Fichier
Nom du fichier
1677, 01-03, t. 1 (Lyon)
Taille
4.33 Mo
Format
Nombre de pages
173
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
LE NOUVEAU
MERCURE
GALANT,
CONTENANT TOUT
ce quis'eſt paſſe de curieux
depuis le premier de Janvier,
juſques au dernier Mars
1677.
VE LA
VILA
.
A LYON ,
Chez TноMAS AMAULRY,
Libraire , ruë Merciere,
à la Victoire .
M. DC. LXXVII,
AVEC PRIVILEGE DY ROY,
粉粉
AU LECTEUR .
N donnera un Tome du
Mercure Galant , le premier
jour de chaque Mois Sans
aucun retardement .
Toutes les Relations d'Alemagne
& de Flandre , des années
1675. 1676. 1677. & de la Bataille
de Caffel , & les Relations
de Valencienne , Cambray , &
Saint Omer ; se vendent chez
THOMAS AMAULRY , Inë
Merciere.
11
TABLE DES MATIERES
contenuës en ce Volume.
Conversationſur leſujet du Mera
Sonnet par Echo & sans aucune
Rime.
Lettresur tout ce qui a paru au Theatre
François & Italien depuis le
premier de Ianvier.
Vers de Mide Corneille l'aisné , au
Roy.
Placet du mesme , au Roy.
Balde l'Inconnu.
4
Bals de Monfieur le Prince de Furftemberg
,&Son Mariage avec Mademoiselle
de Ligny .
Bal de Monfieur de Chasteauneuf
Confeiller au Parlement.
Divertiſſemens donnez au Public par
Monfieur Olier-Verneuil , Confeiller
au même Corps.
Avanture arrivéeàMonsieurleMar
quis D. dans un Bal bourgeois.
TABLE
Bal chezM. de Menevillette.
Bal chez. M. du Houſſet .
Bal chez M. Ranchin ,
Mortde M. le duc de Leſdiguieres.
Mort de M. le Comte de Ionfac.
?
Mort de M. le Marquis de Bade-
Dourlach.
Mort de M. le Comte de Cossé.
Mort de M. de Bridieu.
Mort de M Poncet Archevesque de
Bourges. A
MortdeM. l'Abbé de Montaigu.
Requeste de l'Amour au Roy ,Sur le
bruit de ſon Départ pour l'Armée.
Mariagede MademoiselledeMouchy,
avec M. le Prince d'Izinghien.
Mariage deMonfieur le Prince d'Elbeuf,&
de Mademoiselle de Vivonne.
Mariage de M. le Marquis de Cavoye
, &de Mademoiselle Cologon.
Mariage de M. de Bercy ,&deMa
demoiselle de Bretonvilliers.
Mariage de M. du Tillet , &deMademoiselle
Brunet.
Sacre de M. l'Abbé d'Vrfé , Evef
que de Limoges...
TABLE .
Sacre de M.l'Abbé de Fieux,Evéque
deToul.
Sacre de M. l'Abbé Matignon , Evéque
de Lisieux.
LeRoy choisit M. l'Evéque de Tules
pour preſcherau Louvre.
Preſent de la Reyne à M. l'Archevéque
d'Ambrun , Evéſque de Mets.
Aite de Refumpte Soûtenu par M.
l'Abbé de Noailles.
Reception de M. le President deMefmes
en l'Academie Françoise , &
tout ce qui s'y est passé.
Etabliſſement de pluſieurs Academies
de Sculpture & de Peinture en
France.
SonAlteſſe Royale va chez M. Mignart,
voir ſes beaux Ouvrages.
Madame la Grande Ducheſſe preſente
àLeurs Majestez Madame laDucheſſede
Bracciano.
M.de Breteül est reçen Leiteur du
Roy.
Lettre en Vers d'une Amante à son
Amant ,fur ce qu'ilse preparoit à
partir pour l'Armée.
4
TABLE.
.
二
Charge de Lieutenant des Gardes du
Corps, donnée à M. du Repaire.
Gouvernement de l'Iſle de Ré, donné à
M. de Pierrepont .
Le Roy donne une Charge d'Enseigne
des Gardes à M.de Batiment.
M.de Maulmont prend des Poſtes anx
environs de S. Omer .
Mort de M.le Marquis de Genlis.
La Chaſſe donnée aux Espagnols par
M. du Quéne , & M. le Marquis
de Preülly-d'Humieres .
Plusieurs Barques sont brûlées par
Meſſieurs les Chevaliers Dégoûtes,
de Noailles, & M.de S.André
Montmejan.
Prise de la Cayenne par Monsieur le
Comte d'Estrées .
Noms de tous les Officiers Generaux
nommez cette année par le Roy .
Vers sur le Départ de Sa Majesté.
Siege de Valenciennes , contenant plu
fieurs Particuleritez quin'ontpoint
encore étéſcenes , & les Noms de
tous ceux qui ſe ſontſignale , des
Morts, des Bleffez,& de ceux dom
TABLE
lavaleur a été récompensee.
Priſe de deux Fortereſſes د
l'une en
Allemagne par M. le Comte de
Monclar , l'autre en Lorraine
par M.de Revel.
Défaite d'un Party commandé par le
Baronde Mercy , par M. le Chevalier
de Renel.
Feu d'Artifice chez M. le President
de Pomerenil.
Monfieur le Dauphin va à l'Obſervatoire.
Receptionfaite au Louvre à Monfieur
Le Cardinal d'Estrées.
Conversation qui ſfert de Conclusion à
ceVolume.
i
Fin de la Table..
LE
I
NOUVEAU
DE
LA
IYON
MERCURE
GALANT .
N s'étoit aſſemblé
pour une Partie de
Jeu chez une aimable
Ducheffe, & en
attendant quelques Dames
qui en devoient être , comme
les choſes les plus importantes
ſont d'abord l'ordinaire fujet
des Converſations , on mit
ſur le tapis les Affaires de la
Guerre ; & les ſurprenantes
fatigues qu'a dêja eſſuyées le
Roy dans ce commencement
A
VILLE
2 LE MERCURE
de Campagne , ayant donné
lieu de parler des merveilleuſes
qualitez qui le rendent le
plus grand des Hommes. Pour
moy , dit un des plus ſpirituels
de la Compagnie,je trouve
que ce que fait tous les
jours ce grand Monarque , eſt
tellement au deſſus de toutes
ſortes d'expreſſions , que l'entrepriſe
de le louër devroit
faire peur à ceux - mémes,
qui poſſedent l'Eloquence la
plus vive. Il faudroit pour répondre
dignement aux nobles
idées qu'il nous donne , avoir
l'Eſprit auſſi éclairé qu'il a
l'Ame grande,&je doute qu'il
y ait perſonne capable d'atteindre
juſques - là ; outre
qu'on s'eſt déja tellemét épuiſe
là deſſus , qu'on ne ſçauroit
GALANT.
3
.
.
S
S.
prêque plus rien dire qui ſoit
nouveau , quoy que ſa gloire
nous fourniſſe à toute-heure
de nouvelles matieres d'admiration
; & c'eſt ce qu'il y a de
ſurprenant , que nous ſoyons
en quelque façon bornez dans
nos manieres de parler , &
qu'il ne le ſoit pas dans les
grandes choſes qu'il execute.
J'avouë , répondit une jeune
Marquiſe , qu'il eſt bien difficile
de louër le Roy , ſans repeter
quelque choſe de ce qui
s'eſt déja dit à ſa gloire ; mais
ony peut donner un tour fin
qui ne def- honore pas tout àfait
la richeſſe de la matiere,
& c'eſt ce qu'a trouvé fort ingenieuſement
Monfieur Peliſſon
, dans le Sonnet que
nous avons depuis peu de luy.
A ij
t
4
4 LE MERCURE
Il eſt d'une nouveauté toute
particuliere , par Echo ,& fans
aucune Rime ; mais l'invention
en eſt ſi heureuſe , que
peut- être il vaut bien les Sonnets
les plus reguliers. Vous
nous parlez d'un Homme qui
a fort peu de ſemblables , dit
la Ducheſſe chez qui la Converſation
ſe faiſoit ; & pour
perfuader du merite de quelque
Ouvrage , c'eſt aſſez de
dire que Monfieur Peliſſon en
eſt l'Autheur. Mais voyons ce
Sonnet , je vous prie, on m'en
a déja parlé avec beaucoup
d'eſtime , & je meurs d'envie
de l'entendre . Volontiers , dit
laMarquife,& il ne vous coû
tera que la peine de m'écouter
un moment .
e GALANT. 5
S
4
e
-
S
SONNET PAR ECHO ,
SANS RIME.
Toujours i au milieu du Sal
pestre , Eftre,
t
Percer par tout comme un
-
Eclair , L'air,
r
Ne se plaire qu'où la Trompete,
Pete,
De bon oeil les Soldats qui font
コ
bien leur devoir Voir.
1
2
Rencontrer par tout la Fortune
,
د
Vne.
Porter un faix de ſoins dont on
verroit Atlas , Las,
Et trouver les Vertus mesmedans
les Rebelles , Belles.
C'eſt ternir les Heros paſſez
Affez !
A iij
6 LE MERCURE
C'est aux futurs Servir d'exemple
, Ample.
Que par ce Conquerant vous
-estes embellis , Lys !
Son Nom , quoy qu'éclatant bien
moins quefa Perſonne, Sonne .
Chacun prendra de luy , tharmé
defes Exploits , Loix.
-Quiconque à le loüer , employer
Vers on Profe, Ofe.
Ignore qu'on y voit les plus brillans
eſprits, Pris.
Tout le monde rendit à ce
nouveau genre de Sonnet la
juſtice qui luy étoit deuë , &
l'on admira ſur tout la juſteſſe
avec laquelle les mots qui fervoient
d'Echo entroient dans
le ſens des Vers. Vous aviez
GALANT.
7
S
!
c.
é
.
1
:
raiſon de dire que l'invention
en étoit heureuſe,reprit laDucheffe
en regardant la Marquiſe.
Mais ce que je trouve
de fâcheux pour ces Jeux d'efprit,
& d'autres petites Pieces
Galantes qui paroiſſent de
temps en temps,c'eſtque tout
cela fe perd , faute de trouver
quelqu'un affez zelé pour prédre
le foin tous les ans de nous
en donner un Recueil. Sçavez
-vous , Madame , reprit la
Marquife, dans quel Livre ces
petites Pieces dont vous me
parlez auroient admirablemet
bien trouvé leur place pour
étre confervées C'eſtdans le
Mercure Galante, dont il ya
quatre ou cinq ans qu'on nous
donna fix Volumes.Je m'éton
ne que cet Ouvrage ait été
A iiij
8 LE MERCURE
abandonné , car le deſſein en
étoit agreable , & il plaifoit
tellement , qu'on m'a dit qu'il
n'a pas été ſeulement imprimé
dans la plus grande partie
des Provinces de France,mais
auſſi dans les Païs Etrangers ,
où l'on ſe fait une joyede nos
plus particulieres Nouvelles ;
Ce queje ſçay ,c'eſt que tant
de Gensen demandoient tous
les jours la Suite , qu'il n'y a
peut-être point de Livre dont
le fuccés fyt plus aſſuré. Je
me ſuis étonne comme vous ,
repartit la Ducheffe, de la difcontinuation
de cet Ouvrage;
& quand j'en ay demandé la
raiſon , quelqu'un m'a dit que
l'Autheur avoit eu une longue
Maladie , & des Affaires qui
l'avoient empêché d'y tra
A
GALANT. 9
1
S
vailler ; mais pour peu quil
fût preſentement à luy-méme,
je luy conſeillerois fort de
le reprendre , il eſt capable de
beaucoup d'agrémens par la
diverſité des Matieres , & c'eſt
ce qui me fait dire qu'il n'y a
point à douter qu'il ne rêüſſir,
le malheur de la plupart des
Livres n'arrivant que parce
qu'il eſt impoſſible de choiſir
un Sujet qui ſoit affez du goût
de tout le monde , pour être
generalement approuvé ; au
lieu que n'y ayant rien qui ne
pût entrer en celuy-cy , chacun
y trouveroit au moins par
quelque Article dequoy ſatisfaire
ſa curioſté. On y parleroit
de Guerre , d'Amour,
de Mort , de Mariages , d'Abbayes
, d'Evéchez : On affai
Av
10 LE MERCURE
fonneroit cela de quelque petite
Nouvelle Galante, s'il arrivoit
quelque choſe d'extraordinaire
qui pût être tourné
en Hiſtoriette , & l'on pourroit
méme nous donner quelque
leger Examen de tous les
Ouvrages d'Eſprit qui ſe feroient.
Mais vous ne fongez
pas , Madame , interrompit le
méme qui avoit déja parlé , à
quoy on s'expoſeroit par l'Examen
que vous demandez ?
LesAutheurs ont une délicateſſe
inconcevable fur ce Chapitre
; & ils font tellement
contens de tout ce qu'ils font,
qu'on ne sçauroit trouver le
moindre defaut dans leurs Livres,
qu'ils ne fulminent auffitôt
contre l'ignorant qui les
reprend. Je ne voudrois pas
GALANT.
é
S
e
auſſi, adjotita la Ducheſſe,que
l'Autheur du Mercure Galant
nous donnât ſon ſentiment
particulier , il y auroit de la
préſomption à s'établir Juge
dans une Cauſe où on pourroit
dire en quelque forte qu'il
feroit Partie intereſſée ; car
tous ceux qui ſe mélent d'écrire
font naturellement jaloux
les uns des autres : Mais
pourvu qu'il ne fit que re
cueillir les fentimens du Public,
je ne voy pas que Meffieurs
les Autheurs pûffent
avoir rien à luy imputer , au
contraire je croy qu'ils luy ſetoient
obligez , puis qu'ils recevroient
la récompenſe de
leurtravail , parce qu'il feroit
connoître ce qu'il y auroit de
beau dans leurs Ouvrages , &
12 LE MERCURE
qu'ils apprendroient à ſe cor
riger pour d'autres de ce qu'ils
ſçauroient que le Public y auroit
condamné. Pour moy, dit
la jeune Marquiſe , ſi le Mercure
Galant ſe continuoit , j'y
demanderois un Article particulier
pour les Modes , afin
qua j'y puffe renvoyerquel
ques Amies de Provinces, qui
m'accablent continuellement
de leurs Lettres , pour ſçavoir
comment on s'habille,de quelles
Etoffes on ſe ſert , & mille
autres choſes qui regardent
l'ajuſtement des Femmes. Les
Etrangers y pouroient trous
ver leur compte, & je ne ſçay
pas méme ſi beaucoup de Pers
ſonnes qui demeurent à Paris
ne ſe ſerviroient pas vo
lontiers des Avis qu'on leur
GALANT.3.1 13
donneroit là-deſſus. Je ſuis
ravy , Meſdames , de vous
voir dans ce ſentiment , dit
alors un Chevalier de Malthe
qui avoit écouté toute
cette Converſation fans) rien
dire ; l'Autheur du Mercure
Galant eſt de mes plus
particuliers Amis , & je l'ay
tellement preffé par tolites
les raiſons que vous venez
d'aporter , qu'il s'eftrenfin
refolu de le pourſuivre: ainſi
vous aurez bientôt le pres
mierTomedu Nouveau MercureGalant,
qu'il appelle Nouveau
, à cauſe des fix autres
qu'il a déjà fait imprimer , &
dont celui- cy nefera pas toutà-
fait la ſuite , puis qu'il ne
traitera que de ce qui s'eſt
paffé dans les trois premiers
14 LE MERCURE
Mois de cette Année. Chacun
ayant témoigné de la joye de
cette nouvelle ; Je puis, dire,
adjoûta le Chevalier , que ce
Livre ſera pour tout le monde
: Outre les choſes curieuſesdont
on le remplira ,& qui
pouront ſervir de memoire à
ceux qui travailleront un jour
à l'Hiſtoire de nôtre Siecles
on n'y oublîra rien de ce que
vous avezdemandé. On y ſemera
toutes les petites, Pieces
agreables qui auront cours
dans le monde. On y parlera
des Livres, des Sciences , des
Modes , des Galanteries,, du
merite de ceux qui en ontion
fera connoître en quoy ils excollenges
& peut- être qu'au
bout dequelques années,il n'y
aura pas une Perſonne confiGALANT
.. I
n
Be
e,
ce
1-
-
Li
a
derable dont ceux qui auront
tous les Volumes du Mecure,
ne puiffent trouver l'Eloge,
celuy de chaque Particulier
pouvant donner lieu à s'étendre
ſur ſa Famille.A l'égard du
beau Sexe , toutes celles que
l'Eſprit , & la Beauté rendent
dignes qu'on les diftingue des
autres, y trouveront leur Portrait
, & je ne deſeſpere pas
qu'avec le temps nous n'y apprenions
les Galanteries des
Cours Etrangeres , & de quel
merite peuvent être ceux qui
y tiennent le premier Rang.
Mais, dit quelqu'un, n'y a-t- il
rié àcraindre du côté de ceux
qui ont le Privilege de la Gazette
? car il faudra neceſſairement
que le Mercure employe
quelques uns de leurs Articles,
16 LE MERCURE
1
Vous faites bien de dire quel
ques-uns , réponditle Chevalier
, car le nombreen ſera petit.
La Gazette ne parle , ny
des Modes, ny des Affairesdu
Parnaſſe ,qui jointes aux Pieces
Galantes qui auront cours
dans le monde , & qui feront
en quelque réputation , rempliront
preſque tout leMercure.
Cela n'empéchera pas,
pourſuivit- il , qu'on ne ſe ſerve
de quelque Article de Gazerte
; mais comme ce ne ſerajamais
qu'apres qu'elle en
aura parlé , & que ce que
nous avons vendu , & dont
nous avons reçeu l'argent n'eſt
plus à nous , ces Meſſieurs
n'auront aucun ſujet de ſe
plaindre , mais ces Articles
mémes ne laiſſerõt pas d'avoir
GALANT. 17
1
コー
е-
y
e-
S
,
quelque choſe de nouveau ,
puis qu'on y trouvera des par.
ticularitez que la Gazette ne
peut expliquer à cauſe de la
quantité de Nouvelles dont
elle eſt remplie , & c'eſt à
quoy le Mercure fupléera , en
faiſant voir l'Origine de la
plus grande partie des chofes
dont il y fera parlé. Ce
qui doit fatisfaire fur tout
les Curieux , c'eſt que l'Ausheur
qui n'en donna d'abord
lesp premiers Volumes ique
dansdes tempsaſſez éloignez,
en donnera un Tome immancablement,
(ſi je puis m'expliquer
ainfi) le premier jour de
chaque Mois,&vous voyez par
làque vous n'aurez pas encor
longtemps à attendre celuy
qui fera le premier du Nou
18 LE MERCURE
veau Mercure. Je voudrois,re
prit la Ducheffe , que fon Libraire
me le voulut vendre dés
aujourd'huy , car je meurs
d'envie de voir ce qu'il dira
de certaines Gens,dont il ne
ſe diſpenſera pas de parler.
Puis que vous étes fi curieufe,
répõdit le Chevalier, voyez
fi vous pourez vous réfoudre
àjouer une heure plus tard ;
car l'Autheur m'a confié toutes
des Feuïlles imprimées de
fon Livre,& il ne tiendra qu'à
vous que je ne vous en faffe
la lecture. Toute la Compa
gniejoignit ſes prieres à celles
que fit la Ducheffe au Che
valier de leur vouloir donner
ce divertiſſement , & il commença
de cette forte.l
Le Vendredy premierjous
GALANT. 19
e
.
Es
a
e
-.
?
2
de l'An , les Comédiens de
l'Hôtel de Bourgogne donnerent
la premiere Repreſentation
de la Phedre de Monfieur
Racine ; & le Dimanche ſuivant
, ceux de la Troupe du
Roy luy oppoſerent la Phedre
de Monfieur Pradon. Je croy
ne pouvoir mieux entretenir
le Public , qu'en luy faiſant
part d'une Lettre qui m'eſt
tombée entre les mains, adrefſée
à une Perſonne de qualité,
par laquelle on luy rend compre
non ſeulement de ces deux
Pieces , mais de tout ce qui a
paru ſur le Theatre François
&Italien, depuis ce commencement
de l'Année juſques à
lafindu Carnaval.
20 LE MERCURE
F
1
1
AMADAME
la Marquise de **
Uis que vous ſouhaitez,
fou
vous
mande des nouvelles de tout
ce qui a paru de nouveau au
Theatre depuis le premier
de Janvier , je vous parleray
d'abord des deux Phedres :
Elles ont fait icy beaucoup de
bruit , & j'ay peine à concevoir
d'où vient qu'on s'eſt aviſe
d'en vouloir juger par
comparaiſon de l'une à l'autre
, puis qu'elles n'ont rien
de commun que le nom des
Perſonnages qu'on y fait enGALANT.
21
S
trer ; car je tiens qu'il y a une
fort grande diférence à faire,
de Phedre amoureuſe du Fils
de ſon Mary , & de Phedre
qui aime ſeulement le Fils de
celuy qu'elle n'a pas encor
épousé. Il eſt ſi naturel de préferer
un jeune Prince à un
Roy qui en eſt le Pere , que
pour peindre la paſſion de l'une,
on n'a beſoin que de fuivre
le train ordinaire des chofes ;
c'eſt un Tableau dont les couleurs
font faciles à trouver, &
on n'eſt point embaraſſe ſur le
choix des ombres qui le doivent
adoucir : mais quand il
faut repreſenter une Femme
qui n'enviſageant ſon aniour
qu'avec horreur , oppoſe ſans
ceſſe le nom de Belle- mere à
celui d'Amante, qui déteſte ſa
22 LE MERCURE
paffion , & ne laiſſe pas de s'y
abandonner par la force de ſa
deſtinée , qui voudroit ſe cacher
à elle - même ce qu'elle
fent, & ne foufre qu'on luy en
arrache le ſecret que dans le
temps où elle ſe voit prête
d'expirer ; c'eſt ce qui demande
l'adreſſe d'un grand Maître
; & ces choſes ſont tellement
effentielles au Sujet
d'Hippolyte , que c'eſt ne l'avoir
pais traité , que d'avoir
éloigné l'image de l'amour inceſtueux
qu'il faloit neceſſairement
faire paroître. Ainſi ,
Madame , je ne voy point
qu'on ait eu aucune raiſon
d'examiner laquelle des deux
Pieces intereſſe plus agreablement
l'Auditeur, puis qu'elles
n'ont aucun raport enſemble
GALANT. 23
fi
a
le
er
e
e
-
ct
-
r
du côté de la principale matiere
. Il eſt vray qu'il n'y a pas
la même horreur dans le Sujet
de la Phedre du Fauxbourg
S. Germain ; mais,comme je
vous ay déja dit, ce n'eſt pas le
veritable Sujet que l'Autheur
de cette derniere a traité ; &
puis qu'il s'eſt permis d'y chãger
ce qu'il y avoit de plus efſentiel
, il eſt d'autant plus réponſable
de tout ce qui a pû
bleſſer les délicats. Vous jugerez
vous - même du reſte
par la lecture de ces deux Pieces
qu'on acheve d'imprimer ,
& que je vous envoiray la Semaine
prochaine. Je ne dois
pas oublier de vous dire qu'on
a fait revivre une Piece dont
vous n'ofiez dire il ya cinq ou
fix ans tout le bien que vous
24 LE MERCURE
en penſiez, à cauſe de certaines
choſes qui bleſſoient la
délicateſſe des Scrupuleux :Elle
en eſt à preſent tout-à -fait
purgée, & au lieu qu'elle étoit
en Profe , elle a été miſe en
Vers d'une maniere qui a fait
dire qu'elle n'a rien perdu des
beautez de fon Original , qui
méme y en a fait trouver de
nouvelles. Vous voyez bien
que c'eſt du Feſtin de Pierre
du fameux Moliere dont je
vous parle . Il a été extraordinairement
ſuivy pendant les
fix Repreſentations qui en ont
été données ; & il auroit été
fans doute fort loin , ſi les Comédiens
qui ſont plus religieux
qu'on ne les veut faire
croire , n'euſſent pas pris
d'eux-mêmes la Publication
du
GALANT. 25
1-
2
1.
it
it
n
it
es
دن
e
n
e
e
S
τ
ط
-
du Jubilé pour un Ordre de
fermer le Theatre. Le grand
fuccés de cette Piece eſt un
effet de la prudence de Monſieur
de Corneille le jeune,qui
en a fait les Vers ,& qui n'y a
mis que des Scenes agreables
en la place de celles qu'il en
a retranchées . Il me fouvient,
Madame , que vous m'avez
autrefois demandé pourquoy
cette Piece s'appelloit le Feſtin
de Pierre , n'y trouvant
rien qui convint parfaitement
à ce titre. Vous aviez ſujet
de ſoûtenir qu'il n'y avoit pas
d'apparence que ce fut parce
que le Commandeur tué par
D.Juan ſe nommoit D.Pedre,
ou D.Pierre . Un Cavalier qui
a fait le Voyage d'Eſpagne ,
m'en apprit il y a quelques
B
26 LE MERCURE
jours la veritable raiſon . C'eſt
là qu'il prétend que cette
Avanture foit arrivée , & on
y voit encor ( dit- il ) les reſtes
de la Statuë du Commandeur;
mais cela ne conclud pas qu'il
foit vray que cette Statuë ait
remüé la tête , & qu'elle ait
été ſe mettre à table chez le
D. Juan de la Comédie , comme
on l'affure en Eſpagne.
Ce qu'il y a de certain , c'eſt
que les Eſpagnols font les premiers
qui ont mis ce Sujet fur
le Theatre , & que Tirſo de
Molina qui l'a traité , l'a intitulé
, El Combidado de Piedra,
ce qui a été mal - rendu en nôtre
Langue par Le Festin de
Pierre ; ces paroles ne ſignifiant
rien autre choſe que le
Convié de Pierre , c'eſt à dire
GALANT. 27 &
et
טב
ΟΙ
te
ur
ai
ait
le
m
e
eft
-e
He
i-
-
☑
e
e
la Statuë de marbre conviée à
un Repas..Apres vous avoir
parlé des Eſpagnols , je doy
vous dire deux mots des Italiens
: Ils nous ont donné cet
Hyver trente Repreſentations
d'une fort agreable Comédie,
qui a pour titre, Scaramouche
& Arlequin , Juifs errans de
Babylone. Elle eſt de l'invention
de Monfieur de S...Autheur
des Trompeurs trompez
. Elle a non ſeulement fait
rire le Peuple , mais elle a attiré
en foule toute la Cour,
-qui ſembloit ne ſe pouvoir
laſſer de s'y venir divertir. Je
croy qu'on ne peut rien dire
-de plus avantageux pour cettePiece
: Elle finit par un recit
qu'Arlequin fait d'une maaniere
fi agreable & fi divertiſ-
Bij
28 LE MERCURE
lante , que tous ceux qui l'ont
oüy ſont demeurez d'accord
que ce n'eſt pas ſans raiſon que
ce merveilleux Acteur attire
tous les jours tant de monde
au Theatre Italien. Il ne me
reſte plus qu'à vous parler de
celuy qu'on a nouvellement
ouvert au Marais , dont les
Acteurs ſont appellez Banboches.
Cemot eſt dans la bouche
de bien des Gens qui n'en
ſçavent pas l'origine. Banboche
eſt le nom d'un fameux
Peintre qui ne faiſoit que de
petites Figures que les Curieux
appelloient des Banboches;&
il fut donné depuis indiféremment
à toutesles petites
Figures de quelque Peintre
qu'elles fuſſent. Je n'ay encor
rien à vous dire de celles
GALANT .
29
n du Marais ; mais peut- êtreque
are ſi on les laiſſoit croître , elles:
Ut
re
de
es
コー
feroient parler d'elles : elles ſe
rt ſont déja perfectionnées, elles
ne dançent pas mal , mais eltles
chantent trop haut pour
de pouvoir chanter bien longm
temps ; & fi on devient conſidérable
quand on commence
à ſe faire craindre , il faut
qu'elles ayent plus de merite
1 que le Peuple de Paris neleur
en a crû : mais tout fait ombrage
à qui veut regner ſeul ;
cependant il eſt tres certain
que lors qu'on travaille trop
ouvertement à détruire de
- méchantes chofes , on les fait
toûjours réüffir.
1-
n
-
X
e
L'Opéra étant en France
fur le pied de la Comédie , &
les ſuccés de tous ceux qu'on
Biij
30 LE MERCURE
nous donne de nouveaux , n'étans
grands que ſelon qu'ils
ont plus ou moins de beautez ,
je ne doy pas oublier de vous
dire qu'Iſis Opéra nouveau a
été reprefenté à S. Germain
pendant une partie du Carnaval.
Si cet Ouvrage merite
quelque gloire , elle eſt deuë
àMonfieur Quinaut . Le Sujet
& les Vers de cette Tragédie
ſont dignes de cet illuſtre
Autheur , & ne lay ont
point fait perdre la réputation
qu'il s'eſt acquiſe. Monfieur
de Lully en a fait la Muſique;
il ne peut étre comparé à perfonne
, puis qu'il eſt le ſeul
dont on en voit aujourd'huy
enFrance. Je ne parle point
de la beauté de ce dernier Ouvrage
de ſa compoſition ; fon
GALANT. 31
Z,
s
S
a
e
e
E. génie eſt ſi connu , qu'il a fait
oublier celuy de tous les autres
; je m'arrête à ce que la
Cour en a dit. Elle eſt ſi éclairée
, que je fuis perfuadé que
perfonne ne doit appeller de
fon jugement. Le grand nombre
d'Inſtrumens touchez par
les meilleurs Maîtres de France
, a fait trouver des beautez
dans la ſymphonie de cet Opéra,&
il eſt impoſſible que tant
d'Inſtrumens entre les mains
de tant d'excellens Hommes
ne produifent pas toujours cet
effer . Les Habits ont été trouvez
admirables , foit pour ce
qui regarde la richeſſe , ſoit
pour ce qui regarde l'invention
, & ils ont fait un des plus
beaux ornemens de ce Spétacle.
Monfieur Berain qui
4
t
1
ز
Binj
32 LE MERCURE
poſſede preſentement la Char.
ge de feu Monfieur Jeſſay
Deffignateur du Roy , en
avoit donné les deſſeins , ainſi
que des Coëffures. Les Habits
des Opéra de Theſée &
d'Atis font auſſi de ſon invention.
Meſſieurs Beauchamps &
Dolivet , qui depuis pluſieurs
années font toutes les Entrées
des Balets duRoy,ont travaillé
à leur ordinaire pour ce dernier,
c'eſt à dire tres-bien. Les
beautez de cet Opera n'ont
point fait perdre au Roy& à
toute la Cour le ſouvenir des
inimitables Tragédies de M.de
Corneille l'aîné ,qui furent repreſentées
à Verſailles pendant
l'Automne dernier. Je
vous envoye la Copie que
vous m'avez demandée des
Vers que fit cet illuſtre AuGALANT.
I 33
Majeſte. Je ſuis, Madame, &c.
a theur pour en remercier Sa
el
ni
Ha
&
m-
&
a
el
r
es
لا
S
2
AUROY
(
St-ilvray , Grand Monarque,&
puis je me vanter,
Que tu prennes plaisir à me ref-
Suſciter ?
