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Titre d'après la table

Mariage de Mademoiselle d'Enguien & de Monsieur de Vendôme, avec plusieurs choses particulières qui regardent ces deux illustres Epoux.

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Incipit

Je dois vous parler d'un grand Mariage qui merite vôtre

Texte
Je dois vous parler d'un
grand Mariage qui merite vôtre attention , & dont toute la
Cour a témoigné beaucoup de
joye ; c'eft de celuy de Mademoiſelle d'Enguien, & de Mon-
GALANT 327
fieur de Vendôme. Il eft des
Perfonnes dont la naiffance eft
fi connue , qu'il eft inutile d'en
parler , puifqu'on n'en pourroit rien dire qui ne fût connu
de tout le monde. Ainfi je vous
parleray feulement de ce qui
regarde les perfonnes de ces
deux illuftres Epoux.
Mademoiselle d Enguien eft
digne fille de Madamela Princoffe , dont la modeſtie , la fageffe, la grande &ardente charité pour les pauvres , &toutes
les vertus font connuës , & qui
en a plus tiré d'éclat , que de
la grande naiffance du feu
328 MERCURE
Prince fon Epoux & de la fienne. On peut juger par là des
bonnes qualitez de Mademoifelle d'Enguien , qui a toûjours
eu de pareils exemples devant
les yeux , & qui a toûjours fait
voir que fon inclination eftoit
toute portée à les fùivre. Enfin,
on a toûjours remarqué que
cette Princeffe a toutes les qualitez & toute la douceur qui
peuvent faire une femme du
caractere de la Princeffe fa
Mere , & l'on s'eft toûjours
fervy en parlant d'elle ,
terme qui dit beaucoup , & qui
fait comprendre encore davand'un
GALANT 329
tage , puifque l'on dit de cette
Princeffe , qu'Elle n'a point d'humeur ; c'eft à- dire , qu'elle ne fe
laiffe entefter d'aucune chofe ,
qu'elle ne s'obtine ſur rien ,
& qu'elle eft toûjours preſte à
prendre le bon party , & à faire tout ce qu'on trouvera à
propos qu'elle faffe pour
bien & pour fa gloire.
fon
A l'égard de Mr de Vendôme, il a toute fa vie preferé la
qualité d'honnête homme à
toutes les autres ; il eft ennemi du fafte , & s'il a de l'ambition ce n'eft que celle que
peut caufer la belle gloire ; il
Avril 1710. Ec
A
330 MERCURE
T
cft bon , humain , & fon éga
lité de vie fait plaifir à tous
ceux qui le connoiffent. Il aime naturellement le Roy &
toute la Maiſon Royale ; il
n'a point de volonté , & il eft
toûjours preſt à faire tout ce
que l'on fouhaite de luy ; il a
toute fa vie fervy le Roy , &
l'Etat. Il a beaucoup fervi en
Allemagne , il a eu la gloire de
fe rendre maiftre de Barcelone ; cette conqueſte étoit auſſi
difficile qu'importante , & fera
vivre éternellement fa memoire , auffi-bien que le grand
nombre de campagnes qu'ila
GALANT 330
7
faites en Italie qui luy ont efté
auffi glorieufes qu'elles étoient
utiles & glorieufes à la France
& à l'Eſpagne en ce temps là ,
& il ya toujours triomphé des
troupes du Comte de Staremberg; de celles que commandoir Mr le Prince Eugene , &
dans les temps que celles de
Monfieur le Duc de Savoye fe
font mifes de la partie , elles
n'ont pasarrefté le cours de fes
conqueftes. Il ne s'eft jamais
vû d'afcendent pareil à celuy
qu'il a toûjours eu fur Mr le
Prince Eugene qui a toûjours
paru un Ecolier auprés de luy.
E cij
332 MERCUR
Ila gagnétant de batailles contre ce Prince que j'en ay oublié
le nombre ; mais vous les trouverez dans mes Lettres dont je
vous ay toujours envoyé d'amples détails à mesure qu'elles ſe
fontdonnées , &je vous ay envoyéen même temps les Relations qu'il en envoyoit au Roy.
Il obfervoit de ne point parler
de luy ; mais irrendoit juftice à
tous ceux qui s'étoient diſtinguez , qu'il nommoit les uns
aprés les autres , en faifant le
détail de leurs actions , & en
leur donnant les loüanges qui
leurs étoient duës . Jamais perཟླ་
GALANT 333
fonne n'a plus brillé que ce
Prince dans un combat ; il étoit
par tout tant que le combat
duroit , à la tefte, à la queue ,
fur les ailes & dans le centre
& les Soldats avoient tant d'amourpour luy, & tant de confiance en fa perfonne qu'ils le .
fuivoient par tout avec le plus
grand empreffement & la plus
vive ardeur , de maniere qu'il
n'y avoit point de déroute à
craindre fous fon Commandement , & qu'il ne luy eſt jamais.
rien arrivé de femblable , &
Mrle Prince Eugene étoit auffi
petit dans ces occafions qu'il
334 MERCURE
étoit granden cetemps là dans
les Gazettes étrangeres , parce
que les Alliez ne vouloienr pas
décourager leurs Sujets , &
qu'ils vouloient au contraire
les encourager à fournir toujours aux frais de la guerre.
Enfin toute l'Europe n'a pû
s'empêcher de demeurer d'accord , que Monfieur de Vendôme a pouffé de pofte en
poſte Mr le Prince Eugenejufqu'au bout de l'Italie , l'ayant
acculé deux fois dans les Montagnes du Trentin. Il l'a chaffé des endroits oùil fe croyoit
en feureté , & dans lesquels il
GALANT 335
croyoit que l'on n'ofoit l'attaquer, & il a efté obligé de ſe
retirerdu Seraglio oùil croyoit
qu'il feroit toûjours maistre de
fortir ou de ne pas fortir , &le
