méme Combat.
Il eſtoit déja Lieutenant-Colonel
de ce Regiment . On peut
voir pat là que le Roy recompenſe
lemerite dans toute forte
slamb
L
de
GALANT.
265
forte de Profeffions , &qu'il reconnoiſt
également la pieté & la
valeur.
Il s'eſt fait pluſieurs agreables
Parties de Vendanges. Je n'ay
point aujourd'huy le temps de
vous en parler , & ne puis que
vous faire voir ces Vers ſur le retour
d'une Saiſon ſouhaitée de
tant de Gens . Ils ont eſté mis en
Air par Monfieur Beſſant de
Poitiers.
AIR
BLB
10
NOUVEAU
AMis, n'estés- vous pas
THEQUE
LYON
193
étranges?
Héquoy,toûjours l' Amour ? quoy,
toûjours le Printemps.
N'entendray-je dans tous nos Champs
Que chanter leurs loñanges ?
Croyez-moy ; laiſſez làle Printemps
l'Amour ,
Et chantons tour à tour
Le retour des Vendanges
Iln'est point defi bean retour.
Septembre.Mad
E
66 MERCURE
J'oubliois à vous dire que le
Mariage arreſté il y avoit déja
quelque temps entre Monfieur
le Duc de Villars & Mademoiſelle
Meſnieres , Fille d'Honneur
de Madame , s'eſt fait depuis
trois femaines avec l'agrémentde
Leurs Alteſſes Royales.
Monfieur de Villars eſt ſorty
d'une Branche de la Maiſon de
Brancas , l'une des plus anciennes
, & des plus illuſtres
duRoyaume de Naples . La plûpart
de ceux qui ſont deſcendus
de cette Maiſon , ont demeuré
en France , à Rome , & à Avignon
. Buffile de Brancas , Marefchald'un
Pape Clement , fut le
premier qui prit les intereſts de
la France. Il ſuivit le Party de
Loüis I. Duc d'Anjou , Roy de
Sicile,&apres ſamort il s'attacha
à Philipe de France , Duc de
Bourgogne. Oncompte fix CxGALANT
.
267
1
dinaux dans cette Maiſon , dont
l'Egliſe a reçeu des ſervices tres
confiderables , & fur tout aux
Conciles de Conſtance , & de
Pife. Elle s'eſt alliée en France
aux Maiſons d'Agout- de Sault,
d'Ancezune, de Grimaldi, d'Oraiſon,
d'Eymont , de Porcellet
d'Eſcalin , de Monteil - de Grignan
, de Joyeuſe , d'Eſtrées ,
d'Ampus , de Lenoncourt , &c.
André de Brancas, Gouverneur
du Havre , & l'un des Lieutenans
pour le Roy en Normandie
, fut nommé Admiral de
France par Henry IV. George
de Brancas fon Frere , Duc de
Villars, luy fucceda au Gouvernement
du Havre. De ce Duc
de Villars, & de Julienne- Hyppolite
d'Eſtrées ſa Femme, Soeur
de François- Annibal d'Eſtrées ,
Marquis de Coeuvres , Comte
Mij
268 MERCURE
de Nanteüil,Mareſchal de France,
ſont ſortis Charles Comte de
Brancas , Chevalier d'Honneur
de la feu Reyne Mere ; Marie
de Brancas , Femme de Henry
deCaſtelane, Marquis d'ampus,
& Loüis de Brancas , Duc de
Villars, qui vient d'épouſer Mademoiselle
de Meſnieres. Elle
eſt tres-bien faite,& a beaucoup
de merite. Sa Maiſon vous eſt
connuë par ce que je vous en ay
dit la derniere fois.
Comme on ne va parler dans
voſtre Province que de la Paix
ratifiée avec la Hollande, il faut
vous dire qu'elle fut hyer publiée
icy, & qu'elle doit l'avoir
eſté auſſi à la Haye , le meſine
jour ayant eſté choiſy pour les
deux Publications. On y obſerva
les Cerémonies accoûtumées.
Les Trompetes , Tambours,
GALANT. 269
-
bours , & Hautbois de la Grande
Ecurie du Roy , ſe firent entendre
dans toute la Marche ,
mais , ils firent beaucoup moins
de bruit que les acclamations
de Vive le Roy. Les Peuples eftant
juſtement perfuadez que
ce grand Prince ne fait rien
que pour la gloire de la France ,
ont moins pouffe ces acclamations
par lebeſoin qu'ils ont crû
avoir de la Paix , que par la juſti.
cequ'ils rendent à toutes lesActions
de noſtre incomparable
Monarque. Quand il partit en
1672. pour la premiere Campagne
de cette Guerre, lesmémes
cris de joye ſe firententendre
, & on donnera toûjours les
meſmes applaudiſſemens à tour
ce qu'il luy plaira de faire . La
Marche eſtoit cõpofée des prin-
E
-cipaux Officiers de Meffieurs du
M. iij
270
MERCURE
Chaſtelet, & du Corps de Ville,
tous en Robe de ceremonie , à
cheval & en houſſes , accompa-:
gnez des 300. Archers de la
Ville, & du Guet. Les Huiffiers .
du Chaſtelet marchoient à pied..
Les Trompetes , Tambours , &
Hautbois , estoient à la teſte de
tout. Les Herauts les ſuivoient.
Je ne vous parle point de leur
habillement,il eſt connu de tout?
le monde . Le Sieur le Lievre, au
titre de Touraine , repreſentant
le Royd'Armes Montjoye Saint
Denys, à cauſe que cette Charge
eſtvacante, commença la Pu
blication de la Paix, devant le
Palais des Tuilleries. Elle fur
faite en ſuite tour à tour dans .
tous les lieux accoûtumez par
les cinq Herauts d'Armes , qui
font les Sieurs de Chaume , au
titre de Normandie ; Le Blanc
de
GALANT.
271
a
de Bornat , au titre de Xaintonge;
de Bellegarde , au titre de:
Picardie ; le Roy , au titre de:
Rouffillon ; & d'Aubiny, au titre
de Charrolois. Je ne doute
pointque la joye n'ait eſté grande
en Hollande. Les Peuples y
doivent eſtre fort fatisfaits de la
fermeté de leurs Magiſtrats à ne
s'eſtre point laiſſé ébloüir par
des offres ſpétieuſes , qui tendoient
à les empeſcher d'accep-.
ter celles du Roy , & qui ne les
euffent pas garantis de tous les
maux que cauſe la Guerre.Certe
Paix, en enfantera beaucoup,
d'autres . Elle a déja produit celle
d'Eſpagne,& nous avons tout
lieu d'eſperer qu'elles ſerõt bien.
toſt ſuiviesde celle de toute l'Allemagne
& des Couronnes du
Nort. Les Souverains qui font
en guerre de ce coſté-là , mé
Mjرف
272
MERCURE
ritent afſurément de grandes
loüanges . On les a veus tour à
tour malheureux fans perdre
courage : mais la Victoire qui a
volé ſucceſſivement dans chaque
Party, n'a eſté conſtante ny
pour les uns ny pour les autres,
comme elle l'a eſté pour Loürs
LE GRAND , & c'eſt par cette
raiſon qu'ils doivententendre à
la Paix pour conferver le fang
de leurs Peuples. Ainſi je veux
croire que nous la verrons bientoſt
generale.Ce ſera alors qu'au
lieude Plans de Villes gravez,je
vous envoyeray mille choſes curieuſes
que me fourniront les
beaux Arts qui fleuriffent en
France avec tant d'éclat. J'y
joindray celles que j'eſpere recevoir
de beaucoup de Royaumes
Etrangers : & mes Lettres
eftant plus diverſifiées , ne vous
1
:
plai
GALANT.
273
ト
plairont peut - eſtre pas moins
avec ces agrémens nouveaux ,
qu'elles vous ont plû par les recits
des Sieges & des Batailles.
Cependant je croy ne pouvoir
mieux finir celle- cy, qu'en vous
parlant encor du grand Prince,
dontje vous ay parlé en la commençant.
J'emprunte pour cela
les Vers que luy adreſſe Monfieur
Broſſard , Conſeiller de
Bourg enBreffe.
Héros fameux, qui detous les Guerriers
Effacez aujourd'huy lagloire ,
Dormezà l'ombre des Lauriers,
Et goustezen repos lesfruits de la Vi
Etoire.
Enfin vos Ennemis s'ajustent à vos
Loix,
C'est affez pour vous fatisfaire.
Pourquoy vousfatiguer par de nouveaux
exploits? :
Quand on est le plus grand des Rois,
Querefte- t-il àfaire ?
Jefuis , &c.
AParis le 30. de Sept. 1678.
274
PAR APOSTILLE.
Adame je vay vous éclaircir
Mpleinementfur le mot de Porfil
dont nous avons déja parlé. Vos Amis
qui prétendent qu'ilait vieilly depuis
Regnier & Balzac , n'ont pas veu ce
qu'en écrit Monfieur Ménage au 84.
Chapitre de la premiere Partie de ſes
Obſervations , imprimée en 1672. Il
dit , en parlant des noms qu'on doie
prononcer en 0,& non pas en ou;qu'il
faut dire chofe, & non pas chouſe,Porfil
,&non pas Pourfil. Cela fait voir
qu'il n'a point crû qu'on puſt recevoir
Profil. Cependant il eſt certain
que les Peintres & les Sculpteurs fe
ſervent toûjours de ce dernier mot
foit en parlant , ſoit en écrivant; &
c'eſt ſans doute par cette raiſon qu'une
partie des Illuſtres qui compofent
l'Académie Françoiſe,prend ce party,
fe perſuadant que c'eſt à ceux qui ſont
habiles dans les Arts à déterminer les
mots qui leur font propres. Les autres
( car j'ay fait propoſer la Queſtion
dans une de leurs Aſſemblées ) tiennent
275
nent obſtinément pour Porfil , & ils
conviennent tous enſemble qu'on peut
employer indiféremment l'un &l'autre
mot. Ainfi , Madame , vos Amis
diront Profil , & me permettront de
garder Porfil que je luy préfere , ſans
que je vous en puiſſe donner de raifon.
TREOJE
DE
7893
2
Avis
Avispourplacer les Figures.
'Air qui commence par , Onfouaime
bien, doit regar- Lfre quandon
der lapage 21 .
Le Mausolée de feu Monfieur le
MareſchalduPleſſis , doit regarder la
page 40.
L'Air qui commence par , Amis,
puisque Bacchus nous afſfemble en ce jour.
doit regarder la page 62 .
Les Deviſes doivent regarder la
page 114.
L'Air qui commance par , Olimpe
eftde retour avec de nouveaux charmes,
doit regarder la page 139 .
Le Plan du Fort deKell , doit regarder
la page 232.
L'Enigme en figure , doit regarder
la page 255 .
L'air qui commence par,Amis,n'eftes-
vous pas étranges ? doit regader la
page 265 .
ALP&rurcoghrdieuexnpeinffciospus
NCS.CdeaoSeumlfilvleilgluilsoe
STPJoraciEtineritStuaamttUiiss
.ta1Taat6enbt9ſnur3tlioaibsumietnti
807156
MERCURE
GALANT.
THEQUE
DEA
LYO
Septembre
1678
.
IBLI
*1893*
BE LA
VIL
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere.
M. DC. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
I
'Ay chanté vos vertus pen
dant plus de huit mois,
En attendant le temps de
chanter vos Exploits.
Si je ne fournis point aujourd'huy ma
Carriere
Sur vos Prodiges éclatans ,
Ce n'eſt pas manque de matiere,
C'eſtmanque ſeulement de temps.
En effet, MONSEIGNEUR ,
il m'enfaudroit plus qu'ilne m'en
reste , aprés avoir parlé des furprenantes
Actions du Roy , pour
a ij
i
*entrer un peu particulierement
dans les choses qui vous regardent
. Cesont tous les jours de nouveaux
sujets d'admiration pour
ceux qui ont l'avantage d'en estre
Ves témoins. Leur bonheur est fans
doute à envier ; mais au moins
quelque zele que leurinſpire l'honneur
d'approcherde Votre Perfonne,
il nesçauroit qu' égaler leprofond
refpect avec lequeljefuis,
MONSEIGNEUR ,
Vôtre tres- humble & tresobeïſſant
Serviteur. D.
Avis
Avis pour toûjours.
N prie ceux qui envoyeront des
Memoires où il y aura des Noms
propres , d'écrire ces Noms en caracteres
tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut , afin
qu'on ne foit plus ſujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diférens des Lettres, toutes les
Pieces qu'on envoyera ..
On reçoit tout ce qu'on envoye,
&l'on fait plaifir d'envoyer.
- Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire ;
& s'ils ne font dans lun ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun aura fon tour,
&les premiers envoyez ſeront les premiersmis
, à moins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoit tellement
du temps, qu'on ne puiffe differer.
On ne faitréponſeàperſonne faute
de temps.d
a. iij
On ne met point les Pieces trop
difficiles à lire.
On recevrales Ouvrages de tous.
les Royaumes Etrangers, &on propoſera
leurs Queſtions.
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries.
qui ſe ſeront paſsées chez eux , on les.
mettradans les Extraordinaires.
J
Le Libraire au Lecteur.
Edonneray , cher Lecteur ,le troisiéme
Extraordinaire du MercureGalant
le 30.du preſent Mois d'Octobre..
Tous les Volumes du Mercure ſeſepareront
toûjours à Lyon chez le Sieur
Amaulry Libraire ; sçavoir , ceux de
1677. pour douze fols , & ceux de
1678. pour vingt fols , c'est pour la
commodité de ceux qui en auront perdu
ou égaré , car quet Kolume que l'on
Souhaitera on lefeparera. Tous lesLivres
Nouveaux qui seront & qui ont
estédans leMercure tous les Mois, fe
trouveront auſſi chez ledit Amaulry..
Livres
Livres Nouveaux du Mois de
Septembre. P
Relation du Siege de Grave avec la
Carte.
La ſuite de l'heureux Eſclave aves
l'Hiſtoire de Laura .
Recherche de la Verité , 4 ..
Conduite du Sage , 12 .
TABLE DES MATIERES
A
contenuës en ce Volume.
Vant-propos,
Description en Profe & en
page
Vers d'uneEéte
donnéepar M. de Matignon. 6
Régaldonné àMadame la Comteſſe de Soiſſons,
parMadame la Ducheſſede Savoye , 21.
Mariagede M. du Gué , & de Mademoiselle
Paru, 22
Hiſtoire des Dents cruës fauſſes , 24
Marbre trouvé dans le territoire de S. Maximin
en Provence ,
31
Prodige arrivé à Loches
32
Mausolée deM. le Mareſchal du Plessis, 35:
Vers pour mettre ſous les Portraits des Ducs de
Guife,
Mort deM. l'Evesque deFréjus.
Mort deMadame d'Emery ,
40
44
55
LeRoydonne à M. l'Abbé de Maupertuys l'Abbaye
de Sauffeuse, 18
a. üüj
TABLE.
Fable de la Pie & du Roitelet , 60
Hiſtoire dela Promeſſe de Mariagevolée , 63
Sonnet contre la Chaſſe du Liêure , 76
Stances, 78
Mort de M. de Seguiran Premier Preſident en la
Cour des Comptes, Aydes & Finances d'Aix.
en Provence ,
8г
Mort deMesdames de Meneblan, &Freſon , 88
Réjouiſſancesfaites à Thoisars , 89
Académie établie à Cavaillon , १०:
Y
Helene - LucrecePiſcopia Cornaroprend lesDegrez
de Doctorat à Padouë , 94
Lettre du Zephire à Flore , 98
Reponſede Fomone ,
ibid
2
Sonnets , & autres Pieces ſur la Paix , 100.
101. c.
Mort de Madame la Ducheſſe de Virtemberg,
103
Mort de M. le Marquis de Courcelles , & de
M. de S. Remy ,
1101
Preſent fait au Roy par M. l'Abbédu Montal,
III
Portrait de M. l'Archevesque de Paris , grave
par Mademoiselle Stella , 119
Portraits de Leurs Majestez gravez par Mademoiselle
Maſſon ,
ibid.
Tremblement de Terre arrivé àAvignon & en
Provence,.
120
VersfurceSujet,
121.
Avanture arrivée aux Bains d'Aix en Savoye,
122
LeRoy fait Monsieur le Marquis de Navailles
Brigadierdansſes Armées , 137
Régalfait àla Reyne à l'Abbaye du Lys , ibid..
Mort:
TABLE.
Mort de Madame la Baronne de Marcé, Gouvernante
des Filles d'Honneur de Madame,.
138
Madamede Roubais est choisie en ſaplace. ibid.
Mort de Madame de la Levretiere , Gouvernante
de Condé, 139
Fautesgliffées dans quelques Volumes precedens,
2:141
M. des Cloſets eft envoyé à Romepar le Patriarche
d'Anticche pour l'Union de l'Eglise Grecque
& de la Romaine, 143
MariagedeM. le Vicomte d'Obierre , &de Ma-
147
Mariage de Monfieur de la Salle Maistre des
damede Ionſac,
Requestes, 148
Kétabliſſement de la Santé de Madame de Saibid.
150
Merveilleux effets des Remedes du Medecin Anvoye,
Madrigal ,
glois des Peres Capucins établis au Louvre
par l'ordre du Roy, 151
Relation du Combat donnédevant Mons , avec
*les Noms de tous ceux qui s'y ſont ſignalez, 155
Articlede la Guerre d'Allemagne , 232
Explications de la premiere Enigme en Vers du
Mois dernier , 239
Noms de ceux qui l'ont expliquée, 240
Explication en Vers de la Seconde 242
Noms de ceux qui l'ont expliquée , 243
Enigmesen Vers , 248.
Noms de ceux qui ont expliqué l'Enigme en Figure,
250
3
Enigmeen Figure , 255
• Divertiſſemens de Fontainebleau ,
ibid..
Mort
TABLE.
Mort de Monfieur le Marquis de S. Germrin
Beaupré ,
Mort deMonfieur de Flavacour ,
262
263
Mort deM. Roulier Maistre des Requefles, ibid
Charges&Benefices donnez par le Roy. 264
MariagedeMonfieur le Ducde Villars . 266
Publication de la Paix ratifiée entre la France
&la Hollande, 268
Apoftillefur le mot de Porfil, 274
Finde la Table.
Extrait
GE
DEZAVILLE
Extrait du Privilege du Roy.
YONE
* 893 *
PAr Grace &
Privilege du Roy, donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sicur de
Vizé,de faire imprimer parMois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſidefenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs,Gra
veurs& autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans le conſentement de l'Expoſant,
nyd'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
,& confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678.Signé E. COUTEROT , Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sicurde Vizé , a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilegeà
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour en
joüir ſuivant l'accord fait entr'eux. A
Achevéd'imprimer pourlapremiere fois le
30. Juillet 1678.
EX
03-603
EXTRAIT DV PRIVILEGE
P
de Monseigneur le Vice - Legat
d'Avignon.
Ar grace & Privilege de Monſeigneur
l'Excellentiffime Vice-Legat , il eft permis
THOMAS AMA ULRY Librairede Lyon d'imprimer
& debiter le Livre intitulé LeMercure
Galand , avec l'Extraordinaire dudit Mercure
Galand , avecdeffences à tous autres d'impri
mer , vendre , ny debiter dans la Ville d'Avignon
& Comté Venaiſſin aucun Exemplaire
dudit Livre,même de ceux cy- devant imprimés,
en toutou en partie, que de l'impreſſion dudit
AMAULRY, pendant le temps de fix années, à
compter du jour que chaque Volume ſera imprimé
pour la premiere fois, àpeine de fix mil
livres d'amende , ainſi qu'il eſt plus amplement
portéà l'Original ; & le preſent Privilege
eſt tenu pour deuëment ſignifié en metrant
un Extrait au preſent Livre. Signé
FR. NICOLINI Vice - Legat. Datté du
16.Avril 1678. Enregiſtré par FLORENT
Archevifte,
ADVIS.
س
MERCURE
GALANT
L n'eſt pointbeſoin,
Madame , que vous
me recommandiez
les Nouvelles de la
Paix. Jé ſçay qu'on
ne vous en ſçauroit apprendre
de plus agreables, & qu'aucune
de mes Lettres ne vous aura tant
plû que celle où je vous pourray
donner ce grand Article tel que
vous le ſouhaitez c'eſt à dire accompagné
de Ratifications , de
Publications , & de Réjoüiffan-
Septembre . 4
A
2 MERCURE
ces publiques. Comme je commence
toûjours àvous écrire dés
les premiers jours de chaque
Mois, je remets à la fin de celuycy
ce que j'auray à vous dire de
l'avancement ou de la conclufion
de ce grandOuvrage. C'en
eſt un en effet ſi grand que la
Paix , que pour entreprendre
d'en venir à bout , il faut avoir
quelque choſe au deſſus de
1'Homme . On la defire . On la
demande. Elle eſt l'objet des
voeux de tous les Peuples qui
font en guerre ; mais il appartient
fi peu aux Hommes de la
donner , que quelque beſoin
qu'ils en ayent, ils ne font prefque
jamais diſpoſez à la conclure.
Ainſi quand ils en doivent
joüir , Dieu la fait ( dit-on ) defcendre
dans le coeur des Roys,
&il fe fert de ces Auguſtes Inter
GALANT.
3
terpretes pour expliquer là deffus
ſes volontez . Nous le con-.
noiffons par ce que fait aujourd'huy
LOUIS LE GRAND. De
tous les Potentats de l'Europe, il
n'y en a point à qui la Paix qu'il
a bien voulu luy donner , fuſt
moins neceſſaire , & il n'a pas
laiſſe de s'en rendre come l'Arbitre
dans un temps où laVictoire
qui le favoriſoitde tous côtez ,
luy montroit dans la continuation
de la Guerre les plus glorieux
avantages qu'il puſt fouhaiter
. Quand il y renonce en
faveur de ceux qui voudront
accepter le repos qui leur eſt
offert , il fait tout ce qu'on peut
attendre d'un Roy Tres-Chreftien
, & d'un Vainqueur moderé.
Mais doit-on eſtre furpris
que leCiel ayant médité ce grăd
Ouvrage , en veille laiſſfer la
A ij
4
MERCURE
conduite à un Prince qui nous a
eſté donné par miracle , & dont
toutes les Actions en font une
fuite continuelle? Les reflexions
que je vous ay déja priée de
faire fur le grand nombre de nos
Troupes , fur les Fonds aſſurez
pour leur fubſiſtance , & fur la
tranquillité dont la Frace a toûjours
jouy malgré la Guerre , ne
ſçauroient faire admirer les bontez
du Roy , qu'elles ne faffent
en meſme temps condamner les
Ennemis par tous les Princes
def- intereffez .Je nomme Ennemis
ceux qui balancent à recevoir
la Paix , dont ils n'ont pas
feulement beſoin pour l'établir !
en fuite au milieu de leurs Etats |
où regne la diviſion , mais pour
fauver ce que le Roy ſera toûjours
en état de prendre ſur eux.
Depuis fort longtemps vous en- ;
tendez
GALANT.
S
tendez parler de leurs troubles .
Il y en a chez qui les uns vou
droient toûjours cõmander dans
le Cabinet , & vous en içavez
chez qui d'autres ne trouvent
rien de plus doux que de fe faire
obeïr par de nombreuſes Armées
. Ces troubles feroient de
grands avantages pour le Roy,
ſi ſa generofité pouvoit luy permettre
d'en jouir;mais il ne veut
profiter ny de la foibleſſe ny du
defordre de ſes Ennemis , & il
leur ofre les moyens de ſe garantir
des malheurs domeſtiques
qui les menacent pendant que
tout eſt paiſible & en joye chez
luy. On peut dire que quand
mefine la Guerre ne finiroit
point , tout y demeureroit dans
le meſme eftat , puis que tant
qu'elle a duré , il s'est fait beaucoup
de Feſtes , tant publiques
A iij
6 MERCURE
+
que particulieres , dans toutes
les Provincesdu Royaume.Vous
en avez veu les Deſcriptions das
la plupart de mes Lettres , &
vous en allez voir une nouvelle
dans ce qui en a eſté écrit par
Monfieur des Avaris à une fort
aimablé Perſonne.
33333333
A MADEMOISELLE ***
Slu
Ivous avez crû, Mademoiselle,qu'il
Ineſe pouvoit rien voir de magnifique
apres ce qui se fit il y a quelque temps
pour la reception de Madame la Ducheffe
de Toscane , dans le voyage qu'elle
fit à Caen, la Feſte dont j'ay àvous entretenir
aujourd'huy , vous va faire changerdesentimens.
Le ſuis ſeûr que vous
la trouverez digne de celuy qui l'a don
née, &que vous n'en pourrez apprendre
les particularitezSans avouer que Monfieur
de Matignon a toûjours de nouvelles
manieres d'aſſaiſonner les plaisirs
de toute lapompe qu'ils sont capables de
recevoir. Ce
GALANT.
7
:
Ce qu'il fait répond bien à ſa haute
naiſſance,
On ne peut mieux tenir ſon rang,
Rien n'eſt égal àſa magnificence,
Et peu de Gens ſçavent en France,
Soûtenir comme luy tout l'éclat de
leur Sang.-
Le jour desa naiſſance luy fournit
tous les ans l'occaſion d'une Feſte , &il
le celebra dernierement avec uneſumptuofité
qui ne causa pas moins d'admiration
que de ſurpriſe. La plupart des Perſon
nes de qualité de la Province qu'il avoit
invitées, se trouverent deux jours avant
celuy de la Feſte , à fon Chasteau de
Thorigny, dont vous aveztant ouy vanter
la beauté. Les Cavaliers n'avoient
riennegligé dece qui pouvoit leur donner
le bel air, &les Dames ne parurent jamais
avecplus d'éclat. Depuis l'arrivée
de cette belle & nombreuſe Aſſemblée,
quatre Tables de douze Couverts chacune
furent servies tres-régulierement à tous
les Repas. Leleu, la Danſe, & la Promenade
, furent des plaisirs fi agreablement
diversifiez, qu'il estoit difficile de
A iiij
8 MERCURE
dire ce qui plaiſoit davantage. Le jour
Solemnel estant arrivé toute la Bourgeoisie
de Thorigny &des environs , qui
s'estoit affemblée&avoitfait rovenë dés
lesoir,vintse mettre en bataille le masin
dans la Court du Chasteau en tres-bel
ordre ; en ſuite dequoy elle fut conduite
par le Commandant à l'endroit du Parc
qui estoit marqué pour disputer avea
l'Arquebuse un Prix conſidérable qua
Monfieur de Matignon donne tous les
ansàceluy qui l'a meritéparson adreſſe.
Peude temps apres une Compagnie de
Bergers habillez fort proprement à la
maniere du Village , la Houlette à la
main , entrerent dans la mesme Court à
la cadance de pluſieurs Flutes douces &
Haut-bois qui jouoient des Airs tous
charmans , quoy que champestres. Vous
m'avoüerez, Mademoiselle, qu'ils estoient
bien conduits, puis que l'Amour en estoie
le Chef , & qu'on ne peut douter que
t'Amour des Vergers &des Boccages ne
vaille bien celuy de la Cour. C'est dans
ces lieux paiſibles où l'on gouste les plus
innocentes douceurs , & les plus tranquilles
plaisirs. C'est là le ſejour de la
Constan
GALANT.
9
Conftance. Le fidelle Berger contant de
fa-fidelle Bergere, n'en va point inquieter
un autre qui gouste la meſme tranquillité
que luy . Le bienqu'il poſſede n'est jamais
troublé par la jalouſe envie d'une autre
poffeffion. Ce qu'ila , luy tient lieu de
tout ce qu'il pourroit souhaiter ; & la
Bergere également contante , fait de la
tendreſſe &de la constance de Son Ber--
ger toute lafelicité deſa vie. Cet Amour
dont je vous parle, estoit un petit Gun
çontres-bean, tenant un Arcen samain
&ayant un Carquois au dos ... Il eſtsis
placésur un Trône fait d'une maniere galante
, quoy que rustique. Il y avoit
tout autour plusieurs Cages pleines de
Faifans , Perdrix Cailles Levraux's
Poules , & autres Animaux qu'il ve
noit offrir à Monsieur de Matignon au
nomde tous lesBergers de ſa ſuite. Les
Dames qui estoient en grand nombre
dans le Chasteau , accoururent en foule
pour admirer ce joly Spectacle. Cepetits
Amour Surpris de voir des Beautez f
éclatantes,&se doutam bien , ou plucose
fsachant que parmy elles il y en avoir
d'inſenſibles àses traits , leur fit 6016
Av
10 MERCURE
noiſtrepar ces Vers recitez tout haut , ce
qu'elles devoient craindre de leur inſenfibilité.
Belles qui de mes traits voulez vous
garantir ,
Et qui juſqu'à preſent n'avez ſceu
me connaiſtre ,
***Appreſtez- vous à les ſentir ,
Toſt ou tard je ſeray le Maiſtre,
Ne me rebutez plus ſi je viens à pa
raiſtre ,
Ou je ſçauray longtemps vous faire
repentir.
Cette menace faite d'un ton fier , pût
bien trouver des timides, & les obliger à
neſe plas défendre contre l'Amour. Du
moins j'ay ouy dire que quelqu'une commença
dés ce moment à soupirer. Les
Bergers apres avoir dancé quelque temps...
dans la Court , allerent dans le Parc
chercher un endroit plus commode pour
continuer leur dance. Les Bergeres qui
s'y estoient rendues avant eux , les attendoient
impatiemment. Elles avoient choi
Ly le bas d'un Costean , ombragé d'un
Bois
GALANT. II
de la
Bois de hautefuſtaye ,qui yfaisoit goûter
une tres-agreablefraîcheur. Les Bergers
les ayant apperçenës de loin , coururent
vers elles avec l'empreſſement qui est nam
turel à ceux qui aiment. Chacun prit la
fienne , & la Dance recommança ſurles
cing heures du ſoir.Toute la Compagnie
vintſe promener au Parc,& alla au lieu
où estoit cette galante Troupe de Bergers.
Le plus galant d'entr'eux fir une Ha
rangue à Monfieur de Matignon,&s'en
acquitta avec autant d'eſprit que de grace.
On se divertit quelque temps
maniere rustique &des postures plaisantes
que faisoient en dançant les Bergeres
&les Bergers. Ceplaisirfut ſuivy de celuy
de la Courſe pour laquelle on avoit
proposé un Prix. On mit des Levraux
en liberté ,& ils furent ſuivis avec une
telle viteſſe , que leur legereté ne pût les
empeſcher d'eftre pris. Apres ce violent
exercice , les Bergers allerent se repoſer
Sous l'ombrage d'un petit Bois qu'il ſem--
bloit que l' Amour leur eut preparé pour
Se rafraîchir , & pour se remettre de
leurs fatigues..
Fu -it
12 MERCURE
Fut- il jamais rien de ſi beau
Que cet agreable feüillage ?
Sous la fraîcheur de fon ombrage,
Chaque Berger exempt du ſoin de
ſonTroupeau ,
Par undoux & tendre langage
Entretenoit ſa charmante Habeau.
La Courſefinie , les Dames & toute
laSuite ,prirent le chemin de laMénagerie,
quifera des plus belles quand ony
aura mis la derniere main . Sa situation
est au pied d'un Costeau tres-agreable.
Plusieurs Pavillons de brique , & couverts
d'ardoise, liez enſemble par autant
depetites Courts pleines d'Oyſeaux des
plus beaux& des plus rares , compoſent
cette Ménagerie. Une Terraffe jointe à
laplus grande des Courts , & qui fait
face du coſté des Prairies, des Eaux, des
Bois ,&des Vergers qui ſont renfermez
dans ce Parc ,fait découvrir à ceux qui
sy promenent , ce que la venë du plus
bean Paisage de la Province peut avoir
de fatisfaisant. Dans lemilieu decette
Terraſſe , qui n'est fermés que par une
Petite Paliſſade d'ozierproprement faite,
e
GALANT. 13
estun Baffin quarré , bordé d'un gazon
verd , d'où fort un Iet d'eau de trente à
quarante pieds. Son eau rempliſſant une
grande Coquille, forme une belle Nappe,
&retombe dans un autre Baffin plus
grand , qui fait comme un demy-Cercle.
Des deux coſtez partent deux autres
Iets, qui pour estre plus bas que le premier,
ne laiffent point d'en égaler la bauteur.
C'estoit au tour de ce Baffin , &fur
cetteTerraffe , que Monsieur de Ma
tignon avoit marqué le lien du Soupé.
Ses ordres furent executex de cette maniere.
Ce Baffin est justement placé entre
deux des Pavillons qui ſemblent estre
joints àses coste.x Depuis l'un jusqu'à
l'autre on avoit dreffé en rond une belle
Gallerie de verdure qui n'avoit ſa venë
quedu coſté des Iets d'eau , celle du Paifage
dont je vous ay parlé ayant esté
bouchée tout exprés à cause de l'air qui
auroit esté trop grand pour les Dames
pendant la nuit , qui fut auſſi belle qua
t'apreſdînée avoit esté agreable. Aux
deux extrémitez de cette Gallerie ef
zoient deux beaux Sallons de fiüillages
ernesd'une infinité de fleurs , ou deux
d Tables
14
MERCURE
Tables de trente Couverts chacune furent
dreſſées. Du milieu de celle qui estoit
preparée pour les Dames , fortoit pom--
peusement un Oranger couvert d'une
quantité de fleurs &de fruits admirables.
La Table du Bufet estoit placée
entre ces Sallons , ®ardoit les Baffins.
