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1678, 04 (Lyon)
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:-
807156
MERCURE
GALANT .
Avril 678.
*
1893
*7770
IOTHEQUE
DE
ة م ر A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere .
M. D C. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROΥ.
1
LE
MERCURE
GALANT,
A MONSEIGN EUR
LE DAUPHIN.
ORS que plein de Louis
jeviens te raconter ,
PRINCE , quelques traits
desa vie ,
Sans doute à ce discours
tu teſens exciter
D'une héroïque jalousie .
Ata jeune valeur , à tes premiers efforts,
La Flandre auroit offert une illustre matiere;
āj
Mais Loürs'les dérobe à ton ardeur
guerriere ,
Tout ce que l'Espagnol perd de Murs
de Forts , 5
Tu le perds d'une autre maniere.
Quandtu vois par un Pere Ypre &Gand
attaquez ,
(Ou bien pris, c'est la même chose)
Tu te plains que pour Luy la Victoire en
dispose ,
Car ton Bras fans cela ne les eust pas
manquez.
Si tant d'Etats voiſinsſonten nôtrepuis-
Sance ,
Il faudra que plus loin tu portes tes
Exploits.
Ceque Loüis afçeu rendre François,
Tu le mettras ſous Luy dans le coeur de
laFrance.
PREFA
PREFACE.
Q
Vo y que l'Extraordinaire
n'ait point eſté donné dans
le temps qu'on l'avoit promis
, on prétend n'avoir
pointmanqué de parole.Toute la France
(&même la plupart des Païs Etrangers
qui l'imitent en beaucoup de cho
les ) demande qu'on luy apprenne les
Modes nouvelles , & on reçoit peu de
Lettres qui n'en parlent. Ces Modes
paroiffent ordinairement dans le changement
des Saiſons , mais les beaux
jours n'eftant pas venus cette année
avec le Printemps , on n'a point encor
quité les Habits d'Hyver. Comme
l'Extraordinairecontient le Quartier de
Janvier , ony verra les Modes qui ont
regné pendant cette rigoureufe Saifon,
afinqu'on puiffe dire que dans les quatre
Volumes qu'on aura tous les ans de
cet Extraordinaire , on aura eu toutes
iij
PREFACE.
les Modesde l'Année courante. Cependant
on ne veut point donner ce prémier
Extraordinaire qu'il ny en ait de
toutes nouvelles. Elles le feront , puis
qu'on n'en voit encor que tres -peu,
& que fans aucun retardement cet Extraordinaire
ſera donné le 24. deMay.
L'Autheur efpere par là faire ſa paix
avec plus de cinq cens Perſonnes,beaucoup
de Belles & des Villes entieres,
qui croyent avoir eſté oubliées. Ainfi
l'on doit s'attendre à voir un grand
nombre de belles Lettres. On y verra
que l'occupation que donnent aujourd'huy
les Enigmes , faiſoit celle des
plus grands Princes&des plus beaux
Eſprits de l'Antiquité : Mais comme
ces Lettres ſerviront à faire voir que
les Enigmes qu'on a juſques icy proposées
dans le Mercure , ont eſté trop
faciles à deviner, on tâchera d'en donner
à l'avenir de plus difficiles. Le Public
en auroit eſté d'abord rebuté , &
puis qu'il s'eſt accoûtumé à s'en faire
un Divertiſſement agreable , on n'a
point preſentement à douter qu'il ne
foit bien aiſe de trouver une difficulté
qui
PREFACE.
qui fera acquerir plus de gloire à ceux
qui devineront.
Ceux qui envoyent des Memoires
dans les derniers jours du Mois , ne
doiventpas ſe plaindre s'ils ne les trouvent
pas employez . La meſme choſe
eſt touchant l'Explication des Enigmes.
On leur rendroit juſtice en les
nommant fi on recevoir leurs Lettres
plûtôt. Cet oubly forcé ſera reparé par
l'Extraordinaire où leurs Explications
feront miſes .
1
LE
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Ja
Efuis bien aiſe que vous soyez contant,
cher Lecteur , de la correction diu
Mercure Galand ; le vous donne celuy
d'Avril où je crois que vous ferez auffi
Satisfait . Vous aurezremarquez que dans
celuy de Mars ily avoit huit Figures;
Sçavoir , quatre Chansons , le Plan de
Gorée, celuy de Tabago, celny de Gand,
&l'Enigme, ceux à qui on aura obmis
àmettre lesdites buits Figures auront
Soinde les faire demander , où ils les auront
acheptéon les leur donnera. Ievous
donnecet advis, car l'on en a distribué
quelques-uns où ily manquoit ledit Plan
de Tabago & Gorée , &à d'autres la
Chanson du Vin , à cause d'un pacquet
quifut égaré ; mais doreſnavant l'on ne
Seraplusdans ces peines ,puiſque l'ona
pris des voyes plusſeures&plus diligensespour
les faire venir , afin de les di
Stribuër
AV LECTEUR.
ftribuer àLyon tom lesfixièmes des mois ,
ainſi queje le promets. Pour l'Extraordi--
naire on le donnera fans aucun retardement
le 24. du preſent mois de May
avec toutes les Figures & ornemens que
l'on peut attendre d'un ſi bel Ouvrage,
quel'on ne vendra que cinquanteſols Sans
marchander à Lyon ; Vous serezsurpris
de voir les dépences que l'on fait audit
Extraordinaire , & vous trouverezque
leprixque l'ony metſeratres-modique.
Tousles Volumes de l'année 1678 .
commancer par celuy de Ianvier ne se
donneront plus à l'avenir chez le Sicur
Amaulry à Lyon àmoins de vingt ſole
relié, &trente ſols à Paris, chezle Sieur
Blageart auffi relié , pour les dix Volume
de l'année 1677. Je donneront au
prix ordinaire , c'est à dire , douzefols
relié , & quelle deſpence que l'on faffe
àpresent audit Mercure qui s'augmentera
toûjours de plusen plus , l'onne le
r'encherira plus du tout , eſtant àpresent
un prix estably pourtoûjours.
L'on continuera à diſtribuer toutes les
Semaines le lournal des Sçavans pour
cing fols.
LIVRES NOVVEAVX
du Mois d'Avril .
Union des Eccleſiaſtiques avec les Religieux
dans les Miſſions, 8 .
Hift. des Sevarambes, 12. 2. vol.
Expoſition dufaint Sacrement parM.
Thiers , 12. 2. vol.
Methode de laGeographie par le S. Robbe,
12. 2. vol.
Hist. du Gouvernement de Cifteaux,4.
Voyage de M. Tavernier, 4. 2. vol.
Extrait
P
Extrait du Privilege duRoy.
Ar Grace &
Ge Germain
Privilege du Roy , donné à S.
en Laye le 31. Decembre 1677.
Signé , Par le Roy en ſon Conſeil , JUNQUIERES.
Il eſt permis à J. D. Ecuyer , Sieur de Vizé
, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpacede fix années , à compter du jour que
chacun deſd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſidefenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentementde l'Expoſant,
nyd'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'ea
vendre ſeparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende,
& confifcation des Exemplaires contrefaits,
ainſi que plus au longileſt portéauditPrivilege.
Regiſtre ſur le Livrede la Communauté le
5.Janvier 1678. Signé E. COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sicurde Vizć ,a
cedé &tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour ca
jouir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevéd'imprimer pour lapremiere fois le
6. May 1678.
47673-8463-6313-69763-6-7-83333333
333333333
EXTRAIT DV PRIVILEGE
de Monseigneurle Vice - Legat
Ar
d'Avignon.
PA grace & Privilege de
Monfeigneur
l'Excellentiffime Vice-Legat ,il eſt permis
àTHOMAS AMA ULRY Libraire de Lyond'imprimer
& debiter le Livre intitulé Le Merture
Galand , avec l'Extraordinaire dudit Mercure
Galand , avec deffences à tous autres d'imprimer
, vendre , ny debiter dans laVille d'Avignon
& Comté Venaiſſin aucun Exemplaire
dudit Livre,même de ceux cy- devant imprimés ,
en tout ou en partie, que de l'impreſſion dudit
AMAULRY, pendant le temps de fix années, à
compter du jour que chaque Volume fera imprimé
pour la premiere fois , à peine de fix mil
livres d'amende , ainſi qu'il eſt plus amplement
porté à l'Original ; & le preſent Privilege
eſt tenu pour deuëment ſignifié en mettant
un Extrait au preſent Livre. Signé
FR. NICOLINI Vice - Legat. Datté du
16. Avril 1678. Enregiſtré par FLORENT
Archevifte.
MERCU
MERCURE
GALANT.
YON
Ous ne ſçauriez
croire , Madame,
combien je me
trouve preſentement
embarraflé
àvous écrire . Vous m'avez difpensé
de l'exactitude du ſtile . Je
vous dis ſans façon les Nouvellesdont
onme fait part , & n'étant
point aſſujetty avec vous
aux termes choiſis , je puis me
tirer d'affaire fort commodé-
Avril A
2 MERCURE
ment. Cela va le mieux du monde
pour ce qui regarde la faciliité
de nôtre commerce , mais il
* n'en eſt pas de même pour l'abondance
des matieres qu'on
me fournit . Mes Lettres groffifſent
chaque Mois , & elles ne
fuffifent point encor à tout ce
qui n'eſt envoyé de tous côtez .
Ainſi je me trouve dans la neceffité
, ou de fupprimer quantité
de choſes que je ſuis afſuré
qui vous plairoient , ou de ne
les pas mettre dans le temps
qu'on me les donne. Vous m'avez
causé cet embarras en me
rendantà la mode. Voyez, Madame,
par ce Madrigal fi je préfume
trop du cours que vous
m'avez fait avoir dans le monde.
t
MADRI
GALANT.
3
a
S
2
-
S
MADRIGAL.
A
U Mercure nouveau c'est en vain
qu'on pretend ,
Iris , Sans avanture on n'y peut tenir
rang.
Sans la Guerre ou l'Amour on n'aura
point lagloire
De voirſon Nom dans ſes Ecritsgalans
,
C'eſt leur unique employ de chanter la
victoire ,
Ou des Soldats ou des Amans ;
LaGuerre appareminent apour vouspeu
decharmes ,
Etvous fuyezſes tristes coups.
Vous aimez mieux qu'en vous rendant
lesarmes
Onne connoiſſe point d'autre vainqueur
quevous.
Hé bien , ſuivezl'Amour, vous irezan
Mercure;
Mais laiſſant vôtre coeur, capable deses
feux ,
I
A ij
4 MERCURE
- Souvenez- vous , Iris , que pour une
Avanture
Ilfaut tout au moins estre deux .
Quoy qu'en diſe ce Madrigal
, il n'eſt point beſoin d'étre
de concert pour ſe donner
le plaifir de produire une Avanture.
Il n'en naiſt que trop tous
les jours que les Intereſſez ne
peuvent prévoir , & qui ont
quelquefois de fâcheuſes apparences
, quoy que dans le fond
il n'y ait rien de plus innocent.
Ce que vous allez entendre
vous ſurprendra. L'incident eſt
particulier , & l'Amour n'en
cauſa peut- eftre jamais un plus
bizarre.
Une Dame demeurée Veuve
affez jeune , ayant médiocrement
de la beauté , mais beaucoup
d'enjouëment , & ce qui
s'appelle l'Eſprit du monde , vivoit
GALANT.
-
S
a
t
t.
e
t
n
IS
e
e-
1-
ui
i-
Dit
voit avec une Soeur d'un cara-
Etere tout opposé. L'une aimoit
toutes les Parties de plaiſir, l'autre
cherchoit la retraite; & tandis
que la premiere ne fongeoit
qu'à paffer agreablement fon
temps , celle- cy faifoit fa joye
de la folitude.Ce n'eſt pas qu'elle
n'eût tous les avantages qui
peuvent autoriſer une jeune
Perſonne à ſouhaiter d'eſtre
veuë. Elle avoit dela beauté, la
taille bien prife , l'eſprit doux,
& fi elle eût voulu fonger au
Mariage , elle ne manquoit pas
de Prétendans, mais elle s'eſtoir
mis la Devotion en tête , & regardant
toutes les folies de la
vie comme paſſageres , elle n'y
trouvoit rien qui duſtl'attacher .
Sa Soeur avec qui la mort de ſa
Mere l'avoit obligée à ſe retirer,
luy faiſoit ſouvent la guerre de
A iij
6 MERCURE
cette humeur ſauvage qui ne
s'accommodoit preſque d'aucun
divertiſſement,&dans leurs
petites diſputes un Habit de
Religieuſe eſtoit toûjours ce
qu'elle luy conſeilloit de choifir.
Mais elle connoiſſoit les
maux de la dépendance. Le
nom de Fille ne luy paroiſſoit
point honteux à garder , & fans
ſe faire une neceſſité de la maxime
reçeuë parmy la pluſpart
de celles de fon Sexe , qu'il faut
ou ſe marier ou entrer dans un
Convent , elle estoit bien aiſe
de demeurer maîtreſſe de fes
actions , & de pouvoir tous les
jours renouveller volontairement
le ſacrifice qu'elle s'eſtoit
reſoluë à faire de ce que le
monde a de plus flateur. Elle
avoit du Bien , & elle en employoit
une partie à foulager
les
GALANT
S
a
e
-
S
Le
les Miférables dans leurs befoins.
Sa Maiſon leur eſtoit toujours
ouverte,& elle n'en pouvoit
entendre gémir ſans sintéreſffer
à leurs fecours. Ces
pratiques de vertu & de charité
faifoient bruit. LesGens auf
ſi détrompeżndes vanitez du
Siecle qu'elle l'eſtoit , ne pou-
Dit
15
aart
ut
un
Life
l'accuſoient d'orgueil , de laiffer
voient affez loüer ſa conduite.
Mais ceux qui ne diftinguent
point la veritable Devotion de
l'Hypocrifie , en faifoient cent
contes deſavantageux. Les uns
}
fes
les
reoit
le
paroître ce qui devoit eftre caché.
Les autres diſoient que
c'eſtoit ſa marote de vouloir
qu'on parlat d'elle fur le pied
d'une Beate ; & fa Soeur mefme
Elle
-mger
apprenant qu'elle retiroit quelquefois
des Pauvres chez elle
pendant la nuit , ne pouvoit
les Aij
8 MERCURE
i
s'empeſcher de dire qu'elle aimoit
l'ordure & la ſaleté. Ces
railleries la trouvoient inébranlable
. Elle écoutoit tout ,& ne
s'embarraſſoit de rien. Elle auroit
toûjours veſcu dans cette
loüable tranquillité , fans une
diſgrace qui luy arriva d'où elle
devoit l'attendre le moins. Les
deux Soeurs allerent rendre vi
fite à une Parente qui estoitein
time Amie de l'aiſnée. Cette
Parente avoit un Amant avec
qui elle estoit broüillée à demy
depuis quelques jours , & le hazard
voulut qu'il ſe trouvât chez
elle dans le temps de la Viſite.
Il vit la belle Devote. Il en fut
charme , & ayant commencé à
luy dire quelque douceur, fi elle
luy répondit civilement , ce
fut avec une ſeverité qui luy fit
connoître que ce n'eſtoit pas
fur A
1.
GALANT.
9
e
S
e
C
y
Z
已、
It
a
-
ce
it
as
fur ce ton-là qu'elle accoûtumoit
les Gens à luy parler. A
peine leva-t-elle les yeux une
fois fur luy , & ce n'eût pas eſté
un petit embarras pour elle s'il
luy eût falu dire au fortir de là
de quelle maniere il eſtoit fait.
Le Cavalier tout Homme de
Cour qu'il eſtoit , en demeura
preſque déconcerté. Il s'addrefſa
à l'Aiſnée , qui luy fit le Portrait
de ſa Cadete en riant. Cette
auſterité de vertu le ſurprit;
mais comme les traits de ſon vi
ſage adouciffoient pour luy ce
qu'elle avoit de trop rude , il ſe
fit un point d'honneur de réduire
cette aimable Perſonne à
ne le traiter pas toûjours fi fierement.
C'eſtoit un de ces Hommes
du grand air , qui ſur la foy
de leur bonne mine , ſe perfuadent
qu'il n'y a point de Belle
ar Av
10 MERCURE
qui foit capable de leur refifter.
Il noüa aisément commerce
avec la Veuve, ſous prétexte de
la faire Juge des ſujets de plainte
que luy donnoit ſa Parente,
avec laquelle il rompit entierement.
Les Viſites qu'il rendit à
cette Veuve , ne produifirent
pourtant point l'effet qu'il en
attendoit. Il croyoit que fon aimable
Soeur ſeroit auprés d'elle
, & il ne l'y rencontra qu'une
fois oudeux. Encor fuſt - ce un
bonheur dont cette belle Perſonne
l'empeſcha toûjours de
profiter , en ſe retirant preſque
auffi- toft . Ces difficultez irritérent
ſa paſſion. Ne la pouvant
voir chez elle, illa chercha dans
des lieux où il eſtoit ſeur de la
retrouver. Elle avoit ſes heures
de devotion publique , & il les
paſſoit en meſme lieu qu'elle,
fans
GALANT. IT
Γ
fans en retirer d'autre avanta
ge que celuy d'eſtre témoin
d'une modestie, qui le charmoit
malgré fon peu de panchantià
eſtre devot. Cependanterfon
amour augmentoit toujours , &
l'impoſſibilité prefque viſible de
réüſſir , l'engageoit plus fortement
à la pourfuiter derette
conquefte. Il n'ofoit fedecouvrirà
fon Aifnée , parce qu'elle
eſtoit trop Amie de la Dame
qual abandonnoit, & qui avoit
grande peine à fe confoler de
cette rupture. A ce défaut il fit
agir une Femme de qualité qui
affura l'aimable Devote ,que fiv
elle vouloit avoir de la confide
ration pour luy , il feroit ravy
d'épouſer une Perſonne auffi
vertueuſe qu'il la connoiſſoit.e
Rien ne luy pouvoitleftre plus ,
avantageux. Le Gentilhomme>
eftoit
121 MERCURE
F
eftoit riche, bien fait , de bonne
Maifon, &elle ne fut point touchée
de ce que toute autre au
roit crû un fort grand bonheur...
Les refus qu'elle luy fit fignifier ,
auroient dû éteindre la plus.
violente paffion , & il en arriva
tout autrement. Le Cavalier qui
n'avoit peut-eſtre fait propofer:
le Mariage que pour avoir accés
auprésde la Belle, ſe fit une
veritable affaire de réüſſir dans
ce deffein. Il crût que s'il pou->
voit luy parlerluy-meſme , il luy
peindroit fi bien ce qu'elle pou->
voit gagner en l'épouſant , qu'il
viendroit à bout de fa refiftance
; & pour en avoir une audiance
infaillible dans un temps
qui la forceroit à l'écouter , il
s'aviſa du plus bizarre expédient
dont l'Amour ſe foit peuteſtre
jamais fervy. Son ApparkL..
tement
GALANT.
13
tement donnoit ſur la Ruë. II
ſçavoit qu'elle eſtoit tres-ſenſible
au malheur des Affligez,
qu'elle en avoit ſouvent retiré
chez elle pour avoir entendu
leurs plaintes , & ne doutant
point qu'elle n'exerçât la même
charité à ſon égard , s'il ſe métamorphoſoitd'unemaniere
àmériter
ſa compaffion , il prit l'Habit
d'une pauvre Femme qui
avoit ſoin de nettoyer une petite
Ruë voisine , ſe barboüilla un
peu le viſage qu'il avoit aſſezi
propre à autorifer un déguifement
de cette nature , & dans
cet équipage il alla ſe poſter à
heure induë ſous les Feneſtres
de laBelle qu'il vouloit tromper.
La coûtume qu'elle avoit demé
diter le ſoir aprés avoir fait retirer
ceux qui la ſervoient , luy
eftoit connuë. Il commença de
joüer
14 MERCURE
joüer ſon rôle , pouſſa quelques
tons plaintifs , & ne les continua
pas long-temps ſans voir ce
qu'il avoit crû. On ouvrit la Feneſtre.
On luy fit quelques queſtions,
& il n'y eut pås ſi tôt répondu
comme Femme , qu'on
s'empreſſa pour le fecourir. La
Belle qui avoit envoyé coucher
une Fille qui étoit à elle,deſcédit
en bas fans faire bruit , appella
la prétenduë Miſérable qu'elle
croyoit devoir paſſer la nuit à ſa
Porte ; & fans regarder autre
choſe que ſes Habits aſſez mał
en ordre pour ſoûtenir le caratere
qu'elle prenoit, la fit mon--
ter dans ſa Chambre où elle
mit tous ſes ſoins à la foulager.
Après avoir fait grand feu , elle
alla chercher quelques reſtes
affez accommodans pour une
Perſonne qui auroit eu beſoin
de
GALANT.
15
demanger; mais ce n'eſtoit pas
ce qui amenoit le Cavalier .Tous
ces ſoins l'embaraffoient ; &
comme il n'avoit aucun appétit
pour ce qui luy eſtoit offert
avec tant de charité , la Belle
qui crût que le repos luy eſtoit
plus neceſſaire qu'aucune autre
choſe , parloit de luy céder ſon
Lit , & de ſe retirer dans un petit
Cabinet où elle avoit déja
paſsé plus d'une nuit en de pareilles
occafions , quand le refus
qu'en fit ſon Amant en termes
un peu trop civils pour la
Perſonne que fes Habits repreſentoient
, commença à luy faire
naître quelques ſoupçons du
déguiſement. Elle examina fon
viſage avec plus d'attention
qu'elle n'avoit encor fait ; &
alors le Gentilhomme ſe jettant
àſes genoux , ſe fit connoître
pour
16 MERCURE
pour ce qu'il eſtoit , & la conjura
de ne point s'offencer du
ſtratagéme dont l'envie de luy
découvrir ſes ſentimens , l'avoit
obligé de ſe ſervir. Vous jugez
bien, Madame, que toute devote
qu'elle eſtoit , il luy fut impoſſible
de voir qu'on luy eût
fait une piece de cette nature,
fans quelque forte d'emportement.
Elle ferma l'oreille aux juſtifications
du Cavalier , & fans
vouloir l'entendre un moment,
elle le preſſoit de ſortir avec
toute l'indignation dont une pareille
injure pouvoit la rendre
capable . Mais le Cavalier ne ſe
hatant pas , & luy proteftant
qu'il n'avoit pour elle que des
deſſeins que la plus ſevere vertu
n'eût pû condamner , il s'obſtinoit
à luy demander qu'elle
l'écoutât. Ils ne púrent ſi bien
22 régler
GALANT .
17
régler leur diſpute , qu'il ne leur
echapât quelquefois de parler
trop haut. Par malheur pour
eux, cette Parente que le Cavalier
avoit aimée , feftoit demeurée
ce meſme ſoir à coucher
avec la Veuve dont je vous ay
dit qu'elle estoit la plus particuliere
Amie . La confidence
qu'elles fe faifoient ordinairement
de tous leurs ſecrets, avoit
fourny entre elles à une longue
converſation , & elles s'alloient
mettre au Lit , quand l'une des
deux eſtant fortie un moment,
entendit parler dans la Chambre
de la Devote. Celle- cy appella
l'autre,& ne doutant point
que quelque charité exercée
n'eût donné compagnie à la
jeune Soeur , elles réſolurent de
la ſurprendre, & entrerent inopinément
où elle estoit. La veuë
de
18 MERCURE
de la faufſſe Gueuſe fit rire les
deux Amies,qui ne ſe piquoient
point du tout d'eſtre devotes.
Elles commencerent à luy faire
des queſtions. Le Gentilhomme
n'y répondit qu'en ſe détournant
, pour tâcher à n'eſtre
point reconnu . La Belle toute
interdite voulût l'enfermer dans
ſon Cabinet , ſous prétexte de
ne pouvoir fouffrir qu'on raillaſt
les Malheureux. Sa Parente
ſe mit à l'entrée pour s'y op- >
poſer; & foit que le deſordre où
elle la vit luy fit croire du miſtere
dansl'empreſſementqu'elle
témoignoit pour cacher le
Cavalier métamorphosé , ſoit
que l'Amour l'éclairât en un moment
, elle remarqua les traits
de fon Infidelle , & fit un cry
dont la raiſon fut bien tôt connuë.
Comme elle ſe perfuada
qu'elle
:
GALAN T.
19
qu'elle n'avoit eſté trahie qu'à
cauſe du nouvel engagement
qu'il avoit pris, & que l'équipage
où elle le ſurprenoit, luy donnoit
ſujet de croire que la Devote
n'eſtoit qu'une Hypocrite
qui choiſiſſoit des heures commodes
pour ſes plaiſirs , il n'eſt
rien qu'elle ne permiſt contre
elle à l'emportement de ſa paffion
. Le Cavalier eut beau proteſter
que cette belle Perſonne
n'avoit aucune part au déguiſement
qui faiſoit ſoupçonner
fon innocence , rien ne fut capable
de la détromper. Elle peſta
, fulmina , fit le conte de fon
Amant traveſty pour la prétenduë
Beate ; & vous pouvez
croire, Madame, qu'on ne manque
pas à faire d'amples Commentaires
ſur le Texte , par le
plaifir qu'on trouve toûjours à
donner
20 MERCURE
donner le nom de grimaſſes à la
plus ſolide Vertu. Il y a déja
long-temps que les vrais Devots
ſoufrent la peine qui n'eſt
deuë qu'à ceux qui les contrefont.
La malignité du Siecle n'y
met preſque point de diférence ,
&il ne faut pas s'étonner ſi des
apparences d'une auſſi forte
conviction que celles d'un Cavalier
furpris la nuit en habit
de Femme , ont fait publier que
la Belle n'avoit pas une devotion
incompatible avec le commerce
des Rendez -vous. Voila
comme ceux - meſmes qui renoncent
le plus veritablement
au monde , ne peuvent ſouvent
prévenir des conjectures embaraſſantes
qui les expoſent à la
calomnie . Monfieur de Santeüil
qui préfidoit au Bureau des Finances
comme le plus ancien
Tréſo
1
GALANT. 21
Tréſorier de France de Paris,
s'eſt mis dans la retraite. Quoy
qu'il ait toujours veſcu dans
une pieté exemplaire , il a crû
qu'il ne pouvoit aſſez fortement
fonger à ce qu'il ſe devoit à luymeſme
, s'il ne ſe démettoit de
ſa Charge. Monfieur de Varroquier
Chevalier de l'un desOrdres
du Roy , & fecond Préfident
dans la Compagnie , eſt
devenu le premier par cette
Démiſſion . Ce fut luy qui porta
la parole à Monfieur le Tellier
au nom de ce Corps, quand
Sa Majesté le nomma Chancelier
de France.Vous vous ſouvenez,
Madame , de ce que je vous
dis alors & de ſa naiſſance & de
fon mérite . Vous connoîtrez celuy
d'une aimable Demoiſelle
par ce Sonnet qui m'a eſté envoyé
de Loudun. Elle y doit
avoir
22 MERCURE
avoir la Direction de quelque
Hofpital , & c'eſt là - deſſus
qu'on a faitles. Vers que vous
allez lire .
Q
SONNET .
Vele Cielbelle Hospitaliere ,
Eut depitié des Affligez ,
Quand il vous mit où vous logez ,
Pour avoirſoin de leur miſere !
Sidansquelque douleur amere
Leurmauvaisfort les a plongez,
Lamaindont ilssont soulagex
Sçait rendre leur peine legere.
Sage Olympe , il faut l'avouer ,
Onne sçauroit affez lover
Cesbontez, ces soins charitables.
Vous les empefchez de mourir ;
Mais il est d'autres Miserables
Qu'il faudroit auſſi ſecourir.
Vous
GALANT.
23
Vous eſtes ſi accoûtumée à
voir éclater la justice du Roy
dans les récompenſes qu'il fait,
que vous ne ferez point ſurpriſe
d'apprendre qu'il ait donné
l'Abbaye de Preüilly en Brie à
Monfieur le Chevalier Fourbin .
Sa valeur vous eſt connuë , auſſi
bien que le zele infatigable qui
ne luy laiſſe négliger aucune occafion
de montrer l'attachement
qu'il a pour le ſervice de
fon Maître ; &je vous en ay parlé
tant de fois , que je ne pourrois
que vous répeter ce que je
vous en ay déja dit.
Sa Majesté a auſſi gratifié
Meſſieurs le Pelletier & Rofe
des Abbayes de S. Vincent de
Mets ,& de Selangue. Le premier
eſt Fils de Monfieur lePelletier
Conſeiller d'Estat ordinaire,
fi connu par ſes grands Emplois
24
MERCURE
plois & par luy -même , & qui
dans les Fonctions de Prevoft
des Marchands qu'il a faites ſi
long-temps avec tant de gloire
pour luy , & tant d'avantages
pour l'embelliſſement de Paris,
a fait voir combien des Sujets
qui luy reffemblent font néceffaires
à un Etat. Monfieurl'Abbé
Roſe eſt Neveu du Secretaire
du Cabinet qui porte ce
nom , & qui par les ſervices
agreables qu'il rend depuis tant
d'années , ne laiſſe pas lieu de
s'étonner des graces que SaMajeſté
luy accorde. Vous ſçavez,
Madame , qu'il n'eſt pas un des
moindres ornemens de l'Académie
Françoiſe . La place qu'il
y occupe ſi dignement , fait l'éloge
de fon Eſprit.
Je ne doute point que vous
n'en trouviez beaucoup dans
les
GALANT.
25
}
les Vers qui ſuivent. Je les croy
de Monfieur Cordetz . Vous
avez vû ſon nom parmy ceux
qui ont deviné les Enigmes. Le
détour qu'il prend eſt galant,
& il ſeroit difficile d'imaginer
unemaniere plus adroite de faire
une déclaration d'amour à
une Belle , qu'en s'addreſſant
d'abord comme ila fait à un Enfant.
03-803-8633038033
A MADEMOISELLE H.
la Cadette , âgée de quatre à
cinq ans.
J
Eune Iris que mon coeur adore
Etdont tous mesſensfontcharme,x
Chacun me dit que vous m'aimez ,
Maisje ne le puis croire encore.
Si dema Paffion le tendre empreffement
M'acquiert lebonheurde vousplaire,
Aimez-moypaſſionnément
Tandis que vous lepouvezfaire.
Avril. B
26 MERCURE
Avôtre âge l' Amour n'est pas un grand E
défaut:
Aimez, puis que ce Dieu vous afi - tost
émuё.
Letemps ne viendra que trop tost
Où vousferez plus retenuë.
S'il est quelques douceurs que vous vouliezdemoy
,
Expliquezvous-enfans contrainte.
Puis que je vous donnemafoy ,
Vous pouvez demander tout le resteſans
crainte.
Souffrezun tel discours de la part d'un
Amant ,
Votre âge luy permet de dire ce qu'il
pense ,
Mais dans dix ans en récompense
Ilse verra réduit à parler autrement.
A MADEMOISELLE H.
l'Aifnée .
DHilis, je parlay l'autrejour
vôtre de mon amour.
Eſtant encor Enfant on le souffritſans
peine,
Et
GALANT.