Lac de Garden'a pas efté pour
luyun lieu où il ait efté plus à
couvert. Enfin il me faudroit
un Volume entier fi j'entreprenois de vous parler de routes les Batailles que Monfieur
de Vendôme a gagnées en Ita
lie , & de tous les Poftes qu'il a
remportez les uns aprés les au
tres. Toute 1 Italie parle de fa
gloire ; elle s'en fouvient avec
joye, & elle fe trouve dans la
335 MERCURE
le
derniere affliction de nele plus
avoir. Chacun y feroit maiftre
de fes biens , au lieu que les
Puiffances de cette vaſte Contrée qui devroient n'avoir nulpart en cette guerre , & qui
n'yen avoient point du temps
de ce fameux Conquerant , fe
trouvent accablées de fubfides
pour la continuation d'une
guerre à laquelle elles devroient n'avoir aucune part ,
& qui ne les regarde pas ; & on
oblige même la plûpart de
fournir jufqu'à des hommes.
Enfin toute l'Italie eft dans un
état fi violent qu'il eft impoffible
GALANT 337
fible qu'elle puiffe y refter
long- temps , & on la dégarnit
tellement d'argent & d'hommes quefe fera bien toft un de
fert, où le peud'habitans qui y
refteront ne trouveront pas de
quoyfournir à leur nourriture,
ce quifait qu'elle regrette tous
les jours les Troupes Françoifes , puifque pendant leur ſéjour la liberté y régnoit, que
tous les Peuples jouiffoient de
ce qui leur appartenoit , &que
la France loin d'en emporter
l'argent , y en envoyoits de
maniere que ces Peuples doivent dire : Oh l'heureux temps ,
Avril 1710. Ff
338 MERCURE
quand reviendra till! tala
Je ne dois pas finir cet Ar
ticle fans vous parler de l'af
cendent que Monfieur de Vendôme a encore eu en Flandre
fur Mr le Prince Eugene , & de
la maniere dont il ya brillé en
rompant tous les deffeins des
Alliez , fans qu'il ait efté queftion de Combat ; mais fculement de les empêcher avec
leurs nombreufes & formidables Troupes de prendre un
poulce de terre , ni même de
faire aucunes entrepriſes. Ils
n'ont pas fait un pas pendant
toute cette Campagne qu'il
17
GALANT 339
ne les ait empéché d'avancer ;
& quand ils avoient formé
quelque deiffein , ils fe trouvoient coupez par ce Prince,
quoy qu'il fuft fort éloigné
d'eux dans le temps qu'ils l'avoient formné , & mefme commencéà mettre en excecution;
& lors qu'ils fe vantoient de
faire quelque expedition , &
que Monfieur de Vendôme
l'ayant fçû auoit dit : Ils n'ofe
roient , il n'en eftoit rien. Enfin
avec des forces infiniment
moins confiderables que celles
des Alliez , il les arrefta par fa
grande fermeté , & par fa
Ffij
340 MERCURE
àla
grande experience dans le mé
tier de la guerre, pendant toute la Campagne, fans qu'ils fe
trouvaffent plus avancez
fin qu'au commencement.
Toute l'Europea parlé decette Campagnequ'on a regardée
avec admiration , & quand ce
Princeauroit emporté dix Places confiderables , elle luy au
roit eſté moins glorieufe qu'el
le ne luy a efté en ne faifant
autre chofe que de rompre
tous les projets des Alliez, &
en les arreftant par tout , de
même que s'il avoit cu une
grande fuperiorité fur eux
GALANT 341
quoy qu'elle fult toute de leur
cofté , & il n'y a point de General qui ne voulut avoir fait
unefiglorieufe Campagne , &
qui ne la preferaft à celles dans
lefquelles il auroit fait une
grande moiffon de Lauriers.
C'est ainsi que tout le monde
en a parlé , & a regardé cette
campagne comme une des plus
fçavantes qu'ait jamais fait aucun General , quelque grand,
heureux , & quelque habile
qu'il peut eftre.
Monfieur de Vendôme doit
mêler au premier jour fes Lauriers aux Mirthres de l'Amour.
Ffiij
342 MERCURE
On dit que fon mariage doit
eftre celebré à Seaux. Je ne
puis encore vous en parler dans
cette Lettre , quoy qu'il doive neanmoins eftre confommé dans le temps que vous la
recevrez.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte décrit le mariage de Mademoiselle d'Enguien et de Monsieur de Vendôme, un événement célébré avec joie à la cour. Mademoiselle d'Enguien est présentée comme une jeune femme digne de sa mère, la Princesse, reconnue pour sa modestie, sa sagesse et sa charité. Elle est appréciée pour sa douceur et son absence d'humeur, ce qui la rend prête à accomplir ce qui est approprié pour son bien et sa gloire. Monsieur de Vendôme est loué pour ses qualités d'honnête homme, son aversion pour la fausseté et son ambition pour la gloire. Il est décrit comme bon, humain et égal dans sa manière de vivre, aimant naturellement le roi et la Maison Royale. Ses services militaires en Allemagne et en Italie sont particulièrement notables, notamment la conquête de Barcelone et ses victoires contre les troupes du Comte de Starhemberg et du Prince Eugène. Ses campagnes en Italie et en Flandre sont marquées par sa fermeté et son expérience, lui permettant de contrer les projets des alliés malgré des forces inférieures. Le mariage doit être célébré à Sceaux, bien que les détails précis ne soient pas encore connus au moment de la rédaction du texte.
Soumis par delpedroa le