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1678, 06 (Lyon)
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807156
MERCURE
GALANT.
DELA
Juin 1678 .
COUE
DE LA
VILLE
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere.
M. DC. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A
MONSEIGNEUR'
LE
DAUPHIN.
ONSEIGNEUR ,
Lemesme qui a déja donné la
parole aux Chevaux dont vous
vous ſervez dans vos Exercices ,
met aujourd'huy l'Epée en converſation
avec le Fleuret. Lafi-
Etion est ingénieuse, & comme elle
a ij
EPISTR E.
regarde vostre gloire , j'ay crûque
vous ne deſaprouveriez pas que je
lafißeparoiftre à lateste de ceVolume.
Ellefupléera , MONSEIGNEUR
, à ce que je fens bien
que je ne vous diray jamais qu'imparfaitement,
puis que l'admiration
que j'ay pour vos grandes
Qualitezne me laiſſe point trouver
de termes qui ne ſoient beaucoup
au deffous de ce que je pense.
L'oferay vous dire cependant , que
quoy qu'elle aille au delà des plus
fortes expreſſions que mon zele me
puiſſe fournir,elle ne peut qu'égaler
la profonde ſoûmiſſion avec laquelle
jefuis ,
MONSEIGNEUR
,
Voſtre tres-humble & tresobeïffant
Serviteur, D.
1
DIALOGUE
DU FLEURET,
ET DE L'EPE'E .
LE FLEVRET,
Julqu'icy
mon amour n'a voulu vous
riendire ,
Une diſcrete ardeur a retenu ma voix,
15 Et ſi devant vous je ſoûpire,
C'eſt que j'ay maintenant plus d'orgueil
qu'autrefois.
L'EPEE.
D'où vous vient cet orgüeil , Amant
qu'on doit peu craindre ,
Joüet d'une valeur qui cherche à s'expliquer,
Guerriers qui ne ſçavez que feindre
,
Avec ſi peu de coeur oſez-vous m'attaquer?
LE FLEVRET.
Quoy que de ce tranchant qui vous
rend ſi terrible ,
ā iij
Je doive apréhender l'éclat victorieux,
Quoy que je vous ſcache invincible
,
Je ne puis m'empeſcher de vous fuivre
en tous lieux.
L'EPEE.
Quoy juſques aux douceurs votre amour
vous engage ?
Mille Sabres dorez couverts de Diamans
,
M'ont fait offre de leur hommage, 1
Mais je n'ay point reçeu les voeux de
ces Amans .
LE FLEVRET.
Il n'eſt point ſous le Ciel de Sabre qui
m'égale ,
J'ay bien changé de rang depuis cinq
ou fix mois.
Je dominois dans une Sale,
Et je regne aujourd'huy dans le Palais
desRois.
L'EPEE.
Ce haut degré d'honneur où vous met
la Fortune,
redouter ;
Ne peut dans les Combats vous faire
Et
Et quand voſtre amour m'importune,
Pour un peu de bonheur dois- je vous
écouter ?
LE FLEVRET.
Je fais les premiers traits d'un Maiſtre
de laTerre,
Je mene à des Lauriers ſa valeur que
j'inſtruis.
Le plus ſuperbe Cimeterre
S'eſtimeroit heureux d'eſtre ce que je
fuis.
L'EPE'E.
Quel eſt donc ce Héros dont vous formez
l'adreſſe ,
Et de qui le grand coeur s'affermit ſous
vos Loix ?
J'écouteray voſtre tendreſſe,
Si par un digne employ vous méritez
mon choix.
LE FLEVRET.
J'éleve un jeune Prince au ſein de la
Victoire ,
Et quand je le diſpoſe à donner de
grands coups,
Je travaille pour voſtre gloire,
Et prépare fon Bras à ſe ſervir de
yous,
a iiij
L'EPE'E.
a
Vous me faites valoir un fort petit
ſervice ;
L
L'adreſſe qu'a ce Prince, il la tient de
fon coeur ,
C'eſt un inutile exercice ,
Aqui vient tout dreſſé par ſa propre
valeur.
LE FLEVRET.
Il eſt vray , mais par moy ſa force in
génieuſe,
Connoift d'un Ennemy l'endroit qu'il
faut fraper ;
Et cette Main victorieuſe ,
Jay du moins avant vous l'honneur
del'occuper.
L'EPEE.
Je vous en ſçaybon gré , Fleuret incomparable
;
Si quelque jour ce Prince aux Combats
excité
Fait luire mon fer redoutable ,
Je vous devray l'honneur qu'il aura
merité.
LE
FLEVRET.
Je trouve dans ſon Bras une force invincible,
Propre
Propre à rompre un Party, propre à le
terraffer ,
Aporter un coup infaillible
Sur l'heureux Ennemy qu'il daignera
pouffer.
L'EPEE.
Que vous m'eſtes utile !&que voſtre
afſiſtance
Me perfuade bien que mon fort ſera
beau !
Je meurs icy d'impatience
Que ſon Auguſte Main me tire du
fourreau.
LE FLEVRET.
Attendez , dans ce Prince on voit approcher
l'âge
Qui ledoit délivrer de mes foins fuper-
Aus.
Au premier feu de fon courage
Vous ferez en faveur , & je n'y ſeray
plus.
L'EPEE.
Dans un gros d'Escadrons quand ſes.
Mains échauffées
Me rougiront du fang des Ennemis.
défaits ,
Dansmagloire&dans mes trophées
Je me reſſouviendray toûjours de vos
bienfaits.
LE FLEVRET.
Dés que vous paroiſtrez , d'abord je
me retire , :
Et de quelque façon que ceffe mon
bonheur,
Toûjours ſoumis à vôtre empire,
Pour vous qui m'enflamez j'auray la
meſme ardeur.
T
M. DU MATHA D'EMERY,
deBordeaux.
PREFACE,
Ο
PREFAC F.
N demande des éclairciſſemens
fur bien des choſes qu'on trouvera
en lifant la Préface de l'Extraordinaire.
On eſt contraint d'y renvoyer
ceux qui par leur Lettres témoignent
avoir quelques doutes , afin de n'ennuyer
pas le Public en répetant ce
qu'on a déja dit pluſieurs fois. Cette
Préface , & celles qu'on a miſes jufqu'icy
dans les divers Tomes du Mercure
, ſont plus neceflaires qu'on ne
les croit dans les autres Livres , à cau-'
fe du commerce que les Nouvelles
qu'on luy envoye luy font avoir avec
tout le monde ; & que ne répondant
quepar là aux Lettres qu'il reçoit ,
aux choſes qu'on luy demande , ceux
qui négligent de les voir ne sçauroient
eſtre éclaircis de leurs fcrupules. On
priede nouveau, qu'on ne s'impatiente
point pour les Hiſtoires & pour les
Enigmes , chacun peut s'aſſurer qu'il
&
aura fon tour. Quant aux Articles du
Mois,
PREFACE.
Mois, ce qu'on reçoit dans les cinq ou
fix derniers jours ne peut que difficilement
eſtre mis. Si ceux qui envoyent
des Airs avoient pris ſoin de les faire
donner par quelque Amy capable d'en
voir les épreuves,comme ils en avoiét
eſte priez , on ne ſeroit point emba- -
raffé pour ſçavoir ſi onpeut ſe ſervir
de ceux qui reſtent ,& on s'adreſſeroit
à eux pour eſtre aſſuré qu'ils fuſſent
demeurez nouveaux , car les Maiſtres
qui ne les voyent point dans le premier
Mercure qui paroiſt , les font
chanter le plus ſouvent dans la pensée
ou qu'on ne les a pas reçeus , ou
qu'on n'a pas voulu leur donner place,
& il eſt fâcheux de donner en ſuite
pour nouveau ce qui a ceſſé de l'eſtre
par cette raiſon. Le Public témoigne
ſouhaiter des Lettres ſur toute forte de
matieres.Ainſi quand on enrecevra de
belles , on les mettra dans l'Extraordinaire
; & ceux qui feront bien aiſes
qu'elles y paroiffent , prendront la
peine de les travailler , rien ne les
obligeant à les faire avec précipi
tation. Quoy que l'Extraordinaire
qu'on
PREFACE.
>
1
1
qu'on a déja veu , ait eu beaucoup de
fuccés,celuy qui ſera'donné le 30.Juillet
pour le remettre dans les Quartiers.
ſerad'une autre maniere , c'eſt à dire
qu'il ſera plus remply d'Hiſtoires &
d'autres Ouvrages , afin que la diverſité
des matieres y meſle par tout l'agrément
de la nouveauté. Ony verra
des Feſtes Etrangeres , dont les Defſeins
feront curieux , & on n'oubliera
pas de fort galantes réponſes ſur
la queſtion galante proposée dans
le premier Extraordinaire. Je ne dis
rien de l'Hiſtoire Enigmatique , on
fçait qu'elle n'a pu fournir qu'à de
ſcavantes Explications.On dõnera des
Sujets nouveauxd'exercer l'eſprit dans
celuy du 30. Juillet. On ne ſçauroit
trop recommander d'adreſſer toûjours
ſes Lettres au Sieur Amaulry ; celles
qu'on adreſſe ailleurs ne font preſque
jamais reçeuës. On a dit beaucoupde
choſes dans deux Mercures touchant
la pensée qu'ona , que l'Arc de
Rheims a eſté dreſſe en l'honneur
de Jules Céſar. Ily aura dans l'Extraordinaire
un Diſcours tout remply
d'éru
PREFACE .
d'érudition , d'un tres-fçavant Homme
qui eſt d'un ſentiment contraire.
Si on trouve icy une ſeconde Relation
de la priſe de Leuve , on ne doit
point en eſtre ſurpris. C'eſt le morceau
d'Hiſtoire le plus exact & le
plus curieux qu'on ait veu depuis fort
longtemps ; & tant de Gens du Meſtier
ont conſeillé de le mettre , qu'on
n'a pû douter qu'on ne priſt plaiſir à
le lire , ſçachant qu'il ne contient
rien que de veritable.
LE
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Vous de
Ous vousplaignez, cher Lecteurs
ceque vous n'avezpas veu dans
Le dernier Mercure de May un Avis
avec une listedes Livres Nouveaux; ne
vous en prenez pas àmoy , carmalbeureuſement
il fut perdu en le portant chez
l'Imprimeur ſans que je l'ayeſceu. Mais
afinde vous tenirparole envousdonnant
tous les mois une liste nouvelle , je distingueray
le Mois de May,d'avec celuy de
Iuin.Vousy trouverezbeaucoup de Nouveautez,
ce qui vous empeſchera de gronder,
vom promettant que cela n'arrivera
plus. le puis me plaindre aussi à mon
tour, de ce que plufieurs Perſonnes,tant
horsde France qu'en Francem'envoyent
journellement des paquets de Lettres qui
neſont pointfranches du port : cela iroit
au bout de l'Annéeà une grandeſomme
jeferois obligéde rencherir le Mercu
refi cela continuoit: Mais comme jeveux
BLOUS
vous tenir parole en ne le rencheriſſant
plusdu tout, c'est que ceux qui envoyeront
des pieces,tant pour le Mercure que
pour l'Extraordinaire dudit Mercure,sõt
priezd'affrachir leurs paquets & lettres,
autremet ils neſerōtpoint rendus àl'Autheur
dudit Mercure. Onprie auffi ceux
quiſont dans lespetites Villes,de prendre
garde àqui ils affranchiſſent , puiſque
tousles jours ceux qui écrivent mettent
port payé, & cependant ceux àqui ils
payent leport,n'envoyent point l'argent
au Maistre de la Poste , ce qui fait que
l'on me fait payer le port une ſeconde
fois. C'est à quoy je prie bien le Lecteur
deprendregarde. Pour ceux qui affranohiront
les ports ,ils n'ont que faire dese
mettre en peine de leurs ouvrages, carils
feront tous rendus tres fidellemêt àl'Antheur
dudit Mercure , auſſi toſt que je
les auray receus , & ainſi ils pourront
remarquer leur ouvrage dans le Mercu
re, ou dans l'Extraordinaire.
Iecroyque vous aurez appris que l'on
donne à preſent l'Extraordinaire du
Mercure Galant,à Lyon pour 30. fols.
Tous les Volumes de l'Année 1.678 ...
De
A
ſevendront toûjours 20. fols le Volume,
acommencer par celuy de Ianvier , &
ceux de 1677. fe donneront auffi toû
jours pour 12. fols le Volume. L'on continuë
auffi toutes les Semaines à diſtribuer
le Iournal des Sçavans.
Livres Nouveaux du Mois de May.
V
Ie de Jeſus-Chriſt , par M. l'Abbé
S. Real. 4...
Defence de l'Ancienne Tradition des
Egliſes de France , 12 .
Aſtrée, 12. 2. vol. Nouvelle Traduction.
Relation des deux Campagnes deM.
de Turenne, 12. 2. vol.
Methodus Historiarum Anatomico-Medicarum,
12 .
I
Livres Nouveauxdu Mois de Iuin.
Olande Sicilienne deM. dePrechat
Autheur de l'Heroine Mouſquetaire,
12. 2. vol .
Comte d'Eſſex Hiſtoire Angloiſe, 12 .
2.vol.
Hiſtoire de D.Quichot de la Manche.
Traduction nouvelle 3.& 4. volume.
me. L'on trouve auſſi dans la meſme
Boutique les 2. premiers volumes.
Le quatriéme & dernier Tome de
l'Heroine Mouſquetaire 12. l'on a
auſſi les trois premiers , avec
Advanture d'Italie, 12.
Priſon, 12 .
Les Penſées dans les
Offices de Rome, 12 .
Zde M. Daf
Les PreceptesGalans de M. Ferrier 12 .
Nouvelles & faciles Inſtructions pour
Réunir les Eglifes Pretenduës Reformées,
12.
Hiſtoire du Grand Schiſme d'Occident,
4. du Pere Mainbourg.
Reflexions Chreſtiennes ſur les plus
beaux principes de la Morale, 12 .
Maximes de Madame la Marquiſe de
Sablé, 12 .
Confolateur Chreſtien, ou Recueil de
Lettres, 12 .
Fables d'Eſope 12. par M. de Benferade
avec figures.
Advent du Pere Daffier, 8.
Vie de S. Ambroiſe par M. Herman,
4. 2. vol.
Hiſtoire des Sevarambes, 12. 4.vol.
TABLE
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume .
Avant-propos fur le sujet de la2
Nouvelles pensées ſur l'Arc de Triomphedécouvert
àRheims,
L'Amour bleſſfé, Idille,
L'Heureux infortuné,Histoire,
Airnouveau,
16
25
32
46
Nouvelle Relation de la prise de Leuve,
avec des circonstances qui n'ontpoint
efté ſçenës, 50. Sonnet, 70
La lonquille, 71
Galanteriefaiteà Ath, 75
Mariage de M. de Launay & de M.
Trevegat , riche Heritiere de Bretagne,
79
Histoire des Faux Cheveux, 8;
Mortde Madame la Princeſſe de Monaco,
28
Mort de Mademoiselle de Maiſons, 104
Stances fur la Vanité du Monde, 108
Air Nouveau, III
LeMary Patiffier, Histoire, 112
Madri
TABLE.
Madrigal, 120
LeRoy établit au Louvre deux Peres
Capucins tres-fçavans en Medecine,
121
Le Roy choisit quatre Perſonnes pour
remplir la Charge d'Organiſte ordinairedeSa
Chapelle , 125
Monfieur de Santeuil fait un Poëme à
la gloire de Monsieur le Chancellier,
lamefme.
Reception faite à Madame la DuchefſedeGuiſeàAlençon
,
Vers fur le sujet de la Paix,
Air Nouveau,
129
132
134
Divertiſſemens donnez par ceux qui ont
estéprendre des Eaux de Vichy , 135
Lettre de M. le Duc de S. Aignan au
Roy, 137
Mort de M. de Varangeville, Conseiller
au Parlement, 141
rique,
Mort Surprenante d'un Medecin Empi-
142
M. Chommeau, Fils deM. le Président
Betan , est receu Confeiller au Parlement,
144
MariagedeMademoiselle le Vaſſeur
deMonfieur d'Argouges , Marquis
de
TABLETQUE
deGratot,
deM. deRancy Mariage
L'Amant Commode ,
LYON
146
*189447
148
Magnificences faites par Madame la
Marquise de la Frézeliere dans ſon
Chafteau de Mons , 149
Mariage deM. le Mareſchal d'Estrades
&de Madame de Vertamont ,
153. Sonnet , 156
Relationde la prise de Puycerda , 157
Ce qui s'est passé àla Reception deM.
de Novion à la Charge de Premier
Prefident , 195
Ce qui s'est passé à l'Afſfemblée generale
des Etats d' Artois , 196
Réponſe du Roy à M. le Duc de Saint
Aignan A 201
Airàboire , 203
Explication de l'Enigme de la Flûteen
Vers, 204
Noms de tous ceuxqui ont trouvé le mot
de la Flute,
205
Explication de l'Enigme du Soleil en
vers, 207
Noms de ceux qui onttrouvé le mot de
l'Enigme du Soleil. 208
Noms de ceux qui ont trouvé le mot de
toutes
TABLE.
toutes les deux,
Enigme,
AntreEnigme,
ibid.
213
214
Divers sens donnez à l'Enigme d'Ino,
215
Enigme en Figure,
218
Monsieur l'Abbé Colbert prefche à
Sceaux, 219
Ce qui s'est passé en Allemagne pendant
lemois de Iuin, 221
MariagedeM. Manessier , &de Mademoiselle
de Saqueſpée, 226
Le Chien àlaMusette.. 228
Conclusion. 247
Fin de laTable.
EXTRAIT
EXTRAIT DV PRIVILEGE
duRoy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à S.
PGermain en Laye le 31. Decembre 1677.
Signé , Par le Roy en ſon Conſeil ,JUNQUIERES
. Il eſt permis à J. D. Ecuyer , Sieur de Vizé
, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour lapremiere fois : Comme auffi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre fans leconſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtreſur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678. Signé E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sicur de Vizé , a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour en
joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevéd'imprimer pour lapremiere fois le
50. Luini 1678.
1
EXTRAIT DV PRIVILEGE
de Monseigneur le Vice- Legat
d'Avignon.
P A
r grace & Privilege de Monſeigneur
l'Excellentiffime Vice-Legat ,il eſt permis
àTHOMAS AMA ULRY Libraire de Lyon d'imprimer
& debiter le Livre intitulé Le Mercure
Galand , avec l'Extraordinaire dudit Mercure
Galand , avecdeffences à tous autres d'imprimer
, vendre , ny debiter dans la Ville d'Avignon
& Comté Venaiſſin aucun Exemplaire
dudit Livre,même de ceux cy-devant imprimés ,
en tout ou en partie, que de l'impreſſion dudit
AMAULRY, pendant le temps de fix années, à
compterdu jour que chaque Volume ſera imprimé
pour la premiere fois, à peine de fix mil
livres d'amende , ainſi qu'il eſt plus amplement
porté à l'Original ; & le preſent Privi
lege eſt tenu pour deuëment ſignifié en mettant
un Extrait au preſent Livre. Signé
FR. NICOLINI Vice - Legat. Datré du
16. Avril 1678. Enregiſtré par FLORENT
Archeviſte.
MERCU
I
MERCURE
GALANT.
د
UEL embarras , Madame
& comment
fatisfaire à la parole
que je vous ay donnée
de vous entretenir de la
Paix ? La matiere eft grande, &
je ne l'enviſage point , que je
ne craigne auffitoſt d'en eſtre
accable. Il en eſt qui quoy que
belles , animent d'autant plus à
s'y étendre , qu'on fent bien
qu'on les peut encor embellir
en les mettant dans leur jour;
Iuin. A
.
2
MERCURE
د
:
-
mais il en eſt de ſi extraordi- -
naires , qu'on ne les entame jamais
qu'en tremblant parce
qu'on eſt convaincu qu'on ne
peut rien dire qui ne foit infiniment
au deſſous de ce qu'elles
donnent lieu de penſer. Telle
eſt la moderation du Roy. Il
eſtoit en état de vaincre tout, &
il a bien voulu arreſter le cours
de ſes Victoires pour offrir la
Paix à toute l'Europe , & luy faire
voir qu'il ne connoiſſoit point
de triomphe plus éclatant que
celuy qu'il eſtoit capable de
remporter ſur Luy - meſime.
Quand je dis qu'il eſtoit en
eftat de vaincre tout, je n'avance
rien dont il ne ſoit aiſée de
connoiſtre la verité.Si des Chefs
d'une grande experience , agiffant
fous des ordres qui ne conduiſent
pas moins ſeûrement à
la
GALANT.
3
_la Victoire que la Valeur ; Si de
nõbreuſes Troupes bien aguerries
& des Fonds aſſurez , peuvent
faire eſperer de vaincre
toûjours , quel autre que Loürs
LEGRAND pourroit dire qu'en
offrant la Paix, il abandonne les
Conqueſtes qu'il ſe voit aſſuré
de faire , Luy qui a rendu le fort
des Armes conſtant, d'incertain
qu'il eſtoit toûjours , & qui l'a
fixé pour Luy ? Quelle Puiffance
parmy toutes celles qui
luy ſont oppoſées eſt aujourd'huy
plus redoutable fur
Mer ? Il eſt le ſeul qu'on y
ait veu faire des Conqueſtesdepuis
que la Guerre a commencé
. Il eſt encor en état d'y en
faire , & toutes nos Coſtes font
remplies d'Armateurs , ou de
Gens qui demandent la permifmiſſion
d'armer. C'eſt ce quin'e-
A ij
4
MERCURE
ſtoit jamais arrivé en France.
Aufſi peut-on dire que jamais
Conquérantn'a conſenty àdonner
la Paix dans l'état où le Roy
ſe voit aujourd'huy . Qu'on life
nos Hiſtoires , on ne trouvera
point que nous ayons encor eu
tant& de fi bonnes Troupes fur
pied,ny qu'elles ayent êté ſi bien
payées . Les Fonds de la Guerre
ont toûjours eſté faits plus d'une
année avant l'ouverture de
chaque Căpagne,& on n'ignore
pas qu'ily en a toûjours eu de reſte
.Toutes chofes ont eſté ordőnées
de la même ſorte qu'elles
auroiết pû l'eſtre pendat la Paix .
La Guerre n'a point empeſché
le Roy de donner des Penſions
& des récompenfes , comme je
vous l'ay ſouvent marqué dans
les Lettres. Il a fait joüir ſa Cour
des divertiſſemens accoûtumez
pour
GALANT.
5
pour délaſſer les Guerriers qui
- l'avoient ſuivy dans ſes fatigues.
- Il a fait fleurir les beaux Arts
dans le Royaume, & enfin donné
des prix en pluſieurs endroits
à ceux qui les avoient meritez .
- Les Meubles , l'Argenterie , &
les Pierreries , qui ſous d'autres
Regnes ont fourny ſouvent aux
- frais de la Guerre , loin d'avoir
- diminué depuis fix ans qu'elle
dure , ont augmenté de beaucoup
, & le Roy s'eſt toûjours
trouvé en pouvoir d'en acquerir
, pendant que l'Eſpagne n'avoit
point d'autre reffſource pour
foûtenir cette meſme Guerre.
C'eſt neantmoins avec tous ces
avantages que le Roy veut bien
donner la Paix aux Peuples de
l'Europe qui en ont beſoin, tandis
que les Siens glorieux de ſes
Victoires qui font honneur àla
A iij
6 MERCURE
France auffi- bien qu'à ce grand
Monarque , ne luy demandent
pas qu'il daigne les interrompre
en leur faveur. Voyez d'ail-
Ieurs l'état des affaires . L'Angleterre
eſt diviſée . La priſe de
Gand, qui oblige les Hollandois
à tenir douze mille Hommes de
garniſondans leurs Places frontieres
, les empeſche de mettre
une forte Armée en campagne.
L'Eſpagne a peu de Troupes,
& ne ſçait où aſſembler le peu
qu'elle en a. Nous nous ſommes
ouverts par tout des Paſſages.
Bruxelles &Anvers tremblét. Le
Roy eſt à la teſte d'une Armée
nombreuſe . Il peut entreprendre.
Tout eſt preſt . Il n'a qu'à
attaquer pour vaincre . Il eſt entraîné
à la gloire par deux diferens
panchans. Il en peut acquerir
endonnant la Paix ; mais
outre
GALANT.
7
e
5
a
outre ce que la continuation de
ſesConqueſtes luy en aſſure , il
y voit encor de grands avantages
attachez.Cependantil choi .
fit la gloire la plus fterile, & préd
le party qui ſoulage toute l'Europe.
Il fait plus qu'Alexandre,
qui ne rendit qu'à ceux qu'il
avoit attaquez ſans ſujet. Ce
grand Prince, maiſtre de Luymeſme
au milieu de tous fes
triomphes,veut bié rédre à ceux
qui luy ont déclaré la Guerre
, & il leur ofre la Paix dans
le ſein meſme de laVictoire, puis
que ſes Armes luy foûmettent
Puycerda en meſime temps qu'il
réſout d'en arreſter les progrés .
Apres cela , Madame , ne peuton
pas dire que cette Paix eft
l'effet de la plus haute modération
dont on aitjamais entendu
parler ? On a veu des Conqué-
Aij
8 MERCURE
rans,mais on n'en a point encor
veu, & on n'en verra peut- eſtre
jamais , qui s'arreſtent fur le
panchant d'une courſe , lors
qu'on y eſt pouffé par la Victoire
,& qu'il faut meſme faire des
efforts pour ne s'y pas laiſſer entraîner.
Sion avoit attendu pour
avoir la Paix , quele grand nombre
d'Ambaſſadeurs des Intéreffez
dans la Guerre euſt eſté
d'accord , on en auroit preſque
perdu l'eſpoir , ou du moins les
longueurs de cette Negotiation
auroient laiſſe le Victorieux en
liberté de pourſuivre encor
longtemps ſes Conqueſtes. Il
falloit un Maiſtre tel que le Roy,
qui euſt la bonté de faire comme
une Loy de cette Paix aux
Vaincus. Pour en faire une Loy,
il falloit eftre auſſi puiſſant qu'il
l'eft , & il auroit eſté à craindre
d'un
GALANT.
9
d'un autre qu'il ne ſe fuſt ſervy
= de cette puiſſance pour impofer
e des conditions injuſtes. La mo-
5
1
e
e
S
dération du Roy a eſté telle ,que
- le repos de l'Europe a prévalu à
5 fes propres intereſts. Le Titre
- de Pacifique ne luy a pas ſemblé
= moins glorieux que celuy de
- Conquérant , & il conſent à fe
- dépoüiller d'une partie de ſes
Conqueſtes afin de propoſer
une Paix qui luy gagne l'amour
de ſes Ennemis, comme la Guer,
re luy a fait gagner leurs Places.
Apeine cette Paix eft propoſée,
Equ'on s'écrie en Hollande ſur
les bontez extraordinaires du
- Roy. On imprime hautement
- les Propofitions qu'il luy plaiſt
- de faire. Elles ſont trouvées
ſi juſtes , que ceux à qui la
Guerre eſt utile , cherchent en
vain des raifons pour les com
A v
MERCURE
battre. Ce qu'ils oppoſent n'eſt
point écouté. Sa Majesté écrit
aux Etats . Sa Lettre eſt reçeuë
avec autant de joye que de refpect.
On eſt ſurpris de voir un
Vainqueur fi moderé dans ce
qu'il propoſe ; & les Peuples de
Hollande qui apprennent les
ſentimens favorables où il eſt
pour eux , ne peuvent s'empefcher
de crier Vive le Roy enpluſieurs
endroits . Quelle gloire
pour la France d'avoir un Maiſtre
ſi grand , qu'il eſt devenu
l'admiration & l'amour de ſes
Ennemis meſmes ; Les Propoſitions
ſont acceptées des Etats,
&Monfieur de Beverning Plénipotentiaire
à Nimegue eſt.
nommé Ambaſſadeur Extraordinaire
pour en venir afſurer ſa
Majeſté. Il arriva aupres d'Elle
furle foir du 30. & fut logé au
delà
GALANT. II
delà de l'Eſcaut dans une Maifon
quiluy avoit eſté preparée.
Mr. de Pompone l'alla voir une
heure apres qu'il fut arrivé . Il
eut fon audience le lendemain
fur les neuf heures du matin.
Monfieur le Mareſchal de Lorges
l'alla prendre . Monfieur le
Duc de Noailles le reçeut à la
teſte des Gardes du Corps , &
tour ce qui ſe pratique en de
pareilles rencontres futobſervé.
Il eut une Audience ſecrette qui
dura environ une heure & demie
; & apres avoir remercié le
Roy du repos qu'il veut bien
donner à toute l'Europe , if prit
congé de Sa Majefté dans cette
meſme Audience. Au fortir de
là, il viſita les Miniſtres , & n'eftant
point fatisfait du pea de
temps qu'il avoit paſſe à entretenir
le Roy, ildemanda à le voir
difner
12 MERCURE
difner pour le pouvoir admirer
plus à loiſir. Il y fut mené incognito
avec tous ceux de ſa ſuite.
Je ne vous dis point ce qui luy a
eſté accordé pour les Eftats . On
a imprimé la Réponſe de Sa
Majeſté. Ils ont obtenu ce qu'elle
contient, c'eſt à dire que pendant
tout le mois de Juin il y auroit
Suſpenſion d'actes d'hoftilité
contre les Places Eſpagnoles
, & que ce terme eſtant expiré,
la Suſpenſion d'Armes deviendroit
entiere pour fix femaines
, afin de traiter de la Paix
generale , en cas que pendant
cette premiere Suſpenſion qui
doit durer tout le mois de Juin,
les Alliez ſe reſoluſſent à devenir
auſſi raiſonnables que les
Anglois & les Hollandois , &
qu'ils uſaſſent comme ils le doivent
des bontez que le Roy fait
paroif
GALAN Τ.
13
:
paroiſtre pour toute l'Europe.
Ce grand Prince n'ayant plus
affaire dans un Campoù ſa valeur
feroit demeurée oifive , en
partit pour retourner à S. Germain
, & fit plus de foixante
lieuës en moins d'un jour & demy.
Le lendemain qu'il fut arrivé
, il ſe leva auſſi matin qu'il ſe
leve ordinairement quand il n'a
eſſuyé aucune fatigue. Il prit ce
mefme jour le divertiſſement de
la Chaffe , & vit faire les Exercices
à Monſeigneur le Dauphin.
C'eſt un charme que de
voir ce jeune Prince à cheval.
Il n'y en a point de ſi difficiles
qu'il ne monte . Il les gourmande
avec une grace & une adrefſe
merveilleuse , & ne court
point de Bagues & de Teſtes
qu'il ne les emporte.
A peine le Roy fut-il arrivé,
que
14
MERCURE
que par une bonté vrayment
paternelle, il fit donner pluſieurs
Arreſts pour le foulagement de
ſes Peuples. L'un porte la diminution
de fix millions ſur les
Tailles . Il y en a d'autres qui regardent
le rembourſement des
nouvelles Rentes conftituées fur
l'Hoſtel de Ville , & d'autres
Rentes afſignées ſur d'autres.
droits appartenans à Sa Majesté.
L'ofre de ce rembourſement ac--
commode les affaires de ceux
qui auront beſoin de le toucher.
Il eſt vray que Sa Majefté a
reçeu un norable ſecours des
premieres Rentes. Tout le
monde luy a porté ſon argent
en foule par la feûreté
qu'on a trouvée avec Elle. Ce--
luy qu'Elle offre de rendre pre--
fentement , fait affez connoif--
tre qu'elle n'y pouvoit eftre plus
entie
GALANT.
15
entiere , & prouve en meſime
temps ce que je vous ay dit d'abord
, que le Roy ne cherche
point la fin de la Guerre par
aucune peine qu'il ait à la foutenir
, mais ſeulement par une
pure bonté pour ſes Ennemis , à
qui les avantages de la Paix ſont
neceſſaires . Iamais Prince ne fut
mieux ſervy qu'il l'a eſté .Le ſuccés
a répondu au zele & au travail
des Miniſtres , & la Victoire
aux grands projets & à la valeur
del'incomparable Monarque
qui a reglé leurs emplois.
La réſolution que prendront
les Alliez , occupe preſentement
toute l'Europe . Chacun en parle
ſelon ce qu'il juge des diférens
intereſts qui lesdoivent faire
agir ; mais tous conviennent
que ceux qui paroiſtront les plus
éloignez de la Paix, ne pourront
s'em
16 MERCURE
s'empeſcher de regarder avec
admiration les bontez du Roy,
qui ont cauſe tant de joye & de
furpriſe à tous les Peuples de
Hollande.
J'avois bien crû , Madame,
qu'apres avoir pris plaifir à ce
que je vous écrivis il y a quelque
temps fur les Obeliſques,
vous ne feriez pas fâchée d'entědre
parler des Arcs deTriomphe.
Vous avez veu celuy qu'on
a découvert à Rheims gravé
dans ma Lettre du dernier
Mois. J'y adjoûtay la Voûte de
l'Arcade d'un de ſes coſtez ; II
faut vous donner aujourd'huy
les deux autres , afin que vous
ayez l'Ouvrage parfait en quatre
Pieces . Voicy l'Arcade que
je vous ay dit qui repreſente la
Louve Romaine avec Rémus &
Romulus , & ce que Meſſieurs
de
*
BIBLIO
LYON
t
GALAN Τ . 17
7
de Rheims ont marqué au defſous
du Deſſein qu'ils en ont
faitfaire .
Ceux qui veulent que ce Monument
ait esté érigé en l'honneur
de Iules César , aſſurent que
cet Embleme a efté mis icy pour
honorer l'origine de cet Empereur
; mais peut- estre aussi que ç'a
esté pour montrer que Rheims
estoit soumise , ou plutoſt alliée à
Rome, puis que c'estoit leſymbole
ordinaire des Villes qui estoient
Sous la domination ou sous laprotection
des Romains. Ce que l'on
dit que S. Sixte & S. Sinice furent
les premiers qui s'arresterent
à Rheims pour y prescher la Foy,
apres qu'ils eurent veu dans la
Porte Mars cette Histoire de leur
Nation,fait affez voir l'antiquité
de cet Edifice. Ces Victoires &
ces Armes font pour eternifer la
memoi
18 MERCURE
memoire des Conquestes de ce tepslà,
mais ces Figures qu'on voit dif
tinctement en quelques Boucliers,
ne reſſemblent à des Fleurs de Lys
que par hazard.
Ce qui fait croire que ces
Figures de Rémus & de Romulus
marquent le deffein qu'on a
eu d'honorer par ce Monument
P'Origine de Jules- Cefar , qui
prétendoit eſtre deſcendu d'lulus
, c'eſt qu'au midy de la Ville
de Rheims , il y avoit un autre
Arc de Triomphe où eſtoit repreſentée
Vénus,& il n'y a perſonne
qui ne ſçache que cetEmpereur
tiroit ſa plus grande gloire
d'eſtre de la Race de cette
Déeſſe par ce lulus Fils d'Enée...
Ce ſecond Arc eſt encor en
veuë , mais plus qu'à demy ruiné.
Il ne reſte plus que la Voûte
dumilieu des trois Arcades qui
le
GALANT.
19
le compoſoient , avec quelques
veſtiges des deux autres ſur les
deux aifles . On l'appelle Porte
baſée. Cette Arcade eſt ornée
par le dehors de ſa rondeur , de
grandes feüilles d'Achante gravéesdans
les bords. Audeſſous
de la Voûte il y a un plat- fond
quarré , dans lequel on voit un
Triton , dont la partie qui finit
en Poiſſon fait pluſieurs tours en
forme de roulots , ſur l'un defquels
eſt aſſiſe une Vénus toute
nuë qui tient le Triton embraffé.
On ne peut la méconnoiſtre
, puis que fur le bout de
la queuë du Triton , relevée en
haut , il y a un Cupidon qui
étend ſes aifles. Il eſt certain
que Jules-Céſar faiſoit tellement
vanité d'eſtre ſorty de Vénus,
qu'il luy donnoit la qualité de
Venus genitrix ;& c'eſt par cette
raifon
20 MERCURE
raiſon que Properce priantcette
Déeſſe de conſerver Auguſte-
Céſar , Fils adoptif de Jules,
la fait ſouvenir qu'il eſt de ſaRace.
Joignez à cela que ce premier
des Céſars , pour marque qu'il
la reconnoiſſoit pour ſa Mere ,
fit voeu de luy faire baſtir un
Temple , fi par fon moyen il
gagnoit la Bataille qu'il eſtoit
preſt de donner contre Pompée
dans la Plaine de Pharfale . II
s'acquita de fon voeu. Ce Temple
fut baſty dansle Marché qui
porte fon nom. Il l'embellit de
Tableauxde grand prix , & entr'autres
Statuës , il en fit placer
une de marbre blanc dans le
lieu le plus éminent , qui repreſentoit
cette Venus genitrix . Elle
eſtoit toute armée comme une
Pallas . Archefilaüs , fameux
Ouvrier de fon temps , en futle
Scul
COTHEQUE
DEL
LYON
VILLE
#1833
*
1
1
1
Scul
GALANT. 21
Sculpteur. L'impatience que
Jules-Céſar eut de la dédier, fut
fi grande,qu'il ne luy donna pas
le loiſir de l'achever.
Je viens à la Voûte de la troifiéme
Arcade que je me fuis engagé
de vous envoyer gravée.
C'eſt celle de l'Arcade dumilieu
, qu'on appelle l'Arcade des
quatre Saiſons ou des douze
Mois. Meſſieurs de Rheims qui
en ont fait faire l'Eſtampe, auſſi
bien que des deux autres , ont
adjoûté ces mots au defſſous .
Les Figures qui paroiſſent dans
laClefde laVoûte de cette Arcade,
font connoistre combien la Ville
de Rheims s'eſtimoit heureuse
d'eſtre ſoûmise à l'Empereur qui
vivoit alors. Les quatre Enfans,
& ce qu'ils tiennent, reprefentent
les quatre ſaiſons de l'Année,
tout de mesme que dans une
1
Me
22 MERCURE
1
Medaille de Commode, qui a pour
Deviſe, Temporum felicitas, la
Femme aſſiſe porte dansſes mains
de quoy marquer l'abondance de
toutes choses. Les douze Mois de
l'Année ſe voyent dans les douze
Tableaux dont il ne nous reste que
fept , les autres ayant estéruinez
avectoute la facede la Porte qui
regardoit le dedans de la ville.
L'ingenuité de ce temps ne paroit
que trop dans l'une de ces Figures.
Ceux qui rapportent ce Monument
à Iules César, se contentent
de dire, que cette Arcadefait connoistre
qu'il a reformé le Calendrier.
Voilà, Madame, tout ce que
j'avois à vous dire de ce fameux
Monument qui fait tant d'honneur
à la Ville de Rheims. I'ay
beaucoup de joye d'avoir pû fatisfaire
voſtre curioſité ſur cet
-arti
GALANT.
23
article , & n'en ay pas moins
d'avoir enfin recouvré le galant
Idylle de l'Amour bleffé , que
vous avez envie de voir depuis
ſi long- temps. Onm'a dit qu'il
n'eſt pas tout-à- fait nouveau ;
mais outre qu'il le ſera pour
vous , je l'ay demandé à tantde
Gens qui n'en avoient point
entendu parler , qu'il y a grande
apparence qu'on en a fait
courir fort peu deCopies. Je l'ay
trouvé tout ce qu'on vous a dit
qu'il eſtoit. Ceux qui vous l'ont
vanté , l'ont fait avec beaucoup
de justice , & quoy qu'ils vous
diſent une autre fois en matiere
de Vers aiſément tournez , vous
aurez ſujet de les croire ſur leur
parole.
L'AMOUR
24 MERCURE
800300380380030038003
L'AMOUR BLESSE' .
T
IDYLLE .
Out aimoit autrefois ,
me aujourd'huy ,
, nonpas com-
Que la fidelité n'est plus qu'une chimere;
Les coeurs d'un fort amour se faisoient
une affaire ,
Châque Heros avoit ſon Heroine à luy,
Et chaque Berger sa Bergere.
Icy dans un Palais l'Amour donnoitſes
Loix ,
Il y faisoit joüerſes reſſorts politiques,
Maistre du Cabinet des Rois,
Cet Enfant décidoit des Affaires publiques
,
Et le Confeil d'Etat ne ſuivoit que Sa
voix .
Là dans une Cabane, il avoitſoin d'apprendre
A d'aimables Bergers ſes plus douces
Chanfous,
Et
GALANT.
25
Et s'ils nejoüvient plus qu'un air touchant
& tendre,
C'estoit l'effet deſes Leçons.
Tantoſt un jeune coeur groſſiſſoit ſon empire,
Letriomphe en estoit aisé,
Etgrace an feu de l'âge, il estoit diſpo-
Sé
Arecevoir ceux que l' Amour inspire.
Tantoſt ce mesme Amour enflammoit un
vieillard,
Sur le bord du tombeau le chargeoit de
Ses chaisnes,
Et ranimant un ſangtout glacédansſes
veines , De ſes derniers ſcûpirs vouloit
avoir sapart.
Iamaisparle recit de leurs longuesſouffrances,
Tant d'Amant des Forests n'ont troublé
lerepos,
Et jamais tantde confidences
N'ont importuné les Echos.
Les Romans ont dit vray , pour un cha
grin d'Astrée ,
Juin. B
26 MERCURE
On eust veu Celadon l'ame deſeſperée ,
Dans les eaux du Lignon terminerſes
douleurs,
Et fidelle à Caſſandre , on plutoſt àses
manes,
Orondate à ses pieds eust veu mille
Roxanes,
Sans lespayer que de rigueurs.
Cyrus pour sa Princeſſe eust couru cent
Royaumes,
Aucun Enlevement ne l'en eust dégouté,
Les Hérosſepiquoient d'une fidelité
Qui duroitpendant douze Tomes.
Mais helas ,de l'Amour l'âge d'Or est
paßé,
Les Coeursfontmaintenant d'une trempe
plusdure ,
Et voicy par quelle avanture
L'âgede Fer a commencé.
Quand l'Amour eut bleffé tant d'ames,
Qu'il n'en restoit plus àbleffer ,
Quand il ne trouva plus moyen de
Adécocher des traits ,àrépandre des
s'exercer
flames;
Lu0y
GALANT. 27
Quoy qu'enun plein repos il vit avec
plaisir
Sa Divinité triomphante ,
Comme il est d'humeur agiſſante ,
Ils'ennuya deson loiſir.
Quoy mes Fleches , dit-il , demeurent
inutiles ,
Quoy l'Amour ne s'employe à rien
Puis qu'il n'eſt plus de coeurs tranquilles
,
Au defaut d'autres coeurs je vay percer
lemien.
fupplices ,
les vanger ;
Si j'ay fait aux Amans ſentir mille
Qu'ils ſe conſolent tous , ma main va
Et fi je leur ay fait goufter mille delices
,
Avec eux à mon tourje vais les partager.
Là deſſus ( car Lamour n'a guere de
prudence,
Etnesçait pas trop ce qu'ilfait )
Luy-mesme ilſeperce d'un trait ,
Sans en prévoir la conſequence.
Bij
28 MERCURE
Ilsentit dans ſon coeur naiſtre des ſentimens
Que luy ſeul dans les coeurs avoit tonjours
fait naiſtre ,
Parſon experience il connut des tourmens
Que jusqu'alors il n'avoit pû connoistre
Quepar les soupirs des Amans.
Helas , dit-il un jour aux Oyſeaux d'an
Bocage,
C'eſt moy qui forme vos accens ,
C'eſt moy qui ſuis l'Amour dont vôtre
doux ramage
Seplaint en ſes tons languiſſans.
Pourquoy vous plaignez-vous ſi j'en
duremoy-meſme
Les maux que je vous fais ſentir ?
Moy-meſme à mon pouvoir j'ay ſçeu
m'aſſujettir.
Le croirez-vous ? je ſuis l'Amour , &
j'aime.
Mais il eut le chagrin qu'à ses tristes
helas,
Par les airs lesplus quais les Oyſeaux
répondirent.
vous
GALANT .
29
Vous par qui tant de coeurs ſoûpirent,
Soupirez , difoient-ils , nous ne vous
plaignons pas.
Quede l'Amour blessé l'agreable nouvelle
Satisfit en ce jour chaque coeur mal son--
tent!
Etqui n'eut pas trouvé ſa peine moins
cruelle ,
Quand l' Amour en fouffroit autant ?
Celles qui conſervoient un coeurfacile &
tendre ,
Quand leur age effrayoit & les Ieux
les Ris.
Seconfoloient des soins que l'Amour leur
faitprendre
Pourſupléerà leurs apas flétris .
Les Belles qu'enfecret cet Enfant tyrannife
,
Oublioient tous les maux dont leur coeur
eftatteint ,
Lors quesous un calme contraint
Ilfaut que l' Amourſe déguiſe.
Les Marys appaiſez pardonnoient à
l'Amour
Biij
30
MERCURE
La disgrace dont it est cause;
Et depuis ce temps-là , dit-on , jusqu'àcejour
,
Tous les Marys ontfait la mesme chofe.
Enfin l'Amour quérit deſes ennuis.
Pour cet aimable Enfant est-il rien qu'on
nefaffe ?
Ah je ne ſçavois pas , dit-il , ce que
jeſuis.
En quel état les Amans ſont reduis
Et qu'ils meritent bien ma grace.
Il faut que deſormais dans l'Empire
amoureux
Avec plaiſir les Ames ſoient captives.
Dépoüillons-nous de ces traits dangereux
Qui font des bleſſures trop vives .
L'Amour depuis ce temps nous traite
avec douceur ,
Itſe fert contre nous de Fleches émouſſées
Qui ſont aisément repoussées ,
Et ne font qu'éfleurer un coeur.
Par quelle autre raiſon croyez- vous que
l'onvoye
Le
GALANT .
31
Leregne de l'Amour coquet & libertin?
On aime affez pour en gouster la joye,
Trop peu pour en ſentir le plus foible
chagrin.
Aujourd'huy les Amansignorent lapra
tique
De courir à la mort pour un petit dédaing
Et pour garderſafoy , quiferoit l'inhumain,
Aimeroit encor à l'antique.
Noftre Siecle renvoye à celuyde Cyrus,
Ceuxqui deleur trépas honoreroient leurs
Belles;
On trouve qu'on peut vivre , &fouffrir
leurs refus ,
Elles ne gaignent rien àfaire les cruelles,
Auſſi ne lesfont-ellesplus.
Nous enferions encor aux erreurs da
vieil âge,
Si par bonheur l'Amour n'avoitſenty
Ses coups.
Toûjours un mesme objet recevroit noftre
hommage;
It tremble quand j'y pense , helas que
ferions-nous ?
Biiij
32
MERCURE
Il ſeroit à ſouhaiter pour le
repos de beaucoup de Gens ,
qu'il n'y euſt rien que de vray
dans cet Idylle , & qu'on aimaſt
toûjours ſi commodement , qu'il
n'en coûtaſt jamais de chagrins ;
mais il y a peu d'engagemens
quu
qui n'aillent plus loin qu'on ne
l'a crû , & les ſuites en ſont le
plus ſouvent fi fâcheuſes , qu'il
eſtdifficile de ne les pas reſſentir
tres-vivement. L'Hiſtoire qui
fuit le fera connoiſtre .
Un Cavalier d'une naiſſance
fort confiderable , ayant pris
employ à l'Armée dés le commencement
dela Guerre, s'eſtoit
tellement conſacré à la gloire,
qu'il en avoit fait ſon unique
paſſion. Rien ne l'étonnoit. Il
eſtoit des premiers par tout , &
il n'y avoit point d'occaſion dangereuſe
où l'ardeur de ſe fignaler
GALANT.
33
ler ne le fift courir. Sa bravoure
adjoûta beaucoup à ſon merite,
quieſtoit d'ailleurs fort fingulier .
Chacun en parloit avec éloge ,
& il commença particulieremet
à connoiſtre l'eſtime qu'il s'étoit
acquiſe , quand ayant eu le bras
caffé dans une rencontre des
plus importantes, il vit avec quel
emprefſſemét les principauxOfficiers
luy en marquerent leur
déplaiſir. Il ſe fit porter dans une
Ville voiſine où il ne manqua
point de ſecours . L'incertitude
de ſa gueriſon l'obligea longtemps
à ne voir perſonne ; mais
enfin ceux qui le traitoient en
répondirent. Ses douleurs cefferent
, & il ne pût connoiftre
qu'il avoit encor part à la vie ,
fans chercher à ſe la rendre agreable.
Il reçeut viſite de toutes
les Perſonnes de qualité ,&&
BV
2
34 MERCURE
on ſe fit tantde joye de contribuer
au foulagement qui luy
eſtoit neceſſaire dans un reſte
de langueur , que les Dames
meſme ne dédaignerent pas de
le venirvoir. Unejeune Veuve,
alliée du Lieutenant de Roy de
la Province , dont il eſtoit tresproche
Parent , ſuivit l'exemple
des autres. Elle avoit de la beauté
,l'eſprit aifé & infinuant,grand
enjouëment dans l'humeur , &
elle luy offrit de fi bonne grace
tout ce qui luy pouvoit manquer
dans une Maiſon étrangere , que
foit par reconnoiſſance , foit par
la force du panchant , il fentit
pourelledés cemoment ce qu'il
n'avoit encor ſenty pour perfonne
. Il s'informa de ſa conduite
ſans ſçavoir pourquoy.
Tout le monde luy en parla avec
avantage , & il ſembla n'avoir
impa
GALANT.
35
impatience de fortir que pour
Faller remercier de ſes ſoins . Ce
fut par elle qu'il commença à
s'acquiter des viſites qu'il avoit
receuës . Cette diſtinction plût à
la Dame. Elle en fit un plus favorable
accueil au Cavalier. II.
luy dit mille choſes obligeantes .
Elley répondit agreablement,&
la diſpoſition reciproque d'une
forte eſtime où ils ſe trouverent
l'un pour l'autre , leur ayant infpiré
l'envie de ſe voir ſouvent,
les conduifit par degrez juſques
à l'amour. Ils s'en aperçeurent,
& ne prirent aucunes précautions
pour s'en défendre. L'égalité
de leur naiſſance oſtoit
tout obſtacle à leur paffion. La
Dame qui avoit beaucoup de
bien estoit en pouvoir de diſpofer
d'elle,& il ne leur reſtoit que
te Pere du Cavalier à ménager..
Co
36 MERCURE
Cen'eſt pas qu'il ne fuſt ſatisfait
de cette alliance , & qu'il ne témoignaſt
meſme la ſouhaiter ,
mais il eſtoit de ces Vieillardsintéreſſez
qu'un avancement de
fucceſſion inquiete , & qui uſent
toûjours de remiſes , quand il
s'agit de ſe dépoüiller. Cependant
le bruit d'une grande entrepriſe
s'eſtant répandu,le Cavalier
qui eſtoit veritablement
né pour la gloire , ne balança
point à prendre party . Quelque
paſſion qu'il euſt pour la Dame,
il négligea le prétexte que ſa
bleſſure luy pouvoit fournir de
demeurer encor aupres d'elle ,
& il ne fongea plus qu'à ſe rendre
en diligence où ſon devoir
l'appelloit. Leurs adieux furent
touchans. Ils coûterét des pleurs
à la Belle , & jamais une ſemblable
ſéparation ne fut fuivie
de
GALANT..
37
de plus fortes affurances de s'aimer
éternellement. L'Occafion
fut avantageuſe au Cavalier. Il
s'y fit diftinguer comme il avoit
déja faiten beaucoup d'autres,
mais ce ne fut pas fans expoſer
ſa perſonne à de grands périls .
La Dame en fut informée , &
plus elle eut ſujet del'aimer, plus
elle craignit de le perdre. Elle
crut qu'en l'épouſant , elle le
mettroit à couvert de ce malheur.
Les irréſolutions du Pere
ne finiſſoient point. Elle prit defſein
de ne s'y plus arreſter ; &
comme elle avoit affez de bien
pour renoncer aux avantages
qu'il promettoit à ſon Fils , elle
luy fit ſçavoir que s'il étoit Homme
à fe contenter de ſa fortune,
elle eſtoit preſte à la partager
avec luy , pourveu qu'il l'aimaſt
affez pour ſe vouloir défaire de
fon
38 MERCURE
ſon employ. L'ofre l'euft char--
mé ſans cette condition. Il répondit
à la Dame avec toutes,
les marques de tendreffe &de
reconnoiſſance que cette honneſteté
méritoit; & luy laiſſant
eſperer ce qu'il ne vouloit pas
luy promettre abſolument , il la
pria de faire reflexion fur ce
qu'une trop prompte déference
à ſes volontez feroit dire de luy
dans le monde. La Bellene pût
goûter ſes excufes. La gloire de
fon Amant la flatoit, mais outre
qu'elle commençoit à trouver
fon abfence inſupportable , les
continuelles Occafions où il ef
toit obligé d'expoſer ſa vie,trou
bloient toute la tranquillité de
la fienne . Ainſielle voulut l'avoir
aupres d'elle à quelque prix
que ce fuft. Elle aimoit , elle fe
connoiſſoit aimée ,&apres luy
avoir
GALANT.
39
avoir inutilement reïteré la même
Propoſition dans les termes
les plus preſſans , elle ne douta
point qu'en changeant de baterie,
elle n'ébranlaſt ſes plus fortes
réſolutions.Le pouvoir qu'elle
avoit pris ſur ſon coeur , luy
répondoit du ſuccés. Elle fupprima
ſes tendreſſes accoûtumées,
& cherchant dansla froideur
de ſon ſtile un nouveau
moyen de l'enflammer , elle luy
manda, qu'apres avoir ſérieuſement
examiné la force de ſes
raiſons , elle avoit reconnu l'injuſtice
de ſes prieres ; Qu'elle
demeuroit d'accord que l'amour
étoitunepaſſion indigne de remplir
une auffi grande ame que la
fienne ; Qu'elle approuvoit fon
zele pour le ſervice du Roy ;
Qu'elle luy conſeilloit même de
s'y dévoüer plus parfaitement,
en
40
MERCURE
en ne fongeant plus du tout àel
le, & que de fon coſté elle alloit
tâcher de l'oublier pour le mettre
plus en état de conſacrer à
la Gloire tous les momens d'une
vie dont elle avoit crû devoin
prendre quelque ſoin.. Cette
Lettre fit l'effet qu'elle en avoit
attendu. Ce fut un peu d'eau
répanduë fur un fort grand feu .
Le Cavalier ne l'avoit jamais
trouvée ſi aimable, que ſon imagination
la luy repreſenta dans
ce moment. La crainte de la
perdre luy fit ramaſſer tous les
charmes de ſon eſprit & de ſa
perfonne , & en eſtant plus
amoureux que jamais , il luy
écrivit ce que la plus violente
paſſion peut inſpirer de plus.
engageant pour obtenir le retardement
de quelques Mois,
pendant leſquels il obligeroit
fon
GALANT .
41
ſon Pere à faire pour luy ce qu'il
avoit lieu d'en eſperer , & chercheroit
un moyen de faire avec
moins de honte ce qu'elle fouhaitoit
de ſa complaifance . La
Dame qui vit par là que la victoire
luy eſtoit aſſurée , continua
fur le meſme ton. Elle répondit
au Cavalier , que ce qui
luy feroit préjudiciable dans un
temps , luy feroit également deſavantageux
dans un autre ;
Qu'elle ne prétendoit point
qu'il ſe fiſt la moindre violence
pour elle ; Qu'elle ſe rendoit
juſtice ſur le peu qu'elle méritoit
, & qu'elle estoit fortie de
l'erreur quiluy avoit fait croire,
que comme elle luy vouloit
donner tout fon coeur , elle n'eſtoit
pas indigne d'avoir tout le
fien. Quelques antres Lettres
qui ſuivirent ces deux pre
mie
42
MERCURE
mieres , écrites toûjours avec
les meſmes apparences de
froideur , acheverent de déterminer
le Cavalier. Il ne
pût tenir davantage contre
les empreſſemens de la Belle
&il ſe trouva tellement obligé
à la maniere def- intéreſſée
dont elle l'aimoit , que le
plaifir de la fatisfaire l'emporta
fur toute autre choſe. Il envoya
fa démiſſion à la Cour , renonçaà
des avantages incompatibles
avec le deſſein deſe ma
rier , l'écrivit à la Dame en termes
qui luy marquoient un entier
détachement de tout ce
qui ne regardoit pas ſon amour,
& fe mit en chemin quelques
jours apres pour luy confirmer
les afſurances que ſa Lettre luy
avoit portées. Jamais Amant ne
prit la Poſte avec tant d'impatience
GALAN Τ .
43
= tience d'arriver où il ſe croit
ſouhaité . Le ſacrifice qu'il venoit
de faire luy) promettoit le
= plus tendre acueil ,& il n'eut le
coeur remply pendant fon voyage
que des douceurs qui en
devoient eſtre la récompenfe. Il
faut aimer pour concevoir l'excés
de ſa joye : quand il découvrit
la Ville qui renfermoit l'ai-
- mable Perſonne qu'il venoit
- chercher. Ilyentra , & n'eſtant
plus qu'à cent pas de la Ruë où
elle logeoit , il fut arreſté par
un concours extraordinaire de
Peuple que la pompe d'un Enterrement
avoit amaſſe . Elle eftoit
grande , & l'accompagnement
déſignoit aſſez le rang du
Mort. Le Cavalier chagrin de
ſe voir obligé d'attendre , ou de
retourner ſur ſes pas , demanda
pour qui cette funeſte Cerémonie
44 MERCURE
nie fe faiſoit , & à peine l'eutil
appris , que faiſant un haut
cry , il embraſſa l'encolure de
fon cheval , & gliſſa à terre fans
s'en pouvoir relever. Ses Gens
le porterent dans une Maifon
voifine , où l'on eut beaucoup
de peine à le faire revenir d'un
évanoüiffement qu'on jugea
long- temps mortel . L'accident
fit bruit. On avertit fes Amis.
