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1677, 04, t. 2 (Lyon)
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5.01 Mo
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201
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Texte
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .
:


L
1
807155

LE NOUVEAU
MERCVRE
GALANT :
CONTENANT TOUT
ce qui s'eſt paſſé de plus curieux
pendant le mois d'Avril
de l'année 1677 .
TOME II.
15
LEIA
DELLE
DE
A LYON ,
Chez ТноMAS AMAULRY ,
Marchand Libraire, ruë Merciere,
à la Victoire,
M. DC. LXXVII .
AVEC PRIVILEGE DV ROY.

A MADAME
LA COMTESSE
DE BREGY
M
ADAME,
Je prens la liberté de
vous offrir un Livre dont
iofe croire que la lecture
vousplaira;&iepuis me
a
leperfuaderfans trop de
préſomprion , puis qu'elle
vous renouvellera , ce que
vous entendezpublierpar
tout , avec plaisir , à la
gloire de SON ALTESSE
ROYALE . Ainsi,MADAME
, ce que i aurois
defesperé d'obtenir du
peu d'ornemens que i'ay
esté capable de prefter aux
Nouvelles dont iay à
vous entretenir,ie l'attens
dela dignitéde la matiere,
&ie ne puis n'i empefcher
de vous les offrir avec con.
any
fiance, quand ie voyqu'une
des plus importantes
regarde ce qui vous intereffe
le plus.Je ne confidere
en cela nymafoibleſſepour
unesigrande entrepriſe,ny
ces lumieres merveilleuſes
qui vous font appercevoir
des defauts dans ce qu'on
donne au public de plus
achevé. Il y a des chofes
qui nesçauroient iamais
estre mal dites , & il ne
faut que les biensçavoir,
pour en faire un recit qui
produiſe l'admiration qui
a ij
leur est denë:& les termes
les moins releve,z ne les
peuvent affoiblir, pourveu
quon fottpde
qu'on foit fidelle dans le
denombrement de leurs
circonstances. Tellesfont
les grandes actions de
MONSIEVR ; Elles
n'ont besoin ny d'une eloquence
estudiée qui contribuë
à les faire paroiftre
dans leur iour , ny d'une
exageration artificieuse
qui leur preste ce qu'elles
n'auroientpasd'elles-mêmes.
Ilsuffit de dire fimplement
de quelle maniere
ellesſeſont paffées , pour
estre afſuré de ne rien dire
que deſurprenant: &fila
haute reputation que ce LYC
grandPrince s'est acquiſe
parson courage &parsa
valeur, rend tout le monde
ſenſible àſes avantages
, que ne dois- ie point
attendre de Vous qui luy
avez consacré une tendreſſe
qui ne s'est iamais
démentie,&qui aveztouû.
jours regardé sa gloire
comme la chose du monde
ă iij
la plus capable de vous
toucher ? Außi , MADAME,
fi cette tendrefſenepouvoit
avoirunplus
nobleObjet,elle est glorieu-
Sement recompenseeparles
témoignages d'estime &
de confideration particuliere
que vous recevez
tous les joursde SON ALTESSE
ROYALE . C'est par
là que ie pourrois m' aßurer
que mon Livre trouveroit
un accés favorable
auprés de ce Prince , fi
vous daigniezluy enfaire
paroiſtre quelque ſatisfaction.
Il estfipersuadé de
vostre iuste discernement
pour toutes choses , que ce
qur
qui a eu voſtre approbation
luy ſemble toujours
Cemble
digne de la fienne. C'est
une iustice qu'il aime à
vous rendre , &que toute
la France vous rend avec
luy ; mais , MADAME,
ie neveuxpointprévenir
vosſentimens, &il
neferoit pas iuste que ie
cherchaffe l'établiſſement
de ma gloire dans ce qui
pourroit commettre la votre.
Quel que puiſſe estre
'efuccez de cet Ouvrage,
Ifera toûjours avantageux
pour moy , si vous
avez la bonté de le recevoir
comme une marque
de l'ardente paßion avec
laquelle iefuis,
MADAME ,
Voſtre tres humble & tresobeïffant
Serviteur, D.
I
NOUVEAU
MERCVRE
GALANTE ON
ΤΟ ΜΕ . ΙΙ.
*
1853*
Evous ay promis ,
Madame , de vous
mander le premier
iour de chaque Mois tout ce
qui ſe ſeroit paffé de plus curieux
à Paris pendant le Mois
precedent , & tout ce qu'on y
auroit appris du reſte du Ro
yaume, & des Païs Etrangers .
l'ay fait plus que vous n'attendiez
de moy, & vous avez
receu le premier d'Avril, non
pas une Lettre,mais le premier
Tome 2 . A
2 LE MERCURE
Tome du Nouveau Mercure
Galant,dans lequel vous avez
appris non ſeulement tout ce
que Paris a produit de plus re.
marquable depuis le premier
Ianvier de l'année courante ;
mais encor toutes les Nouvelles
qui ſont venuës de mille
endroits differents . Il ne s'agit
done preſentement , que de
vous écrire tout ce qui s'eſt
paſſé depuis le commencement
d'Avril ; mais que vous
mander de divertiſſant,& que
peut- il s'eſtre fait de cette nature
pendant un Mois de Careſme
, dont les iours ont eſté
particulierement deſtinez à la
Devotion? Chacun s'eſt privé
des Divertiſſemens qu'il avoit
accouſtumé de prendre. Les
Ouvrages Galans n'ont point
GALANT.
3
eſté deſaiſon; on a peu fait de
Mariages. Les Modes nouvelles
n'ont point paru , & elles
ſont demeurées dans l'eſprit
des Coquettes , dans la teſte
des Marchands , & dans les
mainsde leurs Ouvriers .
Pendant que chacun s'étoit
interdit tout ce qui pouvoit
contribuer à luy donner du
plaifir , la Devotion du Jubilé
a regné dans tout Paris ; celle
de la Reyne , & de Monfeigneurle
Dauphin a edifié tout
le monde , & l'exemple de
Monfieur de Paris,& des plus
grands Magiſtrats qui ont vi
ſité ſoixante Eglifes à pied
avec une pieté qui ne peut alſez
eſtre eſtimée,a inſpiré une
nouvelle ardeur à ceux qui
travailloient à leur falut avec
A ij
4 LE MERCURE
le plus de zele. Tandis que
nous ſommes ſur le lubilé ,
trouvez bon , Madame, que ie
vous propoſe un Cas de conſcience
qui me paroiſt fort extraordinaire
. On m'a aſſuré
quela choſe s'eſtoit paſſéedepuis
peu ,& il s'agit de ſçavoir
quel ſcrupule on ſe doit faire
d'avoir employé la fraude à
s'aſſurer une Succeſſion qu'on
auroit peut eſtre inutilement
attenduë. Voicy le Fait Deux
Freres font demeurez les ſeuls
Heritiers d'un Pere fort riche.
La coustume des lieux où les
Biens ſont ſituez estoit fort
deſavantageuſe au Cadet. Il
avoit plus d'eſprit que fon
Frere , il voyoit avec chagrin
ſes méchantes qualitez réparées
par le Droit d'aîneſſe ; &

GALANT.
S
LY
le connoiſſant ſuſceptible de
toute ſorted'impreſſions,apres
avoir affecté quelque temps
les dehors d'une vie toute regaliere,
il feint toutd'un coup
une fi forte Vocation d'aller
s'enfermer dans un Cloiſtre
qu'il ſemble qu'il n'y ait plus
ailleurs de bonheur pour luy.
Son Aîné ſurpris de ſa reſolution,
luy en demande la cauſe.
Il ſe contente d'abord de luy
parler en general de la vanité
des choſes du monde , & du
dégouſt que toutes les Perſonnes
railonnables en de .
vroient avoir. C'eſt tous les
iours un Sermon nouveau fur
cette matiere , iuſqu'à ce que
l'ayant fait convenir des Principes
qu'il établiſſoit avec plus
d'eſprit que de Devotion , il
A iij
6, LE MERCURE
1
deſcend enfin dans le particulier
, & luy témoigne que s'il
emporte quelque chagrin en
quittant le monde, c'eſt celuy
de l'y laiſſer embarraſſé. Ses
grimaces vont ſi loin , que le
pauvre Aîné en devient la
Dupe , & ce qu'il luy dit continuellement
du peril où ſont
expoſez ceux qui ont autant
debien qu'il ena , luy frape
ſi vivement l'imagination ,
qu'il ſe met en tête de ſe vouloir
rendre auffi heureux que
fon Frere , en quittant tour
pour le ſuivre dans ſa Retraite.
Les voila tousdeux dans le
Convent. Vne ſomme confiderable
que l'Aiſné promet ,
faittrouver ſa Vocation merveilleuſe
, tout le monde luy
applaudit ; & tandis qu'on reGALANT.
7
1

t.
lâche un peu en ſa faveur les
rigueurs du Noviciat , le Cadet
s'y aſſujettit avec une ſoû .
miſſion ſi auſtere , qu'il n'y a
point de volonté chancelante,
que ſon exemple ne raffermiſt.
Tout cela ſe paſſe au
grand contentementdesCollateraux
, qui ſe tenans déja
maiſtres des grands Biens qui
leur doivent échoir par la
Profeſſion des deux Freres ,
font des Mariages en idée , &
jettent les yeux fur les Charges
les plus confiderables.Enfin
le grand iour arrive on
doivent estre prononcez ces
terribles mots qui ne ſe diſent
qu'une fois , & qui engagent
pour toute la vie. On donne
le pas à l'Aifné qui fait les
Voeux d'une voix, un peu
8 LE MERCURE
tremblante , & cependant le
Cadet pouffe de longsſoûpirs ,
&faitvoir de certains élancemens
de zele qui édifient admirablement
l'Aſſemblée ;
Mais il n'eſt pas plûtoſt aſſuré
queſon Frere ne ſçauroit plus
s'en dedire , qu'un Evanouiffement
de commande le met
hors d'estat de faire la meſme
choſe que luy. Il n'en revient
qu'avec peine , il ouvre de
grands yeux ſans recouvrer
Puſage de la parole, & malgré
qu'on en ait,il faut pour ce qui
le regarde , remettre la Ceremonie
à une autre fois .Il feint
pendant quelques iours un
fort grand déplaifir de l'accident
qui avoit retardé fon
bonheur ; & ayant trouvé
moyen de s'échaper du Convent,
GALANT. و
vent , il y renvoye ſon Habit
de Moine, avec un Billet portant
aſſurance du ſoin qu'il
auroit de le payer largement.
Il traite preſentement d'une
Charge, on luy offre une Fille
de naiſſance avec beaucoup
debien,&tout cela pour avoir
eu l'adreſſe de faire prendre
un froc à fon Frere. Prononcez,
Madame . On ne luy peut
diſputer la Succeſſion , mais
elle ne ſeroit pas à luy s'il n'avoit
pas joüé le perſonnage
d'hypocrite .
Voila preſque toutes les
Nouvelles du mois d'Avril
que j'aurois à vous mander ,
ſans les grandes actions du
Roy qui fourniſſent de la ma
tiere en tout temps ; & quoy
que les mois de Mars & d'ATome
2 . B
0 LE MERCURE
vril ayent eſté remplis d'un
grand nombredevilainsiours ,
ils ont tous eſté beaux pour ce
Prince , & avant le temps où
les Troupes ont accouſtumé
de marcher , il a plus fait de
Conquêtes confiderables,que
nous n'en avons autrefois veu
faire en beaucoup de Campagnes
heureuſes. Ainh j'aurois
tort de dire que ie manquede
matiere; & fiie ſuis embarrafſé
, c'eſt par le grand nombre
d'actions étonnantes que l'ay
à raconter, & par la grandeur
du Sujet. Mais avant que d'entrerdans
le détail de ces Nouvelles
importantes , ie croy
vous devoir entretenir de
quelques autres,afio de laiſſer
aux premieres le temps de
meurir; C'est un moyen affu
GALANT. II
ré pour ne vous rien mander
que de veritable,& pour vous
apprendre des particularitez
que d'autres ne vous feroient
peut- eſtre pas ſçavoir,à moins
qu'ils ne priſſent autant de
ſoin que moy de les ramaſſer.
Paſſons donc à d'auttes Arti .
cles,&diſons que la Muſique
eft malheureuſe cette année
de toutes manieres , & que fi
quelques Muſiciens ont perdu
leur Procez , d'autres ont
perdu la vie. Le Sieur Cambert
, maiſtre de Muſique de
la feuë Reyne Mere, eſt mort
àLondres, où ſon genie eſtoit
fort eſtimé . Il avoit receu force
biens-faits du Roy d'Angleterre
, & des plus grands'
Seigneurs de ſa Cour, & tout
cequ'ils ont veu de ſes Ou12
LE MERCURE
vrages , n'a point démenty ce
qu'il a fait en France : c'eſt à
luy que nous devons l'eſtabliſſement
des Opera que
nous voyons aujourd'huy ; la
Muſique deceux de Pomone,
& des Peines & des Plaifirs
de l'Amour, eſtoit de luy ; &
depuis ce temps - là on n'a
point veu de Recitatif en
France qui ait paru nouveau.
C'eſt ce même Cambert qui
à fait chanter le premier les
belles Voix que nous admirons
tous les jours , & que la
Gascogne luy avoit fournies ;
c'eſt dans ces Airs que Mademoiſelle
Brigogne a paru avec
le plus d'éclat, & c'eſt par eux
qu'elle a tellement charmé
tousſes Auditeurs,que le nom
de la petite Climene luy en
GALANT. 13
eft demeuré . Toutes ces cho .
fes font connoiſtre le merite
& le malheur du Sieur Cambert;
mais fi le merite de tous
ceux qui en ont eſtoit reconnu
, la Fortune ne ſeroit plus
adorée , ou pour mieux dire,
on ne croiroit plus qu'il y en
euſt ; mais nous ſommes tous
les iours convaincus du contraire
par des exemples trop
éclatans. La mort a pris auffi
le Sieur le Camus , qui eſtoit
de la Muſique du Roy. Il a
compoſé un nombre infiny
de beaux Airs,& s'ils estoient
mis enſemble , il y en auroit
dequoy former pluſieurs Opera,
dans le quels ont ne verroitpas
toûjours la même chofe
. La belle Madame du Boüil .'
lon de Caën, a ſuivy ces deux
14 LE MERCURE
Muficiens. Quand on a une
fois acquis un Nom qui nous
couvre degloire ou de blâme ,
le tempsen fait rarement per
dre la memoire. Madame du
Boüillon avoit eſté belle , elle
en avoit merité le nom , &
quand elle ſeroit morte à cent
ans , & qu'elle auroit eſté la
plus laide perſonne de la ter
re , on auroit toûjours dit que
la belle Madame du Boüillon
feroitmorte. L'Amour ne faifant
pas moins parler de luy
que la Mort, a donnélieu depuis
quelque temps à la Piece
ſuivante. Elle faitdu bruit,elle
a ſes Partiſans,vous jugerez
s'ils ont raiſon d'en dire du
bien..
GALANT.
19
茶茶茶茶茶茶黍黍黍
:
LA MALADIE
DE L'AMOVR .
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , & fe mocquoient
de la ſtupidité de ce
Dieu, qui ayant l'avantage de
poſſeder tous les jours les plus
belles perſonnes du monde ,
ne leur dit iamais une parole ,
tant il a peur dedes- obliger le
filence qui le loge dans ſon
Palais , quand elles virent arriver
inopinément l'Amour.
lavoit fon Bandeau àla main ,
&laiſſoit voir autant de colere
dans ſes yeux, que d'abatement
ſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray
pas ,
le l'ay iuré,iabandone le mode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice
abonde,
C'est trop avoir comerce avec des
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues
Alesſervir das leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe à mefaire in.
cartade,
Ie n'enpuis plus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles
font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfaire.
Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17
- de fon Carquois, dont il brifa
les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant
receu mille careſſes par lefquelles
elles tâcherent à le
conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchons de la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Par tout ou vous me voulezfuivre
,
Comme vous y menez & les Ris
&les leux ,
Ie ne voy que des Gens affez contensdevivre
Le coeur embrasé de mes feux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE
fiitmmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours
icunes & belles ,
Ce Privilege gaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez à voir
que vosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous
rendre unpeu traitables,
Ien'ensçaurois venir à bout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes
Aux maux que vous pourriez
m'aiderà détourner,
Vous dédaignez les Vieilles & les
Laides
Chez qui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous que puisiefeulpour
elles ?
Ilm'en faut tont les jours effuyer
: cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste&d'aveugle&
de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy
1 Auprésd'ellesiamais
vous ne vou .
lezparoiſtre.
N
Les graces dirent mille choſes
obligeantes à l'amour pour ſe
juſtifier auprés de luy,& rejerterent
leur manque de complaiſance
ſur l'impoſſibilité
qu'il y a de preſter quelque
agrément à des Beautez déja
furannées ; car pour les laides,
dirent - elles , vous ſçavez que
nous ne les fuyons pas toutes.