27
Et l'on ne trouva point à redire à cinq
ans
Qu'elle nefustpas inhumaine
Et vouluſt écouter les voeux de fes
Amans ;
Mais s'il me fuſt échapé de vous dire
Que c'est pour vous que je foûpire
Etque nepouvant plus vous le diſſimuler
Des peines de mon coeur j'eufſe osévous
parler,
Bien loin d'avoir de vous favorableaudiance
,
Dixans que vous avez de plus
Mettent entre elle &vous fi grande
difference ,
Quej'euſſe offert desvoeuxqu'on n'auroit
point reçeus.
Mais cependant , Philis , vous deviez
bien m'entendre ,
Et quand je luy fis voir des sentimens
fidoux ,
N'aviez- vouspas ſujet deprendre
Uneautre vous mesmepour vous ?
Un esprit fin comme levôtre
Pouvoit bien remarquer que ſous le nom
d'Iris
Iene voulois pas dire un autre
Bij
28
MERCURE
Que celle qu'aujourd'huy je traite de
Philis.
Ainfi donc , quoy qu'Iris ait puprendre
pourelle
Defi beauxſentimens,
Qu'elle ait dû se flater de faire des
Amans
Se connoiſſantfi belle ,
Si Philis confentoit à recevoir mesfoins,
Iris auroit fans doute un Soupirant de
moins.
Il me fouvient, Madame , que
dans ma derniere Lettre je me
contentayde vousmarquer fimplement
que nous avions pris le
Fortd'Orange dansl'Amérique.
Ce qui s'eſt paſsé dans cette
Action , devoit préceder tous
les Articles de Mer qui vous ont
appris quenous nous étions rendus
maîtres de l'ifle de Gorée
& de Tabago ; mais comme je
n'avois alors ny le Plan de ce
Fort, ny aucune Relation exacte
de
e
e
e
e
BLIOTHEQUE
18
YON
1893
Plan
du Fort
d'Orange
GALANT.
29
de l'avantage que nous avons
remporté de ce côte-là, j'ay remis
juſqu'à aujourd'huy ce que
j'ay à vous en dire. Vous voudrez
bien diftinguer les temps,
pour ne confondre pas l'ordre
des Conqueſtes que nous avons
faites en des lieux qui ſont ſi
éloignez de nous. Le Plan que
j'ay fait dreffer du Fort dont je
veux preſentement vous entretenir
, vous fera plus aisément
concevoir la maniere dont l'Attaque
en a eſté faite. Examinez
-le , je vous prie , avant que
de rien lire de ce qui en regarde
le détail.
3 Monfieur le Chevalier de
LezyGouverneur de Cayenne,
n'ayant perdu aucune des occaſions
qui ſe ſont afſſez ſouvent
preſentées, de harceler les Hollandois,
& de ruiner les Etablif
Bij
30
MERCURE
ſemens qu'ils ont voulu faire au
Vent de cette Iſle, n'eut pas plutôt
reçen deux Compagnies
d'Infanterie que Monfieur le
Comte d'Eſtrées luy envoya de
la Martinique ſur le Navire de
Monfieur le Chevalier de Machaut
, qu'il appliqua tous ſes
foins à chaffer les Ennemis de
la Riviere d'Oyapoco au Cap
d'Orange. Ils avoient commencéde
s'y établir par l'envoy d'un
nombre confiderable de Vaifſeaux
, au mois de Fevrier 1677 .
Leur deſſein eſtoit de faire une
puiſſante Colonie,qui ſelon leurs
projets devoit s'emparer de cette
Ifle au premier Secours qu'ils
attendoient inceſſamment. Ils ſe
-regardoient déja comme les
Maîtres de toute cette Coſte ,
dont ils prétendoient faire un
-ſecond Bréfil. Mais Dieu qui
voulut
GALANT.
31
-
S
a
S
-
voulut tromper leurs eſpérances,
fit concevoir à Monfieur le
Chevalier de Lezy le deſſein de
leur ruine,& ill'exécuta par des
voyes auſſi extraordinaires, que
ſes forces eſtoientinégales à celles
qu'on luy devoit oppofer.
Il prit ſeulement foixante & dix
Soldats à Cayenne , trente Ha-
コbitans , quelques Négres & Indiens
, & pour Officiers Mefſieurs
de Ferolles Major , de
Quermont , de Cloches Capitaines,&
de la Sauvagere Ayde-
Major. Ils s'embarquerent dans
dix Canots , & la connoiffance
qu'il avoit des lieux, luy fit juger
à propos de s'embarquer auffi
luy-mefme avec eux.
1
S
S
e
S
,
ב
Outre
qu'attendant beaucoup des Indiens
pour le fuccez de cette
entrepriſe , il ne doutoit pas que
le pouvoir qu'ils luy avoientlaif-
Biiij
32 MERCURE
sé prendre ſur leur eſprit , ne
fuſt d'un grand poids à les faire
agir avec vigueur. Ainſi
apres qu'il eut laiſſe à Monfieur
des Granges premier Capitaine
dela Garniſon , le Commandement
de l'Iſle qu'il couvroit en
quelque façon par ſa route , il
partit le 5. de Juillet dernier, &
arriva en troisjours avec cette
petite Flote à une Habitation
d'Indiens ſur la Montagne d'argent.
Ellen'eſtoit qu'à fix lieuës
des Ennemis , & on fut aſſez
heureux pour prendre ſix Hollandois
en ce lieu - là , par le
moyen de deux Canots qu'on
avoit détachez exprés un jour
auparavant. Ils rendirent meilleur
conte de la diſpoſition des
Ennemis , que n'avoient fait
deux Eſpions que Monfieur
leChevalier de Lezy y avoit envoyez
GALANT. $ 33
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voyez quelque temps avant
qu'ileuſt reſolu de les aller attaquer.
Ce qu'ils rapporterent
luy fit prendre les dernieresmefures
pour ce deffein , quoy que
ces Prifonniers luy euffent dit
qu'ils croyoient leursGens ayertis
de l'approche des François ,
& que cinq cens Hommes ne
pouvoient les prendre , parce
qu'ils estoient du moins trois
cens qui portoient les armes..
Il fut donc arreſte que Monfieur
de Ferolles accompagné
de vingt-cinq Hommes, ſe jetteroit
dans le Fort du coſté de
la Riviere , où il n'y avoit ordinairement
qu'une Sentinelle, &
que Monfieur de Lezy donneroit
en meſime temps dans le
Bourg du coſté des terres , pour
enveloper les Ennemis. Cette
réſolution eſtant priſe, on paffa
Bv
7
34
MERCURE
un jour en ce lieu-là pour s'y rafraîchir.
Les Canots ſe remirent
en Mer , & entrerent dans la
Riviere de Oyapoco la nuit, à la
faveur de laquelle Monfieur le
Chevalier de Lezy defcendit à
une demy -lieuë du Fort , avec
fes Officiers & les Soldats qui
le devoient ſuivre. Les Indiens
dont il s'eſtoit fait accompagner
, contribuerent fort au
prompt ſuccez de cette Expédition.
Non ſeulement ils luy
ſervirent de Guides dans des
Bois pleins d'épines ,&dans des
Païs noyez , qu'on fut obligéde
traverſer à la lueur de quelques
chandelles ; mais ils luy donnerent
lieu de ſe trouver deux
heures avant lejour avee la plus
grande partie de fon monde,
aux premiers Retranchemens
des Ennemis , dont il fit ployer
la
GALANT.
35
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X
S
S
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la Garde. Tout ce qui ſe rencontra
fut tué . Monfieur de Ferolles
s'eſtoit emparé du Fort
dans le meſme temps, & en défendoit
les approches avec des
Grenades. Il avoit auparavant
fait mettre bas la Sentinelle , &
tué le Gouverneur qui estoit accouru
les armes à la main. Plufieurs
Hollandois voulurent ſe
Fallier en divers endroits , mais
on les chargea fi promptement,
qu'ils furent contraintsde prendre
la fuite. Ils ſe ſauverentdans
les Bois avec les autres , & en
fortirent à une heure de Soleil
au nombre de plus de trois cens
pour ſe venir rendre à difcretion.
Leur confufion fut grande
, quand ils reconnurent qu'ils
avoient efté pris par une fi petite
Troupe de François , ayant
un Fort défendu d'une bonne
Palilla
36 MERCURE
Paliſſade fur un Parapet formé
de la terre d'un large Foffé , avec
feize Pieces de Canon en baterie
, d'où les Vaiſſeaux ne pouvoient
approcher faute d'eau ,
& qui eſtoit environné de Marais
du coſté des terres par où
ils ſuppoſoient que leur Fort
eſtoitinacceffible. Il s'en ſauva
quelques-uns , mais en trespetit
nombre , au moyen d'une
Barque qui revenoit de la Pefche,
dans laquelle ils ſe jetterent
pour s'échaper.
Monfieur le Chevalier de Lezy
apres avoir laissé à Me de
Ferolles le ſoin de ruiner le Fort
& le commencement de leur
Ville,en partit le lendemain avec
les principaux Prifonniers , &
arriva à Cayenne le 8.jour apres
fon depart. Cette Ville conte-
-noit déja une trentaine de Maifons
GALANT. 37
e
a
fonsde charpente couvertesde
tuiles , &beaucoup d'autres à la
façon du Païs, enfermées d'une
Paliſſade, avec un Parapet & un
bon Foffe . Cette démolition
ayant eſté faite , Monfieur de
Ferolles revint avec le reſte des
Priſonniers dans un Brigantin
qui de Cayenne s'eſtoit avancé
juſques à la Montagne d'argent,
àla ſuite des Canots ; & en pluſieurs
voyages de ce Bâtiment,
toute l'Artillerie & les Munitions
de guerre furent apportées
à cette Iſle par les ſoins de
Monfieur de Cloches. Le pillage
auroit eſté plus conſidérable
qu'il ne fut pour les François , ſi
Monfieur le Chevalier de Lezy
par une géneroſité ordinaire à
laNation , oubliant les droits de
la Guerre , & le reſſentiment
d'une Priſon fort injuſte , n'euſt
laiffé
38 MERCURE
laiſſe à ceux qui s'eſtoient rendusune
partie de leurs Effets .
Il faut vous tenir icy parole,
puis qu'onme l'atenuë ſur l'Extrait
qu'on m'avoit promis du
Diſcours que fit Monfieur RavotAvocat
General de la Cour
des Aydes , à l'Enregiſtrement
des Lettres de Monfieur le
Chancelier.
Il fit voir d'abord que comme
les Hommes ne peuvent ſe
former une idée de Dieu que
par les effets furprenans de ſa
bonté& de fa puiſſance , rien
ne pouvoit faire affez dignement
connoître le plus grand
de tous les Roys,que les Actions
qui rendent ſes Peuples heureux
par l'autorité de la Juſtice,
ou qui les défendent des infultes
de leurs Ennemis , quand il
ſe trouve obligé de prendre les
armes.
GALANT.
39
-
1
--
t
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コー
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a
d
S
-
,
armes. Enſuite abandonnant à
d'autres l'honneur de loüer nôtre
Invincible Monarque , par
le nombre , la grandeur , & la
rapidité des Victoires qu'il a
remportées Luy-mefme en perfonne
; & ne laiſſant pas de faire
entrevoir avec admiration
les choſes qu'il n'oſoit toucher,
il parla des Anceſtres de Monſieur
le Tellier , de fa Perſonne,
&des avantages que l'Etat recevoit
de Meſſieurs ſes Fils. Il
regarda fon élevation à la premiere
Dignité de la Magiſtrature
, comme une récompenſe
de la pieté de ſes Anceſtres , &
des ſervices qu'ils avoient rendus
à la France ; & il prouva par
les Regiſtres de ſa Compagnie,
que feu Monfieur le Tellier fon
1 Pere avoit reçeu dans la Cour
S des Aydes toutes les marques
particu
40
MERCURE
particulieres & publiques d'eſtime
dont elle pouvoit honorer
un mérite extraordinaire . En
parlant de toutes les Charges
que Monfieur le Chancelier
avoit exercées depuis l'Année
1624. il fit remarquer qu'il avoit
fait paroître dans chacune l'experience
d'une Vieilleſſe conſommée
avec toute la force
d'une vigoureuſe Jeuneſſe; Qu'il
s'eftoit attaché dans toutes à
rendre ſon Maître le plus aimé
des Roys,& le plus glorieux des
Conquérans ; Qu'il avoit foûtenu
ſes premiers Emplois avec
une Politique ſi judicieuſe , &
des fuccez fi heureux , que
LOUIS LE JUSTE l'éleva à la
Dignité de Secretaire d'Estat,
pour l'attacher par des liens
plus étroits à ſon ſervice , & au
bien de ſon Royaume; Que depuis
GALANT.
41
-
1
a
e
S
2
e

1
puis ce temps-là il avoit eu la
direction entiere des Affaires
les plus fecretes , avec ordre à
pluſieurs Ambaſſfadeurs de fuivre
ſes avis en toutes choſes ;
Que dans les temps les plus difficiles
il s'eſtoit conduit avec
tant de ſageſſe & de prudence,
qu'il avoit calmé le dedans du
Royaume , renversé les deſſeins
&les entrepriſes des Ennemis,
qui s'eſtoient veus obligez à demander
la Paix , aprés qu'il les
avois réduits à ſe repentir d'avoir
pris quelque afſurance fur
la difcorde & la diviſion des
Mal-intentionnez .
Toutes ces choſes qu'il mit
dans leur jour avec beaucoup
d'éloquence , ayant remply ſes
Auditeurs d'eſtime pour une
vertu auffi conftante & auffi durable
que celle de Monfieur le
Chance
42
MERCURE
Chancelier , il exhorta les Peuples
à benir le jour dans lequel
le meilleur de tous les Princes
leur donnoit pour Chef de la
Juſtice un Homme qui avoit
toûjours préferé leur bien à fes
intéreſts particuliers,& qui dans
un temps où la maligne influence
des Aftres ſembloit avoir entierement
corrompu l'uſage de
leur raiſon , avoit demandé luymeſme
ſon éloignement de la
Cour ; un Homme qui n'eſtoit
point élevé à la plus importante
de toutes les Charges , ou pour
luy-meſme, ou pour ſa Famille,
mais feulement pour faire revivre
dans l'eſprit des Magiſtrats
l'ordre de la Difcipline & l'amour
de la Juſtice. Ce fut alors
qu'il compara Meſſieurs ſes Fils
à des Aſtres indépendans & du
premier ordre , qui brillent fans
ceffe
GALANT.
43
ceffe fur nos Teſtes , ſans eſtre
obligez d'éprunter leurs rayons
de la fource de la Lumiere . Il
dit que le Roy perfuadé qu'un
fi grand Homme ne pouvoit
avoir rien produit , où l'on ne
trouvaſt l'abregé de ſes vertus,
avoit comblé de bienfaits Monfieurl'Archeveſque
de Rheims,
pour l'application continuelle
qu'il avoit donnée à fe perfe-
Aionner dans les Sciences fublimes
de Prélats ; Que Sa Majesté
ayant pris ſoin de former Ellemeſme
l'Eſprit de Monfieur de
Louvoys , l'avoit rendu capable
d'exercer dignement la Charge
de Secretaire d'Etat dans un
âge où les autres peuvent s'acquiter
à peine des moindres
Emplois ; Que tant d'Actions
furprenantes qui nous font tous
les jours admirer ce Grand Miniftre
44
MERCURE
niſtre , eſtoient une glorieuſe
ſuite des ſoins du plus grand des
Roys, qui avoit voulu Luy-mefme
donner la derniere main à
un Ouvrage que la nature & le
travail des autres n'auroient jamais
ſçeu mettre dans un ſi haut
point de perfection .
Il finit en exhortant ſa Compagnie
à tenir les yeux incef-
Tamment attachez fur Monfieur
le Chancelier comme fur le
>
Modelle le plus parfait qu'elle
puſt ſe propofer , & à faire pour
luy les meſmes voeux que firent
autrefois les Romains pour le
plus juſte de leurs Empereurs.
Il y avoit dans tout fon difcours
un air fi naturel, fi delicat,
fi fublime,& fi refpectueux pour
le Roy, foit dans les chofes , foit
das lesmanieres de les exprimer,
&tout ce qu'il dit efſtoit accompagné
GALANT.
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اند
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pagné de traits d'eſprit & d'érudition
ſemez ſi agreablement
dans preſque toutes ſes périodes
, qu'il fut aisé d'y reconnoître
le merveilleux génie de feu
Monfieur Ravot ſon Pere . Je ne
fçay, Madame, ſi vous connoiffez
affez cette Famille , pour
avoir appris qu'il a poſſedé longtemps
la mefme Charge d'Avocat
General de la Cour des Aydes,
& qu'apres en avoir fait les
fonctions avec beaucoup dezele
pour le ſervice du Roy , &
une extréme application pour
le Public , il la remit entre les
mains de Monfieur ſon Fils , &
fut honoré de celle de premier
Préſidentau Parlementde Mets.
Il l'a exercée juſqu'à ſa mort
avec une eſtime toute particuliere
de Sa Majesté , qui la conferve
encor aujourd'huy entiere
46 MERCURE
re pour celuy dont je vous
parle.
Il eſt temps de vous donner
à mon ordinaire dequoy exercer
vôtre belle voix. Liſez ces
Paroles que vous trouverez enfuite
notées . Elles ont eſté miſes
en Air par Monfieur Martin
le Fils. Le merite du Pere eft
connu de tous ceux qui aiment
la Muſique ; & ce que je vous
envoye du Fils ,vous perfuadera
aiſément qu'on a eu raiſon d'attendre
beaucoup de luy. Il s'eſt
acquis de l'eſtime par la maniere
dont il jouë du Claveſſin , de
la Baffe & du Deſſus de Viole,
& il eſt à croire qu'il n'en acquerra
pas moins en s'appliquant
à la compoſition des Airs.
CHAN
GALANT.
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S
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ےہ ft
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CS.
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M
CHANSON.
Roffignols, que
pretendez- vous
ParvosChants languiſsäs &doux?
Que pouvez- vous encor ou defirer , on
craindre?
Si voſtre coeur est enflamé ,
Vous n'avez pas lieu de vous plaindre,
Il n'appartient qu'à moy qui ne ſuis
point aimé.
mans ,
Il n'y a rien de ſi intereſſé
que l'Amour. Vous le voyez par
les plaintes continuelles des A-
& vous l'allez encor
mieux voir par les Vers qui fuivent.
S'ils vous plaiſent , quoy
qu'on ne m'en nomme point
l'Autheur , on me fait eſpérer
qu'il n'en demeurera pas là , &
qu'on m'en envoyera de temps
en temps de ce caractere .
L'A
LIOTRENSNA
8
MERCURE
*1893E
AMOUR
INTERESSE
'.
Ris , l'an
IApres am
&jour est passé.
ſi longtemps , il est bon , ce
meſemble ,
Que du jour qu'entre nous l'amour a
commencé ,
Nousſongions à compter enſemble.
Ieſuis exact , vous le ſçavez,
lepayeray, fi je dois , avec un ſoin extréme
;
Mais auſſi , ſi vous me devez ,
Ieveux estrepayé de mesme.
Comme je ne prétens nulle grace , àmon
tour ,
levous le dis avec franchise ,
Si, tout bien calculé , vous m'eſtes de retour
Point de quartier , point de remiſe.
S'agiſſant d'articles defrais ,
Ieſçay bien qu'entout autre compte
Yvouloir avec vous regarder deſiprés,
Ceseroit me couvrirde honte.
Mais
GALANT.
49
Mais en miſes d'amour la rigueurse
permet ,
E. C'est un étroit commerce où l'intereſt en-
00
4
ex
mor
tt
rés,
Mais
gage,
Toutse compte,&qui plusy met
Prétend retirer davantage.
Pandant trois mois entiers , comme au
Seul nom d'amour
Vous paroiffiez toute tygreffe ,
l'aypensé , pourn'ofer mettre maflame
au jour ,
Mourirſuffoqué de tendreſſe.
l'en avois des accés à me mettre aux
abois,
Faute de leur donner liberté de paroiſtre;
Etfi quelquesſoûpirs m'échapoient quelquefois,
Vousfeigniez de n'y rien connoistre.
Quoy que cette contrainte euſt de cruel
pourmoy,
I'ay voulu languirpour vousplaive ,
Et regarder comme une douce loy
Laneceſſité de me taire.
Ala fin vosregards s'estant humaniſez,
Avril. ف C
1
50
MERCURE
M'ont permis de vous dire, j'aime';
I'en aytrouvémesfers àporterplus aiſez
Vous l'avez remarqué vousmesme.
T
Cemot àprononcerſi doux ,
Quand je vous lediſois , me donnoit tant
de joye ,
Que je nommois les jours paſſezauprés
de vous ,
Des jours filez d'or &deſoye.
Mais dire , je vous aime , & le dire
toûjours,
Apres tout ce n'est rien que dire,
Et qui n'a dans ſes maux que ce foible
Secours ,
N'a pas trop de fujet de rire.
Monamour meritoit un peu plusde bonbeur;
Mais pourpeu qu'il oſe entreprendre,
Vous luy mettez en teste unſi farouche
honneur,
Qu'il nesçaitplusparoù s'y prendre.
Voila ce qui me fait demander qu'à l'in-
Stant
Nousfafſions un calcul qui me tire d'affaire.
Si
GALANT.
51


rés
५०१
dri
ucke
Si je veux de mes soins estre payé comptant,
Toute peine requiert ſalaire.
Depuis un an entier je vous en ay rendu
Atoute heure &de touteforte,
Et jamais Amant affidu
N'eut une paſſion &fi tendre &fiforte.
Vous me devez, mille & millefoûpirs
Dont j'ay fait l'inutile avance ,
Vnindigefte amas d'impetueux defirs
Estouffezparma complaisance.
Vous me devez des tranſports, des lan
gueurs,
Des chagrins , des inquietudes,
Et tout ce qu'un amour qu'on nourrit de
rigueurs ,
Soufre de peines les plus rudes.
Sur cela ,j'ay, reçen pour toutsoulage
ment ,
De vostre Gand baisé la faveur nom
pareille ,
dre
Lin Et devant mes Rivaux , une fois ſeulement,
daf
Vousm'avez en riant dit trois mots à
Si l'oreille. Cij
52
MERCURE
Iene veux point le déguiſer,
Baiser un Gand d'abord , c'eſt aller af-
Sez viſte;
Mais n'avoir par delà jamais rien à
baifer,
C'est demeurer au premier gifte.
Ainsi comme j'ay plus avancé que reçen,
Arrestons s'il vous plaiſt , ce qu'il me
fautde reste :
Nevoulant que ce qui m'est deu ,
Ie ne croy pas qu'on le conteste.
Peust-eftre vous direz que l'on n'a pas
toûjours
Dequoy Satisfairesur l'heure ,
Et qu'il n'est pas nouveau qu'apres mille
détours,
Tout d'un coup le plus riche en arriere
demeure.
L'en ſçay qui là-deſſus pourroient s'inquieter;
Mais que cet embarras n'ait rien qui
vous retienne,
Vous avez des trefors capables d'acquiter
Bien d'autres dettes que lamienne.
Laiſſez
GALANT. 53
10

ille
ert
in
qui
iter
Tez
Laiffezmoy mepayer , j'y sçauray bien
EtSi je
fournir,
prens de
prendre ,
Vousplus que ie
Atout bon compte revenir,
ne
BADEIO
LYON
le eray toujours prest a rendre
193*971)
Je vous ay déja dit, Madame,
que Monfieur Colbert avoit fait
l'honneur à l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture, d'y
venir diſtribuer les Prix que Sa
Majesté y a établis. Voicy ce
qui s'y paſſa . Il conſidéra d'abord
les Ouvrages des Etudians
qu'on y avoit expoſez . C'eſtoiét
trois Tableaux & trois bas Reliefs
fur un meſine ſujet. Adam
& Eve s'y voyoient repreſentez
dans la peine dont leur deſobeïſſance
les a rendus dignes.
Ce grand Miniſtre prit ſéance
enfuite ; & le Secretaire luy
-
Ciij
54
MERCURE
ayant preſenté l'Acte du jugement
des Prix qu'il approuva ,
il fit appeller ceux qui les devoient
recevoir. MonfieurChéron
eut le premier Prix de la
Peinture , & Monfieur Vivien
le ſecond. Ceux de la Sculpture
furent donnez à Monfieur l'Aviron
& à Monfieur Huliot. Ils
font tous François . Cette diſtribution
eſtant faite , le meſme
Secretaire reprefenta à Monfieur
Colbert les matieres & les
raiſonnemens des Conférences
qui s'eſtoient tenuës l'Année
derniere dans l'Académie fur
les belles Proportions en general
, avec les Obſervations principales
du deſſein de l'Homme ,
& beaucoup de choſes qui regardent
la grandeur des Contours
, & la forme & le mouvement
des Muſcles. Il luy fit voir
ce
GALANT.
55
S
t
S
S
e
I
2
ce qui s'eſtoit dit ſur les beautez
de la Figure antique du Gladiateur
, ſur ſes diverſes manieres,
& fur la diférence du travail de
la Sculpture.Pluſieurs Préceptes
pour les bas Reliefs y estoient
joints avec quelques Queſtions
fur la Peinture & fur l'étenduë
des Etudes du Peintre .Cet Exa
men finit par ce qu'on avoit agité
fur deux matieres tres confidérables
, l'une de la diſpoſition
des Lumieres, & l'autre de l'expreffion
des Paffions. Monfieur
le Brun qui avoit fait des Deffeins
fur cette derniere, en confideration
d'une recherche fi
neceſſaire & fi curieuſe , les fit
voir à Monfieur Colbert , qui
témoigna en eſtre fort fatisfait.
Ce ſage Miniftre qui cherche
tout ce qui peut augmenter l'amour
des beaux Arts , luy con-
C iiij
56
MERCURE
ſeilla de les faire graver pour
les donner au Public. Il s'y engagea
, & promit d'y joindre
d'autres Obſervations qu'il a faites
ſur la Phyſionomie. Il y a
long temps que vous eſtes inftruite
de fon rare mérite .La qualité
qu'il a de Premier Peintre du
Roy vous eft connuë ; mais vous
ne ſçavez peut - eſtre pas que
d'un conſentement univerſel il
fut éleu Prince de la celebre
Académie de Rome , dite de S.
Luc,pour l'Année 1676. & confirmé
pour 1677. quoy ' que ce
foitunhonneur qu'onn'a jamais
faità d'autres Perſonnes abfentes.
Le Roy qui aime à récompenſer
le mérite auſſi -bien dans
les Païs Etrangers que dans fon
Royaume, envoye des Prix tous
les ans à l'Académie dont je
vous
GALANT.
57
e
a
S
2
5
-
vous parle , &je ne doute point
que vous ne ſoyez bien - aife
d'apprendre ce qui ſe paſſa dans
la derniere diſtribution qui s'en
fit. Comme ils deuoient eſtre
donnez à ceuxqui réüſſiroient le
mieux dans le travail qu'on propoſeroit
à la Jeuneſſe , Monfieur
Bellori fut nommé pour choiſir
les Hiftoires qui feroient traitées
. Alexandre le Grand coupantle
noeud Gordien, fervitde
ſujet aux Peintres ; & les Sculpteurs
eurent celuy du fameux
Dinocrate ſe préſentant devant
le mefme Alexandre habillé en
Hercule , & luy portant le Plan
duMont Athos. Quant aux Architectes
, un des plus celebres
Profeffeurs en cet Art, leur donna
pour Suiet la conftruction
d'un magnifique Temple tant
C V
58
MERCURE
en Geométral qu'en Perſpectif.
On prit pour Juges de leur travail
les plus conſidérables de la
Compagnie dans ces divers
Arts ; & le jour du Jugement eftant
arrivé , le Vice- Prince & le
Secretaire de l'Académie , ſe
rendirent avec eux dans le lieu
deſtiné à y travailler. Toute la
Jeuneſſe s'y trouva le matin.Les
Prétendans furent ſept Peintres,
huit Sculpteurs , & quatre Architectes
; & pour connoiſtre
avec certitude ſi les Ouurages
qu'ils apportoiét eſtoient de leur
main , on les éprouva ſur le
champ par un eſſay à l'improviſte
ſur un Sujet donné de la
Création de l'Homme , pour
eſtre execute tant en Deſſeins
qu'en bas Reliefs. On mit les
Architectes à laméme épreuve,
&
GALANT. 59
a
S
e
e
1
a
S
کر
e
S
e
T
S
S
& ils acheverent tout leur travail
avec une merveilleuſe diligence.
Apres qu'ils ſe furent retirez
, on examina leurs Ouvrages
, & le Jugement s'en fit dans
la plus rigoureuſe exactitude . Ils
furent expoſez dans la grande.
Salle de l'Académie le jour de
la diſtribution des Prix. Elle eftoit
ornée des quatre ſçavantes
Hiſtoires que Monfieur le Brun
a fait graver , & fur leſquelles il
avoit exercé auparavant fon fameux
Pinceau. Il y avoit encor
divers Tableaux de la main des
Academiciens vivans , & jamais
il ne s'eſtoit veu une fi grande
affluence de monde à cette Ceremonie.
Elle fut telle , qu'à peine
Meffieurs les Cardinaux Nini,
Roſpigliofi ,Carpegna,& Spada
, y pûrent entrer. Monfieur
Bellori
60 MERCURE
Bellori fit d'abord un diſcours
tres - éloquent & tres- recherché
fur les avantages des Arts qui
faifoient l'employ de l'Académie
, & fur l'eſtime que les Roys
& les Républiques en avoient
toûjours marquée. Il parla des
honneurs qu'ils leur avoient accordez
, exagera l'utilité que les
Villes en recevoient , & paſſant
des exemples des derniers Siecles
à ceux de nos jours , il s'étendit
ſur les graces dont le Roy
fait continuellement fentir les
effets aux Académies , & rapporta
les termes des Lettres Patentes
que Sa Majesté a données
pour la jonction quis'en eft
faite. On leût en ſuite quantité
de Vers à la loüange des Arts
dont il s'agiffoit. Le mérite de
Monfieur le Brun Prince de céte
GALANT. 61
5
-
5
5
S
E
ce Académie , fut fort élevé , &
l'heure s'avançant inſenſiblement
, fit penſer à donner les
Prix. Ils confiſtoient en de riches
Medailles d'or ; & ceux
qui enavoient eſté jugez dignes
les reçeurent de la main du Vice-
Prince ; Arnaud Bucci de S.
Omer , jeune Etudiant de l'Académie
Royale de France,
Alexandre Parifien , & Loüis
Boulogne Etudiant de la meſme
Académie , emporterent ceux
de la Peinture.Ceux qui estoient
deſtinez pour les Sculpteurs,
furent donnez à Simon Hurterel
de lamême Académie Françoiſe
, à François Nouhieri de
laVilled'Ancone,Eleve du ſieur
Guide , & à Jean Thirdon jeune
François de la mefine Academie
;& ceux des Architectes , à
Simon Sejupagne , à Auguftin
d'Are
62 MERCURE
d'Arelier , & à Claude de Go,
tous trois jeunes Etudians de la
même Académie Royale .