Ils accoururent , & comme fon
amour leur estoit connu , ils ne
furent point furpris de l'état où
ils le trouverent. La jeune Veuve
qui luy avoitdonné tant d'a--
mour , eſtoit la Perſonne qu'on
enterroit. Une fievre de quatre
jours l'avoit emportée, & toutes
fes eſperances finirent au moment
que fon bonheur luy paroiſſoit
ſans obftacles. Il quittoit
tout pour ſe donner fans referve
à
GALANT.
45
1
àce qui luy eſtoit plus cher que
ſa vie , & la mort luy enlevoit ce
qui luy faiſoit tout quiter. Apres
qu'il fut revenu à luy, il dit& fit
des choſes qui auroient touché
les plus inſenſibles. Ses Amis
qui ne le virent pas en estat d'étre
conſolé , prirent le party de
ſa douleur , & luy applaudiſſant
fur toutes les circonſtances qui
la pouvoient augmenter,ils le firent
inſenſiblement conſentir à
vivre , afin qu'elle ne finiſt pas
fi-toft.
Les uns ſoufrent parl'amour,
les autres par l'infidelité .Cependant
toutes les peines qui fuivent
l'amour , n'empeſchent
point qu'on ne conſeille toûjours
d'aimer . Voyez - le par les
Vers qui ſuivent. Monfieur
Leſgu les a misen Air LYON
BIBLIO
*
AIR
46 MERCURE
AIR NOUVEAU.
I vous voulez charmer ,
SNe foyezplus cruelle:
Une Beauté rebelle
Ne peut se faire aimer.
Pourdonner de l'amour ,
Iris il en faut prendre ;
Qui n'apoint le coeur tendre ,
N'ajamais un beau jour.
Je change de matiere , & je
cioy en changer ſelon voſtre
gouſt , puis qu'apparemment
apres une Hiſtoire d'amour,une
Relation de guerre ne vous déplaira
pas. Rien n'eſt ſi rare
que d'en faire une parfaite d'un
Siege ou d'une Bataille , particulierement
quand on la fait fur
les premieres nouvelles qui s'en
reçoivent. J'oſe diremeſme qu'il
n'y en a jamais eu. Tout ce
qu'on écrit peut eſtre vray;mais
il
GALANT. 47
il y a toûjours beaucoup de particularitez
qui échapent. Vous
en avez appris par mes Lettres
qui ne vous auroient jamais
eſté connuës , ſi je ne les euſſe
pas ramaffées pour vous. J'ay
tâché de rendre juſtice à tous
ceux à qui elle estoit deuë , &
vous vous eſtes ſouvent loüée
demon exactitude à vous marquer
quantité de circonſtances
eſſentielles des plus grandes Occafions
, qui ne ſe trouvoient
point ailleurs. Cependant quoy
# que j'aye pris tous les ſoins ima-
-ginables pour n'oublier rien,j'avouë
que je n'ay pas toûjours
-eſté d'abord informé de tout.
Cela vient de ce que ceux qui
Récrivent ne peuvent eſtre en
diférens lieux tout- à- la- fois , &
que dans l'action un Homme
ignore ſouvent ce qui ſe paſſe à
} } vingt
48 MERCURE
vingt pas de luy. L'entrepriſe
de Leuve vous a paru ſurprenante
. Elle feroit incroyable das
un autre Siecle que dans celuy
de LOUIS LE GRAND ; & comme
je croy qu'on ne vous ſçauroit
trop parler de ce qui merite
toute voſtre admiration , je ne
puis garder pour moy ſeul la
plus exacte & la plus fidelle Relation
qui ſe ſoit encor veuë de
la priſe de cette Place. Quoy
que celle que je vous ay déja
envoyée vous ait paru fort particuliere,
vous ne douterez point
que cette derniere ne l'emporte
, quand vous ſçaurez qu'elle
eſt d'un intime Amy de Monſieur
de la Breteche , qui a veu
naiſtre le deſſein , qui a tout veu
préparer pour l'execution , qui
s'eſt trouvé preſque par tout
dans le temps qu'on a fait l'attaque,
GALANT.
-
2
■
49
que, & à qui il eſtoit impoffible
que rien fuſt caché. Ainſi ce
n'eſt point vous écrire deux fois
- la mefme choſe. C'eſt donner
un ordre reglé à une des plus
- belles Actions qu'on ait faites
depuis long-temps , & vous la
faire voir dans une certaine ſui--
te que tout ce qui s'en eſt écrit
- d'ailleurs ne nous marque point .
Cette Relation rend juſtice au
Gouverneur, en faifant connoître
qu'il afait tout ce qu'on peut
attendre d'un Homme de coeur
qui ne ſe rend qu'à l'extremité,
& c'eſt ce qui a rehauffé la gloire
de nos François. Je ne vous
envoye point de nouveau Plan .
Je vous dirayſeulement que das
celuy que vous avez veu , on a
donné des Baſtions à la Ville en
plus grand nombre qu'elle n'en
a, &un de moins à la Citadelle,
Iuin. C
50
MERCURE
& qu'il y a des Redoutes de
pierre aux environs dela Place
qu'on a oublié d'y marquer.
RELATION
EXACTE DE LA PRISE
DE LEUVE .
Ette Place eſt ſituée fur
,
l'entrée du Brabant. Elle est toute
inondée à la portée du Canon
par de grands & profonds
Marais , à la reſerve d'une Avenuë
, appellée le Chemin de
Saintron . Le Comte de Monterey
Gouverneur des Païs Bas , a
fortifié cette Avenuë depuis dix
ans d'une Citadelle à cinq Baftions,&
fait faire en méme temps
deux
GALANT.
SI
deux grands Baſtions à la Ville
. Les Foffez de toute cette
Fortification ſont profonds de
16. à 18. pieds , le tout environné
de double Foffe & de double
Contreſcarpe . Il y a beaucoup
de diſtance entre la Ville& la
Citadelle. Cette entrepriſe eſt
l'effet d'une application de 18.
mois . L'execution en fut retardée
par une jambe que perdit
Monfieur de la Breteche quand
Maſtric fut aſſiegé . Elle ne s'eſt
pas faite fans beaucoup d'allées
& de venuës dont perſonne ne
penétroit les raiſons. Toutes
choſes ayant paru aſſez heureuſement
diſpoſées pour efperer
un favorable fuccés , les
Troupes qu'on choiſit pour
1 executer ce grand deſſein , fortirent
de Maſtric le premier &
le ſecond de May par diverſes
1
Cij
52 MERCURE
Portes & fous diférens prétextes'
, afin d'en oſter la connoiffance
au Public. Monfieur de
la Breteche ſortit luy - meſme
comme un Homme qui alloit à
la Chaffe , & trouva ſept ou
huit de ſes Amis , auſquels il
avoit fait entendre ſeparément
qu'ils pouvoient luy rendre
quelque ſervice. L'Aſſemblée
de tous les diferens Partys fut à
la Cenſe de Meniſcoffe , à cinq
lieuës de Maſtric , & à quatre
de Leuve. Ils y arriverent la
nuit du deux au trois une heure
avant le jour , & y demeurerent
enfermez juſques à ſept
heures du foir. Apres ce temps
Monfieur de la Breteche fit afſembler
tous les Officiers,& leur
montra le Plan de l'Attaque .
Tous les Détachemens furent
faits. Ildonna l'ordre à chacun,
&
GALANT .
53
t
1
e
L
& mit toutes ſes Troupes en
marche à l'entrée de la nuit , &
au rang où elles devoient combatre
. Elles estoient compoſées
de quatre cens ſept Hommes
de pied , de cent Grenadiers, de
fix-vingts Dragons , & de deux
cens Chevaux.On arriva àdeux
heures apres minuit au Village
de Vire , à trois quart-d'heures
de Leuve . Tous les Officiers &
Dragons mirent pied à terre.On
déchargea quatre Charetes,dõt
trois portoient vingt Pontons
faits de deux ais de Sapin , & le
fond de Jonc naté ,le tout couvert
d'une toile gaudronnée ,
chaque Pontondela figure d'un
quarré , long de dix pieds , &
large de trois. Dix de ces Pontons
attachez les uns aux autres
par une petite chaîne de fer,formoient
un Pont de cent pieds.
4
&
Ciij
54
MERCURE
1
Ils avoient chacun deux anneaux
de fer aux deux coſtez ,
dans leſquels paſſoit une corde
de chaque coſté , qu'on appelle
Singuenelle. Ainſi apres avoir
attaché le premier Bateau à une
Paliſſade , il ne falloit que tirer
les deux cordes aubord du Foffé
, & on avoit preſque auffitoft
un Pont ferme & folide, en bandant
ces cordes avec un Capeftan.
Monfieur de la Breteche
avoit employé beaucoup de
temps à s'imaginer cette maniere
de Pont , & apresen avoir fait
faire pluſieurs eſſais à centDragons
ſur les Foffez de Maſtric,
il les avoit rendus ſi habiles àle
jetter , qu'il n'y avoit point de
Fofle ny de Contreſcarpe avec
la Paliſſade , qu'il ne s'affuraſt
de paſſer en demy quart -d'heure:
Apres que toutes chofes eurent
GALANT.
55
:
;
:
.
.
rent eſté bien diſpoſées , & que
chacun eut reçeu ce qu'il avoit
à porter , on marcha de cette
forte . Quinze Hommes choiſis,
commandez par Monfieur des
Bordes Ingénieur , alloient à la
teſte de tout, avec Mr. Barbier
Commiſſaire d'Artillerie . Quarante
Nageurs tous nus , le Sabre
au bras , ſuivoient ces quinze
Hommes . Monfieur de Cremeau
& Monfieur Brunet , tous
deux Capitaines dans Piemont,
les commandoient avec Monfieur
du Péron Lieutenant au
Regiment Royal Monfieur
S. André Lieutenant reformé
de Bourbonnois , Monfieur le
Roy Sergent de Piemont , &
Monfieur Hanſuvillan Volontaire.
Six des Nageurs portoient
fix Chevalets pour mettre
ſur la pointe des Paliffades,
Ciij
56 MERCURE
afin de pouvoir monter aiſe
ment deſſus ; & comme il y avoit
deux rangs de Paliſſades hautes
de huit pieds,& armées de pointes
de fer , on portoit auſſi des
Echelles , afin que les mettant
fur les Chevalets , on puſt paffer
promptement. Monfieur de
Valeils Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Piémont,
foûtenoit cette Troupe de Na--
geurs avec ſoixante Grenadiers .
Il avoit pour Lieutenant Monſieur
d'Abelic , avec ordre de
s'arreſter ſur le bord du Foffé du
Corps de la Place , & de faire
feu aux Defenſes pour favorifer
ceux qui tendroient le Pont , &
les Nageurs qui devoient ſe
jetter à la Berme du Baſtion , &
en couper les Paliſſades. Monfieur
de Piblar Capitaine dans
Bourbonnois , & Monfieur Tirbon
GALANT.
57
e
t
.
a
bon Capitaine dans Picardie ,
ſuivirent Monfieur de Vareils,
ayant pour Lieutenans Monſieur
le Chevalier de la Rocque
Lieutenant dans Piemont , &
Monfieur de Launois Volontaire
. Leur ordre eſtoit de couler à
droit quand ils ſeroient dans la
feconde Contreſcarpe , & de
s'aller mettre entre la Ville & la
Citadelle pour s'oppoſer à tous
ce qui s'y jetteroit. Monfieur.
Daugis Capitaine dans Piemont
, Monfieur Camberlan
Lieutenant des Grenadiers , &
Monfieur Brunet Lieutenant de
Piémont,devoiét borderla Con--
treſcarpe avec cinquanteHom--
mes,& dix Grenadiers,pour-paf
fer incontinentque le Pont foroit
tendu. Monfieur Prevoſt. Mon--
freur Marenne,l'unCapitaine,&
l'autre Lieutenant de. Piemonty ,
GW
58 MERCURE
avoiétordre de demeurer entre
les deux Foſſez avec 50. Hommes
, pour ofter la communication
du Chemin couvert qui envelopela
Ville & la Citadelle .
Monfieur de Manegre Capitaine
dans la Marine , & Monfieurde
Carron Lieutenantdans
le meſine Corps , faifoient l'Arrieregarde
de toute l'Infanterie,
avec cent Hommes de pied.
Monfieur de Nave Lieutenant
Colonel de Bourbonnois, commandoit
toute cette Infanterie,
& Monfieur de Pinſac Capitaine
dans Piémont faifoit la Charge
de Major de toutes les Troupes.
Quatre - vingts Dragons
avec leurs Fufils paffez par deffusle
dos , & ayant chacun une
bricolle au col , portoient les
vingt Bateaux , à ſçavoir quatre
à chaque Bateau , peſant cinquante
GALANT .
59
quante livres. Quatre Capitaines
de Dragons , qui estoient
Monfieur le Chevalier de la
Breteche Conducteur de cette
fameuſe Entrepriſe , & Mefſieurs
Montbrifon , Longueville
, & la Sague; quatre Lieutenans
, Meffieurs de la Cochardiere
, Belleville , Cadaillan , &
la Morlerie Ayde Major ; quatre
Cornetes , Meffieurs Grignonier
, Gaffion Bafbos ,& Mepirac;
quatre Volontaires , M
Coblaſſault, la Salle , le Chevalier
de Lorier & du Magny,avec
deux Mareſchaux des Logis ,
tous Officiers de Dragons , ſe
tenoient aupres des Pontons ,
afin que par leur fermeté ils pûffent
reparer le deſordre qui s'y
pouvoit mettre pendant un
grand feu de Canon & de
Moufqueterie qui étoit à craindre.
60 MERCURE
dre. Deux cens Chevaux mar
choient à la queuë de tout.
Leurs Commandans eſtoient
Monfieur de Rive Major du
Regiment de Melac , Monfieur
Collombec Capitaine du Regiment
de Lozier , Monfieur
Coullon Capitaine dans Melac
, Monfieur Dorferolle Capitaine
dans Charlus , quatre
Lieutenans dont je n'ay pû ſçavoir
le nom , Monfieur Aldevous
Cornete dans Lozier,Mon
ſieur de Manirac Cornete de
Dragons , &Monfieur de Frontigny.
Cette Cavalerie devoit
s'oppoſer à tout ce qui pourroit
fortirde la Place,pendant qu'on
s'occuperoit à l'attaquer. Touzes
ces Troupes marchant dans
cet ordre , arriverent à la premiere
Paliffade juſtement à la
pointe dujour.La Sentinelle cria
&
metroic
Monfieu
taire répo
monta fur
tinelle appel
fon coup ,
On paſſa la pr
dePalifladealle
Cependant onje
dans l'Avant- foll
que ceux quiles a
ſe trouvoient av d
liſſade, ils les veno
de l'eau pour les re
leglacis entre lesdeu
carpes.
Monfieur.de
trouva moyen d'arrac
tre Paliffades
du Chem
vert du grand Foffé, pe
re entrer les Bateaux
Contreſcarpe
. Les premi
y
entrerent
, fuivirent
f
GALANT. 61
-
-
-
5
Qui vive ? dans le temps qu'on
mettoit le premier Chevalet.
Monfieur de Launois Volontaire
répondit , Deserteur , &
monta fur la Paliſſade. La Sentinelle
appella le Caporal , tira
fon coup , & blefſſa un Soldat.
On pafla la premiere & feconde
Paliſſade aſſez bruſquement.
Cependant on jettoit lesBateaux
dans l'Avant- foſſe , &àmeſure
que ceux qui les avoient portez
ſe trouvoient au delà de la Pa
liſſade , ils les venoient retirer
de l'eau pour les remettre fur
le glacis entre les deux Contrefcarpes.
Monfieur des Bordes
trouva moyen d'arracher quatre
Palifſfades du Chemin couvert
du grand Foffé , pour fai
re entrer les Bateaux dans la
Contreſcarpe. Les premiers qui
y entrerent , fuivirent fi bruf+
que
62 MERCURE
quement un Corps-de-garde de
vingt-Hommes , que ne leur
ayant donné que le temps de
tirer cinq ou fix coups , ils ne
leur laiſſerent pas celuy de fermer
la Barriere apres eux. Les
Détachemens ayant pris leurs
Poſtes marquez , tout ſe fit fi
jufte , que les Ennemis voulant
ſe jetter dans la Citadelle , trouverent
Meſſieurs de Piblar &
Tirbon,qui les reçeurent àcoups
de Fufil ,& tuerent un Capitaine
& plufieurs Officiers au cofté
du Gouverneur qui les animoit
par ſon exemple. Monfieur
Barbier à qui on avoit donné le
ſoin de tendre le Pont avec ſept
ou huit Hommes de l'Artillerie
qui avoient porté deux Capeftan
, s'y attacha avec tant de
zele & de fermeté , qu'il fut fait
auffi promptement qu'onle pouvoit
GALANT. 63
voit ſouhaiter , malgré le feu de
quatorze Pieces de Canon, & de
plus de cent Hommes des Ennemis
. Outre le Pont, il y avoit
dix Bateaux ſéparez , afin de
jetter toûjours plus de monde
dans la Place , & de reparer les
inconveniens qui pourroient arriver
au Pont . MonfieurDaugis
eut la cuiſſe percée d'un coup
de Mouſquet en montant fur le
Baſtion. Monfieur Brunet fut
tué dans la Contreſcarpe. Monfieur
de Carron eut auſſi la cuiffe
percée, & Monfieur de Longueville
le front éfleuré d'un
coup de Mouſquet. Nous n'avons
pas eu plus de vingt ou
trente Hommes tuez ou bleffez.
Le Combat a duré pres
d'une heure. Monfieur le Chevalier
de la Bretéche eut l'avantage
de ſe trouver le premier au
Para
64 MERCURE
Parapet. Il y entra par une embrafure
de Canon , & fut ſuivy
de pluſieurs Nageurs & Officiers
, crians tous , Vivele Roy
Tout ce qui estoit dans la Citadelle
plia ,& chacun ne fongeoit
plus qu'à ſe cacher. Pendant ce.
temps , le Gouverneur accompagné
de cinquante Officiers
du Regiment des Cravates à
cheval , & de plus de ſoixante
Hommes ramaſſez, fit trois tentatives
pour forcer le paſſage de
la Citadelle , mais il les fit inuti--
lement. Ainfi voyant qu'il perdoit
du monde,qu'il eſtoit bleſſe
lúy - meſme , & qu'on pointoit
l'Artillerie fur eux, il recula dans
la Ville . Monfieur de la Breteche
s'en apperçeut , & ordonna
àMeſſieurs de Vareils , de Manegre
, & de Montbrifon , fuivis
de cent Hommes , de fortir à
la
GALANT.
65
e
a
e
la Barriere, &de pouffer les Ennemis
à meſure qu'ils fe retireroient.
Cet ordre qui fur vigoureuſementexecuté,
leur fit prendre
le party d'entrer à cheval
dans la grande Eglife , & dans
l'Hoſtel de Ville. Ils nous tuerent
de là cinq ou fix Soldats,&
demanderent enſuite à Capituler.
Ils furent tous priſonniers de
guerre , ſçavoir D. Hernandez
Gouverneur , pris dans la Maifon
de Ville ; Monfieur Oüergue
, Lieutenant de Roy , pris
dans la Citadelle ;le Major de la
S
Place , Monfieur Palnoüis Colonel
des Cravates ; Monfieur
Chaſtelain Lieutenant Colonel;
Monfieur Champeſtre Major ;
Monfieur Palnoüis Fils, & Monfieur
Hedre , Capitaine , avec
4 l'Ajudante , tous Officiers de ce
meſme Corps ; quatre Capitai
nes
t
66 MERCURE
nes du Regiment d'Oſtige;Monſieur
le Prince , Capitaine Commandant
de celuy de Sors;Monfieur
le Baron de Palan , Monſieur
Doigny , & le Frere de
Monfieur le Prince , tous trois
Capitaines de ce dernier Regiment
; Monfieur Leveſque Major
du Regiment d'Otis ; Meffieurs
Senave , Gueman , de Libere,
Racou,&Ravent,tous cinq
Capitaines de ce meſme Regiment
d'Otis ; Monfieur de la
Grange Lieutenant de la Compagnie
de Monfieur d'Auverkue
; Monfieur Tresfrert Capitaine
d'une Compagnie franche,
ſon Alfierile Sergent de laCompagnie
de Monfieur de Meziere;
fon Lieutenant ; fon Alfier;quatre
Sergens , & trois Soldats ;
Monfieur de Neſvelin Capitaine
d'une Compagnie franche;
Mon
GALANT.
67
S
a
Monfieur Mouton Capitaine ,
fon Conneſtable ,& fept Soldats;
pluſieurs autres Officiers fubalternes
, & pres de quatre cens
Hommes de la Garniſon. On a
emporté dix Drapeaux , quatre
Etendards , & les Timbales du
Regimet des Cravates. Les Drapeaux
&les Prifonniers ont eſté
remis entre les mains de Monfieur
de Calvo , qui arriva une
heure apres avec environ mille.
Chevaux. Cette grande & heureuſe
Action s'eſt faite à trois
lieuës de l'Armée du Prince d'Orange
, qui envoya inveſtir la
Place par quatre mille Chevaux
deux jours aprés qu'elle eut
5 eſté priſe ; mais n'ayant veu aucune
poſſibilité d'en faire le Sie-
ز ge , il contremanda trente Pieces
de Canon qui eſtoient for-
; ties de Malines , & toutes les
コ
Trou
68 MERCURE
Troupes qui marchoient déja
pour cette Expédition. Monfieur
de Calvo pourveut Leuve
de toutes choſes. La Garniſon
des Ennemis eſtoit: composée
du Regiment de Sors , de ſept
Compagnies de celuy d'Otiche,
de fix du Regiment du Marquis
d'Iuſt detreize autre Compagnies,
de quatre de Cavalerie des
Cravates , & de ſept Compagnies
franches. Tous nos Offi
ciers , commandez pour cette
Action , ont faitdes choſes ſurprenantes
; la conduite a égalé
la bravoure , & jamais il n'eſt
arrivé moins de confufion pour
une Affaire de cette importance.
Elle a étonné tout le monde;
ceux-meſimes qui en ont eſté témoins
, ont peine à croire ce
qu'ils ont veu. Monfieur de la
Breteche s'eſt toûjours trouvé à
cheval , marchant ſur le glacis
GALANT.
69
-
コ
1
S
$
-
-
S
dela Contreſcarpe pendant l'Action
.
Le Regne de LoüIS LE
GRANDnous a tellement accoûtumez
aux Prodiges , que ſi
nous ne ceſſons pas de les admirer
, nous ceſſons du moins
d'en eſtre ſurpris. Ces miracles
qui commencent à devenir ſi
communs pour nous , ont fait
faire le Sonnet qui ſuit. Je ne
vous l'envoye pas ſeulement
pour la matiere; mais parce qu'il
enferme un miſtere de galanterie
qu'il ne m'eſt pas encor
permis de vous éclaircir . Comme
il doit avoir de la ſuite,& que
je ne doute pas que l'Autheur
ne m'en faſſe part , je vous apprendray
l'Avanture entiere, &
vous connoiſtrez alors que mes
Lettres produiſent quelquefois
d'autres effets que celuy de
vous divertir. SUR
70
MERCURE
SUR LES
CONQUESTES
DU ROY,
FAITES EN HYVER ,
SONNE T.
Lfaut tous quitter le Meſtier ,
Grands Supputeurs d'Ephemerides ;
Vous perdez le fruit de vos rides
A barbouiller tant de papier.
De vray vous pouvez en Ianvier ,
Préſager sur raiſonsfolides,
Qu'on n'auroit nuls glaçons liquides,
Comme dit Mathurin Queſtier.
Mais n'annoncer que pluye & glace,
Sans afſaut , fans priſe dePlace,
L'Almanachſeva ruiner.
Lesprédire estoit difficile.
Prendre
1
GALANT.
71
;
4
Prendre en Hyver Villefur Ville .
Qui diable eust pû le deviner ?
Voicy d'autres Vers qui doivent
avoir auſſi leur miſtere. Ils
m'ont eſté envoyez de Loudun
ſous le titre de la Ionquille de
Madame ***. L'Ouvrage me paroiſt
allégorique , & il y a grande
aparence qu'on a ſes veuës,
quand on y parle de Zephirs &
de Tubéreuſes .
LA JONQUILLE.
Eclatois autrefois dans unpetitPar-
J'E terre, [fleurs
On me reconnoiſſoit pour la Reyne des
Cent Rivales en vain me declaroient la
guerre;
Leplus beau lustre, &les vives couleurs
,
Dont brille la Tulipe , &que la Rose
érale ,
Cedoient à ladouceur des Parfums que
j'exhale. Tous
72
MERCURE
Tous les Zephirs de ceſejour,
A l'envy s'empreſſoient à me faire tu
cour
Et d'un airfi galant,ſiſoûmis &fi tendre,
M'offroient leurs foûpirs chaque
jour,
Que je ne pouvois me défendre
D'eſtreſenſible àleur amour.
De quelsplaisirs, de quelle gloire
Ne combloitpoint mesjours ce commerce
flateur !
Toutes les Fleurs envioient mon bonheur
,
Mais pourquoy rappeller dans ma trift e
memoire ,
Pardes regrets cuiſans &fuperflus,
Le ſouvenir des biens que j'ay perdus ?
Un grand nombre de Tubereuſes,
Fleurs étrangeres dans ce lieux ,
Que guidoit un Zephir content &glorieux
D'applanirſous leurs pasdes routes épineuses,
Aupres de moy vinrentſereposer,
Et
GALANT.
73
4
Et de tout mon éclat bientoſt victorieuses
,
Firent plus contre moy , que ne devoient
DeoszeFlreurs nobles &genereuſes NEQUE
Tous mes Zephirs en furent ébloüis ,
Ilsfurent tous dés-lorsSoustraits àmon
empire ,
Confufe&desolée , àpreſent jeſoûpire.
Gloire , plaisirs , honneursſe ſont évanouis.
Mon destin doit apprendre aux Belles
,
Qu'il n'est point d'Amans ſi fidelles ,
Qui nepuiſſent estre ſeduits ,
Et qu'un Objet nouveau ſouvent triomphed'elles.
Helas ! d'où vient qu'àm'inſulter,
Tubereuſes , par tout je vous voy tou
jourspreſtes ?
Vous ne pouvez vous écarter
Des lieux où vous m'avez enlevé mes
Conquestes ,
Onvousy trouve tous les jours.
Vous faites venir tant de nouveaux ses
cours ,
Juin. D
74
MERCURE
Que rien n'échape au pouvoir de leurs
charmes.
Tout leur paroist soumis, &je veux au
jourd'huy
Moy-mémemettre bas les armes,
Et, bien loin de me plaindre, implorer
vostre appuy .
le ſçay que pour punirdes Fleurs pré-
Somptueuses,
Qui croyoient attirer lesZephirslesplus
doux,
On envoya les Tubereuſes,
Qui les firent voler en foule à leurs genoux,
Et laiſſferent ces malheureuſes
Enproyeà leurs tranſports jaloux.
Mais s'ilfaut maltraiter quelquesflenrettesvaines,
La Jonquille n'est pas une fleur du commun,
Ellen'apas meritémeſmespeines;
Il est tant de Zephirs dans nos Bois,
dans nos Plaines,
Que le nombre pourra vous en estre importun,
T'estois accoustumée à leurs tendres haleines,
Tubereuſes, au moins daignez m'en laiffer
un.
La
GALANT.
75
La galanterie eſt tellement
née avec les François , qu'ils la
font regner dans les lieux mefme
d'où le voiſinage dela Guerre
l'auroit deû bannir. Ath eft
une Ville dont vous avez fouvent
entendu parler. Monfieur
le Comte de Nancré en eſt
Gouverneur. Quelques jours
avant que les Dragons Dauphins
de la Mestre de Camp
generale & de la Cornete blanche
euſſent reçeu ordre d'en
partir , les plus confiderables
Officiers de ces Compagnies
l'eſtant allez voir , il ſe fit une
Partie de Jeu entre Mademoifelle
de Nancré & Mademoifelle
de S. Yon. La premiere
avoit de ſon coſté Monfieur
le Marquis de S. Eran , Monfieur
le Marquis de Baugis , &
Monfieur le Comte de Longue-
Dij
76. MERCURE
val . Monfieur le Comte de Nancré
, Monfieur le Chevalier du
Terrier Capitaine dans le Regiment
du Roy , & Monfieur
de Chevilly , prirent le party
de l'autre. Il ne s'agiſſoit que
d'une Difcretion . Mademoiſelle
de Nancré la gagna ; &Monfieur
le Chevalier du Terrier
qui ne fut peut- eſtre pas fâché
de la perdre en ſuite contre les
deux Hommes de ſon party ,
crût qu'il ne s'en pouvoit mieux
acquiter qu'en offrant le Bal à
cette aimable Perſonne . Il fit céte
offre de fi bonne grace, qu'elle
ſe trouva obligée de l'accepter.
Comme elle en choiſit le
temps pour le ſoir de ce meſme
jour , il n'eſtoit pas obligé à de
grands appreſts. Cependant les
chofes furent ordonnées avec
une magnificence qui furprit ,
&
{
GALANT.
77
上
& jamais il n'y eut moins lieu de
s'appercevoir de l'Inpromptu.
Toutes les Dames ſe rendirent
dans le Chaſteau qui estoit
éclairé de tous coſtez d'une
tres - grande quantité de Bougies.
Tous les Officiers de remarque
s'y trouverent , &les
Violons avoient déja joüé plufieurs
Entrées de Ballet , quand
Mõſieur le Chevalier duTerrier
entra. La galanterie de fon Ha-
- bit répondoit à ſa bonne mine .
C'eſtoit un Habit d'Eté qu'il
n'avoit point encor mis , &dont
il avoit inventé le deſſein. Le
fond en estoit aurore avec
des boutonnieres entremeflées
d'oeillets tous entrelaſſez & piquez
de ſoye . Un cordonnet aurore
& blanc y faiſoit des noeuds
d'amour & des chifres . Un double
ouvrage ſervoit d'ornement
Diij
78
MERCURE
aux manches. Le tour des Canons
en eſtoit remply. Il avoit
une Garniture auſſi magnifique
que bien entenduë , avec des
Planes de meſmes couleurs,c'eſt
à dire, blanc, vert, & aurore. Ce
qu'il y eut de particulier , c'eſt
que cette Garniture avoit un
entier raport avec celle de Mademoiselle
de Nancré. On ne
peut mieux foûtenir la qualité
de Reyne du Bal qu'elle fit dans
celuy dont je vous parle. Elle s'y
fit diftinguer par ſa danſe auſſi
bien que Mademoiſelle de Saint
Yon , & on donna à celle de
Monfieur le Chevalier du Terrier
toutes les loüanges qu'elle
méritoit . La Collation fut de
cinq grands Baffins , où toutes
choſes ſe trouverent en profufion.
On recommança la Danfe.
Elle dura juſqu'au jour , & il
euft
GALANT. 79
euſt eſté difficile de mieux régler
une Feſte, quand on auroit
eu huit jours à s'y préparer.
Ce qui s'eſt fait à Ath pour
tuneDifcretion perduë , s'eſt fait
depuis peu en Bretagne , pour
marquer la joye qu'on y a euë
du Mariage de Monfieur de
Launay Capitaine au Regiment
du Roy , avec Mademoiſelle de
Trevegat , riche Heritiere de
cette Province. Il eſt Fils de
Monfieur de la Chapelle - Coquerie,
Gouverneur pour le Roy
desVilles & Chaſteau du Croific
& Guerende, & petit- Fils de
feu Monfieur de la Coquerie
Préſident à Mortier au Parlement
de Bretagne. La Nopce
s'est faite à Guerende avec des
réjoüiſſances qui ont duré quinze
jours. Le grandconcours de
Nobleſſe qui s'y eſt aſſemblée
Dij
80 MERCURE
de toutes parts ,eſt un témoignage
avantageux de l'eſtime qu'on
y fait des Mariez . Les Divertifſemens
n'y ont point ceſſé ; mais
quoy qu'il y en ait eu de toutes
fortes , rien n'a égalé une Feſte
qui ſe fit pour eux au Croiſic ,
lors que Monfieur de Launay
alla s'y faire recevoir à la Survivance
du Gouvernement de
Monfieur de la Chapelle ſon
Pere , que le Roy avoit eu la
bonté de luy accorder. Il eſtoit
avec Madame ſa Femme. Pluſieurs
Perſonnes qualifiées de
l'un & de l'autre Sexe les accompagnoient.
Ils arriverent au
Lieu que je vous marque au
bruit du Canon & de la Moufqueterie,
& reçeurent les Complimens
qui font ordinaires en
pareilles occafions. Ils furent
priez en fuite d'aller prendre le
plaifir
GALANT. 81
plaifir de la promenade ſur la
Mer. L'extreme chaleur du jour
les y convioit, & jamais Divertiffement
ne pouvoir eſtre plus
de ſaiſon. Ils s'embarquerent fur
des Chaloupes équipées exprés.
Elles estoient couvertes de verdure
, avec quantité de Feftons
de fleurs . On avoit preparé une
tres-magnifique collation dans
celle où la Compagnie entra.
C'eſtoit un Ambigu ſervy avec
une propreté admirable. L'abondance
& la délicateffe des
mets s'y trouvoient enſemble, &
on ne pouvoit regarder ſans
plaifir l'arrangement d'une infinité
de Porcelaines remplies de
tout ce qui estoit capable de flater
le gouſt . Il y avoit un Bufet
tres-bien garny dans la Chaloupe
voiſine . Celle-cy tournoit
autour de l'autre , & facilitoit le
D
82 MERCURE
moyen de donner àboire à ceux
qui en ſouhaitoient. On pouvoit
choiſir de Liqueurs. Elles y eftoient
en profuſion, &de toutes
fortes, Un concert de Muſique,
vingt- quatre Violons , & douze
Haubois, rempliſſoient une troiſiéme
Chaloupe. Leur Symphonie
ſe joignant au bruit de la
Mer , faifoit retentir agreablement
les Echos que produiſent
les Rochers de cette Cofte ,&
dõnoit une extréme ſatisfaction
à toute cette belle Compagnie.
La nuit qui arriva plutoſt qu'on
n'auroit voulu, l'obligea à ſedébarquerpour
ſe promener à pied
le long de la Coſte. Les meſmes.
plaiſirs les y fuivirent , & ils furent
augmentez par celuy qu'ils
eurentde voir une quantité prodigieuſe
de Fuſées ſur la Mer,
comme fi cet Element les euſt
pouf
GALAN T.
83
pouffées de luy-mefme dans les
airs pour prendre part à leur
joye. On fe retira en ſuite chez
Monfieur le Gouverneur , où le
reſte de la nuit fut employé à
danſer.
Des commencemens fi heureux
ne préſagent qu'une heureuſe
ſuite . Il s'eſt fait icy un autre
Mariage depuis quelques
mois , qui en a déja eu de chagrinantes
. Il n'y a rien de rare
en cela , mais il y a quelque
choſe d'aſſez peu commun dans
ce qui a cauſe la divifion. Voicy
'Hiſtoire .
Un Cavalier fort capable de
fe faire aimer & par fa bonne
mine & par fon eſprit , logeoit
depuis quelque temps dans le
Quartier de S. Honoré , quand
une belle Perſonne vint occuper
la Maifon voisine. Elle qui
84 MERCURE
toit celuy de Saint Paul , &
avoit une raiſon effentielle pour
faire cette longue tranfmigration
; car vous ſçavez , Madame
, que quiter Saint Paul
pour Saint Honoré , c'eſt en
quelque façon changer de Ville.
Cette raiſon ne regardoit
point ſa vertu. Elle estoitàl'épreuve
des belles paroles , & vivant
ſous la conduite de ſa Mere
, elle l'avoit pour témoin de
toutes fes actions , mais comme
elle cherchoit un Mary plutoft
qu'un Amant , elle fut perfuadée
que pour le trouver plus facilement
, il falloit qu'on ne la
connuſt pas pour ce qu'elle eftoit.
Son Bien eſtoit médiocre ,
& ne luy laiſſoit pas eſperer de
grands avantages , fi on ne faifoit
entrer ſa beauté en lignede
compte. Une grande vivacité
de
GALANT. 85
-
- de teint, affez de jeuneſſe , des
yeux pleins de feu , & un
coloris de levres admirable,
quoy qu'elle euſt la bouche
un peu grande , eſtoient des
charmes qui ne ſe trouvoient
pas dans toutes les Filles , mais
fur tout elle avoit une teſte
- qu'on ne pouvoit aſſez admirer
. C'eſtoient des cheveux
d'un blond qui ébloüifſoit. Jamais
on n'en avoit veu de fi
beaux. Ils luy donnoient un
éclat qui relevoit merveilleuſement
celuy de ſon teint ; & tous
ceux avec qui elle fit habitude
dans ce nouveau Qartier qu'elle
avoit choiſy , ne les euffent
pas crû naturels , fi en les touchant
ils n'euffent reconnu
qu'il n'y avoit point d'artifice.
Le Cavalier n'eut pas longtemps
une fi aimable Voiſine
fans
86 MERCURE
fans faire connoiſſance avec elle
, & cette connoiſſance fut
bien toſt ſuivie de quelques
ſentimens tendres qu'il luy expliqua.
Ils furent affez agreablement
reçeus , & quoy qu'il
ne fuſt pas fort riche , comme
il avoit du merite , elle ſe fuſt aiſement
contentée de ſa fortune,
s'il euſt eſté Homme à s'engager
tout de bon , mais il n'eſtoit
pas fort zelé pour le Sacrement.
Une converſation agreable luy
plaifoit , & il eſtoit de ces Gens
qui aiment volontiers toute leur
vie , pourveu qu'ils ne s'y obligent
point par Contract. La
Belle ne s'accommodoit pointde
cette referve . Elle employa toute
forte d'artifices pour l'amener
où elle vouloit,& voyant qu'elle
n'y pouvoit réüſſir , elle crût
qu'en le piquant de jalousie,elle
vien
GALANT.
87
S
{
viendroit plus aisément à ſes
fins. Elle vit du monde , reçeut
d'autres viſites que les ſiennes,
&témoigna n'eſtre pas inſenſible
à quelques hommages qu'on
luy offrit. Il en murmura , mais
il aima mieux prendre patience,
qu'y apporter le remede qui luy
eſtoit ſeûr. Il fe rendit compatible
avec d'autres Soûpirans,
parmy leſquels un Vieillard demeuré
veuf depuis deux années
, ſe montra des plus empreſſez
. Son âge pouvoit dégoûter
la Belle , mais il eſtoit extrémement
riche ; & comme l'amour
donne de la liberalité ,il fit
de la dépenſe qui fut ſuivie de
tant d'aſſurances de tendreſſe,
qu'elle ne defefſpera pas d'en
faire un Mary. Les avantages
qu'elle en pouvoit eſperer , mexitoientbien
la préferencequ'on
luy
88 MERCURE
luy donna. Le Cavalier que la
Belle commença de traiter plus
froidement , s'apperçeut bientoſt
du nouveau commerce. Il
en fut furpris , & ne pouvant
croire qu'on fuſt capable de ſe
remarier à l'âge oùil voyoit le
bon homme,il fit quelqueraillerie
à la belle Blonde de l'acquiſition
de cet Amant ſuranné . Elle
en fut piquée , s'emporta contre
le Cavalier , luy defendit ſa
Maiſon , & fit valoir au Vieillard
ſon exclufion de la bonne forte .
LeCavalier en eut du chagrin;
mais comme il eſtoit honneſte,
il ne ſe vangea de la maniere
impétueuſe dont il fut traité ,
que par ces Vers qu'il luy fit
tenir.. :
Voy, me préferer un Rival ?
ene,mon coeur en Climene,mon enſouſpire.
Mais
GALANT.
89
5
a
a
e
a
Mais oferay-je vous le dire ?
Pourquoy choisissez- vousfi mal ?
Si d'unjeune Blondin charmée,
L'Amour en ſafaveur vous rangeoit ſous
ſes loix,
Atoutes vos rigueurs mon ame accoûtumée,
Reſpecteroit unfi beau choix.
Ce doux je ne ſçay quoy qui plaiſt
lors qu'il engage,
Ses manieres , ſon air , tout cela vaut
ſon prix,
Dirois- je , il faut ceder : mais recevoir
l'hommage
D'un Protestant à cheveux gris !
Parlons à coeur ouvert, Climene , estesvousfage
?
Quel rapport entre vosfoûpirs?
Quandles unsfont defeu, les autresſont
deglace,
Vous entrezdans le monde , alors que
tout l'en chaffe,
Vous vivez pourla joye, il eſt mort aux
plaisirs.
S
20
MERCURE
Siquelque vieux refte de flame,
Semble encor quelquefois luy réveiller les
Sens,
En vain ce doux transport vient chatoüiller
fon ame,
Les efforts enfont languiſſans.
Il est vray que l'experience,
Comme le fruit de l'age en est une vertus
Mais c'est un poids Sous qui l'amour est
abbatu,
Et le trop luy tient lien d'offense.
Ainſi quand un Galant dans l'arriere
Saiſon,
Vient par des voeux uſez luy rendre encorhommage,
Il s'en fait une honte , &voudroit qu'à
cetage
Onprit ſoin d'entendre raiſon.
C'est un triste ragoust qu'un Amant à
Lunetes;
Climene , apprenez-nous comme il ſcent
vous charmer.
Unvisage fané, meſme desplus malfaites,
Eftmalpropre àse faire aimer.
GALANT .
91
Mais lors qu'en ſafaveur vostre coeur
ſedeclare,
N'aimeriez- vouspoint ſes tresors?
Ilest riche, dit- on , &fon argent repare
Lemanque des graces du corps.
Ce seul trait de beauté rajuſte la vieilleffes
Sabourse,j'en conviens, le doit mettre en
credit.
Eft-elle bienfournie ? il atrop de jeunes-
Se,
Etnesçauroit manquer d'esprit.
Peut- on luy comparer ces Amans dubel
âge,
Qui laiſſant à leursyeux expliquer leur
langueur,
Quand ils vous offrent leur hommage,
Ne vous apportent que leur coeur ?
In, jememeurs, chezvous, nepeut estre
demife,
Ievoisàquoy tout lecommerce tend.
Petits foins, Billets doux, Offres de fa
franchise,
Nefont point de l'argent comptant.
Vous
92 MERCURE
Vous ne vous payez point de ſemblabis
monnoye,
Vous demandez d'autres Bijoux ;
Les donnant à propos , c'est une ſeurs
voye
Pour réüßir aupres de vous.
Mais quand voftre Galant vous prépare
une feste,
Quà choisir des Preſens ilparoist empesché,
Sur tout à bien haut prix mettez vostre
conqueste,
Vous fereztoûjours bon marché.
:
A-t-il de quoy payer une de vos oeillades?
Leplaisirde vousvoirne dura-t-ilqu'un
jour,
Ila beau dépenser en Festins , Serenades,
Ilvous doit encor du retour.
Ménagezſes transports, il abonne finance,
Prenez de temps en temps un air plein
de fierté,
Faites-luy bien valoir la moindre complaisance,
Et qu'enfin tout ſoit bien compté.
Vous
GALANT. 93
Vous pouvezestre charitable,
Sans mettre en hazardvoſtre honneur,
Vos bontez n'en sçauroient faire qu'un
miferable,
Ien'envieray pointſon bonheur.
C'est de quoy me vanger de la cruellein
jure
Que vostre choix fait àmes feux,
Et jelaiſſe àjugerqui dans cette avantu
re
Eſt de nous le plus malheureux.
Cette petite Satyre obligea
la Belle à n'oublier rien , pour
faire voir qu'en foufrant les afſiduitez
du Vieillard, elle avoit eu
lieu d'en efperer autre choſe
que des Préfens. Toutes ſes
complaiſances luy furent données.
Elle ne recevoit perſonne
quand il eſtoit aupres d'elle.
Cette conduite fit un effet merveilleux.
Son humeur ne luy plaiſoit
pas moins que ſon viſage .
Elle
94 MERCURE
Elle avoit d'ailleurs ce qui avoit
eſté ſon charme toute ſa vie , je
veux dire ces beaux cheveux
qu'il admiroit tous les jours ,&
qui l'enchaînerent fi bien qu'il
ſe réſolut enfin à l'épouſer. Elle
avoit de la vertu ,& il ne ſe peut
rien de plus honneſte que la
maniere dont elle veſcut avec
luy. Le Cavalier voulut la revoir.
Il luy écrivit , il luy fit parler
, & n'en peut obtenir la permiffion.
Son Mary eſtoit fort
âgé . Elle luy eſtoit obligée d'un
établiſſement qui dans le peu de
bien qu'elle avoit , la mettoit à
couvertde quantité d'embarras,
& pour luy en marquer fa reconnoiſſance
, elle ſe fit un plaifir
d'éloigner tout ce qui luy auroit
pû donner de l'ombrage . Elle
eſtoit propre , &fe coifoit
tous les jours , parce qu'elle ſçavoit
GALANT .
95
voit que c'eſtoit luy plaire ; &
ils vivroient encor dans l'union
où ils paſſerent les quatre premiers
mois de leur Mariage , ſi
ce qui avoit contribué à le faire,
n'en euſt malheureuſemet troublé
la paix. Le bon Homme
eſtoit ſorty un matin pour une
affaire qui devoit l'arreſter indiſpenſablement
juſqu'au foir.
La Belle qui ſe coifoit toûjours
ſeule, s'eſtoit enfermée dans ſon
Cabinet , d'où elle ſortit imprudemment
pour aller chercher
quelque choſe dont elle eutbeſoin
dans une Chambre voiſine
. Elle négligea d'en fermer la
porte , parce qu'aucun de ſes
Gens ne montoit jamais ſans
eſtre appellé. Le Mary revint
dans ce moment pour un papier
qui luy eſtoit neceſſaire. Il entra
dans le Cabinet de ſa Femme
qu'il
96 MERCURE
qu'il trouva ouvert , & vit ſur ſa
Table cette belle Teſte qui l'avoit
charmé. Jamais ſurpriſe ne
fut pareille à la fienne , ſi vous
en exceptez celle de la Dame,
qui revenant un moment apres,
& voyant ſa tromperie découverte
, demeura dans une confuſion
qui ne ſe peut exprimer.
La verité eſt que ces cheveux
blonds qui luy attiroient tant de
regards , n'eſtoient à elle que
parce qu'elle les avoit payez à
Madamele Toufé.Toutle monde
connoit l'adreſſe de cette fameuſe
Ouvriere qui a inventé
les Perruques au Meſtier, qui ne
peſent que deux onces , & qui
réüſſit toûjours ſi bien pour les
coifures des Femmes. La maniere
dont elle applique les faux
cheveux eft quelque choſe de
furprenant. On les tire , onles
re
GALANT.
97
regarde de pres , & il n'y a per-
- ſonne qui ne croye que c'eſt ſur
= la tefte meſme qu'ils font appliquez.
Le bon Homme qui ſe vit
trompé dans ce qui touchoit le
plus ſon coeur , voulut voir les
veritables cheveux de ſa Femme
. Elle les avoit de la couleur
-la plus dégoûtante,&c'étoit par
cette raiſon qu'eſtant devenuë
une Perſonne toute nouvelle apres
l'acquiſition d'un blond qui
ne luy eſtoit pas naturel , elle
avoit changé de Quartier , s'imaginant
bien que dans celuy
où on l'avoit veuë dés ſon bas
âge,il luy feroitimpoſſible d'empeſcher
qu'en s'informant d'elle
, on ne fuſt inſtruit de ce defaut.
Cette couleur qui ne plaiſt
en France à perſonne , choqua
fi fort le Vieillard , que quoy
qu'elle puſt faire pour s'excufer,
Iuin. E
98 MERCURE
il luy ordonna de ſe retirer chez
ſa Mere , ſans qu'il l'ait voulu
recevoir depuis ce temps - là
chez luy. Ses Amis s'employent
inutilement à l'adoucir. Il dit
toûjours qu'il a épousé une
Blonde , qu'il ne veut point
d'autre Femme , & fi l'on en
croit le bruit commun ,
déja conſulté les plus habiles
Avocats pour ſçavoir fi une
tromperie de cette nature n'eſt
point une cauſe ſuffiſante pour
faire rompre ſon Mariage.
ila
Madame la Princeſſede Monaco
, Surintendante de la Maiſon
de Madame , eſt morte dans
les premiers jours de ce Mois
apres une longue maladie , qui
n'a pas moins fait éclater ſa patience
à ſouffrir , que ſon entiere
réſignation aux ordres
d'Enhaut. Elle a eſté fort regretée
GALANT .
99
1
gretée de toute la Cour , & particulierement
de Leurs Alteſſes
Royales , qui avoient pour elle
detres - grandes confiderations .
Feu Madame l'avoit fort aiméed
Entre les belles qualitez qui luy
attiroient l'eſtime de tout le
monde , celle de conſtante &
fidelle Amie eſtoit une des premieres.
Je ne vous parle point
de ſa beauté . Vous l'avez veuë,
& il ne falloit qu'avoir des yeux
pour connoiſtre les avantages
qu'elle avoit reçeus de la Nature
. La vivacité & la délicateſſe
de fon Eſprit répondoient aux
charmes de fa Perſonne ,& elle
n'avoit rien à envier de ce coſté
là. Elle estoit Fille de Monfieur
le Mareſchal Duc de Gramont,
qui joint à une haute naiſſance
tout cequi a jamais fait les grāds
Hommes. Il s'eſt toûjours diſtin-
E ij
100 MERCURE
gué dans les diférens Emplois
qu'il a eus ; & fi on l'a veu fouvent
avec admiration faire éprouver
ſa conduite & fa valeur
aux Ennemis de fon Maiſtre, à la
teſte des Armées de France, on
ne l'a pas moins admiré dans les
importantes Ambaſſades pour
loſquelles ila eſté choiſy. Il s'en
eſt acquité par tout avec gloire,
&joignatl'adreſſe à l'eſprit pour
faire réüſſir les Negotiations qui
luy ont été confiées,il n'a jamais
traité avecperſonne sas s'en attirer
la confiance. Il n'épargnoit
rien pour ſoûtenir la dignité de
fon Rang & de fes Emplois. Son
équipage eftoit auſſi magnifique
que galant, &fa Tabletoûjours
ſomptueuſe. Il n'y a eu aucun
temps, quoy qu'il y en ait eu de
tres -difficiles , où ſa fidelité ne
ſe ſoit montrée inébranlable.
Aufſi
GALANT. TOT
Auſſi a- t- elle eſté récompensée
par les bienfaits du plus grand
Roy de la Terre. Les bontez
particulieres qu'il luy témoigne
encor tous les jours, font des témoignages
ſi éclatans de fon
mérite, qu'il ne s'y peut rien adjoûter.
Madame la Princeſſe de
Monaco ne tiroit pas ſeulement
ſa gloire d'un Pere recommandable
par tant d'endroits diférens
, & d'un grand nombre
d'Illuftres yeux ; elle la tiroit
encor d'une Mere auſſi conſidérable
par ſa pieté que par la nobleſſe
de ſon ſang. Vous ſçavez ,
Madame , qu'elle eſt Niéce du
fameux Cardinal de Richelieun
On fait ſon éloge en le nommant.
Cette vertueuſe Mere
avec une conſtance digne de la
grandeur & de la fermeté de
fon ame , fut la premiere qui
Eij
102 MERCURE
annonça à ſa Fille qu'il falloit
qu'elle ſe préparaſt à mourir. Le
détachement qu'elle a pour le
monde fut un exemple affez fort
pour l'inſpirer à cette Princeſſe.
Elle reçeut cette nouvelle fans
s'en ébranler,&n'eut plus d'autres
penſées que de ménager
pour l'Eternité le peu qui pouvoit
encor luy reſter de vie. Elle
fut fortifiée dans cette réſignation
toute Chreftienne par les
Joins d'undes plus celebres Prédicateurs
de ce Siecle. Tout le
monde connoit ſon mérite . Il
faut en avoir beaucoup pour ſe
faire diftinguer dans une Societé
où il n'y a que de grands
Hommes.Cette Princeſſe ayant
eſté longtemps à l'extremité avec
des foufrances qui ne ſe
peuvent concevoir , Monfieur
le Prince de Monaco ſon Mary
fit
GALANT.
103
fit pour la revoir la meſme diligence
que Sa Majeſté avoit faite
pour fon retour. Il parut vivement
touché de fon mal , & accompagna
ce qu'il luy dit de
toutes les marques de douleur
qui ſuivent ces cruelles ſeparations..
Elle luy fit connoiſtre ,
autant que l'état où elle ſe trouvoit
l'en laiſſoit capable , qu'elle
recevoit avec plaiſir ces derniers
témoignages de ſa bonté & de
fa tendreffe , & mourut le lendemain
âgée ſeulement de
trente - neuf ans. Monfieur de
Monaco eft Fils d'Honoré Grimaldi
I I. du nom , Prince Souverain
de Monaco , que le feu
Roy fit Duc de Valentinois &
Chevalier de ſes Ordres , &
d'Hipolite Trivulſe. Cette Maifon
eſt alliée aux Maiſons Impériale
, de Spinola , & de Li-
,
E iiij
104 MERCURE
vourne . Madame la Princeffe
de Monaco a laiſſé un Fils qui
prend le Titre de Duc de Valentinois.
Il peut avoir ſeize ou
dix - sept ans , & paroift fort accomply
dans un âge fi peu a
vancé.
Mademoiselle de Maiſons qui
vientde mourir , n'en avoit pas
davantage. Elle estoit Fille de
Monfieur de Longueil, Marquis
de Maiſons,& Préfident à Mortier.
Une fievre de quatre jours
l'a emportée. On ne peut eſtre
plus civile qu'elle l'eſtoit. Cette
qualité ſoûtenuë des avantages
de l'Eſprit & de la Beauté , luy
attiroit l'eſtime de tous ceux qui
la connoiſſoient.
Ces morts prématurées qui
ſemblent renverſer l'ordre de la
Nature , engagent à des reflexions
que je ne doute point que
vous
GALANT.
1ος
e
Π
vous ne trouviez heureuſement
exprimées dans les Vers qui
fuivent.
*********
STANCES LO
SUR LA VANI TE 393
DU MONDE.
Daphnis qui fuis en tout la plus
haute ſageſſe,
Contemple ce Tableau de l'humaine foi
bleffe,
Que le ſoin de teplaire a tiré deme
mains.
Tu pourrasremarquer de combiendelicences
La Fortune & l'Amour , deux aveugles
Puiſſances,
Font regner le désordre en l'Etat des
Humains.
Depuis que les Mortels aux Sceptres
fonthommages-
CetteReyne du Monde, infolente &v
Inge Ev
106 MERCURE
Des Princesles plus grands renverſe les
projets.
Laſſe de lesflater, elle leurfait laguerre,
Et sans diſtinſtion tous ces Dieux de la
Terre
Sont de meſme que nous, au rangde ses
Sujets.
Ils ont beau partager la conduite du
Monde,
Etpar une valeur en merveilles feconde,
Au Temple de l'Honneur des Palmes
acquerir.
Ils éprouvent enfin la Fortune& l'Envie,
Et lesGardes commis pour défendre leur
vie,
Nepeuvent rienpour eux dans l'heure
de mourir.
Leurs Superbes Grandeurs aux Astres
parvenuës,
Par la suite des ans deviennent inconnuës;
Leur orgueil a ſa Tombe aussi bien que
leurcorps,
Et cesgrands Monumens d'eternelle memoire,
Ne
GALANT. 107
Nes'élevent par tout pour maintenir
leurgloire,
Qu'afin de declarer aux autres qu'ils
fontmorts.
Tant de charmans Objets dont le monde
Sepique,
Cettebezutéd'Olimpe,& cesyeux d'An.
gelique,
Seront dans quelques jours lapasturedes
Vers.
Cloris n'a plus se teint qui la rendoit
vaine,
Et l'on ne voit plus rien des merveilles
d'Helene ,
Quifit pour ſa querelle armer tout l'Vnivers.
PauvreAmant, tu fais voir que tu n'es
guere ſage,
Quand pour quelques attraits qui parent
un visage,
Tu languis jour & nuit de triſteſſe &
d'amour.
Songe qu'au moindre vent ces graces fe
flétriſſent,
riffent
Et que si des Vergers les Roses reflen.
Celles
108 MERCURE
Celles de la beauté n'ont jamais de retour.
Malheureux qui dreſſant un superbe
Edifice,
Employeztant deſoin de peine &d'anà
tifice ,
Afin de vous ofter du nombre des Mor
tels ,
Dontez-vousque letemps à la finn'en
Quand les Divinitexqui peuvent tou
dispose,
techofe,
Nepeuvent defes coups affranchir leurs
Autels?
Invincibles Césars, Hercules indomptables,
doutables,
Orgueilleux Conquérans, Puiſſances re
Que l'ardeur de laGloire aux alarmes
nourrit,
En vainvoustriomphez desplusfuper
besTestes,
Fous ne sçauriez. tirer de toutes vos
Conquestes,
Qu'un rameau de Laurierqui jamais not
tourit
GALANT
109
Retirez- vous, defirs de ces Pompesfuprémes,
Il faut vous élever , mais c'est contre
vous-meſmes,
Et rendre ſous nospieds vostre orgueil
abbatu.
Necherchons qu'en nous feuls des Con--
questes nouvelles,
Et croyons qu'il n'est point de Palmes
eternelles,
Que celles qu'on reçoit des mains de la
Vertu.
