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1678, 07 (Lyon)
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291
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Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis atribuit anno 1693 .


MERCURE
GALANT.
LA
VILLE
*
Fuillet 1678 .
E DE BA VILLE
DE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere.
M. DC. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGEDU ROY .

807156
A
✓ MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
M
ONSEIGNEUR ,
Vous aveztant de part aux
Vers qui ſuivent, que quoy que
ce ne ſoitpas à Vous qu'ils s'addreffènt
, je puis les regarder
comme un Ouvrage qui vous eft
aij
particulierement dedié. Comme
Autheur du Mercure , je suis
chargé de le faire voir à toute
l'Europe. Il contient des veritez
qui vousſont trop glorieuſes
pour ne mepasfaire unejoye
d'estre employé à le publier. Agréez,
MONSEIGNEVR,
l'empreſſement que je vous en
témoigne , & me pardonnezla
liberté que je prens de vous af-
Sureren même temps que de tous
ceux qui admireront lapeinture
qui s'y trouve de vos grandes
qualitez, aucun n'enſerajamais
fi charmé que moy qui fuis avec
laplusprofondeſoûmiſſion,
MONSEIGNEUR,
Vôtre tres - humble & tres
obeïffant Serviteur, D.
RAND Roy , lors que le bruit
qui réſone en tous lieux , GRAND
Sur ton auguſte front me fit porter les
уенх
Sans ſuſpendre mon choix par d'infaillibles
marques ,
Jediftinguay d'abord le plus grand des
Monarques ,
Et fans voir ton viſage ombragé de
Lauriers ,
P'y reconnu les traits du plus granddes
Guerriers ;
Mais ſurpris de l'éclat de ta grandeur
ſuprême ,
Je tournay mes regards ſur un autre
toy-meſme ,
Et j'achevay de voir ſous des traits
adoucis ,
La majeſté du Pere au viſage du Fils.
Comme dans ſon midy P'Aſtre qui
nous éclaire ,
D'un prompt aveuglement punit un
teméraire
د
Qui ſe laiſſant conduire à des yeux in
difcrets,
5 iij
De ſes rayons perçans croit foutenir
les traits ,
Au lieu que fur le point de commencer
ſa courfe ,
Il nous laiſſe admirer ſes beautez dans
leur fource ,
Où par l'éloignement leur éclat temperé
Abandonne à nos yeux un plaiſir affuré.
Ainſi t'enviſageant au grand jour de ta
gloire ,
Dune foule d'Exploits rappellent la
memoire ,
Mon eſprit & mes ſens également
troublez ,
Du poids de ta grandeur alloient eſtre
accablez ,
Quand ton charmant DAUPHIN par ſa
ſeule prefence ,
A mes regards tremblans redonna
l'affurance,
Et parmy les éclairs de tantde majeſté,
Me permit d'entrevoir les traits de ta
bonté.
J'apperçeus ſur ſon front formé des .
mains des Graces,
L'impatient defir de marcher ſur tes
traces. Je
a
a
t
e
a
a
, و
a
es.
s
e
Je crûs voir dans ſes yeux une certaine
ardeur ,
Qui découvroit aux miens ſa future
Grandeur.
De mille autres attraits le parfait afſemblage
,
D'un Héros accomply l'infaillible
préſage ,
Me montra dans le cours d'un heureux
avenir,
Par ce qu'il eſt déja , ce qu'il doit devenir
,
* Glorieux Rejettons de cette tige
Illuftre ,
(Cour ,
D'où les Lys ont tiré tant de force &
de luftre ,
Ornemens précieux de ſa nouvelle
Dont les charmes naiſſans croiffent de
jour enjour ,
Qui brûlez comme luy de ces heureuſes
flames ,
Que le Ciel liberal inſpire aux grandes
Ames ,
Et qui dés le berceau partageant ſes
plaiſirs ,
Penetrez de ſon coeur les plus fecrets
defirs.
* Meſſicurs les princesde Conty.
a iiij
Dites-nous ces tranſports dont l'ardeur
inconnuë ,
Découvrant à vos yeux ſon ame toute
nuë ,
Vous y fit voir cent fois les plus beaux
mouvemens ,
Que la Gloire fait naiſtre au coeur de
ſesAmans.
Impétueux defirs d'une ardente jeuneffe
د
Qui des ans trop tardifs accuſez la pareffe
د
Sans réveiller l'ardeur qui l'anime aux
Combats ,
Laiſſez du moins former la vigueur de
fon Bras ,
LOVIS vous laiſſe encor dequoy vous
fatisfaire ,
Des peuples à dompter , des Conqueftes
à faire ,
De mille autres Lauriers pouvant ſe
couronner ,
Par les mains de ſon Fils il les veut
moiffonner.
Dans le préſſentiment d'une ſi douce
attente ,
Il retient de ſon Bras la force triomphante
.
Et
e
5
e
t
Et content des honneurs qu'il s'affure
aujourd'huy ,
Interrompt des exploits qu'il reſerve
pour luy.
OToy , de ce treſor heureux dépofitaire
,
Montaufier , fais qu'un jour il égale
fonPere,
Etque fans s'arreſter aux Exemples an--
ciens,
Pour les furmonter tous il. imite less
fiens, :
Fais que juſqu'à la fin , conduit par ta
prudence ,.
De tes ſoins affidus couronnant la
conftance ,
Les fruits qu'il nous promet par tes
mains cultivez ,
Aleur maturité ſoient bientôt arrivez.
Faſſe le juſte Ciel qu'achevant ton
ouvrage
Dansles premiers effais de fon jeune
courage
3
Tes genereux conſeils ſecondant faa
Valeur ,
Tu conduiſes ſon Bras auffi-bien que
fon Coeur. DU JARRY..
PREFACE
C
Omme le premier Extraordinaire
donné un mois apres qu'on l'avoit
promis , apû faire croire que la
meſme choſe arriveroit dans la ſuitte,
on avertit qu'on a tenu parole pour
le ſecond qui a commencé à eſtre diftribué
dés le 30. de Juillet. On n'a
rien épargné pour l'embellir , & ceux
qui l'ont veu avouent que depuis long
temps on n'a mis d'auſſi belles Planches
dans un Livre. On a fait une faute
dans l'Article des Modes, on a mis
que les Hommes s'habilloient d'Etamine
couleur de Prince, au lieu de dire
que la plupart des doublures de leurs
Habits font couleur de Prince. A l'égard
des Ouvrages d'eſprit , on prie
qu'on n'envoye rien que de court
tant pour le Mercure que pour l'Extraordinaire.
Outre que la diverſité
plaift , on eſt bien aiſe qu'il ſe trouve
place pour tout ce qu'on reçoit de bon.
Ce n'eſt pas qu'on ne ſoit obligé à
Meffieurs
A
PREFACE.
S
S
e

e
1
Meſſieurs les Docteurs de Sedan. Leurs
Lettres qui ſont dans le dernier Extraordinaire
eftant admirables , ne pouvoient
eftre trop longues. Le Mercure
eſt auſſi fort redevable a ceux qui
n'ayant jamais rien fait ,mettent la
main à la plume tout expres pour luy ;
mais on les prie de confiderer qu'il luy
faut autre choſe que de coups d'effay..
Il va dans toutes les Cours,& pour ef
tre bien reçeu , iln'y sçauroit porter
des Ouvrages trop achevez. Ceux qui
veulentbienſe donner la peine d'écri
re pour l'Extraordinaire,peuvent choifir
telle matiere qu'il leur plaira. Plus
elle ſera particuliere , plus on la recevra
agreablement. Ils font priez de
mettre cette matiere pour titre de leurs
Ouvrages , fans commencer par dess
loüanges ou par des congratulations
àl'Autheur ſur le ſuccés de ſon Livre..
Ces loüanges ne peuvent qu'importuner
le Public quand on y en laiſſe
une partie , &on ne les peut retran
cher entierement ſans qu'il en coufte:
du temps , qui ſera beaucoup mieux
employé à faire un corps de ces diferentes
Parties, comme onen faiturus
dess
PREFACE.
des Nouvelles du Mois qui compoſent
chaque Mercure. Ily en a eu tant
pour celuy cy , qu'on a pû même
les mettre toutes ; &comme elles font
préferables aux Ouvrages qui peuvent
yparoiſtre en tout temps, on a crû que
ceux qui en ont envoyé ne ſe fâchetoient
point d'attendre. On a déja dit
que tout ce qui eft bon aura ſon tour,
&on n'en avertira point davantage.
Ceux qui ſe plaiſent à expliquer les
Enigmes en Figures , ſont priez de ſe
fixer fur un ſeul Mot , ſans en donner
plufieurs fur la meſme Enigme ; c'eſt
ne rien dire que dire trop. Oneft obligé
à l'honnetteté de ceux qui affranchiffent
le Port de leurs Lettres , ou
qui les font rendre par leurs Amis .
On n'en auroit jamais rien dit , ſans
le grand nombre qu'on en reçoit. El
les fontune fomme conſiderable quand
le Port de toutes ſe paye par un ſeul,&
ce n'eſt rien pour chaque particuliers
LE
LE LIBRAIRE
J
AU LECTEUR.
E ne vous feraypasgrand discours,
Cher Lecteur, ce mois icy. Ces lignes
ne sont que pour vous tenir parole , en
vous donnant tous les Mois une liste des
Livres Nouveaux , laquelle vous trou
verez cy-aprés. L'ay une grace à vous
demander , qui est d'affranchir toutes les
Lettres & Paquets que vous m'envoyerez
, tant pour le Mercure , que pour
l'Extraordinaire. L'en ay encore recen
cemois dernier,quantité dont il m'afalu.
payer leport , je vous donne avis qu'on.
ne les fera point tenir à l'Autheur , fi
on ne les acquitte. Pour ceux qui les ont
payez, ilsdoivent estre afſeurez qu'ell.e..
ont étébiēenvoyées audit Auth ur. Pour
l'Extraordinaire du quartier de Ianvier
il neſe vedra plus à l'avenir que 30.fols.
bien qu'ilsoit marqué cinquante : Celuy
du quartier d' Avril , ne ſe vendra pas:
auffi plus de trente fols. Tous les Volumes
de l'année 1678. ſe vendront toῦς
jours
jours 20.fols, à commencerpar celuy de
Ianvier , & ceux de l'année mil fix
censſeptante ſept, ſe donneront toûjours
à 12. fols le Volume. L'on continue
auſſi toutes les Semaines à diſtribuer le
journal des Savans.
Livress
Livres Nouveaux du Mois
de Iuillet.
De la maniere qu'un Chreſtien doit
faire ſon Teftament, par Monfieur
Sarazin 12 .
Explication des Epiſtres de S. Paul,
par M. du F. R. 8 .
Nouvelles de Miguel de Cervantes,
traduction nouvelle 12 .
Critiques de la Princeſſe de Cleves
12 .
Recherches de la Verité, tome 3 .
TABLE
TABLE
DES MATIERES
contenues en ce Volume.
Avant Propos
I
Madrigal de Mademoiselle de
Scudery, 16
AutreMadrigal, 17
Sonnet de Mr.l'Abbé Cottin, 18
Autre Sonnet ,. 21
Air nouveau, 22
Nouvel Etabliſſement de l'Ordre des
Chevaliers du Bon-temps, 24
Enfant porté vingt-fix ansparsa Mere,
483
Stances àIris,fur le Prodige de l'Enfantpetrifié,
58
Receptionfaite à Dieppe à Madame la
Ducheffe de Cleveland à son retour
d'Angleterre, 612
Mort de M. Marin 63:
More
TABLE.
Mort de M. Roujault, 65
Mort de M. d'Apremont, 66
Mort de M. le Marquis de Chantrene,
67
Son Alteſſe Royale donne à Meſſieurs
les Chevaliers de Beuvron&de Nantouillet
la penſion qu'avoit fenë Madame
la Princeffe de Monaco, ibid.
M. de Monthelon fait Compliment à
M. le Premier Président au nom de
tous les Avocats, 68
Reception faite à Caen à Madame la
grandeDucheffe de Toscanepar Mr.
deMatignon, 70
Air nouveau, 88
Entrée de M. l'Ambassadeur de Savoye,
89
Suitede la Feftedu Perroquet de Montpellier,
93
Serpent extraordinaire trouvé aux envi-
} rons du mesme lieu, 98
Stances à Sylvie,fur les Vers àfoye, 101
Air nouveau, 104
Manufacture des Canons de Fer établic
dans le Nivernais, T 105
Avanture arrivée aux Tuileries, 109
Mr. de Saliere est reçen Colonel du Regiment
de Soissons- Saliere , 17
Re
TABLE.
Receptionfaiteà Madame la Princeffe
d'Epinoy parM. Bigot en sa Mai-
Son de Pincour, 120
Monument d'Amarante, 122
Montre qui va un an sans estre montée,
126
Requesteàl' Amour, 129
Ce qui s'eft paffé devant Mons, 131
BelleAction deM. de la Mote-Michel,
136
Regaledonné aupres du Fort de la Quenoque,
138
Lettre en Profe & en Vers à Mad.
D. L. S. 140
Mort de M. le Duc d'Orval , 152
Benediction de Madame l'Abbeſſe de
Farmontierfaite aux Feuillans, 156.
LeRoy nomme M. le Baron de Quincy
M. du Montal , LieutenansGeneraux
159
Airnouveau 162
Autre Air nouveau , ibid.
Procés touchant la caſſation du Testament
de Madame du Puis. 168
M.le Comte des Motes prend poſſeſſion
àla Rochelle de la Charge de Grand
Seneschal, ibid.
Mort
TABLE.
Mort de M. le Mareſchal de Gramont,
169. -
Mort de M. Esprit , de l'Académie
2 Françoise, 175
Mort de M. de Lorme Medecin, 176
ک Mort deM. Marlin Curé de S. Euftache
, 177
I Mariagede M. de Leſſeville , 182
4 Avanture d'un Cavalierſaignépar une
Belle , 184
8
Tout ce qui s'est paßé en Allemagne depuis
l'ouverture de la Campagne, 190
4. Explication de la premiere Enigme en
Vers du Mois de luin , 229
0
Noms de ceux qui en ont trouvé le Mor,
2
de 230
6 Explication de la seconde Enigme du
mesme Mois, 231
Nōs de ceux qui ont trouvé le Mot, 232
Divers noms donnezaux deux Enigmes,
9
233
2
Enigme, 234
Autre Enigme , 235
3
Diverſes Explications donnéesà l'Enigme
d'Hercule &d'Antbée , 236
F
Le Serpent d'Epidaure , Enigme, 239
Mariage de M. Courtin, 241
Conclusion,
Prife
TABLE .
Cate
Prise du Fort de Kiel & du Pontde
Strasbourg.
*
LYON
7919
*1893
249
Fin de la Table.
Avis
Avis pour placer les Figures.
A Chanſon qui commence par ,
Lamour cruel Amour La د
vivre en paix , doit regarder la page
22
La Figure de l'Enfant porté 26. ans
par ſa Mere , doit regarder la page
52
L'Air qui commence par , Agreables
Ruisseaux , & vous sombres Forests ,
doit regarder la page 88
L'Air qui commence par , Le Soleilfur
nos champs trop longtemps arreſté ,
doit regarder la page 104
L'Air qui commence par, Vous demandez
, Iris, pourquoy je vous évite , &
celuy qui le ſuit , doivent regarder
la page 162
La Ville de Rhinfeld , doit regarder
la page 204
La ville de Sexingen , doit regarder
-la page 222
L'Enigmeen Figure , doit regarder la
page 237
EXTR AIT
du Privilege du Roy.
Painemin
Ar Grace & Privilege du Roy, donné à
en Laye le trente un Decembre
mil fix cens ſeptante ſept , Signé ,
Par le Roy en ſon Conſeil , JUN QUIERES
. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de Vizé
, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour lapremiere fois : Comme auſſi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans leconſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
,ainſi que plus au long il eſt portéauditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
s.Janvier 1678.Signé ESTIENNE COUTEROT ,
Syndic. Ετ
2
à
-
,
i-
コー
à
*
er
es
aer
اتو
es
n
t
2-
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieurde Vizé , a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour en
joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour lapremiere fois le
30. Juillet 1678.
c
EXTRAIT
;
τ
EXTRAIT DV PRIVILEGE
de Monseigneurle Vice - Legat
d'Avignon.
P
Ar grace & Privilege de Monſeigneur
l'Excellentiſſime Vice- Legat , il eft permis
à THOMAS AMA ULRY Libraire de Lyon d'imprimer
& debiter le Livre intitulé Le Mercure
Galand , avec l'Extraordinaire dudit Mercure
Galand , avec deffences à tous autres d'imprimer
, vendre , ny debiter dans la Ville d'Avignon
& Comté Venaiſſin aucun Exemplaire
dudit Livre,même de ceux cy devant imprimés,
en tout ou en partie, que de l'impreſſion dudit
AMAULRY , pendant le temps de fix années, à
compter du jour que chaque Volume ſera imprimé
pour la premiere fois, à peine de ſix mil
livres d'amende , ainſi qu'il eſt plus amplement
porté à l'Original ; & le preſent Privilege
eſt tenu pour deuement ſignifié en mettant
un Extrait au preſent Livre. Signé
FR . NICOLINI Vice - Legat. Datte du
16. Avril 1678. Enregiſtré par FLORENT
Archevifte.
MER
E
I
or
mis
im
Car
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Avi
laire
més,
Audit
es , a
im
mil
ple
Privi .
met.
Signé
tedu
ENT
ER
MERCURE
GALANT.
E l'avouë, Madame .
Il eſt difficile de parler
du Roy , fans dire
des choſes qui
plaifent , & c'eſt par
là que je ne fuis point ſurpris de
l'approbation particuliere que
vous donnez au commencement
de ma Lettre du dernier Mois.
Je la puis recevoir ſans vanité ,
parce que c'eſt la ſeule gran.
deur de la matiere qui me l'attire
. Elle n'a beſoind'aucun orne--
Iuillet. A
2 MERCURE
ment pour pafſfer tout ce que
l'art joint à la flaterie peut faire
de peintures éclatantes , &il n'y
a point de Panegyriques étudiez
qui faffent concevoir des plus
grands Hommes , ce que nous
penſons de noſtre Incomparable
Monarque au ſimple récit dece
qu'il fait tous les jours de furprenant.
Cette matiere n'a pas
ſeulement des beautez qui ne ſe
trouvent point en toute autre,
elle eſt encore inépuiſable , & ce
ſont destraits qui ne ſe peuvent
jamais qu'ébaucher. Je vous appris
la derniere fois ce qui s'eftoit
paffé au Voyage de Monſieur
de Beverningauprés de Sa
Majesté , apprenez-en aujourd'huy
la ſuite . Si- toſt qu'il fut de
retour , il rendit compte aux Eftatsde
la maniere dont il avoit
eſté reçeu. Tout ce qu'il dit du
Roy
GALANT.
3
7
S
IS
Te
e
ras
fe
re,
ce
ent
apef-
On-
Sa
urde
Ef-
Joit
du
oy
Roy fut écouté avec une attention
qui faifoit connoiſtre qu'il
n'en diſoit rien qu'on n'admiraſt.
Il paſſa en peu de mots fur ce
qu'il a fait dans la Guerre, parce
que ce ſont des chofes qui font
connuës de toute l'Europe , &
venant au particulier, il en parla
comme d'un Prince qui par les
ſeules qualitez de ſa Perſonne,
détachées de celle de Conquerant
, devoit eſtre regardé comme
le plus grand Roy du monde.
Ildit que rien n'égaloitſes lumieres,
que la penetration de ſon efprit
alloit au de là de tout ce
qu'on s'en pouvoit imaginer,qu'il
eſtoit bon, affable, doux ; & enfin
il le mit au deſſus de toute forte
de loüange, en Homme charmé
de ſes vertus, emporté par la
verité , & qui ſe ſontoit remply
de ce qu'il diſoit. Il n'y a rien en
A ij
:
4
MERCURE
cela qui ſoit difficile à croire,
puis que la vuë de ce Grand
Prince produit le même effet
dans tous ceux qui ont l'honneur
de l approcher . On n'a jamais
l'avantage de l'entretenir,
qu'on ne découvre dans ſa Perfonne
une grandeur qui en ſoûtenant
merveilleuſement celle
du Trône , fait paroiſtre en même
temps dans un degré éminent
tout ce que l'honneſte
Homme peut avoir de plus élevé.
Monfieur de Beverning n'en demeura
pas à ce que je viens de
vous marquer. Il fit voir que le
Roy ne pouvoit manquer de
vaincre toûjours, parce qu'outre
toutes les choſes qui rendent un
Monarque puiſſant, il avoit une
parfaite connoiſſance de ce qui
ſe paſſoit chez ſes ennemis. Il
adjoûta qu'il ſçavoit non ſeulement
GALANT.
5
,
11.
le
ite
-eé..
ede
le
de
tre
un
ne
qui
Il
leent
ment leurs affaires generales,
mais même toutes celles des
Particuliers , juſqu'à leurs intereſts
les plus cachez . Rien ne put
eſtre ſuſpectdansla bouche d'un
Homme ſoûmis à une autre Domination
, & fur tout dans celle
de Monfieur de Beverning,dont
la probité & la bonne- foy font
également connuës. Apres que
lesEtats eurent eſté informez de
ſa negotiation , ils le renvoyerent
à Nimegue, où il eſt Plenipotentiaire.
Il y fit aſſembler tous
les Ambaſſadeurs des Alliez,
leur parla du Roy de la même
maniere qu'il en avoit parlé à la
Haye , & leur fit connoiſtre en
fuite que les Etats eſtoient réſolus
d'accepter la Paix aux conditions
offertes par Sa Majesté
Tres -Chrétienne. Pluſieurs fe
récrierent ſur le peu de temps
A iij
6 MERCURE
qu'on leur donnoit pour choiſir
le party qu'ils avoient à prendre;
mais on doit conſiderer qu'outre
que le terme de fix Semaines a
eſté demandé par Monfieur de
Beverning, le Roy l'accorde à la
teſte de centmille François (c'eſt
beaucoup dire ) & ſans voir
preſque de Troupes oppoſées à
tantde forces. Ainſi chaque jour
de ces fix Semaines qu'il veut
bien ſuſpendre ſes armes luy eſt
prétieux ,& l'on peut dire qu'en
s'empeſchant de vaincre , c'eſt
moins dutemps qu'il donne, que
les Places qu'il auroit infailliblement
priſes pendant ce temps. Il
eſt ſeul en état de vaincre, chacun
en convient , & quand nous
l'y voyons renoncer , autant de
Villes qu'il s'empeſche de prendre,
ſont autant de Victoires qu'il
remporte fur cette ardeur de
gloire
GALAN Τ.
7
a
a
τ
1
a
f
t
t
t
e
-
1
-
S
e
e
e
gloire fi difficile à retenir par les
Conquérans ; mais ce n'eſt pas
d'aujourd'huy que la moderation
de ce Grand Prince paroiſt
quand il s'agit de donner la Paix .
On l'a veu aprés la Bataille des
Dunes , la Priſe de Dunkerque
& de pluſieurs autres Places,lors
qu'il eſtoit fur le point de fe rendre
maiſtre de tous les Païs-Bas ,
&qu'il n'avoit aucune Puiſſance
liguée contre luy : on l'a veu,disje,
preferer cette Paix aux Conqueſtes
qu'il pouvoit faire, pour
terminer une Guerre de vingtcinq
années. Je ne ſçay , Madame
, fi vous vous ſouvenez de ce
qu'il fit apres le Traité des Pyrenées.
L'Empereur eut beſoin de
ſecours , il luy envoya auſſitoſt
desTroupes ſous le commandement
de Monfieur le Duc de la
Feüillade qui ſauva la Hongrie,
A iiij 1
8 MERCURE
&conferva peut- eſtre l'Empire
à ce meſme Empereur qui s'eſt
declaré contre nous , lors que
nous ne ſongions pas àl'attaquer.
Jamais Monarque n'eut l'ame fi
bienfaiſante, & ne merita mieux
le nom de GRAND que le conſentement
univerſel luy a fait
donner. Tant que la Paix des
Pyrenées a duré, il ne s'eſt attaché
qu'à faire du bien, & à foûtenir
les Puiſſances opprimées .
Les fréquens Secours qu'ila envoyez
en Candie en faveur des
Venitiensen font des preuves in.
conteftables. On ſçait combien
cette Place a refifté,&qu'elle ne
l'auroit pû faire fi longtemps , s'il
n'euſt pris intereſt à la défendre.
Il n'a pas eſtémoins prompt à ſecourir
ceux qui ont crû ſe pouvoir
diſpenſer de s'en ſouvenir,
&je ne doute point que lesHollandois
GALANT.
و
S
S
1
a1
landois ne ſe reprochent l'injuſtice
qu'ils ont euë d'oublier la
maniere dont il les aſſiſta contre
les forces de l'Eveſque de Munſter.
On eſt ſeur d'une puiſſante
protection quand on eſtdans ſon
Alliance . Les Ennemis meſimes
l'avoüent , & ces paroles qui ſe
liſent dans la Declaration du
Roy de Dannemarck, preſentée
à Nimégue , le font connoiſtre.
Ilne faut pas que la fermeté que
La France témoignepourſes Alliez,
triomphe fur la conſtance de ceux
que linterest commun a faintement
liez. Si le Roy de Dannemarck
fait le Panegyrique de la
fermeté du Roy pour fes Alliez ,
l'Empereurdemeure d'accord de
ſes forces . Voicy ce que porte ſa
Declaration. Iln'est pas besoin de
rafraichir la memoire du passé,
pendant qu'il est fi manifeste aux
Av
:
1
:
10 MERCURE
Conféderezqu'ils ont àfaireà un
Ennemy qui leur pesantfi fortfur
les bras à tous ensemble, ne sçauroit
estre que funeste à chacun en
particulier. Il ne faut rien davantage
pour convaincre eternellement
ceux qui viendront aprés
nous du haut point de gloire où
LOUIS LE GRAND amis la France.
Ce que je dis ne ſçauroit paffer
pour exagération , puis que
c'eſtde l'aveumême des Ennemis
que le Roy eſt plus puiffant
que tous les Conféderez
enſemble. S'il eſt plus puiſſant
luyſeul qu'ils ne le font tousunis,
il pouvoit étendre plus loin ſes
Conqueſtes. S'il en pouvoit encor
faire, ils font injuftes, quand
ils ſe plaignent de la maniere
dont il leur offre la Paix. Ce
n'eſt point une Paix qu'il les
force d'accepter. Illeur marque
feu
GALANT. II
*
S

e
-
{-
ez
S
t
es

d
e
e
S
e
ſeulement les conditions aufquelles
il peut confentir qu'elle
ſe faffe , & il les laiſſe dans une
entiere liberté de continuer la
Guerre,s'ils la trouvent préferable
au repos dontil veut bien les
faire joüir. On peut en uſerde
cette forte, quand on n'offre que
des conditions avantageuſesàſes
Ennemis, &qu'en meſme temps
qu'on ſe dépoüille de ce qu'on
poſſede,ondonne encor ce qu'on
ſevoit en état de prendre . Mais
à ne rien déguiſer , le chagrin
des Alliez ne vient pas des conditions
que le Roy leur offre.Les
Hollandois diſent dans leur Lettre
, Que SaMajesté Tres-Chrêtienne
met ſa principale gloire à
donner la Paix à l' Europe , &c'eſt
ce haut degré de gloire qui tient
lieu d'injure aux Alliez . Le Roy
devient l'admiration de toute la
Terre
12 MERCURE
Terre par la Paix qu'il luy accor
de. Voila particulierement ce qui
les bleffe. Ils ſe font une honte de
tenir de ce Grand Monarque ce
qu'ils ne peuvent avoir autrement.
Ils voudroient qu'on leur
accordât moins , & pouvoir traiter
de la Paix , ſans que ce fût le
Roy qui en fiſt les conditions.
C'eſt un avantage qu'aucun
Souverain n'a jamais eu , mais
puis qu'il l'achete parunemodération
inconnuë juſqu'icy aux
Conquérans, il eſt bienjuſte que
cette gloire luy foit refervée , &
que toutes ſes actions ſoient marquées
de ce caractere de grandeur
qui le diftingue fi fort des
plus grands Hommes de l'Antiquité.
Ila vaincu ſes Ennemis de
toutes manieres. A meſure que
le nombre en a augmenté , il a
étendu ſes Conqueſtes , & il a
τοῦ
GALANT.
13
-
a

