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Titre d'après la table

Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou,

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Incipit

Je ne dois pas oublier à vous parler d'une Fête qui a esté faite

Texte
Je ne dois pas oublier à vous
parler d'une Fête qui a eſté faite à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , & dans laquelle vous
trouverez des particularitez
tres fingulieres , & fur tout la
manière de mettre le feu au
Bucher, qui eft auffi nouvelle
que galante , & qui n'a jamais
cité imaginée par perfonne. Je
paffe au fujer & au détail de
cette Fête amore delibet
168 MERCUR
A peine la nouvelle de la
Naiffance de Monseigneur le
Duc d'Anjou fut-ellerépandue
à Chafteau- Gontier , dans la
Province d'Anjou , que Mr de
Fleurance , Ecuyer de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
dont le zele avoit déja paru en
1704.& 1707. à l'occafion de
la Naiffance de Meffeigneurs
les Ducs de Bretagne , forma le deffein de témoigner fa
joye par des rejoüiffances publiques. Il donna le deux de
cemois à Chateau Gontier ,
une Fefte qui a paffé pour une
des plus galantes & une des
micux
GALANT 169
mieux ordonnées qu'on en ait
veu depuis long - temps dans
cette Province. Elle commança à deux heures aprés midy
par une décharge generale
des Canons du Chafteau ; fur
les trois heures toute la Bourgeoifie fous les armes fe rendit fur la grande Place
ayant les Tambours de la
Ville à fa tefte ; cette Bourgeofie compofée de la plus
belle jeuneffe , eftoit partagée
en fix Compagnies de jeunes
hommes des mieux faits &
des mieux vêtus , tous parez
de noeuds d'Epée , avec des
Mars 1710.
P
170 MERCURE
T
Chapeaux bordez & des cocardes de ruban d'or ou d'argent. M Cucillard leur Colo
nel fe mit à leur tefte ; ils allerent tous en tres- bel ordre
prendre M' de Fleurance pour
venir mettre le feu à un gros
bucher orné de feuillages
qu'on avoit preparé par fon
ordre fur la grande Place vis- àvis de fa maifon. Comme
toutes les Dames de la Ville
eftoient affemblées chez luy
cejour- là , il leur défera l'honneur d'allumer le feu , & pour
ne pas mettre de divifion entre
la Nobleffe , & la Robbe , il
GALANT 171
choifit trois filles des principaux Officiers du Prefidial , &
trois filles de Gentilshommes.
Ces fix Demoifelles ayant
choifi chacune un Cavalier
pour leur donner la main marcherent avectous les Hautbois
& les Violons de la Ville
entre deux hayes d'Habitans
fous les armes , jufqu'au lieu
du bucher , où elles reçurent
des mains de leurs Cavaliers
chacune un flambeau allumé
dont elles fe fervirent pour
allumer le feu. M' le Comte
de Brizay cy- devant Chevalier
de Denonville Exempt des
Pij
172 MERCURE
1
}
Gardes , & M de Flechecourt
Ecuyer du Roy, & Capitaine
de Cavaleriendans Tarente ,
s'eftant trouvez fur les lieux
furent invitez à cette réjoüiſfance , où Mr de Fleurance
ayant fait apporter trois fufils,
leur en fit prefenter à chacun
un , afin de partager avec eux
l'honneur de la Fête. Ils tirérent
tous trois enſemble les trois
premiers coups en criant Vive
le Roy. Les fix Compagnies à
qui on avoit diſtribué de la
poudre avec profufion firent
auffi toft leurpremiere décharge avec unpareil cry de Vive
GALANT 173
le Roy ; tous les Cavaliers &
toutes les Dames qui estoient
prefentes danferent un moment autour du Bucher jufqu'à ce qu'il fuft plus allumé,
mais on fut obligé de quitter
bientoft la place & de fe retirer. Chacun s'en retourna , &
Mr de Fleurance demeura à la
tefte de la Bourgeoisie tant que
le feu dura. Il luy fit faire plufieurs falves pour Monfciई gneur , pour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , pour Madame la Ducheffe de Bourgogne , pour Monfeigneur le
Duc de Bretagne, pour
A
P iij
174 MERCURE
Monfeigneur le Duc d'Anjou
& pour Monfeigneur le Duc
de Berry. Il tira à chaque décharge le premier coup. Aprés
tout ce grand bruit de moufqueterie on tita un Féu d'Artifice , & on vit s'élever en l'air
pendant une heure une infinité de fufées qui retombant fur
elles-mêmes en pluye de feu ,
en petards , & en étoiles , formoient un fpectacle des plus
brillans. Sur les fept heures il
y cut plufieurs tables de Jeu
chez Mr de Fleurance , & à
neuf heures on fe mit à table
pour fouper. Il y avoit deux
MERCURE 175
tables de douze couverts chacune;on y fervit abondament
tout ce qu'on peut prefenter
de meilleur dans la faifon. Les
Pauvres ne furent pas oúblicz
dans ces réjouiffances ; l'Hôpital general fe fentit de la Fefte ,
& Mr de Fleurance fit part de
fa joye à tous ceux à qui elle
pouvoit eftre utile ou agreable. Il fit mettre deux tables
fur la Place publique à l'endroit où avoit efté le feu ; on
fervit à l'une un foupé pour
les Tambours & les Trompet.
tes , & à l'autre les Violons &
les Haut -bois , mangerent
P iiij
176 MERCURE
& burent largement. Un peu
avant le foupé on avoit illuminé depuis le bas juſqu'au haut
toutes les feneftres du corps
de logis , avec celles des deux
aîles & des deux pavillons de
la maiſon ; & comme elle eſt
aifée à décorer de lumieres
à caufe de la beauté de fon
Architecture , rien ne pouvoit faire unplus bel effet que
cette illumination qui dura
prefque toute la nuit. Les Balcons qui regnent aux deux côtez de la porte d'entrée depuis
la Corniche jufqu'aux Pavil
lons ,n'étoient pas moins éclai
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rez. Il y avoit auffi plufieurs
rangs de lumieres avec des De
vifes & des Infcriptions latines peintes fur des chaffis huilez , qu'on lifoit de fort loin
par le moyen des lampes qui
eftoient placées derriere. A dix
heures & demie Mr de Fleurrance commença le Bal avec
Mlle fa fœur , il s'y trouva
une quantité fi prodigieufe de
monde , qu'on fut obligé de
partager les Violons & les
Hautbois dans les Appartemens , & de danfer dans trois
differentes Salles. Pendant que
durale Bal on fervit à la Com-
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pagnie des rafraîchiffemens
des baffins d'oranges , avec des
confitures féches ; & fur les
deux heures du matin on fut
furpris agreablement quand
on paffa dans un grand Salon
où il y avoit un Media noche ,
des mieux entendus. Le Balrecommença vers les trois heures pour danfer les contredanfes & dura jufqu'au jour. Tous
ceux qui furent témoins de
cette Fefte , retournerent trescontens de la maniere avec laquelle elle avoit efté executée ,
& de l'ordre qui y fut obfervé; on n'attendoit rien moins
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d'un Officier qui eft dans un
pofte auffi brillant & auffi ho
norable. Ceux qui connoiffent
Mr de Fleurance eftoient bien
perfuadez qu'il ne manqueroit
en rien pour fe diftinguer entre tous ceux qui ont donné
des marques de leur joye pour
des évenemens fi heureux ; &
fi la Provincé le doit ceder en
magnificence & en profufion
à la Capitale du Royaume, elle
a du moins l'avantage de pou
voir dire qu'il s'y trouve des
fujets très-zelez pour la prof
perité de l'Etat & pour la grandeur de la Maiſon Royale.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
À Château-Gontier, en Anjou, une fête fut organisée pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. À l'annonce de cette nouvelle, Monsieur de Fleurance, écuyer de Madame la Duchesse de Bourgogne, décida de manifester sa joie par des réjouissances publiques. Le 2 du mois, une fête considérée comme l'une des plus élégantes et bien organisées de la province eut lieu. Elle débuta par une décharge de canons à 14 heures, suivie par une assemblée de la bourgeoisie armée sur la grande place à 15 heures. Cette bourgeoisie, composée de jeunes gens bien vêtus et ornés de rubans, se rendit au bûcher préparé sur la place pour y mettre le feu. Monsieur de Fleurance invita des dames à allumer le feu, choisissant des filles de principaux officiers et de gentilshommes pour éviter toute division. Des invités distingués, comme le Comte de Brizay et Monsieur de Flechecourt, participèrent également à la fête. Après l'allumage du bûcher, des salves de mousqueterie et un feu d'artifice furent tirés. La soirée se poursuivit avec des jeux, un souper, et un bal qui dura jusqu'au matin. Les pauvres ne furent pas oubliés, recevant des repas et des boissons. La maison de Monsieur de Fleurance fut illuminée, et des inscriptions latines furent exposées. La fête se termina par un bal qui dura jusqu'au jour, laissant tous les participants très satisfaits de son organisation et de son ordre.
Soumis par delpedroa le