Ce Superbe Alexandre , esclave de ſa
gloire,
Qui de tout l'Univers ne fit qu'une vi--
Etoire,
Dont ſon ambition luy ravit leplaifir
Auroitpû se vanter d'avoir eu lapuif--
Sance
De faire tout flechir ſous ſon obeyſſance,
S'il eust pucomander àson propre defir;
Daphnis, n'afpirons plus aux grandeurs
dela Terre,
Combattons , s'il se pent , d'unemortelle
Quwre
Tow
110 MERCURE
Toutes les Paffions que la Raison defend.
Changeons les soins du monde en des
Soinsplus utiles ;
La Fortune & l'Amour à vaincrefont
faciles,
L'une n'est qu'une Femme , & l'autre
qu'un Enfant.
Heureux qui pourroit ſe fervir
de ces leçons ! On ſe mettroit
à couvert de bien des chagrins
, & particulierement de
ceux que cauſe le changement
qui eſt preſque toûjours inévitable
en amour. Nous n'avons
rien à reprocher là- deſſus à vôtre
Sexe, ſi on s'en rapporte å
ces Vers que j'ay reçeus de Puyperlan
en Xaintonge . Ils m'ont
eſté envoyez avec la Note
nom d'une tres -fpirituelle Communauté
. C'eſt le moindre éloge
que je luy puiſſe donner ſur la
Lettre dont ils eſtoient accompagnez.
, au
AIR
GALANT. 111
AIR NOUVEAU.
VandSur nos charmans rivages.
د
Et chantoit que les amours
Des Bergeressont volages ;
Philisfur nos Orangers
Répondoit , si les Bergeres
En amourſontſi legeres ,
Tirfis , croy moy , les Bergers
Sont encor plus legers.
L'exemple des malheureux
en tendreſſe n'empeſche point
qu'il ne ſe fafle tous les jours des
engagemens nouveaux. On voit
bien qu'il feroit mieux de ne
point aimer; mais quand on aime
avec innocence , on a bien
de la peine à déferer aux bizareries
d'un Mary qui en fait
quelquefois ſa peine mal à propos
. L'Avanture que j'ay a vous
conter vous le fera voir. Deux
ου
112 MERCURE
ou trois Bataillons d'Infanterie
ayant eſté mis en Quartier
d'Hyver dans uneVilles des plus
éloignées de Paris , un des Officiers
, fort bien fait de ſa perfonne
, ſe fit aſſez favorable--
ment écouter de la Maiſtreſſe
du Logis qui luy fut donné. Le
Mary s'en apperçeut. Il ne déguiſa
point à ſa Femme le chagrin
quil recevoit de certaines
converfations qui luy paroiffoient
ſuſpectes. Elle luy promit
d'y mettre ordre , & n'en fit
rien . L'Officier luy plaifoit. II
avoit beaucoup d'eſprit ; &
comme elle ne pût s'imaginer
qu'il y eût du crime dans un entretien
où elle ne recherchoit
point le teſte-à-reſte , elle laiſſa
gronder le Mary , & ne s'embaraſſa
qu'aſſez médiocrement .
de ſes plaintes . Il eſtoit jaloux
juſqu'a
GALANT.
113
e
er
juſqu'à l'excés. Les chimeres
qu'il ſe mit en teſte , allerent fi
loin , qu'il ſe crût perdu , s'il ne
trouvoit moyen de faire déloger
l'Officier. Il en vint à bout à force
d'argent & de prieres. Jamais
Victoire ne fut plus charmante
pour un Conquerant. Il en inſulta
ſa Femme. Ce fut affez
pour l'aigrir. Comme la difficulté
fait ſouvent le prix des choſes
, l'éloignement redoubla l'eſtime
qu'elle avoit pour l'Officier.
Il demanda à la voir . Elle
y confentit malgré l'expreſſe
defenſe qui luy en fut faite. Le
commerce eftoit toûjours innocent
, & fa vertu ne luy reprochant
rien , elle ſe fit un
plaifir de vaincre des obſtacles
qu'on y apportoit. Il n'y avoit
pas moyen de voir l'Officier
chez elle. Son jaloux Mary
l'ob
114 MERCURE
l'obſervoit de trop pres pour
luy en laiſſer la liberté . Une
Confidente ne manque jamais
au beſoin . Elle découvrit ſon ſecret
à une Amie qui luy offrit ſa
Maiſon . La commodité en eſtoit
grande. Elle ouvroit fur deux
Ruës diferentes. La Belle s'y
rendoit par une porte , l'Officier
par l'autre , & cette précaution
mettoit leur ſecret en
feûreté . Les Rendez -vous eftoient
agreables , mais ils devinrent
un peu trop fréquens
Le Mary s'en alarma. Il voulu.
ſçavoir où alloit ſa Femme. Il auroit
mieux fait fans doute de
fermer les yeux pour quelquetemps.
La Saiſon eftoit déja
avancée , & il ſe fuſt épargné
bien des peines , s'il euſt voulu
attendre paiſiblement le depart
desTroupes.
A
GALANT.
115
S
1
Aquoy bon apres tout la recherche Severe
Demille petits tours qu'une Femme peut
faire ?
Il est dangereux bien ſouvent
Qu'un Mary là- deſſus ſe rende trop
Sçavant s
enfait
de jal outeQUE DE LA
Et vouloir s'éclaicir
C'eſt n'aimer pas le repos de ſa vie.
MON
Noftre Jaloux épia ſa Fem-693
me aux deſpens du fien . Elle ne
luy cachoit pas qu'elle alloit
_ ſouvent chez fon Amie , mais
elle y alloit trop propre pour luy
donner lieu de croire qu'il n'y
euſt point de deſſein. Il découvrit
que l'Officier connoiſſoit
auſſi cette Amie , & il ne douta
plus que les viſites ne ſe fiſſent
pour luy. Il y alla pluſieurs fois
pour tâcher de les ſurprendre,
mais on y mettoit ordre. Ily avoit
toûjours quelqu'un en ſentinelle,
116 MERCURE
le, & désqu'il entroit , on faifoit
cacher l'Officier qui ſortoit en
fuite par la fauſſe porte. La Confidente
à qui ſes ſoupçons eftoient
connus , le railloit fur la
peine qu'il ſe donnoit d'épier ſa
Femme , & elles luy foûtenoiena
fi obſtinément toutes deux que
l'Officier n'eſtoit jamais de leurs
converfations , qu'il voulut venir
àbout de les confondre. If
prit pour cela la plus bizarre réſolution
dont un Jaloux puiſſe
eftre capable. Les Eſpions qu'il
mit en campagne , l'avertirent
qu'un Patiffier voiſin de la Confidente,
portoit preſque toûjours
la Collation chez elle quand ſa
Femme luy rendoit viſite . Il alla
trouver le Patiffier,& furle prétexte
d'une gageure qu'il pou
1
voit gagner par fon moyen il
l'engagea à foufrir qu'il priſt l'é
quipa
GALANT. 117
quipage de ſon Garçon pour
porter chez l'Amie la premiere
Collation dont il recevroit les
Lordres . On obtient tout avec de
l'argent . Le Patiſſier l'avertit. II
ſe défit d'une Perruque, ſe bar-
-boüilla un peu le viſage;& comme
il n'y avoit quela Ruë àtraverſer
, il entra chez la Confidente
, avec la Patiſſerie qu'il
portoit, ſans que perſonne priſt
garde à luy. Ilmonta où il crût
trouver la Compagnie. Aucun
Domeſtique ne l'en empefcha,
&en entrant dans la Chambre,
il vitl'Amie qui ſe promenoit,&
l'Officierquientretenoit ſa Femme
auprés des feneftres. La Belle
qui ne jetta les yeux que ſur
l'équipage du faux Patiffier , dit
tout haut que c'eſtoient toûjours
de nouvelles Regales. On
mit le tout fur la Table; & comme
118 MERCURE
me le Patiffier ne ſe haſtoit pas
de fortir, l'Officier crût qu'il attendoit
de quoy boire. Il ſe préparoit
à luy faire liberalité,
quand il luy vit prendre un fiege.
Cette familiarité un peu furprenante
les obligea tous trois à
obſerver ſon Viſage. La Femme
fit un haut cry , la Confidente
demeura interdite , & l'Officier
ſe mit en état de ne les laiſſer
pas inſulter. Le Mary qui avoit
concerté fon rôle, & medité ſérieuſement
ce qu'il devoit faire,
les confidera quelque temps
fans leur rien dire. Ils garderent
le filence comme luy , &dans ce
meſme filence apres avoir regardé
ſa Femme avec des yeux où
tout ce qu'il avoit dans le coeur
eſtoit peint , il ſe retira de la
Chambre , & alla reprendre ſa
Perruque chez le Patiffier. On
tint
GALANT . 119
1
2
tint conſeil apres fon départ. Sa
Femme qui le connoiſſoit, & qui
ne trouva point de ſeûreté à retourner
avec luy , alla conter
l'avanture à ſes Parens. Ils ſe
font employez , & s'employent
encor tous les jours à faire ſa
paix. Le Mary répond qu'il n'a
nymal-traité ny chaſſe ſa Femme,&
qu'elle peut revenir quad
illuy plaira ; mais comme il y a
toûjours de l'aigreur dans ſes
réponſes,& qu'il ne promet rien
de poſitif ſur l'oubly qu'on luy
demande de tout ce qui s'eſt
paſſé, elle n'a oſé juſqu'icy quitter
l'azile que luy ont donne ſes
Parens , & elle attend toûjours
chez eux qu'il arrive quelque
changement dans ſa fortune.
L'inconfiderée jaloufie de
certains Marys engage ſouvent
les Femmes à une conduite fort
éloignée
120 MERCURE
éloignée de leur propres ſentimens
. L'honneſteté eſt née
avec elles ; & fion les abandonnoit
à leur vertu , je ne doute
point qu'on n'euſt ſujet de dire
preſque de toutes ce que vous
allez voir dans ce Madrigal. II
m'a eſté envoyé de Niſmes ſans
qu'on m'ait appris le nom de
l'Autheur.
MADRIGAL.
On , non , de mes Rivauxje ne
Nhuu poim jaloux's
Ils n'ont aucune part àmon chagrin extréme.
Aimable Iris , aupres de vous
le ne dois craindre que vous mesme.
Cette fierté qui ſçait étoufer vosſoupirs,
Cette raiſon qui regle vos defirs ,
Et vous fait refuser tout ce qu'on vous
demande,
Cette
GALANT. 121
Cette austere vertu dont vous ſuiviez
Laloy ,
Cesont là les Rivaux , Iris , que j'apprehende
,
Et quifont en tout temps mieux écoutez
que moy.
Je ſuis bien - aiſe que la réputation
des deux Peres Capucins
que le Roy aétablis dans le Louvre,
ait eſté juſques à vous.Quoy
qu'ils foient tres - capables de
l'employ qui leur a eſté donné,
ils ne fongeoient à rien moins
qu'à le demander. Ils follicitoient
une Miſſion en Ethiophie
, où ſur le raport qui leur
en avoit eſte fait en Egypte dans
le temps qu'ils y ont demeuré,
ils ſçavoient qu'il y avoit beaucoup
à travailler pour le falut de
ces Peuples , infectez depuis
plus d'un demy fiecle de l'Herefie
de Diofcore. Sa Majesté
Iuin. F
122 MERCURE
avertie des hautes lumieres
qu'ils ont dans la Medecine , a
jugé à propos de les arreſter. La
longue étude qu'ils en ont faite,
n'en a rien laiſſé échaper à leur
connoiffance . Ils apportent une
application toute particuliere à
la préparation de leurs Remedes
qui opérent avec une grande
douceur ; de forte que les
Malades qui s'en ſervent pour
les fievres , en ſont délivrez en
peu de jours , ſans ſe trouver
apres cela dans la foibleſſe ordinaire
des Convalefcens. Ils
ont leurs maximes qu'ils ſuivent
pour regles , fans s'affujetir aux
ſentimens d'Hipocrate , qu'ils
ne laiſſent pas d'avoir leû , mais
dans ſon entiere pureté , & fans
eſtre alteré par Galien. Ils ont
fait une étude tres-ſerieuſe de
Paracelfe & de Van -Elmon , &
on
1
GALANT. 123
on dit que peu de leurs ſecrets
leur font inconnus . Platon à qui
les Anciens ont donné le nom
de Divin , eſt preſque leur ſeul
Philoſophe , & ils ont pour luy
la meſime admiration que S. Auguſtin
, qui en parle ſi avantageuſement
dans pluſieurs endroits
de ſes Confeffions. Ilya
lieu d'attendre beaucoup de ces
bons Religieux qui n'ont d'intereſt
que celuy d'exercer leur
charité envers le prochain , &
qui loin d'avoir de l'empreſſement
pour l'honneur que leRoy
leur fait , s'en font défendus autant
que l'honneſteté l'a pů
permettre . I'ay oüy dire qu'ils
avoient éprouvé la plus grande
partie de leursRemedes , & que
dans le commerce qu'ils ont eu
avec tous les Sçavans des lieux
où ils ont eſté , la connoiſſance
Fij
124 MERCURE
qu'ils avoient de la Langue Arabe
leur a donné moyen de faire
de belles découvertes. Je connois
quelques-uns de vos Amis
qui ſe promettent beaucoup
d'eux pour la guériſon de leurs
vapeurs. C'eſt un mal toûjours
à la mode , & qu'ils traitent diféremment
felon ſa cauſe. Je ne
vous dis rien que je n'aye appris
par des Perſonnes tres-ſcavantes
& tres - éclairées,& qui peuvent
eſtre Juges compétens fur
ces matieres .
La place de Monfieur l'Abbé
de la Barre,Organiſte ordinaire
de la Chapelle du Roy , a eſté
remplie . Pluſieurs furent propoſez
quand il fut queſtion de
la donner , & l'on fit joüer les
plus habiles Maiſtres de France .
On en trouva beaucoup d'excellens
,& le Roy en demeura fi
}
fatis
GALANT .
125
fatisfait , qu'il en choiſit quatre
au lieu d'un. Ainfi cette Charge
qui eftoit Ordinaire,va eſtre fervie
par quartier. Le premier,qui
eft celuy de Janvier , ſera ſervy
par Monfieur Tomelin ; le ſecond
, par Monfieur le Begue;
le troiſieme , par Monfieur Buterne
; & le dernier par Monfieur
Nivers .
A ce que je voy , Madame,
vous devez avoir grand commerce
avec le Païs Latin , puis
qu'on vous a déja envoyé le
beau Poëme que Monfieur de
Santeüil Chanoine de S. Victor,
a fait depuis peu en cette Langue
à la gloire de Monfieur le
Chancelier. N'avez-vous point
admiré en le lifant , avec cõbien
de force il ſe ſoûtient par luymeſme
ſans aucun ſecours des
Fables? Il eſt vray qu'en parlant
Fij
126 MERCURE
d'un Miniftre auffi Illuſtre que
Monfieur le Tellier , il ſuffit de
dire nuëment ce qu'il a fait, pour
eſtre aſſuré de dire de tresgrandes
choſes. Ce Poëme qui
fut leu dernierement dans l'Académie
Françoiſe y , reçeut
les meſmes loianges que vous
Juy donnez . Il y a beaucoupde
grandeur dans les Vers , & on
ne voit guère d'expreffions plus
majestueuſes.Auſſi Monfieur de
Santeüil n'a- t- il pas épargné
fon temps à le polir. Il y a employé
plus de fix mois , & il ne
croit pas qu'il luy doive eſtre
honteux de l'avoüer. A propos
de Latin , ſçavez-vous que le
demy Vers de Virgile qui finit
ma derniere Lettre, m'a preſque
faitune affaire avec les Scavans ?
Ils m'accuſent d'une contradiction
qui m'eſt encor inconnue,
&
GALANT.
127
,
& prétendent que ce demy
Vers qui m'a fait vous dire que
les belles Langues vous font familieres
ne s'accorde point
avec ce que je vous avois dit auparavant
fur l'Arc de Triomphe
en vous faiſant connoiſtre que
je fuprimois les fix Vers Latins
que Meſſieurs de Rheims y ont
fait graver, à cauſe que les Dames
de voſtre Province ne s'accommodoient
point de cette
Langue. Ils ne fongent pas que
quoy que vous l'entendiez parfaitement,
elle n'eſt point reçeuë
parmy celles, de voſtre Sexe , à
qui vous avez bien voulu rendre
mes Lettres communes , & que
n'y ayant rien de moins galant
que de parler Latin devant elles,
tout ce que je puis avec vous
mefme qui l'entendez , c'eſt d'en
laiſſer quelquefois échaperdeux
Fij
128 MERCURE
ou trois mots , felon que la matiere
m'y oblige . Cependant afin
que vos Amies ne ſoient pas privées
du plaifirde ſçavoir ce que
Monfieur de Santeüil a dit fur
l'Arc de Rheims dans ces fix
Vers Latins que j'ay ſuprimez , je
vous en envoye la Verſion faite
par un autre Chanoine de S.Vietor.
Elle vous fera connoiſtre
que ces Meſſieurs n'ont pas
moins d'accez aupres des Muſes
Françoiſes qu'aupres des Latines
; & que la Doctrine, les belles
Lettres , & les plus beaux
Arts meſime font joints dans cette
Maiſon avec la Vertu & la
Pieté.
R
Heims étonnéde voir la Diſcorde
étoufée,
A l'honneur des Romains érigea ce Trophée,
Et l'Ombre de Cesar est encor aujour-
Erran d'huy
GALANT.
129
Errante autour des Arcs que l'on dreſſa
pour luy.
Si-toſt qu'ileut éteint une Guerre cruelle,
Afſoupy tous ses mouvemens,
Il confacra dans Rheims ces pompeих
Monumens,
Pourgages immortels d'une Paix eternelle.
:
Madame la Ducheſſe de Guiſe
eſt àAlençon depuis quelque
temps. C'eſt un grand ſujet de
joye pour ceteVille qui eſt dans
de continuelles admirations de
fa vertu. Elle y donne de grands
exemples de pieté , & s'employe
particulierement à faire des
Converfions. Elle est déja venuë
à bout de pluſieurs . Celle
de Monfieur de Montpinſon qui
fit abjuration dernierement , eft
remarquable. Il y a peu de Gentilhommes
dans la Province plus
éclairez qu'il l'eft , & on peut di
Fv
130 MERCURE
re qu'eſtant un des principaux
Arcs - boutans de la Religion
Pretenduë Reformée , elle a fait
en luy une perte tres - confiderable.
Meſſieurs d'Alençon,pour
marquer leur zele à Madame de
Guyſe , ont fait faire une nouvelle
Porte à leur Ville , qui va
en droite ligne de ſon Palais à
la grande Eglife. Ainfi du haut
du Faux-bourg S. Blaiſe, ondécouvre
preſentement le fondde
la grande Ruë , & la veuë y
trouve une Perſpective en éloignement
tres - agreable. Cette
augmentation de Porte afourny
la matiere de ces quatre Vers.
Toute noftre Villes'empreſſe
Amarquer sa fidelle ardeur,
Et pour mieux recevoir nostre Illustre
Princeffe,
Elle ouvre en mesmetemps &ses murs
&fon coeur.
On
GALANT.
131
On travaille ày faire un Cours,
qui dans la fuite pourra égaler
le Jarre de Châlons en Champagne.
Il occupe tout l'eſpace
qui ſe trouve fur les Remparts
depuis la nouvelle Porte dontje
vous viens de parler, juſqu'à celle
de Lancrel. On a beſoin de
fortifier les Villesailleurs; & fous
le Regne de Loürs Le Grand,
nous pouvons nous diſpenſer de
tout autre foin que de celuy de
les embellir. La Paix qu'on a
tout lieu d'efperer,nous produira
d'autres avantages.Il y a longtemps
que nos Ennemis reconnoiſſoient
qu'elle leur eftoit neceſſaire;
mais ſçavez- vous pourquoy
elle commençoit àle devenir
pour nous ? Vous l'allez apprendre
par les Vers qui fuivent.
Apres
132 MERCURE
A
Pres tant de Combats qu'a ſuivis
La Victoire.
On a grand beſoin de la Paix,
CarleParnaſſe deſormais
Nesçait comment chanter lagloire
Du plus grandRoy qui fut jamais.
L'Hipocrene eft à sec , & les Vallons
Poëtiques
Ont cent fois retenty des Vieux Pane
gyriques
Qu'on preſentoit jadis aux plus fameux
Guerriers.
Loüis a flétry leurs Lauriers .
Ilfaitplus qu'on ne peut écrire ,
Chacun est épuisé , l'onne sçaitplus que
dire,
Apollon est confus, & Pegase recru.
Mais grace à la Paix il va reprendre
haleine.
Noftre Grand Roy dit-on,quand on l'a
le moins crû,
Plante des. Oliviers ſur les bords de la
Seine.
Las de vainere , il renonce enfin à fou
droyer.
Courage, Beaux Esprits , reprenez l'EGritoirea
Con
GALANT.
133
Conſacrezà l'envy vos talensàſagloire,
Ils ne peuvent mieux s'employer.
Ces Vers m'ont eſté envoyez
✔ de Dieppe, & font de Monfieur
Merville, qui dansune fort grãde
jeuneſſe fait connoiſtre par
tout ce qu'il fait qu'il eſt né
pour la Poëfie . Il faut vous apprendre
le nom qu'il donna aux
Lettres queje vous écris.Je croy
le pouvoir faire fans qu'on ait
lieu de m'accuſer de préſomption
, puis que ce qu'il en dit
d'avantageux regarde les Ouvrages
des beaux Eſprits dont
elles ſont compoſées , & qui
ſeuls leur ont fait avoir le cours
extraordinaire que vous leur
voyez. Voicy de quelle maniere
il en parle.
JE Edis par tout que le Mercure
une agreable voiture
Qui conduitaisément à l'immortalité.
C'eft
134
MERCURE
C'est lecheminfrayédu Temple de Me
moire,
Ou chacun peut trouver la gloire
Queson talent a merité.
Il faut achever de vous faire
connoiſtre celuy de Monfieur
Merville par ces Paroles que je
vous envoye notées pour exercer
voſtre belle voix. Elles ont
eſté miſes en Air par Monfieur
l'Abbé Maiſtre de Muſique de
S. Jacques à Dieppe .. C'eſtun
tres- habile Homme, & qui s'eſt
acquis affez de réputation pour
faire dire qu'il y a peu de Muficiens
qui foient de ſa force dans
la Province..
AIR NOUVEAU..
ur
PO
une jeuneMerveille
IeJoûpire nuit&jour
Et quelquefois la Bouteille.
Mefait oublier l'Amour.
L'accor
GALANT. 1
7
LYUN
I'accorde la goinfrerie
Avec les tendres momens ,
Etfuis de la Confrairie
Des Beuveurs &des Amans 1893
BIBLIO
د
a
Les Eaux de Vichy en
Bourbonnois , dont je vous
parlay la derniere fois que je
vous écrivis , ont fait des effets
admirables. Le beau monde
qui s'y eſt aſſemblé
bien contribué à la guériſon des
Malades , en y amenant les
plaiſirs qui ne les ont preſque
point quitez. Le jeu , la bonne
chere , la promenade , & les
Concerts de Muſique , onteſté
les divertiſſemens de tous les
jours. Il y a eu Bal fort ſouvent.
La belle Mademoiſelle de Seve
de Lyon y a paru avec beaucoup
d'avantage , & ne s'eſt pas
moins fait admirer par la juſteſſe
de fa danſe , que par les charmes
:
136 MERCVRE
mes de fa Perſonne. Monfieur
le Chevalier de Lorraine eft
party de ce Païs-la fort fatisfait
des Remedes de la beauté
du Lieu , & du bon air qu'on
y refpire . Ce Prince y a efté vifité
de tout ce qu'il y a de Gens
de marque dans les quatre Provinces
voiſines. Il a toûjours tenu
table ouverte chez Monfieur
de Pontgibaud , où je vous ay
dit qu'il eſtoit fort commodément
loge , & l'on ne doute
point que le ſoulagement qu'il
a reçeu de ces Eaux , ainſi que
tous les autres qui en ont beu,
n'y attire dans le mois de Septembre
quantité de Gens de la
Cour que le Voyage du Roy en
Flandre a empeſché d'y venir
dans celuy de May .
Si- toft que Sa Majesté fut de
tetour de ce Voyage , la nouvelle
GALANT.
137
velle qui s'eſtoit répanduë de la
Paix arreſtée avec la Hollande,
obligea Monfieur le Duc de
S. Aignan de donner au Roy de
nouvelles marques de fon zele,
en luy faiſant paroiſtre ſon admiration
par la Lettre que vous
allez voir .
38383830380381382383
LETTRE
DEMONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
AU ROY.
SIRE ,
1
Ie cherche à me distinguer entre
ceux qui vont témoigner de
toutes parts à Voftre Majesté leur
admiration & leur joye. La Paix
qu'elle vient de donner à une par
tie
138 MERCURE
tie de ſes Ennemis , & d'offrir aux
autres,fait cette distinction que je
ne pouvois esperer dans ses Armées
, par mon attachement à
garder une Place importante. Per-
Sonne ne peut regarder avec plus
d'intereſt & de plaifir que moy ce
que V. M. vient de faire de grand
& de merveilleux. Ie vous voy,
SIRE , apres tant de belles Actions
de vostre part , & tant de
voeux & d'inquietudes de la mienne
, enfin hors des dangers continuels
où V. M. expoſoit à toute
heurefa Perſonne Royale. Ie vous
voy , couvert d'une gloire immortelle
, &moy delivré de céte émulation
inquiete qui me faisoit envier
lefort du moindre Soldat qui
expofoit ſa vie pour vostre ſervi
ce . En verité , SIRE , jene pen
fois pas me pouvoir réjoüir fi fort
de la Paix, ayant esté élevé defi
bonne
GALANT. 139
bonne heure dans la Guerre . Mais
quel fidelle Serviteur ne seroitpas
charmé en voyant fon Auguste
Monarque triomphant & victorieux
, preferer le repos de l'Europe
à un travail auffi utile & ausfi
illustre que le sien ? De luy voir
terminerſes Conquestes à la veille
d'en faire encor de plus grandes,
&remettre enfin dans le fourreau
céte redoutable Epér dont tant de
Braves auroient fenty les coups ?
Que n'aurois-je point à dire fur
un Sujet auſſirare &auſſiéclatant
que celuy- cy ? Mais , SIRE , il
faut retenir ma Plume comme
V. M. arreſte ſes Armes,&faire
place aux Ecrits de quelques autres
plus élegantes , & aux Difcours
éloquensqu'un évenement ſi
fingulier vafans doute faire naiſtre
de toutes parts. Il me doitfuffire
que Vostre Majestéfoit bien
,
per
14.0
MERCURE
perfuadée qu'en tout temps & en
tous lieux Elle me trouvera toû
jours également &fans reserve ,
SIRE ,
Son tres-humble, tres- obeïſſant,
& tres-fidelle Sujet& Serviteur
LE DUC DE S. AIGNΑΝ.
Le ſoin que prend cet Illuſtre
Duc de tout ce qui regarde ſon
Gouvernement & ſa vigilance
pour le ſervice du Roy, ont garenty
le Havre d'un tres-grand
malheur dont il a eſté menacé
ces derniers jours . On fut furpris
de voir un grand feu qui
s'élevoit tout- à- coup, & qui en
fuite ſembloit étoufé par une
fort épaiffe fumée. On prit l'alarme.
GALANT. 141
larme . Monfieur de S. Agnan y
courut, & trouva que le feu eftoit
dans un Vaiſſeau de S. Malo
chargé de Soulfre , dont il
avoit fait tirer quinze cens livres
de Poudre depuis fix jours .
Ce feu estoit entre les deux
Ponts, Sa préſence, le détachement
de dix Hommes de chaque
Porte , & la diligence avec
laquelle il fit remedier à cet accident,
ſauverent avec ce Vaif- /
ſeau tous ceux du Havre, la Ville,
& peut- eſtre la Citadelle, où
il y a plus de deux cens milliers
de Poudre.
Vous avez ſçeu la mort de
Monfieur de Varangeville Confeiller
au Parlement. Elle eſt arrivée
dés les derniers jours de
l'autre Mois, & fut un grand fujet
de ſurpriſe pour ſes Amys,
puis qu'il mourutd'une apoplexie
142 MERCURE
xie de ſang qui l'étoufa en un
moment. Il eſtoit jeune, fort eftimé
dans ſa Compagnie , &
Frere de Monfieur de Varangeville
Ambaſſadeur Extraordinaire
à Venife . Il en partageoit
l'eſprit &le merite , & l'a laiffe
par ſa mort dans une affliction
inconcevable. Auſſi avoient - ils
toûjours vécu enſemble avec
toute l'union qui peut eſtre à
ſouhaiter entre des Freres.
Une autre mort a fait bruit
icy. Les circonstances en font
particulieres, & meriteroient un
long difcours , fi la quantité de
choſes que j'ay encor à vous dire,
me permettoit dem'étendre.
Un Medecin Empirique qui s'eſtoit
acquisde la reputation par
ſes Secrets ,donna deux Bouteilles
de Tifane à un de ſes Amis,
qui en avoit demandé par précau
GALANT.
143
caution. Cet Amy n'en prit
qu'un verre, & en fut malade à
l'extrémité . La violence du mal
l'obligea de recourir au contrepoifon.
On alla ſur l'heure en
avertir l'Empirique. Il ne fit aucunedifficulte
de venir. On luy
demanda raiſon de ſa Tiſane. II
ſoûtint qu'elle ne pouvoit faire
que du bien, & pour le prouver,
il en prit deuxverres en presece
de ceux quil'accuſoient . Il voulut
en fuite retourner chez luy,
& ne pouvant gagner ſa Maifon
, il entra dans la premiere
qu'il trouva ouverte , & y mou -
rut dans le meſme inſtant. L'avanture
n'eſt pas moins ſurprenante
que tragique. Elle fait
raiſonner diverſement. Si elle a
des ſuites , je ne manqueray pas
àvous les apprendre.
Monfieur Chommeau Fils de
Mon
144
MERCURE
Monfieur le Préſident Bétau, a
eſté reçeu depuis peu Conſeiller
au Parlement. Il eſt jeune , &
auſſi bien fait de ſa perſonne,
qu'on le puiſſe eſtre. Son peu
d'âge n'empefche point qu'il ne
ſçache tout ce qu'on peut ſçavoir
dans les Loix & dans les
Couſtumes . La maniere dont il
a répondu quand on l'a examiné
, luy a attiré de grands éloges.
Il n'y a point de Maiſtre
de Droit qui euſt pû mieux ſoûtenir
cet examen. La ſatisfaction
avec laquelle il a eſté reçeu
dans cette Charge,eſt une marquede
fon mérite. Il ſeroit furprenant
qu'il en manquaſt , eftant
d'une Maiſon qui en eſt
toute remplie. Tout le monde
ſçait quel eſt celuy de Monfieur
le Préſident fon Pere ; & Madame
de Bétau ſa Mere eſt un
exem
GALAN T. 145 '
exemple fi fingulier de pieté &
de vertu , qu'elle n'eſt inconnuë
à perſonne . Celuy dont je vous
parle a un jeune Frere Jeſuite,
qui eſt encor au Novitiat, & qui
a un fort grand talent pour la
Chaire . Madame de Poncet eft
ſa Soeur, auſſi bien que Madame
de Creil , & Madame de Molé
Femme de Monfieur de Molé,
qui vient d'avoir la ſurvivance
de la Charge de Préſident à
Mortier. Je vous ay déja parlé
de Madame de Poncet dans
quelqu'une de mes Lettres. Madame
de Creil, Femme du Maiſtre
des Requeſtes de ce nom,
qui a eſté Intendant en Normandie,
eſt une Dame d'autant
de mérite & d'eſprit qu'il yen
ait en France. Elle jouë admirablementbien
du Lut,du Théorbe,
du Claveſſin , & de la Gui-
Iuin. G
146
MERCURE
tarre. Il y a une quatrième Soeur,
fort belle & bien faite,qui a pris
le party du Couvent malgré ſa
Famille , apres avoir refusé des
Partys tres- confidérables. Elle
a fait Profeſſion depuis quinze
jours aux Cordelieres de la Ruë
des Francs-Bourgeois. La Cerémonie
ſe fit en préſence d'un
tres-grand nombre de Perſonnes
de qualité.
Il n'y en a pas eu moins aux
Nôces de Mademoiselle le Vaffeur
, Fille de Monfieur le Vaffeur
Confeiller au Parlement,&
de Monfieur d'Argouges Marquis
de Gratot , Homme d'une
fort grande naiſſance, Elles ſe
font faites à S. Urain proche de
Paris , avec toute la magnificence
& toute la joye accoûtumée
dans une ſemblable occafion.
Autre Mariage. Mademoi-
... felle
GALANT.
147
ſelle Colbert , Fille du Maiſtre
des Requeſtes de ce nom , que
vous avez veu Intendant à Alençon
, a épousé Monfieur de
Rancy. Il a beaucoup de merite
, & il eſt difficile de le voir
fans l'eſtimer. Monfieur Brunet
fi connu dans le monde par ſes
Emplois , eſt ſon Frere , auſſi
bien que Monfieur l'AbbéBrunet
& Monfieur de Montforan .
Ces deux derniers font Confeillers
en la Cour.
On a voulu faire un engagement
d'une autre nature. Il n'étoit
que de coeur à coeur,& l'Amour
y devoit eſtre ſeul appellé .
Comme il est bon de connoiſtre
avant que d'aimer , il fut queftion
de ſçavoir ce qu'on pouvoit
attendre de l'Amant qui ofroit
ſes voeux,& voicy de quellemaniere
il s'expliqua .
Gij
148
MERCURE
Oulez - vous sçavoir ma mé-
Voutode
Avant que de vous engager ?
Iefuis, bellePhilis , enamour tres-commode
,
Comment on veut , conſtant , ou leger.
Quand j'ay dit une fois que j'ayme ,
C'est pour toûjours,mais conftamment.
Ieveuxqu'on enfaffe de mesme ;
Iehay par tout le changement.
Si la Beauté la plus parfaite
( M'eust elle combléde faveurs )
Vouloit de mon amour estre bientoft défaite,
La Belle feroit satisfaite
Dés que j'auroiu senty ſes premieres
rigueurs.
Monremede alors est l'absence,
C'est le port de l'indiférence,
Onla trouve là sûrement.
Au retour,point d'engagement ;
Renover, c'est double inconstance.
Dust-on me demander la paix,
Quand j'ay rompu s'est pour jamais.
J'aurois beaucoup à vous dire
fur ce qui s'est fait d'éclatant
dans
GALANT.
149
a
dans les deux jours deſtinez aux
plus folemnelles Proceffions. Il
y a eu une tres-agreable Symphonie
aux Gobelins ; & ce qui
s'eſt fait avec beaucoup de magnificence
en pluſieurs endroits
de Paris , s'eſt également pratiqué
dans les Provinces. Madame
la Marquiſe de la Frézeliere
fit faire un Repoſoir admirable
dans la Cour de fon Chasteau
de Monts qui eſt entre Richelieu
& Loudun. Il y eut un tresgrand
concours de Peuple , &
on y tira plus de vingt volées de
Canon. Cette Dame eſt d'un
mérite tres-particulier. Elle copoſe
admirablement bien en
Vers & en Proſe, ſçait parfaitement
l'Histoire ,& ne voit guére
de Perſonnes de fon Sexe qui
foient de ſa force fur les belles
Connoiſſances. L'illuſtre Nom
1
Giij
MERCURE
de la Frézeliere eſt un Nom
qu'elle porte par elle -meſme,eftant
de la Branche aiſnée de
cette Maiſon. Son ancienneté
ne la rend pas moins conſidérable
que ſes Alliances. Elle est
deſcenduë des Frézels Duc d'Ecoffe
du coſté des Femmes , de
Ducs de Bretagne & de Conan;
& ſes dernieres Alliances font
celles des Maiſons de Montmorency
, & de Savonniere ,
dont eſtoient les deux Meres
de Monfieur & de Madame
de la Frézeliere d'aujourd'huy.
Elle avoit toûjours produit des
Mafles de Pere en Fils pour en
poſſeder les honneurs , juſqu'à
feu Monfieur le Marquis de la
Frézeliere Mareſchal de Camp,
qui mourut au Siege de Hédin ,
& laiſſa deux Filles , dont l'une
eſt Madame de la Frézeliere , &
l'au
GALANT.
151
- l'autre eſt demeurée Veuve de
Monfieur le Comte de la Roche.
Monfieur de la Frézeliere
d'aujourd'huy fortoit d'une des
Branches de cette Illuſtre Maifon
, & il en est devenu la Tige
en épouſant la Fille aiſnée du
Marquis dont je vous viens de
parler. Il eſt Lieutenant General
de l'Artillerie , & Sa Majefté
l'a fait auſſi depuis peu Marefchal
de Camp. Il ſert ordinairement
en Allemagne. Il y commande
encor à preſent l'Artillerie
dans l'Armée de Monfieur
le Marefchal de Créquy. Il fut
bleſſe au Siege de Fribourg
dans la derniere Campagne ,
apres avoir perdu deux Fils aifnez
qui ont eſté ſucceſſivement
Colonels du Regiment de Touraine
. Le dernier fut tué au Siege
de S. Omer , & avoit eſté dé
Giiij
152
MERCURE
ja bleſſé à la Bataille de Caffel,
où il commandoit l'Artillerie en
la place de Monfieur le Marquis
de la Frézeliere ſon Pere qui eftoit
demeuré dans les Lignes. Il
en a encor perdu. un troifiéme
entre ces deux qui eſtoit Capitaine
dans le meſme Regiment,
& tous trois dans l'eſpace de
vingt- fix mois. Il ne luy en reſte
plus qu'un. Il eſt Page de la
Grande Ecurie & fait fes
Exercices avec une application
admirable . On l'appelle Monfieur
le Marquis de Monts. II
donne de tres-grandes eſpérances.
Il eſtdifficile qu'il ne les remplife
avec le ſecours des beaux
exemples qu'il a , & les inftru-
Etions qu'il reçoit d'unPere confommé
dans le Meſtier de la
Guerre.
د
On m'apprend un Mariage
qui
GALANT.
153
qui unit deux Perſonnes fort illuftres
, & je vous en faits part
dans le méme inſtant. Monfieur
le Marquis d'Eſtrades épouſa
ces jours paſſez Madame de
Vertamont Veuve de Monfieur
de Vertamont de Preau , Maiſtre
des Requeſtes , au nom de
Monfieur le Mareſchal d'Eſtrades
ſon Pere.Vous ſçavez qu'elle
eft Fille de feu Monfieur de
d'Aligre , dont Monfieur le
Tellier remplit aujourd'huy la
place avec tant d'éclat. LaCerémonie
s'en fit dans la Chapelle
de l'Hoſtel de Sourdis , où furent
préſens Monfieur d'Aligre
Conſeiller d'Etat , & Monfieur
l'Abbé d'Aligre , avec beaucoupd'autres
Parens. Cette Dame
qui a tout le mérite des honneſtes
Femmes , le ſoûtient par
un fort grand agrément de ſa
G
A
154 MERCURE
Perfonne , & elle s'eſt toûjours
diftinguée autant par elle-mefme
, qu'elle l'eſt par les avantages
d'eſtre Fille & petite - Fille
de deux Chanceliers de France .
Monfieur le Mareſchal d'Eſtrades
eſt d'une Maiſon qui luy en
donne de fort grands du coſté
de la naiſſance ; mais quelques
confiderables qu'ils foient , ils
font beaucoup au deſſous de ce
qu'il ne doit qu'à luy-meſme. Il
a paſſé par toutes les Charges
militaires,& il y a longtemps qu'il
feroit dans le rang où nous le
voyons élevé , s'il avoit toûjours
eu autant de fortune qu'on luy
a reconnu de mérite . On ſçait
avec quelle gloire pour la France
il a commandé les Armes du
Roy , & avec combien de fuccés
il a eſté employé dans les
plus importantes Ambaſſades.
On
GALANT.
155
On peut dire que pendant le
Regne de Loürs LE JUSTE , On
l'a veu le lien de l'étroite intelligence
qui étoit entre le fameux
Henry Prince d'Orange , & le
grand Cardinal de Richelieu.
La ſageſſe & la valeur de ce
Mareſchal avoient fait jetter les
yeux fur luy pour un des plus
grands Emplois du Royaume ;
mais la mort du Roy qui fuivit
celle de fon Miniſtre , changea
les affaires & fa fortune. Les fervices
qu'il a rendus au Roy qui
regne aujourd'huy fi glorieuſement
, ont eſté d'autant plus
utiles à l'Etat , qu'il les a rendus
avec la plus exacte fidelité dans
des temps fort difficiles. L'Hiftoire
vous apprendra quelque
jour le détail de ſes actions , &
fera connoiſtre à toute l'Europe
qu'il n'a pas peu contribué à la
Paix
156 MERCURE
Paix generale qu'elle attend
avec tant d'impatience .
Voicy un Sonnet qui m'a été
envoyé ſur cette Paix , ſous le
nom de Monfieur de Tuilerie .
SONNET.
Vous qu'un vain orgueil arme contre
la France ,
Trop foibles Ennemis du plus puiſſant
desRois,
Peuples Confederez , reprenez l'efperance,
Louis vent bien ceffer de vous donner
desLoix.
En vous offrant la Paix avec ſonAl
liance ,
Il ne pretend pas mesme uſer de tous ſes
droits ,
Sabonté genereuſe arreſte ſa vaillance,
Et cette bontéſeule interrompt ſes Ex
ploits.
Ilveutfinir enfin cette cruelleGuerre,
Q
GALANT.
157
Qui répand la terreur aux deux bouts
dela Terre ,
Et qui couste du ſang preſque à tout
l'Univers.
Sur luy-mefme Loüis remporte la vi-
Etoire ,
Et preſt de voir entrer l'Europe dans
Ses fers ,
A la maintenir libre il met toute fa
gloire.
Je vous ay dit dés le commencement
de cette Lettre , que le
Roy par une modération dont
lesConquérans ont ignoré jufqu'icy
l'uſage , avoit offert la
Paix à ſes Ennemis dans le ſein
meſine de la Victoire . Vous l'allez
voir , Madame , par ce que
j'ay à vous dire ,&de la priſe de
Puycerda , & de l'importance
de cette Conqueſte. Cependant
ee bruit de la Paixqu'on ne doute
point qui ne foit bientoſt conclue
158 MERCURE
cluë generale , fait faire par tout
des raiſonnemens fi glorieux
pour ce grand Monarque , dont
la plupart des Alliez reconnoiffent
chaque jour la bonté , que
je ne ſçay fi ie pourray m'empécher
d'y prefter l'oreille , quoy
que ie doive toute mon application
à vous décrire ce dernier
Siege . Le détail en doit eſtre
long fur le papier , ſi on le mefure
au temps que la reſiſtance
des Affiegez l'a fait durer , & il
me faudroit trois Volumes auffi
gros que chacune de mes Lettres
, ſii'entreprenois de vous le
donner dans le meſime ordre où
i'ay mis ceux qui ne nous ont arreſté
que peu de iours, &méme
que peu de quarts -d'heure , tel
qu'a eſté celuy de Leuve ; mais
cette exactitude ne me paroiſt
pas neceſſaire dans un Siege de
plus
GALANT.
159
plus de trente iours, où les mef
mes Officiers Generaux & les
meſmes Corps ont alternativement
monté la Tranchée . Ainſi
quand ie vous les auray nommez
tous à la fois,ſans m'aſſuietir
à vous repeter leurs noms ſeparément
ſelon l'ordre de chaque
iour , i'auray fort accourcy
ce que vous attendez de moy,
& ne vous auray pourtant pas
moins dit que ce que vous avez
pû voir ailleurs . Je vous marqueray
toutes les Actions principales
détachées de ce qui pourroit
les rendre ennuyeuſes ; &
ie vous apprendray même beaucoup
de choſes nouvelles, quoy
qu'ilſemble qu'on n'ait rien oublié
dans les Relations qui vous
peuventavoir eſté envoyées, &
qui ſont remplies d'un tresgrand
détail. Joignez à cela, que
je
тво MERCURE
ie vous ay fait graver un Plan
qui ſeul vous dira autant que la
Relation la plus eſtenduë , par
ce que rien n'aide tant àfaire
concevoir ce qu'on lit, que de le
repréſenter aux yeux.Araiſonner
un peu iuſte ſur les chofes,
euffiez -vous crû, Madame, que
i'euffe deu vous parlerdela Priſe
d'une Place en Catalogne,& aurois-
ie pû me l'imaginer moymeſme
? Il ſembloit que toutes
les Troupes d'Eſpagne devoient
fondre de ce coſte-là , à caufe
du voisinage. Ceux qui pretendent
juger le mieux des defſeins
qui font à prendre,eſtoient
perfuadez qu'il ſuffiſoit pour le
bien de nos affaires de s'y tenir
fur la défenſive . Il n'en eſtoit
pas de meſme pour les Eſpagnols.
Il leur importoit beaucoup
d'y acquerir de la reputatiom
GALANT. 161
tionparleurs conqueſtes , ou du
moins de nous empefcher d'y
en faire . On en connoiſſoit fi
bien la conſequence à Madrid,
qu'on n'y parloit que des projets
des Armées de Catalogne.
On y faiſoit des appreſts pour
cela. Lejeune Roy , à ce qu'on
publioit hautement , y devoit
aller en perſonne, & c'eſtoit par
là qu'il vouloit ouvrir ſa premiere
Campagne , que les grands
Roys comme luy ne doiventjamais
faire ſans triompher. Cependant
tous ces grands projets
ſe ſont évanoüis. Les Eſpagnolsontmenacé,
&nous avons
pris. La conduite qu'a tenuë
Monfieur le Mareſchal Duc de
Navailles, a eſté merveilleuſe . Il
avoit affaire à des Ennemis qui
audéfautde la force ont de l'efprit
, de l'adreſſe , & de la prévoyance,
162 MERCURE
voyance , & qu'il eſt plus facile
de batre que de tromper. Il eftoit
pourtant queſtion de les
furprendre , pour venir plus aifément
à bout de les vaincre.La
choſe n'eſtoit pas facile , une
Armée ne pouvant jamais marcherqu'à
grand bruit. Le party
qu'il prit, fut celuy de cacher ſa
route. Ce deſſein l'obligea à de
grandes précautions. La premiere
fut de faire paſſer Monfieur
le Bret Lieutenant General
en Lampourdan , avec l'Avantgarde
de l'Armée ; & comme
de pareilles contremarches
font ordinaires , & qu'elles ne
font ſouvét qu'embaraffer quelque
temps les Ennemis ſans les
tromper , il fit ſuivre un autre
Détachement quelques jours
apres , & ordonna en ſuite que
le Canon priſt la meſme route .
L'execu
GALANT.
163
L'execution de ces deux derniers
ordres acheva de faire
croire aux Ennemis ce qu'on
leur vouloit perfuader. Je pourrois
vous marquer encor vingt
circonſtances qui les abuſerent,
mais comme elles dependent
toutesde ces trois premieres ,&
que ce ſeroit groſſir ma Lettre
de choſes aſſez inutiles , je vous
diray ſeulement que noſtre General
fut plutoſt en Cerdaigne,
qu'on ne ſçeut qu'il en euſt pris
le chemin, & que noſtre Armée
eſtoit devant Puycerda , qu'on
la croyoit encor dans le Lampourdan.
Son arrivée ſurprit tellement
les Ennemis qu'ils n'eurent
que le temps qu'il leur
faloit pour ſe retirer dans la Ville,
fans avoir celuy d'emporter
quantité de Foin , d'Avoine
de lard , de Bled , de Farine , de
Pain, & de Vin, qu'ils laiſſerent
164 MERCURE
dans les Villages circonvoiſins.
On fut d'abord jour & nuit à
cheval à la portée du Piſtolet de
la Place, croyant que les Ennemis
feroient des Sorties ; mais
leur ſurpriſe ne les laiſſoit pas
en état de rien entreprendre . Si
toſt qu'on fut devant Puycerda,
Monfieur de Navailles envoya
un Courrier en toute diligence
pour faire aſſembler les Milices
du Pays de Foix , afin d'aller
avecdes Troupes du Roy furla
Frontiere d'Eſpagne qui répond
à cette Place. Il fit venir du
haut Languedoc trois censBeſtiaux
, outre ceux du Pays que
le Roy paye ordinairement. Ils
eſtoient neceſſaires. Le temps
eſtoit mauvais , les chemins méchans
naturellement , & le Canon
devoit paſſer par des lieux
où l'on n'en avoit jamais mené,
GALANT
165
&fur le bord d'un grand nombre
de précipices épouvantables.
Monfieur de Navailles envoya
auſſi dans le haut Languedoc
pour avoir du Bled, fit arreſter
des Chevaux de tous coſtez
pour le voiturer , & donna tous
lesordres neceſſaires afin d'empeſcher
qu'on ne manquaſt de
Fourrages. Quand on a tant de
difficultez pour faire un Siege
, & qu'on vient à bout de les
furmonter , on n'acquiert pas
moins de gloire par là que par
la priſe de la Place qu'on
affiege. Ce font deux choſes
diferentes & on ne peut
réüffir à l'une & à l'autre fans
mériter des loüanges pour toutes
les deux. Puycerda, comme
vous le ſçavez ſans- doute , eſt
une Place ſituée dans une Plaine
; mais cette Plaine eſt ſur le
plus
د
166 MERCURE
plus haut des Monts Pyrenées.
Si vous me demandez ce qui
leur a donné ce nom, je vous diray
que les uns le tirent d'une
Fille du RoyBebrix,nommée Pyrené
, qui fut enſevelie dans ces
Mons apres avoir eſté violée par
Hercule ,& les autres d'un mot
Grec qui ſignifie le feu, &quia
un entier raport avec la premiere
fyllabe de ce mot de Pyrenées
, ſoit à cauſe que la foudre
tombe ordinairemét ſur les lieux
les plus élevez , foit parce qu'on
rapporte que des Bergers mirent
autrefois le feu aux Forefts
qui ſe trouvent dans ces Montagnes.
Je viens aux Noms des
Officiers Genéraux qui ont cõmandé
pendant ce Siege ſous
les ordresde Monfieurle Marefchal
Duc de Navailles , General
de l'Armée du Roy en Catalogne.
Lieu
GALANT.
167
Lieutenans Genéraux.
Monfieur le Bret , Monfieur
de Gaffion , & Monfieur leMarquis
de Montauban.
Mareschauxde Camp.
Monfieur de Caſaux , Monſieurde
la Rabliere,& Monfieur
le Marquis de la Villedieu.
Brigadiers .
LYON
Monfieur de S.André, Mon-/ 893
fieur de Surlaube , Monfieur de
Murlat,& Monfieur d'Urban .
Regimens de Cavalerie.
Sauzeay , la Valette , la Rabliere
, la Chauffée , Chevreau ,
Gaffion ,Grillon, le Bret , Villeneuve
, Colligny - Chaſtillon ,Riverolle
, les Dragons de la Reyne,
les Dragons du Languedoc .
Regimens d'Infanterie.
-Saulx , Furſtemberg , Erlac ,
Navailles , Caftres , Liſtenay,
Viercet -Liegeois , Noailles, Famechon,
168 MERCURE
7
mechon , Milices du Païs , quatre
Compagnies de Suiſſes franches.
On aſſigna quatre Quartiers
diférens à toutes ces Troupes .
Elles ont alternativement monté
la Tranchée pendant tout le
Siege avec les Officiers Genéraux
que je vous viens de marquer.
Vous voulez bien que je
me diſpenſe de vous les nommer
autant de fois que le Siege
a duré de jours , dont je vous ay
déja dit que le nombre eſt de
plus de trente .
Le premier ſoin d'un General
eſtant de reconnoiſtre la
Place qu'il doit attaquer ,Monfieur
le Mareſchal de Navailles
s'en acquita avec Monfieur de
Cafaux, &Monfieur de la Motte-
la -Mire ; & pour eſtre plus
affurez de l'état des Fortifications
GALANT. 169
tions de Puycerda , ils y retournerent
plus d'une fois enſemble
& feparément, accompagnez de
Monfieur d'Urban Brigadier ,
qui connoiſſoit le Païs. Les Ennemis
tâcherent de s'y oppoſer ,
mais l'empefchement qu'ils y
crûrent mettre ne ſervit qu'à les
faire batre . On les repouſſajufqu'aux
Paliſſades. Ils y perdirent
deux Capitaines , & Monfieur
de Caſaux ſon Cheval , qu'un
coup de Piſtolet renverſa.On ne
fit point de Lignes. Il auroit falu
trop de Troupes pour les garder
, à cauſe de l'étenduë de la
Circonvalation . Un Siege qui ſe
faitde cette forte, eſt un redoublement
d'affaires pour le General
. Son exactitude & ſes précautions
doivent tenir lieu de
Lignes , & il ne ſe peut qu'il
n'aye & beaucoup plus de ſoins
Iuin. H
170
MERCURE
à prendre , & beaucoup plus
d'ordres à donner. On délibera
pour ſçavoir de quel coſté on
feroit l'Attaque. Monfieur de
Navailles trouva celuy des Marais
le plus commode. Son fentiment
fut fuivy,& il ordonna auſſi
toft à Monfieur de la Motte-la-
Mire principal Ingénieur de
l'Armée , de faire un Pont fur la
Segre avat la nuit,pour faire paffer
l'Infanterie qui devoit monter
la Tranchée. Cet habile Ingénieur
eutbeſoin d'adreſſe.Les
contremarches qu'on avoit eſté
obligé de faire pour mieux garder
le ſecret , eſtoient caufe
qu'on n'avoit pû apporter ſi viſte
toutes les choſes neceſſaires .
Rien n'eſtoit encor arrivé . Се-
pendant Monfieur de la Motte,
Jans bois , ſans outils , & fans
Charpentiers , aidé ſeulement.
des
GALANT. 171
des Cavaliers du Regiment de
la Valette , & de Monfieur de
Grillon Brigadier & Colonel de
Cavalerie , baſtit ce Pont dans
le temps preſcrit. Monfieur de
Navailles prit ſon quartier vis- àvis
, pour eſtre & plus pres de
la Tranchée , & plus pres du
coſté par où les Ennemis pouvoient
tenter le paſſage.LaTran .
chée fut ouverte à minuit , &
beaucoup avancée ſans perte.
On la pouſſa auſſi heureuſement
le 2. & le 3. jour. Le 4. fut encor
plus heureux. Monfieur le Marquis
de Navailles à la teſte de
ſonRegimet, s'expoſa beaucoup ,
& fit avancer la Tranchée jufqu'à
cent cinquante pas de la
Contreſcarpe. Il y perdit Monſieur
de la Roche Capitaine de
ſon Regiment , qui fut extrémement
regreté. Le s . la
Hij
172
MERCURE
Contreſcarpe devant eſtre atraquée
,le ſignal fut donné avec
des Flambeaux allumez , parce
qu'on n'avoit point encor de
Canon. On attaqua de tous coſtez
. On entra dans le Chemin
couvert , d'où la Cavalerie fut
chaffée . Monfieur de Surlaube
y fit tout ce qu'on peut attendre
d'un Homme de la derniere
intrépidité . Le Regiment de
Furſtemberg y eut cinq Capitaines
tuez . Le Regiment de
Saulx infulta le Chemin couvert
, tua à coups d'Epée tout
ce qu'il trouva , & fit deux Capitaines
priſonniers. Monfieur
de S. André s'y diſtingua , & fit
un Logement fur la Contrefcarpe
; qu'on abandonna pourtant ,
parce qu'on ne pût achever la
Ligne de communication pour y
aller de la Tranchée. Monfieur
de
GALANT.
173
de Bardonache Capitaine dans
ce Regiment , & Monfieur du
Mas Capitaine dans Navailles,
furent tuez , & on prit une Contreſcarpe
ſans Canon , ce que
d'autres que des François n'ont
point encor fait. Il ne ſe paſſa
rien de confiderable le 6. jour
de Tranchée . Le 7.on s'élargit.
On fit des Banquetes. On plaça
force Sacs à terre . Trois Pieces
de feize,& une de vingt- quatre ,
arriverent au Camp ,&tirerent
la meſme nuit, leur Baterie étant
faite auparavant. On apprit par
une Lettre qu'un Eſpion portoit
au Gouverneur , que le Comte
de Monterey eſperoit bien - toſt
fecourir la Place. Le 8. les Regimens
de Navailles,de Caſtres,
& de Liſtenay , firent des Travaux
ſurprenans. Celuy de Navailles
envelopa & embrafla
Hij
174 MERCURE
toute la Contreſcarpe juſqu'à la
Courtine,avec une diligence &
un ordre tout particulier. Monfieur
le Marquis de Navailles
fon Colonel , montra toute la
netteté de jugement , & tout le
courage poffible . Le 9. on prépara
toutes choſes pour attacher
le Mineur, &l'on eut nou--
velles que les Ennemis ſe mettoient
en état de venir ſecourir
les Affiegez . Le 10. on fit deux
Bateries de deux Pieces chacune
pour batre la Courtine &des
Maiſons qui font en emphithéatre
, & d'où tous les Miquelets
Eſpagnols & les Habitans tiroient
en plongeant dans la
Tranchée . Le 11. on travailla à
un Logement dans le Rédan du
milieu de la Courtine pour y
conduire le Mineur.On fut contraint
de l'abandonner. Le Mi
neur
GALANT.
175
neur de main droite avança jufques
à quatre toiſes , & celuy de
main gauche une & demie.