Plusieurs Arbres furent plantez
avecſymetrie en divers endroits de cette
Terraſſe , & on en fur d'autant plusfur--
pris, qu'ils faisoient voir un Boccage divertiſſant
dans un lieu, où un jour auparavant
on ne découvroit qu'un champ
uny &découvert. Depuis l'un de ces Sallons
jusqu'à l'autre, trente Chandeliers à
quatre branches , garnis de verdure
regnoient ſur la voûte de la Gallerie. Les
Dehors estoient ornez de quantité de
Lanternes peintes dont les Arbres estoient
couverts. Pluſieurs gros Fanaux fufpendusà
coſté des lets d'eau vers le milien
du Baſſin , faisoient un effet des plusfura
prenans. Enfin fix cens Lanternesfurent
miſes pour embellir ce Lieu , &pour fervir
à ce Régal . Tout fut allumé fi-toft
qu'on vit approcher les Dames , & ilny
sut jamais un plus beau jour. Ce riche
Buffet
১
GALANT.
15
6
6
e
4
و
Buffet de vermeil qui feroit honneur à un
Prince, composé depluſieurs grandsBaffins
de vermeil doré, d'un ouvrage ache.
vé &d'unepeſanteur exceſſive; de quantité
d'autres Vases tres-bien travaillez;
de Flaccons & de Saûcoupes , ébloüifſoit
ceux qui s'attachoient trop à le regarder..
Six belles Plaques de vermeil d'argent
placées au deſſus, furent garnies de Bougies
, dont la lumiere jointe à celle des
Chandeliers &des Lanternes qui l'environnoient
le firent paroiſtre dans toute
Samagnificence. Monfieur de Matignon
donna ordre de ſervir. Les deux Tables
furent couvertes dans lemeſme temps de
tout ce qui ſe pouvoit imaginer de rare
de délicat pourla ſaiſon. Les Soupes,
les Viandes, les Entremets , les Confitures&
les Fruits ſervis confusément , faifoient
un agreable meslange sur l'une&
fur l'autre, &on peut dire que fi la profuſion
ſurprenoit , l'ordre & la politeffe
ne causoient pas moins d'étonnement.
De ce Repas délicieux ,
Digne de la Table des Dieux ,
On ne pouvoit aſſez admirer l'abon
dance De
16 M ER ÇURE
Detout ce qu'on y vit l'oeil parut en
chanté;
Et l'on pourroit douter de cette verité
,
S'il n'eſtoit plus de Matignons en
France,
Cette Illuftre Assembléeſoupa au bruit
de dix Pieces de Canon , qui par leurs
décharges continuelles interrompoient les
Violons ,&les Hautbois qui ne ceſſoient
point de jover. Les Damesſe leverent de
Table. Chacun les ſuivit , &on ne fai
Soit que commencer àfortir des Sallons
pour aller gouster le frais des lets d'eau,
quand au milieu du Costean , au bas dsquel
cette Ménagerie est située , on fut
furpris de voir un Champ de lumieres fi
confus , qu'il estoit impoffible de distin
guer ce que c'estoit. Les Esprits furent
longtemps incertains de l'effet que ces lu
mieres devoient produire , & enfin on
apercent tout d'un coup un nombre tres
grand de Fuzées - volantes qui ſortirent
dumilieu de ce Costean. Elles remplirent
l'air pendant une demy-heure d'une fi
prodigieufe quantité defeux , qu'ilſemo
>
bloit
GALANT.
17
bloit qu'il ne devoit plus paroiſtre de
nuit.
Jamais de tant de feux nuit ne fur
éclairée ,
Il ſembloit que les Cieux ouvers
Répandoient par tout l'Univers ,
L'éclatante beauté dont leur voûte
eſt parée.
Peut- on, Mademoiselle, ajoûter quel
que chose àtant de beautez , & n'avouerezvous
pas que peu de Gens sçavent
comme Monfieur de Matignon donner de
la nouveauté aux plaiſirs ? Dés qu'on eut
ceffé de tirer ces Fuſées , on commença un
Bal regulier au bord du grand Baffin. Il
dura unepartie de la nuit,&le jour estoit
déja preſt à paroiſtre quand les Dames
monterenten Caroffe , & les Cavaliers à
Cheval pour retourner au Chasteau.Il n'y
cut du malheur ce ſoirlàquepour lesBergers&
Bergeres. Ils s'estoient raſſemblez
pourvenir chercher l'Amour,qui pendant
zoute la réjouiſſance estoit demeuré afſis
furſon Trône au milieu de ce Boccage
enchanté , mais ils ne le trouverent plus,
18 MERCURE
l'allerent inutilement demander à toutes
lesBelles. Il est à croire que quelqu'une
d'entre- elles l'emporta dansſon coeur,&
que l'inquietude où elle laiſſa cette Troupe
defolée la tonchamoins que le plaisir de
poffederun Diewfi charmant. L'ay ſcen
depuis , que deux jours apres, un Zephir
l'avoit rapporté dans le milieu de leur
Boccage tres-fatigué , &mesmefansflé
ches. Vous en jugerez ce qu'il vous
plaira
Avoüez, Madame , que cette
Feſte eſt bien digne d'un grand
Seigneur. J'en ay veu une ſeconde
Relation adreſſée à une
Perſonne de qualité, où aucune
des particularitez de cette premiere
n'eſt oubliée. Celuy qui
l'écrit , apres avoir fait connoiftre
que l'Article feuldu Bal meriteroit
une magnifique Deſcrition
pour rendre juſtice à la
beauté des Dames , & à la propreté
des Cavaliers , adjoûte ce
que
GALANT.
19
que vous allez lire dans lesmefmes
termes dont il s'eſt ſervy.
Ie ne puis oublier icy une circonftance;
c'est que Mademoiselle de
Matignon parut avec tant de graces
& de charmes , que je quitte
tout pour vous en parler. Il n'y a
que trois mois que je l'avois laiſſée.
Vous ne sçauriez vous imaginer
combien en ce peu de temps elle est
encor embellie . Ce sont les plus
beaux yeux du monde. Sa taille
eft belle & fine , &ſes traits doux
&délicats. Ie vous exagere encor
moins cecy que le reste , &je croy
que je nesçaurois finir par un plus
bet endroit.
On vous a trop parlé de Vio
lons & de Hautbois , pour ne
vous régaler pas d'un Air nouveau.
En voicy un de Monfieur
Labbé Maiſtre de Muſique de
S. Jacques àDieppe. Je n'adjoûte
20 MERCURE
te rien à ce que je vous ay dit
de luy dans mes autres Lettres.
Ses Ouvrages font fon éloge, &
on ne les peut voir ſans les approuver.
Ila cherché à fatisfaire
le Public dans la compoſition
de ce dernier touchant la Baffe
vocale , qu'on avoit demandée
par pluſieurs Lettres de l'Extraordinaire
, plutoſt que la continuë
, parce que la Baſſe vocale
ſe chante & peut fervir aux Inftrumens
, au lieu que la Continuë
n'a que la derniere de ces
proprietez. Vous trouverez icy
l'une & l'autre . C'eſt le moyen
de contenter tout le monde. Les
Paroles font de Monfieur de
Merville , dont je vous ay déja
fait voir quelques Pieces...
AIR
GALANT,
21
AIR NOUVEAU.
*1803*
NSoufre quand on aime bien,
Et c'est pourquoy, jeune Bergere,
Vous voulez plaire ,
Et n'aimer rien .
Pour vous contenter , Inhumaine,
Ie cede à mon fort rigoureux ;
Je veux avoir toute la peine ,
Mais au moins plaignons la tous deux .
Je viens de voir une Lettre
qui parle d'un divertiſſement de
Chaſſe que Madame la Ducheffe
de Savoye donna il y a
quelque temps à Madame la
Comteffe de Soiffons dans le
Parc de la Venerie . C'eſt une
Maiſon de plaiſance des plus
belles à deux lieuës de Turin .
Ce plaifir fut ſuivy de celuy de
la Comédie qu'on reprefenta
dans une Orangerie ornée de
Verdures & de pluſieurs Jets
d'eau
22 MERCURE
d'eau fur le Theatre. Ils luy fervoient
de décoration , & les ordres
avoient eſté ſi bien donnez
pour tout ce qui pouvoit contribuer
à la beauté du Spéctacle,
qu'il ſembloit que le Lieu fuſt
enchanté. Un magnifique Repas
accompagné d'une Symphonie
admirable , fucceda à la Comédie
, & il n'y eut rien où l'on
ne remarquaſt cet air de grandeur
qui eſt inſéparable de tout
ce que fait Madame Royale .
Monfieur du Guay Confeiller
au Grand Confeil , a épousé
Mademoiſelle de Paris. Il eſt Fils
de Monfieur du Guay l'un des
anciens Conſeillers d'Etat, & Intendant
de Juſtice dans la Province
de Lyonnois , Foreſt , &
Beaujolois. Vous avez entendu
parler de la reputation qu'il s'eſt
acquiſe dans cet important employ,
GALAN T.
23
ploy, dont il s'acquite avec la
plus grande exactitude, ſans que
les Particuliers trouvent aucun
fujet de s'en plaindre . Madame
le Tellier eft Tante du Marié,
quieft Parent de Monfieur du
Guay Premier Préſident de la
Chambre des Comptes àDijon.
Monfieur du Guay Baignol' , &
Monfieur de Collanges , tous
deux Maiſtres des Requeſtes,
font les Beauxfreres Mademoifelle
de Paris eſt Fille de feu
Monfieur de Paris Conſeiller de
la Grand Chambre,& Niéce de
Monfieur de Paris Préſident à la
Chambredes Comptes. Ils font
l'un & l'autre des plus confidérables
Familles de la Robe .
Je croyois vous apprendre en
meſime tempsle Mariage de l'aimable
Perſonne dont vous me
demandez des nouvelles , mais il
s'eft
24
MERCURE
s'eſt rompu depuis quatre jours.
Il n'y a rien de plus bizarre que
ce qui en a eſté la cauſe. Le Cavalier
qui la devoit épouſer ,
avoit trouvé en elle ce qu'il fera
difficile qu'il rencontre ailleurs ,
c'eſt à dire une Perſonne exempte
de tous les defauts qu'il appréhende.
Il ne veut ny blanc
ny rouge , & la moindre beauté
empruntée eſt pour luy quelque
choſe d'infuportable. Il avoit
fort examiné ſa Maiſtreſſe ; &
comme les Articles preſts à drefſer
luy donnoient la liberté de la
voir preſque à toutes les heures ,
il eſtoit fort convaincu que l'artifice
n'avoit aucune part à fon
teint , & que fa beauté eſtoit
toute à elle. Ilen faifoit un jour
vanité en préſence de trois ou
quatre de ſes Amis , quand l'un
d'entr'eux qui ſçavoit fon foible,
luv
GALANT. 25
luy dit pour l'embaraſſer , que
quelque parfaite qu'il cruſt ſa
Maiſtreſſe, il n'avoit pas eu d'affez
bons yeux pour découvrir
qu'elle avoit de fauſſes dents. Ce
prétendu defaut le déconcerta.
On s'en apperçeut ,& un autre
ne manqua pas auffitoft d'appuyer
cette malice. Ils le laifferent
partir dans cet embarras.
Vous avez ſi ſouvent admiré les
dents de la charmante Perſonne
dont je vous parle , qu'il eſt
impoſſible que vous ne vous fouveniez
de leur beauté. Noftre
Amant chagrin ſe figura qu'elle
en avoit quelques - unes plus
blanches que n'eſtoient les autres,&
ce fut affez pour luy faire
croire qu'elles eftoient appliquées.
Il alla chez elle; & malheureuſement
il la trouva ſeule
avec le Sieur Robinau,qui ayant
Septembre. B
3
26 MERCURE
eſté autrefois de ſes Voiſins, eftoit
venu la congratuler ſur le
bruit de fon Mariage , dans un
temps où il avoit crû ne trouver
perfonne. Cette rencontre ne
le laiſſa plus douter qu'on ne luy
euſt dit vray. Le viſage du Sieur
Robinau luy eſtoit connu. Il ſçavoit
qu'il eſtoit un des Hommes
de France qui avoit le plus d'adreſſe
à nettoyer & a bien accommoder
les dents,& il n'ignoroit
pas que Madame Royale
l'avoit fait venir exprés à Turin:
ſur ſa réputation ,& qu'il en eftoit
revenu depuis peu avec des
préfens fort conſidérables. Ainfi
il ſe perſuada qu'il avoit eſté
mandé par ſa Maiſtreſſe , qui
avant que de ſe marier eſtoit
bien aiſe de luy faire reparer le
defordre de ſes dents. Il eut les
yeux attachez deſſus tant qu'elle
parla,
:
1
3
GALANT.
27
parla , & quoy qu'il n'y découvriſt
aucun artifice , il crût que
ſes lévres le cachoient . Les Articles
devoient eſtre ſignez le
lendemain. Il trouva un prétexte
pour faire diférer de trois
jours , & les employa inutilement
à chercher ces fauſſes
dents qui luy donnoient tant
d'inquietude. Il crût pourtant
toûjours qu'il y avoit de l'inégalité
dans leur blancheur, & enfin
ne pouvant s'éclaircir par
luy-mefime , il pria une Amie de
ſa Maiſtreſſe de luy faire voir
clairement ſi ſes ſoupçons eftoient
vrais ou non , parce qu'il
connoiſſoit ſa délicateffe,& qu'il
craignoit de ne rendre pas une
Femme heureuſe , s'il eſtoit
trompé.
Cette Amie le traitta de ridicule.
Il s'obſtina à vouloir eſtre
Bij
28 MERCURE
éclaircy , & elle fut obligée de
découvrir à ſon Amie le ſcrupule
qui l'arreſtoit. La Belle trouva
tant d'extravagance dans cette
bizarre délicateſſe, que ſon Mariage
eſtant plus de politique
que d'amour, elle s'en reprefenta
toutes les ſuites , & les crût
trop dangereuſes pour s'y hazarder.
Ainſi le Cavalier eſtant
venu la voir le lendemain à fon
ordinaire , elle prit une humeur
fort enjoüée , & luy dit en préſence
de fon Amie , qu'il avoit
eutort d'avoir fait façon de s'expliquer
avec elle fur l'Article
quil embarafſoit .Elle fepara auffitoſt
ſes lèvres ſans luy donner
le temps de répondre , luy fit
voir des dents admirablement
rangées , & le convainquit du
ſoin que la Nature avoit pris de
les appliquer tres proprement.
Le
GALANT.
29
r
Le Cavalier en témoigna une
joye ſenſible, luy demanda pardon
de l'injuſte crainte qu'il avoit
euë , & il commençoit déja
à prier qu'on luy fit ſigner les
Articles, quand la Belle adjoûta
que c'eſtoit du moins autant
pour elle-meſme que pour luy
qu'elle avoit voulu luy faire voir
que ſes dents eſtoient & belles
&bonnes ; mais que comme elle
eſtoit fort réſoluë à s'en faire
appliquer de fauſſes , fi elle ne
pouvoit éviter les accidens qui
•en font preſque toûjours perdre
⚫quelques- unes aux moins malheureux
, elle ſe garderoit bien
de s'expoſer aux defordres que
cettebeautéempruntée nemanqueroit
point de caufer entr'eux;
qu'elle louoit ſa délicateffe , &
qu'il pouvoit choiſir ailleurs une
Femme qui luy donnaſt toutes
Biij
30 MERCURE
les aſſurances requiſes de n'avoir
jamais rien que de naturel.
Il n'y a point de ſurpriſe égale
à celle où cette déclaration mit
leCavalier. Il crût d'abord que
ſa Maiſtreſſe cherchoit à fe divertir,
maiselle joignit à ce qu'elle
venoit de luy dire des proteftations
ſi ſérieuſes de ne l'épouſer
jamais , qu'il n'eut plus d'efpoir
qu'en l'autorité de ceux dot
Selle dépend. Ce fut pourtant
inutilement qu'il les fit parler.
Ils trouverent de la justice dans
la crainte que l'humeur d'un
Mary fi délicat cauſoit à cette
aimable Perfonne , & ils luy laifferent
l'entiere liberté de la rupture
. Le Cavalier en paroiſt inconfolable
. Ceux qui ſe réjoüifſent
de ſon malheur , publient
qu'il a fait dire à ſa Maiſtreſſe,
que pour luy montrer qu'il eſtoit
entie
GALANT.
31
(
entierement guéry de ſes caprices,
il conſentoit qu'elle ſe fit
arracher toutes les dents pour
en prendre de faufſes , & qu'il
ne laiſſeroit pas de l'époufer
'avec ce defaut .
La France qui eſt ſi abondante
en toutes chofes , l'eſt devenuë
en Marbre depuis quelques
mois. On en a trouvé de
jaſpédans leTerritoire de S.Maximin
en Provence. Il y en a
toutunQuartier , qui contient
une lieuë de long , & autantde
large. Ce Marbre eſt fi bien diverſifié
, que les plus habiles
Peintres, abandonnant leur Pinceau
à leur imagination , auroiet
peine à faire un plus agreable
afſfortiment de couleurs. Ce
font de petites taches rouges,
blanches,vertes, bleuës, jaunes,
&couleur de Ciel , ſemées fur
Bij
32
MERCURE
un fond noir. Il y en a d'autre
dont le fond eſt tout aurore avec
les mefmes couleurs. Ce vert &
ce jaune me font ſouvenir de ce
qui a eſté veu à Loches le dixhuitième
du dernier mois. La
choſe tient du prodige , & elle
ne vous ſurprendra pas moins
qu'elle a fait les plus habiles
Gens de ce Païs - là. Une Demoiſelle
ayant eu des ſoûlevemens
de ccooeeur affez violens ,on
crût que c'eſtoit quelque menace
de fiévre , parce qu'il y en
avoit quantité à Loches
qu'elles eſtoient toutes accompagnées
de ces accidens. Cependant
elle fentit tout d'un
coup je-ne- ſçay -quoy de gros
comme un peloton dans ſa gorge,
& apres pluſieurs efforts,elle
ſe déchargea de ce fardeau qui
eſtoit ſur le point de l'étoufer.
Le
, &
GALANT .
33
-
Le bruit qu'il fit en tombant,
joint à ce qu'elle avoit fouffert
pour s'en délivrer , donna lieu
de croire qu'il y avoit quelque
choſe d'extraordinaire . La nuit
commençoit. Le lieu eftoit obf
curde luy- meſime . Ainfi on eut
beſoin de lumiere pour exami
ner ce que c'eſtoit. Jugez de la
furpriſe de ceux qui ſe trouverent
préſens . Ils virent une forme
d'Animal toute monftrueu
fe . Il avoit la teſte d'un Chien,à
l'exception des oreilles qui ref
ſembloient à celles d'un Chat.
On luy voyoit deux petits bras,
avec deux mains,dont les doigts
eftoient fort distincts . Ces bras
&cette tefte estoient de couleur
verte &jaune . Il avoit le corps
femblable à celuy d'une Gre
noüille , mais de la couleur d'un
Boüillon gelé , ou d'un Confom-
: Bv
34
MERCURE
mé , & tremblant de meſme. Ses
pieds & ſes cuiſſes eſtoientd'un
Enfant , & de la meſime couleur
que ſes bras. On le toucha avec
un bafton , pour voir s'il ne donneroit
point des marques de vie,
mais on ne vit rien remuer. On
ne ſe contenta point de cette
épreuve. On fit chauffer un fer
qu'on approcha du dos de cette
Figure .Elle n'eut pas plutoſt ſenty
le feu , qu'elle fit un mouvement
de plus d'un grand pied ;
apres quoy ces bras, cette teſte ,
& ces jambes , ſe renfermerent,
& ne firent plus qu'une Mole,
compoſée de colle & de bile ..
Que ce ſoit un Monſtre,un Pro .
dige, ou une Extravagance de la
Nature déreglée , c'eſt toûjours
production ſurprenate qui fournit
de grands ſujets de raiſonner
aux Philofophes & aux Medecins..
Та
GALANT. 35
-
=
Tandis que nous ſommes fur
les raretez , il faut vous entretenir
d'une autre production,mais
qui eſt d'une eſpece bien diférente.
On a fait un Mauſolée
pour feu Monfieur le Mareſchal
du Pleffis , & il y a tant d'art&
de délicateſſe dans ce travail,
qu'on ne peut rien voir de plus
achevé. Les loüanges que leurs
Alteſſes Royales ont données à
ce Chef-d'oeuvre,ſont une marque
de l'eſtime qu'on en doit
faire. Monfieur de S. Victor qui
eſt aupres de Madame laMarefchale
du Pleffis,eneſt l'Autheur.
Le Tombeau eſt élevé fur un
grand Trophée d'armes,au haut
duquel eſt la Figure de ceHéros.
Il eſt debout , habillé àl'antique
, tenantun Baſton de Marefchal
de France avec cet air
fier qui a tantde fois épouvanté
les
36 MERCURE
les Ennemis de l'Etat. Il a fon
Manteau Ducal ſur les épaules.
Au milieu du Cercueil eſt un
double C. qui marque fon nom
& celuy de ſa Maiſon. On voit
des Vaſes fumans aux deux coftez
, & deux Renommées tout
aupres avec des Trompettes qui
publient ſes grandes Actions. Il
y en a une troifiéme en l'airau
deſſus de fa teſte . Elle tientune
branche de Laurier d'une main,
&une Trompette de l'autre. La
Juſtice & la Force fontàgauche,
&la Prudence avec la Tempé
rance , à droit. Entre l'une&
l'autre de ces Vertus , il y aune
Pyramide qui eſt toite de petites
Palmes depuis lebas juſqu'en
haut , & fur la pointe , un Vafe
fumant. La Baze fait voir deux
Baſtons de Mareſchal croifez &
noüez avec un Ruban. Unc
pareille
GALANT
37
pareille Piramide ſépare lesdeux
autres Vertus. Les unes font ap
puyées contre des Cyprés, done
les branches confufes & auffr
deliées que les cheveux, imitent
parfaitement le naturel,& les autres
font placées entre les Cyprés
& les Pyramides. Des Colomnes
torſes ſervent d'orne
ment aux deux coſtez . Elles font
toutes de petites Palmes , & entourées
de feüilles de Vigne. A
chaque Piedéral ſevoy et lesArmes
de cet Illuſtre Défunt, avec
lesdeux Colliers des Ordres du
Roy, les Bastons de Mareſchal
de France , le Manteau , & la
Couronne de Duc. L'ordre de
toute l'Architecture eſt Corinthien.
Rien n'y manque. A la
frife font trois Teſtes armées ,
d'égale diſtance , d'où pendent
des Echarpes qui ſoutiennent
des
.
38 MERCURE
des Trophées d'armes. Il y a
quatre Feſtons de fleurs entre
ces Teſtes armées. Les extrémitez
en ſont ſoûtenuës par de
petits Amours à coſté des Colomnes.
L'Autheur y a marqué
toutes lesBatailles où ce fameux
General s'eſt trouvé. Les deux
où il a commandé en chef, &
qui luy ont couſté chacune un
Fils , font au bas de ces Colomnes.
Toutes les Places qui ont
eſté priſes & fecouruës pendant
qu'il a eſté Mareſchal de Camp,
Lieutenant General & Marefchal
de France, s'y voyent auſſi .
Il y a encor deux évenemens
parmy ſes glorieuſes Actions où
l'Eſprit a plus agy que le Bras.
Ce font la tenuë des Eſtats de
Languedoc,&une des plus fortes
rebellions de Bordeaux qu'il
appaiſa par ſa conduite & par
fa
/
GALAN T.
39
fa prudence . Ces mots font l'Inf
cription du Tombeau.
A la tres- Illustre Memoire de
Cefar Duc de Choyfeul , Pair&
Mareſchal de France.
Ce Mausolée n'a qu'envirom
fix poulces de haut , & dix de
long. Madame la Comteſſe de
Coffe , Niece de Madame la
Mareſchale du Pleſſis , y a trouvé
tant de charmes , que comme
elle pleure encor tous les jours
la mort de Monfieur de Coffe
fon Mary , elle a prié l'Autheur
de ne luy pas refuſer ſon temps.
pour un travail de cette nature..
Il doit l'avoir bientoſt achevé.La
diſpoſition en eſt toute autre, &
il n'aura rien de ſemblable que
la matiere. Comme ily a beaucoup
de Femmes qui ſe piquent
d'ai
40 MERCURE
d'aimer eternellement leurs Marys
, ces Tombeaux de Ruelles
pourroient bien venir à la mode.
Jay fait graver ce premier , afin
que toute ſa beauté vous ſoit
mieux connue. Voyez la dans
cette Planche ,& ſouvenez - vous
qu'ily a je-ne- ſcay-quoy de fi
délicat dans ces fortes d'Originaux
, qu'il eſt preſque impoſſible
de bien l'imiter dans une
Copie.
On travaille de toutes manieres
pour la gloire des Grands
Hommes . Ce qu'on a fait par
un Mauſolée pour Monfieur le
Mareſchal du Pleffis , Monfieur'
du Perier l'a fait pour Meſſicurs
de Guiſe par des Vers à mettre
fous leurs Portraits. Je vous les
envoye. Ils vous apprendront
que Monfieur du Perier n'a pas
moins de talent pour la Poëfie
Fran
ALLE
30.
DE
LYON
BIO
IYON
LLE
42
MERCURE
:
:
Ic bornay les Exploits du plus fier des
Césars,
Et digne rejetton des grands Rois d'Au-
Strafie ,
L'euffe terrassé l'Hereſie ,
Si de fes Partiſans Ennemis de l'Etat
La detestable jalousie
Nem'eust ravy le jour par un noir attentat.
HENRY.
L
*Amour que tout Parisportoit àce
Héros ,
D'un injuste soupçon vint troubler ſon
repos ;
table.
Et termina ſes jours d'une fin lamen-
S'il eust esté moins genereux ,
Moins libéral &moins affable ,
Ilauroit estéplus heureux.
CHARLES.
MArfeille se dira quellefut macon-
Quels furent mes efforts ,
Quand terraſſant Caſaux moy ſeul je mis
enfuite
L'Espa
GALANT.
43
L'Eſpagne qui déja s'emparoit de nos
Ports.
HENRY.
I
Si mes Ancestres intrépides,
L
Affrontant lesplusgrandshazars,
Parurent jadis des Alcides,
Dans Naples jeparus un Mars.
LOUIS.
Es Dieux n'ontfait que nous mon
trer
Ce Prince si charmant , fi genereux fa
Sage.
S'ils euffent prolongé son âge,
LeMondeauroit pû l'adorer.
LE DUC D'ALENCON,
dernier Duc de Guiſe..
Peine avois-je atteint un
A' stre ,
lu
Quejemeurs seul resté de ce Nom dont
le lustre
Partant degrands Héros s'étendit jufqu'aux
Cieux.
ne
1
44
MERCURE
Vne Heroine me fuccede ,
Qui toutes les vertus poffede
De nos magnanimes Ayeux.
:
Monfieur l'Evefque de Fréjus
, Docteur de Sorbonne , eft
mort dans la trente- deuxième
année de fon âge , fort regreté
pour ſon mérite fingulier , &
pour ſa pieté exemplaire. Il eftoit
de la Maiſon de Clermont.
Vous ſçavez qu'elle eft tres illuftre
, & que les Hiftoires genérales,
auffi -bien que les Monumens
particuliers, en rendent
l'ancienne Souveraineté inconteſtable
. On y voit un Mainfroy
de Clermont,Seigneurde Palerme
, & Ifles voiſines , Admiral
de Sicile , qui eut pour Gendre
Ladiſlas Roy de Naples , de Sicile
, & de Hongrie ; un André
de Clermont , Duc & Prince de
Beſignan; un Tristan de Cler
4.. mont,
GALANT.
45
mont, Comte de Cupertino, qui
maria Iſabelle de Clermont fa
Fille à Ferdinand II. Roy de
Naples; & dans les Regiſtres de
la Chambre des Comptes de
Dauphiné , il y a divers Traitez
de Paix & de Guerre , faits par
les Princes de cette Maiſon avec
les Dauphins & avec les Comtes
de Savoye & autres Voiſins,
ſcellez également des Sceaux
des uns& des autres.
Eynard , arriere-petit-Fils de
Geoffroy de Clermont & de
Beatrix de Savoye , ſoit que la
longue durée des temps euſt affoibly
la puiſſance de ſa Maiſon,
foit qu'en s'alliant avec une autre
Puiſſance conſidérable , il
crût mieux aſſurer la mémoire
de fon nom ; cet Eynard , dis-je,
donna en 1340. à Humbert
Dauphin de Viennois la Terre
&
46 MERCURE
&Vicomté de Clermont , circonſtances
&dépendances , &
ſe fit volontairement ſon Vaſſal;
mais ou par genéroſité , ou par
justice , Humbert rendit à Eynard
toutes les choſes données,
à la charge de les tenir déſormais
de luy àfoy & hommage, voulant
& entendant , que tant Eynard
que ſes Succeſſeurs en la Terre de
Clermont, foient Premiers Barons,
Conneſtables , Grand - Maistres
Hereditaires , & Premiers Prefidens
nez des Etats de Dauphiné;
Qu'aujour deMariages des Dauphins
, ou en d'autresfolemnitez,
ledit Eynard ou ſes Succeſſeursfervant
à pied ou à cheval , ayent
pour leurs droits deux Plats &
quatre Ecuelles de lapeſanteur
Seize marcs d'argent , à prendre
de la Vaiſſelle qui se trouverafur
laTable du Prince ; & où la Feste
dure
de
GALAN T.
47
-
dureroit plus d'unjour, ledit Grand
Maistre auroit ſeulement un Plat
de cinq marcs d'argent. Ledit
Prince luy donne de plus une Epée
nue, une Verge blanche, une Lance
au bout de laquelle eſt un Guidon
aux Armes de Dauphiné , & un
Anneaud'or.
La meſme année 1340. le 26.
d'Aouſt , Geofroy de Clermont,
Fils d'Eynard , preſta 'hommage
en perſonne à Charles premier
né de France , & Dauphin de
Viennois. Pareils hommages ont
eſté rendus par les Heritiers du
Nom & Armes de cette Maiſon
le 17. Mars 1411. le 13. Fevrier
1447. le 9. Decembre 1496. &
enfin ledernier 21.Fevrier 1646.
Mais la Maiſon de Clermont
n'a pas eſté moins illuſtre par ſa
pieté que par ſa Nobleſſe , car il
ſe voit par une Bulle de l'an
1120.
48 MERCURE
1120. que Philippe Bourdin Antipape
, ſoûtenu & protegé par
l'Empereur Federic, ayant voulu
entrer de force dans le Siege
de Rome , Eynard de Clermont
II. du nom , leva une Armée à
ſes deſpens, défit l'Antipape , &
malgré les divers obſtacles de
l'Empereur , conduifit heureuſement
à Rome Calixte II . Archeveſque
de Vienne , canoniquement
éleu Pape , & l'établit
paiſible dans le Trône de Saint
Pierre. Ce Pape pour reconnoître
ſelon fon pouvoir une fi illuſtre
Action, accorda audit Eynard
& à ſes Succeſſeurs, la permiffion
de toucher les Corps
Saints , & tout ce qu'il peut y
avoir de plus conſacré , à la reſerve
des Vaſes deſtinez au prétieux
Mystere de l'Autel. Le
mefme Pape , pour honorer en
tout
GALANT.
49
tout ce qu'il pouvoit Eynard &
les Siens, ſouhaita qu'il priſt pour
Armes celles de l'Eglife, en portant
dans ſon Ecu deux Clefs
d'argent en Sautoir, & pour Cimier
, une Tiare Papale , avec
ces mots pour Deviſe , Et fi omnes,
ego non. Ainfi changerent
les Anciennes Armes de Clermont
, qui estoient un Soleil fur
une Montagne .
C'eſt cette adinirable Pieté
jointe à l'ancienne Nobleſſe de
cette Maiſon , qui a donné des
Grands - Maiſtres de Malthe ,
tant de Bien- faicteurs à diverſes
Abbayes& à tant de Monaſteres
, tant de grands Hommes à
l'Etat , des Chambellans , des
Ducs & Pairs , & de bons & fidelles
Serviteurs au Roy
De ce nombre fut Laurens de
Clermont , Fils de Bernardin
Septembre. C
50
MERCURE
Vicomte de Talard , & d'Anne
de Huffon Comteſſe de Tonnerre
, tué à la Bataille de Cerifoles.
Antoine de Clermont, Grand
Maiſtre des Eaux & Foreſts de
France, Chevalier de l'Ordre du
Roy ,& fon Lieutenant General
en Dauphiné , Savoye &
Breſſe. Il épouſa Françoiſe de
Poitiers. 2
ClaudedeClermont , Chevalier
de l'Ordre du Roy , CapitainedeCinquante
Hommes d'Armes
de ſes Ordonnances , tué à
Moncontour.
Henry de Clermont ſon Frere,
marié à Diane dela Marck, Fille
deMonfieur le Ducde Boüillon,
&Doüairierede Nevers. Il eſtoit
Capitaine d'une Compagnie de
Gendarmes , Gouverneur de
Bourbonnois, & Colonel del'In
fanterie
GALAN T.
51
fanterie de Piémont. Il fut bleſſe
à la Rencontre de Jarnac,& por
toit la Cornete Blanche de Monſieur
le Duc d'Anjou .
Charles-Henry de Clermont
ſon Fils,qui par ſes longs & agrea .
bles ſervices mérita de Henry le
Grand le Brevet de Duc aux
Comtez de Clermont & de Tonnerre
, & d'eſtre Lieutenant de
Roy en Bourgogne. Il fut fait
Chevalier de l'Ordre à la Promotion
de 1633. & épouſa Catherine
- Marie d'Efcoubleau ,
Soeur de Monfieur le Marquis
de Sourdis , & Niéce du Cardinal
de ce nom.
De ce Mariage heureux en
toutes façons, fortirent pluſieurs
Filles, & cinq Fils , ſçavoir,
Antoine de Clermont , Baron
de Chanemoine , qui contribua
fort à la levée du dernier Siege
3
52
MERCURE
de Guife . C'eſtoit le Cadet de
tous.
Henry de Clermont, Chevalier
de Malte , tué devant Joinville
.
Claude- Henry de Clermont
de Luxembourg, Duc de Piney,
& Pere de Charlote de Clermont
de Luxembourg , aujourd'huy
Femme de Monfieur le
Ducde Luxembourg , de l'Illuſtre
Maiſon de Montmorency-
Bouteville , aſſez connu par les
grads ſervices qu'il rend actuellement
au Roy & à l'Etat .