Je quite Rome pour vous apprendre
le malheur qu'ont eu
depuis un mois deux jeunes
Amans que vous plaindrez. Une
Belle d'Epernon qui avoit accoûtumé
de paſſer à Paris la plus
grande partie de l'Année , y
eſtoit venuë l'Eté dernier ; &
comme elle n'avoit pas moins
d'eſprit que de beauté , on ne
doit pas eſtre ſurpris ſi elle s'attira
un grand nombre d'Adorateurs
. Elle estoit éclairée ſur le
vray mérite , & ne pût eſtre inſenſible
à celuy d'un jeune Proteſtant
qui l'emporta dans ſon
coeur ſur tous les autres. Il étoit
bien fait, galant, ſpirituel,& tellement
charmé de la Belle, qu'il
ne luy fut pas difficile de la convaincre
GALANT.
63
در
-
vaincre de ſon amour.Il luy rendoit
de tres - fréquentes viſites,
&pafſoit ſouvent des journées
entieres auprés d'elle. Vous ſçavez,
Madame, à quoy la reconnoiſſance
oblige. Elle ne pût recevoir
de fi obligeantes preuves
deſa tendreſſe , ſans luy faire
connoîtrequ'il ne luy eſtoit pas
indiferent . S'il faifoit confifter
tout fon bonheur à la voir , elle
trouvoit un plaiſir ſenſible à l'écouter.
Leurs entretiens avoient
toûjours de nouveaux charmes
pour eux , parce qu'ils ne parloient
jamais que de leur amour;
& fides Fâcheux les obligeoient
quelquefois à ſe ſéparer avant
que de s'eſtre reïterez les affurances
d'une eternelle fidelité,
c'eſtoit pour eux le ſujet d'un
chagrin inconcevable. Vous
pouvez vous figurer par là jufquoù
64 MERCURE
qu'où l'amour porta leur douleur,
quand la Belle fut obligée
de s'en retourner à Epernon.
Jamais il n'y eut rien de fi tendre
ny de ſi touchant que leurs
adieux . Les larmes qu'ils verſerent
en abondance , ſembloient
préſager qu'ils ſe quittoient pour
toûjours. Un coup fi cruel mit
l'Amant au deſeſpoir. Il s'abandonna
tellement à fon déplaifir,
qu'il fut incontinent furpris d'une
groſſe fiévre , accompagnée
d'un crachement de fang prefque
continuel ; & pour furcroît
de maux , il apprit que les Parens
de ſa Maîtreſſe la prefſfoient
d'époufer un Lyonnois quin'oublioit
rien pour s'en faire aimer.
Elle luy avoit juré tant de fois
que fon coeur ne ſeroit jamais
qu'à luy , qu'il ne la pût croire
capable de violer les ſermens
qu'il
GALANT.
65
qu'il avoit reçeus . Il voulut pourtant
luy en faire paroître quelque
jaloufie ; & comme il eſt
difficile d'eſtre Amant ſans devenir
Poëte , quoy qu'il n'euſt
jamais fait des Vers , il fit ceuxcy
qu'il luy envoya .
638x30033333333
TYRSIS ,
A
SON AIMABLE SYLVIE .
Ans ces beaux lieux
Dansces oùvous étes ,
› ma Sylvie,
Vous qui portez le Prin-temps avecvous,
Quandvous voyez ces belles Violettes,
Ah! tout au moins ſouvenez- vous de
nous.
Souvenez- vous que j'ay le teint plus
blême ;
Quand vous voyez leur aimable pâleur.
Si ce n'estoit, helas ! que je vous aime ,
Ien'auroispas auſſi peu de couleur.
Le
66 MERCURE
le n'auroispas enduré tant depeine
Pour me refoudre à vous laiſſer partir.
Ieſuis restéſans poulx & fans haleine,
Moname estoit toute preste afortir.
Ie visencor, car l'amour me fait vivre,
Mais des Mourans je suis aupremier
rang ,
Et mon coeur fait des efforts pour vous
Suivre ,
Qui m'ont coûté le plus beau de mon
Sang.
Ce coeur, belas !Sefait aimer des Belles
Quifont effort pour vous le débaucher ;
Mais, ma Sylvie , il eſt des plus fidelles ,
Rien d'icy bas ne peut vous l'arracher.
Rien d'icy bas ne merépond duvôtre ;
Commevosyeux,peut - estre il m'a quité ;
Mais si l'Ingrat me change pour un
autre ,
Il payera bien ſon infidelité.
La Belle qui entendoit raillerie
, & à qui l'amour ne fut pas
moins favorable pour luy inſpirer
un peu de facilité à faire des
Vers , ſuivit les mouvemens de
fon
GALANT. 67
ſon coeur , & luy répondit de
cette forte .
03-03-1968 E
A SYLVIE 99
A SON CHER TYRSIS .
S
Il est vray que je fois ton aimable
Sylvie ,
CherTyrfis; prens bien ſoin de conferver
ta vie ,
Le temps qui fuit la mort n'est pas le
temps d'aimer.
Viens, viens voir dans ces Bois nos belles
Violettes
Qu'à l'envy les Zephirs qui s'en laiſſent
charmer ,
Par leurs tendres baisers s'efforcent
d'enflammer.
Iln'en est point (finon quelques jeunes
Coquettes)
Quipuiſſe àson Zéphir reſiſter plus d'un
jour.
Ah Tyrsis ! c'est ainſi que tu viens me
Surprendre ,
Et
68 MERCUREEt
mon coeur aujourd'huy qui cede à ton
amour ,
Ne me paroiſſoit pas si tost preſt à ſe
rendre .
Sois trifte & languiſſant , fois pâle &
Sanscouleur,
Sois unHomme mourant , sans poulx,
&ſanshaleine ;
Mais que Sylvie aumoins ſoit toûjours
dans ton coeur ,
Elle aura ſoin dans peu de foulager ta
peine.
Cependant elle va chercher l'ombre des
Bois.
Ialouſe de l'Amour elle n'a qu'une
envie,
Elle veut deformais ta fidelle Sylvie
Qu'aſſurédeson coeur ta luy diſes cent
fois ,
Dans mon plus grand amour ſi je n'ay
pû te ſuivre ,
Dans mon plus grand malheur toy
ſeule me fait vivre.
Hébien , Tyrfis , malgré tes fentimens
jaloux ,
Croiras-tu que ſans toy rien me pust
eftre doux ?
Cepen
GALAN T.
69
Cependantles injuſtes Parens
de la Belle qui favoriſoient la
recherche du Lyonnois , vouloient
abfolument qu'elle ſe réfolut
à l'époufer ; & cette perſécution
jointe à l'inquiétude
que luy cauſoit la maladie de
fon Amant , la fit tomber ellemefme
dans vne fiévre continuë
qui l'emporta en quatre jours.
Jugez de fon deſeſpoir à une ſi
funeſte nouuelle. Il la reçeut
comme un coup de foudre dont
il demeura écrasé. Son mal redoubla
, & comme il n'avoit ſongé
à conferver ſa vie que pour
celle qu'il aimoit , il ceſſa d'en
prendre foin quand il s'en
vit ſi cruellement privé , &mourut
preſque dans le meſme
temps. Dites apres cela , Madame
, que les Hommes ne ſçavent
point aimer , & qu'il ne
faut
70
MERCURE
1
faut que huit jours d'abfence
pour les guérir de la plus violente
paſſion.
Il en eſt que ny l'ardeur de
la Gloire,ny les grandes Actions
qui y menent , ne ſont point capables
de faire manquer aux
proteſtations de n'oublier jamais
ce qu'ils aiment , & on connoit
une Perſonne de qualité que fa
valeur a élevé à une des plus
confidérables Charges de l'Armée,
qui ayant pris de l'attachement
depuis quatre ans pour
une Dame d'un fort grandmérite
, fait ſa joye de luy donner
des marques de ſon ſouvenir au
milieu de ſes plus importantes
occupations. Leur réciproque
tendreſſe qui n'eſt point cachée
aux Gens du grand monde , a
donné lieu à ces Vers .
MA
GALANT.
71

***333333333
MADRIGAL.
Es Beautez qu'on voit à la Cour,
Cherchent bien moins un tendre
amour ,
Qu'un Héros tout couvert degloire.
Ilfied bien àleurs traits de vaincre des
Céfars;
Mais peu comme Philis afſurent leurvi-
Etoire
Par la captivité d'undes Fils du Dieu
Mars.
Je ne prens point aſſez le party
des Hommes pour décider
en leur faveur ſur le mérite de
la conſtance. Il est bon ſouuent
de ne pas rapporter à leurs fermens
; mais ( & cecy ſoit dit
fans vous chagriner ) il n'y a
pas auſſi toûjours feûreté entie--
re avec celles de voſtrebeau Sexe
; & la Lettre qui ſuit d'un A
mant
72
MERCURE
mant trompé, vous fera connoître
que les Belles n'aiment pas
avec unſcrupule ſi délicat,qu'elles
s'embaraſſent des Malheureux
qu'elles font .
A LA PLUS COQUETTE
FEMME DE FRANCE .
I
Ly a tant de perſonnesà qui ce titre
convient, qu'il est difficile que lePublic
devine àqui il s'addreſſe. Quelques
Amans jaloux ſoupçonneront que c'est à
leur Maiſtreſſe ; mais vous ne pounex
douter que ce ne ſoit à vous. S'il vous
restoit quelque incertitude , je n'ay qu'à
vous dire que j'ay esté l'Homme du monde
le plus amoureux & le plus trompé.
Cesdeux noms que j'ay prisſi ſouvent
en vous donnant celuy de la plus coquette
Femme de France , vous empeſcheront
de nous méconnoiſtre l'un & l'autre. Ie
croy que vous feriezbien fachéeque l'on
pust vous disputer cette qualité ,
que vous souffririez avec peine qu'ily
eust
GALANT.
73
euſt une autre Femme qui ſceust comme
vous rendre un Homme amoureux &mi-
Sérable. Vous auezinventé uneforte de
coquetterie ſériense &modeste qui n'étoit
point encor connue , &que vous cachez
Sous une apparencesi trompeuse , quel'on
n'en découure l'artifice que lors qu'il a
faitson effet ,& qu'iln'est plus poſſible
de s'en défendre. L'ay payé le tributque
vous doivent tous ceux qui vous approchent.
leſuishorsde vostrepouvoir, mais
jesuis encorſenſible aux plaiſirs de vous
écrire,ſansque vous puiſſiezfaire de facrifice
de mes Lettres, Le moyen dont je
meſers est leſeul quipeut m'en défendre.
Ie m'enserviraypeut estre auſſi pourfaire
imprimer les vostres. le vous en ay
Sonuent menacée , &le Public les verra
Sansque je manque à la discretion que
je vous ay tant promise , &que vous métezsi
pen.
Comme on n'aime que pour
eſtre aimé , il ne faut pas s'étonner
fi on cherche quelquefois à
faire ſes conditions . Voyez par
ces Vers que j'ay reçeus de Bor-
Avril. D
74
MERCURE
deaux , fi un Amant qui craignoit
de s'engager inutilement , a
eu raiſon de faire expliquer ſa
Belle .
S
DEMANDE A IRI S.
Erez-vous pitoyable , ou ferez-vous
cruelle ,
Quand je vous parleray de l'ardeur de
mes feux ?
belle,
Ce doutem'embaraſſe , en vous voyant fi
Et me fait diférer de vous offrir mes
voeux.
Si vous les refuſez,mafortune est àplaindre.
Si vous les recevez, monfort eſt glorieux;
Mais je n'aypas ſujet de craindre,
Si vous avez le coeur auſſi doux que les
yeux.
REPONSE D'IRIS.
AMant présomptueux, cherchezqui vous
Vous attendrez longtemps àparler de vos
feux.
Si
GALANTA
75
Si vous croyez me voir éclaircir vostre
doute ,
Avant que de m'ofrir vos voeux.
Vous vous déclarez trop en Ameintereffée
;
Et quand je conviendrois que mes yeux
fuſſent doux,
C'est vous flater d'une injuste pensée,
De croire que mon coeur fust de mesme
pourvous.
REPLIQUE.
Pourquoy me
DELI
THEQUE DE
blamez-vous , adorable
Devous avoirfi-toft fait connoistre mes
feux?
Letendre hommagede mes voeux
Doit- il m'attirer vostre haine?
Ah jugezmieux par ves rigueurs
Du tristeſujet demaplainte.
Voyezl'exce,z demestristes langueurs,
Etdequels maux j'ay l'ame atteinte;
Alors plaignant un malheureux Amant
Qui juſquesau tombeau veut vous estre
fidelle ,
Dij
76 MERCURE
Sans-doute vous direz qu'une flame fi
belle
Mérite unplus doux traitement.
REPONSE D'IRIS.
Eparlezplus , cruel Lysandre,
Vous triomphez à votre tour.
Allez,je nepuis m'en défendre ,
Ilfaut ceder tôt ou tard à l' Amour.
Il y a eu pluſieurs Prétendans
pour la Charge de Lieutenant-
Amiral de Dunquerque , qui
avoit toûjours eſté exercée par
commiffion , & que le Roy n'a
érigée en titre d'Office que depuis
la mort de Monfieur Boutrouë
dernier pourveu. Monfieur
de la Hestroy a eſté du nombre
de ceux qui ſe ſont préſentez
pour la remplir. Il eſt Fils de
Monfieur le Potier Lieutenant
Particulier de Montreüil fur
Mer. Son éloquence a parudans
plufieurs
GALANT.
77
pluſieurs Plaidoyers qu'il a faits
depuis quatre ou cinq ans qu'il
a eſté reçeu Avocat en Parlement.
Feu Monfieur le Premier
Préſident , qui faiſoit tout avec
une fi exacte justice , luy a fouvent
donné des loüanges; & fon
mérite luy auroit fait obtenir
l'agrément du Roy pour cette
Charge, fi fon peu d'âge n'avoit
-pas apportéun obstacle effétiel.
Monfieur le Potier fon Pere, qui
eftant le plus riche de la Ville,
avoit eſté en pouvoir de poffederles
plus conſidérables Emplois
, & les avoit toûjours refuſez
par modeſtie , a fait par la
conſidérationd'un Fils qui en eſt
ſi digne , ce qu'il n'avoit jamais
voulu faire pour luy-meſme. Il
a demandé qu'il pluſt au Roy de
le faire Lieutenant-Amiral de
Dunquerque;&les ſervices qu'il
Diij
78
MERCURE
a rendus , & cette admirable intégrité
qui eſt originaire dans ſa
Famille, l'ont fait préferer à tous
les autres . C'eſt à dire , Madame
, qu'on peut regarder cette
importante Charge comme en
dépoſt entre ſes mains , juſqu'à
ce que Sa Majeſté luy veüille
permettre de s'en défaire en faveurdeMonfieur
de la Heſtroy
ſon Fils;voila ce qu'a produit l'amour
de Pere. Il s'engage à travailler
plus que jamais dans un
temps où le ſeul ſoin de fon repos
devroit l'occuper .
Ces fortes d'Emplois obligent
d'autant plus àde grands ſoins,
que les occafions de Mer font
fréquentes. Les François ne s'y
font pas moins craindre que fur
terre ; & quand leurs Ennemis
ne ſont plus forts que des deux
tiers , ils n'ofent jamais les attendre.
GALANT.
79
4
dre. Nous en euſmes encor une
marque dernierement. Douze
gros Vaiſſeaux de guerre Hollandois
, trois Fluſtes , deux Frégates,
& fix Brûlots, le tout conmandé
par le meilleur Homme
de Mer qu'ils ayent , n'oferent
combattre Monfieur le
Chevalier de Chaſteaurenaut,
dont l'Eſcadre n'eſtoit compoſée
que de ſix Vaiſſeaux. Monfieur
le Chevalier de Chaſteaurenaut
montoit le Courtiſants
Monfieur de la Bréteche,le Bon;
Monfieur de Belliſſerard,leSaint
Loüis ; Monfieur le Chevalier
de Bellefontaine , l'Invincible ;
Monfieur de la Mote-Ionoüiller,
le Foudroyant ; & Monfieur de
Réal , le Superbe. Tous ces Braves
qui ne cherchoient qu'à ſe
ſignaler , eurent le chagrin de
voir fuir leurs Ennemis aprés
Dij
80 MERCURE
les avoir attaquez ; & tout ce
qu'ils pûrent , ce fut de mettre
le deſordre parmy eux , & de
les pourſuivre juſqu'à la nuit. Ils
leur tuerent des Officiers & des
Matelots, & le Canon des Vaifſeaux
de nôtre Eſcadre defagréa
quatre des plus gros de
ceux dont elle entreprit l'attaque.
Celuy d'Everſen fut démâté
de deux de ſesMâts. Monfieur
le Chevalier deChaſteaurenaut
porta ſes feux toute la
nuit. C'eſt par là qu'on fait connoître
aux Ennemis qu'on ne
les fuit pas, & qu'on les invite à
venir combatre s'ils en ont envie.
Tandis que nous ſommes fur
le Chapitre des Vaiſſeaux , il
fautvous dire une Avanture de
Mer qui m'a eſté mandée de
Bretagne.Monfieur Bréart Sieur
de
GALANT . 81
de Boiſagé,Capitained'une Frégate
armée en courſe,eſtant forty
du Port Loüis avec une petite
Flote de Barques chargées
de Bled qu'il convoyoit juſques
àBayonne , fut furpris d'une fi
rude tempeſte à la veuë de cette
Ville , qu'il ſe trouva obligé
de gagner le large pour éviter
la Coſte qui eſt toûjours à appréhender
pendant le gros
temps. L'orage ayant duré deux
jours & deux nuits , le pouſſa ſi
pres du Portugal , qu'il y relâcha
pour faire radouber fon Bâtiment.
Si- toſt que le vent luy
parut favorable pour fortir , il
mit à la voile, dans le deſſein de
croifer le long des Coſtes d'Efpagne;
&àla hauteur delaGalice
il apperçeut deux grands
Vaiſſeaux qui portoient Pavil-
Jon Turc ou d'Alger. La crainte
Dv
82 MERCURE
de tomber dans l'Eſclavage, luy
fit ranger la Cofte. Les deux
Vaiſſeaux l'approcherent , & il
remarqua qu'ils avoient chacun
vingt-quatre Pieces de Canon .
La partie n'eſtoit pas égale . Sa
Frégate eſtoit montée ſeulement
de huit , & il n'y avoit pas
d'apparence qu'il fongeaſt à reſiſter.
La ſeule réſolution qu'il
eut à prendre , fut d'aller donner
auxCoſtes de Galice quand
il ſe vit preſt d'eſtre abordé . Il
y brifa ,& fut auſſi-toſt arreſté
par les Eſpagnols avec tout fon
équipage. Il évita les chaînes
des Algériens, mais il ne pût fléchir
la dureté de ceux qui le
prirent,& qui le traitant de Corfaire
fur ſa commiffion pour
mettre encourſe dont ils le trou.
verentſaiſy, luy firent éprouver
tout ce que la Prifon a de cruel.
N'avoir
GALANT.
83
N'avoir que du pain , & coucher
ſur la terre , c'eſtoit prefque
la moindre peine qu'il euſt
à ſoufrir. Vous jugez bien, Madame
, que ce mauvais traitement
joint à l'amour qu'on a
naturellement pour la liberté,
luy fit chercher avec ſoin des
moyens de la recouvrer. Il luy
falut du temps , mais enfin il en
vint à bout. On luy fournit dequoy
dégarnir quelques pierres
des murailles de ſa Priſon. Ses
Matelots qui estoient enfermez
avec luy , preſterent les mains à
ce travail ,&le tout fut fi heureuſement
executé , qu'à l'aide
de quelques cordes qu'ils s'étoient
fait apporter , ils defcendirent
tous par l'ouverture qu'ils
firent , & ſe rendirent au Port.
Six Matelots ſe jetterent à la'nage
, & allerent chercher deux
Chalou
84 MERCURE
Chaloupes qu'ils amenerent à
terre . Tout le monde s'y eſtant
embarqué , le Capitaine dont je
vous parle vouloit enlever un
Navire du Roy qui eſtoit dans
ce Port; mais tous ces Gens s'y
opppoſerent , dans la crainte de
n'y trouver pas les Apparaux
dont ils auroient eu beſoin pour
le conduire . Ainſi on changea
ce deſſein en celuy de ſe rendre
maître d'une Barque. On s'en
approcha. On monta dedans.
LesGens de cette Barque s'éveillerent
au bruit, & voulurent
ſe mettre en defenſe . On leur
preſenta le couteau ; & la mort
dont on les menaça s'ils refiftoient
, les obligea de ceder au
nombre . Nos Fugitifs leverent
l'anchre , deſcendirent une petite
Riviere qu'ils ne connoiffoient
point,avec grande appréhenfion
GALANT.
85
i
:
henfion d'échoüer à la Coſte,
ou ſur quelque Banc de fable,
& arriverent heureuſement en
pleine Mer. Ils voulurent mettre
à la voile; mais il y avoit ſi peu
de vent , qu'il leur fut impoſſible
d'avancer. Ils ſe crûrent perdus
, ne doutant point qu'on
n'envoyât apres eux ſi -tôt qu'on
s'appercevroit de leur fuite. En
effet , ils virent incontinent dix
ou douze Chaloupes chargées
de Gens armez, qui s'approcherent
à force de Rames. Leur
évaſion ne leur laiſſant eſperer
aucune grace des Eſpagnols, &
n'ayant point d'armes pour ſe
défendre , ils arreſterent qu'ils
ſe tiendroient en poſture de Suplians
quand ils verroient les
Chaloupes aborder leurBarque;
& que fi- toſt que leurs Ennemis
commenceroient à y monter,
86 MERCURE
ter , ils ſe jetteroient ſur eux &
dans leurs Chaloupes pour les
defarmer. Auſſi - bien il valoit
autant mourir en combatant,
que de ſe laiſſer ramener dans
une Priſon d'où ils n'auroient
forty que pour aller au fupplice.
Le deſeſpoir fait venir à bout
de bien des chofes, & cette réſolution
qu'il leur fit prendre
auroit peut - eſtre eu quelque
bon effet , mais le vent qui s'éleva
tout-à-coup les tira d'inquiétude.
Il fut fi fort , que les
Chaloupes ne pûrent ſuivre.
Ainſi ils prirent la route de Fran.
ce , & arriverent heureuſement
à la Rochelle , où la Barque
qu'ils avoient enlevée fut venduë
, avec huit Tonneaux de
Vin de Ribedani dont elle estoit
chargée , & qui eſt le meilleur
Vind'Eſpagne.
Monfieur
GALANT.
87
Monfieur le Marquis deMontal
, Fils de Monfieur le Comte
de Montal Lieutenant General
des Armées du Roy , Commandant
General pour Sa Majeſté
au Païs de Hainaut , & Gouverneur
de Charleroy , épouſa
dans les derniers jours du Mois
paffé Mademoiſelle de Tavanes
Fille du feu Marquis de ce nom.
La MaiſondeTavanes eſt tres
illuftre , & une des plus anciennes
de Bourgogne. Gaſpard de
Saulx , Seigneur de Tavanes,
fut élevé Page de François I. II
ſervit dans Foſſan lors qu'il fut
aſſiegé par les Impériaux , eut
-employdans laGuerre de Provence,&
fe trouva à la défence
de Théroüanne. Il ſervit auſſi
aux priſes de Damvilliers , d'Yvoy
, de Luxembourg ,&fe fignala
aux Batailles de Serizoles &
de
88 MERCURE
deRenty. Le Roy le fit Chevalier
de fes Ordres au retour de
cette derniere. Apres la priſe de
Calais à laquelle il contribua, Sa
Majesté le gratifia de la Lieutenance
Generale du Gouvernement
de Bourgogne. L'Hiſtoire
nous fait connoître qu'il ne s'eſt
paſſé aucune occafion pendant
les Guerres Civiles contre les
Huguenots , où il n'ait donné
des marques de ſa valeur. Il ſauva
l'Armée duRoy presde Pamprou
en Poitou , ſervit au Combat
de Jarnac & de la Roche-
Abeille , à la Bataille de Moncontour
, & fut en ſuite honoré
du Bâtonde Mareſchal de France.
Peu de temps apres on le fit
Gouverneur de Provence , &
Admiral des Mers du Levant.
Jamais Hommen'euttantde zele
pout les Catholiques. Il eſtoit
origi
GALANT. 89
originaire d'Allemagne, & avoit
eſte naturalife . C'eſt vous faire
un affez grand éloge de ſes Defcendans
, que vous dire qu'ils ſe
font tous montrez dignes d'étre
ſortis d'un ſi grand Homme. Ils
ont fait alliance avec les plus
conſidérables Maiſons du Royaume
,& font entrez dans celles
de la Beaume - Mont - rével ,
de Rochechoüart de Poiſſes ,
Chabot , Brulart , Potier , d'Apres,
de Montpeſat , d'Apchon,
d'Albon, Grimaldi , de la Touraccors
, & autres. Le Mariage
qui me donne lieu de vous en
parler , s'eſt fait au Chaſteau de
la Marche appartenant à Madame
la Marquiſe de Tavanes. On
peut dire qu'il eſt rare de voir
unir de plus grands merites . Celuy
de Monfieur le Marquis de
Montal eſt trop connu par les
ſervices
१०
MERCURE
ſervices qu'il rend depuis huit
ou dix Campagnes dans les Armées
de Sa Majesté , pour avoir
beſoin que jel'exagere. C'eſt un
Gentilhomme tres -bien fait , &
qui fuit admirablement lestraces
de Monfieur fon Pere. Quant à
Mademoiselle de Tavanes , elle
paſſe dans ſa Province pour une
Beauté achevée,mais céte beauté
n'eſt pas le plus grand de ſes
avantages. Ses belles qualitez
ontdes charmes quil'emportent
fur tous les agremens de ſa Perfonne
, & quoy qu'elle ſoit tresriche
, il eſt certain que fa douceur&
la délicateſſe de ſon Efprit
ont toûjours eſté les plus
prefſans motifs qui ayent engagé
à ſa recherche pluſieurs Perſonnes
de la premiere qualité .
Que ne peut-on point attendre
de tantde vertus jointes enſemble?
GALANT. 91
ble ? Ileſt impoſſible qu'un Sang
finoble des deux coſtez, ne pro--
duiſe des Heros dignes de la
gloire que l'illuſtre Monfieur le
Comte de Montal s'eſt acquiſe.
Madame d'Ernoton accoucha
dernierement de trois Filles,
qui furent nommées les trois
Maries . Elle est belle , jeune,
ſpirituelle , & Femme de Monſieur
d'Ernoton Conſeiller de la
Quatriéme des Enqueſtes.
Je vous envoye un Sonnet qui
vous obligera ſans-doute à vous
déclarerpourune Muſe naiſſfante.
Il eſt de Monfieur le Marquis
de Maduran , petit-Fils de
feuMonfieur le Mareſchal dela
Force. Sa lecture vous perſuadera
de ſon Eſprit. Il l'a vif &
délicat ; quoy qu'il n'ait encor
que quinze ans, vous m'avoüerez
qu'il tourne déja les chofes
d'une
92
MERCURE
d'une maniere tres-fine . Il fut
élevé en Angleterre des ſon bas
âge, & il y apprit la Langue du
Païs qu'il parle avec une facilité
admirable. Il repaſſa en France
à dix ans, &y commença ſes
Exercices dans le Chaſteau de
la Force en Périgord.Il les acheve
preſentement à Bourdeaux
dans le College de Guyenne,
où il prend des Leçons de Philofophie
avec un fuccez merveilleux.
Ce jeune Marquis a
fait le Sonnet que vous allez
voir pour une Demoiſelle toute
aimable par ſa beauté & par
fon eſprit.
8038333333333
SONNET.
PASSION NAISSANTE.
D
Où viennent ces
quietudes
chagrins &ces in-
Qui
GALANT.
93
mon coeur ?
Qui ſemblent avoir pris l'empire de
Pourquoy chercher par tout les tristes
Solitudes
Dont le profondfilence augmente ma langueur?
Je change malgré moy toutes mes habi
tudes,
Malgrémoy je me livre en proye à la
douleur.
Dieux , dois-je reſſentir des atteintes fi
rudes,
Sans que ma raiſon puiſſe adoucir leur
rigueur?
L'éprouve chaque jour quelque nouvelle
peine
L'en cherche le ſujet , mais ma recherche
est vaine ,
Le reſue , jeſoûpire , &je nesçay pourquoy.
Plus pourmoy deplaisirs , tout me nuit,
tout me bleſſe,
Mille troubles confus m'accompagnent
Sans ceffe.
Et
94
MERCURE
Et tout cela , Philis,depuis que je vous
voy.
La belle Perſonne qui a donné
occaſion à ces Vers , y a répondu
de cette forte.
Sortezde ce
chagrin , Lysandre ,
Songez qu'à vous guérir.
L'ay le coeur bienfaisant & tendre .
Est- ce assez pour vous secourir ?
J'adjoûte icy quelques Inpromptu
que vous nedeſaprouverez
pas .
PROTESTATION A UNE
Belle qui accuſoit ſon Amant
d'infidelité.
Ile Ciel me privoit du
SPOM
jour ,
Vous verriez , belle Iris , la fin de
mon amour ,
Mais pour estre infidelle
Ieſuis trop amoureux, & vous étestrop
belle.
A
GALANT.
95
A PHILIS QUI NE
vouloit pas s'engager à eſtre
Conſtante.
amourque vous Vand Vandpony pour prix de l'amour
m'avez fait naiſtre.
Ie vous demande un coeur constant ,
vous me répondezpar , peut- estre;
Hé bien , Philis , je vous en offre autant.
DECLARATION
d'Indiference .
A
Imez , ou n'aime pas , ilm'est indiferent
,
Mon coeur est revenu de toute sa foibleffe.
On ne le verra plus pres de vous foupirant
,
Amoins quevous n'ayezpour luy quelque
tendreſſe ,
Etdeformais il aimera
Selon le bien qu'onon luy fera.
TREQUE
fro
*
1803
POUR
96 MERCURE
POUR UNE BELLE QUI
avoit un Amant d'une Reli-
T
gion contraire à la fienne.
Ant que jeferay Protestant ,
Vous ne pouvez souffrir que mon
amour s'explique.
Quelle bigote politique !
Que craignezvous, Iris ? à moinsd'estre
inconstant ,
Selon les Loix d'Amour on n'est point
Heretique.
DISPOSITION D'UNE
Belle à aimer.
SI
Ivous poursuivezde m'aimer ,
Ie vous trouve affez redoutable ;
Mon coeur me dit déja que vous estes
aimable ,
Ie devrois bien m'en allarmer ;
Mais le moyen , belas , le moyen de
s'armer
Contre un péril qui paroist agreable ?
Ces dernieres Paroles ont
eſté miſes en Air par un fort
habile
:
1
GALANT.
97
habile Homme de Roüen, dont
l'employ marque affez combien
on eſt perfuadé du talent qu'il a
pour la Muſique. Les voicy notées.
