Titre
EXTRAIT du Saint-James, s Chronicle, du 23 Octobre 1762.
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192
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199
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2
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194
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201
Incipit
« Nous savons, Monsieur, l'estime que tous les » honnêtes gens ont pour votre Gazette ; c'est ce
Texte
EXTRAIT du Saint- James , s Chronicle , du 23
Octobre 1762.
» Nous favons , Monfieur , l'eſtime que tous les
» honnêtes gens ont pour votre Gazette ; c'eſt ce
» qui
IANVIER. 1763. 193
"
qui nous engage à vous prier d'y inférer l'ar-
» ticle fuivant. Il eſt trop jufte de rétablir l'hon-
» neur des citoyens de Londres , griévement bleifé
par l'imputation d'une conduite incivile & grof-
» Gere envers M. le Duc de Nivernois , dont on
charge particuliérement ceux d'entre nous que
» leurs affaires raffemblent à la Bourſe.
"
»SIGNE , Plufieurs Marchands de la Ville de
» Londres. »
Il s'eft répandu que le Duc de Nivernois , Miniftre
Plénipotentiaire de France , avoit été infulté
à la Bourle le 15 de ce mois : le fait eft exactement
tel qu'on va le rapporter . Sur les deux
heures & un quart le Duc de Nivernois , accompagné
d'une autre perfonne , vint à la Bourfe
dans le carroffe du Lord Spencer. Il s'arrêta vis- àvis
de la porte du Midi , dans l'intention apparemment
de voir la Bourſe , & de fe rendre enfuite
, en la traverfant , chez le fieur Ellicott , Hor
loger du Roi , pour lui commander quelque ouvrage.
Le bruit de l'arrivée du Duc de Nivernois
fe répandit promptement : chacun defirant de
voir ce Miniftre , la multitude ne tarda pas à l'environner
; mais ce fut fans qu'on lui fît là moindre
infulte, ni fans qu'il parût même qu'on en eût le
deffein. Le Duc de Nivernois ne put prendre cet
empreffement général que comme un fentiment
honnête. S'appercevant néanmoins qu'il ne pouvoit
plus refter inconnu , il s'avança vers la maifon
du fieur Ellicott . Il eft vrai qu'il s'étoit amaffé
autour de lui une foule prodigieufe mais : perfonne
ne manqua à ce qui lui étoit dû , & il ne fut point
preflé par cette foule , ainfi qu'on l'a prétendu.
Tant que le Duc de Nivernois refta chez le fieur
Ellicott , il y eut toujours une grande quantité de
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
l'allée du
monde autour de la maifon . Le Connétable ou
Exempt de la Bourfe , pour le traiter avec la diftinction
& les égards qui font dus à une pertonne
revêtue d'un caractère fi refpectable , l'accompagna
lorfqu'il fortit , comme le fit anffi le fieur
Ellicott lui-même. La porte du Midi , vers lail
quelle il étoit retourné , le trouvant fermée ,
fut obligé de retourner fur les pas pour fortir par
celle du Nord , & de faire le tour par
Château pour regagner la rue de Cornhill. La
foule fe groffit, toujours , & quelques gens éloignés
du chemin que fuivoit le Duc de Nivernois
ont peut- être imaginé , fur ce qu'ils le voyoient
revenir fur fes pas , qu'il avoit reçu quelque infulte
: il eft cependant conftant qu'il eſt arrivé à
fon carroffe fans avoir éprouvé la moindre malhonnêteté
de la part de ceux qui l'avoient approché
de plus près , & que quand il eft parti on n'a
pas tenu le moindre propos indécent ou groffier .
Le murmure que l'on dit avoir entendu eft venu
d'un Négociant qu'on ne peut. foupçonner d'incivilité
: ce Négociant ayant imaginé que le Duc de
Nivernois , dont il étoit fort éloigné , avoit reçu
a fait entendre un murmure quelque offenle
léger & très-innocent , dans la vue de contenir
dans les bornes de la bienséance & de rappeller à
leur devoir ceux que l'ardeur de la curiofité auroient
pu emporter trop loin . Le Duc de Nivernois
eft lui-même fi perfuadé qu'il n'y a aucun défagrément
à craindre par le manque de fçavoir vi
vre des citoyens de Londres , qu'il le propofe de
venir revoir la Bourſe , jugeant avec raifon que
c'est un érabliffement qu'on ne fçaurolt trop louer
top admirer
Octobre 1762.
» Nous favons , Monfieur , l'eſtime que tous les
» honnêtes gens ont pour votre Gazette ; c'eſt ce
» qui
IANVIER. 1763. 193
"
qui nous engage à vous prier d'y inférer l'ar-
» ticle fuivant. Il eſt trop jufte de rétablir l'hon-
» neur des citoyens de Londres , griévement bleifé
par l'imputation d'une conduite incivile & grof-
» Gere envers M. le Duc de Nivernois , dont on
charge particuliérement ceux d'entre nous que
» leurs affaires raffemblent à la Bourſe.