Rogerde Clermont , Marquis
de Crufy , Marefchal deCamp,
& Pere de pluſieurs Enfans qui
ont déja de tres - confiderables
ſervices ſoit dans les emploisde
la Guerre , foit dans les Charges
de la Maiſon de Sa Majeſté.
(Monfieur l'Eveſque de Fréjus
10 dont
: 53
GALAN T.
-
خ
dont je vous apprens la mort en
eſtoitl'un . )
Et François de Clermont Mareſchal
de Camp , qui comme
aiſné de tous , eft Comte & Duc
nommé des Terres de Clermont
&de Tonnerre. Ila eſté Lieutenant
de Roy en Guyenne , a
commandé les Armées en Rouffillon
& fur les Vaiſſeaux de Sa
Majesté , & conduit la Nobleſſe
de Dauphiné en Italie avec atutant
de valeur que de fuccés. Il
fut honoré de l'Ordre du Roy
dans la derniere Promotion faite
aux Auguſtins de Paris , & joült
aujourd'huy , dansune glorieuſe
Vieilleffe ,& dans une des plus
belles Maiſons du Royaume , de
tous les titres , honneurs & prérogatives
de ſes Peres & de fon
Illuſtre Maiſon .
Il a deux Fils , François de
Gij
14
MERCURE
Clermont , Docteur de Sorbonne
, Eveſque Comte de Noyon ,
& Pair de France , qui par fon
mérite extraordinaire s'eſt attiré
de nouveaux bienfaits du Roy,
quiluy a donnédepuis peu l'Abbayede
S. Martin de Laon, poffedée
preſque toûjours par des
Cardinaux , & Antoine de Clermont
, préſomptif Heritier de la
Maiſon , & Pere du jeune Marquis
de Tonnerre , qui n'ayant
encor que vingt& un an , a déja
fait pluſieurs Campagnes , où
il a toûjours eu l'avantage de ſe
fignaler. Il fut bleſſé d'un coup
de Mouſquet à la Bataille de Senef,
d'un coup de Piſtolet au vifage
à Saint Guilain ,& eut une
contufion fort ſenſible à la priſe
de Valenciennes .
J'ay une autre mort à vous ap-
- prendre. C'eſt celle de Madame
d'Emery,
GALANT.
5.5
d'Emery , Veuve de feu Monſieur
d'Emery , autrefois Sur- Intendant
des Finances. Elle eſt
morte au commencement de ce
mois , âgée de 79 ans. On ne
peut rien dire d'elle qui ne ſoit
au deſſous de fa vertu. Elle ne
s'eſt jamais laiſſée ébloüir ny aux
grandeurs de Monfieur d'Emery
, ny aux richeſſes de fa Famille.
Sa modeftie a toûjours eſté
égale , & fa pieté exemplaire.
Quoy qu'elle fuſt belle & bien
faite , elle a commencé à faire
paroiſtre un entier mépris des
chofes du mondedés ſes premieres
années , & elle ne s'eſt point
démentiejuſqu'à la mort.C'étoit
une charité admirable pour ceux
-dont elle connoiſſoit les neceffitez
, & le fecours qu'elle leur
preſtoit dans leurs beſoins eftoit
le ſeul bien qu'elle eſtimoit. Feu
Cij
16
MERCURE
Madame de la Vriliere eſtoit fa
Fille; & ainſi Monfieur le Marquis
de Chafteauneuf Secretaire
d'Etat , & Monfieur le Comte
de S. Florentin ſon Frere , font
ſes Heritiers. Si vous voulez que
je vous entretienne de ſa Maifon,
je vous diray que feuMonfieur
le Camus éponſa uneMarie
Colbert , & en eut quatre
Filles & fix Fils L'aiſnée
estoit Madame d'Emerydontje
vous parle. La ſeconde futoma
riée àMonfieur le Roux Maiſtre
des Requeſtes. La troifiéme ſe fit
Carmelite , & la derniere épouſa
Monfieur Pelot , aujourd'huy
Premier Préſident du Parlement
deRoüen .
-L'aiſné des Fils fut Monfieur
le Camus, Conſeiller d'Etat, Pere
de Monfieur le Premier Préfident
de la Cour des Aydes , de
Monfieur
GALANT. 57
:
Monfieur le LieutenantCivil de
Monfieur de Mongrolles Maiftre
des Comptes, & de Monfieur
l'Eveſque de Grenoble .
Le ſecond, autrefois Préſident
des Comptes, & depuis Conſeiller
d'Etat , & Intendant de Juſtice
dans l'Iſle de France , & Controlleur
des Finances , fut Pere
de Madame de Manevilete .
Le troifiéme , apres avoir eſté
Procureur General de la Cour
des Aydes , ſe fit Preſtre , & eft
morten ſervant les Pauvres .
Le quatriéme a eſté Maiſtre
des Comptes à Grenoble , & eft
mort fur- Intendant des Baſtimens
de France .
Le cinquiéme ſe fit d'abord
Conſeiller au Grand Confeil , &
prit en fuite la Charge de Procureur
General de la Courdes
Aydes , dont il s'est défait al 38
C V
58 MERCURE
Le ſixiéme a efté Conſeiller
au Parlementde Paris ,& depuis .
Intendant de Juſtice en Champagne.
Ces deux derniers ſont
encor vivans . Monfieurle Camus
leur Pere eſtoit ſi riche , qu'il
s'eſtoit conſervé quatre-vingts
mille livres de rente , apres leur
avoir fait à tous des avancestresconſidérables.
Vous connoiſſez Monfieur
l'Abbé de Maupertuis. Le Roy
luy a donné l'Abbaye de Saufſeufe,
vacante par la mort de Mõ
fieur l'Abbé Daguille. Il eſt Doteur
de Sorbonne.Mr.de Maupertuis
ſon Pere fut tué au Siege
de Giry à la teſte du Regiment
de Picardie,apres avoir fait trente
cinq ou trentefix Campagnes..
Deux de ſes Freres ont auſſi été
tuez , l'un à la Bataille de Senef,
&l'autre fix ſemaines apres , à la
defenfe
GALANT.
59
defenſe de Grave. Le premier
eſtoit Lieutenant aux Gardes ;
& le ſecond , Capitaine dans
Normandie. Il luy en reſteencor
un , qui eſt Monfieur de
Maupertuis Lieutenant de la
Compagnie des Mouſquetaires
Blancs. Je vous ay déja parlé de
luy en vous entretenant du Siegede
Valenciennes. Il entra des
premiers dans cette Place , &
il y fut mefme longtemps avant
que les Troupes y entraffent.Ce
n'eſt pas la ſeule Occaſion où il
ſe ſoit fignalé. Ils font de la
Maiſon de Melun.Celuy qui eft
nouvellement Abbé de Sauffeuſe
, emporta le Prix de Proſe de
l'Académie il y a deux ans .
Je vous envoye une Fable de
ce ſtile aisé que vous aimez tant,
& dont je ſçay que la Moralité.
vous plaira. Elle ſervira d'avis
aux Médiſans. FA
60 MERCURE
FABLE DE LA PIE
d'un feuillage
Attiraparfon ramage
ET DU ROITELET
Dansl'épaisseur Pie en belle humeur ...
Les Oyſeaux du voisinage..
Là, voyant maint Auditeur
Charmé de son bean langage
Elle en jafa davantages 2191
C'estoit un esprit coquet
Sans reſpect de parentagepleng
:
Qui camfoit en Perroquet
છઠ્ઠ 33
7:
D'amitié,de compérage
Chacun avoit sonpaquet.
Eftant donc d'humur à rire ,
Ellefit une Satire
Contre l'Aigle&le Corbeans نا
Puis danbant fur l' Etourneau ,
Sur le Geay ſurle Moineau 2
Elle eut quelque chose à dire
Sur chaque espece d'Oyseau.
Selon elle la Linette
N'avoit ny game ny note...
Afon
GALANT. 6г
1
1
Ason gré le Rossignol
N'avoit pas la voix fort belle.
L'Aloüette&l'Hirondelle
Nesçavoientrient au prix d'elle
Dans becare&dans bemol..
Al'ouir la Tourterelle
N'estoit chaste ny fidelle.
Le Perroquet Sans raiſon :
Sans esprit&fans cervelte
Eftoitfait comme un Oyson.
Mesme un jour la Demoiselle
Soûtenoit furfon Ormeau ,
Quele Pan n'estoit pas beau ,
Quoy qu'en dist mainte femelle...
Elle jasoit sur ce ton ,
Lors qu'un petit * Berrichon
Qui fortoit de son buiſſon .
Entendit la babillarde ,.
Et se dreſſant sur l'ergot ;
Vrayment , luy dit-il, Margot,
Vous faites bien la gaillarde.
Sus donc , la Femme de bien ,
Puis que vous n'épargnez rien
Dansvostre humeur libre &franche
Tournons,fur vous l'entretien.
La, la, nous vous voyons bien د
2
**Roitelet..
Yous
62 MERCURE
Vous n'estes pas toute blanche..
Aprensd'icy , Médifant ,
Que le plus petit Plaisant
Te peut donner la revanche..
L'Air qui ſuit eſt de la compoſition
de Monfieur Merieux.
Voicy les Paroles.
AIR NOUVEAU.
AMispuis que
Mispuis que Bacchus nous afſfemble
en ce jour,
Chafſſons l'amoureuse folie.
Beuvons, c'est le moyen de paſſer noftre
vie
Sanseftre afſujettis aux rigueurs de l'Amour
Un bon Beuveur ne doit pas craindre
Lefoible pouvoirde ce Dieu;
Plus IAmour allume ſonfeu ,
Plus il doit boire pour l'éteindre.
Sçavez - vous , Madame que
les Lettres que je vous écris ,&
qui
GALANT... 63
qui courent toûjours le monde
fous le titre de Mercure , ont
panſé eſtre caufe d'un Mariage
fort mal afſorry ? Voicy ce qu'on
m'en apprend. Une aimable &
jeune Perſonne,retirée dansune
Maiſon de Campagne avec une
de ces Meres qui veulent eſtre
abſoluës dans les choſes meſmes
où la Juſtice borne le plus leur
autorité, vivoit fans aucun autre
plaifir ſenſible que celuy de la
Chaffe , & de la Lecture. Un
Juſte -à- corps , une Cravate , &
unBonnet garny de Rubans en
plumes , estoient l'équipage où
elle ſe montroit le plus . Elle y
eſtoit toute belle , & l'adreſſe
qu'elle avoit à manier un Fufil,
furprenoit tous ceux qu'elle en
rendoit les témoins. Il en coûtoit
la vie à quelques Perdrix felon
la ſaiſon . C'eſtoit ſon divertiſſe
ment
64 MERCURE
1
ment d'exercice . Les Livresl'occupoient
affez ordinairement
dans ſon repos. On luy envoyoit
toutes les Nouveautez qui s'imprimoient
; & le Mercure eſtant
devenu à la mode , fut bientoft
entre ſes mains. Elle en lifoit un
jour un Volume qu'on luy venoit
d'apporter , quand un bon
Vieillard des environs , que fa
Mere voyoit aſſez rarement , interrompit
ſa lecture par une viſite
qu'il luy rendit. Il pria cette
belle Perſonne de continuer.
Elle ne ſe le fit pas dire deux
fois . Le Mercure luy plaifoit plus
que la coverſation du bonHomme
, & jamais priere ne luy fut
faite plus à propos. Elle lifoit
avec tant de grace, que le Vieillard
commença de la regarder
avec plus d'attention qu'il n'avoit
fait jufque-là ; & comme
elle
" GALANT. 65
elle ne pût achever à cauſe d'une
Dame qui furvint , il la pria
de ſouffrir qu'il vinſt écouter le
refte le lendemain. Il n'ymanqua
point. Il ſçeut qu'elle recevoit
tous les mois un livre fem
blable. Grand ſoin de venir toû-
-jours prendre part à cette lecture.
Ses vifites n'eſtant pas réjoüiſſantes
pour la Belle,elle voulut
fe charger de luy envoyer
fon Livre , mais il luy dit que
quoy qu'il le trouvaſt fort divertiffant
, les nouveautez qui le
cõpoſoient luy plairoient beaucoup
moins dans une autre bouche.
Cela eſtoit galant pourun
Homme de fon âge. Il avoit
quatre -vingts ans ; & une Niece,
particuliere Amie de la Belle,
eftoit ſa ſeule Heritiere .. Elle la
prioit inutilement de la défaire
des viſites de ſon vieil Oncle .
II
66 MERCURE
Il luy en rendoit de tres- régulieres
au comencement de chaque
Mois , & toûjours avant
qu'on luy eut envoyé ſon Livre.
Il faiſoit plus . Apres en avoir entendu
la lecture entiere , il venoit
de temps en temps ſçavoir
fi quelques Gens de fa connoiffance
eſtoient nommez dans les
Articles de Guerre. Son âge excuſoit
ſon peu de mémoire. II
avoit afſſez veſcu pour en manquer
, &la Belle ne ſe chagrinoit
que de ce qu'il n'oublioit
point le chemin de ſa maiſon ;
mais elle apprit au bout de quatre
ou cinq mois ce qui l'obligeoit
à venir ſi ſouvent demander les
mefines chofſes . Il avoit encor
plus regardé qu'écouté , & tout
vieux qu'il eſtoit , la Belle luy
avoit échaufé le coeur. Il ſe réfolut
à s'expliquer. Il trouva la
Mere
GALANT.
67
Mere ſeule , & aprés s'eſtre informé
où eſtoit ſa Fille, illuy dit
qu'il luy devoit beaucoup de
lectures , & que luy & la moitié
de fon Bien estoient deſtinez
pour l'acquiter. Il eſtoit fort riche.
La propoſition plût à la
Mere. Quatre-vingts ans luy
ſembloient un âge admirable.
Elle avoit de l'eſprit , & tourna
ſi bien le Vieillard, qu'il ſe montra
preſt à ſigner ſur l'heure.Elle
répondit du conſentement de ſa
Fille , manda le Notaire du Village,
le fit écrire , & il achevoit
ce qui eſt du ſtile ordinaire,quãd
laBelle entra dans ſaChambre
fans ſçavoir qu'on la marioit. Jugez
de ſa ſurpriſe. On luy donna
la plume pour figner apresle
Vieillard. Elle s'excufa, demanda
du temps , voulut s'en aller,
*& entendit de ſa Mere je-ne-
Içay
68 MERCURE
ſçay quelles paroles accompagnées
de regards ſi menaçans ,
qu'intimidée , interdite , & fans
trop ſçavoir ce qu'elle faifoit ,
elle figna comme on le voulut.
LeVieillard qui crût que ce premier
chagrin paſſeroit,luypromit
tout le bonheur qu'elle pouvoit
efperer;& à l'entendre, l'âge luy
avoit apporté ſi peu d'incommoditez,
qu'elle ne le devoit regarder
que comme un Homme de
quarante ans.Il emporta le Contract
ſigné. On prit jour pour le
Mariage , & on n'en donna que
quinze à la Belle pour s'y réſoufoudre
. Elle pleura , ſe repentit
mille fois de la complaiſance
qu'elle avoit euë pour ſa Mere,
&ne fut ſenſible à aucun des
avantages qu'elle rencontroit
dans ce Party. On eut beau luy
dire que le bon Homme ne po
voic
GALANT. 69
T
Π
voit vivre long - temps . Trois
mois avec luy eſtoient pour elle
un fupplice épouvantable ; &
comme il ne paſſoit plus aucun
jour ſans la venir voir , tout ce
qu'il luy diſoit redoubloit tellemen
fon averſion , que fi elle ne
luy répondoit rien de fâcheux
par le reſpect qu'elle devoit à fa
Mere , elle faiſoit affez connoiſtre
par ſa fombre humeur combien
ce Mariage luy déplaiſoit .
Le Vieillard eſtoit aveugle , & il
ſe flatoit juſqu'à croire que quãd
il l'auroit épousée , il trouveroit
le moyen de s'en faire aimer. Le
temps fatal arriva. La Belle s'en
montra deſeſperée , & fit fi bien
par ſes pleurs, qu'elle obtint huit
jours de retardement , au grand
regret du bon Homme qui étoit
tres-impatient dans ſes amours,
Cependant la Mere qui avoit
quel
70
MERCURE
quelque teinture de devotion ,
ne pût voir l'obeïſſance forcée
de ſa Fille , fans avoir ſcrupule
de la violence qu'elle luy faiſoit .
Un remords de confcience la
prit. Elle voulut confulter les
Cafuites , & fous prétexte de
quelques Amies qu'elle avoit à
voir , elle quitta ſa Fille pour
quelques jours , & alla dans une
Ville prochaine s'éclaircir de
ſon ſcrupule. La Belle employa
ce temps à chercher par où ſe
défairede fon Vieillard. Elle en
imagina un moyen. Il ne rompoit
pas tout-à-fait l'affaire,mais
il la mettoit en pouvoir de la reculer
, & c'eſtoit beaucoup, que
gagner du temps. Son Amie ,
heritiere du bon Homme , ne
pouvoit ſe conſoler de fon Mariage
. La belle l'alla voir dans
ſon équipage de Chaſſereſſe ,
l'affura
GALANT. 71
l'aſſura quelle ne ſeroit jamais ſa
Tante , & l'ayant appaiſée par
cette promeffe , elle la pria de
luy donner un Habit de fon
Maryſans s'informer de ce qu'el.
le avoitt deſſein d'en faire. Cette
Niéce étoit mariée depuis
deux ans à un Officier du Roy
qui ſervoit alors fon Qartier. Elle
confentit à tout ce que fon
Amievoulut , luy donna l'Habit
d'Home qu'elle demadoit,la con
duiſit juſqu'à une Porte de derriere
qu'elle luy promit de tenir
ouverte , & attendit ſon retour
pour eſtre éclaircie de ce qu'elle
avoit projetté. La belle fortit
avec une Fille à elle qui l'accom.
pagnoit , gagna un petit Bois
qui n'eſtoit pas éloigné de cette
Maiſon, ſe travestit ,& ſe mit au
guet pour découvrir le Vieillard
qui devoit neceſſairement paffer
72
MERCURE
fer par ce petit Bois. Elle luy
avoit donné rendez-vous chez
cette Niéce ſous prétexte de
luy faire figner le Contract, l'affurant
qu'elle y estoit diſpoſée,
& que l'amitié qui les uniſſoit ,
l'avoit emporté ſur le chagrin
que ce Mariage luy devoit donner.
Le bon Homme qui craignoit
les plaintes d'une Heritiere
trompée avoit reçeu cette nouvelle
avec joye , & venoit ſeul
chez ſa Niéce en ſe promenant,
quand la Belle ſe cachant le viſage
avec un Loup , luy preſenta
le Fufil. Il crût qu'on n'en
vouloit qu'à faBourſe,& il ſe pre,
paroit à la doner ; maison luy fit
quiter ſes Habits , & il falut qu'il
ſe dépoüillaſt .Il ne les eut pas fitoſt
donnez,que la belleVoleuſe
s'enfonça dans le creux du Bois.
Elle y reprit fon premier équipage
GALANT.
73
page de Chaffereſſe , gagna la
fauffe Porte qu'elle avoit prié
qu'on ne fermaſt point, & apres
avoir conté à fon Amie le tour
qu'elleavoit joüé aubon Home,
elle fongea à partager le butin.
La Bourſe , &une Montre qui ſe
trouva dans ſa poche , furent
pour la Niéce. LaBelle ſe contenta
du Contract qu'elle emporta,
fort reſoluë den'en point
figner d'autre , quoy qu'on puſt
faire pour l'y obliger. Le Vieillardne
ſe vanta point de fon
avanture , & vint dés le lendemain
chez ſa Maiſtreſſe . Les reproches
qu'elle luy fit de ne s'e-
Are pastrouvé au Rendez - vous,
Lobligerent àluy dire qu'il avoit
fa peu, de mémoire , qu'il ne ſe
fouvenoit plus où il avoit mis le
Contract', mais qu'il ſeroit aiſé
d'en refaire un autre. La Mere,
Septembre. D
74
)
MERCURE
arriva dans ce meſme temps ; &
comme les huitjours expiroient,
l'amoureuxVieillard la preſſa de
vouloir conclure. Elle le laiſſa
partir ſans luydonner de réponſe
poſitive. Ceux qu'elle avoit
confultez , luy avoient fait un fi
grand crime de l'injuſte autorité
qu'elle ufurpoit , que les malheurs
qu'elle endevoit craindre
luy firent peur. Elle s'en expliqua
avec ſa Fille; dont elle ceffa
de contraindre les volontez . Le
Contract étoit la ſeule choſe qui
l'embaraſſoit. Sa Filleluy fit voir
qu'elle n'avoit rien à craindre de
cecoſté-là. Il fut mis au feu , &
quand le Vieillard vint demander
jour pour terminer , la Mere
l'ayant reçeu froidement , & la
Belle luy ayant dit à l'oreille
qu'on s'eſtoit contenté pour la
premiere fois de le dépoüiller ,
mais
GALANT. 75
mais qu'il luy pourroit arriver
pis , s'il s'obſtinoit à eſtre amoureux
, il entendit ce qu'on luy difoit
,& ſe retira ſans faire bruit.
Il apprit quelque temps apres
que cetteaimable Perſonne étoit
le Voleur quiluy avoit fait quitter
ſes Habits. Comme il eſtoit
revenu de ſa paſſion , il ne puſt
luy vouloir de mal d'avoir tout
faitpour rompre un engagement
qui luy faifoit peine. Un coup ſi
hardy la fit admirer.Sa Mere l'en
gronda d'abord , & luy pardonna.
Le perſonnage qu'elle joüa
dans le Bois eſt extraordinaire
pour une Fille ; mais quel ragoût
qu'un Mary de quatre - vingts
ans,& que n'oſe- t'on point pour
trouver moyen de s'en garentir !
La belle Chaſſereffe dont je
viens de vous conter l'Avanture
, n'eſtoit pas du ſentiment
Dij
76
MERCURE
de celuy qui a fait ces Vers .
CONTRE LA CHASSE
du Lievre.
EDOMSONNET.
C
E Liévre intimidé qui court dans
cette Plaine,
Preſſé de ton Levrier & poursuivy du
mien ,
Est un maigre ragoust où je ne trouve
rien,
Soit qu'il puiſſe échaper, ou qu'enfin on le
prenne.
L'ay pour ce paſſe temps une invincible
haine
Il nous cauſe toûjours plus de mal que de
bien ,
Et sefatiguer tant pour voir courir un
Chien,
C'est un chien de plaisir qui n'en vaut
pas lapeine.
CetteChaffe en un mot a pour moy peu
d'apas,
८
Ie
GALANT.
ブズ
Ie ne sçaurois me plaire à perdre tant de
pas,
Etrenonce aux douceurs ois Diane pré
fide.
D'un Liévre dans un plat je tire plus de
fruit.
Ilm'offre ators un bien & durable & fo
lide,
Mais levoir quand il court , c'est un
plaisir qui fuit.
Ceux qui cherchent les plaifirs
fans peines, feroient bien de
ne s'embarquer jamais avec l'Amour
, car c'eſt une Mer ſujete
à de grands orages. Les périls
en font agreablement reprefentez
dans ces Stances que je vous
envoye. Je n'en connois l'Autheur
que ſous le nom d'Alci
don. Je ne ſçay ſi elles ont déja
couru, mais je ſçay qu'elles méritent
fort d'eſtre
veuës.
Diij
78 MERCURE
A LA BELLE DISEUSE
de Bonne- Avanture .
STANCES. S
Pour Monfieur M. à MademoiſelleB.
BEll
& ſcavante Iris , dont l'esprit
admirable
Perceparses clartez la nuit de l'avenir,
Souffrez que sur un point affez confiderable
,
Ie puiſſe vous entretenir.
Vous avez veu ma main , & vous avez
pû lire
La noble paſſion qui regne dans mon
coeur;
Ainfi vous connoiſſez l'objet de mon ardeur
,
1
Sans qu'il soit là- deſſus besoin de vous
rien dire.
Parlez-moy donc fincerement,
Dois-je faire un heureux voyage,
Et dans ce doux embarquement,
Ne
GALANT. 79
Nefuis-je pointmenacé du naufrage?
Voussçavez à quels vents un coeur est
exposé,
Quand aux vagues d'amour il s'est ofe
commettre.
Helas ! me puis-je bien promettre
QuemonVaiſſeaun'enferapointbrifér
Il est vray , la tempeste & les coupsde
l'orage,
Ne font pas les coups que je crains.
le fers une beauté qui n'est pas si sau
vage,
Et qui n'a pas toûjours la foudre dans
les mains.
Mais il est quelque chofe encor de plus
funeste
Pour un coeur qui ſçait bien aymer,
Quelque chose qui paſſe & la haine &le
refte
Dece qu'on craint fur cette Mer.
Il est un certain calme aux Amans fi
contraire,
Que fait l'indiference & l'ingrate froideur
D. iiij
80 MERCURE
Dont s'arme à contre-temps une Beauté
Severe,
Et c'est là ce qui me fait peur.
Des pleurs & des soupirs en vainnous
cherchons l'aide
Lors que ce caline arreſte nos amours,
Envain de tous les Dieux nous briguons
lesecours ,
Ilfaut périr, le mal estsans remede...
Ah! fi de ce malheur, vous lifez dans les
Cieux
Qu'un Aftre cruel me menace ,
Aunom de cet éclat qui brille dans vos
yeux ,
Détournez,s'ilsepeut,une telledisgrace.
Que dis-je, s'il se peut? belas ! vousSyavez
bien
Que de mon fort vous estes la mais
treffe ,
Et que je compteray ces menaces pour
rien ,
Si lapitié pour moy vousintéreſſe.
Belle Iris , je le dis avec tout le reſpect
Que l'on doit à cet Art on vousfemblez
vous plaire , Pour
GALANT. 8г
Pour deviner monfort , il n'est pas neceffaire
Deprendre un témoin fi Suspect.
Quelques traits qu'en ma main ait for
mez la Nature , 4
Etquel quefoit
le cours des
Cieux10
On nepeut voir que dans vos yeux
Ma bonne ou mauvaise avanture
Monfieur de Seguiran , Premier
Préſident en la Cour des
Comptes , Aydes & Finances
d'Aix en Provence, eſt mort de
puis peu dans ſa foixantiémeannée.
C'eſtoit le troiſième de fa
Famille qui poſſedoitcette grande
Charge de Pere en Fils. On
ne peut s'en acquiter plus glorieuſement
qu'il a fait pour le
ſervice du Roy , & à l'avantage
de la Province. Mais s'il a fait
paroiſtreune haute capacité dãs
la Robe , il ne s'eſtoit pas moins
fignalé dans les Armes , ayant
Dv
82 MERCURE
commandé une des Galleres de
Sa Majesté longteps avant qu'il
fût reçeuPremier Préſident.Les
rencontres où il ſe trouvoit continuellement
expoſé , luy fournirent
d'aſſez belles occafions
de faire éclater ſon courage &
fa bravoure , & il en donna fur
toutdes marques dans unCombat
contre les Eſpagnols , où les
François eurent l'avantage. Ily
fut dangereuſement bleſſe d'un
coup de Mouſquet au travers
ducorps. On nedoute pointque
les incommoditez de cette bleffure
n'ayent de beaucoup accourcy
ſes jours. Se voyant preſt
de mourir,il fit la démiſſion de fa
Charge ſous le bon plaifir du
Roy , en faveur de Monfieur
l'Abbé de Seguiran ſon Frere,
dont la capacité , le mérite , &
la probité , ſont affez connus
pour
GALANT. 83
pour la conſerver à un Fils qu'il
laiſſe âgé ſeulement de huit à
neuf ans , juſqu'à ce qu'il foit en
état de la poſſeder. C'eſt ce jeune
Marquis de Bouc dont il eſt
parlé dans la Relation que je
vous envoyay il y a deux mois de
la Feſte qui ſe fait tous les ans à
Aix. Sa Majesté par une bonté
toute Royale, accorda fon agré--
ment pour cette Démiffion à
Monfieur le Chevalier de Segui.
ran Capitaine aux Gardes , &
Frere de l'un &de l'autre , tant
enconſidération de trente - deux
années de ſes ſervices , que de
ceux de Monfieur de Seguiran
fon Oncle , qui mourut glorieuſement
lors de la repriſe ſur les
Eſpagnols , des Ifles de S. Ho--
noré de Lérins en Provence par
l'Armée du Roy. Feu Meffire
Henry de Seguiran , Pere de
ceux
84 MERCURE
ceux dont je vous parle , avoit
eſté Major General fous Monſieur
de Guiſe au Siege de la
Rochelle,avant que d'eſtre Premier
Préſident de la meſme
Chambre des Comptes. Monfieur
le . Cardinal de Richelieu
qui ſe connoiſſoit en Grands-
Hommes, avoit une eſtime tresparticuliere
pour luy , & il luy
en donna des marques , lors.
qu'en qualité de Grand Admiral
, il l'honora dela Charge de
fon Lieutenant General enl'Admirauté
de Provence. Il eſtoit .
Fils d'Antoine de Seguiran , qui
ayant eſté d'abord Confeiller ,&
enfuite Préfident à Mortier au
Parlement d'Aix , fut enfin Premier
Preſident de la Cour des
Comptes , Aydes & Finances,
&qui eut pour Frere le R. P.
Seguiran Jefuite. Il eſt impoffi...
ble
GALANT .
85
ble , Madame , que vous n'ayez
entendu parler de luy comme
d'un des plus celebres Prédica- I
teurs de fon temps. Il eut l'avantage
d'eſtre le Confeſſeur du
feu Roy.Si vous voulez remon--
ter plus haut pour ſçavoir l'origine
de ceux de cette Maiſon ,
vous les trouverez deſcendus
d'un Melchion de Seguiran Sei
gneur de Vauvenargues, qui fut
un des douze Conſeillers du
Parlement de Provencelors qu'il
fut érigé par Louis XI. en 1501.
Il avoit eu l'honneur quelques
années auparavant, d'eftre Député
avec Monfieur Palamedes
de Fourbin par les Trois Etats
du Païs pour luy preſter hommage
en leur nom , apres que
Charles d'Anjou dernier Comtede
Provence l'eut inſtitué Heritier
audit Comté par fonTeftament
86 MERCURE
tament fait en Decembre 1481..
Ce Melchion eſtoit petit-Fils de
Loüis de Seguiran , qui fut fait
un des fix Préſidens du Parlement
& du Conſeil Eminentque
Loüis II . Comte de Provence
érigea dans la Ville d'Aix en la
place du Juge-Mage,le 14.Aouſt
1415.Je ne vous parle point d'un
Berenger Seigneur de S. Esteve,
dont ce Loüis de Seguiran eſtoit
defcendu, ny de fes autresPré--
deceſſeurs, qui ont tous eſtého--
norez de Charges importantess
dans les Armées des Comtes de
Provence. Il eſt certain qu'ils
viennent des Comtes d'Eſtolberg
en Allemagne , &que l'un
d'eux qui portoit le nom de Seguiran
, eſtant venu en Italie en
1280. & ayant épousé à Genes .
une Dame de la Maiſon de Nigris
, reçeut des Emplois confidéra
GALANT.
87
- dérables de Charles I. Comte
de Provence , Frere de S.Loüis,
lequel épouſa Beatrix , derniere
Fille de Raymond Berenger
Comte de Provence, & fut couronné
à Rome Roy des deux
Siciles & de Naples , d'où il
chaſſa Mauffroy,apres avoir fait
un Traité de Paix avec les Génois.
Les graces que ce Seguiran
en avoit reçeuës , l'obligerent
à le ſuivre en Provence. Il
yemmena ſa Femme , & y établit
ſa Famille qui eſtoit tres- ancienne
en Allemagne . Elle fait
preſentemet pluſieurs Branches
dans leſquelles il y a deux Chevaliers
de Malte , dont l'un eſt
Lieutenant de la Galere Capitane
, & Frere de Monfieur de
Seguiran Ecuyer de Monfieur
de Vendofme Grand Prieur de
France. L'autre eſt Monfieur le
Che
!
88 MERCURE
Chevalier Dauribeau , qui a eu.
l'honneur d'eſtre Lieutenant de
Major d'un Bataillon de laReligion
de Malte en Candie. Il y
reçeut pluſieurs bleſſures , qui
font des témoins irréprochables
du zele qui le faitagirdans les
grandes Occafions.
__Madame de Mariote , Femme
du Préſident de ce nom en la
Cour des Aydes de Montpellier ,
eſt morte aufſi. Elle est d'autant
plus regretée ,qu'eſtant tres bien
faite , & d'un grand mérite , elle
n'avoit encor que quinze ans , &.
eſtoit dans la premiere année de
fon Mariage..
Nous avons perduicy Madame
Freſon , & Madame de Meneblanc.
L'une eſtoit Femme
d'unConſeiller au Parlement,&
L'autre Veuve d'un Maiſtre des.
Comptes.
La
GALANT. 89
ol La Signature de la Paix a
eſté une nouvelle ſi agreable ,
qu'on n'a point voulu en attendre
la Ratification pour en fai
re des réjouiſſances à Thouars .
On s'affembla auſſi- toft qu'elle
fut ſçeuë . Vous croyez déja
voir le Corps de Ville en habit
décent; Cene fut point luy qui
s'aſſembla. Les Dames feules
eurent l'honneur de la Feſte.
Elles commanderent un magnifique
Repas . La Table fut dreffée
far le bord de l'eau aupres
d'une Sauſſaye,& lesTrompetes
marines furent meſlées aux divertiſſemens
qu'elles ſe donnerent.
Vous ſcavez que c'eſt le
veritable lieu de les entendre ,
& qu'elles en ont pris le nom de
Marines.