Je ſuis ſurpris que vous n'ayez
point encor veu l'Hiſtoire de
TAMERLAN. Il y a trois mois
qu'elle eft imprimée. Je vous
l'envoye . Elle est de Monfieur
de Saintyon Secretaire de feu
Monfieur de Guyſe Henry de
Lorraine , qui l'a dédiée au Roy.
Ce Livre fut reçeu de toute
la Cour avec applaudiſſement
quand il eut l'honneur de le
préſenter à Sa Majefté. Vous
y trouverez quantité de choſes
qui vous plairont , foit pour la
maniere dont elles font tournées
, ſoit pour les recherches
curieuſes de pluſieurs particularitez
qui ne ſe rencontrent
Avril. E
98 MERCURE
pas aiſement ailleurs
On acheve un petit Roman
dont on m'a fait voir une partie .
C'eſt une Nouveauté que je ne
manqueray pas à vous envoyer
fitoſt qu'elle paroiſtra . Elle a eſté
cauſed'un incident aſſez particu.
lier .L'Autheur eſt Amy d'un fort
galant Homme, qu'il pria de luy
vouloir faire un Billet tendre
pour une Héroïne de ſon Roman,&
il luy fit cette priere nonfeulement
parce qu'il luy connoiſſoit
l'Eſprit tres-délicat, mais
parce que le ſçachant attaché
depuis fort long-temps à une
tres - aimable Perſonne , il ne
doutoit point qu'il ne ſçeût s'expliquer
plus galamment qu'un
autre en matiere de tendreſſe .
CetAmy fit le Billet, le mit dans
ſa poche écrit de ſa main , &
ayant paffé chez la Belle qui a
tous
GALANT.
99
tous ſes ſoins , avant que de le
1 porter chez celuy qui l'auoit prié
ede le faire , il le laiſſa tomberpar
e megarde. La mefme choſe luy
ſeroit arrivée ailleurs par le peu
de précaution qu'il auoit crûdevoir
prendre pour le cacher. La
Belle le ramaſſa ſans qu'il en viſt
rien , ſortit un moment fur quelque
prétexte ,l'alla lire en liberté
, & revint pleine d'une jalouſie
qui ne devoit pas déplaire à
fon Amant. Elle avoit crû qu'il
écrivoit à une Rivale . Jugez des
reproches . Il les a effuyez plus
d'un jour , quoy que ſon innocence
parlaſt pour luy , & je ne
ſçay meſme fi la Belle ne continuë
point encor à gronder.
:
Je ſuis ravy , Madame , que
vous foyez fatisfaite de ce queje
vous ay écrit du Siege de Gand.
Avant les Conqueſtes de nôtre
E 2
100 MERCURE
incomparable Monarque , on
n'auroit pas fait un pareil compliment
à celles de voſtre Sexe .
Elles liſoient peu de Relations
de Sieges & de Combats ; mais
les particularitez qui s'y rencontrent
aujourd'huy ont quelque
choſe de ſi ſurprenant , que les
Dames ne peuvent ſe défendre
d'avoir de la curiofité pour tout
ce qui traite d'une matiere dont
le feul nom leur faifoit peur autrefois
. Le plaifir que vous me
témoignez prendre à la lecture
de ces grands morceaux d'Hiſtoire
qui feront l'admiration &
l'étonnement des Siecles à venir
, me paye bien de la peine
que je me donne à les ramaſſer.
Ce font trente Relations queje
vous envoye en une , ou plutoſt
ce font toutes celles qui ont eſté
écrites furle meſime ſujet. Je tire
de
GALANT. 101
de l'une ce que je ne trouve
point en l'autre , & quoy que
j'oublie rarement aucune particularité
d'un Siege , il feroit à
ſouhaitter pour voſtre fatisfaction
que le peu de temps que
je puis ménager chaque Mois
pour de fi grandes matieres , ne
m'obligeaſt point à refferrer
beaucoup de choſes qui demanderoient
plus d'étenduë . J'aurois
deû vous marquer la derniere
fois que la ſituation de Gand
luy fourniſſant de grands avantages
pour ſa défence , & nous
ayant mis dans la neceſſité d'en
faire l'attaque par l'endroit le
plus fortifié , on pouvoit dire à
l'égard du Roy , que c'eſtoit une
tres - forte Place qu'il avoit priſe .
Si le deſſein de s'en rendre maître
n'avoit pas eu de tres -grandes
difficultez , on n'auroit pas
E iij
102 MERCURE
preparé avec tant d'ordre & de
promptitude tout ce qui eſtoit
neceſſaire pour le faire réüffir.
Qu'on examine les grands travaux
qu'il a coûtez , & le peu de
temps qu'on employe à les faire ,
on ſera obligé d'avoüer que
dans une pareille occafion,l'Antiquité
ne ſe peut vanter d'avoir
jamais rien veu de ſemblable.
Je ne le dis qu'apres un
grand Prince plus connu encor
par le nombre de ſes Victoires
que par l'éclat de fon Sang,quoy
qu'il n'y en ait point en France
de plus Augufte. Il eſt certain
que ſi les Afſiegez euſſent eſté
en pouvoirde faire une reſiſtance
plus éclatante & plus opiniâtrée
, la priſe de cette Place
auroit paſſé tout ce que les Hiſtoires
fabuleuſes nous racontent
des Sieges les plus étonnans,
GALANT.
163
nans.Ces prodigieux préparatifs
&les moyens de les executer,
étant l'effet de la prévoyance,de
la grande conduite & de l'expérience
du Cabinet,il vaut mieux
ſe taire que d'afoiblir ce qui eſt
audeſſusde toute forte d'expreffions.
On donna les ordres pour
la marche de nos Troupes , &
les mouvemens qu'elles firent
fans en ſçavoir la raiſon un peu
auparavatqu'on affiegeaſtGand,
furent cauſe que quatre mille
Hommes qui y avoient paffé
l'Hyver,en fortirent.Vingtdeux
Bataillons Hollandois qui eftoient
à Malines , marcherent à
Haffel ſur le mouvement que
Monfieur de Calvo eut ordre
defaire. Il faudroit trop de temps
pour vous écrire toutes les particularitez
qui ſe découvrent de
jour en jour touchant-nos fuc
E iiij
104 MERCURE
cés , & qui font connoiſtre que
nos Ennemis imputent injuftement
au bonheur ce qui n'eſt
deû qu'à la valeur & à la conduite.
Admirez cependant la
bonté du Roy. Gand pouvoit
eſtre pris d'aſſaut.Nôtre Armée
ſe fuſt enrichie par là en peu
d'heures , & ce grand Prince
qui veut conquérir les coeurs
des nouveaux Sujets que ſes
armes luy foûmettent , fit dire
à ſes Habitans ; que s'ils ne ſe
rendoient pas , il ne pouvoit répondre
du pillage , à cauſe de la
grandeur de la Ville . Les avantages
que nous retirõs de ſa priſe
font tres -grands. Sa fituationen
rend la conqueſte fi confiderable,
qu'elle rompt toutes les mefures
que les Ennemis avoient
priſes pour cette Campagne . Ils
font obligez de mettre Garnifon
GALANT. 105
fon dans dix places qui n'en
avoient pas beſoin auparavant.
Il leur faut une Armée pour les
remplir, & ces meſines Places ne
laiſſeront pas d'eſtre inquiétées
par la Garniſon de Gand. Si fa
conſervation nous oblige d'y en
entretenir une grande , nous en
tirerons beaucoup de contributions
, & d'ailleurs nous oftons
auxEnnemis un favorable Quartier
d'Aſſemblée. Nous les embaraffons
pour la communication
de pluſieurs Places de Mer,
& de beaucoup d'autres qui ſe
trouvét enfermées entre les nôtres.
Le grand nõbre de Rivieres
qui s'uniſſent àGad y font d'une
grande utilité . Les lieux où il y a
des Rivieres ne manquent jamais
de rien , & c'eſt par cette
raiſon que cette Ville a toûjours
eſté appellée la Mere Nourrice
Ev
106 MERCURE "
de la Flandre. On peutjugerde
quelle importance le Ducde Vil.
la-Hermofa l'a jugée pour le
Roy fon Maiſtre , par les termes
de ſa Lettre au Gouverneur. Ellea
eſté donnée au Public , &
vous ſçavez , Madame , qu'il luy
mandoit que du ſuccés de ce
Siege dépendoit ou le falut , ou
la perte entiere des Païs-Bas. La
Citadelle en a été trouvée beaucoup
meilleure qu'on ne l'avoit
crû. Les Foffez en font larges &
profonds , & nous ne tirerons
pas moins d'avantages de cetter
priſe , qu'elle cauſe de dommages
à nos Ennemis. Ils font obligez
de rompre tous les jours des
Digues , d'inonder des Païs , de
rafer desChaſteaux,& de lacher
des Ecluſes . Le Duc de Villa-
Hermofa, qui comme je vousay
marqué connoiſſoit l'importance
de
GALANT.
107
de cette Place , n'en eut pas fitoſt
appris le Siege , qu'il cria
Bataille. Ilen dreſſa meſime un
ordre , & ne doutant point que
la Place ne puſt ſe défendre
deux mois , il crût avoir beaucoup
de temps à s'y préparer. II
eut là-deſſus une Conférence à
Malines avec le Prince d'Orange.
Ce Prince qui a beaucoup
de coeur , & qui eſt naturellement
entreprenant , demeura
d'accord de fecourir Gand , &
dit que pour en venir à bout , il
ralloit tirer toute l'Infanterie des
Places Eſpagnoles. Mais, luy dit
le Duc de Villa-Hermoſa ,ſi on
les dégarnit , les François qui ſont
vigilans , ne manqueront point à
Les afſieger.Ilsfont en méme temps
par tout , & ne laiſſent échaper
aucune occaſion favorable Sans en
profiter. Laiſſons donc prendre
Gand,
108 MERCURE
Gand , répondit le Prince d'Orange
, & ces paroles finirent
la converſation. Si tant de pertes
ont ofté le coeur aux Ennemis
, elles leur ont laiſſe l'eſprit.
On le connoit par pluſieurs reparties
agreables . Un Capitaine
Eſpagnol ayant demandé fon
congé au Duc de Villa -Hermoſa
apres la priſe de Gand. Ne
vous hâtez point, luy dit ce Duc.
Le Roy de France pourra bien toſt
nous renvoyer tous ensemble en
Espagne. Le Prince de Vaudemont
ne répondit pas moins
agreablement à ceux qui luy difoient
que le Roy d'Eſpagne
l'avoit fait Amiral des Coſtes de
Flandre ſans employ . N'en raillez
point , leur répondit -il. Tou
tes Eſpagnols quifont en Flandre,
auront peut - estre bien-tôt beſoin
de moy pour les remener en Espa
gne..
GALANT.
109
gne. Vous voyez par là que nos
Ennemis meſmes demeurent
d'accord que la priſe de Gand
met tous les Païs-Bas en péril .
Quand Sa Majefté partit pour
cette conqueſte , on fit les Vers
que vous allez voir. La crainte
que vous y trouverez marquée,
ne doit pas vous étonner. Le
Roy eſt l'amour & les delices de
tous ſes Peuples , & dans de
femblables occafions , il eſt naturel
de craindre pour ce qu'on
aime.
T
Oute la Terre est en effroy
De la marche de ceGrandRoy,
Ases Ennemis si terrible.
L'amour qu'on a pour luy fait trembler
les François.
L'Espagnol qui déja croit ſe voir aux
abois,
Tremble devant Loüis , à qui tout est
poffible
Et
110 MERCURE
Et dans tout l'Univers qui regarde ſes
pas,
Avec une frayeur horrible,
Ce Prince toûjours invincible
Eſt le feul qui ne tremble pas.
Si ces Vers eſtoient de ſaiſon
dans le temps du depart du Roy,
ceux- cy font fort juſtes apres la
priſe de Gand.
Nvain,fiers Ennemis du plus grand
ENdenosRoys,
Vous voulez arrester le Soleil des François
,
Ilcourt toûjours de Victoire en Vi-
Etoire.
Toûjours fur vos Rampars il grave ſon
Histoire;
Malgré vousſa valeur comblera nos fouhaits,
Et la France parluy vous ferabien comprendre
Qu'elle ſçait triompher encor plus que
jamais,
Ayantplus qu'un PHILIPPE , &plus
qu'un ALEXANDRE .
Voicy
GALANT. III
Voicy d'autres Vers qui ont
eſté faits ſur la priſe de cette
importante Place.
03-603-8038003003830303
SUR LA PRISE
DEGAND.
T
Ous les Ans, de Loüis éterniſent
la gloire ,
Et chaque Mois de Mars luy doit une
Victoire.
Apeine ce grandRoysuspend- il quelques
jours,
Deſes Exploits Guerriers , leprogrez,
le cours,
Que l'ardeur de Héros qui toûjours
l'accompagne,
Le preffe de nouveau de ſe mettre en
campagne.
Rien ne peut arreſter unſinobledefir,
Ny Saiſon , ny repos , ny douleur , ny
plaisir;
Il part ,& ce grand, Roy d'un courage
intrépide,
Court
112 MERCURE
Court malgré le danger , où la Gloire le
guide.
Vne pareille ardeur anime ſes Guerriers,
Et leur marche en tous lieux , est feconde
en Lauriers.
Mais toûjours le secret regne dans ſon
Armée ,
Et ſes plus grands deſſeins trompent la
Renommée.
On s'appreſte, on le ſuit, & loin de difcourir,
Onsemet ſeulement en état d'obéir.
Aces préparatifs , l'Europe est dans le
doute ,
Aucun ne sçait encor quelle ſeraſa route.
L'Empire est en suspens , & le Belge
effrayé.
Déjavers tous les deux , le chemin est
frayé.
Cet Auguste Vainqueur , qui fait tout
Sans rien dire,
Sçait comme ilfaut ſurprendre &le Belge,&
l'Empire.
Qui sçauroit ſa pensée,& le deffein qu'il
prend ?
Il s'achemine à Mets , & doit aller à
Gand.
Tek
GALAN T.
113
Tel marche le Soleil caché sous une nuë,
Auxyeux les plus perçans sa route eft
inconnuë.
Mais l'obscurité ceſſe , on decouvre ses
pas,
C'est alors qu'il paroist , où l'on ne le croit
pas,
Ainfi ce Conquerant paſſant de Mets en
Flandre ,
Arrive devant Gand , & le force àſe
rendre .
L'Arméeen le voyat, redoubleſes efforts,
Et dés les premiers jours , emporte les
Dehors.
L'orgueilleuse Citépard'inutiles ruſes,
A l'ardeur des François , oppoſe ces
Ecluſes.
L'eau coule,se répand , & va grofſfir
l'Escant ,
Sans pouvoir empeſcher qu'on ne donne
l'affaut.
Quoy ! tu veux reſiſter ? quelle audace
est la tienne ?
Regarde Saint Omer , Cambray , Valencienne
,
Et depuis quelques mois Fribourg ,
SaintGuilain ;
Ces
114
MERCURE
Ces Villes comme toy, refifterent en vain.
Soûmises à Loüis , la derniere Campagne
,
Heureuſes maintenant d'avoirquittél'ES.
pagne.
Imitecet exemple, écoute cette voix,
Ta ſeûreté conſiſte à recevoirſes Loix.
Malgré les Elemens , le Fer , & leSalpestre
,
Loüis victorieux , va devenir ton
Maître.
Maisil l'eſt , je te vois embraſſant ſes
депоих ,
Implorerfa clemence, & flechirSon couroux.
Contraint à luy ceder Rampars & Fortereffe
,
Reconnoisſon pouvoir , reconnois tafoibleffe
,
Etteprépare àvoirmalgréſes Ennemis,
Lereste de la Flandre àſes armesſöûmis.
Ce Conquérant s'y prend de la mesme
maniere
Qu'il avoit commencé la Campagno derniere
,
Et l'on doit esperer d'une fi noble ardeur,
Et lemême avantage,&le même bonheur.
On
GALANT.
115
Onse trompe en croyant qu'une telle-entrepriſe
Retardera la Paix que l'on s'estoit promise
,
Et que tant de Combats ne finiront jamais;
Si Loüis fait la Guerre s'il avance la
Paix.
Une ſi glorieuſe Conqueſte a
donné auſſi occaſion de faire les
Vers qui ſuivent .
AUtrefois lepluspuiſſant Roy
Aux Citoyens Romains faisoit la
reverence ;
Al'UniversRomefaisoit la loy.
Voyezun peu quelle inſolence ,
Pourabaiſſerſa vanité ,
Lamoleffe &la volupté
Succederent àſa vaillance.
LaGloire nefutplus l'objet deſon amour,
EtMarspaſſa dans noſtre France ,
Sçachant bien que Loüis y regneroit
un jour.
Adieu Rome la venérable ,
Vous
116 MERCURE
Vous n'avezplus tant de renom ,
Loüis efface vôtre nom
Parsa valeur inimitable.
Lamémoire de vos Césars
Court aujourd'huy bien des hazards,
On n' admire plus leur Histoire ;
Mais on ditſeulement , vaillant Peuple
Romain ,
Que Rome dans toutesa gloire
N'a jamais valu Saint Germain.
Dans le temps du Départ ,
Monfieur Robbe fit ce Madrigal
pour Monſeigneur le Dauphin.
E Printemps vient àpeine de re-
LE Printe naiſtre ,
Et mille deffeins glorieux
Emportent nostre Auguste Maistre
Déja bien loin de ces aimables lieux ;
Et cependant la joye & l'abondance,
Les leux, les Plaisirs,les Amours,.
Par voſtre charmante préſence,
Yregnent toûjours.
Cecy
GALAN T.
117
Cecy eft dumefme Monfieur
Robbe.
POUR MONSEIGNEUR
LE
I
DAUPHIN.
Eune Soleil qui brillez
Sur nos Campagnes fleuries,
Et faites de nos Prairies
Des Parterres émaillez ;
Quelle Nymphe ſi légere
Tiendra contre vos attraits
Non , la plus fiere Bergere
Ne s'en défendra jamais .
BLIO
THEQUE
LYON
*
1893*
Vos veux seront fortunez ,
Soyezſeur de la Victoire ;
Mais craignez pour vostre gloire
Detrouver peu de Daphnez,
Garles respects du Tonnerre
Unjour pour vos faits guerriers
Ne laiſſeront fur la Terre
Iamais affezde Lauriers.
D品
E
Je reçois un Air de Monfieur
du Buiffon , dont je croy que la
reputa
118 MERCURE
reputation vous eft connuë. Je
vous l'envoye . Les Paroles font
d'une Perſonne de Qualité qui
fit l'An paffé , Non Printemps,
&c.& Soit le Printemps ,foit l'Hyver,
ſoit l'Automne. C'eſt luy qui
a fait preſque toutes les jolies
Paroles qui ſe chantent à Paris .
Lifez celles- cy avant quede jetter
les yeux fur la Note.
AIR NOUVEAU.
On vous dit tous les Ans
Lan Au retour du Printemps ,
Aimez , jeune Silvie ,
Les beaux jours de la vie
Ne durent pas longtemps.
Vous n'aurez pas toûjours le pouvoirde
charmer,
Et la beauté paſſe comme une Rofe.
Haftez vous donc , Silvie ; haſtez vous
donc d'aimer,
Faut-il vous repéter cent fois la mesme
chofe
C'eſt
GALANT.
119
C'eſt trop diférer à ſatisfaire
l'impatience où vous m'avez témoigné
que vous eſtes de voir
une Relation exacte de ce qui
s'eſt paſſe àYpres .ApeineGand
ſe fut- il rendu , que le Roy qui
avoit pris des meſures pour un
autre Siege , commança à s'en
ſervir. Il avoit rompu toutes celles
des Ennemis en allant à Mets
pour affieger Gand , & il voulut
faire voir qu'au milieu d'eux
il pouvoit encor tromper leur vigilance
, & faire faire des mouvemens
à ſes Troupes qui les
déconcerteroient de nouveau.
Ypres étoit demeuré comme inveſty
depuis long - temps ,
pour en former le Siege , le Roy
fit retirer les Troupes qu'il avoit
autour. Cette conduite perfuada
aux Ennemis qu'on n'avoit plus
aucun deſein fur cette Place.
&
Sa
120 MERCURE
Sa Majeſté fit plus . Elle envoya
deux mille Chevaux devant
Bruges , & quinze cens devant
Dixmude ; ' ce qui acheva fi bien
defaire croire aux Ennemis que
Ypres eſtoit en ſeûreté , qu'ils en
firent fortir quelque Cavalerie
pour la jetter dans Bruges. Les
Troupes du Roy s'en rapprocherent
alors , & on connut par
là qu'elles ne s'étoient éloignées
que pour ouvrir paffage à celles
qu'on s'imagina bien que les
Ennemis en tireroient. Les trois
mille cinq cens Chevaux qui
s'eſtoient venus camper devant
Bruges & devant Dixmude par
l'ordre de Sa Majefté , y demeurerent
encor quelque temps
pour empefcher le Secours que
les Gouverneurs de ces deux
Places auroient pû envoyer à
Ypres avant que les Quartiers
euffent
GALANT. 121
euſſent eſté entierement occupez
par nos Troupes. Je ne ſçay,
Madame , ſi cette Ville vous eft
parfaitement connuë. Le hazard
donne quelquefois des
noms , & elle tient le ſien d'un
Torrent appellé Ypres , qui l'a
ſouvent traverſée. Elle commençoit
à fleurir dés l'An 960 .
&elle doit ſes premiers fondemens
auComte Baudoüin,Fils du
Comte Arnoult. Elle eſt à neuf
lieuës de Bruges , & à treize de
Gand. Guichardin dans ſa
Deſcription des Païs -Bas , dit
qu'elle ne peut eſtre aſſiegée à
cauſe de ſon aſſiete . Le Comte
Arnoult ( à ce que rapporte le
méme Autheur) luy donna pour
Armoiries, auſſi -bien qu'à Gand
& à Bruges , une double- Croix
fous un Manteau fourré › pour
marquer qu'elles pouvoient gar-
Avril. F
122 MERCURE
der la Flandre , quoy qu'en trouble.
Deux de ces Places qui font
déja au Roy , peuvent ſervir à la
conſervation de toutes les autres
qu'il y poſſede . Ypres eſt une
Vicomte ,& le Siege d'un Evefque.
Sa Jurisdiction eſt de tresgrande
étenduë , & la Ville fort
marchande. Du temps de la
Comteffe Marguerite,on y compta
juſques à deux cens mille
Habitans. Cette Ville fut priſe
en 1648. par Monfieur le Prince
, & elle fut repriſe ſur nous
l'Année ſuivante par l'Archiduc
Leopold. Monfieur de Beau.
jeu la défendoit alors. Les Ennemis
furent douze jours devant
la Place avant que d'ouvrir la
Tranchée , & apres qu'ils l'eurent
ouverte , elle tint encor
vingt - huit jours , quoy qu'elle
n'euſt point de Citadelle , &que
la
GALAN T.
123
la Garniſon fuſt à peine de deux
mille Hommes. Iugez par là de
la gloire de LoUIS LE GRAND,
qui malgré la fureur des Elémens
qu'il trouve à combattre,
s'en rend le maiſtre preſque
auſſitoſt qu'il l'affiege , & cela,
dans un temps où elle ne manque
de rien , & qu'elle est fortifiée
d'une Citadelle , & défenduë
par plus de quatre mille
Hommes de Garniſon .
Sa Majeſté ayant donné ſes
ordres à Monfieur le Marquis de
la Trouſſe pour aller inveſtir
Ypres , diviſa fon Armée en trois
Corps. Celuy qu'elle commandoit
, ſe campa du coſté de Dixmude
; celuy de Monfieur de
Schomberg , du cofté de Poperingue
; & celuy de Monfieur le
Duc de Luxébourg, du coſté de
Varneton. Le Roy ayantdifpofé
Fij
124
MERCURE
1
les Quartiers , reconnu la Place ,
réſolu les Attaques , & fait travailler
aux Lignes . La Tranchée
fut ouverte contre la Citadelle
le Vendredy au foir 18. de
Mars , quoy que les Lignes ne
fuſſent pas achevées. Elle fut
commancée de loin , à cauſe de
la ſituationde la Citadelle qui eft
aſſez élevée . Les Officiers Generaux
qui la monterent, furent
Monfieur de Maulevrier-Colbert
, Monfieur le Marquis de
Chamilly, Monfieur de S. Georges.
Deux Bataillons des Gardes
eſtoient à la droite, & le premier
& ledernier deNavarre àlagauche
.On avoit del'eau juſqu'aux
genoux dans la Tranchée.
Cela fut cauſe qu'on y fit porter
nuit & jour des Faſcines par la
Cavalerie , qui s'expoſa avec
une intrépidité toute Françoiſe .
Nôtre
GALANT.
125
Noſtre Canon n'étoit pas encor
arrivé,à cauſe du mauvais temps.
La Tranchée fut conduite de
maniere , que les deux Boyaux
ſe joignirent par de grandestraverſes
que l'on fit principalement
pour s'oppoſer aux fréquentes
Sorties de la Garniſon .
Il ſe fit un grand Travail dans les
deux Attaques , & la Tranchée
fut pouffée juſqu'à deux cens
pas de la Contreſcarpe , fans
que ceux de la Ville s'en apperçeuſſent
, faute d'avoir fait des
Patroüilles fur leurs glacis. On
remarqua des places qui pouvoient
eſtre fort avantageuſes
pour faire des Bateries . On réfolutd'en
mettre une dans le milieu
des deux Tranchées , une
autre à la droite , & une troifiéme
à la gauche , pour batre
en écharpeles Dehors de la
Fiij
126 MERCURE
Place. A la pointe du jour les
Ennemis commancerent à faire
grand feu , tant de la Mouſqueterie
que du Canon , qui emporta
un Commiſſaire d'Artillerie ,
bleſſa quelques Soldats, avec un
Officier aux Gardes & un Lieutenant
de Navarre , & emporta
un Timbalier de la Premiere
Compagnie des Gardes du
Corps. Monfieur de Chamilly
voulant faire voir à Monfieur
Dangeau qu'on eſtoit déja fort
avancé vers la Contreſcarpe ,
reçeut un coup de Mouſquet à
la teſte qui luy fit une grande
contufion. Un coup de Canon
de la Place donna dans desTonneaux
de Grenades qui estoient
dans le Parc de l'Artillerie , & y
mitle feu . Cet accident en fit
crever un grand nombre , mais
il ne fut pas de conféquence ,
parce
GALANT.
127
parce que nous en avions plus
qu'il n'en falloit pour le Siege
Perſonne n'en fut tué . Un Officier
de l'Artillerie qui estoit au
milieu de ces Tonneaux, ſe jetta
par terre,& évita d'en étre bleſſé.
La nuit du 19. au 20. la Garde
de la Tranchée fut relevée
par deux Bataillons des Gardes
Suiffes , un de Navarre , & celuy
du Regiment de Humieres.
Les Officiers Generaux qui la
monterent , furent Monfieur le
Comte du Pleſſis , Monfieur de
la Motte , & Monfieur le Marquis
d'Uxelles. Six cens Travailleurs
étoient à chaque Attaque.
On ne trouva pasà propos d'avācer
beaucoup le travail de la
Tranchée, parce que nôtre Canon
n'eſtoit pas venu. On travailla
ſeulement a la rendre plus
profonde & plus large , & l'on
Füij
128 MERCURE
pouſſa une grande Ligne ſur la
droite, en s'approchant de l'Angle
faillant de la Contreſcarpe
d'environ cent pas. La Place
d'Armes qu'on fit au bout , en
avoit quarante ou cinquante.On
travailla à une Baterie de cinq
Pieces fur la droite , & àune de
ſept ſur la gauche. Toute la nuit
ſe paſſa dans l'attente de quelque
Sortie. Douze ou quinze
des affiegez parurent ſeulement.
Ils s'avancerent juſques ſur le
glacis de la Contreſcarpe , & fe
retirerent en meſme temps. Ils
crûrent que l'on vouloit attaquer
leurs Dehors , & firent un
feu de Grenades extraordinaire,
mais il n'eut aucun effet. Leur
Canon tira inceſſamment , & fut
tres-bien fervy . Il tua & bleſſa
quelques Soldats. Monfieur de
LaparaIngenieur fut bleſſé d'un
coup
GALANT .
129
coup de Mouſquet. On travailla
àune Baterie de Mortiers pour
jetter des Bombes & des Carcaffesdans
la Citadelle .
Le Dimanche pendant lejour,
Monfieur de Vauban voyant
que le Canon des Ennemis tiroit
toûjours dans la Tranchée,
& meſme dans les Camps voifins
, fit travailler à la demy- fape
, & ce travail fut avancé de
cent toiſes. Le mefme jour un
Capitaine de 'Navarre , dont le
nom eſt échapé aux Relations
quej'ay veuës, fitune action furprenante.
Il n'avoit que quinze
Hommes avec luy , & avec ce
petit nombre il en chaſſa deux
eens d'un des Faux-bourgs de
la Ville, & les obligea de ſe retirer
dans la Contreſcarpe . Il
fut bleſſe en cette occafion .
Monfieur le Comte d'Auver
Fv
130
MERCURE
gne , Monfieur Stoup , & Monfieur
le Chevalier de Souvré ,
releverent la Tranchée la nuit
du 20. au 21. avec deux Bataillons
des Gardes,& deux du Regiment
du Roy. On travailla à
découvert aux deux Attaques,
& l'on approcha fi pres de la
Contreſcarpe à la gauche , que
les Affiegez jetterent des Grenades
dans noftre Tranchée.Ils
firent cette nuit-là un tres-grand
feu. Il fut de longue durée , &
nous tua oubleffa 25.à 30.Hommes
. Comme leurs glacis eftoiét
extrémement roides , on fit des
Logemens ſi proches d'eux ,
qu'ils ne pûrent plonger en tirant
juſques à nous que par hazard
Monfieur de la Filée Ingénieur
reçeut un coup de Moufquet
à la Teſte. Les Ennemis
perdirent beaucoup de coups,
leur
GALANT.
131
leur Canon eftant tiré trop haut.
Ceux de la Ville en tirerent
auſſi dans le Camp à toute volée,
qui ne firent aucun mal , &
cela s'appelle tirer en l'air.
Le 21. à la pointe du jour,
deux de nos Bateries commencerent
à tirer dans les Ouvrages
détachez des Ennemis,
Noftre Canon fit taire le leur,
& leur en démonta quelques
Pieces.
La nuit du 21. au 22. Monſieur
le Duc de Villeroy , &
Monfieur de S. Gérant monterent
la Tranchée avec un Bataillon
des Gardes Françoiſes,
un des Gardes Suiffes , & deux
du Regiment du Roy. Le terrain
ſe trouva ſi mauvais cette
nuit à la Tranchée , qu'on ne
pût avancer affez le Travail
pour joindre les deux Attaques .