Le 12. une Baterie de deux Pieces
commença à battre l'épaule
du flanc du Baſtion de main
gauche , pour empeſcher qu'il
ne puſt flanquer la bréche du
Baſtion de main droite , quand
elle feroit faite. Le 13. fut employé
à faire deux Logemens
fous les angles flanquans de la
Contreſcarpe , & les Mineurs
avancerent beaucoup leur Travail.
On dreſſa une Baterie de
deux Pieces aupres de celle
du jour précedent. Le 14. on fit
un Epaulement pour s'oppoſer
au Canon qui donnoit ſur la
droite , tirant du flanc du Baſtion
qui flanque la Porte de Livia.
Meſſieurs de Caſaux , la
Motte-la-Mire , & Lauvilliers,
Hij
176 MERCURE
eftant fur le bord du Chemin
couvert qui fert de Foffe,& parlant
aux Ennemis , furent chargez
de Feux d'artifice, de Bombes
& de Grenades. Monfieur
deCaſaux y fut bleſſé d'un éclat
au deſſus de l'oeil . Le 15. on fit
fortir le Mineur de main gauche
hors de la ſappe , pour l'appliquer
ſous des Madriers à la
face du Baftion du meſme côté;
mais on n'en pût venir à bout, à
cauſe de la prodigieuſe quantité
de Feuxd'artifice,de Bombes,
&de Barils foudroyans , que les
Ennemis jetterent. Deux Mineurs
,& tous les Madriers , en
furent brûlez. Le 16. la Mine
du Baſtion de main droite joüa,
& fit la plus grande bréche qui
ſe ſoit jamais veuë;mais comme
c'eſtoit de la nouvelle maçonnerie
, au lieude ſe partager & de
fe
GALANT.
177
fe fendre en gros quartiers , elle
ſe ſépara toute en autant de
morceaux qu'il y avoit de pierres
& de moillon. Ils furent pouffez
fort loin par la violence de
la poudre , & tuerent beaucoup
de Soldats . Les Ennemis nous
repoufferent , & apres un combat
opiniâtré , ils ſe retrancherent
, parce que nous n'avions
point de Canon qui viſt la Brêche
. Des Matelas & des Sacs
de laine leur ſervirent à ſe remparer.
Monfieur le Marquis de
Navailles s'y diftingua par fon
courage, & Monfieur le Bret eut
toutes les peines du monde à le
faire retirer. On ne ſçauroit afſez
exagerer la conduite & le
courage des Officiers Genéraux
, & particulierement de
Monfieur le Bret qui estoit de
jour , ainſi que Monfieur de la
f
H V
178 MERCURE
Villedieu. Monfieur de Cafaux
qui couchoit toûjours dans la
Tranchée , pour ne perdre aucune
occafion de ſe ſignaler , y
fit paroiſtre fa bravoure accoûtumée.
Deux Pieces de Canon
arriverent encor ce jour-là au
Camp. Le 17. on fit de nouveaux
efforts pour appliquer le
Mineur , & pour l'attacher ſous
des Madriers auBaſtion demain
gauche. On ſe ſervit meſmes
des Portes de fer d'une Eglife
qu'on avoit trouvées. Le grand
feu des Ennemis renverſa tout.
Un Garde de Monfieur de Navailles,
tres -brave & tres- intrépide
, y fut tué , & pluſieurs autres
.Le feu demeura tout le lendemain
juſqu'à la hauteur de la
moitié des Ramparts , de forte
qu'on prit réſolution d'attacher
le Mineur par la fappe . Monfieur
GALANT. 179
fieur Doudreville Major de
Viercet , qui eft plein de zele &
de coeur, s'en chargea. Les Ennemis
parurent le ſoir fur les
Montagnes , & ily eut pluſieurs
eſcarmouches entr'eux & nos
Miquelets. Le 18. la ſeconde
Mine du Baſtion de main droite
eſtant prête à joüer , on ſomma
lesEnnemis de ſe rendre . Onne
parla point au Gouverneur;mais
il fit répondre par un des Officiers
de la Place , Qu'ilne s'attendoit
pas à eftre affiegé par un
auffi grand Capitaine que Monfieur
le Mareschal Duc de Navailles
; Que puis qu'il avoit reseu
cet honneur , il ne devoit pas
trouver mauvais qu'ilfist toutfon
poſſible pour défendre fa Place
aux deſpens de tout ſon ſang , &
pour foûtenir les interests de fon
Prince , dont il eſperoit à chaque
moment
180 MERCURE
moment du ſecours ; Que plus il
connoiſſoit le merite & la valeur
des François , plus il ſeſentoit
animé àſe ſignaler parsa défence
, & qu'il n'avoit point autre
chose à répõdre.On mit le feu à la
Mine à trois heures apres midy.
On joignit à la Tranchée un
Détachement de deux cens
Dragons & de cinquante Hommes
de Saulx. On donna l'affaut
à pluſieurs repriſes.Les Ennemis
jetterent continuellement
des Bombes, des Grenades,des
Sacs à poudre,& des Barils foudroyans.
Monfieur de la Villedieu
fut bleſſé à mort , & Monſieur
Murlat legerement au
pied. Les Officiers Suiſſes y firent
tres-bien leur devoir .Monſieur
de Melane monta l'Epée à
la main ſur la Breche. On'ne
peut montrer plus de courage
qu'en
GALANT. 181
qu'en firent paroiſtre les Offi-
'ciers de Saulx , & les Officiers
des Dragons. Les Ennemis parurent
encor pour le ſecours de
la Place. Ils avoient pris fur nos
Miquelets la Tour de Ripe , qui
eſt un paſſage dans les Montagnes.
Monfieur le Mareſchal y
alla avec une petite Piece de
Canon, la reprit , & fit cinquante
Soldalts prifonniers . Les Lieutenans
Genéraux ceſſerent de
monter la Tranchée ce jour-là,
&demeureret dans leurs Quartiers
pour eſtre en eſtat de s'oppoſer
au Secours. Le 19. on fit
de nouvelles Sorties pour aller à
la bréche du Baſtion de main
droite . Trois Eſcadrons des Ennemis
parurent ce jour-là. Le
Comte de Monterey eftoit General
de leur Armée. Il devoit
avoir plus d'expérience qu'aucun
182 MERCURE
cun autre qui fuſt en Eſpagne,
ayant long-temps commandé en
Flandres , où il s'eſtoit trouvé
en pluſieursoccaſions importantes,
& où il avoit appris le Meftier
de la Guerre à ſes deſpens,
par la maniere dont il l'avoit veu
faire aux François. Il eſtoit difficile
qu'il n'en euſt retenu des
leçons , la conduite & l'intrépidité
de ces Braves en donnant
toûjours de grandes à ſuivre.
D'un autre coſté , ce General
qui eſt fort eſtimé de D. Juan,
ne pouvoit manquer de forces
plus que fuffiſantes pour venir
à bout de fon deſſein. Il eſtoit
fur les Frontieres d'Eſpagne , &
avoit eu ordre d'aſſembler toute
la Nobleffe & toutes les Milices
du Païs, de tirer des Troupes de
toutes les Garnisons , & de faire
fortir de Barcelone la grande
Baniere
GALANT . 183
-Baniere de S. Eulalie, c'eſt à dire
de faire marchertout ce qu'il y
avoit d'Hommes au deſſus de
quatorze ans. Tout cela s'eſtoit
exécuté . Joignez à cela des
Troupes qu'on luy avoit envoyées
du fond de l'Eſpagne . Le
Marquisde Leganés,& plufieurs
autres Grands, avoient ſuivy les
Officiers Genéraux ,& l'eſtoient
venus joindre en poſte. Ainfion
auroit eu peine à faire des appreſts
plus conſidérables , ſi le
Roy d'Eſpagne euſt eſté afſiegé
dans Madrid , & qu'il euſt eſté
queſtion de courir à ſon ſecours.
Je ne ſçay ce qui fut réſolu dans
le Conſeil du Comte de Monterey,
mais il eſt certain que tant
de forces aſſemblées ne nous empeſcherent
point de continuer
le Siege, qui dura encor neufou
dix jours de Tranchée. Aucune
Relation
184
MERCURE
Relatio publique ny particuliere
n'a parléde ces derniers jours:&
c'eſt par là,& par d'autres particularitez
que vous n'avez point
ſçeuës , & dont je vous viens de
marquer quelques-unes , que
cette Relation ſera la ſeule qu'il
y ait oncor euë entiere du Siege
de Puycerda. Je vous en ay rendu
compte juſqu'au 19. jour.
Le 20. on fit un Boyau nouveau
pour accourcir le chemin qui
pouvoit mener au Baſtion de
main gauche. Monfieur d'Urban
contribuant de toutes fes
forces & de tout ſon génie au
ſervice du Roy, fe chargea d'une
nouvelle Mine au Baſtio de la
droite , qui devoit penétrer jufques
ſous les Retranchemens
des Ennemis, & les prendre par
derriere . Le 21. on continua le
mefine Travail. Le 22.0n fit une
Place d'armes contre les Sorties
GALANT. 185
des Ennemis. On mit deux PiecesdeCanon
qui enfiloiét & qui
Hanquoientla Bréche . Le 23.on
fut averty que les Ennemis foufroient
beaucoup , qu'ils manquoient
de Pain , & que leur Milice
les quftoit. Le 24. on continua
la Ligne paralelle à la face
du Baſtion de main gauche qui
avoit eſté commencée dés le 20.
afin de faire aller cinquante
Hommes de front à l'aſſaut,
quand la bréche du Baſtion ſeroit
faite . Monfieur de Cafaux
qui avoit toûjours montré une
activité ſans pareille, ſe chargea
d'une Mine au milieu de la courtine
. On eut le mefme jour nouvelle
que les Ennemis ſe retiroient.
Le 25. on continua les
meſmes Travaux, & l'on eut avis
certain que les Ennemis ayant
quité le deflein de ſecourir Puycerda,
avoient renvoyé les Gar-
C
186 MERCURE
niſons de Rozes & de Palamos.
Mr. de Navailles qui pourvoit à
tout, révoya Mr.l'Intédant àPerpignan
pour pourvoir au Rouffilon
, en cas que les Ennemis
priffent cette route , avec ordre
d'arreſter unRegiment Anglois
qui venoit au Camp , & de s'en
ſervir. Mais les Ennemis avoient
aſſez fait de s'eſtre fatiguez en
vain. Ils ne vouloient point eftre
attaquans en quelque lieu
que ce fuſt , & ils voyoient par
tout des ordres fi bien donnez
pour les recevoir , qu'ils aimerent
mieux ſe retirer tranquillement
, que de ſe hazarder à eftre
contraints de faire une retrai.
te précipitée,ou à ſe voir repoufſez
des Lieux qu'ils auroient pû
attaquer pour faire diverſion . Le
26.le 27. & le 28.laTranchée fut
montée à l'ordinaire, fans qu'il
s'y
GALANT . 187
au
s'y paſſaſt rien de confidérable .
On y joignit ſeulement un Détachement
de deux cens Dragons.
Le 29. les Ennemis batirent
la Chamade à une heure
apres midy , & envoyerent le
Chevalier de Maſcarille pour
Oſtage, avec pouvoirde capituler.
Pendant ce temps le Regiment
d'Hamilton arriva
Camp. On convint d'envoyer à
Ripouil un Officier des Ennemis
, avec un Trompette , cinq
Cavaliers,& autant des Noſtres,
pour voir ſi leur Armée eſtoit
retirée ,& s'il y avoit du Secours
à eſperer. Cependant laCapitulation
fut fignée,& il leur fut ac--
cordé de fortir le 31. de May à
dix heures du matin, en cas que
dans ce temps ils ne fuſſent puifſamment
ſecourus, &qu'il ne faluſt
lever le Siege. On monta la
Tranchée
188 MERCURE
Tranchée à l'ordinaire pendant
ces trois jours. La Capitulation
fut executée au jour marqué.
Les Articles furent tels qu'on a
accoûtumé d'accorder à ceux
qui ſe ſont défendus en braves
Gens. On ne leur accorda point
de Canon , & il leur fut ſeulement
permis d'emmener dixneuf
Perſonnes maſquées. Voiqui
fortit par la Bréche.
cy une Lifte fidelle de tout ce
Cavalerie, 150 Hommes.
Infanterie jaune, 500
Infanterie verte, 365
Miquelets, 50
Vvalons & Italiens, 216
1
Letout monte à 1281. Hommes
en armes.
Miquelets maſquez ,
Parmy les jaunes ,
Parmy les verts ,
4
6
5
Par
GALANT.
189
Parmy les Vvalons,
Parmy les Femmes,
19. masquez.
2
2
Monfieur de Navailles receut
les foûmiſſions de la Ville & du
Clergé ; & Monfieur de S.André
Brigadier partit en poſte
pour porter cette nouvelle à la
Cour.
Dom Sanche de la Mirande
General de l'Artillerie d'Eſpagne
, Lieutenant General de la
Cavalerie , & Gouverneur de
toute la Cerdagne , eftoit auffi
Gouverneur de Puycerda. Cinq
raiſons principalesl'ont obligé à
faire la vigoureuſe reſiſtance
qui luy vient d'aquerir tant de
réputation. Il ſçavoit qu'on ne
peut reſiſter longtemps à des
François fans beaucoup de gloi- ,
re. Sa Place ne manquoit point
d'Hommes, Elle abondoit en
Muni
190 MERCURE
Munitions. Il avoit acheté &
payé ſon Gouvernement en argent
comptant.Il venoit d'épouſer
une Heritiere de Puycerda
qui avoit tout ſon Bien dans la
Ville & aux environs ; & dansle
temps où il fut aſſiegé , on folemnifoit
encor ſes Nôces , où il
avoit prié quantité de Nobleſſe
du Païs qui estoit demeurée
dans ſa Place. Ainſi outre l'honneur
qu'il trouvoit à acquerir , il
avoit beaucoup de Bien à défendre.
Il voyoit d'ailleurs toutes
les forces d'Eſpagne à une
lieuë & demie de luy , & il avoit
ſujet d'efperer qu'elles tenteroient
du moins quelque choſe
pour ſon ſecours. Cependant il
ſemble qu'elles ne foient venuës
là que pour fatiguer Monfieur
deNavailles,qui n'avoit pas feulement
l'occupation que le Siege
GALANT. 191
ge luy donnoit , mais qui fongeoit
continuellement à ſe mettre
hors d'eſtat d'eſtre ſurpris.
Auſſi ne doute- t-on pas que ſi
les Ennemis n'ont rien tenté,
c'eſt ſa vigilance toûjours active
qui en a eſté la cauſe. Tous les
Officiers Generaux ont fait des
choſes ſurprenantes. L'on ne
peut affez admirer Monfieur le
Marquis de Navailles , qui dans
un âge ſi peu avancé a tant
donné de preuves de valeur &
de conduite . On peut dire que
toutes les Troupes ont eſté au
feu,puis qu'en un mois de temps
jamais Place n'a tant conſommé
de poudre. Ainſi nos Troupes
ne voyoient que du feu d'un côté,
& des neiges de l'autre. Il ne
falloit pas devant cette Place un
moins habile Ingénieur que
Les
Monfieur de la Motte- la-Mire.
192 MERCURE
Les Sources qui l'embaraſſoient
par tout dans les Travaux , luy
ont causé des difficultez qui ne
pouvoient eſtre furmontées que
par un zele comme le fien.Tous
ceux qui ont agy pour le ſervice
du Roy , y ont merité beaucoup
de gloire ; & Monfieur le
Camus - Beaulieu , Intendant de
l'Armée , a fait voir une continuelle
activité en tout ce qui regardoit
fon miniftere. C'eſt trop
vous parler de cette Place fans
vous en faire voir le Plan. Examinez
- le , Madame. Il eſt tresexact
, & vous y verrez toutes
les Attaques tres - fidellement
marquées. Vous pouvez juger
par là de la capacité de Monfieur
de la Motte-la-Mire ; auffi
a- t- il toutes les lumieres qu'on
peut avoir dans les choſes dont
il ſe mefle , & vous n'en douterez
:
TREQUE
LYON
B18
*1893*
GALANT .
193
rez pas quand vous ſçaurez que
c'eſt luy qui a fortifié Pignerol,
qui paſſe pour un desplus beaux
Ouvrages de Fortifications qui
foient dans le monde.Je ne vous
parle point des avantages qu'on
peut tirer de la conqueſte de
Puycerda. On ſçait aſſez , fans
qu'il foit beſoin de le dire , que
la Capitale d'un Païs en donne
toûjours beaucoup,mais comme
celle- cy eſt d'une grande importance
au Roy d'Eſpagne , je
croy qu'on peut compter parmy
les avantages qu'elle nous affure,
celuy de contribuer au repos
de toute l'Europe. Le Roy n'at--
tendoit pas ſa priſe pour luy offrir
cette Paix tant defirée , puis
que dans le meſme jour & à la
meſine heure que la Garniſon
de Puycerda fortoit, l'Ambaſſadeur
de Hollande eſtoit à l'au-
Iuin. I
194
MERCURE
dience du Roy. Ainſi l'on peut
dire que la Victoire a toûjours
accompagné ce grand Monarque,&
qu'elle l'a ſuivy juſqu'au
moment que ſes Ennemis ont
reconnu ſes bontez .
On a chanté le Te - Deum,
pour la priſe de Puycerda.Toutesles
Cours Souveraines y ont
aſſiſté . Monfieur le PremierPréſident
de Novion s'y eſt trouvé
pour la premiere fois en cette
qualité . Il avoit eſté receu le
mefme jour. Comme il avoit accoûtumé
d'aller au Palais de
grand matin , il s'y eſtoit rendu
à l'heure ordinaire. Quantité de
Perſonnes de qualité l'attendoient
à l'entrée de la Grand'
Chambre pour le ſalüer.Il y entra
, & travailla avec ceux qui
compofent cet Auguſte Corps.
Meſſicurs les Ducs de Foix , de
Coiflin,
GALANT.
195
Coiflin , de Gefvres,& pluſieurs
autres,juſqu'au nombre de douze
, y vinrent dans le meſme
temps . Si-toſt que Monfieur le
Duc fut arrivé, Monfieur le Premier
Préſident alla au Greffe
de la Cour accompagné des
meſmes Perſonnes de qualité
qu'il avoit trouvées en entrant.
Pendant le temps qu'il y demeura,
MonfieurleCoq rapporta
ſes Proviſions à la Cour , avec
ſon Enqueſte de vie & moeurs .
Apres que le tout eut eſté leû ,
on prit les Conclufions de Mon -
ſieur le Procureur General. On
demanda les Avis , & on afſembla
les Chambres. En fuite
deux Conſeillers allerent prendre
Monfieur de Novion , auquel
en entrant dansle Barreau,
Monfieur le Préſident le Cogneux
fit faire le ferment ac-
I ij
196 MERCURE
coûtumé. Cela fait, il prit ſa place,&
fortit à la teſte de la Compagnie
pour aller à la Tournelle ,
d'où il revint ſuivy de Meſſieurs
les Préſidens à Mortier avec
leurs Robes rouges. On tint
l'Audience en ſuite , à laquelle
Monfieur le Duc aſſiſta , ainſi
que les autres Ducs qui avoient
eſté preſens à cette Reception .
L'Aſſemblée generale des
Etats d'Artois s'eſt tenuë le premier
jour de ce Mois. Ceux qui
en firent l'ouverture de la part
du Roy , furent Monfieur le
Duc d'Elbeuf Gouverneur de
la Province , Monfieur de Breteüil
qui en eſt Intendant,Monſieur
de Montplaiſir Lieutenant
deRoy d'Arras en l'abſence de
Monfieur le Comte de Monbron
qui ne s'y pût rencontrer , &
Monfieur Scaron de Longue ,
Prefi
GALANT.
197
Préſident du Conſeil d'Artois.
Monfieur le Duc du Lude , &
Monfieur Courtin,qui paſſoient
à Arras dans ce temps -là , s'y
trouverent. Ce dernier confervant
beaucoup d'affection pour
cette Province dont il a eſté un
des premiers Intendans, fut bien
aiſe de luy en donner ce témoignage
, qui fut reçeu de tout le
monde avec grande joye. Deux
Eveſques,plus de vingt Abbez,
&pres de cent Gentils-hommes,
compoſerent l'Aſſemblée.
Apres que Monfieur le Duc
d'Elbeuf leur eut expliqué en
peu de mots les intentions du
Roy , Monfieur de Breteüil les
harangua avec ſon éloquence
ordinaire. Il leur fit comprendre
l'obligation qu'ils avoient à
Sa Majesté , non ſeulement de
ceque parlesConquestes qu'El
I iij
198 MERCURE
le avoit faites en perſonne , Elle
avoit acquis à leurs Villes l'avantage
de ne plus eſtre Frontieres,
mais de ce qu'Elle vouloit encor
lesmettre en état de ne plus rien
craindre des Ennemis , en retenant
par la Paix les Places qui
les laiſſeront à couvert de toute
forted'infultes. Monfieur l'Evéque
d'Arras,de la Maiſon de Seve-
Rochechoüart,Fils de Monfieur
de Seve qui a eſté Prevoſt
des Marchands , les remercia
au noni de l'Aſſemblée , & les
pria d'aſſurer le Roy du zele &
de l'affection qu'ils avoiét pour
ſon ſervice; ce qu'ils tâcheroient
de faire paroiſtre par les promptes
réſolutions qu'ils alloient
prendre ſur ce qui leur venoit
d'eſtre proposé.
Comme Sa Majeſté devoit
paffer en Artois pour s'en retourner
GALANT. 199
tourner à S. Germain , & qu'à
cauſe de cette Aſſemblée chacun
ne pouvoit en fon particulier
luy aller rendre ſes reſpects ,
on députa Monfieur le Comte
de Belleforiere, Parent de Monfieur
le Marquis de Soyecourt,
qui l'alla complimenter à fon
paſſage , & qui s'acquita tresbiende
cette comiffion .On a renouvellé
cette année les Deputez
Genéraux . Ce changement
ne fe fait que tous les trois ans.
Le Clergé a nommé Monfieur
l'Abbé de Choques ; la Noblefſe,
Monfieur le Comte de Maure,
dela Maiſon de Bernage ; &
le Tiers Etat Monfieur Palifot-
d'Incourt . Ce font trois Perſonnes
d'un fort grand mérite .
Ils ont eſté pluſieurs fois députez
aupres de Sa Majesté , & fe
font toûjours acquitez de cet
I mj
200 MERCURE
Employ à la fatisfaction de la
Province.
Outre ces Députez Genéraux,
on en fait trois autres chaque
année pour aller en Cour.
On a choiſy celle - cy Monfieur
l'Abbé de Suze Eveſque de
S. Omer , Monfieur le Vicomte
de la Thieuloye de la Maiſon de
Saluces , qui ſont préſentement
de la Députation Generale , &
le meſme Monfieur d'Incourt
qui eſt fait Député Genéral , &
quil'eſtoit l'année derniere pour
la Cour , avec Monfieur l'Abbé
le Febvre , & Monfieur le Comte
deGomiecourt. Je vous ay déja
parlé de ces trois derniers.
On ne peut trop dire à l'avantage
des autres. Monfieur l'Evefque
de S. Omer s'eſt toûjours
fait diftinguer par tout , &fon
mérite répond àſa dignité .
Le
GALANT. 201
Le Roy a fait l'honneur à
Monfieur leDuc de S. Agnan,
de luy témoigner parla Réponce
qui fuit, la fatisfaction qu'il avoit
reçeuë de ſa Lettre.
REPONSE
DV ROY
A MONSIEUR
LE DUC DE S. AGNAN.
M
On Cousin , Vous ne
plus
devez
vous mettre enpeinede
vous diftinguer aupres de moy, ily
a long- temps que voſtre zelepour
tout ce qui me regarde a fait cette
distinction. Ie fuis fort perfuadéqu'ilſeſignalera
toûjours dans
la Paixcomme dans la Guerre . Ie
ne doute pas mêmes que les effets
ne furpaßent encor vos expref
Iv
202 MERCURE
fions, &j'ay bien voulu vous dire,
que c'est avec cet agrément &cette
confiance que j'ay leu vostre
derniere Lettre. Priant Dieu au
Surplus qu'il vous ait, mon Cousin,
en ſa ſainte & digne garde. A
S. Germain en Laye le 15. Iuin
1678 .
Signé, LOUIS.
Je vous envoye les Préceptes
Galans. Ils fontde Monfieur Ferrier.
L'Adieu aux Muſes, & l'Elegie
du commencement de ce
Livre que je vous fis voir il y a
quatre ou cinq mois,ne vous laiffent
point en doute de la facilité
de ſon Génie pour les Vers.
Il ſemble qu'il ait eſté animé de
P'eſprit d'Ovide en compoſant
cet Ouvrage. Il en a retranché
toutes les libertez qui pouvoient
bleffer , & ce qui eſt de luyne
def
GALANT. 203
des-honnore point ce qui n'eſt
que Traduction .
Les uns fongent à l'amour,les
autres à boire . Cette Chanfon
qui s'addreſſe à nos Amis les
Hollandois a eſté faite pour les
derniers . L'Air eſt de Monfieur
Rigaut de Tours.
AIR A BOIRE .
Vis que
Pri
legrand LoüisIs en bornant
ſes Explois ,
Vous apermis de quiter la rapiere ,
Venez , pauvres Beuveurs de Biere,
Boire nos Vins comme autrefois.
Sortezde vos Marais,venez rougir vos
trognes ;
Nous n'avons plus d'autresſoucis
Que de trouver affez d'Yurognes
Pour vuider promptement nos Muids.
Les Enigmes continuënt
toûjours à exercer agreablement
les Eſprits. MonfieurRobbe
204
MERCURE
be qui a trouvé le vray ſens des
deux en Vers de ma Lettre du
Mois de May , a expliqué ainſi
la premiere.
Adis Paninventa laFlufte
Pour expliquer ſon amoureux tourment.
Touchant l'invention d'un ſi bel Instru
1
ment ,
Perſonne avec luyne dispute ;
Mais en voyant l'Enigme d'aujour
d'huy.
le doute qui des deux merite d'avan
tage,
Ondu DieuPan , ou de celuy
Qui nous en a ſçen faire unesi belle
image.
Ceux qui ont trouvé cemefme
Mot de Flufte , de Flageolet,
de Haubois , ou de Chalumeau
( car ce n'eſt qu'une meſme
chofe ) fontMeſdames les Marquifes
de Montbrun & de
Briards;
GALANT. 205
Briards; Meſdames de Nancour
de Fontenay , de la Parroiſſe de
Prefle en Brie ; de Couvrigny,
proche de Falaiſe ; Barnet , de
Picardie ; Meſdemoiselles Hebert
Ruë Quinquempoix ; Riviere
; Merles ; & Odinet, d'Auxerre
; Artemiſe, du Mont; Criſto
de Bourges ; Irisde Gien : de
la Salle, de Blois : du Colombier
pres de Madame la Comteſſe de
Torigny : de la Chapelle , Ruë
Guenegaud : de Sommeldirks,
de Chaſtillon en Batois , dans le
Nivernois : Meffieurs de la Salle,
de Rheims : Malbet : Aymés,
de Beziers : Tapprel , Sieur du
Creux : Vaglier , de Mouffy,
Mignot du Buſſy , Gentil homme
de Villefranche en Beaujollois
: de Recul , Gentil- homine
de Picardie : de la Heſtroy : de
Gaillonet, L'Amant cõſtantde la
:.... Belle
206 MERCURE
Belle N.P.Préaudeau ,Avocaten
Parlement à Paris;Vautier Avocatde
Roüen :de Courteville,de
Paris : Buglet , de Troyes : de
l'Arbriffeau , & le Solitaire de
l'Oratoire : Bodin , de Lyon :de
S. Antoine le Brun , de Lyon
Blaiſé le jeune , de Paris : Gayet-
Tarlet , d'Avignon : de Villedieu
, de Pontoiſe : Gardien ,
Secretaire du Roy : Le Lyonnois
, de Paris . L'Abbé de Jully,
du Havre : Le Chevalier de
Clerville : Faverel , de Paris :
Comiers Prevoſt du Chapitre
deTernand : Berout , Medecin
de Conches : Les Hermites de
S. Giraud & de Fontainebleau:
Le jeune Medecin des Belles
de Rennes : Les trois Freres , de
Blois : Le Berger Alcandre : Julie
, de la Place Royale :La Ville
de Compiegne : Les Bergeres
de Loches : La Bergere Catin:
GALANT.
207
La Societé Cloiſtréé de Paris .
Meſſieurs Chantoiſeau,de Brie
Comte-Robert : Le Chevalier
de l'Etoile : du Vaucel , d'Evreux:
Rolad,Avocat à Rheims :
Bazin , Chanoine de Troyes :
Duval l'aîné , Medecin d'Evreux
: du Matha - d'Emery :
d'Abloville , proche d'Argentant
: & Mademoiſelle Gathier,
de Chaftillon fur Marne , l'ont
expliquée en Vers .
La ſeconde Enigme a eſté
ainſi expliquée dans ſon vray
ſens par Monfieur Gardien Secretaire
du Roy.
Toyqui fais la beauté de toute la
Toydont l'on nepeutfaire unejustepeinture,
Qui te devances, qui teſuis,
Qui donne les jours &les nuits ,
Dont chaque inftant commence &finis
Lacerriere
208 MERCURE
Soleil , éclatante lumiere,
Quandpar des ordres eternels
Ta courſe enfaveur des Mortels,
Pourrroit devenir eternelle,
Ferois-tu voir encor comme chez les
François ,
Leplus grandde tous lesRois,
Avec tant de vertus la Reyne la plus
belle,
LesMiniſtres les plus prudens,
LesGuerriers les plus vaillans
EtlePeuple le plusfidelle ?
Meſſieurs de Robbe ; Faverel
Franco de Tibivilier ; des.
Avaris, Secretaire de Monfieur
de Matignon, LieutenantGeneral
de Sa Majesté du Gouvernement
de Normandie;& le Satyre
Troyen , ont auffi trouvé le
Soleil.. La Ville de Nefle l'a expliquée
en Vers.. Meſſieurs du
Vaucel ; Aymés , Fils , Mignot,
de Buffy ; de Gaillonnet; Roland,
Avocat à Rheims;de S.Antoine
८
GALANT.
209
toine le Brun ; Le Chevalier de
Clerville ;& de la Salle,Fils d'un
Secretaire du Roy à Rheims ,
ont crû que c'eſtoit le Iour;Monſieur
Chantoiſeau , l'Horloge ;
Monfieur du Matha-d'Emery,
l'Enigme de l'Enigme en Versi
Monfieur d'Abloville,l'or; Monfieur
Berout , & l'Hermite, de
S. Giraud, le Feu ; Télamire , le
Iour ; Les Bergeres de Loches,
la Chandelle; Madame la Marquiſe
de Briards , l'Aurore ; Mademoiselle
Hebert , Ruë Quinquempoix
, la Lune ; Mademoiſelle
Grimpé , d'Amiens , l'Arcen-
Ciel , &Mademoiſelle Joüet,
de la Ruë des Rofiers,l'Argent.
Voicy les noms de ceux qui
ont trouvé le vray ſens de toutes
les deux. Meſſieurs Foineau ,
Sous-Chantre de la Cathedrale
de Vannes;Le Duc,Avocat,Carolet,
1
MERCURE 110
rolet , Avocat en Parlement ;
Monnereau , de Xaintonge ; Le
Chevalier , de la Ruë Chapon ;
de la Barre , Seigneur du Pleſſis,
Confeiller à Chinon ; Pagés, de
Sedan; des Prez, Maiſtre de Muſique
; Lagrené de Vrilly ; de
Launay , de Caën ; Grandin,
Doyen de Vendofme ;Broſſard,
d'Argentan ; Griffon , Confeillerau
Siege Prefidial de la Rochelle
; Michellet de Bellefontaine
; Renaud , S de Foriers
en Champagne ; Maze , de
Roüen ; Treblad de Fonfrouffe
, d'Aix ; du Sephin , pres
de Saumur ; Celiſandre , G. P.
de la Coudre ; Hermophile de
Medicis , de Beauvais ; Virreau;
de la Salle, Seigneur de Létang,
de Rheims , la Grive, de Lyon;
Loyſeau , de Coulommiers ; Le
Chevalier de la Heronne , de
Roüen,
GALANT. 211
Roüen ; de la Foffe de Vaudevire
, de S. Lo ; Valter , Gentilhomme
Allemand ; Bouchet, de
Lyon ; Roux,Medecin de Vienne
en Dauphiné ; Durand de
Clerbec , proche le Pont-Leveſque
; Laſſon le jeune , Medecin
à Châlons en Champagne;
de la Barre , de Roüen ; de Cohon
, d'Alençon ; Pantot , de
Lyon;Fleury,de Durſet en Nor--
mandie ; de Conſtantin, de Bordeaux
: L'Abbé de Landevennet
: Thabaud des Ferronds :
Madame du Val, Cloiſtre S.Nicolas
du Louvre : Madame du
Carron de Pierreval,de Dieppe :
Les Dames de Mons. Meſdemoiſelles
Raince , de la Ruë
Chapon : Pezé la Cadete , du
Mans : Renavaly , de Breſt en
Bretagne : Lochon & Rocheboüet,
de Mondoubleau : Herblin
212 MERCURE
blin la Fille : Brijon : Le Solitaire
de Paris : Le Secretaire des
Dames de Saumur : Les Bergers
de la Fontaine-Arſon , de
Noyon : Les Bergers ſans Moutons,
du Païs de Caux : les Alliez
du Mont S. Hylaire , de Noyon
en Picardie : Le Pareſſeux , de
Villars en Bourbonnois:Neptune
: La Dame Inviſible, La Belle
Malade , de la Ruë de S.Pére :
Sans vous je n'aime rien : M. N.
de Bordeaux : La Belle Infante,
du Quartier S. Eustache. Mefdemoiselles
de Launay, de Chaſtillon,
ont expliquél'une &l'autre
en Vers , ainſi que Meſſieurs
Germain , Preſtre de Caën:
Houppin le jeune, de Beauvais :
du Mont , Avocat à Chaumont
le François : & un Chanoine de
S.Victor.
Nouvel
GALANT.
213
Nouvelles Enigmes que je
vous propoſe. La premiere eſt
d'une Perſonne de la premiere
qualité.
ENIGME.
TPresquecom
Antoſt pauvre, tantoſt riche,
lelongdujour
Amon voisin je fais niche,
Ilme lafaitàson tour.
Achacunje m'abandonne,
Le moindre mefait la loy,
Ettoûjours monnomſedonne
A ce qui vaut mieux que moy.
Dansune ſombre demeure
Sans regret je suis caché,
Et mesme ſouvent je pleure
Lorsque j'en suis arraché.
Quandon m'expose à l'orage
Surunperfide Element,
Ie ne crainspoint le naufrage,
Etmenaye àtout moment.
Len'ay bras, nypieds, nyteste.
Ie
214
MERCURE
Je ne ſuis de chair, ny d'os,
Etfi toſt que l'un m'arreste,
L'autre trouble mon repos.
AUTRE
Vec
A
ENIGME .
les Rois jeprens naiſſance,
Ils ont besoin de moy, je nesuis
rien ſans eux,
Ieſers à leur grandeur, j'éleve leurpuis-
Sance,
Selon leur volonté je puis estre en tous
lieux
Ieſuis partout d'une mesme nature,
Ieſuis d'un plus ou moindre prix,
Souvent je change de figure,
Selon lamodedes Pais.
Si l'on me voit toûjours de miſe
Chez les Rois &les Empereurs.
le ſuis ſoumis dedans l'Eglise
Aux Abbez, Prelats & Pasteurs.
Plus on me fouleaux pieds, plus j'en tire
avantage,
Plus c'est ma pompe & monhonneur,
Bien
GALAN Τ.
215
Bien loin de me vengerde celuy qui m'ontrage,
Iefais sa gloire & sagrandeur.
Je commence l'Enigme d'Ino
par les divers ſens qu'on luy a
donnez . Meſſieurs de la Salle
Fils , la Foudre ; Le Duc , Avocat,
la Tempeste ; Le Chevalier,
de la Ruë Chapon, le Tonnerre ,
Nicolaïf Nippuoh de Mariffel,
le naufrage d'un Vaisseau, la Macreuse,
une Pierre prétieuse , ou un
Favory;Maze, de Rouën, la Fontaine
qui fort d'un Rocher ; du
Mont , Avocat à Chaumont , la
Pluye Laffon le jeune , la Glace
: Pantot , la Pluye précedée
du Tonnerre , l'Infidelité punie,
l'Inondation & priſe d'Ypres ;
Chantoiſeau , la prise de Gand,
Gardien , la Révolution de la
Hollande ; Aymés Fils , la Paix
de la Hollande ; des Bois , la
Hollandefe jettant dans les bras
216 MERCURE
de la France ; Renaud , ſieurde
Foriers, la Hollande humiliéepar
le Roy : Broſſard , l'Arc- en- Ciel :
Bonnet, de Vaux, la Nége, Franco
de Tibivilier , le Cristal : du
Vaucel , la Seine : de Cohon,
l'Ambre , ou la Gomme de quelque
Arbre : de la Salle , ſieur de Lefſtang,
la Fonte : de la Barre, ſieur
du Pleffis, Conſeiller à Chinon ,
l'Epervier : Butor , la Pierre: de
Courteville , de Paris , la Folie :
du Matha-d'Emery, la Gelée , le
Rhume , ou Verfailles : Berout,
l'Alchymie : Meſdemoiſelles le
Pelletier , de Meaux , la Mort, la
Ialoufie , ou les Simptomes de la
Fievre: Hebert, ruë Quinquempoix,
le Blafon : Merles & Audinet,
d'Auxerre, le Croiſſant de la
Lune; de Launay, de Chaſtillon ,
la Perle , ou la Rofée : Penavaly,
la Bombe : La Belle Malade , la
Foudre:
)
GALANT . 217
:
Foudre : Les Bergeres de Loches,
une Fontaine : Sans vous je n'aime
rien ; l'Imprimerie : L'Indiférent
de S. Quentin , la Banqueroute
: le Berger Alcandre , la
Ialoufie : le jeune Medecin de
Rennes, la Paix avec la Hollande
: L'Amant conſtant de la Belle
N. P. le Croiſſant de la Lune :
Neptune , une Comete : Le faux
Criſante, le Froid : Les Bergeres
fans Moutons , le Flux & le Reflux
de la Mer : Le Secretaire
des Dames de Saumur , la Tempeste.
La Belle Captive de la Ruë
S. Antoine , la Salamandre prifonniere,
le Satyre Troyen, Celifandre
, & Meſſieurs Lagrené
de Vrilly , & Gigaut de Caën,
qui ont expliqué cette Enigme
fur la- Cascade; en ont trouvé le
vray ſens. Ino qui ſe précipite
Iuin. K
218 MERCURE
dans la Mer , la repreſente ; &
les Nymphes qui demeurent
changées en pierres en courant
apres elle pour l'arreſter, ſont des
Statuës qui en ſont ordinairement
les ornemens.
La Figure d'Hercule qui tient
Antée en l'airdans ſes'bras,vous
fournira un nouveau ſujet d'exercer
vos reſveries. Vous ſçavez
trop bien les Fables pour ignorer
qu'Antée Fils de Neptune
& de la Terre, avoit quarante
coudées de hauteur, & qu'en
combatant avec Hercule , le ſecours
que luy preſtoit la Terre
dés qu'il la touchoit , luy donnoit
de nouvelles forces. Ainfi
Hercule n'auroit pû le vaincre ,
s'il n'euſt eu l'adreſſe de le ſaiſir.
de la maniere que vous le voyez
dans ce Tableau. Il l'éleva en
l'air , le prefſſa entre ſes bras , & !
l'étoufa . Mon
HERCULEET.AUTÉE
ENIGME
*
18933711
1
GALANT.
219
Monfieur l'Abbé Colbert a
preſché pour la premiere fois,
& ce Sermon a fait tant de bruit
qu'il eſt difficile que vous n'en
ayez déja entendu parler. II
choiſit pour cela lejour de la Feſte
de S. Iean- Baptiſte Patron de
Monfieur Colbert fon Pere , &
preſcha à Sceaux,où il fut admiréd'une
des plus illuſtres Aſſemblées
qu'on ait veuës depuis
longtemps, & pour ſon éloquence,&
pour la grace aveclaquelle
il prononça le Panégyrique
du Saint. On ne pouvoit moins
attendre de luy,apres l'avoir veu
s'acquiter ſi dignement de toutes
les Actions qu'il a faites en
Sorbonne. Ie vous en ay parlé
pluſieurs fois. Entre un grand
nombre de Perſonnes confidérables
qui ſe trouverent à ce Sermon
, celles qui tenoient le pre
i Kij
220 MERCURE
mier rang , furent Mademoiſelle
de Blois , Monfieur l'Admiral
fon Frere, Madame la Princeſſe
deChevreuſe, Monfieur le Duc
de Luynes, Madame la Duchefſe
ſa Femme , Monfieur & Madame
Colbert, Monfieur & Madame
de Chevreuſe , Madame
la Comteſſe de S. Aignan,Monſieur
le Marquis de Seignelay,
Monfieur Puffor avec toute fa
Famille , Monfieur l'Archevefque
de Sens, Monfieur le Coadjuteurd'Arles;
Meſſieurs lesEfveſques
d'Evreux , d'Orleans,
d'Angouleſime , de Montauban,
de S. Papoul, de S. Brieu , & un
tres-grand nombre d'Abbez de
qualité . On y vit beaucoup d'Illuſtres
Prédicateurs,leP. Girou ,
le P. Bourdalouë,Monfieurl'Abbé
de S. Martin , &c. avec une
partie de Meſſieurs del'Acadé
mie
GALANT. 221
mie Françoiſe . Ie ne vous parle
point de pluſieurs Maiſtres des
Requeſtes , Conſeillers du Parlement,
& autres Magiſtrats , &
d'une infinité d'autres Perfonnes
de qualité & de mérite que
la curiofité avoit attirez .
Quoy que la Paix genérale
dont on efpere bientoft la concluſion,
foit preſque la ſeule matiere
qui s'agite prefentement,
je ne puis finir ſans vous dire
encor trois mots de Guerre. Ils
ferviront à vous faire mieux connoiſtre
que le Roy renonce à
pourſuivre ſes Victoires dans un
temps où il eſt en pouvoir de
vaincre par tout. La Campagne
eſt à moitié faite du coſté d'Allemagne
. Cependant le grand
nombre d'Alliez qui agiſſent de
ce coſté , loin d'eſtre en état de
rien entreprendre , font tous les
Kiij
222 MERCURE
jours dans la crainte d'eſtre attaquez
, & leurs Conqueſtes ont
eſté auſſi imaginaires que celles
qu'ils font tous les Hyvers dans
le Cabinet. Ils ont fortpeu d'Infanterie,
& en tres-mauvais ordre,
& font toûjours fort refferrez
dans leur Camp. Le 9.de ce
mois il y eut une petite eſcarmouche,
dans laquelle ils furent
repouſſez juſqu'à la teſte de leur
Camp. Les Gardes du Corps firent
des merveilles à leur ordinaire.
Il y en eut trois de fort
bleſſez.Un Lieutenantde Noailles
eut ſon Cheval tué ſous luy,
& ſe retira en croupe derriere
Monfieur de Briaille. Monfieur
du Vivier Ayde de Camp , y reçeut
un coup fort favorable au
petit ventre ,& en fut quite pour
une legere contufion. Le 13.'au
matin,dés que le broüillard& le
jour
GALANT.
223
jour pûrent permettre de jetter
les yeux fur le Camp des Ennemis
, Monfieur le Marefſchal de
Créquy vit luy - même qu'ils
avoient decampé, & ayant ſuivy
leurmarche,il s'apperçeut qu'ils
venoient pour ſe poſter entre
Brifac & luy , & que la teſte de
leur Armée eſtoit tournée pour
gagner les Hauteurs de Leylé.
Il fit marcher ſon Avantgarde
avec tant de diligence , qu'il les
prevint; ce qui les obligea de demeurer
en Bataille ſur les Hauteurs
d'Echeſſet. Ils décamperent
le 14. à quatre heures du
ſoir , comme pour venir à nous,
& voulurent faire pouffer nos
Gardes qui les repouſſerent. Le
choc fut aſſez rude , mais heureux
pour nous , puis que nous
n'y perdîmes perſonne. Nousles
ſuivîmes le ſoir d'aſſez prés pour
Kiiij
224 MERCURE
reconnoiſtre que toute leur Armée
eſtoit enmarche. Ils camperent
à demy lieuë de la nôtre.
Les Gardes du Roy , au nombre
de trente- cinq, commandés par
un Garde du Corps nommé
Monfieur de la Roſe , leur ont
pris quarante-ſept Chevaux,&
réversé pluſieurs Chariots chargez
de Vin & de Farines. Les
Ennemis voudroient nous ofter
la communication de Brifac
mais Monfieurde Créquy eſt fi
vigilant , que dés qu'ils pretendent
s'emparer de quelque Poſte,
ils font eftonnez de l'y voir.
On a furpris une Fille habillée
en Soldat qui s'alloit jetter dans
leur Camp. Depuis le commencement
du mois juſques au 17.
qu'on s'eſt approché de l'Armée
des Ennemis,Monfieur de Créquy
ne s'eſt point couché.Monfieur
GALANT.
225
fieur le Marquis de Créquy ef
fuyeles meſmes fatigues. Les
Ennemis apprehendent fort d'étre
attaquez , à ce que diſent les
- Rendus qui arrivent tous les
jours dans noſtre Camp. On a
ſçeu par eux que le Pain commence
à devenir fort rare dans
Ieur Quartier. Unfibeau commencement
de Campagne ne
leur en doit pas laiſſer efperer
des ſuites trop avantageuſes. Il
eſt vray qu'il leur vient du renfort
, mais le Détachement de
Flandres devoit joindre Monfieur
le Marefchal de Créquy
le 20. ou 22. de ce mois. Ainſi la
partie ſera toûjours égale, ſi l'on
en excepte la valeur des Troupes,
la conduite des Chefs,& les
ordres qui font mouvoir les uns
& les autres.
Monfieur de Luxembourg
K
226 MERCURE
fait beaucoup fans rien faire , &
les Troupesqu'il commande ne -
contribuent pas peu à la Paix.
Pluſieurs Dames de Bruxelles
ont eſté voir ſon Camp. Il les a
régalées ; & elles ont admiré la
galanterie des François .
Monfieur Maneffier,Seigneur
d'Auxy , Franqueville , Lierval,
&c. a épousé Mademoiselle de
Saqueſpée Elle eſt Fille de Monfieur
le Vicomte de Selincourt,
qui commande la Venerie de
Monfeigneur le Dauphin. Ce
jeune Prince leur a fait l'honneur
de ſigner au Contract de
Mariage. Ils font tous deux fort
jeunes , & l'un & l'autre d'une
tres-noble & ancienne Famille
de Picardie.
Je n'avois point oüy parler de
ce que vous me dites que vous
avez leûdans la Gazete de Hollande
GALANT.
227
A
lande , des honneſtetez que
quelques Prifonniers Hollandois
avoient reçeuës de Monſieur
le Duc de S. Aignan. Je
m'en ſuis informé , & j'ay ſçeu
que de ceux qui furent pris à la
Bataille de Caſſel , on avoit envoyé
trois cens au Havre . Ils y
firét quelque ſejouravant qu'on
les en retiraft ; & les vents contraires
les ayant obligez dy re-HEOUL
lâcher apres leur embarque (
YON
ment, l'Illuſtre Duc qui eftGott
verneurde cette Place,traita les
Officiers avec tant de civilité,&
donna tant de marques de bonté
aux Soldats pendant quelques
jours qu'ils paſſerent à la
Rade , qu'on ne doit pas eftre
furpris fi les Hollandois ſe font
fait unegloire de le publier. Il eſt
certain qu'ils ne pouvoiétmieux.
juſtifier qu'en parlant de luy, ce
1863
qu'ils
228 MERCURE
qu'ils font dire à leur Gazete
dans l'Article qui le regarde ,
qu'on voit rarement qu'on foit
brave ſans eſtre civil .
Vous avez veu ce que laMuſette
a écrit au Chien pour fon
Berger. Voyez la Réponſe.
LE CHIEN,
A LA MUSETTE .
m'estes Vous, Muſette, qui ne m'
vous Pas tant inconnuë queje
tefuis,vous ne devez pas estrefurpriſeſi
en répondant d'abord pour
vous à voſtre Berger , je n'ay pû
voirfans murmure qu'ilvous obligeaft
à porter un nom qui meparoiſſoit
peu digne de vous. Ie ne
doute point que vous n'ayez bien
examiné les fuites avant que de
vous
GALANT .
229
vous résoudre à l'accepter : mais
puis que l'Amour vous l'a donné,
comme vous en demeurezd'accord,
il est à craindre qu'on neſe per-
Suade que ce soit cemefme Amour
qui vous ait engagéeà le recevoir.
Pour moy qui ne connoiſſois pas
mon Rival ily a quelque temps,je
me préparois à vous dire qu'il est
beaucoup de Bergeres qui préfereroient
un bon Chien à un meschant
Berger: mais depuis qu'on m'a ſçeu
informer de ce qu'il vaut , je voy
bien qu'entre le choix d'un bon
Berger, ou d'un bon Chien, vousne
trouverezguére à balancer.
Cependant on n'ajamais veu
DeChien devenir infidelle ;
Aulieu que ce n'eſtpas une choſe nouvelle
Qu'un Berger change à l'impourveu
Et ſe fafſeunebagatelle
A
D'en
230
MERCURE
D'en conter à quelque autre auſſi bien
qu'à ſa Belle,
Quand il le peut à fon inſceu.
Vous ne l'ignorezpas,belle Mu
fette ( car il faut chercher à vous
plaire envous donnant un nom qui
vous plaiſt) mais vousn'aimezpas,
dites-vous , à estre careſſée d'un
Chien. Si l'inclination de careffer,
est le ſeuldefaut que vous me trou
viez , il ne seroit pas difficile de
nous accorder. Ie ne ſuispasde ces
Chiens dont la groſſeur embaraſſe,
& dont le peu de propreté rend
les flateries dangereuses pour les
Iupes: mais quand je ſerois de ces.
Barbets malpeignez, quifont toû
jours dans les crotes, vous neferiez
pas recevable à vous défendre de
me prendre à voſtre ſervice , fur
L'importunité demes careſſes , puis
que je conſens à me contenter du
plaisirde vous regarderde loing,fi
VOUS
GALANT .
231
vous craignez qu'en vous regardant
de trop pres, je ne vous fois
plusincommode que l'heureux Berger
dont vous voulez bien eſtre la
Musette. Il estvray qu'ilfçait exprimersa
tendreße d'une maniere
bienplus ſpirituelle que pardes careffes,
& qu'un Chien,tel qu'ilſoit,
ne peut estre compté que pour une
Beste: mais ausfinepréiens-jevous
Servirqu'en qualité d'un Domestique
affectionné qui sçaura vous
défendre de l'approchede tousceux
que vous n'aimez pasplus que moy.
On fuitdes Soûpirans dont le ſot entretien
Eft quelquefois plus incommode
Que le badinage d'un Chien
Qu'on peut toûjours faire à ſa mode.
Vous ne pouvez laiſſer le ſoin
De leur défendre voſtre porte ;
Par ma voix glapiſſante & forte
{ Je vous promets de faire en forte
Qu'ils n'en approchent que de loin.
Yous
232
MERCURE
Vous dites auſſi qu'un Berger
peut chanter avec sa Musette
tant de chansons qu'il luy plaira,
tendres ou tristes , Sans qu'elle en
foit touchée. Mais il me paroist
difficile qu'un Berger qui vousfe--
roit dire ce qu'il penſe ne vousfist
jamais penſer ce qu'il vous feroit
dire ; car enfin une Bergere qui
peut comme vous faire choix d'un
Berger pourla toucher , peut bien
auſſiluy répondrefansfon aide. Il
eft des Instrumens qui joüent d'eux.
mesmes ,sans qu'on en connoiſſe les
refforts : &fi l'on en croit quelques
Philofophes modernes , les Animaux
en font des Exemples. Ie
n'ose pas cependant me déclarer
pour eux, car un Chien auroit trop
de raport avec une Musette, &je
n'ay garde deme mettre au mesme
rang avecvous. Mais pour acheverde
vous répondre , quand vous
adjos
GALANT.
233
1
adjoûtez qu'en qualitéde Chien
vous ne me rendriezjamais heureux
, parce que c'est un Animal
qui ne vous toucheroit pas,je tombe
d'accord qu'on ne voit guére
qu'un Berger qui ſcache toucher
une Musette , mais je ne voy pas
auſſi que je fuſſe un malheureux
Chien d'estre le vostre.
Si je puis vous ſervir, ſans- doute
Mon fortſera toûjours fort doux,
Et si c'est un bien qui me couſte,
On ne peut trop payer le plaifir
d'eſtre à vous .
Vous ne sçauriezfaire de mi-
Serables , quoy que vous diſiez &
c'eſt aſſez qu'on vous appartienne,
pourne vouloir changerſa conditionà
aucune autre.Vous ne diſconvenez
pas auſſi que je ne fois fidelle
, mais vostre Berger ne vous
leſemble pas moins , &vous voulez
234
MERCURE
lezattendre qu'il soit inconstant
pour fonger mesme à m'écouter.
Cette reſolution est bien avantageuse
pour luy & s'il estoit vray
que vous ne dißiez que ce qu'il
vous fait dire Sans enrienSentir,
vous ne me renvoyeriezpas à fon
inconstance. Ie ne laiſſeray pas
d'attendre qu'elle vous oftè voſtre
fcrupule, &fi vous croyez ne pouvoir
estre ma Bergere pendant
que vous ferez Sa Musette , quoy
que le plus jaloux de mon espece,je
voy bien qu'il me faudra laiſſfer
jusques-làla plus charmante de
toutes les Muſetes , au plus Spirituel
de tous les Bergers .
J'allois fermer mon Paquet ,
lors que j'ay encor reçeu plufieurs
Lettres touchant l'explication
des Enigmes. Je croy que
vous ne ſeréspas fâchéede tro.u
ver
GALANT.
235
1
ver icy les noms de ceux qui les
ont expliquez .
Meſſieurs de Foreſta de Colongue,
de Marſeille : Criffon,de
l'Académie Royale d'Arles : &
Pierre- Antoine Baron de Hocques
, ont expliqué la Flufte en
Vers. Meffieurs Miconet , Avocat
à Châlons fur Saône : Ranchain
, de Montpellier : de Fontaines
: Dupré : Rudon , Juge
de Chaſteaubas en Agénois :
Hébert de Rocmont : le Marquis
de Beauregard:de Queville
, de Caën : Baré , de Bourdeaux
: l'Abbé Deniau : de la
meſme Ville : le Nouvelliſte
Gaſcon : Momus : Meſdemoifelles
Ragueneau,de Bordeaux : &
Meſdemoif.de Senas & de Buridan,
ont trouvé le Mot des deux.
Ceux qui n'ont trouvé que celuy
236 MERCURE
luy de la Fluſte ſont , Meſſieurs
de Leſtrois Freres , de Blois :
Monfieur Dalonne de Chalançay
: d'Hermilly : le Chevalier
de Barre, de Bordeaux : &Monſieur
Cadet , de Langon. Les
deux ont été expliquées enVers
par Monfieur de Silvecane le
Fils , de Lyon : Monfieur Couldre
, de Caën : le Berger Mede.
cin:& les Bergeres de Montplaifant
pres de Bourg en Brefle.
Monfieur Olivier,de Niſines . Le
Mot du Soleil a eſté trouvé par
Monfieur de Pomiers , de Bordeaux.
Mr. Rault , de Roüën , a
expliqué l'Enigmed'Ino ſur le Iet
d'Eau : & Monfieur Hebert de
Rocmont , fur la Cascade.
Ilme reſte encor à vous entretenir
de l'Opéra de Monfieur
Boiffet , qui fut repreſenté Lundy
dernier à S. Germain devant
Leur:s
GALANT.
237
Leurs Majeſtez , & de la mort
de Meſſieurs d'Apremont , Roujault
, & Marin : mais je ſuis
obligée de remettre ces Articles
, ainſi que pluſieurs autres .
Je finis par celuy de la confirmation
de la Paix de l'Eſpagne
& de la Hollande. Je ne doute
pas que le bonheur dont elles
vont joüir, n'excite bientoſt tous
les Potentats qui ſont en guerre,
à conclure une Paix generate
. Comme ils la devront au
Roy , toute l'Europe pourra
alors retentir du bruit de ces
Vers.
Apres tant defuccés sur la Terre
&fur l'Onde ,
Sur ses propres Exploits LOVIS
Sçait rencherir;
Cet Auguste Vainqueur donne la
Paix
238 MERC. GALANT.
Paix au Monde ,
C'est plus que de le conquérir.
Ie fuis voſtre , &c .
AParis le 30. Inin 1678 .
Avis
L
Avis pourplacer les Figures.
'Arcade de la Voute de Remus &
Romulus, doit regarder lapage 16
L'Arcade des quatre Saiſons , doit
regarder la page 21
L'Air qui commence , Si vous voulexcharmer
, doit regarder la page 46
L'Air qui commence par , Quand
furnos charmans Rivages,doit regarde
la page 1 1 1
L'Air qui commence par , Pour une
jeune merveille , doit regarder la page
134
Le Plan de la Ville & des Attaques
de Puicerda, doit regarder la page 192
L'Air qui commence par , Puisque
le grand Lonis en børnantſes Exploits,
doit regarder la page 203
Hercule & Antée Enigme, doit regarder
la page 218
CC.NdSeaoeSumlfilvleilgluilsoe
STPJoraciEtineriSttuaamUttiiss
atTa.1ta6entb9ſnru3tiloabiusmietnti
807156
MERCURE
GALANT.
