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Nom du fichier
1677, 05, t. 3 (Lyon)
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5.25 Mo
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211
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Texte
Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teftamenti tabulis attribuit anno 1693 .


LE NOUVEAU
MERCURE
GALANT
CONTENANT
807155
LES
Nouvelles du mois de May
1677. & pluſieurs autres .
TOME III.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
Libraire , ruë Merciere,
à la Victoire .
M. DC . LXXVII.
AVEC PRIVILEGE DV ROr.
あわわわわわわわわわ?
Extrait du Privilege du Roy.
DarGrace & Privilege
du Roy , Donné
à S. Germain en Laye le 15. Fev. 1672 .
Signé, Par le Roy en ſon Conſeil VILLET,
Il eſt permis au Sieur Dam de faire imprimer
, vendre & debiter par tel Imprimeur
& Libraire qu'il voudra choiſir , un
Livre intitulé L. MERCURE GALANT , en
un ou pluſieurs Volumes, pendant le temps
de dix ans entiers , à compter du jour que
chaque Volume ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois. Et defenſes ſont faites
de contrefaire leſd. Volumes , à peine
de fix mille livres d'amende , ainſi que plus
au l'ong il eſt porté eſdites Lettres.
Regiſtre ſur le Livre de la Communautéle27.
Fevrier 1672 .
Signé , D. THIERRY , Syndic.
iLedit Sicur DaM. a cedé ſon droit de
Prvilege à THOMAS AMAULRY ſuivant
l'accord fait entre eux .
Achevé d'imprimerpour lapremierefois
le premierJuin 1677.
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE ST. AIGNAN
PAIR DE FRANCE.
M
ONSEIGNEUR,
C'est estre bien hardy de vous
adrefferune Epiſtre à vous quifai
tes tous les jours des Lettres admirables
, & qui écrivez avec une
délicateſſe dontfipeude Perſonnes
peuvent approcher. Cen'est point
auſſi comme bel eſprit que je prens
cette liberté. Les matieres dont
traitele Mercure luy ont déjadonné
entrée preſque dans toutes les
Cours de l'Europe. Ie cherche à l'y
faire recevoir agreablement , & je
n'enpuis trouver un moyen plus

EPITRE .
feur , que de luy faireporter vostre
Illustre Nom. Ce Nom est connu
par tout,MONSEIGNEUR , il n'y
a point de lieu , quelque reculéqu'il
ſoit où l'on demande qui vous éſtes,
&je ne puis douter que le Mercure
n'y trouve une tres -favorable reception
, ſi vous me permettez de publier
que le deſſein vous en a plû ;
que fa lecture vous a diverty, &
que c'est particulierementſur votre
approbation que je me suis enhardy
àlepoursuivre.De quelpoids
nefera- t-elle point aupres des Critiques
, cette glorieuse approbation
dont vousfouffrez que je meflate?
Dira-t'on que vous manquezde lumieres
pour juger ſainement des
chofes , Vous , MONSEIGNEUR ,
qui estes reconnu de tout le monde
pour un esprit tout éclairé,quipof-
Sedez éminemment ce qu'il y a de
plus belles Connoiſſances , & dont
les jugemens reglent ſi ſouvent
ceux de l'Academie Françoise,étaEPITRE.
blie pour mettre la Langue dansſa
plus exacte pureté? Ne croyezpas ,
MONSEIGNEUR , que ce juſte témoignage
que je rends de vous à la
verité ,ſoit un commencement des
loüanges que je meprepare à vous
donner . La matiere eſt un peu trop
ample , & de quelque coſté que je
me tournaſſe je m'en trouverois
bien- tost accabié. En effet , que
n'aurois-jepoint à dire de cette in-
Signe Valeur dont vous avez tant
de fois donné deſi éclatantes mar.
ques ? Elle paroiſtra afſſez ailleurs
dans le ſimple Récit que je me re-
Serveàfaire de vos grandes Actions
, & j'adjoûteray ſeulement icy
qu'elle ne vous estpas moins un bien
hereditaire, que cette merveilleuse
adreſſe de corps que vous avez
toûjours euë en partage. Nous le
voyonspar la Charge de Mestre
de Camp de la Cavalerie Legere
qui ne s'est jamais donnée qu'aux
vrais Braves , & dans laquelle
EPITRE .
feu Monsieur le Cote de S.Aignan
voſtre Pere s'acquit autrefois une
fi haute reputation ; & du coſté
de l'adreſſe , nefut-ilpaslefecondAffaillant
sous le Prince de
Conty au grand Carouſel de Loüis
XIII , comme vous l'avez esté
Sous leRoy à celuy dont ilplût à Sa
Majesté deſe donner le magnifique
Divertiſſement. Avec quel
avantage n'y parustes-vouspas,&
quels yeux manquâtes -vous d'attirer
dans une occasion fi propre
àfaire voir la grace toute particuliere
que vous avez dans ces nobles
Exercices qui font ſi neceffaires
aux Perſonnes de vostre
rang , & dont il y a eu mesme des
Fils de Rois qui n'ont pas quelque
fois dédaigné de venir prendre des
Leçosſoûs nos meilleurs Maistres .
Yen a t-il aucun où vous n'excelbiez
?ou plutôt,MONSEIGNEVR,
ne peut- on pas dire que vous estes
universel , & que la Galanterie
EPITRE.
est tellement née avec vous, que
vous n'ignorez riede ce qui lapeut
rendre confiderable? Il ne voussuf
fit pas de sçavoir executer. Combien
de Spectacles inventez en un
momentpour le Roy, où vous avez
fait admirer à toute la Cour la
prompte vivacitéde ce merveilleux
Génie qu'on ne sçauroit aſſez
estimer On s'yfouvient
plaisirde celuyde l'ifle
encor avec EnchanteaTRBADE OF
voir fans Yo
Spectacle
Spectacle qu'on n'a pû
furprise,&dont l'invention ne demandoit
pas moins une Ame toute
guerriere , qu'un efprit veritablement
galant. Mais à quoy mar.
restay-je,MONSEIGNEVR ? L'estime
& la confiance dont le Roy
vous a toûjours honoré, nefont-ellespas
la marque laplus indubitablede
ce merite extraordinaire
quiparleſi avantageusement pour
vous . En vous confiant la Place dont
il vous a fait Gouverneur , ilvous
amis entre les mains une des Clefs
EPITRE .
de ſon Royaume ; & ce grand Dépost
ne justifie- t-ilpas avec toute
la gloire qui vous est devë combien
vos longs ſervices l'ont persuadé
fortement de voštrefidelité ? Voila
beaucoup de chofes , MONSEIGNEVR
, qui feroient un long Panegyrique
pour un autre ; onferoit
aſſurément épuisé , &fi on adjoûtoit
en finiſſant qu'on en auroit
encor bien d'autres à dire,ceſeroit
uneflaterie quiferviroit d'embelliſſement
à la Lettre , & ces autres
choses ne seroient que ce qui
auroit esté déja dit ; mais iln'en
est pas ainſi de vous, & le Mercurevafaire
voirpar l'Article qui
vous regarde , que si j'ay fait icy
une legere ébauche de vostre Portrait
, ç'a esté Seulement pour
prendre l'occaſion de faire connoi-
Stre à tout le monde avec combien
de paſſion & de reſpest je ſuis ,
ONSEIGNEUR ,
Voſtre tres- humble & tresobeïffant
Serviteur. D.
NOUVEAU.
MERCURE
GALANT.
TOME III.
Ous m'enditestrop,
Madame , on s'oblige
ſoi - méme en
obligeant une Perſonne aufli
ſpirituelle que vous ; & la
peine que j'ay à vous amaſſer
des Nouveautez ne vaut pas
les remercimens que vous
m'en faites . Il eſt aisé d'eſtre
officieux pour une Amie de
vôtre importance , & le zele
Tom- 3 . A
2
LE MERCVRE
que je vous ay voüé m'ayant
toûjours fait chercher avec ardeur
les occaſions de vous en
donner des marques , je vous
ſuis plus redevable de voſtre
curioſité , que vous ne me
l'eſtes du ſoin que je prens
de la fatisfaire . Si ce que je
vous envoye merite le nom de
Preſent que vous luy donnez ,
j'ay la joye de vous en pouvoir
faire de confiderables . Ils le
feroient moins , s'ils eſtoient
tous de mon propre fonds : je
me ſers pour cela du bie d'autruy
, & ce qu'il y a d'avantageux
pour moy, c'eſt que ceux
à qui je prens , ne m'obligent
point à reftituer , il ſuffit que
je declare ce que je leur ay
pris. Ils ſont contens que vous
GALANT. 3
en joüiffiez , & nous ſommes
tous fatisfaits . Je vous ay
marqué dans la fin de ma
derniere Lettre , que j'eſtois
accablé par l'abondance de la
matiere , j'en ay encor plus
pour celle- cy, & je me trouve
dans la neceſſité , ou de vous
manquerde parole en ne vous
envoyant pas ma Lettre dans
le temps que je vous ay promis,
ou de ne vous pas mander
tout ce que je croy digne de
vôtre curioſité .L'embarras où
je ſuis ne m'empêchera pas
pourtant de comencer par où
j'ay finima derniere,&de vous
entretenir encore de la Bataille.
Je puis bien vous parlerdeux
fois d'une choſe dont
on parlera eternellement , &
1 A ij
4 LE MERCURE
dont on découvre tous les
jours des circonstances qui
augmentent la gloire que Son
Alteſſe Royale s'y eſt acquiſe.
Elle eut trois Batailles à ſoûtenir
dans la fameuſe Journée
de Caſſel , puis que les Bataillons
de fon Armée eurent
non ſeulement à combattre
ceux qui étoient dans la Plaine,
& ceux qui venoient apres
s'étre rafraîchis , mais qu'ils
efſſuyerent auſſi le feu de tous
ceux qui étoient à couvert
dans les hayes ; ce qui fait
voir que ſi les deux Armées
euſſent été en pleine Campagne
, celle de France , quoy
que beaucoup moins forte ,
auroit triomphe ſans que la
victoire y eût été diſputée un
GALANT.
5
ſeul moment. Je me ſens obligé
de vous dire à l'avantage
des Suiſſes , dont perſonne
n'a parlé juſques icy , qu'ils
y ont acquis beaucoup de
gloire ; Que les Gensd'armes
Anglois & Ecoffois chargerent
trois fois enſemble,
& que les Anglois furent
une quatrième fois à la charge
, & fe mélerent avec les
Gardes du Prince d'Orange
qui étoit à leur tête. Permetrez
- moy d'adjoûter à
cela quelque particularité des
Mouſquetaires , on n'en peut
parler trop ſouvent ; mais ce
que j'ay à vous en dire , prouvera
ce que j'ay déja marque
touchant le nombre des
Bataillons ennemis dont il
falloit qu'un ſeul eſſuyât le feu..
A iij
6 LE MERCURE
Ce fut pour cette raiſon que
les Mouſquetaires mirent pied
à terre , & non ſeulement ils
défirent les Bataillons qui les
avoient obligez de combatre
à pied, mais en remontant
à cheval ils eſſuyerent une
décharge qui leur fut faite par
de nouvelles Troupes , &
qui tua ſoixante de leurs Chevaux.
Ce fut là où Monfieur
de Moiſſac fut tué . Le
feul nom des Mouſquetaires
mit le defordre dans un Bataillon
Hollandois. Un Officier
qui eſtoit à la teſte les
voyant venir l'Epée à la main
d'une contenance toute fiere,
s'écria en ces propres termes.
Nous sommes perdus , ce font
les Mousquetaires : Voila la
troisième fois que je me trouGALANT.
7
déve
ſous leurs pattes. Ces paroles
ne leur font pas defavantageuſes
; puis qu'on les
rencontroit ſi ſouvent , c'eſt
une marque qu'ils eſtoient
partout. Auſſi ces Hollandois
en furent tellement épouvantez
, qu'apres une feule
charge qu'ils firent , ils jette
rent leurs armes pour être
moins embarraſſez en fuyant.
On ne peut refuſer au Princed'Orange
les l'oüanges qui
luy ſont deuës. Dés qu'il
vit le deſordre parmy ſes
Troupes , & qu'il étoit impoffible
de les rallier, il fit débander
toute ſon Infanterie
dans des hayes , de peur que
les chemins qui font fort ferrez
& méchans ne l'arreſtafſent
dans ſa retraite .Cet ordre
REQUE
LYO
A iiij
8 LE MERCURE
qu'il dõna à propos,empeſcha
la perte du reſte de sõ Armée .
Il ſe retira à Ypres , où il eut
quelque demêlé avec le Prince
de Naſſau , chacun d'eux
voulant que l'autre fût cauſe
du malheur qui leur eſtoit arrivé
; mais ils s'en devoient
plûtôt prendre à la prudente
conduite,& à la valeur de Son
Alteſſe Royale .
Puis que vous regardez les
Lettres que je vous écrits cũme
une Hiſtoire journaliere,
& que vous m'aſſurez que
pluſieurs en font de méme, je
croy être obligé d'y mettre
les Noms de beaucoup d'Officiers
qui ont eſté bleſſez ou
tuez en ſe ſignalant , & dont
je ne vous ay point encore
parlé.
GALAN T.
و
Bleffez .
M. le Comte de Carle, Enſeigne
des Gens d'armes Ecoffois,
bleſſé & priſonnier .
M. du Paſſage , Marechal
des Logis au même Corps.
M. le Chevalier de la Guette
, Capitaine-Lieutenant des
Gens d'armes Anglois , bleſſé.
&prifonnier.
M. le Chevalier de Croly,
Enſeigne.
M. Obrien , Maréchal des
Logis.
M. le Marquis de Mongon ,
Sous - Lieutenant des Gens
d'armes de Bourgogne.
M. le Marquis de Sepville,
Capitaine - Lieutenant des
Chevaux- Legers de la Reyne
M. le Marquis de Villarceaux
, Sous - Lieutenant des
A w
10 LE MERCURE
Chevaux Legers Dauphins.
M. Lanjon , Sous- Lieute--
nant des Gensd'armes .
d'Anjou .
M. de Refuge , Capitaine
aux Gardes , bleffé & prifonnier.
M. Maliffis ,
même Corps.
Capitaine au
M. des Alleurs , Capitaine
au même Corps.
M. le Sage.
M. de Varenne .
Monfieur de Fourrille, tous
trois Lieutenans au même
Corps..
M.de Beaumont Sous- Lieutenant
au même Corps .
M. de Nonant , Enſeigne
au même Corps..
M. de Villechauve,Lieutenant
Colonel du Regiment
GALANT. IT
du Roy , & Brigadier d'Infanterie.
M. des Farges , Lieutenant
Colonel du Regiment de la
Reine .
M. Laufier , Major du Regiment
des Vaiſſeaux .
M. de l'Etoille, Lieutenant
Colonel du Regiment Lyonnois.
M. Des-Dames , Major du
Regiment de Humieres .
M. de la Meloniere,Lieute--
nant- Colonel du Regiment
d'Anjou..
M. le Marquis de Genlis,
Colonel du Regiment de la
Couronne.
M. Le Marquis d'Are-fur
Tille , Fils aîné de Monfieur
le Comte de Tavanes , Capi--
zuine au même Corps..
12 LE MERCURE
M. Zegber , Major du Re
giment de Greder .
Tuez.
M. le Comte de S. Luc,
Mouſquetaire.
M. le Marquis de la Grange,
Guidon des Gens- d'armes
Ecoffois .
M. Macher , Guidon des
Gensd'armes Anglois .
M. Rirdan , Maréchal des .
Logis au même Corps .
M. Cordet , Maréchal des :
Logis des Gensd'armes de
Bourgogne.
M. le Chevalier de Beauvaux
, Capitaine- Lieutenant
des Gensd'armes de Monfieur..
M. le Marquis de Villacerf
Capitaine dans le Regiment ,
de Tilladet ..
i
GALANT.
M. de la Boiffiere , Capitaine
aux Gardes .
M. de Crean , Lieutenant
Colonel du Regiment de Humieres.
M. Sigoville , Major du Re
giment du Maine..
Monfieur Chelar, Major du
Regiment d'Anjou .
M. de Villars, Lieutenanta
Colonel du. Regiment
RoyaLYON
Italien..
M. Bouron , Lieutenant aux
Gardes , eſt le ſeul des Priſonniers
qui n'ait point été bleſſé.
On peut juger par là de l'ardeur
avec laquelle nos Troupes
ont combattu . Tous les
Officiers ſe ſont ſignalez ,
foit en s'engageant parmy
les Ennemis , foit en ralliant
leurs Troupes , & l'on ne
14 LE MERCURE
peut rien adjoûter à ce que les
Bleffez & les Priſonniers ont
fait . Vous voulez bien, Madame
, que je vous entretienne
du merite & de la valeur d'une
partie de ces Officiers.J'efpere
avec le temps vous parler
des autres , & je croy que puis
que vous ſouffrez que mes
Lettres deviennent publiques .
apres que vous les avez leuës,.
on prendra à l'avenir plus de
foin de m'informer du merite
de ceux qui ſe ſerőt diſtinguez
dans les grandes occafions.
*** Monfieur le Chevalier de
la Guette a combattu avec
beaucoup de vigueur ; mais
ayant eu un Cheval tué fous
luy , il ne put s'empécher de
tomber entre les mains des
Ennemis .
GALANT..
15
La famille de Monfieur le
د
&
Marquis de Villarceaux vous
eft connuë . Son grand Pere
étoit Conſeiller d'Etat
Monfieur le Marquis de Villarceaux
ſon Pere a toûjours
paffé pour brave , galant &
bien fait. Il fert encore le Roy
dans la Venerie, & celuy dont
je vous parle a la ſurvivance
de cette Charge. Il eſt auſſi
Sous - Lieutenant des Chevaux
Legers Dauphins , & a
été bleſſé à leur tête , en donnant
des marques de fon courage.
Monfieur de Refuge Capitaine
auxGardes, eſt Neveu du
Conſeiller de la GrandCham
bre qui porte le même nom,&
dont la probité eſt ſi connue..
Monfieur de Refuge fon Pere
2
LE MERCURE
a êté Lieutenant General en
Italie ſous le Prince Thomas,
qui connoiſſant font grand
merite, ſouhaita de l'avoir aupres
de luy,Monfieur le Marquis
de Refuge fon Frere a
beaucoup d'eſprit & de coeur.
Il ſçait parfaitemet bien l'Hiſtoire
. Il eſtoit à Maſtrik avec.
ſon Regiment , lors qu'il fut
aſſiegé par Monfieur le Prince
d'Orange. Il y fit connoître de
quelle Famille il eſtoit. Le Capitaine
aux Gardes dont j'ay
commencé à vous parler , a
fait voir dans cette derniere
occafion ainſi qu'en beaucoup
d'autres qu'il eſt digne du
Nom qu'il porte . On ne peut
avoir plus de merite qu'en
a Madame de Refuge icur,
Mere , ce qui ſe connoît pars
GALANT.
17
f'eſtime particuliere , & la
forte amitié que pluſieurs
grandes Princeſſes ont pour
elle.
Monfieur de Fourrille eſt
Fils du Lieutenant Colonel
des Gardes. Il n'a pas moins
de delicateſſe d'eſprit , que de
veritable valeur , & l'on ne
ſçauroit douter de la fatisfa-
Etion que le Roy a reçeuë de
ſes ſervices , puis qu'il luy a
donné la Charge de Capitaine
aux Gardes qu'avoit Monfieur
de la Boiffiere .
Monfieur de Genlis , quoy
que jeune encor , eſt Colonel
du Regiment de la Couronne
. On a veu mourir trois
de ſes Freres à la teſte de ce
Regiment ; mais les Gens de
coeur loin d'apprehender la
18 LE MERCURE
mort , portent ſouvent envie
à ceux qui la trouvent au Lit
d'honneur. Il eſt Neveu de
Monfieur le Marquis de Genlis,
Lieutenant General .
Monfieur le Marquis d'Arefur-
Tille , Fils aîné de Monfieur
le Comte de Tavanes,
eſt d'une des plus Illuſtres Familles
de Bourgogne. On a
veu des Maréchaux de France
dans ſa Maiſon, & il n'a pas
été bleſſe ſans vendre bien
cher aux Ennemis le peu de
ſang qu'il a répandu .
On a peu connu de Gens
plus intrépides que Monfieur
de Moiſſac Cornete des Moufquetaires
blancs. Il avoit donné
en Candie des marques
d'une grande valeur,& s'étoit
fignalé dans le Regiment des
GALANT.
19
Gardes dont il eſtoit Officier,
avant que Sa Majesté eût reconnu
ſes ſervices , en le faiſant
Cornete des Mouſquetaires
. Il entra le ſecond dans
Valenciennes , & apres avoir
pouſse les Ennemis à la Bataille
de Caffel,combatant à la
teſte des Mouſquetaires , il a
eſté tué en remontant à che
val.
Monfieur le Comte de Carſe
, Fils aîné de Monfieur le
Marquis de Gordes , eſt mort
à Ypres , des bleſſures qu'il
avoit reçeuës à la méme Bataille.
Il eſt de la Maiſon de
Simiannes , qui eſt une des
plus confiderables de Provence
, & fon Grand Pere eſtoit
Capitaine des Gardes du
Corps ſous Louis XIII. On
20 LE MERCURE
ne peut avoir plus d'eſprit
qu'en avoit ce Comte , quoy
qu'il ne fût âgé que de vinge
& deux ans ; & nous avons
admiré de tres - beaux Ouvrages
auſquels il avoit beaucoup
de part.
Monfieur de Creil , Capitaine
aux Gardes , merite
bien de trouver ſa place
icy. Les Ennemis ayant fondu
ſur ſon Bataillon qu'ils
mirent d'abord en defordre ,
il le rallia avec beaucoup
de courage , & le mit plufieurs
fois en eſtat de les foûtenir.
J'oubliois à vous parler de
Monfieur de la Tournelle,Capitaine
au Regiment Royal
des Vaiſſeaux , qui fut bleſſé
en allant dire au Comman
GALAN Τ . 21
dant du Bataillon qu'il falloit
attaquer les trois des Ennemis
qu'il avoit en teſte. Ce
fut la premiere action du
Combat , ce Bataillon de
quatre cens Hommes ayant
paſſe le premier le Ruiſſeau,
& rompu ſur une hauteur les
trois Bataillons qu'il eſtoit allé
chercher. Monfieur de la
Tournelle s'eſt ſignalé depuis
dix- sept ans en toutes les occafions
où ſon Regiment a
eſté employé. Il fut bleſſfé à
Bouchain & il l'avoit eſté auparavant
à Senef, où il merita
d'être diftingué par Monfieur
le Prince.
Je croy vous devoir dire encor
que je me fuis trompé, en
vous marquant que Monfieur
de Tracy eſtoit à la Bataille.
22 LE MERCURE
Ce ſont quelques Relations
qui m'ont fait faire cette faute
; mais il eſtoit facile de ſe
méprendre , puis que le Secours
qu'il avoit amené a combatu.
Il ne me reſte plus pour
vous tenir parole , qu'à vous
envoyer les Vers dont je vous
ay déja parlé , mais je vous
avertis que je ne prétés point
être garant de ce qui ne vous
y plaira pas , s'il arrive que
vous y trouviez quelque choſe
à condamner. Ce n'eſt point
àmoy à les examiner quand
ils viennent d'un Autheur celebre
, & qui s'eſt déja acquis
de la reputation par d'autres
Ouvrages. Si je vous en envoye
de mediocres ſans vous
nommer ceux qui les auront
GALANT.
23
faits , je veux bien vous en
être reſponſable : & cependant
je paffe au Sonnet de
Monfieur l'Abbé Tallemant
l'ainé, que je vous ay promis.
Il eſt de l'Academie Françoiſe
, & fon Eſprit eſt connu par
des Ouvrages d'une autre
confideration que des Sonnets
. Il a fait des Traductions
qui ont eu l'avantage de plaire
au Roy , & il nous a délivré
du vieux langage d'Amiot
, par celle qu'il nous a
donnée de Plutarque.
14 LE MERCURE
A MONSIEUR ,
Sur la Victoire qu'il a remportée
, & fur ſon humanité
apres la Bataille.
SONNET ,
N celebre par tout vos belles
Actions ,
La France retentit du bruit de
vostre gloire ;
Et le récit pompeux de cette grandeHistoire,
Vafaire l'entretien de mille Nations.
De Chef & de Soldat faisant les
fonctions ,
Votre rare Valeur nous donne la
Victoire,
Et
GALANT.
25
Et la Posterité ne pourra jamais
croire ,
Que l'on ait triomphe de tant de
Legions.
६००३
Surmonter à la fois l'Espagne &
laHollande,
Ce n'est pas tout l'honneur que
voſtre coeur demande :
S'il a paru terrible, il veut paroîtrehumain.
Tel qui vous vit plus fier que le
Dieu des Batailles
Le jour que vostre Bras fit tant
deFunerail les ,
N'a point veu de Vainqueur plus
doux, le lendemain.
Je croy , Madame, qu'il ſeroit
difficile de trouver des
Vers plus coulans,& que dans
leur douceurdont chacun de-
Tom. 3 . B
\
26 LE MERCURE
meure d'accord , vous remarquez
celle de l'eſprit de l'Illuſtre
Autheur à qui nous les
devons.
Si le Sonnet que vous venez
de voir , vous a fait connoître
l'ardeur du zele de
Monfieur l'Abbé Tallemant
pour la gloire de Son Alteſſe
Royale , celuy de Monfieur
l'Abbé Eſprit ne vous en fera
pas moins paroître . Levoicy.
A MONSIEVR ,
Sur la Baraille de Caffel , & la
priſe de S.Omer.
SONNET..
A
Itaquer Saint Omer , &
d'une noble audace
GALANT.
27
Aller remplir d'effroy le Camp
des Ennemis ,
Les combattre , les vaincre, & les
ayent Soûmis ,
Deux fois victorieux entrer dans
cette Place
3-
AL
Forcer les Aſſiegez à luy demander
grace ,
Leur faire aimer le joug où fon
Brasles a mis,
Remplir tous les Emplois à Sa
Valeur commis ,
C'eſtſuivre le chemin que la Gloire
luy trace 1
Les plus fameux Héros quait
vûs l'Antiquité,
N'alloient que pas àpas à l'ImmortalitéS
TH
Ils estoient couronnez apres de longues
peines .
Bij
28 LE MERCURE
2003
PHILIPPE vaplus vite , & ſon
courage est tel ,
Quepassant les Exploits des plus
grands Capitaines ,
Dés fon premier. Triomphe ilſe
rend Immortel.
Je n'ay rien à vous dire davantage,
ce Sonnet parle affez .
Monfieur l'Abbé Eſprit vous
eſt connu ,& vous ſçavez qu'il
a fait d'autres Ouvrages qui
luy ont acquis à juſte titre
beaucoup de reputation.
Tout le monde s'eſt intereſſe
à la gloire de Son Altaffe
Royale , & les Dames y
ont auſſi voulu prendre part.
Voicy les Vers que Madame
le Camus a preſentez
TE grand philippe Auguste
GALANT.
29
Et Philippe le Bel , tous trois Rois
des François, ....
Ont pres du Mont Caſſel emporté
laVictoire;
Mais avec plus d'éclat Philippe
de Bourbon ,
Portant come eux le méme Nom,
Vient d'estre au méme lieucouronné
par la Gloire .
Vous avez déja veu trois fois ,
Espagnols, Flamans, Holandois,
Pres de ce Mont fameux défaire
vostre Armée ,
Par nos redoutables François.
La Victoire avec eux est trop accoustumée
, 1 of
Quitez vostre arrogance ,elle est
-... bien reprimée ::
Partant de glorieux Exploits.
Ce Mont Caffel a vew SonAlteffe
Royale
Faire des efforts plus qu'humains:
B iij
30 LE MERCURE
Agir de la teste & des mains,
Avec une vigueur àSaprudence
égale.
Héros qui diſputiez l'Empire des
Romains,
Vous ne fiftes pas mieux dans les
Champs de Pharſale.
N'en Soyons pointSurpris ; depuis
que le Soleil
Eclairefur nôtre Hemisphere,
Ilne s'est rienveu de pareil
A nôtre Grand Monarque , &
Philippe eft fon Frere .
Avoüez , Madame, que ces
Vers ne ſont pas indignes du
Héros qui les a reçeus , qu'ils
ont un tour facile, qu'il eſt rare
de trouver dans ce qu'on
travaille avec trop d'étude, &
que pour leur donner vôtre
approbation ,vous n'avez pas
GALANT.
31
beſoin de conſulter l'eſtime
que vous avez pour Madame
le Camus , qui ſoûtient ſi noblement
les avantages de vôtre
beau Sexe.
Voicy deux autres Sonnets
pour Leurs Alteſſes Royales.
Ils font de Monfieur Robinet
, qui travaille à la Gazette
depuis trente cinq ans , & qui
a fait ſeul cous les Extraordinaires
que nous avons veus
juſques à l'année derniere. Ils
luy ont acquis beaucoup d'éſtime,&
le Public luy a rendu
là-deſſus la justice qu'il luy
devoit. LYON
Bij
32 LE MERCURE
A MONSIEUR ,
SUR SES VICTOIRES.
Q
SONNET.
De tu nous parois Grand
dans la Licede Mars,
Où ton Coeur & ton Bras moiſſfonnent
tant de Gloire !
Oufaisant le Mestier du premier
des Cefars , :
On te voit remporter Victore fur
Victoire!
Ta Valeur Sçait trouver dans les
affreuxHazards,
Le Renom qu'aux Héros on con-
Sacre en l'Histoire.
Tuſçais fur des débris d'Hommes
& de Remparts ,
Toy - méme te baštir un Temple de
Mémoire.
:
GALANT.
33
Apres tes grandsExploits , brillant,
victorieux ,
Vien recevoir l'honneur qu'on doit
aux demy-Dieux...........
Vien joüir du Triomphe & fi
doux &ſi juste.
LesMuses, àl'envy , te chantent
dans leurs Vers , pour
Et font voler ton Nom aux bout
de l'Universblyrataf
Avec le Nom fameux d'un Roy
plus grandqu' Auguste
A MADAME ,
Sur les Victoires , & fur le Re.
tour de MONSIEUR.
G
SONNET
Agnant une Bataille,&for
çant une Ville,
YGN
BV
34 LE MERCURE
PHILIPPE Se découvre à nos
jeux tout entiers
C'est un Prince, à la Cour, d'humeur
douce & civile ,
Qui dansson airgalant ne mesle
rien de fier f
Mais dans le Champ deMars,
PHIILIPPE est un Achille ,
Il prend l'air &le front d'un
terrible Guerriersaler anot
D'un interépide Coeur , &d'une
Ame tranquillet of out.
Ils'avance au Combat , &chargele
premier.
ЯМАAM
Grande Princeffe , il vient tout
P
éclatant de gloire ,
A
Son front est couronné des mains
de la victoire
Mais c'est peu qu'un Triomphe
&fi noble &fi beau
GALANT.
35
:
Ordonnez que l'Amour rendant
Son heur extreme ,
Four digne Feu de joye allume
Son Flambeau ,
Et d'un Myrthe charmant couronnez-
le vous -méme.
Tous ces Vers , & beaucoup
d'autres encor,furét preſentez
à Monfieur quelques
jours apres ſon arrivée à Paris
. Ce Prince avant quede
partir pour ſe rendre en cette
Ville, avoit eſté au devant de
Sa Majesté à Teroüanne. Le
Roy le tint un demi quart
d'heureembraffé,&luy témoi
gna une ſi grande tendreſſe,
que toute la Cour fut charmée
de l'air & dela maniere avec
laquelle ce Monarque le sen
çeut. Le lendemain de fon ar
36 LE MERCURE
rivée à Paris, la Reyne le vint
viſiter avant que d'aller aux
Carmelites , & Leurs Alteſſes
Royales furent en ſuite
dîner avec elle
- Vous avez impatience ſansdoute
que je vienne aux particularitez
des deux derniers
Sieges qui ont acquis tant de
gloire aux Armes du Roy.
J'en ay recueilly de tres- fidelles
Memoires : mais , Madame,
avant que de vous en faire
part , il faut que je vous
conte une Avanture qui a
mis de la froideur entre des
Gens qui ſembloient ne devoir
jamais eſtre broüillez ;
Vous connoiffez une des Parties
intereſſées, & voicy.comme
le tout s'eſt paffé. Une
fort aimable Marquiſe,qui valoit
bien l'attachement entier
GALANT.
3:7
d'un honneſte,Homme, avoit
étably une amitié de confiance
& d'eſtime avec un Cavalier
qui la meritoit . Il joignoit
à beaucoup d'eſprit le don
d'eſtre auffi galant qu'aucum
autre qui ait jamais eu de la
complaifance pour le beau
Sexe;& une des conditions de
leur amitié fut qu'ils ne ſe cacheroient
rien l'un à l'autre.
Cependant il eut du panchant
pour une jeune Veuve qui
qui avoit autant de naiſſance
que de merite , ce panchant
approchoit un peu del'amour,
& il en fit miftere à la Marquiſe.
La belle Veuve quiaimoit
les Gens d'eſprit , n'eut
point de chagrin de ſes vifites
; tout ce qui flate plaît , il
luy dit des douceurs , & elle
38 LE MERCURE
ne crût pas avoir ſujet de s'en
gendarmer. Le Cavalier qui
ſçavoit que les Femmes ſe laiffent
toucher par tout ce qui
fe fait de bonne grace,ſe montre
empreſſfé à la divertir. Il la
veut régaler , tâche à la tirer
de chez elle , luy propoſe d'agreables
parties , mais tout cela
inutilement. La Belle étoit
ſcrupuleuſe , elle haïfſoit l'éclat
,& ne vouloit point donner
à parler.Une de ſes Amies,
qui l'étoit auffi du Cavalier,
trouvamoyen de concilier les
choſes. Elle convint qu'il emprunteroit
quelque Maiſon à
une lieuë de Paris , fans dire
pour qui , qu'il luy apporteroit
un Billet portant ordre au
Conciergede recevoir quatre
Dames à l'exclufion de tous
GALAN T.
39
3
autres(car la belle Veuve vou
loit des Témoins qui éloignaffent
l'idée d'un Rendez - vous
trop particulier ) qu'il prendroit
ſes meſures pour le Régal,
& qu'il ne ſe ſcandaliferoit
pas ſi on luy en témoignoir
de la ſurpriſe, & même un peu
de colere , felon que le cas
échéeroit La Veuve étoit fie HÈQUE
re ,& ne fouffroit pas volont
VOR
tiers qu on ſe mit en frais pour
elle. Tout cela ſe faifoit fous
pretexte de promenade , &
elle ne devoit rien fçavoir de
plus . Il n'en falloit pas dire
davantage au Cavalier . Il'ari
rêté le jour , envoye le Biller,
donne les ordres pour le Régal;&
afin de faire les choſes
plus galamment , il ſe réſout à
ne s'y trouver que fur la fin
40 LE MERCURE
Cela luy donnoit lieu de defavoüer
qu'il fût l'Autheur de
la Feſte , & on ne l'auroit pas
moins crû pour cela. Le jour
choiſi arrive ; le Concierge
avoit efté averty par ſon Maître,
de ne laifſfer entrer que les
quatre Dames qui luy montreroient
un Billet de ſa main .
Pour le Cavalier il avoit tout
pouvoir, & dés le jour precedent
il avoit diſposé ce qui
eſtoit neceffaire à fon deſſein,
mais par malheur pour luy la
belle Veuve ſe trouva ce jour
là même dans un engagement
indiſpenſable de monter en
Caroffe à dix heures du ma
tin,pour ne revenir qu'au foir .
Son Amie écrit promptement.
au Cavalier de remettre la
partie au lendemain , de faire
GALAN T. 41
changer le Billet d'entrée
qu'on luy renvoye ( car le jour
y eſtoit marqué ) & d'eſtre afſeuré
qu'il n'y auroit plus de
changement . On donne la
Lettre à un Laquais ; le Laquais
perd la Lettre en la portant
; & de peur d'eſtre batu ,
il revient dire qu'il l'a donnée
au Portier,parce que le Cavalier
venoit de ſortir.La Veuve
&fon Amie partent ; le Cavalier
va chez la Marquiſe. On
l'y veut retenir à dîner,il s'excuſe
ſur un embaras d'affaires
chagrinantes qu'il ne peut remettre,
& il attend impatiemment
que le ſoir arrive pour
voir le fuccés de ſon Regal.
Il eſt à peine forty,
que la Suivante de la Marquiſe
vientdire en riant à ſa Maîtreſſe
, qu'elle avoit bien des
42 LE MERCURE
4
nouvelles à luy conter. Ces
nouvelles eſtoient, qu'un Laquais
marchoit devant elle
dans la Ruë , qu'il avoit laiſſé
tomber un Billet,qu'elle l'avoit
ramaffé , que ce Billet s'adreffoit
au Cavalier,& que le deffus
eſtoit d'une écriture de
femme. La Marquiſe l'ouvre,
trouve l'ordre au Concierge
de recevoir quatre Femmes
ce jour là , & reconnoît
ſeulement la main de celuy
qui l'avoit écrit. C'eſtoit un
Conſeiller d'un âge affez avancé
, & en réputation d'une
avarice conſommée. Il
venoit quelquefois chez elle,
ſa Maiſon de Campagne luy
eſtoit connue , & il ne reſtoit
plus qu'à découvrir pour
qui la partie ſe faifoit. Elle
GALANT.
43
refléchit fur le refus que le
Cavalier luy avoit fait de dîner
avec elle , fur les preſſantes
affaires qui luy en avoient fervy
d'excuſe, & rapportant cela
au Billet perdu , elle ne doute
point qu'on ne luy faſſe fineſſe
de quelque Intrigue.L'éclairciſſement
ne luy en ſcauroit
rien coûter. Elle dîne
promptement,va prendre trois
de ſes Amies , monte enCarroffe
, fort de Paris , & les mene
à la Maiſon du Conſeiller.
On la refuſe ſur l'ordre reçeu
de ne laiſſer entrer perſonne.
Elle ſoûrit , dit que l'ordre ne
doit pas eſtre pour elle , montre
le Billet ; grandes excuſes,
tout luy eſt ouvert , & le Concierge
l'affure qu'il n'eſt là
que pour luy obeïr. Ce début
44 LE MERCURE
contente aſſez la Marquiſe ,
elle entre dans le Jardin avec
ſes Amies, leur fait fairequelques
tours d'Allée , & les
ayant conviées à s'aſſeoir dans
un Cabinet de verdure ( car
puis qu'on la laiſſoit maîtrefſe
de la Maiſon , c'eſtoit à elle
à en faire les honneurs ) elles
n'ont pas plûtôt pris plaqu'elles
entendent des
Voix toutes charmantes foûtenuës
de Theorbes & de
Claveſſins. La Marquiſe regarde
les Dames , elles ne
ſçavent toutes que penſer , la
reception eſt merveilleufe , &
ces préparatifs n'ont pas êté
faits en vain. Apres que cette
agreable Muſique a cefsé
, elles ſe levent & prennent
une autre Allée qui ſe
ce,
GALAN Τ .
45
terminoit dans un petit Bois ;
elles y entrent. Autre divertiſſement
. C'eſt un Concert
merveilleux de Muſetes , de
Flûtes douces , & de Hautbois.
Cela va le mieux du
monde;mais il faut voir à quoy
tout aboutira . Le plus grand
étonnement des Dames eſt de
ne voir perſone qui s'intéreſſe
à cette Feſte . Elles ſortent
du Jardin ; le Concierge qui
les attend à la porte , les prie
de vouloir entrer dans la Salle
, & elles y trouvent une
Collation ſervie avec une
magnificence qui ne ſe peut
exprimer. La Marquiſe qui
avoit êté bien -aiſe de jouir des
Hautbois& de la Muſique,uſe
de quelque referve fur l'article
de la Collatió.Elle dit qu'aſſu
46 LE MERCURE
rément on ſe méprenoit , que
tant d'apprêts n'avoient point
eſté faits pout elle ; & on luy
proteſte tant de fois qu'autre
qu'elle n'entreroit das la Maifon
de tout lejour , qu'elle est
obligée de ſe rendre. Quoy
qu'elle ne doute point que
cette mépriſe ne ſoit l'effet
du Billet perdu , & qu'elle
voye clairement que le Régal
vient du Cavalier , qui comme
j'ay dit étoit fort galant ,
elle prie qu'au moins on luy
apprenne à qui elle est obli
gée d'une honneſteté ſi ſur+
prennante. A cela point d'au
tre réponſe que de la prier de
s'aſſeoir. Voila donc les Dames
à table ; elles mangent
toûjours à bon compte , au
hazard de ce qui peut arriver;
GALAN T. 47
e
4
& les Violons qui les viennent
divertir pendant la Collation
, font l'achevement de
la Feſte. Enfin le Cavalier arrive
, on luy dit qu'il y a quatre
Dames à table. Il entend
les Violons,& n'ayant point à
douter que ce ne ſoit ſa belle
Veuve, il ſe prépare à luy faire
la guerre de la maniere la
plus enjoüée,de ce qu'elle luy
a fait fineſſe du Régal qu'on
luy donnoit. Il entre dans la
Salle en criant , voila qui eft
bien honnefte , & n'a pas ache
vé ce peu de mots, que reconnoiffant
la Marquiſe , il croit
eſtre tombé des nuës , & ne
rien voir de tout ce qu'il voit.
La Marquiſe l'obſerve.ſe cons
firme dans ce qu'elle croit par
le trouble où il eſt,&feignant
48 LE MERCURE
de n'y rien penetrer ; que je
fuis ravie de voir, luy dit-elle !
par quel privilege eſtes - vous
icy ? car on n'y laiſſe entrer
aujourd'huy perſonne. Venez
, mettez- vous aupres de
moy; Monfieur le Conſeiller
qui me reçoit avec la magnificence
que vous voyez, voudra
bien que je vous faſſe
prendre part à la Feſte. Ces
paroles jettent le Cavalier
dans un embarras nouveau . Il
ne ſçait ſi le Coſeiller le jouë,
ou ſi c'eſt la Veuve qui luy
fait piece; & ne pouvant deviner
par quelle avanture il
trouve la Marquiſe dans un
lieu où il ne l'attendoit pas, il
tâche à luy cacher ſa ſurpriſe,
pour ne luy pas apprendre ce
qu'elle peut ignorer ; maisila
beau
GALANT. 49
-
e
S
T
1
ال
1
1
F
a
1
beau ſe vouloir mettre de
bonne humeur , ſa gayeré paroît
forcée , & la malicieuſe
Marquiſe ſe fait un plaiſir
merveilleux de ſon deſordre.
S'il reſve un moment,elle veut
qu'il ſoit jaloux de ce qu'un
autre que luy la régale d'une
maniere ſi galante , & luy dit
plaiſamment qu'il faut quintel
ait de bons Eſpions , pour
avoir aſté averty de tout fi à
point nommé. Il répond qu'à
pres s'être tiré de ſon affaire
chagrine qui n'alloit pas comme
il ſouhaitoit, il avoit appris
qu'on luy avoit veu prendre
la route de cette Maiſon où ils
s'eſtoient ſouvent promenez
enſemble , qu'il l'y eſtoit venu
chercher , & qu'il avoit
eu bien de la peine à ſe faire
Tom. 3 . C
50 LE MERCURE
ouvrir. La Marquiſe feint de
croire ce qu'il lui dit,& lui parlãt
à demi bas, mais affez haut
pour être entenduë des Dames
, n'admirez - vous pas , lui
dit-elle , ce que fait faire l'amour
? car il faut de neceſſité
que Monfieur le Conſeiller
m'aime ſans me l'avoir osé dire.
Voyez de quelle maniere
il me fait recevoir chez luy.
Il eſt le plus avare de tous les
Hommes, & cependant il n'y
a point de profufion pareille
à la ſienne . Nous avons eſté
déja régalées dans le Jardin de
Voix,de Hautbois ,& de Concerts
; c'eſt une galanterie
achevée,& je croy que je l'aimeray
s'il continuë. Le Cavalier
perdoit patience, & il fut
tenté vingt fois de s'expliquer,
GALAN T.
51
i
e
1.
es
e
é
e
-
e
dans la penſée que ſon ſecret
eſtoit découvert ; mais il pouvoit
ne l'eſtre pas , & c'eſtoit
affez pour le retenir. Le jour
s'abaiſſoit,on remonte en Carroffe.
Le Cavalier prend placedans
celui de la Marquiſe,
qui le mene ſouper chez elle,
& ne le laiſſe ſortir qu'à minuit.
Ce n'eſtoit point aſſez,
la Piece pouvoit eſtre pouffée
plus loin , & c'eſt à quoy la
Marquiſe nemanque pas . Elle
ſçait par le Billet perdu , que
les Dames inconnues s'attendoient
à eſtre régalées le lendemain.
Elle fonge à mettre
le Cavalier hors d'eſtat de s'éclaircir,&
par conféquent de
t
fatisfaire les Belles . Elle luy
envoye pour cela de fort
bon matin deux de ſes Amis
Cij
52 LE MERCURE
qui l'arreſtent, juſqu'à ce qu'-
elle paſſe chez luy elle méme,
& fait ſi bien , que malgré
qu'il en ait, elle l'engage pour
tout le reſte du jour. Ce n'eſt
pas ſans plaiſanter plus d'une
:
fois ſur la prétenduë galanterie
du Conſeiller. Mais tandis
que la Marquiſe ſe divertit
agreablement ; on s'ennuye
chez la belle Veuve de n'avoir
point de nouvelles du Cavalier
. L'heure de la promenade
ſe paſſant , on s'imagine
qu'il s'eſt piqué de ce qu'on
avoit remis la Partie , on le
traite de bizarre , & on proteſte
fort qu'on ne luy donnera
jamais lieu d'exercer ſa méchante
humeur. Il rend viſite
le lendemain , débute par
quelque plainte ; & la belle
GALANT.
53
DE
LA
le
Veuve qui ne luy explique
rien , ſe contente de luy répondre
fort froidement. Son
Amie plus impatiente
querelle de les avoir fait attendre
tout le jour ; la choſe
s'éclaircit , on fait venir
le Laquais. Le Laquais ſoutient
qu'il a donné le Billet
à ſon Portier ; & alors le Cavalier
ne doute plus qu'il
n'ait été remis entre les mains
de la Marquiſe , quoy qu'il
ne ſcache comment. Il conjure
la belle Veuve de choifir
tel autre jour qu'il luy plaira
, & il n'en peut rien obtenir.
Il retourne chez la Marquiſe
, qui luy demande s'il
a fait ſa paix avec les Belles
qu'il a manqué à régaler le
jour precedent . Il ſe plaint de
Ciij
1
$4
54 LE MERCURE
ſa maniere d'agir avec luy; elle
reproche le ſecret qu'il lui a
fait de ſes Intrigues contre les
loix de leur amitié. Ils ſe ſeparent
en grondant , & je
croy qu'ils grondent encor
preſentement. J'ay ſçeu toutes
les circonstances de l'Hiſtoire
, d'un des plus particuliers
Amis du Cavalier. La
Marquiſe veut qu'il lui nomme
la Dame pour qui ſe faifoit
la Feſte , & le Cavalier
veut eſtre difcret . Voila l'obſtacle
du racommodement.
- Venons an Siege de Cambray.
Je croy, Madame , qu'il
n'eſt pas beſoin de vous faire
ſouvenir que cette Ville
eſt une des plus anciennes de
la Gaule Belgique , qu'elle
fut baſtie du temps de Servius
GALANT .
55
Tullius fixiéme Roy des Romains
,& qu'il a toûjours eſté
fi difficile de la prendre à force
ouverte ſans y perdre beaucoup
de monde , que quand
le ſecond de nos Rois s'en
rendit le Maître , ce ne fut
qu'apres y avoir veu périr
cinquante - trois mille Hommes
de part & d'autre. Si cette
grande Ville eſtoit ſi forte
dés le temps de Clodion , on
pouvoit la croire imprenable
depuis que Charles Quint y
cut fait bâtir cette redoutable
Citadelle dont il n'y a perſon .
ne qui ne parle avec étonnement.
Nous avons perdu certe
Place il y a quatre- vingts
deux ans. Les Eſpagnols l'af
ſiegerent en 1595. Monfieur
le Duc de Rhetelois ſe jetta
Cij
96 LE MERCURE
dedans par l'ordre de Monſieur
le Duc de Nevers fon
Pere . Le Maréchal de Balagny
qui y commandoit en
avoit êté declaré Prince ,& ne
croyez pas , Madame , qu'elle
fût alors attaquéede lamaniere
qu'elle vient de l'eſtre par
le Roy. Cette vigueur n'appartient
qu'aux François , & il
eſt difficile de les vaincre, ſi on
ne joint l'adreſſe à la force.
Quand les Eſpagnols méditerent
cette Conqueſte , le Roy
Henry IV . qui avoit des affaires
chez luy , eſtoit à Fontaine
-Françoiſe où il tailloit de
la beſogne aux Ennemis qui
vouloient paſſer en Bourgogne
; mais ce n'eſtoit pointaffez
que ce Grand Prince fût
hors d'état de venir ſecourin
GALAN Τ. 17
-
Cambray,il y avoit des Fraçois
dedans, & les Eſpagnols craignant
qu'ils ne fiſſent une trop
longue reſiſtance qui en auroit
pû empêcher la priſe , en
donnant lieu au Secours de
s'aſſembler , s'aviſerent d'un
ſtratagéme qui leur réüſſit.
Le prix du Bled eſtoit diminué
de beaucoup par l'abondance
de l'année , ils ſçavoient
qu'il y en avoit de
grandes proviſions dans la
Place,& ils pratiquerét adroitement
des Particuliers qui
endonnoient plus qu'il ne valoit.
La veuë d'un gain confiderable
tenta l'avarice de Madame
de Balagny , qui au déçeu
de ſon Mary en vendit la
plus grande partie en divers
temps ;& quand on en eur
CW
58 LE MERCURE
en quelque façon épuisé la
Place, le Comte de Fuentes la
vint aſſieger. L'impoſſibilité
d'attendre du Secours parce
que les Vivres manquerent
incontinent aux Affiegez , les
obligea de ſe rendre , & on
tient qu'il en prit un fi grand
faiſiſſement à Madame de Balagny
, qu'elle mourut dans le
moment que fon Mary ſignoit
la Capitulation . Toutes ces
choſes relevent debeaucoup
la gloire du Roy , & tous accoûtumez
que nous fommes
à voir autant de Miracles
qu'il fait de Conqueſtes, nous
ne concevons qu'avec peine
qu'en fi peu temps , &
fans aucune perte confiderable
, il ait pû réduire une Ville
qui a coûté autrefois tant
GALAN T.
59
DELE
a
a
5
de milliers d'Hommes , fortifiée
d'une Citadellequi en devoit
au moins retarder la priſe
depluſieurs mois, & que l'Efpagne
ne nous avoit oftée que
par ſurpriſe,pendant que l'Invincible
Henry qui en eſtoit
fort éloigné , avoit ailleurs
de Preſſantes Guerres à fou
tenir. Mais ſuivons noftre
Grand Monarque , il ne fait
que fortir de Valenciennes,&
il eſt déja devant Cambray.
Avant que d'entrer dans
le détail de ce Siege , je croy
vous devoir nommer tous
ceux qui ont alternativement
monté la Tranchée , afin d'éviter
une repetition des Noms
qui ſeroit ennuyeufe, & groffiroit
trop ma Lettre.
60 LE MERCURE
Mareschauxde France .
M. le Maréchal de Schom
berg.
M. le Maréchal de la Feüillade..
M. le Duc de Luxembourg.
M. le Maréchal de Lorge..
Lieutenant Generaux.
M. le Marquis de Renel..
M. de la Cardoniere:
M. le Comte d'Auver
gne..
M. le Duc de Villeroy.
Maréchaux de Camp.
M. le Prince Palatin de
Birkenfeld.
M. le Comte de S. Gerani.
M. le Marquis de Tilladet..
M. le Chevalier de Tillas
det..
L
:
GALANT .
M. le Marquis de Jauvelle..
Brigadiers de Cavaleric.
M. de la Fuite ..
M. de Buzenval .
M. le Comte de Tallard..
M. d'Auger .
M. de Joffan .
Brigardiers d'Infanterie..
M. de Rubantel..
M. de Tracy.
M. le Marquis d'Uxelles..
M. de Villechauve..
M. de S. George .
Aydes de Camp du Roy..
M. le Chevalier de Ven
dofme..
M. le Prince d'Harcourt .
M.le Marquis de Chiverny.
M. le Marquis de Cavois .
M. le Marquis de Danjeau .
Pendant qu'on travailloit
aux Lignes, les Ennemis firent
62 LE MERCURE
une Sortie, mais ils furent repouſſez
juſques à la Paliſſade
par Monfieur Roze Brigadier
de Cavalerie, qui fut bleſſé en
cette occaſion d'un coup de
Mouſquet à la cuiffe .
Le Roy vifitoit & preſſoit
fans ceſſe les Travaux ,& apres
qu'on eut achevé les Lignes
de circonvalation & de contrevalation
, qui furent faites
par les Païſans de Picardie ,
il ordonna l'ouverture de la
Tranchée . Elle ſe fit la nuit
du 29 au 30 de Mars ; Sa Majeſté
y demeura long-temps ,
& fit avancer le Travail. Le
feu des Ennemis fut mediocre,&
leur Canon ne tira que
lematin.
La nuit du 30 au 31 .
Les Ennemis firent grand
feu . On avança beaucoup le
GALANT. 63
Travail , on ne perdit ny Soldats
, ny Officiers . Monfieur
de la Salle le Fils Officier aux
Gardes fut bleſſé .
Lanuit du 31 au i d'Avril.
On avança beaucoup. Les
Ennemis firent grand feu de
Grenades , & furent fort incommodez
par nôtre Canon.
Lanuit du au 2 d'Avril.
On fit un Logement fur
la Contreſcarpe ; mais la
droite commandée par Monſieur
le Mareſchal de la
Feüillade , & par Monfieur le
Comte d'Auvergne , pouſſa ſi
avant , qu'elle força la Demylune
& la partie droite del'Ouvrage
couronné. On ne jugea
pas à propos d'y demeurer ,
parce qu'on craignoit les Mines.
Monfieur le Marquis de
64 LE MERCURE
Tilladet qui commandoit à la
gauche , planta des Piquets
pour faire fon Logement ;
mais on ſe contenta de ſe retrancher
ſur la Contreſcarpe ,
comme il avoit eſté réſolu . Les
Ennemis montrerent quelque
vigueur , tuerent & bleſſerent
quelques- uns des nôtres , &
furent encore plus vigoureuſement
repouſſez . On leur prir
un Capitaine & un Officier ,
avec quatorze Soldats : le reſte
ſe ſauva par des Caponnieres
..
La nuit du 2 au 3
Trois coups de Canon fervirent
de Signal pour attaquer
deux Demy- lunes entre
la Citadelle & un Château
qu'on emporta. Sur les onze
heures du matin on attacha le
GALAN T.
65
Mineur . Monfieur le Marquis
de Broſſes fût bleſſé en allant
le voir attacher , & les Affiegez
ceſſerent de tirer. Pluſieurs
Lettres marquent une
circonſtance que je n'oſerois
affurer , mais que je croy pouvoir
vous écrire. Elles diſfent
que Monfieur le Comte d'Auvergne
fit ce qui n'eſtoit point
encore arrivé à la Guerre,qu'il
batit luy- même la Chamade ,
voyant que la conſternation
des Ennemis les empeſchoit
de ſonger à ce qu'ils devoient
faire , & que fi- tôt qu'ils
parurent ſur les Remparts , il
leur dit , Qu'il estoit temps
qu'ils Songeaſſent au Salut de
la Ville , puis que le Mineur
y estant attaché on la forceroit
, & qu'ils devoient craindre
66 LE MERCURE
Enqu'on
ne la traitât plus impitoyablement
que Valenciennes , ſi
elle estoit priſepar affaut .On entra
en Negociation , & l'on
conclut une Tréve qui dura
vingtquatre heures. Il y eut
plufieurs conteftations,les
nemis pretendans demeurer
maiſtres d'un grand Baſtion
qui les voyoit à revers & qui
donnoit ſur toute leur eſplanade.
Mais cet Article ne peut
eſtre décidé en leur faveur ,
parce que c'eſtoit un Baſtion
de la Ville , & que tout ce qui
en dépendoit devoit demeurer
au Roy.
Il y eut encore une autre
conteſtation , & le Gouverneurdemanda
queles Femmes
deQualité fortiffent, auffi-bien
que celles des petits Officiers
GALANT. 67
&des Soldats avec un Paffeport
, & qu'elles fuſſent conduites
à Mons avec leur Bagage.
Le Roy répondit qu'il don-

neroit aux Femmes de Qualité
un Quartier tel qu'elles
voudroient dans la Ville, avec
une Garde ſuffiſante pour
leur ſeureté;mais que pour les
autres qu'on faiſoit monter au
nombre de douze cens , elles
pouvoient entrer dans la Citadelle,
auſſi bien que les Bleffez.
Il y a des Lettres qui aſſurent
que Sa Majesté permit à
huit Femmes de conſidération
de ſe retirer à Mons. Les
Ennemis eurent deux jours
entiers pour ſonger à leurs af
S faires , ils s'en ſervirent pour
tirer de la Ville tout ce qui
pouvoit eſtre utile à leur defence
, & le conduire dans la
68 LE MERCURE
و
Citadelle . Le Gouverneur ordonna
à tous les Cavaliers de
tuer leurs Chevaux,& de n'en
reſerver que dix par Compagnie
. Les Cavaliers ne purent
s'y réſoudre & l'Executeur
de la Haute Juſtice eut ordre
de faire cette grande Execution
, apres laquelle quatre
mille Hommes commandez
par de bons Officiers , fans
comter les Officiers Reformez
, tous réſolus de ſe bien
defendre & de tenir au moins
trois mois , entrerent dans la
Citadelle , ayant abandonné à
la clemence du Roy douze
cens Femmes de leur Garniſon
; ce qui donna lieu à l'Avanture
ſuivante.
Une de nos Vedettes fe
trouvant pendant la Tréve
GALANT . 69
fi pres de celle des Ennemis ,
qu'il ne leur eſtoit pas difficile
de s'entre -parler , le François
dit à l'Eſpagnol , Qu'il
neſcavoit ce qu'il alloit faire , de
s'enfermer dans la Citadelle puis
qu'on n'y avoit pas voulû recevoir
leurs femmes , & que les
Francois estant maistres de la
Ville , il trouveroit à fon retour
qu'on y auroit bien fait des affaires.
L'Eſpagnol entra en
de fi grandes appréhenſions ,
qu'ayant jetté ſon Mouſquet,
il ſe rendit aux nôtres , & ne
voulut point entrer dans la
Citadelle.
Le Greffier de la Ville , &
le Prevoſt de la Cathedrale,ſe
rendirent aupres de Monfieur
de S. Poüange , & en ayant
70 LE MERCURE
reçeu la Capitulation parlaquelle
les Habitans ſeroient
traittez comme ceux
de Lile , & le Clergé comme
celuy de Tournay , la Tréve
eſtant expirée, on livra le cinquiéme
du mois , cinq heures
apres midy , une Porte à nos
Troupes , leſquelles ſe ſaiſirent
de tous les Poſtes à mefure
que les Ennemis les abandonnoient
pour ſe retirer dans
la Citadelle.
La vigilance, les fatigues &
f'intrépidité du Roy , ne ſe
peuvent exprimer. Il fut à la
Tranchée deux heures apres
qu'elle fût ouverte, & s'avança
luy quatriéme juſqu'à la teſte
du Travail . Quelques jours
auparavant un Boulet de Canon
avoit paſſé aupres du
GALANT.
71
e
es
3
S
Sieur de Givry , Ecuyer de la
petite Ecurie , qui n'eſtoit
pas loin de Sa Majeſté.
Le Roy ne fut pas plûtôt
maître de Cambray , que le
Prevoſt de la Cathedrale , qui
eſt réputation d'un Homme
d'eſprit, vint de la part de tout
le Clergé , prier Sa Majefto
DE
d'entrer dans la Ville, ce quel
le ne fit qu'apres la priſe de la
Citadelle. Quittons un mo
ment cette matiere , & pour
vous délaſſer de la guerre ,
paſſons au chapitre de l'Amour.
Voicy des Vers qu'ila
fait faire , ils ont un tour noble
qui marque les privileges
de leur fource , & vous n'en
avez jamais trouvé de bons,
ſi vous n'eſtes contente de
ceux-cy.
72 LE MERCURE
J
E fuis vieux , Belle Iris , c'est
un mal incurable;
De jour en jour il croît , d'heure
en heure il accable :
La mort ſeule en guerit , mais fi
de jour en jour
Il me rend plus malpropre àgroffirvôtre
Cour ,
Le tire enfin ce fruit de madécrepitude,
Que je vous voy Sans trouble
Sans inquietude ,
Sans batement de coeur , & que
ma liberté
Pres de tous vos attraits est toute
enseureté.
Tel est l'heureux
çoit des années
Secours que re-
Une ame dont vos loix regloient
les deſtinées .
Non que je fois encor bien deſatcoutumé
Des
GALAN Τ.
75
Des douceurs que prodigue un
coeur vrayment charme ;
A ce tribut flateur la bienfeance
oblige,
Le Merite l'impose,&la Beauté
l'exige,
Nul âge n'en dispense , &fût -on
aux abois,
Ilfaut en fuir la veuë , ou luy pa
yerſes droits ;
Mais ne me rangez point , alors
que j'en foûpire ,
Parmy les Soupirans dont il vous
plaist de rire .
Ecoutez mes foûpirs ſans les conterà
rien,
Iefuis de ces Mourans quiſe portent
fort bien,
Ie vis aupres de vous dans une
paixprofonde ,
Et doute , quand j'enfors , fi vous
estes au Mondes
Tome 3 . D
76 LE MERCURE
Pardonnez- moy ce mot qui ſent
le revolté ,
Avec le coeur peut-estre il est mal
concerté,
Vos regards ont pour moy toûjours
le même charme ,
M'offrent mêmes perils , me don
nent meſme alarme ,
Et ie n'espererois aucune queriſon,
Si l'âge estoit chez vous mon ſeul
contrepoison.
Mais graces au bonheur de ma
triste avanture ,
Apeine ay -ie loisir d'y sentir ma
bleffure.
Graces àvingt Amans dont chez
vous onſe rit ,
Dés que vôtre oeilmy bleſſe , un
autre oeilmy guerit .
Souffrez que ie m'enflate, ở qu à
mon tour ie cede
Au chagrinant Rivalqui comme
GALAN T.
77
eux vous obfede ,
Qui leur fait presque à tous de-
Serter vostre Cour ,
Et n'oſe vous parler ny d'Himen
ny d'amour.
Vous le dites du moins , & voulez
qu'on le croye ,
Etmon reste d'amour vous en croit
avec joye ;
Jefayplus , jele voyſans en estre
jaloux ,
Avoſtre tour m'en croyez-vous?
Que penſez - vous , Ma
dame , de cette galanterie ?
L'Autheur qui prétend que
ſes vieilles années luy ont
acquis l'avantage d'aimer fi
commodement, & qui s'explique
d'une maniere fi agreable,
ne merite-t- il pas d'eſtre
particulierement conſideré de
Dij
78 LE MERCURE
la Dame ? Il eſt rare de pouvoir
conſerver dans un âge
auſſi avancé que celuy qu'il ſe
donne , le feu d'eſprit fait paroître
encore dans ces Vers ;
& le vieux Martian que vous
avez tant admiré dans l'admirable
Pulcherie du grand
Corneille , n'auroit pas parlé
plus galamment , s'il avoit
voulu s'éloigner du ſérieux.
A l'heure qu'il eſt,on m'apporte
une Lettre qui merite
bien de vous efſtre envoyée,
& qui eſt une eſpece d'avanture
pour moy. C'eſt à vous ,
Madame, à qui je dois les choſes
obligeantes que vous y
verrez. Si vous n'aviez pas
ſouffert que les Nouvelles que
j'ay ſoin de vous envoyer tous
les mois , priffent le Titre de
4
GALANT.
79
Mercure Galant pour courir
le monde , apres qu'elles ont
eſté juſqu'à vous , je n'aurois
pas reçeu un témoignage ſi
avantageux de l'approbation
que leur donne le Public. J'ignore
le nom de la Perſonnequi
me fait la grace de m'écrire
, je ſçay ſeulement celuy
de la Dame dont on me par-
P
,
) drez parler d'elle plus
fois dans le Mercure .
duneDE
le , & vous voudrez bien que
je vous le taiſe. Tout ce que
je me croy permis de vous en
dire, c'eſt qu'elle est d'un mérite
generalement reconnu ,
&qu'aſſurément vous enten-
LA
;
100
Diij
80 LE MERCURE
张黎黎黎茶茶茶粥粥粥
LETTRE
D'UN INCONNU,.
A L'AUTHEUR.
DU MERCURE GALANT.
Efers de Secretaire àune belle
Dame , quiſouhaite , Monsieur
que je vous mande l'extreme fatisfaction
que luy a donnée la le
Eture des deux premiers Tomes de
vôtre Mercure Galant. Ie conviens
avec elle que c'est un Ou..
vrage tres- utile , & même glovieux
pour la France ; qu'ilfera
encoreplus recherché quelque jour
qu'il ne l'est auiourd'huy , quoy
qu'ilsoit affezdifficile d'en avoir
des premiers ,&que dans un Sie -
cle éloigné du noſtre , ilfervira
GALANT. 81
4
A
A
de Titre à quantité de Familles
dont vous faites connoître & la
nobleſſe & l'antiquité : mais à
vous dire les choses comme elles
font , je croy qu'ily a un peu d'intereſt
meſléauxloüanges que vous
donne la Dame dont je vousparle.
Elle a une demangeaiſon terrible
de voirſon Nomparmy ceux à qui
vous donnez place dans le Mercure
; & comme ellefçait qu'il a
un fort grand fuccés , qu'il court
déja dans toutes les Villes de Frăce
, &même plus loin , ellen'en
faitpoint la fine , elleferoit ravie
de courir le Monde avec luy.C'est
estre Coureuse ,il est vray , & ce
mestier n' accommodepas la répu-
1
tation d'une Femme ; cependant
elle croiroit n'y pas hazarder la
fienne , au contraire , estant ausfi
persuadée qu'elle est qu'on ne
Diiij
82 LE MERCURE
pourra plus àl'avenir faire preu
ve de valeur , de beauté , & de
bel esprit , ſi l'on n'est dans le
Mercure , elleferoit au deſeſpoir
que vous oubliaſſiez àparler d'elle.
Quelque enviepourtant qu'elle
en ait elle dit fort plaiſamment
qu'elle neseroit pas peu embarafsée
à vous marquer fon bel endroit
, qu'elle ne sçait par où se
prendre pour le trouver ; & que
te qui la conſole , c'est qu'elle l'apprendra
de vous par la connoisfance
infuse que vous devez avoir
de tout lemonde , veu la maniere
dont vous parlez de mille Gens.
Iugez fi elle araiſon en cela ; elle
s'appelle Madame la Marquise
de *** & à present que vous
Sçavezfonnom , je croy que vous
ne chercherezpas longtemps ce bel
endroit qu'elle a tant de peine à
GALANT. 83
.
1
L
le
6
5
découvrir. Sa naiſſance , ſa beauté,
fon efprit ,ſafidelité pour ſes
Amis , voila bien de beaux en
droits au lieu d'un . Choiſiſſez; de
quelque coſté que vous vous tourniezſurſon
chapitre,vous ne par
lerezpoint àfaux. Elle efpere que
comme les Hommes ont leurs Hiftoriens
, vous ne dédaignerezpoint
d'estre quelque jour celuydes Femmes
, e qu'apres avoir rendu à
nos Braves la justice que vous leur
devez dans cette Campagne,vous
estimerez affez les Belles pour en
vouloir faire une reveuë. Sa modestie
l'empeſche dese mettre de
ce nombre,je m'en rapporte àvous,
& tiens cependant que les Hommes
ne vousſont pas peu obligez.
Ie les trouve bien plus à leur aiſe
reliezen Veau dans vostre Livre,
que d'avoir à courir en feüilles
DV
84 LE MERCURE
volantes dans les autres Nouvelles
que les Dames liſent rarement.
I'en connoy qui ont eu bien de la
joye d'apprendre dans le Mercure
les belles Actions de leurs Amans,
qu'elles ne lisoient point ailleurs ,
ou qu'elles y voyoient marquées ,
Sans qu'ily cût rien de leurs autres
belles qualitez. Ceux quisefont
distinguez à Valenciennes &à la
Bataille de Caffel , vous doivent
un remerciment , & il est à croire
que vous n'oublierez pas les autres
qui ſeſont ſignalez à Cambray
& à S. Omer.Prenez-y garde
, je connois une Demoiselle
avec qui vous auriez un fort
granddémeſlé , ſi vous ne parliez
Pas defon Amant. Ce que je remarque
de particulier , c'est que
vous accoûtumez le monde àneftre
pas fâché d'entendre dire du
GALANT. 85
ما
10
bien deſon prochain ; cela est affez
nouveau, car nostre panchant
est à lafatyre.Vous ne deſobligez
personne , & ce que vous dites
d'avantageux pourceux quevous
louez , est fondésur des choses fi
veritables , que comme vous les
citez, ellesne peuvent paſſer pour
des flateries . Continuez , Monfieur
, ie vous enfollicite pour les
Belles , & ie ne doute point que
vous n'en foyez follicité d'ailleurs
par tout ce qu'il y a de plus honnestes
Gens en France.
لا
2
Et par apoſtille il y a d'une
écriture de Femme.
Ne croyezpas , Monfieur , un
Extravagant qui ne vous écrit
que des folies ſur l'article qui me
regarde. I'ay amené la mode de
86 LE MERCURE
joüer les années du Mercure,com
me on jouë les Logespour la Comédic
, & il veutſe vanger de ce
qu'il l'a perdu pour un an contre
deux Dames & contre moy , qui
nous en divertirons àses depens.
Ainsi nechangezpas le deffein de
le poursuivre, carceferoit autans
de perdu pour nous.
Je vous avouë , Madame ,
que la lecture de cette Lettre
m'a donné du plaifir ; je
la trouve bien écrite , & je
voudrois en pouvoir imiter
le ſtile dans toutes celles que
vous me faites l'honneur de
ſouhaiter de moy ; mais pour
paffer de la Profe aux Vers, &
vous parler de l'AmourNoyé,
je ne ſuis point ſurprisqu'on
vous en ait dit du bien , je
GALANT. 87 )
-
vous l'envoye . C'eſt une tresjolie
bagatelle. Comme elle
aplû icy àtout le monde,je ne
doute pas qu'elle ne ſoit de
voſtre goût ; & afin que vous
en receviez plus de plaifir , il
faut vous en expliquer le ſujet
On s'eſtoit entretenu de
toutes chofes dans une fort
agreable Compagnie ; on y
avoit méme un peu médit ,
car le moyen de parler longtemps
, & de ne donner pas.
fur le prochain ? On ne ſçavoit
plus que faire , la pluye
empêchoit la promenade ;&
comme le badinage eft quelquefois
de faifon , on s'avifa
de badiner . Le Jeu de l'Amour
Noye fut le divertiſfement
qu'on choifit. On nom
me deux Amans aux Belles
88 LE MERCURE
qui en noyết l'un en faveurde
l'autre . Il y en avoit quelquesunes
dans cette petite Affemblée
, qui valoient bien qu'on
ſouhaitât d'en eſtre choify, &
il arriva qu'une des plus enjoüées
noya juſqu'à douze fois
un des deux Amans qu'on
luy donna. Ce fut cettejeune
Perſonne qui a les cheveux
d'un ſi beau blond,dont le vifage
& la taille font fi fort à
vôtre gré , & que vous dites
que Madame la Marquiſe de
*** a raiſon d'appeller fon
petit Ange. Voila la Noyeufe.
Je ne vous puis dire quel
eſt le Noyé, je ſçay ſeulement
que les Vers font de Monfieur
de Fontenelle , qui à l'âge de
vingt ans a déja plus d'acquis
qu'on n'en a ordinairement à
GALANT. 89
:
-
}


y
quarante. Il eſt de Roüen , if
demeure ; & pluſieurs Perſonnes
de la plus haute qualité
qui l'ont veu icy , avoüent
que c'eſt un meurtre que de le
laiſſer dans la Province. Il
n'ya point de Science fur laquelle
il ne raiſonne folidement
; mais il le fait d'une maniere
aifée, & qui n'ariende
la rudeſſe des Scavansde prop
feffion. Il n'aime les belles
Connoiſſances que pour s'en
fervir en honneſte Homme.
Il a l'eſprit fin, galant, délicats
& pour vous le faire connoître
par un endroit qui vous
fera tres-connu , il eſt Neveu
deMeffieurs Corneille,
ה
90 LE MERCURE
L'AMOUR NOYE'
DHilis plongeoit l' Amour dans
l'eau,
L'Amourſeſauvoit à la nage ;
Il revenoit ſur le rivage,
Philis leplongeoit de nouveau.
Cruelle , diſoit - il , vous qui m'avez
fait naiſtre ,
Helas !pourquoy me noyez- vous?
Est-ce que vous voulez m'empescher
de paroiſtre ?
Prenez- en un moyen plus doux.
६००३०
Ie ne paroiſtray point , c'est une
affairefaite ,
Ie ne vous ferois paspourtantde
def-honneur ;
GALAN T. ور
-
Au lieu de me noyer , donnez moy
pour retraite
Un petit coin de vostre coeur...
Ie vous répons qu'il feroit impoffible
De trouver un endroit plus propre
àme cacher ;
Comme on Sçait qu'il me fut toûjours
inacceffible ,
Onne my viendrapas chercher.
2003.
Philis ne l'en voulut pas croire,
Cen'est pas qu'apres tout l'avis
ne fust fort bon ;
Pour réponſe elle le fit boire ,
Mais boire plus que de raiſon .
8003.
Tel qu'un petit Barbet qu'à l'eau
Son Maistre envoye ,
Et qui de ce péril dés qu'il est
92 LE MERCURE
échappé,
Revient àfon Maistre avec joye
Tout degoutant & tout trempés
६००३०
Tell'Amour s'exposant à des rigueurs
nouvelles,
Apeinefortydudanger ,
Revenoit vers Philis, enſecoüant
Sesaisles ,
Quoy qu'ilſceust que Philis alloit
le replonger.
E003 .
Ses forces cependant à la fin s'épuiferent.
Il estoit las de faire des plon
geons,
Ilfe rendit , & les bras luy manquerent
,
Ilfalut qu'il coulaſt àfonds.
६००३
Le croira-t- on ? Philisenfut ravie
,
Car elle le noyoit pour la douzié.
me fois .
GALANT.
93
l
}
Elle heritadel' Arc , des Trait &
du Carquois.
Dont elle s'est fort bienſervie.
83
Pour lepetitAmour,jenepuis con
cevoir
Qu'àlanage onzefois ilfoitfor
ty d'affaire;
Sans beaucoup de vigueur cela ne
Sepeutfaire,
Le pauvre Enfant n'en devoit
guere avoir,
Ilfut toûjours mal nourry parSa
Mere.
Quoy que l'espoir nesoit qu'une
viande legere,
Apeine fut- t'ilné,qu'on le ſévra
d'espoir.
3
Si Philis un peu moins injuste
L'eust traité comme il faut en luy
donnant le jour
94 LE MERCURE
C'eust bien été l'Amour leplusrobuste.
Que l'on eust veu de memoire
d'amour.
Epitaphe de l'Amour.
Cy gift l'Amour , Philisa voulu
fon trépas,
L'a noyé deses mains , on n'en
Sçait point la cauſe.
quoy que ſous ce Tombeauſon petit
Corps repofe,
Qu'ilfut mort tout-à-fait jen e
répondrois pas.
Souvent iln'est pas mort, bien qu'il
paroiſſe l'ètre ,
Quand on n'y pense plus ilfort de
Son Cercueil,
Il ne luy faut que deux mots , un
coup d'oeil.
Quelquefois rienpour le faire renaître.
GALAN T.
95
Vous vous ſouvenez je croy,
Madame , qu'il y a déja quelque
temps que la Ville de
Cambray eſt prife: je n'ay pas
crû devoir paſſer auſſi tôt
apres ſa reduction au Siege de
la Citadelle. Le Roy dont le
grand coeur ne trouve rien de
trop difficile luy donna
vingt- quatre heures pour ſe
préparer à une vigoureuſe reſiſtance
, & j'ay pris ce temps
pour délaſſer vôtre eſprit , &
vous faire lire des Pieces auſſi
galantes qu'agreables , avant
que de venir aux particularitez
que j'ay à vous en dire.Voicy
les Noms des Officiers Generaux
, qui tant qu'a duré ce
Siege,ont tour à tour monté
laTranchée.
Maréchauxde France.
Monfieur le Maréchal de
96 LE MERCURE
Schomberg.
M. le Maréchal de la
Feüillade.
M. le Maréchal de Lorge
Lieutenans Generaux .
M. le Comte d'Auvergne.
:
M. le Duc de Villeroy.
M. le Marquis de Renel.
Maréchaux de Camp.
M. le Prince Palatin de
Birkenfeld .
M. le Comte de S. Geran.
M. le Marquis de Tilladet.
M. le Chevalier de Tilladet.
M. de Monbron .
Brigadiers .
M. de S. George.
M. le Marquis d'Uxelles.
M. de Rubantel.
M. Jofſfau.
GALANT.
97
Il eſt difficile de donner à
tous ces Meſſieurs le rang qui
leur appartient , leurs pretentions
peuvent étre fondées
fur deux choſes : l'une ſur la
naiſſance , & l'autre fur le
temps qu'il y aqu'ils font Officiers
Generaux ; mais ce n'eſt
pas à décider ſur la premiere,
&je ne fuis pas aſſez informé
de la ſeconde; c'eſt pourquoy
toutes les fois que j'en parleray,
le hazard ordonnera de
leur rang. Je ne vous marque
point icy les Noms des Aydes
de Camp du Roy , je vous les
ay déja fait connoiſtre. Peuteſtre
ſerez-vous ſurpriſe de
trouver moins d'Officiers Generaux
au Siege de la Citadelle
qu'il n'y en avoit à celuy de
la Ville ; mais les grands Dé
97 LE MERCURE
tachemens que le Roy fit ſi judicieuſement
pour envoyer au
devant du Prince d'Orange,en
font cauſe . Sa Majeſté qui ne
fait rien qu'avec une prudence
admirable , ordonna quelques
jours apres qu'il n'y auroit plus
qu'un Officier General de
jour. Voyons les agir ſous les
ordres de ce Grand Prince.
Lanuit du 5 au 6 d'Auril.
Le Roy fit ouvrir la Tranchée
à l'Eſplanade de la Citadelle,&
commencer une Attaque
par dehors . On ne fit cette
nuit que gabionner les avenuës
des Ruës,&' pouffer quelques
ſapes : on fit auſſi un petit
Logement à droit & à gauche
au bout des deux Ruës qui aboutiſſoient
à l'Eſplanade. La
meſme Trachée qui avoit déja
ſervy
4
LY!
LE MERCURE N
1-
u
1
me
ce
es
U
de
es
1-
a
e
ſervy pour l'attaque de la Ville,
fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
VAN
Les Suiſſes travaillerent toute
la nuit dans la Ville à poufſer
leurs Logemens. Les Ennemis
firent une Sortie,& vinrent
juſques à l'endroit où
Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes
Mortiers. Comme il ſe vit au
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit
juſques à leur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent retirez,
il ſe coula le long de la muraille
du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un
Rédu,& il fut coduit aux Offciers,
qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit -là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis
de la Contreſcarpe. Les Affiegez
firent deux Sorties : ils
pouſſerent quelques Travailleurs
que lesOfficiers remenerent
auſſi -tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin
en état de tirer ,quoy que
pluſieurs de nos Travailleurs
euſſent été tuez par le Canon
des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez ,
& qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua
MonfieurChamants,Commiffaire
de l'Artillerie qui étoit en
grande reputation ,& emporta
le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau ,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur
de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
a
e
les Travaux, & venoit à cheval
du Camp,eu ce méme jour
les deux bras emportez d'un
|. coup de Canon dont il mourut
trois heures apres. Monfieur le
Comte d'Auvergne courut
auſſi grand hazard de la vie,
un Boulet ayant emporté un
Gabion derriere lequel il étoit.
Il fut couvert de pierres&de
terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau
viſage;& la fiévre l'ayant pris,
leRoy luy fit donner ſa Litiere
pour le conduire à la plus prochaine
Ville.
S
0
e
6
1
La nuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gardes
à quarante pas de la Contreſcarpe.
Monfieur deCatinal
quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE .
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieur d'Anglure
Capitaines au méme
Corps , de prendre douze ou
quinze de leurs meilleurs Soldats,
avec un bon Sergentpour
ſoûtenir leurs Sapeurs.Les Ennemis
ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de
Monfieur le Marquis d'Anglure.
Le Sergent détaché
avec ce petit nombre de Soldats
les attendit , & leur fit
une décharge ſi à propos, qu'il
en jetta pluſieurs par terre, les
autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades .Ils tenterent la méme
choſe à la gauche , & ils
eurent un pareil ſuccés. On
fitun Logement ſur le Baſtion
attaché à la Ville . On dreſſa
le matin une Baterie de huic
pieces de Canon au LogeGALAN
T.
103
ment qu'on avoit fait ſur le
méme Baſtion de l'attaque de
la Ville. On mit en état la Baterie
des Mortiers. M.de Megnac
, Commiſſaire de l'Artillerie,
fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communication
de toutes les Sapes ; la
Tranchée du côté de l'Eſplanade
fut avancée auſſi -bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua
deux Bateries , l'une ſur le Baſtion
du Moulin à la gauche
de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Cano ſous M.Tibergeau&
l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
la droite vers la Porte de France
ſous M. d'Alinville . On
ne pouvoit pas mieux pofter
E iij
104 LE MERCURE
deux Bateries ; celle de Monſieur
Tibergeau découvroit
toute la Porte & le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face du Baſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville
voyoit l'autre face du Baſtion
neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Secours.
A l'Attaque de Picardie
hors de la Ville,on avança une
aurre Baterie qui démonta une
partie du Canon des Ennemis.
Une de nos Bombes étant tombée
dans la Citadelle ſur un
tas deGrenades, le feu s'y prit
& fit un grand fracas ; celles
que les Ennemis jetterent
étoient ſi petites & fi foibles,
qu'en tombant elles ſe caſſoiét
fur le pavé. Les Afliegez ne
craignoient rien tant que de
E
3

2
GALANT . I
τος
certains Manequins remplis
de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mortiers
faits expres , & qui font
plus longs que les autres : ces
pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les bleffures
en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met
bien toUE DE LAVIZ
YON
La nuit du 9 au 10
On fit trois Bateries,ontravailla
dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Baſtion
de la Place. Monfieur
Faucher Ingenieur,allant viſiter
les Sapes où les Ennemis
jettoient une infinité de Grenades
, reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On
acheva la communication de
la droite à lagauche entre les
E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embrafſent
deux Baſtions exterieurs
de la Place qui n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la décente
du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponieres
& de Fourneaux , le Roy
voulut ménager ſon monde .
Sa Majesté vit jetter des Bombes&
des Carcaſſes , elles mirentle
feu dans un Magaſin
de Bois de la Citadelle qui fut
conſommé ; ce qui obligea les
Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates . Monfieur le Tillier
Commiſſaire de l'Artillerie
fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin ,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, & s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre-
Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT.
107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel
, qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Monſieur
le Duc de Villeroy venoit
derriere luy; il fe retourna
pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre
le feu au Canon il dit, Voila
qui est pour nous , & le Boulet
luy donna auſſi- tôt dans le
milieu du corps.
La nuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroite,&
l'on fit des communications
: les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos
Travailleurs ; mais Meſſieurs
les Marquis de Tilladet & d'Uxelles
les raſſureret& repoufferét
les Enemis.A méme teps
Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux & de
Courtevin , Capitaines détachez
de Picardie, prirent une
grande Demy- lune reveſtuë
&tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules
qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos
Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommodez
du feu qui s'y mit par le
moyen des Poudres que les
Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées.
On fit un Logement àla
gorge de la Demy - lune qui
venoit d'être priſe , & l'on
dreſſa deux Bateries à l'attaque
gauche pour batre une
Demy-lune du corps de la
Citadelle.
GALANT.
109
C
S
S
S
e
--
e
S

a
2
La nuit du II au 12
1
LeRoy ayant réſolu de faire
attaquer toute la Contreſcarpe
du côté de l'Eſplanade , & de
faire faire un Logement ſur le
bord du Foſſé à lagauche hors
de la Ville,les Suiſſes monterent
la Tranchée,& l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du
Regiment Dauphin , de celuy
de Picardie , & de celuy
des Fuſeliers . Les Capitaines
détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être
foûtenu par M. le Chevalier
de Mirabeau en cas de beſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de
jour ; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieur le Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeuf étoit Ayde de Camp
du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit convenu
qu'au dernier coup de
Canon des huit que la Baterie
de Tibergeau devoit tirer, on
feroit connoître par un Vive
le Roy à ceux des autres Attaques,
que nous étions maîtres
de la Contreſcarpe . Pluſieurs
voulurent eſtre de la partie
comme Volontaires , & entr'autres
Monfieur le Marquis
d'Anglure , qui montra
autant d'impatience en attendant
le Signal , que s'il n'euſt
pas déja eu toute la réputation
qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Maloſe
Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le
Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le
Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay
Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieur le Chevalier d'Arnoul,
& Meſſieurs Boiſy , de
Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy
étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le
dernier coup de Canon ayant
tiré,on marcha dans un grand
filéce juſques à la Contreſcarpe.
On y fut à peine arrivé,que
les Soldats firent un grand cry
de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de certaines
Machines de verre pleines
de poudre , qui ne manquent
jamais de s'alumer en
les jettant. On força tout ce
qu'on rencontra , & l'on marcha
en faiſant toûjours un fort
grand feu juſques à une guerite
du Rempart de la Ville
qui aboutit ſur le Foſſé de la
Citadelle. Les Ennemis qui
n'oſoient lever la teſte ſur
leurs Bastions,ny ſur leur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs
tout le temps d'avancer
leur Travail fans beaucoup de
riſque.Les Affiegez ſe contentoient
de jetter des Grenades
qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſe
de la largeur du Foſſé. Ils
s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , & voyant que le feu
des nôtres qui avoit déja duré
trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets
qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur
courtine & de la face de leur
Baſtion un feu de Mouſqueterie
ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer
qu'avecpeine comment le Logement
put être achevé. Il le
fut cependant; mais on y perdit
du monde , & Meſſieurs
les Chevaliers de Courtenay
S & d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi - bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vauroüy,
Parfait ,& le Fils de M. le
Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE
tué. Le Roy dit qu'il n'avois
jamais veu un ſi grand feu .
Le douziéme pendant le
jour on fit un trou à coups de
Canon à la face du Baſtion , à
la gauche de la Ville, pour loger
le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication
des Attaques du
côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie
dans le Foffé de la Ville qui
bâtit la muraille qui le ſepare
d'avec celuy de la Citadelle ,&
qui devoit foûtenir le Mineur
qu'on avoit attaché à la face
du Baſtio oppoſé à celuy de la
Ville.Cette Baterie étoit ſoûtenuë
par un Détachement
des Grenadiers à cheval de la
Maiſon du Roy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur
Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
& il avoit preſque tout diſpoſé
, quand les ennemis qui en
eurét quelque ſoupço,envoierent
la nuit un Colonel Eſpagnol
nomé Couvaruvias pour
reconnoître ce qui ſe paffoit
dans le Foffé . Son Bonnet fut
emporté d'une moufquetade.
La nuit du 13 au 14
On élargit les Logemens & les
Places d'armes à lattaque droite.
On travailla à cinq Bateries
à la gauche,& l'on fut occupé
à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour
le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des
ennemis fut fort grand pendant
toute la nuit .
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pour batre le Baſtion
de la gauche, & celles du
Foſſé pour favoriſet le Mineur,
tirerent ſur les neufheures
, & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre
à la gauche duBaſtion
. L'impatiéce de ceux qui
étoient deſtinez pour l'attaquer
fut fi grande qu'ils ne
purent attendre l'heure qui
avoit été marquée. CetteDemy-
lune fut auſſi- toſt emportée,
quoy qu'elle fûr revêtuë
par la gorge .On prit quelques
Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur
étoit de jour, il avoit eu ordre
de faire travailler à un Logement
au milieu de la Demylune
, & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit
poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde , & que
les nôtres en fuſſent entierement
maîtres.c'étoit un moye
תב
d'éviter les Fourneaux qui sot
U
U
ordinairement aux angles où
l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les
travailleurs avec leurs gabios,
facines & autres outils.Ils trat
vaillerent pendat trois quarts
U
e
d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta-
1
t
chez,& de celuy qu'on faiſoit
denos Travaux: cependat les
Ennemis jetterent quatité de
Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Illadois,
avec pluſieurs Officiers
Eſpagnols , fut comandé pour
cela. Ils firent joüer un Fourneau
ſur la gorge de la De118
LE MERCURE
my - lune ; pour s'en faciliter
l'entrée , & parurent ſur leurs
Baſtions & fur leur Courtine,
en faiſant un feu extraordinaire.
Il fut fi violent,que nos
Soldats qui n'étoient plus en
état de leur répondre par un
auſſi grand , à caufede celuy
qu'ils avoient déja fait , furent
obligez de ſe retirer , le
Logement n'ayant pû être
achevé Les Affiegez deſcendirent
pour ruïner la teſte de
nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint
leur premier effort , & les
obligea de rentrer , de forte
qu'ils ſe contenterent de reprendre
ce qu'ils avoient perdu.
Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , & Parifot IngeGALANT.
119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez . Monſieur
le Duc de Villeroy ſe
tint toûjours dans un Poſte
avancé , où il eſſuya pendant
quatre heures le feu des Ennemis
avec une fermeté inébranlable
, Monfieur de Rubantel
donna des marques
d'une grande intrepidité ,&
ſe tint dans la Demy - lune
tant qu'on la put garder.Monſieur
le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon
courage & de ſa conduite.Les
autres qui ſe ſignalerent , furent
Monfieur le Marquis de
Dangeau & Monfieur le Marquis
de Palaiſeau,Fils de Mõfieur
le Maréchal de Clerambault,
M.le Chevalier de Brevron
- d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux & de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets
Capitaine au Regiment
Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , & Affeld
Suedois. Pluſieurs autres ſe diſtinguerent
encor ; je vous les
feray connoiſtre quand j'en
auray appris les noms. Les Ennemis
firent une perte confidérable,&
l'on n'en peut douter
, puis qu'ils demanderent
eux meſmes une tréve pour
retirer leurs Morts. Elle commença
à deux heures apres
midy, & dura une demy-heuge
, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce
temps , que les trois Décharges
que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en
réjoüiſſance de la Victoire que
Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121

10
لا
Hi
e
e
le Prince d'Orange. Monfieur
le Ducde Villeroy & Monſieur
le Marquis de Dangeau ,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit
ſur le Baſtion ſous lequel
le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieur le Duc de Villeroy
ne fit point de dificulté de luy
enmontrer le trou .
Lanuit du 14 au 15
A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lune qui couvre
la Porte de la Citadelle. A la
gauche , on travailla à un Logement
de la Contreſcarpe
d'une Demy-lune. On ne perdit
qu'un Home cette nuit-là.
La nuit duis au 16
On ſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou
tuez . Monfieur la Magno Capitaine
au Regimét Dauphin
fut bleffé ,& l'on pratiqua un
Logement à lapointe. Ala
droite on plaça trois Bateries
à l'angle de la face du Baſtion
neuf. Elles furent dreſſées par
l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi effroyable
feu , & une bréche
ſi conſidérable ,que les Ennemis
furent contrains de retirer
leur Canon en arriere ,dans
la crainte qu'ils eurent que le
Baſtion contre lequel ces Bateries
donnoient ne s'ébou-
,
laſt , & n'entrainaſt leur Artilleriedans
les Foſſé . Ils avancerēt
des Chevaux de friſe pour
garder
GALANT.
123
X
n
la
e
A
al
S
F
garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, & la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le
Roy avoit bien voulu qu'il fût
averty de l'état des choſes;
qu'il devoit ſe rendre,puis que
le Canon avoit déja fait une
bréche aſſez grade pour monter
à l'Affaut , & que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il
s'opiniatroit davantage , Sa
Majeſté auroit le déplaiſir de
ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné
aſſez de marques de valeur &
de reſiſtance,il ne devoit point
refuſer'la Compoſition qu'Elle
étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroit de faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE
ceux qu'il luy voudroit envoyer
, que les choſes eſtoient
enla maniere qu'on les diſoit;
& que ſi apres cela il s'obſtinoit
à ſe defendre , il ne devoit
point eſperer d'autre party
que celuy deſe rendre àdifcretio.
LeGouverneur répõdit
à cela , apres avoir tenu Conſeil
, qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il
croyoit qu'eſtant le plus genéreux
Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâché qu'il fiſtſon
devoir, puis qu'en ſe défendat
bien , la conqueſte en ſeroit
plus glorieuſe pour les armes
de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe
voyoit pas encor en état de
pouvoir étre ſi -tôt réduit à rédre
la Place, puis que quand le
GALANT. 125
コー
Hie
ar
if
di
n
Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy
reſtoit trois Baſtions qu'il défendroit
comme autant de Citadelles
. Le Gouverneur apres
cette réponce , régala & fit
boire du Vin d'Eſpagne à ceux
qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt
qu'on relevaſt la Tranchée , &
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
les Corps de Garde qui eſtoiết
proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endomagez
. On mit en ſuite le feu
à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une
bréche au Baſtion depuis le
haut juſques au bas , que l'on
élargit encore avec le Canon.
de
د
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine
joüa, ne voulant point hazarder
un Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez
dans la gorge du Baſtion ,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des
Gardes à qui des Lieutenans
c'étoit à marcher ; & ayant
ſçeu que c'étoit à Monfieur de
Boiſſelau , il adjoûta que c'étoit
ſon Homme , & qu'on le
fiſt venir. Il luy commanda de
monter fur le haut du Baſtion
pour reconnoître ſi les Ennemis
étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du NeGALAN
Τ . 127
10
e
.
e
e
1
n
α
re
es
S
D
a
S
e
-
veu de Monfieur de Vauban ,
& de Monfieur Goulon Ingenieurs,
afin qu'ils puſſent tous
enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis .
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez
avec M. Solus Sous-
Lieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du
Regiment Dauphin. Le chemin
étoit fi difficile ,& la terre
ſi molle ,que ce ne fut pas ſans
beaucoup de peine qu'ils mõterent
ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranchement
à dix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha
pourtat pas qu'ils n'examinaffent
chacun de leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda
aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter
leurs Grenades dans le Logement
des Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur
Baſtion, & avoient un Parapet
fort élevé au deſſus du petit
Retranchement où étoient
leurs Grenadiers . Ils firent un
feu continuel de mouſqueterie
, & jetterent une ſi grande
quantité de Grenades , que le
Neveu de Monfieur de Vauban
fut tué auffi -bien que
qu
quelques Soldats . Mõſieur des
Crochets fut bleſſé , & M. de
Boiſſelau eut un coup de Grenade
ſur l'épaule ,qui alla faire
fon effet plus loin ſans le
bleſſer. Monfieur le Maréchal
de la Feüillade attendoit
GALANT.
119
S

!

a
-
-
au pied de la Bréche ; mais
voyant que Monfieur de Boifſelau
qui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un
quart d'heure ſans luy venir
faire fon rapport , il luy envoya
dire deux fois de deſcendre.
Il executa cet ordre,ayant
fait retirer devant luy les
Morts & les Bleſſez . Il rendit
compte à Monfieur de la
Feüillade de l'état des Ennemis&
de leurs Retranchemens
, & ce Maréchal le fut
rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16 au 17 .
On n'entreprit rien
Le 17
THE
On fitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du
long de la facedroite, afin d'y
poſter des Gens pour faire
Fiiij
130 LE MERCURE
feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
au bas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres .
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au
Baſtion de la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere .
On crût que les Ennemis vouloient
fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , & jugeant
bien qu'ils pouvoient
étre forcez , puis que trente
Hommes avoient pû monter
fur leur Baſtion , le Gouverneur
qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate,
& à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut
en porter la Nouvelle au
Roy.Il étoit à la Meſſe,& il en-
4
GALANT. 131
tendit dire que le feu avoit
pris à ſon Quartier , & qu'on
battoit la Chamade , ſans donner
aucune marque qu'il eût
rien entendu que la Meſſe ne
fût achevée. On donna des
Oſtages de part & d'autre , &
la Negotiation dura deux
heures. Les Ennemis envoyerent
le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpagnol
, & le Colonel Buis,pour
traiter des Articles de la Capitulation.
Ils en propoſerent
quelques -uns,& ſe remirétenfin
entieremét à lageneroſité
du Roy , ſans rien exiger que
ce qu'il luy plairoit de leur accorder.
Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur
fut permis de faire fortir
leur Infanterie par la
2
Fv
132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux
bouts , Enſeignes déployées ,
& leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte
du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots
porter ceux de leurs Malades
qui pouvoient étre tranſporrez.
Le Roy leur promit de
plus d'établir un Hôpital pour
ceux qu'ils ne pouroient emmener,
& qu'il donneroit permiſſion
à quelques-uns de
leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , & de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Savala
fortit à la queuë deſa Cavalerie
, couché dans ſon CarofGALANT.
133
a
S
ſe parce qu'il avoit été bleſſé.
Le Roy luy dit quelques paroles
obligeantes ſur ſes bleſſures
; à quoy il répondit.Ah,Sacrée
Majesté , qu'un rencontre
comme celuy-cy m'auroitfaitfaire
de folies dans un âge moins
avancée ! Mais graces à l'experience
de quelques années , j'ay
bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il
valoit mieux fubir le joug de bonne
grace , que de prodiguer inutilement
le fang des Nôtres par
une plus longue resistance. Il fortit
de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent
leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole parut
fort bonne : elle compoſoit
deux vieilles Terces ,
134 LE MERCURE
l'une de Canarie,& l'autre de
Couvaruvias . Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
de groſſes Piques , & de gros
Mouſquets . Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy
qu'âgez ; mais les VValons
étoient trop jeunes , & la plûpart
nus. Ils ſortirent environ
deux mille quatre cens Hommes.
Il y avoit beaucoup. de
Negres dans le Regiment de
Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cambray
, où tout le Clergé le reçeut
à la Porte . C'eſt une des
plus belles Eglifes de l'Europe,
il y a deux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,& tres bien travaillé.
La Porte du Coeur eſt de
GALAN T.
135
5

la même matiere , & toute cizelée.
Son Horloge ſonne à
toute les heures & demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il
y a encor celuy de Notre- Dame
de Grace,dont la Chapelle
qui eſt dans la même Cathedrale,
eſt tres- magnifique .
Son Tabernacle eſt d'argent
cizelé,& éclairé à toute heure
par vingt Lampes d'un fort
grand prix . Il y a neuf Paroifſes
dans la Ville , & des Monaſteres
à proportion .Les Bâtimens
en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa
Place d'armes eſt d'une grandeur
extraordinaire , & capable
de contenir toute la Garniſon
en bataille .
Apres le Te Deum , le Roy
fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
& qui parut tres - galant Homme
à quelques François qui
l'entretinrent , les aſſura que
dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hommes
tuez ou bleſſez .
Voila, Madame, ce que j'ay
tiré de ſept ou huit Relations,
&de plus de vingt Lettres ,&
je l'ay fait avec tant d'exactitude
, que je n'ay rien voulu
mettre dans ce Journal , qui
n'ait été marqué par plus d'une
Perſonne ; cependant jene
laiſſe pas de craindre d'avoir
manqué en quelques endroits
à l'égard des dattes. Je n'ay
toutefois rien à me reprocher
la-deſſus . Ceux qui font des
Relations , font le plus fouGALANT.
137
-
vent ſi peu d'accord entr'eux,
que ſi ce Journal ſe trouvoit
juſte, je croy que ce ſeroit le
premier.
Le Gouverneur de Cambray
n'eut pas plutôt fait batre
la Chamade, que Monfieur le
Comte de Gramont partit
pour en apporter la premiere
nouvelle à la Reine,qui luy fit
preſent quelques jours apres
d'une Boëſte de Diamans de
grand prix. Monfieur Mouret
Valet de Garderobe du Roy,
vint en ſuite apporter à cette
Princeſſe les Particularitez
de ce qui s'eſtoit paſſé depuis
ledépart de Monfieur le Com
te de Gramont , & les Ordres
pour faire chanter icy le Te
Deum. Je ne vous en parle
point ,n'ayant pas accoûtumé
138 LE MERCURE
:
coûtumé de vous mander de
ces Nouvelles que l'allégreffe
des Peuples rend publiques,à
moins qu'elles ne foient accompagnées
de circonftances
particulieres. C'eſt par cette
raiſon que je vous diray quelque
choſe de ce qui s'eſt paſſé
à Lile . Le Feu qu'on ya fait
pour ſe réjoüir de la priſe de
Cambray , en repreſentoit la
Citadelle. Elle fut attaquée &
défenduëjon y jetta des Bombes
& des Carcaffes ; & les
Dames virent fans crainte,ce
qu'elles ne pouroient bien
voir ſans péril dans un veritable
Siege.Je croy que nous aurons
bientoſt le meſme avantage
, & que des Tableaux
& des Tapiſſeries , qu'on
ne pourra trop admirer ,
GALANT.
139
5
=
nous repreſenteront tout ce
qui s'eſt paſſé devant Cambray
, puis que l'Illuſtre Monſieur
le Brun , & Meſſieurs le
Nautre & Vandermeulle , ont
été ſur les lieux en faire lesDef
ſeins, Nous verrons un Siege
plus fameux que celuy de
Troye , qu'Achille & tous les
Roys de la Grece ne pûrent
prendre qu'en dix ans avec
tant de milliers d'Hommes ,
& dont ils ne feroient peuteſtre
jamais venus à bout
avec un ſigrand nombre de
Combatans , ſi les ruſes qu'ils
employerent ne leur euffent
eſté favorables . Ce n'eſt point
par ces voyes que le Roy fait
de ſi grandes Conqueſtes.
Ses lumieres naturelles
ſa longue expérience au
>
140 LE MERCURE
Meſtier de la Guerre , ſajudicieuſe
conduite , ſa grande
prévoyance,ſes ſoins vigilans,
&ſes fatigues , ſont les feules
chofes qu'il employe pour
faire réüffir en tout temps ſes
glorieuſes Entrepriſes. Jamais
Monarque n'atant dōné d'Or.
dres luy-meſme , ny tant paſſe
de journée à cheval , que ce
Prince a fait devant Cambray;
il viſitoit tout, il agiſſoit incefſamment
, il ordonnoit de toutes
choſes , il eſtoit par tout ;
&puis qu'il a tout fait , on ne
peut entrer dans un détail
dont chaque particularité demanderoit
un Volume entier.
Un Prince fi grand & fi ju
dicieux,ne pouvat faire choix
pour le ſervir , que de PerſonGALANT.
141
S
nes d'un mérite extraordinaire
, on ne peut douter de celuy
de Meſſieurs les Maref
chaux de France qui ont agy
ſous ſes Ordres pendant les
Sieges qu'il a entrepris cette
Campagne ; c'eſt pourquoy
je n'en diray que peu de choſe
. L'Hiſtoire parle déja afſez
de Monfieur le Mareſchal de
Schomberg. Apres s'eſtre acquis
beaucoup de gloire avant
la Paix des Pyrenées par tout
où il avoit combatu , il fut
commander en Portugal ; &
quoy que ſes Troupes fuſſent
beaucoup moins nombreuſes
que celles des Eſpagnols , il
ne laiſſa pas de les batre ſouvent,
&d'emporter beaucoup
de Places , ce qui a fait dire
de luy avec beaucoup de
142 LE MERCEUR
juſtice , que c'eſt un Homme
de teſte,de coeur, & d'exécution
.Quelques jours apres que
la Tranchée fut ouverte de.
vat la Citadelle de Cambray,
les ennemis ayat fait une Sortie,
ce Maréchal qui ſe trouva
à la Garde de la Cavalerie , les
chargea luy-même le Piſtolet
à la main , & les fit rentrer
dans leurs Paliſſades . Il auroit
couché toutes les nuits dans
la Tranchée , ſi Sa Majesté
voyat toutes les fatigues qu'il
ſe donnoit , ne luy eût ſouvent
ordonné de ſe retirer.
Il me ſouvient,Madame, que
je vous aydéja parlé pluſieurs
fois de la Famille de Monfieur
le Maréchal de la Feüillade,
& du merite particulier de
ce Duc. Vous ſçavez ce qu'il
GALANT.
143
a fait en Hongrie, en Candie,
& en France , & je puis vous
☐ aſſurer qu'il a continué à donner
pendant cette Campagne
des marques de ſa valeur&de
fon grand zele pour la gloire
du Roy. L'un & l'autre ont pa.
ru devat la Citadelle de Cambray
, & je vous ay marqué
qu'il attendoit luy-même au
pied de la Bréche la réponſe
de ceux qu'il y avoit fait monter
pour reconnoître l'état des
Ennemis . Quelques jours auparavant
un Boulet de Canon
avoit paſſe ſous le ventre de
ſon Cheval, & il avoit penſé
en eſtre tué.
S
Monfieur le Mareſchal de
Lorge a beaucoup contribué
à la priſe de la Contreſcarpe.
Il eſt de la Maiſon de Duras,
qui eſt une des plus Illuſtres
144 LE MERCURE
de Guienne. Il a ſervy tres-utilement
le Roy en Italie. On
ne peut s'attacher avec une
plus grande application au
mêtier de la Guerre , & il a fi
bien étudié ce grand Art ſous
feu Monfieurde Turenne fon
Oncle, qu'il en met toutes les
manieres en pratique lors que
l'occaſion s'en preſente. La
fameuſe Retraite qu'il fit apres
la mort de ce grand Homme,
àla veuë d'une Armée beaucoup
plus forte que la ſienne,
fait beaucoup mieux ſon Eloge,
que tout ce que j'en pourrois
dire.
Je ne parle point icy des Officiers
Generaux , ils ſe ſont
montrez dignes du choix de
Sa Majesté, & je ne ferois en
vous entretenant de leurs
GALANT. 145
- actions paſſées que vous repeter
ce que je vous ay déja
ditend'autres endroits. A l'é-
■ gard de Cambray , on ne peut
douter qu'ils n'ayent fait voir
- & beaucoup de conduite &
beaucoup 1 de valeur,puis qu'ils
ont tour à tour monté la
- Tranchée , & que dans les
occafions les plus perilleuſes
ils ont les premiers eſſuyé le
feu des Ennemis à la tête des
Troupes qu'ils commădoient.
Monfieur le Prince d'Elbeuf,
Aydede Camp du Roy, a fait
voir une ardeur fi boüillante,
que ſi on ne l'eût ſouvét retenu
de force, il ſe ſeroit expoſé
à tous les perils du Siege,Mõſieur
le Comte d'Auvergne
ne voulant point le laiſſer aller
à l'attaque des deux De
146 LE MERCURE
my-lunes,ce Prince fit ce qu'il
put pour ſe dérober de luy , &
rien ne le put empêcher d'y
venir à la fin de l'attaque; mais
le peril ſe trouva alors plus
grand , parce que les Ennemis
ne tirerent de leurs Remparts
que lors que leurs Gens
furent fortis des Demy- lunes,
de peur de tirer fur eux. Ce
Prince y demeura tant qu'on
fit le Logement , & fut pendant
tout ce temps expoſé au
feu des Ennemis . Il étoit auſſi
àl'artaque de la Contreſcarpe.
Monfieur le Chevalier de
Feuquieres qui s'eſt diſtingué
au Siege de la Citadelle , eſt
Fils de Monfieur le Marquis
de Feuquieres Gouverneur
de Verdun , & Ambaſſadeur
en Suéde,petit-Fils du fameux
Marquis
GALAN T. 147
Marquis de Feuquieres , qui
a commandé fi long-temps
les Armées du feu Roy en Allemagne
: l'Hiſtoire eſt remplie
de ſes Victoires , & des
fameuſes Negotiations qu'il
a faites aupres de la plus grande
partie des Princes Etrangers
. Le Chevalier dont nous
parlons eſt bien fait, & il donne
tous les jours
marques de ſa valeur.
de nouvelles
La mort de Monfieur le
LYON
Marquis de Renel ne me doit 8435
pas empécher de parler de
luy , & je croy devoir rendre
juſtice à ſa memoire. Sa Valeur
étoit connuë , il avoit des
Amis du premier rang , & il
étoit aimé de ſon Maître. Ce
n'eſt pas d'aujourd'huy que
le Titre de Marquis eſt dans
Tome 3 . G
148 GALANT.
ſa Famille , & l'Hiſtoire nous
parle d'un Marquis de Renel
Gouverneur de Vitry qui futué
en 1615 en voulant empeſcher
la jonction de ſix cent
Reïſtres à l'Armée des Princes.
On ne peut douter de la
Nobleſſe de cette Famille
puis qu'elledeſcendde la Maiſond'Amboiſe
, ſi connuë das
toutes nos Hiſtoires . La douleur
que Madame la Marquiſe
de Renel ſent encor tous les
jours de la perte qu'elle a faite,
ſeroit difficile à exprimer.Elle
aimoit celuy qu'elle pleure
avecune tendreſſe inconcevable;
mais cette tendreſſe n'empeſchoit
point qu'elle ne facrifiât
toutes chofes , afin qu'il
puſt ſervir ſon Prince en homme
de ſaQualité.
LE MER CURE 149
Monfieur le Vicomte de
1 Meaux , Fils de Monfieur dę
Betune ,& petit- Fils de Monfieur
le Duc d'Orval , s'eſt
trouvé dans toutes les occafions
de vigueur ; & l'on n'en
ſçauroit douter, puis qu'il a reçeu
pendant le ſeul Siege dont
nous parlons juſqu'à fix coups,
dont heureuſement pour luy
il a eſté quite pour quelques
contufions. Monfieur le
Duc d'Orval dont je vous
parle , eſt Fils de Monfieur
le Duc de Sully , Favory de
Henry IV .
s
Monfieur le Comte de la
Vauguyon s'eſt ſignalé en entrant
le troifiéme dans la Contreſcarpe.
Il a eſté Chambella
deMonfieur. Il eſt d'une tresbonne
Famille de Poitou ,&
fon Pere a eu des Emplois
Gij
ISO LE MERCURE
confiderables dans les Indes
.
Monfieur ' le Vicomte de
Corbeil , Fils de Monfieur le
Comte de Bregy , Lieutenant
General , & autrefois Ambaffadeur
Extraordinaire en Pologne
, s'eſt trouvé à toutes
les attaques de la Citadelle de
Cambray , & ne s'y eſt pas
trouvé des derniers. Il eſt ſi
modeſte là-deſſus , & donne
tant de loüanges à tous ceux
qui s'y ſont ſignalez,qu'il ſemble
qu'il ne croye pas en meriter
: cependant il eſt impoffiblede
raiſonner de la maniere
qu'il fait ſur tout ce qui s'y
eſt paffé de plus particulier ,
ſans avoir eſté exposé aux
plus grands périls. Il ſçait le
mêtier de la Guerre,il entend
GALANT.
151
les Fortifications,& il en parle
auſſi juſte que Madame la Coteſſe
de Bregy ſa Mere écrit
agreablement.Je n'oſe vous en
dire davantage, ſçachat qu'elle
cache avec grand foin toutes
les belles productions de
ſon eſprit , & qu'elle ne ſe réſout
qu'avec peine à les communiquer
à ceux à qui elles ſe
cofie le plus.Elle a l'eſprit brillant
& folide tout enſemble,
& donne un tour ſi agreable à
tout ce qu'elle dit , qu'on ne
- ſort jamais d'avec elle ſans étre
charmé de ſa converſatio.Elle
eſt genereuſe, & fert ſes Amis
avec une ardeur qu'on ne peut
affez loüer. Jugez , Madame
, ſi ce n'eſt pas avec raiſon
que tant de belles qualitez
Giij
152 LE MERCURE
luy ont acquis l'eſtime particuliere
de Leurs Alteſſes
Royales ; mais le zele qui
m'enporte en parlant d'une
Perſonne qui a tant de merite,
me fait oublier que je ſuis encor
devant la Citadelle de
Cambray,ou du moins quej'y
dois étre. Il eſt temps d'en
être. Il eſt temps d'en fortir fi
je veux vous mander d'autres
Nouvelles . Achevons donc
en deux mots , & diſons que
les Pages du Roy ont tous fais
voir une valeur digne de la
naiſſance qu'il faut avoir pour
obtenir un Poſte ſi avantageux.
Il s'en trouvoit tous les
jours deux à la tête des Bataillons
qui montoient les Gardes
des Tranchées ; Sa Majesté
l'avoit ordonné ainſi pour les
GALANT. 153
empêcher d'y aller tous. Cependant
il étoit ſouvent difficile
de les retenir.
Je vous parlerois icy de
Monfieur du Mets , ſi je n'étois
accablé par la matiere.
C'eſt un Article que je fuis
obligé de remettre àune autre
fois , &de finir en vous diſant
qu'il ne mérite pas moins de
loüanges pour ſa vigilance &
fes foins , que Monfieur de
Vauban pour les grands &
prodigieux Travaux qu'il a
fait faire , & qu'il a fi bien,
conduits ; ayant particulierement
recherché les moyens ,
d'épargner le fang , en quoy il
a parfaitement réüſſy .
Je commence à m'apercevoir
que le Siege de Cambray
m'a mené plus loin queje
Giiij
154 LE MERCURE
د
ne l'avois crû. Le Détail que
j'ay à vous faire de celuy de S.
Omer , & de la priſe du Fort
aux Vaches ne ſera guere
moins long,& cette raiſon m'oblige
à le referver pour le mois
prochain. Il est bon d'ailleurs
de chercher à vousdivertir par
la diverſité des matieres, & de
ne vous point tant parler de
Guerre dans une même Let-:
tre; celle- cy eſt déja aſſez ample
, & je croy que vous ne
murmurerez point de ce retar--
dement , quand je vous auray
affſurée que tout ce que je
vous promets de ce dernier:
Siege ne vous fera pas moins
nouveau , qu'il vousle paroiftroit
aujourd'huy , n'y ayant
perſonne qui vous en puiſſe
mander autant de particuGALANT.
iss
laritez que moy. Il faudroit
pour cela qu'on voulût ſe donner
la peine de compoſer un
Journal ſur un grand nombre
de Relations , & je puis me
vanter d'en avoir d'originales
dont on n'a laiſſé échaper aucunes
copies. C'eſt ſur cette
aſſurance que je difere ce que
j'ay à vous en dire , & que je
paſſe à quelques Vers qui on D8
eſté faits ſur les Conqueftes
du Roy.En voicy de Monfieur
Boyer.
POUR LE ROY.
SONNET.
Peine
E TYON
E
le Soleil dißipoit les
Arimats,
Qu'on à veu de Loüis la Valeur
triomphante ,
95 %
Gv
156 LE MERCURE
La Flandre defolée , &fes meil
leurs Soldats .
Arroufer de leur Sang l'Herbe à
peine naiſſante.
६००३
LuySeul a changé l'art des Sieges
, des Combats,
Dont jadis la mètode étoit douteuse
& lente.
Ce Iupiter qui regne & qui tonne
icy bas ,
Lance en toute ſaiſon ſa foudre
• impatiente
Ses Exploits font toûjours auſſi
prompts qu'éclatans.
Ilsne relevent point desregles ny
du temps.
En vain pour luy nos voeux appellent
la Victoire..
Ce Héros dont l'ardeur ne
reste jamais
Sar
GALANT.
157
Sçait si bien abreger le chemin
de la Gloire ,
Quefarapiditédevance nos fouhaits.
Les deux Sonnets qui fuivent
font de Monfieur Robinet
qui a fait autrefois laMuſe
Hiſtorique , dédiée à Madame.
AURΟΥ.
SUR SES CONQUESTES.
S ONNET.
Miraculeux
Iraculeux Héros , Vainqueur
inimitable,
Partes fameux Exploits , tu te
fais admirer.
A quel grand Conquerant te
peut- on comparer,
158 LE MERCURE
Dont la gloire ne cede à ton Nom
redoutable ?
A
Tu n'es plus qu'à toy- même aujourd'huy
comparable .
L' Alexandre orgueilleux qui se
fit adorer ,
Se verroit , s'il vivoit , réduit à
Soúpirer.
D'eſtre moins grand que toy, d'être
moins adorable.
€ 3
Luy qui crut poſſeder la Gloire
Sans Rivaux ,
Ne put entrer dans Tyr qu'enfix
mois de Travaux ,
Quoy que Tyr valut moins qu'une
detes Conquestes.
Mieux que Cefar, tu n'as qu'à
venir ở qu'à voir .
GALANT .
159
Les Victoires,pour toy,se trouvent
toujours preftes .
Trois Villes en un mois tombent
Sous ton pouvoir.
POVR LE ROY.
A
SONNET.
Dmirons ce grand Roy , towjours
victorieux ,
Admirons ceHéros, si digne qu'on
l'admire.
Regardons fon grandair , tel eft
celuydes Dieux ,
Dont comme leurpareil,il partage
l'Empire.
Il eſt ſage, vaillant, juste, laborieux,
Son grand coeur pour la Gloire inceſſamentSoûpire.
160 LE MERCURE
Toutesſes actions le rendent glorieux
,
Et l'Histoire aurapeine à nous les
bien décrire .
Se privant du repos , s'éloignant
des plaiſirs ,
Vers cette Gloire austere il tourne
ſes defirs,
Et durant l'Hyver meſme il ouvre
la Campagne.
8303-
La Victoire auffi- toft se trouve à
fes costez ;
Elleluy fait preſent de trois grandes
Citez ,
Et laiffe à deviner les fuites à
l'Espagne..
Les Sonnets par Echo deviennent
tellement à lamode,
quej'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de voir celuy- cy
GALANT. 161
iiI s cele- E l'Auguste Loü
brez les Trophées, Fées, D
Tracez, Filles des bois, deſſusſes
Lauriers vers, Vers,
Comme il est pourſe voir dans le
Ciel couronné. Né,
Dreſſfez à ceHéros que l'Univers
contemple, Temple..
L'on peut bien de Cefar ce qu'on
en fait accroire , Croire,
Mais la Gloire en Hyverſuivoitellefespast
Pas
Aupres du Grand Loüis auroitildu
renom ? Non .
Le vit- on comme luy juste, vaillant
, affable? Fable.
1
Ce que l'Antiquité, qui cheznous
a credit . Dit
Des plus fameux Guerriers , eft
une bagatelle
Telle
162 LE MERCU
Qu'ils auroient tous perdudevant
ce grand Vainqueur Coeur.
६००३
Voyons-lequi jamaisdansſonſein
vigilant , Lent,
Toûjourspour entaſſer merveille
fur merveille , Veille.
Qui donc est au deſſus de nôtre
Demy-Dieu ? Dieu.
Voicy d'autres Vers qui
méritent bien de tenir leur
place icy.
POUR MONSIEUR ,
Surla Batailledu Mont-Caſſel.
Avbruit des grands Eploits que auxChaps deMars
Deux Chefs qu'à ce Combat même
chaleur entraine ,
GALANT .
163
-
La Victoire fur eux tourne tous
Ses regards :
Puis ſur ſes aisles d'or dans les
airsſe promene ,
Et partageant entre eux la gloire
& les hazards ,
Balance & demeure incertaine.
Mais l'unſe distinguant par cent
efforts guerriers,
Et l'emportant sur l'autre aux
yeux de la Victoire , ১
La Victoire ne sçait que croire.
Elle qui pour Loüis garde tous
Ses Lauriers.
Si ce n'est pas Loüis,dit- elle, c'est
fon Frere ;
Ie le connois à ce qu'il vientde
faire.
Elle part , & dun vol qui n'est
plus incertain ,
Dans le Campde PILIPPE elle
Seprécipite.
164 LE MERCURE.
Luy preſente aussi-toft les Lauriers
qu'ilmerite
Et le couronne de ſa main.
Je ne vous demande point
voſtre ſentiment fur ce Madrigal,
vous eſtes de trop bon
goût pour ne le pas approuver.
Il eſt encor de Monfieur
Boyer, fameux par quatité de
belles Pieces de Theatre qui
luy ont fait meriter une place
dans l'Académie Françoiſe ,
qu'il a toûjours occupée parmy
les beaux Eſprit. Les Vers
admirables ,& les grands évenemens
dont elles font remplies,
leur feroient faire plus de
bruit qu'elles ne font aujourd'huy,
quoy que tous les Gens
éclairez en parlant avec beaucoup
d'eſtime, ſi nous eſtions
GALANT.
165
1
e
1
-
1
encor au temps où les Ouvrages
de cette nature faifoient
d'eux- meſmes leur bon ou
mauvais fuccés .
Aureſte , Madame ,je m'e
ftois bien imaginé que je vous
11 avois fait un fort agreable préſent;
en vous envoyant la derniere
fois les Lettres que Mon.
fieur le Duc de S. Aignan
avoit écrites au Roy , & à Son
Alteſſe Royale. Elles méritent
fans-doute tout ce que vous
m'en dites d'avantageux, & je
vay ſatis- faire avec bien de la
joye à l'ordre que vous me
donnez de vous faire connoiftre
en peu de mots
quels degrez il eſt parvenu
àla haute élevation de gloire
où nous le voyons.
par
Monfieur le Duc de S. Ai
166 LE MERCURE
gnan apres avoir fait deux
Campagnes dans une tres-gradejeuneſſe
, eut une Compagnie
de Cavalerie en 1634. Il
ſe trouva en 1635 ſous le Duc
de Rohan dans le Quartier de
Steimbrun en Alface,lors qu'il
fut attaqué par les Colonels
Uriel & Mercy , qui furent repouſſez;
& il ſeroit difficile
de vous dire combien il reçeut
de loüanges dans cette Occaſion
& par le General , & par
tous les Officiers des Troupes.
Il n'acquit pas moins de gloireenla
fameuſe Retraite deMayence
ſous le Duc Bernard
de Veymar & le Cardinal de
la Valette , fur tout au Combat
de Vaudevranges, qui fut
tres -glorieux à la France , par
le ſuccés & par la grade inégaGALANT
.
167
Y
1

lité du nombre. Dix Campagnes
, pendant leſquelles il eut
toûjours l'aprobation entiere
des Genéraux , confirmerent
l'opinion qu'on avoit déja juſtement
conçeuë de ſa haute
valeur & de ſa conduite. L'année
1648 ayant eſté fatale à ce
Royaume par les Guerres civiles
& par les diviſions,Monſieur
le Duc de S.Aignan mena
au Roy en 1649 quatre cens
Gentilshommes , que leur affection
pour ſa Perſonne avoit
attachez à ſa fortune,avec cette
glorieuſe circonſtance , que
toutes les Villes de deſſus la
Loire luy ayant refuſé le paſſage,
il traverſa cette grande Riviere
dans des Bateaux, malgré
la rigueur de la ſaiſon, & força
168 LE MERCURE
tout ce qui luy voulut faire
obſtacle ; ce qui fit admirer
tout enſemble & fon crédit
aupres de la Nobleffe , & fon
zele au ſervice de Sa Majeſté.
11 fut Premier Gentilhomme
dela Chambre à la fin de cette
même année , & Licutenant
General ; puis ayant été
envoyé en Berry pour y commander
avec un Corps d'Armée
, il prit le Tour de Bourgesen
1650, le Fort de Baugy
,pluſieurs autres , & maintint
toutes les Villes de cette
Province en leur devoir. Il
demeura une année entiere
dans cet employ , & il y joignit
toûjours le reſpect deû au
rang & au mérite de Son Alteſſe
Sereniffime M.le Prince,
avec l'exacte fidelité qu'il deGALANT.
169

e
t
1
voit au Roy , traitant dix-huit
Prifonniers conſidérables
,
faits en une méme occafion ,
avec toute la civilité poſſible.
Il ſuivit Sa Majeſté aux Sieges
de Sainte Menehoud & de
Montmedy, apres avoir entrepris
, comme Volontaire , une
Mine à celuy ce Château- Pocien
, qui reüffit & qui avança
la priſe de cette Place. Le
Roy luy a confié depuis le
Gouvernement important du
Havre de Grace , dans lequel
étantmenacépar le grandArmement
des Hollandois en
1674 ,& par divers Avis de
quelque Deſcente ſur ſes Côtes,
il mit fur pied en tres-peu
de jours', dans une étenduë
de treize lieuës de long ſeulement
, & de cing de large ,
170 LE MERCURE
quinze cens Chevaux,& pres
de quatorze mille Hommes de
pied , avec l'équipage de quatre
Pieces de Canon , les Coſtes
& les Villes ne laiſſant pas
d'eſtre bien gardées ; ce qui
euſt paru tres-ſurprenant ſous
un autre moins aimé de la Nobleſſe
&du Peuple , &qui fut
confirmé par le Commiſſaire
des Guerres qui en fit la ſeconde
Reveuë. Il a joint le
Sçavoir à la Valeur , eſtant de
l'Académie Françoiſe , & Protecteur
de celle d'Arles; & il
réüffit fi bien en tout ce qu'il
entreprend , même pour les
exercices du Corps , qu'il
en a acquis l'eſtime de Sa
Majesté , & l'approbation du
Public.Je ne vous diray point,
Madame , qu'il a autant d'Amis
GALANT.
171
mis qu'il y a d'honnêtes Gens
en France. Vous ſçavez que
ſa civilité luy gagne tous les
Coeurs, & qu'il eſt d'une humeur
fi obligeante , qu'il tient
la journée perduë , quand il
n'y trouve pas l'occaſion de
s'employer pour quelqu'un.
Sa modeſtie ſouffriroit fans
doute, ſi j'entrois dans un plus
grand détail des belles Actions
qu'il a faites,& fi je parlois de
ſes bleſſures en grand nombre
, & de ſes Combats particuliers
, dont il eſt toûjours
forty avec un entier avantage .
C'eſt par cette raifon je ne
parleray qu'en paſſant de l'une
des plus éclatantes & des
plus glorieuſes Actions qu'il
foit poffible de faire. Il eſt
difficile que vous l'ignorez,
Tome 3 . H
172 LE MERCURE
puis que le bruit s'en eſt répandu
par tout , & qu'il n'y a
perſonne qui n'en ait parlé
avec autant d'admiration que
de ſurpriſe. Monfieur le Duc
S. Aignan eſtoit ſeul ; quatre
Hommes eurent la lâcheté
de ſe ſervir de cet avantage
pour l'attaquer. Il ne s'étonna
point , & fon courage fut fi
bien ſecondé de ſon adreſſe ,
qu'il en tua trois , & mit le
quatrième en fuite. C'eſt dequoy
je ne doute point que
l'Hiſtoire ne faſſe foy quelque
jour , auffi -bien que les Regiſtres
du Parlement ; & peuteſtre
n'oubliera-t-elle pas ce
qu'il afait encor depuis peu en
faveur d'un brave Officier ,
contre lequel n'ayant pas voulu
refuſer de tirer l'Epée par
GALANT.
173
4
rencontre', encor qu'il fût ſous
ſa charge , il le bleſſa & le defarma.
Le Roy fut en colere
de la temerité de cet Officier ;
& la genéroſité naturelle de
Monfieur le Duc de S. Aignan
l'obligea à ſe venir jetter
à ſes pieds , pour en obtenir
non ſeulement la Grace
de ce Gentilhomme en qui il
avoit reconnu de la valeur ,
mais encor fon rétabliſſement
en ſa Charge , que Sa Majesté
eut agreable de luy accorder
par une bonté toute Royale.
Voila , Madame , mais fort
en petit , le Portrait de cet
Illustre Duc . Je vous en laiſſe
examiner tous les traits , vous
en trouverez beaucoup qui
marquent le don particulier
qu'il a de ſe faire aimer de tout
Hij
174 LE MERCURE
lemonde; & cependant je pafſe
a ceux dont le Roy à récompenſé
la valeur.
Le Gouvernement de Mezieres
a eſté donné à Monſieur
de Lançon , & celuy de
Sainte Menehoud à Monfieur
de Neuchelle,tous deux Lieurenans
des Gardes du Corps
de Sa Majeſté . Leurs Charges
prouvent leur mérite :elles
ſe vendoient autre- fois ; mais
il y a douze ou quinze ans
que le Roy voulant avoiraupres
de fa Perſonne ceuxqui
avoient paffé toute leur vie
dans ſes Troupes , en recompenſa
leurs ſervices.ll a continué
à meſure qu'elles ont vaqué
à les remplir des plus braves
& des plus anciens Officiers
; demaniere qu'il n'y en
GALANT .
175
a aucun dans ce Corps qui ne
ſoit capable des plus grands
Emplois militaires . 1
Le Roy a donné le Gouvernement
de Cambray à Monſieur
de Cezan , Major du Regiment
des Gardes , & qui
eſtoit Gouverneur de Condé .
C'eſt un ancien Officier , qui
par ſes longs ſervices s'eſt rendu
digne de cet honneur.
Monfieur Dreux , qui avoit
la Lieutenance de Roy dans
Bouchain, a cu celle de Cambray
& Monfieur Pariſot la
Majorité. Il ne faut que lire le
détail du Siege de cette Place
pour connoître ſon mérite .
Le Commandement de la
Citadelle de Cambray a été
donné à Monfieur de Choiſy
tres-habile Ingénieur ; & la
Hiij
176 LE MERCURE
Lieutenance de Roy à Monſieur
du Freſne, qui estoit Major
de Bouchain .
Monfieur de la Levretiere,
Commandant de Limbourg, a
eſté nommé au Gouvernement
de Condé ; & Monfieur
de S. Geniers à celui de Saint
Omer. Il commandoit dans
Douay ainſi qu'il a fait dans
Brifac. Il eſt Frere de Monfieur
le Maréchal de Navailles . Il a
donné en beaucoup d'occafions
de grandes preuves de
valeur,& il ne faut que le voir
pour remarquer auffi- tôt qu'il
a reçeu des coups tres-dangereux.
Monfieur Raouffet Capitaine
das Navarre,a êté fait Lieutenant
de Roy de S.Omer ; &
la Majorité a été donnée à
GALAN T. 177
Monfieur de Rochepaire Ingenieur,
ainſi que le Commadement
de Doüay à Monfieur
le Marquis de Pierrefite, qui a
ſervy long- temps dans l'Infanterie
à la teſte du Regiment
duRoy.
Monfieur de Rouvray,Lieutenant
de la Veneric,ayant été
tue dans la Journée de Caffe HEQOO
le Roy a pourveu de cette
LYON
S
1993 *
Charge Monfieur de la Motte
Exempt des Gardes du
Corps. C'eſt un tres-honneſte
Homme , dont on a veu avec
joye le mérite récompensé. Il
futbleſſe à la Bataille de Senef,
& il ne s'eſt trouvé dans
aucune occaſion où il n'air
donné beaucoup de marques
de courage.
2
Monfieur de la Cardoniere
H iiij
178 LE MERCURE
a eu la Charge de Mestre de
Camp General de la Cavalerie
Legere, vacante par la mort
de M. le Marquis de Renel.Je
vous ay parlé de ſon mérite
dans mes dernieres Lettres , &
vous voyez que je vous ay dit -
vray , puis que le Roy l'a reconnu
.
Les Pages du Roy s'étant fignalés
dans les occaſions
les plus perilleuſes. Sa Majeſté
pour commencer à
leur en témoigner ſa ſatisfation,
a donné à M.de Boiſden.
nemets leur Doyen une Enſeigne
aux Gardes .
Le Roy a fait Monfieur du
Peré , Lieutenant Colonel du
Regiment Lyonois,en luy difant
, Qu'il ne pouvoit remettre
cette Charge en de meilleures
mains, & qu'il lefift bienfervir.
GALANT.
179
-
2
On ne peut faire un préſent
de meilleure grace; & des paroles
ſi obligeantes , prononcées
par un ſi grand Prince
doivent cauſer plus de joye à
un galant Homme , que tout
ce qu'il en pouroit recevoir ;
auſſi en ont-elles donné beaucoup
à Monfieur du Peré.
C'eſt un tres- ancien Officier ,
quoy que jeune encor. Il a
commencé à porter les armes
dés l'âge de treize ans ; & depuis
vingt-quatre années il
s'eſt ſignalé dans toutes les
occaſions où le Regiment
Lyonois s'eſt trouvé. On ſçait
combien de gloire ce Regiment
s'eſt acquis , & qu'il a
fait des choſes incroyables .
Monfieur le Duc de Villeroy
s'étant expoſé depuis plu
Hv
180 LE MERCURE
ſieurs années aux périls les
plus évidens, & ayant merité
d'être Lieutenant General
dans un âge où les autres cómencent
à peine à faire parler
d'eux, Sa Majesté a voulu encor
reconnoître l'ardeur avec
laquelle il a ſervy cette Campagne,
&luy a dõné une Penfion
de douze mille livres de
rente , en attendant qu'il luy
faſſe autrement connoître
combien il eſt fatisfait de luy.
Je n'ay appris aucun Mariagede
Perſonnes de remarque,
que celuy de Monfieur de
Bragelone Conſeiller au Parlement
, qui a épousé Mademoiſelle
Canlatte. Il eſt en réputation
d'un fort bon Juge,
&Fils de Monfieur de Bragelonne
Premier. Prefident au
GAL ANT. 181
Parlementde Mets. Cette Famille
eſt une des plus grandes
& des plus conſidérables de
Paris.
Monfieur de Bailleul , Fils
de Monfieur de Bailleul Prefident
à Mortier , & petit - Fils
d'un autre Preſident à Mor
tier , Sur- Intendant des Finances,&
Miniſtre d'Etat ſous
la Regence de la feuë Reyne
Mere du Roy , a eſté reçeu
depuis peu Conſeiller au Parlement.
On ne peut donner
plus de marques de ſuffiſance
qu'il en a donné dans les examens
qui luy ont eſté faits.On
n'en a point eſté ſurpris , & il
n'a fait que confirmer l'opinion
avantageuſe qu'il avoit
fait concevoir de luy par ſes
Plaïdoyez , dans lesquels il .
182 LE MERCURE
s'eſtoit fait ſouvent admirer à
la Grand Chambre & ailleurs,
depuis cinq ou fix ans qu'il
fréquentoit le Barreau en qualité
d'Avocat..
Monfieur de Bretonvilliers
a eſté auſſi reçeu dans le
meſme temps Conſeiller au
Parlement. On ne peut douter
qu'il ne ſoit tres - digne de
cette Charge , apres qu'il a
exercé pendant deux ans celle
de Conſeiller au Chaſtelet
avec toute la capacité qui peut
rendreun Juge recomandable.
Monfieur le Preſident Nico-
Taï a perdu Monfieur le Marquis
de Mouſainville , qui eſt
mort ( dit-on ) d'une veine
qu'il s'eſtoit rompuë per la
violence d'une toux. Tout le
monde a eſté luy faire come
GALANT . 183
pliment ſur la perte de ce Fils,
qui étoit civil, honnéte , obligeant
, & qu'il regardoit comme
devant poſſeder apres luy
la Charge de Premier Prefident
de la Chambre des Coptes
, qu'il exerce avec tant de
gloire, état le huitième de ſon
Nom à qui elle eſt venuë de
Pere en Fils. Il a rappellé incontinent
de l'Armée Monſieur
le Comte d'Yvore , fon
fecond Fils , qu'il oblige àquiter
l'Epée pour prendre le
party de la Robe. Il a infiniment
del'eſprit quoy que tres.
jeune ,il dit les choſes d'une
maniere aifée , & on ne doute
point qu'il n'ait quelque jour
pour les Harangues cette
agreable& vive éloquéce qui
eſt naturelle & comme heredi
taire das cette illuftre & grade
a
184 LE MERCURE
ג
Famille .Il ne faut pas que j'oublie'a'vous
dire qu'elle eſt venuë
en France par un Chancelier
de Naples que Charles
VIII. y emmena comme un
Homme rare , & qu'il honoroit
d'une eſtime particuliere.
af On a auſſi eſté faire Compliment
à Monfieur l'Archevêque
de Paris ſur la mort de
Madame la Marquiſe de Bre
val ſa Belle- foeur. Elle eſtoit
de la Maiſon de Fortia , & n'avoit
preſque point eu de fanté
depuis la perte de Monſieur
le Marquis de Chanvalon
ſon Fils unique qui eſtoir
Cornete des Chevaux-Legers
de laGarde du Roy,& qui fur
tué à la Bataille de Senef, apres
avoir eſté long - temps aux
GALANT. 185
mains avec le Commandant
des Cuirafſiers de l'Empereur ,
& emporté la Cornete de ſa
Compagnie.
L'Eveſché de Châlons eft
vacant par la mort de Monſieur
de Maupeou , qui avoit
êté Aumônier du Roy. Ce
Prélat eſtoit d'une probité &
d'une bonté extraordinaire ,
tres- fidelle & tres- paffionné
pour ſes Amis. Il avoit perdu
pluſieurs Freres au ſervice de
Sa Majesté dans le Regiment
des Garges , où ils s'eſtoient
tous diftinguez par des actions
éclatantes de valeur , comme
la plupart de ceux qui portent
ceNom ont fait & font encor
tous les jours , dans les
Tribunaux où ils preſident
avec une integrité dignité de
186 LE MERCURE
ſervir d'exemple à tous ceux
qui veulent entrer dans les
Emplois de la Robe .
Il eſt ſurvenu ici un Diferend
dont je voudrois bien
que vous m'euffiez fait ſçavoir
vôtre pensée. Un Cavalier
qui ne maquepas de merite,
avoit êté dix fois chez une
fort belle Dame ſans latrouver.
Il luy parle enfin chez
une de ſes Amies , à qui elle
rendoit viſite comme luy. Elle
luy fait des reproches obligeans
de ſa negligence à la
voir; & fur ce qu'il oppoſe
qu'il lui ſeroit inutile del'aller
chercher,puis qu'on ne la rencontroit
jamais,Voila mon Bracelet
, lui dit- elle , raportezle-
moy demain à telle heure;
& ſi vous ne me trouvez pas,
GALANT. 187
il est à vous. Le Bracelet
eſtoit de prix , & il n'y a pas
d'apparence qu'elle eût voulu
le riſquer. Cependant on
luy propoſe le lendemain une
Partie de divertiſſement pour
tout le jour ; elle l'accepte,
va diſner en Ville , & ne ſe
ſouvient point de l'engagement
où elle s'eſt miſe. Le
Cavalier a de fon côté des affaires
importantes qu'il ne
peut remettre, & qui l'empêchentd'aller
chez elle; ils con
viennent tous deux de leurs
Faits , & c'eſt là deffus qu'il
faut prononcer. Le Cavalier
ſoûtient que puis qu'elle a
manqué à la parole qu'elle luy
avoitdonnée de l'attendre , le
Bracelet doit eſtre à luy ; &
afin qu'õ ne le ſoupçonne pas
188 LE MERCURE
ر
de le vouloir garder par un
mouvement d'avarice , il offre
à la Dame de luy en rendre
deux fois la valeur en autres
Bijoux. La Dame avoue que
s'il étoit venu chez elle, il n'y
auroit point de conteſtation :
mais comme il demeure d'accord
de n'y avoir pas eſté,elle
demande obſtinémet ſon Bracelet,
& ne veut rien recevoir
en échange. Parlez , Madame,
ils vous connoiſſent tous deux
pour la Perſonne du monde la
plus équitable, & je ne doute
point qu'ils ne ſe ſoûmettent
volontiers au jugement que
vous rendrez .
Je penſois finir icy ; mais,
Madame , je ſerois fâchéque
vous appriffiez par d'autres
que par moyde quelle manieGALANT.
189
re Mõſieur le Duc de Roquelaure
a eſté reçeu à Bordeaux .
Le Gouvernement de Guyenne
qu'il a plû au Roy de luy
confier, eſt une marque dumérite
extraordinaire qui luy a
fait obtenir cette glorieuſe récompenſe
de ſes ſervices ; & il
y a tant de choſes à dire de
luy , que comme j'auray occaſion
de vous en parler plus
d'une fois,je ne groſſiray point
aujourd'huy ma Lettre de ce
qui ne peut eſtre ignoré que
par ceux qui n'ont aucun commerce
dans le monde. On ne
peut exprimer la joye qui ſe
répandit dans toute cette grade
Province , ſi -tôt qu'on y
ſceut qu'il en avoit eſté nommé
Gouverneur ; il y eſtoit
dans une fort haute eſtime &
190 LE MERCURE
pour ſa naiſſance , & pour les
qualitez particulieres de fa
Perſonne. Il arriva à Blaye le
8.de May,où il reçeut les Coplimens
de Meſſieurs les Jurats
de Bordeaux , portez par
la bouche de Monfieur Chiquet
Jurat & ancien Avocar,
accompagné de Monfieur de
Jean Procureur Syndic dela
Maiſon de Ville. Le lendemain
il ſe rendit au Port dudit
Blaye à cinq heures du matin
, & apres y avoir reçeu
tous les honneurs poſſibles
par Monfieur de Monbleru
Commandant dans la Place,
il monta dans la Maiſon Navale
qui luy avoit été envoyée
par les Jurats , & fur les dix
heures il arriva à Bordeaux au
bruit de tout le Cano du ChaGALANT.
191
ſteau Trompette, & des Vaifſeaux.
Monfieur le Comte de
Montaigu Gouverneur du
Chaſteau & LieutenantGeneral
de la Province , le vint
recevoir ſur le Port , où il luy
preſenta les Jurats , à la teſte
deſquels ſe trouva Monfieur
de la Lange , qui harangua
d'une maniere à faire connoître
qu'unGentil-homme n'eſt
pas moins propre à eſtre bon
Orateur que bon Capitaine.
On ne luy avoit point preparé
d Entrée , parce qu'il n'en
avoit point voulu , pour n'être
pas à charge au Public;
mais quelque précaution qu'il
eût priſe pour cacher ſon arrivée
, elle fut ſocuë incontinent
de tout le Peuple , qui
accourut en foule ſur le Port,
192 LE MERCURE
& on peut dire que jamais
Gouverneur n'a eſté reçeu
avec plus d'acclamations. De
là , voulant rendre les honneurs
deûs au Prélat de cette
grande Ville , il fut conduit à
l'Archeveſché ; apres quoy il
alla diſner au Chaſteau Trompepette,
où Monfieur de Montaigu
le régala avec une magnificence
admirable .Vous ſçavez,
Madame,que Monfieur le
Comte de Montaigu eſt un
Homme d'un fort grand mérité
, & que ſa naiſſance ne le
rend pas moins illuſtre, qu'un
grand nombre de belles Alliances
qui font dans ſa Maifon.
Il a eſté Cornette des
Chevaux- Legers de la Garde
du Roy , & Gouverneur de
Rocroy ; & apres avoir meriGALANT.
193
té par de grands ſervices la
confiance de Sa Majesté & de
la feuë Reyne Mere dans des
occaſions tres- importantes, il
a eſté choiſy par le Roy pour
l'un de ſes Lieutenans dans le
Gouvernement de Guyenne ,
& pour Gouverneur du Chafteau
Trompette. Cet Employ
marque plus que toute autre
choſe l'eſtime particuliere dõt
il a toûjours eſté honoré par
fon Maiſtre . Tout le monde
ſçait l'importance de ce Poſte,
& l'on a veu dans les derniers
temps de quelle conséquence
il eſt d'y avoir un Homme dot
la ſageſſe,la fidelité,& l'expérience,
mettent en ſeûreté une
Province qui a toûjours eſté
en bute aux plus puiſſans Ennemis
du Royaume. C'eſt où
194 LE MERCURE
M. de Montaigu a voulu chercher
du repos pour ſe délaſſer
des longues fatigues qu'il a
cuës à eſſuyer das les Armées,
ne jugeant pas que l'âge , ny
méme les pensées qu'on doit
avoir dans un certain temps
pour l'autre vie, le püſſent dif
penſer de rendre juſqu'au dernier
ſoûpir les ſervices qu'il
croît devoir à un Prince qui
luy a toûjours donné des marques
de ſa bonté.
Apres ces premiers devoirs
rendus à Monfieur le Duc de
Roquelore , toute la ſemaine
ſe paſſa à recevoir les Harangues
de tous les Corps , entre
leſquelles celles de Monfieur
le Doyen de la Cathedrale , &
deM. de Meſtivier Preſident'
à la Cour des Aydes , ont
été
GALANT .
19)
DE
S
été fort eſtimées , ainſi que
celles de Monfieur le Lieutenant
General du Preſidial de
Bordeaux , & du Juge-Mage
d'Auche. Monfieur le Duc
s'embarqua le 14. du méme
mois pour aller à Marmande
ſe faire recevoir au Parlement .
Adieu , Madame. Sansa
grofleur extraordinaire de ma /
701
Lettre,vous auriez dés aujour
d'huy le Compliment que M.
Charpentier a fait à Monfieur
le Cardinal d'Eſtrées, au
nom de l'Academie Françoiſe;
je vous le reſerve pour le
Mois prochain, ainſi que plufieurs
autres choſes curieuſes
quin'ont pûtrouverplace icy.
AParis le premier Juin 1677 .
N donnera un Tome du Mercure
Galant , le premier iour
de chaque Mois fans aucun retardement.
Toutes les Relationsd'Alemagne &
de Flandre , des années 1675. 1676 .
1677. & de la Bataille de Caffel ,
ی ن م
les Relations de Valancienne , Cambray ,
& Saint Omer ; avec plusieurs figures
; se vendent à Lyon chezTHOMAS
AMAULRY rue Merciere , à la
Victoire.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le