II
132
MERCURE
Il y avoit deux Mares d'eau à
l'endroit des deux Boyaux qui
ſe devoient joindre pour ſe difpoſer
à l'Attaque de la Contreſcarpe
. Vne de ces Mares qui
eſtoit à la droite fut évitée, en la
laiſſant derriere. Il eſtoit plus
difficile de faire la meſme chofe
pour celle de la gauche , parce
qu'elle estoit plus grande , &
qu'elle s'étendoit d'avantage du
coſté de la Ville. On fit charier
des Planches à la Tranchée ,
pour mettre en pluſieurs endroits
. On ne pouvoit fortir des
bouës, mais ces Planches furent
un favorable fecours , & on en
fit porter une fi grande quantité
, qu'on furmonta toutes les
difficultez.
Le 22. on travailla aux demyſapes
, afin de faire la communication
des deux Attaques , &
d'en
GALANT.
133
d'enveloper les Ouvrages des
Ennemis par une Place d'Armes
deſtinée à poſter les Gens
qui devoient donner dans le
Chemin couvert, & les Travailleurs
commandez pour le Logement
de la Contreſcarpe . Dixhuit
pieces de canon tirerent
dés le matin . Elles furent fi bien
ſervies, qu'elles ruinerent la Baterie
de la gauche des Affiegez ,
placée ſur un Cavalier qui incommodoit
fort dans la Plaine .
Six Mortiers commencerent dés
fix heures du matin à jetter des
Bombes. Ils en jetterent cent
cinquante pendant la journée.
L'une tomba ſur un monceau
de Grenades , & y mit le feu.
Jay oublié de marquer que le
21. en montant la Tranchée ,
Monfieur le Duc de Villeroy
reçeut un coup de Moufquet
dans
134
MERCURE
dans une des boutonnieres de
fon Juſt'aucorps .
La nuit du 22. au 23. les Officiers
Generaux qui releverent
la Tranchée , furent Monfieur
le Prince de Soubiſe, Monfieur
le Marquis de Tilladet,& Monfieur
de Marans, avec deux Bataillons
des Gardes Françoiſes,
&deux du Regiment Dauphin.
On s'appliqua à faire joindre les
communications des deux Attaques.
Le 23. aumatin , Monfieur de
Vauban ayant changé de defſein
pour celle des deux Attaques
à l'endroit des deuxMares
d'eau , on les laiſſa devant , au
lieu qu'il avoit eſté réfolu d'abordqu'on
les laiſſeroit derriere .
Cette communication fut faite
àla faveur de noftre Canon &
de la Mouſqueterie , qui firent
Un
GALANT.
135
un tres-grand feu pendant que
l'on travailla à découvert. Noftre
Canon demonta preſque
tout celuy des Ennemis , & tua
la plus grande partie de leurs
Canonniers.Leurs Soldats en fu
rentſi épouvantez , qu'ils n'ofe71
87
LUBE
rent quaſi tirer toute la journée.
Une nouvelle Baterie de fix
Mortiers tira le meſime jour. On
donna les ordres pour infulter la
Paliffade & gagner la Contrefcarpe
. Les ennemis s'en douterent
, & parurent toute l'aprefdînée
avec des Faux. Ils dirent
en les montrant, qu'ils ſçavoient
bien qu'on les devoit attaquer
l'Epée à la main , mais que ces
Faux leur ſerviroient à répondre.
Sur les dix heures du foir
de ce mefme jour , un Page de
Monfieur le Duc de Villeroy
fut emporté d'un coup de Canon
136
MERCURE
non dans le Quartier du Roy.
On diſpoſa toutes choſes pour
l'ouverture de la Tranchée du
coſté de la Ville .
La nuit du 23. au 24. la Tranchée
fut ouverte contre la Ville
par les Gardes. Monfieur le
Chevalier de Sourdis & Monfieur
de Rubantel eſtoient de
jour. On pouffa le Travail jufques
à la Paliſſade , & l'on commença
d'entrer dans le Chemin
couvert , où l'on ne trouva perſonne.
Comme on n'avoit pas
ordre d'aller plus loin,on ſe contenta
de ſe loger ſur le glacis .
Quelques Ingénieurs prirent
leurs meſures pour les Travaux
qu'ils devoient faire le lendemain
. Les Ennemis furent fort
furpris à la pointe du jour , & firent
paffer beaucoup de monde
pour garder leurs Dehors,ce qui
com
GALANT.
137
commança à divifer leurs forces.
La meſme nuit Monfieur le
Comte de Maulevrier-Colbert ,
& Monfieur d'Albret , monterent
la Tranchée du coſté de
la Citadelle . On ruina les Fléches
qui estoient aux Angles de
la Contreſcarpe des Demy-Lunes
.Monfieur PomarinCapitaine
dans les Dauphins , reçeut une
contufion à la teſte .
La nuit du 24. au 25. les Officiers
Generaux qui releverent
la Tranchée , furent Monfieur
de la Cardonniere, Mr le Chevalier
deTilladet ,&Monfieur de
Montigny,avec les Regimens de
la Couronne,& d'Alface.Onleur
donna à chacun des Troupes de
Gens choiſis & des Grenadiers
à leur teſte , pour chaffer
les Ennemis des Dehors. L'Attaque
ſe fit à trois Rédans par
د
trois
138 MERCURE
trois cens Hommes à chacun ,
partagez par cent cinquante ,
qui alloient chaque Troupe à
fon coſté des Rédans . Monfieur
de Montazel Capitaine de Navarre
, avoit la droite , avec les
Grenadiers de ce Regiment , &
cent Hommes détachez . Les
Grenadiers de la Couronne eftoient
à la gauche du meſime
Rédant avec pareil nombre
pour les ſecourir. Les Grenadiers
à cheval eſtoient à celuy
dumilieu,ſéparez en deux Troupes
, dont chacune eſtoit aufſi
ſoûtenuë de cent Hommes . Le
Rédant de la gauche eſtoit difpoſe
de meſme , & le reſte des
Grenadiers eftoient répandus à
la teſte des Boyaux de chaque
Attaque, avec cinquanteMoufquetaires
du Roy à chacune , &
leCorps partagé en deux devant
les
GALANT.
139
les Bataillons , rien de cette reſerve
ne devant fortir qu'en cas
qu'on fuſt repouffé. Les Moufquetaires
eſtant enmarche pour
aller à la Tranchée , le Canon
de la Citadelle tira ſur eux, bleffa
legerement un de ces Braves,
& tua fon Cheval. Le Marefchal
de France de jour estoit
Monfieur de Luxembourg , & le
Mot de ralliement , leRoy. On
ſortit à la ſeptiéme décharge
des Bombes , pour ſurprendre
davantage les Ennemis, qui ſçavoient
qu'on ſe ſert ordinairement
du Canon. Monfieur le
Prince d'Elbeuf , Monfieur le
Chevalier de Savoye , Monfieur
de Beaumont , & quelques autres
Volontaires , ſe déroberent
de Monfieur de Luxembourg ,
&vinrent trouver Monfieur de
Riotor ; mais Monfieur de Luxembourg
140
MERCURE
xembourg lesalla chercher luymefine
, & employa juſqu'à la
menace , s'ils ſe hazardoient à
s'échapper . Monfieur de Beaumont
ne laiſſa pas de le faire une
ſeconde fois avec quelques autres
, & ils revinrent où eſtoit
Monfieur de Riotot .
La ſeptiéme décharge des
Bombes eſtant faite entre onze
heures & minuit,la Paliſſade fut
attaquée avec une vigueur incroyable
. Pluſieurs Volontaires,
& mefme quelques Officiers
qui n'eſtoient point commandez
, ſe mirent à la teſte des Grenadiers
. Monfieur le Comte
d'Hoſtel Ayde de Camp de
Monfieur le Comte du Pleſſis ,
fut du nombre de ces derniers .
Monfieur de Beaumont ſe ſignala
parmy les autres , auſſi bien
que Meſſieurs de Féron & de
S
GALANT. 141
S. Gilles - Lenfant , Page de la
Petite Ecurie. Les Ennemis qui
ſe tenoient fur leurs gardes ,
avoient allumé quantité de Godrons,&
jettoient inceſſamment
des Feux d'artifice pour voir
clair , de forte que les Grenadiers
furent découverts d'abord,
& effuyerent un fort grad
feu . Ils forcerent la Paliſſade du
Glacis,& en trouverent une ſeconde
à un pied de la Banquette
du Chemin couvert , qu'ils pafferent
encor , quoy qu'elle fuſt
fort haute . Les Ennemis apres
avoir fait leurs décharges du
Mouſquet,jetterent grand nombre
de Grenades , & lâcherent
le pied. Ceux qu'on joignit furent
tuez . Pluſieurs ſe jetterent
dans le Foſſe plein d'eau, où ils
ſe noyerent ; & quelques-uns ſe
ſauverent dans les Demy-Lu
nes,
142
MERCURE
nes , où il fut impoſſible de les
ſuivre . Cependant le feu avoit
eſté ſi grand , que Monfieur de
Riotot s'eſtant trouvé dangereuſement
bleſſe ,auſſi -bien que
Meſſieurs de la Motte & de la
Pommeraye Mareſchaux des
Logis, les Grenadiers demeurerent
preſque ſans Officiers. Ils
tinrent ferme pourtant , malgré
un tres-grand feu que les Ennemis
faifoient de leurs Demy-
Lunes & de leur Rampart. Les
Afſiegez reprirent coeur àla gau.
che & tacherent de rentrer
dans la Contreſcarpe. Monfieur
de Luxembourg qui agiffoit par
tout avec une activité incroyable
, fortit de la Tranchée , &
fit marcher un Détachement
desMouſquetaires blancs commandez
par Monfieur de la Barre
Mareſchal des Logis. Monfieur
د
GALAN T.
143
fieur de Tilladet fit fortir à la
gauche le premier Détachemét
de la ſeconde Compagnie, commandé
par Monfieur Tayac
Mareſchal des Logis , par Monſieur
Sartous Brigadier , & par
Meſſieur Launay & le Chevalier
de Coulombe Sous- Brigadiers
. Monfieur le Prince d'Elbeufqui
pendant le Siege faiſoit
la fonction d'Aydede Camp du
Roy , s'eſtant échapé , malgré
les foins de Monfieur le Duc de
Luxembourg , ſe mit à la teſte
d'un petit Détachement de
Mouſquetaires qui précedoit celuy
de Monfieur dela Barre. Ce
Secours s'eſtant joint aux Grenadiers
, ils chafferent les Ennemis,&
fe rendirent entierement
maiſtres de la Contreſcarpe , où
l'on affura un Logement. Il fut
fait parles foins de Monfieurde
Luxem
144 MERCURE
Luxembourg , qui donna del'argent
aux Soldats pour les obliger
à travailler plus viſte, afin de
garder le terrain qu'ils avoient
gagné , & fe couvrir du feu des
Demy- Lunes . Ce fut là que
Monfieur le Prince d'Elbeuffut
bleſſé. Il reçeut un coup de
Mouſquet qui luy caſſa le gros
os de la jambe droite , un peuau
deſſous de la cheville du pied. II
tomba entre les bras de Meffieurs
de Féron & de S. Gilles,
qui l'avoient toûjours ſuivy depuis
qu'ils l'avoient rencontré
dans la Contreſcarpe . Ils ne l'abandonnerent
point , & le porterent
à la Tranchée à l'aide de
Monfieur d'Alvimar ſon Ecuyer
. Il y fut panſé . Le Roy l'allavoir
le lendemain , & luy dit
pluſieurs chofes obligeantes . Ce
Prince n'a pax dix-sept ans, & il
s'eft
GALANT. 145
s'eſt déja trouvé à pluſieurs Sieges&
à trois Batailles. Monfieur
Tayac Mareſchal de Logis de la
Seconde Compagnie fut tué en
cette occafion , & Sa Majeſté
marqua la fatis- faction qu'Elle
avoit des ſervices de Monfieur
de Sartous Brigadier,en luy donnant
la Charge de Mareſchal
des Logis. Les deux Sous-Brigadiers
furent bleſlez . Le Roy
ayant fait ſommer le Marquis
deConflans Gouverneur de la
Place , il répondit , Que tout fon
Bien estoit déja à Sa Majesté , &
qu'il croyoit y estre bientoft luymefme
; mais qu'il la fuplioit de
trouver bon qu'en faiſantſon devoir,
ilpustse rendre digne de fon
eftime.
Les priſes des Villes ſuivent
ordinairement de pareilles réponſes
, & c'eſt le reſte d'un feu
Avril. G
1
146 MERCURE
qui ſemble briller davantage
lors qu'il eſt tout preſt às'éteindre.
En effet , de grandes Demy-
Lunes environnées d'eau,&
un Avant-Foſſé devant le Glacis
n'empeſcherent pointles Ennemis
de batre la Chamade auſſi
toſt que le jour parut. Ils craignirent
que ſi les François faifoient
une ſeconde Attaque , ils
ne fuſſent emportez d'affaut.
C'eſtoit la pensée de Monfieur
de Vauban , qui dit qu'ils ne s'étoient
point rendus trop toſt . Ils
envoyerentunOfficierà la pointe
du Baſtion. Ildemanda à parler
à Monfieur le Chevalier de
Tilladet , qui capitula. Le Roy
accorda les mémes Articles qu'il
avoit accordez à la Ville de
Gand ; & la Garnifon composée
encor de plus de trois mille
Hommes,& de plus de trois cens
Offi
GALANTA
147
Officiers reformez , fortit le 26.
Sa Majesté mit dans Ypres cinq
Bataillons, qui furentun de Humieres
, un du RegimentDucal,
&&troisdel celuy de Salis , avec
le Regiment deDragonsde Phimarcon.
M de la Cardonnie
re prit poſſeſſion de la Citadelle
pour le Roy, qui donna le Gouvernement
de cette nouvelle
Conqueſte àMonfieur le Marquis
de la Trouffe , dont lat
valeur & Pactivité ſont con
nuës.
La priſe d'Ypres nous rend
maiſtres de la Scarpe, du Lis,de
l'Eſcaut,& des principaux Ca
naux des Païs-Bas.Tantqu'a duré
le Siege , l'abondance a eſté
dans le Camp.On a toûjours veu
la Chauffée qui eſt du coſté de
Lile, couvertedeChariots.Tous
les Villages jouiffoient d'une
148 MERCURE
auffi grande tranquilité qu'en
pleine Paix. Les Beſtiaux eftoient
aux Champs . Les Enfans
dançoient , & les Artiſans travailloient
dans leurs Boutiques
avec autant de repos que ſi la
Guerre euft eſtéà cent lieuës
d'eux. Ils n'auroient pas eu ces
avantages ( à ce qu'ils diſent )
s'ils euffent eſté aux Ennemis .
Ils publioient hautement qu'ils
ſe tenoient aſſurez quelſi in SoldatFrançois
leur faifoitle moin
dre tort , il feroit auffitoſt puny,
& que c'eſtoit ce qui les faifoit
venir tous les jours dans i le
Camp chargez de Provifions.
Les Ennemis ont perdu une
Doüane tres conſidérable en
perdantYpres. Les Marchands
de Lile qui estoient obligez de
leur porter ſouvent de l'argent,
ſe re jouffent de la priſe de cette
Ville , qutan que les Eſpagnols
TILLE
PREQUE
DE
IYON

GALANT.
149
L
s'en chagrinent. Pendant qu'el
le eſtoit aux abois , ces derniers
tinrent un grand Confeilade
guerre, où le Duc deVilla-Hert
moſa ne fit point appeller le
Comte de Rache Mestre de
Camp General Il s'en plaignit.
On luydit que les Espagnols vou
loient déliberer par quel chemin ils
s'en retourneroient en Espagne,
qu'il n'avoit auoun interest à cet
te deliberation , puis qu'il estoit
Flamand. C'eſt vous parler longtemps
d'Ypres fans vous en fai
re voir le Plan . Le voicy. Si vous
avez eſte fatisfaite de celuy de
Gand , vous devez l'eſtre en
cor davantage de ce dernier.
Vousy verrez les Attaques de
la Ville & de la Citadelle ,& tolit
Campement marqué avec
tant d'exactitude , qu'il n'y a pas
un Efcadron & unBataillon que
le
NOA
Giij.
150
MERCURE
vous n'y trouviez nommé. Il ne
s'est fait aucun mouvementpendant
le Siege où le Roy n'ait été
preſent. Iladonné ſes ordres par
tout. Monfieur de Luxembourg
qui l'Année derniere & celle- cy
s'eſt toûjours rencontré de jour
quand les Places que Sa Majeſté
a priſes ont cherché à capituler,
ajoint tant de conduite & tant
d'activité à ſa valeur ordinai
re , qu'on ne peut douter qu'il
n'ait beaucoup contribué à
leur prife. Mouſieur de Tilladet
qui estoit de jour dans le
temps que cette derniere s'eſt
renduë , a fait voir beaucoup de
teſte & de coeur ,aufſi - bien que
Monfieur de Rubantel. Cederz
nierdemanda permiffion au Roy
de faire un Logement fur la
Contreſcarpe de la Ville, s'ilvo
yoit jour à l'entrepriſe . Il obtint
.ce
GALANT
151
ce qu'il ſouhaitoit , & fitle Logement.
Monfieur Catinat Capitaine
aux Gardes , & Major
General , a rendu des ſervices
tres - agreables. Monfieur le
Comte d'Hoftel s'eſtant mis à la
tefte des Grenadiers du Regiment
de Navarre , pour donner
avec eux àl'Attaque de laContreſcarpe
, comme je vous ay
déja marqué , il s'y jetta le
premier , & fervit d'exemple à
ceux qui furent détachez . Les
Ennemis ayant fait alors joüer
un Fourneau , pluſieurs des Nôtres
ſe retirerent Quelques -uns
furent enlevez , & il demeura
avec deux Soldats qui furent
tuez aupres de luy.. Il ſe défendit
avec une Pertuiſane , juf
qu'à ce qu'elle luy fut rompuë
dans la main par pluſieurs coups
de Mouſquet tirez à bouts por
L Gij
152 MERCURE
tans , dontl'un le jetta à la renverſe
,& le bleſſaà la teſte affez
favorablement. Je ne vous ay
point encor parlé de ce jeune
Comte. Quoy qu'il n'ait que
dix-neufans , il a déja fait plufieurs
Campagnes en qualité
d'Ayde de Camp de Monfieur
leCompte du Pleſſis. Il s'eſt fignalé
à la priſe de Valenciennes
&à la Bataille de Caffel. Il eſt
de la maiſon de Choiſeüil Fils de
feu Monfieur le Comte d'Hoftel
, qui estoit Premier Gentilhomme
de la Chambre de feu
Monfieur le Duc d'Orleans , &
Petit-Fils de Monfieur le Comte
d'Hoſtel qui poſſedoit lamefmeCharge,&
qu'on a veu Lieutenant
General & Gouverneur
de Béthune. Monfieur le Marefchal
Duc du Pleſſis-Praflin
eſtoit fon Oncle. Les Pages
de
GALANT
153
de Sa Majesté ont auffi fait leur
devoir. Monfieur de Féron Page
de la Petite Ecurier reçeut
un coupedans ſon Chapeau',
comme il en avoit déja reçeu un
àGand Ildonna avec lesGrena
diers duRoy; &Meffieurs de la
Grange, die Laval & de Renanſart,
Pages delameſimeEcu
rie , donnerent avec lesGrenadiers
de Navarre . Un Pere Ca
pucin quia été autrefois Moufquetaire
, fit paroiſtre en cette
occafion tout ce qu'un grand
zele & une extréme charité
peuvent produire dans un cou
rage que la veuë de la inort n'és
branle point. H entra dans la
Contreſcarpe on meſme temps.
que Monfieur de Riotoid
fe trouva dans lesDendroits
les plus périlleux , où il affifta
également Amis & Ennemis .
8
1204 GW
154
MERCURE
1 reçeut pluſieurs coups dans fon
Manteau&dans ſa Robe , qui
luy firentdes contufions. Ileſt
aifé de croire qu'il y eut beau
coup de Bleſſez les Ennemis
ayant mis deux mille Hommes
dans leurs Contrefcarpesheroib
Monfieur le Chevalier deCauviſſon
Lieutenant aux Gardes,
fut bleffé d'un coup de Moufque
nomiMehanib
Monfieurd'Atilly Comman
dant les Chevaux - Legers de la
Reyne ,le fut au viſage , Monfieur
de Vauban à larjambes &
Monfieur le Chevalier d'Eſcars
eut la main/percée. also ga
Monfieur de Plancy-Guenegaud
fut bleffé en ſe ſignalant,
aufli-bienque Monfieur deVilleneuve
Capitaine au Regiment
de la Reyne, & Ingénieur,quile
fut dangereuſement some
VO Mef
GALANTA
155
Meſſieurs Evrard & Répond
furent auffi bleffez. Le premier
eſt Lieutenant du Regiment de
la Couronne, & l'autre,Officier
de ce meſme Regiment
Monfieur le Comte de Limoges,
Fils de Monfieur de Chandenier
, eſt mort à Lilerde ſes
bleffures.op
Monfieurde Vareil Lieutenatl
Colonel du Regimentd'Alface,
en reçeut une,dont l'impatience !
qu'il avoit de doner fut la cauſe.
Monfieur de Seraucour Lieutenant
aux Gardes a eſté tuées
Meſſieurs de Naugaret & de
la Boulſe Lieutenans au mefme
Corps, ont eſté bleſſez .
Monfieur de Boitiroux Capitaine
des Grenadiers de Navar->
re,qui avoit eſté bleffé le ſecond
jour de la Tranchée, fut tué das
l'occaſionde l'Attaque des Contreſcarpes.
Mon
156 MERCURE
Monfieur de Montafelle Ca--
pitaine des Grenadiers duRegiment
du Roy, fut auffitué. Ra
Monfieur Deſcrochets Capitaine
du Regiment Dauphin, &
Volontaire en cetteoccafion, &
Monfieur de Singlas Capitaine
du meſme Regiment , ont eſté
bleſſez, auſſi bien que Monfieur
Paigne Capitaine deDragons,&
Monfieur Ripert Lieutenantde
laCouronne.
Monfieur de Meulan CapitainedesGrenadiers
de Humieres,
a eſtébleſſe de trois coups.
Monfieur de Riotor Capitaine
des Grenadiers àcheval l'a esté
àla teſte.
Monfieur Piat Capitaine des
Grenadiers du Roy , Monfieur
de Blecour Capitaine des Gre--
nadiersde la Couronne,& Mon
fieur de Mondefir Lieutenant
.eorthdes
GALANT.
157
desGrenadiersduRoy,ont eſté
auffi bleſſez.
1
Monfieur d'Ecuilly Lieutenant
des Grenadiers de la Reyne , a
reçeuun coup demouſquet.
Monfieur le Raigre Capitaine
deDragons, aeſté bleſſe.
Monfieur de la Mothe Lieutenantdes
Grenadiers à cheval,
l'a eſté àmort d'un éclatdeGrenade
àla teſte , & d'un coup de
moufquerтоветер
Sept ou huit Moufquetaires
blancs , ont eſté auſſi bleffez en
donnant des marques d'un
courage extraordinaire. Voicy
les noms des Moufquetaires
noirs qui ſe ſont ſignalez , &qui
ont eſté tuez ou bleffez .
Monfieur de la Barre Maref
chal des Logis , bleſſé d'un coup
de Moufquetawcoſté, auec une
contufion au bras ..
Mon
158 MERCURE
Monfieur de Vincheguerre
Brigadier , une contufion à la
teſte d'un coup de Moufquet.
Monfieur du Rollet Sous-Brigadier,
bleſſé àla teſte d'un coup
de Mouſquet.
Monfieur de Viben eſtant à
la Barriere , y fut tué en ſe ſignalant.
Monfieur de S. Didier reçeut
un coup de Faux , un coup der
Mouſquet , & un coup de Grenade
. Il fut emporté au Camp,
&mourut deux heures apres.d
Monfieur de Planc, bleffé au
bras...orianibroruxo essECO
Monfieur de la Mamille , bleſſe
d'uncoupde Moufquet àlajabe.
Monfieur Blegier, bleſſe d'un
coup de Mouſquet à la main
Monfieur de Villepreux'a etu
un doigt emporté d'un coup de
Mouſquet, d плэйрого
Mon
ROM
GALANT. 159
Monfieur de Buffy,bleſſe d'un
coup de Moufquet das l'épaule.
Monfieur de Bufferolle , une
contufion àla jambe d'un coup
de Moufquet.
Monfieur Doreau, bleffé d'un
coup de Mouſquet au travers du
bras.
Monfieur de Quevrecour , &
Monfieur de S. Loup , bleſſez .
Monfieurle ChevalierdeVaubreüil
entra dans la Barriere , &l
en chaffales Ennemis.barot
Comme les Muſes s'exercenti
toûjoursſur de fi grandesActios,
il s'eft fait quantité de Vers fur
cettederniere Conqueſte , parmy
leſquels on a trouvé fort
agreable ce que Monfieur Briffault
ſupoſe que le Ducde Villa-
Hermoſa a écrit aux Bourgeois
d'Ypres. La Lettre eft courte,&
ne vous ennuyera pas . Voicy
ce qu'il luy fait dire.
1
160 MERCURE
L'Esperode vous davantage
7
Que des lâches Gantoisrendus en quatre
jours :
Poſtre zele & vostre courage
4 )
Sans donte donneront plus de temps aus
Secours.
Croyez que je lepreſſe auec unfoin extréme
Et qu'il doit avancer en bonne intention
Le lendemain , ou le jour mesine
८ De laCapitulation.
J'adjoûte deux Sonnets à cette
Lettre. Le premier eft de Mon
fieur de Poclagny , &l'autre de
Monfieur Lelleron..
3,93-81-8463 463-60003 :60768-6233-53-3
AURΟΥ
SUR LA PRISE DE GAND
VET DYPRES
SONNET
Out le monde se plaint ,
OGrandRoy, TONG de ta Victoire,
GALANT. 161
Enfin la Renommée est laſſe de crier ,
Ta Valeur en fait plus qu'on nepeut publier
A
Et le peu qu'elle en dit , on ne veutpas
le croire.
Le Parnasse à son tour accablé de ta
gloire , ८
Pour couronner ton front épuise fon.
Laurier ;
Et les Muses par tout difent qu'aucun
Guerrier
N'exerça jamais tant leur voix & leur
memoire.
Pour moy révant déja ſur laprise de
Gand
L'eſſayois de trouver quelque chose de
grand,
Mais à ce ſeul Exploit ma Muse en
vain s'arreste.
1
Ypres fuit , on l'attaque , il est pris, c'en
estfait,
Et mon esprit confus par cette autre
Conqueste,
A peine a-t'il le temps de te faire un
Sonnet.
YPRES
162 MERCURE
7
YPRES
AUROY
T'Ay fait tous mes efforts
pas , Grand Roy ,
2
n'en doute
Pour arrefter long-temps ta rapide vaitlance,
Quoy que je ſcenſſe bien qu'il n'estpointdedefence,
Que neforce sans peine un Héros comme
Toy.
It n'apprehendois pas la rigueur de ta
Loy, 2007 2
Ta bontém'exemtoit de craindre ta vengeance
,
Et j'aurois fans combat suby le joug de
France;
Mais euſfes-tu gardé quelque estime
pourmoy?

Simes Forts attaquez ne t'avoient pas
fait teste
Ton courage en auroit méprisé la Con-
T'ay queſte ,
GALANT. 1. 163
L'ay voulu rehauſſer tagloire en reſiſtant ...
Par tout ce que
d'obstacles ,
ma priſe a pû Souffrir
I'ay retardé fix jours le cours de tesmiracles,
Et je doute qu'une autre en puiſſe faire
autant.
Les Vers dont le tour & les
nobles expreſſions donnent fouvent
aux Actions qu'on décrit
un air pompeux qui les fait paroiſtre
plus éclatates,n'ont point
affez de force pour bien dépeindre
les ſurprenantes Conqueſtes
du Roy , & ne feront point ap-v
peller les Poëtes menteurs fur ce
qui regarde ſa gloire. Les priſes
des plus importantes Places de>
la Flandre que ce Grand Princel
ſoûmet en cinq ou fix jours , ne
ſont point des fictions. Ce font
des réalitez qui ne donnent pas
moins d'admiration que d'étonne
164 MERCURE
nement à toute l'Europe ; & les
Te Deum folemnels qu'on fait
chanter ſi ſouvent pour rendre
graces à Dieu de tantde Victoires
, font connoiſtre avec quelle
rapidité ce glorieux Conquerant
vientà bout de toutes ſes entrepriſes.
Je ne vous parle jamais de
ces fortes de ceremonies , parce
que je ne vous en puis rien dire
que vous ne ſçachiez . Il y a en
cependant une circõſtance particuliere
dans le Te Deum qu'on
a chante pour Ypres , queje ne
vous ſçaurois laiffer ignorer!! ...
Apres que le Parlement fut
placé dans le choeur de l'Eglife
de Noftre - Dame , le Grand
Maiſtre des Ceremonies, quien
avoit reçeu l'ordre exprés du
Roy , alla prendre Monfieur le
Chancelier dans le petitArche
veſché , &l'amena en fa placen
C'eſt
GALANT.
165
C'eſt ce qui ne s'eſtoit point encor
pratiqué en pareille occafion
; mais il ne faut pas s'etonner
qu'on faſſe des choſes extraordinaires
pour des Hommes
d'un merite ſi peu commun.
Auſſi- toſt que Gand fut pris,
Monfieur le Duc de S. Aignan
qui ne laiſſe échaper aucune occafion
de faire paroiſtre au Roy
l'attachement particulier qu'il a
pour ſa gloire & pour fon fervice,
luy témoigna par cette Lettre
la joye qu'il reſſentoit de la continuation
de ſes Conqueſtes .
ピンクパ
16
LETTRE
:
166 MERCURE
03-38333333
LETTRE
13
DE MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN ,
AU
SIRE,
ROΥ
1,
le m'estimeroisfort heureux, si je ponvois
auffi-bien inventer de nouveaux termes
pour feliciter V. M. Sur la grandeur
deſes Conquestes, comme Ellefçait trouver
les moyens de les augmenter tous les
jours. La gloire de l'Eloquence , & celle
de la Valeur , sont bien diferentes ; la
premiere consiste principalement àn'uſer
point deredites , & l'autre àprendre de
fortes Places , &à gagner des Combats.
Vous estes , SIRE , toûjours ſemblable à
Vous-meſmes ; c'est àdire toûjours Conquerant
& Victorieux. Aucun ne vous a
jamais égalé , & nul ne vous égalerajamais.
Mais on trouve bien plus de difficulté
7
GALANT.
167
culté à vous lover , que vous n'en avez à
vous rendre loüable. Ie me contenteray
donc d'admirer V. M. dans un refpe-
Etueuxfilence , &n'auray de paroles que
pour luy témoigner ma joye des merveilleux
effets defa prudence & deſon coй-
rage , ſans y rien adjoûter que les prote-
Stations tres foumises d'estre àjamais ,
SIRE ,
De Vostre Majesté,
Le tres - humble , tres-obeïſſant
& tres - fidelle Sujet &
Serviteur , V
L. D. D. S. A.
Le Roy luy fit l'honneur de
luy répondre en ces termes .
REPONSE DU ROY
A Monfieur le Duc de S. Aignan.