Je n'oſe croire , Madame , ce
qu'on m'a fait voir écrit de Cavaillon
१० MERCURE
vaillon , Terre du Pape , que le
plaifir qu'on s'est fait d'y lire les
Nouvelles que j'ay ſoin de vous
apprendre , a donné lieu à des
Aſſemblées qui ont enfin formé
une eſpece d'Académie composée
de Perſonne d'un tres-grand
mérite. Ce qu'il y a de certain,
c'eſt que céte Academie a choiſy
quatre jours de la Semaine
pour s'affembler , & que Monſieur
l'Eveſque de Cavaillon en
eſt Directeur. Il est bien fait de
corps & d'eſprit , jeune , & de
qualité.
Monfieur de Saporte y donne
de temps en temps des marques
de cette Etude galante qui
perfectione les honneſtes Gens.
C'eſt un Gentilhomme de Languedoc
qui vit en ce Païs- là en
veritable Sage,& en galant Philofophe
, comme on y a ven vivre
GALANT. 91
vre autrefois le fameux Pettarque.
Monfieur le Protonotaire de
Grace y donne des Leçons tresfructueuſes
, en qualité de ſçavant
Antiquaire. Il les foûtient
par cette quantité de curieuſes
Medailles dont on ſçait qu'il eſt
richement muny,
Les Preceptes Chreftiens y
font infinuez avec beaucoup de
fuccés , par Monfieur de Peruffys
, Gentilhomme d'une vertu
consommée , & veritable imitateur
de celles de Monfieur de
Renty.
Monfieur de Maleſpine donne
dans les Affaires de Palais,&
fait des Raports tres - judicieux
fur les Procés qu'on tâche en
ſuite determiner par les foins
de Meſſieurs de l'Aſſemblée ,
au grand profit de ceux de la
Ville
92
MERCURE
Ville. C'est un Gentilhomme
d'un eſprit tres - éclairé .
La Philofophie n'y eſt pas oubliée
. Monfieur Reymond tresfçavant
Medecin , s'y diftingue
par ſes Conférences fur les Opinions
de Defcartes , & par lë
plaifir qu'il donne à l'égard des
expériences. Quelques jeunes
Gentilshommes y viennent auffi
pour écouter , & pour y faire
voir des Pieces de galanterie .
Mais,Madame, puis que nous
fommes fur les Terres du Pape,
il ne faut pas nous en éloigner
ſans aller juſqu'à Padouë . Vous
y apprendrez la choſe du monde
qui eſt la plus glorieuſe à voſtre
Sexe. On ne dira plus que
les Sciences ſont refervées aux
Hommes à l'exclufion des Dames
, &l'égalité des deux Sexes
ſe prouvera aujourd'huy par
l'exem
GALANT .
93
l'exemple , comme elle a eſté
prouvée depuis quelque temps
par de ſolides raiſons. Il n'eſt
point beſoin de vous dire que
la Maiſon de Cornaro eſt une
des plus puiſſantes de Veniſe. Il
y a peu de Gens quin'en ſoient
inſtruits. Elle eſt diviſée en pluſieurs
Branches, & par tout conſiderable
; j'entens en ſageſſe,
en dignitez , en richeſſes, & en
érudition. Monfieur Cornaro
Piſcopio , Procurateur de S.
Marc ( vous ſçavez qu'il n'y a
que la Charge de Doge qui ſoit
au deſſus de celle cy ) s'eſt toûjours
fait une ſi agreable occupation
des Sciences , qu'ayant
eu deux Filles , il les a portées à
l'Etude dés leur plus bas âge. Je
ne vous diray rien de la Cadete,
quoy que ſes admirables qualitez
la mettent au deſſusdebeaucoup
94
MERCURE
coup d'éloges . Elle est mariće
à l'illuftriffime Vendramino. Je
vous diray ſeulement que fon
Aiſnée qui s'appelle Helene- Lucrece
Pifcopia Cornara , ſçait le
François , l'Eſpagnol , le Latin, le
Grec ancien & moderne , &
l'Hebreu , auffi -bien que l'Italien.
Elle a eu pour Maiſtre dans
le Grec , le ſçavant Abbé Gradenigo
, Bibliotequaire de Saint
Marc. Ces diverſes Langues ne
luy ont ſervy que comme de
Vaiſſeaux avec leſquels elle a
penetrédans les vaſtes Mers des
Sçavans . Elle y a fait de ſi ſurprenantes
acquiſitions , qu'elle s'eſt
renduë aujourd'huy une des
Merveilles de l'Europe. Monfieur
Cornaro fon Pere , furpris
luy-meſme d'un Prodige ſi peu
croyable , ſouhaita qu'elle priſt
les degrez de Doctoratdans l'an
cienne
GALANT.
95
cienne & fameuſe Académie de
Padoüe. Elle demandoit le Dotorat
de Theologie, mais Monfieur
le Cardinal Barbarigo Evêque
de cette Villeeut des raiſons
qui l'obligerent à ne luy accorder
que celuy de Philoſophie.
Ce fut le 25. de Juin qu'elle fit
paroître publiquement combien
elle estoit digne de le recevoir?
Elle piqua deux fois dans Ariſto
te , & en expliqua les Points qui
luy vinrent à l'ouverture du Li
vre , avec une entiere fatisfation
de fon Auditoire , compoſé
d'un grand nombre de Nobles
Venitiens & de Terre- ferme,
& de plus de cent Dames de
qualité qui estoient venuës exprés
à Padouë pour voir une ſi
extraordinaire Cerémonie . Je
croy que c'eſt la premiere Femme
à qui la Couronne Doctorale
96 MERCURE
le ait jamais eſté accordée . On
n'argumenta pointcontr'elle . On
appelle cette maniere de reception
à la Nobilifte. Les Salles du
College ne pouvant ſuffire à l'affluence
du monde , on la reçeut
dansle Dôme , ou Egliſe Cathédrale
. Le Docteur Rainaldini fut
fon Promoteur , & luy donna les
ornemens du Doctorat . Elle s'attira
l'applaudiſſement univerſel.
N'en eſt ce pas aſſez , Madame,
pour avoir auſſi le voſtre , & celuy
de tout le beau Sexe ? Les
Hommes meſmesqui pourroient
avoir quelque jalouſie ſecrete
des avantages de cette admirable
Fille , fe font fait honneur de
contribuer à ſa gloire , & le 15 .
de Juillet, la fameuſe Académie
des Ricorrati s'aſſembla extraordinairement
pour celébrer les
merveilleuſes qualitez d'une Per
fonne
GALANT.
97
১
Capi
fonne ſi rare . Cela ſe fit dans la
Salle des Geans , lieu ordinaire
de leur Aſſemblée , où eſt la Bibliotheque
publique , par les
foins de Monfieur Patin de Pa
ris , aujourd'huy Prince de cette
Académie, & Profeffeur enMe
decine à Padoue. Monfieur le
Podesta , & Monfieur le
taineGrand, s'y trouverent,avec
tout ce qu'il y avoit dans lePaïs
de Cavaliers & de Dames de
qualité. Le même MonfieurPatin
avoit eſté employé à faire
l'Oraiſon funebre du Cavalier
Orfati Profeſſeur en Phyſique
dans la meſme Ville , mort il n'y
a pas longtemps. C'eſtoit un des
plus ſçavans Antiquaires de
l'Europe.
Nous commençons d'entrer
dans l'Automne. Si vous voulez
voir les avantages que cette Sai-
Septembre.
98 MERCURE
fon a fur le Printemps , vousn'avez
qu'à lire ces Vers de Monſieur
de Breteüil de la Lane ,
Lieutenant General du PaïsBas
Armagnac.
ZEPHIRE A FLORE.
F
Lore , contentez vous des Roses&
desLis ,
Dontvos beaux jourssont embellis.
Tout le monde leur rend hommage , 3
Et furlesplus beauxfruits vos fleurs ont
l'avantage.
Confervez cherement tant d'aimables
couleurs,
Qui rendent fi belles vos fleurs ,
Et laiſſez fans regret tous les fruits à
Pomone.
Flore, voſtre Printemps vaut mieux que
SonAutomne.
REPONSE DE POMONE.
ILest wray que fes fleurs embeliffent
nosPlaines
GALANT. AUE
DE
tans,
Dontlaterresepare au retour du Prin
Etque nous luy devons les tresors écla
CYON
temps,
Mais vantez un peu moins des richeffes
fivaines.
L
On voit tomber le Lis la plus belle des
fleurs;
Apeine est-il tombé qu'on le foule fur
L'herbe.
:
Nevous fiez donc point àtoutes vos
couleurs
Flore , &n'en Soyez plus fi fiere &fi
Superbe.
Ce n'est que de mes fruits que l'on doit
faire cas.
L'en charme comme vous l'odorat &la
Et deplus j'offre au gouft des morceaux
délicats,
Dont le Ciel par malheur ne vous a pas
pourvene
Groyez-moy, belle Flore ; avecque moine
de bruit .
Vantez nous la couleur du Lis & dela
N'avoir rien quee des fleurs , c'eft avoir
Rofe.
pen de chofe
Eij
100 MERCURE
Si l'on ne sçait tirer de ces fleurs quelque
fruit.
L'impatience qu'on a de loüer
leRoy ſur la Paix , eſt ſi grande,
qu'on n'attend point qu'on l'ait
publiée, pour donner à ſa modération
les juſtes éloges qu'elle
mérite . Je reſerve beaucoup de
Pieces fur cettematiere pour ma
Lettre Extraordinaire que je
vous promets le 15. d'Octobre.
Je vous en envoye cependant
quelques -unes. Le premier des
deux Sonnets, que vous allez
voir, eſt de Monfieur le Coin de
S. Chaumond en Lyonnois.
そうい
SONNET
SUR LA ΡΑΙΧ
Clater en tous lieux comme un bruyant
Tonnerre
3
D'un
GALANT. 101
D'un intrépide coeur braver tous leshazards
,
400
Voir pleuvoir sur sa teste un orage de
dards ,
Et ſeul Soutenir tout dans une longue
guerre.
Affieger une Ville & la jetter par terre,
RompredesBataillons , forcer mille Ramparts,
Mettreenfuite une Armée , & comme un
nouveau Mars,
Brifer &foudroyertout ce qu'un Camp
referre.
:
Affervir parſon bras cent Peuplessous
fes loix
Enfin dompter l'orgueil des plus fuperbes
Rois,
C'est ce que d'Alexandre entreprit la
vaillance.
T
Mais outre ces hauts faits , d'un Ennt
- my battu ,
Releverpar la Paix le coeur & l'espérace,
C'est ce qui de Louis acheve la vertu.
E iij
102 MERCURE
SONNET.
quand tu mettrois le
CRand Roy , quand tu
mondeſous taloy ,
Tuferois ce que fit autrefois Alexandre ,
Dont levaste courroux réduisant tout en
cendre ,
:
Remplit le Ciel d'horreur , & la Terre
d'effroy.
Si tes Exploits un jourdoivent manquer
defoy,
Si l'Histoire étonnée a peine à lesrépandre
Si ceux qui les ont veus nesçauroient les
comprendre ,
Plusieurs ont eu jadis ceſort là comme
του.
Les Cefars ont gagnédesanglantesBatailles,
Leur bras a renversé les plusfortesmurailles,
Etvaincu millefoisles plusfiers Ennemis.
Mais s'abstenirde vaincre au fort de la
victoire, An
GALANT. 103
An bien deſes Sujets facrifier ſa gloire,
C'eſt où l'on reconnoist nostre Siecle
Loüis .
AUROΟΥ
SUR LA PAIX
Ntout temps,
ENSemblableà
BLIG
LYON
*
18834
en tout lieu , toujours
toy,
GrandRoy, lors que tufais laGuerre,
Tu foûmets àtes Loix les Princes de la
Terre,
Etquand tu fais la Paix , tu leur donnes
la Loy.
Je ne vous avois point parlé
dela mort de Mela Ducheſſe de
Virtemberg arrivée dés l'autre
Mois, parce que je ſçavois qu'on
vous en avoit écrit fort amplemét;
mais puis que vous le voulez
j'y adjoûte ce que j'en puis ſçavoir
de particulier , je vous di
Eij
104
MERCURE
ray , apres vous avoir fait ſouvenir
qu'elle estoit Veuve du Duc
du Ulric de Virtemberg , Frere
du Souverain de cette Illuſtre
Maiſon , qui eſt une des plus
grandes de toute l'Allemagne ,
qu'elle eſt morte en cette Ville
avec des ſentimens d'une réfignation
fi admirable , que ceux
qui l'aſſiſterentdans ſes derniers
momens , connurent bien que ſa
pieté avoit eſté le fondement
des vertus qu'elle avoit fait éclater
pendant ſa vie. Elle fut exposée
ſur ſon lit de parade dans
'Habit du Tiers Ordre de S.
François. Madame la Ducheffe
de Longueville voulant faire paroiſtre
la confidération qu'elle
avoit euë pour le mérite de céte
Princeſſe , luy donna par ſes
prieres les derniers témoignages
de fon affection , & apres avoir
viſité L
GALANT. 105
viſité Madame la Princeſſe Marie-
Anne ſa Fille , elle aſſiſta au
Service qui ſe fit le lendemain à
S. Jacques du Haut-pas fa Paroiffe.
Le Corps fut tranſporté
le foir aux Flambeaux dans le
Couvent des Religieuſes du
Calvaire, où il doit demeurer en
dépoſt juſqu'à ce qu'il foit porté
dans la Principauté de Barbançon
, ſuivant le Teftament de
cette Princeffe , qui a defiré
qu'il fuſt mis dans le Tombeau
des Princes de ſa Famille , qui
font de la Maiſon d'Aremberg.
Cette Maiſon , pour n'eſtre pas.
Souveraine comme celle de Virtemberg
, ne laiſſe pas d'eſtre au
nombre des plus Illuſtres. Cela
ſe juſtifie par la Bulle d'or de
l'Empereur Ferdinand , par laquelle
il ſe voit que les Princes
d'Aremberg font depuis huit :
Ew
106 MERCURE.
cens ans deſcendus ou alliez des
Roys & des plus conſidérables
Princes de l'Europe. Cet Empereur
adjoûte meſme qu'ils defcendent
de Charlemagne l'un
de ſes Prédeceſſeurs,& que céte
conſidération jointe à une infinité
de grands ſervices que
ceux de cette Maiſon ont rendus
à la Chreſtienté dans les
premiers Emplois de la Guerre,
avoit porté l'Empereur Sigifmond
à les faire Comtes de
l'Empire, & que la continuation
de leurs fervices & de leur vertu
l'engageoit luy-mefme à les
élever à la dignité de Ducs de
l'Empire & de ſes Oncles. Madame
la Princeſſe Marie-Anne,
touchée au dernier point de céte
perte , fit ſupplier le Roy par
Monfieur l'Archeveſque de Paris
, de luy faire connoiſtre ſes
inten
GALANT.
107
intentions , pour s'y conformer.
Sa Majesté la fit aſſurer par cet
Illuſtre Prélat,de la continuation
de l'honneur de ſa protection.
Cette pieuſe & fage Princeſſe a
voulu que les premiers momens
où ſon malheur l'a réduit à ſe
voir abandonnée à elle-meſme ,
fuſſent employez à penſer à une
retraite qui pût étre proportionnée
à ſon état& à ſon affliction';
&fous le bon plaiſir de Sa Majeſté
qu'elle a fait ſuplier de l'avoir
pour agreable , elle l'a choifie
dans le meſme Couvent du
Calvaire , où Madame la Ducheſſe
de Virtemberg ſa Mere a
voulu que fon Corps fuſt mis en
dépoſt , afin 'que dans un lieu fi
propre à entretenir ſa douleur ,
elle puſt par ſes prieres continuelles
, donner à la memoire
d'une Perſonne qui luy fut fi
chere,
108 MERCURE
:
chere, autant de marques d'une
veritable tendreſſe , qu'elle luy
en a donné de ſon reſpect & de
ſa ſoumiffion pendant tout le
temps qu'elle a paſſe aupresd'elle.
Ces ſentimens ne pouvoient
répondre plus noblement au zele
& à la douleur qu'elle a fait
paroiſtre dans tout le cours de fa
maladie , tant par ſes ſoins & par
ſes fatigues auſſi loüables qu'extraordinaires
, que par l'excésde
fes larmes & de fon deſeſpoir..
Dans ce Couvent où tant de
bonnes & de pieuſes raiſons
l'ont obligée de ſe retirer , elle a
reçeu les afſurances de la prote-.
ction de la Reyne , les complimens
de Monſeigneur le Dauphin
& de Leurs Alteſſes Royales
, & les vifites des principales
Perſonnes de la Cour. Madame
la Ducheffſe ſa Mere avoit
épousé
GALANT 109
- épousé en premieres Noces le
Comte d'Oſtrat , dont elle a eu
une Fille unique,à preſent Veuve
du feu Kingrave , mort des.
bleſſures qu'il avoit reçeuës au
Siege de Maſtric quelque temps
avant la Levée qui en fut faite.
par les Alliez. De fon Mariage
avec le Duc Ulric deVirtemberg
elle n'a eu auffi que la Princeſſe
dont je vous parle , élevée ens
France ſous la protection de ſa
Majesté par l'entremiſe de la
feu Reyne Mere. Le Roy luy a
toûjours continué cette grace
avec tant d'autres marques de
ſa bonté,qu'il a rendu fon coeur
auſſi zelé & auſſi reconnoiſſant
que ceux de ſes plus fidelles Sujets
. Madame la Ducheffe fa
Mere connoiſſant la vertu& le
bon naturel de ſa Fille la Rhingrave
, auffi- bien que ſes eftabliffe.
110 MERCURE
bliſſemens avantageux , l'a follicitée
par ſon Teftamét d'agréer
un petit Legs ſuivant la coûtume
de ſon Païs,& qu'elle laiſſaſt
cequiluy reſte de Bien à la Princeſſe
Marie - Anne ſa Soeur,pour
luy aider à ſoûtenir le rang où
ſa Naiſſance l'éleve.
J'adjoûte deux autres Morts à
celle- cy. L'une eſt de Monfieur
le Marquis de Courcelles , que
la petite Verole a emporté ; &
l'autre de Monfieur de S.Remy,
autrefois Capitaine des Gardes
de feu Monfieur le Duc d'Orleans
, & Beaupere de Madame
la Ducheffe de Vaujour. Vous
fçavez que Monfieur de Courcelles
estoit Neveu de Monfieur
le Marefchal de Villeroy,& qu'il
avoit eſté Mestre de Camp &
Lieutenant de l'Artillerie.
Puis que vous vous faites un
plaifir
GALANT. III
plaifir des Deviſes , je vous en
envoye quatre nouvelles qui eftoient
dans la Bordure de la
Theſe que Monfieur l'Abbé du
Montal préſenta au Roy il ya
un mois , & dontje ne vous dis
qu'unmotdasma lettred'Aouſt.
Cette bordure eſtoit magnifique
, & voicy à peu pres quel
en eſtoit le deſſein. Elle repreſentoit
une Place fortifiée de
quatre Baſtions,fur chacun defquels
il y avoit une Fleur de Lys,
dont pluſieurs Lys ſortoient.De
Bastion en Bastion on voyoit des
Ouvrages à jour en maniere de
Filagrane , avec une Deviſe au
milieu. Celle de deſſus eſtoit un
Soleil avec cesmots , Non quem
regit orbe minor. Un Arc-en-
Ciel diffipant des nuës , faiſoit
celle qu'on voyoit en bas. Ces
Paroles luy fervoient d'ame,Vincendo
L
112 MERCURE
cendo facit omnia pacis. Celles- cy
accompagnoient la Deviſe qui
eſtoit à un des coſtez , formée
d'un Lyon qui fuyoit, Gloria ejus
terror. Il y avoit de l'autre coſté
un Foudre qui frapoit une Tour,
avec ces mots Eſpagnols,Hiriendo
a uno , amenaça a muchos . Au
deſſus de la Place, au bas du So--
leil , on voit deux branches de
Lys qui ſe joignoient, & qui enfermoient
le Portrait du Roy.
Il eſtoit couvert d'une Glace de
Veniſe , auffi bien qu'une efpece
de Cartouche où eftoient
les Pofitions. Sur le deſſus il y
avoit un Trophée , avec toute
forte d'Armes , un Hercule qui
terraſſoit une Méduse , & dans
le milieu une grande Renommée
avec une Palme à la main.
Aupres d'elle estoient un Lyon
& une Aigle liez en quelque facon
৮
GALANT. II
113
çon , avec ces mots ſur unCartouche,
Victori Belgico. Des Feftons
de Fleurs faifoient l'ornement
de chaque coſté du Trophée
; & un peu plus bas, ſur les
coſtez de la Place, deux Joüeurs
d'Inſtrumens accompagnoient le
Triomphe. Cette Place eſtoit
foûtenuë de deux Figures qui
finiſſoient àdemy en Fleurs , &&
qui ſuportoient les Armes du
Roy , avec les deux Ordres autour.
Je vous en dis affez pour
vous faire concevoir la beauté
de cet Ouvrage , qui fut tresfavorablement
reçeu en Cour,
ainſi que le Portrait de ſa Majeſté
fait par le Sieur Simon
Graveur. Il avoit déja fait celuy
deMonfieur le Prince ,& celuy
de Monfieur l'Archeveſque de
Paris. Ces trois Portraits l'ont
rendu fort recommandable. Jay
fait
114 MERCURE
fait graver les quatre Deviſes.
Vous les trouverez dans cette
Planche . L'Epiſtre de laTheſe
faiſoit connoiſtre que ce qu'on
ne pouvoit dire de beaucoup
de Souverains que par flaterie
, qu'ils eſtoient l'Image de
la Divinité , la verité le faifoit
dire du Roy , non feulement
par cet air de grandeur&
de majeſté répandu ſur
fa Perſonne , mais par cette fageſſe
preſque divine qui eſtoit
née avec luy , fans qu'il euſt eu
beſoin de la puiſer dans les Livres
des Philoſophes ; Que ſi la
Sageſſe conſiſtoit dans l'affemblagede
toutes les Vertus , il n'y
en avoit point qui puſt égaler la
fienne; Qu'il eſtoit peut- eſtrele
premier qui en euſt montré dans
la Guerre; Qu'eſtantoffencé , il
n'avoit point précipité la fatisfaction
Con
quem
Re
atomina
pac
vno
DE
LAV
LYON
E
200
GALANT.
115
Aion qui estoit deuë à ſa gloire ;
qu'il s'eſtoit plaint ; qu'il avoit
menacé , & que par ce temps
donné aux Ennemis pour ſe repentir
, il les avoit fait convenir
de l'équité de ſa Cauſe. Je paſſe
le reſte de cette Epiſtre pour venir
à la Theſe que Monfieur
l'Abbé du Montala ſoûtenuë. Il
ouvrit la Diſpute par une courte
Harangue ſur les Actions de Sa
Majeſte, & apres avoir loüé cette
meſime Sageſſe qui mettoit le
Roy autant au deſſus des Sages,
que les Sages ſont au deſſus du
reſte des Hommes , il s'étendit
fur l'infatigable valeur qui luy
avoit fait entreprendre la conqueſte
des Villes lesmieux forti.
fiées , dans les plus rigoureuſes
Saiſons. Il adjoûta que s'ily avoit
beaucoup de force d'ame dans
ces entrepriſes , celle de ſe vaincre
116 MERCURE
cre ſoy-meſme en donnant la
Paix , eftoit quelque choſe de ſi
élevé , qu'il n'y avoit point d'éloges
qui ne fuſſent infiniment
au deflous d'un pareil triomphe;
Qu'il eſtoit proprement l'ouvrage
de fon grand cooeur ; qu'il n'en
partageoit la gloire ny avec fes
Genéraux , ny avec le nombre
de ſes Troupes ; que Lours LE
GRAND avoitvaincu la Victoire
meſme , lors que voulant rendre
le calme à toute l'Europe, il avoit
remis genéreuſement aux Ennemis
vaincus , & ce que la Victoire
luy avoit acquis ,& ce qu'elle
pouvoitencor luy acquerir. Il fit
voir auffi la terreur que le ſeul.
Nom de ce Grand Monarque
jettoit parmy eux,juſqu'àn'ofer
pas meſme le plus ſouvent attaquer
ceux qui avoient l'avantage
decombattre ſous un ſi redoutabl:
e
GALANT. 117
bleNom.Il en donna pour exempleMonfieur
le Comte duMontal
ſon Pere , qui avoüoit que s'il
avoit fait quelque choſe qu'on
puſt croire digne du Commandement
que Sa Majeſté luy avoit
confié, il endevoit toute la gloire
àceluy qui luy avoit donné l'autoritéde
l'entreprendre, & communiqué
la force de l'executer.
La Theſe fut ouverte parMonfieur
l'Abbé de Biſſy , qui fit
auſſi l'éloge du Roy , & n'oublia
pas Monfieur du Montal , dont
je ne vous marque point icy les
Actions.Vous ſçavez cellesde fa
rentrée dans Charleroy , de la
levée du Siege de cette Place ,
de celle de Maſtric , &dela Bataille
de Senef.La gloire qu'il s'êt
acquiſe dans toutes ces Occafions
eft connuë de tout le monde?
Son nom eft Monſaulnin .
७७
C'eſt
118 MERCURE
C'eſt une tres- ancienne Maiſon
quideſcend d'Ecoffe, & qui s'eſt
alliée à tout ce qu'il y a de plus
grand en Bourgogne. Il y a plus
de trois ans qu'il eſt Lieutenant
General. J'eſtois mal informé du
temps,quand je vous ay dit qu'il
l'avoit eſté fait depuis peu.Madame
ſa Mere eſt de la Maiſon
de Buffy -Rabutin ; & Madame
du Montal ſa Femme , de celle
de Soulages en Roüergue, tresnoble
& tres-ancienne , & alliée
à celles de la Fare , de Luffan , &
àpluſieurs autres des plus confſiderables
de Languedoc. Le
Bonnet de Maiſtre és Arts fut
donné au Soûtenāt par leChancelier.
Cette Ceremonie finit
l'Action .
Si le talent de graver donne
de la réputation aux Hommes, il
faut dire à l'avantage de celles
de
GALANT. 119
de voſtre Sexe, qu'il n'y a point
d'Art où elles ne réüſſiſſent admirablement.
Le Livre de Paftorales
, & d'autres Ouvrages
que nous avons de Mademoiſelle
Stella , luy avoient acquis
déja beaucoup de gloire , mais
elle a fort augmenté l'eſtime
qu'on avoit pour elle , par le
Portrait qu'elle a gravé depuis
peu de Monfieur l'Archevefque
de Paris. Il eſt accompagné
de Figures qui marquent les vertus
de ce grad & zelé Prélat.On
ne peut rie voir de plus achevé.
Mademoiſelle Maſſon la ſuit
de pres dans ce merveilleux talent.
Elle a gravé les Portraits
de Leurs Majeſtez avec une fi
entiere reſſemblance , qu'aucun
trait n'y eſt oublié . J'ay appris
qu'elle travailloit preſentement
à ceux de Leurs Alteſſes Royales.
On
: 120 MERCURE
On a eſté fort effrayé à Avignon
de ce que la Terre y a
tremblé le ſecond jour de ce
Mois. Ce prodige n'a eſté ſuivy
d'aucun defordre. C'eſt un
bonheur que quelques-uns attribuent
au Protecteurdela Ville
S. Agricol , dont on celebroit
ce jour là la Feſte . Quoy que la
Terre y'ait tremblé juſqu'à trois
fois , on pourroit ſe perfuader
qu'il y auroit eu de l'imagination
dans cette croyance , fi la mefme
choſe n'eſtoit arrivée le méme
jour à Arles & à Aix.On venoit
de recevoir nouvelles dans
cette derniere Ville, que le Roy
devoit l'honorer de fa préſence,&
c'eſt là-deffus qu'õ a fait ce
Madrigal. Il eſt de la meſme veine
dont'eſt party le galant Ouvrage
que je vous ay envoyé ſur
lesVers à foye.
MA
GALANT.
121
DELA VIL
Q
Velle joye en cette Province,
Le jour que l'on apprit que fon
auguste Prince,
Qu'onpeut mieuxfurnommer qu'un EmpereurRomain
,
Les Delices du Genre humain ,
Luy vouloit accorder l'honneur de sa
prefence!
Quel transport ! quel raviſſement !
Iepuis dire que la Provence
N'eut point voulu dans ce moment
Se changer pour l'Iſle de France ,
Tant ce bruit fut pour elle un bruit doux
charmant.
Mesme les choses inſenſibles ,
De tendreſſe & d'amour parurent ſufceptibles.
On vit les Rochers treſſaillir ,
La Terre tremouſſa de joye & de plaisir;
Dans l'espoirde porterce foudre de la
Guerre.
L'Onde ſe ſentit émouvoir.
Septembre. F
122 MERCURE
Enfin tout se montra plein d'ardeur pour
levoir.
Et jusqu'aux Vents cachezdans leſein
de laTerre ,
Sortirentpour le recevoir.
Il eſt difficile , Madame , que
vous n'ayez entendu parler des
Bains qu'on va prendre à Aix en
Savoye.Madame Royale y a fait
des dépenſes qui les rendent fi
commodes , qu'avant qu'il foit
peu , il n'y en aura point de plus
fréquentez . Il y a eu cette année
grande compagnie , dont la
Promenade , le Jeu , & les Violons,
ont eſté les divertiſſemens.
Un Gétilhomme d'une des plus
plus conſidérables Maiſons du
Lyonnois , arrivé nouvellement
de Paris,où il s'eſtoit mis en crédit
parmy les Dames , fut bien
aiſe d'y aller chercher quelque
avanture. Son Pere , que quelque
GALANT .
123
que incommodité menoit à ces
Bains , luy propoſa de l'accompagner.
Il ſe fit un plaiſir de ce
court voyage, & alla defcendre
avec luy dans une Maiſon qu'un
Amy qui en eſtoit party depuis
peu , avoit pris ſoin de luy arrefter.
Cet Amy luy avoit fait le dé.
tail de tout ce qu'il trouveroit
d'aimable das le lieu qu'il venoit
d'abandonner,&l'avoit fur tout
averty qu'une fort jolie Perſonne
de Lyon venuë avec ſa Mere
aux Bains , logeoit dans la Maifon
voiſine de celle qu'il avoit
choiſie pour luy,avec tant de comodité,
que come elle prenoit le
frais preſque tous les foirs à fa
feneftre , il pourroit l'entretenir
de la fienne, & ſe ſervir de la liberté
que l'uſage avoit eftablie
dans tous les lieux où l'on s'afſemble
ainſi de tous coſtez pour
Fij
124
MERCURE
un temps ; mais qu'il prift bien
garde à ne pas trop voir une jeune
Blonde de Chambery , parce
qu'il n'y avoit rien de plus dangereux
, foit pour l'eſprit , ſoit
pour la beauté . Comme il luy
avoit nommé l'une & l'autre , le
Cavalier connoiſſoit la Famille
dela premiere , fans avoir pourtant
jamais veu ny la Mere ny la
Fille ; mais pour la belle de Chabery
, il n'en ſçavoit rien autre
choſe ſinon qu'elle estoit fort de
qualité . Le danger que fon Amy
luy avoit dit qu'il pourroit courir
en la voyant , fut ce qui luy
donna plus d'empreſſemet pour
la voir. Il eſtoit bien fait, il avoit
une vivacité d'eſprit admirable,
& s'eſtoit fait eſtimerde tant de
Belles , qu'il ſe mit en teſte de
n'ofrir pas ſes voeux inutilement
à celle-cy.Il vint donc aux Bains
plein
GALANT.
125
plein de ſon idée , & amoureux
d'elle , fion le peut eſtre d'une
Perſonne qu'on ne connoiſt pas.
Dés le jour meſme qu'il fut arrivé,
il regarda pluſieurs fois das
la Ruë,& enfin ſur les dix heures
du ſoir il vit une jeune De-
-moiſelle à la Feneſtre voiſine.
Quoy que l'obfcurité l'empefchất
d'enebien diftinguer les
traits, elle n'eſtoit pas fi grande,
qu'il ne remarquât qu'elle avoit
de la beauté. La galanterie qui
luy eſtoitnaturelle , luy fit chercher
à l'entretenir. Il luy parla
fort civilement. La belle répondit
avec la meſme civilité , &la
coverſation fut bien- toſt nouée.
Il la croyoit de Lyon. Ileſtoit de
la Province , & cela devoit fervir
à establir entr'eux plus de
liaiſon. Ils tomberent inſenſiblement
ſur le chapitre des Belles
Fiij
126 MERCURE
qui estoient aux Bains . Celle de
Chambery ne devoit pas tenir
le dernier rang. Le Cavalier eftonné
de ce que la Belle qu'il entretenoit
ne la nommoit point, la
pria de luy dire ce qu'elle en!
croyoit, & fi on luy en avoit fait
un portrait fidelle , en l'aſſeurant
qu'il la trouveroit une des
plus belles & des plus ſpirituelles
Perſonnes qu'il euſt(jamais
veuës . Elle répondit qu'on ne
pouvoit pas dire qu'elle fut mal
faite , ny qu'elle manquaſt tout -1
à- fait d'eſprit, mais qu'on l'avoit
fort flatée ſi on la faifoit paffer
pour une Perſonne qui ſe fiſt ſi
fort diſtinguer pamyles Belles.
Cette réponſe ne furprit point
le Cavalier. La jalousie eſt prefque
toûjours inſeparable de celles
qui prétendent à laBeauté,
& il crût qu'un peu d'envie luy
avoit
GALANT.