DELA
Juin 1678 .
COUE
DE LA
VILLE
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere.
M. DC. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A
MONSEIGNEUR'
LE
DAUPHIN.
ONSEIGNEUR ,
Lemesme qui a déja donné la
parole aux Chevaux dont vous
vous ſervez dans vos Exercices ,
met aujourd'huy l'Epée en converſation
avec le Fleuret. Lafi-
Etion est ingénieuse, & comme elle
a ij
EPISTR E.
regarde vostre gloire , j'ay crûque
vous ne deſaprouveriez pas que je
lafißeparoiftre à lateste de ceVolume.
Ellefupléera , MONSEIGNEUR
, à ce que je fens bien
que je ne vous diray jamais qu'imparfaitement,
puis que l'admiration
que j'ay pour vos grandes
Qualitezne me laiſſe point trouver
de termes qui ne ſoient beaucoup
au deffous de ce que je pense.
L'oferay vous dire cependant , que
quoy qu'elle aille au delà des plus
fortes expreſſions que mon zele me
puiſſe fournir,elle ne peut qu'égaler
la profonde ſoûmiſſion avec laquelle
jefuis ,
MONSEIGNEUR
,
Voſtre tres-humble & tresobeïffant
Serviteur, D.
1
DIALOGUE
DU FLEURET,
ET DE L'EPE'E .
LE FLEVRET,
Julqu'icy
mon amour n'a voulu vous
riendire ,
Une diſcrete ardeur a retenu ma voix,
15 Et ſi devant vous je ſoûpire,
C'eſt que j'ay maintenant plus d'orgueil
qu'autrefois.
L'EPEE.
D'où vous vient cet orgüeil , Amant
qu'on doit peu craindre ,
Joüet d'une valeur qui cherche à s'expliquer,
Guerriers qui ne ſçavez que feindre
,
Avec ſi peu de coeur oſez-vous m'attaquer?
LE FLEVRET.
Quoy que de ce tranchant qui vous
rend ſi terrible ,
ā iij
Je doive apréhender l'éclat victorieux,
Quoy que je vous ſcache invincible
,
Je ne puis m'empeſcher de vous fuivre
en tous lieux.
L'EPEE.
Quoy juſques aux douceurs votre amour
vous engage ?
Mille Sabres dorez couverts de Diamans
,
M'ont fait offre de leur hommage, 1
Mais je n'ay point reçeu les voeux de
ces Amans .
LE FLEVRET.
Il n'eſt point ſous le Ciel de Sabre qui
m'égale ,
J'ay bien changé de rang depuis cinq
ou fix mois.
Je dominois dans une Sale,
Et je regne aujourd'huy dans le Palais
desRois.
L'EPEE.
Ce haut degré d'honneur où vous met
la Fortune,
redouter ;
Ne peut dans les Combats vous faire
Et
Et quand voſtre amour m'importune,
Pour un peu de bonheur dois- je vous
écouter ?
LE FLEVRET.
Je fais les premiers traits d'un Maiſtre
de laTerre,
Je mene à des Lauriers ſa valeur que
j'inſtruis.
Le plus ſuperbe Cimeterre
S'eſtimeroit heureux d'eſtre ce que je
fuis.
L'EPE'E.
Quel eſt donc ce Héros dont vous formez
l'adreſſe ,
Et de qui le grand coeur s'affermit ſous
vos Loix ?
J'écouteray voſtre tendreſſe,
Si par un digne employ vous méritez
mon choix.
LE FLEVRET.
J'éleve un jeune Prince au ſein de la
Victoire ,
Et quand je le diſpoſe à donner de
grands coups,
Je travaille pour voſtre gloire,
Et prépare fon Bras à ſe ſervir de
yous,
a iiij
L'EPE'E.
a
Vous me faites valoir un fort petit
ſervice ;
L
L'adreſſe qu'a ce Prince, il la tient de
fon coeur ,
C'eſt un inutile exercice ,
Aqui vient tout dreſſé par ſa propre
valeur.
LE FLEVRET.
Il eſt vray , mais par moy ſa force in
génieuſe,
Connoift d'un Ennemy l'endroit qu'il
faut fraper ;
Et cette Main victorieuſe ,
Jay du moins avant vous l'honneur
del'occuper.
L'EPEE.
Je vous en ſçaybon gré , Fleuret incomparable
;
Si quelque jour ce Prince aux Combats
excité
Fait luire mon fer redoutable ,
Je vous devray l'honneur qu'il aura
merité.
LE
FLEVRET.
Je trouve dans ſon Bras une force invincible,
Propre
Propre à rompre un Party, propre à le
terraffer ,
Aporter un coup infaillible
Sur l'heureux Ennemy qu'il daignera
pouffer.
L'EPEE.
Que vous m'eſtes utile !&que voſtre
afſiſtance
Me perfuade bien que mon fort ſera
beau !
Je meurs icy d'impatience
Que ſon Auguſte Main me tire du
fourreau.
LE FLEVRET.
Attendez , dans ce Prince on voit approcher
l'âge
Qui ledoit délivrer de mes foins fuper-
Aus.
Au premier feu de fon courage
Vous ferez en faveur , & je n'y ſeray
plus.
L'EPEE.
Dans un gros d'Escadrons quand ſes.
Mains échauffées
Me rougiront du fang des Ennemis.
défaits ,
Dansmagloire&dans mes trophées
Je me reſſouviendray toûjours de vos
bienfaits.
LE FLEVRET.
Dés que vous paroiſtrez , d'abord je
me retire , :
Et de quelque façon que ceffe mon
bonheur,
Toûjours ſoumis à vôtre empire,
Pour vous qui m'enflamez j'auray la
meſme ardeur.
T
M. DU MATHA D'EMERY,
deBordeaux.
PREFACE,
Ο
PREFAC F.
N demande des éclairciſſemens
fur bien des choſes qu'on trouvera
en lifant la Préface de l'Extraordinaire.
On eſt contraint d'y renvoyer
ceux qui par leur Lettres témoignent
avoir quelques doutes , afin de n'ennuyer
pas le Public en répetant ce
qu'on a déja dit pluſieurs fois. Cette
Préface , & celles qu'on a miſes jufqu'icy
dans les divers Tomes du Mercure
, ſont plus neceflaires qu'on ne
les croit dans les autres Livres , à cau-'
fe du commerce que les Nouvelles
qu'on luy envoye luy font avoir avec
tout le monde ; & que ne répondant
quepar là aux Lettres qu'il reçoit ,
aux choſes qu'on luy demande , ceux
qui négligent de les voir ne sçauroient
eſtre éclaircis de leurs fcrupules. On
priede nouveau, qu'on ne s'impatiente
point pour les Hiſtoires & pour les
Enigmes , chacun peut s'aſſurer qu'il
&
aura fon tour. Quant aux Articles du
Mois,
PREFACE.
Mois, ce qu'on reçoit dans les cinq ou
fix derniers jours ne peut que difficilement
eſtre mis. Si ceux qui envoyent
des Airs avoient pris ſoin de les faire
donner par quelque Amy capable d'en
voir les épreuves,comme ils en avoiét
eſte priez , on ne ſeroit point emba- -
raffé pour ſçavoir ſi onpeut ſe ſervir
de ceux qui reſtent ,& on s'adreſſeroit
à eux pour eſtre aſſuré qu'ils fuſſent
demeurez nouveaux , car les Maiſtres
qui ne les voyent point dans le premier
Mercure qui paroiſt , les font
chanter le plus ſouvent dans la pensée
ou qu'on ne les a pas reçeus , ou
qu'on n'a pas voulu leur donner place,
& il eſt fâcheux de donner en ſuite
pour nouveau ce qui a ceſſé de l'eſtre
par cette raiſon. Le Public témoigne
ſouhaiter des Lettres ſur toute forte de
matieres.Ainſi quand on enrecevra de
belles , on les mettra dans l'Extraordinaire
; & ceux qui feront bien aiſes
qu'elles y paroiffent , prendront la
peine de les travailler , rien ne les
obligeant à les faire avec précipi
tation. Quoy que l'Extraordinaire
qu'on
PREFACE.
>
1
1
qu'on a déja veu , ait eu beaucoup de
fuccés,celuy qui ſera'donné le 30.Juillet
pour le remettre dans les Quartiers.
ſerad'une autre maniere , c'eſt à dire
qu'il ſera plus remply d'Hiſtoires &
d'autres Ouvrages , afin que la diverſité
des matieres y meſle par tout l'agrément
de la nouveauté. Ony verra
des Feſtes Etrangeres , dont les Defſeins
feront curieux , & on n'oubliera
pas de fort galantes réponſes ſur
la queſtion galante proposée dans
le premier Extraordinaire. Je ne dis
rien de l'Hiſtoire Enigmatique , on
fçait qu'elle n'a pu fournir qu'à de
ſcavantes Explications.On dõnera des
Sujets nouveauxd'exercer l'eſprit dans
celuy du 30. Juillet. On ne ſçauroit
trop recommander d'adreſſer toûjours
ſes Lettres au Sieur Amaulry ; celles
qu'on adreſſe ailleurs ne font preſque
jamais reçeuës. On a dit beaucoupde
choſes dans deux Mercures touchant
la pensée qu'ona , que l'Arc de
Rheims a eſté dreſſe en l'honneur
de Jules Céſar. Ily aura dans l'Extraordinaire
un Diſcours tout remply
d'éru
PREFACE .
d'érudition , d'un tres-fçavant Homme
qui eſt d'un ſentiment contraire.
Si on trouve icy une ſeconde Relation
de la priſe de Leuve , on ne doit
point en eſtre ſurpris. C'eſt le morceau
d'Hiſtoire le plus exact & le
plus curieux qu'on ait veu depuis fort
longtemps ; & tant de Gens du Meſtier
ont conſeillé de le mettre , qu'on
n'a pû douter qu'on ne priſt plaiſir à
le lire , ſçachant qu'il ne contient
rien que de veritable.
LE
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Vous de
Ous vousplaignez, cher Lecteurs
ceque vous n'avezpas veu dans
Le dernier Mercure de May un Avis
avec une listedes Livres Nouveaux; ne
vous en prenez pas àmoy , carmalbeureuſement
il fut perdu en le portant chez
l'Imprimeur ſans que je l'ayeſceu. Mais
afinde vous tenirparole envousdonnant
tous les mois une liste nouvelle , je distingueray
le Mois de May,d'avec celuy de
Iuin.Vousy trouverezbeaucoup de Nouveautez,
ce qui vous empeſchera de gronder,
vom promettant que cela n'arrivera
plus. le puis me plaindre aussi à mon
tour, de ce que plufieurs Perſonnes,tant
horsde France qu'en Francem'envoyent
journellement des paquets de Lettres qui
neſont pointfranches du port : cela iroit
au bout de l'Annéeà une grandeſomme
jeferois obligéde rencherir le Mercu
refi cela continuoit: Mais comme jeveux
BLOUS
vous tenir parole en ne le rencheriſſant
plusdu tout, c'est que ceux qui envoyeront
des pieces,tant pour le Mercure que
pour l'Extraordinaire dudit Mercure,sõt
priezd'affrachir leurs paquets & lettres,
autremet ils neſerōtpoint rendus àl'Autheur
dudit Mercure. Onprie auffi ceux
quiſont dans lespetites Villes,de prendre
garde àqui ils affranchiſſent , puiſque
tousles jours ceux qui écrivent mettent
port payé, & cependant ceux àqui ils
payent leport,n'envoyent point l'argent
au Maistre de la Poste , ce qui fait que
l'on me fait payer le port une ſeconde
fois. C'est à quoy je prie bien le Lecteur
deprendregarde. Pour ceux qui affranohiront
les ports ,ils n'ont que faire dese
mettre en peine de leurs ouvrages, carils
feront tous rendus tres fidellemêt àl'Antheur
dudit Mercure , auſſi toſt que je
les auray receus , & ainſi ils pourront
remarquer leur ouvrage dans le Mercu
re, ou dans l'Extraordinaire.
Iecroyque vous aurez appris que l'on
donne à preſent l'Extraordinaire du
Mercure Galant,à Lyon pour 30. fols.
Tous les Volumes de l'Année 1.678 ...
De
A
ſevendront toûjours 20. fols le Volume,
acommencer par celuy de Ianvier , &
ceux de 1677. fe donneront auffi toû
jours pour 12. fols le Volume. L'on continuë
auffi toutes les Semaines à diſtribuer
le Iournal des Sçavans.
Livres Nouveaux du Mois de May.
V
Ie de Jeſus-Chriſt , par M. l'Abbé
S. Real. 4...
Defence de l'Ancienne Tradition des
Egliſes de France , 12 .
Aſtrée, 12. 2. vol. Nouvelle Traduction.
Relation des deux Campagnes deM.
de Turenne, 12. 2. vol.
Methodus Historiarum Anatomico-Medicarum,
12 .
I
Livres Nouveauxdu Mois de Iuin.
Olande Sicilienne deM. dePrechat
Autheur de l'Heroine Mouſquetaire,
12. 2. vol .
Comte d'Eſſex Hiſtoire Angloiſe, 12 .
2.vol.
Hiſtoire de D.Quichot de la Manche.
Traduction nouvelle 3.& 4. volume.
me. L'on trouve auſſi dans la meſme
Boutique les 2. premiers volumes.
Le quatriéme & dernier Tome de
l'Heroine Mouſquetaire 12. l'on a
auſſi les trois premiers , avec
Advanture d'Italie, 12.
Priſon, 12 .
Les Penſées dans les
Offices de Rome, 12 .
Zde M. Daf
Les PreceptesGalans de M. Ferrier 12 .
Nouvelles & faciles Inſtructions pour
Réunir les Eglifes Pretenduës Reformées,
12.
Hiſtoire du Grand Schiſme d'Occident,
4. du Pere Mainbourg.
Reflexions Chreſtiennes ſur les plus
beaux principes de la Morale, 12 .
Maximes de Madame la Marquiſe de
Sablé, 12 .
Confolateur Chreſtien, ou Recueil de
Lettres, 12 .
Fables d'Eſope 12. par M. de Benferade
avec figures.
Advent du Pere Daffier, 8.
Vie de S. Ambroiſe par M. Herman,
4. 2. vol.
Hiſtoire des Sevarambes, 12. 4.vol.
TABLE
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume .
Avant-propos fur le sujet de la2
Nouvelles pensées ſur l'Arc de Triomphedécouvert
àRheims,
L'Amour bleſſfé, Idille,
L'Heureux infortuné,Histoire,
Airnouveau,
16
25
32
46
Nouvelle Relation de la prise de Leuve,
avec des circonstances qui n'ontpoint
efté ſçenës, 50. Sonnet, 70
La lonquille, 71
Galanteriefaiteà Ath, 75
Mariage de M. de Launay & de M.
Trevegat , riche Heritiere de Bretagne,
79
Histoire des Faux Cheveux, 8;
Mortde Madame la Princeſſe de Monaco,
28
Mort de Mademoiselle de Maiſons, 104
Stances fur la Vanité du Monde, 108
Air Nouveau, III
LeMary Patiffier, Histoire, 112
Madri
TABLE.
Madrigal, 120
LeRoy établit au Louvre deux Peres
Capucins tres-fçavans en Medecine,
121
Le Roy choisit quatre Perſonnes pour
remplir la Charge d'Organiſte ordinairedeSa
Chapelle , 125
Monfieur de Santeuil fait un Poëme à
la gloire de Monsieur le Chancellier,
lamefme.
Reception faite à Madame la DuchefſedeGuiſeàAlençon
,
Vers fur le sujet de la Paix,
Air Nouveau,
129
132
134
Divertiſſemens donnez par ceux qui ont
estéprendre des Eaux de Vichy , 135
Lettre de M. le Duc de S. Aignan au
Roy, 137
Mort de M. de Varangeville, Conseiller
au Parlement, 141
rique,
Mort Surprenante d'un Medecin Empi-
142
M. Chommeau, Fils deM. le Président
Betan , est receu Confeiller au Parlement,
144
MariagedeMademoiselle le Vaſſeur
deMonfieur d'Argouges , Marquis
de
TABLETQUE
deGratot,
deM. deRancy Mariage
L'Amant Commode ,
LYON
146
*189447
148
Magnificences faites par Madame la
Marquise de la Frézeliere dans ſon
Chafteau de Mons , 149
Mariage deM. le Mareſchal d'Estrades
&de Madame de Vertamont ,
153. Sonnet , 156
Relationde la prise de Puycerda , 157
Ce qui s'est passé àla Reception deM.
de Novion à la Charge de Premier
Prefident , 195
Ce qui s'est passé à l'Afſfemblée generale
des Etats d' Artois , 196
Réponſe du Roy à M. le Duc de Saint
Aignan A 201
Airàboire , 203
Explication de l'Enigme de la Flûteen
Vers, 204
Noms de tous ceuxqui ont trouvé le mot
de la Flute,
205
Explication de l'Enigme du Soleil en
vers, 207
Noms de ceux qui onttrouvé le mot de
l'Enigme du Soleil. 208
Noms de ceux qui ont trouvé le mot de
toutes
TABLE.
toutes les deux,
Enigme,
AntreEnigme,
ibid.
213
214
Divers sens donnez à l'Enigme d'Ino,
215
Enigme en Figure,
218
Monsieur l'Abbé Colbert prefche à
Sceaux, 219
Ce qui s'est passé en Allemagne pendant
lemois de Iuin, 221
MariagedeM. Manessier , &de Mademoiselle
de Saqueſpée, 226
Le Chien àlaMusette.. 228
Conclusion. 247
Fin de laTable.
EXTRAIT
EXTRAIT DV PRIVILEGE
duRoy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à S.
PGermain en Laye le 31. Decembre 1677.
Signé , Par le Roy en ſon Conſeil ,JUNQUIERES
. Il eſt permis à J. D. Ecuyer , Sieur de Vizé
, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour lapremiere fois : Comme auffi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre fans leconſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervant à l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtreſur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678. Signé E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sicur de Vizé , a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour en
joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevéd'imprimer pour lapremiere fois le
50. Luini 1678.
1
EXTRAIT DV PRIVILEGE
de Monseigneur le Vice- Legat
d'Avignon.
P A
r grace & Privilege de Monſeigneur
l'Excellentiffime Vice-Legat ,il eſt permis
àTHOMAS AMA ULRY Libraire de Lyon d'imprimer
& debiter le Livre intitulé Le Mercure
Galand , avec l'Extraordinaire dudit Mercure
Galand , avecdeffences à tous autres d'imprimer
, vendre , ny debiter dans la Ville d'Avignon
& Comté Venaiſſin aucun Exemplaire
dudit Livre,même de ceux cy-devant imprimés ,
en tout ou en partie, que de l'impreſſion dudit
AMAULRY, pendant le temps de fix années, à
compterdu jour que chaque Volume ſera imprimé
pour la premiere fois, à peine de fix mil
livres d'amende , ainſi qu'il eſt plus amplement
porté à l'Original ; & le preſent Privi
lege eſt tenu pour deuëment ſignifié en mettant
un Extrait au preſent Livre. Signé
FR. NICOLINI Vice - Legat. Datré du
16. Avril 1678. Enregiſtré par FLORENT
Archeviſte.
MERCU
I
MERCURE
GALANT.
د
UEL embarras , Madame
& comment
fatisfaire à la parole
que je vous ay donnée
de vous entretenir de la
Paix ? La matiere eft grande, &
je ne l'enviſage point , que je
ne craigne auffitoſt d'en eſtre
accable. Il en eſt qui quoy que
belles , animent d'autant plus à
s'y étendre , qu'on fent bien
qu'on les peut encor embellir
en les mettant dans leur jour;
Iuin. A
.
2
MERCURE
د
:
-
mais il en eſt de ſi extraordi- -
naires , qu'on ne les entame jamais
qu'en tremblant parce
qu'on eſt convaincu qu'on ne
peut rien dire qui ne foit infiniment
au deſſous de ce qu'elles
donnent lieu de penſer. Telle
eſt la moderation du Roy. Il
eſtoit en état de vaincre tout, &
il a bien voulu arreſter le cours
de ſes Victoires pour offrir la
Paix à toute l'Europe , & luy faire
voir qu'il ne connoiſſoit point
de triomphe plus éclatant que
celuy qu'il eſtoit capable de
remporter ſur Luy - meſime.
Quand je dis qu'il eſtoit en
eftat de vaincre tout, je n'avance
rien dont il ne ſoit aiſée de
connoiſtre la verité.Si des Chefs
d'une grande experience , agiffant
fous des ordres qui ne conduiſent
pas moins ſeûrement à
la
GALANT.
3
_la Victoire que la Valeur ; Si de
nõbreuſes Troupes bien aguerries
& des Fonds aſſurez , peuvent
faire eſperer de vaincre
toûjours , quel autre que Loürs
LEGRAND pourroit dire qu'en
offrant la Paix, il abandonne les
Conqueſtes qu'il ſe voit aſſuré
de faire , Luy qui a rendu le fort
des Armes conſtant, d'incertain
qu'il eſtoit toûjours , & qui l'a
fixé pour Luy ? Quelle Puiffance
parmy toutes celles qui
luy ſont oppoſées eſt aujourd'huy
plus redoutable fur
Mer ? Il eſt le ſeul qu'on y
ait veu faire des Conqueſtesdepuis
que la Guerre a commencé
. Il eſt encor en état d'y en
faire , & toutes nos Coſtes font
remplies d'Armateurs , ou de
Gens qui demandent la permifmiſſion
d'armer. C'eſt ce quin'e-
A ij
4
MERCURE
ſtoit jamais arrivé en France.
Aufſi peut-on dire que jamais
Conquérantn'a conſenty àdonner
la Paix dans l'état où le Roy
ſe voit aujourd'huy . Qu'on life
nos Hiſtoires , on ne trouvera
point que nous ayons encor eu
tant& de fi bonnes Troupes fur
pied,ny qu'elles ayent êté ſi bien
payées . Les Fonds de la Guerre
ont toûjours eſté faits plus d'une
année avant l'ouverture de
chaque Căpagne,& on n'ignore
pas qu'ily en a toûjours eu de reſte
.Toutes chofes ont eſté ordőnées
de la même ſorte qu'elles
auroiết pû l'eſtre pendat la Paix .
La Guerre n'a point empeſché
le Roy de donner des Penſions
& des récompenfes , comme je
vous l'ay ſouvent marqué dans
les Lettres. Il a fait joüir ſa Cour
des divertiſſemens accoûtumez
pour
GALANT.
5
pour délaſſer les Guerriers qui
- l'avoient ſuivy dans ſes fatigues.
- Il a fait fleurir les beaux Arts
dans le Royaume, & enfin donné
des prix en pluſieurs endroits
à ceux qui les avoient meritez .
- Les Meubles , l'Argenterie , &
les Pierreries , qui ſous d'autres
Regnes ont fourny ſouvent aux
- frais de la Guerre , loin d'avoir
- diminué depuis fix ans qu'elle
dure , ont augmenté de beaucoup
, & le Roy s'eſt toûjours
trouvé en pouvoir d'en acquerir
, pendant que l'Eſpagne n'avoit
point d'autre reffſource pour
foûtenir cette meſme Guerre.
C'eſt neantmoins avec tous ces
avantages que le Roy veut bien
donner la Paix aux Peuples de
l'Europe qui en ont beſoin, tandis
que les Siens glorieux de ſes
Victoires qui font honneur àla
A iij
6 MERCURE
France auffi- bien qu'à ce grand
Monarque , ne luy demandent
pas qu'il daigne les interrompre
en leur faveur. Voyez d'ail-
Ieurs l'état des affaires . L'Angleterre
eſt diviſée . La priſe de
Gand, qui oblige les Hollandois
à tenir douze mille Hommes de
garniſondans leurs Places frontieres
, les empeſche de mettre
une forte Armée en campagne.
L'Eſpagne a peu de Troupes,
& ne ſçait où aſſembler le peu
qu'elle en a. Nous nous ſommes
ouverts par tout des Paſſages.
Bruxelles &Anvers tremblét. Le
Roy eſt à la teſte d'une Armée
nombreuſe . Il peut entreprendre.
Tout eſt preſt . Il n'a qu'à
attaquer pour vaincre . Il eſt entraîné
à la gloire par deux diferens
panchans. Il en peut acquerir
endonnant la Paix ; mais
outre
GALANT.
7
e
5
a
outre ce que la continuation de
ſesConqueſtes luy en aſſure , il
y voit encor de grands avantages
attachez.Cependantil choi .
fit la gloire la plus fterile, & préd
le party qui ſoulage toute l'Europe.
Il fait plus qu'Alexandre,
qui ne rendit qu'à ceux qu'il
avoit attaquez ſans ſujet. Ce
grand Prince, maiſtre de Luymeſme
au milieu de tous fes
triomphes,veut bié rédre à ceux
qui luy ont déclaré la Guerre
, & il leur ofre la Paix dans
le ſein meſme de laVictoire, puis
que ſes Armes luy foûmettent
Puycerda en meſime temps qu'il
réſout d'en arreſter les progrés .
Apres cela , Madame , ne peuton
pas dire que cette Paix eft
l'effet de la plus haute modération
dont on aitjamais entendu
parler ? On a veu des Conqué-
Aij
8 MERCURE
rans,mais on n'en a point encor
veu, & on n'en verra peut- eſtre
jamais , qui s'arreſtent fur le
panchant d'une courſe , lors
qu'on y eſt pouffé par la Victoire
,& qu'il faut meſme faire des
efforts pour ne s'y pas laiſſer entraîner.
Sion avoit attendu pour
avoir la Paix , quele grand nombre
d'Ambaſſadeurs des Intéreffez
dans la Guerre euſt eſté
d'accord , on en auroit preſque
perdu l'eſpoir , ou du moins les
longueurs de cette Negotiation
auroient laiſſe le Victorieux en
liberté de pourſuivre encor
longtemps ſes Conqueſtes. Il
falloit un Maiſtre tel que le Roy,
qui euſt la bonté de faire comme
une Loy de cette Paix aux
Vaincus. Pour en faire une Loy,
il falloit eftre auſſi puiſſant qu'il
l'eft , & il auroit eſté à craindre
d'un
GALANT.
9
d'un autre qu'il ne ſe fuſt ſervy
= de cette puiſſance pour impofer
e des conditions injuſtes. La mo-
5
1
e
e
S
dération du Roy a eſté telle ,que
- le repos de l'Europe a prévalu à
5 fes propres intereſts. Le Titre
- de Pacifique ne luy a pas ſemblé
= moins glorieux que celuy de
- Conquérant , & il conſent à fe
- dépoüiller d'une partie de ſes
Conqueſtes afin de propoſer
une Paix qui luy gagne l'amour
de ſes Ennemis, comme la Guer,
re luy a fait gagner leurs Places.
Apeine cette Paix eft propoſée,
Equ'on s'écrie en Hollande ſur
les bontez extraordinaires du
- Roy. On imprime hautement
- les Propofitions qu'il luy plaiſt
- de faire. Elles ſont trouvées
ſi juſtes , que ceux à qui la
Guerre eſt utile , cherchent en
vain des raifons pour les com
A v
MERCURE
battre. Ce qu'ils oppoſent n'eſt
point écouté. Sa Majesté écrit
aux Etats . Sa Lettre eſt reçeuë
avec autant de joye que de refpect.
On eſt ſurpris de voir un
Vainqueur fi moderé dans ce
qu'il propoſe ; & les Peuples de
Hollande qui apprennent les
ſentimens favorables où il eſt
pour eux , ne peuvent s'empefcher
de crier Vive le Roy enpluſieurs
endroits . Quelle gloire
pour la France d'avoir un Maiſtre
ſi grand , qu'il eſt devenu
l'admiration & l'amour de ſes
Ennemis meſmes ; Les Propoſitions
ſont acceptées des Etats,
&Monfieur de Beverning Plénipotentiaire
à Nimegue eſt.
nommé Ambaſſadeur Extraordinaire
pour en venir afſurer ſa
Majeſté. Il arriva aupres d'Elle
furle foir du 30. & fut logé au
delà
GALANT. II
delà de l'Eſcaut dans une Maifon
quiluy avoit eſté preparée.
Mr. de Pompone l'alla voir une
heure apres qu'il fut arrivé . Il
eut fon audience le lendemain
fur les neuf heures du matin.
Monfieur le Mareſchal de Lorges
l'alla prendre . Monfieur le
Duc de Noailles le reçeut à la
teſte des Gardes du Corps , &
tour ce qui ſe pratique en de
pareilles rencontres futobſervé.
Il eut une Audience ſecrette qui
dura environ une heure & demie
; & apres avoir remercié le
Roy du repos qu'il veut bien
donner à toute l'Europe , if prit
congé de Sa Majefté dans cette
meſme Audience. Au fortir de
là, il viſita les Miniſtres , & n'eftant
point fatisfait du pea de
temps qu'il avoit paſſe à entretenir
le Roy, ildemanda à le voir
difner
12 MERCURE
difner pour le pouvoir admirer
plus à loiſir. Il y fut mené incognito
avec tous ceux de ſa ſuite.
Je ne vous dis point ce qui luy a
eſté accordé pour les Eftats . On
a imprimé la Réponſe de Sa
Majeſté. Ils ont obtenu ce qu'elle
contient, c'eſt à dire que pendant
tout le mois de Juin il y auroit
Suſpenſion d'actes d'hoftilité
contre les Places Eſpagnoles
, & que ce terme eſtant expiré,
la Suſpenſion d'Armes deviendroit
entiere pour fix femaines
, afin de traiter de la Paix
generale , en cas que pendant
cette premiere Suſpenſion qui
doit durer tout le mois de Juin,
les Alliez ſe reſoluſſent à devenir
auſſi raiſonnables que les
Anglois & les Hollandois , &
qu'ils uſaſſent comme ils le doivent
des bontez que le Roy fait
paroif
GALAN Τ.
13
:
paroiſtre pour toute l'Europe.
Ce grand Prince n'ayant plus
affaire dans un Campoù ſa valeur
feroit demeurée oifive , en
partit pour retourner à S. Germain
, & fit plus de foixante
lieuës en moins d'un jour & demy.
Le lendemain qu'il fut arrivé
, il ſe leva auſſi matin qu'il ſe
leve ordinairement quand il n'a
eſſuyé aucune fatigue. Il prit ce
mefme jour le divertiſſement de
la Chaffe , & vit faire les Exercices
à Monſeigneur le Dauphin.
C'eſt un charme que de
voir ce jeune Prince à cheval.
Il n'y en a point de ſi difficiles
qu'il ne monte . Il les gourmande
avec une grace & une adrefſe
merveilleuse , & ne court
point de Bagues & de Teſtes
qu'il ne les emporte.
A peine le Roy fut-il arrivé,
que
14
MERCURE
que par une bonté vrayment
paternelle, il fit donner pluſieurs
Arreſts pour le foulagement de
ſes Peuples. L'un porte la diminution
de fix millions ſur les
Tailles . Il y en a d'autres qui regardent
le rembourſement des
nouvelles Rentes conftituées fur
l'Hoſtel de Ville , & d'autres
Rentes afſignées ſur d'autres.
droits appartenans à Sa Majesté.
L'ofre de ce rembourſement ac--
commode les affaires de ceux
qui auront beſoin de le toucher.
Il eſt vray que Sa Majefté a
reçeu un norable ſecours des
premieres Rentes. Tout le
monde luy a porté ſon argent
en foule par la feûreté
qu'on a trouvée avec Elle. Ce--
luy qu'Elle offre de rendre pre--
fentement , fait affez connoif--
tre qu'elle n'y pouvoit eftre plus
entie
GALANT.
15
entiere , & prouve en meſime
temps ce que je vous ay dit d'abord
, que le Roy ne cherche
point la fin de la Guerre par
aucune peine qu'il ait à la foutenir
, mais ſeulement par une
pure bonté pour ſes Ennemis , à
qui les avantages de la Paix ſont
neceſſaires . Iamais Prince ne fut
mieux ſervy qu'il l'a eſté .Le ſuccés
a répondu au zele & au travail
des Miniſtres , & la Victoire
aux grands projets & à la valeur
del'incomparable Monarque
qui a reglé leurs emplois.
La réſolution que prendront
les Alliez , occupe preſentement
toute l'Europe . Chacun en parle
ſelon ce qu'il juge des diférens
intereſts qui lesdoivent faire
agir ; mais tous conviennent
que ceux qui paroiſtront les plus
éloignez de la Paix, ne pourront
s'em
16 MERCURE
s'empeſcher de regarder avec
admiration les bontez du Roy,
qui ont cauſe tant de joye & de
furpriſe à tous les Peuples de
Hollande.
J'avois bien crû , Madame,
qu'apres avoir pris plaifir à ce
que je vous écrivis il y a quelque
temps fur les Obeliſques,
vous ne feriez pas fâchée d'entědre
parler des Arcs deTriomphe.
Vous avez veu celuy qu'on
a découvert à Rheims gravé
dans ma Lettre du dernier
Mois. J'y adjoûtay la Voûte de
l'Arcade d'un de ſes coſtez ; II
faut vous donner aujourd'huy
les deux autres , afin que vous
ayez l'Ouvrage parfait en quatre
Pieces . Voicy l'Arcade que
je vous ay dit qui repreſente la
Louve Romaine avec Rémus &
Romulus , & ce que Meſſieurs
de
*
BIBLIO
LYON
t
GALAN Τ . 17
7
de Rheims ont marqué au defſous
du Deſſein qu'ils en ont
faitfaire .
Ceux qui veulent que ce Monument
ait esté érigé en l'honneur
de Iules César , aſſurent que
cet Embleme a efté mis icy pour
honorer l'origine de cet Empereur
; mais peut- estre aussi que ç'a
esté pour montrer que Rheims
estoit soumise , ou plutoſt alliée à
Rome, puis que c'estoit leſymbole
ordinaire des Villes qui estoient
Sous la domination ou sous laprotection
des Romains. Ce que l'on
dit que S. Sixte & S. Sinice furent
les premiers qui s'arresterent
à Rheims pour y prescher la Foy,
apres qu'ils eurent veu dans la
Porte Mars cette Histoire de leur
Nation,fait affez voir l'antiquité
de cet Edifice. Ces Victoires &
ces Armes font pour eternifer la
memoi
18 MERCURE
memoire des Conquestes de ce tepslà,
mais ces Figures qu'on voit dif
tinctement en quelques Boucliers,
ne reſſemblent à des Fleurs de Lys
que par hazard.
Ce qui fait croire que ces
Figures de Rémus & de Romulus
marquent le deffein qu'on a
eu d'honorer par ce Monument
P'Origine de Jules- Cefar , qui
prétendoit eſtre deſcendu d'lulus
, c'eſt qu'au midy de la Ville
de Rheims , il y avoit un autre
Arc de Triomphe où eſtoit repreſentée
Vénus,& il n'y a perſonne
qui ne ſçache que cetEmpereur
tiroit ſa plus grande gloire
d'eſtre de la Race de cette
Déeſſe par ce lulus Fils d'Enée...
Ce ſecond Arc eſt encor en
veuë , mais plus qu'à demy ruiné.
Il ne reſte plus que la Voûte
dumilieu des trois Arcades qui
le
GALANT.
19
le compoſoient , avec quelques
veſtiges des deux autres ſur les
deux aifles . On l'appelle Porte
baſée. Cette Arcade eſt ornée
par le dehors de ſa rondeur , de
grandes feüilles d'Achante gravéesdans
les bords. Audeſſous
de la Voûte il y a un plat- fond
quarré , dans lequel on voit un
Triton , dont la partie qui finit
en Poiſſon fait pluſieurs tours en
forme de roulots , ſur l'un defquels
eſt aſſiſe une Vénus toute
nuë qui tient le Triton embraffé.
On ne peut la méconnoiſtre
, puis que fur le bout de
la queuë du Triton , relevée en
haut , il y a un Cupidon qui
étend ſes aifles. Il eſt certain
que Jules-Céſar faiſoit tellement
vanité d'eſtre ſorty de Vénus,
qu'il luy donnoit la qualité de
Venus genitrix ;& c'eſt par cette
raifon
20 MERCURE
raiſon que Properce priantcette
Déeſſe de conſerver Auguſte-
Céſar , Fils adoptif de Jules,
la fait ſouvenir qu'il eſt de ſaRace.
Joignez à cela que ce premier
des Céſars , pour marque qu'il
la reconnoiſſoit pour ſa Mere ,
fit voeu de luy faire baſtir un
Temple , fi par fon moyen il
gagnoit la Bataille qu'il eſtoit
preſt de donner contre Pompée
dans la Plaine de Pharfale . II
s'acquita de fon voeu. Ce Temple
fut baſty dansle Marché qui
porte fon nom. Il l'embellit de
Tableauxde grand prix , & entr'autres
Statuës , il en fit placer
une de marbre blanc dans le
lieu le plus éminent , qui repreſentoit
cette Venus genitrix . Elle
eſtoit toute armée comme une
Pallas . Archefilaüs , fameux
Ouvrier de fon temps , en futle
Scul
COTHEQUE
DEL
LYON
VILLE
#1833
*
1
1
1
Scul
GALANT. 21
Sculpteur. L'impatience que
Jules-Céſar eut de la dédier, fut
fi grande,qu'il ne luy donna pas
le loiſir de l'achever.
Je viens à la Voûte de la troifiéme
Arcade que je me fuis engagé
de vous envoyer gravée.
C'eſt celle de l'Arcade dumilieu
, qu'on appelle l'Arcade des
quatre Saiſons ou des douze
Mois. Meſſieurs de Rheims qui
en ont fait faire l'Eſtampe, auſſi
bien que des deux autres , ont
adjoûté ces mots au defſſous .
Les Figures qui paroiſſent dans
laClefde laVoûte de cette Arcade,
font connoistre combien la Ville
de Rheims s'eſtimoit heureuse
d'eſtre ſoûmise à l'Empereur qui
vivoit alors. Les quatre Enfans,
& ce qu'ils tiennent, reprefentent
les quatre ſaiſons de l'Année,
tout de mesme que dans une
1
Me
22 MERCURE
1
Medaille de Commode, qui a pour
Deviſe, Temporum felicitas, la
Femme aſſiſe porte dansſes mains
de quoy marquer l'abondance de
toutes choses. Les douze Mois de
l'Année ſe voyent dans les douze
Tableaux dont il ne nous reste que
fept , les autres ayant estéruinez
avectoute la facede la Porte qui
regardoit le dedans de la ville.
L'ingenuité de ce temps ne paroit
que trop dans l'une de ces Figures.
Ceux qui rapportent ce Monument
à Iules César, se contentent
de dire, que cette Arcadefait connoistre
qu'il a reformé le Calendrier.
Voilà, Madame, tout ce que
j'avois à vous dire de ce fameux
Monument qui fait tant d'honneur
à la Ville de Rheims. I'ay
beaucoup de joye d'avoir pû fatisfaire
voſtre curioſité ſur cet
-arti
GALANT.
23
article , & n'en ay pas moins
d'avoir enfin recouvré le galant
Idylle de l'Amour bleffé , que
vous avez envie de voir depuis
ſi long- temps. Onm'a dit qu'il
n'eſt pas tout-à- fait nouveau ;
mais outre qu'il le ſera pour
vous , je l'ay demandé à tantde
Gens qui n'en avoient point
entendu parler , qu'il y a grande
apparence qu'on en a fait
courir fort peu deCopies. Je l'ay
trouvé tout ce qu'on vous a dit
qu'il eſtoit. Ceux qui vous l'ont
vanté , l'ont fait avec beaucoup
de justice , & quoy qu'ils vous
diſent une autre fois en matiere
de Vers aiſément tournez , vous
aurez ſujet de les croire ſur leur
parole.
L'AMOUR
24 MERCURE
800300380380030038003
L'AMOUR BLESSE' .
T
IDYLLE .
Out aimoit autrefois ,
me aujourd'huy ,
, nonpas com-
Que la fidelité n'est plus qu'une chimere;
Les coeurs d'un fort amour se faisoient
une affaire ,
Châque Heros avoit ſon Heroine à luy,
Et chaque Berger sa Bergere.
Icy dans un Palais l'Amour donnoitſes
Loix ,
Il y faisoit joüerſes reſſorts politiques,
Maistre du Cabinet des Rois,
Cet Enfant décidoit des Affaires publiques
,
Et le Confeil d'Etat ne ſuivoit que Sa
voix .
Là dans une Cabane, il avoitſoin d'apprendre
A d'aimables Bergers ſes plus douces
Chanfous,
Et
GALANT.
25
Et s'ils nejoüvient plus qu'un air touchant
& tendre,
C'estoit l'effet deſes Leçons.
Tantoſt un jeune coeur groſſiſſoit ſon empire,
Letriomphe en estoit aisé,
Etgrace an feu de l'âge, il estoit diſpo-
Sé
Arecevoir ceux que l' Amour inspire.
Tantoſt ce mesme Amour enflammoit un
vieillard,
Sur le bord du tombeau le chargeoit de
Ses chaisnes,
Et ranimant un ſangtout glacédansſes
veines , De ſes derniers ſcûpirs vouloit
avoir sapart.
Iamaisparle recit de leurs longuesſouffrances,
Tant d'Amant des Forests n'ont troublé
lerepos,
Et jamais tantde confidences
N'ont importuné les Echos.
Les Romans ont dit vray , pour un cha
grin d'Astrée ,
Juin. B
26 MERCURE
On eust veu Celadon l'ame deſeſperée ,
Dans les eaux du Lignon terminerſes
douleurs,
Et fidelle à Caſſandre , on plutoſt àses
manes,
Orondate à ses pieds eust veu mille
Roxanes,
Sans lespayer que de rigueurs.
Cyrus pour sa Princeſſe eust couru cent
Royaumes,
Aucun Enlevement ne l'en eust dégouté,
Les Hérosſepiquoient d'une fidelité
Qui duroitpendant douze Tomes.
Mais helas ,de l'Amour l'âge d'Or est
paßé,
Les Coeursfontmaintenant d'une trempe
plusdure ,
Et voicy par quelle avanture
L'âgede Fer a commencé.
Quand l'Amour eut bleffé tant d'ames,
Qu'il n'en restoit plus àbleffer ,
Quand il ne trouva plus moyen de
Adécocher des traits ,àrépandre des
s'exercer
flames;
Lu0y
GALANT. 27
Quoy qu'enun plein repos il vit avec
plaisir
Sa Divinité triomphante ,
Comme il est d'humeur agiſſante ,
Ils'ennuya deson loiſir.
Quoy mes Fleches , dit-il , demeurent
inutiles ,
Quoy l'Amour ne s'employe à rien
Puis qu'il n'eſt plus de coeurs tranquilles
,
Au defaut d'autres coeurs je vay percer
lemien.
fupplices ,
les vanger ;
Si j'ay fait aux Amans ſentir mille
Qu'ils ſe conſolent tous , ma main va
Et fi je leur ay fait goufter mille delices
,
Avec eux à mon tourje vais les partager.
Là deſſus ( car Lamour n'a guere de
prudence,
Etnesçait pas trop ce qu'ilfait )
Luy-mesme ilſeperce d'un trait ,
Sans en prévoir la conſequence.
Bij
28 MERCURE
Ilsentit dans ſon coeur naiſtre des ſentimens
Que luy ſeul dans les coeurs avoit tonjours
fait naiſtre ,
Parſon experience il connut des tourmens
Que jusqu'alors il n'avoit pû connoistre
Quepar les soupirs des Amans.
Helas , dit-il un jour aux Oyſeaux d'an
Bocage,
C'eſt moy qui forme vos accens ,
C'eſt moy qui ſuis l'Amour dont vôtre
doux ramage
Seplaint en ſes tons languiſſans.
Pourquoy vous plaignez-vous ſi j'en
duremoy-meſme
Les maux que je vous fais ſentir ?
Moy-meſme à mon pouvoir j'ay ſçeu
m'aſſujettir.
Le croirez-vous ? je ſuis l'Amour , &
j'aime.
Mais il eut le chagrin qu'à ses tristes
helas,
Par les airs lesplus quais les Oyſeaux
répondirent.
vous
GALANT .
29
Vous par qui tant de coeurs ſoûpirent,
Soupirez , difoient-ils , nous ne vous
plaignons pas.
Quede l'Amour blessé l'agreable nouvelle
Satisfit en ce jour chaque coeur mal son--
tent!
Etqui n'eut pas trouvé ſa peine moins
cruelle ,
Quand l' Amour en fouffroit autant ?
Celles qui conſervoient un coeurfacile &
tendre ,
Quand leur age effrayoit & les Ieux
les Ris.
Seconfoloient des soins que l'Amour leur
faitprendre
Pourſupléerà leurs apas flétris .
Les Belles qu'enfecret cet Enfant tyrannife
,
Oublioient tous les maux dont leur coeur
eftatteint ,
Lors quesous un calme contraint
Ilfaut que l' Amourſe déguiſe.
Les Marys appaiſez pardonnoient à
l'Amour
Biij
30
MERCURE
La disgrace dont it est cause;
Et depuis ce temps-là , dit-on , jusqu'àcejour
,
Tous les Marys ontfait la mesme chofe.
Enfin l'Amour quérit deſes ennuis.
Pour cet aimable Enfant est-il rien qu'on
nefaffe ?
Ah je ne ſçavois pas , dit-il , ce que
jeſuis.
En quel état les Amans ſont reduis
Et qu'ils meritent bien ma grace.
Il faut que deſormais dans l'Empire
amoureux
Avec plaiſir les Ames ſoient captives.
Dépoüillons-nous de ces traits dangereux
Qui font des bleſſures trop vives .
L'Amour depuis ce temps nous traite
avec douceur ,
Itſe fert contre nous de Fleches émouſſées
Qui ſont aisément repoussées ,
Et ne font qu'éfleurer un coeur.
Par quelle autre raiſon croyez- vous que
l'onvoye
Le
GALANT .
31
Leregne de l'Amour coquet & libertin?
On aime affez pour en gouster la joye,
Trop peu pour en ſentir le plus foible
chagrin.
Aujourd'huy les Amansignorent lapra
tique
De courir à la mort pour un petit dédaing
Et pour garderſafoy , quiferoit l'inhumain,
Aimeroit encor à l'antique.
Noftre Siecle renvoye à celuyde Cyrus,
Ceuxqui deleur trépas honoreroient leurs
Belles;
On trouve qu'on peut vivre , &fouffrir
leurs refus ,
Elles ne gaignent rien àfaire les cruelles,
Auſſi ne lesfont-ellesplus.
Nous enferions encor aux erreurs da
vieil âge,
Si par bonheur l'Amour n'avoitſenty
Ses coups.
Toûjours un mesme objet recevroit noftre
hommage;
It tremble quand j'y pense , helas que
ferions-nous ?
Biiij
32
MERCURE
Il ſeroit à ſouhaiter pour le
repos de beaucoup de Gens ,
qu'il n'y euſt rien que de vray
dans cet Idylle , & qu'on aimaſt
toûjours ſi commodement , qu'il
n'en coûtaſt jamais de chagrins ;
mais il y a peu d'engagemens
quu
qui n'aillent plus loin qu'on ne
l'a crû , & les ſuites en ſont le
plus ſouvent fi fâcheuſes , qu'il
eſtdifficile de ne les pas reſſentir
tres-vivement. L'Hiſtoire qui
fuit le fera connoiſtre .
Un Cavalier d'une naiſſance
fort confiderable , ayant pris
employ à l'Armée dés le commencement
dela Guerre, s'eſtoit
tellement conſacré à la gloire,
qu'il en avoit fait ſon unique
paſſion. Rien ne l'étonnoit. Il
eſtoit des premiers par tout , &
il n'y avoit point d'occaſion dangereuſe
où l'ardeur de ſe fignaler
GALANT.
33
ler ne le fift courir. Sa bravoure
adjoûta beaucoup à ſon merite,
quieſtoit d'ailleurs fort fingulier .
Chacun en parloit avec éloge ,
& il commença particulieremet
à connoiſtre l'eſtime qu'il s'étoit
acquiſe , quand ayant eu le bras
caffé dans une rencontre des
plus importantes, il vit avec quel
emprefſſemét les principauxOfficiers
luy en marquerent leur
déplaiſir. Il ſe fit porter dans une
Ville voiſine où il ne manqua
point de ſecours . L'incertitude
de ſa gueriſon l'obligea longtemps
à ne voir perſonne ; mais
enfin ceux qui le traitoient en
répondirent. Ses douleurs cefferent
, & il ne pût connoiftre
qu'il avoit encor part à la vie ,
fans chercher à ſe la rendre agreable.
Il reçeut viſite de toutes
les Perſonnes de qualité ,&&
BV
2
34 MERCURE
on ſe fit tantde joye de contribuer
au foulagement qui luy
eſtoit neceſſaire dans un reſte
de langueur , que les Dames
meſme ne dédaignerent pas de
le venirvoir. Unejeune Veuve,
alliée du Lieutenant de Roy de
la Province , dont il eſtoit tresproche
Parent , ſuivit l'exemple
des autres. Elle avoit de la beauté
,l'eſprit aifé & infinuant,grand
enjouëment dans l'humeur , &
elle luy offrit de fi bonne grace
tout ce qui luy pouvoit manquer
dans une Maiſon étrangere , que
foit par reconnoiſſance , foit par
la force du panchant , il fentit
pourelledés cemoment ce qu'il
n'avoit encor ſenty pour perfonne
. Il s'informa de ſa conduite
ſans ſçavoir pourquoy.
Tout le monde luy en parla avec
avantage , & il ſembla n'avoir
impa
GALANT.
35
impatience de fortir que pour
Faller remercier de ſes ſoins . Ce
fut par elle qu'il commença à
s'acquiter des viſites qu'il avoit
receuës . Cette diſtinction plût à
la Dame. Elle en fit un plus favorable
accueil au Cavalier. II.
luy dit mille choſes obligeantes .
Elley répondit agreablement,&
la diſpoſition reciproque d'une
forte eſtime où ils ſe trouverent
l'un pour l'autre , leur ayant infpiré
l'envie de ſe voir ſouvent,
les conduifit par degrez juſques
à l'amour. Ils s'en aperçeurent,
& ne prirent aucunes précautions
pour s'en défendre. L'égalité
de leur naiſſance oſtoit
tout obſtacle à leur paffion. La
Dame qui avoit beaucoup de
bien estoit en pouvoir de diſpofer
d'elle,& il ne leur reſtoit que
te Pere du Cavalier à ménager..
Co
36 MERCURE
Cen'eſt pas qu'il ne fuſt ſatisfait
de cette alliance , & qu'il ne témoignaſt
meſme la ſouhaiter ,
mais il eſtoit de ces Vieillardsintéreſſez
qu'un avancement de
fucceſſion inquiete , & qui uſent
toûjours de remiſes , quand il
s'agit de ſe dépoüiller. Cependant
le bruit d'une grande entrepriſe
s'eſtant répandu,le Cavalier
qui eſtoit veritablement
né pour la gloire , ne balança
point à prendre party . Quelque
paſſion qu'il euſt pour la Dame,
il négligea le prétexte que ſa
bleſſure luy pouvoit fournir de
demeurer encor aupres d'elle ,
& il ne fongea plus qu'à ſe rendre
en diligence où ſon devoir
l'appelloit. Leurs adieux furent
touchans. Ils coûterét des pleurs
à la Belle , & jamais une ſemblable
ſéparation ne fut fuivie
de
GALANT..
37
de plus fortes affurances de s'aimer
éternellement. L'Occafion
fut avantageuſe au Cavalier. Il
s'y fit diftinguer comme il avoit
déja faiten beaucoup d'autres,
mais ce ne fut pas fans expoſer
ſa perſonne à de grands périls .
La Dame en fut informée , &
plus elle eut ſujet del'aimer, plus
elle craignit de le perdre. Elle
crut qu'en l'épouſant , elle le
mettroit à couvert de ce malheur.
Les irréſolutions du Pere
ne finiſſoient point. Elle prit defſein
de ne s'y plus arreſter ; &
comme elle avoit affez de bien
pour renoncer aux avantages
qu'il promettoit à ſon Fils , elle
luy fit ſçavoir que s'il étoit Homme
à fe contenter de ſa fortune,
elle eſtoit preſte à la partager
avec luy , pourveu qu'il l'aimaſt
affez pour ſe vouloir défaire de
fon
38 MERCURE
ſon employ. L'ofre l'euft char--
mé ſans cette condition. Il répondit
à la Dame avec toutes,
les marques de tendreffe &de
reconnoiſſance que cette honneſteté
méritoit; & luy laiſſant
eſperer ce qu'il ne vouloit pas
luy promettre abſolument , il la
pria de faire reflexion fur ce
qu'une trop prompte déference
à ſes volontez feroit dire de luy
dans le monde. La Bellene pût
goûter ſes excufes. La gloire de
fon Amant la flatoit, mais outre
qu'elle commençoit à trouver
fon abfence inſupportable , les
continuelles Occafions où il ef
toit obligé d'expoſer ſa vie,trou
bloient toute la tranquillité de
la fienne . Ainſielle voulut l'avoir
aupres d'elle à quelque prix
que ce fuft. Elle aimoit , elle fe
connoiſſoit aimée ,&apres luy
avoir
GALANT.
39
avoir inutilement reïteré la même
Propoſition dans les termes
les plus preſſans , elle ne douta
point qu'en changeant de baterie,
elle n'ébranlaſt ſes plus fortes
réſolutions.Le pouvoir qu'elle
avoit pris ſur ſon coeur , luy
répondoit du ſuccés. Elle fupprima
ſes tendreſſes accoûtumées,
& cherchant dansla froideur
de ſon ſtile un nouveau
moyen de l'enflammer , elle luy
manda, qu'apres avoir ſérieuſement
examiné la force de ſes
raiſons , elle avoit reconnu l'injuſtice
de ſes prieres ; Qu'elle
demeuroit d'accord que l'amour
étoitunepaſſion indigne de remplir
une auffi grande ame que la
fienne ; Qu'elle approuvoit fon
zele pour le ſervice du Roy ;
Qu'elle luy conſeilloit même de
s'y dévoüer plus parfaitement,
en
40
MERCURE
en ne fongeant plus du tout àel
le, & que de fon coſté elle alloit
tâcher de l'oublier pour le mettre
plus en état de conſacrer à
la Gloire tous les momens d'une
vie dont elle avoit crû devoin
prendre quelque ſoin.. Cette
Lettre fit l'effet qu'elle en avoit
attendu. Ce fut un peu d'eau
répanduë fur un fort grand feu .
Le Cavalier ne l'avoit jamais
trouvée ſi aimable, que ſon imagination
la luy repreſenta dans
ce moment. La crainte de la
perdre luy fit ramaſſer tous les
charmes de ſon eſprit & de ſa
perfonne , & en eſtant plus
amoureux que jamais , il luy
écrivit ce que la plus violente
paſſion peut inſpirer de plus.
engageant pour obtenir le retardement
de quelques Mois,
pendant leſquels il obligeroit
fon
GALANT .
41
ſon Pere à faire pour luy ce qu'il
avoit lieu d'en eſperer , & chercheroit
un moyen de faire avec
moins de honte ce qu'elle fouhaitoit
de ſa complaifance . La
Dame qui vit par là que la victoire
luy eſtoit aſſurée , continua
fur le meſme ton. Elle répondit
au Cavalier , que ce qui
luy feroit préjudiciable dans un
temps , luy feroit également deſavantageux
dans un autre ;
Qu'elle ne prétendoit point
qu'il ſe fiſt la moindre violence
pour elle ; Qu'elle ſe rendoit
juſtice ſur le peu qu'elle méritoit
, & qu'elle estoit fortie de
l'erreur quiluy avoit fait croire,
que comme elle luy vouloit
donner tout fon coeur , elle n'eſtoit
pas indigne d'avoir tout le
fien. Quelques antres Lettres
qui ſuivirent ces deux pre
mie
42
MERCURE
mieres , écrites toûjours avec
les meſmes apparences de
froideur , acheverent de déterminer
le Cavalier. Il ne
pût tenir davantage contre
les empreſſemens de la Belle
&il ſe trouva tellement obligé
à la maniere def- intéreſſée
dont elle l'aimoit , que le
plaifir de la fatisfaire l'emporta
fur toute autre choſe. Il envoya
fa démiſſion à la Cour , renonçaà
des avantages incompatibles
avec le deſſein deſe ma
rier , l'écrivit à la Dame en termes
qui luy marquoient un entier
détachement de tout ce
qui ne regardoit pas ſon amour,
& fe mit en chemin quelques
jours apres pour luy confirmer
les afſurances que ſa Lettre luy
avoit portées. Jamais Amant ne
prit la Poſte avec tant d'impatience
GALAN Τ .
43
= tience d'arriver où il ſe croit
ſouhaité . Le ſacrifice qu'il venoit
de faire luy) promettoit le
= plus tendre acueil ,& il n'eut le
coeur remply pendant fon voyage
que des douceurs qui en
devoient eſtre la récompenfe. Il
faut aimer pour concevoir l'excés
de ſa joye : quand il découvrit
la Ville qui renfermoit l'ai-
- mable Perſonne qu'il venoit
- chercher. Ilyentra , & n'eſtant
plus qu'à cent pas de la Ruë où
elle logeoit , il fut arreſté par
un concours extraordinaire de
Peuple que la pompe d'un Enterrement
avoit amaſſe . Elle eftoit
grande , & l'accompagnement
déſignoit aſſez le rang du
Mort. Le Cavalier chagrin de
ſe voir obligé d'attendre , ou de
retourner ſur ſes pas , demanda
pour qui cette funeſte Cerémonie
44 MERCURE
nie fe faiſoit , & à peine l'eutil
appris , que faiſant un haut
cry , il embraſſa l'encolure de
fon cheval , & gliſſa à terre fans
s'en pouvoir relever. Ses Gens
le porterent dans une Maifon
voifine , où l'on eut beaucoup
de peine à le faire revenir d'un
évanoüiffement qu'on jugea
long- temps mortel . L'accident
fit bruit. On avertit fes Amis.