Qu'au bout de quarante ans, Cinna,
Pompée, Horace,
Reviennent à la mode & retrouvent
leur place ,
Et que t'heureux brillant de mes
jeunes Rivaux ,
Note point le vieux lustre à mes
premiers travaux ?
Acheve les derniers n'ont rien qui
dégenere ,
Rien qui les faffe croire Enfans
d'un autrePere ;
3
By
34 LE MERCURE
Cefont des malheureux étouffez
auBerceau ,
Qu'un ſeulde tes regards tireroit
du tombeau.
Déja Sertorius , Oedipe , Rodogune
,
Sont remis par ton choix dans
toute leur fortune.
Et ce choix montreroit qu'Othon
&Surena ,
Nefont pas des Cadets indignes
de Cinna.
Le Peuple, je l'avouë & la Cour
les dégradent ,
I'affoiblis ou du moins ilsſe leper-
Suadent ,
Pour bien écrire encore , j'ay trop
longtemps écrit , T
Et les ridesdufront paffent jusqu'àl'Esprit
C
Mais contre un tel abus,que j'av
rois defuffrages ,
GALANT.35
it
S
%
es
1
८
Situ donnois le tien à mes derniers
Ouvrages ! ...
Que de cette bonté l'imperieuse loy
Rameneroit bientôt &Peuple &
Cour vers moy ! :
Tel Sophocle àcent ans charmoit
encor Athenes,
Tel boüillonnoit encor fon vieux
Sangdansses veines ,
Diroient- ilsà l'envy , lors qu'Oedipe
aux abois ,
T
De cent Peuples pour luy gagna
toutes lesvoix.
Le n'iray pas si loin , &fi mes
quinze luftres
Font encor quelque peine aux Mon
dernes illustres ,
S'il en est defâcheux jusqu'à s'en
chagriner , d
2
Ien'auraypas longtemps àles importuner
;
Quoy que jem'en promette ils
36 LE MERCURE
- n'en ont rien à craindre,
C'eſt le dernier éclat d'un feuprêt
às'éteindre ,
Sur lepoint d'expirer il tâche d'éblowir
Et ne frape les yeux que pour s'évanoüir
:
Souffre,quoy qu'il en ſoit, que mon
ame ravie ,
Te consacre le peu quime reste de
vie,
Ie fers depuis douze ans , mais
c'est par d'autres bras
Que je verfe pour toy du fang
dans les Combats
I'enpleure encor un Fils, & trenz
bleray pour l'autre ,
Tant que Mars troublera ton repos
& le nôtre ,
Mes frayeurs cefferont enfin par
cette Paix ,
Qui fait de tant d'Etats les plus
GALANT. 37
de
ardens foubaits :
Cependant s'il est vray que mon
zele te plaife ,
SIRE , un bon mot , de grace , au
Pere de la Chaife...
L
Ces Vers , dit laDucheſſe en
intérompat la lecture du Chevalier
, font d'une netteté admirable,&
je préfere de beaucoup
ces fortes d'expreſſions
faciles & naturelles , au ſtile
pompeux qui approche fort
du galimatias. Je ſuis de vôtre
ſentiment , reprit laMarquiſe,
mais j'avouëquejen'entens
point les deux derniers
Vers qu'on nous vient de dire,
n'y trouvant aucune liaiſon
avec ceux qui les précedent.
Vous n'avez donc pas vû ,
luy dit une Dame qui étoit
38 LE MERCURE
aupres d'elle , un Placet que
Monfieur de Corneille preſenta
au Roy il y a quelques
mois , & dont tant de Gens
prirent copie ? Je vay vous le
dire , afin qu'il ſerve d'explication
à ce que vous n'entendez
pas . Quoy qu'il n'y ait point
de penſées , il y a je- ne-ſçayquoy
d'aiſe qui l'a fait eftimer
de tout le monde.also coo
PLACET AU ROY.
PLaifeau Roy ne plus oublier
Qu'il m'a depuis quatre ans promis
un Benefice
C
Et qu'il avoit chargé le feu Pere
Ferrierια 200
De choisir un moment propice,
GALANT.
39
mercier:
e
Quipût me donner lieu de l'en re-
९
4
es
ns
le
ant
er
Le Pere eſt mort,mais j'ofe croire
Quesi toûjours SaMajesté
Avoit pourmoy même bonté,
Le Pere de la Chaise auroit plus
de mémoire ,
Et le feroit mieuxsouvenir
Qu'un Grand Roy ne promet que
lice qu'il veut rehir.bh .
11
J'avois déja vu ce Placet, dit
la Ducheffe , & je voudrois
que Monfieur le Chevalier le
donnât à fon Amy pour le
mettre dans ſon Mercure , car
le grand Corneille ſera toûjours
inimitable, & les moin
dres choſes de luy font à con
ferver. Le Chevalier s'étant
chargé de ce qu'on ſouhaitoit,
continua de lire ce qui ſuit
40 LE MERCURE
Les Bals eftans les divertiſſemens
qui ſuivent ordinairement
la Comedie , je croy
qu'ils peuvent icy tenir leur
place . Je ne parleray pas de
tous ceux qui meriteroient
qu'on en dit quelque choſe ,
parce que n'ayant pas encor
deſſein de pourſuivre le Mercure
dans les temps qu'ils ſe
font donnez , je n'ay pas pris
tous les ſoins neceffaires pour
fçavoir ce qu'il en faudroit
direis c'eſt pourquoy je me
contenteray de parler des ſuivanseтрото
not acabo
-On ne voit guéres regner
la Galanterie dans les Etats
où il y a de grandes guerres
qui occupent ſeuls les Cavaliers
, à qui il ne reſte point de
temps à donner aux Dames ;
GALANT. 41
D
S
mais la France eſt un Royaume
bien diferent des autres ,
& la Nobleſſe n'y devient pas
farouche , pour être une partie
de l'année dans les Armées
parmi les horreurs que
cauſent les incendies , les defordres
,les violéces ,& le ſang.
Nos braves François ne regardent
pas auſſi la guerre
comme un métier , mais comme
un chemin ſeulement par
où l'on s'éleve , & par où l'on
peut acquerir de la gloire ; ce
qui fait qu'ils ne s'accoûtument
point au carnage , &
qu'ils paroiſſent toûjours polis
, civils & galants, quand ils
ontle loiſir de l'être : On en a
veu des marques ce Carnaval
dernier,qui a produit des avatures
agreables ; & l'on a bien
42 LE MERCURE
connu que nos jeunes Héros
furpaffent , quand ils ſe veulent
mêler de galanterie, tous
ceux que les Faiſeurs de Romans
leur ont voulu donner
pour modele. Il ya eu pendant
pluſieurs Semaines dans
la Ruë de Richelieu un Bal
magnifique dans une Maiſon
particuliere , que la difcretion
d'un Cavalier faifoit changer
tous les jours de Maître, pour
empêcher qu'on ne découvrît
la Dame qui étoit l'objet de
fes foins..On a remarqué foulement
que la Salle ne s'éclairoit
qu'au moment qu'une
Perſonne d'une taille admirable
& vêtuë d'une maniere
auffi galante que magnifique,
y paroiffoit avec les Compagnes
qu'elle choiſiſſoit pour
GALAN Τ. 43
コ
コー
S
a
I
n
mener à cette Fête où le Ca
valier venoit peu apres tou
jours avec un Habit nouveau ,
- & toûjours avec un air , une
propreté, & une magnificence,
qui ont fait croire qu'il n'étoit
pas un Homme ordinaire.
Les Spéctateurs que le
bruit de ce Bal & d'un grand
nombre d'excellens Violons
y attiroit,admiroient ces deux
Amans quand ils dançoient ,
on ne pouvoit s'en acquiter
avec plus de grace, & ils intéreffoient
tout le monde dans
leurs affaires par le plaifir
qu'ils donnoient à les voir.On
remarquoit ſur toutes chofes
un chagrin cruel dans les
yeux du Cavalier ( ce que le
Maſque n'empêchoit pas de
diftinguer ) quand la Dame
2
44 LE MERCURE
eſtoit obligée de dancer avec
un autre ; & quand il ne pouvoit
ſe défendre d'en faire autant
, il dançoit luy - même
d'un air fi mélancolique , &
aved tant de langueur , qu'il
ſe faiſoit plaindre de tout
le monde , & faiſoit ſouhaiter
qu'à la fin du Bal , & apres
un magnifique Régale qui accompagnoit
toûjours de ſemblables
Feſtes , il ſe pût voir
ſeul avec ſa Maîtreſſe ſans être
éclairé de ces Gens fâcheux
qui troublent toûjours de pareilles
avantures. On a fur
tout admiré la grande précaution
du Galant pour cacher
l'Autheur de ces Divertiſſemens
myſterieux , afin
d'empêcher qu'on ne parlat
peu favorablement de la DaGALANT.
45
e
תו
ne
&
1C
e!
C-
1-
r
me à qui il prenoit ſoin de
plaire.
Monfieur le Prince de Furſtemberg
, Neveu de Monſieur
l'Evêque de Strasbourg,
a pareillement donné pluſieurs
foisle Bal pendant les
¡ derniers jours du Carnaval ;
& quoy qu'il n'ait pas paru
tant de myſtere dans les grāds
Divertiſſemens qu'il a donnez
, ils n'ont pas laiſſfé d'être
accompagnez de toute
la galanterie , & de toute
la magnificence imaginable.
Leurs Alteſſes Royales
- s'y ſont trouvées avec un
nombre infini de Perſonnes
de la plus haute Qualité. L'éclat
, le grand air, & la bonne
mine de Monfieur le Prince
de Furſtemberg , y ont toue
-
46 LE MERCURE
jours été remarquez : auſſi
faut - il avoüer que ce n'eſt
pas fans raiſon que tout le
monde demeure d'accord que
ce Prince eſt parfaitement
bien fait . Il a depuis peu épousé
Mademoiselle de Ligny ,
Niéce de Monfieur l'Evêque
de Meaux : elle eſt alliée de
vingt-deux Familles des plus
illuſtres du Royaume; elle a de
l'eſprit infinîment,le teint admirable
, & joüë tout- à- fait
bien du Claveſſin .
Les Gens de guerre ne font
pas les ſeuls qui faſſent gloire
de n'eſtre point ſauvages ,
quand la complaiſance qu'on
doit au beau Sexe les engage
à eſtre galans.Ceux que l'employ
de la Robe attache continuellement
à des occupaGALAN
T.
47
utions, def- agreables pour les
intérêts des autres , ne s'en e.
qu
en
οι
Y
lu
1
d
ad
tilaiſſent pas tellement poſſeder
l'eſprit , qu'ils ne confervent
dans l'occaſion toute la
politefſſe qu'inſpire l'air du
grand monde ; c'eſt un caratere
qui ne s'efface pas aisément
; & Monfieur de Châteauneuf
qui a quitté les Etats
de Savoye pour ſe venir faire
Conſeiller au Parlement de
Paris , l'a fait affez connoître
par la Fête qu'il a donnée
chez luy undes derniers jours
du Carnaval. Il eſt Petit-Fils
de ce fameux Preſident de
Caſtagniere , dont la réputation
par les grandes Affaires
qui luy ont paffé entre les
mains à Chamberry , s'eſt répanduë
en France avec tant
Fall
가
S
00
ge
1-
1
48 L'E MERCURE
de gloire pour luy , & Monfieur
de Châteauneuf la ſoûtient
ſi avantageuſement par
toute l'intégrité qu'un Juge
tres- éclaire peut faire paroître
, qu'elle luy a fait meriter
la cõfiance de Madame Royale,
qui l'employe en cette Cour
dans toutes les choſes où elle
peut avoir quelque intérêt.
C'eſt cequi a porté Madame
la Princeſſe de Carignan à
luy vouloir faire le même hõneur
qu'elle à fait à tous ceux
de ſa Famille, en les allant furprendre
chez eux, pour ne les
pas engager à une Reception
préparée. Monfieur de Châteauneufen
fut averty ſi tard,
qu'il eut à peine le temps de
donner les ordres neceffaires
pour le Souper , qui ne laiſſa
pas
GALANT.
49
ai
St
D
1-
et
لا
t.
e
pas d'eſtre ſervy avec une
propreté admirable. Madame
de Carignan y mena
Madame la Princeſſe de Bade
, Monfieur l'Evêque de
Strasbourg , le Prince Philip-
1.pe , le Chevalier de Carignan
, le Prince & la Princefle
ſede Furſtemberg , avec l'Envoyé
de Bavieres , & Madame
ſa Femme , qui tous ne
pûrent aſſez loüer la magni-
5.ficence de ce Repas. Apres
le Souper on commença le
☑ Bal , qui fut donné à Meſdemoiſelles
de Soiffons avec tant
d'ordre dans les Salles , foit
pour la quantité de lumieres ,
foit pour tout ce qui pouvoit
empêcher la confufion ,
qu'on peut dire qu'il n'y manquoit
rien. Monfieur & Maàa
X
S
コ
:
C
Jo LE MERCURE
dame y vinrent en Maſque,
ainſi que Madame la Comtefſede
Soiſſons ; & tout le monde
convint que de longtemps
il n'y avoit eu aucune Fête fi
digne des Illuſtres Perſonnes
àqui elle ſe donnoit.
Si tous ces Divertiſſemens
ont fait du bruit ; ceux que
Monfieur de Verneüil Conſeiller
au Parlement , a donnez
libéralement au Public
pendant tout le Carnaval ,
n'ont pas moins fait d'éclat.
Tout Paris a parlé de fa magnificence&
de ſa genérosité.
On repreſentoit chez lui deux
ou trois fois la Semaine , une
Comédie dont les Intermedes
étoient remplis de Balets &
deChanſons. Les Entrées étoient
admirables , & compoGALANT.
51
:
ef
DE
F
e!
12
כ ת
li
al
al
22
2
te
el
18
ſées par M. des Broſſes , c'eſt
tout dire. Les Paroles qu'on
chantoit , partoient de la vei .
ne de M.de Verneüil , & pluſieurs
les croyoient de M.Quinaut
ou de M. de Frontiniere,
qui font les deux plus fameux
Autheurs que nousayons pour
ces fortes d'Ouvrages . Elles
étoient miſes en Muſique par
le Sicur l'Alouëtte , qui batoit
la Meſure à l'Opéra .
Comme il étoit à M. de Lully
, & qu'il a copié ſes Airs
pendat pluſieurs années, ceux
qu'il compoſe ont tant de raport
avec ceux de ce grand
Maître , qu'on voit bien qu'il
a étudié ſous luy. L'Ecole
eſt bonne , mais il n'eſt pas
temps de faire voir tout ce
qu'ony a appris.
Cij
52 LE MERCURE
Je croy qu'en parlant des
Divertiſſemens publics , je
pourois dire quelque choſe
des Avantures que le hazard y
a fait quelquefois naître : mais
comme je n'ay parlé que de
tres- peu deBals,je me contenteray
de dire que le ſoir de Carême
- prenant M. le Marquis
d'Eſtrades étant déguiſé
avec une Cappe ( la plupart
de's Hommes s'eſtant ainſi
maſquez ce Carnaval ) eut
une avanture toute diferente
de celles où la Galanterie a la
meilleure part . Ce Marquis
eſtant entré pour attendre un
de ſes Amis dans une Aſſemblée
qui ne pouvoit attirer le
monde que par le bruit des
Violons , il y fut inſulté par
quelques Gens inconnus , qui
GALANTI 53
es
je
fe
y
ais
de
コ
a
rfe
rt
fi
ut
te
la
is
11
-
e
S
i
د
ſe dirent apres Officiers d'un
Regiment d'Infanterie. Comme
il ſe trouvoit feul & fans
armes il leur parla d'abord
fort honnêtement ; ils
ne laiſſerent pas de continuer
à le pouffer de forte ,
qu'il fut obligé de ſe faire
connoître à un jeune Cavalier
nommé Monfieur de
Malou , l'un des Ecuyers de
Madame la Princeſſe de Carignan
, qui estoit dans cette
Aſſemblée avec M.le Chevalier
de Carignan,& deux Dames
. Ce Gentilhomme ayant
reconnu le Marquis, fut aufſitôt
à ſon ſecours , & s'eſtant
d'abord ſaiſi de l'Epée de celuy
qui le preſſoit davantage,
il le pouſſa ſi vigoureuſement ,
qu'il l'obligea fur le champ
Ciij
54 LE MERCURE
àfaire fatisfaction de l'inſulte
qu'il avoit faite à la vûë de
pluſieurs de ſes Camarades,
qui furent fupris de la hardiefſe
&de la vigueur de ce jeune
Gentilhomme : mais comme
il fut obligé de ſuivre les Dames
& le jeune Prince qu'il accompagnoit
, & qu'il vit bien
que s'il laiſſoit le Marquis
d'Eſtrades , il ſeroit en danger
quand il ſeroit ſeul,fans armes,
& fans perſonne qui le connût
, il l'obligea à ſortir avec
luy , & à attendre ſon Amy
dans ſon Carroſſe; àquoy il eut
beaucoup de peine àſe réſoudre,
parce qu'il paroiſſoit qu'il
y eut de la foibleſſe : mais M.
de Malou l'emporta par ſes
prieres,& par ſes raiſons, qui
luy firent voir une neceſſité
GALANT. 55
alt abſoluë d'en uſer ainſy.
de Je croyois avoir finy l'Artides
100
cle des Bals , mais je ne me
ief puis empêcher de parler encor
de trois ; ils ont fait tanc
me de bruit , qu'ils méritent bien
1- de trouver icy leur place.
ac L'Aſſemblée qui ſe trouva à
iet celuy qui ſe fit chez Monfieur
uis de Mannevilette Secretaire
ga
es,
כתי
ec
my
eut
u
il
M.
Tes
ui
des Commandemens de Monſieur,
fut grande. Leurs Altefſes
Royales y furent en Mafque
,&jamais Bal n'en a été
ſi remply que le fut celuy-là.
Il ne faut pas s'étonner de ce
concours;comme on ſçait qu'il
yen a tous les ans das le même
lieu , que rien n'y manque , &
que tout y eſt magnifique,chacun
y court avec empreſſement..
Cij
36 LE MERCURE
Monfieur du Houffer
Chancelier de Monfieur , en
a auſſi donné un à Mademoifelle
de Valois , ſeconde Fille
de Son Alteſſe Royale , qui y
dança avec une grace admirable.
Toute la Jeuneſſe de la
premiere QQuuaalliité ,&à peu
4
pres de fon âge, s'y trouva .On
Ane vitjamais rien de ſi brillant;
& M. la Marquiſe de Nangis
, Fille de Madame laMaréchale
de Rochefort , âgée
de treize ans , fit par ce Bal fon
entrée dans le Monde : elle
y parut avec beaucoup d'éclat,
& elle estoit miſe d'un ſi
bon air , que la maniere dont
elle eſtoit parée ne fut pas
moins remarquée que la richeffe
de tout ce qui ſervoit à
fon ajustement. On a peu
GALANT. 57
et
er
oiille
gia
rala
Deu
DA
nti
naée
de bon goût.
va de Perſonnes de ſon âge
avoir autant d'eſprit , & elle
charme tous ceux qui ont le
bonheur de l'entretenir .
Jamais la propreté , le bon
ordre,& la magnificence,n'ont
plus paru enſemble , qu'ils firent
au Bal qui a eſté donné
chez Monfieur Ranchain ; La
Compagnie eſtoit belle &
bien choifie,rie n'y manquoit,
on n'y ſouhaitoit rien , &l'on
peut dire que c'eſtoit un Bal
14
le
efi
Il n'eſt pas toûjours temps
de rire , & apres les Bals & les.
Divertiſſemens , il faut quel-
E
as
quefois fonger à des choſes
plus ſérieuſes . Diſons donc
que la mort de Monfieur le
Duc de Leſdiguieres,Gouverneur
de Dauphiné,a fait paffer
Cy
18 LE MERCURE
ce Nom illuftre , ainſi que ſes
grands Biens & fes Gouvernemens,
à Monfieur le Comte
de Saulx fon Fils digne Heritier
du Grand Connétable de
Leſdiguieres , & du Maréchal
de Créquy , ſes Grands Peres.
La Mort n'attaque pas feulement
ceux qui ont vécu
longtemps, puis que Monfieur
le Comte de Jonſac a ſuivy
Monfieur le Duc de Lefdiguieres
; il avoit de la qualité,
il étoit brave , & faifoit connoître
par ſon Eſprit que la valeur
n'eſt pas toûjours le ſeul
partage des Gens de guerre ;
il aimoit les Vers , & il en
faiſoit fort agreablement. La
Mort qui ne l'a pas épargné,a
auſſi ôté aux Allemans MonGALANT.
59
fo
er
eri
d
ha
Pe
eu
c
eu
iv
di
ite
כמ
va
eul
e
en
La
ر
ſieur le Marquis de Bade-
Dourlach,General desCercles
del'Empire.JamaisHomme n'a
tant aimé que ce Prince à faire
grand feu ,& l'on peut dire
que par tout où il étoit, le Canon
ſe faiſoit entendre ; cependant
il n'en a point trouvé
qui puſſent le garantir de la
mort. Elle a auſſi pris Monſieur
le Comte de Coſſé ; il
étoit Lieutenant General des
Armées du Roy , Grand Pannetier
de France , & Chevalier
des Ordres de Sa Majeſté
, qu'il a tres-bien ſervie
tant qu'il a eu de la ſanté. Il
étoit de la Maiſon de Briffac
, & pour faire fon Eloge
en peu de mots , on peut
dire qu'il étoit tres - galant
Homme.
60 LE MERCURE
Monfieur de Bridieu , Lieu
tenant General des Armées
du Roy , & Gouverneur de
Guife , a fait place , auffibien
que quelques - uns de
ces Meſſieurs , aux nouveaux
Lieutenans Generaux que Sa
Majeſtė vient de faire ...C'eſtoit
un Homme de bonne
mine , qui avoit ſervy longtemps
, & qui s'eſtoit acquis
beaucoup de gloire en défendant
Guiſe avec tant de
prudence & de valeur , que
les Ennemis furent contraints
de lever le Siege. Il avoit
ſervy Monfieur de Guiſe dans
fon Combat contre Monfieur
d'Andelot , & il a toûjours
eſté fort confideré de tous
les Princes de cette Maifon.
GALANT. 6г
1-
He
1-
de
S2
e
ne
g
لان
é
de
ut
oit
w
S
LUS
i-
Monfieur l'Archevêque de
Bourges , Frere de Monfieur
Poncet Conſeiller d'Etat ,
quoy que Docteur de Sorbonne
, & d'une Famille toute
pleine d'eſprit , n'a pu ſe défendre
d'accompagner ces
Guerriers ; & fa Science n'a
pas eu plus de pouvoir que
Jeur Epée ,pour l'empêcher
deles fuivre.omi of sust
Monfieur l'abbé de Montaigu
, Milord d'Angleterre ,
mourut auſſi ces jours paſſez :
Il a eſté employé dans pluſieurs
Negotiations importantes
pendant la vie du feu Roy
fon Maître , & du Duc de
Buquinquan fon Favory ; &
apres avoir pris le Party de l'Eglife
& eſtre retourné en
Angleterre apres la mort du
62 LE MERCURE
feu Roy , pour y travailler au
rétabliſſement de la Religion ,
il fut arrêté & mis dans la
Tour de Londres , d'où il fortit
par l'entremiſe de la feuë
Reine Mere de France. Il a
pendant toute ſa viefait des
actions continuelles de picté,
& des charitez fans nombre .
Apres avoir perdu la Reyne
Mere de France ſa Protectrice
, il perdit encor la Reyne
Mere d'Angleterre , dont il
eſtoit Grand Aumônier. La
Fortune joignit à cette perte
celle de feuë Madame, dont il
eſtoit Premier Aumônier , &
luy fit perdre enméme temps
un Frere qui luy eſtoit cher,
mais dont la mort le toucha
d'autant plus , qu'il eſtoit encor
envelopé dans les nuages
GALANT 63
コ
S
e.
e
-
e
il
a
il
(
S
de l'Heréfie.L'argent qu'il reçeut
de ſa Charge de Premier
Aumônier de Madame , qu'il
vendit lors que Monfieur ſe
fut remarié une ſeconde fois,
fut employé à la Fondation
d'un Convent de Religieuſes
Angloiſes à Pontoiſe. Il ſe retira
quelque temps apres dans
les Incurables , où il vivoit
avec les Adminiſtrateurs de
cet Hôpital dans une pieté
exemplaire, pour avoir la conſolation
de mourir parmi les
Pauvres.
Rien n'ayant tant de charmes
que la diverſité, nous devons
paſſer d'une matiere auſſi
** triſte que celle dont nous venons
de parler, à une plus di-
,
1
vertiſſante ; & je croy que
nous le pouvons faire plus
64 LE MERCURE
agreablement , que par la Piece
qui fuit , puis qu'il y a déja
quelque temps qu'elle fait
du bruit dans les plus belles
Ruelles de Paris.
EX3X3X3.8998903973273-93-89 8763
REQUESTE
DE L'AMOVR,
AU ROY..
Sur le bruit de ſon Départ
pour l'Armée.
Ve me dit--
on de tous co-
Stez ?
Est-ce pour me faire querelle ?
De mille Amans qu'unit l'ardeur
laplus fidelle ,
Par mon ordre les voeuxſontprêts
d'estre acceptez
GALANT. 65
ee
lle
R
an
COEtfans
attendre isy que la Saiſon
nouvelle
Dans le Champ de Mars vous
rappelle,
Tout-à-coup , Grand Roy , vous
partez?
Onſçait que s'agiſſantd'attaquer
une Place ,
Iln'est rien qui vouspuiſſe arrêter
-un moment,
Et que lors qu'aux Soldats vous
allez fierement
Par vôtre exemple inspirer de
l'audace, but
Vous estes dans vostre éle
ment ;
2
Mais qui fait tout trembler , à
Loiſirſe délaſſe, :
Et vous pouvez devant envoyer
la menace
Sans la fuivre si promptement.
66 LE MERCURE
६००३
A peine vos Guerriers dont la
Gloire diſpoſe
Sous la faveur de vostre appuy
(Car la Gloire & Vous aujourd'huy
Ce n'est plus qu'une méme
chofe )
A peine aupres de moy ces Guerriers
de retour ,
Commencent d'esperer ladouceur
d'un beau jour,
Que l'ardeur de vous ſuivre à
mesfoins les arrache.
En vain en les flatant je tâche
d'obtenir
Que l'amour durepos à moyſeut
les attache
Si vous partez aucun d'eux ne
me cache,
Que rienne les peut retenir.
GALANT.
69
la
ما
-ht
ne
६००३०
Ainsi voilapar tout mon attente
trompée,
Par tout mes deſſeins avortez:
Pour reduire des Libertez ,
Mon adreſſe en ces lieuxa bean
s'eſtre occupée ,
Chacunſe renden foule aux Emplois
de l'Epée ;
Etdés qu'on peut aller combatre
àvos coſtez,
De mes trais les plus vifs l'ame
la mieuxfrapée ,
Fuit mes douces oyfivetez.
Σ
Cependant combiende tendreſſes
Par voſtre éloignement des coeurs
Sevont bannir ?
Combien d'Amans à leurs
Maîtreſſes
Ont fait d'agreables Promeſſes,
Qu'ils vont être par vous hors
68 LE MERCURE
d'estat de tenir?
L'un pour un bel Objet faifant
gloire de vivre ,
Des Parens opposez devoit venir
àbout ,
Contre un coeur qui bientôt à cederse
réfout :
L'autre ayant commencé s'obſtinoit
à poursuivre ;
Mais vous partez,&pour vous
Suivre
Onse croit dégagéde tout .
LePlus mortelchagrin que reçoivent
les Belles,
Qui croyoient qu'un accord auſſi
tendreque doux ,
Rendroit de leurs Amans les chaines
eternelles ,
C'est de les voir courir aux
coups
Avec bien plus d'ardeur pour
vous ,
GALANT. 169
Ca
10
fi
201
12
Qu'ils n'en eurent jamais pour
elles.
Pour obtenir qu'ils ne s'éloignent
Pas ,
Elles ont beau verſer des larmes,
Ces larmes n'ont que d'impuiſſans
appas.
Braver aupres de vous lesplus rudes
alarmės ,
Chercher dans les périls l'honneur
d'un beau trépass
Ce font leurs veritables charmes
:
Si.toſt que vous prenez les armes,
Vivent pour eux la Guerre &les
Combats.
Lemal eft que par tout ces Belles
affligées
Me conjurent d'entrer dans leurs
reffentimens .
Ie les rencontre à tous momens,
70 LE MERCURE
Qui dans de vifs ennuis plongées
Me viennent fatiguer de leurs
gemiſſemens.
L'ay tort de les avoir ſous mes
Loix engagées,
Etjeneſuis qu'un Dieu de Chanfons,
de Romans ,
Si vous laiſſant enlever leurs
Amans,
leSouffre que par vous ellessoient
outragées.
En vain pour affoiblir l'ardeurde
ces Guerriers ,
Ie combatsle panchant qui vers
vous les entraîne ,
Du Champ de Mars dignesAvanturiers
,
Ils dédaignent pour vous ma
grandeurSouveraine ,
Et mes plus beaux Mirthes à
peine
Valent unſeul de vos Lauriers.
GALANT.
ר ז
e
14
A
el
14
A
Te rougis , puis qu'il faut avoüer
ma foibleſſe ,
De voir que contre vous faiſant
ce que je puis ,
Ces Belles vainement implorent
mon adreſſe ,
Etpour leur épargner lesſenſibles
ennuis ,
Où les laiſſe languir l'impuiſſance
où jeſuis ,
Ie dis que c'est à vous qu'ilfaut
que l'on s'adreſſe ;
Mais ellessçavent trop par quels
fermes appuis ,
Pour la Gloire entout temps votre
coeurs'intéreſſe;
Ellessçavent que c'est voſtre uniqueMaîtreſſe
,
Et que vous luy donnez & vos
jours& vos nuits ,
Si-toſt que la fervir est un ſoin
qui vouspreſſe.
72 LE MERCURE
Pleines de vos Exploits, elles n'ignorent
pas
Que quittant les Plaisirs , &les
Ieux & les Fêtes ,
Malgré la glace & les frimats ,
On vous a veu déja pour de nobles
Conquestes
Au milieu d'un Hyver avancer à
grand pas.
Quel est donc l'avantage où vôtre
espoirsefonde?
Est- ce que vous voulez que l'Amournefoit
rien ?
Vous vous nuiſez, pensezy bien .
Et que vous servira la ſageſſe
profonde
Qui vous acquiert un Nom plus
fameux que le mien ,
Cette infigne valeur qui n'a point
deSeconde ,
Sine pouvant des coeurs me rendre
un feur lien
Ie
GALANT.
73
73
1
A
Ie laiſſe dépeupler le Monde ?
Voyez combien vous hazardez?
Avec moj , qu'en cela vous ferez
bien de croire ;
Si vous ne vous raccommodez ,
Ie laiſſeray finir le Monde,& voſtre
Gloire ,
Et de vos Actions la merveilleuse
Histoire
N'ira pas auſſi loin que vous le
pretendez .
Ie pourois même par vangeance
Four vous oſter l'apuy de
Mars ,
Sur quelque autre Venus arreſter
Ses regards ,
Et l'empescher par là d'avoir la
complaisance
De marcher ſous vos Etendarts
;
D
74 LE MERCURE
Mais qu'en vain contre vous
j'employroisſa puiſſance !
Vous avez touteſa Vaillance
Pour affronter fans luy les plus
mortels hazards ,
Et vous lepaſſez en prudence.
Leplusfeurpour vous retenir ,
C'est de descendre àlapriere ,
Accordezun peu moins à cette ardeur
guerriere ,
Qui de ces lieuxfi- toſt s'empreſſe
àvous bannir ,
Attendez le Printemps qui s'enva
revenir ,
Etde voſtre pouvoir,quoy que l'on
puiſſefaire ,
lamais vous ne verrez le mienſe
def-unir ,
Ie ne chercheray quà vous
plaire ,
Qu'à rendre de vos Loix chaque
coeur tributaire ,
GALANT. 75
12
なContre vous par mes ſoins rien ne
pourra tenir.
Cette offre ne vous touche quere;
Mais qu'est- ce auſſi que j'en efpere
,
Et que peut-elle m'obtenir?
Pour allumerdesfeux qui nepuif-
Sent finir ,
Vous m'eſtes bien plus neceſſaire
Queje ne vous lefuis à les
tenir ;
Ainsi c'est à moy de metaire,
Et d'attendre à votre retour
YON
Tout ce que vous voudrez ordonner
de l'Amour.
f Le Chevalier s'appreſtoit à
pourſuivre,lors quelaDuchefſe
luy dit de n'aller pas fi viſte
; que cette Galanterie méritoit
bien qu'on y fiſt quelque
reflexion , & que les Vers en
Dij
76 LE MERCURE
étoient fort naturels . Il eſt
vray , répondit la Marquiſe,
& j'ay fait une remarque en
l'écoutant lire , à laquelle perſonne
n'a peut - être penſé .
Nous parlions tantôt , pourſuivit
- elle , de la maniere,
de loüer le Roy , & je trouve
que les loüanges que
nous en venons d'entendre
font fort ingénieuſement données
: elles entrent fi naturellement
dans cette Piece,
qu'il ne paroît pas mêmes
qu'on ait deſſein de le loüer;
& tout ce que l'Amour dit
à ſa gloire , n'êt qu'en ſe
plaignant de luy. La remarque
eſt juſte , reprit une
autre Perſonne de la Compagnie
; & quand on louë ainſi
quelqu'un , il faut que ce
GALANT.
77
el
fe
el
er
fe
-
ש
que l'on en dit ſoit ſi vray,
que perſonne ne l'ignore. Il
n'eſt pas fi facile que l'on penſe
de loüer ainſi , interrompit
la Ducheſſe;&tous ces Eſprits
guindez & peu galants qui
re ne peuvent loüer les grands
Hommes qu'en les comparant
aux Alexandres & aux Céſars,
n'en viendroient pas facilement
à bout. Elles alloient encor
pouffer cette Converſation
, lors qu'elles jetterent
les yeux fur le Chevalier qui
regardoit les Cahiers qu'il tenoit
avec une attention qui
leur fit connoître qu'il ſouhaitoit
de pourſuivre la lecture
0
e
qu'il avoit commencée ; ce qui
les obligea de ſe taire.Elles eurent
à peine ceſſé de parler,
qu'il continua de la forte.
Diij
78 LE MERCURE
Puis que nous ſommes fur
le Chapitre de l'Amour , il ſeroit
mal- aiſé de trouver un endroit
plus propre pour parler
des Mariages qu'il a fait faire
depuis peuscar il faut toûjours
croire que c'eſt luy ſeul qui
unit tous ceux qui ſe marient,
& que la Politique ne ſe mêle
jamais des choſes dont l'A-
1
mour doit ieul eitre le maiſtre
.
,
Mademoiſelle de Mouchy,
Fille de Monfieur le Maréchal
d'Humieres a épousé
Monfieur le Prince d'Izenghien
, Fils de Monfieur le
Prince de Mamine. Il y a tant
de choſes à dire à l'avantage
de ces Illuftres Mariez, que je
ne puis preſentement parler
que des Honneurs du Louvre
GALAN Τ .
79
1.
e
1
1
.
que le Roy leur a accordez .
Cette faveur est une marque
de leur mérite ,& tous les Princes
Etrangers ne l'obtiennent
pas facilement : mais comme
on fait bien des choſes pour
les Gens qui ſervent avec autant
de fidelité que de valeur ,
il ne faut pas s'étonner ſi le
Roy a voulu reconnoître par
là les grands ſervices de Monſieur
le Maréchal d'Humieres.
Monfieur le Prince d'El
beuf , Fils du Duc de ce nom ,
Chefpreſentement de la Maiſon
de Loraine en France , a
auſſi épousé la Fille de Monſieur
le Marechal Duc de
Vivonne , l'un & l'autre iſſus
de Maiſons Souveraines , le
premier des Maiſtres de la
Diiij
80 LE MERCURE
Loraine, & l'autre des anciens
Comtes de Limoges. Les Alliances
de l'un & de l'autre
Party avec les plus grandes
Maiſons de l'Europe , & préque
toutes les Têtes Couronnées
, étant connuës , il n'eſt
pas neceſſaire d'en parler. On
ne peut promettre plus que
fait le jeune Prince dans un
âge ſi peu avancé, n'ayant encor
que quinze ans & demy.
Il a déja fait pluſieurs Campagnes
, & fait ſentir qu'il y
étoit. Feu Monfieur de Turenne
fon Grand Oncle , l'avoit
crû digne de ſes foins , &
l'avoit mené avec luy dans ſes
dernieres Expeditions d'Allemagne
.La Princeſſe ſa Femme
avec une qualité qui ne
voit rien au deſſus d'elle que
GALANT. 81
7
1
,
1 les Princes du Sang & les Sou
verains & avec les charmes
d'une beauté merveilleuſe
, a une ſageſſe qui ſurprend
ſon âge , une vivacité,
&une délicateſſe d'eſprit, qui
ne paroiſſent jamais que lors
qu'il eſt néceſſaire , & enfin
tout ce qu'on peut ſouhaitter
d'agrémens & de perfections,
fans avoir aucun empreſſement
de les faire paroître , ne
ſe piquant d'autres choſesque
de faire celles auſquelles elle
croit étre obligée.
Ce Mariage a été ſuivy de
celuy de Monfieurde Cavoye
& de Mademoiselle de Cologeon
, qui eſt d'une Famille
tres- illustre. Elle a fait voir une
choſe qui juſques icy avoit
Dy
82 LE MERCURE
eſté inconnuë , qui eſt une
honnête Fille aimer à la veuë
de toute la Cour un Gentilhomme
avec toute la délicateſſe
pour luy que pouroit
avoir pour une Maîtreſſe l'Amant
le plus galant & le plus
paſſionné , ſans faire la moindre
bréche à ſa réputation :
Auſſi s'eſt elle toûjours fait
plaindre , lors que ſon amitié
n'avoit pas tout le ſuccés qu'ellé
méritoit ; & lors que fa
conſtance a couronné fon
amour , toute la Cour luy en
a témoigné ſa joye. Le Roy
qui ſe plait à faire la fortune
des Gens de mérite , a donné
la Charge de Grand Maréchal
des Logis, qui eft une des
plus belles de ſa Maiſon ,
nouvel Epoux : On peut aſſuàce
GALANT .
84
e
C
S
11
コ
rer qu'il en eſt digne , puis
qu'il a toutes les qualitez d'un
honneſte Homme , qu'il eſt
brave, difcret, ſage , bien fait,
& tres - induſtrieux à ſervir
tous ceux qu'il eſtime , & tous
les honneſtes Gens qui s'adreſſent
à luy. Son mérite ſe
peut connoiſtre par le grand
nombre d'Amis & d'Amies
qu'il a, entre leſquelles on peut
compter preſque toutes les
premieres Perſonnes du Royaume.
On ne voit pas ſeulement
de grands Mariages à la Cour,
il s'en voit auſſi à la Ville ; &
Monfieur de Bercy Maiſtre
des Requêtes , a épousé depuis
peu la Fille de Monfieur
de Bretonvilliers Prefident de
la Chambre des Comptes : ils
84 LE MERCURE
ſont connus par des endroits f
conſidérables, qu'il ſeroit inutile
d'en parler , puis qu'on
diroit ſeulement ce qui eſt
ſçeu de tout le monde. Monfieur
du Tillet Conſeiller au
Parlement , a auffi épousé
Mademoiſelle Brunet ; c'eſt
un Party fort avantageux , &
dont on ne peut dire que
beaucoup de bien. Paffions
à ceux qui ſe ſont depuis
peu liez pour toute leur vie
d'une maniere bien diférente.
Monfieur l'Abbé d'Urfe
nommé par Sa Majesté à
l'Evêché de Limoges , a eſté
Sacré depuis peu de jours :
Il eſt d'une naiſſance illuftre ,
& fon Nom n'eſt pas ſeulement
connu en Foreſt,ſur les
GALANT. 85
t
1
1
1
1
bords du Lignon , mais encor
dans tous les lieux où il y a des
Gens qui aiment les Perſonnes
de mérite. Il a eſté retiré
du Seminaire de Saint Sulpice,
où depuis pluſieurs années
il avoit acquis une grande réputation
, pour eſtre Coadjuteur
de Monfieur l'Evêque de
Limoges . On a forcé ſa modeſtie
à recevoir un Employ
digne de ſa naiſſance , de fa
pieté , & de fa doctrine , en le
faiſant fucceder a un Prélat,
qui avec les avantages d'une
grande naiſſance avoit tous
ceux d'un grand Evêque.
Monfieur l'Abbé de Fieux
a auſſi eſté Sacré Evêque de
Toul , avec l'aplaudiſſement
de tous ceux qui le connoiffent
,&qui voyant en luy tout
BLIOTH
=
LYON
= 878
*1893
*
86 LE MERCURE
ce qui peut rendre un grand
Homme digne d'eſtre nommé
à l'Epiſcopat, ſouhaitoient
il y a longtemps qu'il plût au
Roy luy donner cette marque
de ſon eftime . On ne doute
point que les Peuples qui luy
ſont commis ne reçoivent de
grands avantages de fa conduite
, puis qu'il n'a pas moins
de pieté que de ſçavoir,& que
fon exemple fera d'un grand
poids pour les faire profiter
des ſalutaires inſtructions qu'il
leur prépare. Il eſt Frere de
Monfieur de Fieux Maiſtre
des Requêtes , & ils fonttous
les jours affez connoître l'un
& l'autre que le véritable mérite
eſt auſſi bien que l'eſprit ,
un privilege attaché à leur Famille.
GALANT. 87
Voila , intérompit la Ducheſſe
, ce que j'avois envie
qu'on dît de Monfieur l'Evef
que de Toul ; car quoy qu'il
foit de mes Amis , je ne croy
pas me rendre ſuſpecte de
préoccupation , en parlant de
luy comme d'un des plus honnétes
Hommes que je connoiffe.
La vivacité de ſon efprit
eſt grande , ſa converſation
eſt douce,agreable,& utile
même à ceux qui ne l'écoutent
que pour apprendre. Il
raiſonne fortement ſur toutes
fortes de matieres ; & ce qu'il
y a particulierement de recomandable
en luy, c'eſt qu'étant
fort officieux pour les
Perſonnes qu'il eſtime , il n'a
jamais plus grande joye que
quand il peuttrouver occafion
88 LE MERCURE
de leur en donner des marques.
Mais , M. le Chevalier,
continuez je vous prie , & ne
me condamnez pas,de n'avoir
pû refuſer à l'amitié cette petite
intéruption .Le Chevalier
pourſuivit ainſy.
La Reyne ayant voulu donner
à M.l'Abbé de Matignon,
nomé à l'Evêché de Lisieux ,
des marques de l'eſtime particuliere
qu'elle fait de luy, honora
dernierement de ſa préfence
le Sacre de cet Evêque ;
il eſtoit Aumônier du Roy.
Il eſt d'une naiſſance tres- illuſtre,&
fon mérite eſt connu .
Je croy , puis que nous
ſommes ſur le Chapitre des
Evêques , pouvoir parler icy
de M.de Tulles , ce fameux
Predicateur , fi connu ſous le
GALANT . 89
-
f. nom du Pere Mafcaron, a eſté
obligé de venir à la Cour , &
de quiter ſon Dioceſe , où il a
mis un ordre ſi grand , que
Leurs Majeſtez ont crû qu'ils
l'en pouvoient faire revenir
pour prêcher l'Evangile de-
1 vant Elles pendant ce Carême.
La délicateſſe des Courtiſans
, & le goût qu'ils ont
pour les bonnes chofes,oblige
le Roy à choiſir pour ces Emplois
des Hommes tous extraordinaires,
comme il avoit fait
pour l'Avent dernier Monfieur
l'Abbé Flechier,qui confirma
par ſes Sermõs à la Cour
lagrande opinion que ſes Ouvrages
& les Oraiſons Funebres
qu'il a faites pour les premieres
Perſonnes de l'Etat ,
avoiét dūnées de luy, & l'idée
१० LE MERCURE
qu'on en devoit avoir dés que
Monfieur le Duc de Montaufier
Gouverneur de Monfieur
le Dauphin , ayant connu le
mérite de cet excellent Homme
le retira aupres de luy
pour eſtre de la Cour de ce
jeune Prince , dont l'éducation
luy a eſté confiée par un
,
Roy qui
comme il eſt le pre-
1.1.
mier Prince de la terre , eit
auſſi l'Homme du monde qui
a le plus de difcernement , &
ſçait mieux connoître les
Gens.
Nous pouvons encor parler
icy d'un Prélat dont les grands
Emplois ont fait connoître le
merite & l'eſprit .
Monfieur l'Archevêque
d'Ambrun , Evêque de Mets ,
ayant fait préſent à la Reyne
GALANT. 91
a
d'un petit Crucifix d'or , dont
l'ouvrage furpaſſoit de beaucoup
la matiere ; cette grande
Princeſſe , bien moins pour
marquer ſa reconnoiſſance ,
que l'eſtime qu'elle fait de ce
Prélat, luy a donné une Croix
de diamans d'un tres grand
prix .
۱۰۴
Apres avoir parlé d'Evê
ques , anons quelque choſe
d'un illuſtre Abbé , qui par ſa
naiſſance , ſa grande modeſtie,
ſon eſprit , ſa ſageſſe,& fa do-
Arine profonde, mérite de tenir
dans l'Egliſe un rang des
plus conſidérables , puis qu'il
a toutes les qualitez neceſſaires
pour le remplir dignement.
• Meſſieurs de Sorbonne ont
obtenu un Arreſt du Conſeil
d'Etat , qui confirme leurs
9.2 LE MERCURE
nouveaux Statuts , par leſquels
tous ceux qui feront reçûs
Docteurs à l'avenir , ne
pouront préſider aux Actes ,
ny ſe trouver aux Aſſemblées
de la Faculté,ou joüir d'aucun
autre de ſes Privileges , qu'apres
l'Acte de Réſumpte qui
n'avoit point eſté fait depuis
Monfieur Roſe Evêque de
Senlis , qui fut le dernier qui
le fit le 23. de May 1602. Cet
Acte conſiſte à répondre à dix
Docteurs , qui ſeuls ont droit
de diſputer fur les plus difficiles
Queſtions du Vieil & du
Nouveau Testament , & fur
les principales Matieres de
l'Ecriture qui ſont en controverſe
avec les Herétiques ,
depuis ſept heures du matin
juſques à midy. Il ſe faiſoit
GALANT. 93
1
S
ل ا
a
1
autrefois par les Docteurs >
qui vouloient avoir le titre de
Docteurs Régens , auſquels
ſeuls il eſtoit permis de faire
l'Office de Grands- Maiſtres ,
c'eſt à dire de gouverner les
Bacheliers , qui pourſuivoient
les Degrez dans la Faculté ;
mais ces nouveaux Statuts y
aſſujettiſſans tous les Do-
Eteurs de la derniere Licence
Monfieur l'Abbé de
Noailles , Fils de Monfieur
le Duc de Noailles n'a
point voulu s'en diſpenſer ,
& il s'eſt acquité de cet
Acte avec tant de ſuccés
que la grande Aſſemblée
qu'attire ordinairement une
Perſonne de ſa naiſſance , n'a
pû affez admirer la capacité
د
د
د
94 LE MERCURE
avec laquelle il a réſolu les
plus fortes difficultez , & la
modeſtie qu'il a fait paroître
dans ſes Réponſes .
En parlant de ceux dont le
mérite eſt extraordinaire , je
ne doy pas oublier que Monfieur
de Meſmes Preſident au
Mortier , illustre par la gloire
de ſes Peres qui ont poſſedé
les premieres Charges de la
Robe , mais plus illuſtre encor
par les grandes qualitez qui le
rendent digne de ſes Emplois,
marchant fur les pas de ces
grands Hommes , à qui leur
intégrité , leur amour pour les
Sciences & la protection
qu'ils ont toûjours donnée
aux Gens de Lettres, ont acquis
une réputatiõ qui ne laiferajamais
mourir les noms des
,
GALANT.
95
de Meſmes &d'Avaux, a eſté
receu dans l'Academie Françoiſe,
pour remplir la place de
Monfieur Deſmarets , un des
plus fameux Académiciens
de notre temps , & qui mériteroit
toute la gloire que ces
beaux Ouvrages luy donnent
, quand il n'auroit point
eud'autre avantage que celuy
d'avoir été choify parle Cardinal
de Richelieu Fondateur
de l'Académie , pour rendre
Meſſieurs ſes Neveux dignes
dugrand Nom qu'il leur a laiffé
. Une affluence extraordinaire
de monde ſe trouva dans
la Salle du Louvre le jour de
cette reception. Monfieur le
Preſident de Meſmes fit un remercîment
digne de la gravité
de celuy qui le prononçoit,
96 LE MERCURE
& de l'attention de quantité
de Perſonnes qui l'écouterent,
& parla avec une delicateſſe
merveilleuſe de l'honneur
que le Roy fait à cette celebre
Compagnie d'en vouloir eſtre
le Protecteur. Monfieur de
Benferade qui en eſtoit le Directeur,
luy répondit avec une
grace toute particuliere , &
n'oublia rien pour luy marquer
lajoye qu'ils avoient tous
de voir un ſi grand Homme
dans leur Corps. Apres quoy,
Monfieur l'Abbé Tallemant
le jeune prononça un Difcours
dont la netteté & l'éloquence
furent admirées de
tout le monde ; il tacha de
prouver à l'avantage de nôtre
Langue , qu'on s'en doit ſervir
pour faire les Inſcriptions des
GALANT. 97
Monumés publics contre l'o-
■ pinion du R. P. Lucas Jeſuite,
qui a pris le party du Latin
avec une force de raiſons qui
ſemblent n'avoir point de replique.
Cette Queſtion avoit
eſté déja agitée par Monfieur
Charpentier un des plus dignes
Sujets de l'Académie
Françoiſe, qui a fait imprimer
un Livre fort ſçavant ſur cette
■ matiere, par lequel il exclut la
Langue Latine des infcriptions.
Ce diférend poura
avoir encor de la ſuite,& nous
aurions à ſouhaiter que chas'accordât
pour pro- cun
noncer en faveur des
- François ; mais cependant
on a fait depuis peu de grandes
dépenſes pour les Portes
E
98
LE MERCURE
de S. Denys , de S. Martin,
& de S. Bernard , & pour le
Quay Royal qui eſt d'une ſi
grande utilité pour Paris , &
nous n'y voyons par tout que
des Inſcriptions Latines .
Apres avoir parlé d'une
Académie, nous pouvons parler
de pluſieurs autres &dire
qu'encor qu'il ne ſoit pas ordinaire
de voir fleurir les
beaux Arts dans un Etat dont
le Souverain doit ne ſonger
qu'à laGuerre, jamais ils n'ont
paru avec tant d'éclat qu'ils
font en France, & que le Roy
ne laiſſe pas de travailler pour
leur gloire , encor qu'il ait à
ſoûtenir les efforts d'une grande
partie de l'Europe , qu'on
va par ſes ordres & par les
foins de Monlieur Colbert ,
Vid
1
GALANT.
99
&de Meſſieurs le Brun & Regnaudin
établir des Acadéemies
de Sculpture & de Peinturedans
les principales Villes
du Royaume , & que celle
de Paris a été depuis peu unic
Là celle de Rome. Il n'eſt pas
* neceſſaire d'en dire davantage
pour faire_connoître qu'elle
doit être remplie des plus
grands hommes du Monde
pour ce qui regarde leur
Art.
0
0
1
On peut aſſurer en parlant
des beaux Arts , qu'ils ont de
tout temps fleury à Rome , &
que les Papes & les Cardinaux
ont depuis pluſieurs fiecles
honoré de leurs viſites
ceux qui ont excelé en quel-
- que Art , & qui avoient chez
cux des Ouvrages de leur
E ij
- LYON
3
100 LE MERCURE
main dignes d'être admirez.
On en uſe aujourd'huy de même
en France ; & Son Alteffe
Royale , quelques jours avant
fon depart pour l'Armée , fut
chez le Sieur Mignart de Rome
, où elle admira pluſieurs
Ouvrages de ce grand Maître.
On peut dire qu'il a chez
luy des Originaux parfaits , &
qui ne ſe peuvent copier. Je
croy que lors que je parle du
mérite de ceux que Rome a
longtemps eu le bonheur de
poſſeder , je doi dire que Madame
la Grand Duchefſſe a
preſété à Leurs MajeſtezMadame
la Ducheſſe de Bracciano
Veuve de feu Monfieur
de Chalais , & Fille de feu
Monfieur le Duc de Noirmonſtier
: elle en a été reçeuë
GALANT. 101
1
コ
1
1
ainſi que fon rang & fon mérite
lui devoient faire eſperer.
Monfieur de Breteüil , Fils de
Monfieur de Breteüil Confeiller
d'Etat ordinaire , en a
auſſi été traité d'une maniere
dont il a lieu d'étre fort fatisfait
; & apres avoir fervy ſous
Monfieur Colbert & Monſieur
le Marquis de Seignelay,
il a eu l'agrément de la Charge
de Lecteur de Sa Majesté,
qui l'a préferé à plufieurs autres
. Il eſt bienfait , il a de lefprit
, & des Lettres , & s'eſt
toûjours fait un tres - grand
plaifir d'obliger ſes Amis
quand il a été en état de les
fervir .
Apres avoir parlé de tant de
Persõnes illuſtres, disõs quelque
choſed'une Belle affligée,
:
E iij
102 LE MERCURE
ou plutôt d'une Lettre écrite
par une Amante à ſon Amant,
fur ce qu'il ſe préparoit à partir
pour ſe rendre à l'Armée.
Cette Lettre a tellement eſté
applaudie par tout où elle a
eſté leuë , que je croirois
qu'on auroit ſujet de ſe plaindre
du Mercure , ſi l'on ne l'y
rencontroit pas. La voicy.
GALANT. 103
1
JULIE
A LEANDRE.
TLest doncvray, Cruel, quefans
que rien vous touche,
Vous vous preparez apartir ?
I'ay beau faire , l'honneur est un
Tyran farouche,
Qui vousforce d'y confentir.
६००३
Il vous rend des Amans le plus
impitoyable ,
Pour qui jamais aima le mieux,
Et vous flatant d'un nom,malgré
le temps durable ,
Il vous éloigne de mes yeux .
Helas ! ignorez -vous quelle vaine
chimere
Ev
104 LE MERCURE
Eft cethonneur qui vousféduit ,
Et d'un bien effectif, un bien imaginaire
Doit-ilvous dérober lefruit ?
Aux plus mortels dangers quand
voſtre vie offerte
Payera quelque Exploit entrepris
,
Peut estre un jour ou deux on
plaindra voſtre perte ,
Et c'enfera làtout le prix.
Vivez, par ses conſeils la Gloire
vous abuse. ( jour ,
Quoy qu'elle vous promette un
Pour ne l'écouter pas , peut- on
manquer d'excuse
Lors qu'on ne manque point d'amour?
GALANT. I10g
11
Vous n'avez qu'à vouloir, &vous
en aurez mille
Pour rompre ce cruel départ.
Quand l'Amour en raiſons neſeroit
pas fertile ,
Ila toujoursſes droits àpart.
S'il est fier quelquefois , impétueux
, terrible,
S'il donne deſanglans Arrests,
Il cherche le repos , & devient
doux , paisible ,
Selon ſes divers interests...
Dans cette occasion , où confuse
tremblante ٧٠ :
l'attens ou la vie , oula mort :
Hveut que vous cediez auxfoû
pirs d'une Amante...
Dont vous pouvez regler lefort
Ev
106 LE MERCURE
०३
Songez- vous à quels maux vôtre
rigueurm'expose,
Si vous ofez vous éloigner ?
Et peut - on de ces mauxſe rendre
exprés la cauſe ,
Quandonme les peut épargner?
Ie veux bien , s'il le faut,compter
àrien l'absence ,
Quoy qu'insuportable aux
Amans ;
Queneplaît-il au Ciel'de borner
maSouffrance
Afes plus rigoureux tourmens
Dumoins un ſeur retour , dansſa
douleur extréme ,
Confole l'Amour aux abois ;
Mais avoir à trembler toûjours
pour ce qu'on aime ,
Combien est-ce mourir de fois ?
GALANT. 107
६००३०
Chaquepas avancé,chaque Tranchée
ouverte ,
Meva glacer le coeur d'effroy ,
Et d'un heureuxfuccez l'image en
vain offerte , ( moy.
My peindra mille maux pour
Neust laplus forte Place emporté
qu'une teste ,
Dont le bruit vienne juſqu'à nous,
Vous croyant auſſi- tôt le prix de fa
Conqueſte ,
Mes larmes coulerontpour vous.
2003.
Toûjours impatiente , &toûjours
allarmée ,
Si je voy qu'onse parle bas ,
Ie m'imagineray que parlant de
l'Armée ,
On me cache voſtre trépas .
Dans l'ardeur d'estre instruite, &
[23
108 LE MERCURE
le doute d'entendre
Ce qui feroit mon deſeſpoir ,
Incertaine en mes voeux,je brûleray
d'apprendre
Ce que je craindray de sçavoir.
१३.
Qui l'auroit jamais crú ? Ma
joyc estoit parfaite !
Au bruit des Triomphes du Roy ,
Rien n'auroit pû me rendre infidelle
Sujete,
Et je vay l'estre malgrémoy.
Je voudrois que fa gloire à nulle
autre ſeconde ,
Entaſſaft Exploits fur Exploits,
Qu'ainsi que de nos coeurs il fût
Maistre du Monde ,
Que tout y reconnûtſes Loix.
Cependant je Sens bien dans les
rudes allarmes
GALANT. 109
5
Où vôtrefort meplongera ,
Que je feray reduite à répandre
des larmes
Chaquefois qu'il triomphera.
Qu'il abaiſſe l'orgueil des plusfuperbes
teftes ,
Sans que vos yeux en foient temoins;
Aura-t- ilplusdepeineàfaire des
conquestes ,
Pour avoir un Guerrier de moins?
Aneleſuivrepas où tousjours la
Victoire
S'empreſſe à luy fairesa cour
Eloigné des périls vous aurez
moins de gloire , (mour.
Mais vous montrerez plus d'a-
Qu'on blâme ce deſſein dont l'ar
deur de me plaire
HO LE MERCURE
Vous doit avoir fait une Loy,
Est- ce , quoy qu'on en diſe,une peine
à vousfaire,
Si vous ne vivez que pour moy ?
Quand d'un feu veritable on a
l'ame enflamée ,
Aimer est noſtre unique bien ,
Et pourveu que l'on plaiſe àla
Perſonne aimée,
On compte tout le reste à rien.
६००३०
Centfois vous m'avez dit que de
la Terre entiere,
Sans moy vous feriez peu de cas:
Vous m'en pouvez convaincre
écoutant ma priere ,
Pourquoy ne le faites vous pas ?
Si de vous fignaler par quelque
grandService,
Ledefirvous tientpartagés,
BIB
LYON
*
4
GALANT.
*
7893
Fn coeur comme le mienvaut bien
leSacrifice
D'un peu de renom negligé.
L'Amour vous le demande , il eſt
bondeſe rendre
Aqui brûle tout deſesfeux ;
Et ce qu'ontfait César , Annibal,
Alexandre,
Vous lepouvezfaire comme eux.
१३
Ils n'ont crû rien ofter àl'éclat de
leur gloire ,
En faisant triompher l'Amour;
S'ils luy laiſſoient fur eux emporter
lavictoire ,
Illes faisoit vaincre à leur tour.
६००३०
Apres ces Conquerans , vous luy
pouvezfans honte
Abandonner vostre fiertés
Soumettez - la,pourven qu'il vous
2
12 LE MERCURE
en tienne compte
Vous en aura-t-il trop coûté ?
80311
Ila pour qui conſent à luy rendre
les armes ,
Des biens qu'on ne peut exprimer;
Pour goûter purement leurs plus
Jenſibles charmes ,
Vous n'avez qu'àſçavoir aimer.
En verité , dit la Marquiſe ,
quand le Chevalier euſt achevé
de lire, on a raifon de trou
ver cette Lettre- là belle : Ce
n'eſt pas que je n'en fois furprife,
car comme elle a plus de
bon ſens,que de cebrillant qui
dupe aujourd'huy tant de
Gens , je n'aurois pas crû
qu'elle dût eſtre ſi generalement
applaudie . Je ſuis de vôtre
ſentiment , repartit la Ducheffe,
& cette Epître me paroît
tellement du ſtile de cel
GALANT. 113
les d'Ovide , que je croyois
entendre lire les Epîtres choifies
de ce Poëte ingénieux,
qui ont été ſi bien traduites
en Vers François par Monſieur
de Corneille le jeune.
Elles n'en dirent pas davantage
, afin de donner au Chevalier
le temps de pourſuivre;
ce qu'il fit ainfi .
1
Monfieur du Pas , fort con
nu des Gens de guerre , pour
avoir donné des marques de
ſa valeur en pluſieurs endroits
, & fur tout en Pologne
, où il a été long-temps
avec feu Monfieur le Comte
de Guiche , n'étant plus
en état de ſervir avec la même
vigueur a remis entre
les mains du Roi , qui l'en
a récompensé , fa Char
114 LE MERCURE
*
ge de Lieutenant des Gardes
du Corps , & Sa Majesté l'a
donnée à Monfieur du Repaire
, qui avoit un Regiment
qu'il a quitté pour eſtre plus
pres d'un ſi grand Prince.
Monfieur de Pierrepont ,
Homme d'eſprit , de coeur, &
de qualité , qui a eſté noury
Page de la feuë Reyne Mere
& qui a ſervy plus de vingt
ans en qualité de Lieutenant
des Gardes du Corps, a eſté
pourveu du Gouvernement
de l'Iſle de Ré ; ce qui a fait
monter Monfieur de Bariment
Exempt des Gardes,à la
Charge d'Enſeigne. C'eſt un
Gentilhomme fort bien fait &
qui a beaucoup de qualité.
Laiſſons-le s'apreſter à ſervir
le Roy , & parlons de MonGALANT.
115
es fieur de Maulmont Capitaine
aux Gardes ,& Brigadier d'Infanterie
: Il a eſté Mouſquetaire
du Roy ; & Sa Majesté
ayant reconnu ſa valeur , n'a
pas eſté long-temps ſans la
récompenfer ; il en donne
tous les jours de nouvelles
preuves, & il s'eſt depuis peu
: ſaiſy de pluſieurs Poſtes aux
environs de S.Omer. Monfieur
le Marquis de Genlis , Meſtre
de Camp du Regiment de la
-Couronne , Neveu de Monſieur
de Genlis Lieutenant
General, a eſté tué en forçant
une Redoute aupres de la méme
Place ; Sa valeur trop
boüillante a eſté cauſe de ſa
mort. C'eſt le troifiéme Frere
qui l'a rencontrée à la teſte
dumême Regiment. Le Roy
116 LE MERCURE
l'a donné à un quatrième.
La valeur de ceux qui font
pres de nous, ne doit pas nous
faire oublier celle des Braves
qui vont chercher les périls
dans des lieux plus éloignez ,
où ils ont ſouvent à combattre
la fureur des Elemens les plus
furieux Monfieur du Queſne,
& Monfieur le Marquis de
Preüilly - d'Humieres , Frere
duMaréchal de ce nom ,tous
deux Lieutenans Generaux ,
font de ce nombre ; tous les
Vaiſſeaux Eſpagnols fuyent
devant eux ; & l'intelligence
qu'ils ont de la Marine, jointe
à leur valeur , les fait redouter
de tous ceux qu'ils ont à combattre
fur Mer. Monfieur de
S.André-Montmejan, & Mefſieurs
les Chevaliers de Noail
E 117
GALANT.
f
les & Deſgoutes , Capitaines
des Vaiſſeaux , ont brûlé par
leurs ordres fix grandes Barques
chargées de Blé ſous le
Canon de Piombino .
Monfieur le Comte d'ES
trées Vice- Amiral de France,
dont la réputation eſt établie
fur Mer, & qui n'a pas moins
de valeur que de bonne conduite,
a repris la Cayenne,que
les Hollandois avoient ſurpriſe
l'année derniere. Iln'appartient
qu'aux François de preffer
des Places avec tant de vigueur,
qu'on apprend leur priſe
preſque dans le même
temps qu'on publie qu'elles
font aſſiegées .
Retournons ſur la Terre,nos
plus grandes affaires y font; &
118 LE MERCURE
parlons des Officiers Generaux
que Sa Majesté a nommez
avant ſon depart. Ceux
qui les ont donnez au Public,
en ont oublié beaucoup. Je ne
ſeray peut être pas plus fidelle
dans ce que j'en vay dire ;
mais ſi j'apprens que je me
fois trompé en quelque choſe,
je marqueray dans le Voulme
ſuivant ce qui ſera venu à
ma connoiſſance .
Il y a plus de trois mois que
Sa Majesté a nommé Lieutenans
Generaux pour ſervir
en Sicile , Monfieur le Marſieur
de la Tour de Montauban
, & Monfieur de Mornas;
ce dernier y commandoit déja
en qualité de Maréchal de
Camp ,&Monfieur de Montauban
étoit Lieutenant de
GALANT. 119
e Roy de la Comté. Il a été
Gouverneur de Zutphen &
de Nimegue , & il s'eſt tellement
fait aimer des Peuples
qui ont dépendu de luy , que
ceux de Zutphen mirent ſon
Portrait dans leur Hôtel de
Ville lors qu'il les quitta , avec
deſſein de l'y laiſſer toûjours,
malgré la guerre qui eſt entre
les deux Nations. On doit
avouër que la prudence du
Roy & des Miniſtres eſt grande
, de choisir un Homme
agreable aux Peuples , pour
envoyer dans un lieu où ceux
qui n'auroient pas le ſecret de
ſe faire aimer , y ruineroient
les Affaires de France . Paſſons
aux autres nouveaux Officers
Generaux que Sa Majesté
nomma quelques jours avant
120 LE MERCURE
que de partir.Je ne les mettray
pas icy ſelon les rangs que
chacun peut prétendre par ſa
naiſſance ; les rangs n'eſtans
point réglez en France , ce
n'eſt pas à moy à décider làdeſſus,
Lieutenans Generaux.
Monfieur le Prince de Soubife.
Monfieur le Comte d'Auver-
:
gne .
Les Comtes du Pleſſis ,
De Biſſy,
De Chazeron ,
De Montbron,
& de Gaffion .
Les Marquis de Genlis ,
De Joyeuſe ,
De Rannes ,
De la Trouffe ,
&Monfieur deMonclar.
Mare
GALANT. 121
Mareschauxde Camp.
Monfieur le Comte d'Ayen
Monfieur le Prince Palatin de
Birckenfeld.
Meſſieurs les Marquis de
Lambert ,
De Renty ,
De Schomberg ,
De Tilladet ,
De Boufflers,
De Quincy ,
& De la Rabliere.
Meſſieurs les Chevaliers
Fourbin ,
& De Tilladet. 1
Monfieur le Comte de
Broglio.
Meſſieurs d'Albret
د
De Bocquemare ,
De Cezan ,
D'Ortys ,
De Pertuys ,
A
F
122 LE MERCURE
De Ranche ,
De Revillon,
D'Aſpremont,
De Lançon ,
Des Bonnets ,
& De la Villedieu.
Brigadiers de Gendarmerie .
Monfieurde Jonvelle.
Monfieur de la Fitte .
Brigadiers de Cavalerie.
Meſſieurs les Marquis
De Nonnan ,
De Buſenval ,
De la Salle ,
De la Valette ,
De Montrevel ,
De S. Gelais ,
Du Bordage ,
& De Livourne.
Meſſieurs les Comtes de S.
Aignan ,
&De Tallart.
GALANT.
123
Monfieur le Chevalier de
Grignan ,
Meſſieurs de la Serre ,
De S. Rut ,
De Vivans ,
De Langallerie ,
&Cheverau.
Brigadiers d'Infanterie.
Meſſieurs les Marquis
De Nefle ,
D'Uxelles ,
De la Pierre ,
& De Souvray.
Meſſieurs de Villechauvre ,
De Varennes ,
De S. André ,
De Phisfer ,
Catinat ,
Chimene ,
& Marans .
Voila un grand nombre
Fij
124 LE MERCURE
d'Officiers Generaux ( dira
ton ) ſans ceux qui ont eſté
faits depuis que la guerre dure
; mais on doit conſidérer
que ſi l'on n'en a pas tant veu
dans les Regnes précedens ,
les Armées eſtoient moins
nombreuſes qu'elles ne ſont
aujourd'huy. Cette raiſon ſeule
n'a pas obligé le Roy à donner
cette qualité à tant de braves
Gens ; il y en a pluſieurs
dont le Roy a beſoin autrepart
qu'à l'Armée , & à qui
ce titre eft neceſſaire pour
avoir plus d'autorité dans les
Provinces où ils demeureront.
Je feray connoître dans
un autre Volume quelles ſont
les fonctions des Lieutenans
Generaux , Maréchaux de
Camp,Brigadiers , & Aydes
८
GALANT.
125
de Camp , afin que tous
ceux de l'un & de l'autre
Sexe qui les ignorent , ſçachent
dequoy ils parlent ſi
ſouvent , & dequoy ils félicitent
leurs Amis ou leurs Parens
, lors que le Roy a reconnu
en eux toute la prudence
& toute la valeur neceſſaire
pour eſtre élevez à
l'un de ces grands Emplois.
Tous ceux qui les doivent
remplir cette année ayat eſté
nommez , le Roy fut coucher
à Compiegne le dernier jour
de Fevrier . Monfieur de Louvois
eſtoit party deux jours
auparavant , comme un éclair
qui devance la foudre. Voicy
des Vers qu'on fit ſur ce
qu'il tonna le jour que Sa Majeſté
partit.
Fiij
116 LE MERCURE
Grand Roy ,porteen tous lieuxx
laGuerre,
La Fortune guide tes pas ,
Le Dieu Mars te preste form
bras ,
Et Iupiter te preste Son Tonnerre.
Les ſecours qu'il reçoit de
tant de Divinitez , ſont bien
moins conſidérables que les
fervices que luy rend Monſieur
de Louvois ; on n'a jamais
veu une activité pareille
à la fienne , & il conduit avec
tant de prudence toutes les
choſes qu'il entreprend , qu'il
ne faut pas s'étonner fi elles
luy reüſſiſſent toûjours
fi heureuſement. Sa grande
application aux Affaires , fon
extraordinaire prévoyance, &
GALANT.
127
ſes ſoins continuels , ont fait
fleurir , pour les Armées du
Roy ſeulement , les moins de
May & de Juin dés la fin de
Fevrier , & ( ce qui n'avoit jamais
eſté vû ) a étonné cette
année tous les Peuples qui en
ont oüy parler ; & cinquante
mille Hommes de Cavalerie
& d'Infanterie , ont trouvé
toutes fortes de proviſions ,
& fur tout des fourages , dans
une Saiſon peu avancée, dans
un Païs ruiné , & fur des terres
encor couvertes de neiges
: Cependant rien n'a manqué
, tout a marché malgré
les mauvais chemins , les Travaux
ſe ſont fait malgré les injures
de l'air ; & une Place
où rien ne manquoit , qui
eſtoit conſidérable par ſes
1
Fiiij
128 LE MERCURE
,
de
Fortifications , difficile à prendre
à cauſe de ſa ſituation ,
défenduë par un brave Gouverneur
qui avoit toute la réſolution
qu'il faloit pour ſoûtenir
un long Siege , & par
une Garniſon nombreuſe
compoſée d'Eſpagnols
VValons , d'Italiens , d'Allemans
, & de quantité de Nobleſſe
du Païs , ſans compter
les Bourgeois choiſis qui portoient
les armes ; une Place ,
dis - je , fi forte & fi bien pourveuë
de toutes choſes , a eſté
priſe d'aſſaut apres huit jours
de tranchée ouverte. C'eſt ce
qui paroîtra incroyable aux
Siecles futurs , & qui ne fera
pas ſeulement admirer la valeur
& la parfaite intelligence
du Roy au Meſtier de la
GALANT.
129
guerre ; mais ſa prudence à
choiſir des Miniſtres habiles
& zélez pour ſon ſervice , &
dont la prévoyance a toûjours
eſté ſi grande , qu'il n'a
jamais manqué de trouver en
abondance & l'argent , & toutes
les autres choſes neceſſai-
= res pour l'execution des grandes
entrepriſes qu'il a méditées
. Le Siege de Valenciennes
eſtant une des plus confidérables
qu'on pût faire , par
toutes les raiſons que nous
avons dites cy-deſſus ; fitôt
que le Roy fut arrivé au
Camp , il reconnut la Place ,
&l'on peut dire que les ordres
qu'il donna , furent d'un
Capitaine conſommé , puis
qu'ils ont ſi bien reüſſy. Les
Bourgeois fiers de tout ce que
Fy
130 LE MERCURE
உ
nous avons marqué qui ſervoit
à leur défenſe,donnerent
fur leurs Rampars le jour de
Caréme-prenant, les Violons,
pour ſe moquer des Troupes
qui avoient inveſty la Place ;
mais on leur répondit quelques
jours apres avec d'autres
Inſtrumens qui leur ôterent
l'envie de dançer. Le Mardy
qui ſuivit l'Aubade , la Tranchée
fut ouverte. Voicy les
Noms des Officiers Generaux
qui pendant les huit jours que
le Siege a duré , y ont monté
laGarde.
Premiere Garde.
Elle fut montée par Monfieur
le Maréchal de Schomberg
, Monfieur le Comte de
Magaloti Lieutenant General,
Monfieur le Comte de S.GeGALANT.
131
ran Maréchal de Camp.Monſieur
de Rubantel Brigadier,
& Monfieur le Marquis d'Angeau
Ayde de Camp du Roy.
Monfieur de Jonvelle brigadier
étoit à la tête de la Cavalerie.
On fit plus de fix cens
pas de travail.
Seconde Garde.
Monfieur le Maréchal Duc
de la Feüillade , Monfieur le
Marquis de Renel Lieutenant
General , Monfieur le Marquis
de Tilladet Maréchal de
Camp , Monfieur le Marquis
de Revel Brigadier de Cavalerie
, Monfieur d'Aubarede
Brigadier d'Infanterie , &
Monfieur le Prince d'Harcour
Ayde de Camp du Roy , entrerent
dans la Tranchée àla
:
132 LE MERCURE
place de ceux qui en fortirent.
On l'avança beaucoup, & l'on
fit des Places d'armes.
Troifiéme Garde.
La ſeconde Garde fut relevée
par Monfieur le Duc de
Luxembourg , Monfieur le
Marquis de la Cardonniere
Lieutenant General, Monfieur
le Chevalier de Sourdis Maréchal
de Camp, Monfieur de
Bertillac Brigardier de Cavalerie,
Monfieur de Tracy Brigadier
d'Infanterie , & Monſieur
le Marquis de Chiverny
Ayde de Camp du Roy.
Quatriéme Garde .
Ceux qui la monterent furent
Monfieur le Maréchal
de Lorge , Monfieur le Comte
du Pleſſis Lieutenant Ge-
1
neral
2 Monfieur d'Albret ,
GALANT.
Maréchal de Camp,Monfieur
le Marquis de Livourne Brigadier
de Cavalerie , Monſieur
le Marquis de Bourlemont
Brigadier d'Infanterie,
& Monfieur le Marquis de
- Cavoye Ayde de Camp dư
Roy. Le Canon & les Carcaſſes
firent grand feu. On inſulta
une Redoute, & l'on prit
un Fauxbourg.
Cinquiéme Garde .
د
Les Officiers Generaux qui
relevent la Garde précedente,
furent Monfieur le Maréchal
d'Humieres Monfieur le
Comte d'Auvergne Lieutenant
General , Monfieur le
Chevalier de Tilladet Maréchal
de Camp , Monfieur
le Chevalier de Grignan
Brigardier de Cavalerie,
134 LE MERCURE
Monfieur de S.Georges Bri--
gadier d'Infanterie , & Monfieur
le Chevalier de Nogent
Ayde de Camp du Roy. Le
Canon ruina des Defences;on
fit de grandes Places d'armes ,
& les Carcafſes mirent le feu
àpluſieurs Maiſons. Le feude
ces Carcaffes ne ſe peut éteindre
, il brûle dans l'eau , elles
font remplies de Grenades &
de Canons de Mouſquet chargez
de Balles .
Sixième Garde.
Elle fut montée par Monfieur
le Maréchal Schomberg,
Monfieur le Duc de Villeroy
Lieutenant General , Monfieur
le Prince Palatin de Birchenfeld
, de la Maiſon Palatine
, Lieutenant General ,
Mõſieur le Marquis deMontGALANT.
135
S
revel Brigadier de Cavalerie
, Monfieur le Marquis de
la Pierre Brigadier d'Infanterie
, & Monfieur le Marquis
d'Arcy Ayde de Cấp du Roy.
Septiéme Garde
Monfieur le Maréchal de
Schomberg , & les Officiers
Generaux de la Garde précedente,
furent relevez parMonſieur
le Maréchal Duc de la
Feüillade , Monfieur le Comte
de Montbron Lieutenant
General,Monfieur Stoup Maréchal
de Camp , Monfieur le
Marquis de Revel Brigadier de
Cavalerie,Monfieur leMarquis
d'Uxelles Brigadier d'Infanterie,&
Monfieur le Prince d'Elbeuf
Ayde de Camp du Roy.
On avança les Batteries & les
Mortiers ; la Tranchée étenduë
en trois branches, enviro136
LE MERCURE
na l'Ouvrage qu'on vouloit
attaquer , & l'on fit des Places
d'armes aſſez grandes pour
mettre un bon Corps d'Infanterie
à couvert .
Huitiéme Garde.
Ceux qui eurét le bon- heur
de monter la Garde le jour de
l'Attaque, furent M.le Duc de
Luxembourg,Mõſieur le Marquis
de la Trouſſe Lieutenant
General , Monfieur le Comte
de S. Geran Mareſchal de
Camp ,& Monfieur le Chevalier
de Vendôme Ayde de
Camp du Roy. Les Troupes
qui monterent la Tranchée
avec eux , furent trois Bataillons
des Gardes Françoiſes ,
commandez par Monfieur de
Rubantel Brigadier & Capiraine
de ce Regiment. Mon,
GALANT.
137
ſieur de Magaloti qui n'eſtant
point Lieutenant General de
jour n'y devoit point entrer,
ne pût ſe réſoudre à perdre
une fi belle occaſion de ſe fignaler,&
il y fut en qualité de
Lieutenant Colonel des Gardes
. Les autres Commandans
firent de méme , & ſe mirent
à la tête des Détachemens de
leurs Corps ſans y eſtre obli
gez . Meſſieursles Marquis de
Bourlemont & de la Pierre ,
furent de ce nombre , & commanderent
les Bataillons détachez
de Picardie & de Soiffons
. Les Détachemens des
Mouſquetaires blancs& noirs ,
furent commandez parMonfieur
le Chevalier de Fourbin ,
& par Monfieur le Marquis
de Jonvelle. Ils pouvoient s'en
38 LE MERCURE
diſpenſer,nonſeulement comme
Officiers Generaux qui
n'étoient pas de jour,mais encor
parce qu'ils n'étoient pas
obligez de commander des
Détachemens: cependant leur
courage l'emporta fur toutes
ces raiſons , & ils ſe mirent à
la tête des Mouſquetaires.Les
autres Troupes qui partagerent
la gloire de cette grande
Journée,furent la Compagnie
desGrenadiers de la Maiſon
du Roy , commandée par
Monfieur Riotor , quarante
deux Compagnies de tous les
Bataillons de l'Armée , & les
Carabins des Gardes. Le Roy
ayant donné les ordres à tous
les Officiers Generaux,Monfieur
de Luxembourg accompagné
de tantdebraves Gens,
GALANT.
139
& de tous les Officiers qui
commandoient les Détachemens
, viſita pendant toute la
nuit les lieux qu'on devoit infulter.
Le Signal fut donné à
-huit heures du matin ; l'Ouvrage
courőné fut attaqué par
- le front par le Marquis de la
Trouffe & le Comtede S.Ge
ran , qui étoient à la tête des
Gardes & de Picardie. On
- n'attaque ordinairement ces
■ fortes d'Ouvrages que par le
devant , on s'y loge peu à peu,
on en eſt chaſſe , on les reprend
, & c'eſt ce qui fait la
longueur des Sieges ; mais les
Fraçois animez par la préſence
de leur Roy , n'en uſent pas
ainfy.L'Ouvrage fut enmême
temps attaqué & par le front
& par la gorge , c'eſt à dire
préque par derriere ,& fur le
140 LE MERCURE
bord du Foſſé , ou l'on effuye
le feu des Rampars. Ceux
qu'on commanda pour la droite,
furent les Grenadiers de la
Maiſon du Roy, ſoûtenus des
Mouſquetaires de la Premiere
Compagnie , & d'un Détachement
des Gardes commandé
par Meſſieurs de la
Tournelle & d'Avegeant . Le
coſté gauche fut attaqué par
les Grenadiers de Picardie,les
Mouſquetaires de la Seconde
Compagnie , & un Détachement
de Picardie . Les Troupes
forcerent tous les Dehors
; & les Ennemis eſtant
non ſeulement attaquez par
le front, mais ſe voyant encor
pris en flanc des deux coſtez,
ſe ſauverent de poſte,en poſte
& gagnerent la Ville , où nos
GALANT.
141
Gens entrerent avec eux ; ils
pouſſerent la Cavalerie qui
eſtoit en Bataille , juſques
dans la Place d'armes , & fe
barricaderent contre elle &
contre les Bourgeois. Un
Commiſſaire d'Artillerie,dont
je voudrois ſçavoir le nom ,
pour luy rendre icy la gloire
qui luy eſt deuë ; eut l'efprit
aſſez préſent pour ſuivre
tant de braves Gens , &
pour tourner le Canon qui
eſtoit fur les Rampars contre
la Ville . Meſſieurs Fourbin
, Jonvelle,Maupertuis , le
Marquis de Vains , Coiſſac,de
Barriere, de la Hoguette,&de
Rigoville,Officiers des Moufquetaires
,& Meſſieurs Riotor,
Boitirou , & quelques Officiers
des autres Corps, furent
142 LE MERCURE
quelque temps dans la Ville
en petit nombre. Le Roy n'eut
pas ſi - toſt appris que les
Troupes commençoient à entrer
, qu'il ordonna qu'on empêchât
le pillage , & l'on ne
trouva point de meilleur
moyen pour arreſter les Soldats,
que de crier, voila le Roy.
Ces paroles leur inſpirerent
d'abord une crainte reſpe-
Etueuſe qui les retint , & fi ſa
préſence avoit fait prendre ſi
promptement une Place ſi importante
, il n'a eſté beſoin
que de prononcer fon nom
pour la garantir du pillage. Sa
Majesté a fait grace à tous les
Habitans, qu'elle a remis dans
tous leurs Privileges , & ils ſe
font obligez de bâtir une Citadelle
à leurs deſpens.
GALANT. 143
La conduite & la valeur
que Monfieur le Duc de Luxembourg
a fait voir dans
cette occafion , où il a eſté legerement
bleſſé , luy ont acquis
beaucoup de gloire. Ce
n'eſt pas qu'il n'en fut déja
couvert , & qu'on ne ſe ſouvienne
encor des importantes
Places qu'il a priſes en ſi
peu de temps , lors qu'il commandoit
un Détachement des
Troupes de France avec celles
de Munſter : On n'a pas
ablié l'Affaire de Bodengrave,
ſur laquelle on aura peine
à croire l'hiſtoire ; & l'on parle
encor aujourd'huy de la
Courſe qu'il fit juſques aupres
de la Haye , où le dégel
l'empeſcha d'entrer. Toutes
ces grandes Actions luy don-
A
144 LE MERCURE
nerent la voix du Peuple pour
le Baſton de Maréchal de
France , dont Sa Majesté reconnut
ſes ſervices quelque
temps apres , & elle adjoûta
mefine au Baſton qu'elle luy
donna, l'une des Charges de
Capitaine de ſes Gardes.
Monfieur le Chevalier de
Vendôme n'étant point de
jour , ne laiſſa pas de ſe trouver
comme Volontaire à l'Attaque
de l'Ouvrage couronné
: Il ne faut pas s'en étonner
, c'eſt un Lion dans lo
Combat ; & ce qu'il fit en
Candie dans un âge fi peu
avancé , eſt une grande marque
de ſa valeur.
Monfieur le Marquis de
Coeuvres s'eſt pareillement
ſignalé à la teſte du Détachement
GALANT.
145
in
ment de fon Regiment.
Monfieur le Comte de S.
Geran a eſté bleſſé d'uneGrenade,
en donnant des marques
d'une valeur extraordinaire.
Monfieur le Marquis de Sevigny
a auſſi eſté bleſſé àla
teſte des Dauphins en portant
des Faſeines , avec une intrépidité
ſans exemple.
Meſſieurs de Champigny
Capitaine aux Gardes , le
Marquis du Charmel , Boutet,
& de Cailleries , ont acheté
par la perte d'un peu de ſang,
la gloire qu'ils ont acquiſe.
Monfieur de Sainte CatherineCommiſſaire
de l'Artillerie
, a êté tué , auſſi bien que
Monfieur le Marquis de Bourlemont
Brigadier d'Infanterie
& Mestre de Camp de Picar-
G
146 LE MERCURE
die . Ce dernier avoit donné
desmarques d'une valeur extraordinaire
en pluſieurs rencontres
, & fur tout en Allemagne.
Jamais Officier n'a
eſté plus regreté. Monfieur
deHarcour de Bevron,qui a fi
bien ſervy à Maſtric, a eu ſon
Regimét.Pluſieurs eſtans embaraſſez
par le nom de Harcour,
je croy devoir expliquer
icy que Harcour eſt un nom
de Famille , & Bevron d'une
Terre ; au lieu que dans la
Maiſon de Loraine , Harcour
eſt le nom d'une Comté. Le
Fils de Monfieur le Maréchal
d'Humieres a eu le Regiment
d'Harcour.
Le Roy a donné le Gouvernement
de Valenciennes
à Monfieur de Magaloti.
GALANT. 147
1
R
1
Nous avons parlé de ſon mérite
; c'eſt un Homme propre
à gouverner un grand Peuple,&
ce choix fait voir que Sa
Majesté ne fait rien fans l'avoir
examiné , & qu'avec un
jugement & une prudence
admirable .
Monfieur Foucaut Lieutenant
Colonel du Regiment de
Bourgogne,a eu la Lieutenance
de Roy,& ce Prince a voulur
econnoître par là les ſervices
qu'il luy a rendus. La Majorité
à êté donnée à Monſieur
de Chazerat Capitaine
dans Navarre , tres- habile Ingénieur
, Monfieur Genty Brigadier
des Gardes du Corps,
a été fait Ayde- Major , &
Monfieur le Conte de QuincyGrandBailly.
Gij
148 LE MERCURE
Le Roy apres la priſe de la
Place , ayant eſté viſiter les
Travaux qu'il avoit ordonnez
pendant le Siege , a eſté ſi ſatisfait,
qu'il a fait doner vingtcinq
mille Ecus à Monfieur de
Vauba qui les avoit conduits.
Meſſieurs de Jonvelle , de
Vains , Maupertuis, de la Hoguette,
des Banieres, Rigoville
, & de Moiſſac, ont eu non
ſeulement beaucoup de loüanges
de Sa Majesté,mais ils ont
méme eu fur l'heure des récompenfes
dignes de leur valeur
. On promettoit autrefois
à la Cour; mais aujourd'huy
on donne ſans avoir promis.
Le Chevalier s'arreſta en
cet endroit pour reprendre haleine,&
chacun raiſonna fur ce
qu'il venoit d'entendre. La
1
149. GALANT
1
Marquiſe dit qu'elle avoit appris
les noms de plus de dou
ze Officiers Generaux qui avoient
eſté oubliez dans pluſieurs
Liſtes qui en avoient
couru , & qu'elle avoit remarqué
un grand nombre de particularitez
touchant le Siege
& la priſe de Valenciennes,
dont le Public n'avoit point
eſté inſtruit . D'autres dirent
que ſans le Mercure ils n'auroient
pas ſçeu les noms d'une
partie de ceux que le Roy
avoit ſi bien récompenfez, &
que ce Livre ſervoit à ramaſſer
bien des choses qui pour la
gloire de ce Grand Monarque
ne devoiết pas eſtre ignorées
.Le Chevalier ayat témoigné
qu'il n'avoit plus que trois
ou quatre pages à lire, on luy
Giij
150 LE MERCURE
preſta ſilence ,& il acheva de
cette forte.
On a pris en Allemagne &
en Loraine deux Fortereſſes
conſidérables ; la premiere eſt
celle d'Achſpourg , aux environs
de Saverne , qui a eſté
priſe par Monfieur de Monclar;
& la ſeconde, le Château
de Dabo, pres de Phalsbourg,
dont Monfieur de Boiſdavid
s'eſt rendu maiſtre avec cinq
cens Fantaſſins , & fix vingts
Chevaux.
Monfieur le Chevalier de
Renel a entierement défait
pres de Fribourg un Party
conſidérable qui estoit commandé
par le Baron de Mercy,
qui paſſe chez les Ennemis
pour un fameux Partiſan .
Tout Paris a témoigné
GALANT.
151
1
beaucoup de joye de la priſe
de Valanciennes , mais celle
qu'en a fait voir Monfieur le
Preſident de Pomereüil , Conſeiller
d'Etat ordinaire,& Pre
voſt des Marchands , a fait
beaucoup d'éclat. Le jour
que le Te Deum fut chanté , il
fit faire un Feu d'Artifice devant
ſon Logis : Il ne faut pas
s'en étonner , c'eſt un des plus
zelez Serviteurs du Roy , &
des plus beaux Eſprits que
nous ayons.
Monſeigneur le Dauphin a
eſté voir l'Obſervatoire. Il y a
tant de choſes à dire fur ce fujet,
que je ſuis obligé de les reſerver
pour le premier Volume,
dans lequel on apprendra
tout ce que l'on y voit de curieux
,& les Noms de tous les
Giiij
152 LE MERCURE
Illuſtres qui compoſent cette
eſpece d'Academie.
Monfieur le Cardinal d'E
trées , qui n'avoit point encor
veu la Reyne,ny Monſeigneur
le Dauphin depuis ſa Promotion
au Cardinalar , leur a eſté
preſenté par Monfieur deBonneüil
, Introducteur des Ambaffadeurs.
Ceux qui n'en ſçavent
pas la raiſon,apprendront
qu'il a eſté reçeu comme Cardinal
d'une Nomination étrangere
.
Il eſt vray , dit la Ducheſſe
quand le Chevalier eut achevé
de lire , qu'on aprend dans
le Mercure mille petites choſes
particulieres qu'on ne
pourroit mettre autre- part ; &
ce que je viens d'entendre
m'oblige encore plus forteGALANT.
153
tement à me declarer pour ce
Livre , que je n'avois fait au-
1 paravant. Mais dites-moy , je
vous prie , continua- t - elle en
s'adreſſant au Chevalier,comment
faudra- t- il faire pour inſtruire
l'Auteur de certaines
choſes qu'il ne pourra ſçavoir,
àmoins de quelques Avis particuliers
? Il ne faudra, rêpondit
le Chevalier , qu'envoyer
les Memoires qu'õ voudra luy
faire tenir , A Lyon chez Thomas
Amaulry Libraire ruë
Merciere à laVictoire.mais,interrõpit
la Marquiſe en haufſant
la voix , d'où vient qu'il
n'a point parlé des Modes
nouvelles ? C'eſt , luy repartit
le Chevalier , parce que le
temps de Jubile n'eſtoit pas
propre pour cette matiere
154 LE MERCURE
mais vous ferez fatisfaite làdeſſus
dans le premier Volume
, où l'Autheur doit mettre
une Galanterie affez agreable
qui commence à courir dans
le monde , intitulée la Maladie
de l'Amour.Comme il eſtoit
déja tard , on ne joua point , &
la Compagnie ſe ſepara apres
avoir finy la Converſation par
où elle avoit eſté commencée,
c'eſt à dire par les Nouvelles
de la Guerre.
FIN.
*
Extrait du Privilege du Roy .
DArGrace & Privilege
du Roy , Donné
à S. Germain en Laye le 15. Fev. 1672 .
Signé , Par le Roy en ſon Conſeil VILLET.
Il eſt permis au Sieur DAM. de faire imprimer
, vendre & debiter par tel Imprimeur
& Libraire qu'il voudra choiſir , un
Livre intitulé LE MERCURE GALANT , en
un ou pluſieurs Volumes, pendant le temps
de dix ans entiers , à compter du jour que
chaque Volume ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois. Et defenſes ſont faites
de contrefaire leſd. Volumes , à peine
de ſix mille livres d'amende , ainſi que plus
au l'ong il eſt porté eſdites Lettres .
Regiſtre ſur le Livre de la Communauté
le 27. Fevrier 1672 .
Signé , D. THIERRY , Syndic.
Ledit Sieur Dam. à cedé ſon droit de
Privilege à ТноMASAMAULRY fuivant
l'accord fait entre eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois
le premier Avril 167
MERCURE
GALANT,
CONTENANT TOUT
ce quis'eſt paſſe de curieux
depuis le premier de Janvier,
juſques au dernier Mars
1677.
VE LA
VILA
.
A LYON ,
Chez TноMAS AMAULRY,
Libraire , ruë Merciere,
à la Victoire .
M. DC. LXXVII,
AVEC PRIVILEGE DY ROY,
粉粉
AU LECTEUR .
N donnera un Tome du
Mercure Galant , le premier
jour de chaque Mois Sans
aucun retardement .
Toutes les Relations d'Alemagne
& de Flandre , des années
1675. 1676. 1677. & de la Bataille
de Caffel , & les Relations
de Valencienne , Cambray , &
Saint Omer ; se vendent chez
THOMAS AMAULRY , Inë
Merciere.
11
TABLE DES MATIERES
contenuës en ce Volume.
Conversationſur leſujet du Mera
Sonnet par Echo & sans aucune
Rime.
Lettresur tout ce qui a paru au Theatre
François & Italien depuis le
premier de Ianvier.
Vers de Mide Corneille l'aisné , au
Roy.
Placet du mesme , au Roy.
Balde l'Inconnu.
4
Bals de Monfieur le Prince de Furftemberg
,&Son Mariage avec Mademoiselle
de Ligny .
Bal de Monfieur de Chasteauneuf
Confeiller au Parlement.
Divertiſſemens donnez au Public par
Monfieur Olier-Verneuil , Confeiller
au même Corps.
Avanture arrivéeàMonsieurleMar
quis D. dans un Bal bourgeois.
TABLE
Bal chezM. de Menevillette.
Bal chez. M. du Houſſet .
Bal chez M. Ranchin ,
Mortde M. le duc de Leſdiguieres.
Mort de M. le Comte de Ionfac.
?
Mort de M. le Marquis de Bade-
Dourlach.
Mort de M. le Comte de Cossé.
Mort de M. de Bridieu.
Mort de M Poncet Archevesque de
Bourges. A
MortdeM. l'Abbé de Montaigu.
Requeste de l'Amour au Roy ,Sur le
bruit de ſon Départ pour l'Armée.
Mariagede MademoiselledeMouchy,
avec M. le Prince d'Izinghien.
Mariage deMonfieur le Prince d'Elbeuf,&
de Mademoiselle de Vivonne.
Mariage de M. le Marquis de Cavoye
, &de Mademoiselle Cologon.
Mariage de M. de Bercy ,&deMa
demoiselle de Bretonvilliers.
Mariage de M. du Tillet , &deMademoiselle
Brunet.
Sacre de M. l'Abbé d'Vrfé , Evef
que de Limoges...
TABLE .
Sacre de M.l'Abbé de Fieux,Evéque
deToul.
Sacre de M. l'Abbé Matignon , Evéque
de Lisieux.
LeRoy choisit M. l'Evéque de Tules
pour preſcherau Louvre.
Preſent de la Reyne à M. l'Archevéque
d'Ambrun , Evéſque de Mets.
Aite de Refumpte Soûtenu par M.
l'Abbé de Noailles.
Reception de M. le President deMefmes
en l'Academie Françoise , &
tout ce qui s'y est passé.
Etabliſſement de pluſieurs Academies
de Sculpture & de Peinture en
France.
SonAlteſſe Royale va chez M. Mignart,
voir ſes beaux Ouvrages.
Madame la Grande Ducheſſe preſente
àLeurs Majestez Madame laDucheſſede
Bracciano.
M.de Breteül est reçen Leiteur du
Roy.
Lettre en Vers d'une Amante à son
Amant ,fur ce qu'ilse preparoit à
partir pour l'Armée.
4
TABLE.
.
二
Charge de Lieutenant des Gardes du
Corps, donnée à M. du Repaire.
Gouvernement de l'Iſle de Ré, donné à
M. de Pierrepont .
Le Roy donne une Charge d'Enseigne
des Gardes à M.de Batiment.
M.de Maulmont prend des Poſtes anx
environs de S. Omer .
Mort de M.le Marquis de Genlis.
La Chaſſe donnée aux Espagnols par
M. du Quéne , & M. le Marquis
de Preülly-d'Humieres .
Plusieurs Barques sont brûlées par
Meſſieurs les Chevaliers Dégoûtes,
de Noailles, & M.de S.André
Montmejan.
Prise de la Cayenne par Monsieur le
Comte d'Estrées .
Noms de tous les Officiers Generaux
nommez cette année par le Roy .
Vers sur le Départ de Sa Majesté.
Siege de Valenciennes , contenant plu
fieurs Particuleritez quin'ontpoint
encore étéſcenes , & les Noms de
tous ceux qui ſe ſontſignale , des
Morts, des Bleffez,& de ceux dom
TABLE
lavaleur a été récompensee.
Priſe de deux Fortereſſes د
l'une en
Allemagne par M. le Comte de
Monclar , l'autre en Lorraine
par M.de Revel.
Défaite d'un Party commandé par le
Baronde Mercy , par M. le Chevalier
de Renel.
Feu d'Artifice chez M. le President
de Pomerenil.
Monfieur le Dauphin va à l'Obſervatoire.
Receptionfaite au Louvre à Monfieur
Le Cardinal d'Estrées.
Conversation qui ſfert de Conclusion à
ceVolume.
i
Fin de la Table..
LE
I
NOUVEAU
DE
LA
IYON
MERCURE
GALANT .
N s'étoit aſſemblé
pour une Partie de
Jeu chez une aimable
Ducheffe, & en
attendant quelques Dames
qui en devoient être , comme
les choſes les plus importantes
ſont d'abord l'ordinaire fujet
des Converſations , on mit
ſur le tapis les Affaires de la
Guerre ; & les ſurprenantes
fatigues qu'a dêja eſſuyées le
Roy dans ce commencement
A
VILLE
2 LE MERCURE
de Campagne , ayant donné
lieu de parler des merveilleuſes
qualitez qui le rendent le
plus grand des Hommes. Pour
moy , dit un des plus ſpirituels
de la Compagnie,je trouve
que ce que fait tous les
jours ce grand Monarque , eſt
tellement au deſſus de toutes
ſortes d'expreſſions , que l'entrepriſe
de le louër devroit
faire peur à ceux - mémes,
qui poſſedent l'Eloquence la
plus vive. Il faudroit pour répondre
dignement aux nobles
idées qu'il nous donne , avoir
l'Eſprit auſſi éclairé qu'il a
l'Ame grande,&je doute qu'il
y ait perſonne capable d'atteindre
juſques - là ; outre
qu'on s'eſt déja tellemét épuiſe
là deſſus , qu'on ne ſçauroit
GALANT.
3
.
.
S
S.
prêque plus rien dire qui ſoit
nouveau , quoy que ſa gloire
nous fourniſſe à toute-heure
de nouvelles matieres d'admiration
; & c'eſt ce qu'il y a de
ſurprenant , que nous ſoyons
en quelque façon bornez dans
nos manieres de parler , &
qu'il ne le ſoit pas dans les
grandes choſes qu'il execute.
J'avouë , répondit une jeune
Marquiſe , qu'il eſt bien difficile
de louër le Roy , ſans repeter
quelque choſe de ce qui
s'eſt déja dit à ſa gloire ; mais
ony peut donner un tour fin
qui ne def- honore pas tout àfait
la richeſſe de la matiere,
& c'eſt ce qu'a trouvé fort ingenieuſement
Monfieur Peliſſon
, dans le Sonnet que
nous avons depuis peu de luy.
A ij
t
4
4 LE MERCURE
Il eſt d'une nouveauté toute
particuliere , par Echo ,& fans
aucune Rime ; mais l'invention
en eſt ſi heureuſe , que
peut- être il vaut bien les Sonnets
les plus reguliers. Vous
nous parlez d'un Homme qui
a fort peu de ſemblables , dit
la Ducheſſe chez qui la Converſation
ſe faiſoit ; & pour
perfuader du merite de quelque
Ouvrage , c'eſt aſſez de
dire que Monfieur Peliſſon en
eſt l'Autheur. Mais voyons ce
Sonnet , je vous prie, on m'en
a déja parlé avec beaucoup
d'eſtime , & je meurs d'envie
de l'entendre . Volontiers , dit
laMarquife,& il ne vous coû
tera que la peine de m'écouter
un moment .
e GALANT. 5
S
4
e
-
S
SONNET PAR ECHO ,
SANS RIME.
Toujours i au milieu du Sal
pestre , Eftre,
t
Percer par tout comme un
-
Eclair , L'air,
r
Ne se plaire qu'où la Trompete,
Pete,
De bon oeil les Soldats qui font
コ
bien leur devoir Voir.
1
2
Rencontrer par tout la Fortune
,
د
Vne.
Porter un faix de ſoins dont on
verroit Atlas , Las,
Et trouver les Vertus mesmedans
les Rebelles , Belles.
C'eſt ternir les Heros paſſez
Affez !
A iij
6 LE MERCURE
C'est aux futurs Servir d'exemple
, Ample.
Que par ce Conquerant vous
-estes embellis , Lys !
Son Nom , quoy qu'éclatant bien
moins quefa Perſonne, Sonne .
Chacun prendra de luy , tharmé
defes Exploits , Loix.
-Quiconque à le loüer , employer
Vers on Profe, Ofe.
Ignore qu'on y voit les plus brillans
eſprits, Pris.
Tout le monde rendit à ce
nouveau genre de Sonnet la
juſtice qui luy étoit deuë , &
l'on admira ſur tout la juſteſſe
avec laquelle les mots qui fervoient
d'Echo entroient dans
le ſens des Vers. Vous aviez
GALANT.
7
S
!
c.
é
.
1
:
raiſon de dire que l'invention
en étoit heureuſe,reprit laDucheffe
en regardant la Marquiſe.
Mais ce que je trouve
de fâcheux pour ces Jeux d'efprit,
& d'autres petites Pieces
Galantes qui paroiſſent de
temps en temps,c'eſtque tout
cela fe perd , faute de trouver
quelqu'un affez zelé pour prédre
le foin tous les ans de nous
en donner un Recueil. Sçavez
-vous , Madame , reprit la
Marquife, dans quel Livre ces
petites Pieces dont vous me
parlez auroient admirablemet
bien trouvé leur place pour
étre confervées C'eſtdans le
Mercure Galante, dont il ya
quatre ou cinq ans qu'on nous
donna fix Volumes.Je m'éton
ne que cet Ouvrage ait été
A iiij
8 LE MERCURE
abandonné , car le deſſein en
étoit agreable , & il plaifoit
tellement , qu'on m'a dit qu'il
n'a pas été ſeulement imprimé
dans la plus grande partie
des Provinces de France,mais
auſſi dans les Païs Etrangers ,
où l'on ſe fait une joyede nos
plus particulieres Nouvelles ;
Ce queje ſçay ,c'eſt que tant
de Gensen demandoient tous
les jours la Suite , qu'il n'y a
peut-être point de Livre dont
le fuccés fyt plus aſſuré. Je
me ſuis étonne comme vous ,
repartit la Ducheffe, de la difcontinuation
de cet Ouvrage;
& quand j'en ay demandé la
raiſon , quelqu'un m'a dit que
l'Autheur avoit eu une longue
Maladie , & des Affaires qui
l'avoient empêché d'y tra
A
GALANT. 9
1
S
vailler ; mais pour peu quil
fût preſentement à luy-méme,
je luy conſeillerois fort de
le reprendre , il eſt capable de
beaucoup d'agrémens par la
diverſité des Matieres , & c'eſt
ce qui me fait dire qu'il n'y a
point à douter qu'il ne rêüſſir,
le malheur de la plupart des
Livres n'arrivant que parce
qu'il eſt impoſſible de choiſir
un Sujet qui ſoit affez du goût
de tout le monde , pour être
generalement approuvé ; au
lieu que n'y ayant rien qui ne
pût entrer en celuy-cy , chacun
y trouveroit au moins par
quelque Article dequoy ſatisfaire
ſa curioſté. On y parleroit
de Guerre , d'Amour,
de Mort , de Mariages , d'Abbayes
, d'Evéchez : On affai
Av
10 LE MERCURE
fonneroit cela de quelque petite
Nouvelle Galante, s'il arrivoit
quelque choſe d'extraordinaire
qui pût être tourné
en Hiſtoriette , & l'on pourroit
méme nous donner quelque
leger Examen de tous les
Ouvrages d'Eſprit qui ſe feroient.
Mais vous ne fongez
pas , Madame , interrompit le
méme qui avoit déja parlé , à
quoy on s'expoſeroit par l'Examen
que vous demandez ?
LesAutheurs ont une délicateſſe
inconcevable fur ce Chapitre
; & ils font tellement
contens de tout ce qu'ils font,
qu'on ne sçauroit trouver le
moindre defaut dans leurs Livres,
qu'ils ne fulminent auffitôt
contre l'ignorant qui les
reprend. Je ne voudrois pas
GALANT.
é
S
e
auſſi, adjotita la Ducheſſe,que
l'Autheur du Mercure Galant
nous donnât ſon ſentiment
particulier , il y auroit de la
préſomption à s'établir Juge
dans une Cauſe où on pourroit
dire en quelque forte qu'il
feroit Partie intereſſée ; car
tous ceux qui ſe mélent d'écrire
font naturellement jaloux
les uns des autres : Mais
pourvu qu'il ne fit que re
cueillir les fentimens du Public,
je ne voy pas que Meffieurs
les Autheurs pûffent
avoir rien à luy imputer , au
contraire je croy qu'ils luy ſetoient
obligez , puis qu'ils recevroient
la récompenſe de
leurtravail , parce qu'il feroit
connoître ce qu'il y auroit de
beau dans leurs Ouvrages , &
12 LE MERCURE
qu'ils apprendroient à ſe cor
riger pour d'autres de ce qu'ils
ſçauroient que le Public y auroit
condamné. Pour moy, dit
la jeune Marquiſe , ſi le Mercure
Galant ſe continuoit , j'y
demanderois un Article particulier
pour les Modes , afin
qua j'y puffe renvoyerquel
ques Amies de Provinces, qui
m'accablent continuellement
de leurs Lettres , pour ſçavoir
comment on s'habille,de quelles
Etoffes on ſe ſert , & mille
autres choſes qui regardent
l'ajuſtement des Femmes. Les
Etrangers y pouroient trous
ver leur compte, & je ne ſçay
pas méme ſi beaucoup de Pers
ſonnes qui demeurent à Paris
ne ſe ſerviroient pas vo
lontiers des Avis qu'on leur
GALANT.3.1 13
donneroit là-deſſus. Je ſuis
ravy , Meſdames , de vous
voir dans ce ſentiment , dit
alors un Chevalier de Malthe
qui avoit écouté toute
cette Converſation fans) rien
dire ; l'Autheur du Mercure
Galant eſt de mes plus
particuliers Amis , & je l'ay
tellement preffé par tolites
les raiſons que vous venez
d'aporter , qu'il s'eftrenfin
refolu de le pourſuivre: ainſi
vous aurez bientôt le pres
mierTomedu Nouveau MercureGalant,
qu'il appelle Nouveau
, à cauſe des fix autres
qu'il a déjà fait imprimer , &
dont celui- cy nefera pas toutà-
fait la ſuite , puis qu'il ne
traitera que de ce qui s'eſt
paffé dans les trois premiers
14 LE MERCURE
Mois de cette Année. Chacun
ayant témoigné de la joye de
cette nouvelle ; Je puis, dire,
adjoûta le Chevalier , que ce
Livre ſera pour tout le monde
: Outre les choſes curieuſesdont
on le remplira ,& qui
pouront ſervir de memoire à
ceux qui travailleront un jour
à l'Hiſtoire de nôtre Siecles
on n'y oublîra rien de ce que
vous avezdemandé. On y ſemera
toutes les petites, Pieces
agreables qui auront cours
dans le monde. On y parlera
des Livres, des Sciences , des
Modes , des Galanteries,, du
merite de ceux qui en ontion
fera connoître en quoy ils excollenges
& peut- être qu'au
bout dequelques années,il n'y
aura pas une Perſonne confiGALANT
.. I
n
Be
e,
ce
1-
-
Li
a
derable dont ceux qui auront
tous les Volumes du Mecure,
ne puiffent trouver l'Eloge,
celuy de chaque Particulier
pouvant donner lieu à s'étendre
ſur ſa Famille.A l'égard du
beau Sexe , toutes celles que
l'Eſprit , & la Beauté rendent
dignes qu'on les diftingue des
autres, y trouveront leur Portrait
, & je ne deſeſpere pas
qu'avec le temps nous n'y apprenions
les Galanteries des
Cours Etrangeres , & de quel
merite peuvent être ceux qui
y tiennent le premier Rang.
Mais, dit quelqu'un, n'y a-t- il
rié àcraindre du côté de ceux
qui ont le Privilege de la Gazette
? car il faudra neceſſairement
que le Mercure employe
quelques uns de leurs Articles,
16 LE MERCURE
1
Vous faites bien de dire quel
ques-uns , réponditle Chevalier
, car le nombreen ſera petit.
La Gazette ne parle , ny
des Modes, ny des Affairesdu
Parnaſſe ,qui jointes aux Pieces
Galantes qui auront cours
dans le monde , & qui feront
en quelque réputation , rempliront
preſque tout leMercure.
Cela n'empéchera pas,
pourſuivit- il , qu'on ne ſe ſerve
de quelque Article de Gazerte
; mais comme ce ne ſerajamais
qu'apres qu'elle en
aura parlé , & que ce que
nous avons vendu , & dont
nous avons reçeu l'argent n'eſt
plus à nous , ces Meſſieurs
n'auront aucun ſujet de ſe
plaindre , mais ces Articles
mémes ne laiſſerõt pas d'avoir
GALANT. 17
1
コー
е-
y
e-
S
,
quelque choſe de nouveau ,
puis qu'on y trouvera des par.
ticularitez que la Gazette ne
peut expliquer à cauſe de la
quantité de Nouvelles dont
elle eſt remplie , & c'eſt à
quoy le Mercure fupléera , en
faiſant voir l'Origine de la
plus grande partie des chofes
dont il y fera parlé. Ce
qui doit fatisfaire fur tout
les Curieux , c'eſt que l'Ausheur
qui n'en donna d'abord
lesp premiers Volumes ique
dansdes tempsaſſez éloignez,
en donnera un Tome immancablement,
(ſi je puis m'expliquer
ainfi) le premier jour de
chaque Mois,&vous voyez par
làque vous n'aurez pas encor
longtemps à attendre celuy
qui fera le premier du Nou
18 LE MERCURE
veau Mercure. Je voudrois,re
prit la Ducheffe , que fon Libraire
me le voulut vendre dés
aujourd'huy , car je meurs
d'envie de voir ce qu'il dira
de certaines Gens,dont il ne
ſe diſpenſera pas de parler.
Puis que vous étes fi curieufe,
répõdit le Chevalier, voyez
fi vous pourez vous réfoudre
àjouer une heure plus tard ;
car l'Autheur m'a confié toutes
des Feuïlles imprimées de
fon Livre,& il ne tiendra qu'à
vous que je ne vous en faffe
la lecture. Toute la Compa
gniejoignit ſes prieres à celles
que fit la Ducheffe au Che
valier de leur vouloir donner
ce divertiſſement , & il commença
de cette forte.l
Le Vendredy premierjous
GALANT. 19
e
.
Es
a
e
-.
?
2
de l'An , les Comédiens de
l'Hôtel de Bourgogne donnerent
la premiere Repreſentation
de la Phedre de Monfieur
Racine ; & le Dimanche ſuivant
, ceux de la Troupe du
Roy luy oppoſerent la Phedre
de Monfieur Pradon. Je croy
ne pouvoir mieux entretenir
le Public , qu'en luy faiſant
part d'une Lettre qui m'eſt
tombée entre les mains, adrefſée
à une Perſonne de qualité,
par laquelle on luy rend compre
non ſeulement de ces deux
Pieces , mais de tout ce qui a
paru ſur le Theatre François
&Italien, depuis ce commencement
de l'Année juſques à
lafindu Carnaval.
20 LE MERCURE
F
1
1
AMADAME
la Marquise de **
Uis que vous ſouhaitez,
fou
vous
mande des nouvelles de tout
ce qui a paru de nouveau au
Theatre depuis le premier
de Janvier , je vous parleray
d'abord des deux Phedres :
Elles ont fait icy beaucoup de
bruit , & j'ay peine à concevoir
d'où vient qu'on s'eſt aviſe
d'en vouloir juger par
comparaiſon de l'une à l'autre
, puis qu'elles n'ont rien
de commun que le nom des
Perſonnages qu'on y fait enGALANT.
21
S
trer ; car je tiens qu'il y a une
fort grande diférence à faire,
de Phedre amoureuſe du Fils
de ſon Mary , & de Phedre
qui aime ſeulement le Fils de
celuy qu'elle n'a pas encor
épousé. Il eſt ſi naturel de préferer
un jeune Prince à un
Roy qui en eſt le Pere , que
pour peindre la paſſion de l'une,
on n'a beſoin que de fuivre
le train ordinaire des chofes ;
c'eſt un Tableau dont les couleurs
font faciles à trouver, &
on n'eſt point embaraſſe ſur le
choix des ombres qui le doivent
adoucir : mais quand il
faut repreſenter une Femme
qui n'enviſageant ſon aniour
qu'avec horreur , oppoſe ſans
ceſſe le nom de Belle- mere à
celui d'Amante, qui déteſte ſa
22 LE MERCURE
paffion , & ne laiſſe pas de s'y
abandonner par la force de ſa
deſtinée , qui voudroit ſe cacher
à elle - même ce qu'elle
fent, & ne foufre qu'on luy en
arrache le ſecret que dans le
temps où elle ſe voit prête
d'expirer ; c'eſt ce qui demande
l'adreſſe d'un grand Maître
; & ces choſes ſont tellement
effentielles au Sujet
d'Hippolyte , que c'eſt ne l'avoir
pais traité , que d'avoir
éloigné l'image de l'amour inceſtueux
qu'il faloit neceſſairement
faire paroître. Ainſi ,
Madame , je ne voy point
qu'on ait eu aucune raiſon
d'examiner laquelle des deux
Pieces intereſſe plus agreablement
l'Auditeur, puis qu'elles
n'ont aucun raport enſemble
GALANT. 23
fi
a
le
er
e
e
-
ct
-
r
du côté de la principale matiere
. Il eſt vray qu'il n'y a pas
la même horreur dans le Sujet
de la Phedre du Fauxbourg
S. Germain ; mais,comme je
vous ay déja dit, ce n'eſt pas le
veritable Sujet que l'Autheur
de cette derniere a traité ; &
puis qu'il s'eſt permis d'y chãger
ce qu'il y avoit de plus efſentiel
, il eſt d'autant plus réponſable
de tout ce qui a pû
bleſſer les délicats. Vous jugerez
vous - même du reſte
par la lecture de ces deux Pieces
qu'on acheve d'imprimer ,
& que je vous envoiray la Semaine
prochaine. Je ne dois
pas oublier de vous dire qu'on
a fait revivre une Piece dont
vous n'ofiez dire il ya cinq ou
fix ans tout le bien que vous
24 LE MERCURE
en penſiez, à cauſe de certaines
choſes qui bleſſoient la
délicateſſe des Scrupuleux :Elle
en eſt à preſent tout-à -fait
purgée, & au lieu qu'elle étoit
en Profe , elle a été miſe en
Vers d'une maniere qui a fait
dire qu'elle n'a rien perdu des
beautez de fon Original , qui
méme y en a fait trouver de
nouvelles. Vous voyez bien
que c'eſt du Feſtin de Pierre
du fameux Moliere dont je
vous parle . Il a été extraordinairement
ſuivy pendant les
fix Repreſentations qui en ont
été données ; & il auroit été
fans doute fort loin , ſi les Comédiens
qui ſont plus religieux
qu'on ne les veut faire
croire , n'euſſent pas pris
d'eux-mêmes la Publication
du
GALANT. 25
1-
2
1.
it
it
n
it
es
دن
e
n
e
e
S
τ
ط
-
du Jubilé pour un Ordre de
fermer le Theatre. Le grand
fuccés de cette Piece eſt un
effet de la prudence de Monſieur
de Corneille le jeune,qui
en a fait les Vers ,& qui n'y a
mis que des Scenes agreables
en la place de celles qu'il en
a retranchées . Il me fouvient,
Madame , que vous m'avez
autrefois demandé pourquoy
cette Piece s'appelloit le Feſtin
de Pierre , n'y trouvant
rien qui convint parfaitement
à ce titre. Vous aviez ſujet
de ſoûtenir qu'il n'y avoit pas
d'apparence que ce fut parce
que le Commandeur tué par
D.Juan ſe nommoit D.Pedre,
ou D.Pierre . Un Cavalier qui
a fait le Voyage d'Eſpagne ,
m'en apprit il y a quelques
B
26 LE MERCURE
jours la veritable raiſon . C'eſt
là qu'il prétend que cette
Avanture foit arrivée , & on
y voit encor ( dit- il ) les reſtes
de la Statuë du Commandeur;
mais cela ne conclud pas qu'il
foit vray que cette Statuë ait
remüé la tête , & qu'elle ait
été ſe mettre à table chez le
D. Juan de la Comédie , comme
on l'affure en Eſpagne.
Ce qu'il y a de certain , c'eſt
que les Eſpagnols font les premiers
qui ont mis ce Sujet fur
le Theatre , & que Tirſo de
Molina qui l'a traité , l'a intitulé
, El Combidado de Piedra,
ce qui a été mal - rendu en nôtre
Langue par Le Festin de
Pierre ; ces paroles ne ſignifiant
rien autre choſe que le
Convié de Pierre , c'eſt à dire
GALANT. 27 &
et
טב
ΟΙ
te
ur
ai
ait
le
m
e
eft
-e
He
i-
-
☑
e
e
la Statuë de marbre conviée à
un Repas..Apres vous avoir
parlé des Eſpagnols , je doy
vous dire deux mots des Italiens
: Ils nous ont donné cet
Hyver trente Repreſentations
d'une fort agreable Comédie,
qui a pour titre, Scaramouche
& Arlequin , Juifs errans de
Babylone. Elle eſt de l'invention
de Monfieur de S...Autheur
des Trompeurs trompez
. Elle a non ſeulement fait
rire le Peuple , mais elle a attiré
en foule toute la Cour,
-qui ſembloit ne ſe pouvoir
laſſer de s'y venir divertir. Je
croy qu'on ne peut rien dire
-de plus avantageux pour cettePiece
: Elle finit par un recit
qu'Arlequin fait d'une maaniere
fi agreable & fi divertiſ-
Bij
28 LE MERCURE
lante , que tous ceux qui l'ont
oüy ſont demeurez d'accord
que ce n'eſt pas ſans raiſon que
ce merveilleux Acteur attire
tous les jours tant de monde
au Theatre Italien. Il ne me
reſte plus qu'à vous parler de
celuy qu'on a nouvellement
ouvert au Marais , dont les
Acteurs ſont appellez Banboches.
Cemot eſt dans la bouche
de bien des Gens qui n'en
ſçavent pas l'origine. Banboche
eſt le nom d'un fameux
Peintre qui ne faiſoit que de
petites Figures que les Curieux
appelloient des Banboches;&
il fut donné depuis indiféremment
à toutesles petites
Figures de quelque Peintre
qu'elles fuſſent. Je n'ay encor
rien à vous dire de celles
GALANT .
29
n du Marais ; mais peut- êtreque
are ſi on les laiſſoit croître , elles:
Ut
re
de
es
コー
feroient parler d'elles : elles ſe
rt ſont déja perfectionnées, elles
ne dançent pas mal , mais eltles
chantent trop haut pour
de pouvoir chanter bien longm
temps ; & fi on devient conſidérable
quand on commence
à ſe faire craindre , il faut
qu'elles ayent plus de merite
1 que le Peuple de Paris neleur
en a crû : mais tout fait ombrage
à qui veut regner ſeul ;
cependant il eſt tres certain
que lors qu'on travaille trop
ouvertement à détruire de
- méchantes chofes , on les fait
toûjours réüffir.
1-
n
-
X
e
L'Opéra étant en France
fur le pied de la Comédie , &
les ſuccés de tous ceux qu'on
Biij
30 LE MERCURE
nous donne de nouveaux , n'étans
grands que ſelon qu'ils
ont plus ou moins de beautez ,
je ne doy pas oublier de vous
dire qu'Iſis Opéra nouveau a
été reprefenté à S. Germain
pendant une partie du Carnaval.
Si cet Ouvrage merite
quelque gloire , elle eſt deuë
àMonfieur Quinaut . Le Sujet
& les Vers de cette Tragédie
ſont dignes de cet illuſtre
Autheur , & ne lay ont
point fait perdre la réputation
qu'il s'eſt acquiſe. Monfieur
de Lully en a fait la Muſique;
il ne peut étre comparé à perfonne
, puis qu'il eſt le ſeul
dont on en voit aujourd'huy
enFrance. Je ne parle point
de la beauté de ce dernier Ouvrage
de ſa compoſition ; fon
GALANT. 31
Z,
s
S
a
e
e
E. génie eſt ſi connu , qu'il a fait
oublier celuy de tous les autres
; je m'arrête à ce que la
Cour en a dit. Elle eſt ſi éclairée
, que je fuis perfuadé que
perfonne ne doit appeller de
fon jugement. Le grand nombre
d'Inſtrumens touchez par
les meilleurs Maîtres de France
, a fait trouver des beautez
dans la ſymphonie de cet Opéra,&
il eſt impoſſible que tant
d'Inſtrumens entre les mains
de tant d'excellens Hommes
ne produifent pas toujours cet
effer . Les Habits ont été trouvez
admirables , foit pour ce
qui regarde la richeſſe , ſoit
pour ce qui regarde l'invention
, & ils ont fait un des plus
beaux ornemens de ce Spétacle.
Monfieur Berain qui
4
t
1
ز
Binj
32 LE MERCURE
poſſede preſentement la Char.
ge de feu Monfieur Jeſſay
Deffignateur du Roy , en
avoit donné les deſſeins , ainſi
que des Coëffures. Les Habits
des Opéra de Theſée &
d'Atis font auſſi de ſon invention.
Meſſieurs Beauchamps &
Dolivet , qui depuis pluſieurs
années font toutes les Entrées
des Balets duRoy,ont travaillé
à leur ordinaire pour ce dernier,
c'eſt à dire tres-bien. Les
beautez de cet Opera n'ont
point fait perdre au Roy& à
toute la Cour le ſouvenir des
inimitables Tragédies de M.de
Corneille l'aîné ,qui furent repreſentées
à Verſailles pendant
l'Automne dernier. Je
vous envoye la Copie que
vous m'avez demandée des
Vers que fit cet illuſtre AuGALANT.
I 33
Majeſte. Je ſuis, Madame, &c.
a theur pour en remercier Sa
el
ni
Ha
&
m-
&
a
el
r
es
لا
S
2
AUROY
(
St-ilvray , Grand Monarque,&
puis je me vanter,
Que tu prennes plaisir à me ref-
Suſciter ?