M
On Cousin , l'ay lû voſtre derniere
Lettre avec la mesme satisfaction
que
-168 MERCURE
que toutes les autres que vous m'avez,
écrites en divers temps ſur laprosperité
de mes armes. Vous devez meſme vous
tenir afſurépar avance d'un pareil agrément
pour celles que vouspourrez m'écrire
àl'avenirfur ce sujet là ,Sçachant qu'il
n'y a personne qui s'intereffe plus que
vus à ma gloire &à mon fervice. C'est
dans cette confiance que je prie Dieu
qu'il vous ait , Mon Cousin , enſaſainte
& digne garde . Au Camp devant Ypres
le 24. Mars 1678 .
07.
Signé , LOVIS. +
Il y avoit pour Suſcription , AMon Coufin
leDuc de S. Aignan , Pair de France.
En vous faiſant le détail du
Siege d'Ypres , j'ay oublié de
vous parler de Mr. leChevalier
de Thoury , qui s'y eſt diſtingué
aux principales Attaques. Il eſt
de lamaiſon de Clermont-Tonnerre
, & fervoit en qualité de
Volontaire . Apres que cette
Place
GALANT . 169
Place eut eſté reçeuë à capituler
, Monfieur de la Cardonniere
le choiſit pour aller préſenter
auRoy les Oftages qu'envoya
le Gouverneur. Sa Majeſté
ne s'en eſtant pas contentée ,
parce qu'on ne donoit que deux
Capitainesd'Infanterie,ce Chevalier
eut ordre d'en aller demander
d'autres. Il n'eſt âgé que
de vingt-deux ans ; & le Roy
pour luy marquer l'eſtime qu'il
fait&de fa naiſſance & de fon
merite , luy a donné une Compagnie
de Chevaux Legers avec
des paroles tres-obligeantes.On
la peut compter entre ce qu'il y
en a de plus leſtes dans ſes Armées.
Elle eſt dans le Regiment
de Mõſieur le Marquis d'Eſtampes
, dont Monfieur le Chevalier
de Thoury eſt Parent , auſſi
bien que de Meſſieurs les Ducs
Avril. H
170
MERCURE
de Luxembourg , d'Uſez , de S.
Aignan, & de Noailles, non feulement
du cofſté de la Maiſon de
Clermont dont il eſt ſorty , mais
auſſi par ſa Bifayeule Claude de
Rohan , qui luy donne alliance
avec tous les Princes Chreſties .
Je vous ay fait part de quantité
d'Avantures dont j'ay eu
ſoin de vous éclaircir les plus
eſſentielles particularitez. L'amour
en a produit une depuis
péu que je ne commenceray à
vousdéveloper aujourd'huy que
par ſa derniere circonftance.Au
moins ce que vous y comprendrez
, ne vous fera pas fufpect
d'eſtre inventé , puis que pour
fe mettre à couvert de quelques
pourfuites qui ont pû ſembler à
craindre , on a eu recours à une
Perſonne du plus haut rang . La
Lettre qui fuit vous en apprendra
GALANT. 171
dra davantage. Elle est écrite
par un Inconnu à Monfieur le
Duc de S. Aignan .
M
ONSEIGNEUR ,
Il n'est pas bien étrange queje vous
connoiſſe ſans estre connude vous. Vous
estes un fort grand Seigneur , je ſuis un
Gentilhomme affezmal-aisé. Vous estes ,
Sans parler de vostre Dignité , remarquable
par cent beaux endroits qu'iln'est
paspermis d'ignorer à quiconque a mis le
pied dans le monde , & l'on ne peut trouver
chezmoy qu'une mediocrité languif-
Sante , qui fait qu'à peine ſuis-je diftinqué
dans mon Village. Ie ſuis toutefois
fingulier en cecy ; c'est , Monseigneur ,
qu'à l'âge de quarante-cinq ans quej'ay
Sur la teſte; jesuis tout auſſi fou qu'un
Homme de quinze , &fur le tout auffi
amoureux que vous l'eſtiez peut- estre à
vingt. Ce qui me ſauve unpeu du ridicule
là-dedans , c'est que par toutes lesapparences
du monde , je suis aimé , puis
que laPerſonne que j'aime veut tout aban
Hij
172
MERCURE
donner,&paſſer en Angleterre avecmoy's
C'eſt aſſez vous en dire pour vous faire
entendre que ma paſſion n'est pas generalement
approuvée. Mais l'Amour , n'at'ilpas
ses droits ? & quelqu'autre les
connoift-il mieux que vous ? Sur cela , je
vous demande voſtre protection , de cent
cinquante lienës , &je vous fuplie treshumblement
, Monseigneur , que nous
puiſſions trouver un ſeur azile dans vo-
-ſtre Gouvernement , attendant une bonne
occaſion pour mettre la Mer entre nous
nos Ennemis. Ce qu'ily a derare en
cette conjoncture , c'est que je m'addreſſe
àvous qui ne me connoiſſezpas , par préference
à quelques fameux Ingrats qui
pourroient meſervir à la pareille. C'est un
coup de vostre afcendant & de la Bizarrerie
de mon Etoile. Pour mon Nom,vous
ne le sçaurez point , Monseigneur , que
vous ne m'ayezdonné le courage de vous
ledire , &voicy comment. Si cette nouveauté
trouve grace devant vous , il ne
faut que me le faire sçavoir en adreſſant
vos ordres au Maistre dela Poste *** ,
pour les faire tenir au Chevalier Inconnu .
Le les recevrayſeurement ,&vous entendrez
GALANT. 173
drez bien-toſt parler de moy. Il ne me refte
plus qu'àvousſuplier tres humblement
Monseigneur ,que cette audacieuse Lettre
ne vous donne point une idée libertine
du tres- bumble respect que je prétens
vous rendre toute ma vie , &duquel vos
bontezmesmes neseroient pas capablesde
me faire écarter. Ie ſuis une espece de
Provincialun peu dépaisé, quiſçay ce
qu'on doit à un Homme du rang que vous
tenez en France , &ce qu'on doit encorà
meilleur titre à voſtre vertu. Ce seront
toûjours les sentimens , Monseigneur ,
De voſtre tres- humble & tresobeïffant
Serviteur.
Monfieur le Duc de Saint
Aignan qui a toûjours eſté auſſi
galant que civil, n'a pû ſe défendre
d'accorder ſa protection à
cet Inconnu. Voyez - le par cette
Réponſe.
Ous ne vous estes point trompé,
VOC
hevalier inconnu ; je suis Homme
à tenter toutes les avantures qui ne
Hiiij
174 MERCURE
choquent point le ſervice du Roy , ny la
droitejustice. Simon peu de merite m'a
empefché de bien connoistre l'Amour par
moy mesme , je n'ignorepas quel eſt ſon
pouvoirdans les quatre Partiesdu Monde.
Lamaniere obligeante dont vous me
preferezà ces fameux Ingrats de qui
vom me parlez si galamment ,est digne
de tous les soins &de tous lesſervices que
jepourrois vous rendre. Venez voirpar
l'épreuve si la Renommée m'a flaté en
vous diſant du bien de moy , & fi elle
vous donnera lieu de vous repentir de vôtre
confiance. Rafſurez le courage peuteftre
encor chancelant de vostre fidelle
Maiſtreſſe , ſi elle donte de trouver un
azile chez moy , & remarquez sur l'un
de mes Cachets , que le Havre est un
Port pour les Mal-heureux , comme un
Ecueil pour les Superbes. Apres cela
partez , heureux Couple d'Amans,&
vous connoistrez que lors qu'on a l'honneur
de ſervir la Perſonne d'un Grand
Roy le plus honneſte Homme du monde,
on deviendroit civilquand on ne leſeroit
pas naturellement. La maniere dont vous
m'écrivez , me fait voir que vous l'eſtes
beaucoup
GALANT.
175
beaucoup ; &fi voſtre Dame a autant de
beauté que vous avez d'eſprit , je vous
tiens auffifortuné d'estre bien aupres d'elle,
que je lefuis d'estre employé par vous
de qui je veux toûjours eftre le tres-humble
, &c .
L
Monſeigneur le Dauphin qui
eſt merveilleuſemet bien à che
val , s'y fit admirer il y a quelques
jours en courant la Bague
pour la premiere fois.Il l'emporta
dés la ſeconde courſe qu'il fit,
& j'ay ſçeu qu'ayant continué
depuis à ſe donner ce meſme divertiſſement
, il l'avoit ſouvent
emportée pluſieurs fois de ſuite,
avec une adreſſe qui ne charme
pas moins qu'elle ſurprend .
Je vous envoye un Sonnet qu'a
fait Monfieur du Mats pour ce
jeune Prince. Il eſt Secretaire de
Monfieur le Duc de Crufſol ,
Premier Pair de France , & a du
Hiiij
176 MERCURE
talent pour la Poësie. Il n'avoit
pourtant fait juſque-là que de
petits Vers qui n'étoient veus
que de ſes Amis. On en parla à
Monſeigneur le Dauphin , qui
luy ordonna de faire un Sonnet
pour luy. Il s'en défendit ſur ce
que le Sonnet eſtant l'ouvrage
le plus difficile , il n'avoit pas
affez d'habitude à faire des vers
pour s'y hazarder; mais ce Prince
n'ayant point voulu recevoir
ſes excufes , il fut obligé de luy
obeïr, & voicy ce qu'il luy donna
avec beaucoup d'applaudifſement
de tous ceux qui l'entendirent.
A
GALANT.
177
QUE
DELA
A MONSEIGNEU YON
LE
V
DAUPHIN
SONNET...
Ous l'ordonnez, Grand Prince , il
fant vous satisfaire,
Excitons noftre veine & tachons de ri-
In tel commandement a droit de me
mer ,
charmer ;
Mais il n'estpas aisépour un esprit vultgaire.
VILLE
Où prendray- je un Sonnet ? comment le
puis-jefaire ?
Par mille vains efforts je cherche à
m'animer ,
Nulle sçavante ardeur nemevient enflamer,
Du brillant Dieu des Vers nul rayon ne
m'éclaire..
Charmant& digne Fils du plus puiffan
desRoys 4
Hw
178 MERCURE
Qui prenez vos leçons ſur ſes fameux
Et qui brûte,zdéjadelesmettre en pra-
Exploits,
tique.
Si ma Muſe aujourd'huy pour vous n'ofe
chanter,
Quandvous exercere,z voſtre ardeurheroïque
,
Seray je affez hardy pour ofer le tenter?
Cét autre Sonneta eſté adrefſe
au Roy fur ce meſme Prince .
L
AUROY
SONNET.
Ejeune Loüis est tout prest.
Parle, Grand Roy , Sa marche étonnera
l'Espagne,
Tu le voulois tel qu'il parest,
Avantqu'il commençaſapremiere Campagne.
Il a du coeur, on le conneft,
Mais
GALANT.
179
:
Mais pour apprendre à vaincre , ilfaut
qu'il t'accompagne.
Tu gagnas plus jeune qu'iln'est
Bienplus
672
d'une
gagne
Victoire,il est temps qu'il
Tesſoins luy nuiſent aujourd'huy,
Retirepour un temps ta tendreſſe de luy.
Si tu ne veux pas qu'il commande ,
Accepte ſon ſervice au moins en tes proà
jets,
Car ne vouloirpas qu'il t'en rende,
C'est luy faire envier lefort de tes Sujets.
Le Madrigal ſuivant eſt de
Monfieur de Roux.
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
G
Sur le Retour du Roy.
Rand Prince , le Ciel débonnaire
Nous fait voir de retour vostre
Invincible Perepba
180 MERCURE
DesFlamansſubjuguezde tr op hea
reux Ramparts
Nous avoienttrop longtemps dérobé
Ses regards.
Apres que le plaisir qu'il prend par
my lesarmes.
Nousadonnépour luy les plus vives
alarmes..
Ce Grand Roy ſi chery des Dieux
Revientà nous victorieux ,
Asavalour tout doit hommage ,
Rienne peut plus luy reſiſter.
Tous les Hérospourront admirerſon courage,
Maisvousſeul pourrezl'imiter.
La Déclaration du Ruiſſeau
qui vous a tant plû , a fait parler
plus d'une Prairie , & je n'attens.
pas moins de l'ingénieuſefiction .
qui a fait donnerle nom de Mufette
à une Belle dans une Affemblée
des Amours . Le galant
&fpirituel Berger qui l'a tournée
d'une maniere fi fine & fi
délicate , a déja trouvé un Rival.
Voyez par ce qu'il luy écrit,
GALANT. 181
s'il ya lieu de penſer que l'Avanture
demeure ſans ſuites..
03380381382383383
AM. D. P.
Sur la Lettre qui a paru de luy, à Mademoiselle
P. B. dans le Mercure du
mois de Mars..
un
C'est unjoly petit Bijou qu'une Mu Sette , &vous ne pouviez donnerà
vôtre Maiſtreſſe un nom qui luy convinst
mieux , &qui eust plus de raportàceluy
defon Berger que vous vouliez porter,
Si ce n'est qu'appeller Muſette
Celle qui vous fit faire un diſcours fi
charmant ,
Soit parler d'elle foiblement ,
Quand elle peut paffer pour une Muſe
faite.
Ma qualité de Rival ne me permet
pas de vous lover de tout ce que vous avez.
ditfur elle , & je ne trouve pas qu'ilsoit
difficile de bien chanter fur un fibel In
trument
182 MERCURE
Strument. Pour moy qui n'eus jamais
vostre adreſſe , l'inclination que je me
Senspour luy , ne me feroit pas defesperer
d'enremporterleprixfur vous , ſi la voix
publique ne vous l'avoit donné avant même
qu'onsçeuſt s'il nese presenteroit per-
Sonne pour vous ledisputer. Il est vray
que c'est aux Bergers qui vous reffemblentàbien
toucher les Musettes , &que
ceux àqui ellesfont chanter d'auffi belles
chosesqu'àvous ,ſepeuvent vanter d'exceller
en cet Art : mais s'ilse trouvoit des
Gens qui ſansſe piquer de le ſçavoirfi
parfaitement , ne laiſſaſſent pas de ponvoir
dire d'agreables chosessur elles ,
chez qui l'inclination cuftfait ce que l'habitudeſeule
a peut- estre fait chez vous ,
n'avoûriez-vous pas qu'ils seroient en
droit de ne vous lepas ceder ?
Il en eft ainſi de nous deux ,
Vous eſtes plus adroit , & moy plus
amoureux ,
Et le coeur de noſtre Maiſtreſſe
Que vous touchâtes par adreſſe
Saiſy peut-eſtre quelque jour
D'une moins aveugle tendreſſe ,
Rendra juſtice à mon amour,
Ne
GALANT. 183
:
Ne croyez doncpas que vous faſſiex
toûjours d'elle ce qu'un Berger peut faire
desa muſette. Elle ne ſera pas d'humeur
àvous ſuivrepar tout , & àse laiſſer
inspirertout ceque vous voudrez. I'eſpere
mesme qu'elle reconnoiſtra bien - toſt qu'il
yeutde la préſomption &de la temerité
devostre part àluy donner le nom de vostre
Musette, &àprendre celuy de ſon
Berger. En ce cas , j'ay lieu de croire
qu'elle ouvrira les yeux fur la respectueu-
Sepaſſionqui mefait ſoûpirer pour elle,
qui borne mes avantages à la qualité que
jeprens deſon Serviteur. Peut- eftre douterez-
vous aupeu d'emportement que je
vous fais paroiftre, quejefois un veritable
Rival,&quejs combate vosſentimens
parinterest plutoſt que par divertiſſement;
mais sçachezque jesuis de ceux qui ſe
laiſſent plus gouverner à leur raiſon qu'à
leurpaſſion , & qui ne souffrentpatiemment
qu'un autreſe diſe heureux aupres
de leur Maiſtreſſe , queparce qu'ils n'en
croyent rien , ou qu'effectivement ils ne
desesperent pas d'avoir leur tour. Pendant
que vous avez fait paroiſtre la noſtre
ſous le nom d'une Prairie,&que
VOUS
184
MERCURE
vous luy avez declaré voſtre amour en
qualité de Ruiſſeau, j'ay gardé lefilence,
mais quand j'ay veu que leſien vous rendoit
audacieux & temeraire , j'ay crû
que le titre de fon Amant qui m'estoit
commun avec vous , m'obligeoit à vous
parler pour elle & pour moy , & à vous
faire remarquer que tout accomply que
vous estes , vostre merite a moins contribuéàluy
faire accepter le nom de vostre
Musette , que sa douceur & le panchant
qu'elle a de vous obliger .
Vous eſtes fur ce pîed pres d'elle,
Qu'elle trouve tout bon ce qui luy
vient de vous,
Ménagez bien pourtant une flamme
belle,
Etcraignez toûjours fon couroux;
Une liberté criminelle,
Irrite quelquefois le Iuge le plus doux..
Non , mon Rival , ne vous prévalez
pas tant defa douceur , elle remarquera
quelque jour elle-même qu'elle aeu trop
d'indulgence pour vous ; & confuse de
l'autoritéqu'elle vous aura laiſſéprendre
fur fon esprit , loin de vous permettre
encor de l'appeller vôtre Musette,&de
DOUSS
GALANT.
185
vous reconnoître pourson Berger , elle
s'offenſerade la continuation de vos hommages.
Cet avis est plus d'un Amy que
d'un Rival, &quand il vous apprend à
vous maintenir dans les bonnes graces
de la Perſonne que nous aimons tous
deux,vous aurezde la peine à croire qu'il
vienne de moy , oudumoins vous chercherezlong-
temps le motif qui me fait
vous parler de cetteforte.
Mais vous ne trouverez jamais
Que j'épouſe les intereſts
D'autre en cela que de Silvie ,
Ie ſuis jaloux de ſon honneur,
Et m'en dût- il couſter la vie,
Ie ne ſouffriray pas qu'elle ſoit mal
fer vie,
De qui ſe dit fon Serviteur.
Il ſemble mesme que vous ayez en
deffeinde faire voirle pouvoir que vous
croyez vous estre acquis fur elle , &que
vous ne luy ayez donné le nom de vostre
Muſette quepour nous apprendre qu'elle
vous appartient, & que vous étes le Bergerqui
vous enſervez. Pour moy j'anrois
mieux aimé l'appeller ma Bergere,&
prendre le nom deson Chien , puisqu'an
moins
186 MERCURE
moins elle auroit conſervépar là le droit
de fuperiorité que vous luy oftez .
Elle ſeroit toûjours maiſtreſſe ,
Et quandje la ſervirois bien
Lemoyen qu'elle puſt refuſer ſa tendreffe
Aux ſoins affidus de fon Chien ?
Ceneseroitpourtant pas l'intereſt qus
me laferoitſervir en cette qualité , auſſi
ne crois-je pas que cet Animal envisage
dans ce qu'ilfait pourſon Maiſtre le bon
traitement qu'il en doit attendre pour
l'avenir. C'est plutoſt un attachement
genereux qu'il apour luy, qui l'engage à
faire tout son bon heur du plaisir de luy
prouversa fidelité.
C'eſt ainſi que j'agis pour la Belle
que j'ayme.
Ie luy fuis obligé du beau feu que je
fens,
L'honneur de la ſervir m'eſt une gloire
extréme .
Et comme ie n'ay point de deſir plus
preffans,
Que de luy faire afſſez connoiſtre
Que ie la reçois pour mon Maiſtre,
Mon
GALANT.
187
Mon coeur par tant d'amour attaquera
le fien,
Qu'un iour ma Bergere peut-être
Voudra confidererfon Chien.
ie
Mais quoyque cette qualité de ſon
Chien ait quelque chosede fort ſouſmis,
ie doute qu'elle me permiſt de la prendre.
Tout le monde n'a pas les mêmes privileges
que vous , & l'air dont il me semble
qu'elle me regarde , me fait croire que ce
qui nous conviendroit le mieux,ſeroit que
je l'appellaſſe ma Ioye &qu'ellem'appellast
Son Chagrin. En effet
m'apperçois que ma venë ne luy estpas
moins insuportable que sa preſence m'est
chere. I'ay donc tort, puiſque ie ne suis
pas mieux aupres d'elle, de vousy vouloir
faire paſſer pour temeraire , & ie voy
bien que quoyque ie faſſe , elle ſera touiours
vostre Musette , &vous toûjours
Son Berger.
د
Monfieur le Mareſchal Duc
de la Feüillade arriva à Toulon
au commencement de ce Mois,
les Troupes que le Roy avoit
longtemps entretenuës au Se-
(
cours
188 MERCURE
cours des Meſſinois. Pluſieurs
Familles de ce Païs-làl'ont voulu
accompagner en France. II
eſtoit monte ſur le Monarque, &
fuivy du Pompeux , du S. Michel,
du Lys,du Vermandois de l'Aimable
, & de quantité de Baftimens
de charge. L'Afſuré, le Furieux
, & le Parfait , arriverent
quelques jours apres. Dix Vaifſeaux
ont eſté nommez pour aller
en Catalogne , où Monfieur
de Montauban & Monfieur de
Cafaux vont ſervir . Ces Vaifſeaux
font le Monarque , le Pompeux
, l'Aſſuré , l'Eclatant , le
Fougueuxl, e Vaillant, le Fleuron,
l'Aquilon , le Sans - pareil , &
l'Heureux . 1
LeRoy a nommé Monfieur de
Varangeville pour l'Ambaſſade
de Veniſe , qui eſt une des plus
belles de France. Ila la naiſſance,
GALANT.
189
ce , l'eſprit , & toutes les autres
bonnes qualitez qui font neceffaires
pour en foûtenir l'honneur,
& répondre dignement au
choix de Sa Majefté.
Quant à ce qui regarde le
Mariage deMademoiſelle Charreton
dont je vous parlay la derniere
fois , vous avez raiſon de
me dire qu'il faut qu'on ſe ſoit
trompé au nom de Monfieur
d'Hillain Seigneur de Baroges,
parce que ny vous ny vos Amis,
vous ne connoiſſez aucun Conſeiller
dans le Parlement qui
porte ce nom. Je vous ay déja
avertie qu'il eſtoit quelquefois
malaiſé de ne faire pas ces fortes
de fautes par le peu de foin
qu'on prend de bien écrire les
Noms propres dans les Mémoires
qu'on m'envoye . Au lieu
de Monfieur d'Hillain vous
avez
190
MERCURE
avez dû lire Monfieur d'Hillerin
, Seigneur de Bazogez , Conſeiller
& Sous- Doyen dela Cinquiéme
des Enqueſtes. Il s'eſt
acquis beaucoup de réputation
dans ſa Compagnie , & eft Neveu
de feu Monfieur d'Hillerin,
qui eſt mort Conſeiller Clerc de
la Grand Chambre .
J'auroy beaucoup de choſes à
vous dire ſur les Complimens
qui ont eſté faits au Roy apres
ſon retour par toutes les Compagnies
Souveraines. En attendant
que j'en fois entierement
informé pour finir ma Lettre par
cet Article , je vous fais part de
ce quia eſté dit à Leurs Majeftez
par Monfieur l'Envoyé de
Portugal , dans les meſmes termes
dont il s'eſt ſervy en leur
parlant. La Langue Eſpagnole
ne vous eſt pas moins familiere
que
GALANT .
191
que l'Italienne. Vous expliquerez
ces Complimens à vosAmies .
Voicy celuy qu'il fit au Roy ,
ayant eſté- conduit à l'Audiance
avec les cerémonies accoutumées
.
Edoya
Nnombre del Principe mi Señor ;
V. M. el parabien de haverſe
recogido desta Campaña tanglorioso. Bien
entendia el Principe mi Señor que avia de
feraſſy , porque sabe que en las acciones
de V. M. no tiene parte lafortuna. El
orden admirable con que V. M.Sabe difponerſus
altas empresas , hazelos ſucef-
Sosdelaguerra no dudososycontingentes,
fino ciertos è infalibles. Pero yo , Señor,
no doy à V. M. Solamente el parabien de
las vitorias conſeguidas ,sino tambien y
con mucha razon , de que entre tantos
Laureles escuchaſſe V. M. benignamente
laplatica de lapaz , porque con esta accion
mostrò V. M. que tiene valor para
Suspender este rayo , para embrynar esta
espada vencedora. MostroV M. que tiene
grande amor à ſus Pueblos ,y mucha
Piedadya de Sus Enemigos ,yfinalmente
mostrò
192
MERCURE
mostrò V. M. que puede vencerſeàfi
mismo , vitoria que algun otro Monarca
jamas pudo conſeguir.
Logre V. M. infinitos los triumfos ,
que todos estimaràſumamente el Principe
mi Señor , y sus Ministros los Sabran
aplaudirpor todo el mundo.
Apres que cet Envoyé eutainſi
parlé, au Roy , il fut conduit à
l'Audiance dela Reyne , à laquelle
il fit ce compliment.
Nnombre
EN
de los Principes mis Seño
res doyà V. M. el parabien deſu
venida. Cierto era que V. M. avia de recogerſe
triumfante , porque poco o nada
podian esta vez impedir las fombras de
resistencias , pues todas las vence el Sol
quandoſale ; y si el de un Polo influye en
el otro , infalible quedava que llegandose
V. M. à las conquistas , avia de influir
ardimientos que afſeguraſſen vitorias. En
esta ocasion viò la Francia y conociò la
Europa que es verdad en V. M. en efte
figlo loque en los paſſadosfingio la Gentilidad
GALANT.
193
tilidad en Palas Dioſa de la Guerra.
V. M. ha conseguido este titulo, y los
Principes mis Señores estimaran que le
logre muchos años entre crecidos triumfos.
La délicateſſe a ſes charmes,
mais il eſt quelquefois dangereux
d'en avoir trop en amour.
Deux Perſonnes d'un fort grand
mérite avoient pris l'un pour
l'autreun attachement tres- particulier
. Ils en faiſoient tout leur
bonheur , mais ce bonheur n'étoit
pas toûjours tranquile parce
que lamoindre bagatelle ſuffifoit
pour le troubler. Vne civilité
trop complaiſate que le Cavalier
auroit euë dans l'occaſion pour
quelque Dame luy auroit attiré
des reproches de ſa Belle ; & fi
la Belle eût fait quelque Partie
de Comedie ou de Promenade
fansle Cavalier,il ſe ſeroit plaint
de la préference qu'elle auroit
Avril. I
194
MERCUR E
donnée à ſes Rivaux. Ils s'étoient
promis ſur tout de ne point courirle
Ball'un ſans l'autre dans le
Carnavaldernier. La liberté qui
ſemble être plus grande ſous
le Maſque , ou pour parler,
ou pour écouter , leur eſtoit
ſuſpecte ; & pour éviter tout
fujet de plainte , ils s'étoientengagez
à ſe rendre témoins l'un
l'autre de tout ce qui leur pourroit
arriver en ſe déguiſant. Cet
accord avoit eſté ſçeud'un Rival
caché , qui ſans avoir fait
connoître ſa paſſion, cherchoit à
broüiller les deux Amans pour
profiter du deſordre. Il ſe ſervit
de la premiere occaſion qu'il en
trouva . La Dame avoit rendu
viſite affez tard à une Amie qui
la retint à ſouper. Il en fut témoin
, & ayant remarqué qu'elle
n'avoit pas renvoyé ſes Gens,
.....parce
GALANT.
195
parce qu'étant maître d'ellemefine
, elle n'avoit à rendre
compte de ſes actions à perſonne
, il prit ce temps pour chercher
le Cavalier qui ne le ſoupçonnoit
pas d'être ſon Rival.
Apresquelque entretien fur pluſieurs
choſes indiferentes , ils
tomberent fur les Divertiſſemens
de la Saiſon. On n'oublia
pas les Bals . L'adroit Rival demanda
au Cavalier s'il n'accompagnoit
pas fa Belle qui y devoit
aller ce foir- là . Il feignit d'avoir
entendu parler de cette Partie,
ſans qu'on luy euſt nommé ceux
qui en étoient. Le Cavalier fort
ſurpris , diffimula ſon chagrin.
Courir le Bal fans l'en advertir,
apres ce qui avoit êté arreſté
entre la Perſonne qu'il aimoit &
luy , c'étoit un crime de Leze-
Amour qui ne ſe pouvoit par-
:
I ij
196 MERCURE
donner. Il ſe dégage de ſon Rival
, court chez ſa Belle , l'attend
plus d'une heure , & l'attendant
inutilement ſans qu'on luy puiſſe
dire où elle eft, il ne doute point
qu'il ne ſoit trahy. Il fort , retourne
chez luy , ſe déguiſe, &
va dans un lieu où il y avoit un
de ces grands Bals qui attirent
ordinairement tout Paris. Il y
danſe, ſe fait remarquer, examine
tout le monde ,& ne découvrant
point ce qu'il cherche, il
ſe met en tête qu'on l'a fuy fitôt
qu'on l'a reconnu , & qu'on eft
allé jouir d'une converſation
agreable dans quelque Aſſemblée
de moindre éclat. Il va par
tout où il peut aprendre qu'il y
en a , & perdant ſes pas & fes
foins par tout, il revient chezluy
avec tous les ſentimens de rage
que la plus forte jaloufie puiſſe
infpirer. Cependant fon Rival
GALAN T.
197
qui employe desEſpions,découvre
qu'il eſt allé au Bal . C'étoit
par là qu'il avoit crû le broüiller
avec ſa Maiſtreſſe. Il envoye
quelques Amis au lieu même où
elle a eſte retenuë à ſouper.
On met devant elle les plaiſirs
du Carnaval ſur le tapis. On luy
propoſe une Partie de Maſques
qu'elle refuſe ; & comme ſans
affectation on luy fait connoître
que fon Amant eſt allé chercher
les Aſſemblées, elle fort jalouſe
, revient chez elle, & paffe
comme luy une tres-meſchante
nuit par l'inquietude d'une prétenduë
infidelité dont ils ſe
ſoupçonnent l'un l'autre,& dont
aucun des deux n'eſt coupable.
Le lendemain des neuf heures
dumatin , l'Amant va trouver ſa
Belle. Il eſt reçeu d'un air froid
qui augmente ſa jalouſie . Il ſe
}
I iij
198 MERCURE
perfuade que les proteſtationsde
quelque Rival le font regarder
d'un autre coeil qu'on ne le regardoit
toûjours. Il ſe plaint. On luy
répond d'un air ſérieux que la
plainte luy fied bien. Grands reproches
de part & d'autre , fans
rien expliquer. La Dame foûtient
qu'il faut eſtre auſſi bonne
qu'elle eſtpourle ſouffrirunmoment
apres qu'il eſt capable de
l'oublier au point qu'il a fait. Il
jure que depuis le foir précedent
il a occupé tout ſon temps
fans qu'il ait ſongé qu'à elle feule.
On rejette ſes ſermens. Il offre
la preuve. On l'accepte,parce
qu'on la croit impoſſible. Il s'y
foûmet,& ne voulant pas ſe contenter
dela parole,il demade une
Ecritoire & du papier , afin que
juſtifiant l'employ de tout fon
temps par articles, la Belle puiſſe
еха
GALANT .