Il y en a quelques-unes ſur le
chapitre deſquelles vous avez
aſſez à vous loüer de nos foins.
Nous demeurős d'accord que
quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons
pas ſeules , & que vous faites
en forte que la Jeuneſſe ſe
trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez
viennent du coſté des Hommes
, & ce ſont pour vous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray, dit l' Amour qu'ils me
cauſent des peines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Que ie n'aye àsouffrir de leurs
déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance à leur flame
opposée
Leur fait perdre l'espoir d'une
Conqueste aisée,
GALANT . 2 [
Ie neſuis qu'unTyran dont- ilfaut
s'affranchir ;
Etfi la Belle à qui ie les engage
Se laiſſe un peu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'un faux déguisement
Couvrant toutes leurs injaſtices,
Lors que iem'accommode à leur
temperament,
Ilsse plaignent infolemment
Qu'ils sont contraints defuture
mes caprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez ,fu-
-
rieux,
De leurs defauts c'est moy seul
-qu'ils accuſent,
Moy qui cherche par tout la concorde
&la paix,
22 LE MERCURE
Etqui centfois ay cõbléde biensfarts
Ces lâches , ces ingrats qui de mon
nom abusent .
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours
avec eux; & puis que les peines
qu'ils ſe font eux- mêmes
leur font oublier lesavantages
qu'ils reçoivent de moy , ie
m'en vengeray hautement, en
ne retournant iamais ſur la
terre. A ces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe
remettre des fatigues qu'il avoit
euës avec les hommes ; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur
gueriſon dépend toûjours de
leur volonté, les Graces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peine du remede
qu'il falloir apparter à la
maladie dont il s'eſtoit plaint,
& elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles
ne manquerent pas de ſe trouver
à ſon réveil. Ce repos qu'il
avoit pris extraordinairement
( car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luy avoit mis ſur
le teint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus porelé
qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre ,& elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient
ſe laſſer de luy en faire paroître
leur admiration .
Ah quel bonheur, dit- il, de pouvoiràfon
aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sans qu'ilfoit surprenant que le
repos me plause, ::
?
:
Vn long trava I demande un long
delaffement
Que n'ay je point fouffert , pen.
dant quesur la terre
L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois à tout calmer employénuit
&iour ;
Mais qu'avons- nous , immortels
que noussommes ,
A nous inquieter , comme le monde
ira ?
Quant àmoy deformais , prenne
Soin qui voudra
Des affaires du coeur des homes,
;
İyrenonce,fans moyſoit aimé qui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT.
25
7
Et qui d'un sentiment toûjours
contraire au mien ,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul
de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels
lesGraces tinrent fidelle compagnie
à l'Amour. Comme ce
n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entreelles
à qui l'auroit plus ſouvent
entre les bras. Cependant
Vénus qui avoit fait un voyage
en terre , en eſtoit revenuë
toute indignée , de ce qu'au
lieu des honneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle
avoit trouvé ſes Temples de
ferts .
Tome 2 . B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfiveté que pretendezvousfaire,
Dit- elleàsonfils triſtement ?
Ma gloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeu chere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'à l'envytoutle mondeoutrage
impunément ?
Ladifcorde en ma place en terre
reverée,
Par voſtre éloignement joüit de
mes honneurs :
Teme voyfans encens quand elle
estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout que ma
honte estjurée.
C'est trop , ne souffrez pas qu'elle
mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûte quelquespeines,

GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances,
l'Amour s'obſtina
à vouloir eſtre malade, & pretendit
que les hommes ne valoient
pas qu'il ſe privat pour
eux du repos quiluy eſtoit neceffaire.
Il s'en accommodoit
lemieux du monde , & il n'avoit
jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours
entiers, comme il fa foit , à fo
lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui
le cherchoit pour luy rendre
compte de ce qui s'eſtoit paſſé
fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit
avec elles & le voyant aſſis fur
les genoux de l'une,tandis que
l'autre luy tenoit les mains ;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré
De tout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispour vous eſtre icy du monde
retiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'il n'est rien qui
n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement
trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de
L'erreur
Qui vers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT.
29
taque , onsenuit.
Vouloir eftre obligeant , c'estfuivre
une chimere
Que dans les cerveaux creux le
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne
trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal le plus commun
de tous ,
L'épargne est en credit , plus de
Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux .
On ne voit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles .
Personne ne fait plus ny Vers , uy
Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE
Plus d'agreables bagatelles ;
On ne donne ny Bals , ny galants
Rendez- vous,
Et tous les homes pour les belles
Sont devenus de vrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de ce deſordre
, dit l'Amour tout réjouy !
Voila un renverſementquime
charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par
les malheurs où les plongera
mon éloignement. Mais,ditesmoy
ie vous prie que fait l'Amitié
? A t'on conſervé quel
que reſpect pour elle?Et l'Hy
menée avec qui i'eſtois ſi ſouvent
broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure , a voulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
De faire en terre vêtre office ;
Elle entretient les noeuds qu'on luy
donne àferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contre l'intereſt, pour peu qu'il
l'affoibliffe,
YON
Sa tiedeur nesçauroit durer.
Quantà l'Hymen ,par vôtre abfence
C'eſtpis centfois que cen'estoit
Acause du dégoût de l'indif
ference [alliance,
Avecqui de tout temps elleafait
vous éclatoit ;
Toûjours quelque divorce entre
Mais pourveu qu'on s'armât d'un
peu de patience,
Apres avoir grondé, rompul'intelligence
,
Vous vous raccommodiez, & tout
feremettoit.
:
Biiij
32 LE MERCURE
Apreſent que la Politique
Portefans vous les gens às'unir
pourtoûjours,
Dés qu'on s'estengagél'onn'aplus
de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Et les regretsfont laseule Musiique,
Qui chez les mariez a cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez- le ſur un autre ton ;
Si vous ne retournez exercervôtre
empire,
Lemondese vaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de
Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſques,
qui me faiſant trop injuſtement
autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs
folies, n'ont aucune reconnoifſance
des plaiſirs que ie leur
procure.Le reposm''aa fait goûter
icy des douceurs que ie n'avoisiamais
éprouvées , & iene
meſens pas en humeur d'y renoncer.
Mercure le laiſſa dans
ce ſentiment,&quelque temps
s'eſtant encor paffé ſans que
Venus pût obtenir de luy qu'il
changeât de reſolution , un
iour qu'il étoit fort en trainde
rire , il entendit du bruit qui
P'obligea à tourner la tête pour
ſçavoir qui le venoit troubler
dans ſa Retraite. Lecroiriezvous
, luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quidemande
à vous parler.
Voila de mes ingrats où va lamédiſance,
S'écria-t'il tout en courroux ;
Parce qu'illeur plaît d'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Qui n'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fans s'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence
Pour mieuxfairegoûtermes charmes
les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à me fuivre
i'invite,
Par tout ou i ay deffein de merendre
vainqueur,
L'empruntefes couleurs pourpein..
dre lemerite
GALANT .
35
Qui doit toucher un noble coeur.
C'est alors qu'à mes traits se livrant
avec joye
Ce coeur s'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour ne me pas
montrer,
La Raiſon me demande , ilfaut
que ie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmots il courut au devant
d'elle , & témoigna par l'accüeil
le plus obligeant l'eſtime
particuliere qu'il en faiſoit. La
Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un
oeil plus ſatisfait qu'elle n'avoit
paru l'avoir en entrant :
Par ce restede bienveillance,
Luydit- elle , accordez àmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Le bonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance
Al'appuy que ie donne àtous vos
Sentimens.
Vousfçavez que iamais ienevous
fus contraire,
Que i'ay toûjours cherché l'union
avec vous ,
Et qu'où nous terminons enſemble
quelque affaire.
On se trouve affez bien de nous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
que menuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre , par tout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursà
nousprester ,
Vous meservez à m'introduire,
Etie vousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ont plus pourguide,
Vous des groffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré ,
I'ay beau chercher à leur tenir
la bride,
Ie ne trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide ;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Point de coeurgenereux point d'efprit
éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez
donnerremede ,
Par vous lafiertés'adoucit,.
Par vous àſepolir ,ſans emprunterd'autre
aide ,
Le plus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , où par
vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&
la paix ,
l'ySoûtiendraypar tout laforce de
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nous quittons iamais.
La propoſition ne déplût pas
à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte , crût qu'il
eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt
s'avancer , que prevenant ce
qu'elle pouvoit avoir à luy dire
; Arreſtez , luy cria-t'il de
loin , ce ſeroit faire tort à l'union
qui a eſté de tout temps
entre la Raifon & moy,que de
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire entrer
dans ſes ſentimens . Il eſt
de certains Amours évaporez
qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis
ennemy du déreglemét ( quoy
que s'en ſoient voulu imaginer
les hommes ) ie n'ay point
de meilleure amie que la Raifon.
Il eut à peine achevé ces
mots , qu'il apperçeut la Gloire
, qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts
, crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe . L'Amour
prit plaifir à la voir marcher
d'un pas auſſi majestueux que
fa mine eſtoit altiere. Il la receut
fort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes premieres
honneſtetez .
40 LE MERCURE
Paroù peut on avoir merité , luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce
honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là , chacun à l'envy voas
rappelle,
Et i'ay beſoin de vous pour faire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque
prix que l'étale,
Lavaleurſans Amour est aveugle,
brutale,
Etſemble moins cueillir qu'arracherdes
lauriers .
Dans le métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Et c'est lefeul defir de plaire,
Qui fait les plus fameux Guerriers.
4
GALANT.
41
L'Amour ſe trouva agreablement
flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe
qu'il luy devoit faire, quand il
vitentrer tout à la fois,la Beauté
, la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent
mille plaintes de ce que fon
éloignement leur faiſoit ſouffrir.
La Beauté exagera combien
il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la
laideur,& de n'être plus confiderée
de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença
d'ébranler l'Amour , ce fur ce
que luy dirent les Plaiſirs , qui
ſe voyoient malheureuſement
exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez
depuis ſon départ dans une fale
débauche , qui ne leur laifſoit
trouver de la joye que dans
la ſeule brutalité. Ils parlerent
fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres
qui avoient le même intereſt
qu'eux de faire revenir l'Amour
en terre , que ſe laiſſant
toucher à leurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez, leur
dit-il,ie merends,
Quoy qu'endouceurpour moy cetteretraite
abonde ,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens
Que mon éloignement a caufé
GALANT.
43
dans le monde ;
Puis qu'on le veut ainsi,igretourne
avecvouS ,
Mais à condition qu'un traitement
plus doux
Effacera de moy ce que l'on afait
croire,
Et quepour empêcher mille brutalitez
Quijettentsurmon Nomunetâchetrop
noire,
Partout ou ieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez .
Le party fut accepté,& il plut
tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandonner
l'Amour.
Je ne ſçay, Madame, ce que
vous penſerez de cette galan44
LE MERCURE
terie , mais ie ſuis perfuadé que
vous n'en jugerez pas à la maniere
des eſprits foibles , que
le ſeul nom de l'Amour effraye,
& qui ne ſe contentent pas
de traiter d'inutile tout ce qui
le regarde ; mais qui veulent
trouver du crime dans ces bagatelles
ingenieuſes dont il
fournit la matiere, & qu'on lit
preſque toûjours avec plaifir-
Ce n'eſt pas que ię ne ſcache
qu'il y en a quelques - unes
dont la Morale n'eſt pas à ſuivre
: mais ſi on vouloit profiter
de celle-cy , & n'aimer iamais
qu'on n'eût ſoin de prendre
l'appuy de la Raiſon,& de con
ſerver les interêts de la Gloire,
quelque condamnable que paroiſſel'Amour
aux fcrupuleux,
ie doute fort que ce fuſt une
GALANT.
45
paſſion indigne d'une belle
Ame, & qu'on dût ſe faire une
vertu de rejetter ce que la ſocieté
civile en peut recevoir
d'avantages. Mais ie n'entreprens
point d'en ſoûtenir icyle
party . Je paſſe à ce que i'ay à
vous dire des glorieux triomphes
du Roy , & ie commence
par la priſe de la Cayenne , qui
a depuis peu reconnu le pouvoir
de ſes armes victorieuſes.
Je vous ay fait part de cette
Nouvelle des le mois paffé ;
mais vous n'avez pas eſteſatisfaite
de moy là- deſſus ; Vous
voulez, dites vous, apprendre
les noms de tous les braves qui
ſe ſont ſignalez en cette occafió
parmy leſquelsvous croyez
en trouver de voſtre connoiffance.
Je m'en fuisinforméavec
46 LE MERCURE
ſoin pour vous fatisfaire , & ie
me ſuis condamné moy-même,
de n'avoir pas fait connoî
tre la valeur de ceux dont les
actions éclatantes ſont le plus
ſouvent ignorées , parce qu'étant
faitesdans des Païs éloignez,
elles n'ont pour témoins
que des yeux ennemis. Voicy
les noms de tant de braves
gens qui n'ont pas ſeulement
la fatigue des Sieges à eſſuyer,
mais encor toutes les incommoditezde
la Mer,& la fureur
deselemens. A
Toutes les Troupes eftant
débarquées , furent ſeparées
en deux Corps.
Premier Corps . Roki
CAPITA
Monfieur le Comte de Blenac
: Il a eſté bleſſé d'un éclat
GALANT.
47
de Grenade à la cuiſſe . Il commandoit
ſous Monfieur le
Comte d'Eſtrées , & il a paru
infatigable dans le combat.
LIEUTENANS .
M. de Montmoron.
M. le Chevalier d'Arvaux :
Il a commandé un détachement
de cinquante hommes ,
& s'eſt acquis beaucoup de
gloire.
M. de Monbant : Il a eſté
bleſſé d'un coup de pique à la
teſte.
M. d'Haire .
M. de Courcelles l'Indien .
ENSEIGNES .
M.de Saint Privaſt : Il a été
bleſſé au coude.
M. de Malaſſis.
M. de Chavegeon : Ila eu
un coup de Mouſquet au bras .
48 LE MERCURE
VOLONTAIRES .
M. Cotendon.
M. Defcloches .
M. d'Armanville : la fait la
fo ction d'Ayde Major , & a
donné des preuves d'un grand
courage.
t
AUTRES OFFICIERS .
M. Ferolles .
M. des Granges : Il a eſté
bleflé d'un coup de pique au
col,qui ne l'empeſcha point de
combattre.
M. Barol.
M. Stenay,
M. le Chevalier de Balce .
M. Salbret de Marfilly.
M. Durefort.
Second Corps.
CAPITAINES .
M. Faucher.
M. de Grand Fontaine : Il
a
GALANT. 49
a fait des fonctions ſurprenantes
; & quoy qu'il fuſt aſſez
blefſé pour ſe retirer du combat,
il a toûjours donné ſes ordres
, & pouffé ſon attaque
avec une vigueur extraordinaire.
LIEUTENANS .
M. de Champigny.
M. de Meſlinierres : Il.commandoit
une attaque avec M.
le Chevalier de Lezy : Ils ont
pris le Gouverneur prifonnier,
& quelques Officiers.
M. Poier.
M. Stinas.
M. Perić,
ENSEIGNES .
M. Sangers.
M. le Comte d'Aulnay.
M. Merande- Villiers .
M. Coignan de Malmaiſon .
Tome 2. C
So LE MERCURE
M. Serpin .
M du Tertre.
AUTRES OFFICIERS
M. Naudin .
M. Rigoteau : Il a eſté tué.
M.Maiſon Blanche.
M. Leſcoure.
M. Villiers.
M. Guermont..
M. Desjumaux.
M. Brefme.
M. Morienne.
M. Lavaux. 1
M. Belle-Croix : Il a donné
des marques d'une intrepidité
qu'on ne peut aſſez admirer.
M. d'Arbouville Major d'Ef
cadre : Il s'eſt acquis beaucoup
de gloire en cette occafion , &
a fait tout ce qu'on pouvoit attendre
d'un grand courage.
M. de Martignac.
}
GALANT. SI
DE
M. le Chevalier Pariſot .
M.le Chevalier deLezy: Jay
marqué dans un autre endroit
les grandes actiós qu'il a faites.
M. Canchy .
M. Piner.
M. le Clerc .
M. L'honnoré.
M. de l'iſle.
M. de la Bouſſiere : Il commandoit
une Barque longue
qui devoit ſoûtenir les Chaloupes
,& retourner enſuite en
garde à la tête des grands Vaifſeaux,
& apres le combat il eſt
entré dans la riviere d'Aproüague
, avec M. Bourdet commandant
le Vaiſſeau nommé la
Fée,pour y ruiner le commencement
de la Colonie que les
Hollandois y ont établie .