Ils accoururent , & comme fon
amour leur estoit connu , ils ne
furent point furpris de l'état où
ils le trouverent. La jeune Veuve
qui luy avoitdonné tant d'a--
mour , eſtoit la Perſonne qu'on
enterroit. Une fievre de quatre
jours l'avoit emportée, & toutes
fes eſperances finirent au moment
que fon bonheur luy paroiſſoit
ſans obftacles. Il quittoit
tout pour ſe donner fans referve
à
GALANT.
45
1
àce qui luy eſtoit plus cher que
ſa vie , & la mort luy enlevoit ce
qui luy faiſoit tout quiter. Apres
qu'il fut revenu à luy, il dit& fit
des choſes qui auroient touché
les plus inſenſibles. Ses Amis
qui ne le virent pas en estat d'étre
conſolé , prirent le party de
ſa douleur , & luy applaudiſſant
fur toutes les circonſtances qui
la pouvoient augmenter,ils le firent
inſenſiblement conſentir à
vivre , afin qu'elle ne finiſt pas
fi-toft.
Les uns ſoufrent parl'amour,
les autres par l'infidelité .Cependant
toutes les peines qui fuivent
l'amour , n'empeſchent
point qu'on ne conſeille toûjours
d'aimer . Voyez - le par les
Vers qui ſuivent. Monfieur
Leſgu les a misen Air LYON
BIBLIO
*
AIR
46 MERCURE
AIR NOUVEAU.
I vous voulez charmer ,
SNe foyezplus cruelle:
Une Beauté rebelle
Ne peut se faire aimer.
Pourdonner de l'amour ,
Iris il en faut prendre ;
Qui n'apoint le coeur tendre ,
N'ajamais un beau jour.
Je change de matiere , & je
cioy en changer ſelon voſtre
gouſt , puis qu'apparemment
apres une Hiſtoire d'amour,une
Relation de guerre ne vous déplaira
pas. Rien n'eſt ſi rare
que d'en faire une parfaite d'un
Siege ou d'une Bataille , particulierement
quand on la fait fur
les premieres nouvelles qui s'en
reçoivent. J'oſe diremeſme qu'il
n'y en a jamais eu. Tout ce
qu'on écrit peut eſtre vray;mais
il
GALANT. 47
il y a toûjours beaucoup de particularitez
qui échapent. Vous
en avez appris par mes Lettres
qui ne vous auroient jamais
eſté connuës , ſi je ne les euſſe
pas ramaffées pour vous. J'ay
tâché de rendre juſtice à tous
ceux à qui elle estoit deuë , &
vous vous eſtes ſouvent loüée
demon exactitude à vous marquer
quantité de circonſtances
eſſentielles des plus grandes Occafions
, qui ne ſe trouvoient
point ailleurs. Cependant quoy
# que j'aye pris tous les ſoins ima-
-ginables pour n'oublier rien,j'avouë
que je n'ay pas toûjours
-eſté d'abord informé de tout.
Cela vient de ce que ceux qui
Récrivent ne peuvent eſtre en
diférens lieux tout- à- la- fois , &
que dans l'action un Homme
ignore ſouvent ce qui ſe paſſe à
} } vingt
48 MERCURE
vingt pas de luy. L'entrepriſe
de Leuve vous a paru ſurprenante
. Elle feroit incroyable das
un autre Siecle que dans celuy
de LOUIS LE GRAND ; & comme
je croy qu'on ne vous ſçauroit
trop parler de ce qui merite
toute voſtre admiration , je ne
puis garder pour moy ſeul la
plus exacte & la plus fidelle Relation
qui ſe ſoit encor veuë de
la priſe de cette Place. Quoy
que celle que je vous ay déja
envoyée vous ait paru fort particuliere,
vous ne douterez point
que cette derniere ne l'emporte
, quand vous ſçaurez qu'elle
eſt d'un intime Amy de Monſieur
de la Breteche , qui a veu
naiſtre le deſſein , qui a tout veu
préparer pour l'execution , qui
s'eſt trouvé preſque par tout
dans le temps qu'on a fait l'attaque,
GALANT.
-
2
■
49
que, & à qui il eſtoit impoffible
que rien fuſt caché. Ainſi ce
n'eſt point vous écrire deux fois
- la mefme choſe. C'eſt donner
un ordre reglé à une des plus
- belles Actions qu'on ait faites
depuis long-temps , & vous la
faire voir dans une certaine ſui--
te que tout ce qui s'en eſt écrit
- d'ailleurs ne nous marque point .
Cette Relation rend juſtice au
Gouverneur, en faifant connoître
qu'il afait tout ce qu'on peut
attendre d'un Homme de coeur
qui ne ſe rend qu'à l'extremité,
& c'eſt ce qui a rehauffé la gloire
de nos François. Je ne vous
envoye point de nouveau Plan .
Je vous dirayſeulement que das
celuy que vous avez veu , on a
donné des Baſtions à la Ville en
plus grand nombre qu'elle n'en
a, &un de moins à la Citadelle,
Iuin. C
50
MERCURE
& qu'il y a des Redoutes de
pierre aux environs dela Place
qu'on a oublié d'y marquer.
RELATION
EXACTE DE LA PRISE
DE LEUVE .
Ette Place eſt ſituée fur
,
l'entrée du Brabant. Elle est toute
inondée à la portée du Canon
par de grands & profonds
Marais , à la reſerve d'une Avenuë
, appellée le Chemin de
Saintron . Le Comte de Monterey
Gouverneur des Païs Bas , a
fortifié cette Avenuë depuis dix
ans d'une Citadelle à cinq Baftions,&
fait faire en méme temps
deux
GALANT.
SI
deux grands Baſtions à la Ville
. Les Foffez de toute cette
Fortification ſont profonds de
16. à 18. pieds , le tout environné
de double Foffe & de double
Contreſcarpe . Il y a beaucoup
de diſtance entre la Ville& la
Citadelle. Cette entrepriſe eſt
l'effet d'une application de 18.
mois . L'execution en fut retardée
par une jambe que perdit
Monfieur de la Breteche quand
Maſtric fut aſſiegé . Elle ne s'eſt
pas faite fans beaucoup d'allées
& de venuës dont perſonne ne
penétroit les raiſons. Toutes
choſes ayant paru aſſez heureuſement
diſpoſées pour efperer
un favorable fuccés , les
Troupes qu'on choiſit pour
1 executer ce grand deſſein , fortirent
de Maſtric le premier &
le ſecond de May par diverſes
1
Cij
52 MERCURE
Portes & fous diférens prétextes'
, afin d'en oſter la connoiffance
au Public. Monfieur de
la Breteche ſortit luy - meſme
comme un Homme qui alloit à
la Chaffe , & trouva ſept ou
huit de ſes Amis , auſquels il
avoit fait entendre ſeparément
qu'ils pouvoient luy rendre
quelque ſervice. L'Aſſemblée
de tous les diferens Partys fut à
la Cenſe de Meniſcoffe , à cinq
lieuës de Maſtric , & à quatre
de Leuve. Ils y arriverent la
nuit du deux au trois une heure
avant le jour , & y demeurerent
enfermez juſques à ſept
heures du foir. Apres ce temps
Monfieur de la Breteche fit afſembler
tous les Officiers,& leur
montra le Plan de l'Attaque .
Tous les Détachemens furent
faits. Ildonna l'ordre à chacun,
&
GALANT .
53
t
1
e
L
& mit toutes ſes Troupes en
marche à l'entrée de la nuit , &
au rang où elles devoient combatre
. Elles estoient compoſées
de quatre cens ſept Hommes
de pied , de cent Grenadiers, de
fix-vingts Dragons , & de deux
cens Chevaux.On arriva àdeux
heures apres minuit au Village
de Vire , à trois quart-d'heures
de Leuve . Tous les Officiers &
Dragons mirent pied à terre.On
déchargea quatre Charetes,dõt
trois portoient vingt Pontons
faits de deux ais de Sapin , & le
fond de Jonc naté ,le tout couvert
d'une toile gaudronnée ,
chaque Pontondela figure d'un
quarré , long de dix pieds , &
large de trois. Dix de ces Pontons
attachez les uns aux autres
par une petite chaîne de fer,formoient
un Pont de cent pieds.
4
&
Ciij
54
MERCURE
1
Ils avoient chacun deux anneaux
de fer aux deux coſtez ,
dans leſquels paſſoit une corde
de chaque coſté , qu'on appelle
Singuenelle. Ainſi apres avoir
attaché le premier Bateau à une
Paliſſade , il ne falloit que tirer
les deux cordes aubord du Foffé
, & on avoit preſque auffitoft
un Pont ferme & folide, en bandant
ces cordes avec un Capeftan.
Monfieur de la Breteche
avoit employé beaucoup de
temps à s'imaginer cette maniere
de Pont , & apresen avoir fait
faire pluſieurs eſſais à centDragons
ſur les Foffez de Maſtric,
il les avoit rendus ſi habiles àle
jetter , qu'il n'y avoit point de
Fofle ny de Contreſcarpe avec
la Paliſſade , qu'il ne s'affuraſt
de paſſer en demy quart -d'heure:
Apres que toutes chofes eurent
GALANT.
55
:
;
:
.
.
rent eſté bien diſpoſées , & que
chacun eut reçeu ce qu'il avoit
à porter , on marcha de cette
forte . Quinze Hommes choiſis,
commandez par Monfieur des
Bordes Ingénieur , alloient à la
teſte de tout, avec Mr. Barbier
Commiſſaire d'Artillerie . Quarante
Nageurs tous nus , le Sabre
au bras , ſuivoient ces quinze
Hommes . Monfieur de Cremeau
& Monfieur Brunet , tous
deux Capitaines dans Piemont,
les commandoient avec Monfieur
du Péron Lieutenant au
Regiment Royal Monfieur
S. André Lieutenant reformé
de Bourbonnois , Monfieur le
Roy Sergent de Piemont , &
Monfieur Hanſuvillan Volontaire.
Six des Nageurs portoient
fix Chevalets pour mettre
ſur la pointe des Paliffades,
Ciij
56 MERCURE
afin de pouvoir monter aiſe
ment deſſus ; & comme il y avoit
deux rangs de Paliſſades hautes
de huit pieds,& armées de pointes
de fer , on portoit auſſi des
Echelles , afin que les mettant
fur les Chevalets , on puſt paffer
promptement. Monfieur de
Valeils Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Piémont,
foûtenoit cette Troupe de Na--
geurs avec ſoixante Grenadiers .
Il avoit pour Lieutenant Monſieur
d'Abelic , avec ordre de
s'arreſter ſur le bord du Foffé du
Corps de la Place , & de faire
feu aux Defenſes pour favorifer
ceux qui tendroient le Pont , &
les Nageurs qui devoient ſe
jetter à la Berme du Baſtion , &
en couper les Paliſſades. Monfieur
de Piblar Capitaine dans
Bourbonnois , & Monfieur Tirbon
GALANT.
57
e
t
.
a
bon Capitaine dans Picardie ,
ſuivirent Monfieur de Vareils,
ayant pour Lieutenans Monſieur
le Chevalier de la Rocque
Lieutenant dans Piemont , &
Monfieur de Launois Volontaire
. Leur ordre eſtoit de couler à
droit quand ils ſeroient dans la
feconde Contreſcarpe , & de
s'aller mettre entre la Ville & la
Citadelle pour s'oppoſer à tous
ce qui s'y jetteroit. Monfieur.
Daugis Capitaine dans Piemont
, Monfieur Camberlan
Lieutenant des Grenadiers , &
Monfieur Brunet Lieutenant de
Piémont,devoiét borderla Con--
treſcarpe avec cinquanteHom--
mes,& dix Grenadiers,pour-paf
fer incontinentque le Pont foroit
tendu. Monfieur Prevoſt. Mon--
freur Marenne,l'unCapitaine,&
l'autre Lieutenant de. Piemonty ,
GW
58 MERCURE
avoiétordre de demeurer entre
les deux Foſſez avec 50. Hommes
, pour ofter la communication
du Chemin couvert qui envelopela
Ville & la Citadelle .
Monfieur de Manegre Capitaine
dans la Marine , & Monfieurde
Carron Lieutenantdans
le meſine Corps , faifoient l'Arrieregarde
de toute l'Infanterie,
avec cent Hommes de pied.
Monfieur de Nave Lieutenant
Colonel de Bourbonnois, commandoit
toute cette Infanterie,
& Monfieur de Pinſac Capitaine
dans Piémont faifoit la Charge
de Major de toutes les Troupes.
Quatre - vingts Dragons
avec leurs Fufils paffez par deffusle
dos , & ayant chacun une
bricolle au col , portoient les
vingt Bateaux , à ſçavoir quatre
à chaque Bateau , peſant cinquante
GALANT .
59
quante livres. Quatre Capitaines
de Dragons , qui estoient
Monfieur le Chevalier de la
Breteche Conducteur de cette
fameuſe Entrepriſe , & Mefſieurs
Montbrifon , Longueville
, & la Sague; quatre Lieutenans
, Meffieurs de la Cochardiere
, Belleville , Cadaillan , &
la Morlerie Ayde Major ; quatre
Cornetes , Meffieurs Grignonier
, Gaffion Bafbos ,& Mepirac;
quatre Volontaires , M
Coblaſſault, la Salle , le Chevalier
de Lorier & du Magny,avec
deux Mareſchaux des Logis ,
tous Officiers de Dragons , ſe
tenoient aupres des Pontons ,
afin que par leur fermeté ils pûffent
reparer le deſordre qui s'y
pouvoit mettre pendant un
grand feu de Canon & de
Moufqueterie qui étoit à craindre.
60 MERCURE
dre. Deux cens Chevaux mar
choient à la queuë de tout.
Leurs Commandans eſtoient
Monfieur de Rive Major du
Regiment de Melac , Monfieur
Collombec Capitaine du Regiment
de Lozier , Monfieur
Coullon Capitaine dans Melac
, Monfieur Dorferolle Capitaine
dans Charlus , quatre
Lieutenans dont je n'ay pû ſçavoir
le nom , Monfieur Aldevous
Cornete dans Lozier,Mon
ſieur de Manirac Cornete de
Dragons , &Monfieur de Frontigny.
Cette Cavalerie devoit
s'oppoſer à tout ce qui pourroit
fortirde la Place,pendant qu'on
s'occuperoit à l'attaquer. Touzes
ces Troupes marchant dans
cet ordre , arriverent à la premiere
Paliffade juſtement à la
pointe dujour.La Sentinelle cria
&
metroic
Monfieu
taire répo
monta fur
tinelle appel
fon coup ,
On paſſa la pr
dePalifladealle
Cependant onje
dans l'Avant- foll
que ceux quiles a
ſe trouvoient av d
liſſade, ils les veno
de l'eau pour les re
leglacis entre lesdeu
carpes.
Monfieur.de
trouva moyen d'arrac
tre Paliffades
du Chem
vert du grand Foffé, pe
re entrer les Bateaux
Contreſcarpe
. Les premi
y
entrerent
, fuivirent
f
GALANT. 61
-
-
-
5
Qui vive ? dans le temps qu'on
mettoit le premier Chevalet.
Monfieur de Launois Volontaire
répondit , Deserteur , &
monta fur la Paliſſade. La Sentinelle
appella le Caporal , tira
fon coup , & blefſſa un Soldat.
On pafla la premiere & feconde
Paliſſade aſſez bruſquement.
Cependant on jettoit lesBateaux
dans l'Avant- foſſe , &àmeſure
que ceux qui les avoient portez
ſe trouvoient au delà de la Pa
liſſade , ils les venoient retirer
de l'eau pour les remettre fur
le glacis entre les deux Contrefcarpes.
Monfieur des Bordes
trouva moyen d'arracher quatre
Palifſfades du Chemin couvert
du grand Foffé , pour fai
re entrer les Bateaux dans la
Contreſcarpe. Les premiers qui
y entrerent , fuivirent fi bruf+
que
62 MERCURE
quement un Corps-de-garde de
vingt-Hommes , que ne leur
ayant donné que le temps de
tirer cinq ou fix coups , ils ne
leur laiſſerent pas celuy de fermer
la Barriere apres eux. Les
Détachemens ayant pris leurs
Poſtes marquez , tout ſe fit fi
jufte , que les Ennemis voulant
ſe jetter dans la Citadelle , trouverent
Meſſieurs de Piblar &
Tirbon,qui les reçeurent àcoups
de Fufil ,& tuerent un Capitaine
& plufieurs Officiers au cofté
du Gouverneur qui les animoit
par ſon exemple. Monfieur
Barbier à qui on avoit donné le
ſoin de tendre le Pont avec ſept
ou huit Hommes de l'Artillerie
qui avoient porté deux Capeftan
, s'y attacha avec tant de
zele & de fermeté , qu'il fut fait
auffi promptement qu'onle pouvoit
GALANT. 63
voit ſouhaiter , malgré le feu de
quatorze Pieces de Canon, & de
plus de cent Hommes des Ennemis
. Outre le Pont, il y avoit
dix Bateaux ſéparez , afin de
jetter toûjours plus de monde
dans la Place , & de reparer les
inconveniens qui pourroient arriver
au Pont . MonfieurDaugis
eut la cuiſſe percée d'un coup
de Mouſquet en montant fur le
Baſtion. Monfieur Brunet fut
tué dans la Contreſcarpe. Monfieur
de Carron eut auſſi la cuiffe
percée, & Monfieur de Longueville
le front éfleuré d'un
coup de Mouſquet. Nous n'avons
pas eu plus de vingt ou
trente Hommes tuez ou bleffez.
Le Combat a duré pres
d'une heure. Monfieur le Chevalier
de la Bretéche eut l'avantage
de ſe trouver le premier au
Para
64 MERCURE
Parapet. Il y entra par une embrafure
de Canon , & fut ſuivy
de pluſieurs Nageurs & Officiers
, crians tous , Vivele Roy
Tout ce qui estoit dans la Citadelle
plia ,& chacun ne fongeoit
plus qu'à ſe cacher. Pendant ce.
temps , le Gouverneur accompagné
de cinquante Officiers
du Regiment des Cravates à
cheval , & de plus de ſoixante
Hommes ramaſſez, fit trois tentatives
pour forcer le paſſage de
la Citadelle , mais il les fit inuti--
lement. Ainfi voyant qu'il perdoit
du monde,qu'il eſtoit bleſſe
lúy - meſme , & qu'on pointoit
l'Artillerie fur eux, il recula dans
la Ville . Monfieur de la Breteche
s'en apperçeut , & ordonna
àMeſſieurs de Vareils , de Manegre
, & de Montbrifon , fuivis
de cent Hommes , de fortir à
la
GALANT.
65
e
a
e
la Barriere, &de pouffer les Ennemis
à meſure qu'ils fe retireroient.
Cet ordre qui fur vigoureuſementexecuté,
leur fit prendre
le party d'entrer à cheval
dans la grande Eglife , & dans
l'Hoſtel de Ville. Ils nous tuerent
de là cinq ou fix Soldats,&
demanderent enſuite à Capituler.
Ils furent tous priſonniers de
guerre , ſçavoir D. Hernandez
Gouverneur , pris dans la Maifon
de Ville ; Monfieur Oüergue
, Lieutenant de Roy , pris
dans la Citadelle ;le Major de la
S
Place , Monfieur Palnoüis Colonel
des Cravates ; Monfieur
Chaſtelain Lieutenant Colonel;
Monfieur Champeſtre Major ;
Monfieur Palnoüis Fils, & Monfieur
Hedre , Capitaine , avec
4 l'Ajudante , tous Officiers de ce
meſme Corps ; quatre Capitai
nes
t
66 MERCURE
nes du Regiment d'Oſtige;Monſieur
le Prince , Capitaine Commandant
de celuy de Sors;Monfieur
le Baron de Palan , Monſieur
Doigny , & le Frere de
Monfieur le Prince , tous trois
Capitaines de ce dernier Regiment
; Monfieur Leveſque Major
du Regiment d'Otis ; Meffieurs
Senave , Gueman , de Libere,
Racou,&Ravent,tous cinq
Capitaines de ce meſme Regiment
d'Otis ; Monfieur de la
Grange Lieutenant de la Compagnie
de Monfieur d'Auverkue
; Monfieur Tresfrert Capitaine
d'une Compagnie franche,
ſon Alfierile Sergent de laCompagnie
de Monfieur de Meziere;
fon Lieutenant ; fon Alfier;quatre
Sergens , & trois Soldats ;
Monfieur de Neſvelin Capitaine
d'une Compagnie franche;
Mon
GALANT.
67
S
a
Monfieur Mouton Capitaine ,
fon Conneſtable ,& fept Soldats;
pluſieurs autres Officiers fubalternes
, & pres de quatre cens
Hommes de la Garniſon. On a
emporté dix Drapeaux , quatre
Etendards , & les Timbales du
Regimet des Cravates. Les Drapeaux
&les Prifonniers ont eſté
remis entre les mains de Monfieur
de Calvo , qui arriva une
heure apres avec environ mille.
Chevaux. Cette grande & heureuſe
Action s'eſt faite à trois
lieuës de l'Armée du Prince d'Orange
, qui envoya inveſtir la
Place par quatre mille Chevaux
deux jours aprés qu'elle eut
5 eſté priſe ; mais n'ayant veu aucune
poſſibilité d'en faire le Sie-
ز ge , il contremanda trente Pieces
de Canon qui eſtoient for-
; ties de Malines , & toutes les
コ
Trou
68 MERCURE
Troupes qui marchoient déja
pour cette Expédition. Monfieur
de Calvo pourveut Leuve
de toutes choſes. La Garniſon
des Ennemis eſtoit: composée
du Regiment de Sors , de ſept
Compagnies de celuy d'Otiche,
de fix du Regiment du Marquis
d'Iuſt detreize autre Compagnies,
de quatre de Cavalerie des
Cravates , & de ſept Compagnies
franches. Tous nos Offi
ciers , commandez pour cette
Action , ont faitdes choſes ſurprenantes
; la conduite a égalé
la bravoure , & jamais il n'eſt
arrivé moins de confufion pour
une Affaire de cette importance.
Elle a étonné tout le monde;
ceux-meſimes qui en ont eſté témoins
, ont peine à croire ce
qu'ils ont veu. Monfieur de la
Breteche s'eſt toûjours trouvé à
cheval , marchant ſur le glacis
GALANT.
69
-
コ
1
S
$
-
-
S
dela Contreſcarpe pendant l'Action
.
Le Regne de LoüIS LE
GRANDnous a tellement accoûtumez
aux Prodiges , que ſi
nous ne ceſſons pas de les admirer
, nous ceſſons du moins
d'en eſtre ſurpris. Ces miracles
qui commencent à devenir ſi
communs pour nous , ont fait
faire le Sonnet qui ſuit. Je ne
vous l'envoye pas ſeulement
pour la matiere; mais parce qu'il
enferme un miſtere de galanterie
qu'il ne m'eſt pas encor
permis de vous éclaircir . Comme
il doit avoir de la ſuite,& que
je ne doute pas que l'Autheur
ne m'en faſſe part , je vous apprendray
l'Avanture entiere, &
vous connoiſtrez alors que mes
Lettres produiſent quelquefois
d'autres effets que celuy de
vous divertir. SUR
70
MERCURE
SUR LES
CONQUESTES
DU ROY,
FAITES EN HYVER ,
SONNE T.
Lfaut tous quitter le Meſtier ,
Grands Supputeurs d'Ephemerides ;
Vous perdez le fruit de vos rides
A barbouiller tant de papier.
De vray vous pouvez en Ianvier ,
Préſager sur raiſonsfolides,
Qu'on n'auroit nuls glaçons liquides,
Comme dit Mathurin Queſtier.
Mais n'annoncer que pluye & glace,
Sans afſaut , fans priſe dePlace,
L'Almanachſeva ruiner.
Lesprédire estoit difficile.
Prendre
1
GALANT.
71
;
4
Prendre en Hyver Villefur Ville .
Qui diable eust pû le deviner ?
Voicy d'autres Vers qui doivent
avoir auſſi leur miſtere. Ils
m'ont eſté envoyez de Loudun
ſous le titre de la Ionquille de
Madame ***. L'Ouvrage me paroiſt
allégorique , & il y a grande
aparence qu'on a ſes veuës,
quand on y parle de Zephirs &
de Tubéreuſes .
LA JONQUILLE.
Eclatois autrefois dans unpetitPar-
J'E terre, [fleurs
On me reconnoiſſoit pour la Reyne des
Cent Rivales en vain me declaroient la
guerre;
Leplus beau lustre, &les vives couleurs
,
Dont brille la Tulipe , &que la Rose
érale ,
Cedoient à ladouceur des Parfums que
j'exhale. Tous
72
MERCURE
Tous les Zephirs de ceſejour,
A l'envy s'empreſſoient à me faire tu
cour
Et d'un airfi galant,ſiſoûmis &fi tendre,
M'offroient leurs foûpirs chaque
jour,
Que je ne pouvois me défendre
D'eſtreſenſible àleur amour.
De quelsplaisirs, de quelle gloire
Ne combloitpoint mesjours ce commerce
flateur !
Toutes les Fleurs envioient mon bonheur
,
Mais pourquoy rappeller dans ma trift e
memoire ,
Pardes regrets cuiſans &fuperflus,
Le ſouvenir des biens que j'ay perdus ?
Un grand nombre de Tubereuſes,
Fleurs étrangeres dans ce lieux ,
Que guidoit un Zephir content &glorieux
D'applanirſous leurs pasdes routes épineuses,
Aupres de moy vinrentſereposer,
Et
GALANT.
73
4
Et de tout mon éclat bientoſt victorieuses
,
Firent plus contre moy , que ne devoient
DeoszeFlreurs nobles &genereuſes NEQUE
Tous mes Zephirs en furent ébloüis ,
Ilsfurent tous dés-lorsSoustraits àmon
empire ,
Confufe&desolée , àpreſent jeſoûpire.
Gloire , plaisirs , honneursſe ſont évanouis.
Mon destin doit apprendre aux Belles
,
Qu'il n'est point d'Amans ſi fidelles ,
Qui nepuiſſent estre ſeduits ,
Et qu'un Objet nouveau ſouvent triomphed'elles.
Helas ! d'où vient qu'àm'inſulter,
Tubereuſes , par tout je vous voy tou
jourspreſtes ?
Vous ne pouvez vous écarter
Des lieux où vous m'avez enlevé mes
Conquestes ,
Onvousy trouve tous les jours.
Vous faites venir tant de nouveaux ses
cours ,
Juin. D
74
MERCURE
Que rien n'échape au pouvoir de leurs
charmes.
Tout leur paroist soumis, &je veux au
jourd'huy
Moy-mémemettre bas les armes,
Et, bien loin de me plaindre, implorer
vostre appuy .
le ſçay que pour punirdes Fleurs pré-
Somptueuses,
Qui croyoient attirer lesZephirslesplus
doux,
On envoya les Tubereuſes,
Qui les firent voler en foule à leurs genoux,
Et laiſſferent ces malheureuſes
Enproyeà leurs tranſports jaloux.
Mais s'ilfaut maltraiter quelquesflenrettesvaines,
La Jonquille n'est pas une fleur du commun,
Ellen'apas meritémeſmespeines;
Il est tant de Zephirs dans nos Bois,
dans nos Plaines,
Que le nombre pourra vous en estre importun,
T'estois accoustumée à leurs tendres haleines,
Tubereuſes, au moins daignez m'en laiffer
un.
La
GALANT.
75
La galanterie eſt tellement
née avec les François , qu'ils la
font regner dans les lieux mefme
d'où le voiſinage dela Guerre
l'auroit deû bannir. Ath eft
une Ville dont vous avez fouvent
entendu parler. Monfieur
le Comte de Nancré en eſt
Gouverneur. Quelques jours
avant que les Dragons Dauphins
de la Mestre de Camp
generale & de la Cornete blanche
euſſent reçeu ordre d'en
partir , les plus confiderables
Officiers de ces Compagnies
l'eſtant allez voir , il ſe fit une
Partie de Jeu entre Mademoifelle
de Nancré & Mademoifelle
de S. Yon. La premiere
avoit de ſon coſté Monfieur
le Marquis de S. Eran , Monfieur
le Marquis de Baugis , &
Monfieur le Comte de Longue-
Dij
76. MERCURE
val . Monfieur le Comte de Nancré
, Monfieur le Chevalier du
Terrier Capitaine dans le Regiment
du Roy , & Monfieur
de Chevilly , prirent le party
de l'autre. Il ne s'agiſſoit que
d'une Difcretion . Mademoiſelle
de Nancré la gagna ; &Monfieur
le Chevalier du Terrier
qui ne fut peut- eſtre pas fâché
de la perdre en ſuite contre les
deux Hommes de ſon party ,
crût qu'il ne s'en pouvoit mieux
acquiter qu'en offrant le Bal à
cette aimable Perſonne . Il fit céte
offre de fi bonne grace, qu'elle
ſe trouva obligée de l'accepter.
Comme elle en choiſit le
temps pour le ſoir de ce meſme
jour , il n'eſtoit pas obligé à de
grands appreſts. Cependant les
chofes furent ordonnées avec
une magnificence qui furprit ,
&
{
GALANT.
77
上
& jamais il n'y eut moins lieu de
s'appercevoir de l'Inpromptu.
Toutes les Dames ſe rendirent
dans le Chaſteau qui estoit
éclairé de tous coſtez d'une
tres - grande quantité de Bougies.
Tous les Officiers de remarque
s'y trouverent , &les
Violons avoient déja joüé plufieurs
Entrées de Ballet , quand
Mõſieur le Chevalier duTerrier
entra. La galanterie de fon Ha-
- bit répondoit à ſa bonne mine .
C'eſtoit un Habit d'Eté qu'il
n'avoit point encor mis , &dont
il avoit inventé le deſſein. Le
fond en estoit aurore avec
des boutonnieres entremeflées
d'oeillets tous entrelaſſez & piquez
de ſoye . Un cordonnet aurore
& blanc y faiſoit des noeuds
d'amour & des chifres . Un double
ouvrage ſervoit d'ornement
Diij
78
MERCURE
aux manches. Le tour des Canons
en eſtoit remply. Il avoit
une Garniture auſſi magnifique
que bien entenduë , avec des
Planes de meſmes couleurs,c'eſt
à dire, blanc, vert, & aurore. Ce
qu'il y eut de particulier , c'eſt
que cette Garniture avoit un
entier raport avec celle de Mademoiselle
de Nancré. On ne
peut mieux foûtenir la qualité
de Reyne du Bal qu'elle fit dans
celuy dont je vous parle. Elle s'y
fit diftinguer par ſa danſe auſſi
bien que Mademoiſelle de Saint
Yon , & on donna à celle de
Monfieur le Chevalier du Terrier
toutes les loüanges qu'elle
méritoit . La Collation fut de
cinq grands Baffins , où toutes
choſes ſe trouverent en profufion.
On recommança la Danfe.
Elle dura juſqu'au jour , & il
euft
GALANT. 79
euſt eſté difficile de mieux régler
une Feſte, quand on auroit
eu huit jours à s'y préparer.
Ce qui s'eſt fait à Ath pour
tuneDifcretion perduë , s'eſt fait
depuis peu en Bretagne , pour
marquer la joye qu'on y a euë
du Mariage de Monfieur de
Launay Capitaine au Regiment
du Roy , avec Mademoiſelle de
Trevegat , riche Heritiere de
cette Province. Il eſt Fils de
Monfieur de la Chapelle - Coquerie,
Gouverneur pour le Roy
desVilles & Chaſteau du Croific
& Guerende, & petit- Fils de
feu Monfieur de la Coquerie
Préſident à Mortier au Parlement
de Bretagne. La Nopce
s'est faite à Guerende avec des
réjoüiſſances qui ont duré quinze
jours. Le grandconcours de
Nobleſſe qui s'y eſt aſſemblée
Dij
80 MERCURE
de toutes parts ,eſt un témoignage
avantageux de l'eſtime qu'on
y fait des Mariez . Les Divertifſemens
n'y ont point ceſſé ; mais
quoy qu'il y en ait eu de toutes
fortes , rien n'a égalé une Feſte
qui ſe fit pour eux au Croiſic ,
lors que Monfieur de Launay
alla s'y faire recevoir à la Survivance
du Gouvernement de
Monfieur de la Chapelle ſon
Pere , que le Roy avoit eu la
bonté de luy accorder. Il eſtoit
avec Madame ſa Femme. Pluſieurs
Perſonnes qualifiées de
l'un & de l'autre Sexe les accompagnoient.
Ils arriverent au
Lieu que je vous marque au
bruit du Canon & de la Moufqueterie,
& reçeurent les Complimens
qui font ordinaires en
pareilles occafions. Ils furent
priez en fuite d'aller prendre le
plaifir
GALANT. 81
plaifir de la promenade ſur la
Mer. L'extreme chaleur du jour
les y convioit, & jamais Divertiffement
ne pouvoir eſtre plus
de ſaiſon. Ils s'embarquerent fur
des Chaloupes équipées exprés.
Elles estoient couvertes de verdure
, avec quantité de Feftons
de fleurs . On avoit preparé une
tres-magnifique collation dans
celle où la Compagnie entra.
C'eſtoit un Ambigu ſervy avec
une propreté admirable. L'abondance
& la délicateffe des
mets s'y trouvoient enſemble, &
on ne pouvoit regarder ſans
plaifir l'arrangement d'une infinité
de Porcelaines remplies de
tout ce qui estoit capable de flater
le gouſt . Il y avoit un Bufet
tres-bien garny dans la Chaloupe
voiſine . Celle-cy tournoit
autour de l'autre , & facilitoit le
D
82 MERCURE
moyen de donner àboire à ceux
qui en ſouhaitoient. On pouvoit
choiſir de Liqueurs. Elles y eftoient
en profuſion, &de toutes
fortes, Un concert de Muſique,
vingt- quatre Violons , & douze
Haubois, rempliſſoient une troiſiéme
Chaloupe. Leur Symphonie
ſe joignant au bruit de la
Mer , faifoit retentir agreablement
les Echos que produiſent
les Rochers de cette Cofte ,&
dõnoit une extréme ſatisfaction
à toute cette belle Compagnie.
La nuit qui arriva plutoſt qu'on
n'auroit voulu, l'obligea à ſedébarquerpour
ſe promener à pied
le long de la Coſte. Les meſmes.
plaiſirs les y fuivirent , & ils furent
augmentez par celuy qu'ils
eurentde voir une quantité prodigieuſe
de Fuſées ſur la Mer,
comme fi cet Element les euſt
pouf
GALAN T.
83
pouffées de luy-mefme dans les
airs pour prendre part à leur
joye. On fe retira en ſuite chez
Monfieur le Gouverneur , où le
reſte de la nuit fut employé à
danſer.
Des commencemens fi heureux
ne préſagent qu'une heureuſe
ſuite . Il s'eſt fait icy un autre
Mariage depuis quelques
mois , qui en a déja eu de chagrinantes
. Il n'y a rien de rare
en cela , mais il y a quelque
choſe d'aſſez peu commun dans
ce qui a cauſe la divifion. Voicy
'Hiſtoire .
Un Cavalier fort capable de
fe faire aimer & par fa bonne
mine & par fon eſprit , logeoit
depuis quelque temps dans le
Quartier de S. Honoré , quand
une belle Perſonne vint occuper
la Maifon voisine. Elle qui
84 MERCURE
toit celuy de Saint Paul , &
avoit une raiſon effentielle pour
faire cette longue tranfmigration
; car vous ſçavez , Madame
, que quiter Saint Paul
pour Saint Honoré , c'eſt en
quelque façon changer de Ville.
Cette raiſon ne regardoit
point ſa vertu. Elle estoitàl'épreuve
des belles paroles , & vivant
ſous la conduite de ſa Mere
, elle l'avoit pour témoin de
toutes fes actions , mais comme
elle cherchoit un Mary plutoft
qu'un Amant , elle fut perfuadée
que pour le trouver plus facilement
, il falloit qu'on ne la
connuſt pas pour ce qu'elle eftoit.
Son Bien eſtoit médiocre ,
& ne luy laiſſoit pas eſperer de
grands avantages , fi on ne faifoit
entrer ſa beauté en lignede
compte. Une grande vivacité
de
GALANT. 85
-
- de teint, affez de jeuneſſe , des
yeux pleins de feu , & un
coloris de levres admirable,
quoy qu'elle euſt la bouche
un peu grande , eſtoient des
charmes qui ne ſe trouvoient
pas dans toutes les Filles , mais
fur tout elle avoit une teſte
- qu'on ne pouvoit aſſez admirer
. C'eſtoient des cheveux
d'un blond qui ébloüifſoit. Jamais
on n'en avoit veu de fi
beaux. Ils luy donnoient un
éclat qui relevoit merveilleuſement
celuy de ſon teint ; & tous
ceux avec qui elle fit habitude
dans ce nouveau Qartier qu'elle
avoit choiſy , ne les euffent
pas crû naturels , fi en les touchant
ils n'euffent reconnu
qu'il n'y avoit point d'artifice.
Le Cavalier n'eut pas longtemps
une fi aimable Voiſine
fans
86 MERCURE
fans faire connoiſſance avec elle
, & cette connoiſſance fut
bien toſt ſuivie de quelques
ſentimens tendres qu'il luy expliqua.
Ils furent affez agreablement
reçeus , & quoy qu'il
ne fuſt pas fort riche , comme
il avoit du merite , elle ſe fuſt aiſement
contentée de ſa fortune,
s'il euſt eſté Homme à s'engager
tout de bon , mais il n'eſtoit
pas fort zelé pour le Sacrement.
Une converſation agreable luy
plaifoit , & il eſtoit de ces Gens
qui aiment volontiers toute leur
vie , pourveu qu'ils ne s'y obligent
point par Contract. La
Belle ne s'accommodoit pointde
cette referve . Elle employa toute
forte d'artifices pour l'amener
où elle vouloit,& voyant qu'elle
n'y pouvoit réüſſir , elle crût
qu'en le piquant de jalousie,elle
vien
GALANT.
87
S
{
viendroit plus aisément à ſes
fins. Elle vit du monde , reçeut
d'autres viſites que les ſiennes,
&témoigna n'eſtre pas inſenſible
à quelques hommages qu'on
luy offrit. Il en murmura , mais
il aima mieux prendre patience,
qu'y apporter le remede qui luy
eſtoit ſeûr. Il fe rendit compatible
avec d'autres Soûpirans,
parmy leſquels un Vieillard demeuré
veuf depuis deux années
, ſe montra des plus empreſſez
. Son âge pouvoit dégoûter
la Belle , mais il eſtoit extrémement
riche ; & comme l'amour
donne de la liberalité ,il fit
de la dépenſe qui fut ſuivie de
tant d'aſſurances de tendreſſe,
qu'elle ne defefſpera pas d'en
faire un Mary. Les avantages
qu'elle en pouvoit eſperer , mexitoientbien
la préferencequ'on
luy
88 MERCURE
luy donna. Le Cavalier que la
Belle commença de traiter plus
froidement , s'apperçeut bientoſt
du nouveau commerce. Il
en fut furpris , & ne pouvant
croire qu'on fuſt capable de ſe
remarier à l'âge oùil voyoit le
bon homme,il fit quelqueraillerie
à la belle Blonde de l'acquiſition
de cet Amant ſuranné . Elle
en fut piquée , s'emporta contre
le Cavalier , luy defendit ſa
Maiſon , & fit valoir au Vieillard
ſon exclufion de la bonne forte .
LeCavalier en eut du chagrin;
mais comme il eſtoit honneſte,
il ne ſe vangea de la maniere
impétueuſe dont il fut traité ,
que par ces Vers qu'il luy fit
tenir.. :
Voy, me préferer un Rival ?
ene,mon coeur en Climene,mon enſouſpire.
Mais
GALANT.
89
5
a
a
e
a
Mais oferay-je vous le dire ?
Pourquoy choisissez- vousfi mal ?
Si d'unjeune Blondin charmée,
L'Amour en ſafaveur vous rangeoit ſous
ſes loix,
Atoutes vos rigueurs mon ame accoûtumée,
Reſpecteroit unfi beau choix.
Ce doux je ne ſçay quoy qui plaiſt
lors qu'il engage,
Ses manieres , ſon air , tout cela vaut
ſon prix,
Dirois- je , il faut ceder : mais recevoir
l'hommage
D'un Protestant à cheveux gris !
Parlons à coeur ouvert, Climene , estesvousfage
?
Quel rapport entre vosfoûpirs?
Quandles unsfont defeu, les autresſont
deglace,
Vous entrezdans le monde , alors que
tout l'en chaffe,
Vous vivez pourla joye, il eſt mort aux
plaisirs.
S
20
MERCURE
Siquelque vieux refte de flame,
Semble encor quelquefois luy réveiller les
Sens,
En vain ce doux transport vient chatoüiller
fon ame,
Les efforts enfont languiſſans.
Il est vray que l'experience,
Comme le fruit de l'age en est une vertus
Mais c'est un poids Sous qui l'amour est
abbatu,
Et le trop luy tient lien d'offense.
Ainſi quand un Galant dans l'arriere
Saiſon,
Vient par des voeux uſez luy rendre encorhommage,
Il s'en fait une honte , &voudroit qu'à
cetage
Onprit ſoin d'entendre raiſon.
C'est un triste ragoust qu'un Amant à
Lunetes;
Climene , apprenez-nous comme il ſcent
vous charmer.
Unvisage fané, meſme desplus malfaites,
Eftmalpropre àse faire aimer.
GALANT .
91
Mais lors qu'en ſafaveur vostre coeur
ſedeclare,
N'aimeriez- vouspoint ſes tresors?
Ilest riche, dit- on , &fon argent repare
Lemanque des graces du corps.
Ce seul trait de beauté rajuſte la vieilleffes
Sabourse,j'en conviens, le doit mettre en
credit.
Eft-elle bienfournie ? il atrop de jeunes-
Se,
Etnesçauroit manquer d'esprit.
Peut- on luy comparer ces Amans dubel
âge,
Qui laiſſant à leursyeux expliquer leur
langueur,
Quand ils vous offrent leur hommage,
Ne vous apportent que leur coeur ?
In, jememeurs, chezvous, nepeut estre
demife,
Ievoisàquoy tout lecommerce tend.
Petits foins, Billets doux, Offres de fa
franchise,
Nefont point de l'argent comptant.
Vous
92 MERCURE
Vous ne vous payez point de ſemblabis
monnoye,
Vous demandez d'autres Bijoux ;
Les donnant à propos , c'est une ſeurs
voye
Pour réüßir aupres de vous.
Mais quand voftre Galant vous prépare
une feste,
Quà choisir des Preſens ilparoist empesché,
Sur tout à bien haut prix mettez vostre
conqueste,
Vous fereztoûjours bon marché.
:
A-t-il de quoy payer une de vos oeillades?
Leplaisirde vousvoirne dura-t-ilqu'un
jour,
Ila beau dépenser en Festins , Serenades,
Ilvous doit encor du retour.
Ménagezſes transports, il abonne finance,
Prenez de temps en temps un air plein
de fierté,
Faites-luy bien valoir la moindre complaisance,
Et qu'enfin tout ſoit bien compté.
Vous
GALANT. 93
Vous pouvezestre charitable,
Sans mettre en hazardvoſtre honneur,
Vos bontez n'en sçauroient faire qu'un
miferable,
Ien'envieray pointſon bonheur.
C'est de quoy me vanger de la cruellein
jure
Que vostre choix fait àmes feux,
Et jelaiſſe àjugerqui dans cette avantu
re
Eſt de nous le plus malheureux.
Cette petite Satyre obligea
la Belle à n'oublier rien , pour
faire voir qu'en foufrant les afſiduitez
du Vieillard, elle avoit eu
lieu d'en efperer autre choſe
que des Préfens. Toutes ſes
complaiſances luy furent données.
Elle ne recevoit perſonne
quand il eſtoit aupres d'elle.
Cette conduite fit un effet merveilleux.
Son humeur ne luy plaiſoit
pas moins que ſon viſage .
Elle
94 MERCURE
Elle avoit d'ailleurs ce qui avoit
eſté ſon charme toute ſa vie , je
veux dire ces beaux cheveux
qu'il admiroit tous les jours ,&
qui l'enchaînerent fi bien qu'il
ſe réſolut enfin à l'épouſer. Elle
avoit de la vertu ,& il ne ſe peut
rien de plus honneſte que la
maniere dont elle veſcut avec
luy. Le Cavalier voulut la revoir.
Il luy écrivit , il luy fit parler
, & n'en peut obtenir la permiffion.
Son Mary eſtoit fort
âgé . Elle luy eſtoit obligée d'un
établiſſement qui dans le peu de
bien qu'elle avoit , la mettoit à
couvertde quantité d'embarras,
& pour luy en marquer fa reconnoiſſance
, elle ſe fit un plaifir
d'éloigner tout ce qui luy auroit
pû donner de l'ombrage . Elle
eſtoit propre , &fe coifoit
tous les jours , parce qu'elle ſçavoit
GALANT .
95
voit que c'eſtoit luy plaire ; &
ils vivroient encor dans l'union
où ils paſſerent les quatre premiers
mois de leur Mariage , ſi
ce qui avoit contribué à le faire,
n'en euſt malheureuſemet troublé
la paix. Le bon Homme
eſtoit ſorty un matin pour une
affaire qui devoit l'arreſter indiſpenſablement
juſqu'au foir.
La Belle qui ſe coifoit toûjours
ſeule, s'eſtoit enfermée dans ſon
Cabinet , d'où elle ſortit imprudemment
pour aller chercher
quelque choſe dont elle eutbeſoin
dans une Chambre voiſine
. Elle négligea d'en fermer la
porte , parce qu'aucun de ſes
Gens ne montoit jamais ſans
eſtre appellé. Le Mary revint
dans ce moment pour un papier
qui luy eſtoit neceſſaire. Il entra
dans le Cabinet de ſa Femme
qu'il
96 MERCURE
qu'il trouva ouvert , & vit ſur ſa
Table cette belle Teſte qui l'avoit
charmé. Jamais ſurpriſe ne
fut pareille à la fienne , ſi vous
en exceptez celle de la Dame,
qui revenant un moment apres,
& voyant ſa tromperie découverte
, demeura dans une confuſion
qui ne ſe peut exprimer.
La verité eſt que ces cheveux
blonds qui luy attiroient tant de
regards , n'eſtoient à elle que
parce qu'elle les avoit payez à
Madamele Toufé.Toutle monde
connoit l'adreſſe de cette fameuſe
Ouvriere qui a inventé
les Perruques au Meſtier, qui ne
peſent que deux onces , & qui
réüſſit toûjours ſi bien pour les
coifures des Femmes. La maniere
dont elle applique les faux
cheveux eft quelque choſe de
furprenant. On les tire , onles
re
GALANT.
97
regarde de pres , & il n'y a per-
- ſonne qui ne croye que c'eſt ſur
= la tefte meſme qu'ils font appliquez.
Le bon Homme qui ſe vit
trompé dans ce qui touchoit le
plus ſon coeur , voulut voir les
veritables cheveux de ſa Femme
. Elle les avoit de la couleur
-la plus dégoûtante,&c'étoit par
cette raiſon qu'eſtant devenuë
une Perſonne toute nouvelle apres
l'acquiſition d'un blond qui
ne luy eſtoit pas naturel , elle
avoit changé de Quartier , s'imaginant
bien que dans celuy
où on l'avoit veuë dés ſon bas
âge,il luy feroitimpoſſible d'empeſcher
qu'en s'informant d'elle
, on ne fuſt inſtruit de ce defaut.
Cette couleur qui ne plaiſt
en France à perſonne , choqua
fi fort le Vieillard , que quoy
qu'elle puſt faire pour s'excufer,
Iuin. E
98 MERCURE
il luy ordonna de ſe retirer chez
ſa Mere , ſans qu'il l'ait voulu
recevoir depuis ce temps - là
chez luy. Ses Amis s'employent
inutilement à l'adoucir. Il dit
toûjours qu'il a épousé une
Blonde , qu'il ne veut point
d'autre Femme , & fi l'on en
croit le bruit commun ,
déja conſulté les plus habiles
Avocats pour ſçavoir fi une
tromperie de cette nature n'eſt
point une cauſe ſuffiſante pour
faire rompre ſon Mariage.
ila
Madame la Princeſſede Monaco
, Surintendante de la Maiſon
de Madame , eſt morte dans
les premiers jours de ce Mois
apres une longue maladie , qui
n'a pas moins fait éclater ſa patience
à ſouffrir , que ſon entiere
réſignation aux ordres
d'Enhaut. Elle a eſté fort regretée
GALANT .
99
1
gretée de toute la Cour , & particulierement
de Leurs Alteſſes
Royales , qui avoient pour elle
detres - grandes confiderations .
Feu Madame l'avoit fort aiméed
Entre les belles qualitez qui luy
attiroient l'eſtime de tout le
monde , celle de conſtante &
fidelle Amie eſtoit une des premieres.
Je ne vous parle point
de ſa beauté . Vous l'avez veuë,
& il ne falloit qu'avoir des yeux
pour connoiſtre les avantages
qu'elle avoit reçeus de la Nature
. La vivacité & la délicateſſe
de fon Eſprit répondoient aux
charmes de fa Perſonne ,& elle
n'avoit rien à envier de ce coſté
là. Elle estoit Fille de Monfieur
le Mareſchal Duc de Gramont,
qui joint à une haute naiſſance
tout cequi a jamais fait les grāds
Hommes. Il s'eſt toûjours diſtin-
E ij
100 MERCURE
gué dans les diférens Emplois
qu'il a eus ; & fi on l'a veu fouvent
avec admiration faire éprouver
ſa conduite & fa valeur
aux Ennemis de fon Maiſtre, à la
teſte des Armées de France, on
ne l'a pas moins admiré dans les
importantes Ambaſſades pour
loſquelles ila eſté choiſy. Il s'en
eſt acquité par tout avec gloire,
&joignatl'adreſſe à l'eſprit pour
faire réüſſir les Negotiations qui
luy ont été confiées,il n'a jamais
traité avecperſonne sas s'en attirer
la confiance. Il n'épargnoit
rien pour ſoûtenir la dignité de
fon Rang & de fes Emplois. Son
équipage eftoit auſſi magnifique
que galant, &fa Tabletoûjours
ſomptueuſe. Il n'y a eu aucun
temps, quoy qu'il y en ait eu de
tres -difficiles , où ſa fidelité ne
ſe ſoit montrée inébranlable.
Aufſi
GALANT. TOT
Auſſi a- t- elle eſté récompensée
par les bienfaits du plus grand
Roy de la Terre. Les bontez
particulieres qu'il luy témoigne
encor tous les jours, font des témoignages
ſi éclatans de fon
mérite, qu'il ne s'y peut rien adjoûter.
Madame la Princeſſe de
Monaco ne tiroit pas ſeulement
ſa gloire d'un Pere recommandable
par tant d'endroits diférens
, & d'un grand nombre
d'Illuftres yeux ; elle la tiroit
encor d'une Mere auſſi conſidérable
par ſa pieté que par la nobleſſe
de ſon ſang. Vous ſçavez ,
Madame , qu'elle eſt Niéce du
fameux Cardinal de Richelieun
On fait ſon éloge en le nommant.
Cette vertueuſe Mere
avec une conſtance digne de la
grandeur & de la fermeté de
fon ame , fut la premiere qui
Eij
102 MERCURE
annonça à ſa Fille qu'il falloit
qu'elle ſe préparaſt à mourir. Le
détachement qu'elle a pour le
monde fut un exemple affez fort
pour l'inſpirer à cette Princeſſe.
Elle reçeut cette nouvelle fans
s'en ébranler,&n'eut plus d'autres
penſées que de ménager
pour l'Eternité le peu qui pouvoit
encor luy reſter de vie. Elle
fut fortifiée dans cette réſignation
toute Chreftienne par les
Joins d'undes plus celebres Prédicateurs
de ce Siecle. Tout le
monde connoit ſon mérite . Il
faut en avoir beaucoup pour ſe
faire diftinguer dans une Societé
où il n'y a que de grands
Hommes.Cette Princeſſe ayant
eſté longtemps à l'extremité avec
des foufrances qui ne ſe
peuvent concevoir , Monfieur
le Prince de Monaco ſon Mary
fit
GALANT.
103
fit pour la revoir la meſme diligence
que Sa Majeſté avoit faite
pour fon retour. Il parut vivement
touché de fon mal , & accompagna
ce qu'il luy dit de
toutes les marques de douleur
qui ſuivent ces cruelles ſeparations..
Elle luy fit connoiſtre ,
autant que l'état où elle ſe trouvoit
l'en laiſſoit capable , qu'elle
recevoit avec plaiſir ces derniers
témoignages de ſa bonté & de
fa tendreffe , & mourut le lendemain
âgée ſeulement de
trente - neuf ans. Monfieur de
Monaco eft Fils d'Honoré Grimaldi
I I. du nom , Prince Souverain
de Monaco , que le feu
Roy fit Duc de Valentinois &
Chevalier de ſes Ordres , &
d'Hipolite Trivulſe. Cette Maifon
eſt alliée aux Maiſons Impériale
, de Spinola , & de Li-
,
E iiij
104 MERCURE
vourne . Madame la Princeffe
de Monaco a laiſſé un Fils qui
prend le Titre de Duc de Valentinois.
Il peut avoir ſeize ou
dix - sept ans , & paroift fort accomply
dans un âge fi peu a
vancé.
Mademoiselle de Maiſons qui
vientde mourir , n'en avoit pas
davantage. Elle estoit Fille de
Monfieur de Longueil, Marquis
de Maiſons,& Préfident à Mortier.
Une fievre de quatre jours
l'a emportée. On ne peut eſtre
plus civile qu'elle l'eſtoit. Cette
qualité ſoûtenuë des avantages
de l'Eſprit & de la Beauté , luy
attiroit l'eſtime de tous ceux qui
la connoiſſoient.
Ces morts prématurées qui
ſemblent renverſer l'ordre de la
Nature , engagent à des reflexions
que je ne doute point que
vous
GALANT.
1ος
e
Π
vous ne trouviez heureuſement
exprimées dans les Vers qui
fuivent.
*********
STANCES LO
SUR LA VANI TE 393
DU MONDE.
Daphnis qui fuis en tout la plus
haute ſageſſe,
Contemple ce Tableau de l'humaine foi
bleffe,
Que le ſoin de teplaire a tiré deme
mains.
Tu pourrasremarquer de combiendelicences
La Fortune & l'Amour , deux aveugles
Puiſſances,
Font regner le désordre en l'Etat des
Humains.
Depuis que les Mortels aux Sceptres
fonthommages-
CetteReyne du Monde, infolente &v
Inge Ev
106 MERCURE
Des Princesles plus grands renverſe les
projets.
Laſſe de lesflater, elle leurfait laguerre,
Et sans diſtinſtion tous ces Dieux de la
Terre
Sont de meſme que nous, au rangde ses
Sujets.
Ils ont beau partager la conduite du
Monde,
Etpar une valeur en merveilles feconde,
Au Temple de l'Honneur des Palmes
acquerir.
Ils éprouvent enfin la Fortune& l'Envie,
Et lesGardes commis pour défendre leur
vie,
Nepeuvent rienpour eux dans l'heure
de mourir.
Leurs Superbes Grandeurs aux Astres
parvenuës,
Par la suite des ans deviennent inconnuës;
Leur orgueil a ſa Tombe aussi bien que
leurcorps,
Et cesgrands Monumens d'eternelle memoire,
Ne
GALANT. 107
Nes'élevent par tout pour maintenir
leurgloire,
Qu'afin de declarer aux autres qu'ils
fontmorts.
Tant de charmans Objets dont le monde
Sepique,
Cettebezutéd'Olimpe,& cesyeux d'An.
gelique,
Seront dans quelques jours lapasturedes
Vers.
Cloris n'a plus se teint qui la rendoit
vaine,
Et l'on ne voit plus rien des merveilles
d'Helene ,
Quifit pour ſa querelle armer tout l'Vnivers.
PauvreAmant, tu fais voir que tu n'es
guere ſage,
Quand pour quelques attraits qui parent
un visage,
Tu languis jour & nuit de triſteſſe &
d'amour.
Songe qu'au moindre vent ces graces fe
flétriſſent,
riffent
Et que si des Vergers les Roses reflen.
Celles
108 MERCURE
Celles de la beauté n'ont jamais de retour.
Malheureux qui dreſſant un superbe
Edifice,
Employeztant deſoin de peine &d'anà
tifice ,
Afin de vous ofter du nombre des Mor
tels ,
Dontez-vousque letemps à la finn'en
Quand les Divinitexqui peuvent tou
dispose,
techofe,
Nepeuvent defes coups affranchir leurs
Autels?
Invincibles Césars, Hercules indomptables,
doutables,
Orgueilleux Conquérans, Puiſſances re
Que l'ardeur de laGloire aux alarmes
nourrit,
En vainvoustriomphez desplusfuper
besTestes,
Fous ne sçauriez. tirer de toutes vos
Conquestes,
Qu'un rameau de Laurierqui jamais not
tourit
GALANT
109
Retirez- vous, defirs de ces Pompesfuprémes,
Il faut vous élever , mais c'est contre
vous-meſmes,
Et rendre ſous nospieds vostre orgueil
abbatu.