199
-ra
examiner à loiſir de quelle maniere
il a toûjours penſé à elle,
ſans qu'aucun autre ſoin ait pû
l'occuper . Il entre dans le Cabinet
de la Dame , & y fait plus
que d'écrire. Comme il ſçavoit
fort bien deſſiner , il trace une
eſpece de Cadran marqué dans
le haut , qu'elle doit commencer
à lire par ce qu'elle trouveécrit
entre neuf & dix
heures & ayant expliqué
fur chacune tout ce qu'il a fait
depuis le foir , il fort , en l'affurant
qu'il ne s'eſtoit jamais rendu
un compte fi juſte ny fi veritable
que celuy qu'il luy laiſſoit.
La Damequi ne s'attendoit qu'à
un Billet , fut fort ſurpriſe de
trouver le Cadran dont je vous
parle. La maniere dont il eſtoit
deffiné luy parut galante , & elle
cherchoit paroù il falloitqu'el
د
I iiij
200 MERCURE
le commençaſt à lire ce qui eftoit
écrit tout autour , quand
deux ou trois de ſes Amies la
vinrent ſurprendre dans ſon Cabinet.
Le Cadran leur frapa les
yeux. Elles demanderent à le
voir de pres ; & la Dame qui le
crût une galanterie à luy faire
honneur par l'amour qu'elle s'imaginoit
y devoir trouver marque
, ne ſe défendit point de la
confidence.Ony lût ce que vous
pouvez lire vous meſme autour
des douze heures du Deſſein que
je vous envoye . La proteſtation
d'eſtre venu dire adieu pour jamais
, fit rougir la Dame. Elle
croyoit avoir déja grand ſujet de
ſe plaindre de ſon Amant , & au
lieu de la fatisfaire fur le Bal
couru ſans elle , il fait gloire de
s'eſtre paré pour y aller , & d'avoir
cherché à s'y faire diſtinguer
GALAN Τ .
201
guer par ſa danſe . Elle ne peut
rien comprendre à fon procedé
, & moins encor à la réſolution
qu'il ſemble prendre de
s'éloigner d'elle pour toûjours.
Elle fait une plaiſanterie de la
choſe en préſence de ſes Amies ,
en qui elle n'avoit pas aſſez de
confiance pour leur découvrir
ſes jaloux chagrins ; & fi- toft
qu'elle en eſt débaraffée , elle
court chez une Perſonne qu'elle
avoit choiſie dés l'abord pour
cõfidente de ſa paſſion.L'Amy le
plus intimede fon Amant y vient
enmême temps qu'elle. Il la voit
chagrine , luy en demande la
cauſe, & elle le prie d'examiner
le preſentque luy afait ſon Amy.
Il commence à lire ce titre tel
que vous le voyez gravé dans le
Deffein.
202 MERCURE
Compte d'un Amant renduàfa
Maiſtreſſede l'employ defontemps
pendant douze heures.
Apparemment , dit-il , cette
galanterie ſera pleine des plus
tendres foins où puiſſe engager
l'Amour. Il continuë la lecture,
&tout interdit de ce qu'il voit;
Il faut , pourſuit- il , apres avoir
leu , qu'il y ait là-deffous quelque
miſtere caché que nous
n'attendions pas, car cela ne peut
eftre vray au pied de la lettre.
L'Amante marqua avec cette
ardeur qui ne ſe peut exprimer,
&qui eft fi naturelle à ceux qui
aiment fortement , le plaiſir
qu'elle auroit de s'eftre trompée
, & employa de termes fi
preſſans à conjurer cetAmy d'éclaircir
promptement ce quileur
paroiſſoit obfcur à l'un & à l'autre,
de son temp
NAONE DEL
LYON
18
B
E
*
1893*
KUAT
READE
GALAN Τ.
203
tre , que la Confidente qui l'obſervoit
, dit en riant , qu'elle n'avoit
jamais aimé ny voulu aimer;
mais que par l'impatience que
ſon Amie témoignoit pour le
racommodement , elle en jugeoit
le plaifir fi grand , que
comme il n'y avoit que l'Amour
qui le puſt cauſer, il luy prenoit
enviede connoître par elle-même
quelles en pouvoient étre les
douceurs. Pluſt au Ciel, s'écria
l'Amy d'un air plein de joye , &
tout tranſporté : Il s'arreſta là,&
ces deux mots ayant fait penétrerune
partie de ſes ſentimens,
on railla la Confidente ſur ce
qu'elle avoit dit , & on adjoûta
qu'afinque tout le plaifird'aimer
luy fuſt connu, il faudroit que
l'Amant qu'elle auroit choiſy
euſt ſoinde fe broüiller ſouvent
avec elle. Je voybien , reprit-elle
204
MERCURE
le avec ſon premier enjoüement,
qu'il faut qu'on ſe faſſe des ragoufts
en amour, comme on s'en
fait ordinairement en toute autre
choſe ; & je ſuis perfuadée
par ce qui arrive aujourd'huy ,
que le raccommodement doit
avoir de grandes douceurs. Encor
un coup c'eſt ce que j'ay envie
d'éprouver. On trouva l'avanture
plaiſante qui obligeoit
une Inſenſible à prendrele partyd'aimer,
fur cette maxime que
tout devoit eſtre charmant en
amour , juſques aux querelles.
Ce qui m'embaraſſera, pourſuivit
la même Perſonne, c'eſt que
je ſens bien que je ne pourray
jamais aimer qu'un Homme
d'Eſprit , & que pour m'yengager,
il faudra qu'il me faſſe connoiſtre
à tous momens qu'il en
ait. Mais , luy répondit l' Amy,
qui
1
GALANT.
205
qui l'aimoit depuis long-temps,
ſans luy en avoir rien dit juſquelà,
vous mettriez un Amant dans
un furieux embarras ; car enfin
ſi l'Amour permet qu'on étalle
ſa tendreſſe , & qu'on diſe mille
fois en un quart d'heure, qu'on
aime avec la plus violente paſſion
ce qu'on ſedoit à ſoy-méme , ne
ſoufre pas qu'on diſe qu'on a de
l'eſprit, & moins encor qu'on le
repete autant de fois qu'il eſt
obligeant de repéter à une Maîtreſſe
, qu'on fait tout fon bonheur
de l'aimer. Ne vous y trompez
point,repliqua la Confidente.
Endiſant qu'on a de l'amour,
quoy qu'on ne parle point d'efprit,
on ledit ſouvent d'une maniere
qui ne fait pas moins paroiſtre
d'eſprit que d'amour. La
Compagnie groſſit peu à peu, &
l'Amour qui avoit commencé
d'eſtre
206 MERCURE
d'eſtre le fujet de la converfation,
le fut encor dans la ſuite.
On parla de Femmes de toute
forte de caracteres , de fieres
qui s'eſtoient renduës, de laides
qui trouvoient le ſecret de ſe
faire aimer , d'autres que leur
infidelité ou leur conſtance rendoit
remarquables ; & le refultat
fut qu'il n'y avoit rien qui
n'aimaſt . Cette converſation
ayant inſpiré le deſſein d'une
gala
galanterie à l'Amant caché de
la Confidente,il fortit &emporta
ce qu'on luy avoit donné à
lire de fon Amy. Pluſieurs autres
fortirent un peu apres , & il ne
reſta que quelques Amis particuliers
à qui laDame & fa Confidente
ne faisoient miſtere de
rien . Le Rival qui l'avoit broüillée
avec ſon Amant parles fupofitions
du Bal, eſtoit de ce nombre.
GALANT.
207
bre. Il découvrit avec joye que
ſa fourbe avoit reüffy , & ne
cherchant qu'à aigrir la Dame,
il appuya fortement toutes les
plaintes qu'elle faiſoit. Le Cavalier
entre dans ce mefine teps.
Il venoit ſe plaindre à fon tour à
la Confidente chez qui il ne
croyoit pas trouver fa Maiſtrefſe.
La Confidente l'entreprend,
&fur les reproches qu'elle luy
fait de ce qu'il oſe courir le Bal
fans ſa Maiſtreſſe , quand ſa
Maiſtreſſe refuſe d'y aller ſans
luy , il ſe tourne vers ſon Rival.
Le Rival demeure embaraffé , &
le Cavalier jugeant de fon defſein
par cet embarras , n'oublie
rien pour juſtifier fon procedé à
la belle Perſonne qu'il aime. Tout
ce que vous croyez avoir leû de
defobligeant , luy dit-il , vous
donne de nouvelles preuves de
Sofa mon
208 MERCURE
mon amour. Jamais Amant n'en
a tant montré , & voicy comment,
car il me ſouvient de tout
ce que j'ay écrit.
Iefuis venu chez vous à neufheures
du soir , &n'ensuis forty
quà dix.
Onm'aſſure que vous avez fait
une Partie de Bal. Je viens chez
vous pour m'en éclaircir. On
ne me peut dire où vous eſtes.
Je vous attens une heure inutilement
, & perfuadé qu'il y a
pour vous d'agreables divertifſemens
ſans moy , je ſorsle plus
jaloux & par conſequent le plus
amoureux de tous les Hommes .
Depuis dix jusqu'à onze jeme
fuis parépour aller au Bal.
Pour qui me fuis -je donné la
peine de changer d'Habit L'au .
rois-je fait, fi je vous euffe trouvée
chez vous,& n'a- ce pas eſté
pour vous chercher ?
GALANT.
209
Depuis onzejusqu'à une , j'ay
tâché à me faire distinguer par
ma danse , & je n'ay cherché qu'à
plaire.
Est-il défendu à un Amant
auſſi deſeſperé que jaloux , de ſe
vouloir vanger en donnant de la
jaloufie ?
Depuis unejusqu'à deux, je ſuis
revenu chezmoy , & mesuis conché
avec réſolution de vous hair
toute mavie.
Rien ne marque plus un violent
amour qu'une réſolution de
haine. Si on n'aimoit pas , il ne
faudroit point d'effort pour haïr.
Depuis deux jusqu'à trois , j'ay
continué dans le mesme deſſein.
A-t-onbeſoin de tant de temps
pour s'affermir dans une réſolution
qu'on prend aiſément .
I'ay dormy depuis trois juſques
àfept.
J'eſtois
{
210 MERCURE
J'eſtois affez accablé pour cela
; mais quel fommeil , & de
quels ſonges pleins d'emportemét
&de jaloufie n'a- t-il pas êté
trouble ? Voila ce que j'appelle
avoir dormy , quoy que je n'en
aye pas moins pensé à vous.
Depuis ſept juſques à huit , je
me fuis habillé & me suis affermy
dans la réſolution de vous hair
éternellement .
C'eſt à dire que je vous ay aimée
plus que jamais , puis qu'il
m'a falu faire de nouveaux efforts
pour me perfuader que j'étois
capable de vous haïr.
Depuis huit jusqu'à neuf, j'ay
cherché des Chevaux de Pofte , &
jefuis venu vous dire adieu pour
jamais.
Rien ne prouve tant qu'on aime
beaucoup , que d'avoir beſoin
de fuir pour ceffer d'aimer.
Ainfi
GALANT. 211
Ainſi je prétens que ce que j'ay
écrit,fait connoiſtre que perſonne
n'ajamais tant aimé que moy,
puis que je ne ſuis point party
malgré toutes mes réſolutions,&
que cellede haïr dans un Amant
qui croit qu'on l'a outragé , va
au dela de toutes les marques
d'amour qu'on puiffe donner.
Hé bien , s'écria la Confidente,
me blamerez -vous de ne vouloir
aimer que des Gens d'eſprit ? Ils
n'ont jamais tort , & quand ils
feroient coupables , ils tournent
ſi bien les chofes , qu'on a la fatisfaction
de croire qu'ils ne le
font pas dés qu'ils ont parlé. Plus
de colere , raccommodez- vous;
auſſi-bien ne trouverez -vous jamais
vôtre compte à vous broüiller
avec unAmant qui aura toûjours
raiſon. Que n'obtient- on
point quand on eſt ſoumis ? Le
Cavailer
6
212 MERCURE
Cavalier pria , la Dame le regarda
tendrement , la paix fut
faite , & le Rival eut le deplaifir
de voir que fa fourbe n'avoit fervy
qu'à les mieux unir. L'Amy
qui estoit forty depuis trois heures
, rentra dans le temps qu'ils
ſe faifoient de nouvelles proteftations
de s'aimer toûjours. Il les
congratula de s'eſtre ſi promptement
raccommodez.La Confidente
voulut revoir le Cadran
qui avoit cauſe leur broüillerie .
Il feignit de l'avoir emporté par
mégarde, & au lieu dele rendre,
il donna un papier où il y avoit
une Horloge deſſinée. La galanterie
furprit. On l'examina,&
l'attention qu'on eut à la regarder
fut fi grande,qu'onne ſe ſouvint
plus de ce qu'on luy avoit
demandé. Vous pouvez examiner
vous -mefme ce qu'il donna.
Voicy
E
213.
Vous
toy reime
fut
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1, tout
Ty. Ne
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, que
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LYON
L'in
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ment ,
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par
Horloge;
212
Cavalie
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deman
: ner vo /
i
Voicy
GALANT.
213.
Voicy l'Horloge gravée. Vous
avez à voſtre tourde quoy regarder.
Le mot de Tout aime fut
le premier qui frapa. Il eſt vray ,
dit l'Amie à ſa Confidente , tout
aime , & vous aimerez auſſy. Ne
vous ay-je pas déja dit , répondit
- elle fort plaiſamment , que
j'y eſtois toute réfoluë. Chacun
s'empreſſa de lire tout ce qui ſe
trouva écrit dans le Rond où
vous voyez douzeCoeurs qui accompagnent
les heures. L'in .
vention en parut galante ; & ce
qu'on eſtima particulierement ,
c'eſt que fans faire d'application
aux paroles qui regardoient
chaqueCoeur , elles avoient un
ſens general qui divertiſſoit par
luy-meſme, quoy qu'on n'en penétraſt
pas le myſtere. Cependant
cemyſtere fut expliqué par
celuy qui avoit apporté l'Horloge;
214
MERCURE
efloge
; & comme il le fut d'une
maniere un peu ſatyrique , rien
ne pouvoit eſtre plus réjoüiſſant.
Il commença par ces paroles , ie
finiray comme i'ay commencé , & il
en fit tomber le ſens ſur une Da--
me qui n'ayant jamais eu d'Amans
que par ſes avances ,
toit d'un âge à en faire plus que
jamais, fi elle vouloit encor eſtre
aimée. Il expliqua toutes les autres
paroles de ſuite auſſi malicieuſement
, & s'eſtant arreſté
ſans rien dire ſur les dernieres,
qui estoient , je devrois l'avoir
blessé plutoft ; Achevez,luy dit la
Maiſtreſſe de la Maiſon, & nous
i
apprenez à qui cet Amour s'adreſſe
. A vous, Madame,luy ré
pondit-il. Vous ne vous attendiez
pas à trouver icy voſtre
coeur parmy tant d'autres . Ce-
:
pendant vous avez témoigné
tantoft
GALANT.
215
tantoſt que vous aviez quelque
envie d'aimer , & il eſt difficile
de l'avoir qu'on n'aime déja.
J'ignore qui ſera l'Heureux que
vous choiſirez ; mais quel qu'il
puiſſe eſtre , je fuis aſſuré qu'il
ne vous aimera jamais tant que
je ferois , fi vous vouliez recevoir
mes veux. Ces mots furent
prononcez d'une maniere ſi tendre
, qu'on jugea bien que la galanterie
n'avoit eſté inventée
que pour donner lieu à cette déclaration
. Les Amans raccommodez
applaudirent , la principale
Intereſſée rougit ; & celuy
qui avoit veu avorter fa fourbe,
ne ſçachant fur quoy jetter ſon
chagrin ; on veut que tout aime ,
dit- il , & pour le marquer dans
les quatre coins de cette Figure,
on fait paroiſtre l'Amour qui
bleſſe tout ce qui eſt dans le
Ciel,
216 MERCURE
Ciel, dans l'air , ſur la terre , &
dans les eaux. En verité continua
- t- il, ce ſeroit quelque choſe
de plaiſant à voir , qu'un Oy--
ſeau que l'Amour auroit percé
d'une de ſes fleches. Cette raillerie
obligea l'Autheur de l'Horloge
à répondre , & il dit de fi
belles chofes ſur les diferentes
amitiez des Animaux , que la fatyre
n'alla pas plus loin. Tout ce
qu'il rapporta là deſſus étoit aufſi
ſpirituel qu'agreable, & ce fut
par où la Dame fit preſque une
neceſſité à fon Amie de le choiſir
pour Amant , puis qu'elle eſtoit
réſoluë à aimer , & qu'elle ne
vouloit aimer qu'un Homme
d'eſprit. L'engagement fut formé
avant qu'on ſe ſéparaſt. Les
deux Parties en parurent fort fatisfaites,&
ce qu'on n'avoit commencé
qu'en badinant , fut finy
fort
GALANT.
217
fort férieuſement par la diſpoſition
ſecrette qu'ils avoient tous
deux depuis long- temps à prendre
de l'attachement l'un pour
l'autre .
↑ Je m'acquite de ce que vous
attendez de moy ſur les Complimens
des Cours Souveraines. En
allant féliciter le Roy de ſes
Conqueſtes , elles ont eu a parler
ſur les meſmes chofes , ſans
que leurs Illuftres Chefs ayent
dit les meſines choſes . Ils avoient
tous le meſme Prince à loüer,
mais il eſt loüable par tant d'endroits
, que chacun ne manquoit
pas de matiere diferente ; & fi
les meſinesactiós s'ofroient pour
ſujet de leurs diſcours , tant de
merveilleuſes circonstances les
accompagnent , que chacune
auroit pû ſuffire ſeparément au
plus étendu Panégyrique . Les
Avril. K.
218 MERCURE
1
fatigues que ce Grand Prince a
eſſuyées en allant de Mets à
Gand en ſi peu de jours,qu'il n'a
preſque eſté accompagné de
perſonne parl'impoſſibilité de le
ſuivre ; la longueur du chemin,
&le mauvais temps qui n'a point
eſté capable de l'arréter , ſont
des choſes qui rendent cette
Conquete d'autant plus glorieuſe
pour luy, qu'on peut dire que
c'eſt preſque à ſa ſeule préſence
qu'elle eſt deuë. Les grandes Armées
peuvent venir à bout de
grands deſſeins ; mais s'ils font
ſuivis d'un heureux ſuccés , il
dépend toûjours plus dela prudence
de celuy qui les conduit,
que des nombreuſes Troupes
qui les exécutent. Les Hiſtoires
font pleines des malheurs qu'ont
eu les Chefs de ces grandes Arméesquand
ils ontimis toute leur
confiance
GALANT. 14
219
confiance dans leurs ſeules forces.
Charles V. afſiegea Mets
en perſonne avec cent Pieces de
Canon& fix -vingts milleHommes
, & ayant eſté contraint de
leverle Siege, parce que les veritables
lumieres duCabinet luy
avoient manqué , il ne mérita
point à ſon retour les refpectueufes
congratulations que Loürs
LE GRAND vient de recevoir .
Voicy les penſées ſur leſquelles
a roulé le Compliment de Mr. le
Preſident de Novion. Vous ſça- "
vez avec combien d'éclat il s'acquite
des fonctions de premier
Préſident .
Il a dit , Que la Fable nous dépeignoit
la Gloire comme estant la
Fille du Travail , &qu'on en voyoit
un exëple en SaMajesté; Qu'-
Hercule n'auroit point estémis au
rang des Dieux Sans les Combats
Kij
220 MERCURE
qu'il avoit rendus , & que si l'on
comptoit encor aujourd'huyſes travaux
, on comptoit ceux du Roy à
plus juste titre , Que lors que les
Herbes n'estoient pas encorfur la
terre , & qu'on estoit à peine revenu
de l'étonnement de ses dernieres
Conquestes ,Sans qu'on pust
s'imaginer qu'il futfi- toſt en état
d'en entreprendre de nouvelles , il
avoit fait trembler le Rhin & ta
Lis , & que malgré les Hyvers, on
entendoit toûjours gronder fon
Tonnerre fans sçavoir où il tomberoit
. Vous pouvez vous imaginer
, Madame , ce que de pareilles
pésées ont pû fournir.Son
Compliment fut court , ferré ,
fort , & digne d'un grand Magiftrat
.
Mr. Nicolaï Premier Préſident
de la Chambre des Comptes dit,
Que le Roy ne ſurprenoit plus que
par
GALANT . 221
par la grandeur de ſes Actions ;
Qu'on estoit accoûtumé à luy voir
fairefes Campagnes dans uneſaifon
où lesNations les plus endurcies
aux rigueurs du temps n'avoient
jamais oséfaire la moindre entre
prise ; Qu'il avoit amusé toute
l'Europe par Son Voyage de Mets,
lors qu'il estoit venufondre tout- à
coupfur une ville qui auroit effra.
yé les plus grands Conquérans par
laSeule réputation deſagrandeur,
& qu'il n'avoit pas laissé de la
Soûmettre en auffi peu dejours qu'il
en faudroit pour obſerverſaſituation
; Que les Armes du Roy's'eftoient
renduës fi redoutables par
tout, que quoy que les Ennemis vif-
Sent presque leur perte certaine
attachéeà celle de cette Place , ils
n'avoient pas mesme ofé former
une entrepriſe pour la Secourir. IL
fit en ſuite des reflectionsſur les
Kiij
222 MERCURE
mesures que Sa Majesté prenoit
pour l'avenir , &dit que Iupiter
ayant fait tomber une Chaîne du
Ciel, tous les Dieux s'unirent contre
luy , &firent leurs efforts pour
l'entraîner , mais que Iupiter les
par enleva touspar cettepuiſſance
Superieurequ'ilavoit sur eux,Que
la même Chaîne de la Guerre
uniſſoit envain tous les Prines con.
tre le Roy , Qu'ilsçavoit leur refister
à tous , & que leur union ne
fervoit qu'à donner plus de matiereàſes
triomphes. Il adjoûta que
tous les Princes de la Terre estoient
comme les Geans , qui avoient entafse
Montagne fur Montagne
pour afſſieger Iupiter ; qu'ils mettoient
Royaumesfur Royaumes contre
le Roy , mais inutilement , &
que la vertu l'emportoit toûjours
Sur la multitude.
2
Monfieur le Camus Premier
Pre
GALANT.
223
Préſident de la Cour des Aydes,
prononça ſon Compliment avee
cet air honneſte & engageant
qu'ont tous ceux de cette Famille.
Il dit , Qu'il estoit difficile
de décider ce qui devoit cauſer
plus d'étonnement , ou de la modération
du Roy , ou de la temerité
deſes Ennemis , qui refusoient les
conditions de la Paix apres tant de
pertes, tandis que Sa Majesté con-
Sentoit à s'arrester au milieu deſes
Victoires , & à mépriſer des triom .
phes aſſurezdans laſeule venë du
Soulagement que lafin de la Guer,
re pouvoit apporter àſes Peuples ;
Qu'ainſi onpouvoit dire que c'eftoit
avec quelque forte de regret
qu'il s'étoit résolu àfaire de nouvelles
Conquestess Que l'opiniatreté
deſes Ennemis l'avoit forcé à
les vaincre encor dans le commencement
de cette Campagne , quoy
Kij
224 MERCURE
qu'ils dûſſent estre auſſi persuadez
de leurfoibleffe, que des nouveaux
avantages que ſes Armes devoient
remporterSur eux, Que si quelque
chose pouvoit fatisfaire une aussi
grande Ame que celle de Sa Majesté,
c'estoit la venération que les
Nations Etrangeres avoient conçeuë
pourfon mérite , & la tendreſſe
qu'une conduite remplie de
tant de gloire & de tant de bonté,
avoit fait naistre dans le coeur de
fes fuiets. Il adjoûta quantité de
belles choſesdõt je n'ay pû eſtre
aſſez particulierement inſtruit .
Monfieur de Chauvry Premier
Préſident de la Cour des
Monnoyes, complimenta le Roy
en ces propres termes .
SIRE ,
Lors que nous avons l'honneur deparoiſtre
devant V. Majesté , sa presence
nom remet en memoire toutes les Actions
GALANT.
225
qui rendentſon Nom redoutable à toure
la terre.
DesPlacesforcées en grand nombre,
lefameux Paſſage du Rhin , &une infinité
d'Exploits,nousreviennent en foule;
&commesi nous avions veſcu dans les
tenebres pendant ſon absence, nos yeux
s'ébloüiſſent à la veuë de sa Perſonne environnée
de tant de Lauriers.
:
Maispuis que V. Majesté pour combledeſa
gloire, apres un ſecret merveilleux
de ses Deſſeins qui n'ont paru que
dans l'execution , a réduit une grande
Villede la plus haute reputation , & em
porté les plus dangereux Ramparts defes
Ennemis , apres que de tous costez fes
Etatsse trouvent affermis par l'éloignement
des Frontieres , ne pouvant mieux
montrer nostre reconnoissance & nostre
zele quepar nosfoûmiffions,nous les rendons
, SIRE , à V. Majesté ,avec le
mesme respect que toute la Erance s'ineline
devant Ellepour tant de bienfaits.
Monfieurde Pommereüil Pre
voſt des Marchands, ayant eſté
mené à l'audiance , dit au Roy
Ky
226 MERCURE
qu'il ne pouvoit refufer les honneurs
du Triomphe dans la Capitale
defon Royaume , ces honneurs
ayant esté autrefois déferez aux
Césars dont ilfurpaſſoit la valeur
& aux Tites & aux Antonins
dont il égaloit la moderation. Il
continua en exagerant la joye
qu'auroit la Ville au nom de laquelle
il parloit , de luy voir élever
les Arcs de Triomphe que tant
de Conquestes luy avoient fait meriter,&
de ſuivre ſon Char dans
les Ruës de Paris au bruit des acclamations
de fes Peuples. Ce
Compliment tres - fort de luymeſme
, reçeut beaucoup de
grace de la maniere dont il fut
prononcé.
Monfieur Barentin Premier
Preſident du Grand Conſeil,dit,
Que les Actions de Sa Majesté
estoient si grandes &fi extraordinaires
, que l'Esprit ne pouvoit
GALANT .
227
ny les comprendre ny les loüer autant
qu'elles meritoient d'estre
loüées; Qu'il estoit inutile d'avoir
recours à l'Histoire : Qu'on n'y
trouvoit rien de ſemblable , parce
que les Conquestes du Roy paf-
Soient tout ce qui s'estoit jamais
fait deplus éclatant,& que ce qui
donnoit davantage d'étonnement ,
c'eſtoit de voir unfuccés auffiheureux
& aussi facile de ſes entrepriſes
dans des temps sirigoureux,
mais qu'il avoit rendu toutes les
Saiſons de l'Année égales,& qu'on
ne pourroit jamais affez admirer
qu'apres la prise de S. Guilain , il
eust offert une Suspension d'Armes
dans un temps de Victoire , & de
Triomphes : Qu'il n'appartenoit
qu'à Luy feul de ſe pouvoir vaincre
Luy- mefme : mais que les Ennemis
ayant refusé une Paix offerte
àdes conditions qui marquoient
la grandeur defa moderation
228 MERCURE
avoit fuivy les mouvemens de Sa
valeur , & que pour reparer le
temps perdu, il avoit pris une Place
en quatre jours qui estoit l'origine
de toute la Grandeur d'Efpagne
: Que les approches diffici
les de cette grande Ville, l'inondation
des Eaux arrestées par une
Digue qui paroiſſoit plutoſt l'ouvrage
de la Nature que de l'Art,
laſubſiſtance d'une Arméedeplus
defoixante mille Hommes , & en
fuite la prise d'Ypres , étoient des
choſesſiſurprenantes, qu'elles auroient
peine à trouver créance
dans l'Avenir ; Qu'il n'y avoit
pointdeporoles capables de les exprimer,
& que tout ce qu'on pouvoit
faire , c'étoit de les honorer
dans unfilence respectueux , &de
témoigner en même temps unejoye
&une reconnoiſſance publique.
Je ne vous dis rien ,Madame,
de tous ces Illuſtres Chefs de la
GALANT.
229
Juſtice. Il y a longtemps que je
vous ay entretenuë de chacun
d'eux en particulier,& vous ſçavez
que de Magiſtrats fi connus
& dont on parle tous les jours
avec admiration , on ne pourroit
répeter que les meſine choſes .
Meſſieurs de l'Académie Françoiſe
allerent faire leur Compliment
quelques jours aprés les
Cours Souveraines. Les Cerémonies
qui s'obſervent en ces
rencontres vous ſont connues
auſſi bien que les hõneurs qu'on
fait à cet Illuſtre Corps. Monſieur
Perraut qui en eſt preſentement
Directeur portala paroleen
ces termes.
SIRE ,
Quelques grandes & merveilleuses
que soient les nouvelles Conquestes de
Vostre Majesté , il ſemble que vos Pen
ples devroient en eſtre moins transportez
230
MERCURE
de joye & d'admiration , accoûtumez
qu'ils font à vous voir revenir tous les
ans Victorieux de vos Ennemis. Mais
outre que les biens les plus ordinaires,
lors qu'ils font univerſels , nemanquent
jamais de caufer une allégreffeuniverſelle,
&que la Natureſe réjouit toûjours également
au retour du Printemps , quoy
qu'il revienne couronnédes meſinesfleurs,
il faut confiderer qu'on ne s'accoûtume
point aux miracles ,fur tout quand ils ont
quelque caractere particulierde grandeur
qui les distingue.
Tous les Exploits de Vostre Majesté
ont esté desprodiges de Valeur , dePru
dence,de Vigilance, &des autres Vertus
béroiques , qui apres vous avoir acquis
laVictoire ,ent combatu entr'elles fur la
part qu'ellesy avoient , &dont ily ena
toûjours eu quelqu'une qui a remporté
quelque avantageſur les autres. Elles recommencent
aujourd'huy céte mesme difpute
, où l'on peut dire que si l'on nesçauroit
trop admirer les effets ſurprenansde
la plus haute valeur qui fut jamais , &
sette maniere rapide de conquérir qui n'a
point d'exemples , l'esprit se perd &se
GALANT.
231
confond dans la profondeurde la ſageſſe,
qui a conçu, qui apréparé, &qui a conduitàleurfin
tant deſi grandes choses.
Quelque attention qu'ait eu toute l'Europeſur
les deffeins de V. M. Elle ne les
a connus qu'aumomentde leur exécution.
Ces Politiques confommez qui prétendent
voir les effets dans le ſein de leurs
cauſes, &qui croyent que leur prudence
pénetre tout l'Avenir de meſme qui leur
ambition embraffe toute la Terre , n'ont
Sçen prévoir ces prodigieux évenemens
qui se préparoient &se formoient dans
LeurPaismesme&fous leursyeux;ſemblables
aux Philoſophes ,quimalgré l'é
tude continuellequ'ils font de la Nature,
n'en connoiſſent ny lesſecrets ny les ref-
Sorts cachez dont elle opere ſes merveilles.