"
»SIGNE , Plufieurs Marchands de la Ville de
» Londres. »
Il s'eft répandu que le Duc de Nivernois , Miniftre
Plénipotentiaire de France , avoit été infulté
à la Bourle le 15 de ce mois : le fait eft exactement
tel qu'on va le rapporter . Sur les deux
heures & un quart le Duc de Nivernois , accompagné
d'une autre perfonne , vint à la Bourfe
dans le carroffe du Lord Spencer. Il s'arrêta vis- àvis
de la porte du Midi , dans l'intention apparemment
de voir la Bourſe , & de fe rendre enfuite
, en la traverfant , chez le fieur Ellicott , Hor
loger du Roi , pour lui commander quelque ouvrage.
Le bruit de l'arrivée du Duc de Nivernois
fe répandit promptement : chacun defirant de
voir ce Miniftre , la multitude ne tarda pas à l'environner
; mais ce fut fans qu'on lui fît là moindre
infulte, ni fans qu'il parût même qu'on en eût le
deffein. Le Duc de Nivernois ne put prendre cet
empreffement général que comme un fentiment
honnête. S'appercevant néanmoins qu'il ne pouvoit
plus refter inconnu , il s'avança vers la maifon
du fieur Ellicott . Il eft vrai qu'il s'étoit amaffé
autour de lui une foule prodigieufe mais : perfonne
ne manqua à ce qui lui étoit dû , & il ne fut point
preflé par cette foule , ainfi qu'on l'a prétendu.
Tant que le Duc de Nivernois refta chez le fieur
Ellicott , il y eut toujours une grande quantité de
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
l'allée du
monde autour de la maifon . Le Connétable ou
Exempt de la Bourfe , pour le traiter avec la diftinction
& les égards qui font dus à une pertonne
revêtue d'un caractère fi refpectable , l'accompagna
lorfqu'il fortit , comme le fit anffi le fieur
Ellicott lui-même. La porte du Midi , vers lail
quelle il étoit retourné , le trouvant fermée ,
fut obligé de retourner fur les pas pour fortir par
celle du Nord , & de faire le tour par
Château pour regagner la rue de Cornhill. La
foule fe groffit, toujours , & quelques gens éloignés
du chemin que fuivoit le Duc de Nivernois
ont peut- être imaginé , fur ce qu'ils le voyoient
revenir fur fes pas , qu'il avoit reçu quelque infulte
: il eft cependant conftant qu'il eſt arrivé à
fon carroffe fans avoir éprouvé la moindre malhonnêteté
de la part de ceux qui l'avoient approché
de plus près , & que quand il eft parti on n'a
pas tenu le moindre propos indécent ou groffier .
Le murmure que l'on dit avoir entendu eft venu
d'un Négociant qu'on ne peut. foupçonner d'incivilité
: ce Négociant ayant imaginé que le Duc de
Nivernois , dont il étoit fort éloigné , avoit reçu
a fait entendre un murmure quelque offenle
léger & très-innocent , dans la vue de contenir
dans les bornes de la bienséance & de rappeller à
leur devoir ceux que l'ardeur de la curiofité auroient
pu emporter trop loin . Le Duc de Nivernois
eft lui-même fi perfuadé qu'il n'y a aucun défagrément
à craindre par le manque de fçavoir vi
vre des citoyens de Londres , qu'il le propofe de
venir revoir la Bourſe , jugeant avec raifon que
c'est un érabliffement qu'on ne fçaurolt trop louer
top admirer
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
Le Saint-James Chronicle du 23 octobre 1762 rétablit l'honneur des citoyens de Londres, accusés d'incivilité envers le Duc de Nivernois, ministre plénipotentiaire de France. Le 15 janvier 1763, le Duc de Nivernois se rend à la Bourse de Londres dans le carrosse du Lord Spencer. À son arrivée, une foule se rassemble sans lui manquer de respect. Il se dirige ensuite chez le sieur Ellicott, logeur du Roi, pour commander un ouvrage. Pendant son séjour, une grande quantité de monde reste autour de la maison. Le Connétable de la Bourse et Ellicott l'accompagnent lorsqu'il sort. La porte du Midi étant fermée, il doit sortir par celle du Nord et faire le tour par Château pour regagner la rue de Cornhill. La foule grossit, mais aucun propos indécent ou grossier n'est tenu. Un murmure entendu provient d'un négociant éloigné, rappelant à leur devoir ceux trop curieux. Convaincu du savoir-vivre des citoyens de Londres, le Duc de Nivernois propose de revenir voir la Bourse, qu'il juge digne d'admiration.