M. Panetier : Il a receu deux
Cij
52 LE MERCURE
coups de mouſquet dans la
machoire dés le commencement
de l'attaque,où il eſt toûjours
demeuré pour encourager
ſes ſoldats-
M. Machaut. On ne peut
mieux s'acquiter de ſon devoir
qu'il a fait à la teſte de trois
Chaloupes qu'il commandoit.
M. Patoulet : Il eſtoit Commiſſaire
General . Il n'a point
abandonné M. le Comte d'Eſtrées
, & il n'y a eu aucun endroit
perilleux où il ne ſe ſoit
expoſé.
M. laGuerre : Il a eſte blefſé
d'un coup de Pique à la
cuiffe.
M. du Vignan : Il a été bleffé
à la main.
M. Regon : Ila eſté tué.
M. Bourder. Il s'eſt rendu
GALANT.
53
maiſtre d'une Galliote de cent
tonneaux qui estoit chargée
deproviſions .
M. Gabaret , Capitaine de
Vaiſſeau. Il commandoit cinq
gros Vaiffeaux pour foûtenir
l'effort de l'Eſcadre Hollandoiſe.
Tous ceux qui n'ont point
eſté bleſſez n'ont pas fait paroiſtre
moins de valeur que
les autres ; mais ils ont eſté
plus heureux.
,
eftoit
La garniſon du Fort que ces
braves attaquerent
compoſée de trois cens hommes
, ſoûtenus de quelques
autres troupes moins reglées
qui avoient beaucoup contribué
auxfortifications de la Pla .
ce. Les travaux eſtoient bien
environnez de paliſſades ; il y
Ciij
54 LE MERCURE
avoit des Cavaliers , & vingtfix
pieces de canon en divers
endroits des retranchemens
qui pouvoient battre nos gens
de front& de flanc .
M. le Comte d'Eſtrées ayant
ſeparé ſes troupes en deux
corps , ainſi que ie vous l'ay
marqué , & donné ſes ordres
aux Vaiſſeaux,pour obliger les
ennemis à faire diverſion de
leurs troupes , marcha la nuit
par des defilez . Cette marche
fut fort penible le terrain étoit
fablonneux, la chaleur du iour
avoit alteré & fatigué nos foldats,
& ils ne trouverent point
d'eau ; mais ils ne laſſerent
pas , quoy qu'abatus de la ſoif
&du travail , de faire des
choſes extraordinaires. Monheur
le Comte d'Eſtrées avoit
GALANT.
55
ordonné fept attaques , & elles
furent pouffées avec tant
de vigueur , que tous les travaux
furent emportez , ce
grand nombre d'attaques ayat
également réüſſy , ce qui n'eſt,
preſque iamais arrivé . Le Fort,
fut pris de cette maniere , &
le Gouverneur demeura prifonnier
de guerre , avec toute
la garnison. On ne peut aſſez
donner de loüanges à Monfieur
le Comte d'Eſtrées , il a
fait voir non ſeulement beaucoup
de prudence & de conduite
dans les ordres qu'il a
donnez , mais encor beaucoup
de valeurdans l'execution d'une
entrepriſe qu'il avoit fi heureuſement
meditée , &dont il
eſt venu à bout en ſi peu de
temps,avec une vigueur quine
*
C iiij
56 LE MERCURE
peut trouver d'exemple que
parmy les François .
Apres vous avoir parlé d'une
guerre,vous voudriez bien,
Madame, que ie vous parlaſſe
d'une autre , puis que vous me
demandez ce qui ſe dit icy
des deux Phedresdepuis qu'elles
font imprimées. Je vous
les ay envoyées l'une & l'autre
, vous les avez leuës , & ie
n'ay rien à vous répondre
pour fatisfaire à voſtre curiofire
fur cet article , finon qu'il
n'y a aucune perſonne d'eſprit
qui n'en penſe ce que ie ſuis
fort aſſuré que vous en penſez.
Monfieur Racine eſt toûjours
Monfieur Racine , & ſes Vers
font trop beaux pour ne pas
donner à la lecture le meſme
plaifir qu'ils donnent à les enGALANT.
57
tendre reciterauTheatre.Pour
Monfieur Pradon , il avouë
qu'ayant eſté obligé de faire
ſa Piece en trois mois , il n'a
pas eu le temps d'en polir les
Vers avec tout le ſoin qu'il y
auroit apporté ſans cela. C'eſt
une negligence forcée, qu'apparemment
il n'aura pas dans
le premier Ouvrage qu'il fera
paroiſtre ; mais il n'eſt pas af-
Luré que cet Ouvrage,quelque
achevé qu'il nous le donne ,
ait un ſuccésauſſi avantageux
que l'a eu ſon Hippolyte . Il y
a des occurrences , qui felon
qu'elles font plus ou moins favorables
,augmententou diminuent
les prixdes choses; & ie
tiens que le ſecret de faire
reüſſir celles de cette nature ,
c'eſt d'é faire parler beaucoup;
Cv
38 LE MERCURE
quand meſme on n'en feroit
dire que du mal. Le bruit qui
s'en répand excite une curiofité
qui attire de grandes affemblées
; & comme le peuple
ſe perfuade que les Pieces qui
font ſuivies doivent eſtre bonnes
, nous en avons veu quelquefois
de tres - heureuſes qui
n'ont pas eu l'approbation des
connoiffeurs . Ce que je vous
dis,Madame,eſt une choſe generale
, & mon deſſein n'eft
pas de parler de celle de Monfieur
Pradon . Quant à ſa Preface
, dont vous voulez abſolument
que ie vous réde compte
, ie connois beaucoup de
gens à qui elle plaît : il y en ja
même qui la trouvent brillace
juſqu'à ébloüir, malgré tout ce
qu'oppoſent certains Critiques.
GALANT.
59
difficiles à fatisfaire , qui neſcauroient
fouffrir qu'il s'ex
cuſe ſur ce qu'Euripide n'a
point fait le proceza Seneque,
ny Seneque à Garnier , pour
avoir traité la même matiere ,
à cauſe, diſent- ils, que ces Poëtes
ont vécu dans des fiecles
fort éloignez les uns des aur
tres,& qu'il eſt inouy que perfonne
foit encor revenu de
l'autre monde pour ſe plaindre
des injustices qu'on luy a faites
apres ſa mort; mais quand ils
auroiét vécu enſemble,quand
ils auroient fait repreſenter.
deux Hippolytes en un même.
iour,cesCritiquestrop fcrupu
leux ne prenent pas garde que
Garnier & Seneque ne devant
pas le fuccés de leurs premiers
Ouvrages àceuxdot- ilsſeblent
60 LE MERCURE
avoir doublé le ſujet , ont pû
faire tout ce qu'il leur a plû ,
fans donner lieu qu'on les accuſaſt
de manquer de reconnoiſſance;
& d'ailleurs comme
on fait toûjours honneur à
ceuxdont on met les Ouvrages
en une autreLangue, ſi Euripide
avoit eu la liberté de
fortir d'où il eſt pour venir
trouver Seneque, il ne l'auroit
fait que pour le remercier d'avoir
donné en Latin ce qu'il
avoit composé en Grec;& fur
cet exemple,j'ay entendu dire
àdes Amis de Monfieur Racine
, qu'il ſe feroit tenu tres redevable
à Monfieur Pradon ,
s'il avoit fait joüen en Italien,
l'Hippolyte qui nous a eſté
donné en noſtre Langue par
l'Hoſtel de Bourgogne ; mais
GALANT. 61
enfin , Monfieur Pradon a eu
fes raiſons que ie veux croire
fort bonnes , & ie le trouve
loüable d'avoir reconnu de fi
bonne - foy dans ſa Preface,
qu'il n'a point traité ce Sujet
parun effet du hazard , comme
tout le monde ſçait qu'il
arriva des deux Berenices ;
mais par un pur effet de ſon
choix. On avoit dit le contraire
avant que la Piece paruſt,
& il a crû que ce déguiſement
démentoit la fincerité dont il
fait profeſſion .
Puis que nous ſommes ſur le
Chapitre des Divertiſſemens,
ie ne dois pas oublier que plufleurs
perſonnes de Qualité
font travailler à de grands ſpe.
ctacles qu'ils donneront au
public ſans qu'on prenne d'ar62
LE MERCURE
gent à la porte , & cela , pour
marquer la joye qu'ils ont des
grandes conqueſtes du Roy ;
c'eſt imiter les anciens Ro -
mains , & ces meſſieurs ne
peuvent rien faire qui marque
plus la grandeur de la
France, l'abondance qu'elle a
de toutes choses , & le calme
dont elle joüit au dedans. Ces
fortes de Spectacles font leurir
les beaux Arts, & leur donnent
preſque à tous de l'em
ploy : ils font réveillez par
là , & l'émulation fait faire
des choſes auſquelles on ne
donneroit iamais tout le ſoin
qu'elles demandent pour être
parfaites , ſi l'on n'avoit
point de Concurrent. C'eſt
ce que nous voyons tous les
iours en Italie , où les plus
GALANT. 63
grands Princes , & ceux dont
la conduite fert de regle aux
peuples qui leur ſont commis,
ne dédaignent pas de prendre
le ſoin des Opera. On en a
veu un à Rome le Carnaval
dernier , où le Chevalier Bernin
avoit travaillé . Je ne vous
dis point qu'il y avoit des chos
ſes ſurprenantes VOUS cavez
grand Homme peut
ce que ce
faire
,
en
Au reſte , Madame , avant
que de reprendre les matieres
de la Guerre , vous Içaurez
qu'on vous a dit vray ,
vous diſant que le ieune Marquis
, dont vous me deman -
dez des nouvelles a eu depuis
peu quelquedemeflé de jaloufie,&
puiſque vous voulez que
ie vous l'explique , en voicy
64 LE MERCURE
les particularitez. Ila de l'eſtime
pour une ieune Veuve , &
il y a de l'apparence que cette
eſtime n'eſt pas ſans tendrefdreſſe
, puis qu'il a faitune échapée
de Jaloux. La Dame
eſt bien faire de ſa perſonne,
a beaucoup d'eſprit , & une
vertu qui n'a iamais eſté ſujette
au ſoupçon. Ces avanta
ges font dequoy toucher , &
donneroit fon coeur à
moins. Ainfi il ne faut pas s'étonner,
fi tant de merite engagea
aisément le Marquis. Il
renditdes ſoins ; & comme il
eſt difficile d'aimer ſans craindre
, il ſe chagrina des viſites
d'un Cavalier qu'iltrouvoit un
peu trop affidu chez la Dame.
Le jeu & la converſation y attiroient
quantité de perſonnes
on
GALANT. 65
!
de l'un &de l'autre ſexe ; &
quoy que le Cavalier y vinſt
fans aucun deſſein particulier,
il ſuffiſoit qu'il y vinſt ſouvent
pour allarmer le marquis , qui
ne manqua pas de s'en plaindre.
Cette liberté de s'expliquer
dépleut à la Dame , elle
traita ſon chagrin de viſion ,
& les choſes en eſtoient là ,
quand un accident auſſi nouveau
qu'impréveu, donna licu
à la jalouſie dont vous avez
entendu parler. Il y avoit
grande Compagnie dans la
chambrede la Dame, le Cavalier
s'y trouva , & n'ayant
point voulu s'embarquer au
jeu , il s'affit imprudemment
fur ſon épée. Vous ſçavez ,
Madame , que les petits Coûteauxqu'on
porte aujourd'huy
66 LE MERCURE
- ſont plus de parade que de defenſe.
Celuy du Cavalier s'e- ,
ſtoit tiré hors du fourreau
& l'avoit bleſſé . Je ne vous
puis dire comment cela s'e -
ſtoit fait ; mais il eſt certain
qu'il n'eut pas ſi - toſt remis ,
ſon épée , qu'il ſentit une le-,
gere douleur. Il porta la main,
à l'endroit bleſſé , & la rapor-,
ta pleine de ſang. Il n'en dit,
mot à perſonne , & eſtant forty
pour y remedier , une demy-
foibleſſe le prit au milieu,
de l'Eſcalier : il s'y arreſta . Les
Gens du logis vinrent à luy ,
ils virent couler du fang , &
l'un d'eux ayant eſté dire tout
bas à la Dame qu'il eſtoit
bleſſé , elle crût qu'il auroit
eſté attaqué par le Marquis,
& la crainte d'un plus grand
:
GALANT . 67
- deſordre la fit courir ſur l'efcalier
avec precipitation. Elle
demanda d'abord au Cava -
lier quelle rencontre l'avoit
- reduit en cet eſtat. Sa parole
eſtoit d'une perſonne agitée.
Il trouva ſon inquietude obli-
- geante ; & voulant tourner ſa
Bleſſure en galanterie , il remonta
quatre ou cinq degrez,
& luy embraſſa les genoux
pour la remercier de ſes ſoins.
La foibleſſe entiere le prit
dans cette poſture. On courut
chercher de l'eau pour
l'en retirer , & la Dame êtant
demeurée ſeule à le ſoutenir
, le Marquis parut au bas
du degré. Il ne s'attacha qu'à
ce qu'il voyoit , & ne ſe donna
point letemps de raiſonner.
Son pretendu Rival eſtoit aux
68 LE MERCURE
د
pieds de la Dame,qui ſembloit
luy tendre les bras obligeamment
pour le relever, & il n'en
falloit pas davantage pour
mettre un jaloux horsde garde.
Il laiſſa échaper quelques
paroles emportées , iura de ne
revenir iamais & reprit le
chemin de la porte. Vn Domeſtique
le voyant preſt de
ſortir , luy demanda s'il ſçavoit
l'accident qui embarraffoit
ſa maiſtreſſe. Il s'en fit
conter l'Hiſtoire qu'on ne luy
pût dire qu'imparfaitement ,
&il en voulut voir la ſuite .
Le Cavalier eſtoit revenu de
ſon évanoüifſſement par l'eau
qu'on luy avoit jettée ſur le viſage,&
on le conduiſoit à une
chaiſe pour le remener chez
luy. Le Marquis confus de
GALANT . 69
fon erreur en fit des excuſes à
la Dame ; la Dame gronda ,
oudu moins voulut gronder.
Je ne vousdiray point ſi elle ſe
rendit fort difficile au raccommodement
; mais enfin ils ont
tous deux del'eſprit, tous deux
du merite , ils ſe voyent comme
auparavant , & il n'eſt pas
àcroire qu'ils ſe ſoient voulu
gefner long-temps par d'in -
commodes formalitez, quientre
perſonnes qui s'eſtiment ,
ne peuvent iamais eſtre bonnesà
rien.
Quoy que le Roy ne ſoit
plus à Valenciennes,ie ne laifſeray
pas d'y retourner ; auffi
bien il va fi vite qu'il eſt impoſſible
de le ſuivre que de
loin. Ses dernieresConquêtes
laiſſent à peine le temps de
70 LE MERCURE
parler des premieres , & on ne
ſçauroit entreprendre d'écrire
ſes grandes Actions , qu'on ne
ſe trouve accablé par le nombre.
Pendant qu'il court à de
nouvelles entrepriſes avec autant
de vigueur que s'il n'avoit
encor rien fait , il faut que ie
vous diſe une affez agreable
particularité quiregarde encor
le Siege de cette premiere Place.
Quand les dehors furent
emportez d'emblée , un des
principaux Officiers de laGarnilon,
voyat qu'on ne donnoit
-quartier à perſonne das la premiere
chaleurde l'attaque, s'alla
jetter entre lesbras d'un Officier
Gaſcon , il ſe fit ſon prifonniers&
luy offrit trois cens
louis qu'il avoit fur luy , afin
qu'il le gardât. Voicy ce qu'en
GALANT. 71
ſon lagage le Gaſcon repartit
àcette offre. Monsieur pour vôtre
vie elle estfauve , car ie combats
commele Lion , ie pardonne
à celuy qui s'humilie ; mais
pour vous garder , i'ay bien d'autres
choses àfaire : dem'en cours
à la gloire, & vous laiſſe vous &
vostre argent entre les mains de
mon Sergent . Voilà ſes pro -
pres paroles auſquelles ie n'ay
rien changé. Cette action eſt
tres belle , & c'eſt l'Officier
qui l'a racontée , & qui a même
adjoûté , qu'ayant veu un
Homme fi genereux , il le
ſuivit par tout en qualité
de prisonnier , apprehendant
de tomber entre des mains
moins amoureuſes de la gloire.
Il eſt conſtant que tous les
Gaſcons font naturellement
72 LE MERCURE
braves ; mais quoy qu'on ait
beaucoup d'eſtime pour eux ,
On en auroit encor davantage
s'ils eſtoient auſſi modeſtes
dans leurs diſcours, qu'ils font
veritablement vaillans lors
qu'ils ont occaſion de donner
des marques de leur courage.
La Politeſſe eſtant le partagedes
François auſſi bien que
la valeur , & Meſſieurs de Valenciennes
, dés le moment
qu'ils ont commencé d'eſtre
ſous leur domination , s'eſtant
propoſez deles imiter en tout,
ils ont aſſez bien reüſſy , & on
l'a remarqué dans le complimentque
le Greffierde la Ville
fit auRoy quand il eut l'honneur
de le ſalüer au nom de
tous les Habitans. Illuy dit en
tr'autres chofes , Que si lafidelite
GALANT. 73
qu'ils devoient à leur Prince leur
cust permis d'écouter leur inclination
particuliere , ils n'auroient
pû le defendre de murmurer de
n'avoirpas esté les premiers qu'il
avoit plûàfa Majesté de mettre
au nombre deſes Sujets ; Quepuis
quelad rniere Victoire leur avoit
procuré cet avantage , ils lafupplioient
avec toute l'instance pof-
-ſible de ne les laiſſer tamais changer
de Maistre ; Qu'elle trouveroit
dans leurs coeurs uneplus forte
caution de l'eternelle obeif-
Sance qu'ils luy voüoient , qu'elle
ne la trouveroit dans la Citadelle
qu'ils avoient ordre de construires
Que cependant ils alloient employer
tous leurs foins à la bastir
la plus belle , & la plus forte de
toutes celles des Païs Bas, non pas
de leurs deniers , mais des propres
Tome 2. D
74 LE MERCURE
deniers du Roy , puis que tenant
tout deſa bonté & desa clemence
, ils ne luy pouvoient rien offrir
qui nefust deſia àluy; & que
l'honneur de leurs femmes & de
leurs filles conservé , & la vie
qu'il leur avoit genereusement
Laiffée, les mettoit dans une obligation
indispensable d'en confa-
Sacrer tous les momens àfonfervice
; ce qu'ils luy iuroient defaire
avecune ardeurqui ne les rendroit
iamais indignes des graces
dont ilavoit voulu les combler .
Voyez , Madame , ſice n'eſt
pas là parler bon François
pour des VValons , & fi lezelede
ces nouveauxSujets pouvoit
s'expliquer avec plus de
reconnoiffance ?
Apres la priſe de Valenciennes
, le Roy écrivit pluſieurs
GALANT..
75
DE
LA WI
lettres de ſa main. Voicy celle
que Sa Majesté envoya à Monfieur
le Mareſchal de la Ferté
pour réponſe à la ſiennc.
A MON COVSIN LE
de Senecterre , Pair & M
reſchal de France .
M
On Cousin , ie suis bien aiſe
de vous avoir vangédeVa.
lenciennes : ie croy mesme que vous
ne ferez pas fajché , que comme
l'iniure que vous y avez receuë
ne vous avoit point fait de tort
dans mon esprit, ie n'aye pas pousſe
plus loin ma vengeance. Iaurous
peine à trouver d'autres
lieux où l'on pût vous vanger de
la forte , vous y avez mis trop
bon ordre pendant cette longue

Dij
76 LE MERCURE
Suite d'années où vous avezfi digrementservy&
Moy & l'Etat.
Cependant ieprieDieu qu'ilvous
ait,mon Cousin,ensalainte&digne
garde. Au Camp devant
Cambray,le 27. Mars 1677.
Signé, LOVIS.
!
Monfieurle Mareſchal avoit
écrit au Roy en termes qui
marquoient fon reſpect & la
reconnoiſſance qu'il avoit de
tous les bienfaits dont ſa Majeſté
l'avoit honoré,& il la remercioit
de ce qu'elle ajoû -
toit aux grandes obligations
qu'il luy avoit , celle de l'avoir
vangé de meſſicurs de Valenciennes.
Il me ſouvient Madame , de
vous avoir oui dire il n'y a
pas long-temps , en parlant de
GALANT.
77
la valeur de nos Braves d'aujourd'huy,
que vous auriez bie
voulu ſçavoir tout ce qu'ont
fait de grand nos anciens Mareſchauxde
France. le vais, puis
que l'occafion s'en preſente,
vous parler ſeulementde monfieur
le mareſchal de la Ferté.
Vous ferez ſans doute ſurprife
, qu'un ſeul Homme ait pû
faire un fi grand nombre d'ations
éclatantes pendant le
cours d'une feule vie ; & vους
direz avec toute la terre ,que fi
la même perſonne pouvoit
avoir plus d'un Baſton de mareſchal
, nous luy en verrions
aſſurement plus d'une douzai -
ne. Lors que l'on attaqua la
Rochelle , il eſtoit déja à la teſte
du Regiment qui eſtoit
ſous la charge de Monfieur le
D 3
78 LE MERCURE
Comte de Soiffons . Il ſervit..
pendant ce Siege à la conftruction
du Fort Loüis , & en ſuite
en pluſieurs endroits contre
les Religionnaires. Il fut
au Siege de Privas , où il receutun
coup de mouſquet au
viſage. Il ſe ſignala à l'attaque
du Pas de Suze , au ſecours de
Cazal , au Siege de Moyenvic,
à celuy de Tréves , & à la bataille
d'Aveines. Le feu Roy
le fit marefſchal de Camp fur
la Bréche de Hedin , pour
avoir repouffé par deux fois ,
&defait le ſecours que le
General Picolomini y vou -
loit ietter . Il donna , & remporia
en fuite le fameux combat
de S. Nicolas , où les ennemis
eurent plus dedeux mil .
lehommes tuez ſur la place,
GALANT. 79
& perdirent leur Canon.Etant
au ſiege de Chinay qu'il attaquoit
, & qu'il rangea fous l'obeïffance
du Roy, il apprit que
le Duc de Lorraine , & le General
Lamboy, veroient au ſecours
de la Place , & avoient
déja attaqué la Garde; & quoi
que bleſſé à la cuiffe d'un coup
de Fauconeau , il ſe la fit en.
veloper , & s'eſtant fait iet -
ter à cheval , il obligea les ennemis
à ſe retirer apres une
perte confiderable. Il com -
mandoit l'Aifle gauche à la
Bataille de Rocroy , il y fit des
actions furprenantes , & il y
eut deux coups de piſtolet ,
deux coups d'épée , & deux
chevaux tuez ſous luy, II
fut enfuite fait Gouverneur
de Lorraine , puis Lieutenant
D 4
80 LE MERCURE
General, apres quoy il prit Lonouydans
ſonGouvernement,
& fauva Courtray en s'y jettant
avec deux - mille hommes
, qu'il fit paſſer à la veuë
des ennemis. Il ſe ſignala au
Siege d'Ypres , & à la bataille
de Lens, où il rompit la Cavaleriedes
ennemis , & la pourfuivit
juſques à Douay , d'où il
ramena quinze cens priſon -
niers. Il repaſſa en ſuite en
Lorraine , en chaſſa les ennemis
avec un Corps moins confiderable
, & ſauva Nancy du
peril qui le menaçoit. Il prit
quelque temps apres la Ville
de Ligny, où il receut un coup
de mouſquer à la gorge que
l'on crut mortel.
Ie m'imagine Madame, qu'e
liſant cette Lettre vous vous
GALANT. 81
eſtes déja interrompuë vousmeſme
pluſieurs fois , & que
vous avez dit que j'avois oublié
à vous marquer en quel
temps M. de la Ferté avoit eſté
faitMareſchal de France : cependant
leRoy ne luy fit l'honneur
de luy envoyer le Bâton,
qu'apres la priſe de Ligny. Il
fut à peine guery du coup qu'il
y receut , qu'il reprit les Villes
de Chartey ſur la Moſelle,,
Mirecourt , Neuchaſteau , &
remit ſous l'obeïſſance du Roy
toutes les Places qui avoient
eſté priſes en Lorraine. Deux
ans apres il prit. Mouzon avec
Monfieur de Turenne ; puis
avec un Corps de Troupes
qu'il commandoit ſeul , il empeſchale
Duc de Lorrainede
ſecourir Sainte Menehouſt, &
DS
8. LE MERCURE
Quelque temps aprés il pric
Befort en Hyver ; & la mefme
année , ayant rejoint Monſieur
de Turenne , il fut à l'attaque
des Lignes d'Arras , où il
entrades premiers,& où il eut
un cheval tué ſous lay. La
meſme Campagneil prit Clermonten
Argone. Il fut l'année
ſuivante au Siege de Landrecies
avec Monfieur de Turenne
, puis en estant feparé
il ſe ſignala au fameux paſſage
de l'Eſcaut à la Neufville prés
Bouchain. Il facilita quelque
temps apres la priſe de Condé
&de S. Guilhain; & il auroit
pris Valenciennes fans le deftin
de Monfieur le Prince- ;
N'admirez- vous pas Madamece
long enchaînement de
bonheur , qui n'auroit pû du
GALANT. 83
rer ſi long- temps , fi ce grand
Capitaine n'cuſt en autant de
conduite & de prudence que
de Valeur. La fortune qui
n'abandonne gueres les veritables
Braves , fit bientoſt voir
qu'elle ne l'avoit pas quitté pourlongtemps,puis qu'onluy D
vit prendre les années ſuivantes
Montmedy & Gravelines,
& que le Roy le fit fon Lieute-
- nant General , lors qu'il partit
pour aller à Marfal. Je ne
parle point des Convoys &
des ſecours qu'il a defaits, des
Quartiers qu'il a enlevez , &
des Chaſteaux qu'il a pris , &
le détail en ſeroit trop long.
Peut eſtre même que ceux qui
verront cette lettre, & qui admireront
le plus tant debelles
actions,dirõt que ic ne vous ay
84 LE MERCURE
promis de vous mander que ce
qui ſe paſſe de nouveau : mais
Madame , outre que vous l'avez
ſouhaité , ie croy qu'elles
ne déplairont pas, & qu'eſtant
ainſi ramaſſées elles paroîtront
aſſez curieuſes , pour meriter
que ie me fois un peu éloigné
demonſujet.
Le Roy a fait auſſi l'honneur
d'écrire à madame la Marefchale
d'Eftrées , &à Monfieur .
le Duc de S. Aignan, touchant
la priſe de Valenciennes. Je
ne vous diray point que la lettre
de ce Duc à Sa Majesté
fur ce ſujet , eſt ſi agreablement
tournée,& fi pleine d'efprit,
quellemerite l'aprobation
que tout le monde luy a dõnée.
Sa lecture en fera mieux l'Eloge,
que tout ce que ie pourrois
GALANT . 85
vous en écrire à ſon avantage,
& ie ne veux pas retarder plus
long-temps le plaifir que vous
en attendez .
LETTRE
DE MONSIEVR LE DVC
DE S. AIGNAN,
AV RO Υ.
S
IRE ,
Ne pourrons - nous iamais
Bits mus abandonner à la joye,ſans la
trouver meſtée d'inquietude&de
crainte ? &nesçaurions nous apprendrequeVOSTRE
MAJESTE
emporte les meilleures Places l'épéeàlamain
ſans ſçavoirau même-
temps combien elle s'y eft exposée?
Bon Dieu, SIRE, ne vous
Lafferez-vous iamais defaire trebler
vos ferviteurs aussi bien que
86 LE MERCURE
vos ennemis ? Faut- il quemalgré
moy iose blamer VOSTRE
MAJESTÉ dans un temps où
elle reçoit de justes loüanges de
toute la terre? Pardonnez , SIRE,
à l'ardeur de mon zele , ces pre
miers mouvemens qu'il ne m'est
pas poſſible de retenir, &permettez
- moy de dire que fi i'ay beaucoup
de paſſion pour la gloire de
VOSTRE MAJESTE , ie
n'aypas moins de respectueuse tendreſſe
pour sa Perſonne Sacrée.
Songez , au nom de Dieu, SIRE,
que plus vous eſtes grand & vi-
Etorieux , plus cet Estat doitfouhaitervoſtre
conſervation. Mes
voeux & mes souhaits seroient
bien de voir VOSTRE MAjESTE
' Maiſtreſſe de tout l'Vnivers
; mais , en verité , j'aimerois
quasi mieux estre aſſurequ'el
GALANT. 87
le le pût estre de ſon grand courage.
Si le Ciel accorde àmes prieres,
comme ie te veux efperer , ce
que ie luy demande tous les jours
avec ferveur, VOSTRE MAJESTE
n'aura rien à defirer en
Sesprofperitez; & quandil ne s'agira
poury contribuer que de prodiguer
monsang, &de hazarder
ma vie , vousconnoistrez toûjours
que iefuisfans reserve ,
SIRE ,
De Vostre Majesté ,
:
Le tres-humble, tres-obeïffant
& tres- fidelle Sujer.
LEDUCDES . AIGNAN .
C
LeRoy luy fit l'honneurdeluy
envoyer cette reſponſe de ſa
main.
LE MERCURE
A MON COVSIN LE DVC
de S. Aignan , Pair de France.
On cousin , Vous avez un
Art admirable pourme té.
moigner vostre joye dans la profperitéde
mes armes. C'estoit autrefoispar
des Eloges, maintenant
c'est par des frayeurs du peril&
des fatigues où vous dites que ie
me suis exposé pour me rendre
maistre de Valenciennes . Mais ie
n'ay pas de peine à demefler ces
differens mouvemens , ie les reünis
tous dans leſeulprincipe de vôtre
zelepourma Personne , &ie les
reçois avec un agrémentdontvous
devez eltre fatisfait. Cependant
ieprie Diew qu'ilvous ait , mon
cousin, enjasainte &digne garde.
An Camp devant Cambray
le 27. de Mars 1677.
Signé , LOVIS..
GALANT . 89
Il court encor une Lettre
qu'on eſtime beaucoupselle eſt
deM. leComte de Louvigny ,
àM. le Mareſchal de Grammont.
Illuy rend compte de la
priſe de Valenciennes , & luy
mande que M. le Chevalierde
Vendoſme,& M. le Comte de
S. Geran, y ont donné detresgrandes
marques de valeur. Il
y auroit beaucoup à dire fur
cette matiere ; mais ie la quite
un moment dans la crainte
d'oublier à vous faire part d'un
Mariage qui s'est fait icy depuis
peud'une façon toute extraordinaire.
Une fort aimable fille, auſſi
ſpirituelle que bien faite , demeurant
à Paris , apres avoir
paſſe ſes premieres années en
Gaſcogne, attendoit avec plus
90 LE MERCURE
de naiſſance que de fortune ,ce
qu'il plairoit au Ciel d'ordonner
de ſa deftinée. Un galant
homme dont le bien répondoit
à d'autres qualitez fort
eftimables , la vit par rencontrechez
une Dame,amie commune
de tous les deux.Elle luy
parut enjoüée, pleine de vivacité
, d'un entretien agreable ,
&il trouva fur tout que fon
accent de Province donnoit
une grace merveilleuſe aux
moindres choses qu'elle diſoit .
Il la regarda , luy parla, l'écouta;&
le plaifir qu'il prit à cette
premiere entreveuë , luy en
ayant fait fouhaiter une ſeconde
, il ne luy fut pas difficile
d'en trouver l'occaſion . La Bel
le alloit ſouvent chez la Dame
qu'il connoiffoit. Ils estoient
GALANT. 91
2
fortis fort contens l'un de l'autre
ſans s'en rien dire , & c'étoit
affez pour leur faire prendre
ſoindu rendez- vous.Trois
mois ſe paſſerent à ſe voir de
cette forte. Ils devinoient& ne
ſe diſoient point la cauſe de
leur frequente rencontre.C'étoit
le hazard en apparence, &
lear volonté en effet. La Belle
continuoit toûjours à eſtre en
joüée , l'Amant à luy applaudir;
force parties de S. Clou &
d'Opera , mais ce n'eſtoit que
voir l'Opera & faire des promenades
à S. Clou ; grande
complaiſance , & point de declaration.
Cela n'avançoitpoint
les affaires , & la Belle ne içavoit
que penſer de ſon Amanr.
Elle avoit beau luy paroiſtre
toute aimable, il eſtoit charmé
92 LE MERCURE
de ſon humeur , loioit ſon accent
Gaſcon & ne ſe haſtoit
point de parler François.Enfin
Theureux moment arriva. Ils
eftoient tous deux chez leur
Amieson y liſoit la Gazette de
Hollande, & elle marquoit entre
autres choſes ſur l'Article
de Paris, que M. le ** avoit époufé
Mademoiſelle de **. Le
joly endroit , dit alors cette
agreable Perſonne avec ſon
enjoüement ordinaire ! lecroy
que je ne ſerois point faſchée
de voir mon Nom dans un Article
pareil à celuy cy. L'Amant
commençoit à ſe laiſſer
vaincre par l'eſtoile. Grande
aſſurance de ſa part qu'elle n'avoit
qu'à luy donner l'ordre ,
& qu'elle auroit fatisfaction .
Mais, ajoûta -t'elle , il vous en
GALAN T.
93
1
couſteroit de l'argent , & ie ne
voudrois pas engager les gens
à une dépense qui ne tournaſt
point à leur avantage. Autre
afſurance qu'il ne tiendroit
qu'à elle que l'argent ne fuft
employé pour luy. La belle le
regarda ; & de cet accent qui
avoit accouſtumé de le charmer
: Expliquez vous, luy ditelle
: ſi vous me parlez pour
vous divertir , ie vay vous répondre
; si c'eſt ſerieuſement,
mon Pere vous répondra.
L'Amant acheva d'eſtre vaincu,
il fit la reverence,alla trouver
lePere , la luydemanda ſans
s'informer de la ſuite , dreſſa
des Articles fort avantageux
pour la Belle, & l'épouſa quatre
iours apres . Cent perſonnes
de qualité ont eſté de la
94 LE MERCURE
nopce , & c'eſt le premierMariage
qui ſe ſoit fait icy depuis
Paſques. Il n'y a pas fait moins
de bruit que les Vers queie
vous envoye , & qui ont eſté:
donnez à Madame la Comtef- >
ſe de Guiche ſur ſon Jubilé.
On les trouve agreables , galamment
tournez , & vous
n'aurez pas de peine à croire
qu'ils meritent voſtre curiofite
, quand ie vous auray dit
qu'ils font de Madame le Camus
. Vous connoiſſez la force
& la delicateſſe de ſon eſprit.
Tout Paris en eſt informé ,
toute la Cour en eſt convaincuë
; & c'eſt aſſez de nommer
Madame le Camus , pour faire
penſer à une perſonne toute
admirable .
:
GALANT. 95
603 60030303336
POUR MADAME LA
Comteſſe de Guiche.
EN lubile,
Nfaisant voſtre lubilé ,
Souvenez-vous,belle Coteffe,
Lor, que vousferez àconfeffe,
Dedire que vos yeux nous ont toûjoursparlé
De l' Amour&de la tendreſſe ;
Qu'ils lont causede tous les maux
Qu'onlouffre en l'amoureux martire
;
Quepour les coeurs cefont lesplus
grands fleaux
Quenous ayons dans cet Empire;
Que cesont de vrais boutef ux,
Qui portent par tout l'incendic;
e Que quand on est regardé d'eux,
Onest brûlétoutesavie;
Qu'avecque leurs douceurs ilsfont
plus dangereux
96 LE MERCURE
QueMars n'est au combat , & la
fiere Bellone,
Qu'ils bl ſſent tout , hommes &
Dieux,
Et n'épargnent iamais personne.
l'ajoûte à ces Vers, l'improtu
que la mêmeMadameleCamus
fit il y a quelque temps
pour le Portrait du Roy , en
preſence de pluſieurs Dames.
Il me ſemble vous l'avoir catendu
demander.
tke ka edos color toda e
POUR
LE PORTRAIT
DU ROY.
Mles, mon lecours ,inſpirez
fes,àmonfecours ,inspirez
Pourfaire le Portrait de monRoy,
demon Maistre,
De
:
97
GALANT.
De cegrandRoysi digne d'estre
Lefeul Maistre de l'Univers:
Haie ne doute point que cela ne
puiffe estre.
Ie veux pour commencer luy drefferun
Autel.
Son air est tout divin , il n'a rien
d'un Mortel; [cles,
Tout ce qu'ilfaitfont des Mira-
Et tout ce qu'ildit des Oracles.
Ses grands Faits jusqu'à luy se
trouvent inoüis .
Rienn'a jamais esté qui luy fast
comparable ,
Tous les Siecles paffez n'ont rien
veu desemblable,
Les Siecles à venir n'auront point
deLOVIS.
Son esprit est grand&folide,
Esclairé,penetrant , galant
delicat :
En luy laſageſſe prefide...
Tome 2, E
98 LE MERCURE
La iustice le fuit , la prudence le
guide,
Iamais on n'a veu Potentat
Avoir ſceu comme luygouverner
un Estat.
Admirons toutesa perſonne ;
Onn'y voit pas un trait qui ne
puiſſe charmer.
Malgrétout le respect quesanais-
Sancedonne,
Onne peut levoyant s'empeſcher
de l'aimer;
Etpour tout dire enfin,ilporte une
couronne,
Quechacun luy voudroit donner.
MesDames ie nepuis achever ce
Portrait ,
Mon esprit en est incapable;
Si i'en conçoy l'idée, elle est inexprimable,
:
EtMignard
ne l'apasmieux
fait .
GALANT. 99
د
Enfin Madame , il eſt
temps de vous rendre compte
de la grande Journée de Caffel.
Mondeſſein n'eſt pas de
vous rien dire de ce que vous
avez appris par les Gazettes ,
&parles Extraornaires , à l'égard
de la Bataille , ie n'entreprens
pointd'en faire un corps ,
&ie ſçay que i'en dois laiſſer
& le foin & la gloire à l'illu -
ſtre Monfieur de G ** Ie
croy n'en devoir rien dire a -
vant qu'il en ait parlé ,& l'ordre
dans lequel ie pourrois
mettre tant de grandes choſes
apres luy , n'aprocheroit ny de
la noble maniere dont il les
exprime , ny du tour aiſé qu'il
leur donne en les liant enfemble.
Je me contenteray donc
de vous mander par morceaux
E ij
100 LE MERCURE
détachez un nombre infiny de
circonstances qu'il n'a fans
doute pû faire entrer dans fes
Relations, parce qu'au lieu des
cahiers qu'il donne , il auroit
êté obligé de prendre le temps
de faire des Volumes , ce que
l'impatience du public ne luy
permet pas. Je vous envoye
donc , Madame , non pas une
Relation, mais des Extraits qui
pourroient compoſer une Hiſtoire
des plus fidelles & des
plusamples , s'ils eſtoient dans
Tordre qu'il faudroit leur donner
pour en faire un corps.
Vous apprendrez par leur leture
de quelle maniere chacun
a parlé de cette fameufe
bataille , & vous verrez qu'elles
publient toutes également
la gloire de Son Alteſſe RoyaGALANT.
1ΟΙ
le ; mais c'eſt trop faire lan
guir voſtre curiofité , ie com
mence.
Extrait d'une Relation de la fameuse
Bataille de caffel. !!!
Monfieur le Prince d'Orange
ayant entrepris le ſecours
de S. Omer , & ayant
paffé avec ſon Armée le Canal
de Bruges , il s'avança vers
Ypres. Sur la premiere nouvelle
de ſa marche , Monfieur
de Louvois fut à Lile ; & ce
Miniſtre dont la prevoyance
ne peut eſtre aſſez admirée ,
donna ſes ordres pour faire
marcher vers l'Armée deMonſieur
, la petite Gendarmerie
de la maiſon du Roy avec la
Cavalerie Legere, qui apres le
E iij
102 LE MERCURE
Siege de Valenciennes avoit
eſté envoyée en Quartier de
* rafraichiſſement dans la Flandre
VValonne. Le Roy envoya
auſſi à Monfieur un Détachement
commandé par Monfieur
de la Cardonniere,compoſe de
huit Bataillons , deux du Regiment
de la Reyne , deux de
Bourgogne,deuxde Lyonnois,
& deux de Languedoc. :
Le Prince d'Orange marcha
à Poperingue d'une maniere
qui fit douter s'il prendroit le
chemin de Bergues pour l'affieger
, ou celuy de S. Omer
pour le ſecourir.
Le Roy ayant appris que
l'Armée ennemie continuoit
ſa marche,& qu'elle eſtoit plus
nombreuſe qu'il n'avoit crû ,
fit partir Monfieur de LuxemGALANT
. 103
bourg avec quelque Cavale -
rie Legere , les deux Compagnies
de ſes mouſquetaires ,
deux Bataillons des Gardes
Françoiſes , trois du Regiment
Suifle de Stoup,deux du Regiment
Royal ,& un du Maine,
Pendant que le Roy donnoit
ſes ordres pour mettre
l'Armée de Monfieur en bon
eſtat , fon Alteſſe Royale ſongeoit
à ſe bien ſervir des ſecours
que Sa Majeſté luy donnoit
, & envoyoit des Partis
pour eſtre informé de la marche
& du deſſein du Prince
d'Orange.
Le Vendredy les ennemis ſe
porterent devant un ruiſſeau
où il eſtoit difficile de les attaquer
, parce que la rive qu'ils
occupoiét étoit beaucoup plus
E iiij
104 LE MERCURE
haute que celle qui estoit du
coſté de Monfieur.
La bataille eſtant reſoluë ,
chacun fut àſon poſte , Monſieur
le Mareſchal d'Humieres
à la droite , & Monfieur le Duc
de Luxembourg à la gauche.
Ils laifferent Monfieur au
Corps de Bataille. Monfieur
le Mareſchal d'humieres vit
que l'Aifle gauche des ennemis
s'avançoit , & qu'ils avoient
déja fait paſſer le ruifſeau
à trois mille hommes de
pied ; il les chargea & les défit
, puis paſſant à la teſte du
ruiſſeau avec la Gendarmerie
qui compofoit l'Aifle droite
qu'il commandoit , il prit l'Aîle
gauche des ennemis en
flanc,& apres une aſſez vigoureuſe
reſiſtance : il la défit abGALANT
. 105
-
د
folument. Cependant Monſieur
s'avançoit avec ſon corps
de Bataille . Celuy des ennemis
eſtoit ſur le ruiſſeau , partie
d'un coſté , partie de l'autre
, les détours du ruiſſeau en
ces endroits
ne permettant
pas de faire une ligne droite-
La reſiſtance des ennemis fut
tres- longue & tres vigourenſe
, Monfieur chargea pluſieurs
fois à la teſte des eſcadrons
& des Bataillons ; &
comme il eſtoit toûjours au
plus fort de la meſlée , il eut
un cheval bleſſe ſous luy ,& un
coup de mouſquet dans ſes armes.
Pluſieurs perſonnes furent
tuées ou bleſſées auprés
de luy . Monfieur le Chevalier
de Lorraine fut legerement
bleſſé au viſage, & Monfieur le
EV
106 LE MERCURE
2
Chevalier de Nantoüillet à la
jambe.
Toutes les Troupes firent
des miracles , animées par la
prefencedeMonfieur: les Mouf.
quetaires du Roy ſe ſurpaſſe -
rent eux mêmes , & perdirent
Monfieur de Moiſſac , qui s'e.
ſtoit fi heureuſement diftingué
à Valenciennes Les Regimens
'd'Humieres & du Maine allerent
pluſieurs fois à la charge.
Les ennemis plierent enfin ;
&pendant qu'on les attaquoit
avec tant de vigueur à la droite
& au Corps de Bataille ,
Monfieur de Luxembourg
vouloit paffer le ruiſſeau pour
prendre en flanc leur gauche ;
mais il trouva deux Bataillons
retranchez dans l'Eglise de
Peéne & ne put ſe rendre د
GALANT . 107
a
maiſtre de l'Egliſe & du paſſage
du ruiſſeau , qu'apres avoir
fait venir du Canon. Dans
le temps qu'il voulut charger pour paller de ſon coſte, Mon-
YON
ennemis qui fuyoient , aban71
ſieur luy manda la défaite des
donnant leur Canon & leur
Bagage. Monfieur de Luxembourg
qui voyoit les mouvemens
que les ennemis fai -
foient , manda à ſon Alteſſe
Royale , qu'il deferoit entierement
le reſte des fuyards .
Il paſſa la riviere pour aller
apres eux , & les pouſſa quelque
temps en taillant en pieces
tout ce qui ſe ſauvoit , &
manda en ſuite à Monfieur ,
qui le faiſoit ſoûtenir de prés ,
qu'il alloit continuer à les
pourſuivre, & que leurdéfaite
108 LE MERCURE
eſtoit ſi enriere, qu'il n'y avoit
pas dix des ennemis enſemble.
Il fit paſſer ceux qu'il cõduiſoit
au travers du bagage de l'Armée
ennemie , qui avoit eſté
abandonné,& les empeſcha de
s'amuſer au pillage Quand on
ſe fait obeïr en pareille rencontre,
il faut qu'on ait bien du
pouvoir ſur les Troupes.
S'il m'eſt permis de faire des
reflexions fur cet Extrait, iediray
que le Roy a le premier
eſté cauſe du gain de la bataille,
par les détachemens qu'il a
faits fi à propos , & que ſa prévoyance
en toutes choſes n'eſt
pas moins à admirer , que le
courage & l'intrepidité de
Monfieur qui s'eſt toûjours
trouvé dans les endroits les
plus perilleux.
GALANT. 109
:
Extrait d'une autre Relation.
L'armée eſtant rangée en
bataille, l'Aifle droite où eſtoit
M. le Maréchal d'Humieres ,
commença à marcher aux ennemis,&
pafla un ruiſſeau qui
eftoit entre eux & nous. Les
Mouſquetaires commencerent
la charge,& mirent pied à terre
pour charger deux bataillons
qui estoient dans des
hayes ; ils les en chafferent vigoureuſement,&
les taillerent
en pieces. Il y eut quelque defilé
à paſſer pour s'aller mettre
enbataille dans un Païs un peu
plus découvert où il y avoit
beaucoup de foffez; ce fut là
où on trouva pluſieurs bataillons,&
dix ou douze efcadrons
IJO LE MERCURE
:
des ennemis qui estoient en
bataille. La Gendarmerie , les
brigades de Revel & de Maurevert
, formerent deux lignes .
Pendant ce temps Monfieur
ayant appris que Monfieur le
Mareſchal d'Humieres avoit
chargé avec la droite ,marcha à
la teſte du Corps de bataille,&
trouva l'Infanterie des ennemis
poſtée dans des hayes fort
avantageuſes : nonobſtant cela
il les fit charger & plier ; mais
ils revinrent à la charge pluſieurs
fois , ſouſtenus de leur
Cavalerie : Ce fut là où Monfieur
alla luy- même à la chargedeux
ou trois fois, encourageant
par ſon exemple les foldats.
Les ennemis y perdirent
beaucoup de monde,la confuſion
s'eſtant miſe parmy eux.
GALANT. III
}
2
Monfieur le Maréchal d'Humieres
chargea à la teſte des
Ecoſſois pluſieurs Efcadrons
des Gardes du Prince d'Orange;
mais étans ſoûtenus de leur
Infanterie , il fallut attendre
qu'une partie de la nôtre euſt
paſſé de ce coſté- là,pour chafſer
la leur qui étoit retranchée
dans lesbuiffons . Un bataillon
de la Reyne eſtant arrivé avec
Navarre , on chargea les bataillons
qui estoient dans ces
hayes. Ils firent grands feu &
tinrent ferme quelque temps ,
mais ils plierent ayant veu la
reſolution des nôtres . La Gendarmerie
chargea auſſi -tôt pluſieurs
Efcadrons quiles receurent
affez bien;mais ayant eſté
pris en flanc par les Cuirafſiers
de Tilladet , ils laſcherent
312 LE MERCURE
pied & ſe retirerent derriere
un petit ruiffeau. Ce fut pour
lors que toute leur armée commençant
à filer & à fuir , tout
fut mis en déroute .
Monfieur de Luxembourg
n'euſt pas ſeulement les ennemis
à combattre,mais il fut encor
obligé à ſe tenir ſur ſes gardes,
de peur qu'ils ne ſe coulafſent
dans la mêlée pour aller à
Saint Omer.
On a ſceudepuis la bataille,
que le Prince d'Orange dans
ſa fuite entra dans la maiſon
d'un païſan, à deux lieuës d'Ypres
, pour prendre un verre
d'eau qu'il ne pût boire qu'en
s'interrompant par ſes ſanglots
&par fes larmes. Il demanda
s'il ne luy eſtoit point demeuré
de carroffe,& s'en eſtant trouE
GALANT. 113
1
10
vé un de reſte des trois qu'il
avoit amenez,il ſe jetta dedans
comme un homme deſeſperé.
Tous ſes gardes à pied & à
cheval ont fait des merveilles ,
auſſi ont- ils eſté tous pris ou
tuez : Ses Gardes du Corps fu
rent pris dans la pourſuite.
Monfieur de Luxembourg,par
la raiſon que ie vous ay dite ,
eut beaucoup plus de part à la
fin de l'action qu'au commencement
: mais on peut dire
qu'ayant empêché les ennemis
de ſecourir S.Omer ( ce qu'ils
1 avoient deſſeinde faire par ſon
coſté ) ſa grande vigilance ne
luy a pas acquis moins de gloire
pendant le combat, que fon
ardeur à pourſuivre les ennemis
apres le gain de la victoire
.
114 LE MERCURE
Extrait d'une autre Relation .
Les choſes eſtant ainſi difpoſées
, toute l'armée chargea
en même temps . Nous trouvâmes
une grande reſiſtance
d'abord , & nous fuſmes repouſſez
où Son Alteſſe Royale
eſtoit. Ayant trouvé un
grand Corps d'Infanterie poſté
dans des hayes d'une épaifſeur
extraordinaire , on peut
dire que Monfieur remit l'affaire
abſolument , car il ramena
luy - meſme les bataillons
à la charge , r'allia la Cavalerie
, & fit charger fi vigoureuſement
, qu'il pouſſa tout ce
qu'il trouva devant luy. 7
GALANT.
115
Extrait d'une autre Relation .
Le premier choc fut tresrude,
les ennemis firent de furieuſes
décharges par le front
& le flanc , à la faveur des
hayes dont ils eſtoient couverts.
Outre l'avantage du certain
qu'ils avoient , ils eſtoient
plus forts que nous & nous
pouſſerent d'abord. Monfieur
rallia luy- même,& envoya ſes
ordres par les principaux Officiers
de ſa maiſon. Monfieur
le Chevalier de Nantoüillet
fit avancer quatre bataillons
Suiſſes qui estoient à la fecon-
- de ligne : ceux de la premiere
ſe voyans ſouſtenus , prirent
courage , & commencerent
à repouffer les ennemis ,
116 LE MERCURE
lors qu'un de ces quatre bataillons
fut rompu. Monfieur fit
auffi- toft mettre en Eſcadrons
ſes Gardes , & quelques - uns
de ſes domeſtiques qui estoient
accourus l'épée à la main ; &
les animant par ſon exemple,
leurinſpiratantde force&tant
decourage,que toutes les troupes
qui estoient aupres de luy
ayant effuyé , à la portée du
piſtolet, la décharge des ennemis
, allerent à eux l'épée à la
main , & les rompirent. Monfieur
le Chevalier de Lorraine
qui eſtoit avec M. de Luxem
bourg, s'appercevant queMonſieur
faifoit avancer des troupes
de la ſeconde ligne, retourna
aupres de SonAlteſſe Roya+
le, où remenant les noſtres à la
charge , il y eut le bord de ſon
GALANT.. 117
&
He
1
chapeau percé d'un coup de
mouſquet qui luy fit une contuſion
du coſté de l'oeil droit
aupres de la temple. Ce fut
dans cette même occaſion que
Monfieur receut un coup de
mouſquet dans ſa cuiraffe,que
le Sieur Vaucher l'un de fes
valets de chambre,eutun coup
dans la cuiſſe, en attachant une
caſaque ſur les armes de ce
Prince; ce fut là que M. le Chevalier
de Nantoüillet receut
un coup de mouſquet dans la
genoüillere qui touchoit celle
deMonfieur , & que M. Tillet
cadet aux Gardes eut ſon cheval
bleſſé de deux coups derriere
S. A. R. A noſtre droite ,
les mouſquetaires ayans mis
pied à terre par l'ordre de M.
delaCardonniere, avoient déja
118 LE MERCURE
?
mis en déroute un tres- gros
bataillon qu'ils avoient forcé
dansdes hayes, l'épée à la main,
apres en avoir eſſuyé la décharge
, & les avoir pouffez
dans une plaine tous botez
qu'ils estoient. Ce fut dans ce
même temps que les gens d'armes
Ecoſlois rencontrerent les
cuiraffiers ennemis,&les taille.
rent en pieces. Les Mouſquetaires
eſtans en ſuite remontez
àcheval , revinrent dans la même
plaine , où ils eſſayerent
le feu de deux autres Batail-
Jons qui estoient plus éloignez
dans des hayes. Monfieur
d'Humieres qui avoit commencé
la bataille , commença
auſſi la deroute des ennemis
, les ayans chargez parle
flanc àla tête des Eſcadrons
GALANT. 119
H
1
12
11
ef
de gendarmerie , des Cuirafifiers
, & mêmede l'Infanterie.
A la gauche Monfieur de Luxembourg
ayant paſſé auſſi fierement
qu'heureuſement à la
tête des Dragons Dauphins
& de Liſtenay , ſouſtenus de
quelques bataillons , prit auſſi
avec les Eſcadrons de Sourdis
la droite des ennemis par le
flanc. Ce fut de ce coſté que
leChevalier de Silly , l'un des
Chambellans& Ayde deCamp
de Monfieur , fut tué , & que
Monfieur le Marquis d'Effiat
qui faiſoit travailler à un Pont,
eut la bride de ſon cheval coupée
d'un coup de mouſquet.
Noftre canon fut tres - bien
ſervy par Monfieur leMarquis
de la Freſeliere,qui fit changer
des plafonds à propos, & avec
120 LE MERCURE
! une promptitude incroyable.
Nous avionsdeux cens hommes
en garniſon au chaſteau
de Caffel , que les ennemis
n'avoient pas voulu attaquer ,
eſperant les prendre à difcretion
, apres avoir gagné la bataille;
mais les deux cens foldats
les batirent , conduits par
M. de la Motte Maréchal de
Camp , qui les prit en paſſant ,
apres s'eſtre ſignalé dans la bataille.
Tous les Officiers de la maifon
de Monfieur ont extremement
ſignalé le zele qu'ils avoient
pour la gloire de leur
Maiſtre. Monfieur le Marquis
d'Effiat r'allia plufieurs fois les
troupes , & les remena à la
charge.Monfieur deNantoüillet
fit donner luy - même les
Suiffes .
GALANT.. 121
Suiſſes. Monfieur du Purnon
executa tous les ordres qu'il receut,
nonobitant le feu des ennemis.
Monfieur le Marquis de
Pluyaux qui alloit & venoit,
paſſa à la teſte des Gardes au
moment qu'elles chargeoient,
&chargea luy- meſme avec elles
l'épée à la main , quoy qu'il
fuſt à cheval.
l'ay crû, Madame , vous devoir
envoyer tous les endroits
fur leſquels j'aurois pú faire
une Relation. La verite ferencontre
rarement en une ſeule,
celuy quide pluſieurs differentes
en compoſe une , ne pouvant
ſans la faire trop longue,
trop embaraſſée& hors des re.
gles , rapporter les ſentimens
de chacun, eſt obligé de s'arreſter
à quelques - uns,ce qu'il ne
Tome 2 . F
122 LE MERCURE
fait ſouvent que par prévention
, ou dans le deſſein de favoriſer
quelqu'un,ou par d'autres
raiſons ; c'eſt ce qui m'a
porté à vous faire part de pluſieurs
endroits choiſis de diverſesRelations,&
ie croy qu'il
n'y a que ce moyen pour faire
bien comprendre ce qui s'eſt
paſſé dans une bataille ; l'un
marque les choſes d'une maniere,
l'autre d'une autre,& les
uns ont eſté témoins de ce que
pluſieurs n'ont pû voir. Ainfi
rien n'eſtoublié; & les differés
termesdont on ſe ſert pour exprimer
tout ce qu'on a remarqué,
joints à tout cela, font que
l'un éclaircit ce qu'on a trouvé
d'obſcur dans ce que les au -
tres ont écrit,& qu'apres avoir
lu tout ce qui s'eſt fait ſur une
GALANT. 123
Bataille , l'eſprit ſe la figure de
la maniere qu'elle s'eſt don -
née,ſans qu'il ſoit pour cela facile
àceluy qui en aconceu une
ſi forte idée,d'en bien exprimer
toutes les circonstances ; en
forte que ſon imagination les
luy repreſentede meſme
quelin
les font arrivées .
Je ne vous parle point de
l'ordre de la Bataille , il eſt imprimé,
vous l'avez veu,& il n'y
a rien de nouveau là-deſſus.Ne
croyez pourtant pas que ie finiſſe
ſi toſt l'Article de la memorable
Journée de Caffel ,
J'ay trop de choſes à vous raconter
de Monfieur. Vous venezde
connoître que toutesles
Relations ſe raportent touchất
la gloire que SonAlteſſe Roya-
= le s'y eſt acquiſe ; mais cen'eſt
Fij
124 LE MERCURE
pas affez , & ce grand Prince
merite bien un Article parti -
culier. Pour ne rien laiſſer pafſer
de ce qui le regarde , examinons
l'estat de l'Arinée ennemie
qui devoit eſtre em -
ployée toute entiere à combatre
celle de Monfieur , &
voyons ce que celle de Son Alteſſe
Royale (beaucoup moins
forte) avoit à faire. Admirons
l'eſprit de ce Prince dans le
Conſeil de guerre , voyons en
ſuite tous les ordres qu'il donne
, ſuivons-le dans le combat,
remarquons tout ce qu'il y
fait , & parlons de tout ce qui
luy a gagné les coeurs des ennemis
meſmes apres la Bataille
,& nous admirerons en ſuite
fon grand coeur , ſa preſen
ced'eſprit , ſa prudence & fa
GALANT. 125
1
E
1
bonté naturelle. Voilà, Madame
, toutes les choſes dont l'ay
encor à vous parler , touchant
Son Alteſſe Royale.
L'Armée ennemie eſtoit
beaucoup plus forte que la
fienne , & fur tout en Infanterie
. Elle estoit commandée par
un Prince plein de coeur , &
tres- entreprenant , quoy que
malheureux. Son Infanterie êtoit
poſtée dans des Vergers
entourez de hayes vives & de
foffez pleins d'eau , qui ne ſe
pouvoient paffer à cheval , &
où l'on ne pouvoit entrer que
par défilez ; de forte que pour
la forcer , il falloit paſſer ſous
le feu du Canon & de la moufqueterie
, & l'attaquer dans des
lieux naturellement retran -
chez.CetteArmée qui ſe tenoit
Fiij
126 LE MERCURE
tres affeurée de la Victoire, &
qui connoiffoit ſes forces , n'eſtoit
point obligée à les divi -
ſer ; ce que Son Alteſſe Royale
eſtoit contrainte de faire,
ayant la Tranchée de S. Omer,
& les Poſtes qu'elle avoit
gagnez devant cette place à
faire garder , ainſi que huict
autres endroits par leſquels le
ſecours pouvoit paſſer. L'Armée
de Monfieur eſtant affoi .
blie par les Troupes qu'il fut
obligé de laiſſer en tant de differens
Poſtes , ne diminua en
rien l'impatience qu'il avoit
de combattre ; & dés qu'il eut
appris que les ennemis a -
voient paſſe le premier ruiffeau
, il voulut les aller attaquer
, & demanda l'advis
de Meſſieurs les Mareſchaux
GALANT . 127
1
d'Humieres & de Luxem -
bourg , qui voyant la reſolution
où il eſtoit d'expoſer ſa
Perſonne , luy firent quelques
Objections . Elles auroient embaraſſé
un Prince moins éclairé
, & moins ardent pour la
gloire des Armes du Roy , &
un autre auroit pû quitter le
deſſein de combattre ſans
qu'on le pût blâmer , puis que
c'eſtoit l'advis du Conſeil. Ce
Prince n'avoit pour cela qu'à
ne rien dire qui pût détruire
les Objections qu'on luy venoit
de faire. Il y répondit ,
Que si on attendoit que les
Ennemis euffent passé le ſecond
ruiſſean qui leur restoit , ils pour.
roient dérober quelques marches
par derriere , & ietter du ſe -
cours dans S. Omer , qui estoit
Fiiij
128 LE MERCURE
leur deſſein leplus important , ce
qui l'obligeroit à leverle Siege,&
qu'il ne vouloit pas que sous son
commandement les Armes du Roy
receuffent un affront qui ne leur
estoit point encor arrivé depuis
le commencement de la Guerre.
Meſſieurs les Generaux ayans
gouſté toutes ces raiſons , ré -
pondirent , qu'ils ne sçavoient
qu'obeyr , & Monfieur s'eſtant
luy-meſme avancé avec quelques
Troupes pour reconnoiſtre
les ennemis , donna auſſfitoſt
les ordres qu'il iugea neceſſaires
pour les aller atta
quer. C'eſt où nous aurons de
la peine à le ſuivre , & où la
fumée & le feu nous empeche.
ront de remarquer un grand
nombre d'actions dont nous ne
pouvons iuger que par celles
GALANT. 129
que nous ſcavons. Il eſt temps
de regarder ce Prince dans le
combat , il y a remply les devoirs
de Capitaine & ceux de
General , il a donné des ordres,
il a mené à la charge , il a
combatu luy - meſme les en.
nemis, il a exhorté les Soldats,
il leur a inſpiré de l'ardeur , &
l'on peut dire que ſa teſte , ſon
coeur , ſon bras , fon eſprit &
fon eloquence ont également
agy en cette occafion.Des que
les ennemis faiſoient quelques
mouvemens , il donnoit par
tout des ordres nouveaux avec
une prefence & une netteté
d'eſprit inconcevables : iamais
on n'a moins craint le peril ,
ny fait voir un plus grand
fang froid au milieu des dangers
, ce Prince ne s'eſtant pas
Fv
130 LE MERCURE
trouvé embaraſſé un feul moment
, & l'on peut dire que ſa
prefence& ſa fermeté ont cauſé
le gain de la bataille. Il a r'allié
luy-même les Troupes , &
les ayant r'animées par ce qu'il
leur dit, & par fon exemple, il
les a remenées pluſieurs fois à
la charge ſans s'eſtonner du
feu des ennemis qu'il a eſſuyé
avec une intrepidité qui ne ſe
peut exprimer . Ce feu a esté
grand , & l'on n'en peut douter
, puis que la pluſpart des
Officiers qui estoient autour
de ſa Perſonne ont eſté bleffez
: Il s'expoſoit au meſme
malheur , fi le Ciel ne l'en
euft garanty.Ce Prince croyoit
que ce n'eſtoit pas affez de
commander le Corps de Ba -
*taille, & it falloit encor pour
GALANT. 131
1
1
1
1
ſatisfaire ſon courage , qu'il ſe
miſt à la teſte des Troupes qui
avoient plié ; il vouloit meſme
y aller ſans autres armes
que celles dont il avoit beſoin
pour combatre ; mais
Monfieur de Merille , & un de
ſes Eſcuyers , luy en mirent
malgré luy dans la chaleur du
combat. Je ne ſcay comment
il en put ſupporter la fatigue,
puis qu'il eſtoit à cheval dés
trois heures du matin , que la
mêlée dura juſqu'au foir,&que
les Bataillons des Ennemis
eſtoient rafraiſchis par d'au
tres qui étoient à couvert dans
desVergers. Mais paſſons au lédemain
de cette grande Journée,&
voyons Monfieur apres
ſa Victoire. Ses yeux ne brilloient
plus d'un feu guerrier,la
-
132 LE MERCURE
douceur y regnoit , il plaignit
les malheureux & les bleſſez , il
envoya dans le Champ de bataille
des Medecins , des Chirurgiens
, des remedes , des vivres
& des chariots pour tranſporter
ceux qui estoient encor
en eſtat d'eſtre ſecourus ,
& il s'eſt attiré par là l'eſtime
& l'amitié des Vainqueurs &
des Vaincus .
Monfieur l'Abbé Talle -
mant l'aîné a fait un tres-beau
Sonnet ſur cete grande humanité
que Son Alteſſe Royale
fit voir le lendemain que le
combatfut donné. Je voudrois
vous en faire part , auffi bien.
que de ceux de Monfieur
l'Abbé Eſprit; mais ie paſſerois
de trop loin les bornes que ie
me fuis preſcrites,& ie vous les
GALANT. 133
15
1
envoyeray , avec pluſieurs autres
Vers ſur les Conqueſtes
du Roy,faits par les beaux ef
prits de France , la premiere
fois que je vous écriray. Cependant
comme l'en ay beaucoup
de Monfieur l'Abbé Cotin
, que ie fuis contraint de
vous garder , avec les autres ,
ie ne puis m'empêcher de vous
envoyer aujourd'huy ces huit
Vers de ſa façon.
A MONSIEVR
Sur ſa Victoire .
S
Vrmonter en tous lieux,la Nature&
le Temps,
Prendre Villes & Forts, &donner
des batailles,
134 LE MERCURE
:
Oùtu domptes l'orgueil de ces færs
combatans ,
Dont la Flandre aux abois pleure
les funerailles,
Suprendre l'Univers pardes Faits
inoüis ,
Et contraindrel'Espagne& l'envie
àfetaire,
On nepeutfaire plus; Maispouvois-
tu moinsfaire
Philippe, Fils de France, &frere
de Loüis?
Toute la France a pris part
àcette Victoire; & le jour même
que Monfieur le Duc de
S.Aignan l'aprit , il en témoigna
ſa joye à SonAlteſſe Royale
par une lettre que voicy.
GALANT. 13.5
1
LETTRE DE MONSIEVR
le Duc de S.Aignan , à Son
AlteſſeRoyale.

ONSEIGNEVR,
Ien'oferois quasi mester
ma voix au bruit des applaudiffemens
& des loüanges qui vous
font deues,&que vous recevez de
toutes parts . Mais , MONSEIGNEVR,
mon profond respectpour
VOSTRE ALTESSE ROYALE,
1
fijosey adjoûter ce mot , mon
estime tres parfaite , me font
prendre cette liberté. Voila
MONSEIGNEVR , deglorieuses
fuites des premieres marques de
cette valeur naiſſante dont j'avois
esté témoin ily a vingt ansau
6
fiegede Montmedy.le ne doutepas
que dans une action fi glorieuse
136 LE MERCURE
-
vous ne foyez plus Satisfait d'avoir
vaincu pour le Roy , que d'avoir
vaincu par vous
même.
Triomphez , MONSEIGNEVR ,
de reſte des ennemis dont vous venez
defurmonter un fi grand nombre
; & foyez,s'il vous plaiſt,bien
persuadé que personne ne s'intereffe
plus que reſuis en voſtre con-
Servation , ny ne peut eftre avec
plus de respect que moy ,
MONSEIGNEUR,
De VostreAlteffe Royale,
Le tres humble, tres- obeïffant
&tres- ſoûmis Serviteur,
LEDUCDES.AIGNAN
DeParis le 13 ,d'Avril 1677.
GALANT. 137
Monfieur ayant receu cette
Lettre , y fit de ſamain
ponſe ſuivante.
la re
NORD
LETTRE DE SON ALTESSE
Royale à Monfieur le Duc
de S. Aignan .
DELA VIL
.
On Cousin,Vous croirez facilement
lajoyeque ie reçois
par l'aſſurance que vous me
donnez de celle que vous avez receuë
de l'heureux fuccés qu'ent
Dimanche dernier l'Arméeque le
Roy m'afait l'honneur de me confier,
puis que cela a cause un moment
deplaisir au Roy,& l'aobligé
de me donner en cette occafion
des marques deſa tendreſſe , quoy
que ie fuſſe celuy qui avoic eu le
moins de part au bonheur de ses
Armes. Ie ne laiſſe pas de vous en
138 LE MERCURE
4
estrefort obligé ; &de vous prier
de croirequeiefuis,
MON COVSIN ,
Voſtrebienbon Coufin,
PHILIPPE,
Le18.Avril, nu Camp de Mont Caffel.
Ie ne ſuis pas fatisfait , Madame
, de vous avoir fait voir
les lettres obligeantes dont le
Roy & Monfieur, qui ont une
eſtime toute particuliere pour
Monfieur le Duc de S.Aignan,
l'ont honoré ; i'ay mille choſes
GALANT. 139
à vous dire de ce Duc,mais ce
ſerapour une autre fois,ma lettre
eſt déja trop longue, ie ſuis
preſſé de vous l'envoyer , & ie
n'ay pas tout le temps qu'il me
faudroit pour bien mettredans
ſon iour une ſi belle matiere .
Puis que ie ſuis encor fur
l'Article de la Bataille de Cafſel
, ie ne dois pas oublier de
vous faire par d'un Sonnet qui
merite d'eſtre veu,& dont cette
grande journée a fourny le
ſujet,ie vous l'envoye plûtoſt
que les autres , parce qu'il eft
tombé le premier entre mes
mains,& non pour aucune autre
raiſon,mon deſſein n'eſtant
pas de donner rang aux Ouvrages
d'eſprit ſelon leur merite
, dont ie vous laiſſe àdécider.
140 LE MERCURE
T
AVRO Υ.
SONNET.
Andis que triomphantfur
laTerre&ſur l'onde,
Tujurprends l'Univers de tesprogrez
soudains ,
Et qu'avec tant de bruit dans tes
Augustes mains,
Eclate le tonnerre enmême temps
qu'ilgronde.
Tandis qu'en cette Guerre où le
Ciel teseconde,
Du fuperbe Cambray tombent les
efforts vains,
Que ta teſte & ton coeurfont les
guides certains,
Quiconduisent tes pas vers l'Empire
du monde.
GALANT. 141
1
In Freregenereux , par ton exemple
instruit ,
Cherche tes ennemis , les combat ,
les détruit,
Et vient mettre à tespiedssa brillante
Victoire :
De l'encens qu'il merite il n'est
pointsatisfait,
Ilveut qu'on te ledonne , &sa
plus grande gloire,
Eſt que tufois louéde tout ce qu'il
afait.
Onditque ce Sonnet eſt du
fameux M.de Benſerade : ie le
veux croire; mais à moins que
les Ouvrages ne me foient.
donnez par ceux mêmes qui
les ont faits, ie ne diray iamais
poſitivement qu'ils foient des
Autheurs à qui on les attribuë,
i
142 LE MERCURE
pour ne point faire la faute
dans laquelle ie ſuis tombé , en
donnant à Monfieur Peliſſon ,
un Sonnet à Monfieur Cheminet.
Le nom de ce dernier n'eſt
pas inconnu , & ce que nous
avons veu de luy eſt ſi tendre
& ſi delicat , qu'il merite aſſurement
beaucoup de loüanges.
Retournons à noſtre ſujet.
Monfieur auffi- toſt apres la
Bataille , fit partir M. le Marquis
d'Effiat pour en rendre
compte au Roy, & M. Merille
à Madame.Sa Majeſté envoya
peu de temps apres Monfieur
le Marquis de Geſvres , à Son
A. R. pour luy en témoigner
ſon extreme fatisfaction , &
dépeſcha un des Ordinaires
de ſa maiſon à Madame , avec
une lettre par laquelle il luy
GALANT . 143
d
mandoit, Qu'ilse réjoüiſſoit plas
du gain de la Bataille, à cause
de lagloire queMonsieur s'y estoit
acquiſe,que pour l'utilitéque Luy
&ſon Estat en recevoient. Monſeigneur
le Dauphin fit là-deſfus
dés le meſme iour une viſite
toute obligeante à Madame.
Elle fut ſuivie quelques
iours apres de cellede la Reyne
, qui avoit envoyé d'abord
au Roy & à Son Alteſſe Royale
, Monfieur le Vicomte de
Nantiac , pour leur témoigner
la joye qu'elle reſſentoit de cette
importante Victoire. Celle
de Madame a paru ſigrande ,
qu'il eſt impoſſible de l'expri-
| mer , auſſi bien que les divers
mouvemens qui l'ont agitée
- pendant deux jours. Elle verſoit
des larmes qu'elle don -
144 LE MERCURE
noit avec plaiſir à l'heureuſe
nouvelle de ce grand fuccés,&
dans le plus fort de ſa joye, il y
avoit des momens où la crainte
la tourmentoit . Elle vouloit
croire que le combat n'eſtoit
pas finy,& que Monfieur étoit
encor au milieu des ennemis ;
&dans ce mélange de frayeur
&de joye , de trouble & de
plaiſir,pour ſentirtropdechoſes
à la fois , elle ne ſçavoit pas
nien cequ'elle ſentoit. L'eſprit
de Mademoiselle eſtoit de mê
me , & fon agitation la faiſoit
courir juſques ſur l'eſcalier au
devantde tous ceux qui arrivoientde
l'Armée.
Ce n'eſt pas ſans raiſon que
i'ay donné le nom de grande
à la journée de Caſſel, puis que
ie n'en puis trouver la fin , &
que
GALANT. 145
- que ie n'ay pas encore commencé
à parlerde ceux qui s'y
ſont ſignalez ; les voicy .
1
B
1
Je ne vous dis rien de Meſſieurs
les Maréchaux qui ont
commandé les Aifles ; vous
avez veu ce qu'ils ont fait ,
dans ce que j'ay tiré des plus
fidelles Relations. Les Generaux
ſont l'ame des Armées ,
ce ſont eux qui les font mouvoir,&
quandune Bataille eſt
gagnée , on peut aſſurer qu'ils
y ont beaucoup contribué.
Je vous parlerois de Monſicur
le Chevalierde Lorraine,
ſi ie pouvois vous dire tous les
endroits par leſquels ie ſçay
qu'il a parr au ſuccés de la memorable
journée de Caſſel ; il
y a fait paroiſtre cette même
valeur que la Hollande & la
Tome 2 . G
146 LE MERCURE
Comté ontadmirée avec étonnement
, encor qu'elle fuſt oc
cupée contre leurs Places , &
on ne devoit pas moins attendre
du zele qu'il a pour le Roy
& pour la gloire de S. A. R.
Monfieur le Prince de Soubiſe
a montré une ſi grande vigilance
, que les ennemis qui
pouvoient tenter de ſon coſté
le paſſage du ſecours qu'ils
vouloient jetter dans S.Omer,
n'oferent iamais l'entreprendre.
Il eſt de la maiſon de Rohan.
Tout le mõde en connoit
la grandeur & l'antiquité , & il
ſuffitde ce nom pour faire connoiſtre
qu'apres nos Maiſtres
& ceux de leur Sang , Monſieur
de Soubile ne voit prefque
rien au deſſusde luy.La fageffe
de courage,&la civilitéde
semoT
: GALANT . 147
i
ce Prince ,ne le font pas moins confiderer que fa bonne mit ZDE
DELAY
ne,dont on ne ſe taiſt pas
paryon
my le beau Sexe.
☐ Monfieur le Comte du Plea
fis - Praflin a forcé les ennemis
en pluſieurs, endroits. Son
nom fait connoiſtre la glorieuſe
Race dont il eſt ſorty .
La valeur qui l'accompagne
dans toutes les occafions de
guerre où il ſe trouve,& la maniere
dont il conduit les troupes
qui ſontſous fontcommandement,
font voir qu'il eſt le digne
Sangdeces grands Marêchaux
de France qui ſe ſont
ſignalez en tant d'occaſions
celebres , & particulierement
de feu Monfieur le Marefchal
du Pleſfis fon Pere. Ses
grandes actions ne font igno-
Gij
148 LE MERCURE
rées de perſonne , & l'on oublîrajamais
le fameux Siegede
Rozes,ny la Bataille deRhetel,
qui rétablit les affaires deFrance
, que la guerre Civile avoit
miſes en deſordre .
Modela Cardoniere a fait
des actions ſurprenantes,& fon
jugement & fa preſence d'efprit
n'ont pas moins contribué
au gain de la Bataille, que fon
grand courage ; il a paffé par
tous les emplois de la Guerre ,
ſans que ſes bleſſures l'ayent
iamais empêché de ſe trouver
dans les occafions les plus hazardeuſes
, où ſa valeur & fa
prudence ſe ſont toûjours également
ſignalées. Il a fouvent
ſervy à r'allier des troupes
en defordre , & à faire
paſſer la Victoire du coſté
E GALANT. 149
1
où il s'eſt rencontre . ) いよ
Monfieur d'Albret a pouffé
les ennemis avec une vigueur
incroyable , & les a chaffez
d'un Poſte où ils eſtoient en
beaucoup plus grand nombre .
Il eſt Filsde Monfieur de Pont ,
Aiſné de la maiſon d'Albret ,
& Neveu & Gendre du fea
Maréchal de ce nom , dont la
valeur, la fidelité, & la fermeté
dans les occafions où il a fallu
foûtenir les intereſts du Roy
& de la Reyne Mere, ont paru
avec éclat .Monfieur d'Albret
dont ie parle icy marche ſur
ſes traces ; il eſt bien fait , il a
de l'eſprit , de la bonne mine ,
& un air noble qui perfuadeaiſément
qu'il est né des Heros
de ce nom qui ont porté autrefois
la Couronne de Navarre .
Giij
150 LE MERCURE
Tout ce qu'il a fait depuis la
plus grande jeuneſſe , répond
à la grandeur de ſa naiſſance.
::On ne peut aller chercher
les ennemis avec plus d'ardeur
que fit M. le Chevalier de
Sourdis. Il paffa des premiers
le ruiſſeau qui ſeparoit les deux
Armées , & il a fervy pendant
tout le combat avec une activité
ſans pareille. Il a ſouvent
receu desOrdres de Monfieur,
que le feu des ennemis ne luy
a'point empêché de porter . Il
eſt fils de M. le marquis de
Sourdis Chevalier des Ordres
du Roy,& Gouverneur d'Orleans
& d'Amboiſe , petit neveu
de feu M. le Cardinal de
Sourdise& de M. l'Archeveſquende
Bordeaux , fi fameux
pour avoir commandé les Ar-
111
GALANT. ISI
mées du Roy ſur la Mer pendant
pluſieurs Campagnes ſous
le regne de Loüis XIII. Il a
- commencé de bonne heure à
faire voir la valeur d'un ſoldat
déterminé , ſoûtenuë d'une fort
grande ſageſſe,& il ne faut pas
s'eſtonner ſi ayant autant d'in .
telligence qu'il en a au meſtier
de la Guerre , on l'y a veu en
peu de temps honoré des plus
- grands emplois.
1 Monfieur de Revel, frerede
Monfieur de Broglio, s'eſt auffi
fort diftingué. Il eſt d'une
Famille toute pleine de coeur ,
& il a toûjours fait des actions
dignes de fa naiſſance , &de la
valeur de ſes Peres.
Monfieur le ChevalierFourbin,&
M.le marquis de Jauvelle,
ont cõbatu avec une valeur
:
Giiij
152 LE MERCURE
extraordinaire ; mais ils n'ont
pas ſeulement payé de leur
perſonne, puis que leur exemple
a inſpiré aux Mouſquetaires
les actions qu'ils ont faites ;
Il eſt ſans doute fort ſurprenant
que tous botez & l'épée
à la main ſeulement , ils ayent
attaqué & défait les Bataillons
heriſſez de piques .
La vigilance de Monfieur de
Tracy a beaucoup contribué
au gain de la Bataille. Voicy
ce que l'on dit de luy dans une
Relation. Monsieur de Tracy
amena leſecours de Cambray avec
une telle diligence , que sur l'avis
qu'il eut àBethune où il devoitfejourner,
queM.estoit àla veillede
donner une Bataille, ilfitfaire encor
buit lieues à l'Infanterie qu'il
conduiſoit , & la fit marcher au
:
GALANT... 153
clair de la lune. C'eſt un fort
ancien Officier , & qui paffe
pour un tres honneſte homme;
il eſt tout couvertde coups;
il a donné des marques de ſon
courage dés le premier Siege
de Condé , où il eut une jambe
caffée; il receut au Siege de
Tournay un coup dans la teſte
quiluy fracaſſoit la bouche ; il
a eſté Major General de l'Armée
pendant cinq ans ſous M.
le Prince en Hollande, & fous
M.de Turenne en Allemagne;
il a eſté bleſſé legerement au
Siege de Valenciennes,& s'eſt
ſignalé à la Bataille de Caffel.
Il eſt Oncle de madame la Pre
ſidente de Neſmond.
On ne peut donner plus de
marques d'intrepidité qu'a fait
Monfieur de Longueval qui
154 LE MERCURE
commande les Dragons Dauphins
; ila paſſé le premier le
ruiſſeau qui eſtoit entre les ennemis
& nos troupes , à la tête
de trois mille Dragons. Le
Sieur de Leſtelle , ſon marefchal
des Logis , receut quatre
coups en cette occafion , dont
il eſt mort. Monfieur de Lon
gueval , quoy que tres -jeune
encor , eft tres ancien dans le
ſervice; il eſt fort aimé de м.
le Prince, qui a ſouvent dit du
bien de luy , pour l'avoir veu
combattre à la Bataille de Se
nef. Le Roy luy donna il y a
deux ans leRegiment des Dragons
Dauphins,& le prefera à
tous ceux qui le demandoient.
L'année derniere il fut détaché
pour donner fur l'Arriere,
gardé du Prince d'Orange , ce
GALANT.
155

qu'il fit avec beaucoup de vigaeur.
Il fut enveloppé par un
tres grand nombred'ennemis;
Monfieur de Montal qui eſtoit
deſſus une hauteur,s'en apper--
= ceut, & luy ayant envoyé ordre
de ſe retirer,il fut témoin de la
plus judicieuſe Retraite & de
la plus belle action que l'on
puiffe faire , puis qu'avec tres.
peu de gens ildéfit une partie
des Efcadrons dont il eſtoit
environné.
Je vous ay déja parlé de cé
qu'a faitMonfieur dePleuvauls:
maiſtre de la garderobe de
Monfieur. Il eſtoit Capitaine
de chevaux - legers pendant
le Siege d'Arras ; & fa Compagnie
eſtant dans la Place ,
il s'y fut jetter avec beaucoup
de courage, quoyque mõſieur
:
356 LE MERCURE
de Turenne luy en eût repreſenté
ledanger. Il ſe diſtingua
fort tant que dura ce Siege, &
s'acquit beaucoup de gloire à
celuy de maſtric , où il receut
un coup de mouſquet , en faiſant
faire un logement ſur la
contreſcarpe. Cettte action fut
belle,mais ie n'ay pas le temps
de vous ladécrire.
Monfieur le Chevalier de
Tauriac , Ayde de Camp de
Monfieur , a r'allié dix fois les
Gensd'armes . Monfieurle ма-
rêchal d'Humieres rendit témoignage
de ſa valeur à S. A.
R. qui le choiſit pour rendre
compte au Roy des particularitez
de la Bataille , & pour
luyporter quaranteDrapeaux,
&treize Etendards .
Monfieur le marquis d'e ffiat,
GALANT. 157
comme ie vous ay déia dit ,
avoit eſté envoyé d'abord
pour donner avis à Sa Majeſté
du gain de la Bataille. Je
vous parlerois encor de ce
Marquis , ſi i'eſtois moins
preſſé de finir. Il a du coeur,
le gouſt bon, & une delicateſſe
d'eſprit qui ne donne iamais
dans le faux brillant dont tant
de monde ſe laiſſe ébloüir.
Monfieur le Chevalier de
Nantouïllet a fait voir autant
de coeur qu'il y a d'eſprit.
Il a toute la reconnoifſance
imaginable des bontez
que Monfieur a pour luy. Il
eſt de la Famille de feu Monſieur
, le Cardinal de Prat ,
Chancelier de France...
Monfieur de Purnon , premier
Maiſtre d'Hoſtel de
198 LE MERCURE
Monfieur , & Frere de mon- >
ſieur de Tracy , s'eſt pareillement
fignalé , & quoy que
ſa charge ne l'engageât point
à ſe trouver àla Bataille , il a
voulu eſſuyer les meſmes pe
rils que fon Maiſtre. Monfieur
de Merille en a fait autant fans
y eſtre obligé par ſa Charge.
On ne doit pas s'en eſtonner,
on ſçait avec quel zele il fert
Monfieur, & combien Son Alteſſe
Royale le confidere. Il le
merte , & c'eſt un veritable:
honneſte homme.
Monfieur le Chevalier de
Lauſieres , Enſeigne des Gardes
de Monfieur, de la Maiſon
deThemines,a donné des marques
d'une grande valeur , &
d'une grande conduite. Il a
rallié pluſieurs fois les Suiſſes.
GALANT. 159
-
Je croy, Madame , que l'on
peut aſſeurer apres cela que la
Cour de Monfieur n'eſt compoſée
que de gens de merite,
de coeur & d'eſprit.Parlons encor
de quelques autres .
Monfieur le Chevalier d'Eſtoge
Sous - Lieutenant des
Gensd'armes Anglois a eu le
bras caffe , & pluſieurs autres
coups. Il a donné des marques
d'une grande valeur.
Monfieur le Marquis de
Barrieres , qui s'estoit diſtingué
à Valenciennes, s'eſt auffi
fort diftingué dans ce combat.
Monfieur le Marquis de Livourne
qui commandoit les
Gensd'armes Ecoffois , dont
Monfieur le Mareſchal de
Schomberg estoit autrefois
160 LE MERCURE
Colonel , a eu deux chevaux
tuez ſous luy , & il n'a pas te .
nu à fon courage qu'il n'ait
eſté tué ou prifonnier , s'eſtant
meſlé pluſieurs fois parmy les
Ennemis . Le bruit de ſa valeur
donnera en meſme temps de la
joye & de la crainte à mon -
ſieur le Marquis de Pianeſſe
ſon Pere , qui dans les fon -
ctions de Ministre de Savoye,
s'eſt rendu fi illustre par ſa
grande fageſſe , par la fidelité
qu'il a gardée envers ſes Maiſtres
, & par la prudence avec
laquelle il a toûjours fait executer
leurs ordres. Sa pieté qui
l'a deſtaché de toutes les choſes
du monde, le fait vivre preſentement
dans la Retraite
d'où leurs Alteſſes Royales
l'ont retiré pluſieurs fois pour
د
GALAN T. 16г
1
recevoir ſesConſeils dans leurs
plus preſſfantes affaires . C'eſt
dans cetteRetraitequ'il a compoſe
ce beau Livre de l'in -
ſtruction Chreſtienne , que le
Pere Bouhours Jeſuite a fi
bien traduit en noſtre Lan -
gue. Monfieur le Marquis de
Livourne ſon Fils , eſt Chevalier
de l'Ordre de Savoye :
il poſſede tout ce que les Lettres
peuvent fournir pour enrichir
un eſprit : ſa prudence,
ſa ſageſſe & ſon habileté qui
répondent parfaitement à ſa
naiſſance , luy ont ſuſcité des
ennemis dans ſon païs , qui
l'ont forcé àchercher en France
un azile que ſon merite luy
a bien toſt fait obtenir &
qui luy a donné des occa -
ſions qu'il n'auroit peut eſtre
د
162 LE MERCURE
pas trouvées ailleurs , de faire
voir qu'il n'eſt pas moins propre
pour la guerre , que pour
les emplois Politiques
Monfieur de Rouvrayd'Arguency
, Lieutenant de la Venerie
, & Sous Lieutenant aux
Gardes dans la Colonelle , a
eſté tué en donnant des marquesde
ſa valeur.
Monfieurle Marquis de Laré
Meſtre de Camp du Regiment
de Conty,a chaſſé les ennemis
d'un Poſte qui leur eſtoit fort
avantageux.
Ie ne vous parle point des
morts , des bleſſez , & des prifonniers
qui ſont dans la liſte
qui en a eſté donnée au public;
ils ſont imprimez , & cela
fuffit.
Encor ces Vers de Monfieur
1 GALANT. 163
-`l'Abbé Cotin, & ie ferme mon
Paquet, On les eſtime , & ils
ont eu le bonheur de plaire à
une perfonne de la plus haute
qualité , & dont l'eſprit n'eſt
pas moins relevé que la naiffance.
164 LE MERCURE
子子子子子
Sur la Campagne du
ROY ,
F
Et le lubilé de la Reyne .
Rance ne vous allarmez pas
Du fort incertain des com -
bats ;
Malàpropos onſe récrie
Quetout est changeant icy- bas,
LeRoy combat,la Reyneprie.
On redoute peu la furie
Des Rodomons des Païs-bas ;
Lefeu,leſang& la tûrie ,
Nefontpas toûjours leurs ébats,
Etpour les mettre tous à bas,
Le Roy combat, la Reyneprie.
: GALANT. 165
Adieu , Madame , ie ſuis
fâché de n'avoir pas le temps
de vous entretenir des Sieges
de Cambray & de S. Omer ,
dont i'ay beaucoup d'actions
particulieres , & des choſes
tres - curieuſes à vous faire
ſçavoir ; mais vous voulez
que ie vous envoye ma Let -
tre le premier iour de chaque
mois , & pour vous obeïr , ie
fuis cobligé de les reſerver
pour la premiere que ie me
donneray l'honneur de vous
écrire . Ce fera par elle que
vous apprendrez le nom &le
merite de ceux dont le Roy
a recompensé la valeur par
des Charges & par des Gouvernemens
, & que je vous
feray part de quelques Hiſtorietes
agreables , &de pla166
LE MERCURE
?
ſieurs Vers qui ſe ſont faits
fur les conqueſtes du Roy ,
& for divers ſujets de Ga
lanterie. Je ſçay qu'il me reſte
encor l'Article des modes
nouvelles Je ne l'oublieray
past, non plus que beaucoup
d'autres choles , dont ie n'ay
pu encor vous parler. Ioig
nezdy celllesi qui ſe paſfer
ront pendant le mois de May,
dignes de vous eftremandées
; & iugez ſi on aceu
raifon de vous dire que ie
vous ay trop promis , quand
sie me fuis lengagé à vous enwoyeri
tous les moisbune Relation
auſſi ample que cellecy
Tout ce que je crains ,
c'eſt d'eftre accablé par l'abondance
de labmatiere , &
d'avoir quelquefois le chagrin
GALANT. 167
1
que l'ay aujourd'huy d'eſtre
obligé de remettre à un autre
mois le recit des Actions les
plus importantes ; mais au
moins ie vous les feray ſçavoir
avec des circonstances & des
particularitez qui vous les feront
toûjours paroiſtre nou -
velles.
AParis ce 1.May 1677 .
l'achevois de dater cette
Lettre lors qu'il m'eſt venu
de toutes parts dequoy en faire
encore une auffi longue.
Je voulois tout referver pour
le mois prochain , & ne rien
lire que mon Paquet ne fuft
party ; mais ayant jetté les
yeux ſur une Lettre de Monſieur
le Duc de S. Agnan
168 LE MERCURE
au Roy , touchant la Priſe de
Cambray , & fur la réponſe
de Sa Majeſté . J'ay crû vous
devoir encor envoyer l'une &
l'autre.
بيل
GALANT. 169
66955301 8203 E03 E0
LETTRE DE MONSIEVR
YON
le Duc de S.Aignan , au Royson
IRE ,
*
1993
ien'im- L'ofemeflaterque
portuneraypointV. MAJESTE en
me donnant l'honneurde luy écrire
fur les grandes &signalées Vi-
Etoires qu'elle remporté tous les
iours. Sera - t'ellefatiguée par les
marques du zele d'un fidelle Serviteur,
au milieu des acclamations
publiques ?Et pourquoy triompheroit-
elle , si elle vouloit qu'on ne
luy dist rien ſur ſes Conquestes ?
D'ailleurs, SIRE, en veritévoſtre
Gloire m'ébloüit, voſtre épée laſſe
ma plume , & le bruit éclatant
quefait la Repommée enpubliant
vos loüanges , empêchera peutestreque
je nefois écouté. Mais
Tome 2. H
i
170 LE MERCURE
quelmoyen de pouvoirſe taire, &
comment pouvoir éviter que ma
Satisfaction neparoiſſe en voyant
mon Auguste Maistre en estat de
de le devenirde tant de Nations ?
le n'ofe plusparler , SIRE , fur
cette valeur intrepide mais incorrigible
, qui a fait encore pis à
Cambray qu'elle n'avoit fait à
Valenciennes ,& ie voy bien que ie
Suis destinéàpaſſer avecde cruelles
inquietudes dans la paix tous
les jours que V.MAJESTE paffera
dans la guerre. Pluſt à Dieu ,
SIRE , que vous fuffiez de retour
à Versailles , vous n'y feriez pas
moins le Vainqueurdela Flandre,
que vous leferéz à la teſte de vos
Armées ; &sans porter vous-même
la terreur&la mort àvos ennemis
, voſtre invincible Nom,fuf
firoit pour lesſurmonter. Cepen
GALANT. 171
dant , SIRE , iene sçais quasipar
onloüer V.MAJESTE' : Forcerde
toutes parts les meilleures Places,
gagner des batailles, vaincre par
tout n'eſtrejamais vaincu , &se
voir enfin la crainte ou l'admiration
de tout l'Univers ,que peut on
jamais defirer davantage?& quel
bonheur pourra s'égaler au mien
fi vous me faites l'honneur de me
croire au point où ie leſuis toûjours
SIRE,
DeVostreMajesté,
,
Le tres humble, tres- obeïſlant,&
tres - fidelle Sujet & Serviteur,
LEDUCDES , AIGNAN.
De Paris le 13 d'Avril 1677 .
Hij
172 LE MERCURE
Il faut avoüer, Madame , que
cette lettre eſt d'un ſtile bien
coulant , & qu'on ne peut rien
écrire de plus naturel : Les expreffions
ne laiſſent pas d'en
eſtre nobles ; nous y voyous
beaucoup de choſes en peu de
paroles , & dans une lettre
preſque auſſi courte qu'un ſimple
billet, nous remarquons les
inquietudes que les perils où le
Roy s'expoſe tous les iours ,
produiſent dans le coeur de
M.de S. Aignan ; nous y découvrons
l'excés de ſa tendreſſe
pour fon maiſtre,s'il eſt permis
de parler ainſi : La rapidité des
Conquestes de ce Prince y eſt
dépeinte , & nous y liſons un
Panegyrique qui en fix lignes
nous reprefente tout ce Monarque.
QuelsAutheurs depro
GALANT. 173
feſſion ,&quels Sçavans pourroient
s'exprimer de la forte ,
s'ils avoient un pareil Ouvrage
à faire ? La nature n'y parleroit
pas de même, les epithetes
en rempliroient plus de la
moitié ; les comparaiſons y regneroient
, leur ſtile ſeroit
moins concis , & leurs expreffions
trop relevées jointes à la
profondeur de leurs penſées ,
répandroient en beaucoup
d'endroits une obſcurité qui
arreſteroit peut - eſtre le Leteur
plus d'une fois. Voyons la
réponſe duRoy,&remarquons
en paſſant que c'eſt la ſeconde
dont en moins d'un mois Sa
Majesté à honoré Monfieur le
Ducde S. Aignan .
Hij
174:
LE MERCURE
Réponſe de lamain du Roy', à Mon.
ſieur le Duc de S' Aignan .
M
On Cousin ,
bien lefonds
ieconnois trop
devôtre coeur,
pour douter de voſtre joye dans
lesfavorables fuccés dont ilplaiſt
àDieu debenir mes Armes . le ne
Suispas moins persuadé de vos inquietudes
pour les fatigues &les
accidens où l'on est obligéde s'expoler
en des expeditions comme
celle cy. Mais vous iugez bien
qu'on ne peut reüſfir autrement ;
&apres tout vous conviendrez
qu'ilfaut toûjoursfairefon devoir,
Odurestese recommander àDieu .
Le le prie de vous avoir, mon Coufin,
enſaſainte&digne garde..
A Dunkerquele 27. d'Avril.
1677 .
Signe , LOVIS.
GALANT. 175
Je ne vous manderay rien
davantage , & ie croy ne pouvoir
mieux finir que par un
Nom qui fait trembler toute la
terre.
FIN.
AU LECTEUR
Ndonnera unTome du Mercure
Galant, lepremier tour de chaque
Mois Sans retardement .
Toutes les Relations d'Ailemagne &
de Flandre , des années 1675. 1676.
1677. & de la Bataille de Caffel ,
les Relations de Valenciennes , Cambray
, & Saint Omer ; ſe vendent chez
THOMASAMAULRY ; rue
Merciere.
7.0
ske One CORE 03-30 6003
Table des Matieres contenuës
en ce Volume .
Air
Vantpropos.
de l'heureux Hipocrite.
Mort du Sieur Cambert , qui avoit
estably les Opera en France & en
Angleterre.
Mortdu Sieurle Camus de la Musique
duRoy.
Morede la belle Madamedu Boüillon
deCaën.
Particularitez touchant la prise de ta
Cayenne , avec les noms de tous cеих
LaMaladie de l' Amour , Galanterie
nouvelle , mélée de Profe&de Vers.
qui s'yſontſignalez.
Difcorissur la Preface de la Phedre du
Sieur Pradon.
Spectacles preparez pourlepublic.
Avanturedel'épée.
Generosité d'un Officier Gascon , lors
que Valenciennesfutprised'affant.
TABLE.
Belle Haranguedu Greffier de Valenciennesau
Roy. 2
Réponse du Roy à laLettrede Monfieur
le Marêchal de la Ferté ,fur
lapriſede Valenciennes .
Abregédes belles Actions de se Marêchal.
Le Roy écrit à Madame la Marechale
d'Estrées , fur la prise de Valenciennes.
Lettre de Monfieur le Duc de Saint
Aignan an Roy , fur laprise de Valenciennes.
Réponſe du Roy à Monsieur le Duc de
S. Aignan.
Monfienrle Comtede Louvigny rend
compre à Monsieurle Maréchalde
Graminont de la prise de Valenciennes
, &donne de grandes loüanges à
Monfieur le Chevalier de Vendos
me , &à Monsieur le Comte de S.
Aignan.
HistoireduMariage par hazard.
VersdeMadame le Camus pourMadame
la Comteffe de Guiche ſur ſon
Jubile.
Hv
TABLE.
Portrait du Roy en Vers par lamême
Madame le Camus .
Extraits de plufieurs Relations touchant
laBataille de Caffel.
Remarques particulieres touchant ce
qu'a fait Son Alteffe Royale dans
cette grande Journée.
Vers de Monsieur l'Abbé Cotin , à
Monsieur,fursa Victoire.
Lettre de Monsieur le Duc de Saint
Aignan,àMonfieur.
Réponsede Son Alteffe Royale, àMonfieur
le Duc de S.Aignan.
Sonnet de M.deB...
Monsieurle Marquis d'Effiat est envoyéau
Roy de lapart de Son Alteffe
Royale , & Monsieur de Merille à
Madame , pour leur rendre compre
de laBataillede Caffel.
Le Roy envoye Monsieur le Marquis
de Geſures à Monsieur sur ce
Sujet, & écrit à Madame par un de
Ses Ordinaires .
Monseigneur le Dauphin & la Reyne
entémoignent leurjoyeà Madame.
LaReyne envoye Monfieur le Vicomte
TABLE.
de Nantiac au Roy & à Monfieur ,
pour leur témoigner la part qu'elle
prend à la Victoire de Son Alteſſe
Royale.
Noms & Eloges de tous ceux quiſeſont
Signalezà la Bataillede Caffel.
Lettre de Monfieur le Duc de Saint
Aignan , au Roy , fur la prise de
Cambray.
Réponſe de la main du Roy , à Monfienrle
Ducde S. Aignan .
Fin de la Table.
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