Les Troupes marchent ſans qu'elles
fçachent où elles vont , ny quelle est l'expédition
qu'on leur demande , contentes
desçavoir qu'ellesvont vaincre en quelque
part l'on les meine. Mais lors que le
temps marqué pour faire éclatter vostre
puiſſance eft accomply , cing Villes ſont
invefties toutes à lafois pardes Troupes
innom
232
MERCURE
innombrablesqui ſemblent eſtreſortiesde
terre avec l'abondance des Vivres & des
Munitions qui les accompagnent. La
furpriſe des Ennemis eft incroyable,mais
lors qu'ils voyent que la Capitale mesme
de la Flandre est attaquée ,leur étonnement
n'a plus de bornes , & il est telque
la Ville estpreste à ſerendre , qu'ilsne
conçoivent pas bien encore qu'ellesoit affiegée;
Vostre Majesté ne tarde guéres
d'en acheverla conqueste pour passer à
une Place plus digne encor , quoy que
moins grande , d'exercer ses armes invincibles.
Les Affiegez forts d'Hommes
de Kamparts , font toute la reſiſtance
que de braves Soldats peuvent faire, mais
les attaquesſontfi vives , & les actions
devaleurdes affiegeans ſi extraordinaires
fifréquentes, qu'ils trouvent quelque
forte d'honneur à en estre surmontez
Eten effet, lagloire du Vainqueur est fi
grande, qu'ellese répand mesmefur ceux
qu'elle a vaincus.
Cette gloire , SIRE , vous doit estre
d'autant plus pretieuse, qu'elle vous ap
partient toute entiere , &qu'elle nepeut
eftre legitimementpartagéepar ceuxmêGALANT.
233
mesque V. M.a employez dansſes Conquestes
, puis qu'il est vray que ce sont
des Instrumens qu'elle a faits&formez
Elle- mesme , & que la prudence des uns
& la valeur des autres n'est que lefruit
de ſon Exemple & de ſes Instructions.
LesPrincesfont beaucoup quand ils choififfentdes
Hommes capables des Emplois
qu'ils leur donnent ; Vostre Majestéfait
davantage, Elle leur donne&les emplois
&les qualitezneceſſaires poury reüffir ;
Ellea une vertu qui les éleve au dessus
d'eux- meſmes , & qui les transformant
en d'autres Hommes , leurfait faire de fi
grandes choses , qu'ils ont peine à croire
apres l'execution que ce foient eux qui
lesayentfaites.
Il est aisé de juger quelles feront les
Suites d'une Campagneſi glorieusement
commencée : Cependant , SIRE , nous
Sommes persuadezque ſi Dieu ouvroit les
yeuxàvos Ennemis,& qu'en leur faisant
voir leur perte prochaine & inévitable
dans la continuation de la Guerre , il
dispoſaſt leur coeur àla Paix ; nous sommes
, dis-je , persuadez que V. M. bien
qu' Elle voye la Victoire qui l'appelle de
tous
4
234
MERCURE
tous coſter, &qui luy prépare des Couronnes
en tous les lieux ou Elle voudra
tournerſes Armes , auroit neantmoins la
forcede s'arrester au milieu du cours
rapide deſes Conquestes , capable d'entraîner
toute Ame moins grande que la
fienne. VostreMajestéſçait que la gloire
dont brillent les Conquérans lors mesine
qu'elle est parvenuë au plus haut point de
Sa splendeur , & telle qu'elle éclatte aujourd'huy'en
ſon auguste Personne , n'est
pourtant qu'une portion de la gloire des
Grands Roys qui luy reſſemblent. Elle
Sçait quefi la Paix impoſe quelque repos
àsa Valeur , ellepermettra un plus libre
exercice àses autres Vertus ; àſa luftice,
quifera mieux encor entendreſa voix
lors-que le bruit des Armes fera ceſſfé ; à
Samagnificence , qui tonte Royale & incomprehenfible
qu'elle est au milieu de la
Guerre,pourra plusfacilement encor lais-
Serdes Monumens eternels de la grandeur
de ſon Regne ; & sur tout a cette
Vertu bien faisante qui fait le veritable
caractere des Roys ,je veux dire ce defir
ardent qu'a Vostre Majesté de rendreſes
Peuples parfaitement heureux par une
a
entiere
GALANT.
235
/
entiere tranquilité & une pleine abondance.
Voila , SIRE , quelle est l'idée que
l'Académie Françoiſeſeforme de Vostre
Majesté; Elle vous regarde comme un
Modelle parfait dont tous les afpectsfont
admirables ,&dont elle s'éforceſans cefſe
àtirer des images fidelles qui ne rériſſent
jamais , nonſeulement pourfatisfaire
àla reconnoiſſance qu'elle doit àvos
bienfaits &àvostreprotection glorieuse,
mais afin que ces meſmes vertus quifont
lafelicité preſente de vos Peuples , de
viennent encor utilesà la Posterité , par
les grands exemples qu'elles donneront
aux Princes des Siecles à venir.
Le Roy témoigna eſtre tres
fatisfait de ce Difcours , & il luy
donna tant de loüanges , que
Monfieur l'Archeveſquede Paris
dit à Monfieur Perraut qu'il
ne pouvoit rien adjoûter à ce
que Sa Majeſté luy en avoit dit.
Vous voulez bien , Madame,que
je me taiſe apres de fi glorieux
témoignages.
236 MERCURE
Pſyché dont je vous parlay la
derniere fois, a eſté repreſentée
par l'Academie Royale de Mufique.
Elle a la meſme deſtinée
de tout ce qu'on a veu de ce
genre. On y court en foule , &
le merveilleux talent de Monfieur
Lully ne paroiſt pas moins
dans cet Opéra que dans tous
ceux que nous avons admirez de
luy. Ce qu'il y a de ſurprenant,
c'eſt que les Vers ont eſté faits
&mis en Muſique en trois femaines
. Cependant la Muſique
ny les Vers n'ont rien qui donne
lieu de s'appercevoir de cette
précipitation de travail ; & la
beauté de la Symphonie & des
Airs qui entrent dans cet Ouvrage
, fait connoiſtre plus que
jamais que Monfieur Lully ne
peut rien produire que de parfait.
ر خ
On
GALANT.
237
On ſe prépare à l'Hoſtel à
joüer bientoſt le Belifſfaire. Ce
nom eſt fameux & promet beaucoup.
La Piece eſt dedeux Autheurs
que je nommeray fi - toft
qu'ils confentiront à eſtre connus.
Madame la Marquiſe de Piennes
mourut il y a huit ou dixjours.
Elle estoit fort vertueuſe,
& avoit beaucoup d'eſprit. Feu
Monfieur le Marquis de Piennes
fon Mary de la Maiſon de
Broüilly en Picardie, eftoit Chevalier
des Ordres du Roy , &
Gouverneur de Pignerol.
Monfieur de Breda Curé de
S. André des Arcs , Doyen des
Docteurs & des Curez de Paris,
mourut quelques jours apres.
Son integrité & fa grande érudition
luy avoient acquis beaucoup
d'eſtime. Les Quatre Fa-
يميجو
cultez
238
MERCURE
cultez de Paris , qui font celles
de Theologię , du Droit Canon,
de Medecine , & des Arts , c'eſt
àdire des Bacheliers & Maiſtres
és Arts, nomment tour à tour à
cette Cure. Elle eſt préſentemét
litigieuſe entre la Faculté du-
Droit Canon & la Faculté de
Medecine . La premiere y a nommé
Monfieur Robert Docteur
de Sorbonne , Fils du fameux
Avocat qui porte ce nom;& celle-
cy , Monfieur Mathieu Docteur
, Fils d'un Medecin de la
meſme Faculté , & Beaufrere de
Monfieur Pajot , Avocat ſi celebre
dans le Barreau .
Monfieur Hardy , Sous-Doyen
des Conſeillers du Chaſtelet
, eſt mort auſſi depuis peu. II
ne ſçavoit pas ſeulement ce qui
regardoit ſa Charge. Il poſſedoit
Les Langues Orientales , & eftoit
GALANT.
239
toit fort eſtimé en pluſieurs Païs
Etrangers où il avoit de correfpondances.
Je paſſe aux Mercuriales qui
viennent d'eſtre faites au Parlement.
On en fait quelques-unes
à Paſques, quoy qu'on n'y prefte
pasle Serment dans ce temps-là
comme on fait à la Saint Martin.
Celle de Monfieur le Préſident
de Novion a eſté ſur le Travail.
Iladit , Que Dieu ayant commencéparfaire
, tout avoit esté aſſujety
au Travail , & que le Trône
n'en estoit pas exempt ; Que le
Roy travailloit pour la Victoire&
la Victoire pour Luy; que les plus
grandsHommes quin'avoient rien
que de rude, s'estoient polis par le
travail; Qu'il donnoit entrée aux
Sciences, &perfectionnoit les heureux
talens, Qu'ilfalloit travailler
beaucoup pour connoiſtre bien
la
240 MERCURE
la Iustice , & qu'on ne pouvoitaf-
Sez ſeſouvenir qu'elle devoit eftre
comme la Mer , qui rejette
tout ce qui est impur.
Le Sujet de la Mercuriale de
Monfieur le Procureur General
a eſté , Que le premier devoir
d'un Magistrat estoit le ſervice
deſon Roy , & que nous estions
obligez de fervir celuy que Dieu
nous a donné pour Maistre , &
par devoir, & par reconnoiſſance ,
puis qu'il travaille ſans ceßepour
le bien deſes Sujets. Il a parlé de
lafermeté defeuMonsieur le Premier
Préſident Molépour lefervice
du Roy dans les temps les plus
difficiles. Il a décrit en ſuite les
Vertus neceſſaires à un parfait
Magistrat , jusqu'à ses Vertus
qu'elles estoienttoutes enfeuMondomestiques
, & afait connoistre
ſieur le Premier Président de Lamoignon,
GALANT.
24.1
moignon , & qu'il poffedoit une
éloquence naturelle , comme on
l'avoit veu tresſouvent.
Ne cherchez plus d'ordre
dans ma Lettre. Elle est déja
longue , & le dernier jour du
Mois m'oblige à finir. Je ne veux
pourtant pas oublier à vous faire
part d'un Air qui eſt fort approuvé
des Connoiffeurs. Il eſt
de Monfieur Berthet. Je vous
laiſſe juger des Paroles.
AIR NOUVEAU .
Atendresse
D'une Maistreffe, LD
Fait lePrintemps
Des Amans.
Si la divine Amarante
Quelque jour ne m'aimoit pas,
La Saiſon la plus charmante
SeroitpourmoySans appar
Avril, L
PHEQUE DEC
LYONA
*1893
242
MERCURE
Latendreffe
D'une Maistreſſes
Fait le Printemps
DesAmans.
Au moment que cetteBelle
Me fit le dondeſa foy,
Laſaiſon la plus cruelle
Fut pleine d'attraits pour moy.
La tendreffe, &c.
Pour les deux Enigmes en
Vers , voicy l'Explication de la
premiere ſur les mêmes Rimes.
Elle est de Monfieur Gauthier.
LA Mode est inconstante aussi bien
que legere,
Cependant on la fuit par tout fort
conſtamment,
Et je crois qu'il n'est point d'Amant
QuiSansfon Secours puiſſe plaire.
L'Artisan qui l'invente est un vray
Roturier.
Nobles , Riches & Grands luy rendent
des
Tout luy cede icy bas , & les fols&les
hommages.
Sages,
Ce qu'elle a de credit , vient de chaque
Meſtier.
GALANT.
243
Enunmot laMode est fi forte
Etfi feure de fon pouvoir,
Que contre la Raison , les Loix & le
Sçavoir,
Elle dispute un rang que toûjours elle
emporte.
L'empire qu'elle exerce , est depuis plu
fieurs Ans,
Etquoyqu'enfinſujette à lavieilleſſe,
On la voit depuis tres long temps
Reprendre pour nous plaire une entiere
jeuneffe.
Ceux qui ont trouvé ce même
Motde la Mode, ſont Monfieur
Lagrené de Vrilly ; Mademoiſelle
deClerbourg , une Belle de
Thoüars; L'Oedipe Boulonnois;
Monfieur de Leſcar,d'Avignon;
Monfieur de la Vigne , de Nifmes
; Monfieur de Cohon,Gentilhomme
d'Alençon, Chevalier
de l'Ordre du Roy de Portugals
Monfieur Doguet , Avocat à
Brie-Comte-Robert ; Monfieur
Lelleron ; Monfieur Aubert,
Lij
244
MERCURE
Avocat de Lyon; Monfieur Guillet
, Eccleſiaſtique de Lyon,
Monfieurde Maurry;Mademoifelle
de la Salle , de Blois ; Une
Belle Suiſſeſſe ; Monfieur de
Lardenay ; Monfieur du Mont,
Avocat à Chaumont; Mademoifelle
Chreftien,d'Auxerre;MonfieurRolant
, Avocat à Rheims;
Monfieur Briffault , Medecin de
Tournay;Monfieur Malbet,Directeur
des Poſtes de Champagne
; Monfieur l'Epine , de
Bourdeaux : Monfieur Dauvilliers
de Baſſebourg , Avocat :
Monfieur Denys , Chanoine de
la Cathedrale d'Orleans ; Télamire
, de Troyes : Monfieur
Charpentier , Commis au Domaine
de Languedoc : Monſieur
l'Abbé Sanguin: Monfieur
Baisé le jeune : Mademoiſelle la
Fileufe:Monfieurdu Pleſſis,Con.
t feiller
GALANT.
245
ſeiller à Chinon : Les deux Infeparables
de la Ruë de Mouffy :
Monfieur de Lantages: Les Penfionnaires
du Cloiftre de Lyon:
Les Beaux Eſprits du Canton de
Lile: Monfieur le Moine,de Foreſts
: L'agreable Demoiſelle de
la Ruëde Mouſſy : Monfieur de
Saucanie, avocat à Roye ; Monfieur
Thabaud des Ferrons , de
Berry ; & Monfieur Potier de
Lauge.
J'oubliois à vous dire que cére
Enigmede la Mode a été faite
par Me l'Abbé de la Chapelle .
Elle a reçeu divers ſens de plufieurs
Particuliers. Monfieur le
Baron de Hoques , Mele Roy,
le Solitaire de Caën , Monfieur
Baſin Chanoine de l'Egliſe de
Troyes , Monfieur Hourdaut ,
Monfieur Herpy de Rheims ,
Monfieur du Laurens Prieur du
Lij
246
MERCURE
Boishallebout , Mademoiſelſe
Souchu , Monfieur Gelan , &
Monfieur Palleron , ont crû que
c'eſtoit la Fortune : Monfieur
Bourg de Villiere, Avocat àCofne
fur Loire,l'Estime : Monfieur
de Boisgirard , l'Heure : Mademoiſelle
Camuſet de Rheims ,
l'Epée : Monfieur Godefroy le
jeune , Sieur de Maubuiffon , &
Monfieur le Jay , la Beauté : &
Monfieur du Foſſey de Roüen,
la Monnoye.
Quant à la ſeconde Enigme,
vous en trouverez le Mot dans
le Sonnet que voicy. Il fut fait
autrefois en envoyant des Volants
à une jeune & belle Perfonne
de la premiere qualité ,
qui eſt aujourd'huy Madame la
Comteſſe de Poitiers,de la Franche-
Comté.
SON
GALANT .
247
P
SONNET .
Etits Volans allez aupres de cette
Belle,
Qu'une douceur charmante accompagne
toûjours :
Vousy rencontrerezmillepetits Amours,
Quiſans ceſſe luy font une garde fidelle.
Puis que vous defirez estre bien reçens
d'elle ,
Il faut bien galamment leur demander
Secours.
Comme ils pourront jouer avec vous tous
lesjours ,
Ils voudront bien ſans douse appuyer
vostreZele.
Ne prenez point d'orgueil si vous estes
flatez.
Ne vous rebutezpas pour estre rebutez ,
La peine & leplaisir fuccedent l'un à
l'autre :
Et quand l'un de vous mort àſes pieds
tomberoit , Liiij
248 MERCURE
Vist- on jamais bonheur qui fut égal au
vostre ,
Puis quesa belle main le reſſuſſiteroit ?
Cemême Motdu Volant a eſté
trouvé par beaucoup de Particuliers,
qui font Monfieur de
Roux ; Le Solitaire de Caën;Vn
Inconnu de Rheims ; La Ville
de Ham; L'Illuſtre Fille de Village
d'entre Tours & Saumur;
L'Athis de Thoüars; Monfieur
de Boisgirard ; MonfieurGodefroy
le jeune, Sieur de Maubuiffon;
Mademoiſelle de la Borde;
Monfieur l'Abbé Baugy ; Monfieur
le Jay; Monfieur du Foſſey,
de Roüen , Mademoiselle de
Chennevarin , Filled'un Auditeur
des Comptes de Normandie;
Monfieur le Roy; Monfieur
de la Foffe de Baudevire , de S.
Lo ; une Dame du Païs du Maine
; Monfieur du Mont ; la Societé
GALANT .
249
cieté cloîtrée de Paris; M² Maze,
de Roüen ; Monfieur Rouffel,
Preſtre , Aumônier ordinaire du
Roy ; Monfieur Laiſné , Monfieur
Hourdaut , Monfieur du
Laurens , prieur du Bois -Hallebout
; Monfieur Graffet ; La
Belle Climene ; Mademoiselle
Mariane , presla Place Royale ;
Monfieur Palleron ; & Monfieur
de Leſtac , Avocat enParlement.
Monfieur Panthot , Docteur
& Profeffeur en Medecine à
Lyon , a expliqué cette Enigme
du Volant , fur le Gibier enplume
; Monfieur de la Vigne , de
Niſmes , fur un Arbre ; Mademoiſelle
de la Salle de Blois ,&
Monfieur Lelleron , fur la Fusée
: Monfieur de Lardenay , fur
le Fen, Vne Belle Suiffeffe , fur
LeBalon;Monfieur Roland,Avo
Lv
250
MERCURE
cat à Rheims , fur la Bombe ou la
Fusée Volante , Monfieur Dauvillier
de Baffebourg Avocat ,
Monfieur du Tel , Monfieur de
Lantages , fur la meſme Fusée
Volante , & Monfieur de Soucanie
Avocat à Roye , fur le Héron.
Voicy les noms de ceux qui
ont trouvé le vray Mot de l'une
& de l'autre Enigme. Monfieur
deMouceaux , de la Ruëde Paradis
; La Salamandre du Havre
de Grace , Monfieur le Chevalier
de Marles,de Roüen, Monſieur
de Prével , de la Place Ro
yale,Monfieur de la Couldre,de
Caën,MonfieurBernier,de Blois
Medecin à Paris , Monfieur de
Rionville, de Mets, La Belle Angélique
, Le Solitaire de Champagne
, Monfieur de Saintfrie,
Prieur de S. Iofeph , Monfieur
de Billedeſtru : d'Auxerre : MademoiGALANT.
251
demoiselle Loifeau , de Coulommiers
: Mademoiselle le Vignon,
Monfieur le Comte de l'Aubepin,
Mademoiselle Raince, de la
Ruë Chapon ; Meſdemoiselles
de Lochefontaine : Monfieur
d'Auberville : Le petit Gormont,
Un Gentilhomme de Verdun :
Mademoiselle de Rebecour , de
Loudun : Monfieur de Rocmont
: Monfieur Robbe : Monfieur
le Grand, deTroyes:Monſieurdu
Tremblay, deCaën,M
Rouffel, Preſtre, Aumônier or
dinaire du Roy : Monfieur Mignot
de Buffy , Gentilhomme
Lyonnois: Les Dames deRiche
lieu: Monfieur Seffrie,d'Ande ..
ly en Véxin : Monfieur Trigodet:
MonfieurProaudeau,d'Au-.
xerre : Le folitaire de Caën
MõſieurMarquis Sieur de Chevigny
de la Charité fur Loirez
Mon
252
MERCURE
Monfieur Charpentier : Made
moiſelle Lenfant : Mademoiselle
Nomman-Anory , de Poitiers :
Monfieur l'Abbé de la Tanerie
de Poitiers : La Belle Solitaire :
Monfieur Abbé Montel : Monfieur
du Tilieu : Monfieur L. B.
des Aunais : Monfieur des Bouquets-
Rabots , du Ponteau-de-
Mer : Madame Vincent,Femme
d'un Procureur en Parlement:
Monfieur Bonnet , Fermier des
Devoirs de Fougeres en Bretagne
: Un Chanoine Régulier de
l'Abbaye S. Victor : Une Belle
d'Eſtampes : Monfieur l'Abbé
Droüin : Monfieur l'Abbé Boffart,
Chanoine de Vannes: Mademoiselle
la Salle,de Blois:Mōfieur
de Boulainvilliers,Chanoine
Regulier : Monfieur d'Hermilly
: Monfieur de Florimont,
de Caën : Monfieur des Bois,
Avocat
GALANT.
253
Avocat en Parlement: Monfieur
Marchand, Avocat au Préfidial
de la Rochelle .
Jeme reſerve à vous faire voir
dansmes Lettres extraordinaires
les belles Explications des Enigmes
, dont la pluſpart font en
Vers , & me contente aujourd'huy
de vous apprendre les
noms de ceux qui les ont devinées.
J'en uſeray toûjours de la
meſme forte à l'avenir , & cependant
je vous envoye deux
autres Enigmes que vous pourrez
propoſer à vos Amies. La
premiere eſt de MonfieurdePoclagnis
; & l'autre de Monfieur
du Matha-d'Emery.
ENIGME.
PArmylas
Courtiſansj'ay lapremie
replace
L'ap
254 MERCURE
L'approche defort pres la Perſonne du
Roy.
Bientoſt une Rivale auſſi belle que moy,.
Dans ce lieu plein d'honneur me fuccede&
m'en chaffe.
Ma beauté , ma faveur, ne durent pas
longtemps ,
Mais je deviens bientoſt encore plus
charmante..
Comme il n'est point ſans moy de parure
éclatante ,
Quandon n'aque moy ſeule , on eſtſans
ornement...
AUTRE ENIGME..
E viens d'un Pais étranger ,
HayleCorps droit,fee,&leger,
Autrefois dans un Camp prenant beau
coupd'empire,
SansTeste j'estois crainte alors ,
Mais maintenant j'ay honte de le dire
Ma Teste vaut mieux que mon Corps.
Medée Enigme en Figures , a
eſté diverſement expliquée.Mõfieur
du Tremblay,Monfieur de
la
GALANT.
255
la Foffe de Baudevire de S. Lo,
&Monfieur le Roy,ont crû que
c'eſtoitla Mediſance: La Ville de
Ham , le Boulet de Canon , ou la
Bombe : Un Inconnu de Rheims,
l'Amour:La Salamandre du Havre
deGrace, la Guerre de Flandre
: Monfieur Panthot Profeffeur
en Medecine à Lyon , les
Souffleurs : Monfieur Trebuchet
Avocat d'Auxerre , la flâme du
Foudre:Monfieurde Prével de la
Place Royale,une Vangeance fatisfaite
: L'Athys de Thoüars,
les Conquestes du Roy : Monfieur
de la Vigne de Niſmes, les Pré-
Sens des Ennemis : MonfieurDoguet
, la Fievre ou la Grenade :
Monfieur Prevoſt & Monfieur
Lelleron , le Tonnerre : Monfieur
Maury, la France dans la conjon-
Eture préſente des affaires de ce
temps : Monfieur le Baron de
Hogues,,
256 MERCURE
Hogues , un Feu de joye pour la
prise de Gand : Monfieur Collineau,
Confeiller au Siege Royal
de Loches, la Guerre : Monfieur
de Rocmont, la Talousie : Monſieur
Robbe , la Guerre d'aujourd'huy:
Monfieur Robert,de Châlons
en Champagne , la Vangeance
: Vne Dame du Païs du
Maine,le Triomphe du Vice: Mofieur
du Mont,la Peste:Monfieur
l'Abbé Sanguin, l'Amourméprifé,
l'Indiscretion ou la Vangeance:
Monfieurl'Abbé Montel,leMépris
, la Gloire ou le Sacrifice : Vrn
Chanoine Regulier del'Abbaye
de S. Victor , la Fauffe-Monnoye
Monfieur de Lantages , l'Image
duTemps: Monfieur de laHouffaye
de Roüen , une Belle d'Etampes,
un Ecclefiaftique duVéxin
, Monfieur Denys Chanoine
de la Cathédrale d'Orleans , &
Mon
GALANT.
257
Monfieur des Bois Avocat en
Parlement, la Comete : Les Penſionnaires
du Cloiſtre de Lyon ,
la France : Monfieur Hourdaut,
la Lalousie : Monfieur l'Abbé
Droüin, la Foudre: Monfieur du
Laurens, Prieur du Bois-Hallebout
, la Sageffe : Monfieur de
Soucanie Avocat à Roye , le
Triomphe de la France ; & Monſieur
Palleron , l'Envie .
Monfieur deLagrené de Vrilly
, Monfieur de Rionville de
Mets , Monfieur de Cohon d'Alençon
, Mademoiſelle Lenfant,
une Belle Captive , & un Gentil-
homme de Verdun , qui l'ont
expliquée fur la Fuſée Volante,
en ont trouvé le vray ſens. La
Robe enflâmée qui conſomme
Créon & Creüſe , marque le
Feu qui ſe met d'abord à la Fuſée
que Medée repreſente en
tra
258 MERCURE
traverſant l'air dans ſon Char,
comme la Fuſée s'y éleve rapidement
ſi- toſt qu'elle a commencé
à eftre embraſée par le
Feu. Les Dragons du Char ſont
ce que nous appellons des Serpenteaux
; & Jaſon , & ceux qui
l'accompagnent , nous figurent
les Spéctateurs des Feux d'artifice.
Le Satyre Marſyas lié à un Arbre
pour y eſtre écorché vif , à
cauſe de l'inſolence qu'il avoit
cuë de prétendre qu'il égaloit
Apollon àbien jouër de la Flute
eſt le ſujet de la nouvelle Enigme
que je vous propoſe. Prenez
la peine d'en bien examiner
toutes les Figures , & ne grondez
pas de ce que je vous remets
juſqu'au 24. May la Lettre extraordinaire
que je vous ay promiſe
. Je ſuis,Madame,voſtre ,&c .
à Paris ce 30. d'Avril 1678 .
, MARSYE
ENIGME

1
.
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume .
Vant propos ,
AMadrigalàIris ,
L'Amant réchauffé ,
I
3
6
Sonnet à une Belle qui avoit la Direction
d'un Hospital ,
Abbayes données par le Roy ,
Vers à Iris ,
Vers à Philis ,
34
35
39
41
Ce qui s'est passé àla prise du Fort d'Orange
,
Plan du Fort d'Orange ,
43
45
Extrait de la Harangue du Discours que
fit M. Ravot Avocat General de la
Cour des Aydes à l'Enregistrement
des Lettres de Monsieur le Chancelier
,
Chanfon notée ,
L'amour intereſſfé ,
59
73
74
Ce qui s'estpassé dans les Académies
Royales de Peinture & de Sculpture
de Paris & de Rome le jour de la diftribution
des Prix , & les Noms de
ceux qui les ont emportezdans l'une
dans l'autre , 82
Mort
TABLE.
Mortde deux Amans morts d'amour,&
leur derniers Vers , 64
Madrigal , 71
Lettre à laplus Coquette Femme de
France, 72
Demandeà Iris , 74
Réponſed'Iris , ibid.
Replique, 75
Réponse, 76
LeRoy donneà M. le Potier la Charge
de Lieutenant- Admiral de Dunquerque
ibid.
M. le Chevalier de Chasteaurenaut donne
la Chaffſe à l'Escadre d'Everſen,
79
Surprenante Action de M. Bréart Sieur
de Boissagé , $ 2
MariagedeM. le Marquis du Montal
&de Mademoiselle de Tavanes, 87
Madame d'Ernoton accouche de trois
Filles,
Paffion naiſſante , Sonnet ,
92
ibid.
Réponse, 94
Pluſieurs Inpromptus , ibid.
Chanson , 96
Avanture causée par une Lettre de Roman
, 98
Nou
TABLE.
Nouvelles Particularitez touchant le Sie.
gede Gand , ΙΟΙ
Plusieurs Pieces de Vers sur ce sujet,
109.
Vers de M. Robbe à Monseigneur le
Dauphin , 116
Airnouveau , 118
Siege d'Ypres , avecles Noms des Morts
&des Bleſſez , & de tous ceux quiſe
fontfignalez, 119
Pluſieur's Pieces de Vers fur la prise
d'Ypres , 162
Lettre de M. le Duc de S. Aignan au
166 Royfur la prise d'Ypres ,
Réponse duRoy à Monfieur le Duc de S.
Aignan , 167
LeRoydonne une Compagnie de Chevaux
Legers à Monfieur le Chevalier
deThoury , 163
Letire d'un Chevalier inconnu à M. le
Ducde S. Aignan , 171
Réponse de M. le Duc de S. Aignan au
Chevalier inconnu , 173
Pluſieurs Sonnets & autres Pieces en
VersàMonseigneur le Dauphin, 177
AM. D. P. fur la Lettre qui a paru de
de luy à Mademoiselle P. B. dans le
Mer
TABLE.
Mercure du Mois de Mars, 181
Arrivée de M. le Duc de la Feüilladeà
Toulon , 187
Le Roy nomme M. de Varangeville à
l'Ambassadede Venise , 188
Compliment fait au Roy parl'Envoyé de
Portugal, 191
Compliment fait à laReyne par lemême
Envoyé , 192
Hiſtoire du Cadran & de l'Horloge
d'Amour, 199
Extraits des Harangues des Complimens
faits au Roy par les Cours Souveraines
, 217
Compliment fait au Roy au nom delAcademie
Françoise par M. Perraut
Directeur de la mesme Compagnie ,
229
Divertiſſemens donnez & promis au
Public , 236
MortdeMadamela Marquisede Piennes,
237
Mort de M. de Breda Curé de S. Andrédes
Arcs, ibid.
Mort de M. Hardy Sous- Doyen des
Conseillersdu Chastelet , 238
Mercurialesfaites au ParlementparM.
le
TABLE.
le President de Navion & M.le Pro
cureur General , 239
Air nouveau , 241
Explication de la premiere Enigme du
Mois passé, 242
Noms deceux qui l'ont expliquée , 243
Explication de la seconde Enigme du
Moispassé. 248
Noms de ceux qui l'ont expliquée, ibid.
Nomsde ceux qui ont expliquéles deux
Enigmes , 250
Enigme, 253
Autre Enigme , 254
Enigme enfigures,
ibid.
Avis
Avis pour les Figures.
Le Plan du Fort d'Orange doit regarder
la Page 29 .
La chanfon qui commence par, Roffignols,
que pretendez- vous ? doit regarder
la Page 47 .
La Chanſon qui commence par , Si
vous poursuivez de m'aimer , doit
regarder la Page 96 .
La Chanſon qui commence par, L'on
vous dit tous les ans , doit regarder
la Page 118.
Le Plan d'Ypres doit regarder la Page
149.
Le Compte d'un Amant rendu à ſa
Maiſtreſſe , doit regarder la Page
202 .
L'Horloge d'Amour doit regarder la
Page 213 .
La Chanſon qui commence par , La
Tendreffe,doit regarder la Page 241 .
Marſye, Enigme, doit regarder la Page
258 . THEADE
LYON
DE

1893
*
FIN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le