127
avoit fait abaiſſer le mérite de
- l'aimable Perſonne dont il luy
parloit. Il luy firmeſme paroiſtre
quelque choſe de ce qu'il croy+
oit, &il le fit d'un je ne ſçayquel
air intereſſe qui obligea la Belle
à luy dire qu'il falloit qu'il fuft
quelque Amant caché qui venoit
s'inſtruire par ſes yeux fi la Demoiſelle
de Chambery eftoit digne
de ſes hommages. Elle adjouta
mille choſes agreables fur la
béveuë qu'elle avoit faite fans y
penſer,en ne luy parlant pas aſſez
avantageuſement de cette Belle;
& tout ce qu'elle dit fut fi fin , &
ſi agréablement tourné
le Cavalier qui ſe connoiſſoit
en eſprit , fut charmé de celuy
qu'elle fit paroiſtre. Il l'éprouva
fur diférentes matieres. La Belle
qui ſoûtenoit l'entretien admira
blement , revenoit toûjours au
que
Fiiij
128 MERCURE
panchant qu'ildevoit avoir pour
la Demoiselle de Chambery , &
elle luy en faiſoit la guerre d'une
maniere ſi galante, que le Cavalier
qui prenoit feu inſenſiblement,
luy dit avec la meſme galanterie
, qu'il eſtoit vray qu'il
n'eſtoit venu aux Bains que dans
le deſſeinde s'attacher à la Perſonne
qui estoit le ſujet de leur
diférent ; mais qu'apres l'avantage
qu'il avoit eu de l'entretenir
, il ne pouvoit croire qu'elle
approchaft d'elle , & que fi elle
vouloit agréer ſes ſoins , il oublieroit
avec grand plaiſir ce qui
l'avoit amené. On luy fit connoiſtre
qu'une déclaration de
cette force pour une Perſonne
qu'il ne connoiſſoit pas , eſtoit
un peu trop precipitée. Il la ſoûtint,
en diſant à la Belle qu'il eftoit
fort inſtruit & de ſa naiſſance
GALANT.
129
M ce, & du mérite de fa Perſonne;
qu'il ſçavoit qu'elle estoit de
Lyon , & qu'il avoit des Parens
qui avoient pris alliance dans ſa
Famille . La Belle qui s'eſtoit fait
un fort grand plaifir de cette
- premiere converſation , ſe contenta
de répondre qu'avant que
d'aller plus loin dansles proteftations
qu'il commençoit à luy
faire,elle vouloit qu'il viſt ſa Rivale
; que cette Rivale devoit
eſtre le lendemain dans une
Compagnie où il luy ſeroit facilede
trouver accés ; qu'il l'examinaſt
; & que le foir , felon ce
qui luy en auroit paru , il pourroit
luy dire à ſa feneſtre dans
quels ſentimens il feroit pour l'une
& pour l'autre. Elle ſe retira
enmeſme temps , & ne voulut
point écouter la priere qu'il luy
faiſoit de le diſpenſerde l'épreuca
Fv
130 MERCURE
ve qu'elle exigeoit de ſa complaiſance.
En effet il luy avoit
trouvé tantd'eſprit, & ceque fon
Amy luy avoit dit de ſa beauté,
luy endonnoitdes idées ſi avantageuſes
, qu'il n'eſtoit plus en
état de croire qu'aucune autre
méritât mieux ſon attachement .
Il croyoit juſte. C'eſtoit la Belle
meſme de Chambery qui venoit
de luy parler. La Lyonnoife
eſtoit partie des Bains pour des
affaires preffantes , deux jours
apres ſon Amy , & cette premiere
occupoit fon Apartement depuis
fon depart. L'envie qu'elle
avoit de ſe divertir de fon erreur,
luy fit épier l'occafion de le voir
ſans en eſtre veuë. Ainfi elle
eſtoir au guet quand il ſortit le
lendemain au matin. Elle obferva
ſon viſage ,& fi elle avoit été
fatisfaite de ſon entretien , elle
4 1 ne
GALANT
131
ne le fut pas moins de fa Perfonne.
Dés qu'elle eut diſné , elle ſe
rendit où elle luy avoit dit qu'elle
devoit eſtre . Il y vint quelque
temps apres , & l'ayant entenduë
nommer, il s'approcha d'elle.
Il luy trouva beaucoup de beauté
, mais moins qu'il n'auroit fait
s'il n'euſt pas eſté préoccupé
1 d'elle - mefme ſousun autre nom.
Il luy dit pluſieurs choſes affez
galantes. Elle prit un air ſérieux,
comme on le prend d'ordinaire
avec un nouveau venu. Elle parla
peu,& tint preſque toûjours
en parlant fon Eventail fur fal
bouche. Vous jugez bien qu'elle
le fit tout exprés pour déguifer
fa parole. Elle y réüflit fi bien ,
qu'il fut impoffible au Cavalier
de connoiſtre que c'eſtoit lamême
Perſonne qu'il avoit entretenuële
foir précedent Il ſe reti-s
201
ra,
11321 MERCURE
ra, &toûjours charmé de la prétenduë.
Lyonnoiſe , il attendit:
impatiemment l'arrivée de la
nuit. A peine fut- elle affez obſcure
pour ne laiſſer pas bien
difcerner ce que l'on voyoit, que
la Belle vint à ſa feneftre. Elle
demanda d'abord , qui vive , &
montra un enjoüement ſi ſpirituel
dans la priere qu'elle luy fit
de parler ſincérement , qu'il ne
balança point àfe déclarer contre
la Belle de Chambery.. II
avoüa qu'elle pouvoit avoir quel
que prétention àla Beaute ; mais
pour l'Efprit elle lay ſembloit fu
éloignée de pouvoir entrer en
concurrence avec elle , qu'elle
ne ſeroit jamais en droitde luy
difputer fon coeur. On le pria de
ſebienexaminer. Il perſiſta dans
fon premier choix , & dit qu'il
admiroit quelquefois un beau
1 Por
GALANT..
13:3
t
i
1
Portrait , mais qu'il ne pouvoit
en eſtre touché. Il brûloit de voir
la ſpirituelle Perſonne qu'il entretenoit.
La permiſſion luy en fut.
donnée pour le jour ſuivant. La
Belle chercha à l'embaraſſer de
nouveau dans ſa viſite . La Mere
avoit eſté informée de tout ; &
comme elle ne manquoit pas
d'eſprit non plus que fa Fille , elle
donna ordre à ſes Gens de
faire entrer un Cavalier qui
peut-eſtre la demanderoit ſous
le nom de la Lyonnoiſe dont elle
occupoit l'Apartement. On fuivit
cet ordre. Le Cavalier vint .
Ilfit complimentàlaMere, chercha
la Fille des yeux , & reconnoiffant
la Belle de Chambery
qui avoit ſes Coifes, il crût qu'el
le n'eſtoit là qu'en viſite.Comme
elle écouta longtemps fans parler
, l'erreur où il eſtoit ne s'é
clair.
134
MERCURE
claircit point. Il entretenoittoûjours
la Mere , vantoit la bonté
des Bains , contoitdes nouvelles ,
& enfin s'ennuyant de ne point
voir paroiſtrela Fille , il demanda
s'il n'auroit point l'honneur
dela falüer.La Belle quiſedéclara
fon Amie, dit qu'il étoit incivil
qu'elle demeurât plus longtemps
dans ſon Cabinet. Elle entra fous
prétexte de l'en faire fortir ,&
eſtant revenueunmoment apres
fans Coifes , elle prit ſon ton naturel
pour luy apprendre que
fon Amie l'avoit chargée de ve
nir l'entrenir à fon defaut,qu'el
le tâcheroit de trouver affez
d'eſprit pour fournir à la converſation,&
qu'il pouvoit ſe hazarder
à debiter aupres d'elle
une partie des douceurs dõt elle
croyoit qu'il ſe fuft muny. Cela
fut ditde cette maniere libre &
en
7
GALANT .
135
E
enjoüée qui donne du prix aux
moindres choſes. Le Cavalier
regarda la Belle. Il ne ſçavoit où
il en eſtoit. Céte voix l'avoit frapé.
Il la reconnoiffoit pour celle
qu'il avoit entenduë les deux
derniers foirs , mais le viſage
l'embarafſoit , & tout accoûtumé
qu'il eſtoit à ne ſe point dé
concerter avec les Dames , if
garda le filence quelques momens
pour examiner le party
qu'il avoit à prendre. On luy fit
reproche du ſacrifice qu'il avoit
fait de la Demoiselle de Cham
bery , & cette particularité luy
auroit fait croire que les deux
Belles, eſtant amies , ſe ſeroient
entenduës pour luy faire piece,
fi trouvant le meſme eſprit & la
meſme voix de celle qu'il avoit
crue Lyonnoiſe , dans celle qui
ne luy avoit fait paroiſtre que ſa
beauté
136. MERCURE
beauté le jour précedent , il
n'euſtconnu avec certitude que
la meſme Perſonne avoit joué
les deux Perſonnages. On tâ--
cha de l'embaraſſer encor quelque
temps,& enfin on luy avoüa
la choſe. Il dit plaiſamment qu'il
avoit toûjours crû qu'il fuſt nuit
quand il n'y avoit point de jour,
& que la plus fpirituelle Perſonne
qui affectoit de ne point
parler , ne portoit pas écrit fur
fon front qu'elle euſt de l'eſprit .
Il tourna mefme à fon avantage
les déclarations qu'il avoit faites
contre la Belle , puis qu'il ne les
avoit faites que pour elle-mefme
, & qu'il avoit foûtenu le
méme party qu'il paroiſſoit.condamner
.L avanture fit dire cent
jolies chofes , & à la Belle, & au
Cavalier. Il continua ſes vifites.
Elles, furent agreablement reçeuës,
GALANT.
137
çeuës , & peut- eſtre auront- ellesde
la fuite.J'auray ſoinde vous
apprendre ce que j'en ſçauray.
Si vous avez eſté ſurpriſe de
trouver ſi ſouvent dans mes Lettres
de nouvelles actions de valeur
de Monfieur le Marquis de
Navailles , vous ſerez perfuadée
que je ne vous en ay rien écrit
que de vray , quand je vousauray
dit qu'il vient d'en eſtre récompensé
par la Charge de Brigadierque
Sa Majesté luy a donnée.
Eſtre choiſy pour un tel
Employ,dansun âge ſi peu avan.
cé ,& par un Roy qui connoit fi
bien le mérite , c'eſt avoir le plus
incontestable titre d'honneur
qu'on puiffe acquerir.
La Reyne a eſté à l'Abbaye
du Lys. Madame Colbert qui en
eſt Abbeſſe , luy fit connoiſtre
par un tres-magnifique Régal ,
avec
138 MERCURE
avec quels reffentimens de joye
& de refpect elle recevoit l'honneur
qu'il luy plaiſoit de luy faire.
Elle eſt Soeur de Monfieur
Colbert , Miniſtre d'Etat.
,
Madame la Baronne de Marcé
, Gouvernante des Filles
d'Honneur de Madame eft
morte dans les premiers jours de
ceMois. Madame de Roubaisde
Bretagne , Soeur de Madame la
Préſidente de Moteville,qui étoit
à la feu Reyne Mere , & que
cette Princeſſe honoroit de ſa
plus particuliere eſtime , a eſté
choiſie pour remplir ſa place.Ce
Poſte fait l'éloge & de la Défunte
& de la Vivante , puis
qu'on n'ymetque des Perſonnes
d'un fort grand mérite ,&d'une
vertu genéralement reconnuë.
Le chagrin ne fuccede que
trop toſt à la joye. Il n'y a qu'un
an
GALANT. 139
an queje vous appris le Mariage
de Madame de la Levretiere ,
Fille de Monfieur de Ricoüart
de Herouville , Maiſtre ordinaire
de l'Hoſtel du Roy , & la Reception
qui luy avoit eſté faite à
Condé, dont Monfieur dela Levretiere
ſon Mary eſt Gouverneur.
Aujourd'huy j'ay à vous
apprendre qu'elle eſt morte en
couche avec ſon Enfant. Jugez
combien la perte d'une Perſonne
ſi jeune doit eſtre rude dans
une premiere année de Mariage,
Monfieur Goüet Maiſtre de
Muſique des Dames Religieuſes
de Longchamp , a fait un tresagreable
Air que vous trouverez
icy noté avec ſes paroles.
AIR NOUVEAU.
Lympe est de retour avec de now!
veaux charmes,
Goustez
140
MERCURE
Goustez bien ce plaisir, mesyeux.
LaBellepouvoit elle mieux
Vous récompenferde vos larmes ?
Helas !quemonfortseroit doux ,
Simon coeur en estoit auſſi content que
vous !!
Jay toûjours oublié àvous dire
que l'Air de ma Lettre du
Mois de Juin , dont les Paroles
commencentpar ceVers,Quand
fur nos charmans rivages , &c.
eſtoit de la façon de Monfieur
de L. M. Il avoit crû ne fe
pouvoir mieux cacher qu'en me
lefaiſant tomber entre les mains
comme venant de Puyperlan en
Xaintonge. A dire vray , j'en
avois eſté la dupe , mais il n'a pû
tenir contre les loüanges que luy
a données une belle Perſonne
qui le chantoit fans ſçavoir qu'il
fuſt de luy. Il s'eſt déclaré , &
comme elle aime fort la Mufique
GALANT. 141
que, cela n'a pas nuy àlemettre
bien aupres d'elle.
?
On m'a averty que dans cette
meſme Lettre du Mois de Juin,
où je vous fais la Relation du
Siege de Puycerda , je vous ay
dit que Monfieur de Bardona-
- che avoit eſté tué , au lieu de
-vous dire Monfieur de Bardonenches.
Je vous ay déja marqué
bien des fois que ſi on prenoit
plus de ſoin de bien écrire
les noms propres,on éviteroit ces
fortes de fautes. Monfieur de
Bardonenches eſtoit un Gentilhomme
Dauphinois , Capitaine
dans le Regiment de Sault , &
d'une Famille qui s'eſt toûjours
ſignalée dans l'Epée & dans la
Robe. Il a encor un Frere dans
ce meſme Regiment.
Monfieur le Marquis deBouflairsn'eſt
point marié , & je me
fuis
142
MERCURE
ſuis trompé quand je vous l'ay
dit. Ce qu'il y a de vray , c'eſt
queMonfieur le Comte de Bouflairs
fon Frere aiſné , mort il y a
déja dix ou douze ans , avoit
épousé la Fille de Monfieur de
Guenegaud Secretaire d'Etat.
C'eſt de luy qu'on a dit qu'il
avoit tué un Homme apres fa
mort.On le portoit dans un Cercueil
de plomb à ſa Terre de
Bouflairs. LeCarroſſe verſa dans
un pas fâcheux. Le Cercueil
tomba fur leCuré qui eſtoit aupres,&
il ne pût ſe garantir d'en
eſtre écrasé.
Vous aurez déja peut- eſtre
entendu parler de l'eſpérance
qu'on a de réünir l'Egliſe Gréque
avec la Romaine. Les Eveſques
de cette premiere qui eftoient
à Rome depuis quelques
mois ,& qui n'avoient encor pû
avoir
GALANT. 143
avoir d'audience , l'eurent le 27.
( d'Aouſt de Monfieur le Cardinal
Cibo , auquel leurs Lettres
de croyance avoient eſté données
à examiner. Ce Miniſtre
leur fit comprendre que Sa Sainteté
avoit réfolu d'attendre l'arrivée
de Monfieur des Cloſets
Chefde l'Ambaſſade , Chanoi-
-ne, Sous-Chantre en dignité de
l'Egliſe S. André , & Docteur en
Medecine en l'Univerſité de
Padouë , pour leur donner l'audience
publique qu'ils ont demandée.
La Reyne Chriſtine
de Suede, à qui ces Eveſques &
Mõſieur desCloſets font recommandez
, avoit eu quelques jours
auparavant une longue conférence
fur ce ſujet avecle Pape,
auquel elle témoigna la réfolution
où eſtoient le Patriarche
d'Antioche , & dix-huit Evef
ques
144
MERCURE
ques Arméniens , qui envoyent
vers luy pour faire leur Profeffion
de Foy . Sa Sainteté en parut
fort fatisfaite, & loüa la conduite
que Monfieur des Cloſets
avoit tenuë pour l'établiſſement
de l'Egliſe Gréque en Angleterre.
Elle fit plus , puis qu'à la
follicitation de cette Princeffe,
Elle luy cõféra un Canonicat de
S. Jean de Latran vacant par la
mort du Doyen des Prélats . Cet
Envoyé eſt attendu de jour à P
autre. On luy a préparé un Palais
dans la Ruë Sainte par les
ordres de la Reyne Chriſtine
de Suede. Le Chevalier Borry a
eu permiffion du Pape de le viſiter
deux fois la ſemaine pendant
le ſejour qu'il fera à Rome. Ils
font intimes Amis ; & fi vous
voulez ſçavoir quelque choſe
de plus particulier de Monfieur
des
GALANT. 145.
NO
C
des Cloſets , je vous diray que
c'eſtun Voyageur univerſel, qui
à l'âge de trente ans , a veu la
Perſe , la Chine , & tous les
Royaumes du Grand Seigneur
& du Mogor. Ainsi , Madame,
on peut dire que s'il avoit parcourule
Nord , il auroit été dans
toute la Terre habitable . Vous
jugez bien que tant de Voyages
qu'il a faits luy ont acquis
toutess les belles lumieres qu'il
poſſede. Il ſçait pluſieurs Langues
, mais particulierement les
Orientales. Il eſt grandMedecin
&grand Chymiſte .La Reyne
Suede& tous les Scavans
gleterre,ont pour luyuneeftime
tres-particuliere . Le Chevalier
Borry, que je vous ay dit qui
avoit permiffion de le voir ,
a dédie fon Enchiridion
de
vans d'An
ir , luy
mog 5119
en feize
fortes de Langues. Il eſt conful-
Septembre . G
146 MERCURE
té de toutes les Teſtes Couronnées
, & on ne dit point trop de
luy en diſant qu'on le regarde
comme un Prodige. Il a demeuré
cinq années dans les Jardins
bas du Serrail avec Monfieur
du Ménillet à préſent Patriarche
d'Antioche. C'eſt aupres
de ce grand Homme qu'il a puiſé
les belles connoiſſances qu'il
a dans la Medecine. Le feu
Grand Viſir le choiſit pour rétablir
les Catholiques Romains
dans la poſſeſſion du Saint Sepulchre
, d'où ils avoient eſté
chaffez ,& ce fut dans ce même
temps qu'il en fut fait Chevalier.
Le Patriarche d'Antioche
le fit l'an paſſe ſon Envoyé Extraordinaire
aupres duroyd'An.
gleterre pour la tolérance de
l'Eglife Grecque.Il y en jetta les
premiers fondemens,& comme
il
GALANT.
147
il eſt tres propre pour les Négo
tiations, & ce meſme Patriarche
luy a bien voulu confier aupres
du Papela grande Affaire dont
je viens de vous parler. Elle
pourra entraîner la réünion des
deuxEgliſes. ر
Monfieur le Vicomte d'Obterre,
Fils du Vicomte de ce mê
me nom , & Cadet de feu Monſieur
le Marquis d'Obterre , qui
avoit épousé Mademoiſelle de
Gondrin Soeur de feu Monfieur
l'Archeveſque de Sens , a épousé
Mademoiſelle de Ionſac Il y
a eu des Mareſchaux de France
dans cette Maiſon , & elle vous
eſt aſſez connuë par ce que je
vous en ay dit dans quelqu'une
de mes Lettres: Mademoiselle
de Jonſac eſt de celle de
Sainte-Maure dont je vous ay
auſſi entretenuë. Vous voyez
ob Gij
148 MERCURE
par là qu'elle doit eſtre proche
Parente de Monfieur le Duc de
Montaufier.C'eſt aſſez pour faire
connoiſtre les avantages de
fa Famille .
Monfieur de la Salle Maiſtre
des Requeſtes, a épousé Mademoiſelle
Coupy . Elle est belle &
riche,& Fille d'un Secretaire du
Roy. Monfieur de la Salle eſt
Neveu de Monfieur Poncet . Il
eſt tres-bien fait, & il n'y a perſonne
qui ne parle de luy avec
eftime.
On a eu nouvelles de Turin
que la ſanté de Madame Royale
ſe rétabliſſoit apres neuf jours
de fievre continue. Son mal a
eſté plus dangereux qu'il n'a
étélong.Les grandesqualitezde
cétePrinceffe,& l'état floriſſant
où elletient la Cour de Savoye,
luy ont tellement attiré l'amour
D des
1
GALAN T. 149
des Peuples, que dans les Prieres
publiques qui ont eſté ordonnées
, ils n'ont rien oublié qui
puſt ſervir à faire connoiſtre
combien ils s'intereſſoient à fa
conſervation. Elle eften effet
tres - neceffaire & à Son Alteſſe
Royale & à ſes Sujets , qui ne
peuvent affez reconnoiſtre la
bonté qu'elle a de travailler
inceſſamment à leur bonheur
par ſes continuelles applica
tions à tout ce qui regarde l'éducation
de ce jeune Prince.
Il a donné dans cette осса-
ſion des marques tres- ſenſibles
de la tendreſſe qu'il a pour une
fi Illuſtre Mere , & on peut dire
que les ſoins qu'il en a pris font
au deſſus de ce qu'on pouvoit
attendre de ſon âge. Il n'y a rien
de plus parfait que leur union.
Les galanteries qu'ils ſe font , &
:
Gij
150
MERCURE
les grandes Feſtes qu'ils ſe donnent
, en font une preuve. Vous
avez veu la magnificence des
dernieres dans ma ſeconde Lettre
Extraordinaire.
Si le mal de dents eſtoit auffi
dangereux qu'il eſt cruel, on auroit
ſouvent à trembler pour de
fort aimables Perſonnes. Voyez
ce quim'a eſté envoyé là-deſſus.
HERUFASYLVIE
,
SUR SON MAL DE DENTS.
** MADRIGAL .
QVoye
de fi belles Dents ont estéfi
méchantes,
Que de faire sentir des douleurs fi cui-
Santes
Auplus aimable Objet qui vive ſous les
Cieux? 2
L'en serois étonné , Sylvie ,
S
GALANT .
Si depuis que j'ay mis ma vie
Sous l'empire de vos beaux yeux,
)
Vous ne m'aviez appris que pour estre
ر
cruelle,
V
C'est affez d'estre blanche & belle,
LYON
F
Nousn'avons pas eſté tout- al
fait à plaindre dans la quantité
de maladies que les grandes &
longues chaleurs ont cauſéesicy
cette année, puis que nous avõs
eu des ſecours extraordinaires
pour les arreſter. Les Remedes
que donne le Medecin Anglois
pour les Fievresintermittentes,ſe
•font trouvez merveilleux. Mademoiselle
, Monfieur l'Eveſque
de Condom , Monfieur le Premier
Préſident , & beaucoup
d'autres Perſonnes de marque,
s'en ſont ſervis tres utilement, &
on ne ſçauroit trop les vanter
apres des cures ſi conſidérables.
Celles que font les Peres Capu .
Gij
152 MERCURE
cins du Louvre , les ont misdans
une ſi haute réputation , qu'on
les vient confulter de tous coftez.
Le Roy s'est encor ſervy de
leurs Remedes pour des douleurs
qu'il a euës au bras apres
avoir joue à la paume. Pluſieurs
Perſonnes ont éprouvé la bonté
de leur Eau dans les Rhumatifmes,&
ils font venus à bout d'une
infinité de maux qui avoient
toitjours paru incurables . On
peut le içavoir de Monfieurle
Marquis de Barriere ,deMademoiſelle
de S. Chriftophle , &de
pluſieurs Afmatiques fort connus
qui avoient deſeſpere jufqu'icy
de leur guérifon.On écrit
des Hoſpitaux del'Armée , que
le Remede qu'ils appellent Febrifuge
, y fait des miracles. Les
Chirurgiens du Roy en font des
épreuves
GALANT. 153
épreuves à Fontainebleau , qui
ne laiſſent aucun lieu de douter
de ſa bonté.Monfieur Félix premier
Chirurgien de ſa Majesté,
adonné de leur Lodanum deParacelſe
à une Femme toute extenuée
d'un flux hépatique , &
d'un flux de ſang , avec un fi
prompt ſuccés , qu'elle en a eſté
guerie dans les vingt-quatreheures.
On a preſenté au Roy
de leur part une petite Cave de
leurs Eſſences, que Sa Majesté a
tres bien reçeuë. Elle donne
continuellement des marques de
fon eſtime pour ces Religieux
incomparables, qui vont s'enfermer
pendant fix mois , afin de
travailler avec une entiere application
à des Remedes plus
ſouverains que ceux qu'ils ont
donnez juſqu'icy. Cette retraite
leur eft neceffaire à cause de la
GS
154
MERCURE
longueur des préparations qu'il
fautqu'ils faffent , & qui ne doivent
point eftre interrompuës .
Quoy que la Paix ratifiée par
les Hollandois, & fignée par les
Eſpagnols , faſſe preſentement
l'unique entretien de tout le mõde,
vous ne laiſſerez pas de trouver
encor icy un long Article de
Guerre. Je vous avois promis la
Relation du Combat qui s'eſt
donné devant Mons le 14. du
dernier Mois. Il eſt juſte que je
vous tienne parole. J'y fatisferay
avec d'autant plus d'exactitude,
que je vous en feray moins ſçavoir
les particularitez par moymeſme,
que par ceux qui ont veu
les choſes qu'ils en ont écrites.
C'eſt àdire, Madame, que je me
ſerviray de leurs propres termes,.
afin que vous y trouviez toute
la force de la verité . Chaque
Pro
GALANT. 155
1
1
sex- Profeffion a ſes manieresdes
primer. La Guerre a les fiennes
comme les autres , & il n'y en
peut avoir de meilleurs dans les
Recits de cette nature. Si vous
me voyez encor traiter d'Ennemis
ceux qui ont enfin ceffé de
l'étre,ſouvenez-vous queje parle
d'un Combat donné avant que
la Paix les euſt rendus nos Amis.
Il ſera celebre dans les Siecles à
venir , pour avoir eſté le dernier
d'une Guerre qui a mis la
France non ſeulement au deſſus
de chaque Peuple de l'Europe
en particulier,mais encorau deffus
de tous enſemble.
L'Armée du Roy eſtant campée
aux Eſcoſſines , Monfieur le
Duc de Luxembourg apprit que
celle des Ennemis commençoit
àmarcher pour s'aprocherd'Enguyen.
Comme fon unique but
eftoir
401
156 MERCURE
eſtoit de foûtenir le Blocus de
Mons, il prit reſolution de faire
camper l'Armée qu'il commandoit
, la droite à Soignies , & la
gauche à Neufville , afin d'eſtre
dans une ſituation à pouvoir
également veiller aux démarches
des Ennemis, & à la ſûreté
de Mons: the same
Le lendemain ro.d'Aouft ayant
appris que lesEnnemis n'avoient
bougé de leur Camp , dont la
droite eſtoit à Herinés , & là
gauche à Havré , il ſe réfolut
d'envoyer au Fourrage à Cambron,
& aux environs. Ayant eu
avis que les Ennemis vouloient
nous approcher par ce coſté là,
Monfieur le Comte d'Auvergne
futdetaché avec milleChevaux
vers le Moulin de Silly , pour la
fûreté du Fourrage , & pour un
Convoy de vivres qu'il falloittirer
GALANT.
157
rerd'Ath;& Mõſieurde Luxembourg
s'avança àCambron avec
pareil nombre, pour eftre en état
-de le ſoûtenir. Ces deux choſes
s'executerent comme il l'avoit
penfé.
€ Le lendemain 11 il ſçeut par
nos Partis , auffi -bien que par
Meſſieurs de Maulevries & de
Sourdis , qui eftant de jour s'eftoient
avancez dés la nuit , que
les Ennemisavoient touchéboute-
felle. Cette nouvelle l'obligea
de venir au point du jour avec
les Gardes de Camp ſur la Hauteur
du petit Roeux , d'où il entendit
distinctement la marche
des Ennemis ; & dés que le Soleil
fut levé , il apperçeut leurs
Colomnes dont les teſtes eſtoiét
tournées ſur le Ruiffeau de
Steinherche. Il envoya auſſi-toſt
ordre à l'Armée du Roy de fe
jiov tenir
15.8 MERCURE
:
tenir preſte à prendre les armes.
Pendantdeux ou trois heures
on fut incertain du lieu où celle
des Ennemis camperoit .On s'apperçeut
à la fin qu'elle ne paſſoit
pas le Ruiſſeau de Steinherche,
où la voyant fort pres de nous,
& à portée de nous contraindre
par une marche , dans celle que
Monfieur de Luxembourg avoit
réſolu de faire , en faiſant partir
les Bagages la nuit , ce General
fit mettre l'Armée du Roy en
marche le lendemain 12.au grad
jour, afin d'occuper le Pofte de
laBruyere de Caſteau .
Elle y estoit campée la droite
-vers S. Denys, & la gauche aux
Manuys , ayant dans le front le
Village& les Bois de Caſteau,
&les Bois de Glein, & de Mons
dans les derrieres.modi
Monfieur de Luxemboug trouvoit
GALANT.
159
es
K
1
voit cePoſte-là le plusimportant
à occuper , parce qu'il couvroit
entierement Nimy & Glein, qui
eſtoient les deux principales a
venuës & les plus dangereuſes,.
&qu'il ne laiſſfoit pasd'eſtre à
portée du Pont d'Aubourg & de
pluſieurs autres qu'il avoit fait
faire au Quartier ſur la Haiſne,
afin de s'oppoſer plus aifément
aux deſſeins que les Ennemis
auroient de ce coſté-là..
Occupant ces Poſtes,il croyoit
neceffiterles Ennemis àne cher
cher à le combatre que par la
Plaine de Binch; ce qu'il defiroit
d'autant plus , que l'Armée du
Roy pouvoit par ce chemin-là
aller àeux en pleine bataille,ſans
craindre qu'ils nous donnafſent
de la jaloufie pour d'autres
Ce mefme jour 11. l'Armée
Enne
160 MERCURE
Ennemie ne fit qu'une fort petitemarche.
Elle vint camper la
droite à Steinherche , & fa gauche
à Braine . Monfieur de Luxembourg
employa le lédemain
13. à fourrager les lieux qui eftoient
autour du Camp , dont
les Ennemis auroient pû profiter
;& eux s'avancerent à Soignies
& à Naft .
La nuit du 13.au 14. Monfieur
de Luxembourg fut averty par
deux Partys à pieddu Regiment
desGardes , & par Meſſieurs de
Vertilly &Joyeuſe , qui estoient
dehors,que les Ennemis avoient
touché boutefelle. Monfieur le
Duc de Villeroy & Monfieur
Roſen quiestoient de jour , s'avancerent
avec les Gardes , &
envoyerent dire à Monfieur de
Luxembourg qu'ils entendoient
lamarche des Ennemis, CeGeneral
GALANT. 107
コピー
ar
in
neral les trouva audelàdeTieuffy
, & un peu de temps apres
qu'il y fut arrivé , les Ennemis
1 poufferent un de nos Partys,&
dix ou douze Eſcadrons des
leurs parurent dans la Plaine.
On crût que c'eſtoit un Corps
qui couvroit leur marche.....
La halte qu'ils firent fur le
bord du Défilé de Maff , faiſant
ceffer le bruit des Tambours &
desTimbales , confirma les Noſtres
dans l'opinion qu'ils laiffoient
la Haye du Roeux à leur
droite,ne voyant plus entrer perſonne
dansla Plaine.Cependant
Monfieur de Luxembourg envoya
ordre àl'Armée du Roy de
ſe tenir preſte ; & fur les dixheures
du matin voyant entrer celle
des Ennemis dans la Plaine de
Tieuſſy , il ne ſongea pour lors
qu'à retirer nos Gardes qui eftoient
162 MERCURE
toientdans cette Plaine.
L'Armée du Roy y entra avec
affez de diligence , & avança ſa
gauche à un Bois qui eſt vis- àvis
S. Denys , qui va par lesderrieres
tomber ſur la Haiſne entreHavre&
Boufoy. Comme la
ſituation du terrain que Monfieur
de Luxembourg occupoit ,
luy paroiſſoit d'une fûreté entie .
re par les Défilez qui estoient
entre lesEnnemis & les Noftres,
il tourna toutes ſes penſées au
Camp de Monfieur du Montal,
&ſe détermina à y faire paſſer
toute ſa ſeconde Ligne , comme
àl'endroit où il y avoit plus de
raiſon d'apprehender. Monfieur
le Comte d'Auvergne en conduiſoit
la droite ; Monfieur de S.
Geran, l'Infanterie; &Monfieur
de Tilladet , la gauche.
N'ayant à garder que lesDéfilez
GALANT. 163
a
filez de S. Denys & de Caſteau,
qui font des Paſſages fort difficiles
,& voyant la ſeconde Ligne
en état de ſoûtenir le Quartier
* d'Aubourg , Monfieur de Luxembourg
ne pût croire ,quoy
que l'Armée fuſt ſeparée,que les
Ennemis entrepriſſent de l'attaquer
par ces deux Défilez , & il
ſe perſuada qu'ils ne luy oppofoientdesTroupes
que pour fai
re paſſer leur Bagage par leurs
derrieres, &aller en fuite camper
furla Haifne.
Vers le midy , Monfieur de
Luxembourg s'apperçeut qu'ils
faifoient couler de l'Infanterie
dans le Bois qui appuyoit leur
gauche qui estoit vis-à- vis de S.
Denys,&voyant qu'ils commençoient
àdonner une diſpoſition à
leurs Troupes , comme Gens qui
ſe préparoient à une Attaque ,
LAb
164 MERCURE
Il
l'Abbaye de S. Denys eſtant au
delà du Ruiſſeau à my- coſté , il
ne fongea point à la foûtenir.
laiſſa ſeulement le ſoin à Monfieur
le Duc de Villeroy de faire
retirer le Regiment de Feuquie
res,quelques Dragonsdétachez,
&d'autres Gens commandez de
l'Infanterie , qui tenoient la teſte
des Hauteurs derriere des Hayes
au delà de l'Abbaye , ( on les
yavoit placez lematin pour foûtenir
nos Gardes, ) & de n'y laifſer
que vingtHommes ,avec or
dredés que les Ennemis s'approcheroient
, de ſe retirer au premier
Pofte le long du Ruiffeau.
Cela fut executé dans le moment.