Necherchons qu'en nous feuls des Con--
questes nouvelles,
Et croyons qu'il n'est point de Palmes
eternelles,
Que celles qu'on reçoit des mains de la
Vertu.
Ce Superbe Alexandre , esclave de ſa
gloire,
Qui de tout l'Univers ne fit qu'une vi--
Etoire,
Dont ſon ambition luy ravit leplaifir
Auroitpû se vanter d'avoir eu lapuif--
Sance
De faire tout flechir ſous ſon obeyſſance,
S'il eust pucomander àson propre defir;
Daphnis, n'afpirons plus aux grandeurs
dela Terre,
Combattons , s'il se pent , d'unemortelle
Quwre
Tow
110 MERCURE
Toutes les Paffions que la Raison defend.
Changeons les soins du monde en des
Soinsplus utiles ;
La Fortune & l'Amour à vaincrefont
faciles,
L'une n'est qu'une Femme , & l'autre
qu'un Enfant.
Heureux qui pourroit ſe fervir
de ces leçons ! On ſe mettroit
à couvert de bien des chagrins
, & particulierement de
ceux que cauſe le changement
qui eſt preſque toûjours inévitable
en amour. Nous n'avons
rien à reprocher là- deſſus à vôtre
Sexe, ſi on s'en rapporte å
ces Vers que j'ay reçeus de Puyperlan
en Xaintonge . Ils m'ont
eſté envoyez avec la Note
nom d'une tres -fpirituelle Communauté
. C'eſt le moindre éloge
que je luy puiſſe donner ſur la
Lettre dont ils eſtoient accompagnez.
, au
AIR
GALANT. 111
AIR NOUVEAU.
VandSur nos charmans rivages.
د
Et chantoit que les amours
Des Bergeressont volages ;
Philisfur nos Orangers
Répondoit , si les Bergeres
En amourſontſi legeres ,
Tirfis , croy moy , les Bergers
Sont encor plus legers.
L'exemple des malheureux
en tendreſſe n'empeſche point
qu'il ne ſe fafle tous les jours des
engagemens nouveaux. On voit
bien qu'il feroit mieux de ne
point aimer; mais quand on aime
avec innocence , on a bien
de la peine à déferer aux bizareries
d'un Mary qui en fait
quelquefois ſa peine mal à propos
. L'Avanture que j'ay a vous
conter vous le fera voir. Deux
ου
112 MERCURE
ou trois Bataillons d'Infanterie
ayant eſté mis en Quartier
d'Hyver dans uneVilles des plus
éloignées de Paris , un des Officiers
, fort bien fait de ſa perfonne
, ſe fit aſſez favorable--
ment écouter de la Maiſtreſſe
du Logis qui luy fut donné. Le
Mary s'en apperçeut. Il ne déguiſa
point à ſa Femme le chagrin
quil recevoit de certaines
converfations qui luy paroiffoient
ſuſpectes. Elle luy promit
d'y mettre ordre , & n'en fit
rien . L'Officier luy plaifoit. II
avoit beaucoup d'eſprit ; &
comme elle ne pût s'imaginer
qu'il y eût du crime dans un entretien
où elle ne recherchoit
point le teſte-à-reſte , elle laiſſa
gronder le Mary , & ne s'embaraſſa
qu'aſſez médiocrement .
de ſes plaintes . Il eſtoit jaloux
juſqu'a
GALANT.
113
e
er
juſqu'à l'excés. Les chimeres
qu'il ſe mit en teſte , allerent fi
loin , qu'il ſe crût perdu , s'il ne
trouvoit moyen de faire déloger
l'Officier. Il en vint à bout à force
d'argent & de prieres. Jamais
Victoire ne fut plus charmante
pour un Conquerant. Il en inſulta
ſa Femme. Ce fut affez
pour l'aigrir. Comme la difficulté
fait ſouvent le prix des choſes
, l'éloignement redoubla l'eſtime
qu'elle avoit pour l'Officier.
Il demanda à la voir . Elle
y confentit malgré l'expreſſe
defenſe qui luy en fut faite. Le
commerce eftoit toûjours innocent
, & fa vertu ne luy reprochant
rien , elle ſe fit un
plaifir de vaincre des obſtacles
qu'on y apportoit. Il n'y avoit
pas moyen de voir l'Officier
chez elle. Son jaloux Mary
l'ob
114 MERCURE
l'obſervoit de trop pres pour
luy en laiſſer la liberté . Une
Confidente ne manque jamais
au beſoin . Elle découvrit ſon ſecret
à une Amie qui luy offrit ſa
Maiſon . La commodité en eſtoit
grande. Elle ouvroit fur deux
Ruës diferentes. La Belle s'y
rendoit par une porte , l'Officier
par l'autre , & cette précaution
mettoit leur ſecret en
feûreté . Les Rendez -vous eftoient
agreables , mais ils devinrent
un peu trop fréquens
Le Mary s'en alarma. Il voulu.
ſçavoir où alloit ſa Femme. Il auroit
mieux fait fans doute de
fermer les yeux pour quelquetemps.
La Saiſon eftoit déja
avancée , & il ſe fuſt épargné
bien des peines , s'il euſt voulu
attendre paiſiblement le depart
desTroupes.
A
GALANT.
115
S
1
Aquoy bon apres tout la recherche Severe
Demille petits tours qu'une Femme peut
faire ?
Il est dangereux bien ſouvent
Qu'un Mary là- deſſus ſe rende trop
Sçavant s
enfait
de jal outeQUE DE LA
Et vouloir s'éclaicir
C'eſt n'aimer pas le repos de ſa vie.
MON
Noftre Jaloux épia ſa Fem-693
me aux deſpens du fien . Elle ne
luy cachoit pas qu'elle alloit
_ ſouvent chez fon Amie , mais
elle y alloit trop propre pour luy
donner lieu de croire qu'il n'y
euſt point de deſſein. Il découvrit
que l'Officier connoiſſoit
auſſi cette Amie , & il ne douta
plus que les viſites ne ſe fiſſent
pour luy. Il y alla pluſieurs fois
pour tâcher de les ſurprendre,
mais on y mettoit ordre. Ily avoit
toûjours quelqu'un en ſentinelle,
116 MERCURE
le, & désqu'il entroit , on faifoit
cacher l'Officier qui ſortoit en
fuite par la fauſſe porte. La Confidente
à qui ſes ſoupçons eftoient
connus , le railloit fur la
peine qu'il ſe donnoit d'épier ſa
Femme , & elles luy foûtenoiena
fi obſtinément toutes deux que
l'Officier n'eſtoit jamais de leurs
converfations , qu'il voulut venir
àbout de les confondre. If
prit pour cela la plus bizarre réſolution
dont un Jaloux puiſſe
eftre capable. Les Eſpions qu'il
mit en campagne , l'avertirent
qu'un Patiffier voiſin de la Confidente,
portoit preſque toûjours
la Collation chez elle quand ſa
Femme luy rendoit viſite . Il alla
trouver le Patiffier,& furle prétexte
d'une gageure qu'il pou
1
voit gagner par fon moyen il
l'engagea à foufrir qu'il priſt l'é
quipa
GALANT. 117
quipage de ſon Garçon pour
porter chez l'Amie la premiere
Collation dont il recevroit les
Lordres . On obtient tout avec de
l'argent . Le Patiſſier l'avertit. II
ſe défit d'une Perruque, ſe bar-
-boüilla un peu le viſage;& comme
il n'y avoit quela Ruë àtraverſer
, il entra chez la Confidente
, avec la Patiſſerie qu'il
portoit, ſans que perſonne priſt
garde à luy. Ilmonta où il crût
trouver la Compagnie. Aucun
Domeſtique ne l'en empefcha,
&en entrant dans la Chambre,
il vitl'Amie qui ſe promenoit,&
l'Officierquientretenoit ſa Femme
auprés des feneftres. La Belle
qui ne jetta les yeux que ſur
l'équipage du faux Patiffier , dit
tout haut que c'eſtoient toûjours
de nouvelles Regales. On
mit le tout fur la Table; & comme
118 MERCURE
me le Patiffier ne ſe haſtoit pas
de fortir, l'Officier crût qu'il attendoit
de quoy boire. Il ſe préparoit
à luy faire liberalité,
quand il luy vit prendre un fiege.
Cette familiarité un peu furprenante
les obligea tous trois à
obſerver ſon Viſage. La Femme
fit un haut cry , la Confidente
demeura interdite , & l'Officier
ſe mit en état de ne les laiſſer
pas inſulter. Le Mary qui avoit
concerté fon rôle, & medité ſérieuſement
ce qu'il devoit faire,
les confidera quelque temps
fans leur rien dire. Ils garderent
le filence comme luy , &dans ce
meſme filence apres avoir regardé
ſa Femme avec des yeux où
tout ce qu'il avoit dans le coeur
eſtoit peint , il ſe retira de la
Chambre , & alla reprendre ſa
Perruque chez le Patiffier. On
tint
GALANT . 119
1
2
tint conſeil apres fon départ. Sa
Femme qui le connoiſſoit, & qui
ne trouva point de ſeûreté à retourner
avec luy , alla conter
l'avanture à ſes Parens. Ils ſe
font employez , & s'employent
encor tous les jours à faire ſa
paix. Le Mary répond qu'il n'a
nymal-traité ny chaſſe ſa Femme,&
qu'elle peut revenir quad
illuy plaira ; mais comme il y a
toûjours de l'aigreur dans ſes
réponſes,& qu'il ne promet rien
de poſitif ſur l'oubly qu'on luy
demande de tout ce qui s'eſt
paſſé, elle n'a oſé juſqu'icy quitter
l'azile que luy ont donne ſes
Parens , & elle attend toûjours
chez eux qu'il arrive quelque
changement dans ſa fortune.
L'inconfiderée jaloufie de
certains Marys engage ſouvent
les Femmes à une conduite fort
éloignée
120 MERCURE
éloignée de leur propres ſentimens
. L'honneſteté eſt née
avec elles ; & fion les abandonnoit
à leur vertu , je ne doute
point qu'on n'euſt ſujet de dire
preſque de toutes ce que vous
allez voir dans ce Madrigal. II
m'a eſté envoyé de Niſmes ſans
qu'on m'ait appris le nom de
l'Autheur.
MADRIGAL.
On , non , de mes Rivauxje ne
Nhuu poim jaloux's
Ils n'ont aucune part àmon chagrin extréme.
Aimable Iris , aupres de vous
le ne dois craindre que vous mesme.
Cette fierté qui ſçait étoufer vosſoupirs,
Cette raiſon qui regle vos defirs ,
Et vous fait refuser tout ce qu'on vous
demande,
Cette
GALANT. 121
Cette austere vertu dont vous ſuiviez
Laloy ,
Cesont là les Rivaux , Iris , que j'apprehende
,
Et quifont en tout temps mieux écoutez
que moy.
Je ſuis bien - aiſe que la réputation
des deux Peres Capucins
que le Roy aétablis dans le Louvre,
ait eſté juſques à vous.Quoy
qu'ils foient tres - capables de
l'employ qui leur a eſté donné,
ils ne fongeoient à rien moins
qu'à le demander. Ils follicitoient
une Miſſion en Ethiophie
, où ſur le raport qui leur
en avoit eſte fait en Egypte dans
le temps qu'ils y ont demeuré,
ils ſçavoient qu'il y avoit beaucoup
à travailler pour le falut de
ces Peuples , infectez depuis
plus d'un demy fiecle de l'Herefie
de Diofcore. Sa Majesté
Iuin. F
122 MERCURE
avertie des hautes lumieres
qu'ils ont dans la Medecine , a
jugé à propos de les arreſter. La
longue étude qu'ils en ont faite,
n'en a rien laiſſé échaper à leur
connoiffance . Ils apportent une
application toute particuliere à
la préparation de leurs Remedes
qui opérent avec une grande
douceur ; de forte que les
Malades qui s'en ſervent pour
les fievres , en ſont délivrez en
peu de jours , ſans ſe trouver
apres cela dans la foibleſſe ordinaire
des Convalefcens. Ils
ont leurs maximes qu'ils ſuivent
pour regles , fans s'affujetir aux
ſentimens d'Hipocrate , qu'ils
ne laiſſent pas d'avoir leû , mais
dans ſon entiere pureté , & fans
eſtre alteré par Galien. Ils ont
fait une étude tres-ſerieuſe de
Paracelfe & de Van -Elmon , &
on
1
GALANT. 123
on dit que peu de leurs ſecrets
leur font inconnus . Platon à qui
les Anciens ont donné le nom
de Divin , eſt preſque leur ſeul
Philoſophe , & ils ont pour luy
la meſime admiration que S. Auguſtin
, qui en parle ſi avantageuſement
dans pluſieurs endroits
de ſes Confeffions. Ilya
lieu d'attendre beaucoup de ces
bons Religieux qui n'ont d'intereſt
que celuy d'exercer leur
charité envers le prochain , &
qui loin d'avoir de l'empreſſement
pour l'honneur que leRoy
leur fait , s'en font défendus autant
que l'honneſteté l'a pů
permettre . I'ay oüy dire qu'ils
avoient éprouvé la plus grande
partie de leursRemedes , & que
dans le commerce qu'ils ont eu
avec tous les Sçavans des lieux
où ils ont eſté , la connoiſſance
Fij
124 MERCURE
qu'ils avoient de la Langue Arabe
leur a donné moyen de faire
de belles découvertes. Je connois
quelques-uns de vos Amis
qui ſe promettent beaucoup
d'eux pour la guériſon de leurs
vapeurs. C'eſt un mal toûjours
à la mode , & qu'ils traitent diféremment
felon ſa cauſe. Je ne
vous dis rien que je n'aye appris
par des Perſonnes tres-ſcavantes
& tres - éclairées,& qui peuvent
eſtre Juges compétens fur
ces matieres .
La place de Monfieur l'Abbé
de la Barre,Organiſte ordinaire
de la Chapelle du Roy , a eſté
remplie . Pluſieurs furent propoſez
quand il fut queſtion de
la donner , & l'on fit joüer les
plus habiles Maiſtres de France .
On en trouva beaucoup d'excellens
,& le Roy en demeura fi
}
fatis
GALANT .
125
fatisfait , qu'il en choiſit quatre
au lieu d'un. Ainfi cette Charge
qui eftoit Ordinaire,va eſtre fervie
par quartier. Le premier,qui
eft celuy de Janvier , ſera ſervy
par Monfieur Tomelin ; le ſecond
, par Monfieur le Begue;
le troiſieme , par Monfieur Buterne
; & le dernier par Monfieur
Nivers .
A ce que je voy , Madame,
vous devez avoir grand commerce
avec le Païs Latin , puis
qu'on vous a déja envoyé le
beau Poëme que Monfieur de
Santeüil Chanoine de S. Victor,
a fait depuis peu en cette Langue
à la gloire de Monfieur le
Chancelier. N'avez-vous point
admiré en le lifant , avec cõbien
de force il ſe ſoûtient par luymeſme
ſans aucun ſecours des
Fables? Il eſt vray qu'en parlant
Fij
126 MERCURE
d'un Miniftre auffi Illuſtre que
Monfieur le Tellier , il ſuffit de
dire nuëment ce qu'il a fait, pour
eſtre aſſuré de dire de tresgrandes
choſes. Ce Poëme qui
fut leu dernierement dans l'Académie
Françoiſe y , reçeut
les meſmes loianges que vous
Juy donnez . Il y a beaucoupde
grandeur dans les Vers , & on
ne voit guère d'expreffions plus
majestueuſes.Auſſi Monfieur de
Santeüil n'a- t- il pas épargné
fon temps à le polir. Il y a employé
plus de fix mois , & il ne
croit pas qu'il luy doive eſtre
honteux de l'avoüer. A propos
de Latin , ſçavez-vous que le
demy Vers de Virgile qui finit
ma derniere Lettre, m'a preſque
faitune affaire avec les Scavans ?
Ils m'accuſent d'une contradiction
qui m'eſt encor inconnue,
&
GALANT.
127
,
& prétendent que ce demy
Vers qui m'a fait vous dire que
les belles Langues vous font familieres
ne s'accorde point
avec ce que je vous avois dit auparavant
fur l'Arc de Triomphe
en vous faiſant connoiſtre que
je fuprimois les fix Vers Latins
que Meſſieurs de Rheims y ont
fait graver, à cauſe que les Dames
de voſtre Province ne s'accommodoient
point de cette
Langue. Ils ne fongent pas que
quoy que vous l'entendiez parfaitement,
elle n'eſt point reçeuë
parmy celles, de voſtre Sexe , à
qui vous avez bien voulu rendre
mes Lettres communes , & que
n'y ayant rien de moins galant
que de parler Latin devant elles,
tout ce que je puis avec vous
mefme qui l'entendez , c'eſt d'en
laiſſer quelquefois échaperdeux
Fij
128 MERCURE
ou trois mots , felon que la matiere
m'y oblige . Cependant afin
que vos Amies ne ſoient pas privées
du plaifirde ſçavoir ce que
Monfieur de Santeüil a dit fur
l'Arc de Rheims dans ces fix
Vers Latins que j'ay ſuprimez , je
vous en envoye la Verſion faite
par un autre Chanoine de S.Vietor.
Elle vous fera connoiſtre
que ces Meſſieurs n'ont pas
moins d'accez aupres des Muſes
Françoiſes qu'aupres des Latines
; & que la Doctrine, les belles
Lettres , & les plus beaux
Arts meſime font joints dans cette
Maiſon avec la Vertu & la
Pieté.
R
Heims étonnéde voir la Diſcorde
étoufée,
A l'honneur des Romains érigea ce Trophée,
Et l'Ombre de Cesar est encor aujour-
Erran d'huy
GALANT.
129
Errante autour des Arcs que l'on dreſſa
pour luy.
Si-toſt qu'ileut éteint une Guerre cruelle,
Afſoupy tous ses mouvemens,
Il confacra dans Rheims ces pompeих
Monumens,
Pourgages immortels d'une Paix eternelle.
:
Madame la Ducheſſe de Guiſe
eſt àAlençon depuis quelque
temps. C'eſt un grand ſujet de
joye pour ceteVille qui eſt dans
de continuelles admirations de
fa vertu. Elle y donne de grands
exemples de pieté , & s'employe
particulierement à faire des
Converfions. Elle est déja venuë
à bout de pluſieurs . Celle
de Monfieur de Montpinſon qui
fit abjuration dernierement , eft
remarquable. Il y a peu de Gentilhommes
dans la Province plus
éclairez qu'il l'eft , & on peut di
Fv
130 MERCURE
re qu'eſtant un des principaux
Arcs - boutans de la Religion
Pretenduë Reformée , elle a fait
en luy une perte tres - confiderable.
Meſſieurs d'Alençon,pour
marquer leur zele à Madame de
Guyſe , ont fait faire une nouvelle
Porte à leur Ville , qui va
en droite ligne de ſon Palais à
la grande Eglife. Ainfi du haut
du Faux-bourg S. Blaiſe, ondécouvre
preſentement le fondde
la grande Ruë , & la veuë y
trouve une Perſpective en éloignement
tres - agreable. Cette
augmentation de Porte afourny
la matiere de ces quatre Vers.
Toute noftre Villes'empreſſe
Amarquer sa fidelle ardeur,
Et pour mieux recevoir nostre Illustre
Princeffe,
Elle ouvre en mesmetemps &ses murs
&fon coeur.
On
GALANT.
131
On travaille ày faire un Cours,
qui dans la fuite pourra égaler
le Jarre de Châlons en Champagne.
Il occupe tout l'eſpace
qui ſe trouve fur les Remparts
depuis la nouvelle Porte dontje
vous viens de parler, juſqu'à celle
de Lancrel. On a beſoin de
fortifier les Villesailleurs; & fous
le Regne de Loürs Le Grand,
nous pouvons nous diſpenſer de
tout autre foin que de celuy de
les embellir. La Paix qu'on a
tout lieu d'efperer,nous produira
d'autres avantages.Il y a longtemps
que nos Ennemis reconnoiſſoient
qu'elle leur eftoit neceſſaire;
mais ſçavez- vous pourquoy
elle commençoit àle devenir
pour nous ? Vous l'allez apprendre
par les Vers qui fuivent.
Apres
132 MERCURE
A
Pres tant de Combats qu'a ſuivis
La Victoire.
On a grand beſoin de la Paix,
CarleParnaſſe deſormais
Nesçait comment chanter lagloire
Du plus grandRoy qui fut jamais.
L'Hipocrene eft à sec , & les Vallons
Poëtiques
Ont cent fois retenty des Vieux Pane
gyriques
Qu'on preſentoit jadis aux plus fameux
Guerriers.
Loüis a flétry leurs Lauriers .
Ilfaitplus qu'on ne peut écrire ,
Chacun est épuisé , l'onne sçaitplus que
dire,
Apollon est confus, & Pegase recru.
Mais grace à la Paix il va reprendre
haleine.
Noftre Grand Roy dit-on,quand on l'a
le moins crû,
Plante des. Oliviers ſur les bords de la
Seine.
Las de vainere , il renonce enfin à fou
droyer.
Courage, Beaux Esprits , reprenez l'EGritoirea
Con
GALANT.
133
Conſacrezà l'envy vos talensàſagloire,
Ils ne peuvent mieux s'employer.
Ces Vers m'ont eſté envoyez
✔ de Dieppe, & font de Monfieur
Merville, qui dansune fort grãde
jeuneſſe fait connoiſtre par
tout ce qu'il fait qu'il eſt né
pour la Poëfie . Il faut vous apprendre
le nom qu'il donna aux
Lettres queje vous écris.Je croy
le pouvoir faire fans qu'on ait
lieu de m'accuſer de préſomption
, puis que ce qu'il en dit
d'avantageux regarde les Ouvrages
des beaux Eſprits dont
elles ſont compoſées , & qui
ſeuls leur ont fait avoir le cours
extraordinaire que vous leur
voyez. Voicy de quelle maniere
il en parle.
JE Edis par tout que le Mercure
une agreable voiture
Qui conduitaisément à l'immortalité.
C'eft
134
MERCURE
C'est lecheminfrayédu Temple de Me
moire,
Ou chacun peut trouver la gloire
Queson talent a merité.
Il faut achever de vous faire
connoiſtre celuy de Monfieur
Merville par ces Paroles que je
vous envoye notées pour exercer
voſtre belle voix. Elles ont
eſté miſes en Air par Monfieur
l'Abbé Maiſtre de Muſique de
S. Jacques à Dieppe .. C'eſtun
tres- habile Homme, & qui s'eſt
acquis affez de réputation pour
faire dire qu'il y a peu de Muficiens
qui foient de ſa force dans
la Province..
AIR NOUVEAU..
ur
PO
une jeuneMerveille
IeJoûpire nuit&jour
Et quelquefois la Bouteille.
Mefait oublier l'Amour.
L'accor
GALANT. 1
7
LYUN
I'accorde la goinfrerie
Avec les tendres momens ,
Etfuis de la Confrairie
Des Beuveurs &des Amans 1893
BIBLIO
د
a
Les Eaux de Vichy en
Bourbonnois , dont je vous
parlay la derniere fois que je
vous écrivis , ont fait des effets
admirables. Le beau monde
qui s'y eſt aſſemblé
bien contribué à la guériſon des
Malades , en y amenant les
plaiſirs qui ne les ont preſque
point quitez. Le jeu , la bonne
chere , la promenade , & les
Concerts de Muſique , onteſté
les divertiſſemens de tous les
jours. Il y a eu Bal fort ſouvent.
La belle Mademoiſelle de Seve
de Lyon y a paru avec beaucoup
d'avantage , & ne s'eſt pas
moins fait admirer par la juſteſſe
de fa danſe , que par les charmes
:
136 MERCVRE
mes de fa Perſonne. Monfieur
le Chevalier de Lorraine eft
party de ce Païs-la fort fatisfait
des Remedes de la beauté
du Lieu , & du bon air qu'on
y refpire . Ce Prince y a efté vifité
de tout ce qu'il y a de Gens
de marque dans les quatre Provinces
voiſines. Il a toûjours tenu
table ouverte chez Monfieur
de Pontgibaud , où je vous ay
dit qu'il eſtoit fort commodément
loge , & l'on ne doute
point que le ſoulagement qu'il
a reçeu de ces Eaux , ainſi que
tous les autres qui en ont beu,
n'y attire dans le mois de Septembre
quantité de Gens de la
Cour que le Voyage du Roy en
Flandre a empeſché d'y venir
dans celuy de May .
Si- toft que Sa Majesté fut de
tetour de ce Voyage , la nouvelle
GALANT.
137
velle qui s'eſtoit répanduë de la
Paix arreſtée avec la Hollande,
obligea Monfieur le Duc de
S. Aignan de donner au Roy de
nouvelles marques de fon zele,
en luy faiſant paroiſtre ſon admiration
par la Lettre que vous
allez voir .
38383830380381382383
LETTRE
DEMONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
AU ROY.
SIRE ,
1
Ie cherche à me distinguer entre
ceux qui vont témoigner de
toutes parts à Voftre Majesté leur
admiration & leur joye. La Paix
qu'elle vient de donner à une par
tie
138 MERCURE
tie de ſes Ennemis , & d'offrir aux
autres,fait cette distinction que je
ne pouvois esperer dans ses Armées
, par mon attachement à
garder une Place importante. Per-
Sonne ne peut regarder avec plus
d'intereſt & de plaifir que moy ce
que V. M. vient de faire de grand
& de merveilleux. Ie vous voy,
SIRE , apres tant de belles Actions
de vostre part , & tant de
voeux & d'inquietudes de la mienne
, enfin hors des dangers continuels
où V. M. expoſoit à toute
heurefa Perſonne Royale. Ie vous
voy , couvert d'une gloire immortelle
, &moy delivré de céte émulation
inquiete qui me faisoit envier
lefort du moindre Soldat qui
expofoit ſa vie pour vostre ſervi
ce . En verité , SIRE , jene pen
fois pas me pouvoir réjoüir fi fort
de la Paix, ayant esté élevé defi
bonne
GALANT. 139
bonne heure dans la Guerre . Mais
quel fidelle Serviteur ne seroitpas
charmé en voyant fon Auguste
Monarque triomphant & victorieux
, preferer le repos de l'Europe
à un travail auffi utile & ausfi
illustre que le sien ? De luy voir
terminerſes Conquestes à la veille
d'en faire encor de plus grandes,
&remettre enfin dans le fourreau
céte redoutable Epér dont tant de
Braves auroient fenty les coups ?
Que n'aurois-je point à dire fur
un Sujet auſſirare &auſſiéclatant
que celuy- cy ? Mais , SIRE , il
faut retenir ma Plume comme
V. M. arreſte ſes Armes,&faire
place aux Ecrits de quelques autres
plus élegantes , & aux Difcours
éloquensqu'un évenement ſi
fingulier vafans doute faire naiſtre
de toutes parts. Il me doitfuffire
que Vostre Majestéfoit bien
,
per
14.0
MERCURE
perfuadée qu'en tout temps & en
tous lieux Elle me trouvera toû
jours également &fans reserve ,
SIRE ,
Son tres-humble, tres- obeïſſant,
& tres-fidelle Sujet& Serviteur
LE DUC DE S. AIGNΑΝ.
Le ſoin que prend cet Illuſtre
Duc de tout ce qui regarde ſon
Gouvernement & ſa vigilance
pour le ſervice du Roy, ont garenty
le Havre d'un tres-grand
malheur dont il a eſté menacé
ces derniers jours . On fut furpris
de voir un grand feu qui
s'élevoit tout- à- coup, & qui en
fuite ſembloit étoufé par une
fort épaiffe fumée. On prit l'alarme.
GALANT. 141
larme . Monfieur de S. Agnan y
courut, & trouva que le feu eftoit
dans un Vaiſſeau de S. Malo
chargé de Soulfre , dont il
avoit fait tirer quinze cens livres
de Poudre depuis fix jours .
Ce feu estoit entre les deux
Ponts, Sa préſence, le détachement
de dix Hommes de chaque
Porte , & la diligence avec
laquelle il fit remedier à cet accident,
ſauverent avec ce Vaif- /
ſeau tous ceux du Havre, la Ville,
& peut- eſtre la Citadelle, où
il y a plus de deux cens milliers
de Poudre.
Vous avez ſçeu la mort de
Monfieur de Varangeville Confeiller
au Parlement. Elle eſt arrivée
dés les derniers jours de
l'autre Mois, & fut un grand fujet
de ſurpriſe pour ſes Amys,
puis qu'il mourutd'une apoplexie
142 MERCURE
xie de ſang qui l'étoufa en un
moment. Il eſtoit jeune, fort eftimé
dans ſa Compagnie , &
Frere de Monfieur de Varangeville
Ambaſſadeur Extraordinaire
à Venife . Il en partageoit
l'eſprit &le merite , & l'a laiffe
par ſa mort dans une affliction
inconcevable. Auſſi avoient - ils
toûjours vécu enſemble avec
toute l'union qui peut eſtre à
ſouhaiter entre des Freres.
Une autre mort a fait bruit
icy. Les circonstances en font
particulieres, & meriteroient un
long difcours , fi la quantité de
choſes que j'ay encor à vous dire,
me permettoit dem'étendre.
Un Medecin Empirique qui s'eſtoit
acquisde la reputation par
ſes Secrets ,donna deux Bouteilles
de Tifane à un de ſes Amis,
qui en avoit demandé par précau
GALANT.
143
caution. Cet Amy n'en prit
qu'un verre, & en fut malade à
l'extrémité . La violence du mal
l'obligea de recourir au contrepoifon.
On alla ſur l'heure en
avertir l'Empirique. Il ne fit aucunedifficulte
de venir. On luy
demanda raiſon de ſa Tiſane. II
ſoûtint qu'elle ne pouvoit faire
que du bien, & pour le prouver,
il en prit deuxverres en presece
de ceux quil'accuſoient . Il voulut
en fuite retourner chez luy,
& ne pouvant gagner ſa Maifon
, il entra dans la premiere
qu'il trouva ouverte , & y mou -
rut dans le meſme inſtant. L'avanture
n'eſt pas moins ſurprenante
que tragique. Elle fait
raiſonner diverſement. Si elle a
des ſuites , je ne manqueray pas
àvous les apprendre.
Monfieur Chommeau Fils de
Mon
144
MERCURE
Monfieur le Préſident Bétau, a
eſté reçeu depuis peu Conſeiller
au Parlement. Il eſt jeune , &
auſſi bien fait de ſa perſonne,
qu'on le puiſſe eſtre. Son peu
d'âge n'empefche point qu'il ne
ſçache tout ce qu'on peut ſçavoir
dans les Loix & dans les
Couſtumes . La maniere dont il
a répondu quand on l'a examiné
, luy a attiré de grands éloges.
Il n'y a point de Maiſtre
de Droit qui euſt pû mieux ſoûtenir
cet examen. La ſatisfaction
avec laquelle il a eſté reçeu
dans cette Charge,eſt une marquede
fon mérite. Il ſeroit furprenant
qu'il en manquaſt , eftant
d'une Maiſon qui en eſt
toute remplie. Tout le monde
ſçait quel eſt celuy de Monfieur
le Préſident fon Pere ; & Madame
de Bétau ſa Mere eſt un
exem
GALAN T. 145 '
exemple fi fingulier de pieté &
de vertu , qu'elle n'eſt inconnuë
à perſonne . Celuy dont je vous
parle a un jeune Frere Jeſuite,
qui eſt encor au Novitiat, & qui
a un fort grand talent pour la
Chaire . Madame de Poncet eft
ſa Soeur, auſſi bien que Madame
de Creil , & Madame de Molé
Femme de Monfieur de Molé,
qui vient d'avoir la ſurvivance
de la Charge de Préſident à
Mortier. Je vous ay déja parlé
de Madame de Poncet dans
quelqu'une de mes Lettres. Madame
de Creil, Femme du Maiſtre
des Requeſtes de ce nom,
qui a eſté Intendant en Normandie,
eſt une Dame d'autant
de mérite & d'eſprit qu'il yen
ait en France. Elle jouë admirablementbien
du Lut,du Théorbe,
du Claveſſin , & de la Gui-
Iuin. G
146
MERCURE
tarre. Il y a une quatrième Soeur,
fort belle & bien faite,qui a pris
le party du Couvent malgré ſa
Famille , apres avoir refusé des
Partys tres- confidérables. Elle
a fait Profeſſion depuis quinze
jours aux Cordelieres de la Ruë
des Francs-Bourgeois. La Cerémonie
ſe fit en préſence d'un
tres-grand nombre de Perſonnes
de qualité.
Il n'y en a pas eu moins aux
Nôces de Mademoiselle le Vaffeur
, Fille de Monfieur le Vaffeur
Confeiller au Parlement,&
de Monfieur d'Argouges Marquis
de Gratot , Homme d'une
fort grande naiſſance, Elles ſe
font faites à S. Urain proche de
Paris , avec toute la magnificence
& toute la joye accoûtumée
dans une ſemblable occafion.
Autre Mariage. Mademoi-
... felle
GALANT.
147
ſelle Colbert , Fille du Maiſtre
des Requeſtes de ce nom , que
vous avez veu Intendant à Alençon
, a épousé Monfieur de
Rancy. Il a beaucoup de merite
, & il eſt difficile de le voir
fans l'eſtimer. Monfieur Brunet
fi connu dans le monde par ſes
Emplois , eſt ſon Frere , auſſi
bien que Monfieur l'AbbéBrunet
& Monfieur de Montforan .
Ces deux derniers font Confeillers
en la Cour.
On a voulu faire un engagement
d'une autre nature. Il n'étoit
que de coeur à coeur,& l'Amour
y devoit eſtre ſeul appellé .
Comme il est bon de connoiſtre
avant que d'aimer , il fut queftion
de ſçavoir ce qu'on pouvoit
attendre de l'Amant qui ofroit
ſes voeux,& voicy de quellemaniere
il s'expliqua .
Gij
148
MERCURE
Oulez - vous sçavoir ma mé-
Voutode
Avant que de vous engager ?
Iefuis, bellePhilis , enamour tres-commode
,
Comment on veut , conſtant , ou leger.
Quand j'ay dit une fois que j'ayme ,
C'est pour toûjours,mais conftamment.
Ieveuxqu'on enfaffe de mesme ;
Iehay par tout le changement.
Si la Beauté la plus parfaite
( M'eust elle combléde faveurs )
Vouloit de mon amour estre bientoft défaite,
La Belle feroit satisfaite
Dés que j'auroiu senty ſes premieres
rigueurs.
Monremede alors est l'absence,
C'est le port de l'indiférence,
Onla trouve là sûrement.
Au retour,point d'engagement ;
Renover, c'est double inconstance.
Dust-on me demander la paix,
Quand j'ay rompu s'est pour jamais.
J'aurois beaucoup à vous dire
fur ce qui s'est fait d'éclatant
dans
GALANT.
149
a
dans les deux jours deſtinez aux
plus folemnelles Proceffions. Il
y a eu une tres-agreable Symphonie
aux Gobelins ; & ce qui
s'eſt fait avec beaucoup de magnificence
en pluſieurs endroits
de Paris , s'eſt également pratiqué
dans les Provinces. Madame
la Marquiſe de la Frézeliere
fit faire un Repoſoir admirable
dans la Cour de fon Chasteau
de Monts qui eſt entre Richelieu
& Loudun. Il y eut un tresgrand
concours de Peuple , &
on y tira plus de vingt volées de
Canon. Cette Dame eſt d'un
mérite tres-particulier. Elle copoſe
admirablement bien en
Vers & en Proſe, ſçait parfaitement
l'Histoire ,& ne voit guére
de Perſonnes de fon Sexe qui
foient de ſa force fur les belles
Connoiſſances. L'illuſtre Nom
1
Giij
MERCURE
de la Frézeliere eſt un Nom
qu'elle porte par elle -meſme,eftant
de la Branche aiſnée de
cette Maiſon. Son ancienneté
ne la rend pas moins conſidérable
que ſes Alliances. Elle est
deſcenduë des Frézels Duc d'Ecoffe
du coſté des Femmes , de
Ducs de Bretagne & de Conan;
& ſes dernieres Alliances font
celles des Maiſons de Montmorency
, & de Savonniere ,
dont eſtoient les deux Meres
de Monfieur & de Madame
de la Frézeliere d'aujourd'huy.
Elle avoit toûjours produit des
Mafles de Pere en Fils pour en
poſſeder les honneurs , juſqu'à
feu Monfieur le Marquis de la
Frézeliere Mareſchal de Camp,
qui mourut au Siege de Hédin ,
& laiſſa deux Filles , dont l'une
eſt Madame de la Frézeliere , &
l'au
GALANT.
151
- l'autre eſt demeurée Veuve de
Monfieur le Comte de la Roche.
Monfieur de la Frézeliere
d'aujourd'huy fortoit d'une des
Branches de cette Illuſtre Maifon
, & il en est devenu la Tige
en épouſant la Fille aiſnée du
Marquis dont je vous viens de
parler. Il eſt Lieutenant General
de l'Artillerie , & Sa Majefté
l'a fait auſſi depuis peu Marefchal
de Camp. Il ſert ordinairement
en Allemagne. Il y commande
encor à preſent l'Artillerie
dans l'Armée de Monfieur
le Marefchal de Créquy. Il fut
bleſſe au Siege de Fribourg
dans la derniere Campagne ,
apres avoir perdu deux Fils aifnez
qui ont eſté ſucceſſivement
Colonels du Regiment de Touraine
. Le dernier fut tué au Siege
de S. Omer , & avoit eſté dé
Giiij
152
MERCURE
ja bleſſé à la Bataille de Caffel,
où il commandoit l'Artillerie en
la place de Monfieur le Marquis
de la Frézeliere ſon Pere qui eftoit
demeuré dans les Lignes. Il
en a encor perdu. un troifiéme
entre ces deux qui eſtoit Capitaine
dans le meſme Regiment,
& tous trois dans l'eſpace de
vingt- fix mois. Il ne luy en reſte
plus qu'un. Il eſt Page de la
Grande Ecurie & fait fes
Exercices avec une application
admirable . On l'appelle Monfieur
le Marquis de Monts. II
donne de tres-grandes eſpérances.
Il eſtdifficile qu'il ne les remplife
avec le ſecours des beaux
exemples qu'il a , & les inftru-
Etions qu'il reçoit d'unPere confommé
dans le Meſtier de la
Guerre.
د
On m'apprend un Mariage
qui
GALANT.
153
qui unit deux Perſonnes fort illuftres
, & je vous en faits part
dans le méme inſtant. Monfieur
le Marquis d'Eſtrades épouſa
ces jours paſſez Madame de
Vertamont Veuve de Monfieur
de Vertamont de Preau , Maiſtre
des Requeſtes , au nom de
Monfieur le Mareſchal d'Eſtrades
ſon Pere.Vous ſçavez qu'elle
eft Fille de feu Monfieur de
d'Aligre , dont Monfieur le
Tellier remplit aujourd'huy la
place avec tant d'éclat. LaCerémonie
s'en fit dans la Chapelle
de l'Hoſtel de Sourdis , où furent
préſens Monfieur d'Aligre
Conſeiller d'Etat , & Monfieur
l'Abbé d'Aligre , avec beaucoupd'autres
Parens. Cette Dame
qui a tout le mérite des honneſtes
Femmes , le ſoûtient par
un fort grand agrément de ſa
G
A
154 MERCURE
Perfonne , & elle s'eſt toûjours
diftinguée autant par elle-mefme
, qu'elle l'eſt par les avantages
d'eſtre Fille & petite - Fille
de deux Chanceliers de France .
Monfieur le Mareſchal d'Eſtrades
eſt d'une Maiſon qui luy en
donne de fort grands du coſté
de la naiſſance ; mais quelques
confiderables qu'ils foient , ils
font beaucoup au deſſous de ce
qu'il ne doit qu'à luy-meſme. Il
a paſſé par toutes les Charges
militaires,& il y a longtemps qu'il
feroit dans le rang où nous le
voyons élevé , s'il avoit toûjours
eu autant de fortune qu'on luy
a reconnu de mérite . On ſçait
avec quelle gloire pour la France
il a commandé les Armes du
Roy , & avec combien de fuccés
il a eſté employé dans les
plus importantes Ambaſſades.
On
GALANT.
155
On peut dire que pendant le
Regne de Loürs LE JUSTE , On
l'a veu le lien de l'étroite intelligence
qui étoit entre le fameux
Henry Prince d'Orange , & le
grand Cardinal de Richelieu.
La ſageſſe & la valeur de ce
Mareſchal avoient fait jetter les
yeux fur luy pour un des plus
grands Emplois du Royaume ;
mais la mort du Roy qui fuivit
celle de fon Miniſtre , changea
les affaires & fa fortune. Les fervices
qu'il a rendus au Roy qui
regne aujourd'huy fi glorieuſement
, ont eſté d'autant plus
utiles à l'Etat , qu'il les a rendus
avec la plus exacte fidelité dans
des temps fort difficiles. L'Hiftoire
vous apprendra quelque
jour le détail de ſes actions , &
fera connoiſtre à toute l'Europe
qu'il n'a pas peu contribué à la
Paix
156 MERCURE
Paix generale qu'elle attend
avec tant d'impatience .
Voicy un Sonnet qui m'a été
envoyé ſur cette Paix , ſous le
nom de Monfieur de Tuilerie .
SONNET.
Vous qu'un vain orgueil arme contre
la France ,
Trop foibles Ennemis du plus puiſſant
desRois,
Peuples Confederez , reprenez l'efperance,
Louis vent bien ceffer de vous donner
desLoix.
En vous offrant la Paix avec ſonAl
liance ,
Il ne pretend pas mesme uſer de tous ſes
droits ,
Sabonté genereuſe arreſte ſa vaillance,
Et cette bontéſeule interrompt ſes Ex
ploits.
Ilveutfinir enfin cette cruelleGuerre,
Q
GALANT.
157
Qui répand la terreur aux deux bouts
dela Terre ,
Et qui couste du ſang preſque à tout
l'Univers.
Sur luy-mefme Loüis remporte la vi-
Etoire ,
Et preſt de voir entrer l'Europe dans
Ses fers ,
A la maintenir libre il met toute fa
gloire.
Je vous ay dit dés le commencement
de cette Lettre , que le
Roy par une modération dont
lesConquérans ont ignoré jufqu'icy
l'uſage , avoit offert la
Paix à ſes Ennemis dans le ſein
meſine de la Victoire . Vous l'allez
voir , Madame , par ce que
j'ay à vous dire ,&de la priſe de
Puycerda , & de l'importance
de cette Conqueſte. Cependant
ee bruit de la Paixqu'on ne doute
point qui ne foit bientoſt conclue
158 MERCURE
cluë generale , fait faire par tout
des raiſonnemens fi glorieux
pour ce grand Monarque , dont
la plupart des Alliez reconnoiffent
chaque jour la bonté , que
je ne ſçay fi ie pourray m'empécher
d'y prefter l'oreille , quoy
que ie doive toute mon application
à vous décrire ce dernier
Siege . Le détail en doit eſtre
long fur le papier , ſi on le mefure
au temps que la reſiſtance
des Affiegez l'a fait durer , & il
me faudroit trois Volumes auffi
gros que chacune de mes Lettres
, ſii'entreprenois de vous le
donner dans le meſime ordre où
i'ay mis ceux qui ne nous ont arreſté
que peu de iours, &méme
que peu de quarts -d'heure , tel
qu'a eſté celuy de Leuve ; mais
cette exactitude ne me paroiſt
pas neceſſaire dans un Siege de
plus
GALANT.
159
plus de trente iours, où les mef
mes Officiers Generaux & les
meſmes Corps ont alternativement
monté la Tranchée . Ainſi
quand ie vous les auray nommez
tous à la fois,ſans m'aſſuietir
à vous repeter leurs noms ſeparément
ſelon l'ordre de chaque
iour , i'auray fort accourcy
ce que vous attendez de moy,
& ne vous auray pourtant pas
moins dit que ce que vous avez
pû voir ailleurs . Je vous marqueray
toutes les Actions principales
détachées de ce qui pourroit
les rendre ennuyeuſes ; &
ie vous apprendray même beaucoup
de choſes nouvelles, quoy
qu'ilſemble qu'on n'ait rien oublié
dans les Relations qui vous
peuventavoir eſté envoyées, &
qui ſont remplies d'un tresgrand
détail. Joignez à cela, que
je
тво MERCURE
ie vous ay fait graver un Plan
qui ſeul vous dira autant que la
Relation la plus eſtenduë , par
ce que rien n'aide tant àfaire
concevoir ce qu'on lit, que de le
repréſenter aux yeux.Araiſonner
un peu iuſte ſur les chofes,
euffiez -vous crû, Madame, que
i'euffe deu vous parlerdela Priſe
d'une Place en Catalogne,& aurois-
ie pû me l'imaginer moymeſme
? Il ſembloit que toutes
les Troupes d'Eſpagne devoient
fondre de ce coſte-là , à caufe
du voisinage. Ceux qui pretendent
juger le mieux des defſeins
qui font à prendre,eſtoient
perfuadez qu'il ſuffiſoit pour le
bien de nos affaires de s'y tenir
fur la défenſive . Il n'en eſtoit
pas de meſme pour les Eſpagnols.
Il leur importoit beaucoup
d'y acquerir de la reputatiom
GALANT. 161
tionparleurs conqueſtes , ou du
moins de nous empefcher d'y
en faire . On en connoiſſoit fi
bien la conſequence à Madrid,
qu'on n'y parloit que des projets
des Armées de Catalogne.
On y faiſoit des appreſts pour
cela. Lejeune Roy , à ce qu'on
publioit hautement , y devoit
aller en perſonne, & c'eſtoit par
là qu'il vouloit ouvrir ſa premiere
Campagne , que les grands
Roys comme luy ne doiventjamais
faire ſans triompher. Cependant
tous ces grands projets
ſe ſont évanoüis. Les Eſpagnolsontmenacé,
&nous avons
pris. La conduite qu'a tenuë
Monfieur le Mareſchal Duc de
Navailles, a eſté merveilleuſe . Il
avoit affaire à des Ennemis qui
audéfautde la force ont de l'efprit
, de l'adreſſe , & de la prévoyance,
162 MERCURE
voyance , & qu'il eſt plus facile
de batre que de tromper. Il eftoit
pourtant queſtion de les
furprendre , pour venir plus aifément
à bout de les vaincre.La
choſe n'eſtoit pas facile , une
Armée ne pouvant jamais marcherqu'à
grand bruit. Le party
qu'il prit, fut celuy de cacher ſa
route. Ce deſſein l'obligea à de
grandes précautions. La premiere
fut de faire paſſer Monfieur
le Bret Lieutenant General
en Lampourdan , avec l'Avantgarde
de l'Armée ; & comme
de pareilles contremarches
font ordinaires , & qu'elles ne
font ſouvét qu'embaraffer quelque
temps les Ennemis ſans les
tromper , il fit ſuivre un autre
Détachement quelques jours
apres , & ordonna en ſuite que
le Canon priſt la meſme route .
L'execu
GALANT.
163
L'execution de ces deux derniers
ordres acheva de faire
croire aux Ennemis ce qu'on
leur vouloit perfuader. Je pourrois
vous marquer encor vingt
circonſtances qui les abuſerent,
mais comme elles dependent
toutesde ces trois premieres ,&
que ce ſeroit groſſir ma Lettre
de choſes aſſez inutiles , je vous
diray ſeulement que noſtre General
fut plutoſt en Cerdaigne,
qu'on ne ſçeut qu'il en euſt pris
le chemin, & que noſtre Armée
eſtoit devant Puycerda , qu'on
la croyoit encor dans le Lampourdan.
Son arrivée ſurprit tellement
les Ennemis qu'ils n'eurent
que le temps qu'il leur
faloit pour ſe retirer dans la Ville,
fans avoir celuy d'emporter
quantité de Foin , d'Avoine
de lard , de Bled , de Farine , de
Pain, & de Vin, qu'ils laiſſerent
164 MERCURE
dans les Villages circonvoiſins.
On fut d'abord jour & nuit à
cheval à la portée du Piſtolet de
la Place, croyant que les Ennemis
feroient des Sorties ; mais
leur ſurpriſe ne les laiſſoit pas
en état de rien entreprendre . Si
toſt qu'on fut devant Puycerda,
Monfieur de Navailles envoya
un Courrier en toute diligence
pour faire aſſembler les Milices
du Pays de Foix , afin d'aller
avecdes Troupes du Roy furla
Frontiere d'Eſpagne qui répond
à cette Place. Il fit venir du
haut Languedoc trois censBeſtiaux
, outre ceux du Pays que
le Roy paye ordinairement. Ils
eſtoient neceſſaires. Le temps
eſtoit mauvais , les chemins méchans
naturellement , & le Canon
devoit paſſer par des lieux
où l'on n'en avoit jamais mené,
GALANT
165
&fur le bord d'un grand nombre
de précipices épouvantables.
Monfieur de Navailles envoya
auſſi dans le haut Languedoc
pour avoir du Bled, fit arreſter
des Chevaux de tous coſtez
pour le voiturer , & donna tous
lesordres neceſſaires afin d'empeſcher
qu'on ne manquaſt de
Fourrages. Quand on a tant de
difficultez pour faire un Siege
, & qu'on vient à bout de les
furmonter , on n'acquiert pas
moins de gloire par là que par
la priſe de la Place qu'on
affiege. Ce font deux choſes
diferentes & on ne peut
réüffir à l'une & à l'autre fans
mériter des loüanges pour toutes
les deux. Puycerda, comme
vous le ſçavez ſans- doute , eſt
une Place ſituée dans une Plaine
; mais cette Plaine eſt ſur le
plus
د
166 MERCURE
plus haut des Monts Pyrenées.
Si vous me demandez ce qui
leur a donné ce nom, je vous diray
que les uns le tirent d'une
Fille du RoyBebrix,nommée Pyrené
, qui fut enſevelie dans ces
Mons apres avoir eſté violée par
Hercule ,& les autres d'un mot
Grec qui ſignifie le feu, &quia
un entier raport avec la premiere
fyllabe de ce mot de Pyrenées
, ſoit à cauſe que la foudre
tombe ordinairemét ſur les lieux
les plus élevez , foit parce qu'on
rapporte que des Bergers mirent
autrefois le feu aux Forefts
qui ſe trouvent dans ces Montagnes.
Je viens aux Noms des
Officiers Genéraux qui ont cõmandé
pendant ce Siege ſous
les ordresde Monfieurle Marefchal
Duc de Navailles , General
de l'Armée du Roy en Catalogne.
Lieu
GALANT.
167
Lieutenans Genéraux.
Monfieur le Bret , Monfieur
de Gaffion , & Monfieur leMarquis
de Montauban.
Mareschauxde Camp.
Monfieur de Caſaux , Monſieurde
la Rabliere,& Monfieur
le Marquis de la Villedieu.
Brigadiers .
LYON
Monfieur de S.André, Mon-/ 893
fieur de Surlaube , Monfieur de
Murlat,& Monfieur d'Urban .
Regimens de Cavalerie.
Sauzeay , la Valette , la Rabliere
, la Chauffée , Chevreau ,
Gaffion ,Grillon, le Bret , Villeneuve
, Colligny - Chaſtillon ,Riverolle
, les Dragons de la Reyne,
les Dragons du Languedoc .
Regimens d'Infanterie.
-Saulx , Furſtemberg , Erlac ,
Navailles , Caftres , Liſtenay,
Viercet -Liegeois , Noailles, Famechon,
168 MERCURE
7
mechon , Milices du Païs , quatre
Compagnies de Suiſſes franches.
On aſſigna quatre Quartiers
diférens à toutes ces Troupes .
Elles ont alternativement monté
la Tranchée pendant tout le
Siege avec les Officiers Genéraux
que je vous viens de marquer.
Vous voulez bien que je
me diſpenſe de vous les nommer
autant de fois que le Siege
a duré de jours , dont je vous ay
déja dit que le nombre eſt de
plus de trente .
Le premier ſoin d'un General
eſtant de reconnoiſtre la
Place qu'il doit attaquer ,Monfieur
le Mareſchal de Navailles
s'en acquita avec Monfieur de
Cafaux, &Monfieur de la Motte-
la -Mire ; & pour eſtre plus
affurez de l'état des Fortifications
GALANT. 169
tions de Puycerda , ils y retournerent
plus d'une fois enſemble
& feparément, accompagnez de
Monfieur d'Urban Brigadier ,
qui connoiſſoit le Païs. Les Ennemis
tâcherent de s'y oppoſer ,
mais l'empefchement qu'ils y
crûrent mettre ne ſervit qu'à les
faire batre . On les repouſſajufqu'aux
Paliſſades. Ils y perdirent
deux Capitaines , & Monfieur
de Caſaux ſon Cheval , qu'un
coup de Piſtolet renverſa.On ne
fit point de Lignes. Il auroit falu
trop de Troupes pour les garder
, à cauſe de l'étenduë de la
Circonvalation . Un Siege qui ſe
faitde cette forte, eſt un redoublement
d'affaires pour le General
. Son exactitude & ſes précautions
doivent tenir lieu de
Lignes , & il ne ſe peut qu'il
n'aye & beaucoup plus de ſoins
Iuin. H
170
MERCURE
à prendre , & beaucoup plus
d'ordres à donner. On délibera
pour ſçavoir de quel coſté on
feroit l'Attaque. Monfieur de
Navailles trouva celuy des Marais
le plus commode. Son fentiment
fut fuivy,& il ordonna auſſi
toft à Monfieur de la Motte-la-
Mire principal Ingénieur de
l'Armée , de faire un Pont fur la
Segre avat la nuit,pour faire paffer
l'Infanterie qui devoit monter
la Tranchée. Cet habile Ingénieur
eutbeſoin d'adreſſe.Les
contremarches qu'on avoit eſté
obligé de faire pour mieux garder
le ſecret , eſtoient caufe
qu'on n'avoit pû apporter ſi viſte
toutes les choſes neceſſaires .
Rien n'eſtoit encor arrivé . Се-
pendant Monfieur de la Motte,
Jans bois , ſans outils , & fans
Charpentiers , aidé ſeulement.
des
GALANT. 171
des Cavaliers du Regiment de
la Valette , & de Monfieur de
Grillon Brigadier & Colonel de
Cavalerie , baſtit ce Pont dans
le temps preſcrit. Monfieur de
Navailles prit ſon quartier vis- àvis
, pour eſtre & plus pres de
la Tranchée , & plus pres du
coſté par où les Ennemis pouvoient
tenter le paſſage.LaTran .
chée fut ouverte à minuit , &
beaucoup avancée ſans perte.
On la pouſſa auſſi heureuſement
le 2. & le 3. jour. Le 4. fut encor
plus heureux. Monfieur le Marquis
de Navailles à la teſte de
ſonRegimet, s'expoſa beaucoup ,
& fit avancer la Tranchée jufqu'à
cent cinquante pas de la
Contreſcarpe. Il y perdit Monſieur
de la Roche Capitaine de
ſon Regiment , qui fut extrémement
regreté. Le s . la
Hij
172
MERCURE
Contreſcarpe devant eſtre atraquée
,le ſignal fut donné avec
des Flambeaux allumez , parce
qu'on n'avoit point encor de
Canon. On attaqua de tous coſtez
. On entra dans le Chemin
couvert , d'où la Cavalerie fut
chaffée . Monfieur de Surlaube
y fit tout ce qu'on peut attendre
d'un Homme de la derniere
intrépidité . Le Regiment de
Furſtemberg y eut cinq Capitaines
tuez . Le Regiment de
Saulx infulta le Chemin couvert
, tua à coups d'Epée tout
ce qu'il trouva , & fit deux Capitaines
priſonniers. Monfieur
de S. André s'y diſtingua , & fit
un Logement fur la Contrefcarpe
; qu'on abandonna pourtant ,
parce qu'on ne pût achever la
Ligne de communication pour y
aller de la Tranchée. Monfieur
de
GALANT.
173
de Bardonache Capitaine dans
ce Regiment , & Monfieur du
Mas Capitaine dans Navailles,
furent tuez , & on prit une Contreſcarpe
ſans Canon , ce que
d'autres que des François n'ont
point encor fait. Il ne ſe paſſa
rien de confiderable le 6. jour
de Tranchée . Le 7.on s'élargit.
On fit des Banquetes. On plaça
force Sacs à terre . Trois Pieces
de feize,& une de vingt- quatre ,
arriverent au Camp ,&tirerent
la meſme nuit, leur Baterie étant
faite auparavant. On apprit par
une Lettre qu'un Eſpion portoit
au Gouverneur , que le Comte
de Monterey eſperoit bien - toſt
fecourir la Place. Le 8. les Regimens
de Navailles,de Caſtres,
& de Liſtenay , firent des Travaux
ſurprenans. Celuy de Navailles
envelopa & embrafla
Hij
174 MERCURE
toute la Contreſcarpe juſqu'à la
Courtine,avec une diligence &
un ordre tout particulier. Monfieur
le Marquis de Navailles
fon Colonel , montra toute la
netteté de jugement , & tout le
courage poffible . Le 9. on prépara
toutes choſes pour attacher
le Mineur, &l'on eut nou--
velles que les Ennemis ſe mettoient
en état de venir ſecourir
les Affiegez . Le 10. on fit deux
Bateries de deux Pieces chacune
pour batre la Courtine &des
Maiſons qui font en emphithéatre
, & d'où tous les Miquelets
Eſpagnols & les Habitans tiroient
en plongeant dans la
Tranchée . Le 11. on travailla à
un Logement dans le Rédan du
milieu de la Courtine pour y
conduire le Mineur.On fut contraint
de l'abandonner. Le Mi
neur
GALANT.
175
neur de main droite avança jufques
à quatre toiſes , & celuy de
main gauche une & demie.