Qu'au bout de quarante ans, Cinna,
Pompée, Horace,
Reviennent à la mode & retrouvent
leur place ,
Et que t'heureux brillant de mes
jeunes Rivaux ,
Note point le vieux lustre à mes
premiers travaux ?
Acheve les derniers n'ont rien qui
dégenere ,
Rien qui les faffe croire Enfans
d'un autrePere ;
3
By
34 LE MERCURE
Cefont des malheureux étouffez
auBerceau ,
Qu'un ſeulde tes regards tireroit
du tombeau.
Déja Sertorius , Oedipe , Rodogune
,
Sont remis par ton choix dans
toute leur fortune.
Et ce choix montreroit qu'Othon
&Surena ,
Nefont pas des Cadets indignes
de Cinna.
Le Peuple, je l'avouë & la Cour
les dégradent ,
I'affoiblis ou du moins ilsſe leper-
Suadent ,
Pour bien écrire encore , j'ay trop
longtemps écrit , T
Et les ridesdufront paffent jusqu'àl'Esprit
C
Mais contre un tel abus,que j'av
rois defuffrages ,
GALANT.35
it
S
%
es
1
८
Situ donnois le tien à mes derniers
Ouvrages ! ...
Que de cette bonté l'imperieuse loy
Rameneroit bientôt &Peuple &
Cour vers moy ! :
Tel Sophocle àcent ans charmoit
encor Athenes,
Tel boüillonnoit encor fon vieux
Sangdansses veines ,
Diroient- ilsà l'envy , lors qu'Oedipe
aux abois ,
T
De cent Peuples pour luy gagna
toutes lesvoix.
Le n'iray pas si loin , &fi mes
quinze luftres
Font encor quelque peine aux Mon
dernes illustres ,
S'il en est defâcheux jusqu'à s'en
chagriner , d
2
Ien'auraypas longtemps àles importuner
;
Quoy que jem'en promette ils
36 LE MERCURE
- n'en ont rien à craindre,
C'eſt le dernier éclat d'un feuprêt
às'éteindre ,
Sur lepoint d'expirer il tâche d'éblowir
Et ne frape les yeux que pour s'évanoüir
:
Souffre,quoy qu'il en ſoit, que mon
ame ravie ,
Te consacre le peu quime reste de
vie,
Ie fers depuis douze ans , mais
c'est par d'autres bras
Que je verfe pour toy du fang
dans les Combats
I'enpleure encor un Fils, & trenz
bleray pour l'autre ,
Tant que Mars troublera ton repos
& le nôtre ,
Mes frayeurs cefferont enfin par
cette Paix ,
Qui fait de tant d'Etats les plus
GALANT. 37
de
ardens foubaits :
Cependant s'il est vray que mon
zele te plaife ,
SIRE , un bon mot , de grace , au
Pere de la Chaife...
L
Ces Vers , dit laDucheſſe en
intérompat la lecture du Chevalier
, font d'une netteté admirable,&
je préfere de beaucoup
ces fortes d'expreſſions
faciles & naturelles , au ſtile
pompeux qui approche fort
du galimatias. Je ſuis de vôtre
ſentiment , reprit laMarquiſe,
mais j'avouëquejen'entens
point les deux derniers
Vers qu'on nous vient de dire,
n'y trouvant aucune liaiſon
avec ceux qui les précedent.
Vous n'avez donc pas vû ,
luy dit une Dame qui étoit
38 LE MERCURE
aupres d'elle , un Placet que
Monfieur de Corneille preſenta
au Roy il y a quelques
mois , & dont tant de Gens
prirent copie ? Je vay vous le
dire , afin qu'il ſerve d'explication
à ce que vous n'entendez
pas . Quoy qu'il n'y ait point
de penſées , il y a je- ne-ſçayquoy
d'aiſe qui l'a fait eftimer
de tout le monde.also coo
PLACET AU ROY.
PLaifeau Roy ne plus oublier
Qu'il m'a depuis quatre ans promis
un Benefice
C
Et qu'il avoit chargé le feu Pere
Ferrierια 200
De choisir un moment propice,
GALANT.
39
mercier:
e
Quipût me donner lieu de l'en re-
९
4
es
ns
le
ant
er
Le Pere eſt mort,mais j'ofe croire
Quesi toûjours SaMajesté
Avoit pourmoy même bonté,
Le Pere de la Chaise auroit plus
de mémoire ,
Et le feroit mieuxsouvenir
Qu'un Grand Roy ne promet que
lice qu'il veut rehir.bh .
11
J'avois déja vu ce Placet, dit
la Ducheffe , & je voudrois
que Monfieur le Chevalier le
donnât à fon Amy pour le
mettre dans ſon Mercure , car
le grand Corneille ſera toûjours
inimitable, & les moin
dres choſes de luy font à con
ferver. Le Chevalier s'étant
chargé de ce qu'on ſouhaitoit,
continua de lire ce qui ſuit
40 LE MERCURE
Les Bals eftans les divertiſſemens
qui ſuivent ordinairement
la Comedie , je croy
qu'ils peuvent icy tenir leur
place . Je ne parleray pas de
tous ceux qui meriteroient
qu'on en dit quelque choſe ,
parce que n'ayant pas encor
deſſein de pourſuivre le Mercure
dans les temps qu'ils ſe
font donnez , je n'ay pas pris
tous les ſoins neceffaires pour
fçavoir ce qu'il en faudroit
direis c'eſt pourquoy je me
contenteray de parler des ſuivanseтрото
not acabo
-On ne voit guéres regner
la Galanterie dans les Etats
où il y a de grandes guerres
qui occupent ſeuls les Cavaliers
, à qui il ne reſte point de
temps à donner aux Dames ;
GALANT. 41
D
S
mais la France eſt un Royaume
bien diferent des autres ,
& la Nobleſſe n'y devient pas
farouche , pour être une partie
de l'année dans les Armées
parmi les horreurs que
cauſent les incendies , les defordres
,les violéces ,& le ſang.
Nos braves François ne regardent
pas auſſi la guerre
comme un métier , mais comme
un chemin ſeulement par
où l'on s'éleve , & par où l'on
peut acquerir de la gloire ; ce
qui fait qu'ils ne s'accoûtument
point au carnage , &
qu'ils paroiſſent toûjours polis
, civils & galants, quand ils
ontle loiſir de l'être : On en a
veu des marques ce Carnaval
dernier,qui a produit des avatures
agreables ; & l'on a bien
42 LE MERCURE
connu que nos jeunes Héros
furpaffent , quand ils ſe veulent
mêler de galanterie, tous
ceux que les Faiſeurs de Romans
leur ont voulu donner
pour modele. Il ya eu pendant
pluſieurs Semaines dans
la Ruë de Richelieu un Bal
magnifique dans une Maiſon
particuliere , que la difcretion
d'un Cavalier faifoit changer
tous les jours de Maître, pour
empêcher qu'on ne découvrît
la Dame qui étoit l'objet de
fes foins..On a remarqué foulement
que la Salle ne s'éclairoit
qu'au moment qu'une
Perſonne d'une taille admirable
& vêtuë d'une maniere
auffi galante que magnifique,
y paroiffoit avec les Compagnes
qu'elle choiſiſſoit pour
GALAN Τ. 43
コ
コー
S
a
I
n
mener à cette Fête où le Ca
valier venoit peu apres tou
jours avec un Habit nouveau ,
- & toûjours avec un air , une
propreté, & une magnificence,
qui ont fait croire qu'il n'étoit
pas un Homme ordinaire.
Les Spéctateurs que le
bruit de ce Bal & d'un grand
nombre d'excellens Violons
y attiroit,admiroient ces deux
Amans quand ils dançoient ,
on ne pouvoit s'en acquiter
avec plus de grace, & ils intéreffoient
tout le monde dans
leurs affaires par le plaifir
qu'ils donnoient à les voir.On
remarquoit ſur toutes chofes
un chagrin cruel dans les
yeux du Cavalier ( ce que le
Maſque n'empêchoit pas de
diftinguer ) quand la Dame
2
44 LE MERCURE
eſtoit obligée de dancer avec
un autre ; & quand il ne pouvoit
ſe défendre d'en faire autant
, il dançoit luy - même
d'un air fi mélancolique , &
aved tant de langueur , qu'il
ſe faiſoit plaindre de tout
le monde , & faiſoit ſouhaiter
qu'à la fin du Bal , & apres
un magnifique Régale qui accompagnoit
toûjours de ſemblables
Feſtes , il ſe pût voir
ſeul avec ſa Maîtreſſe ſans être
éclairé de ces Gens fâcheux
qui troublent toûjours de pareilles
avantures. On a fur
tout admiré la grande précaution
du Galant pour cacher
l'Autheur de ces Divertiſſemens
myſterieux , afin
d'empêcher qu'on ne parlat
peu favorablement de la DaGALANT.
45
e
תו
ne
&
1C
e!
C-
1-
r
me à qui il prenoit ſoin de
plaire.
Monfieur le Prince de Furſtemberg
, Neveu de Monſieur
l'Evêque de Strasbourg,
a pareillement donné pluſieurs
foisle Bal pendant les
¡ derniers jours du Carnaval ;
& quoy qu'il n'ait pas paru
tant de myſtere dans les grāds
Divertiſſemens qu'il a donnez
, ils n'ont pas laiſſfé d'être
accompagnez de toute
la galanterie , & de toute
la magnificence imaginable.
Leurs Alteſſes Royales
- s'y ſont trouvées avec un
nombre infini de Perſonnes
de la plus haute Qualité. L'éclat
, le grand air, & la bonne
mine de Monfieur le Prince
de Furſtemberg , y ont toue
-
46 LE MERCURE
jours été remarquez : auſſi
faut - il avoüer que ce n'eſt
pas fans raiſon que tout le
monde demeure d'accord que
ce Prince eſt parfaitement
bien fait . Il a depuis peu épousé
Mademoiselle de Ligny ,
Niéce de Monfieur l'Evêque
de Meaux : elle eſt alliée de
vingt-deux Familles des plus
illuſtres du Royaume; elle a de
l'eſprit infinîment,le teint admirable
, & joüë tout- à- fait
bien du Claveſſin .
Les Gens de guerre ne font
pas les ſeuls qui faſſent gloire
de n'eſtre point ſauvages ,
quand la complaiſance qu'on
doit au beau Sexe les engage
à eſtre galans.Ceux que l'employ
de la Robe attache continuellement
à des occupaGALAN
T.
47
utions, def- agreables pour les
intérêts des autres , ne s'en e.
qu
en
οι
Y
lu
1
d
ad
tilaiſſent pas tellement poſſeder
l'eſprit , qu'ils ne confervent
dans l'occaſion toute la
politefſſe qu'inſpire l'air du
grand monde ; c'eſt un caratere
qui ne s'efface pas aisément
; & Monfieur de Châteauneuf
qui a quitté les Etats
de Savoye pour ſe venir faire
Conſeiller au Parlement de
Paris , l'a fait affez connoître
par la Fête qu'il a donnée
chez luy undes derniers jours
du Carnaval. Il eſt Petit-Fils
de ce fameux Preſident de
Caſtagniere , dont la réputation
par les grandes Affaires
qui luy ont paffé entre les
mains à Chamberry , s'eſt répanduë
en France avec tant
Fall
가
S
00
ge
1-
1
48 L'E MERCURE
de gloire pour luy , & Monfieur
de Châteauneuf la ſoûtient
ſi avantageuſement par
toute l'intégrité qu'un Juge
tres- éclaire peut faire paroître
, qu'elle luy a fait meriter
la cõfiance de Madame Royale,
qui l'employe en cette Cour
dans toutes les choſes où elle
peut avoir quelque intérêt.
C'eſt cequi a porté Madame
la Princeſſe de Carignan à
luy vouloir faire le même hõneur
qu'elle à fait à tous ceux
de ſa Famille, en les allant furprendre
chez eux, pour ne les
pas engager à une Reception
préparée. Monfieur de Châteauneufen
fut averty ſi tard,
qu'il eut à peine le temps de
donner les ordres neceffaires
pour le Souper , qui ne laiſſa
pas
GALANT.
49
ai
St
D
1-
et
لا
t.
e
pas d'eſtre ſervy avec une
propreté admirable. Madame
de Carignan y mena
Madame la Princeſſe de Bade
, Monfieur l'Evêque de
Strasbourg , le Prince Philip-
1.pe , le Chevalier de Carignan
, le Prince & la Princefle
ſede Furſtemberg , avec l'Envoyé
de Bavieres , & Madame
ſa Femme , qui tous ne
pûrent aſſez loüer la magni-
5.ficence de ce Repas. Apres
le Souper on commença le
☑ Bal , qui fut donné à Meſdemoiſelles
de Soiffons avec tant
d'ordre dans les Salles , foit
pour la quantité de lumieres ,
foit pour tout ce qui pouvoit
empêcher la confufion ,
qu'on peut dire qu'il n'y manquoit
rien. Monfieur & Maàa
X
S
コ
:
C
Jo LE MERCURE
dame y vinrent en Maſque,
ainſi que Madame la Comtefſede
Soiſſons ; & tout le monde
convint que de longtemps
il n'y avoit eu aucune Fête fi
digne des Illuſtres Perſonnes
àqui elle ſe donnoit.
Si tous ces Divertiſſemens
ont fait du bruit ; ceux que
Monfieur de Verneüil Conſeiller
au Parlement , a donnez
libéralement au Public
pendant tout le Carnaval ,
n'ont pas moins fait d'éclat.
Tout Paris a parlé de fa magnificence&
de ſa genérosité.
On repreſentoit chez lui deux
ou trois fois la Semaine , une
Comédie dont les Intermedes
étoient remplis de Balets &
deChanſons. Les Entrées étoient
admirables , & compoGALANT.
51
:
ef
DE
F
e!
12
כ ת
li
al
al
22
2
te
el
18
ſées par M. des Broſſes , c'eſt
tout dire. Les Paroles qu'on
chantoit , partoient de la vei .
ne de M.de Verneüil , & pluſieurs
les croyoient de M.Quinaut
ou de M. de Frontiniere,
qui font les deux plus fameux
Autheurs que nousayons pour
ces fortes d'Ouvrages . Elles
étoient miſes en Muſique par
le Sicur l'Alouëtte , qui batoit
la Meſure à l'Opéra .
Comme il étoit à M. de Lully
, & qu'il a copié ſes Airs
pendat pluſieurs années, ceux
qu'il compoſe ont tant de raport
avec ceux de ce grand
Maître , qu'on voit bien qu'il
a étudié ſous luy. L'Ecole
eſt bonne , mais il n'eſt pas
temps de faire voir tout ce
qu'ony a appris.
Cij
52 LE MERCURE
Je croy qu'en parlant des
Divertiſſemens publics , je
pourois dire quelque choſe
des Avantures que le hazard y
a fait quelquefois naître : mais
comme je n'ay parlé que de
tres- peu deBals,je me contenteray
de dire que le ſoir de Carême
- prenant M. le Marquis
d'Eſtrades étant déguiſé
avec une Cappe ( la plupart
de's Hommes s'eſtant ainſi
maſquez ce Carnaval ) eut
une avanture toute diferente
de celles où la Galanterie a la
meilleure part . Ce Marquis
eſtant entré pour attendre un
de ſes Amis dans une Aſſemblée
qui ne pouvoit attirer le
monde que par le bruit des
Violons , il y fut inſulté par
quelques Gens inconnus , qui
GALANTI 53
es
je
fe
y
ais
de
コ
a
rfe
rt
fi
ut
te
la
is
11
-
e
S
i
د
ſe dirent apres Officiers d'un
Regiment d'Infanterie. Comme
il ſe trouvoit feul & fans
armes il leur parla d'abord
fort honnêtement ; ils
ne laiſſerent pas de continuer
à le pouffer de forte ,
qu'il fut obligé de ſe faire
connoître à un jeune Cavalier
nommé Monfieur de
Malou , l'un des Ecuyers de
Madame la Princeſſe de Carignan
, qui estoit dans cette
Aſſemblée avec M.le Chevalier
de Carignan,& deux Dames
. Ce Gentilhomme ayant
reconnu le Marquis, fut aufſitôt
à ſon ſecours , & s'eſtant
d'abord ſaiſi de l'Epée de celuy
qui le preſſoit davantage,
il le pouſſa ſi vigoureuſement ,
qu'il l'obligea fur le champ
Ciij
54 LE MERCURE
àfaire fatisfaction de l'inſulte
qu'il avoit faite à la vûë de
pluſieurs de ſes Camarades,
qui furent fupris de la hardiefſe
&de la vigueur de ce jeune
Gentilhomme : mais comme
il fut obligé de ſuivre les Dames
& le jeune Prince qu'il accompagnoit
, & qu'il vit bien
que s'il laiſſoit le Marquis
d'Eſtrades , il ſeroit en danger
quand il ſeroit ſeul,fans armes,
& fans perſonne qui le connût
, il l'obligea à ſortir avec
luy , & à attendre ſon Amy
dans ſon Carroſſe; àquoy il eut
beaucoup de peine àſe réſoudre,
parce qu'il paroiſſoit qu'il
y eut de la foibleſſe : mais M.
de Malou l'emporta par ſes
prieres,& par ſes raiſons, qui
luy firent voir une neceſſité
GALANT. 55
alt abſoluë d'en uſer ainſy.
de Je croyois avoir finy l'Artides
100
cle des Bals , mais je ne me
ief puis empêcher de parler encor
de trois ; ils ont fait tanc
me de bruit , qu'ils méritent bien
1- de trouver icy leur place.
ac L'Aſſemblée qui ſe trouva à
iet celuy qui ſe fit chez Monfieur
uis de Mannevilette Secretaire
ga
es,
כתי
ec
my
eut
u
il
M.
Tes
ui
des Commandemens de Monſieur,
fut grande. Leurs Altefſes
Royales y furent en Mafque
,&jamais Bal n'en a été
ſi remply que le fut celuy-là.
Il ne faut pas s'étonner de ce
concours;comme on ſçait qu'il
yen a tous les ans das le même
lieu , que rien n'y manque , &
que tout y eſt magnifique,chacun
y court avec empreſſement..
Cij
36 LE MERCURE
Monfieur du Houffer
Chancelier de Monfieur , en
a auſſi donné un à Mademoifelle
de Valois , ſeconde Fille
de Son Alteſſe Royale , qui y
dança avec une grace admirable.
Toute la Jeuneſſe de la
premiere QQuuaalliité ,&à peu
4
pres de fon âge, s'y trouva .On
Ane vitjamais rien de ſi brillant;
& M. la Marquiſe de Nangis
, Fille de Madame laMaréchale
de Rochefort , âgée
de treize ans , fit par ce Bal fon
entrée dans le Monde : elle
y parut avec beaucoup d'éclat,
& elle estoit miſe d'un ſi
bon air , que la maniere dont
elle eſtoit parée ne fut pas
moins remarquée que la richeffe
de tout ce qui ſervoit à
fon ajustement. On a peu
GALANT. 57
et
er
oiille
gia
rala
Deu
DA
nti
naée
de bon goût.
va de Perſonnes de ſon âge
avoir autant d'eſprit , & elle
charme tous ceux qui ont le
bonheur de l'entretenir .
Jamais la propreté , le bon
ordre,& la magnificence,n'ont
plus paru enſemble , qu'ils firent
au Bal qui a eſté donné
chez Monfieur Ranchain ; La
Compagnie eſtoit belle &
bien choifie,rie n'y manquoit,
on n'y ſouhaitoit rien , &l'on
peut dire que c'eſtoit un Bal
14
le
efi
Il n'eſt pas toûjours temps
de rire , & apres les Bals & les.
Divertiſſemens , il faut quel-
E
as
quefois fonger à des choſes
plus ſérieuſes . Diſons donc
que la mort de Monfieur le
Duc de Leſdiguieres,Gouverneur
de Dauphiné,a fait paffer
Cy
18 LE MERCURE
ce Nom illuftre , ainſi que ſes
grands Biens & fes Gouvernemens,
à Monfieur le Comte
de Saulx fon Fils digne Heritier
du Grand Connétable de
Leſdiguieres , & du Maréchal
de Créquy , ſes Grands Peres.
La Mort n'attaque pas feulement
ceux qui ont vécu
longtemps, puis que Monfieur
le Comte de Jonſac a ſuivy
Monfieur le Duc de Lefdiguieres
; il avoit de la qualité,
il étoit brave , & faifoit connoître
par ſon Eſprit que la valeur
n'eſt pas toûjours le ſeul
partage des Gens de guerre ;
il aimoit les Vers , & il en
faiſoit fort agreablement. La
Mort qui ne l'a pas épargné,a
auſſi ôté aux Allemans MonGALANT.
59
fo
er
eri
d
ha
Pe
eu
c
eu
iv
di
ite
כמ
va
eul
e
en
La
ر
ſieur le Marquis de Bade-
Dourlach,General desCercles
del'Empire.JamaisHomme n'a
tant aimé que ce Prince à faire
grand feu ,& l'on peut dire
que par tout où il étoit, le Canon
ſe faiſoit entendre ; cependant
il n'en a point trouvé
qui puſſent le garantir de la
mort. Elle a auſſi pris Monſieur
le Comte de Coſſé ; il
étoit Lieutenant General des
Armées du Roy , Grand Pannetier
de France , & Chevalier
des Ordres de Sa Majeſté
, qu'il a tres-bien ſervie
tant qu'il a eu de la ſanté. Il
étoit de la Maiſon de Briffac
, & pour faire fon Eloge
en peu de mots , on peut
dire qu'il étoit tres - galant
Homme.
60 LE MERCURE
Monfieur de Bridieu , Lieu
tenant General des Armées
du Roy , & Gouverneur de
Guife , a fait place , auffibien
que quelques - uns de
ces Meſſieurs , aux nouveaux
Lieutenans Generaux que Sa
Majeſtė vient de faire ...C'eſtoit
un Homme de bonne
mine , qui avoit ſervy longtemps
, & qui s'eſtoit acquis
beaucoup de gloire en défendant
Guiſe avec tant de
prudence & de valeur , que
les Ennemis furent contraints
de lever le Siege. Il avoit
ſervy Monfieur de Guiſe dans
fon Combat contre Monfieur
d'Andelot , & il a toûjours
eſté fort confideré de tous
les Princes de cette Maifon.
GALANT. 6г
1-
He
1-
de
S2
e
ne
g
لان
é
de
ut
oit
w
S
LUS
i-
Monfieur l'Archevêque de
Bourges , Frere de Monfieur
Poncet Conſeiller d'Etat ,
quoy que Docteur de Sorbonne
, & d'une Famille toute
pleine d'eſprit , n'a pu ſe défendre
d'accompagner ces
Guerriers ; & fa Science n'a
pas eu plus de pouvoir que
Jeur Epée ,pour l'empêcher
deles fuivre.omi of sust
Monfieur l'abbé de Montaigu
, Milord d'Angleterre ,
mourut auſſi ces jours paſſez :
Il a eſté employé dans pluſieurs
Negotiations importantes
pendant la vie du feu Roy
fon Maître , & du Duc de
Buquinquan fon Favory ; &
apres avoir pris le Party de l'Eglife
& eſtre retourné en
Angleterre apres la mort du
62 LE MERCURE
feu Roy , pour y travailler au
rétabliſſement de la Religion ,
il fut arrêté & mis dans la
Tour de Londres , d'où il fortit
par l'entremiſe de la feuë
Reine Mere de France. Il a
pendant toute ſa viefait des
actions continuelles de picté,
& des charitez fans nombre .
Apres avoir perdu la Reyne
Mere de France ſa Protectrice
, il perdit encor la Reyne
Mere d'Angleterre , dont il
eſtoit Grand Aumônier. La
Fortune joignit à cette perte
celle de feuë Madame, dont il
eſtoit Premier Aumônier , &
luy fit perdre enméme temps
un Frere qui luy eſtoit cher,
mais dont la mort le toucha
d'autant plus , qu'il eſtoit encor
envelopé dans les nuages
GALANT 63
コ
S
e.
e
-
e
il
a
il
(
S
de l'Heréfie.L'argent qu'il reçeut
de ſa Charge de Premier
Aumônier de Madame , qu'il
vendit lors que Monfieur ſe
fut remarié une ſeconde fois,
fut employé à la Fondation
d'un Convent de Religieuſes
Angloiſes à Pontoiſe. Il ſe retira
quelque temps apres dans
les Incurables , où il vivoit
avec les Adminiſtrateurs de
cet Hôpital dans une pieté
exemplaire, pour avoir la conſolation
de mourir parmi les
Pauvres.
Rien n'ayant tant de charmes
que la diverſité, nous devons
paſſer d'une matiere auſſi
** triſte que celle dont nous venons
de parler, à une plus di-
,
1
vertiſſante ; & je croy que
nous le pouvons faire plus
64 LE MERCURE
agreablement , que par la Piece
qui fuit , puis qu'il y a déja
quelque temps qu'elle fait
du bruit dans les plus belles
Ruelles de Paris.
EX3X3X3.8998903973273-93-89 8763
REQUESTE
DE L'AMOVR,
AU ROY..
Sur le bruit de ſon Départ
pour l'Armée.
Ve me dit--
on de tous co-
Stez ?
Est-ce pour me faire querelle ?
De mille Amans qu'unit l'ardeur
laplus fidelle ,
Par mon ordre les voeuxſontprêts
d'estre acceptez
GALANT. 65
ee
lle
R
an
COEtfans
attendre isy que la Saiſon
nouvelle
Dans le Champ de Mars vous
rappelle,
Tout-à-coup , Grand Roy , vous
partez?
Onſçait que s'agiſſantd'attaquer
une Place ,
Iln'est rien qui vouspuiſſe arrêter
-un moment,
Et que lors qu'aux Soldats vous
allez fierement
Par vôtre exemple inspirer de
l'audace, but
Vous estes dans vostre éle
ment ;
2
Mais qui fait tout trembler , à
Loiſirſe délaſſe, :
Et vous pouvez devant envoyer
la menace
Sans la fuivre si promptement.
66 LE MERCURE
६००३
A peine vos Guerriers dont la
Gloire diſpoſe
Sous la faveur de vostre appuy
(Car la Gloire & Vous aujourd'huy
Ce n'est plus qu'une méme
chofe )
A peine aupres de moy ces Guerriers
de retour ,
Commencent d'esperer ladouceur
d'un beau jour,
Que l'ardeur de vous ſuivre à
mesfoins les arrache.
En vain en les flatant je tâche
d'obtenir
Que l'amour durepos à moyſeut
les attache
Si vous partez aucun d'eux ne
me cache,
Que rienne les peut retenir.
GALANT.
69
la
ما
-ht
ne
६००३०
Ainsi voilapar tout mon attente
trompée,
Par tout mes deſſeins avortez:
Pour reduire des Libertez ,
Mon adreſſe en ces lieuxa bean
s'eſtre occupée ,
Chacunſe renden foule aux Emplois
de l'Epée ;
Etdés qu'on peut aller combatre
àvos coſtez,
De mes trais les plus vifs l'ame
la mieuxfrapée ,
Fuit mes douces oyfivetez.
Σ
Cependant combiende tendreſſes
Par voſtre éloignement des coeurs
Sevont bannir ?
Combien d'Amans à leurs
Maîtreſſes
Ont fait d'agreables Promeſſes,
Qu'ils vont être par vous hors
68 LE MERCURE
d'estat de tenir?
L'un pour un bel Objet faifant
gloire de vivre ,
Des Parens opposez devoit venir
àbout ,
Contre un coeur qui bientôt à cederse
réfout :
L'autre ayant commencé s'obſtinoit
à poursuivre ;
Mais vous partez,&pour vous
Suivre
Onse croit dégagéde tout .
LePlus mortelchagrin que reçoivent
les Belles,
Qui croyoient qu'un accord auſſi
tendreque doux ,
Rendroit de leurs Amans les chaines
eternelles ,
C'est de les voir courir aux
coups
Avec bien plus d'ardeur pour
vous ,
GALANT. 169
Ca
10
fi
201
12
Qu'ils n'en eurent jamais pour
elles.
Pour obtenir qu'ils ne s'éloignent
Pas ,
Elles ont beau verſer des larmes,
Ces larmes n'ont que d'impuiſſans
appas.
Braver aupres de vous lesplus rudes
alarmės ,
Chercher dans les périls l'honneur
d'un beau trépass
Ce font leurs veritables charmes
:
Si.toſt que vous prenez les armes,
Vivent pour eux la Guerre &les
Combats.
Lemal eft que par tout ces Belles
affligées
Me conjurent d'entrer dans leurs
reffentimens .
Ie les rencontre à tous momens,
70 LE MERCURE
Qui dans de vifs ennuis plongées
Me viennent fatiguer de leurs
gemiſſemens.
L'ay tort de les avoir ſous mes
Loix engagées,
Etjeneſuis qu'un Dieu de Chanfons,
de Romans ,
Si vous laiſſant enlever leurs
Amans,
leSouffre que par vous ellessoient
outragées.
En vain pour affoiblir l'ardeurde
ces Guerriers ,
Ie combatsle panchant qui vers
vous les entraîne ,
Du Champ de Mars dignesAvanturiers
,
Ils dédaignent pour vous ma
grandeurSouveraine ,
Et mes plus beaux Mirthes à
peine
Valent unſeul de vos Lauriers.
GALANT.
ר ז
e
14
A
el
14
A
Te rougis , puis qu'il faut avoüer
ma foibleſſe ,
De voir que contre vous faiſant
ce que je puis ,
Ces Belles vainement implorent
mon adreſſe ,
Etpour leur épargner lesſenſibles
ennuis ,
Où les laiſſe languir l'impuiſſance
où jeſuis ,
Ie dis que c'est à vous qu'ilfaut
que l'on s'adreſſe ;
Mais ellessçavent trop par quels
fermes appuis ,
Pour la Gloire entout temps votre
coeurs'intéreſſe;
Ellessçavent que c'est voſtre uniqueMaîtreſſe
,
Et que vous luy donnez & vos
jours& vos nuits ,
Si-toſt que la fervir est un ſoin
qui vouspreſſe.
72 LE MERCURE
Pleines de vos Exploits, elles n'ignorent
pas
Que quittant les Plaisirs , &les
Ieux & les Fêtes ,
Malgré la glace & les frimats ,
On vous a veu déja pour de nobles
Conquestes
Au milieu d'un Hyver avancer à
grand pas.
Quel est donc l'avantage où vôtre
espoirsefonde?
Est- ce que vous voulez que l'Amournefoit
rien ?
Vous vous nuiſez, pensezy bien .
Et que vous servira la ſageſſe
profonde
Qui vous acquiert un Nom plus
fameux que le mien ,
Cette infigne valeur qui n'a point
deSeconde ,
Sine pouvant des coeurs me rendre
un feur lien
Ie
GALANT.
73
73
1
A
Ie laiſſe dépeupler le Monde ?
Voyez combien vous hazardez?
Avec moj , qu'en cela vous ferez
bien de croire ;
Si vous ne vous raccommodez ,
Ie laiſſeray finir le Monde,& voſtre
Gloire ,
Et de vos Actions la merveilleuse
Histoire
N'ira pas auſſi loin que vous le
pretendez .
Ie pourois même par vangeance
Four vous oſter l'apuy de
Mars ,
Sur quelque autre Venus arreſter
Ses regards ,
Et l'empescher par là d'avoir la
complaisance
De marcher ſous vos Etendarts
;
D
74 LE MERCURE
Mais qu'en vain contre vous
j'employroisſa puiſſance !
Vous avez touteſa Vaillance
Pour affronter fans luy les plus
mortels hazards ,
Et vous lepaſſez en prudence.
Leplusfeurpour vous retenir ,
C'est de descendre àlapriere ,
Accordezun peu moins à cette ardeur
guerriere ,
Qui de ces lieuxfi- toſt s'empreſſe
àvous bannir ,
Attendez le Printemps qui s'enva
revenir ,
Etde voſtre pouvoir,quoy que l'on
puiſſefaire ,
lamais vous ne verrez le mienſe
def-unir ,
Ie ne chercheray quà vous
plaire ,
Qu'à rendre de vos Loix chaque
coeur tributaire ,
GALANT. 75
12
なContre vous par mes ſoins rien ne
pourra tenir.
Cette offre ne vous touche quere;
Mais qu'est- ce auſſi que j'en efpere
,
Et que peut-elle m'obtenir?
Pour allumerdesfeux qui nepuif-
Sent finir ,
Vous m'eſtes bien plus neceſſaire
Queje ne vous lefuis à les
tenir ;
Ainsi c'est à moy de metaire,
Et d'attendre à votre retour
YON
Tout ce que vous voudrez ordonner
de l'Amour.
f Le Chevalier s'appreſtoit à
pourſuivre,lors quelaDuchefſe
luy dit de n'aller pas fi viſte
; que cette Galanterie méritoit
bien qu'on y fiſt quelque
reflexion , & que les Vers en
Dij
76 LE MERCURE
étoient fort naturels . Il eſt
vray , répondit la Marquiſe,
& j'ay fait une remarque en
l'écoutant lire , à laquelle perſonne
n'a peut - être penſé .
Nous parlions tantôt , pourſuivit
- elle , de la maniere,
de loüer le Roy , & je trouve
que les loüanges que
nous en venons d'entendre
font fort ingénieuſement données
: elles entrent fi naturellement
dans cette Piece,
qu'il ne paroît pas mêmes
qu'on ait deſſein de le loüer;
& tout ce que l'Amour dit
à ſa gloire , n'êt qu'en ſe
plaignant de luy. La remarque
eſt juſte , reprit une
autre Perſonne de la Compagnie
; & quand on louë ainſi
quelqu'un , il faut que ce
GALANT.
77
el
fe
el
er
fe
-
ש
que l'on en dit ſoit ſi vray,
que perſonne ne l'ignore. Il
n'eſt pas fi facile que l'on penſe
de loüer ainſi , interrompit
la Ducheſſe;&tous ces Eſprits
guindez & peu galants qui
re ne peuvent loüer les grands
Hommes qu'en les comparant
aux Alexandres & aux Céſars,
n'en viendroient pas facilement
à bout. Elles alloient encor
pouffer cette Converſation
, lors qu'elles jetterent
les yeux fur le Chevalier qui
regardoit les Cahiers qu'il tenoit
avec une attention qui
leur fit connoître qu'il ſouhaitoit
de pourſuivre la lecture
0
e
qu'il avoit commencée ; ce qui
les obligea de ſe taire.Elles eurent
à peine ceſſé de parler,
qu'il continua de la forte.
Diij
78 LE MERCURE
Puis que nous ſommes fur
le Chapitre de l'Amour , il ſeroit
mal- aiſé de trouver un endroit
plus propre pour parler
des Mariages qu'il a fait faire
depuis peuscar il faut toûjours
croire que c'eſt luy ſeul qui
unit tous ceux qui ſe marient,
& que la Politique ne ſe mêle
jamais des choſes dont l'A-
1
mour doit ieul eitre le maiſtre
.
,
Mademoiſelle de Mouchy,
Fille de Monfieur le Maréchal
d'Humieres a épousé
Monfieur le Prince d'Izenghien
, Fils de Monfieur le
Prince de Mamine. Il y a tant
de choſes à dire à l'avantage
de ces Illuftres Mariez, que je
ne puis preſentement parler
que des Honneurs du Louvre
GALAN Τ .
79
1.
e
1
1
.
que le Roy leur a accordez .
Cette faveur est une marque
de leur mérite ,& tous les Princes
Etrangers ne l'obtiennent
pas facilement : mais comme
on fait bien des choſes pour
les Gens qui ſervent avec autant
de fidelité que de valeur ,
il ne faut pas s'étonner ſi le
Roy a voulu reconnoître par
là les grands ſervices de Monſieur
le Maréchal d'Humieres.
Monfieur le Prince d'El
beuf , Fils du Duc de ce nom ,
Chefpreſentement de la Maiſon
de Loraine en France , a
auſſi épousé la Fille de Monſieur
le Marechal Duc de
Vivonne , l'un & l'autre iſſus
de Maiſons Souveraines , le
premier des Maiſtres de la
Diiij
80 LE MERCURE
Loraine, & l'autre des anciens
Comtes de Limoges. Les Alliances
de l'un & de l'autre
Party avec les plus grandes
Maiſons de l'Europe , & préque
toutes les Têtes Couronnées
, étant connuës , il n'eſt
pas neceſſaire d'en parler. On
ne peut promettre plus que
fait le jeune Prince dans un
âge ſi peu avancé, n'ayant encor
que quinze ans & demy.
Il a déja fait pluſieurs Campagnes
, & fait ſentir qu'il y
étoit. Feu Monfieur de Turenne
fon Grand Oncle , l'avoit
crû digne de ſes foins , &
l'avoit mené avec luy dans ſes
dernieres Expeditions d'Allemagne
.La Princeſſe ſa Femme
avec une qualité qui ne
voit rien au deſſus d'elle que
GALANT. 81
7
1
,
1 les Princes du Sang & les Sou
verains & avec les charmes
d'une beauté merveilleuſe
, a une ſageſſe qui ſurprend
ſon âge , une vivacité,
&une délicateſſe d'eſprit, qui
ne paroiſſent jamais que lors
qu'il eſt néceſſaire , & enfin
tout ce qu'on peut ſouhaitter
d'agrémens & de perfections,
fans avoir aucun empreſſement
de les faire paroître , ne
ſe piquant d'autres choſesque
de faire celles auſquelles elle
croit étre obligée.
Ce Mariage a été ſuivy de
celuy de Monfieurde Cavoye
& de Mademoiselle de Cologeon
, qui eſt d'une Famille
tres- illustre. Elle a fait voir une
choſe qui juſques icy avoit
Dy
82 LE MERCURE
eſté inconnuë , qui eſt une
honnête Fille aimer à la veuë
de toute la Cour un Gentilhomme
avec toute la délicateſſe
pour luy que pouroit
avoir pour une Maîtreſſe l'Amant
le plus galant & le plus
paſſionné , ſans faire la moindre
bréche à ſa réputation :
Auſſi s'eſt elle toûjours fait
plaindre , lors que ſon amitié
n'avoit pas tout le ſuccés qu'ellé
méritoit ; & lors que fa
conſtance a couronné fon
amour , toute la Cour luy en
a témoigné ſa joye. Le Roy
qui ſe plait à faire la fortune
des Gens de mérite , a donné
la Charge de Grand Maréchal
des Logis, qui eft une des
plus belles de ſa Maiſon ,
nouvel Epoux : On peut aſſuàce
GALANT .
84
e
C
S
11
コ
rer qu'il en eſt digne , puis
qu'il a toutes les qualitez d'un
honneſte Homme , qu'il eſt
brave, difcret, ſage , bien fait,
& tres - induſtrieux à ſervir
tous ceux qu'il eſtime , & tous
les honneſtes Gens qui s'adreſſent
à luy. Son mérite ſe
peut connoiſtre par le grand
nombre d'Amis & d'Amies
qu'il a, entre leſquelles on peut
compter preſque toutes les
premieres Perſonnes du Royaume.
On ne voit pas ſeulement
de grands Mariages à la Cour,
il s'en voit auſſi à la Ville ; &
Monfieur de Bercy Maiſtre
des Requêtes , a épousé depuis
peu la Fille de Monfieur
de Bretonvilliers Prefident de
la Chambre des Comptes : ils
84 LE MERCURE
ſont connus par des endroits f
conſidérables, qu'il ſeroit inutile
d'en parler , puis qu'on
diroit ſeulement ce qui eſt
ſçeu de tout le monde. Monfieur
du Tillet Conſeiller au
Parlement , a auffi épousé
Mademoiſelle Brunet ; c'eſt
un Party fort avantageux , &
dont on ne peut dire que
beaucoup de bien. Paffions
à ceux qui ſe ſont depuis
peu liez pour toute leur vie
d'une maniere bien diférente.
Monfieur l'Abbé d'Urfe
nommé par Sa Majesté à
l'Evêché de Limoges , a eſté
Sacré depuis peu de jours :
Il eſt d'une naiſſance illuftre ,
& fon Nom n'eſt pas ſeulement
connu en Foreſt,ſur les
GALANT. 85
t
1
1
1
1
bords du Lignon , mais encor
dans tous les lieux où il y a des
Gens qui aiment les Perſonnes
de mérite. Il a eſté retiré
du Seminaire de Saint Sulpice,
où depuis pluſieurs années
il avoit acquis une grande réputation
, pour eſtre Coadjuteur
de Monfieur l'Evêque de
Limoges . On a forcé ſa modeſtie
à recevoir un Employ
digne de ſa naiſſance , de fa
pieté , & de fa doctrine , en le
faiſant fucceder a un Prélat,
qui avec les avantages d'une
grande naiſſance avoit tous
ceux d'un grand Evêque.
Monfieur l'Abbé de Fieux
a auſſi eſté Sacré Evêque de
Toul , avec l'aplaudiſſement
de tous ceux qui le connoiffent
,&qui voyant en luy tout
BLIOTH
=
LYON
= 878
*1893
*
86 LE MERCURE
ce qui peut rendre un grand
Homme digne d'eſtre nommé
à l'Epiſcopat, ſouhaitoient
il y a longtemps qu'il plût au
Roy luy donner cette marque
de ſon eftime . On ne doute
point que les Peuples qui luy
ſont commis ne reçoivent de
grands avantages de fa conduite
, puis qu'il n'a pas moins
de pieté que de ſçavoir,& que
fon exemple fera d'un grand
poids pour les faire profiter
des ſalutaires inſtructions qu'il
leur prépare. Il eſt Frere de
Monfieur de Fieux Maiſtre
des Requêtes , & ils fonttous
les jours affez connoître l'un
& l'autre que le véritable mérite
eſt auſſi bien que l'eſprit ,
un privilege attaché à leur Famille.
GALANT. 87
Voila , intérompit la Ducheſſe
, ce que j'avois envie
qu'on dît de Monfieur l'Evef
que de Toul ; car quoy qu'il
foit de mes Amis , je ne croy
pas me rendre ſuſpecte de
préoccupation , en parlant de
luy comme d'un des plus honnétes
Hommes que je connoiffe.
La vivacité de ſon efprit
eſt grande , ſa converſation
eſt douce,agreable,& utile
même à ceux qui ne l'écoutent
que pour apprendre. Il
raiſonne fortement ſur toutes
fortes de matieres ; & ce qu'il
y a particulierement de recomandable
en luy, c'eſt qu'étant
fort officieux pour les
Perſonnes qu'il eſtime , il n'a
jamais plus grande joye que
quand il peuttrouver occafion
88 LE MERCURE
de leur en donner des marques.
Mais , M. le Chevalier,
continuez je vous prie , & ne
me condamnez pas,de n'avoir
pû refuſer à l'amitié cette petite
intéruption .Le Chevalier
pourſuivit ainſy.
La Reyne ayant voulu donner
à M.l'Abbé de Matignon,
nomé à l'Evêché de Lisieux ,
des marques de l'eſtime particuliere
qu'elle fait de luy, honora
dernierement de ſa préfence
le Sacre de cet Evêque ;
il eſtoit Aumônier du Roy.
Il eſt d'une naiſſance tres- illuſtre,&
fon mérite eſt connu .
Je croy , puis que nous
ſommes ſur le Chapitre des
Evêques , pouvoir parler icy
de M.de Tulles , ce fameux
Predicateur , fi connu ſous le
GALANT . 89
-
f. nom du Pere Mafcaron, a eſté
obligé de venir à la Cour , &
de quiter ſon Dioceſe , où il a
mis un ordre ſi grand , que
Leurs Majeſtez ont crû qu'ils
l'en pouvoient faire revenir
pour prêcher l'Evangile de-
1 vant Elles pendant ce Carême.
La délicateſſe des Courtiſans
, & le goût qu'ils ont
pour les bonnes chofes,oblige
le Roy à choiſir pour ces Emplois
des Hommes tous extraordinaires,
comme il avoit fait
pour l'Avent dernier Monfieur
l'Abbé Flechier,qui confirma
par ſes Sermõs à la Cour
lagrande opinion que ſes Ouvrages
& les Oraiſons Funebres
qu'il a faites pour les premieres
Perſonnes de l'Etat ,
avoiét dūnées de luy, & l'idée
१० LE MERCURE
qu'on en devoit avoir dés que
Monfieur le Duc de Montaufier
Gouverneur de Monfieur
le Dauphin , ayant connu le
mérite de cet excellent Homme
le retira aupres de luy
pour eſtre de la Cour de ce
jeune Prince , dont l'éducation
luy a eſté confiée par un
,
Roy qui
comme il eſt le pre-
1.1.
mier Prince de la terre , eit
auſſi l'Homme du monde qui
a le plus de difcernement , &
ſçait mieux connoître les
Gens.
Nous pouvons encor parler
icy d'un Prélat dont les grands
Emplois ont fait connoître le
merite & l'eſprit .
Monfieur l'Archevêque
d'Ambrun , Evêque de Mets ,
ayant fait préſent à la Reyne
GALANT. 91
a
d'un petit Crucifix d'or , dont
l'ouvrage furpaſſoit de beaucoup
la matiere ; cette grande
Princeſſe , bien moins pour
marquer ſa reconnoiſſance ,
que l'eſtime qu'elle fait de ce
Prélat, luy a donné une Croix
de diamans d'un tres grand
prix .
۱۰۴
Apres avoir parlé d'Evê
ques , anons quelque choſe
d'un illuſtre Abbé , qui par ſa
naiſſance , ſa grande modeſtie,
ſon eſprit , ſa ſageſſe,& fa do-
Arine profonde, mérite de tenir
dans l'Egliſe un rang des
plus conſidérables , puis qu'il
a toutes les qualitez neceſſaires
pour le remplir dignement.
• Meſſieurs de Sorbonne ont
obtenu un Arreſt du Conſeil
d'Etat , qui confirme leurs
9.2 LE MERCURE
nouveaux Statuts , par leſquels
tous ceux qui feront reçûs
Docteurs à l'avenir , ne
pouront préſider aux Actes ,
ny ſe trouver aux Aſſemblées
de la Faculté,ou joüir d'aucun
autre de ſes Privileges , qu'apres
l'Acte de Réſumpte qui
n'avoit point eſté fait depuis
Monfieur Roſe Evêque de
Senlis , qui fut le dernier qui
le fit le 23. de May 1602. Cet
Acte conſiſte à répondre à dix
Docteurs , qui ſeuls ont droit
de diſputer fur les plus difficiles
Queſtions du Vieil & du
Nouveau Testament , & fur
les principales Matieres de
l'Ecriture qui ſont en controverſe
avec les Herétiques ,
depuis ſept heures du matin
juſques à midy. Il ſe faiſoit
GALANT. 93
1
S
ل ا
a
1
autrefois par les Docteurs >
qui vouloient avoir le titre de
Docteurs Régens , auſquels
ſeuls il eſtoit permis de faire
l'Office de Grands- Maiſtres ,
c'eſt à dire de gouverner les
Bacheliers , qui pourſuivoient
les Degrez dans la Faculté ;
mais ces nouveaux Statuts y
aſſujettiſſans tous les Do-
Eteurs de la derniere Licence
Monfieur l'Abbé de
Noailles , Fils de Monfieur
le Duc de Noailles n'a
point voulu s'en diſpenſer ,
& il s'eſt acquité de cet
Acte avec tant de ſuccés
que la grande Aſſemblée
qu'attire ordinairement une
Perſonne de ſa naiſſance , n'a
pû affez admirer la capacité
د
د
د
94 LE MERCURE
avec laquelle il a réſolu les
plus fortes difficultez , & la
modeſtie qu'il a fait paroître
dans ſes Réponſes .
En parlant de ceux dont le
mérite eſt extraordinaire , je
ne doy pas oublier que Monfieur
de Meſmes Preſident au
Mortier , illustre par la gloire
de ſes Peres qui ont poſſedé
les premieres Charges de la
Robe , mais plus illuſtre encor
par les grandes qualitez qui le
rendent digne de ſes Emplois,
marchant fur les pas de ces
grands Hommes , à qui leur
intégrité , leur amour pour les
Sciences & la protection
qu'ils ont toûjours donnée
aux Gens de Lettres, ont acquis
une réputatiõ qui ne laiferajamais
mourir les noms des
,
GALANT.
95
de Meſmes &d'Avaux, a eſté
receu dans l'Academie Françoiſe,
pour remplir la place de
Monfieur Deſmarets , un des
plus fameux Académiciens
de notre temps , & qui mériteroit
toute la gloire que ces
beaux Ouvrages luy donnent
, quand il n'auroit point
eud'autre avantage que celuy
d'avoir été choify parle Cardinal
de Richelieu Fondateur
de l'Académie , pour rendre
Meſſieurs ſes Neveux dignes
dugrand Nom qu'il leur a laiffé
. Une affluence extraordinaire
de monde ſe trouva dans
la Salle du Louvre le jour de
cette reception. Monfieur le
Preſident de Meſmes fit un remercîment
digne de la gravité
de celuy qui le prononçoit,
96 LE MERCURE
& de l'attention de quantité
de Perſonnes qui l'écouterent,
& parla avec une delicateſſe
merveilleuſe de l'honneur
que le Roy fait à cette celebre
Compagnie d'en vouloir eſtre
le Protecteur. Monfieur de
Benferade qui en eſtoit le Directeur,
luy répondit avec une
grace toute particuliere , &
n'oublia rien pour luy marquer
lajoye qu'ils avoient tous
de voir un ſi grand Homme
dans leur Corps. Apres quoy,
Monfieur l'Abbé Tallemant
le jeune prononça un Difcours
dont la netteté & l'éloquence
furent admirées de
tout le monde ; il tacha de
prouver à l'avantage de nôtre
Langue , qu'on s'en doit ſervir
pour faire les Inſcriptions des
GALANT. 97
Monumés publics contre l'o-
■ pinion du R. P. Lucas Jeſuite,
qui a pris le party du Latin
avec une force de raiſons qui
ſemblent n'avoir point de replique.
Cette Queſtion avoit
eſté déja agitée par Monfieur
Charpentier un des plus dignes
Sujets de l'Académie
Françoiſe, qui a fait imprimer
un Livre fort ſçavant ſur cette
■ matiere, par lequel il exclut la
Langue Latine des infcriptions.
Ce diférend poura
avoir encor de la ſuite,& nous
aurions à ſouhaiter que chas'accordât
pour pro- cun
noncer en faveur des
- François ; mais cependant
on a fait depuis peu de grandes
dépenſes pour les Portes
E
98
LE MERCURE
de S. Denys , de S. Martin,
& de S. Bernard , & pour le
Quay Royal qui eſt d'une ſi
grande utilité pour Paris , &
nous n'y voyons par tout que
des Inſcriptions Latines .
Apres avoir parlé d'une
Académie, nous pouvons parler
de pluſieurs autres &dire
qu'encor qu'il ne ſoit pas ordinaire
de voir fleurir les
beaux Arts dans un Etat dont
le Souverain doit ne ſonger
qu'à laGuerre, jamais ils n'ont
paru avec tant d'éclat qu'ils
font en France, & que le Roy
ne laiſſe pas de travailler pour
leur gloire , encor qu'il ait à
ſoûtenir les efforts d'une grande
partie de l'Europe , qu'on
va par ſes ordres & par les
foins de Monlieur Colbert ,
Vid
1
GALANT.
99
&de Meſſieurs le Brun & Regnaudin
établir des Acadéemies
de Sculpture & de Peinturedans
les principales Villes
du Royaume , & que celle
de Paris a été depuis peu unic
Là celle de Rome. Il n'eſt pas
* neceſſaire d'en dire davantage
pour faire_connoître qu'elle
doit être remplie des plus
grands hommes du Monde
pour ce qui regarde leur
Art.
0
0
1
On peut aſſurer en parlant
des beaux Arts , qu'ils ont de
tout temps fleury à Rome , &
que les Papes & les Cardinaux
ont depuis pluſieurs fiecles
honoré de leurs viſites
ceux qui ont excelé en quel-
- que Art , & qui avoient chez
cux des Ouvrages de leur
E ij
- LYON
3
100 LE MERCURE
main dignes d'être admirez.
On en uſe aujourd'huy de même
en France ; & Son Alteffe
Royale , quelques jours avant
fon depart pour l'Armée , fut
chez le Sieur Mignart de Rome
, où elle admira pluſieurs
Ouvrages de ce grand Maître.
On peut dire qu'il a chez
luy des Originaux parfaits , &
qui ne ſe peuvent copier. Je
croy que lors que je parle du
mérite de ceux que Rome a
longtemps eu le bonheur de
poſſeder , je doi dire que Madame
la Grand Duchefſſe a
preſété à Leurs MajeſtezMadame
la Ducheſſe de Bracciano
Veuve de feu Monfieur
de Chalais , & Fille de feu
Monfieur le Duc de Noirmonſtier
: elle en a été reçeuë
GALANT. 101
1
コ
1
1
ainſi que fon rang & fon mérite
lui devoient faire eſperer.
Monfieur de Breteüil , Fils de
Monfieur de Breteüil Confeiller
d'Etat ordinaire , en a
auſſi été traité d'une maniere
dont il a lieu d'étre fort fatisfait
; & apres avoir fervy ſous
Monfieur Colbert & Monſieur
le Marquis de Seignelay,
il a eu l'agrément de la Charge
de Lecteur de Sa Majesté,
qui l'a préferé à plufieurs autres
. Il eſt bienfait , il a de lefprit
, & des Lettres , & s'eſt
toûjours fait un tres - grand
plaifir d'obliger ſes Amis
quand il a été en état de les
fervir .
Apres avoir parlé de tant de
Persõnes illuſtres, disõs quelque
choſed'une Belle affligée,
:
E iij
102 LE MERCURE
ou plutôt d'une Lettre écrite
par une Amante à ſon Amant,
fur ce qu'il ſe préparoit à partir
pour ſe rendre à l'Armée.
Cette Lettre a tellement eſté
applaudie par tout où elle a
eſté leuë , que je croirois
qu'on auroit ſujet de ſe plaindre
du Mercure , ſi l'on ne l'y
rencontroit pas. La voicy.
GALANT. 103
1
JULIE
A LEANDRE.
TLest doncvray, Cruel, quefans
que rien vous touche,
Vous vous preparez apartir ?
I'ay beau faire , l'honneur est un
Tyran farouche,
Qui vousforce d'y confentir.
६००३
Il vous rend des Amans le plus
impitoyable ,
Pour qui jamais aima le mieux,
Et vous flatant d'un nom,malgré
le temps durable ,
Il vous éloigne de mes yeux .
Helas ! ignorez -vous quelle vaine
chimere
Ev
104 LE MERCURE
Eft cethonneur qui vousféduit ,
Et d'un bien effectif, un bien imaginaire
Doit-ilvous dérober lefruit ?
Aux plus mortels dangers quand
voſtre vie offerte
Payera quelque Exploit entrepris
,
Peut estre un jour ou deux on
plaindra voſtre perte ,
Et c'enfera làtout le prix.
Vivez, par ses conſeils la Gloire
vous abuse. ( jour ,
Quoy qu'elle vous promette un
Pour ne l'écouter pas , peut- on
manquer d'excuse
Lors qu'on ne manque point d'amour?
GALANT. I10g
11
Vous n'avez qu'à vouloir, &vous
en aurez mille
Pour rompre ce cruel départ.
Quand l'Amour en raiſons neſeroit
pas fertile ,
Ila toujoursſes droits àpart.
S'il est fier quelquefois , impétueux
, terrible,
S'il donne deſanglans Arrests,
Il cherche le repos , & devient
doux , paisible ,
Selon ſes divers interests...
Dans cette occasion , où confuse
tremblante ٧٠ :
l'attens ou la vie , oula mort :
Hveut que vous cediez auxfoû
pirs d'une Amante...
Dont vous pouvez regler lefort
Ev
106 LE MERCURE
०३
Songez- vous à quels maux vôtre
rigueurm'expose,
Si vous ofez vous éloigner ?
Et peut - on de ces mauxſe rendre
exprés la cauſe ,
Quandonme les peut épargner?
Ie veux bien , s'il le faut,compter
àrien l'absence ,
Quoy qu'insuportable aux
Amans ;
Queneplaît-il au Ciel'de borner
maSouffrance
Afes plus rigoureux tourmens
Dumoins un ſeur retour , dansſa
douleur extréme ,
Confole l'Amour aux abois ;
Mais avoir à trembler toûjours
pour ce qu'on aime ,
Combien est-ce mourir de fois ?
GALANT. 107
६००३०
Chaquepas avancé,chaque Tranchée
ouverte ,
Meva glacer le coeur d'effroy ,
Et d'un heureuxfuccez l'image en
vain offerte , ( moy.
My peindra mille maux pour
Neust laplus forte Place emporté
qu'une teste ,
Dont le bruit vienne juſqu'à nous,
Vous croyant auſſi- tôt le prix de fa
Conqueſte ,
Mes larmes coulerontpour vous.
2003.
Toûjours impatiente , &toûjours
allarmée ,
Si je voy qu'onse parle bas ,
Ie m'imagineray que parlant de
l'Armée ,
On me cache voſtre trépas .
Dans l'ardeur d'estre instruite, &
[23
108 LE MERCURE
le doute d'entendre
Ce qui feroit mon deſeſpoir ,
Incertaine en mes voeux,je brûleray
d'apprendre
Ce que je craindray de sçavoir.
१३.
Qui l'auroit jamais crú ? Ma
joyc estoit parfaite !
Au bruit des Triomphes du Roy ,
Rien n'auroit pû me rendre infidelle
Sujete,
Et je vay l'estre malgrémoy.
Je voudrois que fa gloire à nulle
autre ſeconde ,
Entaſſaft Exploits fur Exploits,
Qu'ainsi que de nos coeurs il fût
Maistre du Monde ,
Que tout y reconnûtſes Loix.
Cependant je Sens bien dans les
rudes allarmes
GALANT. 109
5
Où vôtrefort meplongera ,
Que je feray reduite à répandre
des larmes
Chaquefois qu'il triomphera.
Qu'il abaiſſe l'orgueil des plusfuperbes
teftes ,
Sans que vos yeux en foient temoins;
Aura-t- ilplusdepeineàfaire des
conquestes ,
Pour avoir un Guerrier de moins?
Aneleſuivrepas où tousjours la
Victoire
S'empreſſe à luy fairesa cour
Eloigné des périls vous aurez
moins de gloire , (mour.
Mais vous montrerez plus d'a-
Qu'on blâme ce deſſein dont l'ar
deur de me plaire
HO LE MERCURE
Vous doit avoir fait une Loy,
Est- ce , quoy qu'on en diſe,une peine
à vousfaire,
Si vous ne vivez que pour moy ?
Quand d'un feu veritable on a
l'ame enflamée ,
Aimer est noſtre unique bien ,
Et pourveu que l'on plaiſe àla
Perſonne aimée,
On compte tout le reste à rien.
६००३०
Centfois vous m'avez dit que de
la Terre entiere,
Sans moy vous feriez peu de cas:
Vous m'en pouvez convaincre
écoutant ma priere ,
Pourquoy ne le faites vous pas ?
Si de vous fignaler par quelque
grandService,
Ledefirvous tientpartagés,
BIB
LYON
*
4
GALANT.
*
7893
Fn coeur comme le mienvaut bien
leSacrifice
D'un peu de renom negligé.
L'Amour vous le demande , il eſt
bondeſe rendre
Aqui brûle tout deſesfeux ;
Et ce qu'ontfait César , Annibal,
Alexandre,
Vous lepouvezfaire comme eux.
१३
Ils n'ont crû rien ofter àl'éclat de
leur gloire ,
En faisant triompher l'Amour;
S'ils luy laiſſoient fur eux emporter
lavictoire ,
Illes faisoit vaincre à leur tour.
६००३०
Apres ces Conquerans , vous luy
pouvezfans honte
Abandonner vostre fiertés
Soumettez - la,pourven qu'il vous
2
12 LE MERCURE
en tienne compte
Vous en aura-t-il trop coûté ?
80311
Ila pour qui conſent à luy rendre
les armes ,
Des biens qu'on ne peut exprimer;
Pour goûter purement leurs plus
Jenſibles charmes ,
Vous n'avez qu'àſçavoir aimer.
En verité , dit la Marquiſe ,
quand le Chevalier euſt achevé
de lire, on a raifon de trou
ver cette Lettre- là belle : Ce
n'eſt pas que je n'en fois furprife,
car comme elle a plus de
bon ſens,que de cebrillant qui
dupe aujourd'huy tant de
Gens , je n'aurois pas crû
qu'elle dût eſtre ſi generalement
applaudie . Je ſuis de vôtre
ſentiment , repartit la Ducheffe,
& cette Epître me paroît
tellement du ſtile de cel
GALANT. 113
les d'Ovide , que je croyois
entendre lire les Epîtres choifies
de ce Poëte ingénieux,
qui ont été ſi bien traduites
en Vers François par Monſieur
de Corneille le jeune.
Elles n'en dirent pas davantage
, afin de donner au Chevalier
le temps de pourſuivre;
ce qu'il fit ainfi .
1
Monfieur du Pas , fort con
nu des Gens de guerre , pour
avoir donné des marques de
ſa valeur en pluſieurs endroits
, & fur tout en Pologne
, où il a été long-temps
avec feu Monfieur le Comte
de Guiche , n'étant plus
en état de ſervir avec la même
vigueur a remis entre
les mains du Roi , qui l'en
a récompensé , fa Char
114 LE MERCURE
*
ge de Lieutenant des Gardes
du Corps , & Sa Majesté l'a
donnée à Monfieur du Repaire
, qui avoit un Regiment
qu'il a quitté pour eſtre plus
pres d'un ſi grand Prince.
Monfieur de Pierrepont ,
Homme d'eſprit , de coeur, &
de qualité , qui a eſté noury
Page de la feuë Reyne Mere
& qui a ſervy plus de vingt
ans en qualité de Lieutenant
des Gardes du Corps, a eſté
pourveu du Gouvernement
de l'Iſle de Ré ; ce qui a fait
monter Monfieur de Bariment
Exempt des Gardes,à la
Charge d'Enſeigne. C'eſt un
Gentilhomme fort bien fait &
qui a beaucoup de qualité.
Laiſſons-le s'apreſter à ſervir
le Roy , & parlons de MonGALANT.