Peu de temps apres , les Ennemis
voyant les Hayes dégarnies,
vinrent lesoccuperavecun
gros Corps d'Infanterie , & en
4 fuite
GALANT. 165
fuite l'Abbaye , où ils ne trouverent
perſonne. Il n'y avoit point
lieu de douter qu'ils n'euſſent
deſſein de faire par là une veri
table Attaque. Monfieur de Luxembourg
le crût ,& ne fongea
plus qu'à foûtenir le Terrain
qu'il s'eſtoit propoſe de garder.
Pour cela , Monfieur le Duc
de Villeroy qui estoit de jour ,
Monfieur leComte du Pleſſis ,&
Monfieur de la Mothe , qui s'y
trouverent , poſterent l'Infanteriedans
lelieule plus propre pout
empeſcher que les Ennemis ne
paſſaſſent le Ruiſſeau , vis-à-vis
de la Hauteur que nous occupions.
Les deux Bataillons de Feuquieres
qui avoient eſté retirez
des Hauteurs au dela de l'Abbaye
, furent les premiers placez
parMonfieurde laMothe.
Mon
166 MERCURE
Monfieur de Luxembourg
avoit fait avancer la Brigade de
Navarre à la droite de la Gendarmerie
, pour s'en ſervir dans
le beſoin. Les deux derniers Bataillons
de Navarre , & les deux
premiers de la Reyne , furent
poſtez à la droite de Feuquieres
pour conferver la Hauteur , &
faire que le chemin qui menoit à
Aubourgdemeurât libre.
Monfieur de Luxembourg
avoitdonné ordre dés le matin à
Monfieur de Reſen Marefchal
de Camp de jour , de prendre
ſoindes Gardes qui estoient aupres
de Caſteau , auffi-bien que
de ce Poſte. Il avoit pris pour le
garder , le premier Bataillon de
Navarre,& ledernier de la Reyne
, n'ayant d'abord à S. Denys
que l'Infanterie que j'ay marquée;&
les Ennemis y étant fort
fupe
GALAN T. 167
3
ſuperieurs parle nombre , ils ne
& s'en prévalurent point pour chaf.
fer cette Infanterie des Poſtes
qu'elle occupoit.
Mais deux de leurs Bataillons
ayant laiſſe l'Abbaye à leur gauche
, pafſferent le Vallon & le
Ruiſſeau le long des Etangs , c
! eſſayerent de monter par des
Bois qui venoient aboutir ſur la
Hauteur que nous occupions.
La Brigade des Gardes que
Monfieur de Luxembourg avoit
envoyé querir eſtant arrivée à la
droite de ſa Gendarmerie , il en
prit quatre Bataillons que Monfieur
de Villeroy poſta au fommetdela
Hauteur vis-à-vis l'Abbaye&
le long des Bois , par lef
- quels les deux Bataillons desEnnemis
s'eſtoient avancez. Meffieursdes
Gardes arriverent fort
àpropos , car les deuxBataillons
168 MERCURE
ennemis dont je vous parle, commençoient
à gagner le haut de
noſtre coſté ; & Monfieur de
Vaureal à la teſte de quelques
Officiers Soldats ſe jetta l'épée à
la main dans le Bois, renverſa les
Gens détachez de ces deux Bataillons
, tua les uns , & en fit
quelques autresprifonniers.
On ne sçauroit affez exagerer
la valeur & la fermeté de
Meſſieurs des Gardes. Ils eſſuyerent
pendant plusde ſept heures
un tres-grand feu de Mouſqueterie
& de Canon ſans que jamais
un Soldat abandonnât fon
Pofte.
Monfieur de Rubantel qui
demeura à la teſte de ces quatre
Bataillons , y ſervit tres-utilement
, & donna un exemple
d'intrepidité &de conduite, qui
fûtbien ſuivy par tous les autres
OfficiersduCorps. Du
GALANT. 169
α
:
Du premier Bataillon , il ne
reſta que Meſſieurs Mirabeau
& Boiffelot. Ce fut celuy de
tous le plus exposé. L'on peut
dire ſans flaterie que Monfieur
de Mirabeau qui le commandoit
, s'y diftingua d'une maniere
extraordinaire.
Les Bataillons de Longis &
de Legnerant firent auſſi des
merveilles , & l'on ne peut rien
ajoûter à la valeur que les Officiers
firent paroiſtre , auffi bien
que les Commandans. Monfieur
de Montigny qui agiſſoit comme
Brigadier , ſe portoit dans
tous les lieux où ſa prefence eftoit
neceffaire. Cependant l'Infanterie
qui avoit eſté poſtée
le long du Ruiſſeau , foûtenoit
dés le commencement l'effort
des Ennemis avec toute la vigueur
qu'elle a de coustume de
IMO Septembre. H
170
MERCURE
témoigner dans de pareilles occafions.
Les deux derniers Bataillons
de Navarre commandez par
Monfieur le Chevalier de Souvré
& Monfieur de Bordes ,
firent tout ce qu'on peut attendre
d'aufſſi braves Gens qu'eux.
Monfieur Crenan à la teſte de
la Reyne fit auſſi des merveilles,
& fut bien feconde par Monfieurdes
Farges.
Monfieur le Marquis de Feuquieres
qui s'eſtoit donnébeaucoup
de mouvement dés que
l'Action commença , n'agiſſant
pas ſeulement comme un fimple
Colonel , eut les deux cuifſes
percées. Son Regiment y
ſouffrit beaucoup , & fon fecond
Bataillon eftant preſque
horsd'étatde combattre , Monfieur
le Duc de Villeroy envoya
GALANT.
171
0 voya querir le Bataillon desGar.
des commandé par Monfieur de
Pommereüil pour occuper fon
Pofte. Ce fut Monfieurde Montigny
qui l'y mena. L'on ne peut
aborder un grand peril avec
plus d'audace. En y arrivant ,
tous les Officiers furent quaſi
tous bleffez , & grand nombre
de Soldats tuez . Monfieur de
Montigny y eut les bras caffez ,
Monfieur de Fourilles le poulce
emporté. Monfieur de Pommereüil
maintint le Poſte toute la
journée avec beaucoup de valeur
& de conduite , & jamais
les Ennemis ne gagnerent un
poulce du terrain que l'on s'étoit
propoſé de garder.
L'Eſcadron des Gensdarmes
Dauphin , commandé parMonfieurle
Marquis de Sevigny,foûtenoit
les Gardes , & pendant
Hij
172 MERCURE
plus de trois heures il fut exposé
auCanon des Ennemis dont plus
de quaranteGensdarmes furent
mis hors de combat. L'on ne peut
avoir une meilleure contenance
dans un grand péril que firent le
Commandant & l'Eſcadron..
Pendant que les choſes ſe
paffoient de la forte à S. Denys,
Monfieur de Luxembourg crût
toûjours que le Prince d'Orange
ne faifoit cette Attaque que
pour ſe faciliter lemoyen de fai.
re paſſer la Haiſne au reſte de
fon Armée ; ce qui l'obligea
d'envoyer Monfieur de Chan .
lay qui estoit aupres de luy , à
Monfieurdu Montal , afin qu'il
obſervât ce qui ſe paſſeroit du
coſté d'Havré &de Boufoy ,
auffi bien que ce qui pourroit
luy venir par le Village d'Aubourg.
Il chargea auſſi le meſme
Monfieur
GALANT. 173
* Monfieur de Chanlay d'aller
juſqu'à Monfieur de Quincy .
afin que laiſſant quelque Infantere
dans le Camp qu'il avoit
retranché à Glein , il marchất
avec le reſte des Troupes qui
eſtoient à ſes ordres entre Befſean
&Yons , pour eſtre en état
de s'oppoſer ( s'il eſtoit neceflai
re ) à ce qui viendroit de ces
coſtez- là attaquer Monfieur du
Montal. Ily avoit déja quelque
temps que le feu augmentoit à
Caſteau. Monfieur de Maulevrier
eſtoit venu dire plus d'une
fois à Monfieur de Luxembourg,
qu'il croyoit que les Ennemis
vouloient nous y attaquer auffi
bien qu'à S. Denys. Comme il
en eſtoit perfuadé , il s'y en alla
pour voir ce qu'il y avoit envoyé
dés le matin, & commença
à poſter le premier Bataillon
Hiij
174 MERCURE
de Navarre , commandé par
Monfieur de la Vieuville au.
Moulin dans le fond fur la droite
à Caſteau , & le dernier Ba
taillon de la Reyne , au meſme
Défilé ſur la gauche de Navarre..
LesDragonsde Monfieurde
Fimarcon estoient à un Chemin
qui paſſe prés de l'Egliſe à la
gauche de tout. Jugeant que ces
Troupes ne ſuffifoient pas pour
celles qui leur eſtoientoppoſées,
&voyant qu'un grosCorps d'Infanterie
s'approchoit encoravec
du Canon foûtenu de toute
l'Aifle droite de la Cavalerie des
Ennemis , il prit les deux BataillonsdesGardes
commandez par
Monfieur de Creil & d'Avejan ,
dont Monfieur de Luxembourg
luy avoit dit auparavant qu'il
pouvoit ſe ſervir , & apres les
avoir
GALANT. 2 175
1
T
C
avoir poſtez prés de Navarre, il
le revint trouver pour luy dire
qu'il avoit encor beſoin d'Infanterie.
LesEnnemis ayantoccupéles
Hauteurs, le Chasteau & l'Eglife
qui estoient vis-à- vis de nous,
( car de ce coſté- cy auſſi -bien
que de celuy de S. Denys ,Mr.
de Luxembourg ne s'eſtoit propoſé
que de garder le Defilé )
ils profiterent autant qu'il leur)
fut poſſible de l'avantage de ces
fituations . L'Egliſe eſtoit affez
bonne d'elle meſme. Rocqueſervieres
travailla pour accommoder
le Chaſteau qui eſtoit
inacceſſible par ſa ſituation à
noſtre égard , eſtant entouré du
coſté du Vallon d'une bonne
Muraille. Il fit un Retranchement
dans le milieude la Court,
&des Barricades dans les ave-
3
Hij
176 MERCURE
nuës de la gauche , qui eſtoir le
ſeul lieu par où nous pouvions
en approcher , ayant un Precipice
à fa droite, & leurs Troupes
en batailledans le derriere qu'ils
avoient laiſſe ouvert pour ſe
communiquer.
Outre cela, le grosde leur Infanterie
occupoit ſur pluſieurs
Lignes une Plaine de cinq à fix
cens pas de large à la gauchedu
Chaſteau à leur égard.
La premiere Ligue étoit avancée
le long des Hayes qui bordoient
la Hauteur parallele à la
noſtre . Ils avoient auffi de l'Infanterie
poſtée dans les Hayes
au delà du Precipice que je vous
ay dit , qui estoit à la droite du
Château ,& tout cela foûtenu de
fort prés par la Cavalerie de leur
Aifle droite .
Monfieur de Maulevrier trouvant
GALANT. 177
vant Monfieur de Luxembourg
■ à la teſte de la Brigade du Roy ,
qu'il faiſoit avancer pour étre en
état d'aller à celle des Attaques
où elle feroit le plus neceſſaire ,
ce General jugea qu'elle ſeroit
plus utile à Caſteau , ſçachant
que du côté de S.Denysles choſes
ſe ſoûtenoient ainſi qu'il le
pouvoit defirer.
•Monfieur de Sourdis , qu'il
avoit prié de demeurer à l'Aifle
- droite de Cavalerie , ne laiſſa pas
de ſe porter dans tous les lieux
■ où ileſtoit neceſſaire de donner
- des ordres. Monfieur de Maulevrier
ſe ſervit de la Brigade du
Roy , & comme il en poſtoit le
- premier Bataillon où eſtoitMr
de S. Georges , & le dernier Ba->
taillon des Gardes Suiſſes, commandé
par Monfieur Vigier , les
Anglois de l'Armée de Hollan-
다
H V
178 MERCURE
de partirent d'auprés de l'Eglife ,,
& vinrent aux Dragons de Fimarcon
, qui n'eſtant pas affez
forts pour ſoûtenir un ſi grand
nombre, ſe retiroient de Hayes ,
en Hayes en leur difputant le
terrain.
;
Ce fut là où Monfieur de la
Mothe , que fon courage mene
toûjours par tout où il y a le plus
faire , ſe trouva fort à propos à
la teſte d'un des Bataillons dus
Roy. Il repouſſa les Ennemis ,
avec plus de vigueur qu'ils n'en ›
avoient eu a ébranler les Noſtres;
apres quoy il ſe porta dans
tous les endroits où il croyoit
rencontrer quelques conjoncturesde
lameſme importance que:
celle-cy , pour agir auffi à propos&
auſſiutilement qu'il venoit:
de faire.
• Le ſecond Efcadron de Va
renne
GALANT.
179
renne commandé parMonfieur
de Marſilly qui avoit la Garde ,
1 s'avança , en rempliſſantle chemin,
& chargeales Anglois avec
beaucoup de vigueur. Il en tua
pluſieurs , & prit le Lieutenant
Colonel Douglas , & quelques
autres.
Si toſt que Monfieur de Luxembourg
s'apperçeut que l'Attaque
de Caſteau estoit veritable
, il envoya ordre à la ſeconde
- Ligne de revenir ; ce qu'elle fit
avec beaucoup de diligence .
Dans ce meſme temps , Monſieur
le Duc de Villeroy luy vint
dire qu'il voyoit de l'Attaque de
S. Denys qu'une teſte des Ennemis
eſtoit avancée dans l'Egliſe
d'Aubourg , & mefine ce
General entendit le Canon du
Quartier de Monfieur duMontal
qui tiroit deſſus. Cela l'obligea
180 MERCURE
gea de donner un Bataillon de
Stoup , & deux de Phiffer , à
Monfieur de Villeroy , pour les
mettre à la droite des Poſtes que
les Noſtres ſoûtenoient à S. Denys
, de peur que ce Corps qui
paroiffoit à Aubourg ne le vinft
prendre en flanc.
Monfieur de Luxembourg fit
marcher le reſte de l'Infanterie
de la feconde Ligne à Caſteau ,
où il ſe faiſoit un grand feu . Cependant
nos Poſtes ſe maintenoient
toûjours avec beaucoup
de fermeté par les foins de Monſieur
de Maulevrier , qui les vifitoit
continuellement .
Monfieur de S. Geran arriva
avec la feconde Ligne , dont les
deux Bataillons d'Alface furent
placez parMonfieur de Maulevrier&
par luy, dans le fonds du
Défilé ,pour rafraiſchir l'Infanterie
GALANT. 181
e
1
terie qui y tenoit depuis le com
mencement du Combat. Monſieur
de Luxembourg jugeant
qu'il eſtoit à propos que les En- j
nemis viſſent qu'il nous venoit
1 de nouvelles forces , dit à Monf
ſieur le Marquis d'Uxelles de
faire former les Bataillons , malgré
l'inégalité du terrain. Le
premier de Lyonnois fut celuy
qui s'avança d'abord , & alla
joindre leBataillon duRoy commandé
par Monfieur de Mont
chevreüil affez pres de l'Eglife.
Il fut fuivy de Rouffillon , & le
ſecond de Lyonnois fut envoyé
aupres des deux Bataillons des
Gardes, auffib- ien que le Dau
phin qui pritla meſine marche,
lors que le grand feu qu'Alface
fit à fon arrivée ébranla l'Infanterie
ennemie poſtée le long des
Hayes fur la Hauteur à la gau
che
182 MERCURE
che du Chaſteau àleur égard ,
comme je vous l'ay déja dit ; ce
qui eſtant veu des Poſtes les
plus avancez , quelques Détachez
gagnerent la teſte de la
Hauteur que les Ennemis commençoient
à leur laiſſer libre.
Les deux Bataillons d'Alface
ſuivirent les Détachez ,& ſe mirent
en bataille dans le peu de
terrainque les ennemis venoient
d'abandonner , quoy que leurs
autres Lignes fuſſent encor formées
fort pres d'eux.
معي
C
Le Chateau eſtant occupé ,
comme j'ay dit , par Roquefervieres
, une double Haye à la
droite l'eſtoit encor , auffi-bien
qu'un Chemin creux , qui tenoit.
depuis le Chaſteau juſqu'àleurs
Troupes de forte qu'Alface avoir
dansle front les Ennemis enbataille
, à ſa gauche le Chaſteau
&
GALANT 183,
ce
el
& le Chemin creux , & la dou--
ble Haye occupée par les Ennemis
à la droite...
Le premier Bataillon du Roy,
àlateſte duquel eſtoit Monfieur
de S. Georges,voyant partir Alface
, ne le pût voir s'avancer
fans chercher un chemin pour
arriver auſſi promptement aux.
Ennemis. Il ſe trouva fur la
-Hauteur à la droite d'Alface , fi
fort contraint par le peu de ter--
rain qu'ils luy avoient laiſſé, que
lamanche droite eſtoit appuyée .
contre la double Haye occupée
par les Ennemis.
۱
5
Des Troupes moins hardies
que celles du Roy , n'auroient
ofé entreprendre de ſe former
dans une ſituation pareille. Les
deuxBataillons desGardes commandez
par Meſſieurs d'Avejan
&de Creil arriverent auffi , &
chaffe
184 MERCURE
chaſſerent avec beaucoup de
valeur les Ennemis qui tenoient
cette double Haye,dans laquel--
le ils s'étendirent ,& ofterent aux
Noftres l'incommodité du feu
qui ſe faiſoit continuellement
fur noſtre droite. Le ſecond Bataillon
de Lyonnois y vint enfuite,
& acheva d'occuper dans la
double Haye,au deſſus desGardes
, le terrain dont ils avoient
chaſſe les Ennemis. Il ſe rendit
maiſtre de trois Pieces de Canon
, & de quelques Munitions,
qui ne pûrent eſtre amenées par
le chemin que les Troupes avoient
pris pour venir fur la
Hauteur.
Un peu avant cela , un des
Eſcadrons de Tilladet que Monfieur
le Chevalier d'Eſclainvilliers
avoit mené dés le commencement
du Combat,dans le pan
chant
GALANT.
185
er
S
1
chant de la Hauteur que nous
gardions pour ſoûtenir Navarre,
monta à la queuë des deux Bataillons
d'Alface,& Monfieur de
Tilladet luy -méſme le fit former
à la portée du Piſtolet du Chafteau,&
le mena à la charge contre
deux Eſcadrons des Ennemis
qui s'avançoient pour l'attaquer
, effuyant avant que de les
charger, le feu d'une Troupe de
Cavalerie qui venoit pourle prédre
en flanc par ſa droite , d'un
Bataillon qui estoit encor à fa
droite , & de beaucoup d'Infanterie
à ſa gauche. Malgré cela il
pouſſa l'Efcadron ennemy fi loin
qu'on le perdit preſque de veuë.
Il revint traverſant une Ligne
d'Infanterie des Ennemis. Il n'y
a point de termes affez forts pour
loüer dignement cette action.
Le témoignage qu'en rendent
les
186 MERCURE
les Ennemis , eſt plus glorieux,
que tout ce qu'on en pouroit dire.
Mr. de Renes commandoit
l'Eſcadron dont jevous parle.Ce
fut aupres du lieu d'où il partit
que Mr. le Chevalier d'Eſclainvilliers
reçeut la bleſſure dont il
mourut deux jours apres. Il avoit
placé de la Cavalerie à tous les
lieux neceſſaires pour foûtenir,
les Poſtes avancez. Il la viſitoit
ſouvent, & eſtoit dans une activité
continuelle , non ſeulement
pour les choſes qui pouvoient le
regarder, mais il n'y en avoit aucune
qu'il jugeaſt utile,àlaquelle
il ne s'employaſt avec toute
P'ardeur poſſible.
La charge de l'Eſcadron de
Tilladet , & nos Bataillons qui
commençoient à ſe mieux former
fur la Hauteur , firent faire
à la premiere Ligne des Ennemis
GALANT. 187
T
mis un mouvement par lequel
elle nous ceda un peu plus de
terrain ; ce qui donna moyen à
Monfieur de Luxembourg d'en
former une plus réguliere, quoy
que le Chafteau fuſt toujour occupé
par les Ennemis. Les Gardes
& Lyonnois eurent ordre de
ſe ſaiſir de la double Haye à la
- droite , & le reſte du terrain fut
remply parlesBataillons du Roy
& d'Alface, par le premier Efcadron
de Varenne , le Mestre de
Camp à la teſte , & par deux
de Tilladet. Il n'y a guére d'e-
* xemples , que ſi peu de Troupes
oppoſées à tant de forces
ayent montré autant de fermeté
dans une pareille ſituation, n'étant
foûtenus que de leur ſeule
- valeur, parce qu'il n'y avoit point
aſſez de terrain derriere eux
pour former une ſeconde Ligne.
des
1
188 MERCURE
Le ſecond Bataillon des Gardes
Suiffes commandé parMonfieur
Stoup , à la place de Mon
fieur Machette qui avoit eſté
bleſſé , monta dans ce petit efpace.
On fit reſſferrer les Troupes
à droit & à gauche, afin qu'il
puſt ſe poſter ſur la Ligne . Sitoſt
qu'ily fut, il fit un grand feu ,&
ne témoigna pas moins d'ardeur
de combattre que les autres.
*Le premier Bataillon des Gardes
Suiffes commandé parMonfieur
Reynols , arriva quelque
temps apres ; & comme le grand
feu auquel les Troupes du Roy
eſtoient expoſées , en diminuoit
àtout moment le nombre , cette
diminution , avec ce que l'on
prit ſur les intervales, nous donna
affez de terrain pour faire entrer
ce Bataillon dans la Ligne
où nous avions beſoin d'Infante-
2
rie
GALANT. 189
1. rie fraiſche pourbalancer le feu
Erdes Ennemis. Monfieur de Saint
Georges y fut bleſſé. La maniere
vigoureuſe dont il avoit agy deepuis
le commencement du Combat
, l'avoit toûjours mis en
que de l'eſtre.
Monfieur du Metz fut
rif
bleſſé preſque en meſime temps.
Il avoit ſervi dignement tout le
jour à l'Artillerie;& la nuit l'empeſchant
de pouvoir faire pointer,
il vint fur la Hauteur pour y
avoir la part qu'il tâche de prendredanstouteslesActions
qui ſe
paffent.
Monfieur le Marquis d'Uxelles
qui avoit eſté poſter le ſecond
Bataillon Lyonnois , avec
cent Hommes détachez de ſa
Brigade , revint prendre le RegimentDauphin
, & s'approcha
dela gauche.
Le
190
MERCURE
Le Chaſteau estant toûjours
occupé par les Ennemis qui continuoient
à faire un grand feu,
Monfieur de Luxembourg réſolut
de le faire attaquer,quoy que
ce fuft une choſe fort difficile,
comme vous l'avez veu par la
deſcription que je vous en ay
faite. L'envie que Monfieur le
Marquisd'Uxelles témoigna d'é.
tre chargé de cette entrepriſe,
luy fit écouter l'ordre qu'on luy
en donnoit , comme ſi c'euſt eftéune
affaire aiſée. Il y marcha
*mefme pour l'entreprédre.Malgré
une furieuſe refi t: nce & un
combat auſſi opiniâtré qu'on en
viſt jamais , il ſe rendit maiſtre ,
&chaffa les Ennemis du chemin
creux , rien n'eſtant impoffible
aux Troupes de Sa Majeſté
, quand il y a de la gloire à
acquerir. Monfieur de Luxembourg
GALANT. 191
bourg ne pouvant douter qu'un
fuccés fi extraordinaire n'etonnaſt
les Ennemis , auroit eſſayé
d d'en profiter , fi la nuit ne fuſt
furvenue . L'envie de combattre
ne manquoit pas ; mais la difficulté
de faire paſſer des Troupes
pendant l'obſcurité , par des
Défilez ſi étroits , qu'en plein
jour elles auroient eu peine à le
faire , l'empefcha de fatisfaire
l'ardeur qu'elles en montroient.
- Avant tout cela , Monfieur le
Comte d'Auvergne avoit propoſe
àMonfieur de Luxembourg
-de faire entreprendre quelque
choſe aux Bataillons du Roy, de
Lyonnois , de Rouffillon , & de
la Reyne, qui estoient aupres de
'Eglife. Il marcha avec eux , &
chaffa avec beaucoup de vigueur
quelque Infanterie poſtée
-àla droite de cette Eglife.Mon
3002 fieur
192 MERCURE
ſieur du Perayà la tête de Lyonnois
, batit un des Bataillons des
Gardes du Prince d'Orange. Il
en prit deux Drapeaux , & le
dernier de la Reyne en prit un
des Troupes de Paderboorn dõt
il batit le Bataillon. Monfieur le
Comte d'Auvergne fit en ſuite
attaquer l'Egliſe où eſtoient les
Dragons d'Eſpagne , & ayant
mis le feu àune Maiſon voiſine,
il les contraignit d'en fortir. Ils
ne le pûrent faire fans une perte
confiderable. Il y eut quelques-
uns de leurs Officiers pris
dans cette Action , dont le fuccez
ne contribua pas peu à nous
faire réuſſir à l'attaque du Chafteau.
Les Bataillons duRoy , commandez
par Monfieur le Chevalier
de Montchrevreüil,& celuydeRouffillon,
ne remporte
rent
GALANT.
193
rent point le meſine avantage ,
se parce que les Ennemis lâcherent
pied devant eux, & n'en pûrent
* ſoûtenir l'effort of
Les Dragons de Fimarcon ſe
joignirent aux Bataillons dont je
viens de vous parler, & ne con
tribuerent pas moins qu'eux à
chaſſer les Ennemis,leur vigueur
n'ayant pû eſtre rebutée , quoy
qu'ils euſſent ſoûtenu le commencement
de l'attaque. Ce fut
en cet endroit que Monfieurde
Fimarcon fut bleſſé à mort des
derniers coups qui ſe tirerent.
Juſque- là on pouvoit dire qu'il
avoit eſté fort heureux d'avoir
évité cettediſgrace pendat tout
le jour. La vigueur & la conduite
de Monfieur le Comte d'Auvergne
contribuerent beaucoup
àce ſuccés.
Ces quatre Bataillons eſtoient
Septembre. [
194
MERCURE
foûtenus d'un Efcadron des Cui
raffiers,&d'un de Magnac;Mon.
fieur de Grignan eftoit à leur
teſte . Comme il ſe vit inutile
dans un Défilé , il paſſa au delà
de l'Infanterie ,& fe mit en Fataille
dans une Plaine fort prés
des Ennemis , où il demour &
neſe retira que ledernier.Monfieur
de Luxembourg avoit déja
renvoyé une fois l'Eſcadron de
Noailles ,mais il retourna avec
tes deux qu'avoit Monfieur de
Grignan ,& foûtint l'Infanterie
qui alloit à l'Eglife, d'où il eſſuya
un grand feu. Nos Soldats aprés
's'eftre rendus maîtres du Château
, mirent le feu àla Baſſecourt.
Cependant les deuxArmees
eftoient toujours en pre-
Tence,& le feu de l'Infanterie
de part & d'autre continuoit .
Ce feu dura juſqu'à deux heuorder
res
GALANT 195
10
de
res de nuit, mais à la fin la laſſitude&
l'obſcurité le firentbeaucoup
diminuerein оболонка
Monfieur de Luxembourg
voyant qu'il n'eſtoit plus poſſible
de fongerà combatre,&qu'il ne
devpis penser qu'àla foureté
Mons , commença de faire marcher
les Troupes qui estoient
fur la Hauteur pour repaſſer le
Defile , & gagner la Bruyere où
eſtoitle Camp. Le mouvement
ſe faifoit ſi prés desEnnemis,que
les Eſcadrons & les Bataillons ſe
retirerentun rang apres l'autre.
Si les Troupes ont merité des
louanges dans cette Action,ceux
qui des commandoient en font
bien plus digneformigo oftas
-Monfieur deLuxembourg fut
-perpetuellement dans le feu
pendant toute cette Action , qui
dura neufou dix heures , c'eſt à
-
cg I ij
196 MERCURE
dire, tant à la droite qu'à la gauche,
car l'affaire de la droite fue
commencée trois heures avane
Paurenoxul on nol
› Les Ennemis ayant paffé le
Défilé del'Abbayede S. Denys,
la prefence de de vigilant Ge
neral rétablit toutes choſes de
cecoſté-là. Ilne ſe contenta pas
de les en avoir avoir chaſſez . Il
voulut entreprendrede faire fur
eux cequ'ils n'avoient pû faire
fur nous à la droite , c'eſt àdire,
deles chaffer dedeſſus la Hauteur
qu'ils occupoient,& fur laquelle
ils avoient toutes leurs
Troupes en bataille. Il faloit cela
pour prendre leChaſteau où eftoit
le Régiment de la Roqueſervieres
, quiavoit eſté Lieutenant-
Colonel de celuy d'Auvergne
, &qui ſervoit les Hollandois
. Monfieur de Luxembourg
pour
GALANT. 397
1
pour venir à bout de ſon deſſein,
paſſa un ruiſſeau& un Marais à
unMoulin qui eſtoitdans le fond
à quarante pas des Ennemis. Il
monta pour cet effet une Coſte
qui estoit fi roide , qu'il ſe faloit
tenir au crin des Chevaux,pour
ne pastomber en arriere. C'ef
toit un Chemin où l'on nepauvoit
aller qu'un à un. Il en furt
monta les difficultez,&ſe planta
devant eux. L'Infanterie eſtant
animée par l'exemple de fonGe
neral, chacun voulut l'imiter , &
en moins de rien deux Bataillons
fe formerent aupres de luy ; ce
qui donna lieu àun Efcadron de
Tilladet de paffer à la file par ce
petit chemin étroit. J'ay parlé de
l'action de Monfieur de Tilladet
, mais non pas de ce que fit
Monfieur de Luxembourg dans
la mefine occafion. CeGeneral
I iij
198 MERCURE
Ses
ayant remarqué qu'un Cóm
mandant des Troupes Eſpagnoles,
nommé Porto-Carero, cherchoit
à luy tirer un coup de Piftolet,
mit de fon coſté le Piſto
let à la main , & alla à luy.
Gardes le ſuivirent. Porto -Carero
qui estoit armé reçeut un
coup dans le col au defaut de
ſa cuiraſſe . Il n'en mourut pas,
mais il demeura priſonnier. Le
feu que ceGeneral cut toûjours
àeffuyer , fut grand , que
Monfieur de Coupigny qui eftoit
à coſté de luy , eut d'une
ſeule décharge fon cheval blefſede
ſept coups de Moufquet .
Il fut bleſſe luy-meſme à la main
&eut fon chapeau percé. Je
n'aurois jamais fait , fr je voulois
parquer tout ce que les
Relations diſent à l'avantage de
Monfieur de Luxembourg. Son
coura
GALANTA 199
P
C
courage a paru én tantde grandes
occafions , que perſonne
n'en ſçauroit, doutenlos
Monfieur leDuc de Villeroy
ayant toûjours ſoûtenuavec ſuc
cez l'attaque de S. Denys , &
voyant que l'affaire y prenoit
un train à n'avoir plus de ſujet
de crainte , vint ſur la Hauteur
de Caſteau preſque, en meſme
temps que les premieres Troupes
qui y monterent. On ne
peut montrer ny plus de valeur
, ny plus de conduite . Il
eſtoit par tout , & la voix publique
parle fi haut , & fi avantageuſement
de luy , qu'il n'a
point beſoin d'autres éloges .
Monfieur de Maulevrier qui
eut la principale direction à
Caſteau , fit depuis le commencement
juſqu'à la fin , tout ce
qu'on peut attendre d'un grand
200 MERCURE
courage & d'une experience
confommée. Monfieur le Comte
du Pleſſfis qui devoit eſtre à
Aifle gauche ,voyant qu'il n'y
avoit rien à faire ,vint dés le có
mencement à la Hauteur de S.
Denys , agiflant dans tout cela
ſelon que les occafions s'en préfentoient,
avec beaucoup de valeur&
de connoiffance. Ileutun
Pagebleſſed'un coup deMoufquet
à coſté de luyuyaped
- Quoy que Monfieurle Comte
d'Auvergne euſt eſté chargé
demener la droite à la ſeconde
Ligne,lors qu'il vit que le Quartier
de Monfieur du Montaln'étoit
point attaqué , il ſe ſervit du
pretexte,qu'en une Bataille rangée
il auroit efté à l'Infanterie,
afinderevenir à Caſteau.ll y revint
en effet,&de fi bonne heure
, qu'il ſe trouva à propos pour
poſter des Bataillons Suiffes,auf
GALANT. 201
fi bien que quelques Eſcadrons,
lors qu'on y diſpoſoit les choſes.
Dés que Monfieur de Tilladet
ſçeut que Monfieur de Luxembourg
rapeloit la ſeconde
Ligne il vint de ſa perſonne à
L'attaque de Caſteau, où il arriva
ſi promptement qu'il ne s'y
paſſa rien où il n'euſt beaucoup
de part. Sa prefencene contrit
bua pas peu àinſpirer aux Pof
tes avancez la vigueur qui les
porta à chaſſer les Ennemis de la
Hauteur où il monta des pre
miers,& où on le vit demeurer
tant que l'Action dura.Il s'acquit
beaucoup degloire , par ce que
je vousaydirqu'il fit en pouffant
un de leurs,Efcadrons fi loim.
qu'on le perdit preſque de veuë..
Ilpaſſa pourcela entre leurs baraillons
, & revint par le meſime
chemin fans que la Cavalerie
ennemie ofât le ſuivre.
202 MERCURE
Monfieur le Chevalier de
Sourdis ne ceffa point de s'em
ployer pendant la journée àtout
ce qui estoit neceſſaire , & quoy
que fon Poſte l'éloignât du lieu
où l'Action ſe paſſoit, il ne laiſſa
pas d'y venir. Il s'y expofa beaucoup
,&y fervitjuſqu'à la fin.
Monfieur de S. Geran , dés
Parrivée de la feconde Ligne
d'Infanterie qu'il avoit conduite,
s'employa à la faire agir , &
ſedonnapour cela beaucoupde
mouvement tres à propos .