S
a
S
toûjours paru qu'ils ne ſe liguoient
que pour faire mieux
éclater ſa gloire. Il donne la Paix
apres avoir triomphe. Il donne
la Paix étant aſſuré detriompher
de nouveau ; & la rapidité de ſes
Victoires n'a fait que trop voir
qu'un Ennemy de plus n'auroit
pas eſté capable de les arreſter.
Ainſi les Places qu'il veut bien
rendre ne couroient aucun péril
d'eſtre repriſes,&il les offre dans
un temps où il eſt le plus en état
de les garder. Les Hollandois
qui ne manquent ny d'eſprit ny
de conduite , ont bien reconnu
ces veritez. Ils ont veu l'Angleterre
fur le point de ſe déclarer ;
mais apres fon Armement, ayant
veu prendre Gand & Ypres , &
nos Troupes plus nombreuſes
que jamais , ils ont jugé que ce
furcroift de forces , quoy que favorable
14
MERCURE
vorable aux Alliez , ne pouvoit
que donner au Roy de nouvelles
matieres de Triomphe. C'eſt ce
qui leur a fait preferer une Paix
avantageuſe offerte fi genéreuſement
, aux ſuites d'une Guerre
qui en pouvoit avoir de tres- funeſtes
pour eux , puis qu'apres
l'Angleterre déclarée , l'Europe
n'ayant plus d'Ennemis qu'elle
puſt adjoûter à leur Party , ils
voyoient à craindre que le Roy
ne les fiſt repentirde n'avoir pas
accepté ſes offres. Je m'arreſte,
Madame , car malgré tout le
plaifir que je ſens àvous entretenir
deceGrand Monarque , mes
expreſſions fonttrop foibles pour
la dignité de la matiere . La flaterie
& les faux raiſonnemens ont
part affez ordinairement aux
loüanges qu'on donne aux Princes;
mais je ne vous ay rien dit
du
GALANT.
15
a
a
5
5
2
S
du Roy qui ne ſoit , ou tiré de
choſes de fait , ou confirmé par
les Declarations des Ennemis
meſmes. Je vous écris ſelon la difpoſition
où nous voyons les Affaires
dans le temps que je commence
ma Lettre , c'eſt à dire
dans les premiers jours de ce
Mois. S'ily arrive du changemét
par les diférens intereſts que
peuvent avoir les Alliez , comme
je n'acheveray de vous écrire
que quand le Mois finira , je vous
marqueray les choſes comme elles
feront en ce temps- là ; mais
ce changement , s'il arrivoit ,
n'empefcheroit pas qu'elles
n'euſſent eſté telles queje vous
les dis à preſent. Cependant je
ne doute point que je n'aye encor
àvous entretenir de la Paix.
Vous avez eu raiſon d'aprouver
le Quatrain qui finit maderniere
Lettre
16 MERCURE
Lettre. Je vous l'ay envoyé comme
je l'avois confufément entendu
; mais j'ay ſçeu depuis que
c'eſtoit la fin d'un Madrigal de
Mademoiselle de Scudery. Je
vous l'envoye aujourd'huy entier
, tout ce qui vient de cette
illuftre Perſonne eſtanttrop conſidérable
pour en rien perdre.
MADRIGAL
SUR LA ΡΑΙΧ.
Amais on n'avoit tant vante
JNy Campagne d'Hyver, ny Campagne
d'Esté,
Quand Louis revenoit ſuivy de la Vi-
Etoire.
Quelle est cette nouvelle gloire ?
Surfes propres Exploits a t'il pû rencherir,
Apres tant deſuccés sur la Terre &fur
l'Onde?
Ouy , cardonnerla Paix au Monde ,
C'estplus quede le conquerir.
Les
GALANT. 17
Les belles choſes ne viennent
jamais trop tard. Quoy qu'il y
ait déja plus de quatre mois que
la priſe de Gand & d'Ypres a
terminé la Campagne de Sa Majeſté
, vous ne ſerez pas fachée
de voir les Vers qui ſuivent.
2003 2004 2003 2003-2008003003003003
SUR LA CAMPAGNE
DU ROY ,
V
Faite avant le Printemps.
MADRIGAL .
Ous revenez bien tard , Oyſeaux,
dans ce Bocage ,
Loüis a déja fait de glorieux Exploits.
Que ne vous preſſiez- vous pour avoir
l'avantage
Demeſlerànos Chants vostre charmante
voix ,
En l'honneur du plus grand des Rois ?
Autrefois le Printemps , & vous , &la
Victoire ,
Vous paroiffiez tous à lafois ;
Main
18 MERCURE
Maintenant Loüis a la gloire
Deranger en tout temps la Victoire à
fes Loix.
Ce Madrigal eſt de Mademoifelle
de la Charce , Fille de feu
Monfieur le Marquis dela Charce
de Dauphiné , de l'Illuſtre
Maiſon de la Tour d'Auvergne,
&digne Scoeur du brave & fpirituel
Comte de la Charce qui
mourut dans nos premieres Cam.
pagnes contre les Hollandois.
03003838038030800300380303.6
SUR LA PAIX OFERTE
par le Roy aux Hollandois.
SONNET.
L
EsEclairs dans lesyeux & la
dreà la main ,
fou-
LOUIS LE CRAND paroift au milieu
d'une Armée
Fatale aux Ennemis , àvaincre accoustumée,
Aqui tout l'Vuivers s'oppoſeroit envain.
GALANT.
19
Di
eu
二代
e
1
11
E
Nosplus vaillans Guerriers ſuivent leur
Souverain ,
Sur fon exemple ſeul leur conduite est
formée ,
Achaque pas qu'ilfait la Flandre est al-
Larmée,
Tout tremble ſur l'Escaut ,ſur la Meuse
le Rbin.
Miracle de Valeur ! mais , ô bontéplus
grande !
Loüis calme l'orage , &Sauve la Holande
D'un delugedemaux qui l'alloient inonder.
Quand l'orgueil des Titans tombaſous le
Tonnerre ,
Ainsi le Roydes Dieux fit gloire d'accorder
Le retour de la Paix aux besoins de la
Terre.
Monfieur l'Abbé Cotin a fait
ce Sonnet. Il fut tres-bien reçeu
du
20 MERCURE
du Roy , quand il eut l'honneur
de le preſenter. Je ne vous dis
point , Madame , que Monfieur
Cotin a fait quantité de beaux
Ouvrages , comme l'Immortalité
de l'Ame , le Recüeildes Enigmes ,
les Lettres Galantes aux Dames de
la Cour , la Pastorale Sacrée , ou le
Cantique des Cantiques , que les
Hebreux ne lifoient qu'à quarante
ans , à cauſe de ſon ſtile
mal entendu par les ſenſuels du
monde ; je vous dis plus que tout
cela , en vous diſant qu'il eſt de
l'Illuſtre Corps de l'Académie
Françoiſe .
Voicy un Sonnet de Monfieur
Perry de S. Quentin , ſur la Remiſe
que Sa Majefté a faite à fon
Peuple fur les Tailles.
SON
1
GALAN T. 21
-
5
i
1
23333333
SONNET.
AU ROY .
U travailles ſans ceſſe au reposde
la France ,
Grand Roy , foit dans ton Louvre , ou
foit au champ de Mars ;
e
S
Et Rome qui par tout étendoit ſapuiffance,
e Devoit moins de bonheur au premier des
Cefars.
t
e
e
I

Quand les Peuples ſoûmis admirent ta
clemence ,
Etqu'on voit ta grandeur briller de toutes
parts ,
Tunous remets tes droits , tu nous rends
tapresence ,
Et ton Estat reffent l'effet de tes regards.
Il est vray qu'à nos coeurs ta gloire est
toûjours chere ;
Mais aussi nous montrant la tendreſſe
d'unPere ,
Pourrois-tu mieux payer noſtre fidelité ?
Non
22 MERCURE
Non , Grand Roy , cet exemple est trop
douxà la terre ,
Pourluy donner tes Loix il nefaut plus
deGuerre ,
C'est affezdeformais detaſeule bonté.
Les paroles de la Chanſon que
vous allez voir , ſont du Solitaire
de Pontoiſe , & l'Air , de Monſieur
de Montigny du Havre.
AIR NOUVEAU.
A
Mour , cruel Amour , laiſſe-moy
vivre en paix ,
Amour ne trouble plus les beaux jours de
ma vie.
Neme parle plus d'Vranie ,
Ie l'abandonne pour jamais,
Amour , cruel Amour, laiſſe moy vivre
enpaix.
Ierenonce aux langueurs, àla melancolie,
La tendreße est une folie ,
L'indiferenceſeuleapourmoy des attraits
Amour , cruelAmour , laiſſe moy vivre
enpaix.
Il
GALANT
23
1
1
Ilya pluſieursOrdresde Chevalerie
en France , ils vous ſont
connus , mais je doute que vous
ayez jamais entendu parler de
celuy dont ce qui fuit vous va
apprendre l'Inſtitution & les Statuts.
Tout y eſt galant , & vous
conviendrez qu'il n'y avoit que
des Perſonnes de Qualité capables
de renfermer la joye dans
des bornes auſſi honneſtes que
celles que vous allez trouver.
Cette Galanterie eſt de la No-
" bleſſe de Champagne.

re
1
VILLE
1
L'OR
24
MERCURE
L'ORDRE DES
CHEVALIERS
DU BON - TEMPS .
Etably à P. le 22. de Fevrier , jour
du Mardy gras de l'année 1678 .
& mis ſous la protection de Cupidon
& de Bacchus, Divinités
de l'Ordre .
PAR MESSIEURS
Le Comte Dar. ſon Eminentiſſime
Grand- Maiſtre .
Le Vicomte Dup. fon Grand
Seneſchal .
De V. ſon Grand Commandeur.
Le Comte Def. fon Grand
Marefchal .
Le Baron d'E . ſon Grand Admiral.
Le
GALANT.
25
LeGr. ſon Grand Chancelier.
De Grand-Croix.
De M. Secretaire de fon commun
Trefor.
De G. ſon Vice-Chancelier.
Du . fon Hiſtoriographe .
D'O. de M. Grand Prieur de
#fon Temple.
Invocation à l'Amour & à
Bacchus , Divinitez de
l'Ordre.
C'eſt avec tranſport , Dieux
Tutelaires de nôtre Ordre, quon
vous reclame icy ;venez échauffer
nos imaginations , & réjouir
10 nos eſprits par les entouſiaſimes
dont vous avez accouſtumé de
favoriſer ceux qui vous honorent.
Nous , Chevaliers cy - deffous
nommez , reconnoiflons que
vous n'eſtes pas moins neceſſaires
à la vie , que les Elemens qui
Juillet.
e
B
26 MERCURE
l'entretiennent ,& que vous ſçavez
meſime temperer les combats
que nous livrent ceux dont nous
ſommes compoſez . Oüy , petit
Cupidon , aimable Enfant , nous
ferions tous terreſtres , ſi voſtre
feu ne nous fubtiliſoit ; mais auſſi
le trop grand feu de l'Amour
pouroit nous abatre , fi nous n'avions
recours à vous , divin Bacchus
, pour conferver nos forces
par la communication de cette
incomparable liqueur qui nous
releve & nous anime à de nouvelles
entrepriſes. Permettez
donc que nous nous uniffions.
toûjours , & que dans tous les
hommages qui vous feront rendus
, il y ait une fi grande égalité,
que nous nedonnionsjamais plus
àBacchus qu'à l'Amour, ny plus
à l'Amour , que nous donnerons
Bacchus .
Regles
GALANT .
27
Du
ael
te
el
ns
Jes
11-
te
LIUSS
US
11s
Regles des Chevaliers de l'ordre
du Bon- temps .
I. Les Chevaliers feront fi
étroitement unis d'amitié entre
eux , qu'ils employeront dans
l'occaſion leurs perſonnes , leur
honneur, leurs biens , & tout ce
qu'ils ont de plus cher au monde
pour le ſervice de leurs Confreres.
II. Les Chevaliers ne ſouffriront
point qu'on parle mal de
quelqu'un de leurs Confreres en
fon abfence ,mais ils prendront
fortement ſon party contre tous
ceux qui oferont l'attaquer.
III. Si quelque Chevalier
de l'Ordre reçoit une infulte , &
ſe trouve embarafle dans quelque
affaire , tous les Chevaliers
en feront la leur propre , & fe
declareront hautement pour luy,
es Bij
28 MERCURE
IV. Les Chevaliers ſeront
obligez en toute occafion d'honorer
les Dames , de défendre
leurs intereſts , & de leur marquer
leur zele par toute fortede
fervices .
V. Les Chevaliers apoſtropheront
à chaque repas Cupidon
& Bacchus , les deux Divinitez
de leur Ordre , & ils le feront
en ces termes .
Sans un peu de Vin dans le verre,
Sans un peu d'amour dans le coeur,
Que peut- on faire fur la terre,
Quepaſſer ſa vie en langueur ?
VI. S'il arrive que dansla converſation
les Chevaliers ſe ſentent
avoir leur petitquartd'heure
de reſverie , ils ſe retireront à
l'écart pour le paſſer , afin que
leurs Confreres n'en ſouffrent
point , & que rien ne diminuë
leurgayete. VII.
GALANT
29
0-
re
de
0-
en-
1-
1-
a
e
10
VII. Les Chevaliers ſe régaleront
une fois à leur tour pour
entretenir commerce , & pour
conferer enſemble de leurs affaires
, & des deſſeins de plaiſir
qu'ils auront imaginez .
VIII. Dans les Repas qui
ſe donneront , les Chevaliers ne
ſe contenteront pas de prefenter
du Vin de leur crû , mais ils
feront obligez d'en chercher du
meilleur, qu'ils feront accompagner
des Liqueurs les plus exquiſes
&les plus delicates qui ſe
boiront dans la ſaiſon ; & fi c'eſt
l'Eſté, on aura ſoin quela Glace
& les Melons s'y trouvent en
abondance.
IX. Les Chevaliers auront
à table une honneſte liberté de
boire& de manger , chantant &
riant fans contrainte , & faiſant
éclater la joye à qui mieux
1. Bij
30 MERCURE
mieux. Comme leur Inſtitution
les rend partiſans de Cupidon
& de Bacchus , ils auront dans
leur Repas la Mufique & le concert
des Inſtrumens qui ſerviront
à divertir les Dames, qu'on
ne pretend point qui ſoient bannies
de la Societé de l'Ordre.
-X. Les Chevaliers feront
obligez de donner quelquefois
des Feſtes aux Dames , & d'accompagner
preſque toûjours
leurs cadeaux de Violons pour
joüer de temps en temps pendant
le Repas , &pour les faire
danſer apres la Collation .
XI. Il y aura un jour
qué pour celebrer tous les ans la
Fefte . Les Chevaliers feront des
Chevalieresdans ce jour,àlamaniere
des Valentins & des Valentines
de Lorraine . Le fort décidera
de la deſtinée des unes &
des
marGALANT
. 31
1
|-
DE
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re
es
1.
S
des autres par le plus jeune des
Chevaliers qui mettra dans une
Boëte les Noms des Officiers &
des Chevaliers de l'Ordre . Les
Dames auront la bonté d'en tirer
un les unes apres les autres,
& chaque Chevalier ſera obligé
de ſervir la Dame que le fort luy
aura donnée, à laquelle il rendra
mille petits foins galans , fans que
perſonne y puiffe trouver à rediře.
Si par hazard une Dame tiroit
fon Parent , il luy fera permis
de changer ſous le bon plaifir
du Chevalier, avec une autre
qui auroit eu la même fortune ,
pour en eſtre plus galamment
ſervie; ce qui ne ſe pourra faire
qu'une fois , & avec un feule
ment .
XII . Les Chevaliers s'af
ſembleront tous les ans le Mardy
gras , chez l'Eminentiſſime
Biiij
32 MERCURE
Grand Maiſtre , pour celébrer la
Feſte de l'Inſtitution de l'Ordre
qui arrive ce jour là. Le Lendemain
matin, comme il ſera jeune,
on tiendra Chapitre avant le
Diſner , pour voir files Officiers
& les Chevaliers auront bien
fait les choſes pendant le Carnaval,
& s'il n'y a eu rien à redire
à leur maniere de traiter avec le
beau Sexe ; & en cas que l'on
s'en plaigne , ils feront condamnez
de fatisfaire la Dame fur tout
ce qu'elle defirera, & de donner
quelque ſuplément pendant le
Careſme, c'eſt à dire une bonne
Collation pour les mettre à couvert
du reproche . En ſuite on
déliberera de paſſer doucement
le Careſme , & d'écouler fans
ennuy ce temps de rabajoye , &
apres le Diſner chacun s'en retournera
chez foy.
XIII.
GALANT.
33
le
le
en
rre
le
1-
et
e
e
1
XIII. Les Chevaliers rendront
dans leurs Aſſemblées
tous les honneurs & les déferences
poffibles à l'Eminentiſſime
Grand Maiſtre ,laiſſant tojours
à Table deux ou trois places
entre luy & eux. Les Chevaliers
ne s'y mettront point , que
lesOfficiers ne foient placez , &
leur rendront auſſi en toutes fortes
d'occafions
qu'ils leur doivent.
l'honneſteté
XIV. Les Chevaliers n'admettront
dans leur Ordre que
des Gentilshommes ou autres
Perſonnes vivant noblement.
XV. Les Chevaliers quivou.
dront eſtre reçeus dans l'Ordre ,
s'addreſſeront à l'Eminentiffime
Grand Maiſtre, lequel fera une
informatió de leur vie & moeurs;
ſçavoir s'ils ont toutes les qualitez
neceſſaires : comme s'ils font
i B
34
MERCURE
braves , difcrets , libéraux, honneſtes,
galans, ſpirituels , aimant
la bonne chere , ſans eſtre goinfres
: & ces qualitez ſe rencontrans
en la perſonne du Poſtulant
, la reception s'en fera à ſes
dépens le plus honnorablement
qu'il fera poſſible,& tout leChapitre
s'aſſemblera dans ſa Maifon
pour ce ſujet.
XVI. Les Chevaliers feront
indiſpenſablement obligez d'écrire
aux Dames, & de leur envoyer
des Billets doux quand ils
ne pourront les aller voir en perfonne.
Ils aurontauffi le ſoind'entretenir
parmy eux un petit commerce
de Lettres , ſur l'envelope
deſquelles ils mettront Bontemps
, afin que cette Lettre foit
la premiere leuë , pour partager
plutoſt la joye ou le chagrindu
Confrere, & faire fans retardement
GALANT.
35
1-
n
Ufes
n
12-
ai-
100
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e.
11-
ils
-r-
1-
1-
ment ce qu'il pourroit exiger des
Chevaliers .
XVII . Quand quelqu'un
des Officiers de l'Ordre , ou des
Chevaliers , ſe mariera , on envoyera
complimenter ſa nouvelle
Epouſe par un Ambaſſadeur :
fi c'eſt un Officier, & fi c'eſt un
Chevalier , par un Envoyé extraordinaire
: & le nouveau Marié
pour reconnoiſtre la civilité
de Meſſieurs de l'Ordre,les priera
tous de luy faire l'honneur de
venir chez luy prendre le plus
magnifique Repas qu'il pourra
donner; comme auſſi d'aſſiſter au
Baptême de ſon premier Enfant
fous les mêmes conditions .
;
XVIII. Quand il ſurvienit
r
dra quelque diviſion parmy les
Chevaliers l'Eminentiſſime
1 Grand Maiſtre députera des Of
ficiers de l'Ordre pour terminer
t
leurs
36 MERCURE
leurs diferens : & fi quelqu'un
refuſoit l'accommodement , il le
privera de porter la Médaille
pendant toutle temps qu'il jugera
à propos .
XIX . Quand il ſurviendra
quelques affaires dans l'Ordre,
le Secretaire du commun Tréfor
fera obligé d'en écrire au
Chancelier pour en communiquer
à l'Eminentiffime Grand
Maiſtre.
XX. Les Officiers de l'Ordre
porteront un large Ruban jaune,
à la maniere des Chevaliers du
S. Eſprit, au bout duquel pendra
la Médaille de l'Ordre , où ſeront
gravez deux petits Dieux,
dont l'un repreſentera le Dieu
de l'Amour , & l'autre le Dieu
Bacchus . L'un & l'autre aura les
marques de ſa Divinité pour ornement
, c'eſt à dire , Cupidon ,
une
GALANT. 37
D
e
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13
au
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Ha
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e
X,
eu
eu
es
-
1,
une Couronne de Myrthe, ſon
Carquois , fon Arc , & fes Fléches
; & Bacchus , une Couronne
& une Ceinture de pampre ,
avec une Bouteille à la main. Ils
s'embraſſeront pour marque de
leur eſtroite union , avec cette
Deviſe gravée autour de la Médaille
en maniere de Cartouche,
Nous uniſſons les plaisirs , & au
deſſus à la Banderolle,Bon temps.
XXI . Ces meſmes Officiers
porteront leur Médaille d'or , à
la diférence des Chevaliers, qui
ne l'auront que d'argent ; avec
défenſes de paroiſtre dans les
Afſfemblées de l'Ordre, ou chez
un des Officiers,& meſme un de
leurs Confreres , qu'ils n'ayent
cette Médaille , à peine d'eſtre
interdits .
XXII . Quand les Officiers
de l'Ordre iront rendre viſite
à
e
38 MERCURE
د
à l'Eminentiffime Grand-Maiftre
ou à quelques autres
Officiers leurs Confreres, ils ſeront
obligez à l'imitation du
Grand- Maistre , de porter une
Médaille en Bandoliere; ce qu'ils
pourront ne point faire lors qu'ils
iront voir les fimples Chevaliers,
mais ſeulement la porteront
comme eux attachée au Juſteà-
corps avec un Ruban ſatiné
jaune, large de quatre doigts .
Exercices de la Iournée pour les
Chevaliers du Bon-temps .
Celuy des Chevaliers qui ſe
levera le premier , aura ſoin de
faire faire filence dans toutes
les avenuës des Apartemens des
Dames, pour les laiſſer repofer
la graffe matinée.
Quand les Chevaliers feront
habillez , ils iront ſe donner le
bon
GALANT.
39
-
ai
tres
fedu
une
u'ils
Hers,
ont
ftetine
bonjour les uns aux autres , &
s'embraſſer dans leur Chambre ,
Les Chevaliers apres s'eſtre
entretenus quelque demy- heure
enſemble , iront faire un tour
deJardin,pour chercher de l'appétit,
& de là s'en retourneront
déjeuner àl'Office .
L'heure dulever des Dames
eſtant venuë , les Chevaliers
iront grater à la Porte , & leur
donneront le bon jour , fi elles
leur veulent permettre d'entrer;
- les autrementils attendront qu'elles
foient habillées pour leur rendre
S.
i fe
de
tes
Hes
fer
Ont
le
cedevoir.
Les Chevaliers iront offrir
tous lesmatins leurs ſervices aux
Dames , quand elles ſeront en
état de paroiſtre , & leur apporteront
à déjeûner dans leurs
Chambres.
LeDéjeuner eſtant finy , les
Che
40 MERCURE
Chevaliers preſenteront la main
aux Dames pour faire quelques
tours de promenade , au retour
de laquelle ils s'appliqueront à
diférents exercices , les uns au
Billard,auxCartes ou àla Paume;
&les autres à la Chaſſe,àlaDanſe,
ou à laConqueſte du beau Sexe,
ſuivant l'inclination de chaque
particulier.
,
L'heure du Diſner eſtant venuë
, les Chevaliers feront placer
les Dames à table & fe placeront
apres fans aucunes cerémonies
chacun ſuivant ſon
rang. Ils s appliqueront de leurs
mieux à défaire les viandes , &
à fervir leurs Voiſines . La belle
humeur & la gayeté ferontl'afſaiſonnement
du Repas , & tous
les Chevaliers donneront des
preuves de la bonté & de la délicateſſeduVinde
leurHôte,par
les
GALANT.
41
ר ז
ain
ues
our
sau
me
Dan-
Se
Cha
vepla
placere
ere
fon
les heureuſes rencontres & les
pointesd'eſpritqu'il leurfournira
Le Diſner eſtant achevé , les
Chevaliers reprendront lesmefmes
exercices du matin , chacun
ſuivant fon inclination &
fon humeur.
Les Chevaliers feront Collation
entre quatre & cinq heures
, & s'amuferont à plaiſanter
en fuite , & à joüer à de petits
jeux galans juſques au Souper.
Les Chevaliers ſouperont
l'Hyver à ſept heures , & l'Esté
à fix & demie ; & feront ce Repas
un peu plus long que les autres
, à cauſe que la ſoirée eſt ordinairement
à nous , & que l'on
l'af. peut diſpoſer de ſoy-même en ce
temps plus qu'en aucun autre.
Les Chevaliers ſe ſouviendront
de de faire pendant le Souperun
eurs
, &
Dellt
tous
des
par
les
perpétuel carillon de Verres ,
&
42 MERCURE
& d'agreables ſymphonies de
Chanfons.
Les Chevaliers iront apres le
Souper goûter le frais avec les
Dames , & chercheront autant
que faire ſe poura le teſte- à- teſte
, pour avoir le moyen de pouffer
des fentimens tendres. Si c'eſt
l'Hyver , ils cauferont chacun
aupres de leur chacune , & inventeront
des jeux en commun
pour ſe divertir
L'heure du Coucher arrivant,
les Chevaliers iront conduire les
Dames dans leur Chambre , &
leur chanteront mille petits Airs
galans , apres quoy ils ſe retireront
fans aucun bruit , & iront
chercher leur Lit avec toute
l'honneſteré poſſible , ſe ſouhaitant
les uns aux autres un repos
qui ne foit troublé d'aucun mauvais
fonge .
Voeux
GALANT.
43
a
5
1
4
{}
n
7-
Voeux des Chevaliers quand ils
Sont reçeus .
Je fais voeu de conſerver toû
jours la belle humeur & la gayeté
; d'avoir toute ma vie un grand
fond d'lionneſteté pour les Dames
; & de faire à l'égard de mes
Confreres & de mes Amis, tout
ce que l'honneur , l'amitié , &la
confcience , pouront exiger de
moy.
Noms des Chevaliers.
Monfieur de... Ch. Ardant.
11,
es
&
rs MonfieurD... Ch. De millefleurs.
e- Monfieur le Comte d... Ch. Sans
nt reproche.
te
ai-
OS
Monfieur le Ch. d... Ch. Brillant .
Monfieur de... Ch. Loyal.
Monfieur de M... Ch. Preux.
U- Monfieur de Lat ... Ch. Réjoüiffant.
Mon
44 MERCURE
Monfieur de ... Ch. Fidelle.
Monfieur de ... Ch . Tenébreux .
Monfieur de M... Ch. Galant.
Monfieur le Ch. de V... Ch. De
-1 belle Teste. G
Monfieur D ... Ch. Fendant.
Monfieur de la ... Ch. Roger.
Monfieur de .. , Ch. Sanspeur.
Monfieur d'I ... Ch . Taillant .
Monfieur de ... ch. Honnefte.
Monfieur de L ... Ch. De l'Avanture.
1
Monfieur d'Ob ... Ch . Du Soleil.
Monfieur le Ch . des... Ch. Pimpant.
Monfieur l'Abbé de B... Ch. Fortuné.
Monfieur de M ... Ch. De l'Etoile.
Monfieur de... Ch. Frétillant .
Monfieur Doſb . Ch. Bon- vouloir.
Monfieur... Ch . Poly.
Monfieur Di... Ch. Foudroyant.
Monfieurde... Ch . Entreprenant.
Mon
GALANT.
45
3.
t.
1
Monfieur de... Ch. Libéral.
Monfieur de M... Ch. Preſſant .
Monfieur de... Ch. Courtois
Monfieur de L... Ch. Pensif.
Monfieur ... Ch. Conquérant.
Monfieur de... Ch. De Reverence.
Licences & Privileges des Chevaliers
de l'ordre du
Bon- temps.
A tous paſſez , préſens , & à
venir ; De la part de Monfieur
l'Eminentiſſime Grand-Maiſtre ,
Comte D. Amyde la Liberté &
de la Joye , Protecteur des Dames
, & Amateur de la Bonne
Chere : A nos amez & feaux
bons Amis , Officiers & Chevaliers
de noſtre Ordre du Bontemps
, Gens de belle humeur ,
donnans Cadeaux , Violons , &
autres divertiſſemens aux Dames
; Salut en celuy qui ſe plaiſt
d'etre
1
46 MERCURE
d'eſtre parmy les Enfans des
Hommes. Nous vous mandons
& commandons tres - expreſſement
par ces Préſentes, qu'auſſitoft
, incontinent ,& fans aucun
delay, vous receviez & introduifiez
en noſtre Compagnie noftre
cher & bien aimé N.... du mérite&
de la galanterie duquel nous
avons fait preuves ſuivant les
Statuts de noſtre Ordre ; & apres
avoir reconnu qu'il eſt fort enjoüé
aupres des Dames , preſt
à rendre ſervice à ſes Amis , &
d'une tres -bonne humeur à table
, voulons qu'il joüiffe des
honneſtes plaiſirs que l'on goûte
dans ces trois occafions ; faifons
défenſes d'autrement le
traiter , ſur les peines refervées
en noftre Chapitre, & d'amende
arbitraire : Car tel eſt noſtre
vouloir , le ſouhaitant & defi
rant
GALANT .
47
es
Ons
Heffi-
Cun
1
uitre
eri
OUS
les
Dres
enreft
&
ta
des
ou
faile
-ées
en.
tre
fi
an
rant ainſy . En foy dequoy nous
avons ſigné ces Préſentes , & à
icelles fait appoſer le Scel de
noſtre Ordre. Donné à P.... en
noftre Cercle d'Union & de
Franchiſe , le .... de l'année ....
Signé D....... Grand- Maiſtre
de l'Ordre du Bon-temps , Protecteur
des Dames , & Amy de
la Liberté .
Collationné à l'Original par moy
Secretaire du commun Trefor de
l'Ordre , de M.... Seigneur de
Belle humeur , & Ennemy capital
du Chagrin.
Vne pareille Inſtitution d'Ordre
donneroit lieu à une agrea +
ble vie , fi les Statuts en estoient
inviolablement gardez , mais il
n'y a rien de fi bien étably qui
ne dégenere avec le temps,
com
48 MERCURE
comme il n'y a rien de ſi extraordinaire,
ſans en excepter le
Prodige , que ce meſme temps
ne faſſe paroiſtre . Nous en venons
d'avoir un exemple dans
cet Enfant que ſa Mere a'porté
vingt- fix ans ſans qu'il ſe ſoit
poury dans ſon ventre. La choſe
eſt arrivée à Toulouſe ; & elle
fait tant de bruit par tout , qu'il
eſt impoſſible que vous n'en
ayez déja entendu parler. Je
m'imagine que vous l'aurez traitée
de Fable. J'ay crû d'abord
que c'en eſtoit une , mais on a
tant de certitude dela verité du
fait , qu'il ne m'eſt plus permis
d'en douter. Le voicy en peude
mots.
Marguerite Mathieu , Femme
de Jean Puget , Tondeur de
Draps , devint groſſe en l'année
1652.& fentit fur la fin du neuviéme
GALANT.
49
Yps
هن
ns
те
Dit
)-
le
*. viéme mois toutes les douleurs
qui font ordinaires aux Femmes
quand elles font preſtes d'accoucher.
Ce qui précede l'enfantement
, & qui en eſt une
marque indubitable , luy arriva .
Elle fit les efforts ordinaires pour
ſe décharger de fon fardeau ,
& l'Enfant ne ſortit point. Le
temps de le mettre au monde
eſtant paſſe , & cette Femme
ſoûtenant toûjours qu'elle eftoit
groſſe , on la traita de Viſionnaire
, quoy qu'avec quelque
ſcrupule , parce que c'eftoit
une Femme de bon ſens
pour une Artiſane , de pieté
melme , & qu'on ne pouvoit accufer
d'ignorance en ces matieres
, puis qu'elle avoit eu pluſieurs
Enfas,& qu'enfin ſa grofſeſſe
, avec les marques les plus
viſibles qui l'accõpagnent, avoit
le
d
2
S
a
Inillet. C
50
MERCURE
eſté connuë de tout le monde.
Elle ſe plaignit , pendant vingt
ans ou environ , de ſentir quelques
mouvemens de cet Enfant,
avec de fi fâcheuſes incommoditez
, qu'elle pria pluſieurs fois
fon Chirurgien de luy ouvrir le
vétrepour l'en tirer. Apres avoir
paſſé quelques années ſans que
ces mouvemens continuaffent,
elle tomba dans une maladie
mortelle,& mourut le Vendreey
17. Juin dernier, proteſtant toûjours
qu'apres ſa mort on trouveroit
l'Enfant qu'elle portoit
depuis fi long-temps.Elle fut ouverte
le lendemain,& cette ouverture
fit connoiſtre qu'il n'y
avoit point eu de viſion dans ce
qu'elle avoit toûjours dit de ſa
groffefſe . L'Enfant fut trouvé
tel que les Enfans ont accoûtumé
d'eſtre quand ils ſont ſur le
point
t
GALANT.
0-
Ols
ue
er
Ü-
U
U
point de leur terme. Il eſt vray
qu'il avoit cela de particulier &
d'extraordinaire , qu'il eſtoit
preſque endurcy en la plupart
- de ſes membres , comme de la
corne ou comme une pierre ,
mais au reſte tres-diſtinctement
formé . Il n'eſtoit point où les Enfans
doivent eſtre naturellemét.
,
La Nature ayant fait un effort,
Ril avoit percé cette Partie avec
f laquelle il ne conſervoit aucune
liaiſon & par un ſecond
prodige de la Nature , il s'efoftoit
formé comme une eſpece
de Coquille à cette ouverture,
qui recevoit toutes les eaux &
autres impuretez qui l'auroient
pourry, fi ellesluy eſtoient tombées
deſſus , & les rejettoit dans
leur canal ordinaire . Il avoit
la teſte en bas , l'extremité
du derriere panchant vers le
U-
1
ce
fa
1
e
e
Cij
52
MERCURE
coſté gauche , les bras l'un fur
une cuiffe,& l'autre ſur la teſte,
les jambes croiſées , & tout le
derriere couvert de l'Epiploon .
( Pardonnez - moy ce terme ,
voſtre Chirurgien vous l'expliquera
) Cet Epiploon eſtoit
épais de deux doigts , & fi fortement
attaché à ce Corps en
divers endroits , qu'on ne l'en
pût ſeparer qu'en ſe ſervant de
quelque Inſtrument de Chirurgie
qui en fit couler un peu de
fang. La Figure que j'ay jointe
icy, &que vous pouvez examiner
à loiſir,vous fera mieux connoître
la poſture où cet Enfant
fut trouvé. CepetitCorps peſoit
huit livres de ſeize onces chacune.
Le crane eſtoit fracaffé en
pluſieurs pieces le cerveau de
la conſiſtance & couleur de
l'Onguent Rofat: les chairs rougeâtres
1
ur
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le
n.
e,
Coit
oren
en
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de
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mionant
foit
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en
de
de
110
re