115
es fieur de Maulmont Capitaine
aux Gardes ,& Brigadier d'Infanterie
: Il a eſté Mouſquetaire
du Roy ; & Sa Majesté
ayant reconnu ſa valeur , n'a
pas eſté long-temps ſans la
récompenfer ; il en donne
tous les jours de nouvelles
preuves, & il s'eſt depuis peu
: ſaiſy de pluſieurs Poſtes aux
environs de S.Omer. Monfieur
le Marquis de Genlis , Meſtre
de Camp du Regiment de la
-Couronne , Neveu de Monſieur
de Genlis Lieutenant
General, a eſté tué en forçant
une Redoute aupres de la méme
Place ; Sa valeur trop
boüillante a eſté cauſe de ſa
mort. C'eſt le troifiéme Frere
qui l'a rencontrée à la teſte
dumême Regiment. Le Roy
116 LE MERCURE
l'a donné à un quatrième.
La valeur de ceux qui font
pres de nous, ne doit pas nous
faire oublier celle des Braves
qui vont chercher les périls
dans des lieux plus éloignez ,
où ils ont ſouvent à combattre
la fureur des Elemens les plus
furieux Monfieur du Queſne,
& Monfieur le Marquis de
Preüilly - d'Humieres , Frere
duMaréchal de ce nom ,tous
deux Lieutenans Generaux ,
font de ce nombre ; tous les
Vaiſſeaux Eſpagnols fuyent
devant eux ; & l'intelligence
qu'ils ont de la Marine, jointe
à leur valeur , les fait redouter
de tous ceux qu'ils ont à combattre
fur Mer. Monfieur de
S.André-Montmejan, & Mefſieurs
les Chevaliers de Noail
E 117
GALANT.
f
les & Deſgoutes , Capitaines
des Vaiſſeaux , ont brûlé par
leurs ordres fix grandes Barques
chargées de Blé ſous le
Canon de Piombino .
Monfieur le Comte d'ES
trées Vice- Amiral de France,
dont la réputation eſt établie
fur Mer, & qui n'a pas moins
de valeur que de bonne conduite,
a repris la Cayenne,que
les Hollandois avoient ſurpriſe
l'année derniere. Iln'appartient
qu'aux François de preffer
des Places avec tant de vigueur,
qu'on apprend leur priſe
preſque dans le même
temps qu'on publie qu'elles
font aſſiegées .
Retournons ſur la Terre,nos
plus grandes affaires y font; &
118 LE MERCURE
parlons des Officiers Generaux
que Sa Majesté a nommez
avant ſon depart. Ceux
qui les ont donnez au Public,
en ont oublié beaucoup. Je ne
ſeray peut être pas plus fidelle
dans ce que j'en vay dire ;
mais ſi j'apprens que je me
fois trompé en quelque choſe,
je marqueray dans le Voulme
ſuivant ce qui ſera venu à
ma connoiſſance .
Il y a plus de trois mois que
Sa Majesté a nommé Lieutenans
Generaux pour ſervir
en Sicile , Monfieur le Marſieur
de la Tour de Montauban
, & Monfieur de Mornas;
ce dernier y commandoit déja
en qualité de Maréchal de
Camp ,&Monfieur de Montauban
étoit Lieutenant de
GALANT. 119
e Roy de la Comté. Il a été
Gouverneur de Zutphen &
de Nimegue , & il s'eſt tellement
fait aimer des Peuples
qui ont dépendu de luy , que
ceux de Zutphen mirent ſon
Portrait dans leur Hôtel de
Ville lors qu'il les quitta , avec
deſſein de l'y laiſſer toûjours,
malgré la guerre qui eſt entre
les deux Nations. On doit
avouër que la prudence du
Roy & des Miniſtres eſt grande
, de choisir un Homme
agreable aux Peuples , pour
envoyer dans un lieu où ceux
qui n'auroient pas le ſecret de
ſe faire aimer , y ruineroient
les Affaires de France . Paſſons
aux autres nouveaux Officers
Generaux que Sa Majesté
nomma quelques jours avant
120 LE MERCURE
que de partir.Je ne les mettray
pas icy ſelon les rangs que
chacun peut prétendre par ſa
naiſſance ; les rangs n'eſtans
point réglez en France , ce
n'eſt pas à moy à décider làdeſſus,
Lieutenans Generaux.
Monfieur le Prince de Soubife.
Monfieur le Comte d'Auver-
:
gne .
Les Comtes du Pleſſis ,
De Biſſy,
De Chazeron ,
De Montbron,
& de Gaffion .
Les Marquis de Genlis ,
De Joyeuſe ,
De Rannes ,
De la Trouffe ,
&Monfieur deMonclar.
Mare
GALANT. 121
Mareschauxde Camp.
Monfieur le Comte d'Ayen
Monfieur le Prince Palatin de
Birckenfeld.
Meſſieurs les Marquis de
Lambert ,
De Renty ,
De Schomberg ,
De Tilladet ,
De Boufflers,
De Quincy ,
& De la Rabliere.
Meſſieurs les Chevaliers
Fourbin ,
& De Tilladet. 1
Monfieur le Comte de
Broglio.
Meſſieurs d'Albret
د
De Bocquemare ,
De Cezan ,
D'Ortys ,
De Pertuys ,
A
F
122 LE MERCURE
De Ranche ,
De Revillon,
D'Aſpremont,
De Lançon ,
Des Bonnets ,
& De la Villedieu.
Brigadiers de Gendarmerie .
Monfieurde Jonvelle.
Monfieur de la Fitte .
Brigadiers de Cavalerie.
Meſſieurs les Marquis
De Nonnan ,
De Buſenval ,
De la Salle ,
De la Valette ,
De Montrevel ,
De S. Gelais ,
Du Bordage ,
& De Livourne.
Meſſieurs les Comtes de S.
Aignan ,
&De Tallart.
GALANT.
123
Monfieur le Chevalier de
Grignan ,
Meſſieurs de la Serre ,
De S. Rut ,
De Vivans ,
De Langallerie ,
&Cheverau.
Brigadiers d'Infanterie.
Meſſieurs les Marquis
De Nefle ,
D'Uxelles ,
De la Pierre ,
& De Souvray.
Meſſieurs de Villechauvre ,
De Varennes ,
De S. André ,
De Phisfer ,
Catinat ,
Chimene ,
& Marans .
Voila un grand nombre
Fij
124 LE MERCURE
d'Officiers Generaux ( dira
ton ) ſans ceux qui ont eſté
faits depuis que la guerre dure
; mais on doit conſidérer
que ſi l'on n'en a pas tant veu
dans les Regnes précedens ,
les Armées eſtoient moins
nombreuſes qu'elles ne ſont
aujourd'huy. Cette raiſon ſeule
n'a pas obligé le Roy à donner
cette qualité à tant de braves
Gens ; il y en a pluſieurs
dont le Roy a beſoin autrepart
qu'à l'Armée , & à qui
ce titre eft neceſſaire pour
avoir plus d'autorité dans les
Provinces où ils demeureront.
Je feray connoître dans
un autre Volume quelles ſont
les fonctions des Lieutenans
Generaux , Maréchaux de
Camp,Brigadiers , & Aydes
८
GALANT.
125
de Camp , afin que tous
ceux de l'un & de l'autre
Sexe qui les ignorent , ſçachent
dequoy ils parlent ſi
ſouvent , & dequoy ils félicitent
leurs Amis ou leurs Parens
, lors que le Roy a reconnu
en eux toute la prudence
& toute la valeur neceſſaire
pour eſtre élevez à
l'un de ces grands Emplois.
Tous ceux qui les doivent
remplir cette année ayat eſté
nommez , le Roy fut coucher
à Compiegne le dernier jour
de Fevrier . Monfieur de Louvois
eſtoit party deux jours
auparavant , comme un éclair
qui devance la foudre. Voicy
des Vers qu'on fit ſur ce
qu'il tonna le jour que Sa Majeſté
partit.
Fiij
116 LE MERCURE
Grand Roy ,porteen tous lieuxx
laGuerre,
La Fortune guide tes pas ,
Le Dieu Mars te preste form
bras ,
Et Iupiter te preste Son Tonnerre.
Les ſecours qu'il reçoit de
tant de Divinitez , ſont bien
moins conſidérables que les
fervices que luy rend Monſieur
de Louvois ; on n'a jamais
veu une activité pareille
à la fienne , & il conduit avec
tant de prudence toutes les
choſes qu'il entreprend , qu'il
ne faut pas s'étonner fi elles
luy reüſſiſſent toûjours
fi heureuſement. Sa grande
application aux Affaires , fon
extraordinaire prévoyance, &
GALANT.
127
ſes ſoins continuels , ont fait
fleurir , pour les Armées du
Roy ſeulement , les moins de
May & de Juin dés la fin de
Fevrier , & ( ce qui n'avoit jamais
eſté vû ) a étonné cette
année tous les Peuples qui en
ont oüy parler ; & cinquante
mille Hommes de Cavalerie
& d'Infanterie , ont trouvé
toutes fortes de proviſions ,
& fur tout des fourages , dans
une Saiſon peu avancée, dans
un Païs ruiné , & fur des terres
encor couvertes de neiges
: Cependant rien n'a manqué
, tout a marché malgré
les mauvais chemins , les Travaux
ſe ſont fait malgré les injures
de l'air ; & une Place
où rien ne manquoit , qui
eſtoit conſidérable par ſes
1
Fiiij
128 LE MERCURE
,
de
Fortifications , difficile à prendre
à cauſe de ſa ſituation ,
défenduë par un brave Gouverneur
qui avoit toute la réſolution
qu'il faloit pour ſoûtenir
un long Siege , & par
une Garniſon nombreuſe
compoſée d'Eſpagnols
VValons , d'Italiens , d'Allemans
, & de quantité de Nobleſſe
du Païs , ſans compter
les Bourgeois choiſis qui portoient
les armes ; une Place ,
dis - je , fi forte & fi bien pourveuë
de toutes choſes , a eſté
priſe d'aſſaut apres huit jours
de tranchée ouverte. C'eſt ce
qui paroîtra incroyable aux
Siecles futurs , & qui ne fera
pas ſeulement admirer la valeur
& la parfaite intelligence
du Roy au Meſtier de la
GALANT.
129
guerre ; mais ſa prudence à
choiſir des Miniſtres habiles
& zélez pour ſon ſervice , &
dont la prévoyance a toûjours
eſté ſi grande , qu'il n'a
jamais manqué de trouver en
abondance & l'argent , & toutes
les autres choſes neceſſai-
= res pour l'execution des grandes
entrepriſes qu'il a méditées
. Le Siege de Valenciennes
eſtant une des plus confidérables
qu'on pût faire , par
toutes les raiſons que nous
avons dites cy-deſſus ; fitôt
que le Roy fut arrivé au
Camp , il reconnut la Place ,
&l'on peut dire que les ordres
qu'il donna , furent d'un
Capitaine conſommé , puis
qu'ils ont ſi bien reüſſy. Les
Bourgeois fiers de tout ce que
Fy
130 LE MERCURE
உ
nous avons marqué qui ſervoit
à leur défenſe,donnerent
fur leurs Rampars le jour de
Caréme-prenant, les Violons,
pour ſe moquer des Troupes
qui avoient inveſty la Place ;
mais on leur répondit quelques
jours apres avec d'autres
Inſtrumens qui leur ôterent
l'envie de dançer. Le Mardy
qui ſuivit l'Aubade , la Tranchée
fut ouverte. Voicy les
Noms des Officiers Generaux
qui pendant les huit jours que
le Siege a duré , y ont monté
laGarde.
Premiere Garde.
Elle fut montée par Monfieur
le Maréchal de Schomberg
, Monfieur le Comte de
Magaloti Lieutenant General,
Monfieur le Comte de S.GeGALANT.
131
ran Maréchal de Camp.Monſieur
de Rubantel Brigadier,
& Monfieur le Marquis d'Angeau
Ayde de Camp du Roy.
Monfieur de Jonvelle brigadier
étoit à la tête de la Cavalerie.
On fit plus de fix cens
pas de travail.
Seconde Garde.
Monfieur le Maréchal Duc
de la Feüillade , Monfieur le
Marquis de Renel Lieutenant
General , Monfieur le Marquis
de Tilladet Maréchal de
Camp , Monfieur le Marquis
de Revel Brigadier de Cavalerie
, Monfieur d'Aubarede
Brigadier d'Infanterie , &
Monfieur le Prince d'Harcour
Ayde de Camp du Roy , entrerent
dans la Tranchée àla
:
132 LE MERCURE
place de ceux qui en fortirent.
On l'avança beaucoup, & l'on
fit des Places d'armes.
Troifiéme Garde.
La ſeconde Garde fut relevée
par Monfieur le Duc de
Luxembourg , Monfieur le
Marquis de la Cardonniere
Lieutenant General, Monfieur
le Chevalier de Sourdis Maréchal
de Camp, Monfieur de
Bertillac Brigardier de Cavalerie,
Monfieur de Tracy Brigadier
d'Infanterie , & Monſieur
le Marquis de Chiverny
Ayde de Camp du Roy.
Quatriéme Garde .
Ceux qui la monterent furent
Monfieur le Maréchal
de Lorge , Monfieur le Comte
du Pleſſis Lieutenant Ge-
1
neral
2 Monfieur d'Albret ,
GALANT.
Maréchal de Camp,Monfieur
le Marquis de Livourne Brigadier
de Cavalerie , Monſieur
le Marquis de Bourlemont
Brigadier d'Infanterie,
& Monfieur le Marquis de
- Cavoye Ayde de Camp dư
Roy. Le Canon & les Carcaſſes
firent grand feu. On inſulta
une Redoute, & l'on prit
un Fauxbourg.
Cinquiéme Garde .
د
Les Officiers Generaux qui
relevent la Garde précedente,
furent Monfieur le Maréchal
d'Humieres Monfieur le
Comte d'Auvergne Lieutenant
General , Monfieur le
Chevalier de Tilladet Maréchal
de Camp , Monfieur
le Chevalier de Grignan
Brigardier de Cavalerie,
134 LE MERCURE
Monfieur de S.Georges Bri--
gadier d'Infanterie , & Monfieur
le Chevalier de Nogent
Ayde de Camp du Roy. Le
Canon ruina des Defences;on
fit de grandes Places d'armes ,
& les Carcafſes mirent le feu
àpluſieurs Maiſons. Le feude
ces Carcaffes ne ſe peut éteindre
, il brûle dans l'eau , elles
font remplies de Grenades &
de Canons de Mouſquet chargez
de Balles .
Sixième Garde.
Elle fut montée par Monfieur
le Maréchal Schomberg,
Monfieur le Duc de Villeroy
Lieutenant General , Monfieur
le Prince Palatin de Birchenfeld
, de la Maiſon Palatine
, Lieutenant General ,
Mõſieur le Marquis deMontGALANT.
135
S
revel Brigadier de Cavalerie
, Monfieur le Marquis de
la Pierre Brigadier d'Infanterie
, & Monfieur le Marquis
d'Arcy Ayde de Cấp du Roy.
Septiéme Garde
Monfieur le Maréchal de
Schomberg , & les Officiers
Generaux de la Garde précedente,
furent relevez parMonſieur
le Maréchal Duc de la
Feüillade , Monfieur le Comte
de Montbron Lieutenant
General,Monfieur Stoup Maréchal
de Camp , Monfieur le
Marquis de Revel Brigadier de
Cavalerie,Monfieur leMarquis
d'Uxelles Brigadier d'Infanterie,&
Monfieur le Prince d'Elbeuf
Ayde de Camp du Roy.
On avança les Batteries & les
Mortiers ; la Tranchée étenduë
en trois branches, enviro136
LE MERCURE
na l'Ouvrage qu'on vouloit
attaquer , & l'on fit des Places
d'armes aſſez grandes pour
mettre un bon Corps d'Infanterie
à couvert .
Huitiéme Garde.
Ceux qui eurét le bon- heur
de monter la Garde le jour de
l'Attaque, furent M.le Duc de
Luxembourg,Mõſieur le Marquis
de la Trouſſe Lieutenant
General , Monfieur le Comte
de S. Geran Mareſchal de
Camp ,& Monfieur le Chevalier
de Vendôme Ayde de
Camp du Roy. Les Troupes
qui monterent la Tranchée
avec eux , furent trois Bataillons
des Gardes Françoiſes ,
commandez par Monfieur de
Rubantel Brigadier & Capiraine
de ce Regiment. Mon,
GALANT.
137
ſieur de Magaloti qui n'eſtant
point Lieutenant General de
jour n'y devoit point entrer,
ne pût ſe réſoudre à perdre
une fi belle occaſion de ſe fignaler,&
il y fut en qualité de
Lieutenant Colonel des Gardes
. Les autres Commandans
firent de méme , & ſe mirent
à la tête des Détachemens de
leurs Corps ſans y eſtre obli
gez . Meſſieursles Marquis de
Bourlemont & de la Pierre ,
furent de ce nombre , & commanderent
les Bataillons détachez
de Picardie & de Soiffons
. Les Détachemens des
Mouſquetaires blancs& noirs ,
furent commandez parMonfieur
le Chevalier de Fourbin ,
& par Monfieur le Marquis
de Jonvelle. Ils pouvoient s'en
38 LE MERCURE
diſpenſer,nonſeulement comme
Officiers Generaux qui
n'étoient pas de jour,mais encor
parce qu'ils n'étoient pas
obligez de commander des
Détachemens: cependant leur
courage l'emporta fur toutes
ces raiſons , & ils ſe mirent à
la tête des Mouſquetaires.Les
autres Troupes qui partagerent
la gloire de cette grande
Journée,furent la Compagnie
desGrenadiers de la Maiſon
du Roy , commandée par
Monfieur Riotor , quarante
deux Compagnies de tous les
Bataillons de l'Armée , & les
Carabins des Gardes. Le Roy
ayant donné les ordres à tous
les Officiers Generaux,Monfieur
de Luxembourg accompagné
de tantdebraves Gens,
GALANT.
139
& de tous les Officiers qui
commandoient les Détachemens
, viſita pendant toute la
nuit les lieux qu'on devoit infulter.
Le Signal fut donné à
-huit heures du matin ; l'Ouvrage
courőné fut attaqué par
- le front par le Marquis de la
Trouffe & le Comtede S.Ge
ran , qui étoient à la tête des
Gardes & de Picardie. On
- n'attaque ordinairement ces
■ fortes d'Ouvrages que par le
devant , on s'y loge peu à peu,
on en eſt chaſſe , on les reprend
, & c'eſt ce qui fait la
longueur des Sieges ; mais les
Fraçois animez par la préſence
de leur Roy , n'en uſent pas
ainfy.L'Ouvrage fut enmême
temps attaqué & par le front
& par la gorge , c'eſt à dire
préque par derriere ,& fur le
140 LE MERCURE
bord du Foſſé , ou l'on effuye
le feu des Rampars. Ceux
qu'on commanda pour la droite,
furent les Grenadiers de la
Maiſon du Roy, ſoûtenus des
Mouſquetaires de la Premiere
Compagnie , & d'un Détachement
des Gardes commandé
par Meſſieurs de la
Tournelle & d'Avegeant . Le
coſté gauche fut attaqué par
les Grenadiers de Picardie,les
Mouſquetaires de la Seconde
Compagnie , & un Détachement
de Picardie . Les Troupes
forcerent tous les Dehors
; & les Ennemis eſtant
non ſeulement attaquez par
le front, mais ſe voyant encor
pris en flanc des deux coſtez,
ſe ſauverent de poſte,en poſte
& gagnerent la Ville , où nos
GALANT.
141
Gens entrerent avec eux ; ils
pouſſerent la Cavalerie qui
eſtoit en Bataille , juſques
dans la Place d'armes , & fe
barricaderent contre elle &
contre les Bourgeois. Un
Commiſſaire d'Artillerie,dont
je voudrois ſçavoir le nom ,
pour luy rendre icy la gloire
qui luy eſt deuë ; eut l'efprit
aſſez préſent pour ſuivre
tant de braves Gens , &
pour tourner le Canon qui
eſtoit fur les Rampars contre
la Ville . Meſſieurs Fourbin
, Jonvelle,Maupertuis , le
Marquis de Vains , Coiſſac,de
Barriere, de la Hoguette,&de
Rigoville,Officiers des Moufquetaires
,& Meſſieurs Riotor,
Boitirou , & quelques Officiers
des autres Corps, furent
142 LE MERCURE
quelque temps dans la Ville
en petit nombre. Le Roy n'eut
pas ſi - toſt appris que les
Troupes commençoient à entrer
, qu'il ordonna qu'on empêchât
le pillage , & l'on ne
trouva point de meilleur
moyen pour arreſter les Soldats,
que de crier, voila le Roy.
Ces paroles leur inſpirerent
d'abord une crainte reſpe-
Etueuſe qui les retint , & fi ſa
préſence avoit fait prendre ſi
promptement une Place ſi importante
, il n'a eſté beſoin
que de prononcer fon nom
pour la garantir du pillage. Sa
Majesté a fait grace à tous les
Habitans, qu'elle a remis dans
tous leurs Privileges , & ils ſe
font obligez de bâtir une Citadelle
à leurs deſpens.
GALANT. 143
La conduite & la valeur
que Monfieur le Duc de Luxembourg
a fait voir dans
cette occafion , où il a eſté legerement
bleſſé , luy ont acquis
beaucoup de gloire. Ce
n'eſt pas qu'il n'en fut déja
couvert , & qu'on ne ſe ſouvienne
encor des importantes
Places qu'il a priſes en ſi
peu de temps , lors qu'il commandoit
un Détachement des
Troupes de France avec celles
de Munſter : On n'a pas
ablié l'Affaire de Bodengrave,
ſur laquelle on aura peine
à croire l'hiſtoire ; & l'on parle
encor aujourd'huy de la
Courſe qu'il fit juſques aupres
de la Haye , où le dégel
l'empeſcha d'entrer. Toutes
ces grandes Actions luy don-
A
144 LE MERCURE
nerent la voix du Peuple pour
le Baſton de Maréchal de
France , dont Sa Majesté reconnut
ſes ſervices quelque
temps apres , & elle adjoûta
mefine au Baſton qu'elle luy
donna, l'une des Charges de
Capitaine de ſes Gardes.
Monfieur le Chevalier de
Vendôme n'étant point de
jour , ne laiſſa pas de ſe trouver
comme Volontaire à l'Attaque
de l'Ouvrage couronné
: Il ne faut pas s'en étonner
, c'eſt un Lion dans lo
Combat ; & ce qu'il fit en
Candie dans un âge fi peu
avancé , eſt une grande marque
de ſa valeur.
Monfieur le Marquis de
Coeuvres s'eſt pareillement
ſignalé à la teſte du Détachement
GALANT.
145
in
ment de fon Regiment.
Monfieur le Comte de S.
Geran a eſté bleſſé d'uneGrenade,
en donnant des marques
d'une valeur extraordinaire.
Monfieur le Marquis de Sevigny
a auſſi eſté bleſſé àla
teſte des Dauphins en portant
des Faſeines , avec une intrépidité
ſans exemple.
Meſſieurs de Champigny
Capitaine aux Gardes , le
Marquis du Charmel , Boutet,
& de Cailleries , ont acheté
par la perte d'un peu de ſang,
la gloire qu'ils ont acquiſe.
Monfieur de Sainte CatherineCommiſſaire
de l'Artillerie
, a êté tué , auſſi bien que
Monfieur le Marquis de Bourlemont
Brigadier d'Infanterie
& Mestre de Camp de Picar-
G
146 LE MERCURE
die . Ce dernier avoit donné
desmarques d'une valeur extraordinaire
en pluſieurs rencontres
, & fur tout en Allemagne.
Jamais Officier n'a
eſté plus regreté. Monfieur
deHarcour de Bevron,qui a fi
bien ſervy à Maſtric, a eu ſon
Regimét.Pluſieurs eſtans embaraſſez
par le nom de Harcour,
je croy devoir expliquer
icy que Harcour eſt un nom
de Famille , & Bevron d'une
Terre ; au lieu que dans la
Maiſon de Loraine , Harcour
eſt le nom d'une Comté. Le
Fils de Monfieur le Maréchal
d'Humieres a eu le Regiment
d'Harcour.
Le Roy a donné le Gouvernement
de Valenciennes
à Monfieur de Magaloti.
GALANT. 147
1
R
1
Nous avons parlé de ſon mérite
; c'eſt un Homme propre
à gouverner un grand Peuple,&
ce choix fait voir que Sa
Majesté ne fait rien fans l'avoir
examiné , & qu'avec un
jugement & une prudence
admirable .
Monfieur Foucaut Lieutenant
Colonel du Regiment de
Bourgogne,a eu la Lieutenance
de Roy,& ce Prince a voulur
econnoître par là les ſervices
qu'il luy a rendus. La Majorité
à êté donnée à Monſieur
de Chazerat Capitaine
dans Navarre , tres- habile Ingénieur
, Monfieur Genty Brigadier
des Gardes du Corps,
a été fait Ayde- Major , &
Monfieur le Conte de QuincyGrandBailly.
Gij
148 LE MERCURE
Le Roy apres la priſe de la
Place , ayant eſté viſiter les
Travaux qu'il avoit ordonnez
pendant le Siege , a eſté ſi ſatisfait,
qu'il a fait doner vingtcinq
mille Ecus à Monfieur de
Vauba qui les avoit conduits.
Meſſieurs de Jonvelle , de
Vains , Maupertuis, de la Hoguette,
des Banieres, Rigoville
, & de Moiſſac, ont eu non
ſeulement beaucoup de loüanges
de Sa Majesté,mais ils ont
méme eu fur l'heure des récompenfes
dignes de leur valeur
. On promettoit autrefois
à la Cour; mais aujourd'huy
on donne ſans avoir promis.
Le Chevalier s'arreſta en
cet endroit pour reprendre haleine,&
chacun raiſonna fur ce
qu'il venoit d'entendre. La
1
149. GALANT
1
Marquiſe dit qu'elle avoit appris
les noms de plus de dou
ze Officiers Generaux qui avoient
eſté oubliez dans pluſieurs
Liſtes qui en avoient
couru , & qu'elle avoit remarqué
un grand nombre de particularitez
touchant le Siege
& la priſe de Valenciennes,
dont le Public n'avoit point
eſté inſtruit . D'autres dirent
que ſans le Mercure ils n'auroient
pas ſçeu les noms d'une
partie de ceux que le Roy
avoit ſi bien récompenfez, &
que ce Livre ſervoit à ramaſſer
bien des choses qui pour la
gloire de ce Grand Monarque
ne devoiết pas eſtre ignorées
.Le Chevalier ayat témoigné
qu'il n'avoit plus que trois
ou quatre pages à lire, on luy
Giij
150 LE MERCURE
preſta ſilence ,& il acheva de
cette forte.
On a pris en Allemagne &
en Loraine deux Fortereſſes
conſidérables ; la premiere eſt
celle d'Achſpourg , aux environs
de Saverne , qui a eſté
priſe par Monfieur de Monclar;
& la ſeconde, le Château
de Dabo, pres de Phalsbourg,
dont Monfieur de Boiſdavid
s'eſt rendu maiſtre avec cinq
cens Fantaſſins , & fix vingts
Chevaux.
Monfieur le Chevalier de
Renel a entierement défait
pres de Fribourg un Party
conſidérable qui estoit commandé
par le Baron de Mercy,
qui paſſe chez les Ennemis
pour un fameux Partiſan .
Tout Paris a témoigné
GALANT.
151
1
beaucoup de joye de la priſe
de Valanciennes , mais celle
qu'en a fait voir Monfieur le
Preſident de Pomereüil , Conſeiller
d'Etat ordinaire,& Pre
voſt des Marchands , a fait
beaucoup d'éclat. Le jour
que le Te Deum fut chanté , il
fit faire un Feu d'Artifice devant
ſon Logis : Il ne faut pas
s'en étonner , c'eſt un des plus
zelez Serviteurs du Roy , &
des plus beaux Eſprits que
nous ayons.
Monſeigneur le Dauphin a
eſté voir l'Obſervatoire. Il y a
tant de choſes à dire fur ce fujet,
que je ſuis obligé de les reſerver
pour le premier Volume,
dans lequel on apprendra
tout ce que l'on y voit de curieux
,& les Noms de tous les
Giiij
152 LE MERCURE
Illuſtres qui compoſent cette
eſpece d'Academie.
Monfieur le Cardinal d'E
trées , qui n'avoit point encor
veu la Reyne,ny Monſeigneur
le Dauphin depuis ſa Promotion
au Cardinalar , leur a eſté
preſenté par Monfieur deBonneüil
, Introducteur des Ambaffadeurs.
Ceux qui n'en ſçavent
pas la raiſon,apprendront
qu'il a eſté reçeu comme Cardinal
d'une Nomination étrangere
.
Il eſt vray , dit la Ducheſſe
quand le Chevalier eut achevé
de lire , qu'on aprend dans
le Mercure mille petites choſes
particulieres qu'on ne
pourroit mettre autre- part ; &
ce que je viens d'entendre
m'oblige encore plus forteGALANT.
153
tement à me declarer pour ce
Livre , que je n'avois fait au-
1 paravant. Mais dites-moy , je
vous prie , continua- t - elle en
s'adreſſant au Chevalier,comment
faudra- t- il faire pour inſtruire
l'Auteur de certaines
choſes qu'il ne pourra ſçavoir,
àmoins de quelques Avis particuliers
? Il ne faudra, rêpondit
le Chevalier , qu'envoyer
les Memoires qu'õ voudra luy
faire tenir , A Lyon chez Thomas
Amaulry Libraire ruë
Merciere à laVictoire.mais,interrõpit
la Marquiſe en haufſant
la voix , d'où vient qu'il
n'a point parlé des Modes
nouvelles ? C'eſt , luy repartit
le Chevalier , parce que le
temps de Jubile n'eſtoit pas
propre pour cette matiere
154 LE MERCURE
mais vous ferez fatisfaite làdeſſus
dans le premier Volume
, où l'Autheur doit mettre
une Galanterie affez agreable
qui commence à courir dans
le monde , intitulée la Maladie
de l'Amour.Comme il eſtoit
déja tard , on ne joua point , &
la Compagnie ſe ſepara apres
avoir finy la Converſation par
où elle avoit eſté commencée,
c'eſt à dire par les Nouvelles
de la Guerre.
FIN.
*
Extrait du Privilege du Roy .
DArGrace & Privilege
du Roy , Donné
à S. Germain en Laye le 15. Fev. 1672 .
Signé , Par le Roy en ſon Conſeil VILLET.
Il eſt permis au Sieur DAM. de faire imprimer
, vendre & debiter par tel Imprimeur
& Libraire qu'il voudra choiſir , un
Livre intitulé LE MERCURE GALANT , en
un ou pluſieurs Volumes, pendant le temps
de dix ans entiers , à compter du jour que
chaque Volume ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois. Et defenſes ſont faites
de contrefaire leſd. Volumes , à peine
de ſix mille livres d'amende , ainſi que plus
au l'ong il eſt porté eſdites Lettres .
Regiſtre ſur le Livre de la Communauté
le 27. Fevrier 1672 .
Signé , D. THIERRY , Syndic.
Ledit Sieur Dam. à cedé ſon droit de
Privilege à ТноMASAMAULRY fuivant
l'accord fait entre eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois
le premier Avril 167
Qualité de la reconnaissance optique de caractères