Monfieur le Prince Palatin
qui s'eſtoit fort diftingué pendant
toute la journée , eſtoit fur
laHauteur avantl'arrivée d'Al
face. Il y recent un coup de
Mouſquet àl'oreille,qui ne l'empefcha
point d'agir toûjours
avec la meſme vigueur .
Monfieur de Roſen estoit à
すdo 20 Caſteau
GALANT.
203
DE
qur
Caſteau dés le matin ; & tant
que le jour dura , il s'y expoſa
comme le dernier Soldat,& don
na des ordres en Commandant
experimenté.
Monfieur Monmon ſe trouva
* par tout. Il n'y eut point de Bat
tailles auſquelles il ne portât des
| ordres. Il en donna beaucoup
de luy -meſme auſſi utiles que
ceux qu'il portoit.
Monfieur de Tallard fut un
des premiers ſur la Hauteur de
Caſteau ſansy eſtre commandé,
Il y fur bleſsé d'un coup de
Moufquet,& malgré cela ily demeura
juſqu'à la fin du Combat.
Monfieur Barberien eut auffi
une contufion,& s'expoſa fi fort
toute la journée , qu'il méritoir
bien d'eſtre traite moins favorablementdes
Ennemis.
Monfieur le Chevalier Colbert
512
204 MERCURE
bert , Fils de Monfieur Colbert-
Miniſtre& Secretaired'Etat,eur
deux Chevaux tuez ſous luy.
Commeil eſtoit toûjoursdans le
feu,il fut bien heureux d'en étre
quitte à fi bonmarche.Monfieur
łeMarquisde la Popeliniere fon
Coufin germain , ſe distingua .
fort auprés de Monfieur leCom
re ' de Maulevrier-Colbert,àqui.
il ſervoitd'Ayde deCamp.Aina.
MonfieurColbert avoirvn Frere
, unFils , & un Neveu,qur
s'expoferent beaucoupdans certe
journée , & qui firent voir
que tous ceux de cette Famille
fervent le Roy avec un zele qui.
n'épargne rien.
Monfieur de la Tournelle
voyantque fon Bataillon poſté
entre les deux Attaques , avoit
eſté inutile , vintſur la Hauteur
deCaſteau,pour demanderqu'il
ne
GALANT. 209
ne le fuſt pas, ou du moins pour
trouverl'occaſion de ne l'eſtre
pointde perſonne..
L'actionde Monfieur le Marquis
d'Vxelles eſt ſi éclatante,
qu'elle merite bien qu'on en di
fe quelque choſe en particulier.
Son Regiment , qui est le Dauphin,
ſe trouva poſté au pied du
Chaſteau. Vn fort grand feu
qu'on luy faifoit par la gauche;
tiroit ſur le front de ce Regiment,&
ilavoit à effuyer un autre
feu de l'Egliſe qui voyoit ce
meſime Regiment parderriere:
Ce Marquis s'en voyant envi
ronné de ces deux coſtez, prit le
party de ſe rendre maiſtre du
Chaſteau auffi bien que de la
Haye. Les Ennemis y firentune
vigoureuſe reſiſtance ; mais la
valeur avec laquelle ce Regiment
s'opiniâtra à venir à bout
206 MERCURE
de cette entrepriſe, l'y fit réüſſir.
Il mit le feu au Chaſteau,& comme
il étoitdéja nuit, ce feu éclairoit
fi fort les environs , que nos
Troupes eſtoient veües depuis
les pieds jufques à la teſte. Elles
ne laifferent pas de ſoûteniravec
une intrépidité ſans exemple,
celuy que faifoient les Ennemis .
Il fut grand, parce qu'ils ne pouvoient
éviter la mort, qu'en fai,
ſant retirer les Noſtres par leurs
décharges , & qu'il falloit neceffairement
qu'ils ſe reſoluſſent à
eſtre brûlez avec le Chaſteau ,
ou qu'ils s'abandonnaffent au
feu de ceux qui les attaquoient,
en ſejettant parmy eux pour tâcher
de ſe ſauver. Ainſi ils perirent
tous avec Roqueſervieres
leurs Commandant.
Monfieur le Marquis de Píaneſſe
dont je vous ay parlé en
pluſieurs autres occafions , don
GALANT
207
na dans celle-cy les mêmes mar
ques de courage qui l'ont toû
jours diftingué. Il commandoit
la Gendarmerie. Elle fut poſtée
àla droite au commencement du
Combat , pour ſoûtenir l'Infanterie
qui défendoit l'Abbaye de
S. Denis. Le Canon où elle fut
expoſée, luy donna lieu de montrer
cette inébranlable fermeté
qu'elle a accoûtumé de faire pa .
Foiſtre.Monfieur de Pianeſſe y
eut un Cheval bleffé ; & comme
dans la ſuite du Combat il vit
mener deux Eſcadrons de Til
ladet ; & deux autres de Varen
nes , au delà du Defilé du Cha
ſteau, il prit l'Eſcadron des Bour
guignons commandé parMonfieur
le Comte de Marcin qui en
eſtoit le moins éloigné , & s'y en
alla au grand trot , apres avoir
mande à toute la Gendarmerie
ΠΟΙ de
208 MERCURE
de le ſuivre. Le terrain s'y rencontra
ſiſerré , que Monfieur de
Luxembourg qui estoit par tout,
ou par ſes ordres , ou par ſa perſonne
, voyant qu'il ne pouvoit
contenir un plus grand nombre
de Troupes, renvoya le reſte de
la Gendarmerie qui ſuivoit, & ſe
contenta de faire former les cinq
Eſcadrons qui estoient paffez .
Le feu que ces Troupes foûtinrent
fut fort grand. Il en couſta
la vie à pluſieurs. Monfieur de
Pianeſſe fit voir fon intrépidité
ordinaire.. Vnde ſes Domeſtiques
fut bleſſe à ſes coſtez d'un
coup de Moufquet qu'il reçent
aubilasp rol soldlinguaatt
- Monfieur le Marquis de Se
vigny commandant la Compagnie
de Monſeigneur le Dauphin
, demeura expoſe pendant
crois heures àneufPieces deCa-
نار
non
GALANT.
209
rea
re
301
pe
non des Ennemis, qui tuerent ou
blefferent quarante Cavaliers
dans ſon Efcadron. On ne peut
montrer plusde fermeté qu'il en
fit paroiſtre en cette rencontre.
Vous n'en ferez pas ſurpriſe,
apres ce que je vous ay déja dit
de luydans pluſieurs demes Lertres.
Elles vous ont appris qu'il
s'eſt ſouvent diftingué , & on eft
aiſement perfuadé par tout ce
qu'il fait , qu'iln'a pas moins de
coeur qu'ily a de beauté & d'efprit
dans ſa Famille .
Monfieur deTilly le Jay, Lieutenant
de la Colonelle , fut tué
-dans le Combat. C'eſt le troifié
me Frere de ce nom dans ce méme
Corps qui a donné ſon ſang
pour le ſervice de ſon Prince.
Celuy- cy s'eftoit acquisune tres
grande reputation. Son expé
rience , fon attachement affidu
au
210 MERCURE
au ſervice , & fſon intrépidité,
l'avoient fait choiſir par Sa Majeſté
avec éloge ,pour la Lieutenance
de la Colonelle , au mois
de May dernier , en la place de
Monfieur de Perigny Ferand,
que l'on avoit fait Ayde-Major.
Il n'estoit pas extraordinaire
qu'un Homme de ce nom ſe fift
diftinguer. On a toûjours veu
des Emplois conſidérables dans
ſa Famille, Meſſire Nicolas le
Jay fon grand Oncle, a eſté honoré
de la Charge de premier
Prefident au Parlement de Paris
qu'il a exercée pendant pluſieurs
années avec un applaudiſſement
general. Meffire Charles
le Jay , Seigneur de Maiſonrouge,
Neveu & Heritier de ce
Premier Prefidét, s'acquit beaucoup
d'eſtime dans ſa Charge
de Maiſtre des Requeſtes. 11 laiffa
IGADAN TI 211
1 fa deux Filles & fept Garçons,
qui ont tous herité de la pieté,
de la capacité, & de la bravoure
de leurs Anceftress
Monfieur le Marquis deMôy,
Fils du Prince de Ligne , Gouverneur
de Milan,ſe ſignala parmy
tant de Braves. Il ſert dans
l'Armée du Roy , & eut deux
Chevaux tuez ſous luy,une contuſion
à la cuiffe, & deux coups
dans fon chapeau. Il est tresjeune,
fort bien fait , & unique
Heritier du feu Marquis deMôy
Henry de Lorraine.
Mr. le Marquis de Vauvillars
Maiſol , Ayde de Camp de Mr.
de Luxembourg , fut blefle le,
gerement au coſté , & eut un
Cheval tué ſous luy. Il eſt jeune
encor,& a tant de coeur, qu'il a
déja ſouvent donné ſujet de
craindre pour luy.co
broul Mon
212 MERCURE
M.Robert Intendant de l'Armée
qui dans toute laGuerrede Hollande
a fervyle Roy ſi utilement
&avec tant dezele , fit luy même
ſervir lepCanon dans cette
rennontre, & demeura toûjours
dans le péril avec tous ſes Gens.
ar Je ne dois pas oublier icy à
vousdire, que laBrigadedu Rel
giment Lyonnois , commandée
parMonfieur du Peray qui en
eſt Lieutenant Colonel,& com
posée de deux Bataillons de
Lyonnois , de deux d'Alface , &
d'un de Rouffillon, reçeut ordre
deMonfieurde Luxembourgde
charger lesEnnemis àl'Attaque
de la gauche ; mais comme le
Païs estoit fort étroit , chaque
Bataillon s'enfonça preſque en
meſme temps dans les Hayes ,
dans lesChemins creux,& dans
les Houblonnieres , de la meilleure
GALANT.
213
leure grace du monde , chargeant
l'Ennemy fi vigoureuſe
ment , que cetteBrigade l'obli
gea de luy ceder le Poſte qu'il
avoit occupé pendant prés de
quatre heures. Elle repoufla
ceux qui le voulurent défendre,
juſques fur la Hauteur , tout à
faithorsle Defilé , tuant & fai
fant beaucoup d'Hommes pri-
-fonniers Monfieur du Peray
-combatit à la reſte du premier
Bataillon Lyonnois , & le mena
à la charge avec tant de ſuccés,
que les Dragonsd'Eſpagne , les
-Gardes duPrinced'Orange, &
les Anglois , ne pûrent luy reſtſter.
Tour fut mis en déroute. Il
-yeut beaucoup de tuez. LeMajory
Bu Ayde-Major des Dragons
de Salcede , & quelques
autres Officiers Anglois , eurent
la vie ſauve, par le ſoin que prit
Mon
3
214 MERCURE
Monfieurdu Peray de leur faire
donner quartier. Ce Bataillon
ſeulprit deuxDrapeaux du Regiment
du Prince d'Orange.
L'exemple quence Lieutenant
Colonel donna aux Soldats , en
chargeant le premier au milieu
des Grenadiers , & en tuant
d'un coup de Pistolet un Officierdes
Dragons de Salhen qui
voulut faire ferme , ne contribua
pas peu à animer la Brigade
qu'il commandoit. Le RegimentLyonnois
n'a jamais laiſsé
paffer aucune occafion de ſe
fignaler. Il fut preſque tout défait
à la Bataillede Caffel, ayant
enſeul affaire pendanttrois heu-
-res àtoute la droite des Enne-
-mis, qu'il foûtintavec ladernie-
2re fermeté,& donnant à propos
-en meſme temps que les Moufquetaires
donnoient à pied de
M l'au
GALANT. 215
l'autre coſté. Il n'y a aucunRegiment
dans les Troupes, qui
aye plus de Gens de qualité&
de plus braves. Il a eu depuis le
commencement de cette Guer .
ré trois Lieutenans Colonels
tuez , & plus de deux cens Of
ficiers auſſi tuez ou bleffez . Gette
derniere Action coûta la vie
àdeux Capitaines de ce meſme
Regiment,qui ſont Monfieur de
S.AndréGentilhomme de Bourgongne,
&Monfieur de laTuillerie
Neveu du R.P. de laChai
ſe Confeffeur de Sa Majefté .
Monfieur leChevalier de Gonnety,
Frere de MonfieurleComte
de S. Jean de Lyon , y eut les
deux cuiffes percées. Monfieur
leChevalier de Blot,Auvergnat,
y fut bleſsé à mort. Monfieur le
Marquis de Lecluſe,Gentilhomme
Beaujolois , y receut un coup
de
216 MERCURE
de Mouſquet à la teſte. Deux
autres coups percerent la cuiſſe
àMonfieur Martinet,& l'épaule
àMonfieur de Fenouil Ayde-
Major.
4. Le Regiment des Gardes fit
des choſes ſi ſurprenantes dans
la mefine occafion , qu'on peut
aſſurer qu'il n'y a aucun de ſes
Officiers qui ne s'y ſoit ſignalé.
Cela ſe peut voir par le nombre
des Morts& des Bleſſez que je
vous envoye.
Capitaines.
M. de Montigny, le bras caſsé.
M.deBeauregard,bleffé en pluſieurs
endroits.
M. de Fourilles ,le poulce emporté.
M. de Saillant, la cuiſſe percée.
Lieutenans tuez.
M. le Jay de Tilly.
M. le Chevalier de la Salle.
Lieute
GALANT 217
Lieutenans bleſſez
M. d'Arbouville, bleffé à mort.
M. de Soûpirs.
M. de Meaux.
Sous-Lieutenans tuez.
M. le Chevalierde Montigny.
M. de Viants. 11
M. de Temericourt. A
M. de Feuquieresivno ( Mob
7
M. de Marfal 2
M. de Gaigne. M
M. de Rians. wolalob. 4
Sous- Lieutenans blaffex. b .
M. de S. Alvere, un oeil perdu.1.1
M. de Maupeou , mort de ſes
bleſſures žol zzuoli: M
M. de laMorezan, bleſsé àmort
M. du Jourdy, la jambe empora
tée.
M. de Mainevilette , la jambe
M. de Vauroüy . Babibo
M. de Polaſtron,bleſsé à mort.
Septembre. K
218 MERCURE
M. De S. Simon
M. de Pávezind vandrar,
M. de Luzancy.
M. de la Trouffe .
Enseignes tuez
M. de Quevricourier sl
M. le Gras.
M. de Boisdelmé
M. de Matonviller inovodobn
Enseignes bleffezMoh M
M. de Conſtantin
M. de Ladoüy.
M. de Noify 2001-che
M. d'Artaignan. στόνΙΑ 2
き
Tous ceux qui accompagnerent
Meſſieurs les Officiers Generaux
meritent auffi beaucoup
delouangesybuonh M
Les meſimes raiſons qui ralentirent
le feu de Caſteau firentauſſi
diminuerconfiderablement
celuy de S. Denys, où les TrouGALANT.
219
pes de ſa Majesté ſe maintinrent
dans leurs Poftes ſans rienentreprendre
furceux des Ennemis.
L'Armée eſtant raſſemblée
ſur la Bruyere Monfieur de
Luxembourg fito retourner les
Officiers Generaux aux Poſtes
qu'il leur avoit marquez prés de
Mons. Ils ymenerent les Trou
pes qui estoient à leurs ordres,
par des chemins que chacun
d'eux avoit reconnusaush
Toute l'Arméeby arriva
avant le jour. L'Aifle droite, &
une partieded Infanteriefut pohée
devant là Haiſne &toute
l'Aifle gauche de Cavaleriel &
d'Infanterie , au delà de cette
Riviere, pour affurerdeQuadtier
deGlein. Elle accupoitontre
cela deux Poſtes dans de
Bois ,& avoit toutes lesGardes
dela gauche ſur la Bruyerede
coviob K 2
220 MERCURE
Caſteau , où le jour précedent
l'Année eſtoit en bataille.co
Je ne ſcay li cette Narration
ne vous paroiſtra point un peu
longue : mais Madame , on ne
ſçauroit parler ſuccinctement
d'une Affaire qui a duré dix
heures , à moins que d'oublier
force Gens qui ont le plus contribué
à l'avantage queales
Troupes du Roy ont remporté
dans cette Actions slove
Cependant pourrez vous refléchir
ſur ce qui s'eſt paſſe dans
oq Combat, ſans adimirer la force
des Armes de la France, l'inrelligencede
ſes Generaux , &
la grande conduite de ceux qui
les fontagire Si dans les moindres
Actionsdela vie on ſe propoſe
toûjours un but , il eſt à
croire que celles qui nes'éxecutent
qu'à force de fang , n'en
& স doivent
GALANT. 2212
doiventjamaismanquer.On doit
conclurre de là que Monfieur le
Prince d'Orange en avoitun en
attaquantMonfieur de Luxem
bourg,& la raifon fait voir qu'il
n'en pouvoit avoir d'autre que
celuyde fecourir Mons. Comme
il n'en a pas approché affez prés
pour le pouvoir faire , on peln
direquie cettederniere entrepriſen'a
pas eſté plus heureuſe que
tout ce qu'on luy a veu tenter
juſqu'icy.C'eſtun faitqui ne ſe
peutdéguifer ,& je vous laiſſe d
penſer ſi onpeutcroire qu'on ait
gagné une Bataille quand on ne
réüffit point dans un deſſein
qu'on a formé , & qu'on perd
deux fois plus de monde que
fon Ennemy . La gloire que les
François ont acquiſe dans cette
occafion eſt tres grande , & l'on
n'en doutera point fi on veut
Kiij
2225 MERCURE
examinen ce que je vay dire.
Les François plus foibles que les
Alliez,eſtoient obligez de laiſſer
une partie de leurs Troupes
dans leurs Lignes ; & ce qui les
affoibliffoit encor , ils avoient
prés de ſeprlicies de Païs à garder.
Ils ſçavoient qu'on cher
choit àjetrer du ſecours dans
Mons,&ce deſſein qu'ils n'ignoroientpas
leurdonoit à craindrede
tous coſtez , au lieu que
Jes Alliez que rien n'obligeoit à
fe feparer , pouvoient fondre
tous enſemble parun mesme côté
, & s'ouvrir un paſſage pour
aller àMons. Ilsont voulu le faire
, mais tous leurs efforts n'ont
abouty qu'àgagner une Abbaye
à la droite qu'on n'avoit point
deffein de garder, eftant ànoftre
égard au delà du Défilé , &
à prendre un Chaſteau àla gauche,
GALANT
223
che dans lequel ſur la fin du
Combatune partiedeleurs meilleures
Troupes fut brûlée. Perfonne
ne peut dire qu'il ſe ſoit
paſſe autre choſe que ce que je
disAinſi l'ondoitdemeurerd'ac.
cord que les Ennemis n'ont pas
approché de Monsde plus pres
qu'une lieüe. Illeur reftoit avant
qued'y entrer àpaſſerdes Hauteurs
& des Défilez , à ſe faire
jour au traversde noſtre Armée,
à forcer les Retranchemens de
Mr. du Montal , & à batre ſes
Troupes. On peut juger par lå
s'ils doivent s'aplaudir de cette
Action comme d'une Victoire,
puis qu'elle n'al fervy qu'à faire
répandre du fång qu'on auroit
pû épargner , la Paix ayant eſté
fignée quelques jours avant celuy
du Combat. Je ne fçay s'ils
l'avoient appriss mais eſtant plus
K iiij
224
MERCURE
proches de Nimegue que nous
ne l'eſtions & la nouvelle enef
tant venue dans noſtre Camp
par deux endroits , ils devoient
l'avoir reçeuë avant nous.Quoy
qu'ilen foit , on leur a plus d'obligation
qu'ilsne penfent ,puis
qu'avec tant de Troupes de
Confederez, ils ont donné lieu à
Ja France de batre encor dans
cette occafion celles du ſeulEnnemy
qui pouvoir s'unir avec.
eux. Les Troupes decette Na
tion font braves , intrépides , &
ne craignent rien. Cependant le
malheureſtant tombé ſurla plufpart
de ces Troupes , le ſuccés
a fait voir que les François ont
aflez, de valeur& de force pour
les ſurmonter toutes enſemble..
Un brave de cette Nation,
ayant eſté fait priſonnier
dit à nos François , Pouffez
VOUS
GALANT.
225
vous les battrez tous , puis que
vous avez défait les bonnes Troupes.
Je quitte la Guerre, & paffe
tout d'un coup à l'Article de la
Paix , puis que celle de Hollande
estoit faite avant ce Combat.
Le Roy ayant tres-genereu
fement renoncé à Beaumont,&
à d'autres Places qu'il pretendoit
( pour me ſervir des termes
mêmes de laGazettede Hollan
de, ) le Traité entre la France &
l'Eſpagne fut conclu le Jeudy
quinzieſime de ce mois ; mais il
ne fut point figné ce jour-là, par
ce que l'on ne pût achever de
le mettre au net. Il auroit pû ef
tre ſigné le lendemain;mais com
meil eſtoit Vendredy , les Eſpab
gnols qui prétendent que ce
Traité leur foit heureux ,& qui
ſouhaitent poffeder long-temps
lesPlacesque leRoy a eu labom
Κ γ te
226 MERCURE.
té de leur donner , ne le voulurent
point figner ce jour- là,
fondez ſur le ſcrupule de cette
Nation qui n'entreprend ny
n'execute rien le Vendredy ,
qu'elle croit un jour malheureux.
Ainſi la Signature en fut
remiſe au Samedy 17. Les Eſpa
gnols furent les premiers à faire
paroiſtre la joye qu'ils avoient
de ceTraité,& dés le grandmatin
du jour qu'on avoit choiſy
pour le figner , on entendit des
fanfares dans leur Quartier.
Nos Trompetes y répondirent,
& tous ceux des deux Nations
qui ſe rencontrerent pendant le
reſte de la journée , ſe firent
des Compliments. Sur les dix
heures du foir , nos Plenipotentiaites
partirent de leur Hoſtel
, avec neuf de leurs Carroffes
, éclairez de trente flambeaux
GALANT.
227
beaux de cire blanche , &accompagnez
de vingt-quatre de
leurs Gentilhommes , & d'un
grand nombre de leurs Domeſtiques.
Ils ſe rendirent à
l'Hoſtel des Ambaſſadeurs de
Hollande , où ceux d'Eſpagne
venoient d'arriver : car ils
avoient fi bien pris leurs mefures
, pour partir tous de chez
eux ,que chacun devoit arriver
dans lemefme temps. Deux des,
Ambaſſadeurs de Hollande allerent
les recevoir.c'eſt à dire, que
l'on fit compliment aux François
à leur arrivée & l'autre
aux Eſpagnols. Ils fe rendirent
auffi- toſt dans la grande
Salle de l'Audiance qui estoit
magnifiquement meublée , &
comme elle a deux Portes , les
Ambaffadeurs de France y entrerent
par fune,& ceux d Efpagne
y entrerent en melme temps
>
228 MERCURE
temps par l'autre . Il y avoit dans .
le milieu de la Salle une grande
Table couverte d'un Tapis de
velours vert à frange d'or , &
l'on avoit mis trois Fauteüils de
chaque coſté pour les fix Ambaffadeurs
, & un Siege à cha--
que bout pourchacun des Ambaſſadeurs
de Hollande qui ont
ſervy de Médiateurs. Ce fut dans
cet eftat que le grandOuvrage
de la Paix fut confomme . On
avoit fait deux Copies du Traité
, l'une en François , & l'autre
en Eſpagnol . A peine furent- elles
fignées, que tous les Ambaffadeurs
, toufiours aſſis , ſe firent
des Complimens les uns
aux autres, de ce qu'ils avoient
eu le bon-heur d'achever une
Affaire fi importante à toute
l'Europe, Monfieur le Maréchal
de l'Eſtrade ſe leva le premiers
Bye mais
r
:
GALANT 229
mais comme les autres ſe leve
rent preſque auffitoſt , à peine
s'en apperçeut- on. Les Eſpagnols
ont fait paroître tant de
joye , qu'on en a eſté ſurpris.
Pluſieurs d'entr'eux avoüerent
qu'ils n'avoient point crû que la
France fuſt de fi bonne foy , &
qu'elle voulut la Paix avec eux .
Monfieur d'Herbigny , Fils du
Maître des Requeſtes de ce
nom,fut aufſitoſt dépeſché pour
en apprendre la nouvelle au
Roy. Je vous en diray davantage
aprés la Ratification. On ne
la peut avoir que des Roys mêmes.
Les Plenipotentiaires ne
la peuvent donner , les Ratifi
cations n'eſtans qu'un aveu de
ce qu'ils ont fait. Vous me di
rez qu'ayans des Pouvoirs de
conclure , ils ont cellyde ratifier.
Non ſeulement ils ne l'ont
pas , maisils ne le doivent pas
4
230 MERCURE
avoir. Des Plenipotentiaires ne
ſçauroient faire des Traitez fi
conformes à leurs Inſtructions,
qu'il n'y ait toûjours quelque
choſe qui s'en éloigne, & les Ratifications
des Souverains font
neceſſaires pour approuver ces
changemens . Dans toutes les
Affaires du monde on en uſe de
la mefme forte ; & tous les Particuliers
qui en terminent fur
des Procurations , obtiennent
untemps pour les faire ratifier
aux Parties, fans l'aveu defquelles
il n'y a rien de fait. Cela empeſche
beaucoup de ſurpriſes.
Ce n'eſt pas qu'il n'y ait de la
malhonneſteté de ſe dédire , à
moins qu'on en ait de grands
ſujets. Auſſi cela n'arrive que
tres rarement. Je ne puis m'empeſcher
de vous dire icy que
les caracteres qui ont eſté trouvez
ſur l'oeuf du Serpent pris
GALANT 231
aux environs de Montpellier,
dont je vous parlay il y a quelques
mois , ont eſté des préſages
de la Paix, au moins felon les
Lettres de pluſieurs Perſonnes
d'eſprit. Je vous expliqueray
leurs pensées ſur ce ſujetdans
l'Extraordinaire que je vous envoyeray
le 15. d'Octobre. C'eſt
un lieu propre pour parler de
cette matiere , au moins felon la
liberté que je me fuis donnée
d'y mettre quelque choſe pour
les Sçavans , & quelques lignes
de Latin en faveur de celles du
beau Sexe qui entendent cette
Langue. Apres vous avoir parlé
de la Paix concluë entre les
deux premieres Couronnes du
Monde , il faut encor vous par-
Er de Guerre , & vous envoyer
le Deſſein du Fort de Kell que
vous m'avez demandé . Quoy
qu'il
232 MERCURE
qu'il ne ſoit plus en nature comme
il a eſté une de nos Conqueſtes
de cette année , il importe
à la gloire de ceux qui l'ont pris,
& à celle de la France , qu'on
en voye le Plan. Je ne doute
pas qu'il ne furprenne , quand
on fera reflexion fur le peu de
temps qu'on a employé à s'en
rendre maître , & qu'on examinera
fa grandeur , fa force , &
fa fituation , qui en rendoit l'accés
difficile. Joignez à cela fa
forte Garniſon,& l'intereſt que
Meſſieurs de Strasbourg eroyoient
avoir à faire leurs efforts
pour ſe le conſerver. Je vous
envoyeray dans ma premiere
Lettre, ſil'on me tient parole, le
Plan de deux autres Forts qu'on
a jugé à propos de garder avec
le Pont entier. Cependant je
paffe à la fuite des Affaires
d'Alle
RIBLIO
LA
VILLE
YON
1893-
C
r
1
1
J
4
J
GALANT
433
d'Allemagne , dont je vous entretins
ſi amplemet il y a un mois:
N'attendez point un long détail
de ce qui a ſuivy ma derniere
Relation . Ce ſont plufieurs
Actions diferentes que je ſeray
bien aiſe de reſſerrer , afin que
vous puiſfiez plus aisément les
examiner tout d'une veuë, Les
voicy toutes en peu de mots,
felon l'ordre du temps où elles
ſe ſont faites..
Monfieur de Montrevel batun
Party , fait ſoixante Prifonniers,
&prend fix vingts Chevaux..!
Un Party de la Garniſon des
Forts du Pont de Strasbourg ſe
faiſir de huit Bateaux appartenansàlaVille
qui porte ce nom.
Monfieurle Marquis deJoyeuſe
, avec la Brigade de Reynel,
les Dragons de Teffe,& la Brigadede
la Roque , bat unParty
de
A
234
MERCURE
1
de fix cens Chevaux , en tuë
plusde cent, en prend cent cin
quante , & oblige le reſte à ſe
ſauver dans les Montagnes.
Monfieur le Marquis deReynel
qui avoit la teſte de tout , s'y
diftingua.
Monfieur le Mareſchal de
Créquys'avance vers Vveiffembourg,
où il entre ſans reſiſtace.
Il en fait enlever du Grain& du
Fourrage. Ilretourne en fonCấp
de Vvert. Monfieur le Marquis
deJoyeuse demeure à Vveiffembourg
pour confommer ce qui y
reftoit de Fourrages. Monfieur
leMarquisde Villars fe trouvant
aux environsde cette Ville avec
trente Hommes, empefche cent
cinquante Chevaux des Ennemis
d'enlever nos Fourrageurs
qui estoient dans un Village .
Monfieur de Chaſtelier, Parent
de
GALANT.
235
de ce Marquis, eft bleſſé aupres
de luy.
4
Monfieur le Marefchal de
Créquy donne fes ordres pour
empefcher que les Ennemis ne
ſe ſaiſiſſent de Lauterbourg , &
revient à Vveiſſembourg.
Ce Mareſchal envoye deux
Partys en meſme temps , l'un
commandé par Meſſieurs les
Marquis de Monreveil & de
Beaupré , qui batent les Ennemis
endeux rencontres ;& l'autre
par Monfieur du Roſel , qui
eſt batu. Ce dernier Party eſtoit
de trois cens Chevaux. Il fut envelopé
par pluſieurs Efcadrons
des Ennemis. Monfieur le Marquis
d'Arcy à la teſte d'une partiedes
trois cens Chevaux,vou
lut gagner le Défilé par lequel
il eſtoit venu , mais les Ennemis.
avoient fait paſſer des Troupes
pax
236 MERCURE
parderrierepour l'occuper.Ainfi
il fut queſtion de le forcer.
Monfieur le Marquis d'Arcy y
fit des chofes ſurprenantes,mais
ily reçent ſept coups dont il
mourut. Cent Chevaux de ceux
qu'il commandoit , paſſerent le
Défilé, & tuerent un grand nobre
des Ennemis. On croyoitles
deux cens autres Chevaux tuez
ou prifonniers , mais quelques
jours apres ils revinrent dans
noftre Camp , à la reſerve d'environ
foixante ,dont la pluſpart
font priſonniers avec Monfieur
du Rofel.
2. Monfieur de Créquy donne
de nouveaux ordres pour empeſcher
que rien n'entre dans
Strasbourg , & vient camper
dans la Plaine de Mainfeld..
Monfieur de S. Sylveftreayant
batu les Ennemis qui avoient
aban
GALANT.
237 .
- abandonné Landau à fon ap
proche , Monfieur de Créquy
s'en ſaiſit . Il y trouve beaucoup
de Grains qu'il fait tranſporter
dans ſon Camp.02
Les Ennemis font en meſme
temps pouffez par tout.LeBaron
de Mercy prend mal fes mefu
res pour enlever le Quartier de
Monfieur de Langallerie, Weft
batuluy meſme , & pouffé juf
ques aux Portes de Strasbourg.
- Pluſieurs de ſes Gens font pris,
&& d'aueres renverſez dans le
Foffen amo all siq no kura ob
Voila preſque une douzaine
d'Actions en peu de paroles. II
en eſt dengenerales dont on ne
peut parler ſans en faire le dép
rail ,mais dés qu'on faitun recit
tropl eſtendu d'un grand nom-1
bre d'Actions particulieres , la
confufion s'y rencontre ,&il ne
291 faut
238 MERCURE
faut quedire les choſes preciſément
pour en faire bien concevoir
la ſuite.
Toutes ces Actions qui vous
font connoiſtre l'état où ſe trouvent
les Ennemis, vous font voir
en meſme temps que nous fommes
maiſtres du Rhin preſque
depuis Strasbourg juſqu'à Philisbourg
, & que nous les avons
batus, pas tout de ce coſté-là.
Ils avoient accoûtumé de paſſer
le Rhin les autres années , mais
celle cy leurs affaires ont eſté
de mal en pis. Ils ont mangé
leur Païs pendant toute la Campagne
, & ils achevent de manger
celuy de l'Electeur Palatin,
qui s'en plaint fort haut. Quand
ils paſſeroient preſentement ils
ne pourroient ſubſiſter , Mr.de
Crequi ayant ruiné tout le Païs
Les
GALANT.
239
- Les Enigmes font toûjours
expliquées dans leur vray fens
par quantité de Perſonnes . Vous
trouverez celuy de la premiere
- du dernier Mois dans ces Vers
de Monfieur Ile Courriers, de
Ve vostre humeur est obligean-
Vous fourniffez a nos Concerts
Chaque Mois deux ou trois
GIatio
beaux
Dontl'harmonie est raviſſante.
Si c'est trop de faveur pout noussЯ
Trouvant que c'est inop peupour vous
Vous ajoutez grace
Et pour nous
furgrace
obligerfans fin,
GI
Par un bienfait nouveau qui tout autre
ab furpassd, adiol.250.