GALANT.
53
geâtres en certains endroits , &
jaunes ou un peu livides en
quelques autres :la langue avoit
la molleffe & la couleur naturelle
. Toutes les parties internes
eſtoient flétries,de couleur noirâtre
, & fans aucune trace de
ſang, à l'exception du coeur, où
quelque rougeur s'étoit confervée.
Le front , les oreilles , les
yeux, le nez ,la bouche ,tout cela
étoit couvert d'une matiere calleuſe
de l'épaiſſeur d'un travers
de doigt,laquelle étant ôtée, ces
parties parurent , ainſi que les
dents apres qu'on eut coupé
les gencives . Ces dents qui eftoient
auſſi grandes que les peuventavoir
les Adultes,appuyent
particulierement l'opinion des
Medecins qui ont veu faire l'anatomie
de cet Enfant , & qui
affurent que quoy qu'à de-
1
Ciij
54
MERCURE
)
my pétrifié , pour parler ainfi,
il doit avoir veſcu autant que ſa
Mere . Elle eſt morte dans la
64. année de ſon âge , & voicy
ce qu'elle a toûjours dit qui luy
eſtoitarrivé.
Lors qu'elle ſe ſentit prés de
fon terme, elle alla aux Minimes
pour quelque devotion. Les
douleurs la ſurprirent au retour.
Son viſage en donna des marques
, & alors ayant eſté abor
dée dans la Ruë par une Perſonne
qui luy offrit ſon ſecours
en qualité de Femme- Sage(
car on ne dit pas Sage- Femme
en ce Païs -là ) elle la remercia
, n'en voulant point d'autre
que celle dont elle avoit accoûtumé
de ſe ſervir. Ce refus obligea
la Perſonne qui s'offroit à la
quiter,& elle crutluy avoir entendu
dire enſe retirant que ny
fa
GALANT.
55
C
U
e!
es
11.
ſa Femme- Sage ordinaire , ny
quelque autre que ce fuſt , ne
l'accoucheroit jamais.Cette menace
fut ſuivie de l'effet. Quelques
efforts qu'on puſt faire , il
fut impoſſible de faire venir fon
de Enfant. On chercha cette pretenduë
Femme- Sage, quiayant
eſté enfin trouvée , dit à ceux
qui luy parlerent , qu'il falloit
s'adreffer àun homme de Beauſelle
, à une lieuë de Toulouſe.
Cet Homme qu'on ne manqua
pas d'aller conſulter , répondit
qu'il n'eſtoit pas en ſon pouvoir
dedélivrer cette Femme : mais
qu'elle feroit ſoulagée , fi elle
portoit une Ceinture qu'il leur
donna. Elle en ſentit en effet
ſes douleurs fort adoucies,
mais en ayant eu quelque fcru-
- pule , ſes Directeurs , à quielle
découvrit la choſe , & mefine
er
e.
a
1
1
I
Cij
56 MERCURE
quelques Eveſques, l'obligerent
quiter cette Ceinture ; ce qui
la remit dans ſes premieres incommoditez,
ſans qu'elles ayent
ceſſé que par ſamort;on ne doute
point qu'il n'y ait du fortilege
dans cette Avanture. Ceux qui
ne croyent point de Sorciers ,
raifonneront comme il leur plaira.
Cette impoſſibilité d'accoucher
me fait ſouvenir de ce que
Ovide nous conte d'Alcmene.
Junon voulat empécher qu'hercule
ne vinſt au monde,pria Lucine
d'entrer dans ſes intereſts .
Lucine qui préſide aux enfantemens
, ſe déguiſa en Vieille,
s'aſſit aupresde la porte du logis
d'Alcmene , mit un genoüil fur
l'autre,avec ſes doigts entrelafſez
;& cette eſpece d'enchantement
laiſſoit Alcmene dans une
cõtinuelle douleur, mais pour le
rompre
GALANT .
57
11


rompre,il ne s'agiſſoit que de faire
quiter cette poſture à Lucine,
&Galantis, l'une des Suivantes
d'Alcmene , eut l'adreſſe d'en
venir à bout. Laiffonsla Fable .
Paſquier nous apprend dans ſes
Recherches que le Prodige dõt
je viens de vous parler n'eſt
pas ſans exemple. Une Femme
nommée Colombe Chatri , demeurant
à Sens , eut toutes les
e marques d'une veritable groffef-
1
ſe, ſentitles douleurs qui précedent
l'enfantement , & paffa
vingt- huit années dans cet état.
On crût qu'il y avoit de l imagination
dans ce qu'on luy entendoit
dire , & apres qu'elle fut
morte , on tira de fon ventre le
Corps d'une petite Fille tout formé,
mais pétrifié . Paſquier aſſure
qu'il avoit appris cette Hiftoire
de Jeand'Alibour , alors Mede
Cv
58
MERCURE
cin tres-fameux de Sens, & depuis
premier Medecin de Henry
IV . qui en avoit eſté témoin
oculaire . Elle eftdans le 6. Livre
de fes Recherches , Chap.40.
Vous jugez bien , Madame ,
que ce qui vient d'arriver à Toulouſe
a fait d'abord l'entretien
de toute la Ville. On ne s'eſt pas
contenté d'en parler. Un fort
galant Homme de ce Païs-là
en a pris occafion de ſe plaindre
par ces Vers du trop de rigueur
d'une belle Dame .
STANCES A IRIS,
Sur le Prodige del'Enfant
pétrifié.
Endurcir
untendre Enfant
Dans le ventre deSa Mere,
N'est pas un Charme fi grand
Cemme on voudroit nous le faire.
I'em
GALANT.
59
de
en.
I'en suis beaucoup moins surpris
Que de voir aimable Iris ,
Din
re
e
Qu'à vos yeux tout rend I's armes ,
Et que s'ils veulent toucher ,
Cesbeaux yeux ont ille cha mes
Qui rendroient tendre un Rocher.
er
Qu'à jamais puiffent les Diene
Punir la Vieille cruelle.
Quifit les maux en ces lieux
D'une Méduse nouvelle!
1- I'avois longtemps consulté
ت Pourquoy vostre dureié
S'oppofoit àma tendreſſes
Il faut que pour mon malheur
Un jour cette Enchantereſſe
Ait endurcy voſtre coeur..
BIBLIO
2 YON
893
Pour foulager le tourment
Qui me coufte tant de larmes
Rompez.cer Enchantement
Opposez Charmes à Charmes.
D'abord que vous la vondrez
Belle
LA
VILLE
60 MERCURE
Belle Iris , vous le pourrez.
Aux accords de ma Musete ,
Cruelle , attendriſſez-vous ,
Le coeur d'une Anaxarete
Sied mal àdes yeux fi doux.
Le le prédis bien un jour
Voyant vostre tyrannie ,
Que du mépris de l'Amour
Vous seriez enfin punie.
CetEnfant des Dieux vainqueur,
S'eſt vangésur vostre coeur ,
Des honneurs que luy derobe
Cecoeur qui luy fut si cher ,
Et comme un autre Niobe
Vous a changée en Rocher.
L
Vous pouvez encore aimer
Si vousfaites des conquestes
Et nous sçavez enflamer ,
Toute Rocherque vous estes.
Pourrez-vous vous empeſcher ,
Fuffiez- vous cent fois Rocher ,
Senfi
1
GALAN Τ . 61
Sensibleàmes longs ſervices ,
D'y répondre quelquefois ?
LesRochers , des Précipices
Répondent bien à ma voix.
Madame la Ducheſſe de Cleveland
eſt de retour d'Angleterre
dés les derniers jours de
l'autre Mois. Elle fit le trajet das
un Hoeus fort doré & fort ajuſté
, qui ayant paru à la Rade
de Dieppe, fut auffi- toft reconnu
pour eſtre celuy quila portoit.
Il n'eſtoit que quatre heures
de matin quand l'avis en fut
donné à Monfieur de Tiergeville.
Vousſçavez qu'il eſt Gouverneur
de Dieppe . Il ſe rendit en
meſime temps ſurle Port,& comme
le Hoeus de cette belle Ducheſſe
eſtoit à l'anchre attendat
la marée , qui ne devoit eſtre ce
jour-là qu'à deux heureux apres
midy
62 MERCURE
midy,il envoya un Officier à fon
Bord pour la complimenterde fa
part,& fçavoird'elle fi elle attendroit
la marée, ou fi elle ſouhaitoit
venir à terre dans une Chaloupe.
Elle prit ce dernier party,,
& fut reçeuë aubruit du Canon,
auquel celuy du Hoeus répondit.
Elle trouva fur la gréve des Carroffes
qui l'attendoient , & fut
conduite par ce galant & fpirituel
Gouverneur dans l'Apartement
qu'il luy avoit fait préparer.
Elle ſe mit au Lit , accablée
de la fatigue de cinq jours de
gros temps dont elle avoit eſté
fort incommodée das ſon trajet..
Le Corps de Ville luy vint faire
compliment, & luy.prefonta des
Confitures.On chantoit ce jourlàmeſme
le Te Deum pour la priſe
de Puycerda;& comme il devoit
eſtre ſuivy le ſoir de Feux
d'arti
GALANT.
63
コー
-
ر
d'artifice , Monfieur de Tiergeville
en voulut donner le plaifir
àMadame de Cleveland. Il avoit
fait éclairer tout le Jardin du
Chaſteau, où il la mena avec fes
Filles. Ce fut là qu'elle joüit du
divertiſſement de ces Feux,
apres quoy on luy ſervit la Collationdans
la Salle de ce jardin ..
Les Violons ne furent pas oubliez,
avec tout ce qu'on pût ramaſſer
de Symphonie. Cette
charmante Ducheffe partit de
Dieppe le lendemain , & laiſſa
toute la Ville dans l'admiration
des rares qualitez qui luy acquierent
l'eſtime de tous ceux
qui la connoiffent.
Ie me fouviensque ma derniere
Lettre finiſſoit par lanouvelle
que je vousdonnayde la mort
de Meſſieurs Marin , Roujault,
& d'Apremont. Ie ne vous
en
64 MERCURE
en pû rien dire de plus , à cauſe
de la précipitation avec laquelle
je fus obligé de faire partir
mon Paquet. Tous les trois s'eſtoient
rendus conſidérables
dans leurs Employs. Vous ſçavez,
Madame;combien Mr.Marin
avoit acquis de réputation
dans les Finances .Il eſtoit Intendant
de celles de ſa Majefté; &
faiſoit admirer tous les jours la
parfaite intelligence qu'il y
avoit. On ne peut eſtre ny plus
obligeant, ny de plus facile accés
qu'il l'étoit. On le trouvoit
toûjours preſt à écouter tout le
monde, à l'exception des temps
où les affaires du Roy luy faifoient
une neceſſité abſoluë de
s'enfermer dans ſon Cabinet. II
eſt mort d'une indigeſtion d'eſtomac
qui l'a emporté en vingt
quatre heures. Monfieur de la
Cha
GALANT. 65
.

S
-
Chaſtaigneraye Premier Préfidant
au Parlement d'Aix, Mr.de
la Trouſſerie Maiſtre des Requeſtes
, & Mr. de Moüilleron
Lieutenat des Gardes du Corps
ſont ſes Fils. Ila laiſſé pour Filles
Madame du Pleſſis Bienfaitrice
dans le Convent des Filles
de Sainte Marie,& Madame
d'Opede Femme de Mr. d'Opede
Préſident à Mortier au
Parlement d'Aix .
M. Roujault Conſeiller Clerc
de la Grand -Chambre étoit un
Homme de Lettres,& d'un mérite
tres-particulier. Il ſçavoit
beaucoup , & n'ignoroit rien de
cequ'une longue habitude peut
donner de lumieres dans la Langue
Grecque,quoy que ſa principale
application euſt eſté, depuis
pres de 40.ans, à ſe bien acquiter
de ſa Charge,das laquelle
66 MERCURE
le il avoit acquis la reputati on
d'un desmeilleurs Juges du Royaume.
Il a laiſſe un Frere qui
porte fon nom,& qui eſt Auditeur
des Comptes.C'eſt un parfaitement
honnête-Home. Mr.
Petit, Beaufrere de Mr.de Chabenas
Bonneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs , eft monté
à la place du Confeiller dont
jevous parle.
Mr. d'Apremont eſtoit Capitaine
aux Gardes, Officier General,
& tres- habile Ingénieur.
Le grand nombre de Places
qu'iillaafait fortifier , en rend temoignage.
Il avoit eſté bleſſé en
pluſieurs occafions importantes
dans leſquelles il a toûjours eu
l'avantage de ſe ſignaler ; & s'il
eſt mort avec beaucoup de réputation,
ill'avoitmeritée par ſes
fervices.
Nous
GALAN T.
67
Nous avons auſſi perdu depuis
quelques jours Mr. le Marquis
de Chantrenne , Baron de
Couvé , Seigneur de Vinante,
Crecy, Maillots. Il eſtoit Capitaine
General pour le ſervice de
Sa Majesté à la garde des Coftes
de Picardie.Le nom de cette
Famille eſt le Vert .
Je ne vous apprendray rien
de nouveau, en vous diſant que
Monfieur dont l'ame eſt toute
Royale , ne laiſſe paſſer aucune
occafion de faire du bien aux
Siens ; mais vous aurez ſans
doute beaucoup de joye de ſçavoir
qu'il en a donné des marques
depuis peu , en faveur de
Meſſieurs les Chevaliers de
Beuvron & de Nantoüillet,qu'il
a gratifié de la Penſion qu'avoit
feüe Madame la Princeffe de
Monaco. Le zele empreſſé qu'ils
ont
68 MERCURE
ont l'un & l'autre pour le ſervice
& pour la Perſonne de Son
Alteſſe Royale , eſt connu de
tout le monde .
Il ne ſe peut rien de plus obligeant
, ny qui faſſe plus d'honneur
aux Avocats , que ce que
Mr. le Premier Préſident répondit
à Monfieur de Monthe-
Iond, quand il l'alla complimenter
comme le plus ancien de се
Corps. Apres qu'il l'eut prié d'avoir
pour eux les meſmes ſentimens
de bonté & de conſidération
qu'avoit feu Monfieur de
Lamoignon ſon Prédeceſſeur
Monfieur le Premier Préſident
luy dit,que la Charge où il avoit
plû au Roy de l'élever , eſtoit
d'un grand poids ; qu'il n'oublieroit
rien pour en remplir
exactement les devoirs ; & que
s'il avoit beſoin de lumieres , il
2
د
nen
GALANT.
69
n'en chercheroit point ailleurs
que dans un Corps où quantité
d'habiles Gens comme luy eftoient
capables de luy en préter.
On n'a peut-eſtre jamais fait un
plus grand éloge en ſi peu de
mots. Il eſt certain que ce n'eſt
pas avoir acquis peu de gloire,
que de s'eſtre rendu digne de la
qualité de non Avocat.Il ne fuffit
pas pour lamériter d'étre ſçavant
& profond fur les matieres
d'érudition les plus eſtimées;
il faut dire avec grace ce que
l'on conçoit avec eſprit, & trouver
des manieres infinuantes de
faire goûter la verité quand elle
ne ſe rend pas ſenſible par ellemefme
.
Vous avez ſçeu ſans doute que
Madamela Ducheſſe de Tofcane
a fait un voyage à Caën dans
les premiers jours de ce Mois.
I1
70
MERCURE
Il faut vous en apprendre les
particularitez Ce que je vous en
vay dire n'eſt pas de moy.Il eſt tiré
d'une tres- agreable Relation
écrite en Vers & en Proſe par
Monfieur de Berigny Conſeiller
au Préfidial de la Ville dont je
vous parle .
Si-toſt que cette Princeffe eut
fait ſçavoir le deſſein de ce Voyage
àMonfieur de Montignon ,
Dont la Galanterie égale la Naiſſance,
Et qui dans ſon Gouvernement
Fait avec tant d'éclat les honneurs de la
France ,
Qu'on nefait rien en Cour plus magnifiquement
;
Les ordres furent donnez
pour la Reception qui eſtoit
deuë à une petite-Fille de Henry
IV. Mª de Matignon ſe rendit
à Caën , d'où il alla plusde trois
lieuës
GALANT.
71

lieuës au devant d'elle , accompagné
de toutes les Perſonnes
de qualité du Païs , apres luyavoir
envoyé ſon Capitaine des
Gardes juſqu'à Falaiſe , pour la
complimenter de ſa part. Madame
de Meliand Intendante de
Caën,alla auſſi fort loin à ſa rencontre
pour luy rendre ſes premiers
devoirs,avec un fort grad
nombre de Dames & de la
Ville , & des environs. La
maniere dont cette Princeffe
les reçeut , ne leur marqua
pas moinsde conſidération pour
leurs Perſonnes , que d'eſtime
pour leur mérite & pour leur
beauté.
On (çait que ce Climat estle Climat des
Belles ,
Qu'elles ont toutes l'air auſſi doux que
brillant ,
Qu'iln'est rien de plus beau, ny rien de
plus
72
MERCURE
plus galant ,
Et qu'enfin on ne voit aucun defaut en
elles ,
Que celuy d'eſtre trop cruelles .
Monſeigneur de Matignon avoit
ordonné à tous les Capitainesdela
Ville de ſe rendre dans
la Plaine à la teſte de leurs Compagnies,&
on devoit mettre des
Flambeaux à toutes les Feneſtres
pour éclairer l'Entrée de S.A.R.
que l'exceſſive chaleur obligeoit
à ne partir de Falaiſe que
fort tard , mais ayant voulu s'épargner
cette forte de cerémonie
, elle arriva beaucoup
plutoſt qu'on ne l'avoit crû,ſuivi
de pluſieurs Carroſſes à fix Chevaux
, & fut ſeulement reçeuë
au bruit du Canon. Si-toft
qu'elle ſe fut renduë à l'Hoſtel
que la Ville luy avoit fait
préparer , Monfieur de la Mote
Lieutenant
GALANT.
73
-
Lieutenant General luy vint
faire compliment à la teſte des
Echevins. Elle en témoigna une
fatisfaction extraordinaire , &
trouva dans tout ce qu'il luy dit
tant de politeffe & d'éloquence
, qu'elle avoüa que c'eſtoit
avec beaucoup de juſtice qu'on
- luy avoit toûjours vanté les
beaux Eſprits de Caën. Apres
cette Harangue, les Préfens de
la Ville luy furent offerts. Elle
les recent tres-obligeamment,
& fit paroiſtre toute la bonté
poſſible aux Dames qui vinrent
P'aſſurer de leurs reſpects , &
dont la converſation ne luy plut
pas moins que la beauté. Elle
demeura un peu de temps dans
le Jardin a prendre le frais, foupa
en particulier, & ſe retira de
bonne heure, dans le deffe in de
partir le lendemain de grand
Iuillet. D
74
MERCURE
marin pour fon voyage de la
Délivrande. C'eſt une Chapelle
des plus celebres de toute
l'Europe, par les continuels miracles
qui s'y font depuis plus
de fix cens ans. Elle est à trois
licies de Caën , & à un quart de
lieüe de la Mer. Madame de
Toſcane qui avoit veu laMediterranée
en allant en Italie , fut
bien-aiſe de voir l'Ocean. Monſieur
de Matignon ayant appris
fon deſſein , envoya toute la
nuit retenir des Matelots , afin
de luy donner le plaiſir de la
Peſche , & en fuite un grand
Régal. Cette Princeffe partit de
Caën fuivie de pluſieurs Carroffes.
Elle fit ſes devotions à la
Délivrande avec une pieté exéplaire,
& apres y avoirlaiffédes
marques de fa libéralité , elle ſe
rendit à la Coſte de Bernieres,

GALANT.
1
1
où non feulement toutes les
Perſonnes de qualité de la Ville
eſtoient venuës en foule,mais
meſime les plus conſidérablesde
cinq à fix lieües aux environs.
D'abord Mr. de Matignon luy
donna le divertiſſement de la
Peſche, ſansqu'elle décendit de
Carroffe , en ſuite de quoy elle
monta dans la Galere qui luy
avoit eſté préparée. Le temps
s'étoit tenu couvert tout le matin
, & il s'étoit méme élevé un
vent qui ſembloit s'oppoſer au
plaifir de la promenade qu'on
avoit crû luy faire prendre fur
Mer.
Maisfi-toft que cette Princeffe
Eut mis le pied dansſon Batean,
On euft dit que Neptune &tous les
Dieux de l'Eau
Se fuſſent empreſſezà luyfaire caref.f.
Al'envy l'un de l'autre & Tricons
Zéphirs
Dij
76 MERCURE
Voulurent tour-à-tour serviràsesplaifirs.
Les Tritons appaisant les vagues mutinées
,
Ne laiſſerent plus voir qu'un paisible
crystal ,
Etde ce calmegeneral
Les Nereides étonnées
Par mille & mille bonds s'élançantfur
lesflots ,
Voulurent voir l'Objet qui cauſoit ce
repos.
Lors que Vénusfortit de l'onde
Pour venir recevoir les voeux de tout le
monde,
Si Neptune&Ses Deitez
Adorerent l'éclat de ſes rares beautez ,
Onpeut dire que cette Reyne ,
(Quoyque laMere de l' Amour.)
Nereçeut pas dans ce beaujour
Un hommage si grand une gloire fi
pleine.
,
LesTritons ravis de lavoir ,
Luy rendirent quelque devoir ,
Etpourhonorerſanaiſſance ,
Luy marquerent leur joye &leur obeïf-
Sance.
Mais
GALANT.
77
Maisfi-toft que le Dieu qui préſideà la

Mer
Vit briller cette Illustre & Royale Princeffe
,
Les Cieux, les Vents , les Flots ,
l'Air , 2
Firent gloire de rendre hommage à Son
Alteffe.
L'Aftre mesme du Jourdont un nuage
obscur
Avoit tout lematin offuſqué la lumiere,
Et tenujusqu'alors la clartéprisonniere,
Rendit en ce moment le Ciel calme ,&
l'Airpur,
Etpour mieux ſignaler cette pompeuse
Fefte ,
Deses plus beaux rayons il couronna sa
teste.
La Galere où Son A. R. entra
avoit eſté préparée avec trop de
précipitation , pour eſtre auffi
fuperbe que Monfieur de Matignon
l'auroit ſouhaitée. Elle
eſtoit neantmoins fort propre.
Dij
78
MERCURE
LesRoſes , le Jaſmin , & la Fleur
d'Orange , donton avoit eu foin
de l'orner , reparant en quelque
forte le defaut des dorures , y
faifoient par leur odeur & par
leur agreable confufion , l'effet
du monde le plus galant. QuatrepetitsCupidonsluy
ſervoient
de Guides , & trente Matelots
veſtus à l'Indienne en estoient
les Rameurs , auſſi -bien que de
la Barque à laquelle cetteGalere
eſtoit attachée,&qu'on avoit
pareillement enrichie de Feſtons
, de Couronnes de Fleurs
&d'Armoiries. Toutes les autres
eſtoient moins ornées , mais la
beauté des Dames qu'elles portoient
fupléoit agreablement à
ce defaut. On alla plus d'une
lieuë en Mer , & il ne ſe peut
riende mieux concerté que le
fut cette petite Flotedetrente.
cinq
GALANT.
79
cinq à quarante Vaiffeaux .L'ordre
en eſtoit auffi juſte que galant.
On y chanta , on y foûpira
mefme ( car l'Amour eft de toutes
les parties ) &parmyles Voix
& les foûpirs , les Violons , les
Hautbois & plufieurs autres Inftrumens
trouverent leur place.
Quand on ſe ſeroit embarqué
pourunVoyage de long cours,
les Matelots n'euffent pas fait
plus de voeux. Leurs Chanfons,
toutes groteſques & champeftres
qu'elles estoient , furentun
fujet de plaifir pour la Princeffe .
On fitune eſpece de petit Combat
naval , & on tira tant de
coups de Moufquet enla ſalüant
quand elle paffoit devant quelque
Barque , que leur bruit attira
deux Capres d'Oftende qui
eſtoient en Mer , & qui depuis
deux jours avoient fait quelque
Dj
80 MERCURE
brigandage fur la Coſte. On
craignoit que Son A. R. n'en fut
alarmée ; mais cette genereuſe
Amazone loin de rien appréhen.
der , donna ordre qu'on s'avançaſt
pour reconnoiſtre un de ces
Capres qui avoit gagné le vent,
& qui s'eſtoit approché de cette
petite Flote. Il eſtoit monté de
quatre Pieces de Canon ; mais
foit quele nombre des Vaiſſeaux
ou celuy des Cavaliers & des
Carroffes qui estoient ſur la gréve
luy fift peur , ſoit,que le refpect
qu'imprimentles Perſonnes
du premier rang l'obligeafſt à ſe
retirer , il s'éloigna auffi - toft , &
laiſſa la Princeſſe en liberté de
ſe venir délaſſer dans la Maiſon
où Mª de Matignon luy avoit fait
préparer un Régal auſſi délicat
que galant & magnifique. L'Apartement
deſtiné pour ce Repas
GALANT. 81
pas eſtoit un Sallon.
Oule laſmin,la Fleur d'Orange ,
Etmille fortes d'autres Fleurs ,
Par la diverſitéde leurs douces odeurs,
Enfaisoient admirer l'agreable mélange.
Quoy qu'au borddela Mer, on n'en voit
C point ailleurs
- Une fi charmante abondance ,
Et les Parterres de Provence
Neſontpoint émaillez de fi vives couleurs..
Ce Sallon, pour avoir eſté préparé
fort à la haſte,ne laiſſoit pas
d'eſtre enrichy des Meubles les
plus prétieux que l'on puiſſe
voir chez les Princes meſmes..
Pour en marquer la ſomptuofité,
c'eſt aſſezde dire que leBuffet
eſtoit garny d'une infinité de
Baffins , de Luftres , de Flambeaux,&
de vafesde vermeildoré.
Quoy qu'ils fuffent d'une
peſanteur incroyable , le travail
en furpaffoit encor la richeffe,
D
82 MERCURE
tant ils eſtoient cizelez délicatement.
La Tapiſſerie reprefentoit
l'embarquementd'uneReyne
,&avoit un agreable raport
avec celuy que la Princeſſe venoit
de faire . Les Feſtons & les
Couronnes de Lys ſuſpenduës
au lambris , achevoient d'embellirce
Lieu,dont lesEchos retentirent
pendant tout le Repas
du bruit des Violons & d'autres
Inftrumens , qui par leur éloignement
proportionné ne faifoient
qu'autant de bruit qu'il en
falloit pour charmer doucement
les oreilles ; & afin qu'il ne man
quaft rien de tout ce qui peut
flater les ſens , Madame la Du
cheffe de Toſcane estoit affife
entre deuxOrangers & devant
la principale Allée du Jardin,
dont les deux coſtez estoient
pareillement garnis d'Orangers
tous
GALANT. 83
tous chargez de Fleurs & de
Fruits. Cette Allée aboutiſfoit à
une Perſpective , au devant de
laquelle estoit une Venus tirée
fur celle de Praxitele qui est à
Florece dans le Palais du Grand
Duc , & des deux coſtez il y
avoit de petits Dédales où l'on
pourroit fe perdre plus agreablement
que dans cehryd'où Ariane
tira Theſée. Mais fi la beauté
de ce Jardin avoit dequoy arrefter
les yeux , vingt-quatre
Baffins de Gibier en Pyramides,
les Melons, les Poires ,les Abri
cots , & dix-huit autres Baffins
de Confitures & de Fruits les
plus rares , fervis avec autant
d'abondance que de propreté,
furprirent tellement l'illuftre
Princeſſe a qui Monfieur de
Matignon donnoit ce Régal
qu'elle avoinqu'à l'exception de
Gud. la
84 MERCURE
la Table de Sa Majesté,elle n'en
avoit jamais veu aucune ſervie
ny fi magnifiquement , ny avec
tant de délicateſſe. Apres ce
Repas , Son A. R. alla goûter le
frais du Jardin. On prit ce temps
pour faire manger la Compagnie
, & l'on peut dire que
cette ſeconde Table qui eſtoit
de quarante couverts, ne fut pas
ſervie avec moins de magnificence
que la premiere.Monfieur
de Matignon qui en faifoit les
honneurs, n'oublia rien pour régaler
à ſon ordinaire ceux qui y
prirent place , c'eſt à dire avec
une profuſion ſurprenante des.
mets les plus délicats , de Vins,
de Liqueurs , & de rafraîchiffemens
de toutes fortes. Cependant
Madame de Tofcane accompagnée
de ſes Dames , de
Monfieur de Bayeux , & de
Mon
GALANT. 85
Monfieurde Meliand Intendant
de la Generalité de Caën , fe
promenoit dans les Allées du
Jardin dont elle admira les Parterres
, les Paliſſades , les Orangers,
les Compartimens, les Dédales&
les Statuës , & voyant
qu'il ſe faiſoit tard , elle remonta
en Carroffe , & revint à Caën.
Ontirale ſoir quantité de Fuſées
volantes ſous ſes Fenestres,& elle
en reçeut d'autant plus de fatisfaction
, que la Lune qui estoit
alors dans ſon plein , commença
àſe cacher ſous un nuage , d'où
elle ne ſortit qu'apres
divertiſſement .
tout ce
BIBLIOTRA
Si le Soleil officieux,
Voulant favorifer Son Alteſſfe Royale,
Dans cetteFeſteſans égale,
Defes plus purs rayons avoit doré les
Cieux
هللا
1
La
86 MERCUR E
La Luneſocachant sous un obſaurmuages
Vaulat par ce respect buy rendre set hom
mage.
Cette Deeffede la Nuit,
Favoriſant l'éclat& l'agreable bruit
Que mille ferpenteaux répandoient dans
: Lanues ,
Aima mieux ſe priver du plaisir de la
2
yoir
Que de troubler un si beauſoir
Et que d'en empefcher la veue.
Stferuant de l'occasion,
le ne ſgay so pour lors cette Reynede
l'Ombre
Alla trouver fon cher Endimion,
Mais enfin il est vray que l'air parut
tres fombre,
Que pendant cette obscurité,
Millefeuxd'artifice ayantportélaquerre
Aux Aftres dont la nuit emprunte la
clarté,
re,
CesFeux ſembloient ne retomber en ter
Que poury rencontrer un trapas glorieux
Aux pieds de Son Alteffe , & mourir à
fesyeux..
Le
GALANT. 87
Le lendemain cette grande
Princeſſe ayant eu la bonté d'aller
rendre viſite à Madame de
Caën , elle y fut reçeuë & régalée
avec toute l'abondance de
Gibier, de Fruits,&de Confitu-
-res que l'on peut s'imaginer.
Quoyque cette Illuſtre Abbeſſe
fuſt malade , elle ne laiſſa pas de
donner ſes ordres fi à propos,que
rien ne manqua de tout ce qui
pouvoit contribuer à rendre ce
Repas des plus magnifiques .
Voila , Madame , de quelle
maniere on a tâché de divertir.
Madamela Ducheſſe de Tofcane
pendant le peu de ſejour
qu'elle a fait à Caën. Quelques
charmes que puiffent avoir les
plus beaux Lieux, ils ne font particulierement
agreables que par
la préſence de ce qui plaiſt . Ces
Paroles que Monfieur des Fon-
1
taines
88 MERCURE
aines a miſes enAir,en font foy.
AIR NOUVEAU.
A
Greables Ruiffeaux,
bres Forests,
&voussom-
Ceſſez de m'étaler vostre charme ordinaire,
Iris n'estpoint icy , vous estes fans attraits,
12
Est- il rien qui loin d'elle à mes yeux
puiffeplaire?
Sous vos ombrages vertsſi j'aime àm'egarer,
Ce n'estque pour cacher mes soupirs &
mes larmes.
Holas! fi fes beauxyeux vouspouvoiem
éclairer,
Que je ferois heureux ! que vous auriez
de charmes!
Meſſire Auguſte - Philibert
Scagliade Verruë, Abbé de Su--
ze, & de Saint Eſtienned'Ivrée,
perpétuel Commandataire de
Sainte Foy, Prieur & Seigneur
de
GALANT. 89
deConzieu, &c. fit icy ſon Entrée
le 3. de ce Mois en Qualité
d'Ambaſſadeur de Son A. R. de
Savoye.Comme il paroiſſoit ſous
le plus grand Prince que la France
ait encor eu, il ne voulut rien
épargner pour rendre cette Entrée
des plus magnifiques.Monfieur
le Mareſchal Duc de la.
Feüillade accompagné de Monfieur
de Bonneüil Introducteur.
des Ambaſſadeurs , l'alla prendre
à Picpus avec les Carroffes
de leurs Majeſtez , & le conduifit
en fon Hoſtel ſuivyd'untres
beau Cortege. Ily avoit un fort
grand nombre de Gentilshommes
à cheval , outre une quantité
de Carroſſes à fix Chevaux
qui estoient allez à ſa rencontre .
Monfieur l'Ambaſſadeur
avoit trois d'une richeſſe admien
rable. Toute ſa Livrée eſtoit fuperbe,
१०
MERCURE
perbe , & il ne fe peut rien adjoûter
à lamagnificencede fon
Train. Ce nom de Scaglia n'eſt
pasun nom inconnu pour nous,
puis queMeffirePhilibert-Gherard
Scaglia , Comte de Verruë,
Biſayeul de celuy dont je vous
parle , fut envoyé pour traiter
le Mariage de Mádame Chriſtine
de France avec Victor
Amé Duc de Savoye Il eur
l'avantage de le conclure , &
apres s'eſtre acquis beaucoup
de gloire par la prudence qu'il
fit paroiſtre dans tout le cours.
de cette negotiation, il mourut à
Paris en 1619. Il eſtoit Chevalier
de l'Ordre de l'Annonciade,
Confeiller d'Etat , & Grand-
Maistre de la Maiſon de Savoye.
Meffire Auguſte Manfroy
Scaglia fon Fils, luy fuccedadans
cette Ambaffade , &en foûtint:
Phon
GALANT. 91
T'honneur avec grand éclat. Il
eftoit Comte de Verruë , Marquis
de Caluſe , Tronzan, Moſto
, Bioglio , &c. Chevalier de
l'Ordre de l'Annonciade , General
de l'Infanterie, Conſeiller
& Premier Miniſtre d'Etat de
S. A. R. Commandeur & Chevalier
Grand-Croix de la Religion
de S. Maurice & Lazare,&
Mestre de Camp General des
Armées de France en Italie .
Ce mefme Employ fut donné
àMeffire Alexander Scaglia fon
Frere. Il eſtoit Confeiller d'Etat,
& Abbé de Mandanices en Sicile,
de Suze , de Staffarde, & de
Selva. Il commença dés l'âge de
22. ans à faire l'Ambaſſade de
Rome,& fut en fuite envoyé en
France , en Angleterre , & en
Eſpagne...
Ilmereſte encor à vous parler
92 MERCURE
ler de Meffire Philibert Scaglia
de Verruë , Fils duComte Au
guſte Manfroy , Abbé de Suze
&de Selva, Miniſtre &Confeiller
d'Etat de S. A. R. de Savoye.
Ce fut luy qui dans le tempsde
fon Ambaſſade menagea les
choſesavecune conduite admirable
, diſpoſa la France à la reſtitutionpreſque
entiere de toutes
les Places que nous occupions
dans le Piémont depuis les
Guerres Civiles des Princes de
cette Maiſon . Vous voyez par
là,Madame,que Monfieurl'Abbé
Scaglia qui vient de faire icy
fon Entrée, eſt le cinquième de
cette Famille que nous ayons
veu paroiſtre avec le caractere
d'Ambaſſadeur. Il ne falloit pas
fans doute un moins Illustre Succeffeur
que luy à tant de grands
Hommes .
201
4
l'ay
GALANT.
93
J'ay commencé à vous parler
dansma Lettredu Moisde May
d'une Feſte qui ſe fait tous les
ans à Montpellier pour un Perroquet
qui s'y doit abatre à
coupsde Fléches. Je vous en ay
marqué les cerémonies , & je
puis vous apprendre aujourd'huy
la ſuite que ce Galant
Combat d'adreſſe a euë cette
année. Je ne ſçay ſi je vousay
dit que pouren emporterle prix
il n'eſt pas neceſſaire de jetter
lePerroquet tout entier par terre.
Il faut ſeulement en faire
tomber laderniere piece qui reſte
au boutde la perche , & celuy
qui en peut venir à bout eſt
leRoy , quoy qu'il n'ait pas fait
tomber toutes lesautres . Ce fut
par cettederniere piece abatuë
qu'un nouveau Roy termina la
Feſte il y a deux Mois. Apres
qu'il
94
MERCURE
qu'il eut reçeu les complimens
de ſes Amis&de toute la Trou
pe des Archers, il donna à chaque
Officier des Echarpes garnies
d'une Dentelle or & argent
, & deux autres pour les
faire tirer au blanc. Cela fait,
tous les Archers l'accompagnerent
chez luy , & on remit au
Dimanche ſuivant les honneurs
qui luy eſtoient deûs. Cependant
on dreffa un grand& fuperbe
Arc de Triomphe devant
fa Maifon. Les admirables effets
de l'Amour, Dieu de cette
Feſte,y estoient repreſentezaux
quatre coins par autant d'Emblémes.
D'un coſté on voyoit
un Amour frapant ſur deux
Creurs qu'il tâchoit de joindre .
Ces paroles Italiennes luy fervoient
d'ame , co'l tempo. De
l'autre on voyoit ceméme Dieu
{
fraGALANT.
95
frapant fur un fer tout rouge qui
fortoit d'une Forge , avec ces
autres paroles, Se non arde, non fi
piega.Dans l'un des deux autres
coins étoit repreſenté un Soleil
dardant ſes rayons fur un Miroir
ardent qui les reflechiffoit
fur un Tourne-fol , avec ces
mots Eſpagnols , Muero, porque
me miras ; & dans le dernier on
remarquoit un Cupidon décochant
une Fleche contre un
coeur élevé fur une perche.
Ces paroles estoient au deffous
, Ict'auray toſt ou tard.
Les Armes de France avec un
nombre infiny de grandes
Fleurs de Lys dorées , faifoien
l'ornement du haut de cet Arct
Enfin le jour deſtiné au Triomphedu
nouveau Roy eſtant venu
, tous les Archers ſe rendirent
au Follé. Les Dames y fu
rent
96 MERCURE
rent régalées d'une magnifique
Collation dans une Chambre
voûtée qui eſt au bout , & apres
qu'elles ſe furent retirées , le
nouveau Roy fortit du Foffé , &
s'alla promener par toute la Ville
au bruit des Inſtrumens que
je vous marquay la derniere fois.
Il eſtoit au milieu du Capitaine
&du Lieutenant ,& avoit à ſa
fuite le Roy de l'année derniere.
Le beau Sexe qui s'eſtoit placé
aux Feneſtres pourle voir paffer
plus commodement , ne fut pas
moins fatisfaitde ſabonne mine,
que de la richeſſe de ſon Habit.
On n'en avoit point encor veu
ny de plus magnifique ny de
plus galant. Il portoit une Toque
de velours noir bordée de
Perles . Le Cordon eſtoitde deux
tours , auffi de Perles , mais fines
&groffes , entre leſquelles il y
avoit
GALAN T.
97
ayoit de tres belles Emeraudes
d'eſpace en eſpace . Le revers de
la Toque eſtoit enrichy d'une
grande Rofe de Diamans , avec
une groſſe Perle en poire ; le
tout ombragé d'une Aigrete
blanche , & de quantité de Plumes
de meſme couleur. Il avoit
ajoûté à ces ornemens une
Chaîne d'or qui luy pendoit en
écharpe. Une Canne d'Inde
garnied'une groſſe Pommed'argent
doré , luy ſervoit d'appuy.
Le Perroquet, comme le principal
ornement du Triomphe,
eſtoit porté devant luy ſur une
perche à laquelle on avoit attaché
l'Arc & Fleche du Roy qui
l'avoit abatu. Les Archers fuivoient
dans le meſme ordre qui
avoit eſté obſervé au commencement
de la Feſte . Apres qu'ils
ſe furent ainſi promenez , ils ſe
Juillet.
E
98 MERCURE
rendirent dans la Salle de l'Hoſtel
de Ville , où l'on a accoûtumé
de tenir les Etats de la Province.
On y avoit préparé un
magnifique Feftin par les ordres
du nouveau Roy qui donna en
ſuite le Bal aux Dames. Les plus
belles Perſonnes de Montpellier
en furent priées. On danſa
long- temps,& le Bal eſtant finy ,
tous les Archers allerent conduire
le Roy dans ſa Maiſon. Le
reſte de la nuit ſe paſſa en Serénades
que les Archers Amans
eurent ſoin de donner à leurs
Maîtrefles .
Je ne puism'éloigner de Montpellier
ſans vous apprendre une
choſe auſſi finguliere que furprenante
, qu'on a veuë à trois
lieuës de là , depuis quelques
jours.UnApoticaire herboriſant
dans la Campagne , mit le pied
fur
GALANT.
99
*
fur des broufſfailles qui cachoiét
un Serpent des plus monstrueux.
Ce Serpent ſe ſentant bleſſé,
ſe dreſſa tout furieux ,
fit ph
ſieurs plis autour du Corps de
l'Apoticaire , le mit par terre,
& le tint tellement preſſé , que
c'eſtoit fait de luy , ſi des Bergers
qui n'en eſtoient pas fort
loin , ne fuſſent accourus à ſes
cris. Ils tuerent le Serpent , &
délivrerent ce malheureux qui
en avoit reçeu pluſieurs bleſſures
. Il eſtoit extraordinairement
enflé du venin qui s'eſtoit gliffé
par toutes les parties de fon
Corps ; mais deux ou trois priſes
du Thériaque qui ſe fait à l'Vniverſité
de Montpellier , lere
mirent dans ſon premier état.
On fendit le Serpent. Il avoit
trois oeufs dans ſon ventre ,& ce
qui vous ſurprendra , ce que fur
Eij
100 MERCURE
د
l'un de ces oeufs on a trouvé fix
mots monofyllabes , rangez en
colomne , parfaitement diftinguez
les uns des autres &fi
bien écrits , qu'un Peintre auroit
eu peine à les mieux marquer.
Ces mots font, ou , pa , re,
ma, ne , pa. Vous ne doutez pas
qu'on ne travaille à l'envy à les
expliquer. Cet oeufa eſté donné
à Monfieur le Cardinal de
Bonzi , qui le conſerve comme
une choſe fort curieuſe .
Les divers changemens qui
arrivent aux Vers à ſoye , ne
ſeroient pas regardez avec
moins d'étonnement , fi la choſe
eſtoit plus rare pour nous.
Ils ont fourny le ſujet des Vers
qui ſuivent,& je ne doute point
qu'ils ne foient de voſtre gouft,
par le juſte raport que vous y
trouverez entre les peines que
foufre
GALANT. ΙΟΙ
foufre un Amant , & le travail
de ces induſtrieux Inſectes. Ce
galant Ouvrage qui eſt tombé
entre mes mains à l'inſçeu de
fon Autheur eſt de Monfieur de
Templery.C'eſt un Gentilhomme
de la Ville d'Aix , qui paſſe
pour un des plus honneſtes
Hommes de fa Province. Jene
vous dis rien de ſon Eſprit , vous
pouvez juger par vous- en
même.
STANCES
A SYLVIE ,
SUR SES VERS A SOYE.
L
Ors que les derniers Vers , adorable
Sylvie ,
Que jefisfur mes maux , ne voustou
cherentpas,
Eij
102 MERCURE
Le juray de ne faire aucuns Vers dema
vie ;
Mais les vostres-à-foye ont pour moy
des appas
Qui m'en font revenir l'envie.
Ilsont avecmoy tant de conformité,
Que je puis dire en verité ,
Qu'ils font de mon amour la vivante
peinture.
On voit muer ces animaux ,
Qui prennent de nouvelles peaux ;
Les cruels tourmens que j'endure,
Par vous à tous momens changez en de
nouveaux ,
Sont d'une semblable nature.
Commeces petits Vers je grimpe dans les
Bois ,
Ie me roule fur la verdure,
le paſſe le jour quelquefois
Autour d'une brouſſaille obscure ;
Et là pour faire un Vers entier,
Comme eux je barboüille un papier
Sans pouvoir rencontrer ny rime ny me-
Sure;
Enfin moins que vos Vers je prens de
nourriture ,
Mais
GALAN.T.
103
Maishelas !Sipour moy vous ne voulez
changer ,
Comine eux je perdray le manger.
Ils filent de laſoye , &je file une vie
Plus dignemille fois depitié que d'envie
,
Mon mal est tel , que je n'en puis quérir.
Comme ces Vers aiſlez je m'en vais difparaiſtre
;
Mais si la chaleur les fait naître ,
Vostre froideur me fait mourir.
Lors que l'on s'eſt ſoûmis aux fers d'une
inhumaine ,
Cespetits Infectes rampans ,
Enseignent à tous les Amans,
Qu'on ne doit point romprefa chaine.
Si-tost qu'ils ont basty leur plaisante
maison ,
Ils y paſſent leur triſte vie ,
Et m'apprennent par là , trop charmante
Sylvie ,
Qu'il faut mourir dans ma prison.
Quoy que pour voir ma peine terminée,
E iiij
104
MERCURE
Reglant fur eux ma destinée ,
Dans le Tombeau je doive m'enfermer,
Avosyeux ravy de paraiſtre. ,
Ie reviendrois pour vous aimer,
Si comme eux je pouvois renaiſtre.
C'en est trop , prenez lesplaifirs
Dont un heureux Hymen peut combler
2
vos defirs ,
Et n'attendez pas davantage.
Le temps d'aimer paſſe toûjours,
Et tandis que dans un jeune âge ,
Devos Vers vous filez l'ouvrage,
La Parque file vos beaux jours.
Autres Vers ſur la rigueur
d'une Belle. Je vous les envoye
notez , afin que le plaiſir de les
lire puiſſe eſtre ſuivy pour vous
de celuy de les chanter .
L
AIR NOUVEAU.
ESoleilfur nos Champs trop longtemps
arreſté ,
Seche nos Fleurs,met en cedrenos Plaines,
Faiz
GALANT.
1ος
Fait languir nos Ruiffſeaux & tarir nos
Fontaines;
Mais malgré lesfeux de l'Esté,
Et ceux qu'Amour allume dans mon
ame
L'Hyver est dans le coeur de celle qui
m'enflame.
Il y a environ fix ans qu'on
eſtablit une Manufacture de
Canons de Fer dans quelques
Forges du Nivernois.On choiſit
pour cela celles qui font les plus
proches de la Ville de Nevers &
de la Riviere de Loire. On en
eſperoit peu de choſe , parce
que les Mines de cette Province
ne s'eſtant trouvées qued'une
bonté médiocre , les Canons
de fonte qui en fortoient , ef
toient incapables de foûtenir
les épreuves que les Commif
faires du Roy demandent pour
les recevoir. Deux. Etran
Ev
106 MERCURE
gers,&un Françoisde la Province
de Dauphiné , ſe préſenterent
il y a quelque temps. Com
me ils ſe vantoient de ſupléer à
ce qui pouvoit manquer à ces
Mines, ils ſe ſoûmirent àl'épreuve
qui en fut faite avec beaucoup
de rigueur par M'le Commiſſaire
du Clos. Tous les Canonsdes
Etrangers créverent au
premier coup ,& ceux du Dauphinois
furent ſeuls tirez trois
coups de ſuite ſans étre endommagez
. Ils n'en furent pas quites
pour cet eſſay. M'du Closqui ne
pouvoit croire ce qu'il voyoit, fit
charger pendant deux autres
jours les Canons Dauphinsavec
le plus d'exactitude qu'il luy fut
poſſible ; mais il les trouva
inébranlables , juſque-là que
les ayant fait tirer le troifiéme
jour vingt - coups de fuite
chacun
GALAN T.
107
chacun fans aucun rafraîchiffement
( ce qui eft comme incroyable
ſi la choſe n'eſtoit publique
) ils ſoufrirent cet effort comme
les autres : apres quoy il fut
obligé de dire qu'il n'y avoit
point demeilleurs Canons ;& ce
qui confirme entierement la
bonté de ce Secret , eſt que ces
Canons & quelques autres où la
meſine poudre a eſté employée
juſqu'au nombre de vingt- un ,
ayant eſté conduits à Breſt pour
ſervir aux Embarquemens,&les
Capitaines des Vaiſſeaux les
ayant éprouvez , comme s'ils ne
l'avoient point eſté , ils les ont
tous reçeus, apres avoir fait créver
par les meſimes épreuvesla
plupart des autres Canons faits
auparavant dans le Nivernois',
&qui ayant foûtenu les épreuves
de Monfieur du Clos en
avoient
108 MERCURE
>
avoient eſté ſi fort ébranlez
qu'ils ne pouvoient plus refifter
à ces ſecondes. Ce brave Dauphinois
s'appelle Mr. le Prieur
Froment . C'eſt une Perfonnede
mérite , & qui reſte ſeul de cinq
Freres , qui ſont ſi glorieuſement
morts au Service de Sa Majesté,
où ils ſe ſont tous fignalez . Celuy-
cy meſme , ayant embraſſé
comme eux la profeffion des Armes
, ne s'en eft retiré qu'apres
des bleſſures conſidérables. On
dit que d'autres Perſonnes d'efprit
& de qualité viennent dans
la meſme Province pour faire
valoir cette Manufacture de Canons
le plus qu'il fera poſſible, &
qu'unGentilhome de leur Compagnie
afſure qu'il a le Secret
d'une Poudre tres - exquiſe pour
la purification des Mines de Fer.
Il y a longtemps que je vous
arreſte
GALANT. 109
arrefte dans les Forges. Vous
VOUS accommoderiez mieuxfans
doute d'une promenade
aux Tuileries. C'eſt un lieu de
rencontres agreables, s'il ne l'eſt
pas toûjours d'Avantures concertées
. Une Dame tres- confiderable
par fon rang,mais beaucoup
plus par le mérite de ſa
Perſonne , s'y promenoit ces
derniers jours avec une ſeule
Demoiſelle qui eſtoit à elle , &
déja avancée en âge. Son Habit
negligé , quoy que propre,
ne marquoit rien d'extraordinaire
dans ſa qualité ; mais ſa
beauté , ſa jeuneſſe, l'agrément
de ſa taille, & un je ne ſçay quel
air fin& fpirituel qui paſſe encor
les charmes de ſa beauté,
eſtoient bien capables de la
faire diftinguer parmy toutes
celles de fon Sexe. Elle avoit
quité
ПЮ MERCURE
quité les grandes Allées où elle
auroit eu à rendre trop de faluts,&
en avoit choiſy une efcartée
pour y prendre l'air en
folitude . Sa Demoiſelle qu'elle
avoit priſe ſous le bras , luy aidoit
àmarcher ; & foit que l'inégalité
de l'âge en deux Perſonnes,
dont l'une ne marquoit pas
le reſpect qu'elle devoit à l'autre
en ſe promenant de cette
forte , puſt donner lieu à des
penſées temeraires,ſoit que cette
retraite euſt l'apparence d'un
rendez-vous , deuxjeunes Abbez
qui les virent entrer dans
cette Allée,les obſerverent quelque
temps , & fe hazarderent
enfin à les aborder. Ils avoient
beaucoup d'eſprit, & de cet efprit
qui ne s'acquiert qu'en voyant
les Femmes ; mais apparemment
ils n'avoient pas une
fort
GALANT. III
fort grande connoiſſance de la
Cour , puis que la Dame quiles
attira , fut pour eux une Dame
tres -inconnuë. Quoy que leur
compliment fuft fort civil , elle
s'apperçeut bien à cette liberté
d'entrer ainſi de plein pied
en converſation avec elle , qu'ils
ne ſçavoient pas à qui ils parloient;
& comme elle eſtoit venuë
aux Tuileries pour ſe divertir
, elle réſolut de n'en pas laiffer
échaper l'occafion. Il ne luy
fut pas difficile de foûtenir l'entretien.
Elle a l'eſprit vif& enjoué
,& tourne les chofes d'une
maniere ſi aiſée & fi délicate,
qu'il luy ſuffiroit de cet avantage
pour meriter l'admiration qu'elle
s'attire. Jugez de l'impreffion
qu'elle fit fur les Abbez , en
leur faiſant connoiſtre que fa
jeuneſſe & ſa beauté n'ef
toient
112 MERCURE
toient pas ſes plus grands charmes.
L'envie de ſçavoir qui
elle eſtoit , leur fit faire quelques
demandes, auſquelles elle
feignit de fatisfaire , en leur
diſant que ſon Mary l'avoit amenée
à Paris pour folliciter un
Procés qui luy eſtoit d'importance
, dans la penſée que les
Fémes ſe faiſoient toûjours plus
favorablement écouterdes Juges
; qu'il l'avoit laiſſée en Auberge
, & qu'elle venoit quelquefois
refpirer l'air des Tuileries
pour ſe délaſſer de la chicane.
Les Abbez ne manquerent
pas à ſe récrier fur le péril
de ſes Parties contre une pareille
Solliciteuſe . Grandes offres
de luy donner tout le Par--
lement , & même des Amis en
Cour , où ils ne doutoient point
qu'elle n'effaçaſt les plus belles
GALAN T. 113
fi elle y vouloit recevoir des connoiffances.
La Dame ne refuſa
rien , & leur dit en riant que fa
Suivante leur aprendroit dans
quelle Auberge ils pouvoient
la venir chercher, parce qu'elle
n'en avoit encor pû retenir
le nom. Cette permiffion de la
voir , leur fit propoſer des Parties
de Jeu, d'Opéra , & de Promenade
, avec aſſurance qu'ils
regarderoient l'avatage de pouvoir
contribuer a la divertir,
comme un des plus grands
que leur bonne fortune leur
puſt procurer. La réponſe de
la Dame fut que ſon Procés
eſtoit la ſeule choſe qu'elle euſt
entête,& qu'apres qu'onl'auroit
jugé, elle ne feroit pas ennemie
desplaiſirs.La converſation dura
plus d'une heure avec beaucoup
d'eſprit de part & d'autre , & il
fut
)
114
MERCURE
fut enfin queſtion de ſe ſeparer.
Comme on ne peut eſtre plus civil
que le font ordinairementles
Abbez,ceux- cy voulurent donner
la main à la Dame. Elle
s'en défendit ſur ce que n'ayant
point d'équipage , elle estoit
bien- aiſe de s'épargner la confuſion
qu'elle auroit, s'ils eſtoient
témoins de ſa voiture. L'un
d'eux s'ofrit auſſitoſt à la remener
dans ſon Carroffe , & la
conjura de s'en ſervir pour toutes
ſes Sollicitations. Il fut remercié
des ofres . La Dame les
pria encor quelque temps de
la laiſſer aller ſeule , mais ce
fut d'une maniere qui les engageoit
à n'en rien faire , & enfin
feignant de ſe réfoudre à rougir
de ſa voiture , puis qu'ils
le vouloient , elle accepta la
main que le plus empreſſe luy
prefen
GALANT. 115
preſentoit. A peine eut- elle paru
furla Porte des Tuileries,que
quatre grands Laquais coururent
faire avancer un Carrofse
fort magnifique . Un Page luy
vint prendre la queuë , & les
Livrées & les Armes du Carroffe
ayant fait connoiſtre aux
Abbez que la fauſſe Plaideuſe
eſtoit une Perſonne du plus
haut rang , ils demeurerent dans
une ſurpriſe qui ne leur permit
point de parler. La Dame les
regarda, ſe mit à rire,& montant
dans ſon Carroſſe apres leur
avoir rendu graces de toutes
leurs honneſtetez, elle leur cria
qu'elle auroit ſoin de leur envoyer
des Placets,afin qu'ils appuyaſſent
la justice de ſa Cauſe
aupres de ſes Juges.
Monfieur de Saliere , de l'an
cienne Maiſon de Chaſtelard en
Dauphi
116 MERCURE
Dauphiné , a eſté reçeu Colonel
du Regiment de Soiffons-
Saliere ,fur la démiſſion de Monſieur
fon Pere , qui eſt un des
plus vieux Officiers du Royaume
, ayant ſervy pres de cinquante
ans ſans interruption. II
eſtoit au Siege de la Rochelle
en 1622.& a eſté Capitaine dans
les Regimens de Cavalerie
d'Alés, de Baltafar , & de Noailles.
En 1658. il commanda
dans le Mantoüan , ſous le Duc
de Modene , une Brigade de
deux mille Hommes , compris
ſon Regiment d'Infanterie , incorporé
en 1659. dans celuy de
Carignan qui marche apres les
Petits Vieux fur le pied Etranger.
Ce méſme Regiment eft
aujourd'huy à Monfieur le Cóte
de Soiffon , & s'appelle Soiffons-
Saliere. En 1665. il alla par
ordre
GALANT. 117
ordre du Roy en Canada , où il
commanda ſon Regiment & les
autres Troupes de Sa Majesté
ſous Monfieur de Tracy. Il y
fit baſtir le Fort de Sainte Therefe
fur le Fleuve S.Laurens. Il
a eſté depuis Gouverneur de
Maſeik ; & la penfion de deux
mille écus dont il eſt gratifié par
le Roy,eft une preuve affez forte
de ſes ſervices . Monfieur de
Saliere ſon Fils l'accompagna
dans ce Voyage de Canada. Il
n'avoit encor que feize ans , &
apres en avoir employé deux à
fon retour à faire ſes Exercices,
il entra Volontaire dans les Gardes
du Corps ſous Monfieur le
Duc de Noailles. Un peu apres,
Sa Majesté luy donna l'Enfeigne
de la belle Compagnie
qu'elle mit en ce temps - là
fur pied , des Gardes Royales
de
118 MERCURE
de la Marine, compoſée de deux
cens Gentilhommes , pour fervir
fur l'une & fur l'autre Mer
fous Mr. de Caide. Cette Compagnie
ayant eſté caſſée , il fut
Lieutenant d'un Vaiſſeau , &
ſervit en ſuite dans la premiere
Compagnie des Mouſquetaires.
Enfin en 1676. il ſe trouva en
qualité d'Ingénieur ſous Mr. de
Vauban, aux Sieges d'Aire & du
Fort de Link ; en 1677. aux Sieges
de Valenciennes , de Cambray
, & de S. Guilain ; & en
1678. aux Sieges de Gand &
d'Ypres. Il a donné des marques
de ſa conduite&de fon courage
par tout , & les bleſſures qu'ila
reçeuës dans tous ces Sieges en
rendent un glorieux témoignage
pourluy.Il s'eſt diſtingué ſur tout
devant Ypres , où il traça le Logement
de la Droite , & rétablit
le
GALANT.
119
ledefordre de la Gauche. M" de
Tilladet & de Iauvelle qui le
connurent, en parlerent àM' de
Vauban avec éloges, & en firent
en ſuite un raport tres- avantageux
à Sa Majesté & à M le
Marquis de Louvois .Ce Miniſtre
eft fort content de luy , ainſi que
de pluſieurs Travaux qu'il luy a
faitfaire àConde. 11 eſt Chevalier
de S. Lazare, & un des Gentilshommes
de France le mieux
fait , & le plus en eſtime pour ſa
bravoure, fon honneſteté,& fon
adreffe. Il a beaucoup d'eſprit,
écrit fort juſte, & juge finement
des choſes. Le lieu de ſa naiſſance
eſt Milhau, Capitale du Haut
Roüergue. Cette Ville quoy que
petite, a l'avantage d'avoir fourny
au Roy ſeize Officiers qui
font actuellementdans le ſervice
& dont ily en a ſix Ingénieurs.
U
120 MERCURE
Il eſt difficile que vous n'ayez
entendu parler de Mr. Bigot de
Saint Pierre , ſieſtimé pour ſon
obligeante maniere de faire les
choſes . Madame la Princeſſe
d'Epinoy l'alla voir dernierement
dans ſa Belle Maiſon de
Pincourt , toute agreable par la
régularité de ſes Iardins . Elle y
rencontra pluſieurs Perſonnes
de qualité qui y reſterent à fouper
comme elle . Monfieur Bigot
donna ſesordres pour ce Repas
qui fut ſervy dans une grande
Salle bien éclairée , avec une
délicateſſe & une propreté dignes
de luy. Apeine commençoit
on à manger , qu'on entendit
dans un Sallon à coſté une Symphonie
de Violons, deHautbois,
& de Fluſtes douces , qui joüerent
pendant tout le Repas.
Ondefcendit en ſuite au Iardin
pour
GALANT . 121
pour s'y promener, & fi on avoit
eſté ſurpris du commencement
de cette Feſte , on ne le fut pas
moins de voir ce Iardin éclairé
d'un grand nombre de lumieres
miſes à toutes les croiſées de la
Maiſon; ce qui faiſoit une tresagreable
illuminationdas tout le
Parterre . Apres quelques tours
d'Allée, on s'aſſit ſur des Gradins
de gazon. On y cauſa , on y rit.
Quelques Perſonnesde la Compagnie
danſerent , & une partie
de la nuit ſe paſſa de cette forte,
pendant que les Inſtruments
joüoient par repriſes.
S'ils n'eſtoient employez dans
cette belle Maiſon que par la
joye,on s'en doit ſervir avat qu'il
foit peu pour marquer le ſenſible
déplaiſir qu'on a de la mort
de Madem. de Maiſons. Vous le
verrez par les Vers que je vous
Iuillet. F
1
122 MERCURE
envoye . C'eſt une eſpece de petit
Opéra lugubre qui ſe prépare.
L'Autheur qui ne ſe fait connoître
que ſous le nom du Solitaire
de Pontoiſe , l'intitule ,
MONUMENT
D'AMARANTE .
Le Theatre represente le Chasteau de
Maisons en éloignement , & un ſuperbe
Tombeau fur le bord de la Seine.
SIMPHONIE TRISTE .
DIALOGVE DE L'AMOVR
&de la Nymphede la Seine.
L'AMOUR pleurant ſur le Tombeau
d'Amarante .
AMarantern'est plus, & la Parque ,
Sans respecter son rang , son âge , &
Ses appas ,
Avoulu l'immoler. 4
LA NYMPHE.
Helas!
Ama
GALANT.
123
Amarante n'est plus. O funeste nouvelle!
L'AMOUR .
En vain j'ay prétendu préſerver cette
Belle
De l'extréme rigueur d'un injufte trépas,
Amarante n'est plus , & la Parque
cruelle ,
Sans reſpecterſon rang, son âge &ses
appas,
A voulu l'immoler .
LA NYMPHE ET L'AMOUR
enſemble.
Helas!
Amarante n'est plus , & la Parque
cruelle ,
Sans respecterfourang, son age, &fes
appas,
La soumise aux rigueurs d'un injuste
trépas.
LA NYMPHE.
Quand la Belle venoit reſver fur mon
rivage ,
Mille petits Amours laſuivoient pas à
pas;
L'unſe jestoit dans l'eau , l'autre àforce
de bras
Traverſoit le Fleuveà la nage.
Fij
124
MERCURE
L'un luy donnoit des fruits , l'autre apportoit
des fleurs ,
Tout cela charmoit Amarante.
Cesplaiſirs font paffez , cette Nympbe
obligeante
Ne demande plus que des pleurs.
2. SYMI HONIE PLVS TRISTE .
Mercure deſcend du Ciel , & s'eſtant
placé entre l'Amour & la Nymphe
de la Seine aupres du Tombeau
d'Amarante , il leur dit.
Ceffez, ceffez vos pleurs , vostre chere
Amarante
Partage les plaisirs des Dieux.
Ah! fi dans ce Tombeau ſon Corps frape
vos yeux ,
Son ame dans le Ciel vit heureuse &
contente.
L'ay placé cette Belle au rang des Immortels
,
Et viens graverſon nom au Temple de
Memoire ,
Nymphe , travaillez àſa gloire,
Amour dreſſez-luy des Autels.
L'A
GALANT. 125
L'AMOUR A LA NYMPHE.
Rendonsà son merite un éclatant hommage,
Faiſons qu'en cent Climats divers ,
La Renommée instruite par nos Vers ,
Parle d'elle avec avantage.
LA NYMPHE .
2
Que mon Rivage & les Echos ,
Pour charmer mes ennuis , & soulager
mes maux ,
Répetent tour à tour le beau nom d'Amarante
.
L'AMOV R.
Qu'Amarante en dépit de la rigueur du
Sort,
Trouve dans le ſein de laMort
La gloire la plus éclatante.
L'AMOUR , LA NYMPHE , &
MERCVRE enſemble .
QuAmaranthe en dépit de la rigueur
du Sort,
Trouve dans le ſeinde la Mort
La gloire la plus éclatante.
3. SYNPHONIE.
Fiij
126 MERCURE
Je croy , Madame, que vous
n'avez pas oublié ce que je vous
dis dans ma Lettre du Mois de
Mars , d'une dixiéme Muſe qui
ſe trouve au Parnaſſe de Sainte
Genevieſve. Il ne me fuffit
pas de vous avoir fait connoiſtre
cette admirable Perſonne
par elle-meſme , il faut que
vous la connoiffiez encor par un
Fils qu'elle a,& qu'on peut nommer
un prodige d'invention &
d'efprit. Il a fait une Montre qui
pafſſeroit pour un miracle de
l'Art , fi c'eſtoit par les regles
de l'Art qu'il l'euſt faite , mais il
n'a jamais appris les Mathématiques
,&il eſt venu à bout de
ce merveilleux Ouvrage par les
ſeules lumieres que luy a preftées
la Nature. Cette Montre
eſt ſinguliere en ce qu'ella va un
an entier ſans qu'on foit obligé
de
GALANT. 127
de la remonter , ce qui ſemble
eſtre un acheminement à trouver
le mouvement perpetuel.
Son Cadran eſt de figure ovale.
Ainſi l'Aiguille s'allonge & fe
racourcit à meſure qu'elle paſſe
aux endroits les plus éloignez ou
les plus proches de l'ovale en
marquant les Heures. Il n'y a
que ce ſeul Cadran de cette fabrique
dans toute l'Europe . Les
Mois de l'Année , les Jours de la
Semaine , les Signes du Zodiaque,
les Solſtices , les Equinoxes ,
&les Quartiers de la Lune , s'y
découvrent par des Globes , &
quoy que les machines qui font
jouer tous ces refforts qui ſe remontent
d'eux- meſmes , foient
en fort grand nombre , un pied
en quarré renferme le tout. Ce
qui s'appelle le Bufet dans cette
Montre,eſt enrichy de diversor
Fj
128 MERCURE
nemens de ſculpture , peinture,
émail & graveure ;de roües , de
baluſtres de cuivre & d'acier,
de poulies & d'autres pièces de
tour , forgées & travaillées par
la ſeule main de l'Autheur , qui
auroit pû employer huit differés
Artiſans , pour la ſtructure de
cet Ouvrage. Il le fait voir ſans
façon aux Curieux, qui le regardent
avec autant d'admiration
que de ſurpriſe.
L'aimable Blonde dont vous
me demandez des nouvelles,demeure
toûjours dans ſa fierté ordinaire.
Elle n'eſt ſenſible qu'aux
carreſſes de fon Perroquet , &
c'eſt ce qui a donné lieu à ces
Vers.Ils font d'un Homme qui
nemanque point d'accés au Parnaſſe.
Vousle connoiſtrez en les
lifant.
RE
GALANT. 129
REQVESTE
A L'AMOUR.
A
Mour,dont lesfaveurs sont toujours
Surprenantes ,
Etqui rends mille Amans heureux ;
O toy, qui te mets quand tu veux
Sous milleformes diferentes ,
Exauce ma priere ,
vaux.
Seconde mes
Du Perroquet d'Iris emprunte la figure.
Deviens le Perroquet d'Iris ,
Pour estre deſes Favoris ;
Tu ne lepeux , Amour, qu'en changeans
de figure.
Lors que tu feras Perroquet ,
Elle t'écoutera peut- estre ,
Et quand tu luy feras connoistre
Dans ton ingénieux caquet,
Les doux plaiſirs que in faisnaiftre,
Ton jargon dansſon coeur produira quel.
que effet.
Tu luy diras que la tendreſſe
Doit toujours ſuivre la beauté ,
Fv
130
MERCURE
Et qu'il n'estpoint de liberté
Qui vaille prix pour prix l'amoureuse
foibleffe.
Surtoutdépeins luy sa fierté
Comme un Monstre qui perd la riante
Ieunesse.
Toft on tard ilfaut faire un choix.
Que lay fert-ild'estre cruelle ?
C'est ce que tu ne peux luy dire trop de
fois,
Quandtu te verras aupres d'elle.
D'un amour Perroquet elle aimera la
voix.
Cependant,fi tupeux adoucircette Belle,
Entre tous les Bergers qui vivent ſousſes
loix,
Souviens-toyque je fuis, Amour, leplus
fidelle.
Quoy que les termes de Paix
où nous ſommes avec les Hollandois
& les Eſpagnols, ayent empéché
le Roy de continuer ſes
Conqueſtes dans les Païs-Bas,
je ne laiſſeray pas de vous dire
deux mots de Guerre ; mais
quand
GALANT. 131
quand je vous ferois un auſſi
grand détail de ce qui ſe paſſa
dernierement devant Mons,que
j'ay accoûtumé de vous le donner
des Actions extraordinaires,
vous n'apprendriez rien autre
choſe finon que la Garniſon de
cette Place eſtant toûjours fort
refferrée , & manquantde tout ,
elle voulut tenter un effort pour
favorifer l'entrée d'un Convoy.
On fit fortir pour cedeſſein jufqu'à
deux mille Hommes qui
furent rencontrez par Monfieur
le Comte de Montal & parMonfieur
le Baron de Quincy , tous
deux Lieutenans Generaux. Ils
n'avoient que cinq cens Hommes,&
cependant ils poufferent
les Ennemis juſques dans Mons .
L'Action eſt éclatante , mais je
n'y voy rien qui ne foit fort ordinaire
aux François. Un Soldat
Enne
132 MERCURE
Ennemy dit pour justifier ſes
Compagnons , que des Corps
ſans teſte manquoient toûjours
de vigueur , & qu'il eſtoit inutile
qu'on eut fait fortir beaucoup
de Soldats , puis qu'ils n'avoient
point de Chef. Parmy
ceux qui ſe ſont ſignalez dans ce
rencontre , je ne vous parleray
ny de Monfieur de Montal nyde
Monfieur de Quincy.Les Commandans
ont toûjours double
part dans les Actions heureuſes ,
puis qu'outre celle que leur bras
leur donne , ils font l'ame qui
fait mouvoir tout le corps,& que
ſans leur conduite & leur prudence
, il feroit ſouvent difficile
de reüffir , fur tout quand on a
beaucoup moins de forces que
les Ennemis. Monfieur le Comte
de Longueval qui commande
les Dragons Dauphins , Monfieur
GALANT.
133
fieur deChevilly qui en eſt Lieutenant
Colonel, & Monfieur de
Roux Ayde Major , ont fait des
merveilles;le premier a eſté bleffé
, & le dernier a eu la jambe
emportée. Il ſuffit de dire que
ce ſont les trois premiers Officiers
des Dragons Dauphins,
pour empêcher que les loüanges
qu'on leur donnera ne foient
ſuſpectes. Ils ont fait des choſes
ſi ſurprenantes par tout où ils
ont eſté , & particulierement à
la priſe du Fort des Vaches
devant S. Omer , qui fut une
Action incroyable , qu'on n'au-
1a pas de peine à eſtre perfuadéde
leur bravoure dans l'Occafion
donsje vous parle. Monfieur
de Pinſonnel qui commandoitles
Dragons de Sainfandoux
s'y eſt auſſi diſtingué. Monfieur
Hennequin Colonel de Cavale
rie,
134 MERCURE
rie , & Monfieur de Paillerez
Cornette dans Rouffillon , y ont
eſté tuez en ſe ſignalant. Monfieur
Fontet Colonel de Cavalerie,
& Monfieur le Chevalierde
Montmas Capitainedas les DragonsDauphins,
en ont été quites
pour quelques bleſſures . Monfieur
Greder Colonel Suiſſe y a
eu ſon Cheval tué ſous luy d'un
coup de Canon. Monfieur Defbonnets
pourſuivit les Ennemis
avec tant de chaleur,qu'il ſe méla
parmy eux. Il fut ſecondé de
Meſſieurs de Villeneuve & de
Meronde Aydes de Camp des
deux Commandans qui en tuerent
pluſieurs. Les Capitaines
qui ſe ſont le plus fignalez dans
cette eſcarmouche, font Meffire
de Greze , Delpas , & S.Serić.
Mais il ſuffit de vous avoir marqué
de combien les Forces des
Enne
A
GALANT.
135
Ennemis étoient ſuperieures aux
noſtres , pour vous faire concevoir
qu'on n'a pû fonger à faire
ferme devat eux, ſans avoir cette
inébralable intrepidité qui ne ſe
rencõtre que parmy les Fraçois.
Elle ne s'y rencontre pas moins
fur Mer que fur Terre. Monfieur
Dauzé Capitaine de Frégate du
Roy , & Garde-Cofte dans les
Mers de Bretagne , ayant eſté
attaqué il y a quelque temps par
deux Armateurs de Fleſſingue à
deux lieuës du Port Loüis , illes
reçeut avec toute la vigueur
poſſible , il eſſuya toute leur Artillerie
& le feu du Mouſquet.
Il eſt vray qu'on eut le malheur
de le voir emporté du ſecond
coup de Canon que les Frégates
des Ennemis tirerent,mais ils
ne profiterent pas de cette perte.
Mrde la Mote-Michel Lieu
tenant
136 MERCURE
tenant du Vaiſſeau du Roy , fit
tenir au Vent ſur eux,& ſe batit
pendant deux heures avec une
ardeur qui ne ſe peut concevoir.
Sa conduite fut admirée.S'eſtant
aperçeu que les deux Frégates
avoient deſſein de le prendre de
poupe en prouë, il fit mettre une
Piece de Canon dans ſa Chambre
fur le derriere de ſon Baftiment
, & la Mouſqueterie & le
Canon ainſi placé, incommoderent
fi fort l'Armateur qui le venoit
aborder par fon derriere,
qu'il fut obligé de ſe mettre au
large , &de renoncer à l'eſperance
de l'enlever. Les Frégates
revinrent à bord du Vaiſſeau
François , & il ne ſe fut pas plûtoſt
mis en devoir de ſe défendre
malgré ſes Mats fracaſſez
& ſes Voiles percées & déchirées
, qu'il vit diſparoiſtre les
deux
GALANT.
137
deux Armateurs.On a ſçeu qu'ils
avoient eu plus de dix ou douze
de leurs Gens mis hors de combat
, & en danger de mourir de
leurs bleffures . Mr.de la Mote-
Michel ne fit pas moins voir de
bravoure dans tout le cours de
cette Action , que d'experience
en ce qui regarde la Marine. La
Cour a eſté fort fatisfaite de luy.
La perte qu'on a faite en la perfonne
de Mr. Dauze eft confiderable.
Il avoit acquisbeaucoup
de reputation , & s'eſtoit rendu
redoutable par plus de dix ou
douze Capres qu'il avoit pris
& menez à Breſt en moins de
huitmois.
Mr. le Marquis de la Trouffe
Gouverneur d'Ypres , accompagné
de Monfieur de Vauban,
Directeur & Commiſſaire des
Fortifications de France , & de
Mon
138 MERCURE
Monfieur le Boiſtalde Chaſtignonville
, Intendant de Don-
Kerque & d Ypres , & Pere de
Mr. le Boiſtel , l'un des premiers
Commis de Mr. le Marquis de
Louvois , alla dernierement viſiterle
Fortdela Quenoque qu'on
baftit à la fourche du Canal de
Dixmude à Furnes , & de celuy
d'Ypres à ces deux Places.Comme
ils ſe mirent dans une Barque
pourobſerver la ſituationdu
Païs , il s'y fit une petite Feſte
que Mr. le Ducd'Elbeufhonora
de ſa preſence. Cette Barque
s'avançoit au ſon d'une bande
de Violons qui faifoient un tresagreable
accord avec les Hautbois
, Fluftes douces , & Muſetes
de Monfieur de Barbezieres
Coloneldes Dragons. Ils furent
au bruit du Canon reçeus
de la Place
2. & de celuy des
Galiotes
GALAN T.
139
Galiotes de Mr. Martin, par Mr.
duHanelGouverneur du Fort ,
ſuivy des Officiers de ſa Garnifon.
Apres qu'ils eurent viſité les
Travaux faits & à faire , dont la
conduite eſt entre les mains de
Mr. de la Halle fameux Ingénieur
, ils rentrerent dans leur
Barque où ils ſe mirent à table ,
n'y ayant point encor de liea
dans le Fortaffez propre pourles
faire joüir commodement de la
grande chere qui leur fut faite.
Elle fut aſſaiſonnée de tout ce
qui peut augmenter lajoye, & le
bruit en fut porté juſqu'à Nieuport&
Dixmude par cinquante
voléesde Canon. Cette derniere
Place n'en eſt éloignée que
d'unelieuë.
Il s'eſt donné une autre Feſte
aux environs de Paris , dont
je ne vous puis apprendre les
parti
140 MERCURE
particularitez , parce qu'elles ne
font pas venuës à ma connoifſance
; mais ſi voſtre curioſité
n'eſt point fatisfaite de ce coſté-
là, je croy que vous vous en
confolerez aiſément, parl'agreable
& fpirituelle nouveauté à laquelle
cette Feſte a donné lieu,
& que vous trouverez dans cette
Lettre .
A MADAME D.L. S.
ILneſuffitpas,
Lne ſuffit pas , Madame , de
vous rendre comptede mes actions
durant voſtre absence, ilfaut
que je vous aprenne jusqu'à mes
Songes. F'en eus un ily a quelques
jours affez particulier , & où je
croy que vous avezgrande part.
Vn de mes Amis m'avoit priéd'une
Fešte qu'il donnoit à trois ou
quatre belles Dames dans une
des
GALANT. 141
des plus agreables Maiſons qui
Soit autour de Paris.Je ne vous diray
rien de la galanterie de mon
Amy. Tout lemonde fut extrémement
Satisfait de luy. On eut tous
les plaisirs qu'on pouvoitſouhaiter
dans un lieu ou l'on ne manque
de rien. Mais il ne s'agit pas de
vous faire une Relation de cette
petite Feste. J'aurois peut- estre
bien de la peine à m'en acquiter.
Quoy quejefuſſe de tout , je ne vis
presque rien.
De voſtre aimable & chere idée
Mon ame toûjours poſledée ,
Parmy les plaiſirs les plus doux,
Ne vit & n'entretint que vous.
LYON
La Compagnie ne futpas plûtoft
arrivée dans le lieu où elle estoit
attenduë, qu'il me prit envie de
voir le Iardin. Ie remarquay au
bout d'une grande Allée de Charmes
142
MERCURE
mes qui regne le long d'un beau
Parterre , une espece de Labirinthe.
I'y allay . La beauté & lafraîcheur
du Lieu oùje pense qu'on n'a
jamais veu le Soleil , m'obligerent
de m'y affeoir. Ily avoit de petits
Lits de gazon lesplus commodes du
monde.Ie nefuspasplûtôtſurun de
ces Lits ,
Qu'une amoureuſe reſverie
Rempliffantmon Eſprit des plaiſirs innocens
Qui faifoient autrefois le bonheur de
ma vie ,
Me ravit l'uſage des ſens.
Mon corps tout à coup immobile,
Etmes yeux fur la terre attachez ſans
la voir ,
Faifoient affez juger qu'au dedans peu
tranquille ,
Mon coeur ſur ſes tranſports n'avoit
plus de pouvoir.
Un Sommeil fort inquiet fuc
ceda
GALANT .
143
ceda à cette profonde reſverie,
& un Songe mistérieux occupamon
efprit tandis queje dormois.
Je vis ce jeune Enfant que ie tiens à
mes gages,
Et qui,tantque pour vous ie n'ay point
foûpiré,
Me ſervoit de Guide afſuré
En cent lieux differens où l'offrois mes
hommages.
Cet Enfant est un de ces petits
Amours que le Dieu Cupidon
envoye aupres de ces Hommes
tendres , qui ſemblent n'estre
faits que pouraimer, quifont profeſſion
de n'estrejamaisfans quelque
affaire amoureuse , & quifacrifient
toutes choses à l'Amour.
Ce Dieu pour reconnoiſtre leur
attachement à ſon ſervice , leur
donneun Amour deſa ſuite qui a
ſoin de conduire toutes leurs intrigues,
144
MERCURE
!
trigues , en euffent- ils quatre tout
àlafois . Ily a déja quelque temps
que celuy dont je viens de vous
parler est à mon service. Ie fuis
fort content & je
croy qu'il ne se plaint point de
moy.
de luy د
Si mille petits ſoins me témoignent
fon zele,
Mille feux dans mon coeur allumez
tour à tour
N'ont que trop fait voir qu'à l'Amour
Je n'ay iamais eſté rebelle .
Il me vient voir ſouvent ; nous nous
parlons tous deux ,
Mais c'eſt toûiours avec miſtere .
Il ditqu'aux deſſeins amoureux,
Trop d'éclat eft contraire.
Il ne ſe montre auſſi qu'à moy ſeul
&la nuit,
Ou bien quand dans un Bois loin du
monde&du bruit,
Le ſommeil à mes yeux dérobant la
lumiere
Mobli
GALANT .
145
-
M'oblige à fermer la paupiere.
Alors paroillant ſans effroy .
Il parle & s'explique avec moy.
Ne vous étonnezpoint , Madame
, des frequentes apparitions de
cet Amour. Il n'est pas nouveau
que les Hommes trouvent moyen de
faire connoiſſance avec les Dieux.
Il nefaut pour cela qu'avoir quelque
habitude au Parnaſſe , on noüe
comerce avec eux enmoins de rien .
Les Divinitez des Fables
S'apprivoiſent aiſément;
Mais quoy qu'elles ſoient traitables,
On ne les voitqu'en dormant.
Ie ne vous sçaurois dire bien préciſement
les discours que me tint
mon petit Confident , pendant que
j'étoisſur legazon. Ie mesouviens
Seulement que je me mis en colere
cotre luy,& que je le grondayfort.
C'est un petit libertin il a toûjours
aimé le changement,& come j'ap-
Juillet . G
146 MERCURE
prouvois ſon libertinage avant que
jevous euſſe donnémon coeur,il s'imagina
peut- étre que j'étois toûjours
dans les mêmes sentimens &
crût que le meilleur conſeil qu'ilme
pût offrir dans l'accablement où il
me voyoit pour l'amour de vous,
étoit d'efſſayer à me guerir de ma
paffion,& de tâcher à vous oublier
en m'attachant à quelque autre
Belle.C'est aßurément ce qui m'irritafi
fort,mais jen'ay de tout cela
qu'une idée fort confuse. Ce que je
Sçay bien certainement, c'est que,
Le pauvre enfant honteux &dans
l'effroy
D'eſtre banny d'aupres de moy,
Par un torrent de larmes
Me faiſoit voir ſes peines & ſes allarmes;
Lorsqu'une Dame que je pris pour
vint vous , s'aſſeoir entre luy&
moy. Elle estoit d'une taille médiocre
GALANT . 147
5
diocre , mais aisée & tout àfait
proportionnée. Elle avoit des cheveux
d'un blond cendré le plus
beau qu'onse puiſſe imaginer; les
yeux bleus, doux, fins , & brillans,
quoy qu'ils ne fuſſent pas des plus
grands ; le tour du visage ovale; le
tein vif & uny ; la peau d'une
blancheur à ébloüir ; les plus belles
mains & la plus belle gorge du
monde ; joignez à cela un certain
air touchant de douceur & d'cnjoüement
répandufur toutefa Per-
Sonne. Ie remarquay mesme dans
ce qu'elle dit & dans tout ce
qu'elle fit , ce tour aisé , ce cara-
Etere d'esprit ſans embarras , cette
humeur bonne & honneste , &
ces manieres obligeantes qui font
fi,fort de vous , qu'il feroit dif-
* ficile aux autres de les imiter.
Enfin tout autre
que moy ,
moins remply de vostre idée en
Gij
148 MERCURE
voyant ce que je vis , n'eust pas
laiffé de dire , c'est Madame,
D. L. S.
D'abord aupres de moy vous prêtes
voſtre place ,
Etmon petit Amour pour fléchir mon
couroux
Vint ſe jetter à vos genoux,
Seur par vous d'obtenir fa grace.
Senfible à ſes ſoûpirs vous les reçeuftes
bien ,
Vous luy fiſtes quelques careſſes.
Je ne fus point de tout voſtre entretien,
Mais il vous dit pour moy mille & mille
tendreſſes.
Enfin je me laiſſay toucher,
Et ne pûs contre luy plus longtemps
me fâcher.
Je luy pardonnay donc , & ce fut pour
vous plaire.
Quoy que le Ciel m'ait faitun eſprit
affez doux,
S'il ſe fuſt appuyé d'un autre que de
vous ,
Il n'auroit pas ſi toſt appaiſé ma colere.
Apres cela devenu familier
Ce petit Dieu dont l'humeur enfantine
Eft
GALANT.
149
Eſt toûjours folaſtre & badine,
S'affit fur vos genoux sãs ſe faire prier.
Il vous baiſa, vous le laiſſates faire,
Et toutcela n'eſtoit pas ſans miſtere.
Enfin ayant longtemps admiré vos appas
,
Il s'endormit entre vos bras.
Pourmoy j'estois tout furpris de
la bonté qui vous faisoit luy permettre
ces petites libertez là,mais
vous aviez vos raiſons. Vous ne le
vistes pas plûtoft endormy que
vous eustes la malice de luy arracher
toutes les plumes de fes aifles.
Ie vous regarday faire , & n'eus
pas la force de vous en empécher.
Lepauvre petit Amour ne s'éveil.
laque lors qu'il fut entierement
déplumé. Sa ſurpriſe & Sa douleur
furentsans égales.
Ainſi donc , me dit-il , je ne puis plus
voler ,
Ainſi cette Beauté qui me laiſſe ſans
aifles.
Gij 11
150 MERCURE
Des peines les plus cruelles
N'aura qu'à nous accabler.
Nousgemirons tous deux dansunlong
eſclavage
Sans pouvoirde ſes mains enlever voſtre
coeur ,
Si joignant contre nous l'injuſtice à
l'outrage
Elle nous traite un jour avec trop de
rigueur.
Ie voyois auſſi bien que luy les
Suites dangereuses de la malice
que vous veniez de luy faire ,
mais il n'estoit pas en mon pouvoir
de m'en fächer , & luy mesme,
tout irrité qu'il estoit , ne laiſſa
pas de recevoir avec plaisir quelques
petites coreſſes que vous luy
fiftes pourle confoler. Il ne faut
rien pour appaiser les Enfans ,
& en un moment on les fait pasfer
de l'extréme triſteſſe à l'extréme
joye. C'est ce qui arriva
à mon petit Amour. Quelques
bijoux
GALANT.
bijoux dont vous l'amuſaſtes diffiperent
fon chagrin , & luy firent
oublier fa disgrace.
Le bruit que firent pour lors
deux de mes Amis qui me cherchoient
, m'éveilla , & fit à
mon grand regret diſparoiſtre la
Dame & l'Amour. Il est inutile
, Madame de vous expliquer
ce Songe qui est trop
furvy pournesignifier rien. Vous
voyez bien qu'il veut dire que
la paſſion que j'ay pour vous
m'a query de toutes mes inconftances
, & que vous m'avez ſt
bien pris que j'en ay pour le reste
demavie.
Je voudrois n'avoir jamais à
vous parler que de femblables
Galanteries ; mais comme la vie
eſt toûjours meſlée d'amertume
, les matieres lugubres ne
Gij
152
MERCURE
fuccedent que trop toſt aux
agreables. M de Bethune, Duc
d'Orval , Premier Ecuyer de la
feuë Reyne Mere , eſt mort au
commencement de ce mois ,âgé
de 80. ans . Il eſtoit Chevalier
des Ordres du Roy, Lieutenant
General dans ſes Armées , & de
la Province de Chartres & Pays
Chartrain . Il avoit épousé en
premieres Nopces une Fille de
Monfieur le Mareſchal de la
Force . Elle estoit Soeur de feuë
Madame de Turenne .Sa feconde
Femme qui vit encor,eſt Fille
de Monfieur le Marquis de
Palaiſeau , Chevalier des Ordres
du Roy.Monfieur le Marquisde
Bethune & Monfieur le Vicomte
de Meaux ſont du premier
Lit. L'un & l'autre eſt marié.
Monfieur l'Abbé & Monfieur le
Chevalier d'Orval font du fecond.
GALANT.
153
LUX
la
au
e
er
nt
de
ys
He
ë
1
cond. Ils ont tous deux beaucoup
de merite , & on ne doute
point qu'ils ne ſoûtiennent tous
la gloire de leur naiſſance.Monſieur
le Duc d'Orval ſçavoit
parfaitement bien l'Hiſtoire. Il
défendit Montauban avec le
Marefchaldela Force fon Beaupere
, eftant encor de la Religion
Pretenduë Reformée. La
feuë Reyne Mere l'envoya en
Eſpagne , où il parut avec un
train magnifique. Cette Famille
eſt tres - Illuftre. Meſſieurs,
de Sainte Marthe diſent qu'elle
tire ſon origine de Robert
III . ditde Bethune, Comte
de Flandres
J
e
s
e qui épouſa
-
er
Blanche de Sicile , Niéce du
Roy Saint Loüis. Je ne vous
1
e.
e
e
nomme point tous les Predecefſeurs
de Maximilian , Pere de
Monfieur le Duc d'Orval. II
Gv
154
MERCURE
estoit Ducde Sully, Pair &Mareſchal
de France , Sur-Intendant
des Finances, Grand-Maiſtre
de l'Artillerie , Prince d'Enrichemont
, Marquis de Roſny,
Seigneur de Nogent le Rotrou,
Premier Miniſtre & Favory de
Henry IV. Il avoit une tresgrande
experience dans les Affaires
, & fervit ſon Maiſtre fort
utilement , & avec beaucoup
de fermeté. Il eut trois Fils
d'Anne de Courtenay ſa Femme
, qui ont fait trois Branches.
Ce ſont celles de Sully, d'Orval,
& de Bethune-Charoſt. Je ne
vous pourrois nommer toutes
les Familles auſquelles ces trois
Branches font alliées , fans faireun
Catalogue de la plus grande
partie des plus Illuſtres Maifons
de France. Madamel'Abbeffede
S.Pierre de Rheims, Fille
GALANT.
155
4
4
5
-
-
-
le aînée de Monfieur le Duc
• d'Orval , a reçen dans cette funeſte
occafion des marques de l'eſtime
de tout ce qu'ily a de Perſonnes
qui tiennent quelque rag
dans la Province.Elle a fait faire
un Service folemnel dans fon
Eglife , où toute la Ville de
Rheims s'eſt trouvée dans un
grand ordre . La magnificence
qu'on y a veuë,n'a pas empéché
qu'on n'ait remarqué la modeftie
que cette pieuſe Abbeffe fait paroiſtre
dans toutes fes actions .
Son Abbaye qui eſt de Fondation
Royale , eſt un des plus anciens&
des plus beaux Monafteres
de France,tant pour la sõptuoſité
de ſes Bastimens ; que
pour le grand nombre deReligieuſes
qui font preſque toutes
Filles de qualité& de merite. Il
yavingt-cinq ans qu'elle gou
L
verne
156. MERCURE
verne cette Maiſon avec autant
de prudence que de douceur;&
comme il y a des Chanoinies,
des Chapelles & quelques Parroiſſes
des plus conſidérables
de Rheims qui font à ſa Nomination,
tous ces petits Corps ont
voulu marquer à l'envy leur zele
pour la memoire de Monfieur
leDuc d'Orval , en forte qu'une
Semaine entiere s'eſt paffée à
Rheims en pompes funebres.
Celle qui accompagna il y a
quelques jours la Benedictionde
Madame l'Abbeſſe de Farmontier
, ne fut pas de cette nature.
Ie vous ay parlé d'elle dans
ma Lettre du Mois de Novembre
, qui vous fit connoiſtre
qu'elle eſt de la Maiſon d'Uxelles
, & Bellefoeur de Monfieur
le Comte de Beringhen. La Ceremonie
ſe fit dans l'Egliſe des
Peres
GALANT.
157
t
5
Peres Feüillas où l'on avoit drefſé
quelques Echafauts pour la
commodité de l'Aſſemblée qui
ne pouvoit manquer d'eſtre fort
nombreuſe . Cette précaution
ne ſe trouva pas inutile. Le
dehors du Baluſtre eſtoit tout
remply de Gens de la premiere
Qualité , Parens & autres. On
avoit refervé le dedans pour les
Eveſques , & pour ceux de la
Cerémonie,qui fut tres- celebre .
Mr. l'Archeveſque de Rheims
officia avec la pompe ordinaire
à ce grand Prelat. L'air majeſtueux
de fa Perſonne , la richeſſe
de ſes ornemens , & une
excellente Muſique compoſée
de ſymphonie & de voix , attiroient
tour à tour & les yeux &
l'attétion de l'Aſſemblée . Apres
la Benediction , Monfieur l'Archeveſque
de Rheims fit affeoir
Ma

158 MERCURE
Madamel'Abbeſſe dans un Fauteüil
aupres de l'Autel.Elle y fut
ſalüée par ſes deux Afſiſtantes,
qui estoient Madame de S. Antoine
& Madame de Hieres , &
enſuite par Meſdames de Berin..
ghen. Leurs Reverences furent
graves , & ce qu'elles avoient
de concerté eſtoit digne &de la
Majesté du lieu& de l'occafion
qui les faifoit faire. Au fortir de
l'Eglife , on vint chez Monfieur
de Beringhen, où l'on trouvaun
magnifique Repas fervy avec
une abondance & une délica
teſſe quifurpaſſent toute laprofufion
des autres Tables. Mef
ſieurs les Archeveſques de
Rheims & de Bourge, &Meffieurs
les Eveſques d'Orleans,
d'Angouleſme , de Meaux , de
Montauban , de Marseille, de la
Rochelle &d'Autun,en étoient.
ainfi
GALANT.
159
ainſi que M. l'Abbeſſe de Hieres
avec les Dames de ſa Maifon
qui l'avoient accompagnée.
Madame de Saint Antoine ne s'y
trouva point. On n'eut pas lieu
d'en eſtre ſurpris , puis qu'elle
ne mange jamais hors de chez
elle.
En vous parlant de la derniere
bravoure de Mr.le Comte
du Montal , & de Monfieur le
Baron de Quincy , que je vous
ay dit eſtre Lieutenans Generaux,
j'ay oublié de vous avertir
que c'eſtoit depuis peu que le
Roy leur avoit donné cette qualité.
Je ſuis aſſuré que vous ne demanderez
point par où ils l'ont
meritée, étant auſſi inſtruite que
vous l'eſtes de leur valeur &de
l'expérience conſommée qu'ils
ont tous deux dans la guerre.
Monfieur le Comte du Montal
160 MERCURE
tal en a appris le meſtier ſous
Monfieur le Prince. Ce font de
ſeûres leçons , &on n'en peut
prendre beaucoup fans devenir
un grand Capitaine.Pour Mr.de
Quincy , il ſervoit les Ennemis,
& tout fon Bien s'eſtant trouvé
dans l'étenduë des Païs conquis
par le Roy, il fouffrit cette perte
patiemment , ſans qu'elle alteraſt
le deſir qu'il avoit de facrifier
ſon ſang & fa vie pour
celuy qui ceſſoit d'eſtre ſon
Prince , puis que fon Bien n'eftoit
plus ſous ſa domination,
mais comme il ne pouvoit plus
fournir à entretenir ſon Regiment,
& qu'ayant demandé une
Penfion , on n'eut aucun ſoin de
luy faire rien toucher, il fut contraint
de prendre le party de
France, & connut bientoſt que
le veritable merite y est ré-
T compenfé
GALANT. 161
compensé en peu de temps. Le
Roy luy a rendu tous ſes Biens.
l'a fait Mareſchal de Camp,
Grand Bailly de Valenciennes,
&enfin LieutenantGeneral.De
fi favorables commencemens ne
peuvent promettre que des fuites
tres- glorieuſes. Si on avoit
par tout cette mefine reconnoiſſance
pour les ſervices , ou
plutoſt ſi tous les Princes refſembloient
à Louis LE GRAND,
peut - eſtre voit-on plus de
Braves qu'on en verroit ailleurs .
Encor un Air nouveau , & je
paſſe à un Article qui fait l'entretien
de tout Paris. Les Vers
d'une petite Piece que je vous
envoyay il y a quelque temps,
ont tellement plû a Mr. l'Abbé
Broſſard , qu'il ena misle premier
Quatrain enAir.
AIR
162 MERCURE
V
AIR NOUVEAU.
Ous demandez
vous évite ?
, Iris pourquoy je
Ceffez de vous en étonner ,
Vous avez des appas , & mon coeur va
trop viſte
Quand il s'agit de ſe donner.
Ces autres Paroles m'ont eſté
envoyées de Montpellier avec
les Notes . Vous les trouverezen
fuite de celles qui vous aprendront
l'Air du Quatrain.
P
AIR NOUVEAU.
Our boire avec plus de plaiſir
Cette liqueurqui nous enchante,
Melons-y le doux ſouvenir
Dequelque amourette naiſſante.
Que ce mélange heureux fait paſſer de
beaux jours.
Amans Beuveurs, vous pouvezbienm'en
croire ,
Si
GALANT.
163
Si vous trouvezſi doux , vous d'aimer ,
vous de boire ,
Quelplaisir n'est ce point de boire àſes
amours!
Vous avez veu dans quelqu'une
de mes Lettres pluſieurs
Articles du Teftament de Madame
Du Puis , celebre Joüeuſe
de Harpe . Ce Teſtament a fait
grand bruit depuis peu. Ona
plaide pour le faire caffer;&M"
Maurice , Vautier & de Feriere,
fameux Avocats , ont fait paroiſtre
leur eſprit , le premier en le
defendant , & les deux autresen
l'attaquant. La Penſion que la
Defunte laiſſe à fon Chat , &les
Viſites qu'elle ordonne qu'on luy
rende toutes les Semaines , ont
eſté les endroits contre lefquels
on s'eſt le plus récrié. Ces
Articles n'auroient rien cu
d'ex
164 MERCURE
d'extraordinaire en Turquie',
où l'on a étably des Hoſpitaux,
&mefme une Rotifſferie pour les
Chats. Baudier dans ſon Livre
de la Religion des Turcs , rapporte
qu'un particulier ayant
acheté à cette Rotiſſerie des
Chats dequoy régaler ceux de
l'Hoſpital , le Directeur qui regardoit
comme un grand avantage
celuy de leur diftribuer leur
portion , voulut jouïr feul de cet.
honneur. Le charitable Turc
prétendit que c'eſtoit à luy à fervir
les Chats , puis qu'ils devoient
manger ce jour-là à ſes
deſpens. il y eut debat , & l'affaire
ayant eſté difcutée en préfence
du Grand Seigneur , il ordonna
que les Directeurs des
Hoſpitaux diſtribuëroient ce
qu'on apporteroit à manger aux
Chats,àla referve d'unjour qu'il
marqua
GALANT . 165
marqua dans chaque Semaine,
auquel jour il ſeroit permis aux
Particuliers de diſtribuer euxmêmes
leurs charitez . Il ſe trouve
des Animaux qui rendent de
figrands ſervices à leurs maîtres,
qu'ils ne font pas indignes de récompenſe.
J'ay leû dans une Hiſtoire
d'Angleterre, qu'un nommé
Lotainton devint par fon
Chat un des plus riches Hommes
de fon Siecle. Il voyoit charger
un jour des marchandiſes à
Londres ,&quelqu'un luy ayant
demandé s'il ne vouloit rienmettre
ſur le Vaiſſeau pour trafiquer
comme les autres Marchands, il
répondit qu'il n'avoit rien à donner
, fi on ne vouloit recevoir ſon
Chat. On le reçeut. Il s'embarqua,&
ce fut avec tant de bonheur,
qu'on defcendit chez un
Roy qui depuis quelque temps
eſtoit
166 MERCURE
eſtoit accablé de Rats , fans qu'il
pût trouver moyen de s'en délivrer.
On luy propoſa le Chat de
l'Anglois.Il fut amené,& ce Chat
fit une fi cruelle guerre à cesAnimaux
qu'il en purgea le Palais du
Roy.Lotainton en fut recompenſé
par de grands tréſors qu'il luy
donna ,& qui le mirent en eſtat
d'eſtre fait Maire de Londres.
Si le hazard fut cauſe que ce
Chat fit la fortune de ſon Maiſtre
on a veu d'autres Animaux
mériter d'eſtre aimez des
leurs , par leur fidelité , par l'amitié
qu'ils ont euë pour eux,&
par les ſervices qu'ils leur ont
rendus . Mr. Maurice rapporta
dans ſon Plaidoyer l'exemple
d'un Lyon qui avoit tat d'amour
pour un Maiſtre Turc , qu'apres
ſa mort il en fit voir un chagrin
,
qui ne ceſſa point. La choſe fut
ſçeuë
GALANT. 167.
ſçeuë du Grand Seigneur , qui
ordonna la paye d'un Janiſſaire
au Lyon ; & quand ce Lyon
fut mort , lesJaniſſaires l'enterrerent
, comme ayant eſté leur
Camarade . Tout cela n approche
point de ce que je vous
vay dire. Quand les Eſpagnols
conquirent les Indes , ils avoient
dans leur Armée un Chien
nommé Leoncille. Ce Chien
avoit appris à connoiſtre les Indiens
, & il les haïfſoit fi mortellement
, qu'il n'y avoit plus
de vie pour tous ceux qu'il attaquoit.
Le carnage qu'il en fit,
luy valut une double paye de
Cavalier , avec double part au
butin , & aux tréſors des Roys
Indiens qu'on partageoit.Apparemmet
cette double paye tournoit
à l'avantage du Maiſtre du
Chien. Caligula fit encor plus,
4 puis
168 MERCURE
puis qu'il alla juſqu'à faire ſon
Cheval Conful.Il n'y a rien fansdoute
qui ſoit plus extravagant;
mais les Animaux n'ayant befoin
que de nourriture,peut- être
n'y a - t- il pas tant de folie qu'on
le croit , à en laiſſer à ceux dont
on a reçeu quelques ſervices.
Cependant le Chat n'a pas laifſé
de perdre ſa Cauſe.
Monfieur le Comte des Motes,
fils deMonfieur le Comtede
Cliffon,a pris poffeffion à la Rochelle
de la Charge de Grand
Senéchal. Le Roy perfuadé de
ſes belles qualiţez ,n'a pointdouté
qu'il ne fuſt tres-capable de
la remplir. Le choix que Sa Majeſté
a fait de fa Perſonne pour
exercer cette Charge,a eſté ſuivy
d'un applaudiffement general.
Son mérite ne contribuë pas
moins que ſa naiſſance à l'eſtime
qu'on
GALAN T. 169
qu'on a pour luy. Il eſt petit -Fils
de feu Monfieurle Préſident de
- Leſcalles , dont la memoire eft
en fi bonne odeur & à la Rochelle,&
dans toute la Province .
Madame la Comteſſe de Cliffon ,
Mere de Monfieur des Motes,&
Madame de Guain,ſi univerſellement
regretée depuis deux
ans , eſtoient Filles de ce Préfident.
:
-
On ne ſçauroit parler de regrets,
ſans fonger à la perte qu'on
a faitede Monfieur le Mareſchal
Duc de Gramont. Il eſt mort à
Bayonne, lieu de fon Gouvernement,
âgé de 74. ans. Son extréme
paſſion pour le ſervice du
Roylayantobligé de s'y rendre,
il y ſentit quelque attaquede la
Pierre, & les douleurs en furent
-fi violentes,qu'il ſe reſolut à ſoufrir
la fonde. Elle luy cauſa une
Iuillet . H
170 MERCURE
inflamation qui fut ſuivie de la
gangrene , dont il mourut le 1 2 .
de ce mois. Sans la précipitation
de cette fonde,il y eut eu grande
eſpérance de le ſauver , puis
qu'on avoit fait prendrela Poſte
à Monfieur Collot , dont tant
d'heureuſes épreuves ont fait
cõnoiſtre l'adreſſe particuliere à
tailler. Il y en a deux qui portent
ce nom. Celuy dontje parle s'appelleHyerofme
Collot. Il reçeut
la nouvelle de la mort de Monſieur
le Mareſchal en entrant
dans le Poitou.Elle a cauſe beaucoup
de chagrin au Roy,qui l'avoit
toûjours honoré & de fa
bienveillance & de ſon eſtime.
Ses qualitez eſtoient, Duc de Gramont,
Pair & Marefchal de France,
Chevalierdes Ordres, Comte de
Guiche &de Louvigny , Souverain
de Bidache , Gouverneur & Lieu
tenant
GALANT .
171
tenant General poursa Majesté
en ſes Royaume de Navarre &
Païs de Bearn , des Ville & Châ
teau de Bayonne & Païs adjacens,
Ministre d'Etat. Je ne vous
dis rien de ſa naiſſance. Perſonne
n'ignore qu'il eſtoit d'une des
plus Illuſtres Maiſons du Royaume.
Il eſt aiſe de le voir par la
Genealogie qu'en a faite Monſieur
du Bouchet. Il nâquit avec
tant d'eſprit & de mémoire, qu'à
l'âge de quinze ans il ſçavoit la
plus grande partie des Langues
de l'Europe. Il ſervit d'abord en
Flandre & en Italie ,& rien n'eſt
fi connu que le Siege de cette
Place dans laquelle il ſe jetta luy
trentiéme, & qu'il défendit avec
la plus ſurprenante vigueur.Depuis
ce temps- là , il n'a perdu
aucune occafion de ſe rendre
recommandable dans les Ar-
Hij
172
MERCURE
mées par ſa bravoure. Il en a
donné des marques qui ne laifſeront
jamais perir ſa mémoire.
Son eſprit, qu'il avoit aiſé, vif, &
penetrat, l'a rendu toûjours tresconſidérable
à la Cour,où il a eu
l'avantage de n'avoir jamaiseſté
ſuſpect, quelque commerce qu'il
ait entretenu avec les Gens du
Party contraire,pendant les téps
difficiles. Sa bonne - foy eſtoit
connuë , & on a toûjours eſté
convaincu , que l'amitié qu'il
pouvoit leur avoir promiſe , ne
préjudicieroit point àſondevoir.
Son intelligence dans les Affaires,
& fa magnificence naturelle,
le firent choiſir pour eftre envoyé
Ambaſſadeur Extraordinaire
à Francfort,où la Diete
eſtoit convoquée pourl'élection
d'unEmpereur.Sa Majesté jetta
en ſuite les yeux ſur luy pour le
Voyage
GALANT.
173
Voyaged'Eſpagne,où il alla faire
la Demande de la Reyne à
Philippe I V. Il ſoûtint l'honneur
de cet Employ d'une maniere
qui fit voir qu'il n'eſtoit pas indigne
de la confiace de ſon Maître.
Je finis , pour ne pas repéter
ce que je vous en ay déja dit
dans l'une de mes Lettres , en
vous apprenant la mort de Madame
de Monaco. Je ne vous
marque point les temps où il a
eſté fait Mareſchal de France
, Chevalier de l'Ordre , &
Duc& Pair. Ce ſont des hon-'
neurs toûjours infaillibles à ceux
qui joignent à une haute Naifſance
autant de mérite qu'il en
avoit. J'adjoûteray ſeulement
icy que le grand Cardinal de
Richelieu qui connoifſoit parfaitement
bien les Hommes extraordinaires
, eut tant de con
Hüj
174 MERCURE
fidération pour luy , qu'il préfera
fon Alliance à celle de plufieurs
Princes & grands Seigneursde
la Cour , en luy faiſant
épouſer Mademoiſelle du
Pleſſis -Chivray ſa Coufine. Elle
eſtoit ſa Niece à la mode de
Bretagne , & n'a pas eſté moins
admirée en France pour ſa vertu
que pour ſa beauté. Il en a
eu quatre Enfans , qui font feu
Monfieur le Comtede Guiche,
dont l'eſprit & la valeur ont eſté
affez connuës , & qui eſt mort
en Allemagne des fatigues qu'il
y a euës ; Madame la Princeſſe
de Monaco , morte depuis fix
ſemaines ; Madame la Marquiſe
de Ravetot ; & Monfieur le
Comte de Louvigny Duc& Pair
de France , & fon unique Heritier.
Vous ſçavez ſans - doute
que l'Illuftre Mareſchal dont je
yous
GALANT . 175
vous parle , eſtoit du premier
Mariage de Monfieur le Comte
de Gramont ſon Pere , qui avoit
épousé la Fille aifnée de Monficurle
Marefchal de Roquelaure
, & qui epouſa en ſecondes
Nopces Mademoiselle de Montmorency
- Bouteville. C'eſt de
ce ſecond Mariage que font fortis
Monfieur le Comte de Toilongeon
, Monfieur le Comte de
Gramont,&Meſdames les Marquiſes
de S.Chamond , de Feuquieres,
& de Lons . Il y a eu un
Cardinal de Gramont , & un Archeveſque
de Bordeaux de cetteFamille
.
Monfieur Eſprit,Frere du PremierMedecin
de Monfieur , &
de l'Abbé qui porte ce nom,
vient de laiſſer une place vacate
eſt dans l'Académie Françoiſe.Il
mort à Beziers, où il s'eſtoit reti
Hij
176 MERCURE
ré depuis fortlong-temps. Quoy
qu'il euſt un fort grand mérite,
la France abonde ſi fort aujourd'huy
en beaux Eſprits , que
l'embarras de ceux qui compoſent
cet Illuſtre Corps , ne
fera pas à luy trouver un Succeffeur
capable de remplir fa
place ; mais à choiſir le plus digne
de ceux qui ont quelque
droit de l'efperer ; car vous ſçavez
, Madame , que la brigue
n'y peut rien , & qu'il n'y a que
le ſeul mérite conſideré dans
l'élection qui s'en fait par le
Scrutinle plus rigoureux .
Nous avons auſſi perdu un
Medecin auſſi ancien que famaux.
C'eſt Monfieur de Lorme,
qui avoit toûjours fait ce qui a
paffé en Proverbe à l'égard des
Medecins, à qui on ne manque
jamais de dire qu'ils ayent à ſe
guérir
GALANT. 177
guérir eux- meſmes. Il avoit mis
en vogue une Tifane appellée
- Boüillon- rouge, dont mille Gens
ſe font bien trouvez. Les grandes
ſommes qu'il a employées
pour faire des experiences , font
des marques du plaifir qu'il ſe
faiſoit de n'ignorer rien dans
fon Art. Il eſt mort à l'Hoſtel
de Monfieur le Mareſchal de
Crequy où il demeuroit; apres
avoir veſcu plus de cent ans.
Il avoit encor l'eſprit vif , &
j'ay veu des Vers de luy fort
bien tournez , qu'on m'a aſſeuré
qu'il avoit fait depuis quinze
jours-
J'acheve ce lugubre Article
par une autre mort qui vient de
faire verſer bien des larmes..
C'eſt celle de Monfieur Marlin,
qui avoit eſté Curé de S.Euſtache
apres fon Oncle. Il eſtoir.
Hv
178 MERCURE
د
Docteur de la Maiſon de Navarre
, & ſes vertus folides luy
avoient tellement gagné le coeur
de tous ſes Paroiffiens , qu'il n'y
en avoit aucun de quelque
qualité qu'il fuſt , qui n'euſt une
amitié particuliere pour luy. 11
la méritoit & par les qualitez de
ſa perfonne , & par cette loüable
charité qui luy a fait cent
fois employer aux beſoins des
autres , ce que ſes propres neceffitez
ſembloient vouloir qu'il
ſe reſervaſt. Ainfi on peut dire
qu'il n'eſtoit à luy meſme
qu'autant que le demandoit
l'obligation de ſe conſerver pour
ceux dont Dieu luy avoit commis
le gouvernement. On a
veu pendant ſa maladie la tendreſſe
de ſes Paroiffiens
, par
l'empreſſement qu'ils ont eu à
chercher des Remedes pour
le
GALAN T. 179
le guérir. Un Bourgeois en
ayant eſté demander pour fa
Femme à ces fameux Capucins
qui ſont au Louvre , & apprenant
l'extremité où eſtoit réduit
fon Paſteur , les luy porta auffitoſt
. L'effet en fut extraordinaire
. Ils le firent revenir d'un
aſſoupiſſement dont on n'attendoitque
la mort. Cette efpecede
retour à la vie eftant une preuve
de la bonté du Remede ,
on eut recours à ces meſmes
Capucins qui donnent de fi
merveilleux Cordiaux. Ceux
qu'il a pris de leur main , l'ont
fait vivre pendant trois jours.
Toutes les Perſonnes quil'ont
gardé en conviennent, mais fon
mal eſtoit d'une nature à rendre
ſa guériſon impoffible , & il
eſt mort avec des regrets qui ne
ſe peuvent concevoir de tous

ceux
180 MERCURE
ceux de ſa Paroiſſe . L'affluence
de Peuple qui ſuivit le Corps
dans le grand tour qu'on luy fit
faire avant que de le porter à
l'Eglife , eſt preſque incroyable.
Monfieur du Hamel luy a fuccedé
dans cette Cure , dont il
avoit pris poffeffion huit jours
avant cette mort. Il eſt d'une
bonne Maiſon de laRobe,& un
des trois Archidiacres del'Egliſe
de Paris . Il a eſté Doyen de
Saint Thomas du Louvre , &
eſtoit Chanoine de Noſtre-Dame,
mais il a donné ſa Chanoinie
au Neveu du defunt Curé.
Cependant je ne dois pas oublier
à vous dire que les Remedes
des Peres Capucins du Louvre
, deviennent de jour en jour
plus fameux par les épreuves
continuelles qu'on en fait faire.
Mrde Louvois en a fait éprouver
ומ
GALANT. 181
un pour la Fievre aux Invalides
parM du Cheſne ſon Medecin ,
& tous ceux qui en ont pris ont
eſté guéris dans le meſime jour.
Il y en a eu beaucoup d'autres
expériences qui ſeroient trop
longues à dire . Male Long Medecin
de la Faculté de Paris ,
rend témoignage par tout de la
guériſon d'une Perſonne Afmatique,
qui avoit inutilement épuifé
tous les Remedes de la Medeeine
de ce Païs- cy . Sa Majesté
perfuadée de la bonté de ceux
de ces Peres, s'en eſt ſervie tresutilement
pour un mal d'épaule.
Madame la Princeſſe de Chevreuſe
en a eſté guérie d'un
Rhumatiſme ſur les reins ; &
Madame de Pompone , d'une
Fluxion à la jambe , dont elle
avoit ſouffert depuis pluſieurs
mois de tres-ſenſibles douleurs.
Je
182 MERCURE
Je ne vous en diray rien de plus .
Le nombre des Gueris , & la
grande affluence de Gens de
toutes qualitez qui vont leurdemander
des Remedes , ſont des
preuves de leur mérite qui ne
Içauroient eſtre conteſtées .
Apres vous avoir entretenuë
de Morts & de Maladies , il eſt
bon de vous parler de Mariage..
M' de Leſſeville Conſeiller dela .
Cour des Aydes , a épousé Mademoiſelle
Prevoſt , fort confidérable
par fon Bien , mais plus
encor parle mérite de ſa Perſon--
ne . Ce Mariage s'eſt fait depuis
quatre jours .Mi de Leſſeville eft:
tres-bien fait de ſa perſonne,
honnête & civil à tout le monde,
affidu & eſtimé dans ſa Charge,,
&je ne le flate point en vous di--
fant qu'il poffede toutes les bel--
les qualitez qui fontheréditaires
àceux
GALANT. 183
àceux de cette Famille . Elle est
une des meilleures, &desmieux
alliées de la Robe. Monfieur de
Leſſeville fon Pere eſtoit Sous-
Doyen du Grand Confeil . C'eſtoit
unJuge d'une integrité parfaite
; & comme ſa Charge luy
donnoit la connoiſſance de toutes
les Affaires qui concernoient:
les Monafteres & les Abbayes,
fon humeur bienfaiſante l'en
avoitrendu le Protecteur.Il étoit
Neveu de Monfieur de Jamville
Préſident à Mortier, Coufinger--
main de Madame la Ducheffe
d'Amville , & de Meſſieurs le
Boulanger & de Fortia ,& avoit
mefme l'honneur d'appartenir à
Monfieur le Chancelier..
J'ay encor tat de choſes àvous
apprendre , que je vay trancher
court ſur une petite Avanture
qui s'eſt paſſée depuis un mois
dans
184 MERCURE
1
dans une Ville où il y a Parlement.
Deux des plus conſidérables
Officiers de cette Ville
eſtant à la promenade dans le
Carroffe d'une Dame qui ne cede
à aucune ny en naiffance ny
en mérite , cette Dame s'apperçeut
qu'un des deux devenoit
rouge , & qu'il pâliſſoitunmoment
apres. Elle crût que le devant
duCarrofſe où il eſtoit , l'avoit
étourdy ; & comme elle
voulut luy donner ſa place , une
Demoiſelle parfaitement belle
qui estoit de la cie ,previntla
Dame , & fit prendre à l'Officier
celle qu'elle occupoit aupres
d'elle. Sa foibleſſe ayant continué
encor quelque temps , on
baiſſa deux Glaces qui eſtoient
levées, parceque l'Officier étant
d'une complexion tres -délicate,
& ſujet à eſtre incommodé de
J
peu
GALANT. 185
peu de choſe , on craignit que le
vent ou la poudre ne fuſſent la
cauſe du mal auquel on tâchoit
de remédier. Ces précautions le
foulagerent. On luy fit la guerre
de cet accident , & il prit fon
temps pour en apprendre le ſujet
à la belle Perſonne qui luy
avoit cedé ſa place. Illuy avoüa
qu'il eſtoit né avec une andpa
thie fi forte pour la Saignées
qu'en ayant apperçeu une petite
marque au bras de la Dame, visà-
vis de laquelle it s'eſtoit d'abord
placé , cent vers l'avoit
penſé faire évanouii , & qu'il
avoit eu bien de la peine à fe remettre
. La Dame dont l'humeur
eft fort enjoinse, ayant appris de
la Demoiſelle ce que l'Officier
luy venoit de dire , répondit en
riant que ce n'eſtoir pas lamar--
que d'une Saignée qui avok
caufe
186 MERCURE
cauſe ſon mal, mais que la beautéde
ſon bras l'avoit fi fort tranf
porté qu'il en avoit eſté hors de
luy meſine. Cette petite raillerie
qu'elle tourna finement,donna
lieu à quantité d'agreables
choſes qui furent dites. Chacun
ferira d'affaires avec eſprit.
L'Officier n'en manque pas , je
yeux dire de celuy qui eſt le plus
en ufige parmy le beau monde.
Colt un Homme de fort bon
goaft fur le chapitre des Dames.
Pelaiffe charmer que par la
VeritabicBeaut . Les Habits 'nagnifiques.
& l'éclat de la naiſſanene
font pas les qualitez effentielles
qu'il faut avoir pour luy
Uue Beauté populaire
Hartache , s'il y trouve ce qu'on
doit avoir pour eſtre belle , &
on peut dire qu'une Femme eſt
*rayement aimable , quand il
la
GALANT. 187
la croit digne d'eſtre aimée.
Cette Avanture s'eſtant répanduë
le lendemain par toute la
Ville , un Cavalier auſſi bien fait
que galant,l'entendit conter das
une Affemblée de Dames où il
ſe trouva. Les raiſonnemens qui
furent faits là- deſſus , luy firent
dire qu'il ſe tiendroit bien-malheureux
, s'il avoit la meſme
appréhenfion pour la Saignée,
parce qu'il en avoit un tresgrand
beſoin , & que fon Chirurgien
eſtoit déja averty pour
le jour ſuivant. Une belle Perfonne
qui estoit préſente , &
dont on ne doute point que le
Cavalier ne ſoit fort épris, s'ofrit
à luy épargner la dépéſe de cette
Saignée,& dit enriant queles
choſes valant mieux faites qu'à
faire , elle luy conſeilloit de luy
confier ſon bras , & de n'attendre
188 MERCURE
dre point au lendemain. Le Cavalier
tourna la choſe en galanterie,
fort perfuadé que ç'en étoit
une. Il cria luy -mefme qu'on alla
chercher une Lancette, & fe
laiſſa retrouſſer ſa chemiſe par
deſſusle coude.La Belle luy frota
le bras,le lia,& fit apporter deux
petits Vaſes de porcelaine, pour
y recevoir le ſang. Le Cavalier
regarda la ceremonie fans
s'étonner. Il plaiſanta des appreſts
, en prit occafion de debiter
des douceurs , &il n'y eut
rien que de réjoüifiant juſqueslà
pour luy ; mais quand on eur
apporté une Lancette,& qu'il la
vit ouvrir à la Belle , d'une maniere
qui faiſoit connoiftre qu'elle
avoit deſſein de s'en ſervir , il
commença d'avoir peur. Il pâlit,
& il n'y eut perſonne qui ne remarquaſt
qu'il changeoit de vi-
吃fage
GALANT. 189
ſage à chaque inſtant. La verité
eſt qu'il n'avoit pas crû que ce
duſt eſtre tout de bon. Cependant
il eſtoit entre les mains d'une
trop belle Perſonne pour ne
pouffer pas l'affaire à bout. Il ne
voulut point retirer fon bras , &
ſoufrit le coup de Lancette,
qu'elle luy donna avec autant
d'adreſſe qu'euſt pû faire le plus
habile Chirurgien. On rit de fa
crainte , & il ne la juſtifia qu'en
diſant que n'ayant point eſté inſtruit
du talentque la Belle avoit
pour la Saignée , il avoit eu lieu
d'apprehender , apres les bleffures
qu'elle faifoit tous lesjours,
qu'elle n'euſt la main auſſi dangereuſe
que les yeux.
Je paſſe tout ce qui ſuivit un
Incident ſi peu commun , pour
venir à l'Article qui eft tant de
voſtre gouft , & que je puis appeller
190
MERCURE
peller l'Article des Victoires de
la France. Comme il ne ſe paſſe
guére de Semaines ſans que
nous remportions quelque avantage
ſur les Ennemis , & que je
n'acheve mes Lettres qu'à la fin
de chaque Mois , j'ay toûjours
à vous faire un Corps de quantité
d'actions qui vous doivent
donner beaucoup plus de plaifir
àles voir enſemble , qu'elles ne
vous en peuvent cauſer quand
vous les voyez ſeparées. Quoy
qu'il y ait eu Suſpenſion d'armes
en Flandres toutes les
Troupes y eſtant demeurées à
l'ordinaire , les heureux fuccés
que nous avons eus en Allemagne
ne font pas moins
glorieux au Roy, que s'il avoit eu
tous ſes Ennemis à combatre.
Il eſt vray qu'on a fait quelques
,
Détachemens pour cette Armée,
GALANT. 191
mée, mais il s'en faut beaucoup
que Monfieur le Marefchal de
Créquy n'ait eſté joint par autant
de Troupes qu'il avoit accoûtumé
de l'être les autres
années. Ainſi on ne peut dire
qu'elles nous ayent toutes ſervy
de ce coſté-là,quoy qu'il ſembloit
que nous en dûſſions avoir
beſoin pour ſoûtenir les efforts
de ce grand nombre d'Ennemis
que le Prince de Lorraine commandoit.
Malgré ce grand nombre,
ils font reduits à nous craindre
, & puis qu'ils ſe trouvent
obligez à ſe défédre, la Paix que
leRoy leur a offerte avec tantde
génerofité , leur feroit un party
beaucoup plus avantageux à
prendre, que celuy de s'obſtiner
alaiſſer affoiblir leurs meilleures
Troupes : car enfin on peut dire
- que tant de Perſonnes confidé
rables
192
MERCURE
rables qui ont péry parmy eux
depuis unmois, font des Victimes
de la gloire , de la vanité,
& de la jalouſie de ceux qui
s'oppoſent à la Paix. Loüis
LE GRAND vouloit épargner ce
fang à tant de Familles quoyque
ennemies; & j'en ſçay qui, ſi elles
n'ont ofé s'en plaindre hautement
, nn'oont pû s'empécher
d'enmurmurer. J'en pourrois dire
davantage , mais j'ay trop de
particularitez à vous raconter
de toutes les Actions dont je
vous dois faire le détail.
J'aurois eu à commencer par
Fribourg repris ſur nous , ſi les
Ennemis euſſent pû tenir parole.
Il n'ya pourtant pas lieu de
ſe plaindre d'eux là deſſus. Ils
ont toûjours les meilleures intentions
du monde. Leur Campagne
doit s'ouvrir tous les ans
de
GALANT.
193
de fort bonne heure. Tout retentit
du bruit de leurs forces,de
l'amas de leurs proviſions, & de
l'argent qu'on porte à leur
Quaiſſe Militaire ; mais dés que
le temps de ſe mettre en marche
eſt venu , ils ſe trouvent réduits
à la defenfive , & bien loin
d'avoir afſiegé Fribourg dont les
Fortifications n'eſtoient qu'à
moitié faites à l'ouverture de
cette Campagne, ils les ont laifſées
achever dans leur Païs mefme.
Il eſt vray que ce Siege euſt.
eſté une entrepriſe aſſez difficile
pour eux , àmoins de prévenir
Monfieur le Mareſchalde
Créquy,ce quin'eſt pas fortaiſé.
CeGeneralcommença par couvrir
Fribourg ; & avoir empefché
qu'on ne ſoit venu l'affieger
en l'état où il eſtoit, c'eſt en quelque
façon l'avoir pris deux fois.
Iuillet. I
194
MERCURE
En ſuite ayant ſçeu que l'Armée
des Ennemis faiſoit un mouvement
pour mieux l'obſerver,
il fit charger leur Arrieregarde
qui plia , & par un effet de ſa
prudence ordinaire , il ne pourſuivit
point ſes avantages. On
luy vint donner avis que la teſte
de l'Armée des Ennemis tournoit
vers ſonCamp,& qu'ils faiſoient
attaquer une Egliſe dans
laquelle il avoit mis cent Hommes
commandez par Meſſieurs
les Chevaliers de Langlée & de
la Citardiere . Il les ſecourutauſſitoſt
, quoy qu'ils fuſſent attaquez
par toute l'Armée ennemie,
& avec deux Bateries chacune
de trois Pieces de Canon.
Cette Action eſt extraordinaire
, car Monfieur de Crequy
ayant fait marcher ſon Armée
deux grandeslieuës par des che
mins
GALANT .
195
mins difficiles pour charger l'Arrieregarde
des Ennemis , retourna
tout- à-coup , & ſe trouva
apres trois heures de marche , à
la teſte de la même Armée qu'il
venoit de ſuivre en queuë .Quoy
qu'il y ait déja du temps que ce
que je vous viens de dire eſt arrivé
, comme l'Article que je
vous donne aujourd'huy d'Allemagne
, comprend tout ce qui
s'y eſt paſſé depuis la Campagne
ouverte , j'ay crû que je ne
devois pasm'en taire , &d'ailleurs
vous en connoiſtrez mieux l'embarras
où font les Ennemis , d'avoir
affaire à un Chef fi vigilant
& fi conſommé dans le meſtier
de la Guerre. Je paſſe à une
Action que le Public n'a point
ſçeuë de la maniere que je vous
la vay dire , & dont meſme il n'a
eu aucun détail. Monfieur de
I ij
196 MERCURE
Créquy ayant marché comme
je vous ay marqué , vint camper
vis-à- vis de Neubourg. Mr de
Choiſeüil estoit allé vers Rhinfeld
le jour précedent , avec fix
Bataillons & quinze Efcadrons .
Les Ennemis parurent ce même
jour- là vers Fribourg.lls ſe camperent
dansla Plaine de S.Georges
, comme s'ils euſſent voulu
l'inveſtir. Cela n'empefcha pas
Monfieur le Mareſchal de fuivre
ſa marche , & d'envoyer dés
le matin Monfieur de la Frézeliere
avec du Canon & quatre
Bataillons pour prendre les
Chaſteaux de Rotelin & de
Brombac , vis - à - vis de Bafle .
Les Ennemis avoient deux cens
Hommes dans chacun. On ne
fit qu'une petite lieuë ce jour- là,
& l'on vint camper au bout de
la Plaine de Neubourg dans un
د
lieu
GALANT.
197
+
lieu par où l'on entre dans un
Païs plus ferré de Montagnes &
du Rhin , pour aller vers Bafle.
Monfieur le Mareſchal avoit dé.
taché la nuit précedente Mefſieurs
de la Buffiere & de Belveſe,
avec cent cinquate Chevaux,
pour avoir des nouvelles des Ennemis
, dont il ne pouvoit plus
rien apprendre par Fribourg.Ce
Détachementles trouva à nôtre
:vieux Camp. Il fut ſuivy de trois
cens Chevaux ennemis ; mais il
fit ſi bien,qu'il les engagea dans
un Défilé . Il tourna en ſuite fi à
propos fur eux qu'il les mit en
déroute , leur tua plus de trente
Hommes , avec pluſieurs Officiers
, & emmena vingt Prifonniers
. Comme la nouvelle du
lieu où eſtoient les Ennemis , ne
paroiſſoit pas vray - ſemblable,
parce qu'ils estoient dans une
I iij
198 MERCURE
ſituation fâcheuſe , éloignez de
leur Ville , & entre deux de nos
Places . Monfieur le Marefchal
renvoya ce meſme Party pour en
eſtre informé avec plus de certitude
, & laiſſa les quatre Efcadrons
qui avoient fait l'Arrieregarde
des Bagages , pour
foûtenir ce Party s'il eſtoit
pouffé. Ces quatre Eſcadrons
eſtoient Olier , Comminges ,
d'Almani , & Montaugé. Mr. le
Marquis de Maurevert y reſta.
Cependant un Cavalier du Party
s'alla rendre aux Ennemis
& eſtant mal inſtruit de la marche
de l'Armée de Monfieur de
Créquy , il aſſura Monfieur de
Lorraine qu'elle avoit paſſe le
Rhin,& qu'il n'y avoit que deux
cens Chevaux en deça pour
couvrir ſa marche. Monfieur
de Lorraine ne voulant pas
per
GALANT.
199
perdre une ſi belle occafion
de battre noſtre Party , adjoûta
foy à ce que luy dit le
Cavalier ; & pour faire le ſien
plus feûr , il détacha les trois
Compagnies de ſes Gardes , &
ſes deux Compagnies de Gendarmes
& de Chevaux - Legers
avec quatre cens Cuiraffiers
. C'en eſtoit aſſez pour bathe
cent cinquante Chevaux,
ou plutoſt c'eſtoit avoir bonne
opinion des François , & de la
defenſe qu'ils devoient faire.
L'Armée ne faiſoit que de rentrer
dans le Camp , lors que
vingt Maiſtres qu'on avoit envoyez
aux nouvelles , revinrent
pouffez par les Débandez des
Ennemis, & affurerent que toutela
teſte de leur Armé paroiffoit,
ce qui estoit aſſez plausible,
ces Troupes - là ayant leurs
I iij
200 MERCURE
Etendarts & leurs Timbales.
Monfieur de Maurevert envoya
avertir M le Mareſchal de ce
qu'avoient rapporté les Cavaliers
, & de ce qu'il voyoit déja
luy -mefme. Monfieur le Marefchal
qui estoit à une lieuë de
là , ne douta point que les
Ennemis informez des grands
Détachemens qu'il avoit faits,
& perfuadez qu'il avoit defſein
d'affieger Rhinfeld , ne
vouluſſent hazarder une Bataille
, pour ne pas laiſſer perdre
cette Place. Ainſi il fit remarcher
inceſſamment toute
l'Armée vers le Camp qu'elle
venoit de quiter , pour ſe poſter
la gauche à fon Camp de Neubourg,
&la droite àla Montag .
ne , ayant le Ruifſſeau qui coupe
la Plaine en deux , à ſon front.
Dans
{
GALAN Τ. 201
Dans le temps qu'on avançoit,
les Ennemis croyant avoir trouvé
ce qu'ils cherchoient , poufferent
nos Troupes fort vivementjuſques
dans le Défilé. Ils
demeurerent en bataille fur ce
Défilé , qui eſt le Ruiſſeau dont
je viens de parler , & qu'on pafſe
pourtant en beaucoup d'endroits
à droit & à gauche. Nos
cent cinquante Chevaux ayant
repaffé un peu en defordre ,
les Ennemis pafſferent confufément
ſur lagauche de nos Eſcadrons.
La veuëdes Tentes qu'ils
découvrirent à une bonne portée
de Canon , les effraya. Ils
voyoient noſtre Armée qu'ils
croyoient au dela du Rhin , &
ils estoient à deux lieuës de la
leur ſans eftre ſoûtenus .Cependant
comme dans ce moment ils
n'avoient affaire qu'à nos quatre
Iv
202 MERCURE
Eſcadrons , qu'ils eſtoient quatre
contre un , & que c'eſtoit l'élite
de leurs Troupes , principalement
cette Gendarmerie Lorraine
, preſque toute compoſée
d'Officiers , ils réſolurent de ne
s'en pas retourner ſans rien faire
, & de batre nos quatre Eſcadrons
, au hazard d'attirer toute
noſtre Armée ſur eux. Leur
grand nombre fut cauſe qu'ils
en prirent quelques -uns en teſte
, en flanc& en queuë. Celuy
de Comminges ayant ſon Colonel
en teſte,fit des choſes ſurprenantes
. Celuy de Montaugele
ſeconda avec beaucoup de vigueur
, & fut mené à la charge
parM. de Maurevert,qui ſe trouva
dans tous les endroits périlleux,&
anima les Troupes avec
une intrépidité incroyable.M'de
Comminges a donné dans cette
occa
GALAN T.
203
95
occaſion de grandes marques de
valeur & de conduite. Monfieur
le Chevalier de Comminges
fon Frere Capitaine
dans le meſme Regiment , y
aeſté tué , ainſi que Monfieur
le Chevalier de Vaucocour..
Monfieur de la Bertiere Capicaine
dans le meſime Corps , fit
tout ce qu'on peut faire pour
fe fignaler , & M* Olier fut bleffé
à mort , pris & dégagé. On
prit & reprit les Etendarts , &
Mr. leMarquis 'de Comminges
ayant perdu ſes Timballes , les
alla retirer ſoûtenu de vingtCavaliers.
Les Ennemis voyant venir
de loin toutes les Troupes
ſe ſauverent du coſté de leur
Camp. Ce ne fut pas- ſans avoir
encor plus perdu que nous. Oma
leur prit plus de trente-Gardes
&Chevaux-Legers. Le jeune
Comte:
204 MERCURE
Comte de Ligneville fut faiz
prifonnier avec trois des principaux
Officiers. On eut nouvelle
peude temps apres que le Chafteau
de Rotelin s'eſtoit rendu
apres avoir eſſuyé quatre volées
de Canon , & que la Garnifon
eſtoit priſonnniere de guerre.
On vint auſſi donner avis à M
le Mareſchal, que le Camp volant
du Comte de Staremberg
eſtoit arrivé ſous Rhinfeld , &
queMe de Choiſeüil eſtoit campé
ſur la Hauteur vis-à- vis de
cette Place, d'oùles Ennemisluy
tiroient force coups de Canon
inutilement. Tant de choſes
confidérables ſe ſont paffées
devant Rhinfeld , que pour
vous les faire lire avec plus de
plaiſir , il eſt bon de vous en
faire voir la ſituation. Examinez
- la dans le Porfil que
je
*BIBLIO
LYON=
893-7771

GALANT.
205
je vous envoye , & conſidérez
lePontoù s'eſt fait tant de carnage.
Peut-eftre en voyant le
Rhin qui paſſe deſſous , vous repreſenterez
-vous les Allemans
qui tombent dedans. Du moins
en remarquant que cette Ville
eſt fituée ſur le bord de la Foreft
noire , auffi bien que celle
dontje vousdois encor fairevoir
le Porfil dans cette Lettre , vous
connoiſtrez pourquoy on les a
nommées Villes Foreſtieres. Il
eſt ſurprenant ſans doute que
quatre mille Hommes en ayent
entierement défait ſept à huit
mille bienretranchez , fans qu'il
s'en ſoit preſque ſauvé aucun ;
mais le Siecle de LoüiSLE
GRAND eſt le Siecle des Prodiges
, & il n'y a plus riend'incroyable
de la valeur des François.
Les belles Relations que le
Public
206 MERCURE
Public a veuës de cette Action,
m'ont fait croire long-temps
que je ne vous en pourrois rien
apprendre que vous ne ſçeuffiez
. Cependant j'enay recueilly
toutes les particularitez avec
tant de ſoin , que vous trouverez
icy beaucoup de choſes
qui pourront eſtre nouvelles
pour vous. M.le Comte deChoifeüil&
Mr. le Marquis deBouflairs
furent détachez de l'Armée
avec un Corps de Troupes
dés le 26. de Juin , pour aller
occuper les paſſages qui font du
coſté de Rhinfeld. Ils ſe ſaiſia
rent à leur arrivée de ceux de
la Horn, & desForts qui le gardoient
, & vinrent juſques à
Rhinfeld, où le Comte de Staremberg
arriva le lendemain
avec un grand Corps de Troupes,
pour s'oppoſer àleurs entreprifes
GALANT.
207
priſes. Il venoit des Montagnes
noires , où il avoit brûlé
les Poftes que Monfieur de Bouflairs
y avoit abandonnez pour
venir joindre Monfieurde Choiſeüil.
Le 3. de ce mois ils reçeurent
ordre l'un & l'autre de
Monfieur le Mareſchal de Créquyde
s'aprocherjuſqu'à Horn.
Monfieur le Mareſchal s'eſtoit
en meſime temps avancé avec
toute fon Armée ſur les Hauteurs
de Rotelin , à une lieuë
de ce Fort dont ons'eſtoit rendu
maiſtre depuis trois jours ,
auſſi - bien que de celuy de
Brombac. Le Comte de Staremberg
avoit ſon Camp à la
teſte du Pont de Rhinfeld , fous,
le Canon de la Ville. Il fit paf
ſer une partie de ſes Troupesde
l'autre coſté du Rhin , fur l'avis
qu'il eut que Monfieur le
Maref
208 MERCURE
Mareſchal s'avançoit , afin de
faire paſſer le reſte avec moins
de confufion ; mais la marche
en arriere de Monfieur de Choiſeüil
luy ayant fait croire le contraire,
il fit repaffer en deça toute
ſon Infanterie, ſe contentant
de la faire retrancher à la teſte
du Pont pour plus grande ſeureté
tenant auſſi dehors une
partie de fa Cavalerie à la faveurdu
Retranchement. Monſieur
le Mareſchal ayant eſté
averty de cette diſpoſition, crût
qu'il les pouvoit attaquer avec
fuccés, &dans ce deſſein il arriva
le 6. de bon matin au Camp
deMr. de Choiſeüil. Il fe mit àla
teſte de ſesTroupes, dont il ordonna
la marche , & qu'il fit
fuivre par un Corps affez confidérable
commandé par Mr.
de Joyeufe LieutenantGeneral.
GALANT .
209
Il fit environ une lieuë avant
que d'eſtre averty que dix Efcadrons
des Ennemis paroiffoient.
Illes fit charger apres
qu'on eut reconnu la ſituation
des lieux. Ils ſe retrouverent plufieurs
fois à la faveur d'un Paîs
aſſez coupé , & ayant fait ferme
àtous les Défilez,ils ſe retirerent
en Gens de guerre juſques fous
leurs Retranchemens à la teſte
du Pont de Rhinfeld où eſtoit
leur Infanterie. Ces diferentes
rencontres cauferent quelques
efcarmouches , & donnerent
lieu à pluſieurs Actions affez
vigoureuſes , où les Troupes du
Roy firent tout ce qu'on pouvoit
attendre d'elles . Apres cela
Monfieur le Mareſchal ne fongea
plus qu'à executer le defſein
qu'il avoit de faire attaquer
les Ennemis dés que ſon Infanterie
210 MERCURE
fanterie , qui avoit eſté obligée
de faire un aſſez grand tour , ſeroit
arrivée. Il avoit fait reconnoiſtre
les forces de leurs Retranchemens
qui eſtoient tresgrands
, & bordez par tout d'Infanterie.
On voyoit paroiſtre au
devant dix - ſept ou dix - huit
Troupes de Cavalerie . Cependant
toute celle de Mr. de
Choifeüil doubloit & femettoit
en bataille ſur un Terrain affez
avantageux qui regardoit de
front le Retranchement des Ennemis.
Les Dragons de Liſtenay
ayant Mr. le Comte de Teffé à
leur teſte , tenoient la droite
de la Cavalerie ; & ceux du Roy
qui ne faiſoient que d'arriver à
cauſe d'un grand tour qu'ils
avoient pris , furent poſtez à la
gauche , les Dragons de la Reyne
derriere eux. On vit alors que
la
GALAN Τ. 211
la Cavalerie ennemie commençoit
à ſe retirer,& que la tefte de
noſtre Infanterie eſtoit encor
loin. Cela donna lieu à Mr.le
Mareſchal de fairemettre pied à
terre aux Dragons du Roy,dont
il fit un Détachement pour referrer
quelques Poſtes avantageux
des Imperiaux. Ces Dragons
ſoûtenusde tout le Regiment,
&de celuy de la Reyne,ne
furent guéres de temps à fe rendre
au Retranchement , malgré
le grand feu des Ennemis. M' de
Bouflairs ſe mit à leur teſte . Les
Dragons de Liſtenay qui remarquerent
les mouvemens de ceux
du Roy , s'avancerent auſſi jufqu'au
meſmeRetranchement.Ils
donnerent conjointement les
uns à la droite, les autres à la gau.
che,& en éloignerentbientôt les
Ennemis quivenoientpardevant
au
212 MERCURE
au grand trot. Ils ſe mirent à fuir
droit à leur Pont afin d'entrer
dans la Ville. Les Dragons du
Roy ſe ſaiſirent des Retranchemens.
Ceux de la Reyne les fuivoient,&
ceux de Liſtenay y entrerentde
l'autre côté.Monfieur
le Comte de Schomberg eftoit à
leur teſte. En peu de temps on
avança juſqu'au Pont , où la
grande quantité de Morts , de
Mourans , de Bleſſez , de Chevaux,
& d'Armes,empefcherent
de paſſer. Le jeune Prince de
Bade y fut tué,& la plupart furét
paffez au fil de l'Epée , ou ren.
verſez dans le Rhin. Quelquesuns
des Ennemis voulurent pafſer
par deſſus les Morts pour ſe
ſauver dans la Ville , mais il en
échapa fort peu au feu continuel
des Noftres qui les ſuivoient de
ſi pres , que ſans la diligence du
Gou
GALAN Τ.
213
Gouverneur à faire hauffer le
Pont- levis , on ſeroit entré dans
la Ville avec les Fuyards. Monfieur
de Bouflairs mit pied à terre
fur le Pont à la teſte de fon
Regiment , & s'approcha fort
du Pont- levis , fur le bord duquel
un Cornete de ſon Regiment
eut l'avantage de planter
fon Etandart. Il y fut bleſſé . On
vit dans le même temps preſque
tous les Etendarts des Dragons
du Roy,dela Reyne ,& de Liſtenay
, plantez fur ce Pont. On
chercha à s'y retrancher pour
eſtre à couvertde la Mouſqueterie
& du Canon de la Ville, où
il n'eſtoit plus poſſible d'entrer:
on ſe ſervit d'abord pour cela des
Corps morts,& en fuite de Tonneaux
pleins deterre . Les Ennemis
les rendirent en peu de
temps inutiles , par le feu qu'ils
mirent
214. MERCURE
mirent à leur Pont , pour ne
nous y pas laiſſer retrancher.
Comme on vit qu'il ſe conſumoit
entierement , on fut obligé
d'en fortir ; ce qu'on ne fit pas
fans beaucoup de peine , à cauſe
de la quantité de Morts & de
Mourans qui occupoient les pafſages.
On prit trois Pieces de
Canon aux Imperiaux preſque
à la portée de la Ville , où ils
tâchoient de les remener. On
en jetta deux dans le Rhein.
Le Comte de Staremberg qui
commandoit en cette occafion ,
fut bleſſé à mort. On ne peut
direjuſqu'où a êté leur perte .On
découvre tous les jours qu'elle
eſt plus grande qu'on ne l'avoit
crû . Le nombre des Tuez , des
Noyez ,&des Priſonniers , furpaffe
la moitié des Troupes
qu'ils avoient devant leur Pont;
&
GALANT.
215
,
&le reſte eſtant bleſſe , ou
ayant deſerté on peut dire
que la perte d'une Bataille generale
n'auroit pas eſté ſi conſidérable
pour eux. Cette Défaite
leur couſte leur meilleure Infanterie
, & cela n'eſt pas difficile
à croire , puis que la Porte
de la Ville luy fut fermée. Le
Gouverneur fut tué en faiſant
hauffer le Pont-levis . Tout cela
ſe paſſa à laveuë de Mr. le Mareſchal
de Créquy , qui partit
auſſitoſt pour s'en retourner à
ſon Armée à cinq lieuës de là.
Il laiſſa Mr.de Joyeuſe avec ſon
Détachement,campé ſur le lieu ,
& ordonna Mrs.de Choiſeüil &
de Bouflairs,de s'avance juſqu'à
la Commanderie de Peken,pour
s'en faifir, ce qui fut fait auſſitoſt
par Monfieur de Monperoux
Brigadier d'Infăterie. Nous n'avons
216 MERCURE
vons preſque perdu perſonne
dans cette Attaque. Monfieur
d'Offonville Aide de Camp de
Mr. le Mareſchal de Créquy , a
eſté bleſſe à mort , & un autre
Aide de Camp tué avec un Page
de Mr.le Marefchal.Un Aide
de Camp & un Page de Mr. de
Bouflairs, ont eu chacun un cheval
tué ſous eux , &un de ſes
Gardes a eſté tué derriere luy .
On ne ſçauroit donner trop de
loüanges à Meſs . les Marquis de
Créquy & de Maurevert ; & à
Mr.leCote de Schomberg.Toutes
les Relations parlent d'eux
d'une maniere qui fait voir qu'on
eſt perfuadé de ce qu'ils ont
fait. Meſſieurs les Marquis de
Vaffe & du Chatelet ſe ſont
auſſi ſignalez . Le premier a
eſté bleſſfé legérement. Le jeune
, Colonel de Liſtenay a fait
des
GALANT. 217
des merveilles , auffi-bien que
Monfieur de Givry , à la teſto
des Dragons , & Monfieur de
Lanſon . Meſſieurs d'Enonville
Freres , ont fait paroiſtre beaucoup
de vigueur. Celuy qui eſt
Meſtre de Camp du Regiment
de la Reyne , a eu une grande
contufion. Monfieur du Son
Major de Dragons , Meſſieurs
de la Vie , Baudot , Dorge,
& le Chevalier de Bellemare,
tous Officiers de Dragons , ont
acquis beaucoup de gloire.
Monfieur Baudot a eſté blef
ſé de deux coups d'Epée , Monſieur
Dorge tué , & Monfieur
le Chevalier de Bellemare blefſe.
Ce dernier ſe meſla parmy
les Ennemis , & fut deux fois
prifonniers. Monfieur de la Potartiere
Cornete de Monfieus
le Comte de Teſſe , a eſté
Juillet . K
218 MERCURE
bleffé dedeux coups. Monfieur
de Chermont Volontaire , s'eſt
fait diftinguer. Monfieur le
Marquis de Vaucocour Capitaine
dans Comminge , ayant
eſté commandé avec cinquante
Maiſtres par Monfieur le
Mareſchal de Créquy pour aller
reconnoiſtre la Place , il en
approcha à la portée du Moufquet
, & eut ſon Cheval tué
ſous luy. Il s'eſtoit ſignalé quelques
jours auparavant dansl'AEtion
dont je vous ay déja parlé.
Ce fut dans cette premiere
occafion que Monfieur le Chevalier
de Vaucocour ſonFrere,
Cornete dans ſa Compagnie,fut
tué en défendant ſon Etandart .
Iln'avoit encor que quinze ans.
C'eſt le troiſiéme de ſes Freres
mort dans le ſervice depuis les
trois dernieres Campagnes. Ils
font
GALAN T. 215
ſont d'une des plus anciennes
Familles de Périgord , & qui
s'eſt fait remarquer depuis 500.
ans par les ſervices qu'elle a rendus
à nos Roys. Leur Pere embraſſa
la profeffion des Armes
dés l'âgede 16.ans,& a eſtéMa
reſchal de Camp. Je ne doy pas
finir cet Article ſans vous parler
de Monfieur le Comte de
Teſſé Brigadier de Dragons,
puis qu'une bonne partie de cette
Action a roulé ſur luy.Il entra
dans le Retranchement malgré
le feu violent & continuel des
Ennemis , & ce fut luy qui fit le
premier un Retranchement au
boutdu Pont.Monfieur de Crequy
avoit tant de confiance en
fon courage & en ſa conduite,
qu'il remit à ſa difcretion d'agir
pour ſe rendre maiſtre de l'autre
bout. L'entrepriſe luy réüf
Kij
220 MERCURE
fit . Il fut legérement bleſſé d'un
coup de Pique à la lévre. Monſieur
le Chevalier de Teſſe ſon
Frere a auſſi donné des marques
d'une intrepidité inconcevable.
Les Retranchemens qui estoient
en deça du Pont ayant eſté
forcez , il ſe jetta le prémier
dans la Barriere , & l'ouvrit ,
quoy quelle fuſt défenduë par
plus de huit cens Hommes , &
par deux Pieces de Canon. Il
y reçeut un coup de Mouſquet
au travers de la cuiſſe. Comme
je croy devoir rendrejuſtice aux
Corps , auffi -bienqu'aux Particuliers
, voicy ceux qui n'ont
point eſté nommez dans cette
Relation ; La Brigade de Cavalerie
de la Rocque , la Brigade
d'Auvergne , & celles dePicardie
, de Bertillac , & de Vivans,
avecun Détachement du Regiment
GALANT. 221
gimentde la Reyne,& cinquante
Carabiniers des Gardes du
Corps. Il ſuffit de nommer ces
Troupes , pour dire qu'elles ſe
ſont ſignalées. Quatre mille
Hommes n'en batent point huit
dans de bons Retranchemens,
fans une bravoure extraordinaire.
Je paſſe aux fuites de cette
Action. Le 8. on marchajuſqu'à
Sekingen,qui eſt une des quatre
Villes Foreſtieres en remontant
leRhin. Elle prit le party de ſe
rendre à l'arrivée de Meſſieurs
de Choiſeüil &de Bouflairs. La
terreur fut fi generale parmy les
| Bourgeois , qu'ils l'abandonnerent
avec la Garnifon , & mirent
le feu à leur Pont enfe retirant.
Le vent le porta dãs toute
la Ville , où l'incendie nous empeſcha
de laiſſer Garniſon . Elle
eſſuya tous les malheurs d'une
Kiij
222 MERCURE
Place priſe d'aſſaut. Toutes les
Maiſons furent confumées , ſans
qu'il fuſt poſſible de l'empefcher.
Vous pouvez examiner
cette Villedans la Planche qui
la repreſente . Je vous l'envoye.
Vous jugerez aisément en la
voyant , que ſa perte doit eſtre
ſenſible aux Impériaux. Voila les
fruits de la Guerre. Il n'a pas
renu au Roy que tant de ſang
& de beaux Edifices n'ayent
eſté épargnez.Le Vainqueur offre
la Paix ; & celuy qui eft réduitàſedéfendre
, la refuſe . La
choſeeſt affez nouvelle,mais elle
ne doit pas ſurprendre , puis
que ce n'eſt pas d'aujourd'huy
que les intereſts particuliers de
quelques Princes font foufrir
des Peuples entiers. Les Villes
Foreſtieres s'en font ſenties , & la
nuit du 8. au 9. on fit jetterdans
Rhin
223
bes
eneurs
ierofté
des
bles
aux
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nin,
uë ,
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ice.
que
cié-
'eſt
ans
jay
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ABLIOTHEQUELE
LYON
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1893
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222
Pla
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ten
&
eſte
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dui
cho
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que
que
que
des :
For
nui
GALANT.
223
1
Rhinfeld quantité de Bombes
quiymirent le feu en diversendroits.
La meſime nuit pluſieurs
Nageurs du Regimet de Roüergue
paſſerent de l'autre coſté
du Rhin , & malgré le feu des
Ennemis , couperent les cables
de dix ou douze grands Bateaux
qu'ils laiſſeret aller au courat de
l'eau. Ledebordementdu Rhin,
dont la rapidité eſt connuë ,
nous a empeſchez de faire un
Pont , & a ſauvé cette Place.
Je n'ay plus a vous parler que
d'une Action , c'eſt la quatriéme
depuis un Mois. Ce n'eſt
pas trop pourdes François dans
la meſme Armée. Ce que j'ay
à vous en dire , ne s'eſt point
fait aupres d'Offembourg, commeles
Relations publiques l'ont
marqué. C'eſt aſſeurément une
faute d'impreſſion qui s'y eſt
Kij
224 MERCURE
gliſſée. J'ay crû vous en devoir
avertir , afin que vous ne ſoyez
pas ſurpriſe ſi je vous parle de
Lauffembourg,& non d'Offembourg
qui eſt à plus de trente
lieuës de l'endroit où cette derniere,
Action s'eſt paſſée. En
voicy les particularitez. Monſieur
de Créquy ayant demeu--
ré trois jours dans ſon Camp
pres de Basle , eut avis que les
Ennemis faifoient marcher leurs
Bagages. Il ſçeut en fuite que
trois jours apres ils avoient tenu
lameſine route par une Vallée
qui entre dans la Suabe , & va
ſe rendre à Neuſtat. Tous les
Prifonniers l'affurerent que le
Prince Charles prenoit ce chemin
pour aller à Lauffembourg:
& nous défendre l'entrée de ce
Païs-là. Monfieur le Maref
chal ayant laiſſé quelques Troupes
GALANT. 225
pes pour la garde du Pont du
Rhin , marcha avec la Brigade
des Gardes du Corps , mille
Grenadiers , & les trois Regimens
de Dragons. On n'euſt
pas marché deux heures , que
lon apperçeut des Tentes fur
une Hauteur. Monfieur le Marquis
de Créquy pouſſa une Garde
avancée, dont on fit des Prifonniers
qui dirent que ceCamp
eſtoit composé des Regimens
de Mercy , de Rozieres, de Harant
, & de Caprara , avec les
Dragons de Chavagnac. Ils
eſtoient poſtez fort avantageuſement,
ayant le Rhin à leurgauche
, & les Montagnes qui ferrent
d'affez pres ce Fleuve , à
leur droite , avec un grand Retranchement
devant eux , fait
depuis longtemps par des Païfans.
Mr le Mareſchal refolut
Kv
226 MERCURE
Y
cependant de les attaquer,mais
ils ne l'attendirent pas; &comme
ils décamperent fort viſte,
& qu'on ne pouvoit aller à eux
que par un Défilé, on ne joignit
leur Arrieregarde qu'à un
Village où paſſoit un Ruiſſeau
aſſez difficile, qui avoit un Pont.
Les Dragons mirent pied å terre
de l'autre coſté , & firentun
tres-grand feu ſur ce qu'ils virent
paroiſtre.Pluſieurs Fuyards
ſe jetterent dans le Ruiſſeau , &
leur déroute fut grande. On
n'en a point eu le détail , parce
qu'onn'en demeura point fur le
lieu pour examiner leur perte.
Monfieur le Mareſchal ayant
appris que ces Troupes eſtoient
ſoûtenuës par dix autres Regimens
qui venoient d'arriver à
Lauffembourg où leur Camp
fut apperçeu , ne jugea point à
propos
GALANT. 227
propos de les pourſuivre. Monſieur
de Ranes s'avança un peu
trop , & fut tué dans le temps
queMonfieur le Duc de la Ferté
luy portoit l'ordre de ſe retirer.
Il eſtoit Lieutenant General,
& Colonel des Dragons . Sa
mort laiſſe beaucoup de deſolation
dans ſa Famille qui eſt trèsconſidérable,
& on ne le regrette
pas moins à la Cour que dans
l'Armée . Il avoit eſté Cornette
desChevaux- Legers dela Garde
, & Gouverneur d'Alençon.
Mr. le Comte de Teſſe furblefſé
dans le meſme temps d'un
coup qui luy traverſe la cuiſſe.
Monfieur de la Mote Exempt
des Gardes,répondit à l'opinion
qu'il avoit fait concevoir de ſa
bravoure. Il commandoit un Détachementde
cinquante Carabiniers
, & la maniere vigoureuſe
228 MERCURE
reuſe dont on le vit agir à leur
teſte luy attira beaucoup de
loüanges de Monfieur le Mareſchal.
Nous ne perdimes pas
fix Perſonnes dans cette Attaque
;& comme nous ne pourvons
ſçavoir la perte des Ennemis
que par eux - meſmes , je
crois qu'ils ne feront pas de ſi
bonne - foy que nous là - deffus
; mais au moins ils ne ſçauroient
nier que nous ne vivions
aleurs dépens , & furleurs Terres
en Allemagne, en Catalogne
&en Flandres , & qu'ils n'ayent
ſeuls beſoin du repos que le
Roy veut bien donner à l'Eu-
горе.
MonfieurleDuc de S.Aignan
eſt Autheur de la premiere des
Enigmes du dernier Mois. Le
vray Mot en a eſté trouvé par
Monfieur Giffon , de l'Académie
GALANT. 229
1
mie Royale d'Arles , qui en a
donné l'explication qui ſuit. Il
eſtoit bien juſte qu'un Membre
de cet Illuſtre Corps reflechiſt
fur l'Ouvrage de fon Prote-
Eteur.
A
La corde d'un Puits deux Seaux
quiſont pendus ,
Sont ces Voisins qui sefont niche.
Le Seau vuide est le pauvre, &leplein
est leriche.
Partout le monde its font & pleins &
répandus ,
Aux Sceaux de la Chancellerie,
Par un destin fortuné
Lemesme nom est donné ;
Mais ceux de la Ménagerie
Au fonds d'un Puits Sombrement ſont
nichez ,
Et n'ensont jamais arrachez
Que force eau n'en degoute,&c'est leur
pleurerie.
Sansfaire aucun naufrage ils plongent
danslePuits.
Ils n'ont ny pieds , ny bras , ny
peste ,
E
230
MERCURE
Etdans le Puits fur tout de l'Hostel où
jesuis ,
Dés qu'un Voisin afait , l'autre àpuiſer
s'apreste.
Ceux qui ont trouvé ce meſme
Mot du Seau, font Meſſieurs
le Comte de la Coſiere ; Du
Breüil , de Paris : De Chantoiſeau
: Aubin : Teſmier , Subſtitut
du Procureur du Roy à la
Rochelle : Cohon : Foyneau ,
Sous -Chantre de Vannes:L'VItramontin
: L'Anonyme , de
Roien:Droſny : Fontenay : Madame
la Marquiſe de Chabrillan:
Madame du Clos-le- Roy,de
Sens: Meſdemoiſelles Vrſule de
Mante : Ragueneau , de Bordeaux
: & Penavaly,de Breſt en
Bretagne : Le beau Tenébreux :
Linviſible : L'Italien , de la Ruë
Quinquempoix : Mon humeur
plaiſt , mais elle enteſte : Sans
vous
GALANT.
231
vous je n'aime rien : Les Fauvetes
à teſte noire de Clignancour
: La jeune Blanchiſſeuſe
du Port de Neüilly : La Societé
Cloiſtrée de Paris : La Belle
mélancolique : L'Enjoüée : La
belle N. P. de la Rue Grenier
SaintLazare : & Meffieurs l'Abbé
Deſgres proche Caën,& de
Bollain Capitaine dans Picardie.
Ces trois derniers en ont
envoyé l'Explication en Vers.
Vous trouverez celle de la ſeconde
Enigme das ce Madrigal .
Acré Lit on naiffent nos Loix,
Autel au pied de qui tremble toute la
Terre, [nerre ,
D'eucontre lesMéchansſe lance leTon-
Trône , où l'on voit briller le plus grand
denosRoys,
Que vous estes auguste ,
Eſtant remplyparun Princesijufte,
Et qui par ſaſageſfe &ses travaux divers
Méritede remplir celuy de l'Univers.
Cette
232 MERCURE
Cette meſme Enigme a eſté
expliquée ſur le Trône , qui eſtle
vray Mot , par Meſſieurs Neveu
Deſbourrée , du Carfour S. Barthelemy
; Foreſt , de Beauvais ;
Laſſon le jeune , Medecin de
Châlons enChampagne ; Monſieur
Jourdan de la Salle , Chanoine
de Troyes ; Geoffroy le
jeune ; Berthon , Chanoine de
la Cathédrale de Rhelounac
en Velay ; dela Barre, de Roüen;
Beroult , Medecin de Conches;
Leſcarde ; Voiſvenel ; de Vaudrival
, Baillyde S. Valery ; Bonnet
de Vaux & de Silvecane
Fils ( ces deux derniersen Vers; )
Madame la Comteffe de S. Pol;
Mademoiselle de Quenet ; Mé-"
leagre ; Le Celeſte Allobroge ;
& l'Amante def-intéreſſée , de
Montauban .
Ceux qui ont expliqué les
deux,
GALANT .
233
deux font Meffieurs Giffon ;
Germain , Preſtre de Caën , en
Vers ; Rouſſel , Aumoſnier ordinaire
du Roy, De la Barre, S du
Pleffis , Conſeiller àChinon ; Miconet
, Avocat à Châlons fur
Saône ; Nicolaif Nippuoh ; Le
Chevalier de Marles ; Roland,
Avocat àRheims ; De la Croiſiere
, de Chauny en Picardie ; Lagrené
de Vrilly ; Meſdemoiselles
Laurens la jeune , de Roüen;
Andry de l'Iſle; De la Foffe , de
Chinon ; La Salamandre en liberté
; Un Chanoine de S. Victor
; La belle Voix du Quartier
S.Sauveur ; & les trois Matadors.
Pluſieurs ont expliqué le Trônefur
la Monnoye , l'Hermine , le
Carreau à s'agenoüiller , l'or , le
Sceptre, &la Couronne.
Les Divers Mots qui ont eſté
donnez au Seau,fontun Vaisseau,
une
234 MERCURE
une Ligne à peſcher , un Glaçon,
l'Huiſtre à l'Ecaille , un Tonneau ,
une Bouteille de Vin , un Flacon,
le Ionc ,un Gouvernail , la Boule,
&la Lampe.
Voicy deux nouvelles Enigmes.
Monfieur Gardien Secretaire
du Roy, a fait la premiere .
L'autre eſt d'une Perſonne de
qualité.
ENIGME.
Avec une tefte affez groſſe, D'un pied je me tiens fans effort.
Bien que petit de taille , & rien moins
qu'un Coloffe ,
I'ayquelquefois terraſſé leplusfort.
Quoy que jefois dans l'impuiſſance
Defaire unseul pas pour marcher ,
Ie viens pourtant tou ours en grandediligence;
Mais qui me veut , peut me venir
chercher. De
GALANT.
235
ail
Detelsdont j'estois les delices,
Etqui m'avoient ouvert leur coeur,
Is n'ay que trop ſouvent fait de grands
Sacrifices,
Pourm'avoirpris dansma mauvaiſe
humeur..
Cherchez; tâchez deme comprendre;
Mais quand vousm'aurez deviné,
Ames Freres bastards gardez de vous
méprendre,
C'est un coup seûr d'en eftre afſaffiné.
AUTRE ENIGME .
ON me voit millefois renaiſtre pour
mourir; [vivre
Maisadmirez monſort, celuy que jefais
Est celuy qui me fait périr;
Et celuy qui me livre
Ace Dénaturéqui me prive du jour,
Asa Philis Sans moy feroit fort malfa
cour.
Chezquelques Gens pourtant je deviens
grande&belle ,
Etje profite àtout moment.
Iln'en estpas ainſiquad jeſuis en Ruelle.
Magrandeur en ce lieu déplaît infinimēt.
Ces
236 MERCURE
Ces diferentes Explications
ont eſté données à l'Enigme
d'Antée & d'Hercule .Meſſieurs
Giffon , & Poulain Armateurde
la Ciutat , la Paix Generale ;
Deſnots , Rouffel , & l'Abbé
Deſgres , les Victoires du Roy fur
lesEnnemis ;Miconet , &Geof
froy le jeune , la Guerre étoufée
par Sa Majesté; De Chantoiſeau,
la Hollandeſejettant dans
lesbras du Roy ; De la Gueriniere
, &le Brun , de Lyon , la Poudre
, Betuland , de Rafens ; De
Villefroy , de Soiffons ; Mademoifelle
de la Salle , de Blois ; &
M'de C. N. T. N. I. la Mine ;
L'Abbé Planeau , & le Chevalier
de Clairville , la Fusée ; Cohon
, le Tonnerre ; Dela Barre ,
Sr. du Pieffis , NicolaifNippuoh;
Le Chevalier de la Heronne ,
& la Salamandre en liberté ,
Le

LE SERPENT-DEPIDA/REENIGME
GALANT.
237
LeJet d'Eau ; Boudet , Conſeiller
du Roy , & Commiſſaire pour
les Depeſches ; un Chanoine
de S. Victor , & la belle Solitaire
de l'Iſtme, le Soleil & la Nuée;
Charmoluë , Doyen de S. Clement
de Compiegne , De Venval;
Le Brave Ardennois ; La
ſpirituelle Mélancolique ; & l'Anonime
de Roüen , l'exhalai-
Son ouvapeurde la Terre diſſipée
par le Soleil; Beroult & Roland,
un Arbre arraché de terre par
le vent , Garreau , le Poiſſonfortant
de l'eau ; Panthot , Docteur
& Profeſſeur en Medecine à
Lyon , Le Triomphe de la Raiſon
fur les Paſſions humaines ; Bonnet
de Vaux , le Poëme Epique ; De
l'Arbriſſeau & le faux Criſante
, le Balon ; Neveu Defbourrée
, l'Alambic; Des Bois ,
la Greffe ; Robert , de Châ
lons
238 MERCURE
lons en Champagne , un Preffoir
; La Croiſiere , une Fleur
cueillie ; Derard , une Pompeà
tirer de l'eau ; Berthon Chanoine,
la Fontaine; Rault,de Roüen,
le Malcaduc ; en Vers ; Meſdemoiſelles
Mercés l'aiſnée , &
Odinet , l'Air ; Veronneau , de
Blois , l'eau forte ; Ursule , de
Mante , le Carcan ; Le Contemplatif,
&le Solitaire de l'Oratoire
, la Vertu triomphante du Vice;
Le Solitaire de Pontoiſe , la Grace
victorieuse,en Vers; Juvenal le
Cadet , le Chardon quifuffoque le
Bled; Linus , Berger de Loches ,
un Joücur de Muſete ; Le beau
Tenébreux ; Le petit Bon de la
Bonne ; & Mon humeur plaiſt,
mais elle enteſte , le Feu , ou la
Bombe ; Lifandre , le Cachet , en
Vers ; La belle Voix du Quartier
S. Sauveur , le Paveur , ou
5 le
GALANT.
239
1
le Bucheron. Meſſieurs Laſſon le
- jeune , & du Mont Avocat à
Chaumont , en ont trouvé le
vray ſens , en l'expliquant ſur
l'Ayman. Hercule eut la force
- d'enlever Antée en l'air, malgré
-ſes quarate coudées de hauteur.
Rien ne repreſente mieux celle
de l'Ayman qui attire le Fer ,
quoy que lourd.Le Fer naiſt das
_ les entrailles de la Terre,& Antée
en eſtoit le Fils. La victoire
d'Hercule qui l'étoufa , n'eſt
point icy à conſidérer , mais la
ſeule action repreſentée dans le
Tableau , qui eſt , d'Antée tenu
en l'air par Hercule.
Il s'agit preſentement de ſçavoir
ce que veut dire le Serpent
d'Epidaure que je vous envoye.
Les Romains eſtant affligez de
peſte , députerent à Epidaure
pourimplorer le ſecoursd'Eſculape,
240 MERCURE
lape , honoré fingulièrement
dans un Temple de cette Ville.
Les Ambaſſadeurs y ayant eſté
conduits , Efculape parut ſous
la figure d'un Serpent qui ſe
gliſſa dans leur Vaiſſeau. Il fut
mené & reçeu àRome avec une
pompe & une joye extraordinaire
, allant par les Ruës , &
guériſſant par tout les Malades.
Tont cela eſt repreſenté dans
ce Tableau . Les Magiſtrats qui
luy jettent des fleurs, marquent
la pompe de ſa reception. Les
Mimes , Pantomimes , & autres
Joüeurs d'Inſtrumens , font connoiſtre
la joye qu'on eut de fon
arrivée,& les Malades vous ſont
figurez par ces Languiſſans couchez
par terre.
Il s'eſt fait un Mariage à faint
Germain , que je ne vous puis
laiſſer ignorer. Monfieur Cour
tin,
GALANT.
241
tin, Seigneur du Sauſſoy,Ecuyer
du Roy, y épouſa ces jours pafſez
Mademoiſelle de Keſer, d'une
des bõnes Familles de Gand.
Elle a eſté élevée depuis trois
ou quatre ans aupres de Madame
de Monteſpan , où elle a fi
bien fait connoiſtre ſon mérite,
qu'elle en a acquis l'eſtime & la
bienveillance de toute la Cour.
Madame Courtin qui eſt Fille
de feu Monfieur de Lafemas ,
autrefois Lieutenant Civil , &
mort Doyen des Maiſtres des
Requeſtes, ayant ſçeu le deſſein
que Monfieur du Sauſſoy fon
Fils avoit pour cette aimable
Perſonne , entra dans ſes ſentimens,
& Monfieur de Gramont
Védeau Conſeiller au Parlement,
fut choiſydans la Famille
pour en aller faire la Demande,
& fuplier en ſuite le Roy de
Iuillet. L
242
MERCURE
vouloir luy accorder ſon agrément
& ſa ſignature. Il eſt Fils
de Monfieur Védeau , qui s'eſt
acquis tant de réputation dans
ce meſme Corps où il eſtoit
Conſeiller, &qui ſoûtint la qualité
de Colonel General de la
Ville avec un éclat extraordinaire
, quand la Reyne de Suede
fit ſon Entrée àParis. Cette
Commiſſion ne pouvoit eſtre
donnée à une Perſonne plus capable
de s'en bien tirer. Le
prompt ſuccés fit connoiſtre
combien la Demande de Monſieurde
Granmont fut agreable
& par elle meſme, & par la maniere
dont elle fut faite. Il reçeut
les congratulations de toute
la Cour , fur ce que le Roy
luy fit l'honneur de luy dire ,
qu'il ſe ſouvenoit que Monfieur
de Védeau fon Pere , mort depuis
GALANT.
243
1
e
2
puis vingt- ans , avoit eſté l'un
des trois Colonels de Paris qui
l'eſtoient venus conjurer d'y
rentrer apres l'affaire des Baricades,
& qu'il l'avoit bien ſervy.
On peut connoiſtre par là que
I le temps n'oſte point de la memoire
de ce grand Monarque,
ceux qui s'acquitent de leur devoir
avec zele. La Mariée & les
Dames de la Nôce , qui estoient
Madame Courtin , Madame de
Granmont , & Mademoiselle
Courtin , eurent l'avantage de
diſner avec Monfieur le Duc
du Maine & Madame de Monteſpan,
chez Madame de Monteſpanmeſme.
Les Hommes difnerent
chez Monfieur du Maine.
Les Mariez furent amenez
l'apreſdînée chez Madame
Courtin dans les Carroſſes de ce
jeune Prince , par Madame
L. ij
244
MERCURE
Lambert, de la part de Madame
de Monteſpan.
On ne fait que m'avertir preſentement
que dans ma Lettre
du Mois de Janvier , pag. 172 .
j'ay donné le nom de Monfieur
Blanque au Lieutenant Colonel
du Regiment de Roüergue. Il
s'apelle MonfieurPlanque C'eſt
un Gentilhomme de Montpellier
, conſidérable par ſes ſervices.
Il eſt difficile que je ne
tombe ſouvent dans cette fortede
faute , par la négligence
de ceux dont les caracteres font
mal formez dans les noms propres.
On a'pris tantde plaifir à parler
de la Reception qui a efté
faite à Caën à Madamela Dncheſſe
deToſcane,quej'en viens
de recevoir une ſeconde Relation
meſlée de Vers & de Profe.
Elle
GALANT. 245
Elle eſt de Mr.des Avaris . Il luy a
donné un tour fort galant ; mais
quoy qu'elle ſoit replie de parti-
#cularitez que vous ne trouverez
7 point dans ce que je vous en ay
déja dit , j'aurois trop de choſes
à vous repeter, ſi je vous en faifois
encor icy un Article. La ma-
☑tiere m'accable toûjours quand
je finis . Monfieur le Marefchal
de Créquy a remporté de nouveaux
avantages en Allemagne .
Meſſieurs les Ducs de Rohan &
de Villars ſe ſontmariez;& Monſieur
Defimaretz a eſté choiſy
par le Roy pour remplir la place
d'Intendant des Finances qu'avoit
feu Monfieur Marin. Voila
bien des chofes conſidérables;
mais le temps me preſſe ſi fort,
I

que je ne puis aujourd'huy que
vous en promettre les particularitez
pour le premier Mois . J'y
Lij
246 MERCURE
joindray'une fort agreable Galaterie
qui a pourtitre,L'ordrede la
libertédes Coeurs. Je vousay déja
aſſurée deux fois dela Paix.Cela
marque la bonne-foy dela Fran.
ce. Elle compte pour fait ce qui
eſt conclu ; mais les autres Na--
tions quiluy cedent en tout,veulent
encor luy ceder ſur l'exatitude
avec laquelle elle tient
toûjours parole. Le jour de la
conſommation de ce grand Ouvrage
eſtant arrivé,on ademandé
au Roy ce qu'il a promis,ſans
vouloir executer ce qu'on ſçait
qui a donné lieu à ſes promeſſes.
Il s'eſt fait des loix à luy-meſime
pour faciliter à ſes Ennemis le
repos dont ils ont beſoin , & ils
veulent qu'il s'aſſujettiſſe à ces
Loix fans entrer dans les conditions
qui les peuvent rendre valables.
Ainſi quand ils manquent
feuls
GALANT. 247
1
k
!
ſeuls de parole, ils tâchentde faire
ſoupçonner la fincerité des
intentions de ſa Majesté . C'eſt
une injure dont le Roy auroit
d'autant plus de lieu de faire
éclater ſon reſſentiment,qu'il eſt
en eſtat d'agir par tout , & que
les continuels avantages qu'il
remporte en Allemagne, luy répondent
de tout ce qu'on peut
attendre des Armes. Cependant
au lieu de s'en ſervir , ſa modération
eſt telle , qu'il ne ſe ſert
que de raiſons contre ceux qui
cherchent à prévenir les crédules.
Elles font voir qu'il n'apporte
aucun obſtacle à l'execution
d'un Traité ſi avantageux
à tous les Peuples , & prouvent
qu'en de pareilles occafions
on n'en a jamais ufé autrement
qu'il fait. Le Mémoire
délivré aux Ambaſſadeurs
des,
248
MERCURE

des Etats Genéraux , & imprimé
à Paris , explique beaucoup
mieux ſes raiſons que je
ne pourrois faire. Remarquez
je vous prie une choſe. Vingt
Princes Souverains ne fongent
qu'à leurs intereſts particuliers,
au lieu de ſonger à ceux de
l'Europe , & le Roy ne s'attache
qu'au feul repos de l'Europe
, ſans aucun égard à ſes
interefts. Il ne faut pas trop
de penetration d'eſprit pour
voir ce qui arreſte la Paix. Il
y a des Princes qui ne ſçauroient
commander que pendant
la Guerre , & elle ne ſcauroit
trop durer pour eux. Je
fuis voſtre , &c.
AParis le 31. Iuillet 1678.
Je
GALANT . 249
Je r'ouvre ma Lettre , pour
vous dire que Monfieur le Mareſchal
de Créquy a pris le Fort
de Kiel l'Epée à la main , &
s'eſt rendu maiſtre du Pont de
Strasbourg.
FIN
10THEQUE
BI
*
1893
*
Ndonneraun VolumeduMer-
Οcure Galant le fixiéme jour de
chaque Mois ſans aucun retardement,
& un Extraordinaire tous les trois
Mois. Tous les Volumes de l'année
1678. à commencer par celuy de Janvier
, ne ſe donneront plus à l'avenir,
chez le ſieur Amaulry Libraire à
Lyon , relié , qu'au prix de vingt ſols.
Lesdix Volumes de l'année 1677. fe
donneront toûjours auprix ordinaire,
c'eſt àdire douze ſols relié.
Le premier Extraordinaire ſe donnera
auſſi aumeſme prix de trente ſols
relié,bien qu'il ſoit marqué cinquante
fols.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le