Le 12. une Baterie de deux Pieces
commença à battre l'épaule
du flanc du Baſtion de main
gauche , pour empeſcher qu'il
ne puſt flanquer la bréche du
Baſtion de main droite , quand
elle feroit faite. Le 13. fut employé
à faire deux Logemens
fous les angles flanquans de la
Contreſcarpe , & les Mineurs
avancerent beaucoup leur Travail.
On dreſſa une Baterie de
deux Pieces aupres de celle
du jour précedent. Le 14. on fit
un Epaulement pour s'oppoſer
au Canon qui donnoit ſur la
droite , tirant du flanc du Baſtion
qui flanque la Porte de Livia.
Meſſieurs de Caſaux , la
Motte-la-Mire , & Lauvilliers,
Hij
176 MERCURE
eftant fur le bord du Chemin
couvert qui fert de Foffe,& parlant
aux Ennemis , furent chargez
de Feux d'artifice, de Bombes
& de Grenades. Monfieur
deCaſaux y fut bleſſé d'un éclat
au deſſus de l'oeil . Le 15. on fit
fortir le Mineur de main gauche
hors de la ſappe , pour l'appliquer
ſous des Madriers à la
face du Baftion du meſme côté;
mais on n'en pût venir à bout, à
cauſe de la prodigieuſe quantité
de Feuxd'artifice,de Bombes,
&de Barils foudroyans , que les
Ennemis jetterent. Deux Mineurs
,& tous les Madriers , en
furent brûlez. Le 16. la Mine
du Baſtion de main droite joüa,
& fit la plus grande bréche qui
ſe ſoit jamais veuë;mais comme
c'eſtoit de la nouvelle maçonnerie
, au lieude ſe partager & de
fe
GALANT.
177
fe fendre en gros quartiers , elle
ſe ſépara toute en autant de
morceaux qu'il y avoit de pierres
& de moillon. Ils furent pouffez
fort loin par la violence de
la poudre , & tuerent beaucoup
de Soldats . Les Ennemis nous
repoufferent , & apres un combat
opiniâtré , ils ſe retrancherent
, parce que nous n'avions
point de Canon qui viſt la Brêche
. Des Matelas & des Sacs
de laine leur ſervirent à ſe remparer.
Monfieur le Marquis de
Navailles s'y diftingua par fon
courage, & Monfieur le Bret eut
toutes les peines du monde à le
faire retirer. On ne ſçauroit afſez
exagerer la conduite & le
courage des Officiers Genéraux
, & particulierement de
Monfieur le Bret qui estoit de
jour , ainſi que Monfieur de la
f
H V
178 MERCURE
Villedieu. Monfieur de Cafaux
qui couchoit toûjours dans la
Tranchée , pour ne perdre aucune
occafion de ſe ſignaler , y
fit paroiſtre fa bravoure accoûtumée.
Deux Pieces de Canon
arriverent encor ce jour-là au
Camp. Le 17. on fit de nouveaux
efforts pour appliquer le
Mineur , & pour l'attacher ſous
des Madriers auBaſtion demain
gauche. On ſe ſervit meſmes
des Portes de fer d'une Eglife
qu'on avoit trouvées. Le grand
feu des Ennemis renverſa tout.
Un Garde de Monfieur de Navailles,
tres -brave & tres- intrépide
, y fut tué , & pluſieurs autres
.Le feu demeura tout le lendemain
juſqu'à la hauteur de la
moitié des Ramparts , de forte
qu'on prit réſolution d'attacher
le Mineur par la fappe . Monfieur
GALANT. 179
fieur Doudreville Major de
Viercet , qui eft plein de zele &
de coeur, s'en chargea. Les Ennemis
parurent le ſoir fur les
Montagnes , & ily eut pluſieurs
eſcarmouches entr'eux & nos
Miquelets. Le 18. la ſeconde
Mine du Baſtion de main droite
eſtant prête à joüer , on ſomma
lesEnnemis de ſe rendre . Onne
parla point au Gouverneur;mais
il fit répondre par un des Officiers
de la Place , Qu'ilne s'attendoit
pas à eftre affiegé par un
auffi grand Capitaine que Monfieur
le Mareschal Duc de Navailles
; Que puis qu'il avoit reseu
cet honneur , il ne devoit pas
trouver mauvais qu'ilfist toutfon
poſſible pour défendre fa Place
aux deſpens de tout ſon ſang , &
pour foûtenir les interests de fon
Prince , dont il eſperoit à chaque
moment
180 MERCURE
moment du ſecours ; Que plus il
connoiſſoit le merite & la valeur
des François , plus il ſeſentoit
animé àſe ſignaler parsa défence
, & qu'il n'avoit point autre
chose à répõdre.On mit le feu à la
Mine à trois heures apres midy.
On joignit à la Tranchée un
Détachement de deux cens
Dragons & de cinquante Hommes
de Saulx. On donna l'affaut
à pluſieurs repriſes.Les Ennemis
jetterent continuellement
des Bombes, des Grenades,des
Sacs à poudre,& des Barils foudroyans.
Monfieur de la Villedieu
fut bleſſé à mort , & Monſieur
Murlat legerement au
pied. Les Officiers Suiſſes y firent
tres-bien leur devoir .Monſieur
de Melane monta l'Epée à
la main ſur la Breche. On'ne
peut montrer plus de courage
qu'en
GALANT. 181
qu'en firent paroiſtre les Offi-
'ciers de Saulx , & les Officiers
des Dragons. Les Ennemis parurent
encor pour le ſecours de
la Place. Ils avoient pris fur nos
Miquelets la Tour de Ripe , qui
eſt un paſſage dans les Montagnes.
Monfieur le Mareſchal y
alla avec une petite Piece de
Canon, la reprit , & fit cinquante
Soldalts prifonniers . Les Lieutenans
Genéraux ceſſerent de
monter la Tranchée ce jour-là,
&demeureret dans leurs Quartiers
pour eſtre en eſtat de s'oppoſer
au Secours. Le 19. on fit
de nouvelles Sorties pour aller à
la bréche du Baſtion de main
droite . Trois Eſcadrons des Ennemis
parurent ce jour-là. Le
Comte de Monterey eftoit General
de leur Armée. Il devoit
avoir plus d'expérience qu'aucun
182 MERCURE
cun autre qui fuſt en Eſpagne,
ayant long-temps commandé en
Flandres , où il s'eſtoit trouvé
en pluſieursoccaſions importantes,
& où il avoit appris le Meftier
de la Guerre à ſes deſpens,
par la maniere dont il l'avoit veu
faire aux François. Il eſtoit difficile
qu'il n'en euſt retenu des
leçons , la conduite & l'intrépidité
de ces Braves en donnant
toûjours de grandes à ſuivre.
D'un autre coſté , ce General
qui eſt fort eſtimé de D. Juan,
ne pouvoit manquer de forces
plus que fuffiſantes pour venir
à bout de fon deſſein. Il eſtoit
fur les Frontieres d'Eſpagne , &
avoit eu ordre d'aſſembler toute
la Nobleffe & toutes les Milices
du Païs, de tirer des Troupes de
toutes les Garnisons , & de faire
fortir de Barcelone la grande
Baniere
GALANT . 183
-Baniere de S. Eulalie, c'eſt à dire
de faire marchertout ce qu'il y
avoit d'Hommes au deſſus de
quatorze ans. Tout cela s'eſtoit
exécuté . Joignez à cela des
Troupes qu'on luy avoit envoyées
du fond de l'Eſpagne . Le
Marquisde Leganés,& plufieurs
autres Grands, avoient ſuivy les
Officiers Genéraux ,& l'eſtoient
venus joindre en poſte. Ainfion
auroit eu peine à faire des appreſts
plus conſidérables , ſi le
Roy d'Eſpagne euſt eſté afſiegé
dans Madrid , & qu'il euſt eſté
queſtion de courir à ſon ſecours.
Je ne ſçay ce qui fut réſolu dans
le Conſeil du Comte de Monterey,
mais il eſt certain que tant
de forces aſſemblées ne nous empeſcherent
point de continuer
le Siege, qui dura encor neufou
dix jours de Tranchée. Aucune
Relation
184
MERCURE
Relatio publique ny particuliere
n'a parléde ces derniers jours:&
c'eſt par là,& par d'autres particularitez
que vous n'avez point
ſçeuës , & dont je vous viens de
marquer quelques-unes , que
cette Relation ſera la ſeule qu'il
y ait oncor euë entiere du Siege
de Puycerda. Je vous en ay rendu
compte juſqu'au 19. jour.
Le 20. on fit un Boyau nouveau
pour accourcir le chemin qui
pouvoit mener au Baſtion de
main gauche. Monfieur d'Urban
contribuant de toutes fes
forces & de tout ſon génie au
ſervice du Roy, fe chargea d'une
nouvelle Mine au Baſtio de la
droite , qui devoit penétrer jufques
ſous les Retranchemens
des Ennemis, & les prendre par
derriere . Le 21. on continua le
mefine Travail. Le 22.0n fit une
Place d'armes contre les Sorties
GALANT. 185
des Ennemis. On mit deux PiecesdeCanon
qui enfiloiét & qui
Hanquoientla Bréche . Le 23.on
fut averty que les Ennemis foufroient
beaucoup , qu'ils manquoient
de Pain , & que leur Milice
les quftoit. Le 24. on continua
la Ligne paralelle à la face
du Baſtion de main gauche qui
avoit eſté commencée dés le 20.
afin de faire aller cinquante
Hommes de front à l'aſſaut,
quand la bréche du Baſtion ſeroit
faite . Monfieur de Cafaux
qui avoit toûjours montré une
activité ſans pareille, ſe chargea
d'une Mine au milieu de la courtine
. On eut le mefme jour nouvelle
que les Ennemis ſe retiroient.
Le 25. on continua les
meſmes Travaux, & l'on eut avis
certain que les Ennemis ayant
quité le deflein de ſecourir Puycerda,
avoient renvoyé les Gar-
C
186 MERCURE
niſons de Rozes & de Palamos.
Mr. de Navailles qui pourvoit à
tout, révoya Mr.l'Intédant àPerpignan
pour pourvoir au Rouffilon
, en cas que les Ennemis
priffent cette route , avec ordre
d'arreſter unRegiment Anglois
qui venoit au Camp , & de s'en
ſervir. Mais les Ennemis avoient
aſſez fait de s'eſtre fatiguez en
vain. Ils ne vouloient point eftre
attaquans en quelque lieu
que ce fuſt , & ils voyoient par
tout des ordres fi bien donnez
pour les recevoir , qu'ils aimerent
mieux ſe retirer tranquillement
, que de ſe hazarder à eftre
contraints de faire une retrai.
te précipitée,ou à ſe voir repoufſez
des Lieux qu'ils auroient pû
attaquer pour faire diverſion . Le
26.le 27. & le 28.laTranchée fut
montée à l'ordinaire, fans qu'il
s'y
GALANT . 187
au
s'y paſſaſt rien de confidérable .
On y joignit ſeulement un Détachement
de deux cens Dragons.
Le 29. les Ennemis batirent
la Chamade à une heure
apres midy , & envoyerent le
Chevalier de Maſcarille pour
Oſtage, avec pouvoirde capituler.
Pendant ce temps le Regiment
d'Hamilton arriva
Camp. On convint d'envoyer à
Ripouil un Officier des Ennemis
, avec un Trompette , cinq
Cavaliers,& autant des Noſtres,
pour voir ſi leur Armée eſtoit
retirée ,& s'il y avoit du Secours
à eſperer. Cependant laCapitulation
fut fignée,& il leur fut ac--
cordé de fortir le 31. de May à
dix heures du matin, en cas que
dans ce temps ils ne fuſſent puifſamment
ſecourus, &qu'il ne faluſt
lever le Siege. On monta la
Tranchée
188 MERCURE
Tranchée à l'ordinaire pendant
ces trois jours. La Capitulation
fut executée au jour marqué.
Les Articles furent tels qu'on a
accoûtumé d'accorder à ceux
qui ſe ſont défendus en braves
Gens. On ne leur accorda point
de Canon , & il leur fut ſeulement
permis d'emmener dixneuf
Perſonnes maſquées. Voiqui
fortit par la Bréche.
cy une Lifte fidelle de tout ce
Cavalerie, 150 Hommes.
Infanterie jaune, 500
Infanterie verte, 365
Miquelets, 50
Vvalons & Italiens, 216
1
Letout monte à 1281. Hommes
en armes.
Miquelets maſquez ,
Parmy les jaunes ,
Parmy les verts ,
4
6
5
Par
GALANT.
189
Parmy les Vvalons,
Parmy les Femmes,
19. masquez.
2
2
Monfieur de Navailles receut
les foûmiſſions de la Ville & du
Clergé ; & Monfieur de S.André
Brigadier partit en poſte
pour porter cette nouvelle à la
Cour.
Dom Sanche de la Mirande
General de l'Artillerie d'Eſpagne
, Lieutenant General de la
Cavalerie , & Gouverneur de
toute la Cerdagne , eftoit auffi
Gouverneur de Puycerda. Cinq
raiſons principalesl'ont obligé à
faire la vigoureuſe reſiſtance
qui luy vient d'aquerir tant de
réputation. Il ſçavoit qu'on ne
peut reſiſter longtemps à des
François fans beaucoup de gloi- ,
re. Sa Place ne manquoit point
d'Hommes, Elle abondoit en
Muni
190 MERCURE
Munitions. Il avoit acheté &
payé ſon Gouvernement en argent
comptant.Il venoit d'épouſer
une Heritiere de Puycerda
qui avoit tout ſon Bien dans la
Ville & aux environs ; & dansle
temps où il fut aſſiegé , on folemnifoit
encor ſes Nôces , où il
avoit prié quantité de Nobleſſe
du Païs qui estoit demeurée
dans ſa Place. Ainſi outre l'honneur
qu'il trouvoit à acquerir , il
avoit beaucoup de Bien à défendre.
Il voyoit d'ailleurs toutes
les forces d'Eſpagne à une
lieuë & demie de luy , & il avoit
ſujet d'efperer qu'elles tenteroient
du moins quelque choſe
pour ſon ſecours. Cependant il
ſemble qu'elles ne foient venuës
là que pour fatiguer Monfieur
deNavailles,qui n'avoit pas feulement
l'occupation que le Siege
GALANT. 191
ge luy donnoit , mais qui fongeoit
continuellement à ſe mettre
hors d'eſtat d'eſtre ſurpris.
Auſſi ne doute- t-on pas que ſi
les Ennemis n'ont rien tenté,
c'eſt ſa vigilance toûjours active
qui en a eſté la cauſe. Tous les
Officiers Generaux ont fait des
choſes ſurprenantes. L'on ne
peut affez admirer Monfieur le
Marquis de Navailles , qui dans
un âge ſi peu avancé a tant
donné de preuves de valeur &
de conduite . On peut dire que
toutes les Troupes ont eſté au
feu,puis qu'en un mois de temps
jamais Place n'a tant conſommé
de poudre. Ainſi nos Troupes
ne voyoient que du feu d'un côté,
& des neiges de l'autre. Il ne
falloit pas devant cette Place un
moins habile Ingénieur que
Les
Monfieur de la Motte- la-Mire.
192 MERCURE
Les Sources qui l'embaraſſoient
par tout dans les Travaux , luy
ont causé des difficultez qui ne
pouvoient eſtre furmontées que
par un zele comme le fien.Tous
ceux qui ont agy pour le ſervice
du Roy , y ont merité beaucoup
de gloire ; & Monfieur le
Camus - Beaulieu , Intendant de
l'Armée , a fait voir une continuelle
activité en tout ce qui regardoit
fon miniftere. C'eſt trop
vous parler de cette Place fans
vous en faire voir le Plan. Examinez
- le , Madame. Il eſt tresexact
, & vous y verrez toutes
les Attaques tres - fidellement
marquées. Vous pouvez juger
par là de la capacité de Monfieur
de la Motte-la-Mire ; auffi
a- t- il toutes les lumieres qu'on
peut avoir dans les choſes dont
il ſe mefle , & vous n'en douterez
:
TREQUE
LYON
B18
*1893*
GALANT .
193
rez pas quand vous ſçaurez que
c'eſt luy qui a fortifié Pignerol,
qui paſſe pour un desplus beaux
Ouvrages de Fortifications qui
foient dans le monde.Je ne vous
parle point des avantages qu'on
peut tirer de la conqueſte de
Puycerda. On ſçait aſſez , fans
qu'il foit beſoin de le dire , que
la Capitale d'un Païs en donne
toûjours beaucoup,mais comme
celle- cy eſt d'une grande importance
au Roy d'Eſpagne , je
croy qu'on peut compter parmy
les avantages qu'elle nous affure,
celuy de contribuer au repos
de toute l'Europe. Le Roy n'at--
tendoit pas ſa priſe pour luy offrir
cette Paix tant defirée , puis
que dans le meſme jour & à la
meſine heure que la Garniſon
de Puycerda fortoit, l'Ambaſſadeur
de Hollande eſtoit à l'au-
Iuin. I
194
MERCURE
dience du Roy. Ainſi l'on peut
dire que la Victoire a toûjours
accompagné ce grand Monarque,&
qu'elle l'a ſuivy juſqu'au
moment que ſes Ennemis ont
reconnu ſes bontez .
On a chanté le Te - Deum,
pour la priſe de Puycerda.Toutesles
Cours Souveraines y ont
aſſiſté . Monfieur le PremierPréſident
de Novion s'y eſt trouvé
pour la premiere fois en cette
qualité . Il avoit eſté receu le
mefme jour. Comme il avoit accoûtumé
d'aller au Palais de
grand matin , il s'y eſtoit rendu
à l'heure ordinaire. Quantité de
Perſonnes de qualité l'attendoient
à l'entrée de la Grand'
Chambre pour le ſalüer.Il y entra
, & travailla avec ceux qui
compofent cet Auguſte Corps.
Meſſicurs les Ducs de Foix , de
Coiflin,
GALANT.
195
Coiflin , de Gefvres,& pluſieurs
autres,juſqu'au nombre de douze
, y vinrent dans le meſme
temps . Si-toſt que Monfieur le
Duc fut arrivé, Monfieur le Premier
Préſident alla au Greffe
de la Cour accompagné des
meſmes Perſonnes de qualité
qu'il avoit trouvées en entrant.
Pendant le temps qu'il y demeura,
MonfieurleCoq rapporta
ſes Proviſions à la Cour , avec
ſon Enqueſte de vie & moeurs .
Apres que le tout eut eſté leû ,
on prit les Conclufions de Mon -
ſieur le Procureur General. On
demanda les Avis , & on afſembla
les Chambres. En fuite
deux Conſeillers allerent prendre
Monfieur de Novion , auquel
en entrant dansle Barreau,
Monfieur le Préſident le Cogneux
fit faire le ferment ac-
I ij
196 MERCURE
coûtumé. Cela fait, il prit ſa place,&
fortit à la teſte de la Compagnie
pour aller à la Tournelle ,
d'où il revint ſuivy de Meſſieurs
les Préſidens à Mortier avec
leurs Robes rouges. On tint
l'Audience en ſuite , à laquelle
Monfieur le Duc aſſiſta , ainſi
que les autres Ducs qui avoient
eſté preſens à cette Reception .
L'Aſſemblée generale des
Etats d'Artois s'eſt tenuë le premier
jour de ce Mois. Ceux qui
en firent l'ouverture de la part
du Roy , furent Monfieur le
Duc d'Elbeuf Gouverneur de
la Province , Monfieur de Breteüil
qui en eſt Intendant,Monſieur
de Montplaiſir Lieutenant
deRoy d'Arras en l'abſence de
Monfieur le Comte de Monbron
qui ne s'y pût rencontrer , &
Monfieur Scaron de Longue ,
Prefi
GALANT.
197
Préſident du Conſeil d'Artois.
Monfieur le Duc du Lude , &
Monfieur Courtin,qui paſſoient
à Arras dans ce temps -là , s'y
trouverent. Ce dernier confervant
beaucoup d'affection pour
cette Province dont il a eſté un
des premiers Intendans, fut bien
aiſe de luy en donner ce témoignage
, qui fut reçeu de tout le
monde avec grande joye. Deux
Eveſques,plus de vingt Abbez,
&pres de cent Gentils-hommes,
compoſerent l'Aſſemblée.
Apres que Monfieur le Duc
d'Elbeuf leur eut expliqué en
peu de mots les intentions du
Roy , Monfieur de Breteüil les
harangua avec ſon éloquence
ordinaire. Il leur fit comprendre
l'obligation qu'ils avoient à
Sa Majesté , non ſeulement de
ceque parlesConquestes qu'El
I iij
198 MERCURE
le avoit faites en perſonne , Elle
avoit acquis à leurs Villes l'avantage
de ne plus eſtre Frontieres,
mais de ce qu'Elle vouloit encor
lesmettre en état de ne plus rien
craindre des Ennemis , en retenant
par la Paix les Places qui
les laiſſeront à couvert de toute
forted'infultes. Monfieur l'Evéque
d'Arras,de la Maiſon de Seve-
Rochechoüart,Fils de Monfieur
de Seve qui a eſté Prevoſt
des Marchands , les remercia
au noni de l'Aſſemblée , & les
pria d'aſſurer le Roy du zele &
de l'affection qu'ils avoiét pour
ſon ſervice; ce qu'ils tâcheroient
de faire paroiſtre par les promptes
réſolutions qu'ils alloient
prendre ſur ce qui leur venoit
d'eſtre proposé.
Comme Sa Majeſté devoit
paffer en Artois pour s'en retourner
GALANT. 199
tourner à S. Germain , & qu'à
cauſe de cette Aſſemblée chacun
ne pouvoit en fon particulier
luy aller rendre ſes reſpects ,
on députa Monfieur le Comte
de Belleforiere, Parent de Monfieur
le Marquis de Soyecourt,
qui l'alla complimenter à fon
paſſage , & qui s'acquita tresbiende
cette comiffion .On a renouvellé
cette année les Deputez
Genéraux . Ce changement
ne fe fait que tous les trois ans.
Le Clergé a nommé Monfieur
l'Abbé de Choques ; la Noblefſe,
Monfieur le Comte de Maure,
dela Maiſon de Bernage ; &
le Tiers Etat Monfieur Palifot-
d'Incourt . Ce font trois Perſonnes
d'un fort grand mérite .
Ils ont eſté pluſieurs fois députez
aupres de Sa Majesté , & fe
font toûjours acquitez de cet
I mj
200 MERCURE
Employ à la fatisfaction de la
Province.
Outre ces Députez Genéraux,
on en fait trois autres chaque
année pour aller en Cour.
On a choiſy celle - cy Monfieur
l'Abbé de Suze Eveſque de
S. Omer , Monfieur le Vicomte
de la Thieuloye de la Maiſon de
Saluces , qui ſont préſentement
de la Députation Generale , &
le meſme Monfieur d'Incourt
qui eſt fait Député Genéral , &
quil'eſtoit l'année derniere pour
la Cour , avec Monfieur l'Abbé
le Febvre , & Monfieur le Comte
deGomiecourt. Je vous ay déja
parlé de ces trois derniers.
On ne peut trop dire à l'avantage
des autres. Monfieur l'Evefque
de S. Omer s'eſt toûjours
fait diftinguer par tout , &fon
mérite répond àſa dignité .
Le
GALANT. 201
Le Roy a fait l'honneur à
Monfieur leDuc de S. Agnan,
de luy témoigner parla Réponce
qui fuit, la fatisfaction qu'il avoit
reçeuë de ſa Lettre.
REPONSE
DV ROY
A MONSIEUR
LE DUC DE S. AGNAN.
M
On Cousin , Vous ne
plus
devez
vous mettre enpeinede
vous diftinguer aupres de moy, ily
a long- temps que voſtre zelepour
tout ce qui me regarde a fait cette
distinction. Ie fuis fort perfuadéqu'ilſeſignalera
toûjours dans
la Paixcomme dans la Guerre . Ie
ne doute pas mêmes que les effets
ne furpaßent encor vos expref
Iv
202 MERCURE
fions, &j'ay bien voulu vous dire,
que c'est avec cet agrément &cette
confiance que j'ay leu vostre
derniere Lettre. Priant Dieu au
Surplus qu'il vous ait, mon Cousin,
en ſa ſainte & digne garde. A
S. Germain en Laye le 15. Iuin
1678 .
Signé, LOUIS.
Je vous envoye les Préceptes
Galans. Ils fontde Monfieur Ferrier.
L'Adieu aux Muſes, & l'Elegie
du commencement de ce
Livre que je vous fis voir il y a
quatre ou cinq mois,ne vous laiffent
point en doute de la facilité
de ſon Génie pour les Vers.
Il ſemble qu'il ait eſté animé de
P'eſprit d'Ovide en compoſant
cet Ouvrage. Il en a retranché
toutes les libertez qui pouvoient
bleffer , & ce qui eſt de luyne
def
GALANT. 203
des-honnore point ce qui n'eſt
que Traduction .
Les uns fongent à l'amour,les
autres à boire . Cette Chanfon
qui s'addreſſe à nos Amis les
Hollandois a eſté faite pour les
derniers . L'Air eſt de Monfieur
Rigaut de Tours.
AIR A BOIRE .
Vis que
Pri
legrand LoüisIs en bornant
ſes Explois ,
Vous apermis de quiter la rapiere ,
Venez , pauvres Beuveurs de Biere,
Boire nos Vins comme autrefois.
Sortezde vos Marais,venez rougir vos
trognes ;
Nous n'avons plus d'autresſoucis
Que de trouver affez d'Yurognes
Pour vuider promptement nos Muids.
Les Enigmes continuënt
toûjours à exercer agreablement
les Eſprits. MonfieurRobbe
204
MERCURE
be qui a trouvé le vray ſens des
deux en Vers de ma Lettre du
Mois de May , a expliqué ainſi
la premiere.
Adis Paninventa laFlufte
Pour expliquer ſon amoureux tourment.
Touchant l'invention d'un ſi bel Instru
1
ment ,
Perſonne avec luyne dispute ;
Mais en voyant l'Enigme d'aujour
d'huy.
le doute qui des deux merite d'avan
tage,
Ondu DieuPan , ou de celuy
Qui nous en a ſçen faire unesi belle
image.
Ceux qui ont trouvé cemefme
Mot de Flufte , de Flageolet,
de Haubois , ou de Chalumeau
( car ce n'eſt qu'une meſme
chofe ) fontMeſdames les Marquifes
de Montbrun & de
Briards;
GALANT. 205
Briards; Meſdames de Nancour
de Fontenay , de la Parroiſſe de
Prefle en Brie ; de Couvrigny,
proche de Falaiſe ; Barnet , de
Picardie ; Meſdemoiselles Hebert
Ruë Quinquempoix ; Riviere
; Merles ; & Odinet, d'Auxerre
; Artemiſe, du Mont; Criſto
de Bourges ; Irisde Gien : de
la Salle, de Blois : du Colombier
pres de Madame la Comteſſe de
Torigny : de la Chapelle , Ruë
Guenegaud : de Sommeldirks,
de Chaſtillon en Batois , dans le
Nivernois : Meffieurs de la Salle,
de Rheims : Malbet : Aymés,
de Beziers : Tapprel , Sieur du
Creux : Vaglier , de Mouffy,
Mignot du Buſſy , Gentil homme
de Villefranche en Beaujollois
: de Recul , Gentil- homine
de Picardie : de la Heſtroy : de
Gaillonet, L'Amant cõſtantde la
:.... Belle
206 MERCURE
Belle N.P.Préaudeau ,Avocaten
Parlement à Paris;Vautier Avocatde
Roüen :de Courteville,de
Paris : Buglet , de Troyes : de
l'Arbriffeau , & le Solitaire de
l'Oratoire : Bodin , de Lyon :de
S. Antoine le Brun , de Lyon
Blaiſé le jeune , de Paris : Gayet-
Tarlet , d'Avignon : de Villedieu
, de Pontoiſe : Gardien ,
Secretaire du Roy : Le Lyonnois
, de Paris . L'Abbé de Jully,
du Havre : Le Chevalier de
Clerville : Faverel , de Paris :
Comiers Prevoſt du Chapitre
deTernand : Berout , Medecin
de Conches : Les Hermites de
S. Giraud & de Fontainebleau:
Le jeune Medecin des Belles
de Rennes : Les trois Freres , de
Blois : Le Berger Alcandre : Julie
, de la Place Royale :La Ville
de Compiegne : Les Bergeres
de Loches : La Bergere Catin:
GALANT.
207
La Societé Cloiſtréé de Paris .
Meſſieurs Chantoiſeau,de Brie
Comte-Robert : Le Chevalier
de l'Etoile : du Vaucel , d'Evreux:
Rolad,Avocat à Rheims :
Bazin , Chanoine de Troyes :
Duval l'aîné , Medecin d'Evreux
: du Matha - d'Emery :
d'Abloville , proche d'Argentant
: & Mademoiſelle Gathier,
de Chaftillon fur Marne , l'ont
expliquée en Vers .
La ſeconde Enigme a eſté
ainſi expliquée dans ſon vray
ſens par Monfieur Gardien Secretaire
du Roy.
Toyqui fais la beauté de toute la
Toydont l'on nepeutfaire unejustepeinture,
Qui te devances, qui teſuis,
Qui donne les jours &les nuits ,
Dont chaque inftant commence &finis
Lacerriere
208 MERCURE
Soleil , éclatante lumiere,
Quandpar des ordres eternels
Ta courſe enfaveur des Mortels,
Pourrroit devenir eternelle,
Ferois-tu voir encor comme chez les
François ,
Leplus grandde tous lesRois,
Avec tant de vertus la Reyne la plus
belle,
LesMiniſtres les plus prudens,
LesGuerriers les plus vaillans
EtlePeuple le plusfidelle ?
Meſſieurs de Robbe ; Faverel
Franco de Tibivilier ; des.
Avaris, Secretaire de Monfieur
de Matignon, LieutenantGeneral
de Sa Majesté du Gouvernement
de Normandie;& le Satyre
Troyen , ont auffi trouvé le
Soleil.. La Ville de Nefle l'a expliquée
en Vers.. Meſſieurs du
Vaucel ; Aymés , Fils , Mignot,
de Buffy ; de Gaillonnet; Roland,
Avocat à Rheims;de S.Antoine
८
GALANT.
209
toine le Brun ; Le Chevalier de
Clerville ;& de la Salle,Fils d'un
Secretaire du Roy à Rheims ,
ont crû que c'eſtoit le Iour;Monſieur
Chantoiſeau , l'Horloge ;
Monfieur du Matha-d'Emery,
l'Enigme de l'Enigme en Versi
Monfieur d'Abloville,l'or; Monfieur
Berout , & l'Hermite, de
S. Giraud, le Feu ; Télamire , le
Iour ; Les Bergeres de Loches,
la Chandelle; Madame la Marquiſe
de Briards , l'Aurore ; Mademoiselle
Hebert , Ruë Quinquempoix
, la Lune ; Mademoiſelle
Grimpé , d'Amiens , l'Arcen-
Ciel , &Mademoiſelle Joüet,
de la Ruë des Rofiers,l'Argent.
Voicy les noms de ceux qui
ont trouvé le vray ſens de toutes
les deux. Meſſieurs Foineau ,
Sous-Chantre de la Cathedrale
de Vannes;Le Duc,Avocat,Carolet,
1
MERCURE 110
rolet , Avocat en Parlement ;
Monnereau , de Xaintonge ; Le
Chevalier , de la Ruë Chapon ;
de la Barre , Seigneur du Pleſſis,
Confeiller à Chinon ; Pagés, de
Sedan; des Prez, Maiſtre de Muſique
; Lagrené de Vrilly ; de
Launay , de Caën ; Grandin,
Doyen de Vendofme ;Broſſard,
d'Argentan ; Griffon , Confeillerau
Siege Prefidial de la Rochelle
; Michellet de Bellefontaine
; Renaud , S de Foriers
en Champagne ; Maze , de
Roüen ; Treblad de Fonfrouffe
, d'Aix ; du Sephin , pres
de Saumur ; Celiſandre , G. P.
de la Coudre ; Hermophile de
Medicis , de Beauvais ; Virreau;
de la Salle, Seigneur de Létang,
de Rheims , la Grive, de Lyon;
Loyſeau , de Coulommiers ; Le
Chevalier de la Heronne , de
Roüen,
GALANT. 211
Roüen ; de la Foffe de Vaudevire
, de S. Lo ; Valter , Gentilhomme
Allemand ; Bouchet, de
Lyon ; Roux,Medecin de Vienne
en Dauphiné ; Durand de
Clerbec , proche le Pont-Leveſque
; Laſſon le jeune , Medecin
à Châlons en Champagne;
de la Barre , de Roüen ; de Cohon
, d'Alençon ; Pantot , de
Lyon;Fleury,de Durſet en Nor--
mandie ; de Conſtantin, de Bordeaux
: L'Abbé de Landevennet
: Thabaud des Ferronds :
Madame du Val, Cloiſtre S.Nicolas
du Louvre : Madame du
Carron de Pierreval,de Dieppe :
Les Dames de Mons. Meſdemoiſelles
Raince , de la Ruë
Chapon : Pezé la Cadete , du
Mans : Renavaly , de Breſt en
Bretagne : Lochon & Rocheboüet,
de Mondoubleau : Herblin
212 MERCURE
blin la Fille : Brijon : Le Solitaire
de Paris : Le Secretaire des
Dames de Saumur : Les Bergers
de la Fontaine-Arſon , de
Noyon : Les Bergers ſans Moutons,
du Païs de Caux : les Alliez
du Mont S. Hylaire , de Noyon
en Picardie : Le Pareſſeux , de
Villars en Bourbonnois:Neptune
: La Dame Inviſible, La Belle
Malade , de la Ruë de S.Pére :
Sans vous je n'aime rien : M. N.
de Bordeaux : La Belle Infante,
du Quartier S. Eustache. Mefdemoiselles
de Launay, de Chaſtillon,
ont expliquél'une &l'autre
en Vers , ainſi que Meſſieurs
Germain , Preſtre de Caën:
Houppin le jeune, de Beauvais :
du Mont , Avocat à Chaumont
le François : & un Chanoine de
S.Victor.
Nouvel
GALANT.
213
Nouvelles Enigmes que je
vous propoſe. La premiere eſt
d'une Perſonne de la premiere
qualité.
ENIGME.
TPresquecom
Antoſt pauvre, tantoſt riche,
lelongdujour
Amon voisin je fais niche,
Ilme lafaitàson tour.
Achacunje m'abandonne,
Le moindre mefait la loy,
Ettoûjours monnomſedonne
A ce qui vaut mieux que moy.
Dansune ſombre demeure
Sans regret je suis caché,
Et mesme ſouvent je pleure
Lorsque j'en suis arraché.
Quandon m'expose à l'orage
Surunperfide Element,
Ie ne crainspoint le naufrage,
Etmenaye àtout moment.
Len'ay bras, nypieds, nyteste.
Ie
214
MERCURE
Je ne ſuis de chair, ny d'os,
Etfi toſt que l'un m'arreste,
L'autre trouble mon repos.
AUTRE
Vec
A
ENIGME .
les Rois jeprens naiſſance,
Ils ont besoin de moy, je nesuis
rien ſans eux,
Ieſers à leur grandeur, j'éleve leurpuis-
Sance,
Selon leur volonté je puis estre en tous
lieux
Ieſuis partout d'une mesme nature,
Ieſuis d'un plus ou moindre prix,
Souvent je change de figure,
Selon lamodedes Pais.
Si l'on me voit toûjours de miſe
Chez les Rois &les Empereurs.
le ſuis ſoumis dedans l'Eglise
Aux Abbez, Prelats & Pasteurs.
Plus on me fouleaux pieds, plus j'en tire
avantage,
Plus c'est ma pompe & monhonneur,
Bien
GALAN Τ.
215
Bien loin de me vengerde celuy qui m'ontrage,
Iefais sa gloire & sagrandeur.
Je commence l'Enigme d'Ino
par les divers ſens qu'on luy a
donnez . Meſſieurs de la Salle
Fils , la Foudre ; Le Duc , Avocat,
la Tempeste ; Le Chevalier,
de la Ruë Chapon, le Tonnerre ,
Nicolaïf Nippuoh de Mariffel,
le naufrage d'un Vaisseau, la Macreuse,
une Pierre prétieuse , ou un
Favory;Maze, de Rouën, la Fontaine
qui fort d'un Rocher ; du
Mont , Avocat à Chaumont , la
Pluye Laffon le jeune , la Glace
: Pantot , la Pluye précedée
du Tonnerre , l'Infidelité punie,
l'Inondation & priſe d'Ypres ;
Chantoiſeau , la prise de Gand,
Gardien , la Révolution de la
Hollande ; Aymés Fils , la Paix
de la Hollande ; des Bois , la
Hollandefe jettant dans les bras
216 MERCURE
de la France ; Renaud , ſieurde
Foriers, la Hollande humiliéepar
le Roy : Broſſard , l'Arc- en- Ciel :
Bonnet, de Vaux, la Nége, Franco
de Tibivilier , le Cristal : du
Vaucel , la Seine : de Cohon,
l'Ambre , ou la Gomme de quelque
Arbre : de la Salle , ſieur de Lefſtang,
la Fonte : de la Barre, ſieur
du Pleffis, Conſeiller à Chinon ,
l'Epervier : Butor , la Pierre: de
Courteville , de Paris , la Folie :
du Matha-d'Emery, la Gelée , le
Rhume , ou Verfailles : Berout,
l'Alchymie : Meſdemoiſelles le
Pelletier , de Meaux , la Mort, la
Ialoufie , ou les Simptomes de la
Fievre: Hebert, ruë Quinquempoix,
le Blafon : Merles & Audinet,
d'Auxerre, le Croiſſant de la
Lune; de Launay, de Chaſtillon ,
la Perle , ou la Rofée : Penavaly,
la Bombe : La Belle Malade , la
Foudre:
)
GALANT . 217
:
Foudre : Les Bergeres de Loches,
une Fontaine : Sans vous je n'aime
rien ; l'Imprimerie : L'Indiférent
de S. Quentin , la Banqueroute
: le Berger Alcandre , la
Ialoufie : le jeune Medecin de
Rennes, la Paix avec la Hollande
: L'Amant conſtant de la Belle
N. P. le Croiſſant de la Lune :
Neptune , une Comete : Le faux
Criſante, le Froid : Les Bergeres
fans Moutons , le Flux & le Reflux
de la Mer : Le Secretaire
des Dames de Saumur , la Tempeste.
La Belle Captive de la Ruë
S. Antoine , la Salamandre prifonniere,
le Satyre Troyen, Celifandre
, & Meſſieurs Lagrené
de Vrilly , & Gigaut de Caën,
qui ont expliqué cette Enigme
fur la- Cascade; en ont trouvé le
vray ſens. Ino qui ſe précipite
Iuin. K
218 MERCURE
dans la Mer , la repreſente ; &
les Nymphes qui demeurent
changées en pierres en courant
apres elle pour l'arreſter, ſont des
Statuës qui en ſont ordinairement
les ornemens.
La Figure d'Hercule qui tient
Antée en l'airdans ſes'bras,vous
fournira un nouveau ſujet d'exercer
vos reſveries. Vous ſçavez
trop bien les Fables pour ignorer
qu'Antée Fils de Neptune
& de la Terre, avoit quarante
coudées de hauteur, & qu'en
combatant avec Hercule , le ſecours
que luy preſtoit la Terre
dés qu'il la touchoit , luy donnoit
de nouvelles forces. Ainfi
Hercule n'auroit pû le vaincre ,
s'il n'euſt eu l'adreſſe de le ſaiſir.
de la maniere que vous le voyez
dans ce Tableau. Il l'éleva en
l'air , le prefſſa entre ſes bras , & !
l'étoufa . Mon
HERCULEET.AUTÉE
ENIGME
*
18933711
1
GALANT.
219
Monfieur l'Abbé Colbert a
preſché pour la premiere fois,
& ce Sermon a fait tant de bruit
qu'il eſt difficile que vous n'en
ayez déja entendu parler. II
choiſit pour cela lejour de la Feſte
de S. Iean- Baptiſte Patron de
Monfieur Colbert fon Pere , &
preſcha à Sceaux,où il fut admiréd'une
des plus illuſtres Aſſemblées
qu'on ait veuës depuis
longtemps, & pour ſon éloquence,&
pour la grace aveclaquelle
il prononça le Panégyrique
du Saint. On ne pouvoit moins
attendre de luy,apres l'avoir veu
s'acquiter ſi dignement de toutes
les Actions qu'il a faites en
Sorbonne. Ie vous en ay parlé
pluſieurs fois. Entre un grand
nombre de Perſonnes confidérables
qui ſe trouverent à ce Sermon
, celles qui tenoient le pre
i Kij
220 MERCURE
mier rang , furent Mademoiſelle
de Blois , Monfieur l'Admiral
fon Frere, Madame la Princeſſe
deChevreuſe, Monfieur le Duc
de Luynes, Madame la Duchefſe
ſa Femme , Monfieur & Madame
Colbert, Monfieur & Madame
de Chevreuſe , Madame
la Comteſſe de S. Aignan,Monſieur
le Marquis de Seignelay,
Monfieur Puffor avec toute fa
Famille , Monfieur l'Archevefque
de Sens, Monfieur le Coadjuteurd'Arles;
Meſſieurs lesEfveſques
d'Evreux , d'Orleans,
d'Angouleſime , de Montauban,
de S. Papoul, de S. Brieu , & un
tres-grand nombre d'Abbez de
qualité . On y vit beaucoup d'Illuſtres
Prédicateurs,leP. Girou ,
le P. Bourdalouë,Monfieurl'Abbé
de S. Martin , &c. avec une
partie de Meſſieurs del'Acadé
mie
GALANT. 221
mie Françoiſe . Ie ne vous parle
point de pluſieurs Maiſtres des
Requeſtes , Conſeillers du Parlement,
& autres Magiſtrats , &
d'une infinité d'autres Perfonnes
de qualité & de mérite que
la curiofité avoit attirez .
Quoy que la Paix genérale
dont on efpere bientoft la concluſion,
foit preſque la ſeule matiere
qui s'agite prefentement,
je ne puis finir ſans vous dire
encor trois mots de Guerre. Ils
ferviront à vous faire mieux connoiſtre
que le Roy renonce à
pourſuivre ſes Victoires dans un
temps où il eſt en pouvoir de
vaincre par tout. La Campagne
eſt à moitié faite du coſté d'Allemagne
. Cependant le grand
nombre d'Alliez qui agiſſent de
ce coſté , loin d'eſtre en état de
rien entreprendre , font tous les
Kiij
222 MERCURE
jours dans la crainte d'eſtre attaquez
, & leurs Conqueſtes ont
eſté auſſi imaginaires que celles
qu'ils font tous les Hyvers dans
le Cabinet. Ils ont fortpeu d'Infanterie,
& en tres-mauvais ordre,
& font toûjours fort refferrez
dans leur Camp. Le 9.de ce
mois il y eut une petite eſcarmouche,
dans laquelle ils furent
repouſſez juſqu'à la teſte de leur
Camp. Les Gardes du Corps firent
des merveilles à leur ordinaire.
Il y en eut trois de fort
bleſſez.Un Lieutenantde Noailles
eut ſon Cheval tué ſous luy,
& ſe retira en croupe derriere
Monfieur de Briaille. Monfieur
du Vivier Ayde de Camp , y reçeut
un coup fort favorable au
petit ventre ,& en fut quite pour
une legere contufion. Le 13.'au
matin,dés que le broüillard& le
jour
GALANT.
223
jour pûrent permettre de jetter
les yeux fur le Camp des Ennemis
, Monfieur le Marefſchal de
Créquy vit luy - même qu'ils
avoient decampé, & ayant ſuivy
leurmarche,il s'apperçeut qu'ils
venoient pour ſe poſter entre
Brifac & luy , & que la teſte de
leur Armée eſtoit tournée pour
gagner les Hauteurs de Leylé.
Il fit marcher ſon Avantgarde
avec tant de diligence , qu'il les
prevint; ce qui les obligea de demeurer
en Bataille ſur les Hauteurs
d'Echeſſet. Ils décamperent
le 14. à quatre heures du
ſoir , comme pour venir à nous,
& voulurent faire pouffer nos
Gardes qui les repouſſerent. Le
choc fut aſſez rude , mais heureux
pour nous , puis que nous
n'y perdîmes perſonne. Nousles
ſuivîmes le ſoir d'aſſez prés pour
Kiiij
224 MERCURE
reconnoiſtre que toute leur Armée
eſtoit enmarche. Ils camperent
à demy lieuë de la nôtre.
Les Gardes du Roy , au nombre
de trente- cinq, commandés par
un Garde du Corps nommé
Monfieur de la Roſe , leur ont
pris quarante-ſept Chevaux,&
réversé pluſieurs Chariots chargez
de Vin & de Farines. Les
Ennemis voudroient nous ofter
la communication de Brifac
mais Monfieurde Créquy eſt fi
vigilant , que dés qu'ils pretendent
s'emparer de quelque Poſte,
ils font eftonnez de l'y voir.
On a furpris une Fille habillée
en Soldat qui s'alloit jetter dans
leur Camp. Depuis le commencement
du mois juſques au 17.
qu'on s'eſt approché de l'Armée
des Ennemis,Monfieur de Créquy
ne s'eſt point couché.Monfieur
GALANT.
225
fieur le Marquis de Créquy ef
fuyeles meſmes fatigues. Les
Ennemis apprehendent fort d'étre
attaquez , à ce que diſent les
- Rendus qui arrivent tous les
jours dans noſtre Camp. On a
ſçeu par eux que le Pain commence
à devenir fort rare dans
Ieur Quartier. Unfibeau commencement
de Campagne ne
leur en doit pas laiſſer efperer
des ſuites trop avantageuſes. Il
eſt vray qu'il leur vient du renfort
, mais le Détachement de
Flandres devoit joindre Monfieur
le Marefchal de Créquy
le 20. ou 22. de ce mois. Ainſi la
partie ſera toûjours égale, ſi l'on
en excepte la valeur des Troupes,
la conduite des Chefs,& les
ordres qui font mouvoir les uns
& les autres.
Monfieur de Luxembourg
K
226 MERCURE
fait beaucoup fans rien faire , &
les Troupesqu'il commande ne -
contribuent pas peu à la Paix.
Pluſieurs Dames de Bruxelles
ont eſté voir ſon Camp. Il les a
régalées ; & elles ont admiré la
galanterie des François .
Monfieur Maneffier,Seigneur
d'Auxy , Franqueville , Lierval,
&c. a épousé Mademoiselle de
Saqueſpée Elle eſt Fille de Monfieur
le Vicomte de Selincourt,
qui commande la Venerie de
Monfeigneur le Dauphin. Ce
jeune Prince leur a fait l'honneur
de ſigner au Contract de
Mariage. Ils font tous deux fort
jeunes , & l'un & l'autre d'une
tres-noble & ancienne Famille
de Picardie.
Je n'avois point oüy parler de
ce que vous me dites que vous
avez leûdans la Gazete de Hollande
GALANT.
227
A
lande , des honneſtetez que
quelques Prifonniers Hollandois
avoient reçeuës de Monſieur
le Duc de S. Aignan. Je
m'en ſuis informé , & j'ay ſçeu
que de ceux qui furent pris à la
Bataille de Caſſel , on avoit envoyé
trois cens au Havre . Ils y
firét quelque ſejouravant qu'on
les en retiraft ; & les vents contraires
les ayant obligez dy re-HEOUL
lâcher apres leur embarque (
YON
ment, l'Illuſtre Duc qui eftGott
verneurde cette Place,traita les
Officiers avec tant de civilité,&
donna tant de marques de bonté
aux Soldats pendant quelques
jours qu'ils paſſerent à la
Rade , qu'on ne doit pas eftre
furpris fi les Hollandois ſe font
fait unegloire de le publier. Il eſt
certain qu'ils ne pouvoiétmieux.
juſtifier qu'en parlant de luy, ce
1863
qu'ils
228 MERCURE
qu'ils font dire à leur Gazete
dans l'Article qui le regarde ,
qu'on voit rarement qu'on foit
brave ſans eſtre civil .
Vous avez veu ce que laMuſette
a écrit au Chien pour fon
Berger. Voyez la Réponſe.
LE CHIEN,
A LA MUSETTE .
m'estes Vous, Muſette, qui ne m'
vous Pas tant inconnuë queje
tefuis,vous ne devez pas estrefurpriſeſi
en répondant d'abord pour
vous à voſtre Berger , je n'ay pû
voirfans murmure qu'ilvous obligeaft
à porter un nom qui meparoiſſoit
peu digne de vous. Ie ne
doute point que vous n'ayez bien
examiné les fuites avant que de
vous
GALANT .
229
vous résoudre à l'accepter : mais
puis que l'Amour vous l'a donné,
comme vous en demeurezd'accord,
il est à craindre qu'on neſe per-
Suade que ce soit cemefme Amour
qui vous ait engagéeà le recevoir.
Pour moy qui ne connoiſſois pas
mon Rival ily a quelque temps,je
me préparois à vous dire qu'il est
beaucoup de Bergeres qui préfereroient
un bon Chien à un meschant
Berger: mais depuis qu'on m'a ſçeu
informer de ce qu'il vaut , je voy
bien qu'entre le choix d'un bon
Berger, ou d'un bon Chien, vousne
trouverezguére à balancer.
Cependant on n'ajamais veu
DeChien devenir infidelle ;
Aulieu que ce n'eſtpas une choſe nouvelle
Qu'un Berger change à l'impourveu
Et ſe fafſeunebagatelle
A
D'en
230
MERCURE
D'en conter à quelque autre auſſi bien
qu'à ſa Belle,
Quand il le peut à fon inſceu.
Vous ne l'ignorezpas,belle Mu
fette ( car il faut chercher à vous
plaire envous donnant un nom qui
vous plaiſt) mais vousn'aimezpas,
dites-vous , à estre careſſée d'un
Chien. Si l'inclination de careffer,
est le ſeuldefaut que vous me trou
viez , il ne seroit pas difficile de
nous accorder. Ie ne ſuispasde ces
Chiens dont la groſſeur embaraſſe,
& dont le peu de propreté rend
les flateries dangereuses pour les
Iupes: mais quand je ſerois de ces.
Barbets malpeignez, quifont toû
jours dans les crotes, vous neferiez
pas recevable à vous défendre de
me prendre à voſtre ſervice , fur
L'importunité demes careſſes , puis
que je conſens à me contenter du
plaisirde vous regarderde loing,fi
VOUS
GALANT .
231
vous craignez qu'en vous regardant
de trop pres, je ne vous fois
plusincommode que l'heureux Berger
dont vous voulez bien eſtre la
Musette. Il estvray qu'ilfçait exprimersa
tendreße d'une maniere
bienplus ſpirituelle que pardes careffes,
& qu'un Chien,tel qu'ilſoit,
ne peut estre compté que pour une
Beste: mais ausfinepréiens-jevous
Servirqu'en qualité d'un Domestique
affectionné qui sçaura vous
défendre de l'approchede tousceux
que vous n'aimez pasplus que moy.
On fuitdes Soûpirans dont le ſot entretien
Eft quelquefois plus incommode
Que le badinage d'un Chien
Qu'on peut toûjours faire à ſa mode.
Vous ne pouvez laiſſer le ſoin
De leur défendre voſtre porte ;
Par ma voix glapiſſante & forte
{ Je vous promets de faire en forte
Qu'ils n'en approchent que de loin.
Yous
232
MERCURE
Vous dites auſſi qu'un Berger
peut chanter avec sa Musette
tant de chansons qu'il luy plaira,
tendres ou tristes , Sans qu'elle en
foit touchée. Mais il me paroist
difficile qu'un Berger qui vousfe--
roit dire ce qu'il penſe ne vousfist
jamais penſer ce qu'il vous feroit
dire ; car enfin une Bergere qui
peut comme vous faire choix d'un
Berger pourla toucher , peut bien
auſſiluy répondrefansfon aide. Il
eft des Instrumens qui joüent d'eux.
mesmes ,sans qu'on en connoiſſe les
refforts : &fi l'on en croit quelques
Philofophes modernes , les Animaux
en font des Exemples. Ie
n'ose pas cependant me déclarer
pour eux, car un Chien auroit trop
de raport avec une Musette, &je
n'ay garde deme mettre au mesme
rang avecvous. Mais pour acheverde
vous répondre , quand vous
adjos
GALANT.
233
1
adjoûtez qu'en qualitéde Chien
vous ne me rendriezjamais heureux
, parce que c'est un Animal
qui ne vous toucheroit pas,je tombe
d'accord qu'on ne voit guére
qu'un Berger qui ſcache toucher
une Musette , mais je ne voy pas
auſſi que je fuſſe un malheureux
Chien d'estre le vostre.
Si je puis vous ſervir, ſans- doute
Mon fortſera toûjours fort doux,
Et si c'est un bien qui me couſte,
On ne peut trop payer le plaifir
d'eſtre à vous .
Vous ne sçauriezfaire de mi-
Serables , quoy que vous diſiez &
c'eſt aſſez qu'on vous appartienne,
pourne vouloir changerſa conditionà
aucune autre.Vous ne diſconvenez
pas auſſi que je ne fois fidelle
, mais vostre Berger ne vous
leſemble pas moins , &vous voulez
234
MERCURE
lezattendre qu'il soit inconstant
pour fonger mesme à m'écouter.
Cette reſolution est bien avantageuse
pour luy & s'il estoit vray
que vous ne dißiez que ce qu'il
vous fait dire Sans enrienSentir,
vous ne me renvoyeriezpas à fon
inconstance. Ie ne laiſſeray pas
d'attendre qu'elle vous oftè voſtre
fcrupule, &fi vous croyez ne pouvoir
estre ma Bergere pendant
que vous ferez Sa Musette , quoy
que le plus jaloux de mon espece,je
voy bien qu'il me faudra laiſſfer
jusques-làla plus charmante de
toutes les Muſetes , au plus Spirituel
de tous les Bergers .
J'allois fermer mon Paquet ,
lors que j'ay encor reçeu plufieurs
Lettres touchant l'explication
des Enigmes. Je croy que
vous ne ſeréspas fâchéede tro.u
ver
GALANT.
235
1
ver icy les noms de ceux qui les
ont expliquez .
Meſſieurs de Foreſta de Colongue,
de Marſeille : Criffon,de
l'Académie Royale d'Arles : &
Pierre- Antoine Baron de Hocques
, ont expliqué la Flufte en
Vers. Meffieurs Miconet , Avocat
à Châlons fur Saône : Ranchain
, de Montpellier : de Fontaines
: Dupré : Rudon , Juge
de Chaſteaubas en Agénois :
Hébert de Rocmont : le Marquis
de Beauregard:de Queville
, de Caën : Baré , de Bourdeaux
: l'Abbé Deniau : de la
meſme Ville : le Nouvelliſte
Gaſcon : Momus : Meſdemoifelles
Ragueneau,de Bordeaux : &
Meſdemoif.de Senas & de Buridan,
ont trouvé le Mot des deux.
Ceux qui n'ont trouvé que celuy
236 MERCURE
luy de la Fluſte ſont , Meſſieurs
de Leſtrois Freres , de Blois :
Monfieur Dalonne de Chalançay
: d'Hermilly : le Chevalier
de Barre, de Bordeaux : &Monſieur
Cadet , de Langon. Les
deux ont été expliquées enVers
par Monfieur de Silvecane le
Fils , de Lyon : Monfieur Couldre
, de Caën : le Berger Mede.
cin:& les Bergeres de Montplaifant
pres de Bourg en Brefle.
Monfieur Olivier,de Niſines . Le
Mot du Soleil a eſté trouvé par
Monfieur de Pomiers , de Bordeaux.
Mr. Rault , de Roüën , a
expliqué l'Enigmed'Ino ſur le Iet
d'Eau : & Monfieur Hebert de
Rocmont , fur la Cascade.
Ilme reſte encor à vous entretenir
de l'Opéra de Monfieur
Boiffet , qui fut repreſenté Lundy
dernier à S. Germain devant
Leur:s
GALANT.
237
Leurs Majeſtez , & de la mort
de Meſſieurs d'Apremont , Roujault
, & Marin : mais je ſuis
obligée de remettre ces Articles
, ainſi que pluſieurs autres .
Je finis par celuy de la confirmation
de la Paix de l'Eſpagne
& de la Hollande. Je ne doute
pas que le bonheur dont elles
vont joüir, n'excite bientoſt tous
les Potentats qui ſont en guerre,
à conclure une Paix generate
. Comme ils la devront au
Roy , toute l'Europe pourra
alors retentir du bruit de ces
Vers.
Apres tant defuccés sur la Terre
&fur l'Onde ,
Sur ses propres Exploits LOVIS
Sçait rencherir;
Cet Auguste Vainqueur donne la
Paix
238 MERC. GALANT.
Paix au Monde ,
C'est plus que de le conquérir.
Ie fuis voſtre , &c .
AParis le 30. Inin 1678 .
Avis
L
Avis pourplacer les Figures.
'Arcade de la Voute de Remus &
Romulus, doit regarder lapage 16
L'Arcade des quatre Saiſons , doit
regarder la page 21
L'Air qui commence , Si vous voulexcharmer
, doit regarder la page 46
L'Air qui commence par , Quand
furnos charmans Rivages,doit regarde
la page 1 1 1
L'Air qui commence par , Pour une
jeune merveille , doit regarder la page
134
Le Plan de la Ville & des Attaques
de Puicerda, doit regarder la page 192
L'Air qui commence par , Puisque
le grand Lonis en børnantſes Exploits,
doit regarder la page 203
Hercule & Antée Enigme, doit regarder
la page 218
Qualité de la reconnaissance optique de caractères