Vous nous faites encor prafentd'un Clasi
Ceux qui ont expliqué cette
Enigme ſur le meſme Mot du
Claveffin
240
MERCURE
Claveffin ,fontMeſſieurs duMontet;
Neveu Deſbourée'; Du
Freſne , Chanoine de Saint Eftienne
, & Sous- Directeur de la
Congregation de Troyes De
S. Ulage; Barbier Fils , Maiftre
des Comptes à Dijon; De Tirman,
Abbé de S. Loüis à Troyes;
Le Chevalier , de la Rue Chapon;
Le Prieur d'Illiac, de Lyon;
De Pruneville , Capitaine au
Regiment de Champagne;Mefdames
Chiconeau , d'Orleans ;
Reyne de Beaulieu ; De Bellewile;
Le Rede de la Poterne;
La Reyne desVertus, de Roüen;
Les trois aimables Veuves de
la Ruë S. Loüis; La Veuve de
laRue Chapon , La Bandedes
neuf Soeurs , de Noyon ; Les
Fauvetes à teſte noire , de
Clignancour ; La Nymphe des
20000
Moulineaux Les Demoiselles
de
GALANT. 241
C
de la Fontaine Saint Vincent; &
6
<
Brigide Marion ; Les Enfans de
la Rue des Eleus , de Rheims ;
Rofine & Clindor ; Tamiriſte,
de la Ruë de la Cerifaye; & l'Organiſte
inconnu. La vraye Ex-
-plication de la meſme Enigme
m'a efté envoyée en Vers par
Meffieurs Barbete Echevin à
Troyes ; Geoffroy le Petit ; Buglet
Prevoſt de Bouilly ; Malherbe,
Medecin; Leſcarde Voifvenel;
DeVierlemont;De Chanvalon;&
Bechu,d'Angers;D'Arciſes
Gentilhomme de Beaujoloisila
Voiſine de Bourg en Brefſe;
Columb Fils D. I. Gentilhomme
de Tarafcon ; Charlot,
Chanoine de noſtre Dame de
Dijon;Bouthault Prieurde Vailly
, Chanoine de S. Eftichne de
Dijon,il eſt fort ſçavant aux Inſtrumens
, principalement des
voiSeptembre.
L
242
MERCURE
Flutes,& fait ſouvent des beaux
cocerts pour ſon plaiſir à Dijon,
où pluſieurs Perſonnes de qualité
s'y rencontrent ; G. de Genay
, de Beauvoiſin. Les autres
Mots fur leſquels elle a eſté expliquée
, font le Livre , le Moulin
à Papier , l'Imprimerie , l'Ecriture,
le Papier , l'orgue , & la
Terre.
- La ſeconde Enigme du mefme
Mois , eſt le Tournebroche.
C'eſt là deffus que Monfieur
Odard Veſtier, de Troyes,a fait
-cesperso omamoulianou
Dead no amolchagriov shojol
qui conduisez le Mercure,
VO Par ce Sixain je vous conjure
De me parler igy tout net.
Seray-je à convert de reproche,
Si je confens que vostre Tournebroche
-Soit placé dans mon Cabinet ?
2
Voicy
GALANT.
243
:
Voicy les Noms de ceux qui
l'ont expliquée ſur le meſine
Mot. Meſſieurs Catel , de la Ruë
duFour;Fueillet,Avocat àChartres
; De Pleurre , Chanoine &
Grand Fabricien de S. Etienne
deTroyes;De Merville,de Diep-.
pe;De Bellefontaine; De Garlade;
Laffon le jeune ; Merlette;
Neveu Desbourrée ; Meſdames
de la Fontaine S. Vincent , de
Rouen; Rambourg , de Mondoubleau
; Les trois Matadors t
Linus; Bajet de Mariſſel ; & les
Bergers de S. Oüen. Ceux qui
fuivent , en ont envoyé l'Explication
enVers. Meſſieurs de Villeherſen
; L'Abbé Sonneau ; Le
Lieutenant Paillot; Des Rofiers
de Cadriole ; De Montaney ,
Conſeiller au Prefidial de Bourg
en Breſſe ; D'Arciſſe , Gentilhomine
de Beaujolois ; La Voi-
Lij
244 MERCURE
2
fine de Bourg en Breſſe ; Dodon
Juſti ; Aubin de Grenoble ; Erofi,
de Senlis ; Meſdames Morliere,
de Tours ; & d'Orval, de Falaiſe.
On a expliqué cette mefme
Enigme ſur ces autres Mots,
l'Horloge , la Pendule , la Montre
Sonnante,le Marteau d'une Porte,
le Reveille- matin , un Fusil à ti
rer , & le Preffoir.
Le vray ſens de toutes les deux
a eſté trouvé par Meſſieurs le
Marquis de Vadeladent ; Bouchet
, de Grenoble ; Panthot,
Docteur Medecin& Profeſſeur
aggregé au College de Lyon ;
DeYenval, Sieur de Sainte Marie
; Jouſſes , Sieur de la Chapellieres
Hugo , do Gournay fur
Epte ; Le Bourg , Medecin à
Caën , François Loüis Vander
Vvillen , Gentilhomme Allemand
; Maze , de Roüen ;De
jid
Chaffe
GALANT. 245
Chaſſebras , Sieur de Cramail;
De Bollain , Capitaine dans
Picardie ; Malbet , Directeur
des Poftes de Champagne; Nicolaïf
Nippuoch ; De Saint
Ferrieux , Gentil-homme de
د
pres de Red Champagne
thel ; Bruneaul, Avocat ;Le
Franc , Gentilhomme Rhé
mois ; Boulancher , de Chaf
tillenay ; Miconet , Avocat
à Châlons fur Saône ; Jourdan
de la Salle , de Troyes ;
Lamy de Vignety ; L'Abbé
de Cypiere : L'Abbé Teautar
: Un Chanoine de Saint
Victor : Chandmar : Tha
baud des Ferrons : Perry l'aifné
: Baiſé le jeune : Berot
, Avocat & Secretaire des
Dames D'Avalon : Dela Tou
che , de Saumur : De la Mouliere
: Meſdames Piccard : De
:
Lij
246 MERCURE
la Croix ; De l'Iſle , de la Ruë
des Lyons ; Les Cotieres , de
Roüen ; La Salamandre en liberté
Les Joüeuſes de Trictrac
de la Ruë des Marmouſets ; La
Belle Voix du Quartier de faint
Sauveur ; L'Infante Cecile; Les
trois Bergeres de Monmagny;
La Brune & la Blonde de Fontainebleau
; Le Demon de la
Ruë de Betify ; Le bon Clerc
du bon Maître de Muſique de
Châlons fur Saône ; le Secretai
re dela Ville de Colommiers en
Brie ; Le petit Bonde la Bonne;
Les Alliez de Marseille ; L'heureux
Infulaire ; Les nouveaux
Confreres de Noyon ; Le Solitaire
de Rennes; L'Amant defintereſsé
de Noyon ; Le Mercure
ſans peur ; & le Cavalier
Ecclefiaftique. Pluſieurs ont expliqué
l'une & l'autre en Vers ,
&
1
GALANT 247-
9
& ce font Meſſieurs le Chevalier
de la Heronne;Breffy, Prêtre
d'Avignon; Geoffroy le jeune;
Bonnet , de Vaux ; Mornac
☐ le jeune , Avocat ; Du Mont,
Avocat à Chaumont en Vexin;
Novion de Pomelot , de Pontoiſe;
Gouet; Gardien , Secretaire
du Roy;Bataille, S de Meſnard,
Avocat à Loches ; Le Mauvilleu
deChauven,de Soiffons; Madame
Penavaly , de Breſt en Bretagne;
La Provinciale du beau
Quartier; Fredinic,de Pontoiſe;
La Belle du Mont Parnaffe; Le
Solitaire de Pontoiſe ; L'Amant
converty,de Troyes; LesReformateurs
de Bretagne ;&le fidelle
Berger des Rives de Seine.
Je vous envoye deux nouvelles
Enigmes , dont la premiere
eſt de Monfieur Gardien Secretaire
du Roy.
Lilij 111
L
248 MERCURE
£9703••+972 : 6973 69703 89068 82003 .
J
-1ENIG ME.
Efuis né Roy, je vviiss Eſclave,
le fuis premier ,
Dansl'intrigue
je fuis dernier
د
4
OA
particulier , J. -A
En mefine temps timide &brave.
lepuisfans voix me faire entendre,
Quand je fuis petit je ſuis grand.
Affez rarement on me
Sans danger defe laiffer prendre.
prend,
1
Avec un fond inépuisable
L'ay toujours dde preffans besoins.
Chez moy tout se fait sans témoins,
Icfuis un témoin redoutable.
)
:
:
V
Quelquefois une ape bienfaite
Me payeroit de tout fon bien
Tresſouvent je ne couſte rien ,
Et ne fuispoint à qui m'achete
وا
Deuxfois unfont deux,Sans misteres 2: 1
C'est
Mais
des nombres l'ordre commun
qu'enfin deux nefaſſent
C'est làma principale affaire.
qu'un T
AUTRE
GALANT. 249
1
AUTRE ENIGME.
naissance eft affezcommune.
Maylapeau délicate brune.
1.
Mõcoeur est inſenſible &dur &partagé.
Ilne s'est jamais affligé
Deme voiraux ardeursdu Soleil exposée.
Chacun me trouve diſpeſée,
Quand il veut me toucher , à le bien recevoir.
00
il
Nediroit- on pas à me voir,
Qu'aregnerjeſuis destinée ,
Nature m'ayant couronnée ?!
Lor's que j'agis , c'eſt lentement.
On n'oferoit honneſtement
Seplaindre du mal que je donne.
Aquelques uns jefais du bien ,
Etje commence d'estre bonne ,
Lors que je me diſpoſe à ne valoirplus
A riem br
90
Je viens à l'Enigme, de la
Statuë de Memnon. Voicy les
divers ſens qu'elle a reçeus ,&
les noms de ceux qui les ont
Lv
50 MERCURE
donnez . Meſſieurs de Pruneville
, Capitaine au Regiment
de Champagne ; Geoffroy le
Petit , de Loches ; Bouchet , de
Grenoble , l'Astrologie , & la
bonne Avanture ; De Chanvallon
, l'Horoscope en Vers : Le
Mauvilleu de Chauven , de
Soiffons : D'Arciffe Gentilhomme
Beaujollois ; I. De
Montmoyen : Le Secretaire de
la Ville de Colommiers en Brie :
Le Jaloux de la gloire des Tourangeaux:
& la Salamandre en
liberté , le Parlement &le Confeil
du Roy : De Yenval , Sieur
de Sainte Marie : & Novion de
Pomelot , le verre ardent , & le
Miroir ; Le Triton d'Yport , le
Miroir enchanté en Vers : L'Amant
converty de Troyes , en
Vers : Voiſin de Bariere , d'aupres
Francaſtel: Le bon Clerc
du
GALAN T.
251
du bon Maiſtre de Muſique de
Châlons fur Saône : Rofine &
Clindor , le Coq ; Tuifand Avocat
à Dijon , la Monnoye : Panthot
, Louis le Grand , Arbitre
de la Paix : Geoffroy l'aiſné ,
les Ennemis foûmis : Joufes, Sicur
de la Chapelle , la Blanque :
Boulain Capitaine dans Picardie
, le Sceau à ſceller ; Merville
, de Dieppe , les Oyseaux :
Le petit Bon de la Bonne , les:
Favoris des Princes : Les trois:
Demoiselles du Grenier aux
Pois de Senlis; & la Societé des
bons Enfans de la Ruë Saint
Pierre , le Vin : Le Solitaire de
Pontoiſe , l'or , en Vers : Bajet
de Mariffel , l'Eloquence ; Perry
laiſne, la Fendange ; L'Infantel
Cecile , le Point du Four : & lest
trois Bergeres de Monmagny,
La PaixisallaoM
II
252 MERCURE
Ily a beaucoup de ces Mots
qui felon les Regles ne doivent
point entrer dans l'explication
de ces Enigmes . Ceux qui en
voudront ſçavoir la raiſon , la
trouveront dans les ſçavantes
& fpirituelles Lettres de Monfieur
l'Abbé de la Valt ſur les
Enigmes en Figures . Ces Lettres
feront parmy les autres Ouvra
ges qui doivent compofer l'Extraordinaire
que je vous envoyeraydans
quinze jours. Meffieurs
de la Touche , de Saumur : Maze
, de Roüen: Bataille , fieur
deMeſnard : Neveu Desbourrée
: & le Courrier , de Caën ,
/ qui ont expliqué la Statuë de
Memnon fur Almanach, ne ſe
font pas fort éloignez du vray
ſens ,puis qu'il n'eſt autre que
Le Cadran Solaire , trouvé par
Meſſieurs l'Abbé Palleau, Cha
noine
GALANT.
253
noine de la Sainte Chapelle de
Dijon Le jeune Barbe , de Ren
nes : Du Meſnil ! Le Bourg ,
Medecin à Caen : Malbet , Directeur
des Poſtes de Champagne
: Bruneau ,Avocat : Miconet:
Lamy de Vigneti : Duhamel
Precepteur des Enfans de Monfieurle
Marquis de Cany : Thabaud
des Ferrons; les trois Matadors
: Les Reformateurs de
Bretagne : Le Solitaire de Rennes
: Madame le Brun : Mademoiſelle
Clarice , Genoife : &
la belle Voix du Quartier de
Saint Sauveur. Meſſieurs Paillot
Lieutenant à Troyes : Leſcarde
Voiſvenel : Geoffroy le jeune,
de Loches : Rault , de Roüen:
Bonnet , de Vaux : Chasteau-
Chinon : Chevalier , Tréſorier
de S.Vrbain : Veſtier,de Troyes:
& Linus , l'ont expliquélen Vers
fur ce meſme Mot du Cadran.
254
MERCURE
...Rien ne repreſente plus naturellement
le Cadran Solaire
que la Statuë de Memnon . Elle
ne rendoit jamais ſes Oracles
que quand elle estoit frappée
des rayons du Soleil. Le Cadran
ne sçauroit marquer que
les heures, s'il n'eſtoit éclairé de
cet Aftre. Le Vieillard quimontre
la Statuë eſt le Temps qui regle
ſes Heures. Le doigt qu'il
avance peut paffer pour l'Aiguille
du Cadran , ſi vous n'aimez
mieux l'appliquer au bras étendu
de la Statue qui produiroit
l'ombre. Les Perfonnes qui obſervent
l'action du Vieillard, font
ceux qui viennent confulter le
Cadran pour ſçavoirquelle het.
re il eſt. Le Globe que la Statuë
a fous les pieds , eſt la Sphere où
font marquez les divers Cercles
& les differens mouvemens du
:
Soleil
BIBLIO
THE
YON
1893
*
DAPHNE ENIGME ,
GALANT.
255
Soleil , imitez par le Cadran.
Daphné fuyant devant Apollon
, vous ſervira de nouvelle
Enigme. Vous ſçavez qu'elle
eſtoit Fille du Fleuve Penée , &
qu'eſtant un jour pourſuivie de
ce Dieu qu'elle dédaignoit, elle
eut cedé à la violence , fi elle
n'euſteſté tout d'un coup changée
en Laurier.Il n'y a que deux
Figures dans ceTableau ,& elles
vousdoivent moins embaraffer ,
que s'il y en avoit un plus grand
nombre.
Il eſttempsde vous apprendre
les Divertiſſemens de Fontainebleau.
Il s'y fit une Courſede
Bague un des premiers jours de
ce mois, en preſence du Roy,de
Ia Reyne , & de toute la Cour.
Ceux qui coururet,furent Monfeigneur
le Dauphin , Meffieurs
les Princes de Conty & de la
Roche
256
MERCURE
Roche fur Yon,Mr. le Comte de
Brionne , Mr. le Prince de Caumercy,
Mr.le Marquis deBellefonds,
Mr.le Comte de Tonnerre,
Mr. de Bouligneux, & Monſieur
le Chevalier de Mailly. Le
Prix eſtoit une Eſcharpe magnifique
que donnoit le Roy. Chacun
courut trois Courſes . Monfieur
le Prince de la Roche fur-
Yon emporta le Prix, ayant fait
deux dedans & une atteinte . Ce
jeune Prince n'a pas moins de
vivacité d'eſprit que d'adreſſe .
Le jour de la Naiſſance du
Roy il y eut un grand Bal. Toute
la Cour estoit parée de Pierreries
, & il ne ſe pouvoit rien
voir de plus éclatant.
Il y a eu treize Parties de
Chaffe au Cerf ſeulement. Il y
en eutune entr'autres où on laiffa
courre le Cerf au lieu nommé
Arcloffe.
GALANT 287
-
Arcloffe. Le Roy eut toute la fatisfaction
poſſible de cette Chafſe,
à cauſe du beau Païs que ce
Cerf prit , & de la maniere que
les grands Chiens l'y pourfuivirent.
Apres pluſieurs autres
Chaſſes, on laiſſa courre un cerf
devant le Roy ,dans le Buiffon
de la Boiffiere , qui eft un Buiffon
de deuxlieuës. Ce cerfne fit
que fortir dans la Brande,& retourna
dans le mefine Buiffon,
où il ſe fit chaſſer pendant deux
grofles heures , & donna le plus,
grand plaifir du monde, malgré
un orage & un tonnerre épouvantable.
On peut dire quel'on
n'a jamais chaffle avec ſi grand
bruit,ny avec tant de régularité
qu'on a fait dans toutes ces
Chaſſes , & gela , par les ordres
de Sa Majestée for
Hya eupluſieurs Chaffes de
San
! op 1
238 MERCURE
Sanglier. Dans l'une, il ſe trouva
deux gros Cerfs enfermez
dans les Toilles au Buiſſon de
la Boiffiere . Le Roy eut le plaifir
d'en tuër un à coups de Fufil
, & Sa Majesté empeſcha par
là qu'il ne fiſt un tres-granddefordre.
Elle fit lever les Toilles
pour donner la vie au ſecond,
aprés qu'on eut tué quatre Sangliers
qui estoient dedans.Comme
Elle ſe promenoit un jour
dans le chemin de Moret , un
gros Sanglier qui estoit couché
fous un Arbre , prés de la Portiere
de fon Caroſſe, partit. Plufieurs
Perſonnes de Qualité qui
accompagnoient le Roy,le poufferent
fous la Futaye , & particulierement
Monfieur le Comte
de Marfan qui luy fit tourner la
teſte. Cela donna lieu àMonfieur
le Chevalier de Lorraine
;
qui
GALANT.
259
qui montoitunCheval de ſaMajeſté,
d'y arriver avec Monfieur
leMarquis d'Effiat,&un Ecuyer
deMonfieur. Ils pafferent fur le
Sanglier,& luy donnerent quelques
coups d'épée ; aprés quoy
le Sanglier choiſit Monfieur le
Chevalier de Lorraine entre
vingt Perſonnes qui y arriverent.
Il bleſſa ſon Cheval , qui
donna un fifurieux coup de pied
fur la teſtedu Sanglier , qu'il demeura
tout étourdy. Ce coup
futcauſequ'on eut moinsde peine
àle tuer.
Une autre Chaſſe de Sanglier
qui ſe fit dans le Parquet coûta
la vie à trois gros Sangliers. Dés
que le ſecond , qui eſtoit beaucoup
plus gros que les deux autres
, parut dans le Parc , il fut
pourſuivy des Chiens , & chacun
voulut aller à luy l'épée à
2605 MERCURE
àla main. Il ſe defendit avec
tant de furie , qu'il ſe rendit redoutable.
Il renverſa Hommes
& chevaux , en bleſſa quelques.
uns , & tua ou eſtropia plus de
quinze chiens.Le Sieur Brecourt
joüa une affez lõgue Scene avec
luy, Il le bleſſa d'un coup d'épee
en l'abordant . Ce coup ne fervit
qu'à l'irriter , & fut cauſe qu'il
s'attacha à luy . Il vint pluſieursfois
à la charge contre fon cheval,
prit le Sieur de Brecourt à la
Botte,&le tint longtemps ſans le
bleffer quelegerement.Maisenfin
il luy donna un coup d'épée
juſqu'à la garde, qui le mit hors
d'étatde ſe faire craindre davan.
tage.Il n'avoitjamais joué un Rô.
le plus grand ny plus honnorable
devant le Roy ; & fi les plus fameux
Acteurs que nous vante
l'Antiquité revenoient au mon
de,
GALANT. 261
de , il ſeroit difficile qu'ils ſe
tiraſſent mieux d'une Scene où
il yauroit du ſang à verfer.
Celle - cy ſe paſſa toute laux
yeux du Roy , qui eut la bonté
de demander au fieur Brecourt
s'il n'eſtoit point bleſſen, & de
-dire qu'il n'avoit jamais vu donner
un ſi furieux coup d'épée .
Pluſieurs Dames: eſtoient pe
jour-là àla Chaffe , & fortmagnifiquement
habilléesenChaffereſſes.
Celles qui courent ordinairement
le Cerf avec leRoy
& Madame , font Madame de
Bouillon , Madame la Princeſſe
d'Epinoy , Mademoiselle de
Grance , & Meſdemoiselles des
T
Adrets&Poitiers bis 38
Yul On s'eſt ſouvent délaffé de
l'agreable fatigue de la Chaffe,
par le divertiſſement de la Comedie.
La Troupe Italiennepour
donner plus de plaifir au Roy
262 MERCURE
pendant ſon ſejour à Fontainebleau
, avoit mandé un Acteur
nouveau &une Actrice nouvelle.
Ils font venus d'Italie , & ont
eu l'honneur de divertir pluſieurs
fois Leurs Majeſtez.
Monfieur le Mareſchal de Bellefond
a eu permiffion de revenir
à la Cour. Comme je ſçay
que vous l'eſtimezbeaucoup , je
-croy vous donner une nouvelle
-fort agreable.
Apres un Article de plaiſirs,
vil faut vous en faire un de trifteffe.
Monfieur Foucaut Marquis
de SaintGermain Beaupré,Gou.
verneur de la Haute & Baffe
Marche, eſt mort en ſa ſoixante
& onzième année. Comme il y
apeu que je vousay parléde luy
àl'occaſion du Mariage deMr.
-le Marquis de S. Germain fon
Fils , reçeu à la ſurvivance de
Plus ming out fon
GALANT. 263
fon Gouvernement , je ne vous
sen diray pas davantage.b
Nous avons auſſi perdu Monſieur
de Flavacourt,un des Lieutenans
Generaux pour le Roy
-en Normandie ,&Gouverneur
ide Gifors. Il'étoit Frere du Com-
-mandeur de ce nom , dont je
vous appris la mort il y a quelques
mois. Monfieur le Marquis
de Flavacourt ſon Fils avoit la
furvivance. Il s'en eſtoit rendu
digne par de longs ſervices,
ayant fait ſeize Campagnesdans
-la Cavalerie. M
C
Monfieur Roulier Intendant
en Poitou,&Frere de celuy qui
-al'Intendance de Provence ,eſt
mort auffi . Il eſtoit fort eftimé.
Vous pouvez juger de là combien
il eſt regreter
Le Roy a nommé Monfieur
Lieres,Doyen de l'Egliſe Cathedrale
264
MERCURE
drale de S. Omer , à l'Eveſché
d'Ypres , qui estoit vacant. Sa
Majesté en répandant ainſi ſes
-graces ſur ſes nouveaux Sujets,
faitvoir qu'Elle ne confidereque
lemerite. Elle n'a pas moins d'é-
-gard aux ſervices des Gens qui
cont facrifié leur vie dans ſes Armées
,& c'eſt par cette raiſon
qu'Elle a donné l'Abbaye d'Orbias
à Monfieur de Guichelin,
Neveu deMonfieur leChevalier
d'Eſclainvilliers , tué au Combat
donné devant Mons le 14. du
dernier mois. Monfieur le Chewalierde
Monchevreüil a eu le
¡Regiment du Roy qu'avoit feu
Monfieurle Marquis de S.Georges
,tué dansle méme Combat.
Il eſtoit déja Lieutenant-Colonel
de ce Regiment . On peut
voir pat là que le Roy recompenſe
lemerite dans toute forte
slamb
L
de
GALANT.
265
forte de Profeffions , &qu'il reconnoiſt
également la pieté & la
valeur.
Il s'eſt fait pluſieurs agreables
Parties de Vendanges. Je n'ay
point aujourd'huy le temps de
vous en parler , & ne puis que
vous faire voir ces Vers ſur le retour
d'une Saiſon ſouhaitée de
tant de Gens . Ils ont eſté mis en
Air par Monfieur Beſſant de
Poitiers.
AIR
BLB
10
NOUVEAU
AMis, n'estés- vous pas
THEQUE
LYON
193
étranges?
Héquoy,toûjours l' Amour ? quoy,
toûjours le Printemps.
N'entendray-je dans tous nos Champs
Que chanter leurs loñanges ?
Croyez-moy ; laiſſez làle Printemps
l'Amour ,
Et chantons tour à tour
Le retour des Vendanges
Iln'est point defi bean retour.
Septembre.Mad
E
66 MERCURE
J'oubliois à vous dire que le
Mariage arreſté il y avoit déja
quelque temps entre Monfieur
le Duc de Villars & Mademoiſelle
Meſnieres , Fille d'Honneur
de Madame , s'eſt fait depuis
trois femaines avec l'agrémentde
Leurs Alteſſes Royales.
Monfieur de Villars eſt ſorty
d'une Branche de la Maiſon de
Brancas , l'une des plus anciennes
, & des plus illuſtres
duRoyaume de Naples . La plûpart
de ceux qui ſont deſcendus
de cette Maiſon , ont demeuré
en France , à Rome , & à Avignon
. Buffile de Brancas , Marefchald'un
Pape Clement , fut le
premier qui prit les intereſts de
la France. Il ſuivit le Party de
Loüis I. Duc d'Anjou , Roy de
Sicile,&apres ſamort il s'attacha
à Philipe de France , Duc de
Bourgogne. Oncompte fix CxGALANT
.
267
1
dinaux dans cette Maiſon , dont
l'Egliſe a reçeu des ſervices tres
confiderables , & fur tout aux
Conciles de Conſtance , & de
Pife. Elle s'eſt alliée en France
aux Maiſons d'Agout- de Sault,
d'Ancezune, de Grimaldi, d'Oraiſon,
d'Eymont , de Porcellet
d'Eſcalin , de Monteil - de Grignan
, de Joyeuſe , d'Eſtrées ,
d'Ampus , de Lenoncourt , &c.
André de Brancas, Gouverneur
du Havre , & l'un des Lieutenans
pour le Roy en Normandie
, fut nommé Admiral de
France par Henry IV. George
de Brancas fon Frere , Duc de
Villars, luy fucceda au Gouvernement
du Havre. De ce Duc
de Villars, & de Julienne- Hyppolite
d'Eſtrées ſa Femme, Soeur
de François- Annibal d'Eſtrées ,
Marquis de Coeuvres , Comte
Mij
268 MERCURE
de Nanteüil,Mareſchal de France,
ſont ſortis Charles Comte de
Brancas , Chevalier d'Honneur
de la feu Reyne Mere ; Marie
de Brancas , Femme de Henry
deCaſtelane, Marquis d'ampus,
& Loüis de Brancas , Duc de
Villars, qui vient d'épouſer Mademoiselle
de Meſnieres. Elle
eſt tres-bien faite,& a beaucoup
de merite. Sa Maiſon vous eſt
connuë par ce que je vous en ay
dit la derniere fois.
Comme on ne va parler dans
voſtre Province que de la Paix
ratifiée avec la Hollande, il faut
vous dire qu'elle fut hyer publiée
icy, & qu'elle doit l'avoir
eſté auſſi à la Haye , le meſine
jour ayant eſté choiſy pour les
deux Publications. On y obſerva
les Cerémonies accoûtumées.
Les Trompetes , Tambours,
GALANT. 269
-
bours , & Hautbois de la Grande
Ecurie du Roy , ſe firent entendre
dans toute la Marche ,
mais , ils firent beaucoup moins
de bruit que les acclamations
de Vive le Roy. Les Peuples eftant
juſtement perfuadez que
ce grand Prince ne fait rien
que pour la gloire de la France ,
ont moins pouffe ces acclamations
par lebeſoin qu'ils ont crû
avoir de la Paix , que par la juſti.
cequ'ils rendent à toutes lesActions
de noſtre incomparable
Monarque. Quand il partit en
1672. pour la premiere Campagne
de cette Guerre, lesmémes
cris de joye ſe firententendre
, & on donnera toûjours les
meſmes applaudiſſemens à tour
ce qu'il luy plaira de faire . La
Marche eſtoit cõpofée des prin-
E
-cipaux Officiers de Meffieurs du
M. iij
270
MERCURE
Chaſtelet, & du Corps de Ville,
tous en Robe de ceremonie , à
cheval & en houſſes , accompa-:
gnez des 300. Archers de la
Ville, & du Guet. Les Huiffiers .
du Chaſtelet marchoient à pied..
Les Trompetes , Tambours , &
Hautbois , estoient à la teſte de
tout. Les Herauts les ſuivoient.
Je ne vous parle point de leur
habillement,il eſt connu de tout?
le monde . Le Sieur le Lievre, au
titre de Touraine , repreſentant
le Royd'Armes Montjoye Saint
Denys, à cauſe que cette Charge
eſtvacante, commença la Pu
blication de la Paix, devant le
Palais des Tuilleries. Elle fur
faite en ſuite tour à tour dans .
tous les lieux accoûtumez par
les cinq Herauts d'Armes , qui
font les Sieurs de Chaume , au
titre de Normandie ; Le Blanc
de
GALANT.
271
a
de Bornat , au titre de Xaintonge;
de Bellegarde , au titre de:
Picardie ; le Roy , au titre de:
Rouffillon ; & d'Aubiny, au titre
de Charrolois. Je ne doute
pointque la joye n'ait eſté grande
en Hollande. Les Peuples y
doivent eſtre fort fatisfaits de la
fermeté de leurs Magiſtrats à ne
s'eſtre point laiſſé ébloüir par
des offres ſpétieuſes , qui tendoient
à les empeſcher d'accep-.
ter celles du Roy , & qui ne les
euffent pas garantis de tous les
maux que cauſe la Guerre.Certe
Paix, en enfantera beaucoup,
d'autres . Elle a déja produit celle
d'Eſpagne,& nous avons tout
lieu d'eſperer qu'elles ſerõt bien.
toſt ſuiviesde celle de toute l'Allemagne
& des Couronnes du
Nort. Les Souverains qui font
en guerre de ce coſté-là , mé
Mjرف
272
MERCURE
ritent afſurément de grandes
loüanges . On les a veus tour à
tour malheureux fans perdre
courage : mais la Victoire qui a
volé ſucceſſivement dans chaque
Party, n'a eſté conſtante ny
pour les uns ny pour les autres,
comme elle l'a eſté pour Loürs
LE GRAND , & c'eſt par cette
raiſon qu'ils doivententendre à
la Paix pour conferver le fang
de leurs Peuples. Ainſi je veux
croire que nous la verrons bientoſt
generale.Ce ſera alors qu'au
lieude Plans de Villes gravez,je
vous envoyeray mille choſes curieuſes
que me fourniront les
beaux Arts qui fleuriffent en
France avec tant d'éclat. J'y
joindray celles que j'eſpere recevoir
de beaucoup de Royaumes
Etrangers : & mes Lettres
eftant plus diverſifiées , ne vous
1
:
plai
GALANT.
273
ト
plairont peut - eſtre pas moins
avec ces agrémens nouveaux ,
qu'elles vous ont plû par les recits
des Sieges & des Batailles.
Cependant je croy ne pouvoir
mieux finir celle- cy, qu'en vous
parlant encor du grand Prince,
dontje vous ay parlé en la commençant.
J'emprunte pour cela
les Vers que luy adreſſe Monfieur
Broſſard , Conſeiller de
Bourg enBreffe.
Héros fameux, qui detous les Guerriers
Effacez aujourd'huy lagloire ,
Dormezà l'ombre des Lauriers,
Et goustezen repos lesfruits de la Vi
Etoire.
Enfin vos Ennemis s'ajustent à vos
Loix,
C'est affez pour vous fatisfaire.
Pourquoy vousfatiguer par de nouveaux
exploits? :
Quand on est le plus grand des Rois,
Querefte- t-il àfaire ?
Jefuis , &c.
AParis le 30. de Sept. 1678.
274
PAR APOSTILLE.
Adame je vay vous éclaircir
Mpleinementfur le mot de Porfil
dont nous avons déja parlé. Vos Amis
qui prétendent qu'ilait vieilly depuis
Regnier & Balzac , n'ont pas veu ce
qu'en écrit Monfieur Ménage au 84.
Chapitre de la premiere Partie de ſes
Obſervations , imprimée en 1672. Il
dit , en parlant des noms qu'on doie
prononcer en 0,& non pas en ou;qu'il
faut dire chofe, & non pas chouſe,Porfil
,&non pas Pourfil. Cela fait voir
qu'il n'a point crû qu'on puſt recevoir
Profil. Cependant il eſt certain
que les Peintres & les Sculpteurs fe
ſervent toûjours de ce dernier mot
foit en parlant , ſoit en écrivant; &
c'eſt ſans doute par cette raiſon qu'une
partie des Illuſtres qui compofent
l'Académie Françoiſe,prend ce party,
fe perſuadant que c'eſt à ceux qui ſont
habiles dans les Arts à déterminer les
mots qui leur font propres. Les autres
( car j'ay fait propoſer la Queſtion
dans une de leurs Aſſemblées ) tiennent
275
nent obſtinément pour Porfil , & ils
conviennent tous enſemble qu'on peut
employer indiféremment l'un &l'autre
mot. Ainfi , Madame , vos Amis
diront Profil , & me permettront de
garder Porfil que je luy préfere , ſans
que je vous en puiſſe donner de raifon.
TREOJE
DE
7893
2
Avis
Avispourplacer les Figures.
'Air qui commence par , Onfouaime
bien, doit regar- Lfre quandon
der lapage 21 .
Le Mausolée de feu Monfieur le
MareſchalduPleſſis , doit regarder la
page 40.
L'Air qui commence par , Amis,
puisque Bacchus nous afſfemble en ce jour.
doit regarder la page 62 .
Les Deviſes doivent regarder la
page 114.
L'Air qui commance par , Olimpe
eftde retour avec de nouveaux charmes,
doit regarder la page 139 .
Le Plan du Fort deKell , doit regarder
la page 232.
L'Enigme en figure , doit regarder
la page 255 .
L'air qui commence par,Amis,n'eftes-
vous pas étranges ? doit regader la
page 265 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères