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Titre

LISIMAQUE.

Titre d'après la table

Lisimaque, par l'auteur de l'Esprit des loix,

Fait partie d'une section
Page de début
31
Page de début dans la numérisation
706
Page de fin
36
Page de fin dans la numérisation
711
Incipit

Lorsqu'Alexandre eut détruit l'Empire des Perses, il voulut que l'on crût

Texte
L'Auteur de l'Esprit des loix nous a permis
d'imprimer le morceau fuivant qu'il a
fait pour l'Académie de Nancy : cette fiction
eft fi intereffante & fi noble qu'il n'eft pas
poffible de la tire fans aimer & fans admirer
le grand Prince qui en est l'objet.
LISIMA QUE.
Lorfqu'Alexandre eut détruit l'Empire
Perfes , il voulut que l'on crût
qu'il étoit fils de Jupiter. Les Macédoniens
étoient indignés de voir ce Prince
rougir d'avoir Philippe pour pere : leur
mécontentement s'accrut lorfqu'ils le virent
prendre les moeurs , les habits & les
manieres des Perfes , & ils fe reprochoient
tous d'avoir tant fait pour un homme qui
commençoit à les méprifer ; mais on murmuroit
dans l'armée , & l'on ne parloit
pas.
Un Philofophe nommé Calisthene, avoit
fuivi le Roi dans fon expédition : un jour
qu'il le falua à la maniere des Grecs ;
d'où vient , lui dit Alexandre , que tu ne
B.iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
m'adores pas ? Seigneur , lui dit Califthene
, vous êtes le maître de deux nations ;
l'une efclave avant que vous l'euffiez ſoumife
, ne l'eft pas moins depuis que vous
l'avez vaincue ; l'autre libre avant qu'elle
vous fervît à remporter tant de victoires ,
l'eft encore depuis que vous les avez remportées.
Je fuis Grec , Seigneur , & ce
nom vous l'avez élevé fi haut que fans
vous faire tort , il ne vous eft plus permis
de l'avilir .
Les vices d'Alexandre étoient extrêmes
comme fes vertus ; il étoit terrible dans
fa colere , elle le rendoit cruel : il fit couper
les pieds , le nez & les oreilles à Califthene
, ordonna qu'on le mît dans une
cage de fer , & le fit porter ainfi à la fuite
de l'armée .
J'aimois Califthene , & de tous tems
lorfque mes occupations me laiffoient quelques
heures de loifir , je les avois employées
à l'écouter ; & fi j'ai de l'amour
pour la vertu , je le dois aux impreffions
que fes difcours faifoient fur mon coeur.
J'allai le voir : je vous falue , lui dis - je ,
illuftre malheureux , que je vois dans une
cage de fer , comme on enferme les bêtes
féroces , pour avoir été le feul homme de
l'armée.
Lifimaque , me dit- il , quand je fuis
DECEMBRE. 1754. 33
dans une fituation qui demande de la
force & du courage , je me crois en quelque
maniere à ma place ; en vérité fi les
Dieux ne m'avoient mis fur la terre que
pour y mener une vie molle & voluptueufe
, je croirois qu'ils m'auroient donné en
vain une ane grande & immortelle : jouir
des plaifis des fens eſt une choſe dont tous
les hommes font aifément capables ; & fi
les Dieux ne nous ont fait que pour cela ,
ils ont fait un ouvrage plus parfait qu'ils
n'ont voulu , & ils ont plus exécuté qu'entrepris.
Ce n'eft pas , ajouta-t- il , que je
fois infenfible ; vous ne me faites que trop
voir que je ne le fuis pas : quand vous êtes
venu à moi , j'ai trouvé d'abord quelque
plaifir à vous voir faire une action de
courage ; mais au nom des Dieux , que
ce foit pour la derniere fois , laiffez- moi
foutenir mes malheurs , & n'ayez pas la
eruauté d'y joindre encore les vôtres.
Califthene , lui dis - je , je vous verrai
tous les jours : fi le Roi vous voyoit abandonné
des gens vertueux il n'auroit plus
de remords , & commenceroit à vous croire
coupable. Ah ! j'efpere qu'il ne jouira pas
du plaifir de voir que la crainte de fes châtimens
me fait abandonner un ami.
Un jour Califthene me dit : les Dieux
immortels m'ont confolé , & depuis ce
Bv
34 MERCURE DE FRANCE .
ems je fens en moi quelque chofe de divin
qui m'a ôté le fentiment de mes peines ; j'ai
vû en fonge le grand Jupiter , vous étiez auprès
de lui , vous aviez un fceptre à la main
& un bandeau royal fur le front ; il vous a
montré à moi , & m'a dit : il te rendra heureux.
L'émotion où j'étois m'a réveillé ;
je me fuis trouvé les mains au Ciel , &
faifant des efforts pour dire : grand Jupiter
, fi Lifimaque doit regner ,
fais qu'il
regne avec juſtice . Lifimaque , vous regne
rez , croyez un homme qui doit être agréa
ble aux Dieux , puifqu'il fouffre pour la
vertu .
Cependant Alexandre ayant appris que
je refpectois la mifere de Califthene , que
j'allois le voir , & que j'ofois le plaindre ,
entra dans une nouvelle fureur : va , ditil
, combattre contre les lions , malheu
reux qui te plais tant à vivre avec les bêtes
féroces. On différa mon fupplice pour le
faire fervir de fpectacle à plus de.gens.
Le jour qui le précéda j'écrivois ces mots
à Califthene je vais mourir , toutes les
idées que vous m'aviez données de ma
future grandeur fe font évanouies de mon
efprit ; j'aurois fouhaité d'adoucir les malheurs
d'un homme tel que vous ... Préxaque
, à qui je m'étois confié , m'apporta
cette réponſe.
DECEMBRE. 1754 . 35.
Lifimaque , fi les Dieux ont réfolu que
vous regniez , Alexandre ne peut pas vous
ôter la vie ; car les hommes ne refiftent
pas à la volonté des Dieux .
Cette lettre m'encouragea , & faifant
réflexion que les hommes les plus heureux
& les plus malheureux font également environnés
de la main divine , je réfolus de
me conduire , non pas par mes efpérances
, mais par mon courage , & de défendre
jufqu'à la fin une vie fur laquelle il
y avoit de fi grandes promeffes.
On me mena dans la carriere ; un peuple
immenfe étoit accouru pour être témoin
de mon courage ou de ma frayeur :
on me lâcha un lion furieux . J'avois plié
mon manteau autour de mon bras ; je lui
préfentai ce bras , il voulut le dévorer ;
je lui faifis la langue , la lui arrachai , &
le jettai à mes pieds.
Alexandre aimoit naturellement les actions
courageufes , il admira ma réſolution
, & ce moment fut celui du retour
de fa grande ame. Il me fit appeller , &
me tendant la main : Lifimaque , me ditil
, je te rends mon amitié , rends-moi la
tienne ; ma colere n'a fervi qu'à te faire
faire une action qui manque à la vie d'Alexandre.
Je reçus les graces du Roi , j'adorai
les décrets des Dieux , & j'attendis
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
leurs promeffes fans les chercher ni les
fuir.
que
Alexandre mourut , & toutes les nations
furent fans maître . Les fils du Roi étoient
dans l'enfance , & fon frere Aridée n'en
étoit pas encore forti . Olimpias n'avoit
la hardieffe des ames foibles , & tout
ce qui étoit cruauté étoit pour elle du courage.
Roxane , Euricide , Statire étoient
perdues dans la douleur ; tout le monde
dans le Palais fçavoit gémir , & perfonne
ne fçavoit regner. Les Capitaines d'Alexandre
leverent donc les yeux fur ſon trône
; mais l'ambition de chacun fut con
tenue par l'ambition de tous . Nous partageâmes
l'Empire , & chacun de nous
crut avoir partagé le prix de fes fatigues.
Le fort me fit Roi d'Alie , & à préfent que
je puis tout , j'ai plus befoin que jamais
des leçons de Califthene . Sa joie m'annonce
que j'ai fait quelque bonne action , & fes
foupirs me difent que j'ai quelque mal à
réparer. Je le trouve entre mor & les
Dieux , je le retrouve entre mon peuple &
moi. Je fuis le Roi d'un peuple qui m'aime;
les peres de famille efperent la longueur
de ma vie , comme celle de leurs
enfans ; les enfans craignent de me perdre
, comme ils craignent de perdre leur
pere ;mes fujets font heureux, & je le fuis,
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte relate une fiction écrite par l'auteur de 'L'Esprit des lois' pour l'Académie de Nancy. Cette œuvre met en scène le prince Lysimaque et Alexandre le Grand. Après avoir conquis l'Empire perse, Alexandre revendique une ascendance divine, ce qui suscite l'indignation des Macédoniens. Son adoption des coutumes perses accentue encore davantage le mécontentement de ses soldats. Le philosophe Callisthène, présent lors de l'expédition, refuse d'adorer Alexandre comme un dieu, ce qui provoque la colère du roi. En conséquence, Alexandre fait mutiler Callisthène et le fait enfermer dans une cage de fer. Lysimaque, ami de Callisthène, lui rend visite malgré les dangers. Callisthène exprime sa résignation face à son sort et encourage Lysimaque à ne pas abandonner ses visites. Plus tard, Callisthène révèle à Lysimaque un songe où Jupiter lui prédit qu'il régnera avec justice. Alexandre, apprenant les visites de Lysimaque à Callisthène, le condamne à combattre un lion. Lysimaque survit au combat, impressionnant Alexandre qui lui rend son amitié. À la mort d'Alexandre, les nations restent sans maître. Les capitaines d'Alexandre se partagent l'empire, et Lysimaque devient roi d'Alié. Il continue de chercher les conseils de Callisthène pour gouverner avec justice et sagesse.
Soumis par kipfmullerl le